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1962 TOME LXXIIl — 3 & 4 FASCIC, REUNIS SOUS LE HAUT PATRONAGE DE SA MAJESTE LE ROL PUBLIE PAR LES SOINS DU PROFESSEUR J. VAN ASBROECK AVEC LE CONCOURS DU GOUVERNEMENT BELGE SOCIETE EOWDEE Le te OCTORRE 1976 RUE DES PEINTRES, 41, ANVERS Composition du Bureau de la Société Royale de Géogcaphie PAave PRESIDENT : M, Marcel Baelde — Administrateur de Sociétés, 6, avenue Marie- Henriette, Anvers. xv VICE-PRESIDENT : M. Laude Norbert — Directeur Emérite de l'Institut Universitaire des Territoires d’Outre-Mer, Lt-Colonel hon., 10, avenue Prince Albert, Anvers. 2° VICE-PRESIDENTS : M, le Comte J. de Brouchoven de Bergeyck — 14, avenue Cardinal Mercier, Berchem. M. F. de Jonge, 26, Avenue Van Put, Anvers. SECRETAIRE GENERAL : M, Deby B, — Général-Major honoraire, 285, chaussée d’Anvers, Mortsel. TRESORIER : M. De Biévre C. — Administrateur Directeur Général honor. de la Mercantile Marine Engineering & Graving Docks, S.A., 9, ave- nue J, Van Rijswijek, Anvers. SECRETAIRE GENERAL HONORAIRE : M. De Jongh René — Avocat honoraire, Président du Comité National du Port d’Anvers, 34, avenue Charlotte, Anvers. SECRETAIRE | M. Vincentelli Pierre — Zonnehoeve, ’s Gravenwezel. DIRECTEUR DU BULLETIN : M. Van Asbroeck Jean — Archiviste et Bibliothécaire de la Société, Professeur a I’Institut Supérieur de Commerce de I’Etat, 76, avenue Léopold, St Mariaburg-Ekeren-2. B. — Les auteurs sont seuls responsables de leurs écri THDSC AARDI ONDER ME Marie orcier- ortsel. an de », Jan Natio- ottalei, an_ het poldlei | g La préhistoire prestigieuse du Sahara par André MOYEN Jai dautant plus de plaisir de parler devant Paudi- toire de la Société Royale de Geographie d’Anvers que cest un de vos membres, Monsieur Fernand Donnet qui m’a donné Vidée de mes randonnées sahariennes. C’est & Yoccasion d’un voyage d’agrément aux Canaries que, tout a fait par hasard, je suis tombé sur une étude qu'il écrivit en 1895 dans le Bulletin de votre Société sur Vhistoire des navigateurs anversois, trés nombreux, qui visitérent les pays barbaresques. J’ai voulu voir sil ne restait pas de traces de ces hardis marins au moins au port d’Agadir, ob {ls accost8rent journellement pendant des centaines d’an- nées et & occasion d’une mission économique que le Gou- vernement marocain m’avait confiée, j’ai refait le chemin que tant de fois les capitaines des vaisseaux anversois ont fait du port jusqu’a leurs bureaux de 'ancienne Kasbah, od une inscription en vieux flamand a rappelé son exis- tence jusqu’an récent cataclysme qui a rasé l’antique for- teresse, C'est 4 Agadir aussi que de nombreux Anversois soldats du roi Sébastien du Portugal furent prisonniers des Maures en 1578, entre autres Adolphe Van der Hey- den, fils du bourgmestre d’Anvers de !’époque, qui, en 1581, versa une premiére rancon de 1950 florins & 20 pa- tars le florin et en 1582, une deuxidme rangon de 1872 florins empruntés au notaire Nicolay d’Anvers, qui note dans ses actes des 4 et 17 septembre 1582 « Empruntés par Jean Van der Heyden et Jean Van Hoorde dans le ‘3 Adolphe Van der Heyden captif a Fez, Te er Sébastien da Portueal contre le s » ¥ sére ». Van der Heyden fut libéré le 7 juin 1582. En 1643, ’Evéque Gaspard Nemius constituait dans YEglise St Jacques, 4 Anvers, la Confrérie de la Sainte Trinité pour le rachat des Belges captifs des Musulmans. En 1756, ladite Confrérie insérait des annonces dans les journaux pour rechercher les familles, dont les membres étaient captifs en Berbérie et on reléve par ce moyen, en- tre autres, la captivité de Jean et Jacques Heestermans d’Anvers (Cir DONNET dans « Notes pour servir & ’his- toire des émigrations anciennes des Anversois dans les pays d’outre-mer » dans le Bulletin de la Société Royale de Géographie @Anvers tome 21 de 1897). Dans d’autres cas (ailleurs, c'est un Marocain qu’on trouve ici, en 1553, chassé de son pays par le corsaire méditerranéen Torghoud, un Marocain qui porte un nom plusieurs fois célébre depuis et qui est encore celui du Roi actuel : Moulay Hassan. C’est d’un autre Anversois, Mon- sieur DENUCE dans son livre « L’Afrique au XVI" siecle et le Commerce Anversois» que j'ai appris cette histoire et cest encore lui qui m’a révélé qu’en 1580 il y avait Anvers une « Nation Barbarien »... Etant sur place, je n’ai pas pu ne pas étre frappé par la noblesse de la race Berbére du Souss, cette province d'un million @habitants, qui s’étend au sud d’Agadir jus- qu’au Draa et qui est en train de mourir littéralement par Fass&chement du Sahara qui ne cesse de s'étendre. J’ai également cherché Vorigine de ces Berbéres et relevé Ja similitude qui existe entre eux et les Gétules qui habitaient la ily a des milliers d’années et que les auteurs les plus anciens citent souvent. Crest A Agadir encore que j’ai visité la chambre ot est mort empoisonné Michel Vieuchange, originaire du Hainaut, audacieux explorateur saharien, qui devait mou- rir victime de sa témérité, empoisonné par un poison ber- 4 perdu ¢ bouctou YIran j rails tot kilomét telles S: villes 4: or, ot Jus chaque rable d épices « embar¢ De région. et sont nentes Tancier plus de régulie: vaient tombés restes sur les tout en Le étre ter ne soni franca: transse carava depuis | lignait momif elles a | Fez, te les st mi- dans Sainte mans. ns les nbres fn, en- ‘mans Lhis- as les ‘oyale qu’on rsaire inom u Roi Mon- siécle istoire vait a 06 par rvince ir jus- at par » Jai ové la taient 3 plus we ob re du mou- a ber- L bére. Je suis parti sur ses traces 4 la recherche des fabu- Jeuses cités sahariennes englouties et c’est sur un continent perdu que j'ai retrouvé la route impériale Agadir-Tom- bouctou, qui s’en allait autrefois 4 travers la Lybie et I'Iran jusqu’en Mongolie. Route jalonnée de caravansé- rails tous les 300 kilométres et traversant tous les mille kilométres une ville splendide d’une richesse sans pareille telles Sjilmassa, Ghana, Aoudagaost, Oualata ou Tichit, villes de plusieurs milliers habitants aux toits couverts dor, oi se brassaient des richesses immenses. Jusqu’en 1800, la route des caravanes était parcourue chaque jour dans les deux sens par un nombre considé- rable dé chameaux transportant vers Agadir Yor et les épices et emmenant de IA vers le sud les marchandises embarquées A Anvers. Depuis 1850, I'asséchement s’accélére sauf dans la région de I’Adrar des Iforas, ott des dunes se sont fixées et sont redevenues steppes, tandis que des mares perma- nentes ont méme surgi ¢a et 14. Cependant, les puits de Yancienne grande piste impériale se sont asséchés depuis plus de cent ans. Les camps, qui la jalonnaient a intervalle régulier, entourés d’une enceinte fortifiée, ot des gens vi- vaient en permanence autour d’un saint marabout, sont tombés en ruine et je n'ai pas pa voir sans émotion ces restes vénérables oii j'imaginais le marabout percevant sur les caravanes une redevance plus ou moins fantaisiste, tout en les couvrant de bénédictions et d’amulettes. Les derniers jours de cette route historique ont da étre terribles. Les derniéres caravanes qui s’y hasardérent ne sont jamais arrivées au bout de la piste ef Pexplorateur frangais Cortier, qui dirigeait les études du chemin de fer transsaharien, en 1912, a trouvé prés du puits de ’ancien caravansérail d’Amrennan 11 cadavres accroupis, figés depuis des siécles dans leur peau parcheminée qui sou- lignait encore expression d’atroce souffrance des visages momifiés. Prés du puits asséché, une troupe de gazelles, elles aussi momifiées pour Véternité, attestent de l'agonie des gens et des bétes, en vue puits qui, lui existe d’ailleurs rait sauvées, la montagne, oft un dernier core atjourd’hui, les au- Au moyen-4ge, tous ces camps étaient encore des villes; au début du XIX™ siécle ce n’étaient plus que des bourgades et vers 1850 des auberges. Aujourd’hui c’est Yerg stérile. Berthelot décrit tout cela d'une fagon extra- ordinairement émouvante dans « L’Afrique Soudanaise et Saharienne ». En attendant, le désert ronge toujours vers le nord. En 1904, dans le Draa, le itai ] Niger de l’armée francaise signalent le Regbat el Iguidi, trés riche en paturages et couvert d’une splendide végéta- tion. En 1913, le capitaine Martin n’en retrouve méme pas les vestiges. On peut retracer dans la période protohistorique et historique la genése de cet asséchement mais pour la pé- riode plus ancienne il faudra fatalement se rabattre sur les habitats préhistoriques et plus encore, comme nous le verrons tant6t, sur les gravures rupestres qu’ont laissées des populations qui vivaient dans un Sahara humide, tra- versé par de larges fleuves torrentueux, possédant une faune et une flore que la plus brillante pampa de nos jours n’a jamais eues. La célébre carte de Peutinger mentionne d’immenses salines qui croissent et décroissent avec la lune. Dicuil, moine irlandais du IX" siécle, mentionne aussi d’immen- ses salines influencées par la Iune et & peu prés en méme temps St Beatus de Liebana, moine des Asturies et péda- gogue de la reine Adosinde, en fait état lui aussi. Précédemment cependant nous relevons dans plu- sieurs auteurs anciens des signes certains d’un asséche- ment qui menace. Entre 484 et 425 avant Jésus-Christ, Hérodote écrivait : « Les Garamantes chassent en chars quatre chevaux ». Il fallait donc que le sol soit dur et qu'il y ait de la verdure pour les animaux. Pline a écrit dans le méme sens, mais les chevaux avaient déja di étre 6 abanc mante Lc encort précis pour Abn £ au no des pl tout a ib sembl bordu cest i tue ef dans brous Houle @hui a dist aprés furen’ métre v cais | peu p silure Fourt 5 ans I et tec Yarm taine tout 1 avait ] Gour | touré lernier es au- re des ue des i cest extra- aise et nord. tenant “guidi, égéta- ae pas que et la pé- re sur ous le lissées e, tra- t une jours ienses dicuil, amen- méme péda- s plu- séche- christ, chars tur et écrit 4 étre abandonnés devant I’asstchement qui avance et les Gara- mantes chassent en zébus. De toutes facons, méme a cette époque, il n’était pas encore question de désert et le mot Sahara, qui signifie précisément cela, était inconnu. Tl semble qu’on le trouve pour la premiére fois sous la plume de auteur arabe ‘Abn Abd el Hakam (803/871). Avant lui, on disait Lybie au nord du tropique et Ethiopie au sud, puis El Bekri, un des plus grands géographes arabes et Idrisi qui le valait tout autant, emploient communément le mot Sahara. L’asséchement proprement dit et de plus en plus net semble avoir commencé aprés le prémoyen-dge, dans la bordure du Sahara. Comme nous I’avons dit plus haut, cest & partir du XIX™ sidcle que le phénoméne s'accen- tue et s’accélére. C’est ainsi, par exemple, qu’on trouve dans Flamand en 1900 une description d’une plaine de broussailles dans la région comprise entre In Salah et Houlef, qu'il serait bien en peine de reproduire aujour- @hui car tout y est désertique, stérile et mort. L’autruche a disparu du sud tunisien aprés 1790 et du sud algérien aprés 1845, Les mares de la région de Tombouctou qui furent autrefois d’immenses lacs, ont baiss¢é de plusieurs métres dans les dix derniéres années. Au début du 19™ siécle, le célébre explorateur fran- cais lieutenant Flatters, dont Ja mission fut massacrée un peu plus tard, a encore navigué en radeau et péché de gros silures par des profondeurs de 8 métres dans des lacs que Foureat, autre explorateur célébre, n’a plus retrouvés 5 ans plus tard. En 1925, rendant compte de travaux topographiques et tectoniques des Missions du service géographique de Yarmée frangaise, levant la carte du Sahara nord, le capi- taine Lemaitre signale qu’un lac quaternaire s’étendait sur tout le Touat et le Gourara et que ’Oued Mya, 4 Ouargala, avait une largeur de plus de 6 kilometres ! D’autre part, lorsque lexplorateur Barth passa & Gouré, en 1850, il trouva une ville de 9.000 habitants en- tourée de magnifiques jardins abondamment irrigués. Au- jourd’hui Gouré ne compte plus que quelques dizaines Pha et il n’y 2 plus 8 gue quelques puits 4 peine suf isants pour Yalimentation de cette population réduite et pour Parrosage de maigres jardins qui ont subsisté. Le commandant Tilho, dans la Revue Scientifique du 15 mars 1920, affirme qu'il a existé autrefois au centre de l'Afrique une immense région inondée qui couvrait une superficie comparable a celle de la France et dont il ne reste plus aujourd’hui qu'une surface inférieure celle de la Belgique. Il s’agit du Tchad, oi selon les traditions locales, on pouvait encore aller en pirogue il y a une cen- taine d’années en suivant la voie d’eau alors continue et aujourd’hui desséchée du Bar el Ghazal, sur plus de 500 kilométres de longueur. Mais avant cette période d’asséchement, il est évident que le Sahara a été tout autre. En 1935 déja, Henri Lhote a découvert dans le Tassili des dessins rupestres, 4 des en- droits qui se trouvent en dehors des pistes utilisées dans les derniers siécles. I] a fallu ces gravures rupestres pour reconstituer l’histoire de ce que nous pouvons appeler le Sahara humide, encore qu’il y ait IA une antinomie frap- pante. Elles sont assez claires pour confirmer l’existence de plaines immenses, herbeuses, peuplées de gens d’une haute culture, car leurs habits en témoignent, ainsi que leurs mceurs. Des oueds torrentueux, larges comme des bras de mer, traversaient ces régions aujourd’hui arides, ot seuls quelques serpents et quelques scorpions peuvent faire penser qu’on n’est pas dans un paysage lunaire. Une faune extraordinairement variée l’habitait. Des artistes, dont Vhabileté, malgré leurs instruments rudimentaires, n’a pas été dépassée, ont laissé des ceuvres innombrables. La datation de Abbé Breuil, surnommé le pape de la préhistoire, fait autorité en la matiére et c’est sur elle que nous nous appuyons en méme temps que sur l’ouvrage de Flamand «Les pierres écrites » pour dire que le Sahara marocain comme le Sahara algérien ont été habités par des populations extrémement denses depuis 20.000 ans avant Jésus-Christ, jusqu’au début de notre ére. 8 hautew devait altitude TAtlas soit dai Sargho, grand £ niéres leurs p Pe sud du de Taf sud d's écrite tagne ¢ vestige Fr des diz férents aride, disaien Jai fir séjour stitions village somme puis n alpin, avons N située (ce qt Testes ? litions e cen- nue et de 500 vident Lhote Jes en- s dans $ pour veler le e frap- istence 3 dune asi que me des arides, veurvent re. Une artistes, ntaires, orables. e de la alle que rage de Sahara. ités par 900 ans Henri Lhote ayant découvert les habitats préhistori- ques que Von sait dans les montagnes du Tassili, A une hauteur déterminée, je suis parti du point de vue qu’on devait trouver des habitats du méme genre A la méme altitude, mais au nord de V'immense cuvette qui sépare PAtlas algérien de Atlas marocain et, par conséquent, soit dans l'anti-Atlas, soit au Djebel Bani, ou au Djebel Sargho, trois chaines de montagnes situées au sud du grand Atlas marocain. Jai fouillé vainement les deux der- nidres chaines sans rien trouver d’autre que des gravures simples dites « Pieds-de-bergers », ces dessins rudimen- taires que tous les patres du monde gravent autour de leurs pieds pour passer leur temps. Pendant trois ans, j’ai interrogé les tribus du versant sud du Grand Atlas marocain; finalement dans la région de Tafraout, en province du Souss, 4 200 kilométres au sud d’Agadir, plusieurs bergers m’ont parlé de dessins et décritures gravés dans la roche, au sommet d’une mon- tagne de 2.600 m, oii se trouvaient aussi, d’aprés eux, les vestiges d'une église en forme de croix. Frappé de la similitude de récits recueillis souvent & des dizaines de kilométres et dans des azimuths fort dif- férents, je résolus de tenter V’escalade de cette montagne aride, oh personne ne voulait m'emmener, car elle était, disaient les autochtones, peuplée de « djnouns » (esprit). ai fini par trouver quand méme 5 ou 6 audacieux, qu'un séjour en Europe avait rendus moins sensibles aux super- stitions, qui ont bien voulu me guider, 2 condition que le village n’en sache rien et qu’on parte dans la nuit. Nous sommes allés en mulet jusqu’au pied des rochers a pic, puis nous avons escaladé ceux-ci dans le plus pur style alpin, avec, par surcroit, un soleil qui tapait dur. Et nous avons trouvé... Nous avons trouvé tout au sommet de cette montagne située au sud de Tafraout et qui s’appelle l’'Adar M’Korn (ce qui veut simplement dire la grande montagne) les restes indiscutables d’un temple du culte solaire, sur lequel 9 les adeptes de D 4 ho St Augustin-le-Berbére batirent ensu! be 7 ite une musul- dite mosquée est abandonnée depuis longtemps et il n’en reste que des ruines, car V’asséchement impitoyable du Sahara a poussé les villageois des flancs de la montagne & abandonner leurs mechtas et & descendre toujours de plus en plus au point qu’aujourd’hui, nous avons trouvé au moins quatre étages différents dans la montagne des restes de villages, que le tarissement des sources a fait fuir. Crest auprés d’un de ces derniers villages, presque dans la vallée, que j'ai trouvé les plus extraordinaires gra- vures rupestres de ma derniére expédition, car elles com- prenaient entre autres la reproduction d’animaux, dont Breuil dit qu’ils ont disparu d’Afrique depuis 10.000 ans au moins, entre autres le boeuf & cornes en forme de lyre et aussi une variété d’élan, dont je ne crois pas qu’on ait retrouvé nulle part d’autres exemplaires jusqu’ici. Le tout était gravé a la base d’un entablement qui s'appelle tou- jours pour les gens de la région '« immoloir ». Effective- ment, au sommet, sur la table plate, une large tache rouge, qui ne s’effacera plus jamais du schiste, témoigne que des centaines sinon des milliers d’étre humains furent sacrifiés 1a au culte solaire. Sur une autre paroi latérale, j/ai relevé des dessins ésotériques qui livreront peut-6tre un jour leurs secrets et en méme temps celui des religions inhu- maines, qui ont décimé de vieilles races africaines. W’allez pas croire pour autant que voyager au Sahara est une entreprise particuli¢rement difficile et que les con- irées traversées sont tellement mystérieuses. II y a certes de sérieux inconvénients, auxquels ne se plient pas volon- tiers les touristes de notre peuple habitués au confort des hdtels et qui ne savent ou ne veulent s’en passer. Ils igno- rent évidemment le vrai visage du pays et la gentillesse incomparable de ses habitants, car ils se tiennent a des sites touristiques et aux guides, qui sont la comme ailleurs daimables fantaisistes. Pour moi, le mulet loué sur place pour 50,— F belges en mal bien ré | piqire | serpent si lon 1 animau autant Qu vure: minutie ont été aussi rt Berbér bord di dants « voudra Christ, premie Timage phants, uun sens dépass: par les ancétre que c’e ces po scientil la logi de Pou de mot pharac groupe til, se e une usul- » La- nen edu tagne ts de vouvé e des fuir. asque 3 gra- com- dont 9 ans » lyre m ait 2 tout » tou- ctive- ouge, e des Tifiés elevé jour inhu- thara scon- sertes olon- +t des igno- llesse A des leurs velges t | } avec muletier, pain d’orge, beurre parfumé aux herbes odoriférantes et autres produits trouvés sur place, permet de voyager dans des conditions extrémement économi- ques et dapprendre quelque chose. Les dangers, qu’on rencontre 1a et que des reporters en mal de sensationnel décrivent avec complaisance, sont bien réduits, si l'on excepte les scorpions verts dont la piqdre est presque toujours mortelle et d’infames petits serpents noirs, qui ne deviennent pourtant dangereux que si lon les attaque. Les Berbéres racontent au sujet de ces animaux des légendes hallucinantes contenant au moins autant de fantaisie que de vérité. Qui vivait IA dans la période humide, que les gra- vures rupestres nous dépeignent avec des détails d'une minutie incomparable, surtout si on pense que ces dessins ont été faits sur du grés basaltique avec des instruments aussi rudimentaires que la pointe de silex ? Peut-étre des Berbéres déji venant de la région de Krym-Tauria, au bord de la mer Noire, mais certainement pas des descen- dants des Egyptiens comme des auteurs mal informés voudraient le faire croire, puisque 15.000 ans avant Jésus- Christ, et donc plus de dix mille ans avant I’existence des premiers Pharaons, leurs artistes fixaient déja sur la roche Yimage du bos africanus, de troupeaux de girafes et d’élé- phants, de scénes domestiques écrites avec raffinement et artistique qui — je tiens & le répéter — n’a pas été dépassé de nos jours. Bien loin done d’avoir été influencé par les Egyptiens, les habitants de ces régions ont été les ancétres des gens du Nil et il n’est pas interdit de penser que c’est précisément l’asséchement du Sahara qui a forcé ces populations @ fuir, et A fuir vers lest, puisqu’il est scientifiquement démontré que, contrairement aux lois de la logique et de la nature, cet asséchement s'est étendu de Youest vers l’est. D’ailleurs, il y a plus de 50 groupes de mots berbéres dans les racines de la langue égyptienne pharaonique; mais comme il y a & peu prés autant de groupes catcasiens dans le berbére, on peut, me semble- t-il, se demander & bon droit si ce n’est pas au Caucase méme qu'il faut rechercher les origines de ces lointaines peuplades africaines. Dés lors, on pourrait affirmer tranquillement que les Berbéres ont la méme origine que les anciens Belges ! La majorité des anciens Belges étaient en effet des Cimbres (en Gaule Belgique) venant, eux-aussi, de la région de Krym-Tauria, au bord de la mer Noire, si j’en crois le savant ethnologue René Leconte confirmé par Cauvet. Ce qui est certain en tout cas et que j'ai personnellement vé- rifié, c’est que les vieilles tombes berbéres situées auprés des habitats préhistoriques, que j’ai découverts et explo- rés, contenaient uniformément des squelettes disposés trés exactement comme ceux des anciens Gaulois-Cimbres trouvés a foison dans les Ardennes belges, 4 Ave, Roche- fort, Han-sur-Lesse, entre autres, c’est-a-dire couchés sur le cdté gauche la face vers le soleil levant, sous des tas de pierres plus ou moins grands suivant importance du dé- funt. Qui n’a pas ouvert dans les Ardennes, ces marchets (en wallon : martchats), dont il en reste d’ailleurs encore des centaines non explorés, pour y trouver couché entre des pierres plates mises de champ, un squelette parfois trés bien conservé avec, auprés de lui, une poterie conte- nant des restes de nourriture, et une autre des piéces de monnaie pour le grand voyage, tandis qu’au long du mort gisait l’épée courbe du soldat, le marteau du forgeron, bref l’outil du défunt. Ceux que la chose intéresse trouve- ront des tombes ainsi reconstituées fort complétes au mu- sée archéologique de Namur, qui est probablement le plus remarquable qui existe dans ce domaine. ‘Au Sahara marocain, les vieilles tombes berbéres of- frent une similitude frappante jusque dans les moindres détails. En outre les indices céphaliques des squelettes donnent des chiffres tres approchants : 77,7 et 79,34 chez les Cimbres; 76,5 et 77,2 chez les Berbéres. Je laisse les grands savants trancher ce probléme; mais pour moi, aucun doute ne parait plus possible. Je sais 12 dire de hara et quelque qui ser ces cép, jusqu’d tribus < hara, lc qui vie vet, qu memen ront da phique Touare guie » iv et 2 vines e les !La tbres a de ‘is le t.Ce t vé- iprés zplo- » trés ibres rche- 3 sur is de 1 dé- shets wore ontre rfois onte- s de mort 2ron, uve- mu- plus s of idres ettes chez ome; rsais bien que si on remonte au pére Adam, tous les hommes sont fréres; mais ici les détails de similitude, et pour mieux dire de parenté, entre la race des anciens habitants du Sa- hara et de nos contrées ne reposent plus seulement sur quelques point de ressemblance, mais sur fous les éléments, qui servent habituellement & juger en ce domaine : indi- ces céphaliques, racines de langage, moeurs funéraires, et jusqu’a cet élément encore plus troublant : le préfixe des iribus aujourd’hui survivantes, seules habitantes du Sa- hara, les Touaregs qui commencent toutes par Kel, mot qui vient de Keleti, qui veut dire Celtes, d’aprés G. Cau- vet, qui fait autorité, Ceux que cette démonstration extré- mement pertinente du savant francais intéresse la trouve- ront dans deux articles du Bulletin de la Société Géogra- phique d’Alger intitulés «Les origines caucasiennes des Touaregs » et la « Formation Celtique de la nation Tar- guie » (Cfr 4" trimestre 1924, 1" et 4” trimestres 1925, i* et 2" trimestres 1926). exploration du Sahara marocain n’avait pas pour moi uniquement un but historique et rétrospectif, car j’étais 14 avant tout pour des raisons économiques. L’asse- chement qui s’accélere pose en effet pour tous les pays riverains un probléme crucial, qui deviendra vite le mar- tyre des dirigeants de ces pays, si on n’a pas trouvé di un moyen d'endiguer la catastrophe. D'ici 50 ans, ces ré- gions seront devenues radicalement inhabitables jusqu’a FAtlas dans le nord; dans le sud, Dieu sait jusqu’od, car 1a, il n’y a pas de chatne de montagnes pour arréter le phénoméene. Or, dans le seul Maroc, la province du Souss, qui compte encore prés d’un million d’habitants, est con- damnée, Pendant deux ans il n'a pas plu et le Gouver- nement se trouve pratiquement acculé 4 organiser I’émi- gration. Mais émigrer ott ? Précédemment les Soussis s’ex- patriaient vers la France, ot doivent en vivre 4 Pheure actuelle plus de 100.000, et méme vers la Belgique, ot ill en reste plusieurs centaines qui sont venus ici comme mi- neurs. Mais les autres ? Or, la nature est impitoyable. Dé au sud de Tafraout et pratiquement jusqu’au Draa, les i3 villages meurent les uns aprés les autres et ceux qui se cramponnent passent la, moi rs journées en corvée dean. Il y avait bien Agadir, Agadir premier port sardi- nier du monde et grosse station de tri et d’embarquement d’agrumes, mais la récente catastrophe a stoppé net son essor. On espére redresser rapidement les choses; mais @ici-la de quoi vivront les Soussis qui, deux fois par an, a la saison des agrumes et & la saison sardiniére descen- daient de leur montagne et venaient en quelques semaines gagner des salaires qui leur permettaient ensuite de vivre le reste de l'année dans leurs djebels en voie d’asséche- ment total, oi il n’était plus possible de cultiver que de maigres champs sans grand rapport. C'est sur ce terrible probléme que les savants se sont penchés. Il y a eu des conférences des régions arides; il y a eu des séminaires scientifiques ot se sont retrouvés devant les mémes contradictions les plus éminents géolo- ques et trop peu d’explorateurs. Beaucoup de savants sont sclérosés devant leurs études théoriques et leurs hypothe- ses en chambre, alors qu’un examen approfondi sur le ter- rain méme aurait peut-étre fourni depuis longtemps les données de base nécessaires pour comprendre le phéno- méne et, qui sait ? 4 ’endiguer, ou au moins a le canaliser. La plupart des grands noms des sciences intéressées & ce drame se sont contentés, & partir de leur bureau ou de leur laboratoire, d’émettre de brillantes hypothéses pour expli- quer les débuts et la marche de I’ass¢chement du Sahara... Pour les uns, ce fut un formidable raz-de-marée sur le Sé- négal; pour d’autres un déplacement du Gulf-Stream; pour d’autres encore une mer salée intérieure engloutie; pour celui-ci un déboisement massif; pour celui-la les vents... Dommage pour ces sommités qu’un petit détail empéche tout de suite de s’arréter 4 l'une quelconque de ces théories, car les lois qu’elles postulent inéluctablement s'effondrent devant une «rupture» dans la démonstra- tion, 4 savoir que le désert avance et avance méme de plus en plus, partout au nord, a I’est, au sud, sawf en un point ol c'est la végétation qui gagne, ott des mares se créent, 14 jue de e sont les; il ‘ouvés géolo- 's sont dothé- le ter- ps les héno- aliser. 3 ace e leur expli- lara... le Sé- eam; sutie; la les détail ue de ment astra- > plus point séent, ott une irrigation spontanée et permanente se dessine plus nettement d’année en année, Dans I’Adrar des Iforas, en effet, le désert recule. Il n’est donc pas possible d’appliquer au phénoméne une des théories uniformes que nous avons énoncées en commengant. Et c'est pourquoi sans doute, réunis au Caire il n'y a pas longtemps, les savants du mon- de entier rassemblés par le Congrés des Terres Arides de VONU se sont séparés sans pouvoir conclure. En atten- dant, le Sahara implacable continue A avancer et pour Vheure, il progresse de plus de 100.000 kilometres carrés par an... Mon but, en multipliant les explorations dans le Sa- hara marocain et en tentant de pousser d’autres voyageurs & se joindre a ces recherches, est d’étudier la vie des popu- lations qui connurent le Sahara humide, en scrutant les gravures rupestres qu’elles nous ont laissées et les habitats préhistoriques qui doivent exister & proximité de ces hauts-lieux. On doit pouvoir y découvrir le signe des pre- miers effets de l’asséchement et, partant, faire historique détaillé de celui-ci. Si on ne parvient pas jusqu’ici 4 déter- miner les causes de l'implacable phénoméne, c’est qu’on n’a pu relever aucun élément sur ses origines et sur sa marche jusqu’aux siécles proto-historiques et historiques, a partir desquels son étude n’offre plus guére d’intérét scientifique, car ce sont maintenant les conséquences que nous constatons depuis un peu plus de deux mille ans. Par contre, si les habitants qui gravérent dans l’anti-Atlas ou dans le Tassili ces scénes si complétes et si vivantes d’une vie heureuse, pouvaient nous raconter leurs premiers ef- frois en voyant baisser dangereusement Peau de leurs oueds; en voyant jaunir leurs champs jusque-la ver- doyants; en voyant dépérir leur bétail, nous aurions bien plas de chances d’analyser les débuts du phénoméne et sans doute d’en découvrir les causes. S’ils ne peuvent rien nous raconter, ces habitants du Sahara humide morts de- puis 5 4 15.000 ans, peut-étre les dessins qu’ils nous ont si généreusement légués au point que lexplorateur francais Henri Lhote évalue leur nombre a plus de 3,000 dans la 18 seule région qu'il a explorée, nous donneront-ils un jour Ie secret du phénoméne et peut-Atre les moyens de I'en. diguer. Que Yon y songe bien en tout cas : si on n’arrive pas a arréter d’une maniére ou de lautre l’asséchement du Sahara, dans quelques dizaines d’années des dizaines de millions d’Africains seront condamnés 4 la famine et a la mort.