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La Tradition (Paris. 1887) Source gallica.bnf.fr / MuCEM
La Tradition (Paris. 1887) Source gallica.bnf.fr / MuCEM

La Tradition (Paris.

1887)

Source gallica.bnf.fr / MuCEM

La Tradition (Paris. 1887). 1887-1907. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour

La Tradition (Paris. 1887). 1887-1907.

La Tradition (Paris. 1887). 1887-1907. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la

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N° 6.

SOCIETE

Prix du Numéro

:

Un

franc.

DES

TRADITIONNISTES

LA TRADITION

Septembre

1887.

des Contes,

REVUE

Légendes,

Chants,

PARAISSANT

Cotisation

Abonnement

de

Sociétaire

: France, donnant

LE

GENERALE

Usages,

15

DE

Traditions

et Arts

CHAQUE MOIS

populaires

13

francs.

droit

au

Étranger,

service

de

la

15

francs.

Revue

:

15

francs.

PARIS

DUPRET,

ÉDITEUR

3,

rue de Médicis, 3.

LIVRAISON

DU

15

SEPTEMBRE

1887

LE

PÈCHEUR

DE

renger-Féraud.

PORT-MIOU,

LÉGENDE PROVENÇALE,

par

J.-B.

Bé.

LES

FÉES

LES

TROIS

Vicaire.

DE

FRANCE,

GALANTS,

NOUVELLE,

par

Alphonse

Daudet.

CHANSON DE LA BRESSE, recueillie

par

Gabriel

LA

de

FILLE

Sivry.

DU

GEOLIER,

CHANSON POPULAIRE, recueillie

MOEURS

Hector

ET

SUPERSTITIONS

Ganiilly.

JAPONAISES.

I.

LE

par

Charles

RENARD, par

LA

DAME

FANCHY,

DE

MONTIGNY-LE-GANELON,

POÉSIE de Achille

Millien.

LA

LITTÉRATURE

POPULAIRE.

II.

par

Emile

liaison.

OPINION DE Charles

Nodier.

LA

LE

FIANCÉE

DU

CONSCRIT,

POÉSIE de Charles

Crandmougin.

PÈRE

LICOQUET,

CONTE CHAMPENOIS, par

Frédérie

Chevalier.

QUAND

Bidault.

ON

EST

MARIÉ,

CHANSON DU

BUGEY,

recueillie

par

Henri

LE

CHAT,

A TRAVERS

ROI

DES

FORÊTS,

LES

LIVRES

ET

BIBLIOGRAPHIE,

par

Auguste

LÉGENDE RUSSE, par

LES

REVUES,

Gitiée.

par

Henry

C.

de

Carnoy.

Warloy.

La Tradition

est de

le 15 de chaque

la

France

est

(15

de

mois.

fr.

Le prix

de l'abon-

dans

à

paraît 12 fr.

nement

le

l'envoi

pour des Sociétaires

pour

francs

l'étranger).

La cotisation

courant

de

15

payables et donnant

du premier la Revue.

semestre

de l'année,

droit

Il

sera rendu

compte

de tous les ouvrages

adressés à la Revue.

Prière

échanges,

d'adresser

les adhésions,

la

etc.,

à M. Henry

CARNOY,

correspondance,

rue Vavin.

33,

les articles,

Les manuscrits

de

seront

Emile

examinés

BLÉMONT,

un

Henry

Comité

de

rédaction

Raoul

par

MM.

GI-

composé

CARNOY,

NESTE, Ed. GUINAND, Charles LANCELIN, Frédéric ORTOLI, Charles de SIVRY et Gabriel VICAIRE. Les manuscrits non insé-

rés seront

rendus.

LA

TRADITION

LE

PÊCHEUR DE PORT-MIOU

A l'ouest

du golfe

tance

de Marseille,

table

fiord

semblable

Port-Miou

portus

de

Cassis,

se trouve

se trouve

à ceux

à ceux

melius

,

un

excellent

point

de

refuge

sur

une

le littoral

baie

de la Provence,

et.

à peu

de dis-

véri-

de

comme

profonde

anfractueuse, le nom

portant

des cotes

qui

a

de

Norwègc, de tout

été

considéré

temps

par

les marins

de

la cote

Cello-Lygienne.

La forme

de cette

baie

de Port-Miou

est très remarquable;

les

falaises

de son goulet

que lorsqu'on qu'on va se briser

sont,

vient

jours

par

des lames

L'esprit

poétique

en

de

effet,

la

si abruptes

pour

rocs

du

et

sont

disposées

et

de

telle

il

sorte

mer

de

s'abriter

dans

sa calanque,

semble

au

inaccessibles

merveilleux

battus

aux

mauvais

Provençaux

ne pou-

pied

furieuses.

et amoureux

des

vait

rester

indifférent

en présence

souvenir

de ce phénomène venir

enjoliver

l'imagination

un récit

pour

pour

à sensation

le

fois.

populaire

devait

bien

en graver

dans

la première

curieux

l'histoire

de ceux

de la nature:

qui

de

ce

site

le voient,

Ce conte

dit

dans

qu'un

jour

pêcheurs

matelot,

laquelle

de

fut

obligée

le

de grand

père

mauvais

était

le

venir

chercher

un

temps,

patron,

abri

sur

une

frêle

le

jeune

ce point

barque

de

fils

l'unique

du

littoral.

Rester à la

de venir

c'était

prix

la

perspective

vent

d'une

mort

certaine

de

la

sur

la terre.

les

disent

;

: force

cote.

était

donc

mer,

à tout

tout

se réfugier un

par

une

rapidité

a étrangler à la

plage

clans une

furieux

calanque

volait

de

comme

La

poussée

avec

prêt

lames

Le

les

barque

et approchait

la cargue,

modérer

écumantes,

était

pour

le gou-

à

vertigineuse

la voile,

il

père

marins,

tenait

serait

le fils

l'abordage

quand

temps

vernail.

à coup,

ser

fils de loffer

est inhospitalière inévitable.

Mais le fils,

Tout

à

le père

une

voit

avec

terreur

des rochers

saisi

mer,

éloigne

à

semblent

il

que

qui

la

oppo-

à son

cote

est

d'aller

au

con-

la

barrière

de terreur,

croyant

barque

infranchissable;

crie

de revenir

si la barque

qu'il

y

en pleine

ne s'en

passage

pas

côté

pour

qui

essayer

et que,

a deviné

pas, le naufrage

est possible donné

;

a un

et. qu'il

l'ordre

abriter

traire,

dans

la barre

n'obéit

du

l'esquif

met

la calanque,

il

du gouvernail

opposé.

Le père,

furieux

autant

que terrifié

par

le danger

qu'il

croit

courir,

se:

162

LA

TRADITION

précipite

à ses pieds,

difficile,

sur

le pauvre au moment

dans

la

et d'un

de barre

l'étend

raide

la passe Port-Miou. les détails

mousse,

mort

coup

la barque

ayant

baie

calme

autant

vivement

qui

dans

bien

s'est

d'abord

notre

le sait,

franchi

heureusement

de

sur

pas

entrait

qu'hospitalière

On

sans que j'aie

ce qu'il

y

très

de vrai

comme

d'insister

comprend,

besoin a de saisissant

frappée.

cette

longuement

de

ce drame,

tout

fois,

dans

Mais

on

la légende, lorsqu'on ne tarde

nous.

la

l'a

l'imagination se demande àreconnaî-

d'une

que

car

son

ne peut

ce qu'il

tre

que,

légende

j'en

au

livre,

blables.

Les

puis

sur

être

y avoir

qu'en

peut

cette

de

affaire

on

souvent,

perpétuée

que

ère

tant

les

Valère

se trouve-en

Maxime

présence

La

l'antiquité

jusqu'à

Romains

preuve

dans

donner,

c'est

connaissaient,

mise

commencement

de

on

où se trouvent,

Romains

d'anecdotes

à Annibal

; ils

leur

Provence.

et d'histoires

au

lieu

les

invraisem-

la

mettre

cadre

attribuaient

l'aventure

anonyme

de la

II

de

pour

le compte

d'un

au lieu

pêcheur

donnaient

Voilà

580

la

côte de Sicile

rences

du littoral

seules

diffé-

à peu près.

DU

LÉGENDE se trouvant

légende,

rection

aussi

PILOTE

D'ANNIBAL.

il

il

fit

donna

possible.

lui

fit

En

l'an

de Rome,

Annibal

à

à Pétilée,

dan's le golfe

;

actuel

équiper

de Policastro,

une

flotte

pour

l'Italie

eut besoin, et se confia

que la traversée

dit

la

la

di-

se fit

de

le

d'aller

à Carthage

auquel

bien

que

le pilotte

d'un

pilote

des ordres

côtoyer

dans

ainsi

vite

et aussi

partit,

La flotte

;

jusqu'au

du

détroit

à travers

côte

Messine

détroit,il

et là,

doubla

au lieu

Sicile,

de s'engager

la direction

sud,

la

court

le cap Pelorus

et

dans

l'intention

par

de suivre le

plus

septen-

en

trionale

Afrique.

de

la

d'arriver

chemin

Mais

Annibal,

qui

ne

connaissait

que

qu'il

la

vraie

fallait

route

directe

se diriger

vers

passait

le sud;

le pilote

se dirigeait

dès qu'il

eut dépassé

vers

l'ouest.

le cap

Pelorus

reux

pilote

eut

cessé de vivre

qu'il

pas la géographie

par

le

détroit

de

de la Sicile,

Messine,

se figura c'est-à-dire

il

pensa

que

Plein

de colère,

c'était

pour il donna

le

ordre

trahir

que de le tuer

et

ce n'est

;

qu'après son erreur.

reconnut

que

le malheu-

Plein

de regrets,

malheureux

pilote,

il

fit

élever

en souvenir

un superbe

de

sa fin

Max.

(Val. Le lecteur

T.

n'a

2,

p. 272).

pas besoin

que

j'entre

tombeau

tragique.

dans

de

sur

ce cap Pelorus

au

longs

développements

pour

admettre

l'identité

des deux

légendes

; il acceptera

sans peine

que ce

qui est raconté aujourd'hui bien des fois par les conteurs

ajouter les Romains

encore

sur les côtes

de Provence

monde

ce

c'est

avait

romain.

été dit

chez'

d'anecdotes fois comme

la priorité

du vieux bien

Je dois

cette

n'est

dans

que

nous

souvent, de l'idée,

pas

trouvons

l'histoire

que

LA TRADITION

Tant

firent

il

est vrai,

ainsi

qu'on

l'a

fait

aux

grecque.

Romains

ses de l'esprit. Pour

vons dans

remarquer

Grecs

des emprunts

mon

incessants

voici

dans

assertion,

la légende

appuyer

grecque

le livre

si remarquable

de Strabon.

III

mille

fois,

t o u t e s

toutes

163

que les

les

cho-

que

nous

trou-

DE

dée par Mégabate,

duire

MEURTHE

SALGANÉE.

envahit

canal

Lorsque

la flotte

Salganée

Il

de Xerxès,

fut requis

comman- de la con-

Mégabate,

surveillait

la Grèce, le pilote

les dangers

l'île

depuis

de son office,

le golfe

et, pour

Maliaque'jusqu'au

éviter

Pirée.

s'acquitta

en conscience

les na-

de-

une

de la grande

du

mer, il dirigea continent.

conduit

vires

inquiet

de très

vint

dans l'étroit

de cette

près,

si étroit,

pour

et

qui sépare

parce

furent

d'Eubéè

manoeuvre,

quand

fut

ils

qu'il

arrivés

craignait

près

il

eu tort,

Aussi,

une trahison,le

le

de l'Euripe, l'avait

le

car

fit

passage

dans

qu'il

persuadé

sans

que Salganée de colère,

avait

le fourvoyer.

bientôt

Outré

qu'il

impasse

tinuer

mettre les navires

à mort

incon-

con-

fit

éle-

tinent,

navigation ver sur le promontoire

tombeau à la victime de son aveugle colère.

et reconnut

leur

purent de regrets,

il

encombre.

pénétré

le plus saillant

du passage

difficile,

un magnifique

(Strabon,

T.

2,

liv.

IX,

chapitre

II,

§ 9

p.

222).

IV

En présence pas possible bon, de sorte

de Port-Miou

fonder

Romains l'empruntèrent

miné

nous lui

à la configuration

de ces trois

éditions

de la même

aventure,

en date

n'est

est celle de Stra-

le

doute

;

est bien que l'on fut

il

évident

que la première

: ou

bien

littoral

que cette les

par

peut

penser

sur

légende

Phocéens

du pêcheur

lorsqu'ils

que

les

déter-

et

que

l'approprier

apportée

notre

vinrent

Massalie

puis

subir

sur

aux

nous

une

notre

côte

 

ou

bien

à

un

endroit

en

bouche,

pour

celto-tygienne,

Grecs

et l'appliquèrent

de leur

la passèrent modification

de bouche semblable

pays,

fait

avons

de notre

littoral.

Qu'on

admette

la

transmission

est-il

ou

croie

de l'idée

à

la

nous

filiation

directe,

point

qu'on de départ

le

successive, toujours

aujourd'hui

parait

pour-

pré-

sur

les

que

devoir

être

rattaché

plus

à l'imagination

si

on

avait

Peut-être

grecque. des documents

en

un

rait-on

la faire

remonter

cis sur

les civilisations

haut

plus

mot

Carthaginoise

et Phénicienne,

oeuvres de l'esprit la Méditerranée.

Dans tous sur le littoral de même

rent frappés

de ceux

la

les Romains

et les Grecs dans

ici

ou

là,

qui

ont précédé

a fait

les cas,

raison

la légende

qui est facilement une

ayant

appliquer

tournure

méditerranéen

: des hommes

fu-

compréhensible

d'esprit

c'est-à-dire

la

semblable,

nature,

par

de certains

du littoral.

configuration

points

164

LA

TRADITION

A Négrepont,

en effet, lorsqu'on

arrive

par la passé du Nord, à coup la configuration

entre la

des cô-

tes devenir telle, qu'il semble qu'on est arrivé dans une impasse sans au-

cune issue. Or avec des gens à imagination poétique, et dans un pays où des invasions de barbares avaient laissé dans l'esprit des souvenirs d'actes de férocité stupide, on comprend que la donnée de l'aventure de Salga-

terre

et la longue île d'Eubée, on voit tout

son accueil dans l'auditoire. lorsque les mêmes hommes se trouvèrent de Messine, ou à première vue il semble

que la route d'Italie à Carthage passe par le Sud, tandis qu'en réalité elle

née devait se produire Une fois l'aventure

et trouver

imaginée,

dans un endroit, comme le détroit

passe le long de la le chemin qu'il faut

ginois qui jouaient hellénique, c'est à Annibal innocent.

côte nord do la Sicile, l'idée que le pilote ne suit pas

suivre vient à l'esprit.

Et comme c'étaient les Cartha-

ici

le rôle

que les Pefses avaient

sur le

joué du meurtre

littoral

d'un

qu'on attribua

l'acte barbare

Sur notre

littoral,

pas une importance

où la vue porte

de premier

ordre

au loin,

pour

et où

le rôle

la sécurité

des

des pilotes bâtiments

n'a

qui

veulent aller d'un point à un autre, il était nécessaire de modifier

de l'aventure.

comportait

le cadre

ne

barque,

Et comme le seul endroit

flotte,

mais

où'elle

être appliquée

pouvait

pas l'idée d'une

seulement

d'une petite

il s'est agi d'un pêcheur au lieu d'un général

d'armée.

Cette modification

n'enlève

rien

à la

genèse de l'idée

primitive;

aussi,

que le conteur

il n'en est pas moins

ait mis en scène Xerxès,

vrai

que la filiation

Annibal

de

la

version apparaît

toute claire

et toute précise.

ou un pêcheur à

première

anonyme,

la

dernière

BÉRENGER FÉRAUD.

LES

FÉES DE FRANCE

NOUVELLE

Accusée,

levez-vous,

dit

le président.

Un

chose

C'était

mouvement

d'informe

un

paquet

se fit

au

banc

et

de grelottant de haillons,

hideux

vint

des pétroleuses, contre

et quelque

la

barre.

s'appuyer de pièces,

de trous,

de ficelles,

de

vieilles

fanée,

noirs frétillait

fleurs,

tannée,

vieux

mur.

« Comment

— Mélusine.

de vieux

ridée, au milieu

panaches, crevassée, des rides

vous

appelez-vous?

et là-dessous, la malice

une pauvre de deux

petits

comme

un lézard

à

la

fente

» lui

demanda-t-on

figure

yeux

d'un

.

Elle

Vous

dites?

répéta

très

»

gravement

;

LA

TRADITION

165

«

Mêlusine.

»

Sous sa forte

sourire,

mais

il

moustache

continua

de colonel

de dragons,

sans sourciller

:

le président

eut un

« Votre

âge?

— Je ne

Votre

Je suis

sais

plus.

profession

fée

!

.

.

.

»

?

Pour

le coup lui-môme,

ment

l'auditoire,

le conseil,

tout

le monde

partit

le commissaire

d'un

grand

éclat

du gouverne-

de rire;

mais

cela

ne

la

troubla

qui

montait

haut

la vieille

reprit

:

point,

dans

et de

la salle

sa

petite

et p l a n a i t

et planait

voix

claire

et chevrotante,

comme

une

voix

de rêve,

«

Ah

! les fées de France,

Je suis

sont-elles

il

ne

? Toutes

plus

bien

mortes,

mes bons

En vérité, elle

sa can-

messieurs.

c'est

avait

deur,

de parcs

la dernière;

car

Nous

reste

était

que moi belle

plus

la France

étions

grand

encore

dommage, ses fées.

quand

la poésie

du pays,

sa foi,

sa jeunesse.

Tous

les endroits

les pierres

que nous

habitions,

les

les fonds

des

embroussaillés,

des fontaines,

tourelles

vieux

ses recevaient

grandi.

un peu

sur les près

vénéraient.

châteaux,

A

la

les brumes de notre

les grandes ne sais

quoi

landes

d'étangs,

marécageu-

et d'a-

passer

ou courant

nous

de magique

voyait

présence

je des légendes,

clarté

fantastique

on nous

traînant

dans un rayon

Les paysans

de lune,

partout

nos jupes des herbes.

à la pointe

nous

aimaient,

« Dans

les

naïves,

nos fronts

couronnés

de perles,

un peu de crainte claires.

imaginations

nos quenouilles

Aussi

nos baguettes, à l'adoration.

rues

donnions

monde,

dir,

enchantées

restaient

nous

que est vieux, à l'autre

mêlaient

toujours

gardions

nos sources

chemins de ce

Les char-

nous

du

s'arrêtaient

le

d'un

les pierres

aux

; et comme

les plus

vieilles

respect

bout

qui de la France

nous,

on laissait

les forêts gran-

crouler

d'elles-mêmes.

« Mais

le siècle

plus

disait

leurs

nous

nous

;

rien

a marché. comblé n'avons

cru

Les

chemins

de fer

tant

sont

venus.

On

a

creusé les tunnels,

bientôt

que

paysans

volets,Robin

n'ont

venaient

faire

nous.

Comme

nous

lès étangs, su

plus

et fait

de coupes d'arbres,

Peu

à

peu

nous

quand

mettre.

nous

les

à nous.

Le soir,

!

à ses

frappions Les femmes ça été fini pour en

la

s'est

som-

:

« C'est lessives ne vivions tout

cela

le vent

» et se rendormait.

Dès lors

dans nos étangs.

que

de la croyance

La

vertu

de

que nous

populaire,

baguettes

nous

nous

comme

perdant,

évanouie, et de puissantes mes trouvées de vieilles

qu'on oublie

savaient

dans les forêts

glanes

avons

avec

faire.

traînant

perdu.

reines

nos

étions,

méchantes

des fées

ne

femmes,

notre

ridées,

à gagner temps, de bois

et des mains

pain

quelque

qui a rencontrées

Pendant

on nous ou ramassant

durs

pour

des charges

des

nous,

mort,

étaient

au bord

des routes,

Mais les forestiers

166

LA

TRADITION

les paysans ne trouvent demander

Il

nous

plus

des pierres.

leur

vie

dans

Alors

comme

nous

les pauvres

jetaient à gagner

sont

qui

la

au pays, villes. des filatures.

nous

sommes

allées

au travail

qui

des grandes

entrées

au coin

D'autres

«

en a

ont vendu

à

la

porte

d'oranges,

ne

les

y des pommes des églises. tendions

nous

l'hiver,

Nous

aux

des ponts,

devant

ou des chapelets

des charrettes

d'un

sou dont

poussions

passants

des bouquets

courir,

privations,

personne

et

voulait,

sergents

saient.

tété

et les petits

de ville

Puis

la

Et voilà

se moquaient

faisaient

les

de nos mentons

a laissé

branlants,

nous

d'hospice ses fées

nous

et les omnibus

un

drap

toutes

toutes

renver-

sur

mourir.

maladie,

comme

la

la France

Elle

bien

en

a été

oui,

!

punie mes braves

qu'un

pays

et

repus les routes.

autres,

serait

En

« Oui,

riez,

gens.

n'a

attendant,

de

nous

venons

de

Nous

avons

vu

aux

aux

! si

Prus-

sorti-

nous

entrés

en

follets

pures

voir

tous ces paysans siens et indiquer

ce que c'est

été là,

pas

fées.

qui

plus

ouvrir

ricaneurs

Voilà

leurs

huches

qui

plus

! Robin

ne croyait

à la patrie

draks,

A toutes

lèges; mais il ne croyait

avions

France,

Ah

sont

pas davantage

de tous

sorti

nous

nous

un

nos

ne

ces Allemands

Nos

vivant.

feux

nos ces sources

les auraient conduit