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P ROTECTION INTERNATIONALE DES D ROITS DE L ' HOMME

Dernière sauvegarde : mardi 17 août 2010

Notes du cours de M. TOUZÉ


Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 

Informations pratiques
Œ Fond

Ø Ce ne sont que des notes de cours, se voulant retranscrire le cours de la


manière plus fidèle possible. A l’impossible nul n’est tenu. Des fautes,
coquilles, inexactitudes peuvent exister. Elles ne sauraient engager ni le
professeur ni même moi, à la rigueur toi, honorable lecteur, qui aura pris le
risque de te reporter sur le travail d’autrui pour combler tes lacunes, peu
importe leur origine.

Ø Ce ne sont que des notes de cours, gratuites. Elles ne doivent en aucun cas

ne
être vendues, revendues, bref monnayées d’une quelconque façon.

hi
Ø Ce ne sont que des notes de cours, perfectibles. La critique est donc toujours

ac
la bienvenue, si tant est qu’elle soit constructive. aM
 Forme

Ø C’est pour des raisons de compatibilité, et d’affichage uniforme, que le fichier


/L

est en PDF.
m

Ø Par conséquent, et c’est ballo, d’une part, les niveaux de texte (partie, sous-
co

partie, titre et compagnie) ne sont pas utilisables dans la version PDF. Il


d.

faudra donc le faire soi-même comme un grand si le besoin s’en ressent.


D’autre part, les liens hypertextes ne sont pas disponibles dans la version
rib

PDF, et il en est de même pour les notes de bas de page.


.sc

Ž Annotations
w

Ø Un (x) signifie qu’un morceau manque à l’appel. Un –x–, --x– ou –x-- signifie
w

que le morceau qui manque à l’appel est plus gros, probablement un cours
en moins.
w

Ø Un (≈⋲) signifie que le morceau est à prendre avec des pincettes car
éventuellement avarié. C’est pareil lorsque le texte est écrit en rouge.

Ø Un (!) signifie quant à lui une information d’une importance toute


particulière, genre actualité, allusion suspecte au partiel…

Paragraphe 1er · La souveraineté étatique 2


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 

Textes, Institutions & acronymes


Les acronymes en rouge sont ceux faits carton-pâte. Les autres sont officiels, tout
au moins reconnus. Les dates sont celles de d’adoption ou de création. Les liens en vert
renvoient aux textes officiels, ceux en bleu aux institutions.

Charte des Nations Unies, adoptée à la


· http://www.un.org/fr/documents/charter/pdf/
CNU Conférence de San Francisco le 26 juin
charter.pdf
1945.
Déclaration universelle des Droits de
· http://www.un.org/fr/documents/udhr/
DUDH l'Homme, adoptée par l’AGNU le 10
· http://www.un.org/fr/rights/
décembre 1948 (prononcer Dude).
Assemblée Générale des Nations Unies
AGNU (prononcer Ahjgnuh), remonte aussi à · http://www.un.org/french/ga/index.shtml

ne
1945.
Conseil de Sécurité des Nations Unies,

hi
remonte toujours à 1945 (prononcer
CSNU · http://www.un.org/french/docs/cs/
Ssnuh, sans donner l’impression de

ac
renifler).
Convention relative au statut des
aM
· http://www.unhcr.fr/cgi-
réfugiés, ou Convention de Genève,
CRSR bin/texis/vtx/basics/opendoc.pdf?tbl=BASICS&id=
adoptée le 28 juillet 1951 (prononcer
41a30b9d4
/L

Krrsr, un peu comme à la krisprolls)


Convention Européenne de Sauvegarde
m

des Droits de l'Homme, adoptée le 4 · http://conventions.coe.int/Treaty/fr/


CESDH
novembre 1950, amendée de moult Treaties/Html/005.htm
co

protocoles.
d.

Cour Européenne des Droits de


CEDH · http://www.echr.coe.int/
l'Homme.
rib

Organisation des États Américains, dont


OEA la charte constitutive est signée le 30 · http://www.oas.org/fr/
.sc

avril 1948.
Convention américaine relative aux
· http://www.cidh.org/basicos/french
w

CARDH Droits de l'Homme, adoptée le 22


/c.convention.htm
w

novembre 1969 par l’OEA.


Commission interaméricaine des Droits
w

CIDH http://www.cidh.org/french.htm
de l'Homme, créée en 1959.
Cour interaméricaine des Droits de
CiADH http://www.corteidh.or.cr/
l'Homme, établie en 1979.

3 Paragraphe 1er · La souveraineté étatique


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 

Introduction
Droit international public & Droits de l'Homme,
Entre interférences et interactions
Le Droit international des Droits de l'Homme s’interpose entre le Droit international
public et les Droits de l'Homme. Il y a une dynamique commune. Elle se caractérise par le
mouvement partant d’une prétention universaliste qui va aboutir à un prolongement
normatif régional. Au niveau universel, il y a une protection universelle des Droits de
l'Homme qui se distingue au travers de l’énonciation de droits à deux vitesses.

ne
La première a pour objectif de définir de façon générale des droits devant être

hi
garantis au profit des individus, au travers d’une volonté consensuelle, donc politique. Ce
qui est prépondérant par rapport à la protection individuelle de droits. Le texte de référence

ac
ici, c’est la DUDH (Déclaration universelle des Droits de l'Homme) de 1948. Ce n’est pas
aM
une convention internationale. Sa valeur juridique ne dépasse pas le cadre d’une simple
résolution de l’AGNU adoptée le 10 décembre. Sur le plan juridique, sa portée n’est donc
que déclaratoire. Son viol n’engage pas de responsabilité. Mais cette déclaration n’en a pas
/L

moins une valeur juridique obligatoire engageant la totalité des membres des Nations Unies,
bref de la communauté internationale. C’est le deuxième effet kiss cool. Lorsqu’on regarde
m

ce texte, on constate qu’en 1948, la DUDH se focalise sur l’ensemble des droits déjà reconnus
co

au niveau international par les États. Ce n’est qu’un instrument de codification des Droits de
l'Homme. bon alors, elle n’a pas de plan apparent, mais on peut quand même lui attacher
d.

une certaine structure virtuelle, basée sur l’existence d’un socle composé de PGD en
matière de liberté, non-discrimination, fraternité, sur lequel on peut déterminer 4 piliers.
rib

Ø Un premier pilier est constitué des droits et libertés d’ordre personnel.


.sc

Les Art. 3 à 11 de la DUDH le démontrent. Ces dispositions les consacrent, en


particulier le Droit à la vie, le Droit à la liberté, le Droit à la dignité, le Droit à
w

l’égale protection de la Loi, les garanties contre l’esclavage, les garanties


w

contre la torture, les différentes garanties contre les arrestations et les peines
w

arbitraires, et in fine la possibilité pour tout individu de pouvoir recourir sur le


plan judiciaire contre les abus.

Ø Un deuxième pilier vise lui les droits de l’individu dans ses rapports avec
les groupements dont il fait partie. Des droits à dimension sociale
surgissent. Comme le droit de se marier, le droit de fonder une famille, le
droit d’avoir un foyer, le droit d’avoir un domicile, le droit d’asile en cas de
persécution, et enfin un droit, qui révèle ici particulièrement le caractère
socialisant de ce pilier, le droit pour tout être humain à exercer sa maîtrise sur
les décisions de la cité, bref le droit de prendre part aux activités publiques
dans son État.

Ø Un troisième pilier vise les facultés spirituelles. Buk. On entend par là les
libertés publiques et les droits politiques fondamentaux. Les Art. 18 à 22 sont
à noter. la liberté de conscience, la liberté de penser, la liberté de croyance, la
liberté d’expression, la liberté de réunion, d’association, ou encore le droit de
participer à des élections périodiques et sincères.

Paragraphe 1er · La souveraineté étatique 4


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
Ø Le quatrième pilier, c’est peut-être le plus fondamental en 1948 car c’est le
fruit d’une négociation diplomatique importante. Il entend garantir
les droits à vocation économique, sociale, et culturelle. Avant 1948, ces
droits n’étaient absolument pas pris en compte. Certains étaient même
nettement réfutés. Ici, on retrouve le Droit au travail, le Droit au libre choix
du travail, le Droit à la Sécurité Sociale, le Droit aux libertés syndicales, le
Droit à l’éducation, le Droit aux loisirs, le Droit à la vie culturelle, et le Droit à
la protection de la création littéraire et artistique.

Sur ces 4 piliers, on découvre un fronton de principe marquant les différents


liens entre individus et société. Il est acquis en DIDH (Droit international des Droits de
l'Homme) que la reconnaissance de droits au profit de l’individu s’accompagne de devoirs et
obligations. Le principe ici, c’est la possibilité de limiter l’exercice de Droits de l’Homme et de
libertés fondamentales.

Bon, on l’a compris, la DUDH est une simple résolution. Néanmoins, dans ce texte,
il existe un certain nombre de droits qui ont dorénavant une valeur juridique contraignante.
En effet, s’il s’avère que cet instrument est souvent défini comme purement politique,

ne
l’existence des droits proclamés dans ce dernier a été consacrée. Les différents droits
découlant de tout ça ont vocation à créer des obligations pour les Etats. Un arrêt du 24 mai

hi
1980 de la CIJ sur l’affaire relative aux personnels diplomatiques et consulaires des USA à
Téhéran, voit la CIJ considérer que priver des individus de leurs libertés, et bah c’est pas bien.

ac
aM
Il n’en demeure pas moins qu’il est tributaire de la souveraineté des États, qui
s’oppose sur le fond et la forme à une affirmation et une effectivité des droits reconnus aux
personnes. Le seul moyen pour le DIDH de dépasser cette souveraineté, c’est d’imposer aux
/L

États des instruments juridiques obligatoires qu’ils ont souverainement acceptés.


La conventionalisation des Droits de l'Homme sur le plan international est ici fondamentale.
m
co

Les États des Nations Unies ont entendu ainsi traduire des notions juridiques d’une
résolution pour en pondre une convention universelle. Malgré les effets de la Deuxième
d.

Guerre Mondiale, et la frilosité des États à aller au-delà d’une simple résolution des Nations
Unies, deux pactes internationaux ont été signés le 16 décembre 1966, l’un relatif aux
rib

droits civils et politiques – entré en vigueur le 23 mars 1976, et l’autre relatif aux droits
économiques, sociaux, et culturels – entré en vigueur le 3 janvier 1976. Ces deux pactes ont
.sc

été élaborés différemment. Leur conclusion repose sur une succession de trois étapes
distinctes. Avant d’en arriver à la conclusion officielle, il va y avoir une première étape, qui
w

commence d’ailleurs avant la DUDH. De 1946 à 1948. On peut nommer ça hésitation


w

universelle. En effet, dans ce laps de temps, les États sont opposés sur le fait d’avoir une
w

convention internationale protégeant les Droits de l'Homme et sur le fait que ce soit ou non
un objet de compétence exclusive des États, sans emprise du Droit international.

La position française se fonde sur un certain pragmatisme. Il convient d’imposer un


système hybride, avec une déclaration de principe, suivie immédiatement d’instruments
conventionnels en matière de protection des Droits de l'Homme. La DUDH est ainsi adoptée,
ensuite de quoi un travail de conventionalisation des droits est adopté, dans une deuxième
étape, une étape de préparation. La perspective est strictement civile et politique. D’autres
États ont une vision plus globale, considérant qu’il faut intégrer des droits de nature
économique, sociale et culturelle. La solution imaginée par les rédacteurs des deux pactes va
être pragmatique pour obtenir un max de goût, huh, de ratifications. Un premier instrument
conventionnel va viser le civil et politique quand un autre instrument, économique, social et
culturel. On est en 1954.

On est en droit de se demander comment garantir l’effectivité de droits qui ne


visent pas les États mais les individus. En 1948, les conventions internationales sont des
accords conclus entre États à destination des individus. En 1954, la France a posé la question
de savoir s’il ne fallait pas ici joindre à la proclamation des Droits de l'Homme un mécanisme

5 Paragraphe 1er · La souveraineté étatique


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
de protection international permettant d’engager la responsabilité des États et de la
sanctionner. La proposition française a été accueillie positivement par certains pays de
l’Europe, pas trop par les Usa, et alors pas du tout par la Russie de l’époque. Pendant 12 ans,
il va y avoir ainsi une lutte politique pour faire intégrer une dimension institutionnelle d’un
pacte ayant une portée normative. A côté des deux pactes, on va voir la possibilité pour les
États d’envisager l’élaboration d’un protocole facultatif dont l’objet serait d’instituer le
mécanisme de contrôle. En 1966 seront ouverts à la signature et ratification les deux pactes,
et un seul protocole sur les droits civils et politiques.

Le pacte relatif aux droits civils et politiques est la reprise des droits proclamés dans
la DUDH, dits inhérents à la personne humaine. Seront ainsi affirmés le droit à la vie,
l’interdiction de la torture et de l’esclavage, le droit à la sûreté individuelle, l’interdiction des
détentions arbitraires, les différents droits de la défense… Ce pacte international va être
complété par un protocole facultatif qui instaure un comité de surveillance des engagements
interétatiques. Chose intéressante, le pacte sur les droits civils et politiques est complété le 15
décembre 1989 par un protocole additionnel relatif à l’abolition de la peine de mort. Celui-ci
entre en vigueur en 1991. Pour le pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels,
sont proclamés des droits tels quel le droit au travail, le droit au travail sous des conditions

ne
justes et équitables, la liberté syndicale, la Sécurité Sociale…

hi
L’absence remarquable de ces deux pactes, c’est le droit au respect de la
propriété et au respect des biens, quand bien même il est présent dans la DUDH. En effet,

ac
la Russie s’opposait à la reconnaissance internationale du Droit au respect de la propriété
aM
privée, quand les USA refusaient eux que soit intégré dans un instrument conventionnel un
quelconque droit d’asile aux individus persécutés dans leur pays. Le compromis a été
pragmatique. Celui de s’en taper.
/L

La dynamique universelle à vocation générale va être complétée par une


m

perspective spécialisante. Il va en résulter tout un ensemble de conventions, consacrées soit


co

à la reconnaissance de droits additionnels, soit à la reconnaissance de droits au profit de


personnes spécifiques. Dans le cadre de l’ONU, le 20 novembre 1989 a été adoptée la
d.

Convention sur les droits de l’enfant, entrée en vigueur le 2 septembre 1990. On peut
encore noter la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels
rib

inhumains et dégradants du 10 décembre 1984, entrée en vigueur le 26 juin 1987.


De même que la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale,
.sc

adoptée le 21 décembre 1965… Moralité, il y a une dynamique générale et une dynamique


plus spécifique.
w
w

Bon alors évidemment, cela prend du temps, d’où la volonté, au niveau régional,
w

sur un plan géographique donc plus restreint, d’élaborer des instruments proclamant des
droits et libertés au profit de la personne privée, en y adjoignant si possible des mécanismes
de contrôle. La lenteur des négociations internationales a été dépassée par les priorités
régionales. Le Conseil de l’Europe, dès 1949, a eu un rôle ainsi important. Vu son statut, il a
vocation à protéger les libertés individuelles, les libertés politique et la prééminence du Droit.
Si bien que la CESDH est adoptée. Elle est adoptée le 4 novembre 1950. Relativement
rapidement donc. Cette convention lie aujourd'hui 47 États, membres du Conseil de
l’Europe. En 1950, droits et libertés de nature civile et politique sont dégagés. Au niveau
régional est affirmé un ensemble de droits inhérents à la personne humaine, des droits qui
vont être élargis par une brochette de protocoles. Aujourd'hui en 2010, des droits
économiques, sociaux et culturels y sont ainsi visés.

Chez les américains, en 1948, au sein d’une OEA (Organisation des États
Américains), a été adoptée la déclaration américaine des droits et devoirs de l’Homme,
complétée en 1969 par une convention américaine relative aux Droits de l'Homme. De là
découle une Commission interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH) et une Cour
interaméricaine des Droits de l'Homme (CiADH, IACHR in English)

Paragraphe 1er · La souveraineté étatique 6


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
La préoccupation des Droits de l'Homme remonte au XIIIème siècle pour le
continent africain. En 1236, la charte de KOUROUKAN FUGA est signée. Bon alors, il va falloir
attendre un peu plus longtemps pour obtenir un mécanisme conventionnel. La
préoccupation n’entend pas être juridique, mais sociale, et doit s’accorder avec les systèmes
culturels des États. La Charte africaine des Droits de l'Homme et des peuples va intégrer qu’il
y a des droits et libertés individuels en parallèle de droits au profit de peuples différents.

Il doit y avoir dans l’appli des différentes conventions la prise en compte d’une
donnée fondamentale, la souveraineté de l’État, mais également une donnée juridique
essentielle qui est qu’on ne soit pas dans un rapport normatif normal de Droit international.
D’où une spécificité formelle consacrant la spécificité des rapports entre État et individu.

Chapitre I
Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme

ne
au plan international

hi
Section 1
ac
aM
Les principes fondamentaux
/L

en matière de protection des Droits de l'Homme


m
co

{Note tout à fait inutile : Vu le caractère assez… laconique du plan, vu le flot de


données qu’on écume à chaque cours, mes titres sont plus nombreux, histoire d’aérer le
d.

monobloc làà}
rib

Ici, lorsqu’on prend les différentes conventions en matière de protection des Droits
.sc

de l'Homme, on constate qu’elles sont ratifiées… par des États, sur une question spécifique,
à savoir la protection des Droits de l'Homme.
w

Sous couvert d’une relative simplicité, cela ramène à la SDN, qui a intégré l’Art. 15
w

§8 qui prévoit en substance qu’il existe certaines questions, certains domaines, qui relèvent
w

de ce que l’on appelle le domaine réservé de l’État. Cette affirmation d’un domaine réservé
soulevait in fine trois points fondamentaux. Le traitement des étrangers faisait l’objet de leur
compétence nationale exclusive, que le Droit international ne pouvait les limiter. Point
suivant, la nationalité, conférée par un État à un individu est également une compétence
réservée aux États. Troisième point, le traitement des individus sur le territoire national. Il est
aussi du domaine réservé de l’État. L’Art. 2 §7 CNU reprend cet article. Des domaines restent
donc sans emprise par le Droit international.

Le principe fondamental à retenir, c’est le principe de la souveraineté étatique. La


question des Droits de l'Homme devra préalablement être envisagée en tenant compte de
cette donnée essentielle, bref la souveraineté de l’État. On peut d’ores et déjà affirmer qu’il
ne peut y avoir de DIDH sans souveraineté des États. Sous l’emprise de ces deux dispositions,
on pourrait croire que la souveraineté limite la portée des Droits de l'Homme. En réalité, il
n’en est rien, dans la mesure où les Droits de l'Homme procèdent de la souveraineté de
l’État. Lorsque des conventions sont signées, ratifiées, et bah c’est le résultat de l’exercice
d’une compétence souveraine de l’État. Néanmoins, si c’est juridiquement correct, on peut
s’interroger ce de qu’il advient après ce processus. Si un État s’engage, a priori, il reste

7 Paragraphe 1er · La souveraineté étatique


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
encore libre de déterminer la portée de son engagement, et à l’instar d’autre questions de
Droit international, l’État reste souverain d’une compétence discrétionnaire pour appliquer
ou non des mécanismes qu’il a pourtant signés et ratifiés. L’autre principe fondamental à ce
titre, c’est celui de non-ingérence dans les affaires des États. En matière de protection des
Droits de l'Homme, c’est particulièrement le cas. Si on prend un document de 1989 élaboré
par l’institut de Droit international, qui entend tenter de peut-être codifier le Droit
international.

Paragraphe 1er
La souveraineté étatique

A · Ingérence & dignité humaine

ne
Les droits de l’Homme sont l’expression de la dignité humaine et l'obligation des
États à ratifier ces droits est la reconnaissance de cette dignité. L’interdiction de non-

hi
ingérence des affaires intérieures ne doit pas se faire au détriment des droits et libertés

ac
humaines. Obligation générale de garantir la dignité humaine. Pour ce faire, il faut fonder
juridiquement ce Droit. Si cette dignité n’est pas respectée par un État, sa responsabilité peut
aM
être engagée.
/L

B · Intervention d’humanité & intervention humanitaire


m
co

L'intervention d’humanité ne doit pas être confondue avec l'intervention


humanitaire. La première est une ancienne notion du Droit international qui a été
d.

développée par les États afin de protéger leurs ressortissants lorsque ceux-ci, sur le territoire
d’un autre État, faisaient l’objet d’une violation massive de leurs droits fondamentaux. Un
rib

État pouvait traditionnellement utiliser la force comme tout moyen de Droit pour faire cesser
cette violation. Les États ont utilisé cette exception au principe de non-ingérence pour agir
.sc

contre un tel État.


w

Les USA ont entendu justifier l'intervention militaire au Kosovo en se basant sur le
w

principe d'intervention d’humanité.


w

Paragraphe 2e
La subsidiarité des instruments conventionnels
en matière de protection des Droits de l'Homme
Derrière ça est traduite l’idée selon laquelle l’application des traités en matière de
protection des Droits de l'Homme repose principalement sur leur application en Droit
interne. Autrement dit, les instruments conventionnels n’ont pas vocation au Droit national.
Ils n’ont que pour vocation d’affirmer au niveau international des minimas que les droits
nationaux peuvent dépasser.

Il n’y a pas de substitution du Droit national par la norme internationale qui ne


fait finalement que le compléter.
Paragraphe 2e · La subsidiarité des instruments conventionnels
en matière de protection des Droits de l'Homme 8
 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
A côté de ce volet strictement normatif, un volet plus institutionnel joue.
Il appartiendra en premier lieu aux autorités nationales d’appliquer les différentes
conventions internationales en matière de protection des Droits de l'Homme signées et
ratifiées par l’État. d’où une marge d’appréciation pour eux, leur permettant de déterminer
les moyens à même de garantir la réalisation des droits et libertés proclamés au niveau
international.

Ce principe de subsidiarité est fondamental pour les États qui se lient


souverainement au respect d’un engagement international tout en se réservant le choix des
moyens, légaux, opérationnels, pour en assurer les effets. Dans la majorité des conventions
internationales, ce principe de subsidiarité va se traduire par des obligations de résultat à la
charge des États, ceux-ci devant garantir et respect les droits proclamés, avec une liberté
totale. C’est du moins ce qu’ils croyaient entre la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et
1966.

Juridictions universelles et régionales vont interpréter les différentes conventions en


matière de protection des Droits de l'Homme. la subsidiarité sous l’angle normatif va être
relativisée, quand l’approche institutionnelle va être profondément refondée.

ne
L’interprétation va être pro victima, fixée non seulement sur les besoins de l’État

hi
mais les droits des individus. Cette interprétation va être selon une méthode dynamique
caractérisée par l’idée selon laquelle le minima est devenue la norme nationale, et non plus

ac
la norme internationale. C’est particulièrement vrai dans le contentieux européen, car la
aM
CEDH va de manière continue avoir pour objectif d’instaurer au niveau européen un Ordre
public européen sur la base d’une interprétation de la CESDH. Et c’est pareil du côté de la
Cour interaméricaine. Sur le plan institutionnel, cela se traduit par une redéfinition des
/L

obligations des États. Exit la seule obligation de résultat. Maintenant, il y a obligation de


moyen et de résultat. Des axes et méthodes vont être imposés par les organes chargés de la
m

surveillance des instruments en matière de protection des Droits de l'Homme.


co
d.

Section 2
rib

Les obligations relatives à l’applicabilité des droits garantis


.sc
w

Ici, ça va être chargé. En effet, le Droit conventionnel des Droits de l'Homme ne


w

repose aucunement sur une transcription parfaite des obligations des États découlant
traditionnellement des traités. Cela va être particulièrement visible dans deux cas, les
w

obligations dites territoriales et les obligations substantielles.

Paragraphe 1er
Les obligations spatiales des États :
Flexibilité territoriale des instruments conventionnels
Vu la Convention de Vienne de 1969 sur le Droit des traités, un traité en Droit
international a vocation à s’appliquer sur le territoire d’un État. L’Art. 29 l’exprime.
Il existe ainsi des obligations territoriales qui imposent aux États d’assurer l’application des
conventions sur leur territoire. On constate que les différentes conventions en matière de
protection des Droits de l'Homme ne vont pas utiliser de façon systématique une perspective
territoriale. Il va y avoir deux visions qui, juridiquement, vont se traduire par un certain

Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :


9 Flexibilité territoriale des instruments conventionnels
 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
pragmatisme qui va prendre à revers les principes traditionnels du Droit international.
Dans un premier temps, la vision est très attachée au Droit international public général,
défendant l’idée que les instruments de protection des Droits de l'Homme ont un champ
d’application qui se limite au seul territoire des États.

A côté de cette approche dictée par une interprétation littérale du Droit


international public des traités, une autre entend se baser sur le critère d’imputabilité.
Celui-ci s’oppose au critère territorial. Il défend l’idée d’un État, au titre des conventions
internationales en matière de protection des Droits de l'Homme, qui a une responsabilité en
vers tout ce sur quoi il peut avoir une influence.

En matière de DIDH, il faut donc nécessairement se référer au traité, histoire de


savoir ce qui en résulte.

Au niveau onusien, l’Art. 2 §1 du pacte de 1966 évoque une clause d’application


territoriale énonçant que les États s’engagent à respecter et garantir à tous les individus, se
trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence, les droits reconnus dans le
présent pacte. On constate d’emblée qu’au sein de la perspective onusienne, le critère de la

ne
territorialité et le critère de l’imputabilité sont joints. La solution se veut là aussi pragmatique.

hi
Au niveau européen, la CESDH, dans son Art. 1er, les htes parties contractantes
reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis par la

ac
présente convention. Une nouvelle notion apparaît, et ce n’est ni la notion de territorialité, ni
aM
la notion d’imputabilité, mais une notion indéfinie, générale de juridiction. Il va être tenté
d’identifier un champ d’application géographique tel que celui-ci a été défini dans la
jurisprudence européenne, mais aussi interaméricaine.
/L

On peut soulever 4 possibilités, pour savoir si cette notion de juridiction permet de


m

faire droit à certaines formes de responsabilités de l’État dans des situations particulières.
co

C’est pourquoi il faudrait envisager dans un premier temps le cas de figure le plus simple,
l’étendue de la responsabilité de l’État pour les faits qui se déroulent sur son territoire
d.

national.
rib

Autre cas de figure, c’est si la responsabilité d’un État membre d’une organisation
internationale pour les faits de celle-ci.
.sc

Troisième possibilité, c’est la responsabilité de l’État pour le fait d’un autre État avec
w

lequel il coopère.
w

Dernière hypothèse, c’est celle qui se demande si la notion de juridiction reconnaît


w

une responsabilité extraterritoriale de l’État, idée évolutive.

A · La responsabilité de l’État pour les faits qui se déroulent sur son territoire
Là, la solution pourrait sembler simple. La solution est que, par principe, tout
instrument conventionnel en matière de protection des Droits de l'Homme, a vocation à
s’appliquer sur le territoire d’un État, au profit des individus qui se trouvent sur son territoire.

Le problème ici, c’est que, sous couvert de cette affirmation, il n’y a pas de prise en
considération des spécificités constitutionnelles des États. D’où la question de savoir si, dans
certaines situations, quant à leur portée géographique au sein des Etats, ne devraient pas
être redéfinies. Cela a été mis en évidence concernant les États fédéraux. Il fallait déterminer
si le particularisme constitutionnel d’un État pouvait conduire à redéfinir les obligations
géographiques de cet État. Le critère de territorialité devrait intégrer le particularisme fédéral.

Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :


Flexibilité territoriale des instruments conventionnels 10
 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 

1 · La question de la présomption de responsabilité


a · D’un contrôle du territoire on déduit une présomption de compétence
Dans un premier temps, la solution est donnée au niveau européen. La
problématique des États fédérés s’est posée dans un arrêt de la CEDH au sujet de l’affaire
ASSANIDZÉ C/ GEORGIE, donnant lieu à un arrêt du 8 avril 2004. Dans cette affaire, un
individu avait été condamné puis finalement acquitté par la Cour suprême de Géorgie.

Le problème, c’est que le condamné était emprisonné dans une province qui refuse
de le remettre en liberté.

Il invoque donc l’Art. 5. On retrouve donc le Gouvernement géorgien en train de


s’enfiler des saucisses à Strasbourg, qui invoque qu’il n’a pas personnellement, en tant
qu’autorité centrale, violé les engagements conventionnels, car la décision contraire à la
Convention est imputable à une entité fédérée. Si on raisonne strictement, on pourrait

ne
éventuellement opposer à l’argument géorgien un principe du Droit international qui veut
qu’un État ne puisse exciper des insuffisances de son Droit interne pour échapper à ses

hi
obligations internationales. Cet argument manque de force contre les Droits de l'Homme car

ac
il ne fait que se focaliser sur la responsabilité internationalité des État.
aM
La CEDH va contrer l’argument de la Géorgie en relevant dans un premier temps
que la notion de juridiction telle qu’entendue à l’Art. 1er CESDH est principalement
territoriale. La province relou fait partie du territoire géorgien. Elle est assujettie à la
/L

compétence et au contrôle de l’État géorgien.


m

Ainsi, il y a présomption de compétence.


co

La Géorgie est donc présumée compétente pour déterminer les mesures à adopter
d.

au niveau international pour mettre fin à la violation de l'obligation de la convention.


rib

Reste qu’il y aurait possibilité de renverser cette présomption.


.sc

La Cour va s’attacher ensuite à examiner de façon littérale la CESDH, la reprenant


pour déterminer s’il y a ou non des dispositions qui permettent dans cette situation qu’il y a
moyen de renverser cette présomption. Elle opère d’abord par comparaison, avec l’Art. 28
w

de la Convention américaine des Droits de l'Homme. Il en découle une clause fédérale qui
w

permet à l’État fédéral de relativiser pour partie ses obligations au titre de la Convention
w

américaine de 1969. Et bah dans la CESDH, y en a pas. D’où le principe selon lequel, s’il n’y
en a pas, et bah la Convention ne doit pas s’appliquer de manière différente sur une partie
du territoire de l’État. l’État doit respecter la CESDH, quelle que soit la partie de son territoire.
Le renversement de la présomption est possible, mais n’est pas prévu par la CESDH. Elle en
déduit que l'obligation souscrite par l’État est une obligation intégrale qui appelle donc de
sa part une application sur la totalité du territoire sur lequel il a un contrôle effectif.

b · D’un contrôle effectif ou non dépend le renversement de la présomption de compétence


Si le contrôle n’est pas effectif, plusieurs situations entrent en jeu.
Un premier cas de figure, historique, se matérialise par l'hypothèse où un État ne peut pas
exercer de contrôle sur une partie du territoire parce qu’un autre État le fait à sa place. Dans
ce cas de figure, vu l’affaire LOIZIDOU C/ TURQUIE avec l’arrêt du 18 décembre 1996. La
Cour admet que la présomption de compétence développée doit être renversée dans la
mesure où la responsabilité de l’État chypriote ne peut pas être engagée en raison des actes
ou mesures contraires à la convention qui pourraient être observés ou appliqués sur la partie
Nord du territoire. Enfin, la Cour fait peser le contrôle effectif par l’État turc qui doit alors
Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :
11 Flexibilité territoriale des instruments conventionnels
 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
assurer le respect de la CESDH sur la partie du territoire chypriote. La présomption de
compétence peut donc être renversée.

c · D’un contrôle partagé on déduit une responsabilité conjointe


Dans un autre cas de figure, les deux précédentes affaires vont être relativisées
quand va apparaître la possibilité que certaines portions soient contrôlées par deux États,
d’où une responsabilité conjointe. Avec une affaire ILIASCU C/ MOLDAVIE ET RUSSIE, la
CEDH considère dans un arrêt du 8 juillet 2004 que deux États doivent être considérés
comme responsables pour les violations qui ont lieu sur le territoire d’un d’entre eux ce
indépendamment de tout critère de contrôle. Il en résulte un élargissement des obligations
étatiques. En l’espèce, en Moldavie, une région, la Transnistrie s’est amusée à se déclarée
unilatéralement autonome. Là-bas, les prisonniers contrairement aux garanties procédurales.
La torture c’est leur passion. La Moldavie n’a aucun contrôle effectif sur cette partie du
territoire. Elle ne peut pas se rendre sur ce territoire car il y a risque de conflit armé. Malgré
tout, M. ILIASCU et ses compères invoquent la responsabilité de la Moldavie en s’appuyant
sur la jurisprudence ASSANIDZÉ. L’argument qui est opposé à leur requête est fait sur la base
de la jurisprudence LOIZIDOU. Si ce n’est pas la Moldavie, c’est un autre État. Ils vont alors

ne
considérer que la Transnistrie fait l’objet d’un soutien public de la part du Gouvernement
russe. Le contrôle, s’il n’est pas effectué par la Moldavie, est donc subsidiairement exercé par

hi
le Gouvernement russe. La Cour va finalement mettre les deux États dans le même panier, en

ac
deux temps, en considérant d’abord que même en l’absence de contrôle effectif sur la région
de Transnistrie, la Moldavie demeure tenue en vertu de l’Art. 1er de la CESDH par l'obligation
aM
positive de prendre les mesures qui sont en son pouvoir et en conformité avec le Droit
international afin d’assurer dans le chef des requérants le respect des droits garantis par la
Convention. L’affirmation de la jurisprudence ASSANIDZÉ est claire et nette, en tempérant
/L

avec la jurisprudence LOIZIDOU. Peu importe le mouvement autonomiste. Et la CEDH va


m

sabrer la Russie également car elle exerce une influence sur les autorités de Transnistrie afin
que les violations des obligations cessent. La notion de juridiction ne concerne pas
co

uniquement le territoire cerclé de frontières mais le territoire sur lequel il y a contrôle


susceptible d’être exercé par un État.
d.
rib

2 · Les tempéraments jurisprudentiels


.sc

a · de la CRSR et de la CiADH : présomption de responsabilité de l’État fédéral


w

La Convention relative au statut des réfugiés signée le 28 juillet 1951 et entrée en


w

vigueur le 22 avril 1954, sous l’égide des Nations Unies, apporte quelques tempéraments à la
solution européenne. Des dispositions intègrent ainsi la donnée constitutionnelle nationale.
w

Une clause fédérale permet théoriquement aux États fédéraux de différencier le régime de
responsabilité entre la responsabilité de l’État central et la responsabilité des États fédérés.
Dans cette convention, on apprend qu’il y a présomption de compétence de l’État
fédéral. Mais s’il s’avère que les autorités fédérées ont des compétences qui peuvent aboutir
à une violation de la Convention, la responsabilité de l’État fédéral n’est pas forcément
engagée. Cette disposition reconnaît que l’État fédéral peut ne pas forcément contrôler tout
sur la totalité de son territoire. Cette convention en déduit une responsabilité allégée pour
cet État fédéral. La solution européenne n’est pas reprise dans le cadre plus large onusien.

La CiADH intègre elle aussi une clause dite fédérale. L’Art. 28 de cette CiADH
prévoit que le Gouvernement central de tout État partie constitué en État fédéral engendre
que l’État fédéral ne soit responsable des violations de la convention que si elles découlent
directement de son action ou de ce qui ressort de sa compétence.
L’État doit tout faire – l’obligation est positive - pour que les entités fédérées
appliquent et respectent les dispositions de la Convention.
La clause fédérale n’exonère donc pas l’État central de sa responsabilité. Il reste responsable.
S’il n’est pas compétent, il doit tout faire pour que la CiADH soit respectée.
Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :
Flexibilité territoriale des instruments conventionnels 12
 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 

b · en passant par la CESDH : Alignement jurisprudentiel : responsabilité de l’État sur son territoire,
indépendamment des contrôles sur celui-ci et de sa structure fédérale
Dans l’affaire GARRIDO C/ ARGENTINE, du 27 août 1998, la Cour a considéré qu’en
vertu d’une jurisprudence internationale évolutive, au regard de la CESDH, un État ne peut
pas exciper de sa structure fédérale pour s’exonérer de ses obligations au titre de la
convention. Sous couvert d’une interprétation croisée des conventions, il y a alignement
jurisprudentiel confirmant le fait qu’un État soit responsable sur l’intégralité de son territoire,
indépendamment de sa structure fédérale et du fait qu’il exerce ou non un contrôle sur ce
territoire.

La responsabilité de l’État est présumée et il y a peu de chances au vu de


l’interprétation conventionnelle qu’elle fasse l’objet de prescription.

Depuis 1945, on assiste nettement à une institutionnalisation des rapports entre


États qui prend la forme de l’adhésion de ceux-ci aux organisations internationales. On

ne
dissocie l'organisation internationale de coopération de l'organisation internationale
d’intégration. L’organisation internationale d’intégration voit une donnée juridique avoir

hi
une incidence en matière de protection internationale des Droits de l'Homme. Lorsqu’un

ac
État adhère à l’Union Européenne, celui-ci transfère une partie de ses compétences à celle-ci.
Le problème, c’est de savoir si ce transfert de compétence se traduit par un transfert
aM
d’obligations. Est-ce que l’État qui adhère reste responsable, ou est-ce l'organisation
internationale, qui exerce alors la compétence dans le domaine, visé qui devient
responsable ?
/L

B · Le respect des engagements souscrits


m
co

Le droit international général, en particulier le Droit international des traités, a


d.

établi un principe fondamental en vertu duquel un État ne peut se délier d’un Traité
antérieur par la conclusion d’un Traité postérieur avec d’autres parties.
rib

Ceci est confirmé à l’Art. 30 du projet d’article sur la responsabilité internationale


.sc

des États. On en déduit qu’un État qui est partie à une convention en matière de protection
internationale des Droits de l'Homme, ne peut s’en délier lors de la conclusion d’une autre
w

convention. Ceci dit, les obligations des États membres de l’Union Européenne, au titre de la
w

CESDH, subsistent. Si un État adhère à l’Union Européenne, il ratifie la CESDH et doit la


respecter. Juridiquement, il y a donc deux types d’obligations, des obligations
w

communautaires et des obligations relatives à la CESDH.

Mais que se passe-t-il lorsqu’un État membre de l’Union Européenne doit appliquer
le Droit de l’Union Européenne alors que ce Droit le conduit à adopter des mesures
individuelles contraires à la CESDH ? Les obligations communautaires ne sont pas celles
de la CESDH. Or l’Union Européenne n’est pas membre à la CESDH.

1 · Les interférences entre CESDH et Droit Européen : le transfert de compétences


La question de cette cohabitation juridique s’est posée à l’occasion du Droit de
vote à Gibraltar. Lorsque le Parlement Européen a pu être élu au Suffrage universel direct, le
Royaume-Uni a choisi de ne pas l’appliquer là-bas, ce de manière à ne pas envenimer les
relations avec l’Espagne. Lorsque le rôle du Parlement européen a été renforcé au travers du
principe de codécision, des ressortissants de Gibraltar ont voulu invoquer l’Art. 3 du
protocole I de la CESDH, revendiquant alors de se voir reconnaître le Droit à des élections
libres, ce que lui reconnaît ledit article. Bref, la décision du Gouvernement britannique était
Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :
13 Flexibilité territoriale des instruments conventionnels
 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
contraire à cet article. Au niveau communautaire, la décision britannique avait été validée par
la totalité des États membres. Le Royaume-Uni se cachait derrière ça pour rejeter la faute sur
l’Union Européenne qui avait consenti ce régime dérogatoire. Une requête a donc été
présentée devant la CEDH, qui a tranché dans un arrêt MATTHEWS C/ ROYAUME-UNI du 18
février 1999.

Dans cet arrêt, deux droits, le Droit communautaire, et le droit de la CESDH, sont
en conflit. Il y a confrontations d’obligations juridiques distinctes. Plus encore, ce sont deux
ordres juridiques distincts qui se croisent, d’où la question de savoir si le Droit de l’Union
Européenne peut être sanctionné sur le terrain de la CESDH.

La Cour impose ici aux États membres de l’Union Européenne une obligation
de vigilance, dans la mesure où elle affirme dans un premier temps que la Convention
n’exclue absolument pas le transfert de compétence à des organisations internationales.

La Cour valide l’idée de transferts de compétence des États membres à des


organisations supranationales. Elle nuance de suite en affirmant que ce transfert puisse
opérer pourvu que les droits continuent d’être reconnus. Cela signifie que « pareil transfert

ne
de compétence ne fait donc pas disparaître la responsabilité des États membres ».
En l’espèce, la décision du Gouvernement britannique résultait d’un accord avec l’Union

hi
Européenne, ce n’était pas le fruit d’un choix unilatéral du Gouvernement britannique. La
Cour prend en compte cette donnée, affirmant que l’acte de 1976 et le Traité de Maastricht

ac
rappelle que le Royaume-Uni y a librement souscrit. De ce fait, le Royaume-Uni,
aM
conjointement avec l’ensemble des autres parties au Traité de Maastricht, est responsable
rationæ materiæ au titre de l’Art. 1er CESDH, et en particulier de l’Art. 3 du protocole I.
/L

2 · Les interférences entre CESDH et CNU


m

a · Le respect d’une Résolution du CSNU


co

Dans le cadre des sanctions adoptées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies
d.

au sujet du conflit yougoslave, des résolutions font l’objet d’une transposition au niveau
rib

communautaire à travers l’adoption de règlements. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies,


dans le cadre d’une Résolution adaptée au regard du chapitre VII de la Charte des Nations
.sc

Unies, avait imposé aux États membres des Nations Unies de geler toutes les propriétés en
provenance de l’État yougoslave. Bref, embargo, boycott. Ces résolutions ont donc été
w

transposées par un Règlement qui voit le Conseil imposer aux États membres de l’Union
Européenne le gel de tout objet en provenance de la Yougoslavie. Une société irlandaise qui
w

avait un avion en leasing qui appartenait à un propriétaire yougoslave. Le Gouvernement


w

irlandais prononce sa confiscation. Le propriétaire présumé invoque devant la CEDH un Droit


garanti par le protocole I, à savoir le Droit de propriété. Le requérant considère que la saisie
de son aéronef constitue une violation de ce protocole. Il conteste la mesure adoptée par les
autorités irlandaises au regard du règlement communautaire.

L’État n’avait pas de marge d’appréciation. L'obligation était générale.


La résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies était également impérative.

De fait, dans un arrêt BOSPHORUS C/ IRLANDE du 30 juin 2005, la CEDH est


amenée à se prononcer non seulement sur les obligations du Gouvernement irlandais, la
mesure individuelle contraire à l’Art. 1er du protocole I, mais en réalité indirectement sur la
conformité du règlement communautaire par rapport à l'obligation, dans la mesure où l’État
irlandais n’avait aucune marge de manœuvre, mais encore sur la validité de la résolution du
Conseil de Sécurité des Nations Unies, dans la mesure où le grief porte sur une mesure
nationale individuelle trouvant son fondement juridique sur une résolution au regard de la
Charte des Nations Unies.

Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :


Flexibilité territoriale des instruments conventionnels 14
 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
Trois ordres juridiques sont à trancher, sans outrepasser sa compétence, sans
s’attaquer à des pays ou organisations supranationales non membres à la CESDH.
La CEDH va alors faire preuve de pragmatisme. Elle va avoir une vision très limitée de sa
propre compétence. Ainsi, ➀ la CESDH doit s’interpréter à la lumière de toute règle de Droit
international applicable. ➁ Ensuite, La CESDH doit intégrer d’autres données que les seules
qui sont propres aux Droits de l'Homme. De là à avoir une compétence générale,
probablement pas. La Cour reconnaît l’importance croissante de la coopération
internationale et la nécessité qu’il en découle d’assurer le bon fonctionnement des
organisations internationales. ➂ Enfin, le souci de respecter le Droit communautaire
constitue pour une partie contractante un dessein légitime. Elle va incidemment autoriser le
motif permettant une restriction à un Droit garanti par la CESDH. La Cour en dégage un
intérêt légitime à la restriction d’un Droit garanti.

b · La présomption de conformité des mesures adoptées en application des obligations internationales de l’État
Le respect des obligations internationales d’un État est un motif légitime de
restriction des droits garantis par la Convention.

ne
La Cour reconnaît une présomption de conformité des mesures adoptées en
application des obligations internationales de l’État. Les autorités irlandaises bénéficient

hi
d’une présomption de conformité des obligations litigieuses dans la mesure où elles

ac
découlent d’obligations internationales, découlant du Droit communautaire et de la Charte
des Nations Unies. Cette présomption pourra être renversée. La Cour va menacer l’Union
aM
Européenne. Elle conditionne cette présomption de conformité à la présence d’un contrôle
juridictionnel effectif au sein de l'organisation internationale, au sein de l’Union Européenne.
S’il s’avère qu’État membre de l’Union Européenne applique un règlement communautaire
/L

en adoptant une mesure individuelle, si le destinataire peut la contester devant une


m

juridiction propre à cette organisation internationale, il y a alors présomption de conformité.


Si la Cour avait censuré la décision nationale, elle censurait indirectement le règlement
co

communautaire et donc la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Là, elle se
d.

réfugie derrière la présomption d’une conformité du Droit communautaire avec le Droit de la


CESDH. La Cour n’exclue donc pas la possibilité de contrôler et sanctionner la législation
rib

communautaire. Tant qu’il y a équivalence des systèmes de protection, il y a présomption de


conformité, mais si ce n’est plus le cas, il pourra y avoir contrôle et sanction.
.sc

3 · CJCE Vs CEDH : kikalaplusgrosse ?


w
w

La jurisprudence BOSPHORUS C/ IRLANDE du 30 juin 2005 de la CEDH pose une


w

épée de Damoclès au-dessus de la CJUE, enfin la CJCE. Ce qui n’empêche pas la CJUE de
s’accrocher au rocher.

La CJCE va se démarquer de la CEDH en invoquant l’idée qu’elle puisse invalider un


règlement communautaire adopté par le Conseil en application d’une résolution des Nations
Unies.

Au lendemain du 11 septembre, le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte


tout un tas de résolutions pour engager une guerre contre le terrorisme international. Le
plus simple des instruments étant de toucher au portefeuille. La Communauté européenne
reprend la résolution afférente dans un règlement communautaire, imposant une obligation
communautaire aux États de geler les avoirs des personnes inscrites sur cette liste.
Une brochette de requêtes a été envoyée devant le tribunal de première instance de l’Union
Européenne pour contester la validité du règlement communautaire, non pas au regard de la
CEDH, mais par rapport aux droits fondamentaux tels que dégagés par la jurisprudence de la
CJCE.

Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :


15 Flexibilité territoriale des instruments conventionnels
 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
Un arrêt de septembre 2009 au sujet de l’affaire KADI a ainsi été rendu. En Droit
communautaire il est fondamental, quand, en Droit international il pose des problèmes.
Mais en tout cas, la protection de la communauté n’est pas équivalente à la CEDH.
La CJCE va plus loin que la CEDH en ce qui concerne les mesures individuelles prises au
regard d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies. La CJCE entend protéger
le Droit de propriété. Cela découle de sa jurisprudence, mais également des différents
engagements conventionnels souscrits par les différents États membres, notamment le pacte
sur les droits civils et politiques, etc. La CJCE reconnaît ainsi le Droit au procès équitable.
Ces droits doivent donc être pris en compte lorsque les institutions légifèrent.
En l’occurrence, le règlement contrevient au Droit de propriété et ne garantit pas un Droit au
procès équitable. La CJCE sabre le règlement litigieux sur le fondement de ces deux droits.
La CJCE sanctionne indirectement une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies
pour non respect des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales, obligeant les États
membres à les respecter, mais obligeant aussi les États membres siégeant au Conseil de
Sécurité des Nations Unies à devoir, lorsqu’ils statuent dans ce cadre, faire prévaloir les droits
garantis dans le cadre de l’Union Européenne. Mais juridiquement, politiquement, cela
paraît encore tendu.

ne
Avec l’affaire BEHRAMI C/ FRANCE du 31 mai 2006, la CEDH valide l’action de
l’ONU dans la mesure où celle-ci se fonde sur des impératifs juridiques supérieurs à ceux de

hi
la CESDH.

ac
Voilà ce qui concerne la responsabilité de l’Etat du fait d’une action internationale.
aM
Une autre forme de responsabilité de l’Etat peut être envisagée : la responsabilité de l’Etat
pour le fait d’un autre Etat. D’une part une responsabilité en amont, et puis une
responsabilité en aval.
/L
m

C · Les types de responsabilité de l’État pour le fait d’un autre État avec lequel il coopère
co

1 · La responsabilité en amont
d.
rib

La responsabilité en amont, c’est la conséquence d’une mesure prise par un Etat


avant que n’intervienne un autre Etat, lorsque la mesure adoptée par le premier Etat risque
.sc

de violer des droits proclamés par une Convention internationale en matière de protection
des droits de l’homme.
w

Un arrêt à retenir, c’est celui de la CEDH, du 7 juillet 1989, SOERING CONTRE


w

ROYAUME-UNI. C’est le cas de la responsabilité d’un Etat avant que n’intervienne un autre
w

Etat. M. SOERING condamné à mort aux US, est arrêté au RU, et les US demandaient son
extradition.

Alors tout d’abord, la peine de mort n’est pas interdite par la CESDH : le droit à la
vie (Art. 2) peut être limité par la peine capitale (on en déduit que ce n’est donc pas une
obligation absolue). Donc le Royaume-Uni est en droit d’extrader, sous l’angle de la
Convention. La responsabilité du Royaume-Uni ne pouvait donc pas être engagée. Mais dans
l’argumentaire, M. SOERING considère que la décision des autorités britanniques, si elle
aboutissait à son extradition, le conduirait à subir non pas une atteinte à la vie, mais un
traitement inhumain et dégradant (Art. 3, qui pose, lui, une obligation absolue de
prohibition de la torture). Mais selon le Royaume-Uni, ce fait, qui constituerait une torture,
aurait été le fait des US et non pas du Royaume-Uni, si bien que la responsabilité du
Royaume-Uni ne pourrait donc pas être engagée, l’extradition étant elle licite. Dans sa
réponse, la Cour procède en deux temps :

A la question de savoir si le traitement réservé à M. SOERING est-elle une torture ou


un traitement inhumain et dégradant, la Cour relève que la peine de mort n’étant pas

Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :


Flexibilité territoriale des instruments conventionnels 16
 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
prohibée, le fait même de l’exécution ne pouvait engager la responsabilité du RU.
Le problème reposait ici sur l’attente dans les couloirs de la mort. Le simple fait d’attendre
constituait « éventuellement, virtuellement » une violation de l’Art. 3 CESDH. Même si la
violation n’avait certes pas encore eu lieu.

A la question de savoir si la violation potentielle, étant constatée, était-elle


imputable au Royaume-Uni, pour la CEDH, l’Etat contractant qui extrade un individu qui
risque d’être exposé à une violation des DH peut voir sa responsabilité engagée pour ce fait.

Mais cette décision a souvent été ma interprétée : certains y voient la réfutation de


la peine de mort, etc. Ce n’est pas le cas.

Dans l’affaire F. CONTRE ROYAUME-UNI du 22 juin 2004, l’État qui va extrader n’est
pas obligé d’assurer en amont que tous les droits garantis par la Convention soient
entièrement respectés dans le pays de destination. Il faut que le risque de violation soit
suffisamment réel et sérieux. S’il s’avère que ce risque est vérifié par la CEDH, la
responsabilité de l’État pourra être engagée.

ne
La solution rendue dans la jurisprudence SOERING a été suivie par le Comité des
Droits de l'Homme des Nations Unies dans l’affaire JOSEPH KINDLER C/ CANADA dans une

hi
communication individuelle qui a fait l’objet de constatations finales le 18 novembre 1993.
Dans cette affaire, le sieur KINDLER était détenu aux USA, s’échappe et se réfugie au Canada

ac
et s’y fait chopper. Les autorités canadiennes ont immédiatement voulu l’extrader en vertu
aM
d’un accord d’extradition, mais celui-ci a saisi le Comité des Droits de l'Homme pour les
Nations Unies en se basant sur l’Art. 6 §6 du Pacte international sur les droits civils et
politiques. Cette disposition énonce qu’aucune disposition de l’Art. 6 ne peut être invoquée
/L

pour retarder ou empêcher l’abolition de la peine capitale par un pays partie au présent acte.
Les États qui s’amusent à supprimer la peine de mort ne peuvent revenir en arrière. Mais le
m

Comité des Droits de l'Homme pour les Nations Unies n’est pas la CEDH. Le problème
co

juridique à trancher pour ce comité, c’est qu’en vertu de quelle interprétation ou


interprétation étatique des Droits de l'Homme faille-t-il apprécier l’extradition ? Bref, doit-on
d.

se focaliser sur une interprétation orientée vers les USA ou vers le Canada ? Toujours est-il
que le Canada extrade M. KINDLER et le Comité des Droits de l'Homme va se retrouver
rib

finalement devant le fait accompli, ne va pas le sanctionner le Canada dans la mesure où le


faire reviendrait à condamner le régime de la peine capitale aux USA.
.sc

Le Comité est revenu dans sa décision COX C/ CANADA via une communication
w

individuelle donnant lieu à des constatations finales le 31 décembre 1994 : lorsqu’un État
w

abolie la peine de mort, il ne peut pas revenir en arrière, ni extrader vers un État un individu
qui risque de l’encourir.
w

2 · La responsabilité en aval
Il peut y avoir également une responsabilité en aval. La responsabilité doit alors être
examinée après l’acte d’un autre État. Elle est rendue problématique dans la mesure où, la
reconnaître, c’est affirmer qu’une décision non liée par des obligations internationales puisse
être sanctionné quand bien même il n’est pas lié à un instrument.

Dans un premier temps, accepter une responsabilité en aval supposerait l’idée d’un
effet extraterritorial de la convention comme étant opposable à d’autres parties qui ne sont
pas membres à la Convention. Bref les instruments de protection des Droits de l'Homme ne
sont pas seulement opposables aux seuls États qui ont ratifié la Convention mais aussi les
États qui ne l’ont pas ratifiée.

Dans une affaire rendue contre la France et l’Espagne dans le cadre d’une requête
présentée par M. DROZD & JANOUSEK, donnant lieu à un arrêt de la CEDH du 26 juin 1992,
Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :
17 Flexibilité territoriale des instruments conventionnels
 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
un principe de responsabilité en aval est dégagé. Ces deux individus sont condamnés dans la
principauté d’Andorre, et l’exécution de la peine a lieu en France. Les requérants invoquent
d’abord l’Art. 6 CESDH. La Cour va analyser le statut des juges andorrans. Ceux-ci exercent
leurs fonctions à titre individuel, ne sont pas liés à leurs États – France et Espagne.
La composition du Tribunal, même si française et espagnole, n’engage pas ces deux États.
Reste que la peine est exécutée en France. Si la Cour considère que la France est responsable,
cela signifierait que les jugements, provenant d’États tiers non parties à la CESDH qu’elle
déciderait d’appliquer, obligeraient la France à devoir vérifier que ceux-ci ont été rendus
conformément à l’Art. 6 CESDH. La Cour accepte le principe en multipliant les précautions
dans un sens, affirmant que la responsabilité est engagée, mais au regard de l’Art. 5 relatif au
droit à la liberté et à la sûreté. La Cour va prendre pour formule que la Convention
n’obligeant pas les parties contractantes à imposer leurs décisions aux États tiers, il
n’incombe pas à la France de rechercher si la procédure donnant lieu à condamnation était
conforme à l’Art. 6. Néanmoins, les États contractants doivent toutefois se garder d’apporter
leur concours s’il apparaît que la condamnation résulte d’un déni de justice flagrant. La
jurisprudence SOERING est reprise. Les États doivent donc vérifier que certains droits garantis
par la CESDH n’ont pas été enfreints en cas de déni de justice flagrant. La Cour va aller plus
loin dans l’affaire PELLIGRINI C/ Italie engendrant un arrêt du 20 juillet 2001. A l’origine, le

ne
Vatican, non partie à la CESDH, rend une décision annulant un mariage. L’exécution du
jugement rendu par les tribunaux du Vatican avait été validée par les autorités italiennes.

hi
Une violation de l’Art. 6 était invoquée par le requérant qui estimait que cette procédure
devant les juridictions du Vatican n’était pas conforme à l’Art. 6. Lorsque l’Italie soumet à

ac
l’exequatur cette décision, elle engage sa responsabilité. La Cour estime qu’il incombait au
aM
Juge italien de vérifier que la Convention avait été respectée au Vatican avant même
d’exécution le jugement du Vatican. Cela suppose donc que les États doivent vérifier que la
Convention ait bien été respectée par un État qui n’est pas partie à la Convention. Cela
/L

suppose de reconnaître un effet potentiellement extraterritorial de cet instrument


conventionnel. La responsabilité qui en découle est une responsabilité qui incombe aux États
m

parties à la Convention. Dans l’affaire LINDBERG C/ SUEDE donnant lieu à une décision du 15
co

janvier 2004, un individu est condamné en Norvège pour diffamation. L’exécution de la


décision s’effectuait en Suède. Sur la base des jurisprudences antérieures, M. LINDBERG
d.

invoque une responsabilité en aval : la Suède avait violé l’Art. 10 CESDH, dans la mesure où
les autorités n’avaient effectué aucun contrôle pour déterminer si le jugement rendu par la
rib

Norvège était conforme à la CESDH. La CEDH balaye la requête en reconnaissant une


présomption de respect à la faveur de la Suède. Ici, les deux États sont parties à la CESDH. La
.sc

Cour accepte que les juridictions suédoises puissent présumer le respect par la Norvège de la
CESDH. La volonté de la CEDH est de dissocier les parties à la Convention de ceux qui ne le
w

sont pas. Si les deux États sont parties, il y a présomption de conformité à la CESDH. Si le
w

jugement provient d’un État qui n’en est pas partie, ceux qui sont chargées d’en faire
application doivent contrôler au regard de la CESDH. Sa portée s’en retrouve élargie.
w

D · La responsabilité extraterritoriale
Peut-il exister une responsabilité extraterritoriale des États ? Est-ce que les États sont
liés par leurs obligations indépendamment du territoire sur lequel leurs autorités vont agir.
En principe, il y a dimension territoriale des instruments conventionnels. Ce n’est toutefois
pas exclusif. Différentes hypothèses vont voir la responsabilité de l’État engagée pour des
activités exercées par celui-ci hors de son territoire.

1 · L’occupation d’un territoire étranger


Un premier cas de figure vise l’occupation d’un territoire étranger. La CEDH a
reconnu dans deux différents arrêts sur la Turquie – LOIZIDOU C/ TURQUIE du 23 mars 1995
exceptions préliminaires & 18 décembre 1996 fond et L’affaire CHYPRE C/ TURQUIE du 10 mai
2001. Un État occupant doit respecter dans le territoire occupé ses obligations en matière de

Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :


Flexibilité territoriale des instruments conventionnels 18
 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
protection des Droits de l'Homme de la même manière qu’il s’est engagé à respecter sur son
propre territoire.

Le comité sur les droits économiques, sociaux et culturels dans ses affirmations sur
Israël du 26 juin 2003, que les obligations de l’État partie s’appliquent à l’ensemble des
territoires et populations qui sont effectivement sous son contrôle. Cette solution a été
validée dans un avis consultatif de la CIJ du 9 juillet 2004 au sujet de l’édification du mur sur
le territoire palestinien occupé. La CIJ estime alors que l’application du Pacte international
sur les droits civils et politique, le pacte sur les droits économiques et culturels, s’étend aux
territoires occupés.

2 · Le fait d’être placé sous l’autorité d’un État partie à la CESDH


Est-ce qu’il y a responsabilité des États qui contrôlent de fait une personne ou un
bien se situant à l’étranger ?

La responsabilité extraterritoriale est validée pour les organes qui exercent sur leurs
prérogatives sur le territoire d’un autre État touchant une personne ou un bien. Ce principe a

ne
été validé très tôt au niveau européen dans une décision du 28 mai 1975 par la Commission
européenne des Droits de l'Homme (éteinte en 1998), dans une saloperie d’affaire ILSE HESS

hi
C/ ROYAUME-UNI (saloperie étant dû à la dimension imbuvable de la fin du cours et au gars

ac
derrière moi qui reniflait toutes les 5 sec !!). La Commission européenne des Droits de
l'Homme devait établir si la responsabilité du Royaume-Uni pouvait être engagée au regard
aM
des conditions de détention imposées à des individus emprisonnés dans la prison de
Spandau, située en territoire allemand, charmante petite bâtisse en brique, d’époque XIXème,
tout confort, ayant à peine servi de lieu de détention aux criminels nazis condamnés à
/L

l’incarcération après les procès de Nürnberg. Bon, mais la Commission a estimé que la
m

responsabilité du Royaume-Uni pouvait être engagée. La CEDH a considéré de la même


manière que les autorités turques voyaient leur responsabilité engagée sur le terrain de la
co

CESDH en raison d’une détention arbitraire d’un individu sur le territoire du Kenya. Dans une
d.

affaire OCALAN C/ TURQUIE entraînant un arrêt de section le 13 mars 2003 puis un arrêt en
grande chambre du 12 mai 2005, la CEDH a établi que la Turquie violait les Droits de
rib

l'Homme car en l’espèce, la détention relevait de l’État turc, dans la mesure où il avait dans
cette situation un contrôle réel et effectif. De ce contrôle effectif, on en déduit la
.sc

responsabilité de l’État.
w

Un navire est en haute mer. Il est identifié par la marine française comme le navire au
w

nom prédestiné WINNER, notoirement suspecté de trafic de stupéfiants – crime en Droit


international public, donc inscrit sur une sorte de liste noire. Le navire bât pavillon
w

cambodgien. Coquin. Conformément à la Convention de MONTEGO BAY de 1982, pour


vérifier qu’il n’y a pas de crime de Droit international, il doit y avoir accord de l’État du
pavillon. Cet accord est donné par les autorités cambodgiennes. Les autorités militaires
stoppent le navire après plusieurs coups de semonce, envoient des militaires, tel Marcel
Patulacci, agent de la paix avant tout, histoire chopper ce que les marins n’avaient pas pu
jeter, et pour arrêter les marins. Mais alors, Ils sont hors du champ de la CESDH, hors
territoire français. Le petit problème, c’est que les militaires arrêtent les individus à bord du
navire, les collent à fond de calle et les ramènent à Brest 13 jours plus tard. A leur arrivée, Les
autorités militaires ne présentent pas de suite les marins arrêtés à un juge d'instruction. Non,
Ils sont directement placés en garde à vue. Violation de l’Art. 5 et de l’Art. 6 CESDH. La Cour
va considérer que la CESDH est applicable dans la mesure où les requérants étaient placés
sous le contrôle des autorités militaires françaises, qui devaient respecter les engagements
conventionnels souscrits par la France. La notion de juridiction n’est pas seulement
territoriale, ni géographique, mais le fait d’être placé sous autorité du pays qui a signé la
CESDH.

Paragraphe 1er · Les obligations spatiales des États :


19 Flexibilité territoriale des instruments conventionnels
 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
Avec l’affaire ISSA et autres C/ Turquie donnant lieu à un arrêt de la CEDH du 16
novembre 2004, des opérations militaires ponctuelles dans un État non partie à la CESDH, en
l’occurrence l’Irak. (≈⋲) Si l’Italie, si l’Espagne, si la Grande-Bretagne ont recours à des
entreprises privées sur le plan militaire ou de la sécurité des personnes en dehors des pays
membres de la CESDH, celles-ci sont titulaires d’obligations au sens de la CESDH. Il y aura
responsabilité indirecte des États qui les emploient.

L’idée d’extraterritorialité s’observe également dans le cadre des droits civils et


politiques. Avec le pacte international sur les droits civils, sociaux et culturels, à travers la
définition matérielle de certaines obligations de l’État, de façon corrélative, il y a portée
extraterritoriale. Pour se conformer aux droits garantis, les États n’auront d’autre choix
d’envisager les obligations non sur un plan interne mais externe. Dans le cadre du Pacte
international, l’Art. 2 §1 énonce que les États, au titre du pacte, s’engagent à agir tant par
leur effort propre que par l'assistance et la coopération internationale, au maximum de leurs
ressources disponibles, en vue d’assurer progressivement le plein exercice des droits
reconnus dans le pacte. Les Droits de l'Homme vont être une façon de contribuer au
développement économique, social, et culturel des États. Il va y avoir corrélation entre les
Droits de l'Homme conventionnellement proclamés et le Droit au développement. Les États

ne
n’avaient pas envisagé cette obligation générale comme tel. Cette disposition va
progressivement avoir plusieurs composantes.

hi
Le Comité sur les droits économiques, sociaux et culturels, va confirmer cette

ac
interprétation. Il en déduit par rapport au droit à la santé proclamé à l’Art. 12 du même
aM
pacte 6 obligations distinctes. Sous couvert d’une obligation générale d’aide internationale
au développement, il y a mise en perspective propre au droit de la santé, donnant pour
première obligation de limiter leur marge d’appréciation dans le cadre de la négociation et
/L

ratification d’accords internationaux. Les États sont, dans une deuxième obligation, tenus de
veiller, en tant que membres d’organisations internationales, à ce que les actes de ces
m

organisations internationales prennent ces droits dûment en considération. Troisième


co

obligation repose sur les États qui doivent s’abstenir imposer embargo ou mesures
restrictives sur l’approvisionnement d’un autre État lorsque ceux-ci affectent les droits que le
d.

pacte reconnaît. Cet argument a été avancé devant l’AGNU et le CSNU pour contester la
légalité de l’embargo lors de l’accession au pouvoir du Hamas.
rib

Les États doivent encore respecter l’exercice des droits reconnus dans le pacte dans les autres
pays, empêcher tout tiers de violer ces droits dans d’autres pays. La problématique s’est ici
.sc

focalisée sur une donnée contemporaine du Droit international, à savoir l'activité des sociétés
transnationales. Les États sont aussi tenus de coopérer aux fins de la fourniture de secours en
w

cas de catastrophe naturelle ou humanitaire. Les droits garantis par le Pacte doivent être
w

maintenus dans leur application même en cas de telles situations. Dernière obligation, c’est
w

celle qui voit les États fournir de l’aide publique au développement. Ce qui est même chiffré.
Selon les objectifs, 0,7 % du PIB, mais seuls 4 États le respectent pour l’instant.

L’objectif de ces instruments conventionnels, c’est d’assurer l’efficacité et


effectivité des droits proclamés. Si cela passe par des obligations positives ou négatives qui
ne font pas partie de la convention, elles seront quand même retenues dans le cadre de
l’interprétation de ces instruments conventionnels.

Paragraphe 2e
Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée
Le problème, c’est qu’elle n’est absolument pas juridique. Sous l’angle des droits,
obligations, sanctions, il apparaît que cette inscription des Droits de l'Homme dans un cadre
générationnel n’est pas convaincante car non juridique.

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 20


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
En 2000, le programme des Nations Unies pour le développement avait sorti un
rapport sur les Droits de l'Homme et le développement humain. Dans celui-ci, cette idée
d’appréhender les Droits de l'Homme sous un angle exclusivement juridique et non plus
sociologique, permet de catégoriser les obligations étatiques, histoire de dresser une
typologie des obligations qui dégage la typologie générationnelle.

➊ Dans un premier temps, on apprend qu’il y a une obligation à respecter les


Droits de l'Homme. Dans ce rapport, cette obligation va même être définie, dans la mesure
où respecter les Droits de l'Homme, c’est s’abstenir de s’immiscer dans les droits des
individus. A travers cette obligation de respecter, le PNUD (programme des Nations Unies
pour le développement) offre deux illustrations. S’abstenir de s’immiscer dans les droits des
individus, c’est se calmer sur la torture, sur l’arbitraire, mais encore l’expulsion d’individus
hors de leurs logements ou encore d’appliquer des tarifs rendant les soins médicaux
inaccessibles pour les personnes à revenu modeste.

➋ Le PNUD va également définir une obligation de protéger les droits. De cette


obligation découle le fait d’empêcher les violations par d’autres intervenants. C’est par
exemple l'obligation pour des États de vérifier que des employeurs satisfont à leurs

ne
obligations élémentaires en matière de travail.

hi
➌ Une troisième obligation, c’est l'obligation de réalisation des droits. Là encore,
l’approche est transversale. Le PNUD illustre l'obligation étatique en affirmant la nécessité

ac
pour les États d’adapter leurs législations pour assurer l’égalité entre Hommes et Femmes,
aM
bref réaliser le droit à la non-discrimination. L'obligation de réalisation des droits visera
également l'obligation faite aux États d’adopter des mesures juridiques au plan national
pour venir en aide à des régions défavorisées.
/L
m

A · Le régime juridique des différentes obligations


co
d.

Au niveau national, l’exercice effectif des différents droits garantis ne repose pas sur
une seule et unique autorité, mais au contraire sur une complémentarité des actions
rib

fonctions des différents rôles assignés aux autorités. C’est pourquoi le caractère « effectif des
Droits de l'Homme » ne pourra être vérifié qu’à travers une action complémentaire des
.sc

autorités nationales.
w

Les droits économiques, sociaux et culturels se fondent sur une obligation


w

conjointe des autorités quelles que soient les tâches assignées. Le respect des droits de
l’homme est souvent problématique lorsqu’on combine l’effectivité au développement de
w

certains Etats. Oui car encore faut-il pouvoir déterminer quel est degré de développement
économique dont dispose l’État.

A travers la définition des obligations étatiques, le contentieux international des


Droits de l'Homme va pouvoir être défini à travers une vision générale de l’action de l’État
qui doit respecter les trois obligations soulevées en 2000 par le PNUD.

1 · L'obligation de respecter les Droits de l'Homme


L'obligation de respecter les Droits de l'Homme interdit l’ingérence de l’État dans
la jouissance d’un Droit. Il en résulte une obligation négative, l'obligation d’assurer la
jouissance d’un Droit en prohibant l’ingérence. Ce qui est évidemment soumis à exceptions.
Exceptions conditionnées à la réunion à trois critères, la légalité de l’exception, sa légitimité
et la proportionnalité des mesures constituant l’ingérence.

21 Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
Ces droits absolus ne devront absolument pas être confondus avec des droits non
dérogeables.

Des droits indérogeables consistent à ceux qui ne pourront pas être suspendus
temporairement. L’Art. 4 §2 du pacte international sur les pactes civils et politiques révèle
qu’en cas de danger public exceptionnel menaçant l’existence de la nation, bref guerre,
catastrophe naturelle, terrorisme, diarrhée aigue, les États peuvent adopter des mesures
dérogeant à certains droits garantis. Genre la liberté d’expression. Sauf certains d’entre eux,
des droits indérogeables. Il n’y aura ainsi pas de dérogation au Droit à la vie. De même qu’il
n’y aura pas de dérogation à l’interdiction de la torture, mais encore l’esclavage et la
servitude, la contrainte par corps, la légalité en matière pénale, la reconnaissance de la
personnalité juridique ou finalement la liberté de penser.

Les droits absolus, eux, sont ceux qui ne peuvent faire l’objet de restrictions.

Moralité, dans les droits fondamentaux, y a primo des droits absolus, auxquels si tu
y touches, on te refait le dentier, ensuite de quoi viennent secundo les droits non absolus qui
comprennent droits dérogeables et droits indérogeables.

ne
a · La condition de légitimité

hi
ac
En effet, la convention va utiliser un vocable général en vertu duquel les mesures
doivent être nécessaires dans une société démocratique à la sécurité nationale, à l’intégrité
aM
territoriale ou encore à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime,
à la protection de la santé ou de la morale, voire encore la protection des droits et libertés
d’autrui. D’où une liste relativement précise de motifs légitimes avec une forme juridique
/L

d’autonomie dans l’interprétation de ceux-ci. La marge d’appréciation est peut-être limitée


m

mais reconnue au profit des autorités nationales.


co

Comment vont être appréciés ces différents motifs ?


d.

à La légitimité comme filtre à air


rib

La condition de légitimité sert de filtre, dans la mesure où la condition de légitimité


.sc

permet de filtrer les motifs illégitimes dans la mesure où l’État est dans l'obligation de
désigner un objectif désigné. Il faudra donc motiver, de façon conforme à l’Intérêt public
w

général. Cette obligation de motivation pourra être sanctionnée.


w

Une affaire SMITH & GRADY, rendue par la CEDH le 27 septembre 1999, a vu le
w

Royaume-Uni être accusé par deux requérants pour mener une politique discriminatoire en
vers les homosexuels. Au Royaume-Uni, ceux-ci étaient exclus de l’armée suite à une enquête
menée par le Ministère de la défense déterminant combien l’orientation sexuelle était tabou.
Le motif légitime, selon le Royaume-Uni, consistait à dire que « la présence au sein de
l’armée d’homosexuels a un effet très important sur le moral des troupes, sur la puissance de
combat et l’efficacité opérationnelle de l’armée ». La CEDH a donc refusé, considérant que ce
motif était illégitime, affirmant que la décision du Gouvernement britannique ne peut être
considérée comme une justification suffisante pour révéler un motif légitime.

à La condition de légitimité oriente juridiquement le contrôle de


proportionnalité.

Une autre affaire de la CEDH, OPEN DOOR C/ IRLANDE, en date du 29 octobre


1992, voit être traitée la question de l’avortement. Des employés de deux associations
fournissent des informations et conseils à des Femmes enceintes sur les possibilités
d’avortement qui existent à l’étranger. Ces employés avaient été condamnés par les autorités
irlandaises, qui ont bataillé pour arriver finalement devant la CEDH. Il y aurait une restriction

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 22


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
dans leur liberté d’expression, dans leur droit à la vie privée, mais ce n’est pas tout, une
ingérence disproportionnée dans l’application du principe d’égalité. Le Gouvernement
irlandais répondait aux griefs en arguant un motif légitime général, divisé par trois. La
restriction est légitime dans la mesure où elle vise le respect des lois pénales et de la
Constitution (en Irlande, l’avortement est un crime). En outre, la mesure de restriction
s’appuyait sur la protection des droits d’autrui. Les droits d’autrui étaient compris en Irlande
comme le Droit de l’enfant à naître. Le Gouvernement irlandais a aussi sorti un motif légitime
issu de la moralité publique. Sans remettre en question la législation nationale, l’avortement
à l’étranger n’est pas prohibé par la Loi pénale irlandaise ou par la Constitution irlandaise. Le
motif légitime ne peut pas être ici validé car inexistant. La CEDH ne va pas considérer ici que
l’enfant à naître n’est pas un sujet de Droit au sens de la CESDH. De la même manière que
lors de l’affaire VO C/ FRANCE, il faut que les personnes soient nées et pas encore mourues.
L’examen de la moralité publique va admettre que l’objectif de le protéger puisse constituer
un motif légitime, mais qu’en l’espèce, et bah ce n’est pas proportionné.

Un arrêt de la CEDH dans l’affaire CHASSAGNOU du 29 avril 1999 a vu se poser le


problème d’une restriction à l’exercice du Droit de propriété. La Loi VERDEIL imposait aux
propriétaires de renoncer à leur droit de propriété de façon à offrir aux chasseurs un terrain

ne
de jeu un peu plus grand. La CEDH a donc été saisie pour se prononcer sur cette restriction.
La France affirmait que la Loi avait pour but d’assurer une meilleure organisation technique

hi
de la chasse, histoire de permettre aux chasseurs une meilleure traque de la gallinette
cendrée. La Loi VERDEIL entendait assurer un exercice démocratique de la chasse pour offrir

ac
au plus grand nombre l’accès à un loisir qui sinon ne serait restreint qu’à une frange de la
aM
population réduite à ceux disposant d’un patrimoine foncier. Il y avait donc volonté de
restreindre le droit de propriété pour protéger le droit… à la chasse. L’objectif invoqué, bien
que d’intérêt général, ne s’appuie aucunement sur l’existence d’un droit fondamental,
/L

permettant à la CEDH observant que la marge d’appréciation de l’État est limitée. Il va y


avoir une corrélation entre l’intérêt légitime et la marge d’appréciation de l’État. suivant
m

l’intérêt légitime poursuivi, la marge d’appréciation des États n’est pas la même.
co

à Autonomie de la notion et marge d’appréciation


d.

La définition de la protection des droits et libertés d’autrui est autonome. Si marge


rib

d’appréciation il y a, s’il apparaît que la protection d’un droit garanti passe obligatoirement
par la restriction, la marge d’appréciation sera plus grande. S’il apparaît que ces droits et
.sc

libertés ne sont que des droits et libertés envisagés que sous une optique nationale, la marge
d’appréciation est réduite. si l’optique est conventionnelle, la marge d’appréciation est plus
w

grande. Le Droit de chasse par exemple hein, bah ça n’est qu’une déviation d’une liberté qui
w

n’est envisagée que dans un cadre national. La marge d’appréciation ne peut être que
réduite.
w

Dans l’arrêt BOWMAN C/ Royaume-Uni du 19 février 1998, deux libertés étaient en


conflit, à savoir la liberté d’expression et le droit de participer à des élections libres. Ici, M.
BOWMAN est sanctionné pour avoir diffusé des tracts reflétant les positions d’un candidat
sur l’avortement. Cette pratique, sanctionnée sur le terrain national, l’avait été pour protéger
le droit de vote d’autrui. Dans cette affaire, la CEDH juge que l’État a une marge de
manœuvre étendue dans la recherche d’un équilibre entre les droits fondamentaux reconnus
par la CESDH.

b · La condition de la légalité
Elle fait l’objet d’une application autonome. Son interprétation diffère qu’on est sur
un plan national ou non. Pourquoi conditionner la restriction d’un droit garanti à l’existence
d’une base légale ? Cela permet d’éviter l’imposition arbitraire de ces restrictions. On entend
prévenir les abus de pouvoirs des autorités nationales. La condition de la légalité permet
aussi d’éviter l’autocensure des ressortissants. Tout individu doit pouvoir s’appuyer sur

23 Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
l’existence d’un cadre juridique qui lui autorise ou lui interdit un comportement. Chaque
individu doit pouvoir tirer les conséquences de ses actes. La condition de légalité recoupe
une condition de prévisibilité. Cette condition de prévisibilité est mise en avant dans une
affaire STEFANEC C/ REPUBLIQUE TCHEQUE de la CEDH. Le sieur STEFANEC est condamné à
une lourde amende, 17€50 tout de même, pour avoir organisé une manifestation pourtant
préalablement interdite. 6 ans de procédure. Tout de même. Jojo va donc la fleur au fusil
devant la CEDH en invoquant le viol de sa liberté d’expression et de sa liberté de réunion.
La Cour relève que les autorités se sont basées aux paroles que M. STEFANEC a proféré
pendant ce défilé, et leur réaction auprès des participants. Ses propos auraient eux-mêmes
violé le Droit de réunion encadré par la législation nationale. Bref, est-ce que la Loi tchèque
sur le Droit de réunion indiquait suffisamment précisément les conditions dans lesquelles il
était possible qu’une personne puisse organiser un rassemblement. La CEDH va ici se
prononcer sur l’interprétation de la Loi nationale par les autorités nationales. Elle va
reprendre l’argumentaire défendu par les autorités nationales aboutissant à la condamnation
et sanction de M. STEFANEC. Cette interprétation aboutit à une extension du champ
d’application de la Loi relative au Droit de réunion. La Cour en conclue qu’il était
raisonnablement impossible pour le requérant de prévoir que la Loi serait interprétée en ce
sens. La Cour relève finalement que la Loi ne revêtait pas la condition de prévisibilité.

ne
La condition de légalité soulève une question de pratique importante. Impose-t-elle

hi
l’adoption d’une Loi à proprement parler, ou suffit-il qu’une Loi, quelle que soit sa source,
soit en vigueur.

ac
aM
La condition de légalité est posée à l’Art. 8 CESDH. Mais qu’entendre par exigence
de base légale ? Exige-t-on une Loi au sens formel ou au sens matériel ? Finalement, exige-t-
on une Loi ?
/L

Les solutions adoptées au niveau onusien, européen et interaméricain, ne sont pas


m

similaires.
co

à Au niveau de la CESDH, le titulaire de droits est au centre du


d.

raisonnement
rib

En ce qui concerne la CEDH, la jurisprudence révèle qu’il suffit qu’une norme soit
énoncée avec assez de précision et qu’elle soit suffisamment accessible. Ceci ressort d’une
.sc

jurisprudence constante qui a eu très tôt à se prononcer sur la condition de légalité et sur la
notion de base légale. La CEDH a une interprétation autonome de la base légale, sans
w

référence aux droits nationaux. L’arrêt fondamental ici, c’est celui qui a posé la question de
w

savoir si une norme jurisprudentielle qui ne se retrouve pas reformulée au sens strict dans la
w

législation nationale pouvait permettre la restriction d’un Droit garanti. Cet arrêt, c’est celui
SUNDAY TIMES C/ Royaume-Uni du 26 avril 1979.

La CEDH a élargi son interprétation de la base légale, en la définissant au travers de


deux exigences, accessibilité et précision. La CEDH établit qu’il faut d’abord que la Loi soit
suffisamment accessible. Le Citoyen doit pouvoir disposer de renseignements suffisants sur
les normes juridiques en vigueur.

Le deuxième critère, c’est la précision. La CEDH, dans l’affaire du 26 avril 1979,


considère qu’une Loi, au sens où celle-ci doit être interprétée au sens de la CESDH, doit être
énoncée avec suffisamment de précisions pour permettre au citoyen de régler sa conduite.

Une Loi matérielle ou une jurisprudence suffisamment établie suffit pour remplir la
condition de légalité.

La solution européenne ne s’attache pas à la légitimité démocratique attendue


d’une mesure légale restreignant les libertés individuelles. Ce qui importe, c’est de se porter
sur la qualité de la Loi vis-à-vis du citoyen.

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 24


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
à Au niveau du CDHNU, à l’ouest rien de nouveau ou presque

Dans le cadre du Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, la solution est
similaire. C’est davantage l’aspect matériel qui est déterminant, insistant également sur les
notions d’accessibilité et de précision. L’affaire PINKNEY C/ CANADA, issue d’une
communication du 29 octobre 1981, l’illustre.

à Au niveau de la CiADH, l’État est au centre du raisonnement

La solution va être diamétralement opposée devant la CiADH. La Convention


interaméricaine des Droits de l'Homme n’a pas été rédigée dans le même contexte qu’en
Europe. La Convention interaméricaine se focalise sur le refus de l’arbitraire. La condition de
légalité est attachée à une définition formelle de la Loi. Pour la Cour interaméricaine, le
contrôle démocratique, la légitimité démocratique est une exigence impérieuse pour
apprécier la condition de la légalité. L’appréciation est plus… historique. Pour la Cour
interaméricaine, accessibilité et précision ne suffisent pas. Il faut une Loi adoptée par une
assemblée démocratique. il convient pour chaque restriction à un Droit garanti d’avoir un
contrôle démocratique. L’avis consultatif 6/86 du 9 mai 1986 le démontre. Ici, l’interprétation

ne
n’est pas autonome. La CiADH s’attache à consolider un régime démocratique encore jeune
qui doit être validé par l'intervention obligatoire d’un législateur qui est un contrepoids

hi
nécessaire à l’exécutif.

ac
Au sens de la jurisprudence européenne et onusienne, l’interprétation est focalisée
aM
sur l’individu titulaire de droits. C’est lui qui doit pouvoir en connaître portée la base légale
et l’éventuel régime de limitations. Au sens de la jurisprudence interaméricaine, l’État
démocratique est au centre du raisonnement.
/L

c · La condition de la proportionnalité
m
co

à Contrôle de la proportionnalité, contrôle de l’opportunité


et spectre de la subsidiarité. Brrr.
d.
rib

Traditionnellement, il s’agit ici de déterminer si la mesure est nécessaire. Cette


logique est partiellement relativisée, dans la mesure où, pour les organes de protection des
.sc

Droits de l'Homme, c’est le moyen de définir l’étendue de leur contrôle.


w

Un contrôle de la proportionnalité peut facilement aboutir à un contrôle de


l’opportunité. La frontière peut être ténue. De ce fait, l’exigence de subsidiarité refait surface.
w

Les organes de protection des Droits de l'Homme n’ont pas vocation à se substituer aux
w

autorités nationales. En théorie, le contrôle de proportionnalité ne doit pas tourner en


contrôle de l’opportunité. Il n’en demeure pas moins que proportionnalité et opportunité
interagissent.

Le principe de proportionnalité suppose qu’une ingérence, ou une limitation à un


droit garanti, doit être proportionnelle pour atteindre l’objectif légitime poursuivi. De façon
plus précise, la mesure nationale doit être appropriée à la réalisation de l’objectif légitime
poursuivi. Cette mesure doit être la moins restrictive possible. Enfin, la mesure ne doit pas
créer une rupture de l’équilibre entre les intérêts en présence.

La difficulté pour le Juge international, c’est qu’on lui impose un exercice qui n’a
pas lieu d’être, un contrôle de proportionnalité teinté d’opportunité. Le Juge international
va, dans son contrôle de proportionnalité davantage exercer un contrôle procédural,
renonçant de fait à un contrôle de la proportionnalité substantiel.

25 Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
à Un contrôle de la proportionnalité teinté d’opportunité, mais plus
procédural que substantiel

La jurisprudence européenne, lorsqu’il est question de proportionnalité d’une


mesure nationale restreignant un droit garanti par la CESDH, exige que l’ingérence se fonde
sur une mesure adoptée au terme d’une procédure adéquate. Cette procédure adéquate va
nécessiter de prendre en considération l’ensemble des intérêts affectés, laissant pour
éventualité le soin des intéressés à s’exprimer.

La jurisprudence KLASS & AUTRES C/ RFA du 6 septembre 1978 est ici à soulever
malgré le tas de poussière. Une Loi est adoptée le 13 août 1968 et autorise l’interception de
communications téléphoniques. Le sieur KLASS s’estime être mis sur écoutes, sans pouvoir le
prouver. La question posée, c’était de savoir si la Loi en vertu de laquelle des mesures de
contrôle étaient adoptées, constituait une ingérence dans un droit garanti par la CESDH, et si
oui, est-ce que cette ingérence répondait aux conditions de restriction autorisées par la
CEDH ? Est-ce qu’il y a ingérence, bah oui, car l’Art. 8 §1 CESDH précise que tout individu a
droit au respect de sa vie privée (…) et de sa correspondance. Est-ce que cette ingérence vise
ou non un motif légitime, en l’occurrence la sécurité nationale ? Oui. Mais est-elle

ne
proportionnelle dans une société démocratique ? la CEDH ne va pas se prononcer sur
l’aspect substantiel de la mesure pour déterminer si elle est ou non proportionnelle. Elle va

hi
préférer mesurer l’exclusion du contrôle judiciaire, pour savoir si celle-ci ne transgresse pas
les limites de ce qui peut passer pour nécessaire dans une société démocratique. La Cour

ac
constate qu’il existe un comité de 5 parlementaires et une commission technique
aM
indépendante, chargés de l’application de la Loi nationale. La Cour, en relevant le contrôle
parlementaire complété par une commission indépendante, va tenter de déterminer si ces
deux entités vont être suffisantes pour justifier la restriction. Le contrôle exercé par la Cour se
/L

cristallise sur l’encadrement législatif.


m

Dans l’affaire HATTON & AUTRES C/ RU, découlant d’un arrêt du 8 juillet 2003, ce
co

qui est en jeu, c’est le Droit à la vie familiale, au Droit à la vie privée, mais encore, et là
implicitement, le Droit pour tout un chacun de vivre dans un environnement sain. Ce qui
d.

était en question là, c’était les vols de nuit. La CEDH se porte sur la conventionalité des
autorisations de vols de nuit prenant départ à l’aéroport de Londres. La Cour relève le viol de
rib

l’Art. 8. Il semble toutefois que la jurisprudence ne soit pas totalement fixée. Ces mesures
dénotent une atteinte disproportionnée à la CESDH et à l’environnement sain. La Cour va se
.sc

demander si l’État a tout mis en œuvre pour que les droits et intérêts particuliers soient
suffisamment pris en considération. La Cour va éplucher la totalité des enquêtes menées, des
w

rapports effectués, pour mettre en balance les intérêts individuels et l’intérêt général. L’angle
w

reste procédural.
w

Une autre affaire du 13 juillet 2006, l’affaire KEEGAN C/ RU, s’intéresse à une
problématique toute autre. Le 21 octobre 1999, 7h du matin. Trop tôt. Les autorités
britanniques croient qu’un suspect qu’elles pourchassent joue à cache-cache dans la maison
du couple KEEGAN. Tout naturellement, les services de police pénètrent dans la maison,
défonçant porte et mobiliers. Mais manque de bol, ils se sont trompés de domicile. Les
époux KEEGAN estiment avoir subi un traumatisme psychologique. La CEDH va considérer
au niveau national, dans le cadre de la proportionnalité. Mais la Police n’a pas agi avec
l’intention de nuire. La Police agissait en suivant des motifs d’intérêt… légitime. Néanmoins,
l'intervention résulte d’une mauvaise prise en considération des faits. L’erreur aurait
finalement pu être évitée. Moralité, les services de police n’ont pas pris assez de précaution.
L’exercice des pouvoirs permettant de porter atteinte au domicile et à la vie privée doit être
confiné dans des précautions pour éviter toute disproportion de l’atteinte à un droit garanti
par la CESDH. La Cour va condamner le Royaume-Uni car les autorités qui sont intervenues
n’avaient pas entouré l’ingérence de suffisamment de précautions.

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 26


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
2 · L'obligation de protéger les Droits de l'Homme
Ø Une obligation négative (pas touche au DH), et positive (de moyen et de
résultat)

Une autre obligation substantielle, c’est celle de protéger les Droits de l'Homme.
cette obligation s’attachait à la définition d’une obligation négative imposée aux États,
l'obligation de ne pas limiter outre mesure l’exercice d’un Droit garanti. A travers de cette
obligation de ne pas faire, il y a une obligation de protéger. Les instruments conventionnels
de protection des Droits de l'Homme, adoptés au lendemain et surlendemain de la
Deuxième Guerre Mondiale, voient apparaître une obligation positive de protéger les Droits
de l'Homme.

Ces obligations positives en matière de protection des Droits de l'Homme sont une
réalité jurisprudentielle. Les États vont devoir garantir l’effectivité des Droits de l'Homme,
conventionnellement garantis. Il en découle plusieurs caractéristiques.

a · L'obligation de prévention

ne
hi
L’État, au titre de ces obligations positives, a une obligation de prévention.

ac
L'obligation de protéger les Droits de l'Homme implique que tout État qui ratifie les
conventions internationales doive prendre toute mesure raisonnable propre à empêcher la
aM
réalisation de l’événement à prévenir, c'est-à-dire la violation d’une norme conventionnelle
de protection des Droits de l'Homme. Cette obligation de prévention va se traduire
juridiquement par l’engagement de la responsabilité si le résultat n’est pas atteint, si les
/L

mesures adoptées ne sont pas suffisantes, ou si elles sont suffisantes mais sans que le résultat
m

n’ait été atteint. L'obligation de prévention va se traduire par la conjonction d’une obligation
de moyen et d’une obligation de résultat. L’État doit prendre toute mesure possible mais
co

surtout toute mesure que l’on pouvait raisonnablement attendre de lui pour aboutir à
l’objectif de protection des Droits de l'Homme. Un État va devoir ainsi devoir prendre toutes
d.

les mesures pour protéger le Droit à la vie. On va constater que les Droits de l'Homme dans
rib

la relation verticale entre États et individus protégée doivent être protégés par l’État. Mais pas
seulement. La relation entre individus aussi.
.sc

L’arrêt du 21 juin 1988 PLATTFORM ÄRRTZE FÜR DAS LEBEN a été rendu à ce titre
w

par la CEDH. En l’espèce, des gens manifestent contre le Droit à l’avortement. Ils en sont
empêchés par des contre-manifestants. La relation est strictement privée. est-ce qu’il y a
w

ingérence dans un Droit garanti ? si oui, est-ce imputable à l’État ? La Cour va considérer
w

que, dans la mesure où le Droit garanti à l’Art. 11 §1 CESDH ne doit pas être un Droit illusoire,
il appartient à l’État de faire tout son possible pour que celui-ci puisse être réalisé par des
titulaires. La Convention n’a pas pour vocation de reconnaître des droits et libertés illusoires
mais des droits et libertés effectifs. De cette recherche d’effectivité, il découle une obligation
de protection positive. La CEDH va se prononcer sur le respect par l’État pour prévenir
l’atteinte à l’Art. 11 §1 CESDH. L’individu, même en l’absence des actions positives de l’État,
pourra engager sa responsabilité. En l’espèce, les médecins ayant été empêchés dans la
manifestation de leur droit de réunion, il y a atteinte. S’il y a restriction du Droit, il n’y a
toutefois pas restriction à l’Art. 11 car l’État a adopté des mesures raisonnables et appropriées
pour que l’exercice du Droit par les requérants soit garanti.

S’il incombe aux États contractants d’adopter des mesures appropriées, ce n’est
garanti de manière absolue.

27 Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 

b · L'obligation d’adopter des mesures raisonnables et appropriées


à Ce qui prime est que l’État prenne une mesure de protection des Droits
de l'Homme qu’on attendait raisonnablement

L’obligation d’adopter des mesures raisonnables et appropriées n’est pas absolue.


La marge d’appréciation est large. Le DIDH va s’écarter du Droit international général.
En principe, en Droit international général, vu l’Art. 8 du projet de codification, le
comportement d’une personne ou d’un groupe de personnes est considéré comme un fait
de l’État d’après le Droit international si cette personne ou ce groupe de personnes, en
adoptant ce comportement, agit en fait sur les instructions ou les directives ou sous le
contrôle de cet État. Quoi qu’il en soit, le comportement de l’État reste déterminant. Il faut
un rattachement entre l’État et l’individu. Il s’agit ici d’un premier principe. Forcément, ce
principe va être complété, par un autre principe, plus général, visant l’imputabilité de l’acte
à l’organe de l’État. on va ensuite apprendre que la responsabilité de l’État, dans le cadre du
DIDH, sera engagée notamment en raison de l’omission de l’État. La responsabilité va être
reconnue par le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies et par la CEDH.

ne
Cette obligation de protéger observée sous l’angle de l’imputabilité permet de tacler
l’omission de l’État. L’arrêt du 7 janvier 2003, dans l’affaire YOUNG, JAMES et WEBSTER C/

hi
RU, est intéressant. Les individus souhaitant travailler dans cette compagnie de chemins de

ac
fer devaient s’affilier à un syndicat. A défaut, sanction, c'est-à-dire le licenciement.
Cette obligation ne découle pas d’une Loi. Mais la Loi autorise l’exigence d’affiliation
aM
syndicale. La Loi, dans la mesure où elle l’autorise, ne permet pas de garantir de manière
effective le droit de réunion et d’association, que, de ce fait, la Loi est incomplète dans
l’effectivité à garantir le Droit protégé par la CESDH. Le Droit interne rend finalement
/L

possible une violation de la CESDH. La Cour en considère la responsabilité de l’État par


m

l’omission du législateur.
co

Dans une affaire NAHLIK C/ AUTRICHE de 1995, le Comité des Droits de l'Homme
des Nations Unies relève la responsabilité de l’État autrichien, non pas en raison d’une
d.

omission du législateur, mais du Juge lorsque celui-ci a interprété les textes protégeant
rib

contre les discriminations, que ce soit dans la sphère publique, semi-publique, ou privée.
.sc

La CEDH justifie ce détachement au Droit de la responsabilité internationale par le


fait… léger que la CESDH ne soit pas un traité traditionnel.
w

Finalement, le plus important, ce ne sera pas le comportement des personnes


w

privées, mais le fait que l’État se voit reprocher le défaut de mesure qu’on pouvait
w

raisonnablement attendre de lui dans la protection des Droits de l'Homme garantis.

à Les limitations (imprévisibilité du corps humain, faculté de


renonciation) et la sécurité juridique

D’une manière générale, des limitations vont être soulevées, en tête desquelles il y
a l’imprévisibilité du comportement humain. L’État ne peut et ne doit pas tout anticiper.
Il n’adopte que les mesures qu’on est en droit d’attendre raisonnablement.
Outre l’imprévisibilité, l’État doit protéger les droits mais corrélativement avec le respect des
droits fondamentaux d’autrui. Une autre limitation, c’est le fait que l'obligation de protection
soit restreinte par les contraintes budgétaires de l’État. Enfin, l'obligation de protection sera
limitée dans l'hypothèse où l’individu dispose d’une faculté de renonciation aux droits dans
certains cas.

L’arrêt ici intéressant, c’est l’arrêt du 28 octobre 1998, dans l’affaire OSMAN C/ RU,
où la CEDH devait se prononcer sur le respect par le Royaume-Uni. Un professeur tombe
éperdument amoureux d’un de ses élèves, harcèle la famille de celui-ci pendant plus de 20

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 28


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
mois. Les parents portent plainte, et la police ne fait rien. La famille OSMAN ne présentait pas
suffisamment d’éléments concrets. Résultat des courses, le professeur bute le père et blesse
le fils. L’État a-t-il adopté les mesures qu’on était raisonnablement en droit d’attendre pour
protéger la vie d’un individu ? La Cour va décider que le Royaume-Uni n’a pas manqué à son
obligation de protection. La Cour va laisser supposer que dans ce type de situations, le
requérant doit prouver que l’État, s’il avait agi, aurait sans doute pallié le risque de violation.
Pour la CEDH, il appartient que si l’action de l’État avait été concrète, le risque aurait été
annihilé. L’appréciation de la probabilité est bien subjective. L’accumulation de nombreuses
conditions seulement probables affaiblit, relativise fortement en tout cas l'obligation de
protection.

Progressivement, la Cour va tenter de préciser cette obligation, faisant peser sur les
épaules de l’État une obligation totalement indéfinie. La sécurité juridique en prend un coup.

Dans l’affaire YOUNGER C/ RU, un individu est emprisonné. Jusque-là, bon ça


marche. Et là, il se suicide dans sa cellule. forcément, il va moins bien marcher *Rires
enregistrés*. Ce contentieux devant la CEDH va être l’occasion de jouer avec le Comité
européen sur la prévention de la torture. Cet organe dépend du Conseil européen et rend

ne
des rapports (v. infra). Toujours est-il que la requérante alléguait que si les autorités avaient
agi avec une vigilance raisonnable notamment en mettant en place l’examen d’un médecin,

hi
il… aurait été possible de se rendre compte des tendances suicidaires de son fils. La Cour
n’accepte pas une spéculation d’une situation en cas de contrôle médical. Il faut un risque

ac
réel immédiat connu par les autorités nationales.
aM
Cette jurisprudence se maintient et se propage à d’autres domaines, telle la
maltraitance d’enfance par un beau père. (volontairement –x--)
/L

Dans les jurisprudences OSMAN et YOUNGER, l’Art. 2 est soulevé quand, dans les
m

suivantes, comme celle sur la maltraitance d’enfant, c’est l’art 3 d’où la critique de certains
co

auteurs. M’enfin, le détail de l’histoire, c’est qu’on n’est pas en présence d’un droit
indérogeable dans les décisions YOUNGER et OSMAN. Dans les dernières affaires on invoque
d.

l’art 3 qui est, lui, un droit absolu et indérogeable. Dès lors, la responsabilité des Etats est
accrue, quand la protection des individus est par contrecoup l’est également.
rib

L’obligation de l’État dépend finalement de la nature du droit en cause mais


.sc

surtout de l’interprétation de la CEDH du droit en cause. Pour que l’État manque a son
obligation de protection il y a deux conditions :
w
w

Ø Un résultat non atteint, bref, la violation d’un droit substantiel.


w

Ø Une absence de mesures raisonnables, qui n’est pas une condition sine qua
non (OSMAN m’entends-tu).

Un certain nombre d’arrêts et décisions confirment la position européenne.


Dans un premier temps, la Cour consacre les deux conditions susnommées.
L’arrêt A C/ Royaume-Uni du 23 septembre 1998 l’illustre. Un père de famille battait ses
enfants, car la common law permettrait le châtiment corporel pour le père de famille.
Les juridictions britanniques en acquittant le père de famille, avaient-elles violé les droits
garantis par la CESDH ? la CEDH rappelle tout d’abord qu’en Droit anglais, on peut arguer
que le traitement litigieux constituait un châtiment raisonnable, toléré par la législation
britannique. Mais alors, cette législation, telle qu’elle est appliquée, est-elle conforme à
l’obligation de protection imposée par la CESDH ? L’État a-t-il tout fait pour ne pas violer
l’Art. 3 CESDH ? La Cour poursuit en considérant que les voies de fait ont un tantinet dépassé
le caractère raisonnable, ce qui était licite au regard de la législation britannique. Bien que le
requérant ait subi un traitement d’une gravité suffisante pour entrer dans le champ
d’application de l’Art. 3, les juridictions britanniques ont acquitté le père de famille. La Cour
ne fait que constater l’applicabilité de l’Art. 3.

29 Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
La Cour va ensuite généraliser. Pour elle, la Loi britannique ne met pas
suffisamment à l’abri le requérant des mauvais traitements sanctionnés par l’Art. 3 CESDH.
Faute d’une protection appropriée, il y a donc violation de l’Art. 3. La décision des
juridictions britanniques repose sur l’acceptation d’un châtiment raisonnable. Pour la CEDH,
cette notion n’est pas assez protectrice des droits garantis par l’Art. 3. L’État n’a donc pas pris
les mesures suffisantes pour protéger les individus contre les atteintes à l’Art. 3. D’où
sanction des autorités britanniques pour traitement inhumain et dégradant. Mais bon, la
jurisprudence se fonde sur un défaut de protection, a posteriori. Elle constate un défaut de
manière purement subjective. Cela lui permet d’élargir le champ d’application de la notion.

L’arrêt R. C/ France du 16 octobre 2008 précité posait la question du suicide d’un


détenu. La CESDH considère que l'obligation de protection qui incombe aux États suppose
de leur part de prévenir la violation, et de mettre tout en œuvre pour prévenir cette violation.
La CEDH part du principe que les États doivent avoir connaissance du risque de violation. Le
détenu présente des risques suicidaires. Le risque est présumé et tout doit être mis en œuvre
pour éviter le risque de violation de la CESDH. Est-ce que les autorités ont tout mis en
œuvre ? en offrant un traitement psychiatrique en détention – voir chaque semaine un
psychiatre en plus de médicaments, oui, l’État a tout mis en œuvre pour prévenir la violation

ne
de l’Art. 3. Mais pour la Cour, il y a viol de l’obligation de protection, qui apparaît finalement
infinie. La CEDH se fonde ici sur le défaut de vigilance des surveillants de prison qui n’ont pas

hi
suffisamment vérifié que M. R. prenait bien ses médicaments. La CEDH exige des autorités
nationales des pratiques auprès des États sans que celles-ci soient clairement définies. Un kit

ac
antisuicide est-il donc suffisant pour prévenir les tentatives de suicide… ?
aM
c · La renonciation d’un individu à un Droit de l'Homme
/L

L'obligation de protection va être confrontée à d’autres situations.


m

La problématique peut mettre en avant le fait que l’obligation de protection imposée aux
États soit ou non maintenue lorsqu’il y a de la part de l’individu une renonciation aux droits
co

garantis par la CESDH ? Il va falloir admettre que les conventions internationales peuvent,
dans certains cas, limités, reconnaître cette possibilité aux individus. La renonciation d’un
d.

individu à un Droit de l’Homme doit avoir deux fonctions. ➀ Dans un premier temps, la
rib

renonciation peut être vue comme un Droit fondamental que l’État doit respecter.
La renonciation va être envisagée comme une opposition à des mesures étatiques que
.sc

l’individu considère comme trop paternalistes. ➁ Deuxième fonction, c’est le fait que la
renonciation puisse être vue comme une liberté reconnue à l’individu qui va donc limiter la
w

responsabilité de l’État. mais bon, puisque ce n’est qu’une limitation, la renonciation ne


pourra être invoquée par l’État pour s’exonérer de sa responsabilité.
w
w

à Finalement, il y a un Droit de ne pas. Droit à cerner (droit à la liberté


d’association et droit à la vie)

Ce Droit de ne pas est le reflet d’une liberté pour les individus. Ce Droit de ne pas
signifie que la renonciation consiste en la possibilité pour l’individu de ne pas exercer un
Droit. Dans certaines hypothèses, l'obligation de protection va se traduire comme
l'obligation de protéger le non-exercice d’un Droit. L’État va devoir respecter le droit de ne
pas exercer un Droit. La renonciation devra être préservée, protégée par l’État. l’État verra
son obligation de protection traduite comme une obligation de protéger la possibilité pour
l’individu de ne pas exercer un Droit.

L’arrêt GUSTAFSSON du 25 avril 1996 est notable à ce titre. Ici, l’affaire visait la
liberté d’association. Un restaurateur conteste le boycott décidé par un syndicat hôtelier,
visant tous les hôteliers non affiliés à l’organisation syndicale. Pour la CEDH, l’Art. 11 garantit
donc pour tout un chacun de s’associer, de s’affilier à une organisation syndicale, mais
l’Art. 11 doit encore être interprété comme le droit de ne pas s’affilier à une organisation
syndicale. Il n’y a pas renonciation, juste la liberté pour l’individu de ne pas exercer un Droit.

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 30


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
La CEDH va en déduire le corrélatif à ce Droit, une obligation à la charge des États devant
protéger le droit de ne pas s’affilier à une organisation syndicale, au titre de l'obligation de
protection.

L’Art. 11 CESDH, tel qu’appréhendé en l’espèce, visait une relation strictement


privée. La CEDH reconnaît que « les autorités nationales peuvent être obligées d’intervenir
dans les relations entre personnes privées en adoptant des mesures raisonnables et
appropriées afin d’assurer le respect effectif du Droit à la liberté de ne pas se syndiquer ».
l'obligation de protection est une obligation directe à la charge de l’État de tout mettre en
œuvre le non-exercice de ce Droit (vertical), impliquant parallèlement une action positive de
l’État pour agir afin de préserver l’effectivité du Droit des rapports privés (horizontal).

Bien que la renonciation soit envisagée comme un droit dans l’affaire


GUSTAFSSON, une vulnérabilité semble poindre. Certains individus peuvent inciter d’autres
individus à renoncer à certains droits garantis. L’affaire WILSON C/ RU du 2 juillet 2003 voit
un employeur proposer une augmentation à l’un de ses salariés, à la condition que celui-ci
refuse de s’affilier à un syndicat. Le cadre est nécessairement privé. L’État pourrait-il être ici
tenu pour responsable ? Les requérants vont être astucieux, dans la mesure où ils ne vont

ne
pas invoquer la renonciation à un droit garanti, mais se focaliser simplement sur le manque
de protection de l’État contre la renonciation à un Droit. L’État n’a pas suffisamment protégé

hi
l’exercice de la renonciation à un Droit. L’État va devoir encadrer juridiquement la
renonciation, afin qu’elle ne puisse pas être imposée par une personne privée. Dans cette

ac
affaire, la renonciation reste un Droit qui, s’il est exercé, peut placer l’individu dans une
aM
situation de vulnérabilité, situation qui doit pousser l’État à encadrer la renonciation,
protéger encore plus le droit de ou de ne pas.
/L

Dans une affaire PRETTY C/ RU, donnant lieu à un arrêt du 29 avril 2002, célèbre car
mettant en avant le droit de ne pas vivre, en miroir de l’Art. 2 garantissant le Droit à la vie.
m

Une ressortissante britannique, en phase terminale d’une sclérose, souhaitait que son mari
co

puisse mettre fin à ses jours sans que celui-ci se prenne une tarte sur un plan pénal.
Sous l’angle de l’Art. 2, la CEDH se trouve confrontée à un problème juridique important,
d.

qui ne peut pas être tranchée qu’au travers d’une interprétation distincte de celle à l’origine
du texte. L’euthanasie n’était certainement pas envisagée en 1950. La CEDH, comme toute
rib

juridiction, va devoir procéder à une interprétation évolutive de la CESDH. La CESDH est


finalement un instrument vivant, qui doit être interprété au regard des considérations
.sc

actuelles. D’où une interprétation dynamique de la CESDH. Dans cette affaire, la CEDH va
tout d’abord se raccrocher aux législations nationales pour déterminer si, oui ou non, un
w

principe peut être dégagé au regard des considérations actuelles. La CEDH farfouille dans
w

les législations nationales, pour ne relever finalement qu’il n’y a aucun dénominateur
commun entre les États. C’est le mimi, c’est le rara… c’est la mémerde. La CEDH va alors
w

chercher à savoir si d’autres conventions internationales intègrent l’euthanasie, ou offrent


une réponse juridique adéquate. Hélas, ce n’est pas le cas. La CEDH va être prudente face à
l’absence de dénominateurs communs et de prise en considération par des conventions
internationales. La Cour n’est pas persuadée que le Droit à la vie garanti à l’Art. 2 puisse
s’interpréter comme démontrant un versant négatif. La CEDH se place dans une situation
d’insécurité car on lui renvoie sa jurisprudence au regard de la liberté d’association. La Cour
va confronter le libellé de l’Art. 11 avec celui de l’Art. 2. L’Art. 2 n’est pas l’Art. 11. Ça alors.
Mais pour la Cour, l’Art. 2 ne serait sans distorsion de langage être interprétée comme
conférant un Droit diamétralement opposé, bref, un droit de passer à la trappe. Outre l’Art.
2, l’Art. 8 est invoqué par la requérante. Elle entend pouvoir mener sa vie comme elle
l’entend. Il devrait y avoir un droit à l’autodétermination, donc la possibilité de ne plus
mener sa vie, bref renoncer à l’idée selon laquelle elle renonce à mener sa vie comme elle
l’entend et mettre fin à ses jours. La CEDH va devoir broder. Les législations nationales ne
dévoilent pas de dénominateurs communs, de même que les conventions internationales ne
reconnaissent pas une telle interprétation au Droit à la vie privée. La CEDH va affirmer que la
faculté, pour chacun de mener sa vie comme il l’entend, peut inclure la possibilité de
s’adonner à des activités de nature physiquement, moralement dommageables, ou

31 Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
dangereuses pour sa personne, même lorsque le comportement en cause représente un
risque pour la santé, ou lorsque l’on peut encore estimer qu’il revêt une nature
potentiellement mortelle ; ce qui permet à la Cour d’en déduire que l’imposition de mesures
contraignantes ou de caractère pénal sont attentatoires à la vie privée, et comme nécessitant
une justification conforme au second paragraphe dudit article. Le raisonnement est distinct
de celui de l’Art. 2. Face à une mesure nationale qui a pour objectif de limiter le Droit de
mener sa vie comme il l’entend, la Cour va contrôler si la mesure respecte l’Art. 8 §2. L’Art.
8… semble… consacrer la liberté de disposer de soi-même, ce qui signifie qu’il pourrait y
avoir la reconnaissance de l’euthanasie au titre de cet article.

à Un droit de ne pas qui limite mais n’exonère pas la responsabilité de


l’État

La renonciation, droit de ne pas, peut être également envisagée comme une


liberté, qui limite la responsabilité de l’État, mais qui l’en n’exonère pas. Dans un premier
temps, la renonciation, pour qu’elle suffise à établir la responsabilité de l’État, requiert un
consentement libre et éclairé de l’individu. En outre, la renonciation doit être explicite. Elle
doit être dépourvue de toute ambiguïté. La renonciation doit encore être suffisamment

ne
spécifique. Ces trois conditions ressortent de la jurisprudence, mais transversalement.

hi
Ù ➀ La renonciation est l’expression d’un consentement libre et éclairé

ac
Qui dit consentement libre et éclairé de l’individu suppose que l’individu l’a
aM
exprimé lors de la mise en œuvre d’un droit garanti. L’individu doit donc être informé de
façon précise de la portée et des conséquences de la renonciation, mais encore qu’il a eu la
liberté de choisir librement de renoncer à un droit garanti par une convention internationale.
/L

Avec l’affaire DEWEER donnant lieu à un arrêt du 27 février 1980 de la CEDH, un


m

individu renonce à son droit d’accès à la justice, dans la mesure où il accepte un règlement à
co

l’amiable avec les autorités nationales, histoire d’éviter des peines importantes pour avoir
violé certaines règles économiques. La CEDH va considérer que, dans cette affaire, M.
d.

DEWEER n’a pas renoncé de façon conforme à la liberté de renoncer à un procès équitable.
Car il y avait contrainte. Les autorités nationales avaient mis en avant l’argument selon lequel
rib

s’il allait en justice, il allait s’en mordre les doigts. Le consentement n’est donc pas ici libre et
éclairé. Ce consentement doit avoir été exprimé à la suite de la communication de
.sc

l’ensemble des données de l’affaire à l’individu. L’individu doit être en mesure de


comprendre les conséquences de son choix. En réalité, la jurisprudence consacre la liberté de
w

renoncer à une liberté, à la condition d’exprimer un consentement libre et éclairé, si bien


w

qu’en réalité, pèse sur les autorités nationales une obligation d’information.
w

Ù ➁ Une renonciation explicite, donc non équivoque.

La renonciation doit en outre être explicite. Cette condition est en réalité plurielle.
Il y a un comportement individuel à apprécier. Le caractère explicite s’apparente à une
renonciation non équivoque. En réalité, il appartiendra une nouvelle fois aux autorités
nationales d’apprécier ce caractère non équivoque. Finalement, la condition est une
obligation. L’arrêt du 25 février 1992, PFEIFER, l’illustre. Dans cette affaire, le requérant
déclare en l’absence de son avocat ne pas vouloir se prévaloir d’une clause de révocation
d’un magistrat en vertu de son manque d’impartialité. L’Art. 6 CESDH est en toile de fond. La
question était finalement de savoir si la renonciation de l’individu était ou non suffisamment
explicite. La CEDH, dans cette affaire, considère que la renonciation n’est pas suffisamment
explicite car le requérant n’a pas été suffisamment protégé dans les mesure où son avocat
n’était pas présent lorsqu’il a renoncé à son droit. Certains commentateurs ont estimé qu’il
n’avait pas eu accès à suffisamment d’informations. La Cour se contente de considérer que
l’individu, lorsqu’il s’est exprimé, ne l’a pas fait conformément aux règles procédurales, de
façon explicite, dans la mesure où le Droit qu’il avait de récuser un magistrat, selon la
procédure nationale, ne pouvait être exprimé que par le biais de son conseil. L’approche est

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 32


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
un chouia formelle. Ce caractère explicite est également une obligation. Cela suppose que
l’individu soit couvert par l’existence d’un cadre juridique précis lui permettant, lorsqu’il
refuse explicitement à un Droit, d’opter ou non pour la renonciation.

La renonciation est explicite, sans ambiguïté, donc non équivoque. La CEDH va


également s’y intéresser dans une affaire M. S. C/ SUEDE du 27 août 1997 mettant en avant
une renonciation au Droit à la vie privée. En l’espèce, une requérante souffre d’un mal de
dos. Elle considérait que ce mal de dos découlait d’un accident du travail, et quémandait une
allocation de la caisse d’allocations nationales. Cette dernière constate plutôt que ce mal de
dos provient en réalité d’un accouchement. Est-ce que la requérante renonce de manière
explicite à son droit relatif à la vie privée ? Pour la CEDH, « on ne saurait inférer de sa
demande que pour ce qui est de son dossier médical auprès du service de gynécologie, elle
eût renoncer de manière non équivoque au droit (…) relatif à la vie privée ». La condition de
la renonciation explicite est rendue plus stricte par la CEDH. La renonciation ne doit laisser
aucune place au doute quant à sa portée.

Ù ➂ La renonciation doit encore avoir une portée spécifique :


prise en considération du droit garanti et de la situation de l’individu

ne
Elle doit être assez spécifique. Ici, la CEDH ne va pas admettre que la renonciation

hi
ne soit pas rattachée à l’exercice d’un Droit garanti. L’arrêt M. S. C/ SUEDE est à noter. On
relève deux exceptions, Ordre public et imprévisibilité du comportement humain.

ac
aM
Concernant l’exception d’Ordre public, même pour certains droits, et sous
certaines conditions, l’État ne peut invoquer la renonciation sur le fondement qu’elle est
serait contraire à l’Ordre public. Là, l’arrêt à relever, c’est l’arrêt DE WILDE c/ BELGIQUE du 18
/L

juin 1971. En l’espèce, M. DE WILDE, vagabond au sens du droit belge, et donc considéré
comme criminel, a considéré qu’il y avait atteinte à l’Art. 5 CESDH. On le prive de sa liberté.
m

Le Gouvernement belge considérait lui que M. DE WILDE s’amusait à se faire volontairement


co

arrêter, que, dès lors, Il avait alors renoncé de façon libre et éclairée à son Droit à la liberté et
à la sûreté. Ce Droit est-il dérogeable ou non ? La Cour se focalise sur le caractère
d.

fondamental de certains droits. Pour la Cour, l’Art. 5 est d’Ordre public et aucun individu ne
peut y renoncer. L’État ne peut donc pas invoquer la limitation de sa responsabilité pour un
rib

Droit qui ne peut pas faire l’objet d’une renonciation. Le fait de se présenter à la police en
vue de se faire interner nécessite de prendre en considération la situation de l’individu, sa
.sc

détresse ou équivalent. La situation générale ne doit pas occulter le caractère impératif et


non contractuel des décisions incriminées. Finalement, pour la CEDH, le Droit à la liberté
w

revêt un intérêt si important qu’une personne ne peut pas y renoncer.


w

L’imprévisibilité du comportement humain est la dernière possibilité pour l’Etat.


w

L’État peut invoquer que la renonciation crée une imprévisibilité qui peut l’exonérer. Ici, on
retrouve l’arrêt du 16 octobre 2008, ou l’arrêt KEENAN C/ RU. Dans ce dernier, M. KEENAN
est un toxico arrêté à plusieurs reprises. Quelques jours avant sa sortie de prison, et malgré
des mesures pour l’empêcher de se donner la mort, M. KEENAN parvient à suicider. La CEDH
relève que l’État avait pris toutes les mesures raisonnables pour protéger M. KEENAN. Mais
dans l’affaire R. C/ FRANCE, l’État devait prévenir par tout moyen le suicide du détenu. L’État
doit prendre en compte l’imprévisibilité du comportement humain. Il doit prendre en
compte sa situation, sa vulnérabilité.

33 Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
3 · L'obligation de réaliser les Droits de l'Homme
L'obligation de réaliser les Droits de l'Homme est une obligation elle en soi non
juridique. Cette obligation n’est pas non plus politique. Elle va être traduite
juridiquement. Sous couvert de cette obligation de réaliser, on distingue trois composantes
distinctes.

a · Une obligation de faciliter la jouissance de droits internationalement garantis


L'obligation de réaliser contient ainsi une obligation de faciliter la jouissance des
droits internationalement garantis. Les États vont devoir écarter tous les obstacles à la
réalisation effective d’un Droit internationalement garanti. D’où deux aspects. Le premier,
c’est de garantir à un individu l’accès à un droit garanti par une convention internationale,
genre le Droit à la propriété. L’autre aspect, c’est que l’obligation vise à en faciliter
juridiquement l’exercice.

b · Une obligation de fournir, de mettre en place des systèmes pour permettre réalisation

ne
hi
L’obligation de réaliser les Droits de l'Homme va se traduire comme une obligation
de fournir. L’État va être obligé de fournir une prestation pour assurer la réalisation d’un

ac
droit internationalement garanti. Dans le cadre de l’acquisition de la propriété, l’État a pour
aM
obligation de mettre en place un système administratif permettant l’enregistrement de la
propriété.
/L

c · L'obligation de promouvoir les Droits de l'Homme, générale et réelle


m

L'obligation de promouvoir est la plus débattue. Pour certains auteurs, ce n’est


co

qu’une obligation générale qui n’a aucune valeur juridique. C’est une obligation qui ne
d.

traduit qu’une déclaration d’intentions internationale, donc à l’efficacité relative.


Une décision du Comité sur les droits économiques, sociaux et culturels, et une autre du
rib

Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies pour la surveillance du pacte sur les droits
civils et politiques sont à relever. Pour la première, l’observation 15 relative au Droit à l’eau
.sc

du 20 janvier 2003 voit le Comité sur les droits économiques, sociaux et culturels, relève
l'obligation de promouvoir. Cette obligation requiert de l’État qu’il mène des actions pour
w

assurer la diffusion d’informations appropriées sur l’utilisation hygiénique de l’eau, la


protection des sources d’eau, et des méthodes propres à réduire le gaspillage. La décision du
w

Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies considère l'obligation de promotion
w

comme de nature juridique, à quoi correspond un Droit individuel susceptible d’être


invoqué par la personne privée. L’observation 25 du 12 juillet 1996, relative au droit de
prendre part à la direction des affaires publiques, le droit de vote et le droit d’accéder dans
les conditions générales d’égalité aux fonctions publiques. Le Droit de vote doit ainsi être
protégé de manière générale. Des mesures positives doivent être prises pour surmonter
certaines difficultés dans l’exercice de ce Droit. Le Comité en rajoute une couche en lui citant
des exemples, pauvreté, entraves à la liberté de circulation, analphabétisme, obstacles
linguistiques etc. L’État doit promouvoir la réalisation d’un Droit en mettant en place des
moyens concrets pour en faciliter l’exercice. Il en résulte des critères substantiels et
procéduraux.

Pour les critères substantiels, ceux-ci sont de plusieurs ordres. Un premier, qui
semble se dégager, c’est celui de la disponibilité. Au regard de ce critère, chacun doit
disposer d’une quantité suffisante du bien en cause. Il y aura un deuxième critère, qualitatif.
Il incombera à l’État de vérifier si des normes qualitatives sont atteintes. L’eau potable doit
être exempte de substances nocives et l’État doit le vérifier. Troisième critère, l’accessibilité.

Paragraphe 2e · Les obligations substantielles des États, une typologie réorientée 34


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
C’est dans un premier temps l’accès sans discrimination, l’accès économique, l’accès
physique, et l’accès à l’information.

Pour les critères procéduraux, il s’agira alors d’analyser davantage la politique


générale de l’État, histoire de déterminer si celle-ci contribue à la réalisation des droits
garantis. Bref, est-ce que l’État met tout en œuvre au niveau national pour réaliser les droits
internationalement garantis ? On sort du juridique pour toucher l'économique, le social et le
culturel. 5 indicateurs ici. On va rechercher si l’incapacité de l’État résulte d’une incapacité et
non d’une absence de volonté. Il faut encore que la réalisation soit non discriminatoire. il va
falloir procéder à des comparaisons intertemporelles. Il va alors falloir situer le moment
d’appréciation de l'obligation de réalisation. Ensuite, il faut vérifier l’efficacité des mesures
adoptées. enfin, apprécier les mesures nationales au regard des politiques nationales.

Section 3
Les spécificités des instruments de protection des Droits de l'Homme

ne
hi
Paragraphe 1er
L’inefficience du principe de réciprocité ac
aM
A · Un principe mutuel
/L
m

L’Art. 1 §2 de la Convention de Vienne sur le Droit des traités soulève un élément


co

fondamental dans la définition d’un traité. Il est mutuel. Il crée des obligations mutuelles et
réciproques entre États. Suivant cette définition, le traité matérialise un rapport juridique
d.

horizontal, concrétisé entre sujets du Droit international. Cette horizontalité permet de faire
rib

droit à l’idée qu’en cas de non-respect, il y a violation des droits des cocontractants. La
Convention de Vienne suppose donc que ces obligations soient réciproques. Dans certaines
.sc

législations nationales, des États maintiennent l’idée qu’il y application d’un Traité à la
condition de réciprocité. Cette condition répond à une démarche volontariste du Droit
w

international.
w

En matière de PIDH, une convention internationale reste une convention


w

interétatique, signée, ratifiée par les États et opposable. Les traités créent des obligations et
droits réciproques. La réponse sera… double.

B · L’exclusion de principe du principe. Ahah.


Ø Le rapport juridique est à l’horizontal et vertical. Chaleur.

a · Saloperie de nouveaux sujets de Droit international


Une Convention internationale en matière de PIDH reconnaît des droits et
obligations réciproques, comme avec la CiADH ou la CESDH. Mais ces droits reconnus dans
les conventions internationales en matière de PIDH ne sont pas des droits reconnus au profit
des États, mais au profit de l’individu. Dans une Convention internationale en matière de
PIDH, s’il y a a priori un rapport juridique horizontal, celui-ci ne caractérise pas totalement la
convention, car l’individu se voit reconnaître des droits, quand l’État se ramasse des
obligations. Le rapport horizontal change dans le cas d’une convention internationale de

35 Paragraphe 1er · L’inefficience du principe de réciprocité


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
protection des Droits de l'Homme. il est aussi vertical. C’est vrai dans le système onusien,
américain, européen, africain… un État peut engager sa responsabilité pour des droits
octroyés aux individus.

Le principe de réciprocité ne peut pas être invoqué par un État pour s’exonérer de
sa responsabilité internationale. Lorsque l’État invoque la réciprocité pour ne plus respecter
ses obligations, c’est en se fondant sur le non-respect par un autre État. Ici, on voit mal l’État
faire la même chose avec un individu.

b · La jurisprudence n’allait pas rater une occasion pareille de s’y intéresser


C’est clairement mis en avant dans la jurisprudence relative à la PIDH. Tant par la
CiADH que la CEDH.

La CiADH a validé cette exclusion du principe de réciprocité dans un avis consultatif


du 24 septembre 1982. La CiADH a affirmé que les traités relatifs aux Droits de l'Homme ne
sont pas des traités multilatéraux traditionnels conclus en vue d’accomplir un échange
réciproque de droits pour le bénéfice mutuel des États contractants. Les droits ne sont pas

ne
reconnus au profit des États. La CiADH poursuit en affirmant que leurs objets et buts sont la
protection des droits fondamentaux des êtres humains pris individuellement. Le rapport

hi
vertical est consacré. Les États sont supposés se soumettre à un ordre légal au sein duquel ils

ac
assument des obligations diverses non liées à d’autres États, mais en vers tous les individus
placés sous leur juridiction.
aM
Ì Moralité, Le Droit est individuel, l’obligation est étatique.
/L

La CiADH affirme donc qu’un État ne peut s’exonérer de ses obligations


m

conventionnelles en avançant le principe de réciprocité. Au regard de l’Art. 62 §2


co

CARDH, il y a la possibilité reconnue aux États parties de reconnaître la compétence de la


CiADH sous condition de réciprocité. Cet article ne doit être interprété qu’au seul regard des
d.

communication interétatiques. Un État peut saisir la CADH s’il apparaît qu’un autre État n’a
pas respecté la CiADH. Un État pourra voir sa responsabilité engagée que dans le cas où il
rib

apparaît que l’État qui invoque cette responsabilité, comme l’État défendeur, ont accepté la
compétence de la CiADH à cette fin.
.sc

Au niveau européen, la méthode utilisée par la Commission européenne des Droits


w

de l'Homme, dans une affaire AUTRICHE CONTRE ITALIE de 1961 a vu être adopté le même
w

raisonnement. Elle affirmé qu’en participant à la CESDH, le but des hautes parties
contractantes n’était pas de se concéder l’un et l’autre des droits et obligations réciproques.
w

Les obligations endossées par les États ont essentiellement un caractère objectif, et sont
conçues pour protéger les droits des êtres humains pris individuellement, contre des
violations commises par tout État. Les obligations des États ne sont pas là pour créer des
droits subjectifs et réciproques en faveur des États eux-mêmes. La Commission européenne
des Droits de l'Homme reprend l’idée de verticalité qui manifeste l’absence de réciprocité
entre droits et obligations, obligations qui restent étatiques.

c · Les conséquences de l’exclusion du principe de réciprocité


L’absence de réciprocité ne permet pas d’avoir un contrôle horizontal des
engagements conventionnels. Dans le cadre d’un Traité, lorsqu’il y a un différend tenant à
l’application par un des États parties de ce traité, le contrôle et la sanction sont de nature
horizontale. Ce principe de réciprocité n’étant pas applicable en matière de PIDH, les
réactions classiques du Droit international public vont donc être inefficaces. Un État ne
pourra pas appliquer de contre-mesures. Un État ne pourra pas invoquer le non-respect par
un autre État une sanction unilatérale. D’où l’intérêt d’un contrôle vertical.

Paragraphe 1er · L’inefficience du principe de réciprocité 36


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 

Paragraphe 2e
Le régime des réserves
Les réserves permettent aux États de restreindre le champ d’application d’une
disposition, ou d’en préciser les modalités de mise en œuvre à leur endroit. C’est limiter le
champ d’application de la convention. En matière de PIDH, vu les conventions actuelles, ce
droit de réserve existe. Cependant, un clivage net entre la règle applicable au regard du Droit
international des traités et celle applicable au regard du DIDH.

A · Par défaut, toute réserve peut être formulée


Dans le cadre des conventions internationales en matière de PIDH, toutes les
réserves peuvent être formulées.

ne
La question va être de savoir dans un premier temps quelles sont les conditions de
fond qui vont être imposées aux États, bref quelles vont être les conditions de validité des

hi
réserve. Mais encore faut-il déterminer qui est apte à l’apprécier.

ac
Pour les conditions de fond, la Convention de Vienne sert de fil directeur. Un État
aM
peut formuler des réserves si le texte l’autorise, si cette réserve est acceptée par les parties
contractantes, si la réserve n’est pas contraire aux buts et objectifs du traité, et si la réserve
n’est pas contraire à une norme impérative du Droit international, une norme de jus cogens.
/L
m

B · Toute réserve… Sauf limites


co

Hein Forcément, restent les limites, tenant à l’identité de celui qui peut valider ou
d.

invalider la réserve.
rib

En Droit international traditionnel, pour une réserve soulevée, un consentement


des autres États parties doit être accepté. Dans le cadre du DIDH, la logique est toute autre.
.sc

Ces conventions instaurent un rapport juridique vertical. Les droits sont reconnus au profit
des individus, les obligations, au profit des États. Encore une fois, il faut un contrôle vertical
w

du respect des droits et obligations. Le caractère vertical va encore tâter les réserves. En
w

DIDH, l’État qui adhère à une convention internationale pourrait formuler des réserves,
w

réserves qui pourront être acceptées par les autres États, sans que cela signifie l’admission
juridique de la validité de ces réserves sur un plan conventionnel. D’où l’exigence verticale
rendant possible d’invalider une réserve pourtant acceptée par les parties.

C · Les traductions juridictionnelles vont illustrer tout ça à coup de petit suisse


Une instance non étatique se prononce sur la validité ou l’invalidité d’une réserve.
Le fait qu’elle se prononce porte atteinte à la possibilité pour l’État de s’engager sous
réserve. Son consentement prend une tarte. Si la réserve est invalidée, le consentement ne
sera plus intégral. Mais alors, le consentement est-il toujours opposable ? Et si oui, qu’en est-
il alors de l’engagement ?

L’arrêt BELILOS CONTRE SUISSE du 29 avril 1988 implique de s’intéresser à l’Art. 57


CESDH, qui autorise les réserves. Si un État ratifie la CESDH, que certaines dispositions de la
convention sont contraires à sa législation nationale, du moins relativement à son
interprétation, l’État va pouvoir émettre une réserve relative à cette disposition. La CEDH va
avoir une interprétation… orientée, remettant en question la définition même du

37 Paragraphe 2e · Le régime des réserves


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
consentement à l’État sous l’angle du Traité. Les conditions qui découlent de la Convention
de Vienne sur le Droit des traités vont être spécialisées au cadre du DIDH. La CEDH voit une
requête remarquant la contrariété d’une mesure individuelle entre la législation helvétique et
la CESDH. Le Gouvernement helvétique considère qu’il a formulé une réserve lorsqu’il a
adopté la CESDH. Ce que l’individu prétend voir violé ne l’est pas vu la réserve. Mais pour la
Cour, la CESDH n’est pas un traité international traditionnel. Le rapport juridique est vertical.
Il doit y avoir un contrôle vertical, contrôle qui va intégrer de façon naturelle la possibilité
pour la Cour de se prononcer sur la validité d’une réserve. Lorsque la Cour soulève ce
caillou, selon laquelle la Cour peut se prononcer sur la validité de la réserve, ses conditions
de validité au regard de l’instrument conventionnel dont elle a pour charge le contrôle. Une
fois la compétence affichée, reste à savoir comment. Dans ladite affaire, la Cour va interpréter
l’Art. 57, le replacer dans le contexte et de l’objet de la CESDH.

L’Art. 57 va faire l’objet d’une interprétation… finaliste de la convention, c'est-à-dire


que la Cour va définir l’objet et l’objectif de la réserve sous l’angle de l’Art. 57. La
réserve, ici, doit se référer à une disposition de la CESDH. Elle doit encore se référer à une loi
nationale précise. Pour la Cour, cette disposition doit permettre à un État qui ratifie la CESDH
de souscrire à un ensemble d’obligations juridiques. S’il apparaît que la totalité de celle-ci ne

ne
peut pas être admise par l’État en raison d’une législation nationale, l’État va pouvoir la
mettre en avant pour écarter certaines obligations. La Cour affirme également qu’il est

hi
impossible d’admettre que cette faculté soit absolue et illimitée dans le temps. Absolue, car
certaines dispositions de la CESDH ne peuvent pas faire l’objet de réserve, genre la torture

ac
(Art. 3), l’esclavage (Art. 4), la sûreté (Art.5). lorsque les États ratifient la CESDH, ils admettent
aM
le vœu de mettre en place un ordre public européen. La Cour déduit que cet Art. 57 met en
place un droit de réserve temporaire au profit de l’État. Cet Art. 57 doit permettre à l’État
d’adapter sa législation nationale afin qu’il puisse se conformer à la totalité des engagements
/L

conventionnels dans un laps de temps relativement bref. Le Gouvernement helvétique doit


mettre en œuvre un travail législatif permettant d’adapter les législations nationales
m

aux engagements conventionnels pour que la réserve soit validée.


co

Avec l’affaire BURGHARTZ CONTRE SUISSE, donnant lieu à l’arrêt 22 février 1994, la
d.

Cour se voit confrontée à l’Art. 8, combiné à l’Art. 14. Dans cette affaire était en cause la
législation suisse en matière de nom de famille. Un couple se marie. Conformément à la
rib

législation suisse, ils choisissent d’utiliser non pas le nom de l’époux mais celui de l’épouse.
Le mâle ayant été touché dans son orgueil, il souhaite adosser son nom à celui de sa Femme.
.sc

Qu’à cela ne tienne, la CEDH est là pour ça. Il y a discrimination quant aux effets du mariage.
Allez ouste. La Suisse, lorsqu’elle a ratifié la CESDH, a admis le principe d’égalité des époux
w

dans les effets du mariage. Par conséquent, sa législation doit être jugée comme étant
w

contraire à ses engagements conventionnels. Pour le Gouvernement des petits suisses, il y a


w

réserve relative au nom de la famille. Alors déjà, la Cour se déclare compétente. Elle invalide
la réserve helvétique, constatant que, depuis la formulation de la réserve, aucun travail
législatif n’a été engagé en Suisse. Par conséquent, la Suisse ne respecte pas ses
engagements conventionnels. Sa réserve est contraire à la CESDH. L’obligation sous-jacente
étant pour le législateur de retourner au charbon pour permettre au requérant d’adosser son
nom à côté de celui de son épouse.

La Suisse va pourtant s’amuser à faire pareil pour le pacte international sur les
droits civils et politiques. Le Comité va s’en émouvoir. Le Comité des Droits de l'Homme va
s’aligner de façon très progressive sur l’esprit de la solution européenne. Le schéma est le
même, les conséquences sont sensiblement différentes. Lorsque les USA ont ratifié ce pacte,
ceux-ci ont émis deux réserves, l’une sur l’Art. 6 et l’autre sur l’Art. 7. Concernant l’Art. 6, le
Gouvernement américain se réservait d’appliquer la peine de mort aux mineurs. De la même
manière, concernant l’Art. 7, la réserve faisait office de déclaration interprétative, dans la
mesure où la torture devait être interprétée au seul regard de la Constitution américaine. Le
Comité des Droits de l'Homme, dans son observation générale 24, se prononce sur le régime
des réserves sous l’angle du Pacte international sur les droits civils et politiques. Pour ce faire,
encore faut-il trouver un cadre juridique permettant de définir quelles sont les réserves

Paragraphe 2e · Le régime des réserves 38


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
possibles. « Des réserves contraires à des normes impératives ne seraient pas compatibles
avec l’objet et le but du pacte ». Trois conditions sont dégagées. ➀ La réserve doit être
conforme avec l’objet du traité. ➁ tout comme à son but. ➂ la réserve ne doit pas être
contraire avec une norme impérative de Droit international. C’est la transcription de la
Convention de Vienne sur le Droit des traités.

Cette logique se dissocie de l’approche européenne. Dans son observation


générale 24, il va être affirmé que le pacte, en tant qu’organe de protection des Droits de
l’Homme, ne doit pas être interprété de la même manière que les traités signés entre États.
Qu’en vertu de ce fait, il y a un particularisme des Droits de l'Homme. D’où une approche
différente de la validité des réserves. Le principe de la réciprocité interétatique ne
s’applique pas, les règles classiques sur les réserves sont inadaptées. Le Comité des
Droits de l'Homme apparaît encore plus excité que la CEDH car il considère le régime posé
par la convention de vienne inadapté. Un droit des réserves doit être pondu, des règles
spécifiques mises en place. CDI et Comité des Droits de l'Homme vont se tirer dans les
pattes. A travers l’observation finale du 3 octobre 1995 toujours sur les USA, le Comité des
Droits de l’Homme des Nations Unies tire toutes les conséquences de son observation 24,
relevant avec regret les largesses soulevées par les USA, comprenant qu’il semble ressortir de

ne
ces énoncés que les USA ont entendu rappeler que des domaines voient leur législation
nationale primer sur les engagements conventionnels. Le Comité des Droits de l'Homme

hi
affirme que les réserves faites par les USA aux Art. 6 et 7 du pacte sont tout bonnement
incompatibles avec les fins de cet instrument. Pour le Comité des Droits de l'Homme, il y a

ac
des conditions de validité spécifiques. Ces réserves étant incompatibles avec ces conditions,
aM
le Comité les sanctionne de fait. forcément, France, Royaume-Uni et USA ne vont pas
l’entendre de cette oreille, considérant qu’il outrepasse ses compétentes, et qu’il n’est pas
question pour eux de remettre en cause leurs réserves. France, Royaume-Uni, et USA vont
/L

saisir la Commission du Droit international pour espérer qu’elle tranche le problème.


La CDI va rappeler que la convention de Vienne sur le Droit des traités s’applique à tout
m

traité multilatéral, même à ceux concernant les Droits de l'Homme. La CDI va reconnaître
co

tout de même l’exception européenne, à qui elle concède que cette règle d’applicabilité
ne doit pas porter préjudice aux organes de contrôle dans des contextes régionaux.
d.

Certaines réserves, si elles sont sanctionnées par des organes régionaux, auront des
conséquences sur le plan universel, où elles n’ont alors plus raison d’être.
rib
.sc

Paragraphe 3e
w
w

Le régime limité des dérogations


w

Les États peuvent conclure des traités sur tout domaine. Il existe des régimes
dérogatoires qui permettent de déroger à leurs obligations, sous certaines conditions.
En matière de Droits de l'Homme, c’est possible, dans des situations particulières. Reste à
savoir comment.

A · Des consentements des États aux instruments internationaux


Tout ne reposerait-il que sur le consentement des États ? Le principe de réciprocité
ne s’appliquant pas, un régime de dérogation ne repose pas sur ce consentement des États
parties, mais sur une acceptation de cette dérogation par un organe de contrôle, d’où un
contrôle sur la validité des dérogations interétatiques, sur la portée, et sur la possibilité de les
cintrer. L’encadrement est assez strict. En dérogeant à la CESDH, un État déroge aussi au
Pacte international sur les droits civils et politiques (PICP). Les circonstances justifiant les
dérogations ne seront pas exposées de la même manière suivant l’instrument conventionnel
choisi. Toute la question va être de savoir comment combiner ces deux régimes de

39 Paragraphe 3e · Le régime limité des dérogations


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
dérogations. Les solutions, au regard de la problématique juridique, sont en réalité
pragmatique. L’Art. 4 PICP prévoit que dans les cas où un danger public exceptionnel
menace l’existence de la Nation, et est proclamé par un acte officiel, les États parties au
présent acte peuvent prendre, dans la stricte mesure où la situation l’exige, des mesures
dérogeant aux obligations prévues dans le présent acte, sous réserve que ces mesures ne
soient pas incompatibles avec les autres obligations que leur impose le Droit international, et
qu’elles n’entrainent pas une discrimination fondée uniquement sur la race, la couleur, le
sexe, la langue, la religion ou l’origine sociale.

S’il y a danger public exceptionnel qui menace l’existence de la Nation, l’État


pourra déroger aux obligations du PICP. Cette dérogation est encadrée, conditionnée aux
autres obligations imposées par les autres normes internationales. Une mesure de
dérogation fondée sur l’Art. 4 PICP devra être conforme aux obligations
conventionnelles de l’État, notamment en protection des Droits de l'Homme.
Cela signifie que le régime de dérogation n’est pas autonome, car lié juridiquement à des
obligations conventionnelles imposées par genre la CESDH. L’Art. 15 CESDH va établir un
régime de dérogation. En cas de guerre, en cas d’autre danger public menaçant la vie de
la Nation, toute autre partie contractante peut prendre des mesures dérogeant aux

ne
obligations prévues par la présente convention, dans la stricte mesure où la situation l’exige,
et à la condition que ces mesures ne soient pas en contradiction avec les autres obligations

hi
découlant du Droit international.

ac
La France considère que les notions présentées aux Art. 4 et 15 précités doivent être
aM
interprétées conformément à l’Art. 15 C, c'est-à-dire que la notion de guerre, danger public
et compagnie sont un renvoi à l’état d’urgence. Il va falloir méditer sur la définition de ces
notions de guerre, danger public menaçant la vie de la Nation.
/L

B · A l’interprétation croisée des organes créés par ces instruments


m

1 · Approche comparative
co
d.

Dans l’Art. 4 PICP, le danger est dit exceptionnel, quand, dans l’Art. 15, le
rib

danger n’est que menaçant la vie de la Nation.


.sc

Dans l’affaire LAWLESS CONTRE IRLANDE, la CEDH se prononce le 1er juillet 1961 sur
une dérogation à la CESDH par les autorités irlandaises pour lutter contre les actes de l’IRA.
w

La dérogation reprend un danger, mais ne vise qu’une part du territoire. La totalité de la


population n’est pas visée non plus. La CEDH a considéré ici que l’Art. 15 n’exigeait pas que
w

la population soit menacée dans sa totalité. La CEDH va, pour interpréter cet Art. 15, se
w

fonder sur une approche comparative, avec le PICP, mettant en avant la notion de danger
imminent, qui justifie la possibilité pour un État de déroger à ses obligations
conventionnelles. Comme elle le fera également dans un arrêt du 18 janvier 1978 IRLANDE
CONTRE ROYAUME-UNI, confirmé dans l’arrêt AKSOY CONTRE TURQUIE du 18 décembre
1996. Mais la CEDH, comme le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, vont être
amenés à vérifier que l’État respecte bien ses autres engagements conventionnels, qu’il se
conforme bien à des traités ne relevant pourtant pas de sa compétence.

Avec l’arrêt BRANNIGAN Contre Mc Bride, la CEDH fait un renvoi explicite à l’Art. 4
PICP, pour déterminer si la dérogation est conforme aux obligation du Royaume-Uni sous
l’angle du PICP. La CEDH va relever que le PICP fait état d’une obligation à l’État, lorsqu’il
veut déroger à ses obligations, d’exiger que le danger public exceptionnel soit proclamé par
un acte officiel. La CEDH va considérer dans un premier temps qu’il ne lui appartient pas de
se prononcer sur la définition à donner au mot « proclamé par un acte officiel ». La Cour va
rechercher si l’argumentation des requérants s’appuie sur une base plausible, et affirmer
qu’une déclaration devant la Chambre des communes est l’équivalent d’un acte officiel. La
CEDH se prononce sur l’Art. 4 mais, du fait de l’interprétation croisée, rajoute en réalité à

Paragraphe 3e · Le régime limité des dérogations 40


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
l’Art. 15 une condition qui ne lui existe pas. Le respect des autres obligations internationales
suppose cette interprétation croisée.

Une observation générale 29 du 24 juillet 2001 du Comité des Droits de l'Homme


des Nations Unies, sur l’état d’urgence, entend la durée, l’étendue géographique, et la
portée matérielle de l’état d’urgence. On constate que le Comité des Droits de l'Homme
reprend en réalité les critères développés par la jurisprudence de la CEDH.

Le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies va affirmer que l’obligation de
limiter les dérogations à ce qui est exigé par la situation trouve son origine dans le principe
de proportionnalité qui est commun au pouvoir de dérogation et de restriction.

2 · Contrôle commun et petite piqure de rappel sur les droits indérogeables


De l’interprétation croisée découle une définition commune, un contrôle commun.
Le critère de la nécessité est lui aussi apprécié de manière uniforme entre ces deux
conventions.

ne
L’Art. 4 PICP prohibe toute mesure dérogatoire qui serait fondée sur une
discrimination fondée uniquement sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion ou

hi
l’origine sociale. Est-ce que cette condition doit être appliquée dans le cadre européen en

ac
application de l’Art. 15 CESDH ? aM
Par une référence au respect des obligations internationales, la CEDH va reprendre
à son compte cette condition de non-discrimination, qui se retrouve comme « sous-
entendue », même si la CESDH ne l’explicite pas à l’Art. 15. L’arrêt BRANNIGAN & Mc BRIDE
/L

voit la CEDH enrichir nettement l’Art. 15, se reconnaissant également compétente pour
m

apprécier la dérogation au regard de la non-discrimination.


co

Mais, dans l’instrument conventionnel, on va retrouver des limites substantielles à


d.

la liberté reconnue aux États de déroger à leurs obligations conventionnelles. On en déduit


des droits indérogeables. un noyau dur de droits, droits qui ne peuvent pas faire l’objet de
rib

dérogations. Un premier exemple, c’est le Droit à la vie. L’Art. 4 §2 PICP le rappelle. L’Art. 15
§2 CESDH aussi. L’Art. 27 §2 CARDH également. L’interdiction de la torture est un deuxième
.sc

exemple. La prohibition de l’esclavage est un troisième. Autre obligation, le principe de non-


rétroactivité de la Loi pénale. A côté de ce noyau dur, on va retrouver des conventions définir
w

certains droits étant comme indérogeables quand, dans d’autres, ils ne le sont pas. La
w

CARDH a un panel de droits bien plus important. Le PICP ajoute à ce noyau dur 3 droits. La
CESDH n’accepte quant à elle qu’un seul autre droit. Le Droit à la liberté et à la sûreté est
w

intégré sous l’angle européen sans forcément l’être sous l’angle des autres conventions. Est-
il donc possible d’intégrer des biens qui ne sont pas définis comme indérogeables ? genre la
liberté de conscience ?

On tend vers les limites de l’interprétation croisée. L’instrument conventionnel ne


permet pas de broder sans limite. Lorsqu’il y aura une question touchant au caractère
indérogeables ou indérogé du droit garanti, les organes de contrôle vont se cacher derrière
l’interprétation littérale de l’instrument conventionnel.

La coordination de la dérogation voit différentes procédures entrer en jeu et


encadrer la dérogation. Au final, on peut se demander si le pouvoir de dénonciation des
traités des États n’en prend-il pas un peu dans le pare-brise ?

41 Paragraphe 3e · Le régime limité des dérogations


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 

Paragraphe 4e
La dénonciation limitée ou l’interdépendance conventionnelle : l’effet de cliquet
Cela repose à la fois sur un argument juridique et autre… moins.
En droit international général, on apprend qu’un État partie à un traité peut dénoncer celui-
ci lorsqu’il n’est pas mis en œuvre, lorsqu’il y a un changement fondamental de
circonstances, ou s’il apparaît que les deux parties s’accordent sur le fait de dénoncer el
traité qu’elles ont conclu entre elles. Les États peuvent librement conclure et mettre fin aux
traités.

Mais en matière de PIDH ? Juridiquement, cette possibilité existe. L’Art. 78 CADH le


prévoit. L’Art. 58 CESDH reconnaît aussi un droit de dénonciation. On constate que ce droit
est désormais hypothétique. Hypothétique, comme l’a émis le Comité des Droits de
l'Homme des Nations Unies. Il a volontairement généralisé. S’il n’y a pas de disposition
explicite au sein du PICP, c’est bien parce que les rédacteurs du pacte avaient manifestement
l’intention d’exclure toute possibilité de dénonciation. Le Comité relève que le PICP n’est pas

ne
le type de traité qui, en raison de sa nature, implique un droit de dénonciation. Il n’y aurait
alors pas d’utiliser un droit de dénonciation. Mais l’Art. 78 CADH ? l’Art. 58 CESDH ?

hi
juridiquement, cela ne suffit pas.

ac
Deux arguments vont toutefois le permettre. Le premier, relevé dans l’observation
aM
générale 26, c’est le fait que les conventions internationales en matière de PIDH n’ont fait
que codifier des droits individuels qui avaient été proclamés avant même leur rédaction,
genre en 1948 avec la DUDH, qui, elle-même, avait vocation à codifier les droits individuels
/L

reconnus au niveau international. L’interdiction de la torture existe indépendamment de sa


m

proclamation. Finalement, dénoncer des conventions de PIDH ne dédouane pas de


respecter les droits afférents.
co
d.

L’autre argument implique de se rendre compte que chaque convention,


notamment relative au DIDH, peut s’interpréter au regard d’une interdépendance
rib

conventionnelle. Lorsqu’un État souhaite adhérer à l’Union Européenne, il doit ainsi


préalablement ratifier la CESDH. Dénoncer un traité implique d’en dénoncer toute une
.sc

flopée, ce qui est impossible de manière pragmatique. Désormais, dans le cadre


communautaire, la clause de conditionnalité Droits de l'Homme voit les partenaires
w

économiques de l’Union Européenne s’engager à respecter les Droits de l'Homme, sans quoi
w

l’accord commercial sera dénoncé.


w

Lorsque de nouveaux traités sont ratifiés, se pose la question de la continuité des


engagements conventionnels. Dans le cadre du droit international général, du Droit
international des traités, la question de la succession d’État en matière de traité est réglée par
la Convention de vienne du 23 août 1978, entrée en vigueur en 1996. En Droit international,
le principe, c’est l’Art. 341, l’exception l’Art. 162.

                                                                                                               
1
Art. 34 : Succession d’États en cas de séparation de parties d’un État.
1. Lorsqu’une partie ou des parties du territoire d’un Etat s’en séparent pour former un ou plusieurs Etats, que l’Etat
prédécesseur continue ou non d’exister :
a) Tout traité en vigueur à la date de la succession d’Etats à l’égard de l’ensemble du territoire de l’Etat prédécesseur reste
en vigueur à l’égard de chaque Etat successeur ainsi formé;
b) Tout traité en vigueur à la date de la succession d’Etats à l’égard uniquement de la partie du territoire de l’Etat
prédécesseur qui est devenue un Etat successeur reste en vigueur à l’égard de cet Etat
successeur seul.
2. Le paragraphe 1 ne s’applique pas :
a) Si les Etats intéressés en conviennent autrement; ou b) S’il ressort du traité ou s’il est par ailleurs établi que
l’application du traité à l’égard de l’Etat successeur serait incompatible avec l’objet et le but du traité ou changerait
radicalement les conditions d’exécution du traité.
2
Art. 16 : Position à l’égard de l’État prédécesseur.
Un Etat nouvellement indépendant n’est pas tenu de maintenir un traité en vigueur ni d’y devenir partie du seul fait qu’à
la date de la succession d’Etats le traité était en vigueur à l’égard du territoire auquel se rapporte la succession d’Etats.

Paragraphe 4e · La dénonciation limitée ou l’interdépendance conventionnelle : l’effet de cliquet 42


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
Alors peut-on affirmer que la succession ne vaille pas pour les États nouvellement
indépendants ? Par application de la convention de vienne, pour le Comité des Droits de
l'Homme, lorsqu’il y a succession d’État, il y a succession des obligations. L’affaire KUOK
KOI CONTRE PORTUGAL découlant d’une communication du 8 février 2002 l’illustre.
L’indépendance nouvelle de Macao ne permet pas d’exclure l’application de ce pacte sur ce
territoire. Pour le Comité, c’est un principe découlant du droit international général
coutumier.

Section 4
Evolution des instruments conventionnels de protection des DH
A · L’accroissement qualitatif et quantitatif des instruments conventionnels
C’est de leur interprétation qu’est apparue une spécificité. Parler de spécificité,
c’est mettre en lumière la problématique qui attrait à la fragmentation du Droit international,
donc l’idée qu’il y ait des droits internationaux interdépendants, et non plus un droit

ne
international unique. De cette idée de fragmentation découlent des conséquences propres
au droit international, genre la volonté de l’État, qui n’est pas dominante, et qui peut donc

hi
être écartée. Si le volontarisme n’est pas totalement exclu en PIDH, du fait que le

ac
consentement de l’État est requis au niveau conventionnel, s’il demeure, s’il reste nécessaire,
il n’est cependant plus considéré comme une finalité. il suit un certain objectivisme dans son
aM
interprétation. L’État accepte de s’engager par voie conventionnelle. Une fois cet
engagement formalisé, l’interprétation qui en résulte est objective, finaliste et relègue
la volonté de l’État, la souveraineté des États, au second plan, accordant plus
/L

d’importance par exemple aux droits individuels.


m

L’accroissement quantitatif et qualitatif des instruments conventionnels en matière


co

de PIDH, du particulier à l’universel, suppose quelques questions. En dépit de tout ça, se


d.

développe indépendamment du nombre, de l’objet une jus commune, universelle.


rib

En droit interne, la question a été de savoir si, dans le cadre des instruments
conventionnels de PIDH, les organes chargés de leur surveillance et application pouvaient-ils
.sc

ordonner aux États à prendre des mesures provisoires. La solution n’est pas unanime.
Certaines conventions, genre la CARDH sont avancées, d’autres en retard, comme la CEDH.
w

La CiADH a ainsi admis la possibilité d’ordonner des mesures provisoires si la situation


w

l’exige. Au niveau de la CEDH, pendant longtemps, elle n’avait pas le pouvoir d’indiquer ou
ordonner des mesures provisoires. Sur le plan conventionnel, les pays considéraient qu’il
w

s’agissait d’une entrave au principe de subsidiarité. La CEDH ne s’est pas s’arrêtée à cette
opposition. Elle va intégrer dans son règlement intérieur un Art. 39 qui donne la possibilité
au Président de la Cour, si la situation l’exige, si le risque de violation est flagrant, d’indiquer
à l’État défendeur des mesures provisoires. La faculté est autoproclamée.
Mais, juridiquement, ce pouvoir reconnu créait-il une obligation juridique pour les États ?
Est-ce que cette indication créait-elle une obligation pour l’État de respecter une mesure
provisoire demandée par le Président de la CEDH ? Dans un premier temps, la CEDH affirme
que les États ne sont pas obligés de les suivre. Il n’y aurait donc aucune sanction sur le
terrain de la Convention si les États ne respectent pas les mesures provisoires indiquées.
La CiADH, Elle, peut le faire. Les juges de Strasbourg étant jaloux, mais liés par
l’interprétation de la CESDH, vont bénéficier de l’aide de la CIJ, inespérée. La CIJ n’est
pourtant pas encline à toucher à la PIDH, préférant d’ailleurs la notion de protection
individuelle à la notion Droits de l'Homme. L’arrêt LAGRAND de 2001 de la CIJ opposait USA
et ALLEMAGNE, portant sur le respect par les USA des relations consulaires. Au départ, on
retrouve nos ressortissants allemands, KARL et WALTER, condamnées pour meurtre et dans
l’attente de leur exécution. Les autorités allemandes réagissent et actionnent leur protection
diplomatique en faveur des deux ressortissants, considérant que les USA n’avaient pas

43 Paragraphe 4e · La dénonciation limitée ou l’interdépendance conventionnelle : l’effet de cliquet


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
respecté leur obligation d’information consulaire vu l’Art. 36 §1 B de la Convention de
Vienne sur les relations consulaires. Oh. Les USA auraient dû prévenir l’Allemagne de
l’arrestation, jugement et condamnation des ressortissants. Les deux ressortissants peuvent
être exécutés avant que la CIJ ne se prononce. L’Allemagne demande à ce que le président
de la CIJ adopte une ordonnance pour que les Usa suspendent l’exécution des ressortissants.
Qu’à cela ne tienne, un des deux frères passe quand même à la trappe, malgré l’ordonnance
rendue par la CIJ. La question, c’est donc de savoir si l’ordonnance était juridiquement
obligatoire. Dans le cas du non-respect, la responsabilité pouvait elle être engagée ?
Pour la CIJ, si des droits individuels sont en cause, il va y avoir un intérêt prépondérant,
obligeant juridiquement les États à se conformer aux indications de mesure provisoire
adoptées par la CIJ. Les Usa se font sabrer d’une part pour le viol de la convention de vienne
sur les relations consulaires, mais encore de leurs obligations relatives au respect des mesures
provisoires.

Dans l’arrêt MAMATKULOV du 4 février 2005, est confirmée cette position.


La CEDH consacre le caractère obligatoire des mesures provisoires, sans aucun
fondement juridique. La CEDH se reconnaît une compétence qu’elle n’avait pas, celle
d’ordonner des mesures provisoires obligatoires vis-à-vis des États. Elle va considérer que ne

ne
pas admettre ce caractère obligatoire, c’est ne pas reconnaître les recours individuels
effectifs. La CEDH va finalement mettre en lumière une jus commune, se référant à la

hi
CARDH, à la CIJ, aux solutions rendues par le CDHNU (…), faisant se rejoindre les solutions
internationales.

ac
aM
B · Qui veut gagner des conflits normatifs et systémiques
Reste qu’il existe des situations conflictuelles quant à l’interprétation des
/L

conventions invoquées. Un État va pouvoir être lié par plusieurs conventions internationales
m

non interprétées de la même manière.


co

1 · L’individu va casser de l’État…


d.

a · A coup de clause de protection la plus favorable ?


rib

Plusieurs méthodes de résolution des conflits apparaissent. La première, c’est la


.sc

clause de la protection la plus favorable. L’Art. 5 §2 du PIDCP évoque qu’il ne peut être
admis aucune restriction ou dérogation aux droits fondamentaux de l’homme reconnus ou
w

en vigueur dans tout État partie au présent pacte en application de lois, conventions,
w

règlements, ou coutumes, sous prétexte que le présent pacte ne les reconnaît pas ou les
w

reconnaît à un moindre degré. La Convention contre la torture prévoit à son Art. 16 §2 que
les dispositions de la présente convention sont sans préjudice de tout autre instrument
international ou de lois nationales qui interdisent les peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants, ou qui ont trait à l’extradition ou expulsion. L’Art. 53 de la CESDH énonce
quant à lui qu’aucune disposition de la présente convention ne sera interprétée comme
limitant ou portant atteinte aux Droits de l’Homme et libertés fondamentales qui pourraient
être reconnus aux lois de toute partie contractante ou à toute autre convention à laquelle
cette partie contractante est partie. Face à l’accumulation des conventions internationales, et
en vertu de cette clause de la protection la plus favorable se matérialise un fait pour
l’individu, celui de choisir celle lui octroyant un niveau de protection élevé. D’où le risque de
forum shopping.

Un individu étranger en France risque une expulsion. S’il considère que cette
mesure d’éloignement forcé peut constituer un traitement inhumain ou dégradant, un peu
comme la peine de mort, l’étranger aura alors le choix. Il pourra invoquer la convention
contre la torture, prévoyant l’interdiction faite aux États reposant sur l’impossibilité
d’expulser un individu si celui-ci risque de faire l’objet d’actes de torture dans son pays de
destination (Art. 3). Ce devant le Juge national ou devant le Comité contre la torture.

Paragraphe 4e · La dénonciation limitée ou l’interdépendance conventionnelle : l’effet de cliquet 44


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
Il pourra encore invoquer l’Art. 7 du pacte international sur les droits civils et politiques. Il
pourra encore invoquer la jurisprudence SOERING du 7 juillet 1989.

Concernant le point de savoir si l’individu peut saisir n’importe quel organe,


indépendamment de la requête, toutes les conventions internationales en matière de PIDH
disposent d’une clause prévoyant l’incompétence de l’organe chargé du contrôle s’il
apparaît que l’affaire a été traitée ou est pendante devant un autre organe de contrôle. On
peut ici se référer au premier protocole additionnel où l’Art. 5 §2 énonce que le Comité des
Nations Unies n’examinera aucune communication individuelle sans s’assurer que la
question n’est pas déjà en cours d’instance devant une institution internationale. L’individu
doit bien choisir son l’organe, la convention à invoquer. C’est sans compter cependant sur la
créativité des requérants et l’interprétation sous influence.

Avec l’affaire HANS ADAM, des allemands saisissent des biens à la famille du
requérant pendant la Deuxième Guerre Mondiale, dont un tableau. Le prince Hans ADAM
souhaite récupérer ce qu’il s’est fait chopper. Les autorités allemandes considéraient que
non. Hans décide de saisir la CEDH, non pas en tant que Prince, mais seulement individu du
Lichtenstein, au regard de l’Art. 1 CESDH et du droit de propriété. La CEDH déboute Hans.

ne
Non, il n’y a pas violation de l’Art. 1. Mais Hans est aussi Prince, chef d’État, et saisit alors la
CIJ, présentant le problème comme un différend entre États, invoquant la responsabilité

hi
internationale de l’Allemagne. La CIJ rejette. La solution rendue par la CEDH lie la CIJ. Même
si Hans se présente sous une autre forme, celui-ci ne peut obtenir de la CIJ une autre

ac
solution.
aM
Dans l’affaire des écoles en Norvège, des parents invoquent une violation de la
liberté de religion, et se regroupent en 2 associations, une qui saisit le Comité des Droits de
/L

l'Homme des Nations Unies, qui se prononce le 23 novembre 2004 (Aff. UNN ET AUTRES
CONTRE NORVEGE), puis une autre devant la CEDH qui elle se prononce le 29 juin 2007
m

(Aff. FOLGERO ET AUTRES CONTRE NORVEGE). La CEDH se réfère à l’affaire du 23 novembre


co

2004 pour consacrer l’existence d’une violation d’un Droit de l’homme. La CEDH suit
l’interprétation du Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies. Il y a ici une volonté de
d.

faire du forum shopping pour les requérants.


rib

b · A coup d’émulation des instruments conventionnels ?


.sc

L’affaire AL DUKIMI & MONTANA CONTRE SUISSE pendante devant la CEDH et


w

l’affaire NADA CONTRE SUISSE, elle aussi pendante devant la même Cour, pose la question
de la conventionalité de l’application nationale de résolutions du Conseil de Sécurité des
w

Nations Unies. La décision du 22 octobre 2008 SAYADI & VINCK CONTRE BELGIQUE voit
w

celle-ci soulever l’Art. 46 PICP (aucune disposition du pacte porte atteinte à la CNU), ce à
quoi le CDHNU répond que l’Art. 46 est inapplicable car la requête vise une résolution du
CSNU et non la CNU, si bien qu’il se déclare compétent pour étudier la requête et pond que
les mesures adoptées par la Belgique contre les individus contreviennent à la liberté de
circulation des individus, atteinte à l'honneur et à la réputation des individus. Mais aucune
violation sous l'angle procédural n’est soulevée. Finalement, il n’y a pas de parallélisme
entre les différentes décisions de la CJCE et du CDHNU.

En revanche, il y a complémentarité avec les normes de PIDH, ce qui conduit la


CEDH à envisager une solution autonome. La CEDH n’a pas la possibilité de trancher en se
fondant sur une seule et unique position jurisprudentielle. Si la CEDH peut être favorable aux
droits procéduraux, mais aussi aux droits substantiels. Cela aboutit à une autonomisation de
la solution. La solution européenne devra trancher sous l’angle des instruments
conventionnels des Droits de l'Homme constituera un nouveau point de départ. La CEDH va
constater la violation des droits autant substantiels que procéduraux. Le Juge international
s’approprie des décisions qui ne sont pas les siennes pour le faire rentrer dans le sien.

45 Paragraphe 4e · La dénonciation limitée ou l’interdépendance conventionnelle : l’effet de cliquet


 
Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme 2009-2010
au plan international
 
Chaque instrument conventionnel est dans un processus d’émulation, garanti par
l’interprétation des droits et libertés consacrés.

2 · L’État se défend, mais comment ?


Les États font preuve également d’ingéniosité, mais avec moins de succès que les
requérants individuels. Les États vont user d’armes fonctionnelles et d’armes substantielles.

a · A coup d’arme fonctionnelle


Les armes fonctionnelles sont principalement cachées derrière les réserves.
Lorsqu’il y a saisine de la CEDH sur un litige ou une question de droit, il ne peut pas y avoir
de saisine ultérieure du comité des Droits de l'Homme des Nations Unies. L’Autriche s’y est
amusée. Sous l’angle de la CEDH, l’Autriche a posé une réserve au pacte des droits civils et
politiques, moins réducteur que l’Art. 53 CESDH. L’Art. 5 §2 du premier protocole au Pacte
sur les droits civils et politiques prévoit que le Comité n’examinera aucune communication
sans s’assurer qu’elle n’est pas déjà ou n’a pas déjà été visée par un autre organe. Cet Art. ne

ne
prévoit pas l’incompétence du comité si l’organe s’est préalablement prononcé
définitivement. L’Autriche a précisé que la compétence du Comité n’était pas reconnue par

hi
l’Autriche s’il s’avérait qu’un autre organe avait tranché la question soumise au Comité.

ac
Dans une décision du 4 avril 2002, KARAKURT CONTRE AUTRICHE, le Comité des Droits de
l'Homme des Nations Unies écarte cette réserve, en estimant que la question qui lui est
aM
posée n’a pas la même teneur que celle tranchée par le CEDH. Il lui appartient d’établir si
oui ou non la question est similaire, si oui ou non cette décision lie ou non le Comité. Ici,
non, donc l’Autriche peut remballer sa réserve fonctionnelle pour faire échec au recours
/L

individuel devant un organe de protection des Droits de l'Homme.


m

b · A coup d’arme substantielle


co
d.

D’autres réserves sont plus croustillantes, genre les réserves substantielles. Celles-ci
vont aussi être contournées par les différents organes de protection des Droits de l'Homme.
rib

La Convention pour l’élimination de la discrimination raciale, convention des Nations


Unies, impose à son Art. 4 l'obligation aux États d’ériger en infraction pénale tout discours
.sc

raciste, y compris pour les organes de presse. Cette précision est une source potentielle de
conflit. l’Art. 4 tel que formulé va plus loin que les instruments généraux comme la CESDH
w

ou le pacte sur les droits civils et politiques. D’où la réserve d’États. Comme la Suisse qui, lors
w

de la ratification de cette convention, a formulé pour réserve le droit de prendre les mesures
w

législatives nécessaires à la mise en œuvre de l’Art. 4 en tenant dûment compte de la liberté


d’opinion et de la liberté d’association qui sont notamment inscrites dans la DUDH. Au-delà
de l'obligation formulée à l’Art. 4, c’est le droit à la liberté d’information, celui d’opinion,
celui d’association qui devront primer. Cette réserve est inopérante car la CEDH, comme le
Comité des Droits de l'Homme, comme la CiADH, applique le principe que la règle spéciale
déroge à la règle générale. Tout discours prônant la haine raciale ne peut voir la liberté
d’information, la liberté d’opinion, la liberté d’association, pour s’exonérer.

D’où une interprétation finaliste des instruments conventionnels.


Lorsqu’il y aura des conflits entre dispositions de traités, les organes de contrôle vont,
quasi systématiquement, recourir à la règle de l’interprétation conforme.

Un arrêt de la CEDH du 23 septembre 1994 dans l’affaire JERSILD CONTRE


DANEMARK, voit le Danemark adopter une norme pour se conformer à la convention pour
l’élimination de la discrimination raciale. Le Danemark érige en infraction pénale tout
discours, propos raciste y compris leur diffusion dans la presse. M. JERSILD est poursuivi sur
le fondement de cette législation pour avoir diffusé des entretiens avec des skinheads qui
tenaient des propos originaux. M. JERSILD justifiait la publicité de ces entretiens pour

Paragraphe 4e · La dénonciation limitée ou l’interdépendance conventionnelle : l’effet de cliquet 46


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme Les sources formelles de protection des Droits de l'Homme
au plan international
 
montrer leur caractère excessif. M. JERSILD et les interviewés se font donc sabrer en droit
interne. M. JERSILD invoque ensuite l’Art. 10 CESDH devant la CEDH. La Cour va devoir faire
preuve d’imagination pour essayer de trancher le conflit entre l’Art. 4 de la convention pour
l’élimination des discriminations raciales et l’Art. 10 affirmant la liberté d’expression.
La CEDH considère qu’il y a deux lectures possibles de la Loi pénale. Elle considère qu’il y a
ainsi une première lecture, littérale, qui mène en l’occurrence à la condamnation d’un
journaliste. Mais une autre lecture permet, au regard de la Loi pénale, d’atténuer la sanction
imposable aux journalistes. La Cour retient cette deuxième lecture. La Cour considère au
regard de l’Art. 4 que le Danemark, lorsqu’il a appliqué la Loi pénale à l’égard du
journaliste, n’a pas respecté le principe de proportionnalité. La sanction était
disproportionnée. La Cour utilise une interprétation conforme pour régler son contrôle.

Dans une autre affaire BLADET TROMSØ CONTRE NORVEGE du 20 mai 1999, une
gazette BLADET TROMSØ locale ne faisait que reproduire un rapport sur la chasse au phoque
assez compromettant pour les marins qui, du coup, attaquent le journal en diffamation. Les
requérants estimaient que l’Art. 10 CESDH devait être interprété au regard de l’Art. 17 du
pacte sur les droits civils et politiques relatif à la protection de l’honneur et de la réputation.
La Cour fait droit à cet argument, en adoptant une interprétation conforme, interprétant

ne
l’Art. 10 au regard de l’Art. 17. Les frontières conventionnelles sont inexistantes. Le Juge peut,
lorsqu’une garantie ne lui semble pas suffisamment précise, faire appel à un autre

hi
instrument conventionnel pour développer son interprétation normative. Le Comité des
Droits de l'Homme des Nations Unies va reprendre cette méthode.

ac
aM
L’affaire G. JACOBS CONTRE BELGIQUE donnant lieu à un arrêt du 7 juillet 2004 du
Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, voit être en cause la question de la
discrimination au sujet de l’accès aux emplois publics et la discrimination vis-à-vis des
/L

femmes. Au conseil supérieur de Justice belge, un traitement préférentiel vise les Femmes.
Sur les 11 magistrats nommés, au moins 4 doivent être Femmes. Une requête est déposée par
m

un requérant pour dénoncer ce traitement préférentiel. Ce quota est discriminatoire. Le Pacte


co

sur les droits civils et politiques interdit en effet toute discrimination faite au regard du sexe.
Le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies ne va pas se focaliser sur le pacte sur les
d.

droits civils et politiques. Il va se reposer sur une recommandation générale n°23 de 1997
pour l’élimination de toutes les discriminations à l’égard des femmes, accompagné d’un
rib

mécanisme institutionnel au travers d’un comité. Vu cette recommandation, indication est


faite à destination des États de prévoir une règle selon laquelle la représentation de chacun
.sc

des deux sexes ne doit être inférieur à 40% dans la composition d’un organe public.
Le Comité reprend cette recommandation pour considérer que la Belgique n’a rien violé.
w
w

C · La consolidation normative ou le noyau dur des Droits de l'Homme au plan international


w

En droit international, il y a le jus cogens. Ces normes sont des normes acceptées et
reconnues par la communauté internationale des États dans son ensemble, en tant que
norme à laquelle aucune dérogation n’est permise, et qui ne peut être modifiée que par une
nouvelle norme de Droit international ayant le même caractère. Toute convention qui
contreviendrait serait violée d’une nullité absolue.

Il n’y a aucune marque originelle permettant d’affirmer que l’interdiction de la


torture ou de l’esclavage revêtent par nature le caractère de norme impérative.
La jurisprudence internationale l’a progressivement dégagé, sur un plan universel puis
régional. Le noyau dur prend peu à peu forme. Ce n’est pas dû au regard de conventions
mais uniquement par la voie jurisprudence. Droit à la sûreté, principe de la prévisibilité des
peines sont d’autres exemples. D’où une dynamique, mais seulement jurisprudentielle, et
non conventionnelle. Finalement, L’effectivité des mécanismes de protection des Droits
de l'Homme ont leur valeur grâce à une ratification, mais encore par l’application et
donc le contrôle opéré au niveau international par un organe, juridictionnel ou quasi
juridictionnel.

47 Paragraphe 4e · La dénonciation limitée ou l’interdépendance conventionnelle : l’effet de cliquet


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 

Chapitre II
La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
Ça, c’est plus une question nature qu’une question de moyens.

On entend constater deux échelles de mécanismes mettant en avant différentes


procédures de contrôle, dont la plus aboutie est l’échelle juridictionnelle, par opposition à
l’échelle non juridictionnelle. L’effectivité des instruments conventionnels des Droits de
l'Homme reposera sur la nature du contrôle. De la nature du contrôle dépendra l’effectivité
des instruments conventionnels des Droits de l'Homme au niveau universel.

Ces modes de contrôle révèlent plusieurs natures de contrôles. La conjugaison


entre le juridictionnel et le gouvernemental va être encore plus fondamentale. Les organes

ne
chargés d’assurer la protection et l’application des instruments conventionnels des Droits de
l'Homme n’ont de valeur que dans le suivi qui est accordé à leurs décisions.

hi
ac
Le principe de subsidiarité est à la fois un argument de politique conventionnelle et
un argument juridique. Lorsqu’un État ratifie un instrument conventionnel de protection des
aM
Droits de l'Homme, il reste persuadé qu’il reste souverain, que ses autorités nationales de
doivent pas voir leur action entravée. Mais le fait est qu’on fasse face à des instruments
conventionnels, juridiques, et pour que sa responsabilité soit engagée, l’État doit se faire
/L

sabrer au niveau national avec éventuellement réparation afférente. La responsabilité d’un


État ne sera susceptible d’être invoquée que si l’État n’a pas respecté ses obligations
m

conventionnelles.
co

Il faut donc l’épuisement des voies de recours interne pour constater


d.

éventuellement le manquement des autorités nationales à leurs obligations internationales,


rib

éventuellement d’octroyer réparation aux victimes de ces violations. Ce principe de


subsidiarité va être observé différemment selon que l’on se trouve sous l’angle non
juridictionnel ou juridictionnel.
.sc
w
w

Section 1
w

Le contrôle non juridictionnel


Celui-ci se manifeste par une… sorte de dévolution à la souveraineté de l’État.
Le contrôle non juridictionnel se focalise sur le consentement étatique. Cette approche est
basée sur une contrainte minimum. Il en résulte une intervention non obligatoire de l’organe
de contrôle et une intervention consentie par l’État de l’organe de contrôle.

Paragraphe 1er
Typologie des organes non juridictionnels
Reste à définir ce qu’est un organe non juridictionnel.

Paragraphe 1er · Typologie des organes non juridictionnels 48


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 
Au-delà de l’opposition entre juridictionnel / non-juridictionnel, c’est l’opposition
entre universel, qui fait primer le quasi juridictionnel ou le non-juridictionnel, et le régional,
qui fait primer le juridictionnel.

Dans le cadre des Nations Unies, plusieurs systèmes se caractérisent par une
dynamique décroissante. Buk. Il va y avoir des mécanismes plus ou moins aboutis, pour aller
sur le terrain accidenté de certaines procédures qui ne sont plus juridictionnelles mais
diplomatiques ou politiques. Allez, sors le Cayenne chérie.

La Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies pour les Droits de
l'Homme a été créée en 1946. L’Art. 68 de la Charte des Nations Unies la vise. Elle était
composée de 53 représentants des États, qui sont nommés selon des critères géographiques,
soi-disant équitables entre États. Cette Commission des Droits de l'Homme se réunissait de
deux manières, une session annuelle à Genève, entre mars et avril, pendant 6 semaines, le
meilleur moment pour aller skier. En parallèle de quoi il peut y avoir des sessions
extraordinaires. La dernière session ordinaire s’est déroulée du 14 mars au 22 avril 2005.
Elle devait mettre en place des procédures dites spéciales. Sur le fond, sa création n’était pas
totalement absurde. Il fallait conférer à un organe politique des compétences de contrôle,
thème par thème, État par État. La Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies

ne
pouvait délivrer des mandats pour contrôler l’état des Droits de l'Homme dans tel ou tel État
ou l’état de tel Droit de l’Homme au niveau universel. Elle avait encore pour fonction de

hi
mettre en place des groupes de travail, chargés de l’examen de certains droits en particulier,

ac
mais encore de groupes de travail chargés d’assurer leur effectivité. aM
La sous-commission de la promotion et de la protection des Droits de l'Homme des
Nations Unies a été instituée pour aider la précédente. Pour cette sous-commission, 26
experts indépendants, élus pour 4 ans, se réunissait annuellement pour des sessions de 3
/L

semaines, en juillet et août, sans véritable lieu de prédilection de réunion si ce n’est


m

l’Amérique. Elle mène des études sur les Droits de l'Homme, élabore des recommandations à
destination de la commission. Commission qui pourra alors mettre en place des procédures
co

spéciales, procédures soit thématiques, soit par État. en 2006, on se rend compte que la
d.

Commission perdait la main sur la sous-commission. Celle-ci a en effet mal supporté ce rôle
secondaire attribué. Sa composition est rapidement modifiée, la conduisant à aller chercher
rib

de l’autonomie, à élargir son mandat pourtant défini comme purement technique, quitte à
supplanter la Commission.
.sc
w

Paragraphe 2e
w
w

Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis


NOTA : encore une fois, j’insiste, les titres inférieurs sont personnels. Ceux qui
suivent le sont particulièrement et essayent juste de donner un peu d’air à José sans quoi
bonjour l’apoplexie.

A · Instruments de contrôle non juridictionnel


1 · Commission et sous-commission
A côté de ce travail préparatoire à destination de l’AGNU, il y avait toute une
gamme de mécanismes. Il y avait ainsi la mise en place de groupes d’experts. Un rapport
était pondu par la sous-commission, transmis à la Commission, laquelle nomme des experts
pour lâcher des rapports à destination de l’AGNU.

49 Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
Ces experts vont pouvoir être nommés par la Commission afin d’élaborer en
amont, non pas simplement des rapports, mais très régulièrement des propositions de
résolutions à soumettre à l'Assemblée générale. Ce mécanisme est essentiellement
d’information, relayé ensuite par un mécanisme un peu plus perfectionné, genre la
réception de plaintes par des ONG. Une résolution 2005/80, relative à la protection des
Droits de l'Homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, voit la
Commission nommer un rapporteur spécial, lui coller un mandat particulier permettant de
faire des recommandations concrètes sur la promotion et la protection des Droits de
l'Homme et des libertés fondamentales dans la lutte contre le terrorisme, en vue de fournir
des services consultatifs ou un service après-vente en la matière, le tout pour 3 ans. La
commission sert en gros de service après-vente. Ce mandat entend également rassembler,
solliciter, recevoir et échanger des renseignements et communications émanant de toutes les
sources pertinentes (Gouvernements, personnes concernées, leurs familles, leurs
représentants, toute ONG), notamment en se rendant en vacances aux frais de la princesse
dans les pays avec l’accord de l’État concerné, histoire de faire état d’éventuelles violations
des Droits de l'Homme et compagnie dans la lutte contre le terrorisme. Il y a un travail
d’investigation. Le rapporteur spécial mène l’enquête, mais avec l’accord de l’État concerné.
On entend ne pas porter atteinte au principe de non-ingérence

ne
La volonté de la Commission n’est pas tant d’instaurer un contrôle juridique

hi
sur les États, mais d’instaurer une certaine pression politique sur certains États, du
moins en matière de Droits de l'Homme. Mais bon, finalement, cette pression est plus

ac
symbolique qu’autre chose.
aM
D’autres domaines ont été visés, l’état physique et mental, les enfants, les
disparitions forcées ou involontaires, les détentions arbitraires, le droit au hamburger, les
/L

Droits de l'Homme et l’extrême pauvreté, etc.


m

D’autres mécanismes vont viser certains États. La Commission va ainsi nommer des
co

rapporteurs spéciaux dont la mission est de se pencher sur des problèmes liés à la protection
des Droits de l'Homme sur le territoire de certains États définis. Il va ainsi y avoir un
d.

rapporteur spécial sur les Droits de l'Homme en Belarus, un autre au Burundi, au Cambodge,
rib

la RDC, les territoires palestiniens occupés, l’Ouzbékistan…mais bien souvent, ils n’arrivent
pas à se rendre sur place, ne se basant que sur des informations transmises.
.sc

La Commission des Droits de l'Homme, dans sa composition, a vu son mandat a


très vite atteint ses limites, et a donc été vivement critiquée, tant dans les pays du tiers-
w

monde que dans les États développés.


w
w

2 · Conseil des Droits de l'Homme


C’est pourquoi le système va être entièrement revu. La Commission des Droits de
l'Homme des Nations Unies va être abandonné. Au profit du Conseil des Droits de l'Homme.
Ça, bah ça a déjà vocation à se substituer à la Commission des Droits de l'Homme.
Aux Nations Unies, les gens sont touchés par la lumière. Cette Commission devait être
modifiée, mais sans que cela entraîne un système trop contraignant pour les États.
Enfin, en clair, les États occidentaux veulent garder la mainmise sur ce qui en découle.
Le Conseil des Droits de l'Homme, vu le document final de 2005, est chargé de promouvoir
le respect universel et la défense de tous les Droits de l'Homme et allez, toutes les libertés
fondamentales, pour tous, sans aucune sorte de distinction, et de façon juste et équitable.
Finalement, le Conseil est chargé d’examiner les violations des Droits de l'Homme,
notamment lorsqu’elles sont flagrantes, systématiques, et il fera des recommandations à leur
sujet. Le 15 mars 2006, l’AGNU adopte la résolution 60/251, qui fixe la composition et le
statut du Conseil. L’ambition initiale était de moraliser l’organe chargé de la protection des
Droits de l'Homme au regard du système onusien. Le Conseil des Droits de l'Homme est
officialisé, en tant qu’organe subsidiaire de l’AGNU. 47 États membres élus directement et

Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis 50


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 
individuellement à la majorité des membres de l’AGNU. La répartition géographique est
réputée équitable, par groupes régionaux, définis dans la résolution. Ces 47 États, sont élus
pour 3 ans, non rééligibles après deux mandats consécutifs. Le Conseil se réunit
régulièrement tout au long de l’année, lors d’au moins 3 sessions par an, avec une principale
d’au moins 10 semaines. L’AGNU a entendu encadrer l’action des représentants de ce conseil
car, lors de l’élection, les États membres sont réputés prendre en considération le concours
de chaque candidat à apporter à la cause de la promotion et de la défense des Droits de
l'Homme. Ça doit être ce pourquoi la Lybie y a été nommée.

Le Conseil doit faire des recommandations sur les violations flagrantes et


systématiques des Droits de l'Homme. De la même manière, le Conseil des Droits de
l'Homme doit procéder à un examen périodique… universel, la classe, sur la foi
d’informations objectives et fiables, du respect par chaque État de ses obligations
conventionnelles. Cette opération est menée en coopération avec l’ensemble des États
membres des Nations Unies. Mais bon, depuis 2006, 6 État ont transmis de telles
informations. 6 en 4 ans, ça ne se bouscule pas au portillon.

B · De la méthode garçon !

ne
A côté de tout ça, d’autres procédures existent.

hi
ac
Une première est fondée sur la résolution 15/03 de 1970 du CES (Conseil
économique et social). Cette procédure met en avant l’existence pour l’individu d’un droit
aM
de saisine de la sous-commission des Droits de l'Homme des Nations Unies. Au terme de
cette procédure, la sous-commission reçoit les plaintes, les instruit, s’il apparaît toutefois
qu’il y a une violation directe des Droits de l'Homme dans le cadre d’un État déterminé. En
/L

dehors de tout cadre conventionnel, il y a amorce d’un droit de recours individuel devant un
m

organe de contrôle.
co

Une autre est fondée sur la résolution 12/35 de 1967 du même CES. Celle-ci vise une
communication introduite par des victimes de violation de Droits de l'Homme qui est
d.

transmise au SGNU, et dont l’esprit général est de lutter contre l’ensemble des
rib

discriminations raciales. Cette résolution a été adoptée au regard de l’apartheid.


.sc

On relève 3 grandes catégories de contrôle.


w

Ù Le contrôle sur rapport étatique


Ù Le contrôle sur communication étatique ou individuelle
w

Ù et enfin le contrôle sur la base d’enquêtes ou de visites sur place


w

De façon générale, le contrôle sur rapport étatique voit les États recevoir des
observations élaborées par des experts indépendants, qui y affichent ou non leur satisfaction.
Les communications individuelles sont la forme la plus aboutie du contrôle conventionnel
dans le cadre des Nations Unies, car il va y avoir instauration d’un comité chargé de les
recevoir, leur permettant de rendre une décision condamnant l’État violant ses engagements
conventionnels. Enfin, il y a la possibilité dans certaines conventions d’un contrôle sur visite.
Un comité, face à une situation de violation des engagements conventionnels d’un État,
envoie des experts enquêter. Le contrôle sur rapport étatique se solde par la satisfaction ou
l’insatisfaction.

51 Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 

1 · Le contrôle sur rapport étatique


a · Chez BAN Ki-Moon : PIESC, CDHNU…
Vu le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels, dans sa
version originelle, prévoyait ce contrôle sur rapport étatique. La procédure qui en découle
prend naissance dès la ratification par l’État du Pacte. Il en découle pour l’État l'obligation
d’établir, sous 1 an à compter de cette ratification, un rapport initial. Ce rapport a pour objet
de décrire les pratiques nationales en vigueur, histoire d’apprécier le respect ou le non-
respect des droits garantis par le Pacte. Par la suite, l’État va devoir transmettre,
régulièrement, un rapport au comité des droits économiques, sociaux et culturels, pour se
mettre en lumière ou mettre en lumière certains problèmes persistants.

b · Limites des attributions

ne
Il peut en résulter des difficultés politiques, car les États ne respectent pas leur
obligation de transmettre des rapports. Dans certains instruments conventionnels, certains

hi
ont… oublié depuis plus de 15 ans de communiquer leurs rapports. Le problème est que les
comités accumulent aussi les retards. Certains comités poireautent pendant très précisément

ac
23,25 mois après la communication de rapports par les États liés. Le Comité des Droits de
aM
l'Homme des Nations Unies accuse lui un retard de… 12 mois dans le traitement des rapports
étatiques fournis par les États. Dans certains instruments conventionnels, il y a un manque
flagrant en ressources, humaines, matérielles. La fréquence imposée par les instruments
/L

conventionnels semble déconnectée des réalités institutionnelles ou nationales. Mais ce n’est


pas tout. Souvent, les experts nommés par les comités ne connaissent pas la situation
m

institutionnelle, juridique, des États qui ont rédigé, transmis ces rapports… Une autre
co

explication, c’est que les États ne donnent tout bonnement pas suite aux sollicitations des
comités. Puisqu’il n’y a aucune sanction du non-respect des obligations conventionnelles,
d.

après tt… Enfin, les membres des comités font ça pour la gloire, d’où une motivation
forcément réduite.
rib

2 · Le contrôle sur la base de visite ou d’enquête


.sc

a · Chez Thorbjørn JAGLAND (le SG du Conseil de l’Europe) : CEPT et CPT


w
w

La garantie des Droits de l'Homme au niveau international est davantage assurée


w

au niveau régional. Cette convention européenne pour la prévention de la torture des


pigeons découle d’un blocage onusien. Dans le cadre de la convention des Nations Unies
pour la prévention de la torture de 1984, les États ont entendu prohiber la torture de manière
générale. ils s’engagent également à sanctionner les individus qui se livreraient à tels actes.
Le problème, c’est que cette convention contre la torture n’était pas assortie d’un
mécanisme de surveillance. Cette convention n’est finalement qu’une simple proclamation
d’obligations à la charge des États.

Au niveau européen, le Conseil de l’Europe, face à cette démarche conventionnelle,


médite. Il va alors initier l’élaboration d’une convention régionale ayant pour but de prévenir
et sanctionner si besoin est les actes de torture. Dès 1984, quand, au niveau de l’ONU, il faut
attendre 2003.

Ù La convention européenne pour la prévention de la torture

Le projet est accueilli positivement par les États membres du Conseil de l’Europe
qui l’adoptent le 26 juin 1987, ouverte à la signature des États le 26 novembre 1987, ratifiée
en moins de 11 mois par 7 États, et entrée en vigueur le 1er février 1988. Depuis 2002, la

Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis 52


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 
Convention européenne pour la prévention de la torture est également ouverte aux États qui
ne sont pas membres du Conseil de l’Europe. cette ouverture visait les États de l’Est.
Mais bon, ceux-ci sont dans leur majorité devenus entre temps membres du Conseil de
l’Europe. Qu’à cela ne tienne, le Conseil de l’Europe invite d’autres États à la ratifier, genre,
en 2008, le Belarus. Cette convention européenne pour la prévention de la torture ne se
focalise pas sur la seule notion de torture. Son objet central est de renforcer l’Art. 3 CESDH.
Mais là où la CESDH envisage davantage la torture en terme de sanction, la Convention
européenne pour la prévention de la torture envisage la torture au travers de la prévention.
Le champ d’application de la convention va donc s’étendre à toutes les situations dans
lesquelles peut potentiellement se matérialiser un acte de torture. A partir de ce champ
d’application, on constate que ce ne sont pas des actes en tant que tels qui vont être l’objet
de la convention, mais des personnes, qui, de part leur situation personnelle, vont se trouver
dans une situation les mettant potentiellement face à la violation de l’Art. 3 CESDH.
Finalement, la Convention a vocation a protéger les personnes vulnérables. Cette logique
préventive est assez originale. Il va falloir une institutionnalisation pour lui donner une
certaine cohérence. Ce qui va être rendu possible avec le… *roulements de tambours*
Le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT).

Ù Le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT)

ne
La Convention européenne pour la prévention de la torture ne mentionne aucun

hi
droit nouveau, aucune liberté nouvelle, mais instaure un Comité européen pour la

ac
prévention de la torture (CPT). A son article premier, on apprend d’ailleurs qu’il est institué
un comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains
aM
ou dégradants. Et par le moyen de visites, le comité examine le traitement de personnes
privées de libertés en vue de renforcer leur protection contre la torture et les peines ou
traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte un système institutionnel autonome ayant
/L

pour but le renforcement des droits individuels.


m

b · Compétences : la carte de visite


co
d.

Ù Champ d’application
rib

Restent à cerner les compétences de ce comité. La première, c’est qu’il voyaaage


.sc

voyage. Il fait des visites. Mais que peut-il visiter, concrètement ? Non parce que c’est bien
beau de rafler les miles. Bon, en fait, le Comité examine le traitement de personnes privées
w

de libertés, bref toute personne qui n’a pas la possibilité de se déplacer librement en vertu
d’une décision étatique. Autant dire que c’est une compétence bien élargie. C’est pourquoi,
w

chaque année, le comité visite des commissariats, des établissements pénitentiaires, des
w

locaux de GAV, des centres de rétention, des unités de détention militaire, et des hôpitaux
psychiatriques. Mais pas de Club Med. Enfin, il peut visiter quand même des hôpitaux privés,
des domiciles privés, et même des aéroports. Et dans un cas de conflit armé ? Et dans cas de
privation de la liberté suite à une décision étatique mais sur un État étranger ? En cas de
conflit armé, l’Art. 17 prévoit que le comité exerce ses compétences en concertation avec le
Comité international de la Croix-Rouge. Pour l’autre cas, le comité européen n’intervient pas
pour évaluer la situation d’une personne visée par un TPI. Et pour les centres de détention
secrets de la CIA ? Brrr. Le Comité européen pour la prévention de la torture en a été saisi.
Mais sachant qu’ils sont secrets, cela suppose que les États européens acceptent de livrer la
liste de ces centres de détention secrets.

Ù Modalités

La Convention européenne pour la prévention de la torture prévoit deux modalités


de visite. Soit des visites périodiques, soit des visites ponctuelles. L’Art. 7 l’établit. Ce comité
va être saisi régulièrement par des ONG pour justifier des visites ponctuelles. Depuis sa
création, il y a eu… 162 visites périodiques, pour 99 visites ad hoc. Les États sont supposés
accepter, mais s’il refuse, aucune sanction semble prévue. Mais une interprétation permet de

53 Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
sanctionner politiquement et juridiquement le réfractaire. Il y a une coopération entre le
Comité et les États, en parallèle de quoi il y a une certaine confidentialité. Ces deux piliers
dictent la mise en place des visites, mais aussi leur suivi. Il y a tout d’abord une phase
préparatoire. Chaque année, le Comité européen publie une liste de pays qu’il souhaite
visiter. Cette liste ne vise logiquement que les visites périodiques. L’État apprend qu’il va se
faire fouiller les poches. Comité et États entrent en contact pour organiser les modalités de la
visite. Le Comité doit devoir coopérer, mais ces visites seront suivies d’un rapport, rapport
qui était à son origine consultatif.

c · Effets politiques, juridiques, au niveau de l’État, au niveau des individus


Rapidement, ce rapport est devenu assez contraignant pour l’État, tout simplement
parce que l’État a pour obligation d’y répondre. Peu à peu s’instaure un suivi assuré par le
Comité européen pour la prévention de la torture. Là, il mettra fin au principe de
confidentialité, en accord avec les autorités nationales. L’astuce va reposer sur le fait que rien
ne l’empêche de publier un rapport. S’il refuse, et bah il peut publier ce refus.
La conséquence sera politique (ça, c’est le premier effet kisscool). Turquie et Russie, par
exemple, refusent systématiquement la publication des rapports. Et bah le comité publie

ne
cette décision de refus, ne faisant qu’accroître la suspicion sur eux.

hi
Mais finalement, ces effets, d’ordre politique, ont aussi un arrière-goût juridique

ac
(ça, c’est donc le deuxième effet kisscool), sur des plans à la fois normatif et juridictionnel
(genre pour enlever la mauvaise haleine). Mais comment une convention, un comité, qui
aM
n’ont aucune compétence normative, y aboutissent ? Le Comité est très rapidement devenu
le géniteur de normes impératives pour les États. Dans la totalité des rapports du Comité, il y
a des situations concrètes. Buk. Mais rapidement, au bout de 8-9 ans d’exercice, le Comité va
/L

développer des normes générales de protections devant être garanties à toute personne
m

privée de libertés. C’est ainsi que, sous couverts d’une thématique de la torture, vont naître
des normes de protection des Droits de l'Homme au niveau européen. Rapidement, le
co

Comité va développer des droits que les autorités nationales doivent garantir aux
ressortissants. Dans un rapport de 1990, le Comité va user d’une formule on ne peut plus
d.

générale pour s’écarter de la situation étatique. Le Comité européen pour la prévention de la


rib

torture attache une importance particulière à un triptyque de droits devant être garantis aux
personnes placées en détention.
.sc

Ce triptyque, c’est premièrement pour la personne de pouvoir informer de sa


w

détention un tiers de son choix, ce qui vient compléter l’Art. 5 CESDH, ce que la CEDH va
reprendre. Deuxièmement, c’est le droit d’avoir accès à un avocat. Les Art. 5 et 6 CESDH le
w

démontrent, mais là, dans le cadre de la convention européenne pour la prévention de la


w

torture vise toute personne dont la liberté est privée. Troisièmement, c’est l’accent mis sur le
droit d’obtenir un examen à un médecin de son choix, en sus de tout examen effectué par
un médecin appelé par les autorités de police.

Ensuite, à partir de ce triptyque, le Comité européen va dégager d’autres droits.


D’une protection ciblée sur une problématique particulière, le Comité s’intéresse à d’autres
problématiques. Genre le surpeuplement carcéral. Dans un rapport contre la France, le
Comité dégage qu’une prison surpeuplée est, pour le détenu, comme « être à l’étroit dans
des espaces resserrés et insalubres, une absence constante d’intimité, des activités hors
cellule limitées à cause notamment d’une demande qui dépasse le personnel, des services de
santé surchargés, une tension accrue, et plus de violences entre détenus ou avec le
personnel ». S’il apparaît qu’un des éléments de cette définition est observé par le Comité
lors d’une de ses visites, le comité en comprend que l’individu subit un cas de torture ou de
traitement inhumain ou dégradant. La CEDH va sabrer la Turquie en se basant sur un rapport
effectué par le Comité.

Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis 54


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 
Le Comité européen pour la prévention de la torture va en primer intégrer des
notions non juridiques dans des raisonnements juridiques. Plus la situation est mise en avant
des vulnérabilités importantes, plus les garanties doivent être importantes. Femmes, enfants,
femmes enceintes, femmes enceintes étrangères privées de liberté. Il en découle une
précision des normes dégagées par le Comité. D’où finalement un catalogue de normes
précis. Depuis 2 ou 3 ans, le Comité onusien tente de combler le retard, intégrant les
appréciations du comité européen dans son interprétation de la Convention de 1984.

Moralité, l’évolution part du régional vers l’universel.

3 · Le contrôle sur la communication interétatique ou communication individuelle


a · Le contrôle sur la communication interétatique : PICP (subsidiarité et contrôle facultatif)
Ce contrôle ne peut pas être considéré comme juridictionnel.

La convention sur la prévention des Droits de l'Homme qui le vise s’appuie sur le
principe de subsidiarité, laissant aux États une appréciation assez large.

ne
Au niveau des Nations Unies, il y a affirmation conventionnelle avec pour possibilité

hi
aux États d’accepter un contrôle sur communication interétatique ou communication
individuelle. Le protocole additionnel au pacte civil sur les droits civils et politiques le vise.

ac
Le contrôle effectué par un État tiers requiert l’adoption d’un protocole additionnel.
aM
Le contrôle international en matière de protection des Droits de l'Homme, dans la
perspective des Droits de l'Homme, doit être respectueux de la souveraineté des États et basé
/L

sur le principe de subsidiarité, car le pacte va mettre en avant une subsidiarité normative et
une subsidiarité institutionnelle. Le pacte énonce des garanties minimales que les autorités
m

nationales doivent intégrer. Le pacte consacre de façon pleine et entière la subsidiarité


co

institutionnelle. Cette dernière permet aux institutions nationales judiciaires ou de quelle


qu’autre nature qu’elle soit, d’assurer le respect des droits garantis par le PICP.
d.

Les autorités nationales ne sont pas du tout obligées de réparer. D’où problème quand la
convention internationale qui voit son application devoir être assurée au niveau national.
rib

Si un État ne la respecte pas, le titulaire des droits se trouve dépourvu des droits pour
demander réclamation. D’où une légère lacune. Résultat des courses, toute violation par un
.sc

État de ses obligations n’entraîne pas nécessairement réparation pour l’individu titulaire des
droits. Les États ont entendu littéralement le principe de subsidiarité institutionnelle.
w

Les institutions nationales sont réputées s’en charger. Le contrôle international est exclu.
w
w

Et du coup, à quoi sert cet instrument ?

Dans les années 1980, l’efficacité, l’effectivité des organes de protection des Droits
de l'Homme s’en retrouvée relativisée. Les États ont tenté de développer un contrôle
obligatoire. On s’est limité à un contrôle facultatif. On va alors catégoriser les États, ceux qui
respectent les droits garantis, avec ceux qui s’y engagent sous contrôle d’un organe
compétent. Le protocole qui le permet, est facultatif, mais, une fois ratifié, celui-ci octroie au
comité des Droits de l'Homme des Nations Unies la compétence pour recevoir des
communications introduites par un autre État partie ou des communications introduites par
des individus. D’où la mise en place d’un système de contrôle assimilé à un mécanisme de
mise en œuvre de la responsabilité d’un État pour non-respect de ses engagements
conventionnels sous l’angle du pacte civil sur les droits civils et politiques.

Les communications peuvent être introduites devant le Comité des Droits de


l'Homme des Nations Unies par un État partie au protocole toujours facultatif. EL Comité des
Droits de l'Homme des Nations Unies va prendre connaissance de la plainte présentée par
l’État. Il rend ensuite une décision, décision qui est problématique quant à son effectivité.

55 Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
Une fois la décision rendue, l’État a l'obligation juridique de la respecter. Mais bon, aucun
mécanisme de suivi n’a été instauré pour s’en assurer.

b · Les communications individuelles


Celles-ci reposent sur des règles de saisine qui peuvent être assimilées aux
règles de saisine des juridictions internationales en matière de protection des Droits de
l'Homme mais qui, sur le plan de l’exécution des décisions du Comité des Droits de
l'Homme des Nations Unies, n’ont pas de pouvoir juridictionnel réel de s’en assurer.

Tout État qui est partie au pacte ou qui devient partie au présent protocole le
permet. Vu l’Art. 1er du protocole, il y a droit de recours individuel devant le Comité des
Droits de l'Homme des Nations Unies. l’individu qui était limité au national peut là agir à
l’international. La responsabilité d’un État est engagée que si celui-ci n’a pas constaté une
violation de ses engagements conventionnels et réparé cette éventuelle violation. Le contrôle
effectué par le Comité ne se substitue pas à celui des autorités nationales. Ce n’est
finalement qu’en ultime recours. Il y a toujours d’abord épuisement des voies de recours
avant d’aller taper à la porte du Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies.

ne
Autre exigence, mentionnée à l’Art. 2, celle que l’individu doive être victime.

hi
C’est une condition de recevabilité. La notion de victime est ramasse miette. C’est tout

ac
particulier, donc toute personne physique, et non les personnes morales. Ensuite, ce droit
de communication individuelle vise l’individu pour faire engager la responsabilité
aM
internationale d’un État.

Mais l’individu peut saisir un organe international pour la violation d’un Droit de
/L

l’Homme. On pourrait imaginer qu’il y ait des recours parallèles, ce qui est dangereux.
m

Vu l’Art. 5 du protocole, le Comité n’examinera aucune communication d’un particulier


sans s’assurer que la même question n’est pas déjà en cours d’examen devant une autre
co

instance internationale d’enquête ou de règlement. En théorie, on regardera quand a été


d.

introduite la première instance, sauf cas particulier.


rib

Le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies, une fois saisi, a un réflexe.
Pour toute disposition du pacte, il rédige des observations générales pour donner son
.sc

interprétation du pacte. Il encadre l’interprétation des droits garantis par le Pacte.


D’où une certaine continuité dans sa jurisprudence. De cette continuité découle une
w

interprétation qui ne va pas à l’encontre du pacte civil sur les droits civils et politiques,
w

des réserves et autres interprétations des États. Le Comité des Droits de l'Homme des Nations
Unies entend toujours respecter la souveraineté de l’État. Et pour l’instant, il n’a pas le
w

moyen de remettre en question ce principe.

Section 2
Le contrôle juridictionnel
Pendant un temps, on le voyait comme un domaine réservé des États. Droits de
l'Homme compris. A partir du moment où l’État ratifie une convention le soumettant à un
contrôle juridictionnel international, c’est synonyme de deux symboliques, politique et
juridique, véritable droit recours pour les individus.

L’effectivité normative de l’engagement international se lie d’une effectivité


institutionnelle. Dans un système juridictionnel, il faut y voir un système mixte. C’est au
travers cette mixité que l’effectivité est consacrée. Vu la CESDH, convention assortie dans un

Paragraphe 2e · Instruments et méthodes du contrôle non juridictionnel – morceaux choisis 56


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 
premier temps d’un contrôle facultatif, semblable à celui du Pacte sur les droits civils et
politiques, il faut envisager deux institutions, la CEDH et le Comité des ministres du Conseil
de l’Europe. La première s’intéresse aux recours individuels quand le second est chargé
d’assurer le respect des arrêts rendus par la première, d’où une mixité. Mixité qui n’existe
pas chez le Comité.

Paragraphe 1er
La saisine des organes juridictionnels
à Cette saisine passe par un recours effectif, d’où l’application du principe
de subsidiarité, mais encore du recours individuel

Cette saisine d’organe juridictionnel repose sur une notion fondamentale.

La volonté de ces États était de mettre en place un recours effectif, pour mettre en
œuvre la responsabilité de l’État dans un cadre juridictionnel. Plusieurs questions vont alors

ne
se poser. La première, se posant avant même la question de la recevabilité, est de savoir si,
au regard des différentes conventions internationales existantes, des dispositions

hi
procédurales, le droit de recours individuel est totalement effectif, ce par rapport à la nature

ac
des violations alléguées. La problématique des Droits de l'Homme est-elle en accord avec
cette effectivité ? Cette problématique préventive, est apparue qu’au travers d’un certain
aM
type de contentieux, visant notamment les expulsions, bref les recours individuels.
Les mesures provisoires, d’urgence sont-elles transposables en matière de Droits de
l'Homme ?
/L
m

A · La question des mesures provisoires


co

1 · Chez Jean-Paul COSTA (Le président de la CEDH), ça se passe comment ?


d.
rib

La CEDH n’a pas par exemple, au titre de la convention, la compétence de rendre


des mesures provisoires. Est apparue rapidement l’idée selon laquelle une juridiction
.sc

internationale devrait pouvoir imposer aux États des mesures provisoires tendant à la
suspension provisoire de la décision litigieuse. La CESDH ne reconnaissant rien de tel, il n’est
w

pas possible de lui permettre de prendre des mesures provisoires. Le problème est venu du
w

fait que sa voisine, la CiADH être dotée de cette compétence. L’Art. 63 §2 CARDH prévoit
dans des cas d’extrême gravité requérant la plus grande sévérité dans l’action, et lorsqu’il
w

s’avère nécessaire d’éviter des dommages irréparables à des personnes, la Cour pourra, à
l’occasion d’une espèce dont elle saisie, ordonner les mesures provisoires qu’elle juge
pertinente. On a entendu y intégrer l’urgence en parallèle d’une gravité d’une situation.
l’État qui se voit ordonner de telles mesures provisoires doit les respecter. Il a l'obligation
juridique de les respecter, sans quoi il engage sa responsabilité.

La CEDH va donc copier innover. C’est pourquoi elle va se doter dans le cadre de
son règlement intérieur d’un Art. 39, dont il ressort que la chambre ou, le cas échéant, son
président, peuvent, soit à la demande d’une partie, ou de toute autre personne intéressée,
soit d’office, indiquer aux parties toute mesure provisoire qu’ils estiment devoir être adoptée
dans l’intérêt des parties ou du bon développement de la procédure. Les États parties à la
CESDH ont évidemment vu ça d’un très bon œil. Au départ d’ailleurs, ils vont s’en taper
ostensiblement. Certains requérants ne vont pas laisser cette insolence sans suite. Certains
vont invoquer qu’un État qui ne respecte pas une mesure provisoire violerait ses
engagements conventionnels. La CEDH va se ramasser à ce sujet plusieurs affaires. La CEDH
va prendre son temps avant de réagir. Plusieurs affaires vont en effet la mettre dans
l’embarras.

57 Paragraphe 1er · La saisine des organes juridictionnels


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
Dans l’affaire CRUZ VARAS du 20 mars 1991, la CEDH va être confrontée au
requérant rusé. Le requérant rusé ne se cache pas seulement derrière l’Art. 39 du règlement
intérieur de la Cour, mais aussi l’Art. 34 CESDH, lui garantissant le droit de recours individuel
devant la Cour. Pour le requérant rusé, ne pas respecter l’Art. 39, c’est indirectement
contrevenir à l’effectivité de l’Art. 34 CESDH. Pour le requérant rusé, l’Art. 39 permet de
mieux appliquer l’Art. 34. Sans quoi, le recours individuel est boiteux. Petit détail, la CEDH
n’en est pas encore à l’étape du droit de recours individuel. Le protocole 11 n’a pas encore
toute sa vigueur. La CEDH ne va donc pas admettre cette interprétation. A défaut
d’interprétation conventionnelle, la CEDH ne peut pas ordonner des mesures provisoires. La
CEDH va se baser d’ailleurs sur la CARDH.

Après 1998, la décision du 13 mars 2001, CONKA, va voir la CEDH accepter


d’intégrer le non-respect des mesures provisoires par l’État dans le manquement de celui-ci
aux exigences de l’Art. 3. Les mesures provisoires n’ont toujours pas de caractère obligatoire
mais leur non-application sera prise en compte dans un éventuel manquement à la CESDH.

2 · Et chez Hisashi (le président de la CIJ), y a du bon son ?

ne
La CIJ, juridiction universelle, va se retrouver dans l’affaire LAGRAND confrontée à
des mesures provisoires. L’Allemagne saisit la CIJ et sollicite d’elle une ordonnance en

hi
indication de mesure provisoire en 1999 pour empêcher l’exécution des deux ressortissants.

ac
Les USA ont relu le statut de la CIJ et considéré qu’elle n’avait pas la compétence pour
prendre des mesures provisoires. La CIJ se fonde comme la CEDH sur son règlement
aM
intérieur. Les USA exécutent quand même un des deux frères. L’Allemagne, en plus
d’affirmer que les USA n’avaient pas respecté la Convention de Vienne sur les relations
consulaires, n’avaient pas non plus respecté l’ordonnance de la CIJ. Contre toute attente,
/L

l’arrêt LAGRAND du 27 juin 2001 va permettre à la CIJ de révolutionner l’approche des


m

mesures provisoires. En dépit de toute base textuelle, elle va affirmer que les ordonnances de
la CIJ, indiquant des mesures provisoires, ont un caractère obligatoire et leur non-respect
co

engage la responsabilité de l’État au niveau international. La CIJ raisonne d’une part


d.

nettement sur les Droits de l'Homme, mais d’autre part que l’urgence justifie sa mesure
provisoire. L'obligation de respecter les mesures provisoires permet le respect de droits
rib

individuels et des engagements conventionnels. Il n’en demeure pas moins que la CIJ se
dégage une compétence sans base textuelle. Ce faisant, elle ouvre une porte à la CEDH.
.sc

3 · De nouveau chez Jean-Paul, ça se passe mieux


w
w

Dans l’affaire MAMATKULOV & ASKAROV faisant l’objet d’un arrêt en date du
w

6 février 2003, suscitant un appel dont l’arrêt est rendu le 1er mai 2008. Dans cette affaire,
MM MAMATKULOV et ASKAROV sont membres d’un parti politique d’opposition en
Ouzbékistan. Eux deux arrivent en Turquie, et sont arrêtés, placés en garde à vue car
soupçonnés d’homicide, d’attentat et allez tentative d’attentat contre le président ouzbèke.
Traduits devant un Juge, leur mise en détention provisoire est décidée. L’Ouzbékistan
invoque une convention d’extradition. Le Juge turc, considérant que les infractions étaient
de droit commun, a décidé d’appliquer ladite convention. Bien entendu, les deux accusés
ont saisi la CEDH car doutaient de leur retour triomphal en Ouzbékistan. La requête
s’appuyait sur une violation potentielle de l’Art. 3 CESDH. Avec succès. Il était donc demandé
à la Turquie de suspendre l’exécution de la convention d’extradition. La Turquie n’a pas
respecté l’indication de mesure provisoire. Ils se sont fait donc éjecter en Ouzbékistan pour y
purger une peine dans une obscure prison. Au titre de l’Art. 34 CESDH, et de l’art 39 du
règlement intérieur, les États doivent tout mettre en œuvre pour garantir à l’individu un droit
de recours effectif devant la CEDH. La CEDH vient interpréter de manière toute substantielle
une mesure procédurale, la mesure provisoire, en rattachant à celle-ci une obligation
incombant aux États. Bref, la Turquie n’a pas respecté ses obligations conventionnelles, sa
responsabilité doit être engagée.

Paragraphe 1er · La saisine des organes juridictionnels 58


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 
Dans un premier temps, la CEDH replace la CESDH dans le cadre du Droit
international général, se demandant s’il n’existe pas un principe général confirmant le
caractère juridique obligatoire des mesures provisoires. Pour démontrer que ce principe
général existe, la Cour va procéder par méthode comparative. Elle se réfère ainsi à la CARDH,
à l’affaire LAGRAND, à la Convention des Nations Unies contre la Torture, et en prime
l’interprétation du Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies sur le pacte des droits
civils et politiques. La Cour le découvre en 2003, quand elle le niait en 2001. Ce faisant, elle
discrédite sa jurisprudence antérieure. Qu’à cela ne tienne, elle va justifier sa jurisprudence
antérieure. Le contexte ne permettait pas l’application de ce principe général. Juridiquement,
la Cour va partir de l’Art. 34 en établissant que le droit de recours individuel est la clé de
voûte du mécanisme européen de sauvegarde des droits fondamentaux. Au regard de l’Art.
39, la Cour a pour possibilité de renforcer ce mécanisme à coup de mesures provisoires pour
prévenir tout viol de la CESDH. A partir de là, elle brode le caractère obligatoire des mesures
provisoires. L’avancée est significative, et c’est renforcé en 2008. La CEDH ne perd plus son
temps à justifier. Elle fait découler le caractère juridique obligatoire des mesures provisoires
du seul Art. 34.

à Ce système peut potentiellement prévenir des violations. C’est en tout cas

ne
une entorse au principe de subsidiarité. Par l’exercice du droit de recours
individuel, de nouvelles obligations peuvent apparaître.

hi
à Envisager un contrôle juridictionnel de nature conventionnel limite la marge

ac
d’appréciation de l’État.
aM
à Mais l’État a toujours possibilité de réparer la violation.
/L

La CESDH, la CARDH, la Charte africaine des Droits de l'Homme et des peuples


retiennent comme première condition de recevabilité la règle de l’épuisement des voies de
m

recours interne. Cette règle est une obligation imposée à l’individu souhaitant se prévaloir de
co

la violation d’un instrument conventionnel. Il doit laisser la possibilité aux juridictions


nationales de réparer cette violation.
d.

Dans le cadre du DIDH, cette logique de l’épuisement des voies de recours en droit
rib

interne va être reçue différemment. L’interprétation repose sur le caractère mixte d’une règle
tant de forme que de fond. L’individu doit épuiser les voies de recours, mais doit également
.sc

devant le Juge national invoquer en substance les droits. l’épuisement des voies de recours
en interne serait le formel. Le fond étant le contenu des droits soulevés. C’est en parallèle
w

une confirmation du principe de subsidiarité.


w

La jurisprudence va considérer qu’il en découle des obligations à la charge des


w

États. Ces obligations sont de plusieurs ordres. La première, c’est que l’individu, devant
épuiser les voies de recours en interne sur le fond et la forme, doit pouvoir agir devant les
juridictions nationales. Finalement, l’État a une obligation de moyen et de résultat.
Vu l’Art. 35 CESDH, 46 CARDH, l’État doit mettre en place des voies de droit effectives pour
se prononcer sur des violations en matière de protection internationale des Droits de
l'Homme.

à La voie de droit de recours interne doit être effective, exister, mais encore
assurer dans des délais raisonnables le traitement des requêtes individuelles.
Le recours doit être efficace.

59 Paragraphe 1er · La saisine des organes juridictionnels


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
B · La saisine des organes juridictionnels par les États ou les victimes
NOTA : Malgré le petit méga rattrapage de la dernière semaine de cours, il semble
qu’ait été sommairement amputé la fin du cours.

Va falloir savoir ce qu’est une victime. Pour une mesure provisoire, la victime est
potentielle. S’il y a eu violation, il va falloir savoir si le requérant est une victime.

1 · Le système africain, un système hybride : Commission africaine


Dans le système africain, le système institutionnel de contrôle est complet, basé à la
fois sur un contrôle sur visite et un contrôle juridictionnel. La charte africaine des Droits de
l'Homme et des peuples suppose deux types de contrôle. Il y a des recours interétatiques et
des recours individuels. Il y a des contrôles sur plainte, par voie étatique ou individuelle.
Le système conventionnel actuel oblige de se focaliser non pas sur la Cour africaine des
Droits de l'Homme, qui n’a rendu qu’un arrêt, mais la Commission africaine des Droits de
l'Homme. La Commission africaine des Droits de l'Homme est compétente pour examiner

ne
des communications dénonçant un droit garanti par la charte par un État partie à ladite
charte. Lorsque la Commission africaine des Droits de l'Homme reçoit une communication,

hi
étatique ou individuelle, elle va exercer des fonctions juridictionnelles. Le système de

ac
contrôle hybride voit la Commission être compétente pour des rapports, visites mais aussi
pour rendre de véritables décisions juridictionnelles. Le cas échéant, elle peut constater la
aM
violation de la Charte. Mais lorsqu’il y a constat de violation, la Commission ne peut
formuler que des recommandations qui n’ont pas force juridique contraignante… Mais bon,
en dépit de ça, la Commission africaine des Droits de l'Homme va avoir une jurisprudence
/L

évolutive aboutissant à des recommandations toujours plus contraignantes, étant sur la


m

forme et le fond assimilables à de vrais arrêts. La Commission s’est construite en interne. La


Charge était complètement muette sur l’examen des plaintes. Dès l’origine, la Charte
co

africaine des Droits de l'Homme et des peuples reprenait une perspective onusienne, un
contrôle plus politique que juridique.
d.
rib

Au regard de l’Art. 49 de la Charte africaine des Droits de l'Homme et des peuples,


il est fait mention pour les États parties d’introduire une communication contre un autre État.
.sc

l’Art. 55 §1 évoque, lui, des communications soumises « par d’autres personnes que les États
parties », bref d’autres sujets de Droit international, plus des États, groupes d’États ou
w

organisations internationales, pas des badauds. Mais peu à peu, cela va leur être permis.
Jusqu’ici, une seule communication interétatique a été introduite sur le fondement de l’Art.
w

49, devant la Commission africaine des Droits de l'Homme, par la RDC contre le BURUNDI,
w

RWANDA et OUGANDA. Elle avait été introduite en 1999. Ces trois pays étaient intervenus
militairement en RDC et la Commission a relevé des violations des dispositions de la charte.
Ces États devaient donc se conformer à leurs obligations internationales et verser une
réparation pour ces différentes violations. La Commission s’est prononcée en 2003, quand la
présence militaire des trois États sur la RDC avait cessé. La publication de la recommandation
n’a eu lieu qu’en 2006.

Plus que la victime, ce sont ici toutes les entités susceptibles d’avoir subi des
atteintes qui peuvent soumettre une communication à la Commission des Droits de
l'Homme pour dénoncer la violation de droits garantis subis par des individus. L’ouverture
aux titulaires est large. Il va ainsi découler un véritable droit de recours pour les ONG qui
dénoncent la violation d’une disposition de la Charte à l’endroit d’un individu. La CiADH et
la Commission interaméricaine des Droits de l'Homme le reconnaissent aussi sans que la
victime ait consenti. Dans une recommandation de 2000 opposant Malawi contre
Mauritanie, un droit à agir pour une ONG est reconnu dans la mesure où la victime pour
laquelle elle agissait n’était pas informée des actions à sa disposition, d’où son intérêt à agir.

Paragraphe 1er · La saisine des organes juridictionnels 60


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 

a · conditions de recevabilité devant la Commission africaine des Droits de l'Homme


Ù L’épuisement des voies de recours internes et confirmation du principe
de subsidiarité : un recours disponible, adéquat et effectif, sauf cas
particulier, sans délai autre qu’un délai raisonnable.

Il confirme le principe de subsidiarité. Même pour la Commission africaine des


Droits de l'Homme. Mais les recours doivent être disponibles, adéquats, et effectifs. Le
contentieux qui lui est soumis suppose d’aller au-delà, surtout en cas de violation massive et
grave aux droits consacrés par la charte. Comme en cas de torture sur un groupe. Bah là, la
règle des voies de recours n’est bizarrement pas applicable. ceci a été mis en évidence dans
une communication du 1er octobre 2005, dans une affaire opposant une ONG – FREE LEGAL
ASSISTANCE GROUP – au Zaïre. Tortures, exécutions, procès inéquitables, violations diverses
avariées au Zaïre avaient poussé cette ONG à intervenir. La Commission va considérer
qu’était tout bonnement impossible de saisir les juridictions nationales pour chaque
requérant au titre de chaque violation soulevée.

Dans le cadre de la charte, il n’y a pas de délai. L’Art. 56 6 de la charte africaine

ne
suppose quand même un délai raisonnable, mais lui non plus non délimité. Moralité, il est
apprécié par la Commission, de manière très large.

hi
ac
Ù Le cumul de procédures fait aussi partie de conditions de recevabilité
aM
Ù La possibilité mesures provisoires

La Commission va pouvoir au regard de l’Art. 111 d’indiquer des mesures


/L

provisoires. Dans certaines hypothèses, ces mesures provisoires peuvent même suffire à
m

mettre fin au contentieux. Dans certaines affaires, genre celle du Nigéria, la Commission
africaine des Droits de l'Homme et des peuples avait demandé dans une mesure provisoire
co

pour que ne soit pas exécuté un condamné à mort. raté, quitte à en buter un autre au
passage. La Commission a fini par consacrer le caractère obligatoire des mesures provisoires.
d.

Au titre de l’Art. 1er de la charte, les États ont l'obligation de se conformer aux mesures
rib

provisoires, sans quoi ils violaient leurs obligations au titre de la convention.


.sc

Ù La valorisation des règlements amiables


w

Au titre de l’Art. 52, la commission s’est fondée sur le règlement amiable, sur le
souhait d’y aboutir, pour mettre un terme à certaines communications individuelles. La
w

Commission a encadré les processus de négociation, mis en place un suivi du règlement


w

amiable.

b · L’examen d’une commission qui n’est pas une juridiction


Ensuite, passé le stade de la recevabilité, commence l’examen.
Mais la Commission n’est pas une juridiction. elle va développer malgré tout une pratique
juridictionnelle. D’une procédure strictement écrite, elle va développer une procédure orale,
durant laquelle la victime pourra faire valoir… oralement, les violations alléguées, permettant
à l’État défendeur de se… défendre. La Commission pourra entendre des témoins. Quant à la
question du Droit applicable, l’Art. 60 de la charte prévoit que la commission applique la
charte, et dans l’Art. 61, la commission s’inspire du droit international relatif aux Droits de
l'Homme et des peuples, notamment des dispositions des divers instruments africains, de la
Charte des Nations Unies, de la DUDH, et des autres instruments adoptés par les Nations
Unies et par les pays africains dans le domaine des Droits de l'Homme. la commission peut
aussi prendre en considération, à titre auxiliaire pour interpréter, les autres conventions
internationales.

61 Paragraphe 1er · La saisine des organes juridictionnels


 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
La Commission, qui n’est pas une juridiction, a compétence pour élaborer un
rapport. Elle va se prononcer dedans sur l’existence ou non d’une violation de la charte.
Elle va encore faire des recommandations. Les rapports restent confidentiels tant qu’ils n’ont
pas été approuvés par la réunion des chefs d’État et de Gouvernement.

La Commission transpose un système institutionnel finalement proche de


celui d’Europe, où il y a la CEDH, juridiction permanente, dont la fonction s’arrête en
principe à son arrêt, en suite de quoi il y a le système de comité des ministres du conseil de
l’Europe pour assurer le suivi. Bah c’est pareil pour la Commission africaine des Droits de
l'Homme et des peuples. La Commission va adopter en novembre 2006 une résolution
générale sur l’importance de la mise en œuvre de ses recommandations, où elle invite les
États, sous 90 jours, pour donner effet à ses recommandations. La Commission s’arroge
une compétence dans le suivi.

2 · Le système hybride, la suite : La Cour africaine des Droits de l'Homme et des peuples
a · Optiques contentieuse et consultative

ne
Le protocole portant création de cette Cour a été adopté le 10 juin 1998 à
Ouagadougou par la conférence des chefs d’État de l’OUA. En janvier 2006, lors du sommet

hi
de Khartoum, 11 juges vont être élus par des chefs d’État et de Gouvernement de l’OUA. Mais

ac
en 2005, les chefs d’État et de Gouvernement africains ont décidé de faire fusionner la Cour
africaine des Droits de l'Homme et des peuples avec la Cour africaine de justice des Droits de
aM
l'Homme et des peuples, dont il découle la Cour de Justice et des Droits de l'Homme, à
l’optique contentieuse, d’où des modalités de contrôle, ce qui n’empêche pas qu’il y
ait des modalités consultatives, histoire de pouvoir interpréter les droits
/L

conventionnels dont elle est chargée d’assurer la surveillance. Cette compétence assure
m

en amont un rôle majeur dans la protection des droits conventionnellement garantis.


co

b · Comparaisons avec la CEDH et la CiADH


d.

La CEDH a cette compétence consultative. L’Art. 47 CESDH prévoit que la Cour


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peut, à la demande du comité des ministres, donner des avis consultatifs concernant les
questions juridiques notamment sur l’interprétation des droits garantis. La CiADH peut être
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saisie par l’organe politique mais aussi par un État partie à la CARDH. La saisine étatique pour
avis consultatif va être le facteur déterminant. Sur les 19 avis consultatifs rendus par la
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CiADH, les ⅔ l’ont été après saisine étatique. Dans un souci de sécurité juridique, afin de
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prévenir une certaine violation, les États sollicitent l’interprétation des dispositions
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conventionnelles pour régler leur comportement en fonction. Dans une opinion consultative
16/99, la CiADH a interprété la Convention sous une perspective très clairement préventive.
L’État mexicain avait saisi la CiADH d’une question en apparence anodine. Le Mexique
demandait si le droit au procès équitable devait être interprété comme en faveur des
ressortissants étrangers faisant l’objet d’une poursuite, à disposer d’un droit à l'assistance
consulaire. La CiADH affirme que l’Art. 36 §2 B garantit un droit individuel à l'assistance
consulaire. Il va y avoir des répercutions devant la CIJ (Allemagne, Uruguay, Mexique), mais
aussi dans les ordres internes. L’opinion consultative voit la CiADH dire le droit de façon
abstraite, dont il découle un renforcement au profit des individus, traduits sur un plan
contentieux même pour les États qui ne sont pas liés par la CARDH.

Paragraphe 1er · La saisine des organes juridictionnels 62


 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 

Paragraphe 2e
L’effectivité des systèmes de protection des Droits de l'Homme :
satisfaction équitable, réparation intégrale, réformation ou désindividualisation
Est-ce que, dans un contentieux comme celui-ci, doit-il y avoir réparation ?
Ce principe de réparation est-il conforme au principe de subsidiarité ? Le constat de
violation par un organe de protection des Droits de l'Homme suppose-t-il de se porter sur le
champ de la réparation ? L’Art. 41 CESDH, intitulé satisfaction équitable, voit la Cour
accorder sous condition accorder cette satisfaction équitable au titre de réparation. Cette
compétence reste conditionnée. En Droit international, il y a réparation in integro. L’État doit
réparer intégralement les dommages causés par une violation de ses obligations
internationales. Cela découle de la jurisprudence de la CPJI.

Et en DIDH ? Le Droit de la responsabilité internationale ne peut transposer ce


système. Le caractère subsidiaire du contrôle est préservé, la Cour intervient que dans le cas

ne
où les États ne peuvent réparer la violation. La Cour doit alors évaluer. La CEDH va se
reconnaître une compétence générale pour déclarer si oui ou non l’État doit octroyer

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réparation. La méthode réparatrice part d’un principe clair, la satisfaction équitable, la

ac
jurisprudence est, elle, tout à fait désorganisée. Les critères ne sont pas réguliers, le constat
de violation pas stabilisé, mais les sommes allouées restent conséquentes.
aM
En cas de constat de violation d’une procédure, la réparation est simple, on
recommence zéro. Il s’agit d’une forme de réparation, pourtant souvent négligée. En cas de
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garantie substantielle, il y a une… désindividualisation de la réparation.


m

En cas de viol d’une obligation substantielle, il y a désindividualisation de la


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réparation car la CEDH s’écarte dans le cadre réparatoire de la seule perspective individuelle.
Elle va imposer dans son arrêt de véritables injonctions à l’État pour que celui-ci modifie sa
d.

législation. D’où la possibilité de se prononcer in abstracto sur un contrôle de


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conventionalité de certaines lois, alors même que ce contrôle est en principe national. La
perspective n’est plus individuelle mais vise toujours la réparation, le fait de rétablir une
situation de légalité par rapport aux obligations conventionnelles. La Cour devient une
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juridiction supranationale de niveau constitutionnel.


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Paragraphe 2e · L’effectivité des systèmes de protection des Droits de l'Homme :


63 satisfaction équitable, réparation intégrale, réformation ou désindividualisation
 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
Protection  internationale  des  Droits  de  l'homme  .....................................................    
 
Chapitre  I  Les  sources  formelles  de  protection  des  Droits  de  l'Homme    au  plan  international    
Section  1  Les  principes  fondamentaux    en  matière  de  protection  des  Droits  de  l'Homme  ...    
§  1er  La  souveraineté  étatique  ...................................................................................................................    
A  ∙  Ingérence  &  dignité  humaine  ..........................................................................................................    
B  ∙  Intervention  d’humanité  &  intervention  humanitaire  .........................................................    
§  2e  La  subsidiarité  des  instruments  conventionnels    en  matière  de  protection  des  
Droits  de  l'Homme  ...........................................................................................................................................    
 
Section  2  Les  obligations  relatives  à  l’applicabilité  des  droits  garantis  .........................................    
 
§  1er  Les  obligations  spatiales  des  États  :    Flexibilité  territoriale  des  instruments  
conventionnels  ..................................................................................................................................................    
A  ∙  La  responsabilité  de  l’État  pour  les  faits  qui  se  déroulent  sur  son  territoire  ............    
1  ∙  La  question  de  la  présomption  de  responsabilité  ............................................................    
a  ∙  D’un  contrôle  du  territoire  on  déduit  une  présomption  de  compétence  ..........    
b  ∙  D’un  contrôle  effectif  ou  non  dépend  le  renversement  de  la  présomption  

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de  compétence  .................................................................................................................................    
c  ∙  D’un  contrôle  partagé  on  déduit  une  responsabilité  conjointe  .............................    

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2  ∙  Les  tempéraments  jurisprudentiels  .......................................................................................    

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a  ∙  de  la  CRSR  et  de  la  CiADH  :  présomption  de  responsabilité  de  l’État  fédéral  .    
b  ∙  en  passant  par  la  CESDH  :  Alignement  jurisprudentiel  :  responsabilité  de  
aM
l’État  sur  son  territoire,  indépendamment  des  contrôles  sur  celui-­‐ci  et  de  sa  
structure  fédérale  ...........................................................................................................................    
B  ∙  Le  respect  des  engagements  souscrits  ........................................................................................    
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1  ∙  Les  interférences  entre  CESDH  et  Droit  Européen  :  le  transfert  de  
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compétences  ...........................................................................................................................................    
2  ∙  Les  interférences  entre  CESDH  et  CNU  .................................................................................    
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a  ∙  Le  respect  d’une  Résolution  du  CSNU  ..............................................................................    


b  ∙  La  présomption  de  conformité  des  mesures  adoptées  en  application  des  
d.

obligations  internationales  de  l’État  .......................................................................................    


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3  ∙  CJCE  Vs  CEDH  :  kikalaplusgrosse  ?  ..........................................................................................    


C  ∙  Les  types  de  responsabilité  de  l’État  pour  le  fait  d’un  autre  État  avec  lequel  il  
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coopère  ...........................................................................................................................................................    
1  ∙  La  responsabilité  en  amont  ........................................................................................................    
2  ∙  La  responsabilité  en  aval  .............................................................................................................    
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D  ∙  La  responsabilité  extraterritoriale  ...............................................................................................    


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1  ∙  L’occupation  d’un  territoire  étranger  ....................................................................................    


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2  ∙  Le  fait  d’être  placé  sous  l’autorité  d’un  État  partie  à  la  CESDH  ..................................    
 
§  2e  Les  obligations  substantielles  des  États,  une  typologie  réorientée  ..................................    
A  ∙  Le  régime  juridique  des  différentes  obligations  .....................................................................    
1  ∙  L'obligation  de  respecter  les  Droits  de  l'Homme  ..............................................................    
a  ∙  La  condition  de  légitimité  ......................................................................................................    
b  ∙  La  condition  de  la  légalité  .....................................................................................................    
c  ∙  La  condition  de  la  proportionnalité  ..................................................................................    
2  ∙  L'obligation  de  protéger  les  Droits  de  l'Homme  ...............................................................    
a  ∙  L'obligation  de  prévention  ....................................................................................................    
b  ∙  L'obligation  d’adopter  des  mesures  raisonnables  et  appropriées  ......................    
c  ∙  La  renonciation  d’un  individu  à  un  Droit  de  l'Homme  ..............................................    
3  ∙  L'obligation  de  réaliser  les  Droits  de  l'Homme  .................................................................    
a  ∙  Une  obligation  de  faciliter  la  jouissance  de  droits  internationalement  
garantis  ................................................................................................................................................    
b  ∙  Une  obligation  de  fournir,  de  mettre  en  place  des  systèmes  pour  permettre  
réalisation  ..........................................................................................................................................    
c  ∙  L'obligation  de  promouvoir  les  Droits  de  l'Homme,  générale  et  réelle  .............    
Paragraphe 2e · L’effectivité des systèmes de protection des Droits de l'Homme :
satisfaction équitable, réparation intégrale, réformation ou désindividualisation 64
 
2009-2010 Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan international
 
Section  3  Les  spécificités  des  instruments  de  protection  des  Droits  de  l'Homme  ....................    
Paragraphe  1er  L’inefficience  du  principe  de  réciprocité  ..............................................................    
A  ∙  Un  principe  mutuel  ..............................................................................................................................    
B  ∙  L’exclusion  de  principe  du  principe.  Ahah.  ...............................................................................    
a  ∙  Saloperie  de  nouveaux  sujets  de  Droit  international  ................................................    
b  ∙  La  jurisprudence  n’allait  pas  rater  une  occasion  pareille  de  s’y  intéresser  ....    
c  ∙  Les  conséquences  de  l’exclusion  du  principe  de  réciprocité  ..................................    
Paragraphe  2e  Le  régime  des  réserves  ...................................................................................................    
A  ∙  Par  défaut,  toute  réserve  peut  être  formulée  ...........................................................................    
B  ∙  Toute  réserve…  Sauf  limites  ............................................................................................................    
C  ∙  Les  traductions  juridictionnelles  vont  illustrer  tout  ça  à  coup  de  petit  suisse  ..........    
Paragraphe  3e  Le  régime  limité  des  dérogations  ...............................................................................    
A  ∙  Des  consentements  des  États  aux  instruments  internationaux  .......................................    
B  ∙  A  l’interprétation  croisée  des  organes  créés  par  ces  instruments  .................................    
1  ∙  Approche  comparative  .................................................................................................................    
2  ∙  Contrôle  commun  et  petite  piqure  de  rappel  sur  les  droits  indérogeables  ..........    
Paragraphe  4e  La  dénonciation  limitée  ou  l’interdépendance  conventionnelle  :  l’effet  
de  cliquet  ..............................................................................................................................................................    
 

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Section  4  Evolution  des  instruments  conventionnels  de  protection  des  DH  ...............................    
A  ∙  L’accroissement  qualitatif  et  quantitatif  des  instruments  conventionnels  ................    

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B  ∙  Les  conflits  normatifs  et  systémiques  .........................................................................................    

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1  ∙  L’individu  va  casser  de  l’État…  .................................................................................................    
a  ∙  A  coup  de  clause  de  protection  la  plus  favorable  ?  .....................................................    
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b  ∙  A  coup  d’émulation  des  instruments  conventionnels  ?  ...........................................    
2  ∙  L’État  se  défend,  mais  comment  ?  ...........................................................................................    
a  ∙  A  coup  d’arme  fonctionnelle  ................................................................................................    
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b  ∙  A  coup  d’arme  substantielle  .................................................................................................    


C  ∙  La  consolidation  normative  :  le  noyau  dur  des  Droits  de  l'Homme  ...............................    
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Paragraphe 2e · L’effectivité des systèmes de protection des Droits de l'Homme :


65 satisfaction équitable, réparation intégrale, réformation ou désindividualisation
 
Protection internationale des Droits de l'homme La garantie et l’effectivité des Droits de l'Homme au plan 2009-2010
international
 
Chapitre  II  La  garantie  et  l’effectivité  des  Droits  de  l'Homme  au  plan  international  .....................    
 
Section  1  Le  contrôle  non  juridictionnel  ......................................................................................................    
§  1er  Typologie  des  organes  non  juridictionnels  ...............................................................................    
§  2e  Instruments  et  méthodes  du  contrôle  non  juridictionnel  –  morceaux  choisis  ............    
A  ∙  Instruments  de  contrôle  non  juridictionnel  .............................................................................    
1  ∙  Commission  et  sous-­‐commission  ............................................................................................    
2  ∙  Conseil  des  Droits  de  l'Homme  .................................................................................................    
B  ∙  De  la  méthode  garçon  !  ......................................................................................................................    
1  ∙  Le  contrôle  sur  rapport  étatique  ..............................................................................................    
a  ∙  Chez  BAN  Ki-­‐Moon  :  PIESC,  CDHNU…  ..............................................................................    
b  ∙  Limites  des  attributions  .........................................................................................................    
2  ∙  Le  contrôle  sur  la  base  de  visite  ou  d’enquête  ...................................................................    
a  ∙  Chez  Thorbjørn  JAGLAND  (le  SG  du  Conseil  de  l’Europe)  :  CEPT  et  CPT  ..........    
b  ∙  Compétences  :  la  carte  de  visite  .........................................................................................    
c  ∙  Effets  politiques,  juridiques,  au  niveau  de  l’État,  au  niveau  des  individus  .......    
3  ∙  Le  contrôle  sur  la  communication  interétatique  ou  communication  
individuelle  ..............................................................................................................................................    
a  ∙  Le  contrôle  sur  la  communication  interétatique  :  PICP  (subsidiarité  et  

ne
contrôle  facultatif)  ..........................................................................................................................    
b  ∙  Les  communications  individuelles  ....................................................................................    

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Section  2  Le  contrôle  juridictionnel  ...............................................................................................................    
Paragraphe  1er  La  saisine  des  organes  juridictionnels  ...................................................................    
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A  ∙  La  question  des  mesures  provisoires  ..........................................................................................    
1  ∙  Chez  Jean-­‐Paul  COSTA  (Le  président  de  la  CEDH),  ça  se  passe  comment  ?  ..........    
2  ∙  Et  chez  Hisashi  (le  président  de  la  CIJ),  y  a  du  bon  son  ?  ..............................................    
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3  ∙  De  nouveau  chez  Jean-­‐Paul,  ça  se  passe  mieux  ..................................................................    


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B  ∙  La  saisine  des  organes  juridictionnels  par  les  États  ou  les  victimes  ..............................    
1  ∙  Le  système  africain,  un  système  hybride  :  Commission  africaine  .............................    
co

a  ∙  conditions  de  recevabilité  devant  la  Commission  africaine  des  Droits  de  
l'Homme  ..............................................................................................................................................    
d.

b  ∙  L’examen  d’une  commission  qui  n’est  pas  une  juridiction  .....................................    


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2  ∙  Le  système  hybride,  la  suite  :  La  Cour  africaine  des  Droits  de  l'Homme  et  des  
peuples  ......................................................................................................................................................    
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a  ∙  Optiques  contentieuse  et  consultative  .............................................................................    


b  ∙  Comparaisons  avec  la  CEDH  et  la  CiADH  ........................................................................    
Paragraphe  2e  L’effectivité  des  systèmes  de  protection  des  Droits  de  l'Homme  :    
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satisfaction  équitable,  réparation  intégrale,  réformation  ou  désindividualisation  .............    


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Paragraphe 2e · L’effectivité des systèmes de protection des Droits de l'Homme :


satisfaction équitable, réparation intégrale, réformation ou désindividualisation 66