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eo SSS Z REMUS CUPLOUSES EE ra) yr A Lan art dels Meni hanter'\\ é partie ~uberement t yf UP Ce qa Reaaide é ( hence eA 2AVANT-PROPOS. af Ly adlong-temps que je balance 3 donner 94 Public ces Remarques fur e Chant Frangois, & quand j en ay de- mandé anis a pluficurs ricn n'a efté fi iffetent que les réponfes que!’on men faites. Les vns mont dic que ccitoit varendre publique vac conno:ffince qui wmeftoit particuliere cn inftruifant des Maifires de Are qui ailleurs en fe- “Foicnt méconnoiflans) Les autres tout au contraire men ont voulu diffuader en me difant que l'on n'y rronuerois pas de grandes dumicres pour le chant, ~-guiconfifte purement dans la pratiqn ie & qu alégard du Francois la plafpare des Maiftres mefmes y cltoient figrof fiers faute d’auoir efté inftruits de jeu- -neffe dans Ics Lettres, qu’a peine {ga- Uuent-ils ce que cet que fplabe 5 que = on[ene 5 uc voyelle ; que pluriel S fin~ gelier, que mafialin & feminin. Les autres enfin: mea ont voulu détourner i pat Vapprehenfion des Critiques qui fe ; 5 AVANT-PROPOS. preparent de longue-main a fronder contre yn Ouurage qui raite de chofs dont on ne s’eft jamais anifé de traiter, foit cn écabliffane des Regles de quanti: quills croyent efire purement chimeri- gues, foit en pretendant montrer le Chant par des Regles, & dogmatizer fur vn Att qni comme jay dic confiile entierement dans la Pratique. Apres auoir bicn examine ces rai jay vefolu de paffer outre, & fansauo égard ny a!ignorance incurable des vs, ny a Vingratitude incorrigible des an~ tres, ny a lenuie & Ja cenfure des Cri- tiqness Tay fuiny le confeil de pluficurs PersSnes de merite & de capacité quiont pris plaifir a m’entendre parler furce qui eft contenu dans ceLince, & m’ont tod- jours reproché le rerardement que j'ap- portois 4 mettre au jonrvn Oourage, qui peut anoir quelque confiderarion par f nouveauté je veux dire par la raifon que perfonne n'a jamais traité de cette mae ticre) fi ce n’eft par fon excellence. Ce qui me confole dans !a Critique que Pon pourra faire de ce Linre ( quand ce ne feroit que par la raifon que toutes les nonueautez ont peine A trouuer d'abord as AVANT-P™OPOS. pprobation, & que PEnuie & Ja mee on tegnue fi fort par m ¥ ics. gens sigue. quis ne. penacne fonthic velearr dou: desinftrudtions; ceit voy , S que je fuis perluadé toutes les objec onsgiiel’ ou me peut e, Se cette preuvoyance fait qu’ellus ne ent pas firedoutables. ny fi fal Tene eodoute point que lon ne die gue te Chant nes “apprend poise par les Lures; gue con ch rien de douner des precestes fi fon ne bes feait metere en pratique ; & que tel parle dz Chant gui ne le Scaiz pas execater, or gu ainft a en eft pas pour cela plus & “4 eftimer 5 Que ceax qui out te gout bon [Cauent affex la quaarite des (yRabes [ans Regleslefguelles font mefme founent imaginaires , Que ces Redle 25H font g gue gefner les E fprits qui ero nt deformats contraints de sstta~ cher a des longses cr des bréfves pour quitter les belles Penf'es > & les belles Lxprefiions lors qe “ih fera queftion de faire des Paroles apresles irs. Qe enfin la plufpart des chofes conte nues dans ce linre font contefiables , quesily ades veriter elles font fi pat & ily seit, oe AVANT-PR op pables qu'elles font connud’s wef des plas groffiers dans | le Chant, & gx elles fe fprtent afer, bien qu'on ne putffe pas en rendre raifon ay en aifeon 7 Pour répondre 4 tous ces difcours d'i- gnorance ou d’enuie, je diray premic- rement que je fais fort ipesfuadé que Je Chant nes ‘append pas preci ifément par la dogtrine fielle n’ef& {econdée de le- xecution , auf n’cit-ce pas mon deh fein de monftrer 4 faire par exemple des paflages & diminutions fuivdt les u ualles de Mufique, & a les placer 4 p: pos comme pretendroient re les Pe “das de Mafique; Mais je fgay qne Ton peut apprendre du moins 4 éuiter mille feu- tes qui fe : pratiquent dal Os le Cha ticulicrement sour les prononciations & pour la quantité des parol ‘se & fe defabufer de bien des opinion al fon- dées qui fe gliffent tous les ‘ours dans fe commerce du Chant; ainfi l'on peut dire que du moins pour Ia Theorie du Chant cet Ouurage pourt ra eftre fort vti- be s'il ne left pour la Pratique. En fecond lieu je demeure accord que execution du Chanteft tres-confi- derable , & pour doaner du plaifiz,, & AVANT-PROPOS. mefme pour inftruire les autres dans ‘a maniere de chanter ; mais on ne doit pas juger temerairement « comme font mille gens aifcc preocuper ) de la bonne ou mauuaife execution de celuy qui chante ou parle rapport d’autruy,, ou pour l’a— uoir oliy me(me plus d’vne fois chanter aucc quelque enroument, pourueu qu il ne foit paseternel, & j’ofe dire que: de ces gens 2 belles voix qui font totijours. en eftar de chanter a toutes les heures du jour, & pour ainfi dire en dormant, Je chant eft bien fade & pew animé, & ne fait qu'ennuyer ala longue par la plu- -ralice des Aivs qui paroiffent tous la mef— me chole fante d’expreflion: qui en fait toute la varieré; & lors quiils croyenr: auoir chariné les affittans. , & que par vne prefomption ridicule ils fe lcuent de leur fiege en difane ces belles paroles.,. voilace quis appelle chanter,on pourroit Teur dire auec juftice, voila-ce gui s'ap- pele vieller. : Troificfmement c’eft ynz temeriré de: fe piquer de fcauoir la quanitité des fyHla- bes fans Regles., & pour vn qui aurace ~-gouft fin il y en aura mille qui lauront fore: méchant , & daurant, plus. quils ' AVANT-PROPOS., croyent l’auoir bon; Auli lon ne pou- uoit pas rendre vn plus mauuais office a la plufpart que de mettre danste Chant ectte feucrité de longucs & de bréfues, quicaule vne fi grande diftinction entre les Maiftres dont le merite autoir jadis efté confondu. Etquant aux Poétes je ne doute point quils ne foient vn peu gefnez lors qu ils voudront faire des pa- roles apres les Airs, mais il ne faut pas pourcela qu'ilsen enttant de chagrin, & quwils abandonnent les belles p niées pours attacher a choifir des mots qui puiffint saccomoder aux notes de Mu- fique, poarnen gulls aycntaffaire a des Compoficeurs gui tuppleent ace defaur, & quifcachent changer adroiremene lcs chanes foic pour la Mafique, foit pour la. mantere de les cxecurer. Au refte je {gay que lon trousera 2 redire de ce que jz n’ay point mis des Exemples en notes de Mufigue, = jay cri mieux faire en renuoya liures grauez par Richer, dans le! font marquez autant qu'on |e peur lesiagrémens du Chant, principalemene dans vne feconde Edition dl'¢gard des livres iz offaso, ola plufpart des di- AVANT-PROPOS. minutions fonr changées , & qui font augmentez de plufizurs Airs nouucauxs outre ceux qui eftoient dans les trois volumes qui font reduits 4 deux plus gros pour vne plus grande commodixé du-renuoy des Exemples citcz dans cet Ouurage. Qetre les Errata qui font ala fin du Liure, il yen aencore yn fort confide- rable, qui cf Wauoit rebatu deux fois Chapitre fecond ; dans la tro:fiefme Par- tie de ce Traité, laquelle deuoit conte= nir ‘ept Chapitresau lieu qu'il n’en pa- roift que fix. Le Ledteur y prendra gar- de s'il luy plark. MATIERES. De Chanzt en general. Premiere Parris. fo Harirre 1. Ex gnoy confifte! » blenchanter, & en geoy il aiffere de la Mufique. Chap. 2. Sifon peut [eavoirla ae chanter fans feavoir ba f ° Chao.3 Dela difference des manieres de Chanter. Chap. a: Sil ef nece le Chanrd un In fr} faire d' acconspagner tde Adufigue. Chap. 5. Si lou peut bien prariqucr le Chant [atts en connoifre les Reégles. Chap. 6. Des qualitex aece(faires pour bien pratiquer le Chane. Chap.7. Des vasix propres pour la ms- thode de chanter. Chap 8 Dela D: Chas. o. De lo egard dia Chant | | 4Qe Table des maticres. *Chap 30. Dw chorx que Lon doit faire dun Maiftre pour 8 inftraire dans le ~ Chant, & quelles qualitex il doit a- noir. 3 Chap.11. Des Airs & des differens fen- timens tonchant lear Compofition. Chap. 12. Des Ornemens du Chant. Dt _Port des voix. Des Cadences Gh Trem- blemens. De Caccent on afpivation. Dudaublement du gofier, > du foutiex des finales. Du mounement & de Tex- prefiion. * Chap. 13. Des Paffages & diminutions, De Papplication du Chant aux Paroles quanta JaPrononciation. SEconDE PARTIE. Cc Hapitre 1. De langage du Chant en : general. = oY - gos Chap.2. Dela Prononciation en general. Chap.3. Dela Prononciation desvoyelles. Chap... De la Prononciation de plu- - freurs voyelles compostes. Chap. 5. De la Prononciatidn des Con= fones. Chap. 6. De la fufpenfion des Confones Table des matieres. auant que de faire fonner la voyeFe gui les fisit. ° Chap.7. Dele Promonciation des Con. foxes finales. DeVapplication du Chant aux Pa- roles pour ce qui regarde Ja quanticé, Troistesme Parti. a Hapitre 1. Dela quantiteédes fila Rs bes en general. i o Chap.2. De la guantite des Monofyllabes, Chap. 2. Moyens pour connoiftre les Ado~ nofyllabes longs. Chap. 3. De la quantité des mots de 2. fyllabes, & premierement des feminins, Chap. 4. Dela guantité des Méafculins de deux fyllabes. Chap. 5. Des AMafculins de plufiewrs fyi- fabes. biafeers Chap.¢. De is quantité des fyllabes Maf- culines. Fin de la Table. DISCOVRS QUI SERT DE REPONSE a la Critique de lAre de chanter, Et dune plus ample infiraction pour ceux qui appirent a la per- feition de cet Art. Orsque jay donné au Public mon Traité del Are de bien Chanter, je Vay fait premierement pourma propre fatisfaGtion; & en {econd licu, pour complaire 2 qnuelques-uns de mes Amis, & mefmed des Perfonnes dela premiere Qualité, quim’en ont folicité, en me difant que c’eftoit dommage que cet Ouvrage ne fat Point mis au jour , veu que j’cltois le feul qui pouvois Pentreprendre , par la raifon que comme j'ay quelque a uy a Réponfe 4a la Critique Etude des Lettres, un peu de con- neiffance pour le Poéfie & pour la Declamation, joint 4 un Genie parti- culier, javois cer avantage par def. fus jles autres 5 qui _n’ont efté cle- vez que dans la Mufique de pouvoir établir des Recles de Quantité pour ce qui regarde le Chant Francois , defquelles toute fa Regularité dé. pead. Je n’ay donc point efperé qu'il enf une approbation gencrale, ayant bien préver quel'Enyie ou Pignorance de la plofpast des Maiftres en cet Art feroit murmurer contre moy ; de pre- rendre en donner des Regles par écrit dont perfonne ne s’eftoit jamais avi- fé5 mais ce quime confole , c’ef que fi les Muficiens ne l'ont pas app: vé, plufears Perfonnes de merite && de capacité, mefme quelques-uns de Medffieurs de l’ Academie, & fur tout des gens qui font Profeffion deparles en Publicy ont trouvé dequoy fc fa~ tisfaire, & m/’ont congratulé dans cette entreprife » ayant trouvé dans ce Traité des chofes particulieres & curieufes , & qu’ils croyoient eftre au ue de l Art de chanter. 5 deflus du commun des Muficiens, gens, quidans le commerce du mon- de n’ont pas jufqu’a prefent_acquis ‘route Peftime devé a un Are fi confi- derable. Il eft vray qu’a parler fincerement Je Chanti’eft point eftimé comme il le devroit 3 que c’eft aflez pour eftre mépriféque de Paffer pour un Chan- teur , & que fouvent cette qualité loin @honorer celuy qui la poffede femble érouffer fes autres Talens ; & cela set tellement eftably dans le monde, qiil y auroit de la honte a foficenir le contraire , tant cet Exerci- ces'eftrendu méprifable parle peude gens qui onteu foin dy joindre un peud Etude des Lettres & de Politefle dans le Langage, & qui fe font bor- nez Ace Talent, fans penfer a fe cor- riger des aefauts, qui d’ordinaire l’'ac- compagnent je veux dire pour Ics meeurts & pour {cavoir converfer par- mi le monde; ce qui fait que lon confond la qualité de Chanteur avec celle dun Meneftrier, lorfqu’on veut Je ravaler. Auffi void-on que d’abord un homme s’excufe lorfqu’on luy im- a ity ce a 6 Roponfe a la Critique pute cette qualité, & la rebute cor: meunaffront fignalé, en difant qu'il nen fait pas profeffion , & que ce quil en fait ce net que pour fon plaifir. U feroit donc 4 fouhaiter que ceux qui veulent cultiver ce bel Art, cul. fent du moins quelque connoiflance grofficre de la langue Francoife, & fur tout un peu d’Orrographe quiles em- pefcheroit de romber dans mille in- conveniens que je remarque tous les jours. Us {cauroient par exemple fa difference de bonne & bone 5 de come we 8 come de ailleurs && de al:eurs dans le premier Air du r. Livre des Airs gravez in oftavo , Tout langwit dans noftre bocage, & dans l'Aix Sor- tex petits oifeanx, pag, 81. Us {cau- roient la difference des alpirées davec celles qui nele font point, 8 ne diroient pas comme mille gens en chantant le double de Afon-cher Troupeaw, qui et 2 ia page 80. du z. Livre in o@ayvo. Touracarder, au lieu de Touhazarder en fapprimant ler, & non pas '. Non plus que srouverrex , au lieu de trowverex dans Pee "ad de | Art de chanter. » LAir'Soucy chagrin pag. 23.du Jour- nal des Nouveautez. du Chant, ils pronotceroient en chantant une double rr quand il le faut, & nc diroient pas lx age pour lewr ra- ge > comme un Chanteur me fit re- marquer ces jours paflez. Car pour des Obfervations plus particulieres dont je parleray dans la fuirte 5 qui mefme font quelquesfois coutraires 4 Yortographe, ce feroit un peu trop leur en demander, mais aufli de- vroient-ils avoir plus de foimiffion pour ceux quiles fcavent , & non pas critiquer a tort & a travers ce qui paile leur entendement, Left donc vray de dire que le Chane eft quelque chofe de plus confidera- ble que l'onne s imagine, fion le con- fidere dans toute fa perfection 4 la- quelle je le crois parvenu, & dont on lc verradécheeir dans peu, a’y ayant perfonne qui fe prepare 4 remplacer ceux qui lont mis au point ov il eft, && qui font dans une age trop avancé pour l’y pouvoir long-temps main- tenir. : Cette propofition femblera fans 4 iii y 4 $ Repoufe fur la Critique doute un peu trop hardie 4 ceux qui ne fone pas inftruis de toutes les cir- conftances qui doivent accompagner ce bel Art, & qui s'imaginent que fi Ponen void quien poffedent la per- fection , il s'en pourra encore rencon- teer dans la fuitte du temps qui pour- rontla continuer & Yentretenir; mais ilsne {cavent pas que c’eft prefque un miracle de nos jours qu'il {e foit trou. vé un homme dans noftre fiecle qui ait ev feu! rous les avantages qui ne f rencontrent point dans rous les Mae ficiens enfemble, & i generofité ( qualité fort rare eux) pour en faire part fans incer quelques - uns, gal ne trouveroient peut-eftre pas quand ils voudroient de bons fujers, 8 fafceptibles des inf tructions & deslomieres qu’on leur a communiqudes; car je tiens g tres-rare de renco! des fujets capables de difcipline, rane a caufe du peu de foinque Ponadin& truire les jeunes Muficiens dans quel- gue cGnoiffance des Lettres que pria- cipakment, parce que * fort attachéaux def chacun eft fi uts de fa Nation, de t Art de chanter. que toute l’Etude ne leur corrigeroit pasics fautes ot ils tombent en par- lant, foit pour la Prononciation, foit pour la Quantité. Je dis donc quil s’eft trouvé de nos jours dans un homme feul duque! on peut dire Gandeant bene nati, la bonne education dans les belles Lettres , une voix charmante, un genie prodigicux, un-goult delicat , un difcernement merveilleux , une difpofition pour executer tout cequily ade plus fin dans le Chant, la Science de la Mu- fique & dela Compofition,outre cela Vavantage d’avoir pli dans {a jeunefle (par fon Chant, & encore plus par les charmes de l’efprit & du corps avec lefquels il e# né) aun grand Roy qui a {cen reconnoiftre fon ‘rare merite par des Charges des plus confidera- bles dans lefquelles il a encore aug - menté la Politeffe du Chant qulluy ettoit naturelle , de forte que la Qua- liré de Chantre, qui pour Pordinaire deshonore ceux qui la poffedent, luy a tofjours efté honorable, & l’a fair diftinguer des autres Courtifans. Aufl voyons-nous encore aujour- 19. Reponfe fur la Critique W@huy que rien n’eft bor dans le Chant que ce qu'il a juge tel, & que plus il avance en age plus il lay vient de lumieres » C€ que je remarque tous les jours depuis vinge cing ans guc Jay Vhonnear de ie frequeater y 8 que je vois par experience que les plus habiles Compofiteurs font trop hea- heuveux lorfqu’il veut prendre le foin de polit leurs Ouvrages , je veux dire pour ce qui regarde les Ornemens da Chant Francois , qu'il fcait appliquer aux paroles avec un difcernement && une delicatefle infinie. Que dis-jedu Chant Francois , mefme du Chane Eftranger, de "Italien, dis-je, & de VEfpagno! done il fcait tourner les Airs, & les faire quadrer aux Pa- roles def{quelles il connoift mieux le le fort & Ie foible que les Eftrangers me{me de qui ils’eft fait admirer fur tout du Signor Luiggi,qui pleuroitde joyede luy entendre executer fes Airs, Que dis-je executer 2 Les orner & mefme y changer par-cy pat-la des Notes pour mieux quadrer aux paro- les Tealiennes. Cependant pour achever fon Eloge de P Art de chanter. rE il faut que je die quau lieu qu'un homme de ce poids devroit decider avec toute l’Autorité que uy donne la Perfe@tion de fon Talent, ila une modeftie achevée, & que l'on pour~ roit mefme traiter de trop d'indul- gence, pourexcufer ce quil void de defedtueux dans le Chant, en difant gut il ne faut point difputer des couts,que chacun & fon fentement, & que tout eft bon quad i] eff bien e: Or il eft certain quil y a des traits qui biea quils foicnt bien executez, ne font toutes-fois pas bons dans Papli- cation aux paroles. Ec quanta Vexe- cution, il y a bien des fentimens 8 des Opinicas. Plufieurs s'imaginent que le Chant tenant de la Declamation, & ayant pour but d’exprimer les Paflions doit eftre execute avec beaucoup d’affec- tation que d'autres appellercient Outrer le Chant; Pour moy je ticns que ce neft pas avoir adjouré au Chant que cette grande affedation gui fouvent eft accompagnée de gri- mace, fi cen’eft pour le Recitatif, je veux dire pour le Theatre; mais pour 12 Riponfe fer la Critique Je Chant qui fe Pratique dans les Ruelles, je fotitiens que c’cft adjoti- ter del'agrémeut que d’en retrancher cette facon de chanter trop ampouléc qui en ofte toute fa mignardife, & toute la delicatefle, pourveu que la Prononciatié n’yfoir point intereffée fur tout des R, qui fuivent ou qui pre- cedentune conione, & deso > quine veulent point du tout eftre flatrez. {Pour prevve dece que jedis,c’cft que Jay remarqueé que de deux illuftres Dames qui chantent dans la dernier perfection, ily en une quia pardeffus Pautre, la faculté d’executer certains Airs badins fans Paroles, qui confi. tent purement dans une delicateffe de gofier a laquelle l'autre demeure d’ac- cord qu'elle ne pourroir jamais par- venir ; & cependant quand il eft gueftion d’executer le recitarif & ani- merle Chant, elle s’en acquitze aufli bien que celle qui eft bornée a cett: facon de Chanter ampoulée , pour montrer que c’eft le plus que de mi- gnarder le Chant quand on le peur, & non pas le moins, & quileft bien plus aifé a celay qui chante delicate. : del Art de chanter. 13 ment danimer quand bon luy femble quil weft aifé 4 celuy qui marque beaucoup le Chant de rendre fon go« fier flexiblera mille delicateffes. 11 faut donc concturre en fayeur du Chant galant & delicar, & dire que Yautze fied mieux dans la bouche d'un Maiftre Chantze, qui a pour burde regaler une affemblée d’Auditeurs > que dans celle dune Dame qui ne chante que pour fon divertiffement. Mais pout venira la Critique de ce Livre, je ne dis pas cette Critique groffiere & digne de ia naiffance & de Teducation de celuy qui ['a in- ventée, lequel parmi les Quolibers dont il a de co@tume de brocarder impunement toutes chofes, s’efavi- fé parun miferable équivoque, digne pluftioft dun marmiton que dun homme qui frequente les honneftes gens, ( detraiterde Lard relans, pour faire comme jedis une allufion adr de Chanter) an Quvtage pour lequel il devroit avoir de laveneration (auf bien que pour les Airs Spiricuels, qu il nomme Jnpiritvels, nom ala ve~ xité fort convenable 4 fon Parrain) 14 Réponfe fur la Critigne sil vouloit fe fouvenir quill a couful- té l'Autheur { de quimefine ila apris tous les Airs les plusconfiderables quil {cache ) fur quelques points donteux touchant la Langue Francoi- fe al’égard du Chant qui eftoient fi chetifs, qu’d peine un Enfant les au- roit ignorez, & quitoutesfois fe mé- connoifta un peint de vouloir don- ner la Loy a ceux dont il doit la re- cevoir eternellement ; des Compofi- teurs, dis: je, defquels il ne peut eftre qu'un perpetuel Copifte, non feule- ment pour ce qui regarde la compo- fition; mais mefme pour Vapplica- tion du Chant aux Airs qwon luy donne notez, Laiffons donc la cette Critique ri- dicule, & la mettons au rang de cette loliange fufpefte, & ce feint aplau- diffement, fur ce qui eft dic au chap, 11. dece Traité, en patlant de cere tains Vieillards , en voulant m’im- pofer par une noire malice, & pour cacher- une medifance & une ingrati- tude tout enfemble de la part de cer- tains efprits, que j'ay precendy parler dun homme aqui tout ! Univers 3 del Art de chantre. ig obligation du beau Chant, & qui tout 4gé qu'il eft, donne Ja loy a tong cenx qui fe meflent d’executer fe Chant par une delicatefle & une fae cilité qui luy eft anfli naturcile que sil n’avoit que trente ans, Je veux parler d'une Critique plus confiderable, & qui merize que je luy réponde de poin& en poin®, & que mefme je demeure d’accord de ce qui fera digne d’efire repris, & que je m’en corige, Voici done ce que jenay pa apprendre. On dit que fay fait des Regles pourla Quentité des Syllables Fran- goifes qui fouvent font contraires 2 VAgrément da Chant. Je répons 4 cela que PAgrément du Chant fe doit confiderer ou fans paroles ou avec des paroles, &que tel ornement eft bon fans paroles quine vaut rien quandil eft joint avec une fillable, qui par fa brieveté ne le peur pas faposter. En voici un Exemple tout recent dun monofyllabe far lequel on a pre- tendu conferyer un ornement gui ne convient qu’4 une fyllable longue, 16 Riponfe fur la Critique ; dans ces mots Ion aime , dont le mo- noflillabe, eftant fuivy d'une vcyelle doit paffer pour bref de long qu'il fe- roits’il eftoit fuivy d’une confone; & par confequent on ne doit pas preten- dre que dans ces mots /’ox aime cefoit Ja mefine chofe que dans ceux delon penfe ou l'on paffe ou autres séblables, Je dis bien plus que mefe en par- Jane de ces fortes de fyllables qui ont une N precedée d'une voyelle, & fai- vie d'une confone, javoué que jeme fais trop emancipé, & quil ch bien plus far de les tenir brefves, non pas tout-a-fait; mais a demy en leur con- feryant une petite marque de lon- racur y qui eft le doublement de go- fee dont il eft parlé au Chap.12. pag. 196. que des'expofer a la Cenfure en leur. donnant une marque de lon- gueur plus confiderable , telles que font les longues Cadences, Par exem- ple dans l'Air, C'est folie dans la vie, qui eft dans la page 79. du Jour- nat des Nouveautez du Chant, ileft bien mieux de faire la Cadence fur /e, decces mots le bon vin, qne fur bon, {yr cout dans la Contrepartic. a en etitiaat ees itinicet del Art de chanter. r Je n’ay pit routesfois m’empefche 2 faire longue une fyllabe de cette efpece, la voyant G chargée de con- fones; C’eft dans un de mes Airs fpi- rituels, pag. 39. du deuxiéme Volu- me fur le mot de Redemptenr, ou {ui- vant cette Regle, ilauroit falu faire la Cadence fur !a premiere fyllable dece mot, Dans la pag. 43. du 1, Livre des Airs iz oflave, on verra corrigée la premiere fyllabe du mot coutraizdre . qui eftoir longue dans la premicre Edition. Je trouve auffi 3 propos de donner un avis touchant Lexeeution du Chant, qui patoif® contraire 4 une Regle que je ctoyois infaillible , g& qui le feroit en effet sil efoir vray de dire qu'il faur Chanter comme on Parle, {cit en public, foiten particu- lier, & que te langage du Chant ne fit pas different de celuy dela Decla- fation mefine. C’eft de prendre gare de de jetter certaines faales foit mat. culines, foit feminines, mefme des monofyllabes fur le mot fuivant;car iln’yarien de G captieux , & que je é / z rr Birk aR 13 Repoafe fur la Critique : n’ay reconnutel que depuis peu d’an- nées, & Ceftune erreur ot les plus habilestombenttouslesjours. Suivant cette obfervation , je fuis obligé de me retradter de ce qui eft marqué dans la page 413. fur ces mots, Le Ciel a changé [on Roerone ‘oupirs de languenr & ‘amour. ue. fetquels csemples il eft bien plus far de ne pas jetter la finale de Change far le mot de fon, vila finale de lancueur fur le mot c¥; car cela fait ( gf fon) (G) gueur G) U en faut dire de mefme des Exemples qui font dans la page 420, & fa fuite, ou jay dit mala propos que l'on peut jecter certaines finalles mafculines fur la voyelle fuivante; car i] vaur mieux y conferver quelque maniere ation. are jquancicé d'exemples touchant cette Regle dans les Livres gravez in quarto, & ceux in odavo , qui font auigmentez depuis: peu de plufeurs Airs de confequence » & mefme cor- rigez par-cy par-ld non feulement faivant cette Regle, qui eft de la der- niere importance ; mais mefme con- RAN de T Art de chanter, #9 formément 4 d'autres lumieres qui me font venués, & que javoud ingenue- ment avoir ignorées, pour fair voir que Fon fe perfe@ionne tous les jouts quand on veut s'appliquer a bien examiner ies chofes »& que l’on n’abonde pas en fon fens, qui ef& le defaut de plufieurs, 8 far rout de la jeuneffe. En voici un exemple dans le pre- mier Air du fecond Livre des Airs gtavez inodtavo , Rochers je ne vex Point, Gc. Sur ces mots vedife les malbeurs, lorfqu’on jeéte fa finale de vedife fur le mot de les & que cela fair fe les, au lien de les feparer par lemoyen dun fa fol , qu’on adjoufte au fade les. len faut dire demefme de ces mots de !'Air Parmy les manx qui eft dans la pag. 22. du. mefme Livre, of il fut eviter de joindre la finalle de Parmy, avec te mot fuivant des, qui fait comme sii ¥ avoit wiles, Ul faur done faire la finale de Parmy plus longue, ou pour le mieux en 1a tenant brefve adjoufter un fa au mi de Jes. I] en faut dire de mefme fur Ces mots de part a waa tendreffe , do £ y Fa 20 R ponte fur la Critique PAir Sé fe pris uxe fois pag. 60. du Journal des Nouveautez du Chant; & an liev d’affembler ces deux fylla- bes mater, il faut adjoufter un re, & dre mi re mi; Et dans l’Air Fay trouvé le fecret, pag, 59. da mefine Journal , ne pas auffi jetrer la finale de fiviffent far le mot aajourt bay, comme s'il y avoit jentaz , il faa donc le feparer par le moyen dun accent fur ladite finale. Dans la pag. 34. du rz. Livrein 4. fur ces mots 5 Sé vons effes des, Oc. Ex dans la 52. fur ces mots tant de feverit’, Von remar- quera pareillement ta correction fui- vant cette Regle , ainfi que dans las9. page fur ces mots, Parmy les champs. Je me fouviensauffi de deux Exem- ples touchant cette Regle dans ces Airs de Monfieur Boéflet 5 Dz plus doux de fes Traits, & Me veux ti voir mourir dans lepremier defquels onjetce la finale de Je (aime , far le mot de fans, & cela fait me fans , an lien de les feparer en faifant ces ‘trois Notes re at re fur la fyllabe wees & dans le dernier fur ces mots ce del Art de bien chanter. 21 fenzfte plaifir, en joignant inconfi- derement la finale de fuzeffe avec plai. au lieu de faire un point fur la finalede fuszeffe , ou doublerla Note de plai. L’ona chanté depuis peu d’années deux Airs confiderables , dans lef. quels perfonne ne s'eft appercen de cette faute qui patoiffoit encore plus grofliere que dans Ics precedens Exemples. Ces Airs font , Lorfgue Tercts foent mengager, & Des pleurs gue je rans. Dans le premier def. quels on jettoit G fort le mot de Seeut, que cela failoit fimen, au liew de faire mi re mi, far la premiere fyl- labe de m’ engager. - , Et dans le dernier od l'on joignoie fi mal a propos ces mots 5 7 aime & we entretenir, que cela failoit une ca- cophonie épouventable de Adaman, aulieu d’y remedier en faifanr crois Notes fur la finale de paime a, pour la feparer de la premiere fyllabe de wm entretenir. Je fcay bien que lesincredules ne manqueront pas de dire que toutes ces fauces font imaginaires, & que de 22 Riponfe far la Critique cette maniere on peut rendre ridicu- les toutes fortes de mots en les divi- fant, je n'en aurois pas moins dit qu'eux avant que dy fairela reflexion que im’en a fait faire un plus habile homme qveux ny que moy, & me ferois fait tenir a quatre pour fotice- nirlecontraire, tant il eft vray que plus on va enavanc, plus on acquiert de lumieres & de connoiffance des chofes que lon veut examiner de pres. ily a encore une autre Regle daus lapag 424 dece Traité, ot javoué que jay efté trop attaché 4 mon fen- timent, lorfque jay mis de ladi ffz- sence entre ces Exemples, Que pre- tendex,-vous ? Vous Tentendex mal. Que ne me laiffen-vous ? Vous n'y peafex pas: & ceux-cy » le vows dis totpours aimex moy. Ab! que nem ai- mex-vons> Seaver - vous bien pour- guoy ? Car il eft certain que le plus expedient eft de faire routes ces tyl- labes qui finiffent par ua = brefves. Et quant 4 ce quej’ai dui pour excufer dains ces mots ordoanez moy, de | Air Difpofex de mon fort, la finale longue de I Art de bien chanter. 28 de ordox past lier que PAureur pretend qu'il n’ca eft pasde mefme de celle deze mz’ ordonnex point qui eft dans la fuite, cela ef fans fonde. mentscar je croy que luy mefme con- viendroit prefentement de cette ve- rité, qui eftque toutes ces deux fina- les font également breves. Comme font toutes les fyllabes femblables, qui de foy eftant longues, deviennent brefves parle monofyllabe qui les fui & quien achevele fens. Suivanr cerre Regle jay accourcy une Note , que javois eri devoir eftrelongue dans L'Air , apres mille ri- gueurs, dela page 73.du 2. Livredes Airsin offave, fur le mot de partex, dont la finale eftant fuivie du mono- fyllabe donc, doit fans diffculeé per dre fa longueur. < Uy a une remarque 2 faire gquiaun grand rapport avec celle-cy , 2 quoy peu de perfonnes prennent garde, Jorfqu’en chantant cet Air G connu, Lae fervent tes confeits, ils tiennent lafinale de malgré anfG longue, com- me fi elle n’eftoit point {uivie du mo- nofyllabe moy , au liew de faire lalon- 4 R ponfe fur la Critique ac fur la premiere tyllabe. . Cette Regle a non feulement lieu dans le Francois ; mais me{me dans le Latin, & jay trouvé fort a redire dans un Compofiteur de Mufique mefine fort bon Latin, qui ayant fait un Mo- tet du S. Sacrement, pretendoit tenir longues les finales de ces trois mots fantiifica, vivifica , conforta, le{quel- les eftant {uivies da mot deme, per- dent affurément leur longueur , en forte que leur penultieme devient longue de brefve quelle eftoit. Ilen faut dire de mefme des mono- fyllabes qui de foy eftant longs de- viennent brefs lorfquils font tuivis d'un autre monofyllabe, qui acheve lc fens des paroles, comme jay re- marqué dans I’ Air Rochersje ne ven int , dogt le monofyllabe. veax eftant long de foy ceffe de Veftre, 8 cede fa longueur a celuy dee, qui eftoit naturellement bref, il y en 2 quantité. d’exemples dans les Airs corrigez in odtavo, dont l’on con- noiftca la corre@tion par de petites étoiles. Dans la pag. 31. du x, Livre fur ces mots pls cemps. Dans la Pag. ad. o ae lb Art de bren chanter, 25 48. du mefme Livre fur ces mots plus belle. Dans la 4. page da mefine Livre furces mots Revoltozs nous, ou la finale de Revoltons eft change en breve, de longue qu'elle eftoit. Secondement, on me blAme de n’a- voir pas marqué en caracteres de Mufique des regles generales pour tout ce qui fe peur faire d’ornemens dans ie chant marqué fimp!ement. Ulcftvray que jene puis affez ad- mirerPimbecilité de ceux quis ima- ginent que l'on peur donner des Re- gles certaines, pour orner un chane quieft noté fimplement ( comme on a de cofiume de faire) fuivane jes intervales de tierce » quarte, quinte, fixte,o@ave , comme fi cela ne dé- pendoit. pasabfolument du fens des paroles, de leur quantité, de leur ex- preflion; & guand on mettroit fur le Papier tout ce qui fe peut faire de changemens pour les paflages & diminutions, en quoy les ignorans font conifer toute la methode de chanter, le feul choix de ces orne- mens fercit cofjours un embarras a 26 Reponfe fur la Critique pour ceux qui ignorent le Francois defquels le nombre ef fi grand, que jene voy rien ficommun parmy les Muficiens, qui méme fouvent ne {cavent ny le lire ny Vécrire. Jay donccri faire mieux en don- nantavis a ceux qui voudront fe for- mer une bonne idée , & une con- noiffance parfaite des agrémens du chant, fi ce n’eft par fcience du moins par rostine , de bien s’appliquer 2 lire avec toute la reflexion neceffai- re y les feconds Couplets en dimi- nution de tous les Livres gravez, tant de Monfieur Lambert iz guarto, que de ceux in offavo en deux Volu- mes, qui font depuis peu dans la pre- fente année 1679. corrigez de plu- fieurs. paffages lefquels n’eftoient pas placez avectoute la regularité & rou- tes les lumieres-qui me font venues depuis ‘la premiere Edition, ce que Yon pourra rémarquer par de pe- tites écoiles ajotitécs aux endroits corrigez: Er en outre augmentez d tous les plus’ beaux Airs avec leur. feconds couplets 5 qui ayent pani del Art de bien chanter. 29 depuis long temps ; 4 {Gavois , Re- chers je ne vinx point gue. vofre Echo. fidelle. Aprés avoir fouffert faa: declarer mon fen. Tout lan- gut dans noftre bocage. Veicy be temps ow. tout parle damour. Le Printemps il eft vray ramene la ver- dure. Lay mille fois penfé dans ma douce langueur. Sortez, petits oifeanz, fortex dz ce Bocage. Parmy le? manz que Cabfence canfe. Que ie vous plaints triftes folpirs. Adon cher trou pean cherchex la Plaine. Pais qu'une jnfenfible Bergere. Les Airs du Journal des nows veautez du Chant, font encore tres- confiderables ponr s'y perfe@ion- ner, a caufe des. feconds cou- plers qui fonr dans. route. leus regis larité, pour ce. qui regards, la ma- niere de chanter & d/appliquer aux paroles les paflages qui leur convien- nent, Les Airs fpitituels que jay. mis au jour endeux volumes, dont le fecond eft augmenté du tiers dans la prefen- te année 1679, peuvent aafli beau- 5 ij i i 28 Réponfe fur la Critique coup contribuer 4 cette inftruction, pourveu qu’on ait foin de comparer les feconds couplers ornez de paffa- gesavecles premiers, en les chantant fimplement , & remarquant le foin & Vadreffe d’avoir teparé ce qu'il y avoit de defe&eux , & qui ne qua- droit pas avec les premiers couplers. Da nombre de(quels Airs, il y en a un entr’autres dans le fecond Livre pase 48. Afaleré mcs paffions , ob ’on remarquera que le quatriéme Vers duiecond coupler, Occupes, deformacs moname toute entiere. Eft bien plus long que celuy du pre- micz couplet. Eis crains ce que ie defire. Mais comme il y a une repetition dans le premier couplet qui fait une alonge, & quil n’y en a point dans le 2. tout cela enfemble fait un bon effet; en forte qu’a moins de com- parer l'un avec Yautre, on ne s’ap- percoit pas de cette difference. C’ek donc une eftude tres-utile 4 ceux qui yeulent apprendre les Or- del’ Art débien chanter. 129 nemens du C » qui confifent en paflages & diminutions, & fcavoir les appliquer au paroles , que celle des feconds Couplets contenus dens tous les Livres gravez au burin. Le Livre de Monfieur Lambert en contient vingr. Les deux Livres iz oftuvo avec leur augmentation en contiennent cinquante & deux. Le Journal des Nouveautez du Chane quinze. Le premier Livre des Airs Spiritucls onze , & Je fecond Paugmentation treize 3 de j tout enfemble cela fait environ cent dix feconds Couplets. On trouve tous ces Livres gravez chez G, de Luyne Libraireau Palais. Et je m’offie av furplus 4 dons ner es éclaircifiemens que 1 voudra fur tous les doutes qui pe vent refter , comme j’ay fait 4 plo- fiears gens du meftier qui s’en fone fort bien tronvez, & qui m’en ont fccu bon gré. La plufpart des autres Doubles font fi remplis de fautes contre la quanticé dy Prange loin > que b cmd ce nnn sarrgacneoeoe oA 30. Riponfe furla Critique de fervir pour inftruire, ils. ne fone que fortifier ceux qui les apprennent dans leur ignorance, attenda quils font faits par des compoficeurs, ou qui-n’ont prefque point dé connoif- fance des Lettres:, ou'qui joignent avec.ce peu de connoiffance un parler Provincial , qui eft le poifon du chant Francois. Cependant comme on fe laiffe perfuader mal-d-propos du faux merite de ces Ouvrages, je ne puis dire autre chofe, Gnon; Qui uule decipt decipiatur. Ilrefte encore quelques éclaircific- mens far des dificultez que l'on m’a propofées. Scavoir sil fant dire quelque & NON pas quegue » ileft ridi- cule de douter qu'il faille prononcer I'/, nonobftant le fentiment dun: homme lilafire , qui ces jours-paflez: mopiniaftroitie contraire. Scavoir s'il faut frapper less finales: dans ces mots Tx. pourras aifément, de VAir du Journal. Ef-ce pour Cloris» page 75- Voicy le temps o% tour parle d amorr pag. 85. du. pre. miex Livre geave iz of del’ Art de bien chanter. 3 Je dis que quand mefme on reprene droit fon heleine, & qwil y auroie quelque pofe marquée , limagine- tion fe portant & comprendre qui fair une voyelic , il faut prononcer Bs, Gctour au contraire lorfqu’il fuie une confone: Ii en faut direde mé- me du mot de Vergers, dans PAir depnis que nos Vergers ont perds ,&c. pag 9.duJournal. Et de celuy de Guerriers , dans VAir Pxifgve nose “avons la paix, ces deus finates eftanr + H > faivies oF fone fi fans prononcer Tr, & sil aaivoit uneconfone, il ne faudroir pronon- cer ny Pune ny Pautre de ces deux confones, comme il ef dit plusam- plement dans la pag. 314. de: ce Traité. A propos du mot'de Toii- 20u7S. Pout ce qui edu motde Berger dans PAir , Alex Berger retives- vous, pag. 52. du journal, il fant fraper L'r , & dermeurer un infant pour marquer que l'on parle 4 un feul. Gomme aufli dans PAir /es Moucherons, &s. pag. 15. du Jours 32 Riponfe fur la Critique. nal de 1679. Que leur inftintt , il faut prononcer le ¢ & non pasle ¢ du mot d'inffintt. A propos de ce mot, je remarque une faute tres. commune dansla pro- nonciation touchant la fyllabe i que Yon prononcecomine s'il y avoit arz, non feulement dans les finales de ces mots , chagrin, dejtin, & les mono- fyllabes de fiz, vin, crc. Mais dans les autes endroits des mots Frangois 5 rien n'eft fi frequent & rien n’eft fi ridicule; Hl faur donc moderer cette pronociation lorfque la rime veut que lon y mefle un peu de I’e oude Pa, pour faire rimer vin & chagrina midin, inbumain, certain, & auttes - {emblables comme on a de codtume de faire, foit abufivement ou non 3 (car cela julquicy n’eft pas encore dé- cidé.) Mais dans les autres endroits des mots, il n’y aucune raifon d’y mefler ces e, cela ft {uperflus. FIN. REMARQVES SVR LVART DE BIEN CHANTER, Et particulierement pour ce qué B s . feos. regarde le Chane Francois. Er Guorage fe diuife en trois Parties, Dansla Pre. miere, ileft parié da Chant RRS en general. Dans la Se conde, del’ Application du Chant aux Paroles Frangoifes, quanta la Pronon ciation feulcment. Et dans la Troi~ fiéme, de la Quantité des Mots ?-an- gois qui fc trounent plus communé- ment dans Ie Chant, & du Moyen de dilcerner les Syllabes longues d’auec les breves, qui ch le principale Gn de ce Traicé, . 4 z Remarques fer PAre CED CD CQOD®’ GED CD DV CHANT EN GENERAL. PREMIERE PARTIE, Ten qued’abord mon deffein n'ait efté que de donner des lumicres pour la veritable Prononciation, & pour la Quantité des Paroles Fran- coifes qui fe rencontrent dans leChant, -e’ehk 8 dire de faire voir les defauts de Pyne, & établir des Regles infailli- bles de l'autre 3, Toutesfois ic troune & propos de parler du Chant en gene- ral, & mefme de donner des Preceptes pour le bicn mettre en vfage, autant que le peut permettre vn Art qui fem- ble confifter plucoft dans la Practique que dans les Regles que l’on en pour- roit donner: Commengons par fa dif- ference avec la Mulique, que plufeurs confondent |’ ynanec autre. de biew Chanter, . 2 CRE REL CHAPITRE PREMIER. En quoy confifte Are de bien Chanter , ex em quoy il differe de la Mufique, Oy” que la. fin de fa Mufique fc de contenter Voreille par les harmonieux, & qu’ain@ elle doiue comprendre tout ce qui peut contri- buéra cette fin, il n’y a pourtant rien ~de fi équinoque que le motde asufique, Tantoft on le prend pour l’Art dedien compofer des Accords; & de cette ma~ niere ynHomme peut eftre parfait Mu- ficien, bien qu’iln’ait aucun ton agreae ledans la Voix, 8¢ qu'il ne {cache joiier daucun Infrument de Mufique: Tan- toft on prend fe mot de arufique, pour PArcde chanter {a partic; de forte que cequel’onappelle communément fca- noir bien la Mufique, c’eft lors que l’or met bien en pratique toutes les mar 4 Remarques fur b Art ques & tous les caradteres de Mufique; & de cette manicre celuy-1a pafle pour vn parfait Muficien qui peut chanter & Liure ouvert (c’eft le terme) toute fortede Mufique; de forte qu'il fuffic @’anoir 1a Voix jufte pour bien enton- ner les tons , fans l’auoir agreable ny flexible aux delicateffes de Chane. Tl eft certain que la Mufique dans dans toute I’étendué de f& perfection ne deuroit ‘point eftre bornée, & que pour cftre vn parfait Muficien, il fau- droit non feulement fcauoir faire vn beau Ghant, {gauoir compoler de beaux Accords, {gauoir chanter aLi- ure ounert les Picces les plus difficiles; maig il {eroit encore & propos d’auoir yne connoiflance parfaite de tous les ornemens du Chant, & de tour ce qui aut charmer loreille, qui eft le bur de la Mufique. Toutes fois on s’eft anilé dedonnder cs bornes 2 la Mofique, & dire que !'on peut la (cauoir fans (Ga- voir Art de bien Chanter; & Pon a mefe of¢ pafler plus ourre, & dire que l’on peut fcauoir fort bicn la Ma- nicre de chanter fans fgauois aucune Norte de Mufique. de bien Chanter. $ Orcomme dans tous les Asts, il y a ce qu'on appelle Theorie & Pradtique, il en eft de mefme dans [Art de bien Chanter: On peut fcaueir. fort bien comme il faut chanter agreablement parla connoiffance de cout ce qui peut = plaire a oreille, fans pouvoir mettre cette connoiffance en Pratigue par le defaut dela Voix, & dela di {pofition, qui fone des auantages que donne la Nature, & qui ne s'aquerent point, mais feulement fe perfegtionnent par le trauail. . ie parle de P’Art de bier ny comme Practique, &ie dis qu'il confifte abien entonnerles tonsdans leur juf- teffe; & bien fotitenir la Voix; & la bien porter; 2 bien faire les Cadences & Tremblemens; & bien marquer du go- fier quand il le faut; &me pas tant mar- quer quand ilne le faut pas, mais glif- fer certs topes propos bene ns, quel’on appelle vulgaire- ment Plainees, 2 bien former les Pafla- ges & les Diminucions: Et comme le Chant ne & pratique gueres fans Pa- roles; a les bien prononcer; 4 les bier exprimer, ou paffionner & propos ; & A ii} G@ — Remargues far t Art Q de biew Chanter. 9 far tout 3 bien obferuer la quantité des 3 : , , fyllabes longues ou bréves, qui eft la CHAPITRE IL principale fin de cét Quurage. Si lon pent [eauoir la Methode de Chanter fans [eauoir la Ad ufigues WE nentens poin' parlerde la Muli- que, em tant quiche ef p E bArede compofers mais feulement ie laconfidere comme!’ Art dechanter & parties & de ceste maniercil eft cer= rain que J’om ne peut fe zendre pare fait dans le Chant fans le fecours de Ia Mufique; & eet vne cemerité,de you- loir auancer que fans [gauoir aucune Mafique, om puiffe fort bien chanter; ou ds moins fort bien infrvire les aa~- tres dans le Chant. Toutefois il faut demeurer d’accord qvil n’eft pas nee ceflaire de {Gauoir le Mufigne dans vne fi grande perfe@tion, qu'il faille (gauoie chanter 2 P'improwifte toutes fortes de Pieces de Mufique, pour en fuite y. % ee A ik} 8 Remarqnes far U Art adjoufter tous les agrémens du Chants & pour moy ie trouue que celuy qui apres auoir ¢tudié vn Air par l’efpace d’vn jour entier, le chantera dans toute fa politeffe & dans toutes les circonf- tances de la Methode, fera plus habile que celuy quid’abord l’executera fans y obferuer toutes les Regles du Chant, dont il n’a pas vne fi parfaite connoif~ fance que autre: Et c’eft vne erscur que iene puis fouffrir dans vn Homme quieftafeurdment vn des grandsCom= poficcurs du Siecle, qui voulane faire comparaifon des Francois auce les Irae liens, &'l’égard de la Mufique, trounoie qwileftoit ridiculede tant exalterle me- rite d’yn Frangois quichantera vn Aiz fort agreablemét,aprés Pauoir examiné 4 loifir; au lieu que fes tealiens le chan- teront d’abord auec autant de politeffe que s’ils l’auoient étudié coute leur vie: Comme fi vn Tableau fait dans toutes les Regles de la Peinture n’eftoit pas plus confiderable, quoy que [é Peintre ait efté vn an entier a Ic faire, que ce- luy qui ne fera pas fi parfair, a caufe que le Peintre n’y aura pas mis tant de temps. C’eft ce que i’ay appris dvr de bien Chanter. 9 Seigneur auifli éleué par fon Efprit que par fa Naiflance & par fa Dignite, qui trouue fort 2 propos que c’eft mal s'ex- cuferde Pimper fection @’ynOuuragede Poéfic, en uy donnant le nom d’Im- promptz,puisquefansdoute ilvaut mieux bien trauailler a loifir, que de faire mal Jes chofesa la hafte, & que d’ordinaire lesGens & Imprompts font fort pen capa- bles de bien faire, quelque temps qu ius yemployent. Le Chant a pour bus de contenter l’oreille; & par confequent celuy quile fait auec plus de foin, doit pafler pour le meilleur Chantre 4 PAuditeur ne s*informera pas filon a long-temps étudié vn Air, pourach que d’ailleurs ilaic Poreille facisfaite. ilfaut toutesfois bien prendre garde de tomber dans yne erreurauffi grande qu'elle e& prefque vniuerlelic , qui eft que bon paffe vn Chantre non feule~ ment pour habile dans l’execution de PAre de bien Chanter, mais mefme pour fort capable de la montrer aux autres, pouruen qu’on uy ait entendu chanter vn ou deux Airsagreablement, quoy quwilne {cache aucune Mufig ue, & quiln’ai t jamais oily parler ees cun 30 Remarques far U Art Precepte du Chant, tant ile vray que Pon ne confidere fouuent que la tu- perficie des chofes : Creft ce que le Chant ade particulier, 8 qui le diftin- gue de tous les autres Talens,que pour- ueu qu’vn Chantre ait la Voix agrea- ble, loreille bonne, & le golier difpolé . 4 Pexecution des chofes qui regardent ja Methode de chanter, il peut appren- dredu premier coup va Aix aucc tant de fuceez, qacl’on pourra douter auce raifon s’il (era fcauant dans la Me- thode de chanter, &s ilaura confomms beaucoup de temps pour y paruenir: ce qui ne fe rencontre point dans les autres Arts, ob quelque difpoficion que donne la Nature, il faut todjours du temps & du trauail pour ew produire quelque effet qui {oit fupportable. Cécabus eft igrand.dans le Monde, que ie remarque qwil n’y a que ceux qui chantent aucc quelque agrément ui foient confiderez; & ceux qui ont a(fé coute leur vie A acquerir le fonds de laMafique & de laManiere de chan- ter, s’ils n’ont pas toutes les difpofis tions neceflaires pour plaire en chan- gant, on les traite de Miferables; & de bien Chanter . 3B lors que Age leur a ofté tout ce que la Nature pounoit leur auoir donng pour Pexccution du Chant, ils courent rif- que de mourir de faim auce toute leur Science, s‘ilsn’ont ew le foin damafler da bien pour les fire fub&fter dans lenz vieillefle. : Ce n’eft pas que l’execution du Chant ne foit neceflaire pout lenfei- gner aux autres, comme iediray plus au long dans la faite de ce Difcours s mais que cette execution d’yn Air ape pris en ¥2 jour, foit yne raifon perti- nente pour faire choix d’vn Maiftre, 6¢ dire hautement quil 2 toute la Me- thode de celuy qui excelleen cet Art, && de quiilaura appris cet Air; il vaut bien micux le qualificedu Titre de bon Efcolier, & faire des veux pour luy, afin qu'il plaife 4 fon Maifre de conti- nuér 2 luy montrer fes produGions, fans le fecours dugquel il retourneroit dans leneant d’ob ileft forty. be & yy 12 Remarques far lave SR RN CHAPITRE IIL De la difference des Mé anizres de Chanter. i n'y a rier de plus commun dans le Monde, que de dire que chacun a fa Mcthode pour le Chant; de forte que!’on demande ordinairement: De _ quelle maniere chantez-vous ? Eit-ce dela maniere de celay-cy, ou de celuy~ 1a? comme ‘ily en auoit plufieuis bon- nes, quoy que diferentes. Heft donc conftant qu'il n’y 2qu’vne borine & veritable Methode de chanter, & quoytoutes les cireonftancesduChant fedoiuent rapporter; & l’on ne peut pas dire auec verité que chacun a fa Me- thode, pour excufer vn Chantre de ce quilne fait pas les Preceptes de celay qui pafle pour exceller dans cet Art, foit qu’ilen foit /Inuenteur , foit qu'il ait cu plus de genie pour profiter des inftru@ions qu'on luy a données, & de bien Chanter: ¥S qwil aie adjoufié 2 ces inftrudtions uelque chofe du fiery pour mettre le Pp Chane dans la perfection ot ileft par- nenu jufqu’a prefent, & d’otily a bien de Papparence qu'il pourra déchoir dans pea temps. ; le {cay qu’autrefoisque l'on ne fais foit confifter la Maniere de chanter que dans les traits du Chant, fans auoir égardaux Paroles; chacan anoit {a Mee thode, ccf a dire chacan inuentoit felon fon caprice plus ou moins de traits dans les Couplets des Airs, les vns d’yne facon, les autres d’vne autre, & tout cela paffoit pour bon, ou du moins pour fupportab: e: Mais dans ce temps icy,ob l'ona poulfé ieChant plusauant, ® que l'on a grand égard aux pronon- cidtions des Paroles, 2 leur quantité, & a leur expreflion,que l’ona trouude, & quia efteprefque inconnud aux An- ciens, fe Chant eft paruenu a vne fi- nefle Ggrande,qu’il eft aufli dangereux - de faire des Diminucions fur certaines fyllabes, qu'il eft difficile d'inuenter celles qui conuiennent le micux aus Paroles. Tene doute point que mille Ignorans 14 Remarques far U' Art ne viennent a la trauerfe vous dire que’ c’eft vne imagination que d’auoir mis tantde feuericé dans le Chant, & que ecluyquifaicplus de traits deChant,ou (pour me feruir des termes populaires} qui fredonne Ic plus eft Ic as habile = Cependant il n’y a rien de fi vray, que pour pea qu’ vn Homme ait de genie & doreilic pour le Chane, on !e defabu- fera de cetteerreur, & onluy fera tou- cher au doige que les Regies du Chane ne font point fantaftiques, mais fon~ déesfurlebonfens. : il y a pourtant quelques differentes Manieres pour l’execution du Chant _ qui peuuenteftre bonnes, bien qu’elles ne le foient pas également 5 & ie ne voudrois pas tenir pour ignorant celuy qui par vn defaut de nature, oa dansva ageauancé, ne marqueroit pas ailezdu gofier certains traits du. Chant, mais les glifferoit vn pet trop; non. plus que celuy quipar vn femblable defaut de nature, ne prononcrroit pas bien de certaines Confones de ' lAlphaber, poarueu qu'il connuft fon foibic, & ne vouluft, pas en faire vne Loy pour les autres. Mais lors qu’yn Homme vou. : 2 de bien Chanter: ag dra dire que on ne fait plas de pallagss dans le Chant, 2 caufequ il ne les {gait asexecuter, icle tiendray pour ve ri- dicule, d’exclurre de la Mafique ve chofe qui de tout temps pafle pour ee plus grand ornement» & qu = effet, pourucu que Pon ait? a de les appliquer& propos aux Paroles q! Pon chante. a Tl Gaur auffi remarquer qu'il y &m @ aui affectent yne legerete dans le Chant, & qui sen feruent en toutes rencontres, & daurres get = plas de poids & de folidit’ dea 8 Pautre ef bon pouruen qu Hilo Sis! ratiqué, & auec jugement, {elon ia * diuerfité des Pieces de Mutique gayes ou triftes, galantes of fericufes . com me iediray en parlant ¢2 Mouucment € hants. . . di He legereté donne 2u Chant, ce qui s'appelle le four gelane mais |e pelan teur dons:c la force auxP icces ee ieules, & qui demandent beaucoup a expret- fion: Celle-l2 conuient aug Pecfonnes enjoiiées, & aux Voix délicatess 6 eelle-cy aux Melancoliques> & ord Voix plus fortes: & comme il nest 3 & 16 Remarques far 1” Art pas tobjours bon de dire en loitant vn Chantre, qu'il chante fort legerement, quoy qu'il femble que le Chant en eft plus épuré & plus détaché de la ma- tiere; il eft aufli dangereux de le loiicr ar la grauité & la pefanteur qui {em-= I e ‘ . coe oppofée 4 la galanteric a gua Sea es af tags i 2 B , | g i | * de bien Chanter« = 37 RRR EE CHAPITRE IV. S'il off neceffaire -d accompagner le > Chant, d cum Inflremsent de eV usfique. E ne ‘parle point icy de l'ynion o accompagnement des Voix. & dé Inftrumens qui fe pretique dans Concerts & dansles Cheeurs de Mufi- que, quickabfolument neceflaire pour Tes rendre parfaits; mais feulementde Paccompagnement des Airs: q chantent @ ordinaire 2 vne Voix feule. De tous les Inftrumens, ceux qui font 2 prefent leplas en viege, pour fotite- nirla Voix, cet le Claucflin, la Viole & le Theorbe, car pour la Lire on ni sren fert plus: Le Viole mefme & le o B Claueffin, n’ont point la grace, ny commodité qui fe rencontre dans Theorbe, qui eft propre pour accom pagner toutes fortes de Voix, quanc 18 Remarques furl re cene feroit que par la feule raifor. de f douceur, qui s’accommode aux V oixfoi- bles & delicatesjau lieu que les autres Inftrumens les offufquent, Ou deman- de done fi pour rendre le Chant parfaic, il eft neceflaire qu'il foit fecondé da ‘Theorbe? ine faut pas douter que la beauté du Chant ne paroiffe bien dauantage, lors qu’il ch accompagn¢ d’yn Inftru- mentau defaut des Voix, qui pour ren- dre | -harmonie parfaite, pourroient & joindre a celle qui chante le Sujer, aus trement le Deffs d'vn Air; & cette ynion cit d’autant plas commode, que celle des Voix, dont la pluralité érouffe ecqu’ilyade plus fin dans le Chant par leur confufion , quoy qu’agreable pour Pharmonie; au licuque celle du Theore bene fait que todtemir agreablement le Voix fans en diminuér la beauté, ny la delicateife des traits, Maisil fant demeurer d’accord, que fl’on-ne touche le Fheorbe aucc mo- aeration, & que lon y mefle trop de confafion , comme font la plufpart de éeux qui accomnagnent. plutoft pour faire yaloir la foupleffe de leurs deigts, iste Siti, 5 2 de biew Chanter. qué pour faire paroiiiec la Voix 35 quelle ils font obligez de s’accommo- der; ce& pour lors accompagner ic Theorbe dela Voix, & non la Voixdu Theorbe. IJ faut done fe mieneger cn Theorbe. menage Ge rencontre, & ne pas fe figurer que dans ce mariage le T heorbe foi nom~ méle mary de la oix, pourlaccabler & la gourmander, mais bie pour i= flatter, 'adoucir, & en cacher les de- fauts. 8 oh en fetrauverois Gone fort é propes que 8 Wx qui yeu fe perfehionner dans ceus qui veulent f Pe ve ane Bs Ie Chant, sappliqualent ~ Theorbe,pourues quils caffent ellezde patience, acfe donnalentabcz de peine pour parucnir 2 yn poindt qui ies putt sally aie rendre confiderables par deffus les 2 tres; mais comme la plufpart veul fouuent ia fin fans f& donner f de fonger aux moyens pour y pal renin, dls demeurent tobjoursen chemin, & ne tirent jamais dvautre auantage de s’y eftreembarguez, que Ia honte d’a- uoir entrepris vne chole qui nc leur frie aucunhonnesr, Pour ce quiewt de Paccompagnemen : quife fait par les mains <’autray et ee ere gre 20. —- Remarques far I’ Art encore yne chofe qui n’a pas rout l’ae - vantage que l’on pourroit fouhaiter; & ie trouuc que c’eft faire le Precieux, ot la Precieufe, de fe piquer de ne point chanter fans Theorbe, comme font Ia plufpart des Gens, puis qu’il eft vray qwil fe prefente mille occafions , ob Yor n‘a pas 4 point nommé, ny le Theorbe, ny celuy quile touche. Cependant c’cft ce que les Maiftres au Chant infpirent a leurs Difciples, & dont ils fe preaalent’, pour peux qu ils {cachent toucher trois ou quatre Accords, plus propres 2 amuler le tapis, qu’4 contribuér a faire de bon< nes & folides Legons, : Als leur difent 2 tout moment, que Von ne peut chanter jufte fans cela; que ceit danfer fans Violon, que de chanter fans Inftrument ; qu’on ne peut bien donner Je mouuement aux Airs; & Ie perfaadent & bien, que fa moitié desGens s’y laiffentaller : Mais ccs pauures abufez ne confiderent pas que le Maiftre a pour but fon intereft, pluroft que celuy de fon Diciple, & que ce qu'il en fait, c’eft pour s’épar- gnerla peine dechanter, & de faire ds cp . i aaa) de bien Chancer. ag wine voix ce que l’inftrament ne faic gue par desfons mueis, & qui ne fone wimiter la Voix. . . Il fanc donc demeurer d’accora, que Vaccompagnement d’vne Voix jatte, & quichance al’ Vnifon, ov 2PORaue d’vne autre Voix, e& bien plus propre a infpirer la jufteffe,que [infirument, qui n’en eft que le Singe , & qui aail- leurs ne produit pour Vordinaire que des Quartes, des Quintes, des Sixtes, & autres Accords, quine fe difcernent que par des Perlonnes ign compofition de Mofque. . Aurcfte quand il feroit vray que! ace compagnement du Theorbe feroit vtile pour faire enronner jufts, & chanter de mouvuement & demefure, ilarriue vn inconucnient fafcheux, qui ef les agrémens du Chant les connoiffent pas eu que voulantles corri é ek chaaue int errompre 4 chaque 22 Remarques far |’ Art Jeur Inftrument; ce quinon feulement Jes embarrafleroit fort, mais mefme ofteroit toute la grace é& tout l’auan- tage qu ils pretendent tirer de leur ace compagnement : De maniere que prefque toutes les Legons fe paffent & faire arreftcraux Panfes qui {e rencon~ trent dans les Airs, & qui font non- feulement inutiles, mais mefme em- barraffances , lors qu'il c& queftion de chanter fans Inftrument; ce quiarriue pre{quetodjours, & qu’il faut fuppri- mer ces fortes de Vuides, Ie pourrois encore adjouftcr que les Lecons en font bien plus courtes, & qu’il fe paffe Ja moitié du temps 2 accorder le Theorbe, & préluder, 4 changer vne corde fauffe, & autres fiperfluicez qui font dire aux Critiques, non fans quel- que fondement de raillerie, qu'il of tres rare d’entendre joiier duT heorbe, mais tres-commun de l’entendre ace corder, R STA de bien Chanter. 28 ROR OR CHAPITRE V. Si Von pens bien prartiquer le Chant fans en connoifire les Regles. rien de Gcommun que d’en- 1dre dire, que pour fo ter, il eroit 3 propos de (Ga oirla Me- fique, & mefeaede {gauoir les Kegies & les Maximes du Chant, pour n’3- uoir pas erernell befoin d’yn Mailire, & pouu Air notté non feulement fel | gles de la Mu fiqne, eft & dire bien Sbferucr la mefure & la valeur des Nottes 8 des Paufes; mais mefme faiuant [es Regles du Chant, e’ch & dire adjoufter les portsde Voix nece faires, les Accens, && autres circonitan ces de la Maniere de chanter, qu font point marquées fur le papier, ou mefme qui ac fe peuucat marquer, 24 — Remarques for U Are comme ie diray dans la fuite. Ce qui a donné licu cette propofi- tion, c’eftque l’on ne peut pas fe fgu- rer quele Chant, quinefemble qu’yne bagatelle en comparaifon des autres Arts, foit fi difficile & acquerir, que Jon ait todjours befoin d’vn Maiftre pour le bien mettre en pratique, On ne manque pas d’alleguer qu’ef- tant 4 la Campagne, & éloigné de Paris, qui cf le centre des Uluftres dans toutes fortes d’Arts & de Scien- ees, on ne pourroit iamais rien {cauoir de nouncau dans le Chant, s’il- choice “veay que la connoiffance des Nottes de Mufique & des Regles du Chant, ne put fuppléer a cedefant. Il faut donc répondre 3 cette ob= jection & dire que dans le Chant, il ye des Maximes generales que l'on peut fort bienapprendre, & dont on fe peur fore veilement feruir dans Voccalion; mais qu'il y en a qui ont tantd’excep- tions, qu’clles ne fe peuuent recone noiftre que dans I’yfage que l’on ap- pelle vuigairement Reutine; de forte qu'eftant eloigné vous pouuez groffic- rement déchiffrer yne Piece de Mu- fique de bien Chancer. a¢ fique par le connoiflance que vous aucz de quelqucs Regles generales; mais de la pouvoir chanter rout & fit Llon Pintention de l’Authcur qni lau compofée, pourucu qu’il igache | mefmelamanieredechanter, ceft abus & vne erreur. On peur donc bien chanter vn A fur laNotte, & y sdionfter vne partie des ornemens qui regardent je Chant, comme parcxemple ; on peut bicn ob- feruerlajuftefle des tons, fuiuant Pha- bitude que Poreille aura acquife 3 force d’anoir chaneé ; donner |’ Expref- fion & la Prononciation neceflaire aux Paroles; bien former Jes Cad bien marquer du go les D tions qui ic rencontrentdans Icsfecon Goupleéts, poursiey qu’clics foient mar- farl ier, & au y ¥ tances qui neral, & qui s’apprennent p viage & le bon exercice, Mais de pouuoir adjoufter aux pre- miers Couplets, on Simples, comme con des appelic ordinairement, certai erémens qui ne fe marquent point ; Jc Ports de Voix, les Accens, certai B 26. Remarques ar Art Doublemens de Nottes prefqueimper- ceptibles, mefme les Tremblemens fur les fyilabes neceflaires, & les ap- pliquer a point-nommé acemot, & & cette fyllabe, il faut vne Pradtique du Chant figrande, que cela n’appartient w/a vn tres- petit nombre de Gens; & Tes Maiftres mefmes ont tellement be- _foinde fcauoirde vine voix toutes ces Obferuations, qu’auec toute leur Doc- trinc, ils courent rifque de donner du mezen terre, & (onffrir 2 Cenfure d’vne Perfonne qui n’aura pre{que ia- mais pratiqué Ic Chant dans vn Air quwils voudrout chanter aucc toutes Ics Oodferuations de Autheur dequicctie Perfonne l’aura appris. Auffi vous romarqaerez que la pluf- part des Gens qui chancent parkaice- ment, bien qu’ils feachentla S Mufique, ne s’en feruent prefque point pourap- prendre les Airs, mais ont recours aux Autheurs, ov & ceux qui ont le bon- heur de les approchers 8 tel fcaura vn Air plus fidellement ¢pour la maniere de chanter, & non pour la Mufi- que précifément) quoy gu’il ne Pait appris qued’yu P articulier quile tien - fe de bie Chanter. 29 dra de PAutheur, gu’yn autre qui Paura notté, quelque peine qu'il prenne pour en chercher lesagrémens, Cette verité fe remarque dans les Airs que PAutheur ne vou donner nottez au Public, { foit par ca- price, foit pour eftre toujours en droit de les changer, foit pour auoir {val Pa- uantage par rdeffus! les Maiftres, de pou uoir les chanter dans toute feétion, particulicrement Pp regarde la veritable mefure qi rend ycltre obferuée; foit pou pas rendre fi communs & leur con uerle titre de Ja nouneauté, qui eft ce qui flate extretentent ny vfire i @ Airsde a point nnent que par’ Tradi me afleurément ils font plus recher. zqne! les au culté de les oir, pour la plufpart de rits qui ment que les chofes qui font di a aoquerizs foit qu’en cfirt i Widerables de foy, & om eclel bre de celuy guil: fez, chacun a foin de les {ca des vokr, ow’ PAuthe 28 — Remargues [ur l’ Art qui ont le droidt de le voir ou de Pen- tendre; & c’elt mala propos fe piquer Phonneur, dene vouloir pas fe reduire XB vne mendicité de cecte nature, la- uelle peut eftre reparée, lors que l'on ale droi@d’Echange, & quel’on peut donner en prenant, c’efta dire que lon s’eft rendu capadle de produire des QOuurages qui peauent entrer encom- paraifon aucc ceux que Pon veut avoir desautres Compof.teurs. Eviediray cecy en paffant, qwil vant bien. micug s’humilier iufgues 2 ce poing, que de fe piquer de ne chanter que defes Ouurages, lefquelsn’entrent point dans le commerce du bean Monde & demeurent dans le Magafin des Au- theurs, oa mefont connus que pat des Gens ob{curs, qui nent pas aflez de eredit pour donner du cours a des Ou- urages qui dailleurs font défechucux, ficen’eftal’égard de la compolition de P Air, du moins 4 I’egard des Paroles, lefquelles pour Pordinaire ne tombent pasentre les mains des mediocresCom- pofiteurs dz Maufique, & qui font don- nez foigneufement aux grands Maiftres del’Arzde Chanter, par Mefficurs les de bien Chanter. 29 Poétes Lyriques, que l’on nomme WVor- dinaire du Nom barbare de Paroliers, da moment qu’elles font éclofes, au- trement elles demeurcroient dans yne obfeuriré qui feroit contre leur inten- tion, quelque foin qwils femblent vou~ loir prendre pour cacher leurs en recom mandant yn fecret rovent fort t.fchez connu de rout le Monde. Difons donc quily adans fe Chant yne Methode generale que Von endre; mais | oul ceux quipaffent pour y quis, & par ddri: 22 ont plas praiquez, & qui fe ucz auoir plus de tion, pour proficerd ru 25 De leurs inflructions, dis-je, ouver 30. Remarques far U Art bales, ou équiualantes; caril eft cer- tain que le Chant ne s’apprend pas toljours par Preceptes, & que pour- ueu que l’onait dugenie & dela difso- fition, on n’a qu a bien écouter le Maiftre, fans quwil entre en raifonne- ment da Chani, & & qwil foit necefiaire quwil en faffe remarquer cn particulier toutes les circonftances. Te paffe bien plus ontre, & dis qu’af- feurément va Maire qui executera yn Air dans toure fa politeife & dans tous feo agrémens, Pimerimera mille fois micux dans Foreille de & fon Difei- ple en le chantant trois ou quatre fois, quc ne fera vn autre qui n’a pas tots les auantegesdel’execution, & force de dogmatifer, tant il eft vray que le Chant ne s “appreied 4 que farimitation, & quele Dik iple contrage jufgau’aux gelis & aux grimaces du Maiftre. ’elt donc vne erreur bien grande de Soe qa’vn Maiftre ne chante pas bien, mais qu’il montre fort bien; car file Maiftre ne forme pas bien les cho- es, c’ef a dire fipar cxemoule il a la Voix faal:, comment pourra-vil inf pier la juftclie? Sil a yne méchante i i ernie at de bien Chanter. 32 Cadence, commentponrra-t'll corrige cy celle de fon Dilciple 2 Sil n’a pas de gofierpour marquer les traits, comment St fur pourra: vil fe faire entendre? E tout s'il a de la dureté duns laVo ix & de larudefle, comment pourra-t "al per fuaderla douceur, !2 legereté & lade- Heateife? Bl fauc qu'il fe faune far la fidelité des Palfages & des Diminu- tions qui fe rencontrent s les Cou- plets, lefquels i] chante toujours alicz pour les faire co mpre endre 2 ceux qui font verfezd Methede de® ter, & quil premiers, po nouneauté; qu Ouurages qu’ Wignorer, com riolité, de pear fonfoibdle,s’il vet ter fans auoir coniu Ila beau dire ne j comme Pexecute, bicn mic tx quic pat tour ce long circuit de railonnemens. 32 Remarques fur Art En vain, me dira-t’om, yous auezene trepris de traiter de la Manicre de Chanter, fi elle ne s’apprend que par Viage & par Routine: A cela ie ré- ponds, quwil ya plufieurs fortes d’ob- feruations dans le Chant quife pcuuent apprendre par les Preceptes, & {pecia- Iement les veritables Reglesde la Pro- nonciation des Paroles & de la Quan- tité des Syllabes longues ou bréves, & Pégard da Chant, qui ft la principale findece Traité. Outre qu’en parlant des traitsdu Chant, qui ric s’a pren- nent que par l’cxemple & par l’imita- tion, ic pretends {culement parler de Pexecution, & non pas de la connoif- fancequ’onen peutauoir, & quidans Pordre des choles, doit preceder l’exe~ cution. de bien Chanter. 33 CR TR EEE CHAPITRE VI. Des Qualitez neceffaires pour bie pratiquer le Chant. i yatrois chofs pour parucnir 2 bien chanter, qui font troisdons de Nature fort diferens les wns des autres; Rfganoir, la Voix, le Difpofi POrcille, on lincelligence , le auantages le yulgaire confond propos, donnant tout le merit< Chant, & la Voix quile produit, 2 confiderer que fort fouuent on 2 de la Voix, fans bien chanter & mefme fans pouuoir i:amais ¥ rs Difpofition, ou d’ HL faut encore ad zion fans laquelle i] ef& impoflible de bien Chanter, quelque belle que foitla Voix, quelque flac que foit Voreille, & quelque bonne que foit la Difpofition du golier; quick le choix d’ *Mailtre, & quiait les qualitez requ By r yne condi- bon 34 Remarques for l Art pour bien enfeigner le Chant. Ie trai- tcray de chacune de ces Qualitez en Farticulier, & enferayautant di pitres differens. J oe eer AEE TEI ie SSE EE LOE ERO TI er see Ta oie aiean Chanter. 35 de bien MOREE CHUAPITRE Vit. Des Voix propres nour la MA antere de Chanter. N diz Vordinaire que PEforit ef G@ bien pareage , que chacun e€roit ¢m auoir tant ou pi sus que fon Compagno d mefmedelaVox,e Vonenait, on cro pourueu. Les wns fc piqu: 1 grande 5 les autres de : x ne manquent pas de citer ie le mentde resde | Art, aiment que les grand des. Qauoir la Voix p! gui Pont ylus bei Chanter haut, ¢’© we ont la Voix mat Woix de Fa pilfances & ceux ¢ finduC paroitt bien 5 * a of 36 Remarques fur l Art Voix éclacante, telle que l’ont ceux qui chantent en Fau!fer, que dans vne Voix de Taille naturelis, qui pour l’ordi- nairen’a pas tantd’éclat, bicnqu’elle ait plus de juftefle. Enfin les yns fe piquent d’auoir la Voix touchante, & Ics autres fortes de Voix laderniere jufteffe ne fe rencontre pas totjours, ny la legercté dans les Airsdce mouuement, ny mef. me!a fine Prononciation, Ceux-mefme qui n’en ontque pour parler, s'embarquent impudemment dansle Chant, & croyent que pourucy qu’ ilsapprennent d’vn bon Maiftre, iis paruiendrone du moins a Chanter Ca- walerement, ccf le terme dont ils fe feruent pour exculer learignorances Ce n’eft pas que la Voix ne puiffe s’a- querir par le grand txercice, ou pour micux dire, fe rétablir lors qu’clles’e& perdué par la muance qui arriuc d’or- dinaire entre age de quinze & de yingt ans, dans le Sexe mafculin feu~ lement; & l’on cn a veu mefme qui ponffez de defefpoir de fe voir priucz d’vyn auantage fi charmant, ont forcé, par vn travail aufli penibleque trouucne que dans ces: Setar, ae de bie Chanter. ay Nature & leur rendre defagreable, la cequ’elle leur auoit oft, & font enin arvenus 2 vn haut degre de peri tio dans Artde bien Chanter, 2 force de Tons, qu’2 bon droit lon “3 Cris & des Cla- pour des Sons har- pouller des auroit pris pour de meurs, pluto& que monieux. ter, comme pour pat on fe feruiroit d’vn forcer Ia Nature 4 siln’yenaqe tour de l’orei Cn peat bi d@yne Voix, m lieu qu'cile ch ee parl’cxce groflicre, la fauffe, la ren eftrude. Mais de ricn on me peut F Bil faut rodjours en anoir ou bon: t jen faire ou mauuaife, auan eultiuer. Voicy com: ner des Voix capable ter, 3+ 33 Remarques farl’ Are Premiercment, ic mets ene grands difference entre yne belle & vnc bonne Voix. La belle Voix cf celle quid’vn feul ton peut eftre agreable aVoreille, A caufe de fa netteté & de {2 douceur, & fur tout de la belle cadence, qui d’ordinaire l'accompagne : Mais la bonne Voixau contraire, eft celle qui Bien qu'elle n’ait pas toute cecte dou- cour & cette cadence natureile, me fniff] pas do charmer par fa vigueurs & fermerd, & par 2 difpofition & chan- rer de mouvement, qui ch lame du Chant, & done ces belles Voix natu- relles ne fone d’erdinaire point capa bles, la Nocure ayant voulu. partager fesdons ence rencontre comme cn tout autre. On peut encore diftingucr es belles Voix d'auce les Voix iolies, & dire que eelles-1a font appellees Belles, qui ont vne grande harmonie & vne grande étendué, & que la quali é de golte. conuicnt foulement aux. petites Voix. Les Voix. qui font dans cette grande beauté, fone d’ordinaire fore lentes, & ar confequent n’ont point ce feu & RETR Rh cette difpoficion qu former ce quianime le Chant; @abord, & principalemen guaire, & cnnuyent dans ! tion; manquent me reille , & ainfi font longues 2: pour la diminution & Chant, qui demandent de la fermecé nioat pas befol entretion dé par coniequcnt io: e Concert, & pour tres, qui les encoura compagn foin pour Vordinaire que netteté, & de tutte! ou mille bcautez & mi Chant font inutil par la multitude. $ parmy les Femmes, 2 quidomine enciles, enteur & cette dot HW a wv 40 Remarques fur | Art grande repugnance 3 bien articuler leg Paroles, far tout 3 prononcer les R, par la préoccupation qu'elles ont de ta rudefle que canfent les folides pro- Monciations ; en affeétent mefme fou- uent de badiaes, & qui ne leur font nullement naturelles: ce que l'on re- marque mefme en quelques Maiftres du Chant, qui cit lerreur du monde Iaplus ridicule & Ia vlus ninife, Se qui les abufe d’aucant plus, qu’elle rrouue mille approbations dans le Sexe fe- minin, L2 0% celles qui n’ont. qu’yne beauté mediocre, peutent cftre fort bonnes, par le moyen de l’art & de Pexercice continuel doncils ont befoin pour s’cn~ tretenir 8 pour chaffer yn peu d’en- rohment qui d’ordinaire les accompa= > 2.caufe du temperament bilieug dont clles procedent, & quileur donne ce feu & cemouuement, & fur tout bexpreffion des Paroles, Ces fortesde Voix fent fort propres pour bien cul- tiver le Chant, parce qu’ils ont founent Porcille meilicure que les autres, le golicr plus propre 4 executer certains petits tremblemens de feu, qui font de bien Chanter. Al toute l'expreffion, & ce que Von ap- pelle PEfprit du Chant, ou Ie Chant de Telke, qui eft yne certaine applic: ion aufens des Paroles, & 2 lenr veritable & folide prononciation. Ont befoin oe preparation, cet 2 dire de Pexercice du matin, avant q eft vn antidote contre leur eft aifez naturel, & par ce moyen font plus aflurées de leur ¢ pour toute le journte, & font Sgiertes & vne efpece de toux q eft frequents en chantant : & g . minué beaucoup de l’approbation des Avaditeurs, & principaiemens des ign yans,quine jugent de la ponte dat 2 que par fa beanté dela Voix, & par 8 facilité; au liew que ies $¢z > & ceux qui ont le bon gouft, excufent vo- " i ourucs ,qai que d’ailleurs ils (oient fatisfaits. aq M aus Secondement, les Voix fontou g) des ou petites, fories ou foibles, br. Jantesoutouchantes. Les grandes Voix font propres pour chanter en Coucert, ? yas befoin de & par confequent mont pas befoin de tant d’art, dout clies font moins fufce= | ant a Helles chane ptibles que les autres: On fisiles chan 42 Ramarques fur V Are tent feules, il faur quelles fuient va peu dloigndes, afin que léloignement corrige ia dureté qui eftenelies: ont de la peine & fe Aechir aux ornemens duChant, 3 cauf> du gofier gu’ils ont moins ferré + ou fi elles veulent exes cuter les paflages, c’eft pour l’ordi- naireanecrudelis, & jamais anec toute la -policefle neceflaire, faute de fincite de golicr ; carqui dit fin, dit petit, & famais on n’a appellé fin, ce qui c& grand; }ou faure d’oreille, dont elles manquctit prefque tobiours, Cependant comme dansla taille d’y~ ne grande Perfonne,. Ices defauirs pa- roiilent bien davantage que dans vne taille mediocre, il en cftdemefme des grandes Voix, qui font obiig micux chanter gucies autres, & uatle malheur de chancer moins bien aux orcilles des Scauans, foit quc les tites Voix n’avent pas 1s dofauc grandes, 0 vils parroifene moing enclics, $2 ent en que gue facon cachez fous la peticelfe de ta. Voix, Cr comme. les grandes Voix fone Wordinaire rudcs, il ne faut pas s'ima- a de bin Chanter. er que pour ofter cette rode faille les moderer, autrement oftericz toutleer fon; maisi at Pexcrcice continucl falie cet cfc mefme que l'on diminué vn mo de Fer a coups de martcau & de f @abord fort rude, auant que dele vou- loir polir auee vue lime pl Cependant e’ch Panis que Wordinaire 8 ceux quions 5 ts cadence forte, & qui ont Is cadenc {cauoir, quil four fer pas poufler tant la Voix, { pas renfermantainii, n’a plu doit auoir, qui confilte n que la Nature luy a donnee, vous antanuiflez ’h derant. ont fans doute deffus les grande: plus. xibles aux agr qui ne doiuent: peint cfrc font @ordinaire recompen Nattre par yne fincile grandes Voix n’ont que for 44 Remarques far I Are Si clles ont queiques defauzs, comme par exemple ticlles chantenz yn peu du nez, cela ne paroift quali point cn elles, Mais il faut bien prendre garde de confondre le Nom de Perit auce celuy de Foble, 1 yades Voix qui font Grandes & Foibles tout enfembiec, & quine le fottiennent point dans leurs Tons, la otc ilen eft de petites qui ne lai @ekre raimaifées dans entreies Voix ion Brillances, y brillant dans la Voix fans auoir du touchanr, & d'autres ont feulement ce qui touche; Les Voix Brillantes fent propres acxe- cuter les Pieces de mouuement, pro- noncent dordinaire mieux les Paroles, Spar ‘confequent retfifene micux pour Chanter en Public, que ecllesqui font puremét Touchantes, lef- cuellesveritablementfont pluspropres pourlesExpreffions } endre s,& pour les Airs qui. ont moins de mounement; mais d’vn aurre cofté mont pas toute la juftelfe poffible. sce qui fe reconnoit par T'accompagnement des Infru- elles Hs Pnasiac She de bien Chanter. > oedinaive mens} ne prononcent pas @ordinaire i fc y°. i jon, page auecaflezdcfoin& d applicatic n, p “ ticulierement certaimcs vaya ce qui fait que dans les grandes Alem é fans Jes Ballets, ilu'ya biges, comme dans les Ballets, aa y que ceux qui en font procnes qui cn~ itti t le Paroles; au tendenr diftinctementies Paros; @ Henque cus quien font tendent qu’vn jon contus, 2 ' ; peude fin queiles catde dich arti- culer les fyllaves. : ap Troifiémement, 8 i rus, Hauteccontres, TVailles, Bal il efte preffion de fa piatpa ‘ Ics Baffes ne font quali pro exprimer celle de la Colere 4 xare dausics Airs Frangois. Aintices fortesde Voix f contentent de Chan- teren Partic, & s‘en tiennent 4 celle ucla Nature femble leur auoir defti- néc, chantant toGjours la Balle des a a6 Remarques fur b Art Airs, pluto que les Sujets, Par cette Obferuation, i! eft conftant que les Voix Feminines auroienc bien 4cl’auantage par deflus les Mafculines, fi celfes-cy n’auoient plus de vigueur & de fermeté pour executcr les traits du Chant, & plus de Talent pour ex- primer les paffions quelesautres, Par da meme raifon les Voix de Fauilet font bien plus paroiftre ce qu'elles chantene que Ics Voix naturelles; mais d’ail- leurs elles ont de Paigreur, & man- quent fonuent de jufteile, 3 moins que @eltre fi bien cultiuées, quelles fem- blentcftre palfécsen nature. Au refte ie ne puis m’empcicher-de fire men- tion en paflant d’vne erreur fort com= mune dans ie Monde , touchant cer- tines Voix de Fauilec, que l’on compte quafi pour ricn (bien qu’elles fe faffent enrendre de fort loin ; {cit parce que Pon fe Veit mis mala propos dansl’rf pric, foit peut-chre parce que ces fortes de Voix eftanten quelque facon contre Nature, on fe porte plus facilement & Ics méprifer, & dire mal 3 propos de. ceux qui les poiledent, qwils n’en ont point, quoy que fi ony fai- de bien Chanter. = 47 it bien reflexion, on 6 A i toat cequ'iison anicre de Ch quilsdoinen : — et Interuales, & 2 mis du Chant, tout autre densla Voix de Taille, ment gquc Hoy a encore vac Remarqne & faire dans la difference des V as de fon & 2 ecit a leplus onlem ¢ Rie qu’elles produife gail en ¢ ipsamcne Ghane, gre l'on nomme ¥ a Difpofit De FS . 48 Remarques fur V" Are ERGO RCE SRO ORE CHAPITRE VII De la Difpofition. y Ay ditdans le Chapitre precedent que la Voix ch vn Don de Nature, & mefme aflez commun dans le Mon- tisilaven eft pasde meime dela Diipotition gue la Nature a déniée & la plnfpart des Voix , & qui ef vne certaine facilité d’cxecuter tout ce qui concerne la Maniere de © quia fon fiege dans le gofier, lequel peut naturelicmenteftre & biendifpofé, gwen moins de rien & fan auoir quafi jamais cxercé, on peut chanter quel- que chofe agreablement & dans les Regles; de forte quionaraiion de dou- terticeliy quichante along temps ap~ pris fousvn Miaifre , ou s'il a fimple- mentcuvneou deux Lecons. Crelt ce que le Chant a de fingulier entre .ous les autres Talens,ot quel que Difpofition que donne la Natures il le de bie Chanter. 4 faut tobjours vn temps confiderabie pour Ics acquerir, au lieu que dansle Chant on peut faire voir en pen de jours vn plus grand progrez que dans les Inftrumens, dans la Dante, & autres Exercices en bien desannécs, Mais c’clt vny chofe bien rare par - My ceux qui chanient, que cece dif pofition du goficr, prefte 4 former tou~ tes fortcs Vagremens; car Lies ynsont le gofier propre @ marqucr les Pafla- ges & Diminutions, ils l’ont trop fi pouradoucir quand il le faut pour cer- tains Doublemens de Norte qui fone quali imperceptibles, D’autres qui ontle gofies propre 4 adoucir ne Pont Pas pour marquer ce qu'il faut, & auec Ja fermeté neceffaire, ou n’ont pas af- fez de foupleife pour executer auce fegereté, qui cit vn des grands poindts du Chant, & des plus confiderables, Le vray fecret pour acquerir cette qualité, ou du moins pour la perree- tlonner, cft de s’exercer dés le ma dans Pexecution du Chanr, en mar- quant d’aberd auec poids & foli & fartourdy for qooutumer a la so Remarques far P Are pouflant aucc vitelle, pour acquerir dela legereté, les Traits qui fe pratti- quent dans VaArtde Chanter; £t enfin en adoucitlant les Tons dans les en- droits quile requerent, comme ie fe- ray voir pius amplement dans les Chas pitres fuiuans, en parlant de la fufteife, & fur tout des Pallages & Diminu- tions. On peutanffi comprendre fous le nom de Difpofirion, Phaleine, qui ef en- core fort neceffaire pourl’execution du Chant, a moins que de vouloir founent couper vn mot, ou yne fyllabe en deux, comme font beaucoup de gens; ce qui fait vn tres-mauuais effet. Bicn que cette qualité femble dé- pendre entierement de la bonne con- ftitution du poulmon, il eft conftant qu’cile s'acquiert & s'augmente par Pexercice, auffi bien que les autres circonftances du Chant, ae er tr 4 ne point repondre, que des de bien Chanter. ge RRR ERE BS CHAPITRE IX, De l’Orcille, 0 Intelligence 5 a Vezara du Chant. E troifiéme auantage que donne Ja Nature pour Je Chant, & fans lee quel les autres ne font d’aucun bon vlage, e'eft POrcille, autrement ap- pellée intelligence, qui eft encore vn don prefque aufli rare que celuy de la Dilpofition du goer, & qui ch fore inégal parmy ceux quiafpirent 3]’Art de bien Chanter, Aufli eft-ce vai Queftion Ja plus ridicule du monde fcauoir combien il faut de temps pour y pereene puisquiileft vray que cela ee . Poeun moins de Difpo- Copendant if n’y a rien de fi com- mun, que cette impertinente Deman- de, a laquelle il eft plus expedient de r 1 *embarquer a faire va long Dilcours fur vne ma- i C i gz Remarques far T Art tiere qui pafle ces fortes de Curicux impertinens qui ne fe contentent, pas de vous voir vier voftre poulmon ales divertir par voftre Chant 5 mais ils eculent encore vous achcuer 2 force d interrogations far yne maticre qui nes’entendque pat ceux qui font verlez dans la Pradtique de la chofe. Or il faut remarquer quvil ya plu- fieurs efpeces d’Oreiiles dans leChanz, & quince fe rencontrent pas toutcs ala fois dans vue mefme Perionne; d’ot vient que fouuent on fe pique mal a propos d’auoir bien de l’Oreille pour le Chant, 4 caufe que l’on dane fort bien faiuent la Cadencedu Violon. Ic {cay que c’eft quelque chofe d’auoir de !’O- reille pour ta Cadence & pour la Me- fare; mais nous voyons par experience aecelane contribué en rien a l'Intel- ligence des Traits dont le Chant eft remply, & que tel (gaura vn Airen vn moment, quanta laMefure (en quoy le Chant& laDaufe ont quelque rapport! qui feroit vn Siecle entier aapprendre yn fecond Coupler ou Dimination. I} fauc encore remarquer que cette efoece d’ Intelligence eficellement dif- facilitd ce qui de bien Chanter. 53 ferente de PEfprie , ; bien qu'il femble que cefoitla mefme chofe, & que plu feursles confondent Pvnauec autre) que telle perfonne quiaura inflnimeat de Pefpric, mefme de la Voix & dela Difpokition, n’aura pas d’Oreille pour le Chant; & jen ay veu qui auec ces auantages,ayans voulus’y embarquer, ont efte contraints d’y renoncer faute d@’Orviile; ]a ob bien des Gens fans beaucoup d’efprit apprennent auce i paroié ailez bi affez extraordinaire, ; Nous en voyons qui ont de i Oreille pour vn Chant Vay, & qui n’en ont quafi point pour E “Bou - ble. D autres qui en ont pour ce qui eft fort appuyé da gofier, & qui cr manguent pour ce quinel’ctk que legee rement. D antres enfin quienont pour quelques agrémens, & n’en obg pas pour kes. plus confiderables; ov bien a ge meiligence pour les grands Aits nen on point pour les Airs mouuement ; & dela vientla difi- culté d’apprendre, && furquey l’on doit fe regler pour {cauoir s’il faut plas ou moinsde temps pour acquerir la Mv» Ci e Re c & Remarques far Art thode de Chanter, 8 auec plus ou moins de perfection. Mais il y en a qui auec de la Voix, ont fi peud intelligence, qu’ils ne aif. tinguent pas feulement les tons qui font ou plus hauts & plus bas, & meime qui croyent baiffer , lors qu'il fent: Ces Gensla peuuent eftre nom- mezdansl!e Chant, des incurables. Cependant c’eft aucc cette aaliré que l'on paruient a bien Chanter, fans Taquelle celle de is Voix & de laDifpoli- tion'ne fontquafi rien. C’eft par elleque la Voix fe rectific quand elle eft faulfes s'adoucit quand elle eft rude; fe mo- dere quand elle cft trop forte ; fe foa- tient quand elle oft tremblante. C’ct par elle que le gofier s’accouftume @ marquer ce qu'il fauc, & 2 couler ce qwilac faut marquer que Iegerements & pour tout dire, c’eft par elie que lon paruient a bien comprendre tout ce qui fe prattique dans PArt de bien Chan- cer; mefme on peut dire qu’auee beau- coup @Oreille, on peut aequerir de la Voix, & la faire quali fortir du neant, arletrauail, & {ur tour cftant fecon- dé d’vn bon Maiftre, comme ie diray dans le Chapitre faiuant. de bien Chanter. 58 Pour ce quiet de l’intelligence des Paflages & -Diminutions, elle peut s’acquerir parle moyen dela Mufique, quand ce ne {eroit que pour remarquer fur le papier le haut & le bas des Tuns, & le nombre des Nortes, Mais pour la fineffe de f’execution des 7 raits dont le Chant corné & remply , rarement elle s‘acquiert jufqu’au poind quil faudroit; & 2 moins qu'elle foit natu - relle,ona beau dire qu’anee le Temps i ea on pourra en venir 3 Avant que de venir au Chapitre du Choix d’yn Maiftre pour PAre de Chanter, ie trouue & propos de parler en paflane de la lufteiic du Chant, ui femble dépendre © ces trois walizez done je viensde traiter; 3 {Gauci de la Voix, de la Difpotition & de fintel genee, . Le motde lufief@ off fort équiueque dans le Chant : Les vns appellene Chanter jisfte >» forsqu’on chante va A it dans fa fidelisé, & {clon intention de Autbcur, pour ce gui conesrne fous lement les traits, fens confiderer ritable juftetic dela Voix, mai ke Voe 56 Remarques fur Art ment le rapport fidcle des orncmens que P’Autheur veut cftre adjoultez a TAirga@ ila compofé: Les autres au contraire, appellene Chanter jufte , lors ue la Voix {e porte a bien entonner chides Notte en particulier, quoy que dailleurs elle manque pour Ia fidelicé des Traits qu’elle ignore dans vn Air qu’on ne luy aura pas bien appris. D’autres nomment Chanter jufe, lors que l'on obferue la Mefure & le Mou- nementdes Chants, principalement de ceux quiont leur Mefurercglee, com- me fontles Gauottes, Sarabandes, Mc- nucts, &c. Or comme il n’y a rien de plus en horreur parmy les Muficiens, que de Chanter faux, il faut faire diftinction du mot de fawx, 8 ne pas donner in. confiderément cette méchante qua- lité & ceux quichantcnt, On peut done chanter faux, ou par vn méchant ca- ractere de Voix qui n’cft point allurée dans {3 tons, mais tanto enton- nerajutte, & tantoft faux, manque d’o- rele, 8 mefme comme is dis, par vne fauflecé «flenticlle; & de cette ma nicre l'on peut impanément appeller de bun Chanter. $7 ces fortes de Voix faufles, & les accu- fir hardiment de Chanter faux, Mais il y a vne autre manicre de Chanter faux, lors que par ignorance des Tons & Semitons, on prend quel- quefois l’yn pour l’aurre, prince) ment dans les Croches & Doubles- Crocs, qui paffent i legerement, quefans y penteron perd le loin de les entonnerdansfeur veritcble jaltefe,ou gue par exemple faute d’auoir bien en- tonne Ia Notte qui précede laCadence, la finale quila fuiten port n’eft pas dans la dernierc jafteile, Pour Jors ce!a ne doit pas s’appeller Chanter I faux que par ceux quine font pas d*hu meur a excufer Ices. defauts dautruy} maison doitadoucirlemotde Saux , be vfant de cireonlocution, & dire feule- ment que c’eft ne porter pas ivfte, ne pas bien appuyer auant Ja Cadence, nauoir pas Pattention aux Tons, & aux Semi tons, mais les prendre fous uentles vns pour les autres, Pour remedier 4 ces fortes de faulh tez, & premierement 4 celle qui pro- cede d’yn méchant fonds de Voix. gui eft abfolument fans remede quand on Cy 58 — Remarques manque d’Oreilie: i dc choifirvn M dugoticr, quieft le feul goaa lainfetfe du Chane Ce neh donc rien de Vexercer Muligue, pour corriger le defautci tiel de lafaatlec¢d’vne Voix, a ne fe Maiftre de Muligue n micfme la Voix ju%e: ou auc stilne la pas, il augmente encore da- uantage voltre defaut, & le rend touta fait incorrigible, par vac méchante habicude, quie# vne feconde nature. Pour cequieft de Paurre efpece de fauferé (s'il eft permis de l’appeller zelle} comme elic ne procede fouuent quede Pignorance des Tons 8& Semi- tons, il eft conflant que Ja connoiflunce drs Nottes peut beaucoup contribuér a la corriger; & toutesfois la plufpart des Voix, pourueu qi’elies foicnt fecondées d'vne bonne Orerlle, f por- tent. naturellement a bien entonner de bien Chanter, 69 au moindre auisqu’on leur en d & ce Pon peu ja donne, r yn genie particulier, gue irappeller Mufique naturelle. C yy 6O Remarques far P Are CHAPITRE X. Da Choix que Pon doit faire d'un Maifire pour s’miftruire dans le Chant , ex quelles Qualite a doit auowr, Vparauant que d’entamer cette matierc, il ef bon de dire que dans I’ vfage orditaire du Chant, il adetoutes fortes de Compoficcurs, qui ne voudroicnt pour quoy que ce fuft eeder les yns aux autres; & il cn eft guifont tellement jaloux delcurs Ou~ urages, & fi préoceupez de leur capa- eite, quils ne venlent montrer que ce quipartde fear genie, qui fouuvent eft tres-imparfait, & méprifent les pro- dudtions des autres, ou du. moins font femblanc deles méprifer, foit pour s'¢~ pargner Ic foin & ladifficulié qu’ily 2 deles auoirdes Autheurs, foit qu’ils doutent de leur credit pour optenir sa ac seEEtE ; p t whe grace, rendus indig 2. UH faut ep me compo d’en bien co lesRegles de autres ro qui pstticulicrement aux fe plets de irs, tel qu’cfoir autre o Monfieur le Bailly, qui s’appli entierement aux amit urages d’autruy , fans mettre au jour aucuns Airsde {a compofition, 62. Remarques far’ Ave 4. Loonen void quine{cauent rien fairc, ny pour la Compofition, ny pour - Pinuention des Traits du Chant, ny meime pour VApplication, mais qui payentd Execacion, & ainfi ne fone que de perpetuels Copiftes; mais qui pour l’ordinaircout bien'plus de credir & dapprobation dans Je Monde que les Originanx mefmes, s’ils font priuez de cet auantage fort contiderable, fur tout parmy ics Gens qui ne font cas guedece qui leur charoiiille Porcille, dontlenombre cft fort grand, -Maisde trooucr vn Maiftre qui{ca- che tout snfemble faire de beaux Chants, les bien appliquer aux Paro- les, leur donner tour I'agrément qui concerne la Maniere de Chanter, tant pour [’fnucntion, que pour Véxecu- tion, faire des feconds Couplets qui foient autant parfaits qu’ils le puiffens eftre, & ne pechent point contre les Regles de la Quantité ; bien obferuer en chantant les veritables Prononcias _tions, & les Expreflions des Paroles, & bien entrer dans la pen{éeda Poéte qui les a compofées; en vn mot {G2- uoir bien Chanter & bien Declamer tout 4 [a fois; adio: ; compagnement dat heorde, ee qu'on n’a point veu dans Ics ° pafez, & cequi cftrres d duy-cy, & e'eft ce qui s’ay ritable Maifire, indépendant des au- tres, ou plutoft de pi tous les autres dépendent, en ce quil fan olument Pauoir pratique quelque temps, pour fcauoir la bonne Manicre d’executer le Chant & en auoit conferué va bonne idée, & en outre fe dennor | foin d’auoir {cs Quurages a meiur qu'il les. met au jour, & den igauoiz lesornemens fuiuant fon intention, o2 par luy-mefme, ou par tradition, aude trement on cft fouuent pris fans verd, lors que l’on n’eft pas garny de ces fortes d’Airsqui ont vne approb generale, & vn cours tout autre ceux qui n’cn ont que par vac cabale qui ne s’écend pas fortloin, & parmy ynfort petitnombre de Gens. H faut anf_—i confiderer deux poings dans l’vfage du Chant 5 2 fe.unir, bien Ghanter,& Chanter de bonnes chofes, L’on peut que!quefois chanter bien de méchans Ouurages, & en malchanter 64 Remargues fur 1 Art de bons}; ce qui arriue par Ie bon ov mauuais Choix des Maiftres, dont ily en aquifentde méchans Airs, & qui les montrent a leurs Difcipies, comme bons, fans que pour cela ily ait pour ainii dire aucune faute dans la maniere dontils veulenc qa’ils foientexccutez: D’autres au contraire quimontrent de fortbonsA irs, mais qui faute de cénoif- fancedans i Art de bien Chanicr,ou de ir nrécion del’Autheur, les monerent tout de trauers, princi- palement quand ils ven'ent fe piquer de faire de leur cefte des feconds Con- pletsen diminution, & caufe qu ils con- noifient fort bien les Accords du Sujet aucc la Baffe, de mefme qu'va Homme qni fe piqueroit d’eftre bon Sculpteur, & caale queil eft bon Charpenticr. De cesObferuacions il cft aifé d’é- tablir les Qualicez qu’yn Maiftre doit auoir pour bien faire proficer fes Dif- ciples dins la Maniere de Chanter. Premicremenr, ilfaut qu’vn Maitre du Chant ait dela Voix, & fartout de la jutteifes de laVoix, dis-1e,pour fe faire entendre; car enfinon n’apprend point Je Chant par les Liurcs,ny par des Pre- & de bien Chanter. ceptes, & moins que la vive Voix ne! feconde. Et quel moyen de foutenir Voix d’vn Dileiple, & de la rendre jufke, fi le Maiftre ne l’a pas pofte luy- mefme, puis qvil n'y a que ce moyee our acquerir lajufteiTe 2 Cette Qua- Tité cf abfolumenc neceifaire dans vn Maiftre. 2. 1! faut par la mefme railon, quik pour bien executer nt, afinqu’a fon imi- acqucrif, Tes traits du Ci tation le Difcip ie Chant s‘appren ction. 3. eft tres-dangercux de fe feruir a’vn Mailtre qui chante duncz, & qui execute delalanguc, d’autant que ccs went facilement. 4. Hl faut qu f ¢ connoiftre le fort & le foible des Voix, & la difpofition de ceux qui appren- nent, afin de ne lear ricn donner & executer quine foit deleur portée; & c'eft vn des.grands fecrets de VArtde montrer 3 Chanter, mais qui n'a guere de liew, auregard de ceux qui appren- nent, qui veulent abfolument qu’en 66 Remarques fur LArt leur donne du plus fin, croyant cfre capablesde l’executer, & vimaginent ne {Gauoir pas bien vn Air, s’ils ne le {cauent de poin en poindt, come ils Von: otiy dire aux autres, fans confi- derer qu’il ya pluficurs Manicres éga- lement bonnes pour ce qui eft des: or- nemens du Chant. Hl ef bon mefme qa’vn Maiftre {cache faire remarquer Jes dfaurs de Voxecution da Chant, des Prononciations, & ainfi du refte, en les contrefaifant luy-mefme, afin que cela falc. plus d’impreflion fur ceux quine connoiffent le bon que par fon contraire, & qui s'imaginent dire bien,& moins qu’on leur faife connoiftre parce moyen la diference de la bonne ‘on maauaife execution, enaficAant de mal faire comme eux, & puis eur mon- trer la Maniere de bien faire. s. Hl eft & propos qu’vn Maitre fGache bic la Langue Frangoife, non pascomme le vulgaire; mais ie veux dire qa’il connoiffe fort bien le fens des Paroles, la Prononciation, & la Quan- tité. Mais au contraire on en voit de fi ignorans (quitoutefois ont vne fauile repuration) qu’ils couchent fur le pa- de bien Chanter. 67 pier des Paroles ou il n’y a, comme en dic vulgairement, my 7F % % fe en prenant yn met pour Fautre, oe coupant en quatre, & dont ic ye z taire cent exemples, qui fe remarquent tous les jours, ou plucoft qui neste te marguent point, car enn on les rene uoyeroit & Pécole. Et ¢ ef yne erent de dire qu'il n’importe pomnt, pourack que daillcars iis ies tailent ouch ferer& leurs Difciples; carte fiaintiens que quand aing feroit (ee qui eft pref que incroyable) cela lap i yn grand foible dens vn h n'entendre pas ce qu il ch: quoy ilne fgauroit ny bich faire expri rer le fens des Paroles, ny reparer ics defauts quife rencontrent 2 Pégard de Ja Quanticé, dansladiferencedes Goue > plets, comme ic diray'en parlant des longues & des bréves. / . 6. La Mufique eft encore mecet- fairedvn Maiftre, c’eft a dire la con- noifance des Nottes & des Mefures, non pas dans vne perfection Gi grande, qu’il faille qual chante a Pimprouitte, mais i] faffit quwil feache déchifrer vn Air foit a loifir, foir tout dyn coup; 68 Remarques fur V Art S& mefme il eta propos qu ‘ily feache adjoufter le plus qu'il pourra Me veri- tables ornemens, pour n’auoir pas, comme i’ay dit, befoin eterneliement du fecours Pautray, qui cf vn foible qu’on a bien de ia peine d’excufer Difciples mefmes. Pour cee cffer ie ferois d’auis que ion mift les Me iflres al’ ppretive, enleur donnant yne Piece nottde qu ilsn’auroient poin é. afin de voir comme guoy ils s‘en terojent; mais il femble que Pon side afe irompcr foy: me{me en ce rencon- tre, comme en bien d/autres. ‘Voila pour ce qui eft du Chant en general, & pour ne point contradter de mauuaifes habitudes. Mais comme il ne fufft pas d’ap- prendre achanter, pour ne Fes faire de fautes dans le Chane, & qui il faut en- core fcauoir chancer ce quicfde b-aa & de bon danslecommerce dela Mati- que car enfin on n’apprend & chanter que pourcela! voicy d'autres Qualitez q conliderer dans le choix d’vn bon Maitre, prefque aufli necellaircs que elles dontie viens de parler, Premierement, il feroit & propos de bien Chanter. 69 qwya Maiftre fit de foy de beaux Airs, & pour cet fei qu’il cult be2ucoup de génie, qu'il fe ¢ cout nuft en Paroles pro- pres pour cela, & quill cult foin d ca avoir founent de ceux qui les fonz, s at ne les feait faire loy- mete 2 ce qui feroit encore bien mieux) afin de ne dé pendre poine tout a fait dant ray, & & auoir dequoy contenter la curiofite de fes Difciples qui aiment la nouueaute conformement a Vhumeur de notre aren voutre qu’en faifaat des Airs i fallen approudez , : Biasde moyen d'auoir ccux des 2 antr par droid d’échange, ce que ne pes: uent pas faire que fort. a ficilement ccux qui ne mettent rien au four de leur genie. A ce propos ie diray que pour “yn bon Air il ne fuffic pas que le Chane foit beau, mais il faut encore que les Paroles foient belles, ou da moins paflables, & far cour qwil n’y ait rien de choquant; car enfin qui diz vn Air, dit vn mariage d’vn beau Chant auee de belles Paroles: C’eft done vne erreur de dire qu’vn Air cf beau, dont les Paroles ne valent rien. Or eft-il que ceux qui font de belles 70 Remargues far i dre Paroles, les dounent toujours aux grands Compoliteurs, & qui font en reputation, comme ivay dict dans Ic Chapitre precedent. Ainfi il n’y ena que fort peu dont les Airs foient receus parmy le Monde. Secondement, il faut dumoins qu’vn Maiitre ait le foin d’auoir non fale: ment Ics bons Airs, mais encore Ices fecond: Couplets ou Dimination, & fur tout la maniere de chanter les premiers felonl’intentiondes Autheurs qui font en reputation; car autrement ils font fujets ‘a montrer fouuent ce qu’ils ne {Cauent pas cux-mefmes, la Mufique eftant vn foible fecours pour fe garantir de cette peine, S& mefme la Methode de Chanter generalement parianc. Mais comme il n’y. a quafi perfonne qui reuffifle dans la Diminution, & gue Ices Difciples en veulent, cela caufe vn grand embarras dans !’Efprit des Maiftres qui ne font pas de la pre~ miere Claile, Cette circonftance fait remarquer, que fouuent ceux qui ont acc¢s aupies des Autheurs illuftres, reiiffidf-ne micux pour montrer certains Airs, de bien Chanter. ( principalement lors gu'ils ont afa ades Voix & des Difpofitions toure formées) bicn qu’ils ne foient que des Copiftes, que ne feront de mediocres Originaux. Mais auffi ilarriue vn au- treinconuenient, qui eft que ces fortes de Maiftres font bornez 3.vn fort petic nombre d’Airs, & n’ofent ( hazarder d’cn montrer d’autres, dont ils igno- rent les traits & les ajuliemens, con- formémenza Pintention del? Autheur; & melme si] arrize que ces fortes de Copiftes viennent & déchoir du credic dont ils fe préualoient aupres de leur Original, ils ne font plusricn, & ce age ndeuroit bien prendre carde; car cn peniant auoir vn bon M yous n’aucz plus qu’vn Di graci¢, & qui ne tubfifoie que par iccours dautrey dontilef priué. Ce- pendant on s‘aucugle tellement du faux merite de ccs fortes de M que lors mefme qu’ils font ¢ ne laiffe pas de s’en feruir fur le pied de Gens fore habiles & comme ils fe font érigez dans le Monde en Maifires de Reputation, ils ne lai continuér a montrer fufqu’a ¢ 3 32 Remarques fur (dre fir on fe foit apperceu de lear foible; ce qui ne fe fait qu’apres vn long ef- pacedetemps, fe donnerois volontiers auis & ceux qui prennent ces Maiftres dépendans d’aucruy , de faire connoiflance fami- liere auec des Difciples de l’Original mefme qui ne font point profeffion de montrer, ils y trouucroient bien mieux hea i d’auranc plas, quils cn jouiroient plus facilement & plus 4 loifir: ce qui fe remirque dans les Familles, ot vne argu ompic, car ils cn apprendraient ant quiapprend d’vn excellene “Maiftre, montre a toutes les autres de Ja Famille, & leur infinué le Chant in- fenliblement, pour pew qu’elles y ayent de difpofition, bien micux que ne fe- roient dzs Maiftres de la Ville, qui ne font que des Icgons. rares, & qui paf- fenten yn moment: Maison s'imagine mal 2 propos que le nom de Maiftre contribué excrémemient& infpirer la Manicre de Chanter; & l’on ne peut fe perfuader qu'vne Fille ait plus d’a- uantage en ce rencontre que tous les Maiftres enfemble, qui ne confulte- ront point l’Original. i : ; de bien Chanter. } Hoen arrine cucore s beh cuebren gu plus certe g 4 ae tout anfli-coft d incapacie , fortridiculement, qu'il acu dela Me- thode, mais quil ne Va pius; 8 jut ques ace gucparla tuite dutemes i ait falc cornoiftre fon. indépendance, onle patle pour yn proferit A vn igne- rant, & on le met au rang de ces Co- piftes dentie viens de y ily a cicore dex Qoalirez étrange- res quivne font pas elicntielies pourvn bon Maiftre, & gui routesfois font le plus Vispreffion fur lesifprits, com- me parexemple )’affiduité (qui certes efi fort confiderable | la complaifa &c. mais far tour Chanter fans gri- mace, fur qnoy en fe fonde extréme+ ment pogr le choix des Maiftres, com- me fur vne qualité cflenticlle, parce qu on pretendguc le defautde grimacer fe communique facilement; ce que ie fiens pour vn grand abus ; fi ihce n’clk D 74. Remaraques for ¢ Art que ce defauz foit fi grand qu'il (cis inexcufaodle} puis que d’ordinaire cela dépend des Prononciations qui ne fe peuuent former fans faire quelques f- guresde la bouche, quipailent fouuent pour grimaces cff Giues, quoy qu’elles ne foient qu'imaginaires. Mais ce qui pafle dans le Monde pour vn grand defaut, & que l’on attri- bué founcne auce bien de l’injuttice aux Maiftres Uluftres, non feulement dais le Chant, mais dans tous Ics au- tres Exercices,. c’eft la qualité de bizarre; de forte que lors qu’on veut deerier vn habile Homme, & que Von ne peut donner aucune attcintc & fa capacité, on dit auffi-toft que ccf vnbourru, yn fantafqae, & vn Hom, me que l’on ne peut gounerner; & les Efprits. foibles donnent incontinent dans le panneau, (fans confiderer que founent ces Calomniateurs font Gens gqitien ont mal vfé eux-mefmes, ou qui parlent fur le rapport d’autruy | au lien d’éprouucr fi cela eft veritable oa non, & pour lors ils trouueroient tout le contraire, & verroient que fi l’on 2 dela bizarrcrie pour les yns, on ade Ia I | b, be de bien Chanter. °F complaifance pour ies autres quand ils sen rendent dignes par leur pro. cedé, ° Deailleurs on nommie fouuent Brzar- verse, coqu’on deuroit nommer exafliew- de, fewerteé, & vn defir trop ardent de faire prefiter le Dilciple; [8 of tout contraire l’en paffe pour vn bon Ma ire celuy qui par wnelafehe complai- fance laiffe pafler cent fautes fins les corriger, & vous accable de loiian+ ges, diant qu'il n’y arien de micux (pendant que les autres yous tournent enridicule} le publient mefme dans le monde; au Hieugqu’vn Maiftre qui agit fincerement, {© croit obligé de dire les chcfescomme elles font, pour mettre fon honneur a couvert, & afin cu’onne fay impute pas a ignorance d’eftimer yne chofe qui c& fort imparfaite; ce que les Efprits mal tournez appellent médire, comme ficclaalloit ’ actaquer les meurs, & & déchirer la reputa- tion. On connoift ercore le merite d’vn Maitre parle progrez de {es Dilciples, & fors que lon en void qui auce peu Wauantage de la Nature, font paruc- m1 2 d a 76 Remarques far l’ Art nus a bien Chanter; mais if faut bien prendre garde de donner au merite du Maiftre, ce qui. ne procede que du genie, de la Difpofition & de LO- reille d'vn Difciple, qui paroift fort bien Chanter, Acaufe quwilacestalens que la Nature luy adonnez, & toutes- fois fait cent fautes contre les Regles, qaine foat connués que par les Ex- perts; & tout au contraire il ne for pas méprifer yn bon Maiftre, dontle Difciple n’aura pas fair vn grand pro- grez,acaufe qu'il eft dépourucude ce quit faut pour céc effec. Toutesfois quoy que l’on doiue ju- gerdu bon Maiftrepar cetec¢ Xperience, nous remarquons qu'elle faic fort peu d'impreffion furla plufpart des Efprits, quine s’ateachent qu’a l’aparence & & Ia fperficicdes choles, &quichoifiront vn Maiftre parlenombre dePerfonnes de Qualicé aufquelles il montre , quife le dounent fouuent les yns aux autres, par d’autrcs raifons que eelle de fa ca- pacité, & d'autant plusaifément qu’ils n’ont pas grande application au Chant, &o ne prennent vn Maiftre gc pour {cauoir ce qui court de noausau dans lc Monde, wes. de bin Chanter. > Av refte, c’eft encore vn fort gran abusdans le Monde, de fe feruir @” Maiitre mediocrement cay ies eommencemens , pour ¢baucher (dit-on\ la Voix, puis que des bons commencemens dépend tour le pro» grez, & que comme l’on dit ordinaire~ ment, & toutesfoisque Fon ne prati- que guere, ilya deux peinesen ceren- Couire posr yn ben Mailtre, cui trouve aretrancher de mane bitudes & de mauuais princires gui n’one déje pris quetrop deracine, & dendonner de bens. Mais le mal eft gue founent on prend vn Maiftre de Ja mainde ce- ny que Yon croit exeeller dans [a chofe, & quel’on ne confidere pasqu’il feroit manuais politique d’en donner yn qui nefuft pas infinimentau deflous de luy, afin de Ie pounoir détruire quand il voudra, & quwil ne lay puifle pas fecoiier le roug auec le temps, com~ me font d’ordinaire les Maiftres in- grats, lors qu’ils fe voyent yn pen en credir, Pour conclufion ie dir. y que le meil. leur Maiftre que Von puitfe choifir, ‘oit pour apprendre bien le Chant, o4 D iy 98 Remarques fur b Art pour la curiofixé d’auoir tobjours du nouucau, c’cft a dire comme Yay dit _ey-deuant, pour bien Chanter, & pour Chanter les bonnes choles, eft ccluy qui outre Ia connoiflance dee Regies —generales dela Manicre de Chancer, Ie genie de les appliquer 4 propos aux Paroles, 1’Art de faire bien prononcer, -& fur toutdebicn faire obferuer les lon- ~ gues & les bréves, fait quand il veut des Airs agrcables pour empefcher le dégouft qu'il ya de chanter toujours —Jesmefmes chofes, & en outre.a le foin d’auoir les Airs d’autruy pour ceux qui Jes demandent, quand mefme ilsne {e- roient pas touta fait 4 fon.gré, le Mai- ‘Mren'ayant pas (eulcment a fe conten- ter, mais 3 fatisfaire {es Difciples. “Quand ie dis qu’il faut qu’ilait le foin deigauoir les Airs des autres Compo- ficcurs, i’entens les {Cauoir felon leur jntention, fice foncdes Autheurs qui _ foient en reputation pour la Manicre de Chanter, & ne pas fe piquer de -trouuer de foy: tous les agrémens qui ne font que fous - entendus dans les Airs; car c’chk vne préfomption qui * fouuent ne produit que dz fortmauuais: | bE i i F de bien Chanter. 7 effets: Etil eft conftanc quivn ‘Autheur qui aura long-temps ruminé fon Air, . y aura trouué quelque chofe que les autres ne rencontreroient pas, 2 moins. que d’eftre fort éclairez,&d avoirpour ainfi dire toutes les lamicres da Chant. Mais le mal cft que dordinaire on prend yn Maifire, oa par yne reputation mal fondee qu'il aura ac- gquife, ou far le rapport du Maiftre que Fon eroit exceller en cét Art (ce qai et en grand abus, comme ie viens de dire} ou furla voix publique, qui jage fovuent du merite par oly dire, & par des qualitez qui font tout 2b fait éloi- gnécs de celles qu'il faut confiderer, ou bien parce qu’'yn Amy l’sura indi- qué, lequel Amy n’aura pas manguéde donner vn Maiftre pour qui i! a plus d’affcBion, plutoft que celuy quia plus demerite, & quand vne fois ona choift yn Maittre,on croit eftre obligé par ho- neur anele plus changer: au lica que Pon deuroit faire I’¢preune de chaque Maiftre en particulier pendant quei- que temps, & puis s’en tenir au meil- leurs ce qu’enfin on pourroit fort bier: reconnoiftre dans la fuite du temps, & D ij 80 Remargques fur I’ Art moins que d’cftre priu€ de tout difcer- ntment. st On fait d’ordinaire yne Queftion, f{gauoir & quel age on doit commencer acultiuer le Chant, qui ct quafi de Ja -mefme nature que celis qui fait da temps qu’il faut pour paruenir ate bien fcanoir, Cela dépend donc du pins ow da moins d# force & dz complexion. Iya des Enfans quia cing & fix ans ont plus de Voix & de Difpofition que d'autres aquinze: Aintiiln’y a point ‘de Regle certaine pour cela, & il cf confant que Te piuroft que Pon peut cultiuer la Voix, c’cfic micux, par la raifon qu'elle (e porte & chanterd'elle- me(me Cent pauurcrez que fon entend du tiers & da quart, qui ne font que luy donner. vn maunais ply & yn mau- uaistour, outre qu’clles'angmence fort: par Ie bon cxercice, moyennant quil ne foit pas violent; ce qui fe doit regler par la prudence des Maiftres. : Afarrige toutesfois vn inconuentent dans le Sexe mafculin, que l’on ne peut prevoir, & ‘dont Vautre Sexe eft exempt, qui eft que quand on a bien: pris dela peine de cultiuce Ia Voix d'vm de bin Chanter. $é Gargon, elle fe perd dans la muance qui arriuc d’ordinaire entre |’age de guinzeou vingt ans (comme i’ay déja dit.) Hf eft vray qu’en ce cas il luy refte todjours vne connoillance de la chofe pour la mieux goufter & mieux juger de fa bonté & de fa pericdtion, & senpeut feruirs il luy prend envie d'apprendre a joiier de quelque Inftru- ment, a quoy la connoiffance da Chantn’eft pas inutile, Auant que de finir ce Chapitre , ie ne veux pas oublier vn abus fort com- mun parmy ceux qui app ennesnt a Chanter, qni eft de loiier vn Maiftre parla feule raifon qu'il n’ct point chie chede fon temas, & quilfaicdes Le gons fort amples; comme auffi de ce qwil cht liberal de nouueaurez, & quia chaque Legon i] donne vn Air, & mefme le.fecond Couplet cn Dimina- tion... Carpremierement outre quecen’eh” pas le temps qui regle les bonnes Le- cons, mais Ie foin que l’on prend de les bien faire, & que cola dévend fur tont. dela capacité 3 l’égard du Maiftre, de lacomplaifance a L’égard du Ditci- Dy 82 Remarques far |’ Art ple, ceftqu’iln’y a rien qui rebute & fort yn Maiftre, qac dele vouloir for- ‘e.ra vous donner da temps au dela de cequila deftiné pour chaque Legon; & il eft certain qu'en penfantl’obliger 2 yne chofe qu’il croit eftre contre la raifon, vous luy oftez le courag: de yous corriger des fautes eflenticlles qui ne fe corrigent qu’aucc vn grand foin, & wre application qui emporte bien du temps: Si bien que tous ces momiens que vous croyez exiger de lny, fontnon feulement inutiles pour le pro- grez qus vous pretendez fire par vos Lecons,mais mémenuifioles,en cequ’il eft contraint de yous applaudit dans vos —defauts, pour auoir la Liberté de fe re: tirer. ae oe Secondement, c’eft fort mal a propos Joiier vn Maiftre par la. multitude @’Airs dont il ef fi liberal enuers fon 'D (ciple, car oatre qa’il s’en fait fort peu de bons & qui. moeritent d@eftre montrez, ceft given fe chargeant la memoire de tant de chofes, cen’eft pas Ie moyen de faire yn grand: progrez: dans lefin du Chane; & ileft certain: qu’2 moins que d’auoir yne orcille ad- de bun Chanter. 83 rairable & vne Difpoftion prodi- gicufe, il ne fe peut que dans cette auidité de {g2uoir beaucoup d Airs, vous n’obmeitiez mille agrémens dans IceChant, quine s’aquierent qu’aucc va foin & yne attache particuliere; de forte que vous cn demeurez totijours au grofficr, 8 n’en {ganez iamais Ie fin: encore fi vous voulez comprendre dans le mot de groffier, ce qui teroit plus & proposdenommer folie, les Principes ‘& les fondemens du Chant, comme font les Cadences, lcs Ports de Voix, Je Solitien des Finales, & autres Nottes: longues, & far toutlalufteffc, fans la- quelle tout ordre du Chant eft ren- uerfé , vous ne {cauricz acquerir ces chofes, fi vous employez voftre temps a apprendre feulement les Nottes & les Traits d’vn Air,. fuiuant le Pro uerbe Latin, Pluribus intentss minor eft ad. fingula fenjus. . Ecc’eft ce quis’appelle vouloir peindre auant que de {cauoir defligner : Ainfi il faut yous refoudre d’abord % com- D yj 84 Remarques for (Are batere les defauts eflenticls qui fe glifo’ fent dans ces fortes de Principes, au- “trement vous courez rifque de ne les: corriger iamais dans la fuite du temps;: -& lors que vous croycz eftre fort auan- eé dans le Chant, pour ne pas reculer’ ‘& retourner fur vos pas pourappren- dre ce que vousaucz negligé dans les- commencemens, cela s’appelle en bon- Francois roaurir vne Playe que vous’ n’auez pas d’'abard affez bien panfee, & que vous aucz trop tot fermée, o comme ic viens de dire, recommencer toutde nouucau 2 apprendre 2 deflig- ner, lors que vous croyez eltre fort: auancé danslaPeinture. “Ce nett pas quiil ne faille que le Maitre ait foin d’auoir tout ce qui fe faicd’agreadle dans la Mufique, com- me i’ay déja dit, & ilne faffit pas de compofer foy-mefme de beaux: Airs,. & mcfme de les bien exccurer & bien en{eigner aux autres {elon toutes les Regles deb Art; enivn mor il fant ces d-ux chofes ala fois, [gawoir & auarr, {eavoir fort bien montrer, & auoir de~ guoy contencer la curiofité de fes Dif> ciples firr ic fait de la nouucauté, qui bie ‘de bien Chanter. 8s @ordinaire les flatte extrémement, Mais ie tiendrois vn Maiftre bien miferable, s‘il faloitqu’i! fe chargeatt de mille rap/edies qui fe font pour con~ tenter les Efprits de méchane goutk, Iequel il doit platoft s’cflorcer de cor~ riger lors qu'il eft 6 déprané, & re- mettre ces fortesd’Efprits dens le bon chemin, que de s’expofcr par vnc ache. complaifance au blame d’vn choix indigne de juy, en fe chargeant de mille badineries ridicules & imper- tinentes. Cependant e’cft 3 quoy les Maiftres ont bien de la peine 4 parue- nir, & ce que ie trogue de rude & de: fingulier daus le commerce du Chant, & quine fe pratique point dansles au- tres Exercices, a {cauoir, dans la Danfe & dans les Inflrumens, ob les annecs entieres fe paffene & appreadre vn fore pets nombre de Picecs, & prefe fansaff-darionde nouucante; car en teute la Dante roule for fert peu de Pieces; S¢ quant aux Inirumens, on fe contente d’abord de queiques baga- telles ancicnnes, pour romprclam 3 & lorsque Pon cf plus auancé, on cn apprend de plus importanses, mais 35 Remargues fur l' Art todjours fans s‘informer Gi elles font nouuelles: au lieu que dans le Chant on eft todiours expofé a la peine de chercher les Quurages des bons Au~ theurs, qui de leur cofté ont fouuent la manie de les tenir cachez~ le plus quwils penuent, & de né les donner® que lors «rails font faranez; ce qui fait que la plufpart des Maiftres qui ne font rien deleur chef, rebutez de cout cerembarras, fe contentent d’auoir des Airs d- la page cour (que leur donnent des Compofiteurs d’autant plus volon- tiers quiils croyent que cela Ies mee ‘en reputation & fait connoifre leur _merite) mais avfli ils font toujours a” la veille d’cftre congediez lors qu'on vient s’apperceuoir de leur peu de ~ fein, oude leur peu de credit, pour auoirles Oaurages des bons Autheurs. Mais files Difciples font blamables: de fe charger la memoire de mille paus wretez, & devouloir mefler les beaux: Airs parmy des Airs ridicules ; il faut ‘auf les condamner lors qu’ils ont trop. d’affc€tavion pour certains Airs parti- culiers dont lemerite nc leur eft connu que parle nom del'Autheur, & qu’ils de bien Chanter. Se fe laiffent trop facilement perfaader par leurs Maiftres, qu'il n’y a que ceux la qui foient dignes d’cftre ap- pris, & que tous les aneres font defe- cueux, & ne valent pas la peine gue Yon s'y attache. Ainfi par cette affe- tation comme ils ignerent Je plus fou- uent ce qui eft le plus approuué ( car enfin il y a plaficurs Compofiteurs qui. reufliffenc dans Ices Airs, & qui ne ce- deroient pas'les vns aux autres } ils ne s'appercoiuent pas qu’on les tourne en ridicule eux & leurs Maiftres, qui font rauis de trouuer de ces Duppes, afin, comme i’ay dit, de s‘exempter d'vne peine & d'vn embarras auf’ grand que celuy de chercher les Airs de chaque Autheur, & d’en {cauoir Vintention (fi c’cft vn Autheur qui- foit fcauant dans la Maniere de Chan- ter, cequine (e rencontre pas toujours: & les veritables ornemens. age 88. Remarques far? Art REVERE CHAPITRE XI. Des Airs, eo des differens fentimens toucbant leur Compofition. F’Ay dit dans le troifi¢me Chapitre: de cette premicre Partie, qu'il n’y -auoit qu’vne bonhe Maniere de Chan- ter, & laquelle routes les circonftances da Chant fe doiuent rapporter, & que {pour excufer yn mauuais Chanireyc’clt ynabuasdedireque chacuna fa maniere,. & de pretendreappuyer cette propoli- tion far la: Maxime vulgaire qui dir, qu il ne faut point difpucer des goufts, qui eft aufli mal fondée que l’autre, 2 moins qved’cftre bien interpretéc. Toutesfois comme les Pieces de Mu- fique font fort differences les vnes des autres, (oit pourla Mefure, foit pour le Monunement, (it pour l’Expreffion des Paroles, on yourroit dire qu'il y aaus tant de diter’es Manizresde Chanter, guil y ade Mouuemens & d’Expref de bien Chanter. 89 fions diff rentes, & que tel reiiflit poue Pexecution d’vn grand Air, d’¥n Air degerut, & doat la Mefare fera lente, ow fivous voulez d’vne Lecon de lere- mic, qui ne reiffira pas dans vp Air ac M ment, dansvn Airde Ballet, yne Chanfon Bac} & autres femblables qui dim plus delegereré; au lieu que les. pre~ miers yeulent plas de poids, de fer~ moeté, & de force d'Expreifion. Mais: comme ces Manieres de Chanter ne font differentes que felon le plus & fe moinsde forceou de legereté,dappuy cu @adouciflement, on doit totijours les rapporter A vn mefme principe de bonté, & il n’ya que le mauuais viage & la mauuaile application. qui les rendent viticufes. La ob tout au con- -traire dans le Chant dela plufpart des Matficiens qui n’ontiamais cu de bon- nes inftructions , il y a des chofes qui ne peuuent jamais cftre bonnes de foy,- & fans en confiderer l’aplication, com- me par exemple de chanterdunez, de porter mal la Voix, de faire mal les Ca- dences, les Accens ou Plaintes, & de Jes placer mala proposa la fin des Airs, 90. Remarques fur Art _ ou des Ports de Voix, de faire les Paf- fages de la Languc, inégalicé & précipitation, fur tout de mal prononcer’ & confondre les lone gues & les bréucs; c’eft ce qui s’ap- pelle vne méchante Methode de Chan+ ter, & quine peut jamais auoir-d’ap- “probation que parmy ceux quine fere- -paiffent que de Belle Voix & de Dif- polition, c’eft a dire de freden , pour parler cn termes vulgaircs, qui font des - dons purementde Nature, & ot Art . & laconnoiffance du Chant n’ont fou- ‘went aucune part. : ‘Mais il me femble que ie m’écarte. vn peu tropdu deffein que ie me fuis - propoféde parler des Airs & de leurs Difkrences, non feulement pour le ‘Mefure & pourle Mouientent , mais meime a l’égard de la Compolfition & du jugement que l’on en doit faire de bonne foy & fans préoccupation, Pifons donc premierement que dans Je commerce de la Mufique les fenti- mens font fort diferens, touchant les Airs Italiens & les Airs Francois; les -yns difent que les derniers ne font pas comparables aux premiers, principa: &-auce certaine ~ de bien Chanter. oT Jement lors qu’ils font executez paries Francois; les autrestienncnt gue e'eft yne opinion qui s’cht gliffée dans les Efprics quin’efliment bien founent que les chofes qwils n’entendent point, “oa qui jugentde leur bonté, parce qurils Font oily vanter aux autres, & qu'il yaut bien mieux s’en tenir & nos Airs qui nous font plus familicrs: Les au- tres cnfin, difent gu’vn Air Italien ne fied point dans la bouche d’yn Fran- gois, & qu'il perd toute fa force & toute fon expreffion ; de forte qu’ils ie content pour rien toutes les delica- ‘tefles qu’vn illuftre Francois adjoufte _aux Chanfens Italicnnes, & croyent dire vn Oracle, lorsqu’ils difent que cela n’eft pas bons fans la Langue Ita-’ lienne, comme fi ce qui charme I’o- reille, & {clon toutes les Regles du’ Chant, n’eftoit pas bon en quelque Langue qu’il foit chanté. Les Airs Ttaliens ont affeurément quelque auantage par deflus les Fran- gois, particulicrement pour les grands Recits, mais ie ne {cay fi cet 2uantage nieft pas fondé far ce que la Langue lnalicnne a bien des Licences que la 92 Remarques for U art “ Frangoife n’a pas , dont la feueritd (peut-eftre trop grande) tient: les Compofiteurs en'bridc, & les empef- che fouuent de faire tout ce que leur - génie leur infpire; car outre les Li- eences qui fe pratiquent dans la Lan= gacItalienne, comme par exemple les Elifions que l’on fopprime quand l’or - veut (ce yuine fe permet point dans le _ Francois; ) al eft permis de repeter les Paroles Itali-nnes, tant qu'il plaift aux Compofireurs: de forte que de quatre petits Vers on pent faircva fort grand ‘Air, a forcede Repetitions (ce qui fe pratique encore dans le Latin} & mef medes Repetitions de. mots qui fem- blent n’en valoie pas la peine, & quiz feroient ridicules dans noftre Langue; ov par vn viage (peut-eftre, comme Vay dit, trop feuere ) il n’eft permis de -repeter que bien a propos les Paroles, qui d’ailleurs doiuent eftre d’vn cers tain caraétere doux & familier dans nos Airs; 2u lieu que dans le Chant Italien’ ou Latin, toares fortes de termes peu~ nent cite viitez, fans que les Critiques y puilfent trouner & redire. Les Eclairs , les Tonnerres, les Aftres, le de bien Chanter. 93 - Pargatoire, PEnfer, & mille autres mois fcmblables, rout celacit bon dans Ies'‘Airs ltaliens; comme auffi quan- tité d@’Expreffions qui {emblroient bi- zarres dans le Francois, par exemple de dire en parlance a la Liberté, dans PAir, 0 cara Liberta, qu’cile ch Le Trefor des Efprits, Le Ciel des Viuans. Sei Teforo d’che BMentt, Sei vn Cielo de Vinenti, Oudans Air, afer n’ol dire, en vou- lant exprimer la fidelicd d’vn Amant pour fa Maiftreile, de dire qu’elle re- gnera eterncllement fur le fiege de fa foy. Su la fede Bi mia fede Sempiterna regnerd, Lefquelles Fxpreflions paffcroient pour barbares dans les Airs Francois, qui ne. fouffrent que des mots doux & coulans & des Expriflions fam.Leress de forte que pour décricr yn Air Fran- 94 Remarques far’ Art gos, il faflic d’y trouuer yn mot ex< traordinaire & qui n’y foit pas encore connu: Scauoir fic’eft fans raifon, ou aucc fondement que cela fc ratique, “eet cequin’eft pas encore decidé; & comme ilfembleque c’cf vne rigueur trop grande que cette exclufion de ces forcesde termes & d’expreffions , qui hors la Chanfon font non feulement bonnes, mais qui font mefme fouuent de grands poids & de grande confide- ration dans la Poéfie; il {emble auffi ‘gue c’eft vne temcrité 2 yn Autheur quid’aillcurs n’aura pas toute l’autho- rité poflible dans la Mufique, de pre- _ tendrelesinftalerdansles Airs, contre Pvfage qui doit pluto en eftre la regle “que lejugementd’vn particulier. - il faut donc en cela fuiure l’vfage prefent, iv{ques ace que la faite da temps en ait autrement ordonné, & que l’on s’accouftume peu 2 peu a fouf- frir toutes fortes de motsdans les Airs, pouruen qu’ils foient Francois & qu’ils ne foient point barbares, comme on en a foufferc autrefois, qui prefentement le feroient au dernier poing, ainfi que Fon peut voir par ce Fragment tiré de bien Chanter. 95 aivne Ode d’Anacreon Poéte Grec, irquel Fragment iadis tournéen Fran- gois, ou plucoft enGasleis, onauoit mis en Air, & qui peut-cftre en cetemps- Ja paffoit pour va fort bon Couplet de Chanfon, ‘Trop amer eft il de n’aimer; Mais aimer eft rrop plas amer, Erle plus amer quel on voye, Eft aimante faillir a fa proye. Mais que depuis quelques années vn Hluftre du Siecle a tourné fort poli menten cestermes. IL eff fafcheux de n’aimer rien, Falcheux d’dimer, o pla: fa(cheux encore Den'eftrepoine arme lorsque l'on aime bic3. Ce qui fait voir que felon la diver fit des temps le langage ¢rangois chang non feulement pour parler, mats mei- me pour Chanter. A ccpropos il me founient d’vn Autheur aflez celebre pour la Poéfic, qui veuloit obliger vn Compofiteur de Mafique 2 faire vn Air fur vn Coupler gui commengoit parces mots, . oe Remarquet fur b Are : LE Amour eff vn oyfeau qui vole Enum memcns, delun al’autre Pole, Ce debut effraya tellement le Mufi- _cien, qu’on pouuoit dire qu'il fe vit has de game, & cependant fi ces mots eftorent tournez cn Italien, & donnez Yvndeleurs Muficiens, il-en fortirowt fort bien a fon bonneur, & en feroit peat eftre vn Air qui feroit admir¢ de toure!’lralic, ily a. chcore vne autre Obferuation a faire dans le Frangois, touchant les e gue Poa nomme muers ou feminins, qui affeurément rendent le Chant plus fide, & quifont quil fe foftient bien moins dans noftre Langue gue- dans Pirahtenne; dans laquelle bien qu'il y ait des 0 qui femblent répondre a ces forces de ¢, ils font fipeu frequens en “comparaiton des e Francois, que ccla nediminué en rien de la force & de la ravité des Airs Italiens. : ca “Une faut donc pas attribuérau genie de da Nation dtalicnne par deus la Francoife, tout l’auantage de faire des Airs pins beaux & plus masniligues oe : (f de bien Chanter. 97 (ficen'cftdans la verité, du moins dans Yopinicn, | mais & leur langage qui permet des chofes qui ne f{eroient pas approuu¢es dans le Francois; & pour preauede ceque ie dis, ccf qu'allen- rément fi vn Compofitcur Italien, tel qu’cftoit I’ Hluftre Signor Luiggi, vou- Joit mettre en Air des Paroles Fran- coifcs, il ne reuffiroit peut-eltre pasny micux , ny fi bien que nos Francois, quand mefme il en fgauroit anfli bien qu’eax la Langue, en toutes fes circon- nees, : Vous me direz qu’il n’importe de quelle manicre, ou par quelle raifon Ices Airsitaliens ayent quelque auantage, -& quelque prerogatiue par deflus les roftres , pourueu qu’en effet ils en ayent; foit qué le genie de la Nation cnfoicla caule, ov que cet auentage oir feulement fendé fur-ce que la Langue Italicnne cft plus propre’ pour fire de eaux Airs que !a noftre, Accla ie répons, que quend il {eroit vray que nos Compofitions auroient quelque dcefauantage au regard de celles des ltaliens (ce quien tout cas” nvauroit lieu que pour les Recits & E 98 Remarques fur U' dre pour les Pieces de longue haleine) ills ~ faudroic beaucoup moins atrribuer. au ‘peude genic des Compofiteurs ,& mef-. - -meaudcfaut daLangage,qu’al’ humeur - de noftre Nation, qui s‘cft imaginée . jufqu’d prefene qu’il n’cftoit pas propre. pour les Pieces de longue haleine, comme font les Paftorales & autres Pieces dc Theatre, parce quelle n'y eft pas accouftume¢e. Padjoultc encore,que les Italiens mef> “mes demeurcnt d'accord que nous a- _wonsen France quantité de petits Airs, fort jolis & fort divertiflans, comme font nos Gauottes, nos Sarabandes, nos Menuets, & autres femblables qui ont leur merite comme les grandsAirs, & quifone de la portée de mille Gens _ quiferoient priuez d’yn exercice auf “ agreable que ccluy du Ghant, fil’on ne -compoloit que de grands Airs. - Aurefte iene puis affez admirer Po- - pinion rid: 1 Monde touchane quelques Perfonnes ‘[lluftres dans le Chant que Ton dit ne pas bien Chanter les Airs Frangois, ~ mais fenlement tes Italiens, puis quil el vray, quc toutle fort, toutle fin, & cule qui s’eft glifféedans Ie de bien Chanter. 99 routle'delicatdu Chant fe trouue dans -les Airsltaliens, & qu’ainfi il eft im- poflible de bien reuflir dans les vns, & mal dans les autres; & l'on ponrroit dire le contraire auec bien plus de for- dement; carenfin ily abicn plus d’ap- parence d’errer dans yne Langue étran+ gere, & que l'on ne connoift pas 2 fonds, que dans celle qui nous eft fa- miliere, & dont apparemment nous feauons micux toutes les circonftances. Quant aux Airs Francois, il n’y a rien de fi diferent que les jugemens -qacPonen fait; cen’e& que cabale, que. preoccupation, que.caprice, & fouuent x pees : quwignorance, & quafi point de bonne foy, ny de connoillancedu merite des Compofiteurs. — f Ceux qui venlent critiquer vn Air, ° ce qui fe fait pour Vordinaire felon que T’on eft mal intentionné pour [Au- cheur; comme ilen eft de tous les au- tres Ouurages; Ccux, dis-je, qui veu- Tent parler d’vn Air auec mépris, Sc quine peuuenr y trouucr 2 redirc, quant aux Regles de la Gompofition, ne manquent pasde dire; Qe'il ef trop long, @& que Cif une Hifteire; Qu'il of Ej 100 _ Remarques fur LtArt bizarre, Q's ft commun; Quil eft de “ preces rapportées. G- emprante d: mille autres Airs; Qu il reffemble aun Chant aE glife, fur tour a une Lamentation de Te- remie, Que les Paroles en fone plartes, (x qu il ny a ny fel ny fauffe, pour parler en — deurs cermes; Qu'elles fons rades , on bien qe il ef calle comme on dit en plein drap, & que les Paroles eflane faites apres bdr, : t gloire en doit oftre attribuce a ce- tout lay qui les a compofées, @ quiles a fibtee appliquees al dir: Enfingue le Chant ne | gonuient pat aux Paroles quand elles font faces les premieres, @ qu'il nen expri- me pas bien Le fens ; ou pour parler en leur “rermes, que le Muficien n’a pas bien entré dans la penfee du Pocte. k a Voila Ie langage ordinaire de ces - Tages préoccupez, oud’ignorance, ou de'malice, auquel il-eft & propos de répondre, & dire premicrement, que dans vn Air la longueur n’cft pas vn d-faur, qu’il y ades Hiftoires fi agrea- bles qu’elles n’ennuyent point, pour longues qu’cllesfoicent, & qu’ainfi c’eft mal a propos vouloir décrier vn Air, ene qualifiant du nom d’Hiftorre, 2. Pour la qualité de Bizarre, que : de bien Chanter. -.103 bon donne a vn Air, lors qu’onne peut le traiter de trinial & de commun, on laconfond fouuent auce celle de recher- thé, & d’extraordinaire, & tel Air pa- roift bizarre pour les Nottes, qui par le moyendel’Artdebien Chanter, & des ornemens qne Pony adjonfte, de- vient non feulement nature! & fami- lier, mais mefme fi agreable, que Pon ne peut fe lafler del’entendre; au lien quedes Airsqui font communs & qui plaifent d’abord, on s’en dégoufte auffi- tof; mais le mal eft,que quand vne fois ona donné:fon jugement d’vne ma- niere ou d’autre, il femble qu'il .y va cde fon honneur de n’em point démor- odre: ainf malheur @ ceux qui ‘trauail- lent de cette maniere, s'ilstombene en= tre les mains de ces iuges aifez 2 rré- ‘occuper, dontle nombre n’eft que trop grand, : ; Le Il fauc aufli demeurer d'accord, qu'il y a des Compoliteurs qui's’enyurent tellement de leurs Quurages, qn’on pourroit les accufer d’vne pareille opi- niaftreté & ne les vouloir point chan- ger, depuis qu’vne fois ils les ont com- pofez, & qu’ils fe font laiflez conduire, E ij loz Remarquesfarb Are | ‘pour ainli dire, a l’harmonie de leur _- Theorbe, qui les mene foauent par vn _ chemin quin’a point encore cté frayé, -dans vn Pays que l'on. peut appeller Anconnu, & des tfpaces fi éloigndées, que l’om pourroit les nommer dans cla Mulique, des £fpaces Imazinaires ; & comme c’c& d'ordinaire par yn excez d'cfprit 8& de viuacité , joint auec quelque fierté, que ces Compo- fiteurs veulent ainG duiter ce qui leur -paroit commun, pour faire de I’ex- _ -Ataordinaire, om pour micnx dire da des confeils qué ne {eroient point fui- mis, 8¢ far vne maticre ow ils croyent _ -delongue main exceller par deffus tous -les antes; aindion {e contented’admi- - -ferleurs Arsen icur-prefence, & lors --gwils fone accompagnez: du Theorbs - quictt pour eux vn fard (i confiderable, — gue depuis gu’ils cn. font -priuez, comme f’approbation en eft. fort rare, de debit en eft tres-mediocre, & l’on peut dire que ce font des Airs faits “pour groffir les Liures, & que l'on ‘Met au: jour pour ne {c montrer ia- “mis. : n'y a.pasprefle a leurdonner «de bien Chanter. 103 gy. Quanc a la qualité de Commun, gui eft celle que l’on donne d'ordinaire aux Airsquel’on veut méprifer, on la confond anffi fort fouuent aucccelle de Natwrel; car cnfin pourucn que le ‘Chant’ conuienne bien aux Paroles, eeft déjavn grand préjugé pour eftre acouuert du titre fafchenx de Com- men : : ~ Nousn’auons dam's nos AirsFrangois, tomme i’ay déja dit, oo certain nombre de Mots, & me{me d’Expref- fions -aafquciles nous forames bornez, & qui roulent prefque coutes fur les maefmes Penfées ; Comment donc le Muficien peut-il s‘empefcher d’em- ployer fouuent des mefmes Norttes, forsqu’vne fois il les 2 appliquées aux Paroles auce tant de fuecez, qu'il fem- ble que Pon ne ponuoit prefque pas faire autrement? & ne vaue-il pas mieux en vier de cette maniere, fors qu “il sten eft bicn trouné & qu'elle a bien reiiffy , que d’aller re- chercher des Chants bizarres, & qui ne font point naturels pour vouloir trop fortir hors du commun? o Gependant c’eft le reproche quel’oh E iiy 104 Remarques fai l-Are faica quelques liluftres Muliciens, lef- quels afleurément feroient auMi bien que les autres, des. Chants extraordi- -Raires & recherchez, s‘ilsne jugeoient que. pour contenter le caprice .d’vn petit nombre de Critiques; leurs Airs n’auroient pas le fuccez qwils preten« dent, & demeureroient dans l’ob{cu- rit€, qui feroit yne fin tout & fait eon- traire a-ces fortes de-valanteries, quine > font faites que pour courir dans le Monde; & n’en déplaife aces Cen- _ feurs incommodes, ce nicl pas cob- ~ joi de dire, qu’il-eft fai ou pour le-Ponte neuf, ou prar aller an Hin, principale- ment pour les petits Airs, pais qa il ch “vray que cleft. vne marque infaiilible ae Ont naturels, qui ch vac qualité f ort confid: le dans le Chant, 4 Ace propos ic diray, que ces fortes d’Airs, qui paroiffent communs far le papier, ou qui le font en effet, font bien releuez de ce defaut pares ornemzns quel’on y adjoufte, & par la maniere vneinucctiue contre vn Air, que _ de les cxecuter, quiet ce qu'il faut cx. — ‘tremement confiderer dans les Airs, : & dont parmy vn aflez grand nombre de bien Chanter. 105 de Compofiteurs, fort peu s'aquirent comme ils deuroient. Cos lly aaufli de certains petics Airs, qui font-ou d’vne Mefure regi¢e, comme font les Gauotctes, Sarabandes, Me- nuets, oud’vne Mefure libre, comme fontles 7ilanelcs : c'eft lenom guel’on adonné a ces fortes de Chanfons dans lefquelles vn Gentilhomme, Pron eial nomme De Hiner, a exccllé par deffus tous lesautres, & qui faifoit luy- mefme |’ Air, & les Paroles, par vn na- turel admireble, & fans {cauoir aucune compofition de Mutique, lefquelles Chanfonnettes, il ef quaf neceilaire de rendre communes, ou pour mieux dire Naterelle:, & qui n’au- Foient pas .¢ct agrément, ny ¢ctte tendreffe qui les fait tant eftimer, file _. Chanreneftoit trop recherche, ic veux dire trop particulier: d’od vient que prefque toutes ces fortes d*Airs fe ref- femblent fur le papicr ; & comme ils font de peu d’etendaé, & quali tod- - jours fur certains Modes, ;c’ct let erme de compolition) quileur conuicn nent preferablement aux autres Tons, tout leur auantage confifte dans l’aju Re- Ey 306 Remarques furl’ drt -ment que l’on y met, & dans leur agreable execution, qui fair dire que ce font des pessts Riens,.qut dans la bouche de ccluy qus chante parviffene des Merueilles; “mais ceux quile difent, ne confiderenc: pas que ce font des Krens choifis, 8¢ que parmy vne infiaité de ces fortes de bagatelles, qui d’ordinaire font les plus vicilles & les plus connue’ss de rout Ie’ monde, ou qui font compoftes fur vn: earaereancicn, itm’y enaqu’vntres- petit nombre que l’on'a trounées pro= “opres @mettredansleluftreot elles fone | paruennés, qui allenrément ies fait va. loir mefme audela des grands Airs, _ Au refte ic ne veux pas oublier que _ eft mal 4 propos reprendre celuy qui’ chante ces fortes de Chanfonnettes, lors que poor ics rendre plus tendres, & fe donner le loifr d’y adjoufter les -agrémens quil juge a propos, il les alentit, & mefme quelquefois en cor- -rompt la Mefure; ce qui f remarque - “principalement dans certaines Ga- wottes anciennes qui veulent eftre exc- -eutées auecplusde Tendreile, comme fontcelles:cy, : de bien Chamer. — r0F EB) Amour avi me pres Casfe ma languent, Ot. wth! petite Brunette, Os. Ah! ma chere Maifirefi, Oe. Etautres femblables dans lefquelles on rompt la Mefurede la Danfe, afin de leur donner plus d’éclat, & les tourner de cent manieres l’vne plus agreable quel’antre, & felontout bP Art & toute la Methode de bien Chanter, mefme pour micux exprimer certaines Excla- mations, & auec plus dagrément. 12 ~ Be faut pas, dis- je, bldmer ces maniercs @executer & dire mal @ propos, comme font mille lgnorans, que fon ne pour. roit pas y danfer, comme fi c'eftoic fintention de eeluy. qui les chante, de les faire danfer, & leur feruir de Violon; £ Cette obferuation toutesfois n’a Liew: ‘que pour certaincs Gauottes, def- quelles il ef permis non { S accluy quiafaitlesParoles. Il femble d’abord que ce Difcours foit tout 2 fait plaufible & fondé far le bon fens, & cependant nous voyons tous les jours le contraire dans vn Sonnet fait fur des Bours-rimez, qui bien qu’ils paroiffent gefner ceux qui le font, veu mefme que l’on en déter- mine d'ordinaire le fens & le fujet, gui eft encore vne double contrainte; Ces Bouts-rimez, dis-je, leur aidens ae. Remargues fart Ave -plucoft a trouuer ce dont ils ne & fe ‘Folent tamais auifez; & leur furniffent dela Maviercpour retflir tout agtremét qvils n’auroient fait, s'ils avoient ché libres & dans le Sujcz, Sdans les Pen= fees, & dans les Paroles, AL done pas vray que la gloire ¢ entiere pour J’Authcur des mais on peut diré que bien ‘pour Uvn ny pour l’autre; ement lors que les Paroles tie fone. | mae plufpart qu Pon. qualife du mot de. Comba! afin de preuenir ejuite mépris que l’on en pourroit faire, lefquels ne at Wordinaire que fur des petics, de Mouuement, ou fur des Chanfons qui ont leur mefure reglée; ie veux dire far des Menuets, des Courantes, deg Bourrées, des Sarabandes, & autres Pieces que l’on compof{e premicremenet pour ies inftrumens (entr’autres fer Ie Violon) puis cn fuite chacun y fair de ces fortes de Caneuas , quifonz des Pa- roles que l’on pourroit nommer 3 bon droit des Paroles Oyfeufes, 8 qui pour- tant ont le privilege d’ériger mille gens it partagée, elle n'en cht pas de bien Chanter. 7 ven Autheurs, -& mefme les faire pafler pour IRufres , qui ch yne qualité que Pon donne prefentement a Jufte prix, mais non p7sa jute Titre, : Sices Poétes ala douzaine faifoicne reflexion dur ce qu’ils voyent tous les jours, ils renonceroient bicn-toft @ remplir le Monde de leurs mifcrables prodz@ions: Ouy fi ces Avthcurs (ie ne dis pas feulement ces faifeurs de Caneuas, mais mefme ceux quiont quel- que reputation dans le Parnafle) coni- deroient ce que nous auons de plus ex- traordinaire, & quel’on peut nommer Ja merucille de nos jours, & dans vn Sexe qui donne bien de la-confulion au “noftre, non fealement povr ce qui re- garae la Pogfir en general, mais parti- culicrement pour la fine & le delicate Poéfic qui c& cellede nos Airs, felon le commun fentiment de tous les Con- noiffeurs, ils renonceroient bicntcfau metftier. dePoéte, voyant qu’vne Dame, (mais yne Dame illuftre par fa naif- fance, & encore dauantage par mille belles qualitez } a mis ce genre de Poéfic dans vn fi haut poinct de per- feQion, que l’on peut dire que cette 418 Remarques [ar U Art “Dame leur a damé le pion. Conme if feroic mal {cant de lanommer, il fcroit encore plus inutile, & tout Ic Monde {eairaflez qui elle c&; mais cc qui eft de plus admirable, e’eft d'auoir crouué Je fecret d'accommoder des Paroles aux Airs aucc tantde juftelle, & d’a- ‘uoir (cen fi bien marier I’vn auecl’au- ‘tre, qu il femble‘que dans ce mariage on n’auroit pas {ceu faire autrement, tant cela parosftnarurel. Voila ce qui S'appelle donner aux. Airs des habits, mais des habits magnifiques, des habits “riches, des habits precicux, & non pas de miferables Caneu as, : Mais comme la plufpart ignorent vn euantage fi confiderable, é& n'ad- “mirent feulement que la beautd des penfécs, que Iélegance des Pa- roles, leur doacear, & leur exoreflion, fans prendre garde a Vadreile de les avoir fibien afforties a L'Air, ie veux - “leur rafraifchir ja memoire de quel- ques Airs faits de cette maniere : En- trautres d’vn qui ft prefentement en “reputation, qui commence par ccs mots, : de bun Chante. 19 Ah! qui peut tranquillement attendre, Cle Et de deux autres qui ont vara n’a- gueres, dont P yn commence par, Ah! fayons ce dangereux fejour, o£; Ex J’autre par, Bois écartex, demeures fombres, 7 ¢, Dans kfqucls Airs, ceux qui ont la moindre jumicre pour laPoéfic, voyent affez que cette Incomparable a efte obligée de s’attacher feulement & la rime, conformément aux Cadences de P Air, aufquellesil a fallu s'affurettir, & quiainfi la plufparc de ces Vers ne font pas proprement Vers, mais feale- mentde la Profe rimée ; cet par ow Ponvoid clairement que lc Chane eft fait auant les Paroles, pour peu de re- flexion que ony faffe ; Cependant ie voy que la plufparc, ou par ignerance dans la Poélic, ou faute d’y faire refle- sion, ne donnent pas Péloge qui ef da & vn Genic & prodigicux, dugucl on