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PETITE HISTOIRE DU THEATRE

Définition :

Le mot théâtre vient du grec « theatron » qui


désignait l'édifice dans lequel avaient lieu les
représentations de pièces, les spectacles. Dans l'Antiquité,
ces représentations se déroulaient en plein air. Le terme
théâtre désigne aussi le spectacle lui-même qui se déroule
dans ce lieu.
Pour caractériser ce qui est lié au théâtre, on utilise
l'adjectif dramatique (genre dramatique, art dramatique,
par exemple), qui vient du grec « drama », signifiant
« action ». L'auteur d'une pièce de théâtre est un
dramaturge.

Antiquité : Les origines du théâtre.

Dans l'Antiquité, le théâtre est très apprécié : on


joue des comédies (celles d'Aristophane chez les
Grecs, de Plaute et de Térence chez les Romains) et
des tragédies (celles de Sophocle, Eschyle et
Euripide chez les Grecs, de Sénèque chez les
Romains).

. Ces œuvres ont beaucoup inspiré les dramaturges


des siècles suivants et bon nombre des personnages
de Molière y ont leur source. Ainsi l'intrigue de
L'Avare est directement inspirée d'une comédie de
Plaute, L'Aululaire, ou Comédie de la Marmite (vers
190 av. J.-C.) : dans cette pièce, un vieux paysan,
Euclion, est bouleversé par la découverte, dans sa
maison, d'une marmite remplie d'or.

Moyen Âge : La farce.

. Ce mot désigne une pièce de théâtre courte, très populaire au


Moyen Âge. Il s'agit d'un divertissement destiné à faire rire un
large public.

. L'intrigue des farces est simple, elle repose souvent sur la


tromperie d'un personnage par un autre (Farce de Maître
Pathelin, 1464). Les personnages sont issus du peuple et
apparaissent sous un jour grotesque. Leur langage est souvent
nourri de jeux de mots grossiers et d'onomatopées.

. La farce sera enrichie au XVIe siècle des apports d'un genre


italien, la commedia dell'arte, dont les personnages
costumés et masqués sont des stéréotypes.

XVIIe siècle : Le théâtre classique.

. Trois grands auteurs marquent cette période : Molière,


Corneille et Racine. Molière a particulièrement excellé dans la
comédie et s'est attaché à dépeindre les travers des hommes
(l'avare, le dévot, la précieuse. . .). Racine et Corneille se sont
davantage illustrés dans le genre tragique et ont dépeint les
passions des hommes (l'amour, le pouvoir, la haine. . .).

. Les pièces, en particulier les comédies, sont parfois écrites en


prose, mais le vers (l'alexandrin), très apprécié à l'époque, est
privilégié dans le genre « noble », la tragédie.

. Le théâtre classique obéit à des règles très strictes, héritées


du théâtre antique :

- la règle des trois unités :

 l’unité d’action : une action principale autour de laquelle se


noue l'intrigue ;

 l’unité de temps : un temps restreint (vingt-quatre heures)


pour que l'action se résolve, ce qui entraîne parfois des
dénouements un peu précipités ;

 l’unité de lieu : un lieu unique pour toute l'action.

Un auteur de l’époque, Nicolas Boileau, résume ainsi ces


règles :

« Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli


Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »

- la règle de la bienséance :
On ne doit pas choquer la pudeur des spectateurs ou ne pas
respecter les bonnes mœurs de l'époque en représentant sur
scène des situations indécentes ou violentes (amours
interdites, combats).

La comédie selon Molière

L'œuvre « L’Avare » :

. L'Avare est une comédie en cinq actes et en


prose, écrite en 1668 et créée la même année au
Palais-Royal. Cette pièce ne rencontre pas autant
de succès que les comédies précédentes de Molière;
le public semble moins touché par la prose que par
les vers et le thème n'enthousiasme pas les foules.
Elle n'est jouée que neuf fois puis est retirée.
. l'année suivante, Tartuffe est enfin autorisé
(après cinq années d'interdiction) et fait oublier
L'Avare par son triomphe retentissant. .
. Le succès de cette comédie est essentiellement
posthume: elle est, à ce jour, l'une des plus
jouées, notamment à la Comédie-Française.

Un siècle de dramaturgie :

. Au XVIIe siècle, Molière n'est pas le seul


dramaturge à connaÎtre un vif succès. Il a pour
rivaux Racine et Corneille, mais ces derniers
excellent davantage dans le genre tragique que dans
le genre comique.
. Molière compose des pièces en prose, mais aussi en
vers (L'École des femmes).
. Il observe les hommes et la société de son temps
pour puiser son inspiration : Harpagon devient la
figure de l'avare, comme Tartuffe est celle du dévot
hypocrite ou Dom Juan celle du séducteur immoral.

Les différentes formes de comique :


La comédie classique repose sur plusieurs effets
comiques:
1. le comique de mots repose essentiellement sur
des jeux de mots, des répétitions, des malentendus,
des recours à des jargons et des mots de langage
moins soutenu :
ex : « Diantre» dans la bouche d'Harpagon,
répétition du « sans dot » d'Harpagon (Acte I, scène
5).

2. le comique de gestes (signalé notamment par


les didascalies) : les personnages s'agitent, se
déplacent, font des mimiques, des gestes. Cela peut
aussi se traduire par des coups, des parades, des
chutes ou des fuites.
Ex : La chorégraphie de Maître Jacques, obligé de
changer de vêtement selon qu'Harpagon lui parle en
tant que cuisinier ou en tant que cocher.

3. le comique de caractère joue sur les


travers des hommes et insiste sur un défaut ou un
vice, comme l'avarice ou encore la flatterie ;

4. le comique de situation naît, par exemple,


dans des quiproquos ou des situations incongrues,
déroutantes. Parfois, un personnage est caché (mais
le spectateur sait qu’il est dissimulé !) et
d’autres en profitent pour le critiquer.

Ex : Valère révèle à Harpagon qu'il est fiancé à


Élise quand celui-ci veut lui faire avouer le vol
de la cassette.

Les 2 premières formes de comique sont les plus proches de


la farce.

Comédie et tragédie au XVIIe siècle

La vie de comédien au XVIIe siècle

a) Au XVIIe siècle, le théâtre est considéré par l'Église comme un art dangereux et
condamnable sur le plan moral. Les comédiens sont excommuniés, c'est-à-dire
qu'ils sont exclus de la communauté chrétienne et qu'ils ne peuvent être enterrés
dans les cimetières catholiques.
b) Cependant, la société française s'enthousiasme pour le théâtre et les comédiens
s'organisent en troupes, sur le modèle des troupes italiennes. Ils mènent une vie
ambulante sur les routes de province, jouant sur des tréteaux installés dans la rue.
Quelques troupes s'installent dans des salles permanentes, notamment à Paris, à
l'Hôtel de Bourgogne et au théâtre du Marais. Les troupes les plus renommées
bénéficient de la protection de riches seigneurs ou du roi ; sous l'impulsion de son
premier ministre le cardinal de Richelieu, Louis XIII assure un revenu aux troupes de
l'Hôtel de Bourgogne et du théâtre du Marais. Louis XIV fait du théâtre un
divertissement de la noblesse et de la Cour et fonde en 1680 la troupe de la
Comédie-Française.

Les conditions d'une représentation

a) L'architecture théâtrale est renouvelée au XVIIe siècle selon un modèle venu


d'Italie. Les salles sont réaménagées, de nouveaux théâtres fixes sont édifiés : le
cardinal de Richelieu fait construire dans son Palais-Cardinal (devenu plus tard le
Palais-Royal) le plus beau théâtre de Paris. Ces salles dites « à l'italienne » se
caractérisent par une scène de forme cubique, haute et profonde, séparée de la
salle par un rideau. Un système de trappes, de coulisses et de poulies (les ma-
chines) permet des jeux de scène spectaculaires, notamment l'apparition et la
disparition de personnages.

b) Dans ces salles fermées, l'éclairage est artificiel et se fait à la chandelle (d’où de
grands risques d’incendie !). Le découpage des pièces en actes et la fréquence des
entractes (toutes les demi-heures environ) permettent de moucher régulièrement les
mèches pour que l'atmosphère très enfumée ne devienne pas irrespirable et pour
remplacer les chandelles consumées. Les spectateurs, places face à la scène, se
repartissent selon leur rang social : le public populaire reste debout au parterre, les
nobles et le public aisé occupent les loges et les galeries, qui offrent une meilleure
visibilité. A partir du Cid (1637), quelques nobles s'installent sur la scène même,
assis sur des bancs placés sur les côtés. Le public est turbulent et agité, il n'hésite
pas à manifester bruyamment ses émotions, son enthousiasme ou son
mécontentement.

c) Il n'existe pas de metteur en scène à l'époque, l'auteur ou un acteur assure la


direction des comédiens ; Molière dirige sa troupe et tient un rôle dans la pièce
représentée. Les décors sont simples, constitués de grandes toiles peintes et de
quelques accessoires. Les comédiens jouent en costumes du XVIIe siècle, même
lorsque l'action se déroule dans l'antiquité grecque ou romaine ; ils suivent la mode et
les manières de la Cour.

XVIIIe siècle : Marivaux et Beaumarchais


Ce siècle, dont le genre théâtral n’est pas la meilleure spécialité, voit
l'apparition d'un nouveau type de théâtre : dans les comédies de Marivaux,
l'amour est au cœur de l'intrigue (Le Jeu de l'amour et du hasard, 1730), les
rôles valets-maîtres sont inversés, on joue sur le stratagème (ruse) et le
déguisement ; Beaumarchais donne une dimension plus satirique et
contestataire à ses comédies, qu'il nourrit de coups de théâtre et de savants jeux
de scène (Le Barbier de Seville, 1775 ; Le Mariage de Figaro, 1784).
Ces caractéristiques reflètent les idées des Lumières et illustrent les
changements profonds des mentalités bourgeoises qui conduisent à la
Révolution française.

XIXe-XXIe siècles : Évolution du genre.

. Au XIXe siècle, les écrivains romantiques veulent assouplir ou


abandonner les règles et donner au théâtre une dimension politique :
Hernani (1830) de Hugo a ainsi déclenché une véritable « bataille» entre
les Anciens et les Modernes.

. Au cours de ce siècle, la comédie se concentre sur la bourgeoisie et se


moque de ses comportements ou de ses obsessions (transmission des
héritages, infidélités des époux, désobéissance des enfants, enfants
légitimes ou naturels, fortunes et ruines, etc.) La comédie de boulevard
ou Vaudeville représente cette évolution (Labiche, Courteline, Feydeau,
Guitry, Roussin, etc.)

. Cette remise en question s'est poursuivie et radicalisée au XXe siècle,


avec des auteurs comme Beckett ou Ionesco, qui ont évoqué la condition
humaine sur un mode à la fois comique et grinçant : c'est ce qu'on
appelle le « théâtre de l'absurde ». Ces pièces sombres reflètent les
nouvelles interrogations humaines après les désastres des guerres
mondiales.