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ILARIE VORONCA LA POESTE COMMUNE G.L.M. 19 3 6 DU MEME AUTEUR ULYSSE DANS LA CITE Sagittaire POEMES PARMI LES HOMMES Cahiers du Journal des Poétes PATMOS Denoé!] et Steele PERMIS DE SEJIOUR Corréa ILARIE VORONCA LA POESTE COMMUNE G.L.M. I 9 3 6 6. RUE HUYGHENS. 14 E C'est quelque chose de lumineux, de dowx, que je veux vous annoncer, A vous tous, hommes d'aujourd'hui et de demain. Crest pour cela qu'une Jois encore j'ai pris les instruments du potte Car cest au potte de dire la justice de l'avenir, Ji vient un temps nouveau, Voila ce dont ‘Quelques-uns seulement ont eu vent, On efit dit une voile Qui apparaissait loin au-dessus de locdéan, Un mavire Chargé de tout ce qui manquait aux hommes ; du pain et une grande bonté, un grand amour, Cette joie du cour de batire non pas pour tui Mais pour le corps et Fesprit tout entier, Cette joie Du poéte d'écrire non pas pour lui mais pour une foule généreuse, Cette joie de Thomme de retrouver ses semblables, Voila done ce que je veux vous annancer ; Le ciel, le printemps, les vacances dont on parlait dans les anciens Potmes, seront pour tous dorénavent. Et la beaut, Liespérance, rendues aux hommes comme la vue aux aveugles. LA PRESENCE D'UN MORT on reconnait la présence d'un mort. Il n'a ni mains ni visage. Hest ce brouillard Qui enveloppe doucement les maisons, les objets, les vi Réunis ki. Hest peut-étre cette lumiére qui filtee de la chambre & cite. Ins Ni signes. Ni voix. Mais un espoir indéfin Qui annonce un monde meilleur, Cette présence un mort bienveillant comme un nom qu'on voudrait dire Mais qu'on a oublié. Qu comme une ¢criture secréte qu’on ne sait plus faire réapparaitre, Non, il n'a que faire de mos sens. Invisible? Visible? Mais il nous oblige A parler bas. I nous approche Les uns des autres. « N'ayez pas peur ». Il se tient 1A Avec cette bonté immense dont il voudrait nous faire part. Au licu de lorcille qui entend voudrais-tu @tre la chose entendue Fi au liew de Peeil qui voit, ce contour qui est vu? Non pas le sens, mais larome. Non pas La bouche, mais ce goiit amer ou doux, ce godt herbes. I n'y a rien dans cette paume, MH n'y a rien Sous ce frent. Non, il n'y a sous I'écorce De ces picds immobiles, Le vivant, le mort Sont ailleurs. Ms ne sont jamais Li, of nous croyens les voir. Une brume douce. Une aube qui se live. Et ce moment qui s'enfuit. Et cet appel Faible d'un oiseau, Trés tard quand il fait On se rend compte qu'il a été li comme lointaine, © aurone défi + Rien de changé? » Les miroirs, les objets nous retrouvent « Quelques cheveux gris aux tempes » mais ce n'est rien, Un suurire plus triste Ft néanmoins te visage a gardé une empr Comme sur les feuilles, une premitre reste peine visible. Crest ainsi que parfois dans Ia rue il arrive Que Von sente avoir rencontré quelqu'un, On le cherche Du regard au-dessus de la foule, I n'y a personne. Et pourtant On est sir qu'un ami est Ii. Et lon éprouve tout & coup une xine, une tristesse indéfinissable. Quavait-l & nous dire ce mort cher? Quel mavire Perdu loin sur lex mers? Quels peuples Nous faisaient signe par sa voix? Mais les mailles De nos paroles furent trop larges pour retenir son silence. Cette fumée qui plane au-essus de nos tétes. Ce vol Comme un bruit qui s'eflace. Et les ombres amicales Et ces hymnes pour saluer une terre libre, Cette douce protection, sans paroles, d'un mort, Ne sont-ce pas les murs qui s'étendent comme des ailes? Nest-ce pas cette chambre qui se donne au brouillard? Et Thomme jeune sur Fépaule duquel le vieillard s'appuie Et le temps nouveau qui méne vers Tamour tous les mots anciens. Nous allons tout 4 Mhe ler nous aussi aux brumes, ‘Au bruissement imperceptible de ce fantéme vaste, Et nous serons nous sla présence dun mort Qui veillera prés des hommes, heureux, de Vavenir. VERSION ENCORE TERRESTRE D'UN POEME Que puis-je emporter d'ici? Rien n'est A moi + Une tristesse brusque, une porte qui s'ouvre. Mon esprit est déji Join, Mais mon visage Plane encore au-dessus de cette chambre comme une toile que Varaignée nbandonne, Par la vitre on voit une maison qu'on est en train de batir ‘On entend des appels lointains et le bruit d'éeumes des briques qui montent, Les pidces ne sont pas encore finies mais fa mort Comme un feu trés deux attend défi ceux qu'elle réchauflera. Ah! Certes, Je ne puis tien eiporter. Ces larmes Et ces rires je les laisse J comme des outils Dont d'autres aurent besoin, Et ce chant du mendiant Qui tremble A la fenétre comme une pluie fine. Seraije encore triste? Seraije encore heureux? Rencontrerai-je ces fleurs qui se souviennent de leurs parfuns anciens? Et cette mer allongée sur le sable comme une femme Amoureuse Dont les genoux omt un godt de sel et dherbes pourrics? ins des soirs si joyewx, Sans raison, in sit pourguel ni comment. Un fruit juteux Et frais sur lex levees. Des ruines fastueuses, Et le cri lumineux de la cigale, dans les saules, Quand Je crépuscule fondait comme un vol de cigognes Et nul bruit de ta ville ne tourmentait le songe. Quelque part il y avait ces vieillards qui apprenaient & mourir Petit & petit comme len apprend & marcher dans les ténébres, O! Non, je ne puis riem emporter, Ni ce souvenir Du blé qui pousse et qui meurt pour ressusciter dans le fantéme blane du pain, Nice visage de Uaimée qui se penchait vers mon visage Comme un nuage lourd de Veau du ciel yers un puits lowrd de Team dle la terre, N de de ne pu Inachevé, . Je ne puis rien emporter. Je m'en vais seul visse derriére mei ces maisons muettes et froides, rien emperter, Pas meme ce potme OF vie! Larmes, joies, qu’étes-vous done? Et toi silence Et toi, douleur qui crois comme un regard plus pénétrant en ma. prunelle? Et vous vivants et morts réunis li sams yous connaitre Et & travers lesquels je passe comme un mot secret A travers La ville autour de moi sombrait dans le sommeil, ce petine, Dans Ia nuit. Il y avait ces maisons tristes, pauvres, Dont les fenétres n'ouvrent que sur des cours sans air, Sans lumiére. Et cette foule grouillante faite de morts et de LES MORTS, LES VIVANTS. vivants, Au milieu de laquelle je marchais sans me perdre, « Que faites-vous 14, vous tous? » Il y en avait qui étaient morts depuis longtemps Mais nul ne faisnit attention 4 ceux. Une clarté de neige ‘Tres douce, enveloppait les rues et les murs. O! je w'étais plus qu'un souvenir, une allusion vague Au milieu de cette foule. J'étais comme un navire dont Toutes les ancres sont levées, prét a partir Avec cette tristesse et ces barils de désespoirs au fond des cales, « Personne parmi vows, pour me reconnaitre? Méme Ja route Est devenue aveugle? » Elle ne pourrait plus Me conduire vers la mer qui devrait ére ‘Quelque part prés de la ville comme un esprit bienfaisant, Ce bon Vappel, le signe d'un ami. Whésitais 14 au seuil de cette vielle auberge Parmi les charrettes pleines de foin, parmi les clefs qui grincent Et ces voix entendues dans le sommeil et ces chevaux fantémes, L'HEURE EST PROCH CE, tw es fei ce que tu vois est ailleurs, Oreille, tu es Hi aussi mais ce que tu entends vient de teés loin Sens, vous tous collés 2 mon corps tellles les étiqueties de gares innombrables sur ume valise, Le toucher contient plus de visages qu'un de vous le dis, nous ns plus le temps de faire un choix Quelques livres seulement; ce sera bien assez. L'heure est proche ; une justice, une beauté sans [i Sont prétes A savancer & travers notre vie. La potsie? C'était un passe-temps agréable Ty avait aussi le tennis, les chasses & courre, les concerts, les diners des « gens de lettres ‘est wn roman trés bien Et homme? On passai a le grand prix ». ‘ommne 4 cdté d'un arbre, Avons-nous asse® souflert? Qui, je sais le soir Ny avait parfois au fond d'un jardin une table si calme : Les vieux parlaient avec amour du passé. Les jeunes Imaginaient am avenir luminewx. Et autour Planaient les pariums, les espoirs comme des feu cygnes, Et une joie simple, un bonheur, un silence Plus doux que la caresse d'une main 8 des Tout cela mensonge. Qui, tout cela n'est qu'un mensonge dit par um potte, Le réve? La musique? Pour quelques-uns seulement. La beauté? La paresse? Pour quelques-uns seulement aussi, Et nous les autres? Les sans nombre? Nous, forces et désespoirs dune époque Que nous restaitil de la mort. La couronne de nuages, de la pauvreté et Et cependant, un matin : En ouvrant les fenétres nous ne reconniimes plas le pays Avions-nous voyagé pendant Ia nuit? Ou c'étaient nos regards ‘Qui avaient regu le charme de transformer ce qu'ils regardaient? Chaque chose A sa place. Et les hommes Quand un homme s'avangait parmi eux, les hommes Nidiaient plus pareils aux cercles qui sloignent Quand une pierre vient toucher l'eau. Etions-nous allés au-devant du temps? Etions-nous Allés A la rencontre de cette saison ¢norme Of brillent les innombrables soleils de l'amitié? Et la vision prenait-elle Ia place de Meeil, la chanson celle de Voreille? LA VIE, LE POEME QUE JE VOUDRAIS ECRIRE Non, ce n'est pas un poéme glorieux que je veux écrire. Non, ce n'est pas un chant plein de finesses et sur lequel Les connaisseurs s'exclament : o! quelles rimes, quelle forme impeccable! de wai que faire De vos parures et de ves jeux linguistiques. Je ne connais que quelques mots trés pauvres, Ils m’évuquent aucune vision merveillease Mais bien au contraire, un hépital ow une prison. Non, ill n'y a aucun décor somptueux, I n'y a aucune parole rare Comme un oiseau empaillé qui vient des tles. Rien que ces mots de tous les jours, ces mots méprisés, humbles Parcils aux viewx chiffons dont la fille du mendiant improvise une poupée suave, La nuit est devant moi qui me montre Je chemin Hy a ces ruelles tristes, ces hommes silencieux, sans espoir, aux fe Le jour se traine loin comme un aveugle Qui ne passera jamais le seuil de leurs portes, Hdoit y a voir pourtant un feu, une parole inconnue ‘Qui puisse rompre ce charme qui éveille Une jeunesse, une joie tout an fond endormies, Comme un palais englouti par les eaux. C'est T'instamt qu'a choisi le destin | | Pour prendre la forme d'une voyageuse qui descend du dernier autobus de nuit . Son corps est fréle, sa démarehe hésite Et déja la bouche se remplit d'amour comme d'une saveur fraiche. Les ténébres sont 1 aussi, Elles favorisent Les desseins de l'auteur de ce potme, « Mademoiselle, Vos cheveux, vos yeux sont doux », Et la voix Saisit, caresse, mieux que les mains, Elle enveloppe, Cette figure modeste, cette Ame comme une feuille . Sur laquelle les mots laissent leur traces humides de limaces, Mais est-ce vraiment la peine de raconter tout cela? Je pourrais parler du visage merveilleux, de l'apparition iste fille, Chére au poéte. Mensonge. C’était une pauvre, Sans travail. Sans gite. Elle sortait de lhdpital. Et toute la nuit, Ia toux battit des ailes Comme un ciseau étrange, dans la chambre. Ah! Certes ce n'est pas li tout ce que je voulais écrire Cette souffrance amére... C'est autre chose aussi. Mais les paroles Nemportent que trés peu de ce qui pleure em moi, 3 Elles sont li, imprimées, indifférentes. Et jai envie de crier : « C'est autre chose. » Trés pris, trés loin, les villes, les saisons, Et les couchers de soleil et les vicilles légendes Que on lit dans un roman d'autrelois, Une province Oublige, Un voyageur attardé qui frappe A la porte d'une auberge, Une lampe qui s’allume, Mais qu'importe A Ia fin si j'ai réussi A écrire Le potme que j'ai voulu? Qu'importe je passe & travers une foule inconnue, Et si Ia mer s'avance tout & coup parmi ces paroles Comme une danseuse qui esquisse un joli salut? Qu'importe ‘i la pauvre, triste fille a oublié cette histoire, Si elle ignore qu'un poéte parle aux hommes en son nom? lly a tant de choses, A-ton le temps de penser tout? Les diners, Les réceptions, « Combien de sucre? » Et un sourire Trés étudié aceompagne Ia main qui tend Ia tasse de thé, « Nous avons une chanteuse brésilienne 2. « Et le grand Poste, Est la lui aussi», « Il nous lira des po&mes » « Mais Ces heures qui s‘effacent... Que reste-t-il encore? Je sais, une chambre, puis une autre Parfumées, riches, silencieuses comme les notes Basses, d'un piano... Dehors Ia [raicheur, les voitures De plus en plus légéres, dissoutes comme des fantémes, Ee ensuite ces mots qui tombent sur le papier comme de la cendre Pour sécher d'autres mots secrets, invisibles. ‘Cex odeurs salines, et ces aurores couronnées dherbes. Et la vie, le potme, humbles, que je voudrais éerire. LA CONTREE DU POETE Yai vu des hommes se concerter, sous les arlires complices Ils parlaient silencieusement, en faisant de grands signes, «Ici, on dlivera un mur, une porte, une fendtre ». Puls ile collaient ille & Ia terre, pour entendre le bruit de sabots jeunes de ‘avenir, Lo Les jours sont-ils plus courts? Et Vespoir Comme un iseay qui aime la lumitre s*éloigne.t-il De ces contrées? Parmi les pierres et les racines tordues Mes pas s'¢parpillaicnt an vent comme une neige. ‘Trés Ioin, parcils aux éclaies, passaient les trains Remplis des souvenirs d'une vie joveuse, citadine. Mais il y avait des gens, fantémes, autour de mei Parlant doucement, inquiets, de murs i clever et de futures récoltes, Crest ici, dans cette argile, parmi ces ombres ‘Que le monde de demai se prépare. C'est ict Parmi ces hommes soucieux, qu'une vie neuve Croit comme le voyage dans le tronc de l'arbre dont on fera une barque. Ft je me tiens prés d'eus, encore sauche, encore triste Comme 4 Pépoque de ma jeunesse quand j'étai: Car j'appartenais 4 un temps de l'avenir. Mais, maintenant ler i cette foule. Je partage sa vie. Ju veux Ne sont-ce pas toutes les notes de la gamme dams une seule corde ie wiolont (isisusties dene Teor lam teal asamp ee obanag ila les pays se touchent. ena Je me sens accucilli avec amour, Et je suis au milicu de cette foule Comme un appel faible, heureux, dans un vaste coquillage. JETAIS DES VOTRES ‘Cest vers vous, hommes de Mavenir ‘Que va ma pensée, Et je veux que vous vous exclamicz « Ul etait des ndtres », quand vous lirez mes poemes, Des terrasses claires, Un travail joyeux Fait pour le bien de tous, Et ua amour immense Comme un fleuve qui méne vers la ier toutes les riviéres Pour réunir les hommes et les peuples sous un méme soleil. Tout est A vous maintenant, Et les vallées et les monts Parmi lesquels les saisons distribuent leurs forces, Et locéan majestueux. Et les aubes. Et les couchants, Dont sculs quelques-uns pouvaient dire auparavant : « Vous ees si beaux 9, Se souvient-on encore parti vous dex hommes de mon temps Qui donnaient leurs yeux, leurs poumons pour un repas et un lit pauvres? Leur vue s'en allait avec ba fu usines Leur souifle, leur jeunesse se transmusient en lumitres et en cristaux éclatants. ¢ par les hautes cheminges dex ‘OF Ils étaient tous loin, tristes, dans les ténébres Ils ne prenaient point Part aux joies qu'ils avaient créees, Leur sonfirance, leur agonie obscure, pareille aux huitres Dont on nourrit la mort pour en extraire des perles. « Ces avenues somptueuses! Ces jardins comme des coupes is fidences, mousse. Qi le champagne le pls fin des con! 6 Et les vitrines si attrayantes comme de vastes timbres-poste ‘Of tous les climats, toutes les vacances se rencontrent, Niont-elles gardé nulle empreinte de ces tains fipres, Douloureuses, des hommes qui wont droit 4 rien? » . Je disais souvent ces paroles, Mais j'étais pareil & Pétranger Qui parle au milieu d'une foule, une langue inconnue. Car fétais des vdures, hommes de Yavenir Et c'est vers vous quiallait a ee Comme vers locéan de la soif future ae . Les chevaux blancs des sources et leurs criniéres d'écumes. LES FOULES DE L'AVENIR Ah! Qu’il m'est doux de pouvoir parler a cette foule Accucillante, de Favenir. Qu'il m'est doux De faire te don de ma pensée. Agjourd’hutt Je tte trouverais plits auc oie & réunir des mots étranges, méme tex images les plus surprenantes, je m'en souviens quelques-unes, mais i quei bom? Et Vorgueil et len Ex pliquez-moi Et la réponse tous», wetais: chante aubes, les apréssmidis, les Printemps, les travaux des cités modernes, Et j'ai parlé du soir qui s'en allait De plus en plus blanc, dams les ténébres, comme une mouette, ui SSI 86 prendre A ces Ee fai écrit des potmes pour évequer des pays lointains, Et Tai dit In solitude et Vétranger qui erre de toutes parts, Fai ew parfois des couleurs tristes pour décrire les jardins _ Pauvees de Ia ville On Fai passé ma jeunesse. Et je me sentais malheureux, incompris, Mais quelle joie aujourd'hui de pouvoir dire Non pas ce que je sens, mais ce que sentent des milliers millicrs d'hon Quelle joie de pouveir partager les aspirations d'une foule des es. généreuse, De parler librement d'un avenir et d'un espoir communs, Aije perdu mon temps? Cette heute Devait venir méme si elle était en dehy Elle était en moi comme une dent invi Ou comme la parole qui attend étre di du ict. 8 de ma vie. le dans la gencive ivrée dans la bow ui, fal connu bien des tristesses, Dans les rues Le soleil se mourait comme une fleur, sans terre, sy t des vieux immeubles, je me penchais je n'étais pas seul, J'avais auprés de moi te présence bienveillante, cette compagne douce « Pourquoi — me disait-elle — y a-t-il des hopitaux ons de santé? Tout hopital devrait étre une maison hee vous, maintenant, hommes Wun temps qui ne fat pas mien? En est-il ainsi Que je Vai espéré? Aves-vous des salles cloires? Et des loisirs? Et connaisses-vous les villes riantes, ensoleillées de la bond? « Non, ne perdons pas Mespoir, amie, épouse chére, Il vient une ére nouvelle », Et nous partions tous De vous, hommes libres, Nous parlions Des terres fécondes de lavenir. Et des pettes qui aux foules, Appartiendront « JE» SONT TOUS LES AUTRES: Je suis A, mais ma pensée est ailleurs, J'attends Devant cette porte cadenassee, mais c'est un autre qui se tient 1h a place. Loin, trés loin, les chalands amarrés, les navires préte partir, Et cette armoire quelque part of le lings a une odeur de coings et d’autormmc. fait bon rester ainsi aux fenétres Et voir le jour qui monte comme une plante neuve de ta terre. ‘ya les oiseaux qui essaient le vol comme une forme plus pure. Ex cette course joyeuse de Vhomme qui s‘avance vers som destin. ©! Ne me demandez pas : A quoi bon tout cela? Hy a encore des terrains vastes, il y a encore des maisons 4 tuitir, Et des hommes qui n'ont jamais mangé & leur faim Et la vie et le soleil qu'on soupgonne parmi eux. Ce sont des paroles simples 4 Ia portée de tout le monde, Pas méme Ja peine de les chercher dans un dictionnaire ; Le droit au repos; le droit au travail. Se promener Dans un beau pare Iuminewx, Quvrir une terrasse au grand air, am poéme. Faut-il briser Je coeur de Thomme comme la surface D'une riviére glacée pour trouver une onde claire? Je dis cela ou autre chose, J'attends Devant cette porte, mais c'est un autre qui attend Ki a ma nlace. Mes mains, étes-vous [it Et vous, mes genoux? Et vous mes yeux? Quel est ce pays que vous veyez? Et ces visages que les mots isolent comme des grilles? « Non, Monsieur, les visites ne sont admises que le dimanche ce deux 4 quatre heures, » = «Ma femme a &é opérée ce matin, Je veux la voir, » Serrer les dents amie, épouse chin De dire cete doukeur Ha mous tons deux, My a d'autres douleurs plus grandes + ees prisons oft Des hommes jeunes. Mais je sens les doigts du chi fouillent tes intestins, que veut imanche? Et quel jour ous au juste? Et ces routes qui passent par ma tite Comme des herbes emmélis sous le vent, ett ménent-clles? la pense? Qu'em faites-vous? Elle est Hii la porte de Thopitat, Elle se meque de vos dimanches, de te vois, merveilleuse, résignée entre ces lits semblables. Et bes malades aussi : les plus Pures, les plas Wes, « Courage », me disais-tu. Et la rue était li a Ia sor Comme une meule pour broyer dans la foule 1 il un monde meiffeur quelque part? Et un peuple jeune s'avance en chantant, sans armes, avee des instrament: de travail, vers un outre peuple? a aon «Non, pas de guerre, disentils, Nous sommes 7 ; foe saaaciie ensemble des ponts et des ateliers clairs et des maisons de repos. » j i. Bt je suis partout en méme temps la je pense aussi, Bt je suis parto ame ter nme une nouvelle heureuse. Et toute chose m'est chére Car ce west pas moi qui marche et qui pense dans ees rues, Crest toi aussi, Et puis des milliers et des milliers d’hommes WME FOL tf LES FORETS VIVANTES Hommes de Mavenir. Tout ce que je dis dans ce livre sera-teil un jour Comme ces légendes que l'on écoute sans Y croire? C'était pourtant Pépoque oi j'ai véeu, La gloire était pour quelquestins seulement ; et ils parlaient de surproduction ct de chémage et de statistiques, Qu'ils faisaient fabriquer & leur gré en se moquant des chiffres Comme des hommes, Et ces sentences de mort et de faim Ces dingrammes, ces graphiques, ces index numbers Ms les faisaient établir par des pauvres qui signaient ainsi lear Propre arrét de misére. Comment auraien pu, ceux de mon temps, penser A vous hommes de lavenir? Dénués de tout + agenouillés devant des gardiens implacables Comment auraient-ils pu penser encore? Et pourtant s'ils avaient regardé dans les champs Us auraient vu qu'il n'y a jamais trop de fleurs, si belles dans leur simplic Et lex abeilles? Sill y a trop de miel en sont-elles malheureuses? Et les rossignols : s'ils chantent trop en résultet-il du chémage? Vous ne saures rien de tout cela, hommes de l'avenir Vous pourrex voir, entendre, penser en toute liberté, le soir je m’éloignais des habitants de Ia ville, pu me faire, leur orgueil, leurs disputes? disaient-ils. —= Je sais, C'est ainsi (Qu'auraient r « Cet honnenr, cette place sont A mi ‘Mais dans les champs Un espoir, comme une herbe fraiche, aprés la pl reprenait vic. it n’était pas loin, On pouyait Papercevoir , Comme une mer bienheureuse, aux arbres pareils & des navires, Entourés de 'écume des nuages, Us se tenaient la immobiles, ces arbres, et cependant : Ils voyageaient & travers lex saisoms et les orages innombrables, re était en cux : délivrés des sens i (Qui ne sont qu'une conséquence de la marche odorat, onic, Nom, les arbres avaient mieux que cela : ils étaient mélis & Vargile Et au ciel: comme un sens plus vaste comprenant tous les sens, Crest la prés de ces arbres que je voyais venir . rs moi un autre forét celle des foules heureuses de l'avenir, dd ce temps sombre aura disparu. Et tous Ics hommes Et lears pensées, leurs joies, serant comme des vases communicants, IHEURE DE L'ESPRIT Notre attente a-t-elle done été vaine? Ah, certes Nous eumes peur tous les deux. Nous regardions ‘Comme du bord d'un précipice cus grandes foules Savancant comme des orages vers nous. Mais tout prés, Seus nos yeux mémes une vie nouvelle naissait. Nom, cen’ plus ailleurs dans des pays dent on He parle Qu'en réve. Mais Hi tout prés. Une vie nouvelle, Comme une parole d'amour, s1 Serons-nous bientdt délivrés de nos cing sens Comme one main retirée des cing doigts d'un gant? Non. Ni le toucher, ni Ls vue, ni louie, Au dela de tout cela Comme la musique qui n'est ni instrument, touche celui-ci. la main qui Plus de jours pénibles dorénavant, Plus de travaux Paits dans la détresse, Tout homme Accomplira joyeusement sa tiche. Et le soir MN rentrera, comme un soleil c: Quill ne reste donc nulle trace de ces ‘amertume, d'épouvante, Non qui © trace de ces anges déchus, Ni les sees Of Ia beauté cédait la Place 4 la cruaut sitcles: nos bouches, prenait forme. ‘alme, dans l'ombre de son sommeil. ils i its Ctouffantes Mi les livres pareils & ces nuits étou ; . = eae nul éclair ne transfigurent le monde. ae manuels d'étiquette: le smocking & quatre heures, z pou les diners, les décorations, les visnges sonores. es it les salles des fétes et les restaurants comme des plag Vastes, ensolcillées. Et les stations alpines ce Er les vitrines cles bijoutiers. semblables aus Des agences de voyages... Mais Chomme, "homme Meurisi affamé, les chairs déchirées par les chaines Ft mille angoisses autour comme des Inces, aves ‘Ah. quil ne reste donc nulle trace de ces sidcles, Et de ces mots sans ciels comme des vitres noires, ne fois eneore esprit des hommes ; oh poke lumineux sur fa terre, Une fos encore Litomme comme un diew bienfaisant s'avancera parmi hommes et les chases ; Et partout régnera Vamour, Ia poésie Le chanteur, Partisan, homme qui sait guérir Et celui qui connait Ie sccret des racines ; Et homme de science et le découvreur de Leese ‘ Et celui qui apporte un reméde nouveau, une parole fraiche, Tous, tous seront 4 Mhonneur. D'une voix amicale Automne et été annonceront leurs fruits. Ex V'hiver, le printemps de vastes réj pe Brilleront parmi les feux des neiges, ou des Non, Elle n’n pas été vaine notre attente. Une foule Accucillante, libre, s'avnnee vers nous, Et tout s'accomplit Dans la joie, Et cette certitude d'une humanité noble Remplit de chants, comme un ‘coquillage, la voix du potte. Lignes de vite et de mort FAL ETE TOUT CELA : «paroles duquel le blé pousse; et Tinventeur, Et le pobte, ct le men Mais vous tous Etes-vous les amis que j/attendais? Et vos yeux Réapparaissent-ils comme ces coquillages Iumineux lorsque la mer se retire? Je ne vois que vos pas. Je ne vois vos visages, Ni vos membres trop maigres pour ces manches de téntbres Ces traces dans le sable, cette vie abandonnée Comme la peau d'un serpent, au del de vos personnes. Mais suis-je seul vraiment? Lille de toutes parts entourée d'eau Nestelle par en dessous reliée & kn terre? Ces liens invisibles qui me rattachent 4 vous Méme si V'air ne retient plus empreinte de ves visages, Est-ce une glace embuce? Ou n’étes-vous que mon souifle Comme Ia forme du verre n'est que le soullle du verrier? C'st um pays étrange dont jignore les coutumes, Les plantes ont I Woiseaux préts 4 s'envoler. ‘O! Je n'ai pas le temps — finirai-je au moins ce poéme, ‘Ou bien tout 4 Vheure je serai comme vous Ce nuage qui fond et doute de Ini-méme Ma voix qui m'abandonne avant Uavoir dit tout. Mais il y a quelque part encore une douce auhe D'avril, ct des villes plus blewes dans le marbre, Et ces. tait res venues des villages avec leurs robes Claires, qui ont un aréme de printemps et darbres. Me souvenir encor. Laisser encor ces larmes De tendresse, couvrir de leurs voiles mes veux, Si je ne puis vous voir ne sontce pas les larmes Vos visages, en moi, qui montent {i mes yeun? On vous reconnaitra dans cette nuit fimpide Comme lombre des cerls évanouis dans Tair, Et telles des racines avangant dans le vide Les mots ne tronveront aucun de leur sens d Yous — ombres. Et moi aussi — une ombre. Quelle chasse Etrange, quels rochers, quelle limite enfin, Notre lévre saura encor le mot de passe Qui nous ouvre ce monde, commencement ow fin? Oui, je fas tout cel. Et vous aussi vous fies Tout cela. Sommes-nous des morts ow des vivants? Et telle une chanson sur les trous dune fidte Ma main trouve une Porte ct Vouvre doucement, LHEUREUX AUTREFOIS iro paumnies Comment me reconnaitres-vous? Tous ces miroirs les P ‘jeux, 1 ae a ces blancheur's de femmes sur les plages, oe faces vers le Nord et vos rey ards silencieux, eed Pas t bien au deka de moi, au dela de tout comme les Passan dies aveugles, i tis le dire ‘ nntimes des jours heur ie pu 5 lease apportaicnt au marché Taube claire des Re at ete de terre cuite. Et sur les marches du rire a montaient joyeux vers ka cité crépusculaire. -posai ien A nite Au loin reposait la mer comme un chien & 2a Les monts dans un essaim vaporeux aux sercins presages, i be i le sommeil d'une peau fine gant eee Fatribmtion des heures sur une juste balance. fons et puis ces rencontres ht Ces douces séparations . i chemins nous faisant signe aux alentours Ene villes, ‘i ions libres de partir oh! mes amis, et mitre gonflait les signaux des gares, Nous le sang Jouet de cette bouche de neige. Désertées Loe Vide le vin de Septembre de ce désir de solei Ex le réve au fond de notre dige comme une elé Qui n'ouvrira plus les minuscufes cadenas des groseilles, My a encore autre chose au moni ie , le? Ab! je sais les hai Et tes guerres et les visages sulfates comme des. Mpa pete Et nul i ou Lit pour sentir Mhaleine uce des framboises qui fleurissent dans ce pote Boece i «cil, dune main que toutes ces feuilles tomhent? es ie : pase qui s'enchevétrent et que Ia tempéte va mener au ‘Que ves mes, oh! mes amis, sai é i! is, sient les pelletées de cette t Et mes paroles — ces fendires qu'ouvriront les orages, “ae AU FOND DE MES YEUX Voici ma voix encore 4 travers le grillage De mes os, de ma chair comme une flamme prévue Qui bientét s'en ira telle une colombe sauvage, Elle est déja si loin qu'on doute de Vavoir vue; Cait pourtant ma voix qui battait dans vos mains Comme une veine trop pleine du sang d'une parele. Navires, ces nuages gonflant le cocur du pain, Ces neiges, ces hivers qui vers d'autres terres volent. Trés loin un jardin citadin avec des allées Claires, et le sable sur fequel marchaient ‘Ces petits employés suaves parmi les plantes gaics Un si aimable sourire, sur leurs levres, comme un archet. ‘Quelques vieux murs; une cour pleine de fantémes. Le printemps a de la peine 4 s'y faire une place. Une joie si calme, si pauivre, Et tout est comme ‘Si cela se passait non pas ici, mais ailleurs; sans traces. Chacun peut apercevoir le ciel comme une gravure Avec une plage trés bleue ot des excursionnistes, A Vétage ume jeune fille fait des gammes au piano. Et des figures Modestes, touchant 4 peine Yair comme une chanson triste. Que pouvais-je encore voir? Des champs Sans fin oft le blé incline ane tée blonde Ces routes qui s'éveillent dans ma voix oii le chant Tombé comme wn caillou, fait des cereles, des ondes, Comment saures-vous que ce fut moi et non Pas toutes ces autres Choses qui ant parlé par ma bouche quand je vous dis adieu? ‘ici ces aspects humbles, ces souflrances : les ndtres; Une Heur arrachée : mon regard. Vous seuls au fond de mes yeux, SANS CONNAISSANCE Si de plus haut, puisque le vent est sams parures Qn reconnait les villes avec leur odeur d’hommes, Ces voix couvertes d'eaux plus tristes, ces figures (Qui prennent part 4 nos souflrances, la of nous sommes, Est-ce janvier? Est-ce juin? Tout cela est loin. Le passé Ne peut plus rien. Qui me dira que signifient (Ces mots? Peut-on encore se souvenir? A ces Figures transparentes il faut que l'on se fie. Ne dirait-on pas des montagnes? Ou des centaures Si calmes, si bienveillants se laissant caresser. js semblent lourds, ils planent si légers dans laurore, Heureux et bleus et trés bons, C'est ainsi qu’ils naissaient. ‘Om peut passer & travers eux sans qu’om sen doute. Sont-ils faits d’espace? Mais tant leur unité est pariaite, ‘Que rien ne les rompt. Dans la chambre ou sous la voiite Céleste, sans bruit autour de nous. Comme 4 cette Heure entre la nuit et fe jour quand les restes des neiges Sont tous ces os que les morts ont perdu; ow ces grai Dot: les regards feront pousser d'autres yeux, Mais wai-je Plus mes yeux? A quoi bon? Et ces routes qui ne ménent Nulle part, pourquoi les a-t-um tracées? A quatre Heures, faurais pris un thé j'aurais pensé i demain, Mais il n'y a ples ni beures ni demain. Pour battre Le cour n'a plus de raison, Plus de lignes dans mes mains. Crest une soirée douce avec une pluie mince Et des noms trés rares — jonchaies — dans la mémoire. ‘C'est un autre 4 ma place qui se rappelle. Prince? Ouvrier? Et ces oranges pures dans une gare, et plus pure Ia voix qui les annonce. ya Tusine électrique, les lieu vagues, ites, les bureaux, les casernes, On se Hite. Vers quelle nuit roulent ces humaines vagues? Nous approchons de la mer, des huminewx rivages Dot chacun peut yoir le lever des soleils, des iles, ‘Toutes ces voix d'enfants arrétant les naulrages Le vent les fait venir avec d'autres pariums, des villes. Que faire encore? Autour une nouvelle tristesse Comme une ¢criture inconnue, tout 4 coup sur une page. ‘On joue 4 colin-maillard : « Ferme les yeux. Qui est-ce? Devine. » Et c'est la mort qui couvre ton visage. Ic] OU AILLEURS Ii arrive parfois, seul, triste, un étranger. wrréte et l'on écoute ses récits doux, Pleins d'herbes. Tl demande Vous ai-je dérangés? » I voudrait repartir, mais il ne sait plos oi, Dans ses oreilles bruit la mer — des coquillages? ‘Sen front, ses yeux trop grands pour ce bas horizon, Une raison encor de partir, Ses voyages Sent fi devant lui pleins d'océans, de monts, On laisse ainsi tout doucement le soir descendre Qui mélange les figures, les mains, les voix, Devenus presque esprits... Lime pourra comprendre Mieux — tel le toucher des aveugles — cette fois, LE REGARD QUI S'EFFACE Méme seul dénud de voix et de visage, Jeflleure loin de vous, vos traits vas souvenirs, Sans vie, je suis semblable au coquillage Oi te doux bruit des mers est proche de mourir. Je me répands parfois tel un cri dans lespace Ces vagues, ces oiseaux comme un reflet du vent Lagrafe qui maintient toutes ces brumes lasses Et of be s‘attarde — un secret battement, Je vois cex arbres yiewx ces figures si claires Tout au fond du matin — caresses — n'en sont-ils Que des souffles? Jadis au-dessus de Ia terre Cette couleur brillait — larme — parmi mes cils Les routes, il vaut mieux par Ei qu'on les oubli Si nous fumes ailleurs tous les cieux ont changé Que ce soit dans la mort, que ce soit dans In vie, On croit que Yon revient mais l'on est étranger. ‘Les heures, les parfums, dang les leurs, dans les montres: écembre sontils les mémes qu’en juillet? Dans ce sommeil of nos deux formes se rencontrent Mots qui touchent plus purs les ltvres du muct, Ti reste tout autour ces réves pris aux pitges, Ces objets qui oublient doucement nos contow Sans traces; ces fumees dissoutes; et ces neiges. ‘On n’en saura plus rien quand il fera grand jour. Une etoile tout prés et trés loin une étoile, Et cet appel plus fort et moins fort quelque part, Comment se rappeler? D'abord clairs, puis piles, Nal souvenir de cet immatériel départ. Fumes-nous entourés darbres ou de munges? Notre main les touchait mais étaient-ils vivants? Le monde fut plus prés de nous que nos visages De nous-mémes ainsi nous fumes plus distants. MEME SI ON M'EVEILLE Attendre que le chant revienne & Voreille Que redonne, le jour, 4 ce réve un contour Méconnaissable et seal, méme si Ton méveille Jo suis un autre, Nul ne vient & mon secours. Que saisje donc de vous, de vos pleurs, de vos danses? Comme si je pouvais, vous voir encore mieux Si mes yeux ne sont plus pour tracer les distances Pourquoi vous tenes-vous si proches de mes yeux? ‘Que I dans la plus grande blancheur se montre, Null ne sait si la neige a jamais eu un poids, Ce blanc vol froid d’écume est semblable & la montre = Ul a’y reste du temps nul signe d'autrefois, Venez plus loin : Ia mer fait scintiller ses armes. Je vous vois mais ne peux plus mélanger nos sorts, Le vent m’apporte un peu de vos voix, de vos larntes, Ces barques qui jamais ne retrouvent le port. Dans cet Gge nouveau comme dans l'autre Age Llun A Fautre serrés sur ta jetée, mais Etrangers, inconous, l'un a Vautre, visages Dont Ja neige et le vent font dissoudre les traits. Dois-je rouvrir les yeux? En ouveant la fenétre Fi en laissant le ciel innonder lex miroirs En sont-its plos profonds? Non pas. Parmi ces étres Silencieux, accueillants comme de vastes miroirs. LIGNES DE VIE ET DE MORT ‘Ta main disparaissait mais il restait les lignes De ti main dans les airs, qu'on pouvait encor voir Je les regardais sans le moindre signe, Un geste les aurait mites dams Je soir, Sarréteront-elles dans mes yeux, merveilleuses Ou vont-elles ainsi rencontrer un destin? Quand om a regardé la trace lumineuse Du soleil, ces blancheurs que Voril fermé n'éteint, (Ou ces mousses : oiseaux ou cendres d'un naulrage; (Ces croissances qui vont vers les plantes; ou ces Rires, ou ces larmes, séparés d'un visage Ce bruit doux, quelque part, d'herbes qui vont pousser, Tl me restera done, comme dans une glace Nulle empreinte de ces images qui ont fuit. Un peu d'écume pour reconnaitre In place, Meéme pas, de ce qui fut jour limpide ou mut, Ce pas que lon entend fut-il une fois nétre? Saurais voulu parti n'y avait plus de moi, Ce désir de partir est resté seul. Un autre Subira ce désir et partira pour moi, Deviendrent-clbes des mots, en touchant les levres Ces lignes de tes mains? Seront-elles encor Pour calmer ces tempes, ces joues en févres, Ces oiseaux séparés de leurs vols, de leurs corps? PAL ETE PARMI VOUS MAIS PEUT-ETRE EN DORMANT Wai €té vivant comme vous, mes amis, et dans les jardins Tristes, provinciaux, j'ai fait de longwes confidences ussi errant qui désire un toit familier Ee qui n'a pour vétements que la Iumiére et la pluie. O! Etre votre compagnon, vous reconnaitre Une fois encore. Ma vue pleine des choses de ce monde Comme une cau trés poissonneuse, Et ce regard du mourant Bu par le visage, comme une rivitre qui séche. De ce promontoire on apercoit la mer, ‘Comme une fenétre éclairée doucement Derriére laquelle, trés tard, dans une nuit dhiver Le pote cherche une aurote nouvelle parmi ses manuscrits. Mais cette transfusion lente vers limmobilité, vers la mort Ces vases communicants — la vie et la mort — dont je prends conscience, Cette source qui est en nous dés notre naissance Et qui ne jaillit qu'au moment méme de notre mort, Nous fera-t-elle enfin tout savoir? Ces couleurs, Ec ce grand jour, sans aube, dont on s'approche. Le visage est ici mais son contour est ailleurs On peut s‘en éloigner, on reste toujours proche. ‘Tout cela appartient & un autre temps, of mes amis! Et cette porte of Ton frappe. Et quand on louvre n'apparait personne, O! Comme jaurais voulu Reconnnitre celui qui était la sur le seuil, Sans figure et sans voix. Car jétais vivant comme vous. Mais aujourd'hui je suis celaith mame Que vos yeux cherchent en vain, Dans les téndbres, par les portes, béantes. Entouré do grandes caux comme des chiens invisibles Dont on entend tout prés le souffle qui haléte. LA POESIE COMMUNE ACHEVE D'IMPRIMER LE § AVRIL 1936 SUR LES PRESSES G.L.M. 6 RUE HUYGHENS A Eri TIRE A 225 EXEMPLAIRES SOIT 25 SUR NORMANDY VELLUM NUMEROTES DEIA2§ 200 sur vilIN NUMEROTES DE 26 a 225 1. A Eré Tink #N PLUS QUELQUES EXEM PLAIRES HORS COMMERCE MARQUES H.C. EXEMPLAIRE NUMERO 214 COPYRIGHT BY EOITIONS GL, 1936 TOUS DROITS RiséavEs POUR Tows Pays G, L. M. 6° Rue uuycuEns * Panis + 14 e PAUL -ELUARD france. 1 alle 12 ‘photographies de MAN RA Y of ANDRE BRETON au lavoir noir avec une fenétre de Marcel Duchamp 65f GUY LEVIS- MANO jean et jean 12f MAN aa revolving doors 10 planches 200f THERESE AUBRAY derriére la nuit raf RENE LAPORTE la journée du huit mars ot e

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