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L’auteur qui dit « je » se pousse au premier plan et intervient

de façon à garder sur ces récits une sorte de contrôle
psychologique et morale. Avec lui, il amène toute une suite de
personnages, hommes et femmes, dans la bouche de qui il
place et ses contes et ses réflexions sur les contes. P.237
Marguerite adopte avec Boccace la division en journées, assez
souple pour permettre de varier les récits, assez précise pour
les contenir dans de certaines limites.
Trop d’histoires peut-être ; mais pas d’histoires incroyables, les
histoires de brigands étant de toutes les plus croyables.
Les devisant une fois réunis à Sarrance par les bons soins de la
narratrice, il faut s’occuper d’eux. Les sauver de l’ennui. Leur
faire passer le temps. Et nous atteignons ici la dernière des
vraisemblances créées par M. de Navarre. Mais ce n’est plus
de la vraisemblance. C’est de la vérité psychologique…Elle sait
que pour faire un jeu de société plaisant, il faut des hommes et
des femmes.
Sur le thème de la princesse mariée contre son gré, sur celui
de l’héritière contrainte par son Roi d’épouser un homme
qu’elle n’aime pas et renoncer à un homme qu’elle aime –
Marguerite n’avait que trop de souvenirs à exploiter.
Il faut voir aussi que la Renaissance se mit avec passion à
l’étude des « cas » individuels – des êtres humains saisis dans
leur personnalité, et non plus dans leur généralité.
Plus ou moins disons qu’ils avaient dans l’idée d’ouvrir sur leur
temps ce que nous appellerions une enquête psychologique et
morale. De poser, et de discuter, des cas de conscience actuels.
Non point entre docteurs – mais entre gens du monde.
Gens du monde, hommes et femmes : entre eux l’amour, la
grande affaire de toujours.
Si le soi venu, elle aimait déposer son lourd manteau de
princesse, abdiquer ses soucis de diplomate et de gouvernante,
se prosterner aux pieds du créateur et gouter dans la paix de

les revirements de situation sont choquants : Le brusque revirement d’un soupirant longtemps respectueux. 282 Dans l’H. observait. pour payer son écot. qui. chacun d’eux attirant. d’Héro et de Léandre unis dans la possession. nous avons des discussions placides. bonasse. honnête et scrupuleux. calculait les réactions des hommes et des femmes. On comprend non moins ce qui. Et les singuliers rapports de l’amour et du mariage. sur les maux que . ne dogmatise jamais théologiquement. les Grecs et les Romains. M.l’oratoire les joies du pur amour – tout la journée elle regardait. Pour conclure souvent les histoires du meurtre. M. en toute sérénité la bénédiction de Dieu sur le récit « gaulois » qu’il doit fournir le soir. les moralistes catholiques ou les théologiens protestants. de prime abord. par le destin ou par la mort. ne voit pas les hommes à travers les livres et les textes.282 Car toute journée de contes. désabusé. d’une main savante. se rue au viol comme un forcené. pour ses devisants. Elle promène sur le monde tel qu’il lui apparaît un regard clair. Dans la Xème nouvelle. un peu niaise. de ces contes dont un amour souvent illégitime. choque si vivement tant de modernes lecteurs de l’Heptaméron : cette surprenante mixture d’amour profane et de dévotion exaltée qu’au seuil de chaque journée la vieille dame Oysille prépare. Pas plus qu’elle ne disserte et n’étale son savoir. P. Le piment du plaisir d’amour : l’antiquité qui n’a point chanté le renoncement volontaire de l’amant à l’amante – mais la séparation cruelle. Ni indulgence aveugle. la violence. dont témoigne tout au long un récit qui nous arrête. tout à coup. l’adultère et cet excès pareils font toute la substance – toute journée s’ouvre non seulement par une messe à l’intention des conteurs. ni sévérité fanatique. la tromperie.

la confidence. suivent avec recueillement les pieux exercices à quoi les convie dame Oysille . explique d’une voix nigaude le tendre évêque de Séez. Ces hommes ne peuvent. et les forts que les faibles. sans sourciller. Refouler. Il leur faut un appui humain. Se taire. . ces dévots qui n’auraient garde de manquer la messe ou les vêpres – ce sont les mêmes qui. chaque matin. ni rien savoir. représentent le viol comme une nécessité à quoi les contraint la sotte obstination (heureusement assez rare) de quelques femmes têtues et bornées qui ne veulent rien comprendre. ce petit dieu qui prend son plaisir à tourmenter autant les princes que les pauvres. un conseil : la parole.cause l’amour : ce petit dieu. la confession si l’on veut. Ces hommes qui. Le silence et le secret les étouffent littéralement. Dissimuler.