I
© Les Presses de l’École des mines 2008
60, boulevard Saint-Michel - 75272 Paris Cedex 06 - France
email : presses@ensmp.fr
http://www.ensmp.fr/Presses
ISBN : 978-2-911762-83-3
Dépôt légal : 2008
Achevé d’imprimer en 2008 (Paris)
Tous droits de reproduction, de traduction, d’adaptation et d’exécution réservés pour tous les pays
II
François Cauneau
III
COLLECTION
Les cours de l’École des mines de Paris
Dans la même collection
Abrégé de thermodynamique,
Daniel Fargue
Systèmes énergétiques,
Renaud Gicquel
Cours d’automatique,
Brigitte d’Andréa-Novel, Michel Cohen de Lara
IV
Remerciements
V
Avertissement au lecteur
AVERTISSEMENT AU LECTEUR
VII
I
GÉNÉRALITÉS
SUR LE COMPORTEMENT DES FLUIDES
A. LE FLUIDE AU REPOS
1. VARIABLES ET UNITÉS
2. MODÈLES DE COMPORTEMENT
3. FORCES S'EXERÇANT SUR UN MILIEU FLUIDE
B. LE FLUIDE EN MOUVEMENT
1. LE FLUIDE PARFAIT
2. PARTICULARITES DES ECOULEMENTS REELS
1) Viscosité
2) Turbulence
3) Cavitation
4) Décollements de veine
C. RANDEURS CINÉMATIQUES
1. VITESSE
1) Trajectoires
2) Lignes de courant
3) Écoulement permanent
4) débit à travers une surface
2. ACCÉLÉRATION
1) Définition
2) Exemple
3) Généralisation
A. LE FLUIDE AU REPOS
1. VARIABLES ET UNITÉS
Du point de vue thermodynamique, un fluide est un milieu matériel homogène
dont l'état est défini par deux variables indépendantes qui peuvent être choisies, par
exemple, parmi trois grandeurs physiques intuitives : la température, le volume
massique et la pression.
La température s'exprime en degrés et sa valeur dépend des échelles utilisées.
Celles préconisées par les normes internationales sont l'échelle Celsius (°C) et
l'échelle Kelvin (K), reliées par
T (K) = t (°C) + 273,15
Les différences de température s'expriment en Kelvins (K).
Le volume massique s'exprime en mètres cubes par kilogramme. A cette notion
chère aux thermodynamiciens, les mécaniciens des fluides préfèrent celle de masse
volumique ρ qui s'exprime en kilogrammes par mètre cube (kg/m3).
La pression (p) s'exprime en pascals (Pa), mais c'est une unité très petite, qui ne
s'utilise que dans les calculs en raison de son appartenance au système international
(SI). Dans la pratique courante, on utilise des multiples tels que :
- l'hectopascal (hPa) pour les faibles différences de pression,
- le bar (bar), qui vaut 105 Pa, pour les pressions industrielles courantes.
Puisqu'il n'y a que deux variables, les trois grandeurs ci-dessus sont reliées par ce
que l'on appelle improprement l'équation d'état qui s'écrit symboliquement :
f (p, ρ, T) = 0
Bien entendu, un système à deux variables n'est pas forcément un fluide. Ce qui
caractérise un fluide, c'est la propriété décrite ci-après.
Une petite surface dS au sein d'un milieu matériel sépare localement le milieu en
deux zones 1 et 2 ; les particules de la zone 2 exercent sur celles de la zone 1 des
actions qui induisent, sur la surface dS, une force T.dn. De même, les particules 1
exercent sur les particules 2 une force égale et opposée, en vertu du principe de
l'égalité de l'action et de la réaction.
T s'appelle la contrainte au point M, centre de dS. Elle s'exprime en pascals (Pa).
La valeur de cette contrainte, ainsi que son orientation, dépendent de la nature du
milieu et des conditions locales. Dans un fluide au repos, la contrainte présente trois
particularités :
1/ Elle est normale à la surface dS. Il
n'y a pas de force de cisaillement et ceci
explique que le milieu se déforme 2
facilement, ce qui correspond à la notion
intuitive de fluidité. M
2/ C'est une compression ; les fluides ne 1
peuvent pas « travailler » en traction. Avec dS
les conventions de signe habituelles de la
géométrie des surfaces, les normales sont
orientées vers l'extérieur ; un milieu est
soumis sur une surface extérieure dS à une -p n dS
force – p.n.dS, p étant la pression.
3/ La valeur de p est indépendante de l'orientation de la normale n. On dit que
le tenseur des contraintes est sphérique ou isotrope.
2. MODÈLES DE COMPORTEMENT
Lorsqu'on modifie la pression d'un fluide, sa masse volumique en est affectée,
dans une mesure plus ou moins grande suivant la nature du fluide. Cette variation est
traduite par la loi de comportement, c'est-à-dire en définitive par l'équation d'état.
Les liquides sont très peu sensibles aux variations de pression, et leur
comportement est en général bien décrit par le modèle incompressible ρ = cte.
Les gaz sont au contraire très sensibles aux variations de pression. En outre, leur
comportement dépend de l'environnement thermique. Deux modèles extrêmes sont
envisagés :
1/ Le modèle isotherme, dans lequel le contact du fluide avec son
environnement est supposé parfait ; alors le gaz reste à une température constante.
2/ Le modèle adiabatique, qui suppose au contraire que le gaz n'échange aucune
chaleur avec l'extérieur.
Par exemple, pour le « gaz parfait » de la thermodynamique, les lois de
comportement s'écrivent respectivement
γ
p/ρ = cte p/ρ = cte
La distinction compressible / incompressible ne coïncide pas exactement avec la
distinction liquide / gaz. Certains phénomènes en milieu liquide ne s'expliquent pas
avec le modèle incompressible ; c'est le cas de la propagation des ondes (ce que l'on
appelle vulgairement « les coups de bélier »). En fait, aucun fluide n'est
rigoureusement incompressible, mais si la variation relative de masse volumique est
faible, on peut la considérer proportionnelle à la surpression ; c'est le modèle
faiblement compressible :
∆ρ / ρ = ∆p / C
C est le module de compressibilité ; il est homogène à une pression. Pour l'eau à
la température ambiante, il vaut 20 000 bar. Ainsi, pour une surpression de 100 bar,
l'augmentation relative de masse volumique (ou la diminution relative de volume)
n'est que de 0,5 %.
En sens inverse, il n'est pas nécessaire d'avoir recours au modèle compressible si
l'on sait par avance (par la nature du problème traité) que les variations de pression
seront faibles. Alors, le modèle incompressible est suffisant : c'est le cas des
problèmes de traitement de l'air tel que la ventilation, la climatisation, etc.
Autre cas particulier : Liquide pesant soumis à une force centrifuge.— C'est
le cas si un récipient et le liquide qu'il contient tournent en bloc autour d'un axe
vertical. Par rapport à un système d'axes lié au récipient, le liquide est au repos et la
loi hydrostatique s'applique, mais le vecteur F a deux composantes :
sur Oz Fz = – g
sur le rayon r Fr = ω²r
La loi hydrostatique s'écrit
∂p
=− g
∂z
∂p 2
= r
∂r
2 r 2
p=− g z Cte
2
1. LE FLUIDE PARFAIT
Dans un fluide en mouvement, les forces s'exerçant sur une petite surface dS ne
sont généralement plus normales à cette surface ; elles varient en outre suivant son
orientation. On désigne par fluide parfait un milieu idéal qui, même dans son
mouvement le plus général, possède les propriétés suivantes :
- la force sur une petite surface dS est normale à dS et c'est une compression,
- sa grandeur p est indépendante de l'orientation de dS,
- sa valeur est donnée par les lois de la thermodynamique, c'est à dire que p
vérifie ce que l'on appelle l'équation d'état, symbolisée par f (p,ρ,T) = 0.
Bien entendu, la loi hydrostatique ne s'applique plus car il faut tenir compte des
effets d'accélération. Ce point sera précisé ultérieurement.
Aucun milieu ne répond strictement à ces critères ; le fluide parfait n'est qu'un
modèle, néanmoins précieux :
- d'abord parce que, dans bien des cas, l'approximation du fluide parfait donne
des résultats suffisamment proches de la réalité ; ceci est en particulier le cas pour les
fluides dits usuels, tel que l'air et l'eau,
- ensuite parce que l'étude du fluide parfait est une première étape qui peut être
complétée par des termes correctifs, obtenus généralement par voie empirique par
comparaison avec des situations similaires.
- de plus, pour les fluides usuels, le modèle du fluide parfait donne des résultats
suffisants dès lors que l'on considère des écoulements en dehors du voisinage des
parois matérielles, comme nous allons le voir ci-après.
0,99V0
v COUCHE
δ LIMITE
O x
Dans une tranche située en aval de O, la vitesse est nulle à la paroi : la viscosité
a pour effet d'« accrocher » le fluide à la paroi. La vitesse v est une fonction de x, et
de la dimension perpendiculaire y. Pour y = 0, la vitesse est nulle ; pour y tendant
vers l'infini, v tend vers V0. Ceci traduit le fait que, plus on s'éloigne de la paroi,
moins son action se fait sentir.
Une convention (parmi d'autres) consiste à privilégier les points pour lesquels
v = 0,99 V0. Ils délimitent un volume appelé couche limite. Dans le reste du
domaine, la vitesse est quasi uniforme (à 1% près) et le fluide s'y comporte comme
un fluide parfait ; c'est la zone appelée fluide sain.
Le ralentissement du fluide dans la couche limite est lié aux gradients de vitesse
qui s'y développent (un peu comme un jeu de cartes que l'on ferait glisser les unes
par rapport aux autres, mais la comparaison s'arrête là, le frottement solide étant de
nature différente). Le gradient ∂ v/ ∂y est maximal à la paroi (x = 0).
Un élément dS de cette paroi exerce sur le fluide une force retardatrice dT et on
pose
∂v
dT=−
∂ y y=0
Comme le comportement d'un fluide dépend de diverses forces, dont les forces
d'inertie, le calcul fait souvent apparaître un autre coefficient, appelé viscosité
cinématique :
=
L'unité SI n'a pas de nom particulier. Au point de vue dimensionnel, elle est
homogène à des mètres carrés par seconde.
2) Turbulence
Ce phénomène est mis en évidence par l'expérience de Reynolds. Sur l'axe d'un
tube parcouru par un fluide, on injecte un colorant. Aux faibles vitesses du fluide, les
gouttes de colorant s'alignent sur l'axe du tube comme on pouvait s'y attendre : les
vecteurs vitesse du fluide sont parallèles aux génératrices du tube. On dit que
l'écoulement est laminaire.
Aux vitesses plus importantes, les gouttes de colorant s'éparpillent puis
emplissent progressivement toute la section droite du tube. C'est donc que la vitesse
du fluide a des composantes transversales qui entraînent le colorant dans le sens
radial.
3) Cavitation
Ce phénomène ne concerne que les liquides. Au cours du mouvement, la pression
en chaque point varie avec la vitesse. Il se peut qu'elle tombe au-dessous de la
pression de vapeur saturante (par exemple 0,02 bar pour l'eau à 20°C). Alors, des
bulles de vapeur apparaissent au sein du liquide. Cette ébullition entraîne deux
conséquences :
4) Décollements de veine
Quand un courant fluide
rencontre un obstacle, plusieurs .
M
v
éventualités peuvent se produire.
Pour simplifier, prenons l'exemple A B
d'un corps symétrique, l'axe de
symétrie étant parallèle au courant.
Les filets se répartissent autour de
.
l'obstacle, sauf le filet central qui
frappe l'obstacle au « point
d'arrêt » A. Une parcelle située en M
au voisinage de la paroi est soumise
à deux types d'action :
1/ La viscosité, qui tend à lui faire longer à la paroi.
2/ Son inertie qui tend à la faire continuer sur sa lancée.
Si la vitesse est faible, les forces de viscosité l'emportent ; les filets contournent
l'obstacle au plus près et se rassemblent au « point de confluence » B.
Dans le cas contraire, les filets se décollent de la paroi ; il se forme derrière
l'obstacle une zone appelée sillage où les mouvements sont très désordonnés. C'est
une cause importante de dissipation d'énergie.
C. GRANDEURS CINÉMATIQUES
1. VITESSE
1) Trajectoires
Une trajectoire est l'ensemble des points occupés successivement par une même
« parcelle » fluide. On sait que la matière est constituée de particules élémentaires
(molécules, atomes) dont l'étude individuelle serait impossible. Une parcelle contient
un nombre suffisant de particules pour que l'on puisse raisonner sur des valeurs
moyennes. Elle est suffisamment petite pour que les méthodes du calcul infinitésimal
soient justifiées.
Pour fixer les idées, un micron cube de l'air qui nous entoure renferme 25
millions de molécules.
La parcelle qui passe à l'instant t au
point M de coordonnées (x,y,z) a une
vitesse V dont les coordonnées sont
∂x ∂y ∂z
v x= v = v =
∂ t y ∂t z ∂t
2) Lignes de courant
Une ligne de courant à l'instant t est
une courbe tangente à l'instant t au vecteur
vitesse en chacun de ses points. Dans le
cas général, les lignes de courant sont
différentes des trajectoires.
Exemple emprunté à la mécanique :
Quand une automobile roule sur une
route, un point M situé à la périphérie du
pneu décrit au cours du temps une courbe
appelée cycloïde (à la déformation près
du pneu) : c'est une trajectoire (T).
A t donné, le point de contact I entre le pneu et la route a une vitesse nulle ; c'est
un centre instantané de rotation. Les lignes de courant (L) sont des cercles centrés
sur I. Mais ceci ne sera plus valable à t + dt.
3) Écoulement permanent
C'est un écoulement dans lequel la vitesse en chaque point est indépendante du
temps. C'est la limite vers laquelle tend tout écoulement si les conditions aux
frontières sont constantes. Les phénomènes mécaniques étant relativement rapides
par rapport à d'autres (thermiques notamment), cette limite est atteinte assez
rapidement, ce qui donne tout son intérêt à l'étude des régimes permanents.
Dans un écoulement permanent, les lignes de courant sont fixes et confondues
avec les trajectoires.
Remarque 1 : On peut s'interroger sur l'intérêt de l'étude des écoulements
permanents, puisque la plupart des écoulements sont turbulents : la fluctuation de la
vitesse en un point semble en contradiction avec la notion même de l'écoulement
permanent. En fait, c'est par rapport à la vitesse moyenne que s'apprécie le critère de
permanence. Par abus de langage, on qualifie de permanent un écoulement turbulent
qui est permanent en moyenne (certains auteurs puristes préfèrent le qualificatif de
« stationnaire »).
Remarque 2 : La permanence d'un écoulement n'est pas une propriété
intrinsèque : elle dépend du référentiel. Considérons par exemple un corps (C) se
déplaçant à une vitesse V par rapport à la terre. Les conditions aux limites sont
v = 0 à l'infini
v = V sur (C)
Comme (C) se déplace, les v=0 V
conditions aux limites C
dépendent du temps et le à l’infini
régime ne peut pas être
permanent. Mais si
l'observateur est lié à (C), les
conditions aux limites V
deviennent
C
v = -V à l'infini
v = 0 sur (C)
et le régime peut devenir permanent puisque la frontière de (C) est fixe.
2. ACCÉLÉRATION
1) Définition
L'accélération d'une parcelle individualisée est la dérivée par rapport au
temps de sa vitesse v , dérivée qui sera notée d v /dt . Cette notation peut
surprendre, sachant que v est fonction de (x,y,z,t). C'est pour bien insister sur le fait
que la dérivée partielle ∂ v / ∂ t , appelée dérivée locale, ne représente pas une
accélération. C'est la dérivée que mesurerait un observateur fixe, mais alors sa
mesure concernerait des parcelles différentes. Pour pouvoir parler d'accélération, il
faut suivre une parcelle dans son déplacement.
A noter que dans un écoulement permanent, la dérivée locale est nulle en tout
point alors que, bien entendu, il existe des accélérations.
2) Exemple
Pour simplifier, considérons un écoulement permanent et rectiligne. La vitesse ne
dépend plus que d'une seule variable x. Une parcelle individualisée occupe les points
M et M' à deux instants voisins t et t + dt. Par définition de la vitesse v, on a
MM' = dx = v dt.
La vitesse v' en M' vaut M dx M’ x
dv dv v v’
vxdx=v dx=v v dt
dx dx
L'accélération de la parcelle est par définition
v −v
= M ' M
dt
2
dv d v /2
=v =
dx dx
L'accélération d'une parcelle est égale au gradient de son énergie cinétique
massique.
Dans le cas d'un régime non permanent, un raisonnement analogue conduit à
∂v ∂v
= v
∂t ∂x
3) Généralisation
Si la parcelle décrit une courbe, l'abscisse x est remplacée par une abscisse
curviligne s. L'accélération a deux composantes :
1/ Une composante γt tangente à la courbe.
2/ Une composante γn portée par la
n
normale principale. γt s
Par un raisonnement analogue au
précédent, on trouve M
∂v ∂v
t= v γn
∂t ∂s