DEBATS

Par ordonnance de l'un des juges d'instruction de ce siège en date du 3 février 2015,
Monsieur François PEROL est renvoyé devant le tribunal correctionnel sous la
prévention :
à Paris, courant 2009 et notamment les 25 février, 26 février 2009 et le 31 juillet
2009, en tout cas sur le territoire national et depuis temps non prescrit, alors qu'il était
chargé, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration publique, au cas
présent en tant que secrétaire général-adjoint à la présidence de la République :
- de formuler des avis sur des contrats conclus par une entreprise privée, en l'espèce de
participer à la définition des modalités d'apports de fonds publics à des établissements
bancaires et de valider ces dispositifs formalisés, en ce qui concerne la Caisse
nationale des caisses d'épargne et la Banque fédérale des banques populaires, dans un
protocole signé le 16 mars 2009 avec le ministre de l'économie et des finances,
- et de proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des
opérations réalisées par une entreprise privée ou de formuler des avis sur de telles
décisions, en l'espèce, de proposer entre le 16 mai 2007 et le 26 février 2009,
directement aux autorités compétentes, la Banque de France et la Commission
bancaire, des décisions et des avis relatifs aux opérations réalisées par les groupes
Caisse nationale des caisses d'épargne et Banque fédérale des banques populaires, c'est
à dire le montant de l'aide financière accordée par l'État dans le cadre de leur plan de
recapitalisation, la structure juridique du futur groupe, les réformes législatives devant
accompagner ce rapprochement, l'origine du futur dirigeant et le délai d'exécution
dans le temps de ce rapprochement, dans le cadre de l'opération de fusion des Caisses
d'épargne (CNCE) et des Banques Populaires (BFBP)
pris une participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises
avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant l'expiration de ses fonctions en ayant
accepté, le 25 février 2009 le poste de directeur général du conseil d'administration de
la Banque Fédérale des Banques populaires, le 26 février 2009 le poste de président du
directoire de la Caisse Nationale des caisses d'épargne et le 31 juillet 2009, le poste de
président du directoire de la BPCE, société anonyme à directoire et conseil de
surveillance issue du rapprochement de la CNCE et de la BFBP, alors qu'il avait quitté
ses fonctions de secrétaire général-adjoint de l'Élysée depuis moins de trois ans,
Faits qualifiés de prise illégale d'intérêts, prévus et réprimés par les articles 432-13 et
432-17 du Code pénal.
Les débats ont été tenus en audience publique.
Audience du 22 juin 2015, à 9 heures.
A l’appel de la cause, le président a constaté la présence de Monsieur François
PEROL.
Monsieur François PEROL a comparu à l’audience assisté de son conseil ; il y a lieu
de statuer contradictoirement à son égard.
*
Le président a procédé à l'appel des parties civiles.
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Au titre de l'action ut singuli, le 27 mai 2015, Monsieur MAJSTER, représenté par
Maître RICHARD et Maître VALEANU, avocats au barreau de Paris, a fait citer la
BPCE et la Caisse d'épargne d'Ile de France ; le 18 juin 2015, le Tribunal a reçu une
lettre de Maître GARAUD, conseil de la BPCE et de la Caisse d'épargne d'Ile de
France, concluant à l'irrecevabilité de l'action du requérant et indiquant que les
sociétés ne se présenteront pas, dont le président a donné lecture.
Maître Richard VALEANU, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur
Nathanaël MAJSTER, partie civile, a été entendu en ses observations.
Maître Pierre CORNUT-GENTILLE, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur
François PEROL, prévenu, a été entendu en ses observations.
*
Le président a procédé à l'appel des témoins.
Le président a constaté l'absence de Monsieur Christian NOYER, témoin de la
défense, et a indiqué qu'il serait auditionné le 25 juin 2015, à 9h.
Le président a donné les dates d'audition aux autres témoins présents et leur a fait
interdiction d'assister aux débats et a demandé au chef d'escorte de bien vouloir veiller
au respect de cette interdiction.
Le président a donné lecture de la lettre de Monsieur Nicolas SARKOZY, cité en
qualité de témoin, et des motifs de son absence.
Le Ministère Public a été entendu en ses réquisitions sur l'absence de Monsieur
Nicolas SARKOZY.
Le président a constaté l'absence de Monsieur Claude GUEANT.
Le président a indiqué aux parties que le Tribunal n'avait été destinataire d'aucun
courrier de sa part.
Le Ministère Public a été entendu en ses réquisitions sur l'absence de Monsieur Claude
GUEANT.
Maître Jérôme KARSENTY, avocat au barreau de Paris, conseil des parties civiles, a
été entendu en ses observations sur l'absence de Monsieur Nicolas SARKOZY.
Le président a constaté qu'il n'y avait pas d'observations des autres parties.
Le Tribunal s'est retiré pour délibérer lors d'une suspension d'audience.
Après en avoir délibéré lors de cette suspension, le Tribunal a laissé à Monsieur
Claude GUEANT la possibilité de se présenter devant le tribunal le jeudi 25 juin 2015
à 11h, et a indiqué qu'il se prononcerait le cas échéant, à ce moment, sur les
réquisitions du Ministère Public.
Le Tribunal a indiqué que pour le surplus, les débats se poursuivaient ;
*
Le président a informé Monsieur François PEROL de son droit, au cours des débats,
de faire des déclarations, de répondre aux questions qui lui sont posées ou de se taire,
conformément aux dispositions de l'article 406 du Code de procédure pénale.
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Mention de cette notification a été faite dans les notes d'audience.
Le président a procédé à l'interrogatoire d'identité de Monsieur François PEROL.
Le président a donné lecture de la prévention.
Le président a rappelé les faits dans un rapport préliminaire.
Le président a instruit l’affaire et interrogé le prévenu présent sur les faits.
Monsieur François PEROL a été entendu en ses déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 22 juin 2015 à 14h30.
Audience du 22 juin 2015, à 14h30.
Le président a donné lecture de la télécopie de Monsieur Claude GUEANT.
Le président a indiqué que Monsieur Claude GUEANT serait entendu en qualité de
témoin à l'audience du 25 juin 2015 à partir de 11h.
L'interrogatoire de Monsieur François PEROL s'est poursuivi et il a été entendu en ses
déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 24 juin 2015 à 09h00.
Audience du 24 juin 2015, à 9 heures.
L'interrogatoire de Monsieur François PEROL s'est poursuivi et il a été entendu en ses
déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 25 juin 2015 à 9h00.
Audience du 25 juin 2015, à 9 heures.
Monsieur Christian NOYER, cité en qualité de témoin à la requête de Monsieur
François PEROL, prévenu, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment
conformément aux dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Monsieur Claude GUEANT, cité en qualité de témoin à la requête des parties civiles, a
été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment conformément aux dispositions
de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 25 juin 2015 à 15h00.

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Audience du 25 juin 2015, à 15h00.
Monsieur Laurent MAUDUIT, cité en qualité de témoin à la requête des parties
civiles, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment conformément aux
dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Monsieur Jean-Christophe DUTHOIS, cité en qualité de témoin à la requête des
parties civiles, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment conformément
aux dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Monsieur Jean-Michel EDON, cité en qualité de témoin à la requête des parties
civiles, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment conformément aux
dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Monsieur Christian LEBON, cité en qualité de témoin à la requête des parties civiles,
a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment conformément aux
dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Madame Brigitte ROCHER, citée en qualité de témoin à la requête des parties civiles,
a été entendue en sa déposition, après avoir prêté serment conformément aux
dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Madame Christine LARRY, citée en qualité de témoin à la requête des parties civiles,
a été entendue en sa déposition, après avoir prêté serment conformément aux
dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Monsieur Patrick SAURIN, cité en qualité de témoin à la requête des parties civiles, a
été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment conformément aux dispositions
de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 29 juin 2015 à 9h00.
Audience du 29 juin 2015, à 9h00.
L'interrogatoire de Monsieur François PEROL s'est poursuivi et il a été entendu en ses
déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 29 juin 2015 à 14h45.
Audience du 29 juin 2015, à 14h45.
L'interrogatoire de Monsieur François PEROL s'est poursuivi et il a été entendu en ses
déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 30 juin 2015 à 9h00.

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Audience du 30 juin 2015, à 9h00.
Maître Stéphane DUCROCQ, avocat au barreau de Lille, conseil du syndicat SUDBPCE, partie civile, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Maître Jérôme KARSENTI, avocat au barreau de Paris, conseil des parties civiles, a
été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 2 juillet 2015 à 14h30.
Audience du 2 juillet 2015, à 14h30.
Le Ministère Public a été entendu en ses réquisitions.
Maître Pierre CORNUT-GENTILLE, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur
François PEROL, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Le prévenu a eu la parole en dernier.
Le greffier a tenu note du déroulement des débats.
Puis, à l'issue des débats tenus à l'audience publique du 2 juillet 2015 à 14h30, le
Tribunal a informé les parties présentes ou régulièrement représentées que le jugement
serait prononcé le 24 septembre 2015 à 13h30, conformément aux dispositions de
l'article 462 du Code de procédure pénale.
A cette date, vidant son délibéré conformément à la loi, le Président a donné lecture de
la décision, en vertu de l'article 485 du code de procédure pénale, dont la teneur suit.

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PLAN DU JUGEMENT
1.- les étapes de la procédure

page 20

1.1.-Les plaintes avec constitution de partie civile

page 20

1.1.1.- La plainte avec constitution de partie civile du 3 novembre 2009 du
syndicat SUD CAISSES D'EPARGNE
page20
1.1.2.- La plainte avec constitution de partie civile du 23 novembre 2009 des
syndicats régionaux des agents de la Caisse d'Epargne et de la Banque
Palatine
page 21
1.1.3. - La plainte avec constitution de partie civile de Monsieur Nathanaël
MAJSTER du 19 mai 2010
page 22
1.2.- Les précédentes plaintes classées sans suite par le parquet de Paris
page22
1.3.- L'ordonnance disant lieu à informer du 18 juin 2010, à la suite des
plaintes avec constitution de partie civile et l'arrêt de la Cour de cassation
page24
2.- Présentation générale de la Banque fédérale des Banques populaires, de
la Caisse nationale des Caisses d'épargne et de NATIXIS
page 25
2.1.- Le Groupe Banque fédérale des banques populaires

page26

2.2.- Le Groupe Caisse nationale des Caisses d'Epargne

page27

2.3.- NATIXIS ou le prélude de la fusion de la CNCE et de BFBP page 28
2.3.1- Natexis, Ixis, EULIA

page28

2.3.2.- Naissance de Natixis

page 29

2.3.2.1.- NATIXIS : une étape dans le rapprochement des deux groupes page29
2.3.2.2.- le projet de rapprochement : un projet largement partagé par les
pouvoirs publics
page30
2.4.- Un rapprochement ayant fait l'objet de critiques

page31

3.-L’analyse de la chronologie des événements de 2002 à 2009

page 32

3.1- Période de 2002 à 2007

page 32

Page 11 / 163

3.1.1.- Les fonctions exercées par Monsieur François PEROL du 24 mai 2002
au 26 janvier 2005
page 33
3.1.1.1.- Sur le message du 10 juin 2002 adressé par Monsieur François
SUREAU
page 33
3.1.1.2- Sur le message du 17 juillet 2002 adressé par Monsieur François
SUREAU
page 34
3.1.1.3- Sur les échanges du 10 octobre 2002

page 34

3.1.1.4- Sur le message du 11 décembre 2003

page 35

3.1.1.5- Sur le message du 3 avril 2004

page 35

3.1.1.6.-Sur le message du 3 mai 2004

page 35

3.1.1.7.-Sur les messages du 25 mai 2004

page 36

3.1.1.8.-Sur le message du 30 novembre 2004

page 36

3.1.2.- Les fonctions exercées par Monsieur François PEROL du 26 janvier
2005 au 16 mai 2007
page 37
3.1.2.1.- Associé gérant au sein de la banque de Rotschild

page 37

3.1.2.2- Sur les messages reçus en 2006

page 39

3.2.- Période de 2007 à 2009

page 39

3.2.1.- Sur la période du 16 mai 2007 au 1er septembre 2008

page 39

3.2.1.1.- Sur la rencontre du 23 mai 2007

page 39

3.2.1.2.- Sur les rencontres des 28 et 29 mai 2007

page 40

3.2.1.3.- Le message du 5 juin 2007

page 40

3.2.1.4.- Les messages électroniques de Monsieur Jean-Marie MESSIER des
25, 27 juin et 23 septembre 2007
page 40
3.2.1.5.- Les rendez-vous des 23 juin, 29 juin, 30 juillet et 1er août 2007 page 41
3.2.1.6.- Sur le message du 1er août 2007 adressé par Monsieur Laurent
VIEILLEVIGNE à Monsieur François SUREAU et Monsieur Charles
MILHAUD
page 41
3.2.1.7.- Les rencontres du 12 septembre 2007, du 19 octobre 2007, du 27
novembre 2007 et du 18 janvier 2008
page 42
Page 12 / 163

3.2.1.8.- Le message de Monsieur Alain BAUER à l'attention de Monsieur
Claude GUEANT du 22 octobre 2007
page 43
3.2.1.9.- Les messages de Monsieur François SUREAU du 21 décembre 2007
et du 6 mai 2008 et les visites des 5, 6 mai et 1er juillet 2008
page 43
3.2.1.10.- Sur les échanges de mail du 14 mai 2008 entre Monsieur Didier
BANQUY et Monsieur François PEROL et entre Monsieur Bernard DELPIT et
Monsieur Stéphane RICHARD
page 44
3.2.2.- Sur la période du 1er septembre 2008 au 25 février 2009

page 44

3.2.2.1- Sur le contexte général de la crise financière, à la suite de la faillite de
la banque d'investissement américaine Lehman Brother's, facteur d'accélération
du projet de fusion des groupes caisses d'épargne et banque populaire page 45
3.2.2.1.1.- un projet ancien relancé par la crise

page 45

3.2.2.1.2.- un projet ralenti par les dissensions et tensions internes aux deux
groupes
page 47
3.2.2.1.3.-Un projet de rapprochement partagé par l’ensemble des pouvoirs
publics
page 48
3.2.2.1.4.-une relance du projet de fusion à l'initiative des deux groupes : la
réunion du 6 octobre, la note au Président du 6 octobre et la conférence de
presse du 9 octobre 2008
page48

3.2.2.2-Deuxième accélération donnée au projet de fusion : la révélation d'une
perte de 750 millions d'euros enregistrée par la CNCE sur des opérations de
marché
page51
3.2.2.2.1.- L'ouverture des négociations le 8 octobre 2008

page51

3.2.2.2.2.- L'information de la Présidence de la République et la révélation de
la perte, le 10 octobre 2008
page 51
3.2.2.2.3- La rencontre du 14 octobre 2008 entre Monsieur Nicolas SARKOZY
et Monsieur Philippe DUPONT
page 52
3.2.2.2.3.1.-La note du 14 octobre 2008 rédigé par Monsieur François PEROL
à l’attention du Président de la République
page 53
3.2.2.2.3.2.-Les explications de Monsieur François PEROL sur l’objet de cet
entretien et la portée de cette note
page 53
3.2.2.2.3.3.- Sur la présentation dans cette note de Monsieur Philippe
DUPONT comme le nouveau dirigeant de l’ensemble fusionné
page 54
Page 13 / 163

3.2.2.2.3.4.- Les déclarations des témoins sur la proposition faite à Monsieur
François PEROL de prendre la direction de NATIXIS
page 54
3.2.2.2.4.- Le plan national en faveur du financement de l'économie et le vote
de la loi du 16 octobre 2008
page 56
3.2.2.2.5.- La démission de Monsieur Charles MILHAUD et de Monsieur
Nicolas MERINDOL de la CNCE le 18 octobre 2008 et la rencontre entre
Monsieur Charles MILHAUD et le Président de la République le 21 octobre
2008
page57
3.2.2.2.6.- Sur la note du 20 octobre 2008

page 60

3.2.2.2.7.- Sur la poursuite du projet de fusion à la suite de la démission de
Monsieur Charles MILHAUD et Monsieur Nicolas MERINDOL et la rencontre
du 30 octobre 2008 entre le Président de la République et les nouveaux
dirigeants des Caisses d'épargne
page 62
3.2.2.2.7.1.- La préparation de l'entretien du 30 octobre 2008 : la réunion avec
Monsieur François PEROL du 24 octobre 2008
page63
3.2.2.2.7.2.- La préparation de l'entretien du 30 octobre 2008 : la note de
Monsieur François PEROL au Président de la République du 28 octobre 2008
page 64
3.2.2.2.7.3.- Sur la signature de l'accord d'ouverture de négociations entre la
banque fédérale des banques populaires et la caisse nationale des caisses
d'épargne et de prévoyance
page 65
3.2.2.3.- Troisième accélération donnée au projet de fusion : la situation de la
filiale commune des deux groupes, NATIXIS et les pertes annoncées de la
CNCE
page 68
3.2.2.3.1.- Sur la rencontre entre Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur
Claude GUEANT le 10 janvier 2009, la note de Monsieur Claude GUEANT au
Président de la République du 12 janvier 2009 et l’annonce des pertes de 2
milliards chez NATIXIS et de 2 milliards chez CNCE
page 69
3.2.2.3.2.-Sur la rencontre du 13 janvier 2009 entre Monsieur Philippe
DUPONT, Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur François PEROL page70
3.2.2.3.3.- Sur l’accélération du calendrier : l’annonce des résultats le 26
février 2009
page 71
3.2.2.3.4.- Sur la réunion des banques avec le Président de la République le 20
janvier 2009 à 18H00
page 72
3.2.2.3.5.- Sur la note du 27 janvier 2009

page 73
Page 14 / 163

3.2.2.3.6.-Les trois réunions du 26 janvier, du 12 février et du 19 février 2009
page 73
3.2.2.3.7.- Sur la proposition faite par Monsieur Nicolas SARKOZY à
Monsieur François PEROL de prendre la tête du nouvel organe le mercredi 18
février 2009
page 73
3.2.2.3.8.- Sur la note du 19 février 2009

page 74

3.2.2.3.9.- Sur l'appel téléphonique du vendredi 20 février 2009 de Monsieur
Claude GUEANT à Monsieur Olivier FOUQUET, conseiller d'État, président
de la Commission de déontologie de la fonction publique
page 74
3.2.2.3.10.- Sur la réunion du 21 février 2009

page 75

3.2.2.3.10.1.- Présentation de la note du 21 février 2009

page 75

3.2.2.3.10.2.- Le déroulement de cette réunion selon les témoignages reçus
page 77
4.- Appréciation des griefs reprochés à Monsieur François PEROL page 80
4.1.- L'appréciation par le tribunal correctionnel de Paris du délit de prise
illégale d'intérêts à la suite de l'arrêt du 27 juin 2012 de la chambre
criminelle de la Cour de cassation
page 81
4.1.1.- L'évolution extensive du délit de prise illégale d'intérêts à la suite de la
loi du 2 février 2007 et l'arrêt de la Chambre criminelle de la Cour de
cassation du 27 juin 2012
page 81
4.1.2. - la prise illégale d'intérêts : infraction obstacle du conflit d'intérêts
page 82
4.2.- La question de la prise en compte des arguments tenant au rôle du
secrétaire général adjoint à la Présidence de la République
page 83
4.2.1.- L'argumentation de Monsieur François PEROL

page 83

4.2.2.- La position du tribunal sur cette argumentation

page 84

4.3.- Les arguments liés au fonctionnement institutionnel de la Vème
République sous la Présidence de Monsieur Nicolas SARKOZY page 85
4.3.1.- Le fonctionnement de la Vème République sous la Présidence de
Monsieur Nicolas SARKOZY
page 85
4.3.2.- La position du tribunal sur les arguments liés au fonctionnement
institutionnel de la Vème République sous la Présidence de Monsieur Nicolas
SARKOZY
page 86
4.3.3.- La question spécifique des réunions organisées à la Présidence de la
République et des entretiens avec le Chef de l'État
page 87
Page 15 / 163

4.4.- La question de la prise en compte par le tribunal de l'activité
antérieure à 2007 de Monsieur François PEROL, notamment en qualité
d'associé gérant au sein de la banque Rothschild
page 88
4.5.- La question de la prise en compte par le tribunal des courriels
adressés notamment par Monsieur François SUREAU et des rencontres
entre Monsieur François SUREAU et Monsieur François PEROL page 89
4.5.1.Position du tribunal sur les messages antérieurs à mai 2007

page 89

4.5.2.Position du tribunal sur les messages postérieurs à mai 2007

page 90

4.5.2.1.- Sur le message du 5 juin 2007

page 90

4.5.2.2.- Sur le message du 1er août 2007 adressé par Monsieur Laurent
VIEILLEVIGNE à Monsieur François SUREAU et Monsieur Charles
MILHAUD
page 90
4.5.2.3.- Sur les rencontres des 28 et 29 mai 2007

page 90

4.6.-Sur l'examen de la portée de certaines des rencontres relevées dans la
chronologie de la fusion
page 92
4.6.1.- Sur les rendez-vous des 23 juin, 29 juin, 30 juillet et 1er août 2007
page92
4.6.2.- Sur les rencontres du 12 septembre 2007, du 19 octobre 2007, du 27
novembre 2007 et du 18 janvier 2008
page 92
4.6.3.- Sur la chronologie des journées des 10 et 12 novembre 2008 au regard
de la signature de l'accord d'ouverture de négociations entre la banque
fédérale des banques populaires et la caisse nationale des caisses d'épargne et
de prévoyance
page 92
4.7.- Sur l'examen de la portée de notes figurant à la procédure

page 94

4.7.1.- L'appréciation du tribunal de la note du 6 octobre 2008

page 94

4.7.2.- Sur la portée de la note et de l'entretien du 14 octobre 2008

page 96

4.7.3.- La démission de Monsieur Charles MILHAUD, la rencontre entre
Monsieur Charles MILHAUD et le Président de la République et la note
élaborée par Monsieur François PEROL le 21 octobre 2008
page 98
4.7.3.1.- Sur la démission de Monsieur Charles MILHAUD

page 98

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4.7.3.2.- Sur la rencontre entre Monsieur Charles MILHAUD et le Président de
la République et la note élaborée par Monsieur François PEROL le 21 octobre
2008
page 100
4.7.4.- Sur La préparation de l'entretien du 30 octobre 2008 : la note de
Monsieur François PEROL au Président de la République du 28 octobre 2008
page 101
4.7.5.- Sur la réunion des banques avec le Président de la République le 20
janvier 2009 à 18H00 et la note élaborée par Monsieur François PEROL à
l'attention du Président de la République
page 103
5.Analyse par le tribunal de la prévention

page 103

5.1.Examen par le tribunal de la première branche de la prévention : le
fait d'avoir formulé des avis sur des contrats conclus par les groupes
CNCE et BFBP, en l'espèce en participant à la définition des modalités
d'apports de fonds publics à des établissements bancaires et en validant
ces dispositifs formalisés, en ce qui concerne la Caisse nationale des caisses
d'épargne et la Banque fédérale des banques populaires, dans un protocole
signé le 16 mars 2009 avec le ministre de l'économie et des finances page104
5.1.1. Sur la note du 20 octobre 2008

page 104

5.1.1.1-Examen par le tribunal des éléments d'ordre financier contenus dans le
protocole de négociation visé à la prévention, du 16 mars 2009
page 104
5.1.1.2.- Analyse par le tribunal de la note du 20 octobre 2008 et du protocole
du 16 mars 2009 au regard de l'aide globale de l'État apportée aux Caisses
d'Epargne et aux Banques populaires : une aide globale de 7 milliards page 105
5.1.1.3.- L'éventuelle portée arbitrale de la note du 20 octobre 2008

page 108

5.1.2 Sur la note du 21 février 2009

page 111

5.1.3 Sur les autres notes

page 112

5.2.-Examen par le tribunal de la seconde branche de la prévention : le
fait d'avoir proposé directement aux autorités compétentes, à la Banque de
France et la Commission bancaire, des décisions et des avis relatifs aux
opérations réalisées par les groupes Caisse nationale des caisses d'épargne
et la Banque fédérale des banques populaires, c'est-à-dire le montant de
l'aide financière accordée par l'État dans le cadre de leur plan de
recapitalisation, la structure juridique du futur groupe et le délai
d'exécution dans le temps de ce rapprochement, dans le cadre de
l'opération de fusion des Caisses d'épargne (CNCE) et des Banques
Populaires (BFBP)
page 112
Page 17 / 163

5.2.1.- Analyse de la portée des réunions organisées à la Présidence de la
République sous la Présidence de Monsieur François PEROL : les trois
réunions du 26 janvier, du 12 février et du 19 février 2009
page 113
5.2.1.1.-Sur la chronologie de ces réunions

page 114

5.2.1.2.-Sur le contexte de tension entourant le projet de fusion

page 115

5.2.1.2.1.- Sur les dissensions entre les pouvoirs publics et les dirigeants des
banques eux-mêmes
page 115
5.2.1.2.2.- les dissensions entre les dirigeants des banques eux-mêmes page 116
5.2.1.3.-Sur le contenu de ces réunions

page 116

5.2.1.4.- Sur l'appréciation par le tribunal de la portée de ces réunions page 119
5.2.1.5.- M. PEROL a-t-il explicitement au cours de ces réunions formulé une
proposition de décision ou d’avis ?
page123
5.2.1.6.- M. PEROL A-t-il implicitement formulé une proposition de décision
ou d’avis ?
page 123
5.2.1.7.- Le fait que François PEROL ne se soit pas opposé aux propositions
faites par les autorités compétentes vaut-il validation implicite ?
page126
5.2.2-Le montant de l'aide financière accordée par l’Etat dans le cadre de leur
plan de recapitalisation
page 128
5.2.2.1.- Rappel de l'architecture générale de l'aide accordée par l'État page 128
5.2.2.2.- Le rôle de la Présidence de la République dans la détermination de
l’aide
page 128
5.2.2.3.- Le statut d'indépendance de la Banque de France

page 132

5.2.2.4.- L'analyse par le tribunal des autres déclarations portant sur l'aide
apportée à la CNCE
page 132
5.2.2.5.- Monsieur François PEROL
implicitement le montant de l’aide ?

a-t-il

validé

explicitement ou
page135

5.2.3.- La structure juridique du futur groupe

page136

5.2.3.1.- La structure juridique du groupe et la gouvernance

page 136

5.2.3.2.- Le niveau structurel auquel l'aide doit être accordée

page 137

5.2.4. - les réformes législatives devant accompagner ce rapprochement
page 140
Page 18 / 163

5.2.4.1.- Sur le rôle de Monsieur François SUREAU dans la détermination des
réformes législatives
page 141
5.2.4.2.- Sur le rôle de la Présidence de la République dans ces réformes
législatives
page 142
5.2.4.2.1.- L’argument tiré des échanges de mail du 14 mai 2008

page 142

5.2.4.2.2.- Position du tribunal sur ces messages

page 143

5.2.5.- Sur le délai d'exécution dans le temps de ce rapprochement

page 144

5.2.6.- l'origine du futur dirigeant

page 145

5.2.6.1- Les tergiversations des dirigeants des deux groupes : d’une nomination
en interne à une proposition de nomination d’une personne extérieure aux
banques
page 146
5.2.6.1.1.- L’hypothèse Philippe DUPONT

page 146

5.2.6.1.2.- L’hypothèse d’une personne extérieure aux deux groupes page 148
5.2.6.2- L’intervention directe de Monsieur Nicolas SARKOZY dans le
processus de nomination de François PEROL
page 149
5.2.6.3.- L’incidence de l’absence de saisine de la commission de déontologie
page 151

Page 19 / 163

Le tribunal a délibéré et statué conformément à la loi en ces termes :
SUR L'ACTION PUBLIQUE :

1.- Les étapes de la procédure
1.1.-Les plaintes avec constitution de partie civile
1.1.1.- La plainte avec constitution de partie civile du 3 novembre 2009 du
syndicat SUD CAISSES D'EPARGNE
Attendu que le 3 novembre 2009, Maître Stéphane DUCROCQ déposait
plainte auprès du Doyen des juges d'instruction de Paris, exposant qu'en sa
qualité de conseil du syndicat SUD CAISSES D'EPARGNE, représenté par son
secrétaire général, Monsieur Jean-François LARGILLIERE, il entendait
déposer plainte avec constitution de partie civile, contre Monsieur François
PEROL suite à sa nomination à la présidence du Directoire de la Caisse
Nationale des Caisses d'épargne (CNCE) et à la Direction générale de la
Banque fédérale des Banques populaires (BFBP) ;
Attendu qu'il relatait, que le 2 mars 2009, Monsieur François PEROL avait pris
la présidence du directoire de la Caisse nationale des Caisses d'épargne
(CNCE) et avait été nommé directeur général de la Banque fédérale des
Banques populaires (BFBP) ; que pourtant, depuis 2002, Monsieur François
PEROL avait exercé des fonctions de Directeur adjoint du cabinet du ministre
des finances, Monsieur Francis MER, en charge des questions financières et
bancaires, et qu'à ce titre, il avait été chargé de la gestion du dossier de la
Caisse des dépôts et consignations et des Caisses d'épargne ; qu'il avait scellé
l'accord entre les banques en 2004 visant à la création d'une banque
d'investissement, IXIS, dont la Caisse d'épargne devait ensuite prendre le
contrôle ;
Attendu, selon les termes de la plainte, que dès l'origine, Monsieur François
PEROL connaissait parfaitement «le dossier» de la Caisse d'épargne, comme il
l'avait affirmé lors de son audition devant la Commission des finances de
l'Assemblée nationale qui s'est tenue le 25 mars 2009 ; que pourtant, en 2006,
et malgré un avis défavorable de la commission de déontologie, il avait piloté
la création de NATIXIS, en qualité d'associé de la banque Rothschild (banque
conseil de la Caisse des dépôts et consignations) ; qu'à ce titre, il aurait perçu
près de deux millions d'euros d'honoraires, versés par NATIXIS, banque
d'investissement produit d'une fusion des deux entités IXIS et NATEXIS,
appartenant aux Caisses d'épargne et Banques populaires ;
Attendu, selon les termes de la plainte, que du 16 mai 2007 au 2 mars 2009,
Monsieur François PEROL avait exercé les fonctions de secrétaire général
adjoint à la Présidence de la République en charge des questions économiques
et sociales ; que durant cette période, il aurait organisé, de concert avec
Madame Christine LAGARDE, Ministre de l'économie, de l'industrie et de
l'emploi, la venue de l'État dans le capital des Caisses d'épargne et Banques
populaires et aurait organisé la fusion des deux banques ;
***
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1.1.2.- La plainte avec constitution de partie civile du 23 novembre 2009 des
syndicats régionaux des agents de la Caisse d'épargne et de la Banque
Palatine.
Attendu que le 23 novembre 2009, Maître Jérôme KARSENTI déposait plainte
avec constitution de partie civile, au nom des syndicats CGT régionaux des
agents de la Caisse d'épargne et de la Banque Palatine, constitués en collectif,
du chef de prise illégale d'intérêts ;
Attendu, selon les termes de la plainte, que Monsieur François PEROL aurait la
qualité d'agent public au sens de l'article 432-13 du Code pénal, «exerça(n)t,
avant sa nomination, la fonction de secrétaire général adjoint au cabinet du
Président de la République, où il était en charge des affaires financières et
industrielles» ; que le membre d'un cabinet est un agent visé explicitement par
l'article 87 de la loi du 29 janvier 1993, qui leur impose la saisine de la
commission de déontologie, laquelle a notamment pour but de prévenir la
commission de l'infraction de prise illégale d'intérêts ;
Attendu, selon le plaignant, que la nouvelle rédaction de l'article 432-13 du
Code pénal, issue de la loi n°2207-148 du 2 février 2007 vise le fait, dans le
cadre de fonctions effectivement accomplies, d'exercer une surveillance,
laquelle aurait «été largement caractérisée, notamment par la presse» ;
qu'ainsi, «le quotidien La Tribune, a-t-il, dans son édition du 6 mars 2009,
publié un article sous le titre «Caisse d'épargne Banque populaire : comment
l'Elysée a pris le pouvoir», divulguant de nombreux éléments sur le rôle exercé
par Monsieur François Pérol, en tant que «pilote» du projet de fusion entre les
deux groupes» ;
Attendu que le plaignant faisait état des réunions des 26 janvier, 12 février et
19 février 2009 afin de caractériser le rôle qu'aurait pris Monsieur François
PEROL, dans l'opération ; que le 26 janvier, celui-ci aurait convoqué les deux
présidents des Caisses d'épargne et des Banques populaires dans son bureau de
l'Elysée, avec Monsieur Xavier MUSCA, directeur du Trésor, Monsieur
Christian NOYER, gouverneur de la Banque de France et Madame Danièle
NOUY, secrétaire générale de la commission bancaire ; que les deux présidents
auraient présenté un projet de fusion aux antipodes du projet d'origine et que
surpris, Monsieur François PEROL aurait exprimé sa colère, posant un
ultimatum à ces deux dirigeants afin que la fusion aille «vite et bien» ; que le
12 février suivant, Monsieur François PEROL aurait annoncé à Monsieur
Bernard COMOLET et à Monsieur Philippe DUPONT que le patron du futur
groupe ne serait ni un «rouge», ni un «bleu», mais un «violet», c'est-à-dire une
personnalité extérieure ; que le 19 février 2009, le leadership du futur groupe se
serait joué désormais entre Monsieur François PEROL et Stéphane
RICHARD ; que le plaignant citait également un article du Point du 26 février
2009, relatif au rôle de Monsieur François PEROL à l'Elysée sur les dossiers
économiques et un article de Médiapart du 2 mars 2009 sur des instructions
qu'aurait donné Monsieur François PEROL aux services de l'Etat ;
Attendu, selon les termes de la plainte, que Monsieur François PEROL a été
nommé le 26 février 2009 à la présidence du nouvel organe central, commun
aux réseaux des banques populaires et des caisses d'épargne et de prévoyance,
et détenu à parité entre les deux groupes, comprenant leurs principales filiales
dans le domaine de la banque de détail et leurs structures de production et que
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la commission de l'infraction de prise illégale d'intérêts résulterait de la
conscience qu'il a eue de commettre le délit, sans avoir à établir une action
frauduleuse au détriment de l'Etat ;
***
1.1.3.- La plainte avec constitution de partie civile de Monsieur Nathanaël
MAJSTER du 19 mai 2010
Attendu que le 19 mai 2010, Monsieur Nathanaël MAJSTER a déposé plainte
avec constitution de partie civile, exposant que «porteur de 10 parts sociales,
qui sont des titres de capital de la Caisse d'épargne d'Ile-de-France», il serait
«légitime à engager l'action ut singuli au nom et pour le compte de la Caisse
d'épargne Ile-De-France», compte tenu, selon lui, de ce que «les dirigeants ont
peur d'engager (une) action en réparation» ; que, selon lui, «jamais un groupe
n'a subi une telle purge de ses dirigeants et de ses cadres responsables avec le
départ de près de 1000 cadres de l'ex CNCE et des plans sociaux dans les
banques (les caisses d'épargne régionales)» ; qu'«en outre, des actifs
remarquables sont aujourd'hui mis sur le marché par des banques d'affaires
liées à l'actuel dirigeant» ; qu'«enfin, le salaire de Monsieur Pérol a été
multiplié par 3 en 2010, par rapport à 2009» ; qu'il appartiendrait donc, selon
Monsieur Nathanaël MAJSTER, aux porteurs de parts sociales, des différentes
entités du groupe, d'engager l'action ut singuli ;
***
1.2.- Les précédentes plaintes classées sans suite par le parquet de Paris
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure qu'une plainte avait été déposée
le 26 mars 2009 par le syndicat SUD Caisse d'épargne auprès du procureur de
la République près le tribunal de grande instance de Paris, du chef de prise
illégale d'intérêts ; que les 17 et 24 mars 2009, les associations ANTICOR et
les CONTRIBUABLES ASSOCIES avaient également déposé plainte ;
Attendu, qu'à la suite de ces dépôts de plainte, une enquête, en la forme
préliminaire, était ordonnée par le parquet de Paris, le 31 mars 2009, du «chef
de prise illégale d'intérêts par un ancien fonctionnaire», confiée à la brigade
financière ; qu'il était demandé de procéder «à l'audition de Monsieur François
PEROL, président du directoire de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne
et directeur général de la Banque Fédérale des Banques Populaires, afin de
préciser si, au sens de l'article 432-13 du code pénal, les conditions dans
lesquelles il a exercé ses précédentes fonctions de secrétaire général adjoint à
la présidence de la République l'ont conduit effectivement soit à assurer la
surveillance des groupes Caisses d'Epargne et Banques Populaires, soit à
proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des
opérations réalisées par ces groupes, telles que celles conduisant à leur
rapprochement ou à l'obtention d'un soutien financier de la part de l'Etat, soit
encore à formuler un avis à l'autorité compétente sur de telles décisions» ;
Attendu que la brigade financière était autorisée par le parquet à s'appuyer sur
les déclarations de Monsieur François PEROL faites devant la Commission des
finances de l'Assemblée nationale, lors de la séance publique du 25 mars 2009,
laquelle était jointe à la procédure le 3 avril 2009 ; que le 8 avril 2009,
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Monsieur François PEROL était entendu librement par les services de la
brigade financière ;
Attendu, après un compte-rendu du 20 mai 2009, qu'il était fait retour de la
procédure au parquet le 22 mai 2009 ; que la lettre du 24 février 2009 du
Président de la Commission de déontologie, Monsieur Olivier FOUQUET, au
secrétaire général de la Présidence de la République était également jointe à la
procédure d'enquête ;
Attendu que la procédure faisait l'objet d'une décision de classement sans suite
en date du 28 août 2009 ;
Attendu, selon la décision de classement que Monsieur François PEROL a
exercé, en qualité d'inspecteur général des finances mis à disposition, les
fonctions de secrétaire général adjoint à la Présidence de la République, en
charge des questions économiques et sociales, du 16 mai 2007 au 2 mars 2009
et qu'il a ensuite démissionné de ses fonctions au sein de la Présidence de la
République ainsi que de l'Inspection générale des finances pour devenir, le 2
mars 2009, président du Directoire de la Caisse nationale des Caisses
d'épargne, président du conseil de surveillance de la banque Natixis ;
Attendu, selon le parquet de Paris, que la fonction de secrétaire général adjoint
à la Présidence de la République comportait trois aspects :
-apporter au Président de la République un éclairage sur les conséquences
politiques des choix faits en matière économique par le Gouvernement et sur la
cohérence de ses choix avec les grandes options politiques du Président ; qu'il
s'agissait d'un avis politique et non d'un avis technique, ce dernier relevant des
ministères ;
-une mission de «diplomatie économique», c'est à dire préparer notamment les
grandes réunions internationales ;
-informer le Président de la République de l'évolution de certains dossiers et
l'éclairer sur certaines questions économiques, notamment par la production de
synthèses sur la conjoncture ou la préparation de rencontres avec certains
interlocuteurs ;
Attendu, selon la décision de classement, que Monsieur François PEROL
n'avait aucun pouvoir ni délégation de signature, ni de mission de surveillance
ou de contrôle sur les deux groupes bancaires ;
Attendu que pour le procureur de la République, au regard d'une part, des
missions d'un secrétaire général adjoint, en l'absence de texte fixant notamment
leurs attributions ou leur délégant des pouvoirs particuliers et, d'autre part, de la
teneur de la lettre du Président de la commission de déontologie du 24 février
2009, s'inscrivant dans la lignée de la jurisprudence de la commission, il
apparaissait que «la mission de Monsieur François PEROL a consisté à
informer et donner un avis au Président de la République sur le
rapprochement des groupes Banque Populaire et Caisse d'épargne, sur le
soutien financier de l'Etat et sur l'explication à donner de ces décisions à
l'opinion publique» ; que, «le secrétaire général adjoint à la Présidence de la
République n'étant pas une autorité publique compétente soit au titre de la
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régulation, soit au titre du contrôle, comme le ministre des finances ou le
gouverneur de la Banque de France pour intervenir dans ce dossier, les
éléments constitutifs de la prise illégale d'intérêts au sens de l'article 432-13
du Code pénal, ne sont pas caractérisés» :
***
1.3.- L'ordonnance disant y avoir lieu à informer du 18 juin 2010, à la suite
des plaintes avec constitution de partie civile et l'arrêt de la Cour de
cassation
Attendu qu'à la suite du dépôt de plaintes avec constitution de partie civile et
du versement de la consignation, le procureur de la République, pour les
mêmes motifs que ceux articulés dans la décision de classement sans suite du
28 août 2009, délivrait des réquisitions de non-lieu à informer le 15 mars
2010 ;
Attendu que le 18 juin 2010, le magistrat instructeur rendait une ordonnance
disant y avoir lieu à informer aux motifs notamment que s'«il n'existe pas de
textes fixant leurs attributions ou leur déléguant des pouvoirs particuliers,
exception faite des délégations de signature qui peuvent être accordées au
Directeur de Cabinet d'un Ministre, voir à son Directeur adjoint, les
collaborateurs du Président de la République tout comme les membres d'un
cabinet ministériel sont susceptibles d'entrer dans le champ d'application de
l'article 432-13 du Code pénal, car même si ce point n'est pas extrêmement
tranché en jurisprudence, tout conduit à penser que l'expression
«fonctionnaire ou agent d'administration» inclut l'hypothèse d'un
collaborateur d'un cabinet présidentiel ou ministériel» ; que «la question
posée est de savoir si la preuve peut être rapportée de ce que Monsieur
PEROL a exercé au titre de ses fonctions à la Présidence de la République,
soit une fonction de surveillance ou de contrôle susceptible de donner lieu à
des observations à l'égard des Caisses d'Epargne (C.N.C.E.) et de la Banque
Fédérale des Banque Populaires (B.F.B.P.) ou de conduire à l'intervention
d'une décision favorable ou défavorable à celles-ci, soit des fonctions le
conduisant à proposer directement à l'autorité compétente, des décisions
relatives à des opérations réalisées par elles, ou de formuler un avis sur de
telles opérations» ;
Attendu, selon le magistrat instructeur, que «le secrétaire général de l'Elysée
est assisté de deux secrétaires généraux adjoints chargés plus particulièrement
des questions économiques et sociales et qu'il incombe au secrétariat général
de procéder à la préparation technique des Conseils des ministres en
collaboration étroite avec le secrétaire général du gouvernement, et que dès
lors, dans ce cadre, Monsieur François PEROL était susceptible de donner des
avis ou d'intervenir par sa position auprès de l'autorité publique compétente
dans le dossier» ;
Attendu que le procureur de la République près le tribunal de grande instance
de Paris interjetait appel de cette ordonnance le 23 juin 2010 ;
Attendu que sur cet appel, la chambre de l'instruction a déclaré irrecevables les
constitutions de partie civile précitées et dit n'y avoir lieu à suivre contre
quiconque, en application de l'article 86, alinéa 4 du Code de procédure
pénale ;
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Attendu que, pourvoi ayant été interjeté contre l'arrêt de la Cour d'appel par les
parties civiles, la Chambre criminelle de la Cour de cassation, dans son arrêt du
27 juin 2012 a jugé que, «pour infirmer l'ordonnance du juge d'instruction
disant y avoir lieu à informer contre M.Perol, du chef de prise illégale
d'intérêts, l'arrêt énonce notamment que, de façon manifeste au regard de la
nature de ses fonctions, ce dernier n'est pas intervenu et ne pouvait pas
intervenir dans le processus formalisé de prise de décisions administratives
relatives à la fusion et à la recapitalisation des établissements bancaires et
qu'en conséquence, les investigations envisagées par le juge d'instruction ne
sont pas utiles à la manifestation de la vérité ;
Mais attendu qu'en prononçant ainsi, sans rechercher la nature des fonctions
effectivement exercées par l'intéressé et alors que l'article 432-13 du code
pénal n'exige pas que l'intervention du fonctionnaire s'inscrive dans le
processus formalisé des décisions administratives, la chambre de l'instruction
a méconnu les textes susvisés et le principe ci-dessus énoncé;
Attendu que l'évolution législative et jurisprudentielle du délit de prise illégale
d'intérêts amène à considérer que dès lors que l'article 432-13 du Code pénal
n'exige pas que l'intervention de la personne s'inscrive dans le processus
formalisé des décisions administratives, il y a lieu de rechercher la nature des
fonctions effectivement exercées par l'intéressé et de procéder à une analyse in
concreto des actes accomplis par Monsieur François PEROL, ainsi qu'aux
actions concrètes qu'il a pu mener, en s'attachant à ses pouvoirs réels et
effectifs;
***
2.- Présentation générale de la Banque fédérale des Banques populaires, de
la Caisse nationale des Caisses d'épargne et de NATIXIS
Attendu que les faits qui sont reprochés à Monsieur François PEROL prennent
place dans le contexte du rapprochement entre le groupe Banque populaire et le
groupe Caisse d'épargne ;
Attendu que les établissements de crédit du réseau mutualiste et coopératif,
créés à la fin du 19ème siècle, sous la pression des pouvoirs publics ont eu pour
objet de faire bénéficier des agents économiques dont les opérations étaient
considérées comme peu rentables par les banques traditionnelles de
financements adaptés à leurs besoins ; qu'à la différence des banques
commerciales, le réseau coopératif et mutualiste présente une structure
hiérarchisée et décentralisée comprenant généralement trois niveaux : des
caisses locales, des caisses régionales et des organes centraux assurant des
fonctions financières et de concertation ;
Attendu que la première des caisses d'épargne a été créée en 1818, sous l'égide
de l'État, dans le but de favoriser la prévoyance sociale des agents économiques
les plus modestes, ces établissements pouvant proposer des livrets d'épargne ;
Attendu qu'un long mouvement va s'opérer de transformation de ces banques
mutualistes et coopératives en banques universelles ;

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Attendu qu'il résulte des débats que les faits reprochés à Monsieur François
PEROL s'inscrivent dans ce contexte macro-économique de profonde
transformation et de restructuration du système bancaire et financier français,
ainsi que cela a été développé lors de l'audience à l'occasion de la déposition
des témoins entendus à la demande des parties civiles, le jeudi 25 juin 2015 ;
Attendu qu'il y a lieu de relever le témoignage de Monsieur Laurent
MAUDUIT, journaliste à Médiapart, évoquant «l'économie sociale à la
française» ;
Attendu toutefois, qu'il n'appartient pas au tribunal, d'apprécier cette
transformation, évoquée à l'audience par Monsieur Laurent MAUDUIT comme
étant «l'implosion de ce système» ;
2.1.- Le Groupe Banque fédérale des banques populaires
Attendu qu'il résulte de la Décision n°09-DCC-16 du 22 juin 2009 de l'Autorité
de la Concurrence relative à la fusion entre les groupes Caisse d'épargne et
Banque populaire, versée aux débats, que la Banque fédérale des banques
populaires dite BFBP, était une société anonyme ayant la qualité
d'établissement de crédit agréé en qualité de banque et assurant les fonctions
d'organe central du réseau des Banques populaires ; qu'elle était détenue par les
différents établissements qui lui étaient affiliés, à savoir 18 banques populaires
régionales, la CASDEN Banque Populaire et, depuis l'acquisition en 2002 du
groupe Crédit coopératif, le crédit coopératif Banque Populaire ; que ces
établissements avaient le statut légal de sociétés anonymes coopératives de
banque populaire à capital variable ; que la structure capitaliste présentait la
forme d'une «pyramide inversée», puisque les sociétaires -au nombre de 3, 4
millions - détenaient 80 % du capital et des droits de vote des 20 Banques
Populaires, les 20 % restant étant détenus par Natixis via des certificats
coopératifs d'investissement ; que les 20 Banques populaires détenaient à leur
tour 99, 51 % de la BFBP ;
Attendu que la BFBP, en tant qu'organe central, exerçait les missions de
définition de la stratégie, de coordination et d'animation de l'ensemble des
entités sur lesquelles elle exerçait un contrôle administratif, technique et
financier ; qu'elle mettait en œuvre la solidarité financière du groupe,
définissant la politique et les orientations stratégiques, négociait et concluait,
pour le compte de son réseau, des accords nationaux et internationaux ;
Attendu que les Banques populaires régionales, la CASDEN Banque populaire
et le Crédit coopératif étaient actifs dans les secteurs de la banque de détail et
de la banque commerciale ; que le crédit coopératif Banque populaire adoptait
un statut légal de société coopérative anonyme de banque populaire le 30
janvier 2013 ;
Attendu qu'en 2008, la BFBP acquérait auprès du groupe HSBC son réseau de
banques régionales en France, composé de la Société Marseillaise de Crédit, la
Banque de Savoie, la Banque Chaix, la banque Dupuy, de Perseval, la Banque
Marze, la Banque Pelletier et le Crédit commercial du Sud-ouest ; que ces
banques étaient actives principalement dans les secteurs de la banque de détail
et de la banque commerciale et marginalement dans le secteur de la distribution
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de produits d'assurance ;
Attendu que le groupe banque populaire était également actif dans le secteur
des services immobiliers via la société Foncia dont il avait pris le contrôle
exclusif en 2007, ainsi que dans le secteur de l'assurance via deux filiales de la
BRED, Prepar Vie et Prepar IAD ;
Attendu que l'ensemble du groupe réalisait en 2008 un produit net bancaire de
7 253 millions d'euros ;
Attendu que Monsieur Philippe DUPONT a été le président et le directeur
général de la banque fédérale des banques populaires jusqu'au mercredi 25
février 2009, date où Monsieur François PEROL était nommé directeur général
des banques populaires par le conseil d'administration ;
Attendu à cet égard que Monsieur Philippe DUPONT devait déclarer : «en
1984, j'ai été approché par les Banques Populaires pour devenir
administrateur de la Banque Populaire de l'Ouest de PARIS. 4 ans plus tard,
on m'a proposé de prendre la Présidence de cette banque (BPROP), fonction
que j'ai acceptée tout en conservant la Présidence et la Direction générale de
la société familiale ; en 1990, j'ai été appelé au Conseil d'administration du
Groupe Banques Populaires et j'en suis devenu Vice-Président. En 1999, j'ai
été élu Président du Groupe Banques Populaires et j'ai créé la Banque
Fédérale des Banques Populaires (BFBP) qui est devenu l'organe central du
Groupe dont je suis devenu le PDG»;
Attendu qu'à l'occasion de la nomination de Monsieur François PEROL en
qualité de directeur général, il a été procédé, à cette occasion, à la dissociation
des fonctions de président et de directeur général que M. Philippe DUPONT
centralisait (D142) ;
Attendu que le directeur général délégué était jusqu'au 25 février Monsieur
Bruno METTLING ; qu'il indiquait (D118), avoir été «en charge d'animer la
négociation qui a conduit au rapprochement avec les caisses d'épargne».
2.2.- Le Groupe Caisse nationale des Caisses d'Epargne
Attendu qu'il résulte de la décision du 22 juin 2009 de l'Autorité de la
Concurrence précitée, que la Caisse nationale des Caisse d'épargne était une
société anonyme, ayant également la qualité d'établissement de crédit agréé en
qualité de banque, réunissant les fonctions d'organe central des établissements
qui lui étaient affiliés à la tête de réseau ;
Attendu que le groupe Caisse d'épargne était constitué de 17 caisses d'épargne
et de prévoyance régionales regroupant 287 sociétés locales d'épargne et 3, 7
millions de sociétaires, lesquels détenaient le capital de la CNCE ;
Attendu que la structure du capital du groupe Caisse d'épargne présentait
également la forme d'une «pyramide inversée» ; que les 3,5 millions de
sociétaires détenaient 80 % des 17 caisses d'épargne et de prévoyance
régionales, les 20 % restant étant détenus par Natixis via des certificats
coopératifs d'investissement (CCI) ; que les caisses d'épargne et de prévoyance
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régionales détenaient 100 % de la CNCE, depuis la sortie de la Caisse des
dépôts et consignations du capital le 29 janvier 2007 ;
Attendu que le groupe Caisse d'épargne était actif dans les secteurs de la
banque de détail et de la banque commerciale via les caisses d'épargne, le
crédit foncier et la banque Palatine, mais également dans le secteur des services
immobiliers via un ensemble de sociétés, telles Perexia, filiale détenue à 100%
par le groupe Caisse d'épargne, ainsi que dans le secteur de l'assurance ; que le
Groupe était également présent dans les territoires ultramarins via le groupe
Océor composé de 12 banques ;
Attendu qu'en 2007, la CNCE acquérait le contrôle exclusif de la société
NEXITY, active dans le secteur de la promotion immobilière et les services
immobiliers, à destination des particuliers et des professionnels ; qu'elle était
également active depuis 2007 dans le secteur du courtage en prêts
immobiliers ;
Attendu que le groupe Caisse d'épargne et Natixis étaient également présents
dans le secteur de la réassurance ;
Attendu que l'ensemble du groupe réalisait en 2008 un produit net bancaire
d'environ 8 400 millions d'euros ;
Attendu que jusqu'au 9 octobre 2008, le président du directoire de la CNCE
était Monsieur Charles MILHAUD ainsi que le directeur général des caisses
d'épargne ; que le 9 octobre 2008, Monsieur Bernard COMOLET devenait le
président du directoire de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne et
Monsieur Alain LEMAIRE, le Directeur général ;
2.3.- NATIXIS ou le prélude de la fusion de la CNCE et de BFBP
2.3.1- Natexis, Ixis, EULIA
Attendu, d'une part, qu'en 1996, la banque Natexis SA naît de la fusion du
Crédit national et de la Banque française pour le commerce extérieur ; qu'en
1998, le groupe des banques populaires procédait à l'acquisition de Natexis
SA ;
Attendu, d'autre part, que dans la perspective de séparer les activités relevant
d'une mission de service public et de celles regroupant des activités
concurrentielles, la Caisse des dépôts et consignations créait une filiale appelée
«CDC Ixis», chargée de ces dernières activités ;
Attendu qu'il résulte d'un avis du 17 juin 2004 de la Commission des
participations et des transferts (publié au journal Officiel du 27 juin 2004) que
la Caisse des dépôts et consignations et les Caisses d'épargne ont entretenu des
relations étroites durant tout le 19ème et le 20ème siècle ; qu'à la suite de la loi
du 25 juin 2009 réformant le statut du réseau des Caisses d'épargne, les deux
groupes ont organisé leurs rapports au sein de la Caisse nationale des caisses
d'épargne et de prévoyance par un acte d'actionnaires ; que, «désireuses de
renforcer leur partenariat en mettant en commun leurs intérêts dans les
activités financières concurrentielles au sein d'une société commune, la Caisse
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des dépôts et la CNCE ont en 2001 conclu un accord dénommé «l'Alliance» ;
que, «dans ce cadre, la Caisse des dépôts cédait la majorité de sa filiale CDC
Ixis à la Compagnie financière Eulia constituée avec la CNCE, la Caisse des
dépôts détenant dans le capital d'Eulia une participation majoritaire (50,1 %).
La CNCE apportait pour sa part à CDC Ixis, son pôle finances, 40 % du
Crédit foncier de France et ses participations dans des filiales» ;
Attendu qu'un nouveau partenariat entre la Caisse des dépôts et les Caisses
d'épargne a eu pour objet de transférer le contrôle de CDC Ixis (via Eulia) à la
CNCE, la Caisse des dépôts étant actionnaire stratégique, avec 35 % du capital
de la CNCE dans sa nouvelle configuration ;
Attendu ainsi qu'un décret n°2004-610 du 25 juin 2004 autorisait le transfert au
secteur privé de la propriété de la société Compagnie financière Eulia, après
avis conforme de la Commission des participations et des transferts recueilli le
17 juin 2004 en application des articles 3 et 20 de la loi n°26-912 modifiée
relative aux modalités des privatisations ;
2.3.2.- Naissance de Natixis
2.3.2.1.- NATIXIS : une étape dans le rapprochement des deux groupes
Attendu que par une décision C2006/45 et une lettre du ministre de l'économie
et des finances en date du 10 août 2006, relative à une concentration dans le
secteur des services bancaires, publiée au BOCCRF du 15 septembre 2006, est
née la filiale commune NATIXIS, issue du rapprochement de NATEXIS et
IXIS, laquelle regroupait les activités de banque de financement et
d'investissement des deux groupes ; que cette filiale commune était détenue,
conjointement et à parité, à hauteur de 34, 6 % par la CNCE et la BFBP, le
reste du capital étant réparti entre le public et les institutionnels ; que cotée en
bourse, Natixis intervient à titre principal sur les marchés de la banque de
financement et d'investissement, et plus accessoirement, sur certains marchés
de la banque commerciale ;
Attendu que la CNCE a apporté à Natixis ses filiales Compagnie 1818,
CACEIS, CGE Garanties, Gestitres, IXIS CIB, IXIS Asset management, CIFG,
CEFI, GCE FS, GCE Affacturage, GCE Bail et Foncier assurance ; que la
BFBP a apporté à Natixis ses filiales Novacrédit et Natexis Banque Populaire
regroupant l'ex Crédit National et l'ex banque France du Commerce extérieur
(avec ses propres filiales, notamment la Coface, Natexis Interépargne, Natexis
Asset Management, Natexis Investor servicing, Natexis Factorem, Banque
privée Saint Dominique, Natexis assurance, Natexis Lease, Natexis
Bleichroeder et Natexis private Equity) ;
Attendu que Monsieur Dominique FERRERO était directeur général et
membre du directoire de NATIXIS ; qu'il indiquait (D117) être «arrivé dans le
dispositif NATIXIS le 1er mai 2006 en qualité de conseiller de Monsieur
Philippe DUPONT qui à l'époque était le président du Groupe BANQUES
POPULAIRES et Président de NATEXIS BANQUE POPULAIRE. J'ai donc été
recruté comme conseiller dans l'objectif de devenir le futur Directeur général
de l'entité NATIXIS, qui devait résulter de la fusion IXIS et NATEXIS
BANQUES POPULAIRES (NBP)» ;
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Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure soumises à l'appréciation du
tribunal et des débats que le rapprochement entre la CNCE et la BFBP était un
projet ancien, dont NATIXIS a constitué une des étapes ;
2.3.2.2.- le projet de rapprochement : un projet largement partagé par les
pouvoirs publics.
Attendu qu'il apparaît en outre que ce projet de rapprochement était un projet
largement partagé par les pouvoirs publics et les opérateurs économiques ;
Attendu ainsi que les déclarations de Monsieur Philippe DUPONT, de
Monsieur Charles MILHAUD et de Monsieur Christian NOYER, gouverneur
de la Banque de France, confirment de manière convergente tant l'ancienneté
du projet que l'assentiment largement partagé de la part des pouvoirs publics ;
Attendu que, sur l’ancienneté du projet, Monsieur Xavier MUSCA (D131)
indiquait que «la fusion des caisses d'épargne et des banques populaires était
considérée par les deux groupes dès le moment où ensemble les banques
avaient créé une filiale d'investissement commune, NATIXIS. Les deux
dirigeants à l'époque, MM.DUPONT et MILHAUD, étaient venus me trouver,
j'étais directeur du Trésor, pour me présenter NATIXIS comme le premier pas
vers la fusion.»
Attendu que selon Monsieur Philippe DUPONT (D142), «après diverses
acquisitions du Groupe BFBP et notamment la Société NATEXIS qui deviendra
NATEXIS Banques Populaires (acquisition d'un noyau dur dans le cadre d'une
privatisation, puis de la majorité des titres par OPA), dont j'ai été le Président
dès 1999, nous nous sommes rendus compte que notre banque de financement
et d'investissement n'avait pas suffisamment développé ses activités de
marchés. Ceci nous était notamment reproché par les investisseurs, certains
analystes et certains actionnaires.» ; qu'il ajoutait que «Le groupe Caisse
d'épargne m'a approché pour évoquer l'avenir de sa banque d'investissement
IXIS, nous avons débouché en novembre 2006 sur la création de NATIXIS,
fusion de NATEXIS avec IXIS (...). Par cette opération NATIXIS était filiale à
parité des deux organes centraux BFBP et CNCE. A cette occasion, je suis
devenu Président du Directoire de NATIXIS, Charles MILHAUD (Président du
Directoire de CNCE), devenant Président du Conseil de Surveillance de
NATIXIS.»
Attendu, que de manière particulière, Monsieur Philippe DUPONT précisait
que «depuis 1999, tous les Ministres de l'Economie et des Finances m'avaient
incité à me rapprocher des Caisses d'Epargne. Cette idée de rapprochement
existait de longue date et s'imposait aux Ministres successifs de Bercy» ;
Attendu que le témoignage de Monsieur Charles MILHAUD confirmait encore
les déclarations de Monsieur Philippe DUPONT sur la volonté des pouvoirs
publics, de longue date, de voir le rapprochement des Groupes banque
populaire et Caisse d'épargne se réaliser ;
Attendu ainsi, selon Monsieur Charles MILHAUD (D138), «qu'il faut
remonter à mon avis à l'acquisition que nous avions faite auprès de la CDC
(dirigée à l'époque par feu Francis MAYER) de la filiale IXIS, filiale
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permettant à la CNCE d'exercer une activité de marché ; parallèlement, dans
ce cadre là, au cours des entretiens que j'avais eus avec M. Francis MER,
alors Ministre des Finances, celui-ci me faisant part de son accord sur cette
opération, m'avait indiqué qu'il souhaitait que par la suite un rapprochement
avec les Banques Populaires s'engage»; qu'il ajoutait : «Il faut dire que c'était
une option qui avait cours à Bercy depuis longtemps, le Ministère des
Finances, quelle que soit la couleur politique, souhaitant ce rapprochement
sans que cela soit exprimé officiellement» ;
Attendu, sur la création de NATIXIS, que Monsieur Charles MILHAUD
(D138) déclarait ainsi : «selon ma mémoire en 2005, par l'intermédiaire de
M.Bruno METTLING qui était passé aux Banques Populaires, j'ai été
approché par ce Groupe bancaire, pour voir dans quelle mesure il ne serait
pas intéressant de rapprocher IXIS et la filiale NATEXIS des Banques
Populaires pour créer NATIXIS et détenir ensemble à parité plus de la moitié
du capital social de cette nouvelle structure ; cette filiale permettait aux deux
groupes bancaires d'intervenir sur les marchés de manière plus importante.
L'intérêt pour moi dans cette opération, résidait aussi dans le fait que
NATEXIS possédait une filiale d'assurance et que par la suite cela pouvait être
intéressant pour la CNCE ; le rapprochement s'est donc fait avec la
bénédiction de Bercy mais pour réaliser cette opération il fallait que la CDC
sorte du capital de la CNCE» ;
Attendu, enfin que Monsieur Christian NOYER, entendu par le magistrat
instructeur (D176) devait faire des déclarations confirmant celles de Monsieur
Philippe DUPONT et de Monsieur Charles MILHAUD ; que selon lui, «la
fusion BP/CE est une opération dont l'origine remonte assez loin dans le
temps ; que dès 1996, le groupe Caisse d'épargne et le groupe Banque
Populaire, décident de créer une filiale commune, NATIXIS qui regroupe du
côté des banques populaires, l'ancien crédit national et l'ancienne banque
française du commerce extérieur et du côté des caisses d'épargne les activités
de marché dont elle avait hérité de la Caisse des dépôts. Dès cette époque là
les dirigeants nous indiquent qu'à terme le rapprochement des deux groupes
pourrait faire du sens industriel, puisqu'on a d'un côté les caisses d'épargne
qui collectent beaucoup de dépôts et sont peu implantées dans les entreprises
et de l'autre les banques populaires qui ont une vaste clientèle d'entreprises
auxquelles elles font du crédit mais qui manquent de ressources» ;
Attendu que Monsieur Christian NOYER devait, à l'audience, indiquer que
l'initiative de la relance du processus de fusion ne résultait pas d'une «Caisse
d'Epargne impulsion politique» ; qu'il ajoutait, ainsi qu'il sera examiné
ultérieurement qu'au moment de l'annonce des pertes début janvier 2009 des
pertes de NATIXIS, «les groupes se sont tournés vers l'Etat» ;
2.4.- Un rapprochement ayant fait l'objet de critiques
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure et des débats que la création de
NATIXIS ne se réalisa pas sans difficultés et que de fortes oppositions sont
nées tant sur ce projet que sur la lente démutualisation à laquelle elle semblait
procéder ;

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Attendu que le tribunal relève, au titre des pièces versées aux débats par Maître
Jérôme KARSENTI, un rapport du 12 juin 2015 de la Caisse nationale des
caisses d'épargne où en page 8 il est indiqué que «le groupe caisse d'épargne
risque (…) de se trouver confronté avec la création de NATIXIS à une double
exigence qui semble difficile à satisfaire : d'une part, le maintien de son rôle
économique et social lié notamment à son statut de mutualiste, d'autre part,
apporter des réponses aux standards de rentabilité qu'exige le marché afin de
crédibiliser le projet présenté» ;
Attendu qu'en outre, des communiqués syndicaux montrent l'opposition forte à
ce projet de rapprochement, qui pour certains, était en contradiction avec
l'esprit mutualiste ;
Attendu enfin que la création de NATIXIS a été source de conflit entre la
Caisse des dépôts et consignations et les caisses d'épargne, la première détenant
35 % des secondes ; que monsieur Augustin de ROMANET a relaté ce conflit
(D139/2) : «La séparation entre la CDC et les Caisses d'Epargne au sein de
l'actionnariat d'IXIS s'est déroulée dans des conditions douloureuses fin 2005début 2006. Le directeur général de l'époque de la CDC (mon prédécesseur),
Francis MAYER ayant le sentiment d'être trahi par les caisses d'épargne qui
lui avaient promis que l'actionnariat commun d'IXIS serait durable. Dans ce
contexte de passif, mes relations avec les caisses d'épargne étaient limitées au
strict minimum. La CDC gardait encore dans ses livres plusieurs millions de
garanties d'engagement de la caisse nationale des caisses d'épargne, par
ailleurs beaucoup de collaborateurs de la CDC restaient détachés à la CNCE
ou dans la filiale IXIS. J'attachais donc un soin particulier à maintenir une
sorte de muraille de Chine avec les Caisses d'épargne, l'affectio societatis
ayant été brisé dans des conditions incontestables» ;
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure et des débats que 7 milliards
d'euros devaient être versés au titre du dédommagement de la Caisse des dépôts
et consignations résultant de la création de Natixis ;
***
3.-L’Analyse de la chronologie des événements de 2002 à 2009
3.1- Période de 2002 à 2007
Attendu que, par arrêté du 22 mai 2001, Monsieur François PEROL, inspecteur
des finances de 1ère classe, est nommé sous-directeur du financement de
l'économie et du développement des entreprises à la direction du Trésor du
ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, pour une durée de trois
ans (arrêté portant détachement de l'inspection générale des finances du 13
juillet 2001) ;

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3.1.1.- Les fonctions exercées par Monsieur François PEROL du 24 mai 2002
au 26 janvier 2005
Attendu que par arrêté du 24 mai 2002, Monsieur François PEROL est nommé
au cabinet du Ministre de l'Economie, Monsieur Francis MER, comme
directeur adjoint, en 2ème position (2ème directeur adjoint sur 3, le Directeur de
cabinet étant Monsieur Xavier MUSCA qui sera au moment des faits, directeur
du Trésor) ; que le 3ème directeur adjoint de cabinet est Monsieur Augustin DE
ROMANET qui sera au moment des faits, président de la Caisse des dépôts et
consignations ;
Attendu que par arrêté du 5 avril 2004 portant nomination au cabinet du
ministre d'Etat, Monsieur Nicolas SARKOZY, Monsieur François PEROL est
nommé Directeur de cabinet adjoint – le cabinet comprenant cinq directeurs de
cabinet adjoints-, Monsieur François PEROL étant le deuxième dans l'ordre
protocolaire, Monsieur Xavier MUSCA chargé de mission auprès du ministre,
étant le premier ;
Attendu, selon les plaignants et l’accusation que Monsieur François PEROL
connaissait le dossier du Groupe Caisse d’Epargne et du Groupe Banque
Populaire, pour avoir, depuis 2002, alors qu’il exerçait les fonctions de
directeur-adjoint du cabinet de Francis MER, ministre des finances en charge
des questions financières et bancaires, été chargé de la gestion du dossier de la
Caisse des dépôts et consignations et des Caisses d’épargne et qu’il avait, en
2004, «scellé» l’accord entre les banques visant à créer la banque
d'investissement IXIS, dont la Caisse d'épargne avait pris ensuite le contrôle ;
***
Attendu qu'il y a lieu, au titre de la chronologie des événements de rappeler cidessous l'ensemble des messages figurant en procédure avant d'en apprécier la
portée sur les chefs de prévention retenus à l'encontre de Monsieur François
PEROL au point 4.5. ;
3.1.1.1.- Sur le message du 10 juin 2002 adressé par Monsieur François
SUREAU (D34)
Attendu qu’il résulte d’un message du 10 juin 2002, adressé par Monsieur
François SUREAU à Monsieur Philippe WAHL -qui occupait, en 2002, les
fonctions de directeur général de la Caisse nationale d’épargne-, Monsieur
Charles MILHAUD -qui occupait en 2002 les fonctions de président du
directoire de la CNCE- et Madame Christiane MARCELLIER, ayant pour
objet «PEROL dans sa chambre introuvable» : «Je viens d'avoir un PEROL en
grande forme, sur le thème «bon, maintenant on a la chambre qu'il faut.
Quand est ce qu'on y va avec l'écureuil ?» ; «Le vent est dans le bon sens. il va
falloir voir Remont (qui occupait en 2002 les fonctions de directeur de cabinet
adjoint du Ministre des Finances Francis MER) juste après F-vive, et je
continuerai en duo avec PEROL derrière. Profitons de L'euphorie.»

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3.1.1.2- Sur le message du 17 juillet 2002 adressé par Monsieur François
SUREAU (D35)
Attendu qu’il résulte d’un message électronique du 17 juillet 2002, adressé par
Monsieur François SUREAU à Madame Christiane MARCELLIER -qui
occupait, en juillet 2002 les fonctions de directeur de la stratégie à la Caisse
nationale des caisses d’épargne-, Monsieur Alain MINC -qui occupait les
fonctions de président du conseil de surveillance du journal Le Monde-,
Monsieur François HENROT -qui occupait, au cours du mois de juillet 2002,
les fonctions d’associé-gérant au sein de la banque ROTHSCHILD-, Monsieur
Philippe WAHL et Monsieur Charles MILHAUD, ayant pour objet «discussion
PEROL» :
«J 'ai eu PEROL sur le calendrier : en soulignant les points relatifs 1) à la
nécessité de faire CNP-Eulia pour le rating, et 2) au temps nécessaire à la
mise en ordre du réseau en période de renouvellement des présidents de
directoire. Il a parfaitement compris, mais son propos est « nous sommes
d'accord sur la stratégie, mais ne confondons pas vitesse et précipitation,
Matignon et nous sommes en ligne la dessus.» «Je propose donc une pause de
maturation de quelques semaines.».
3.1.1.3- Sur les échanges du 10 octobre 2002 (D36)
Attendu qu’il résulte d’un échange de messages électroniques, ayant pour objet
«tribulations de l'écureuil (suite)», que Monsieur François SUREAU écrivait à
Monsieur François PEROL (sans indication de date et d’heure) : «Souhaitezvous que Wahl et moi passions vous voir pour évoquer quelques problèmes de
méthode, de périmètre et de calendrier concernant le projet des caisses
d’épargne? Si tel est le cas, je prends rendez-vous avec votre secrétariat» ;
Attendu que Monsieur François PEROL répondait le 10 octobre 2002 à 9H07
en ces termes : «C’est toujours un plaisir de vous voir! Je me demande même
si la bonne méthode ne serait pas d’abord – n’en dites rien à votre client – un
tête à tête» ;
Attendu que ce message était le même jour transféré à 12H00 par Monsieur
François SUREAU à Monsieur Charles MILHAUD, sans message
d’accompagnement ;
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué à l'audience que ce projet
«des caisses d'épargne» visait le transfert du contrôle de CDC Ixis (via Eulia) à
la CNCE, la Caisse des dépôts devenant actionnaire stratégique, avec 35 % du
capital ; qu'ainsi qu'il a été rappelé précédemment, un décret n°2004-610 du 25
juin 2004 autorisait le transfert au secteur privé de la propriété de la société
Compagnie financière Eulia, après avis conforme de la Commission des
participations et des transferts recueilli le 17 juin 2004 en application des
articles 3 et 20 de la loi n°26-912 modifiée relative aux modalités des
privatisations ;
Attendu, selon Monsieur François PEROL, qu'il y avait un «intérêt budgétaire,
car l'Etat pouvait percevoir un dividende exceptionnel de la Caisse des dépôts
et consignations» (page 17 des notes d'audience) ;
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3.1.1.4- Sur le message du 11 décembre 2003 (D37)
Attendu que le 11 décembre 2003, Monsieur François SUREAU adressait à
Monsieur Charles MILHAUD et Monsieur Nicolas MERINDOL un fichier
«amendement à l’article 40 bis(nouveau) du projet de loi de finances pour
2004» avec le message suivant : «Chers amis, le texte sur lequel je me suis mis
d’accord ce matin avec F. PEROL, pour parer à l’argument, fondé,
d’inconstitutionnalité du texte précédent. Amitiés, FS» ;
Attendu que Monsieur François PEROL a, sur ce message, expliqué à
l'audience qu'il s'agissait du transfert «EULIA» susvisé ;
Attendu, selon lui, que «des salariés de droit public allaient se trouver dans
une entreprise de droit privé ; il fallait prendre une disposition législative» ;
que le «projet de loi reven(ait) au Ministre» (page 17) ; qu'il expliquait être
«intervenu dans cette opération», et avoir «assisté le Ministre» (page 18) ;
Attendu à cet égard que l'article 60 de la loi de finances pour 2004 (n°20031311 du 30 décembre 2003), publiée au Journal Officiel du 31 décembre 2003
a prévu que «la Caisse des dépôts et consignations verse en 2004 au budget
général de l'État, après avis de sa commission de surveillance, un montant
représentatif de la plus-value nette constatée à l'occasion de la cession des
participations qu'elle détient, directement ou indirectement, dans les sociétés
CDC-Ixis et Compagnie financière Eulia» ;
3.1.1.5- Sur le message du 3 avril 2004 (D38)
Attendu que dans un message du 3 avril 2004, Monsieur François SUREAU
écrivait à Monsieur Charles MILHAUD, avec pour objet : «Personnel :
Gouvernement» ; que dans ce message figure un paragraphe concernant
Monsieur François PEROL : «En effet, MUSCA m'avait dit qu'il restait. Il est
assez lié avec SARKOZY, ce que peu de gens savent, depuis l'époque de
BALLADUR : Quant à PEROL, qui il y a peu voulait aller dans une banque
d'affaires il se dit que Sarko mérite peut être un détour,.. Par l'intermédiaire de
DARROIS, qui est très lié avec SARKOZY (vraiment très lié, c'est la bande de
Martin BOUYGUES, etc...) j'ai recommandé REMONT, qui s'occupe parfois de
nos affaires et devrait rester aussi».
Attendu que Monsieur François PEROL a reconnu à l'audience, le caractère
déplacé des commentaires, tout en précisant qu'il n'avait jamais pour sa part
écrit des messages rédigés de la sorte ;
3.1.1.6.-Sur le message du 3 mai 2004 (D39)
Attendu que le 3 mai 2004, Monsieur François SUREAU adressait le message
suivant à Monsieur Charles MILHAUD, avec pour objet «pacte» : «comme je
ne cesse pas de lire, dans la coulisse, les documents qui vous concernent je
suis tombé en fin de semaine dernière sur une dernière version du pacte
d'actionnaires, à insérer dans le préambule et sur laquelle on me dit que tu
serais tombé d'accord avec F MAYER. (....) Mais comme nous vivons dans un
univers un peu paranoïaque... bref, peut-être que la solution est aussi de
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s'assurer auprès de PEROL qu'il ne voit pas d'inconvénient à cette rédaction» ;
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué à l'audience (page 18) que
l'objet de ce message était sans lien avec NATIXIS ;
Attendu que ce message porte sur le pacte d'actionnaires, susceptible de
concerner la Caisse des dépôts et Consignations et le groupe Caisses
d'épargne ;
3.1.1.7.-Sur les messages du 25 mai 2004 (D41 et D42)
Attendu que dans un message du 25 mai 2004 de Monsieur Laurent
VIELLEVIGNE -qui occupait, au mois de mai 2004, les fonctions d’associé au
sein de la société Bucéphale Finance, société spécialisée dans les fusions
acquisitions- à Monsieur Charles MILHAUD, Monsieur Francis MEYER,
Monsieur Guy ROUSSEAU -banquier conseil- et Monsieur Anthony
ORSATELLI -qui occupait, en mai 2004, les fonctions de président du
Directoire de CDC IXIS (filiale de la Caisse des dépôts et consignations)-, il
les informait qu'il était convoqué à 21h à Bercy par Monsieur François PEROL
pour évoquer la signature d'un protocole, sur une base «incroyable», puis que
cette réunion était annulée ;
Attendu que ce message était complété, à l'attention de Monsieur Charles
MILHAUD seulement, d’un message complémentaire rédigé ainsi : «F.PEROL
comprend votre engagement de limiter les grands risques à 10% des futurs
fonds propres de la BFI (22) mais m'a indiqué vouloir explorer avec le ministre
et le Gouverneur comment cette limite pourrait être rehaussée pour nous
permettre d'être comme « les autres banques.» «sans commentaires de ma
part...» ;
Attendu que Monsieur François PEROL a indiqué à l'audience (page 18) que
l'objet de ce message concernait le «sauvetage d'Alsthom» ;
3.1.1.8.-Sur le message du 30 novembre 2004
Attendu que dans un message du 30 novembre 2004, avec pour objet
«GAYMARD et GRAPINET son dir. cab», Monsieur François SUREAU a écrit
à Monsieur Charles MILHAUD en réponse à une demande de ce dernier : «Les
connais-tu?» : «Je connais assez bien Gaymard. Mon père est en outre très
copain avec lui. Je lui ai mis un mot hier pour lui recommander de prendre
Remont comme dir. Cab adjoint, à la place de PEROL qui va chez
ROTHSCHILD. Je sais qu’Augustin de Romanet a fait la même démarche
auprès de lui, et que Perol parle à Grapinet ce matin pour lui dire de prendre
Rémont comme adjoint. C’est cette fonction là qui est la plus importante, le
dircab en titre (ex Guéant ou Musca) étant très absorbé par la conduite de
cette énorme ministère. Pour nous, ça serait remarquable que ce soit Rémont
(...)» ;
Attendu que la portée de l'ensemble de ces messages sera appréciée au point
4.5. ;
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3.1.2.- Les fonctions exercées par Monsieur François PEROL du 26 janvier
2005 au 16 mai 2007.
3.1.2.1.- Associé gérant au sein de la banque Rothschild
Attendu que par décret du Président de la République en date du 19 janvier
2005, Monsieur François PEROL, inspecteur des finances de 1ère classe, est
nommé inspecteur général des finances à compter du 1er janvier 2005 ; qu’il
obtient une mise en disponibilité le 26 janvier 2005 lui permettant de rejoindre
la banque Rothschild et Cie, en qualité d'associé gérant ;
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué à l’audience (page 20)
qu’après avoir exercée pendant 14 ans pour l'État, il était difficile de
progresser, ayant peu de possibilités d’évolution ; qu’il a expliqué avoir été
«sollicité par les banques d’affaires» ; qu’interrogé sur l’objectif recherché par
ces banques, il a expliqué que ces banques «cherchent un profil, étant capable
de gérer une situation lourde, que cette personne est bien introduite, mais ce
n’est pas l’essentiel» ; qu’il précisait toutefois que c’était lui qui avait
«sollicité la banque Rotshchild, car (il) pensai(t) que c’était la meilleure»,
précisant avoir «fait une démarche», sans les avoir eu auparavant comme
client ;
Attendu, selon les plaignants qu'en 2004, lorsque Monsieur François PEROL
est devenu associé au sein de la banque Rothschild après avoir exercé les
fonctions d'inspecteur des finances, la Commission de déontologie avait exclu
la possibilité qu'il travaille sur des banques dont il avait eu le contrôle et la
surveillance durant ses fonctions ; que, toutefois, selon les plaignants, malgré
un avis défavorable émis en 2006 par la Commission de déontologie, Monsieur
François PEROL aurait piloté, en qualité d'associé de la banque Rothschild,
banque conseil de la Caisse des dépôts et consignations, la création de la
banque NATIXIS, en conseillant les Banques populaires ; qu’il aurait à cet
égard et selon les plaignants, perçu deux millions d'euros d'honoraires ;
Attendu qu’a été versé à la procédure un extrait de l’avis de la Commission de
Déontologie n°04A0826 du 22 décembre 2004 concernant Monsieur François
PEROL ;
Attendu qu’aux termes de cet avis, un conseiller au cabinet du ministre de
l’économie, des finances et de l’industrie, précédemment chef du bureau
«endettement international et assurance- crédit» à la direction du Trésor peut
exercer une activité d’associé gérant au sein d’un département d’une banque
d’affaires sous réserve qu’il s’abstienne de traiter toute affaire dont il a eu à
connaître dans ses fonctions à la direction du Trésor et au cabinet du ministre,
ainsi que de conseiller la direction du Trésor ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a expliqué que la
Commission de déontologie, après avoir procédé à son audition, avait émis un
avis favorable sous deux réserves, de s'abstenir de traiter d'affaires dont il avait
eu à connaître et de s'abstenir de conseiller la Direction du Trésor ;
Attendu, selon les témoignages recueillis au cours de l’information judiciaire,
qu’il apparaît que la banque Rothschild devait être le conseiller des Banques
populaires au titre de la création de NATIXIS ;
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Attendu que Monsieur Charles MILHAUD expliquait le rôle de Monsieur
François PEROL dans le rapprochement des deux filiales IXIS et NATEXIS
pour la création de NATIXIS, de la manière suivante : «J'avais connu M.
PEROL lorsqu'il était conseiller au Cabinet de M. Francis MER. Pour le
rapprochement IXIS et NATEXIS, la banque conseil de Banques Populaires
était ROTHSCHILD et il m'a été dit qu'à l'époque Monsieur François PEROL
était le représentant de cette banque conseil auprès des Banques Populaires ;
Pour ce qui concernait la CNCE, à l'époque, la banque conseil était LAZARD,
représentée par M. Mathieu PIGASSE. Nous avions également un cabinet
d'avocats qui nous conseillait, le cabinet DARROIS représenté par MM.
BROCHIER et SURREAU. Je n'en connais pas plus de l'intervention de
M.PEROL dans le dossier, à ce moment-là»;
Attendu, selon Monsieur Dominique FERRERO (D118), qu’«en 2006,
Monsieur François PEROL était impliqué dans le rapprochement IXIS/NBP en
qualité de banquier d’affaires (au sein de la banque Rothschild), mandaté par
les banques populaires. C’était un banquier conseil qui était là pour apporter
son savoir-faire dans l’opération de fusion, au sens capitalistique du terme
(évaluations des actifs, garanties de passif, gouvernance, audit, etc…)» ;
Attendu que, selon Monsieur Philippe DUPONT (D142), «lors de cette
opération de rapprochement, la BFBP était entourée de nombreux conseils : la
banque Rothschild avec comme chef d’opération François HENROT assisté de
Monsieur François PEROL, CITY BANK et ABN AMRO, des conseils
juridiques (Bredin Pratt), d'autres banquiers d'affaires. Auprès de François
HENROT, Monsieur François PEROL coordonnait les équipes afin de mener à
bien l'opération. J'avais donné mandat à la Banque ROTHSCHILD
représentée par François HENROT de mener à bien cette opération. J'avais
pour interlocuteurs David ROTHSCHILD, François HENROT et parfois
Monsieur François PEROL, cela dépendait des points évoqués, Monsieur
PEROL faisait partie de l'équipe (…)»
Attendu que Monsieur Christian NOYER, entendu par le magistrat instructeur,
faisait part des relations s'étant nouées entre Monsieur Philippe DUPONT et
Monsieur François PEROL (D176/5) : «Monsieur DUPONT connaissait
personnellement et de longue date Monsieur PEROL, qu'il avait eu comme
banquier conseil quelques années auparavant»;
Attendu qu’à l’audience, Monsieur François PEROL a expliqué avoir fait
«partie de l’équipe qui a conseillé la BFBP» (page21) ;
Attendu que selon lui, cette affaire était sans lien avec celle qu'il avait été
amené à connaître au cabinet de Monsieur Francis MER, évoquée
précédemment, s'agissant du transfert du contrôle de CDC Ixis (via Eulia) à la
CNCE, donnant lieu au décret n°2004-610 du 25 juin 2004 susvisé ; qu'il a
précisé à l'audience que «l'intérêt, je le prends auprès de la BFBP, et non de la
Caisse d'épargne» ; qu'il lui avait semblé ne pas avoir été dans le champ des
réserves en conseillant la BFBP, dès lors que selon lui, la formulation «toute
affaire dont j'ai eu connaissance» ne concernait pas IXIS ;

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3.1.2.2.- Sur les messages reçus en 2006
Attendu que parmi les messages reçus par le magistrat instructeur, deux
messages figurent à la procédure pour l’année 2006 ;
Attendu que le huitième message, du 2 juin 2006, adressé à Monsieur François
PEROL (23) et à Monsieur Bruno METTLING -qui occupait, au cours du mois
de juin 2006, les fonctions de directeur adjoint, puis de directeur général
délégué de la BFBP- par Monsieur Mathieu PIGASSE -qui occupait, au cours
du mois de juin 2006, les fonctions d’associé gérant au sein de la banque
LAZARD Frères, puis de Vice-Chairman de la banque LAZARD Europe-,
évoquait les différentes versions d'un projet et divergences qui subsistaient,
message directement transmis ensuite, sans commentaire, à Monsieur Charles
MILHAUD -qui occupait, au cours du mois de juin 2006, les fonctions de
Président du directoire de la Caisse nationale des caisses d’épargne- ;
Attendu que le neuvième message, également du 2 juin 2006, ayant pour objet :
«Champion», était adressé par Monsieur Mathieu PIGASSE à Monsieur
Charles MILHAUD, Monsieur Nicolas MERINDOL -qui occupait au cours du
mois de juin 2006 les fonctions de Directeur général de la Caisse nationale des
caisses d’épargne- et Monsieur Emmanuel BROCHIER -un des fondateurs du
cabinet Darrois, Villey Maillot Brochier : «Nous venons de nous parler avec F
PEROL. Il demeure des sujets de divergence, à la fois financiers (impact CDC
sur les valorisations – impact marginal à notre sens), ainsi que sur certaines
clauses juridiques (clause dite MAC).(....)» ;
***
Attendu que la position du tribunal sur l’activité de Monsieur François PEROL
au sein de la banque Rotschild en qualité d’associé gérant sera examiné au
point 4.4.
***
3.2.- Période de 2007 à 2009
Attendu que par arrêté du 16 mai 2007 portant nomination à la Présidence de la
République, Monsieur François PEROL est nommé secrétaire général adjoint ;
qu'il a expliqué (page 27) avoir été appelé le 5 mai 2007 par Monsieur Claude
GUEANT dans l'entre-deux tours des élections présidentielles sans avoir
participé à la campagne électorale de 2007 ; qu'il était en charge des questions
économiques, disposant d'une équipe de 6 à 7 personnes ;
3.2.1.- Sur la période du 16 mai 2007 au 1er septembre 2008
Attendu que le tribunal constate sur la période du 16 mai 2007 au 1er
septembre 2008 les événements suivants :
3.2.1.1.- Sur la rencontre du 23 mai 2007
Attendu que Monsieur Charles MILHAUD se rend à l'Elysée et rencontre
Monsieur Claude GUEANT ;
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3.2.1.2.- Sur les rencontres des 28 et 29 mai 2007
Attendu que Monsieur François SUREAU se rend à l'Elysée et rencontre
Monsieur François PEROL à 16H00 ;
Attendu que Monsieur François SUREAU, qui occupait en mai 2007, les
fonctions d'avocat associé au sein du cabinet DARROIS, VILLEY, MAILLOT,
BROCHIER a adressé le 29 mai 2007 un message électronique à Monsieur
Charles MILHAUD : «J'ai passé à peu près deux heures avec Pérol sur
différents sujets. Il faudra, à un moment, que nous allions le voir. Je le trouve
bien disposé... et par exemple désireux de favoriser une belle opération
stratégique comportant démutualisation totale ou partielle» ;
Attendu que dans ce message il apparaît que Monsieur François SUREAU tend
à présenter Monsieur François PEROL comme un acteur influent susceptible
de disposer d'un pouvoir décisionnel ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a indiqué ne pas croire
«avoir passé 2 heures avec M. SUREAU» ; que selon lui, «il (lui) a parlé du
projet des caisses d'épargne de démutualisation» et qu'il a répondu «toujours
la même chose : il n'y aucune demande politique de démutualisation» ;
Attendu, selon Monsieur François PEROL, que Monsieur François SUREAU a
dû manifestement être envoyé par Monsieur Charles MILHAUD, qu'il
accomplit «son travail de lobbyiste» et qu'il «se vante» (page 32) ; qu'il a
expliqué au tribunal qu'il y avait lieu de «traiter» ce type de démarches ;
Attendu que la portée de ces rencontres sera appréciée au 4.5.2.3. ;
3.2.1.3.- Le message du 5 juin 2007
Attendu qu'a été versé à la procédure un message électronique du 5 juin 2007,
adressé par Monsieur François SUREAU à Monsieur Charles MILHAUD en
ces termes :«Manoeuvre en marche. Je sors de chez Augustin. Il a deux
candidats, Luc et un autre dont il ne m'a pas dit le nom. Quand à la CNP j'ai
plaidé. Il faudra que PEROL m'aide. Je m'en occupe. Par ailleurs, il a été
assez ferme sur son souhait d'obtenir une compensation sur GESTRIM, en
m'expliquant que sans ça il irait au contentieux. Je suis resté dans mon rôle en
lui disant qu'alors il perdrait».
Attendu que la portée de ce message sera appréciée au 4.5.2.1. ;
3.2.1.4.- Les messages électroniques de Monsieur Jean-Marie MESSIER des
25, 27 juin et 23 septembre 2007
Attendu qu'un courrier anonyme parvenait au Cabinet du magistrat instructeur
le 3 avril 2013, contenant des copies de mails échangés entre Monsieur Charles
MILHAUD et Monsieur Jean-Marie MESSIER, relatifs à la création d'un
groupe multimédia Sud autour du Groupe des Caisses d'épargne, à une société
EUROPACORP, ainsi qu'à un projet de création de pôle immobilier ;
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Attendu d'une part que figure à la procédure un message de Monsieur JeanMarie MESSIER à Monsieur Charles MILHAUD du 25 juin 2007 aux termes
duquel il adresse un «projet de note pour François Pérol», relatif à la création
d'un «groupe multimédia Sud autour de CNCE» ;
Attendu que, d'autre part, le 27 juin, Monsieur Jean-Marie MESSIER adresse
un nouveau message dans lequel figurent les mots : «pour ce qui concerne le
dossier PQR, j'attends le retour de François Pérol» ;
Attendu, enfin, que le 23 septembre 2007, Monsieur Jean-Marie MESSIER
adresse à Monsieur Charles MILHAUD un message relatif à la création d'un
pôle immobilier dont deux paragraphes sont rédigés en ces termes : «Si vous en
êtes d'accord, je peux valider le soutien d'Alain, assurer une première
présentation à François Pérol et Claude Guéant que je vois cette semaine
avant que vous ne mettiez Nicolas dans la boucle, mais sur une idée déjà
«testée» et largement validée. Je vois également Stéphane Richard vendredi
matin. (…). Par ailleurs, François (mon rdv est jeudi soir avec lui) m'a dit
avoir posé la question CNP à Augustin de Romanet et attendre ses réactions
(sic !). Je comprends que De Castries pousse beaucoup pour AXA. Il faut que
nous reparlions pour ne pas être «débordés»... Quelle activité à l'Élysée»
Attendu que Monsieur François PEROL, à l'audience, a indiqué qu'il s'agissait
de notes d'un «lobbyiste» et qu'il n'en avait «rien fait» ; qu'il ajoutait : «mon
métier est de savoir traiter les solliciteurs» (page 32) ;
3.2.1.5.- Les rendez-vous des 23 juin, 29 juin, 30 juillet et 1er août 2007
Attendu que Monsieur Charles MILHAUD a rencontré Monsieur Claude
GUEANT le 23 juin à 10H00 ; que le 29 juin, Monsieur Philippe DUPONT
s'est rendu à l'Élysée pour rencontrer Monsieur François PEROL ; que le 30
juillet 2007, Charles MILHAUD s'est rendu à l'Élysée pour rencontrer
Monsieur François PEROL et que le 1er août 2007, François SUREAU a rendu
visite à Monsieur François PEROL ;
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué ces rendez-vous par le fait
qu'il y avait lieu de renseigner le Président de la République et que cela «faisait
partie de son métier de recevoir les dirigeants des grandes entreprises» ;
Attendu que la portée de ces rendez-vous sera appréciée au 4.6.1. ;
3.2.1.6.- Sur le message du 1er août 2007 adressé par Monsieur Laurent
VIEILLEVIGNE à Monsieur François SUREAU et Monsieur Charles
MILHAUD.
Attendu qu'un message du 1er août 2007 fait état d'un échange entre Monsieur
François SUREAU et Monsieur Charles MILHAUD, avec Monsieur Laurent
VIEILLEVIGNE -qui occupait, en août 2007, les fonctions d'associé au sein
de la société Bucéphale finance puis de Specia Advisor et Managing Director
au sein de Bank of AMERICA Merrill Lynch France -) en copie, dans lequel le
premier indiquait au second avoir vu Monsieur François PEROL, que sa
réaction n'était pas «négative» mais «mitigée». (...) Qu'il y avait «deux points
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auxquels il fallait répondre pour la rentrée: 1° quel est le bon modèle
industriel pour ta CNP (.,) 2° la CGE même associée aux banques pop a t-il
aujourd'hui Les moyens d'une opération de rachat de la Caisse des dépôts et
consignations?» ; qu'il ajoutait: «Quant à la procédure : Il a demandé à
Augustin (8) ce qu'il voulait faire de la CNR et la réponse est «la garder».
PEROL lui a alors dit que «la garder» sans lui apporter quoi que ce soit était
une attitude probablement condamnée par l'évolution des choses et que pour
finir il risquait de devoir la céder sans l'avoir voulu. D'un autre côté il ne
donnera pas «l'ordre» à Augustin de vendre. Il recommande donc une vraie
discussion sur le fond entre la CDC et nous. D'autant ajoute-t-il, qu'il a déjà
reçu d'autres acteurs du secteur bancaire intéressés par la participation de la
CDC et que donc la «pression » pour les enchères concurrentielles sera forte
au sein de l'État. Il nous indique donc par là que si nous devons sortir la CDC,
ce doit être à l'amiable et au sein d'un pacte de l'existence duquel l'État pourra
se prévaloir pour expliquer pourquoi la CDC n'a pas mis sa participation en
concurrence. Ceci pour lui exclut, sauf à titre de modalité technique, le rachat
du flottant sans l'accord de la CDC. Je lui ai quand même fait part de mes
réserves sur cette idée d'enchères, motif pris de ce que la valeur de la CNP
dépendait de ses réseaux et que donc si nous ne nous mettions pas d'accord, il
y aurait enchères, mais sur une coquille plus qu'à moitié vide, ce dont il n'a
pas disconvenu. Tout ceci pour dire qu'une discussion avec Augustin s'impose,
après quoi nous pourrons réintervenir auprès de PEROL en fonction de la
réaction d'Augustin.(,..). Surtout ne déclenche pas l'offre avant que je ne
revienne».
Attendu que Monsieur Laurent VIEILLEVIGNE lui répondait, ainsi qu'à
Monsieur Charles MILHAUD, le jour même (…) : «je vous propose de nous
revoir à votre retour de vacances pour d'une part finaliser l'entretien que
suggère François avec PEROL, mais surtout travailler une approche
d'Augustin selon tes remarques très utiles de PEROL».
Attendu que Monsieur François PEROL a, sur cet échange, indiqué au tribunal
qu'il n'avait pris aucune décision sur ce dossier et n'avoir jamais «pensé donner
un ordre à la CNCE» (page 33) ;
Attendu que la portée de ce message sera appréciée au point 4.5.2.2. ;
3.2.1.7.- Les rencontres du 12 septembre 2007, du 19 octobre 2007, du 27
novembre 2007 et du 18 janvier 2008
Attendu que Monsieur Philippe DUPONT se rendait à l'Élysée et rencontrait
Monsieur François PEROL le 12 septembre 2007 puis le 27 novembre suivant ;
Attendu que Monsieur Charles MILHAUD se rendait à l'Élysée et rencontrait
Monsieur François PEROL le 19 octobre 2007 ; qu'il rendait visite à Monsieur
Claude GUEANT le 18 janvier 2008 dans la matinée et qu'il rencontrait
Monsieur François PEROL le même jour à 18H30 ;
Attendu que sur ces rencontres avec Monsieur François PEROL, Monsieur
Charles MILHAUD devait indiquer (D138) : «Je vous précise qu'en dehors du
contexte de la crise, à partir de mai 2007, je rencontrais de temps en temps
M.PEROL qui me rappelait ce que nous avait dit M. Francis MER («qu'il
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fallait rapprocher la BFBP de la CNCE»).
Attendu que la portée de ces rencontres sera appréciée au point 4.6.2. ;
3.2.1.8.- Le message de Monsieur Alain BAUER à l'attention de Monsieur
Claude GUEANT du 22 octobre 2007.
Attendu que figure à la procédure (scellé AN/PEROL/UN) un courriel de
Monsieur Alain BAUER à l'attention de Monsieur Claude GUEANT ayant
pour objet : «Situation NATIXIS-Caisses Epargne-Banques Populaires» ; que
ce message relatait les tensions internes à la CNCE, sa situation financière et
évoquait la situation de NATIXIS, pour conclure que «tous ces éléments de
tension semblent indiquer un risque considérable de détérioration qu'il
conviendrait d'anticiper»;
Attendu que figure sur ce message l'annotation manuscrite de ce qu'il a été
transmis à Monsieur François PEROL le 23 octobre 2007 ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a indiqué qu'il s'agissait
d'une «note d'ambiance» qu'il avait «dû faire suivre à Berçy», précisant prendre
«ça avec précaution» ; (page 34)
Attendu que le tribunal ne dispose d'aucun élément sur les suites données à ce
message et sur d'éventuelles instructions qui auraient pu être données ;
3.2.1.9.- Les messages de Monsieur François SUREAU du 21 décembre 2007
et du 6 mai 2008 et les visites des 5, 6 mai et 1er juillet 2008
Attendu que figurent à la procédure deux messages électroniques adressés par
Monsieur François SUREAU à Monsieur François PEROL le 21 décembre
2007 et le 6 mai 2008 transmettant des notes portant spécifiquement sur le
rapprochement des deux groupes ;
Attendu qu'il apparaît en outre que Monsieur François SUREAU s'est rendu à
l'Élysée pour rencontrer Monsieur François PEROL le 5 mai 2008 puis le 1er
juillet 2008 et qu'il rencontrait Monsieur Claude GUEANT le 6 mai 2008 ;
Attendu que le courriel adressé le 21 décembre 2007 par Monsieur François
SUREAU (scellé AN/PEROL/UN) transmet, «comme convenu», «quelques
réflexions sur le rapprochement des organes centraux» ;
Attendu que le contenu de ce message et sa portée seront examinés
ultérieurement dans le jugement au point 5.2.3.1.;
***
Attendu que dans un message du 6 mai 2008, Monsieur François SUREAU,
alors indiquant se trouver en Afghanistan, adresse une nouvelle note «fusion
des organes centraux» ;
Attendu que le contenu de ce message sera examiné ultérieurement dans le
jugement, au moment de l’analyse des griefs reprochés à Monsieur François
PEROL au point 5.2.4. ;
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***
3.2.1.10.- Sur les échanges de mail du 14 mai 2008 entre Monsieur Didier
BANQUY et Monsieur François PEROL et entre Monsieur Bernard DELPIT et
Monsieur Stéphane RICHARD
Attendu que figurent à la procédure, sous scellé DD/AN/PEROL/UN des
courriels issus des disques durs saisis aux archives nationales ; que le message
du 14 mai 2008 à 15H10 dans lequel Monsieur Didier BANQUY, secrétaire
général du groupe caisse d'épargne écrit à Monsieur François PEROL, énonce :
«j'ai essayé de te joindre pour te parler des 3 amendements d'accompagnement
de la réforme du livret A, dont le plus important est le 1er («banalisation» des
caisses d'épargne portant sur la suppression de la référence dans la loi des
missions d'intérêt général et donc corrélativement de la présence d'un
commissaire du gouvernement au Conseil, de l'obligation d'affecter un
montant prédéterminé au financement des PELS, de l'agrément du Président
du Directoire de la CNCE par le Ministre des finances). Les 2 autres sont des
aménagements mineurs rédigés à la demande de la fédération des Caisses
d'épargne. Ces amendements ont été rédigés en commun avec le Trésor et ont
le OK du Cab Lagarde» ;
Attendu que le même jour, à 21H24, Monsieur Bernard DELPIT, conseiller
technique à la présidence de la République travaillant pour Monsieur François
PEROL, adressait, sous son couvert, à Stéphane RICHARD un message
contenant le message de Didier BANQUY à Monsieur François PEROL dans
lequel il indiquait avoir reçu un appel de Charles MILHAUD l'informant que
les amendements avaient été «dealés» (…) qu'il était « réticent sur le plus
important d'entre eux (l'agrément du président)» et «qu'avant de prendre
position officiellement», il souhaiterait que soit «sollicit(é) l'avis du
gouverneur de la Banque de France» et d'en reparler avec lui «demain soir
chez Antoine» ;
Attendu que la portée à donner à ces messages sera développée au point
5.2.3.2.1. ;

3.2.2.- Sur la période du 1er septembre 2008 au 25 février 2009
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure et des débats que le projet de
fusion des groupes Caisse d'épargne et Banque populaire constituait un projet
ancien dont la création de NATIXIS a été un des jalons ; que le contexte de la
crise financière a été un facteur d'accélération du projet de fusion, avec trois
moments clefs au cours de ce processus :
- le contexte de la faillite de la banque d'investissement américaine Lehman
Brother's le 15 septembre 2008
-la révélation d'une perte de 750 millions d'euros enregistrée par la CNCE
sur des opérations de marché
-la situation de la filiale commune des deux groupes, NATIXIS,
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3.2.2.1- Sur le contexte général de la crise financière, à la suite de la faillite de
la banque d'investissement américaine Lehman Brother's, facteur d'accélération
du projet de fusion des groupes caisses d'épargne et banque populaire
3.2.2.1.1.- Un projet ancien relancé par la crise
Attendu que c'est dans le contexte général de la crise financière qu'est
intervenue la faillite de la banque d'investissement Lehman Brother's le 15
septembre 2008 ;
Attendu, ainsi que Monsieur Stéphane RICHARD devait indiquer (D122) : «A
l'automne 2008, les groupes Caisses d'Epargne et Banques Populaires avaient
engagé depuis plusieurs mois des négociations en vue de rapprocher leurs
organes centraux. Ce projet était né après la fusion des sociétés IXIS et
NATEXIS, respectivement filiales des Caisses d'Epargne et des Banques
Populaires pour créer NATIXIS» ; qu'«au delà de NATIXIS, le projet d'un
rapprochement global entre les deux réseaux avait été porté par l'ancienne
équipe dirigeante des Caisses d'Epargne et notamment M. MILHAUD. Puis ce
projet avait été ralenti par les changements intervenus à la tête des Caisses
d'Epargne» ; qu'il précisait que «ces négociations apparaissaient à l'automne
2008 comme suspendues, tout en restant un projet souhaité par les deux
réseaux mais la question se posait de redonner un élan à ce projet»;
Attendu qu’il résulte notamment des déclarations de Monsieur Stéphane
RICHARD que la crise financière va relancer le processus de fusion (D122) :
«En octobre 2008, nous sommes au plus fort de la crise financière mondiale,
quelques semaines après la faillite de la banque américaine LEHMAN
BROTHERS et de la quasi-faillite de l'assureur AIG. Partout dans le monde la
question de la solvabilité des banques était posée, notamment en Europe où
grandissaient des inquiétudes sur les banques anglaises, belges (DEXIA),
allemandes, italiennes, espagnoles et françaises» ; que «la nécessité de
renforcer les fonds propres et d'augmenter la taille des banques françaises
paraissait évidente. Sous l'égide de la Banque de France et de la Commission
Bancaire, de la Direction Générale du Trésor, mais aussi sous la pression de la
Commission Européenne et du FMI, les banques françaises étaient invitées à
étudier tous les moyens pour renforcer leurs fonds propres face à la montée
des risques. Le constat se faisait sur l'ensemble des banques mondiales et donc
sur les banques Européennes et peut-être un peu moins sur les banques
françaises, que le ratio de fonds propres par rapport aux engagements était
insuffisant face à la montée des risques» ; que «par ailleurs, la crise
économique et financière avait un impact négatif sur la valeur des actifs des
banques, par exemple les participations dans les sociétés industrielles ou les
crédits accordés, ce qui nécessitait donc une meilleure couverture des risques
dans le bilan des banques ;
Attendu qu’il résulte encore des mêmes déclarations de Monsieur Stéphane
RICHARD que les autorités compétentes en première ligne était la Direction
générale du Trésor à Bercy, la banque de France et la Commission bancaire ;
qu’ainsi Monsieur Stéphane RICHARD a indiqué que «la Direction Générale
du Trésor à Bercy dont le Directeur Général était M. MUSCA et en son sein la
Sous-Direction chargée des banques qui était dirigée par M. Hervé de
VILLEROCHÉ, La Banque de France, dont le Gouverneur était déjà
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M. NOYER et la Commission Bancaire, Mme NOUY, avaient fortement soutenu
depuis le départ le projet de rapprochement entre les Caisses d'Epargne et les
Banques Populaires.»
Attendu enfin que le contexte de la crise financière a rendu le projet de
rapprochement plus urgent ; que ces éléments résultent suffisamment des
mêmes déclarations de Monsieur Stéphane RICHARD : «A l'automne 2008,
dans le contexte déjà décrit, ces deux organismes publics (Trésor et Banque de
France) estimaient encore plus urgent et nécessaire ce rapprochement. Le
Cabinet du Ministre et le Ministre elle-même (le Cabinet que je dirigeais et
Mme LAGARDE) partageaient sans réserve l'analyse des services ; les deux
équipes dirigeantes des Caisses d'Epargne, MM. COMOLET et LEMAIRE et
des Banques Populaires, M. DUPONT et M. METTLING, ont repris leurs
négociations à cette époque, très encouragés par les pouvoirs publics. J'ai
reçu pour ma part à plusieurs reprises, les dirigeants des deux groupes.» ;
Attendu que Monsieur Philippe DUPONT, devait, de la même manière, mettre
en corrélation, la relance du projet de fusion et le contexte de la crise
financière ; qu'il devait ainsi déclarer (D142) qu'«en 2007, dès janvier, la
Banque HSBC a annoncé qu'elle provisionnait des créances sur des produits
immobiliers américains et à compter de février c'est un sujet qui n'a fait que
s'amplifier. Avec le Directeur Général de NATIXIS, Dominique FERRERO, ce
sujet a été au centre de nos préoccupations puisque dès mars 2007, nous avons
coupé notre ligne de trésorerie de 1 milliard de dollars sur un opérateur
immobilier américain (COUNTRY WILD)» que «la crise est dès lors devenue
plus prégnante et à partir du printemps 2007 nous les banquiers nous avons
été sollicités régulièrement pour répondre à des questions et participer à des
réunions à Bercy, à Matignon et à l'Elysée et ceci jusqu'à la mi-2009» ;
Attendu que l'accélération du projet de fusion dans le contexte de la crise
financière est encore confirmée par les déclarations du Gouverneur de la
Banque de France, Monsieur Christian NOYER, qui entendu par le magistrat
instructeur (D176), indiquait : «L'histoire s'accélère au moment de la crise à
partir d'octobre 2008. NATIXIS, leur filiale commune est durement touchée par
la crise aux États Unis, les caisses d'épargne elles même ont essuyé une forte
perte d'environ 800 millions sur des activités qu'elles géraient en propre et
nous sommes en fin 2008 début 2009 dans une période où toutes les banques
du monde sont sous une énorme pression. Dans de nombreux pays les états
doivent se porter au secours de banques menacées de faillite, les états
européens ont décidé conjointement de lutter contre une méfiance généralisée
en renforçant le capital de toutes leurs banques chaque fois que nécessaire, en
France une Loi est votée en urgence le 13 novembre 2008 (6 octobre 2008)
pour permettre d'apporter des compléments de capital aux banques. Les cinq
grands groupes bancaires français bénéficient d'une augmentation de capital
fin 2008 et début 2009 plusieurs d'entre elles demandent une deuxième vague
de recapitalisation. C'est particulièrement le cas des deux groupes Banque
Populaire et Caisse d'épargne, très déstabilisés par la situation de NATIXIS
qui a perdu 2,5 milliards en 2008, et qui présente encore des risques très
importants, et c'est également le cas de ses maisons mère qui apparaissent
fragiles, les banques populaires ont perdu 500 millions en 2008 et les caisses
d'épargne ont été frappées par la perte de 800 millions que j'évoquais» ;

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Attendu que Monsieur Dominique FERRERO confirmait enfin le fait que «le
rapprochement BANQUES POPULAIRES et CNCE commence à être évoqué
sérieusement» «au moment du paroxysme de la crise financière» (D118) ;
3.2.2.1.2.- Un projet ralenti par les dissensions et tensions internes aux deux
groupes
Attendu que les déclarations de Monsieur Alain LEMAIRE, qui sera désigné
directeur général du groupe CNCE à compter du 19 octobre 2008 ont confirmé
ce point, mettant en exergue comme facteur de ralentissement de la mise en
œuvre de ce projet de fusion, les dissensions et tensions internes aux deux
groupes ;
Attendu que Monsieur Alain LEMAIRE devait ainsi indiquer (D120) que
«Début septembre 2008, Charles MILHAUD nous apprend qu'en accord avec
les autorités de place (Banque de France, Ministère des Finances, Matignon et
l'Elysée) il a engagé avec M. Philippe DUPOND, Président des Banques
Populaires, un processus de fusion. Il semblait que les postes du nouveau
Groupe était déjà attribués et une certaine opposition au sein du réseau s'est
manifesté contre l'idée de voir l'équipe qui a dirigé NATIXIS ces dernières
années, prendre la direction du nouveau Groupe» ; qu'«il faut dire que nous
avions créé en 2004 avec les Banques Populaires, la société NATIXIS
assumant pour l'ensemble des deux groupes les fonctions de banques de
financement et d'investissement» ; qu'il ajoutait : «Je pense que les autorités
étaient très inquiètes de la situation de NATIXIS et souhaitaient que cette
fusion permette d'intégrer dans l'organe de tête la structure qui leur paraissait
présenter le plus de risques. Ceci intervenait dans le contexte de crise aiguë de
septembre 2008 (faillite de LEHMAN BROTHERS)».
Attendu, sur la question des tensions et des désaccords entre dirigeants que
Monsieur Alain LEMAIRE déclarait (D120) : «Je vous précise que tout au
long de l'année 2008, les tensions vont croissantes au sein du Groupe, sur la
conduite de la stratégie d'acquisition. En fait les tensions avaient notamment
pour origine l'acquisition de NEXITY et l'acquisition de la BTK en Tunisie.
C'est sur cette toile de fond qu'est survenue la grave crise financière de 2008
qui va provoquer une inquiétude croissante dans le réseau Caisse d'épargne.
En fait on va se rendre compte petit à petit et notamment au cours de l'été 2008
des graves difficultés du groupe et de celles de la filiale NATIXIS.»
Attendu que sur la mésentente entre les Banques populaires et les Caisses
d’Epargne, Monsieur Dominique FERRERO (D118) ajoutait : «Quand je dis
mésentente, je ne veux pas dire dispute permanente ou hostilités personnelles.
Je veux dire difficulté constante à se mettre d'accord sur des objectifs communs
concernant NATIXIS. Bien sûr, cela concernait les questions de gestion
financière de NATIXIS à la lumière de la crise, mais aussi les questions de
structures ou de personnes. En tout cas c'est le souvenir que j'en garde.»

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3.2.2.1.3. Un projet de rapprochement partagé par l’ensemble des pouvoirs
publics
Attendu qu’il résulte des pièces de la procédure que le projet de rapprochement
des groupes Caisses d’Epargne et Banques populaires était partagé par
l’ensemble des pouvoirs publics ;
Attendu que c’est ainsi que Monsieur Bernard COMOLET indiquait (D112) :
«Je dois vous dire que dans les mois qui ont précédé le mois d'octobre 2008,
les Présidents Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur Charles MILHAUD,
m'avaient fait part de l'assentiment des pouvoirs publics sur le projet de
rapprochement. Monsieur Charles MILHAUD, tout comme Monsieur Philippe
DUPONT évoquaient précisément le soutient de Monsieur Xavier MUSCA à la
Direction du Trésor, de Mme Christine LAGARDE et de son Cabinet au
Ministère des Finances (et de son Cabinet représenté par Monsieur Stéphane
RICHARD), ainsi que de Monsieur François PEROL au Secrétariat Général
de l'Elysée» ;
3.2.2.1.4.-Une relance du projet de fusion à l'initiative des deux groupes : la
réunion du 6 octobre, la note au Président du 6 octobre et la conférence de
presse du 9 octobre 2008
Attendu qu'il résulte des écritures de Monsieur François PEROL que «les
groupes banque Populaire et Caisse d'épargne étaient directement atteintes
par la crise au cours de cette période notamment à travers les graves
difficultés de leur filiale commune NATIXIS qui devait boucler en catastrophe
en septembre 2008 une augmentation de capital de 3,7 milliards d'euros au
prix de 2,25 euros par actions après avoir été introduites en bourse à 19,55
euros en novembre 2006, qui publiait des pertes trimestrielles depuis le
quatrième trimestre 2007 et était l'objet de rumeurs récurrentes sur de graves
difficultés qui menaçaient ses deux actionnaires principaux» ;
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure qu'au cours du mois de
septembre et au début du mois d'octobre, le projet de fusion était repris par
Monsieur Charles MILHAUD et Monsieur Philippe DUPONT ;
Attendu ainsi que Monsieur Charles MILHAUD déclarait (D138) : «Quand la
crise financière de 2008 est intervenue, la CNCE avait conservé «sa signature»
alors que la signature de NATIXIS s'était dégradée. C'était donc la CNCE qui
permettait d'assurer la liquidité de l'ensemble, puisque certains intermédiaires
sur les marchés refusaient de prêter à NATIXIS» ;
Attendu en outre qu'il résulte des déclarations de Monsieur Charles MILHAUD
qu'il prend l'initiative de la relance du processus de fusion : «C'est à ce
moment-là que je suis allé voir Monsieur Philippe DUPONT pour lui indiquer
qu'il faut répondre aux marchés pour annoncer que nous allons fusionner. Cela
doit se situer en septembre 2008. A ce moment-là, M. PEROL est Secrétaire
Général Adjoint de l'Elysée ; qu'ainsi que cela a été relevé précédemment,
Monsieur Charles MILHAUD avait précisé : «Je vous précise qu'en dehors du
contexte de la crise, à partir de mai 2007, je rencontrais de temps en temps
M.PEROL qui me rappelait ce que nous avait dit M. Francis MER («qu'il
fallait rapprocher la BFBP de la CNCE»). En dehors du contexte de crise, on
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pouvait en discuter avec M. DUPONT, mais cela n'était pas vraiment
envisageable» ;
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure que Monsieur Charles
MILHAUD et Monsieur Philippe DUPONT vont prendre l'initiative d'aller
rencontrer Monsieur François PEROL ;
Attendu qu'il résulte des investigations que :
-le 1er octobre 2008, Monsieur Philippe DUPONT se rend à l'Élysée et
rencontre Monsieur François PEROL à 14H30 (départ résultant de l'inscription
sur les registres d'entrée à l'Elysée à 16H41) ;
-le samedi 4 octobre 2008, à 12H00, se tient une réunion entre Monsieur
Philippe DUPONT et Monsieur Charles MILHAUD avec Monsieur François
PEROL à l'Élysée ;
-le 6 octobre 2008 à 7H30, Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur Charles
MILHAUD se rendent à l'Élysée et rencontrent Monsieur François PEROL ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a expliqué avoir reçu
Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur Charles MILHAUD le 6 octobre
2008, qui lui indiquaient envisager la fusion des structures et que «le projet
(était) lancé» ; qu'il indiquait qu'il y avait, ce 6 octobre, «un vrai sentiment
d'inquiétude» (page 37) ;
Attendu que le 9 octobre 2008, Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur
Charles MILHAUD annonçait le rapprochement des deux structures lors d'une
conférence de presse ;
Attendu que l'enchaînement des événements résulte des déclarations tant de
Monsieur Charles MILHAUD que de Monsieur Philippe DUPONT ;
Attendu que Monsieur Charles MILHAUD a déclaré : «Je pense que j'ai
rencontré Monsieur Philippe DUPONT, le vendredi 3 octobre 2008 au matin.
On s'est mis d'accord sur la fusion. Puis nous avons dû voir Monsieur François
PEROL, le vendredi soir ou le samedi matin 4 octobre, pour que la fuite ait lieu
dans LE MONDE, le dimanche soir et que M. PEROL puisse faire sa note
datée du 6 octobre. La conférence de presse a dû avoir lieu juste après» ;
Attendu que selon Monsieur Philippe DUPONT, interrogé sur la réunion du 6
octobre 2008 (D142) : «Au cours cette réunion qui s'est tenue dans le bureau
de M. PEROL me semble-t-il, nous (Charles MILHAUD et moi) lui avons
présenté notre projet et la future répartition de la gouvernance du groupe à
constituer» ;
Attendu, qu'il résulte suffisamment de ces éléments que Monsieur Philippe
DUPONT et Monsieur Charles MILHAUD ont pris l'initiative de cette réunion
pour faire part de leur analyse à Monsieur François PEROL ;
Attendu que le tribunal constate que figure à la procédure une note du 6 octobre
2008, rédigée par Monsieur François PEROL, à l'attention du Président de la
République, sous couvert du secrétaire général qui a visé ladite note
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(AN/PEROL/UN), ayant pour objet : «Discussions entre Caisses d'épargne et
Banque populaires» :
«1)Charles Milhaud, président des Caisses d'épargne et Monsieur Philippe
DUPONT, président des banques populaires, sont venus ensemble ce lundi
matin m'exposer leur projet de rapprochement de leur deux groupes :
-la Caisse nationale des Caisses d'épargne et la Banque fédérale des
banques populaires (ce que l'on appelle les «organes centraux» des deux
groupes mutualistes et coopératifs) fusionneraient. L'ensemble, non coté,
serait contrôlé par les banques populaires et les caisses d'épargne régionales,
probablement à parité. Cette société serait dirigée par un conseil de
surveillance, dont le président serait issu du réseau des caisses d'épargne, et
un par un directoire, dont le président serait Monsieur Philippe DUPONT.
Pour sa part, Charles Milhaud se retirerait ;
-les deux réseaux de banque de détail resteraient distincts, et
conserveraient chacun leurs marques auprès de leurs clientèles respectives
(clientèle populaire pour les caisses d'épargne, petites et moyennes entreprises
et artisans pour les banques populaires) ;
-Natixis resterait cotée, mais serait restructurée (fermeture de certains
métiers de banque de financement et d'investissement ; cession d'actifs, par
exemple dans le domaine de l'assurance). Le management de Natixis serait
renouvelé : dans l'immédiat, le directeur financier des caisses d'épargne
(Julien Carmona) rejoindrait le directoire de Natixis ; les deux
présidents
sont par ailleurs en quête d'un nouveau directeur général en remplacement de
Dominique Ferrero qui quitterait ses fonctions.
2) J'ai parlé du projet avec Christian Noyer qui pense que ce rapprochement
serait une bonne chose, principalement pour conforter les caisses d'épargne,
dont il pense que le management est beaucoup plus faible que celui des
banques populaires. Il considère que Monsieur Philippe DUPONT est
parfaitement en mesure de diriger le nouvel ensemble. Je partage le même
avis.
3)«Le monde» s'est fait l'écho dans son numéro d'aujourd'hui des discussions
engagées. Cela va contraindre les deux dirigeants à accélérer leurs
discussions et à communiquer avant la fin de la semaine sur leurs intentions
précises. Il va leur falloir convaincre leur «base mutualiste», ce qui risque
d'être plus difficile aux caisses d'épargne, qui sont en position de faiblesse
compte tenu de mauvais résultats attendus en fin d'année, qu'aux banques
populaires.
Lors de la réunion des banques de 16h30, je vous suggère de saluer le
mouvement de la BNPP, qui est objectivement remarquable, et d'indiquer que
vous encouragez toutes les discussions en cours qui peuvent conduire au
renforcement des établissements français.»
***

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Attendu que la portée de cette note du 6 octobre 2008 sera analysée au point
4.7.1. ;
***
3.2.2.2-Deuxième accélération donnée au projet de fusion : la révélation d'une
perte de 750 millions d'euros enregistrée par la CNCE sur des opérations de
marché
3.2.2.2.1.- L'ouverture des négociations le 8 octobre 2008
Attendu qu'il y a lieu de relever, à ce stade de l'examen de la chronologie des
événements, qu'il résulte de l'accord d'ouverture des négociations signé le 12
novembre 2008 entre la Banque fédérale des banques populaires et la Caisse
nationale des caisses d'épargne et de prévoyance que «le conseil
d'administration de la BFBP et le conseil de surveillance de la CNCE, réunis
le 8 octobre 2008, ont décidé d'ouvrir les négociations en vue de la conclusion
d'un accord dans les meilleurs délais» ;
3.2.2.2.2.- L'information de la Présidence de la République de la révélation de
la perte, le 10 octobre 2008
Attendu que dans une note du 10 octobre 2008 dont Monsieur François PEROL
est placé en copie, Monsieur Claude GUEANT adresse une note au Président
de la République, ayant pour objet : «Perte de 600 millions de la CNCE» ; que
dans cette note, il indique :
«J'ai rencontré ce matin Charles MILHAUD.
Il m'explique que le directoire de la Caisse a interdit cet été le genre
d'opérations qui a causé la perte. Selon lui un trader pour compenser une
petite perte a réalisé une opération interdite. S'est ajouté à cela le fait
qu'aucun des 3 niveaux de sécurité mis en place n'a fonctionné !...
Je lui ai redit que cela ne pouvait rester sans conséquences. Il a déjà licencié
le trader et ses 2 supérieurs. Il va licencier le directeur des risques, le
directeur financier et Julien CARMONA, membre du directoire (ancien du
cabinet de Jacques CHIRAC) chargé de la supervision des 2 fonctions».
Attendu qu'il résulte de ces éléments que la Présidence de la République est
informée le 10 octobre de ces pertes, dont l'ampleur et le retentissement sont
confirmés par les déclarations de Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur
Charles MILHAUD ;
Attendu que Monsieur Charles MILHAUD devait ainsi déclarer (D138) : «Puis
est intervenu un accident au sein de la CNCE, un trader ne respectant pas les
consignes de niveau d'engagement a conduit la CNCE à constater une perte de
l'ordre de 500 millions d'euros. A la suite de quoi, la presse s'est déchaînée
contre moi. Je rappelle que peu avant un scandale similaire s'était révélé à la
Sté Générale (affaire KERVIEL)».

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Attendu que Monsieur Bernard COMOLET décrivait l'impact de cette
information de la manière suivante (D112) : «C'est à ce moment-là, en
septembre ou octobre 2008, qu'il nous a été révélé par Nicolas MERINDOL et
Charles MILHAUD, une perte sur des opérations de trading, réalisée par
CNCE, perte dont l'estimation est passée en quelques semaines de 400 millions
d'€ à 750 millions d'€ (de mémoire)» ; qu'«à l'occasion de cette perte, les
actionnaires de CNCE (donc les Caisses d'Epargne) ont découvert l'existence
d'un compte propre à CNCE sur lequel elle faisait des opérations de trading
pour elle-même et non pour le compte de ses clients Caisses d'Epargne» ;
qu'«il y a eu alors un étonnement de la part de l'ensemble des Présidents des
Directoires et des Conseils de Surveillance des Caisses d'Epargne qui ont jugé
inadmissible cette administration de compte propre dont on ne nous avait pas
parlé et une indignation sur la perte générée par les opérations de trading» ;
qu'«il y a eu alors, une perte de confiance totale envers le directoire de
CNCE» ; que «C'était d'autant plus compliqué qu'on était en période de
discussion de rapprochement avec les Banques Populaires» ; «Avec les
Banques Populaires, nous étions alors sur la base d'un projet de
rapprochement capitalistique à 50/50 pour créer un nouvel organe central qui
aurait chapeauté les deux organismes bancaires» ; «il y avait une forte
suspicion de la part des Banques Populaires sur la valeur de nos actifs, donc
la validité de nos comptes et la qualité de notre gouvernance. Tout cela aurait
pu remettre en cause le projet de mariage à parité avec les Banques
Populaires»; qu'«entre septembre et le 18 octobre 2008, date à laquelle M.
MILHAUD a été démis, en fait où il lui a été demandé sa démission, il y a eu
de multiples discussions et rencontres entre les Présidents des Conseils de
Surveillance et les Présidents des Directoires des Caisses d'Epargne pour
savoir ce qu'il convenait de faire face à cette situation» ;
Attendu, sur la portée de cette note que Monsieur François PEROL a expliqué :
«ce que dit M. GUEANT, c'est ce que dit M. SARKOZY publiquement. Il pense
que les dirigeants doivent assumer les fautes commises dans leurs
établissements», ajoutant «je ne crois pas que M. SARKOZY soit responsable
de la démission de M. MILHAUD» (page 44) ;
3.2.2.2.3- La rencontre du 14 octobre 2008 entre Monsieur Nicolas SARKOZY
et Monsieur Philippe DUPONT
Attendu qu’il résulte des pièces de la procédure que le 14 octobre 2008,
Monsieur Philippe DUPONT rencontre le Président de la République,
Monsieur Nicolas SARKOZY ;
Attendu qu’à l’audience, Monsieur François PEROL a expliqué que c’était
Monsieur Philippe DUPONT qui avait été à l’initiative de ce rendez-vous ;
qu’il a expliqué que le Président de la République recevait les dirigeants des
banques, qu’«il voulait comprendre», mais que pour autant ce n’était pas «un
sujet élyséen» (page 42) ; que de manière générale, il a expliqué que «ce n’est
pas parce que le Président de la République voit quelqu’un, que le sujet
devient élyséen» ;

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3.2.2.2.3.1.-La note du 14 octobre 2008 rédigée par Monsieur François PEROL
à l’attention du Président de la République
Attendu qu’à l’appui de ce rendez-vous du 14 octobre 2008, de 12H30 à 13H00
entre Monsieur Nicolas SARKOZY et Monsieur Philippe DUPONT, il est
établi que Monsieur François PEROL va préparer une note à l’attention du
Président de la République, sous couvert du secrétaire général (SCELLE
AN/PEROL/UN) ;
Attendu que la note a été rédigée en ces termes :
«Objet : Votre entrevue avec Monsieur Philippe DUPONT
1) Monsieur Philippe DUPONT est président de la Banque fédérale des
banques populaires et président du directoire de Natixis. Aux termes de la
fusion avec la Caisse nationale des caisses d'épargne, il sera le dirigeant
exécutif de l'ensemble (les caisses d'épargne désigneront le président non
exécutif, qui ne sera pas Charles Milhaud).
2) Les messages à passer à Monsieur Philippe DUPONT pourraient être les
suivants :
-la fusion doit être l'occasion de renforcer les deux banques (caisses d'épargne,
banques populaires). Cela nécessite la vérité des comptes. Les guichets publics
de fonds propres peuvent aider (pour Natixis, pour les Caisses d'épargne) à
faire une fusion propre, mais la condition c'est de ne rien cacher sous le tapis.
-il faut renforcer le management de l'ensemble. C'est vrai aux caisses
d'épargne comme chez Natixis. J'ai sondé Monsieur Philippe DUPONT sur
Charles-Henri Filippi, mais il considère qu'il n'a pas été bon chez HSBC (il
tire ce jugement de la situation qu'il aurait trouvée chez la banque de détail de
HSBC, rachetée il y a un an par les Banques Populaires).»
Attendu en outre que cette note était transmise au Président de la République,
accompagné d’un bordereau daté également du 14 octobre 2008, sur lequel la
formule suivante est mentionnée : «M. le Président : MM. DUPONT et
MILHAUD m’ont proposé de prendre la direction de NATIXIS. Je leur ai
répondu que je ne me voyais pas partir maintenant et que ce n’était de toute
façon pas un job pour moi» ;
3.2.2.2.3.2.-Les explications de Monsieur François PEROL sur l’objet de cet
entretien et la portée de cette note
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué à l’audience que dans cette
note, il «relaie le message de renforcer le management de l’ensemble» et que
«M. DUPONT n’a pas dû être surpris des messages du Président, c'étaient les
mêmes que ceux de la Banque de France» (page 41) ;

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3.2.2.2.3.3.- Sur la présentation dans cette note de Monsieur Philippe
DUPONT comme le nouveau dirigeant de l’ensemble fusionné.
Attendu que dans cette note, Monsieur François PEROL présente au Président
de la République Monsieur Philippe DUPONT comme le futur dirigeant
exécutif de l’ensemble fusionné ;
Attendu que sur ce point, Monsieur Bernard COMOLET (D112) indiquait, à la
question portant sur le poids et le contrôle de la Présidence de la République
sur le choix du Président de la nouvelle structure : «Je n'en sais rien mais ça
corrobore ce que disait Monsieur Philippe DUPONT : «ce sera moi ou ce sera
personne» ;
Attendu que sur l’explication à donner sur le fait que ce ne soit pas Monsieur
Philippe DUPONT qui ait pris au final la présidence du nouveau groupe,
Monsieur Bernard COMOLET indiquait : «Je crois que l'explication c'est que
nous les Caisses d'Epargne nous ne voulions pas de la présidence de Monsieur
Philippe DUPONT. On avait pu constater entre temps que sa présidence de
NATIXIS était calamiteuse dans la mesure où cette banque révélait de semaine
en semaine des pertes de plus en plus importantes. »
3.2.2.2.3.4.- Les déclarations des témoins sur la proposition faite à Monsieur
François PEROL de prendre la direction de NATIXIS
Attendu, sur la proposition qui aurait été faite à Monsieur François PEROL de
prendre la tête de NATIXIS, que Monsieur Alain LEMAIRE devait déclarer
(D120) : «Je ne connaissais pas M. PEROL à l'époque, je savais juste qu'en
tant que Secrétaire Général Adjoint de l'Elysée, chargé des affaires
économiques et financières, il était forcément informé de toutes les affaires
concernant les difficultés de NATIXIS et le projet de fusion BP et CNCE. Je
découvre aujourd'hui qu'on lui avait proposé ce poste. Je ne sais pas pourquoi
on a pu lui proposer ce poste en dehors du fait qu'il avait une connaissance de
NATIXIS parce qu'il était conseiller des Banques Populaires à l'époque où il
était associé chez Rothschild» ;
Attendu que Monsieur Stéphane RICHARD déclarait pour sa part (D122) :
«Monsieur François PEROL ne m'a pas parlé de cette proposition à l'époque.
Il était connu que le management de NATIXIS n'avait plus la confiance de ses
actionnaires. Compte tenu du passé professionnel de M. PEROL, il n'est pas
anormal ou surprenant que cette proposition lui ait été faite. Quand je parle de
son passé professionnel, je pense à ses années passées au Trésor et chez
Rothschild. Il me paraît incontestable que Monsieur François PEROL était à
l'époque un des bons connaisseurs des affaires financières et bancaires.»
Attendu que pour Monsieur FERRERO (D118), «Je ne savais pas que la
direction de NATIXIS avait été proposée à M. PEROL et je ne sais pas
pourquoi à ce moment-là. Je n'en ai rien su et je n'ai pas la moindre idée. Par
rapport aux dates, le 14 octobre que je vois sur ce document correspond à un
mois après l'annonce de la faillite de LEHMANN BROTHERS et à une dizaine
de jours avant le départ de Charles MILHAUD» ;

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Attendu que Monsieur Bernard COMOLET (D112), sur cette proposition qui
aurait été faite à Monsieur François PEROL, déclarait : «Je suis très surpris,
j'ignorais et ignore encore ce jour l'existence de cette proposition» ;
Attendu que Monsieur Philippe DUPONT a indiqué pour sa part (D142) :
«Dans le contexte, toutes les vicissitudes rencontrées chez NATIXIS se
cristallisaient sur Dominique FERRERO, notamment au sein des Caisses
d'Epargne où Charles MILHAUD était sous la pression de ses mandants pour
changer le Directeur Général de NATIXIS. Dans la note que vous me montrez,
je suis seul désigné par M. PEROL, néanmoins j'étais avec M. MILHAUD à
cette occasion tel que cela ressort du bordereau. La théorie de la CNCE et de
certains de mes collaborateurs était de faire sortir Dominique FERRERO de la
Direction Générale de NATIXIS, pour placer à ce poste une personnalité
extérieure. M. PEROL faisait partie des quelques personnalités pouvant avoir
le profil pouvant correspondre aux exigences de la fonction. » ;
Attendu que Monsieur Charles MILHAUD déclarait (D138) : «Je ne me
souviens pas de cette proposition. Si DUPONT l'a faite c'est parce que pour
moi, cela lui permettait de se mettre un allié dans la place, ce d'autant que
M.PEROL étant Inspecteur Général des Finances (Major de l'ENA), il avait
toutes les compétences pour assurer ces fonctions».
Attendu que Monsieur Bruno METTLING pour sa part devait indiquer ne pas
se souvenir de cette proposition (D118) en déclarant que «de mémoire, Charles
MILHAUD était très critique quant à la gestion de Dominique FERRERO.
Monsieur Philippe DUPONT avait pu se rallier de faire évoluer la Direction
Générale de NATIXIS, d'où la proposition que vous me présentez. Plusieurs
hypothèses quant à la direction générale de NATIXIS avaient pu être faites à
l'époque mais je n'en avais pas le souvenir.»
***
Attendu qu’il résulte de l’ensemble de ces éléments que la proposition qui a été
faite à Monsieur François PEROL intervenait dans un contexte de crise de
gouvernance de NATIXIS ; qu’il résulte suffisamment de ces déclarations que
Monsieur François PEROL avait pu être considéré pour Monsieur Philippe
DUPONT et Monsieur Charles MILHAUD, même s’il devait indiquer ne pas
se souvenir de cette proposition, comme un moyen de remplacer Monsieur
Dominique FERRERO ;
Attendu sur ce point qu’interrogé par le tribunal sur le retour que le Président
de la République lui fera de cette note, Monsieur François PEROL a répondu
que Monsieur Nicolas SARKOZY lui avait indiqué «qu’il avait besoin de
(lui)» (page 41) ;
***
Attendu que la portée de cette note et de cet entretien seront analysés au point
4.7.2. ;
***

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3.2.2.2.4.- Le plan national en faveur du financement de l'économie et le vote
de la loi du 16 octobre 2008
Attendu, selon la défense que, «le choix dicté par les conséquences
catastrophiques de la chute de Lehmann Brother's de ne pas laisser une
banque ou une compagnie d'assurance faire faillite avait été pris par tous les
pays européens et autorisé en France par la loi du 16 octobre 2008 qui prévoit
en outre que les aides accordées devront faire l'objet de contreparties» ;
Attendu que la loi n°2008-1060 du 16 octobre 2008 de finances rectificative
pour le financement de l'économie a permis au ministre chargé de l'économie
d'accorder la garantie de l'État dans les conditions prévues à l'article 6 de la
loi ; que le VI de cet article a prévu que la garantie de l'État est accordée pour
un montant maximal de 360 milliards d'euros ; qu'il résulte des pièces produites
et des débats que ce plan national a été adopté le lundi 13 octobre 2008 en
Conseil des Ministres, après que le Conseil d'État eut émis son avis le
dimanche 12 octobre 2008 ;
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué à l'audience que le soutien
au secteur financier a été formalisé par le Sommet du 12 octobre 2008 de la
zone euro, ce plan s'étant concrétisé par la loi n°2008-1061 du 16 octobre 2008
de finances rectificatives pour le financement de l'économie ; qu'il s'agissait,
selon Monsieur François PEROL, d'un «engagement vis-à-vis des voisins
(D29)» ;
Attendu en effet que l'article 6 de cette loi prévoit les conditions dans
lesquelles la garantie de l'État peut être accordée pour un montant maximal de
360 milliards d'euros ;
Attendu qu'il résulte de l'article 6 de cette loi, la mise en place de deux
dispositifs distincts :
1° que le II de l'article 6 a prévu la mise en place d'une société de
refinancement qui a pour objet de consentir des prêts aux établissements de
crédit et en conséquence de réinjecter des liquidités dans l'économie ;
Attendu qu'il résulte d'un communiqué du Ministre de l'Economie et des
finances du 20 octobre 2008 que le vendredi 17 octobre 2008, Madame
Christine LAGARDE, ministre de l'économie et des finances installait la
société française de financement de l'économie (SFFE) qui devait lever des
financements sur les marchés grâce à la garantie de l'État ; qu'en utilisant ces
ressources, elle avait vocation à permettre aux banques de disposer des
emprunts à moyen et long terme ; que, sans que ce montant soit fixé par la loi,
il résulte des débats que l'octroi de la garantie de l'État aux banques dans ce
cadre était limité à 320 milliards d'euros, sur l'enveloppe globale de 360
milliards d'euros ;
Attendu que ce montant de 320 milliards couvrait également le traitement de
DEXIA, s'agissant de l'octroi d'une garantie de l'État aux emprunts par les
sociétés du groupe Dexia (Dexia SA, Dexia Banque Internationale
Luxembourg et Dexia Crédit local de France) ;

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2° que le III de l'article 6 a prévu que, «afin de garantir la stabilité du système
financier français, la garantie de l'État peut être accordée aux financements
levés par une société dont l'État est l'unique actionnaire, ayant pour objet de
souscrire à des titres émis par des organismes financiers et qui constituent des
fonds propres réglementaires» et en conséquence de renforcer les fonds propres
des organismes financiers ;
Attendu qu'il résulte des débats que si l'enveloppe globale était fixée à 360
milliards, le montant de la garantie de l'État dans ce cadre s'établissait à 40
milliards d'euros, ainsi que cela été rappelé tant par Monsieur François PEROL
que par le gouverneur de la banque de France, Monsieur Christian NOYER
(page 68) et Monsieur Claude GUEANT, secrétaire général de la Présidence de
la République (page 76) ;
Attendu qu'il résulte du communiqué précité du 20 octobre que Madame
Christine LAGARDE avait annoncé que la Société de prise de participation de
l'État (SPPE) – c'est à dire l'État – était prête à souscrire pour un montant de
10,5 milliards à des émissions de dette subordonnée effectuées par les
établissements de crédit ;
Attendu que les réseaux bancaires avaient fait part de leur intention d'émettre
d'ici à la fin de l'année 2008 des titres de dette subordonnée à un taux supérieur
d'environ 400 points de base en moyenne au taux sans risque et pour les
montant suivants : 0,95 milliard d'euros pour les Banques populaires, 2,55
milliards d'euros pour la BNPP, 1,10 milliard d'euros pour les Caisses
d'épargne, 3 milliards pour le Crédit agricole, 1,20 milliard pour le crédit
mutuel et 1,70 milliard pour la société générale ;
Attendu qu'il résulte de l'ensemble de ces débats qu'en application de la loi du
16 octobre 2008, et à la suite des négociations entre les pouvoirs publics et les
organismes bancaires, les structures Caisse d'épargne et Banque populaire ont
effectivement bénéficié d'une aide de 2,05 milliards (950 millions d'euros pour
les Banques populaires et 1,10 milliard d'euros pour les caisses d'épargne) ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a expliqué que le Président
de la République Monsieur Nicolas SARKOZY avait fait l'annonce relative à la
garantie de l'État de 360 milliards, s'agissant d'une l'enveloppe globale et qu'il
avait «validé 40 milliards de recapitalisation» (page 47) ;
Attendu, selon les explications de Monsieur François PEROL que la loi du 16
octobre 2008 constituait «un message politique», à savoir qu'il n'y avait «pas
d'aide sans contrepartie», que «le message des contreparties est affirmé au
Sommet européen» (page 43) ;
3.2.2.2.5.- La démission de Monsieur Charles MILHAUD et de Monsieur
Nicolas MERINDOL de la CNCE le 18 octobre 2008 et la rencontre entre
Monsieur Charles MILHAUD et le Président de la République le 21 octobre
2008

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*Sur la démission de Monsieur Charles MILHAUD et de Monsieur Nicolas
MERINDOL
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure que l'information des pertes
subies par la CNCE, à l'occasion de laquelle Monsieur Charles MILHAUD
avait rencontré Monsieur Claude GUEANT le 10 octobre, devenait publique les
16 et 17 octobre 2008 ; que le 19 octobre 2008, le conseil de surveillance se
réunissait et obtenait la démission de Monsieur Charles MILHAUD et
Monsieur Nicolas MERINDOL, pour désigner Monsieur Bernard COMOLET
et Monsieur Alain LEMAIRE, comme Président du directoire de la caisse
nationale des caisses d'épargne et Directeur général et membre du directoire en
charge des finances de la caisse nationale des caisses d'épargne ;
Attendu, sur ces circonstances, que Monsieur Bernard COMOLET devait
déclarer (D112) que «Le Conseil de Surveillance de CNCE a été convoqué par
le Président du Conseil de Surveillance Yves HUBERT, un dimanche d'octobre
2008, le 19, pour faire le point sur la situation du Groupe et les mesures qu'il
convenait de prendre. Dans le débat du Conseil de Surveillance, la défiance vis
à vis du Directoire de CNCE s'est manifestée. A l'époque le Directoire de
CNCE était composé de Charles MILHAUD, Président, Nicolas MERINDOL,
Directeur Général, Guy COTTERET, Alain LACROIX, et Julien CARMONA ;
Après de longues discussions (M. MILHAUD ne souhaitait pas démissionner
dans un premier temps), il nous a été demandé à M. Alain LEMAIRE et à moi,
par M. Yves HUBERT, d'assurer respectivement la Direction Générale et la
Présidence du Directoire après le départ de M. Charles MILHAUD, que tous
souhaitaient et qui devaient être décidées lors de ce Conseil de Surveillance ;
(…) Le 19 octobre au soir, le Conseil de Surveillance a accepté la démission de
M. Nicolas MERINDOL et de M. Charles MILHAUD et j'ai été nommé
Président du Directoire de CNCE avec Alain LEMAIRE, Directeur Général,
Guy COTTERET et Alain LACROIX en restant membres.» ;
Attendu que Stéphane RICHARD devait déclarer (D122) : «Je pense qu'il y a
eu des contestations fortes à l'intérieur du Groupe des Caisses d'Epargne de
certains choix stratégiques de M. MILHAUD (la création de NATIXIS et le
coût que cela a représenté pour les Caisses d'Epargne, certains
investissements immobiliers et des acquisitions de banques à l'étranger). Il y
avait à l'intérieur des Caisses d'Epargne, une ambiance qui s'était dégradée,
est survenu un incident avec un trader de la CNCE (c'était une petite affaire
«Kerviel») et il est clair qu'à ce moment, la responsabilité de M. MILHAUD
était engagée ce qui a provoqué sa chute» ;
Attendu que sur les conditions du départ de Monsieur Charles MILHAUD et
Monsieur Nicolas MERINDOL, que Monsieur Christian NOYER, gouverneur
de la Banque de France, déclarait (D176/5) : «cela s'est produit à la suite de la
perte de marchés sur les opérations que CNCE gérait en propre. C'est le
conseil de la CNCE qui les a poussés à la démission. Plusieurs des
administrateurs sont venus me voir, et je les ai encouragés à renouveler les
dirigeants compte tenu du fait que la CNCE était dans une passe très difficile,
que les relations avec les dirigeants des banques populaires s'étaient tendues,
et que les groupes n'arrivaient plus à se mettre d'accord sur les orientations de
redressement de NATIXIS».

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Attendu que Charles MILHAUD diffusait un communiqué le 19 octobre 2009
faisant part de sa démission ;
***
Attendu que le tribunal examinera les conditions de la démission de Monsieur
Charles MILHAUD et le rôle éventuel de la Présidence de la République au
point 4.7.3. ;
***
*La rencontre entre Monsieur Charles MILHAUD et le Président de la
République le 21 octobre 2008
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure que Monsieur Charles
MILHAUD rencontrait le Président de la République, le 21 octobre 2008, à la
suite de sa démission intervenue le dimanche 19 octobre 2008 ;
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué à l'audience que cette
entrevue a eu lieu à l'initiative de Monsieur Charles MILHAUD (page 44) ;
qu'il précisait que Monsieur Charles MILHAUD et Monsieur Nicolas
SARKOZY se connaissaient de longue date, que «M. SARKOZY veut être
agréable à M. MILHAUD, alors qu'il avait été désagréable» ;
Attendu qu'à l'appui de ce rendez-vous, Monsieur François PEROL préparait
une note «information», en date du 21 octobre 2008 (AN/PEROL/UN) selon
ses termes (page 44), à l'attention du Président de la République, sous couvert
du secrétaire général, lequel visera cette note :
«Objet : Votre rendez-vous avec Charles Milhaud, ancien président du groupe
des caisses d'épargne
1)Charles Milhaud sera certainement très amer : il a depuis 1999
profondément transformé le groupe des Caisses d'épargne, jusqu'à tout
récemment, en donnant l'impulsion décisive au rapprochement avec les
Banques Populaires, et doit quitter le groupe dans les pires conditions,
contraint par le conseil de surveillance de donner sa démission.
2) Sous la conduite de Charles Milhaud, le groupe des Caisses d'épargne est
devenu un véritable groupe bancaire diversifié, avec une part de marché
significative dans la banque de détail et des actifs de qualité dans la banque de
gros (gestion d'actifs pour compte de tiers avec Natixis Asset Management,
assurance-crédit avec la Coface, conservation de titres avec Cacéis...) Au fond,
il aura eu deux torts :
-

ne pas s'entourer d'un numéro 2 qui soit un véritable gestionnaire du
groupe, capable de «serrer les boulons» ; son directeur général,
Nicolas Mérindol, était un bon développeur et un «deal maker», mais
pas un gestionnaire précis et suffisamment rigoureux» ;

-

tout récemment, avoir sous-estimé l'impact médiatique, dans le
contexte de la crise financière, de la perte «surprise» de plus de 600
millions d'euros de la CNCE. Une déclaration de sa part dès vendredi
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dernier indiquant qu'il quittait le groupe après la fusion avec les
banques populaires et, dans l'intervalle, qu'il préparait sa succession,
aurait permis peut-être d'éviter la position extrêmement dure du conseil
de surveillance.
3) Il sera sans doute très négatif sur son successeur (Monsieur Bernard
COMOLET, président de la caisse d'épargne d'Ile-de-France, nouveau
président du directoire) et sur le nouveau directeur général (Alain Lemaire,
président de la caisse d'épargne de Provence Alpes). Il sera également
probablement très négatif sur Monsieur Philippe DUPONT, le président des
Banques populaires.
Il peut toutefois être intéressant d'entendre son «testament» de dirigeant : les
forces et faiblesses du groupe aujourd'hui ; la façon de conduire à son avis le
rapprochement avec les Banques Populaires.
Souhaitez-vous que je participe à l'entretien ou bien préférez-vous un tête-àtête ?»
Attendu que la portée de cette entretien au regard des faits reprochés à
Monsieur François PEROL sera examiné au 4.7.3.2. ;
***
3.2.2.2.6.- Sur la note du 20 octobre 2008
Attendu que Monsieur François PEROL adressait le 20 octobre 2008 une note
à l'attention du Président de la République sous couvert du secrétaire général de
la Présidence ;
Attendu que cette note est rédigée de la manière suivante (contenu créé par
Monsieur François PEROL le 20 octobre à 11H39 et faisant l'objet d'un dernier
enregistrement le même jour à 15H19) :
«Objet : Crise financière. Evolutions en France
1)L'analyse des données de marchés montre deux choses :
-le marché monétaire (ou marché interbancaire, marché de l'argent entre
banques à court terme continue de se détendre peu à peu : le taux Euribor 3
mois baisse régulièrement, peu à peu et est ainsi ce matin à 5 % contre un plus
haut à 5, 40 % vendredi dernier :
-la volatilité des marchés actions atteint des niveaux jamais vus (le double des
pics constatés pendant la crise asiatique en 1998 et lors de l'éclatement de la
bulle internet), ce qui tend à montrer que l'ajustement à la baisse n'est pas
terminé.
2) Après le vote de la loi la semaine dernière, la semaine doit voir la mise en
œuvre pratique des mesures de recapitalisation des banques et de garantie de
leurs financements. Le dispositif suivant a été négocié ce week-end par le
Trésor avec les banques :
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a)S'agissant de la recapitalisation :
-Souscription par l'État d'une première tranche de 10,5 Md€ de titres
subordonnés à durée indéterminée (TSDI) émis par les banques ;
-Ces titres sont considérés comme des fonds propres «durs» par la
réglementation bancaire. L'idée n'est pas de permettre aux banques émettrices
de respecter les ratios prudentiels réglementaires (toutes respectent ces ratios)
mais de leur donner un «coussin» de fonds propres supplémentaires de 50
points de base pour leur donner la capacité de prêter davantage à l'économie ;
-Ils ne donnent pas de droit de vote mais une rémunération élevée qui est
prioritaire par rapport au dividende ;
-la rémunération sera calée sur les conditions de marché, en tenant compte de
la qualité de la signature de chaque banque. En pratique, elle devrait tourner
autour de la rémunération des titres d'Etat (OAT sur le très long terme)
majorée de 400 points de base environ. A titre d'exemple, cela devrait faire
environ 8% pour une banque comme BNPP (BNPP avait payé 8,02% début
septembre pour une émission réalisée avant la fermeture complète du marché,
mais sur un marché très tendu) ;
-Les 6 grandes banques françaises seraient concernées (soit en milliards
d'euros : Crédit Agricole 3 ; BNPP 2,55 ; Société Générale 1,7 ; Crédit Mutuel
1,2 ; Caisses d'épargne 1,1 ; Banques populaires 0,95).
-Par convention passée avec l'État, chaque banque émettrice confirmerait son
engagement de mettre en œuvre les recommandations MEDEF-AFEP sur la
rémunération des dirigeants et à présenter sous 6 mois à la Commission
bancaire de nouvelles règles de rémunération des opérateurs de marché. Par
ailleurs, elle prendrait des engagements précis sur les crédits à l'économie
(cette partie-là est encore en cours de discussion).
-Enfin, l'État indiquerait sa disponibilité pour la souscription, si nécessaire en
2009, d'une seconde tranche de 10, 5 MD€s.
b) S'agissant de la garantie sur les financements : la structure de
refinancement (baptisée «société française de financement de l'économie») est
en place. Grâce à un financement relai de la CDC, elle pourra dès mercredi
faire ses premières opérations, pour un montant de 10 Md€s. Les émissions sur
le marché (d'abord placements privés, puis avec appel public à l'épargne)
prendront la suite de la CDC dans 15 jours environ.
c)La communication :
-Il faut annoncer les TSDI rapidement, parce que le marché spécule en ce
moment sur de possibles augmentations de capital, ce qui affaibli les banques
françaises cotées (à 15H00 : Société Générale -8, 6 % à 15H00, BNPP -6, 4,
dans un marché en hausse de 1, 2 %). En pratique, cela veut dire ce soir après
marché, après avoir informé peu avant la Commission européenne ;
-il faut coordonner les choses entre le premier Ministre d'une part, qui a pris
l'initiative d'une réunion aujourd'hui avec les entreprises, les Banques et les
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représentants des collectivités locales sur le financement des collectivités
locales (enveloppe exceptionnelle de 5 Md€s sur les fonds d'épargne de la
CDC, qui sera attribuée directement par la CDC par moitié, et par les banques
pour l'autre moitié) et sur le financement de l'économie (mobilisation des
administrations locales pour suivre les difficultés de financement des
entreprises) et Bercy d'autre part, qui prévoyait de communiquer sur la
recapitalisation et sur la garantie ;
Il faut à mon sens une seule communication sur le financement de l'économie,
sous la forme d'un communiqué en provenance de Bercy (mise en œuvre des
décisions prises dimanche 12 octobre au sommet de l'euro et lundi 13 octobre
pour la France : recapitalisation, garantie, suivi des difficultés de financement
des entreprises). Nous avons demandé au cabinet du Premier Ministre de
surseoir à toute communication après sa réunion.
Êtes-vous d'accord avec ces orientations ?
3)
Situation des Caisses d'épargne : les messages suivants pourraient être
passés à la nouvelle direction du groupe (MM. Comolet, président du directoire
et Lemaire, directeur général) :
-préparer l'avenir par le rapprochement rapide avec les banques populaires ;
-travailler avec l'Etat à la gouvernance du nouveau groupe (il faudra un article
législatif pour la réalisation du rapprochement).
Souhaitez-vous recevoir les deux nouveaux dirigeants ?»
***
Attendu que la portée de cette note du 20 octobre 2008, qui articule la seconde
branche de la prévention à l'encontre de Monsieur François PEROL sera
spécifiquement examinée par le tribunal au point 5.1.1.;
***
3.2.2.2.7.- Sur la poursuite du projet de fusion à la suite de la démission de
Monsieur Charles MILHAUD et Monsieur Nicolas MERINDOL et la rencontre
du 30 octobre 2008 entre le Président de la République et les nouveaux
dirigeants des Caisses d'épargne
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure que le processus de
rapprochement des groupes Banque populaire et Caisse d'épargne, se
poursuivra le lendemain de la démission de Monsieur Charles MILHAUD et de
Monsieur Nicolas MERINDOL, dans un contexte de tension liée au caractère
aigu de la crise financière ;
Attendu en effet qu'il résulte de l'audition de Monsieur Alain LEMAIRE
(D120) : «Il était donc prévu qu'une première réunion pour préparer la fusion
se tienne le 20 octobre 2008 au matin avec la délégation des Banques
Populaires conduite par M. Bruno METTLING ; A partir de là a commencé
une période qui va courir d'octobre 2008 jusqu'à fin février 2009 où avec
Monsieur Bernard COMOLET, nous allons devoir gérer le groupe, gérer la
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considérable crise de NATIXIS (pour moi 60 milliards d'euros d'actifs toxiques)
et conduire le processus de fusion des deux groupes ; J'en garde le souvenir
d'une période de crise extrême. J'avais fait la réflexion aux CAC que je ne
savais pas provisionner la fin du monde et notamment réviser toutes les valeurs
d'acquisition que la Caisse d'épargne avait faites (NEXITY, BANQUE
PALATINE, CREDIT FONCIER, Banques à l'étranger...) ;
Attendu que le tribunal relève, de manière particulière, les dissensions entre les
dirigeants des deux groupes manifestées notamment par les déclarations de
Monsieur Alain LEMAIRE (D120) sur la gouvernance du groupe :
«Contrairement à la position de Monsieur Philippe DUPONT, M. COMOLET
et moi nous ne souhaitions pas arrêter d'emblée les personnes appelées à
diriger le futur organe central. Monsieur Philippe DUPONT au contraire en
faisait un préalable à son accord sur la forme de la nouvelle structure et il
voulait en être le véritable patron» ;
3.2.2.2.7.1.- La préparation de l'entretien du 30 octobre 2008 : la réunion avec
Monsieur François PEROL du 24 octobre 2008
Attendu que dans ce contexte, et ainsi que cela résultait de la note du 20
octobre 2008, un entretien va être organisé entre les nouveaux dirigeants de la
Caisse d'épargne et le Président de la République, lequel va avoir lieu le 28
octobre suivant ;
Attendu en conséquence qu'avant le rendez-vous du 30 octobre 2008 entre le
Président de la République et les nouveaux dirigeants des Caisses d'épargne,
une rencontre intervenait le 24 octobre 2008 à 10H30 entre Monsieur Bernard
COMOLET, Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur François PEROL à
l'Élysée ; que ce rendez-vous du 30 octobre 2008 était validé à l'agenda du
Président de la République le 27 octobre ;
Attendu s'agissant des préparatifs de cet entretien que Monsieur Alain
LEMAIRE (D120), interrogé sur le rôle de la présidence de la République dans
le processus de fusion, va indiquer : «Pour ce qui concerne l'Élysée, nous
avons d'ailleurs eu un rendez-vous avec M. PEROL le 24 octobre au matin
pour préparer notre entretien avec le Président de la République qui s'est tenu
peu de temps après. Ces entretiens se tenaient alors que nous discutions très
fréquemment avec Monsieur Philippe DUPONT, Bruno METTLING sur la
gouvernance, c'est-à-dire la forme juridique du futur organe central, les
principes de fonctionnement du réseau avec l'organe central et la nomination
des dirigeants» ;
Attendu qu'il y a lieu de rappeler dans la continuité des déclarations de
Monsieur Alain LEMAIRE sur le fait que les discussions avaient lieu avec
Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur Bruno METTLING sur la
gouvernance et les principes de fonctionnement du réseau, celles de Monsieur
Philippe DUPONT (D142), évoquées précédemment décrivant les discussions
avec BERCY pour la détermination des aides financières à apporter aux deux
structures bancaires ;

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Attendu que Monsieur Bernard COMOLET, sur cet entretien avec Monsieur
François PEROL va indiquer (D112 page 5) : «Je me rappelle seulement que
M. PEROL nous a demandé d'aller vite. Les raisons invoquées étaient la crise
financière, la pression des marchés, la crédibilité des deux groupes et l'accès
aux liquidités. L'intérêt de l'État dans cette affaire, selon moi, était que la
fusion réalisée rapidement diminuait le risque de défaillance d'une des
banques et ses conséquences systémiques» ;
3.2.2.2.7.2.- La préparation de l'entretien du 30 octobre 2008 : la note de
Monsieur François PEROL au Président de la République du 28 octobre 2008
Attendu que figure à la procédure une note du 28 octobre 2008, adressée par
Monsieur François PEROL à l'attention du Président de la République, sous
couvert du secrétaire général, portant sur «votre entretien avec les nouveaux
dirigeants des Caisses d'épargne» ;
Attendu qu'il y a lieu de rappeler que dans sa note du 20 octobre 2008,
Monsieur François PEROL suggérait au Président de la République de
rencontrer les nouveaux dirigeants des Caisses d'épargne, nommés le 19
octobre, 2009 à la suite de la démission de Charles MILHAUD et de Nicolas
MERINDOL ;
Attendu que la note est rédigée en ces termes (scellé AN/PEROL/UN) :
1)
Monsieur Bernard COMOLET (61 ans) est le nouveau président du
directoire de la Caisse nationale des caisses d'épargne (CNCE), nommé en
remplacement de C. Milhaud. Diplômé d'HEC, banquier depuis 1970, entré
dans le groupe des Caisses d'épargne en 1985, président du directoire de la
Caisse d'épargne Ile-de-France depuis 1997.
Alain Lemaire (58 ans) est le nouveau directeur général de la CNCE, nommé
en remplacement de N. Mérindol. Ancien élève de l'ENA, cadre de la Caisse
des dépôts de 1982 à 1997, entré dans le groupe des Caisses d'épargne en
1997, président du directoire de la Caisse d'épargne Provence Alpes depuis
2002.
2)
Trois messages pourraient être passés à MM. Comolet et Lemaire (les
mêmes messages ont été passés à P. Dupont :
-le rapprochement avec le groupe des Banques Populaires doit être la
priorité. Il faut aller aussi vite que possible ;
-il faut «nettoyer» sans état d'âme les compte des deux groupes à
l'occasion du rapprochement;
-le rapprochement passe par une disposition législative : nous devrons
définir avec eux les nouvelles règles de gouvernance de l'ensemble fusionné
(Caisse nationale des caisses d'épargne + Banque fédérale des banques
populaires, ce qu'on appelle «l'organe central» dans une banque mutualiste) ;

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3)
Dans un souci d'apaisement, et au vu des services qu'ils ont rendu au
groupe des Caisses d'épargne dans le passé, B. Comolet et A. Lemaire sont
d'accord pour que C. Milhaud conserve la présidence non exécutive d'Océor
(filiale en charge de l'outre-mer et des développements en Méditerranée) et N.
Mérindol la présidence non exécutive du Crédit Foncier. Ces mandats seraient
conservés au plus tard jusqu'à la fusion avec les Banques Populaires. Ils ont en
revanche renoncé à confier la direction générale exécutive du Crédit Foncier à
N. Mérindol. Par ailleurs, C. Milhaud et N. Mérindol abandonneraient tous
leurs autres mandats, exécutifs et non exécutifs, au sein du groupe.
4)
Didier Banquy devrait également conserver ses fonctions de secrétaire
général du groupe. Il ferait par ailleurs un bon membre du directoire de
l'ensemble fusionné.»
Attendu qu'en paraphant la note, Monsieur Claude GUEANT, secrétaire général
ajoute en fin de note, de manière manuscrite, à l'attention du Président de la
République :
«Didier m'a appelé pour me dire qu'il était important à son sens que
C.Milhaud conserve quelque temps une responsabilité relative aux
développements de la Méditerranée. Il ajoute que nous pourrions lui confier
une mission : il l'aime bien».
***
Attendu que la portée de cette note au regard des faits reprochés à Monsieur
François PEROL sera examinée au point 4.7.4.;
***
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure qu'à la suite de cet entretien du
30 octobre 2008 entre le Président de la République d'une part et Monsieur
Alain LEMAIRE et Monsieur Bernard COMOLET d'autre part, que plusieurs
rencontres vont avoir lieu :
*le 31 octobre 2008 : rencontre à MATIGNON entre Monsieur Bernard
COMOLET, Monsieur Alain LEMAIRE et Monsieur GOSSET –
GRAINVILLE ;
*le 6 novembre : rencontre à BERCY entre Monsieur Bernard COMOLET,
Monsieur Alain LEMAIRE et Monsieur Stéphane RICHARD ;
3.2.2.2.7.3.- Sur la signature de l'accord d'ouverture de négociations entre la
banque fédérale des banques populaires et la caisse nationale des caisses
d'épargne et de prévoyance
Attendu qu'il résulte du rapprochement des pièces de la procédure que le 10
novembre 2008, Monsieur Philippe DUPONT se rendait à l'Élysée et
rencontrait Monsieur François PEROL à 12H00 et que le même jour à 19H30,
Monsieur François PEROL rencontrait Monsieur Bernard COMOLET et Alain
LEMAIRE ; que le 12 novembre 2008 était signé l'accord d'ouverture de
négociations entre la Banque fédérale des Banques populaires et la Caisse
nationale
des
Caisses
d'épargne
et
de
prévoyance
(Scellé
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Archives/BPCE/Huit) ;
Attendu, ainsi que cela a été rappelé précédemment qu'il résulte de cet accord
que c'est par une réunion du 8 octobre 2008 que le conseil d'administration de
la BFBP et le conseil de surveillance de la CNCE ont décidé d'ouvrir des
négociations en vue de la conclusion d'un accord dans les meilleurs délais ;
Attendu que cet accord apporte les précisions suivantes :
- à l'article 1er relatif à la «structure de l'opération» : «l'opération prendrait la
forme d'une fusion de la BFBP et la CNCE, en vue de constituer un nouvel
organe central unifié, qui serait détenu paritairement par les Banques
Populaires Régionales, le Crédit coopératif et la CASDEN, d'une part, et les
Caisses d'Epargne et de Prévoyance» d'autre part ;
(...)
-à l'article 2 relatif à la «fusion de la BFBP et de la CNCE» : «Il est envisagé
que l'opération prenne la forme d'une fusion entre la BFBP et la CNCE (…). Il
est envisagé que la Fusion soit réalisée au cours du premier semestre 2009
avec effet rétroactif au 1er janvier 2009» ;
(...)
- à l'article 3 relatif au «processus législatif» : «la réalisation de l'opération
nécessitera l'adoption par le Parlement de plusieurs modifications législatives,
notamment en ce qui concerne le statut de la BFBP (articles L. 512-10 et
suivants du Code monétaire et financier), le statut de la CNCE (articles L. 51294 du code monétaire et financier), le statut de la Fédération Nationale des
Caisses d'Epargne (article L.512-99 du Code monétaire et financier)» ;
«Le Gouvernement a confirmé à la BFBP et à la CNCE qu'il proposera au
Parlement, dans les meilleurs délais, d'adopter les modifications législatives
nécessaires en vue de permettre la réalisation de l'opération» ;
«Les Parties détermineront d'un commun accord les propositions de
modifications législatives à soumettre au Gouvernement, et agiront de manière
concertée auprès du Gouvernement, de toute entité étatique compétente
(notamment la Direction du Trésor et le Conseil d'État) ou de toute autre
personne impliquée dans le processus législatif (parlementaires...) en
s'abstenant de toute démarche individuelle effectuée sur une base non
concertée ou autrement que dans le cadre d'un message défini en commun. A
cet effet, toute proposition de modification législative ne pourra être
communiquée ou discutée par une Partie au Gouvernement, à toute autre entité
étatique compétente, sans avoir été préalablement agréée par l'autre Partie» ;
-à l'article 4 relatif aux «autorisations réglementaires» : «L'opération fera
l'objet d'une notification dans les meilleurs délais :
(i)
aux autorités françaises (Ministre chargé de l'Economie ou Autorité de
la Concurrence selon le cas) et étrangères compétentes au titre du contrôle des
concentrations,
(ii)
au CECEI en application de l'article L. 511-12-1 du Code monétaire et
financier,
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(iii) ainsi qu'aux autre autorités françaises et étrangères dont l'autorisation
préalable serait requise à raison de l'Opération (en ce compris ses
conséquences sur Natixis et les autres filiales de la BFBP et de la CNCE) à
quelque titre que ce soit.»
(...)
-à l'article 5 relatif «aux participations détenues dans des sociétés cotées»,
s'agissant des diligences à accomplir vis-à-vis de l'Autorité des marchés
financiers ;
- à l'article 6 relatif à l'«organisation de l'entité fusionnée», s'agissant de la
dénomination sociale et du siège social ;
-à l'article 7 relatif aux «organes sociaux et direction de l'entité fusionnée»;
«La gouvernance du nouvel ensemble sera fondée sur les principes d'équilibre
et de parité entre les deux réseaux. En particulier :
1.
l'entité résultant de la fusion sera une société anonyme à directoire
et conseil de surveillance.
2.
Le Conseil de surveillance de l'entité résultant de la Fusion
comportera un nombre identique de membres issus du Groupe Banque
Populaire et de membres issus du Groupe Caisse d'Epargne.
3.
Le Directoire de l'entité résultant de la Fusion comprendra
initialement quatre membres : deux membres issus du Groupe Banque
Populaire, et deux membres issus du Groupe Caisse d'épargne. Il comprendra
deux Directeurs Généraux.
4.
En application d'un principe de parité, le Président du Directoire et
le Président du Conseil de Surveillance seront issus de chacun des deux
Groupes. De même les deux Directeurs Généraux seront issus de chacun des
deux Groupes.
5.
Lors du renouvellement des mandats des membres du Directoire, le
critère de compétence des candidats sera le premier critère de sélection et
l'appartenance à l'un ou l'autre des Groupes ne sera pas déterminante.
6.
Par ailleurs, à compter de la signature des présentes, les Parties
constitueront un comité de projet présidé par M. Monsieur Philippe DUPONT
et composé, en plus de lui-même, de MM. Monsieur Bernard COMOLET, Alain
Lemaire et Yvan de Laporte du Theil. Ce comité sera chargé de préparer et de
coordonner l'ensemble des opérations relatives au projet industriel et à
l'organisation du nouvel ensemble qui seront soumises le moment venu aux
différentes instances».
Attendu que l'annexe 1.4. relatif au calendrier indicatif simplifié fixait
notamment à fin-décembre la finalisation des termes du projet d'accord définitif
intégrant notamment les valorisations, le mécanisme de rééquilibrage et les
autres termes et conditions de l'opération, à la mi-mars la date limite pour
l'adoption des modifications législatives, à la mis-mars/fin mars, la signature du
traité de fusion et des accords définitifs et à la mi/fin avril l'assemblée générale
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extraordinaire de la BFBP et de la CNCE portant sur l'approbation des comptes
2008, l'approbation et la mise en œuvre du mécanisme de rééquilibrage, le cas
échéant et l'approbation de la fusion ;
***
Attendu que la portée de la chronologie des journées des 10 et 12 novembre
2008 sera examinée au point 4.6.3. ;
***
Attendu que postérieurement à ces journées des 10 et 12 novembre, la
chronologie suivante peut être relevée :
-15 novembre 2008 : Sommet du G20 de Washington
-20 novembre 2008 : Dîner avec Monsieur Claude GUEANT, Monsieur Alain
LEMAIRE et Monsieur Didier BANQUY
Attendu que le tribunal ne dispose en procédure d’aucun élément sur la portée
de ce dîner ;
-28 novembre 2008 : rencontre à l'Élysée entre Monsieur Philippe DUPONT et
Monsieur François PEROL de 16H30 à 17H30 ;
-1er décembre 2008 : conférence téléphonique entre Monsieur Bernard
COMOLET et la ministre de l’Economie et des finances à 10H30 ; que
s’agissant d’une information relevée sur l’agenda de Monsieur Bernard
COMOLET, le tribunal ne dispose d’aucun élément sur les autres personnes
présentes ;
Attendu que le tribunal ne dispose pas d’élément sur la tenue de cette
conférence et son objet ;
-19 décembre 2008 : rendez-vous avec Madame Christine LAGARDE et
Bernard COMOLET à 9H30 ;
3.2.2.3.- Troisième accélération donnée au projet de fusion : la situation de la
filiale commune des deux groupes, NATIXIS et les pertes annoncées de la
CNCE
Attendu qu’il résulte des pièces de la procédure et des débats qu’au début de
l’année 2009, le projet de fusion entre dans une phase plus active ;
Attendu que cette troisième accélération a été décrite par Monsieur Christian
NOYER, gouverneur de la Banque de France dans sa déposition spontanée à
l'audience le 25 juin 2015 (page 66) : «(…) Les pertes sont localisées à Natixis.
Sa gouvernance n'est pas bonne. La durée de vie est assez courte. Les pertes se
sont accumulées. Les actionnaires vont se chamailler à Natixis. La
gouvernance était mauvaise. La situation était intenable. Les groupes se sont
tournés vers l'État. L'État n'allait pas socialiser les pertes. La Direction du
Trésor nous a constamment interrogé. Resurgit le projet qui existait à l'origine,
le rapprochement des deux groupes. La Caisse d'épargne avait des excès de
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dépôt, et les Banques Populaires beaucoup moins. (…) Confronté à Natixis, je
ne peux tolérer une telle gouvernance » ;
Attendu qu'il devait préciser : «on a poussé à l'accélération de l'histoire, du
rapprochement »;
Attendu qu’il résulte de l’agenda de Monsieur Bernard COMOLET que le 2
janvier 2009, il rencontrait à 11H00 la Ministre de l’économie et des finances,
puis le 5 janvier suivant, il se rendait à Matignon ;
Attendu que le 5 janvier 2009, le Président de la République adressait à
Monsieur Bernard COMOLET, une lettre qui semblait avoir été adressée à
l'ensemble des dirigeants des banques (scellé COMOLET/DOM/4) ; qu’aux
termes de cette lettre, Monsieur Nicolas SARKOZY indique que «le marché de
l’immobilier connaît une baisse brutale d’activité» et que «pour freiner la
baisse actuelle des mises en chantier», il a fait le «choix de soutenir le secteur
de la construction neuve» ; que cette lettre fait état du plan de relance de
l’économie mis en œuvre notamment dans son dispositif concernant les primoaccédants rappelant que «l’Etat a mis en place différents dispositifs de soutien
du secteur bancaire, de nature générale au travers de la Société de
financement de l’économie française (SFEF)», le Président de la République
indiquant son souhait que la CNCE «fasse connaître les dispositifs mis en
place par les pouvoirs publics et examine de manière non restrictive les
demandes de crédits qui vous seront faites» ;
3.2.2.3.1.- Sur la rencontre entre Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur
Claude GUEANT le 10 janvier 2009, la note de Monsieur Claude GUEANT au
Président de la République du 12 janvier 2009 et l’annonce des pertes de 2
milliards chez NATIXIS et de 2 milliards chez CNCE
Attendu que le 10 janvier 2009, Monsieur Philippe DUPONT rencontrait
Monsieur Claude GUEANT à la présidence de la République ;
Attendu que le tribunal constate que cette visite donnait lieu à une note rédigée
par Monsieur Claude GUEANT à l’attention du Président de la République, en
date du 12 janvier 2009, transmise ensuite à Monsieur François PEROL, au
regard des annotations figurant sur ce document (scellé DD/AN/PEROL/UN) :
«J’ai rencontré le samedi 10 janvier Monsieur Philippe DUPONT et le
Président des Banques Populaires. Il souhaitait, avant de rencontrer Monsieur
François PEROL en compagnie de l’équipe dirigeant de la caisse nationale
des caisses d’épargne, livrer en dehors de la présence de ces derniers son
diagnostic de la situation avant la fusion entre Caisses d’Epargne et Banques
Populaires qui vient d’être confirmée :
1. S’agissant des Banques Populaires, Monsieur Philippe DUPONT estime que
le groupe ne présente pas de risque particulier. Il n’a pas acheté de produits
toxique.
2. NATIXIS a enregistré 2 milliards de perte. D’autres risques existent et des
pertes supplémentaires sont possibles.
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3. Le CREDIT FONCIER a consenti à 24 milliards de crédit hypothécaire dont
31 % en Espagne. Cet engagement est à comparer avec le total des crédits
hypothécaires consentis par les banques françaises qui se montent à 14
milliards.
4. Les comptes propres de la caisse nationale des caisses d’épargne
enregistrent au 31 décembre dernier de l’ordre de 2 milliards de perte. Par
ailleurs, les cours des actions de NATIXIS possédés par la CNCE sont
surévalués pour un montant de l’ordre de 4 milliards.
Une orientation stratégique sera :
De créer un ensemble «banque de détail, banque de crédit de proximité
à l’économie».
-

De créer un pôle avec NATIXIS, la COFACE, le CREDIT FONCIER…

Ils vont essayer d’aboutir à la fusion pour le mois de mai».
Attendu que le tribunal constate à la lecture de la note, la révélation de
l’information notamment des pertes subies par NATIXIS, d’un montant de 2
milliards, ainsi que de la perte de 4 milliards chez CNCE ;
Attendu sur l’appréciation à porter sur cette note, qu'il convient de se reporter
aux déclarations de Monsieur Bruno METTLING selon lesquelles (D118, page
5), «Il est arrivé dans la période à Monsieur Philippe DUPONT de rencontrer
différentes autorités. Notre préoccupation était alors que les travaux avaient
mis en évidence des risques de pertes (et non des pertes) de nature à fragiliser
le futur ensemble. Il souhaitait donc en faire part à travers Monsieur Claude
GUEANT, au Président de la République à une époque où l'intensité de la
crise bancaire, donnait au projet une dimension incontestablement politique.
Mon interprétation du document que vous m'avez montré et surtout du choix de
Monsieur Claude GUEANT, traduisait la volonté de Monsieur Philippe
DUPONT de porter ce message de prise de conscience des risques que
représentaient certains actifs des CAISSES D'EPARGNE, aux plus proches
collaborateurs du Président. Il traduisait ainsi la nécessité d'une aide à la
constitution du futur ensemble pour assurer durablement sa solvabilité, là où
la tentation des CAISSES D'EPARGNE pouvait être de minorer ce risque.»
Attendu, en l’état de l’appréciation du tribunal, que cette note s’inscrit dans une
information communiquée à la Présidence de la République ;
3.2.2.3.2.-Sur la rencontre du 13 janvier 2009 entre Monsieur Philippe
DUPONT, Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur François PEROL
Attendu qu’il résulte des pièces de la procédure que Monsieur Philippe
DUPONT se rendait à l'Élysée le 13 janvier 2009 et rencontrait Monsieur
François PEROL à 19H30 (D83) ;

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Attendu, selon la défense que Monsieur Bernard COMOLET participait
également à cette réunion ; qu’ils «étaient à nouveau reçus à leur demande par
Monsieur François PEROL qu'ils informaient alors d'une circonstance
nouvelle extrêmement inquiétante concernant la situation de la filiale
commune des deux groupes qui, selon eux, étaient de nature à entraîner la
défaillance de ceux-ci» ;
Attendu, selon la défense, que «selon les dirigeants des deux groupes, une
intervention de l'État était nécessaire pour éviter cette défaillance susceptible,
dans le contexte de crise financière aiguë, d'entraîner une crise systémique du
système bancaire français» ;
Attendu que le tribunal ne dispose pas en procédure d’élément particulier sur le
déroulement de cette réunion et les suites éventuelles données ;
Attendu en tout état de cause, que cette réunion du 13 janvier 2009 s’inscrit
dans la continuité de celle du 10 janvier 2009 durant laquelle Monsieur
Philippe DUPONT avait souhaité rencontré en tête-à-tête Monsieur Claude
GUEANT ;
3.2.2.3.3.- Sur l’accélération du calendrier : l’annonce des résultats le 26
février 2009
Attendu que Monsieur François PEROL fait valoir qu’à compter du moment où
les pertes de NATIXIS étaient connues, «une intervention de l'État était
d’autant plus urgente que les deux banques devaient annoncer leurs résultats
le 26 février 2009, date fixée depuis de nombreux mois et qui ne pouvait pas
être reportée au regard, notamment, du fait que la filiale commune en grande
difficulté NATIXIS était cotée en bourse» ;
Attendu que la date du 26 février 2009, présentée par Monsieur François
PEROL à l’audience comme la date limite de l’annonce de la fusion, élément
qui a pu être discuté par les parties civiles au cours des débats, apparaît devoir
être retenue par le tribunal, compte tenu de la tension liée à la crise financière
et les risques liés à l’annonce de pertes importantes de NATIXIS ;
Attendu que cet élément ne résulte pas des seules déclarations de Monsieur
François PEROL mais aussi de celles de Monsieur Christian NOYER qui
soulignait que (D176) «l'urgence était très grande puisque les groupes
devaient communiquer sur leur résultat fin février, et donc devaient être
capables de faire des annonces sur le renforcement du capital, sur leur avenir
commun et sur les instances dirigeantes futures» ;
Attendu en tout état de cause que le tribunal constate, ainsi que cela va être
analysé ci-après, une accélération du calendrier ;
Attendu ainsi, que la chronologie suivante peut être reconstituée :
-14 janvier à 17H30 : Réunion de Monsieur Bernard COMOLET avec Madame
Christine LAGARDE ;
-16 janvier 2009 : Monsieur Charles MILHAUD se rend à l'Élysée et rencontre
Monsieur François PEROL (arrivée à 19H05) ;
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Attendu que ce même jour, Monsieur Bernard COMOLET rencontre Monsieur
Xavier MUSCA à 10H30 ;
-19 janvier 2009 : Réunion entre Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur
Antoine GOSSET-GRAINVILLE à Matignon à 18H30 ;
Attendu que le tribunal ne dispose pas d’élément particulier sur le contenu de
ces réunions et les suites qui ont pu être données ;
3.2.2.3.4.- Sur la réunion des banques avec le Président de la République le 20
janvier 2009 à 18H00
Attendu que figure à l’agenda de Monsieur Bernard COMOLET une réunion
«banquier» avec le Président de la République, le 20 janvier 2009 à 18H00 ;
Attendu qu’à cette occasion, il apparaît que Monsieur François PEROL
préparait une note à l’attention du Président de la République, en date du 27
janvier 2009, sous couvert du secrétaire général :
Attendu que cette note ayant pour objet «Réunion avec les banques. Dernières
informations» a été placée sous scellé DD/AN/PEROL/DEUX ; qu’il apparaît
que cette réunion a porté sur la rémunération des dirigeants :
«I/Sur la question de la rémunération des dirigeants
1)Frédéric OUDEA vient de m’informer que le conseil d’administration de la
Société Générale avait accepté sa proposition de suppression de sa part
variable pour 2008 (de même que celle de Daniel BOUTON). L’information
sera rendue publique à 17H30 ce soir.
2)Le conseil d’administration de Crédit Agricole est actuellement en
discussion sur le même sujet. Selon toute probabilité, il devrait prendre la
même décision pour Georges Pauget.
3) Je n’anticipe pas de difficultés sur ce point du côté des Caisses d’Epargne
ou des Banques Populaires. Je n’ai pas eu de nouvelles du Crédit Mutuel.
II/Sur la question de la deuxième tranche de recapitalisation
1)BNPP, Caisses d’Epargne et Banques Populaires confirmeront en avoir
besoin. Pour Caisses d’Epargne et Banques Populaires, il faudra que la
recapitalisation s’inscrive dans le cadre plus global du rapprochement en
cours, qui doit être accéléré.
2)Il y a plus de réticences du côté de Crédit Agricole, Société Générale et
Crédit Mutuel qui estiment ne pas en avoir besoin.
Dans ces conditions, la solution raisonnable ma paraît être, compte tenu de la
récession dans laquelle se trouve l’économie mondiale et de l’incertitude sur le
secteur bancaire, que l’on communique sur les éléments suivants : i) la
deuxième tranche est ouverte à tous les établissements, par exemple jusqu’à fin
août ; (ii) chaque établissement a la liberté d’y venir pendant cette période ;
(iii) aucune banque n’indique avant la publication de ses résultats qu’elle
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n’ira pas.
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a indiqué, s'agissant de
cette réunion : «L'objet, c'est l'incarnation de la mobilisation face à la crise. Il
ne se décide rien lors des réunions. Il s'agit du 2ème plan de capitalisation»;
***
Attendu que la portée de la note du 20 janvier 2009 sera examinée au point
4.7.5.;
***
3.2.2.3.5.- Sur la note du 27 janvier 2009
Attendu que figure à la procédure une note en date du 27 janvier 2009 adressée
par Monsieur François PEROL au Président de la République, sous couvert du
secrétaire général ;
Attendu que dans cette note de quatre pages, dont l'objet est : «Votre entretien
avec Jean-Claude Trichet à 19h00», figure en page 2 un paragraphe «ii) Vous
pourriez faire part confidentiellement à Jean-Claude Trichet de vos
inquiétudes sur Caisses d'épargne – Banques populaires – Natixis, qui
pourraient (pas de certitude à ce stade) relever d'un traitement de type Dexia»;
Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué à l'audience qu'il s'agit
d'une note de préparation d'entretien, le problème étant celui de la dette
souveraine ; que s'agissant de l'aide à apporter aux deux groupes, «il y avait
nécessairement une aide en capital à la tête du groupe» et «on est encore dans
l'idée d'être dans un traitement de type Dexia» ;
3.2.2.3.6.-Sur les trois réunions du 26 janvier, du 12 février et du 19 février
2009
Attendu que trois réunions vont être organisées à la Présidence de la
République, présidées par Monsieur François PEROL, les 26 janvier, 12 février
et 19 février 2009 portant sur la fusion des groupes Caisses d’Epargne et
Banque Populaire ;
***
Attendu que ces réunions et leur portée seront analysées au point 5.2.1.;
***
3.2.2.3.7.-Sur la proposition faite par Monsieur Nicolas SARKOZY à
Monsieur François PEROL de prendre la tête du nouvel organe le mercredi 18
février 2009
Attendu qu’entendu en qualité de témoin, Monsieur Claude GUEANT a
indiqué que Monsieur Nicolas SARKOZY a demandé à Monsieur François
PEROL s’il accepterait de devenir le nouveau président du groupe fusionné ;

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Attendu qu’à l’audience, Monsieur François PEROL a expliqué (page 124) que
le Président de la République lui avait demandé de prendre la tête de la BPCE ;
que, selon lui «le Président de la République est le premier qui l’a évoqué avec
moi, à un moment où tout est réglé sauf le dirigeant» ; que, selon Monsieur
François PEROL, cette conversation aurait eu lieu, après la réunion du 12
février 2008, peut-être le mercredi 18 février 2009 ;
Attendu que le tribunal analysera l'ensemble de ces éléments au point 5.2.5. sur
«l'origine du futur dirigeant» ;
***
3.2.2.3.8.- Sur la note du 19 février 2009
Attendu que figure dans les scellés DD/AN/PEROL/DEUX une note dans
laquelle, selon l’ordonnance de renvoi, Monsieur François PEROL faisait état
de droits de l'Etat sur la gouvernance du groupe en contre-partie des actions de
préférence et préconisait la nomination, dès le 25 février 2009, d'une
personnalité extérieure aux deux groupes ;
Attendu que Monsieur François PEROL a, à l’audience, contesté en être
l’auteur ;
Attendu que le tribunal ne dispose d’aucun élément circonstancié sur la
provenance de cette note et l’utilisation qui a pu en être faite ; qu'il n'est en
conséquence pas en mesure de pouvoir tirer de conséquences pénales à ce
document ;
***
3.2.2.3.9.- Sur l’appel téléphonique du vendredi 20 février 2009 de Monsieur
Claude GUEANT à Monsieur Olivier FOUQUET, Conseiller d’Etat, président
de la Commission de déontologie de la fonction publique.
Attendu que Monsieur Olivier FOUQUET a déclaré avoir reçu, le vendredi 20
février 2009 dans la soirée, à son domicile, un appel téléphonique de Monsieur
Claude GUEANT l'informant de la nomination de Monsieur François PEROL à
la tête de la BPCE la semaine suivante et de l'urgence de réunir la Commission
de déontologie d'ici là ;
Attendu que Monsieur Olivier FOUQUET relatait (D116) que «Le vendredi
soir précédent la semaine où M. PEROL a été nommé, je reçois un coup de
téléphone à mon domicile de M. GUEANT que je ne connaissais pas,
secrétaire général de l'Elysée. (…) Il me dit que M. PEROL va être nommé à la
tête de la BPCE par le conseil d'administration la semaine prochaine, il faut
réunir la commission pour deux raisons :-ce n'était pas le candidat annoncé :
un inspecteur des finances de Bercy dont je n'avais pas eu le nom (ce qui est
souvent le cas) -M. Guéant ignorait tout du fonctionnement de la commission
de déontologie, notamment à propos du délai d'instruction des affaires. J'ai
répondu à M. GUEANT que je ne pouvais pas réunir la commission aussi
rapidement, il m'a alors demandé si la consultation de la commission était
obligatoire. Je lui ai expliqué la différence entre la saisine obligatoire et la
saisine facultative. Il découvrait la question, n'y comprenait pas grand -chose
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et finalement, nous avons convenu que je lui enverrai une lettre expliquant les
conditions que devait remplir M. PEROL pour que la saisine de son dossier
soit facultative (…).J'ai appelé mon collègue du Conseil d'Etat, secrétaire
général du gouvernement, Serge LASVIGNES pour lui demander de faire
rechercher la jurisprudence. J'ai rédigé un projet de lettre que j'ai envoyé le
lundi (suivant le coup de fil du vendredi avec M.GUEANT) à M. LASVIGNES.
Il m'a donné la jurisprudence relative au départ des membres des cabinets
ministériels» ;
Attendu qu’il résulte des pièces de la procédure qu’une note signée par
Monsieur Serge LASVIGNES, secrétaire général du Gouvernement était faxée
le 21 février 2009 par Monsieur Antoine GOSSET-GRAINVILLE, directeur du
cabinet du Premier Ministre, à l’attention de Monsieur François PEROL ;
Attendu que la conclusion de cette note était la suivante : «En conclusion, il
doit être possible, d'un strict point juridique de défendre de la validité de l'une
ou l'autre des désignations envisagée, en prenant appui sur la doctrine
bienveillante de la commission de déontologie, renforcée par la nouvelle
écriture de la loi pénale, laquelle est en outre d'interprétation stricte. C'est
toutefois sous la réserve qu'il n'existe pas d'éléments précis montrant un
investissement particulier de l'un ou l'autre : les subtilités du droit trouvent
leurs limites lorsqu'elles se heurtent directement au «réalisme
déontologique» ;
«En tout état de cause, on sait que les questions d'ordre déontologique se
prêtent facilement à une exploitation polémique, spécialement lorsqu'elles ont
un arrière-plan pénal. Il faut à cet égard apprécier notamment le risque de
procédures contentieuses qui, même si elles n'aboutissent pas, peuvent affaiblir
le dirigeant en jetant le soupçon sur sa légitimité»;
3.2.2.3.10.-Sur la réunion du 21 février 2009
Attendu que s’est tenue le 21 février 2009 une réunion à la Présidence de la
République au cours de laquelle Monsieur Nicolas SARKOZY, en présence de
Monsieur Claude GUEANT et Monsieur François PEROL, a reçu Monsieur
Philippe DUPONT et Monsieur Bernard COMOLET à 11H45 ;
Attendu qu’à l’occasion de ce rendez-vous, Monsieur François PEROL avait
préparé la note ci-dessous détaillée, adressée au Président de la République,
sous couvert du secrétaire général ;
3.2.2.3.10.1.- Présentation de la note du 21 février 2009
«Objet : Votre entretien avec Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur
Bernard COMOLET à 11H45
L'état des discussions est le suivant :
1)Accord sur la nécessité et l'urgence du rapprochement (en raison des
difficultés de Natixis qui peuvent créer un problème systémique si des
décisions rapides ne sont pas prises ; en raison de l'intérêt industriel du projet :
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créer le deuxième groupe bancaire français par la taille).
2)Quelques points de discussion encore sur les conditions de succès de
l'opération. Je vous propose de leur faire part de la position définitive de l'État
sur chacune de ces conditions, sans laisser trop de place à la discussion
(compte-tenu de l'urgence d'annoncer publiquement des décisions : dès le 26
février 2009).
1.Conditions financières
(i)Soutien financier de l'État, pour assurer la stabilité financière du groupe,
jusqu'à 5 milliards d'euros de fonds propres complémentaires.
Il est préférable d'annoncer un plafond et non un chiffre définitif : le chiffre
définitif devra être ajusté au vu de l'analyse de la situation faite par le nouveau
dirigeant, des efforts que le groupe peut réaliser de lui-même pour diminuer le
besoin de fonds propres (par exemple sous forme de cession d'actifs), de la
capacité du groupe à payer la rémunération des fonds apportés par l'Etat.
(ii)Ce soutien prendra la forme d'actions de préférence convertibles en
actions ordinaires par l'État au terme d'une période de 3 à 5 ans, donnant
à l'Etat jusqu'à 20 % du capital de la structure résultant de la fusion.
Il ne peut s'agir immédiatement d'actions ordinaires en raison de la question
de la valorisation de Natixis, rendue délicate par la très forte décote boursière
subie par le titre (3 Md€s de valeur boursière, pour un actif net de 14, 5
Md€s) : si l'État entrait aujourd'hui en actions ordinaires, il ne pourrait le
faire que sur la base de la valeur boursière de Natixis, ce qui entraînerait une
destruction de fonds propres considérable dans les Caisses d'épargne et les
Banques populaires et la nécessité d'une recapitalisation beaucoup plus
massive : il faut donc décaler dans le temps l'entrée de l'État sous forme
d'actions ordinaires. D'où l'idée de l'option pour l'État de conversion en
actions ordinaires.
(iii)Ce soutien ne serait accordé qu'à l'organe central résultant de la
fusion.
Et pas avant : cette condition essentielle pour garantir que les deux groupes
s'engageront bien sur le chemin de la fusion.
B. Conditions de gouvernance
(i)L'État aurait immédiatement des droits stratégiques : au moins 2
administrateurs, exigence d'une majorité qualifiée du conseil pour les décisions
stratégiques (nomination des dirigeants, budget, plan stratégique, opérations
sur le capital, cessions et acquisitions d'actifs importants).
De cette manière, l'État aura une influence sur la gestion du groupe, sans
toutefois remettre en cause la prédominance des actionnaires caisses d'épargne
et banques populaires. En effet, si cette prédominance était remise en cause par
les droits conférés à l'État, une offre publique obligatoire devrait être lancée sur
le flottant de Natixis, qui pourrait être très coûteuse, y compris pour l'État.
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(ii)Présence d'au moins 4 administrateurs indépendants.
(iii)Présidence du comité d'audit par un administrateur indépendant
(iv)Organisation sous la forme d'un conseil d'administration avec
président non exécutif et directeur général exécutif, ou sous la forme d'un
conseil de surveillance avec directoire. Les caisses d'épargne sont très
demandeuses de la deuxième formule, et les banques populaires pourraient
l'accepter. Ce point pourrait être concédé aux Caisses d'épargne.
C.-Conditions de mise en oeuvre du projet
(i)Recrutement du futur directeur général (ou du futur président du directoire)
***
3.2.2.3.10.2.- Le déroulement de cette réunion selon les témoignages reçus
Attendu que, selon Monsieur Philippe DUPONT (D142), son secrétariat a été
contacté la veille pour lui demander de bien vouloir être reçu par le Président
de la République ; qu’il déclarait : «Le matin même je me suis retrouvé avec
M.COMOLET dans l'anti-chambre des bureaux du Président de la République
et on nous a fait entrer dans la salle de réunion attenante au bureau du
Président. Celui-ci est entré accompagné de Monsieur Claude GUEANT et de
Monsieur François PEROL et nous a annoncé qu'il était temps de sortir par le
haut de ce dossier pour déboucher sur une fusion des deux établissements dans
un contexte où les résultats négatifs des Caisses d'Epargne, qui devaient être
annoncés la semaine suivante, présentaient un danger pour l'équilibre de la
place. Comme nous n'avions pas réussi à déboucher sur un acte volontaire de
fusion, il nous a notifié sa volonté de voir gérer ce dossier par une personne
extérieure au périmètre des deux banques et nous a proposé que Monsieur
François PEROL puisse occuper cette fonction» ;
Attendu que selon Monsieur Philippe DUPONT, si le Président de la
République a évoqué dans son propos liminaire, la situation de crise financière,
la situation des Caisses d'Epargne et les aides d'État dévolues à la place et aux
deux groupes, il indiquait que «le principal objet de cette réunion était de nous
signifier la nécessité d'agréer la proposition de nommer Monsieur François
PEROL à la direction des deux groupes» ;
Attendu que Monsieur Bernard COMOLET indiquait pour sa part (D113) :
«Quelques jours avant le samedi 21 février 2009, j'avais été prévenu que
Monsieur François PEROL nous donnait rendez-vous à M. DUPONT et à moi,
à l'Elysée pour rencontrer le Président de la République, ce samedi matin
précisément à 11h45. A cette occasion le Président de la République, Monsieur
Nicolas SARKOZY, nous a indiqué qu'il savait qu'on avait besoin de 5
milliards d'euros et que l'Etat avait pris la décision de les mettre à notre
disposition. A cette réunion il y avait PEROL, GUEANT, DUPONT, le
Président et moi. Le Président est ensuite entré dans les modalités selon
lesquelles cette intervention pouvait avoir lieu, c'est-à-dire un prêt convertible
en actions dans un délai de 3 à 5 années si des critères fixés dans un MOU
(Mémorandum of Understanding) n'étaient pas respectés (conditions de
remboursement). Il était précisé par M. SARKOZY que le prêt de 5 milliards
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d'euros ne serait attribué qu'à l'organe central une fois la fusion BP et CE
réalisée. C'est à partir de là qu'il nous a indiqué que le Conseil du nouvel
organe central devrait comprendre deux administrateurs représentant l'Etat, et
qu'il entendait qu'il y ait 4 administrateurs indépendants dont le Président du
futur Comité d'Audit. Ensuite, il a indiqué que la forme juridique du futur
organe central pouvait être envisagée soit sous forme de société à Conseil
d'Administration avec Président et Directeur Général ou si l'on préférait sous
forme de société à Directoire et Conseil de Surveillance. En tout état de cause,
il a annoncé que le futur Directeur Général exécutif devrait être choisi en
dehors des deux groupes et que l'annonce de sa nomination devait intervenir
dès le 26 février. Le Président de la République nous indiquait ensuite, en
rappelant que l'Etat prêtait 5 milliards, qu'il entendait que Monsieur François
PEROL dont il dressait le meilleur tableau, soit proposé comme futur
Directeur Général exécutif du nouvel ensemble. Il nous a indiqué ensuite que
le Président du nouvel ensemble serait issu des Banques Populaires et j'en
concluais que c'était soit DUPONT Président du Conseil d'Administration
avec PEROL Directeur Général, soit PEROL Président du Directoire et
DUPONT Président du Conseil de Surveillance. Il a indiqué enfin, que je
devrais traiter avec Monsieur François PEROL de mon rôle et de ma place
dans le futur Groupe. Cette annonce était sans appel et m'a été présentée
comme une décision. A la fin de cette annonce, le Président s'est excusé du fait
de ses occupations et nous a demandé d'en mettre en oeuvre les modalités avec
Monsieur François PEROL, dont il disait regretter de devoir s'en séparer à
l'Elysée. Puis il a quitté la salle de réunion. La réunion étant dès lors terminée,
Monsieur François PEROL nous a proposé à Monsieur Philippe DUPONT et à
moi-même de déjeuner dans un petit restaurant de la rue Gay Lussac, proche
de son domicile. C'était un repas convivial où il s'est comporté avec moi,
comme un « patron souriant»(…)»
Attendu que figurent dans les scellés COMOLET/DOM/DEUX, les notes
prises par Monsieur Bernard COMOLET au cours de cette réunion, conformes
à son témoignage et reprenant les éléments de la note élaborée par Monsieur
François PEROL montrant ainsi que Monsieur Nicolas SARKOZY avait repris
les différents items de la note ;
Attendu que le tribunal indiquera sa position sur cette réunion du 21 février
2009 et sur la note du 21 février 2009 au point 5.1.2. ;
***
Attendu qu’il résulte des éléments de la procédure que le lundi 23 février 2009,
Monsieur Bernard COMOLET rencontrait Monsieur Antoine GOSSETGRAINVILLE à 19H15, avec Monsieur Philippe DUPONT ;
Attendu que le mardi 24 février 2009, Monsieur Bernard COMOLET et
Monsieur Philippe DUPONT adressaient une lettre à la Ministre de
l’Economie,
Madame
Christine
LAGARDE
(scellé
COMOLET
DOM/DEUX) rédigées en ces termes :
«Nous vous prions de trouver ci-joint, paraphé par nos soins, le texte qui
décrit les grandes lignes de l'opération de rapprochement des groupes CNCE
et BFBP.
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Ce texte est le fruit des discussions que nous avons eues avec vous et sa
rédaction est définitive. C'est donc en cet état que nous le soumettrons à
l'approbation de nos conseils respectifs, en leur recommandant de
l'approuver».
Attendu que le document joint à la lettre est celui qui sera annexé au protocole
du 16 mars 2009, arrêtant les grandes lignes de l'opération de rapprochement
des deux groupes auquel est joint le tableau récapitulatif de la «séquence de
nomination du futur président de directoire de la CEBP» détaillant les
séquences de nomination de FP (Monsieur François PEROL) à la tête de la
CNCE et de la BFBP, avant même la réunion des comités de direction.
Attendu que le mercredi 25 février 2009, Monsieur François PEROL était
nommé directeur général des Banques populaires, par le conseil
d'administration de la Banque fédérale des Banques populaires ;
Attendu que le jeudi 26 février 2009, le Conseil de surveillance de la Caisse
Nationale des Caisses d'épargne(CNCE) se réunissait sous la présidence de
Monsieur Yves HUBERT, acceptait la démission de Monsieur Bernard
COMOLET de la présidence du Directoire de la CNCE et nommait Monsieur
François PEROL à la présidence du directoire de la CNCE, avec effet au 2
mars 2009 ;
Attendu que le 6 mars 2009, Monsieur François PEROL était désigné comme
président du conseil de surveillance de la société NATIXIS ;
Attendu que le 13 mars 2009, était publié le décret d’acceptation de la
démission de Monsieur François PEROL de l’Inspection générale des
finances ;
Attendu que le 16 mars 2009, le protocole de négociations était signé par la
BFBP, représentée par Monsieur Philippe DUPONT, la CNCE, représentée par
Monsieur Alain LEMAIRE, et l'État français représenté par Madame Christine
LAGARDE, ministre de l'économie, avec pour objet, d'une part, la création du
nouvel organe dirigeant issu du regroupement des Caisses d'épargne et des
Banques populaires et, d'autre part, les modalités d'apports de fonds propres par
l'État à cette nouvelle entité ;
Attendu que la BPCE était créée le 24 juin 2009 ; que le 16 juillet 2009 (scellé
COMOLET/DOM/UN), la ministre de l’économie, adressait un courrier à
Monsieur François PEROL pour la désignation des quatre membres du Conseil
de surveillance de BPCE ; que le 31 juillet 2009, Monsieur François PEROL
devenait président du directoire de BPCE ; qu’il était proposé à l’agrément
avec Monsieur Yvan DE LA PORTE DU THEIL, Monsieur Alain LEMAIRE,
Monsieur Nicolas DUHAMEL et Monsieur Jean-Luc VERGNE ;

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SUR CE, LE TRIBUNAL
4.- Appréciation des griefs reprochés à Monsieur François PEROL
Attendu que l'examen de la prévention concernant Monsieur François PEROL
amène le tribunal à s'interroger sur deux questions :
1° Monsieur François PEROL a-t-il, en sa qualité de secrétaire général adjoint
de la présidence de la République, entre le 16 mai 2007 et le 26 février 2009,
formulé des avis sur des contrats conclus par les groupes CNCE et BFBP, en
l'espèce en participant à la définition des modalités d'apports de fonds publics à
des établissements bancaires et en validant ces dispositifs formalisés, en ce qui
concerne la Caisse nationale des Caisses d'épargne et la Banque fédérale des
Banques populaires, dans un protocole signé le 16 mars 2009 avec le ministre
de l'économie et des finances ;
Attendu que pour le Parquet national financier, «Plusieurs documents saisis
établissent en effet qu'il a formulé des avis, auprès des autorités de l'État
compétentes, sur le montant des fonds publics versés par l'État aux banques
pour renforcer leurs fonds propres et sur les modalités de versement et de
remboursement de ces fonds» ; que dans son ordonnance, le magistrat
instructeur vise une note du 21 février 2009, à l'attention du Président de la
République sous couvert du Secrétaire général intitulé : «votre entretien avec
Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur Bernard COMOLET»; que dans
l'ordonnance en cote D202/54, sont cités des passages, mais qui ne résultent,
non de la note du 21 février 2009, mais de celle du 20 octobre 2008, dont
l'objet est «Crise financière. Evolutions en France.» ;
Attendu qu'au sens de l'accusation, «en soumettant ce dispositif au président de
la République pour validation, après l'avoir lui-même implicitement entériné,
afin de pouvoir adresser aux autorités compétentes de l'État l'accord du
président de la République pour le mettre en œuvre, Monsieur François
PEROL a émis un avis sur un contrat conclu par la CNCE et la BFBP» ; que,
pour l'accusation, cette note a ensuite été contractualisée dans le protocole de
négociations signé le 16 mars 2009, par la BFBP, représentée par Monsieur
Philippe DUPONT, la CNCE, représentée par Monsieur Alain LEMAIRE, et
l'État français représenté par Madame Christine LAGARDE ;
Attendu que le tribunal estime, même si est spécifiquement visée dans
l'ordonnance de renvoi du magistrat instructeur la note du 21 février 2009 et
non celle du 20 octobre 2008, qu'il y a lieu de considérer également cette note
du 20 octobre 2008 dans le champ de la prévention, dès lors que des passages
de cette note ont été reproduits dans l'ordonnance de renvoi ;
Attendu que c'est dans le respect du contradictoire, que Monsieur François
PEROL a pu s'en expliquer tant dans ses conclusions qu'à l'audience ;
2° Monsieur François PEROL a-t-il en sa qualité de secrétaire général adjoint
de la présidence de la République, entre le 16 mai 2007 et le 26 février 2009,
proposé directement à l'autorité compétente, des décision relatives à des
opérations réalisées par les groupes CNCE et BFBP et des avis sur des
décisions relatives à des opérations réalisées par ces deux entreprises, et ce
portant sur cinq points :
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-le montant de l'aide financière accordée par l'Etat dans le cadre de leur plan de
recapitalisation ;
-la structure juridique du futur groupe ;
-les réformes législatives devant accompagner ce rapprochement
-le délai d'exécution dans le temps de ce rapprochement
-l'origine du futur dirigeant
4.1.- L'appréciation du délit de prise illégale d'intérêts à la suite de l'arrêt
du 27 juin 2012 de la chambre criminelle de la Cour de cassation
4.1.1.- L'évolution extensive du délit de prise illégale d'intérêts à la suite de la
loi du 2 février 2007 et l'arrêt de la Chambre criminelle de la Cour de
cassation du 27 juin 2012
Attendu qu'en application du premier alinéa de l'article 432-13 du Code pénal,
applicable au moment des faits de la prévention «est puni de deux ans
d'emprisonnement et de 30 000 Euros d'amende le fait, par une personne ayant
été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration publique,
dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement exercées, soit d'assurer la
surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des
contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur
de tels contrats, soit de proposer directement à l'autorité compétente des
décisions relatives à des opérations réalisées par une entreprise privée ou de
formuler un avis sur de telles décisions, de prendre ou de recevoir une
participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises
avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant la cessation de ces
fonctions» ;
Attendu que l'article 17 de la loi n°2007-148 du 2 février 2007 de
modernisation de la fonction publique a procédé à la réécriture de cet article
432-13 du Code pénal, notamment en remplaçant les mots «à raison même de
sa fonction», par les mots «dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement
exercées», indépendamment des ajouts résultant de la circonstance de
«proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des
opérations réalisées par une entreprise privée» ;
Attendu que sur appel du ministère public, la chambre de l'instruction de la
cour d'appel a déclaré irrecevables les constitutions de partie civile précitées et
dit n'y avoir lieu à suivre contre quiconque, en application de l'article 86, alinéa
4 du Code de procédure pénale ;
Attendu qu'elle a jugé que «les notions de surveillance, d'administration, de
liquidation ou de paiement mentionnées à l'article 432-12 du code pénal
s'entendent d'actes pris par une autorité juridiquement compétente ; que de
même les actes mentionnés à l'article 432-13 du code pénal : "assurer la
surveillance ou le contrôle d'une entreprise, conclure des contrats de toute
nature avec une entreprise privée ou formuler un avis sur de tels contrats,
proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des
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opérations réalisées par une entreprise privée ou formuler un avis sur de telles
décisions" doivent s'entendre de compétences juridiques attribuées par un texte
législatif ou réglementaire et la participation à un processus formalisé de prise
de décision; qu'une simple influence politique, même importante, ne permet
pas de caractériser les délits susvisés» ;
Attendu que la chambre criminelle de la la Cour de cassation a, dans son arrêt
du 27 juin 2012, cassé l'arrêt de la Cour d'appel aux motifs que : «pour
infirmer l'ordonnance du juge d'instruction disant y avoir lieu à informer
contre M.Perol, du chef de prise illégale d'intérêts, l'arrêt énonce notamment
que, de façon manifeste au regard de la nature de ses fonctions, ce dernier
n'est pas intervenu et ne pouvait pas intervenir dans le processus formalisé de
prise de décisions administratives relatives à la fusion et à la recapitalisation
des établissements bancaires et qu'en conséquence, les investigations
envisagées par le juge d'instruction ne sont pas utiles à la manifestation de la
vérité ;
Mais attendu qu'en prononçant ainsi, sans rechercher la nature des fonctions
effectivement exercées par l'intéressé et alors que l'article 432-13 du code
pénal n'exige pas que l'intervention du fonctionnaire s'inscrive dans le
processus formalisé des décisions administratives, la chambre de l'instruction
a méconnu les textes susvisés et le principe ci-dessus énoncé» ;
Attendu que l'évolution législative et jurisprudentielle du délit de prise illégale
d'intérêts amène à considérer que dès lors que l'article 432-13 du Code pénal
n'exige pas que l'intervention de la personne s'inscrive dans le processus
formalisé des décisions administratives, il y a lieu de procéder à une analyse in
concreto des actes accomplis par Monsieur François PEROL, ainsi qu'aux
actions concrètes qu'il a pu mener en s'attachant à ses pouvoirs réels et
effectifs ;
4.1.2.- La prise illégale d'intérêts : infraction obstacle du conflit d'intérêt
Attendu que le délit de prise illégale d'intérêts constitue, dans la théorie du
droit pénal général et celui des conflits d'intérêts, une infraction obstacle ; qu'il
a pour objet de prévenir tant le conflit d'intérêts que la convergence d'intérêts,
qu'ils soient réels, apparents ou potentiels ;
Attendu à cet égard, qu'il importe peu que l'auteur du délit ait recherché un
intérêt personnel et individuel ;
Attendu que seule compte la prise d'intérêts, par la démonstration que l'auteur
ait, soit formulé des avis sur des contrats conclus par une entreprise privée,
qu'il s'agisse d'un simple pouvoir d'émettre un avis en vue de décisions prises
par d'autres, voire de simples pouvoirs de préparation ou de proposition de
décisions prises par d'autres, soit, de proposer directement à l'autorité
compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par une entreprise
privée ;
***
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4.2.- La question de la prise en compte par le tribunal correctionnel des
arguments tenant au rôle du secrétaire général adjoint à la Présidence de
la République
4.2.1.- L'argumentation de Monsieur François PEROL
Attendu que Monsieur François PEROL a été nommé secrétaire général adjoint
de la présidence de la République le 17 mai 2007, en charge des questions
économiques et sociales ;
Attendu que dans ses écritures, Monsieur François PEROL a indiqué que «les
membres du secrétariat général de l'Élysée n'ont aucune compétence qui serait
définie par un texte, ne disposent d'aucun pouvoir de signature, d'aucune
autorité sur les services de l'État et n'ont pas de capacité à engager un
budget» ; que «le rôle du secrétaire général adjoint de la présidence de la
République en charge des questions économiques et sociales comporte un
triple aspect :
-apporter au Président de la République un éclairage sur les conséquences
politiques des choix faits en matière économique par le gouvernement (ce qui
recouvre l'économie, les finances publiques, l'agriculture, l'industrie, le
logement et l'environnement),
-assurer une mission de diplomatie économique, c'est-à-dire notamment
préparer les réunions internationales. Le secrétaire général adjoint est le
«sherpa» du Président de la République pour les questions économiques et
financières,
-informer le Président de la République de l'évolution de certains dossiers et
l'éclairer sur les questions économiques»
Attendu, selon la défense, que «le rôle d'un conseiller à l'Élysée est donc
politique et non technique» et que «c'est dans le cadre de sa mission
d'information du Président de la République de l'évolution de certains
dossiers, et dans le contexte particulier de la crise financière
exceptionnellement grave qui sévissait à l'époque, que Monsieur François
PEROL a été conduit à rencontrer les dirigeants des deux groupes bancaires
puis, à l'occasion de trois réunions qui se sont tenues à l'Élysée, les
représentants des autorités compétentes de l'État en charge de ce dossier
(Banque de France et ministère de l'Economie et des Finances)» ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a expliqué ne pas disposer
d'«infrastructures» (page 28), ni de «délégation de signature» (page 27),
précisant disposer d'une équipe de 6 à 7 personnes (page 28), réitérant ses
explications données au cours de l'information judiciaire et dans ses écritures,
sur les aspects de sa fonction, «donner au Président de la République un avis
ou l'éclairer sur les choix économiques, industriels et financiers», une
«mission de diplomatie économique et financière», et un «aspect
d'information», rendant compte au secrétaire général de l'Élysée et au Président
de la République ; qu'il précisait qu'il était exceptionnel qu'il appelle un
ministre en direct ;

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4.2.2.- La position du tribunal sur cette argumentation
Attendu, d'une part, que le tribunal constate que l'arrêté du 16 mai 2007 signé
par Monsieur Nicolas SARKOZY et publié au Journal Officiel du 17 mai 2007
(page 9511) prévoit en son article 1 la nomination à la Présidence de la
République d'un secrétaire général, d'un chef de l'état-major particulier, d'un
conseiller spécial du Président de la République, de quatre conseillers du
Président de la République, d'un secrétaire général adjoint, d'une directrice de
cabinet, de trois conseillers à la Présidence de la République, d'un porte-parole
et d'un chef de cabinet ; que Monsieur François PEROL a été nommé secrétaire
général adjoint à la Présidence de la République ;
Attendu qu'aucun acte de nature réglementaire n'est venu préciser la mission de
chacune de ces personnes ; qu'il résulte en outre des débats qu'aucun document,
aucune instruction n'a fixé les contours de la fonction d'un membre du cabinet
de la Présidence de la République ;
Attendu que les débats ont montré que le rôle et la mission des membres du
cabinet résultaient de la pratique institutionnelle marquée par l'action du chef
de l'Etat ;
Attendu au demeurant que des pratiques différentes peuvent exister au sein
d'un même cabinet ; qu'à cet égard, le tribunal a relevé les propos de Monsieur
François PEROL sur la communication des membres du secrétariat général et
les pratiques divergentes selon les conseillers d'un même cabinet ; qu'il a
indiqué au tribunal : «je me suis refusé à m'exprimer publiquement ; je ne me
suis jamais prévalu de l'autorité du Président ; je me suis exprimé le 4
décembre 2008, c'était la seule fois ; rien n'est pire qu'un conseiller qui se
prend pour un Ministre»;
Attendu en conséquence que le tribunal ne saurait, pour l'appréciation de la
responsabilité pénale de Monsieur François PEROL, s'arrêter à une
présentation formelle et théorique des pouvoirs dont disposerait le secrétaire
général adjoint du Président de la République ;
Attendu qu'une telle approche serait en contradiction avec la jurisprudence de
la Chambre criminelle de la Cour de cassation, telle que résultant de l'arrêt du
27 juin 2012 et avec l'évolution législative de l'incrimination de prise illégale
d'intérêts qui impose une appréciation in concreto des actes accomplis par le
membre du cabinet, indépendamment des missions théoriques qui lui
incomberaient au regard de la théorie générale des institutions ;
Attendu ainsi que doit être écartée l'argumentation de Monsieur François
PEROL selon laquelle il ne disposerait, par principe, «d'aucun pouvoir de
signature», ni «d'aucune autorité sur les services de l'État», ou «de capacité à
engager un budget» ; que doit être rejeté l'argument selon lequel, Monsieur
François PEROL ne disposerait pas d'un pouvoir décisionnel propre ou
délégué ;
***

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Attendu que c'est à une analyse in concreto des actes de Monsieur François
PEROL que doit procéder le tribunal en s'attachant à ses pouvoirs réels,
effectifs et aux actions concrètes qu'il a pu mener ;
Attendu qu'au sens de l'article 432-13 du Code pénal, les actes visés par cet
article peuvent résulter de l'exercice d'un pouvoir de fait y compris sur les
organes décisionnaires ; qu'il y a lieu pour le tribunal d'examiner notamment, si
les fonctions et les compétences du prévenu, ne lui conféraient pas une autorité
et une notoriété lui permettant d'imposer ses propositions à l'autorité
compétente et s'il n'a pas, le cas échéant, accompli de telles actions ;
***
4.3.- Les arguments liés au fonctionnement institutionnel de la Vème
République sous la Présidence de Monsieur Nicolas SARKOZY
4.3.1.- Les arguments tirés du fonctionnement de la Vème République sous la
Présidence de Monsieur Nicolas SARKOZY
Attendu que le Procureur national financier a fait état dans ses réquisitions
orales du rôle du Président de la République sous la Vème République,
évoquant notamment la conception même des institutions pensées, fondées et
mises en œuvre par le Général de Gaulle, se référant à la conférence de presse
du 31 janvier 1964, au cours de laquelle le Chef de l'État avait alors indiqué :
«il n'existe aucune autre autorité ni ministérielle, ni civile, ni militaire qui ne
soit conférée et maintenue par le Président de la République» ; que le
ministère public a ainsi adossé son argumentation sur le régime présidentialiste
de la Vème République et du rôle prééminent du Président de la République ;
Attendu en outre, et indépendamment des témoignages plus précis sur le
rapprochement des Caisses d'épargne et des Banques populaires qui seront
analysés ultérieurement, que plusieurs déclarations et éléments de témoignages
ont, de manière générale, décrit un fonctionnement des institutions de la Vème
République sous la présidence de Monsieur Nicolas SARKOZY se
caractérisant par le déplacement du centre de gravité de la prise de décision au
niveau présidentiel, alors qu'en application de l'article 20 de la Constitution, il
aurait relevé du Gouvernement de la République ;
Attendu, selon Monsieur François PEROL, entendu le 22 juin 2015 (page 28),
que «la présidence de M. SARKOZY était active», qu'«elle était présente» et
que «de nombreux dossiers ont été gérés par la Présidence» ; qu'il a expliqué
qu'un «nouveau quinquennat (s'était mis) en place» ; que selon lui «des
dossiers importants ont fait l'objet de décisions à l'Élysée» ;
Attendu que Monsieur Claude GUEANT, entendu en qualité de témoin le 25
juin 2015 a indiqué (page 79) que «le Président de la République intervient sur
beaucoup de questions, qui pourraient relever du Gouvernement, selon
l'article 20 de la Constitution» ;
Attendu, selon Monsieur François SUREAU, «dans l'État tel qu'il est et qui
s'est progressivement éloigné du modèle militaire et pyramidal des débuts de la
Vème République, il est très difficile d'attribuer une décision à un auteur. Pour
l'observateur extérieur, l'impression qui prévaut, est que les décisions sont
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moins prises qu'elles ne suintent de la structure. Dans l'affaire caisse
d'épargne/banque populaire, il en est allé particulièrement ainsi. La crise était
connue de tous, analysée de la même manière par tous, son issue était
inévitable, telle était l'opinion générale de l'Etat» ;
Attendu, selon Monsieur Stéphane RICHARD, que «le rapprochement
Banques Populaires/Caisses d'Epargne était une opération majeure impactant
profondément le système bancaire français, avec des implications
économiques, sociales et politiques importantes. Il était donc de mon point de
vue normal que l'État s'en préoccupe» ; qu'il ajoutait : «Quant à l'implication
de l'Élysée, il est notoire que sous la Présidence de Monsieur Nicolas
SARKOZY, le pouvoir de décision a été très concentré à l'Élysée».
Attendu, selon Monsieur Xavier MUSCA, interrogé par le magistrat instructeur
sur le fait que l'Élysée recevait les banquiers toutes les semaines pendant la
crise de 2008, que selon lui, «le Président SARKOZY avait décidé d'assumer
personnellement la responsabilité du traitement de la crise et il a reçu
effectivement à plusieurs reprises, les banquiers français à l'Élysée pour se
tenir informé du développement de la crise» ;
Attendu, selon Monsieur Charles MILHAUD qu'«il faut bien se dire que
depuis que l'on est passé sous le quinquennat et plus particulièrement sous la
Présidence de Monsieur Nicolas SARKOZY, c'est l'Élysée qui commande».
Attendu que, selon Monsieur Alain MINC, interrogé par le magistrat
instructeur sur la décision de nommer Monsieur François PEROL comme
dirigeant de la BPCE que : «qui décide ? Sous le quinquennat SARKOZY, la
réponse est évidente» ; qu'il ajoutait, interrogé sur le rôle de l'Élysée dans la
coordination des pouvoirs publics sur l'opération de fusion des deux réseaux
bancaires avant la nomination de Monsieur François PEROL : «sous la Vème
République, aucune opération de cette ampleur ne se fait sans que l'Élysée ne
soit au courant et d'accord».
4.3.2.- La position du tribunal sur les arguments liés au fonctionnement
institutionnel de la Vème République sous la Présidence de Monsieur Nicolas
SARKOZY.
Attendu que l'ensemble des témoignages recueillis au cours de l'information
judiciaire et à l'audience ont confirmé une pratique institutionnelle de la Vème
République, sous la présidence de Monsieur Nicolas SARKOZY, marquée par
un élargissement du champ d'intervention du Président de la République, audelà des domaines dévolus à ce dernier par la Constitution de la Vème
République, faisant remonter le pouvoir de décision au niveau présidentiel ;
Attendu, à cet égard, qu'il résulte des éléments de l'information judiciaire, des
témoignages recueillis et des débats à l’audience que, de manière générale, le
Président de la République, Monsieur Nicolas SARKOZY, s'est directement
impliqué dans le traitement de la crise financière, compte tenu des risques
systémiques qu'elle pouvait engendrer et des graves conséquences
économiques et sociales sur les populations ; qu’en cette période, l’ensemble
des pouvoirs publics était fortement mobilisé compte tenu de la gravité de la
situation, le traitement de la crise financière nécessitant par surcroît une
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démarche concertée au niveau international ; qu’à cet égard, le traitement de la
situation de la banque DEXIA, expliqué à l’audience par Monsieur François
PEROL, impliquant une prise de décision présidentielle dans la nuit, en lien
avec le premier ministre du Royaume de Belgique, illustre l’état de tension
dans lequel se trouvait les pouvoirs publics ;
Attendu que Monsieur Christian NOYER, Gouverneur de la Banque de France,
entendu le 25 juin 2015 (page 64), témoignait ainsi du contexte de la crise
financière : «dans la période d'octobre 2008 à février 2009, on est dans une
période extraordinaire», «la faillite de Lehman cré(ant) une incertitude
généralisée» ;
Attendu que Monsieur Philippe DUPONT confirmait cette implication, relatant
les réunions organisées par le Président de la République, avec les présidents et
les dirigeants des grands groupes, BNP, SG, CREDIT AGRICOLE SA, CNCE,
CREDIT MUTUEL et BFBP, en présence du Ministre de l’Economie et des
Finances, et quelques fois son Directeur de Cabinet, Monsieur Stéphane
RICHARD, le Gouverneur de la Banque de France, Monsieur Christian
NOYER, le secrétaire général de l'Élysée, Monsieur Claude GUEANT et le
secrétaire général adjoint, Monsieur François PEROL ; que Monsieur Philippe
DUPONT indiquait : «on sentait qu’il y avait une vraie prise en mains de ce
dossier par le Président de la République et une implication forte de luimême» ;
***
Attendu que si les éléments de témoignage susvisés sur le fonctionnement
institutionnel de la Vème République sous la présidence de Monsieur Nicolas
SARKOZY, peuvent éclairer le tribunal sur le contexte général de l'action de
Monsieur François PEROL, ces éléments, par leur caractère de généralité, ne
sauraient, à eux-seuls, constituer des éléments de preuve de culpabilité ;
Attendu en effet que, conformément aux principes posés par la Cour de
cassation dans son arrêt du 27 juin 2012, il convient de procéder à une analyse
in concreto des actes de Monsieur François PEROL, en s'attachant à ses
pouvoirs réels et effectifs, aux actes qu'il a accomplis et aux actions concrètes
qu'il a pu mener ;
Attendu que le tribunal ne saurait raisonner sur la base de considérations
générales sur «la Présidence de la République sous Monsieur Nicolas
SARKOZY» ; qu'une telle approche induirait l'effacement du principe de
responsabilité pénale personnelle au profit d'une supposée responsabilité
institutionnelle collective, incompatible avec l'œuvre de Justice et, plus
spécifiquement, avec la démarche du tribunal ;
***
4.3.3.- La question spécifique des réunions organisées à la Présidence de la
République et des entretiens avec le Chef de l'État
Attendu qu'à l'occasion de l'examen de cette procédure s'est posée, de manière
générale, la question de la portée de certains entretiens présidentiels,
indépendamment de l'examen plus approfondi de ces entrevues auquel le
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tribunal va procéder ;
Attendu qu’il pourrait être considéré que dès lors que le Président de la
République attrait par devers lui un dossier, ce dernier relève alors de sa
compétence, le chef de l'État devenant, inéluctablement, le niveau décisionnel ;
Attendu qu’à cette conception, s’oppose celle présentée par Monsieur François
PEROL selon laquelle, la Présidence de la République a pu être le relais de
décisions prises par d’autres institutions ;
Attendu, indépendamment des règles constitutionnelles, qu’aucun cadre
normatif ne régit le fonctionnement institutionnel et la portée des entrevues du
Chef de l'État ; que le tribunal ne saurait adopter une position unique sur la
portée institutionnelle et décisionnelle des entretiens présidentiels ;
Attendu qu’au titre de l’examen des éléments de la prévention, seule doit être
prise en considération la réalité de l’entretien tel qu’il résulte des pièces
présentées au tribunal et des preuves qui lui sont soumises ;
Attendu, de manière particulière, qu'interrogé sur le point de savoir si le
Président de la République s’était approprié la parole d’autres pouvoirs publics,
Monsieur François PEROL a justifié de cette pratique à l’audience, expliquant
qu'«il fallait une homogénéité de l’information» ; qu’il trouvait que «c’était
une bonne idée qu’il relaye les messages», qu’«il fallait assurer la cohérence
de l’information» ; qu’il «va dire le même chose que la Banque de France,
c’est une bonne chose, c’est cohérent» ; qu’à cet égard, le Président de la
République, Monsieur Nicolas SARKOZY avait «joué un rôle déterminant»
(page 42) ;
***
Attendu qu'en cet état, le tribunal sera amené à constater, indépendamment de
toute considération d’ordre institutionnel sur la place et le rôle du Président de
la République dans la Constitution de la Vème République, que le Chef de l'État
apparaît avoir été, à certains moments, le relais de décisions et de positions
prises par d’autres pouvoirs publics ;
***
4.4.- La question de la prise en compte par le tribunal de l'activité
antérieure à 2007 de Monsieur François PEROL, notamment en qualité
d'associé gérant au sein de la banque Rothschild
Attendu, indépendamment de la question du non-respect par Monsieur François
PEROL de l'avis du 22 décembre 2004 énonçant qu'il devait s'abstenir «de
traiter toute affaire dont il a eu connaissance...», (voir point 3.1.2.1.), élément
que le tribunal n'est pas en mesure d'évaluer compte tenu des pièces soumises à
son appréciation et des éléments qu'elles comportent, que son implication au
sein de la banque Rothschild, en qualité d'associé gérant, ne saurait, en tout état
de cause, constituer, en soi, un élément permettant de caractériser les griefs
soumis à l'appréciation du tribunal ;
***
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Attendu, de manière générale, que la récurrence avec laquelle Monsieur
François PEROL a été amené, au titre de ses différentes fonctions, d'abord au
Trésor, puis au sein de la banque Rothschild, à connaître de l'évolution des
établissements bancaires, lui a très certainement permis de disposer
d'informations privilégiées à leur endroit et d'une connaissance fine du secteur
bancaire ;
Attendu que si cette confusion entretenue dans l'exercice successif de fonctions
publiques et privées ne cesse d'interroger, elle ne permet pas, en cet état, au
regard des griefs reprochés, d'établir ou de concourir à établir, le délit de prise
illégale d'intérêts qui suppose la démonstration d'éléments différents ;
Attendu qu'il ne suffit pas, pour caractériser la prise illégale d'intérêts, de
démontrer que Monsieur François PEROL a eu une connaissance antérieure
d'opérateurs dont il a de nouveau à suivre l'évolution ; que l'infraction pénale
de prise illégale d'intérêts répond à une exigence particulière au regard de la
preuve de l'avis formulé ou de la proposition ;
***
4.5.-La question de la prise en compte par le tribunal des courriels
adressés notamment par Monsieur François SUREAU et des rencontres
entre Monsieur François SUREAU et Monsieur François PEROL
4.5.1.Position du tribunal sur les messages antérieurs à mai 2007
Attendu que l’ensemble des messages figurant à la procédure, pour la période
antérieure à mai 2007, adressés par Monsieur François SUREAU à Monsieur
François PEROL questionnent quant au fonctionnement de l'État et à la
singulière porosité entre secteur privé et secteur public ;
Attendu, indépendamment des explications données par Monsieur François
PEROL sur le «traitement» qu’il y a lieu de donner à des intervenants
extérieurs, que le ton des messages, l'apparente familiarité avec laquelle les
plus proches collaborateurs d’un ministre de la République sont traités,
révèlent une forme de confusion donnant l’apparence d’une connivence pour
des affaires privées, particulièrement regrettable au titre du respect dû aux
institutions de la République ;
Attendu que l'ensemble de ces messages permet de comprendre que Monsieur
François PEROL a suivi le dossier des groupes Banques populaires et Caisses
d'épargne, au titre de ses précédentes fonctions, sous ses différents aspects ;
qu'il en connaissait donc l'historique et les enjeux et disposait sur l'évolution
desdits établissements bancaires d'informations privilégiées ;
***
Attendu cependant que ces éléments, s'ils constituent des éléments de contexte,
ne constituent pas, en tant que tels des éléments de culpabilité au titre de
l'examen de l'infraction de prise illégale d'intérêts reproché, au regard de
l'exigence de preuve rappelé précédemment ;
***
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4.5.2. Position du tribunal sur les messages postérieurs à mai 2007 et les
rencontres entre Monsieur François SUREAU et Monsieur François PEROL
Attendu qu'il y a lieu d'apprécier les différents messages émis par Monsieur
François SUREAU durant la période où Monsieur François PEROL est devenu
secrétaire général adjoint à la Présidence de la République ;
4.5.2.1.- Sur le message du 5 juin 2007
Attendu qu'il y a lieu d'apprécier la portée du message du 5 juin 2007, examiné
en point 3.2.1.3., dans lequel Monsieur François SUREAU écrit notamment à
Monsieur Charles MILHAUD : «Quand à la CNP j'ai plaidé. Il faudra que
PEROL m'aide. Je m'en occupe» ;
Attendu que ce message tend à faire une présentation peu flatteuse du rôle de
Monsieur François PEROL, secrétaire général adjoint de l'Élysée, proche
collaborateur du Président de la République, dont un avocat, ancien membre du
Conseil d'État, pourrait «s'occuper» pour qu'une partie privée soit «aidée» ;
***
Attendu cependant que ce message ne permet pas, pour autant, de s'assurer de
la réalité des échanges entre Monsieur François SUREAU et Monsieur
François PEROL à la suite de ce courriel et en conséquence, de constituer, dans
les circonstances de l'espèce, un élément à charge ;
***
4.5.2.2.- Sur le message du 1er août 2007 adressé par Monsieur Laurent
VIEILLEVIGNE à Monsieur François SUREAU et Monsieur Charles
MILHAUD
Attendu que les échanges en date du 1er août 2007 entre Monsieur Laurent
VIEILLEVIGNE, Monsieur François SUREAU et Monsieur Charles
MILHAUD, examinés au point 3.2.1.6. établissent une nouvelle fois
l'importante considération portée à Monsieur François PEROL par les
opérateurs économiques au regard de son rôle d'influence ;
***
Attendu toutefois que le tribunal ne dispose pas de preuve qu'à la suite de cet
échange, des instructions ou des ordres aient été donnés par Monsieur François
PEROL ;
***
4.5.2.3.- Sur les rencontres des 28 et 29 mai 2007
Attendu, s'agissant des rencontres des 28 et 29 mai 2007 entre Monsieur
François SUREAU et Monsieur François PEROL, examinées en point 3.2.1.2.,
que les explications de Monsieur François PEROL tendent, de manière
générale, à minimiser son rôle au sein de la Présidence de la République, sauf à
Page 90 / 163

considérer que Monsieur François SUREAU, ancien membre du Conseil d'État
et avocat au sein d'un cabinet spécialisé en droit des affaires se méprenne
totalement sur le rôle du secrétaire général adjoint, conseiller du Président de la
République pour les questions économiques ;
***
Attendu toutefois que ce message ne permet pas pour autant de constituer en
soi un élément de preuve de la responsabilité pénale de Monsieur François
PEROL dans les faits qui lui sont reprochés ;
Attendu en effet que si ce rendez-vous tend à établir l'influence de Monsieur
François PEROL au sein de la Présidence de la République, ou à tout le moins,
la perception de ce pouvoir d'influence, il ne constitue pas en soi une preuve de
culpabilité mais un élément de contexte dans lequel les faits se sont inscrits ;
***
Attendu que les messages adressés par Monsieur François SUREAU
transmettant à Monsieur François PEROL des projets de modification
législative seront examinés ultérieurement, à l'occasion de l'examen de la
seconde branche de la prévention (point 5.2.4.1.) ;
***
Attendu, indépendamment de la question de savoir si les propositions de
Monsieur François SUREAU ont été, ou non, suivies d'effet par Monsieur
François PEROL, que la récurrence avec laquelle Monsieur François SUREAU
s'adresse à Monsieur François PEROL sur le rapprochement des deux Groupes,
illustre l'intense activité de lobbyisme déployée auprès des institutions de la
République et du risque d'immixtion d'intérêts privés dans l'exercice de
fonctions publiques ;
Attendu en effet que c'est avec la même constance que Monsieur François
SUREAU adresse des messages à Monsieur François PEROL, qu'il soit à
BERCY, au sein de la banque d'affaires Rothschild ou à la présidence de la
République ;
Attendu que par ces messages, Monsieur François PEROL apparaît, pour les
opérateurs économiques extérieurs, comme un acteur susceptible de faciliter
des projets privés et un agent d'influence ;
***
Attendu que ces pièces sont de nature à établir l'appréhension que les
opérateurs économiques pouvaient avoir du rôle de Monsieur François PEROL
au sein de la présidence de la République ;
Attendu toutefois que le tribunal ne dispose d'aucun élément permettant
d'établir que Monsieur François PEROL ait donné des suites à ces interventions
et qui établirait son intervention le cas échéant sur des organismes publics ;

Page 91 / 163

Attendu que ces éléments, s'ils constituent des éléments de contexte, ne
constituent pas, en tant que tels des éléments de preuve de culpabilité au titre
de l'examen de l'infraction de prise illégale d'intérêts reproché, au regard de
l'exigence de preuve rappelée précédemment ;
***
4.6.-Sur l'examen de la portée de certaines des rencontres relevées dans la
chronologie de la fusion
4.6.1.- Sur les rendez-vous des 23 juin, 29 juin, 30 juillet et 1er août 2007
Attendu, s'agissant des rencontres entre Monsieur Charles MILHAUD et
Monsieur Claude GUEANT le 23 juin à 10H00, entre Monsieur Philippe
DUPONT et Monsieur François PEROL le 29 juin, entre Monsieur Charles
MILHAUD et Monsieur François PEROL le 30 juillet 2007 et entre Monsieur
François SUREAU et Monsieur François PEROL le 1er août 2007, examinées
au point 4.5.7., que le tribunal ne dispose d'aucun élément particulier sur l'objet
et les suites de ces différents rendez-vous ;
Attendu que les déclarations de Monsieur Claude GUEANT, de Monsieur
Philippe DUPONT ou de Monsieur Charles MILHAUD, ne permettent pas, en
l'état, de déterminer l'objet de ces rendez-vous et de remettre en cause les
explications de Monsieur François PEROL selon lesquelles il y avait lieu de
renseigner le Président de la République et que cela «faisait partie de son
métier de recevoir les dirigeants des grandes entreprises» ;
4.6.2.- Sur les rencontres du 12 septembre 2007, du 19 octobre 2007, du 27
novembre 2007 et du 18 janvier 2008
Attendu, s'agissant des différentes rencontres, du 12 septembre 2007, puis du
27 novembre suivant entre Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur François
PEROL, du 19 octobre 2007 entre Charles MILHAUD et Monsieur François
PEROL, du 18 janvier 2008 entre Charles MILHAUD et Monsieur François
PEROL, que si ces rencontres établissent le suivi par Monsieur François
PEROL des questions relatives au Groupe Caisse d'épargne et au Groupe
Banque Populaire, le tribunal ne dispose pas d'élément particulier sur le
contenu de ces entretiens au regard du projet de rapprochement des deux
organismes ;
4.6.3.- Sur la chronologie des journées des 10 et 12 novembre 2008 au regard
de la signature de l'accord d'ouverture de négociations entre la banque
fédérale des banques populaires et la caisse nationale des caisses d'épargne et
de prévoyance
Attendu qu'a été examinée au point 3.2.2.3.7.3. la signature de l'accord
d'ouverture de négociations entre la banque fédérale des banques populaires et
la caisse nationale des caisses d'épargne et de prévoyance, ainsi que la
chronologie des journées des 10 et 12 novembre 2008 ;

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Attendu que le tribunal constate que ni Monsieur Bernard COMOLET ni
Monsieur Alain LEMAIRE n'ont précisément été entendus sur l'enchaînement
exact des événements du 10 et du 12 novembre et ce, de manière précise ;
qu'aussi, l'objet de ces entretiens avec Monsieur François PEROL demeure
imprécis ;
Attendu notamment qu'il y a lieu pour le tribunal de s'interroger, ainsi que cela
a été le cas à l'audience, sur le point de savoir si les réunions du 10 novembre
2008 ont constitué, ou non, une réunion d'arbitrage ou de validation portant sur
les éléments qui seront contenus dans l'accord d'ouverture de négociations entre
la banque fédérale des banques populaires et la caisse nationale des caisses
d'épargne et de prévoyance ;
Attendu que deux hypothèses se présentent au tribunal :
-soit les réunions du 10 novembre ont été des réunions de validation de l’accord
d’ouverture des négociations ;
-soit les réunions du 10 novembre ont été des réunions d’information de
Monsieur François PEROL sur les éléments contenus dans cet accord ;
***
Attendu que si la corrélation des rendez-vous du 10 novembre 2008 et de
l'accord du 12 novembre 2008 d'ouverture de négociations ne manque pas
d'interroger, il n'est pas suffisamment établi que ces réunions ont eu pour objet
soit un arbitrage, soit une validation de Monsieur François PEROL ;
Attendu que le tribunal ne dispose d’aucun élément déterminant pour trancher
entre ces deux hypothèses ;
Attendu qu'il ne saurait s'en tenir à des considérations d'ordre général sur la
Présidence de la République entre 2007 et 2012, rappelées précédemment, pour
considérer que, nécessairement, la Présidence de la République a validé ces
dispositifs ;
Attendu que le tribunal s’est interrogé sur le point de savoir si les dirigeants des
banques étaient venus rechercher auprès de Monsieur François PEROL une
validation implicite ;
Attendu que ce point constitue une hypothèse que le tribunal ne saurait
considérer comme une certitude au-delà du doute raisonnable ;
Attendu que les preuves présentées au tribunal sont encore une fois
insuffisantes pour établir une telle corrélation entre les événements, sauf à
adopter des motifs hypothétiques ; que sur ces circonstances, le tribunal ne
dispose ni d'écrit, ni de témoignage précis ;
Attendu, en tout état de cause, qu'il n'est pas non plus établi qu'à la suite de
cette réunion des propositions des décisions ou des avis auraient été formulés et
communiqués aux autorités compétentes, à savoir la Banque de France et la
Commission Bancaire, ce qui constitue au demeurant un des fondements de la
prévention ;
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Attendu que le tribunal relève à cet égard l’absence en procédure de tout
élément issu des dossiers de la Banque de France et de la Commission Bancaire
relatif au processus décisionnel et à la réception le cas échéant de validations,
ou de propositions d’avis ;
***
4.7.- Sur l'examen de la portée de notes figurant à la procédure
Attendu que ne sera pas abordé au titre de ces développements, l'examen des
notes du 20 octobre 2008 et du 21 février 2009, qui seront analysées
ultérieurement, à l'occasion de l'examen de la première branche de la
prévention (point 5.1.) :
4.7.1.- Sur l'appréciation du tribunal de la note du 6 octobre 2008
Attendu que la question se pose de l'origine des éléments contenus dans la note
du 6 octobre 2008, rédigée par Monsieur François PEROL, à l'attention du
Président de la République, sous couvert du secrétaire général qui a visé ladite
note (AN/PEROL/UN), ayant pour objet : «Discussions entre Caisses
d'épargne et Banque populaires», examinée en point 3.2.2.1.5. ; qu'il y a lieu de
rappeler que dans cette note, Monsieur Philippe DUPONT est présenté comme
le futur dirigeant du groupe fusionné ;
Attendu que le tribunal est en mesure de constater que lors de leur réunion avec
Monsieur François PEROL, Monsieur Charles MILHAUD et Monsieur
Philippe DUPONT ont donné des précisions sur le projet de rapprochement qui
ont ensuite figuré dans la note à l'attention du Président de la République ;
Attendu que cette circonstance résulte d'une part des déclarations de Monsieur
Philippe DUPONT (D142) : «Nous nous étions mis d'accord (avec)
M.MILHAUD en amont de la répartition du nouveau groupe. En ce qui le
concernait, il souhaitait qu'une personne prenne la Présidence non-exécutive
du nouvel ensemble, me confiant la Présidence du Directoire. M.MILHAUD
avait lui-même annoncé cette répartition lors d'une réunion où les Directeurs
Généraux et les Présidents des Banques Populaires étaient réunis au siège de
la BFBP. En ce qui le concernait, Charles MILHAUD souhaitait sortir de
l'opérationnel et occuper des fonctions non exécutives chez OCEOR, OCEOR
étant la structure internationale de CNCE (DOM TOM, Italie, Maroc, Tunisie,
Ile Maurice)».
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a indiqué au tribunal que le
fait que Monsieur Philippe DUPONT soit envisagé comme le dirigeant de la
future structure, était une information qui lui avait été communiquée (page
39) ;
Attendu, sur ce point, que Monsieur Charles MILHAUD déclarait : «En
septembre 2008, nous avons donc annoncé le processus de fusion lors d'une
conférence de presse. Je vous indique que nous avions rencontré M. PEROL
peu de temps avant. A ce moment-là, le Président SARKOZY réunissait les
banquiers tous les lundi pour faire le point. En fait j'avais rencontré M.
PEROL seul (me semble-t-il) un vendredi soir, pour lui faire part de l'intention
qui était la nôtre de fusionner. Le dimanche soir une information a fuité dans le
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Monde (parution du dimanche soir datée du lundi : je me suis toujours
demandé l'origine de la fuite : soit PEROL soit DUPONT) et le lundi matin,
lors de la réunion organisée par M. SARKOZY, celui-ci nous a incité à
accélérer le processus de fusion. Nous avons donc ensuite fait une conférence
de presse.»
Attendu qu'interrogé sur la gouvernance du futur groupe, Monsieur Charles
MILHAUD a indiqué (D148) : «(…) Moi compte tenu de mon âge je ne
pouvais pas aspirer à autre chose qu'à la retraite. Néanmoins dans mon esprit,
les Caisses d'Epargne représentant un poids plus important que les Banques
Populaires il était clair que le Président du Directoire devait être pris en
dehors des deux réseaux. C'est vrai que Monsieur Philippe DUPONT se voyait
à la tête du nouveau groupe mais on n'en a jamais discuté»;
Attendu qu'il devait faire les déclarations suivantes sur la réunion qui s'était
tenue : «Je n'ai pas souvenance de cette réunion. Elle a peut-être eu lieu, mais
je doute des conclusions qui y sont indiquées. Je n'imagine cependant pas que
M. PEROL ait pu écrire quelque chose qui ne soit pas conforme avec la
réalité. Ce qui me gêne c'est que j'ai pu dire que j'acceptais que Monsieur
Philippe DUPONT prenne la présidence du Groupe. J'ai cependant pu être
manœuvrier et accepter sachant que les Caisses d'Epargne ne l'accepteraient
jamais. D'ailleurs l'histoire m'a donné raison. --En relisant le document que
vous m'avez montré, je pense que j'ai rencontré Monsieur Philippe DUPONT,
le vendredi 3 octobre 2008 au matin. On s'est mis d'accord sur la fusion. Puis
nous avons dû voir Monsieur François PEROL, le vendredi soir ou le samedi
matin 4 octobre, pour que la fuite ait lieu dans LE MONDE, le dimanche soir
et que M. PEROL puisse faire sa note datée du 6 octobre. La conférence de
presse a dû avoir lieu juste après.»
Attendu, indépendamment des variations dans les déclarations de Monsieur
Charles MILHAUD, que le dernier état de ses déclarations n'est pas en
contradiction avec les déclarations de Monsieur Philippe DUPONT et de
Monsieur François PEROL, sur le fait que Monsieur Philippe DUPONT était
pressenti pour la présidence du groupe ;
Attendu que c'est dans ces conditions que son nom a alors figuré dans la note
que Monsieur François PEROL a rédigé à l'attention du Président de la
République ;
Attendu cependant que pour le Parquet National Financier, les mots : «je
partage le même avis» permettent d'établir un rôle de Monsieur François
PEROL dans le processus décisionnel ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a justifié de la rédaction de
la note par le fait que «le Président de la République doit savoir que la fusion
se prépare» (page 37) ; qu'il s'agissait d'une «très brève» note d'information,
faite «rapidement» ;
Attendu au surplus que Monsieur François PEROL a contesté les déclarations
de Monsieur Charles MILHAUD selon lesquelles il aurait donné des
informations à la presse (page 38) ;
***
Page 95 / 163

Attendu, en tout état de cause, et indépendamment des circonstances dans
lesquelles l'information du rapprochement des deux structures a été donnée à la
presse, que dans l'analyse des événements qu'effectue le tribunal, il est
clairement établi que la note constitue une note d'information de Monsieur
François PEROL au Président de la République pour l'informer d'un projet qui
sera rendu public et qui aura un fort retentissement dans les milieux
économiques et bancaires, dès lors qu'il apparaît que ce sont Monsieur Philippe
DUPONT et Monsieur Charles MILHAUD qui sont venus rendre visite à
Monsieur François PEROL de leur propre initiative, pour l'informer du projet
de fusion ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a expliqué que son avis
était «un peu superfétatoire» ;
Attendu que les mots «je partage le même avis», dans les circonstances de
l'espèce, ne s'apparentent pas à un avis émis dans un processus décisionnel
mais à un avis donné au Président de la République au regard d'une
information qui lui est communiquée, indépendamment de tout processus
décisionnel ou d'arbitrage ;
Attendu en effet qu'aucun élément de la procédure ne permet de considérer qu'à
ce moment du projet, la question de la nomination du président était en cours
de fixation et un sujet de niveau présidentiel ; qu'il apparaît que l'avis émis par
Monsieur François PEROL ne porte que sur une information communiquée par
les deux dirigeants ;
Attendu que pour le tribunal, dès lors qu'une conférence de presse devait avoir
lieu et des informations devaient être rendues publiques, il relevait des
attributions de Monsieur François PEROL d'en informer le Président de la
République ;
Attendu en outre qu'il résulte des déclarations de Monsieur Charles MILHAUD
(D138), que «le lundi matin, lors de la réunion organisée par M. SARKOZY,
celui-ci nous a incités à accélérer le processus de fusion» ; qu'il résulte à cet
égard de la note rédigée par Monsieur François PEROL qu'il recommandait au
Président de la République «d'encourage(r) toutes les discussions en cours qui
peuvent conduire au renforcement des établissements français» ;
Attendu que pour le tribunal, il résulte suffisamment de ces éléments que
l'indication dans la note de Monsieur François PEROL à Monsieur Nicolas
SARKOZY sur le fait que Monsieur Philippe DUPONT pourrait diriger le
nouvel ensemble, ne résulte pas d'une proposition de Monsieur François
PEROL mais d'une indication des dirigeants des deux groupes eux-mêmes ;
***
4.7.2. Sur la portée de la note et de l'entretien du 14 octobre 2008
Attendu qu’à l’appui du rendez-vous du 14 octobre 2008, de 12H30 à 13H00
entre Monsieur Nicolas SARKOZY et Monsieur Philippe DUPONT, examiné
au point 3.2.2.2.3.1., il est établi que Monsieur François PEROL va préparer
une note à l’attention du Président de la République, sous couvert du secrétaire
général (SCELLE AN/PEROL/UN) ; que dans cette note, Monsieur Philippe
DUPONT est présenté comme le futur dirigeant du groupe fusionné ;
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Attendu, sur le fait que Monsieur François PEROL ait présenté Monsieur
Philippe DUPONT au Président de la République comme le futur dirigeant
exécutif du futur ensemble, qu’il apparaît que cette proposition, dont il n'est
pas établi qu'elle résulte de la présidence de la République, intervient dans un
contexte de mésentente entre les deux groupes et de difficultés pour aboutir à la
fusion ;
Attendu à cet égard que le tribunal relève les déclarations de Monsieur Alain
LEMAIRE (D120), sur la période de janvier et février 2009 selon lesquelles :
«Contrairement à la position de Monsieur Philippe DUPONT, M. COMOLET
et moi nous ne souhaitions pas arrêter d'emblée les personnes appelées à
diriger le futur organe central. Monsieur Philippe DUPONT au contraire en
faisait un préalable à son accord sur la forme de la nouvelle structure et il
voulait en être le véritable patron. Cette opposition croissante a abouti à une
réunion fin janvier/début février 2009 au cours de laquelle Monsieur Bernard
COMOLET et moi-même lui avons indiqué que les Caisses d'Epargne
n'accepteraient jamais qu'il soit le numéro un du futur ensemble» ;
Attendu que Monsieur Bernard COMOLET déclarait (D112) : «après un
Conseil de Surveillance de NATIXIS, filiale commune aux deux banques, à l'été
2008, il m'avait été annoncé par Monsieur Philippe DUPONT (Président du
Directoire de NATIXIS) qu'il serait le futur président du nouvel organe
commun et que Charles MILHAUD serait le futur Président du Conseil de
Surveillance. Devant mon étonnement, M.DUPONT m'a déclaré que sa
Présidence était «consubstantielle» au projet et que le rapprochement ne se
ferait qu'à cette condition. M.MILHAUD validait cette option et Monsieur
Philippe DUPONT prétendait qu'il avait l'assentiment de l'ensemble des
pouvoirs publics sur son nom. Au 19 octobre, lorsque je prends mon poste de
Président de CNCE, en pleine crise financière, Monsieur Philippe DUPONT
est toujours sur la même ligne, souhaitant accélérer la réalisation du Projet» ;
***
Attendu que ces témoignages montrent les difficultés pour les dirigeants des
deux Groupes à trouver un accord et à aboutir au projet de fusion ;
Attendu qu’il est suffisamment établi que les dirigeants du groupe Caisse
d’épargne ont laissé prospérer la proposition de nomination de Monsieur
Philippe DUPONT tout en sachant qu’ils s’y opposeraient en tout état de
cause ;
Attendu qu’il apparaît que Monsieur Philippe DUPONT a été laissé dans la
conviction qu’il serait président de la nouvelle structure, comme en atteste le
rendez-vous qu’il a eu le 12 janvier 2009 avec Monsieur Claude GUEANT, à
l’issue duquel ce dernier écrira que Monsieur Philippe DUPONT avait souhaité
le voir avant de rencontrer Monsieur François PEROL en compagnie de
l'équipe dirigeante de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne ; qu’il apparaît
qu’à cette date, soit le 12 janvier 2009, Monsieur Philippe DUPONT
considérait encore qu’il allait être à la tête de la structure fusionnée ;
Attendu enfin qu'il n'est pas suffisamment établi que la présentation de
Monsieur Philippe DUPONT comme étant le futur dirigeant du groupe résulte
d'une initiative de la Présidence de la République ;
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Attendu en outre qu'il n’est pas suffisamment établi, pour le tribunal, que cet
entretien du 14 octobre 2008 ait pu avoir une portée décisionnelle ou
d’arbitrage.
4.7.3.- Sur la démission de Monsieur Charles MILHAUD, la rencontre entre
Monsieur Charles MILHAUD et le Président de la République et la note
élaborée par Monsieur François PEROL le 21 octobre 2008
4.7.3.1.- Sur la démission de Monsieur Charles MILHAUD
Attendu que la question s'est posée au cours de l'information judiciaire et des
débats du rôle de la présidence de la République dans la démission de Monsieur
Charles MILHAUD (développé au point 3.2.2.2.5.) ;
Attendu que Monsieur Bernard COMOLET indiquait sur ce point (D112) : «Au
cours de la semaine précédente, le Président de la République, Monsieur
Nicolas SARKOZY, alors en voyage au CANADA, avait indiqué à un
journaliste, tout en rappelant l'excellent travail réalisé par M. MILHAUD, qu'il
trouvait la perte de trading de CNCE choquante et qu'il souhaitait que les
conséquences soient tirées de cette affaire».
Attendu sur ce point que Monsieur Alain LEMAIRE déclarait (D120) que :
«Les 16 et 17 octobre 2008, ces événements sont devenus publics et le
Président de la République qui était en voyage au Canada a déclaré qui «si des
erreurs avaient été commises, elles devaient être assumées». Dans le même
temps, la Banque de France, par son Gouverneur M. NOYER a fait savoir à
Yves HUBERT, Président du Conseil de Surveillance de la CNCE et à Nicole
MOREAU, Présidente de la Fédération des Caisses d'Epargne que la Banque
de France n'avait plus confiance dans les dirigeants du Groupe et qu'ils
devaient être remplacés» ;
Attendu sur ce point que Monsieur Charles MILHAUD expliquait que «Cette
campagne a perduré jusqu'à ce que le Président SARKOZY, alors en voyage au
Canada face une annonce selon laquelle les responsables devaient en assumer
les conséquences. En d'autres termes, cela voulait dire qu'il fallait que je
démissionne et cela a excité les appétits de mes successeurs potentiels»;
Attendu, sur cette question du rôle de la présidence de la République que
Monsieur Stéphane RICHARD (D122) a déclaré que «les déclarations du
Président de la République comparables à celles qu'il avait faites après
l'affaire KERVIEL ont sans doute joué un rôle dans le départ de M.MILHAUD,
cependant je me dois de rappeler que dans le système mutualiste des Caisses
d'Epargne, ce n'est pas l'État qui nomme le Président des Caisses d'Epargne.
L'État n'a qu'un pouvoir d'agrément. A ma connaissance, M.MILHAUD et
M.SARKOZY se connaissaient, ils avaient des relations chaleureuses mais
M.MILHAUD ne faisait pas partie du cercle des intimes de M. SARKOZY» ;
Attendu à cet égard que les investigations du magistrat instructeur ont permis
d'établir par le contrôle des entrées des visiteurs à la Présidence de la
République que Monsieur Charles MILHAUD rencontrait Monsieur Claude
GUEANT le 18 octobre 2008 (heure d'arrivée 9H45 et heure de départ :
12H01);
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Attendu que le tribunal relève que Monsieur Charles MILHAUD n'a donné
aucun élément sur le contenu de cette visite à Monsieur Claude GUEANT le 18
octobre et qu'il a indiqué avoir souhaité ne pas démissionner ;
Attendu en effet que Monsieur Charles MILHAUD déclarait (D138) : «Avec le
Directoire, nous avions décidé de ne pas démissionner pour traiter le problème
à froid (le problème de la perte engendrée par le trader). Ensuite quand on est
arrivé en séance, Nicolas MERINDOL mon Directeur Général m'a annoncé
qu'il voulait préserver sa carrière et qu'il allait démissionner. En conséquence,
pour moi, autant je ne pouvais pas être démis de mes fonctions en qualité de
membre du Directoire autant cette démission entraînait de facto ma perte des
fonctions de Président. De ce fait, j'ai présenté également ma démission» ;
***
Attendu qu'aucun élément de l'information judiciaire et des débats ne permet de
déterminer l'objet et le contenu de cette visite ; qu'en cet état, aucun élément ne
permet d'établir que la Présidence de la République soit intervenue dans la
démission de Monsieur Charles MILHAUD;
Attendu que si le tribunal relève la concomitance entre la visite le samedi 18
octobre de Monsieur Charles MILHAUD à Monsieur Claude GUEANT, puis la
réunion du comité de surveillance le 19 octobre 2008 à la suite de laquelle
Monsieur Charles MILHAUD va démissionner de ses fonctions, le lien direct
entre ces deux événements n'est pas établi ;
Attendu au surplus que devant le tribunal, Monsieur François PEROL indiquait
ne pas être intervenu dans la démission de Monsieur Charles MILHAUD,
précisant être au surplus au Canada avec le Président de la République, l'ayant
rejoint pour le sommet de la francophonie (page 43) et avoir appris par la
presse la démission de Monsieur Charles MILHAUD (page 44) ;
Attendu, s'agissant des propos tenus par Monsieur Nicolas SARKOZY au
Canada, que François PEROL précisait que «le Président de la République a
tenu des propos politiques» et que «c'est la CNCE qui avait poussé M.
MILHAUD à la démission» (page 43) ; qu'il indiquait que le Président de la
République ne l'avait pas sollicité avant de prononcer ces paroles, qu'«il n'avait
pas besoin de mon avis» (page 44) ;
Attendu, bien que ce point ne soit pas visé à la prévention, qu'il n'est pas
suffisamment établi, au regard des déclarations mêmes de Monsieur Stéphane
RICHARD et de Monsieur Charles MILHAUD, que la démission de ce dernier
résulterait d'une instruction de la Présidence de la République, à la suite de la
note du 10 octobre 2008 de Monsieur Claude GUEANT informant le Président
de la République de la perte de 600 millions d'euros, ni davantage des propos
du Président de la République au Canada ;
Attendu que si ces propos étaient susceptibles d'influer sur la réflexion des
membres de la CNCE, ce que le tribunal, au regard des pièces et des preuves
qui lui sont présentées n'est pas en mesure d'évaluer, ils ne sauraient s'analyser,
dans les circonstances de l'espèce, comme une décision ;
***
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4.7.3.2.- Sur la rencontre entre Monsieur Charles MILHAUD et le Président de
la République et la note élaborée par Monsieur François PEROL le 21 octobre
2008
Attendu que les éléments de cette rencontre ont été évoqués au point
3.2.2.2.5. ; qu'il y a lieu d'en analyser la portée ;
Attendu que le tribunal relève s'agissant du lien entre la démission de Monsieur
Charles MILHAUD et les propos du Président de la République que Monsieur
François PEROL écrit dans sa note au Président (1er paragraphe) que Monsieur
Charles MILHAUD a été «contraint par le conseil de surveillance de donner
sa démission», permettant de considérer qu'il n'y a pas de lien direct entre la
démission de Monsieur Charles MILHAUD et une intervention de la
Présidence de la République ;
Attendu, sur le déroulement de l'entretien, que Monsieur Charles MILHAUD
va expliquer : «J'ai effectivement rencontré Monsieur Nicolas SARKOZY dans
les jours qui ont suivi ma démission et c'était à ma demande. Cette rencontre
s'est tenue en présence de Monsieur François PEROL. Il en est ressorti que le
Président que je vouvoie m'a dit : «Tu ne pouvais pas faire autrement que
démissionner mais je sais que tu n'y es pour rien». Après il a fait une sortie
contre le fait que Nicolas MERINDOL, ancien membre du Directoire de CNCE
puisse prendre la Présidence du CREDIT FONCIER DE FRANCE, ce dont la
presse se faisait l'écho. En parlant de COMOLET et de LEMAIRE, il m'a dit:
«On a mis ces deux là pour faire la fusion après il faudra mettre un véritable
banquier!». A ce moment-là, je suis intervenu pour dire qu'il y avait CharlesHenri FILIPPI (Inspecteur Général des Finances), ancien Président de la
filiale française d'HSBC qui était sur le marché. Le Président a alors réagi en
se tournant vers PEROL pour lui dire que cela allait poser des problèmes avec
DUPONT. Je vous précise que pendant tout l'entretien PEROL n'est pas
intervenu (mais les conseillers n'interviennent jamais en présence du
Président)» ;
Attendu que le tribunal constate que les propos prêtés au Président de la
République trouvent leur source d'une part, dans la note du 20 octobre 2008,
mais également dans celle du 14 octobre 2008, rédigée par Monsieur François
PEROL à l'occasion de la rencontre entre le Président de la République et
Monsieur Philippe DUPONT, dans laquelle il écrivait à Monsieur Nicolas
SARKOZY «il faut renforcer le management de l'ensemble, (...) j'ai sondé
Monsieur Philippe DUPONT sur Charles-Henri FILIPPI, mais il considère
qu'il n'a pas été bon chez HSBC(...)»;
Attendu que Monsieur Charles MILHAUD va préciser : «A ce moment-là j'ai
demandé au Président de conserver la Présidence de la filiale OCEOR (sous
holding de CNCE supervisant les banques d'outre-mer). Le Président s'est
alors tourné vers PEROL lui demandant de s'en occuper c'est-à-dire qu'il
devait faire passer le message à COMOLET et LEMAIRE selon lequel il ne
devait pas «toucher à MILHAUD la dessus». Dans les faits je suis resté
Président d'OCEOR jusqu'à l'été 2009, c'est-à-dire jusqu'à ce que PEROL
ayant pris la Présidence de BPCE, mette en place sa nouvelle organisation» ;

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Attendu, s'agissant des propos de Monsieur Charles MILHAUD, selon
lesquels, le Président de la République aurait dit : «On a mis ces deux là pour
faire la fusion après il faudra mettre un véritable banquier!», que Monsieur
François PEROL a indiqué ne pas s'en souvenir ;
***
Attendu que ces propos tendraient à établir que la Présidence de la République
serait intervenue dans la nomination de Monsieur Bernard COMOLET et
Monsieur Alain LEMAIRE, par l'utilisation du mot «On», par le Président de la
République ;
Attendu toutefois qu'au regard des éléments soumis à l'appréciation du tribunal,
cette seule déclaration ne permet pas suffisamment d'établir que les
nominations de Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur Alain LEMAIRE,
résulteraient de l'intervention de la Présidence de la République ;
***
Attendu en revanche qu'il résulte des propos de Monsieur Charles MILHAUD
que le Président de la République a demandé à Monsieur François PEROL
d'intervenir auprès de Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur Alain
LEMAIRE ;
Attendu que ces propos n'ont pas été contestés par Monsieur François PEROL
et permettent d'établir, dans les circonstances de l'espèce, une intervention du
Président de la République dans la gouvernance du groupe bancaire ; qu'il
résulte, ainsi qu'il sera vu ultérieurement que cette demande sera suivie d'effets
puisque dans la note de Monsieur François PEROL du 28 octobre 2008,
préparant un entretien entre le Président de la République, Monsieur Bernard
COMOLET et Monsieur Alain LEMAIRE, Monsieur François PEROL
indiquait que «dans un souci d'apaisement, et au vu des services qu'ils ont
rendu au groupe des Caisses d'épargne dans le passé, B. Comolet et A.
Lemaire sont d'accord pour que C. Milhaud conserve la présidence non
exécutive d'Océor...» ;
Attendu que ces éléments, qui ne sont toutefois pas couverts par la prévention,
démontrent dans les circonstances de l'espèce une intervention du Chef de
l'État, que Monsieur François PEROL a relayée, dans la gouvernance des
structures au regard de la présidence non exécutive d'Océor ;
***
4.7.4.- Sur La préparation de l'entretien du 30 octobre 2008 : la note de
Monsieur François PEROL au Président de la République du 28 octobre 2008
Attendu qu'a été examinée au point 3.2.2.2.7.2. la note de Monsieur François
PEROL au Président de la République du 28 octobre 2008, ayant pour objet
«votre entretien avec les nouveaux dirigeants des Caisses d'épargne» ;
Attendu que le tribunal constate en premier lieu, ainsi qu'il a été relevé
précédemment, que les demandes du Chef de l'État afin que Monsieur Charles
MILHAUD prenne la tête de la présidence non exécutive d'OCEOR ont été
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suivies d'effets ;
Attendu que si Monsieur Bernard COMOLET devait indiquer ne pas avoir le
souvenir d'avoir parlé de Monsieur Charles MILHAUD avec Monsieur
François PEROL (D112), il résulte du rapprochement de l'ensemble des
éléments de la procédure que Monsieur François PEROL a nécessairement fait
part de cette demande du Président de la République aux dirigeants des caisses
d'épargne, lesquels ont fait droit à ces demandes ;
Attendu qu'est établie en l'espèce l'intervention du Chef de l'État dans la
gouvernance du groupe ;
Attendu toutefois qu'il ressort du rapprochement du témoignage de Monsieur
Charles MILHAUD et de la note du 28 octobre 2008 que c'est Monsieur
Charles MILHAUD qui va directement évoquer au Président de la République
le fait de demeurer à la tête d'OCEOR, Monsieur Nicolas SARKOZY
demandant alors à Monsieur François PEROL de s'en occuper ;
***
Attendu en conséquence qu'il n'est pas suffisamment établi que le maintien de
Monsieur Charles MILHAUD à la tête d'OCEOR résulte d'une proposition ou
d'un avis de Monsieur François PEROL ; que le fait que le Chef de l'État soit
intervenu à ce sujet ne constitue pas en soi un élément caractérisant la propre
implication de Monsieur François PEROL, le tribunal devant apprécier
concrètement les éléments portés à sa connaissance ; qu'en tout état de cause,
ces faits relatifs au maintien de Monsieur Charles MILHAUD à la tête
d'OCEOR ne sont pas inclus dans le champ de la prévention ;
Attendu par ailleurs s'agissant de cette note du 28 octobre 2008 que le tribunal
constate que les messages qu'il est proposé au Président de la République de
faire passer, relèvent d'un niveau de généralité sans corrélation avec les
éléments de la prévention ;
Attendu en effet que le fait pour le Président de la République d'indiquer que
«le rapprochement avec le groupe des Banques Populaires doit être la
priorité» ne saurait s'analyser comme une décision du Chef de l'État, mais
plutôt, à ce moment du calendrier de la fusion, comme un élément partagé par
l'ensemble des pouvoirs publics que le Président de la République rappelle ;
Attendu que ne constitue pas davantage une décision ou une intervention du
Chef de l'État le fait d'indiquer aux nouveaux dirigeants des caisses d'épargne
qu'il y a lieu de «nettoyer» les comptes «sans état d'âme» ;
Attendu qu'il en est de même sur le fait que le rapprochement doit passer par
une disposition législative, cette indication relevant de l'évidence et de la
nécessité juridique que les dirigeants des caisses d'épargne ne pouvaient pas
ignorer ;

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4.7.5.- Sur la réunion des banques avec le Président de la République le 20
janvier 2009 à 18H00 et la note élaborée par Monsieur François PEROL à
l'attention du Président de la République
Attendu que le tribunal analyse la note du 20 janvier 2009, examinée au point
3.2.2.3.4. comme une note d’information ;
Attendu qu’il n’est pas suffisamment démontré, ni même allégué, que la phrase
«Pour Caisses d’Epargne et Banques Populaires, il faudra que la
recapitalisation s’inscrive dans le cadre plus global du rapprochement en
cours, qui doit être accéléré», constitue, selon les termes de la prévention, une
proposition ou un avis au Président de la République, lequel l’aurait validé ou
arbitré ;
Attendu qu’il n’est pas démontré non plus que cette phrase constituait une
proposition ou un avis qui aurait ensuite été communiqué au Gouverneur de la
Banque de France, à la Commission bancaire ou à BERCY ;
Attendu au surplus que le tribunal est en mesure de constater que Monsieur
François PEROL soumet à l’arbitrage du Président de la République des
éléments relevant de la seule communication, dans le dernier paragraphe de la
note retranscrite ci-dessus ;
Attendu que le tribunal n’accorde aucune portée décisoire à cette présente note,
laquelle au surplus, porte comme titre : «Réunion avec les banques. Dernières
informations» ;
***
5.- Analyse par le tribunal de la prévention
Attendu qu'il y a lieu de rappeler à ce stade du jugement, que le projet de
rapprochement entre les groupes Banques populaires et Caisses d'épargne était
un projet ancien, largement partagé par les pouvoirs publics et les opérateurs
économiques ;
Attendu que la création de NATIXIS a constitué un des jalons de ce
rapprochement ; qu'elle ne se réalisera pas sans difficultés au regard des fortes
oppositions à la lente démutualisation à laquelle cette création semblait
procéder ;
Attendu que le contexte de la crise financière a donné un nouvel élan à ce
projet de rapprochement ;
Attendu qu'il apparaît pour le tribunal que l'annonce de la fusion devait
intervenir au plus tard le 26 février 2009, les groupes devant communiquer sur
leur résultat fin février et devant ainsi pouvoir faire des annonces sur leur
avenir commun ;
***

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5.1.Examen de la première branche de la prévention : le fait d'avoir
formulé des avis sur des contrats conclus par les groupes CNCE et BFBP,
en l'espèce en participant à la définition des modalités d'apports de fonds
publics à des établissements bancaires et en validant ces dispositifs
formalisés, en ce qui concerne la Caisse nationale des caisses d'épargne et
la Banque fédérale des banques populaires, dans un protocole signé le 16
mars 2009 avec le ministre de l'économie et des finances ;
Attendu qu'au terme de l'ordonnance de renvoi du magistrat instructeur, il est
reproché à Monsieur François PEROL d'avoir «formuler des avis sur des
contrats conclus par une entreprise privée, en l'espèce d'avoir participé à la
définition des modalités d'apports de fonds publics à des établissements
bancaires et d'avoir validé ces dispositifs formalisés, en ce qui concerne la
Caisse nationale des caisses d'épargne et la Banque fédérale des banques
populaires, dans un protocole signé le 16 mars 2009 avec le ministre de
l'économie et des finances» ;
Attendu que pour l'accusation, Monsieur François PEROL a, dans cette note du
20 octobre 2008 – tout comme dans celle du 21 février 2009 – formulé un avis
sur un contrat conclu par la CNCE et la BFBP, s'agissant du protocole de
négociations signé le 16 mars 2009, soumettant ce dispositif au Président de la
République pour validation, après l'avoir lui-même implicitement entériné, afin
de pouvoir adresser aux autorités compétentes de l'État l'accord du Président de
la République pour le mettre en œuvre ; qu'ainsi, l'ordonnance de renvoi
mentionne : «exposant le dispositif de recapitalisation des banques, il
(Monsieur François PEROL) demande au président de la République s'il
approuve ces orientations, ce qui, implicitement, signifie qu'elle ne rentrera en
vigueur qu'après son accord» ;
Attendu que, selon les termes de l'ordonnance de renvoi, «cette note a été
contractualisée ainsi que le démontre la pièce saisie suivante» qui est le
protocole de négociations signé le 16 mars 2009 par la BFBP représentée par
Monsieur Philippe DUPONT, la CNCE représentée par Alain LEMAIRE et
l'Etat français représenté par le ministre de l'Economie» ;
Attendu, ainsi qu'il a été rappelé, que si dans son ordonnance, le magistrat
instructeur vise une note du 21 février 2009, sont cités des passages qui
résultent, non de la note du 21 février 2009, mais de celle du 20 octobre 2008
précitée, s'agissant du paragraphe du a) et b) du 2) commençant par les mots
«souscription par l'État d'une première tranche de 10 M d'euros de titres
subordonnés à durée indéterminée (…)» jusqu'à «… 15 jours environ» ;
5.1.1. Sur la note du 20 octobre 2008
5.1.1.1.-Examen par le tribunal des éléments d'ordre financier contenus dans le
protocole de négociation du 16 mars 2009 :
Attendu que le scellé PER/BUR-NEUF contient un extrait du protocole signé le
16 mars 2009 entre la BFBP représentée par Monsieur Philippe DUPONT et la
CNCE représentée par Monsieur Alain LEMAIRE ;

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Attendu que ce protocole prévoit que «l'apport de fonds propres à CEBP par
l'État par la souscription par celui-ci selon des proportions visées à l'article
1.4. ci-dessous (i) d'actions de préférence convertibles en actions ordinaires à
l'option de l'État selon des modalités qui seront arrêtées dans le contrat
d'émission de ces titres et qui sont résumées en Annexe 1.4. au présent
protocole, et (ii) de titres super-subordonnés (TSS), pour un montant total de 5
milliards d'euros»
Attendu que le point 1.4. du protocole est rédigé de la manière suivante :
«1.4. Souscription d'actions de préférence et de TSS par l'État
Immédiatement après la réalisation des Apports (en ce compris les cessions
mentionnées à l'article 1.2.), l'État souscrira par l'intermédiaire de la Société
de prise de participation de l'État :
(i)
pour un montant de l'ordre de 3 milliards d'euros des actions de
préférence convertibles, dans certaines conditions, en actions ordinaires
émises par CEBP (ci-après les «Actions de Préférence»), donnant droit, sur
conversion de tout ou partie d'entre elles, à un maximum de 20 % des actions
ordinaires de CEBP à la date de conversion ;
(ii)
pour un montant de l'ordre de 2 milliards d'euros des titres supersubordonnés émis par CEBP (ci-après, les «TSS») ;
Dans le cadre de l'enveloppe de 5 milliards d'euros susvisée, la répartition
définitive des montants devant être souscrits en Actions de Préférence ou en
TSS sera arrêtée avant le 30 avril 2009 ;
5.1.1.2.- Analyse par le tribunal de la note du 20 octobre 2008 et du protocole
du 16 mars 2009 au regard de l'aide globale de l'État apportée aux Caisses
d'Epargne et aux Banques populaires : une aide globale de 7 milliards
Attendu qu'il y a lieu pour le tribunal, au regard de l’analyse de la note du 20
octobre 2008 et du protocole du 16 mars 2009 de rappeler à ce stade le
processus global d'aide apporté aux groupes Caisses d'épargne et Banques
populaires ;
Attendu qu'il a été rappelé précédemment, au moment de l'analyse de la loi du
16 octobre 2008 que sur la garantie globale de 360 milliards prévue à l'article 6
de la loi du 16 octobre 2008, une enveloppe de 40 milliards d'euros avait été
arbitrée par le Président de la République ;
Attendu que la Société de prise de participation de l'État (SPPE) – c'est à dire
l'État – a souscrit ensuite pour un montant de 10,5 milliards à des émissions de
dette subordonnée effectuées par les établissements de crédit ;
Attendu que les négociations entre les banques et les pouvoirs publics au titre
de la mise en œuvre de l'aide de l'État suite à la loi du 16 octobre 2008 résultent
des déclarations de Monsieur Philippe DUPONT faisant état de négociations
intervenues le dimanche 19 octobre 2008, jour du départ de Monsieur Charles
MILHAUD, soit la veille des annonces de l'aide de 10,5 milliards (D142) :
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«Pour parler du départ de Charles MILHAUD, je vous précise que le jour où
Charles MILHAUD était en Conseil de Surveillance où le sujet était sa
démission, j'étais convoqué moi à Bercy dans le bureau du Directeur Général
du Trésor, afin de participer à une réunion aux fins de déterminer les besoins
en fonds propres à prélever sur les enveloppes mises à dispositions des
établissements bancaires français par les pouvoirs publics, suite à la
recapitalisation et à la nationalisation des banques britanniques. Ce jour, là il
y avait le Directeur du Trésor, le Gouverneur de la Banque de France, d'autres
fonctionnaires du Trésor et les dirigeants des autres banques. L'ordre du jour
c'était : « de combien a-t-on besoin pour rassurer les marchés et quel doit être
le montant des enveloppes en fonction des poids spécifiques de chaque
banque». A ce titre, j'ai défendu les enveloppes pour le Groupe Banques
Populaires et le Groupe CNCE. A cette époque-là on était à 3 milliards pour
les Caisses d'Epargne et 2 pour les Banques Populaires ; La crise qui était à
son paroxysme n'était cependant pas une crise de fonds propres mais une crise
de liquidité, cependant selon le G20, il fallait recapitaliser et c'était une
directive des pouvoirs publics relayée par Monsieur le Président de la
République qui souhaitait ainsi rassurer les marchés sur la santé financière
des banques françaises. Je me souviens d'une banque qui ne voulait pas de
cette recapitalisation et du Président de la République qui intimait le Dirigeant
de cette banque d'accepter cette recapitalisation sous peine de ne plus avoir le
soutien des pouvoirs publics» ;
Attendu que le tribunal relève au demeurant que bien que Monsieur Philippe
DUPONT évoque une intervention du Président de la République «intim(ant)»
à un dirigeant de banque, aucun élément de cette nature n'est relevé s'agissant
des groupes caisses d'épargne et banque populaire ;
Attendu que s'il est établi que le dimanche 19 octobre 2008, des négociations
ont eu lieu entre les organismes bancaires et les pouvoirs publics pour la
détermination des aides à apporter, le tribunal ne dispose pas d’éléments précis
sur le déroulement de ces négociations ;
Attendu en tout état de cause qu'il apparaît que les éléments négociés avec le
Ministère de l'Économie figurent dans la note du 20 octobre 2008, s'agissant de
la souscription par l'État d'une première tranche de 10,5 milliards d'euros de
titres subordonnés à durée indéterminée concernant 6 banques françaises dont
les Caisses d'épargne pour un montant de 1,1 milliard et les banques populaires
pour un montant de 0,95 milliard ;
Attendu qu’il résulte des pièces versées à la procédure par la défense que cette
souscription de l'État fera l'objet d'un communiqué de presse de la Ministre de
l'économie en date du 20 octobre 2008, ainsi que cela a été rappelé
précédemment ;
Attendu que pour la compréhension de la prévention, le tribunal doit rappeler
qu’il résulte des débats et des explications de Monsieur François PEROL, que
l'aide globale de l'État apportée aux groupes Caisses d'épargne et Banques
populaires correspond à un montant global de 7 milliards, ainsi que l'a
confirmé le gouverneur de la Banque de France, Monsieur Christian NOYER,
lors de son audition devant le tribunal le 25 juin 2015 (page 68) ;

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Attendu que l’aide globale de 7 milliards s’est déclinée de la manière suivante :
souscription par la société de prise de participation de l’État (SPPE),
c’est-à-dire la puissance publique, d'une première tranche de titres super
subordonnés à durée indéterminée émis par la CNCE et la BFBP, à hauteur de
1,1 milliard d’euros pour la première et de 950 millions d’euros pour la
seconde, soit une première aide de 2, 05 milliards d’euros ;
fusion des deux groupes et injection de cinq milliards d’euros de fonds
publics, à la suite des pertes de NATIXIS ;
Attendu que la première aide de 2,05 milliards et celle de 5 milliards
correspondent à deux moments différents ;
Attendu que le protocole du 16 mars 2009, base juridique de la fusion entre les
groupes Caisse d’épargne et Banque populaire, porte, non sur la première
tranche d’aide de 2,05 milliards d’euros, mais sur la seconde, d'un montant de
5 milliards ; qu'il prévoit ainsi que des titres super subordonnés vont être émis
et souscrits par la SPPE à hauteur de deux milliards d'euros et que trois
milliards d’euros d’actions de préférence seront émis par le nouvel organe
central et souscrites par l’État, soit un total de 5 milliards ;
Attendu qu'il y a lieu de rappeler à ce stade que les actions de préférence
présentent une double caractéristique par rapport à des actions ordinaires ;
qu'elles ne confèrent pas de droits de vote à l’assemblée générale – ce qui ne
fait pas obstacle à la présence de l’État au sein du conseil de surveillance mais
qu'en contrepartie, elles bénéficient d’une rémunération garantie et
relativement élevée ; que la rémunération des actions de préférence étant
croissante au fil du temps, cela constitue une incitation à leur remboursement
rapide ;
Attendu que les titres super subordonnés à durée indéterminée ne confèrent pas
de droits de vote à l’assemblée générale des actionnaires et sont remboursables
à tout moment ; qu'une prime de sortie, croissante au fil du temps, doit alors
être versée, ce qui incite à un remboursement rapide ;
***
Attendu en conséquence qu'il résulte de l'ensemble de ces éléments que la
garantie de l'État mentionnée dans la note du 20 octobre 2008 de Monsieur
François PEROL à l'attention du Président de la République vise la première
tranche de titres subordonnés à durée indéterminée (TSDI) émis par les
banques, soit 1,1 milliard d'euros pour la CNCE et 950 millions d'euros pour la
BFBP ;
Attendu que cette aide de 2 milliards n’est pas celle qui est visée dans le
protocole du 16 mars 2009 tant au titre des 3 milliards que des 2 milliards ; que
ces montants s’ajoutent, pour aboutir au montant total de 7 milliards ;
Attendu en conséquence que la somme de 5 milliards visée dans le contrat du
16 mars 2009 et répartie en 3 milliards d'euros d'actions de préférence et 2
milliards d'euros de titres super-subordonnés, si elle est comprise dans la
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somme globale de 360 milliards visée à l'article 6 de la loi du 16 octobre 2008,
est sans lien avec les sommes visées dans la note du 20 octobre 2008 ;
Attendu, en considération de cette confusion entre les différentes aides
apportées aux groupes Caisse d’Epargne et Banque Populaire, qu'il convient de
dire que Monsieur François PEROL n'a pas, aux termes de cette note du 20
octobre 2008, émis un avis qui s'est ensuite concrétisé dans le protocole du 16
mars 2009 ;
Attendu qu'il apparaît que la prévention manque en fait, dès lors qu'il n'y a pas
de corrélation entre les éléments contenus dans la note du 20 octobre 2008 et le
protocole du 16 mars 2009 ;
Attendu dès lors que l'infraction n'est pas suffisamment caractérisée au regard
de la note du 20 octobre 2008 ;
***
5.1.1.3.- L'éventuelle portée arbitrale de la note du 20 octobre 2008
Attendu cependant et au surplus, que dans le souci de répondre à l'ensemble
des moyens soulevés par la prévention qu'il y a lieu d'examiner la portée de la
note du 20 octobre en considération, de l'arbitrage ou de la validation attendus
de la part du Président de la République ;
Attendu que pour le procureur national financier et les parties civiles, les mots :
«Êtes-vous d'accord avec ces orientations» portent non seulement sur le point
c) «la communication», mais également sur les points a) «s'agissant de la
recapitalisation» et b) «s'agissant de la garantie sur les financements» ;
Attendu qu’à l’appui de cette argumentation, est mis en exergue le fait que
Monsieur François PEROL présenterait au Chef de l'État le dispositif qui «a
été négocié ce week-end par le Trésor et les banques», l'emploi du conditionnel
démontrant que le dispositif ne pourrait être mis en œuvre qu'après l'accord du
Président de la République ;
Attendu que Monsieur François PEROL conteste cette présentation, arguant
que les mots : «Êtes-vous d'accord avec ces orientations», portent sur la seule
communication, dans la mesure où ces mesures devaient être annoncées le
même jour ; qu'à cet égard, Monsieur François PEROL a expliqué à l’audience
que la question était de savoir si la communication relevait du Premier ministre
ou du Ministre de l’Economie ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur Claude GUEANT, après avoir pris
connaissance de cette note, a indiqué que le terme «orientations» était relatif à
la communication, ajoutant que «pour les mesures techniques, le Président de
la République y est indifférent» (page 79) ;
Attendu, indépendamment des explications données par Monsieur Claude
GUEANT et Monsieur François PEROL qu'il convient de relever en premier
lieu, que les parties a) et b) de la note procèdent de l'information sur les
modalités de mise en œuvre de la loi du 6 octobre 2008, au titre de l'utilisation
de la garantie de l'État prévue de 40 milliards dans l'enveloppe globale de 360
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milliards ; que le tribunal ne constate pas, à la lecture de cette note que
Monsieur François PEROL sollicite expressément la validation du Président de
la République sur les parties a) et b) ;
Attendu qu'à l'inverse, la partie c) suggère une action à venir en terme de
communication, s'agissant d'«une seule communication sur le financement de
l'économie», le rédacteur de ladite note précisant avoir demandé au cabinet du
Premier ministre de surseoir à toute communication ;
Attendu, à titre liminaire, que le tribunal rappelle qu'il ne saurait tenir pour
acquis le fait que tout sujet abordé par le Président de la République relève
nécessairement de son arbitrage et de sa validation ;
Attendu au contraire que l’implication du Ministère de l’économie et du Trésor
résulte des déclarations de Monsieur Stéphane RICHARD qui évoque
spécifiquement la validation par le Ministre de l’économie et des finances en
ces termes : «Parallèlement à ces négociations, la Direction Générale du
Trésor, avec la validation du Cabinet LAGARDE a mis en place un dispositif
de renforcement des fonds propres de l'ensemble des banques françaises,
principalement sous la forme de prêts participatifs (convertibles en actions). Il
faut bien avoir à l'esprit qu'à l'époque le système financier était bloqué, il n'y
avait plus de solidarité de place, les banques ne se prêtant plus entre elles. Il y
avait également une quasi-impossibilité pour les banques de se refinancer sur
les marchés cette faculté n'étant plus ouverte qu'aux États. D'où l'implication
forte du Trésor et de la Banque de France pour permettre aux banques, malgré
tout, de continuer à accorder des crédits à l'économie et à renforcer leurs
fonds propres ; Le dispositif mis en place consistait en une enveloppe globale
dans laquelle les banques pouvaient puiser en fonction de leurs besoins de
liquidité dans le cadre de conventions passées entre chacune des banques et le
Trésor» ;
***
Attendu en premier lieu qu’il résulte des pièces du dossier que l’autorité
compétente pour l’utilisation de l’enveloppe d’aide globale de l'État était le
Ministère de l’Economie ;
Attendu en deuxième lieu qu'il y a lieu de s'interroger, au regard du
fonctionnement de l'État, sur le fait que l'arbitrage du Président de la
République sur de tels sujets ait pu être sollicité dans de telles conditions ; que
le tribunal ne dispose d'aucun élément permettant d'établir si cette note était
accompagnée d'un dossier technique, précédée d’une réunion avec les ministres
ou avec les collaborateurs concernés, permettant au Chef de l'État d'apprécier
les éléments communiqués et de porter un regard critique ; qu'à cet égard
Monsieur François PEROL a expliqué à l’audience que «les grandes décisions
sont prises en présence du Premier ministre et des Ministres» ; qu'il préparait
alors des notes d'information, à l'appui d'un dossier préparé pour le Président
de la République ;
Attendu en troisième lieu qu'en l'état de cette seule note, le tribunal constate, eu
égard aux éléments de l'espèce portant sur la technicité des points abordés, que
le Président de la République était manifestement dans l'impossibilité
d'exprimer une validation éclairée ; que le seul point qu'il était à même de
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vérifier, en dehors de tout autre élément, était que le montant global ne
dépassait pas l'enveloppe de 40 milliards qu'il avait lui-même arbitrée, seul cas
dans lequel il aurait pu valablement s'opposer ; qu’il apparaît, aux termes des
débats, que l’arbitrage du Président de la République s’était portée sur les deux
montants de 320 et de 40 milliards ;
Attendu en quatrième lieu que le tribunal ne dispose d’aucun élément
d’appréciation sur la restitution que le Président de la République a faite de
cette note, après en avoir pris connaissance, et ce, en l’absence d’annotations
ou de décision formalisée, permettant ainsi, et avec certitude, de déterminer le
champ de sa validation ;
Attendu en cinquième lieu qu'une prise de décision sur la communication, entre
le Premier ministre et le Ministre de l’Economie, ne nécessitait aucune
expertise technique particulière, mais relevait d'une appréciation politique que
le Président de la République pouvait effectuer, proprio motu, sur la base de
cette seule note, sans élément de dossier complémentaire ;
Attendu en sixième lieu qu'il n'est pas, en tout état de cause, suffisamment
établi que Monsieur François PEROL en retranscrivant ces montants donnait
lui-même un avis sur ces montants ; que les prises de position de Monsieur
François PEROL dans cette note portent en revanche sur les aspects de
communication ; qu'enfin, la note ne contient aucun avis exprimé par Monsieur
François PEROL sur le dispositif de recapitalisation des banques ;
Attendu en septième lieu qu'il ne résulte pas du point 3 de la note «Situation
des caisses d'épargne» que Monsieur François PEROL a émis un avis aux
autorités compétentes, à savoir le Trésor, la Banque de France et la
Commission bancaire, en ayant suggéré comme messages à faire passer à la
nouvelle direction, de «préparer l'avenir par le rapprochement rapide avec les
banques populaires» et «travailler avec l'État à la gouvernance du nouveau
groupe»;
Attendu en effet que ces éléments sont d’une telle généralité, qu’ils relèvent
manifestement du discours politique et non de la technicité d’une fusion entre
deux groupes bancaires ;
Attendu en outre qu'il résulte suffisamment des déclarations de Monsieur Alain
LEMAIRE que ces deux questions étaient en tout état de cause déjà identifiées
comme étant importantes ;
Attendu en conséquence qu'il n'est pas suffisamment démontré que la
validation sollicitée auprès du Président de la République portait non seulement
sur la communication, mais également sur les montants fixés ;
Attendu en conséquence, et dans les circonstances de l'espèce, que le tribunal
juge qu'il n'est pas suffisamment établi que cette note du 20 octobre ouvrait un
espace d'arbitrage et de validation sur les points a) et b) ;
***

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5.1.2. Sur la note du 21 février 2009
Attendu que pour Monsieur Claude GUEANT, à qui la note a été présentée à
l'audience, «cette note traduit le consensus des Administrations et des deux
groupes» ; que «ce n’est pas une note d’arbitrage», «mais de conduite de
réunion» ;
Attendu, à titre liminaire, sur le contexte de la prise de connaissance de cette
note par Monsieur Nicolas SARKOZY, que le tribunal constate qu'elle a été
enregistrée sur l’ordinateur de Monsieur François PEROL le samedi 21 février
2009 à 2H34 ; qu’il ressort de l’agenda de Monsieur Nicolas SARKOZY que le
matin même à 8H30, il se rendait au Salon de l’agriculture à Paris ; que selon
Monsieur Claude GUEANT, il avait dû voir cette note à son retour, avant le
rendez-vous de 11H45, avec Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur
Philippe DUPONT ;
***
Attendu que pour le tribunal, la réunion du 21 février 2009 n’avait pas d’autre
objet pour Monsieur Nicolas SARKOZY que de proposer Monsieur François
PEROL à la tête de BPCE ; qu’ainsi qu’il sera examiné au point 5.2.6. relatif à
la question de la nomination du dirigeant, face à l’incapacité des responsables
des deux groupes bancaires à se mettre d’accord et à trouver un dirigeant, le
Président de la République est intervenu directement ;
Attendu que le tribunal constate qu’au regard de la date du mercredi 26 février
2009, correspondant à l'annonce des pertes notamment de NATIXIS, il
devenait urgent de procéder à l'annonce d'un nouveau dirigeant ;
Attendu qu'il apparaît pour le tribunal que la question de la nomination de
Monsieur François PEROL s’est décidée dans la semaine du lundi 16 février
2009 ; que l’urgence dans laquelle cette décision a été prise, explique au
demeurant les conditions dans lesquelles la Commission de déontologie a été
sollicitée (voir point 5.2.6.3.) ;
Attendu, en considération de ces éléments, qu'il convient de juger que la note
du 21 février 2009 qui reprend toutes les modalités de la fusion des deux
groupes ne constitue pas une note à l’attention du Président de la République
aux fins d’obtenir un arbitrage, mais une note d’information dont le seul objet
était de permettre l'annonce de la nomination à venir de Monsieur François
PEROL ;
Attendu sur ce point que Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur Bernard
COMOLET ont souligné, au cours de leurs auditions, que si les modalités de la
fusion avaient été rappelées, l’objet de cet entretien était pour le Président de la
République, Monsieur Nicolas SARKOZY de signifier la nomination de
Monsieur François PEROL ;
Attendu que les mots figurant en première page : «je vous propose de leur faire
part de la position définitive de l'État sur chacune de ces conditions, sans
laisser trop de place à la discussion», indique que l'État avait déjà pris position
et que le Président de la République la rappelait ;
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Attendu que le conditionnel utilisé en page 2 dans la formule : «Ce soutien ne
serait accordé qu’à l’organe central résultant de la fusion», n’établit pas
suffisamment, pour le tribunal, la portée arbitrale de cette note ;
Attendu en effet que cette position était partagée par l’ensemble des pouvoirs
publics et tout particulièrement par le Ministère de l’Economie et des finances
et le Gouverneur de la Banque de France ; qu’il en est de même en page 3,
s’agissant des mots «ce point pourrait être concédé aux Caisses d’épargne»,
sur le fait que la forme prise pour le nouveau groupe s’accompagnerait «d’un
conseil de surveillance avec directoire» ;
Attendu en conséquence que ce grief doit être rejeté ;
5.1.3. Sur les autres notes
Attendu que dans ses prises de parole à l’audience, le Ministère public a fait
valoir, le premier jour de l'audience, le 22 juin 2015, que le champ de la
prévention ne se réduisait pas seulement aux notes du 20 octobre 2008 et du 21
février 2009 ;
Attendu ainsi qu’il a été analysé précédemment au point 4.7., que les notes du
6 octobre 2008, 14 octobre 2008, 21 octobre 2008, 28 octobre 2008 et 20
janvier 2009 ne constituent pas davantage un avis sur des contrats conclus par
les groupes CNCE et BFBP ;
Attendu en dernier lieu que figure dans les scellés DD/AN/PEROL/DEUX une
note en date du 19 février 2009 dans laquelle, selon l’ordonnance de renvoi,
Monsieur François PEROL fait état de droits de l'Etat sur la gouvernance du groupe en
contre-partie des actions de préférence et préconisait la nomination, dès le 25 février
2009, d'une personnalité extérieure aux deux groupes ;

Attendu que Monsieur François PEROL a, à l’audience, contesté être l’auteur
de cette note ;
Attendu que le tribunal ne dispose d’aucun élément circonstancié sur la
provenance de cette note et l’utilisation qui a pu en être faite ;
Attendu en tout état de cause que le tribunal n’estime pas pouvoir tirer de
conséquences pénales de ce document ;
***
5.2.-Examen de la seconde branche de la prévention : le fait d'avoir
proposé «directement aux autorités compétentes, la Banque de France et la
Commission bancaire, des décisions et des avis relatifs aux opérations
réalisées par les groupes Caisse nationale des caisses d'épargne et la Banque
fédérale des banques populaires, c'est-à-dire le montant de l'aide financière
accordée par l'État dans le cadre de leur plan de recapitalisation, la
structure juridique du futur groupe et le délai d'exécution dans le temps de
ce rapprochement, dans le cadre de l'opération de fusion des Caisses
d'épargne (CNCE) et des Banques Populaires (BFBP)»
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Attendu qu'il est reproché à Monsieur François PEROL, au terme de la seconde
branche de la prévention, d'avoir entre le 16 mai 2007 et le 26 février 2009,
«proposé directement aux autorités compétentes, la Banque de France et la
Commission bancaire, des décisions et des avis relatifs aux opérations
réalisées par les groupes Caisse nationale des caisses d'épargne et la Banque
fédérale des banques populaires, c'est-à-dire le montant de l'aide financière
accordée par l'État dans le cadre de leur plan de recapitalisation, la structure
juridique du futur groupe et le délai d'exécution dans le temps de ce
rapprochement, dans le cadre de l'opération de fusion des Caisses d'épargne
(CNCE) et des Banques Populaires (BFBP)» ;
Attendu qu’il y a lieu, avant de distinguer chacun des cinq aspects précisés
dans la prévention, d’analyser de manière transversale la question de la portée
des réunions organisées à la Présidence de la République, sous la présidence de
Monsieur François PEROL, afin de déterminer, à ces occasions, il a «proposé
directement aux autorités compétentes, la Banque de France et la Commission
bancaire, des décisions et des avis (….)» ;
5.2.1.- Analyse de la portée des réunions organisées à la Présidence de la
République sous la Présidence de Monsieur François PEROL : les trois
réunions du 26 janvier, du 12 février et du 19 février 2009
Attendu, selon le Procureur national financier, que Monsieur François PEROL
a, au cours de ces réunions, à tout le moins implicitement, validé l’ensemble
des dispositifs tenant au rapprochement des deux groupes ;
Attendu que Monsieur François PEROL, a, au cours de son interrogatoire de
première comparution, donné les explications suivantes sur l’objet de ces trois
réunions :
«j'ai été amené, probablement à trois reprises à organiser à l'Élysée des
réunions que bien entendu j'animais, qui se déroulaient si ma mémoire est
bonne en deux temps : un premier temps avec les autorités compétentes
(Banque de France, direction générale du Trésor, Cabinet de la Ministre de
l'économie et des finances) et le Cabinet du Premier Ministre et un deuxième
temps avec en plus les dirigeants des deux banques.
L'objectif de ces réunions, compte tenu de l'urgence dans laquelle se trouvaient
les deux groupes qui devaient annoncer les résultats le 26 février 2009, était
double. D'abord assurer l'information en temps réel de l'ensemble des
autorités publiques pour éviter toute déperdition de temps, et ensuite éviter les
manœuvres de contournement, ou les tentatives de division qu'auraient pu
mener les dirigeants des deux groupes auprès des différentes autorités
publiques; il s'agissait au fond d'éviter que les dirigeants des deux groupes
puissent penser qu'ils trouveraient une oreille attentive à Matignon ou à
l'Élysée, pour leur permettre d'empêcher la réalisation des mesures prises dans
l'intérêt de l'État.
J'ai souvenir de trois réunions. Les participants du côté des pouvoirs publics,
et notamment le Gouverneur de la Banque de France, le Directeur général du
Trésor s'inquiétant et s'exaspérant de la propension des dirigeants des deux
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groupes, qui avaient eux-mêmes décrit une situation pouvant être
irrémédiablement compromise, à tergiverser et à ne jamais parvenir à des
accords sur l'essentiel» (D150/4 et /5) ;
Attendu que Monsieur François PEROL devait ajouter sur l’objet de ces
réunions :
«Nous étions dans un contexte de crise aiguë, les autorités publiques étaient
habitées par un sentiment d'urgence, et toutes les énergies étaient mobilisées
pour aller au plus vite. Le deuxième intérêt, c'était de démontrer in vivo, aux
dirigeants des deux banques, qu'ils ne pouvaient pas espérer trouver à
MATIGNON, ou à l'ELYSEE, des oreilles attentives pour leur éviter de faire ce
qui était prescrit dans leur situation par les autorités compétente. A tort ou à
raison il est prêté aux groupes bancaires mutualistes une forte capacité
d'influence politique, compte tenu de leur forte assise régionale et nationale.
L'objectif était tout simplement de faire face à l'urgence, et montrer que les
pouvoirs publics étaient totalement unis» (D150/7) ;
Attendu enfin, selon la défense de Monsieur François PEROL qu’«il convient
de rappeler que l'opération de rapprochement de BFBP et de CNCE, tout au
long des mois d'octobre 2008 à mai 2009 et au-delà, a mobilisé de nombreux
agents de la direction du Trésor et de la Commission bancaire, que chacune
des banques, ainsi que l'État, était conseillée par un ou plusieurs banquiers
conseils et un cabinet d'avocats, ce qui mobilisait encore de nombreuses
personnes qui se sont réunies très souvent à la Commission bancaire ou au
Trésor» ;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur François PEROL a indiqué (page 120) : «Il
fallait montrer un front unique. Le climat de ces réunions a pu être tendu.
L'objectif, dans l'urgence, est de montrer que les pouvoirs publics sont unis».
***
Attendu qu'il y a lieu pour le tribunal de dire si Monsieur François PEROL a
implicitement validé l’ensemble des dispositifs tenant au rapprochement des
deux groupes et aurait, ce faisant, proposé «directement aux autorités
compétentes, à la Banque de France et la Commission bancaire, des décisions
et des avis relatifs aux opérations réalisées par les groupes Caisse nationale
des caisses d'épargne et la Banque fédérale des banques populaires », selon les
termes de la prévention dont est saisi le tribunal ;
5.2.1.1.-Sur la chronologie de ces réunions
Attendu que de manière plus particulière, Monsieur François PEROL a, à
l'audience, donné les précisions suivantes sur ces différentes réunions :
Que s'agissant de celle du 26 janvier 2009, il indiquait ne pas en avoir pris
l'initiative ; qu'il précisait pour les dirigeants des banques, «il est question que
NATIXIS ne soit pas dans la fusion, mais c'est impossible pour Bercy et
Banque de France» ; qu'il précisait qu'à cette réunion, «on ignore le montant et
les 5 milliards» (page 120) ;
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Attendu que Monsieur François PEROL précisait que «l'accélération de la
fusion est acquise» et qu'«un des messages que nous faisons passer est
l'accélération de la fusion, avant le 26 février» ; qu'«ils savent que si c'est une
aide, c'est forcément à la tête de groupe. C'est la doctrine» (page 121) ;
Attendu que selon lui, le message était celui d'une fusion annoncée pour le 26
février, mais qu'au 26 janvier, «on sait que l'aide est importante, mais on n'en
connaît pas les formes. L'audit est en cours» (page 121) ;
Attendu que l'ambiance de ces réunions était décrite de la manière suivante par
Monsieur François PEROL : «L'objet n'était pas de négocier. C'était un peu la
technique de la seringue» ; que selon lui, «il n'y avait rien à débattre. La
position était prise. Il n'y a rien à arbitrer» ;
Attendu que Monsieur François PEROL a indiqué que le 26 janvier, les deux
autres réunions n'avaient pas encore été actées ;
***
Attendu d’une part, qu’il résulte des constatations effectuées, que d’autres
réunions avaient lieu durant cette période, à laquelle Monsieur François
PEROL n’était pas associé ; qu’ainsi, il résulte de l’agenda de Monsieur
Bernard COMOLET qu’une réunion avait lieu sans François PEROL le
mercredi 28 janvier 2009, à 11H00, réunissant le gouverneur de la Banque de
France, Monsieur Bernard COMOLET, Monsieur Philippe DUPONT,
Monsieur Alain LEMAIRE et Monsieur Bruno METTLING ;
Attendu que pour la journée du 12 février 2009, figure à l’agenda de Monsieur
Bernard COMOLET, une réunion avec Madame Christine LAGARDE à
14H30, suivie de la réunion à 16H30 à l'Élysée ;
5.2.1.2.-Sur le contexte de tension entourant le projet de fusion
Attendu que le tribunal constate que les dissensions sont à ce moment du
processus de deux ordres :
5.2.1.2.1.- Sur les dissensions entre les pouvoirs publics et les dirigeants des
banques eux-mêmes
Attendu que le tribunal relève sur ce point les témoignages suivants :
Attendu que Monsieur Philippe DUPONT déclarait (D142/1) : «Je confirme
que le schéma que nous envisagions ne recevait pas l'agrément des pouvoirs
publics et au premier d'entre eux, le régulateur à savoir la Banque de France
et la Commission Bancaire qui a le dernier mot en matière d'organisation.
C'est le régulateur qui a la responsabilité finale de l'opération. C'est la
Commission Bancaire et la Banque de France qui avaient le pouvoir de
bloquer la fusion. L'ensemble des pouvoirs publics partageaient cette analyse
et forcément l'Élysée qui coordonnait les actions de ceux-ci» ;

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Attendu que Monsieur Alain LEMAIRE évoquant la relance de la fusion à
partir du 20 octobre (D120), précisait : «En fait, il y avait deux problématiques.
La première c'était l'organisation financière du Groupe et notamment les liens
capitalistiques entre l'organe central et les différentes filiales. La seconde
c'était la gouvernance de la nouvelle structure et notamment la désignation des
dirigeants ; Concernant l'organisation financière du Groupe, Bruno
METTLING et moi nous préférions une organisation qui garde l'ensemble des
participations sous une holding spécifique alors que les autorités en place
préféraient une intégration très forte entre les filiales et l'organe central» ;
***
Attendu qu'il résulte des pièces de la procédure, des débats et des témoignages
sus-visés, qu'un désaccord existait entre les pouvoirs publics et les deux
Groupes sur le positionnement de l'aide apportée ; que si les représentants des
deux groupes souhaitaient que l'aide soit apportée au niveau de la filiale
défaillante, NATIXIS, il apparaît que les pouvoirs publics exigeaient que l'aide
financière soit positionnée au niveau des actionnaires du groupe fusionné ;
5.2.1.2.2.- Sur les dissensions entre les dirigeants des banques eux-mêmes
Attendu que le tribunal est en mesure de constater que les dirigeants des
banques étaient dans l'incapacité de se mettre d'accord pour choisir un nouveau
dirigeant;
Attendu ainsi que Monsieur Alain LEMAIRE déclarait (D120) :
«Contrairement à la position de Monsieur Philippe DUPONT, M. COMOLET
et moi nous ne souhaitions pas arrêter d’emblée les personnes appelées à
diriger le futur organe central. Monsieur Philippe DUPONT au contraire en
faisait un préalable à son accord sur la forme de la nouvelle structure et il
voulait en être le véritable patron ; cette opposition croissante a abouti à une
réunion fin janvier/début février 2009 au cours de laquelle Monsieur Bernard
COMOLET et moi-même lui avons indiqué que les Caisses d’Epargne
n’accepteraient jamais qu’il soit le numéro un du futur ensemble» ;
5.2.1.3.-Sur le contenu de ces réunions
Attendu qu’à l’audience, Monsieur François PEROL a fait état des tensions
existantes entre les dirigeants des deux groupes et les tergiversations constantes
sur le processus de fusion avec les pouvoirs publics portant notamment sur le
point de savoir si l'aide apportée devait l'être au niveau des filiales ou du
groupe fusionné ; que, selon les termes qu’il a utilisés à l’audience, il «fallait
leur taper sur la tête», ces réunions ayant pour objet selon lui de rappeler la
position des pouvoirs publics à cet effet ;
Attendu qu'il y a lieu pour le tribunal d'examiner le contenu de ces réunions à
travers les différents éléments de témoignage recueillis au cours de
l'information judiciaire ;
***
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Attendu, sur l'objet de ces réunions, que le tribunal relève les témoignages
suivants :
Attendu que Monsieur Xavier MUSCA, entendu sur la réunion du 26 janvier
2009 indiquait au magistrat instructeur (D131) : «Mon souvenir est que cette
réunion a été séparée en deux parties. Au cours de la première, les
représentants de l'État, du SGCB et de la Banque de France, ont débattu d'une
position commune. Celle-ci a ensuite été exprimée aux banquiers qui
participaient à la deuxième partie de la réunion. Ce message, dans mon
souvenir, était le suivant : il faut être en mesure de rassurer le marché au
moment de l'annonce des résultats de NATIXIS. L'État est prêt à apporter son
aide mais il faut que les banques qui se sont engagées dans cette voie,
présentent un projet de fusion crédible. Nous leur avions également dit à cette
occasion que l'apurement de la situation de NATIXIS nécessitait des efforts
financiers des banques, et que nous n'interviendrions pas au niveau de
NATIXIS» ;
Attendu que les déclarations de Monsieur Xavier MUSCA étaient confirmées
par celles de Monsieur Philippe DUPONT ;
Attendu en effet que sur l'organisation de ces réunions, Monsieur Philippe
DUPONT indiquait (D142, page 6) : «Je confirme que des réunions
coordonnées par M. PEROL ont été vives avec les régulateurs, avec le
directeur du Trésor, sur les actifs à risque sur lesquels je me souviens avoir eu
des échanges avec nos banques conseils et la commission bancaire. A cette
époque effectivement les 5 milliards d'aide de l'État étaient actés pas encore
débloqués. Que les interventions des pouvoirs publics sur la structure du futur
ensemble puissent être interprétées par les uns ou les autres comme faisant
l'objet d'une conditionnalité à la mise en œuvre du nouvel ensemble me paraît
être une analyse pertinente. Pour autant, cette pression, nous la ressentions
tant du régulateur dont j'ai dit qu'il avait le dernier mot, que de Bercy, de
Matignon et de l'Élysée»;
Attendu que le tribunal relève également sur ce point les déclarations de
Monsieur Bernard COMOLET :
«La plupart du temps, j'y allais avec Monsieur Philippe DUPONT mais
quelques fois, il me disait de le rejoindre là-bas et à chaque fois qu'il me disait
de le rejoindre là-bas, je constatais qu'il avait vraisemblablement une réunion
en bilatérale avec Monsieur François PEROL. Pour moi, c'était désagréable et
étonnant. Il y eu une grande réunion, un soir de février 2009 en semaine, selon
ma mémoire et visiblement selon mon agenda que vous me montrez sous scellé
COMOLET/DOM/SIX ce pourrait être soit le jeudi 19/02/2009 à 18h45 soit le
mardi 10/02/2009 à 19h30. Il y avait la direction du Trésor, MUSCA, la
Banque de France, NOYER, la Commission bancaire, Mme Danièle NOUY, le
cabinet du ministre des finances, Monsieur François PEROL, Monsieur
Philippe DUPONT, Bruno METTLING, Alain LEMAIRE, moi-même et un
représentant de Matignon. Cette réunion était animée en particulier par
MUSCA, PEROL, NOYER et le représentant du ministère des Finances. On
nous a dit à cette occasion que la situation était grave en raison des pertes
importantes de CNCE et de NATIXIS, qu'il y avait un besoin important de
fonds propres et de liquidités et que faute de réaliser rapidement la fusion
entre les deux groupes, il serait impossible d'éviter une crise majeure et
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systémique ensuite (engendrant la défaillance d'autres organismes bancaires).
On nous a demandé de réaliser au plus vite cette fusion et de nous arranger
pour trouver le dirigeant du nouveau groupe (…) ».
Attendu que Monsieur Alain LEMAIRE (D120 page 4), interrogé sur la
divergence entre les pouvoirs publics et les dirigeants des deux groupes sur
l'exigence des premiers d'apporter l'aide financière non pas à la filiale
défaillante NATIXIS mais au niveau du groupe fusionné, a indiqué : «Il y avait
une forte coordination entre le tryptique qui suivait ce dossier côté pouvoir
public, Banque de France, Ministère des Finances et Élysée (plus que
Matignon) et cette coordination était pilotée par l'Élysée puisque toutes les
réunions se sont tenues à l'Élysée. De facto, c'était M. PEROL qui menait les
débats de ces réunions. Je me souviens de plusieurs échanges houleux et
notamment un où M. PEROL nous a mis la pression en nous disant que nous
n'aurions jamais l'accord des pouvoirs publics pour que nous acceptions
d'intégrer les filiales au futur organe central. Il était clair que dans le contexte
de l'époque, ayant besoin du soutien des pouvoirs publics par une aide
financière, on ne pouvait que suivre les orientations qui nous étaient données
par l'État» ;
Attendu que Monsieur Xavier MUSCA indiquait, sur la question de la pression
exercée sur les dirigeants des deux groupes : «je n'ai pas un souvenir précis
d'une colère de Monsieur François PEROL. En revanche il est clair que nous
étions inquiets de la lenteur avec laquelle avançaient les discussions pour le
rapprochement des deux banques. Comme je vous l'ai dit, la question des
délais était liée à la publication des résultats de NATIXIS qui, dans mon
souvenir, devait intervenir à la fin du mois de février. Nous ne voulions pas
qu'à ce moment-là les questions de gouvernance du groupe, et donc de
NATIXIS, demeurent ouvertes.»
Attendu qu’il précisait que selon lui, l’intérêt de faire cette réunion à l'Élysée
était, «j’imagine», «de montrer aux banquiers que l'ensemble de l'État était uni
sur une même vision des solutions à apporter aux problèmes du groupe.»
Attendu, de manière générale, que sur la méthodologie de gestion par l'État de
cette crise, Monsieur Xavier MUSCA devait souligner la mobilisation
conjointe de l’ensemble des pouvoirs publics (D131) : «s'agissant de la partie
étatique, nous avions un mode de travail de gestion de crise, c'est à dire que
nous étions en contact sur cette affaire, avec la Banque de France, Christian
NOYER et Monsieur REDOUIN, avec le secrétariat général de la commission
bancaire, Madame NOUY, avec le cabinet du Ministre, essentiellement
Monsieur SAUDO et Monsieur RICHARD, Directeur de Cabinet, avec
MATIGNON, Monsieur GOSSET-GRAINVILLE et l'Élysée, essentiellement
Monsieur PEROL. Nous étions également en contact avec les banques
concernées, MM.LEMAIRE et COMOLET pour les Caisses d'épargne,
Monsieur DUPONT pour les banques populaires» ;

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5.2.1.4.-Sur l'appréciation par le tribunal de la portée de ces réunions
Attendu que l'analyse précédente des témoignages permet de relever les
éléments constants suivants, dans le contexte de l'urgence à accomplir la
fusion:
1°Qu’il y avait une forte dissension entre les dirigeants des groupes
bancaires et les pouvoirs publics compétents sur le modèle de fusion à
conduire et le niveau où les aides de l'État devaient être portées ;
2° Que les négociations ont été conduites par les autorités compétentes à
savoir la Banque de France, la direction du Trésor et la Commission
bancaire
Attendu qu’il apparaît que les réunions à la Présidence de la République furent
plus ponctuelles ;
Attendu que ces éléments résultent notamment des déclarations de Monsieur
Bruno METTLING selon lesquelles (D118) : «Cette négociation entre les deux
groupes était surtout le fait des quatre dirigeants, sous le contrôle de leurs
conseils, de leurs conseils (avocats et banques d'affaires) et des directions
financières de chaque groupe. Après une phase assez secrète, la négociation a
été portée à la connaissance de l'autorité de tutelle, la Direction du Trésor et
la Commission au cours du second semestre 2008. Ensuite, de mémoire début
2009, on est entré dans une phase active de négociations. Je me souviens de ce
point de vue, de réunions importantes plusieurs avec la commission bancaire à
qui nous avions demandé expressément de se prononcer sur un certain nombre
de risques, de nombreuses réunions Trésor et une réunion à l'Élysée en début
d'année en présence de : Monsieur François PEROL, Secrétaire Général
Adjoint, du Gouverneur de la Banque de France et de son adjoint, Mme
NOUY, Xavier MUSCA, les quatre dirigeants des deux groupes bancaires et
sans doute d'autres personnes dont je n'ai plus le souvenir. Cette réunion était
animée par Monsieur François PEROL».
3° Que le fait que l’aide soit octroyée à l’organe fusionné et non à NATIXIS
correspondait à la doctrine de BERCY, partagée par le Gouverneur de la
Banque de France ;
Attendu que les témoignages précités établissent l’unité de vue des pouvoirs
publics compétents, au regard du processus de rapprochement des deux
groupes ;
Attendu en tout état de cause qu'il n’apparaît pas que cette modalité ait résulté
d’une proposition de décision de Monsieur François PEROL ; qu’il n’est pas
davantage établi qu’il ait proposé un avis sur ces modalités ;
Attendu à cet égard que les déclarations de Monsieur Xavier MUSCA au cours
de l’information judiciaire confirment les déclarations de Monsieur François
PEROL à l’audience : «nous étions au milieu d'une crise très grave. Nous
avions pris des mesures générales de soutien à l'ensemble du secteur bancaire.
Nous avions le sentiment à ce moment-là, que la fragilité de NATIXIS pouvait
fragiliser l'ensemble du secteur bancaire français. Notre action a visé alors à
essayer de déterminer à travers l'expertise de la Commission bancaire, quels
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étaient les risques portés par NATIXIS. Cela a consisté ensuite à essayer de
promouvoir cette fusion, car seule elle pouvait redonner de la crédibilité à la
banque d'investissement. (…) nous étions prêts à apporter une aide financière
supplémentaire au groupe, mais nous essayions de convaincre les deux
banques et l'ensemble des pouvoirs publics que cette aide devait être apportée
au niveau de la tête du nouveau groupe, et non au niveau de NATIXIS ellemême. Cette option aurait été en effet, beaucoup plus risquée pour l'État» ;
Attendu que les déclarations de Monsieur Christian NOYER, gouverneur de la
Banque de France, confirment également cette unité de vue, sur la structure
juridique du groupe fusionné et le niveau auquel l’aide devait être affectée :
Attendu que Monsieur Christian NOYER devait ainsi déclarer : «tel que j'ai
vécu cette période, je peux dire d'abord que les analyses qui ont été conduites
à ma connaissance à la direction du Trésor, étaient parfaitement cohérentes
avec nos propres analyse sur la meilleure solution industrielle», que c'est bien
dans nos analyses et celles du Trésor que ce projet industriel a été considéré
comme le plus pertinent.»; qu’ainsi que cela sera examiné au point 5.2.3.2.
Monsieur Christian NOYER ajoutera sur ce point : «Ces dirigeants des deux
groupes, avaient imaginé plusieurs schémas qui revenaient à se débarrasser
sur l'État du risque NATIXIS en proposant soit une nationalisation, soit une
garantie d'un montant très élevé qui aurait été donnée par l'État sur les actifs
à risque. C'est la direction du Trésor qui instruisait ce dossier, qui nous a
demandé notre avis technique et nous avons indiqué que de telles solutions
n'avaient pas de sens industriel et feraient porter des risques importants à
l'État, et que la meilleure solution industrielle pour résoudre le problème de
commandement à NATIXIS, serait que les groupes décident de fusionner» ;
«Autrement dit pour répondre à votre question, je dirai que Monsieur PEROL
n'a été en aucune mesure en état de donner un avis sur l'activité de
surveillance et d'élaboration des solutions industrielles qui nous paraissaient
crédibles telles que nous même nous l'avons fait, et que mon sentiment est que
le Ministère des Finances s’est reposé essentiellement sur nos analyses» ;
4°que l’objet de ces réunions était d’affirmer un point de vue déjà défini ;
Attendu qu’aucun élément de la procédure ne permet d’établir que ces réunions
ont eu pour objet de définir les modalités du rapprochement des deux groupes,
ces modalités apparaissant comme ayant été définies au préalable ;
Attendu qu’il résulte des déclarations précitées de Monsieur Philippe
DUPONT, Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur Alain LEMAIRE, ainsi
que de celles de Monsieur Xavier MUSCA que l'objet de ces réunions était de
signifier un message aux dirigeants des deux banques, tout particulièrement sur
le fait que l’intervention n’interviendrait pas au niveau de NATIXIS mais au
niveau du nouveau groupe fusionné ; que selon lui, l’intérêt de faire la réunion
à l'Élysée «était de montrer aux banquiers que l'ensemble de l'État était uni sur
une même vision des solutions à apporter aux problèmes du groupe».
Attendu, en tout état de cause, qu’il n’est pas suffisamment établi que
Monsieur François PEROL, ait, lors de ces réunions donné des indications ou
des instructions aux pouvoirs publics compétents ;
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Attendu en effet que lors de son audition par le tribunal, Monsieur Christian
NOYER interrogé sur d'éventuelles instructions de la part de Monsieur
François PEROL, notamment à l'occasion de ces réunions, déclarait : «Je suis
affirmatif : dans cette période, je n'ai jamais reçu d'indications ou
d'instructions; pas de tentative d'influence. Personne ne s'y serait tenté. J'ai
déjà dit non au Président de la République. Je ne suis pas sensible à
l'influence. J'avais beaucoup M. PEROL au téléphone, sur des questions
générales. J'imagine que le Président de la République voulait savoir certaines
choses. Pour moi, c'était des réunions d'information» ;
Attendu que le tribunal relève en outre la concordance entre les déclarations de
Monsieur Xavier MUSCA et de Monsieur Bernard COMOLET sur l'objet de la
réunion, en ce que le message était de présenter un «projet de fusion
crédible» ; qu'à cet égard, il y a lieu de rappeler les propos de Monsieur
Bernard COMOLET selon lesquels, «On nous a demandé de réaliser au plus
vite cette fusion et de nous arranger pour trouver le dirigeant du nouveau
groupe» ;
Attendu que la circonstance que les réunions avec les banques étaient
précédées d’une réunion avec l’ensemble des pouvoirs publics correspond, en
considération des témoignages recueillis, à des réunions ayant pour objet de
définir un message commun, sur la base de décisions déjà prises ;
Attendu à cet égard que le fait que la réunion soit organisée à la Présidence de
la République était un moyen d’éviter que par des manœuvres de
contournement, les dirigeants des deux groupes bancaires puissent réussir par
des appuis politiques à ce que l’aide intervienne au niveau de NATIXIS ;
Attendu que le tribunal est en mesure de constater au regard des pièces de la
procédure que le processus de rapprochement des groupes bancaires avait
donné lieu à des interventions de personnes non concernées directement, qu’il
s’agisse de Monsieur Alain BAUER, Monsieur Jean-Marie MESSIER ou
Monsieur Alain MINC ; que le risque de manœuvres de contournement n’était
donc pas à exclure ;
Attendu qu’à l’audience, Monsieur François PEROL a développé ce point,
confirmé par les déclarations de Monsieur Xavier MUSCA au cours de
l’information judiciaire (D131) : «nous avions dans cette affaire, deux soucis.
D'abord nous assurer que les banques populaires et les caisses d'épargne qui
jouissent d'une influence certaine dans le milieu politique, n'essayeraient pas
de nous imposer politiquement la solution consistant à intervenir au niveau de
NATIXIS qui aurait été préjudiciable aux intérêts financiers du Trésor. Nous
avions donc le souci de nous assurer que toutes les instances politiques étaient
en permanence alignées sur la même position. Par ailleurs nous savions que le
sauvetage du groupe était une opération risquée susceptible en cas d'échec de
provoquer un rebond de la crise. Enfin, nous savions qu'il y aurait la nécessité
d'apporter au groupe une aide substantielle. Le contexte politique de l'époque
était que l'intervention de l'État était souvent critiquée au motif de
l'insuffisance de ses contreparties. Pour toutes ces raisons, financières,
budgétaires et politiques, nous n'avons cessé, tout au cours de cette crise, de
fonctionner en étroite collaboration avec l'Élysée et Matignon. Ceci a
d'ailleurs été le cas sur d'autres dossiers tel que DEXIA. Lorsqu'il y avait des
réunions à l'Élysée, elles se tenaient évidemment sous la présidence de
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l'Élysée, mais elles étaient précédées de séances de concertation au cours
desquelles nous essayions de définir une position commune de l'ensemble des
parties publiques, y compris la Banque de France et le secrétaire général de la
commission bancaire qui ne sont pas soumis à l'autorité de la présidence de la
République».
Attendu encore que les propos de Monsieur Xavier MUSCA doivent être
relevés par le tribunal en ce qu’ils soulignent qu’au cours de ces réunions à la
Présidence de la République participaient la Banque de France et le secrétaire
général de la Commission bancaire, non soumis à l’autorité de la présidence de
la République;
Attendu à cet égard que l’objet de la réunion préalable à celle avec les
banquiers, était, selon Monsieur Xavier MUSCA, de définir la «ligne que nous
devions présenter aux banquiers» ; qu’ainsi, s’agissant de la réunion du 26
janvier 2009, Monsieur Xavier MUSCA devait indiquer : «nous avons écouté
Madame NOUY exposer ce qu'elle savait des risques portés par NATIXIS et de
l'insuffisance de fonds propres des groupes bancaires. Puis nous nous sommes
concertés sur la ligne que nous devions présenter aux banquiers»
5° Qu'il n’apparaît pas en conséquence de l'ensemble de ces déclarations
que les modalités de rapprochement des deux groupes ont été décidées lors
de ces réunions ;
Attendu tout particulièrement qu’il ne résulte pas des propos de Monsieur
Bernard COMOLET, ni d'un autre dirigeant de groupe bancaire que leur
auraient été signifiées à ce moment les modalités arbitrées du processus de
fusion, mais plutôt qu’il fallait «réaliser au plus vite cette fusion et de nous
arranger pour trouver le dirigeant du nouveau groupe» ;
Attendu qu’il résulte de ces déclarations et de celles précitées de Monsieur
Philippe DUPONT que la réunion avait manifestement vocation à amener les
dirigeants à conduire la fusion selon la doctrine arrêtée par les pouvoirs
publics et non d'arbitrer les éléments de la fusion ;
***
Attendu au surplus, s’agissant de la réunion du 12 février 2009 à 16H30 que la
pochette avec une étiquette mentionnant «rendez-vous Monsieur François
PEROL 12 février 2009 à 16H30», et contenant notamment une note
estampillée «strictement confidentiel» relative au «rapprochement au Groupe
Caisse d'épargne et du Groupe Banque Populaire» - saisie lors de la
perquisition au sein de la BPCE - n’apparaît pas appartenir à M. PEROL, ainsi
que le motive l'ordonnance de renvoi, mais plus vraisemblablement à un ancien
dirigeant du Groupe Caisses d'épargne (scellé ARCHIBES/BPCE/ TROIS) ;
Attendu que ce point est renforcé par le fait que ce dossier contient des
courriels adressés notamment en copie à Alain LEMAIRE ; qu'un de ces
courriels est annoté et signé de la même main que celle qui a annoté le
document intitulé «Rappel des réflexions sur la gouvernance du nouvel organe
central (Version du 4 février 2009)», par les mots : «5/02/09 CE (flèche) Alain
LEMAIRE «dossier transmis à 13H00 ce jour par les conseils BFBP pour la
réunion avec la CB de 16H30» ;
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Attendu enfin que figure dans le scellé (ARCHIVES/BPCE/SIX), une autre
pochette avec une étiquette mentionnant «Dossier F. PEROL Du 12 février»
contenant certains des documents contenus dans le dossier précédemment
décrit;
Attendu qu'en l'état de ces constatations, il n'est en tout état de cause pas
suffisamment démontré que les documents contenus dans ces dossiers auraient
été rédigés, élaborés ou préparés par Monsieur François PEROL, ainsi que le
suggère l’accusation ;
***
5.2.1.5.- Monsieur François PEROL a-t-il explicitement au cours de ces
réunions formulé une proposition de décision ou d’avis ?
Attendu en définitive, au regard de l’ensemble des éléments examinés cidessus, qu'il ne résulte pas des éléments versés à la procédure que les réunions
du 26 janvier, du 12 février et du 19 février 2009 à la Présidence de la
République ont constitué des réunions d'arbitrage sur les différents aspects de
la fusion entre les deux groupes bancaires, à l'occasion ou à l'issue desquelles
Monsieur François PEROL aurait formulé des propositions de décisions ou
d'avis à la Banque de France ou à la Commission bancaire ;
Attendu en effet qu'avant que ne se tiennent lesdites réunions, la position de
l'Etat était déjà connue et parfaitement partagée par l'ensemble des pouvoirs
publics ; qu'ainsi que cela a été relevé précédemment, il n'est pas démontré que
les réunions préalables entre pouvoirs publics précédant la réunion avec les
dirigeants avaient un autre objet que celui de définir en commun les messages
devant être adressés aux dirigeants des deux banques ;
Attendu au surplus que la preuve n'est pas rapportée que cette position de l'Etat
résulterait d'une quelconque initiative, qu'elle soit de l'ordre de la décision ou
de l'avis, émanant de Monsieur François PEROL ; qu'à ce titre, aucun
document, aucun témoignage, aucune missive ne témoigne d'une impulsion,
d'une validation expresse provenant de Monsieur François PEROL, s'agissant
des modalités techniques du processus de fusion entre les deux groupes ;
Attendu au contraire que cette question faisait l'objet de discussion entre les
deux groupes et les autorités compétentes, sans que Monsieur François PEROL
n'intervienne dans le processus décisionnel ;
5.2.1.6.- Monsieur François PEROL a-t-il implicitement formulé une
proposition de décision ou d’avis?
Attendu que s'il n'est pas démontré que Monsieur François PEROL a
explicitement proposé une décision ou un avis, il y a lieu de s'interroger, ainsi
que le requiert le ministère public, sur le fait que ces réunions auraient eu pour
objet de procéder à une validation implicite ;

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Attendu en effet qu'il est soutenu par l'accusation que Monsieur François
PEROL a «validé explicitement ou de facto les décisions techniques définies
par les différents services de la Banque de France et de Bercy après une
séance de concertation» ;
Attendu qu'il y a lieu pour le tribunal d'examiner si, au sens de l'infraction de
prise illégale d'intérêts, Monsieur François PEROL a procédé à une validation
implicite des différents aspects de la procédure de fusion et a, ce faisant,
proposé une décision ou un avis aux autorités compétentes, en l'espèce la
Banque de France et la Commission bancaire ;
Attendu que ce raisonnement amène à considérer qu'en présidant les réunions à
la Présidence de la République, Monsieur François PEROL, aurait, de fait,
attrait à lui le pouvoir décisionnel ou de confirmation de la décision, de sorte
que la position exprimée n'était plus seulement celle de la Banque de France,
de BERCY et de la Commission bancaire, mais celle, validée par lui, de
manière implicite ;
Attendu que le tribunal constate à titre liminaire qu’il ne dispose d'aucun relevé
de décisions de ces réunions, de sorte, qu'il ne peut connaître de leur contenu
que par les témoignages recueillis, lesquels ne sont pas particulièrement précis
sur la portée exacte de chacune de ces réunions ;
Attendu que les déclarations des témoins dirigeants des sociétés font état
toutefois de trois éléments constants :
-une position et une pression communes des pouvoirs publics ;
-une coordination au niveau de la Présidence de la République ;
-un message tendant à voir la concrétisation de la fusion et notamment, le
message selon lequel l'aide des pouvoirs publics était conditionnée au fait
qu'elle soit portée non au niveau de NATIXIS, mais au niveau du nouvel
organe fusionné ;
***
Attendu que les éléments ainsi recueillis des témoins dirigeants de banques
permettent d'établir que Monsieur François PEROL portait la voix des pouvoirs
publics ;
***
Attendu qu'une des parties civiles invoque un arrêt de la Chambre criminelle de
la Cour de cassation en date du 3 décembre 2008 (n°08-83.432) sur le pouvoir
de décision au titre d'une participation à un organe collégial ;
Attendu que la Chambre criminelle a jugé :
«Attendu que, pour déclarer coupable de prise illégale d'intérêts Emile V,
ministre des Postes, des télécommunications et des sports du gouvernement de
Polynésie française, l'arrêt énonce qu'il résulte des écrits, des déclarations et
des témoignages recueillis, qui ne sont contredits par aucun élément
incontestable, que celui-ci a été constamment présent lors du conseil des
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ministres du 5 octobre 2005 au cours duquel a été approuvé le projet d'arrêté
faisant droit à sa demande d'occupation d'une partie du domaine public
maritime ;
Attendu qu'en l'état de ces constatations procédant de son appréciation
souveraine, et dès lors que serait-elle exclusive de tout vote, la participation
du prévenu à une délibération portant sur une affaire dans laquelle il a un
intérêt vaut surveillance ou administration au sens de l'article 432-12 du Code
pénal, la cour d'appel, qui a répondu aux chefs péremptoires des conclusions
dont elle était saisie sans méconnaître les dispositions conventionnelles
invoquées, a justifié sa décision » ;
Attendu que la Chambre criminelle, dans un arrêt du 14 novembre 2007 (B.
n°279) a également jugé que «la participation serait-elle exclusive de tout
vote, d'un conseiller d'une collectivité territoriale à un organe délibérant de
celle-ci, lorsque la délibération porte sur une affaire dans laquelle il a un
intérêt, vaut surveillance ou administration de l'opération au sens de l'article
432-12 du Code pénal» ; que la Chambre criminelle avait aussi jugé en ce sens
le 19 mai 1999 ;
Attendu que ces arrêts du 19 mai 1999, 14 novembre 2007 et 3 décembre 2008,
concernent des personnes poursuivies dans le cadre d'un exercice de contrôle
ou de surveillance lorsque, même sans participer à un vote en restant taisant,
ont assisté à des réunions au cours desquelles étaient prises des décisions
relevant de ce pouvoir de contrôle et de surveillance ;
Attendu que cette jurisprudence trouve son fondement dans le fait que la
participation à une délibération ou à une enceinte décisionnelle constitue
l'occasion d'influencer la décision qui en résulte, indépendamment même du
fait que l'agent public ait effectivement pesé sur l'action administrative ;
Attendu que le tribunal considère à cet égard qu’il serait indifférent au
demeurant que la personne dispose d’une compétente dévolue par les textes,
d’une délégation de signature ou de pouvoir ; qu’il suffit que son influence
puisse être de fait, compte tenu de sa compétence ou de sa notoriété ;
Attendu que dans cette hypothèse, l’infraction tend en effet à prévenir le fait
que l'on puisse imaginer que la personne ait pu influer sur la décision prise, en
fait ou en droit ; qu’en effet, au regard du droit des conflits d'intérêts, l'intérêt
protégé est celui, non seulement de l'atteinte effective au fonctionnement de
l'administration, mais le soupçon qui pourrait naître quant à la régularité de ce
dernier ;
Mais attendu qu’il y a lieu d’établir qu’une décision a été prise ;
Attendu qu’une validation implicite ne peut s’entendre que si le fonctionnaire
ou la personne concernée a participé voir présidé une réunion ou une enceinte à
portée décisionnelle ;
Attendu que tel n’est pas le cas en l’espèce ;

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Attendu que le tribunal considère comme établi le fait que les trois réunions à
la Présidence de la République n'avaient pas pour objet de décider ou d'arbitrer
les modalités de rapprochement des deux groupes bancaires ; que par leur
objet, elles avaient pour vocation à signifier aux dirigeants des banques la
position déjà arbitrée de l'État, en les amenant à accélérer la procédure de
fusion ;
Attendu que procéder par analogie avec la jurisprudence sus-mentionnée
reviendrait à reconnaître, par principe, qu'en raison des fonctions exercées par
Monsieur François PEROL et de l'implication de l'Élysée dans le traitement de
la crise financière, l'ensemble des actes qu'il a accomplis en la matière avaient
intrinsèquement et nécessairement une portée décisionnelle ou arbitrale ;
Attendu que si tel a pu être le cas, notamment sur l’arbitrage de la somme de
40 milliards au titre de la loi du 6 octobre 2008, ou du traitement de la situation
de DEXIA, le tribunal ne saurait, en revanche, au regard des seuls éléments
rassemblés, considérer par principe que tel a été le cas pour le rapprochement
des groupes Caisses d’épargne et Banques populaires ;
Attendu que dans le cas de l'espèce, la Présidence de la République n’apparaît
pas comme un lieu de détermination des modalités de la fusion, mais comme
un lieu d’affirmation de la position de l'État ;
Attendu que ce faisant, le rappel de la position de l'État ne saurait s’analyser en
une proposition de décision ou d’avis, selon les termes de la prévention ;
Attendu en conséquence qu’il convient de dire que Monsieur François PEROL,
en présidant les réunions à l'Élysée relatives au suivi du dossier BP/CE en
janvier/février 2009, n'a pas implicitement proposé «directement aux autorités
compétentes, la Banque de France et la Commission bancaire, des décisions et
des avis relatifs aux opérations réalisées par les groupes Caisse nationale des
caisses d'épargne et la Banque fédérale des banques populaires» ;
Attendu qu'en tout état de cause, les autorités compétentes avaient
préalablement à ces réunions arrêté les objectifs qu'elles entendaient voire
respectés par les deux banques ;
Attendu néanmoins à ce stade que la question du pouvoir d'objection de
Monsieur François PEROL par rapport aux décisions prises par la Banque de
France et la Commission bancaire se pose ; qu'il convient de l'examiner plus
avant ;
5.2.1.7.- Le fait que Monsieur François PEROL ne se soit pas opposé aux
propositions faites par les autorités compétentes vaut-il validation implicite ?
Attendu que le fait, pour Monsieur François PEROL de ne pas s’être opposé
aux propositions faites par les autorités compétentes ne valait-il pas, de
manière générale, validation implicite ?
Attendu qu'adopter un tel raisonnement reviendrait à considérer l'infraction de
prise illégale d'intérêts constituée non en raison d'un acte positif de proposition
de décision ou d'avis, selon les termes de la prévention, mais en raison de
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l'absence de formulation d'une position différente, valant validation implicite
du dispositif et par la même formulation implicite d'une proposition de décision
ou d'une proposition d'avis ;
Attendu en l'espèce qu'il peut être convenu que la Présidence de la République
avait le pouvoir de s'opposer à une décision prise par les autres pouvoirs
publics ; qu'en effet, interrogé sur ce point, le Gouverneur de la Banque de
France a concédé que si le Président de la République avait opté pour un choix
économique contraire à la doctrine de la Banque de France, le Gouverneur
n'aurait pas eu la possibilité de s'y opposer ; que Monsieur François PEROL
disposait incontestablement de l'influence, de la notoriété et de la compétence
pour s'opposer à un processus défini par les pouvoirs publics ;
Attendu en conséquence, que Monsieur François PEROL, en ne modifiant pas
le cours des événements, alors qu'il en avait le pouvoir, directement, ou
indirectement, par l'influence qu'il avait auprès du Président de la République
et sur les pouvoirs publics, n'a-t-il pas, implicitement, mais nécessairement,
validé le dispositif de fusion et par là-même formulé de manière inéluctable
une proposition de décision ou d'avis aux autorités compétentes ? ;
Attendu que le tribunal observe que cette prise de position ne porterait au
demeurant que sur la forme juridique que devrait prendre la nouvelle structure,
seule question, qui, des témoignages des personnes entendues, semble avoir été
abordée au cours de ces réunions ;
Attendu que suivre ce raisonnement reviendrait à considérer possible que
l'élément matériel du délit de prise illégale d'intérêts puisse résulter, dans cette
hypothèse où ces réunions n'avaient pas pour objet de décider ou d'arbitrer les
modalités de rapprochement des deux groupes bancaires, d'une telle
abstention ;
Attendu que le tribunal juge qu'une telle abstention ne saurait caractériser, dans
les circonstances de l'espèce, le fait, d’avoir «proposé (…) directement aux
pouvoirs publics (…) une décision ou un avis» ;
***
Attendu, en définitive, qu’au regard de la divergence de vue entre les dirigeants
des deux groupes bancaires et les pouvoirs publics réunis, ces réunions ont eu
pour objet de signifier aux banques des modalités prédéfinies de fusion ;
Attendu, en tout état de cause, que ce n’est pas en direction des pouvoirs
publics que le message a été exprimé mais vis-à-vis des banques ;
Attendu ainsi qu'au sens de la prévention, le fait d'avoir signifié aux banques
des modalités de fusion, ne constitue pas, au sens de la prévention, le fait,
d’avoir «proposé (…) directement aux autorités compétentes, (en l'espèce) la
Banque de France et la Commission bancaire (…) des décisions et des avis» ;
***

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5.2.2-Le montant de l'aide financière accordée par l'État dans le cadre de leur
plan de recapitalisation
Attendu que Monsieur François PEROL a soutenu, tant au cours de
l'information judiciaire qu'à l'audience, que la détermination de l’aide
financière n'avait point relevé de sa compétence, mais de celle des services de
la Banque de France ; qu'il n'avait pas davantage validé le montant de 5
milliards ; qu'enfin, il n'avait en tout état de cause pas proposé directement aux
autorités compétentes une décision ou un avis portant sur cette aide de 5
milliards ;
5.2.2.1.- Rappel de l'architecture générale de l'aide accordée par l'État
Attendu qu’il y a lieu, à ce stade de l’examen des griefs par le tribunal, de
rappeler l’architecture générale de l'aide accordée par l'État au groupe CNCE,
laquelle a été détaillée dans les développements concernant la loi du 6 octobre
2008 et l’examen par le tribunal de la note du 20 octobre 2008 que Monsieur
François PEROL a rédigé à l’attention du Président de la République,
Monsieur Nicolas SARKOZY ;
Attendu ainsi que l'engagement total de l'État dans les groupes Caisse
d’épargne et Banque populaire s'est élevé à 7 milliards d'euros ;
Attendu, qu’à la suite de la mise en place de la société de prise de participation
de l’État (SPPE) à l’automne 2008, la puissance publique a souscrit une
première tranche de titres super-subordonnés à durée indéterminée émis par la
Caisse nationale des caisses d’épargne et la Banque fédérale des banques
populaires, à hauteur de 1,1 milliard d’euros pour la première et de
950 millions d’euros pour la seconde ;
Attendu qu'en raison des pertes subies par NATIXIS et révélées au début de
l’année 2009, une deuxième tranche d'aides a été décidée, laquelle s’est inscrite
dans le contexte du rapprochement des deux groupes ; qu’elle a correspondu à
une nouvelle injection de cinq milliards d’euros de fonds publics ;
Attendu que cette seconde tranche, correspondant à 5 milliards, s'ajoutant à la
première tranche s'est décomposée de la manière suivante :
*2 milliards d'euros de titres super-subordonnés émise et souscrite par la SPPE
à hauteur de 2 milliards d’euros ;
*3 milliards d’euros d’actions de préférence émises par le nouvel organe
central et souscrites par l’État ;
Attendu que la prévention vise la seconde tranche d'aide, correspondant à 5
milliards, laquelle figure au point 1.4. du protocole signé 16 mars 2009 entre la
BFBP représentée par Monsieur Philippe DUPONT et la CNCE représentée par
Monsieur Alain LEMAIRE (scellé PER/BUR-NEUF) ;

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5.2.2.2.- Le rôle de la Présidence de la République dans la détermination de
l’aide
Attendu qu'il y a lieu pour le tribunal, afin d'appréhender le rôle de la
Présidence de la République dans la détermination de l’aide de 5 milliards, et
indépendamment des éléments de chronologie déjà rappelés, de s'attacher aux
témoignages spécifiques sur cette question recueillis au cours de la procédure ;
Attendu que le tribunal relève en premier lieu les déclarations de Monsieur
Christian NOYER, au cours de l'information judiciaire (D176) et à l'audience
le 25 juin 2015 confirmant lesdites déclarations : «C'est la Commission
bancaire qui pendant toute cette période a évalué les risques des banques,
relevé les insuffisances de capital, les faiblesses de la gouvernance qui
pouvaient exister et qui a fixé l'objectif de fonds propres que chaque banque
devait avoir. C'est donc nous qui dans le cas des caisses d'épargne et des
banques populaires, avons fixé le ratio de fonds propres comparés aux actifs
pondérés par les risques que chacun des groupe et que NATIXIS devaient
avoir. Par conséquent, c'est nous qui avons calculé et indiqué aux groupes et à
l'Etat comme nous le faisions pour toutes les banques, le besoin de
recapitalisation de chacun. Plus précisément, nous avons estimé que chacun
des groupes avait besoin d'un milliard début 2009 pour compléter ses fonds
propres et recapitaliser NATIXIS. Dès cette époque nous avions effectué des
calculs des besoins complémentaires qui pourraient s'avérer nécessaires en
fonction des évolutions de marché — ce que nous appelons des tests de stress
— et nous avions indiqué que ces besoins complémentaires pour l'ensemble,
pourraient aller selon nos estimations, jusqu'à 4 milliards supplémentaires. Au
moment de la constitution de BPCE en juillet 2009, nous avons finalement
considéré qu'un chiffre complémentaire de 3 milliards était suffisant et c'est le
montant qui a été apporté par l'État dans la troisième étape de recapitalisation
de l'ensemble. Pour illustrer ce qui en est résulté, au 31 décembre 2009 BPCE
avait un ratio de 9,1 % quand les autres grands groupes bancaires avaient des
ratio compris entre 9,7 % et 10,4 %, et à l'époque le chiffre de 9 % était
considéré sur les marchés internationaux, comme le minimum pour des
grandes banques» ;
Attendu que Monsieur Christian NOYER a, de manière particulière, décrit les
relations de travail entre la Banque de France et Monsieur François PEROL
s'agissant du dossier BPCE (D176 page 4), évoquant une relation d'information
à l'égard de la Présidence de la République, sans qu'il y ait eu lieu à instruction
ou proposition : «je n'ai pas le souvenir d'avoir eu des rapports différents de
ceux que j'avais d'une façon générale sur les affaires bancaires et
économiques. Je le tenais informé des très grandes lignes de nos analyses, de
nos recommandations. C'est au Trésor que nous donnions le détail de nos
travaux, puisque c'était dans cette direction que s'élaboraient les propositions
d'apport en capital de l'État» ;
Attendu que Monsieur Christian NOYER décrivait dans cette même
perspective les réunions ayant eu lieu à la Présidence de la République,
n’induisant pas l’existence d’instructions, de décisions ou d’avis de la
Présidence de la République à ces occasions (D176) :
«Monsieur PEROL comme le directeur de Cabinet du Premier Ministre, faisait
de temps à autre une réunion de balayage de la situation économique et des
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problèmes bancaires et financiers à laquelle soit moi-même, soit un de mes
sous gouverneurs participait, de même que le directeur général du Trésor et le
Directeur de Cabinet du Ministre. Elle se tenait soit à l'Élysée soit à Matignon.
C'était des réunions d'information où sur un dossier comme celui-là je pouvais
indiquer notre analyse, nos estimations en besoin de capital, et il appartenait
au représentant du Ministère des Finances, de dire ce qu'il proposait que l'État
fasse sur les différentes banques et les conditions imposées.»
Attendu que Monsieur Christian NOYER a précisé la portée que ces réunions
pouvaient avoir à la Présidence de la République, soulignant l’objet de donner
une information :
«D'abord ces réunions étaient épisodiques, ensuite je n'évoquais que les
grandes idées mais il appartenait naturellement aux services du Ministère des
Finances, de faire une instruction très précise et très fouillée, comme ils le font
toujours lorsque l'État est amené à injecter du capital dans une entreprise. De
mon point de vue ces réunions avaient pour objet que le Président de la
République et le Premier Ministre, soient informés dans les grandes lignes de
l'évolution des problèmes et de leur résolution dans le système bancaire et des
conséquences que cela pouvait avoir pour l'économie française, notamment à
travers la distribution des crédits.»
Attendu, qu'interrogé sur les propos de Monsieur RICHARD selon lesquels
l'Élysée pilotait ou coordonnait l'action des services de l'État au regard du
rapprochement BFBP/CNCE, Monsieur Christian NOYER indiquait :
«Tel que je l'ai vécu, je ne dirais pas cela. Bien sûr, notamment dans cette
période, le Ministre des Finances n'aurait pas conduit des opérations
importantes concernant le secteur bancaire sans l'aval du Président de la
République et du Premier Ministre, mais, tant le projet industriel que les
montants de capital à injecter, ont été élaborés en partie dans les services de la
Banque de France et en partie à la Direction générale du Trésor. Donc je ne
dirais pas que l'initiative de la fusion, ni la recapitalisation sont venues de
l'Élysée» ;
Attendu que le tribunal relève toutefois les déclarations de Monsieur
Dominique FERRERO (D118), selon lesquelles lorsque l'État prête à des
organismes comme la BFBP et le CNCE «ce sont d'abord des services
techniques essentiellement, Banque de France et Direction du Trésor, qui font
l'instruction du dossier avec l'organisme concerné, même si dans le contexte de
la crise financière de l'époque, les autorités politiques de l'époque ont
supervisé le processus. Par autorités politiques, j'entends les services du
Premier Ministre, les services de la Présidence, le Cabinet du Ministre de
l'Économie. Je vous précise que cette réponse n'est pas une réponse d'un
témoin, puisque je n'étais pas impliqué dans la mise en place du prêt. Cette
réponse est celle d'un technicien de la banque».
Attendu que le témoignage de Monsieur Dominique FERRERO ne permet pas
d’apporter de précisions utiles, l’intéressé indiquant ne pas être impliqué dans
la mise en place du prêt, pour établir le rôle de la présidence de la République
dans la détermination de l’aide ;

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Attendu que le tribunal doit examiner également les déclarations de Monsieur
Xavier MUSCA selon lesquelles «il est clair que l'aide ne pouvait être
accordée sans la validation du Ministre, du Premier Ministre et du Président» ;
qu'il ajoutait : «Comme je vous l'ai dit, je n'ai pas le souvenir qu'il y ait eu à un
moment donné, un arbitrage formel puisque tout le monde était d'accord sur
l'idée qu'il fallait au moins 2,5 milliards et au maximum 6 milliards, pour
assurer le succès de l'opération. Le choix entre ces montants relevait avant tout
de considérations liées au risque d'une reprise de la crise et à la volonté que la
présentation des résultats de NATIXIS qui devait intervenir fin février, soit
accompagnée d'une nouvelle positive qui permettait d'éviter un effondrement
encore prononcé du cours» ;
***
Attendu qu’il résulte des déclarations de Monsieur Christian NOYER que la
détermination de l’aide à apporter a nécessité la mise en oeuvre d’un processus
technique, à partir d’une expertise spécifique et des moyens informatiques
particuliers au regard des «tests de stress» évoqués tant au cours de
l’information judiciaire qu’à l’audience ;
Attendu en outre que le tribunal constate que les déclarations de Monsieur
Christian NOYER, dans sa description des relations entre les autorités
bancaires et la Présidence de la République, ne permettent pas d’établir que
Monsieur François PEROL ait proposé des décisions ou des avis, notamment
sur le montant de l’aide financière ;
Attendu, au regard des déclarations de Monsieur Christian NOYER qui ont été
rappelées précédemment et du processus général de l'octroi de l'aide de l'État
que les propos de Monsieur Xavier MUSCA rappelés précédemment ne
sauraient établir le fait qu'une proposition de décision ou d’avis ait été
effectuée par Monsieur François PEROL ;
Attendu au contraire que le tribunal est en mesure de constater que ce sont les
autorités compétentes à savoir la Banque de France, la Direction du Trésor et la
Commission bancaire qui ont procédé à la détermination de cette aide et non la
Présidence de la République ;
Attendu enfin, qu’interrogé par le tribunal sur le fait que la Présidence de la
République aurait, selon certains témoignages, validé le montant de 5 milliards,
le Gouverneur de la Banque de France, Monsieur Christian NOYER, a, à
l’audience, (page 69), affirmé n’être jamais allé chercher un avis, ni directive et
n’avoir «pas eu le sentiment que le Directeur du Trésor attendait un aval» ;
Attendu que cet aspect est conforté institutionnellement par le statut de la
Banque de France, invoqué par Monsieur Christian NOYER, tant au cours de
l’information judiciaire qu’à l’audience du 25 juin 2015 (5.2.2.3.) et par les
autres déclarations (5.2.2.4) ;

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5.2.2.3.- Le statut d'indépendance de la Banque de France
Attendu qu’aux constatations du tribunal sur la détermination de l’aide,
devaient faire écho les déclarations de Monsieur Christian NOYER sur le statut
d’indépendance de la Banque de France ;
Attendu que le Gouverneur de la Banque de France devait, tant au cours de
l'information judiciaire qu'à l'audience, rappeler le principe d'indépendance de
l'institution et l'autonomie avec laquelle elle avait agi au titre du rapprochement
entre les groupes Caisse d’épargne et Banques populaires ;
Attendu que Monsieur Christian NOYER devait ainsi indiquer au magistrat
instructeur (D176) :
«Au total, pendant toutes ces années, la Commission bancaire et le CECEI
sont intervenus à de multiples reprises, naturellement en toute indépendance
pour d'abord instruire et agréer la constitution de NATIXIS, ensuite relever les
insuffisances dans la gestion des diverses parties prenantes, en particulier
celle de NATIXIS et des Caisses d'épargne, pour surveiller l'évolution de la
solvabilité des groupes je veux dire par là le montant des fonds propres par
rapport à l'ensemble des risques, pour suivre la préparation des réformes de
structure et autoriser la constitution de BPCE» ;
Attendu que le tribunal relève également les éléments institutionnels tenant à
l'indépendance de la Banque de France qui confortent le fait que la
détermination de l’aide résulte des institutions compétentes et non de la
Présidence de la République :
Attendu, qu'à la question posée par le magistrat instructeur de savoir si, sous la
Vème République, «l'État c'est surtout l'Élysée», Monsieur Christian NOYER
indiquait : «Non. En ce qui concerne les responsabilités qui sont confiées à la
Banque de France au sens large y compris la commission bancaire, je peux
vous assurer que j'agis en toute indépendance», évoquant une affaire financière
dans laquelle il avait tenu, au regard de ses responsabilités, à ne pas informer
les autorités publiques;
Attendu qu'à l'audience, Monsieur Christian NOYER devait indiquer sur cette
aide de 5 milliards : «Les 5 milliards, nous les avons discuté et décidé» ; qu'il
ajoutait «avoir validé les travaux de (d)es services compétents» ; que «le
superviseur demande de mettre en place ce qui a été décidé. Le MINEFI a la
responsabilité, elle est l'autorité pour la recapitalisation. Les autres autorités
de l'État sont informées» (page 68) ;
5.2.2.4.- L'analyse par le tribunal des autres déclarations portant sur l'aide
apportée à la CNCE
Attendu qu’il appartient au tribunal d’analyser les auditions portant sur l’octroi
de 5 milliards ;
Attendu que Monsieur Bernard COMOLET (D113 page 3), interrogé sur le
point de savoir si Monsieur François PEROL a ou non participé aux études, à
l'évaluation et à la définition du besoin ayant conduit l'État à accorder au
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nouveau groupe une aide de 5 milliards d'euros, précisait :
«A la question de savoir qui a défini les 5 milliards, je présume que la Banque
de France a déterminé ainsi le montant minimum de fonds propres dont nous
avions besoin pour respecter les ratios réglementaires. Le Ministère des
Finances a dû évaluer la possibilité de mobiliser 5 milliards de fonds publics
pour nous aider et je présume que Monsieur François PEROL, par son
expérience de la banque et sa connaissance du dossier Banque Populaire
NATIXIS Caisses d'Epargne a pu se faire sa propre opinion sur le besoin en
fonds propre et conseiller ainsi le chef de l'État dans sa décision politique
d'intervention» ;
Attendu que l'emploi des mots «je présume», figurant dans le procès-verbal
d'audition, non repris toutefois dans l'ordonnance de renvoi, induit un caractère
hypothétique limitant la force probante de ce témoignage ;
Attendu que Monsieur Bernard COMOLET devait encore indiquer (D112), en
réponse à la question portant sur l'implication et le niveau de décision de la
Présidence de la République par rapport à l'aide financière de l'État :
«Je présume que la décision politique d'accorder une aide de l'État à la CNCE
et à NATIXIS en difficulté, dépendait de la Présidence de la République selon
l'avis du Ministre des Finances. Les modalités de mise en application étaient
mise en œuvre par le Ministère des Finances avec l'accord de Bruxelles. Je
m'explique : l'impression que j'ai eue c'est que le ministère des finances a
déterminé l'urgence à aider les banques, les quotités d'aide dont elles avaient
besoin, pour laisser à la Présidence la décision politique d'aider ou non les
banques, puis confiant l'exécution de la décision prise au ministère des
finances.»
Attendu que les propos de Monsieur Bernard COMOLET sont là encore
hypothétiques ; qu’ils constituent, selon les termes mêmes du témoin, une
présomption ;
Attendu que le tribunal ne saurait pareillement déduire des déclarations de
Monsieur Bruno METTLING (D118, page 5), que Monsieur François PEROL
a proposé des décisions ou des avis sur le montant de l'aide directement aux
autorités compétentes ;
Attendu ainsi qu'à la question de savoir si l'aide de l'État de 5 milliards d'euros
pouvait être accordée sans l'autorisation voire la décision du Président de la
République et celle de ses plus proches conseillers et notamment Monsieur
Claude GUEANT et Monsieur François PEROL, Monsieur Bruno METTLING
indiquait : «L'ensemble de l'instruction de ce dossier a relevé de la Direction
du Trésor croisée à l'expertise technique de la Commission Bancaire. Il n'y
aurait pas eu d'aide si ces instances n'en avaient pas validé le besoin et la
nécessité. Il est clair également que dans le contexte de crise bancaire que
traversait le pays ce dossier avait une dimension politique. Il n'est donc pas
anormal que dans le cadre du fonctionnement de l'État qui caractérisait la
période (implication forte du Président de la République dans les grands
dossiers du pays), ce dossier ait été porté à la connaissance des plus hautes
autorités de l'État. Je rappelle en particulier l'existence d'une opinion publique
très remontée envers les banques donnant à toute aide en ce domaine une
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dimension politique forte».
Attendu, qu’interrogé plus précisément encore sur le rôle de Monsieur François
PEROL (D118), il devait déclarer : «De mémoire on se battait beaucoup (entre
CNCE et BFBP) sur le niveau des fonds propres requis. Je n'ai pas souvenir, à
ma connaissance dans ce débat très technique d'intervention du niveau
politique le tout sous réserve de ma mémoire sur des faits qui remontent à plus
de 5 ans dans un contexte de crise financière aiguë. Il y a eu certainement, un
moment donné où la somme de tous les risques a été validée par les autorités
publiques. En tout cas, mes interlocuteurs en ce qui me concernait, étaient la
Commission Bancaire et le Trésor».
Attendu que ces déclarations ne comportent pas un degré de certitude au-delà
du doute raisonnable sur l’intervention de Monsieur François PEROL, l’emploi
des mots, «il y a eu certainement, un moment donné où la somme de tous les
risques a été validée par les autorités publiques», n’étant pas suffisamment
précis pour caractériser l'implication de Monsieur François PEROL dans la
fixation du montant de 5 milliards ;
Attendu que pour sa part, Monsieur Charles MILHAUD déclarait (D138 page
6) : «Au delà des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, M. PEROL
devait sans doute participer aux différentes réunions et processus d'accord
d'octroi de fonds propres en fonction des demandes des différents organismes
financiers.»
Attendu qu’il n’apparaît pas que Monsieur Charles MILHAUD ait été un
témoin direct ;
Attendu qu’il y a lieu de rappeler à ce stade du jugement les déclarations de
Monsieur Philippe DUPONT, interrogé sur le déroulement des réunions à la
Présidence de la République en 2009, présidées par Monsieur François PEROL
qui indiquait (D142) : «Je confirme que des réunions coordonnées par M.
PEROL ont été vives avec les régulateurs, avec le directeur du Trésor, sur les
actifs à risque sur lesquels je me souviens avoir eu des échanges avec nos
banques conseils et la commission bancaire. A cette époque effectivement les 5
milliards d'aide de l'État étaient actés mais pas encore débloqués. Que les
interventions des pouvoirs publics sur la structure du futur ensemble puissent
être interprétées par les uns ou les autres comme faisant l'objet d'une
conditionnalité à la mise en œuvre du nouvel ensemble me paraît être une
analyse pertinente. Pour autant, cette pression nous la ressentions tant du
régulateur dont j'ai dit qu'il avait le dernier mot, que de Bercy, de Matignon et
de l'Élysée » ;
Attendu qu’il résulte des déclarations de Monsieur Philippe DUPONT que
l’aide de 5 milliards était «actée» avant les réunions à la Présidence de la
République ;
Attendu encore, qu’interrogé précisément sur l’éventuel accord de l'Élysée sur
l’aide accordée, Monsieur Philippe DUPONT affirmait : «A partir du moment
où le texte concernant les aides était voté par le parlement, l'équité entre les
groupes ne pouvait être subordonnée à une pression quelconque même si je ne
doute pas que l'Élysée avait à cette époque, de façon légitime, le dossier global
de la place financière à gérer.»
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Attendu que les mots «même si je ne doute pas que l'Élysée avait à cette
époque, de façon légitime, le dossier global de la place financière à gérer», ne
suffisent pas à établir que cette aide ait été déterminée ou accordée par la
Présidence de la République ;
Attendu enfin que si Alain MINC devait répondre à la question de savoir si
«l’aide de l'État pouvait-elle être accordée sans l’accord de l'Élysée», «bien
sûr que non», il devait indiquer dans le même temps qu’il «n’éta(it) pas dans
la machine» ; que son témoignage n’est pas assez circonstancié pour être
retenu (D133 page 4) ;
***
Attendu qu'il n'est pas suffisamment établi à partir de l'ensemble de ces
déclarations que le montant de 5 milliards a été validé par la Présidence de la
République ;
***
5.2.2.5.- Monsieur François PEROL
implicitement le montant de l’aide ?

a-t-il

validé

explicitement

ou

Attendu qu’il y a lieu de se référer pour l’examen de cette question aux
développements figurant aux points 5.2.1.5. et 5.2.1.6., desquels il résulte que
la Présidence de la République n'a ni explicitement, ni implicitement validé ce
montant de l’aide, et n’a pas davantage proposé une décision ou un avis sur ce
montant ;
Attendu, au surplus que sur ce point, Christian NOYER, interrogé spécialement
par le tribunal sur ce point va indiquer : «nous informions régulièrement le
secrétaire général de la Présidence. C'est nous qui avons arrêté le chiffre. Je
n'ai jamais été cherché un avis, ni directive. J'ai participé à des réunions et j'ai
informé le Président de la République ou le Premier Ministre. Je n'ai pas eu le
sentiment que le Directeur du Trésor attendait un aval» (page 69) ;
Attendu, au surplus, que le tribunal observe que du rapprochement de la note
de Monsieur François PEROL en date du 21 février 2009 et du protocole du 16
mars 2009 figure une différence sur les modalités de l’aide de 5 milliards ;
Attendu qu'aux termes de l'ordonnance de renvoi :
«Il formalise les conditions d'apport de fonds propres par l'État au nouvel
organe central, désigné CEPB, et dispose, notamment, en son paragraphe (III)
« l'apport de fonds propres à CEPB par l'État par la souscription par celui-ci
(...) d'actions de préférence convertibles en actions ordinaires à l'option de
l'État (...) pour un montant total de 5 milliards d'euros ».
«Il détaille dans un paragraphe intitulé «souscription d'actions de préférence
et de TSS par l'État» les modalités de la prise de participation de l'État au sein
du nouvel organe, ainsi que les engagement de remboursements.»

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Attendu que le tribunal constate que la note du 21 février 2009 évoque des
actions de préférence convertibles en actions ordinaires à l'option de l'Etat pour
un montant de 5 milliards d'euros.
Attendu que le protocole signé le 16 mars 2009 vise toutefois :
-pour un montant de l'ordre de 3 milliards d'euros des actions de préférence
convertibles, dans certaines conditions, en actions ordinaires émises par
CEBP ;
-pour un montant de l'ordre de 2 milliards d'euros des titres super-subordonnés
émis par CEBP ;
***
Attendu, en cet état, qu’au regard de l’ensemble des éléments susvisés, il n’est
pas suffisamment établi que François PEROL ait proposé «directement aux
autorités compétentes, la Banque de France et la Commission bancaire, des
décisions et des avis relatifs aux opérations réalisées par les groupes Caisse
nationale des caisses d'épargne et la Banque fédérale des banques populaires,
c'est-à-dire le montant de l'aide financière accordée par l'État dans le cadre de
leur plan de recapitalisation» ;
***
5.2.3.- La structure juridique du futur groupe
Attendu que sur la question de la structure juridique, deux aspects doivent être
envisagés, celui concernant l'organisation de la gouvernance du groupe et celui
portant sur l'opposition existante entre les pouvoirs publics et les dirigeant des
groupes Caisses d'épargne et Banques populaires sur l'affectation de l'aide
financière ;
5.2.3.1.- La structure juridique du groupe et la gouvernance
Attendu, ainsi qu'il a été rappelé au point 3.2.2.3.7.3., que le 12 novembre
2008, sera signé l'accord d'ouverture de négociations entre la Banque fédérale
des Banques populaires et la Caisse nationale des Caisses d'épargne et de
prévoyance (Scellé Archives/BPCE/Huit) ;
Attendu qu'il résulte de cet accord que c'est par une réunion du 8 octobre 2008
que le conseil d'administration de la BFBP et le conseil de surveillance de la
CNCE ont décidé d'ouvrir des négociations en vue de la conclusion d'un accord
dans les meilleurs délais ;
Attendu, s'agissant de la structure juridique que l'article 7 relatif aux «organes
sociaux et direction de l'entité fusionnée» détaille la forme des organes de
gouvernance, précisant que «l'entité résultant de la fusion sera une société
anonyme à directoire et conseil de surveillance», que «le Conseil de
surveillance de l'entité résultant de la Fusion comportera un nombre identique
de membres issues du Groupe Banque Populaire et de membres issus du
Groupe Caisse d'épargne», que «le Directoire de l'entité résultant de la Fusion
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comprendra initialement quatre membres : deux membres issus du Groupe
Banque Populaire, et deux membres issus du Groupe Caisse d'épargne. Il
comprendra deux Directeurs Généraux» ;
Attendu que la structuration telle que prévue à l'article 7 de cet accord
d'ouverture des négociations se concrétisera dans la création d'une société
anonyme à directoire et conseil de surveillance, avec un nombre égal de
représentants dans le Conseil de surveillance de la nouvelle entité ;
Attendu qu'il apparaît que dès le 12 novembre 2008, les éléments devant
structurer la gouvernance de la nouvelle entité étaient connus ;
Attendu au surplus que figurent sous scellé «ARCHIVES/BPCE/CINQ» divers
documents relatifs aux textes législatifs et réglementaires, dont un projet de
texte de loi du 30 janvier 2009, avec la mention manuscrite «projet BFBP» ;
que le tribunal constate au demeurant que ce projet diffère très sensiblement de
ce qui deviendra la loi n°2998-715 du 18 juin 2009 relative à l'organe central
des caisses d'épargne et des banques populaires, sans pouvoir en tirer une
quelconque conclusion sur la responsabilité de Monsieur François PEROL ;
Attendu surtout que figure également un document intitulé «Rappel des
réflexions sur la gouvernance du nouvel organe central (Version du 4 février
2009)» ; que sur ce document figure la mention manuscrite suivante : «5/02/09
CE (flèche) Alain LEMAIRE «dossier transmis à 13H00 ce jour par les
conseils BFBP pour la réunion avec la CB de 16H30» ;
Attendu que cette pièce, ainsi que des courriels figurant dans ce même scellé
entre les Caisses d'épargne et leurs avocats montrent que les discussions
avaient lieu entre les deux groupes, leurs avocats et la Commission Bancaire
-déduction des initiales CB - ;
***
Attendu, ainsi qu'il a été déjà démontré au point 5.2.1., qu'il n'est pas, en tout
état de cause, établi que Monsieur François PEROL ait validé ce dispositif, ni
lors des réunions du 10 novembre 2008 avec Monsieur Philippe DUPONT
d'une part et Monsieur Bernard COMOLET et Monsieur Alain LEMAIRE
d'autre part, ni davantage lors des réunions des 26 janvier, du 12 février et du
19 février 2009 ;
Attendu qu'il est insuffisamment démontré que Monsieur François PEROL a
proposé des décisions ou des avis sur cette architecture ;
5.2.3.2.- Le niveau structurel auquel l'aide doit être accordée
Attendu que le second aspect pouvant toucher la question de la structure
juridique du nouveau groupe porte sur le désaccord entre les pouvoirs publics
et les dirigeants des banques sur le fait que l'aide de l'État ne soit pas apportée à
la filiale défaillante NATIXIS mais au niveau du groupe fusionné ;

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Attendu qu’à l’audience Monsieur François PEROL a indiqué que la
«doctrine» de BERCY était de prévoir une aide au niveau de l’organe fusionné
et non au niveau des filiales ;
Attendu que l’audition de Monsieur Christian NOYER, Gouverneur de la
Banque de France, a permis de confirmer les éléments de la procédure selon
lesquels les pouvoirs publics compétents pour le rapprochement des groupes
Caisse d’Epargne et Banques Populaires étaient opposés à la proposition faite
par les deux groupes ;
Attendu que le désaccord entre les pouvoirs publics et les dirigeants des deux
banques sur ce point ressort notamment des déclarations de Monsieur Christian
NOYER devant le magistrat instructeur (D176) : «le projet de fusion BPCE
est à ma connaissance quelque chose qui a été conçu par les dirigeants
progressivement à l'automne 2008 et début 2009. Les deux groupes se sont
rendus compte que la gouvernance de NATIXIS ne fonctionnait plus, que cette
filiale à 50/50 qui était une très grosse banque de marché, de financement et
d'investissement, ne pouvait plus continuer d'être pilotée par deux actionnaires
qui n'avaient pas à tout moment la même vision de ce qu'il fallait faire pour
redresser la situation. Ces dirigeants des deux groupes, avaient imaginé
plusieurs schémas qui revenaient à se débarrasser sur l'État du risque
NATIXIS en proposant soit une nationalisation, soit une garantie d'un montant
très élevé qui aurait été donnée par l'État sur les actifs à risque. C'est la
direction du Trésor qui instruisait ce dossier, qui nous a demandé notre avis
technique et nous avons indiqué que de telles solutions n'avaient pas de sens
industriel et feraient porter des risques importants à l'État, et que la meilleure
solution industrielle pour résoudre le problème de commandement à NATIXIS,
serait que les groupes décident de fusionner» ;
Attendu, qu'à la question plus précise encore de savoir si, s'agissant de la
décision prise par le Ministère des Finances, l'«on peut penser que cette
décision est prise directement par l'Élysée ?», Monsieur Christian NOYER
devait répondre : «tel que j'ai vécu cette période, je peux dire d'abord que les
analyses qui ont été conduites à ma connaissance à la direction du Trésor,
étaient parfaitement cohérentes avec nos propres analyses sur la meilleure
solution industrielle et la meilleurs solution du point de vue des intérêts
financiers de l'État, et que donc nous-mêmes recommandions la fusion sans
pouvoir l'imposer et que le Trésor considérait que la fusion et la concentration
de l'augmentation de capital sur un groupe fusionné capable de piloter
NATIXIS avec une unité de commandement, étaient la seule bonne solution
pour minimiser le risque financier de l'État Je pense donc que, à toutes les
étapes, l'Élysée et Matignon ont été informés, j'imagine que le Ministre des
Finances ne serait pas passé outre s'il avait reçu des instructions contraires de
l'Élysée ou de Matignon, mais je n'ai absolument pas le souvenir que les idées
et les décisions soient venues de l'Élysée en particulier — au contraire, c'est
bien dans nos analyses et celles du Trésor que ce projet industriel a été
considéré comme le plus pertinent.»;
Attendu, ainsi que ce point a été analysé au moment de l'examen des trois
réunions ayant eu lieu à la Présidence de la République, qu'au regard de cette
divergence de vue, les pouvoirs publics ont imposé leur solution aux dirigeants
des deux banques ;
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Attendu, ainsi que ce point a été rappelé, que c'est au niveau de la Présidence
de la République que cette coordination des pouvoirs publics a eu lieu, de
nature à imposer la solution souhaitée ; qu'il est clairement établi qu'une
pression a été exercée sur les dirigeants des deux banques pour imposer le
point de le vue de l'État ;
Attendu que ces pressions sont illustrées notamment par le témoignage déjà
évoqué de Monsieur Alain LEMAIRE (D120 page 4) ainsi que par celui de
Monsieur Stéphane RICHARD selon lequel (D122) : « L'objectif des pouvoirs
publics était que nous arrivions le plus vite possible à la fusion et tous les
acteurs, Président de la République compris, exerçaient des pressions» ;
***
Attendu que pour le tribunal, le fait qu'une pression ait été exercée au regard
des modalités d'octroi de l'aide, ne permet pas d'établir que Monsieur François
PEROL ait proposé une décision ou un avis aux pouvoirs publics, selon les
termes de la prévention ; qu'il a été à ce moment le relais de la décision des
pouvoirs publics qui, ainsi que cela a été rappelé précédemment avait été prise
par la Banque de France, la Commission bancaire et le Ministère de l'Economie
et des finances ;
Attendu que Monsieur Xavier MUSCA a illustré ce point en déclarant : « les
deux banques actionnaires de NATIXIS voulaient en effet que le soutien de
l'État se matérialise au niveau de leur filiale commune NATIXIS. Celle-ci
portait des risques très lourds et d'ailleurs encore à l'époque mal évalués. Le
Trésor était évidemment contre cette solution qui aurait rendu peu probable le
remboursement de l'aide qu'il était prêt à apporter. Au demeurant cette
solution aurait été moralement et politiquement choquante puisqu'elle aurait
exonéré les actionnaires des responsabilités qu'ils avaient à l'égard de
NATIXIS. Nous l'avons donc combattue ».
Attendu que le fait que Monsieur Xavier MUSCA ait indiqué dans la même
audition et à la suite, que : «Nous c'est le Trésor, mais cette position était
validée par les organes politiques, le cabinet du Ministre, Matignon et
l'Élysée», ne permet pas suffisamment d'établir si, dans le cas présent,
Monsieur François PEROL a, selon la prévention, «propos(é) (…) des
décisions et des avis», sur ces modalités, ou s’il s’agissait d’un point de vue
partagé par tous, ce que Monsieur François PEROL a indiqué à l’audience en
parlant de «doctrine» ;
Attendu que les mots employés ne permettent pas suffisamment de tirer des
conséquences pénales à l’endroit de Monsieur François PEROL, notamment
pour caractériser le cas échéant qu’il ait «propos(é) (…) des décisions et des
avis» ;
***
Attendu, en cet état, qu’au regard de l’ensemble des éléments susvisés qu’il
n’est pas suffisamment établi que François PEROL ait proposé «directement
aux autorités compétentes, à la Banque de France et la Commission bancaire,
des décisions et des avis relatifs aux opérations réalisées par les groupes
Caisse nationale des caisses d'épargne et la Banque fédérale des banques
populaires, c'est-à-dire la structure juridique du groupe» ;
Page 139 / 163

***
5.2.4.- les réformes législatives devant accompagner ce rapprochement
Attendu que la loi n°2009-715 du 18 juin 2009 relative à l'organe central des
caisses d'épargne et des banques populaires a modifié le Code monétaire et
financier afin de mettre en œuvre la fusion des deux groupes ;
Attendu que les modifications ainsi adoptées étaient en tout état de cause
indispensables, dans la mesure où le code monétaire et financier contenait des
dispositions spécifiques aux groupes mutualistes et coopératifs, pour attribuer
des prérogatives aux organes centraux sur leurs affiliés ;
Attendu en effet que le rapprochement devant se traduire par la création d'un
nouvel organe central commun aux deux réseaux, une loi devait accorder les
prérogatives nécessaires pour le pilotage du nouvel ensemble ;
Attendu que le tribunal rappelle, ainsi que cela a été précisé, que l’accord
d’ouverture des négociations du 12 octobre 2008 prévoyait dans son article 3
relatif au «processus législatif» : «la réalisation de l'opération nécessitera
l'adoption par le Parlement de plusieurs modifications législatives, notamment
en ce qui concerne le statut de la BFBP (articles L. 512-10 et suivants du Code
monétaire et financier), le statut de la CNCE (articles L. 512-94 du code
monétaire et financier), le statut de la Fédération Nationale des Caisses
d'Epargne (article L.512-99 du Code monétaire et financier)» ;
«Le Gouvernement a confirmé à la BFBP et à la CNCE qu'il proposera au
Parlement, dans les meilleurs délais, d'adopter les modifications législatives
nécessaires en vue de permettre la réalisation de l'opération» ;
«Les Parties détermineront d'un commun accord les propositions de
modifications législatives à soumettre au Gouvernement, et agiront de manière
concertée auprès du Gouvernement, de toute entité étatique compétente
(notamment la Direction du Trésor et le Conseil d'État) ou de toute autre
personne impliquée dans le processus législatif (parlementaires...) en
s'abstenant de toute démarche individuelle effectuée sur une base non
concertée ou autrement que dans le cadre d'un message défini en commun. A
cet effet, toute proposition de modification législative ne pourra être
communiquée ou discutée par une Partie au Gouvernement, à toute autre entité
étatique compétente, sans avoir été préalablement agréée par l'autre Partie.»
Attendu que la loi précitée du 18 juin 2009 a créé une section spécifique dans
le Code monétaire et financier intitulée : «Organe central des caisses
d’épargne et des banques populaires» ; qu’à titre principale l’article L. 512106 dispose que «L'organe central des caisses d'épargne et des banques
populaires est l'organe central du groupe bancaire coopératif composé des
réseaux des banques populaires et des caisses d'épargne ainsi que des autres
établissements de crédit affiliés. Il est constitué sous forme de société anonyme
dont les banques populaires et les caisses d'épargne et de prévoyance
détiennent ensemble la majorité absolue du capital social et des droits de vote.
Il doit avoir la qualité d'établissement de crédit».

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5.2.4.1.- Sur le rôle de François SUREAU dans la détermination des réformes
législatives
Attendu que Charles MILHAUD déclarait (D138), s’agissant de la préparation
du projet de loi permettant de réaliser la fusion, «dans la loi régissant les
Caisses d'Epargne, il y avait des articles qui régissaient les relations entre les
Caisses d'Epargne et la CNCE. Ce projet de loi devait avoir trait tant à ces
relations qu'à la notion de « chef de réseau » puisqu'une nouvelle entité
apparaissait et que les deux anciennes disparaissaient» ; qu’il ajoutait que
«M.SUREAU devait forcément être en relation avec les services de Bercy et de
Matignon mais il était forcément en relation avec l'Élysée et Monsieur
François PEROL. Il faut bien se dire que depuis que l'on est passé sous le
quinquennat et plus particulièrement sous la Présidence de Monsieur
NICOLAS SARKOZY, c'est l'Élysée qui commande. »
Attendu qu’il résulte de l’examen de la chronologie des événements qu’à deux
reprises, François SUREAU a adressé des propositions législatives à Monsieur
François PEROL :
Attendu, d’une part, que dans un courriel adressé le 21 décembre 2007,
François SUREAU (scellé AN/PEROL/UN) transmettait, «comme convenu»,
«quelques réflexions sur le rapprochement des organes centraux» ;
Attendu que la note jointe indiquait : «poursuivant l'évolution du
rapprochement entre le groupe des caisses d'épargne et celui des banques
populaires, tel qu'il s'est manifesté dans un premier temps par la création de
Natixis, il est désormais envisagé de fusionner les organes centraux des
principaux actionnaires de cette banque, la Caisse nationale des caisses
d'épargne et de prévoyance (CNCE) et la Banque fédérale des banque
populaires (BFBP)» ; que «la présente note a pour objet d'envisager le
meilleur régime juridique applicable à l'organe central né de la fusion et de se
pencher sur les modalités susceptibles de concrétiser une telle opération» ; que
cette note est favorable à la création d'un organe central, «calqué sur le régime
juridique de la CNCE», avec un directoire et un conseil de surveillance et
préconise, pour une «gouvernance satisfaisante et un fonctionnement efficace»,
«de proscrire les structures de détention interposées propres à chaque réseau,
et en particulier d'éviter la création de «groupes» antagonistes issus «du
milieu banques populaires» ou du «milieu écureuil» et dont l'opposition
pourrait paralyser l'organe fusionné» ; que la note présentait en outre les
modalités de rapprochement, soit par «une intervention du législateur pouvant
être réduite au strict minimum», suivant l'accord des parties, soit, «en cas de
discorde des acteurs en présence», «l'autorité publique pourrait se substituer à
l'initiative privée en décidant de procéder d'office à la fusion des organes
centraux dont s'agit» ;
Attendu que Monsieur François PEROL a indiqué au tribunal que cette note lui
avait «donn(é) l'indication qu'ils n'ont pas cessé d'y penser», que «le sujet n'a
jamais quitté le devant de la scène» (page 34) ;
Attendu que le tribunal constate que Monsieur François SUREAU préconise
une organisation calquée sur le régime juridique de la CNCE, en proposant une
modification des articles L. 512-95 et L. 512-96 du Code monétaire et
financier, concernant la Caisse nationale des caisses d'épargne et de prévoyance
Page 141 / 163

en assurant la coordination des textes par l'adjonction des mots «banques
populaires» ;
Attendu toutefois qu'il résulte de la lecture de la loi du 18 juin 2009 que le
choix du législateur fut différent par la création d'une section 9 dans le chapitre
2 «les banques mutualistes ou coopératives», intitulée : «organe central des
caisses d'épargne et des banques populaires», aux articles L. 512-106 à 512108 du Code monétaire et financier ;
Attendu, d’autre part, que dans un message du 6 mai 2008,Monsieur François
SUREAU, alors qu'il dit se trouver en Afghanistan, a adressé une nouvelle note
«fusion des organes centraux» ;
Attendu que le tribunal constate notamment que dans cette note, est préconisé
le choix d'une société par actions simplifiées ; que tel n'a pas été le choix opéré
par le législateur au nouvel article L. 512-106 du code monétaire et financier,
créant le nouvel organe central des caisses d'épargne et des banques populaires
sous forme de société anonyme dont les banques populaires et les caisses
d'épargne et de prévoyance détiennent ensemble la majorité absolue du capital
social et des droits de vote ;
***
Attendu qu'aucun élément à la procédure ne permet de déterminer les suites
données à ces notes ; qu'en outre, il apparaît que les choix opérés par le
législateur ne sont pas conformes aux propositions adressées par Monsieur
François SUREAU ;
Attendu qu'aucun autre élément de la procédure ne permet de dire que
Monsieur François PEROL a donné une suite particulière à ces notes et
notamment qu'il ait formulé auprès de la Banque de France et de la
Commission bancaire, des propositions ou des avis relatifs aux réformes
législatives ayant abouti à la loi précitée du 18 juin 2009 ;
***
5.2.4.2.- Sur le rôle de la Présidence de la République dans ces réformes
législatives
5.2.4.2.1.- L’argument tiré des échanges de mail du 14 mai 2008
Attendu qu’au soutien la responsabilité pénale de Monsieur François PEROL,
dans le fait d’avoir proposé, directement aux autorités compétentes, des
décisions ou des avis, ont été invoqués par le Procureur national financier, les
échanges de mails du 14 mai 2008 entre Monsieur Didier BANQUY et
Monsieur François PEROL et entre Bernard DELPIT et Monsieur Stéphane
RICHARD ;
Attendu que ces messages, figurant sous scellé DD/AN/PEROL/UN dont le
détail a été rappelé dans la chronologie des faits, établissent que la Présidence
de la République, en la personne de Monsieur François PEROL a été
destinataire de trois amendements d’accompagnement de la réforme du Livret
Page 142 / 163

A par Monsieur Didier BANQUY ; que le collaborateur de Monsieur François
PEROL, Monsieur Bernard DELPIT, conseiller technique à la présidence de la
République travaillant pour Monsieur François PEROL, adressait, sous son
couvert, à Monsieur Stéphane RICHARD un message contenant le message de
Monsieur Didier BANQUY à Monsieur François PEROL dans lequel il
indiquait avoir reçu un appel de Monsieur Charles MILHAUD l'informant que
les amendements avaient été «dealés» (…) qu'il «était réticent sur le plus
important d'entre eux (relatif à l'agrément du président)» et «qu'avant de
prendre position officiellement», il souhaiterait que soit «sollicit(é) l'avis du
gouverneur de la Banque de France» et d'en reparler avec lui «demain soir
chez Antoine» ;
Attendu que sur ce message, Monsieur Stéphane RICHARD a déclaré : «
M.BANQUY qui est le rédacteur du mail joint adressé à M. PEROL, était
Secrétaire Général de la CNCE (...). Il fait référence dans ce mail à des
amendements discutés par le parlement portant sur le statut et l'organisation
des CAISSES D'EPARGNE. Le Cabinet de Mme LAGARDE (M. MOULIN et
moi-même), le Cabinet du 1 er Ministre (M. GOSSET-GRAINVILLE) étaient
tout à fait normalement saisis de ce dossier, puisqu'une position
gouvernementale devait être arrêtée. L'intervention de M. PEROL dans ce
processus ne me surprend pas. Il est d'usage que le Cabinet du Président de la
République participe aux arbitrages dans ce domaine. Pour votre information,
M. Bernard DELPIT était Conseiller à la Présidence de la République, il
travaillait exclusivement auprès de M. PEROL.»
Attendu qu'il y a lieu pour le tribunal de prendre position sur la portée de ce
message ;
5.2.4.2.2.- Position du tribunal sur ces messages
Attendu que le tribunal constate qu'au terme de l'arrêté du 5 avril 2004,
Monsieur François PEROL et Monsieur Didier BANQUY étaient deux des
cinq directeurs adjoints du cabinet du ministre d'État, ministre de l'économie et
des finances, Monsieur Xavier MUSCA étant nommé chargé de mission auprès
du ministre ;
Attendu, au demeurant, que l'appartenance antérieure à un même cabinet a été
manifestement de nature à créer des liens et des contacts directs,
indépendamment des circuits administratifs classiques et institutionnels;
Attendu à cet égard que Monsieur François PEROL a indiqué à l'audience qu'il
connaissait Monsieur BANQUY «de longue date» ;
Attendu d'une part que Monsieur François PEROL est sollicité alors que selon
Monsieur Didier BANQUY, «ces amendements ont été rédigés en commun
avec le Trésor et ont le OK du cab Lagarde» ;
Attendu que le tribunal constate le rôle joué par le collaborateur de Monsieur
François PEROL en l'espèce, d'orientation, par la saisine préconisée du
Gouverneur de la Banque de France ;

Page 143 / 163

Attendu que Monsieur François PEROL a indiqué à l’audience que dans le cas
présent, l'Élysée n'avait donné aucun avis, un de ses collaborateurs
recommandant seulement de solliciter l'avis du Gouverneur de la Banque de
France ; que selon lui, si la Présidence de la République a décidé sur d'autres
sujets, tel n'était pas le cas en l'espèce, «le niveau de décision n'(étant) pas une
micro-décision» (page 35) ; que selon lui, la réforme du Livret A n'était en effet
pas du niveau de la Présidence, «Bercy a(yant) négocié avec les Caisses
d'Epargne» et qu'«il n'y avait pas lieu que le Président en soit saisi», «la
présidence n'a(yant) pas de compétence sur la banalisation du livret A» ;
Attendu, indépendamment des explications de Monsieur François PEROL à
l’audience sur le niveau présidentiel ou non de la réforme du Livret A, que ces
échanges de messages électroniques n'établissent pas, au titre de l'appréciation
in concreto des faits de la prévention, la preuve d'une intervention
décisionnelle sur le champ du rapprochement entre le groupe Caisse d'épargne
et le groupe Banque populaire ;
***
Attendu que le tribunal ne dispose d’aucun élément dans la procédure sur le
processus de négociation des dispositions législatives ;
Attendu au surplus que le gouverneur de la Banque de France, Monsieur
Christian NOYER indiquait à l’audience (page 71) que «le processus législatif
n’a jamais fait débat» ;
Attendu que sur le grief tiré d’une validation implicite, le tribunal se réfère aux
développements précédents pour juger qu’il n’est pas démontré que Monsieur
François PEROL ait implicitement validé le dispositif législatif ;
Attendu, en cet état, qu’au regard de l’ensemble des éléments susvisés qu’il
n’est pas suffisamment établi que Monsieur François PEROL ait proposé
«directement aux autorités compétentes, la Banque de France et la
Commission bancaire, des décisions et des avis relatifs aux opérations
réalisées par les groupes Caisse nationale des caisses d'épargne et la Banque
fédérale des banques populaires, c'est-à-dire les réformes législatives» ;
5.2.5.- Sur le délai d'exécution dans le temps de ce rapprochement
Attendu, d’une part, ainsi que cela a été rappelé précédemment, qu’il résulte de
l'annexe 1.4. de l’accord d’ouverture des négociations du 12 novembre 2008
relatif au calendrier indicatif simplifié qu’était fixée notamment à fin-décembre
la finalisation des termes du projet d'accord définitif intégrant notamment les
valorisations, le mécanisme de rééquilibrage et les autres termes et conditions
de l'opération, à la mi-mars la date limite pour l'adoption des modifications
législatives, à la mi-mars/fin mars, la signature du traité de fusion et des
accords définitifs et à la mi/fin avril l'assemblée générale extraordinaire de la
BFBP et de la CNCE portant sur l'approbation des comptes 2008, l'approbation
et la mise en œuvre du mécanisme de rééquilibrage, le cas échéant et
l'approbation de la fusion;

Page 144 / 163

Attendu que le tribunal a rappelé en point 3.2.2.3.3. qu’il résulte de la défense
de Monsieur François PEROL qu’à compter du moment où les pertes de
NATIXIS étaient connues, «une intervention de l'État était d’autant plus
urgente que les deux banques devaient annoncer leurs résultats le 26 février
2009, date fixée depuis de nombreux mois et qui ne pouvait pas être reportée
au regard, notamment, du fait que la filiale commune en grande difficulté
NATIXIS était cotée en bourse» ;
Attendu que la date du 26 février 2009 résulte non seulement des déclarations
de Monsieur François PEROL mais aussi de celles de Monsieur Christian
NOYER qui devait souligner, à la suite de l’annonce des pertes de NATIXIS
que (D176) «l'urgence était très grande puisque les groupes devaient
communiquer sur leur résultat fin février, et donc devaient être capables de
faire des annonces sur le renforcement du capital, sur leur avenir commun et
sur les instances dirigeantes futures» ;
Attendu qu’aucun élément de la procédure ne permet d’établir que Monsieur
François PEROL ait explicitement proposé ou validé ce calendrier, ni
davantage le délai de mise en œuvre ;
Attendu que sur la question de la validation implicite, le tribunal renvoie à ses
développements figurant au point 5.2.1.6. ;
***
Attendu, en cet état, qu’au regard de l’ensemble des éléments susvisés qu’il
n’est pas suffisamment établi que Monsieur François PEROL ait proposé
«directement aux autorités compétentes, la Banque de France et la
Commission bancaire, des décisions et des avis relatifs aux opérations
réalisées par les groupes Caisse nationale des caisses d'épargne et la Banque
fédérale des banques populaires, c'est-à-dire le délai d’exécution dans le temps
de ce rapprochement» ;
***
5.2.6.- l'origine du futur dirigeant
Attendu, ainsi qu'il a été rappelé au point 3.2.2.3.7.3., que le 12 novembre
2008, a été signé l'accord d'ouverture de négociations entre la banque fédérale
des banques populaires et la caisse nationale des caisses d'épargne et de
prévoyance (Scellé Archives/BPCE/Huit) ;
Attendu, ainsi que cela a été relevé précédemment, qu'il résulte de cet accord
que c'est lors d'une réunion en date du 8 octobre 2008 que le conseil
d'administration de la BFBP et le conseil de surveillance de la CNCE ont
décidé d'ouvrir des négociations en vue de la conclusion d'un accord dans les
meilleurs délais ;
Attendu, s'agissant de l'origine du futur dirigeant que l'article 7 relatif aux
«organes sociaux et direction de l'entité fusionnée» détaille en son point 3 que
«En application d'un principe de parité, le Président du Directoire et le
Président du Conseil de Surveillance seront issus de chacun des deux Groupes.
De même les deux Directeurs Généraux seront issus de chacun des deux
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Groupes» ;
Attendu, ainsi que le tribunal en a conclu au point 3.2.2.3.7.3., qu’il n’est pas
suffisamment établi que les précisions contenues dans cet accord d’ouverture
de négociations résultent des propositions de Monsieur François PEROL ou
qu’elles aient été validées par lui, explicitement ou implicitement ;
Attendu, sur la question de l’origine du futur dirigeant et de sa nomination,
qu'il y a lieu de relever d’une part les tergiversations des dirigeants des deux
groupes et en second lieu, l’intervention directe du Président de la République
dans la nomination du futur dirigeant ;
5.2.6.1- Les tergiversations des dirigeants des deux groupes : d’une nomination
en interne à une proposition de nomination d’une personne extérieure aux
banques
Attendu qu’il résulte des pièces de la procédure que si l’accord d’ouverture des
négociations prévoyait que les futurs dirigeants de la structure fusionnée
seraient issus des deux groupes bancaires, il apparaît que ce point de vue va
évoluer entre octobre et janvier 2009 ;
Attendu que les déclarations de Monsieur Christian NOYER illustrent d’une
part l’incapacité des dirigeants des deux groupes à prendre la tête de la
nouvelle structure issue de la fusion, d’autre part, l’idée émergente selon
laquelle le dirigeant du nouveau groupe devait être extérieur aux deux banques,
et, enfin, l’impréparation des dirigeants dans la conduite de ce changement,
pour le choix du dirigeant ;
Attendu que le tribunal relève ainsi les déclarations de Monsieur Christian
NOYER (D175/2) selon lesquelles : «Dans les mois qui ont suivi et notamment
au tout début de 2009, lorsque les deux groupes ont accepté de travailler
sérieusement sur l'hypothèse de la fusion, en reconnaissant que c'était
probablement la meilleure méthode pour sortir des difficultés et rebondir, s'est
posé le problème de savoir comment organiser la gouvernance du futur
groupe. Du côté des caisses d'épargne, MM.COMOLET et LEMAIRE
apparaissaient comme des dirigeants de transition qui ne semblaient pas avoir
le caractère pour mener la fusion d'un groupe de cette taille et assurer son
redressement, et ils n'avaient clairement pas la crédibilité nécessaire vis-à-vis
des banques populaires. Du côté des banques populaires, Monsieur DUPONT
était un dirigeant plus aguerri mais sa crédibilité vis-à-vis des Caisses
d'épargne avait été affaiblie du fait qu'il présidait le conseil de surveillance de
NATIXIS, et des deux côtés j'ai reçu l'indication qu'ils se convainquaient peu à
peu que la solution pour mener à bien la fusion, serait de trouver un dirigeant
extérieur aux deux groupes. Mais apparemment ils n'ont pas mis en place de
processus de recherche et de sélection très structuré, en tout cas ils ne m'en ont
pas fait part».
5.2.6.1.1.- L’hypothèse Monsieur Philippe DUPONT
Attendu, ainsi que cela a été relevé au point 3.2.2.1.5., qu’au mois d’octobre
2008, Monsieur Philippe DUPONT et Monsieur Charles MILHAUD s’étaient
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mis d’accord sur la répartition des postes au sein du nouveau groupe ; que
Monsieur Philippe DUPONT, qui «se voyait à la tête du groupe», était censé
prendre la Présidence du Directoire ;
Attendu, ainsi que cela a été analysé dans la chronologie des faits, que selon
Monsieur Bernard COMOLET (D112), Monsieur Philippe DUPONT
considérait que sa Présidence était «consubstantielle» au projet et que le
rapprochement ne se ferait qu'à cette condition ;
Attendu qu’au 19 octobre 2008, alors que Monsieur Bernard COMOLET prend
le poste de Président de la CNCE, Monsieur Philippe DUPONT est toujours
sur la même ligne, «souhaitant accélérer la réalisation du Projet » ;
Attendu toutefois qu’il résulte des témoignages recueillis que Monsieur
Philippe DUPONT a été laissé dans cette croyance, entre octobre 2008 et
janvier 2009, alors qu’en réalité son souhait n’était pas partagé par Monsieur
Bernard COMOLET et Monsieur Alain LEMAIRE ; que Monsieur Bernard
COMOLET devait indiquer sur ce point (D112) : «nous les Caisses d’Epargne,
nous ne voulions pas de la présidence de Monsieur Philippe DUPONT» ;
Attendu, au surplus, que Monsieur Alain LEMAIRE et Monsieur Bernard
COMOLET ne souhaitaient pas en octobre 2008 arrêter d’emblée les personnes
appelées à diriger le futur organe central alors que Monsieur Philippe
DUPONT en faisait un préalable et qu’il voulait «en être le véritable patron»,
selon les propos de Monsieur Alain LEMAIRE ;
Attendu en effet que ce n’est que fin janvier, début février, que Monsieur
Bernard COMOLET et Monsieur Alain LEMAIRE indiquaient à Monsieur
Philippe DUPONT «qu’ils n’accepteraient jamais qu’il soit le numéro du futur
ensemble» ;
Attendu que sur ce point, Monsieur Claude GUEANT déclarait à l’audience
que «Monsieur DUPONT aurait pu gérer, mais l’autre groupe ne l’acceptait
pas» ; que «le spectacle des chamailleries était décevant» ;
Attendu, sur un autre champ d’analyse, que le tribunal constate que la
proposition faite en octobre 2008 à Monsieur François PEROL de le nommer à
la tête de NATIXIS, s’analyse comme une forme de manœuvre afin d’écarter
Monsieur Dominique FERRERO ;
Attendu que selon Monsieur Philippe DUPONT, «la théorie de la CNCE et de
certains de mes collaborateurs était de faire sortir Dominique FERRERO de la
Direction Générale de NATIXIS, pour placer à ce poste une personnalité
extérieure. M. PEROL faisait partie des quelques personnalités pouvant avoir
le profil pouvant correspondre aux exigences de la fonction» ;
Attendu en tout état de cause qu’il est suffisamment établi que les dirigeants du
groupe Caisse d’épargne ont laissé prospérer la proposition de nommer
Monsieur Philippe DUPONT tout en sachant qu’ils s’y opposeraient le moment
venu ;

Page 147 / 163

Attendu que pour le tribunal, les tergiversations des dirigeants des deux
groupes sont décisives dans la compréhension de l'accélération des événements
qui se sont produits entre début février 2009 et le 21 février 2009 ;
Attendu que les conditions de nomination de Monsieur François PEROL sont
indissociables de la prise en compte de ce calendrier qui s’inscrit dans
l’urgence et dans le contexte de la crise financière ;
***
5.2.6.1.2.- L’hypothèse d’une personne extérieure aux deux groupes
Attendu qu’il résulte des déclarations précitées de Monsieur Christian NOYER
que l’idée de nommer quelqu’un d’extérieur au groupe s'est «peu à peu» forgée
dans l'esprit des dirigeants des deux groupes ;
Attendu que selon Monsieur Philippe DUPONT, plusieurs noms avaient
circulé, s’agissant de Monsieur François PEROL, Monsieur Stéphane
RICHARD, Monsieur Charles-Henri PHILIPI, ancien Président de HSBC,
Monsieur François VILLEROY de GALLAULT, directeur général délégué de
BNPP ou Monsieur Philippe WHAL qui est devenu Président du Groupe LA
POSTE ;
Attendu que Monsieur Stéphane RICHARD devait indiquer sur ce point
(D122) : « Il y a eu d'abord la prise de conscience par les dirigeants des deux
réseaux que la future banque ne serait pas dirigée par l'un d'eux ni par l'un des
cadres issus des deux réseaux. A partir de là, en fonction des connaissances et
des affinités personnelles, il n'est pas anormal que mon nom comme celui de
Monsieur François PEROL ait pu être évoqué. En ce qui me concerne en tout
état de cause, je n'ai jamais fait acte de candidature mais il est exact que j'ai
été sondé à l'occasion d'un rendez-vous avec MM. DUPONT et COMOLET,
sans plus. Ce rendez-vous a dû intervenir quelques jours avant la réunion avec
le Président de la République dont on a parlé plus haut qui a annoncé la future
direction de Monsieur François PEROL. Je pense que le profil financier de
Monsieur François PEROL le prédisposait davantage que moi à ce poste. »
Attendu que sur ce point, Monsieur Olivier FOUQUET a indiqué en D116/3,
que « le cabinet du ministre des finances m'avait averti par téléphone, au mois
de janvier 2009 que nous allions être saisi d'une candidature d'un inspecteur
des finances, sans me citer de nom, dans la mouvance de Bercy et non à
l'Elysée pour prendre la tête de la BPCE et qu'on allait nous envoyer un
dossier prochainement » ;
Attendu, selon Monsieur Bernard COMOLET, qu’à l’issue d’une des trois
réunions qui s’est tenue à la Présidence de la République (D112), « on nous a
demandé de réaliser au plus vite cette fusion et de nous arranger pour trouver
le dirigeant du nouveau groupe. Nous sommes sortis de cette réunion avec
l'idée de trouver ce nouveau dirigeant et j'ai discuté en aparté avec Monsieur
François PEROL et lui ai demandé si lui-même n'était pas candidat. Ce à quoi
il m'a répondu qu'il n'en était pas question. A partir de là, le Directoire n'était
plus maître, de fait, du futur puisque tout dépendait des pouvoirs publics,
notamment quant à l'aide financière de l'Etat avec l'accord de Bruxelles ; ce
qui était en train d'être négocié par Mme LAGARDE depuis octobre 2008. La
Page 148 / 163

seule chose qui nous restait à proposer était un accord avec Monsieur Philippe
DUPONT sur le nom du futur dirigeant de l'ensemble » ;
5.2.6.2- L’intervention directe de Monsieur Nicolas SARKOZY dans le
processus de nomination de Monsieur François PEROL.
Attendu qu’à l’audience du 25 juin 2015, Monsieur Claude GUEANT,
témoignait de ce que «faute de proposition des établissements, le Président de
la République a pensé qu’il fallait quelqu’un de neutre» ; que «le Président de
la République a demandé à M. PEROL s’il accepterait de devenir le nouveau
président» ; que «Monsieur François PEROL ne voulait pas prendre cette
responsabilité» ;
Attendu que l’intervention du Président de la République s’explique par
l’incapacité des dirigeants des deux banques à se mettre d’accord sur le futur
dirigeant ;
Attendu à cet égard que le tribunal relève sur ce point les déclarations de
Monsieur Xavier MUSCA : «Tout au cours de la période qui va de la fin
octobre jusqu'à février, nous les avons pressés d'aboutir à un accord sur la
constitution d'un nouvel organe central, ce qui supposait également de choisir
le futur directeur général. Ils n'y sont jamais arrivés et nous sommes
collectivement arrivés assez vite à la conclusion que ce directeur général
devait venir de l'extérieur. Je comprends qu'informé de ce problème, le
Président de la République a fait le choix de Monsieur François PEROL. À
l'époque, j'avais compris ce choix comme le souci de montrer que
l'engagement de l'État se faisait en contrepartie d'un contrôle fort exercé par
celui-ci sur le nouveau groupe bancaire. » ; qu’il précisait que « quelques
jours avant la réunion (du 21 février 2009), (il avait) été informé de ce choix
par Monsieur François PEROL» ;
Attendu qu'ainsi, le Président de la République, Monsieur Nicolas SARKOZY,
s’est immiscé dans le fonctionnement interne d’une banque, se substituant à
des organes considérés comme défaillants ; que Monsieur Claude GUEANT a
justifié une telle pratique en concluant son audition par ces mots (page 86) : «Il
s’est emparé du dossier, car personne n’aurait compris qu’il ne s’y intéresse
pas» ;
***
Attendu que s’il n’appartient pas au tribunal d'apporter une appréciation sur
cette intervention du Chef de l'État, au regard du principe de la séparation des
pouvoirs, il lui incombe toutefois d'apprécier le cas échéant la portée éventuelle
de cet acte s'agissant des faits reprochés au prévenu ;
Attendu à ce titre qu'il importe de déterminer si Monsieur François PEROL,
directement ou indirectement, est à l’origine de la proposition de le nommer ;
Attendu que Monsieur François PEROL a évolué dans ses déclarations, à
l'instar de Monsieur Claude GUEANT, entendu par le magistrat instructeur en
qualité de témoin ;
Page 149 / 163

Attendu en effet que lors de son audition par les services de police au cours de
l’enquête préliminaire ou lors de son interrogatoire de première comparution ,
Monsieur François PEROL n’avait pas explicitement indiqué que c’était
Monsieur Nicolas SARKOZY qui lui avait demandé de prendre la tête du
nouvel organe ;
Attendu qu’à l’audience, Monsieur François PEROL a expliqué (page 124) que
«le Président de la République est le premier qui l’a évoqué avec moi, à un
moment où tout est réglé sauf le dirigeant», qu’«il faut quelqu’un qui incarne
l'État» ;
Attendu que pour Monsieur François PEROL, «le Président de la République
est le premier à avoir évoqué le sujet» ; que cette conversation aurait eu lieu,
selon lui, après la réunion du 12 février 2009, peut-être le mercredi 18 février
2009 ;
Attendu que Monsieur François PEROL indiquait avoir été surpris, pensant
«qu’il veut se séparer de moi» ; qu’il précisait avoir donné sa réponse 24
heures ou 48 heures après ;
Attendu qu'il ne saurait être déduit de ces seuls éléments que Monsieur
François PEROL a été l’origine de cette proposition, soit directement ou
indirectement, aucun témoignage, ni écrit, ne permettant d'accréditer cette
thèse ;
Attendu que les déclarations de Monsieur Alain MINC (D133) selon lesquelles
d'une part, il avait «été amené à parler avec Monsieur François PEROL puis
avec Nicolas SARKKOZY, de son éventuelle nomination», et, d'autre part, qu'il
aurait déconseillé à Monsieur François PEROL de prendre ce poste, ayant fait
part de son appréciation à Monsieur Nicolas SARKOZY qui lui aurait répondu
en substance : «je veux montrer mon engagement direct pour sauver cette
banque et calmer les inquiétudes», ne permettent pas davantage d'établir que
Monsieur François PEROL ait été à l'origine de sa propre nomination ;
Attendu enfin que le fait d’avoir accepté la proposition du Président de la
République ne saurait constituer «la proposition de décision ou d'avis»
adressée directement aux autorités compétentes, exigée par la prévention ;
Attendu que le fait, pour le Président de la République de proposer la
nomination d'un de ses plus proches collaborateurs à la tête du deuxième
groupe bancaire français ne pouvait qu'entraîner, de la part des observateurs
extérieurs, une légitime interrogation sur la nomination à un poste d'une
particulière sensibilité;
Attendu qu'il n'en demeure pas moins pour le tribunal, que dans le cadre fixé
par la loi, l'acceptation par Monsieur François PEROL de ce poste ne saurait
constituer la proposition de décision et d’avis directement aux autorités
compétentes, selon les termes de la prévention ;

Page 150 / 163

5.2.6.3.- L’incidence de l’absence de saisine de la commission de déontologie
Attendu que l'article 87 de la loi n°93-122 du 29 janvier 1993 relative à la
prévention de la corruption et à la transparence de la vie économique et des
procédures publiques, modifié par l'article 18 de la loi n°2007-148 du 2 février
2007 dispose, dans sa version applicable au moment des faits qu'«une
commission de déontologie placée auprès du Premier ministre est chargée
d'apprécier la compatibilité de toute activité lucrative, salariée ou non, dans
une entreprise ou un organisme privé ou toute activité libérale, avec les
fonctions effectivement exercées au cours des trois années précédant le début
de cette activité par tout agent cessant ses fonctions» ;
En application du II de cet article, «La saisine de la commission est obligatoire
au titre du I pour les agents chargés soit d'assurer la surveillance ou le
contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature
avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de
proposer des décisions relatives à des opérations effectuées par une entreprise
privée ou de formuler un avis sur de telles décisions (…) » ; qu’en application
du III de ce même article, «la commission peut être saisie pour rendre un avis
sur la compatibilité avec les fonctions précédentes de l'agent, de toute activité
lucrative, salariée ou non, dans un organisme ou une entreprise privé ou dans
une entreprise publique exerçant son activité conformément aux règles du droit
privé dans un secteur concurrentiel ou d'une activité libérale que souhaite
exercer l'agent pendant un délai de trois ans suivant la cessation de ses
fonctions» ;
Attendu que Monsieur Olivier FOUQUET devait indiquer que lorsque
Monsieur Claude GUEANT apprenait que la Commission de déontologie ne
pouvait se réunir avant un délai de 15 jours, ils avaient ensemble «convenu
qu’(Olivier FOUQUET) lui enverrai(t) une lettre expliquant les conditions que
devait remplir M. PEROL pour que la saisine de son dossier soit facultative» ;
Attendu ainsi que Monsieur Olivier FOUQUET adressait à Monsieur Claude
GUEANT une lettre en date du 24 février 2009, aux termes de laquelle «il faut
donc en conclure que si le Secrétaire général adjoint a exercé les fonctions qui
lui étaient confiées dans les conditions habituelles d’exercice de leurs
fonctions par les membres des cabinets ministériels, la jurisprudence
traditionnelle de la Commission lui est applicable» ;
Attendu que le mardi 24 février 2009, le Président de la République, à
l’occasion d’un déplacement en Italie, déclarait que la commission avait donné
un avis favorable au départ de Monsieur François PEROL ; que ces
déclarations devaient provoquer une vive réaction de Monsieur Olivier
FOUQUET auprès de Monsieur Claude GUEANT qui le rassurait en lui
indiquant qu’il allait «rectifier le tir» ;
Attendu que Monsieur Claude GUEANT rappelait Monsieur Olivier
FOUQUET le mercredi 25 février 2009 à 8H30, lui indiquant : «j’ai rectifié le
tir, j’ai dit que vous aviez donné un avis favorable, à titre personnel» ; qu’à la
demande de Monsieur Olivier FOUQUET, furieux de cette présentation de la
lettre qu'il avait adressée, Monsieur Claude GUEANT publiait la lettre ;

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Attendu que Monsieur François PEROL a expliqué qu'après s'être entretenu
avec un ami avocat dont le compte-rendu de la conversation figure dans un
cahier placé sous scellé PER/ BUR/ SIX, il avait considéré qu'il ne rentrait pas
dans les critères de la loi, pour ce qui concerne une saisine obligatoire de la
Commission ; qu'il indiquait que selon lui, à la lecture de la note du Secrétaire
général du Gouvernement dont la conclusion a été rappelée précédemment, «il
n'y avait pas de problème» (page 132) ;
Attendu qu'aux termes de l'ordonnance de renvoi, «aucune des dispositions
légales et réglementaires n'a donc été respectée par Monsieur François
PEROL ou par son supérieur hiérarchique, Monsieur Claude GUEANT, chef
de l'administration de la présidence de la République en sa qualité de
secrétaire général. Tous les deux se sont affranchis des règles et ont, de
concert, procédé à un «habillage déontologique» qui ressort des investigations
menées» ; que l'ordonnance précise que la circulaire du 31 octobre 2007
recommande de soumettre un dossier à la Commission «en cas de doute» ;
Attendu, que s'agissant de l'absence de saisine de la Commission de
déontologie, le tribunal relève les déclarations de Monsieur Olivier FOUQUET
selon lesquelles «M. Guéant ignorait tout du fonctionnement de la commission
de déontologie, notamment à propos du délai d'instruction des affaires» ; qu’il
lui a précisé «la différence entre la saisine obligatoire et la saisine
facultative» ; que selon, lui, Monsieur Claude GUEANT, «découvrait la
question, n'y comprenait pas grand-chose» ;
Attendu qu’à la question de savoir s’il ne s’agissait pas en fait de mettre la
commission devant le fait accompli et d’éviter ainsi une instruction de l’affaire
qui aurait pu aboutir à un avis négatif, Monsieur Olivier FOUQUET a indiqué :
«Franchement, M. GUEANT lorsqu'il m'a appelé pour demander la saisine de
la commission semblait vraiment penser que l'on pouvait réunir la commission
en 48 H et que la nomination de M. PEROL ne posait aucun problème. Je
répète qu'il m'a paru totalement ignorant des règles applicables à la
commission de déontologie».
***
Attendu que le tribunal n’estime pas que les conditions de la saisine, le
vendredi 20 février 2009, procède de la volonté délibérée de contourner la
commission de déontologie ; qu'il estime concevable que Monsieur Claude
GUEANT ignorât le fonctionnement de la Commission de déontologie et
l’impossibilité pour cet organe d’émettre un avis dans un délai inférieur à 15
jours ;
Attendu en outre que les conditions de la saisine, le vendredi 20 février 2009,
sont compatibles avec l’enchaînement des événements tel qu'analysé par le
tribunal et les conditions dans lesquelles Monsieur François PEROL a été
envisagé à la tête de la BPCE ;
Attendu que contrairement à ce que relève l'ordonnance de renvoi, la preuve
n'est pas suffisamment rapportée que le choix de nommer Monsieur François
PEROL à la tête de la CNCE et de la BFBP était « bien antérieur au 21 février
2009 » ;
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Attendu en effet que la précipitation avec laquelle les événements se sont
enchaînés rendent crédible le fait que le choix de nommer Monsieur François
PEROL se soit arrêté au dernier moment, soit dans la semaine du lundi 16
février 2008 ;
Attendu que le tribunal ne dispose en tout état de cause pas d'élément
susceptible d'invalider cette version ;
Attendu cependant, qu’apprenant que la Commission de déontologie ne pouvait
se réunir immédiatement, il eut été de bonne pratique, indépendamment des
contingences légitimes existantes sur l’urgence de la fusion, de rechercher
d’autres solutions compatibles avec le fonctionnement de cette institution qui
aurait pu garantir les conditions de la nomination de Monsieur François
PEROL et éviter ainsi les légitimes interrogations sur cette nomination ; que ce
dernier devait lui-même indiquer que «saisir la commission était une
assurance pour la suite» (page 132) ;
Attendu surtout que Monsieur Claude GUEANT a indiqué à l’audience que son
intention première était de saisir la Commission ; que ce n'est qu'ensuite (page
77), que «l’on a considéré que les conditions n’étaient pas remplies pour une
saisine obligatoire», au regard des éléments communiqués par le Secrétaire
général du gouvernement ;
Attendu, de manière particulière, que le fait d’avoir indiqué que le Président de
la Commission avait émis un avis favorable, à titre personnel, ne correspondait
manifestement pas à la réalité ; que les propos tenus par Monsieur Claude
GUEANT, faisaient suite à l'erreur du Président de la République, qualifiée à
l'audience de «raccourci» par Monsieur Claude GUEANT, le Président de la
République, alors en déplacement en Italie, ayant indiqué en réponse à une
question posée, que «l’avis était favorable» ;
Attendu qu'une telle réitération dans l'approximation ne pouvait que nourrir la
suspicion de manipulation, ainsi que l'illustrent les articles de presse versés à la
procédure (D179/2) et faisant état de la démission de la Commission de
déontologie de Monsieur Jacques CHABRUN et de son suppléant Monsieur
Pierre-Yves RICHARD, membres de la Cour des comptes ; qu'il résulte de
l'audition de Monsieur Jacques CHABRUN que le Premier président de la
Cour des comptes, Philippe SEGUIN, avait approuvé leur démarche ;
Attendu à cet égard que le tribunal relève un paragraphe de la lettre de
Monsieur Jacques CHABRUN, en date du 29 avril 2009, figurant en cote
D181/4, adressée au Président de la Commission selon laquelle : «je constate
en effet que le refus de saisir la commission de déontologie n'a pas permis à
celle-ci d'exercer ses compétences dans le respect du contradictoire, de
protéger M. PEROL contre lui-même et de lui éviter le cas échéant les deux
plaintes au pénal dont il fait actuellement l'objet» ;
***

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Attendu cependant que l'absence de saisine de la commission de déontologie,
constitue un élément de contexte, non constitutif, dans les circonstances de
l'espèce, et en tant que tel, d'un comportement pénalement répréhensible ;
***
Attendu, au regard de l'ensemble des éléments du dossier de la procédure et des
débats, qu’il y a lieu de renvoyer Monsieur François PEROL des fins de la
poursuite ;
***
SUR L'ACTION CIVILE :

Sur les constitutions de partie civile des syndicats CGT:
Sur les conclusions :
Attendu que les syndicats CGT des personnels de la Caisse d'épargne Côte
d'Azur, Ile de France, Midi Pyrénées, Bretagne, Rhône Alpes, le syndicat du
personnel banque-assurances CGT Auvergne Limousin, le syndicat CGT des
personnels du groupe Banque Palatine, le syndicat CGT de la CEPAC, la
fédération CGT des syndicats du personnel de la Banque et de l'Assurance et la
CGT concluent à la recevabilité de leurs constitutions de partie civile et
sollicitent chacun un euro à titre de dommages et intérêts, outre l'octroi d'une
somme de 10 000 euros ;
Attendu, sur la question de la recevabilité, qu'ils font valoir qu'ils sont
recevables à se constituer partie civile même en présence d'un intérêt indirect,
sur le fondement des dispositions de l'article L. 2132-3 du code du travail qui
dispose que les syndicats professionnels peuvent «exercer tous les droits
réservés à la partie civile concernant les faits portant un préjudice direct ou
indirect à l'intérêt collectif de la profession qu'ils représentent» ;
Attendu qu’ils arguent de ce que le délit de prise illégale d'intérêts est
susceptible de causer un préjudice direct ou indirect à un syndicat ; qu'ils
allèguent ainsi que la Cour de cassation n'a cessé d'étendre le droit d'exercice
de l'action civile dans le cadre des infractions d'intérêt général, notamment
relativement au délit de prise illégale d'intérêts, invitant les magistrats du fond
lorsqu'ils apprécient la recevabilité d'une action civile à rechercher si les faits
dont ils sont saisis «ne portaient pas un préjudice même indirect à l'intérêt
collectif de la profession représentée par ce syndicat» ;
Attendu qu'ils relèvent en outre que la jurisprudence admet que la constitution
de partie civile est une prérogative attachée à la personne et peut «tendre
seulement à la défense de son honneur et de sa considération,
indépendamment de toute réparation du dommage par voie de l'action civile» ;
Attendu qu'ils font enfin référence aux termes de l'arrêt de la Cour de cassation
rendu dans la présente procédure le 27 juin 2012, estimant que les syndicats
CGT qui représentent les intérêts collectifs de la profession, distincts de ceux
des salariés, ont subi un préjudice du fait de la prise illégale d'intérêts qu’aurait
commise Monsieur François PEROL «dès lors que de tels faits sont de nature
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à caractériser un manquement au devoir de probité et aux obligations
déontologiques de nature à porter atteinte à l'image de la profession bancaire
ainsi embrassée et à la confiance qu'elle se doit d'inspirer» ;
Attendu que, sur la caractérisation des préjudices, que les syndicats CGT
allèguent qu'indépendamment de celui lié à la dégradation de l'image de la
profession, ils «entendent rappeler que les choix économiques et de
rapprochement des deux entités bancaires ont eu des conséquences graves sur
les salariés préjudiciables aux intérêts collectifs de la profession» ;
Attendu qu'ils font à ce titre état notamment de communications syndicales et
de plusieurs rapports établis dans le cadre, d'une part, du projet NATIXIS de
1986, et, d'autre part, du projet de «fusion BPCE» de 2009, qui établiraient,
selon eux, le fait que la création de Natixis et la fusion BPCE, «le tout piloté
puis administré par Monsieur François PEROL», ont mis en place une
politique sociale et commerciale tout à fait préjudiciable aux salariés, marquée
par des plans sociaux à la Caisse d'épargne, un sous-effectif induit par ces
plans, des méthodes de management, la mise en place d'une politique
commerciale agressive, le manque de reconnaissance du travail effectué, la
stagnation des salaires de base ;
***
Attendu que le syndicat SUD Groupe BPCE conclut pour sa part à la
recevabilité de sa constitution de partie civile et demande la condamnation de
Monsieur François PEROL au paiement d'une somme de 100 000 euros à titre
de dommages et intérêts et de 50 000 euros par application de l'article 475-1 du
Code de procédure pénale ;
Attendu que sur la recevabilité de sa constitution de partie civile, le syndicat
SUD Groupe BPCE indique à titre liminaire qu'il y a lieu de ne pas confondre
la recevabilité de la constitution de partie civile et le constat d'un éventuel
préjudice susceptible d'ouvrir droit à l'octroi de dommages et intérêts ;
Attendu qu'il fait en outre valoir que le délit de prise illégale d'intérêts n'a pas
pour seul objet de protéger l'État en cas de conflits d'intérêts mais a également
pour finalité de réprimer quiconque utiliserait des prérogatives de puissance
publique conférées par l'État pour satisfaire à des besoins d'ordre privé,
indépendamment de tout préjudice causé à l'État ;
Attendu qu'il estime en l'espèce que s'il est constaté qu'une personne a utilisé
des prérogatives de puissance publique pour parvenir à créer un groupe
bancaire et en prendre la direction, cette personne s'est alors procurée un
bénéfice dans le secteur privé sans pour autant avoir porté atteinte aux intérêts
de l'État ;
Attendu qu'il se réfère aux dispositions spécifiques du code du travail pour
rappeler, qu'y compris devant la juridiction de jugement, le préjudice allégué à
l'intérêt collectif de la profession que le syndicat représente peut n'être
qu'indirect ;

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Attendu que sur l'évaluation de la demande de dommages et intérêts, le
syndicat SUD Groupe BPCE soutient que la fusion BPCE et la nomination de
Monsieur François PEROL à sa tête, conditions posées par l'État via
notamment Monsieur François PEROL pour l'obtention d'une recapitalisation
de 5 milliards d'euros, ont conduit à faire basculer les deux banques d'un statut
de banque mutualiste à un statut de banque privée, entrainant des modifications
radicales de fonctionnement, notamment pour le personnel, l'objectif d'une
banque privée étant de satisfaire son actionnariat en obtenant de meilleurs
profits ;
Attendu qu'il soutient ainsi qu'afin d'augmenter ces derniers, dès l'année 2010,
près de 5000 emplois ont été supprimés, que 6000 instances prudhommales
relatives au paiement de primes sont actuellement pendantes, que le système
«benchmark» d'évaluation permanente des salariés a été mis en œuvre au
détriment de la santé et du bien-être de ces derniers ;
Attendu qu'il en conclut que la transformation de la banque et la prise de
direction par M. PEROL n'ont pu se réaliser «que par le fruit de la commission
de l'infraction de prise illégale d'intérêts» ;
***
Attendu que Monsieur François PEROL conclut à l'irrecevabilité des
constitutions de partie civile de l'ensemble des syndicats ; qu'il allègue que si la
simple possibilité d'un préjudice a suffi au stade de l'instruction pour accueillir
les constitutions de partie civile des syndicats, elle ne saurait suffire devant la
juridiction de jugement, les syndicats devant démontrer l'existence d'un
préjudice direct et certain ;
Attendu qu'il affirme que dès lors que le délit de prise illégale d'intérêts est une
infraction qui a pour but exclusif de protéger l'intérêt général, en l'espèce les
intérêts de l'État, l'action des syndicats doit être déclarée irrecevable ;
Sur ce :
Attendu que par application des dispositions de l'article L. 2132-3 du code du
travail, «les syndicats professionnels ont le droit d'agir en justice. Ils peuvent,
devant toutes les juridictions, exercer tous les droits réservés à la partie civile
concernant les faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif
de la profession qu'ils représentent» ;
Attendu qu'il résulte de ces dispositions que les syndicats professionnels ne
peuvent exercer les droits réservés à la partie civile qu'en ce qui concerne les
faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif de la profession
qu'ils représentent, qui doit s'entendre de l'intérêt qui existe à l'égard de tous les
membres de la profession ; que cet intérêt collectif est distinct de l'intérêt
individuel de la victime et de l'intérêt général de la société ;
Attendu, en tout état de cause, que la possible atteinte indirecte à l'intérêt
collectif de la profession bancaire doit s'apprécier in concreto,
indépendamment des intérêts que l'infraction de prise illégale d'intérêts a pour
objet de protéger ;
Page 156 / 163

Attendu en effet qu’il ne saurait être déduit des finalités poursuivies par cette
incrimination, à savoir le fait de garantir la neutralité de l'État en prévenant, de
façon objective, des situations susceptibles de faire naître le soupçon sur
l'administration, une exclusion de toute constitution de partie civile dès lors
qu'elle remplit les conditions ci-dessus rappelées ;
Attendu, en l'espèce, que le reproche fait à Monsieur François PEROL,
secrétaire général adjoint de la Présidence de la République, d’avoir, au terme
de la prévention, commis le délit de prise illégale d'intérêts serait de nature, à
supposer l’infraction établie, à jeter l'opprobre sur l'ensemble des métiers de la
banque, susceptible ainsi de porter une atteinte indirecte à l'intérêt collectif de
la profession que les syndicats représentent ;
Attendu qu’il y a lieu de déclarer recevable les constitutions de partie civile des
syndicats CGT et du syndicat SUD ;
Attendu cependant qu'en raison de la relaxe prononcée à l'égard du prévenu, les
syndicats CGT et le syndicat SUD seront déboutés de l'intégralité de leurs
demandes tant au titre de dommages et intérêts que sur le fondement de l'article
475-1 du code de procédure pénale ;
Sur la constitution de partie civile de Nathanaël MAJSTER
Sur les conclusions :
Attendu que Monsieur Nathanaël MAJSTER demande au tribunal de le
recevoir en sa constitution de partie civile, de le dire bien fondé à exercer
l'action ut singuli de la BPCE et de la Caisse d'épargne et de Prévoyance d'Ile
de France, dite CEIDF, contre Monsieur François PEROL, de condamner ce
dernier à payer d'une part à la BPCE, d'autre part à la Caisse d'épargne et de
Prévoyance d'Ile de France, la même somme de un euro à titre de dommages et
intérêts et de lui octroyer la somme de 20000 euros en application des
dispositions de l'article 475-1 du code de procédure pénale ;
Attendu qu'il fait valoir que l'action ut singuli autorise un associé à exercer à
titre individuel l'action sociale de la personne morale dont il est membre quand
celle-ci a manqué de l'engager ou de la faire soutenir par ses organes légaux ;
Attendu qu'il justifie son action civile ut singuli au nom de la CEIDF, en ce que
cette dernière s'est abstenue de poursuivre la réparation du préjudice que le
délit reproché à Monsieur François PEROL lui a occasionné, en considération
très vraisemblablement de la position occupée par Monsieur François PEROL
à la tête de la CEIDF ;
Attendu qu'il argue en outre de ce que le délit reproché à Monsieur François
PEROL a retenti sur l'image des associés de la BPCE dont la CEIDF, et, qu'en
conséquence, en sa qualité de sociétaire de la CEIDF, il exerce donc également
et ut singuli l'action civile de cette dernière contre Monsieur François PEROL
en réparation de son propre préjudice ;

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Attendu qu'il fait état de ce que l'illicéité de la désignation de Monsieur
François PEROL à la tête de la BPCE a en effet jeté sur la BPCE comme sur la
CEIDF l'opprobre de l'opinion en suggérant qu'elles se seraient accommodées
d'une infraction à la loi et qu'elles faciliteraient une politique de réseau
contraire aux règles de neutralité républicaine et démocratique ; que s’en serait
suivi un préjudice d'image ; qu'il affirme enfin qu'il convient de considérer
l'émotion que peut susciter dans l'opinion l'idée que l'auteur et le bénéficiaire
de l'infraction se seraient enrichis à cette occasion de plusieurs millions
d'euros ;
Attendu qu'au soutien de ses conclusions, il verse à la procédure une
«attestation de détention de titres», en date du 3 juin 2015, établie par la
CEIDF consignant le fait que l'intéressé est propriétaire de 10 titres au porteur ;
qu'il produit en outre la citation directe délivrée le 22 mai 2015 sur le
fondement de l'article R. 225-70 alinéa 1 du code de commerce, d'une part à la
CEIDF, d'autre part à la BPCE et dénoncée le même jour au procureur de la
République près le tribunal de grande instance de Paris, outre une dénonciation
du même acte en date du 2 juin 2015 à l'endroit de Madame le procureur
national financier ;
Attendu que, par note réceptionnée le 18 juin 2015 par le greffe de la 32ème
chambre correctionnelle, les conseils des sociétés BPCE et CEIDF concluent à
l'irrecevabilité de l'action civile exercée par Monsieur Nathanaël MAJSTER,
aux motifs du défaut de qualité à agir de ce dernier et de l'absence de
justification d'un préjudice qui aurait été causé aux sociétés aux noms
desquelles Monsieur Nathanaël MAJSTER prétend agir ;
Attendu, qu'au soutien de leur argumentation, ils font état, à titre liminaire, de
ce que Monsieur Nathanaël MAJSTER est un ancien salarié de la Caisse
Nationale des Caisses d'Epargne et de Prévoyance (CNCE) dont le contrat de
travail avait été transféré à la BPCE le 1er août 2009 et qu’il a été licencié en
octobre 2009 pour insubordination, licenciement confirmé par le conseil des
prud'hommes puis par la cour d'appel de Paris le 20 mars 2014 ;
Attendu, sur le premier moyen tiré de l'irrecevabilité de la constitution de partie
civile de Monsieur Nathanaël MAJSTER, que les sociétés BPCE et CEIDF
soutiennent que l'intéressé est dépourvu de qualité à agir ;
Attendu qu'elles relèvent que l'action ut singuli vise à réparer le préjudice causé
à la société par ses dirigeants et qu'elle permet ainsi à un actionnaire d'agir au
nom de la société dans laquelle il est actionnaire ; qu'elles font valoir en
l'espèce que Monsieur François PEROL est, depuis le 31 juillet 2009, Président
du directoire de BPCE et que Monsieur Nathanaël MAJSTER est sociétaire de
la CEIDF, elle-même actionnaire de BPCE à hauteur de 6,96 % du capital et
des droits de vote ;
Attendu qu'elles en concluent que Monsieur Nathanaël MAJSTER n'étant pas
actionnaire de BPCE, il ne peut valablement exercer l'action sociale ut singuli à
l'encontre d'un dirigeant de BPCE ;
Attendu, sur le second moyen tiré de l'irrecevabilité de la constitution de partie
civile de Monsieur Nathanaël MAJSTER, que les sociétés BPCE et CEIDF
allèguent, sur le fondement de l'article 2 du Code de procédure pénale,
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l'absence de préjudice personnel et direct tant pour BPCE que pour la CEIDF ;
qu'elles indiquent que le préjudice d'image allégué par Monsieur Nathanaël
MAJSTER n'est pas caractérisé, aucun préjudice de réputation à l’endroit des
sociétés CEIDF et BPCE n'ayant été causé, lesdites sociétés n'ayant pas été
associées aux faits de la cause ; qu'elles affirment enfin que l'infraction de prise
illégale d'intérêts relève des atteintes à l'intérêt public dont la sanction est
exclusivement destinée à protéger les intérêts de l'Etat et non les intérêts privés
en cause ;
***
Attendu que dans ses conclusions, Monsieur François PEROL a conclu à
l'irrecevabilité de la constitution de partie civile de Monsieur Nathanaël
MAJSTER dans le cadre d'une action sociale dite ut singuli, d'une part, au
motif du défaut de qualité à agir, seuls les actionnaires de BPCE pouvant
exercer l'action ut singuli contre le dirigeant social de cette société, d'autre part,
au motif que le délit de prise illégale d'intérêts est une infraction ayant
exclusivement pour but de protéger l'intérêt général considéré comme celui du
secteur public ;
Attendu, qu’en réponse à ces conclusions, Monsieur Nathanaël MAJSTER fait
valoir :
-s'agissant de l'irrecevabilité de sa constitution de partie civile ut singuli pour
défaut de qualité à agir, qu'en sa qualité de sociétaire de la CEIDF, il peut
exercer ut singuli toutes les actions qui appartiennent à cette dernière et qu'elle
s'abstient d'introduire ou de soutenir, au titre desquelles figure l'action ut
singuli qui lui permet d'agir contre les dirigeants de la BPCE dont la CEIDF est
actionnaire ;
Attendu qu'il indique également que la CEIDF en tant que composante majeure
du groupe BPCE souffre elle-même d'un préjudice, qu'en sa qualité de
sociétaire de la CEIDF, il est recevable à «exercer ut singuli» ;
- s'agissant de l'irrecevabilité de sa constitution de partie civile ut singuli pour
absence de préjudice, que le préjudice résulte de l'image dégradée de la CEIDF
et de BPCE à raison du scandale médiatique résultant de «l'imprudente
nomination» de Monsieur François PEROL à la tête des deux sociétés et de
l'acceptation par celui-ci de fonctions qui lui ont été confiées au mépris de la
loi ; que la confiance des usagers d'une banque repose sur la conviction qu'ils
ont de son honnêteté, c'est à dire celle de sa gouvernance et de ses
collaborateurs ; que les usagers du système bancaire sont également des
citoyens qui attendent que leur banque ne participe pas à des opérations
contraires à la morale, valeur par ailleurs vantée par le groupe BPCE ; qu'il
soutient encore que la prise illégale d'intérêts est un comportement qui suscite
généralement l'opprobre et le rejet, particulièrement chez les petits déposants et
épargnants dans le cas des banques ; que la question du retentissement du
procès sur l'image de la BPCE a été clairement posée dans les médias ;
Sur ce :
Attendu que par application des dispositions de l'article L. 225-252 du code de
commerce, «outre l'action en réparation du préjudice subi personnellement,
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les actionnaires peuvent, [...] individuellement, [...] intenter l'action sociale en
responsabilité contre les administrateurs ou le directeur général. Les
demandeurs sont habilités à poursuivre la réparation de l'entier préjudice subi
par la société, à laquelle, le cas échéant, les dommages-intérêts sont alloués» ;
que par application des dispositions de l'article R. 225-70, «lorsque l'action
sociale est intentée par un ou plusieurs actionnaires, agissant […]
individuellement, [...] le tribunal ne peut statuer que si la société a été
régulièrement mise en cause par l'intermédiaire de ses représentants légaux» ;
Attendu qu'il est constant que Monsieur Nathanaël MAJSTER détient des titres
au porteur de la CEIDF et que Monsieur François PEROL est Président du
directoire de BPCE depuis le 31 juillet 2009 ;
Attendu dans ces conditions, que Monsieur Nathanaël MAJSTER ne saurait se
prévaloir des dispositions de l'article L. 225-252 du Code de commerce afin
d'intenter une action sociale ut singuli au nom de BPCE, laquelle est réservée
aux seuls actionnaires de la société dont il est allégué que les intérêts ont été
lésés ;
Attendu que Nathanaël MAJSTER, sociétaire de la CEIDF, elle-même
actionnaire de BPCE, ne peut en effet se prévaloir d'un «actionnariat de
deuxième rang», sauf à élargir la portée des dispositions susvisées,
d'interprétation stricte ;
Attendu enfin que Monsieur François PEROL n'ayant pas la qualité
d'administrateur ou de directeur général de la société CEIDF, l'action civile ut
singuli exercée au nom de la société CEIDF à son encontre ne saurait
également prospérer utilement ;
Attendu en conséquence qu'il convient de juger irrecevables les actions ut
singuli exercées par Monsieur Nathanaël MAJSTER à l'encontre de Monsieur
François PEROL tant au nom de BPCE que de la CEIDF ;
Sur la constitution de partie civile de Francis ANDICHOU :
Sur les conclusions :
Attendu que Monsieur Francis ANDICHOU demande au tribunal de dire sa
constitution de partie civile bien fondée et de condamner Monsieur François
PEROL au paiement de la somme d'un euro symbolique en réparation du
préjudice moral ainsi que de la somme de 8 000 euros sur le fondement de
l'article 475-1 du code de procédure pénale ;
Attendu qu'il fait valoir qu'il a été client de la Caisse d'épargne de 1982 à 2012
et qu'il est client de BPSO depuis 1979 ; qu'il précise que la BPSO comprenait
la CASDEN dont il faisait partie ; qu'il indique qu'il s'agit de banques
mutualistes animées de valeurs particulières auxquelles il est particulièrement
attaché et qu'il a en conséquence, en sa qualité de mutualiste convaincu, été
indigné par la nomination de Monsieur François PEROL à la tête de ces
banques alors que ce dernier avait contrôlé et surveillé cette opération de fusion
directement en collaboration avec le Président de la République, et ce, en
dehors de tout contrôle hiérarchique ;
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Attendu qu'il argue de ce que l'infraction de prise illégale d'intérêts est un délit
dont la finalité globale est d'éviter pour l'agent public tout conflit d'intérêts
entre les affaires publiques et les affaires privées et de garantir ainsi son
indépendance et son impartialité ; qu'il prétend que les faits reprochés à
Monsieur François PEROL sont de nature à porter atteinte à l'image de la
profession bancaire de la Banque Populaire et de la Caisse d'épargne et à la
confiance qu'elles doivent inspirer et qu'ils ont fragilisé la Banque Populaire ;
qu'il estime en conséquence avoir subi un préjudice moral en relation directe
avec l'infraction à la loi pénale commise par Monsieur François PEROL ;
***
Attendu que Monsieur François PEROL conclut à l'irrecevabilité de la
constitution de partie civile de Monsieur Francis ANDICHOU pour défaut de
préjudice direct et personnel entre les faits reprochés à Monsieur François
PEROL et le préjudice allégué par l'intéressé ; que dans ses conclusions, il
formule la question suivante : «faut-il déclarer recevable tout client d'une
entreprise en raison du seul fait qu'il a été choqué par le comportement du
dirigeant?» ;
Sur ce :
Attendu que par application des dispositions de l'article 2 du code de procédure
pénale, l'action civile en réparation du dommage causé par un délit appartient à
tous ceux qui ont personnellement souffert du dommage directement causé par
l'infraction ;
Attendu que le retentissement éventuel de la commission de l'infraction de
prise illégale d'intérêts sur l'image de la profession bancaire ne saurait
constituer un préjudice propre à Monsieur Francis ANDICHOU pris en sa seule
qualité de client de la Banque Populaire, lequel n'est pas en charge de la
défense des intérêts collectifs de cette profession ;
Attendu, au surplus, que le fait d'avoir été choqué par les faits reprochés à
Monsieur François PEROL, ne saurait suffire, au seul motif que Monsieur
Francis ANDICHOU est client de la Banque Populaire, à caractériser un
préjudice direct ;
Attendu dans ces conditions qu'il convient de juger irrecevable la constitution
de partie civile de Monsieur Francis ANDICHOU ;

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PAR CES MOTIFS

Le tribunal, statuant publiquement, en premier ressort, en matière correctionnelle et
contradictoirement à l’égard de Monsieur François PEROL, prévenu ;
la CGT DES PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne COTE D'AZUR, la
CGT DES PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne ILE DE FRANCE, la
CGT DES PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne MIDI PYRENEES, la
CGT DES PERSONNELS DE LA CAISSE D EPARGNE DE BRETAGNE, la
CGT DES PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne RHONE ALPES, la CGT
DES PERSONNELS DE LA BANQUE-ASSURANCES AUVERGNE
LIMOUSIN, la CGT DES PERSONNELS DU GROUPE BANQUE PALATINE,
La Fédération CGT des PERSONNELS DES BANQUES ET ASSURANCES, le
Syndicat CGT de la CEPAC, la Confédération Générale du Travail, parties civiles ;
SUD BANQUE POPULAIRE CAISSES D EPARGNE, partie civile ;
Monsieur Nathanaël MAJSTER, partie civile ;
Monsieur Francis ANDICHOU, partie civile.

SUR L'ACTION PUBLIQUE :
DECLARE Monsieur François PEROL NON COUPABLE et le RENVOIE DES
FINS DE LA POURSUITE pour les faits qualifiés de :
PRISE ILLEGALE D'INTERETS
faits commis à Paris, courant 2009 et notamment les 25 Février, 26 février 2009 et
le 31 juillet 2009, en tout cas sur le territoire national et depuis temps non prescrit,
SUR L'ACTION CIVILE :

DECLARE recevable la constitution de partie civile de la CGT DES
PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne COTE D'AZUR, la CGT DES
PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne ILE DE FRANCE, la CGT DES
PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne MIDI PYRENEES, la CGT DES
PERSONNELS DE LA CAISSE D EPARGNE DE BRETAGNE, la CGT DES
PERSONNELS DE LA Caisse d'épargne RHONE ALPES, la CGT DES
PERSONNELS DE LA BANQUE-ASSURANCES AUVERGNE LIMOUSIN,
la CGT DES PERSONNELS DU GROUPE BANQUE PALATINE, La Fédération
CGT des PERSONNELS DES BANQUES ET ASSURANCES, le Syndicat CGT de la
CEPAC, la Confédération Générale du Travail, parties civiles ;
SUD BANQUE POPULAIRE CAISSES D EPARGNE, partie civile ;

DEBOUTE les parties civiles de l'ensemble de leurs demandes, compte tenu de
la relaxe intervenue.
*
DECLARE IRRECEVABLE la constitution de partie civile de Monsieur
Nathanaël MAJSTER.
DECLARE IRRECEVABLE la constitution de partie civile de Monsieur
Francis ANDICHOU.
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Aux audiences 22 juin 2015, 24 juin 2015, 25 juin 2015, 29 juin 2015, 30 juin 2015 et
2 juillet 2015, le tribunal était composé de :
Président :
adjoint,
Assesseurs :

Monsieur GHALEH-MARZBAN Peimane, premier vice-président
Madame BRUERE Catherine, vice-président,
Monsieur ABASSI Marhez, vice-président,

Assistés de Madame LAVAUD Sandrine, greffière,
en présence de Madame DELAUNAY-WEISS Lovisa-Ulrika, procureur de la
République financier adjoint et de Monsieur AMAR Patrice, premier vice-procureur
financier.
Fait, jugé et délibéré par :
Président :
adjoint,
Assesseurs :

Monsieur GHALEH-MARZBAN Peimane, premier vice-président
Madame BRUERE Catherine, vice-président,
Monsieur ABASSI Marhez, vice-président,

Et prononcé à l'audience du 24 septembre 2015 à 13h30, de la 32ème chambre du
Tribunal de Grande Instance de Paris, par Monsieur Peimane GHALEHMARZBAN, premier vice-président adjoint, en présence de Madame Catherine
BRUERE, vice-président, de Monsieur Patrick GERBAULT, juge, et de Madame
Lovisa-Ulrika DELAUNAY-WEISS, procureur de la République financier
adjoint et de Monsieur Patrice AMAR, premier vice-procureur financier, et
assistés de Mademoiselle Sandrine LAVAUD, greffier.

et le présent jugement ayant été signé par le président et la greffière.
LA GREFFIERE

LE PRÉSIDENT

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