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Jean Ferrat Nuit et brouillard

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés, Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants, Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent. Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres :

Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés. Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre, Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps, Survivre encore un jour, une heure, obstinément Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir. Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel, Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou, D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel, Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage; Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ? Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge Les veines de leurs bras soient devenus si bleues. Les Allemands guettaient du haut des miradors, La lune se taisait comme vous vous taisiez, En regardant au loin, en regardant dehors, Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours, Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour, Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire, Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare. Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ? L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été, Je twisterais les mots s'il fallait les twister, Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers, Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés, Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants, Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.

Le sabre et le goupillon Paroles et musique : Jean Ferrat

Comme cul et chemise comme larrons en foire J'ai vu se constituer tant d'associations Mais il n'en reste qu'une au travers de l'histoire Qui ait su nous donner toute satisfaction

Le sabre et le goupillon

L'un brandissant le glaive et l'autre le ciboire Les peuples n'avaient plus à s'poser de questions Et quand ils s'en posaient c'était déjà trop tard On se sert aussi bien pour tondre le mouton

Du sabre et du goupillon

Quand un abbé de cour poussait une bergère Vers des chemins tremblants d'ardente déraison La belle ne savait pas quand elle se laissait faire Qu'ils condamnaient l'usage de la contraception

Le sabre et le goupillon

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Et maintes éminences et maints beaux capitaines Reposaient le guerrier de la même façon Dans le salon chinois où Madame Germaine Grâce à ses pensionnaires réalisait l'union

Du sabre et du goupillon

C'était le temps rêvé de tous les militaires On leur offrait des guerres et des expéditions Que de manants joyeux sont partis chez Saint-Pierre Le coeur plein de mitraille et de bénédictions

Du sabre et du goupillon

Quand ils s'en revenaient et d'Asie et d'Afrique Ils faisaient régner l'ordre au sein de la nation Les uns possédaient l'art d'utiliser la trique Les autres sans le dire pensaient qu'elle a du bon

Le sabre et le goupillon

On n'sait plus aujourd'hui à qui faire la guerre Ça brise le moral de la génération C'est pourquoi les crédits que la paix nous libère Il est juste qu'il aillent comme consolation

Au sabre et au goupillon

L'un jouant du clairon l'autre de l'harmonium Ils instruiront ainsi selon la tradition Des cracks en Sambre et Meuse des forts en Te Deum Qui nous donneront encore bien des satisfactions

Du sabre et du goupillon

LA PAIX SUR TERRE Paroles et musique Jean Ferrat

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

La force de la France c'est l'esprit des Lumières Cette petite flamme au coeur du monde entier Qui éclaire toujours les peuples en colère En quête de justice et de la liberté

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

Parce qu'ils ont un jour atteint l'Universel Dans ce qu'ils ont écrit cherché sculpté ou peint La force de la France c'est Cézanne et Ravel C'est Voltaire et Pasteur c'est Verlaine et Rodin

paroles ferrat

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

La force de la France elle est dans ses poètes Qui taillent l'avenir au mois de mai des mots Couvrez leurs yeux de cendre tranchez leur gorge ouverte Vous n'étoufferez pas le chant du renouveau

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

La force de la France elle sera immense Défiant à jamais et l'espace et le temps Le jour où j'entendrai reprendre ma romance Dans la réalité de la foule chantant

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

Jean Ferrat

DIX-SEPT ANS

Je l'ai vue je l'ai vue je vous jure un matin Arrivant en avion de son pays lointain Aussi fraîche aussi tendre aussi gaie qu'un printemps Et s'arrêta le temps

Elle avait le teint mat des yeux croissant de lune Sur ses reins qui dansaient deux longues tresses brunes Donnaient à sa jeunesse un éclat triomphant Sous le soleil levant

Elle était à la fois timide et sûre d'elle Par sa voix ses propos sa grâce naturelle Rien ne la distinguait des filles de ce temps Elle avait dix-sept ans

Nulle ombre ne voilait son regard enfantin Nul regret ne faisait palpiter sa poitrine Elle avait au combat de sa main douce et fine Tué dix américains

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À BRASSENS

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Est-ce un reflet de ta moustache Ou bien tes cris de "Mort aux vaches!" Qui les séduit De tes grosses mains maladroites Quand tu leur mets dessus la patte C'est du tout cuit

Les filles de joie, les filles de peine Les Margotons et les Germaines Riches de toi Comme dans les histoires anciennes Deviennent vierges et souveraines Entre tes doigts

Entre tes dents juste un brin d'herbe La magie du mot et du verbe Pour tout décor Même quand tu parles de fesses Et qu'elles riment avec confesse Ou pire encore

Bardot peut aligner les siennes Cette façon de montrer les tiennes Ne me déplaît pas Et puisque les dames en raffolent On ne peut pas dire qu'elles soient folles Deo gratias

Toi dont tous les marchands honnêtes N'auraient pas de tes chansonnettes Donné deux sous Voilà que pour leur déconfiture Elles resteront dans la nature Bien après nous

Alors qu'avec tes pâquerettes Tendres à mon coeur, fraîches à ma tête Jusqu'au trépas Si je ne suis qu'un mauvais drôle Tu joues toujours pour moi le rôle De l'Auvergnat

Jean Ferrat

À L'ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN

Paroles et musique: Jean Ferrat

Était-ce soir ou bien matin Comme à l'arbre une fleur se penche Elle était lundi et dimanche A l'été de la Saint-Martin Le soleil n'avait pas atteint Sa peau de porcelaine blanche Et son frémissement des hanches Vous aurait fait chanter latin

À l'été

À l'été

À l'été de la Saint-Martin

Quand le ciel était incertain Nous faisions feu de quatre planches L'amour l'été bleu pervenche

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A l'été de la Saint-Martin

Le vin chantait dans les étains

Elle se pendait à ma manche

Et nous roulions en avalanche De la table au lit de satin

À l'été

À l'été

À l'été de la Saint-Martin

C'étaient mémorables festins C'étaient délectables nuits blanches Je priais que mon coeur ne flanche

À

L'amour avait l'odeur du thym

Et dans ses draps en ville franche Ses jambes fuyaient comme tanche Dont j'étais le menu fretin

À l'été

À l'été

À l'été de la Saint-Martin

Sonnez sonnez vieux sacristains

Si le temps n'est plus aux pervenches Amour n'est pas soif qui s'étanche

À

Sonnez sonnez vieux sacristains Et que vos cloches se déclenchent Si tous mes souvenirs s'épanchent

Notre amour tient bon ce qu'il tint

À l'été

À l'été

À l'été de la Saint-Martin

l'été de la Saint-Martin

l'été de la Saint-Martin

Jean Ferrat

À L'OMBRE BLEUE DU FIGUIER

Paroles: Michelle Senlis

À l'ombre bleue du figuier

Passent passent les étés

À

Passent passent ils sont passés

J'étais comme les bergers Un chien fou sur les talons J'étais comme les bergers Moitié blé moitié chardon Voyant se lever le jour J'y croyais à chaque fois L'amour appelle l'amour J'étais prince je suis roi

À l'ombre bleue du figuier

Passent passent les étés

À

Passent passent ils sont passés

Ivre comme les oiseaux J'étais poussé par le vent Ivre comme les oiseaux Je me suis cogné souvent J'allais cherchant dans la brume Une lampe ou un drapeau J'y ai laissé quelques plumes Mais j'ai gardé mon chapeau

l'ombre bleu du figuier

l'ombre bleu du figuier

À l'ombre bleue du figuier

Passent passent les étés

À

Passent passent ils sont passés

À la bouche une chanson

Dans mon coeur un amour fou

À la bouche une chanson

J'ai rêvé que jusqu'au bout

On dira qui était-il Me jetant des roses-thé Moi je dormirai tranquille Heureux d'avoir pu chanter

À l'ombre bleue du figuier

Passent passent les étés

l'ombre bleu du figuier

Passent passent ils sont passés

À

l'ombre bleu du figuier

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Jean Ferrat

À LA UNE

Paroles et musique: Jean Ferrat

C'est une émission formidable Sur les problèmes de société Où des héros et des minables Vous parlent en toute liberté Sont-ils victimes sont-ils coupables Ce soir voici pour commencer Quelques racketteurs redoutables Qui font la sortie des lycées

Ils vont pour vous se mettre à table

À

Un témoignage inoubliable Un grand moment de vérité

Ce soir ce soir Après la roue de la fortune Les racketteurs les racketteurs Sont à la une

C'est une émission fantastique Où vous avez un rôle à jouer Un rôle moral un rôle civique Pour nous aider à retrouver Tous ceux dont on est sans nouvelles Disparus volatilisés Ce soir je vous lance un appel Vous seuls pouvez nous renseigner Dans quels bas-fonds la malheureuse A-t-elle un jour pu s'égarer A quelles manoeuvres très douteuses A-t-elle fini par se livrer

Ce soir ce soir Après la roue de la fortune La main de ma soeur la main de ma soeur Est à la une

C'est une émission fracassante Sur les tréfonds de la société Une tranche de vie saignante Que vous ne pouvez pas manquer Un homme qui a payé sa dette Vingt ans de prison mérités Reconstituera en direct

condition d'être masqués

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Le crime qu'il a perpétré Tout ce qui se passait dans sa tête Combien de fric il a touché En appuyant sur la gâchette Pour refroidir un député

Ce soir ce soir Après la roue de la fortune Les assassins les assassins Sont à la une

C'est une série faramineuse De grands débats télévisés De controverses fabuleuses De face à face sans pitié Entre qui saigne et qui charcute Entre bourreaux et torturés Entre un ripoux et une pute Un délateur un dénoncé Entre un para et un fellouze Entre un violeur et des violées Et puis comme une apothéose Entre SS et déportés

Ce soir ce soir Après la roue de la fortune Un PAF obscène un PAF obscène Est à la une

Jean Ferrat

À MOI L'AFRIQUE

Paroles: Michelle Senlis

Rouge et jaune coloriée

Par la main d'un écolier En madras, en tablier

À moi, à moi, à moi l'Afrique

Les seins lourds de tes nourrices Nous rappellent les délices D'une enfance qui résiste

À

Mangeant des noix de cajou Flirtant le soir à genoux Comme la liane enroulée Avec le singe des blés

À

Tapant des mains et des pieds Au rythme fou des sorciers Sous des rubans de papier

moi, à moi, à moi l'Afrique

À

moi, à moi, à moi l'Afrique

moi, à moi, à moi l'Afrique

Mon enfance retrouvée Tu te reprends à rêver Tous tes livres, ils étaient vrais

À moi, à moi, à moi l'Afrique

Voilà les fruits et les fleurs

Les sources bleues, les couleurs Les pagnes et les colliers Au pas lent des chameliers

À

moi, à moi, à moi l'Afrique

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Serpent de lune et parfum L'odeur du thé au jasmin Monte à portée de la main

À

Les faces aux teintes rayées En plein désert appuyées J'ai le coeur débarbouillé

À moi, à moi, à moi l'Afrique

moi, à moi, à moi l'Afrique

Tout redevient neuf et beau

Mon âme marche en sabots Mes bras s'ouvriront demain L'avenir n'est pas si loin

À

moi, à moi, à moi l'Afrique

Jean Ferrat

À SANTIAGO

À Santiago de Cuba
À

Le carnaval nous entraîne Quatre nuits sans perdre haleine L'ordre oriental se déchaîne Et moi qui danse comme un troène

À Santiago de Cuba

Le rhum qui coule du tonnerre La serviette en bandoulière J'avais l'air de quoi ma mère Moi, moi qui danse comme une soupière

C'était dur

À Santiago de Cuba

Un sombrero fantastique Un cigare astronomique La musique, la musique Et moi qui danse comme une barrique

C'était très dur

À Santiago de Cuba

Les petits seins des métisses Du miel et du pain d'épices Je côtoie des précipices Et moi qui danse comme une saucisse

Allez mon vieux, faut tenir, hein

À Santiago de Cuba

Santiago de Cuba

Jean Ferrat AIMER À PERDRE LA RAISON Paroles: Louis Aragon, musique: Jean Ferrat

Aimer à perdre la raison

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Aimer à n'en savoir que dire

À

Et ne connaître de saisons Que par la douleur de partir Aimer à perdre la raison.

Ah, c'est toujours toi que l'on blesse C'est toujours ton miroir brisé, Mon pauvre bonheur ma faiblesse Toi qu'on insulte et qu'on délaisse Dans toute chair martyrisée.

Aimer à perdre la raison Aimer à n'en savoir que dire

À

Et ne connaître de saisons Que par la douleur de partir Aimer à perdre la raison.

La faim la fatigue et le froid, Toutes les misères du monde, C'est par mon amour que j'y crois En elles je porte ma croix Et de leurs nuits ma nuit se fonde.

Aimer à perdre la raison

Aimer à n'en savoir que dire

À

Et ne connaître de saisons Que par la douleur de partir

Aimer à perdre la raison.

n'avoir que toi d'horizon

n'avoir que toi d'horizon

n'avoir que toi d'horizon

Jean Ferrat ALLÉLUIA Paroles et musique: Jean Ferrat

Ils ont déjà mis leur costume Et leurs plus beaux souliers cirés Quand selon les us et coutumes Les cloches se mettent à sonner Chacun procède à sa manière Pour faire son vin ou ses enfants Mais c'est une toute autre affaire De réussir un enterrement

Alléluia alléluia alléluia alléluia

Il faut savoir devant l'église Battre en retraite prudemment En direction de Marie-Louise Qui vous démarre au petit blanc Voilà Pierrot et l'oncle Eugène La casquette comme étendard Le petit blanc devient douzaine Avec Léon Jules et Gaspard

Alléluia alléluia alléluia alléluia

Pour peu que le De Profondis Arrive un quart d'heure en retard On est au huitième pastis A la sortie du corbillard Et sur la route cahoteuse Comme il n'est pas loin de midi

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On se sent bientôt la dent creuse La mort vous met en appétit

Alléluia alléluia alléluia alléluia

Les saucissons fondent à vue d'oeil Les langues claquent avec entrain Souviens-toi du bois du cercueil Du frère de la tante au cousin Souviens toi des temps mémorables Qu'on n'a jamais pu égaler Où l'on resta trois jours a table

A cause de trois macchabées

Alléluia alléluia alléluia alléluia

Mais dans ce monde de misère Le bonheur est vite enterré

Il faut regagner sa chaumière Retrouver sa femme atterrée En voyant l'état du costume Et du bonhomme et des souliers

A la maison comme de coutume

Les cloches se mettent à voler

Alléluia alléluia alléluia alléluia

Jean Ferrat

ARIANE

Paroles: Maurice Bourdet

Toutes les portes se ressemblent Quelque part dans ce grand ensemble Ariane, Ariane m'attend Maudite soit ma maladresse J'ai perdu sa nouvelle adresse Ariane, Ariane m'attend

Toutes les portes se ressemblent Les escaliers montent ou descendent Selon le sens où on les prend Les judas me font la grimace Je vais, je cours, les heures passent Au fil du temps l'amour se casse Ariane, Ariane m'attend

Toutes les portes se ressemblent Mais à tant crier il me semble Qu'Ariane, qu'Ariane m'entend Escalier cent-soixante-quatre Mon coeur va-t-il cesser de battre Ariane, Ariane m'attend

Ariane, vois ma triste posture Devant ces portes d'imposture Ariane, ouvre-moi, je t'entends Mais luit où tant je tambourine J'entrouvre et soudain je devine Ce n'est qu'une télé-speakerine Qui parle, qui parle du temps

Je veux hurler mais ma voix tremble Je pleure et je ris tout ensemble Ariane, Ariane m'attend

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Devant ces mille et une portes Je sens que la colère m'emporte Ariane, Ariane m'attend

Ariane, tu ne peux pas paraître Il me reste un moyen peut-être Nous verrons bien si cela prend Par l'allumette que j'enflamme J'en fonds cet ensemble sans âme Le feu fera surgir la femme Ariane, Ariane, Ariane, Ariane Ariane, Ariane, Ariane

Jean Ferrat AU BOUT DE MON ÂGE Poème d'Aragon

Au bout de mon âge Qu'aurais-je trouvé Vivre est un village Où j'ai mal rêvé

Je me sens pareil Au premier lourdeau Qu'encore émerveille Le chant des oiseaux Les gens de ma sorte Il en est beaucoup Savent-ils qu'ils portent Une pierre au cou

Au bout de mon âge Qu'aurais-je trouvé Vivre est un village Où j'ai mal rêvé

Pour eux les miroirs C'est le plus souvent Sans même s'y voir Qu'ils passent devant Ils n'ont pas le sens De ce qu'est leur vie C'est une innocence Que je leur envie

Au bout de mon âge Qu'aurais-je trouvé Vivre est un village Où j'ai mal rêvé

Tant pour le plaisir Que la poésie Je croyais choisir Et j'étais choisi Je me croyais libre Sur un fil d'acier Quand tout équilibre Vient du balancier

Au bout de mon âge Qu'aurais-je trouvé Vivre est un village Où j'ai mal rêvé

Il m'a fallu naître Et mourir s'en suit

J'étais fait pour n'être Que ce que je suis Une saison d'homme Entre deux marées Quelque chose comme Un chant égaré

Au bout de mon âge Qu'aurais-je trouvé Vivre est un village Où j'ai mal rêvé

Jean Ferrat AU POINT DU JOUR Paroles: Henri Gougaud

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Encore un jour qui vient au monde Dans le premier moteur qui gronde Dans le premier enfant qui pleure J'écoute monter la rumeur Du point du jour

Quelqu'un efface la buée Sur la vitre du boulanger Les arbres sont tout détrempés Déjà fument les cheminées Au point du jour

Je vois ma rose s'éveiller Ses yeux s'ouvrent sur l'oreiller Ils regardent la fin d'un rêve Et puis ma rose, elle se lève Au point du jour

Elle jette bas sa chemise Elle est nue comme une cerise Un rayon de soleil l'inonde Elle est la plus belle du monde Au point du jour

La radio donne des nouvelles Quelque part la vie n'est pas belle Des bombes crient dans le lointain Défense de voir le matin Au point du jour

Mon bonheur me fait un peu honte Tandis que dans ma chambre monte La bonne odeur de café noir Encore un jour, la vie, l'espoir Le point du jour

Jean Ferrat AU PRINTEMPS DE QUOI RÊVAIS-TU?

Au printemps de quoi rêvais-tu? Vieux monde clos comme une orange Faites que quelque chose change Et l'on croisait des inconnus Riant aux anges Au printemps de quoi rêvais-tu?

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Au printemps de quoi riais-tu? Jeune homme bleu de l'innocence Tout a couleur de l'espérance Que l'on se batte dans la rue Ou qu'on y danse Au printemps de quoi riais-tu?

Au printemps de quoi rêvais-tu? Poing levé des vieilles batailles Et qui sait pour quelles semailles Quand la grève épousant la rue Bat la muraille Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi doutais-tu? Mon amour que rien ne rassure Il est victoire qui ne dure Que le temps d'un ave pas plus Ou d'un parjure Au printemps de quoi doutais-tu?

Au printemps de quoi rêvais-tu? D'une autre fin à la romance Au bout du temps qui se balance Un chant à peine interrompu D'autres s'élancent Au printemps de quoi rêvais-tu?

D'un printemps ininterrompu

Jean Ferrat AUTANT D'AMOURS AUTANT DE FLEURS Paroles: Henri Bassis

Il y a dans Harlem A se manger des yeux Un couple d'amoureux Qui dansent et quand ils s'aiment La nuit moule leurs corps Leurs gestes et leurs phrases Et leur rire est sonore Comme un sanglot de jazz

Autant d'amour autant de fleurs Y'en a de toutes les couleurs De flamme ou d'ombre, de neige ou miel Toutes les roses se confondent Tous les amours qui sont au monde Font comme une arche d'arc-en-ciel

Il y a dans mon coeur Un cocktail d'amoureux J'invente les aveux Je mêle les liqueurs Il est noir, elle est blanche Elle est jeune, il est beau La main le long des hanches Glisse comme un oiseau

Autant d'amour autant de fleurs Y'en a de toutes les couleurs De flamme ou d'ombre, de neige ou miel Toutes les roses se confondent

paroles ferrat

Tous les amours qui sont au monde Font comme une arche d'arc-en-ciel

Qu'importent le long des rues Les regards qui s'attardent Qu'importent les échardes Aux amours défendues Il y a dans mon coeur Libres comme les dieux Un couple d'amoureux Qui croise ses couleurs

Autant d'amour autant de fleurs Y'en a de toutes les couleurs De flamme ou d'ombre, de neige ou miel Toutes les roses se confondent Tous les amours qui sont au monde Font comme une arche d'arc-en-ciel

Jean Ferrat

BERCEUSE

Dors, petit homme, dors, petit frère La nuit, à Bahia de tous les saints Bruisse de papier d'étain D'ombres dures et familières La nuit, tu t'endors le long des quais Près des fûts abandonnés Poings fermés dans la poussière

Dors, petit homme, dors, petit frère La faim met sa robe d'apparat C'est l'heure où l'on voit les rats Regagner les grands navires C'est l'heure où des financiers au bras Les putains ouvrent leurs draps En forme de tirelire

Dors, petit homme, dors, petit frère Parfois, tu écoutes les Indiens Parler de mal et de bien Sur leur siècle de misère Tu vois, le diable n'est qu'un pantin Qui s'évanouit au matin Quand tu lèves la paupière

Dors, petit homme, dors, petit frère Hier, sur les toits jaune orangé L'oiseau qui te fait rêver A survolé la frontière

Jean Ferrat BERCEUSE POUR UN PETIT LOUPIOT Paroles: Guy Thomas

Mon marmouset mon nouveau-né Tu mériterais qu'on te gronde Tu brailles comme un forcené T'as pas l'air content d'être au monde T'as le minois tout chiffonné

paroles ferrat Pourtant tu devrais rire aux anges Avec ton lange enfariné Pour engraisser Monsieur Morhange

Fais dodo Colas mon petit frère Fais dodo mon petit loupiot

Si tu savais combien que c'est doux De vivre et pi comment que c'est rose Tu boirais ton biberon d'un coup Pour engraisser Monsieur Guigoz Car si tu bois bien ton lolo Si tu veux la mettre en sourdine On te paiera bientôt des petits pots Pour engraisser Monsieur Blédine

Fais dodo Colas mon petit frère Fais dodo mon petit loupiot

On fera ton éducation Ça m'étonnerait pas qu'on t'achète Les mémoires du roi des cons Pour engraisser Monsieur Hachette T'auras pas le phylloxéra Grâce aux vaccins systématiques Pour engraisser des scélérats De l'industrie pharmaceutique

Fais dodo Colas mon petit frère Fais dodo mon petit loupiot

T'auras plus tard ta limousine Pour engraisser Monsieur Peugeot Alors t'achèteras de la benzine Pour engraisser Monsieur Esso T'auras ton coin de serpolet On t'y permettra des culbutes Avec ta tente et ton duvet Pour engraisser Monsieur la Hutte

Fais dodo Colas mon petit frère Fais dodo mon petit loupiot

T'auras beau crier les fachos Et les canons c'est dégueulasse Un jour c'est pas du gibier d'eau Qu'on te dira de prendre en chasse Tu feras la guerre à ceux d'en face Vous vous offrirez des pruneaux Pour engraisser Monsieur Douglas Pour engraisser Monsieur Dassault

Fais dodo Colas mon petit frère Fais dodo mon petit loupiot

Jean Ferrat BICENTENAIRE Paroles et musique Jean Ferrat, 1989

J'ai vu des ducs j'ai vu des princes Des barons des comtes des rois Des marquises à la taille mince Qui dansaient au son des hautbois Dans des châteaux pleins de lumière Où les fêtes resplendissaient

paroles ferrat Où l'on chantait "il pleut bergère" Dans le velours et dans la soie

Mais dans sa chaumière Mais dans sa chaumière Je n'ai pas vu pauvre Martin Pauvre Martin pauvre misère Avec sa femme et ses gamins

J'ai tremblé devant la colère Des va-nu-pieds des paysans Renversant l'ordre millénaire Dans la fureur et dans le sang J'ai vu la terreur apparaître Les châteaux partir en fumée Les délateurs régner en maîtres Dans une France sans pitié

Mais dans sa chaumière Mais dans sa chaumière Je n'ai pas vu pauvre Martin Pauvre Martin pauvre misère Tremblant de froid mourant de faim

J'ai frémi pour ces grandes dames Ces beaux seigneurs si émouvants Qui montraient tant de grandeur d'âme De noblesse de sentiments Avant que leurs têtes grimacent Au bout des piques acérées Agitées par la populace Des sans-culottes avinés

Mais dans sa chaumière Mais dans sa chaumière Je n'ai pas vu pauvre Martin Pauvre Martin pauvre misère Creusant la terre de ses mains

Deux siècles après quatre-vingt-neuf Il fallait oser l'inventer

A la télé on fait du neuf

En acquittant la royauté Deux siècles après quatre-vingt-neuf D'autres seigneurs veillent au grain

Et toi qui vivais comme un boeuf Ce sont tes maîtres que l'on plaint

A six pieds sous terre

Ton bicentenaire Ils l'ont enterré bel et bien Pauvre Martin pauvre misère C'est toujours le peuple qu'on craint Pauvre Martin pauvre misère C'est toujours le peuple qu'on craint

Jean Ferrat C'EST BEAU LA VIE Paroles: Claude Delecluse, Michelle Senlis, musique: Jean Ferrat

Le vent dans tes cheveux blonds Le soleil à l'horizon Quelques mots d'une chanson Que c'est beau, c'est beau la vie

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Un oiseau qui fait la roue Sur un arbre déjà roux Et son cri par-dessus tout Que c'est beau, c'est beau la vie

Tout ce qui tremble et palpite Tout ce qui lutte et se bat Tout ce que j'ai cru trop vite À jamais perdu pour moi

Pouvoir encore regarder Pouvoir encore écouter Et surtout pouvoir chanter Que c'est beau, c'est beau la vie

Le jazz ouvert dans la nuit Sa trompette qui nous suit Dans une rue de Paris Que c'est beau, c'est beau la vie

La rouge fleur éclatée D'un néon qui fait trembler Nos deux ombres étonnées Que c'est beau, c'est beau la vie

Tout ce que j'ai failli perdre Tout ce qui m'est redonné Aujourd'hui me monte aux lèvres En cette fin de journée

Pouvoir encore partager Ma jeunesse, mes idées Avec l'amour retrouvé Que c'est beau, c'est beau la vie

Pouvoir encore te parler Pouvoir encore t'embrasser Te le dire et le chanter Oui c'est beau, c'est beau la vie

Jean Ferrat C'EST SI PEU DIRE QUE JE T'AIME Poème d'Aragon, musique: Jean Ferrat

Comme une étoffe déchirée On vit ensemble séparés Dans mes bras je te tiens absente Et la blessure de durer Faut-il si profond qu'on la sente Quand le ciel nous est mesure

C'est si peu dire que je t'aime

Cette existence est un adieu Et tous les deux nous n'avons d'yeux Que pour la lumière qui baisse Chausser des bottes de sept lieues En se disant que rien ne presse Voilà ce que c'est qu'être vieux

C'est si peu dire que je t'aime

C'est comme si jamais jamais

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Je n'avais dit que je t'aimais Si je craignais que me surprenne La nuit sur ma gorge qui met Ses doigts gantés de souveraine Quand plus jamais ce n'est le mai

C'est si peu dire que je t'aime

Lorsque les choses plus ne sont Qu'un souvenir de leur frisson Un écho des musiques mortes Demeure la douleur du son Qui plus s'éteint plus devient forte C'est peu des mots pour la chanson

C'est si peu dire que je t'aime Et je n'aurai dit que je t'aime

Jean Ferrat C'EST TOUJOURS LA PREMIÈRE FOIS Paroles et musique: Jean Ferrat

Enfin enfin je te retrouve Toi qui n'avais jamais été Qu'absente comme jeune louve Ou l'eau dormante au fond des douves S'échappant au soleil d'été

Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois

Absente comme souveraine Qu'on voit entre deux haies passer O toi si proche et si lointaine Dès que l'amour file sa laine Entre nos doigts désaccordés

Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois

La faim de toi qui me dévore Me fait plier genoux et bras Je n'aurais pas assez d'amphore Ni de mots encore et encore Pour y mettre son terme bas

Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois

La soif de toi par quoi je tremble Ma lèvre à jamais desséchée Mon amour qu'est-ce qu'il t'en semble Est-ce de vivre ou non ensemble Qui pourra m'en désaltérer

Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois

L'amour de toi par quoi j'existe N'a pas d'autre réalité Je ne suis qu'un nom de ta liste Un pas que le vent sur la piste Efface avant d'avoir été

paroles ferrat Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois

Jean Ferrat CAMARADE Paroles et musique: Jean Ferrat, 1968

C'est un joli nom, camarade C'est un joli nom, tu sais Qui marie cerise et grenade Aux cent fleurs du mois de mai Pendant des années, camarade Pendant des années, tu sais Avec ton seul nom comme aubade Les lèvres s'épanouissaient Camarade, camarade

C'est un nom terrible, camarade C'est un nom terrible à dire Quand, le temps d'une mascarade, Il ne fait plus que frémir Que venez-vous faire, camarade Que venez-vous faire ici Ce fut à cinq heures dans Prague Que le mois d'août s'obscurcit Camarade, camarade

C'est un joli nom, camarade C'est un joli nom, tu sais Dans mon coeur battant la chamade Pour qu'il revive à jamais Se marient cerise et grenade Aux cent fleurs du mois de mai

Jean Ferrat CARCO Poème d'Aragon

Dis qu'as-tu fait des jours enfuis De ta jeunesse et de toi-même De tes mains pleines de poèmes Qui tremblaient au bout de ta nuit

Il avait toujours dans la tête Le manège d'anciens tourments De la fenêtre par moment Parvenaient des bouffées de fête

Où sont les lumières lointaines Voici fermés les yeux éteints Ce chant des lilas au matin De Montmartre à Mortefontaine

Dis qu'as-tu fait des jours enfuis De ta jeunesse et de toi-même De tes mains pleines de poèmes Qui tremblaient au bout de ta nuit

Tu meurs sans avoir vu le drame

paroles ferrat

Carco qui ne sus que chanter Te souviens-tu de cet été De Nice où nous nous rencontrâmes

On faisait semblant d'être heureux Le ciel ressemblait à la mer Même l'aurore était amère C'était en l'an quarante-deux

Dis qu'as-tu fait des jours enfuis De ta jeunesse et de toi-même De tes mains pleines de poèmes Qui tremblaient au bout de ta nuit

Excuse-moi que je le dise Dans ce Paris où tu n'es plus Comme Guillaume l'a voulu Qu'un nom qui se mélancolise

Que l'avenir du moins n'oublie Ce qui fut le charme de l'air Le bonheur d'être et le vin clair La Seine douce dans son lit

Dis qu'as-tu fait des jours enfuis De ta jeunesse et de toi-même De tes mains pleines de poèmes Qui tremblaient au bout de ta nuit

Ce coeur que l'homme avec lui porte Ne change pas avec le vent Nous mettrons demain comme avant Des coquelicots à nos portes

Les mots que nous avons cueillis Les voici pour celui qui meurt Passent les gens et tu demeures O poète de mon pays

Dis qu'as-tu fait des jours enfuis De ta jeunesse et de toi-même De tes mains pleines de poèmes Qui tremblaient au bout de ta nuit

Jean Ferrat CASERNE Paroles: Guy Thomas

Blanchis les troncs des marronniers Tous au carré bien alignés Rouges les toits rouges les briques Bleu le ciment patriotique Et pas une herbe dans la cour Pour nous passer le mal d'amour Ici tout est réglementaire Pas un caillou n'est de travers Murs en béton chevaux de frise Y'a que les barbelés qui frisent

En rang par trois pas cadencé Sous l'oeil attendri des bouchers On maquignonne il faudrait voir Pour les augustes abattoirs Ici le monde est chamboulé

paroles ferrat

Les assassins sont galonnés Partout la crasse et la bêtise Ces deux vertus de l'entreprise Partout la raison du plus fort Sous le badigeon tricolore

Je reste à toi ma solitude Dans le troupeau des habitudes Et jusque dans le désarroi Quand le poète est aux abois Pour tous les moutons qui consentent Je suis la rage impénitente Seul au milieu de la débine C'est à moi seul que je jaspine Holà de la philanthropille Y'a des consciences qui roupillent

Blanchis les troncs des marronniers Tous au carré bien alignés Rouges les toits rouges les briques Bleu le ciment patriotique Et pas une herbe dans la cour Pour nous passer le mal d'amour

Jean Ferrat CE QU'ON EST BIEN MON AMOUR

Deux branches de tilleul entrent par la fenêtre Le ciel cligne des yeux entre les feuilles vertes Ce qu'on est bien

Quatre papillons blancs dansent la passacaille Un lézard se hasarde au-delà des rocailles Ce qu'on est bien

Dans ce pays de vent, de genêts, de bruyères Dans ce pays brûlant de tendresse et colère Ce qu'on est bien

Seul le bruit du torrent déchire le silence Et tu dis mon amour, nous avons trop de chance

Dans un rai de soleil la fumée qui pirouette Au bout de tes longs doigts meurt une cigarette Ce qu'on est bien

Et moi le saltimbanque, et moi qui fais des signes A tes bras, à ta bouche, à tes jambes, ma vigne Ce qu'on est bien

Dans ce pays si riche, dans ce pays si pauvre Qu'on apprend chaque jour à devenir plus nôtre Ce qu'on est bien

Arbre parmi les arbres de la forêt qui vibre Et tu dis mon amour, nous sommes seuls et libres

Jean Ferrat CHAGALL Poème d'Aragon

paroles ferrat

Tous les animaux et les candélabres Le violon-coq et le bouc-bouquet Sont du mariage

L'ange à la fenêtre où sèche le linge Derrière la vitre installe un pays Dans le paysage

Mon peintre amer odeur d'amandes

Les danseurs ont bu le grand soleil rouge Qui se fera lune avant bien longtemps Sur les marécages

Et le cheval-chèvre assis dans la neige Aimerait parler avec les poissons Qui sont trop sauvages

Mon peintre amer odeur d'amandes

Le peintre est assis quelque part dans l'ombre A quoi rêve-t-il sinon des amants Sur leur beau nuage

Au-dessus des toits à l'horizontale Dans leurs habits neufs avant d'être nus Comme leurs visages

Mon peintre amer odeur d'amandes

Marchez sur les mains perdez votre tête Le ciel est un cirque où tout est jonglé Et le vent voyage

Tous les animaux et les candélabres Le violon-coq et le bouc-bouquet Sont du mariage

Mon peintre amer odeur d'amandes

Jean Ferrat CHAMBRES D'UN MOMENT Poème d'Aragon

Sur de blancs canots Suivant les canaux Ombreux et tranquilles Les touristes font Les chemins profonds Qui baguent la ville

Les bars qu'on entend Les cafés-chantants Les marins y régnent Et la rue a des Sourires fardés Ses enseignes saignent

Chambres d'un moment Qu'importe comment On se déshabille Tout est comédie

Hormis ce qu'on dit Dans les bras des filles

Traîne sur les quais L'enfance manquée Des gamins étranges Qui parlent entre eux Qui sait de quel jeu Peu fait pour les anges

Et dans ce quartier Où le monde entier Cherche l'aventure Celui qu'on y joue Montre ses bijoux

A la devanture

Chambres d'un moment Qu'importe comment On se déshabille Tout est comédie Hormis ce qu'on dit Dans les bras des filles

Femmes-diamant

Qui patiemment Attendent preneur Pour la somme due Qui débitent du Rapide bonheur

Beaux monstres assis Tout le jour ainsi Près de leur fenêtre Vivre ici les voue Aux faux rendez-vous D'où rien ne peut naître

Chambres d'un moment Qu'importe comment On se déshabille Tout est comédie Hormis ce qu'on dit Dans les bras des filles

La main le rideau Le petit cadeau Mets-toi là qu'on s'aime Leurs habits ôtés Ce que les beautés Au fond sont les mêmes

Souvenirs brisés Baisers ô baisers

Amours sans amour Une fois de plus

A Honolulu

Comme à Singapour

Chambres d'un moment Qu'importe comment On se déshabille Tout est comédie Hormis ce qu'on dit Dans les bras des filles

Les matelas crient La même tuerie

A d'autres oreilles

paroles ferrat

Et les matelots Ont même sanglot

A moment pareil

Tous les hommes sont La même chanson Quand c'est à voix basse Et leur coeur secret Bat tant qu'on dirait Qu'il manque de place

Chambres d'un moment Qu'importe comment On se déshabille Tout est comédie Hormis ce qu'on dit Dans les bras des filles

paroles ferrat

Jean Ferrat CHANSON POUR TOI Paroles: Michelle Senlis, musique: Jean Ferrat

Quand l'aube se prend pour Matisse Quand les papillons se déplissent Comme la fleur de grenadier Quand le premier soleil fragile Frappe aux volets clos de la ville Un à un pour les réveiller Quand le premier cheval qui trotte

A de la fumée sous les bottes

De la terre sous les souliers

J'ouvre les yeux et je te vois J'ouvre les yeux et je te crois J'ouvre les yeux et c'est pour toi Que je veux vivre mon amour

Quand midi se prend pour Cézanne Qu'il met du vent dans les platanes Et du bleu dans les oliviers

Quand tous les troupeaux s'effarouchent Que la chaleur les prend les couche

A l'ombre maigre d'un figuier

Quand toutes les rues sont désertes Que nul n'offre une place verte Un refuge une ombre un sentier

J'ouvre les yeux et je te vois J'ouvre les yeux et je te crois J'ouvre les yeux et c'est pour toi Que je veux vivre mon amour

Quand le soir bleuit ses falaises Comme une estampe japonaise Comme un Renoir comme un Manet Quand le soleil ivre chavire Dans l'océan et qu'il s'étire Comme un éventail déplié Lorsque tout se métamorphose Et que seul le parfum des roses Continue de s'exaspérer

J'ouvre les yeux et je te vois J'ouvre les yeux je tends les bras

paroles ferrat J'ouvre les yeux et c'est pour toi Que je veux vivre mon amour Mon amour

Jean Ferrat CHANTE L'AMOUR Paroles et musique: Jean Ferrat

Enfin le calme le silence La nuit se glisse à mes genoux Est-ce la chouette ou le hibou Ce cri tendu de fer de lance Plus rien ne se métamorphose Ma vie se fige tout à coup On dirait lorsque je compose Que je joue mon dernier atout

Chante chante chante Chante chante chante Chante chante Chante l'amour à haute voix

Un papillon cogne à la vitre Avec une ardeur obstinée Une lumière sous le nez Et nous voilà faisant le pitre

A chacun sa lampe sa source

A chacun son maître à danser

Emmène-moi sur ta Grande Ourse

Ô mon amour dont je suis né

Chante chante chante Chante chante chante Chante chante Chante l'amour à haute voix

Au loin les lumières s'allument Ce papier qui me tend les bras Chaque fois que je prends la plume Je tremble de peur et de froid Je vais j'hésite et je recule Qui veut se délivrer de moi Quel est donc ce feu qui me brûle Qui sonne l'heure à ce beffroi

Chante chante chante Chante chante chante Chante chante Chante l'amour à haute voix

Le temps s'égrène sous a treille Le crayon me glisse des doigts Quand ta robe en passant m'éveille L'amour est comme de la soie Enfants jouez à la marelle Dehors la pluie claque des doigts Tes lèvres passent en bruit d'ailes Je n'ai jamais aimé que toi

Chante chante chante Chante chante chante Chante chante Chante l'amour à haute voix

Jean Ferrat

CHANTER

paroles ferrat

Ils m'addressent leurs chansonnettes Avec au coeur un fol espoir Comme si j'avais le pouvoir De faire d'eux une vedette De notre métier à facettes On ne leur montre évidemment Que le bon côté des paillettes Sous les projecteurs éclatants

On se couche quand ils se lèvent Le monde est beau et souriant Et notre vie n'est plus qu'un rêve Dans leurs têtes d'adolescents L'argent l'amour les grands voyages La gloire acquise à bon marché Toute la panoplie d'usage Que dément la réalité

Chanter

Ce n'est pas ce qu'on vous proclame

Chanter

Il faut s'y jeter à tue-tête

A bras le coeur à fendre l'âme

Avec un seul point au programme Celui de n'être sûr de rien

Celui de n'être sûr de rien

Avoir une santé de fer De la chance avec le talent Et cette faculté de faire Un sourire en serrant les dents En écoutant claquer les portes Sur votre nez à deux battants Penser le diable les emporte Croire en hiver à son printemps

Pour une vedette miracle J'en ai tant vu depuis dix ans Depuis vingt ans encore qui raclent Leur guitare dans les beuglants Leur vie passe par des lueurs D'espoir et de reconcement On les voit marcher lentement Un ver qui leur ronge le coeur

Chanter

Ce n'est pas ce qu'on vous proclame

Chanter

Il faut s'y jeter à tue-tête

A bras le coeur à fendre l'âme

Avec un seul point au programme Celui de n'être sûr de rien Celui de n'être sûr de rien

Mais si ces propos vous irritent Dans leur sombre réalité Vous allez les jeter bien vite Et n'en faire qu'à votre idée Si vous sentez du fond de l'âme Et du ventre jusqu'à vos mains Brûler cette petite flamme

paroles ferrat

Contre laquelle on ne peut rien

Dans l'allégresse ou la démence Vous partirez un beau matin En suivant le chemin d'errance Des saltimbanques musiciens Que vous soit belle la bohême Que soit clément votre destin Il faut vivre ce que l'on aime En payant le prix qui convient

Chanter Ce n'est pas ce qu'on vous proclame Chanter Il faut s'y jeter à tue-tête A bras le coeur à fendre l'âme Avec un seul point au programme Celui de n'être sûr de rien Celui de n'être sûr de rien

Jean Ferrat COMPLAINTE DE PABLO NERUDA Poème d'Aragon

Je vais dire la légende De celui qui s'est enfui Et fait les oiseaux des Andes Se taire au coeur de la nuit

Le ciel était de velours Incompréhensiblement Le soir tombe et les beaux jours Meurent on ne sait comment

Comment croire comment croire Au pas pesant des soldats Quand j'entends la chanson noire De Don Pablo Neruda

Lorsque la musique est belle Tous les hommes sont égaux Et l'injustice rebelle Paris ou Santiago

Nous parlons même langage Et le même chant nous lie Une cage est une cage En France comme au Chili

Comment croire comment croire Au pas pesant des soldats Quand j'entends la chanson noire De Don Pablo Neruda

Sous le fouet de la famine Terre terre des volcans Le gendarme te domine Mon vieux pays araucan

Pays double où peuvent vivre Des lièvres et des pumas Triste et beau comme le cuivre Au désert d'Atacama

paroles ferrat

Comment croire comment croire Au pas pesant des soldats Quand j'entends la chanson noire De Don Pablo Neruda

Avec tes forêts de hêtres Tes myrtes méridionaux Ô mon pays de salpêtre D'arsenic et de guano

Mon pays contradictoire Jamais libre ni conquis Verras-tu sur ton histoire Planer l'aigle des Yankees

Comment croire comment croire Au pas pesant des soldats Quand j'entends la chanson noire De Don Pablo Neruda

Absent et présent ensemble Invisible mais trahi Neruda que tu ressembles À ton malheureux pays

Ta résidence est la terre Et le ciel en même temps Silencieux solitaire Et dans la foule chantant

Comment croire comment croire Au pas pesant des soldats Quand j'entends la chanson noire De Don Pablo Neruda

Jean Ferrat

COMPRENDRE

Je t'apprendrai l'eau, la lumière L'arbre, la source, le torrent Le secret des vignes et des pierres Le bruit du vent

Toi tu m'apprendras la panthère Le chat, le renard et l'oiseau Le cri blessé du solitaire Loin du troupeau

Nous apprendrons à voir les choses Et leur pourquoi et leur comment J'aurai l'innocence des roses Toi des enfants

Comprendre la fleur et le fruit Comprendre le monde aujourd'hui

Tu m'apprendras tes yeux de fleurs Tes bras colliers, tes hanches flammes Ton rêve abeille et crève-coeur Ton rire femme

Je serai l'ombre qui te suit Cette part toujours en nous-mêmes Qui se dérobe à l'autre et fuit Ce que l'on aime

paroles ferrat

Nous apprendrons à nous connaître En jetant bas les interdits Je serai la fenêtre ouverte Et toi la nuit

Comprendre la fleur et le fruit Comprendre ce qui nous unit

Nous conjuguerons l'avenir

A chaque instant présent dans toi

En partageant le vin, le rire Avec ceux-là

Qui vivent plus haut que leurs songes Qui haïssent la solitude Qui chassent l'ombre et le mensonge Des habitudes

Nous apprendrons à voir le monde Avec ces hommes d'aujourd'hui Dont les rêves aux nôtres se fondent

A l'infini

Comprendre la fleur et le fruit Comprendre l'homme d'aujourd'hui

Jean Ferrat COMPTINE POUR CLÉMENTINE Paroles: Guy Thomas

Qui frappe à coups redoublés

A ta porte verrouillée

Sans s'occuper des voisins Qu'aiment pas le tambourin C'est le méchant loup ma mie C'est le méchant loup C'est le méchant loup ma mie C'est le méchant loup

La clé fait deux petits tours Entrez monsieur mon amour Entrez mon printemps joli Mon oiseau de paradis Voilà le muguet ma mie Voilà le muguet Voilà le muguet ma mie Voilà le muguet

Pour ta si cruelle absence Faudra faire pénitence Un pater c'est bien le moins Et trois ave sur mon sein

A ta volonté ma mie

A ta volonté

A ta volonté ma mie

A ta volonté

Dieu nous donne le charbon Au diable tous tes jupons Accroche au clou tes dentelles Et cisaille tes ficelles Tirons le rideau ma mie Tirons le rideau

paroles ferrat

Tirons le rideau ma mie Tirons le rideau

Oublions les hypocrites Les fabricants d'eau bénite Voilà le premier baiser Que tu dois apprivoiser Comme un papillon ma mie Comme un papillon Comme un papillon ma mie Comme un papillon

Il n'y a pas de morale Dans ma chanson de cigale Il n'y a c'est instinctif Qu'un petit cri subversif Merde à la fourmi ma mie Merde à la fourmi Merde à la fourmi ma mie Merde à la fourmi

Jean Ferrat CONCESSIONS Paroles: Guy Thomas

Avant que je vous fréquente Je vivais dans un taudis Une espèce de soupente Où j'entassais mon fourbi Je veux bien ma chère Estelle Résider dans vos maisons Vivre dans vos grands hôtels Ou vos manoirs à la con

Mais pas dans un' forteresse Pour décrocher tes caresses

Avant que je sois sinoque Affolé par vos appâts Je vous aurais dit ton vioc Au lieu de votre papa Je veux bien pour vous complaire Apprendre votre jargon Dire Monsieur votre Père Est bête au lieu d'un peu con

Mais je dirai pas mes hommages En dégrafant ton corsage

Avant que je m'amourache De votre petit chignon Je vivais comme un apache Je bouffais comme un cochon Je veux bien bergeronnette Vous faire une concession Me servir dans une assiette Sur une nappe à la con

Mais je prendrai pas des pincettes Pour enlever ta jupette

Avant que je me dévoue Aux travaux de Cupidon Je menais je vous l'avoue

paroles ferrat

Une vie de patachon Je veux bien mon églantine Changer mes fréquentations Mais j'userai pas mes bottines Dans tes cocktails à la con

Je mettrai pas de jaquette Pour soulever ta liquette

Avant que je vous connaisse Je chopinais du rouquin Vous buviez du vin de messe Ou du Vichy Celestins Je veux bien ma chère amie Sacrifier quelques canons Mais je veux pas d'eau rougie Ni de tisane à la con

Je ne boirai pas de la flotte Pour enlever ta culotte

Jean Ferrat CUBA SI Paroles: Henri Gougaud

La nuit quand je m'en vais à rêves découverts Quand j'ouvre mon écluse à toutes les dérives Cuba, dans un remous de crocodiles verts Cuba, c'est chez toi que j'arrive

Je rencontre un vieux nègre aux yeux de bois brûlant Assis devant la mer, grain de café torride Le front dans le soleil il me montre en riant Là-bas, les côtes de Floride

Cuba, Cuba, Cuba sí Cuba, Cuba sí Cuba, Cuba, Cuba sí

Cuba, Cuba

Il dit j'ai vu Harlem, il dit j'ai vu New York Et noir, j'avais si peur devant les "Chien, sale nègre!" Que j'aurais préféré la peau rose d'un porc Collée sur ma poitrine nègre

Et maintenant Cuba, pauvre comme Cuba Je suis libre, et ma femme a la couleur du sable S'il n'y a rien à manger, on danse la conga Mais les chiens restent sous la table

Cuba, Cuba, Cuba sí Cuba, Cuba sí

Cuba, Cuba, Cuba sí

Cuba, Cuba

Adieu Cuba, adieu mon rêve à la peau brune Mes éperons d'argent sonnent sur tes galets Et mon cheval rêvé qui renifle la lune Piétine déjà l'eau salée

Que je devienne un jour un vieux singe ridé Que le ciel de Cuba se brise comme verre Je sais que l'on peut vivre ici pour une idée Mais ceci est une autre affaire

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Cuba, Cuba, Cuba sí Cuba, Cuba sí

Cuba, Cuba, Cuba sí

Cuba, Cuba

paroles ferrat

Jean Ferrat D'OÙ QUE VIENNE L'ACCORDÉON Paroles: Claude Delecluse

D'où que vienne l'accordéon D'Amsterdam ou de la Baltique Il connaît toutes les musiques Il connaît toutes les chansons

Il a l'âme sentimentale Mais le coeur international L'accordéon des vieux faubourgs Qui joue la peine et puis l'amour Il a chanté à Varsovie En Ukraine et en Roumanie Il a bercé la vieille Europe Devant un verre ou une chope Il dit encore il dit quand même Que le sang qui bat dans nos veines Que le sang qui bat dans nos coeurs A partout la même couleur

D'où que vienne l'accordéon D'Amsterdam ou de la Baltique Il connaît toutes les musiques Il connaît toutes les chansons

Lui qui sait combien de drapeaux Se sont couchés à Waterloo Et que la chanson des soldats Finit souvent la tête en bas Il sait tout ça et plus encore Et c'est pour ça qu'il crie si fort Que rien n'est plus beau que l'amour Et qu'il faudra bien un beau jour Que tous les gens de la planète Qu'ils soient de Chine ou de perpette Reprennent en choeur la chanson Que chantent les accordéons

D'où que vienne l'accordéon D'Amsterdam ou de la Baltique Il connaît toutes les musiques Il connaît toutes les chansons

Jean Ferrat DANS LA JUNGLE OU DANS LE ZOO Paroles et musique: Jean Ferrat

Ainsi donc ainsi donc Il n'y aurait plus rien à faire Qu'à mettre la clé sous la porte De ce château sombre et désert Où gisent nos illusions mortes Ainsi donc ainsi donc

paroles ferrat

Vite fait serait l'inventaire De ces chambres abandonnées Aux lits recouverts de poussière Aux parquets noirs de sang séché Et sur les carreaux des fenêtres On pourrait écrire à la craie:

"Tout demain devra disparaître Des choses que l'on a cru vraies" Et dans ce monde à la dérive Pareils aux autres animaux Nous n'aurions d'autre choix pour vivre Que dans la jungle ou dans le zoo Nous n'aurions d'autre choix pour vivre Que dans la jungle ou dans le zoo

Ainsi donc ainsi donc Il n'y aurait plus rien à voir Circulez mais circulez donc Ainsi finirait notre histoire Sous le poids des malédictions Ainsi donc ainsi donc Faudrait faire amende honorable Raser les murs courber le dos Se résigner au pitoyable Errer de goulags en ghettos Tout ne serait que simulacre Toute espérance sans lendemain Rien ne servirait de se battre Pour un monde à visage humain Il faudrait brûler tous les livres Redevenir des animaux Sans avoir d'autre choix pour vivre Que dans la jungle ou dans le zoo Sans avoir d'autre choix pour vivre Que dans la jungle ou dans le zoo

Ainsi donc ainsi donc Contre la faim contre la haine Contre le froid la cruauté De la longue quête incertaine Pour affirmer sa dignité Ainsi donc ainsi donc Il nous faudrait tout renier De la bataille surhumaine Que depuis l'âge des cavernes L'homme à lui-même s'est livré Ne tirez pas sur le pianiste Qui joue d'un seul doigt de la main Vous avez déchiffré trop vite "La musique de l'être humain" Et dans ce monde à la dérive Son chant demeure et dit tout haut Qu'il y a d'autres choix pour vivre Que dans la jungle ou dans le zoo Qu'il y aura d'autres choix pour vivre Que dans la jungle ou dans le zoo Que dans la jungle ou dans le zoo Que dans la jungle ou dans le zoo

Jean Ferrat DANS LE SILENCE DE LA VILLE Poème d'Aragon

La la la

paroles ferrat

Derrière les murs dans la rue Que se passe-t-il quel vacarme Quels travaux quels cris quelles larmes Ou rien la vie un linge écru

Sèche au jardin sur une corde C'est le soir cela sent le thym Un bruit de charrette s'éteint Une guitare au loin s'accorde

La la la

Il fait jour longtemps dans la nuit Un zeste de lune un nuage Que l'arbre salue au passage Et le coeur n'entend plus que lui

Ne bouge pas c'est si fragile Si précaire si hasardeux Cet instant d'ombre pour nous deux Dans le silence de la ville

La la la

Jean Ferrat DE NOGENT JUSQU'À LA MER Paroles: Albert Gardy

Y'a de la brume dans tes yeux gris De Nogent jusqu'à Paris Lentement va mon chaland De Paris jusqu'à Rouen Y'a du rêve dans tes yeux verts De Rouen jusqu'à la mer La mer où les grands bateaux Peuvent s'en aller Du Havre vers le monde entier

Tu t'éveilles et tu souris De Nogent jusqu'à Paris Je t'enlace doucement De Paris jusqu'à Rouen C'est l'amour qui nous est offert De Rouen jusqu'à la mer La mer où les amoureux Peuvent s'embarquer Du Havre vers le monde entier

Y'a de l'ennui dans tes yeux gris De Nogent jusqu'à Paris Et plus rien n'est comme avant De Paris jusqu'à Rouen On s'est dit tant de mots amers De Rouen jusqu'à la mer La mer où tant d'inconnus Peuvent t'emmener Du Havre vers le monde entier

Dans la brume y'a tes yeux gris Qui s'estompent doucement Et je rentre tristement De la mer jusqu'à Nogent

Jean Ferrat DEUX ENFANTS AU SOLEIL

paroles ferrat

La mer sans arrêt roulait ses galères Les cheveux défaits, ils se regardaient Dans l'odeur des pins, du sable et du thym Qui baignaient la plage Ils se regardaient tous deux sans parler Comme s'ils buvaient l'eau de leur visage Et c'était comme si tout recommençait

La même innocence les faisait trembler Devant le merveilleux, le miraculeux voyage de l'Amour

Dehors, ils ont passé la nuit L'un contre l'autre ils ont dormi La mer longtemps les a bercés Et quand ils se sont éveillés C'était comme s'ils venaient au monde Dans le premier matin du monde

La mer sans arrêt roulait ses galères Quand ils ont couru dans l'eau les pieds nus À l'ombre des pins se sont pris la main Et sans se défendre sont tombés dans l'eau Comme deux oiseaux Sous le baiser chaud de leurs bouches tendres Et c'était comme si tout recommençait

La Vie, l'Espérance et la Liberté Avec le merveilleux, le miraculeux voyage de l'Amour.

Jean Ferrat DEVINE Poème d'Aragon

Un grand champ de lin bleu parmi les raisins noirs Lorsque vers moi le vent l'incline frémissant Un grand champ de lin bleu qui fait au ciel miroir Et c'est moi qui frémis jusqu'au fond de mon sang

Devine

Un grand champ de lin bleu dans le jour revenu Longtemps y traîne encore une brume des songes Et j'ai peur d'y lever des oiseaux inconnus Dont au loin l'ombre ailée obscurément s'allonge

Devine

Un grand champ de lin bleu de la couleur des larmes Ouvert sur un pays que seul l'amour connaît Où tout a des parfums le pouvoir et le charme Comme si des baisers toujours s'y promenaient

Devine

Un grand champ de lin bleu dont c'est l'étonnement Toujours à découvrir une eau pure et profonde De son manteau couvrant miraculeusement Page 35

paroles ferrat Est-ce un lac ou la mer les épaules du monde

Devine

Un grand champ de lin bleu qui parle rit et pleure Je m'y plonge et m'y perds dis-moi devines-tu Quelle semaille y fit la joie et la douleur Et pourquoi de l'aimer vous enivre et vous tue

Devine

Jean Ferrat

DINGUE

Paroles et musique: Jean Ferrat

Pour faire ma pube Descends ton slip

Je te ferai un tube Avec mon clip Image de fesse

A bout portant

Il pleut à verse Sur mon écran Ouvre les cuisses Que je te mate Mon audimat Est au beau fixe Les idées-chocs Le poids du fric Je baisse mon froc Sur cette éthique

La vie débloque à tout berzingue Dans mon époque je deviens dingue

Au faire savoir

Succède le voir

A défaut d'être

Il faut paraître J'ai la moutarde

Qui me monte au nez Passe la rhubarbe Voila le séné

A toi l'Oscar

A moi le Sept d'or

A toi le César

A nous le veau d'or

Tu seras au Hit Je serai au Top Je te félicite Bravo mon pote

La vie débloque à tout berzingue Dans mon époque je deviens dingue

Faut des gagneurs Faut des perdants Mort aux losers Place aux battants Vole une pomme Et tu es cuit Descends un homme T'as du sursis Un flic tabasse

paroles ferrat

Un jeune en loques Ça laisse pas de traces Justice en toc Un flic qui casse Comme un canaque Putain de ta race Un beur qui claque

La vie débloque à tout berzingue Dans mon époque je deviens dingue

La France qui gagne Les petits boulots Les années bagne Métro dodo La France qui trinque Dans les banlieues Passe-moi la seringue A être heureux Si t'as des fois Mal aux magouilles L'état de droit Qui part en couilles Si ça te ronge Aux entournures Prends donc l'éponge Aux fausses factures

La vie débloque à tout berzingue Dans mon époque je deviens dingue

T'as pas 100 balles Pour le cancer

T'as pas 100 balles Pour le sida T'as pas 100 balles Pour la misère T'as pas 100 balles Pendant ce temps-là

500 milliards

Partent en fumée

500 milliards

Partent en fusées

500 milliards

Aux militaires

500 milliards

Foutus en l'air

La vie débloque à tout berzingue Dans mon époque je deviens dingue

Maman bobo J'ai mal au coeur Papa Rambo Fait un malheur Avec sa guerre En vidéo Qui rassérène Le populo Avec ses bombes Aseptisées Ses hécatombes Banalisées Il fait la retape Au consensus Sa force de frappe Je l'ai dans l'anus

La vie débloque à tout berzingue

paroles ferrat

Dans mon époque je deviens dingue

Jean Ferrat

EH L'AMOUR

Eh l'amour tes gigolos ont su trouver le filon Qu'ils fassent la rue ou qu'ils fassent des chansons Depuis le temps qu'ils s'occupent de croquer tes millions Eh l'amour t'as mauvaise mine tu sais dans tes romans Et dans ces films où tu parais tout le temps Entre une voiture de sport et deux téléphones blancs Eh l'amour si tu veux bien ce soir Oublie donc tes trottoirs Tes pin-ups tes dollars Eh l'amour et reviens-moi tout nu sur tes ergots Comme je t'ai connu quand on était jeunot Et qu'on n'avait rien sur le dos

Eh l'amour oui te voilà t'es bien toujours pareil T'as pas changé t'es comme cendre et soleil Tout gris quand tu t'endors et bleu à ton réveil Eh l'amour comme un grand frère viens t'asseoir à mes genoux Tu sais très bien que je ne serai pas jaloux De tes bonheurs d'un jour de tes mômes à deux sous Eh l'amour quand tu défais leur lit Si tu vois le paradis Tu pourrais me faire des prix Eh l'amour avant de courir vers d'autres rendez-vous Mets tes dentelles et rejoue moi frou frou Attention au voisin d'en dessous

Eh l'amour pardonne-nous tous nos accordéons Pardonne-nous ces vers de mirliton Qu'on chante à ton baptême ou pour ton oraison Eh l'amour depuis le temps que tu rimes avec toujours Si ça t'ennuie d'écouter nos discours On pourrait tous les deux s'en aller faire un tour Eh l'amour tu sais bien qu'avec moi Tu feras ce que tu voudras Qu'importe où l'on ira Eh l'amour déploie tes ailes comme un vrai chérubin On arrivera sans doute un beau matin Au septième ciel et même un peu plus loin

Jean Ferrat ELLE Poème d'Aragon

Elle seule elle a le ciel Que vous ne pouvez lui prendre Elle seule elle a mon coeur Qu'on l'ose arracher ou fendre Elle seule atteint les songes Qui mettent mes nuits en cendres Elle seule échappe aux flammes Comme fait la salamandre

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paroles ferrat

Elle seule ouvre mon âme

A ce qui ne peut s'entendre

Elle seule et qui sait d'où Vient l'oiseau vers le temps doux

Elle seule qu'elle parle

C'est comme faire un voyage Elle seule et son silence

A la beauté des ombrages

Elle seule et tout l'amour

Me sont un même visage

Elle seule et les merveilles S'étonnent de son passage Elle seule et le soleil

A peine y peut faire image

Elle seule et qui sait d'où Vient l'oiseau vers le temps doux

Elle seule et tout le reste S'en aille au diable vauvert Elle seule et j'ai pour elle Seule ainsi vécu souffert Elle seule ô ma romance Mon sang mes veines mes vers Elle seule et qu'elle sorte Je demeure dans l'enfer Elle seule et que m'importent Cette vie et l'univers

Elle seule et je sais d'où L'oiseau chante le temps doux

Jean Ferrat EN GROUPE EN LIGUE EN PROCESSION Paroles et musique: Jean Ferrat

En groupe en ligue en procession En bannière en slip en veston Il est temps que je le confesse

A pied à cheval et en voiture

Avec des gros des petits des durs Je suis de ceux qui manifestent Avec leurs gueules de travers Leurs fins de mois qui sonnent clair Les uns me trouvent tous les vices Avec leur teint calamiteux Leurs fins de mois qui sonnent creux D'autres trouvent que c'est justice

Je suis de ceux que l'on fait taire Au nom des libertés dans l'air Une sorte d'amoraliste Le fossoyeur de nos affaires Le Déroulède de l'arrière Le plus complet des défaitistes L'empêcheur de tuer en rond Perdant avec satisfaction Vingt ans de guerres colonialistes La petite voix qui dit non Dès qu'on lui pose une question Quand elle vient d'un parachutiste

paroles ferrat

En groupe en ligue en procession Depuis deux cents générations Si j'ai souvent commis des fautes Qu'on me donne tort ou raison De grèves en révolutions Je n'ai fait que penser aux autres Pareil à tous ces compagnons Qui de Charonne à la Nation En ont vu défiler parole Des pèlerines et des bâtons Sans jamais rater l'occasion De se faire casser la gueule

En groupe en ligue en procession Et puis tout seul à l'occasion J'en ferai la preuve par quatre S'il m'arrive Marie-Jésus D'en avoir vraiment plein le cul Je continuerai de me battre On peut me dire sans rémission Qu'en groupe en ligue en procession On a l'intelligence bête Je n'ai qu'une consolation C'est qu'on peut être seul et con Et que dans ce cas on le reste

Jean Ferrat ÉPILOGUE Poème d'Aragon

La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse

Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes

Bien sûr bien sûr vous me direz que c'est toujours comme cela mais justement Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l'engrenage Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage Est-ce qu'on peut avoir le droit au désespoir le droit de s'arrêter un moment

J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant Page 40

paroles ferrat Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Songez qu'on arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d'épouvantables Car il n'est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire Rappelez-vous que nous avons aussi connu cela que d'autres sont montés Arracher le drapeau de servitude à l'Acropole et qu'on les a jetés Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l'histoire

J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant En face pour savoir en triompher Le chant n'est pas moins beau quand il décline Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu'une voix se taise Sachez-le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue Du moment que jusqu'au bout de lui-même Le chanteur a fait ce qu'il a pu Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Jean Ferrat ET POUR L'EXEMPLE Paroles: Philippe Pauletto

On l'a cloué Et sa misère Sur un mur blanc Au grand soleil Un clou au coeur Et pour l'exemple Il a saigné Sur le soleil

Dans le ciel blanc Les oiseaux noirs Chantent sa mort

On l'a cloué Et son espoir Sur le silence Des grands étés Un clou au coeur Et pour l'exemple Il s'est fané Un jour d'été

Dans le silence

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Les mouches noires Dansent sa mort

Gens qui passez Vous ne voyez Ni mort ni sang Sur le soleil Ni oiseaux noirs Dans le ciel blanc Ni mouches noires Entre ses dents

Vous ne voyez Que son espoir Sur le soleil Que votre espoir Au grand soleil

Jean Ferrat

ÉTAT D'ÂME

paroles ferrat

L'aube se lève grise et sale Sur la sinistre cour pavée J'entends résonner sur les dalles Les bidons tristes du laitier C'est toujours quand 5 heures sonnent Qu'on réveille les condamnés Les feuilles des arbres frissonnent Il va bien falloir y aller

Hay, hay, hay

A l'heure où les croissants sont chauds

Je n'ai pas l'âme d'un bourreau

De travail

A l'idée de l'exécuter

J'ai le moral en marmelade Si le travail c'est la santé Tous mes copains en sont malades Faites-le mettre à la torture Par ceux qui en font leur régal Bien au chaud sous mes couvertures Je ne le toucherai pas d'un poil

Hay, hay, hay

A l'heure où l'on boit l'apéro

Je n'ai toujours pas l'âme d'un bourreau

De travail

Si je dois l'abattre sans pitié Avant d'abandonner mon lit Je voudrais bien voir changer la vie Dans la nouvelle société Je voudrais voir les flics au boulot Les tenants du grand capital Les PDG, les généraux Goûter aux cadences infernales

Hay, hay, hay Ce n'est sans doute pas de sitôt Que j'aurai l'âme d'un bourreau De travail

Jean Ferrat

EXCUSEZ-MOI

paroles ferrat

Excusez-moi

De ne pas être plus habile De ne pas danser sur un fil De ne pas me tenir très droit Je ne ferai pas de claquettes Ni de culbutes sur la tête Je ne sais quoi faire de mes bras de mes bras

Excusez-moi

Si je n'arrive pas à dire

Tout ce que je voudrais vous dire

A belle à claire à haute voix

Louer le ciel la nuit le jour Et l'évidence de l'amour Simplement comme je le dois je le dois

Excusez-moi

Quand ma chanson deviendra triste C'est que j'ai sous les yeux la liste Des hommes partout mis en croix Je ne manque pas de courage Mais nous vivons au moyen-âge Les bras m'en tombent quelquefois quelquefois

Excusez-moi

Je rêve de chansons trempées Tranchantes comme un fil d'épée Et ne manie qu'un sabre en bois Un jour j'en ris l'autre j'en pleure Et qu'importe si c'est un leurre Je pourrai dire que j'y crois que j'y crois

Excusez-moi

Quand ma chanson deviendra folle Je n'y aurai pas d'autre rôle Que de vous chanter qu'à Cuba On prend l'argent pour seule cible On dit que rien n'est impossible Et que l'homme seul comptera comptera

Excusez-moi

De ne pas être plus habile De ne pas danser sur un fil De ne pas me tenir très droit Je ne courberai pas la tête

A la fin de mes chansonnettes

Je préfère vous regarder droit vous regarder droit

Jean Ferrat FEDERICO GARCÍA LORCA

paroles ferrat

Les guitares jouent des sérénades Que j'entends sonner comme un tocsin Mais jamais je n'atteindrai Grenade "Bien que j'en sache le chemin"

Dans ta voix Galopaient les cavaliers Et les gitans étonnés Levaient leurs yeux de bronze et d'or Si ta voix se brisa Voilà plus de vingt ans qu'elle résonne encore Federico García

Voilà plus de vingt ans, camarades Que la nuit règne sur Grenade

Il n'y a plus de prince dans la ville Pour rêver tout haut Depuis le jour où la guardia civil T'a mis au cachot

Et ton sang tiède en quête de l'aurore S'apprête déjà J'entends monter par de longs corridors Le bruit de leurs pas

Et voici la porte grande ouverte On t'entraîne par les rues désertées Ah! Laissez-moi le temps de connaître Ce que ma mère m'a donné

Mais déjà Face au mur blanc de la nuit Tes yeux voient dans un éclair Les champs d'oliviers endormis Et ne se ferment pas Devant l'acre lueur éclatant des fusils Federico García

Les lauriers ont pâli, camarades Le jour se lève sur Grenade

Dure est la pierre et froide la campagne Garde les yeux clos De noirs taureaux font mugir la montagne Garde les yeux clos

Et vous Gitans, serrez bien vos compagnes Au creux des lits chauds Ton sang inonde la terre d'Espagne O Federico

Les guitares jouent des sérénades Dont les voix se brisent au matin Non, jamais je n'atteindrai Grenade "Bien que j'en sache le chemin"

Jean Ferrat FRÉDO LA NATURE Favre - Ferrat

En poussant comme un pauvre gosse Sur un tas de cailloux On a des idées précoces

Et

comme les voyous

Tu

passais devant l'école

La

fleur à la main

D'Attila moi je m'en colle

Je reviendrai de main

Mais il y a eu des demain

À

n'en plus finir

paroles ferrat

Tu

fréquentas les chemins

fleurit le plaisir

seize ans tu cueilles une rosé

À

Déjà bien fanée

Tu

apprends toutes les choses

De

l'amour damné

REFRAIN:

Dis-moi Fredo la nature Qu'as-tu fait de ta vie

C'est l'heure de payer la facture

On

fait plus crédit

De

l'amour ton seul domaine

Tu

devins l'expert

Mais tu n'avais qu'une rengaine "Je veux me mettre au vert Jardinier pendant que ces dames

En toutes saisons

Arpentaient le macadam

Tu coupais le gazon

Mais il a fallu qu'un pote Sans ta permission

Vienne un jour fourrer ses bottes Dans tes plantations D'un coup de sécateur rapide

Tu

lui as coupé

Un

petit morceau de carotide

C'était régulier

REFRAIN

Assez joué mon petit bonhomme Réglons l'addition

Un coup de parabellum

Voilà ta ration T'auras droit à toute la clique Êtes cérémonies

Des couronnés de la musique

Et

tous les amis

En

écoutant l'harmonium

Penseront souvent

À

toi sous les géraniums

Tu

les aimais tant

Tu

nous quittes sans manière

Et

ces dames en pleurs

Feront graver sur la pierre

Au milieu des fleurs

Fredo aimait la nature

Le voilà servi

Couché parmi la nature

II finit sa vie.

Jean Ferrat HEUREUX CELUI QUI MEURT D'AIMER Poème d'Aragon

paroles ferrat

O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre

Ma danse d'être mon coeur sombre Mon ciel des étoiles sans nombre Ma barque au loin douce à ramer Heureux celui qui devient sourd Au chant s'il n'est de son amour Aveugle au jour d'après son jour Ses yeux sur toi seule fermés

Heureux celui qui meurt d'aimer Heureux celui qui meurt d'aimer

D'aimer si fort ses lèvres closes Qu'il n'ait besoin de nulle chose Hormis le souvenir des roses

A jamais de toi parfumées

Celui qui meurt même à douleur

A qui sans toi le monde est leurre

Et n'en retient que tes couleurs Il lui suffit qu'il t'ait nommée

Heureux celui qui meurt d'aimer Heureux celui qui meurt d'aimer

Mon enfant dit-il ma chère âme Le temps de te connaître ô femme L'éternité n'est qu'une pâme Au feu dont je suis consumé Il a dit ô femme et qu'il taise

Le nom qui ressemble à la braise

A la bouche rouge à la fraise

A jamais dans ses dents formée

Heureux celui qui meurt d'aimer Heureux celui qui meurt d'aimer

Il a dit ô femme et s'achève Ainsi la vie, ainsi le rêve Et soit sur la place de grève Ou dans le lit accoutumé Jeunes amants vous dont c'est l'âge Entre la ronde et le voyage Fou s'épargnant qui se croit sage Criez à qui vous veut blâmer

Heureux celui qui meurt d'aimer Heureux celui qui meurt d'aimer

Jean Ferrat HOP-LÀ NOUS VIVONS Paroles: Henri Gougaud

Avec nos dents nickelées Et nos coeurs battant la fête L'oiseau rouge dans la tête Les cheveux mal ficelés

Hop-là hop-là hop-là nous vivons Hop-là hop-là hop-là nous vivons

paroles ferrat

Avec nos rires barbares Comme des couteaux jetés Dans le soleil qui nous fait La peau couleur de guitare

Hop-là hop-là hop-là nous vivons Hop-là hop-là hop-là nous vivons

Sous les buildings de Paris On chante comme l'orage Et la liberté fait rage Dans nos coeurs mal équarris

Hop-là hop-là hop-là nous vivons Hop-là hop-là hop-là nous vivons

Nous sommes quelques millions Pour qui la vie se dévore En rêves multicolores A belles dents de lion

Hop-là hop-là hop-là nous vivons Hop-là hop-là hop-là nous vivons

Nous habitons sur les routes Qui mènent à l'amour fou Nous marcherons jusqu'au bout Jusqu'à en crever sans doute

Hop-là hop-là hop-là nous vivons Hop-là hop-là hop-là nous vivons

Et nous serons tous pareils Au bout de l'heure dernière Nous chanterons pour nos frères Pour un éternel soleil

Hop-là hop-là hop-là nous vivons Hop-là hop-là hop-là nous vivons

Jean Ferrat HORIZONTALEMENT Paroles: Roland Valade

Verticalement Tu n'es pas une affaire Je sais bien Mais horizontalement C'est toi que je préfère Et de loin

Je me sens le plus triste Des cruciverbistes Car je suis Derrière une grille Seul où toi ma fille Tu m'as mis Pour trouver ta définition Je n'ai pas trente-six solutions Belle comme l'amour futée comme un balai Tu es la source de tous mes mots croisés

Verticalement

paroles ferrat

Tu n'es pas une affaire Je sais bien Mais horizontalement C'est toi que je préfère Et de loin

Après les extases Tu as quelques cases Mal remplies En libertinage Tu as pour ton âge Du génie En cinq lettres sur mon journal On demande au trois vertical Un mal qui peut se dissiper la nuit En pensant à toi j'ai trouvé l'ennui

Verticalement Tu n'es pas une affaire Je sais bien Mais horizontalement C'est toi que je préfère Et de loin

Pourquoi dans nos phrases Tous nos mots se croisent Pleins d'aigreur Idiots que nous sommes Puisque la nuit gomme Nos erreurs Au fond de notre carrée noire M'arrive une lueur d'espoir Alors j'oublie ce qui m'obsède chez toi Qui n'as pas inventé l'eau tiède crois-moi

Verticalement Tu n'es pas une affaire Je sais bien Mais horizontalement C'est toi que je préfère Et de loin

Mais horizontalement C'est toi que je préfère Et de loin

Mais horizontalement C'est toi que je préfère Et de loin

Jean Ferrat HOSPITALITÉ Paroles: Guy Thomas

Quand vous viendrez chez moi n'aura pas à s'en faire La porte s'ouvrira n'aura le corridor Et vous serez chez vous souris dans un gruyère Les volets seront mis pour oublier dehors

Je vous verrai venir ô ma moitié d'orange Je vous attends depuis si longtemps souffle court Je serai tout à coup saisi d'un mal étrange Je serai sans parler je serai sans bonjour Page 48

paroles ferrat

Mais vous aurez déjà posé votre mantille Vous m'aurez rapporté de la tarte aux copeaux De la glace aux genêts du pâté de jonquilles Vous saurez tout déjà vous serez du bateau

Vous serez au courant vous serez affranchie Vous prendrez votre assiette au fond du poussiéreux Et je vous couperai le quignon d'anarchie Dans la miche du pauvre avec un couteau feu

Le chien n'est pas méchant qui grogne à tous les diables Qui m'aide à renvoyer proprement les salauds Il viendra simplement se coucher sous la table Et donner de la gueule aux coups de godillots

O ma cruelle amante, ô ma fragile épaule

Ma nudité ma blonde ô mon secret miroir Vous viendrez sur mon lit vous viendrez dans ma geôle Et vous approcherez doucement l'éteignoir

Quand vous viendrez chez moi n'aura pas à s'en faire La porte s'ouvrira n'aura le corridor Et vous serez chez vous souris dans un gruyère Les volets seront mis pour oublier dehors

Jean Ferrat HOU HOU MÉFIONS-NOUS

On s'était connus à Pigalle Chez la femme d'un député Chez la femme d'un député Qui avait le goût du scandale Étant de la majorité Étant de la majorité Avec sa barbe et son teint pâle Ses cheveux pendant sur le cou Ses cheveux pendant sur le cou Son vieux blue jean et ses sandales Il paraissait vraiment dans le coup Il paraissait vraiment dans le coup

Hou hou méfions-nous Les flics sont partout Hou hou méfions-nous Les flics sont partout

Il m'entraîna tout feu tout flamme

A une grande manifestation

A une grande manifestation

De celles qui rassemblent à Paname

La fine fleur de la nation La fine fleur de la nation "Allons faire la révolution" S'écrie mon étrange quidam S'écrie mon étrange quidam "Foutons les banquiers au violon Foutons le feu à Notre-Dame Foutons le feu à Notre-Dame"

Hou hou méfions-nous Les flics sont partout Hou hou méfions-nous

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paroles ferrat

Les flics sont partout

"On va faire chanter le plastic Aux oreilles du grand patron Aux oreilles du grand patron" Rugit mon barbu frénétique En fouillant dans son pantalon En fouillant dans son pantalon Devant le peuple médusé Il n'en sortit qu'un étendard Il n'en sortit qu'un étendard On rigolait à l'Elysée C'était râpé pour le grand Soir C'était râpé pour le grand Soir

Hou hou méfions-nous Les flics sont partout Hou hou méfions-nous Les flics sont partout

Voyant sa tactique faillir Voilà qu'il m'invite à boire un coup Voilà qu'il m'invite à boire un coup Dans sa chambre pour mieux saisir La pensée de Mao Tsé-Toung Dieu seul sait quel fut mon supplice Quand je lui grimpais sur le dos Quand je lui grimpais sur le dos Mais pour une fois que la police On peut la baiser comme il faut On peut la baiser comme il faut

Hou hou méfions-nous Les flics sont partout Hou hou méfions-nous Les flics sont partout

L'assaut fut sans doute si rude Qu'il partit les jambes à son cou Qu'il partit les jambes à son cou En qualifiant mon attitude De trop avant-garde à son goût De trop avant-garde à son goût Depuis qu'on sait son aventure Jusqu'au revers de la médaille Jusqu'au revers de la médaille Il paraît qu'à la préfecture Y'a des volontaires en pagaille Y'a des volontaires en pagaille

Hou hou méfions-nous Les flics sont partout Hou hou méfions-nous Les flics sont partout

Jean Ferrat

HOURRAH

On a les yeux de toutes les couleurs Le rire aux lèvres et la colère au coeur Et des milliers de chansons dans la voix Vous mes amis que je ne connais pas

paroles ferrat

Je ne vous connais pas Mais je vous imagine Rien d'autre comme en moi Qu'un rêve qui s'obstine Hourrah!

On a le front mouillé de tous les ciels On a l'amour aux rythmes essentiels Des rivages d'étoiles sous nos pas Vous mes amis que je ne connais pas

Je ne vous connais pas Mais je sais qui vous êtes De grands poissons lilas Dansent dans votre tête Hourrah!

Depuis le temps qu'on joue les mêmes billes Que le temps passe au bras des mêmes filles Et qu'à la source on boit le même vin Vous mes amis je vous connais si bien

Et le temps d'un refrain Et l'espace d'un cri Et le temps d'un refrain C'est pour vous que je crie Hourrah!

Pour chaque fruit mûrit une saison C'est en été que tombent les prisons Grenade un jour aura brisé ses liens Vous mes amis que je connais si bien

L'avenir, l'avenir Ouvre ses jambes bleues Faudra-t-il en mourir Ou bien n'est-ce qu'un jeu? Hourrah!

Paris s'endort à l'heure où le matin Un autre monde est à moitié chemin En nous aidant le Ciel nous aidera Vous mes amis que je ne connais pas En nous aidant le Ciel nous aidera Vous mes amis que je ne connais pas Hourrah!

Jean Ferrat ILS VOLENT VOLENT VOLENT

Ils volent volent volent Ils volent volent les ballons Des petits joueurs de football Qui savent que leur monde est rond Ils volent volent volent Ils volent volent dans les rues Les petits joueurs de football De l'Amérique aux pieds nus

Pour sortir de la favela Il faut devenir champion La faim leur donne des ailes C'est la seule chance qu'ils ont

paroles ferrat

Leurs yeux jettent des éclairs Le vent brûle leurs poumons Courez courez, la misère Vous grignote les talons

Ils volent volent volent Ils volent volent les dix doigts Des petits joueurs de guitare Couleur de bossa-nova Ils volent volent volent Ils volent volent dans les rues Les petits joueurs de guitare De l'Amérique aux mains nues

Et leurs mains sont des oiseaux Rafraîchissant de leurs ailes L'ombre chaude des ruelles De l'Amérique en ponchos Et leur voix devient tonnerre Et leur chant devient frisson Jouez jouez, la misère Court derrière vos chansons

Ils volent volent volent Ils volent volent les espoirs Des petits joueurs de football Des petits joueurs de guitare Ils volent volent volent Ils volent volent dans les rues En incarnant les symboles De l'Amérique aux pieds nus De l'Amérique aux mains nues

Jean Ferrat

INDIEN

Pauvre pauvre pauvre Indien Plante un à un Plante plante un à un Le maïs en grains

Dure est la terre Que l'on arrache à la forêt Dure est la terre Où il vivra jusqu'à l'été Solitaire La faim au ventre Il attendra de voir monter La faim au ventre Les maigres tiges à récolter Entre les pierres

Pauvre pauvre pauvre Indien Plante un à un Plante plante un à un Le maïs en grains

Dans son village Il a laissé femme et enfants Dans son village Qui l'attendent depuis longtemps Sans colère La terre est rouge

paroles ferrat

Rouges ses mains rouge son coeur La terre est rouge Frère sa peau a la couleur Qui nous est chère

Pauvre pauvre pauvre Indien Plante un à un Plante plante un à un Le maïs en grains

Jean Ferrat

INTOX

Quand je me sens mal Dans ma peau Je peux faire la malle Illico Dès que la speakerine Ouvre son tiroir J'ai mon héroïne Avec télé-soir

Je vois des chauve-souris roses Je suis sûr d'avoir ma dose Intox intox intoxiqué Opium opium télévisé

Si je n'ai pas de veine J'ai du pif Quand je change de chaîne C'est du kif Je me fais des piqûres Fort économiques Avec leurs figures De barbituriques

Je vois les chauve-souris roses Je sens que j'ai déjà la dose Intox intox intoxiqué Opium opium télévisé

Quand ma virago Fait des drames En tournant le dos A mon âme Avec leur programme Pas besoin de femmes C'est un C.D.R. Qui m'envoie en l'air

Je suis une chauve-souris rose Je sens que j'ai la super dose Intox intox intoxiqué Opium opium télévisé

Mais j'arrive au bout De mon rouleau Quand y'a le présidou Au micro Je suis plus dans la course Sur mon canapé Je me le tape en douce Comme du L.S.D.

paroles ferrat

Je vois même la vie en rose J'ai dû dépasser la dose Intox intox intoxiqué Je suis fou je suis fou je suis fou à lier

Jean Ferrat

J'AI FROID

Le vent du midi s'abat en rafales Sur la vallée noire où les arbres ploient Leurs bras désolés fument des gitanes J'ai froid Une fois de plus tous les droits de l'homme Sont foulés aux pieds sont jetés à bas Les maîtres sanglés dans leurs uniformes J'ai froid

Une fois de plus la grande injustice La force imbécile triomphe du droit Quand la liberté tombe sa pelisse J'ai froid Encore une fois les lettres anonymes La bêtise épaisse en guise de loi La salve éclatant au milieu de l'hymne J'ai froid

Si la bête immonde sort de sa tanière Nous retrouverons le chemin des bois Mets dans ma valise un gros pull-over J'ai froid Dans tes yeux soudain ivres de colère La révolte éclaire un grand feu de bois Quand fera-t-il donc le tour de la terre J'ai froid

Quand fera-t-il donc le tour de la terre J'ai froid

Jean Ferrat J'ARRIVE OÙ JE SUIS ÉTRANGER Poème d'Aragon

Rien n'est précaire comme vivre Rien comme être n'est passager C'est un peu fondre comme le givre Et pour le vent être léger J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière D'où viens-tu mais où vas-tu donc Demain qu'importe et qu'importe hier Le coeur change avec le chardon Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe Touche l'enfance de tes yeux Mieux vaut laisser basses les lampes La nuit plus longtemps nous va mieux

paroles ferrat C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne Mais l'enfant qu'est-il devenu Je me regarde et je m'étonne De ce voyageur inconnu De son visage et ses pieds nus

Peu à peu tu te fais silence Mais pas assez vite pourtant Pour ne sentir ta dissemblance Et sur le toi-même d'antan Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte Le sable en fuit entre nos doigts C'est comme une eau froide qui monte C'est comme une honte qui croît Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose C'est long de renoncer à tout Et sens-tu les métamorphoses Qui se font au-dedans de nous Lentement plier nos genoux

O mer amère, ô mer profonde

Quelle est l'heure de tes marées

Combien faut-il d'années-secondes

A l'homme pour l'homme abjurer

Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre Rien comme être n'est passager C'est un peu fondre comme le givre Et pour le vent être léger J'arrive où je suis étranger

Jean Ferrat J'AURAIS SEULEMENT VOULU

Qu'aurais-je été qu'aurais-je été Si ce n'est au violon ce qu'est la chanterelle Cette corde que fait chanter Vivaldi au printemps couleur de tourterelle

J'aurais simplement voulu être heureux J'aurais simplement voulu La la la la la la la la J'aurais seulement voulu

Qu'aurais-je été qu'aurais-je été S'il ne montait ce chant au travers de ma gorge Témoin de la réalité Du monde de malheur que les hommes se forgent

J'aurais simplement voulu être heureux J'aurais simplement voulu La la la la la la la la J'aurais seulement voulu

Qu'aurais-je été qu'aurais-je été Sinon cet inconnu qui croit qu'on lui pardonne Page 55

paroles ferrat

Pour son accent de vérité De ravir au passant la chanson qu'il fredonne

J'aurais simplement voulu être heureux J'aurais simplement voulu La la la la la la la la J'aurais seulement voulu

Qu'aurais-je été qu'aurais-je été Sinon cette vallée que tous les vents traversent Mes certitudes ballottées Ces mots à peine éclos à mes lèvres qui gercent

J'aurais tant voulu vivre un monde heureux J'aurais seulement voulu La la la la la la la la J'aurais seulement voulu

Jean Ferrat J'ENTENDS J'ENTENDS Poème d'Aragon

J'en ai tant vu qui s'en allèrent Ils ne demandaient que du feu Ils se contentaient de si peu Ils avaient si peu de colère

J'entends leurs pas j'entends leurs voix Qui disent des choses banales Comme on en lit sur le journal Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu'on fait de vous hommes femmes

O pierre tendre tôt usée

Et vos apparences brisées Vous regarder m'arrache l'âme

Les choses vont comme elles vont De temps en temps la terre tremble Le malheur au malheur ressemble Il est profond profond profond

Vous voudriez au ciel bleu croire Je le connais ce sentiment J'y crois aussi moi par moments Comme l'alouette au miroir

J'y crois parfois je vous l'avoue

A n'en pas croire mes oreilles

Ah je suis bien votre pareil Ah je suis bien pareil à vous

A vous comme les grains de sable

Comme le sang toujours versé Comme les doigts toujours blessés Ah je suis bien votre semblable

J'aurais tant voulu vous aider Vous qui semblez autres moi-même Mais les mots qu'au vent noir je sème Qui sait si vous les entendez

Tout se perd et rien ne vous touche

paroles ferrat

Ni mes paroles ni mes mains Et vous passez votre chemin Sans savoir que ce que dit ma bouche

Votre enfer est pourtant le mien Nous vivons sous le même règne Et lorsque vous saignez je saigne Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il J'aurais tant aimé cependant Gagner pour vous pour moi perdant Avoir été peut-être utile

C'est un rêve modeste et fou Il aurait mieux valu le taire Vous me mettrez avec en terre Comme une étoile au fond d'un trou

Jean Ferrat J'IMAGINE Paroles: Henri Gougaud

J'imagine La révolte prêchée par quelques douces femmes Deux mille ans de prisons dévorés par les flammes J'imagine L'amour faisant l'amour, la vie faisant le reste Une révolution sans un mot, sans un geste

Et la grande liberté au poing la rose Et la grande liberté la rose au poing Et la grande liberté la rose au poing

J'imagine Un peuple dynamite et pourtant sans défense Tout en lui ne serait qu'amour et transparence J'imagine Un hiver tout de neige et fleurissant quand même Pour des femmes chansons, pour des hommes poèmes

Et la grande liberté au poing la rose Et la grande liberté la rose au poing Et la grande liberté la rose au poing

J'imagine L'Occident sans ghettos, le Brésil sans torture Et l'Afrique riant comme source d'eau pure J'imagine Le soleil se levant sur l'Asie douce et libre La vie enfin, la vie comme il faudra la vivre

Et la grande liberté au poing la rose Et la grande liberté la rose au poing Et la grande liberté la rose au poing

Jean Ferrat

JE MEURS

Paroles: Pierre Grosz

paroles ferrat

Je meurs d'une petite fièvre Avec un prénom sur mes lèvres Et quelques souvenirs heureux Quelque part au fond de mes yeux

Je vois la chose comme un acteur Que ses amis trouvent menteur Quand son coeur à son dernier bond Le fait grimacer pour de bon

Alors moi je ris doucement Comme on rit aux enterrements En me disant qu'au fond mourir C'est ne plus s'arrêter de rire

Je meurs d'une petite fièvre Avec un prénom sur mes lèvres Et quelques souvenirs heureux Quelque part au fond de mes yeux

Je m'en vais comme je suis venu Un peu plus calme un peu moins nu Je pars en voyage vers la terre Qui peut m'expliquer ce mystère

A moins peut-être qu'un de ces quatre J'entende enfin au transistor Des nouvelles du vaccin-miracle Qui guérira l'homme de la mort

Je meurs d'une petite fièvre Avec un prénom sur mes lèvres Et quelques souvenirs heureux Quelque part au fond de mes yeux

Jean Ferrat JE NE CHANTE PAS POUR PASSER LE TEMPS Paroles et musique: Jean Ferrat

Il se peut que je vous déplaise En peignant la réalité Mais si j'en prends trop à mon aise Je n'ai pas à m'en excuser Le monde ouvert à ma fenêtre Que je referme ou non l'auvent S'il continue de m'apparaître Comment puis-je faire autrement

Je ne chante pas pour passer le temps

Le monde ouvert à ma fenêtre Comme l'eau claire le torrent Comme au ventre l'enfant à naître Et neige la fleur au printemps Le monde ouvert à ma fenêtre Avec sa dulie ses horreurs Avec ses armes et ses reîtres Avec son bruit et sa fureur

Je ne chante pas pour passer le temps Page 58

paroles ferrat

Mon Dieu mon Dieu tout assumer L'odeur du pain et de la rose Le poids de ta main qui se pose Comme un témoin du mal d'aimer Le cri qui gonfle la poitrine De Lorca à Maiakowski Des Poètes qu'on assassine Ou qui se tuent pourquoi pour qui

Je ne chante pas pour passer le temps

Le monde ouvert a ma fenêtre Et que je brise ou non la glace S'il continue à m'apparaître Que voulez-vous donc que j'y fasse Mon coeur mon coeur si tu t'arrêtes Comme un piano qu'on désaccorde Qu'il me reste une seule corde Et qu'à la fin mon chant répète

Je ne chante pas pour passer le temps

Jean Ferrat JE NE PUIS VIVRE QUE DE TOI

Comme à l'amour est l'eau fraîche Quand tu me dis bois Comme le sont à l'Ardèche Ses landes ses bois Comme Marie dans la crèche Attendait les rois Je ne puis vivre Je ne puis vivre que de toi

Je passais sans t'apercevoir Comme le vent dans les lilas Comme les peuples dans l'histoire Mais il fallait que je te voie

Le torrent laisse sa trace Au flanc du rocher Si demain le temps efface Ce que j'ai été Qu'il me laisse au moins ma place En tes bras creusée Où j'ai pu vivre Où j'ai pu vivre et t'aimer

Mon amour ma cartomancienne L'avenir point entre tes bras Comme l'aube entre les persiennes Il sera ce qu'on veut qu'il soit

Comme à l'amour est l'eau fraîche Quand tu me dis bois Comme le sont à l'Ardèche Ses landes ses bois Comme Marie dans la crèche Attendait les rois Je ne puis vivre Je ne puis vivre que de toi Je ne puis vivre

paroles ferrat

Je ne puis vivre que de toi

Jean Ferrat JE NE SUIS QU'UN CRI Paroles: Guy Thomas

Je ne suis pas littérature Je ne suis pas photographie Ni décoration ni peinture Ni traité de philosophie

Je ne suis pas ce qu'on murmure Aux enfants de la bourgeoisie Je ne suis pas saine lecture Ni sirupeuse poésie

Je ne suis qu'un cri

Non je n'ai rien de littéraire Je ne suis pas morceaux choisis Je serais plutôt le contraire De ce qu'on trouve en librairie

Je ne suis pas livre ou bréviaire Ni baratin ni théorie Qu'on range entre deux dictionnaires Ou sur une table de nuit

Je ne suis qu'un cri

Je n'ai pas de fil à la patte Je ne viens pas d'une écurie Non je ne suis pas diplomate Je n'ai ni drapeau ni patrie

Je ne suis pas rouge écarlate Ni bleu ni blanc ni cramoisi Je suis d'abord un cri pirate De ces cris-là qu'on interdit

Je ne suis qu'un cri

Je ne suis pas cri de plaisance Ni gueulante de comédie Le cri qu'on pousse en apparence Pour épater la compagnie

Moi si j'ai rompu le silence C'est pour éviter l'asphyxie Oui je suis un cri de défense Un cri qu'on pousse à la folie

Je ne suis qu'un cri

Pardonnez si je vous dérange Je voudrais être un autre bruit Être le cri de la mésange N'être qu'un simple gazouillis

Tomber comme un flocon de neige Être le doux bruit de la pluie Moi je suis un cri qu'on abrège Je suis la détresse infinie

Je ne suis qu'un cri

Jean Ferrat JE VOUS AIME

paroles ferrat

Pour ce rien, cet impondérable Qui fait qu'on croit à l'incroyable Au premier regard échangé Pour cet instant de trouble étrange Où l'on entend rire les anges Avant même de se toucher Pour cette robe que l'on frôle Ce châle qui tend vos épaules En haut des marches d'escalier Je vous aime Je vous aime

Pour la lampe déjà éteinte Et la première de vos plaintes La porte à peine refermée Pour vos dessous qui s'éparpillent Comme des grappes de jonquilles Aux quatre coins du lit semées Pour vos yeux de vague mourante Et ce désir qui s'impatiente Aux pointes de vos seins levées Je vous aime Je vous aime

Pour vos toisons de ronces douces Qui me retiennent, me repoussent Quand mes lèvres vont s'y noyer Pour vos paroles, démesures La source, le chant, la blessure De votre corps écartelé Pour vos reins de houle profonde Pour ce plaisir qui vous inonde En long sanglots inachevés Je vous aime Je vous aime

Jean Ferrat L'ADRESSE DU BONHEUR Paroles: Henri Gougaud

Le jour où un oeil froid, un arbre échevelé Émerge de la brume en ébrouant ses branches Les trottoirs de Paris rechaussent leurs souliers On rêve encore un peu d'une aube toute blanche Les gares grises s'ouvrent aux regards exilés

Dis-moi l'adresse du bonheur

Je sors les yeux gonflés d'un rêve éblouissant Sur la rumeur du monde à peine je surnage Page 61

paroles ferrat J'étais dans les nuées, je descends, je descends Un transistor me crache une bordée d'orages Dans mon regard se noient des millions de passants

Dis-moi l'adresse du bonheur

J'aimerais me saouler d'une goulée d'air pur Droit sous des palmeraies que le soleil parfume Boire loin de Paris l'alcool de l'aventure Là-bas dans l'or du sable et l'argent de l'écume Là-bas tellement loin qu'on dirait le futur

Dis-moi l'adresse du bonheur

Je marche malgré l'ordre et le poids du travail Et jeudi midi sonne aux clochers des usines Hors des chemins battus je cherche mon bercail L'enfant Fraternité dans les rues sans vitrines Pour tout illuminer d'un rire de corail

Dis-moi l'adresse du bonheur, enfant Dis-moi l'adresse du bonheur

Jean Ferrat L'AMOUR EST CERISE

Rebelle et soumise Paupières baissées Quitte ta chemise Belle fiancée L'amour est cerise Et le temps pressé C'est partie remise Pour aller danser

Autant qu'il nous semble Raisonnable et fou Nous irons ensemble Au-delà de tout Prête-moi ta bouche Pour t'aimer un peu Ouvre-moi ta couche Pour l'amour de Dieu

Laisse-moi sans crainte Venir à genoux Goûter ton absinthe Boire ton vin doux

O

rires et plaintes

O

mots insensés

La folle complainte S'est vite élancée

Défions le monde Et ses interdits Ton plaisir inonde Ma bouche ravie Vertu ou licence Par Dieu je m'en fous Je perds ma semence Dans ton sexe roux

O

Pierrot de lune

O

monts et merveilles

Voilà que ma plume Tombe de sommeil Et comme une louve Aux enfants frileux La nuit nous recouvre De son manteau bleu

Rebelle et soumise Paupières lassées Remets ta chemise Belle fiancée L'amour est cerise Et le temps passé C'est partie remise Pour aller danser

Jean Ferrat

L'ÂNE

Paroles: Guy Thomas

paroles ferrat

Il est au milieu de la route Le stupide aliboron Il est là qui nous écoute Avec sa tête de cochon Il poussera pas sa barbaque Il est guère accommodant Ah vraiment la tête à claques Ah l'âne de Buridan

Il obstrue la voie publique Avec son vieux char-à-bancs Il comprend pas nos mimiques Nos solides arguments Il a rien dans la caboche Le baudet récalcitrant Il mériterait des taloches Il est pas intelligent

Il aurait pu l'imbécile Provoquer des accidents Froisser nos automobiles Déranger les occupants Allons viens vite hue cocotte Par ici t'auras du son Il comprend pas la carotte Il comprend pas le bâton

Surtout faut pas qu'on y touche Il a des plaies sur la peau Avec du sang pour les mouches Du pus pour les asticots Il manquerait plus qu'il s'affale Ce serait pas rigolo Le stupide onocéphale Ah le maudit bourricot

Jean Ferrat L'ÉLOGE DU CÉLIBAT Paroles: Pierre Frachet

paroles ferrat

La fille que j'aurai un jour Dans la peau Je crois bien qu'elle est toujours Au berceau Je ne brûle jamais à ma flamme Le même bois

Je suis de ceux qui n'aiment qu'une femme

A la fois

Comme dit le proverbe normand

Familier

Faut pas mettre tous ses oeufs dans

Le même panier Je suis pas le client de monsieur le maire Dieu merci Je suis un célibataire

Endurci

Tous les deux ou trois dimanche En dansant Je me cueille par les hanches Une enfant Je l'effeuille sans préludes Et pardi Je la renvoie à ses études Le lundi Je mène ainsi bien à l'aise Grâce au ciel

Dans mon année douze ou treize Lunes de miel J'ai pas l'occasion de m'en faire Dieu merci Je suis un célibataire

Endurci

Tu raisonnes de la sorte Jusqu'au jour Où le petit Jésus t'apporte Un amour Une môme ni plus ni moins belle Que beaucoup Mais qui mettra la ficelle

A ton cou

On a soudain moins envie De changer Elle est si blonde qu'on oublie Le danger Et un beau soir on enterre Entre amis Sa vie de célibataire

Endurci

Quand la morale d'une histoire Est tirée

Comme dit l'autre il faut la boire De bon gré

A ma chanson y en a une

Que voici Elle me vaudra des rancunes Mais tant pis

Dans le célibat on se ménage Du bon temps Mais son plus bel avantage

Cependant

paroles ferrat

Ma femme dira pas le contraire Je parie C'est quand un célibataire Se marie

Jean Ferrat

L'EMBELLIE

Écris quelque chose de joli Des vers peut-être ou de la prose Un instant de rêve et de pause Dans le tumulte de la vie Écris quelque chose de joli Quelques mots de bleu et de rose Un moment de métamorphose Que tu nommerais l'embellie

L'embellie l'embellie L'embellie l'embellie

Verse un peu de joie dans nos coeurs Avec des riens qui vous délivrent Un peu d'espoir et de douceur On en a tant besoin pour vivre

Écris quelque chose de joli L'odeur des lilas et des roses Chante-nous la beauté des choses Dans les yeux de l'homme ébloui Écris quelque chose de joli L'aube entre nos bras qui repose La seconde où lèvres mi-closes Le plaisir vient comme la pluie

L'embellie l'embellie L'embellie l'embellie

Ces mots à peine murmurés Dans la tendresse qu'on devine Baigné de musique angevine Le temps sur nous s'est refermé

Je l'aurais voulu si joli Ce poème en bleu et en rose Cet instant de rêve et de pause Dans le tumulte de la vie Je l'aurais voulu si joli Mon amour en qui tout repose Et que nul ne puisse ni n'ose Douter que tu es dans ma vie

L'embellie l'embellie L'embellie l'embellie

Jean Ferrat L'HOMME À L'OREILLE COUPÉE

paroles ferrat Paroles: Claude Delecluse et Michelle Senlis

Ce qui poussait toujours Vincent

A peindre ces incandescents

Soleils jaunes et tournoyants Tout ce qui a fait de Lautrec Cet oiseau noir claquant du bec Aux carreaux des bistrots du Tertre

Et ce qui en poussa bien d'autres Gueules d'archange, gueules d'apôtre

A se fuir dans tous les miroirs

C'était le même désespoir

Et l'homme à l'oreille coupée Me traînait toujours à ses pieds Comme la terre à ses souliers

Ce qui chassait toujours Vincent Du chemin des honnêtes gens Jusque dans sa chambre aux murs blancs Tout ce qui a fait grimacer Toulouse durant des années Du même rire désespéré Et ce qui en chassa bien d'autres Gueules d'archange, gueules d'apôtre De l'aube grise jusqu'au soir C'était le même désespoir

Et l'homme à l'oreille coupée Me traînait toujours à ses pieds Comme la terre à ses souliers

Ce qui a crucifié Vincent Sur sa toile durant trente ans Un pinceau bleu entre les dents Et ce qui épingla Lautrec Sous les lampes comme un insecte Du Moulin Rouge à la rue Berthe Oui, ces deux-là et tous les autres Gueules d'archange, gueules d'apôtre Ont-ils enfin trouvé l'espoir De l'autre côté du miroir

Jean Ferrat L'HOMME SANDWICH

L'homme sandwich a de la peine Il voudrait bien aller flâner Avec les gens qui se promènent Sous le soleil des beaux quartiers L'homme sandwich traîne la semelle Sa silhouette sur le boulevard Prend des allures de caravelle Battu par les vents du hasard

Il y a la mer immense Et des visages qui défilent devant lui Il y a Paris qui mène le tapage Et qui roule comme la vie Il cueille le soleil Les rires des enfants Et des morceaux de ciel

paroles ferrat

Dans les yeux des amants Des feuilles et des papiers multicolores Qu'il remet à tous les passants S'envolent pour le suivre longtemps encore En tourbillonnant dans le vent Et les mains dans les poches Il s'éloigne en rêvant Tandis que deux gavroches Les ramassent en riant

L'homme sandwich a de la peine Il voudrait bien aller flâner Avec les gens qui se promènent Sous les soleils des beaux quartiers

Il voit mille étalages la lumière Ruisselant au nez des badauds Il voit blotti sous les porte cochère L'amour éclater en sanglots Tandis que par leurs cris De bar les camelots Essaient de faire la pige Aux marchands de journaux Sortie des magasins et des usines Tout s'embrouille dans son esprit

Taxi métro vélo les gens piétinent En se bousculant dans la nuit Et chipant au passage Ce dont il a envie Il cueille des images Dans le coeur de Paris

L'homme sandwich traîne la semelle En croisant la foule du soir Oui mais la foule comme la Seine S'écoule en lui disant bonsoir

Jean Ferrat L'IDOLE À PAPA

Il y avait deux clans dans la famille Du temps où j'étais un mouflet Tino Rossi faisait pâmer les filles Et tous les garçons rigolaient Et je me dis qu'aujourd'hui même C'est peut-être pareil pour moi Les unes rêvent en murmurant "Je t'aime" Les autres ricanent tout bas

Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois

Évidemment, après trente ans passés A écouter "Marinella" Même en ayant de la suite dans les idées On ne se bat plus comme chien et chat On dit plutôt dans un sourire "Il était pas si mal que ça Depuis le temps que nous entendons pire" En sera-t-il pareil pour moi?

paroles ferrat

Pourtant, que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver?

Oui dans trente ans du train où vont les choses Dieu sait ce qu'il adviendra de moi Mais s'il me reste à la bouche une rose Qui jette encore un peu d'éclat Quand de jeunes contestataires Mettront leurs grands pieds dans mon plat Je leur dirai "Tino, que je suis fier D'être encore l'idole à Papa"

Faut-il pleurer, faut-il en rire Fait-il envie ou bien pitié Je n'ai pas le coeur à le dire On ne voit pas le temps passer

Jean Ferrat LA BOLDOCHÉVIQUE

Si les paysans bretons Si les paysans bretons Vous font pousser des boutons Vous font pousser des boutons Si vous avez des vapeurs Devant les viticulteurs Si les cris des commerçants Si les cris des commerçants Ramollissent vos tympans Ramollissent vos tympans Si devant les ouvriers Vous vous sentez des nausées Ne soyez donc plus si morose Un petit régime s'impose

La boldochévique la boldochévique La bonne tisane du bourgeois La boldochévique la boldochévique La bonne tisane du bourgeois

Si devant les fonctionnaires Si devant les fonctionnaires Vous durcissez des artères Vous durcissez des artères Si devant les étudiants Vous avez très mal aux dents Si devant les professeurs Si devant les professeurs Vous éprouvez tant d'aigreurs Vous éprouvez tant d'aigreurs Si même vos policiers Arrivent à vous constiper Ne vous rongez plus la cervelle Vous retournerez à la selle

La boldochévique la boldochévique La bonne tisane du bourgeois La boldochévique la boldochévique La bonne tisane du bourgeois

paroles ferrat

Si ces sacrés syndicats Si ces sacrés syndicats Vous démolissent le foie Vous démolissent le foie Si devant les grandes grèves Votre estomac se soulève Si les manifestations Si les manifestations Font sauter votre tension Font sauter votre tension Si devant l'unité d'action Vous frisez la congestion Votre régime en est la cause Un petit changement s'impose

La boldochévique la boldochévique La bonne tisane du bourgeois La boldochévique la boldochévique La boldochévique vous guérira

Jean Ferrat LA BOURRÉE DES TROIS CÉLIBATAIRES

Avec le commodore et avec l'ami Pierre Ce qu'on va s'en payer mes petits rigolos En dansant la bourrée des trois célibataires Nos femmes ont fait la malle avec leur libido

La belle Ginette Qui faisait la fête Plus qu'il n'eût fallu Aujourd'hui pauvrette Voilà qu'elle regrette Ses moeurs dissolues C'est dans une secte En mal de prophète Qu'elle prêche à gogo Parait que c'est une phase Pour être en extase Avec son égo

Avec le commodore et avec l'ami Pierre Ce qu'on va s'en payer mes petits rigolos En dansant la bourrée des trois célibataires Nos femmes ont fait la malle avec leur libido

La grande Gertrude Qui jouait les prudes Avec son mari Le nez long d'un mètre Ne passait pas pour être Une affaire au lit Voilà qu'à son âge Changement d'herbage Réjouit les veaux C'est trois fois dans l'heure Qu'elle fait le bonheur De son gigolo

Avec le commodore et avec l'ami Pierre Ce qu'on va s'en payer mes petits rigolos En dansant la bourrée des trois célibataires Nos femmes ont fait la malle avec leur libido Page 69

paroles ferrat

Quant à la Germaine Avec ses migraines

A longueur d'année

Les jours de reproche Ses yeux dans les poches

Me faisaient loucher

Plus je voyais double Plus j'avais des troubles

Inconsidérés

C'est d'une overdose

De sa ménopause Que j'ai succombé

Avec le commodore et avec l'ami Pierre Ce qu'on va s'en payer mes petits rigolos En dansant la bourrée des trois célibataires Nos femmes ont fait la malle avec leur libido

A vivre en ménage

Tout trois sans nuage On est décidé Du côté cuisine Sans être misogyne On sait se débrouiller Pour la bagatelle On verra lequel Sera désigné C'est pas dans les livres Qu'on apprend à vivre En communauté

Avec le commodore et avec l'ami Pierre Ce qu'on va s'en payer mes petits rigolos En dansant la bourrée des trois célibataires Nos femmes ont fait la malle avec leur libido

Jean Ferrat

LA CAVALE

Vingt ans au bagne ou à perpette Les gaffes collés sur les arêtes Comme des empreintes digitales Malgré les chaînes et les boulets Vissés dans l'âme et dans les pieds Les assassins et les pédales Elle reste nichée dans ta tête Avec des couleurs de pâquerette De petite fleur qui met les voiles

La cavale, la cavale

Avec ces amours qui s'arrêtent Pas plutôt dites qu'aussitôt faites Pour devenir loi conjugale Trois mômes et la vie à perpette Avec une femme qui te débecte Comme un paquet de linge sale Elle est nichée dans ta cervelle Avec des allures de pucelle Qu'on finit pas d'ôter ses voiles

La cavale, la cavale

paroles ferrat

Malgré l'avenir qu'on projette Sur tes vingt ans comme une arête Ou tu t'étrangles ou tu l'avales Avoir à l'âge de la retraite Quatre poireaux en vinaigrette Pour satisfaire ta fringale Elle te fait sortir dans la rue En levant tes deux poings aux nues Pour tenter d'atteindre une étoile

La cavale, la cavale

Avec pour couronner la fête Ce régime sur les arêtes Qu'en finit pas de faire la malle Avec ses requins ses poulets Avec ses banquiers ses valets Et leurs discours sur la morale Elle reste nichée dans ta tête Avec des couleurs de pâquerette De petite fleur qui met les voiles

La cavale, la cavale

Jean Ferrat LA COMMUNE Paroles: Georges Coulonges

Il y a cent ans commun commune Comme un espoir mis en chantier Ils se levèrent pour la Commune En écoutant chanter Potier Il y a cent ans commun commune Comme une étoile au firmament Ils faisaient vivre la Commune En écoutant chanter Clément

C'étaient des ferronniers Aux enseignes fragiles C'étaient des menuisiers Aux cent coups de rabots Pour défendre Paris Ils se firent mobiles C'étaient des forgerons Devenus des meublots

Il y a cent ans commun commune Comme artisans et ouvriers Ils se battaient pour la Commune En écoutant chanter Potier Il y a cent ans commun commune Comme ouvriers et artisans Ils se battaient pour la Commune En écoutant chanter Clément

Devenus des soldats Aux consciences civiles C'étaient des fédérés Qui plantaient un drapeau Disputant l'avenir Aux pavés de la ville

paroles ferrat

C'étaient des forgerons Devenus des héros

Il y a cent ans commun commune Comme un espoir mis au charnier Ils voyaient mourir la Commune Ah! Laissez-moi chanter Potier Il y a cent ans commun commune Comme une étoile au firmament Ils s'éteignaient pour la Commune Écoute bien chanter Clément

Jean Ferrat LA JEUNESSE Paroles: Georges Coulonges

Quand tu applaudiras sur la cendre du stade Les garçons de l'été au torse de couleur Lorsque tu les verras vibrer devant l'estrade Où Vilard et Blanchon se firent bateleurs Lorsque tu les verras sur les neiges en pente Écrire en noir et blanc et le risque et l'effort Quand les filles riront avec leur peau brûlante Et la mer qui ruisselle attachée à leur corps

Alors tu comprendras, alors tu aimeras La jeunesse, la jeunesse, la jeunesse

Quand ils t'agaceront, ces sourires futiles Ces vacarmes du soir, ces indécents chahuts Quand tu t'affligeras du juke-box imbécile Et des danses nouvelles que tu ne danses plus Quand le monôme idiot te barrera la route Revient donc sur tes pas, ils mènent au printemps Et tu murmureras pour celle qui t'écoute "Lorsque je faisais ça, moi j'avais dix-sept ans"

Alors tu comprendras, alors tu aimeras La jeunesse, la jeunesse, la jeunesse

Quand tu seras ému devant leur joie de vivre Devant leur soif d'amour quand tu auras pleuré Pour un Alain-Fournier vivant le temps d'un livre Ou bien pour Guy Moquet mourant au temps d'aimer Le temps d'aimer se perd, le temps est ce qui passe Le temps est ce qui meurt, l'espoir est ce qui naît Regarde ces garçons, ces filles qui s'embrassent Il va naître pour eux le temps que tu voulais

Alors tu aimeras, alors tu salueras La jeunesse, la jeunesse, la jeunesse

Jean Ferrat et Christine Sèvres LA MATINÉE

La matinée se lève Toi debout, il est temps

paroles ferrat

Attends encore, attends J'ai pas fini mon rêve

Le soleil nous inonde Regarde-moi ce bleu

Attends encore un peu Je refaisais le monde

Lève-toi donc, respire Quel printemps nous avons

J'efface mille avions Une guerre, un empire

Faut labourer la terre Et tirer l'eau du puits

Changer la vie et puis Abolir la misère

Regarde l'alouette Il est midi sonné

Le monde abandonné Je le donne au poète

Allons, viens dans la vigne Le soleil est très haut

Le monde sera beau Je l'affirme, je signe

Le monde sera beau Je l'affirme, je signe

Jean Ferrat

LA MONTAGNE

Ils quittent un à un le pays Pour s'en aller gagner leur vie Loin de la terre où ils sont nés Depuis longtemps ils en rêvaient De la ville et de ses secrets Du formica et du ciné Les vieux, ça n'était pas original Quand ils s'essuyaient machinal D'un revers de manche les lèvres Mais ils savaient tous à propos Tuer la caille ou le perdreau Et manger la tome de chèvre

Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver?

Avec leurs mains dessus leurs têtes Ils avaient monté des murettes Jusqu'au sommet de la colline Qu'importent les jours, les années Ils avaient tous l'âme bien née Noueuse comme un pied de vigne

paroles ferrat Les vignes, elles courent dans la forêt Le vin ne sera plus tiré C'était une horrible piquette Mais il faisait des centenaires A ne plus savoir qu'en faire S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver?

Deux chèvres et puis quelques moutons Une année bonne et l'autre non Et sans vacances et sans sorties Les filles veulent aller au bal Il n'y a rien de plus normal Que de vouloir vivre sa vie Leur vie, ils seront flics ou fonctionnaires De quoi attendre sans s'en faire Que l'heure de la retraite sonne Il faut savoir ce que l'on aime Et rentrer dans son H.L.M. Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver?

Jean Ferrat LA FEMME EST L'AVENIR DE L'HOMME

Le poète a toujours raison Qui voit plus haut que l'horizon Et le futur est son royaume Face à notre génération Je déclare avec Aragon La femme est l'avenir de l'homme

Entre l'ancien et le nouveau Votre lutte à tous les niveaux De la nôtre est indivisible Dans les hommes qui font les lois Si les uns chantent par ma voix D'autres décrètent par la bible

Le poète a toujours raison Qui détruit l'ancienne oraison L'image d'Eve et de la pomme Face aux vieilles malédictions Je déclare avec Aragon La femme est l'avenir de l'homme

Pour accoucher sans la souffrance Pour le contrôle des naissances Il a fallu des millénaires Si nous sortons du moyen âge Vos siècles d'infini servage Pèsent encore lourd sur la terre

Le poète a toujours raison Qui annonce la floraison

paroles ferrat

D'autres amours en son royaume Remet à l'endroit la chanson Et déclare avec Aragon La femme est l'avenir de l'homme

Il faudra réapprendre à vivre Ensemble écrire un nouveau livre Redécouvrir tous les possibles Chaque chose enfin partagée Tout dans le couple va changer D'une manière irréversible

Le poète a toujours raison Qui voit plus haut que l'horizon Et le futur est son royaume Face aux autres générations Je déclare avec Aragon La femme est l'avenir de l'homme

Jean Ferrat LA FÊTE AUX COPAINS Paroles: Georges Coulonges

C'est la fête aux copains C'est la fête à Pantin C'est la fête à Paname C'est la fête aux Lilas La fête ici et là C'est la fête à mon âme

Il y a du défilé Du bal dans les quartiers Des mouflets que l'on gronde C'est la fête aux barbus C'est la fête aux cocus C'est la fête à tout le monde

Quatorze, c'est fou ce que t'es triste Quand sur un édifice T'es suivi de dix-huit Quatorze, c'est fou ce que t'es gai Quand au calendrier T'es suivi de Juillet

C'est la fête aux copains C'est la fête aux trottins Qui suivent la musique C'est la fête aux marins Qui montrent dans un coin Comme on danse en Afrique

C'est la fête à Taupin Le vieux républicain Qui règle les sous-tasses C'est la fête aux tambours C'est la fête à l'amour Où tout le monde s'embrasse

Allez, allez, allez, viens

C'est la fête à Meudon C'est la fête aux lampions C'est la fête aux étoiles

paroles ferrat

C'est la fête en plein air Il y a de la joie dans l'air Et du vent dans les voiles

C'est la fête à la rue Où tous ces inconnus Vont ranimer leur flamme C'est la fête où l'on rit En voyant que Paris Sera toujours Paname

Allez, allez, allez, viens

C'est la fête à nous deux Si tu me pousse un peu Je t'ai dit "je t'adore" Quand tu m'as répondu Ma parole t'as foutu Mon coeur en tricolore

Et c'est la fête à toi Et c'est la fête à moi C'est la fête aux bêtises Dans une rue perdue Quand je te dis "veux-tu?" Je vois tes yeux qui disent

Ah, ça ira, ça ira, ça ira Ah, ça ira, ça ira, ça ira Ah, ça ira, ça ira, ça ira

Jean Ferrat LA LEÇON BUISSONNIÈRE Paroles: Guy Thomas

C'est au numéro trente-deux De l'avenue de la République Que j'enseigne aux petits merdeux Les théories philosophiques

Que je traduis le De Bello Que je trahis les Phillipiques Pour aider les petits salauds Les premiers prix de gymnastique

Je reçois la progéniture Du brasseur du primeur en gros Je suis le marchand de culture L'empêcheur de petits zéros

Je suis le bon dieu des rombières L'ange du baccalauréat Le petit besogneux pas cher Le pédago petit format

Pendant que le petit crapaud Apprend Caesar pontem fecit Qu'il cherche l'ablatif en o Qu'il bafouille le prétérit

J'ai le front contre mon carreau Je rêve au loin j'hélicoptère J'écoute siffler les bateaux

paroles ferrat

Je fais la leçon buissonnière

C'est au numéro trente-deux De l'avenue de la République Au-dessus du Café des Flots Bleus Que je cingle vers les tropiques

Et que je deviens vieillard hideux Batelier de la rhétorique En aidant les petits merdeux A rester des enfants de bourriques

Jean Ferrat LA LIBERTÉ EST EN VOYAGE Paroles et musique: Jean Ferrat

Avec des plumes bleues Des poissons dans son lit Et le canard boiteux Qui me tient compagnie Avec un bout de zan Deux mètres de ficelle Un coup de ran plan plan Un zeste de ma belle

Fermez vos grilles fermez vos cages La liberté est en voyage

Sur l'aile des casquettes Et des trains de banlieue Le temps d'une risette Où tu veux quand tu veux Avec une musette Un souffle de vin blanc Avec l'escarpolette Ah jetez-moi dedans

Fermez vos grilles fermez vos cages La liberté est en voyage

Avec l'étouffe crasse Le pauvre Harry Cow L'inutile grandasse Et ses cocoricos Avec le corniflard Les écrase-torchons Les oncles grésillards Et les petits Ducon

Fermez vos grilles fermez vos cages La liberté est en voyage

Avec le pingouin mauve Qui mange les méchants Les penseurs aux yeux chauves Les Ma Soeur bien pensant Avec un crocodile Oui berce les enfants Avec indélébile Qui marque jusqu'au sang

Fermez vos grilles fermez vos cages La liberté est en voyage

paroles ferrat

Avec zouli zoulis Tes profonds reindibus Tes palmes lapidus Et ton joli zizi Avec ta flamme brune Et la source au milieu Avec je te prie Dieu Et ta main dans ma hune

Fermez vos grilles fermez vos cages La liberté est en voyage

Avec le beau le laid Le droit et le tordu Avec la soupe au lait Et le rien ne va plus Avec des Nom de Dieu Avec des noms de fleurs Et des prénoms de feu Et des surnoms de coeur

Fermez vos grilles fermez vos cages La liberté est en voyage

Jean Ferrat LA PAIX SUR TERRE Paroles et musique: Jean Ferrat

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

La force de la France c'est l'esprit des Lumières Cette petite flamme au coeur du monde entier Qui éclaire toujours les peuples en colère En quête de justice et de la liberté

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

Parce qu'ils ont un jour atteint l'Universel Dans ce qu'ils ont écrit cherché sculpté ou peint La force de la France c'est Cézanne et Ravel C'est Voltaire et Pasteur c'est Verlaine et Rodin

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants

paroles ferrat

Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

La force de la France elle est dans ses poètes Qui taillent l'avenir au mois de mai des mots Couvrez leurs yeux de cendre tranchez leur gorge ouverte Vous n'étoufferez pas le chant du renouveau

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

La force de la France elle sera immense Défiant à jamais et l'espace et le temps Le jour où j'entendrai reprendre ma romance Dans la réalité de la foule chantant

Nous ne voulons plus de guerre Nous ne voulons plus de sang Halte aux armes nucléaires Halte à la course au néant Devant tous les peuples frères Qui s'en porteront garants Déclarons la paix sur terre Unilatéralement

Jean Ferrat LA PETITE FLEUR QUI TOMBE Paroles: Henri Gougaud

La petite fleur qui tombe Pourrait faire un bruit de bombe Écoutez écoutez La petite fleur profane Celle qui jamais ne fane Place de la Liberté

Les deux pieds dans Paris le front dans l'avenir La main tendue à qui voulait bien la tenir Je fus heureux je vous le jure Les chansons crépitaient à chaque coin de rue Et moi frappé au coeur d'une rose perdue J'en garde encore une blessure

La petite fleur qui tombe Pourrait faire un bruit de bombe Écoutez écoutez La petite fleur profane Celle qui jamais ne fane Place de la Liberté

Aujourd'hui que l'hiver a séparé nos mains Je vais obstinément sur le même chemin Entre la rage et la tendresse Dans Paris aux murs gris jusqu'au-dessus des toits Une petite fleur me dit rappelle-toi Ne me laisse pas en détresse

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paroles ferrat

La petite fleur qui tombe Pourrait faire un bruit de bombe Écoutez écoutez La petite fleur profane Celle qui jamais ne fane Place de la Liberté

Jean Ferrat LA PORTE À DROITE Paroles: Guy Thomas

On m'a dit tes idées ne sont plus à la mode Quand on veut gouverner ce n'est pas si commode Il faut évidemment s'adapter au terrain Mettre jour après jour un peu d'eau dans son vin

On m'a dit dans la jungle il faut qu'on se débrouille On est bien obligé d'avaler des magouilles De laisser dans un coin les projets trop coûteux On va pas tout rater pour des canards boiteux

La porte du bonheur est une porte étroite On m'affirme aujourd'hui que c'est la porte à droite Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un

On m'a dit qu'il fallait prêcher le sacrifice A ceux qui n'ont pas pu s'ouvrir un compte en Suisse Qu'il fallait balayer tous nos vieux préjugés Et que ceux qui travaillent étaient privilégiés

On m'a dit tu comprends tes idées archaïques Ne feront qu'aggraver la crise économique Ainsi la liberté dans un monde plus juste Fait partie des slogans qui sont un peu vétustes

La porte du bonheur est une porte étroite On m'affirme aujourd'hui que c'est la porte à droite Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un

Puis d'autres sont venus beaucoup moins présentables Qui parlaient de la France en tapant sur la table Qui disaient faut changer c'est la loi du pendule On va pour commencer supprimer la pilule

Ensuite il faudra bien flytoxer la vermine Rétablir la morale avec la guillotine Et pi n'a qu'à virer les mauvais syndicats Pour conserver celui qui plaît au patronat

La porte du bonheur est une porte étroite On m'affirme aujourd'hui que c'est la porte à droite Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un

Ils ont dit qu'il fallait se montrer réaliste Qu'il y avait du bon dans les journaux racistes Qu'il fallait nettoyer ce cher et vieux pays Si l'on ne voulait pas qu'il devienne un gourbi

Dois-je vous l'avouer ces propos me renversent Page 80

paroles ferrat Quand je vais boire un verre au café du commerce Parfois je crois revoir sur du papier jauni La photo de Pétain dans mon verre de Vichy

La porte du bonheur est une porte étroite Qu'on ne me dise plus que c'est la porte à droite Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un

Jean Ferrat LA VOIX LACTÉE (S.G.D.G.) Paroles et musique: Jean Ferrat

Avant que mes chansons ne fassent des recettes J'étais un paria du monde des affaires Il parait qu'à présent c'est fou ce qu'on m'achète

Je suis considéré autant qu'un camembert

Jésus-Marie Quelle décadence Quelque chose est pourri Dans mon royaume de France

J'aurais pu après tout n'être que concoyotte Que fourme méconnu qui reste sur l'étal Que ces petits carrés à la crème pâlotte

Qui n'ont aucune chance avec le Capital

Jésus-Marie Quelle décadence Quelque chose est pourri Dans mon royaume de France

Bien qu'étant de la gueule si je ne suis en fait Pour les uns qu'un fromage pour les autres un poète Je vous avoue messieurs n'avoir pas mérité Ni cet excès d'honneur ni cette indignité

Jésus-Marie Quelle décadence Quelque chose est pourri Dans mon royaume de France

J'étais un bon garçon ni plus fin ni plus bête

Qu'un tas de va-nu-pieds qui n'en font qu'à leur tête

Mais depuis que mon jour de gloire est arrive Je dois faire des choses dont je n'avais pas idée

Jésus-Marie Quelle décadence Quelque chose est pourri Dans mon royaume de France

Pour avoir en effet goûté ses coups de trique Je n'étais pas copain de la force publique Bousculé par la foule je me vois aujourd'hui Contraint d'appeler les flics et de leur dire merci

Jésus-Marie Quelle décadence

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paroles ferrat

Quelque chose est pourri Dans mon royaume de France

je tapote des joues j'embrasse des enfants Et je fais des risettes autant qu'un président Si je n'avais encore un peu d'égards pour moi Je dirais que je suis une vraie fille de joie

Jésus-Marie Quelle décadence Quelque chose est pourri Dans mon royaume de France

Mais qu'on soit fille de joie ou fromage ou poète On vous jette dehors quand boude le client Moi Messieurs des Finances qui sait ce que vous êtes Je n'attendrai pas d'être tout à tait coulant

Jésus-Marie Quelle décadence Quelque chose est pourri Dans mon royaume de France

Jean Ferrat

LE BILAN

Ah ils nous en ont fait avaler des couleuvres De Prague à Budapest de Sofia à Moscou Les staliniens zélés qui mettaient tout en oeuvre Pour vous faire signer les aveux les plus fous Vous aviez combattu partout la bête immonde Des brigades d'Espagne à celles des maquis Votre jeunesse était l'histoire de ce monde Vous aviez nom Kostov ou London ou Slansky

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui

Ah ils nous en ont fait applaudir des injures Des complots déjoués des dénonciations Des traîtres démasqués des procès sans bavures Des bagnes mérités des justes pendaisons Ah comme on y a cru aux déviationnistes Aux savants décadents aux écrivains espions Aux sionistes bourgeois aux renégats titistes Aux calmniateurs de la révolution

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui

Ah ils nous en ont fait approuver des massacres Que certains continuent d'appeler des erreurs Une erreur c'est facile comme un et deux font quatre Pour barrer d'un seul trait des années de terreur Ce socialisme était une caricature Si les temps on changé des ombres sont restées J'en garde au fond du coeur la sombre meurtrissure Dans ma bouche à jamais le soif de vérité

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui

Mais quand j'entends parler de "bilan" positif Page 82

paroles ferrat Je ne peux m'empêcher de penser à quel prix Et ces millions de morts qui forment le passif C'est à eux qu'il faudrait demander leur avis N'exigez pas de moi une âme de comptable Pour chanter au présent ce siècle tragédie Les acquis proposés comme dessous de table Les cadavres passés en pertes et profits

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui

C'est un autre avenir qu'il faut qu'on réinvente Sans idole ou modèle pas à pas humblement Sans vérité tracée sans lendemains qui chantent Un bonheur inventé définitivement Un avenir naissant d'un peu moins de souffrance Avec nos yeux ouverts et grands sur le réel Un avenir conduit par notre vigilance Envers tous les pouvoirs de la terre et du ciel

Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui

Jean Ferrat LE BRUIT DES BOTTES Paroles: Guy Thomas

C'est partout le bruit des bottes C'est partout l'ordre en kaki En Espagne on vous garotte On vous étripe au Chili On a beau me dire qu'en France On peut dormir à l'abri Des Pinochet en puissance Travaillent aussi du képi

Quand un Pinochet rapplique C'est toujours en général Pour sauver la République Pour sauver l'Ordre moral On sait comment ils opèrent Pour transformer les esprits Les citoyens bien pépères En citoyens vert-de-gris

A coup d'interrogatoires De carotte et de bâton De plongeon dans la baignoire De gégène et de tison Il se peut qu'on vous disloque Ou qu'on vous passe à tabac Qu'on vous suicide en lousdoc Au fond d'un commissariat

Il se peut qu'on me fusille Pour avoir donné du feu Pour avoir joué aux billes Avec un petit hébreu On va t'écraser punaise Pour avoir donné du pain Pour avoir donné du pèze Au petit nord-africain

Il se pourrait qu'on m'accuse

paroles ferrat

Avec un petit gourdin D'avoir étudié Marcuse D'avoir été sartrien Ils auront des électrodes Ils diront tu veux du jus Pour connaître la période Où j'étais au P.S.U.

A moins qu'ils me ratatinent

Pour mon immoralité Pour avoir baisé Delphine Pour avoir été pédé

A moins qu'ils ne me condamnent

A mourir écartelé

Entre l'amour de Roxane Et celui du beau Dédé

Il se peut qu'on me douillette Pour que je veuille attester Qu'en mil neuf cent soixante-sept Je lisais l'Humanité Il se peut qu'on me tourmente Et qu'on me fasse avouer Que dans les années soixante J'étais à la C.G.T.

A moins qu'ils me guillotinent

Pour avoir osé chanter Les marins du Potemkine Et les camps de déportés

A moins qu'avec un hachoir

Ils me coupent les dix doigts Pour m'apprendre la guitare

Comme ils ont fait à Jara

C'est partout le bruit des bottes C'est partout l'ordre en kaki En Espagne on vous garotte On vous étripe au Chili Il ne faut plus dire qu'en France On peut dormir à l'abri Des Pinochet en puissance Travaillent aussi du képi Travaillent aussi du képi

Jean Ferrat

LE BUREAU

Ils ne savent pas

Pourquoi ils attendent Ils voudraient partir Ils restent là Leur vie se dévide

A l'amble ou au pas

Un jour une ride Où blesse le bât L'écho d'un soupir L'ombre d'une joie La chance à venir Qui ne viendra pas

Assis sur leur chaise Derrière leur bureau Comme un long malaise

Qui colle à la peau

Les jeunes les vieux Les garçons les filles Ont les mêmes yeux Pâles de vanille D'avoir trop fixé D'un regard glacé La pendule lente Sur six heures trente Leur vie s'achemine Vers on ne sait quoi Comme un bout de rime Qui ne rime pas

Assis sur leur chaise Derrière leur bureau Comme un long malaise Qui colle à la peau

Et puis quelquefois Las de trop attendre L'un d'eux tout à coup Hurle comme un loup Ils ne savent pas Ce qu'il faut comprendre Chacun le regarde Vaguement jaloux On croit qu'il divague On dit qu'il est fou Et s'éteint la vague Avec le remous

On donne sa chaise Et son porte-manteau Un long soupir d'aise Monte du bureau

Jean Ferrat LE CHÂTAIGNIER Paroles: Guy Thomas

paroles ferrat

J'entends les vieux planchers qui craquent J'entends du bruit dans la baraque J'entends j'entends dans le grenier Chanter chanter mon châtaignier

Bien à l'abri dans ma soupente Moi j'entends chanter la charpente J'entends les poutres qui se plaignent Ce n'est pas du bois vermoulu De ne plus donner de châtaignes En supportant mon toit pointu

J'entends les vieux planchers qui craquent J'entends du bruit dans la baraque J'entends j'entends dans le grenier Chanter chanter mon châtaignier

Quand on devient poutre-maîtresse C'est tout le toit qui vous oppresse Il faut chanter tout doucement La chanson de ses origines Celle qu'il me chante en sourdine

paroles ferrat

En y mettant du sentiment

J'entends les vieux planchers qui craquent J'entends du bruit dans la baraque J'entends j'entends dans le grenier Chanter chanter mon châtaignier

C'est surprenant mais c'est logique Il chante la chanson magique Qu'il a apprise au fond des bois Il me chante une chanson tendre Que je suis le seul à comprendre Quand la nuit vient à petits pas

J'entends les vieux planchers qui craquent J'entends du bruit dans la baraque J'entends j'entends dans le grenier Chanter chanter mon châtaignier

C'est vrai pourtant qu'il nous protège Contre le froid contre la neige Tout en berçant mes insomnies Ce n'est pas une chanson triste Mon châtaignier est un artiste Qui continue d'aimer la vie

J'entends les vieux planchers qui craquent J'entends du bruit dans la baraque J'entends j'entends dans le grenier Chanter chanter mon châtaignier

Jean Ferrat LE CHEF DE GARE EST AMOUREUX Paroles: Guy Thomas

Quand il sort le matin de la gare Chacun sourit chacun se marre Quand il passe au milieu de la rue Chacun murmure il est cocu! Chacun chantonne il a des cornes Sa connerie n'a pas de bornes Chacun le croit dur de la feuille Chacun se met le doigt dans l'oeil!

Plaignez pas l'imbécile heureux Le chef de gare est amoureux!

Chacun raconte à sa manière Les safaris de sa panthère Elle a la cuisse hospitalière Oui mais quand même elle exagère Tout le monde est passé dessus A part les trains bien entendu Chacun décrit chacun relate Sa façon de lever la patte!

Plaignez pas l'imbécile heureux Le chef de gare est amoureux!

Chacun siffle la chansonnette Quand on aperçoit sa casquette Il est un peu bas-du-plafond Il a rien dans son pantalon!

paroles ferrat

Cocu content laissons les dire C'est la bêtise qui transpire Et de la bêtise il s'en fout Laissons glouglouter les égouts!

Plaignez pas l'imbécile heureux Le chef de gare est amoureux!

Il n'a qu'une idée dans la tête Le train de neuf heure cinquante-sept Car tout son bonheur en descend C'est une fille de seize ans Elle est charmante elle est discrète Et c'est dans un wagon-couchette Que tous les soirs les deux amants Se font un petit appartement!

Plaignez pas l'imbécile heureux Le chef de gare est amoureux!

Jean Ferrat LE COEUR FRAGILE Paroles: Guy Thomas

Si je meurs un beau soir d'hiver On dira que c'est d'un cancer Ou bien d'un truc à quelque chose Il peut se trouver des experts Qui décréteront au contraire Que c'était la tuberculose

C'est pourquoi je prends les devants Pour affirmer dès maintenant Croyez pas ces vieux imbéciles J'avais une santé de fer Je n'avais qu'un petit travers J'avais le coeur un peu fragile

Le coeur fragile Les mains fébriles La bouche offerte J'aurai vécu Sans avoir cru L'île déserte En attendant Le coeur battant La découverte Je veux dormir Je veux mourir La porte ouverte

Quand on prend tout d'un coeur léger Il paraît qu'on vit sans danger Que la mort longtemps nous évite Mais j'ai voulu croire au bonheur Et j'ai pris tant de choses à coeur Que mon coeur a battu trop vite

Au lieu d'être un homme averti Qui se passionne au ralenti J'ai pris le parti des poètes C'est en cherchant la toison d'or Que mon coeur a battu si fort Quand j'y pense encore il s'arrête

paroles ferrat

Le coeur fragile Les mains fébriles La bouche offerte J'aurai vécu Sans avoir cru L'île déserte En attendant Le coeur battant La découverte Je veux dormir Je veux mourir La porte ouverte

On me dira c'est pas sérieux On ne s'en va pas pour si peu Il faut des raisons bien plus fortes Mais je n'ai pas d'autres raisons De mettre sous le paillasson La petite clé de ma porte

On peut mourir tout doucement D'un petit baiser qu'on attend D'une voix froide au téléphone D'un mot qu'on lance à bout portant D'une confiance qu'on reprend D'un amour qui vous abandonne

Le coeur fragile Les mains fébriles La bouche offerte J'aurai vécu Sans avoir cru L'île déserte En attendant Le coeur battant La découverte Je veux dormir Je veux mourir La porte ouverte

Jean Ferrat LE DIABLE AU COEUR Paroles: Cécile Laggiard

Un soleil farouche Pèse sur ma bouche En pétales d'or Un soleil de fièvre Pèse sur mes lèvres Pèse sur mon corps Et l'été Ce presque rien Ce presque tout Ce comédien Qui se glisse Dans ma vie Comme un ami Et l'été Ce Jean la fleur Ce Jean le fort Ce baroudeur Qui me met Le diable au corps

Le diable au coeur

Je voudrais t'écrire Je voudrais te dire Je m'ennuie de toi Mais les heures passent Mon désir se lasse Au fil de ma joie

Un soleil farouche Pèse sur ma bouche En pétales d'or Un soleil de fièvre Pèse sur mes lèvres Pèse sur mon corps Et l'été Ce presque rien Ce presque tout Ce comédien Qui se glisse Dans ma vie Comme un ami Et l'été Ce Jean la fleur Ce Jean le fort Ce baroudeur Qui me met Le diable au corps Le diable au coeur

D'autres me regardent Mon rêve ballade Un peu dans leurs bras C'est déjà sourire C'est déjà le dire C'est vouloir déjà

Un soleil farouche Pèse sur ma bouche En pétales d'or Un soleil de fièvre Pèse sur mes lèvres Pèse sur mon corps Et l'été Ce presque rien Ce presque tout Ce comédien Qui se glisse Dans ma vie Comme un ami Et l'été Ce Jean la fleur Ce Jean le fort Ce baroudeur Qui me met Le diable au corps Le diable au coeur

Qui me met Le diable au corps Le diable au coeur

Jean Ferrat

LE FANTÔME

paroles ferrat

paroles ferrat

Quand ils commencèrent La chasse aux sorcières J'étais jeune apparition Sans grande expérience Leurs cris de démence

Me glaçaient jusqu'au trognon

A longueur d'antenne

J'agitais mes chaînes Sans faire la moindre impression Maintenant on me respecte Je suis un vieux spectre Bien connu dans la maison

Je suis l'âme en peine Qui secoue ses chaînes Au studio des Buttes-Chaumont L'onde est mon royaume Je suis le fantôme De la télévision

Je fais des chatouilles

A ceux qui magouillent

Dans le sondage bidon

Je fais des gratouilles

A ceux qui glandouillent

Dans le débat-mironton Je fous les chocottes

A ceux qui fayotent

Dans la désinformation Je fous la panique

A ceux qui forniquent

La liberté d'expression

Je suis l'âme en peine Qui secoue ses chaînes Au studio des Buttes-Chaumont L'onde est mon royaume Je suis le fantôme De la télévision

En vingt ans de dur labeur J'ai connu vingt directeurs Qui partirent à ma chasse Mais avant qu'ils ne m'attrapent Ils passaient tous à la trappe Moi je suis toujours en place

Y'en a qui m'envient De passer ma vie

A côtoyer les Zitrons

Les grands publicistes Tous ceux qui insistent Pour vous lessiver l'oignon Les gens qui surnagent Grâce au matraquage Des ritournelles à la con Les brosses à reluire Des princes-sans-rire Qui vous forment une opinion

Mais tout n'est pas drôle Quand on joue le rôle Le rôle d'apparition L'onde est mon royaume Plaignez le fantôme De la télévision

paroles ferrat

Ici y'a des dingues Qui prennent leurs flingues Pour trouer mon courant d'air De sombres figures Quand je dis culture Qui sortent leurs revolvers Sitôt que je bouge Y'en a qui voient rouge Faut qu'ils se fassent une raison Y'a pas qu'en Ecosse Que mon petit négoce Fait partie des traditions

Y'a tant d'âmes en peine

Qui secouent leurs chaînes Au studio des Buttes-Chaumont L'onde est un royaume Rempli de fantômes

A la télévision

Jean Ferrat LE GRILLON Paroles et musique: Jean Ferrat

Quand l'hiver a pris sa besace Que tout s'endort et tout se glace Dans mon jardin abandonné Quand les jours soudain rapetissent Que les fantômes envahissent La solitude des allées Quand la burle secoue les portes En balayant les feuilles mortes Aux quatre coins de la vallée

Un grillon un grillon Un grillon dans ma cheminée Un grillon un grillon Un grillon se met à chanter

Il n'a pourtant dans son assiette Pas la plus petite herbe verte La plus fragile graminée

A se mettre sous la luette

Quand le vent souffle la tempête Et qu'il est l'heure de dîner Que peut-il bien manger ou boire

A quoi peut-il rêver ou croire

Quel espoir encore l'habiter

Un grillon un grillon Un grillon dans ma cheminée Un grillon un grillon Un grillon se met à chanter

Son cri n'a d'autre raison d'être Que son refus de disparaître De cet univers désolé Pour le meilleur et pour le pire Il chante comme je respire Pour ne pas être asphyxié Sait-il au fond de sa mémoire Que c'est du coeur de la nuit noire Qu'on peut voir l'aube se lever

paroles ferrat

Un grillon un grillon Un grillon dans ma cheminée Un grillon un grillon Un grillon se met a chanter

Jean Ferrat LE JOUR OÙ JE DEVIENDRAI GROS

Séchez vos pleurs belles maîtresses Nous ne nous choquerons plus les os Voici venir des jours de liesse Voici venir l'amour nouveau Sur mes genoux comme à confesse Vous pourrez vous tenir au chaud

Le jour le jour le jour le jour Où je deviendrai gros

Plus s'agrandira ma bedaine Plus s'amoindrira mon cerveau Comme Jeanne filant la laine Entendait les voix du très haut Plût à vous vierges souveraines Que je ne sois qu'un peu dévot

Le jour le jour le jour le jour Où je deviendrai gros

Tous les soirs au café de France Devant mon troisième pernod A des notables d'importance Je réciterai mon crédo Que je suis fier de notre France De ses bourgeois et généraux

Le jour le jour le jour le jour Où je deviendrai gros

La rosette à la boutonnière Je saluerai bas le drapeau J'écouterai les légionnaires Chanter le temps du sable chaud En versant des larmes amères Sur nos colonies, les salauds

Le jour le jour le jour le jour Où je deviendrai gros

Le doute se glisse en mon âme Me met des frissons dans le dos C'est le régime que ma femme Voudra m'imposer illico Devrai-je vivre autant de drames Que je mangerai de perdreaux

Le jour le jour le jour le jour Où je deviendrai gros

Puisque contre moi tout se ligue Comment choisir entre deux maux Être un semblant d'escartefigue Ou bien rester dedans ma peau Si je suis gras comme une figue Je serai con comme un pruneau

paroles ferrat

Le jour le jour le jour le jour Où je deviendrai gros

Jean Ferrat LE KILIMANDJARO Paroles: Guy Thomas

Tu me dis souvent sans ambages Que je travaille du chapeau Que j'ai le front dans les nuages Et du givre après mes carreaux

Tu me traites d'idéaliste De poète de chat perché Qui fait pas grand-chose en touriste Qui se plaît pas sur le plancher

Tu dis que je suis égoïste Que je veux que du cousu main Qu'il faut être un peu réaliste Aimer les trucs américains

Que la vie c'est du terre à terre Qu'on peut pas être himalayen Sept jours sur sept et qu'il s'avère Qu'il faut savoir être moyen

Tu comprends pas c'est ça qu'est triste Que j'aimerais vivre moins haut Être un amoureux plus simpliste Avoir l'altitude à zéro

Je veux ton cul dans les nuages Mais c'est pas pour baiser plus haut Que les copains du voisinage Je suis le Kilimandjaro

Jean Ferrat LE MALHEUR D'AIMER Poème d'Aragon

Que sais-tu des plus simples choses Les jours sont des soleils grimés De quoi la nuit rêvent les roses Tous les feux s'en vont en fumée Que sais-tu du malheur d'aimer

Je t'ai cherchée au bout des chambres Où la lampe était allumée Nos pas n'y sonnaient pas ensemble Ni nos bras sur nous refermés Que sais-tu du malheur d'aimer

Je t'ai cherchée à la fenêtre Les parcs en vain sont parfumés Où peux-tu où peux-tu bien être A quoi bon vivre au mois de mai Que sais-tu du malheur d'aimer

paroles ferrat

Que sais-tu de la longue attente Et ne vivre qu'à te nommer Dieu toujours même et différente Et de toi moi seul à blâmer Que sais-tu du malheur d'aimer

Que je m'oublie et je demeure Comme le rameur sans ramer

Sais-tu ce qu'il est long qu'on meure

A s'écouter se consumer

Connais-tu le malheur d'aimer

Jean Ferrat LE P'TIT JARDIN Paroles: Michelle Senlis

Il perd un jardin par semaine Mon petit coin là-bas près de la Seine Il perd chaque mois une friture Il y gagne quoi la blessure D'une maison de vingt étages Où l'on mettra les hommes en cage

Avant c'était pas la même chose Avant j'y découvrais des choses J'y emmenais Lulu et Rose Dans mon petit coin de paradis C'était ma Corse mon midi Mes lauriers roses en Italie

Il perd ses lilas par centaines Mon petit coin là-bas près de la Seine Il perd ses chinois ses arabes Et tous ses vieux toits et ses arbres Le soir on dirait l'Amérique Avec ses buildings fantastiques

Avant c'était pas la même chose Avant j'y découvrais des choses J'y emmenais Lulu et Rose Dans mon petit coin de paradis C'était ma Corse mon midi Mes lauriers roses en Italie

Et j'ai peur des fois quand j'y pense Qu'un beau jour tu sois sans défense Que tu perdes aussi l'innocence

De tes grands yeux gris que tu changes Que tu maquilles ton visage

A tous les néons de passage

Je voudrais que tout reste la même chose Qu'on s'aime qu'on s'aime avant toute chose Même sans lilas et sans roses Toi qui remplaces mon paradis Et puis ma Corse mon midi Mes lauriers roses en Italie

Jean Ferrat LE PETIT TROU PAS CHER Paroles: Guy Thomas

paroles ferrat

C'est dans du bois d'ébéniste Qu'on enterre les gens tristes Dans du cèdre ou du noyer Du chêne ou du cerisier L'ébène au vilain coucou Au notaire l'acajou L'acajou

Au musicien famélique Au poète à l'anti fric Le sapin c'est la calèche Pour se tailler de la dèche C'est le fiacre anti grigou Qui se moque des gros sous Des gros sous

C'est au trou qu'on se retrouve Ceux qu'en ont pis qui les couvent Et ceux qu'en n'ont pas un brin Le riche et le purotin C'est la crèche désirée C'est le clou de la soirée C'est le clou

C'est l'auberge avantageuse T'en fais pas ma ravageuse On s'en ira deux par deux La pouilleuse et le pouilleux Le loup reverra la louve C'est au trou qu'on se retrouve C'est au trou C'est au trou

Ferrat

LE POLONAIS

Le polonais traînait encore son vieux chagrin Il est venu s'asseoir, a demandé du vin Et les deux mains posées sur la table de bois Il a servi deux verres, et puis il a dit: "Bois"

Il a parlé longtemps à son chagrin têtu En lui disant: "Va-t-en, tu vois, je n'en peux plus" "Cette fois, c'est fini, je veux vivre sans toi" "Vieux chagrin, je t'enterre pour la dernière fois"

C'étaient deux compagnons qui venaient de très loin L'un dans l'autre habitant, se partageant le pain Comme ces vieux chevaux qu'on attelle aux labours Ils s'étaient rencontrés à la fin d'un amour

Dans le petit bistro, tout le monde attendait Pour savoir celui qui, le premier, partirait Mais quand l'homme est sorti, derrière lui, pas à pas Son chagrin l'a suivi, comme les autres fois

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paroles ferrat Alors le polonais a sorti son couteau Et à son vieux chagrin, il lui a fait la peau Et puis il s'est couché, sans bien savoir pourquoi Dans le lit sans mémoire d'une fille à soldats

Quand ont sonné midi à l'horloge d'en bas Il est redescendu, sa veste sur le bras Il a tourné au coin de la rue du Maroc Et puis il a pleuré, tout seul, le long des docks

Jean Ferrat LE SABRE ET LE GOUPILLON Paroles et musique: Jean Ferrat

Comme cul et chemise comme larrons en foire J'ai vu se constituer tant d'associations Mais il n'en reste qu'une au travers de l'histoire Qui ait su nous donner toute satisfaction

Le sabre et le goupillon

L'un brandissant le glaive et l'autre le ciboire Les peuples n'avaient plus à se poser de questions Et quand ils s'en posaient c'était déjà trop tard On se sert aussi bien pour tondre le mouton

Du sabre que du goupillon

Quand un abbé de cour poussait une bergère Vers des chemins tremblants d'ardente déraison La belle ne savait pas quand elle se laissait faire Qu'ils condamnaient l'usage de la contraception

Le sabre et le goupillon

Et maintes éminences et maints beaux capitaines Reposaient le guerrier de la même façon Dans le salon chinois où Madame Germaine Grâce à ses pensionnaires réalisait l'union

Du sabre et du goupillon

C'était le temps rêvé de tous les militaires

On leur offrait des guerres et des expéditions Que de manants joyeux sont partis chez Saint-Pierre Le coeur plein de mitraille et de bénédictions

Du sabre et du goupillon

Quand ils s'en revenaient et d'Asie et d'Afrique Ils faisaient régner l'ordre au sein de la nation Les uns possédaient l'art d'utiliser la trique Les autres sans le dire pensaient qu'elle a du bon

Le sabre et le goupillon

On ne sait plus aujourd'hui à qui faire la guerre Ça brise le moral de la génération C'est pourquoi les crédits que la paix nous libère Il est juste qu'il aillent comme consolation

Au sabre et au goupillon

paroles ferrat L'un jouant du clairon l'autre de l'harmonium Ils instruiront ainsi selon la tradition Des cracks en Sambre et Meuse des forts en Te Deum Qui nous donneront encore bien des satisfactions

Du sabre et du goupillon

Jean Ferrat LE SINGE Paroles: Guy Thomas

Dans mon jardin zoologique Je suis vraiment dans du coton J'ai des cocotiers métalliques J'ai des bananiers en carton J'ai ma falaise en céramique Au-dessus d'une mare en béton Pi j'ai du soleil électrique Pour me réchauffer les arpions!

C'est fou ce que je m'acclimate Au jardin d'acclimatation Où l'on conserve les primates En bon état de conservation!

J'ai des gardiens très sympathiques On surveille avec attention Mes réactions psychologiques On me soigne aux petits oignons Et quand je suis mélancolique On est dans la consternation On m'apporte un nouveau portique Des trapèzes des pièjacons!

C'est fou ce que je m'acclimate Au jardin d'acclimatation Où l'on conserve les primates En bon état de conservation!

Un vétérinaire authentique Vient pour m'ausculter les poumons Un docteur en diététique M'évite les indigestions On pense à tout c'est magnifique On m'a fait venir une guenon Pour me rappeler les tropiques Pour soigner ma masturbation!

C'est fou ce que je m'acclimate Au jardin d'acclimatation Où l'on conserve les primates En bon état de conservation!

Oui mais sur ma branche en plastique Je lui parais pas folichon Elle a pour moi rien d'érotique Sur son baobab en béton L'amour c'est pas de la gymnastique C'est pas prenez la position C'est la liberté frénétique Ça fleurit pas dans les prisons

C'est fou ce que je m'acclimate Au jardin d'acclimatation Où l'on conserve les primates

paroles ferrat

En bon état de conservation!

Jean Ferrat LE TIERS CHANT Poème d'Aragon

Te prendre à Dieu contre moi-même Étreindre étreindre ce qu'on aime Tout le reste est jouer aux dés Suivre ton bras toucher ta bouche Être toi par où je te touche Et tout le reste est des idées

Je suis la croix où tu t'endors Le chemin creux qui pluie implore Je suis ton ombre lapidée Je suis ta nuit et ton silence Oublié dans ma souvenance Ton rendez-vous contremandé

Te prendre à Dieu contre moi-même Étreindre étreindre ce qu'on aime Tout le reste est jouer aux dés Suivre ton bras toucher ta bouche Être toi par où je te touche Et tout le reste est des idées

Le mendiant devant ta porte Qui se morfond que tu ne sortes Et peut mourir s'il est tardé Et je demeure comme meurt A ton oreille une rumeur Le miroir de toi défardé

Te prendre à Dieu contre moi-même Étreindre étreindre ce qu'on aime Tout le reste est jouer aux dés Suivre ton bras toucher ta bouche Être toi par où je te touche Et tout le reste est des idées

Jean Ferrat LES BEAUX JOURS

Les beaux jours de notre vie Sont à ton image Les uns pleurent, les autres rient Et c'est bien ainsi Nos beaux jours tombent des nuits Comme du ciel l'orage Les beaux jours de notre vie Sont verts et gris

Irrémédiable au temps d'aimer Couleur de sable du sablier Chaque seconde de ce mal qui court Creuse la tombe de nos amours

paroles ferrat

Les beaux jours sont faits ainsi On tourne la page Et demain après aujourd'hui Tremble dans mes nuits Nos beaux jours, mon tendre amour Mettons-les en cage Avant qu'un dernier ravage Les ait flétris

Jean Ferrat LES BELLES ÉTRANGÈRES Paroles: Michelle Senlis, musique: Jean Ferrat

Les belles étrangères Qui vont aux corridas Et qui se pâment d'aise Devant la muleta Les belles étrangères Sous leurs chapeaux huppes Ont le teint qui s'altère A l'heure de l'épée Allons laissez-moi rire On chasse on tue on mange On taille dans du cuir Des chaussures on s'arrange Et dans les abattoirs Où l'on traîne les boeufs La mort ne vaut guère mieux Qu'aux arènes le soir

Les belles étrangères Quand montent les clameurs Se lèvent les premières En se tenant le coeur Les belles étrangères Se jurent a jamais De chasser Ordonez De leurs rêves secrets Allons laissez-moi rire Quand le toro s'avance Ce n'est pas par plaisir Que le torero danse C'est que l'Espagne a trop D'enfants pour les nourrir Qu'il faut parfois choisir La faim ou le toro

Les belles étrangères Végétariennes ou pas Quittent leur banc de pierre Au milieu du combat Quittent leur banc de pierre Au milieu du combat

Jean Ferrat LES CERISIERS Paroles: Guy Thomas

paroles ferrat J'ai souvent pensé c'est loin la vieillesse Mais tout doucement la vieillesse vient Petit à petit par délicatesse Pour ne pas froisser le vieux musicien

Si je suis trompé par sa politesse Si je crois parfois qu'elle est encore loin Je voudrais surtout qu'avant m'apparaisse Ce dont je rêvais quand j'étais gamin

Ah qu'il vienne au moins le temps des cerises Avant de claquer sur mon tambourin Avant que j'aie dû boucler mes valises Et qu'on m'ait poussé dans le dernier train

Bien sûr on dira que c'est des sottises Que mon utopie n'est plus de saison Que d'autre ont chanté le temps des cerises Mais qu'ils ont depuis changé d'opinion

Moi si j'ai connu des années funestes Et mes cerisiers des printemps pourris Je n'ai pas voulu retourner ma veste Ni me résigner comme un homme aigri

Ah qu'il vienne au moins le temps des cerises Avant de claquer sur mon tambourin Avant que j'aie dû boucler mes valises Et qu'on m'ait poussé dans le dernier train

Tant que je pourrai traîner mes galoches Je fredonnerai cette chanson-là Que j'aimais déjà quand j'étais gavroche Quand je traversais le temps des lilas

Que d'autres que moi chantent pour des prunes Moi je resterai fidèle à l'esprit Qu'on a vu paraître avec la Commune Et qui souffle encore au coeur de Paris

Ah qu'il vienne au moins le temps des cerises Avant de claquer sur mon tambourin Avant que j'aie dû boucler mes valises Et qu'on m'ait poussé dans le dernier train

Jean Ferrat LES DEMOISELLES DE MAGASIN

Les demoiselles de magasin Font sonner leur réveille-matin Pour s'en aller prendre leur train Les demoiselles de magasin Elles ne s'intéressent à rien A part ces amants incertains Qui leur filent entre les mains Les demoiselles de magasin

Et puis un beau jour Ces petites amours Elles plient leurs beaux tabliers Laissent le rideau de fer baissé Et les voilà les bras croisés Devant leurs comptoirs désertés

paroles ferrat

Les demoiselles de magasin Qui menaient leur petit train train S'apprêtent à faire un de ces foins Les demoiselles de magasin Elles font grève avec entrain En croisant sagement leurs mains Sur leurs belles cuisses satin Les demoiselles de magasin

Et puis un beau jour Ces petites amours Les voilà qui vont défiler Un drapeau rouge déplié Et volent volent leurs baisers Sur les ouvriers d'à côté

Les demoiselles de magasin Disaient leurs chefs avec chagrin Cachaient un serpent dans leur sein Les demoiselles de magasin Causez toujours tristes pantins Elles ne pensent plus qu'au grand brun Qui leur a dit: dimanche prochain Les demoiselles de magasin

Vous verrez qu'un jour Ces petites amours Elles finiront par se marier Avec ces gars du défilé Histoire de réconcilier L'amour avec la liberté

Jean Ferrat LES DERNIERS TZIGANES Paroles: Michelle Senlis

C'en est bien fini Nous ne verrons plus De l'Andalousie Les gitans venus La chemise ouverte Sur leur peau brûlée Les roulottes vertes Au milieu des blés Et coquelicots A vous arracher Les grands calicots Place du marché

Le ciel se fait lourd, les roses se fanent Nous vivons le temps des derniers tziganes

Disparu l'enfant Voleur de cerceaux Les chevaux piaffant De tous leurs naseaux Disparus les ânes Avec leurs paniers Les belles gitanes Sous les marronniers En ce temps qui va Qui va dévorant

paroles ferrat

On n'a plus le droit D'être différent

Le ciel se fait lourd, les roses se fanent Nous vivons le temps des derniers tziganes

Plus de feux de camp Près des HLM Révolu le temps Des anciens bohèmes Finis l'esplanade Et les tambourins Les derniers nomades Claquent dans leurs mains Et la liberté Femme de gitan Tombe poignardée Sous l'effet du temps

Le ciel se fait lourd, les roses se fanent Nous vivons le temps des derniers tziganes

Jean Ferrat LES ENFANTS TERRIBLES

Les enfants terribles marchent dans les rues Si leur ciel est vide s'ils ne savent plus Leurs mains sont avides d'étreindre demain Les enfants terribles n'épargneront rien

Soyez terribles terribles Soyez terribles les enfants

Les enfants terribles ont des dents de loups Si vous en doutez prenez garde à vous Leur soif n'a d'égal que leur appétit Les enfants terribles luttent pour la vie

Soyez terribles terribles Soyez terribles les enfants

Quand l'orage tonne les enfants sourient Ils sont sûrs d'eux-mêmes et durs pour autrui Mais quand l'amour vient les cueillir au nid Les enfants terribles tremblent dans la nuit

Soyez terribles terribles Soyez terribles les enfants

Avec leurs grands rires avec leurs façons De toujours remettre le monde en question Ce sont eux qui font les révolutions Les enfants terribles ont toujours raison

Soyez terribles terribles Soyez terribles les enfants Les enfants Les enfants

Jean Ferrat LES FEUX DE PARIS Poème d'Aragon

paroles ferrat

Toujours quand aux matins obscènes Entre les jambes de la Seine Comme une noyée aux yeux fous De la brume de vos poèmes L'Île Saint-Louis se lève blême Baudelaire je pense à vous

Lorsque j'appris à voir les choses

O lenteur des métamorphoses

C'est votre Paris que je vis Il fallait pour que Paris change Comme bleuissent les oranges Toute la longueur de ma vie

Mais pour courir ses aventures La ville a jeté sa ceinture De murs d'herbe verte et de vent Elle a fardé son paysage Comme une fille son visage Pour séduire un nouvel amant

Rien n'est plus à la même place Et l'eau des fontaines Wallace Pleure après le marchand d'oublies Qui criait le Plaisir Mesdames Quand les pianos faisaient des gammes Dans les salons à panoplies

Où sont les grandes tapissières Les mirlitons dans la poussière Où sont les noces en chansons Où sont les mules de Réjane On ne s'en va plus à dos d'âne Dîner dans l'herbe à Robinson

Qu'est-ce que cela peut te faire On ne choisit pas son enfer En arrière à quoi bon chercher Qu'autrefois sans toi se consume C'est ici que ton sort s'allume On ne choisit pas son bûcher

A tes pas les nuages bougent

Va-t'en dans la rue à l'oeil rouge Le monde saigne devant toi Tu marches dans un jour barbare Le temps présent brûle aux Snack-bars Son aube pourpre est sur les toits

Au diable la beauté lunaire Et les ténèbres millénaires Plein feu dans les Champs-Elysées Voici le nouveau carnaval Où l'électricité ravale Les édifices embrasés

Plein feu sur l'homme et sur la femme Sur le Louvre et sur Notre-Dame Du Sacré-Coeur au Panthéon Plein feu de la Concorde aux Ternes Plein feu sur l'univers moderne Plein feu sur notre âme au néon

paroles ferrat Plein feu sur la noirceur des songes Plein feu sur les arts du mensonge Flambe perpétuel été Flambe de notre flamme humaine Et que partout nos mains ramènent Le soleil de la vérité

Jean Ferrat LES FILLES LONGUES

Les filles longues longues longues Sans autre ornement ni bijou Que leurs cheveux qui tombent tombent Sur leurs genoux Les filles folles folles folles Sans autre probité candide Que leur fourrure qui frôle frôle Ma bouche avide

Peut-être passeront-elles fières Quand je les verrai de nouveau Comment allez-vous bien ma chère Le temps va-t-il se mettre au beau

Les filles longues longues longues Sans autre geste ni discours Que ce froissement de leurs ongles Sur mon velours Les filles lasses lasses lasses De rechercher au petit jour Leur linge fin avec leur masque D'avant l'amour

Vous pourraiz jeter feux et flammes Un autre jour en d'autres lieux Moi je n'entendrai plus madame Que cette voix disant mon Dieu

La fille longue longue longue Sans autre ornement ni bijou Que ses cheveux qui tombent tombent A mes genoux La fille folle folle folle Sans autre probité candide Que sa fourrure qui frôle frôle Ma bouche avide

Jean Ferrat LES GUÉRILLEROS

Avec leur barbe noire Leurs fusils démodés Leurs fusils démodés Leurs treillis délavés Comme drapeau l'espoir Comme drapeau l'espoir Ils ont pris le parti

paroles ferrat

De vivre pour demain Ils ont pris le parti Des armes à la main Les guérilleros Les guérilleros

S'ils sont une poignée Qui suivent leur chemin Qui suivent leur chemin Avant qu'il soit demain Ils seront des milliers Ils seront des milliers Il y a peu de temps Que le nom des sierras De tout un continent Rime avec Guevara Les guérilleros Les guérilleros

Ce qu'ils ont dans le coeur S'exprime simplement S'exprime simplement De mots pleins de douceur De mots rouges de sang De mots rouges de sang Cent millions de métis Savent de quel côté Se trouve la justice Comme la dignité Les guérilleros Les guérilleros

Deux petits mots bien lisses Qui valent une armée Qui valent une armée Et toutes vos polices N'y pourront rien changer N'y pourront rien changer Mes frères qui savez Que les plus belles fleurs Poussent sur le fumier Voici que sonne l'heure Des guérilleros Des guérilleros

Jean Ferrat LES INSTANTS VOLÉS Paroles: Pierre Grosz

Le chèvrefeuille de la terrasse Met des ombres sur nos visages Au ciel pas le moindre nuage Et je souris au temps qui passe A travers un verre de vin

J'aime ces instants volés Au grand vacarme de la vie Là si je veux je peux parler Seulement des petits soucis Écouter rêver les amis Dériver et me délivrer Du poids du monde et de la vie Du poids du monde et de la vie

paroles ferrat

A Roger nous avons dit "Passe"

Et il est venu en voisin Il vit sur la colline en face Entre nous le silence tisse Des liens que nous aimons si bien

J'aime ces instants volés Au grand vacarme qui nous mène Là si je veux je peux rêver Toute une moitié de semaine Écouter rêver les amis Dériver et me délivrer Du poids du monde et de la vie Du poids du monde et de la vie

A l'heure du souper peut-être

Des copains d'il y a longtemps Viendront cogner à la fenêtre Et nous aurons le sentiment De ne pas s'être quittés vraiment

J'aime ces instants volés Au grand vacarme de la vie Là si je veux je peux parler Seulement des petits soucis Écouter rêver les amis Dériver et me délivrer Du poids du monde et de la vie Du poids du monde et de la vie

Jean Ferrat LES JEUNES IMBÉCILES Paroles et musique: Jean Ferrat

Ils ont troqué leur col Mao Contre un joli costume trois-pièces Ils ont troqué leurs idéaux Contre un petit attaché-case Citoyens de Paris ma ville La plage est loin sous les pavés Vivez en paix dormez tranquilles Le monde n'est lus à changer

Ce n'était alors que jeunes imbéciles Le poil au menton Ce n'était alors que jeunes imbéciles Les voilà vieux cons

Ils ont troqué leur col Mao Pour une tenue plus libérale Le vieux slogan du père Guizot Est devenu leur idéal Nos soixante-huitards en colère Reprennent un refrain peu banal C'est enrichissez-vous mes frères En guise d'Internationale

Ce n'était alors que jeunes imbéciles Le poil au menton Ce n'était alors que jeunes imbéciles Les voilà vieux cons

paroles ferrat

Ils ont troqué leur col Mao Et leur vieux look égalitaire Pour un costume plus rigolo C'est la chasuble humanitaire Ils font la quête avec délice Chez ceux qu'ont plus rien à donner Et pour établir la justice S'en remettent à la charité

Ce n'était alors que jeunes imbéciles Le poil au menton Ce n'était alors que jeunes imbéciles Les voilà vieux cons

Ils ont troqué leur col Mao Pour des tenues plus officielles Depuis qu'ils fréquentent à gogo Les cabinets ministériels Ah quel plaisir en redingote Sur le perron de l'Elysée De se faire lécher les bottes Par des journalistes avisés

C'est toujours avec les jeunes imbéciles Qu'on le veuille ou non C'est toujours avec les jeunes imbéciles Qu'on fait les vieux cons

Jean Ferrat LES LILAS Poème d'Aragon

Je rêve et je me réveille Dans une odeur de lilas De quel côté du sommeil T'ai-je ici laissé ou là

Je dormais dans ta mémoire Et tu m'oubliais tout bas Ou c'était l'inverse histoire Étais-je où tu n'étais pas

Je me rendors pour t'atteindre Au pays que tu songeas Rien n'y fait que fuir et feindre Toi tu l'as quitté déjà

Dans la vie ou dans le songe Tout a cet étrange éclat Du parfum qui se prolonge Et d'un chant qui s'envola

O claire nuit jour obscur Mon absente entre mes bras Et rien d'autre en moi ne dure Que ce que tu murmuras

Jean Ferrat LES MERCENAIRES Dauvilliez - Ferrat

paroles ferrat

Nous marchons par tous les temps Même par l'orage Par les plaines et par les champs Et dans les villages Les gens nous montrent du doigt En nous regardant passer Mais les filles quelque fois Nous réchauffent d'un baiser

REFRAIN:

Nicolas, Nicolas C'est vingt années de misère Nicolas, Nicolas Que j'ai connues avant toi Nicolas, Nicolas Plutôt vingt ans de galère Nicolas, Nicolas Que d'être un soldat du roi

Sans argent et sans métier Que pouvions-nous faire Pas besoin d'être bachelier Pour partir en guerre Car on ne possédait rien Que des souliers fatigués Que les herbes des chemins La nuit pour se reposer

REFRAIN

Depuis des milliers d'années Un bon militaire Ne doit pas savoir penser Mais surtout se taire Quand tous les tambours battaient Moins que nos coeurs de soldats Notre régiment chargeait Pour la France et pour le roi

REFRAIN

De la France on s'en foutait Comme de l'Espagne Mais l'argent qu'on nous donnait Fallait qu'on le gagne En combattant les anglais Les russes ou les autrichiens En combattant sans arrêt Pour une bouchée de pain

REFRAIN

Jean Ferrat LES NOCTAMBULES Paroles: Claude Delecluse et Michelle Senlis

paroles ferrat

Ils sont de tous les vestibules De tous les salons majuscules Les Noctambules

Soir après soir ils font les boîtes Le cul posé sur de la ouate Les Noctambules

Le teint blafard et l'oeil vitreux Il se couchent tard et dorment peu Mais tous les soirs c'est immuable Ils ont un whisky sur la table Les Noctambules

A Saint-Tropez, à Sainte-Canaille Ils se retrouvent vaille que vaille Les Noctambules

Les Petits Lits Blancs faut bien les faire Ils aiment soulager la misère Les Noctambules

Les yeux bouffés par la fumée Les joues bouffies par le whisky Ils s'emmerdent avec élégance De Paris à Saint-Paul-de-Vence Les Noctambules

Dans tous les endroits à la mode On en trouvera toujours en solde Des Noctambules

Ils auront toujours une première Oui, mais le jour de leur dernière Les Noctambules

Faudra les voir sous l'orchidée Dans la Jaguar des trépassés Et je me demande si dans la boîte Ils échangeront encore leur carte Les Noctambules

Jean Ferrat LES NOMADES Paroles: Michelle Senlis

Ils sont nés près de Barcelone Ils ont grandi en Australie Ils se sont aimés à Paris Mais ils s'en vont encore d'ici Les Nomades

Ils ont habité la roulotte Les quatre planches qui cahotent De Saint-Ouen aux Saintes-Maries Mais ils s'en vont encore d'ici Les Nomades

Ni la couronne d'oranger Ni la cheminée de faux marbre Ne leur mettent racine au pied Ils ne sont pas comme les arbres

paroles ferrat

Les Nomades

Ils vont toujours de ville en plaine Il n'y a rien qui les retienne Eux c'est la route qui les mène En dimanche comme en semaine Les Nomades

Ils ont eu froid comme personne Ils ont chanté mieux que nous tous Mais c'est la route qui les pousse Avec des fifres à leurs trousses Les Nomades

Qu'ils soient venus du fond des âges Tous les gitans, tous les tziganes Un violon leur a brisé l'âme Ils en gardent parfois des larmes Les Nomades

Ni la peur de mourir un jour Dans quelque ville frontalière Sans tenir la main d'un amour Ne les arrête sur la terre Les Nomades

Et quand on voit sous les platanes Passer les mulets et les ânes On a beau être des profanes On voudrait suivre la caravane Des Nomades

Jean Ferrat LES OISEAUX DÉGUISÉS Poème d'Aragon

Tous ceux qui parlent des merveilles Leurs fables cachent des sanglots Et les couleurs de leur oreille Toujours à des plaintes pareilles Donnent leurs larmes pour de l'eau

Le peintre assis devant sa toile A-t-il jamais peint ce qu'il voit Ce qu'il voit son histoire voile Et ses ténèbres sont étoiles Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu'il expose Ce sont des oiseaux déguisés Son regard embellit les choses Et les gens prennent pour des roses La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère Ce que je fus je l'ai quitté Et les teintes d'aimer changèrent Comme roussit dans les fougères Le songe d'une nuit d'été

Automne automne long automne Comme le cri du vitrier De rue en rue et je chantonne Un air dont lentement s'étonne

paroles ferrat

Celui qui ne sait plus prier

Jean Ferrat LES PETITES FILLES MODÈLES Paroles et musique: Jean Ferrat

Les Petites Filles modèles Ne jouent plus à la poupée Ne jouent plus à la marelle A la corde à chat perché Branchées grâce au Minitel Sur le marché financier Les Petites Filles modèles S'amusent à boursicoter

C'est à ce jeu qu'elles excellent Fruit de la modernité Ah la belle ah la belle ah la belle société (bis des 3 vers)

Les Petites Filles modèles Quel exemple à méditer S'émerveillent pleins de zèle Ces messieurs de la télé En vantant leur grandeur d'âme Leur louable vocation Applaudissez messieurs dames Leur goût des bonnes actions

C'est à ce jeu qu'elles excellent Il faut les encourager Ah la belle ah la belle ah la belle société (bis des 3 vers)

Leur prince de référence Leur nouveau preux chevalier C'est le golden boy en transe Qui joue les petits Poucets Et se taille avec vaillance Un empire à bon marché Sur les ogres des finances Qu'il finit par dévorer

C'est à ce jeu qu'elles excellent Vivent les contes de fées Ah la belle ah la belle ah la belle société (bis des 3 vers)

Leur plus beau rêve de gosse C'est un autre emprunt Giscard Mais quand la fée Carabosse Leur donne des cauchemars Adieu châteaux et carrosses C'est le krach ô désespoir Qui voit leur champion féroce Se flinguer sur le trottoir

C'est à ce jeu qu'elles excellent Elles seront tôt consolées Ah la belle ah la belle ah la belle société (bis des 3 vers)

Pourtant mes enfants bien sages Méfiez-vous des aventures Ne soyez pas trop volages N'investissez qu'à coup sûr Car vos tendres pucelages

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paroles ferrat Pourraient choir comme fruits mûrs Sous les OPA sauvages De raiders aux noyaux durs

Puisqu'à ce jeu elles excellent Il faudra les marier Ah la belle ah la belle ah la belle société

Puisqu'à ce jeu elles excellent L'avenir est assuré Ah la belle ah la belle ah la belle société

Jean Ferrat LES PETITS BISTROTS Paroles: Claude Delecluse et Michelle Senlis

Les petits bistrots Au pinard fleuri Nappes à carreaux Et bifteck garni Les petits bistrots Où l'on vient goûter Devant le perco Le premier café

Les petits bistrots Qui n'ont pas de juke-box Seulement la radio Pour suivre la boxe Les petits bistrots Où j'ai des amis Robert et Jojo Et Simone aussi

La patronne est à la cuisine Le patron derrière son comptoir On parle du Tour et du Racing Devant un rouge ou un petit noir

Les petits bistrots Quand je suis loin d'ici A Londres à Tokyo J'en rêve et je me dis Que les petits bistrots Qui sont à Paris Je les reverrai bientôt Salut les amis

Les petits bistrots Au poêle à charbon Avec l'apéro La belotte au fond Les petits bistrots C'est comme un béguin Toujours on y revient Dans les petits bistrots

paroles ferrat

Jean Ferrat LES POÈTES Extrait du poème d'Aragon "Prologue"

Je ne sais ce qui me possède Et me pousse à dire à voix haute Ni pour la pitié ni pour l'aide Ni comme on avouerait ses fautes Ce qui m'habite et qui m'obsède

Celui qui chante se torture Quels cris en moi quel animal Je tue ou quelle créature Au nom du bien au nom du mal Seuls le savent ceux qui se turent

Machado dort à Collioure Trois pas suffirent hors d'Espagne Que le ciel pour lui se fît lourd Il s'assit dans cette campagne Et ferma les yeux pour toujours

Au-dessus des eaux et des plaines Au-dessus des toits des collines Un plain-chant monte à gorge pleine Est-ce vers l'étoile Hölderlin Est-ce vers l'étoile Verlaine

Marlowe il te faut la taverne Non pour Faust mais pour y mourir Entre les tueurs qui te cernent De leurs poignards et de leurs rires A la lueur d'une lanterne

Étoiles poussières de flammes En août qui tombez sur le sol Tout le ciel cette nuit proclame L'hécatombe des rossignols Mais que sait l'univers du drame

La souffrance enfante les songes Comme une ruche ses abeilles L'homme crie où son fer le ronge Et sa plaie engendre un soleil Plus beau que les anciens mensonges

Je ne sais ce qui me possède Et me pousse à dire à voix haute Ni pour la pitié ni pour l'aide Ni comme on avouerait ses fautes Ce qui m'habite et qui m'obsède

Jean Ferrat

LES SAISONS

Oh, les saisons, oh, les saisons

Je ne me lasse pas D'en rêver les odeurs D'en vivre les couleurs D'en trouver les raisons

paroles ferrat

Oh, les saisons, oh, les saisons

Je serai l'automne à tes pieds Tu seras l'été à ma bouche L'hiver aux doigts bleus qui se couchent Nous serons printemps fou à lier

Oh, les saisons, oh, les saisons

Je vais sans me lasser En guetter les rumeurs En voler les ardeurs En vivre à tes côtés

Oh, les saisons, oh, les saisons

Voir un seul hiver t'affamer Encore un été t'épanouir Encore un printemps t'enflammer Un seul automne pour en rire

Oh, les saisons, oh, les saisons

Je ne me lasse pas D'en distiller les fleurs D'en jalouser chaque heure D'en mourir sans raison

Oh, les saisons, oh, les saisons

Jean Ferrat LES TOURISTES PARTIS

Les touristes, touristes partis Le village, petit à petit Retrouve face à lui-même Sa vérité, ses problèmes Les touristes, touristes partis

La vie semble marquer la pause Les belles n'iront plus au bois Je vous aime métamorphoses Des saisons vertes aux abois De champignons et de châtaignes De terre et de genêts mouillés Le coin des cheminées s'imprègne Du parfum des longues veillées

Les touristes, touristes partis Le village, petit à petit Retrouve face à lui-même Sa vérité, ses problèmes Les touristes, touristes partis

Les vieux se chauffent en silence Sur cette place sans un bruit Un soleil pâle de faïence Sur leurs épaules s'assoupit On parle de pêche et de chasse On joue aux dés ou au tarot Les enfants montent d'une classe Les femmes changent de tricot

paroles ferrat

Les touristes, touristes partis Le village, petit à petit Retrouve face à lui-même Sa vérité, ses problèmes Les touristes, touristes partis

Les rivalités de clocher En de secrets conciliabules Le long des ruelles cachées Couvent au feu du crépuscule Ici nul n'oublie jamais rien Ni ce que fut votre grand-père Ni ce vous faisiez gamin Quand vous alliez à la rivière

Les touristes, touristes partis Le village, petit à petit Retrouve face à lui-même Sa vérité, ses problèmes Les touristes, touristes partis

Partout les hommes sont les mêmes Ici sans doute comme ailleurs Ils lancent au loin leurs "je t'aime" Le ventre noué par la peur Le ventre noué par la peur De l'avenir insaisissable Toujours en quête d'un coupable Toujours en quête du bonheur

Jean Ferrat LES TOURNESOLS Paroles et musique: Jean Ferrat

Mon prince noir et famélique Ma pauvre graine de clodo Toi qui vécus fantomatique En peignant tes vieux godillots Toi qui allais la dalle en pente Toi qu'on jetait dans le ruisseau Qui grelottais dans ta soupente En inventant un art nouveau T'étais zéro au Top cinquante T'étais pas branché comme il faut Avec ta gueule hallucinante Pour attirer les capitaux

Mais dans un coffre climatisé Au pays du Soleil-Levant Tes tournesols à l'air penché Dorment dans leur prison d'argent Leurs têtes à jamais figées Ne verront plus les soirs d'errance Le soleil fauve se coucher Sur la campagne de Provence

Tu allais ainsi dans la vie Comme un chien dans un jeu de quilles La bourgeoisie de pacotille Te faisait le coup du mépris Et tu plongeais dans les ténèbres Et tu noyais dans les bistrots

paroles ferrat

L'absinthe à tes pensées funèbres Comme la lame d'un couteau Tu valais rien au hit-parade Ni à la une des journaux Toi qui vécus dans la panade Sans vendre un seul de tes tableaux

Mais dans un coffre climatisé Au pays du Soleil-Levant Tes tournesols à l'air penché Dorment dans leur prison d'argent Leurs têtes à jamais figées Ne verront plus les soirs d'errance Le soleil fauve se coucher Sur la campagne de Provence

Dans ta palette frémissante De soufre pâle et d'infini Ta peinture comme un défi Lance une plainte flamboyante Dans ce monde aux valeurs croulantes Vincent ma fleur mon bel oiseau Te voilà donc Eldorado De la bourgeoisie triomphante Te voilà star du Top cinquante Te voilà branché comme il faut C'est dans ta gueule hallucinante Qu'ils ont placé leurs capitaux

Mais dans un coffre climatisé Au pays du Soleil-Levant Tes tournesols à l'air penché Dorment dans leur prison d'argent Leurs têtes à jamais figées Ne verront plus les soirs d'errance Le soleil fauve se coucher Sur la campagne de Provence.

Jean Ferrat LES YEUX D'ELSA Paroles: Louis Aragon, musique: Jean Ferrat, Maurice Vandair

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire J'ai vu tous les soleils y venir se mirer S'y jeter à mourir tous les désespérés Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

A l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent L'été taille la nue au tablier des anges Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée Sept glaives ont percé le prisme des couleurs Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche Par où se reproduit le miracle des Rois Page 116

paroles ferrat Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots Pour toutes les chansons et pour tous les hélas Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images Ecarquille les siens moins démesurément Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où Des insectes défont leurs amours violentes Je suis pris au filet des étoiles filantes Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende

Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu

O paradis cent fois retrouvé reperdu

Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent Moi je voyais briller au-dessus de la mer Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

Jean Ferrat

LOIN

Loin, loin, il y a loin

De l'aube grise où vos rêves frissonnent Loin, loin, il y a loin

A la vérité des matins

Loin, loin, il y a loin De la vie d'homme à laquelle on aspire

Loin, loin, il y a loin

A celle qui vous glisse des mains

Loin, loin, entre nos mains Ils sont truqués, les dés que l'on nous donne Loin, loin, à coups de poing Il faut se frayer son chemin Loin, loin, j'irai plus loin Tant pis si cela doit me coûter cher Loin, loin, j'irai plus loin Je paierai le prix qui convient

Loin, loin, changer d'habit Changer de rue, de métier, de frontières Loin, loin, changer d'amis Il faut savoir en payer le prix Loin, loin, changer de vie Changer d'état, de décor, d'habitudes Loin, loin, changer de vie C'est ma liberté d'aujourd'hui

paroles ferrat

Jean Ferrat LORSQUE S'EN VIENT LE SOIR Poème d'Aragon

Lorsque s'en vient le soir qui tourne par la porte Vivre à la profondeur soudain d'un champ de blé Je te retrouve amour avec mes mains tremblées Qui m'es la terre tendre entre les feuilles mortes Et nous nous défaisons de nos habits volés

Rien n'a calmé ces mains que j'ai de te connaître Gardant du premier soir ce trouble à te toucher Je te retrouve amour si longuement cherchée Comme si tout à coup s'ouvrait une fenêtre Et si tu renonçais à toujours te cacher

Je suis à tout jamais ta scène et ton théâtre Où le rideau d'aimer s'envole n'importe où L'étoile neige en moi son éternel mois d'août Rien n'a calmé ce coeur en te voyant de battre Il me fait mal à force et rien ne m'est si doux

Tu m'es pourtant toujours la furtive passante Qu'on retient par miracle au détour d'un instant Rien n'a calmé ma peur je doute et je t'attends Dieu perd les pas qu'il fait lorsque tu m'es absente Un regard te suffit à faire le beau temps

Lorsque s'en vient le soir qui tourne par la porte Vivre à la profondeur soudain d'un champ de blé Je te retrouve amour avec mes mains tremblées Qui m'es la terre tendre entre les feuilles mortes Et nous nous défaisons de nos habits volés

Jean Ferrat MA FILLE Paroles: Jamblan

Ça fait longtemps que je te surveille Tu deviens belle tu te poses un peu là Quand le fils du boucher te fait du plat T'as sûrement pas froid aux oreilles Tu cours même après les garçons Avec tes petits yeux qui pétillent Je vais te mettre en chanson ma fille Je vais te mettre en chanson

Tu me frôles comme un chatte de gouttière C'est-y pour mordre ou ronronner Mais quand je sens ton nez près de mon nez D'instinct je fais un bond en arrière Alors tu me récites ta leçon Quand tu voudras je serai bien gentille Je vais te fiche en chanson ma fille Je vais te fiche en chanson

Et puis tout de même réflexion faite En te voyant tellement prête à tout A provoquer tous les matous Au fond de moi je me dis ce que je suis bête D'ailleurs aujourd'hui la chanson

paroles ferrat Ça rapporte plus rien que des vétilles Je vais te foutre en maison ma fille Je vais te foutre en maison Je vais te foutre en maison ma fille Je vais te foutre en maison

Jean Ferrat

MA FRANCE

De plaines en forêts, de vallons en collines Du printemps qui va naître à tes mortes saisons De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche Quelque chose dans l'air a cette transparence Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige Elle répond toujours du nom de Robespierre Ma France

Celle du vieil Hugo tenant de son exil Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines Celle qui construisit de ses mains vos usines Celle dont Monsieur Thiers a dit: qu'on la fusille Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes Ils n'en finissent pas tes artistes-prophètes De dire qu'il est temps que le malheur succombe Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une Celle qui paie toujours vos crimes, vos erreurs En remplissant l'histoire et ses fosses communes Que je chante à jamais celle des travailleurs Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain Ma France

Qu'elle monte des mines, descende des collines Celle qui chante en moi, la belle, la rebelle Elle tient l'avenir inséré dans ses mains fines Celle de trente-six à soixante-huit chandelles Ma France

Jean Ferrat

paroles ferrat

MA MÔME

Paroles: Pierre Frachet, musique: Jean Ferrat

Ma môme, elle joue pas les starlettes

Elle met pas des lunettes

De soleil

Elle pose pas pour les magazines Elle travaille en usine

À Créteil

Dans une banlieue surpeuplée

On habite un meublé

Elle et moi

La fenêtre n'a qu'un carreau

Qui donne sur l'entrepôt

Et

les toits

On

va pas à Saint-Paul-de-Vence

On