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Un jeu de magye moderne basé sur l’ Art du Conteur par Stewart Wieck avec le concours de Chris Earley et Stephan eck La Vérité Jusqu’au Paradoxe ™ ‘Mage utilise le syst®me de jeu de I'Art du Conteur, ©1993 par White Wolf. Tous droits réservés, ©1994 par Hexagonal pour la version frangaise, ‘Tous droits réservés. La reproduction de ce livre, de quelque maniére que co soit, est interdite sans le consentement de 'éditeur. Les joucurs peuvent reproduire les fiches de personnage [Pour un usage personne! uniquement, Prologue : PEvelt nn LIVRE UN (Chapitre Un Introduction... LiAm du Conte enn Gagnanis et perdats.. \asigifeaion Mag. Lexigue 7 ‘Chapltre Deux : Contexte. Monde gothique-punk .. Les mages. La Maye nnn Le monde sumaturel La Technocratie es Maraudeurs.. Les Nephandi Les Traditions. : La vie dans les Taditions.. L’Amoar du Savoir Te don spontané Ajourd' hui. ‘Chapitre Trois : Art du Conte Le sBle du Conteu La chronique Le sefnation “Terminer une chronique. LIVRE DEUX ‘Chapltre Quatre: Les eles Les bases, Le découpage du temps Actions. Lancer les des Nivea sono Diticuté... Régie di Un... Suceds automatiques Options Essayer done on Exempt dee spe. Temes 0 jettnnonsnn Chaptore Cing: Le pers ar oD commence nn Role du Contr. Deuxitme étape : choix des Atributs ‘Trositme tape : choix des Capacités.. Quatitme tape : Avantages ‘Cinguitime tape: touches finales Stincalte de vie on Exemple de création de personnage. Voir pus loin... Le prélude nnn (Chapitre Six: Les Traits. Les Traditions ‘Adeptes du Virtuel ‘Cheeur Céleste Calle de Extas6 Premitre gape: concepts do personage. Fis de MBther won Featemité Akash OritologueS an Onde Hers. Verba wn Archétypes de personnal... Essences. : Les Att ‘Atbuts physiques. ‘trbus sociaux ‘buts mentaux Capa nese Speci. Tale cn ‘Conmassance dela we Conscience Bagare Esquive Expression Intimidation. Initon Spot. Subieriige Vigilance Compétences ‘Armes 8 fea. ‘Commandement Conduite Brique Ponti. Mediation Mélée Recherche Survie. ‘Technolo Connsisanees.nunn ‘Cosmologe Cale Droit Bhigmesinn Informatique Investigation. Linguistique Medecine. Oceutisme Science wn Historiques ‘Allis. ‘Arcane. “Avatar. Bibliotheque, Destinge Infvence ‘Taisran.. Bnieléchie Volonts Quimessence et Parador. Santé | LIVRE TROIS Chapitre Sept: Peineipes de ba magye essen! 65 uysique de ta magye. 166 Savoir maggyque eae eariOH La strttute de It Wlit8.ssnsovsonsorsonecnvore 69 Créer des effets 190 das Pepi -180 Chapltre Hult: Les Sphores... 183 Correspondance Entropie Espn Forces. Matte Prine, Posen, Temps. Vie Routines amt Routines de Corresponda “22 Routines Batrapie ennai DDD Routines Esprit. 203 Routines des Pores. sania 23 Routines de Matte. aaa Routines de Prime. iit Routines de Psych. 226 Routines €e TempSrnssnnnennnnan22T Routines de Vievennnnin 228 ‘Chapltre Neuf a 231 Progression du personage annsntsnnennnnrnnnnd] Points expéence... 231 Svolution de fa personalised Points €°8Ud€ nnn 235 1a Quintessence sn 86 Lapprenissage tonne dST Ascension ava 239 LeAnt du Comte dans PU "ea Proche 240 Talismans, aaa 240 Foci Eee 242 Un esprit sain dans un 046 $89 cscs Paradose 243 a QUIEIE ennai 2A Les blessures 248 2s1 et 252 Le tour : aeeaaariasal La soba action snsnon 253 Systemes dramatiques. 236 Systimes physiques rcnnnnnnnnnenenn 256 ‘SySBmes SOEKAUK oar 260 Systdmes MeNAUK senna 6D Combat 263 Premier Stade #Eititve nnn 263 Deuxitme State: Attaque 264 Troisitme Stade : REolutIOR nnn 26S Moalificareurs. 265 La magye en combat... nn 28 Uarmore 269 Exemple de jeu 269 APPENDICE. ea 2m Auttes jeux basés sur PAM dt COMED wenn 23 Les antagonises. as Gouvernements Litnguistion Arcanum. Les vampires. Les loups-gar0Us... Les mages assem Les Technomanciens. [Les Maraudeurs et les monsites de I'Age Mythique. Les Nephandi et autes creatures de cet acabit Les citoyens umbraux et lec exis Umbras$€5 en Les esprits du Paradoxe Esprits gardiens. Conversion des esprit... Talismans casino Fondation. La Nuit d’Halloween Bibliographic au Postace Crédits lewart Wieck, avec Chris Earley et Stephan Conception Wieck ‘Conception additionnelle : Merk Reise Syste de jew de 'Art du Conteus Auteurs + Sany Chupp, Christopher Exciey. Rober Hs Chris Hing, Mark ReinFiagen, Kathleen Ryan, Step Wieck, Stewart Wieck, Travis Williams et Keith Wi Développement + Bill Bridges, Andrew Groenbers, ReineHagen, Stephan Wieck et Stewar Wieck Reévis€ par : Robert Hatch, Ken Cliffe et Kathleen Ryan ‘Ont eontribus & ta conception et au déseloppement + Bo Campbell, Sam Chupp, Ken Clifte. Robert Hi Kathleen Ryan, Joshua Gabriel Timbrook, Tes = Williams et Keith Winkler Directeur Artistique : Richard Thomas Dessins : Michael Wiliam Kaluta, Richard Thomas, J briel Timbrook, Lawrence Allen Walliams. 5. Meyer, Jr, William O°Connos, John Cobbs Janet Aus Darryl Elliot, Darryl Midgette, Andres: Robinson Maquette : Sam Chupp, Chris MeDonoush et Mic Prabler Mlustration de couverture : Riche Thoms et C: MeDonough| Assistante a la Produetion ; Kathleen Ryan Testeurs du Jew : Bill Bridges, Paul Butler, An. ‘Campbell, William Hale, Harry L. Heckel IV. K Jones. Alex Knepper, Greg Keystusi. Seutt Lo Stephanie Lueas, Benjamin T. Mosh, Jt. ML ReinsHfagen, Arthur Snyder, Paul Stalled, Lori: Joshua Gabriel Timbrook, Matt Tris, Step: Wieck, Tom Wiggington, Travis Williams, Dar Greenburg, Hany Heckel, Heather Coraohi, Re ‘Kaminsky: Alan M, Fisher, Jon Sill, Barhors Hare, Tro: Bryant, Matthew Gluh, Ross Issics, Steve Cook, Al . Kerr, Katering James, Jon Kuzais. Owen Gert Matt Fulton, Lovell Stouder, John Lewis, Chris Bart Robert Schavder, David Pulver, Kathleen Rye. Br: Campbell, Matthew Burke, Shayne Patrick. Victor Smith, Rob MeMfitlon ‘Traduction : Pieve-Paul Durastan Correetian/itévision : Lue Masset Maquette de la version franguise : DPI Ce jeu est dédié & Robert M. Pirsig, auteur du Traité du Zen et de l’entretien des motocyclettes (1974) et de Lila (1991). De nombreuses personnes parlent des changements de paradigmes, mais Pirsig, lui, les réalise. Dans ce jeu, les mages sont les gens qui nous entrainent vers leur propre Qualité Dynamique Pirsig est un mage dans son genre, et je vous recommande chaudement ses deux livres. “Ce qui me parait important, c'est le Chautauqua, voila le seul mot que j’aie trouvé pour exprimer ce que j'ai en tte. On appelait Chautauqua, autrefois, les spectacles ambutants présentés sous une tente, d'un bout d l'autre de l’Amérique, de cette Amérique oit nous vivons. C’étaient des causeries populaires & l’ancienne mode, congues pour édifier et divertir; pour élever l’esprit par la culture. Aujourd’tiui, ta radio, le cinéma et la télévision ont supplanté le Chautaugua. Hime semble que ce n'est pas vraiment un progr Mais peut-étve le courant de la conscience va-t-il plus vite, al'échelle de la nation ? Dans le Chautauqua qui commence ici, je ne veux pas ouvrir de nouvelles voies d la conscience, mais simplement creuser un peu davantage les anciens chenaux, comblés par des débris de pensées poussiéreuses et de platitudes indéfiniment répétées. “Quoi de neuf ?”, voila une question éternelle, toujours intéressante, toujours enrichissante ! Mais si l’on en reste la, il n’en résulte qu’un étalage de trivialités @ la mode, le tout-venant de demain. Same mieux cette autre question : “Qu’est-ce qui est mieux ?” — question qui va en profondeur et qui permet d’atteindre la mer. ILy a dans Vhistoire de Uhumanité des époques oit les chemins de la pensée ont été tracés si fort quaucun changement n’était possible et que rien de neuf n’arrivait jamais. Le “mieux” était alors affaire de dogme. Ce n'est plus le cas. De nos jours, le courant de la conscience collective semble déborder, perdre sa direction originelle, inonder les terres basses, séparer et isoler les hautes terres — sans autre finalité que Vaccomplissement stérile de son propre élan. Crest ce chenal qu'il convient aujourd'hui de creuser.” Robert M. Pirsig, Traité du Zen et de l'entretien des motocycleties s. Net Appell © OU EST PASSER MA FLEUR? Tas ps, ta Rose ne a ps ub, moi. N° 3982 : i © MADAME WO, praticienne des ants mag) yaues, peut vous aider. En quéte d'un Savoir qui vous échappe 7 A la recherche Ane sagesse qui vous fut? Appeley des aujourd’h our prendre rendez-vous, en IN AUTHENTIQUE COUVRE- CHEW TIBBTATN es pls un eve inac- cessible. Nombreux styles et colors. 4598, Stonegate Place, de 14h00 2 17 7 Raphaél jeta un coup del de part et d’autre dans la lueur mourante de fa ville. La chaleur de cette journée daott commencait tout juste & dimimuer, mais une -boultiée glaciale parcourut sa cotonne vertebrate et il frissonna. Passant tne main sous son impeiméable, il cffleura la garde du Katana que le vétement dissimulait, La force et le besoin de trancher qu’ineamaicnt Parte le rassurérent. T traversa fa cue en consultant le journal qu'il avait apporté, pour relire Ia petite annonce et les quelques mots griffonnés en marge afin de vérifier l'adresso, I cespérait bien qu'il imaginait son impression d'etre observé et c'est avec prudence qu’il gravit lescalier de, cette petite maison en grés brun sise dans Greenwich Village. Parvenu au demier étage, devant le n® 3, il frappa doucement & Ia porte tout en considérant Ia cage d'es- calier qui béait derriére lui, sans pouvoir se départir de cette sensation dre suivi. La porte s’ouvrit. Raphaé! sourit& la dame menue, visiblement asiate, qui s'encadrait dans l'embrasure. “Hai,” li dit: Wo eut soudain envie de fermer la porte et de mettre fin a toute cette histoire : aprés tout ce temps et tous ces: efforts pour Matter ici, était-il fin prét, ce jeune homme qui arborait un sourire confiant, le sourire dun vendeur de voitures doccasion ou d'un télé-Cvangélis- te ? La motivation se lisait& livre ouvert sur son visa- ge, et son regard brGlat de la fi@vre du pouvoir tong- temps désiré, Il essayait encore d'effleurer la Tapisserie sans aide. Néanmoins, c°était ke_meilleur candidat quills aient pu trouver — le seul qui détenait la capaci- 1€ d’endurer les mois qui allaient suivre. ‘Wo sonda T'aura astrale qu'il dégageait, en quéte des chasseurs qui la traquaient. Aucune trace, Puis elle toisa Phomme, remarquant aussit6t le Katana caché sous son mantenu, Sa présence ne la surprit pas. Le par- dessus, la chaine en argent et le symbole du yin et du yang qui y pendait, affectation que tout cela. I s'entra- verait s'il essayait de tirer l'arme. Son esprit regorgeait de formules mystiques, de koans zen, de noms secrets, Le coiffeur s*était montré méticuleux, chaque chevew taillé, chaque poil coupé & desscin, Lair suffisant de ce postulant agagait Wo. Elle repoussa le battant. “Non, Ga ne peut étce li.” Elle dat combattre son dédain : ses compagnons de ceabale Ivi avaient demandé de 'iniier et elle attend tune certaine arrogance dun apprenti. Mais n'était-ce pas trop risqué ? Sa réussite terrestre de mateo armes pouvait-elle temir sa véritable vocation ? Lentement, prudemment, elle rouvrit la porte et ris- ‘qua un regard, L2homme ne cilla pas, mais cffectua une petite révé- rence, 2 la manidxe d’un samourai rendant hommage & son seigneur. Wo négtigea de lui en tenir rigueur : en dépit de ses origines hispaniques et de sa culture amé- ricaine, il avait regu Penseignement Pune fine lame. dun mattre qu'elle respectait, “Je m’appelle Raphaél. Je viens pour annonce.” 1 soutit, “Tsiang Wo. Suivez-moi.” ‘Wo se détourna, fongea le couloir, monta la marche de la cuisine, et marqua une pause devant les portes- fenétres ouvrant sur le patio. Eile le dévisagea. Ul se tenait toujours dans fe couloir, 'air perplexe. “Venez.” Ble lui adressa un signe de la main, Elle le regarda franchir la marche ot se permit un léger sourire en le voyant trébucher. A Tévidence, i Gait nerveux — comment auraitit pu en étre autre- ment ? Bile le précéda dans le patio. La cour intérieure Evoquait un genre particulier dé jardin zen, bien plus complexe que tous ceux que Raphaél avait pu voir. Wo se tenait en silence, sans effort, tres a I'aise, prés d'une étrange sculpture qui paraissait ruisseler d'eau. “Raphael. — Sensei 2” répondit l'homme par réfiexe, La voix de Wo avait le ton de Pautorté, Elle désigna un caillou sur le sol, 2 quelques mbtres, de lui. “Souléve cette pierre.” “Elle me met & lépreuve, songea Raphael. Comment sait-elle que c'est le seul mystére que je n'ai jamais pu résoudre, le seut acte que mon ki n‘a jamais pu accomplir ? Comment peut-elle le savoir 2” Ses se prirent de tremblements. et i dut puiser dans se5 ressources pour les apaiser. Son cour battait plus vite, IL leva les yeux vers Wo qui paraissait grave et sereine Raphaé! Gin son pardessus, déposa son épée par terre, se mit 8 Pais et pratiqua quelques étirements. Il’ ‘erina Jes yeux pour les exercices respiratoires que son ‘maitre appelait le souffle du dragon, Inspirer le ki, expi- rer le ki, En faire une part de soi-méme. Il sentit le monde bouger sous Iii, réunit ses mains en coupe et pergut essence de la piene, loin au-dessous deux. I inspira encore, avanga d'un pas. 1 tendit les mains au- dessus du cailloa, out en expirant. II sentait maintenant sa présence, tangible, sous ses paumes, Pouvait-il y parvenir ? Pouvait-il soulever 1a pierre par la seule force de sa volonté ? I] se debarrassa de ses demiers doutes comme dune muc, et se plongea dans Pidée de J pierre pour Ia connaitre en plein et donc la posséder. Se5 mains se tendirent de nouveau et il hurla, sentant son pouvoir clagquer comme un fouet. Son coeur se serra quand il vit le caiflow frérmir, mais rester au so La femme secoua la téte. “Je soultve la pierre, maintenant, Regarde,” Wo ferma les yeux et tendit les mains, parodiant sa posture. Puis elle avana d'un pas, saisit Ie caillou et le souleva, Ouvrant les yeux, elle le montra & Raphael. “Vois, Tu as échou. Tu as échoue parce que la réa~ lté a refusé dete Inisser bouger cette pierre malgré tous les pouvoirs dont tu disposes. En dépit de tes. nom- breuses initiations, de tes degrés de compétence et de ta marise de Vép6e, tu es incapable dun acte. aussi simple que soulever une pierre par la Kevitation.” Ele tui jeta le eaillou. Ht T'attrapa sans peine, mais il était comme frappé par la foudre. Pourquoi es-tu Ri? demanda-t-elle en le dévisa- ean — Pour apprendre, sensei. Pour apprendre la magye. Pour apprendre & manier le pouvoir Le pouvoir dans quel but ?” Raphaél reprit son air narquois, son air d’escroc. “Lillumination Wo lui dédia un sourre froid, Jes yeux brillants. Elle Je frdla en regagnant Pappartement en terrasse. “Tu ies qu'un imbécile.” # Le temps que Raphaél s’avise de ce qu’elle avait dt, vieille femme avait déjafranchi les portes-fenétres. I ‘endit de Teaut couler et les coups hachés d’un cou- ‘eau de cuisine. I porta son regard sur la sculpture, puis sar a pee dns sa mai, et Sent Ia colae monte en Hi Jetant le caillow et ramassant son manteau et son epée. il se rua dans la cuisine et sc laissa aller & sa mau- vaise humeur, “Vous me traitez dimbécile, et j'ai vain- cu les meilleurs guerriers du monde, Vous me défiez de xillou, et vous me ridiculisez quand J'échoue ! C'est unc fagon denscigner, ga ? Vous osez ‘yous prétendire sensei?” Wo continuait de couper en tranches les champi- gnons noirs qu'elle préparait pour son déjeuner. Son visage n’était que sérénité. Une fois de plus, elle consulta son esprit, se projetant alentour comme elle en avait coutume, Sa maison était stre ; les défenses Giaient en place. Raphaél pivota sur ses talons, épée et pardessus ron Is en ballot dans ses bres. I! dévala le couloir pour rejoindre Ja porte d entrée. Wo s'approcha de Ia pende- rie, qu'elle effleura au moment méme o Raphaé! uvrat la porte et sorta Wo sourit Raphaél poussa le battant dun geste lent, sorit de Ja penderie et se retrouva dans le couloir qu'il scruta comme s'il Ie voyait d'un regard neuf, “Reste, Raphaél. Je prépare ton sauté préféré pour dgjeuner. — Comment...” commeng In sortie” De la min, Wo indiqua une vague direction, ne Raphael se rua dans une autre pitce. Wo prit une branche de céler et la brisa d'un coup sec. Ty cut un grand fracas et un eri, “Sois prudent,” langa Wo, les yeux brillants Raphael revenait au pas de charge. “Par ob?” demanda-til d'une voix séche. Wo sourit. “Tu souhaites tant partir ? Tes questions sont encore sins réponse. Reste. Ca commence juste & devenir intéressant — Je suis navré, m’dame. Je erains fort que tout ceci ne soit qu'une question de malchance. Maintenant, si vous voulez bien me montrer la sortie, je serai ravi de prendre congé, et vous ne me reverrer. plus.” Wo secoua la téte, “Comment va ton chien ? — Quoi ? — Ton chiot. Un bel animal. “Monstre”, n’est-ce pas?” Raphaél eut un vrai sourire, peut-étre pour la pre~ mire fois de la joumée, peut-étre méme pour la p mire fois depuis longtemps. “Oui, Je me suis inspiré de Crowley, Comment le savier-vous ? Télépathie ? —Ton dossier informatique. — Pardon?” Wo désigna le bureau lambrissé dertidre elle. Par la porte, Raphael distingua Ja lueur pale d'un écran d'or- dinateur, “Pai un ami qui m’side. Dante, Dis-moi, Raphae!, comment ga se passe dans ton nouvel emploi ? — Tis... ts bien. Pourquoi cette question ? — Er tu aimes bien ton appartement, — Ovi, Une sacrée affair. Il se trouve que le loca- taire précédent partait bosser en Arabie Saoudlite au ‘moment od jen cherchais un. Jai pu sous-louer pour tune bouchée de pain, — Quel hasard, Et est par hasard que ton affaire a disparu dans un incendie, en Californie ? lH sereprit. “Obest Par lly acu un cour-cireuit, — Ah, Bien sf, Et c'est encore par hasard que ta. hum... compagne t'a quitté ? — Cate... elle et moi, c’était un malentenda, Et tout ga figure dans mon dossier informatique ?” Wo sourit, et secoua la téte. “Raphaél. Tu ne trouves pes curieux que, depuis un an, le hasard fasse si bien les choses ? Ces coincidences, ces coups de “chance” ?Tu nas pas songé que tu prenais un chemin qui t'emme- nait vers une destination bien définie ? Tl eut un geste de dénégation, mais Wo constata qu'il réféchissait. 1 était temps {11 fa regarda, dépas- sant enfin fa premigze impression qu’il avait cue de cette ville Asiatique, Elle se remit & couper ses champignons, sourit alors qu'il s’asseyait sur le tabouret prés du comptoir, et son- rit encore lorsqu’elle Je vit changer dexpression. “Raphaél. Qu’est-ce que la magye ? — Hum. Liart de changer la conscience par la volonté, C’est simple. — Inutile de citer Crowley. Dis-moi ce qu'elle signifie pour to. — La magye, c'est le savoir, La magye, c'est le pouvoir. La magye, c’est la capacité de fagonner la réa- be ‘Wo plaqua son couteau & grand bruit sur son plan de travail. “Voila 1 Peut-étre y avait-il de l'espoir pour celui-}4 1 Elle leva les mains. “La réalité, Elle nous centoure, On se coupe les doigts, on saigne. On liche une pierre, elle tombe, I ne nous pousse pas d’ailes. Vampires, loups-garous et fantémes n’existent pas, Et pourtant.., pourtant, on a quelgu’un comme toi. Tu crois en la magye ? = Oni... de tout mon cceur, — Pourtant, malgré toute ta foi, tes longues années Gentrainement, tes koans zen, tes méditations, tes quétes spirituelles, tu es encore incapable d’affecter la nature de fa réalité.” Wo contouma le comptoir pour murmurer a Poreille de Raphaél : “Mais si je te disais que la magye envi- ronne ? Que tu Putilises méme de fagon réguliére 2” 11 plissa les paupitres en signe de défiance. Wo ouvrit un placard et en sortit un gros volume relié de cuir qu’elle plaqua sur le plan de travail. Elle Vouvrit a la page d'un schéma qui représentait la Terre toumnant autour du soleil. “Copemic. Kepler. Faraday, Is sont tous 18. Les auteurs de la réalité aujourd'hui.” Elle désigna les tithographies de ces trois grands pen- seurs. Levant les yeux, elle sonda de son esprit le pla- fond et les murs, en espérant que ses chasseurs n'en- tendraient pas invoquer leurs protecteurs. Raphaél semblait perplexe, "Mais ces... ces savants ‘ont découvert la réalité, tudié la vérité.” ‘Wo plongea ses mains dans la lumigre du. jour pénétrait & travers les vitres des portes-fenétres. “ls ont fagonné Ja vérité & leur gré, tout comme ma main fagonne la lumidre. Ts ont projeté des ombres immenses sur notre avenir. Nous vivons leur réve machinique gauchi et tordu, La guerre pour notre réali- 4€ st finie, mon enfant,” dit Wo en contemplant Raphael, le regard Iuisant, une lanme au coin de Pail, “Tis ont gagné.” Elle se détourna pour gagner Ie bureau. Il se sentit poussé a la suivre, Dans cette pigce obscure, & Podeur de muse, les murs arboraient deux tapisseries dont les motifs res- taient vagues dans la pénombre. Contre le mur opposé, face & la porte, s'élevait une énorme statue de dragon oriental tenant un globe d’onyx dans sa patte gauche. “Jadis, dit Wo d'une voix cassée, les dragons régnaient sur la terre comme au ciel. Mes ancétres ont invoqué Jes kami, les grands esprits de la nature. et notre peuple a appris le pouvoir sa source. Nous chan- tions pour les Célestes qui, en retour, nous donnaicnt le savoir, Jadis, le monde était pur. Jadis, les Magnifiques, que nous appelions les Purs, tssaient la magye & l'aide du matériau de leur souffle, a Quintessence de leur réa- Tité, Mais ils ont fini par s*accoupler avec nous, avec notre superbe espéce, ct nous avons pris Mhabitude d’étre tels des dieux & leurs oft.” A mesure qu'elle parlat, le dragon semblat lure un peu plus dans la pénombre, et la sphere d’onyx brilat. Wo se"touma vers Raphaél, “adis, nous étions les grands sorciers des légendes. Jadis, notre powvoir régnait sans partage.” Elle caressa la téte dela statue, et sentit la chaleur des protections magyques qui l'entou- raient. Au moins I'Ennemi ne s’emparerait jamais de cette relique qui se désiniégrerait au visage de leur réa- lite Wo se retourna et scruta Raphael. “Jadis, nous avons apporté le feu, illuminé les ténbbres, planté les premieres graines, cuit le premier pain, Nous étions les professeurs, les faconneurs, les sages.” i Dun geste alangui qu’ll prt pour de la prestidig tion, elle causa I"embrasement d’une des bougies dis- posées sur la table. Elle saist le fuseau de cire noire et Je tendit vers la tapisserie accrochée au mur de gauche, sans quitter Raphaél du regard. “Et pourtant... pour- tant, certains ne s'en contentaient pas, Ils voulaient plus. Ils voulaient introduire leurs propres idées et, dans leur fiert ils ont attiré la catastrophe sur le monde. Is se sont emparés du tissu du réel, et ils ont déchiré fa vieille Tapisserie. Puis ils ont tissé une nouvelle réalité quills ont investie de raison, Soudain, dans le monde cntier, "humanité s'est mise & douter dece qu'elle avait ‘eru jusqu’alors.” Wo s'interrompit. “Cela ne s'est pas produit da jour au lendemain, Ce n’était en tien le résultat d'un plan, non...” ‘Ses mains effleurérent des broderies od! Raphat! discema la silhoucite émaciée de la Mort étreignant sa faux, et des corps empilés en meules grotesques. “Alors est venue la Peste. La Peste Noire, devant laquelle méme les mages les plus puissants sont restés sans réponses. Nous avons perdu notre pouvoir, et nous, avons perdu notre espoir. Incapables de réagir en force, nous avons perdu notre emprise sur ce monde, Partout, Ie voile de la magye s'est déchiré, et on aurait cru que mille éclats de verre avaient chu sur un énorme gong, Les pouvoirs magyques dont nous disposions se sont taris, Nous avons dé: nous soumettre au bon vouloir des “Monts” — ceux que nous appelons aujourd'hui ‘Technomanciens. Wo chercha son regard ct sourit. “Tu vois, Raphaél, chaque fois que tu allumes la lumitre, que ta démares ta voiture ou que tu utilises ton ordinatenr, tu soutiens Ja cause de ceux qui confisquent la réalité — Ridicule. Si c'est vrai, vous me suggérez de quit- ter mon boulot et d’aller vivre dans une grotte. Je refuse. — Tue méprends, mon gargon. Je ne prétends pas ‘que le travail des ‘Technomanciens est mauvais, Dans son ensemble, if nuit au bien-étre de I’homanité, mais certaines de leurs avancées sont utiles. Comme cet ordinateur, Dante le dit sans cesse : “Tant que ga fonc- tionne, on ne le répare pas.” — Marche. — Pardon ? — Tant que ga marche, on ne le répare pas.” Wo toisa son étudiant. “Je vois.” Elle désigna une autre tapisserie représentant une roue découpée en neuf sections, “Le Pouvoir se divise comme la lumitre se fractionne.” Elle montra le soeit ui entamait la roue, “Son énergie pure s’écoule de la Sphire du Prime.” Elle posa la main sur I’éclipse de Ine qui omait Ja section voisine. “Vers la Sphere de Esprit od nos volontés conjointes forgent son existen- co." Le dessin suivant représentait un sablier. “Puis vers le Temps, qui délimite notre conscience.” ‘Suivant toujours la rove, Wo expliqua : “Le Pouvoir "écoule par Ja Psyché et ouvre la conscience.” Elle indiqua ensuite le carré, plus bas. “La Matidre est [a ‘Sphére de la structure fondamentale du réel.” Sa main se posa sur union des symboles mile et femelle, “I le Vie fourit la structure fondamentale du vivant. Pourtant, nous sommes a la merci des Forces, La gra- Vité pase sur nous, P'électricité alimente nos maisons. Elle suivit du doigt Péclair de foudre tissé, “Elles s'en- trelacent toutes dans la Sphére de la Correspondance. ‘qui assigne les choses & leur juste place.” Elle dona un ‘coup de menton vers le schéma de la Correspondance. des fleches convergentes. Elle. s'interrompit Pespace d'un Correspondance... elle est trés forte en t — Jaime bien savoir od je vais, répliqua Raphedl — Enfin, ily a Entopie, qui marque Ja fin da cercle. Elle nous raméne au Prime.” La tranche de ‘énbbres figurant !'Entropie semblait ne rien suggérer & Raphaé! dont les yeux revenaient sans cesse sur une taghre virée encastrée dans le mur. Il s'en approcha. “Qu'est-ce que c'est 7” Il désignait le cordon de soie verte et le wakizashi bien aiguisé dont les reflets Paveuglaient “Mes foci. ma magye. — Ce nest plus le cas 2” Raphaé! baissa les yeux. sur son épée. Wo tendit la main et le pinga, “Cette chair que 1 portes, tu la crois durable ?” Raphaél la dévisagea, perplexe, et s'éarta, “Quoi ? Bien str que non, Nous mourons tous. Ga fait parte da oyele. ‘Tout juste. Maintenant, donne-moi ton épée.” Non sans la gratifier d’un regard circonspect, Raphi obempéra, “Faites attention. On Pa soigneusement cenchantée pendant sept ans.” “La ‘en avais besoin autrefois pour pratiquer Ho Eee eee ete bee eee eee eee bee eee eee eee oe eee eee Hee e eee eee eee Wo lui sourit “Soigneusement ? Fnehantée Pendant septans ?” Elle examina le katana, couvert de syinboles et de runes. Le prenant bien en main, elle adopta une position de combat traditionnelle. Raphael écarquitla Jes yeux et sourit & son tour. Cette femme tenait son épée avec une gre ct une puissance évidentes. Elle se détouma et, d'un mouvement vif comme Péclait, abat- {it la lame sur fe sol en pierre. Raphal eria alors que Tépée se brisait. Wo le dévisagea, les yeux petillants de malice. “Recommence.” Ft elle le contourna pour regagner Ia cuisine, Raphael se jeta surelle, enragé, en marmonnent des jerons. Elle s‘aréta, fit volte-face et pointa un doigt vers tui, “On ne me parle pas str ce ton, mon gargon.” Ses yeux auraient apeuré un tigre. “Mais... mais pourquoi ? Qu'est-ce que vous espé- riez gagner ?” ‘Toujours ce sourire sur les Ievres de Wo. “Rien.” Elle reprit sa marche vers la cuisine, d'un pas bea coup plus assuré que son grand age ne semblait le per mettre. I la suivit, pantelant. Wo se tourna vers lui, “Pespérais te soulager de ce fardeau, Entre tes mains, elle ait morte. C°était une béquille, pas tn out — Mais... comment avez-vous pu. décidé & ma place ! — J'ai brisé lépée. La fagon dont tu choisis dassu ‘mer a perte te concere. Je sais seulement qu'il te fau dra sept ans avant d’adapter une position aussi ridicule. — Mais... mon pouvoir... mon essence... tout est perdu,” gémitil Wo stimmobilisa, “Tu ne m'écoutes toujours pas, ‘mon gargon, Tu ne peux plus ten remettre aux vieilles méthode. — Vous simer parler par métaphores et évoquer le passé en termes vagues. Vous ne m’avez encore rien dit ‘que je ne sache déja Vous ne m'avez encore rien appris, Vous ne mn’ avez encore rien démontré d'un véri- table pouvoir. J'ai peine & croire tout ce que pouvez, prétendre, —Tuexiges une démonstration ? Que je connaisse tos secrets les plus intimes. que j'aie arrangé ton départ de Ia Californie pour New York en deux semaines de temps, que tu ne sois pas encore arrivé a trouver la sor- tie de'ma maison... cela ne te suffit pas ? Ta veux, davantage ? Tu me prencs pour ton singe savant, 2. me demander de faire des tours dé magye selon ton bon vouloir ? A ne vouloir de moi comme tuteur qu’at ‘moment od tu consentiras & ouvrir les yeux ?” I soutit, “Si vous étes puissante, il vous sera facile daceéder & ma requete.” I prenait lair supérieur de qui ne sen laisse pas conter. Wo le regarda, amusée. Elle savait que le gargon Pappatait, mais elle en avait assez, Un rapide sondage astral ne révéla aucun ennemi, Elle gagna lentement Ia cheminée et prit I'éventail en bambou posé, poignée vers le bas, sur le mantcau, “La puissance, alors ? Ta souhaites voir une démonstration de force Un lange sourite fendit fe visage de Raphaal. “Oui. — Tits bien.” Un geste du bras, t les yeux de Wo s’emplitent de feu. Un halo naquit derridre sa nuque et alluma autour d'elle une aura de pouvoir ambré. Des ailes de jade se déployerent, effleurant le plafond. Des griffes dony'x scintillgrent: Lové dans le salon, 18 of muisselait ta lumigre du jour qui entrait par Tes portes vitiées. se tenait un dragon ailé oriental, vénérable et chatoyant, De sa langue embrasée, il toucha les débris de 'épée, ‘qui chaufférent & blane. Quand la langue se retira. ils luisaient encore. Raphaél tomba assis par terre, protégeant ses yeux de Péclat et de la chaleur, et se traina & recutons vers le mur. Au début il poussa son eri de guerre et essaya de résister, mais il finit paren étre réduit & demander grice et & prier dans un torrent de mots sans suite. Comme le dragon nugissait et courbait le chef vers tui, Raphaél hhurla et se tecroquevilla en position fetal, la chemise trempée de sueur froide. Soudain, tout redevint normal, Seuls subsistaient les éclats portés au rouge. Wo faconma les énergies dans ses mains et brandit le résultat : un serpent gris aux ‘yeux blancs, aveugles. “Raphaél ? Lave-toi. C'est la moindre des visions qui t attend si tu suis mon chemin, Debout.” Raphaél se redressa avec précaution. IL traversa la pice, les yeux rivés sur Wo. “Vous... vous m'avez Spargné ? Oui. Je n’ai pas voulu te tuer, —Je croyais vous avoir offensée, sensei. —Iln’y apas d’offense. Il faut souvent une pareille épreuve pour tier un apprenti au travers da rideau de ka Tupisserie. Oh, puissante sensei, j)implore ton pardon ! — Tu nauras pas mon pardon, Tu es ignorant, Par ‘bonheur, on peut y remédier. Tw 2s mon attention, q est plus précieuse, Mais ne va pas te figurer que ta soif de pouvoir qui se lit dans tes yeux m échappe. Tiens, prends, Vois le prix du pouvoir.” Elle lui tendait le ser- pent. Hesitant, il lova entre ses mains le serpent qui ondu- Tait lentement et dont les yeux 6voquaient I’éeran d'un Aéléviscur réglé sur un canal inoccupé. “Qu’est-ce que crest ?” demanda Raphaél, comprenant aussit6t qu'il s‘agissait d'une créature magyque. ‘Un esprit. Un serviteur stupide de Ia réalité, Tu satis, Raphaél, on ne peut accomplir ces tours sins en payer le prix... et Pun des prix qu’on peut se voir contraint de payer conceme Ia réalité méme. Pour te montrer ma forme ancienne, j'ai prété Vorcille & Age Mythique, od le pouvoir ancien circulait plus libre- ment, J'ai usé du savoir de ce temps-1a. Et ai recount au pouvoir de la Psyché, afin d'éviter de devoir me manifester complétement pour te convainere de I’éten- due de mes capacités. N’empéche, leffort me prive de ‘mes forees, méme dans mon sanctuaire.” Wo reprit le serpent, qu’elle enferma dans sa main en fe voyant se mouveir avec plus d’énengie. “Viens.” Elle entra dans une pigce obscure, au bout du couloir, et fit coulisser Ie couvercle dun immense aquarium rempli de minus- cules serpents gris qui se tordaient, ondulaent, se nour- rissaient les uns des autres et se reformaient. Wo glissa Je serpent par Pouverture ainsi ménagée. I tomba aus sit, et se mit A s’enrouler autour de ses fréres. Elle referma le couverc. “Ceux dentre nous qui pratiquent la magye appel- Jemt ce pouvoir le Paradoxe, mais il existe pour sésoue Vinconno, pas pour le révéler. 1] existe pour liser le réc. Il existe pour empécher notre puissance de se manifester,sinon selon ses rbgles. Le Paradoxe, c'est ceil pour ail, dent pour dent. Pour tsser la magye comme je Tai fait, je dois ettirer attention du Paradoxe, tandis qu'il essaie de m’empécher de briser Ja réalité locale. Nous acceptons le Paradoxe en nous rémes, au fond de nos ames. Il est la... eomme un cobra pr€t 8 frapper. A moins de s’en occuper, il peut constituer notre arét de mort. et pize.” Wo passa sa main le long de Ta vite, “Un jour je ddevrai manier chacun de ces serpents de la fagon qui iu convient, Tant que ce récipiont tient bon, je peux les retenit Des chiques sans provision. —Pardon 7 = Vous tre des chéques spirituels sans provisio Vous achetez Ie silence du collecteur d'impéts cos- mique jusqu’a ce que vote crédit soit dépassé et qu'on porte plainte contre vqus au tribunal.” Wo sourit. "En quéique sore, oui. Mais jai un plan pour ma petite famille de serpents gris. Crois-moi. ai mon plan, — C'est merveilleux, le pouvoir, non 7” Wo plissa les paupiézes et considéra Raphaé) d'un regard dur, “Tu ne me comprends toujours pas, n’est-ce pas ?” Bll se pinga. “Je n'ai rien Pune déesse, Je sui rortelle, Je suis un étre humain, Tu Fes, toi aussi. Pourtant, ily 2 des... choses autour de novs. Ce pou- ‘oir if n'est pas la poar nous servir. C'est nous qui le servons.” Raph se raidit, “Ob, oui, je comprends les res- ponsabilités qui vont avec. Pespére un jour accepter autorité et les responsabilités que ce pouvoir m'impo- sera, — Tune comprends pas les devoirs qui "accompa _gnent, Etant ce que nous sommes, nous devons préser- Yer du mal nos amis humains. 1! y a des horrcurs 1a dichors, des erature terifiantes qui aimeraient faire de la Tere leur foyer: Ilya des étres qui voudraient voir Ja ealité se dissoudre. Etil y a ceux qui prétéreraient la voir se muer en un mondé de coutoirs en acier aussi parfaitement ordonné qu’oppressant. Quant & moi, je poursuis Péquilibre. C'est le seul moyen de réaliser notre reve. — Quel réve, sensei ? — Le réve de I’ Ascension. Nous cherchons & guider Phomanité vers le lieu supérieur. Nous sommes tous les. enfants des Magnifiques, Raphaal Nos mythes et nos légendles sont vrais et possédent une forme parce que nous y eroyons. La magye est le droit que nous aequé- rons en naissant, et peut signifier notre chute ou notre salu, Je compte bien voir Phumanité tirée de la fange ct placée sur le chemin de PAscension. Je crois qu'il reste un espoir, autrement j'aurais quité ce royaume, depuis longtemps. —Ily ad’autres mondes ? — Des mondes &l’intérieur de mondes, bien sOr. Bt nous en visiterons certains. Le monde spirituel obscur qui entoure celui-ci et que nous appelons I" Umbra, est ‘un moyen datteindre un bon nombre de royaumes Jointains. Nous pouvons marcher dans I'Umbra pour gagner le sitge de mon antique Fondation. ot ma caba- Jetaccueillera... tout de suite, situ...” ‘Avant que Wo ait pu terminer sa phrase, un des ser- pents enfermés dans Paquarium attra son attention. IL ‘grandissait sans cesse, et avait fini par consommer tous ses fréres. Des ailes se déploytrent sur son dos, et il randit. Le couvercle de Maquarium cragua, puis explo~ sa. Wo s'efforga dinvoquer son pouvoir, mais le Paradoxe Paspiraittelle une énorme sangsve. Le serpent ailé prit alors la parole d'une voix élec tronique parasitée qui se réverbéra dans toute Ia pice. “Longtemps nous (avons traquée, Wo. Nous t'avons enfin trouvée. La Volonté du réel sera accomplie.” Le serpent se tourna vers Raphaél, “Merci, mortel. Tu as bien servi nos buts ! ‘Ton incrédulité nous a permis de découvrir sa cachette ! —Non ! s’écria Wo. Je dois poursuivre mon ceuvte. —Ton heure est venue, et le Paradoxe réclame ton ame.” Wo pivota et dévisagea Raphatl. “Tu viendras me chercher.” Les anneaux du grand serpent se lovérent autour d’elle pour la soulever de terre, Elle tendit la main et louvrit. Une goutte de lumigre tomba et forma tun décaédre en sécrasant au sol. La réalité s’aplanit dans une implosion silencieuse, Wo et le serpent s*effactrent, “Sensei ?” Raphaél sentit son coeur se serrer alors qu'il s'avisait que la défaite de Wo état de sa faute. Il Ini devait une dette de sang. “Sensei 7" répéta-til en regardant tout autour de lu. ‘ordinateur posé sur le bureau émit un bourdonne- ment et un vif éclat blanc brilla espace d'une seconde sor P’éeran du moniteus, remplacée par le visage d'un homme a la peau brane nanti d'un casque & écouteurs et d’une lentille justée sur eel, “Salut,” dit Phomme, dune voix qui grésilla dans le havt-parleur de Punité centrale. “OD est Wo ?” Raphaél le contemplait avec inerédulité. “Qui étes- vous ? — Dante. Tu sais, Enfer. Od est la Dragonne ? — Dispante. Le Paradoxe I’a emmenée. — Quoi ?” Dante prit un air soucieux et ses yeux se mirent & luire. Puis il reporta son regard sur Raphsél “Bile n'est pas dans te coin, Raphaél. Tu prends quelques trucs et tu te tires de Id vite fait. Big Brother va s'accrocher & tes basques dés quils se rendront compte que t’étais son apprent. — Quels trues ? Qui c'est, Big Brother ? — Minute, minute. Une question & ta fois. Voyons voir... du matériel, Je sais pas. Trace un V et lance un sousprogramme de recherche. Non, je veux dire: utilise ta Correspondance et trouve les objets les plus impor- tants que Wo garde & portée de la main. — Comment ? Wo a bien dit que j'étais fort en Comespondance, mais je ne sais pas pratiquer la magye !” Dante secoua Ia téte “Je peux pas occuper Ia ligne plus longtemps. Il faut que je protége le coin et que JPémette des interiétences pour nos eopains technos. Crest des guetteurs paranofaques de premiére. Is se donnent le joli nom de Nouvel Ordre Mondial. Tu le crois, ca? Hum, Wo aurait dd éveiller. Regarde autour de toi, Elle ta rien laissé 2” Raphaél considéra le décaédre rougeoyant. “Sion peut dire. — Super. Jette un ceil dessus. Je reviens.” Léeran langa un nouvel éclai, puis 8 éeignit. Le décattre ruta tandis que Raphael s'approchait, Terma les yeux et tendit la main afin de le toucher. ‘Alors, il sentit son corps tout entier se transcender. Son esprit semblait en feu et il vit en pensée la silhouette serpentiforme d'un dragon s'élever, se tordre, se lover autour de lui, Ce dragon-ci état ditférent: les ailes de jade vert de celui qui avait attaqueé manguaient et ses écailles éizient noires comme te goudron. Ses yeux angen luisaient et il Venserrait de ses anneaux. I sentit le pouvoir lenvahir ; 1a Quintessence & état brut parut empl. Soudain il vit le monde tel quiil était, il vit le potentiel de réalité dans toute Ia pigce, Brandissant le décaédre, il éprouva la sensation de s’€vciller d'un long sommeil, de distinguer enfin ce 4qui lui Echappait depuis toujours. La force que recelait le décaédre Ini donnait enfin le moyen daccéder aux réponses qu'il souhaitat. Se projetant en esprit, il congut le désir de se voir indiguer une direction, concentra son pouvoir et le rel@- cha, Son désir prit forme dans les trois dimensions. Ce qu'il cherehait se situait plus haut... TL ouva lescalier 18 ob il Pattendait — il le voyait en pensée, comme s'il se tenait déj® sur ses marches. Alors il les gravit, pour aboutir dans un grenier rempli @ objets glanés tout au long d'une vie dévouée & Tex ploration, caphamatim d'antiquités, de curiosités et de reliques. Dans Mobscurté, il y avait une épée acerochée at mur. IL s‘apergut aussitt qu'il segissait d'une arme ‘ux pouvoirs immenses, febriquée par un armurier au fait des secrets du Japon ancien en la matidre. Le motif du tempage, évoquant des rides sur I'eau, ne trompait pas, et Ia sculpture compliquée omant la garde sortait tout droit des mythes et des légendes : ce dragon noir lové, aux yeux d'argent, rappelait ce qu'il avait vu lors de son Eveil, quelques instants plus tt. Liépée, dotée d'une lame courbe, était un katana, IL inspira d fond et tendit la main en sachant que cette arme lui était destinge, qu'elle lui serait nécessaire, ‘qu'elle lui serait vitale, Lorsqu’il la saist, elle ui parut vivante dans sa poigne, et non pas morte comme autre. La voix de Wo séleva dans la gemme. “Lignes qui ccoupent, coupure qui brise, limite qui forme, tout cela est Ie Do de la Correspondance. Tout est ii, et maintenant. Trouve ta voie, Traverse l'espace. Coupe au travers di 2. Comment pouvez-vous me parler ? sccueille une partie de mon — Estee que je saurai utiliser Fe pouvoir de ta Correspondance ? —Tu as def fait. Mais le temps manque, La puis- sance de ce cristal décroft. Dépéche-toi {" Raphaél regarda plus avant, et vit une amulette por- tant le symbole du sablicr du Temps. “Ce Talisman tai- era, dit la voix. Prends-le.” Il apergut ensuite une écharpe en soie, ancienne, brodée de caracttéres mystiques. La voix de Wo, cha- Teureuse et féline, retentit encore dans la gemme. “Les Forces. Les forces brutes et violentes sont nos outils et nos alliées, Prend I"Echarpe, c'est un vieux cadeau d'un guerre Portant l'écharpe, Pamulette et lépée, Rapheél retouma & I'étage inférieur. “Le Pouvoir du eristal est presque dissipé. Tu dois fuir ! Reste sur tes garces, Raphaél. Sois prudent ! aéreport, prends le pre- ier avion pour San Francisco. Dans les ars, ma caba- Je pourra te protéger. Adieu, mon nouveau fils... Je vais essayer de le conférer le plus de sagesse possible avec Ie peu de pouvoir qu'il reste.” Le décaédre s'as- sombrit aussit6t. Raphaél sentit alors la conn déverser en lui: il ferma les yeux et s'avisa pleinement de la nature de fa réalité qui ’environnait : comment la voir et comprendre ce qu'elle pouvait etre. Cette fois-ci, il trouva Ia sortie et s'y améta pour nouer |'éharpe autour de sa ceinture et pendre Pamu- Jette & son cou, L’épée se nicha dans le fourreau, coustt sur la doublure de son pardessus, qui avait dissimulé son ancienne Jame. L'impression q’étre surveillé te reptit. 1 scruta la rue sur toute sa longueur. Rien, Un véhi- cule toumait fe coin, une camionnette noire, mais elle disparut, Raphaél parcourut les environs d’un pas tran- guille en observant les alentours. Dans le noir, au fond d'une elle, des yeux jaunes tuisaient, It's'aréta, constata qu’il ne s’agissait que d’un vieux chat de gout tigre, et reprit sa marche, L’animal le frdla en s‘éloi- gnant. I poursuivit sa route en relevant le col de son par- dessus, I longea un grand magzisin dont la vitrine mon- trait des téléviseurs. Du coin de lee, il vit un des postes décrocher d ne, Puis le suivant. Et le sui- vant, un, deux, trois, & mesure qu’il passait devant, Enfin, il arriva prés du quatridme et demir, qui déero- La vitrine assombrie constiwuait un décor tout revint & la normale. Les téléviseurs passaicnt Manhattan News, le journal du soir. “su. sans transition, décés du président de Wyck Industries. Thomas Willis, un boursier influent de New York, a trouvé la mort aujoure? hui dans le Bronx, suite a des coups de feu tirés dune voiture. M. Wi une femme et...” L’expression du présentateur Ialerta — l'homme paraissat le suivre des yeux. ‘Quand leurs regards se croistrent, le présentateur ‘eut Pair de ciller, comme si fa lucur subite de I’écran le génait aussi, La peur envahit Raphaél, qui détala, Sur son passa- ge, les lampadaires, débranchés depuis longtemps par mesure d’économie, s'allumaient un par un, Leurs pi ceaux Iumineux Je clouaient sur le trottoir. Chaque Jampe au sodium revenait & la vie quand il se trouvait juste en dessous, Il s’arréta, Que se passait-il ? Le sur- veillait-on vraiment ? Il devait atteindre Paéroport au plus vite. I n’avait aucun moyen de savoir comment ils le pistaient, ni qui “ils” étaient. S'il s'agissait des ‘Technomanciens dont Wo lui avait parlé, il parcourait leur domaine, leur réalité, ici, en ville. Tl claqua des doigts. Pourvu qu'il trouve un taxi! Un véhicule jaune de la compagnie Yellow Cab vira sec A Vangle de la rue pour se garer devant lui. “OD's’ que vous allez, m’sieur ?” demanda le chauffeur, Raphaél ouvrit la portiére et monta sans attendre. “Agroport de La Guardia, Vite.” “Tandis que le taxi démarrait, Raphael jeta un coup eel sur le réiroviseur. Soudain, les poriitres se ver- rouillésent comme de leur propre volonté. Le chauffeur parut surpris de voir sa voiture prendre de la vitesse et ‘menceuvvrer toute seule dans la circulation, puis ses pau- piéres se mient & papilloter alors qu'une furnée bleue sortait du climatiseur. Raphaél n’hésita pas longtemps avant de se décider a sortt. Baissant sa vitr, il projeta son sae sur le toit da véhicule et s'y acerocha tout en se hissant. It sentit la vitre remonter, se refermer sur ses jambes. I! bascula & Ja renverse pour quitter la voiture Janeége dans les rues A toute allure. Tandis qu'il s*élevait dans Jes airs, il seatit les Forces onduler en lui et ignoter la gravité pendant la seconde nécessaite la réussite de son impossible bond. Poursuivant sa course en cahotant, Ie taxi décrivit tun demi-tour sur les chapeaux de roues, son conducteut ceffondré sur le volant, Raphaéll s’exhorta au calme. La situation évoquait un combat avec un adversaire plus fort ou plus habile. L'idéal, c'est danticiper, se forg ii A penser. I attendit. La voiture avalait la distance, Pépinglait de ses phares, Paveuglait. Il attendait tou- Jours, Dans les secondes qui suivirent, alors qu'elle amivait sur lui, son comps effectua un autre bond par réflexe. II pirouetta dans les airs, de plus en plus haut, Le taxi dérapa et s'écrasa contre une. cabine télé phonique. Un arc électrique partit de la cabinet s’abat- tit prés de Raphatl... une espce de Pouvoir a ceuvre, semblaiti. Le chauffeur, qui avait survécu par miracle A Paccident, s’extrayait de Phabitacle froissé. Raphaél dévala une muelle, espérant sans ¥ croire trouver une issue. Ses sens lui suggéraient trois direc- tions possibles, mais a plus sOre se situait au-dessus de lui, Ilescalada une échelle de secours en s’assurant que son katana était toujours au fourreau, Le chauffeur de taxi le suivait, les yeux Iuisant d’un éclat verdatre, En passant, le conducteur effleura un ivrogne évanoui sur le trottoir. Le clochard se leva, le regard émerande, Raphaél traversa le tot sur lequel il était parvenu, franchit une ruclle d'un saut, et leva les yeux vers un panneau électronique qui affichait sans cesse le méme message. “HEURE : 22 :03, TEMPERATURE : 28°. RAPHAEL, TU FERAIS MIEUX DE LAISSER ‘TOMBER. JOINS-TOI A NOUS. NOUS GOUVER- NERONS LE MONDE A JAMAIS. NOUS CONTROLONS DEJA TON ESPRIT, TES PENSEES. TOUTE RESISTANCE EST INUTILE. RENDS-TOI, TU AURAS LA VIE SAUVE.” Raphaél se mit tellement en colére qu’il projeta sa rage, Soudain, les ampoules de Penseigne explosérent Tune aprés Maulre. “D°accord, d8s que j'ai age de la retraite, je vous appelle, les mecs. Cet instant de distraction failit lui cotter cher. En se setoumant, il vit un vigile, un clochard, un loubard, le chauffeur et 'ivrogne traverser autre tot aprés avoir cemprunté le méme acts. Leurs yeux brillaient de cet éelat verdatre. Le vigile le mit en joue et tira. Raphael se jeta A plat ventre et roula sur le edie HHurlant de rage, Te Toubard bondit par-dessus la ruclle ct se mua sur lui, Tirant son épée du fourreau, Raphaél recula. Le loubard plongea en brandissant une Jame et tenta de le poignarder tne fois, deux fois, ois fois. Les autres se rapprochaient. Raphael comprit qu'il allait devoir prendre une décision : ter cet homme et survivre, ou hésiter et perdre la vie, ‘D'un geste gracieux, i! porta un coup. I ne lui fallut pas beaucoup dhabileté pour couper la téte du loubard. Un véritable geyser de sang jaillit, éclaboussant son pardessus. Il sentit la bile loi monter & la gorge — jamais, au cours de sa longue pratique des arts mar- tia, il n’avait tué ni méme blessé qui que ce soit. Les auttes se rapprochaient toujours. Le vigile tra de nouveau, et la balle ricocha par miracle sur Tamu- lette que Raphaél portait au cou. Empoignant échelle de secours qui se trouvait 1, Raphaél se laissa glisser Jjusqu’au sol, puis il rejoignit la rue principale en cou- rant et essaya d’ouvrir la premitre voiture garée qui se présenta, Par une étrange coincidence, la ponitre n'était pas verrouillée. Il n’avait pas la clé, mais il savait se débrouiller avec les fils de contact. I démarra et s'éloigna, La radio s’alluma d’elle-méme. “Et main: tenant, quatre heures de programme contins pour mou- siren musique,” bralla Panimateut. Raphael le réduisit, au silence. Une camionnette noire apparut dans le rétroviseur alors que ses phares illuminaient Phabitacle par 1a lunette arritre. Son pare-brise était noir, lui aussi. La voiture que Raphadl avait volée n’état pas assez puis- sante pour Ia distancer, Devant Iu, il vite feu passer an rouge et un flot de voitures sengager dans le carrefour en Tui barrant fa route, “NON 1” hurla-til alors que Ia camionnette percu- tait son pare-choes. [i referma Ja main sur son amulet- te. Ce prétendu Talisman Pavait d6j2 aidé, peut-éure te pouvait-il encore, La circulation sembla ralentir espa ce d'un instant, le temps pour Raphaél de franchir le carrefout. “Merde,” Hicha-til en constatant que la camionnet- te avait elle aussi profité de ce répit. Il se mit &transpi- rer, In’atteindrait jamais 'a6roport s'il artivait pas & prendre Ie contrOte de la situation, Fermant les youx, desscrrant son emprise sur le volant, i médita, La voiture poursuivait sa route ‘comme sur pilote automatique et négociait chaque vira- ‘ge en douceur, Faisant appel & toutes les ressources de sa volonté, Raphaél puisa dans sa Quintessence pour projeter derritre lui un explosion de Forces. Une boule chatoyante d’électricité pure alla frapper le radiateur de Ja camionnette, Durant quelques secondes, le moteur se ‘mit & fumer, puis le véhicule entier explosa. ‘Au méme moment Raphaél sentit un frisson glacial s'insinuer en lu. 1 sentt son étre étirer Tes coutures de sa chair mortelle, comme si son ame cherchait & s'échapper. It comprit qu'il devait s'agir du Paradoxe — Ie prix & payer pour la magye. Le froid s'étendit & tout son corps, puis diminua, sans cependant dispa- rafte, Des fragments de métal embrasé pleuvaient encore sur la chaussée loin derritre lui alors qu’il empruntait engin la bretelle de sorte de La Guardia. Lraéroport lui parut sombre et cavemeux, rempli dendroits od les Technomanciens pouvaient le déni- cher, mais il se fraya un chemin vers un goichet et ache- ta son billet. En prenant la direction de sa porte, il Temarqua un téléviseur & pices qui s’allumait ; Ia neige Jaissa aussitOt la place & un flash d"informations, “Par ailleurs, tu ferais mieux de ne pas essayer de partir, Raphaél. Od que tu ailles, nous te retronverons. Tu es fou situ erois pouvoir vivre sans nous. Tu auras 6 pré- venu, Et maintenant, le bulletin météo de Beth Jordan...” Raphaél courut vers sa porte alors que les haut-par- Jeurs annongaient : “Vol 102, & destination de San Francisco, embarquement immédiat.” 11 consulta sa monire. Elle s'illumina, et un petit visage digital se matérialisa sur l'écran & cristaux liquides. “Dante 2” chuchota Raphael, Le visage se brouilla, Des mots se mirent & défiler. “BONNE CHANCE, RAPH. JE VEILLE SUR TOL FAIS GAFFE. CES ‘TYPES.LA NE PLAISANTENT PAS.” Les haut-parleurs crachot@rent de nouveau. “On demande M. Raphaél Rodriguez, M. Raphaél Rodriguez est demandé au téléphone...” Il ne se lnissa pas prendre au pidge et courut vers le portique électro- nique. BIMP ! Le détecteur de métaux avait réagi. “Voulez- vous vider vos poches, monsieur, je vous prie 7” demanda le garde. En scrutant son esprit, Raphael constata que I*homme n’état qu’un simple employé de Ja sécurité, qui accomplissait sa tach. “Votre machine doit avoir un probléme, — Bien str, mon pote. Comme d’habitude, Otez, votre manteau, je vous prie.” Le garde avaitil remar- qué les traces de sang ? Raphaél retira son manteau qui contenait tovjours ‘son 6p6o, et Ie posa sur Ie tapis roufant, Il allait devoir. risquer le Paradoxe une fois de plus, Tout en se concen- ‘rant sur la Sphére des Forces, il espéra quril réussirait ‘a masquer Ia présence du katana. Le garde qui sur- veillait Ia machine détournait le regard ; 1a magye était peut-etre meme pas nécessaire. Dune maniére ‘ou d'une autre, nul ne détecta Pépée, et il put franchir le portique en toute quiétude, Puis il enfila le couloir qui menait a sa porte, 1 parvint devant le steward, lui tendit son billet “Navré, monsieur. Vous devez aller & accueil pour prendre votre carte d’embarquement.” De retour dans le hall, Raphaél se présenta & 1"hO- tesse d’accuell, “Je dois me procurer ma carte d'em- bbarquement,” dit, frustré, en tendant son billet, La femme entra quelques chiffres dans son ordinateur. “Je suis navrée, monsicur, mais votre billet a été ‘annulé, Je ne peux pas vous délivrer de carte d’embar- ‘quement avec un billet annul, — Impossible ! Re-vérifiez... il'y a peut-Bire une erreur de numéro ? — Non, monsieur. Le numéro est bon, mais e billet été annulé.” 11 se sentit envabi par un sentiment de Aéfaite et consulta sa montre, Plus que deux minutes avant le départ. Lécran digital s‘ilfumina, Des mots défitaient “ESSATE ENCORE, AMIGO.” “Vous pouvez vérifier une demise fois? Je vous en prie, Ces ts important” La jeune feinme souit, “Entenda, Une demitre fois. — Muchos gracias.” Le haut-parleur annonga soudain : “Dernier appel pour le Vol 102.” Raphaél porta son regard vers le pan- neat électronique des Déparis et Arrivées. Liespace d'une seconde, une des lignes afficha : “TUNE TEN TIRERAS PAS COMME GA.” “Oh, je suis désolée, monsieur. Apparemment, le naméro était eroné. Votre billet est valable. Voici votre carte, Vous feriez micux de vous presser.” Raphaél dévala la rampe d’embarquement. En entrant dans Pavion, il pergut une modification de son environnement. IL quittait le domaine de ses poursui- vant. Alors que l'avion rejoignait Ia piste, les yeux de Raphaél se postrent sur ie portable du passager voisin. Liutilisateur s*était endormi. Le visage de Dante appa- rut sur I"Gcran ultra-plat, et laissa la place & des mots. “BONNE CHANCE, FISTON. JE TALDEGAGE LA ROUTE JUSQU’A SAN FRANCISCO. TU Y REN- CONTRERAS LE MAITRE DE WO. VEN FAIS PAS, ON VA TOUT T’ APPRENDRE. BON VOL.” Raphadl sourit, “Merci, Dante,” murmura-til “DE RIEN.” S Polar Sn oor cr crete r creates} Soe a cote cere es) Roar tarse ce ee ee ete res eerie des nababs vieilissans conduisent des perruchescriardes, ‘Une horloge rehaussée de pierreries, ‘Meme la danse est une machine, & présent. Sanders ne lui a rien‘dit de sa cible, mais elle devine que irée seta facile. Chaque geste, chaque posture trahit le CSU Centre cect ests See vent taille. Bient, elle le sait, il va 'emmener, labile, Mais cette-enfant a un ceeur de Uglies CRB ea ates DC Wc eens ec aM parfait, cl Suns ie i Pcs eee : Teel ear eieicy ees Ses nonn veil est tout proche.” Blle est mon élu CHAPITRE UN : INTRODUCTION Mon sentiment, c'est qu'il jaudra s'y prendre ainsi pour changer le monde + des individus décideront de la Qualité, et voila tout. — Robert M. Pirsig, Traité du Zen et de l'entrerien des moiacyclettes Ce que vous tenez entre les mains est un jeu din- vention, Mais, bien que Mage soit un jeu, il s’agit plut6t de conter une histoire que de gagner. Les pré= misses peuvent sembler confus si le jeu de roles vous est encore inconnu mais, une fois les concepts de base assimilés, Ie tout, loin de dérouter, paratira méme étrangement familie. En compagnie de quelques amis, vous vous racontez. des histoires, tout en explorant un monde de rénébres, de muelles obscures et de royaumes loin- tains. Ces récits émergent des noises profondeurs de votre esprit, mais tendent vers la lumidre. Au casur de ‘ces contes, il y a les mages — des hommes et des femmes dotés (ou affligés) de l'art de la magye. ‘Tout cela vous implique davantage qu’un film ou une pidce de théétre. Bt les contes de fée que vous ‘entendiez. étant enfant paraissent bien pales en com- paraison. Car vous étes acteur, et non spectateur. ‘Vous participez a la création, et Iissue reste toujours incertaine. ‘Mage dépeint la tragédie d’un monde qui a mal toumé, d'un monde od Pespoir s'est dilué sous le regne du chaos et du sordide, d’un monde od Ia sagesse se perd et od [a soif de mensonges grandit sans cesse, La tragédie d'une culture décidée & se détruire. Cet amer tableau est Vhéritage des ‘Technomanciens, les maitres secrets du monde modeme, Bien que ces mages se prétendent purs dans leurs intentions, seules la mégalomanie et avi dité Jes motivent. Le combat pour sauver la Terre, et Ta magye, de leurs chaines invisibles vous contrain- dra a affronter et a surmonter ces penchants chez es autres, mais aussi en vous-méme. L’Art du Conteur Le défaut ultime de cet age, c’est Vabsence de heros. — Sho Fumimura, Sanctuary Uy a bien longtemps, avant la télévi- sion, la radio et les livres, les gens se réunissaient pour se raconter des his- toires : récits de chasse, légendes, commérages. On les narrait & haute voix, comme le voulait la tradition orale du conte. Cette tradition s’est per- due. ‘On ne se réunit plus pour élaborer des histoires ; on y assiste. Nous attendons d’étre empor- tés dans le monde qu’elles décrivent. Esclaves du poste de télévision, nous laissons une oligarchie «'artistes nous décrite notre propre culture. Pourtant, l'alternative existe, L’art individuel du conte reprend sa juste place. C’est tout l'objet de ce jew : non plus subir I’histoire, mais I’inventer. Mage souhaite rendre au conte sa fonetion, et aux mythes anciens la part importante qu’ils ont dans Pexistence. ee eos “ | i j t i Le conte, qui explique victoires et défaites, est un util du savoir. Le regard nouveau qu'il améne poser sur la culture, sur la famille, sur soi-méme, ouvre d'autres perspectives. Il distrait car il dévoile, et il passionne car il révele. Tl joue un r6le trop primordial pour étre accidentel. Une telle obses- sion pour les histoires a sa raison d’étre, sans aucun doute. Jouer un réle Mage est un jeu od on raconte des histoires, mais ‘on les joue aussi, en interprétant les personnages principaux. Cela ressemble au théatre, sauf que c'est vous qui imaginez les répliques. Pour comprendre le jeu de roles, il suffit de se remémorer son enfance et ces aprés-midi mer- veilleux qu'on passait & jouer aux gendarmes et aux voleurs, aux cow-boys et aux indiens, a se déguiser. Tl s’agissait de jeu de réles, une comédie naturelle et spontanée qui captivait Pimagination en aidant & ‘comprendre la vie et & appréhender I’dge adulte. Que cela ait beaucoup compié dans votre enfance ne signifie en rien qu'il faille y renoncer une fois celle~ ci terminée, Dans Mage, quelques regles vous aideront. Elles permettent surtout d’éviter les conflits — “Pan | T’es mort !” “Non, c'est pas vrai ! — et d’ajouter au réa- lisme de Vhistoire. Les régles, ident la pro- gression de intrigue, aident & définir aptitudes et carences des personnages. Les principales figurent au Chapitre Quatre. ‘Mage accepte autant de participants que vous le désirez, mais un jeu de rOles se passe mieux s'il se limite & six joueurs. Il perd le plus clair de son mys- tdxe et de sa saveur quand les joucurs rivalisent pour attirer l’attention, Le Conteur ‘Mage est structuré différemment des jeux que vous connaissez. D'abord, il ne comporte ni cartes, ni pla- teau de jeu. Ensuite, un joueut doit étre le Conteur — Ta personne qui erée et met en scéne les histoires. Btre Je Conteur, c'est étre le Banquier du Monopoly™ avec une fonction plus importante, Le Conteur décrit ce qui arrive aux personnages selon ce {que les joueurs disent et font. Il détermine si les per- ssonnages réussissent ou échouent, soutffrent ou pros- pérent, vivent ou meurent, L'art de conter est une tiche exigeante, mais aussi gratifiante, car le Conteur est un tisseur de légendes. Le premier devoir du Conteur, c'est de s'assurer que les joueurs s’amusent. Pour cela, il doit mener un bon récit, A la différence des conteurs traditionnels, toutefois, Je Conteur ne se contente pas de raconter Mhistoie 5 la cxée en jouant le le des personnages principaux. Dans Mage, il convient de maintenir l’équilibre centre la narration et la décision, le récit et le jeu. Le Conteur doit parfois installer la scéne, décrire ce qui svest passé (pendant le sommeil des personnages- Jjoueurs, par exemple), mais le plus souvent il déter- ‘mine ce qui se produit selon les paroles et les actes des personages — avec le plus de réalisme, d’im- partialité et de créativité possible. En tant que Conteur, vous devez, interpréter ct appliquer les régles, mais aussi divertir — il vous faudra vous efforcer d’équilibrer ces deux fonctions. Le plus clair de ce livre est 8 pour vous y aider. Il ne ‘ous facilitera pas la tche, car elle ne sera jamais, facile, mais il vous permettra de vous y parfaire. Le r6le du Conteur est examiné plus en détail au Chapitre Trois. Les joueurs La plupart de ceux qui joueront & ce jew ne seront pas des Conteurs, mais des joueurs qui prennent Ie role des personnages centraux du récit, Btre joueur ne com- porte pas autant de responsabilité qu’étre Conteur, mais requiert autant d’efforts et de concentration. ‘Comme joueur d’une chronique de Mage, vous incamez la personnalité ct le réle d’un mage (ou d'un. sorcier, d'une sorciére, d’un chaman, etc.) que vous inventez et que vous interprétez tout au long d'un scénario. Sa vie est entre vos mains, car vous décidez de ce qu'il dit et de ce qu’il fait. Vous choisissez, les risques & prendre ou A éviter Tout ce que vous dites ot faites lorsque vous Pinterprétez.aune influence sur le monde, Le fait que votre personnage soit un mage est d’ailleurs crucial en cela. Vous devez étre a la fois acteur et joueur. En tant qu’acteur, vous parlez pour votre personnage en exprimant tout ce que vous lui voulez voir dire et faire. Quoi que vous disie, votre personnage le dit, A moins que vous posiez une question spécifique au Conteur ou que vous deriviez vos actions. En annon- ‘gant et en expliquant vos actions aux autres joueurs, vous prenez. part au scénario, donc & histoire, En tant que joueur, vous tachez. d'accomplir des actions permettant & votre personage de réussis, afin de “gagner.” Cet élément stratégique du jeu est cru- cial, car il génére le suspense et excitation d'un épi- sode dramatique. ‘Apres avoir décrit les actions que “vous” voulez centreprendre, il vous faudra souvent lancer des dés pour voir si votre mage rénssit ce que vous avez explicité. Ses ‘Traits, les descriptions de ses forces et de ses faiblesses, indiquent ta manidre dont il peut se comporter. Les actions sont les constituants essentiels de Mage, car ils. décrivent les biais dont disposent les personages pour changer le monde et influer sur le cours de I’histoire. Les personages sont au coeur du scénario en alté- rant et en dirigeant "intrigue ; sans eux, histoire n’existe pas, A mesure qu’elle se déroule, ce sont les. personages, et non les décisions du Conteur, qui ‘guident et soutiennent le récit. Dans une certaine mesure, vous @tes autant Conteur que joueur. Vous devriez, vous permettre de proposer des idées et des éléments afin de nourrir le scénario, méme si le Conteur ne les accepte que s'il les juge adaptés. En fin de compte, c'est le scénatio, et non pas votre personage, qui prime. Le personna- ge est Poutil du récit, Les personnages De nombreux éléments constituent ce que nous considérons comme notre “moi” : trop nombreux, en fait, pour se pouvoir séparer ou identifier. En vérité, nous ignorons qui, ou quoi, nous sommes. Nous arborons de multiples masques. C’est de cette diver- sité du moi que provient notre désir et notre aptitude a faire semblant d°étre un autre. Un personnage est Ia version littéraire d'une per- sonne réelle — sans étre réel, il comprend certains aspects de la réalité, Un personnage ne peut tre com- plet que dans le monde du scénario, de l'histoire. I n’est vrai qu’au moment od vous !’animez ; od vous: lui donnez une ame, en somme, Ne le considérez jamais comme une projection (mame si c*est toujours le cas). Traitez-le en individu unique, en ceuvre dart, ou en expression fugace de votre sensibilité pottique. Yous devez chérir le personnage que vous créez. Créer un personage de Mage est une tache aisée, Ti ne faut guére plus dune demi-heure pour choisir tous les Traits qui le dépeignent. Il faut beaucoup plus de tomps et d’efforts pour transmuer cet ensemble de chiffres en étre de chair ct de sang. Vous devez, cher- cher au plus profond de vous-méme pour produire un personnage juste. Le monstre de Frankenstein a été facile & batir avec des organes disparates. C'est I celle de vie qui a posé des problémes. La création du personnage est étudiée en détail au Chapitre Six Les cabales Les seénarios de Mage supposent en général que tous les personnages sont alliés et forment un groupe tis uni. Cela ne signifie en rien qu’ils s'entendront toujours & la perfection, mais qu’ils fendent & parta- ger les mémes buts et les mémes motivations. De tels groupes ne sont pas rares ; d'aillewrs, ils constituent les unités familiales les plus répandues dans la socié- t6 mage. On applique le terme de “cabale” chacun de ces groupes, que ce soit Ia relation avec une Fondation ou une Tradition, un lien d’amitié ou toute autre raison qui en assure la cohésion, Lobjectif de presque toutes les cabales est de trouver une Fondation, liew mystique od les mages peuvent exeroer leur magye plus librement. Une Fondation, c’est un endroit ob les mages ont la possibilité de se rencontrer, de fonder des biblio- théques de savoir, et de conduire des recherches et des. expériences magyques. Mais, avant tout, la Fondation offre un refuge contre les dangers du monde, instinct de conservation joue un role primordial dans la formation dune cabale, De nombreux maux guettent les mages dans ce monde de ténébres. Outre Tes Technomanciens impitoyables, ils doivent vainere les Maraudeurs fous, les démons rusés et les esprits insondables du Paradoxe. Parfois, ils doivent ‘méme disputer leurs semblables le droit dutiliser des ressources magyques en voie de disparition. La survie des mages dépend de I'unité absolue au sein de la cabale, Gagnants et perdants Un jeu fini se joue dans le but de gagner, un jeu infini dans le but de continuer d jouer. — James P, Carse, Finite and Infinite Games Tn’y a pas de “gagnant” & proprement parler dans Mage car Pobjectif n’est pas de battre les autres joueurs. Pour “gagner”, il vous faut coopérer avec eux. Comme il stagit @histoires, mul ne ‘peut prétendre remporter la victoire, En fait, il est trés probable de perdre & ‘Mage, car Ia tiche qui vous attend est presque insurmontable. Depais des mil- Knaires, les mages dévouent leurs efforts & ’Ascension (illumination ultime que tous les mages cherchent & atteindre) qui, en outre, n'a jamais 16 aussi menacée que par Jes Technomanciens. L'idée, c'est de survivre le plus longtemps possible & Ia trag dic actuelle tout en se gardant au mieux des périls. La seule aune du succts, c’est la survie. Si toutefois le personage est mii par une motivation puissante, comme le désir de vengeance, la réussite en ce dom ne permet aussi de mesurer ce succes, De plus, les so6- narios ont des conclusions qui, soit profitent, soit nui- sent aux personages. S’ils découvrent qu'une scienti- figue de renom cache une Technomancienne partic pour asservir esprit des leaders locaux et qu’ils séus- sissent A contrecarrer son plan, ils “gagnent”, Sils ne ‘comprennent rien au complot (sans parler de réussir & Parséter), ils perdent, mais s'en rendront sans doute ‘compte bien trop tard. Pour obtenir une victoire, méme partielle, les per- sonnages doivent en général se lier d’amitié. Is doi- vent se protéger les uns les autres et avoir une confian- ce raisonnable les uns envers les autres. Le Monde des ‘Téndbres est trop dangereux pour qu'on se passe d'al- ligs fiables. Aides de jeu Mage a surtout été congu pour se jouer autour une table, Si le jeu ne demande pas de plateau, il ‘comprend un certain nombre daccessoires qui néces- sitent une table, II vous faudra des dés, des crayons, du papier et des photocopies des feuilles de personage. Les dés requis sont des dés & dix faces ; vous les trou- verez dans n’importe quel bon magasin de jeux. Le Conteur peut aussi souhaiter garder & portée de la main du papier pour esquisser un plan qui rendra ses des- ccriptions plus parlantes et divers accessoires pour mon- ter aux joueurs ce que voient leurs personages (pho- tos, allumettes, foulards — tout ce qui permet d°ajou- ter au réalisme de l’expérience), Le Semi-Réel Le jeu de réles en Semi-Réel peut se révéler la manigre la plus dynamique et amusante de jouer ‘Mage. II s’apparente & l'improvisation théatrale, Les acteurs (les joueurs) interprétent les scenes créées et, amenées par le Conteur. Le récit devient bien plas intense et facile & appréhender. Dans un jeu de r6les, les joueurs décrivent ce que font et disent leurs personnages, mais, durant un ‘Semi-Réel, ils font ce que leurs personages font, et disent ce que leurs personnages disent (du moins dans certaines limites). Is peuvent se lever, marcher, brandir une lettre, serrer ia main de quelqu’un, ou courit vers la fenétre pour voir ce qui se passe ‘dehors. Il faut bien sr toujours utiliser son imagina- tion, et le Conteur peut interrompre l'action pour écrire des objets et des situations spécifiques. (On n’emploie aucun dé pour un Semi-Réel (sur tout dans la gamme de produits éditée par White Wolf, Théatre de l’Esprit). La, tout se décide par les actes. Le Conteur prend seulement en compte les ‘Traits des personnages pour déterminer s'ils arrivent Av effectuer des actions de mécanique (comme forcer une serrure). Le Conteur doit aussi décider comment les personages qu’il joue réagissent devant ceux ‘qu’incarent les joueurs, Les régies Quelques régles de base permettent de s"assurer que le jeu de roles en Semi-Réel se déroule sans &- coups ni risques. I faut les suivre au pied de la lettre si vous choisissez. de jouer en Semi-Réel, La sécurité demeuire object premier. + Ne touchez pas : Un joueur ne doit jamais frap- per ou empoigner un autre membre de la troupe, ‘Auicun combat ne doit avoir lieu — dans ce cas pré- cis, c’est aux dés de décider. Le Semi-Réel implique le débat, et non Ia bataille, Si des joueurs ou des assistants du Conteur se montrent un peu trop rugueux dans leur interprétation, le Conteur doit exi- ger un temps mort et rappeler les regles & tout le monde. Il faudra exiger le départ des récidivistes ou le retour de action autour de la table et la résolution des conflits par les jets de dés. + Pas d’armes : On ne peut employer aucun accessoire qui doive entrer en contact avec un autre Joueur. On ne peut manier aucune arme. Seules sont acceptées les ermes & feu dont on peut constater qu'il s’agit de jouets ; néanmoins la régle du “Ne touchez pas” doit encore s'appliquer. + Jouez en intérieur : Jouer, chez vous, ou dans le coin tranguille ot Ie jeu se déroule d’ordinaire. Assurez-vous que tous les témoins de la scéne com- prennent bien ce qui se passe. Ne pratiquez, jamais le jen en Semi-Réel si des passants pouvaient douter ou seffrayer de Ia nature de Pévénement, + Sachez vous arréter : Quand le Conteur demande un temps mort, toute action doit cesser sur- le-champ. Méme pendant le Semi-Réel (et surtout pendant le Semi-Réel), sa parole fait force de loi, Le combat et la magye ‘Méme si le combat et les autres activités phy- siques ne doivent jamais intervenir pour de bon dans une session de Grandeur Nature, ils peuvent étre imi- és sans ralentir la progression de T'inttigue. La méthode en est présentée dans La Mascarade, le premier produit de la gamme Théditre de Esprit de White Wolf. Les joueurs qui incament des mages peuvent signaler Pusage de la magye dans une sc8ne de Grandeur Nature par une remarque désinvolte svivie dun geste de la main ou d'un claquement des doigts, Exemples : “Je me demande ce que vous pensez du projet.” (Lecture Mentale) ; “Il fait plutét sombre, ici Queiqu’un a éteint 1a lumitre 2” (Création de ‘Tenebres) ; “Pespere que le serveur ne va pas trébu- cher en apportant le verre de John,” (Contféle Mental ‘ou magye de Vie) ; efc. On peut en général se fier au Joueur pris pour cible pour juger si son personnage est bien affecté par la magye, mais parfois le Conteur doit britvement spécifier ies effets du sort. La signification de Mage Et de ce gouffre, avec un bouillonnant tumulte, Comme si, lourdement, la terre haletait, Par instants jaillissait, puissante, une fontaine ; Ex, dans Vexplosion du flot intermittent, D’énormes rocs sautaient, rebondissante gréle, Tel le grain sous les coups du fléau du batteur ; Ex, parmi incessant fracas des rocs dansants, Par instants jaillissait la riviere sacrée, — Samuel Taylor Coleridge, “Koubilat Khan” Les personnages de Mage n’ont rien des prestidi- gitateurs ou des pyrotechniciens que dépeignent des sources plus traditionnelles. Bien s0r, il pourra leur arriver de se conformer & ces modéles dans la vie ‘quotidienne — ils n’auraient rien d’agréable & jouer stils s'en abstenaient. Toutefois, les mages du systé- me de I’Art de Conter, et leurs pouvoirs magyques, incament des vérités supérieures. De telles vérités ne surgiront peut-étre jamais directement pendant le jeu mais elles sont néanmoins part intégrante du cadre. La croyance et les paradigmes Paradignnes et conceptions du monde changent du jour au lendemain. Les certitudes dhier sont les superstitions d’aujourd? hui — Sam Keen, Fire in the Belly Le prémisse sous-jacent & la magye, c’est que l’ime humaine, ou Avatar, autorise individu & exercer sa volonté pour altérer la réalité. Comme tout le monde posstde un fragment ¢’Avatar, chacun, méme un ormeur (un mortel qui ignore Ja magye), peut fagon- ner la réalité jusqu’a un certain degré. Tandis que le mage affect Ia réalité par un effort conscient, "homme ‘ordinaire affecte par une croyance inconsciente, La croyance d'un individu, ensemble de “vérités” par lequel il explique Pexistence, est son “paradigme”. Le consensus inconscient des eroyances répandues parmi les hommes (les “faits” auxquels croit l'bumanité dans son ensemble) est le paradigme qui erée la réalité — le ‘monde tel que nous l’entendons, Les mages, toutefois, vivent en dehors de cette conception du monde statique. En fait, leur volonté leur permet de temps & autre d'imposer leurs propres paradigmes & l'univers. C’est ainsi que la magye pent exister dans la réalité statique. La réalité statique Science is truth for life Watch religion jail obsolete Science will be truth for life. — 10.000 Maniacs, “Planned Obsolescence” Les idées, les matériaux ou les autres aspects de la s€alité (les chiens, la couleur rouge, le Contrat Social, la peur) peuvent chacun étre comparés & un grain de sable, Rassemblés, ils composent une plage immense. En pre- ‘nant une conception du monde pour vérité absolue, les ‘gens ramassent une poignée de sable, et ignorent le reste de Ia plage. On peut voir des grains glisser entre Tes doigts de Phumanité, et des gens en ramasser autres poignées au fil du temps, mais I’échange est trop graduel pour mettre en doute I'image que ’hor ade Punivers. : La réalité de I'humanité, sa poignée de sable parti- culitre, c'est le monde gothique-punk & la fois mys- tique et quotidien décrit au Chapitre Deux — uni monde créé essentiellement par les Technomanciens (chantres de la science qui cherchent & réguler fa réalit). Il s'est déformé & ce point parce que les Technomanciens, qui incament le stéréotype du savant froid et calculateur, Pont endurci au changement, Telle est leur approche du monde. La science, élément important de la réalité, s'est pervertie entre leurs mains, pour devenir une force ‘meurtritre qui risque de tout dévorer. Ce faisant, les Technomanciens ont étouffé la croissance et réprimé la vision de I’homme. Les gens s’avérent incapables de comprendre ou méme d’en- visager létendue de la réalité. Les grandes questions comme “D’od est-ce que je viens 2” ont leurs réponses, que certains mages éclairés ont trouvées, mais les Technomanciens ont veillé& ce que les mor- tels restent leurs dupes 3 jamais. Les Technomanciens savent que la vie offre davantage, mais le joug que la science fait peser sur la réalité sert leur objectf et entrave les efforts de leurs rivaux. Ils Intient done pour imposer leurs ceilléres & Phumpanité. D’autres mages essaient de secouer ce Joug monolithique, mais les progrés sont lents Les mages comme forces dynamiques ‘La Qualité Dynamique, le tranchant préintellec- tel du réel @ Vorigine de tout, est d'une simplicité absolue et d'une fraicheur constante. — Robert M. Pirsig, Lila Les Technomanciens veulent assujettir la réalité au rgne d'une oppression statique et pesante. Les mages sont I'embléme des forces dynamiques qui s'opposent & ce futur, Leur tache est de fagonner Ja réalit6, d’inspirer les croyances et les incroyances des Dormeurs & Pégard duu monde. Is doivent veiller 2 modeler Ia réalité peu 2 peu, de peur de léser le sen- timent de continuité qu’éprouve lhumanité. Pour reprendre l'analogie, les hommes qui ne voient que leur poignée de sable seraient aceablés s'ils décou: ‘vraient la plage entitxe. Les mages, en tant que forces dynamiques per- sonnifiées, doivent bien jauger leur magye. Une dépendance trop importante envers le “sable neuf” sape les fondations cruciales de la réalité statique, tandis qu’un controle trop rigide du “sable ancien” entrave les efforts des autres mages ct interdit tout changement. Drailleurs, une force dynamique incontrblée est aussi indésirable que la vision concentrationnaire des ‘Technomanciens. Des mages étranges, connus sous Te séul nom de Maraudeurs, inearnent ce chaos. Us veulent détruire I'ceuvre des Technomanciens, et jus- qu’a tout semblant cordre et de stabilité, Is aime- raient voir l'univers semé aux quatre vents. Les Nephandi ‘Outre les menaces opposées des Technomanciens ‘et des Maraudeurs, les mages font face & un troisié- ‘me groupe — peut-ére les plus secrets, les plus mor- tels de leurs ennemis, des entités connues sous le nom de Nephandi. Leur nature reste un mystere. Beaucoup seraient des mages corrompus par des pactes avec de viles eréatures extradimensionnelles, autres seraient étrangers & notre réalité. Une chose est sire : les Nephandi ne veulent ni dompter la réa- lité comme les Technomanciens, ni la pervertir ‘comme les Maraudeurs. Ils entendent la détruire. Dans cette téche, les Nephandi semblent alliés avec, ou contrélés par, une force maligne d'un autre ‘monde, Ils emploient de nombreux termes pour la qua- lifier, mais certains mages utilisent le nom que lui ont