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PROTECTION CIVILE un besoin vital A REPENSER INSTITUT EUROPEEN POUR LA PAIX ET LA SECURITE ASBL. RUE DU CHAMP DE MARS, 31 - 8-1050 BRUXELLES: SOMMAIRE PREFACES, PREAMBULE INTRODUCTION CHAPITRE 1 QUELLES SONT LES MENACES ? 1.1 Les catastrophes naturelles . LLL. Tempétes et tornades 112 1.1.3, Inondations 1.1.4. Epidémies 1.2 Les accidents 1.2.1, Les accidents routiers 1.2.2, Les accidents ferroviaires 1.2.3, Les accidents d’avions 1.2.4, Les incendies 1.2.5, Les accidents chimiques 1.2.6. Les accidents nucléaires 1.2.7, Les accidents ”inévitables” 13 Le terrorisme 14Laguere. 2... : 1.4.1, Les armes conventionnelles 14,2, Les armes chimiques et bactériologiques 1.4.3, L’arme atomique B 15 18 4 27 CHAPITRE 2 COMMENT PEUVENT SE CONCRETISER LES DANGERS 2.1 Préambule ‘i 2.2 Les risques du temps de paix . CHAPITRE 3 QUEL SERAIT AUJOURD'HUI L'IMPACT D'UNE GUERRE ? 3.1 Le risque multiforme . 3.2 L’attaque classique 3.3 Lattaque chimique 3.4 L’attaque biologique 3.5 Lattaque mucléaire 5 3.5.1. Fallout consécutif 4 une explosion eS 3.5.2. L'usage des armes tactiques 5 3.5.3, Lousage des armes de portée intermédiaire 3.54. Lrattaque stratégique lourde 3.5.4.1, Le flash lumineux 3.5.4.2. Le rayonnement thermique 3.5.4.3. Le souffle 3.5.44. Le rayonnement radioactif primaire 3.5.4.5. Le fallout 3.5.4.6. Limpulsion électromagnétique 3.5.5, Lrusage de la bombe a neutrons CHAPITRE 4 UNE PROTECTION ADAPTEE AU NIVEAU DU RISQUE 4,1 Linégalité du risque 42 Une gradation dans les moyens de protection 43 Les régions & haut risque et leur population CHAPITRE 5 OU EN EST LA PROTECTION CIVILE DANS LES PAYS ETRANGERS 5.1 France . 5.2 Royaume-Uni 5.3 PaysBas . 5.4 République Fédérale Allemagne 5,5 Suisse. 5.6. Autriche . 5.1 talie 35 37 37 4 B 43 45 46 41 48 49 51 52 61 6 7 B 16 B 9 80 81 5.8 Danemark 5.9 Norveége 5.10 Suede 5.11 Finlande . 5.12 U.S.A 5.13 URSS. CHAPITRE 6 DE QUELS MOYENS DISPOSE A CE JOUR LA PROTECTION CIVILE BELGE ? 6.1 Cadre Iégislatif’ . 6.2 L’organisation 6.3 Les effectifs 6.4 Le matériel 900 6.5 La chaine de détection NBC 6.6 Le réseau d’alerte . 6.7 Les télécommunications . 6.8 Les Services d’incendie CHAPITRE 7 INSUFFISANCES ET LACUNES DE NOTRE PROTECTION CIVILE . 7.1 Ses performances actuelles . 7.2 Ses points faibles du temps de paix 7.2.1, Les effectifs 7.2.2. Le matériel @intervention 7.2.3. Léquipement individuel 7.24, Le réseau Palerte 7.25. Les batiments 7.2.6. Les stocks 7.2.1. Les zones d’intervention des Colones mobiles 7.2.8. absence de support informatique 7.3 Sa vulnérabilité et ses lacunes en cas de guerre . 7.3.1. Les effectifs 7.3.2. Le matériel @intervention 7.3.3. L’équipement individuel 73.4. Le réseau de détection NBC 73.5. Le réseau Palerte 7.3.6, Les télécommunications 7.3.1. Les batiments 7.38. Les centres d’hébergement 7.3.9. Les stocks 81 83, 85 87 m1 7 99 100 102 103 104 105 105 106 123 125 125 129 7.3.10, Des abris pour la population 7.4 La formation des officiers et autres cadres 75 Les budgets 7.6 Résumé et conclusion CHAPITRE 8 QUEL SERAIT LE COUT D'UNE PROTECTION CIVILE BELGE CALQUEE SUR LE MODELE SUISSE ? 8.1 Coaits globaux en Suisse 8.2 Cofits estimés pour la Belgique 8.3 Conclusion CHAPITRE 9 QUEL PROGRAMME PROPOSER POUR LA BELGIQUE, ET QUEL EN SERAIT LE COUT? 9.1 Les abris. . nono 9.2 Les postes de secours et hopitaux de guerre « 9.3 Les constructions des organismes de protection 9.4 Linstruction . . 9.4.1, La formation des cadres 9.4.2. La formation dun corps de réservistes 9.43. L'information de la population 9.5 Les équipements individuels de protection 9.6 La détection nucléaire 9.7 Le matériel intervention. 9.8 Les télécommunications . 9.9 Le réseau dalarme 9.10 Les lieux dhébergement 9.11 Les stocks de survie . 9,12 Lrorganisation générale . 9.13 Cofit du programme proposé CHAPITRE 10 LE FINANCEMENT DU PROGRAMME ET SES RETOMBEES 10.1 Comment se répartirait le financement? 10.2 Comment financer la part des pouvoirs publics? 10.3 Quelle serait en fait la charge financiére annuelle de PEtat? 10.4 Les retombées économiques et sociales . 10.5 Loutilité des abris en temps de paix 138 139 40 141 143, 144 146 147 149 150 151 151 154 155 155 155 155 156 156 156 158 161 163 164 165 167 168 CHAPITRE 11 CE QU'IL RESTE A EXAMINER ... « 11.1 L’infrastructure sanitaire 11.1.1. Les cliniques et hépitaux 11.1.2, Le corps médical et paramédical 11.1.3. Un probléme de compétence 11.2 La sauvegarde du patrimoine culture! . CHAPITRE 12 LES PRIORITES 12.1 L'information : 12.2 L’aide a Pautoprotection i 12.3 Le renforcement des cadres professionnels . tae 12.4 L’approvisionnement en équipements individuels de oe 12.5 L’organisation des réquisitions 12.6 La construction d’abris . 12.7 Liinstruction des recrues 128 Le recensement des lieux @accuei pour sinisrts 12.9 Linfrastructure sanitaire CONCLUSION . LEXIQUE DES UNITES ANNEXE : UN PEU D'HISTOIRE ... « 171 1B 176 7 179 180 180 180 181 181 182 182 182 183 187 189 Crest trés volontiers qu’a la demande du Sénateur CLOSE, qui anime l'Institut Européen pour la Paix et la Sécurité, je préface par ces quelques mots l'étude qu'il va publier concernant la Protection civile dans notre pays. En effet, en-dehors des moments de grandes catastro- phes oii tout le monde se félicite de son existence et de ‘son action tout en déplorant son manque de moyens, la Protection civile ne bénéficie pas d'un intérét @ la hauteur de Vimportance de ‘ses missions, Rares sont ceux qui se penchent sur ce service public pourtant essentiel et sur les moyens d’en améliorer le fonctionnement. Cest précisément ce que fait l'Institut Européen pour la Paix et la Sécurité, et il faut lui en étre reconnaissant. Lapport de la réflexion de spécialistes est précieux pour le Ministre de 'Inté- rieur et de la Fonction publique qui se doit d’utiliser avec un maximum d’effi- cacité des moyens certes non négligeables, mais toujours limités face d Vinfi- nité de calamités de toutes sortes, de l’accident industriel grave au trem- blement de terre, qui peuvent menacer notre population. Une étude sérieuse, menée par des experts extérieurs et indépendants, peut contribuer sans conteste d l'amélioration de Uefficacité de notre Protection civile. Méme la critique est souvent source d’améliorations. Mais mon souhait est aussi que nombreux soient tout simplement les ci- toyens qui, griice a ce livre, prendront conscience de ce quest la Protection civile et s'y intéresseront davantage. LENE _ Charles-Ferdinand NOTHOMB Ministre de 'Intérieur et de la Fonction publique. L’étude qui suit a le mérite non seulement de poser les questions essentielles en matiére de protection de la ‘population, mais aussi d’apporter des suggestions soli- _ dement étayées et susceptibles de fournir les solutions pour l'avenir. Il est légitime de repenser préventivement la Protection civile; il n'y a pas que la guerre, d'autres dangers, hélas } d’actualité, nous menacent quotidiennement : catastro- phes naturelles, industrielles ou encore terrorisme. S'il est d espérer ne jamais devoir faire appel & la Protection civile dans les ‘circonstances que je viens d’énumérer, il importe toutefois que l'efficacité de Taction humanitaire de la Protection civile soit adaptée a la nature et aux niveaux des catastrophes possibles. En matiére d’équipements et d’infrastractures, bien des projets sont encore @ concevoir} la Belgique en ce domaine accuse un retard certain. Il serait par exemple utile de doter notre pays d’abris pour les pouvoirs ‘publics et pour les habitants, en suivant un programme raisonnablement éla- boré. L'idée est saine. En matiére de génie civil, notre pays dispose des hommes et des techniques en suffisance. La réputation de son savoir-faire dans de telles réalisations dépasse ses frontiéres. Crest Ia le prix de notre sécurité et de la protection de nos libertés. SSS N Louis OLIVIER Ministre des Travaux publics t PREAMBULE La deuxiéme étude de l'Institut Européen pour la Paix et la Sécurité porte sur un probleme d'une grande ampleur, tant par son importance capitale pour la survie de nos populations, que par le volume des moyens d mettre en oeuvre pour la réalisation d’un programme adéquat. Elle est sans doute une des premiéres tentatives d'information exhaustive de Yopinion publique et de sensibilisation des autorités politiques, pour autant que cette démarche s'avére encore nécessaire dans le climat d’incertitude intemationale que nous connaissons aujourd'hui. Test inutile de nier l’évidence. La Protection civile est, en Belgique, large- ment en retard par rapport @ tous ses voisins. Aprés une revue détaillée - ‘peut-étre un peu trop - des dangers et périls qui pourraient menacer nos popu- lations, l'étude vise & répertorier la vaste gamme de moyens d mettre en place, si nous voulons étre @ la mesure de ce qui se fait ailleurs. "4 quoi bon ?” diront certains. Si le fait nucléaire est irréversible - et il est impératif d’en limiter les effets destructeurs - il n'est qu'un des éléments de ce yaste arsenal d’armes de plus en plus sophistiquées, dont le pouvoir de des- truction et la précision dans l'emploi découlent logiquement des énormes progrés technologiques de ces derniéres décennies. Ilfaut done souligner qu'une protection civile adéquate vise d rencontrer, non ‘seulement les risques d’un conflit nucléaire, mais aussi et surtout ceux d'une ‘guerre conventionnelle. Car il est loin d’étre évident qu’un conflit ouvert en Europe suppose de facto l'utilisation d’engins nucléaires. La Protection civile repose sur une base juridique solide : la loi du 31 décembre 1963, qui accorde au Roi des pouvoirs étendus pour prendre les mesures qui s'imposent en cette matiére. Par une étrange aberration, rien n'a été décidé ou entrepris pendant plus de 20 ans. Nous espérons que cette étude, qui se veut @ la fois réaliste et objective, et qui répond trés certainement d une attente de la population tout entiére, rencon- trera un accueil positif au niveau des instances gouvernementales. La mise en oeuvre des moyens nécessaires aura, c'est évident, un impact cer- tain sur des secteurs déprimés de notre économie. Mais quel que soit l'intérét de ces retombées économiques, il n’est que secondaire, comparé d la garantie qu'il nous incombe de donner d la population tout entiére, particuliérement aux jeunes générations. Ne renouvelons pas les erreurs d’avant 1940 et évitons impéritie, le manque de clairvoyance et les atermoiements qui nous ont conduits au désastre, Le Ministére de I'Intérieur nous a fait parvenir ses observations tendant & démontrer que certaines lacunes relevées dans l'étude s’inscrivaient dans un autre cadre que celui de la Protection civile et dans un contexte plus général. D’autre part nous aurions omis de faire mention d’une Banque de données des produits dangereux et d’un plan pluriannuel d’infrastructure en vue d’in- staller des centres de crise et de coordination provinciaux mis sur pied par les Ministres OLIVIER et NOTHOMB. Nous en prenons acte bien volontiers et remercions les deux ministéres pour leur aide précieuse et leur bienveillante coopération. Mais il nous parait que le probléme central n’est pas ld mais bien plutét dans notre faculté de résoudre l'essentiel, c’est-d-dire la protection de notre population en temps de guerre. Et dans ce domaine, nous sommes loin du compte. Avant de conclure, il m’incombe de remercier chaleureusement Maurice YPERSIEL, Ing., membre de 'Tnstitut Européen pour la Paix et la Sécurité, auteur de cette étude, ainsi que les experts qui ont assisté dans l’examen de problémes particuliers. Ils se sont livrés @ des recherches longues et ardues, pour pouvoir présenter une ou des solutions valables et réalistes a une situation particuliérement préoccupante, Toutes ces personnalités, agissant avec une parfaite objecti- vité, ont effectué leurs travaux d titre strictement bénévole. Elles étaient ani- mées par une conviction totale et le sentiment de se rendre utiles d leur pays, Dans le méme esprit, nous avons été particuliérement sensibles au fait que les deux Ministres ~ de I'Intérieur et des Travaux publics ~ aient bien voulu rédiger chacun une préface qui prouve a suffisance V’intérét qu’ils témoignent @ nos travaux, Ajoutons que Vappui des Administrations de l'Intérieur et des Travaux publics nous a été précieux a plus d'un titre. Qu’elles trouvent ici expression de notre gratitude. Ime reste @ formuler le voeu que ces efforts ne soient pas lettre morte et que le programme puisse, trés rapidement, se transformer en mesures concrétes. Pour cela, il faut que la volonté politique soit présente. ‘Sachons cependant que le temps nous est compté et que nous ne pourrons dissiper les incertitudes de Vavenir que par notre volonté de modeler le pré- sent. Général er. Robert CLOSE, Sénateur, Président de Institut Européen pour la Paix et la Sécurité. CHAPITRE 3 QUEL SERAIT AUJOURD’HUI L’IMPACT D°UNE GUERRE? 41 3.1. LE RISQUE MULTIFORME Pendant le quart de siécle olt les Etats-Unis d’Amérique ont détenu le monopole puis la suprématie absolue de Parme nucléaire, 'Europe a connu une longue période de paix. Maintenant que [’équilibre est sensiblement atteint entre les potentiels nucléaires stratégiques russe et américain, que les Soviétiques ont braqué sur Europe plus de 250 fusées SS 20 (chacune A trois tétes indépendan- tes) et qu’ils installent de nouvelles bases de lancement en R.D.A. et en Tchécoslovaquie, que les pays du Pacte de Varsovie peuvent aligner 70.000 chars de combat (1) - prés de trois fois ce que peuvent réunir des Occidentaux - "qu’ils possédent deux fois plus de piéces dartillerie, d’a- vions (attaque au sol, bombardiers et intercepteurs confondus) et de mis- siles sol-air et sol-sol, que leurs stocks d’armes chimiques sont estimés a prés de dix fois les stocks américains et & plusieurs centaines de fois les stocks européens” (2), et que le terrorisme international s’installe de plus en plus solidement, nous nous trouvons en situation toute nouvelle. Les risques @affrontement en sont-ils accrus? Nous n’avons pas 4 nous pro- noncer ce sujet. Ce que nous redoutons, et qui nous intéresse au plus haut point dans le cadre de Ia présente étude, c’est qu’une guerre future risque d’étre plus multiforme que jamais. 3.2, L'ATTAQUE CLASSIQUE Lattillerie, les chars, aviation, les armes de terrain n’ont guére évolué depuis 1945, sinon que les tits ont gagné’ en précision, que les portées se sont accrues et que les puissances de feu unitaires se sont développées. Les lance-roquettes anti-chars ont été modernisés et les roquettes guidées en vol se sont transformées en missiles de portée cent fois supérieure. Une seule arme vraiment nouvelle est apparue : cest Phélicoptére de combat, armé de canons, roquettes et missiles. Leexpérience de la Seconde Guerre mondiale et des guerres locales plus récentes (Viétnam, Moyen-Orient, ...) nous a au demeurant appris com- bien effet combiné des armes conventionnelles de terrain et de Paviation (1) OFPC (SUISSE) - Chiffres, événements, dates. 1983-1984 - Info 107 (2) Vainere la guerre - Général COPEL, pages 62 et 73. Ed. Lieu commun. 43 pout produire de dévastations, quand les combats se déroulent & Pinté- veur ou au voisinage immédiat d’agglomérations urbaines. Bombes explosives, au phosphore, au napalm ou a retardement, obus 4 fragmenta- tion, feu @armes automatiques, grenades quadrillées, provoquent non sculement morts et blessures, mais incendies et destructions massives de batiments, de réseaux de distribution et de moyens de communication, perturbation des transports, rupture des approvisionnements, panique et souvent exode incoercible des populations. Le drame peut s’amplifier encore si Pennemi vient a s‘attaquer aux Ioviers de commande et aux rouages mémes des forces de défense, par le sabotage des installations, voire Passassinat de responsables politiques ou militaires, De telles supputations ne relevent pas de la fiction Nous avons tout liew de nous attendre A cette perversion des voies et moyens dans le climat de ferrorisme que nous connaissons actuellement, ds le temps de paix. Une population avertie de ce qui peut Iui arriver, informée des moyens de sen protéger, assistée efficacement dans ’épreuve, y résisterait beaucoup mieux et ses pertes en seraient considérablement réduites. L’expérience montre que des civils informés, entrainés, encadrés et soutenus peuvent contribuer pour beaucoup 4 leur autoprotection. existence d’abris souterrains est en tout cas un élément de survie capl- tal, pour autant que ces abris résistent au moins au poids des décombres qui risquent de les recouvrir. L’abri protége des balles, des éclats dobus, des projections de matériaux, du soufile, des effondrements et (dans une certaine mesure) du feu. La comparaison entre Stutigart et Pforzheim au cours de la Seconde Guerre mondiale est souvent citée en exemple : = Stuttgart : Puissant réseau @abris et protection civile solidement qua; drillée, 25.000 tonnes de bombes en 53 attaques aériennes y font 4.000 victimes sur 500,000 habitants, soit seulement 0,8 % de 1a population. _ Pforzheim ; Aucune organisation de protection, 1.600 tonnes de bom- bes en une seule attaque y font 17.600 victimes sur une population de 80,000 habitants, soit 22 %. (1) ‘Au début des bombardements alliés, on comptait en Allemagne 3 morts par maison détruite, Aprés la réalisation du programme d’abris, ce taux de pertes humaines a été réduit au dixiéme. Nous ne pouvons toutefois passer sous silence un fait nouveau : c’est que désormais le délai d'alerte risque dans certains cas d’étre trés court, voire nul, le temps de vol des missiles qui nous menacent se comptant ef minutes, Une politique @abris et les directives occupation de ceux-ci doivent obligatoirement en tenir compte. (1) Rapport du Sénat frangais n° 236, avril 1980 44 33. LATIAQUE CHIMIQUE Bien que la guerre 1939-1945 se soit finalement terminée sans qu’on ait fait usage de Parme chimique - nous ne le devons sans doute qu’a la suprématie écrasante de ’Aviation alliée et a la crainte justifiee de représailles, au moment oi Allemands et Japonais étaient préts 4 s’en servir - cette arme a été utilisée a plusieurs reprises depuis 1945, et tout récemment encore. Dans un conflit classique, il faut se rendre a ’évidence que Tusage en premier de Parme chimique, jointe aux armes traditionnelles, représente {in atout considérable, Par ailleurs, selon le Général Copel, "la supériorité Soviétique en ce domaine est si écrasante, quelle rend trés improbable toute autre attaque de leur part... Pourquoi risquer une attaque nucléaire, jorsqu’on*posséde un avantage aussi marqué dans une forme de lutte tellement moins dangereuse?”. »Depuis la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle elle fabriqua menstellement plusieurs milliers de tonnes d'armes chimiques, PURSS, 1’a jamais relaché ses efforts dans ce secteur. Ses trés nom- breux missiles sol-sol non nucléaires sont en grande partie équipés de "t&- tes chimiques”, Au moins le quart de ses obus d'artillerie et de ses roquet- tes sol sol contiennent non pas des explosifs, mais les ingrédients variés de la guerre chimique la plus moderne ... Je crois (écrit le Général Copel) que les dirigeants soviétiques sont sincéres lorsqu’ils affirment que TURSS, ne sera pas la premiére puissance utiliser Yarme nucléaire . $i Patiaque doit avoir lieu, 4 court ou a moyen terme, elle sera classique, & dominante chimique”. (1) Les agents chimiques neutralisants ou incapacitants seraient Parme idéale puisqu’ils mettraient Padversaire hors de combat, sans Ie tuer. Mais il temple hélas qu’aucun @entre eux ne soit aujourd’hui juge suffisamment >performant”. Le fait est que ce type agent chimique semble délaissé, au profit des agents toxiques, ceux qui - méme en doses minimes - tuent ou provoquent des séquelles organiques graves. Les attaques chimiques se distinguent en deux types : celles qui visent & contaminer Ie sol - elles mettent en ocuvre dans ce cas des agents persis tants, répandus généralement sous forme liquide « et celles qui visent a contaminer Pair, en épargnant autant que possible le terrain. Les attaques du premier type n’atteignent généralement que quelques Kilometres carrés, les effets secondaires pouvant toutefois atteindre une distance de plus de 15 km sous Ie vent. La One contaminée Ie reste de 2 A 10 jours suivant les conditions météorologique locales, la nature du produit et sa dispersion. Les attaques du second type atteignent des zones bien plus étendues sous Te vent (de 10 & plus de 50 km), avec cependant décroissance progressive de 1a concentration suivant [a distance. Mais la persistance de effet mexcade généralement pas 15 minutes. (1) Vainere la guerre - op. cit. - p. 73, 75 et 103; 45 Souvent invisible et inodore, et d’un usage facile, Parme chimique pré- sente toutefois Pinconvénient @’étre sensible aux caprices du vent Sil est une arme qui peut atteindre indifféremment militaires et civils, Dest bien celle-ld, en raison précisément des caprices du vent, de Pétendue des zones contaminées et de la relative persistance de Peffet. I est cependant simple et relativement peu cofteux.de sten protéger : mrasques A gaz, cagoules de protection, combinaisons étanches, gants, surbottes multiplient considérablement les chances de survie, Quant & Pabri traditionnel, rendu hermétique, et équipé d'un systéme de ventila- tion avec fitre & gaz (nous y reviendrons plus loin), il constitue quant a lui Ia protection idéale, alors quill cofite beaucoup moins cher que Pabri antiatomique. Les armes chimiques existent en abondance. Elles font mourir dans des conditions particuligrement horribles. Etant donné que nous risquons dren étre un jour victimes et qu’il est possible de sen protéger, il serait absurde et irresponsable de vouloir les ignorer. s’en préoccuper par contre sérieusement, cest informer Ia population dv risque et ’éduquer en conséquence, c'est mettre sur pied une politique de protection adéquate (détection, alerte sélective, abris, décontamination) et c'est approvisionner au plus t6t en équipements individuels de protec- tion ensemble des services de secours (sauveteurs, ambulanciers, méde- tins, spécialistes en détection et en décontamination, agents nécesseires au fonctionnement des services publics vitaux, .... 3.4, LUATTAQUE BIOLOGIQUE Nous avons déja exprimé nos doutes au sujet d’un usage banalisé de Parme biologique (cfr 1.4.2.). Liarme chimique, d’un usage aussi facile et aussi discret, et d'un effet plus foudroyant et mieux circonscrit, lui serait vraisemblablement préfé- rée pour désorganiser Padversaire et hater Pévolution des combats. Invest cependant pas & exclure que l'arme biologique soit un jour utilisée ponctuellement, a petite échelle, sur les arriéres de 'ennem| : des agents subversifs infilirés pourraient avoir pour mission de contaminer certaines concentrations civiles ou militaires d’importance stratégique particuliére. Un minuscule flacon versé dans une canalisation d’eau permettrait @empoisonner une ville entiére; quelques doses d’aérosols dans des con- Guits @aération pourraient contaminer tout un immeuble administratif .. On peut ailleurs craindre qu’une telle menace soit un jour brandie par tune organisation terroriste, exergant un tragique chantage” (1). La gamme des maladies pouvant ainsi étre répandues est sans limite = choléra, peste, variole, botulisme, fiévre typhoide, fidvre jaune, ~~ (1) "Vivre @autre matin” par F. Normand et A. Pierre - p. 22 Ed. ‘Vidéo-production. 46 Wabord d’autres scénarios moins tragiques, avant d’approfondir le cas dune attaque "mégatonnique”. Plusicurs situations de gravité croissante sont examinées ci-aprés. 3.5.1. Fallout consécutif 4 une explosion lointaine La bombe est supposée ici exploser hors de nos frontiéres, mais de telle sorte qu’il en résulte un panache de retombées radioactives sur notre pays, On se rappellera qu'une bombe nucléaire explosant au sol, ~ pour y détruire des objectifs "durs” , tels que silos de fusées ou bunkers de commandement - ou a faible altitude (la boule de feu touchant Ie sol) a pour effet de pulvériser, de vaporiser et daspirer vers la haute atmosphere d’énormes quantités de matériaux. Il en résulte un nuage radioactif chargé de particules de toutes natures, dimensions et densités, qui se déplace et s*étire sous l’effet du vent (voir figure p. 59). Les particu- les contaminées par leur contact avec les produits de fission retombent ensuite, plus ou moins lentement, les plus lourdes d’abord et les plus 1ége- res par aprds, grande distance parfois du point d’explosion : c’est le fal- lout ou effet différé des explosions dites "de surface”. L’étendue et la forme de la zone contaminée dépendent de la puissance de la bombe et des conditions météorologiques au cours des retombées, spécialement de Ia direction et de Ia vitesse des vents (variables avec Paltitude) et du régime des pluies. Les retombées se composent d’émetteurs gamma et de particules alpha et béta. Les rayons gamma sont toujours redoutables, en raison de leur puissance de pénétration. Les particules béta présentent nettement moins de danger d'irradiation: elles peuvent tout au plus provoquer une sorte de briilure épidermique, lorsqu’elles restent en contact avec la peau. Quant aux particules alpha, elles sont totalement inoffensives dans Pair. Mais sil advient que des particules radioactives, quelles qu’elles soient, pénatrent dans Porganisme par ingestion, par inhalation ou méme par blessure de la peau, elles provoquent une contamination interne @autant plus a craindre qu’elle a tendance & se concentrer sur certains organes vitaux. D’aprés calcul, explosion au sol d’une bombe de 1 Mt (a 100 % d’énergic de fission) produirait, sous un vent uniforme de 24 km/heure, des retom- bées pouvant atteindre des intensités de 30 et de 5 rad/heure, respective- ment A des distances de 160 et 320 km du point zéro. (1) Le fallout constitue done un danger grave, non seulement en raison de (1) Effects of nuclear weapons par S. Gladstone and PJ. Doland - 1980 - pp. 34 - 392 et 430. 48 Pétendue des régions touchées et de leur indépendance des objectifs stra- tégiques - la direction du vent ne se commande pas ! - mais surtout de la contamination générale qu’il provoque : cultures, bétail, eau, produits ali- mentaires, tout en serait atteint. L’intensité du rayonnement peut étre de plusieurs milliers de rad/heure, aprés une heure, au voisinage du point zéro, mais elle décroit rapidement 4 mesure que l’on s’en éloigne. Par bonheur, il est relativement simple de s’en protéger. Si la zone atteinte présente en fait le double danger d’irradiation externe et de contamina- tion par absorption (inhalation ou ingestion), il suffit , pour s’en prému- nir, de gagner au plus vite un abri fermé (les abris traditionnels sont géné- ralement suffisants & cet égard) et d’éviter 4 tout prix absorption de pro- duits contaminés. Le port du masque & poussiéres s*impose hors de ’abri. Quand aux produits de consommation (nourriture et eau), ils doivent absolument provenir de réserves protégée: La régle des sept : Il est bon de savoir que Vintensité de rayonnement des retombées se réduit approximativement au dixiéme, chaque fois que s’écoulent sept unités de temps : ainsi, si l’intensité est de 2.000 rad/heure au bout de la premiére heure, elle ne sera plus que de 200 rad/heure au bout de sept heures, de 20 rad/heure au bout de 7x7=49 heures ou 2 jours et de 2 rad/heure aprés 7x7x7=343 heures, soit environ 14 jours. Des mesures réguliéres de rayonnement au sol (faites par soi-méme ou par un préposé local de la Protection Civile) ainsi que les informations diffusées par radio, permettraient de savoir quand on pourrait quitter les abris. Le tout est de réaliser que la durée de claustration serait en tout cas limitée 4 quelques jours - tout au plus 4 2 43 semaines - et qu'il suffirait done de s'armer de patience ... Sortis des abris, il s’agirait surtout d’éviter la contamination interne par absorption de produits contaminés. Une solution serait sans doute de quitter temporairement la zone atteinte par le fallout : sa largeur se limiterait normalement 4 un maximum de quelques dizaines de kilome- tres. Le danger d’irradiation externe dans une zone contaminée diminuerait naturellement suivant la ”rgle des sept” exposée ci-avant, Et sa dispari- tion pourrait étre activée par nettoyage et par la pluie. En conclusion, le fallout peut atteindre plus ou moins fortement n’im- porte quelle région du pays. Mais pour s’en protéger, il suffit d’un abri fermé, d’un masque a poussiéres et de réserves protégées de nourriture et @eau pour une période d’au moins une quinzaine de jours. 3.5.2. L’usage des armes tactiques Notre sol fut tant de fois le champ de bataille de ’Europe qu’il pourrait fort bien étre le siége de nouvelles batailles de Waterloo, de la Lys ou des Ardennes, dans lesquelles V’artillerie et aviation attaqueraient & bout por- tant au moyen d’armes nucléaires de quelques kilotonnes. 49 CHAPITRE 8 QUEL SERAIT LE COUT D’UNE PROTECTION CIVILE BELGE CALQUEE SUR LE MODELE SUISSE ? 141 8.1. COUIS GLOBAUX EN SUISSE La Législation suisse sur la Protection civile prévoit essentiellement : = la construction d’abris privés et publics pour la population, et d’ouvra- ges protégés pour les Organismes (postes de commandement et d’inter- vention) et le Service sanitaire (hépitaux de secours et postes sanitai- res). Chaque citoyen doit disposer, chez ui ou a proximité de son domicile, dun abri NBC. Les hépitaux de secours et les postes sanitaires totaliseront, en stade final, 150.000 lits protégés. - la création dorganismes de protection. - Ia fourniture (par les pouvoirs publics) du matériel nécessaire aux organismes de protection : équipement individuel, matériel @’alarme et de transmission, équipement de détection, matériel de sapeurs-pom- piers, ainsi que P’équipement des constructions du Service sanitaire et le matériel de soutien et de ravitaillement (stocks de survie). - Pinstruction des recrues (appelés et volontaires). Les effectifs réglementaires sont de 520.000, pour une population de 6.500.000 habitants. Le programme, dans son ensemble, a été estimé au départ ("Conception 1971”) & 6,75 milliards de FS (valeur 1969). Ce chiffre se décompose en Construction dabris : 5,57 milliards, soit 82,5 % Equipements, instruction, entretien et administration : 1,15 milliards, soit 17,0 % Recherche et développement 30 millions, soit 0,5 % La réalisation devait s’étaler sur une vingtaine d’années. Fin 1981, les dépenses effectives (en valeur 1969) totalisaient 3,5 milliards, et Jes prévi- sions jusqu’a achévement total de "Etat réglementaire” étaient de 7,7 milliards (a Vindice 1981), soit 4 milliards de 1969. Le programme, dont l’'achévement est aujourd’hui prévu pour la fin du siécle, aura donc coaté en définitive 7,5 milliards de FS (valeur 1969) soit 15 milliards de FS en valeur 1982. 13 La répartition des dépenses au cours de la décennie 1970 - 1980, a été la suivante + 46 % A charge de la Confédération (gouvernement central) 43 % a charge des cantons et des communes; 11 % & charge des particuliers. Sur base de 1 FS = 24 FB, le programme atteindra donc au total 15 x 24 = 360 milliards de FB (valeur 1982). 8.2. COUTS ESTIMES POUR LA BELGIQUE 8.2.1. Premiére approche Une premiére estimation de ce que coiterait 4 1a Belgique Pexécution @un tel programme peut étre obtenue en multipliant globalement le chiffre de 360 milliards de FB par le rapport des populations : 9,85 mil- lions d’habitants en Belgique contre 6,5 millions en Suisse. La toute grosse part des dépenses est en effet consacrée aux constructions proté- gées et A V'instruction des recrues; elle est done proportionnelle au nombre d’habitants. 360 x 2 = 545 milliards de FB (valeur 1982) soit 625 milliards de francs en valeur 1984. Ce calcul, trop simpliste, suppose que les conditions économiques sont transposables d’un pays 4 l'autre, que les conditions techniques sont sem- blables, que les besoins sont identiques, ... 8.2.2. Deuxiéme approche Une autre approche, déja plus réaliste, consiste a estimer sur base des prix actuels, ce que codterait la construction d’abris NBC publics standar- disés - la solution la plus expéditive, mais la plus onéreuse - pour la tota- lité de la population belge; installation, comme en Suisse, de 150,000 lits @hpitaux protégés - ni plus ni moins, compte tenu du nombre et de la qualité de nos hépitaux existants, - et la construction d’un nombre de pos- tes pour organismes de protection, proportionné aux dimensions de notre territoire national (31.000 km’ contre 41,000 pour la Suisse). Sachant que les coats de construction représentent 82,5 % des dépenses totales, celles-ci s’en trouveront définies. Abris pour la population. Selon plusieurs sources (Suisse, R.F.A.) le prix par place protégée d'un abri public standardisé, donc indépendant de toute autre construction, peut atteindre 40,000 FB (il se réduit de 40 a 60 % lorsque Pabri s‘intégre dans une construction nouvelle). 40.000 F x 9,850,000 = 394 milliards de franes. 144 Hépitaux et postes de secours protégés. Les prix moyens actuels pour un lit protégé, dans les constructions du Service sanitaire suisse, sont les suivants : Poste sanitaire : 10.000 FS/lit Poste sanitaire de secours : 18.000 FS/lit Centre opératoire protégé : 21.500 FS/lit La moyenne pondérée est de 16.700 FS soit environ 400.000 FB/Iit. 150,000 its x 400.000 FB/lit = 60 milliards de francs. Constructions pour les organismes de protection. La Suisse prévoit, en stade final, 2.050 postes de commandement et 1.870 postes d’attente. Le prix moyen pondéré des postes de commandement - ils sont de 5 types différents - est actuellement de 420.000 FS, soit environ 10 millions de FB. Le prix moyen pondéré des postes dattente - ils sont de 4 types - est actuellement de 740.000 FS, soit 18 millions de FB. adaptation du nombre de postes a la superficie du territoire conduit, pour la Belgique, & prévoir 1,550 postes de commandement (P.C.) et 1.410 postes d’attente (P.A.) 1.550 P.C, a 10 millions de FB par poste 1410 P.A. 4 18 millions de FB par poste 5,5 millards 25,5 milliards soit un total de 4/ milliards de francs. L’estimation globale des constructions de protection se chiffre ainsi pour la Belgique & : 394 + 60 + 41 = 495 milliards de francs, Ten résulte que le programme au complet pourrait, étre évalué & 495 x: x = 600 milliards de francs (valeur 1984), chiffre voisin du pré- cédent. Mais ce‘calcul suppose toujours, comme Ie premier, que les conditions techniques et économiques suisses sont totalement transposables A la Belgique. 8.2.3. Troisiéme approche Nous avons procédé 4 une estimation du cofit probable actuel en Belgique d'un abri NBC public de 150 places (3 x 50), construit isolément en terrain découvert, suivant la norme suisse ITAP 1966. (Surpression de 1 bar). 145 Entigrement parachevé et équipé, y compris une réserve d’eau de 22 m’, cet abri cotiterait : au minimum 5.250.000 F, en terrain sec et d’accés facile, et au maximum 6.650.000 F, en terrain aquifére (nappe d’eau a 1,50 m de la surface) et d’accés difficile. La moyenne de ces prix, soit quelque 6 millions de francs, nous raméne au chiffre de 40,000 F la place, déja cité dans la précédente approche, 8.3, CONCLUSION La charge nationale d’un programme belge de protection civile calqué sur le modéle suisse serait done de l’ordre de 600 milliards de francs dans le cas de figure oi tous les abris destinés a la population seraient des abris publics a simple usage, construits isolément en terrain découvert (solu- tion la plus coditeuse). Le chapitre suivant donne une image micux adaptée 4 nos besoins et a nos possibilités techniques. 146 CHAPITRE 9 QUEL PROGRAMME PROPOSER POUR LA BELGIQUE, ET QUEL EN SERAIT LE COUT? | a7 9.1. LES ABRIS De Favis unanime de tous ceux qui se sont séricusement penchés sur Ie probléme de la protection civile en temps de guerre,’ la premiere mesure qui s’impose est la construction Wabris. Car prévenir vaut mieux que guérir. Méme relativement sommaires, les abris peuvent sauver des vies et épargner bien des souffrances. Si redoutables que soient les effets des armes modernes, on peut s’en prémunir, dans une certaine mesure du moins. La protection absolue n’e- xiste pas, mais des abris adaptés au niveau du risque peuvent réduire con- sidérablement le nombre de victimes. Nous avons vu au chapitre 4 que le risque n’est pas uniforme pour tout le pays. Certaines régions, voisines @objectifs stratégiques potentiels, sont davantage menacées de frappe nucléaire lourde. Ces régions appellent la construction de véritables abris antiatomiques. Les autres régions, moins menacées, peuvent s’accommoder dabris anti-explosions, anti-fallout et anti-gaz, ¢’est-a-dire de constructions moins onéreuses que les précéden- tes. Selon notre estimation, les régions 4 haut risque totalisent au maximum 3,050,000 habitants. Elle se répartissent en 4 classes, de risque décroissant (eft. chap. 4 - art. 4.3) : classe 1: 650.000 habitants classe 2 : 1.500.000 habitants classe 3: 200,000 habitants classe 4: 700.000 habitants Ces 3 millions de citoyens, a commencer par ceux de la classe 1, devraient pouvoir disposer, dés que possible, d'une place protégée dans un abri NBC, calculé pour une surpression de 1 bar et offrant un facteur de pro- tection radiologique ou FR (voir 3.5.4.4.) de 100 a 150. Ces abris seraient de préférence - pour raison économique - intégrés dans des constructions nouvelles, mais il peuvent aussi constituer des entités indépendantes, combinées ou non avec un poste de commandement et/ ou un poste d'attente, Le second type d’abri se congoit tout aussi bien dans les sous-sols de bati- ments nouveaux ou existants, que sous forme de constructions indépen- dantes. II doit pouvoir supporter le poids des effondrements et résister (y compris ses éléments de fermeture) 4 une surpression modérée (de Pordre de 0,2 bar), Son facteur de protection radiologique FR ne serait pas inférieur 4 100, et il serait équipé dune ventilation forcée avec filtres a poussiéres et & gaz, comme les abris NBC. 149 Compte tenu du prix estimé d'un abri NBC indépendant de 150 places (3 x 50), construit en Belgique dans nos conditions de terrain habituelles - soit 40.000 FB la place -, de oe que certains abris pourraient étre intégrés dans les sous-sols de constructions nouvelles, et de ce que d’autres pour- raient étre & double usage (seul le supplément de prix pour usage de guerre étant dans ce cas & considérer), on peut estimer que le prix moyen ne dépasserait pas 35.000 francs la place, pour un nombre important d’a- bris NBC répondant des normes identiques (effet de série sur les équipe- ments). Le cofit global des abris NBC peut ainsi étre estimé 4 35.000 F x 3.050.000 = eny. 107 milliards (valeur 1984) Quant aux abris contre les explosions, le fallout et les gaz, dont une bonne partie pourraient étre aménagés dans des sous-sols existants, on peut les estimer au maximum 4 27.000 franes Ia place. Leur coftt global se chiffrerait done & 27.000 F x 6.800.000 = env. 184 milliards (valeur 1984) Le programme de construction d’abris pourrait ainsi étre évalué globale- ment 4 un maximum de 29/ milliards de francs. 9.2, LES POSTES DE SECOURS ET HOPITAUX DE GUERRE La Belgique ne dispose actuellement d’aucun lit protégé. ‘Avant @envisager la construction de centres de soins protégés, et de déterminer ce que pourraient étre nos besoins dans ce domaine, il con- viendrait @’abord d’examiner dans quelle mesure les cliniques et hépitaux existants ne pourraient pas étre aménagés - ne serait-ce que partiellement ~ afin de disposer de salles d’opération protégées et doffrir a leurs patients un minimum de protection contre le fallout et les gaz toxiques. Fin 1982, le pays comptait 93.000 lits @h6pitaux. La Suisse, qui en posséde 75.000, a estimé devoir en installer le double sous abri pour le temps de guerre, Il s’agit 1a d’une option politique, que nous n’avons pas a suivre aveuglément, Les moyens financiers de notre pays étant pour le moment ce qu’ils sont, nous jugeons préférable de privilégier le programme d’a- bris, le poussant par priorité aussi Join que possible, en postposant et en. limitant méme quelque peu le programme hospitalier de secours. Comme il est toutefois indispensable de s’assurer, pour le temps de guerre, un vaste réseau de postes de secours et des hépitaux protégés préts 4 suppléer, voire remplacer, une partie des hopitaux existants, nous pro- posons en premiére analyse un programme de 90.000 a 100.000 lits proté- ‘86s, ce qui aboutirait donc doubler notre capacité hospitaliére du temps de paix, et non a la tripler comme fait la Suisse. Doubler le nombre de lits peut déja paraitre énorme. A ce sujet, notons @abord que, si un réseau serré dabris est A méme de réduire considéra- blement fe nombre de blessés graves, il ne pourra jamais les éviter, loin 150 s’en faut, Et le nombre de blessés et de malades réunis sera toujours aut- rement important en temps de guerre qu’en temps de paix. des installations de soins, congues pour le temps lement le méme confort qu’un hdpital normal : espace y est réduit au minimum et tout luxe en est banni. Alors qwun it couramment a prés de 3 millions de francs, @h6pital moderne se chiffr con peut estimer & 400,000 francs seulement (valeur 1984) le codt d'un lit protégé. Tl faut aussi se dire que de.guerre, n’offrent null len résulte qu’un programme de 100,000 lits protégés peut étre réalisé pour 40 milliards de francs. 93, LES CONSTRUCTIONS DES ORGANISMES DE PROTECTION Méme si la population dispose d’abris et a été bien instruite en matiére Pautoprotection, il est évident qu’elle ne pourrait survivre & une cala- strophe nucléaire ou chimique, sans assistance d'une Protection civile Solidement structurée, disposant de moyens en hommes et en matériel & Ja mesure de la téche. Une protection particuligre est done a prévoir pour ces hommes et ce matériel. Des abris NBC sont construire pour la totalité des professionnels et des réservistes de la Protection civile; et des dépéts résistant au souffle, & Pin- condie et aux éclats des projectiles, pour tout le matériel d’intervention, pour les équipements de protection individuelle et de détection, et pour les stocks de survie. cl pourraient étre, soit uniquement des pos- Les abris destinés au person ‘attente jumelés avec des postes de coman- tes d'attente, soit des postes a’ dement. n NBC et les centres de transmission régio- Les postes fixes de détectior dans de simples caves en béton, y seraient naux, actuellement installés normalement incorporés. ‘onstructions cofitent en Suisse, il a &é estimé ‘iteraient chez nous, compte tenu de la dimen- territoire. Le calcul a donné : 4/ milliards de Sur base de ce que ces c (cfr. Chap. 8) ce qu’elles cot sion plus réduite de notre francs. 9.4, LINSTRUCTION La formation A dispenser au personnel de fa Protection civile, pour une bonne gestion en temps de guerre de toute situation d'urgence, se double d'une formation - tout aussi indispensable - de 1a population, afin que celle-ci contribue avec conviction et efficacité aux efforts de prévention, mpte, sont Paffaire de tous de protection et de sauvetage qui, en fin de cor et @un chacun, 151 94.1. La formation des cadres ‘Nous avons développé, au chapitre 7 - art. 7.4,, les réformes fondamenta- les que nous préconisons en matiére de formation des officiers et autres cadres de la Protection civile. Nous n’avons rien a y ajouter au plan quali- tatif. En ce qui concerne les effectifs, ils nous paraissent dés aujourd’hui insuf- fisants pour assumer les missions journaliéres et pour mener en paralléle les études de recherche et développement qui s’imposent. Si la décision politique était prise de lancer un vaste programme d’abris, et de développer dans le méme temps les moyens dintervention en cas de guerre, les tiches nouvelles qui en résulteraient nécessiteraient un renforcement trés sérieux des effectifs. Les missions supplémentaires seraient en effet lourdes et multiples : établissement de réglementations et directives, évaluation des besoins, programmation, contréle d’exécution, formation de recrues, acquisition de matériels, gestion de stocks, controle budgétaire, information du public, ... 9.4.2. La formation d’un corps de réservistes Nous estimons que le Corps de Protection civile, au sens large, devrait comporter, en temps de guerre, un effectif de Pordre de 300.000 person- nes, soit 3% de la population. ‘Actuellement, Protection civile et Services d’incendie réunis peuvent ali- gner 26.000 agents, auxquels viennent s’ajouter 20.000 volontaires de la Croix-Rouge. Nous sommes lion de compte ! Tl s’agit done de recruter massivement. Mais comment? II ne nous appartient pas de proposer une formule. Il en existe plusieurs, et le choix est de nature politique. Nous nous bornerons a suggérer quelques axes permettant d’aboutir & Vobjectif poursuivi. - On pourrait d’abord susciter un plus large volontariat, en informant ‘ouvertement la population des risques qui nous menacent, en lui apprenant lefficacité d’une bonne prévention et en concevant un régime d’instruction commode et attrayant. Certains candidats préféreraient peut-étre offrir leurs services & la Croix-Rouge ou a une quelconque organisation @entraide. Pourquoi ne pas encourager tout autant ce mode de volontariat, quite 4 établir, entre la Protection civile et la Croix-Rouge - et toute autre organisation ailleurs qui s’y préterait - un lien privilégié permettant, dés le temps de paix, la conception et la mise en place en commun de moyens de secours adaptés aux situations de guerre? - Si la conviction ne suffit pas 4 grossir sensiblement les rangs des candidats, on pourrait envisager de les attirer par quelque distinction ow avantage : par exemple, le port d’un badge sur leur voiture, qui leur 152 et qualitatif que les différents départements ministériels sont préts 4 lui consentir. ‘Le moins qu’on puisse dire est qu’il existe en général peu d’intérét pour ja défense civile, que 1a Iégislation en fa matiére - elle date de 40 & 50 ans - nest plus adaptée A notre société actuelle, et que les possibilités existantes sont rarement exploitées. Ainsi, par exemple, les fonctionnaires de divers ministéres qui ont regu une formation technique en matiére de détection NBC et de gestion des situations @urgence ne sont plus conus. Certains sont sans doute A la retraite ! ... Les agents des services publics, affectés a des missions de défense civile ou a exploitation d'installations essentielles, peuvent étre exemptés de rappels militaires et bénéficier de sursis de mobilisation - Ia Législation existe et la procédure est connue - mais les bougmestres n’en font pas usage ... Crest donc & tous les niveaux que régnent la carence et le désordre. En matiére de défense civile, le pays est en pleine léthargie. II s'agit de réanimer les esprits, de réactiver les organes d’étude et de réflexion, et d’instaurer une coordination effective et efficace entre tous {es pouvoirs concernés, aux niveaux & la fois national, régional, provincial et communal. Quant A la gestion des situations Purgence sur le terrain, elle appartient en titre aux gouverneurs de province et aux bourgmestres : cette responsabilité va des mesures de prévention a la coordination de Pintervention des différents organismes de secours. (On peut se demander une fois de plus si les procédures sont suffisamment actualisées et si, a défaut d’exercices combinés, les mécanismes fonctionneraient avec toute Pefficacité voulue. Nous retombons ici sur la nécessité d’une Autorité unique qui, dés le temps de paix, doit s’en préoc- cuper. Les structures nécessaires existent. Manquerait-il 1a volonté politique de les faire fonctionner convenable- ment ? Tl ya lieu de se poser la question. 9.13. COUT DU PROGRAMME PROPOSE Les dépenses de construction ont été estimées a: 291 milliards de francs pour les abris 40 milliards de francs pour les ouvrages du service sanitaire et 41 milliards de francs pour les abris des organismes de protection, soit un total de 372 milliards de francs. 158 On se souviendra que les dépenses de construction représentent en Suisse 82,5 % des dépenses totales. Les 17,5 % restant couvrent Pentretien, les équipements, instruction, Fadministration et les études de recherche et de développement. ‘A défaut de pouvoir étre plus précis, c’est sur ces proportions que nous nous baserons pour estimer le coft du programme proposé. Sachant que les constructions sont évaluées 4 372 milliards de francs, nous en déduisons que le programme dans son ensemble peut étre chiffré 4 environ 372 x a 450 milliards de franes. Les dépenses d’entretien et d’équipement sont en effet proportionnelles importance des constructions. Quant aux frais instruction, ils sont en rapport avec le nombre de personnes qui en bénéficient (520.000 en Suisse - suivant l’Etat réglementaire - contre un effectif proposé de 300.000 en Belgique); ces frais seraient done plut6t inférieurs chez nous, Le chiffre de 450 milliards n'a de toute facon pas la prétention d’étre plus qu’un ordre de grandeur, Cela dit, il est toutefois suffisamment fondé que pour étre crédible et servir de base aux réflexions qui suivent. Compte tenu du retard pris par la Belgique en matiére de Protection civile, et de Pétat permanent de tension internationale dans lequel nous vivons, nous estimons que, si notre pays opte enfin pour une politique de prévention des risques, il doit s’y lancer résolument, avec pour objectif avoir terminé les constructions protégées (ici la fin du siecle. Cela nous laisse 15 ans. Les Suisses en auront eu le double. 450 milliards en 15 ans, 30 milliards par an, est-ce raisonnable ? Et est-ce possible? La toute premigre question A se poser est celle ci: que vaut la survie un homme en termes strictement économiques ? Selon la documenta- tion suisse, la valeur mathématique @’assurance de P’étre humain se chif- frait en moyenne au cours des années 1970 4 un million de F.S., soit plus de 20 millions de F.B. ‘A défaut @abris, la population belge risque, en cas d’agression lourde, Wétre balayée 4 80 % dans les régions directement touchées. Avec un réseau @abris adapté au niveau du risque, les pertes peuvent étre réduites des trois-quarts, voire davantage ... Au seul plan économique, il apparait done déja qu’une protection efficace est largement payante, Mais faisons un pas de plus : Que cofiterait 4 la communauté - indépendamment des pertes en vies humaines - Ie traitement de centaines de milliers de blessés, de briilés, de gazés? Plusieurs centaines de mille francs par individu, c’est-d-dire bien davantage que le prix d’une place protégée dans Pabri le plus performant. Certains objecteront sans doute que le prix d'un abri nest pas 4 comparer 159 a celui de soins médicaux, Parce que le premier se paie tout de suite et par chacun (sous quelque forme que ce soit) tandis que les blessures de guerre - pour autant ailleurs que la guerre survienne - ne nous atteindraient pas tous. Nous répondrions d’abord, rappelant un propos d’Oswald Spengler (*), que "si la paix sera toujours un voeu, la guerre sera toujours un fait”. Ensuite, qu’une guerre moderne, a l’encontre des guerres passées, peut frapper sur de vastes étendues (fallout, gaz,..) et atteindre massivement une population non protégée. Mais nous n’avons fait jusqu’ici que parler chiffres. Or, les blessures, les maladies, les handicaps, les traumatismes irréversibles ne se traduisent pas @abord en francs, mais en souffrances physiques et morales. Comment réagirait une nation devant la tiche immense de soigner, d’as- sister matériellement ct de soutenir moralement une masse innombrable de victimes ? Trouverait-elle encore la force, le ressort et les moyens de se relever de ses ruines et de rebatir son économie ? On peut en douter. Cest pour ces multiples raisons qu’une Protection civile efficace s'im- pose, Et la construction d’abris en constitue le pilier essentiel, Mais nous est-il possible d’en supporter la charge financiére ? C’est ce que nous allons examiner. (*) Philosophe et historien allemand (1880-1936) 160 CHAPITRE 10 LE FINANCEMENT DU PROGRAMME ET SES RETOMBEES 161 30 milliards par an, soit 3.000 F par habitant, est-ce une prime d’assurance ‘excessive pour éviter Phécatombe ? Nul ne le prétendra. Mais est-ce dans nos moyens ? Telle est 1a vraie question. Notons @’abord que la consommation domestique de la population belge ‘été on 1981 de 5,634 ECU en moyenne par personne (chiffre Eurostat), soit plus de 250,000 FB. Cette consommation annuelle s’est certainement maintenue en francs courants, Serait-il déraisonnable den réserver un pour cent pour assurer notre survie en cas de guerre ? ‘Au plan national, une dépense annuelle de 30 milliards représente actuel- loment 1,5 % des dépenses de PEtat et 0,6 % de notre P.N.B. 10,1. COMMENT SE REPARTIRAIT LE FINANCEMENT 2 Comme nous Pavons vu, la formule de répartition varie beaucoup dun pays a Pautre. En Suisse, la Confédération (donc P'Etat) est intervenue jusqu’ici pour 46% des dépenses, les cantons et les communes pour 43 %, ct les particu: liers pour 11 %. En matiére @abris publics, la Confédération intervient pour 40 & 60 % et les communes pour le reste. En Norvége, les particuliers supportent entiérement les frais de leur autoprotection, tandis que les abris publics sont financés, pour les deux: tiers, par PEtat, et pour un tiers, par les communes, En Finlande, les dépenses de protection civile sont en grande partie sup- portées par la population, soit sous forme de cotisations libres ou impo- sées, soit par prélévement sur les activités industrielles ou commerciales. En Belgique, il semble que Ies abris publics pourraient étre nettement prédominants, du moins en ce qui conceme les abris NBC : ceux-ci s'a- ménagent en effet difficilement dans des sous-sols existants, et les con- structions nouvelles se font rares. Il en résulte que la part des pouvoits publics pourrait chez nous atteindre, voire dépasser, les 80 %; elle serait 2 répartir entre PBtat (ou Ia Région) et les communes, suivant une clé & convenir. La part restante serait & charge des communautés privées et des particu- liers. 163 Il parait toutefois souhaitable que Ja charge directe d'un chacun, méme pour la construction d’un abri familial, soit réduite au strict minimum, car en matiére d’abris - comme en d’autres d’ailleurs - les moyens financiers individuels ont généralement peu de rapport avec les besoins de la famille. L’essentiel est que chaque citoyen ait une chance égale de disposer, au plus t6t, @’une place protégée dans un abri adapté au risque de sa région, quels que soient ses propres possibilités financiéres et son type de loge- ment. 10.2. COMMENT FINANCER LA PART DES POUVOIRS PUBLICS ? Nous pensons qu'il serait contre-indiqué d’encore alourdir & cette fin la fiscalité directe ; celle-ci a atteint des sommets qu'il serait néfaste et politiquement imprudent de dépasser. D’autres formules sont 4 envisager. En voici quelques-unes = Dans état actuel du marché des capitaux, il est possible, de Pavis des spécialistes, de couvrir une tranche supplémentaire annuelle @’em- prunt public de Pordre de 25 a 30 milliards de francs. Compte tenu de son affectation particuliére (Ia Protection civile), cet emprunt pourrait aire assorti d’un taux @'intérét inférieur aux conditions du marché des capitaux, A condition d’y attacher Pun ou Pautre avantage pour les détenteurs : déductibilité fiscale du prix d’achat jusqu’a un certain pla- fond, exemption de droits de succession, exemption d’impot sur les intéréts, [A titre de référence, les montants recueillis au titre du seul Fonds des Routes se sont élevés, pour les années suivantes a 1975 : 29 milliards 1979 : 60,7 milliards 1976 : 37 milliards 1980 : 40,5 milliards 1977 ; 45 milliards 1981 : 47 milliards 1978 ; 63 milliards 1982 : 38 milliards soit une moyenne de 45 milliards par an, en francs courants, ce qui correspond a plus de 60 milliards par an, en valeur 1983. ‘Au cours des années 1978 a 1982, les investissements routiers ont été ‘en moyenne de 26,4 milliards par an, en francs courants. Or, non seulement les grands travaux routiers, mais aussi les grands travaux hydrauliques arrivent a leur fin, L’argent qu’on y a consacré chaque année, pendant plus de 20 ans, ne pourrait-il pas désormais tre affecté, pour une part du moins, un programme de protection de la population ? Le pays s’en trouverait conforté et le secteur de Ia contruction - le plus touché par la crise actuelle -y trouverait un regain activité, avec les retombées économiques et sociales que lon pour- rait en attendre. Rappelons nous adage : "Quand le batiment va, tout va.” La Protection civile, compte tenu de son utilité publique, justifierait 164 par ailleurs la contribution d’organismes tels que la Loterie Nationale, de méme que le prélévement dune taxe sur les jeux de toutes natures (paris hippiques, jeux de hasard, casinos, machines 4 sous...) Sait-on que les bénéfices nets de la Loterie Nationale ont dépassé le chiffre de 6 milliards de francs en 1983 ? Ils étaient estimés a 6,7 mil- liards pour 1984. Selon les textes I¢gaux ot réglementaires qui détermi- nent leur répartition, il semble qu’une tranche de ordre de 2 milliards de francs pourrait étre consacrée 4 une action telle que la protection civile du pays. Quant aux flashs d’information sur la Protection civile, a la radio et & la télévision, pourquoi ne seraient-ils pas sponsorisés comme (autres par le Crédit Communal, la SNCI ou les grandes banques ? Une autre solution serait de faire financer une partie des constructions de protection civile par des entreprises du secteur privé, suivant des formules de leasing & négocier avec les pouvoirs publics. Comme dans certains autres pays (Cfr. Chap. 5), 1a Protection civile pourrait aussi bénéficier de subsides, de dons, de cotisations diverses, dans la mesure ot le Gouvernement aurait réussi a motiver suffisam- ‘ment Popinion, et aurait encouragé de tels gestes par des mesures fisca- les appropriges. Une combinaison de ces différents moyens permettrait 4 coup sOr aboutir au financement du programme, sans risque d’aggravation du déficit budgétaire. 10.3, QUELLE SERAIT EN FAIT LA CHARGE FINANCIERE ANNUELLE DE L'ETAT ? Pour raison de simplification, nous supposons ci-aprés que la part des pouvoirs publics serait totalement 4 charge de Etat ou, en d’autres ter~ mes, que les dépenses communales en matiére de protection civile seraient totalement subsidiées. La charge annuelle de croisiére serait de ordre de 80 a 90 % de 30 mil- jiards, soit plus ou moins 25 milliards, dont 20 milliards de travaux et 3,5 milliards de matériels, le reste étant consacré a instruction, 4 Padmi- nistration et aux études de recherche et de développement. Lorsqu’on considére toutefois les retombées directes pour le Trésor dune commande de travaux publics, dans le contexte socio-économique du moment, on se rend compte que la charge réelle de I’Etat serait nettement moindre. En effet, lorsqu’un ouvrier du batiment (ouvrier qualifié du premier éche- Ion, au salaire de base de 276 F Pheure) gagne 637.434 F par an, tous avan- tages compris, son salaire donne lieu aux contributions sociales et fiscales suivantes (1): (1) Informations regues de ta Confédération Nationale de la Construction (Sept. 1984), 165 - Sécurité sociale : Contribution de Pemployeur : 314.861 F Contribution du travailleur : 61.296 P 1 T.V.A, sur le chiffre affaire réalisé par Touvrier, soit 1,540,000 (moyenne pondérée entre 6 et 17 %) : 210.980 F payé par l’ouvrier (marié avec 1 enfant) : 138.976 F Impét sur bénéfice de l’entreprise (50 % de 2 % de 1,540,000 F) : 15.400 F Total : 741,513 F Sur une dépense en travaux publics de 1.540.000 F, lEtat récupére donc dans année 741.513 F, soit 48 %. Mais si ces travaux permettent de remettre un chémeur au travail, les retombées sont tout autres, vu que I’Etat bénéficie alors en plus du non-paiement des allocations de chémage. Celles-ci se chiffrent, pour une année entire, a 295,681 F. Le total des retombées passe alors 4 1.037.194 F, soit 67 % du montant des travaux commandés. En fait, les retombées en faveur du Trésor sont encore majorées par effet multiplicateur que produit la remise au travail d’un chémeur. Cet effet sur ’économie générale est de l’ordre de 1,5. La remise au travail d’un chOmeur rapporte ainsi en fin de compte a Etat, avec Pactivité induite qu’elle entraine, un montant sensiblement égal A celui des travaux commandés. N’était-ce le coft du financement (11 % nominal moins 6 % dinflation), les travaux publics ne cofiteraient donc actuellement 4 Etat qu’un tiers de leur prix et, a terme, quasiment rien, en raison des retombées indirectes et différées. Dans le seul secteur des constructions métalliques, le retour au Trésor est de 34 % dans l’année, mais, avec les effets induits et différés, ce chiffre peut atteindre jusque 80 % au cours des années suivantes. (1) Sur les dépenses d'instruction, d’administration et d'études, nous esti- mons que le retour direct au Trésor serait de ordre de 50 %. Sur base de ce qui précéde, nous pouvons done prétendre qu’un investis- sement public annuel de 25 milliards ne cofterait dé VEtat qu'un maximum de 10 milliards de francs, et que ce chiffre pourrait méme étre réduit de moitié, en cas de remise au travail de chémeurs, ou de maintien en activité de travailleurs au bord du chémage. (1) Etude Frabrimétal de mars 1982. 166 De telles dépenses ne sont au reste pas a envisager dans Pimmédiat. Un programme de Pampleur proposée ne se lance pas a Paveuglette : il implique des études préalables de normalisation, de programmation et de planification. Les investissements ne viennent qu’ensuite, et progressive- ment. 10.4. LES RETOMBEES ECONOMIQUES ET SOCIALES Indépendamment des raisons politiques, économiques et morales qui militent en faveur d’une protection efficace de 1a population en temps de guerre, la construction massive @abris publics et privés apporterait aux entreprises la manne tant attendue pour le sauvetage de bon nombre entre elles. Sait-on que la construction a perdu un tiers de son activité depuis 1980 et que, dans le secteur du génie civil, on prévoit une nouvelle réduction des investissements a partir de 1985, avec méme accentuation de la tendance dans les années suivantes ? Cette régression a eu les conséquences suivantes au niveau de Pemploi : Je nombre de travailleurs est passé de 241,000 en 1980 171.000 en 1983. Le nombre de chémeurs complets, de 33.500 en 1980 a 64,500 en 1984. ‘Viennent s’y ajouter environ 40.000 chémeurs partiels. Lindustrie de la construction connait donc une crise grave. Et bien des activités connexes en souffrent. Suivant le Bureau du Plan (1), le nombre @emplois directs générés par milliard de francs en travaux de batiment - au prix et avec la productivité de 1984 - serait de 460. S’y ajouteraient 215 emplois induits, ce qui fait un total de 675. Selon Ia Confédération Nationale de la Construction (document du 26.09.1984) 1 milliard de travaux donne directement de l'emploi & 650 travailleurs du batiment, et par induction a 325 autres, soit 4 975 person- nes au total, En construction d’abris, les chiffres seraient un peu moin- dres, En constructions métalliques, une commande de 1 milliard de F de biens @équipements provoque la mise au travail de 600 4 700 personnes pen- dant un an (Fabrimétal, doc. du 30.03.1982). Sur base d’une moyenne des chiffres ci-dessus, (800 pour les travaux de de génie civil, 650 en constructions métalliques) nous arrivons A la con- clusion que 23,5 milliards par an de travaux ct fournitures donneraient de Pemploi a 18.300 personnes. Quant a instruction, 4 Padministration et aux études, elles en occuperaient 4 coup sr un bon mil (1) Dossier "Transposition du regroupement économique en réalisations physiques” 10 janvier 1984 - p. 34 167 25 milliards par an consacrés 4 la Protection civile permettraient donc la remise ou le maintien en activité de prés de 20.000 travailleurs pendant toute la durée du programme, soit pendant 15 ans au moins. Ce serait par ailleurs occasion d’acquérir et de développer un savoir-faire national dans un créneau suceptible d’intéresser I’étranger, 4 commencer par nos voisins immédiats. Nous pensons notamment aux portes et volets blindés, adaptés & des surpressions modérées (0,2 4 1 bar), aux équipe- ments de ventilation, aux filtres a poussiéres et A gaz, aux vétements de protection, aux masques A gaz, aux appareils radio en ondes décimétri- ques (U.H.F.), aux liaisons par fibres optiques, ... Des industries de toutes tailles pourraient s’y intéresser et mettre au point de nouveaux produits exportation, pour le plus grand bien de notre balance commerciale, Soyons certains que, si nos industries n’acquiérent pas le savoir-faire et Pexpérience dans ce domaine, nos voisins, eux, progresseront et envahi- ront le marché @ici quelques années, lorsque le besoin en abris NBC sera deyenu de plus en plus évident. 10.5, L'UTILITE DES ABRIS EN TEMPS DE PAIX Beaucoup s’imaginent qu’investir en construction d’abris, c’est enterrer de argent en pure perte, soit qu’ils ne croient pas a Péventualité d'une nouvelle guerre, soit qu’ils se disent qu’ils n’auront pas le temps de courir aux abris, soit qu’ils ont poine A leur faire confiance... Tous ces arguments sont aisément refutables : la guerre - hélas ! - reviendra un jour (le monde n’aurait connu que 300 ans de paix au cours des six millénaires de son histoire) et elle s’annoncera, ne serait-ce que par les mouvements de troupes et les mesures d’évacuation de la population chez Pagresseur (rien n’échappe plus a Poeil des satellites!), Les abris traditionnels ont déja largement prouvé leur efficacité au cours de la derniére guerre. Quant aux abris modernes, fermés et ventilés, ils offriraient une protection bien supérieure encore. Indispensable en temps de guerre, l’abri est utile en temps de paix. Utile, il Pest office dans toute habitation, vu qu’il sert normalement de cave a provisions, d’atelier de bricolage, de chambre forte, ... II Pest également dans les batiments a usage collectif, o& il peut servir de réserve de matériel de jardin, d’accessoires didactiques, d’équipements sportifs, de lits ’hépitaux, etc... Quant aux abris publics, il est de plus en plus conseillé de leur attribuer une double fonction : une de paix et une de guerre. Le supplément de prix résultant de la fonction de guerre est nettement moins élevé que le cofit d’un abri de méme grandeur dont la fonction serait exclusive, et il est bon que la population ait occasion de se familiariser aux accés et & ambiance des abris qui lui sont destinés. Parmi les utilisations du temps de paix, on reléve le plus souvent les fonc- tions suivantes : parking, réfectoire, salle de sport, centre culturel, lieu exposition, surface commerciale, métro, 168 La seule condition mise a l'utilisation des abris en temps de paix est la possibilité d’évacuer en 48 heures leur contenu n’ayant pas une destina- tion prévue dans la fonction de guerre. Non seulement les abris privés et publics peuvent et doivent méme, dans toute la mesure du possible, étre rendus utiles en temps de paix, mais il mest pas a exclure qu’ils soient un jour nécessaires en dehors du temps de guerre, Dans un pays comme le nétre, & haute densité de population et fortement industrialisé, il peut atriver qu’une catastrophe naturelle ou un accident chimique ou radiologique frappe de plein fouet toute une région, sans possibilité d’évacuation immeédiate des habitants. L’abri serait dans ce cas le refuge, le lieu Pattente idéal. Il pourrait en étre de méme en cas dagressions terroristes lourdes. 169