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Noël-Akchoté-sur-webSYNradio-25-février-

4-mars
2009 octobre 2
tags: Andrea Parkins, Andreas Angelidakis, Angelo Plessas, Angelo Vermeulen, Anne-James
Chaton, Annie Abrahams, Bianco-Valente, Bonnie Collura, Boris Achour, Carl Michael von
Hausswolff, Carl Stone, Carole Benzaken, Charles Pennequin, Chloe Piene, David
Goldenberg, David Medalla, Dominique Blais, entretien, Eric Périer, Erik Truffaz, Frédéric
Sanchez, Guillaume Loizillon, Harvey Benge, Isabelle Lartault, Jean Daviot, Jean-Michel
Espitallier, Joel Hubaut, Luca Francesconi, Marcelline Delbecq, Martha Rosler, Noël
Akchoté, Olga Kisseleva, Olivier Bardin, Olivier Cadiot, Pascal Comelade, Philippe Rahm,
Pia Dehne, Pierre Ménard, puissance de la musique, Richard Pinhas, Robert Stadler,
Rodolphe Burger, Rubin Steiner, Samuel Zarka, Sandra Moussempès, Tania Mouraud, Terri
Weifenbach, Zimoun & Leerraum [ ]
by Dominique Balaÿ

NOEL AKCHOTE
Playlist # 2

1/
Jaco Pastorius / Joni Mitchell – Shadows and Light – Asylum Records / Warner
2/
Jaco Pastorius – Holiday for Pans – Sound Hills Records
3/
Jaco Pastorius / Albert Mangelsdorff Trilogue – Live ! – MPS Records
4/
Jaco Pastorius – The Early Years Recordings – King International Inc.
5/
Jaco Pastorius, Paul Bley, Pat Metheny, Bruce Ditmas – Jaco – Jazz Doors Records.
6/
Larry Coryell – The Real Great Escape – Vanguard Records
7/
Larry Coryell & Philip Catherine – Twin House – Act Records
8/
Larry Coryell / Charles Mingus – Me Myself an Eye – Atlantic / Warner
9/
Larry Coryell – Basics – Vanguard Records
10/
Larry Coryell – Bolero -
11/
Link Wray and his Raymen – The Swan Single Collection – Rollercoaster Records
12/
Link Wray – Law of the Jungle – Ace Records
13/
Kenny Burell Trio – A Night at the Vanguard – Argo / Cadet Records
14/
Eric Gale – Blue Horizon – JVC Records
15/
Tania Maria – Via Brasil ( W. Boto and Hello ) – Barclay
16/
Paulhino Da Costa – Agora – Pablo Records
17/
David Spinozza – Spinozzza – A&M Records
18/
Cheap Trick – Dream Police – Epic / Legacy
19/
Larry Coryell / The Eleventh House with Larry Coryell – Vanguard Records
20/
Larry Coryell / Larry Coryell – Victor Bailey – Lenny White – Electric – Chesky Records

——
ECOUTER

La playliste de Noël Akchoté est proposée en mode lecture (pas de diffusion sur
webSYNradio). A charge pour chacun de se procurer les albums…
Lire la partie 1 de l’entretien pour comprendre ce qui motive ce choix éditorial.

——
ENTRETIEN

PUISSANCE DE LA MUSIQUE / DES PRATIQUES, UN QUOTIDIEN (#


2/3)

Noël Akchoté, Dominique Balaÿ, octobre 2009


A l’occasion de sa participation à webSYNradio, Noël Akchoté a bien voulu se prêter à un
entretien pour « servir » ses playlistes. L’entretien s’est déroulé par écrit, au gré d’un
échange de mails très chaleureux courant octobre 2009. Il donnera lieu à une publication en
trois parties (correspondant aux trois playlistes, lire la première partie de l’entretien) dans la
revue Droit de Cités tout au long de 2010.
A ne pas manquer : la société de Curiosités accueille le 25 février Noël Akchoté pour une
première soirée SYNCHRO (+traces de la soirée ici ) concoctée par webSYNradio.
Voici donc la deuxième partie de l’entretien… DB

#2

Dominique Balaÿ : A travers tes réponses, tu donnes à voir (les paquets de disques dans
ton sac de voyage : je les vois) et à entendre (l’envie de parler, d’échanger, la pointe de
l’argumentation, autant que le moteur du travail en cours, tes pratiques). Je sors d’une
visite sur robertquine.com …

Noël Akchoté : Oui je pensais aussi à des johnfahey.com, freddiegreen.org, mais


éventuellement aussi au « pas tout Lacan » du site de l’école freudienne, au blog de Rafael
Sorin sur les pages de Libération et d’autres chose encore de la même tenue. Là aussi
l’immensité du web, on se rend compte rapidement à la pratique qu’elle se rétrécit vite. Je
veux dire par là que les sites sérieux sont rares (pas 10 % des occurrences sur un sujet donné
je pense), que le travail d’éditeur, de producteur, de passeur est comme toujours central dans
la circulation des savoirs. On va par contre trouver à l’air libre, visibles là où ils ne l’étaient
pas avant, des grappes de données strictement internes ( que ce soit le blog d’ ados d’une
même école, les forums de partis politiques à usage interne, les cycles ou dossiers
universitaires par programme ou autres collectionneurs ou curiosa en tout genre ). C’est
intéressant d’ailleurs de voir le problème des droits sur internet se poser avec l’enjeu
véritablement commercial des films ou des musiques, parce que dans d’ autres champs de
savoir comme le texte, ça fait déjà un moment que le ménage a été fait (difficile de trouver
maintenant des partitions, des textes non libres de droits et autres archives sauf totalement
privées ou auto productions). Cela dit, c’est tout à fait cohérent et logique puisque une large
partie du web comme de l’évolution culturelle et commerciale s’enroule autour du « moi je »,
de « l’auto fiction » ou du « regarde, ça pourrait être toi » des arts visuels.

DB : La musique comme signe de ralliement social et représentation d’un pouvoir :


situation de tous les arts en fait. En musique comme au cinéma : les enjeux sont
industriels, il y a une histoire d’échelle et de finalité, à la différence de la peinture.

NA : Non ça n’est pas différent pour la peinture, comme pour la banque ou tout autre
domaine sauf à chercher des niches sans aucun enjeu, ou vraiment privées (encore que, il
faudrait pour parler du web garder en tête que tout ce qui touche au sexe directement ou
indirectement représente en gros la moitié des connexions – voir les sites « mon ex.com » par
exemple ou tout ce qui est free porn , souvent de très loin ce qui est à l’avant-garde des
applications possibles de l’outil) – ce ne sont pas les enjeux qui sont industriels je pense, c’est
la finalité mais en cela rien de nouveau sous le soleil. L’industrie et la production culturelle
sont liées comme l’ampoule et la lampe à EDF. Avec une particularité française qui est le sens
que prend le terme « culture » dans ce pays. Cela n’est pas du tout un hasard si l’on a des
Malraux, des Lang mais aussi bien d’autres politiques dans ce domaine depuis plusieurs
siècles. En France la culture est du politique à l’état pur, ça n’est même rien d’autre au fond,
et il suffit de très peu de recherche pour en trouver les preuves factuelles. La culture y produit
du culturel, d’ où de tous temps aussi son animosité radicale à l’encontre de l’art et des
artistes autonomes. Par définition là aussi, l’artiste n’est qu’autonome (peu importe la nature
des fonds qui lui permette de l’être d’ ailleurs, de l’ascèse, de la pauvreté aux grandes fortunes
familiales, il y a de toujours des ponts et des liens entre ces deux extrêmes). L’industrie a
besoin de l’art, des artistes, de leurs idées là où le politique s’en méfie à l’ extrême.
L’industrie fait des contrats, ensuite des objets. La culture ne produit que des agents culturels.
C’est même le seul progrès majeur dans ce domaine depuis environ une vingtaine d’années, le
fait que les milieux culturels soient maintenant producteurs de l’ensemble de la chaine
(écoles, diffusion, théorie, programmes). C’est donc tout à fait logique de voir le politique, la
culture, courir après le marché qui lui a de véritables résultats, un chiffre d’affaire sans
comparaison avec les ratages quasiment congénitaux à la culture. Pour reprendre ton exemple
de peintre, on connaît tous des artistes visuels qui ne produisent plus que pour la prochaine
biennale ou convention, qui n’ont pour la plupart même jamais connu d’autre mode de
production. En cela, la radicalité c’est depuis la nuit des temps l’art. Le cinéma de Méliès à
Spielberg, de Mekas à Tourneur n’a jamais été autre qu’industriel et à projections
commerciales. Ne serait-ce que parce que le plus avant-gardiste des réalisateurs aura toujours
besoin de Kodak, Pathé, Sony ou Apple Mac pour produire son objet. En musique il en va de
même, c’est avec l’arrivée de Leo Fender et autres productions d’instruments industriels que
les choses se mettent a évoluer sérieusement, à devenir véritablement accessibles à tous et
donc produisent beaucoup plus d’hybrides, de musiques que l’on n’ entendait pas avant, qui
ne sortaient pas du cadre local ou familial. Si tu prends les enregistrements ethnographiques
que fait Alan Lomax pour la Library of Congress, le plus obscur bluesman perdu dans les
campagnes sudistes ou autres américaines joue déjà des modèles à bas prix de chez Gibson,
Martin, etc. … En France, la culture étant à ce point un sujet politique, on produit des œuvres
qui resteront dans ce champs et sont à consommation immédiate, les Etats-Unis entendent
« cultural » autrement, c’est l’appropriation par les gens de produits culturels commerciaux,
d’ où à mon sens le fait qu’il soit possible là-bas de produire des choses à la fois mainstream
et chargée de sens, ou de qualité tout en restant de l’entertainement aussi. En France les
milieux culturels jouent bien sûr leurs artistes contre l’art en général, l’art n’étant pas
récupérable par le politique, par définition.

DB : Mais la Musique comme puissance (titre de l’entretien): finalement tu en parles


peu.

NA : Ce titre, qui est ta proposition ( et à laquelle je « contre » amicalement mais comme


pour essayer de peser de l’ autre côté de la balance ), résonne pour moi entre : Nietzsche » La
Volonté de » ( et je suis lecteur de Fritz … au-delà des imageries du bonhomme s entend ) et
le « Puissance de la Parole » qui se trouve dans les Histoire(s) de JLG ( à moins que ce ne soit
le titre du film « France Telecom », je ne sais plus au juste ). Pour moi, en tant que musicien,
dire « Puissance de la » çela me fait immédiatement entendre ta place d’auditeur en fait. C’est
un regard porté sur une expérience je crois, alors que pour le musicien en train de musiquer
(je tiens à ce néologisme!), sur l’instant, il s’agit d’autre chose. Cela n’est pas par hasard que
l’on se tient à la musique plutôt qu’à l’écriture, au montage ou d’autres formes artistiques. Il y
a quelque chose de radicalement avant le verbe dans la musique. Très vaste sujet encore,
j’espère y revenir, qui pose la question de l’écrit (tous les écrits), de la voix (puissance de la
voix, ça marche par exemple : la voix porte), du sonore, du sens et donc immédiatement aussi
du politique et de l’histoire (voire même du biologique ou physiologique). C’est pour cela que
j’oppose à « Puissance » les termes de Quotidien et Pratique. Pour moi la musique est avant
tout une pratique et de multiples quotidiens, mais dans tous les cas aussi une même musique
faite de plein d’autres. Même lorsque je suis auditeur, j’écoute la musique sous cet angle. Ce
qu’elles disent en émotion, en sens, en virtuosité ou autrement c’est la nature de la musique,
par définition quasiment.

DB : Ce que tu dis de la situation du musicien qui se tient dans les limites et la peau
technique de l’interprète : même si chez les classiques, c’est une haute fonction, elle reste
bridée, cela reste une limite (le respect, la lettre du texte, de la partition). Selon toi, et
pour paraphraser Jacques Derrida au sujet de la traduction, « qu’est ce qu’une
interprétation « relevante » ?

NA : Je vais profiter du fait que je collecte des citations pour divers textes à venir :
« Comprendre, c’est entendre et c’est s’entendre. On ne comprend jamais tout seul. Tout
comprendre prouve l’autre. » Georges-Arthur Goldschmidt ( »A l’insu de Babel ») ou : » De
temps en temps, il me semble percevoir une question qui monte des profondeurs du silence.
Mais celui qui la pose ne sait pas qu’il interroge, et celui à qui elle est posée ne sait pas qu’il
est interrogé. » Martin Buber ( »III- La question Secrète – Judaïsme »). Cela dit, cette
position de traducteur est quasi d’ordre théologique, c’est la question de ce qui « est ». Je ne
suis pas religieux, ça n’est pas la question ici, mais ça pose justement cette question du
religieux, les différents textes « saints » ne font même que cela je crois, d’où l’intérêt porté
par beaucoup d’autres personnes au-delà de la seule question religieuse. Disons plutôt que ce
terme d’interprète est le seul qui vaille pour moi, quelque soit le texte (sa nature de
composition, d’improvisation ou autre n’y change rien à mon sens, ce ne sont que de simples
conventions et traditions pour désigner une même chose). Derrida, c’est intéressant pour moi
parce que c’est par là que je suis rapidement allé chercher d’autres façons d’interpréter, de
dérouler, de jouer, de dire un bout de quelque chose à un moment donné.
Je suis « autodidacte » c’est ma chance : je ne comprends rien d’autre que ce que j’ai
l’impression d’entendre. Chez Derrida par exemple je serais bien en peine d’expliquer sa
pensée, par contre son style, son rythme, ses pulsations à égrainer les mots dans un temps
donné (un espace donné, pour la page), cela m’a tout de suite rappelé ce que l’on fait dans
l’improvisation. La musique en cela ne diffère pas du tout des autres formes d’arts, on ne sait
pas ce qu’elle dit non plus, on sait l’effet de sidération, d’attrait, d’émotion, etc. qu’elle
produit en nous. On dit souvent » ça fait sens » mais c’est surtout que ça fait signe de quelque
chose. La traduction, c’est un échec annoncé d’avance, c’est justement pour cela que l’on s’y
colle je crois. Il n y a pas moins de traduction lorsque c’est son propre texte que si c’est celui
d’un autre. En cela écrire, jouer, enregistrer est toujours une expérience dont on ne sait rien
avant. Au fond écrire, c’est pour se lire, jouer pour s’entendre soi-même. Au bout d’un
moment ce qui s’y dit peut avoir des effets de « puissance » mais pour celui qui dit, son
temps, son être entier est dans le dire, donc dans un quotidien, des pratiques.

(à suivre…)

——

RENDEZ VOUS

le 25/02, une soirée à l’invitation de la Société de Curiosités pour découvrir le projet mené au
sein de WebSYNradio.
Cette soirée accueille Noël Akchoté et Jean Michel Espitallier.
Toutes les infos sur :

http://instantnet.wordpress.com/soirees-a-venir/jeudi-25-fevrier-2010-synchro-1-
websyradiodroit-de-cites-avec-noel-akchote-akchte/

Réserver à lasocietedecuriosites@gmail.com

——
ELEMENTS

Noël Akchoté est un guitariste français né à Paris le 7 décembre 1968. Du jazz à


l’improvisation, en passant par la chanson, le rock ou la variété, son parcours et ses pratiques
permettent difficilement de lui attribuer un style précis, pas plus qu’une appartenance à un
courant ou à un milieu musical spécifique…

Discographie et bibbliographie de Noël Akchoté sur wikipedia


Textes de Noël Akchoté dans la revue SKUG
La playliste de Noël Akchoté dans les programmes non déterminés de la société de
curiosités