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SOMMAIRE :
Éditorial
par Michel Collon et Tarik Bouafia
Les Brèves du mois de janvier
Le groupe Clarín remporte la bataille électorale en Argentine
par Juan Luis Francia
Coup d’État électoraux en Amérique Latine
par Stella Calloni
Deux défaites et que pouvons-nous faire?
par Michel Collon
Résistance chaviste à la renaissance du néolibéralisme
par Geraldina Colotti
L'Union portuaire au Chili, retour sur une expérience syndicale originale
par Frank Gaudichaud
Schizophrénie climatique
par Pablo Solón
Neuf choses à savoir sur les réfugiés cubains en Amérique Centrale
par Marc Vandepitte
Merci Obama
par Iroel Sánchez
La mémoire au service des luttes

2

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Les Brèves du mois
Nouvelle loi sur l'éducation au Chili
Par 96 voix pour, 12 contre et 7 abstentions, la
chambre des députés du Chili a donné son feu vert
à l'adoption de la Loi Générale d’Éducation (LGE)
pour rendre l'éducation publique et gratuite pour
tous.

La Colombie vient en aide au Paraguay
Les militaires paraguayens pourront dorénavant
compter sur l'aide des policiers colombiens afin
d’éradiquer l'Armée du Peuple Paraguayen (EPP en
espagnol) et le Groupe Paysan Armé (APA en
espagnol) qui luttent depuis des décennies pour la
dignité et la libération du peuple paraguayen.

3

Rafael Correa a inauguré le plus grand projet
hydrique d’Équateur
Le président de l’Équateur a inauguré mardi 22
décembre le plus grand projet hydrique du pays qui
permettra d'irriguer 170 000 hectares, bénéficiera à
plus de 127 000 habitants et permettra notamment
d'améliorer la production agricole en période de
sécheresse.

Le Venezuela inflige un sérieux revers à
Monsanto
L'Assemblée Nationale vénézuélienne a approuvé
un projet de loi visant à interdire les graines
transgéniques. Cette loi a également pour but de
promouvoir la production d'aliments dans le pays et
ouvrir la voie à un modèle écosocialiste.

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

342 journalistes assassinés entre 2006 et 2015
Lors de la dernière décennie, 342 journalistes ont
été assassinés sur le continent latino-américain.
87% des journalistes assassinés étaient des
reporters locaux et plus de la moitié d'entre-eux
travaillait pour des médias en ligne.
Le Mexique, le Honduras et le Brésil sont les pays
les plus dangereux pour les journalistes suivis de
très près par la Colombie et le Guatemala.

Des milliers d'argentins dans la rue pour
défendre la liberté de la presse.
Des dizaines de milliers d'argentins se sont
rassemblés, lundi 14 décembre, devant le Congrès
pour protester contre le projet d'abrogation de la
Loi sur les médias (ley de Medios) adoptée sous le
gouvernement de Cristina Kirchner. Cette mesure
avait pour but de lutter contre la concentration des
médias.

4

Première grève général sous l'ère Macri
Le 29 décembre dernier, des milliers de travailleurs
essentiellement du secteur public, se sont mis en
grève pour dénoncer les licenciements massifs de
fonctionnaires par le nouveau gouvernement.
En réponse aux mesures néolibérales de M.Macri,
la Centrale Syndicale Argentine a décidé de saisir
l'Organisation Internationale du Travail (OIT).

En Argentine, un éminent journaliste censuré
Le célèbre journaliste politique et ancien journaliste
sportif, Victor Hugo Morales, a été purement et
simplement démis de ses fonctions de journaliste
de la Radio Continental pour laquelle il travaillait.
Selon lui, ce renvoi correspond au «manque de
démocratie et de liberté d'expression du
gouvernement Macri»

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Telesur bientôt hors d'Argentine?
Le président Mauricio Macri a annoncé vouloir
revoir la participation de l'Argentine avec la chaîne
d'information latino-américaine Telesur. Rappelons
que l'Argentine a été avec le Venezuela notamment
une des fondatrice de cette chaîne qui a
révolutionné le paysage médiatique sud-américain
et caribéen.

5

La droite vénézuélienne fait descendre les cadres
de Bolivar et Chavez
Le nouveau président de l'Assemblée Nationale,
Ramon Allup, a décidé de frapper fort à peine ses
fonctions prises. En effet, il a symboliquement
ordonné de retirer les portraits de Simon Bolivar et
de Hugo Chávez du parlement vénézuélien.

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Le groupe Clarín gagne les élections
présidentielles en Argentine
par Juan Luis Francia
« La démocratisation du système des médias de masse
est une précondition à la consolidation du système
démocratique » Carlos Nino

La guerre contre la démocratie
Au cours de l'année 2015, la lutte pour le pouvoir
entre Clarín et le gouvernement de Cristina
Fernández de Kirchner est devenue plus intense et
plus explicite ; Le monopole médiatique Clarín
mène une guerre sans précédent dans l'histoire du
pays austral contre la dirigeante politique la plus
populaire de ces 40 dernières années en Argentine.

Après que la loi a été promulguée, celle-ci octroyait
un délai d'un an aux groupes privés pour qu'ils
s'adaptent à la nouvelle législation, mais Clarín a
poursuivi son opposition, protégé par un réseau de
juges qui gelaient l'application de la loi au groupe
grâce à des mesures préventives, ce qui lui a permis
d'éviter de perdre les nombreux médias qu'il
possède. Six ans après l'adoption de la loi des
médias, Clarín a réussi à garder sa puissance
médiatique intacte et à contribuer au changement
de couleur politique du gouvernement national qui
s'est opéré en décembre 2015. Cela lui permet
d'aspirer à consolider sa position de groupe
économique et médiatique le plus puissant que l'on
ait vu dans tous les pays de la région.

C'est à l'ombre de la dernière dictature argentine
que le groupe Clarín a commencé à grandir. Il a
illégitimement pris le contrôle de la seule entreprise
qui produit alors le papier pour les journaux, Papel
Prensa, se servant des forces de répression de la
dictature pour forcer les propriétaires de l'entreprise
à leur vendre. Le fameux manque de scrupules d'un
de ses principaux propriétaires, Héctor Magnetto,
est toujours consigné dans un jugement à l'encontre
des oppresseurs dictatoriaux grâce au témoignage
de Lidia Papaleo, ex-propriétaire de Papel Prensa.
Magnetto l'a menacée en lui disant que si elle ne lui
vendait pas la société, sa vie ainsi que celle de sa
fille de 2 ans seraient en danger. Contrainte de
vendre son entreprise, Papaleo a ensuite été
séquestrée et torturée pendant six ans dans les
cachots de la dictature qui s'appuyait sur la
complicité de Clarín pour censurer et ignorer dans
Les débats antérieurs à l'adoption de la « loi des sa grille informative les crimes contre l'humanité
médias », comme on l'appelle familièrement en commis par les militaires argentins.2
Argentine, ont vu la participation de différentes
organisations et institutions de la société (parmi
lesquelles on peut retenir la Coalition pour une
radiodiffusion démocratique) et se sont soldés par
un débat parlementaire et par l'adoption de la loi.
Ce mécanisme participatif en a fait une des textes
les plus démocratiques de toutes ceux élaborés par
le pouvoir législatif argentin. Ces institutions ainsi
que celles qui suivirent la promulgation de la loi
Le bourreau
des médias, ont toujours dû faire face à la
résistance du groupe Clarín, qui a opposé tous
types d'obstacles et dont les intérêts ont été La question que pose le cas argentin, et qui se pose
défendus par nombre de députés et de sénateurs. également à d'autres gouvernements de la région
aux tendances progressistes, est la suivante :
Pendant la dictature civico-militaire qui a régi
l'Argentine entre 1976 et 1983 et qui a assassiné
des milliers de compatriotes avec l'impunité que
leur octroyait le contrôle de l'État et des médias ;
un décret-loi sur la régulation de la radiodiffusion a
été adopté. Ce décret-loi de la dictature sur la
radiodiffusion est resté en vigueur pendant les
gouvernements démocratiques qui lui ont succédé,
jusqu'à octobre 2009 lorsque le congrès, soutenu
par le gouvernement Fernández de Kirchner, est
parvenu à sanctionner la Loi n°26 522 de Services
de communication audiovisuelle en Argentine.
Cette loi comporte deux axes, explique le
journaliste argentin Néstor Piccone, « la
démonopolisation et la promotion de la diversité
des opinions ».1

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Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

comment se peut-il que des citoyens qui ont été les
principaux bénéficiaires des politiques d'inclusion
sociale, de la souveraineté politique et du respect
des droits humains, élisent un candidat à la
présidence qui va à l'encontre de leur propres
intérêts et de ceux du plus grand nombre ?
Pourquoi un citoyen qui, grâce aux politiques de
Cristina Fernández de Kirchner, a trouvé un travail,
une maison, une voiture, est parti en vacances à
l'étranger ou dans son pays, au moment de voter,
choisit-il quelqu'un qui a toujours été contre ces
droits et ces bénéfices qu'il a acquis ?
Afin d'avoir un point de référence plus clair, il est
nécessaire de préciser que c'est depuis que le coup
d'État a éclaté et a ouvert la voie à la dernière
dictature d'Argentine, le 24 mars 1976, que la
démolition de l'État-providence a été initiée pas à
pas. C'est aussi à partir de cette date qu'on a
construit un nouveau capitalisme, beaucoup plus
agressif, plus vorace, qui a déclenché un transfert
de richesses du secteur salarié vers les élites
commerciales et financières. C'est ainsi que le
néolibéralisme a commencé à faire son chemin en
Argentine, grâce au seul moyen possible à l'époque,
la dictature. Pour simplifier, la marche du
néolibéralisme en Argentine a eu des conséquences
assez préjudiciables pour les classes populaires :
malnutrition, famine, chômage, et exclusion. Le
point culminant est atteint en décembre 2001,
lorsque les banques privées escroquent
massivement leurs clients, leur volant les dollars
qu'ils possèdent sur leur compte. C'est à ce
moment-là que les exclus du système et la classe
moyenne ont uni leurs revendications. Le mal-être
ne pouvait être plus important, et le gouvernement
néolibéral de Fernando de la Rúa s'est vu contraint
de démissionner. Après cette expérience
d'appauvrissement massif, d'émigration et de
désespoir, Néstor Kirchner arrive à la présidence et
avec lui la construction d'un modèle qui a
développé l'industrie nationale ainsi que la
répartition de la richesse à travers de nouvelles
politiques sociales. L'État-providence a été
reconstruit et l'économie a généré des millions
d'emplois, les salaires ont augmenté ainsi que le
pouvoir d'achat.
Enfin, après 12 ans où l'accès aux biens de
consommation et aux biens culturels ont été
garantis pour ceux qui n'y avaient pas accès avant,
les citoyens ont majoritairement donné leur vote à
Mauricio Macri, le candidat néolibéral à la

7

présidence argentine. L'amélioration des conditions
sociales, économiques et politiques n'a pas entraîné
une élévation de la conscience politique. Les
valeurs héritées du style de vie américain, la
surconsommation, et l'individualisme ne changent
pas mais favorisent plutôt l'augmentation du
pouvoir d'achat des salariés. Ainsi s'opère une sorte
d'approfondissement des valeurs capitalistes qui
paraît être une ingratitude envers le kirchnérisme
ou un masochisme politique puisque que l'on
soutient quelqu'un qui va restreindre les droits
acquis par les citoyens pendant douze années de
kirchnérisme. On a voté pour le bourreau et il va
falloir maintenant le subir.
Opposition grandissante
Comme nous l'avons dit plus haut, la loi des médias
qui cherche à démonopoliser et à promouvoir la
diversité des opinions a rencontré une grande
résistance de la part du principal concerné, à savoir
le puissant conglomérat médiatique du pays, le
groupe Clarín. La réaction corporatiste ne s'est pas
fait attendre, la Société Interaméricaine de Presse
(SIP) a fait une sortie pour défendre le groupe
Clarín et pour critiquer le gouvernement de Cristina
de Kirchner, accusant celle-ci d'essayer de contrôler
la presse et de limiter la liberté d'expression, alors
que l'objectif de la loi est de faire l'inverse.3
La loi de Services de communication audiovisuelle
a été votée il y a six ans, en octobre 2009, mais elle
n'a pas pu entrer en vigueur à cause du refus de
Clarín de s'y conformer. Ce dernier a reçu de
multiples soutiens (politiques, médiatiques,
judiciaires ainsi que celui de chefs d'entreprise)
dans sa lutte contre l'assaut démocratique du
gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner.
L'effort du gouvernement de Cristina Fernández
pour faire appliquer la loi des médias à Clarín s'est
heurté au phénoménal pouvoir de manipulation du
monopole. C'était la première fois depuis la
dernière dictature qu'un gouvernement
démocratique votait une loi sur les médias
audiovisuels malgré la résistance de celui que le
journaliste Victor Hugo Morales qualifie
d' »homme le plus puissant d'Argentine », le patron
du groupe Clarín, Héctor Magnetto. Après que la
groupe a fait appel devant la Cour Suprême
d'Argentine, celle-ci a considéré que la loi était
conforme à la Constitution. La seule option qui
restait donc à Clarín était de faire en sorte que le
gouvernement change afin que la loi puisse ensuite
être changée à son tour.

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Dans une société comme en Argentine, où une
frange importante de la population appartient à la
classe moyenne qui, après avoir fini le travail,
allume la télévision, navigue sur internet, écume la
presse ou écoute la radio, l'inconvénient est que la
majorité de ces médias ont tous le même
propriétaire, Clarín. Ainsi, les médias sont un
véritable facteur décisif lorsqu'on est en présence
d'un monopole car ils parviennent à faire germer
dans l'esprit du public des sentiments et des idées à
travers la manipulation, la calomnie et la censure.
C'est globalement ce qui s'est passé en Argentine,
consolidant ainsi une « démocratie de spectateur ». 4
L'attaque de Clarín contre la gestion Kirchner a
repris de plus belle pendant l'année électorale de
2015 ; nous prendrons deux exemples qui parlent
pour eux-mêmes. Le 30 mars 2015, le journal
Clarín, qui relaie les informations en Argentine,
titrait en une « Máximo (Kirchner, fils de la
présidente) serait co-titulaire de deux comptes
secrets » et ajoutait que ces comptes se trouveraient
aux États-Unis et aux Îles Caïmans. La fausse
information a été reprise par la revue brésilienne
Veja, malgré le fait que Clarín ait toujours utilisé
des verbes au conditionnel. La propre banque
américaine où Máximo avait soi-disant déposé des
millions de dollars a démenti les informations du
média argentin,5 et l'entreprise fantôme enregistrée
au Bélize que posséderait Máximo Kirchner n'a
jamais existé.6 Mais bien que la fausseté de
l'accusation de Clarín ait été démontrée, le mal était
déjà fait, car toutes ces calomnies n'ont été
découvertes qu'un mois après une dénonciation que
Clarín a mise en une de son journal phare pour
ensuite la reproduire dans tous ses médias.
Un autre exemple représentatif de l'attaque lancée
par Clarín contre le gouvernement de Cristina
Fernández est survenu le 14 mai (à peine deux
semaines après la calomnie sur les comptes secrets
de Máximo Kirchner), quand Clarín a titré que le
ministre de l'économie, Axel Kicillof, cumulait un
salaire en tant que ministre avec un salaire en tant
que directeur de la société pétrolière étatale YPF.
L'intéressé a immédiatement démenti et s'est plaint
du nombre de médias que possède Clarín pour
répéter ses mensonges. Selon les compte-rendus de
YPF, le rôle de Kicillof en tant que directeur était
ad honorem, le ministre ayant renoncé aux
honoraires de ce poste au moment même où il a été
nommé ministre.7
Sur Clarín les exemples de censure sont également
abondants. On peut mentionner le silence dont a

8

fait preuve le monopole sur l'information filtrée par
le portail Wikileaks, qui a révélé que Mauricio
Macri avait demandé à plusieurs reprises à des
fonctionnaires de l'ambassade des États-Unis à
Buenos Aires que le gouvernement du nord soit
plus dur avec les Kirchner, qu'il critique
publiquement leurs politiques, il leur demandait, en
synthèse, d'assumer un statut impérialiste plus actif
dans ses ingérences en Argentine.8 Une autre note
de Wikileaks a révélé que Macri avait dit à
l'ambassadeur des USA en Argentine que son parti
politique était le premier en 80 ans d'histoire
nationale à être pro-marché et pro-affaires. 9 Ces
informations ont été soigneusement laissées de côté
dans la grille informative du groupe Clarín, lequel a
toujours offert une protection médiatique à la figure
politique de Macri pendant des années.
La victoire serrée de Mauricio Macri aux élections
présidentielles du 22 novembre 2015 doit beaucoup
au groupe Clarín qui a servi de bélier à Macri pour
démolir les portes de la Maison rose. Les faveur
politiques se paient toujours, et Macri a donné des
échantillons de cette règle tacite le lendemain de
son intronisation en promulguant un décret-loi qui
modifie la loi des médias et cherche à évincer ou à
brider le directeur de l'Autorité fédérale des
services de communication, Martín Sabatella. Un
appel à manifester contre le décret et pour défendre
la loi des médias a immédiatement été lancé à
l'initiative des kirchnéristes 10 lesquels ont
également averti que si le macrisme cherchait à
annihiler l'AFSCA, créé par la loi, ils auraient
recours aux instances judiciaires nationales et
internationales. 11 Même si Clarín a réussi à placer
son candidat à la présidence, la bataille qui se
déroule actuellement est loin d'être gagnée pour
Clarín. Comme le disent les mères de la Place de
Mai « la seule bataille que l'on est sûr de perdre est
celle qu'on ne mène pas ».
Supplément : Clarín, le grand monopole
argentin :
Clarín possède plus de de 240 entreprises du câble
réparties dans toute l'Argentine, un chiffre plus de
dix fois supérieur à ce qu'autorise la loi des
médias.12 Selon des estimations de l'AFSCA,
Clarín arrive à toucher 42% de la population grâce
à la radio, 39% grâce à la télévision gratuite et 59%
grâce à la télévision par abonnement.13 La loi de
médias stipule qu'en aucun cas une seule entreprise
ne peut dépasser une couverture de 35% de la
population, chiffre que Clarín dépasse largement et

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

qui l'oblige à se séparer de médias pour être en
règle.
Enfin, Clarín dans son optique d'expansion souhaite
diversifier son offre dans des domaines non
autorisés par la loi des médias, comme par exemple
celui de la téléphonie.14

1 Piccone, Nestor Piccone, Néstor. (2015). La
inconclusa ley de medios. La historia menos
contada. Peña Lillo y Ediciones Continente. Buenos
Aires. Argentina.
2 http://www.pagina12.com.ar/diario/ultimas/
20-195169-2012-05-29.html
3 http://www.lanacion.com.ar/1246307-criticas-de-lasip-a-la-ley-de-medios
4 Chomsky, Noam y Ramonet ,Ignacio.(2002). . Como
nos venden la moto. Icaria. Barcelona. España.
5 http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/
1-270291-2015-04-11.html
6 http://www.telam.com.ar/notas/201504/100353falsa-denuncia-clarin-maximo-kirchner.html
7 http://www.telam.com.ar/notas/201505/104989kicillof-desmintio-que-gane-400-mil-pesos-comodirector-de-ypf.html
8 http://santiagoodonnell.blogspot.fr/search?q=macri
+embajada
9 http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/
cash/48-8910-2015-11-06.html
10 http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/
1-288548-2015-12-18.html
11 http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/
1-288092-2015-12-12.html
12 http://www.telam.com.ar/notas/201309/33802-lascables-del-grupo-clarin.html
13 http://www.telam.com.ar/notas/201310/38626-loscaminos-de-clarin-para-adecuarse-a-la-ley-demedios.html
13 http://www.telam.com.ar/notas/201509/119992-afticcompra-clarin-nextel-autorizacion.html

Traduction: Rémi Gromelle

9

Bibliographie
Piccone, Néstor. 2015. La inconclusa ley de
medios. La historia menos contada. Peña Lillo.
Ediciones Continente. Buenos Aires. Argentine.
Ley de Servicios de Comunicación Audiovisual,
26,522. 2014. Edición Defensoría del Público y
Universidad Nacional de Quilmes. Buenos Aires
Argentina.
"La cocina de la ley", documental de David "Coco"
Blaustein.
Serrano Mancilla, Alfredo. 2015. América Latina
en Disputa. El perro y la rana. Bandes. Caracas.
Venezuela.
Bibliographie digitale
http://www.pagina12.com.ar/diario/ultimas/
20-195169-2012-05-29.html
http://www.lanacion.com.ar/1246307-criticas-dela-sip-a-la-ley-de-medios
http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/
1-270291-2015-04-11.html
http://www.telam.com.ar/notas/201504/100353falsa-denuncia-clarin-maximo-kirchner.htmlhttp://
www.telam.com.ar/notas/201504/100353-falsadenuncia-clarin-maximo-kirchner.html
http://www.telam.com.ar/notas/201505/104989kicillof-desmintio-que-gane-400-mil-pesos-comodirector-de-ypf.html
http://santiagoodonnell.blogspot.fr/search?q=macri
+embajada
http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/
cash/48-8910-2015-11-06.html
http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/
1-288548-2015-12-18.html
http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/
1-288092-2015-12-12.html
http://www.telam.com.ar/notas/201309/33802-lascables-del-grupo-clarin.html
http://www.telam.com.ar/notas/201310/38626-loscaminos-de-clarin-para-adecuarse-a-la-ley-demedios.html
http://www.telam.com.ar/notas/201509/119992aftic-compra-clarin-nextel-autorizacion.html

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Coups d’états électoraux:
L'ingérence est une fraude
Nous assistons à un nouveau schéma
d'intervention dans nos pays que nous pourrions
appeler "les coups d'Etat électoraux" et comme
prévu, les experts anti-insurrection et de la
guerre psychologique de Washington ont enfin
compris que malgré la grande offensive contre
les gouvernements d'Amérique Latine clefs dans
le projet d'intégration émancipatrice, ils
n'arriveraient à les vaincre dans aucun des
processus électoraux.
Par Stella Calloni*
Les Etats-Unis ont dépensé des millions de dollars
depuis le coup d'Etat contre l'ex président défunt du
Venezuela Hugo Chávez Frías, en avril 2002 qui fut
vaincu par le peuple vénézuélien en 48 heures.
Au Honduras (2009) et au Paraguay (2012), ils ont
atteint leur objectif avec un nouveau schéma de coup
d'Etat mais ils ont échoué en Argentine, en Bolivia,
en Equateur et plusieurs fois au Venezuela.
L'argent de Washington a été et est réparti par les
centaines d'Organisations Non gouvernementales
mais transformées en véritables "groupes de tâche"
des fondations d'extrême droite de la Centrale de
Renseignement (CIA) créées pour soi-disant cacher
cette institution.
Diverses fondations européennes, également nées
dans le cadre de la "floraison" de la socialdémocratie en Europe à sa grande époque font
aujourd'hui partie du réseau interventionniste
d'extrême droite transformées en "armée civile" de
l'Organisation de l’Atlantique Nord (OTAN) qui
opère illégalement et de façon criminelle hors du
territoire qu'il devait soi-disant défendre et sans
contrôle des Nations Unies.
Ce sont ces fondations qui sont actuellement derrière
ce qu'on peut appeler les "Opérations élections" ou
"coups d'Etat électoraux".
D'une part, elles sèment les dollars dans des officines
politiques de différents partis de ce qu'on appelle les
"nouvelles droites", identifiées par leur médiocrité et
par leur dépendance absolue au conseil et au
financement étranger. Elles ont obtenu quelquefois
de tirer les fils des structures judiciaires qui jouent
leur rôle dans chacun de nos pays, tranchant en

10

faveur des grands pouvoirs économiques et
étrangers.
L'exemple du Honduras est très évident. Le coup
d'Etat contre le président de c epays n'aurait pas été
possible sans une justice dont la Cour Suprême avait
été nommée par le parlement coopté (acheté) par
l'ineffable et éternel ambassadeur du terrorisme
impérial John Negroponte, comme cel a été prouvé.
Selon la Cour Suprême du Honduras, en 2009, il n'y
a pas eu de coup d'Etat mais on a agi en faveur "de la
démocratie" justement à quelques mois d'une
élection où on n'allait pas réélire l'ex président
Manuel Zelaya mais où le peuple hondurien pouvait
voter pour un candidat qui donnerait une continuité à
une gestion qui, pour la première fois, agissait en
faveur des secteurs les plus pauvres et oubliés.
Quelque chose d'identique est aussi arrivé au
Paraguay.

Le réseau des Fondations comme la National
Endowment Foundation (NED,) connue comme
Fondation pour la Démocratie (comme elle doit être
dans la conception des Etats-Unis, c'est à dire la
démocratie coloniale), l'Agence Internationale pour
el Développement (USAID) ainsi que les Instituts
Démocrates et Républicains entre autres, s'activent à
ce moment-là. Il sont réussi à obtenir bon nombre de
représentants dans nos structures judiciaires qui ne
se sont jamais démocratisées et qui ont fait partie de
toute une histoire obscure et tragique de notre
Amérique. Les Etats-Unis ont créé une espéce de
nouvelle "Ecole des Amériques" pour former non
seulement des policiers et des militaire mais aussi les
"nouveaux juristes" dont ils ont besoin et de jeunes

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

homes politiques, syndicalistes et autres. De même,
ils ont infiltré différents mouvements sociaux,
indigénistes et politiques, des secteurs professionnels
et des entreprises qui sont osus leur commandement
central et exercent l'obéissance dûe (et bien payée)
comme des armées d'autres guerres.
De plus, le pouvoir hégémonique contrôle la
majorité des médias de masse dans le monde et 95%
de l'information est sous ce contrôle absolu. Ces
médias qui n'ont jamais laissé d'espace à la liberté
d'expression, ils aiment les appeler indépendants
quand en réalité, ils sont de plus en plus dépendants
du pouvoir de l'empire qui cherche à s'étendre dans
le monde entier.
Les puissants monopoles de l'information agissent
aujourd'hui comme une direction intermédiaire entre
le pouvoir hégémonique et les partis d’opposition,
comme des conducteurs des stratégies de domination
et de contrôle toujours renouvelées.
Le contrôle de ces médias leur permet de soutenir
leurs mensonges, de discrédit, leurs campagnes de
sale guerre avec des journalistes sans éthique qui
agissent en toute impunité et sont un élément
essentiel de la "sale guerre".
Face à l'impossibilité des droites du continent
d'accéder au gouvernement par les urnes, les
processus électoraux ont commencé à être l'axe de
discrédit journalistique pendant ces 10 dernières
années.
En avançant de possibles fraudes qui n'ont pas eu
lieu, c'est à présent un mécanisme appliqué presque
mécaniquement. La menace de fraude et la
campagne sale soutenue par le financement étranger
a fait partie du scénario dans lequel la présidente du
Brésil, Dilma Rousseff, s'est retrouvée lors des
élections que finalement elle a gagnées au second
tour en octobre 2014. Comme ils n'ont pas pu la
vaincre par les urnes, la campagne la plus caustique
dont on se souvienne au Brésil, a commencé pour
tenter de l'amener vers un procès et la destituer .
E n A rg e n t i n e , l a s a l e g u e r r e c o n t r e l e s
gouvernements de Néstor (2003-2007) et de Cristina
de Kirchner (2007-2015) a été dirigée par le groupe
de monopole de médias du journal Clarín, auquel se
sont joints La Nación et d'autres moins diffusés mais
aussi nocifs. Ils otn rempli à la perfection leur rôle
de "mercenaires" capables d'opérations d e
renseignement et d'opérations aussi criminelles que
celles qu'ils ont réalisées pendant les dictatures de la
Sécurité Nationale dans les années 70-80.
Le mensonge et l'assassinat civil, moral et politique
de leurs "ennemis de l'intérieur" dans ce cas les

11

gouvernements et les peuples qui, en Amérique
Latine, ont commis le "crime" de chercher à devenir
définitivement indépendants sont devenus une arme
indispensable pour tenter d'en finir avec les releblles
de "l'arrière-cour".
Ce sont les mêmes secteurs, complices et
"participants nécessaires" de la dictature économique
globale qui a été mise en place dans les années 90
qui ont soumis une population structurellement
appauvrie en la condamnant à se soumettre et à
disparaître dans les faubourgs le plus étendus de
pauvreté sur la pauvreté. Comme tout au long du XX
° siècle, ils nous ont imposé des dictatures militaires
parce que nous avions l'idée provocatrice de résister
comme nous pouvions, à la fin des années 80 et 90,
il snous imposèrent la "dictature néo-libérale" qui
fut, au début, défiée au Venezuela par ce mémorable
“Caracazo” de février 1989 avec la rébellion
populaire face aux premières mesures néo-libérales
qe tenta d'imposer le président de l'époque Carlos
Andrés Pérez dont le répression fit plus de 1 000
morts et ces centaines de blessés.
Le “caracazo” a réveillé un peuple oublié dans les
fausses démocraties qui se sont succédées au
Venezuela et fut l'éclair qui a illuminé et réveillé
aussi le continent.
Les peuples appauvris de façon effrayante par la
destruction de tous leurs droits ainsi que de leurs
sources de travail transformés en marginaux
complets sont sortis dans les rues et sur les routes
d'Amérique Latine dans une action collective sur
laquelle personne n'a écrit en profondeur et qui a
vaincu dans un pays après l'autre le "néolibéralisme" rampant.
Dans cette lutte sont lés les nouveaux
gouvernements qui ont surgi au XXI° siècle come
celui d'Hugo Chávez Frías, cerveau et âme de
l'intégration émancipatrice qui a conduit, en 2011, à
la création de la Communauté des Etats Latinoaméricains (CELAC).
La trilogie du Venezuela, sous le gouvernement de
Chávez, du Brésil avec Luis Inacio “Lula” da Silva
et de Néstor Kirchner en Argentine a été la clef de ce
"NON" ferme au projet de recolonisation le plus
achevé des Etats-Unis dans notre région que fut la
Zone de Libre Commerce des Amériques (ALCA).
En novembre 2005, à Mar del Plata Kirchner, en tant
qu'hôte du Sommet des Amériques, dans un
mémorable discours, a dit de NON du MERCOSUR,
rien moins qu'au président des Etats-Unis George W.
Bush, un événement historique dans la région et
dans le monde.

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Il ne semble pas être un hasard que, 10 ans plus tard,
Washington tente de se laver de l'humiliation de ce
NON et attaque intensément coup d'Etat après coup
d'Etat les 3 pays clefs de ce processus d'intégration.
Des millions de dollars ont été investis à travers les
réseaux d'ONG dans chaque coin de nos pays, un
investissement destiné à la succession de coups
d'Etat "doux" dans lesquels la fraude n'est pas au
pouvoir des Etats mais du pouvoir hégémonique et
économique. Sans oublier les plus de 49 bases
militaires et les établissements de soutien à celles-ci
qu'ils ont établies de long en large dans Notre
Amérique.
L'ingérence d'un gouvernement étranger, dans ce cas
de la plus grande puissance impérialiste du monde
est la véritable fraude qui puisse être imposée en ce
moment.
En plus du pouvoir technologique, la déprédation
culturelle qu'obtient la propagande médiatique
facilite la cooptation d'une population prisonnière et
aussi l'achat d'électeurs, de procureurs et d'hommes
politiques.
En Argentine, avec la guerre médiatique
véritablement "terroriste" dans son intention de
détruire des personnalités par les armes de al
manipulation, les fausses accusations, les
mensonges, s'est imposé un gouvernement d'extrême
droite dont le cabinet est composé en majorité par
des gens qui appartiennent aux fondations des EtatsUnis ou à leurs ONG. Plus encore.
Beaucoup d'entre eux ont fait partie de le dictature
militaire passée, en particulier dans le secteur
économique et financier et dans le reste des
ministères stratégiques, comme si réellement, il y
avait eu un coup d'Etat.
De sorte que même s'ils ont pu faire des erreurs dans
certains pays, des erreurs qu'en ce moment, nous ne
pouvons pas nous permettre, le facteur clef dans tous
les cas, est qu'ils sont victimes d'une guerre de
BASSE intensité que beaucoup considéraient
comme une interprétation "d'obsession de la
conspiration" des plus sérieux chercheurs de la
région.
Dans cette période d'expansion globale de l'empire et
de ses associés dépendants, perdre le point de vue
stratégique sur le plan de la recolonisation tracé par
les Etats-Unis sur nos pays ne peut qu'amener au
suicide. Dans le spays avec des gouvernements
"insoumis", les droites coloniales tentent une
restauration conservatrice et néo-libérale qui, en
réalité, est directement fasciste ou néo-fasciste. Nous
sommes sous le coup d'une invasion mortelle par

12

laquelle les Etats-Unis assument le gouvernement
avec leurs serviles soldats de plomb. Ils essaient
d'obtenir le "contrôle" absolu de leur "arrière-cour"
sans qu'on voit le ancien schéma de coup d'Etat. Et
s'ils n'y arrivent pas, ils n'auront aucune hésitation à
nous envahir avec des mercenaires - puisqu'ils les
ont en tant que paramilitaires dans la région - et avec
la gendarmerie de l'OTAN.
Cela ne va pas leur être facile. Pendant ces 10
dernières années, les peuple sont récupéré leurs
droits sur tout le continent.
Nous avons le pouvoir de la raison et de la justice de
notre cause et une histoire de résistance avec un
grand pouvoir d'imagination et de créativité - comme
l'a démontré et le démontre l'héroïque Cuba - que la
violence brutale sous-estime.
L'AmériqueLatine est debout face à un empire
décadent qui s'écroule lentement avec ses associés
européens dont les gouvernements a remis leurs
peuples pieds et poings liés. La violence brutale et le
génocide qui sont appliqués dans le monde est le
signe de leur décadence impériale et seront leur
propre défaite. Nous, nous continuons à être le
continent de la résistance et bien que perdre des
batailles, ce ne soit pas tout perdre, nous ne pouvons
pas en perdre une de plus: Nous avons le plus grand
espoir d'indépendance et de libération que nous
avons construit et chaque coup qu'ils nous donnent
signifie tout recommencer, ce qui au moment d'une
avancée impériale d'une telle importance est un
dangereux retour en arrière quand on joue la vie et
l'avenir de nos peuples.
Ne laissons pas tomber un gouvernement de plus si
nous voulons sauver l'avenir de nos peuples.
Solidarité urgente avec le Venezuela- dont l'invasion
a déjà été demandée - avec le Brésil, avec la Bolivie,
l'Equateur, le Nicaragua, le Salvador et tous ceux qui
sont en danger de coups d'Etat doux, durs, dans cette
Guerre de Basse Intensité où les médias du pouvoir
appliquent des schémas de terrorisme médiatique
pour semer le terrain dont a besoin le "putschisme"
de l'empire.
*Ecrivaine et journaliste argentine. Auteure
notamment de Operación Cóndor, Pacto criminal, La
Jornada, 2001
Source en espagnol:
http://www.cubadebate.cu/?
p=675623#.VnPF3oRQkRE
Traduction Françoise Lopez

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Deux défaites et que pouvons-nous faire ?
Par Michel Collon
Après avoir analysé la défaite électorale du
chavisme au Venezuela, il reste à répondre à cette
question : que pouvons-nous faire, ici en Europe,
pour une solidarité plus efficace avec les peuples
luttant pour se libérer ?
Serons-nous toujours en retard ? A chaque guerre,
le mouvement anti-guerre européen est depuis dix
ans aux abonnés absents : pas d’info autonome, pas
de critique des médiamensonges et donc même pas
une manif. Pareil pour les coups d’Etat. Car c’est
bien ce que vient de subir le Venezuela, un coup
d’Etat camouflé. Je m’explique.
En quelques années, Chavez a fait des miracles
dans la lutte contre la pauvreté, pour l’éducation,
les soins de santé, la solidarité entre les pays
d’Amérique latine. Mais, au lieu de laisser les
Vénézuéliens débattre entre eux pour décider de
leur sort, Washington a décidé de… décider à leur
place. Et cela dès 2001, quand ils compris que ce
président était honnête, qu’ils ne pourraient
l’acheter et qu’il allait réaliser ses promesses.
Pour contrer cette révolution, les Etats-Unis ont
utilisé toute une panoplie de méthodes de
déstabilisation que nous devons connecter et voir
comme un ensemble : coup d’Etat militaire en
2002, tentatives répétées de coups d’Etat (surtout
ces dernières années), sabotage économique en
2003 et surtout ces dernières années, centaines de
millions de dollars pour corrompre politiciens,
syndicalistes, professeurs, journalistes et autres
faiseurs d’opinion afin de manipuler la population
et l’opinion internationale15 , menaces militaires et
utilisation des milices des narco - trafiquants
colombiens, effondrement du cours du pétrole via
les amis saoudiens (budget de l’Etat vénézuélien
amputé de plus de moitié), campagne médiatique
pour diaboliser Chavez et Maduro…
Déstabilisation et sabotage n’ont en fait jamais
cessé16.

13

On dira sans doute : « Les Vénézuéliens ont
tranché ». Eh bien, non. La bataille ne s’est pas
jouée entre deux acteurs locaux, à savoir l’élite et
les travailleurs (en ajoutant une classe moyenne
paniquée par la télé privée et qui ne réfléchit pas).
En réalité, cette bataille s’est déroulée entre trois
forces, les Etats-Unis ayant travaillé quatorze
années pour décourager et épuiser la population, ce
sont eux qui viennent de remporter une manche
dans leur guerre non déclarée.
Mais une quatrième force aurait dû intervenir :
nous. Nous ici en Europe et aux Etats-Unis. N’estce pas notre rôle puisque nos gouvernants, en notre
nom et avec l’argent de nos taxes, font la guerre
contre Chavez, Evo Morales, Correa et les autres
leaders indépendants ? Pouvons-nous rester
complices de leur activité illégale et incessante
pour maintenir le pillage par les multinationales et
saper la libération des peuples ?
Imagine-t-on un double de tennis avec deux joueurs
d’un côté, et un seul de l’autre ? Ici, c’est pareil, un
tricheur a faussé la partie. Aux Vénézuéliens de
tirer le bilan de leurs points forts et points faibles,
en sachant que la partie n’est pas perdue, la lutte
continue. Mais à nous ici en Occident d’essayer de
neutraliser le tricheur US, ses milliards, sa CIA et
ses maffieux. C’est possible en informant
efficacement notre population tenue dans
l’ignorance, afin qu’elle mette la pression sur nos
responsables pour arrêter cette guerre non déclarée.
Depuis un an, notre équipe Investig’Action, basée à
Bruxelles, a développé le « Journal Notre
Amérique » qui donne chaque mois la parole aux
progressistes d’Amérique du Sud écartés par les
médias dominants. A présent, nous allons essayer
d’informer chaque semaine sur cette bataille du
Venezuela. On peut s’attendre à un bras de fer entre
Maduro, qui reste président, et le Parlement
opposant. En tout cas, nous prendrons nos
responsabilités : l’opinion internationale doit être
informée, bien et rapidement : Comment les mégariches de Caracas appliqueront-ils leur véritable
programme pour détruire les acquis ? Comment les

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

chavistes organiseront-ils la résistance sur le A nous de combler ce manque. A nous d’informer.
terrain ? Les Etats-Unis tenteront-ils un coup de Essayons de bloquer les guerres, qu’elles soient
force pour briser ces résistances ?17
déclarées ou non. Essayons d’empêcher les coups
d’Etat, déclarés ou non. Informons. Beaucoup plus
Les médias d’ici ne vous le diront pas. Il y a et plus efficacement. Avec Internet, c’est devenu
quelques jours, j’étais à Belgrade, en Serbie. Vous possible. Si on s’organise bien. Chacun de nous, et
savez, ce pays qui allait être « libéré » par les tous ensemble.
bombes de l’Otan en 1999, puis par le coup d’Etat
de 2000 et on nous promettait solennellement que
l’invasion des multinationales occidentales allait 15 Toutes les preuves sur base des propres documents US
apporter la prospérité à tous. Eh bien, sur le terrain, dans Eva Golinger, Code Chavez – CIA contre Venezuela,
aujourd’hui, à part quelques méga-riches qui se Marco Pietteur, Liège, 2005.
remplissent les poches, la population se débat dans 16 Michel Collon, Les 7 Péchés d’Hugo Chavez,
l’angoisse : comment survivre chaque jour avec des Investig’Action, Bruxelles, 2009.
salaires et retraites de misère, une Sécurité sociale 17
Pour aider Investig’Action, diffuser ou traduire en d’autres
qui a été détruite et un chômage devenu énorme ?
langues : http://michelcollon.info/-Nous-ecrire-.html
Cela, les médias ne le disent pas. Sur les pays que
l’Otan attaque, on parle un peu avant la guerre,
beaucoup pendant la guerre, et après pas du tout.
Quand le néolibéralisme a tout détruit et que les
promesses sont bafouées.

14

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Résistance chaviste à la
renaissance du néoliberalisme
par Geraldina Colotti
"De l'or, de l'or, de l'or, j'achète or, argent,
dollars...." Autour du Parlement, la cantilène des
contrebandiers accompagne passants et touristes:ils
proposent d'échanger de l'argent au marché noir, en
affichant les barèmes imposés par le site de Miami
Dolar Today.Un dollar peut s'échanger jusqu'à 900
bolivars.C'est à ce taux de change , et pas à celui
officiel (un dollar pour 2,15 bolivars)que l'on
échange dans une grande partie des magasins, en
dépit de la loi sur "le prix juste", qui interdit un
gain de plus de 30% par rapport au coût de
production.Pas très loin, un très bon restaurant ,
équilibré et biologique,subventionné par le
gouvernement offre par contre un menu à moins de
500 bolivars.

Voilà deux aspects d'un pays traversé de
contradictions et d'innovations. Le Chavisme
résistera-t-il à l'ondée néoliberale promise par les
droites qui le 5 janvier doivent prendre le contrôle
du Parlement?Pour annoncer ce tsunami, il a fallu
une vieille figure de la socialdémocratie, Ramos
Allup, dirigeant du Parti d'Action Démocratique
(AD).L'alliance qui a battu le Chavisme aux
législatives du 6 décembre(114 députés contre 55),

15

rassemble dans la Table de l'Unité (MUS) 18 partis
de diverse extraction, de l'extrême droite à des
résidus trostskistes.Leurs différents leaders sont
déjà en train de se disputer pour des places, mais ce
qui les rassemble c'est leur intention ferme de faire
table rase de 17 années de conquètes sociales, pour
répondre rapidement à leurs financeurs
internationaux.La défaite du Chavisme (la seconde
en 20 élections) produira-t-elle une restauration
semblable à celle qui a vu le Nicaragua faire
naufrage après la défaite électorale du sandinisme ?
"L'Esquina caliente" (le bouillant coin de rue),
siège permanent d'un collectif historique, accueille
des débats quotidiens, la place Bolivar est pleine
tous les jours.Mouvements et Associations
catégorielles se réunissent en différents points de la
ville, des manifestations spontanées se forment
devant Miraflores pour demander à Maduro "de ne
pas lâcher". Les droites ont déjà réclamé
l'abdication du Président et "de nouvelles élections
avant un mois", sans attendre le référendum
révocatoire, possible dès la mi -2016.
Hier la MUD a présenté à la presse son
programme: un corpus de lois basées sur le modéle
néolibéral des démocraties européennes: forte
greffe du secteur privé dans le public, liquidation
des programmes sociaux et retour au système de
gestion de la IV° République.C'est contre les
résistances et l'inefficience de ceux qui se sont
incrustés dans les privilèges des fonctionnaires, que
se mobilise parallèlement le "pouvoir populaire":
les Conseils présidentiels (cercles de discussion
directs avec la Présidence, décidés par Maduro l'an
dernier), s'activent pour organiser des Assemblées,
élaborent des propositions à présenter à Miraflores
lundi prochain.Hier Maduro a reçu des comités de
pêcheurs, de paysans, de retraités, de féministes et
LGBT dans son émission hebdomadaire, qui s'est
passée à Miraflores. Avec ces femmes et ces
délégués de la diversité sexuelle il a pris des
engagements précis et il a prononcé des serments
symboliques.

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

La droite prend l'Assemblée?Le Venezuela se
démarque du municipalisme, en renforçant le
"pouvoir populaire".Lors de sa dernière séance
ordinaire, la majorité chaviste en déclin a installé la
première session du Parlement communal
national.En même temps une enquête est menée sur
la forte incidence des bulletins nuls, au moment où
le pétrole chute pour la première fois à 29 dollars le
baril.
Un encouragement -a dit Maduro- pour
construire"la nouvelle économie productive", basée
sur le gouvernement des Communautés.Les
résultats électoraux indiquent que le PSUV reste le
parti qui recueille le plus de votes dans le pays,
avec plus de vingt points d'avance sur le premier
parti en tête de l'opposition, la formation de Centre
-droit Primero Justicia. Malgré sa majorité des deux
tiers au Parlement, la droite ne pourra pas faire ce
qu'elle veut:la constitution, basée sur un équilibre
des pouvoirs qui servent de contre poids, ne le lui
permet pas.Un groupe de constitutionnalistes l'a
expliqué hier lors d'une conférence très suivie au
Théâtre de Place Bolivar, qui a dû laisser à
l'extérieur une foule de personnes.
Une grande partie des gens malgré tout, dénonce
les étroitesses, le bureaucratisme et la perte des
idéaux.Quelle est l'emprise réelle du chavisme?
Nous avons participé à de nombreuses assemblées
nationales, et rassemblé analyses et
propositions.Les travailleurs de la chaîne radio-télé
de l'Assemblée ont discuté à fond la décision du
parlement, qui a remis l'émetteur entre leurs mains
suite à la menace de Ramos Allup de les licencier
tous: l'autogestion est un avantage, mais aussi un
risque de saut dans le vide , disent
certains.N'aurait-il pas été mieux de rester une
entreprise d'état en attendant qu'elle affiche son
nouveau visage féroce, et tenter de résister ensuite?
Mais le noyau agissant des travailleurs met en
lumière que le parasitisme étatique est un des
éléments de la désaffection et il entend bien réagir
à la "gifle salutaire" (c'est ainsi que Maduro a
qualifié ce revers électoral).

entre deux femmes qui discutent à voix basse.Elle
sourit. "On respire déjà un air nouveau-dit-ellevous ne trouvez pas?" " Tu verras combien te fera
sourire cet air nouveau", lui répond une des deux
femmes, dont le sentiment politique avait été
évidemment deviné par la jeune personne.Une
autre passagère aux habits élimés acquiesce: sa
gamine tient en main un portable de dernière
génération, la Canaimita, distribuée gratuitement
dans les écoles par le gouvernement.
Un des hémicycles bondés de l'Ecole de
planification accueille des délégués provenant de
tout le pays.Ici aussi, de nombreux universitaires se
servent des tablettes gratuites distribuées par le
gouvernement." Un étourdissement a paralysé
beaucoup de jeunes, ils ont oublié l'histoire - dit un
jeune de dix-neuf ans qui étudie les relations
internationales à l'Université bolivarienne.Avant
l'ère Chavez ma famille n'aurait pas pu envoyer ses
enfants à l'Université.Mes amis chiliens, européens
le savent bien, et maintenant, il nous faut nous
défendre contre ceux qui veulent tout nous
reprendre".
Dans les premiers rangs il y a de nombreuses
organisations de "gens à activité réduite": des
personnes au visage détruit, non voyants et des
groupes sur chariots roulants."Regardez-nous- crie
un délégué de l'état de Vargas en couvrant de sa
voie l'intensité de la musique- ici il y a des
personnes qui, avant le socialisme étaient
maintenues cachées ou enterrées dans des
instituts.Aujourd'hui nous ne sommes plus porteurs
de handicap, mais de projets, et nous ne sommes
pas prêts à lâcher prise..."
Un délégué de la santé de l'état de Vargas
ajoute:"les cliniques privées spéculent et les
grandes entreprises pharmaceutiques accaparent les
médicaments en jouant sur la vie des personnes.
Nous, nous soutenons un système de santé
publique, gratuit et intégral, avec l'aide des
médecins cubains.Nous porterons des propositions
à Miraflores pour un meilleur contrôle social sur le
système privé".

A la station Cité Universitaire, sur la ligne de
métro qui nous conduit à l'Ecole de Planification, Une déléguée intervient pour les Communautés:
monte une jeune personne.Elle écoute le dialogue dans tout le pays on en a déjà enregistré plus de

16

1300.Ce sont des structures economico-sociales
composées par les Conseils communaux et dotées
d'un Parlement propre d'où démarre le nouveau
modéle productif construit sur le mutualisme.C'est
une architecture -explique la déléguée- qui vise à
ébranler l'actuelle structure de l'Etat, c'est pour cela
qu'elle rencontre l'opposition des maires et des
gouverneurs, fussent-ils chavistes, qui voient se
profiler à l'horizon la perte de leur fonction".

Une fille avec turban et guitare arrive." Ce
processus est a software libre et non
copyright"(logiciel libre mais non copiable) -dit en
souriant cette jeune chanteuse compositrice, qui
pour ses textes s'inspire des cultures
ancestrales".Le vote indigène a-t-il trahi le
chavisme? "il ne faut pas faire des lectures
superficielles-répond-elle- les populations
indigènes vivent selon leurs critères propres.Alors
que nous, nous leur expliquons les règles du
Maduro a décidé le retour dans les rangs, de tous s o c i a l i s m e , e l l e s , e l l e s v i v e n t d a n s l e
les militaires qui assumaient des fonctions communisme."
administratives.A Miraflores les représentants des
Milices populaires aussi porteront leurs Traduit de l’espagnol par Jean Fantini
propositions.Un corps de volontaires -explique une
sexagénaire en uniforme qui aide les forces armées
pour la "défense intégrale" de la population."Tous
les samedis-dit-elle- nous nous entraînons dans les
casernes.Le 6 décembre moi j'étais de service aux
bureaux de vote de Baruta, un quartier de
droite.Nous sommes plusieurs à avoir noté que la
stratégie du bulletin nul a été téléguidée.Dans les
files d'attente et dans les bureaux, les droites
avaient un plan bien orchestré.Maintenant elles
agissent pour diviser les forces armées et abolir les
Milices populaires.Mais elles ne réussiront pas à
détruire l'union civico-militaire".

17

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

L’Union portuaire du Chili,
retour sur une expérience syndicale originale
Par Frank Gaudichaud*

du gouvernement social-libéral de Michèle Bachelet,
dont la coalition regroupe notamment les anciens
alliés que sont le PS et la Démocratie chrétienne
(DC)1 , mais aussi de nouveaux venus dans cette
« Nouvelle majorité », dont particulièrement le Parti
communiste (PC).

L’Union portuaire du Chili se dresse contre l’un des
patronats les plus puissants du cône sud latinoaméricain. Regroupement de lutte des dockers
chiliens, original et combatif, elle est devenue un
référent de la revitalisation d’une partie du
D’Arica à Punta Arenas, l’union syndicale des
syndicalisme dans un pays connu pour avoir été l’un
dockers
des laboratoires du néolibéralisme. Retour sur cette
expérience de lutte syndicale.
Quand, en 2011, apparaît l’Union Portuaire du BíoBio (UPBB), région du sud du pays, celle-ci reprenait
« L’Union Portuaire du Chili soutient et approuve, de le fil rouge d’une longue histoire de luttes qui s’étalent
toutes ses forces, l’idée de réformer la législation du
du XIXe siècle jusqu’à nos jours, dans le secteur
travail dans tous les aspects qui permettent une réelle économique hautement stratégique que sont les ports.
liberté syndicale, une négociation collective, une Aujourd’hui, les dirigeants de cette union régionale se
égalité des pouvoirs entre travailleurs et entreprises, souviennent de l’importance du précédent
qui permettent une meilleure distribution des revenus organisationnel établi, dans les années 2000 à l’autre
générés par tous et toutes. Nous défendons cette idée,
bout du pays, par la Coordination régionale portuaire,
mais nous affirmons aussi que [le projet de loi] qui a sous l’impulsion de Jorge Silva (ville d’Iquique). Ils
été présenté le 29 décembre 2014 est insuffisant car reconnaissent aussi la valeur et le rôle de leaders
plusieurs points, qui vont à l’encontre de la défense encore actifs, comme Robinson Avalos (Union
des intérêts des travailleurs, n’ont pas été abordés, ce portuaire Norte Chico) ou de dirigeants comme Dante
qui déséquilibre encore davantage le pouvoir détenu
Campana, militant révolutionnaire venu du MIR
et concentré par les chefs d’entreprise (…). Nous ne (Mouvement de la gauche révolutionnaire) et
cautionnerons ni approuverons une politique qui remarquable organisateur syndical de la région du
ferait à nouveau des cadeaux aux secteurs Bío-Bio (décédé en 2009).
conservateurs du pays ».
L’Union portuaire fera ensuite un bond en avant,
passant d’une échelle régionale à un niveau national,
devenant en juin 2011 « Union portuaire du
Chili » (UPCH). Enfin, cette organisation transversale
– non reconnue légalement par l’Etat chilien – s’est
définitivement consolidée lors d’une rencontre de
dockers venus de plusieurs ports du Chili, à Tocopilla,
mi-octobre 2011.
Quand nous discutions, il y a quelques mois, avec
José Agurto (plus connu sous le nom de « El Ñaro »),
au siège du syndicat des arrimeurs de San Vicente,
l’actuel porte-parole de l’UPBB tenait à souligner la
force résultant de l’unification le long de la côte
pacifique chilienne des cinq unions portuaires
régionales existant d’Arica à Punta Arenas, c’est-àdire de la frontière péruvienne aux terres australes de
la Patagonie : « une union puissante comme cinq
C’est ainsi que s’exprimait dans une déclaration mains ! », ainsi que l’illustre le logo qui identifie
publique, en janvier dernier, l’Union portuaire du désormais l’organisation. Et cela, même si de
Chili à propos du projet de réforme du code du travail nombreux conflits ont jalonné cette unification

18

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

syndicale et territoriale complexe, dans une structure
qui regroupe aujourd’hui sur le même plan
intérimaires et « embauchés », des organisations de
taille très diverses, des métiers et des ports aux
histoires distinctes.

droits, montrant une voie possible, bien qu’ardue,
pour (re)construire un mouvement syndical « lutte de
classe » dans un contexte de « néolibéralisme
avancé » et de grande fragmentation syndicale. Car si
on a assisté depuis 2006-2007 à un retour des conflits
du travail, le syndicalisme ne s’est toujours
Selon Agurto, « ce qui est amusant chez les globalement pas relevé de 17 ans de dictature
travailleurs portuaires, c’est qu’ils ‘‘s’y croient’’ tous. (1973-1989) et de 25 ans de démocratie néolibérale.
Ils sont tous chefs ! Il n’y a aucun soldat de base (…)
En plus, dans le secteur portuaire, beaucoup d’argent
En lutte contre les propriétaires du Chili
circule. Tout le monde suspecte tout le monde : qui est
‘‘mouillé’’ et corrompu, qui ne l’est pas… Et celui qui Soumis à des conditions de travail exténuantes,
ne l’est pas, il faut bien lui inventer quelque chose parfois dans des ports sinistrés par les tremblements
pour le faire tomber. Il y a beaucoup de dirigeants qui de terre ou l’abandon économique, les dockers ont dû
ont l’œil sur un siège vide pour pouvoir l’occuper. résister à de nombreux cycles de répression. Déjà en
Mais c’est aussi pour ça que nous sommes une 1921, en pleine crise du salpêtre, ils avaient défié les
organisation ‘‘de fait’’. Nous ne voulons pas être une mesures répressives de la bourgeoisie commerciale de
union syndicale de droit, afin que ceux qui se croient plusieurs ports, avec une grève qui s’était étendue
chefs ne restent pas définitivement vissés à leur siège d’Antofagasta à Punta Arenas, avec le soutien actif
des Wobblies (Industrial Workers of the World –
de dirigeants. »
IWW), le grand syndicat de tendance anarchoSi l’histoire de ces travailleurs reste à écrire, il est syndicaliste, à cette époque encore très présent dans
indéniable que les dockers constituent l’un des les ports chiliens.
éléments essentiels de la structure du mouvement
ouvrier chilien, l’un des plus puissants de l‘Amérique Bien évidemment, depuis cette date, des changements
du sud jusqu’au coup d’Etat de 1973. Ils ont participé importants sont intervenus tant au niveau de l’activité
activement à la naissance d’une conscience de classe portuaire mondiale que du point de vue de la
au sein du « bas peuple » (bajo pueblo) et aidé à la physionomie politico-sociale du Chili. La dictature,
naissance de nombreuses organisations ouvrières, en avec les réformes de 1981, a mis fin au système qui
initiant plusieurs grèves générales, en paralysant les régulait les emplois publics portuaires. Par la suite, la
ports et donc l’activité de tout le pays, en recherchant politique de mise en concession des ports d’Etat à
le soutien des salariés d’autres branches et en diverses holdings et la création de terminaux privés
réussissant – à plusieurs reprises – à faire plier sous les gouvernements de la Concertation
l’oligarchie locale, les compagnies étrangères et les (1990-2010) ont aussi modifié profondément, et
gouvernements en place.
dégradé, les conditions de travail. Avec plus de 4000
Aujourd’hui, près de 95 % des échanges km de côtes, le pays dispose actuellement de 36 ports,
internationaux de marchandises (le Chili est le pays dont 26 sont aux mains d’investisseurs privés et 10
qui a signé le plus de traités de libre-échange au sont contrôlés par l’Etat (mais livrés à l’appétit vorace
des concessionnaires privés). Matte, Lucksic, Von
monde) s’effectuent au travers des terminaux
maritimes. Ceux-ci se situent ainsi au cœur du Happen, Claro : les noms – et le portefeuille – des
système primo-exportateur et extractiviste néolibéral familles capitalistes les plus puissantes du Chili (et du
sud-américain : les dockers voient défiler entre leurs cône sud) résonnent dans la plus grande partie de
mains, sur leurs épaules, dans leurs pelles, leurs grues l’activité portuaire, en alliance avec d’immenses
groupes transnationaux. Car si la rentabilité des ports
et le ventre de gigantesques cargos venus du monde
entier, les principales richesses et matières premières n’est pas toujours extraordinaire, les détenir signifie
posséder un pouvoir considérable : cela revient à
du Chili.
dominer les flux commerciaux d’une nation et à
Certes, le salpêtre d’antan a été remplacé par le cuivre contrôler les processus d’acheminement des produits
2 , le vin, la production agricole, la pêche ou le bois, de ces mêmes entreprises tentaculaires.
et désormais les produits de luxe importés d’Europe
par les élites créoles de l’époque coloniale, ont été De là, l’obsession des «propriétaires du Chili» 3 , de
remplacés par les containers de voitures et de produits la Chambre maritime et des politiciens: neutraliser,
asiatiques manufacturés… Cependant, les travailleurs réprimer et, quand c’est possible,«acheter» les
des sites portuaires continuent de se battre pour leurs responsables des puissantes organisations syndicales
portuaires. Le niveau de violence contre ces

19

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

organisations a été exemplaire lors des derniers
conflits menés par l’UPCH : les interventions
policières et la militarisation des ports (dont la
« sécurisation » est assurée par la Marine) ont fait des
dizaines de blessés au cours des trois dernières
années.
Ce fut particulièrement le cas contre le syndicat
numéro 2 du Port d’Angamos (principal port
exportateur de cuivre du pays), situé à Mejillones et
administré par Ultraport, entreprise propriété de Von
Happen, patron fièrement pinochetiste… A Angamos,
après d’intenses mobilisations durant toute l’année
2013 et presque un mois de grève entre décembre
2013 et janvier 2014, avec le soutien solidaire de toute
l’Union portuaire, le syndicat a été littéralement
détruit et ses dirigeants licenciés, faute d’une lecture
adéquate du rapport de forces. Récemment, c’est à
Puerto Central (San Antonio), concession liée au
groupe Matte, que la direction a profité des
dissensions existant entre l’ancien porte-parole
national de l’UPCH, le «caudillo» Sergio Vargas et
Diego Silva, président de la Fédération des
travailleurs de Costanera Espigón (une concession
portuaire voisine), pour diviser les travailleurs (et
finalement marginaliser définitivement Vargas au sein
du port).
Depuis quatre ans, les nombreuses mobilisations de
l’UPCH ont néanmoins réussi à faire trembler les
classes dominantes, tout en représentant une critique
envers l’attitude de conciliation d’organisations
syndicales telles que la COTRAPORCHI
(Confédération des travailleurs portuaires du Chili) ou
encore la direction de la CUT (Centrale unique des
travailleurs), principale confédération syndicale du
pays, dirigée par des militant-e-s PC, PS et DC. En
août 2011, l’UPBB avait d’ailleurs refusé de soutenir
la grève nationale appelée par la CUT, en précisant
que «la centrale n’a jamais défendu, ni soutenu, les
demandes réelles des travailleurs du pays, puisque
cette institution n’a fait que servir tous les
gouvernements post-dictature, qui l’ont utilisée à
leurs propres fins».

C’est justement la force de cette unité dans la
diversité, de syndicat à syndicat, de port à port, de
territoire à territoire, qui a porté ses fruits en obligeant
le gouvernement de Piñera (droite, 2010-2014) à
mettre en route une «loi courte» octroyant pour tous
les ports une prime compensatoire pour les pauserepas (une mesure rétroactive représentant pour
chaque salarié un gain de 750 000 pesos, environ
1100 euro, par année travaillée) 4 . Cet accord,
arraché de haute lutte, a finalement été repris et
confirmé par l’actuel exécutif, et la ministre du travail,
Javiera Blanco, a aussi promis de présenter une loi
destinée à «améliorer et moderniser les conditions de
travail»des dockers.
Bien évidemment, ne serait-ce que sur un plan
strictement catégoriel, il reste encore beaucoup à
conquérir, en commençant par un salaire national
unique. Car si dans certains ports du nord, le « tour »
de travail est payé 36 000 pesos (environ 50 euros),
dans d’autres ports il ne rapporte que 14 000 pesos
(20 euros) pour une tâche équivalente. L’immense
majorité des 8000 travailleurs maritimes et portuaires
est composée d’ouvriers précaires et intérimaires,
effectuant des tours de 7 heures 30, parfois plusieurs
par jour, en tant que grutiers, arrimeurs,
manutentionnaires, caristes, empaqueteurs et autres
tâches… Même s’ils revendiquent leur «liberté», ces
salariés dits «éventuels» sont en permanence à la
merci des fluctuations du marché mondial, ainsi que
des produits nationaux de saison, pour pouvoir
subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles.

Les enquêtes confirment aussi la dangerosité de ce
travail. Chaque année, on compte des blessés graves
et des morts sur les quais des ports. Pour mieux se
défendre et gérer collectivement les tours de travail,
certains syndicats ont réussi à maintenir – ou parfois à
restaurer – la fameuse « nommée » (nombrada). Ce
système permet une gestion des tournées par métiers,
exclusivement sous contrôle du syndicat qui
«nomme», selon une liste rotative de titulaires et de
suppléants, établie en assemblée, qui doit aller
travailler tel jour en fonction de la demande du
moment. Il s’agit d’une forme originale d’autoLes grèves successives, les actions de boycott des administration de la distribution du travail (sans que
cargos, le blocage des entrées des ports ou les grèves les directions des entreprises ne puissent intervenir) et
solidaires de l’Union ont entrainé la perte de millions de renforcement du pouvoir syndical.
de dollars pour les actionnaires des entreprises liées à
l’import-export. La mobilisation qui a duré 22 jours Ce système qui existe dans plusieurs ports de par le
début 2014, afin d’exiger le droit à une demi-heure de monde peut évidemment favoriser tout type de
pause-repas (toujours pas reconnu à cette date !), clientélisme s’il n’est pas organisé démocratiquement.
aurait représenté une perte de 180 millions de dollars Mais sous le contrôle permanent de l’assemblée des
par jour, selon la Chambre nationale du commerce.
travailleurs, il constitue une arme puissante en leur

20

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

faveur, d’ailleurs constamment dénoncée par la presse
conservatrice et les organisations patronales comme
«atteinte à la libre entreprise». Pour Nelson Francino,
président de la Fédération des travailleurs portuaires
d’Iquique, il n’y a aucun doute:«nous n’allons jamais
renoncer à la ‘‘nommée’’, c’est grâce à elle que nous
avons progressé, gagné davantage de force; et, de
plus, nous nous engageons en faveur d’une gestion
transparente et juste des attributions des tours de
travail, régulée par une personne élue et ses
collaborateurs, à tour de rôle».
La réforme du travail du gouvernement Bachelet:
«un crime contre le syndicalisme»
Mais une caractéristique peut-être encore plus
significative, en ces temps de perte des identités de
classe et d’individualismes exacerbés, est que l’Union
portuaire ne se mobilise pas seulement pour ses
revendications immédiates ou salariales. Depuis sa
création, ses dirigeants insistent et sensibilisent leurs
bases pour se solidariser activement avec d’autres
luttes de salarié-e-s (en particulier ceux des entreprises
forestières et les mineurs de cuivre), mais aussi avec
le mouvement étudiant (avec même des blocages de
ports en solidarité avec le « printemps étudiant » de
2011, fait inédit depuis la fin de la dictature), ou
encore avec le mouvement « Non aux fonds de
pension » (contre le système de
retraite par
capitalisation généralisé sous Pinochet).
L’UPCH demande aussi la nationalisation des
ressources naturelles et la récupération du cuivre
(première réserve mondiale) et soutient l’idée d’une
assemblée constituante pour mettre fin à la
constitution autoritaire de 1980, instaurée sous la junte
militaire et jamais abrogée depuis. Cette appréhension
globale – et clairement politique – de l’engagement
syndical considère que lutter pour des droits
immédiats signifie nécessairement combattre
également le capitalisme néolibéral et créer les
conditions d’une articulation des salarié-e-s et des
opprimé-e-s bien au-delà des ports.
De là, l’effort constant afin d’essayer de réunir dans
des fronts communs les différents syndicats des
secteurs stratégiques de l’économie chilienne. C’est
ainsi que le 17 mars 2015, des dirigeants de l’Union
portuaire venus de tout le Chili se sont réunis à
Santiago avec la Confédération des travailleurs du
cuivre (CTC), les fédérations syndicales forestières,
des syndicalistes de la construction, du transport et la
Fédération des syndicats des travailleurs de la
télévision (FetraTV), afin de rendre public leur rejet
du projet de réforme du code du travail qui était voté

21

le même jour par la commission de travail de la
Chambre des députés.
Cette réforme, si elle acte effectivement quelques
avancées en termes de droit syndical élémentaire,
introduit de nouvelles régressions et surtout valide
l’esprit et la lettre du code du travail de 1979 (dont,
entre autres, l’interdiction de toute négociation
collective par branche et un droit de grève totalement
atrophié). Pour Manuel Ahumada (président de la
CTC), le défi est de forger un « espace
d’articulation » capable de « générer une action
syndicale à la disposition de tous les travailleurs ».
Le même jour, et malgré une certaine frustration suite
à une rencontre qui n’avait pas débouché sur un
accord concret pour engager les mobilisations dans
l’attente du calendrier parlementaire, l’UPCH a
démontré à nouveau sa capacité d’action, en
organisant une courte « grève d’avertissement » dans
plusieurs ports contre une réforme qualifiée par
Gabriel Rebolledo (UPBB) de « recul important pour
les travailleurs ». Cette grève fut suivie, la même
semaine, de diverses actions de la part des travailleurs
de la construction, des chauffeurs et ouvriers
forestiers, sans pourtant déboucher sur une grève
nationale en coordination avec la puissante CTC
(dirigée par le PC), comme l’Union le souhaitait
initialement.
Pas démoralisés pour autant, les membres de l’UPCH
continuent à appeler à la mobilisation, et ce parfois
jusqu’au volontarisme. Ainsi, à l’issue de son congrès
national de juin dernier, constatant la « crise de
représentativité du parlement » empêtré dans de
nouveaux cas de corruption et le caractère régressif
des réformes du gouvernement, l’Union annonçait en
fanfare une « paralysie prolongée » de tous les ports
du pays « jusqu’à ce que soient éliminés tous les
points qui font de la proposition de réforme [du code
du travail] un bâillon contre le monde syndical ». Un
défi de taille, alors que le projet est prêt d’être voté et
que l’exécutif bénéficie non seulement d’une
confortable majorité de gouvernement, mais aussi du
soutien (critique) de la CUT.
Finalement, le 5 juillet, la veille du début de l’épreuve
de force, les dirigeants des dockers ont accepté de
mettre cette mobilisation nationale en suspens suite à
la proposition du ministère du travail de les recevoir à
nouveau, au grand dam d’une partie de la base, prête à
en découdre. Il semble pourtant que ce recul prudent
soit aussi dû à la compréhension que, cette fois, de
nombreux ports ne seraient pas en capacité de tenir
longtemps en grève, alors que de vastes secteurs des
travailleurs et du mouvement social restent encore

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

paralysés ou peu organisés : la répression syndicale5 , Hebdo, n° 295, en juin 2015 (www.npa2009.org/
la précarité du quotidien néolibéral et l’absence, à ce idees/le-chili-apres-les… ).
jour, d’alternative concrète à gauche dans une
perspective anticapitaliste large continuent de peser… 2. Le pays possède les premières réserves au monde
de cet « or rouge », qualifié par Salvador Allende de
Selon Sergio Parra, trésorier du syndicat des arrimeurs « salaire du Chili » lorsque son gouvernement
de San Vicente et fondateur du bulletin portuaire El nationalisa – en 1971 – la ressource, alors
Chancho en Goma : « ceci est le début de la lutte, majoritairement aux mains d’entreprises étatsaujourd’hui sont réunis ceux qui ont réellement le uniennes.
pouvoir de mobilisation. Nous ne voulons pas passer
au-dessus des autres organisations existantes, nous 3. Le Chili est l’un des pays plus les plus inégalitaire
souhaitons initier un chemin de mobilisation au monde : une poignée de « grandes » familles
ascendante qui réussisse à stopper cette réforme du (Luksic, Paulmann, Saieh, Matte, Piñera, Angelini)
travail, un
crime contre le syndicalisme. Nous domine sans partage tous les champs sociaux et figure
sommes en état de mobilisation et nous devons nous parmi les 500 plus riches de la planète.
rapprocher de toutes les organisations syndicales
(secteur public, commercial, industriel, etc.), de tous 4. Le salaire minimum est de 241 000 pesos (335
ceux qui vont être affectés par cette réforme. euros) et 75 % des salarié-e-s gagnent moins de
400 000 pesos nets (soit 555 euros).
Parallèlement, en tant qu’Union portuaire nous
allons continuer à nous renforcer».
5. Le 24 juillet 2015, un salarié de CODELCO
En regardant en arrière et en faisant un premier bilan (entreprise publique du cuivre), membre de la CTC,
de ses années de militantisme syndical, José Agurto organisation alors en pleine mobilisation au niveau de
fait remarquer que quoiqu’il arrive, les dockers ont la mine El Salvador, a été assassiné par balle par les
toujours su dépasser les limites de la légalité et d’un forces spéciales de gendarmerie (Carabineros), sans
code du travail illégitime car décrété en 1979, en plein que le ministre de l’intérieur ne soit inquiété, ni même
terrorisme d’Etat (et accepté par la suite avec écarté par la présidente Bachelet. Cet assassinat fait
quelques modifications par les gouvernements suite aux dures répressions qu’a vécues le mouvement
élus) :«je crois que les grandes conquêtes que nous étudiant depuis le début de ce gouvernement.
avons obtenues ces 14 dernières années ont toutes été
illégales. Et c’est pour cela que nous avons gagné le
respect des patrons et des gouvernements en place. *Enseignant-chercheur, Maître de conférence à
Avec toutes les richesses qui passent entre nos mains, l'Université Stendhal Grenoble 3
nous n’avons pas à être ‘‘légaux’’, mais simplement à
maintenir notre unité. Tant que nous réussirons à Texte publié initialement en français sur le site du
maintenir notre unité en tant que travailleurs, rien ne NPA et en espagnol dans la revue « Punto Final
» (Santiago de Chile), n° 825 d’avril 2015.
pourra nous faire plier.»
1. Les gouvernements de la « Concertation »
regroupant PS, DC et partis du « centre », ont dirigé
l’exécutif de la sortie de la dictature en 1990 jusqu’à
2010. Pour une lecture critique de l’actualité politique
chilienne, voir l’entretien « Chili : luttes sociales et
processus constituant » publié dans l’Anticapitaliste

22

Source: http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?
p=5429

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Schizophrénie climatique

Depuis Paris et l'amour pour le lac Poopó
Ceux qui, pendant des siècles, s'étaient consacrés
à la pêche se retrouvent aujourd'hui sans aucune
Par Pablo Solón
perspective. Voilà le vrai visage du changement
Le lac Poopo se transforme en désert pendant qu'à climatique qui s'étend comme un cancer à la
Paris les gouvernements ont célébré un accord surface de la terre.
qu'ils ont qualifié d'"historique" pour affronter le
changement climatique. L'Accord de Paris sauvera- Paris et la rupture avec la réalité
t-il les plus de 125 000 lacs qui sont en danger de
mort dans le monde à cause du réchauffement La schizophrénie est un désordre mental et se
caractérise par une rupture avec la réalité. La
climatique?
personne atteinte de cette maladie croit faire une
Le deuxième lac le plus grand de Bolivie n'a pas chose et, en réalité, agit tout à fait différemment. Et
disparu par magie. Les causes de sa disparition sont c’est ainsi que se sont comportés les gouvernants à
multiples et complexes. Parmi elles se trouvent propos de l'accord climatique de Paris. Dans son
l'augmentation de la température et la plus grande article 2, cet accord stipule que l’objectif est de
fréquence de désastres naturels comme le limiter la hausse de la température à moins de 2°
phénomène El Niño provoqué par le changement des niveaux préindustriels et il projette également
climatique. Le lac Poopó qui se caractérisait par de consentir tous les efforts pour limiter
une superficie de 2.337 km² et une profondeur de l’augmentation à moins de 1,5°. Il semblerait donc
2,5 mètres est aujourd'hui un désert avec, au milieu, que l'esprit du lac Poopó et des milliers d'autres
quelques flaques d'eau qui n’ont pas plus de trente lacs, montagnes et îles en danger ainsi que les
milliers d'êtres humains qui meurent chaque année
centimètres de profondeur.
à cause du changement climatique aient enfin
touché le coeur des gouvernements de la planète.
Mais pas si vite ! Le paragraphe 17 établit une
"grande préoccupation" car la somme de toutes les
contributions de réductions des émissions
présentées par tous les pays ne conduisent pas à un
scénario de réduction de moins de 2°.
En d'autres mots, une chose est l'amour que
proclament les politiques du monde entier pour les
lacs comme celui de Poopó, une autre chose, très
différente, est ce qu'ils sont disposés à appliquer.

Si la température mondiale moyenne a augmenté de
0,8°, celle du lac Poopó a augmenté de 2,5°
provoquant la mort de milliers de poissons et de
flamants, laissant des bateaux de pêche ancrés dans
la terre et des milliers d'habitants sans activité.

23

Pour réellement contrôler la hausse de la
température et éviter que la planète explose, nous
devons laisser 80% des réserves connues de
combustibles fossiles sous terre. Cela comprend les
hydrocarbures (pétrole et gaz) et le charbon. Mais
lorsqu'on lit avec attention l'Accord Climatique, il
n'y a aucune référence à la limite d'extraction des
combustibles fossiles.

Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

L'autre mesure urgente pour éviter le réchauffement
climatique est de mettre un terme à la déforestation.
Cependant, dans leurs "contributions", les pays qui
possèdent de grandes étendues de forêts ne
s'engagent pas à éradiquer ce crime, ne serait-ce
que pour les 15 prochaines années.
En général, grâce aux "contributions" de réduction
des émissions de gaz à effets de serre présentées à
Paris, les émissions mondiales de gaz qui étaient en
2012 de 53Gt de CO2e continueront à augmenter
pour atteindre les 60Gt CO2e en 2030. Si les
gouvernements veulent réellement limiter la hausse
de la température à moins de 2°, ils devront
s'engager à réduire les émissions mondiales à 35Gt
de CO2 pour 2030. Les gouvernements savent que
c'est ainsi et pourtant ils font le contraire et au
passage crient: Victoire! La planète est sauvée!

schizophrénique qui mentionne les "droits des
peuples indigènes" tout en les empêchant de juger
les responsables de ce crime climatique.
Que sont ces droits que l'on ne peut exiger ?! Et
tout cela "made in Paris" , Ville Lumière, ville des
Droits de l’Homme.

Certains répondront: nous ne leur donnons pas le
droit de poursuivre en justice les responsables des
crimes climatiques mais nous prévoyons un fonds
d'aide pour les dommages et pertes. Ce fonds serat-il approvisionné par les pays coupables du
changement climatique? La vérité est que les pays
développés remplaceront habilement le mot
"pourvoir" par "mobiliser". L'article 9 de l'Accord
dit que les "pays développés devront continuer à
assurer le leadership afin de mobiliser les
ressources pour le financement climatique" au
moyen de fonds publics, d’investissements privés,
N'est-ce pas un genre particulier de schizophrénie? de prêts, d’un marché du carbone, tout comme les
Pendant ce temps, à plus de 10.000 kilomètres de pays en développement.
Paris, les rayons du soleil continuent à laisser
s’évaporer un lac où survivent les Urus, un peuple Et à hauteur de combien les pays développés vontprimitif des Amériques également connu sous le ils contribuer? Un montant similaire au budget de
nom de "Hommes de l'eau". Ces habitants l'armement qui atteint les 1.500 milliards de
millénaires qui, selon certaines études, seraient dollars? Ou bien la moitié ? Au final, le problème
originaires de Polynésie seront bientôt les le plus important sur terre pour la sécurité humaine,
"Hommes du désert"
c'est le changement climatique. L'accord de Paris
passe sous silence le chiffre mais la décision qu'il
Impunité et crimes climatiques
prend apparait dans ses paragraphes 54 et 115. Ce
sera 100 milliards de dollars pour la période
S’il y a bien quelque chose dont on peut être sûr 2020-2025, c'est à dire 7% du budget militaire
c'est que les Urus ne sont pas coupables du mondial.
changement climatique. Leurs émissions de gaz à
effets de serre sont parmi les plus faibles au monde Pendant que la tragédie du lac Poopó est une petite
mais pourtant ils sont les premières victimes du démonstration de ce qui se produit, le sommet du
changement climatique. L'Accord de Paris climat à Paris nous montre que la vraie solution ne
permettra-t-il aux Urus de demander réparation aux viendra pas des négociations internationales sur
pays responsables de cet ethnicide ? L'article 8 lesquelles pèsent les intérêts des grandes
mentionne effectivement un Mécanisme de corporations et des gouvernements. Le futur de la
dommages et intérêts.
vie telle que nous la connaissons dépend de ce que
feront les terriens.
Le paragraphe 52 de la Décision qu'a entérinée
l'accord de Paris éclaire catégoriquement l'article 8: Source : La Razon, 20 décembre 2015
"il n'y a aucune base pour demander aucune
compensation ou indemnisation". Les Urus, comme Traduction: collectif Investig'Action
des milliers de peuples à travers le monde qui n'ont
pas provoqué le changement climatique, ont été
totalement passés sous silence par cet accord

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Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Neuf choses à savoir sur les “réfugiés”
cubains en Amérique Centrale
Ces derniers jours, 8.000 Cubains ont échoué à
la frontière entre Costa Rica et Nicaragua. Ces
Cubains tentent de pénétrer aux Etats-Unis via
ces pays. Ils sont le jouet d'une politique cynique
voire criminelle. C'est ce que nous dévoile

infirmiers, ingénieurs, enseignants belges … Nous
verrions se vider les hôpitaux, les entreprises et les
écoles. Déjà maintenant nous devons employer dans
nos cliniques de la main d'oeuvre médicale de
Roumanie et du Liban (3).

*3. La migration de Cuba vers les USA se fait dans
le contexte d'une politique cynique à Washington.
Les Cubains sont les seuls au monde qui reçoivent
automatiquement un permis de séjour et une
assistance aux Etat-Unis. Les autres latinos qui sont
stoppés à la frontière sont déportés. Les Cubains,
eux, sont reçus à bras ouverts et reçoivent un permis
de travail. Cette politique migratoire des plus
cyniques a été instaurée par Washington après la
victoire de la révolution en 1959 pour accueillir les
criminels de guerre et les fonctionnaires corrompus
de l'ancien régime, mais aussi pour favoriser une
fuite des cerveaux de Cuba (4). Le Cuban
Adjustment Act est toujours d'application
aujourd'hui, malgré la prétendue normalisation entre
les deux pays. Lorsque des sportifs de haut niveau,
des universitaires ou des musiciens célèbres de Cuba
sont à l'étranger, ils se voient proposer des contrats
financièrement très avantageux pour quitter leur
*1. Que les plus pauvres émigrent vers des zones pays.
plus riches, c'est ce qu'il y a de plus normal au
monde. A Puerto Rico, tout près de Cuba, plus de *4. Les Etats-Unis ciblent surtout les médecins
40% de la population totale est partie vers les Etats- c u b a i n s . D a n s l e c a d r e d e p r o g r a m m e s
Unis. Chaque année un quart de million de internationalistes, plus de 30.000 docteurs cubains
centraméricains traversent illégalement la frontière travaillent dans 66 pays différents. La Maison
entre le Mexique et les USA (1). Après la crise blanche fait tout pour attirer le plus possible de ces
financière de 2008, seize fois plus d'Irlandais que de médecins aux Etats-Unis. C'est ce qu'elle fait depuis
Cubains ont quitté leur pays (2). Cuba, le pays qui a 2006 avec son “Parole Program”, lancé par Bush et
connu le plus long blocus de l'histoire mondiale, ne maintenu par Obama. (5)
constitue pas une exception à cet égard.
*5. Curieusement, le grand appel du pied étatsunien
*2. Pour les Cubains il existe une raison annexe. s'accompagne d'un refus d'émettre un visa. Il existe
Grâce au très haut niveau de l'enseignement, le depuis 1984 un accord entre les deux pays où
Cubain moyen, du point de vue scolarité, dépasse Washington promet d'accorder 20.000 visas par an
très nettement la grande majorité des latinos, qui sont (surtout dans le cadre de la réunification familiale) et
souvent illettrés. En guise de comparaison : à Cuba il où La Havane s'engage à ne pas autoriser de “fuites
y moitié plus d'étudiants dans le supérieur qu'en en bateau”. Mais dans la pratique seuls 3.500 visas
Belgique (à population équivalente). Les migrants sont accordés chaque année. Autrement dit, les
cubains sont dès lors économiquement intéressants et Cubains sont appâtés par un traitement préférentiel
ils ont donc de meilleures perspectives que leurs mais en même temps on leur coupe la voie légale.
collègues du reste du continent. A moins de 200 km Ces 3.500 visas sont distribués par voie de loterie,
de chez eux, les Cubains peuvent gagner dix fois (6) - sans ironie. C'est le hasard et non la motivation
plus. Imaginons que ce soit le cas pour des médecins,
par Marc Vandepitte

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Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

humanitaire qui détermine si un Cubain peut aller (3) http://www.mloz.be/files/22022012-hf9-nl.pdf, p.
retrouver sa famille …
8.
*6. D'un côté les USA cherchent à attirer les
Cubains, de l'autre on les empêche d'y arriver par
voie légale. Ce genre de politique stimule la
migration illégale et le trafic des êtres humains. Cette
politique criminelle incite aussi des délinquants
cubains à des actes téméraires et criminels pour
quitter l'île (7). A leur arrivée en Floride, pirates de
l'air et de l'eau peuvent compter sur l'impunité et ils
sont quelquefois accueillis en héros (8).

(4) http://www.agoravox.fr/actualites/international/
article/la-reforme-de-la-politique-125189.

*7. L'an dernier les relations diplomatiques ont été
rétablies entre Cuba et les USA. Fin novembre
avaient lieu des pourparlers entre les deux pays pour
discuter des accords de migration (9). Les Cubains
qui veulent quitter l'île craignent que dans un avenir
proche le traitement préférentiel à l'égard des
Cubains ne disparaisse. C'est pour cette raison que
quelques milliers de Cubains se sont hâtés de vouloir
entrer aux Etats-Unis. Mais le Nicaragua a décidé de
ne plus leur accorder le droit de passage. Voilà
pourquoi quelques milliers de Cubains attendent à la
frontière entre le Costa Rica et le Nicaragua (10).

(7) http://www.voltairenet.org/article148629.html.

(5) Cuban Medical Professional Parole Program;
http://www.state.gov/p/wha/rls/fs/2009/115414.htm.
(6) http://www.cubaencuentro.com/cuba/noticias/
hasta-3-500-cubanos-podrian-ganar-la-loteria-devisas-de-eeuu-320379.

(8) Ce fut le cas pour 2003. Les USA visaient alors
une crise migratoire. Lors d'un premier détournement
d'avion, les pirates ont été libérés à leur arrivée en
Floride. C'était une invitation au pire. Entre le 19
mars et le 10 avril de cette année il y a eu pas moins
de 29 détournements ou tentatives de détournement.
( 9 ) h t t p : / / w w w. s t a t e . g o v / r / p a / p r s / p s /
2015/12/250198.htm.

(10) http://www.dw.com/en/costa-rica-deports*8. Depuis quelques années les Cubains peuvent cubans-amid-transit-crisis/a-18943686.
voyager librement aux Etats-Unis. L'inverse n'est pas
vrai. Les habitants du « land of the free » risquent (11) http://cafefuerte.com/csociedad/2282-cuba-mil25.000 $ d'amende s'ils visitent Cuba.
emigrados-retornan-cada-ano-para-quedarse-en-elpais/. En 2013 il y en a eu 3.500. http://
*9. Chaque année des milliers d'émigrants cubains www.cubaenmiami.com/3500-cubanos-emigradosreviennent définitivement dans leur patrie. Des han-regresado-a-vivir-a-cuba-en-el-2013/.
dizaines de milliers aimeraient en faire autant (11).
Le rêve américain, surtout après la crise de 2008, (12) Voir par exemple le récit de Gilberto Martínez
vire souvent au cauchemar pour les émigrants en Espagne http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/05/07/
cubains. Dans leur situation, beaucoup, même en valencia/1367953205_577370.html.
Europe (12) se languissent de l'excellent système de
sécurité sociale qu'ils ont laissé derrière eux. Même (13) Voir par exemple le sort des prisonniers cubains
de prétendus “dissidents politiques” envisagent de libérés pendant la période 2010-2011 et qui ont
retourner dans l'île (13). Jamais la presse généraliste t r o u v é r e f u g e e n E s p a g n e . h t t p : / /
n'en pipera mot.
www.legrandsoir.info/la-nouvelle-vie-des-opposantscubains-en-espagne.html.
NOTES
Traduction du néerlandais : Anne Meert pour
(1) Financial Times, Life & Arts, 2-3 november Investig'Action.
2013, p. 11; http://www.ft.com/intl/cms/s/2/
d19110f6-40ac-11e3-8775-00144feabdc0.html#axzz
2kH9m6aJO.
(2) https://groups.yahoo.com/neo/groups/CubaNews/
conversations/topics/132954.

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Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

Merci Obama
Par Iroel Sánchez*

que l’administration destine à des « programmes
pro-démocratie ».

Lors d’une conférence de presse tenue au Panama
en avril dernier, après le sommet des Amériques,
Barack Obama affirmait qu’il ne visait pas « un
changement de régime » à Cuba. Cependant, dans
une interview accordée à Yahoo News , à la veille
du premier anniversaire de ce que les États-Unis
désignent comme « une nouvelle ère » le président
étasunien a réclamé une « transformation
substantielle » de la société cubaine, en faisant une
condition pour présenter « au Congrès des
arguments plus forts pour éliminer l’embargo ».

Barack Obama a demandé que « les réformes
s’accélèrent ». En réitérant les déclarations de
Carmelo Mesa Lago qui réclamait dernièrement
dans le journal El Pais une presse et une université
libres, il a donné raison à ceux qui voient dans le
quotidien madrilène «l’organe officiel de la Maison
Blanche en espagnol ».

Dans son interview à Yahoo, Obama réitère les
clichés habituels des administrations précédentes
sur les libertés et les Droits de l’homme et se
déclare hostile à ce que les entreprises d’état soient
la « force économique dominante ». Il s’oppose
ainsi à l’opinion majoritaire des Cubains qui ont
participé à la discussion des règles qui régissent les
changements économiques dans l’ile.

Comme si la panoplie de mesures de déstabilisation
ne suffisait pas – maintien des crédits
multimillionnaires en faveur des programmes de
subversion et des instruments de propagande de
Radio et TV Marti, de la politique migratoire des
pieds mouillés- pieds-sec (*), de l’incitation faite
aux médecins cubains de déserter - l’interviewé
ironise sur le droit historique de Cuba sur
Guantanamo. Le président a déclaré : « Je ne doute
pas qu’ils seraient enchantés de récupérer
Guantanamo. Mais je soupçonne que ce sera une
discussion diplomatique longue qui durera au delà
de mon administration ».

Malgré ces déclarations, l’investissement d’une
entreprise étasunienne dans la zone économique de
Mariel pour produire de petits tracteurs destinés
aux agriculteurs privés cubains attend depuis des
mois l’accord de l’administration. Cela laisse
penser que ce qui intéresse surtout Washington, ce
n’est pas le développement d’une économie
productive non étatale mais la possibilité de lier
directement des entrepreneurs privés aux ÉtatsUnis et de les enrôler dans son entreprise de
déstabilisation.

En décembre 1914, conscient du fait que le sommet
des Amériques au Panama n’aurait pas lieu sans la
présence de Cuba, fragilisé par la levée de
boucliers qui avait accueilli sa déclaration
dénonçant le Venezuela comme une menace pour la
sécurité nationale des États-Unis, Barack Obama
fut obligé de tenir un discours conciliant.
Aujourd’hui, ragaillardi par les victoires électorales
de ses alliés en Argentine et au Venezuela, il ne
dissimule plus sa volonté d’ingérence.

Alors que tous les visiteurs le font déjà, comme par
exemple John Kerry et Roberta Jacobson, le
président a présenté comme un défi « la possibilité
de rencontrer et de parler avec tout le monde » lors
d’un hypothétique voyage à La Havane. Le
message, qui défie en apparence le gouvernement
cubain, s’adresse en fait aux congressistes de
l’extrême droite de Miami : il est évident que le
« tout le monde » désigne les bénéficiaires des plus
de cinquante millions de dollars que ces
congressistes obtiennent tous les ans du Congrès et

Tous les instruments de la stratégie anticubaine
sont encore en place : la politique migratoire
sélective et discriminatoire, les fonds et les
programmes d’entrainement à la subversion, les
transmissions illégales de radio et télévision. Les
États-Unis tentent d’y ajouter les difficultés que le
contrôle parlementaire de leurs alliés vénézuéliens
entrainera pour l’Alliance économique avec la
révolution bolivarienne. Ils essayent aussi d’utiliser
à leur profit les changements dus aux
rétablissement des relations : accès aux institutions
et aux fonctionnaires cubains par l’intermédiaire de

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Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

leur ambassade, échange de délégations et
recherche d’alliés dans le nouveau secteur privé des
services, présence croissante de visiteurs étasuniens
à Cuba.
Indépendamment du fait que Obama voyage ou non
à Cuba en 2016, la confrontation s’approfondit et
l’enjeu devient transparent Avec ses déclarations
à Yahoo News, le président étasunien révèle
l’hypocrisie dont il a fait preuve le 17 décembre
2014. Il confirme que Washington ne change de
posture que sous la pression et nous remet aussi en
mémoire le fait le plus éclatant de ce jour-là : le
retour des contreterroristes injustement condamnés
et emprisonnés aux États-Unis .
Merci Obama.

*Ingénieur et journaliste cubain.
Traduction Maïté Pinero
(*) NdR : politique US qui consiste à accorder
automatiquement le séjour aux Cubains - et
uniquement aux Cubains - qui réussissent à "poser
le pied sur le sol" (pieds secs), par opposition au
"droit de refouler" ceux qui sont interceptés en mer
(pieds mouillés) - voir aussi Cuba et Migrations:
jeux, enjeux et double-jeux
Source originale en espagnol: https://
lapupilainsomne.wordpress.com/2015/12/16/
gracias-obama-por-iroel-sanchez/

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Le journal de Notre Amérique n° 10 - Janvier 2016

La mémoire au service des luttes
Il y a 50 ans, le 3 janvier 1966, la première conférence de solidarité des peuples d’Asie,
d’Afrique et d’Amérique-Latine commence ses travaux à la Havane. Près de cinq cents
délégués y participent représentant une centaine de délégations venues de 82 pays. De
nombreux délégués ont quittés leurs maquis pour participer à cette rencontre inédite. Les
damnés de la terre du vingtième siècle faisaient ainsi de la capitale cubaine l’espace de
tous les possibles émancipatoires, le lieu d’organisation des solidarités concrètes, l’endroit
où s’anticipe collectivement un avenir sans colonialisme et sans impérialisme. La
conférence se tient en l’absence du président de son comité préparatoire, Mehdi Ben
Barka, qui a été assassiné peu de temps auparavant dans l’espoir de mettre fin à
l’initiative. La conférence prend une série de décision visant à apporter une aide matérielle
et financière concrète aux mouvements de libération nationaux engagés dans la lutte armée
et plus particulièrement aux luttes du peuple vietnamien, des peuples des colonies
portugaises et d’Afrique du Sud. Elle reste un des moments forts de l’histoire antiimpérialiste mondiale. Commémorons en ce cinquantième anniversaire cette date
importante de la lutte des peuples opprimés.

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Le Journal de Notre Amérique
N°10 - Janvier 2016
Directeur de publication : Michel Collon
Rédacteur en chef : Alex Anfruns
Rédacteur en chef adjoint : Tarik Bouafia

Traductions: Rémi Gromelle, Tarik Bouafia
Corrections: Elisabeth Beague
Photomontage, mise en page : Baf.f. !, Michèle Janss

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