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Les cahiers de Maintenant la Gauche

Numéro 4

COP 21 : et après !
Notre mobilisation doit continuer pour
lutter contre le changement climatique et
pour l’écosocialisme

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Introduction historique
La question écologique naît d’abord d’une interpellation scientifique et non d’une revendication
sociale ou politique.
Les années 1970 : contestation de la surconsommation et de la dégradation du cadre de vie.
L’écologie devient un élément de la contestation du capitalisme.

MONDE
1971 : crise pétrolière et débat sur le
nucléaire
Rapport du club de Rome (les limites
de la croissance) en 1972.

EUROPE

FRANCE

En Europe : les mouvements écologistes naissent dés les années 1970 en
Europe du Nord, et les années 1980 en
Europe centrale.

En France, création en 1971 du premier poste de ministre à la protection
de la nature et environnement (Robert
Poujade) et d’une administration liée.
1974 : le programme « changer la vie »
du PS très inspiré de ces enjeux.
1974 : René Dumont, candidat aux présidentielles en France (1,3%). Entrée
par l’agriculture et le tiers monde.

En Grande-Bretagne naît en 1973 le
premier parti vert d’Europe à Coventry.
Le mode de scrutin est déterminant
pour la structure politique de ces partis
émergents (importance de la proportionnelle).
1979 : premières listes écologistes au
Parlement Européen.

Le changement climatique encore
peu présent, des enjeux connexes
dominent (pollutions chimiques et
industrielles, pluies acides et déforestation, pollution des fleuves, qualité de
l’air - cf. plomb dans l’essence, etc.).
Certains sujets ne doivent cependant
pas éclipser les autres : ex changement climatique et qualité des eaux. Il
faut conserver une vision globale des
enjeux, les prioriser par des arbitrages
démocratiques mais n’en négliger
aucun. Importance d’une citoyenneté
environnementale fondée sur une
analyse critique.

Le parlement Européen et les institutions européennes joueront un rôle
d’alerte et pour les politiques suivies.
C’est en Allemagne que le premier
parti vert entre au parlement en 1983
(vert, pacifiste et alternatif).
1992 : L’environnement n’est pas un
compétence directe des communautés
européennes avant le traité de Maastricht qui consacre le principe de politique européenne de l’environnement
puis le traité d’Amsterdam introduit le
développement durable et inscrit un
haut niveau de défense de l’environnement comme une priorité.
Les premières et nombreuses décisions
en faveur de l’environnement de l’UE
sont prises au nom de la libre concurrence, d’où l’importance des normes,
ou au titre de la santé.
Dans les années 1980, grands écarts
entre Europe du Nord/Est de l’Europe
et Sud/Ouest sur mobilisation environnementale.

La gauche mobilisée (2ème gauche plutôt écolo et 1ère plutôt croissance) et
de nombreuses actions citoyennes. Ces
tendances s’opposent et cherchent des
synthèses (Importance du débat sur le
nucléaire au PS en 1982).
Au PS, M.-N. Lienemann devient en
1983 la première secrétaire nationale
(adjointe) chargée de l’environnement
après le congrès de Bourg-en-Bresse
où la motion qu’elle avait présentée
traitait pour moitié de ces enjeux.
1984 : première conférence nationale du PS sur l’environnement avec
Huguette Bouchardeau alors ministre.
Ségolène Royal est conseillère du
Président de la République sur ce sujet.
Il y a dès cette époque nécessité de
trouver une articulation entre les questions sociales économiques et environnementales et de lever l’antagonisme
emploi/écologie. Depuis le PS cherche
comment fixer son identité politique
autour de ces enjeux.
Il faudra attendre 1992 pour qu’au
sein des gouvernements de gauche,
la ministre de l’environnement soit
membre du Parti socialiste (Ségolène
Royal), car le PS tend à sous-traiter
l’écologie à ses alliés.

I - Notre engagement pour l’écosocialisme
1) Le choix des mots - la réalité
des enjeux : Social-écologie ou
écosocialisme ?
Manifestement, les socialistes français sont
toujours en train de tâtonner sur le concept.
Car chaque terme a déjà été préempté par
d’autres forces politiques ou associatives.
La social-écologie ou écologie sociale a été
à l’origine portée par un mouvement plutôt
anarchisant, critiquant la société capitaliste et
de consommation et plaidant pour des actions
communautaires.
L’écosocialisme est davantage un mouvement
de contestation du capitalisme en y ajoutant la
dimension écologique.
1.a. Murray Bookchin (1921 2006) l’écologie
sociale

Murray Bookchin

Il faut déranger l’ordre économique et
politique responsable du saccage de la planète
et de la désarticulation des rapports humains.
L’évolution du capitalisme sera entravée par
des contradictions internes et externes :
« Quel que puisse être le destin du capitalisme en
tant que système économique ayant des «limites
internes», nous pouvons maintenant hautement

affirmer qu’il a des limites externes, celle de
l’écologie. »
L’écologie sociale apparaît clairement et
de manière récurrente liée à la notion de
domination : « L’obligation faite à l’humain de
dominer la nature découle directement de la
domination de l’humain sur l’humain. »
L’écologie sociale l’amènera à fustiger
le discours
économiciste des
libéraux et de Marx.
La sociale-écologie
est indissociable
d’un changement,
lui aussi, radical
Karl Marx
de l’organisation
politique. La
démocratie
représentative est malade de ses institutions
et de notre apathie. Elle suppose donc
d’imaginer des alternatives écologiques
et simultanément de réinvestir le champ
politique. Elle défend un municipalisme
libertaire qui dessine le projet politique d’une
démocratie du «face to face», une démocratie
directe grâce en particulier aux assemblées
populaires.
Pour elle, la représentation n’est pas la
démocratie car le peuple ne parle plus. Certes,
le consumérisme et l’hégémonie du discours
économique favorisent l’égoïsme et le repli
sur soi. Toutefois, cette désertion du champ
politique a été suscitée également par les
institutions représentatives.
Réduire les dimensions des communautés
humaines d’abord pour résoudre les problèmes
de pollution et de transport, ensuite pour créer
des communautés véritables. En un certain
sens, il nous faut humaniser l’humanité.

3 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

1.b. Écosocialisme
Joël de Rosnay

Joël de Rosnay emploie en 1975 le terme
d’écosocialisme pour décrire « une convergence
des grandes politiques économiques
et sociétales vers la protection de
l’environnement ».
James O’Connor définit comme écosocialiste
les mouvements souhaitant subordonner
la valeur d’échange à la valeur d’usage,
en organisant la production en fonction
des besoins sociaux et des exigences de la
protection de l’environnement.
Le « capitalisme vert » est donc impossible.
Il s’agit d’un refus de la marchandisation de
la nature. Les mesures de régulation interne
à la logique capitaliste (comme la création de
capitaux de nature et de marchés de droits
à polluer) sont inefficaces pour protéger
l’environnement naturel.
En plus de l’antagonisme entre capital et
travail, un antagonisme entre capital et nature.
Le productivisme serait ainsi consubstantiel
aux diverses formes de capitalisme, et toute
écologie politique conséquente se définit
comme socialiste.

l’environnement, le social, l’économie et la
gouvernance.
Mais ce concept a été tout à la fois utilisé par
les libéraux, la droite, ou encore les grandes
entreprises, etc. Il a beaucoup perdu de sa
crédibilité.

1.c. Le développement durable
En réalité, au-delà des mots et des concepts,
se cherche une voie qui lie en des termes
nouveaux la question sociale, économique,
l’enjeu environnemental mais aussi la question
démocratique.
1992 : le sommet de Rio, sommet de la
terre, sommet du millénium, recense les
problèmes environnementaux qui menacent le
planète et fixe une liste d’actions à mener, un
calendrier dit Agenda 21. C’est la travailliste
norvégienne Gro Harlem Brundtland qui fait
pour les Nations Unies le rapport introductif
et fait reconnaître l’idée de Développement
Durable qui doit intégrer 4 dimensions :
4 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

1987 : Rapport « Our Common future » de
la Commission des Nations unies pour
l’environnement et le développement,
présidée par Gro Harlem Brundtland, alors
Premier ministre de Norvège, avant de devenir
directrice générale de l’Organisation mondiale
de la santé (OMS).
Y sont pointés la « faillite de notre gestion
de l’environnement » et les échecs d’un
développement qui, tout en ne parvenant pas à
assurer à une partie importante de l’humanité
la satisfaction de ses besoins essentiels,
engendre des risques environnementaux et
sociaux d’une gravité croissante.
Il faut passer à un développement durable,
capable de répondre « aux besoins du présent

sans compromettre
la capacité des
générations futures
de répondre aux
leurs ». L’expression
est lancée. Cette
fois-ci, ce n’est pas
la question du prix
de l’énergie ou de
Gro Harlem Brundtland
l’épuisement des
ressources qui est
posée, mais celle de
la compatibilité de la croissance mondiale avec
le respect de la biosphère.
Ce rapport est généralement considéré
comme étant à l’origine de la formalisation

du concept de développement durable
puisqu’il consacre le terme de « Sustainable
Development », proposé par l’UICN en 1980
dans son rapport sur la Stratégie Mondiale
de la Conservation, et successivement
traduit en français par « développement
soutenable » puis « développement durable »
ou « développement viable ».

1.d. La Charte des socialistes pour le progrès humain
Adoptée en décembre 2014, elle définit pour la première fois l’écosocialisme comme
concept directeur du PS, qui pourtant depuis n’utilise plus que le terme socialécologie, jusque dans son logo.
« Nous voulons bâtir un écosocialisme
Le rythme actuel de l’économie et de la consommation n’est pas supportable pour la planète. Le
temps presse : il n’y a pas de deuxième Terre. Un changement de modèle s’impose pour mettre en
harmonie développement économique, démarche écologique et justice sociale. Le réformisme
écologique s’accomplit par une transition, il sait que riches et pauvres ne sont pas égaux face aux enjeux
environnementaux, il ne fait pas rimer précaution avec prévention à l’égard du progrès. Pour préserver le
climat, la biodiversité, les ressources naturelles disponibles, la création d’une organisation mondiale de
l’environnement sous l’égide des Nations Unies, dotée d’un pouvoir réglementaire et contraignant, est
vitale. Nous travaillons à rendre l’économie fonctionnelle car l’utilisation des biens est plus importante
que leur propriété ; circulaire car l’éco-conception réduit l’exploitation des ressources naturelles et le
gaspillage ; positive car toute la société doit servir les générations futures. »
« A tous les échelons, nous soutenons des plans d’investissements massifs pour la performance
thermique des logements et des bâtiments. Nous agissons pour un nouveau mix énergétique qui réduit
la part des énergies fossiles, limite la dépendance au nucléaire et déploie les énergies renouvelables.
Pour la France qui a la deuxième surface maritime du monde, la croissance bleue est un nouvel horizon.
L’agro-écologie et les industries à haute valeur environnementale, gisements d’innovations et d’emplois,
doivent être encouragées par la commande publique, l’épargne, la fiscalité écologique, la finance
solidaire, et prendre appui sur les entreprises et la recherche. Le principe pollueur-payeur et la maîtrise
démocratique de l’eau s’imposent. Pour être durables, la mobilité doit privilégier les transports collectifs
et décarbonés, et les villes garantir l’accès au logement, à la santé, aux commerces, aux transports,
au numérique, en économisant l’espace et les ressources. Pour nous, l’écosocialisme est le chemin du
progrès humain. »

5 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

2) L’écologie permet de revisiter
les fondamentaux socialistes et
Républicains

4) L’inégalité réduit la sensibilité des plus
modestes aux enjeux environnementaux et la
possibilité de compenser les éventuels effets
régressifs des politiques environnementales.

Il s’agit de remettre la défense d’un intérêt
2.b. Des inégalités environnementales aux
général, la notion de bien commun, de
inégalités sociales : le cycle de l’injustice
biens et services publics au cœur de nos
engagements. La nature
Si les inégalités de
L’ouragan Katrina (2005)
est une Res-publica. Elle
revenus et de pouvoir
suppose l’exigence de
contribuent puissamment
solidarité.
à nos crises écologiques,
L’internationalisme
elles s’incarnent aussi
et l’appartenance à
dans la montée en
l’humanité, au genre
puissance des inégalités
humain (dans l’histoire,
environnementales.
le temps et l’espace) se
L’inégalité sociale devant
voient complétées par
des catastrophes non
une interdépendance
pas « naturelles » mais
inéluctable entre les
social-écologiques – dès lors que, de plus
hommes mais aussi l’établissement d’un pacte
en plus, leurs causes et leur impact sont
nouveau avec la nature. Elle implique de
déterminés par les sociétés humaines– est
modifier les rapports Nord/Sud : de l’aide au
bien documentée : la canicule de Chicago en
développement à la co-évolution.
1995, la canicule de 2003 en France et en
La prise en compte du long terme dans
Europe ou encore l’ouragan Katrina en 2005
l’action urgente restaure la nécessité d’une
furent autant de révélateurs et de catalyseurs
« planification », dont il faut réinventer la
de l’inégalité sociale.
forme et les méthodes d’élaboration.
L’inégalité humaine est évidente face aux
Elle ressource le combat contre les inégalités
nuisances et aux pollutions quotidiennes.
qui génèrent des gaspillages considérables
en faveur des plus riches et des risques, des
Au plan mondial, l’OMS montre que
menaces permanentes, pour les plus pauvres.
l’environnement affecte de manière
significative plus de 80% des principales
2.a. Comment nos inégalités polluent la
maladies et détermine notamment les facteurs
planète (éloi Laurent, OFCE)
déclencheurs des maladies chroniques, qui
représentent désormais près des deux tiers
1) L’inégalité accroît inutilement un besoin
des décès annuels sur la planète.
de croissance économique potentiellement
nuisible à l’environnement ;
Les travaux sur les effets de la pollution
atmosphérique dans la région de Los
2) L’inégalité accroît l’irresponsabilité
Angeles montrent le lien entre exposition
écologique des plus riches au sein de chaque
aux pollutions et résultats scolaires, via les
pays et entre eux ;
maladies respiratoires qui se développent chez
les enfants (l’asthme en particulier).
3) L’inégalité entrave les capacités d’action
Mais d’autres travaux vont plus loin en
collective susceptibles de préserver les
établissant une reproduction du cycle de
ressources naturelles (justice, réciprocité) ;
6 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

pauvreté à travers le mauvais environnement
des mères, etc.
2.c. Relégitimer et ressourcer les combats
socialistes et républicains
L’élargissement de la démocratie et le primat du
politique à tous les échelons
Agir local, penser global montre la nécessité
de permettre des choix d’intérêt général
aussi bien au niveau mondial qu’au plus près
de chaque citoyen. Les formes actuelles de
notre démocratie montrent leurs limites
(gouvernance mondiale ? démocratie
participative ?).
L’éducation, l’esprit critique, le développement
des connaissances pour tous. Une nouvelle
forme de citoyenneté
Nous ne relèverons les défis écologiques qu’en
transformant aussi nos pratiques individuelles,
notre regard et notre compréhension du
monde ce qui nous entoure. Cette éducation
et l’esprit critique sont indispensables au
renouvellement démocratique, à l’autonomie
des choix face aux lobbies, conservatismes
ou obscurantismes mais aussi aux peurs et
catastrophismes.
Un autre modèle de développement contre le
capitalisme contemporain
Ne pas laisser le profit guider le monde et
restaurer la force du politique, refuser la
marchandisation de la nature et de toutes les
activités humaines. Orienter l’économie vers
la satisfaction des besoins et s’attaquer à tous
les gaspillages.
Le juste échange contre le libre-échange

les modes de production polluants et moins
coûteux. L’écosocialisme promet des formes
plus collaboratives, l’économie circulaire,
le développement local et la relocalisation
d’activités.
Il faut redéfinir la conception du progrès et
des indicateurs du développement humain et
écologiques afin de conduire à la réduction de
l’empreinte écologique.

3) L’écosocialisme exige également
des changements profonds dans notre
pensée politique
1. les ressources infinies de la planète. Le
productivisme.
2. une certain scientisme, une foi « aveugle »
en la science. A contrario prenons garde à la
négation de la science, à l’obscurantisme...
Débat autour du principe de précaution.
3. la croissance solution à tous nos maux.
Quelle croissance ? Tout se
joue-t-il autour du niveau de
croissance ?
À l’évidence, non. Il est
essentiel de définir de
nouvelles priorités et
finalités à notre mode de
développement et d’imposer
de nouveaux indicateurs face
au PIB.
Notre siècle voit s’inverser
une tendance dominante : jadis la nature
semblait stable dans le temps, et l’homme
avec une vie finie. La perception d’une planète
finie et en mutation rapide tandis que la vie
humaine s’allonge n’est pas sans conséquence
sur l’action politique.
Comment redéfinir le progrès?

Les échanges commerciaux qui en se
multipliant sans régulation, sans normes,
accroissent les transports inutiles et favorisent
7 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

II- Histoire des COP et sommets sur le climat : la lente prise
de conscience internationale de l’enjeu du changement
climatique
1) Les antécédents
1827. Première description de « l’effet de
serre » :
Le mathématicien et physicien français, JeanBaptiste Fourier, a recours à l’analogie de la
serre pour décrire le phénomène naturel de
rétention partielle des radiations solaires par
l’atmosphère.
1873. Fondation de l’OMI – L’Organisation
météorologique internationale est
fondée à Vienne. Début des observations
météorologiques standardisées.

processus atmosphériques. Pas de dispositif
contraignant, mais des protocoles spécifiques
pourront lui être annexés.
1987. Protocole de Montréal relatif à des
substances qui appauvrissent la couche
d’ozone.
Les États parties prennent la décision
d’interdire la production et l’utilisation des
CFC (chloro-fluoro-carbones) d’ici à l’an 2000.

3) Du GIEC à la première COP
1988. Création du GIEC

2) Les premières considérations sur le
changement climatique
1967. Premières prévisions d’un
réchauffement planétaire
Deux scientifiques prévoient le doublement
de la concentration de CO2 d’ici le début
du XXIème siècle et une élévation de la
température moyenne de 2,5°c.
1972. La conférence de Stockholm : création
du Programme des Nations Unies pour
l’Environnement (PNUE).
1979. Première conférence mondiale sur le
climat à Genève.
Lancement d’un Programme de recherche
climatologique mondial, confié à
l’Organisation météorologique mondiale
(OMM), au Programme des Nations unies
pour l’environnement (PNUE) et au Conseil
international des unions scientifiques (CIUS).
1985. Convention de Vienne sur la protection
de la couche d’ozone.
Les États s’engagent à protéger la couche
d’ozone et à coopérer scientifiquement
afin d’améliorer la compréhension des

8 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

Le Groupe intergouvernemental sur
l’évolution du climat (GIEC, IPCC en anglais),
placé sous l’égide du PNUE et de l’OMM, est
chargé du suivi scientifique des processus de
réchauffement climatique.
Décembre 1989–janvier 1990 : 2ème
conférence mondiale sur le climat à La Haye
La conférence réunit 149 pays. Les douze
États de la CEE (Communauté économique
européenne) s’engagent à stabiliser leurs
émissions de CO2 au niveau de 1990 d’ici
à 2000. La déclaration finale préconise la
mise en place de négociations en vue d’une
convention internationale sur les changements
climatiques.

1990. Premier rapport du GIEC
Le rapport dresse le bilan des connaissances
scientifiques sur les changements climatiques
et leurs possibles répercussions sur
l’environnement, l’économie, la société.
Ce rapport a servi de base scientifique à la
Convention-cadre sur le climat (Rio, 1992).
1992. Sommet de la terre : Rio de Janeiro
(Brésil)
131 Chefs d’État réunis à Rio adoptent
l’Agenda 21, liste de 2 500 recommandations
d’action pour le XXIème siècle. La Conventioncadre des Nations Unies sur les changements
climatiques est ouverte à la signature. Son
objectif est de stabiliser les concentrations
atmosphériques de gaz à effet de serre à
un niveau qui empêche toute perturbation
humaine dangereuse du système climatique.
Après sa ratification par 50 États, la
convention est entrée en vigueur le 21 mars
1994.

4) Les COP
1995. 1ère conférence des Parties à la
Convention sur le climat (COP1) à Berlin
Adoption du principe des quotas d’émissions
de gaz à effet de serre.

Fin 1995. 2ème rapport du GIEC
Le rapport confirme l’influence des activités
humaines sur les changements climatiques et
prévoit un réchauffement moyen de 1 à 3,5°c
d’ici à 2100 ainsi qu’une augmentation du
niveau de la mer de 15 à 95 centimètres.
8-19 juillet 1996. 2ème Conférence des
Nations unies sur les changements
climatiques (Genève COP2)
Les représentants des gouvernements
s’engagent à renforcer la lutte contre le
réchauffement de la planète, en fixant des
objectifs quantifiés légalement contraignant.
Ils n’en précisent pas la forme.
Juin 1997. 2ème sommet de la terre à New York
La 19ème session extraordinaire de l’Assemblée
générale des Nations unies (dite «Rio+5»)
fait le point sur les
engagements pris
à Rio, et constate
le désaccord entre
l’Union européenne
et les États-Unis sur
la réduction des gaz à
effet de serre.

LE PROTOCOLE DE KYOTO (1997)
1- Les gaz à effet de serre concernés sont : CO2, méthane, holocarbure (HFC), protoxyde d’azote (N2O),
hexafluorure de soufre(SF6).
2- Des engagements : en application de la convention cadre de Rio, les États-Unis ont accepté une réduction de
7%, le Japon de 6% et l’Union européenne de 8%. L’Union européenne a réparti cet objectif entre les quinze États
membres. A l’horizon 2008-2012, la France devrait donc stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre à leur niveau de
1990.
3- Pour faciliter leur réalisation, trois mécanismes dits « de flexibilité ».


les « permis d’émission », cette disposition permet de vendre ou d’acheter des droits à émettre entre pays
industrialisés ;
la «mise en œuvre conjointe» (MOC), entre pays développés, pour des investissements en dehors de leur
territoire national ;
le «mécanisme de développement propre» (MDP), pour les investissements effectués par un pays développé,
dans un pays en développement.

9 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

Décembre 1997. 3ème Conférence des Nations
Unies sur les changements climatiques à
Kyoto, COP3
Adoption d’un protocole à la Convention sur
le climat dit « protocole de Kyoto ». Il engage
les pays industrialisés regroupés dans l’annexe
B du Protocole (38 pays
industrialisés : États-Unis,
Canada, Japon, UE, ancien
bloc communiste) à réduire
les émissions de gaz à effet de
serre de 5,2% en moyenne d’ici
2012, par rapport au niveau de
1990.
Sous la pression d’un groupe
de pays conduits par les
États-Unis, des mécanismes
de flexibilité sont créés,
permettant à un pays de remplir ses
obligations non pas en limitant ses émissions
mais en finançant des réductions à l’étranger.
Novembre 1998. 4 Conférence des
Nations unies sur les changements
climatiques : Buenos Aires, COP 4
La conférence est marquée par la
confrontation entre les pays en
développement et les pays industrialisés,
seuls concernés dans un premier temps par
la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, et
adopte un plan d’action destiné à relancer
les mesures décidées à Kyoto. Les États-Unis
tentent d’accélérer la mise en œuvre des
permis d’émission négociables. Ils s’opposent à
tout compromis, mais signent le Protocole de
Kyoto. Présidence Clinton, Vice-président Al
Gore.
ème

Novembre 2000. 6ème Conférence des
Nations unies sur les changements
climatiques à La Haye, COP6
Les négociateurs des 182 pays représentés
échouent à trouver un accord sur la mise
en œuvre des mesures adoptées à Kyoto.
Confrontation entre les États-Unis (et leurs
alliés : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande,
Japon) et l’Union européenne, qui plaide

10 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

contre la prise en compte des puits de carbone,
pour que 50% au moins des engagements
pris soient réalisés à l’intérieur de chaque
pays, pour la création d’une structure
supranationale et pour l’instauration de
sanctions contre les pays contrevenants.
Janvier 2001. Publication du
3ème rapport du GIEC.
Mars 2001.
Les États-Unis renoncent à
limiter leurs émissions de gaz
à effet de serre. Le nouveau
président des États-Unis,
G. W. Bush, annonce qu’il
renonce à la réglementation
des émissions de gaz à effet de
serre et affirme son opposition au Protocole
de Kyoto.
Octobre-novembre 2001. 7ème Conférence
des Nations unies sur les changements
climatiques à Marrakech, COP7
Traduction juridique des règles de mise en
œuvre du Protocole de Kyoto. Des moyens
techniques et financiers sont débloqués en
faveur des pays en développement.
2002.
L’Union européenne et ses 15 États membres,
d’abord, ratifient le protocole de Kyoto, suivis
par le Japon. La Russie le ratifiera en 2004.
Au final, le protocole de Kyoto sera ratifié
par 175 pays. Les États-Unis, qui à eux seuls
émettent 30 à 35% du total des gaz à effet de
serre ne le ratifieront pas en bout de course.
16 février 2005 : Entrée en vigueur du
protocole de Kyoto
Pour entrer en vigueur, l’accord international
devait être ratifié par au moins 55 pays
représentant 55% des émissions de gaz à
effet de serre. Signé en 1997, le protocole de
Kyoto, qui vise à réduire les émissions de gaz
à effet de serre des pays industrialisés durant
la période 2008-2012 en deçà des niveaux de

1990, prend effet après avoir été ratifié par
141 pays.
36 pays industrialisés, à l’exception des ÉtatsUnis et de l’Australie, qui comptent pour plus
d’un tiers des gaz à effet de serre du monde
industrialisé mais n’ont pas ratifié le protocole,
seront dans l’obligation de réduire de 5,2% en
moyenne leurs émissions de CO2 et de cinq
autres gaz réchauffant l’atmosphère.
107 pays en développement qui ont ratifié
le protocole auront de simples obligations
d’inventaire d’émissions polluantes.

5) La réalité de la mise en œuvre du
protocole de Kyoto et la poursuite des
COP
L’Union Européenne n’est pas trop loin de ses
objectifs même s’il y a de grands écarts entre
les différents pays. Mais quasiment tous les
autres pays développés ne respecterons pas
ces objectifs : ex. : le Canada s’était engagé
à baisser de 6% et c’est une hausse de 35%
qui est constaté. Dans les mauvais élèves se
trouvent aussi l’Australie ; même pour le Japon
le compte n’y est pas.
En dépit de l’annonce du fait que l’accord était
contraignant, aucune sanction n’a pu être
prise.
Novembre-décembre 2005. 1ère réunion
de suivi du protocole de Kyoto et 11ème
Conférence des Nations unies sur les
changements climatiques à Montréal
(Canada), COP11.
Mise en œuvre des règles de fonctionnement
du Protocole de Kyoto et des marchés
du carbone. Décision de négocier un
prolongement du Protocole au-delà de son
échéance de 2012 dans le cadre plus large de
la convention-cadre des Nations unies sur les
changements climatiques.
Novembre 2006. 12ème Conférence des
Nations unies sur les changements
climatiques à Nairobi (Kenya), COP12

La révision du protocole de Kyoto
commencera en 2008 sur la base d’un 4ème
rapport du GIEC. La conférence est également
centrée sur le renforcement des mécanismes
de soutien aux pays en développement,
avec la mise en œuvre du Mécanisme de
développement propre (MDP), qui permet à
des pays industrialisés d’investir dans des pays
du Sud pour contrebalancer leurs émissions de
gaz à effet de serre ainsi que sur les modalités
de fonctionnement du Fonds d’adaptation,
destiné à parer aux impacts du réchauffement
dans les pays pauvres.
2007 : Publication du 4ème rapport du GIEC
Les scientifiques établissent la responsabilité
humaine dans le réchauffement climatique.
Ils confirment le rôle des émissions de gaz à
effet de serre et la gravité des changements
en cours : perspective d’augmentation
moyenne de 1,8 à 4°c et hausse du niveau
des océans de près de 60 cm d’ici la fin du
siècle, généralisation de vagues de chaleur
et d’épisodes de fortes précipitations. Selon
le GIEC, le réchauffement déjà en cours
frappera toutes les régions du monde, mais
prioritairement les pays en développement
d’Afrique et d’Asie. Par ailleurs, au-delà de
2 à 3°c de hausse par rapport à 1990, ce
réchauffement aura des impacts négatifs.
Septembre 2007. Signature de l’accord de
Montréal sur l’élimination de substances
chimiques appauvrissant la couche d’ozone
190 pays, plus l’Union européenne, signent
un accord destiné à accélérer l’élimination
des HCFC (hydro-chloro-fluoro-carbones),
accord qui contribuera aussi à la lutte contre le
réchauffement climatique.
Décembre 2007. 13ème Conférence des
Nations Unies sur les changements
climatiques à Bali (Indonésie), COP13
Elle se tient juste après la ratification du
protocole de Kyoto par l’Australie. Les
États-Unis sont désormais le seul des pays
industrialisés à ne pas l’avoir ratifié. Est fixée
une « feuille de route » qui doit aboutir en

11 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

2009, à Copenhague, à un nouveau traité.
Celui-ci prendra la suite du Protocole de Kyoto
sur la réduction des émissions des gaz à effet
de serre, qui vient à échéance en 2012.
Décembre 2008. 14ème Conférence des
Nations unies sur le climat à Poznan
(Pologne), COP14
Les 27 pays de l’Union Européenne sous
présidence française s’entendent sur les
moyens de réduire leurs émissions de gaz à
effet de serre de 20% en 2020 par rapport à
1990 et arrêtent le plan climat-énergie. Elle
est consacrée à l’avancée des négociations
sur le traité appelé à remplacer le protocole
de Kyoto. L’un des principaux acquis réside
dans la création d’un fonds d’aide aux pays
pauvres menacés par les conséquences du
réchauffement. Mais ce fonds ne devrait
permettre de recueillir que 80 millions de
dollars.

des améliorations dans le fonctionnement de
ce dernier.
10 décembre 2010. 16ème conférence des
parties signataires de la Convention cadre de
l’ONU sur le climat à Cancún
L’accord met en place une série de mécanismes
financiers pour lutter contre le réchauffement
climatique et promouvoir l’adaptation à ses
effets. Un Fonds vert est créé pour soutenir les
projets, programmes et politiques d’adaptation
des pays en développement. La mise en
place du mécanisme REDD (Ressources pour
le développement durable) qui consiste à
rémunérer financièrement les populations
locales impliquées dans la gestion des forêts.

Juin 2009. 2ème session de négociations du
futur accord sur le changement climatique à
Bonn (Allemagne).
Décembre 2009. Le sommet des Nations
Unies sur les changements climatiques, réuni à
Copenhague, s’achève sur un accord a minima.
Les leaders mondiaux se sont mis d’accord :
sur un objectif de limitation du changement
climatique à 2°c. Cette hausse est calculée par
rapport à l’ère pré-industrielle ;
sur une aide des pays développés de 30
milliards de dollars sur 2010-2012, porté à
100 milliards de dollars par an en 2020.
Ce texte est juridiquement non contraignant
et ne comporte aucun engagement chiffré de
réduction des émissions de gaz à effet de serre.
30 août 2010 rapport sur le fonctionnement
du GIEC. Le rapport est établi pour le Conseil
inter-académique, composé de 15 académies
des sciences de différents pays a étudié les
contestations apparues sur des « erreurs » des
précédents rapports. Il valide les analyses et
conclusions précédentes du GIEC et suggère

12 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

Fin 2011.
Accord pour un nouveau pacte mondial sur
le climat en 2015, lors de la conférence de
Durban II en Afrique du Sud.
La 17ème conférence des Nations -Unies sur le
climat retient l’idée d’établir d’ici à 2015 un
pacte global de réduction des émissions de
gaz à effet de serre dont l’entrée en vigueur
est prévue à l’horizon 2020. Le texte englobe
pour la première fois tous les pays dans la
lutte contre le réchauffement climatique,
notamment les plus gros pollueurs, la Chine,
l’Inde et les États-Unis. le Fonds vert pour
le climat destiné à aider les pays pauvres à

faire face au réchauffement climatique, est
officiellement créé.
Juin 2012. Sommet de la terre dit «Rio+20», à
Rio de Janeiro. Vingt ans après le Sommet de
1992.
Le PNUE montre que, sur 90 objectifs
prioritaires en 1992, seulement 4 ont connu
des progrès significatifs, dont celui de la
disparition des molécules portant atteinte
à la couche d’ozone (les CFC notamment).
L’objectif de réduction des émissions de gaz
à effet de serre n’a, par contre, pas connu de
progrès et ceux-ci devraient doubler d’ici
2050. Dans le communiqué final, « L’avenir
que nous voulons », les États s’engagent à

promouvoir une «économie verte» épargnant
les ressources naturelles de la planète et
éradiquant la pauvreté, mais les critiques
sont nombreuses sur l’absence d’objectifs
contraignants et de financement. Les 25
domaines particulièrement ciblés vont de
l’éradication de la pauvreté, la sécurité
alimentaire, l’eau, l’énergie, le transport, la
santé, l’emploi, aux océans, au changement
climatique, à la consommation et la production
durables.
COP 18 Doha 2012 ; COP 19 Varsovie 2013 ;
COP 20 Lima 2014...

III- La COP 21 Paris 2015
1) La préparation de la COP 21
La méthode choisie pour tenter d’aboutir à
un « bon accord » à la COP21, a été l’envoi par
chaque pays des engagements qu’il comptait
prendre pour réduire ses gaz à effet de serre
(GES) et atteindre l’objectif commun, c’est-àdire ne pas augmenter la température globale
de 2°c – le mieux serait 1°5c – d’ici la fin du
siècle (2100).
Selon le GIEC, cela signifie de réduire les
émissions de GES de 40 à 70 %. Un pic devrait
être atteint en 2020 et une diminution ensuite.
Le scénario fixe des paliers : -44 GTonnes
de CO2 d’ici 2020 ; -40 GTonnes de CO2 d’ici
2025 ; -30 GTonnes de CO2 d’ici 2030. Car s’il
est positif de se fixer des objectifs pour 2050,
il est essentiel et plus prudent de fixer des
objectifs intermédiaires.

2) Le texte préparatoire de Bonn
L’ONU a collecté les copies des États avant
Paris. Au mois d’octobre, s’est tenu, à Bonn,

une réunion préparatoire à la COP de Paris
début décembre. Un texte a été arrêté. Ce
sont 180 pays qui ont contribué (94% des GES
comptés) sur 195.
Premier enjeu : si l’on additionne les
réductions de GES annoncés, la hausse de
température est de 3° et non 2°c.
Deuxième enjeu : dans le mandat de
négociation issu de la rencontre de Bonn pour
la réunion de Paris, n’est pas prévu de négocier
le rattrapage entre le niveau atteint par la
somme des engagements envoyés pour Bonn
et ceux estimé pour atteindre le niveau des
2°c.
Le débat doit avoir lieu et être tranché si la
contribution des états envoyée à l’ONU est
une contribution (en anglais : contribution) ou
un engagement (commitment). Doit être aussi
discuté et arbitré comment on mesure ces
contributions, comment on les vérifie, on les
comptabilise ?
13 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

Évidemment, c’est très insuffisant.
Troisième enjeu : il n’y aurait pas d’objectif à
moyen terme et il y a peu de précisions sur les
objectifs à long terme en quantité de GES.
Serait quand même négocié une date pour
un pic, c’est-à-dire le moment ou s’inversera
la tendance. Sont totalement ignorés les
simulations et données du GIEC.
Pour le pic et des éventuels objectifs
intermédiaires, il y aura le même débat à
clarifier sur la nature des engagements :
doivent atteindre (shall) ou devraient atteindre
(should).
Quatrième enjeu : la mesure des engagements
est plus qu’ambigüe.
Parfois en changeant les mots, on change
complètement l’objectif. Exemple : s’agissant
d’une des options à long terme, l’objectif est
exprimé en parlant d’émissions nettes zéro.
Ce qui n’est pas du tout la même chose que
zéro émission ; la différence est importante.
« Émissions nettes » suppose qu’on peut avoir
des émissions de CO2 mais les stocker.
Or le stockage du CO2 n’est pas sans
conséquences écologiques (déforestation,
terres arables, fonds des océans). Si cette
méthode se développait à grande échelles,
on peut craindre sur les droits fonciers et la
souveraineté alimentaires des populations
locales, les plus fragiles.
On pourra d’ailleurs noter que lorsque le
gouvernement indique qu’il va supprimer ses
subventions aux centrales à charbon… sauf si
elles stockent le CO2.
Cinquième enjeu : la question de la révision
des objectifs.
Ce problème est d’autant plus important
que le niveau des réductions évoquées est
notoirement insuffisant et que les effets du
changement climatique sont de plus en plus
évident.
Le document de BONN fixe l’échéance de

14 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

révision pas avant dans 10 ans !
On peut espérer que les négociations de Paris
avancent cette échéance. Lors de la visite de
François Hollande en Chine le communiqué
final souligne qu’« une revue complète ait lieu,
tous les 5 ans, sur les progrès accomplis en vue
d’atteindre les objectifs à long terme agréés ».
Sixième enjeu : la question des énergies
fossiles éludée et pas de plan pour les énergies
renouvelables.
Le texte ne citait jamais les énergies fossiles
– ce qui est en retrait par rapport à certains
textes antérieurs qui envisageaient la
réduction possible des énergies fossiles.
Ces énergies fossiles représentent 80% des
émissions de GES et reçoivent aujourd’hui
dans le monde 700 milliards de dollars. Si on
calcule les aides indirectes c’est beaucoup
plus (les ONG disent 10 millions de dollars par
seconde dans le monde).
De nombreux chercheurs demandent un
moratoire international sur toute nouvelle
exploration des énergies fossiles.
Dans le même temps, pas d’engagements sur
les énergies renouvelables. En 2011, le GIEC
affirmait que 80% de l’approvisionnement
mondial pouvait être réalisé d’ici 2050 (cf.
France scénario ADEME).
En tout cas, le terme ENR n’était pas dans
cette version du texte, ni l’idée d’un plan de
déploiement international, ni de dispositif
de soutien financier et technique (réorienter
les subventions publiques, le transfert de
technologie, le soutien aux recherches).
Septième enjeu : les accords n’auront pas
d’impact sur les accords internationaux.
Le fait que l’accord ne contienne que de vagues
objectifs sans cadre opérationnel ne permet
pas leur prise en compte dans les différends
de l’OMC. D’ailleurs plusieurs plans régionaux
ou nationaux de soutien aux énergies
renouvelables ont été cassés ou sanctionnés
car contraire aux règles du libre-échange.

On verra à quel point ce genre de problèmes
pourrait se multiplier si le TIPP ou autres
accords voyaient le jour !
Huitième enjeu : près de 10% des émissions
de CO2 sont hors de l’accord : l’aviation et le
transport maritime.
Ainsi, contrairement à ce qui est prétendu,
si cette version de l’accord devait perdurer,
il ne serait pas universel. On peut peut-être
justement expliquer cette exclusion par le
point précédent, l’obsession de l’extension du
commerce mondial ou du libre-échange.
L’aviation représente 5% des émissions
mondiales de CO2. Le transport maritime 3%
Ce phénomène n’est pas nouveau, depuis
le début des accords sur le climat. Mais il
est d’autant plus urgent de désormais les
introduire que ces émissions ne cessent de
croître. Si aucune réorientation n’est engagée,
elles devraient augmenter de 250%.
Neuvième enjeu : la solidarité, les droits
humains, la justice sociale de plus en plus
marginalisés dans les instances internationales
et les COP.
Le changement climatique crée de grandes
difficultés dans certains territoires et que le
nouveau mode de développement qu’il nous
faut promouvoir devrait allier transition
énergétique mondiale mais aussi de justice
sociale, de droits humains pour tous, de
souveraineté alimentaire et de démocratie
effective.
Dans le texte d’entrée de la COP, tous ces
sujets ne sont regroupés que dans un seul
paragraphe fourre-tout avec des phrases
lénifiantes du genre « il faut tenir compte de
ces enjeux ». Les sujets cités sont la sécurité
alimentaire, les politiques sociales, une
transition juste, le travail décent. Mais de
surcroît cet unique paragraphe se situe dans
le préambule, n’est donc pas au cœur du
dispositif juridique.
On perd peu à peu l’esprit de la convention de

Rio qui visait à assurer des critères de justice
entre pays et entre les différentes populations
de la planète. Un principe y était clairement
affiché : « Tout le monde n’a pas la même
responsabilité face à la crise, ni les mêmes moyens
pour y faire face ». A mesure que les COP se
déroulent, il est affaibli. Dans le texte actuel
il est simplement écrit que l’accord « reflète »
ce principe (article 2). Ça ne veut rien dire, en
tout cas permet toutes les interprétations et
aucunes actions.
Comment alors s’étonner du désintérêt de
certaines catégories sociales ? Du doute sur
l’intérêt d’une action mondiale ou de la montée
du nationalisme ? Comment penser que les
objectifs seront atteints si la population ne
prend pas part aux indispensables mutations
des modes de vie ? Le gouvernement français
ne peut être tenu responsable de cette
situation, mais il ne doit pas se taire.

Impact pauvreté
Sans mesures immédiates de réduction des
émissions de gaz à effet de serre conjuguées
à des politiques de développement « solidaire
et durable », plus de 100 millions de personnes
supplémentaires pourraient tomber sous le
seuil de pauvreté à l’horizon 2030.
À trois semaines de la COP 21, la Banque
mondiale publie, dimanche 8 novembre, un
rapport, « Shock waves : managing the impacts of
climate change on poverty », qui vient rappeler
aux États le caractère indissociable de la lutte
contre le réchauffement de la planète et du
combat contre la pauvreté.

15 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

Dixième enjeu : le financement,
le fonds vert.

Impact alimentaire

Dans le texte issu de Bonn,
l’article financement est
Le cinquième rapport du GIEC de novembre 2014, signale que les
quasiment vide ? C’est un des
dérèglements climatiques auront des impacts sur tous les aspects
de la sécurité alimentaire. D’abord par la quantité d’aliments
points majeurs de la négociation
produite : sans réel effort d’adaptation, les rendements des grandes
de Paris.
cultures (blé, riz, maïs…) pourraient diminuer de 2% par décennie.
Lors de la conférence de
Ces baisses de productivité déjà perceptibles y compris dans les
Copenhague, les États s’étaient
régions tempérées, seront plus sévères dans les zones tropicales,
engagé a trouvé pour 2020, 100
les plus exposées au changement climatique et déjà affectées par
milliards de dollars par an pour
l’insécurité alimentaire.
les pays et populations démunis
(le 7 octobre seulement 62 Mds
Cette baisse des rendements et les pertes de cultures causées par
étaient recueillis). En 6 ans, on
des événements météorologiques extrêmes plus fréquents et plus
a peu progressé et cette somme
intenses, fait peser un risque de hausse et de volatilité croissante
des prix alimentaires. Une étude de l’ONG Oxfam, publiée fin 2012,
n’est toujours pas rassemblée.
soulignait que le prix moyen des denrées de base (maïs, blé, riz)
Cette somme ne répond en fait
pourrait plus que doubler au cours des 20 prochaines années par
qu’à la question de l’adaptation
rapport aux prix observés en 2010 ; entre un tiers et la moitié de
au changement et non à la
cette augmentation serait causée par le changement climatique.
transition énergétique des
pays pauvres qui suppose
au moins 1 000 Mds par an
et a permis au bout du compte d’associer
mais correspond à une réorientation des
quasiment tous les pays qui siègent à l’ONU.
investissements souvent privés (énergie
195 pays en sont signataires et même 196 si on
fossile, etc.)
y ajoute l’Union européenne... à la différence
Non seulement, les pays riches ne veulent
du protocole de Kyoto qui n’associait que
pas s’engager de façon contraignante mais
les pays développés, et encore qu’une partie
refuse de trouver des financements dédiés
d’entre eux. Cette mise en mouvement de
(Taxe sur les transactions financières, mise à
tous ces États constitue un fait inédit et doit
contribution du privé, etc.).
permettre d’engager progressivement la
grande transition énergétique qui s’impose.
3) COP 21 : Un accord prometteur !
L’accord signé retient l’objectif d’une hausse de
Ce n’est qu’un début...
la température qui ne doit pas dépasser 2°c et
devrait même tenter de ne pas passer la barre
Obtenir un accord après l’échec de
des 1,5°c à la fin du siècle.
Copenhague n’était pas évident, pourtant
plus personne ne peut nier l’urgence d’une
mobilisation planétaire pour lutter contre
l’effet de serre et le changement climatique.
Mais il a fallu la persévérance, la détermination
et l’implication du Président de la République,
du ministre des affaires étrangère et de la
diplomatie française pour sortir des blocages
persistants des négociations climatiques.
Partir des engagements que les pays étaient
prêts à atteindre était une bonne méthode

16 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

Laurent Fabius, François Hollande

À l’évidence, les engagements pris par les
contractants, en l’état actuel, ne suffisent pas
pour atteindre ces objectifs. C’est pourquoi il
était très important que soit prévues au plus
vite des échéances pour réviser régulièrement
– à la hausse – les engagements. Le principe
d’une révision tous les 5 ans a bien été acté,
cependant, elle ne devrait pas s’opérer avant
2025 soit 5 ans après l’entrée en vigueur de
l’accord, ce qui est nettement trop lointain
pour atteindre les objectifs.
La déclaration de François Hollande, qui
appelle les pays les plus riches, ou les plus
ambitieux, à se réunir avant cette date pour
accélérer le rythme a été bienvenue. Il a
annoncé sa volonté de rehausser le niveau
d’ambition de la France dès 2020. Nous devons
agir pour qu’un maximum de chefs d’États et
de gouvernements s’y engagent eux aussi,
notamment au sein de l’Union européenne.
Voilà un combat qu’il faut immédiatement

mener, tout particulièrement en Europe.
Parmi les Vingt-Huit, les pays volontaires
pourraient utiliser la flexibilité du « paquet
énergie-climat » qui fixe un objectif de baisse
des émissions avant 2030 de 40% « au moins »,
par rapport à 1990. L’idéal serait d’obtenir une
révision générale avant cette échéance. Mais
il reste des oppositions pour aller plus loin,
comme celles de la Pologne.
Le texte approuvé à Paris engage les pays à
un plafonnement mondial des émissions de
gaz à effet de serre dans les meilleurs délais,
et à opérer des réductions rapidement par la
suite. Ainsi c’est la première fois qu’un accord
associe à une cible de température à ne pas
dépasser une traduction opérationnelle en
termes de niveau d’émissions à long terme :
« zéro émissions nettes » de gaz à effet de
serre dans l’atmosphère dans la deuxième
moitié de ce siècle, avec un pic dès que
possible. Mais il aurait fallu fixer une date

17 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

butoir pour cette pointe et l’engagement de
l’inversion.
La question du financement, pour les pays
les plus en difficultés, était cruciale. Les 100
milliards de dollars annuels, le minimum
attendu, semble avoir été rassemblés. Là aussi,
il faudra veiller à ce que les crédits viennent
bien comme prévu. Des mécanismes de
tarification du carbone ont été mis en place
ou décidés dans un nombre croissant de pays
et régions et l’accord lui-même en mentionne
l’intérêt. Pourtant sur ce point, il faut être
plus que prudent sur la confiance accordée à
la thèse du prix du Carbone ou des marchés
de droits d’émissions qui font croire que ces
méthodes garantiraient une efficacité pour
décarboner nos économies. Or, là où elles
sont mises en œuvre, elles n’ont pas démontré
de réelle efficacité ; cela a produit bien des
fraudes et accru les inégalités, privilégiant
le court terme sur la longue durée, comme
toujours lorsqu’on parie sur la loi du marché.
Une référence au déclin des énergies
fossiles est évoquée. Ce n’est pas au niveau
des attentes des militants écologistes et
des experts du climat, mais il paraissait peu
probable qu’on puisse obtenir un large accord
sur des positions plus fortes. Pourtant le texte
préparatoire, issu de la rencontre de Bonn, n’y
faisait même pas référence. Mais il ne faut pas
négliger que bon nombre des pays s’engagent
fortement pour les énergies renouvelables ;
c’est par exemple le cas de la Chine qui a
manifestement l’intention de mettre le paquet
dans cette direction. Il faut dire que les graves
pollutions récurrentes de l’air dans les villes
chinoises lui imposent des décisions urgentes.
L’accord de Paris est-il contraignant ?
Il y a le texte. De ce point de vue, ce n’est pas
génial puisqu’après la longue suspension de
séance de dernière minute à la demande des
États-Unis, la formule indiquant que les pays
développés « devront » adopter des cibles de

18 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

réductions absolues de leurs émissions a été
finalement remplacée par un « devraient ». En
effet, pour que les États-Unis puissent ratifier
l’accord de Paris, il faut que cela puisse se
faire par simple décret présidentiel et sans
passer devant un Congrès majoritairement
hostile à ce traité. Or un texte international
formulant des cibles contraignantes pour les
États-Unis impliquerait automatiquement
un passage devant le Congrès. En revanche,
le président américain peut ratifier l’accord
de Paris s’il n’est contraignant que sur des
procédures. Mais de toute façon, chacun sait
qu’il n’y a aucune sanction possible pour ceux
qui manqueraient à leur signature. Ils risquent
seulement de perdre la confiance des autres
pays et de l’ONU. Car est instauré un cadre de
transparence et de contrôle à la fois sur la mise
en œuvre des contributions nationales et sur
les financements d’aide au développement.
Évidemment, cet accord peut être lu selon
qu’on voit la bouteille à moitié vide ou à moitié
pleine. En tout état de cause, il faut penser
simultanément à deux exigences : agir ici
maintenant pour tenir les engagements et
combler au plus vite les lacunes, les manques.
Cette COP 21 doit être un début, un
accélérateur pour réussir l’indispensable
transition énergétique.
Et là, avons-nous pris la mesure des
changements que cela impose dans nos modes
de production et de consommation ? Il faudra
combattre vigoureusement, au sein même
de nos pays, les inégalités qui entretiennent
la course au toujours plus. Les travaux de
Laurent Éloi sur la sociale-écologie sont très
éclairants de ce point de vue.
Enfin, et on imagine bien que le sujet n’aurait
pu faire consensus, la mondialisation libérale
et la généralisation du libre-échange sans
règles sociales et environnementales sont
de réelles menaces pour le changement
climatique. C’est pourquoi, pour utile que
fut la COP 21, tant que les accords de
l’OMC prendront le pas sur tous les autres,

on ne permettra pas une avancée rapide
l’indispensable transition qui a justement
besoin d’aides publiques, de faire passer
l’intérêt global d’un produit ou d’un service
devant son coût, de pouvoir interdire ou
dissuader des productions ou investissements
défavorables à la lutte contre l’effet de serre,
de privilégier le local aux circuits mondialisés
avec des pollutions des transports, etc.
Et puis, il y a ce que nous devons faire en
France. La loi sur la transition énergétique
a été votée mais les moyens ne sont pas au

rendez-vous. Là encore, il est urgentissime de
planifier réellement les actions que nous allons
mener pour réussir cette feuille de route.
N’oublions pas que derrière ces grandes
conférences, le débat politique entre les
divers projets de société demeure et a
toute sa pertinence. Mobilisons-nous pour
l’écosocialisme !

IV- Nos combats continuent !
1) Renforcer notre engagement
international
La lutte contre le changement climatique
est l’une des grandes causes universelles qui
devrait en ce début du XXIème siècle amener
l’humanité à prendre conscience de son
interdépendance, de son unité et servir de
levier à l’espoir d’un progrès partagé, d’actions
communes porteuses d’un avenir meilleur pour
tous. La compréhension des menaces pour
indispensable qu’elle soit ne suffit pas, elle doit
s’accompagner d’une nouvelle vision de notre
développement et de la vie humaine, et c’est
bien le sens de notre engagement.
La COP 21 qui s’est tenue à Paris en
novembre-décembre 2015 a donc été
déterminante. Évidemment, cet accord peut
être lu selon qu’on voit la bouteille à moitié
vide ou à moitié pleine. En tout état de cause, il
faut penser simultanément à deux exigences :
agir ici maintenant pour tenir les engagements
et combler au plus vite les lacunes, les
manques. Cette COP 21 doit être un début, un
accélérateur.
Sera-t-elle suffisante pour sortir l’ONU de son
impuissance à obtenir des consensus actifs

sur tous les grands problèmes planétaires ?
Rien n’est moins sûr, car c’est sans doute l’un
des problèmes majeurs de la mondialisation
actuelle où aucune politique incarnant
l’intérêt général n’est en mesure d’émerger
ni sur le terrain social, ni sur le champ
environnemental. Seules arrivent à s’imposer
la progression de la libéralisation des échanges
et des mouvements de capitaux comme la
généralisation de la marchandisation, qui au
contraire s’affranchissent au maximum de tout
arbitrage collectif ou démocratique.
Cette impuissance du multilatéralisme devant
des enjeux aussi majeurs que les droits sociaux
et la protection de l’environnement crée une
défiance majeure des peuples envers ses
institutions et exige une nouvelle pensée de
l’architecture des relations internationales.
Mais nous ne nous résignons pas !
Nous devons défendre la création d’une
Organisation Mondiale de l’Environnement
Nous avons obtenu un bon accord à Paris,
mais il faut désormais entamer une nouvelle
étape dans notre combat avec la création le
plus tôt possible d’une organisation mondiale
de l’environnement, organe permanent

19 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

capable d’édicter des normes, des conventions,
fussent-elles plus réduites en périmètre, voire
en signataires mais concrètes et capables
d’engager les parties dans des actions et
financements. D’une certaine façon l’OIT joue,
et surtout a joué ce rôle pour le droit du travail.
Et là, on touche l’autre limite qu’il faut
rapidement dépasser, à savoir la hiérarchie
des normes, la relégation du social et de
l’environnemental au marge du système
économique, hors d’état de s’imposer à tous
les acteurs étatiques ou aux multinationales.
L’exemple de l’OIT est de ce point de vue
désolant.
C’est pourquoi non seulement il convient
de créer l’OME mais aussi de ne plus signer
de traités économiques n’imposant pas
des restrictions pour veiller au respect des
règles environnementales et n’assurant pas
la hiérarchie des normes pour placer le social
et l’environnement au-dessus de la libre
circulation des biens et des capitaux. Bref l’OIT
et l’OME s’imposant face à l’OMC.
Du libre-échange au « juste échange »
Nous devons promouvoir des accords
bilatéraux de « juste échange » en particulier
entre grandes régions du monde, incluant la
lutte contre le changement climatique et droits
sociaux et humains, acceptant une hiérarchie
des normes permettant de s’affranchir de
certains dogmes de l’OMC (taxation en cas
de nos respect des normes, aides publiques
ciblées). C’est dans la globalisation des enjeux
que peuvent se construire de nouveaux pactes
de développement.
Le temps est venu de créer un nouveau rapport
de force mondial et les premiers actes à poser
sont immédiats. Il faut mettre un coup d’arrêt
à la multiplication des traités de libre échange
et refuser de ratifier le traité entre l’UE et le
Canada et exiger l’arrêt des négociations du
Traité de partenariat transatlantique. Toutes

20 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

les études montrent qu’il constitue un risque
majeur pour l’économie française et nous prive
de notre souveraineté dans de nombreux
domaine pour la qualité, l’environnement. Il
instaure des arbitrages privés en lieu et place
du fonctionnement de la justice et prévoit que
les États puissent dédommager les entreprises
s’ils édictent des normes qui les gênent.
Or la Commission européenne continue à
marche forcée les négociations et dans un
manque de transparence qui en dit long ! Alors
la seule façon de mettre les négociations sous
pression est d’annoncer immédiatement que
si un traité est signé, il sera ratifié en France
par Référendum. Il est clair que la commission
européenne devra enfin prendre en compte
l’avis des peuples, en tout cas du peuple
français.
Nous devons aussi proposer une nouvelle
architecture des instances mondiales pour
enfin traiter les questions majeures que sont
le développement humain, la protection de
l’environnement, la lutte contre le changement
climatique comme résolument prioritaires et
urgentes face à la logique du libre-échange.
Les socialistes s’honoreraient à proposer
après la COP 21 de lancer une grande
initiative mondiale en ce sens et en tout
cas que l’Internationale Socialiste, en se
redonnant enfin une dynamique concrète, en
fasse sa feuille de route.
Cet objectif serait aussi de nature à
rassembler un très grand nombre de Français
qui savent que l’universalisme républicain
peut aujourd’hui prendre le visage de cette
nouvelle vision d’une civilisation nouant un
pacte nouveau entre l’humanité et la nature
et où l’intérêt général, prendra le pas sur la
domination d’une minorité sur l’ensemble.
Il en va de l’avenir de l’humanité, de la planète
et de la paix dans le monde.

2) Soutenir l’effort français pour des
exigences européennes accrues en
matière d’environnement et de lutte
contre le changement climatique
Le président de la République a appelé à
la mobilisation en faveur de l’application
de l’accord de Paris sur le climat dans les
politiques nationales et européennes, à l’issue
du sommet européen des 17 et 18 décembre.
L’accord mondial sur le climat n’aura pourtant
pas occupé beaucoup de place dans les
conclusions du dernier Conseil européen
de l’année. Dans leurs conclusions, les chefs
d’État et de gouvernement demandent à la
Commission et au Conseil de réaliser une
évaluation des conclusions de la COP 21 et
de préparer les prochaines étapes d’ici mars
2016.
L’Union européenne s’est en effet engagée
dans le cadre de la conférence sur le climat
à réduire ses émissions de CO2 de 40 %
d’ici à 2030. Un objectif qui devra être
révisé pour atteindre l’objectif mondial d’un
réchauffement en dessous des 2°c fixé à la
COP 21 et plus encore si l’on veut s’approcher
des 1,5°c. Mais l’enjeu est désormais de
préciser le niveau des efforts supplémentaires
à réaliser mais surtout de mettre en œuvre des
actions concrètes et dégager des financements
européens, en particulier dans les domaines
suivants :
• l’efficacité énergétique ;
• les énergies renouvelables ;
• la recherche.
En octobre 2014, les dirigeants européens
s’étaient en effet accordés pour réduire
les émissions de gaz à effet de serre d’au
moins 40 %, entre 1990 d’ici à 2030. Cet
objectif est contraignant. Les chefs d’État et
de gouvernement ont par contre affaibli les
objectifs liés aux renouvelables et à l’efficacité
énergétique pour 2030, qui ne constituent pas
une réelle obligation au niveau national.

Le 10 novembre, les eurodéputés verts,
libéraux et S&D ont proposé l’introduction
d’objectifs contraignants de réduction des gaz
à effet de serre de 40 % et d’augmentation
des renouvelables (30 %) et de l’efficacité
énergétique (40 %). Cette proposition de
modification a été rejetée par la commission
ITRE du parlement européen à 31 voix
contre, contre 30 voix pour, après que le
Parti populaire européen et le groupe des
Conservateurs et Réformistes européens se
soient opposés à la proposition, avec l’appui
hélas de certains eurodéputés S&D ont en
effet voté contre les modifications pourtant
approuvées par leur groupe.
Obtenir de rendre contraignants les objectifs
de la COP 21 au sein de l’UE est aujourd’hui
une priorité absolue. Tenus par des objectifs
énergie-climat ambitieux pour 2030, les États
membres devront soumettre leurs projets
nationaux de mise en œuvre à Bruxelles et
faire des rapports bi-annuels sur l’application
de leurs plans. Un mécanisme d’évaluation
qui pourrait cependant s’avérer inefficace,
estiment les défenseurs de l’environnement.
En effet, ce mécanisme n’inclut pas la
possibilité d’une action légale, comme les
procédures d’infraction de la Commission,
entraînant des amendes. Et aucune des
sections du document ne fait mention de
sanctions à l’encontre des gouvernements qui
ne respecteraient pas leurs engagements.
Dans le passé, des projets similaires ne
pénalisaient pas les États membres qui
n’atteignaient pas les objectifs, mais
prévoyaient au moins des procédures
légales contre les pays qui ne prenaient pas
de mesures adéquates. Bref, on pourrait
sanctionner l’absence de moyens dégagés à
défaut d’objectifs atteints.
Or, il est nécessaire d’établir un nouveau
système de gouvernance parce que les
objectifs en termes de renouvelables
et d’efficacité pour 2030 ne sont pas

21 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

contraignants au niveau national, mais le sont
au niveau européen.

3) Agir en France pour la transition
énergétique et la justice sociale
La question de la fiscalité écologique
Les taxes carbones ou les contributions climat
énergie jusqu’ici proposées sont liées à la
consommation intérieure d’énergie et du coup
peuvent pénaliser les productions françaises
sans toucher les produits importés.
Par ailleurs, il convient de veiller à ce que
la manière de taxer – souvent par des taxes
indirectes – puisse s’avérer anti-redistributive ;
il convient de trouver :
• des méthodes qui assurent la justice
sociale,
• une certaine péréquation collective et
que soient taxés les produits ou usages
lorsqu’il y a des alternatives réellement
abordables.
Car la fiscalité écologique doit modifier
les pratiques de consommation comme les
méthodes de production en les réorientant
vers des formes plus sobres en énergie et
en production de gaz à effet de serre. Plutôt
que d’accroître le prix de l’énergie (essence,
etc.) par des taxes, mieux vaut établir
systématiquement un bilan carbone et créer
une taxe carbone sur ces bases.
Bilan et taxe carbone
Il faut reprendre immédiatement le principe
d’une taxe carbone, fondée sur le bilan
carbone, sur tous les produits et services. Elle
doit pouvoir ainsi contribuer à relocaliser de
nombreuses activités. Il faut donc taxer sur la
base du bilan carbone et donc très rapidement
obliger systématiquement l’établissement d’un
bilan carbone. Il faut commencer par taxer les
kilomètres parcourus par les produits. On nous
dit que c’est compliqué, en particulier parce

22 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

qu’on ne peut pas avec précision établir les
kilomètres parcourus entre la production et la
consommation… L’argument de la complexité
est systématiquement donné lorsqu’on refuse
quelque chose. Je ne détaille pas ici la méthode
qui peut pour simplifier la donne, définir des
Zones de distances moyennes.
Si l’on veut lutter contre l’effet de serre
et « dé-carboner » nos économies, il faut
généraliser la traçabilité des produits et
les bilans « Carbone ». Puis que nous avons
beaucoup de jeunes au Chômage, il y aurait
urgence à créer des emplois jeunes pour
aider les PME, les collectivités locales, les
associations à établir leur bilan carbone et les
conseiller pour économiser la consommation
d’énergie. Ces emplois, financés d’abord par
la puissance publique, pourraient à terme
devenir marchands et être source de la
création de nombreuses entreprises. Exigeonsle immédiatement !
Notons au passage que le prix du pétrole qui
devait irrémédiablement augmenter a connu
une baisse considérable en deux ans et donc le
seul indicateur prix ne suffira pas.
Fiscalité écologique dans le logement
50% des habitants sont des locataires, ce ne
sont pas eux qui vont pouvoir transformer
la qualité thermique de leur appartement.
Certes ils pourront réduire fortement leur
chauffage mais l’enjeu est d’abord la nature du
logement… Il existe des alternatives comme
faire payer aux propriétaires un taxe sur le
logement en fonction de la classe thermique
(A,B,C,D…). Si le propriétaire fait des travaux,
ceux-ci pourraient être déduits de l’impôt
cela s’ajoutera à l’éco-prêt à taux zéro. Pour
les plus impécunieux, il faudra doper la
Prime d’Amélioration de l’Habitat qui est une
subvention complémentaire… La création
d’emplois jeunes, là aussi, permettrait d’aider
les propriétaires occupants à accélérer les
diagnostics thermiques (et les améliorer, car ils

sont souvent actuellement très superficiels).

progressivement. Idem pour la tarification
progressive du gaz et de l’électricité…

Dans les transports
***

Il serait absurde de faire payer à la SNCF, à la
RATP, les transports en communs (ceux par
bus pourraient être taxés en fonction de la
qualité énergétique de la flotte). En revanche,
il faut pousser à la densité urbaine, combattre
l’étalement urbain et la spéculation foncière
qui envoie, loin des centres et des transports
en commun, les plus modestes. On doit taxer
de façon progressive et dans certain cas
confiscatoire les plus-values foncières et
immobilières. On pourrait taxer le foncier,
en plus de la taxe sur le foncier non bâti, en
fonction de l’occupation de la parcelle dans
les centres urbains. Si les constructions sont
inférieures au Coefficient d’occupation des
sols, elles paient une taxe supplémentaire de
sous densité…
Ces deux exemples montrent qu’il existe des
fiscalités écologiques justes, incitatives et non
aveugles.
Des politiques tarifaires, la remise en cause
des dérégulations
Les tenants de la concurrence libre et non
faussée ont laissé, non seulement remettre en
cause les services publics, mais aussi le droit
pour les États de fixer les prix et tarifs. Or il
est clair qu’il faut créer une tarification de
l’énergie et de l’essence qui soit stable (les
yoyos du prix du pétrole tue la « rentabilité
» de certains travaux d’économie d’énergie
et du coup dissuade de s’y engager !). Elle
doit aussi, pour le gaz et l’électricité, être
progressive en fonction de la consommation
pour combattre le gaspillage sans pénaliser
les familles modestes. Hélas cette stratégie
devient très difficile avec la libéralisation.
Néanmoins il faut tenter d’y arriver. Par
exemple, relancer l’idée d’une TIPP flottante
qui permette de stabiliser les prix en dépit
des cours du pétrole et qui augment très

En tous les cas, le débat sur la fiscalité
écologique doit reprendre pour proposer
dans le cadre d’une réforme fiscale globale
des mesures justes et efficaces. Il est clair que
sans une refonte de l’imposition directe (fusion
IR/CSG) pour doter notre pays d’un grand
impôt progressif, véritable colonne vertébral
de notre système fiscal, garantissant ainsi un
socle significatif, les taxes indirectes risquent
d’avoir un impact anti-redistributif, même si
l’on tend à le limiter. La réforme fiscale doit
constituer un tout.

4) Passer vite à l’action
Le gouvernement a fait adopter en 2015 une
loi de transition énergétique dont chacun
s’accorde à reconnaître qu’elle manque d’outils
et de moyens pour sa mise en œuvre au-delà
des bonnes intentions qui la dirigent. Outre
la gouvernance du parc nucléaire français
– qui fait débat entre la gauche et la droite –,
les trois clés de la transition énergétique sont
la rénovation thermique des bâtiments, le
développement des énergies renouvelables et
le déploiement de nouvelles infrastructures de
transports.
Planification opérationnelle et
programmation territorialisée
La programmation pluriannuelle de l’énergie
(PPE)
D’après les évaluations réalisées par
les experts lors du débat national de la
transition énergétique comme par l’Agence
de l’environnement et de la maîtrise de
l’energie (Ademe), il faudrait mobiliser entre
10 et 30 milliards d’euros supplémentaires
chaque année par rapport au niveau actuel
des investissements énergétiques (37
milliards d’euros), selon le scénario et le mix

23 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

énergétique choisi, dont la définition prévue
dans la loi vient d’être repoussée.
Le 13 janvier 2016, la ministre de l’écologie
indiquait que le projet définitif de la PPE – y
compris le volet annexé relatif à la stratégie de
développement de la mobilité propre – serait
présenté prochainement devant le comité
de suivi pour recueillir ses observations
avant d’engager les différentes consultations
obligatoires.
Cette formulation est évidemment trop vague
pour que nous réduisions nos exigences et
notre vigilance. Nos concitoyens devront
se faire entendre en particulier lors de la
consultation du grand public prévue dans la
loi. Il nous faudra être très vigilant sur la part
des énergies renouvelables.
Des contrats de plan État-Régions
Il faut passer de l’affichage des objectifs
à une planification opérationnelle et une
programmation territorialisée. Si l’engagement
public peut être décisif, une large part des
financements nécessaires proviendra de
sources privées.

initiatives et de soutenir des politiques
publiques offensives pour rénover le bâti et
développer les énergies renouvelables. Nous
proposons la signature d’ici l’automne de
contrats plan énergétiques entre les Régions
et l’État qui détailleraient immédiatement
les crédits engagés, les priorités soutenues
afin de donner de la lisibilité aux acteurs
économiques et aux citoyens, leur garantissant
une pérennité des aides indispensables à leurs
engagements, car il en va aussi de la création
d’emplois.
Des services publics au service de
l’environnement
Un service public de l’énergie fondé sur des
réseaux locaux
Il paraît essentiel de développer au niveau
local comme national de nouveaux services
publics. Ainsi de nombreuses SEM ou régies se
sont constituées pour développer les énergies
renouvelables, répondre aux besoins locaux ou
des services publics d’accompagnement pour
les économies d’énergie. Il est indispensable
de ne pas laisser les particuliers aux mains de
lobbies.

Le chantier de la rénovation thermique des
bâtiments montre qu’il faudra beaucoup
d’ingéniosité pour développer un modèle plus
sobre. Ce secteur représente à lui seul 40 %
de la consommation d’énergie et 25 % des
émissions de gaz à effet de serre. François
Hollande, dès 2012, a fixé des objectifs
ambitieux avec la mise aux normes de 500
000 logements par an d’ici à 2017 (380 000
logements privés et 120 000 logements
sociaux). Mais dans les faits, le chantier a
pris un retard considérable : en 2013, seuls
quelque 60 000 logements privés et 100 000
logements sociaux ont été rénovés, selon le
Plan bâtiment durable.

Il faut aller plus loin et généraliser la création
de services publics locaux qui garantissent en
particulier l’indépendance des diagnostiqueurs
thermiques et contrôler que les objectifs
annoncés de performance énergétique sont
bien atteints. Les plate-formes énergétiques
locales doivent être un point d’appui pour ce
faire.

La mise en œuvre de la loi de transition
énergétique impose d’engager de nombreuses

Après les autoroutes et les aéroports
régionaux, c’est au tour des barrages d’EDF

24 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

Nous devons nous engager pour constituer un
service public de l’énergie mettant en réseau
les initiatives locales.
Faire barrage à la privatisation des barrages
hydroélectriques

d’être rattrapés par la «mise en concurrence
des contrats de concessions» exigée par la
Commission européenne. Sous la pression
de Bruxelles, le gouvernement se prépare
à privatiser dès 2016 une cinquantaine de
barrages hydroélectriques sur les 400 que
compte le parc français.
Donner les clés au privé d’installations
hydrauliques édifiées par EDF et payées
sur nos deniers ? Il y a de quoi s’interroger,
quelques semaines après la COP 21. Les
barrages des Alpes, du Rhône ou de la
Dordogne fournissent 15 % de l’électricité et
80 % de l’énergie renouvelable à un prix très
raisonnable.
Alors au nom de quoi privatiser ? D’un diktat
purement idéologique de la Commission
Européenne, qui reproche à l’État français
d’être encore actionnaire d’EDF à hauteur de
84 %. Le fait que l’électricien national contrôle
« l’essentiel des concessions hydrauliques en
France » (85 %) serait « incompatible avec la
libre concurrence ». Le dogme libéral oublie
que ces barrages sont d’intérêt général, car
indispensables pour équilibrer l’ensemble du
réseau électrique français. Sans parler de leur
rôle dans la gestion de l’eau et des territoires.

s’associer aux collectivités locales dans des
sociétés d’économie mixte. Mais cette digue
est fragile car ils seront majoritaires au capital.
Alors le plus raisonnable serait de faire
barrage. Au nom du bien public et d’un
système énergétique français qui n’a pas
attendu l’Union européenne pour faire ses
preuves.
Garantir les prêts à la rénovation énergétique
La Caisse des dépôts et consignations (CDC)
va augmenter ses financements de logements
sociaux et sa politique de rénovation
thermique des bâtiments. A l’occasion du
bicentenaire de l’institution, le 12 janvier
2016, François Hollande a annoncé la
mobilisation d’une enveloppe supplémentaire
de financement de 3 milliards d’euros d’ici à
2017 sur ces deux sujets.
La moitié de cette enveloppe sera consacrée
à la fourniture de prêts à taux zéro pour les
organismes de logement sociaux sur des
durées de 20 ans. Cela devrait permettre
à la fois la construction de près de 50 000
nouveaux logements ainsi que la rénovation
thermique des logements existants.

Fin octobre 2015, la commissaire à la
Concurrence, Margrethe Vestager, a donc
mis en demeure la France de lancer les appels
d’offres pour réattribuer les 50 concessions
venues à échéance entre 2011 et 2015. En
attendant 150 autres d’ici 2023. La France, qui
jouait la montre sur ce dossier, aurait jusqu’au
22 décembre 2016 pour s’exécuter. Et EDF
pourrait ne pas être autorisée à se porter
candidate. Les postulants étrangers se frottent
les mains.

La deuxième moitié sera consacrée au
financement de la rénovation des bâtiments
publics.

La privatisation de ces barrages rapporterait
520 millions d’euros par an à la collectivité,
selon la Cour des comptes. On a vu ce que
la privatisation des autoroutes a donné. Les
futurs opérateurs privés devront certes

Il conviendra donc de rester vigilant pour
vérifier l’application dans le temps de ces
engagements, leur montée réelle en charge et
leur consolidation.

L’une des missions de la Caisse des dépôts
consiste à financer la transition écologique et
énergétique, dont la rénovation thermique
de l’habitat fait partie. L’institution financière
avait annoncé, lors de la COP 21, vouloir
consacrer 15 milliards d’euros sur ce thème
pour la période allant de 2014 à 2017.

25 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

Faire de la BPI un outil central du financement
de la transition
La Banque publique d’investissement (BPI),
dont la mission est d’accompagner la transition
énergétique, se dit prête à mettre les moyens
pour accélérer le développement des énergies
renouvelables, si des objectifs volontaristes
sont fixés et si une stabilité du cadre
réglementaire dans ce secteur le permet.
Cette banque publique joue elle-même un rôle
de garantie bancaire des prêts aux petites et
moyennes entreprises. Elle intervient toujours
en partenariat avec d’autres banques et
investisseurs, sous forme de cofinancement de
prêts ou de co-investissement dans le capital
d’entreprises. « Sous réserve d’un contexte
favorable », elle s’est fixé un objectif de 800
millions d’euros de prêts par an d’ici à 2017
dans le secteur des énergies renouvelables.
Les leviers du financement de la transition
énergétique ne relèvent pas tous du registre
de la loi de programmation. Néanmoins, élus,
ONG et experts attendent de cette loi de
programmation qu’elle définisse le cadre de
financements innovants et qu’elle fixe une
trajectoire avec des objectifs volontaristes.

26- écosocialisme, COP 21 et transition écologique

Nous pourrions aussi instaurer des indicateurs
de performance carbone des produits
financiers, afin d’amener les banques à rendre
des comptes sur la nature des investissements
qu’elles consentent.
***

Maintenant la Gauche organisera fin
novembre 2016 un colloque miltant « Un an
après la COP21, où en sommes-nous ? Que
faisons-nous ? »
Ce sera aussi l’occasion de faire des
propositions pour l’écosocialisme en vue de la
future présidentielle.

Annexe 1 : communication gouvernementale sur la COP 21
Plus de détails sur l’accord
Pourquoi l’Accord de Paris est
historique et pourquoi le 12
décembre 2015 restera comme une
grande date pour la planète ?
La prise de conscience était là, le
constat des scientifiques unanime :
l’atmosphère de notre planète se
réchauffe à cause des émissions
de gaz à effet de serre produites
par l’activité humaine. Cette
conférence de Paris, qui s’est tenue
du 30 novembre au 12 décembre
sur le site Paris-Le Bourget, avait
pour but d’apporter une réponse
à ce phénomène qui met en péril
l’avenir de la présence humaine dans
certains endroits de la planète.
Limiter l’augmentation de la
température en dessous de 2 degrés
Cet accord marque un tournant
vers un nouveau monde. Il confirme
l’objectif de maintenir le seuil
d’augmentation de la température
au dessous de 2°C. Les scientifiques
considèrent que des grands risques
existent en effet au-dessus de cette
température. L’accord se fixe même
pour la première fois de tendre
vers 1,5°C d’augmentation, afin de
permettre la sauvegarde des Etats
insulaires, les plus menacés par la
montée des eaux.
Comment réussir à limiter le
réchauffement climatique ?
186 pays (au 12 décembre 2015) ont
publié leur plan d’action au cours de
l’année 2015 (en savoir plus) : chacun
de ses plans détaillent la façon dont
les pays projettent de faire baisser
leurs émissions de gaz à effet de
serre. L’organisation des Nations
unies en charge des changements
climatiques (la CCNUCC*) a fait une
évaluation de ces contributions le
1er novembre 2015 (en savoir plus).
Cette étude montrait que, malgré
le mouvement sans précédent de
mobilisation engagé par les Etats,
le réchauffement de la planète
devait encore se situer entre 2,7 et

3 degrés, soit au-dessus du seuil fixé
par les scientifiques. En savoir plus.
L’Accord de Paris demande donc
à chacun des pays de revoir tous
les cinq ans à partir de 2020 ces
contributions, sans pouvoir en faire
baisser les objectifs et en incitant,
au contraire, chacun des Etats à
faire mieux. Découvrir le texte de
l’Accord de Paris.
Par ailleurs, les émissions devront
atteindre un pic aussi vite que
possible, et les pays viseront
à atteindre la « neutralité des
émissions » dans la 2ème partie du
siècle. C’est un vrai tournant. Nous
allons progressivement quitter les
énergies fossiles les plus polluantes
afin d’atteindre cet objectif.
Quels sont les autres moyens à
disposition des Etats pour limiter
l’augmentation des températures ?
L’accord reconnaît que 100 milliards
de dollars (en prêts et en dons)
devront être consacrés chaque
année à partir de 2020 à financer
des projets permettant aux pays
de s’adapter aux changements
climatiques (montée des eaux,
sécheresse…) ou de faire baisser les
émissions de gaz à effet de serre. Ces
financements devraient augmenter,
comme le précise l’accord. Certains
pays en développement, sur une base
volontaire, pourront aussi devenir
des donateurs pour aider les pays les
plus pauvres. C’est une nouveauté.
En 2025, un premier rendez-vous est
prévu dans l’accord afin de prendre
de nouveaux engagements chiffrés
pour l’aide aux pays les plus pauvres.

financements une obligation aux
pays industrialisés de financer
l’aide aux pays pauvres sur le
climat, tandis que les pays en
développement sont invités à
contribuer sur une base volontaire.
En matière de transparence,
un système permettant le suivi
des engagements, plus fort
qu’auparavant, et avec des flexibilités
pour les pays en développement est
également institué afin de suivre les
efforts de chacun.
Et les Etats ne sont pas seuls à
pouvoir aider à protéger notre
climat…
Le Bourget aura accueilli pour
la première fois la « semaine de
l’action » (le LPAA**) permettant
aux collectivités locales, aux
entreprises, aux banques de se
mobiliser en faveur de la lutte contre
le réchauffement climatique. C’est
un des grands tournants que notre
monde est en train de vivre. L’accord
de Paris, propose la poursuite
du Plan d’action Lima-Paris pour
continuer à mobiliser ces acteurs.
Deux « champions » seront désignés
parmi ces acteurs par les deux
présidences successives de la COP
(France et Maroc) pour continuer à
inciter les acteurs à agir.
Quand est-ce que cet accord entre
en vigueur ?
L’accord sera ouvert à la signature
des pays le 22 avril à New York . Un
double critère pour que l’accord
entre vigueur : 55 pays / 55 % des
émissions devront avoir ratifié
l’accord.

Tous les pays ont-ils la
même responsabilité dans le
réchauffement climatique ?
Un des grands principes de la
négociation climatique est de
reconnaître que face au climat,
les pays ont une responsabilité
partagée mais différenciée, en
fonction notamment de leur niveau
de richesse. L’accord fixe sur les

*CCNUCC : Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques,
** Le LPAA : Le Plan d’actions Lima-Paris

Plus d’informations sur :
http://www.cop21.gouv.fr/
decryptage-de-laccord/

27- Maintenant la Gauche - cahier n°4

Annexe 2 : Les décisions de la COP21 en un coup d’oeil

28 - écosocialisme, COP 21 et transition écologique

Source des infographies EurActiv.fr :
http://www.euractiv.fr/sections/aide-au-developpement/
infographie-les-decisions-de-la-cop21-en-un-coup-doeil-320556

29 - Maintenant la Gauche - cahier n°4

Maintenant la Gauche
www.maintenantlagauche.fr