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Plan du commentaire

COMMENTAIRE DE TEXTE

Je vous salue

Vous les fouilleurs de poubelles les infirmes aux moignons crasseux les borgnes les hommes rampants vous les maraudeurs les gamins des taudis je vous salue. Quel fardeau portez-vous en ce monde immonde plus lourd que la ville qui meurt de ses plaies ? Quelle puissance vous lie à cette terre frigide qui nenfante des jumeaux que pour les séparer ? Qui nélève des buildings que pour vous écraser sous les tonnes de béton et dasphalte fumant ? Vous les mangeurs de restes les sans-logis les sans-abri Quel regard portez-vous sur lhorizon en feu ?

Véronique Tadjo, Latérite, Abidjan, 1984.

I. la compassion et l’appel à la prise de conscience

1. un appel à la prise de conscience d’une réalité désastreuse

2. une critique acerbe contre l’impassibilité des hommes

II. la dénonciation de l’inhumanité de la société

1. une conspiration inhumaine

2. un avenir hypothéqué

COMMENTAIRE

Véronique Tadjo, de père ivoirien et de mère française, est née en 1955 à Paris de . En 1984, elle publie son premier recueil de poèmes Latérites. La latérite est un sol souvent rouge, et qu’on retrouve dans la plupart des chemins dans les pays africains. Cette œuvre est donc une sorte de métaphore de la route cahoteuse, pleine de poussières. Le titre de l’ouvrage suggère ainsi les épreuves à vaincre pour avoir un avenir meilleur. De cette œuvre est tiré le poème « Je vous salue » qui jette un regard critique sur la cité moderne qui écrase les défavorisés et ne leur offre aucune lueur d’espoir. Nous verrons

d’abord que le poète, sensible et compatissant au sort de ces derniers, les appelle à la prise de conscience, afin de dénoncer avec véhémence l’inhumanité des hommes.

La mise en relief du vocatif « vous » v.1 pose d’emblée les jalons d’un dialogue. A qui s’adresse le poète ? A plusieurs personnes qui sont ici interpellées par les noms que leur attribue la société à laquelle ils font pourtant partie. Le complément de nom qui suit les premiers nommés montre à quel point le poète veut préciser le public auquel il s’adresse. Le « vous » étant on ne peut plus généralisant, il permet d’interpeler le lecteur par-dessus l’épaule des vrais destinataires. L’énumération des termes péjoratifs joue sur le mode de l’extraction : « fouilleurs de poubelles »v.1 « infirmes » v.2 - « infirmes aux moignons crasseux » v.3 ; puis les « borgnes » v.4, « hommes rampants » v.5, « maraudeurs » v.6, « gamins » v.7. Le poète fait un appel à la prise de conscience. Une manière pour lui de dire qu’on a intérêt à prendre garde à ce phénomène qui ne touche pour le moment que les handicapés physiques, les pauvres et enfants des « taudis ». Pour suggérer que le standing de notre maison peut même nous condamner à l’exclusion.

Conclusion

D’une interpellation à une révolte pour changer les choses, le poète passe en revue la situation désastreuse des hommes qui souffrent de divers handicaps. Pourtant, c’est la cité moderne avec son cortège de conséquences négatives qui en est la cause. Le ton de cette accusation est à la mesure de la détresse de ces oubliés du développement. Ces « plaies », comme le note le poète, sont dues à l’urbanisation, surtout symbole de la paupérisation qui engendre de tels maux. L’art de Véronique Tadjo dans ce poème est dans l’exploitation de la polysémie des mots. Le titre du poème suggèrerait un autre entendement, à lire entre les lignes « je vous sauve ». Voilà l’engagement promis par le poète :

engagement contre les injustices modernes qui ont pour noms handicap, pauvreté, bref exclusion. Quand le poète va vers les déshérités c’est pour mieux être dans la mêlée. En cela, il est comme Aimé Césaire qui écrivait en 1939 dans Cahier d’un retour au pays natal : « je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Exercice : A l’image de ce commentaire suivi, vous pouvez faire le commentaire de texte, et pour le plan, la consigne l’expose clairement.

M. NDAO LDD Mbour