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RECHERCHES

AUGUSTINIENNES

VOLUME VII

ÉTUDES AUGUSTINIENNES

8, rue François-Ier Paris se

1971

Supplément à la Revue des études augustiniennes

Recherches sur la collégialité épiscopale dans l'Église d'Afrique

Au cours des dernières décennies et en particulier depuis l'annonce du deuxième concile du Vatican, cc la théologie de l'épiscopat jouit incon- testablement d'un regain d'activité )) 1 . De nombreux ouvrages, sans parler des articles publiés dans les revues un peu partout, ne cessent de

paraître2.

Pour alléger la lecture, nous employons les abréviations suivantes : B.A. : Biblio- thèque Augustinienne. Oeuvres de saint Augustin ; c. : canon ; CCEA : Codex Canonum Ecclesiae Africanae; CE : La Collégialité épiscopale, Paris, 1965 (Coll. Unam Sanctam, 52) ; Coll. Garth. : Gesta Collationis Carthaginensis en 4n ; Col. Ep. : El Colegio Episcopal, 2 vol., publié sous la direction de J. L6PEZ-ÜR'l'lZ et J. BLAZQUEZ (Consejo Superior de Investigaciones Cientfficas), Madrid, 1964; EE :

L'Épiscopat et l'Église universelle, éd. Y. CONGAR et B.-D. DUPUY, Paris, 1962 (Coll. Unam Sanctam, 39) ; EV : L'Église de Vatican II, 3 vol., éd. G. BARAUNA, Paris, 1966 (Coll. Unam Sanctam, 51, a, b, c) ; ÜP'l'A'l' : Optat de Milève, De schismate donatistarum. r. A.-M. CHARUE, Préface dans EE, p. 7. 2. Nous ne donnons ici que quelques ouvrages, sans indiquer les articles, qui nous ont paru les plus importants : U. BETTI, La Costituzione dommatica cc Pastor Aeternus » del Concilia Vaticano I, Roma, 1961; G. THILS, Primauté pontificale et prérogatives épiscopales. cc Potestas ordinaria »au Concile du Vatican, Louvain, 196!; J .-P. ToRRELL, La Théologie de l'épiscopat au premier concile du Vatican. (Un am Sanctam, 37), Paris, 1961; L' Épiscopat et l'Église universelle, éd. Y. CoNGAR et B.-D. DUPUY. (Unam Sanctam, 39), Paris, 1962; J. HAJJAR, Le Synode Permanent (Synodos Endemousa) dans l'Église byzantine des origines l!u XIe siècle. (Orientalia Christiana Analecta, 184), Roma, 1962; J. RAMER, L'Eglise est une communion. (Unam Sanctam, 40), Paris, 1962; T.-I. JIMÉNEz-URRESTf, El binomio Primado- Episcopado. Tema central del pr6ximo C. Vaticano II, Bilbao, 1962; P. ANCIAUX, L'Épiscopat dans l'Église, Paris, 1963; B. Bo'l''l'E, La Tradition Apostolique de saint Hippolyte. Essai de reconstitution. (Liturgiewissenschaftliche Quellen und Forschun- gen, Heft 39), Münster, 1963; L'Évêque dans l'Église du Christ, éd. H. BOUËSSÉ et

A. MANDOUZE, Bruges, 1963 ; J. COLSON, L'Épiscopat catholique. Collégialité et

Primauté dans les trois premiers siècles de l'Église. (Unam Sanctam, 43), Paris, 1963;

H. KüNG, Structures de l'Église, Bruges, 1963; K. RAHNER-J. RATZINGER, Episkopat

und Primat. (Quaestiones disputatae, II), zweite Auflage, Freiburg im Br., 1963 ;

J .-M.

Études sur la collégialité épiscopale, Le Puy-Lyon, 1964 ; El Colegio Episcopal, 2 vol.,

publié sous la direction de J. L6PEZ-ÜR'l'Iz et J. BLAZQUEZ (Consejo Superior de Investigaciones Cientfficas), Madrid, 1964 ; La Collégialité épiscopale, Introduc- tion de Y. CoNGAR. (Unam Sanctam, 52), Paris, 1965; L'Église de Vatican II, 2 vol.,

éd. G. BARAUNA. (Unam Sanctam, 51, b, c), Paris, 1966; J.-M. RAMfREZ, De episco-

patu ut sacramento deque episcoporum collegio, San Esteban, 1966; H. KÜNG, L'Église, 2 vol., Bruges, 1968; G. PHILIPS, L'Église et son mystère au deuxième c@ncile du Vatican, t. I, Paris, 1967; t. II, Paris, 1968 ; L. MoRTARI Consacrazione episcopale e Collegialità. La testimonian.za della Chiesa antica, Firenze, 1969.

ALONSO, De corpore seu « collegio episcopali », Roma, 1964 ; J. LÉCUYER,

4

PAUL

ZMIRE

Il est significatif qu'en ce domaine comme en tant d'autres, les

théologiens se penchent de plus en plus

tage en valeur le témoignage de l'Écriture, de la liturgie et de la pensée des Pères.

De ce retour aux sources résulte la redécouverte de plusieurs données de la Tradition : un trésor ancien qui était toujours présent au cours des siècles, certes, mais en grande partie négligé et donc fort peu exploité. La redécouverte de la structure collégiale de l'épiscopat, qui est une donnée fondamentale de la constitution de l'Église, nous semble être le facteur qui joue et jouera le principal rôle dans le renouveau ecclésiolo- gique. Notre étude, inspirée par ce mouvement, a pour but d'apporter une modeste contribution cc au chantier de travail nouvellement ouvert » 3 • Ce n'est pas arbitrairement que nous voulons limiter notre étude à l'Église d'Occident. On le sait, le sentiment patristique de la collégialité

s'est perdu beaucoup plus dans l'Église d'Occident que dans

épiscopale

celle d'Orient. Pour cette raison, un témoignage provenant de l'Église latine est plus important, pour le renouveau de la même Église, que le même témoignage provenant d'Orient. Étant donné le vaste secteur de l'Église latine, nous limitons nos recherches à l'Afrique. Nous nous sommes décidé pour ce choix en raison de la riche documentation que nous trouvons dans l'Église d'Afrique. Aucune Église d'Occident ne peut être comparée à celle-ci, ni pour la doctrine, ni dans la pratique de la collégialité épiscopale. L'activité conciliaire, manifestation par excellence de celle-ci, était si développée en Afrique qu'on ne peut pas lui trouver une équivalence dans les autres Églises d'Occident. Nous limitons nos investigations à la période qui s'étend grosso modo - du début du donatisme à l'invasion des Vandales, c'est-à-dire de 300 à 430. Cette limitation se justifie, croyons-nous, par les raisons suivantes. D'abord les trois premiers siècles et notamment l'époque de saint Cyprien ont été beaucoup plus étudiés que la période prise ici en considération. Tout ce qui précède celle-ci a été l'objet d'études toutes récentes 4 Ensuite, deux grandes controverses, le donatisme et le pélagia-

sur les sources et mettent davan-

3· Y. CONGAR, Introduction, dans CE, p. 8.

4. J.-P. BRISSON, Autonomisme et Christianisme dans l'Afrique romaine, Paris, 1958 ; J. Cor.SON, op. cit., pp. 65-121 ; G. d'ERCOLE, Communia, Coltegialità, Primato e Solticitudo omnium Ecclesiarum dai Vangeli a Costantino, Roma, 1964; A. DEMOUS-

'l'IER, Épiscopat et union à Rome selon S. Cyprien, dans Rech SR 52 (1964) 337-369; IDEM, L'Ontologie de l'Église selon S. Cyprien, ibidem, pp. 554-588; V. PROA:NO Grr,, San Cipriano y la colegialidad, dans Col. Ep., t. I, pp. 251-281 ; H. BÉVENO'I', Épisco- ·pat et primauté chez S. Cyprien, dans Ephem. Theol. Lov. 42 (1966) 176-195 ; L.

CAMPEAU, Le texte de la

Cyprien, dans Sciences Ecclésiastiques 19 (r967) 81-uo, 225-275 ; V. SAXER, Vie liturgique et quotidienne à Carthage vers le milieu du Ill• siècle. (Studi di antichità

cristiana, 29), Roma, r969.

le «De Catholicae Ecclesiae Unitate » de saint

Primauté dans

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

5

nisme, dont les Africains se sont successivement occupés au cours de notre période, donnent à celle-ci une physionomie bien distincte. Ces deux controverses, qui ont favorisé le développement doctrinal, d'une part, et multiplié l'exercice de la collégialité épiscopale, d'autre part, fournissent bien des éléments importants à notre sujet. Enfin, les collec- tions canoniques, qui se sont formées au cours de notre période en Afrique, sont considérables. L'Église d'Afrique fut d'ailleurs la première en Occident à posséder ses propres collections 5 .

été

Cette

période

de

l'Église

d'Afrique,

à

notre

connaissance,

n'a

étudiée que partiellement du point de vue qui est le nôtre6.

5. Voir C. VoGEL, Unité de l'Égz.ise et pluralité des formes historiques d'organisation

ecclésiastique du III• au V• siècle, dans EE, pp. 614-615; R. CRESPIN, Ministère et sainteté, Paris, 1965, p. r8 ; F.-L. CROSS, History and Fiction in the African canons, dans The Journal of Theological Studies 12 (r96r) 227-247 ; Ch. MuNIER, Un canon inédit dit XX• concile de Carthage : « Ut nullus ad romanam ecclesiam audeat appella- re » dans Revue des Sciences Religieuses 40 (r966} u3-r26.

6. Ainsi, il n'existe aucune étude sur la terminologie. Signalons toutefois l'étude

de J. LÉCUYER, Études sur la collégialité épiscopale, Le Puy-Lyon, r964, et celle de G. MEDICO, La collégialité épiscopale dans les lettres des pontifes romains du V• siècle, dans RSPT 49 (1965) 369-403, qui traitent des termes les plus significatifs chez les papes du ve siècle. La recherche de H. MAROT, La collégialité et le vocabulaire du V• au VII• siècle, dans CE, pp. 59-98, est consacrée au vocabulaire en général du ve au vue siècle. Les trois premiers siècles sont examinés très brièvement par G. d'ERCOLE, Communio, Collegialità, Primato e Sollicitudo omnium Ecclesiarum dai Vangeli a Costantino, Roma, 1964. L'étude de A. d'ORS, En torno a las raices romanas de la colegialidad, dans Col. Ep. t. I, pp. 57-70 et une partie de l'étude de P. RUSCH, Die kollegiale Struktur des Bischofsamtes, dans Zeitschrift für kath. Theol. 86 (1964) 257-262, ont pour objet le terme collegium dans le droit romain. Voir aussi T. URDA- NOZ, La naturaleza teol6gica de los concilios, especialmente de los ecuménicos, y la colegialidad, dans Col. Ep., t. I, pp. 591-600. - Sur le rôle des conciles dans la conception de saint Augustin, nous avons l'étude de C. PALOMO, San Agustfn y la autoritad de los Concilios, dans Salmanticensis 8 (r96r) 581-602 et celle de F. HoF- MANN, Die Bedeutung der Konzilien für die kirchliche Lehrentwicklung nach dem heiligen Augustinus, dans Kirche und Überlieferung (Festgabe zum 70. Geburtstag J. Rupert Geiselmann), hrsg. von J. BETZ und H. FRIES, Freiburg-Basel-Wien, 1960, pp. 81-89. Ajoutons une importante note complémentaire de G. BAVAUD, L'autorité des conciles pléniers, dans B.A. 29, pp. 593-596. Il faut remarquer cependant que ces auteurs ne traitent guère de l'aspect collégial des conciles. D'autre part, les conclu- sions de C. Palomo nous semblent être un peu majorées dans le sens romain. L'aspect collégial des conciles anténicéens est mis en relief dans une étude de H. MAROT, Conciles anténicéens et conciles oecuméniques, dans Le Concile et les conciles, Paris- Chevetogne, 1960, pp. I9-43 et dans deux articles de W. de VRIES, Der Episkopat auf den Synoden vor Nizaa, dans Theologisch-Praktische Quartalschrift III (r963) 264-277; IDEM, Die kollegiale Struhtur der Kirche in den ersten J ahrhunderten. Die Bedeutung dieser Frage für ein neues Verhaltnis der Kirchen zueinander, dans Una Sancta 4 (1964) 296-317. Voir encore G. MARTiNEz, La autoridad episcopal a la luz de los concilias particulares, dans Col. Ep., t. I, pp. 283-303. - La législation ecclé- siastique est très peu étudiée. Signalons un récent article de C. MuNIER, Un cano.n inédit du XX• concile de Carthage « Ut nullus ad romanam ecclesiam audeat appel- lare »,dans Revue des Sciences Religieuses 40 (r966) II3-r26. On trouvera des éléments dans le livre cité de R. CRESPIN et dans les ouvrages de J. GAUDEMET, La formation du droit séculier et du droit de l'Église aux IV•-V• siècles, Paris, I957; IDEM, L'ordre dans la législation conciliaire de l'antiquité (IV• et V• siècles), d!ll;l,S $tudes si1:r l@

6

PAUL

ZMIRE

En raison de la grande influence qu'avait exercée en particulier la doctrine ecclésiologique de saint Cyprien sur celle de notre période, nous aurons ordinairement recours à celui-ci et parfois à Tertullien. On pourra, de la sorte, suivre le développement de la pensée africaine et rendre celle-ci plus intelligible. Nous aurons recours à des sources non africaines, seulement dans la mesure où elles pourront éclairer une question, corroborer l'interprétation d'un texte ou confirmer l'uni- versalité d'une doctrine ou d'une pratique.

d'abord la collégialité

épiscopale qui se manifestait dans 1'élection et la consécration des évêques.

Dans la deuxième partie, on traitera du rôle de l'évêque de Rome au sein du collège épiscopal.

Dans les pages qui suivent,

nous étudierons

sacrement de l'ordre. (Lex orandi, 22), Paris, r957, pp. 233-256; IDEM, L'Église dans l'empire romain (JV•-V• siècles), Paris, 1958. Voir encore P. FOURNIER, et G. Le BRAS, Histoire des collections canoniques en Occident, t. I, Paris, 1931 ; R. HOES- I.INGER, Die alte afrikanische Kirche im Lichte des Kirchenrechts. Forschung nach kulturhistorischer Methode, Wien, r935; E. SCHWARTZ, Die Kanonessammlungen der alten Reichskirche, dans Zeitschrift der Savigny-Stiftung für Rechtsgeschichte, kanonistische A bteilung, XXV, Weimar, r936, pp. l-l 14. Étude reprise dans Gesammelte

Schriften de E. SCHWARTZ, t.

parurent, ces derniers temps, sur le schisme donatiste. Bien que l'examen de certains de ses aspects soit très avancé, nous ne trouvons cependant aucun travail qui traite de cette question sous l'aspect de la collégialité épiscopale. Les articles de A. VECCHI,

La potestà giudiziale di Roma in uno testo agostiniano del quattrocento, dans Divus Thomas 60 (1957) 333-338 et de V. MONACHINO, Il primato nello scisma donatista, dans Archivum Historiae Pontificiae 2 (1964) 7-44, s'arrêtent uniquement à la pri- mauté du pape. Ces deux auteurs, à notre avis, ont tendance aussi à majorer les

textes et les faits historiques dans le sens romain. La question est partiellement étudiée dans le livre susmentionné de R. CRESPIN et par J.-P. BRISSON, Autonomisme et Christianisme dans l'Afrique romaine, Paris, r958. - Nous avons une précieuse étude de A.-M. LA BONNARDIÈRE, « Tu es Petrus», la péricope Matthieu 16, 13-23

dans l'œuvre de saint Augustin, dans Irénikon 34 (r961) 451-499, et l'étude

TRAPÈ, La «Sedes Petri» in S. Agostino. (Miscellanea Antonio Piolanti, vol. II), Roma, r964, pp. 57-75. Signalons aussi l'étude de O. PERI.ER, Le «De unitate (chap. IV- V) de saint Cyprien interprété par saint Augustin, dans Augustinus Magister, t. II, Paris, 1954, pp. 835-858, dans laquelle il traite de l'influence de « De unitate » de saint Cyprien sur les écrivains africains, particulièrement en ce qui concerne l'origine des pouvoirs épiscopaux. Nous trouvons enfin un travail bien documenté sur l'ecclésiologie de saint Augustin de S. J. GRABOWSKI, La I glesia. Introducci6n a la teologia de san A gustin, Madrid, 1965 (Le texte original: The Church. An Introduc- tion to the Theology of St. Augustine, St. Louis, 1957). Il faut cependant noter que l'auteur n'aborde point l'aspect collégial de l'épiscopat. Il n'a réservé à l'épiscopat que cinq pages, tandis qu'il traite de l'évêque de Rome sur cinquante pages. L'auteur insiste d'ailleurs trop sur l'aspect juridique de la primauté romaine. - Il résulte de cet aperçu que certaines questions ne sont pas effleurées ou guère et que plusieurs autres laissent place à des recherches fructueuses.

IV, Berlin, r960, pp. 159-275. -De nombreuses études

de

A.

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

I

7

L'ÉLECTION ET LA CONSÉCRATION DES ÉVÊQUES

L'ecclésiologie de l'Occident, commençant à être de plus en plus axée

sur le pouvoir papal, dès la fin de l'époque patristique et particulièrement

à partir du schisme d'Orient au xre siècle, a eu comme conséquence un

processus de dévalorisation de l'épiscopat. D'une part, on a perdu de vue peu à peu le sentiment collégial de l'époque patristique. D'autre part, on a eu tendance à considérer la consécration épiscopale seulement par rapport à la charge de sanctifier et notamment au pouvoir de consacrer l'eucharistie, tandis que tout ce qui concerne la charge d'enseigner et de

gouverner semblait être une participation au pouvoir suprême duPontife

romain 7 Étant donné qu'un

le résultat en était que 1' on ne considérait pas généralement la consé-

cration épiscopale comme un rite sacramentel, qui confère un nouveau caractère 8 .

C'est pourquoi, au cours des dernières décennies et surtout dès l'annonce de Vatican II, le mouvement relatif à la revalorisation de l'épiscopat

a mis en relief les deux thèmes : la sacramentalité de la consécration

épiscopale et la collégialité du corps

simple prêtre peut consacrer l'eucharistie,

des évêques 9

7. Cf.

J.

LÉCUYER,

L'épiscopat comme sacrement, dans EV,

t.

III,

p.

751;

Ch.

MoELLER, Le ferment des idées dans l'élaboration de la Constitution, dans EV, t. II,

p.

93 ; J. RA'l'ZINGER, La collégialité épiscopale, développement théologique, dans EV,

t.

III, pp. 767-769.

8. Il faut pourtant remarquer que l'idée de la collégialité et de la sacramentalité

de l'épiscopat n'était pas tout à fait reléguée à l'ombre dans l'Église latine. Sur ce

sujet voir : J. LÉCUYER, Le sacerdoce dans le mystère du Christ, Paris, 1957, pp. 374-

375, et 392, note l ; U. BETTI, La Costituzione dommatica « Pastor Aeternus » del

La théologie del' épiscopat au

premier concile

La doctrine du ministère épiscopal et ses vicissitudes dans l'Église d'Occident, dans EE, pp. 279-285 ; G. ALBERIGO, Lo sviluppo della dottrina siti poteri nella Chiesa universale. Momenti essenziali tra il XVI e XIX secolo, Roma, 1964; IDEM, La collégialité épiscopale selon quelques théologiens de la papauté, dans CE, pp. 183-221 ; Y. CoNGAR, Notes sur le destin de l'idée de collégialité épiscopale en Occident au Moyen Age (VII•- XVI• siècles), ibid., pp. 99-129; Ch. MOELLER, La collégialité ait concile de Constance, ibid. pp. 131-149; G. DEJAIFVE, La collégialité épiscopale dans la tradition latine, dans EV, t. III, pp. 882-885; H. JEDIN, Zur Theologie des Episkopats vom Triden-

tinum bis zum Vaticanum I, dans Trierer Theologische Zeitschrift 74 (1965) 176-181;

R. GAGNEBET, L'origine de la juridiction collégiale du corps épiscopal au concile selon

Concilia Vaticano I, Roma, 1961,

passim; J -P. TORRELL,

du Vatican, Paris, 1961 (Unam Sanctam, 37), passim; O. RoussEAU,

Bolgeni, dans Divinitas 5

(1961)

431-493.

9. On trouvera une bibliographie abondante sur le renouvellement de l'épiscopat

chez les auteurs suivants : Y. CONGAR, Sainte Église. Études et approches ecclésiolo-

giques. (Unam Sanctam.41), Paris, 1963, pp. 275-302 ; O. ROUSSEAU, La constitution

« Lumen Gentium »dans le cadre des mouvements rénovateurs de théologiE; çt de pastorale

8

PAUL

ZMIRE

Signalons que ces deux thèmes dominent au chapitre III de la Consti- tution Lumen Gentium. En réaffirmant explicitement que la consé- cration épiscopale est un véritable rite sacramentel, qui confère le sacre- ment de l'ordre dans sa plénitude, la Constitution trancha une question discutée par les théologiens encore jusqu'alors 10 . Pour la nature collégiale de l'épiscopat, la Constitution non seulement l'approuve, mais aussi la relie explicitement à la consécration épiscopale. D'abord elle affirme que celle-ci, avec la charge de sanctifier, confère de même la charge d'enseigner et de gouverner 11 . Ensuite, elle déclare qu'on devient membre du collège épiscopal par la consécration sacramentelle et par la communion hiérarchique avec la tête du collège et avec ses membres 12 . Le rattachement étroit de la collégialité à la sacramentalité, par le rite liturgique du sacre épiscopal, est d'une importance particulière 13 . Ainsi, le collège des évêques est vu d'abord dans son véritable enracine- ment, c'est-à-dire qu'il est sacramentel avant d'être juridique. D'autre part, l'évêque individuel est considéré d'abord en relation avec le collège,

en fonction de la responsabilité solidaire pour l'Église uni-

c'est-à-dire

verselle, avant de prendre

Il est significatif que la revalorisation de la sacramentalité de l'ordre épiscopal et du caractère collégial de 1' épiscopat sont le fruit surtout des nombreuses études relatives aux sources liturgiques et patristiques des premiers siècles. On y a redécouvert ces réalités qui étaient dans l'Église latine obscurcies au fur et à mesure de l'accroissement de la centra- lisation romaine et du juridisme1 5 . La Constitution Lumen Gentium s'appuie également sur les mêmes sources. Ce fait donne un relief particulier à notre recherche.

la charge de son diocèse 14 .

des dernières décades, dans EV, t. II, pp. 35-38 et 42-45 ; Ch. MOELLER, Le ferment des idées dans l'élaboration de la Constitution, ibid., pp. 85-89 et u8-u9, note 2; B.-D. DUPUY, La théologie de l'épiscopat, dans Revue des Sciences Phil. et Théol. 49 (r965) 288-342 ; G. d'ERCOLE, Communio, Collegialità, Primato et Sollicitudo omnium Ecclesiarum dai Vangeli a Costantino, Roma, r964, passim. IO. Lumen Gentium III, 2I. II. Ibid.

I2. Ibid. III, 22. Sur l'évolution et la maturation des idées concernant la question de la collégialité et de la sacramentalité de l'épiscopat, voir : U. BETTI, Histoire

chronologique de la Constitution, dans EV, t. II, pp. 57-83 ; Ch. MOELLER, op. cit., pp. 85-r20; B. KLOPPENBURG, Votes et derniers amendements de la Constitution, ibid.,

pp. 125-139 et 147-r53 ; J. RA'.l.'ZINGER, op. cit. pp. 763-790.

13. Cf. P. ANCIAUX, L'épiscopat dans l'Église. Réflexions sur le ministère sacerdotal,

Paris, I963, pp. 44-45; E. GUERRY, La sacramentalité de l'épiscopat, dans Documen-

tation catholique n° 1420 (1964) 367-384 ; B.-D. DUPUY, art. cit., pp. 312-3r3 ; Ch. MOELLER, op. cit., pp. 97-98.

14. Cf. U. BETTI, Relations entre le pape et les autres membres du collège épiscopal,

dans EV, t. III, pp. 793-795; Ch. MOELLER, op. cit., p. 98; P. ANCIAUX, L'épiscopat

(ordo episcoporum) comme réalité sacramentelle,

RAHNER, De l'épiscopat,

dans NRT 85 (1963)

r43-145 ; K.

dans Églises chrétiennes et l'épiscopat (ouvrage collectif),

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

I.

VOCABULAIRE

9

Étant donné que, à l'époque qui nous occupe, l'imprécision des termes relatifs à l'élection et à la consécration des évêques est encore très sensible, il convient de les examiner brièvement 16 .

I. L'élection épiscopale.

L'acte de l'élection épiscopale, soit de la part des évêques, soit de la part du clergé et du peuple, est le plus souvent exprimé par les termes eligere et deligere1 7 On trouve encore d'autres termes, tels que suffragium, testimonium, iudicium, qui désignent la part revenant dans l'élection épiscopale à divers groupes du corps électoral. L'application de ces termes est, cependant, très variée. On exprime le plus souvent la parti- cipation des fidèles par suffragium 18 . Le même terme désigne parfois la participation du clergé 19 . Quant à leur application, on constate la même imprécision des termes testimonium et iudicium. Parfois, le testimonium est réservé aux membres du clergé pour désigner leur participation2°. Il arrive, cependant, que le même terme désigne aussi le rôle tant des fidèles que des évêques 21 . Le terme iudicium est le plus souvent employé pour désigner le jugement divin dans 1'élection épiscopale ou celui des

15. Cf. O. GONZAI,EZ HERNANDEZ, La nouvelle conscience de l'Église et ses présup-

posés historico-théologiques, dans EV, t. II, p. 186.

16. Sur la terminologie de l'élection et de la consécration des évêques, voir: P. de

PUNIET, Consécration épiscopale, dans DA CL 3 /2, 2579-2582 ; G. DIX, Le ministère

dans l'Église ancienne, Neuchâtel-Paris, 1955, pp. 26-27; F.-L. GANSHOF, Note sur

l'élection des évêques dans l'empire romain au IV• et pendant la première moitié du

Ve siècle, dans Revue internationale des droits de l'antiquité 3 (1950) 467-498; J.-M.

HANSSENS, La liturgie d'Hippolyte.

1959, pp. II2-II3 ; P.-M. GY, Remarques sur le vocabulaire antique du sacerdoce

chrétien, dans Études sur le sacrement de l'ordre. (Lex orandi, 22),

126-133; P. JouNEI,, Les ordinations, dans L'Église en prière. Introduction à la litur-

PINTARD, Le sacerdoce

selon saint Augustin, Paris, 1960, pp. 231-239; L. MORTARI, Consacrazione episcopale e Collegialità. La testimonianza della Chiesa antica, Firenze, 1969.

CSEL

(Orientalia christiana

1961, pp.

477-479; J.

l,

analecta,

155),

Roma,

Paris, 1957, pp.

gie. Éd. A.G. MART!MORT, Tournai,

17. Cf. TERT., De praescr. haeret. 43, 5 : CCh

223 ; Cypr., Ep.

48,

4

:

3 /2, 608; Ep. 49,

2-3 : ibid. 736-737; Ep. 67,

2 : ibid.

6u

; Ep.

55,

8 : ibid.

629 ; Ep.

59,

67,

I,

: MANSI 3, 779 ; SIRICE,

18 : CSEL

6

: ibid.

673

; Ep.

5 : ibid.

40

739; Ep. 61, 3 : ibid., 696; OPTAT,

78

26, 20 ; Cane. Garth.

(397), c.

: MANS! 3, 887 ; CCEA

Ep.

l

: PL 13, II43.

18.

CYPR., Ep. 43,

l

: CSEL

3 /2,

591

; Ep.

55,

8

: ibid.

629;

Ep.

59,

5-6

: ibid.

672-673; Ep. 67, 5 : ibid. 739; OPTAT, I, 18 : CSEL 26, 20.

19.

CYPR.,

Ep.

67,

5

:

CSEL 3 /2, 739; Ep.

68,

2 : ibid.

745.

20.

CYPR.,

Ep.

55,

8 : ibid.

629.

2I.

CYPR., Ep. 44,

3

 

: ibid.

599; Ep.

55,

8

: ibid.

629.

IO

PAUL

ZMIRE

évêques comme ratification du vœu des fidèles et du clergé22. Mais il y a des textes où le iudicium se rapporte aussi au peuple et au clergé 23 .

2. La consécration épiscopale.

On trouve la même imprécision dans la terminologie relative à la

consécration épiscopale. Elle est ordinairement désignée par les termes

et ordinatio. Mais ces termes peuvent viser parfois l'élection

seule ou l'élection et la consécration comme deux actes réunis 24 . D'autre part, leur application est très large. Ils sont employés pour désigner non

seulement les ordres majeurs : épiscopat, presbytérat et diaconat, mais

. On rencontre également dans d'autres Églises termes ordinare et ordinatio pour désignerl'ins-

tallation des clercs mineurs 26 . On use des mêmes mots pour indiquer la consécration de l'apôtre Mathias, ainsi que l'établissement des diacres par les apôtres 27 . Tertullien emploie une fois le mot ordinatio même pour désigner la nomination des femmes hérétiques, qui ont exercé quelques fonctions ecclésiastiques 28 Signalons aussi que le même mot désigne l'ins- tallation des prêtres de 1' Ancien Testament 29 Dans la documentation dont

aussi les ordres mineurs d'Occident l'emploi des

ordinare

25

22.

CYPR., Ep. 43, I

: CSEL 3 /2, 59I

; Ep.

Ep. 66,

I

: ibid.

726 ; Ep.

67,

5 : ibid.

739.

55,

8 : ibid. 629; Ep.

59,

5 : ibid. 672 ;

23.

CYPR.,

Ep. 44, 3 : CSEL

3 /2, 599 ; Ep.

67, 4 : ibid.

738 ; SIRICE, Ep. 6:

PL

r3,

II65.

24.

CYPR., Ep. 33, I

: CSEL

3 /2,

566 ; Ep.

45,

2 : ibid. 600 ; Ep.

48,

3 : ibid.

607 ;

Ep.

55,

8 : ibid.

629;

Ep.

56,

I

: ibid. 648 ; Ep.

66,

I

: ibid.

727 ; Ep.

67,

4-5

: ibid.

738-739; ÜP'tAT, I, I5 : CSEL 26, I8; I,

I9-20: ibid. 20-21 ; AUG., Ep. 43, 4, 8,

I6,

I7 : CSEL 34 /2,

87, 91,

98, 99; Ep.

44,

13

: ibid.

I20;

Ep. 53,

2

: ibid.

154; Ep.

76, 2 : ibid. 327; Ep.

128,

3

: CSEL

44,

32;

CCEA

18

: MANSI 3,

719; Conc. de

Thelepte (418), cc. 2 et 3 : MANSI 4, 380; Conc. Garth.

(419), c.

12 : MANSI 4, 426;

Coll. Garth. I, 16 : MANSI 4, 62. Sur la question relative à la signification des termes

ordinare et ordinatio, voir P. J CUNEL, op. cit., p. 478 ; M. HANSSENS, op. cit., p. II2 ;

dans

V.

RAFFA,

Partecipazione collettiva dei

vescovi alla consacrazione episcopale,

Ephemerides Liturgicae 78 (1964) 136; P. de PUNIET, Art. Consécration

dans DACL 3, 2579-2580.

épiscopale,

25. CYPR., Ep. l,

l

: CSEL 3 /2, 466; Ep. 38, l-2 : ibid. 579-580; Ep. 67,

6: ibid.

741 ; AUG., Ep. 83, 4: CSEL 34 /2, 390; Ep. 63,

;

Contra duas ep. Pel. I, 14, 28: CSEL 60, 447; Conc. Garth. (348), c.5 : MANSI 3, 147;

Conc. Hipp. (393), c. l : MANSI 3, 919; CCEA

9;

2, ro; Conc. Tolet. (400), c. 4 : MANSI 3, 999; JÉRÔME, Dial. adv. Luc. 21 : PL 23, r75; Statuta Ecclesiae Antiqua, cc. 84, 85, 93, 94, 95, 96, 97: C. MUNIER, Les Statuta Ecclesiae Antiqua, Strasbourg, 1960, pp. 93-94 et 96-98.

(vers 300), c. 30 : MANSI

l

: ibid. 226; De bono coniug. 18, 21 :

13

: CSEL

52, 371

CSEL 41,

214; In

ps. 67,

19 :

CCh

: CCh

39, 882 ; Contra Cresc. II, 9,

18 : MANSI 3, 719.

148,

Conc. Eliberit.

26. Conc. Arel.

(314), c.

2

27.

CYPR., Ep. 67,

4 : CSEL

3 /2,

738 ; AUG., Enar.

in Ps.

67,

I9

: CCh

39,

882

;

Sermo 298, II

: PL 38, 1365; In

Ioh. Ev. tr.

ro9,

5 : CCh 36,

62r.

28. TERT., De praescr. 41, 6 : CCh I, 22r.

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

II

nous disposons, le verbe ordinare est souvent alterné avec constituere 30 ,

facere 31 , fieri 32 , de/erre,

conferre 33

L'évolution sémantique des termes consecrare et consecratio doit être soulignée. Dans les sacramentaires de l'époque postérieure et jusqu'à nos jours, ils sont employés comme termes techniques pour désigner la consécration épiscopale. Mais chez Tertullien et chez saint Cyprien ces termes ne sont pas employés pour désigner la consécration épiscopale. Les documents conciliaires, aussi bien du temps de saint Cyprien qu'à l'époque postérieure, ne nous fournissent qu'un exemple où le mot consecratio vise en même temps évêques, prêtres et diacres :

qui constrictione

Gradus isti tres (episcopus, presbyter, diaconus), quadam castitatis per consecrationes anne:x:i sunt 34 •

Le terme consecratio dans ce texte, vise-t-il le rite sacramentel de trois ordres majeurs ou l'effet de la chasteté ? Le texte lui-même n'est pas clair. La tournure de la phrase semble, en effet, favoriser la première signification. Dans 1' œuvre de saint Augustin, on ne rencontre nulle part les termes consecrare et consecratio employés pour désigner le sacre épiscopal seul.

Dans le Contra epistulam Parmeniani cet auteur emploie le mot consecra-

io en l'appliquant à la fois aux sacrements du baptême et de l'ordre :

qui ipsum baptismum amittere non

potest, ius dandi potest amittere; utrumque enim sacramentum est et quadam consecratione utrumque homini datur : illud cum baptizatur, istud cum ordinatur 85 •

Nulla ostenditur causa cur ille

Dans ce texte, l'évêque d'Hippone montre une certaine réticence, semble-t-il, dans l'application du terme consecratio aux deux sacrements, en lui adjoignant l'adjectif indéfini quadam. Du fait qu'il emploie plu- sieurs fois le même terme, lorsqu'il s'agit du baptême seul, la réticence semble s'expliquer par la présence, dans ce texte, du sacrement de l'ordre 36 . Une autre fois, saint Augustin emploie le terme

consecrare

30. CYPR., Ep.

3,

3:

CSEL 3/2, 471; Ep.

44, 3: ibid. 599; Ep. 45,

l

: ibid. 600;

Ep. 48,

Sententiae episcoporum, 78 : CSEL

4

: ibid.

608 ; Ep.

55,

9

: ibid.

3 /1,

630 ; Ep.

459;

59 (plusieurs fois) : ibid. 726-734 ;

15 ;

ÜP'l'A'l',

VII,

1,

13

: CSEL

26,

AuG., Ep. 44, 6: CSEL 34/2, 114; Ep. 102, 9: ibid. 552; Contra Cresc. III, 68, 78:

CSEL 52, 483; INNOCENT, Ep. 25 : PL 20, 552; Cane. Garth.

3, 890.

(397), c. 45 : MANSI

31. CYPR., Ep. 44,

ibid.

631

; Ep.

55,

l

et 3 : CSEL 3 /2, 597-598; Ep.

61,

24 : ibid.

642 ; Ep.

l

: ibid. 726;

55,

Ep.

8 : ibid.

629;

Ep.

59,

5 : ibid.

672.

55, 9

:

32.

CYPR., Ep. 59, 5 : ibid. 672 ; Ep.

55, 8 : ibid. 629; Ep.

55, 9: ibid. 631

; SIRICE,

Ep. IO : PL 13, II92 ; ZOSIME, Collectio Avellana, n. 46 : CSEL 35 /1, 104.

33. CYPR., Ep. 67, 5 : CSEL 3 /2, 738; Adversus aleato1'es, l

: CSEL

3 /3,

93.

É.

34. Cane. Garth. (390), c. 2 : MANSI 3, 692.

35. AuG., Contra ep. Parm. II, 13, 28 : CSEL 51, 79.

36. Cf. J. PIN'l'ARD, Le sacerdoce selon saint Augustin, Paris, 1960, pp. 234-235;

LAMIRANDE,

Note complémentaire, dans B.A. 32, pp. 690-69r.

I2

PAUL

ZMIRE

pour désigner l'appartenance au sacerdotium regale de tous les membres du Corps du Christ :

(Sacerdotium regale) quo consecrantur omnes pertinentes ad corpus Christi•'.

Comme nous l'avons remarqué, l'évêque d'Hippone se sert à maintes

reprises de ce terme, lorsqu'il

rencontre aussi des textes, soit chez saint Augustin, soit dans les docu- ments conciliaires, où consecrare et consecratio sont employés pour indi- quer la bénédiction des vierges 39 On trouve, cependant, quelques auteurs contemporains, mais hors d'Afrique, qui emploient ces termes pour dési- gner la consécration épiscopale 40 • Signalons enfin que la terminologie grecque, à cette époque, est plus précise que la latine. La première dis- tingue, en effet, l'installation (Kœt!'imacrtç), terme technique pour les sous-diacres et les clercs inférieurs et l'imposition des mains (xeipowvia), terme technique pour les diacres, les prêtres et les évêques 41

s'agit du sacrement du baptême 38 On

II.

L'ÉLECTION DES ÉVÊQUES

r. Rôle du peiiple et du clergé. On peut distinguer trois groupes divers qui devaient prendre part à l'élection des évêques : les fidèles de l'Église à pourvoir, le clergé de la même Église, les évêques provinciaux. Ce qui saute d'abord aux yeux, c'est le rôle important que les fidèles et le clergé ont joué. Nous avons déjà un indice chez Tertullien, que les

37. AuG., Qitaest. Evang. II, Q. 40 : PL 35, 1355·

38. Cf., par exemple, Ep.

23,

4 : CSEL

34 /2,

67; Ep. 98,

5

: ibid.

526 ; De bapt.

III, 14,

19 : CSEL 51, 210;

III,

15, 20

: ibid.

2II

;

IV,

22,

29

: ibid.

257 ; De unico

bapt. 2,

3

: CSEL 53,

39. AUG., De bono coniug. 18, 21 : CSEL 41, 214; Cane. Garth. (390), c. 3 : MANS!

3, 693 ; Cane. Garth. (397), cc. 4 et 36 ; ibid. 880, 885 ; pour d'autres acceptions des

mots consecrare et consecratio, voir D. ZAEHRINGER, Das christliche Priestertum nach dem hl. Augustinus, dans Forschungen zur christlichen Literatur -und Dogmenge- schichte, XVII. Band, l /2. Heft, Paderborn, 1931, pp. 94-95.

40. PAULIN, Inter AUG., Ep. 32, 2 : CSEL 34 /2, 9 : « (Augustinus) ita consecratus ut non succederet in cathedra episcopo, sed accederet ». Cf. Inter AuG., Ep. 24, 4 ;

CSEL 34/1, 76; LÉON LE GRAND, Ep. 40: PL 54, 815: Ravenium, secundum deside- ria cleri, honoratoruni, et p!ebis, unanimiter consecrastis; Ep. 167, l : PL 54, 1203 :

nec a provincialibus episcopis cum

metropolitano judicio consecrati. Cf. encore Collectio Avellana, n. 17 ; CSEL 35/1,

64; ibid., n. 55 : CSEL

Commentarii in Ps., Ps. 55 : PL 53, 485 ; ARNOBE, Ep. 13, 3 : PL 54, 665. 4r. Sur la terminologie grecque, voir P. de PUNIET, Art. Consécration épiscopale, dans DACL 3, 2581; Y. CoNGAR, La Thèse de l'abbé Long-Hasse/mans. Texte et remarques critiques, dans Revue des Sciences Religieuses 25 (1951) 296; G. Drx, op. cit., p. 27; P. JoUNEL, op. cit., p. 479; C. VoGEL, L'imposition des mains dans les rites d'ordination en Orient et en Occident, dans La Maison-Dieu 102 (1970) 57-72.

N ulla ratio sinit ut inter episcopos habeantur qui

est,

35 /r,

123; ibid. n.

52

: CSEL

35 /r,

rr9-120; ARNOBE,

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

13

évêques et les prêtres étaient choisis sur le témoignage de la commu- nauté42. Saint Cyprien mentionne à maintes reprises le droit du peuple et du clergé de participer à 1'élection épiscopale :

Coram omni synagoga iubet Deus constitui sacerdotem, id est instruit

et ostendit ordinationes sacerdotales non nisi sub populi adsistentis

ut plebe praesente vel detegantur malorum

crimina vel bonorum merita praedicentur et sit ordinatio iusta et

conscientia fieri oportere,

legitima quae omnium suffragio et iudicio fuerit examinata 43 •

Il en va de même en Espagne. Saint Cyprien le note au sujet de l'élec- tion de Sabinus, évêque de Léon et Astorga :

Quod et apud vos factum videmus in Sabùù collegae nostri ordinatione,

episcopatus ei deferreturu.

ut de universae fraternitatis suffragio

Le rapport de saint Cyprien sur l'élection du pape Corneille est encore plus précis :

Factus est autem Cornelius episcopus de Dei et Christi eius iudicio, de

de plebis quae tune adfuit suf-

clericorum paene omnium testimonio,

fragio45.

Le témoignage de saint Cyprien est d'autant plus important qu'il reflète une pratique observée non seulement en Afrique, en Espagne et en Italie, mais presque dans toutes les Églises. D'autre part, il y voit

la tradition divine et l'observation apostoliqu.e, preuve au moins que cette

procédure était immémorable :

Propter quod diligenter de traditione divina et apostolica observatione servaudum est et tenendum quod apud nos et fere per proviucias univer- sas tenetur, ut ad ordinationes rite celebrandas ad eam plebem cui praepositus ordinatur episcopi eiusdem provinciae proxùni quique conveniant et episcopus deligatur plebe praesente, quae siugulorum vitam plenissùne novit et uniuscuiusque actum de eius conversatione perspexit••.

Saint Cyprien renforce son argumentation en s'appuyant sur l'exemple

de

de l'apôtre Mathias et des premiers diacres47. Les écrits et les documents conciliaires, se rapportant à l'Église d'Afri- que de la seconde moitié du 1ve et du début du ve siècle, fournissent plu-

Testament, ainsi que de 1' élection

1' élection des prêtres de 1' Ancien

42. Apol. 39, 5 : CCh

TER'l'.,

I,

r50.

43. Ep. 67,

CYPR.,

4

:

CSEL 3 /2,

738 ; cf.

Ep.

43,

I

: ibid.

59I

; Ep.

59, 5

: ibid.

672 ; Ep.

59,

6

: ibid.

673 ; Ep.

44,

3

: ibid.

599.

44·

CYPR., Ep.

67,

5

: ibid.

739.

 

45.

CYPR., Ep. 55, 8 : ibid. 629; cf. Ep. 68,

2 : ibid.

745.

46.

CYPR., Ep. 67, 5 : ibid. 739.

 

PAUL

ZMIRE

sieurs témoignages de la même procédure. D'après le témoignage des Gesta apud Zenophilum, la communauté a participé à l'élection de Sil-

vanus, évêque de Cirta 48 . Saint Optat de Milève atteste le même fait à

propos de

concile de Milève en 402, relatif à la démission de Maximianus, évêque de Bagaï, prescrit à la communauté (plebs) de cette Église d'élire un nou- veau candidat pour remplacer Maximianus :

l'élection de Cécilien, évêque de Carthage 49 . Le canon 2 du

De Maximiano autem Bagaiensi, et ad eum et ad ipsam plebem

literas dare, ut et ipse ab episcopatu discedat, et

placuit de concilia

illi sibi alium requirant••.

L'importance du rôle joué par les fidèles et le clergé dans l'élection des évêques apparaît aussi dans la prescription du concile de Carthage (397), qui règle la procédure à suivre dans les cas où quelques difficultés sur- giraient au sujet du candidat :

Et in eadem plebe, cui ordinandus est, discutiantur primo personae

postremo illa etiam quae obiciuntur, pertractentur.

Et cum purgatus fuerit, sub conspectu publico, ita demum ordinetur 61 •

contradicentium :

Nous sommes informés en détail au sujet de l'élection d'Heraclius, successeur de saint Augustin, par la lettre 213 de celui-ci, qui est plutôt un procès-verbal de cette élection 52 . La participation active de toute la communauté dans l'élection des évêques était pratiquée aussi dans d'autres Églises de l'Occident de la même époque. En ce qui concerne l'Église de Rome, nous sommes ren- seignés sur l'élection des papes Damase 53 , Sirice 54 et Boniface 55 Paulin de Milan rapporte le même fait au sujet de l'élection de saint Ambroise 56 . Pour la Gaule, Sulpice Sévère nous a laissé une documentation détaillée

48.

Gesta apiid Zenophilum : CSEL 26, 192.

49.

OPTAT, I, 18: CSEL 26, 20: Timc suffragio totius populi Caecilianus eligitur.

so.

CCEA 88 : MANSI 3, 787.

SI.

Cane. Garth. (397), c. 40 : MANSI 3, 887.

52.

AUG., Ep. 213 ; CSEL 57, 372 SS. Sur l'élection d'Augustin, voir PoSSIDIUS,

Vita Aug. 8 : PL 32, 39-40. A propos de la participation active du peuple et du clergé dans l'élection des évêques, voir encore Conc. Garth. (390), cc. 5 et 12 : MANSI

3, 693-694, 696; Conc. Garth. (397), c. 42 : MANSI 3, 887-888 ; CCEA 78 : MANSI 3, 779; POSSIDIUS, Vita Aug. 21: PL 32, SI.

53. Cf. Collectio Avellana, n. r : CSEL 3s /1, 2.

S4· Ainsi qu'il en ressort d'une lettre de l'empereur Valentianus II, adressée au préfet Pinianus, le peuple a unanimement élu le diacre Sirice par la voie des acclama- tions (Collectio Avellana, n. 4: CSEL 3s/1, 47-48). SS· Les sources de renseignements se trouvent dans la Collectio AveUana, n. 14-37 :

CSEL 3S /r, s9-84. Dans sa requête à l'empereur en faveur de Boniface, le clergé fait valoir que celui-ci a été élu non seulement par le clergé, mais aussi par les fidèles (Collectio Avellana, n. 17: CSEL 35/1, 64).

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

15

sur l'élection de saint Martin de Tours 57 Il en va de même lors de l'élec- tion de saint Germain, évêque d'Auxerre5B. Nous trouvons plusieurs témoignages des papes, à cette époque, au sujet de la participation des fidèles et du clergé à l'élection des évêques. Les papes s'efforcent de sauvegarder et de préciser les droits respectifs des fidèles et du clergé 59 . Ils s'opposent, parfois, à ceux qui ont négligé cette procédure, en considérant comme une irrégularité les élections accomplies contre la volonté des fidèles et du clergé 60 .

2. Rôle des évêques provinciaux.

Ce $Ont cependant les évêques provinciaux qui étaient les premiers responsables du choix de leurs collègues. Le choix et le témoignage du peuple et du clergé étaient soumis au jugement du collège des évêques provinciaux, arbitre en dernier ressort de la dignité de 1' élu et de la légitimité de la procédure électorale. Saint Cyprien affirme que cette procédure était partout observée de son temps. Au surplus, il y voit une tradition qui remonte à l'époque apostolique :

Propter quod diligenter de traditione divina et apostolica observatione servandum est et tenendum quod apud nos quoque et fere per provincias

ut ad ordinationes rite celebrandas ad ealll plebem

provinciae proximi quique

universas tenetur,

cui praepositus ordinatur episcopi eiusdem

conveniant et episcopus deligatur plebe praesente• 1

57. SULPICE SÉVÈ:RE, Vita S. Martini, 9 : CSEL I, II8-II9. P. MONCEAUX, Saint Martin, Récits de Sulpice Sévère mis en français avec une introduction, Paris, 1927, pp. 87-88 ; cf. F.-L. GANSHOF, art. cit., pp. 481-484.

58. Vita S. Germani, episcopi Antissiodorensis : Nam clerici omnes cunctaque

nobilitas, plebs urbana vel rustica in unam venere sententiam : Germanum episcopum omnium itna vox postulat. (Cité d'après F.L. GANSHOF, art. cit., p. 485).

59. DAMASE, Decretale, 13 : E.-Ch. BABUT, La plus ancienne décrétale, Paris, 1904,

p. 82 : Plebs tune habet testimonium, quotiens ad digni alicuius meritum reprehendens auram favoris impertit. SIRICE, Ep. r, IO: PL I3, u43 : Exinde iam accessu temporum, presbyterium vel episcopatum, si eum cleri ac plebis edecumarit electio non immerito sortietur. CÉLESTIN, Codex Canonum Ecclesiae et Constitutionum S. Sedis Apostolicae, XXXV: PL 56, 579 : Nullus invitus detur episcopus. Cler·i, plebis et ordinis consensus ac desiderium requiritur. LÉON LE GRAND, Ep. 14, 5 : PL 54, 673 : Ille omnibus praeponitur quem cleri plebisque consensus concorditer postularet. IDEM, Ep. Io, 6 :

PL 54, 634 : Qui praefuturus est omnibus, ab omnibus eligatur.

60. ZOSIME, Ep. 2, 4 : PL 20, 651 : Patuit hos inobservatis ordinationibus, plebe

cleroque contradicente, ignotos, alienigenas, intra Gallias sacerdotia vindicasse. Cf.

Collectio Avellana, n. 45 : CSEL 35 /I,

IOO·IOI. INNOCENT, Ep. 3, 2 : PL 20,

489

:

Et nunc, cum metropolitano episcopo ordinandi sacerdotes pontificium deberetur,

contra populi voluntatem et disciplinae rationem, episcopum lacis abditis ordinasse, ecclesias scandalis miscuisse. BONIFACE, Ep. I2, r : PL 20, 772-773 : Lutubensis eccle-

miserunt, dicentes coepis-

copum nostrum Patroclum

nescio quem in aliena provincia praetermisso metropoli-

siae cleri ordo, vel plebis, preces suas et lacrymas ad nos

tano contra patrum regulas ordinasse. Cf. Ep. 5, 3 : PL 20, 762-763.

16

PAUL

ZMIRE

Dans ce texte, l'élection et la consécration apparaissent en effet comme deux actes bien distincts. L'élection est désignée par l'expression episcopus

et la consécration par celle praepositus ordinatur. Ce sont

les évêques voisins qui avaient le dernier mot dans le choix du candidat. On procédait à la consécration, semble-t-il, immédiatement après l'élec-

tion. L'affirmation générale de saint Cyprien est conforme à la des- cription qu'il donne sur la procédure de l'élection de l'évêque Sabinus, qui a récemment eu lieu en Espagne 62 Il en va de même, semble-t-il, dans l'élection du pape Corneille 63 .

deligatur,

La procédure pratiquée lors de l'élection épiscopale, à l'époque de saint Cyprien, était observée en Afrique aussi dans la période ultérieure. Ainsi qu'il ressort des Gesta apud Zenophilum, douze évêques ont pris

part à l'élection de Silvanus,

évêque de Cirta 64 Le rôle important des

évêques provinciaux se déduit de la décision prise au concile de Carthage,

en 397

Sed illud est statuendum, ut quando ad eligendum episcopum conveni- remus, si qua contradictio fuerit oborta (quia talia tractata sunt apud nos) non praesument ad purgandum eum, qui ordinandus est, tres (episcopi) iam; sed postulentur ad numerum supradictorum unus vel duo 05

Equitius, eveque d'Hippo Diarrhytos, étant condamné et déposé par un tribunal épiscopal, le concile du 13 septembre 401 désigne une commission comptant vingt évêques pour y procéder à l'élection et à la consécration du nouvel évêque :

Un

conventis et correctis his qui

culpabili pertinatia fugam eiusdem Equitii expectandam putabant, cum omnium voto eis episcopus ordinetur. Si autem illi pacem considerare

noluerint non impediant in eligendo ad ordinandum praeposito utili- tatem tanto tempore ecclesiae destitutae••.

Missis ex praesenti concilio episcopis

certain nombre

d'évêques

ont

pris

part à

l'élection

épiscopale

62. CYPR., Ibidem : Quod et apud vos factum esse videmus in Sabini coltegae nostri

de episcoporum qui in praesentia convenerant quique de eo ad vos

ordinatione, ut

litteras fecerunt iudicio episcopatus ei deferretur.

63. CYPR., Ep. 55, 8 : CSEL 3 /2, 629-630 : Et factus est episcopus a plurimis

collegis nostris qui tune in urbe Roma aderant

de Dei et Christi eius iudicio

Un peu plus loin dans la même lettre, saint Cyprien mentionne explicitement seize évêques qui ont probablement pris part à l'élection du pape Corneille (Ep. 55, 24 :

ibid. 642). A propos de la participation des évêques voisins à l'élection de leurs collègues, cf. encore Ep. 44, 3 : ibid. 599 ; Ep. 56, I : ibid. 648 ; Ep. 59, 5 : ibid. 67-;

factus est autem Cornelius episcopus

de sacerdotum antiquorum et bonorum virorum collegio.

64. Gesta apud Zenophilum : CSEL 26, 185 ss.

65. Conc. Garth. (397), c. 40 : MANS! 3, 887.

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

r7

de saint Augustin 67 . Deux évêques participèrent à l'élection d'Héraçlius, successeur de ce dernier6s. La législation canonique, conformément au 4e canon du concile de Nicée, insiste surtout sur le rôle du primat dans l'élection des évêques. Celui-ci devait y prendre part ou donner une autorisation écrite. En voici une décision du concile de Carthage, en 390 :

quadam existimant contempto primate

ad desiderium populi episcopum ordinare,

neque Iitteras ad se primae cathedrae manantibus, neque potestate

Ab universis episcopis dictum est : Placet omnibus, ut inconsul-

to primate cuiuslibet provinciae, tam facile nemo praesumat, licet cum multis episcopis, in quocumque loco, sine eius, ut dictum est, praecepto

Aliqui episcopi usurpatione

cuiuslibet provinciae suae

accepta

episcopum ordinare • •.

Les sources de la même époque, se rapportant à d'autres Églises d'Occi- dent, nous fournissent plusieurs exemples, qui nous font constater que les évêques provinciaux jouissaient du rôle principal lors de l'élection des évêques. Neuf évêques participèrent à l'élection du pape Boniface 7 0.

Saint Ambroise affirme que sa propre élection, effectuée par la commu- nauté de l'Église de :Milan, fut ultérieurement ratifiée par les évêques 71 On trouve des évêques comme principaux participants à l'élection mouvementée de saint lVIartin de Tours 72 Le même fait est attesté

plusieurs fois par les

papes de la même époque 7 3.

III.

LA

CONSÉCRA'l'ION

DES

ÉVÊQUES

r. Les évêques participants.

Les écrits de saint Cyprien nous fournissent des éléments importants au sujet de la consécration des évêques. Signalons que l'évêque de Carthage ne donne nulle part des renseignements détaillés. Il n'en parle que d'une manière occasionnelle. Ce qui est exprimé avec netteté, c'est le caractère collégial du sacre épiscopal. Il ne précise pas le nombre des évêques qui devaient y prendre part. Il dit seulement que, ta11t en

67. POSSIDIUS, Vita S. Aug. 8 : PL 32, 39-40.

· 68~

AuG., Ep.

213 : CSEL

57, 372 ss; cf. Ep.

44,

13 : ibid.

120.

69. Cane. Garth. (390), c. 12 : MANSI 3, 696 ; cf. Concile de Thelepte, en Byzacène

(418), c.

l

et 2

: MANS! 3,

380; Cane.

Garth.

(mai 419), c.

12 : MANSI 4,

426.

70. Colleetio Avellana, n. 17: CSEL 35 /1, 64.

7r.

72. SULPICE SÉVÈRE, Vita S. lVlartini, 9 : CSEL I,

AMBROISE, Ep. 63, 65 : PL 16, 1258.

u8-119; cf. P. MONCEAUX,

Saint Martin, Récits de Sulpice Sévère mis en français avec une introduction, Paris, I92 r,

pp. 87-88. Voir encore« Statuta Ecclesiae Antiqua» : MuNIER, op. cit. p. 78 :

eonventu totius provineiae episcoporum

73. Cf., par exemple, SIRICE, Ep. 4 : PL 13, II49; Ep. 5, r : ibid. rr57; Ep. ro:

ibid. rr95; DAMASE, Decretale, r8 : E.-Ch. BABUT, La plus ancienne déc1'étale, Paris,

et

ordinetur episcopus.

1904, p. 85 ; .LÉON LE GR,\;,;'"D,. Ep.

167, I

:

PL 54,

1203.

18

PAUL

ZMIRE

Afrique que hors d'Afrique, et ceci d'après une tradition immémorable qui remonte aux temps apostoliques, les évêques provinciaux voisins sont obligés de s'y rendre :

Propter quod diligenter de traditione divina et apostolica observatione servandum est et tenendum quod apud nos et fere per provincias univer-

ut ad ordinationes rite celebrandas ad eam plebem cui

praepositus ordinatur episcopi eiusdem provinciae proximi quique

sas tenetur,

conveniant".

Selon saint Cyprien, les évêques provinciaux ont pris part au sacre épiscopal de Sabinus, évêque espagnol7 5 . Au sujet de la consécration du pape Corneille, il mentionne expressément seize évêques 76 . Dans les écrits et les documents conciliaires concernant l'Église d'Afrique de la période ultérieure, on traite plusieurs fois de la question du nombre des évêques nécessaires au sacre épiscopal. Quelques textes nous portent à croire que, pendant toute une période, le nombre de douze était sinon une prescription, du moins une tradition. Ainsi, en 305, nous voyons douze évêques de la Numidie, réunis à Cirta pour procéder à l'élection et à la consécration du nouvel évêque de cette ville, Silvanus 77 Au concile de Carthage, en 397, deux évêques, Honoratus et Urbanus, en reprochant aux collègues de la Numidie d'avoir fait le sacre épis- copal par deux évêques seuls, ont proposé à l'assemblée de prescrire le nombre de douze :

Et illud nabis mandatum est : ut quia proxime fratres nostri Numidiae Episcopi duo ordinare praesumpserunt Pontüicem, non nisi a duodecim censeatis celebrari Episcoporum ordinationes 78

Bien que l'assemblée ait repoussé cette proposition, en raison des difficultés d'ordre pratique 79 , le seul fait que l'on ait proposé le nombre de douze suppose une tradition dans ce sens, mais vraisemblablement négligées 0 . Le fait que nous rencontrons aussi chez les donatistes l'habitude de faire le sacre épiscopal par douze évêques semble, en effet, favoriser cette supposition. C'est ainsi que le diacre Maximien fut consacré, en 392, par douze évêquesB 1 .

74· CYPR., Ep. 67, 5: CSEL 3/2, 739.

75. CYPR., Ibidem : Quod et apud vos factum videmus in Sabini collegae

nostri

de episcoporum qui in praesentia convenerant quique de eo ad vos

ordinatione, ut

litteras fecerant iudicio episcopatus ei deferretur.

76. CYPR., Ep. 55, 24 : ibid. 642 : Nisi si episcopus tibi videtur qui episcopo in

ecctesia a sedecim coepiscopis facto

77. AUG., Contra Gaud. I, 37, 47: B.A. 32, 620.

78. CCEA 49: MANSI 3, 739.

79. Ibid.

80. Cf. É. LAMIRANDE, Note complémentaire 35 : Législation africaine sur l'ordi-

nation des éveques, dans B.A. 32, 729-730.

8x.

Cf. AuG., Contra Cresc. III, 52,

58

: CSEL

52,

463-464 ; III,

55,. 61

: ibid.

466; IV, 4, 5: ibid. 501; IV, 6, 7: ibid. 507; Gesta cum Emerito, 9: B.A. 32, 477.

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

19

La question qui se pose maintenant est celle de savoir si le nombre de douze était dû au hasard ou bien s'il s'agit d'une allusion aux douze apôtres. Nous ne pouvons trouver une explication, ni dans la docu- mentation relative à l'Église d'Afrique, ni dans celle concernant d'autres Églises d'Occident de la même époque. A. Mandouze 82 , suivi littéralement par J. Pintard 83 , a cru pouvoir affirmer - en s'appuyant sur la proposition faite au concile de Carthage de 397 à propos du nombre de douze - que saint Cyprien en donne la base scripturaire en citant les Actes (vr, 2) dans sa lettre 67. Le texte de saint Cyprien en question est le suivant :

Nec hoc in episcoporum tantum et sacerdotum, sed in diaconorum ordinationibus observasse apostolos animadvertimus, de quo et ipse in actis eorum scriptum est : et convocaverunt, inquit, illi duodecim totam plebem discipulorum, et dixerunt eis, quod utique idcirco tam diligenter et caute convocata plebe tota gerebatur, ne quis ad altaris ministerium vel ad sacerdotalem locum indignus obreperet••.

Compte tenu du contexte, la conclusion de 1VIandouze nous semble faire violence à ce texte. Dans ce passage, ainsi que dans le contexte, l'accent est mis sur la participation active de toute la communauté à 1' élection, soit aux temps apostoliques, soit à 1' époque de saint Cyprien, plutôt que sur la consécration elle-même. Signalons aussi que saint Cyprien y parle non seulement de la consécration épiscopale, mais aussi de l'ordination des prêtres et des diacres. A notre avis, le texte en ques- tion ne permet pas de dégager une affirmation catégorique relative à l'obligation de la participation de douze évêques au sacre d'un évêque. Notre interprétation semble être favorisée par d'autres passages où saint Cyprien parle seulement des évêques provinciaux, en ne mentionnant nulle part un nombre fixe. Bien que nous ne puissions trouver une explication satisfaisante pour le nombre douze, nous sommes pourtant enclins, pour notre part, à y voir une allusion aux douze apôtres. Ainsi ce fait manifeste le carac- tère apostolique de l'épiscopat, en insérant le nouvel évêque dans la succession apostolique, d'une part, et, d'autre part, la nature collégiale des évêques, les douze consécrateurs étant représentants de l'épiscopat universel 86 .

82. A. MANDOUZE, Notes sur l'organisation de la vie chrétienne en Afrique à l'époque

de saint Augustin, dans L'Année Théologique Augustinienne r3 (r953) 224: Nonnisi a duodecim censeatis episcoporum celebrari ordinationes (C:onc. 397, c. 39). C'était

d'ailleurs une tradition ancienne, en Afrique, puisque saint Cyprien en donne la base scripturaire (Actes VI, 2), dans sa lettre LXVII.

83. J. PINTARD, Le sacerdoce selon saint Augustin, Paris,

LAMIRANDE, op. cit., pp. 729-73r.

84. CYPR., Ep. 67, 4 : CSEL 3 /2, 738-739.

r960, p. 297. Voir

É.

85. Signalons de même que les tribunaux ecclésiastiques, chargés de juger un

évêque coupable, se composaient ordinairement de douze évêques. Cf. Cane. Garth. (348), c. II : BRUNS, t. I, p. II5 ; Cane. Garth. (390), c. IO: MANSI 3, @95-696; CCEA

I2

: MANSI 3, 715.

20

PAUL

ZMIRE

Le nombre de trois n'a jamais été qu'un muumum et ceci en raison de difficultés pratiques. Quel que soit le nombre des évêques parti- cipants, le sacre épiscopal apparaît évidemment comme un acte collégial, dans lequel sont engagés tous les évêques provinciaux. Les consécrateurs n'ont pu y procéder que munis du consentement écrit des collègues absents et de l'autorisation écrite du primat. Les conciles légifèrent plusieurs fois dans ce sens 86 La consécration des évêques est donc un acte collégial du corps épiscopal d'une province ecclésiastique, lequel

agrège le nouvel élu

au collège épiscopal de l'Église universelle 87

z. Le rite.

Les sources dont nous disposons ne fournissent pas beaucoup de préci- sions sur le rite lui-même du sacre épiscopal, comme, par exemple, la Traditio apostolica d'Hippolyte de Rome 88 , ou les Statuta Ecclesiae Antiqua 89 Une fois du moins saint Cyprien mentionne expressément l'imposition des mains. Il s'agit de la consécration de Sabinus, évêque espagnol 90 L'imposition des mains est clairement attestée aussi par le pape Corneille, au sujet du sacre épiscopal illégitimement conféré

à Novatien 91 L'auteur anonyme du traité pseudo-cyprien Adversus aleatores témoigne également de l'imposition des mains 92 . Optat de Milève rapporte le même fait au sujet de la consécration de Cécilien,

évêque de Carthage 93 . Dans les documents conciliaires, nous ne trouvons

aucune indication sur le rite du sacre épiscopal. Saint Augustin, en men-

86. Concile de Thelepte (418), c. 2 : MANSI 4, 380 : Ut episcopus a tr·ibus ordinetur,

consentientibus aliis per scripta, cum confirmatione Metropolitani vel Primatis. Cf. encore Conc. Garth. (390), c. 12 : MANSI 3, 696; Cane. Garth. (397), c. 39 : ibid. 886-887; Conc. Garth. (mai 419), c. 12 : MANSI 4, 426; Possrnrus, Vita S. Aitg.

8: PL 32, 39-40; Aue., Ep. 209, 3: CSEL 57, 348; SIRICE, Ep. 4: PL 13, 1148-1149;

Ep. 5,

87. Cf. B. Bo'.r'.tE, L'Ordre d'après les prières d'ordination, dans Études sttr le sac:·e-

ment de l'ordre. (Lex orandi, 22), Paris, 1957, p. 31 ; G. DEJAU'VIl, La collégiaz.ité épiscopale dans la tradition latine, dans EV, t. III, p. 877.

l

: PL

13,

II57; BONIFACE, Ep. 15, 9: PL 20, 784.

88.

J .-M.

HANSSENS,

La

liturgie

d'Hippolyte.

(Orientalia

christiana

analecta,

155), Rome, 1959; B. Bo'.t'.tE, La Tradition apostolique de saint Hippolyte. Essai de

reconstitution.

1963.

(Liturgiewissenschaftliche Quellen und Forschungen,

39),

Münster,

89. Ch. MUNIER, Nouvelles recherches sur les « Statuta Ecclesiae Antiqua 1>, dans

Revue de droit canonique 9

Strasbourg, 1960.

90. CYPR., Ep. 67, 5 : CSEL 3 /2, 739 : Episcopatus ei deferretur et inanus ci in

locum Basilidis inponeretur. 9r. Inter CYPR., Ep. 49, l : ibid. 6ro : Ut paterentur ei manum quasi in episcopmn inponi.

92. Adversus aleatores, 3 : CSEL 3 /3, 94 : Et quoniam episcopium id est spiritimi

sanctum per inpositionem manus cordis excepimus hospitio.

93. ÜP'.tA'r, l, 18 : CSEL 26, 20 : Tune suffragio totius populi Caec-ilianus eligitur

et manu imponente Felice Autumnitano episcopus ordinat1ir. Cf. encore I, 2 : ibid. 4;

(1959)

170-180; IDE:>r, Les Statuta Ecclesiae Antiqua,

I,

19 : ibid.

21; I,

24 : ibid.

27; II, 25

: ibid. 65; VII,

6

: ibid.

178-180.

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

2I

tionnant l'imposition des mains, faite à saint Timothée, rappelle à Pétilien

. L'évêque

d'Hippone signale à plusieurs reprises l'imposition des mains comme geste principal du sacre épiscopal à propos de la consécration épiscopale du diacre donatiste Maximien95. Au sujet de la prière consécratoire, nous n'avons que quelques allusions.

que cette pratique a son origine à l'époque apostolique

94

L'auteur inconnu du Adversits aleatores y fait allusion sans doute lorsqu'il affirme expressément la communication du Saint-Esprit par l'imposition

des mains,

Saint Augustin rappelle aux donatistes que dans le sacre épiscopal de ceux-ci, on n'invoque pas sur la tête du nouvel évêque le nom de Donatus, mais celui de Dieu :

ordinantur

en identifiant l'épiscopat lui-même à cette communication 9 6.

Invocatio nominis Dei super caput ipsorum,

quando

episcopi, invocatio illa Dei est, non Donati. Non eum suscipio episcopum,

si, quando est ordinatus, super caput eius Donatus est invocatus"'.

Il ressort de ce passage que saint Augustin unit l'imposition des mains à la prière consécratoire qui l'accompagne. Quelques écrivains occidentaux de la même époque en fournissent des

témoignages plus précis.

qui accompagne le rite 98 . Le pape Célestin, en parlant de la consécration

Saint Jérôme mentionne expressément la prière

épiscopale de Maximien, successeur de Nestorius, laisse entendre que la prière consécratoire est jointe à l'imposition des mains 99

3. Un seul consécrateur oit plusieurs ? Notre recherche nous a amené à un point auquel les théologiens se sont beaucoup intéressés ces derniers temps et sur lequel les avis sont encore partagés. Il s'agit de la question de savoir s'il faut considérer comme consécrateurs tous les évêques participants au sacre épiscopal ou bien seul le président, les autres n'étant que les témoins.

94. Aue., Contra Utt. Pet. II, ro6, 242 ; CSEL 52, 157-158.

95. AuG., Contra Cresc. III, 22, 25 : CSEL 52, 431 : !psi Maximianum impositis

manibus ordinaverunt. Cf. encore III, 52, 58 ; ibid. 463-464; III, 54, 60 : ibid. 465 ;

Gesta citm Eme1•. r r : CSEL 53, r94.

96. Adversus aleatores, 3 : CSEL 3 /3, 94 : Episcopium id est spiritum sanctum

per impositionem manus cordis excepimits hospitio.

97. Aue., Sermo ad Caesai•. eccl. plebem,

2

: CSEL

53,

r69.

Cf. encore Contra

Cresc. II, II,

29, 376.

98. J:f:RÔME, Com. in ls., XVI, 58; PL 24, 569: Plerique nostrorum XStpotovta id

est ordinationem clericoritm qitae non solitm ad imprecationem vocis, sed ad imposi-

tionem impletur manus.

r3

: CSEL 52, 371; II,

IO,

r2

: ·ibid. 370; De

bapt. V,

20,

28 ; RA.

99. CÉLESTIN, Ep. 22, 2 : PL 50, 539 ; Interfuimus, nec nos dixerimus absentes,

citm eius capiti verba mystica dicerentur. Cf. AMBROISE, Ep. 4, 6 ; PL

AMBROSIASTER,

513; I;ucw:rn~ DE CAGLlARI, De S, Athanasio, I, 9: PL 13, 829, ·

In

I

Tim.,

4,

14

; PL

17, 475; IDEM, In II

Tim.,

l, 6-7

16,

890;

: PL

17,

22

PAUL

ZMIRE

Dans le premier rituel romain du sacre épiscopal, qui est même le plus ancien de tous 100 , conservé dans la Traditio apostolica de saint Hippolyte de Rome, on mentionne en effet la double imposition des mains. D'abord tous les évêques présents imposent les mains à l'élu ; puis l'un d'eux, à la demande de tous, lui impose la main en prononçant la prière consécratoire. En s'appuyant sur ce témoignage, certains théo- logiens ont cru pouvoir dégager les affirmations en faveur de l'hypothèse selon laquelle la première imposition, collective, ne se rapporterait pas à la consécration elle-même, mais à la confirmation de l'élection faite par le peuple et le clergé. Autrement dit, cet acte correspondrait à ce qu'on appelle aujourd'hui la désignation canonique. Seule la deuxième imposition, individuelle, accompagnée par la prière consécratoire, serait le vrai rite sacramentel du sacre épiscopal. Par conséquent, les évêques

témoins

et ne pourraient pas être appelés consécrateurs1°

présents ne participeraient à

1' acte

sacramentel

que

1

comme

.

D'autres auteurs, cependant, considèrent cette hypothèse comme insoutenable. D'après eux, la description du rite de la consécration épis-

copale, faite par Hippolyte, fournit des éléments suffisants pour qu'on puisse facilement en déduire l'affirmation en faveur d'une véritable concélébration sacramentelle. B. Kleinheyer n'y voit qu'une unique imposition des mains, faite par tous les évêques présents et continuée

ensuite par le consécrateur principal 102 . B. Botte, liturgiste apprécié, affirme nettement et à plusieurs reprises qu'il s'agit là d'une vraie concélébration sacramentelle et que tous les évêques présents confèrent collégialement le pouvoir épiscopal au nouvel élu. Il faut donc, selon lui, considérer tous les évêques présents non seulement comme témoins,

mais comme vrais consécrateurs

. On pourrait alléguer encore les

affirmations de plusieurs auteurs, conformes à l'avis de B. Botte 104 .

103

100. Cf. B. Bo'r'l'E, L'Ordre d'après les prières d'ordination, dans Études sur le

sacrement de l'ordre. (Lex orandi, 22), Paris, 1957, p. 14; B. KLEINHEYER, Die Priesterweihe im romischen Ritus. (Trierer Theologische Studien, 12), Trier, 1962, pp. 12-13; O. PERLER, L'évêque, représentant du Christ selon les documents des premiers siècles, dans EE, p. 57.

10r. P. de PUNIE'!', Art. Consécration épiscopale, dans DA CL 3, 2589; L'évêque d'après les prières d'ordination (par quelques Chanoines Réguliers de Mondaye), dans EE, p. 753; S. DocKx, Essai sur l'exercice collégial du pouvoir par les membres du corps épiscopal, dans CE, pp. 310-311; J.-M. HANSSENS, op. cit., pp. I14 et 28r.

102. B. Kr,EINHEYER, op. cit., pp. 15-16, note II.

103. B. Bo'r'l'E, op. cit., p. 31 ; IDEM, Caractère collégial du presbytérat et de l'épis-

copat; ibid., p. II2 ; IDEM, Décret de la Congrégation des Rites sur les ordinations, dans La l'.1aison-Dieu 25 (1951) 136-139; IDEM, Note historique sur la concélébration dans l'Église ancienne, dans La Maison-Dieu 35 (1953) 13.

104. L. BEAUDUIN, La constitution apostolique sur le rôle des évêques co-consécra-

teurs, dans La .'Viaison-Dieu 5 (1946) 107; P. de PUNIE'!', Le Pontifical Romain :

Histoire et Commentaire, t. II, Louvain-Paris, 1931, p. 29. Remarquons que l'auteur s'est prononcé une autre fois (voir la note rnr) en faveur de la première hypothèse; Y. CoNGAR, Conclusion, dans l'ouvrage collectif Le Concile et les conciles, Paris- Chevetogne, 1960, pp. 307-308 ; G. DEJAIFVE, La collégialité épiscopale dans la tradition latine, dans EV, t. III, p. 877; V. RAFFA, Partecipazione collettiva dei

vescovi alla consacrazione episcopale, dans Ephemerides Liturgicae 78 (1964) r37-140.

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

23

Dans notre documentation, nous n'avons découvert aucun texte où la double imposition des mains soit expressément mentionnée. Quelques textes, cependant, en mentionnant séparément les évêques présents et le consécrateur principal, semblent faire allusion à la double imposition des mains. Optat de Milève parle de la consécration de Cécilien, évêque de Carthage, dans les termes suivants :

Ut absentibus Numidis soli vicini episcopi peterentur, qui ordinatio- nem apud Carthaginem celebrarent, tune suffragio totius populi Caeci- lianus eligitur et manum imponente Felice Autumnitano episcopus ordi-

natur105.

Ce texte, en effet, ne mentionne que l'imposition des mains, faite par l'évêque Felix, qui fut vraisemblablement consécrateur principal. Mais l'expression ordinationem celebrarent, qui vise le rite consécratoire plutôt que l'élection ou tous les deux actes réunis, fait allusion, semble-t-il, à l'imposition des mains des évêques concélébrants. Le fait qu'on emploie le terme ordinatores ou les expressions équi- valentes pour désigner tous les évêques participants, sans faire mention du consécrateur principal, semble prouver qu'aux yeux des Africains le rite sacramentel du sacre épiscopal était un acte collégial et que tous les évêques étaient considérés comme consécrateurs. Voici les termes par lesquels saint Cyprien décrit la consécration épis- copale du pape Corneille :

Et factus est episcopus a plurimis collegis nostris qui tune in urbe

de sacerdotum

Nisi si episcopus tibi videtur qui episcopo in ecclesia a sedecim coepis-

Roma aderant

.factus est autem Cornelius episcopus

collegio 1 ••.

antiquorum virorum

copis facto 107 .

Il emploie les termes équivalents au sujet de la consécration de l'évêque Sabinus:

De episcoporum qui in praesentia convenerant quique de eo vos litteras fecerant iudicio episcopatus ei deferretur 1 ••.

Saint Optat de Milève emploie plusieurs fois le terme ordinatores :

Manifestum est ergo exisse de ecclesia et ordinatores, qui tradiderunt,

et Maiorinus qui ordinatus est Nam cum et ordinatores tui, quorum nomina, frater Parmeniane, bene nosti 11

9.

10

105.

OPTAT, I, 18 : CSEL 26, 19-20.

106.

CYPR., Ep. 55, 8 : CSEL 3 /2, 629-630.

l07.

CYPR., Ep. 55, 24 : ibid. 642.

108.

CYPR., Ep. 67, 5 : ibid. 739.

109.

OPTAT, I,

19 : CSEL 26,

21.

IIO.

ÜPTAT, III,

3

: ibid.

78 ; cf.

I,

15

: ibid.

18.

PAUL

ZMIRE

Il en va de même chez saint Augustin :

Caecilianum

cum

suis

collegis

et

ordinatoribus

damnaveruntm.

Le canon 4 du concile de Carthage de 397 est conçu dans les termes suivants :

Item placuit, ut ordinandis episcopis vel clericis, prius ab ordinatoribus

suis decreta conciliorum auribus

eorum inculcentur

112

Possidius,

biographe

de

saint

Augustin,

à cette décision conciliaire, en écrivant :

fait

allusion,

sans

doute,

Unde etiam sategit, ut conciliis constitueretur episcoporum, ab ordina-

statuta sacerdotum in

toribus deberi ordinandis vel ordinatis omnium notitiam esse deferenda 113 •

Il est à souligner que le pape Léon le Grand emploie le verbe consecrare en l'appliquant non seulement au consécrateur principal, mais à tous les évêques participants :

Ravenium secundum desideria cleri, honoratorum et plebis unanimiter consecrastis'' 4.

nec a provinciali-

Nulla ratio sinit ut inter episcopos habeantur qui

bus episcopis cum metropolitano

iudicio consecrati 110 •

4. Lettres de communion

Le caractère collégial de l'épiscopat apparaît encore plus évident du fait que, à l'issue de la consécration épiscopale, les lettres de communion ont été ordinairement échangées entre le nouvel évêque ou ses consé- crateurs et d'autres évêques 116 . Le but de ces lettres était double. De la part du nouvel évêque ou de ses consécrateurs, elles attestaient la légitimité de la procédure, lors de l'élection et de la consécration. Celles adressées au nouvel évêque par d'autres évêques signifiaient leur consente- ment à l'élection et à la consécration et - en même temps - l'admission du nouveau collègue à la communion interépiscopale.

ru.

AuG., Ep. 43, 3: CSEL 34/2, 86; cf. Contra Cresc. IV, 4, 4: CSEL 52, 501;

4, 5 : ibid.

Gesta cum Emer. 9 : CSEL

III, 53, 59 : ibid.

5or ;

53,

IV,

19! ;

7,

9

In

465 ; III, 52, 58 : ibid. 463-464; IV,

l,

508 ; Ep.

19

:

CCh

43,

39, 882.

9

: CSEL

34 /2, 92;

r

: ibid. 498; IV,

: ibid.

Ps.

67,

II2.

CCEA r8 : MANS! 3, 719.

n3.

Possrnrus, Vita S. Aug. 8 : PL 32, 40.

rr4. LÉON LE GRAND, Ep. 40 : PL 54, 815.

rr5.

IDEM, Ep. 167, l

: PL 54, 1203.

rr6. Optat de Milève est le premier témoin de l'emploi des lettres de communion proprement dites, c'est-à-dire rédigées selon une forme prescrite et échangées exclu- sivement entre les évêques. Pour les désigner, il emploie le mot formata (OPTAT, II, 3 : CSEL 26, 37). Optat fait savoir que l'échange de formatae était pratiqué à son époque dans l'Église tout entière (ibid.). A propos de l'origine des formatae, il semble

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

25

La correspondance de saint Cyprien nous fournit beaucoup de renseigne- ments à ce sujet. Il ressort de la lettre synodale, adressée au pape Lucius par le concile de 253, que les Africains ont envoyé une lettre de commu- nion au même pape à l'occasion de son sacre épiscopal, comme signe de la reconnaissance de celui-ci 117 L'élection du pape Corneille témoigne d'un grand souci des Africains de vérifier la légitimité de cette élection, avant de la reconnaître. Une vingtaine de lettres ont été échangées entre Rome et Carthage. C'est d'abord la lettre du pape Corneille, par laquelle celui-ci notifia aux Africains son élection et sa consécration 118 .

que les Pères de Nicée (325) aient fixé leur forme, en obligeant les évêques de l'obser- ver dans leur communication officielle. Cette prescription nicéenne est connue sous le nom de la Regula Formatarum. Celle-ci apparut pour la première fois dans le manuscrit de la collection canonique de Freising, écrit au cours des dernières années

du ve siècle. (Cf. Dict. de droit canonique, V, 908 ; F. MAASSEN, Geschichte der Quellen und der Literatur des canonischen Rechts im Abendlande bis zum Ausgange des Mitte- lalters, t. I, Graz, r870, p. 399; C. FABRICIUS, Die Litterae Formatae im Frühmitte-

lalter, dans Archiv jür Urkundenjorschung 9 (r925) 41-53). Il faut signaler cependant que les lettres de communion étaient en usage même avant Je concile de Nicée. Ainsi le concile d'Elvire (vers 300) prescrit que les voyageurs doivent se munir des litterae formatae qui servaient d'une sorte de passeport (c. 25 : MANSI 2, ro). Saint Augustin rappelle que le pape Miltiade, en 313, était prêt à envoyer les litterae cormnunicatoriae aux évêques donatistes, et que Cécilien, évêque de Carthage, était lié avec les évêques de la Catholica par les mêmes lettres (AUG., Ep. 43, 7, 16, 19 :

CSEL 34/2, 90, 98, 100). Saint Augustin appelle ces lettres litterae communicatoriae

(Ep. 43, I,

7-8, 16, I9 : CSEL 34 /2, 85, 90-92, 98, lOO ; Contra lit. Pet. I, r, r : CSEL

formatae

52, 3), ou epistulae communicatoriae (Ep. 44, 3 : CSEL

34/2,

ru),

ou

(ibid.). Les lettres de communion étaient échangées exclusivement entre les évêques appartenant à la communion authentique de la Catholica et différaient de celles que les évêques catholiques envoyaient aux évêques donatistes ou aux laïques (AUG. Contra lit. Pet. l, r, l: CSEL 52, 3; Ep. 43, r: CSEL 34/2, 85). L'importance des lettres de communion était considérable. Posséder une telle lettre reçue d'un évêque faisant partie de la communion épiscopale de la Cathoiica, était pour un évêque la preuve incontestable qu'il appartenait lui aussi, à la même communion. Dans la lettre 72 (CSEL 34 /2, l r l ss.), l'évêque d'Hippone nous informe d'une rencontre entre un certain nombre d'évêques catholiques et un évêque donatiste. Au cours de la discussion, ce dernier prétendait que la communauté donatiste s'étendait sur toute la terre. Augustin, pour le réfuter lui demanda s'il pouvait lui donner des lettres de communion provenant des Églises <l'outre-mer. L'évêque donatiste ne put produire qu'une lettre adressée à Donat par le concile de Serdique, tenu par les ariens. Sur cette question, voir H. ACHEI,IS, Eine donatistische Fal-

schung, dans Zeitschrift für Kirchengeschichte 48 (1929) 344-353 ; J. ZEII,I,ER, Dona- tisme et arianisme. La falsification donatiste de documents du concile de Sardique, dans Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1933, pp. 65-73 ; A. PINCHERI,E, Note sul donatismo, dans Studi e materiali di storia delle religioni 33 {1962) 155-169; G. For,UE'I', L'épiscopat africain et la crise arienne au IVe siècle, dans Revue des études byzantines 24 (1966) 196-223.

II7. Inter CYPR., Ep. 61, r: CSEL 3/2, 695.

CYPR., Ep. 45, 2 : CSEL 3 /2, 600 : Tuas lifteras legimus et episcopatus tui

ordinationem singulorum auribus intimavimus. Cf. Ep. 45, l ibid. 602.

II9. CYPR., Ep. 55, 8 : ibid. 629 : Et factus est episcopus a plurimis collegis nostris qui tune in urbe Roma aderant, qui ad nos litteras honorificas et laudabiles et testimonio

suae praedicationis inlustres de eius ordinatione miserunt. Cf. Ep. 45, l

u8.

: ibid.

600 ; Ep.

45,

3

:

:

ibid. 600 ;

26

PAUL

ZMIRE

A la demande des Africains, seize évêques, qui y ont pris part, envoyèrent

à leur tour en Afrique une lettre pour réaffirmer la légitimité de 1'élé-

vation de Corneille au siège apostolique 119 Pour savoir en détail les circonstances de l'élection du pape Corneille, le concile de Carthage (printemps de 25r) envoya deux évêques en délégation à Rome, chargés d'une lettre synodale à l'adresse de Corneille et de ses consécrateurs 120 . Enfin, après avoir exclu tout doute au sujet de la légitimité de l'élection et de la consécration de Corneille, les Africains envoyèrent à leur tour la lettre de communion à celui-ci

tam tuis quam collegarum nostrorum, item adven-

tantibus bonis viris et nobis carissimis collegis nostris Pompeio et Stephano, a quibus haec omnia nobis cum laetitia communi adseverata sunt firmiter et probata, secundum quod divinae traditionis et ecclesias- ticae institutionis sanctitas pariter ac veritas exigebat, litteras ad te

Acceptis litteris

direximus"'·

Il faut souligner, dans ce texte, l'expression divinae traditionis et eccle- siasticae institutionis. Il y a une allusion à l'usage déjà établi du temps de saint Cyprien, selon lequel les évêques envoyaient les lettres de communion au nouveau collègue. Certains textes de saint Cyprien laissent entendre que 1' élection du pape Corneille aurait été notifiée à toutes les Églises importantes de la chrétienté et ensuite reconnue par elles :

Ut Cornelium nobiscum verius noveris, non de malignorum et detra- hentium mendacio, sed de Dei iudicio qui episcopum eum fecit et coepis- coporum testimonio quorum numerus universus per totum mundum concordi unanimitate consensit 122 Quo occupato et de Dei voluntate adque omnium nostrum consensione firmato quisquis iam episcopus fieri voluerit foris fiat necesse estm.

On mentionne aussi des lettres de communion envoyées au pape Corneille par des Églises locales d'Afrique. L'évêque Antoine prie saint Cyprien de faire suivre sa lettre à Rome 124 . La communauté de l'Église d' Adrumetana Colonia envoya deux lettres à Rome pendant 1' absence de son évêque : la première adressée au pape Corneille et la deuxième au clergé de Rome 125 . Signalons le fait que les évêques ont cru devoir mettre au courant d'autres collègues, afin qu'ils puissent, à leur tour, envoyer les lettres de communion au pape Corneille 1 26.

120. CYPR., 45, I : ibid. 599 : Miseramus nuper collegas nostros Caldonium et

Fortunatum, ut non tantum persuasione litterarum nostrarum, sed praesentia sua et

consilio omnium vestrum

Cf. Ep. 44,

r

: ibid.

597-598 ; Ep. 48,

2

: ibid.

606.

I2I.

CYPR.,

Ep.

45,

I

: ibid. 600.

!22.

CYPR.,

Ep.

55,

8

: ibid. 629.

123.

CYPR., Ep. 55,

8 : ibid.

630.

 

124.

CYPR.,

Ep.

55,

I

: ibid. 624.

125.

CYPR., Ep. 48, I

: ibid. 606.

126.

CYPR.,

Ep.

45,

I-2 : ibid. 600; Ep.

48,

3 : ibid.

607;

Ep.

50 : ibid.

745.

COLLÉGIALITÉ

ÉPISCOPALE

27

L'importance attribuée aux lettres de communion ressort aussi de la propagande que Novatien et ses partisans ont entreprise pour faire reconnaître l'élection et la consécration de celui-ci. Dans ce but, on

a envoyé des lettres et des émissaires à diverses Églises, tant d'Occident

que d'Orient 127 . Ce n'est pas seulement à l'occasion du sacre de l'évêque de Rome qu'avait lieu l'échange des lettres de communion. Saint Cyprien prie le pape Étienne de notifier aux Africains qui aura été élu à la place de Marcien, évêque d'Arles, afin qu'ils sachent à qui ils doivent adresser les lettres de communion 128 Nous trouvons le même usage en Espagne. Saint Cyprien l'affirme à propos du sacre épiscopal de Sabinus qui a rem- placé Basilides, évêque de Léon et d'Astorga, déposé régulièrement en rai- son d'apostasie et d'autres fautes graves 129 . Cependant, Basilides a fait une démarche à Rome, où il réussit à circonvenir et à tromperle pape Étienne qui, mal informé, l'a rétabli. C'est la raison qui a poussé l'Église de Léon et d'Astorga, ainsi que celle de Merida, dont l'évêque Marcialis

a été également déposé et remplacé par Felix, de s'adresser à l'évêque

de Carthage pour obtenir de lui les lettres de communion. Celui-ci, en agissant de concert avec ses collègues réunis à Carthage (automne 254) s'efforce d'excuser le pape Étienne d'avoir imprudemment rétabli Basilides dans la dignité épiscopale, dont il avait été régulièrement privée. Le concile adresse les lettres de communion souscrites par tous les évêques présents, à deux Églises espagnoles, en reconnaissant ainsi la légitimité de l'épiscopat de leurs évêques, qui ont remplacé ceux qui avaient été régulièrement déposés 13 0. Avant d'aborder les écrits africains de la période postérieure à saint Cyprien, signalons seulement un document fort suggestif qui ne concerne pas directement l'Église d'Afrique. Il s'agit de la lettre synodale rédigée au concile d'Antioche, en 268, à propos de la condamnation et de la déposition de Paul de Samosate, ainsi que de l'élection de son successeur, Domnus. Déjà son adresse est significative : A Denys (de Rome), à Maxime

(d'Alexandrie) et à tous ceux qui, sur la terre habitée, exercent avec nous

le ministère

et à toute l'Église catholique qui est sous le ciel 131 Les Pères

conciliaires y font part aux évêques du monde entier que Paul de Samosate est excommunié de l'Église tout entière. Le passage se trouvant à la fin de la lettre est le plus important pour notre sujet : Nous avons donc

été forcés, après avoir excommunié cet adversaire de Dieu, malgré sa résis-

127. CYPR., Ep. 44,

I

et 3 : ibid.

597-599 ; Ep.

49,

r

: ibid. 609; Ep.

55,

2

: ibid.

624; Ep. 68, 2 : ibid. 745.

128. CYPR., Ep. 68, 5 : ibid. 748-749: Significa plane nabis quis in locum Marciani

Arelate fuerit substitutus, ut sciamus ad quem fratres nostros dirigere et cui scribere

debeamus.

129. CYPR., Ep.

67,

5

: ibid.

739.

130. CYPR.,

Ep.

67

: ibid.

735 SS.