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CELLULES

Le temps de génération très court


des bactéries est la clé de leur
immense pouvoir d’adaptation
à l’environnement

Le pouvoir
des bactéries
es bactéries sont la première forme de

L
rature peut atteindre plusieurs centaines de
vie apparue sur la Terre. Aujourd’hui, degrés. A de telles profondeurs, les pressions
elles représentent près de 80% de la sont très élevées et la lumière n’entre pas. Ces
quantité totale de cellules constituant la cellules vivent donc dans un environnement
biomasse. Une bactérie est une cellule unique, minéral apparemment totalement hostile, et
qui présente des différences importantes avec sans source d’énergie solaire. Leur métabo-
les cellules végétales et les cellules animales. lisme est très différent de celui des bactéries
Ce sont des procaryotes, c’est-à-dire qu’elles de surface.
ne contiennent pas de noyau. Le génome bac- Certaines bactéries sont adaptées aux êtres vi-
térien, constitué d’un seul chromosome, n’est vants, qu’ils soient animaux ou végétaux. On
distingue alors deux grands types bactériens :
Ci-dessus, des
bactéries responsables d’une part les bactéries commensales, en gé-
de gastrites et néral inoffensives, et d’autre part, les bacté-
d’ulcères de l’estomac ries agressives, donc pathogènes. Chez
(Helicobacter pylori).
Ci-contre, l’homme par exemple, les premières coloni-
Jean-Louis Fauchère. sent la peau et les muqueuses. Dans l’intestin,
elles se nourrissent des mêmes aliments que
leur hôte. Certaines des bactéries commensa-
les sont même indispensables. On en trouve
dans les intestins où elles fabriquent de nom-
breux nutriments (tels que la vitamine K), que
l’organisme humain ne sait pas synthétiser lui-
même. Les bactéries présentes dans la panse
des ruminants digèrent la cellulose de l’herbe
à la place de l’animal. Ce sont des symbiotes :
elles sont indispensables à la vie de l’hôte, et
l’hôte est indispensable à leur vie. A l’inverse
donc pas séparé du reste de la cellule par une des commensales, certaines bactéries, au cours
membrane nucléaire. La cellule bactérienne est de leur évolution et de leur adaptation à l’en-
entourée d’une paroi. Cette structure a un rôle vironnement vivant, ont acquis des propriétés
de protection vis-à-vis du milieu extérieur, qui les ont rendues agressives. Elles sont de-
permettant en particulier aux bactéries de vi- venues pathogènes. C’est le cas de souches
vre dans des conditions extrêmes dans lesquel- ayant la capacité de coloniser l’intérieur des
les une cellule eucaryote éclaterait. Les bacté- tissus, soit en passant à travers les muqueuses
ries sont capables de coloniser tous les envi- (comme les salmonelles, responsables de diar-
ronnements connus : avec ou sans eau, avec rhées ou de la typhoïde), soit en s’introduisant
ou sans air, inertes ou vivants. Des chercheurs par une blessure (comme les staphylocoques,
ont par exemple pu déceler leur présence dans qui sont des bactéries normales lorsqu’elles
● Laetitia Becq-Giraudon les grands fonds marins, en particulier à proxi- sont sur la peau mais pathogènes lorsqu’elles
Photo Sébastien Laval mité de cheminées volcaniques, où la tempé- colonisent l’intérieur des tissus). Enfin, des

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Bruno Veysset
bactéries sont pathogènes car elles ont acquis, nécessaires à sa multiplication.
au cours de leur adaptation, la capacité de syn- Il existe quatre grands types
thétiser des toxines, responsables de toxi-in- d’interaction entre un virus et sa
cellule hôte ; dans tous les cas
fections. C’est le cas de Vibrio cholerae et de
l’objectif du virus est d’assurer sa
Claustridium tetani les germes respectivement pérennité. Dans un premier type
responsables du choléra et du tétanos. d’infection, il entre dans la cellule
«Les bactéries ont un très grand pouvoir d’évo- grâce à un récepteur membranaire
lution, note Jean-Louis Fauchère, professeur plus ou moins spécifique. Après la
de bactériologie et de virologie au CHU de Poi- dénaturation de la capside, on assiste
tiers. C’est ce pouvoir qui leur donne une telle à une réplication de son acide
nucléique et à une synthèse des
faculté d’adaptation à l’environnement vivant.
protéines nécessaires à son
Contrairement à la grande majorité des êtres
assemblage. Il se multiplie alors tant,
eucaryotes, dont le temps de génération est très que la cellule éclate, libérant les
élevé (20 à 30 ans chez l’homme par exem- virions dans l’organisme. C’est ce
ple), les cellules procaryotes évoluent très ra- que l’on appelle un cycle lytique,
pidement. Pour les bactéries, le temps de gé- comme par exemple celui du virus de
nération est de l’ordre de 20 à 30 minutes. Ce la poliomyélite. On peut aussi avoir
temps très court, nécessaire pour créer une
nouvelle génération, est la clé du pouvoir
La guerre un cycle abortif. Ici, le virus pénètre
dans la cellule mais ne s’y multiplie

d’adaptation des bactéries.» En effet, comme


tous les êtres vivants, les bactéries évoluent en
des virus pas. Dans le cas de l’infection
persistante, la cellule vit en
hébergeant le virus – de la simple
modifiant leur patrimoine génétique. Contrairement aux bactéries, qui latence à l’infection chronique. Il
peuvent créer des symbioses et être s’agit par exemple du virus de
ainsi nécessaires à la vie de leur l’herpès, mais aussi du VIH, qui intègre
Résistance aux antibiotiques
hôte, il n’existe pas de “bon” virus. son génome à celui de la cellule hôte.
Lorsqu’il infecte un organisme, un Quatrième type : le virus, en intégrant
virus est, au mieux, toléré par les son génome à celui de la cellule, va
Une des conséquences de cette évolution est cellules. induire une transformation génétique,
l’acquisition de la résistance aux substances «Un virus n’est pas une cellule. C’est et donner naissance à de nouvelles
un parasite absolu et obligatoire des propriétés correspondant à celles
antibiotiques. Les bactéries apprennent à ré-
cellules», note Gérard Agius, d’une cellule néoplasique. On a le
sister soit en synthétisant des substances qui professeur à la faculté de médecine développement d’un cancer.
détruisent les antibiotiques, soit en modifiant et de pharmacie de l’Université de Les virus peuvent atteindre tous les
leur métabolisme. «On assiste en fait à un Poitiers. En effet, sans cellule, il n’y organismes vivants. Chez l’homme,
double mécanisme de variation-sélection. Cha- a pas de virus, car un virus a besoin beaucoup d’infections, par exemple
que cellule peut potentiellement présenter un d’une cellule hôte pour se reproduire celles par le virus de la grippe ou de
génome nouveau toutes les 20 à 30 minutes. et exister. On peut, en quelque sorte, la méningite virale, sont rythmées par
Parmi les nouvelles bactéries, 80% ne sont pas l’assimiler à une molécule les saisons. Elles donnent souvent
d’information génétique lieu à des épidémies. Les virus
viables. Les 20% restants sont plus ou moins
pratiquement pure. peuvent pénétrer dans l’organisme
adaptés à l’environnement et il suffit qu’une Les virus sont constitués d’un seul par toutes les voies existantes : ORL,
seule bactérie ait acquis spontanément la ré- type d’acide nucléique et de digestive, respiratoire, entérique,
sistance à un antibiotique pour développer ra- protéines. Certains sont aussi dotés sexuelle… Et ils peuvent infecter
pidement une nouvelle colonie sensible.» d’une enveloppe, dont la structure se n’importe quel tissu. Mais ils ont des
L’utilisation répétée d’une famille d’antibioti- rapproche de celle de la membrane cibles privilégiées. Par exemple, le
ques peut créer une pression de sélection et plasmique des cellules eucaryotes. virus de l’hépatite B va atteindre le
induire la résistance d’une population de bac- L’acide nucléique peut être soit de foie plus particulièrement. Les virus
l’ADN (c’est le cas d’Herpes simplex, peuvent être éliminés par tous les
téries. Dans ce cadre, sont apparues de nou-
le virus de l’herpès), soit de l’ARN fluides biologiques.
velles maladies infectieuses, dites difficilement (c’est le cas des rétrovirus), mais D’un point de vue thérapeutique,
curables, car engendrées par des germes sou- jamais les deux. Les protéines le l’administration d’antibiotiques n’a
vent peu dangereux mais hautement résistants constituant sont agencées dans aucun effet sur l’infection par le virus
aux antibiotiques classiques. l’espace de façon très géométrique lui-même. C’est une mesure de
Bien que ce phénomène de sélection des sou- pour former la capside, qui entoure protection, visant à éviter une
ches résistantes soit réversible (on peut réduire l’acide nucléique. Un virus ne se surinfection bactérienne. Les
reproduit qu’à partir de son seul antiviraux réels sont encore très peu
le nombre d’infections en réalisant une anti-
acide nucléique. N’ayant ni système nombreux. Ce sont des molécules
biothérapie contrôlée), les recherches s’orien-
enzymatique ni système énergétique chimiques de synthèse. Enfin, les
tent vers de nouvelles voies thérapeutiques propres, il est donc doué d’un vaccins, lorsqu’ils existent, sont
dans lesquelles les antibiotiques devraient être parasitisme intracellulaire absolu : administrés à titre préventif et
remplacés par des produits ou des méthodes il détourne à ses propres fins tous représentent le moyen le plus efficace
anti-infectieux totalement différents. ■ les systèmes de son hôte pour éviter l’infection par le virus.

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