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Introduction au droit des obligations

L’importance pratique du droit des obligations est qu’il s’agit d’un droit des relations
pécuniaires, des relations de nature patrimoniales entre personnes privées. Il y a aussi une
importance théorique du fait qu’il pousse au plus au point les méthodes juridiques.

Lorsqu’on parle de droit des obligations, le terme obligation est entendu comme le lien
de droit qui unit deux personnes et en vertu duquel l’une peut exiger un avantage de l’autre.
En réalité, étudier le droit des obligations c’est étudier le rapport entre un créancier et un
débiteur. Il y a trois sources du droit des obligations : le contrat, la responsabilité civile et les
quasi-contrats. A côté de chaque source, il y a une série de règles qui se désintéressent de la
source de l’obligation et qui régit le rapport du créancier au débiteur indépendamment.

Bibliographie, sources :
- Fages
- Benaban
- Malaury-Aynes
- Malinvaud
- Terré-Simler-Lequette
- Flour-Robert-Essavaud (l’acte juridique)
- Gestin
- Larromuet
- Site legifrance
- Doctrinal
- Chroniques du dalloz (2/an)
- JCP
- RDC (revue des contrats)
- Desfrenois
- Revue trimestrielle de droit civil
- Contrats, concurrence et…

Modalités :
- 5eme séance de TD : interro de cours
- fin novembre galop d’essai 1H30 3 questions de cours et un exo juridique
- 1 joker sur les devoirs à rendre
- examen final au choix entre exo théorique ou exo pratique

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I/ La notion d’obligation
L’obligation est un lien de droit (vinculum juris) entre deux personnes par lequel l’une
est tenue de procurer un avantage à l’autre. Le terme désigne le rapport juridique qui unit le
créancier au débiteur.
A/ Approche négative
Le mot obligation pourrait absorber tout le droit : le droit a un caractère contraignant
par définition. L’obligation au sens civil est un rapport entre deux personnes privées dont
l’une est forcément créancière de quelque chose : il est possible de contraindre le débiteur.

B/ Approche positive

1) Un lien de droit
a) Le double aspect de l’obligation
L’obligation a un aspect passif et un actif passif : du côté du débiteur, il s’agit d’une
dette, sous l’aspect actif, l’obligation est un droit, une créance.

b) Un droit personnel (ou droit de créance)


Le droit personnel est toujours un droit patrimonial quand bien même il ne s’agit pas
d’argent. Le droit réel est le droit qu’une personne exerce immédiatement sur une chose :
c’est un pouvoir juridique d’exercer immédiatement les utilités ou une partie des utilités de la
chose (ex : droit de propriété, usufruit, etc). Le droit personnel est l’obligation du côté actif :
c’est le pouvoir d’exiger d’autrui quelque chose. Il s’exerce vis-à-vis de quelqu’un. Il y a des
conséquences importantes sur les régimes juridiques de ces droits :
Droit réel :
- pouvoir im-médiat (sans médiation)
- droit de suite (possibilité de suivre la chose et la récuperer en quelques mains qu’elle
se trouve) et droit de préférence (possibilité en cas de réalisation de la chose (on la vends pour
payer des créanciers) de récupérer la valeur de ce bien avant tous les autres créanciers)
Droit personnel :
- pouvoir de contrainte : seulement le droit de contraindre une volonté (pouvoir
d’obtenir de la justice que la prestation soit réalisée)
-pouvoir de gage général (possibilité d’obtenir par la force l’équivalent économique de
la prestation due en exécutant les biens du débiteur) : seulement créancier chirographaire
(vocation sur tous les biens
Souvent on renforce un droit de créance avec un droit réel.

Le droit de créance constitue un bien : il représente quelque chose. On peut donc les
vendre. La perception du droit de créance s’est fait dans le sens d’une patrimonisation et
d’une dépersonnalisation du lien d’obligation. Certains auteurs pensent la créance
uniquement comme un bien : ils veulent gommer l’idée que c’est lien entre deux personnes.
En effet, au départ, ce n’était qu’un rapport personnel : on ne pouvait pas céder l’obligation en
droit romain et lorsque l’un des deux mourraient l’obligation disparaissait. C’était un lien
personnel au point que l’on pouvait enfermer le débiteur ou le réduire en esclavage.
Désormais, il est possible de céder l’obligation et de la transmettre héréditairement. Le
pouvoir de contrainte sur la personne a été changé en droit de gage général.
L’obligation est un bien mais dont la valeur dépend d’éléments personnels.
Il y a une décomposition de la créance : le schuld et le haftung, ou debitum et obligatio. Le
premier est la valeur économique que représente la créance : c’est la créance en tant que bien.
Il s’agit de la prestation. Le second est le pouvoir de contrainte ; c’est l’aspect personnel. Il
existe un seul cas où l’obligation n’est pas complète : l’obligation naturelle.

2) Classification des obligations


a) Distinction obligation civile/naturelle
Obligation civile = schuld et haftung
Obligation naturelle = schuld

L’obligation naturelle est une dette sans pouvoir de contrainte. Le droit continue de
reconnaître l’existence de cette dette, à sa valeur économique : si jamais cette prestation est
fournie spontanément, celui qui l’a fournie ne pourra plus en obtenir la restitution (il n’y a pas
de répétition de l’indu). On le rencontre quand se présente un devoir d’honneur de l’exécution
d’une prestation pour répondre à une obligation morale (ex : devoir d’alimentation entre frères
et sœurs). Lorsque le débiteur de l’obligation naturelle prend l’engagement ferme d’exécuter
cette obligation, elle devient civile. Ce phénomène est une rare manifestation en droit français
d’un engagement unilatéral de volonté (art. 1235, al. 2). Il y a obligation naturelle dès qu’on
est en en présence d’un devoir impérieux de conscience et d’honneur. La jurisprudence a
établi que, pour que l’obligation naturelle devienne civile, la volonté doit être claire et non
équivoque.

b) Distinction obligation de donner, de faire ou de ne pas


faire
L’obligation de donner, de dare qui signifie le transfert de propriété, se rencontre
typiquement dans la vente. Le transfert de propriété s’effectue solo consensu, c'est-à-dire par
le seul échange des consentements, indépendamment de tout formalisme. L’acte de signature,
par exemple, n’est qu’un élément de preuve. En théorie juridique, le seul échange des
consentements transfère les propriétés, qui s’accompagne du transfert des risques.
En droit romain, l’échange ne se faisait pas solo consensu : en droit français,
l’obligation de donner disparaît en même temps qu’elle naît. En effet, dès que les accords sont
donnés, le transfert est déjà fait.

L’obligation de faire, de facere, renvoie à toutes les prestations de services. Il faut


cependant isoler l’obligation de laisser jouir d’un bien, issue du bail.

L’obligation de ne pas faire, de non facere, est artificielle car on peut la ramener à une
prestation de service : l’interdiction de faire quelque chose est un service au même titre que
l’obligation de faire quelque chose (ex : obligation de non-concurrence, clause
d’approvisionnement spécifique), d’autant qu’il n’y a pas, de prime abord, des régimes
juridiques différents.
II/ Les sources des obligations
On s’interroge ici sur la source du rapport d’obligation, le phénomène qui a fait naître
cette obligation.

A/ La présentation classique

1) Exposé
Cette présentation, qui résulte du Code Civil, distingue 5 sources d’obligations : le
contrat (titre 3 du livre III), le délit, le quasi-délit, le quasi-contrat (titre 4 du livre III) et la loi.

Le contrat est l’accord bilatéral de volontés qui produit une obligation (art. 1101 et
suivants : du contrat et des obligations conventionnelles, livre III, titre 3). Le contrat est
considéré comme la source majeure des obligations, même comme l’épure, le modèle parfait.

Le délit est l’obligation de réparer le dommage causé par ses fautes intentionnelles. Le
quasi-délit est l’obligation de réparer le dommage causé par ses fautes non intentionnelles.
Cependant, cette distinction n’a pas de réel intérêt en droit civil, contrairement au droit pénal.

Le quasi-contrat est difficile à cerner : pendant longtemps, on l’unifiait sous l’idée


d’obligation de compenser un avantage reçu d’autrui sans justification. Il n’y avait que 3 cas :
la répétition de l’indu, la gestion d’affaires (ex : l’hypothèse du voisin qui doit s’occuper des
dommages naturels causés à la maison de son voisin absent, qui devra donc rembourser) et
l’enrichissement sans cause qui fut dégagé par la jurisprudence qui sert à compenser toutes les
hypothèses laissées en dehors des deux autres cas où l’on retrouve les caractéristiques du
quasi-contrat. La jurisprudence a par ailleurs créé récemment le quasi-contrat de loterie
publicitaire basé sur l’article 1371 : lorsqu’on laisse croire légitimement à un gain
quelconque, on a créé une apparence laissant croire à un engagement, qui doit au final se
vérifier. Cette création brise cependant l’unité des quasi-contrats car ce dernier est surtout un
moyen de punir le responsable de la publicité.

La loi crée d’autorité certaines obligations (ex : obligation alimentaire).

2) Débat
Planiol a créé le premier manuel de droit en redistribuant les matières du Code Civil
de manière plus logique et pédagogique. Il a fait une critique en ne définissant que deux
catégories d’origine de l’obligation : le contrat, comme source volontaire de l’obligation, et la
loi, comme source autoritaire de l’obligation. En effet, les autres cas naissent en quelque sorte
de la loi puisque c’est la loi qui ordonne que dans le cas d’un délit, d’un quasi-contrat, que
l’obligation naît.
Certains ont cependant critiqué Planiol en démontrant que la seule chose obligeant à
respecter le contrat est la loi : bien qu’il y ait échange de volonté, il se peut que le contrat ne
soit pas réalisé. Seule la loi donne une telle force au consentement et oblige à l’exécution du
contrat.
B/ La présentation moderne

1) Explication
L’immense mérite de Planiol est d’avoir souligné que dans le cadre du contrat,
l’obligation est recherchée pour elle-même :c’est un effet juridique délibérément voulu pour
lui-même par ses protagonistes. En effet, dans toutes les autres sources, l’obligation n’est que
la conséquence non recherchée de certains faits, quand bien même ces faits auraient été
voulus : elle n’est pas recherchée pour elle-même. C’est pourquoi on arrive à la distinction
entre l’acte juridique et le fait juridique.
L’acte juridique est une manifestation de volonté émise dans le but conscient de créer
des effets de droit, comme par exemple des obligations.
Le fait juridique est un évènement voulu ou subi, auquel la loi attache d’autorité des
effets de droit, sans que ces effets aient été voulus en eux-mêmes par les personnes ayant à les
subir ou à en profiter.

Cette distinction a l’avantage de distribuer utilement les sources des obligations mais
aussi de dépasser les obligations parce que l’acte juridique est un concept qui n’est qu’une
source d’obligation mais un instrument qui permet de créer d’autres effets de droit que
l’obligation stricto sensu (ex : actes abdicatifs comme la remise de dette ou l’arrêt de bail).
L’acte juridique permet d’inclure une autre source d’obligations, volontaire, qui ne
trouvait pas sa place dans l’ancienne classification qui est l’engagement unilatéral de volonté.

SCHEMA

2) Le cas de l’engagement unilatéral de volonté


Peut-on se lier soi-même, tout seul par une déclaration unilatérale de volonté, c'est-à-
dire sans que cette volonté ait été reçue et acceptée par autrui ? Est-ce qu’on peut envisager
que quelqu’un autoproclame un engagement qui peut être inconnu de ses destinataires mais
qui pour autant ne pourra plus être rétracté si quelqu’un vient à s’en prévaloir ?
Le droit français a longtemps refusé ce cas de figure tandis que le droit allemand l’a
reconnu assez rapidement, en reconnaissant notamment la promesse de récompense. La
jurisprudence française a tout de même consacré certaines hypothèses, rares, d’engagement
unilatéral de volonté car on n’arrive pas à caractériser en amont une convention :
- transformation d’une obligation naturelle en obligation civile
- engagement de l’employeur pris vis-à-vis de ses employés dans une
déclaration publique
- engagement pris par le repreneur d’entreprise en difficulté dans le cadre d’une
procédure de faillite
- offre de contrat faite à délai et à personne déterminés

III/ Les sources du droit des obligations


Les textes relatifs aux obligations dans le Code Civil proviennent de lois. Il y a
cependant des lois hors codes : notamment la loi de 1985 sur les accidents de circulation.
La Cour Européenne des Droits de l’Homme a été conçue initialement comme un
moyen de protection de l’Homme contre l’Etat mais désormais elle a un effet horizontal en
considérant l’Etat responsable pour les atteintes faites aux droits de l’Homme par des
individus à des individus. La CEDH pénètre donc tous les domaines du droit civil : il faut
donc veiller que, par exemple, les règles relatives au droit des obligations ne laissent pas la
place à la violation des droits de l’Homme (ex : clause d’habitation personnelle (interdiction
de laisser habiter quiconque dans le logement loué autre que le locataire) contraire à la CEDH
et au respect de la vie privée).
L’autre source européenne de droit est le droit communautaire, via les règlements et
les directives : théoriquement, il a compétence pour le droit de la consommation. Plusieurs
textes sont importants : une directive de 1985 sur les produits défectueux, une directive de
1993 sur les clauses abusives, une directive de 1999 sur la vente et la garantie des biens de
consommation. Reste la question d’un Code Civil Européen.

IV/ L’évolution du droit des obligations


A/ Les facteurs d’évolution

1) Le facteur moral
Comme toutes les branches du droit, le droit des obligations est imprégné de morale. Il
a même été élaboré en fonction de la morale chrétienne : il y a notamment le principe de
consensualisme qui, contrairement au droit romain qui ne voyait naître une obligation que
dans le respect de certaines formes, permet au seul échange de consentement de faire naître
l’obligation. Les canonistes ont mis en avant la force obligatoire, le respect des consentements
échangés.
On parle désormais plus de morale sociale : une sorte d’accord implicite d’une société
sur ce qui serait un bon comportement ou non. La règle morale dans les obligations civile de
Ripert met en lumière cette situation. Le droit des contrats reste imprégné de considérations
morales de manière très importante. La Common Law voit par contraire dans le contrat un
mode d’échange économique et la part morale est beaucoup moins importante : la sanction de
l’inexécution du contrat la plus immédiate est d’ailleurs les dommages et intérêts.

2) Le facteur économique
L’actuelle question est de savoir si le droit gouverne l’économie ou si l’économie dicte
ce que doit être le droit. L’économie a d’ailleurs un poids de plus en plus important sur toute
la société. L’école de Chicago ou école de l’analyse économique du droit propose d’analyser
l’impact des règles de droit sur l’économie mais en vient à dire que les règles de droit doivent
être choisies en fonction de la meilleure efficacité économique.

3) Le droit français
Le droit civil français est attaché aux impératifs moraux, aux impératifs de civilisation,
quitte à laisser de côté l’aspect économique. Le droit doit tenter de concilier les deux.
Le droit de la consommation et de la concurrence ont également un poids de plus en
plus important sur le droit des obligations.

B/ Les mouvements de l’évolution


Le texte du droit des obligations n’a pas été modifié depuis deux siècles : cependant,
en ce moment, des questions cruciales se posent. Faut-il réécrire le livre III du Code Civil ?
La rénovation doit-elle se faire dans le cadre national ou dans le cadre européen ?
Deux évènements ont permis d’arriver à cette situation : les velléités de certains
universitaires européens qui défendent l’idée d’un Code Civil européen, ou qui proposent une
nouvelle écriture totalement privée du Code Civil, sous la direction de Catala, et le
bicentenaire de 1804. Le groupe Catala s’est constitué juste après et a rendu ses travaux. Ce
n’était qu’un travail de réflexion jusqu’à ce que le Garde des Sceaux annonce une réforme du
Code Civil entier : la réforme de la prescription a eu lieu, mais la réforme du droit des contrats
n’a toujours pas eu lieu. Il y a un projet Chancellerie, qui a repris le projet Catala quant au
droit des contrats, qui pourrait devenir le nouveau livre. Il existe également un projet Terret.
La question d’une unification européenne se pose surtout à travers la vision fédéraliste
de l’Europe. Le problème est que les traités ne donnent pas compétence à l’UE pour rédiger
un Code Civil européen. La question reste suspendue d’autant que le plus grand exemple de
fédéralisme, les USA, n’a jamais unifié son droit civil.