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Gael Cérez – école de Journalisme de Toulouse – 2010/2013

Le fait-diversier et ses interlocuteurs

« Depuis que le début de l'humanité a commencé par une escroquerie à la pomme, s'est poursuivie
par le meurtre d'un frère par son père, a failli s'interrompre sur une catastrophe météorologique, le
fait divers est le reflet de la vie et l'image d'une société. »
Pierre Viansson-Ponté

Janvier 2013 – Septembre 2013.
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Sommaire
Présentation ....................................................................................................................... 5
1. Le fait-Divers ................................................................................................................. 6
1.1. Définitions et structure du fait-divers............................................................................ 6
1.1.1. De multiples définitions ............................................................................................ 6
1.1.2. Citations littéraires : .................................................................................................. 7
1.1.3. Le fait divers vu par Roland Barthes ......................................................................... 8
1.1.4. Le traitement des faits divers ................................................................................... 9
1.1.5. Le rôle essentiel de l’image....................................................................................... 9
1.1.6. Du fait divers au fait de société .............................................................................. 11
1.2. Le fait divers à Ouest-France ........................................................................................ 12
1.2.2. Les grands principes ................................................................................................ 12
1.2.2. Publier l'identité ? ................................................................................................... 13

2. Le fait-diversier .......................................................................................................... 14
2.1. La journée d'un fait-diversier à Ouest-France. ............................................................ 14
2.2. Des relations privilégiées .............................................................................................. 14
2.2.1. Une relation personnelle ........................................................................................ 14
2.2.2. Interlocuteurs différents, rapports différents ........................................................ 16
2.3. Une communication plus contrôlée ............................................................................. 17
2.3.1 Des rapports qui évoluent ....................................................................................... 17
2.3.2 Un accès à l'information plus compliqué ................................................................. 18
2.3.3 Des relations qui se tendent .................................................................................... 19
2.3.4. Le Parquet, le nouvel interlocuteur incontournable .............................................. 20

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3. Les interlocuteurs du fait-diversier ................................................................ 22
3.1. Le journaliste, un mal nécessaire ................................................................................. 22
3.1.1. L'intrus..................................................................................................................... 22
3.1.2. Que dire au journaliste ?......................................................................................... 23
3.1.3. Une relation de confiance à cultiver ....................................................................... 25
3.2. Conseils de comportement sur le terrain .................................................................... 25
3.2.1. Pour les pompiers ................................................................................................... 26
3.2.2. Pour les gendarmes ................................................................................................ 27

Conclusion .......................................................................................................................... 28
Annexes ............................................................................................................................... 29
Les entretiens avec les journalistes ...................................................................................... 29
Les entretiens des interlocuteurs ......................................................................................... 38
Présentation de Ouest France et charte des faits divers ..................................................... 47

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Présentation
- « Vous vous occupez des chiens écrasés ? » Sourire goguenard.
- « Les chiens non. Les humains oui. Et dis-moi ce que tu veux, je suis sûr que c’est la
première chose que tu lis dans le journal après la rubrique Obsèques. »
Dialogue imaginé mais si plausible.
Le fait-divers, décrié, déprécié… mais tellement lu. « Une grand-mère qui tombe dans la rue,
on en fait une brève », me demandait un chef de local. « C’est notre priorité. »
À Ouest-France, comme ailleurs, le fait-divers est un incontournable. Mais attention, le plus
grand quotidien de France dispose bien sûr d’une charte qui encadre spécifiquement ce
domaine journalistique.
Car l’exercice est périlleux. Les chausse-trappes nombreuses. Les non-dits monnaie
courante. Un vrai jeu de poker menteur en fait. C’est dire qu’il faut s’y connaître pour traiter
cette matière avec professionnalisme. Grades, procédures, mode d’interventions,
vocabulaires, horaires décalés, tout concourt dans le fait-divers à spécialiser le journaliste
qui s’y dédie.
Vieux routard, jeune loup aux dents longues, débutant ne sachant pas dire non aux collègues
blasés que le FD ennuie, le fait-diversier a un poste à part dans une rédaction. Lui seul
rencontre avec autant de régularités des interlocuteurs extérieurs tels que les policiers, les
gendarmes, les pompiers ou les parquetiers.
Avec eux, il développe une relation particulière : privilégiée ou subie, cordiale ou tendue.
Tout dépend des interlocuteurs, des situations et des humeurs.
Dans le métier, nombreux sont les journalistes à penser que les relations avec leurs
interlocuteurs traditionnels se sont fortement dégradées ces dernières années.
Ont-ils tort ou raison ? Fantasment-ils un passé radieux ?
Pour le savoir, je me suis entretenu avec les interlocuteurs du fait-diversier dans le pays
lorientais. De la police à la gendarmerie en passant par les pompiers, les réponses qu’ils
apportent sont instructives. Elles montrent la complexité d’une relation et les limites à ne
pas franchir selon eux. Libre à nous, journalistes fait-diversiers, de suivre ses réflexions ou de
s’en affranchir.

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1. Le fait-Divers
« Cataclysmes, meurtres, crimes, accidents, suicides, scandales, événements extraordinaires
de la vie exercent sur nous une trouble attraction. Ils mettent en scène nos fantasmes,
réveillent nos pulsions, suscitent terreur et pitié comme les contes de notre enfance. Ils nous
renvoient à nos désirs de transgresser les normes et d’enfreindre les interdits. Ils pimentent
notre quotidien et nous offrent aussi les ingrédients d’un roman policier ou d’un feuilleton.
Ouvrons les pages d’un périodique, et c’est à cette kyrielle d’émotions fortes que nous convie
la lecture des faits divers. » Daniel Salles.

1.1. Définitions et structure du fait-divers
Daniel Salles

Avant de parler des relations entre le fait-diversier et ses
interlocuteurs, parlons du fait-divers. Faute de temps, je
n'ai absolument pas cherché à en consulter les nombreuses
études et publications traitant du fait-divers. J'aurai pu lire
Essais critiques, l'ouvrage de Roland Barthes, publié en
1964, dont la partie « Structure du fait divers » est
constamment citée. Mais non.

Professeur documentaliste après
avoir été 30 ans professeur de
lettres classiques mais surtout
formateur en éducation à l’image et
aux médias et auteur d’articles et
d’ouvrages pédagogiques sur ce
thème. Webmestre du site

Ma seule référence est l'important (et excellent) travail réalisé par Daniel Salles pour
l’exposition « La Presse à la Une, De la Gazette à Internet » présentée du 11 avril 2012 au 15
juillet 2012 à la Bibliothèque nationale de France. J'en reprends ici les grandes lignes.

1.1.1. De multiples définitions
« Accident, délit ou événement de la vie sociale qui n'entre dans aucune des catégories
de l'information. » Glossaire des termes de presse
« Sous cette rubrique, les journaux groupent avec art et publient régulièrement les nouvelles
de toutes sortes qui courent le monde : petits scandales, accidents de voiture, crimes
épouvantables, suicides d'amour, couvreur tombant d'un cinquième étage, vol à main armée,
pluie de sauterelles ou de crapauds, naufrages, incendies, inondations, aventures cocasses,
enlèvement mystérieux, exécutions à mort, cas d'hydrophobie, d'anthropophagie, de
somnambulisme et de léthargie, les sauvetages y entrant pour une large part et les
phénomènes de la nature tels que veaux à deux têtes, crapauds âgés de quatre mille ans,
jumeaux soudés par la peau du ventre, enfants à trois yeux, nains extraordinaires. »
Grand Dictionnaire Larousse du XIXe siècle
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« Nouvelles peu importantes d'un journal. »Petit Robert, 1983.
« Les événements du jour (ayant trait aux accidents, délits, crimes) sans lien entre eux,
faisant l'objet d'une rubrique dans le journal. » Petit Robert, 1995.
« L'ambivalence est au cœur du fait divers, cette catégorie qui n'en est pas une, où l'on range
en vrac tout ce qui dérange et intrigue, fascine et effraye, parce que s'y dévoile brusquement
l'envers trouble et mystérieux de l'humanité. » Edwy Plenel.

1.1.2. Citations littéraires :
« Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n'importe quel jour, ou quel mois,
ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus
épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté,
de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation. 
Tout
journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols,
impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une
ivresse d'atrocité universelle.
Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé
accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la
muraille et le visage de l'homme.
Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un
journal sans une convulsion de dégoût. »
Charles Baudelaire, Mon cœur est mis à nu.

« En m'éveillant je me disposais à répondre à Henri van Blarenberghe. Mais avant de le faire,
je voulus jeter un regard sur Le Figaro, procéder à cet acte abominable et voluptueux qui
s'appelle lire le journal et grâce auquel tous les malheurs et les cataclysmes de l'univers
pendant les dernières vingt-quatre heures, les batailles qui ont coûté la vie à cinquante mille
hommes, les crimes, les grèves, les banqueroutes, les incendies, les empoisonnements, les
suicides, les divorces, les cruelles émotions de l'homme d'État et de l'acteur, transmués pour
notre usage personnel à nous qui n'y sommes pas intéressés, en un régal matinal, s'associent
excellemment, d'une façon particulièrement excitante et tonique, à l'ingestion recommandée
de quelques gorgées de café au lait. Aussitôt rompue d'un geste indolent, la fragile bande du
Figaro qui seule nous séparait encore de toute la misère du globe et dès les premières
nouvelle sensationnelles où la douleur de tant d'êtres « entre comme élément », ces
nouvelles sensationnelles que nous aurons tant de plaisir à communiquer tout à l'heure à
ceux qui n'ont pas encore lu le journal, on se sent soudain allègrement rattaché à l'existence
qui, au premier instant du réveil, nous paraissait bien inutile à ressaisir. »
Sentiments filiaux d’un parricide. Article de Marcel Proust. Le Figaro. 1er février 1907

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1.1.3. Le fait divers vu par Roland Barthes
Le mot « fait divers » apparait en 1838. Il désigne l’événement, l’information qui le relate et
la rubrique du journal qui le traite.
Inclassables de l’information, les faits divers sont difficiles à définir. Négativement, c’est tout
ce qui n’a pas trouvé place dans les rubriques habituelles. D’ailleurs, dans l’argot
journalistique, couvrir les faits divers c’est « faire les chiens écrasés », c'est-à-dire traiter les
faits les moins importants de l’actualité. Positivement, c’est un large éventail de petits faits
étonnants, tragiques, extraordinaires ou insignifiants qui concernent plutôt les gens en tant
que personnes privées, et qui n’ont apparemment pas d’effet central sur le fonctionnement
de la société.
Dans son étude sur le fait divers (Essais critiques, Seuil, 1964), Roland Barthes montre que
celui-ci, en dépit de son aspect futile et souvent extravagant, porte sur des problèmes
fondamentaux, permanents et universels : la vie, la mort, l’amour, la haine, la nature
humaine, la destinée…
Pour lui, le fait divers s’apparente à la nouvelle et au conte. Transgression d’une norme
rationnelle, factuelle, statistique, sociale, culturelle et éthique, il révèle l’irruption d’une
déchirure dans l’ordre du quotidien, il fait scandale.
Selon Barthes, la spécificité du fait divers tient provient surtout de la causalité et de la
coïncidence :
- La causalité peut être déçue parce que la cause révélée est plus pauvre que la cause
attendue : « Une femme blesse d’un coup de couteau son amant : crime passionnel ? Non,
ils ne s’entendaient pas en politique » ; ou parce qu’une petite cause entraîne un grand
effet.
- La relation de coïncidence a plusieurs aspects : la répétition, le rapprochement de deux
termes (c'est-à-dire deux contenus) qualitativement distincts : « Des pêcheurs islandais
pêchent une vache » ; le comble, qui est la prédilection du fait divers. La coïncidence est
d’autant plus spectaculaire qu’elle retourne certains stéréotypes de situations : « À Little
Rock, le chef de la police tue sa femme ». « Des cambrioleurs sont surpris et effrayés par un
autre cambrioleur ».
Le fait divers a un côté mystérieux et touche à l’irrationnel : hasard, monstruosité, étrangeté,
aveuglement lié à des fantasmes sociaux comme dans l’affaire d’Outreau ou irruption de
figures mythiques comme les matricides.

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1.1.4. Le traitement des faits divers
Les récits à sensation apparaissent dès les débuts de l’imprimerie et s’inscrivent dans la
grande tradition de la presse. Au XIXe siècle, les canards illustrés (feuilles volantes nonpériodiques qui diffusent des nouvelles sensationnelles à propos d’événements ou de faits
divers) connaissent une grande diffusion.
En 1869, l’affaire Troppmann va passionner les Français,
provoquer une mutation spectaculaire de la presse qui la
médiatise. Ainsi Le Petit Journal franchit à cette occasion la
barre des 500 000 exemplaires. Le récit de crime connaît une
extraordinaire expansion.
Les médias populaires exploitent le fait divers dont la lecture
ne demande aucune compétence particulière ni aucune
connaissance spécifique. Ils le scénarisent et le mettent en
scène, dramatisent l’action et la renforcent par le caractère
théâtral des décors et l’utilisation de protagonistes
stéréotypés. Les titres font assaut d’adjectifs emphatiques
pour capter l’intérêt du lecteur...

L’affaire Troppmann
Jean-Baptiste Troppmann (18491870), est un mécanicien, jugé
coupable du meurtre des huit
membres d’une même famille. Ce
crime connu sous le nom de «
massacre de Pantin » a fait la
fortune du Petit Journal qui, flairant
le bon coup et tenant en haleine ses
nombreux lecteurs, tripla
régulièrement son tirage. Cette
affaire développa la couverture
presse des faits divers et des
exécutions par les journaux
populaires.

Cette logique d’information spectacle entraînera la naissance
de périodiques spécialisés comme Détective. Mais aussi l’apparition de journalistes de faits
divers aux méthodes discutables : souvent sans scrupules dans leur collecte de
photographies et de témoignages, ils sont parfois prêts à tout pour transformer les faits
divers en vrais sagas qui tiennent longtemps le public en haleine. Pensons aux dérives
sensationnalistes aux conséquences tragiques de l’affaire Grégory ou de l’affaire d’Outreau.
Mais aussi au traitement récent de l’affaire DSK...
Récits d’écarts par rapport aux normes, les faits divers tendent à la société un miroir qui lui
permet de s’observer, pour mieux réaffirmer les normes ou au contraire les faire évoluer.

1.1.5. Le rôle essentiel de l’image
Les illustrations ont toujours joué un grand rôle dans le traitement des faits divers, en raison
de leur dimension émotionnelle : images gravées sur bois des occasionnels et des canards,
dessins du Petit journal ou de l’Illustration, photos. Les journalistes arrivent après les faits
(mais souvent aussi avant la police comme le photographe américain Weegee), et les
journaux ont encore aujourd’hui recours à des dessins pour illustrer les articles qui relatent
ces événements drôles ou tragiques.

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Dans ses illustrations de faits divers, par exemple pour FranceSoir ou Détective, Di Marco reprend la tradition de la peinture et
des dessins à la "une" du Petit journal parus dès les années 1890 :
il montre habituellement le moment de tension maximum qui
précède le geste fatal. Il fixe les gestes, les attitudes, les regards
des personnages au moment crucial. Ses dessins mis en scène
sont comparables à un instantané en photographie. Le style
hyperréaliste du dessin, l'éclairage qui met en valeur l'expression
des personnages et notamment leurs yeux, les physionomies
outrées et l'expression paroxystique des visages, la force
expressive de leurs gestes font également participer le spectateur
à l'action et l'amènent à envisager la suite implacable des
événements.
Cette intensité dans les dessins et
cette mise en scène théâtrale
contribuent à la dramatisation et à
des effets de vérité. « On ne peut
pas faire les dessins que je fais sans
ressentir les émotions fortes des
histoires que je dois illustrer, comme
la terreur, l'angoisse, la souffrance,
déclare Di Marco. Il faut les vivre
intérieurement et l'on obtient des
effets saisissants de réalité parce qu'on les a presque vécus »,

Arthur Fellig, dit Weegee

En 1938, « Weegee the
Famous » est en effet le premier
et seul photographe à avoir le
privilège d’être branché sur la
radio de la police. Ce dispositif
lui permet d’arriver sur les lieux
de crimes, d’accidents,
d’incendies, de suicides, en
même temps que les policiers,
voire avant eux. Ses flash
crépitant rendent compte de ses
scènes encore chaudes où les
traces laissées ne sont pas
nettoyées et rendues à une
certaine normalité de la vie
quotidienne par le travail des
policiers ; le sang s’écoule sur la
chaussée, les armes du crime
jonchent le sol, la fumée envahit
l’atmosphère des rues, les
volants sont encore dans les
mains des victimes d’accident,
les chaussures encore sous les
roues, les chocs émotionnels
sont imprimés sur les
photographies.

Le développement de la radio et de la télévision va encore
renforcer le succès des faits divers auprès du public ; et ces
derniers remontent bien souvent en tête des conducteurs des
journaux télévisés. En 2008, d’après le baromètre thématique des
journaux télévisés de l’Ina, ils occupent près de 10 % des sujets
des éditions du soir : « Alors que les catastrophes – naturelles ou
provoquées par l’activité humaine – occupent une place
relativement stable (hormis le pic de l’année 2005), il n’en est pas
de même pour les faits divers qui affichent une augmentation régulière passant de 630 sujets
en 1999 à 1710 en 2008, comme si les partis pris éditoriaux des chaînes étaient de favoriser,
de plus en plus, les drames personnels plutôt que les drames collectifs. » De même, les
émissions à base judiciaire, fondées sur les récits et reconstitutions d’affaires criminelles,
sont très présentes à la télévision.

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1.1.6. Du fait divers au fait de société
Récits d’écarts par rapport aux normes, les faits divers tendent à la société un miroir qui lui
permet de s’observer, pour mieux réaffirmer les normes ou au contraire les faire évoluer.
Aussi certains médias privilégient-ils l’analyse plutôt que la narration, la réflexion plutôt que
l’émotion. Ils recherchent alors un fait exemplaire d’une certaine réalité sociale qu’ils
veulent mettre en lumière et utilisent les faits divers pour éclairer avec distance une
évolution ou une tendance d’ensemble. Ces « signes, emblèmes, appels » (Merleau-Ponty)
se retrouvent dans les pages des journaux sous le titre générique « Société ». Certains faits
permettent de bien désigner les dysfonctionnements sociaux (le fonctionnement de la
justice dans l’affaire d’Outreau par exemple) :
« L’ensemble de ces articles montre très bien comment le fait divers peut être perçu comme
un facteur puissant d’incitation à débattre de problèmes de société auxquels il est associé.
Comme dans le cas [Marie] Trintignant, le fait divers actualise en fait une polémique qui
n’est pas neuve en permettant de l’illustrer ou de la mettre en exergue. Il en résulte que le
fait divers doit être appréhendé du point de vue de la fonction de publicisation qu’il exerce
sur l’information : il contribue à une prise de conscience de l’opinion publique qui dépasse le
cas particulier qu’il est pour intégrer un discours plus général sur la problématique dont il a
fait l’objet. » Catherine Dessinges : Lady Diana, Marie Trintignant : faits divers ou faits de
société ?
Mais les médias provoquent désormais à grande échelle des identifications et des émotions
à partir de faits divers. Le fait divers criminel suscite aujourd’hui un discours sur la violence
qui serait en augmentation, ce qui est statistiquement faux. Lors de la campagne
présidentielle de 2002, le thème de l’insécurité a par exemple donné lieu à l’exposition
d’une multitude de faits divers à la télévision, non sans conséquences. Depuis quelque
temps, le pouvoir politique « surréagit » à la médiatisation de ceux-ci et développe autour
d’eux un discours sécuritaire et un discours victimaire. Ainsi, certains assassinats sont
systématiquement suivis de propositions de légiférer. On peut s’interroger : cette
exploitation politique de la presse est-elle saine pour la démocratie ?

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1.2. Le fait divers à Ouest-France

1.2.2. Les grands principes
À Ouest-France, le travail du fait-diversier est encadré par la Charte des Fait-divers diffusée
en 1990. Elle se résume dans la formule « Dire sans nuire, Montrer sans choquer, Témoigner
sans agresser, Dénoncer sans condamner ».
Petit ou grand, tout fait divers engage la responsabilité juridique et éthique du journal. Il
engage, devant les tribunaux, la responsabilité du Directeur de publication. Il compte pour
beaucoup dans l’image que los lecteurs se font de leur journal. Son traitement exige donc
une bonne connaissance du droit et des procédures, une capacité à trouver le ton juste,
entre la froideur de l’examen clinique et l’émotion excessive.
Touchant au plus intime de l’homme, le « fait div' » provoque les sensibilités, interroge les
consciences et perturbe l’équilibre des communautés. Le journaliste en charge du fait divers
doit être à l’aise dans tous les registres de son métier. Conscience toujours en alerte, il doit
avoir l’obsession d’incarner, dans la relation, l’enquête ou les prolongements qu’il propose
d’un événement, les valeurs de justice, de liberté, de respect des individus et de leurs
droits qui fondent « Ouest-France ».
Les faits vérifiés, précis et utiles à la compréhension doivent être rapportés avec l’obsession
permanente de toutes les conséquences possibles de leur publication pour les acteurs euxmêmes, pour la famille des victimes, pour celle des coupables. L'étalage de détails crus et
sordides est interdite. Jamais une photo ne doit montrer une personne dans une situation
humiliante.
Il faut bannir tout effet de polémique à l’encontre d’une personne. Éviter toutes les
expressions outrancières ou blessantes, tous les jugements hâtifs. La personne incriminée ne
doit jamais apparaître comme la cible d’une action menée par la Presse.
Le journaliste doit être extrêmement prudent sur les causes, les liens de cause à effet, les
responsabilités personnelles des différents acteurs. Même l’évidence peut être trompeuse
en la matière, sans compter les stratégies manipulatoires des sources d’information.
Pas de cavalier seul à Ouest-France. Les FD sont discutés en équipe. Évidemment quand le
rédacteur débute dans la profession. Mais, également entre journalistes expérimentés.

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1.2.2. Publier l'identité ?
Toujours pour protéger les acteurs du fait-divers, la publication de l'identité de ceux-ci est
également très réglementée. L'identité ne se résume pas à un nom. C’est un faisceau
d’indications (nom, prénom, image de la personne, adresse ou photo du domicile, métier et
lieu d’exercice…) qui permettent de la reconnaître.
En règle générale, les identités des accidentés sont données lorsqu'il y a un mort et que la
famille a été prévenue. Pour la justice, on ne publie rien avant le jugement, sauf si la
personne est connue. Après le jugement, les condamnés à de la prison ferme sont nommés.
Les autres non.

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2. Le fait-diversier

2.1. La journée d'un fait-diversier à Ouest-France.

Le portable fait-divers

La tournée structure la journée du fait-diversier.

Il y a quelques années, OuestFrance a équipé chaque locale
d'un portable dédié au faitdivers. L'idée était de diffuser
un seul numéro de téléphone
auprès des interlocuteurs afin
de les inciter à contacter le
journal en cas d'intervention.
Dans les faits, les appels sont
rares ou inexistants. Les
interlocuteurs sont réticents à
informer les journalistes en
temps réels.

À Lorient, après la conférence de rédaction, on appelle la
police, les pompiers, la sécurité civile et le Crossa Étel,
responsable de la sécurité marine. On se rend ensuite à la
compagnie de gendarmerie pour faire le point avec l'officier
de garde.
À 17h, on appelle à nouveau les pompiers, la sécurité civile et
le crossa. On passe ou on appelle le parquet en fonction du
temps pour savoir si des personnes ont été placées en garde à
vue dans la journée. On demande s'il y a des comparutions
immédiates.
À 17h30, on se rend au commissariat pour rencontrer l'officier
de la Sureté départementale et celui de la sécurité Voie
Publique.

À 20h, derniers appels aux pompiers, à la sécurité civile et au crossa.
La nuit, le permanencier, rôle tenu à tour de rôle, le fait-diversier et ses collègues, équipé de
ce portable, doit être prêt à couvrir un événement, un incendie par exemple.

2.2. Des relations privilégiées
Du fait de ces rendez-vous quotidiens, des relations particulières se mettent en place. Voici
le témoignage de Laurent Neveu, fait-diversier à Lorient jusqu'en août 2013, à Caen à
présent.

2.2.1. Une relation personnelle
« Quand je suis arrivé, le réseau était déjà en place. Les collègues
l'avaient mis en place. L'historique, ça compte. Mes relations avec les
policiers et les gendarmes sont plus détendues maintenant que
lorsque je suis arrivé.

14

C'est une relation très personnelle. Il faut avoir des relations de
confiance. Le policier et le gendarme doit pouvoir te parler d'une
affaire et savoir que tu ne vas pas en parler. S'il te parle d'une future
interpellation, tu n'en parles pas. C'est aussi dans le sérieux du
journaliste. Ne pas se tromper dans les détails, la procédure, les
appellations. C'est vraiment un truc que tu apprends sur le tas, au
feeling et à la psychologie.
Quand j'ai commencé à Caen, le Fait-diversier était Jean-Pierre Beuve.
Je l'ai vu bosser. J'ai essayé de m'en inspirer. Il faisait de l'humour
avec les autorités. Il plaisantait, lâchait quelques blagues. Au
téléphone, il faisait un peu de dérision. Les flics prennent ça avec
humour parce qu'il faut prendre du recul. Il y a beaucoup d'humour
dans les rapports. Ce n'est pas rare qu'ils sortent des vannes et qu'en
retour, je les chambre. C'est une petite connivence. C'est naturel.
Comme pour les pompiers. Ils pratiquent l'humour pour se protéger.
Le partager est un moyen de se rapprocher d'eux. Quand ce sont des
choses graves, immolation, viol, crime, le sérieux s'impose de luimême.
On ne se tutoie pas. Saut avec certains pompiers parce que c'est plus
cool. C'est souvent eux qui me le disent. Le commandant des pompiers
par exemple. Donc j'accepte. C'est différent des politiques qui sont
toujours en campagne. Le policier, lui, c'est dans le cadre de son
boulot. Ceux que je tutoie, ce sont les moins gradés. Il y a de la
complicité. Les pompiers ont je trouve un fonctionnement moins strict
aussi.
Je fais l'effort d'aller voir les pompiers deux fois par semaine. La
caserne est éloignée mais c'est important qu'ils te connaissent. Cela
facilite les choses lors des interventions.
J'ai de très bons rapports avec les gendarmes d'ici. C'est vraiment
humain. C'est plus facile parce qu'on se voit. On peut discuter. J'en
tutoie deux parce que je les vois souvent. Il nous arrive de parler
d'autres choses que le boulot.
À la police, le major Christian Jacques reçoit des journalistes depuis
des années. On sait qu'il n'est pas à cheval sur l'étiquette. »

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2.2.2. Interlocuteurs différents, rapports différents
« Les rapports sont-ils différents entre la police et la gendarmerie ? Je
trouve les gendarmes plus organisés, plus hiérarchisés, plus carrés. La
communication est à l'image de cela. Quand il y a un fait divers en
zone rurale, la brigade renvoie tout le temps à la compagnie. Ce n'est
pas un désavantage car lorsqu'ils ont des infos, ils ont tous les
éléments.
La compagnie dispose de trois officiers : le commandant Lecoq, pas à
l'aise, son adjoint, le capitaine Gomez, et le capitaine Maccrez.
À côté de ça, la police paraît désorganisée. Quand on y va à 17 h 30, le
major Jacques n'est pas forcément là. On ne sait pas trop qui est notre
interlocuteur. À la sureté départementale, c'est complètement
aléatoire. Parfois le commandant dit qu'il n'y a rien, parfois il oublie.
Ce n'est pas bordélique mais moins structuré. Les policiers ont un
rapport différent avec le milieu délinquant. Les gendarmes y sont
moins confrontés.
À Lorient, la compagnie de gendarme communique facilement mais ce
n'est pas le cas partout. À Vire (Calvados), on pouvait consulter les
communiqués dans une bannette sur les affaires mais tu n'avais
aucune relation humaine. À Alençon, on ne pouvait pas monter dans
le bâtiment. Tout se faisait par téléphone. »

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2.3. Une communication plus contrôlée

2.3.1 Des rapports qui évoluent
Denis Riou, journaliste vacataire en presse écrite locale (Ouest-France à Angers et dans
plusieurs rédactions de ce quotidien) à partir de 1986, puis journaliste titulaire et localier,
depuis 1991, observe que les rapports avec les gendarmes, les policiers et même les
pompiers ont beaucoup évolué ces dernières années.
« Il y a 15 ans par exemple, il n'y avait pas de guichet unique dans les
commissariats. On pouvait vadrouiller dans les couloirs et rencontrer
les enquêteurs de terrain. Aujourd'hui, ces institutions ont verrouillé
leur communication en n’autorisant l’expression des policiers qu’à un
certain niveau de responsabilité.
En gendarmerie, le phénomène est similaire avec les différences
d’organisations inhérentes au fonctionnement de la gendarmerie. Je
me souviens qu’en début de carrière, dans les années 90, on passait
encore des coups de téléphone aux brigades territoriales pour savoir
s’il s’était passé quelque chose ou vérifier un fait divers dont on avait
eu connaissance.
Désormais, l’échelon minimum auquel on a accès c’est la compagnie
et l’officier qui chapeaute les brigades. Le relais qui peut nous être
fait d’une information n’est plus de première main, mais déjà
« digéré » par un, voire, deux intermédiaires. C’est cela que j’appelle
l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours", une source forcément
moins fiable, même avec la rigueur qu’un enquêteur est censé
apporter à la relation de faits.
De plus en plus, la gendarmerie s’abrite derrière une autorisation du
parquet pour communiquer. Là aussi, on nous impose une logique
d’intermédiaire. Le magistrat du parquet peut n’avoir qu’une
connaissance partielle voire parcellaire d’un dossier qu’il vient de
prendre en charge. Il est toujours préférable de recouper cette info
crédibilisée et fiabilisée « parquet » avec une source enquêteur. A la
condition que cette dernière se sente habilitée à parler à la presse. »

17

2.3.2 Un accès à l'information plus compliqué
Du fait de ces protections, l'accès aux informations devient complexe. Les intermédiaires
peuvent faire barrage inconsciemment par manque d'informations ou consciemment par
mauvaise volonté.
« J’ai souvenir par exemple d’une affaire de meurtre d’une femme
suivi du suicide de son mari meurtrier dans le Morbihan, poursuit
Denis Riou. La substitut du procureur me donne les éléments de
compréhension des faits et de leur déroulement.
Je cherche à les compléter avec l’officier de gendarmerie, dont
j'apprends par la bande qu'il était sur le terrain, dans la matinée,
avec le proc adjoint Et là, surprise, l’officier de gendarmerie, quatre
barrettes quand même, refuse catégoriquement et sur le mode irrité
de me communiquer le moindre élément sur cette affaire au motif
que le proc adjoint, peu causant avec la presse, lui aurait dit : "pas
un mot sur cette histoire"
Le commandant de gendarmerie s'est retrouvé prisonnier de sa
promesse au proc adjoint. J’ai dû lui expliquer que je n’étais pas
comptable du fait que le parquet, soi-disant un et indivisible s’était
exprimé en dépit de ce blackout, décrété par un magistrat en froid
avec les journalistes. Il était embêté que j'écrive l'article sans
qu’apparaisse son témoignage. Du coup, il a essayé de m'enfumer en
disant, que « tout n'était pas clair dans cette affaire ». Histoire de
faire planer le doute. J'avais tout ce qu'il fallait, les éléments factuels
et une petite enquête de proximité pour compléter. J'ai bien entendu
écrit le papier. Il ne pouvait en être autrement compte tenu de la
nature des faits.
Quelques semaines plus tard, son adjoint, un capitaine, me fait
remarquer, à propos de la relation dans nos colonnes d’un autre fait
divers qu'il serait de bon ton qu'on ne se contente pas de la source
parquet. Je me suis permis de lui rapporter la façon dont j’avais été
accueilli par son supérieur alors que je cherchais justement à
confronter source parquet et enquêteurs de terrain. »

18

2.3.3 Des relations qui se tendent
Dans les rédactions, le sentiment que les relations se tendent avec les interlocuteurs, est en
effet très répandu. Le « C'était mieux avant » complété par « C'est de pire en pire » résume
cet état d'esprit partagé par de nombreux journalistes.
C'est par exemple, une journaliste qui se plaint d'avoir attendu 45 minutes au commissariat
sans être reçu par les officiers :
« C'est vraiment devenu n'importe quoi avec la tournée, regrette ainsi
Catherine Jaouen, adjointe de la chef de locale de Lorient. On est
resté 45 minutes au commissariat sans avoir un seul contact avec
l'officier de garde. Il nous a vus à travers la guérite. On l'a vu exulter
quand, à la TV, Lorient a égalisé. Il est retourné se planquer dans son
bureau. Le planton de service est allé le voir. L'officier de garde n'est
jamais venu. Une minute de son temps, pour nous dire qu'il n'y a rien,
c'est quand même pas grand-chose de pris sur son temps précieux. On
n’est pas des chiens.
La gendarmerie, c'est pareil. Ils ont peur de leur ombre. Impossible
d’avoir le commandant. Même au portable, il nous dit qu'il n'a pas
d'information le matin. Le soir, même chose : « J'ai une enquête en
cours, mais je ne peux rien vous dire. Pour le reste, je n'ai pas les
éléments. »
Avec les pompiers, même chose : On a eu l'officier imbuvable au
téléphone. Celui qui se fout de nous et ne nous dit rien.
On peut comprendre que lorsqu'ils sont occupés, ils ne peuvent nous
parler. Là, c'est juste du savoir vivre... »
Et quand les interlocuteurs communiquent, ce n'est pas forcément mieux. Soit la fiabilité de
certains officiers laisse parfois à désirer. Soit on se heurte à un mur.
« Le commandant Mahec, qui vient de partir, n’était pas fiable du
tout, affirme Claude Le Mercier, à la locale de Pontivy. Au lieu d'un
coup de couteau au front, il parlait du thorax. Au lieu d'une
intersection, il était flou sur la localisation. C'est de pire en pire.
Son remplaçant m'a dit. "Tant que le parquet parle pas, je ne vous
donnerai rien." Mais l'autre jour, le parquet parlait. Lui n'a pas voulu.
Au nom de la présomption d'innocence qu'il m'a dit. Des beaux
discours... Quand ils ont besoin de nous, là ils savent nous trouver. »

19

2.3.4. Le Parquet, le nouvel interlocuteur incontournable
Si les relations se tendent avec les interlocuteurs traditionnels, c’est parce que le Parquet a repris la
main sur la communication lors des affaires importantes. Yvan Duvivier, journaliste justice à OuestFrance Lorient revient sur cette évolution récente et majeure.

« Tout repose sur l’article 11. Du coup, les policiers et
gendarmes ouvrent le parapluie dès qu’une affaire se
complique et renvoient vers le Parquet. C’est
l’interlocuteur majeur. C’est le meilleur et le plus sûr
des pourvoyeurs d’info. Ça permet d’être au-dessus
des sources habituelles. C’est aussi une histoire de
personnes car tout dépend du procureur. S’il est
communicatif, son parquet aussi. A Vannes, ça n’est
pas le cas. A Lorient, oui. Ils ont assimilé la nécessité
de communication envers la presse.
Avant, on allait rarement au Parquet. Maintenant, je
m’y rends en personne plutôt que de téléphoner. Je
serre la main aux gardiens, je fais la bise aux
secrétaires. A force, on m’y connaît et je peux avoir
des infos à la machine à café en discutant. Il faut du
temps pour mettre cela en place. C’est nécessaire car
le Parquet est la branche essentielle du FD à présent.
Les autres ont les jetons. Le Parquet leur a tapé sur
les doigts. Il a pris du pouvoir. C’est un poste très
politique aussi.

L’article 11
Sauf dans le cas oùa loi en
dispose autrement et sans
préjudice des droits de la
défense, la procédure au cours
de l'enquête et de l'instruction
est secrète. Toute personne qui
concourt à cette procédure est
tenue au secret professionnel
dans les conditions et sous les
peines des articles 226-13 et
226-14 du code pénal. Toutefois,
afin d'éviter la propagation
d'informations parcellaires ou
inexactes ou pour mettre fin à un
trouble à l'ordre public, le
procureur de la République peut,
d'office et à la demande de la
juridiction d'instruction ou des
parties, rendre publics des
éléments objectifs tirés de la
procédure ne comportant
aucune appréciation sur le bienfondé des charges retenues
contre les personnes mises en
cause.)

Si tu arrives avec des billes, ils répondent. S’ils disent
non, c’est « pas maintenant » et ils t’expliquent. Là
encore c’est une histoire de personnes. Il faut être
prudent pour ne pas griller sa source, car ils jouent le
jeu et leurs infos sont fiables. C’est juste une question de timing.

Le Parquet peut aussi se servir de la presse pour faire avancer une
affaire. Ex : celle de la valise. On retrouve un cadavre. Pendant deux
ans, l’affaire est au point mort. Le parquet et la police a cerné les
auteurs mais n’a pas la preuve. Les écoutes ne donnent rien. Le
Parquet nous reçoit avec le Teleg et passe un accord.
Ils nous disent avoir trouvé une clef qui va leur permettre de remonter
jusqu’aux auteurs. En fait, ils ont la clef depuis deux mois mais ça ne
donne rien. L’idée, c’est d’affoler les auteurs du crime pour qu’ils en
20

parlent au téléphone entre eux. La Procureure adjointe est claire avec
nous. Elle veut se servir de nous comme un appât pour faire avancer
l’enquête.
Cela se passe un vendredi. Donc, elle impose une publication le lundi
car en fin de semaine, elle ne va pas disposer d’assez de personnels
pour réaliser les écoutes. On collabore. Mais, il faut savoir que la
justice peut réquisitionner la presse. Pour un avis de recherche par
exemple.
Tout ça, c’est du off et de la confiance. Ça se passe entre la proc
adjointe, le jr du Teleg et moi. Je passe l’accord au nom du journal. Il
n’y a pas de discussions avec la rédaction en chef.
On accepte. Il y a une espèce de duplicité/complicité de notre part.
Mais l’enjeu est double. On préserve nos rapports avec le Parquet. Et,
on fait fonctionner la justice. On participe au piège en sachant que
derrière, c’est le jackpot car c’est affaire nationale.
Ya embargo pour le Teleg, OF et l’AFP (dont je suis correspondant)
jusqu’au lundi matin. C’est le deal. En échange on aura les suites dès
que ça aura bougé. Le mardi ou le mercredi, ça ne rate pas : 4
interpellations et 2 écroués.
Sur le coup, on a été un soldat de la justice. Il y a une connivence qui
fait réfléchir. Nous avons servi d’accélérateur.
C’était un sujet hors du commun. Il y avait de l’excitation. Ils nous ont
eu sur notre point faible. Mais, tout a été fait en transparence. Elle
s’est servi de nous mais ne nous a pas manipulés par derrière.
C’est aussi un sacré gage de confiance car pendant deux jours, nous
avons été dépositaire d’un secret judiciaire. J’aurais pu aller voir les
personnes sur écoute.

21

3. Les interlocuteurs du fait-diversier

3.1. Le journaliste, un mal nécessaire
3.1.1. L'intrus
En règle générale, le fait-diversier n'est pas attendu avec impatience par les interlocuteurs,
qu'ils soient policiers, gendarmes, pompiers ou parquetiers. Il peut être considéré comme un
intrus :
« Au début de ma carrière, je n’étais pas chef et j'étais à Paris. Ma
perception est donc différente. Là-bas, je voyais les journalistes
comme des intrus, admet Michel Parca, adjoint au chef de centre de
secours d'Hennebont (Morbihan). Lors d'une intervention, ils vont,
presque comme des paparazzi, sur les cadavres. Les relations étaient
nulles. Aucune relation publique (REP). Les journalistes n'étaient pas
pris en compte. »

Ou comme un désagrément imposé par la hiérarchie :
« C'est une relation courtoise mais subie, de mon point de vue,
explique le lieutenant de sapeurs-pompier Franck Cavennec, du
centre de secours de Lorient. Ce rapport de proximité est imposé par
le commandant Guillemot, le chef de centre. Il tient à ce que nous
apportions des réponses aux journalistes. C'est du donnant-donnant.
Nous sommes contents de vous trouver pour parler de nos
événements. Mais personnellement, je trouve cela cher payé. La
plupart des officiers de garde, Lered, Boucher, Goello et moi-même,
sommes "gonflés" par cette obligation. C'est trois appels par jour, soit
le double en comptant le Télégramme. Je passe ma vie au téléphone
pour organiser les sorties des équipes. Le journaliste est une chose en
plus à gérer. C'est un truc un peu en dehors de mes attributions qui
plus est. »

Ce qui énerve également les interlocuteurs traditionnels que sont les policiers, les
gendarmes et les pompiers, c’est l’omniprésence récente des journalistes sur le terrain. Avec
les nouvelles technologies, les rédactions sont très vite au courant des faits divers en cours.
22

Ils arrivent souvent que les journalistes arrivent en même temps que les secours. Ceux-ci
doivent donc gérer un élément supplémentaire, source de stress. C’est ce que remarque le
Capitaine Maccrez, de la compagnie de gendarmerie de Lorient :
« Pour être honnête, sur le terrain, un journaliste, c'est une chose en
plus à gérer. Il y a 25 ans, les journalistes se déplaçaient moins sur les
faits divers mineurs. On travaillait sur des zones plus restreintes. On
avait un contact direct, quotidien et presque privilégié avec les
journalistes. La politique actuelle a changé. Les brigades ne
communiquent plus. Tout dépend des officiers de la compagnie lors
des points quotidiens.
Aujourd'hui, on vous voit plus et on se dit : "Ils sont déjà là".
Aujourd'hui l'information va très vite et les journalistes sont parfois
plus rapides que les gendarmes. Vous êtes des casse-pieds. Dans le
stress d'une opération, c'est une gêne à gérer en plus car nous devons
être certains que vous n'allez pas perturber l'enquête. »

3.1.2. Que dire au journaliste ?
Bien conscients de l'importance de la presse et du devoir d'information, la plupart des
interlocuteurs rencontrés posent des limites à la communication des informations.
« Je n'ai pas d'a priori avec la presse, assure le capitaine de
gendarmerie Gomez. Informer le public est nécessaire. Nous sommes
au service du public. La presse est aussi un service public, mais avec
des missions différentes. Nous sommes assez proches. Nous
intervenons sur les mêmes événements. Nous avons des contacts
privilégiés. Il y a de l'échange.
L'échange avec les journalistes est intéressant, mais nous pouvons
nous en passer. Ce n'est pas une obligation. Nous n'avons pas besoin
de vous pour exister. On sait utiliser la presse pour faire de la
publicité. Comme tout le monde, nous n'aimons pas lire de mauvaises
choses écrites sur nous.
Quand on donne des informations, on finit par avoir de l'empathie
pour le journaliste qui rame. Il y a forcément un lien, pas d'amitié,
mais privilégié avec le fait-diversier. Nous donnons avec plaisir mais
attention, il y a un contrôle de la hiérarchie et du préfet. Le
commandant de département dépend du Préfet qui le note. »
23

« Quand le fait divers donne lieu à des poursuites et procès, il doit être
rendu public, reconnaît le commandant de police Jacques Corre, au
commissariat de Lorient. C’est le moment qui compte. Publier une
information, tout de suite, alors qu’il y a encore plusieurs hypothèses,
c’est différent. Si cela met en péril l’enquête, si cela empêche les
services de trouver la vérité, alors il ne faut pas communiquer. C’est là
que se noue la collaboration entre les policiers et les journalistes. Je
suis pour la liberté de la presse. C’est fondamental. Mais elle ne doit
pas être contraire à l’action des services de l’état, qui sont de trouver
la vérité et de rendre la justice. Prenez l’exemple d’Outreau par
exemple. On a 15 coupables dans la presse. Et puis finalement 15
innocents. »

Si les interlocuteurs communiquent moins, c'est aussi pour se protéger.
« On ne peut pas donner trop de détails, explique Michel Parca,
adjoint au chef de centre de secours d'Hennebont (Morbihan). Les
faits communiqués Un blessé léger, cela veut dire des membres
cassés. Un blessé grave, c'est au moins un trauma, une inconscience
(trauma crânien) ou des insensibilités. Ça n'a pas la même perception
pour les lecteurs. Je ne transmets que les infos dont je suis sûr :
Pourquoi on a été envoyé. Combien on était. Quels engins ont été
déployés. Quelles actions avons-nous réalisé. Les origines du sinistre,
c'est délicat parce qu'après les gens pourraient revenir vers nous en
disant "Le feu n'était pas d'origine électrique comme vous l'avez dit"
C'est sans doute le journaliste qui va prendre dans la gueule mais c'est
quand même gênant.
Maintenant, le cadre est simple : Les sapeurs-pompiers savent qu'on
doit vous envoyer vers le chef de secours. Si l'intervention a lieu dans
une entreprise, est-ce qu'on doit vous le dire ? Si c'est interne non.
Quand il y a une fausse alerte, mieux vaut venir nombreux que non.
Donc il y a une mobilisation mais on ne communique pas parce que
rien ne s'est passé. Communiquer trop ça peut aussi induire moins de
confiance de la part des entreprises. Nous, on travaille avec eux. On
doit garder de bonnes relations.
On n'est pas là pour renseigner la presse. Mais, c'est important de
parler de nos interventions. On a toujours peur que les journalistes
donnent des infos qu'ils ne connaissent pas. Il y a toujours une
24

traduction, une interprétation par le journaliste qui peut changer les
infos. Les erreurs existent sur les identités et les appellations des
engins. Il y a une méconnaissance du système. »

3.1.3. Une relation de confiance à cultiver
Commandant de police Jacques Corre, au commissariat de Lorient :
« Communiquer avec la presse est compliqué car nous travaillons
sous le contrôle du parquet. Les règles ont changé. Le contrôle du
Parquet est plus cadré. Normalement on devrait communiquer
uniquement sous l’autorisation du Procureur de la République ? Avant
cela était moins encadré. Je ne le regrette pas car de toute façon, je
me suis toujours contenté du minimum syndical par prudence.
Il arrive qu’on place mal sa confiance. A force d’être échaudé on fait
plus attention. Ex : Il y a une 15zaine d’année, nous découvrons le
corps d’un SDF mort depuis quelques temps. Son chien l’avait un peu
boulotté. Au journaliste FD, j’avais donné des éléments
d’identification tout en précisant qu’il ne fallait pas les publier. Je
n’avais pas encore prévenu la famille. Il les publie quand même en
titrant « un SDF dévoré par son chien » et il donne son nom. La famille
a appris la mort du fils dans le journal. J’ai dû gérer la mère pendant
trois semaines. Le journaliste non. Forcément, cela crée une difficulté.
On a plus le même rapport de confiance. Il a brisé notre rapport. C’est
idiot parce cela dépend des circonstances et des personnes.
On apprend plus sur le tas. Je n’en fais pas une maladie : Il faut
communiquer. Mais je reste prudent et réservé. »

3.2. Conseils de comportement sur le terrain
Sur le terrain, quelques règles de conduite permettent au fait-diversier de travailler dans de
bonnes conditions avec les interlocuteurs. D’aucuns argueront que respecter ces consignes
revient à être le laquais des policiers-gendarmes-pompiers. Cela peut s’entendre mais il
s’agit de règles de bon sens qui permettent rapidement d’instituer une relation de confiance
avec les interlocuteurs.

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3.2.1. Pour les pompiers
Lorsqu’on arrive sur une intervention de pompier, type accident ou incendie, la première
chose à faire est de se présenter au chef de groupe. Il est reconnaissable facilement car c’est
écrit sur le dos de son manteau ignifugé. L’objectif est de se signaler et de laisser les sapeurs
travailler sans les gêner.
Michel Parca, adjoint au chef de centre de secours d'Hennebont (Morbihan) :
« Faut demander la permission au chef de groupe. Tu vas te faire
envoyer chier parce que dans sa tête tu deviens une chose en plus à
gérer. Une chose par indispensable. Tout dépend des gens et de la
situation. S’il y a beaucoup de travail, il faut marcher sur des œufs.
Les SP sont en stress et sous le choc. Ya un refus de tout ce qui vient
de l'extérieur. Le journaliste peut s'approcher s'il ne dérange pas.
C'est quelqu'un qui déconcentre. Mais il n’y a rien de personnel. «

Les photos posent souvent problème. Pourtant, les règles sont simples. Il suffit de cacher la
plaque d'immatriculation du véhicule accidenté, les victimes et le sang sur une peluche par
exemple. Surtout, il ne faut pas publier de photo d’un pompier sans casque.
Lieutenant Franck Cavennec, centre de secours de Lorient :
« Lors des interventions sur le terrain, il faut s'identifier auprès du
chef de garde et rester en retrait. Il est possible de faire des photos du
moment que les hommes sont équipés et casqués. Je préfère aussi
vérifier les photos avant publication. Nous avons une revue de presse
quotidienne. Si quelque chose ne va pas, cela nous retombe dessus
très vite.
A la fin de l'intervention ou pendant un moment de répit, le chef de
garde vient vers le journaliste et lui donne les informations factuelles.
Si tout se passe comme cela, pas de souci. On peut même amener le
journaliste sur le lieu de sinistre s'il n'y a aucun risque. »

26

3.2.2. Pour les gendarmes

Pour les gendarmes et la police, les consignes sont sensiblement les mêmes. Dans le cas
précédent, le journaliste ne doit pas gêner le secours donné aux victimes. Là, il ne doit pas
gêner l’enquête judiciaire. C’est ce qu’explique le Capitaine Maccrez :
« Quelqu'un qui va dans le périmètre d'investigation, qui va interroger
les gendarmes en faction, c'est quelqu'un qu'il faut surveiller. Il ne
devrait pas être présent à ce moment de la phase d'investigation. Il y
a différents périmètres. Moi-même, je ne vais pas sur la scène de
crime par exemple. Il y a "gel des lieux" pour que les techniciens
enquêtent. Le journaliste a fortiori ni va pas non plus. Autour de
premier périmètre, il y a les responsables de l'enquête. Plus loin, au
troisième niveau, il y a les autorités administratives comme le maire,
le préfet etc. Le journaliste peut être là également. Au-delà, les
intervenants tels que les garagistes, personnels mortuaires etc...
Attendant au quatrième niveau. Ensuite, il y a le public éventuel.
Lors d'une intervention sur le terrain, le journaliste doit s'identifier
auprès du gradé. Il se présente et demande quand il peut faire des
photos et avoir les informations. Il y a un tas de choses à faire alors il
faut comprendre que la presse soit secondaire. Il faut attendre.
Le souci de la photo pour les gendarmes est que nous devons
apparaître en tenue réglementaire, coiffe comprise. Sinon, nous
pouvons avoir des remontrances de la part de nos supérieurs.
Quand cela n'est pas respecté, il peut y avoir des réactions
disproportionnées sur le terrain. Il faut que le journaliste sache où est
sa place et qu'il n'en sorte pas. »

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Conclusion
A la question, les relations entre journalistes et interlocuteurs du fait-diversiers ont-elles changé ? La
réponse est oui sans ambiguïté.
Avec l’accélération de l’information, les journalistes demandent plus d’informations et plus
rapidement. Les interlocuteurs sont peut-être débordés par cette évolution. En retour, ils sont
devenus plus méfiants et plus prudents. Comme dans d’autres domaines de la presse, la
communication est devenue un enjeu majeur donc plus contrôlé. Plutôt que de risquer des retours
de bâtons de leur hiérarchie ou de particuliers, ils préfèrent s’abstenir de communiquer.
Pour autant, le besoin d’informer la population et de montrer le travail accompli existe toujours.
L’accès à l’information n’est pas bloqué. Les relations évoluent. Le Parquet communique de plus en
plus.
Les entretiens que j’ai réalisé mon appris énormément sur la spécialité de fait-diversier. Cela m’a
permis de gagner la confiance des interlocuteurs lorientais et de travailler dans de meilleures
conditions avec eux.

28

Annexes
Les entretiens avec les journalistes
Entendus dans les rédac
Catherine Jaouen, Lorient.
C'est vraiment devenu n'importe quoi avec la tournée, regrette une journaliste. On est resté
45 minutes au commissariat sans avoir un seul contact avec l'officier de garde. Il nous a vus à
travers la guérite. On l'a vu exulter quand, à la TV, Lorient a égalisé. Il est retourné se
planquer dans son bureau.
Le planton de service est allé le voir. L'officier de garde n'est jamais venu. Une minute de son
temps, pour nous dire qu'il n'y a rien, c'est quand même pas grand-chose de pris sur son
temps précieux. On n’est pas des chiens.
La gendarmerie, c'est pareil. Ils ont peu de leur ombre. Impossible de l'avoir. Même au
portable, il nous dit qu'il n'a pas d'information le matin. Le soir, même chose : "J'ai une
enquête en cours, mais je ne peux rien vous dire. Pour le reste, je n'ai pas les éléments."
Avec les pompiers, même chose : On a eu l'officier imbuvable au téléphone. Celui qui se fout
de nous et ne nous dit rien.
On peut comprendre que lorsqu'ils sont occupés, ils ne peuvent nous parler. Là, c'est juste
du savoir vivre...
Claude Le Mercier, Pontivy.
Le commandant Mahec, qui vient de partir, n’était pas fiable du tout. Au lieu d'un coup de
couteau au front, il parlait du thorax. Au lieu d'une intersection, il était flou sur la
localisation. C'est de pire en pire. Son remplaçant m'a dit. "Tant que le parquet parle pas, je
ne vous donnerai rien." Mais l'autre jour, le parquet parlait. Lui n'a pas voulu. Au nom de la
présomption d'innocence qu'il m'a dit. Des beaux discours... Quand ils ont besoin de nous, là
ils savent nous trouver.

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Denis Riou
Il y a 15 ans par exemple, il n'y avait pas de guichet unique dans les commissariats. On
pouvait vadrouiller dans les couloirs et rencontrer les enquêteurs de terrain. Aujourd'hui,
ces institutions ont verrouillé leur communication en n’autorisant l’expression des policiers
qu’à un certain niveau de responsabilité.
En gendarmerie, le phénomène est similaire avec les différences d’organisations inhérentes
au fonctionnement de la gendarmerie. « Je me souviens qu’en début de carrière, dans les
années 90, on passait encore des coups de téléphone aux brigades territoriales pour savoir
s’il s’était passé quelque chose ou vérifier un fait divers dont on avait eu connaissance.
Désormais, l’échelon minimum auquel on a accès c’est la compagnie et l’officier qui
chapeaute les brigades. Le relais qui peut nous être fait d’une information n’est plus de
première main, mais déjà « digéré » par un, voire, deux intermédiaires. C’est cela que
j’appelle l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours", une source forcément moins fiable,
même avec la rigueur qu’un enquêteur est censé apporter à la relation de faits. »
De plus en plus, la gendarmerie s’abrite derrière une autorisation du parquet pour
communiquer. Là aussi, on nous impose une logique d’intermédiaire. Le magistrat du
parquet peut n’avoir qu’une connaissance partielle voire parcellaire d’un dossier qu’il vient
de prendre en charge. Il est toujours préférable de recouper cette info crédibilisée et
fiabilisée « parquet » avec une source enquêteur. A la condition que cette dernière se sente
habilitée à parler à la presse.
J’ai souvenir par exemple d’une affaire de meurtre d’une femme suivi du suicide de son mari
meurtrier dans le Morbihan. La substitut du procureur me donne les éléments de
compréhension des faits et de leur déroulement.
Je cherche à les compléter avec l’officier de gendarmerie, dont j'apprends par la bande qu'il
était sur le terrain, dans la matinée, avec le proc adjoint Et là, surprise, l’officier de
gendarmerie, quatre barrettes quand même, refuse catégoriquement et sur le mode irrité
de me communiquer le moindre élément sur cette affaire au motif que le proc adjoint, peu
causant avec la presse, lui aurait dit : "pas un mot sur cette histoire"
Le commandant de gendarmerie s'est retrouvé prisonnier de sa promesse au proc adjoint.
J’ai dû lui expliquer que je n’étais pas comptable du fait que le parquet, soi-disant un et
indivisible s’était exprimé en dépit de ce blackout, décrété par un magistrat en froid avec les
journalistes. Il était embêté que j'écrive l'article sans qu’apparaisse son témoignage. Du
coup, il a essayé de m'enfumer en disant, que « tout n'était pas clair dans cette affaire ».
Histoire de faire planer le doute. J'avais tout ce qu'il fallait, les éléments factuels et une
petite enquête de proximité pour compléter. J'ai bien entendu écrit le papier. Il ne pouvait
en être autrement compte tenu de la nature des faits.
Quelques semaines plus tard, son adjoint, un capitaine, me fait remarquer, à propos de la
relation dans nos colonnes d’un autre fait divers qu'il serait de bon ton qu'on ne se contente
pas la source parquet. Je me suis permis de lui rapporter la façon dont j’avais été accueilli
30

par son supérieur alors que je cherchais justement à confronter source parquet et
enquêteurs de terrain…

Que demander lors d'un crime ?
Dans ce cas-là, il n’y a pas de limites, il faut tout demander (entente du couple, problèmes,
lettre, circonstances...), c'est eux qui mettront une limite en disant qu'ils ne peuvent pas dire
(soit parce qu'ils ne savent pas, soit parce qu'ils ne veulent pas dire).
Le FD c'est presque le plus simple à écrire. Tu racontes une histoire. Mais dans le doute, il
faut toujours s’en tenir au factuel, et aux éléments de contexte ou de compréhension dont
on est sûr. Si un élément, de type témoignage, n’est pas béton mais qu'il apporte, j’estime
préférable de prendre des précautions en utilisant les richesses de la langue française.
"Selon un voisin" etc... Ou bien en citant. Le lecteur n'est pas dupe. Il peut comprendre ces
subtilités.
Les FD sont l'illustration d’une forme de « schizophrénie » des lecteurs. Ils les lisent mais
n'avoueront jamais par peu de passer pour celui qui aime le malheur.
Dans un lycée, les élèves me titillaient sur ces questions d'éthique. Je leur explique la
déontologie OF "Dire sans nuire". On peut sourire de cette culture d'entreprise, n’empêche
nous l’avons intégrée parce qu’elle fixe un cadre éditorial à la relation du FD. Ils taxent
poliment notre profession de prétendre que les FD plaisent aux gens pour nous dédouaner.
Je leur ai fait valoir d’un exemple tout simple que c’était sans doute plus compliqué que ça.
Quelques semaines auparavant, un samedi soir, dernier appel au Codis (centre opérationnel
du service département d’incendie et secours) : on me dit que la soirée pourrait être calme
s'il n'y avait pas 3 morts sur la route, un accident en cours sur une route départementale,
une collision frontale entre deux voitures. J'y vais après un contact les gendarmes. Je
recueille les infos sur place, réalise quelques photos du « carton » sur la route. On modifie la
une de notre édition du dimanche (dof) en urgence.
Résultat : 900 canards vendus de plus le lendemain. Que peut-on en déduire ? Pas que les
médias sont pas responsables des drames, plutôt que le simple fait d’en rendre compte avec
un article et des photos a fait vendre 900 journaux en plus.
Les gens ont beau dire, ils sont friands de ce genre de choses, même si, pas plus que nous ils
n’ont souhaité l’accident pour avoir à le lire. Ce réflexe me paraît plus relever de la curiosité
naturelle de l’homme pour « l’extraordinaire » que de la morbidité, un peu comme lorsque
un bouchon se forme parce que les conducteurs ralentissent pour mieux regarder l'accident
en passant.

31

Laurent Neveu
Fait-diversier à Lorient, 38 ans. En CDI depuis 2000 (Cdd en 97)
Il y a une différence entre les zones concurrentielles et non concurrentiels. Ici, les
interlocuteurs sont deux fois plus sollicités. Ils ont donc une organisation spécifique. Ils nous
reçoivent en même temps que le Télégramme.
Ils sont à cheval sur le non-favoritisme. Ils donnent les mêmes infos à tout le monde. Mais,
c'est arrivé qu'ils en donnent plus à l'un qu'à l'autre. Lors d'un appel par exemple.
Comment apprivoiser un policier ?
C'est une question de temps et de confiance. Quand je suis arrivé, le réseau était déjà en
place. Les collègues l'avaient mis en place. L'historique, ça compte. Mes relations avec les
policiers et les gendarmes sont plus détendues maintenant que lorsque je suis arrivé.
C'est une relation très personnelle. Il faut avoir des relations de confiance. Le policier et le
gendarme doit pouvoir te parler d'une affaire et savoir que tu ne vas pas en parler. S'il te
parle d'une future interpellation, tu n'en parles pas.
C'est aussi dans le sérieux du journaliste. Ne pas se tromper dans les détails, la procédure,
les appellations. C'est vraiment un truc que tu apprends sur le tas, au feeling et à la
psychologie.
Quand j'ai commencé à Caen, le Fait-diversier était Jean-Pierre Beuve. Je l'ai vu bosser. J'ai
essayé de m'en inspirer. Il faisait de l'humour avec les autorités. Il plaisantait, lâchait
quelques blagues. Au téléphone, il faisait un peu de dérision. Les flics prennent ça avec
humour parce qu'il faut prendre du recul.
Il y a beaucoup d'humour dans les rapports. Ce n'est pas rare qu'ils sortent des vannes et
qu'en retour, je les chambre.
C'est une petite connivence. C'est naturel. Comme pour les pompiers. Ils pratiquent
l'humour pour se protéger. Le partager est un moyen de se rapprocher d'eux. Quand ce sont
des choses graves, immolation, viol, crime, le sérieux s'impose de lui-même.
On ne se tutoie pas. Saut avec certains pompiers parce que c'est plus cool. C'est souvent eux
qui me le disent. Le commandant des pompiers par exemple. Donc j'accepte.
C'est différent des politiques qui sont toujours en campagne. Le policier, lui, c'est dans le
cadre de son boulot.
Ceux que je tutoie, ce sont les moins gradés. Il y a de la complicité. Les pompiers ont je
trouve un fonctionnement moins strict aussi.
32

Je fais l'effort d'aller voir les pompiers deux fois par semaine. La caserne est éloignée mais
c'est important qu'ils te connaissent. Cela facilite les choses lors des interventions.
Chez les gendarmes, j'en tutoie deux parce que je les vois souvent. Il nous arrive de parler
d'autres choses que le boulot.
Chez les policiers, le major Christian Jacques, référent incendie/accident, reçoit des
journalistes depuis des années. On sait qu'il n'est pas à cheval sur l'étiquette.
Y a-t-il une ligne rouge ?
On a souvent l'envie d'écrire l'histoire de leur point de vue puisque c'est le seul dont on
dispose. Quand les policiers arrêtent quelqu'un, il est forcément coupable pour eux. Mais
attention à l'écriture, car le prévenu est présumé innocent jusqu'à son jugement.
Ce que je crains le plus, c'est la situation de bavure impliquant un policier qu'on connaît ou
la trop grande confiance accordée
Une fois, je me suis retiré dans une situation où je leur ai fait trop confiance. Ils me
racontent qu'un couple homosexuel se fait menacé par un homme armé et injurieux dans un
magasin. On publie l'histoire. En fait, c'est une blague du couple et d'un ami. Le parquet a
estimé qu'il n'y avait pas menace ou propos homophobes. Entre ce que m'avait dit le
commandant et la réalité, il y avait un gros écart. Les relations se sont dégradées. Pour moi,
c'était une info viable car venant du commandant. Or, il nous a rapporté des informations
sans disposer de suffisamment d'éléments. Je n'ai pas assez vérifié via le Parquet. C'est ce
que je fais systématiquement à présent.
Les rapports sont-ils différents entre la police et la gendarmerie ?
Je trouve les gendarmes plus organisés, plus hiérarchisés, plus carrés. La communication est
à l'image de cela. Quand il y a un fait divers en zone rurale, la brigade renvoie tout le temps à
la compagnie. Ce n'est pas un désavantage car lorsqu'ils ont des infos, ils ont tous les
éléments.
La compagnie dispose de trois officiers : le commandant Lecoq, pas à l'aise, son adjoint, le
capitaine Gomez, et le capitaine Maccrez.
A côté de ça, la police paraît désorganisée. Quand on y va à 17 h 30, le major Jacques n'est
pas là. On ne sait pas trop qui est notre interlocuteur. Pour la sureté départementale, la
communication est complètement aléatoire. Parfois le commandant dit qu'il n'y a rien,
parfois il oublie. Ce n'est pas bordélique mais moins structuré. Les policiers ont un rapport
différent avec le milieu délinquant. Les gendarmes y sont moins confrontés.
A Lorient, la compagnie de gendarme communique facilement mais ce n'est pas le cas
partout. A Vire (Calvados), on pouvait consulter les communiqués dans une bannette sur les
33

affaires mais tu n'avais aucune relation humaine. A Alençon, on ne pouvait pas monter dans
le bâtiment. Tout se faisait par téléphone.
J'ai de très bons rapports avec les gendarmes d'ici. C'est vraiment humain. C'est plus facile
parce qu'on se voit. On peut discuter. Ce n'est pas possible avec la police. Par contre, j'ai un
contact avec le syndicat majoritaire SGP-Police-FO qui m'a déjà rencardé sur une affaire.
Chez les gendarmes, cela n'existe pas. A moins de connaître un gradé de la brigade de
recherche….
Pourquoi répondent-ils nos questions ?
Parce que par tradition, le fait-diversier va les voir pour parler de ce qui se passe dans la cité.
Parce que c’est une façon de mettre en avant leur travail et qu’ils ont une certaine idée de
l’implication citoyenne. Cela leur semble normal qu’en en parle.
Les réactions du genre « Font chier ces fouilles-merdes » sont rares. Cela arrive quand on ne
les connaît pas. Après, ils savent que nous n’allons pas prendre en photo un cadavre ou un
détail macabre.
C’est sûr qu’on en agace certains mais avec le temps on les apprivoise.
Ils ont besoin de nous. Ils savent que leur hiérarchie est sensible aux articles publiés sur leurs
actions. Par exemple, je couvre un commandant général en visite dans l’Ouest. Quelques
jours avant, j’avais fait un papier sur les groupes anti-cambriolages de la police et la
gendarmerie. Valls venaient d’en parler pour qu’ils se développent. Lorient était la première
compagnie à le mettre en place. Mon papier est allé en région. Coup de bol, l’itv du général
est allé en IG avec un bilan 2012. Je sais qu’ils en ont été très contents même si je ne l’ai pas
fait pour eux.
J’avais aussi fait un papier pédagogique sur l’organisation de la compagnie de gendarmerie
de Lorient. Très bon pour moi parce qu’ils étaient contents. Ce n’est pas de la lèche mais je
sais que cela va leur faire plaisir.
Il ne faut pas hésiter à faire des papiers quand tout va bien. Mais, il faut qu’ils comprennent
qu’on parle aussi de ce qui ne va pas. Je leur explique qu’il faut se placer du point de vue des
lecteurs qui parlent des affaires sur leur commune.
Ils savent qu’on ne peut pas cacher des choses qui alarment la population. Jean-Pierre Beuve
avait cette préoccupation d’être juste. Si tu as de bonnes relations, c’est bon. S’ils savent que
tu es sérieux, c’est bon.
Comment ça se passe sur le terrain ?
Des enquêtes de voisinage, on en fait rarement. Par contre arriver sur un FD encore chaud,
cela arrive.
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Un correspondant me prévient qu’il y a eu un braquage dans un commerce. J’y vais. Sang.
Policiers. Pas ravis que je sois là. Je demande pour la photo. Non. Je respecte. Les policiers
que je connais ne parlent pas. Je n’insiste pas.
Faute de temps, je ne peux pas faire de contre-enquête. C’est un genre plus réservé aux
mensuel ou hebdo. Ou bien, lorsqu’une affaire a déjà été traitée par la justice. Genre : la
contestation d’Omar Raddad. Le nouvel Obs en fait beaucoup des comme ça.
Le parquet est notre contact pour cela. A Lorient, leur bureau est ouvert mais s’ils n’ont pas
le temps, ils ne nous reçoivent pas. C’est une tradition à entretenir. Le contact physique est
important.
Personnellement, tu en penses quoi du FD ?
On m’a proposé le FD. Je ne l’avais pas demandé. J’ai pris cela comme une nouvelle
expérience. Si je continue tant mieux. Si j’arrête, ce n’est pas grave. C’est une nouvelle corde
à mon arc. C’est un poste à contrainte. Tu rentres plus tard le soir. Il y a plus d’imprévus. Les
journées sont organisées différemment.
Les Fait-diversiers ont une mauvaise réputation, sans doute à cause de leur forte
personnalité. C’est un truc stressant dans lequel tu galères. Tu te prends souvent des retours
de bâton. Forcément, tu te durcis en retour.

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Entretien avec Yvan Duvivier, journaliste justice à Lorient.
« Tout repose sur l’article 11 (Sauf dans le cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des
droits de la défense, la procédure au cours de l'enquête et de l'instruction est secrète.

Toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel dans les
conditions et sous les peines des articles 226-13 et 226-14 du code pénal.
Toutefois, afin d'éviter la propagation d'informations parcellaires ou inexactes ou pour
mettre fin à un trouble à l'ordre public, le procureur de la République peut, d'office et à la
demande de la juridiction d'instruction ou des parties, rendre publics des éléments objectifs
tirés de la procédure ne comportant aucune appréciation sur le bien-fondé des charges
retenues contre les personnes mises en cause.)
Du coup, les policiers et gendarmes ouvrent le parapluie dès qu’une affaire se complique et
renvoient vers le Parquet. C’est l’interlocuteur majeur. C’est le meilleur et le plus sûr des
pourvoyeurs d’info. Ça permet d’être au-dessus des sources habituelles.
C’est aussi une histoire de personnes car tout dépend du procureur. S’il est communicatif,
son parquet aussi. A Vannes, ça n’est pas le cas. A Lorient, oui. Ils ont assimilé la nécessité de
communication envers la presse.
Avant, on allait rarement au Parquet. Maintenant, je m’y rends en personne plutôt que de
téléphoner. Je serre la main aux gardiens, je fais la bise aux secrétaires. A force, on m’y
connaît et je peux avoir des infos à la machine à café en discutant. Il faut du temps pour
mettre cela en place. C’est nécessaire car le Parquet est la branche essentielle du FD à
présent. Les autres ont les jetons. Le Parquet leur a tapé sur les doigts. Il a pris du pouvoir.
C’est un poste très politique aussi.

Est-ce qu’ils parlent ?
Si tu arrives avec des billes, ils répondent. S’ils disent non, c’est « pas maintenant » et ils
t’expliquent. Là encore c’est une histoire de personnes. Il faut être prudent pour ne pas
griller sa source, car ils jouent le jeu et leurs infos sont fiables. C’est juste une question de
timing.
Le Parquet peut aussi se servir de la presse pour faire avancer une affaire. Ex : celle de la
valise. On retrouve un cadavre. Pendant deux ans, l’affaire est au point mort. Le parquet et
la police a cerné les auteurs mais n’a pas la preuve. Les écoutes ne donnent rien. Le Parquet
nous reçoit avec le Teleg et passe un accord.
Ils nous disent avoir trouvé une clef qui va leur permettre de remonter jusqu’aux auteurs. En
fait, ils ont la clef depuis deux mois mais ça ne donne rien. L’idée, c’est d’affoler les auteurs
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du crime pour qu’ils en parlent au téléphone entre eux. La Procureure adjointe est claire
avec nous. Elle veut se servir de nous comme un appât pour faire avancer l’enquête.
Cela se passe un vendredi. Donc, elle impose une publication le lundi car en fin de semaine,
elle ne va pas disposer d’assez de personnels pour réaliser les écoutes.
On collabore. Mais, il faut savoir que la justice peut réquisitionner la presse. Pour un avis de
recherche par exemple.
Tout ça, c’est du off et de la confiance. Ça se passe entre la proc adjointe, le jr du teleg et
moi. Je passe l’accord au nom du journal. Il n’y a pas de discussions avec la rédaction en
chef.
On accepte. Il y a une espèce de duplicité/complicité de notre part. Mais l’enjeu est double.
On préserve nos rapports avec le Parquet. Et, on fait fonctionner la justice. On participe au
piège en sachant que derrière, c’est le jackpot car c’est affaire nationale.
Ya embargo pour le Teleg, OF et l’AFP (dont je suis correspondant) jusqu’au lundi matin.
C’est le deal. En échange on aura les suites dès que ça aura bougé.
Le mardi ou le mercredi, ça ne rate pas : 4 interpellations et 2 écroués.
Sur le coup, on a été un soldat de la justice. Il y a une connivence qui fait réfléchir. Nous
avons servi d’accélérateur.
C’était un sujet hors du commun. Il y avait de l’excitation. Ils nous ont eus sur notre point
faible. Mais, tout a été fait en transparence. Elle s’est servi de nous mais ne nous a pas
manipulés par derrière.
C’est aussi un sacré gage de confiance car pendant deux jours, nous avons été dépositaire
d’un secret judiciaire. J’aurais pu aller voir les personnes sur écoute.

37

Les entretiens des interlocuteurs
Entretien avec Michel Parca
Adjudant-chef, sapeur-pompier depuis 1984. ) Adjoint du commandant du CS HBT. Un des cinq chefs
de garde au centre de secours d'Hennebont (39 Sapeurs, 5 officiers)

Quelles informations transmettez-vous au fait-diversier ?
« Je ne transmet que les infos dont je suis sûr : Pourquoi on a été envoyé. Combien on était. Quels
engins ont été déployés. Quelles actions avons-nous réalisé.
Les origines du sinistre, c'est délicat parce qu'après les gens pourraient revenir vers nous en disant
"Le feu n'était pas d'origine électrique comme vous l'avez dit" C'est sans doute le journaliste qui va
prendre dans la gueule mais c'est quand même gênant.
Un feu dans la nature, c'est systématiquement criminel, conscient ou pas. Souvent un mégot jeté par
les conducteurs. Pour le tunnel du Mont-Blanc, c'est un mégot lancé par un automobiliste qui a
atterrit dans l'aérateur du camion qui s'est enflammé.
Les gens doivent savoir ce qui se passe. Après la question, c'est à quel moment doit-on dire les
choses, et où est la limite ? Est ce qu'on peut dire que la victime était saoule ? Si on le dit aux
journalistes, on sait bien que ça va s'arrêter là…
On ne peut pas donner trop de détails. Un blessé léger, cela veut dire des membres cassés. Un blessé
grave, c'est au moins un trauma, une inconscience (trauma crânien) ou des insensibilités. Ça n'a pas
la même perception pour les lecteurs.
Un fémur cassé, c'est plus grave. Ça veut dire 1 L de sang en moins sur 5-7 litres. C'est énorme.
L’évolution des rapports ?
Au début, je n’étais pas chef et à Paris, ma perception est donc différente. Là-bas, je voyais les
journalistes comme des intrus. Ils y vont, presque comme des paparazzi, sur les cadavres. Les
relations étaient nulles. Aucune relation publique (REP). Les journalistes n'étaient pas pris en compte.
Et puis un officier a commencé à parler de la Brigade. Il a bien compris le système de communication.
Les autres départements ont vu que les pompiers de Paris parlait. Des modules de REP ont été créés
pour savoir le faire.
Le cadre est simple : Les sapeurs-pompiers savent qu'on doit vous envoyer vers le chef de secours. Si
l'intervention a lieu dans une entreprise, est-ce qu'on doit vous le dire ? Si c'est interne non. Quand il
y a une fausse alerte, mieux vaut venir nombreux que non. Donc il y a une mobilisation mais on ne
communique pas parce que rien ne s'est passé.
Communiquer trop ça peut aussi induire moins de confiance de la part des entreprises. Nous, on
travaille avec eux. On doit garder de bonnes relations.
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On n'est pas là pour renseigner la presse. Mais, c'est important de parler de nos interventions.
Comment le journaliste doit-il se comporter lors d'une intervention selon vous ?
Pour les photos, il faut cacher la plaque d'immatriculation, les victimes et le sang sur une peluche par
exemple. Ni un pompier sans casque.
Faut demander la permission au chef de groupe. Tu vas te faire envoyer chier parce que dans sa tête
tu deviens une chose en plus à gérer. Une chose par indispensable. Tout dépend des gens et de la
situation. S’il y a beaucoup de travail, il faut marcher sur des œufs. Les SP sont en stress et sous le
choc. Ya un refus de tout ce qui vient de l'extérieur. Le journaliste peut s'approcher s'il ne dérange
pas. C'est quelqu'un qui déconcentre. Mais il n’y a rien de personnel.
Quand il y a des jeunes journalistes, ils ne connaissent pas les règles. Nous faisons une formation RP
qui nous apprend comment bossent les JR. Faudrait que cela soit réciproque et que les Jr viennent
dans les casernes pour s'habituer à nos termes et à nos habitudes.
On a toujours peur que les journalistes donnent des infos qu'ils ne connaissent pas. Il y a toujours
une traduction, une interprétation par le journaliste qui peut changer les infos. Les erreurs existent
sur les identités et les appellations des engins. Il y a une méconnaissance du système.
Ex : on dit FPT pour fourgon pompe tonne (1000 L d'eau) - fourgon incendie
VSAV pour ambulance

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Entretien avec le lieutenant Franck Cavennec.
27 ans de carrière.SP de Paris au début, 3e année à Lorient comme officier.

Quel est votre rapport à la presse ?
La relation avec les journalistes est quelque chose de nouveau pour moi. Ce rapport de
proximité est imposé par le commandant Guillemot, le chef de centre. Il tient à ce que nous
apportions des réponses aux journalistes.
C'est du donnant-donnant. Nous sommes contents de vous trouver pour parler de nos
événements. Mais personnellement, je trouve cela cher payé. La plupart des officiers de
garde, Lered, Boucher, Goello et moi-même, sommes "gonflés" par cette obligation
C'est une relation courtoise mais subie, de mon point de vue. Ce n'est pas le rapport humain
qui pose problème, c'est la différence entre ce qui est dit et ce qui est parfois retranscrit.
C'est trois appels par jour, soit le double en comptant le Télégramme. Je passe ma vie au
téléphone pour organiser les sorties des équipes. Le journaliste est une chose en plus à
gérer. Un truc un peu en dehors de mes attributions qui plus est.
Quelles informations donnez-vous ?
Dans nos rapports, nous nous contentons aux faits. Jamais d'interprétations. Normalement
c'est le Codis qui donne les informations.
Le matin, notre agenda est calé. Il ne faut pas appeler en dehors de la plage 10 h 30 - 11 h.
Le faire, c'est s'exposer à une réponse négative, quoi qu'il se passe. S'il y a une intervention
en cours, le chef de garde ne sera pas là et le pompier de téléphone ne donnera aucune
information.
Je trouve que nous sommes de plus en plus sollicités mais qu'il y a de moins en moins de
contrôle. Moins d'échange sur l'article en rédaction. Pour une vérification d'information, il
est possible de m'appeler. C'est mieux que mettre une bêtise.
Lors des interventions sur le terrain, il faut s'identifier auprès du chef de garde et rester en
retrait. Il est possible de faire des photos du moment que les hommes sont équipés et
casqués. Je préfère aussi vérifier les photos avant publication. Nous avons une revue de
presse quotidienne. Si quelque chose ne va pas, cela nous retombe dessus très vite.
À la fin de l'intervention ou pendant un moment de répit, le chef de garde vient vers le
journaliste et lui donne les informations factuelles.
Si tout se passe comme cela, pas de souci. On peut même amener le journaliste sur le lieu de
sinistre s'il n'y a aucun risque.
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Entretien avec le commandant de police Jacques Corre.
Commissariat de Lorient. Sureté départementale. Officier depuis 30 ans, commandant depuis 5 ans.

Qu’est-ce que le fait-divers selon vous ?
Le fait divers est un événement de caractère pénal ou simplement accidentel sur la voie publique et
sur la voie privée. C’est aussi ce qui est rapporté à la population. Quand cela donne lieu à des
poursuites et procès, cela doit être rendu public. C’est le moment qui compte. Publier une
information, tout de suite, alors qu’il y a encore plusieurs hypothèses, c’est différent. Nous sommes
dans la phase policière de l’instruction. Nous constatons les faits. Nous pouvons rapporter des
éléments tout en restant dans un cadre de vérité.
Un journaliste doit enquêter sur un fait, comme le fait un policier. En cela nous nous ressemblons.
C’est la finalité qui change. Nous le faisons pour la justice. Vous le faites pour l’opinion.
Si cela met en péril l’enquête, si cela empêche les services de trouver la vérité, alors il ne faut pas
communiquer. C’est là que se noue la collaboration entre les policiers et les journalistes. Il faut
garder en tête les considérations humaines, le respect des victimes, de la famille, de la communauté.
Les identités aussi.
Je suis pour la liberté de la presse. C’est fondamental. Mais elle ne doit pas être contraire à l’action
des services de l’état, qui sont de trouver la vérité et de rendre la justice. Prenez l’exemple d’Outreau
par exemple. On a 15 coupables dans la presse. Et puis finalement 15 innocents.
Les conséquences sur l’opinion sont de la responsabilité du journaliste.
La police ne joue pas ou ne doit pas jouer avec la presse en distillant des informations. La presse peut
être une alliée, lors de disparition ou pour parfois faire avancer une enquête.
Le journaliste en rajoute parfois par rapport à ce qu’on lui dit. C’est à ces risques et périls car si c’est
dans le mauvais sens, il s’expose à un rectificatif ou à une plainte.
Tout cela est maîtrisé par le journaliste. Il y a aussi une logique d’entreprise qui joue. Nous ne
maîtrisons pas cela. Mais, nous en sommes conscients.
Parfois, on veut aussi dire que la police fait son travail alors que la population pense le contraire.
Que pensez-vous du travail des fait-diversiers ?
On est souvent surpris sur le contenu des articles. Les articles publiés avant procès ne sont pas
toujours conformes à la vérité dite au procès. Informer, oui, mais pas de façon précipitée. Donner
des faits rapidement oui. Mais les circonstances, non. C’est trop tôt. Car l’enquête n’est pas finie.
Je trouve que les articles sont souvent limités dans les recherches. Lorsqu’on donne une info, on
s’expose à la lire dans un article avec les conséquences que cela peut engendrer. C’est pour cela que

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je me limite toujours à ce dont je suis sûr. Encore une fois, tout ça est de la responsabilité du
journaliste.
Les relations entre la police et les journalistes ont-elles évoluées ?
Communiquer avec la presse est compliqué car nous travaillons sous le contrôle du parquet. Les
règles ont changé. Le contrôle du Parquet est plus cadré. Normalement on devrait communiquer
uniquement sous l’autorisation du Procureur de la République ? Avant cela était moins encadré. Je
ne le regrette pas car de toute façon, je me suis toujours contenté du minimum syndical par
prudence.
Il arrive qu’on place mal sa confiance. A force d’être échaudé on fait plus attention.
Ex : Il y a une 15zaine d’année, nous découvrons le corps d’un SDF mort depuis quelques temps. Son
chien l’avait un peu boulotté. Au journaliste FD, j’avais donné des éléments d’identification tout en
précisant qu’il ne fallait pas les publier. Je n’avais pas encore prévenu la famille. Il les publie quand
même en titrant « un SDF dévoré par son chien » et il donne son nom. La famille a appris la mort du
fils dans le journal. J’ai dû gérer la mère pendant trois semaines. Le journaliste non.
Forcément, cela crée une difficulté. On a plus le même rapport de confiance. Il a brisé notre rapport.
C’est idiot parce cela dépend des circonstances et des personnes. Mais …
Avez-vous été formé à la communication ?
Je suis rentré à l’école des inspecteurs en 1984. Question formation, on n’avait rien sur les relations
presse à l’époque. Maintenant oui, il y a des modules pour apprendre à communiquer. Mais on
apprend plus sur le tas. Dans mon cas, en tant qu’officier formateur, j’ai eu de nombreux contacts
avec la presse lors d’exercice. Je n’en fais pas une maladie. Il faut communiquer. Mais je reste
prudent et réservé.

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Entretien avec le capitaine de gendarmerie MaccRez, Compagnie de Lorient.
26 ans de carrière.

Que pensez-vous des fait-diversiers ?
Pour être honnête, sur le terrain, un journaliste, c'est une chose en plus à gérer. Il y a 25 ans,
les journalistes se déplaçaient moins sur les faits divers mineurs. On travaillait sur des zones
plus restreintes. On avait un contact direct, quotidien et presque privilégié avec les
journalistes. La politique actuelle a changé. Les brigades ne communiquent plus. Tout
dépend des officiers de la compagnie lors des points quotidiens.
Aujourd'hui, on vous voit plus et on se dit : "Ils sont déjà là". Aujourd'hui l'information va
très vite et les journalistes sont parfois plus rapides que les gendarmes. Vous êtes des cassepieds. Dans le stress d'une opération, c'est une gêne à gérer en plus. Nous devons être
certains que vous n'allez pas perturber l'enquête.
Lors des deux rendez-vous quotidiens, c'est différent. Nous savons qu'il y a un besoin de
communication et de médiatisation de nos actions. Les relations ne sont pas les mêmes.
C'est un aspect qui est pris en compte à présent. Des officiers de communication ont été
nommés au niveau régional. Ils sont formés pour répondre aux télévisions par exemple lors
d'affaires importantes.
Font-ils bien leur travail de votre point de vue ?
De mon point de vue, il y a des bons et des mauvais journalistes. Certains sont réceptifs. Ils
comprennent quand il ne faut pas aller plus loin. D'autres poussent et là cela pose des
soucis.
La limite à ne pas franchir est d'abord celle du respect des victimes lors d'un accident, d'un
crime ou d'un suicide. Ensuite, il s'agit de ne pas entraver ou gêner l'enquête. Quelqu'un qui
va dans le périmètre d'investigation, qui va interroger les gendarmes en faction, c'est
quelqu'un qu'il faut surveiller. Il ne devrait pas être présent à ce moment de la phase
d'investigation. Il y a différents périmètres. Moi-même, je ne vais pas sur la scène de crime
par exemple. Il y a "gel des lieux" pour que les techniciens enquêtent. Le journaliste a fortiori
ni va pas non plus. Autour de premier périmètre, il y a les responsables de l'enquête. Plus
loin, au troisième niveau, il y a les autorités administratives comme le maire, le préfet etc. Le
journaliste peut être là également. Au-delà, les intervenants tels que les garagistes,
personnels mortuaires etc... Attendant au quatrième niveau. Ensuite, il y a le public
éventuel.
Comment doivent-ils se comporter sur le terrain, selon vous ?
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Lors d'une intervention sur le terrain, le journaliste doit s'identifier auprès du responsable. Il
se présente et demande quand il peut faire des photos et avoir les informations. Il y a un tas
de choses à faire alors il faut comprendre que la presse soit secondaire. Il faut attendre.
Le souci de la photo pour les gendarmes est que nous devons apparaître en tenue
réglementaire, coiffe comprise. Sinon, nous pouvons avoir des remontrances de la part de
nos supérieurs.
Quand cela n'est pas respecté, il peut y avoir des réactions disproportionnées sur le terrain.
Il faut que le journaliste sache où est sa place et qu'il n'en sorte pas.

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Capitaine Gomez, 46 ans, gendarme depuis 23 ans.
Commandant en second de la compagnie de Lorient (214 gendarmes)

Quel est votre rapport à la presse ?
Je découvre la relation avec les journalistes depuis un an et demi. J'étais au stuc en
Martinique avant et à la police judiciaire (?). C'est un nouveau métier. Je n'ai pas d'a priori
avec la presse. Informer le public est nécessaire. Nous sommes au service du public. La
presse est aussi un service public, mais avec des missions différentes.
Nous sommes assez proches. Nous intervenons sur les mêmes événements. Nous avons des
contacts privilégiés. Il y a de l'échange.
La gendarmerie fait du renseignement en permanence. Pas de manière stalinienne, nous
n'avons pas le droit d'avoir des activités occultes. Nous réalisons du renseignement factuel.
L'échange avec les journalistes est intéressant, mais nous pouvons nous en passer. Ce n'est
pas une obligation. Nous n'avons pas besoin de vous pour exister. On sait utiliser la presse
pour faire de la publicité. Comme tout le monde, nous n'aimons pas lire de mauvaises choses
écrites sur nous.
Quand on donne des informations, on finit par avoir de l'empathie pour le journaliste qui
rame. Il y a forcément un lien, pas d'amitié, mais privilégié avec le fait-diversier. Nous
donnons avec plaisir mais attention, il y a un contrôle de la hiérarchie et du préfet. Le
commandant de département dépend du Préfet qui le note.
Quelles infirmations donnez-vous à la presse ?
Dans le cadre de notre mission, donner de l'information peut créer un sentiment
d'insécurité. Dire par exemple qu'il y a eu 1100 cambriolages en 2012 sur l'agglomération
lorientaise, cela peut avoir des conséquences incontrôlables.
Ex : il y a deux ou trois ans, le gouvernement veut développer le système de voisins vigilants.
Un peu bizarre mais ça pourrait diminuer le nombre de cambriolages. On appelle à la
participation de citoyenne. On l'essaye dans diverses communes de gauche et de droite :
impossible. Le nouveau gouvernement n'interdit pas le système. On le relance. Dans le Pays
de Lorient, deux communes sont intéressées. Mais EELV Guidel critique la mise en place. Un
article brut parait dans la presse et casse le travail en amont.
On peut bouder la presse si on se fait baiser. Si ce que je dis est Off et que l'info passe, on ne
se verra plus. Un jour, un journaliste du Télégramme était dans le couloir de la compagnie. Il

45

a écouté ce que je disais au téléphone. Il est en poste depuis 10 ans et se croyait chez lui à la
gendarmerie. Depuis, on voudrait que les journalistes attendent en dehors derrière la porte.
La première fois avec la presse, je ne savais pas quoi dire, quoi répondre. Parfois on se
trompe et on se fait engueuler. Il y a une formation communication à l'école d'officier. On
apprend à y parler mais pas à gérer la presse au quotidien. On n'apprend à donner un
message de prévention et d'apaisement. Nous sommes des juristes parachutistes en fait.
Comment se comporter lors d’une intervention ?
Sur un accident, la place du journaliste est là où il gênera le moins l'enquête et les secours.
On les éloigne donc de la scène. Un journaliste est un souci en plus. Dans nos deux
professions, il y a des filous. La recherche du scoop est un problème.
La plupart des journalistes avec qui j'ai affaire sont expérimentés. Mais quand il y a des
changements, on le voit tout de suite. C'est moins intéressant. On communique moins parce
qu'on a moins confiance. On va rester dans le pur factuel ou donner des informations sans
enjeu. On lit vraiment la presse. Dans le détail. On y trouve des choses intéressantes. C'est
une veille.
Est-ce que ça a changé ?
C'est possible mais je n'ai pas le recul. Le fait de changer de commandant tous les trois ans
est une difficulté car il est difficile de recréer un climat de confiance à chaque fois. Il n'y a pas
de directives générales à part sur certains faits, comme les cambriolages par exemple.

46

Présentation de Ouest France
Quelques chiffres :
1 555 personnes travaillent à Ouest-France au 31/12/2012, dont 564 journalistes, 2 576
correspondants, 16 381 partenaires de la distribution. (36 % Journalistes, 14 % Employés, 22
% Cadres, 28 % Ouvriers.)
Produits bruts 2012 : 333 millions d'euros.
Quotidien : 53 éditions locales différentes, représentant en moyenne chaque nuit 642 pages
et 2 800 photos.
"Dimanche Ouest-France" : 17 éditions dominicales.
Implantation : 2 unités de production à Chantepie en Illeet-Vilaine (5 rotatives) et à La Chevrolière en LoireAtlantique (2 rotatives), 63 rédactions dans les 12
départements des régions Bretagne, Basse-Normandie et
Pays de la Loire, dont une, à Paris.
Rayons d’actions :
L’implantation géographique du quotidien Ouest-France
s’étend sur douze départements (régions Bretagne, Basse-Normandie, Pays de la Loire). En
2012, les meilleures ventes du quotidien ont été réalisées en Ille-et-Vilaine (17,0 % du total),
en Loire-Atlantique (14,9 %), dans le Morbihan (14,2 %) et dans les Côtes-d’Armor (11,5 %).
Ouest-France est le premier quotidien
français depuis 1975.
Diffusion OJD 2012 : 767 434 exemplaires.
Audience : 2 539 000 lecteurs ; source : Etude
One Audipresse 2013.
Diffusion OJD de “dimanche Ouest-France” en
2012 : 371 103 exemplaires. Audience : 1 910
000 ; source : Etude One Audipresse 2013.
Publicité : 34 % de produits.
– Précom : 87 % du CA publicité pour les annonceurs locaux et régionaux ;

47

– Com>Quotidiens (filiale en association avec
d’autres journaux) : 13 % du CA publicité pour les
annonceurs nationaux et pour les petites annonces
extra-locales.
767 434 exemplaires chaque jour
L’OJD (Office de Justification de la Diffusion) est un
organisme interprofessionnel de contrôle de la
diffusion de la presse sous forme d’une association
indépendante loi de 1901 constituée par des
éditeurs, annonceurs et professionnels de la publicité. Les chiffres de l'OJD sont utilisés pour
promouvoir le potentiel publicitaire auprès des agences média et des annonceurs.
Ouest-France est classé 9ème quotidien le plus diffusé en Europe (suivant le classement du
World Association of Newspapers 2012).

Le Groupe SIPA
Depuis 1990, l’indépendance d’Ouest-France est garantie par son appartenance à une
association loi 1901 à but non lucratif.
" Le journal n’est pas une fin en soi, il est au service de l’homme et des communautés qui
constituent la société." Cette vérité qu’exprime François Régis Hutin, Président–Directeur
Général d’Ouest-France, est illustrée par la structure spécifique du Groupe.
La base de cette structure est une association de loi 1901 à but non lucratif : l'Association
pour le Soutien des Principes de la Démocratie Humaniste.
Cette Association détient 99,99 % de la société civile SIPA (Société d'Investissements et de
Participations) laquelle contrôle :
• 99,98 % de Ouest-France (presse quotidienne régionale)
• 99,14 % du groupe Journaux de Loire (Le Courrier de l'ouest, Le Maine libre, Presse Océan)
• 96,90 % de la Société Cherbourgeoise d'Editions (La Presse de la Manche)
• 99,95 % de Publihebdos (premier groupe français de la presse hebdomadaire régionale : 77
48

titres dans 20 départements)
• 67,79 % de Précom (régie publicitaire)
• 41,64 % de Sofiouest, qui contrôle 66,42 % du Groupe Spir Communication, leader français
de la presse gratuite hebdomadaire (99 magazines TOP), premier éditeur de magazines
immobiliers (34 titres), premier distributeur privé en France et puissant acteur Internet.

Les sociétés Sofiouest et Spir Communication ont une participation de 50 %
dans la société 20 Minutes France SAS, éditrice du quotidien gratuit
d'information 20 Minutes, leader dans sa catégorie avec 979 440
exemplaires distribués (OJD 2012)

49

La charte des FD OF Intégrale
Dire sans nuire, Montrer sans choquer, Témoigner sans agresser, Dénoncer sans
condamner.
Faits divers, faits de justice : notre déontologie
– Dire sans nuire,
– Montrer sans choquer,
– Témoigner sans agresser,
– Dénoncer sans condamner.
En 1988, une note de la Direction et de la Rédaction en chef définissait « un certain nombre
de garde-fous pour garantir notre cohérence dans la couverture des affaires les plus
courantes » et rappelait « les éléments de base de ce qui doit être notre approche
professionnelle du fait divers ». Loin de « mettre un terme à la réflexion », cette note «
invitait à la poursuivre au sein de chaque équipe ».
Le 29 juin 1990, la Rédaction en chef diffusait la « charte du fait divers ». Depuis, cette
réflexion déontologique s’est poursuivie dans les équipes rédactionnelles, lors des sessions
de formation, dans de nombreux groupes de travail ou par des contributions personnelles.
Au fil du temps plusieurs textes ont formalisé nos pratiques professionnelles dans le journal
et dans les supports multimédia, dans le texte et dans la photographie. Ils sont ici
rassemblés. Ils seront régulièrement réactualisés et disponibles sur Intranet.
Pourquoi le « fait divers » d’abord ?
Parce que la Direction de la publication et la Rédaction en chef réaffirment l’ambition du
journal d’être médiateur dans ce domaine, autant et aussi bien qu’en n’importe quel autre.
En soulignant qu’en celui-ci moins qu’en tout autre, nous, journalistes, n’avons pas droit à
l’erreur.
1
Le fait divers est doublement la clé de voûte de l’information :
– du point de vue du lecteur : c’est un centre d’intérêt prioritaire;
– du point de vue du journaliste : le fait divers fait appel aux règles professionnelles de base
mais il les exige au plus haut degré (vérification des faits, sources contradictoires, rigueur de
l’enquête, réflexion, sensibilité, respect de l’homme… appliqués à un terrain mouvant,
complexe, imprévisible, hors normes et à hauts risques).
Petit ou grand, tout fait divers engage notre responsabilité juridique et éthique. Il engage,
devant les tribunaux, la responsabilité du Directeur de publication. Il compte pour beaucoup
dans l’image que nos lecteurs se font de leur journal. Son traitement exige donc une bonne
connaissance du droit et des procédures, une capacité à trouver le ton juste, entre la
froideur de l’examen clinique et l’émotion excessive.
Le fait divers touche au plus intime de l’homme. Il provoque les sensibilités, interroge les
consciences et perturbe l’équilibre des communautés.
Le journaliste en charge du fait divers doit être à l’aise dans tous les registres de son métier.
Conscience toujours en alerte, il doit avoir l’obsession d’incarner, dans la relation, l’enquête
50

ou les prolongements qu’il propose d’un événement, les valeurs de justice, de liberté, de
respect des individus et de leurs droits qui fondent « Ouest-France ».
Nos principes de base
– Donner des faits vérifiés, précis et utiles à la compréhension, rapportés avec l’obsession
permanente de toutes les conséquences possibles de leur publication (pour les acteurs euxmêmes, pour la famille des victimes, pour celle des coupables…).
– À Ouest-France, nous refusons l’étalage de détails crus et sordides. La règle est la sobriété
et la mesure. Trois raisons nous y engagent : la volonté de ne pas divulguer un quelconque
mode d’emploi, le refus d’alimenter un voyeurisme malsain et enfin le souci de préserver la
dignité de la victime.
– Situer ces faits dans leur contexte, dans toute leur dimension humaine, sans voyeurisme.
– Assurer un suivi systématique des faits, grands et petits. Ne pas hésiter à revenir sur des
faits qui demeurent mystérieux, non résolus. Avoir l’humilité de donner la fin de l’histoire,
même si elle prend à contre-pied des papiers antérieurs.

– Prolonger les faits divers par des témoignages, interviews qui aident à comprendre, par
des informations susceptibles d’aider le lecteur à éviter ce qui vient d’arriver à l’autre (la
bonne question : « Qu’est-ce qui peut m’intéresser et m’être utile à moi dans ce qui vient
d’arriver à l’autre ? ».
– Être extrêmement prudent sur les causes, les liens de cause à effet, les responsabilités
personnelles des différents acteurs. Même l’évidence peut être trompeuse en la matière,
sans compter les stratégies manipulatoires des sources d’information.
– En discuter en équipe : notre éthique commune doit être vivante dans notre manière de
traiter le fait divers. Aucune boîte à outils ne répondra définitivement à tous les cas
particuliers, aucun code ne fera marcher au pas ces transgressions, ces irruptions et ces
dérapages qui sont la matière du fait divers : notre éthique commune s’imposera le plus
souvent dans le dialogue et la concertation.
Du fait divers au procès : une histoire
Entre autres leçons, des « affaires » récentes illustrent deux risques majeurs :
– La relation exclusive entretenue par certains médias avec les sources accusatoires (obtenir
au plus vite un coupable crédible).
– La tentation commune aux sources à charge et aux journalistes de considérer le dossier
comme clos. Raconter un fait divers, c’est raconter une histoire qui commence par la
découverte d’un fait et qui ne s’achèvera que par le constat d’un autre fait : la sanction
définitive par la justice (appel, cassation, voire commission de révision des condamnations
pénales !) :
– bien situer le niveau de l’information et de la source dans le déroulement de la procédure
judiciaire : « à quel moment je parle d’une histoire, en m’appuyant sur quelle(s) source (s) »
?
– Montrer qu’il existe « des avenirs possibles » à l’information du moment : « laissez l’avenir
ouvert, apprenez à écrire d’une manière qui ne soit pas irréversible. »
– pensez au « frigidaire » au moment de la rédaction : avoir toujours en réserve plus de
choses qu’on en met dans le papier.
51

– Pensez au « congélateur » après la rédaction des articles : la nouvelle loi ouvrant des droits
de suite longtemps après l’ultime phase judiciaire, conservez précieusement vos notes,
documents, photocopies, témoignages. Le tout, précisément daté et classé, et assorti d’un
cahier de tous les faits divers parus dans votre édition (à la disposition de la rédaction et… de
vos successeurs).
– Bannir tout effet de polémique à l’encontre d’une personne. Éviter toutes les expressions
outrancières ou blessantes, tous les jugements hâtifs. Cela ne signifie pas nécessairement un
style inodore et sans saveur : la vigueur du style est directement liée à la validité de
l’enquête. La personne incriminée ne doit jamais apparaître comme la cible d’une action
menée par la Presse.
– Avoir plus d’attention envers les victimes. Le fait divers est aussi, pour elles, une histoire
douloureuse (nous avons un devoir de suite sur les conséquences du fait divers dans leur
vie…).
– Nous devons progressivement faire passer l’idée que « la mise en examen » (annonce de la
mise en mouvement de l’action publique), est aussi juridiquement le moyen d’ouvrir les
droits de la défense et non l’affirmation publique d’une culpabilité établie. L’expression de la
défense, ne serait-ce qu’à travers ses demandes exprimées au juge d’instruction, est le
meilleur moyen de cette pédagogie. En rendre compte systématiquement.
– évitez toutes les formulations qui affirment ou insinuent une responsabilité non établie par
la Justice au moment des faits.
Journaliste, pas justicier
Le droit pour la Presse d’informer est lié à son devoir de « sentinelle sociale » qui peut
l’amener légitimement à dénoncer certaines aberrations sociales qui ne seraient pas
rendues publiques par l’Institution ou le groupe mis en cause. Mais ce devoir, reconnu par
les tribunaux, n’autorise pas le journaliste à se substituer à la Justice.
La jurisprudence définit ainsi la rigueur professionnelle :
– La légitimité d’une information n’est jamais fondée sur le seul droit d’informer. Elle est liée
largement à la qualité du suivi d’une affaire. Le journaliste ne doit pas donner le sentiment
de s’être intéressé à l’affaire de manière épidermique ou ponctuelle. Il doit éviter tout avant
jugement péremptoire.
– La mise en cause d’une personne ne doit pas apparaître comme prioritaire par rapport au
but plus général poursuivi par le rédacteur de l’article (celui peut-être la sécurité des biens
et des personnes, le respect d’un mandat public…). C’est l’intérêt pour la société, du sujet
traité, qui doit apparaître prioritairement par rapport aux acteurs du fait évoqué. La
légitimité du but poursuivi suppose que la nature des faits rapportés ne touche pas à
l’intégrité personnelle de ceux qui y sont mêlés.
– Rédactionnellement, cela signifie que l’article ne doit, en aucun cas, donner l’impression
d’un mélange entre les faits et le commentaire (s’il y a commentaire, il doit se situer au plan
politique, intellectuel, social ou culturel, mais jamais au plan des personnes mises en cause).
L’article doit manifester clairement l’absence d’animosité personnelle (texte et photo).
– À défaut de fournir la preuve formelle du fait avancé, le journaliste doit disposer du
maximum d’éléments de preuves. L’enquête ne sert pas uniquement à rédiger un article. Elle
sert aussi à anticiper sur l’offre de preuves et sur l’éventuelle « démonstration de bonne foi
52

» que l’on peut être amené à faire après la parution de l’article (enquête contradictoire,
vérifications approfondies, collecte de preuves formelles ou d’éléments de preuves,
témoignages directement recueillis…). Cela suppose de toujours chercher à contacter ou à
rencontrer toutes les parties concernées par l’affaire traitée et de toujours fournir une
présentation aussi équilibrée que possible des avis des uns et des autres.
– La loi (et l’évolution générale de la société) va nous faire obligation d’être plus ouverts au
droit d’expression des personnes mises en cause. Le droit de réponse (s’il est demandé dans
les formes juridiques voulues par le législateur) n’est pas une critique du travail du
journaliste mais le droit général et absolu de toute personne d’accompagner, à sa manière,
les circonstances de sa désignation dans un article. Ce n’est pas seulement une obligation
légale. C’est une valeur éditoriale défendue depuis l’origine par Ouest-France.
Identité : nommer, ne pas nommer ?
Ì L’identité d’une personne, ce n’est pas seulement son nom. C’est un faisceau d’indications
(nom, prénom, image de la personne, adresse ou photo du domicile, métier et lieu
d’exercice…) qui permettent de la reconnaître.
Que dit la loi ?
Ì La loi interdit de donner les identités de mineurs auteurs ou victimes d’infractions.
Exception dans le cas des mineurs victimes d’accidents de la route. Traitement normal, avec
identité. Si une suspicion d’infraction survient, retour à l’anonymat.
Ì La loi tolère qu’on déroge à cet interdit quand, à la suite de la disparition d’un enfant, un
plan de recherche est lancé et impose aux medias la publication de l’identité de l’enfant et
de sa photographie (voir « fugueur » dans l’abécédaire).
Ì La loi tolère aussi quand les parents témoignent eux-mêmes sur les circonstances et sur les
violences subies par l’enfant. Il peut s’agir, dans ce cas, d’une forme de militantisme pour
dénoncer les violences sexuelles dont sont victimes les enfants.
Ì La loi interdit de donner les identités des majeurs victimes d’agressions sexuelles, sauf si la
victime le demande expressément. La jurisprudence étend cette interdiction aux personnes
décédées.
Ì La loi interdit de donner l’identité des majeurs auteurs présumés d’une agression sexuelle
dès lors qu’un lien de parenté permet d’identifier la victime (père-enfant ; mari-femme).
Que fait Ouest-France ?
AVANT LE JUGEMENT
Ì On ne donne le nom d’une personne que lorsqu’elle est mise en examen ET écrouée.
Ì Des exceptions existent. La publication du nom peut se justifier, même sans incarcération,
pour les personnes exposées (mandat public, associatif, sportif, lien des faits avec la
fonction, personne d’une notoriété particulière, devoir d’exemplarité…) ainsi que pour éviter
la confusion dans le cadre des activités commerciales ou professionnelles.
Ì Rien n’interdit de donner le nom si la personne mise en cause ou son avocat prennent
l’initiative d’exprimer leur point de vue, ou acceptent de répondre à nos sollicitations.
Ì Dans le cas d’affaires exceptionnelles ou à retentissement national, contacter
systématiquement la Rédaction en chef.
53

Identité un jour, anonymat ensuite… Pour le même événement, d’un jour à l’autre, notre
attitude peut varier. Exemple : découverte du corps d’une femme morte. Tant qu’il n’existe
pas d’éléments de suspicion d’agression sexuelle, on peut donner son nom. Si, au cours de
l’enquête, il s’avère qu’il y a eu agression sexuelle, on revient à l’anonymat, imposé par la loi.
Ì De même, la situation peut évoluer pour des personnes mises en examen et écrouées
(identité), qui sont ensuite déclarées irresponsables pénalement (expertises psychiatriques).
Dans ce cas aussi, nous rétablissons l’anonymat.
PENDANT LE PROCÈS
Ì Quand une personne comparaît libre, on ne donne pas son nom pendant l’audience (sauf
cas particuliers cités ci-dessus).
Si elle comparaît détenue, on peut donner son nom. Ì Qu’il s’agisse des tolérances de la loi
sur l’anonymat des mineurs (plan de recherche lancé par les autorités, ou expression
spontanée des parents) et dans les cas d’affaires exceptionnelles ou à retentissement
national, contacter systématiquement le Rédaction en chef.
AU MOMENT DU JUGEMENT
Ì Au moment du jugement, on ne donne pas l’identité si la personne n’est condamnée qu’à
de la prison avec sursis. On donne son identité si elle est condamnée à de la prison ferme.
Cas particulier : même si la personne est condamnée à de la prison ferme mais qu’elle sort
libre à la fin de l’audience (pas de mandat de dépôt), on ne publie pas son nom.
Ì Port du bracelet électronique : si on a connaissance de cette peine de substitution à la
prison au moment où l’on écrit, on ne donne pas l’identité de la personne.
Présomption d’innocence : vigilance !
Ì « Chacun à droit au respect de sa présomption d’innocence » (Article 9-1 du Code civil). Il y a
atteinte à la présomption d’innocence « lorsqu’une personne est, avant toute condamnation,
présentée publiquement comme coupable de faits faisant l’objet d’une enquête ou d’une
instruction judiciaire » (loi du 15 juin 2000).
Ì La présomption d’innocence s’applique jusqu’à une condamnation définitive. On veillera
particulièrement à son application dans les titres, énoncés de condamnations… Avant une
condamnation définitive, on s’abstiendra, par exemple, de la formule « le meurtrier de... »
On peut cependant faire état d’une condamnation, sans obligatoirement préciser la faculté
d’appel ou de pourvoi.
Ì Le respect de la présomption d’innocence n’interdit pas de donner les noms. L’interdiction
se limite à ne pas présenter la personne comme coupable des faits qui lui sont reprochés.
Ì Du bon usage des mots. A encourager : l’usage du conditionnel ; des tournures du type : « il
lui est reproché de » … « il est accusé de »… « il aura à répondre de » … « selon la police » …
À bannir : les mots qui blessent ; les tournures du type : « cet homme bien connu des
services de police » … « inculpé et écroué, le meurtrier a été transféré » …
Ì Éviter l’emploi abusif du mot présumé. Selon le Larousse, « présumé » signifie « estimé tel
par supposition, selon certains indices ». Le « meurtrier présumé » est donc estimé comme
tel, donc présumé coupable. Le mot présumé ne garantit pas absolument la présomption
d’innocence.
Suicide : du tact et une extrême prudence
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Dans Ouest France, nous parlons du suicide : 1 000 citations en 2006 contre 350, dix ans plus
tôt.
I – Le suicide est surtout évoqué en tant que fait social, psychique, sanitaire, etc.
Témoignages de survivants, de proches, de psys, d’associations, d’universitaires. Nous nous
devons de le faire sans réserve, dans une optique de prévention, mais toujours avec tact. II –
Nous rendons compte également de tel ou tel suicide en particulier,
Au titre du fait divers.
Dans ce cas, notre règle est de préserver l’anonymat de la personne suicidée. Si la loi interdit
de permettre l’identification d’un mineur qui s’est suicidé ou qui a tenté de le faire, à OuestFrance, nous étendons cet interdit aux majeurs.
Par exception, cet anonymat peut être rompu :
– en cas de notoriété de la personne,
– en cas d’acte criminel ayant précédé le suicide (ou sa tentative).
Enfin le journal peut évoquer les suicides factuels – toujours dans le respect de l’anonymat
des personnes, si leur geste revêt un caractère public :
– suicide dans l’espace public ou sur le lieu de travail ;
– suicides collectifs.
D’une manière générale, tout suicide qui interpelle la société, qu’il soit ou non revendiqué,
peut et doit être évoqué. Mais attention ; observer la plus extrême prudence sur les liens de
cause à effet. Toute cause avancée n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Il ne nous
appartient pas de spéculer sur les raisons de tel ou tel suicide.
L’enquête contradictoire : une preuve de la bonne foi
Ì La journaliste doit disposer du maximum d’éléments de preuve, à défaut de fournir la
preuve du fait avancé. L’enquête ne sert pas uniquement à rédiger un article. Elle sert aussi à
anticiper, en cas de procès, sur l’offre de preuves et sur l’éventuelle démonstration de
bonne foi que l’on peut être amené à faire après la parution de l’article : enquête
contradictoire ; vérifications approfondies ; collectes de preuves formelles ou d’éléments de
preuves ; témoignages directement recueillis.
Ì Toujours chercher à contacter ou rencontrer toutes les parties concernées par l’affaire.
Toujours fournir une présentation aussi équilibrée que possible des avis des uns et des
autres. Si tel ou tel interlocuteur décline l’offre de s’exprimer, en faire mention dans l’article
: le lecteur doit savoir que la proposition a été faite.

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