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Sociologie L2 AES

Introduction au syntagme de « lien social »

I- Définir le lien social

On évoque le lien social pour déplorer la crise du lien social qui remettrait en cause tout lien
social et remise en cause de toute solidarité. Pour autant le lien social reste fort dans notre
société. Plutôt que de parler de crise de lien social, il s’agit plutôt de considérer les
transformations du lien social à l’aune de certaines questions qui se posent : la crise de la
famille, augmentation du nombre de divorce, rôle social au sein de la famille, crise des
institutions, crise de la sphère politique, croissance de l’isolement, crise supposée de la
jeunesse (pauvreté, suicide)…
La production en matière d’articles qui traitent le lien social est considérable. Une étude de
2006 réalisée par Pierre Denestié recense, pour la période de 1994 à 2002, 342 articles parus
dans les revues scientifiques, 95 ouvrages ont été publiés en France sur le lien social en 10
ans.
Ce qui revient le plus est la mise en évidence de l’aggravation des situations en isolement :
personnes âgées, femmes divorcées, jeunes déscolarisés, chômeurs longue durée,
handicapés…
La dégradation de la qualité des interactions dans les espaces publics. Les espaces publics
sont divers : les cafés : lieu de rencontre, d’échanges importants ; la télévision ; les lieux de
cultes ; la ghettoïsation des quartiers populaires, des banlieues, des quartiers chics ; les lieux
de vie (habitation, travail…). Les lieux de vie sont de plus en plus éloignés et segmentés.
Nous sommes dans une société de la mobilité, société qui s’interroge sur son devenir.

Le lien social se définit comme un ensemble de relations personnelles, de normes, de


valeurs et de règles communes qui relient les individus. Cette définition se trouve dans
l’article « Les évaluations du lien social : un état des lieux » de P.Y. Cusset dans Horizons
Stratégiques, n° 2, octobre 2006. Pour Cusset, la famille est la première sphère de
socialisation et de solidarité. Traditionnellement on considère le lien social comme des
relations de proximité de type communautaire.

Le concept de sociologie est né fin 19ème siècle, il s’intéresse à ce qu’est une société et en
particulier l’opposition entre la société urbaine et la communauté (mode social de la rurabilité
et la paysannerie). Au début on oppose la communauté (lien de solidarité de proximité
territorial et affective) à la société moderne (industrielle, marquée par la reconnaissance du
droit individuel / relation sociale basée sur l’intérêt économique). Aujourd’hui on ne peut plus
avoir cette opposition manichéenne. On retiendra l’idée que lorsqu’on est dans des relations
de proximités affectives => relation communautaire ; quand on est en position sociale par
rapport à autrui => relation sociétale

Le lien social lie toujours les individus qui partagent le même espace social. Certains
sociologues évoquent ce lien : Genestier « L’expression du liens social… » Revue Espaces et
Société, il évoque le lien social qui relève d’un lieu social. Le lieu permet un sentiment de
reconnaissance, d’appartenance.

Par opposition celui qui est exclu n’est pas capable d’entretenir un lien social avec les
membres de la collectivité, l’incapacité à se reconnaitre, appartenir à une communauté,
incapacité de respecter les normes => l’individu ne peut plus se comporter comme tout le

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monde dans les espaces sociaux. Celui qui est dans la misère dans une société riche va être
considéré comme une victime et va être traité de façon spécifique. L’exclusion renvoi aux
défaillances de la société. On peut être exclu d’une communauté mais on ne peut pas
s’exclure d’une société. Il ne s’agit pas d’un exile. L’espace dans lequel nous évoluons est fait
de signes : langage (instrument de pouvoir, d’influence), travail, règles sociales… François
Dosse, L’empire du sens, 1995 : « le lien social est ce qui fonde l’être ensemble ». Il y aurait
exclusion si l’individu n’est plus en capacité de partager, d’être avec les autres.

Le lien social peut être abordé sous un angle politique et moral. On parlera de civilité :
ensemble des liens unissant le citoyen à la collectivité => philosophie de N. Elias qui s’est
attaché à décrire le processus socio-historique de civilisation des mœurs en occident. Il
montre que depuis la Renaissance la culture, la codification des normes ont conduis à une
intériorisation de ces normes à travers l’éducation. Cette généralisation des mœurs et des
pratiques sociales a permis de pacifier les relations sociales d’autant que dans le même temps
l’Etat s’affirme (philosophe : Y.L. Althusser : l’Etat a le monopole ; communauté de mœurs et
de droit => pacifie les relations sociales).
Remarque : on a reproché à la thèse d’Elias d’être trop optimiste sur la société éducatrice.

Le lien social s’appréhende dans le lien interpersonnel : la famille, les voisins… Sociologue :
G. Simmel qui s’est intéressé aux liens sociaux. L’ensemble des relations des réseaux peuvent
être extrêmement fort (reconnaissance mutuelle) ou plus distendue (connaissance). Le capital
social a été mis en évidence par Pierre Bourdieu : ensemble des réseaux relationnels créés.
Les études montrent que le capital social évolue avec l’âge, le statut social ou professionnel
qui dépend du sexe et de l’origine sociale. Au cours d’une vie on peut être amené à changer
de milieux sociaux.

La notion de lien social recouvre la notion de solidarité. Dans les sociétés modernes, les
relations communautaires faites d’entraide et d’affection persistent au niveau microsocial : la
famille, les amis. Alors qu’au niveau macro social c’est l’Etat qui assure la mise en œuvre des
liens de solidarité par le biais de la protection sociale, de l’Etat Providence (P. Rosanvallon,
« Etat Providence », Welfare State).

II- La crise du lien social

Qu’est-ce qu’il advient de cette crise ?


Les fondements de cette crise sont deux éléments : la montée de l’individualisme dit post
moderne, la société industrielle montre ses limites à force de segmenter la force du travail, la
concurrence dans un espace qui est devenu mondialisé. Le progrès économique ne veut pas
forcément dire progrès social. Derrière la modernité il y a une inquiétude sociale. Pendant les
30 Glorieuses il y a avait la protection sociale, le plein emploi… aujourd’hui c’est remis en
cause. La mise en cause du modèle social. L’individualisme montre ses limites.

Il y a une crise du lieu social également. Un auteur : Serge Paugam parle du lien social. Le
lieu est une institution. Double péril : montée de l'individualisme. Problème au niveau des
ouvriers qui sont dans une certaine précarité au niveau des salaires, mise en concurrence dans
la grande distribution notamment (femme en général, à temps partiel et en CDD).
L'individualisation se traduit par une mise en concurrence des salariés. Perdre son travail, c'est
perdre une partie de son identité. Ça remet en cause le modèle social à l'aube du modèle
économique qui crée l'environnement favorable à cet individualisme. C'est par ailleurs

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l'imposition d'un modèle consumériste, modèle de consommation de type de « petit


bourgeois », de classe moyenne, de moyennisation de la société. L'évolution de l'économie se
caractérise par l'instauration d'une société de consommation avec un maniement de la réussite
sociale (celui qui a réussi socialement peut réussir, se loger...). L'accès à la consommation de
masse est un objectif en soi. Le modèle de consommation inspire un certain mimétisme
comportemental de son voisin. Acheter, consommer c'est l'objectif. Cela est devenu de plus
en plus fréquent dans les périodes dites de loisirs. C'est un modèle d'uniformisation des
comportements, des modes de vie autour des classes moyennes, la moyennisation de la
société, l'aspiration à appartenir à une classe moyenne. Une étude récente a été menée par
l'INED sur le sentiment d'appartenance, une enquête menée par téléphone à grande échelle,
elle demandait aux gens quel était leur métier, les caractéristiques sociologiques, et le
sentiment d'appartenance à une classe sociale (classe moyenne, supérieure, populaire) et deux
tiers des personnes se disent appartenir à la classe moyenne par rapport à des caractéristiques
culturels, sociologiques et économiques. Cela traduit une aspiration dominante des classes
moyennes mais il y a aussi une perte militante de la classe ouvrière. Appartenir à la classe
ouvrière se revendique, appartenir à la classe populaire ne se revendique plus (il peut y avoir
parfois un sentiment de honte de satisfaire des besoins minimums, de ne pas avoir réussi). Il y
a un sentiment de frustration, sentiment qu'on peut encore contester le peu qu'on a qui peut
expliquer le vote front national. Une distance sociale peut expliquer la frustration. La
solidarité se déliquetterait par des rapports plus interindividuels.
Tout cela explique la crise du lien social. Pendant l'âge d'or du progrès social (trente
glorieuses) les prolétaires se sont vu reconnaître un statut social. Être un travailleur salarié
permet d'être optimiste car on peut avoir une retraite, on peut être aidé pour se faire soigner...

Une remis en cause du modèle social dit que le modèle n'est plus adapté au monde moderne et
ce qui a été acquis, doit être renoncé en partie. Le sentiment progressiste génère du lien social.
La mécanisation permet de diversifier l'offre de produits. Il y a une dynamique du progrès
social très progressiste. Aujourd'hui, la plupart des études et des sondages montre que le
sentiment d'espoir dans l'avenir se réduit. La majorité des gens pense que l'avenir pour leurs
enfants sera plus dur que pour eux. La vie sera plus dure. Il y a une crise profonde du modèle
économique. Le sentiment, ressenti par une partie de la population croissante mais qui reste
minoritaire, est le sentiment de l'affaiblissement de la dignité. Ce sentiment est ressenti par un
grand nombre de demandeurs d'emplois, victimes du chômage de longue durée qui ressentent
une sorte d'exclusion. Il y a un affaiblissement de la dignité.
Cette crise du lien social on associe des lieux de crise : l'entreprise, les banlieues dites
sensibles. Cette crise voire la rupture du lien social est associé à des groupes socio
spécifiques, en mal d'intégration: les personnes âgées, les handicapés, les SDF, les émigrés...
On parle de délocalisation, de margination.... à l'origine de cette crise. L'analyse des
sentiments, de ressenti, aux impressions est très victimaires. Il y a l'idée que celui qui est
expulsé, exclu est victime d'un système économique, social, de l'action politique. C'est la faute
à la société. Cette impression victimaire conduit à une dé-responsabilisation. Il ne lui
appartient donc pas de sortir de sa situation. Face à la pauvreté il y a trois stratégies possibles :
comment faire pour que la société produise moins de pauvreté ? Comment sortir de la
pauvreté ? Alphabétisation, certaine responsabilisation... Comment rendre la pauvreté
supportable pour les ménages pauvres ? Priorité d'accès au logement tout en restant dans la
limité de la pauvreté de façon de la rendre acceptable pour la personne et pour la société dans
son ensemble. Il peut y avoir un sentiment d'insécurité => concept à bannir. Victimisation,
sentiment d'être relégué, harcelé... Cela traduit un sentiment de déréliction : de rupture de
lien : manque de repère, abandon, manque de repère, la désaffiliation. Face à ces écarts,
notamment entre le modèle consumériste et le consommateur hédoniste (l'art de jouir de la

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vie, celui qui peut se faire plaisir par la consommation) et ceux qui s'en écarte (et qui souvent
le regrette), on en appelle à la convivialité, à la solidarité, au retour à des espaces de
convivialité (des lieux d'échanges entre des gens de situation différente comme les cafés, le
marché, la plage...), la compassion. Il s'agit par exemple dans les politiques publiques de
recréé ces liens sociaux, parfois très fantasmées. Ce qui est mis en évidence est qu'il y a un
lieu de convivialité. La solidarité s'est institutionnalisée : traitement de la question sociale sur
certaines catégories sociales. A côté de ces politiques de plus en plus d'associations et
d'acteurs sociaux qui peuvent se regrouper à l'occasion d'une cause spécifique participent,
collaborent à la réalisation de ces politiques. On parle de participation, de co-élaboration. Le
désengagement de l'État dans le domaine de la santé par exemple, le manque de moyen dont
dispose les acteurs publics favorisent l'engagement a contrario de structures privées, de
structures associatives mais aussi d'entreprises.
On voit qu'on est dans une société normalisée, il y a des normes. Ceux qui ne respectent pas la
norme seront considérés comme des marginaux, des exclus. Si on reconnaît le fait d'être
victime, le marginal n'a pas forcément choisi d'être marginal. Si cette marginalisation est
revendiquée et volontaire, celui qui ne respecte pas la norme devient alors dangereux voire
parce qu'il ne respecte pas les règles il a des chances de les enfreindre il est donc délinquant.
Plus les règles sont strictes, plus les normes sont étendues, plus la délinquance s'exprime, est
constatée. On est dans une société policée, il y a une dérive. Si on pousse le raisonnement à
certaines limites, les marginaux, ceux qui ne sont pas dans la norme ou en situation
d'exclusion sont caractérisé : le SDF, le jeune de banlieue et sont censés vivre dans des lieux
de non droit, dans lesquels les normes ne s'appliqueront pas comme ailleurs, des lieux de vie
anormaux.

Cette question du lien social, des limites du lien social, de la société est fondamentalement
politique. Le lien social découle de la division du travail qui est caractéristique de la société
industrielle.

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Chapitre 1 : Lien social et division du travail :


La thèse de Durkheim
Thèse date de 1893, sa monographie est une grande étude sur le suicide : quelles sont les
causes sociales qui peuvent expliquer le suicide ?
Le holisme est une conception globale de la société où la société est un tout, pour Durkheim
le « corps social », qui existe en tant que telle et elle impose ses règles, ses normes et ce que
nous sommes dans l'environnement social. L'individu est le produit de son environnement. Le
holisme s'oppose à une conception selon laquelle la société est le produit des rapports des
individus => conception libérale : l'individualisme méthodologique. Les individus subissent
l'ordre économique social.
Parler de la crise du lien social dans les sociétés industrielles et donc d'abord s'interroger sur
ce qu'est une société industrielle.

Durkheim était philosophe, juif. Il a été antidreyfusard, c'est un intellectuel socialiste, il


s'intéresse à la théorie de l'évolution de Darwin, le début de la psychanalyse (Freud). Auteur
de la fin du 19ème siècle.

Ce que met en évidence Durkheim c'est que notre organisation sociale nous oblige de
spécialiser de plus en plus l'usage du temps.

I- Qu'est-ce que la division du travail

Article du dictionnaire critique de la sociologie de Raymond Boudon et Bourricot.

La division du travail est une caractéristique de société humaine même si certain groupe
d'insectes connaissent une division du travail (fourmis, abeilles) amenant parfois une
adaptation de la morphologie à la fonction attribuée à tel ou tel animal. La grande différence
est que la division du travail dans la société humaine évolue avec l'histoire. Les communautés
d'insectes apparaissent comme des communautés sans histoire. Histoire veut dire à l'échelle
du temps une très rapide adaptation. L'organisation sociale peut se transformer très
rapidement. Il y a une caractéristique des sociétés humaines qui est cette rapidité d'évolution
et d'adaptation.
La division du travail repose d'abord sur des attributs morphologiques c'est à dire
l'appartenance sexuelle, l'âge. Auguste Comte appelait cela la subordination des âges et des
sexes. C'est une dimension de la division du travail que les sociologues de la fin du 19e siècle
et de la première moitié du 20ème siècle ont pu mettre en évidence. C'est une conception qui
est encore très empreinte des théories de l'évolution dans un contexte coloniale, de
constitution d'empire. Il s'agit de mettre en évidence une différence culturelle. Salengro parle
dans un discours de la race des Lillois. On parle de race. Les apports de l'Ethnologie, de
l'anthropologie sont de mettre l'accent sur ce qui a de commun à toutes les sociétés, les
civilisations. Il y a une évolution de l'animal vers l'humain et l'homme supérieur est l'homme
blanc de la civilisation industrielle, l'homme inférieur vis de la cueillette et ne ressemble pas à
l'homme supérieur. Le corpus commun est la division du travail basée sur la différence des
sexes et de l'âge. Il s'agit de protéger les femmes, de leur permettre de mettre au monde et
d'accompagner le jeune enfant. Comme toute espèce vivante, nous avons besoin de nous
mélanger pour survivre, à travers le mariage on contribue à reproduire l'espèce, de garantir la

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survie. On est dans des relations très subtiles, très complexes. La société moderne veut
remettre « en cause » la division du travail. Nous sommes dans une société qui n'aime pas
l'âge.
L'importance des constructions symboliques et religieuses fondent la division du travail. Les
religions sont des formes importantes des représentations symboliques. Les religions
contribuent à construire la division du travail. La religion est le produit d'une société.

La division du travail est d'abord le produit d'une histoire, d'une représentation qu'ont les
hommes du monde, du temps à travers la mobilisation de ces symboles qui sont par exemple
l'idée de Dieu, de leurs évolutions. La division du travail est d'abord un phénomène social.
L'organisation économique basée sur une spécialisation que l'on fait de l'usage du temps, de
nos connaissances de nos aptitudes communes ou individuelles est bien le produit d'une
évolution de la société, de la façon dont elle satisfait ses besoins...

On ne peut pas dire que la spécialisation de l'organisation économique n'est propre qu'aux
hommes. Les insectes recherchent également l'efficacité économique. Il y a tout de même
deux points qui différencient les hommes des insectes :
 Il est possible d'y comparer des tâches exécutées selon le principe de la division du
travail, des tâches qui seraient exécutées par des individus non qualifiés et non
spécialisés. Il y a l'idée d'une rationalité économique. Plutôt que de vouloir satisfaire
son travail par l'ensemble de ses besoins, il est préférable de se spécialiser et de se
qualifier dans une tâche, une compétence particulière. L'idée de rationalité
économique et aussi l'idée d'une division technique et une réduction de la polyvalence
au profit de la spécialisation. Nous sommes simplement capables de produire des biens
ou des services limités parce qu'exécuté dans un cadre qui est celui de notre
compétence et de notre spécialisation. Nous avons une aptitude à produire quelque
chose. Il y a une transversalité des connaissances aujourd'hui. On peut arriver à une
segmentation du temps et des tâches. Nous sommes d'autant plus contraints à
l'échange (échange économique notamment) pour obtenir le fruit du travail d'autrui.
Notre société est basée sur l'échange et le lien social qui nous oblige à l'échange. C'est
le travail qui est le cadre dans lequel s'exercent ces tâches.
 Le fait que la division du travail est sans cesse en progrès. Parce que les sociétés
humaines évoluent, la division du travail est sans cesse en progrès, elle n'est pas fini ni
déterminée à priori. Notre division du travail n'est pas prédéfini est n'est jamais fini.
La division du travail change sans cesse de nature et s'étend à d'autres domaines que la
stricte sphère de la production. D'après des évolutions récentes, les tâches d'ouvriers
tendent à se réduire voire à disparaître. Ce qui faisait le monde ouvrier est en voie de
disparition. Plusieurs choses permettent de le dire, en 1975 les ouvriers représentent
encore un tiers de la population active, en 2007 ils représentent 13 %. Pratiquement en
l'espace de 30 ans cela a été divisé par 2,5. L'ouvrier spécialisé est en voie de
disparition, les hommes sont remplacés par les machines. Le monde ouvrier est en
voie de disparition dans sa représentation sociale et politique. Il y a une
prolétarisation. Il y a une permanente évolution de la division du travail. De plus en
plus, par les espaces dans lesquels nous évoluons, nous devons être dans des endroits
différents à un moment donné. Parfois ce temps est contraint pour pouvoir réaliser un
rôle social. Dans notre société, compte tenu de ce qu'est cette division du temps nous
sommes en permanence en mobilité entre ces différents espaces pour y exercer tel ou
tel rôle social, c'est ça la division du travail. On court après le temps, il y a un
paradoxe parce que nous vivons plus longtemps et pourtant nous manquons de temps

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pour réaliser des tâches. Nous n'avons plus le droit à ne rien faire, le temps doit être
utile, être utilement utilisé.
Taylor, Fayol, Ford sont très emblématiques de cette division de travail, de cette segmentation
du temps, de cette spécialisation des tâches. A priori quand on a trouvé la manière la plus
efficace pour produire, elle n'a plus à changer. Or la division du travail évolue.

La division du travail conduit à la construction d'une hiérarchie sociale qui tente à légitimé tel
ou tel aspect comme le diplôme, le statut, le secteur d'activité, les domaines de compétences,
les hiérarchies des revenus, la notoriété... Selon les dotations que détient chaque individu la
place dans la hiérarchie sociale sera différente. Certaines dotations peuvent en compenser
d'autres. Ce qui va alors qualifier la division du travail c'est la nature des rapports entre ceux
qui ont le pouvoir, le prestige & le revenus et les exécutants, ceux qui subissent les contraintes
sociales de la division du travail, ceux qui seront peu ou pas doté de pouvoir, de prestige ou de
revenus.

II- La théorie du lien social, la thèse de Durkheim

A- L'évolution du lien social et des formes d'intégration

Pour Durkheim la division du travail est nécessaire à l'existence des sociétés. Dans le livre 1
« De la division du travail social » il analyse la solidarité sociale. Il s'agit de comprendre les
relations sociales solidaires comme un fait social en particulier à travers les règles de droit.
Ces règles sont liées à l'ordre social et à l'ordre moral. De ces mœurs sociales, des valeurs de
cette société découlent des formes de solidarité et cette forme de solidarité relève de la
division du travail. Il y a une solidarité différente pour une division du travail différente. Il
oppose deux catégories majeurs de société : les « sociétés inférieures » et les « sociétés les
plus élevés ». Aujourd'hui on parle plus volontiers de « société primitive » à l'opposé de
société moderne. La logique des « sociétés primitives » est que l'individu n'a pas
d'importance. Il n'y a pas de différenciation. Dans certaines sociétés, en Océanie par exemple,
les gens n'ont pas de nom. L'individu n'existe pas indépendamment, différemment des autres.
Ce sont des sociétés qui sont fortement ritualisées. On ne fait rien n'importe comment, tout
doit respecter un rite. Il y a une importance du culte des ancêtres. Pour conserver cette
mémoire on va sacraliser cette mémoire. Toute religion repose sur des rites. Il y a peu de place
pour l'innovation, l'interprétation personnelle. Il n’y a parfois pas de place du tout. Ce sont des
sociétés qui refusent tout écart par rapport à la norme, celui qui se distingue est sanctionné. Le
droit ne peut être que répressif, d'après Durkheim, on sanctionne celui qui ne respecte pas. Il
s'agit de sauvegarder les pratiques sociales, les valeurs considérées comme immuables,
universelles. L'individu se confond avec le groupe, il n'est qu'un élément du groupe. Ce qu'il
croit, ce qu'il fait est la même chose qu'un autre individu croit ou fait. Il n'y a de place que
pour la conscience collective : sentiments communs et similitudes sociales. Cette solidarité est
qualifiée de mécanique chez Durkheim. C'est une forme primaire d'organisation qui a pu
exister dans le passé et qui à son époque existe encore mais dans des sociétés en voie de
disparition. A cette société Durkheim oppose la société moderne, plus complexe. Les sociétés
les plus élevées naissent de la division du travail. Dans ces sociétés, l'individu est important,
fondamentalement ce sont les rapports individuels qui fondent les rapports sociaux. Les
relations sociales sont d'abord des relations entre individus. Comme c'est une société qui
repose sur les rapports d'individus entre eux, chaque individu cherchant à satisfaire ses
besoins, son intérêt, à mettre en œuvre ce qu'il croit juste ou utile pour lui, les rapports
sociaux peuvent être conflictuels, de concurrence. Il ne peut pas avoir de stabilité, il y a une

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constante évolution. Dès qu'il y a reconnaissance de l'individu il y a instabilité. Durkheim ne


s'intéresse pas au delà de l'individu. On peut considérer les valeurs d'une société comme un
fait social. C'est une sociologie qui considère toute la société.

B- L'origine et la fonction de la division du travail dans les rapports sociaux

Durkheim puise dans l'héritage classique et en particulier ici Adam Smith qui développe sa
conception de la division du travail de façon très intuitive et très anticipatrice en 1976. Toute
l'organisation de la société, du temps va se faire autour de la division du travail. Tout est
segmenté en fonction des activités que nous devons exercer et en particulier en fonction de
notre activité professionnelle. Marshall développe la question du temps de travail et du temps
de loisir en 1890. La division du travail est fondamentalement l'usage que nous faisons de
notre temps. On exerce des activités dans un lieu et dans un moment précis et on le fait dans
un rôle social qui est spécifique à ce moment là et à ce lieu là. Le langage découle du rôle qui
est le notre. La division du travail est d'abord sociale. Durkheim utilise une méthode qui
s'appuie sur la division du travail et il tâche d'expliquer historiquement pourquoi la division
du travail est un fait dans la société, c'est le produit d'un système, d'une histoire. Les causes de
la division du travail :
 les causes sociales : elles sont primordiales, elles font que la division du travail résulte
de l'évolution historiquement des sociétés : l'urbanisation, l'industrialisation, le
développement de la société marchande...
 les causes secondaires ou organico-psychiques : il s'agit de considérer l'évolution de la
nature humaine, il n'y a pas d'ailleurs que ce qui relève de notre nature même
(sentiments, impulsions...), Durkheim incarne dans l'université française une sorte de
modèle car il est le premier dont la thèse se veut quantitative, s'appuyant sur un
raisonnement statistiques, il y a une méthode durkheimienne qui s'est imposer dans la
façon de produire du savoir. Or toute production de savoir n'est pas que l'accumulation
de connaissances, ces connaissances s'accumulent les unes des autres. La dimension
psychologique, l'individu est fait de rationalité mais aussi d'irrationalité, la société est
le produit de notre rationalité mais aussi de notre irrationalité.
Durkheim est un sociologue holiste mais il n'est pas que ça. Il est aussi un individualiste
méthodologique car il y a cette part d'individualisme, d'incertitude dans le comportement
humain et en fait l'histoire n'est jamais écrite. C'est cette part d'incertitude qui fait que le
monde évolue. Il n'y a pas de contradiction entre la conception holiste et la conception
individualiste même si pour Durkheim la division du travail est d'abord un fait social.
Phrase célèbre de Durkheim : « Il n'y a rien dans la vie sociale qui ne soit dans les
consciences individuelles seulement presque tout ce qui se trouve dans ces dernières vient de
la société. ». L'individualisation est la possibilité de conflit, les relations sociales sont aussi
conflictuelles. L'individualisation est aussi la possibilité de l'émancipation, nous avons notre
destin en main. Nous sommes une espèce qui a conscience du temps. Tout reste extrêmement
structuré, la logique c'est la division du travail.
Les lieux de la division du travail c'est toute la société y compris dans les relations entre amis,
dans la famille la solidarité conjugale qui repose sur le rapport entre les sexes, il y a une
division sexuelle dans les sociétés. Il y a une division entre les parents et les enfants. Ce n'est
pas que dans les rapports à l'étranger, anonyme, c'est aussi dans les relations quotidiennes,
courantes.

Durkheim construit une véritable sociologie du lien social. Le lien social c'est l'ensemble des
relations qui font que les individus forment une société. Mais le lien social découle de la
division du travail qui attribue à chacun un rôle, un statut en coordination avec les autres et

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avec l'ensemble. On parle de solidarité raisonnée ou de complémentarité obligée. Chez


Durkheim le lien social c'est la solidarité.

C- Les limites de la division du travail

Le terme travail est utilisé au sens large.


Il arrive que la division du travail revête des formes irrégulières, anormales (c'est à dire qui ne
respecte pas la norme, qui est contraire ou différent de la norme), déviantes. Durkheim
énumère trois forment anormales de la division du travail :
 à la suite d'Auguste Comte (milieu du 19e siècle) Durkheim pense que l'excès de
l'individualisation peut aller à l'encontre de la division sociale. Il faut un minimum de
règles communes. Une société ne peut pas se résumer à une concurrence entre les
intérêts individuels. Pour lui c'est l'Etat qui doit légitimé le rôle répressif, il doit jouer
le rôle de régulateur et l'instrument de la cohésion sociale est le droit.
 Les formes anomiques de la division du travail. L'anomie se distingue de la normalité,
il y a la norme et ceux qui ne la respecte pas sont anormales mais lorsqu'on est dans un
environnement social où il n'y a plus de normes ou qu'il est difficile de s'y référer,
alors on parle d'anomie (les périodes de guerres). Les crises économiques, par
exemple, entraînent une dégradation du lien social. Les relations sociales seront aussi
particulières. Dans un contexte anormal on peut plus respecter la norme. Il y a des
nouvelles normes misent en place mais elles resteront le temps que ce contexte restera.
 Pour Durkheim le développement de la grande industrie renforce les antagonismes
entre le capital et le travail. L'intérêt des travailleurs, des propriétaires sont des intérêts
divergents. Il peut y avoir de la solidarité raisonnée, une obligation de coopération
mais il y a au bout du compte des antagonismes d'intérêts entre le patron et le salarié,
entre les propriétaires et les actionnaires. Les conditions de vie, de travail génèrent des
conflits.
Durkheim s'inquiète du fait que la division du travail renforce l'émiettement de l'univers
intellectuel en de nombreuses spécialités. Toutes ces spécialités étant toute aussi importantes
et souveraines. Être savants c'est être supérieur, d'avoir des connaissances très poussées dans
un domaine extrêmement étroit, c'est l'hyper compétence dans un domaine étroit. Or pour lui
cette spécialisation des connaissances est « la ruine de toute science ». Il n'y a plus de
cohérence, au contraire pour lui le vrai savant c'est celui qui a des connaissances dans toutes
les matières, ces philosophes curieux et touche à tout. On fini par perdre le sens de ce que l'on
fait. La division du travail peut être contrainte lorsque l'individu fait ce qu'il ne veut pas faire
ou ne sait pas faire.

La fonction sociale (c'est à dire l'ensemble des relations sociales), la façon dont fonctionne la
société, ne repose plus sur l'hérédité, on est ce que l'on naît, même si la liberté de choix est
limitée et parfois supposée. L'Etat est chargé de veiller à l'existence d'un certain consensus
social, base de toute cohésion sociale. Il doit être garant de l'intérêt général. Durkheim est un
républicain, pour lui la société ne peut être libre que si les individus sont instruits. C'est
l'instruction qui est à la base de toute liberté. Notre part de division du travail relève de notre
liberté. L'Etat doit être juste, la justice républicaine doit respecter un certain nombre de valeur.

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Chapitre 2 : Crise du lien social et nouvelle


solidarité

Section 1 : L'affaiblissement du lien social

I- Une société individualiste

En quoi cette société dominée par l'économie contribue à renforcer le caractère individualiste
de la société ?
L'Etat qui était le garant de la stabilité sociale, porteur de l'intérêt général semble être
aujourd'hui contesté dans sa capacité à produire un modèle social du fait des évolutions
économiques (globalisation, modernisation), qui permet aux firmes multinationales de mettre
les états en concurrences les uns des autres. Les Etats sont condamnées à se soumettre à cet
ordre économique, du moins tant qu'on ne conteste pas la légitimité de cet ordre. En fin de
compte, il s'agit surtout de réduire les effets des inégalités sociales à défaut de réduire les
inégalités sociales. Il y a aujourd'hui une crise des institutions.

II- L'échec des institutions dans la régulation sociale

Il y a aujourd'hui une remise en cause du « compromis fordiste » (M. Aglietta, économiste). Il


parle de « compromis fordiste »pour évoquer ce qu'à été la contrepartie de l'accélération de
l'industrialisation et donc le renforcement de la division du travail à partir du lendemain de la
seconde guerre mondiale. L'ouvrier est déposséder de la nature même de son travail. Les
contreparties ont permis aux ouvriers d'obtenir des avantages (CDI, droits, revalorisations
salariales...). Le salaire qui est versé doit revenir à l'entreprise sous forme de consommation :
Fordisme. Il y a compromis fordiste pour évoquer ces contreparties de ces divisions poussées
de la division du travail où les ouvriers vont être acheté par des biens de consommation. Ce
compromis a donné l'illusion qu'à travers l'accès à la consommation, la société devenait de
plus en plus cohérente, homogène. La modernisation de la société a fait illusion. Depuis la fin
des années 1970 plusieurs crises : crise du travail, crise de l'état providence et crise des
institutions d'intégration.
La crise du travail : conséquences sociales, de l'emploi peu qualifiés de l'industrie. Le
chômage de masse va remettre en cause cette croyance dans le progrès social. La
paupérisation salariale du fait des politiques économiques. La grande entreprise à éclatée, il y
a plusieurs activités. Il y a individualisation du contrat de travail. Une personne pauvre sur
quatre travails. On est le pays où le taux de syndicalisation est faible. Là où il y a des taux de
syndicalisation élevée c'est où il y a une organisation du travail nombreux. A défaut d'être
capable et de s'organiser au niveau international les organisations syndicales sont totalement
désarmées et largement au delà de la capacité qu'elle garde de faire pression.
Crise de l’état providence remise en cause du salaire, du modèle de protection social. Un
certain nombre de droit est aujourd’hui remis en cause.
La crise touche aussi les familles : crise à l’école : L’école dans notre modèle sociale et
politique est l’école République qui ne parvient plus à corrigé les inégalités sociales.

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Depuis les années 70, la crise s’est répercutées dans la vie des ménages, les inégalités sociales
sont de nouveau apparu et sont devenu un nouvel enjeu.
Même si, la discrimination sociale ne se voit plus au même niveau, ce n’est plus l’accès au
Brevet des Collège ou au BEP, CAP mais dans les filières supérieures ou dans les autres
filières comme pour les classes prépa où il y a une surreprésentation des milieux élevés.
L’objectif des enfants est de mieux réussir que ses parents.
Crise de la famille mais aussi des institutions religieuses (constitue un environnement
communautaire, la pratique religieuse est en net recul, l’église ne joue plus son rôle)

Les conséquences  : L’exclusion

Le terme exclusion (en 1964, Pierre MASSE) il évoque les exclus par opposition des inclus.
Les exclus sont les personnes en marges du progrès économique (les artisans, les paysans)
A l’époque, les personnes exclus sont les pauvres par exemple les personne âgées. Celui qui
est pauvre aujourd’hui est seul alors qu’à l’époque les personnes âgées vivaient chez leurs
enfants, une solidarité été mise en place. Les exclus sont des marginaux, à l’époque on
considère comme volontaire la mise à l’écart, il choisit d’être dans la rue. Il n’y a pas de
responsabilités de la société.

Dix ans plus tard en 1974, René LENOIR publie un ouvrage important. Il parle d’une
inadaptation sociale et un phénomène en voix de propagation. Dans son ouvrage, l’exclusion
est subite, on y trouve les bases explicatives que l’on trouve dans notre définition
d’aujourd’hui. Par exemple un manque de logement, pauvreté. Pauvreté qui devient visible
dans les années 80, on voit apparaître à nouveau des mendiants, on parle de nouvelle
pauvreté.
Michel ROCARD (1er ministre en 1988) pour lui l’objectif premier est la nouvelle question
social, exemple : lutter contre le chômage, l’exclusion, la pauvreté social. En 1995, la
campagne présidentielle s’est faite sur la fraction sociale.

Manifestement, la société industrielle et urbaine, pourtant de plus en plus riche, ne sait pas se
débarrasser de toutes pauvreté malgré la protection social, des nouveaux droits qui sont censé
protégé les pauvres (apparussions du RMI (Michel ROCARD), on doit la CMU à Chirac,…)
Malgré la protection social, la pauvreté reste une réalité, 12% de la population est pauvre.
Depuis 2003, la pauvreté augmente en France. Une augmentation même faible contribue à
l’augmentation de la pauvreté, c’est un effet d’amplification.
Depuis la crise de 2008, la pauvreté augmente.
Le nombre de personne qui sont dans une situation de pauvreté sont nombreux, les personnes
qui se sentent exclus sont trop nombreuses. En France, il y a un peu plus de 400 000 qui
vivent dans la rue. On considère que 6 millions de personnes sont en marges à l’exclusion ou
fragile. On est face à un phénomène massif pour se poser la question.
- Les sondages sur le sentiment des personnes interrogés quant aux risques de se
retrouver dans une situation d’exclusion : 30% des personnes pensent qu’ils pourraient
se retrouver dans la rue, dans une situation d’exclusion. Le sentiment est fort, la
politique sociale est instable.
- Les émeutes qui ont touchés des banlieues, quartiers sensible en 2005, où l’on a vu des
jeunes exprimer leur violence, un mal être. Si une partie de la jeunesse se rebelle
autant il faut s’interrogé.

La notion d’exclusion va devenir un problème de société important. Robert CASTEL (auteur)


publie deux ouvrages en 95, « de l’indigent à l’exclusion », la résolution de la pauvreté a été

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de forcer les personnes à travailler, sous l’ancien régime. Une évolution historique de la
question de la pauvreté. Autre ouvrage « les métamorphoses de la question sociale » en 1995.
Il propose un concept nouveau, un concept de désaffiliation, il définit 3 zones qui sont des
espaces sociaux qui ont un caractère définit :
- Zone d’intégration : c’est celle dans laquelle évolue une majeure partie de la
population ayant une situation stable, des relations sociale varié,
- Zone de vulnérabilité : dans cette zone les individus combinent précarité et faiblesse
des rapports sociaux,
- Zone de désaffiliation : l’opposé de la 1ère zone, les individus sont caractérisés par
l’absence de travail et de relation sociale, de liens sociaux.

Ces 3 zones constituent des idéo types, dans la réalité un individu peut être au chômage et
avoir une activité sociale intensive. L’exclusion n’est pas seulement économique, pour être
exclu il faut ni ressources ni lien social. Pour Castel, l’efficacité du système de protection
social permet de maintenir les individus pauvres autour de la zone de vulnérabilité.
De plus, les individus dans la société moderne sont touchés par le vide social, les notions de
solidarité urbaine ou familiale ont disparu.

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Section 2 : De nouvelles formes de solidarité

I- La conscience collective dans la société contemporaine

Contrairement à DURKHEIM, la solidarité n’a pas disparu des sociétés moderne aujourd’hui
plutôt que de parler de disparition, on parle de nouvelle solidarité. Solidarité pour
DURKHEIM, c’est la conscience collective qui renvoi au lien communautaire.
L’interactionnisme est une interaction entre les individus ou un groupe d’individu.

La 1ère école de Chicago, les premiers travaux portent sur la ville. Travaux de PARK et
BURGERSS, c’est une sociologie qui s’intéresse aux constitutions urbaines, les flux
d’immigrations. Le paradoxe américain crée une urbanisation de la ville et donc la ville est un
espace dans lequel vit un individu. Dans la ville, il y a un éclatement social. La ville crée des
conditions d’un éclatement social, qui produit de la marginalisation de certain individu à tels
point qu’on va qualifier la sociologie d’écologie urbaine. Park parle des aires nature, les
individus se regroupent dans certains quartiers (quartiers du commerce, de travail,…), dans
certain endroit. Ce qu’ils nous disent c’est que dans un environnement, il y a une demande de
solidarité, il y a des gangs qui vont se développer.
Le renforcement d’un intérêt communautaire qui s’oppose aux autres communautés. C’est un
lieu de réorganisation entre individu et la communauté.
Les 1ers travaux datent de 1898 et le dernier date du début des années 30.
La 2ème école, travaux de BECKER et GOFFMAN
Becker à un ouvrage important « Outsiders » « les exclus » date de 1953, est paru en Français
qu’en 1985.
Goffman va travailler sur les questions d’homosexualité… il date de 1961 « Asile ».
Les travaux sont sur les 1ers exclus de la société les homosexuels, les handicapés, les
personnes âgées.
Arc type, volontaire en pratique, la discrimination envers les noirs. Exclusion contraint mais
revendique le Jazz et le rejet d’une musique commercial, impose une nouvelle tendance. Il
s’agit d’une exclusion qui revoit à des comportements individuels ou collectifs. C’est la faute
des exclus mais jamais de la société ; la question de l’exclusion est aussi une question
politique européenne.
Autre contribution : la théorie des groupes latents, Mary DOUGLAS date de la fin des années
80, propose une théorie des groupes latents, par définition latence est non explicite, des
individus pourront s’engager dans des causes diverses et qui fera que si les circonstances le
veulent, l’individu s’engagera pour une cause exemple : parents d’élève.
Il y a des déterminants sociaux qui permettent de comprendre le comportement des individus.
Pour qu’il y ait appartenance latence, il faut qu’il y ait constitution d’un groupe. Dans sa
théorie Douglas montre le rôle déterminant que joue ces groupes dans la société moderne, sur
le partage commun idéal, on en vient à créer des groupes qui peuvent influencer les politiques,
les pouvoirs.
Parfois, le groupe peut se déstructuré à partir du moment où les objectifs initiaux sont acquis.
Certains groupes cessent d’être latents quand ils deviennent des vraies institutions. On parle
de groupe latent lorsqu’il y a un besoin communautaire dont les individus vont se connaître et
constituer un groupe pour agir.

Autre type de travaux : les travaux de MAFFESOLI «  le temps des tribus » l’ouvrage date de
1988. Le déclin de l’individualisme dans la société de masse. On parle d’une société de

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consommation de masse, de concentration urbaine alors qu’il parle de déclins, de tribu ce qui
est paradoxale et provoquant. Il y a reconnaissance communautaire dans nos sociétés
moderne. Notre société cultive l’individualisme. Il met l’accent sur le retour en force du
tribalisme pour résister au vide social des groupes se forment, favorisant une solidarité et un
esprit communautaire. Il parle de tribus parce que l’on trouve différentes caractéristiques dans
notre société.
Les nouvelles tribus favorisent le temps présents : il s’agit de trouver un équilibre au moment
par un comportement dans lequel les autres peuvent se reconnaitre exemple : la mode
vestimentaire a les caractéristiques d’un comportement tribal, il s’agit de se distinguer,
d’affirmer son identité mais il y a une revendication communautaire, il faut que ce look soit
partagé par suffisamment de gens. Démarche à la fois individuelle et le besoin d’être reconnu,
de partager avec ce qui comme nous sont initiés. C’est la tribu. Exemple : les supporters de
Club de Foot.

La tribu permet l’être ensemble, regrouper des individus dans la force collectifs se retrouver,
exprimer des sentiments…
Maffesoli voit dans les travaux de BROMBERGER, ils mettent l’accent sur l’importance de
religieux, on peut parler des manifestations de masse autour du Pape, on peut renvoyer à tel
ou tel religion. Mais la sacralisation que l’on trouve dans les regroupements de masse.
Le groupe et l’intérêt du groupe l’emporte sur l’individu. Notre société produit de plus en plus
de rite sans Dieu, on se recrée des Dieux.

II- L’échange non marchand


L'esprit communautaire se retrouve dans le développement de l'économie non marchande, de l'échange
non marchand. Ce développement semble faire le contre poids à une société qui apparaît de plus en
plus consumériste et de l'individualisme. Il y a une pratique de type bénévole, de type altruiste dans de
nombreux domaines. Cette production non marchande qui est d'abord de service public se retrouve
dans la sphère privée de type associative, ce n'est pas uniquement évoqué le lien social.
Il y a une rationalité économique dans la mesure où la rémunération est symbolique. Le sentiment
d'être utile, d'être connu pour ce que l'on est, l'on fait, constitue une contrepartie. Il y a une
compensation symbolique dans le regard des autres qui est importante. La théorie du don fait référence
à la théorie du salaire d'efficience en économie du travail.
Marcel Mauss : ethnologue français, il met évidence ce qu'est le don avec les trois obligations du don
qui semble caractériser les sociétés primitives : donner, recevoir et rendre.
Celui qui reçoit est redevable. Celui qui reçoit attend en retour une compensation, une contrepartie à
l'investissement. Chez Godebout et Cayet (sociologues), « L'esprit du don », 1992, ils mettent en
évidence la face du don de la solidarité entre les individus. A travers le don il y a un intérêt pour l'autre
qui crée de la solidarité qui n'est cependant pas perpétuelle.
Au delà de l'interprétation interpersonnelle, il y a des réseaux d'entraides. Il existe des dons aux
étrangers. Exemple : les alcooliques anonymes. Celui qui s'implique dans une cause le fait parce qu'il
y a quelque chose dans cette cause qui le concerne suite à un événement. Au delà de ces implications,
il y a d'autres réseaux d'entraides : les SEL (services d'échanges locaux). Les premiers ont été créés à
Vancouver. Le principe est d'échanger des services sans rémunération. On est sur une relation de
réciprocité. Derrière cela il y a une volonté de solidarité.
Il ne faut pas oublier que la solidarité relève fondamentalement de l'état. C'est d'abord par le
mécanisme de la fiscalité des dépenses publiques que doit commencer cette solidarité de chacun selon
ses moyens, selon ses besoins. Elle se traduit par de l'investissement public (éducation, santé). L'état,
au sens le plus large la politique sociale, relève des collectivités territoriales. À côté de cela, la
protection sociale tente à être universelle alors que la masse salariale diminue. La solidarité repose sur
un système social.

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Chapitre 3 : La famille comme production de


lien social : un modèle en crise ?

La famille transmet des normes, des règles de vie, des valeurs. La famille a une fonction de
socialisation. La notion de famille a fortement évolué au cours des siècles et reste encore
différencié d'un modèle social à un autre. Le sociologue Michel Fige, « Le cavalier bleu »,
rappel les diverses formes familiales à travers les âges. Assez classiquement, Fige montre que
les évolutions de la famille rencontre la division du travail.
Depuis le début du 19è siècle, par les valeurs bourgeoises, la famille se construit par le
mariage. Dans l'ancien régime, le mariage est une condition morale pour avoir des enfants.
Dans les classes les plus aisées, minoritaires, le mariage cèle une alliance entre deux familles.
Par la naissance d'un enfant, le patrimoine des familles se retrouvent regroupées. Dans tous
les cas, l'amour pour le conjoint n'est pas déterminant. Dans la vision bourgeoise, au 19è
siècle, du mariage l'épouse doit d'abord être une bonne mère, le mariage est sacré. L'affection
se substitue à l'intérêt. Ce changement découle de la reconnaissance de l'individu. Avant les
années 1960 les divorces sont peu nombreux, le mariage reste considéré comme un sacrement.
Après mai 1968, la laïcisation des valeurs sociales, le développement de l'activité
économique, les femmes vont accéder plus largement à l'emploi à cause du modèle
consumériste et contre les risques qui pourraient entraîner le chômage. Par ailleurs, si le
mariage traduit un amour, si les époux ne s'aiment plus, le mariage n'a plus lieu d'être. Il y a
une conception du mariage qui a évolué qui justifie moralement et socialement le divorce.
Le philosophe romain Polibe évoque déjà la crise du mariage. En 2005, pour 300 000 couples
qui se marient, 450 000 décident de vivre en concubinage. Sur 10 mariages, 9 ne sont que la
réalisation du concubinage. De moins en moins le mariage fait la famille, c'est de plus en plus
la pérennité du lien. En 2007, 52 % des naissances sont hors mariage. Ce qui fait la famille
c'est l'enfant. En 1965, un tiers des pères reconnaissaient leur enfant à la naissance.
Aujourd'hui, ils sont 83 % à reconnaître l'enfant à la naissance. Les familles parentales sont
aujourd'hui deux fois et demie plus élevées par rapport à 1968. En 2008, près de 18 % des
enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale. Or ce sont aujourd’hui les
ruptures d’union qui sont les premières causes du fait qu’un seul parent élève seul l’enfant
pour 1 000 habitants en 2007, en 1970 il était de 7.8 %. En 2007, il y a en France 1 PACS
pour 10 mariages. En 2010, on devrait être à 1 PACS pour 2 mariages. 93 % des PACS sont
de sexes différents. Les PACS homosexuels représentent 4 à 5 %. Pour le sociologue Roussel
la famille se destitutionnalise. Les transformations familiales correspondent à un phénomène
de privatisation de l’existence. Les mutations affectent les fonctions de la famille. Trois
fonctions essentielles : la procréation, la transmission des savoirs et l’éducation. La famille
n’est plus le lieu privilégié de la filiation. L’adoption crée un lien entre parent adoptif et
enfant. Il est difficile de définir ce qu’est une famille. Comme lieu de transmission de savoirs
la famille est concurrencée par les médias : l’école, la télévision. Certains parents ont
l’impression d’être passé. Pourtant, la famille reste un refuge.
Y-a-t-il une crise de la famille ? La famille a toujours évolué. Le célibat n’est pas plus
important aujourd’hui qu’au 19è siècle. Il y a moins d’enfants nait de l’adultère qu’au 19 ème
siècle. La capacité de recomposition familiale est nouvelle. Certains sociologues parlent de
tribu plutôt que de famille. Les formes de solidarité se transforment. La conscience
individuelle d’appartenance à une famille prend le pas sur la conscience collective. La famille
comme lien social perdure lorsque les enfants quittent le foyer. Pour autant, la famille reste
une solidarité.

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Chapitre 4 : Le travail : fondement du lien


social ?

Perdre son emploi c'est perdre une entité qui s'ajoute à une fragilisation souvent économique
du ménage. La question de place dans la société, du regard des autres, revient d'une manière
récurrente et est une question essentielle.

Dominique Méda (philosophe, sociologue) a publié en 1995 un ouvrage qui a fait


énormément parlé « Le travail, une valeur en voie de disparition ? ».
Nous avons d'utilité sociale qu'à partir du moment où nous servons à produire (du sens, des
biens, des services). Marx considère que le travail est un mode de formation social dans lequel
les individus sont mis au travail. Le salariat est aliéné, c'est un contrat par lequel le salarié
renonce à la liberté de l'usage de son temps, met à disposition contre un salaire son temps, sa
santé, ses capacités physiques et intellectuelles, toute autre aspiration. Le salarié est celui qui
est payé pour renoncer à sa liberté. Le travail est au cœur du système économique qui apparaît
comme le seul moyen d'expression. Le seul mode de communication possible est la
production. Nous sommes des ennemis de la nature. Le travail est au cœur de la vision
contemporaine de la société et serait au cœur du lien social.

Le travail est-il un fondement du lien social ?


Quatre arguments justifieraient cette relation travail – fondement du lien social :
 P. NAVILLE publie « l'identité au travail », ouvrage dans lequel il met le travail au
cœur de la vie sociale. Quels sont les trois âges de la vie dans notre modèle social ?
Une première phase de l'enfance et de l'adolescence qui est une période
d'apprentissage de codes sociaux, qui a pour objectif de nous faire accepter le monde
dans lequel nous vivons et favoriser notre insertion sociale. Puis vient la période de la
vie active dans laquelle travailler est considéré comme légitime mais nécessaire et
valoriser, celui qui ne travail pas est déconsidéré ou alors il faut avoir de bonnes
raisons de ne pas travailler. Celui qui peut ne pas travailler c'est celui qui fait travailler
les autres. Et enfin l'âge de la retraite. Le travail intérieur justifie la pension.
 Le travail est la mesure des échanges sociaux. Le travail est à la base même des
répartitions des valeurs de la richesse. Le principe fondamental est que celui qui ne fait
rien n'a droit à rien. Si on lui donne quelque chose c'est par solidarité, par compassion.
 Le travail donne à chacun une utilité sociale. Chacun se doit de valoriser ses capacités,
ses compétences, ses savoirs et savoirs faire pour les mettre au service de la société.
Ce que nous faisons doit avoir une utilité sociale.
 Le travail est un lieu de rencontre et de coopération. Il y a des solidarités qui se
forgent dans le travail. Le travail est un lieu d'épanouissement.
Ces arguments pêchent sur deux points.
 Les arguments réduisent la réalité complexe du lien social. Par ailleurs ils sous-
estiment la réalité du fonctionnement économique et juridique du travail et du marché
du travail.
 Le travail est un lieu de torture à la base

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Section 1 : Qu'est-ce que le lien social si le


travail est sa raison ?

Dans une société où le travail occupe l'essentiel du temps, constitue la base de la rémunération
et de l'identité sociale, ceux qui sont privés de travail se trouvent exclus. Être privé de travail
c'est être en partie exclu de la vie sociale, de cette normalité sociale qui est d'avoir un travail
ou cette légitimité de celui qui fait travailler. De ce fait vouloir un travail (exercer une activité
utile même bénévolement) c'est d'abord une revendication d'intégration sociale, une
revendication de reconnaissance et éventuellement d'accès à un revenus, être comme les
autres. Le travail est une norme, il est normal de travailler.

Le travail est-il le vecteur fondamental, essentiel du lien social ? La famille est aussi un lien
social. Le travail comme lieu social peut-être mais ce n'est pas le seul. Est-ce que le lien social
est le but du travail ? Non. Le travail c'est le produit d'un modèle économique, politique
dominant. Nous travaillons pour vivre, parce que nous ne pouvons pas faire autrement, nous
vendons notre force de travail à celui qui veut bien l'acheter. Le salariat est le renoncement de
la liberté. Nous sommes contraints de l'obligation du travail. Le but du travail en soi n'est pas
de générer du lien social. L'idée que le travail est le lien social est une conception
économique. Ceux qui ont intérêt à la reproduction économique et social tel qu'il est, à mettre
en évidence comme d'abord du lien social. Pour Adam Smith, philosophe écossais, la division
du travail oblige à la coopération comme dépendance mutuelle. La division du travail par la
spécialisation des tâches nous oblige à l'interdépendance. Le travail est la condition de
création de richesse à laquelle chacun participe. MEDA écrit « le travail est un lien social qui
est ni voulu ni aimé sans parole sans débat ». On ne discute pas la légitimité du travail. C'est
un lien économique automatique qui donne la valeur aux choses. Pour Marx le travail est
même un besoin vital. Il faut réorganiser la société. Le travail valorise la personne et
symbolise la participation à une œuvre collective. Le travail devient l'essence du rapport aux
autres.

L'opposition philosophique présente d'autres arguments comme Aristote, Habermas ou encore


Arendt. Pour Aristote dans « l'Économique » c'est à dire l'ordre économique relève de la
société domestique. C'est au sein de la famille que la production de ce qui est nécessaire pour
vivre doit se constituer. Dans cet espace privé, chacun a un rôle, des tâches à accomplir. Il y a
le maître, la femme, l'enfant, l'esclave (à l'époque). Dans cet espace se défende des intérêts
privés c'est à dire l'espace économique. L'espace public est l'agora, le forum, un espace social
où il y a échange des hommes libres, les citoyens. Ils échangent des idées et des sentiments.
L'espace économique est privé quand l'espace politique est public. Il n'y a pas de confusion
entre ces deux espaces. Seul les animaux ou les esclaves travaillent dans la maison. Chez les
Grecs rien ne laisse à penser que le travail est naturel. Pour Hégel, dès que la communauté
politique se confond avec la société civile, le lien social est réduit au lien économique. La
société civile est l'espace où les individus sont dépendants les uns des autres. La société
libérale est une société dans laquelle la société civile relève d'un lien politique, c'est à dire le
lien que nous avons avec la cité. L'ordre économique impose le travail. Pour Hégel, « principe
de la philosophie du droit », il s'oppose à la conception libérale d'un droit qui défend les seuls
intérêts individuels. Pour Hégel le rôle premier de l'état n'est pas de défendre les intérêts
individuels, l'état se doit de défendre l'intérêt général y compris contre les intérêts individuels.
L'intérêt général n'est pas la somme des intérêts individuels. Parce que les préoccupations

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individuelles sont des préoccupations économiques alors que l'état doit défendre des valeurs,
des principes. Une société ne se limite pas à une activité non marchande. Il y a bien d’autres
relations altruistes, non marchandes mais nécessaires. C'est souvent ce qui est considéré
comme secondaire qui fait que nous sommes des êtres humains. De nombreux sociologues
contemporains mettent en évidence l'indispensabilité de l'inutilité. Pour Habermas le travail
n'a absolument rien de naturel, il est le produit d'une histoire sociale. Mais la société
industrielle, le capitalisme, n'a jamais été le but ultime de l'humanité. C'est ce que dis Arendt :
« mettre le travail au centre de la société c'est refuser que l'ordre politique soit autre chose que
l'ordre économique, c'est oublié que la société à d'autres fins que la production et la richesse et
que l'homme à d'autres moyens de s'exprimer que la production ou la consommation. »

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Section 2 : Le travail peut-il exercer une


fonction macro sociale ?

L'autre idée selon laquelle le travail serait un lien social est le travail intégrateur.
D. MEDA : « le travail une valeur en voie de disparition ? 1995
B. FLACHER, « travail et intégration sociale », Brial, 2002
Depuis une vingtaine d'année les politiques d'insertion, les plans de lutte de l'exclusion
s’appuient sur l'idée que la socialisation passe par l'immersion dans une société en miniature
que serait l'entreprise. Si l'entreprise est la base de notre société alors le travail est la base du
lien social. Nous avons intégré le fait que le travail est d'abord une activité collective. Or, le
travail est régi sur une base individuelle : le contrat de travail. Pendant la période de forte
croissance, on a pu penser que l'instauration des conventions collectives, la réglementation
sociale, le plein emploi pouvaient donner au travail une fonction macro sociale. Aujourd'hui,
le contrat de travail est redevenu un contrat individualisé. On ne parle plus de classe ouvrière,
de sentiment collectif d'appartenance à une classe sociale. 80 % des contrats de travail
proposé aujourd'hui sont des contrats à durée limitée. Tout cela remet en cause le fait que le
contrat garantie une place à chacun.

Le travail est-il encore intégrateur lorsqu'on a du chômage, de la précarité ? Le fait


d'individualiser le contrat de travail remet en cause le postulat selon lequel le travail est
intégrateur. Le contrat de travail n'est pas un contrat symétrique mais un contrat de
subordination, l'employeur et le salarié ne négocie pas. De plus, la rémunération du travail
n'est pas proportionnée à l'effort, au sacrifice du salarié. Elle dépend de la productivité, de
l'état du marché du travail. Le mythe de l'entreprise citoyenne, l'idée de cette société
miniature, est un lieu d'éducation, qui transmet des valeurs qui doivent être celles des sociétés.
L'employé est quelqu'un par nature paresseux, enclin à tous les vices à qui l'entreprise doit
apporter une morale, des valeurs, une éducation. Celui qui travail est redevable à son
employeur car il va trouver un environnement moral. L'école, comme l'entreprise, sont des
lieux où on enseigne la discipline, des valeurs de la société. Antoine Cellière lors des
universités d'été du MEDEF en 1999 : « une entreprise bien gérée doit pouvoir réduire ses
effectifs de 3 % chaque année ». Comment dans cette logique prétendre que notre société
repose sur le travail, que légitimement celui qui a une place dans notre société est celui qui
travail ? On est loin de la communauté démocratique.
Faire de l'entreprise le lieu cardinal dans lequel se forge le lien social qui serait à la base des
valeurs de la société est discutable.

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Chapitre 5 : Les théories sociologiques de


l'exclusion : Production ou Reproduction sociale
de la ségrégation ?
 polycopiés

Les systèmes riches produisent de la pauvreté. Comment accompagner la sortie de pauvreté ?


La pauvreté est une facilité, on ne peut rien y faire. La vie est dure mais c'est la vie. Comment
rendre supportable la pauvreté ? C'est une façon de protéger la société, pour que les pauvres
ne soient pas une menace. Aujourd'hui, il y a une ghettoïsation des quartiers populaires. Il faut
rendre supportable par de l'aide sociale qui s'apparente souvent à de la charité, vouloir
accompagner ceux qui peuvent et veulent sortir de la pauvreté et considéré que dans un pays
riche la pauvreté est inacceptable.

Deux approches :
Production sociale de l'exclusion liée au déclin du monde ouvrier
Rapports sociaux des dominations

I- Déclin du mouvement ouvrier et émergence de l'exclusion

Lapeyronnie défini l'exclusion à partir des niveaux de vie inférieur. C'est une des
manifestations de la pauvreté. La pauvreté se mesure à partir du niveau de vie qui intègre le
revenu du ménage compte tenu de sa taille, il y a des dotations qui peuvent s'y ajouter. Le
ménage qui est pauvre est celui où le revenu est inférieur à 60 % du niveau de vie moyen de la
population du pays.
 Tableau 'Personnes pauvres selon le seuil, l'âge et le sexe en 2006'
Le taux de pauvreté est décroissant avec l'âge. L'archétype de la personne pauvre est une
femme qui élève seule un ou plusieurs enfants. Une femme qui souvent travaille.
La pauvreté c'est souvent le chômage qui explique l'exclusion se manifestant par la
marginalisation urbaine. La pauvreté, le risque d'exclusion était dans la société rurale
paysanne le fait des personnes âgées. Dans un environnement social caractérisé par un
voisinage important rendait la pauvreté acceptable pour la personne et pour la société.
Celui qui est citoyen c'est ce lui qui a les droits du citoyen (droit de travailler, de se déplacer,
de s'exprimer). L'exclusion c'est la perte de la citoyenneté puisque vous êtes d'autant plus
exclu avec la perte des droits.
Les valeurs républicaines sont des valeurs qui entrent en contradiction avec l'ordre
économique qui produit de l'inégalité dont le chômage de l'exclusion.
On est passé d'une école de chance à une école d'égalitarisme. La mission de l'école est
d'abord un projet citoyen, politique.

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Sociologie L2 AES

II- La reproduction de la domination : des agents inconsistants face


aux structures

Le monde social est un espace à plusieurs dimensions : vertical (en haut et en bas), l'espace
rural, urbain, économique, avoir ou non un emploi, travail dans tel ou tel secteur d'activité.
Nous évoluons dans différents espaces.

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