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SVEUČILIŠTE U ZADRU ODJEL ZA FRANCUSKE I IBEROROMANSKE STUDIJE ODSJEK ZA FRANCUSKI JEZIK I KNJIŽEVNOST

ADRIANA PAVLINIĆ

Seminarski rad:

«LA POÉSIE DE CHARLES PÉGUY»

Predmet: Pjesništvo XX. st. Mentor: prof. dr. sc. Đurđa Šinko-Depierris

Zadar, 2009.

TABLES DES MATIÈRES

Introduction

1

1.

Vie de Péguy

2

1.1. Jeunesse

2

1.2. Un intellectuel et un visionnaire

3

1.3. Un écrivain mystique

4

1.4. Péguy et l’affaire Dreyfus

5

1.5. Péguy antimoderne

5

1.6. Mort au Champ d’Honneur

5

2.

L’œuvre de Péguy

7

2.1.

La poésie de Péguy

8

2.1.1. Jeanne d’Arc

9

2.1.2. Les Mystères

9

2.1.3. Les Tapisseries

10

3.

Le porche de mystère de la deuxième vertu

11

Conclusion

15

INTRODUCTION

Charles Péguy était un écrivain français. Militant socialiste et dreyfusard, il revient au catholicisme en 1908 ; il fait paraître les Cahiers de la Quinzaine de 1900 à sa mort. Son œuvre comprend des pièces de théâtre en vers libres et des récueils poétique en vers réguliers d’inspiration mystique et évoquant notamment Jeanne d’Arc, un personnage historique auquel il reste toute sa vie profondément attaché, mais aussi des essais où il exprime ses préocupations sociales et son rejet de la modernité. Cause d’une pauvre quantité d’attention qu’on offre à cet auteur, le but de ce travail de séminaire sera de faire la connaissance de Charles Péguy, de sa vie et de son œuvre. Dans la première partie on traitera sa vie. Puis, on citera ses œuvres en élaborant à part les plus importantes. Ensuite, on expliquera sa poésie. Enfin, on analysera quelque fragements du poème Le porche de mystère de la deuxième vertu.

CHARLES PÉGUY

1. VIE DE PÉGUY

Charles Péguy était un écrivain, poète, penseur, publiciste et polémiste français. Il est né le 7 janvier 1873 à Orléans (Loiret) et mort le 5 septembre 1914 à Villeroy (Seine-et-Marne).

1.1. JEUNESSE

Charles Péguy naît dans une famille modeste : sa mère, Cécile Quéré, est rempailleuse de chaises, et son père, Désiré Péguy, est menuisier. Ce dernier meurt des suites d’une bronchite quelques mois après la naissance de son fils, qui est élevé par sa grand-mère et sa mère. En 1885, il est remarqué par le directeur de l'École normale d'instituteurs d'Orléans, Théodore Naudy, qui le fait entrer au lycée d'Orléans, et lui obtient une bourse qui lui permet de continuer ses études. Pendant ces années passées à Orléans, Péguy suit des cours de catéchisme auprès de l'abbé Cornet, chanoine de la cathédrale. Au lycée Pothier, quoique bon élève, il se fait remarquer par son caractère : en avril 1889, le proviseur du lycée écrit sur son bulletin : « Toujours très bon écolier, mais j'en reviens à mon conseil du dernier trimestre :

gardons-nous du scepticisme et de la fronde et restons simple. J'ajouterai qu'un écolier comme Péguy ne doit jamais s'oublier ni donner l'exemple de l'irrévérence envers ses maîtres. » (BURAC, 1994 : p. 36)

Il obtient finalement son baccalauréat le 21 juillet 1891. Demi-boursier d'État, Péguy prépare ensuite le concours d'entrée à l'École normale supérieure au lycée Lakanal, à Sceaux, puis à Sainte-Barbe. Il fréquente encore la chapelle du lycée Lakanal en 1891-1892. D'après son condisciple Albert Mathiez, c'est peu à la fin de cette période qu'il devient «un anticlérical convaincu et pratiquant». Il intègre l'École normale supérieure de Paris le 31 juillet 1894, sixième sur vingt-quatre admis. Entre temps, de septembre 1892 à septembre 1893, il fait son service militaire au 131 e régiment d'infanterie.

À Normale sup', il est l'élève de Romain Rolland et de Bergson, qui ont une influence considérable sur lui. Il y affine également ses convictions socialistes, qu'il affirme dès sa première année à l'École. Lorsque éclate l'affaire Dreyfus, il se range auprès des dreyfusards. En février 1897, il écrit son premier article dans la Revue socialiste, et en juin 1897, achève d'écrire Jeanne d'Arc, une pièce de théâtre ; tâche en vue de laquelle il avait fait un important travail de documentation.

A propos de la Commune de Paris 1870-1871 Charles Péguy a écrit dans Notre jeunesse (pp.

35-36) : Le 18 mars même fut une journée républicaine, une restauration républicaine en un

certain sens, et non pas seulement un mouvement de température, un coup de fièvre

obsidionale, mais une deuxième révolte, une deuxième explosion de la mystique républicaine

et nationaliste ensemble, inséparablement patriotique.

1.2. UN INTELLECTUEL ET UN VISIONNAIRE

Le 28 octobre 1897, il épouse civilement Charlotte-Françoise Baudouin, sœur de Marcel

Baudouin, un de ses proches amis décédé trois mois plus tôt. Un an plus tard, il fonde, près de

la Sorbonne, la librairie Bellais, qui fut le quartier général du mouvement dreyfusiste ; son

échec à l'agrégation de philosophie l'éloigne définitivement de l'université. Cependant, dès 1900, après la quasi-faillite de sa librairie, il se détache de ses associés Lucien Herr et Léon

Blum et fonde dans la foulée Les Cahiers de la quinzaine, au 8 rue de la Sorbonne, revue destinée à publier ses propres œuvres et à faire découvrir de nouveaux écrivains. Romain Rolland, Julien Benda, Georges Sorel, Daniel Halévy et André Suarès y contribuent. Le premier numéro paraît le 5 janvier 1900, tiré à 1 300 exemplaires ; en quatorze années d'existence et 229 Cahiers à parution très irrégulière, la revue ne dépasse jamais les 1 400 abonnés, et sa survie reste toujours précaire.

Charles Péguy fut le premier à employer le terme de hussards noirs de la République pour désigner les instituteurs.

Sur le plan politique, Péguy soutient longtemps Jean Jaurès, avant qu'il n'en vienne à considérer ce dernier comme un traître à la nation et au socialisme.

Pour Péguy, la République est monarchique, le nationalisme est philo-judaïque — pour lui la « race française » relève d'une correspondance entre un peuple et une terre irriguée par des siècles de christianisme —, et le christianisme est païen, au sens de paganus (paysan). C'est à cette vision de la nation qu'adhéreront plus tard Bernanos et de Gaulle. Il est un farouche opposant de l'universalisme facile : « Je ne veux pas que l'autre soit le même, je veux que l'autre soit autre. C'est à Babel qu'était la confusion, dit Dieu, cette fois que l'homme voulut faire le malin. ».

1.3. UN ÉCRIVAIN MYSTIQUE

Son retour au catholicisme a eu lieu entre 1907 et 1908 ; il confie en septembre 1908 à son

» 5 .

Cependant, son entourage remarquait depuis quelques années déjà ses inclinations mystiques ; ainsi, les frères Jean et Jérôme Tharaud se souviennent l'avoir fait pleurer en racontant les miracles de la Vierge, à la Noël 1902 6 . Le 16 janvier 1910 paraît son Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, qui s'inscrit clairement dans la perspective d'une méditation catholique et manifeste publiquement sa conversion. La réaction du public catholique est plutôt méfiante, même si L'Amitié de France et La Croix font une critique élogieuse de l'ouvrage. Son intransigeance et son caractère passionné le rendent suspect à la fois aux yeux de l'Église, dont il attaque l'autoritarisme, et aux yeux des socialistes, dont il dénonce l'anticléricalisme ou, sur le tard, le pacifisme. La même année paraissent Notre jeunesse et Victor-Marie, comte Hugo.

ami Joseph Lotte : « Je ne t'ai pas tout dit

J'ai retrouvé la foi

Je suis catholique

Il part à deux reprises à pieds en pèlerinage à Chartres, en 1912 et 1913. Pourtant, il ne devient pas catholique pratiquant. En effet, Charles Péguy n'aurait jamais communié adulte et n'aurait reçu les sacrements qu'un mois avant sa mort, le 15 août 1914, à Loupmont, alors qu'il était sous l'uniforme.

La bénédiction de son patriotisme par Dieu s'inscrit dans la mentalité va-t-en-guerre quasi unanime de l'époque :

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. [

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,

Couchés dessus le sol à la face de Dieu [

Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés »

]

]

fait écho aux Béatitudes évangéliques. L'œuvre de Péguy a toujours célébré les valeurs traditionnelles de l'homme : son humble travail, sa terre, sa famille. Ce sont là les premières valeurs défendues par le patriotisme. Or c'est précisément là, pour lui, que se rencontre d'abord Dieu. C'est à ce titre que Péguy peut apparaître comme un théologien, chantre des valeurs de base.

1.4.

PÉGUY ET L’AFFAIRE DREYFUS

Charles Péguy, dès le début de ses études supérieures, est profondément révolté par l'antisémitisme - au point d'avoir réclamé une réparation par duel au pistolet après une plaisanterie faite sur son ami Albert Lévy. Il garde de l'année 1898 le souvenir « d'un temps inoubliable de béatitude révolutionnaire». En janvier de cette même année, il signe toutes les protestations publiées dans L'Aurore pour demander la révision du procès Dreyfus, alors même qu'il prépare l'agrégation. Il participe à de nombreux affrontements entre dreyfusards et antidreyfusards.

1.5. PÉGUY ANTIMODERNE

La réforme scolaire de 1902, portant sur les humanités modernes et l'enseignement secondaire unique, est sans doute la première occasion à laquelle Péguy exprime aussi violemment son rejet du monde moderne 8 : « Comme le chrétien se prépare à la mort, le moderne se prépare à la retraite ». Dans ses Cahiers de la quinzaine, il écrit : « Aujourd'hui, dans le désarroi des consciences, nous sommes malheureusement en mesure de dire que le monde moderne s'est trouvé, et qu'il s'est trouvé mauvais. »

Il se sépare ainsi peu à peu de la gauche pour rejoindre les rangs nationalistes et souhaite une guerre avec l'Allemagne pour recouvrer l'intégrité du territoire.

Deux années plus tard, dans Zangwill, il allie ce rejet de la modernité à celui du progrès, « grande loi de la société moderne». Péguy critique dans la modernité la vanité de l'homme qui prétend remplacer Dieu, et un certain avilissement moral auquel il est selon lui impossible d'échapper dans le monde moderne.

1.6. MORT AU CHAMP D’HONNEUR

Son fils ainé devant rentrer à Sainte-Barbe en octobre 1913, Péguy loue une maison à Bourg- la-Reine, 7 rue André Theuriet 11 . Il y demeure avec son épouse et ses enfants : Marcel, né en 1900, Germaine, née en 1901 et Pierre, né en 1903. À Bourg-la-Reine, il termine Éve, rédige la Note sur Bergson et la Philosophie Bergsonienne, la Note conjointe sur Descartes et la philosophie cartésienne et continue la rédaction des Cahiers de la Quinzaine.

Lieutenant de réserve, il part en campagne dès la mobilisation en août 1914, dans la 19 e compagnie du 276e régiment d'infanterie.

Il meurt au combat la veille de la bataille de la Marne, tué d'une balle au front, le 5 septembre 1914 à Villeroy, près de Neufmontiers-lès-Meaux, alors qu'il exhortait sa compagnie à ne pas céder un pouce de terre française à l'ennemi. Un de ses proches, Joseph Le Taconnoux, a rapporté qu'avant son départ, Péguy lui avait affirmé : « Tu les vois, mes gars ? Avec ça, on va refaire 93 ». Sa famille quitte alors la maison de Bourg-la-Reine et laisse la place au romancier et essayiste Léon Bloy.

2.

L’ŒUVRE DE PÉGUY

On peut distinguer trois grands moments dans la production littéraire de Péguy. Le gérant des Cahiers écrit d’abord des œuvres de combat ; toutes ses premières proses sont des réponses aux hommes, aux événements de son temps, à ses amis, à ses ennemis. Elles sont essentiellement sociales et politique. Précieux témoignages sur l’époque qui s’étend de 1900 à 1910, sur les forces nationales et internationales qui s’affrontent alors, sur Péguy lui-même, moraliste et humaniste. Avec Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, Péguy inaugure en 1910 un second moment de son œuvre : il est poète, et poète chrétien ; à ce cycle poétique appartiennent les Mystères, les Tapisseries et Ève, œuvres grandioses qui permettent de toucher l’âme même de Péguy méditant la création, l’homme et Dieu. Parallèlement sont écrits d’autres textes qui constituent un troisième groupe, celui des grands livres de prose ; ils ont un double objet : d’une part poursuivre le combat contre les ennemis d’autrefois et les adversaires nouveaux, et d’autre part donner les premiers éléments de ces Confessions que Péguy promet à ses lecteurs ; œuvres, celles-là, toutes tissées de souvenirs émouvants et d’aveux pathétiques qui vérifient les paroles de Jaques Copeau : « Ce n’est pas un littérateur, c’est un être qui se donne. »

Œuvre de témoignage doublement intéressante mais aussi monument littéraire. L’écrivain n’a pas moins d’importance que le socialiste et le chrétien ; il n’est pas moins discuté.

Désordre touffu, digressions interminables, longueurs fastidieuses, voilà quelques reproches fréquents. Il est vrai que ses œuvres semblent obéir à toutes les flâneries de l’imagination, à toutes les suggestions insidieuses du vocabulaire, abusant d’une liberté anarchique qui égare le lecteur dans un labyrinthe illogique. En fait une composition pourement rhétorique est aux yeux de Péguy artificielle et tourne le dos à la complexité vivante de la réalité, intelectuelle ou spirituelle. Sa création littéraire obéit au dynamisme des croissances organiques ; il préfère laisser grandir autour d’une unité vivante le libre et nécessaire épanouissement de la pensée ; quelques grands thèmes forment ainsi le squelette de ses livres, vigoureusement indiqués aux premières pages et soulignés par des rapples fréquents issus des profondeurs de la pensée. Ces répétitions qui évoquent le motif central ou annoncent les développements ultérieurs constituent de la part de Péguy un des éléments permanents de sa composition littéraire. Art de la tapisserie dont les laines s’entrecroisent, proches ou lointaines, pour dessiner la figure de l’œuvre.

Les répétitions de mots, le déluge verbal tant reprochés à Péguy donnent également au détail de la page sa valeur originale. C’est par approximations succesives, délibérées et sûres, que l’idée prend corps et vit ; elle n’est pas exposée, elle s’organise ; prose active, c’est-à-dire poésie dans le plein sens du mot ; à plus forte raison en est-il ainsi des vers. De la suggestion complice à l’obsession implacable, al phrase de Péguy procède toujours par vivantes poussées ; cercles concentrique du tronc de l’arbre qui font éclater l’écorce sclérosée du bien- dire. Et cela pour convaincre, pour peindre, pour émouvoir, pour faire rire, pour déchirer.

Un autre élément caractérise l’œuvre de Péguy : sa richesse concrète ; en elle, rien d’un intellectualisme sec, taillé selon la géométrie des purs concepts ; les idées de Péguy s’incarnent dans des êtres vivants ; le socialisme, c’est Jaurès, aimé, haï ; le peuple, c’est le faubourg Bourgogne ; la grâce, Polyeucte ; le péché, Ève. Péguy ne connaît que des témoins. Aussi trouve-t-il pour animer ces réalités une langues elle-même vivante, comme charnue, « charnelle » dirat-ilm qui emploi de préférence l’image. Images familières, langage du paysan, du soldat, de l’enfant ; langue terrestre. Image nobles, grandioses ou simple comme celles de la Bible ou de la liturgie ; langue mystique.

Gauche encore dans la Jeanne d’Arc, sensible aux facilités jolies, et souvent prosaïque à la Coppée, Péguy fait appel en 1910 au vers libre dont il tire des effets souvent magnifiques. Mais son classicisme, soucieux d’endiguer le flot d’une inspiration qui se hâte, revient à l’alexandrin, et recherche les formes étroites, le sonnet, le quatrain. A l’intérieur de ces cadres nouveaux il évolue encore, allant des sonnets denses et sculptés de La Tapisserie de sainte Geneviève à la grâce souple, hereuse ou poignante, solennelle ou familière d’Ève.

2.1. LA POÉSIE DE PÉGUY

La poésie de Péguy est de l’ordre du rituel, de la commémoration : ainsi La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc forme un « cahier pour le jour de Noël et pour la neuvaine de sainte Geneviève », et le premier sonnet est précédé de cette indication :

« Premier jour Pour le vendredi 3 janvier 1913 Fête de sainte Geneviève Quatorze cent unième anniversaire De sa mort. » Méditation de la vie des saints ou des mystères de la foi cette poésie est toujours prière latente, souvent orasion explicite : la Présentation de la Beauce à Notre Dame Chartres est couronée par cinq Prières ; la montée vers la prière anime tout le

début de La Tapisserie de sainte Geneviéve. Des emprunts constants à l’Évangile ou à la liturgie de la Vierge s’insèrent dans la trame, elle-même religieuse, du verset ou de la litanie.

La paternité est placée sous le signe de Dieu le Père, la maternité sous le signe d’Ève et de la Vierge Marie, l’enfance sous le signe de la deuxième vertu théologale. Quand Péguy évoque la grâce du monde naissante, et même la grâce animale, il chantenconjointement la grâce de Dieu. De cette constante confrontation, notre monde visible sort plus riche et non point humilié ou appauvri ; comme il le disait lui-même : « Dieu s’élèvera de toute sa hauteur au- dessus du monde et ce n’est pas le monde qui aura baissé ». Pour Péguy tout est sacré, c’est-à- dire que tout est poésie en puissance.

2.1.1. JEANNE D’ARC

L’ouvrage est dédié « A toutes celles et à tous ceux qui auront vécu, A toutes celles et à tous ceux qui seront morts pour tâcher de porter remède au mal universel » et plus spècialement « pour l’établissement de la République socialiste universelle » : ainsi se rejoignent la mystique de Jeanne et le fervent humanitarisme de l’auteur.

Ce « drame en trois pièces » (A Domremy, Les Batailles, Rouen) entrelace les vers (très librement rimés), les versets et la prose ordinaire ou rhytmique. L’œuvre porte également la marque du symbolisme, qui tendait à effacer les frontières entre la prose poétique et le vers. Mais elle frappe surtout par son unité d’inspiration ; des répliques familières aux accents lyriques les plus soutenus, le ton général est d’une simplicité solennelle : c’est déjà l’intuition des rapports entre le spirituel et le charnel.

2.1.2. LES MYSTÈRES

Ici, Péguy chiosit la forme du verset. Il innove surtout avec le genre du Mystère. Ce terme comporte une double acception ; c’est d’abord une méditation sur les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, et sur le mystère des vertus théologales ; mais c’est aussi un retour aux Mystères du Moyen Age, dont Péguy retrouve l’esprit et même les accents.

Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc est constitué par un dialogue entre Jeanne et Mme Gervaise. Dans le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu et la majeure partie du Mystère des Saints Innocents, c’est Dieu qui parle, par la bouche de Mme Gervaise ou plutôt de Péguy. Ce monologue de Dieu est en fait un dialogue mystique entre la crèature et son créateur ; la naïvité du ton traduit l’abandon du croyant entre les mains de Dieu, la vertu d’innocence

incarnée par les Saints Innocents et requise par la parole du Christ : « Laissez venir à moi les petites enfants ».

L’ensemble des trois Mystères nous engage à méditer sur la Foi ; le premir est consacré au mystère de l’amour ; le second et le troisième célèbrent l’Espérance, qui étonne Dieu lui- même, comme étant l’animatrice universelle : « Elle seule conduira les Vertus et les Mondes ».

2.1.3. LES TAPISSERIES

Péguy revient au vers régulier avec La Tapisserie de Sainte Geneviève et Jeanne d’Arc. Il composait depuis 1911 une très longue suite de Quatrains réguliers, où alternent les vers de six et de quatre syllabes, mais, le sujet étant trop intime, ils ne seront publiés qu’après sa mort ; ainsi ce sont les poèmes du Correspondant et la première Tapisserie qui datent son retour à une forme classique. Dans les Quatrains il admet l’hiatus ; sa vervem surtout, est à l’étroit dans le cadre du sonnt : aussi verra-t-on telle pièce accumuler, après deux quatrains, 320 tercets et un vers final isolé. C’est le quatrain qui va être désormais son rhytme de prédilection.

La tapisserie est un travail de paience que l’on ne bâcle pas. Le rhytme est lent, les motifs se répètent, progressant par nuances discrètes, mais un souffle inépuisable entraîne l’ensemble jusqu’à son plein épanouissement. En outre ces tapisseries poétiques, comme leurs sœurs aînées du Moyen Age, sont déstinées à orner le sanctuaire, les unes et les autres étant filles de l’art et de la foi.

Les deux premières Tapisseries groupent des pièces distinctes. Pour La Tapisserie de Sainte Geneviène et de Jeanne d’Arc, ce sont les neuf poèmes de la neuvaine, auxquels s’en ajoute un dixième : Sainte Geneviève patronne de Paris ; l’ampleur va croissant jusqu’à la VIIe pièce, mentionée plus haut, puis Péguy ménage un decrescendo. Dans La Tapisserie de Notre Dame deux Présentations, de Paris puis de la Beauce, à la Vierge Marie précèdent l’une trois sonnets, l’autre cinq Prières, de résidence, de demande, de confidence, de report et de déférence. Mais la troisième Tapisserie, Ève, portant le genre à son accomplissement, développe d’un seul tenant une suite de quelque 3000 quatrains : « ce sera une Iliade » disait Péguy ; c’est plutôt sa Légend des Siècles, la Légende des Siècles d’un poète chrétien.

3. LE PORCHE DE MYSTÈRE DE LA DEUXIÈME VERTU

L’Église célèbre les trois vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, comme le fodement de toute vie chrétienne. C’est à l’espérance que Péguy s’attache, avec une ferveur qui lui fait voir en elle la source et l’épanouissement des grâces offertes aux hommes par Dieu.

LA PETITE ESPÉRANCE

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance

Et je n’en reviens pas.

Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.

Cette petite fille espérance.

Immortelle

La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœures

et on ne prend seulement pas garde à elle.

Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin

raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route

entre ses deux sœurs la petite espérance

S’avance.

Entre ses deux grandes sœurs.

Celles qui est mariée.

Et celle qui est mère.

Et l’on n’a d’attention, le peuple chrétien n’a d’attention

que pour les deux grandes sœurs.

La première et la dernière.

Qui vont au plus pressé.

Au temps présent.

A l’instant momentané qui passe.

Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n’a

de regard que pour les deux grandes sœurs.

Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.

Et il ne voit pas quasiment pas celle qui est au milieu.

La petite, celle qui va encore à l’école.

Et qui marche.

Perdue dans les jupes de ses sœurs.

Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui

traînent la petite par la main.

Au milieu.

Entre elles deux.

Pour lui faire ce cheminraboteux du salut.

Les aveugles qui ne voient pas au contraire.

Que c’est elle au milieu qui entraîne ses grands sœurs.

Et que sans elle elles ne seraient rien.

Que deux femmes déjà âgées.

Deux femmes d’un certain âge.

Fripées par la vie.

C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.

Entre les trois vertus théologales, Péguy accorde la primauté à l’espérance, et il prête à Dieu la même prédilection. Dans ses variations lyriques sur l’espérance, il est intarissable. Les images se multiplient : la vertu préférée est une fontaine éternellement jaillissante ; elle est la fillette qui « sauterait à la corde dans une procession », « elle va vingt fois le chemin », « elle n’est jamais fatiguée. » Mais une convergence des images se dessine, comme on le verra dans les fragments groupés ici : l’espérance c’est le jaillissement, la spontanéité créatrice, la jeunesse toujours nouvelle de l’homme et du monde ; sans elle, l’univers sombrerait dans la décrépitude, dans la plus aride répétition, dan le néant.

CONCLUSION

Charles Péguy était socialiste « indépendant », puis dreyfusard. Il fonda les Cahiers de la quinzaine (1900-1914). Profondément mystique, il revint ensuite à la foi catholique de son enfance et fit, de 1912 à 1914, plusieurs pèlerinages à Notre-Dame de Chartres. Ses Mystères, sa poèsie invocatoire et épique et sa prose méditative ou polémique sont remarquables de puissance. Il fut tué sur le front au début de la Première Guerre mondiale.