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01/03/2016

72 – 65
72 – 65

Coup de sifflet final

pour la ségrégation Étudiant en première année a Télécom ParisTech, j’ai ̀ choisi, pour le
pour la ségrégation
Étudiant en première année a Télécom ParisTech, j’ai
̀
choisi, pour le projet PACE (Pratique et Analyse de la
Communication Ecrite), le basket-ball, sujet qui me
passionne : je pratique ce sport depuis quatorze ans,
dont sept ans en club. Mais c'est un match de basket-
ball qui a marqué́ l’histoire, la finale NCAA de 1966,
performance sportive impressionnante que je cherche a
faire découvrir aux amateurs de la balle orange et pas
seulement : joué dans un contexte ségrégationniste, ce
match nous transmet des valeurs plus que sportives et
̀
les lecteurs qui sont sensibles a cette période de
̀
l’histoire humaine seront intéressés par l’intérêt
politique du match.
Vous découvrirez en quoi ce match est spécial, en quoi
il a changé́ le sport universitaire et ce qu’il a changé́
dans la société́ américaine. Cela est abordé́ en trois
points important. L’aspect purement sportif du match,
son contexte historique dans lequel le coach Don
Haskins et ses hommes vivaient, puis l’importance du
match dans l’histoire américaine.
Auteur : Steven Bias Encadrante : Nicole Caligaris
Auteur : Steven Bias
Encadrante : Nicole Caligaris

PACE : 72-65

Steven Bias

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72 – 65 Coup de sifflet final pour la ségrégation
72 – 65
Coup de sifflet final pour la
ségrégation
72 – 65 Coup de sifflet final pour la ségrégation Auteur : Steven Bias Encadrante :
Auteur : Steven Bias Encadrante : Nicole Caligaris
Auteur : Steven Bias
Encadrante : Nicole Caligaris

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Table des matières

19 mars 1966, immersion dans un match qui a marqué l’histoire du basket-ball universitaire et de la société américaine

6

Un match de basket-ball sous haute-tension

7

Derrière l’exploit sportif se cache une révolution pour la communauté noire

9

Un contexte historique dans lequel Don Haskins et ses joueurs envoient un message à toute la société américaine

11

L’intégration des Noirs dans le basket-ball universitaire se fait plus difficilement que dans le basket-ball professionnel

12

La finale de 1966 est un pas en avant pour l’intégration des Noirs dans le sport universitaire

13

« Je ne pensais vraiment pas à débuter avec cinq Noirs. Je voulais juste mettre les cinq meilleurs », Don Haskins

16

L’importance de la finale NCAA de 1966 dans l’histoire américaine

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Le sport, un moyen d'engagement pour l'égalité

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Que ce soit dans le sport ou dans la société, l’intégration des Noirs est toujours d’actualité

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http://gloryroad.utep.edu/team/default.asx
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Equipe de Texas Western de la saison 1965-1966

19 mars 1966, immersion dans un match qui a marqué l’histoire du basket-ball universitaire et de la société américaine

Après avoir dominé les équipes de leurs divisions respectives et éliminé toutes les équipes au tournoi NCAA 1 , l’université de Kentucky et celle de Texas Western College se rencontrent au dernier match du Final Four, afin d’entrer dans l’histoire du basket-ball universitaire.

Finale du championnat national de basket-ball universitaire de 1966. Un match passionnant s'annonce entre deux équipes que tout oppose, les Wildcats de Kentucky contre les Miners de Texas Western d’El Paso. Les Wildcats, invaincus cette

saison, sont favoris depuis le début du championnat. Ils ont été classés premiers au classement national à l'issue du tournoi NCAA avant le Final Four. Face à eux, les Miners sont peu connus à l'échelle nationale, ils n'étaient même pas classés dans les dix meilleures

1 Le championnat NCAA se déroule en trois étapes. Les équipes du pays sont regroupées par conférences. Les meilleures équipes de chaque conférence accèdent au tournoi NCAA, surnommée la « March Madness ». Après ce tournoi à élimination directe, les quatre meilleures équipes accèdent au Final Four pour définir le champion NCAA.

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équipes en début de saison. Ils ont réalisé une saison remarquable, une saison record, avec une seule défaite, et sont classés troisièmes depuis le Final Four.

Ces équipes que tout oppose possèdent deux coaches très différents. Dans le basket-ball universitaire, les coaches sont des stars : pour mener l'équipe universitaire la plus titrée des États-Unis il faut un coach de renom. Adolph Rupp, en place depuis plus de trente ans, a remporté quatre titres NCAA

avec les Wildcats. Le coach Rupp est également connu pour avoir popularisé la défense de zone, chacun de ses joueurs se regroupe près du panier afin de le défendre. Face à lui, nous avons Don Haskins. Son existence est aussi longue que la carrière du coach Adolph Rupp. Il est à la tête des Miners depuis cinq ans et a réussi à avoir de très bons résultats pour une petite université. Il avait notamment atteint le Final Four, il y a quelques années, avec l'excellent Jim Barnes dans son équipe. Contrairement à Adolph Rupp, ce qui fait la force de

son équipe c'est la défense individuelle tout terrain.

Voilà que les joueurs de Texas Western entrent sur le terrain pour faire leurs présentations. C'est d'abord le meneur Bobby Joe Hill qui entre, véritable leader de cette équipe, un joueur très rapide au style atypique, il est capable de changer le cours du match si son équipe est en difficulté. C'est au tour de Willie Worsley d'entrer sur le terrain, il est très petit, 1m70, sa taille est un handicap mais il court vite, saute haut et n'a pas peur d'affronter les grands. Et c'est maintenant le grand David Lattin qui apparaît, le pivot de cette équipe possède une puissance phénoménale. Il est parfois nonchalant mais il est aussi capable de faire un gros match comme contre Oklahoma où il a inscrit 20 points et pris 15 rebonds face à l'un des meilleurs pivots des États-Unis. Comme on pouvait s'y attendre, ces trois joueurs ne

Comme on pouvait s'y attendre, ces trois joueurs ne http://www.ukathletics.com/news/sports m-baskbl spec-rel

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Adolph Rupp

sont pas entrés sous un tonnerre d'applaudissement. Et voilà Harry Flurnoy qui se fait huer à son entrée, un joueur moyen qui se bat sur chaque rebond, c’est sa seule spécialité, il possède la meilleure moyenne au rebond de son équipe : 10,7 rebonds par match. Le dernier joueur à faire son entrée est Orsten Artis, un bon défenseur capable de marquer des points.

C'est un cinq de départ inédit pour Texas Western, un cinq très petit. Cette équipe n'avait même jamais aligné ces cinq joueurs sur le terrain. Ce pari osé leur réussira-t-il pour la finale NCAA ?

Les Wildcats font leur entrée sur le terrain, on

peut l'entendre à la foule, c'est bien l'équipe favorite pour ce match. Tout le monde s'accorde à dire que les Miners n'ont aucune chance, mais ils ont les moyens de créer la surprise. Louis Dampier est le premier à entrer, ce meneur très efficace fait partie des meilleurs joueurs des États-Unis. Il est suivi

Riley,

incontestablement le meilleur joueur de l'équipe, il est destiné à un brillant avenir. C'est un meneur intelligent et rapide. Avec ces deux joueurs, l'université de Kentucky possède une

ces deux joueurs, l'université de Kentucky possède une http://www.si.com/nba/photos/2012/06/15

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Pat Riley

de

Pat

équipe redoutable.

Un match de basket-ball sous haute-tension

Le match le plus important de l'année retransmis partout aux États-Unis commence. Kentucky remporte l'entre-deux, lors duquel David Lattin a à peine sauté, coup de sifflet de l'arbitre. Lors de l'entre- deux le joueur de Kentucky a sauté trop tôt et a touché le ballon alors qu'il était encore en phase ascendante 2 . La possession du ballon revient à Texas Western.

2 Lors d’un entre-deux, il est interdit de toucher le ballon tant qu’il n’a pas atteint son point culminant

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La défense de Kentucky est bien en place. L'intérieur de la raquette semble impénétrable, les Miners ne trouvent pas la solution pour marquer le premier panier. Les Wildcats repartent à l'attaque avec Pat Riley qui tente un double pas et se fait contrer violemment par David Lattin. Les arbitres sifflent faute, Pat Riley met le premier point du match sur lancer-franc. Texas Western repart à l'attaque. Bobby Joe Hill fait une superbe passe à travers la défense pour David Lattin qui fait un énorme dunk à deux mains sur la tête de Pat Riley ; il obtient en plus un lancer-franc. David Lattin à l'air en forme, le match est

lancé sur les chapeaux de roues.

La défense de Texas Western est intense, chaque joueur garde son vis-à-vis tel un pitbull. Pourront-ils tenir tout le match avec un tel rythme ? De plus, les contre-attaques de Kentucky sont foudroyantes.

Le match est très physique, les joueurs de Texas Western se battent corps et âme face au jeu discipliné et efficace de Kentucky. A la sixième minute Texas Western

perd Harry Flurnoy, leur meilleur rebondeur. C'est une mauvaise nouvelle pour les Miners. Puis quelques minutes avant la mi- temps, Don Haskins décide de sortir David Lattin après sa troisième faute. Texas Western perd donc logiquement son avance de huit points. C'est alors au tour de Bobby Joe Hill de prendre les choses en main. Après deux interceptions bien senties et un lancer-

main. Après deux interceptions bien senties et un lancer- https://www.reddit.com/r/CollegeBasketball/co

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Dunk de David Lattin sur Pat Riley

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Willie Worsley et Don Haskins

franc de Nevil Shed, les Miners reprennent la tête. Les spectateurs dans la salle sont surpris de voir les Miners mener à la pause 34 à 31 mais la seconde mi- temps risque d'être serrée.

à 31 mais la seconde mi- temps risque d'être serrée.

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Don Haskins donnant des consignes lors d'un temps-mort

En seconde mi-temps, les joueurs d'Adolph Rupp reviennent sur le terrain avec la ferme intention de remporter le match. La défense rugueuse et l'attaque bien organisée des texans tentent de résister au retour des Wildacts, animés par un jeu léché et efficace. Alors que les joueurs d'Adolph Rupp reviennent à un point des texans, Bobby Joe Hill repart à la charge, avec l'aide d'Orsten Artis, pour inscrire six points d'affilés. Le clou est enfoncé, les joueurs de Kentucky ne reprendront jamais la tête du match. Texas Western s'impose donc sur le score de 72 à 65.

Texas Western s'impose donc sur le score de 72 à 65. httpwww.bigbluehistory.netbb1966twaudioclip.html Equipe de

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Equipe de Kentucky dépitée

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Bobby Joe Hill a réalisé un match incroyable, il finit meilleur marqueur du match avec 20 points, il a montré à toute la nation qu'il était du même calibre que des joueurs considérés comme les meilleurs des États-Unis tels Pat Riley et Louis Dampier. Tous deux finissent le match à 19

points. Bobby Joe Hill a bien été aidé par Orsten Artis et David Lattin qui finissent respectivement avec 15

points, 8 rebonds et 16 points, 9 rebonds.

Comment les joueurs de Texas Western ont pu être si sous-médiatisés, alors qu’ils ont joué les yeux dans les yeux avec l’équipe favorite du championnat ?

dans les yeux avec l’équipe favorite du championnat ? httpwww.blackbottomarchives.combl

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Bobby Joe Hill

Derrière l’exploit sportif se cache une révolution pour la communauté noire

Il y a un autre point qui oppose l’équipe de Kentucky et celle de Texas Western. Les joueurs de Kentucky sont tous Blancs et les Miners possèdent sept joueurs noirs dans leur effectif. Le cinq majeur de Texas Western pour le match : Bobby Joe Hill, Willie Worsley, David Lattin, Harry Flurnoy et Orsten Artis, tous Noirs. C’est la première fois que Texas Western débute un match avec cinq joueurs noirs. C’est la première fois que Texas Western met cinq joueurs noirs sur le terrain. Et c’est tout simplement la première fois qu’une équipe universitaire met cinq joueurs noirs. Cette première fois s’est faite devant des millions d’Américains, en finale NCAA, face à une université qui refusait d’intégrer les Noirs après les mouvements des droits civiques. De plus, les remplaçants qui sont entrés en jeu sont : Willie Cager et Nevil Shed. Ils sont Noirs. Alors Don Haskins a fait le choix de ne faire jouer que les joueurs noirs pour la finale NCAA. Sur le terrain, à la fin du match les

joueurs de Texas Western sont fous de joie, mais Don Haskins ne montre pas un enthousiasme à la mesure de son exploit. Il est vrai que la célébration de la victoire n’est pas aussi impressionnante que d’habitude. La tradition en NCAA veut qu’un joueur de l’équipe gagnante monte sur un escarbot pour couper le filet du panier de la victoire. A la fin du match personne n’apporte d’escarbot à Texas Western, C’est un détail qui n’empêche pas les Miners d’être heureux, Willie Worsley monte sur les épaules de Nevil Shed pour couper le filet.

monte sur les épaules de Nevil Shed pour couper le filet.

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Willie Worsley sur la tête de Nevil Shed

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Pendant que ses joueurs sont euphoriques, Don Haskins prend conscience qu’ils ne seront jamais traités comme les autres champions. Habituellement, l’équipe championne NCAA est invitée au The Ed Sullivan Show, qui était enregistré à Manhattan. Donc les trois joueurs qui venaient de New York, Shed, Worsley, and Cager, étaient excités par le retour à la maison en tant que champions. Bien sûr, comme on pouvait s’y attendre, Ed Sullivan n’a pas invité Texas Western à participer au show.

Dans les années 60 la ségrégation frappe toujours aux Etats-Unis, la communauté noire affirme ses droits afin de faire cesser cette injustice. Texas Western College montre un parfait exemple d’intégration à tout le pays. Bien que la ségrégation dans les lieux publics et les écoles soit interdite depuis 1964, les préjugés persistent dans certains Etats, notamment ceux du Sud.

persistent dans certains Etats, notamment ceux du Sud.

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Equipe de Texas Western avec le trophée

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Un contexte historique dans lequel Don Haskins et ses joueurs envoient un message à toute la société américaine

La ségrégation est une période historique qui a gangréné la société américaine pendant plusieurs décennies. La finale NCAA de 1966 nous transmet des valeurs humaines. Mais Texas Western a dû faire face à beaucoup de difficultés avant qu’on parle de cet événement comme un modèle d’intégration.

Après plusieurs siècles d’esclavage aux Etats- Unis, Abraham Lincoln décide de l’abolir le 1 er janvier 1863. Cette décision prise lors de la guerre de sécession, provoque la colère des Etats du Sud. S’en suivent alors de nombreuses actions violentes à l’encontre de la communauté noire, menées notamment par le Ku Klux Klan.

Dans le milieu des années 1870, des lois sont mises en place dans les Etats du Sud, les lois Jim Crow. Ces lois sont le fondement même de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Bien que les Noirs américains soient libres, ils subissent un lynchage quotidien soutenu par ces lois et vivent sous un climat de terreur. Ils n’ont pas accès aux mêmes lieux publics, mêmes places assises dans les bus, mêmes toilettes que les Blancs et ils n’ont surtout pas accès aux mêmes systèmes d’éducation.

surtout pas accès aux mêmes systèmes d’éducation.

http://hgbellevue.e-monsite.com/pages/actualite/le-racisme-dans-l-histoire.html

Fontaines à eau, en Caroline du Nord dans les années 1950

Au fur et à mesure que les années passent, la communauté noire se libère de ses chaînes héritées de l’esclavage pour revendiquer l’égalité des droits avec les Blancs. Au milieu du XX e siècle, avec l’aide de nombreux Américains blancs, les Noirs américains commencent à se faire entendre à travers tout le pays. Le mouvement des droits civiques est de plus en plus fort après que la ségrégation raciale dans les écoles publiques est déclarée anticonstitutionnelle. Des hommes comme Martin Luther King, Malcolm X ou Rosa Parks sont à la tête de ce combat pour l’égalité, avec chacun leur idéologie.

ce combat pour l’égalité, avec chacun leur idéologie. Malcolm X, Rosa Parks et Martin Luther King

Malcolm X, Rosa Parks et Martin Luther King

Au cours des années 60, la communauté noire semble atteindre son but. En 1964, la ségrégation est abolie. En 1965, le droit de vote est accordé dans tous les Etats. Et en 1967, le mariage mixte et entre Noirs est autorisé. Il aura fallu attendre neuf décennies pour que les Noirs américains libres soient reconnus comme n’importe quels citoyens. Malheureusement, si les lois imposent qu’ils aient les mêmes droits que tous les autres citoyens, dans les faits la ségrégation persiste bel et bien dans certains Etats.

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Depuis 1954, la ségrégation raciale est interdite dans les écoles publiques. Mais dans les Etats du Sud, la ségrégation continue dans les faits et il faudra par exemple attendre 1962 pour que le premier étudiant Noir, James Meredith, soit inscrit à l’université du Mississipi. L’accès à cette université pour le premier étudiant Noir s’est donc fait huit ans après que la loi soit appliquée et pendant toute sa scolarité il a été entouré d’agents fédéraux pour sa sécurité.

a été entouré d’agents fédéraux pour sa sécurité.

httpwww.meltycampus.frjfk-a-permis-au-premier-etudiant-noir-du-mississippi-d-etudier-

a228806.html

James Meredith

Voilà donc sous quel climat de tension s’est déroulée la finale NCAA de 1966. Bien que les lois ségrégationnistes aient été abolies, que l’accès aux universités soit autorisé pour les Noirs américains, dans les faits, la ségrégation existe toujours. Trois ans après le célèbre discours de Martin Luther King, ce match de basket-ball est un nouvel espoir pour les Noirs américains. Il transmet un message fort avec de profondes valeurs humaines et a changé le sport universitaire voire même la société américaine.

L’intégration des Noirs dans le basket-ball universitaire se fait plus difficilement que dans le basket-ball professionnel

Depuis que le basket-ball a été créé en 1891 par le professeur James Naismith, ce sport n’a cessé d’évoluer. Dès ses débuts, le basket-ball connaît un franc succès et réuni des centaines de spectateurs pour assister aux matchs. Ce succès touche aussi bien la communauté blanche que noire ainsi que tous les

niveaux sociaux. Dès le début du XX e siècle, des joueurs noirs pratiquent le basket-ball sur des terrains extérieurs et développent un jeu différent de celui des Blancs. Pendant longtemps le jeu spectaculaire, rapide, aérien et individualiste des Noirs américains reste à l’ombre du jeu académique, structuré et simple des professionnels Blancs.

académique, structuré et simple des professionnels Blancs.

httpwww.wnyc.orgstory192030-kareem-jazz-and-basketball#slideshow

Les New York Renaissance

A partir de la fin des années 20, une équipe entièrement composée de Noirs fait parler d’elle avec des résultats impressionnants. Les New York Renaissance de Harlem enregistrent 2588 victoires pour 529 défaites en vingt-six ans d’existences. Cette équipe a connu de nombreuses difficultés pour affronter les équipes professionnelles ; devant parcourir le pays à la recherche d’adversaires alors que certains hôtels et restaurants refusaient de leurs ouvrir leurs portes. En 1948, les Rens, comme on les appelait, deviennent la première équipe composée uniquement de joueurs noirs à devenir professionnelle dans une ligue composée uniquement de joueurs blancs, la National Basketball League.

Alors que depuis quelques temps certains joueurs noirs font leur entrée en tant que professionnels au baseball ou au football américain, c’est une équipe entièrement noire qui fait son apparition dans le basket-ball professionnel en 1948. Malheureusement, la saison 1948-49 est l’unique

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année des Rens en tant que professionnels. Car la NBL disparaît en 1949 pour fusionner avec une ligue récente, la Basketball Association of America, afin de créer la fameuse National Basketball Association. Les New York Renaissance ont permis de mettre en lumière pour la première fois les qualités des joueurs noirs. Bien qu’à cette époque le combat pour l’égalité entre les joueurs noirs et blancs soit loin d’être fini, les Noirs américains rêvent de pouvoir réussir grâce à ce sport en voyant les Rens. Certaines équipes noires se font également connaître comme les Harlem Globetrotters. Très rapidement, la NBA intègre les joueurs noirs dans la ligue. Le jeu spectaculaire qu’ils prônent plaît au public ; la ligue comprend rapidement le potentiel commercial de leur jeu. En dépit de la difficulté d’intégration des Noirs américains dans la

société, en vingt ans, le pourcentage de joueurs noirs en NBA passe de 3 à 54%.

httpwww.harlemglobetrotters.comhisto ry Wilt Chamberlain avec le maillot des Harlem Globetrotters
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Wilt Chamberlain avec le
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Globetrotters
Wilt Chamberlain avec le maillot des Harlem Globetrotters http://rrca.revues.org/433#tocto1n Pourcentage de joueur

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Pourcentage de joueur noirs en NBA

Dans le basket-ball universitaire, les premiers joueurs noirs apparaissent vers la fin des année 20. Entre 1920 et 1947, vingt-et-un joueurs noirs sont dans des universités blanches ; toutes ces universités se situent dans le quart Nord-Est des Etats-Unis et ne possèdent pas plus d’un ou deux Noirs américains

dans l’équipe. Jusqu’à la fin des années 60 les préjugés sur les joueurs noirs persistent. D’après certains, les Noirs possèdent des qualités physiques mais manquent de caractère, de sang-froid, ils ne tiennent pas la pression et ne sont pas intelligents, contrairement aux Blancs qui sont de fins stratèges au sang-froid. Pour gagner, ces individus pensaient donc qu’il fallait au moins un joueur blanc sur le terrain. Mettez cinq joueurs noirs sur le terrain et leurs instincts primaires referaient surface.

Ces préjugés empêcheront aux Noirs américains d’accéder pendant des années aux postes de meneur de jeu au basket-ball ou de quater-back au football américain, voire même au sport universitaire tout simplement comme à Kentucky où Adolph Rupp a attendu 1970 pour intégrer le premier joueur noir à son équipe.

La finale de 1966 est un pas en avant pour l’intégration des Noirs dans le sport universitaire

Texas Western College, rebaptisé Université du Texas à El Paso, UTEP, se situe donc à El Paso au Sud-Ouest des Etats-Unis proche de la frontière mexicaine. Cette université située dans une ville désertique possède peu de moyen pour le recrutement des joueurs. Dans sa biographie, Glory Road, on apprend que Don Haskins n’avait pas d’autres choix que d’aller chercher les joueurs dans les quatre coins du pays. La plupart des joueurs qui l’intéressaient et qui acceptaient de venir jouer dans une université inconnue d’une ville inconnue étaient Noirs. Le bon point est que la ville isolée d’El Paso et Texas Western College n’applique pas la ségrégation. Ce n’est pas pour autant que le chemin des Miners n’était pas semé d’embûches.

Le coach Haskins a recruté des joueurs noirs pour plusieurs raisons : économique, sportive et aussi car certains de ces joueurs n’étaient repérés que par des universités ségréguées, ils ne recevaient donc aucune offre malgré leur talent. Pour autant, Haskins a eu quelques difficultés pour recruter des joueurs noirs. Notamment du fait d’une règle tacite qui

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interdit dans les Etats du Sud de jouer avec deux joueurs noirs à domicile, trois à l’extérieur et éventuellement quatre quand l’équipe est en difficulté. Dans le Sud, la plupart des équipes ne possédaient pas un seul joueur noir 3 . Alors que dans certains Etats du Nord, ou de l’Ouest, des écoles débutent le match avec trois ou occasionnellement quatre joueurs noirs. Pendant plusieurs années Don Haskins a reçu de nombreuses lettres de menaces tout comme ses joueurs aussi bien noirs que blancs, les joueurs noirs pour des raisons évidentes et les joueurs blancs car ils voulaient défendre leurs coéquipiers.

Don Haskins pensait avoir cinq joueurs noirs assez bons pour débuter le match pendant la saison 1962-63. Un jour un de ces joueurs dont il est proche, Nolan Richardson, lui demande de débuter le match. Son coach lui répond qu’il est assez bon pour débuter le match sur le terrain, mais qu’il ne peut pas aligner un cinq de départ noir. Comme seule explication, Don Haskins laisse le joueur seul pendant trente minutes avec les lettres de menaces qu’il reçoit chaque jour. A son retour, Haskins demande à Nolan Richardson de ne parler à personne des lettres. Le joueur affirma dans Glory Road que d’avoir « l’humble honnêteté » d’avouer la situation « requiert plus de courage que d’avoir débuté avec cinq Noirs. Cela aurait voulu dire qu’il n’en tenait pas compte, qu’il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait ».

qu’il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait ». Photo: World Staff Photo par Richard Pulliam

Photo: World Staff Photo par Richard Pulliam

Don Haskins et Nolan Richardson

En 1962, Don Haskins parvient à recruter un joueur de l’université de Cameron dans l’Oklahoma, qui était classé parmi les meilleurs joueurs universitaires, Jim « Bad News » Barnes, en le vainquant à un concours de lancers francs. Jim Barnes était tellement bon que son

entrée sur le terrain était une mauvaise nouvelle pour ses adversaires, d’où son surnom « Bad News ». Jim Barnes était l’un des meilleurs joueurs que Don Haskins ait eus et il le considérait comme le joueur le plus important de l’histoire des Miners. Lors de sa dernière saison avec Texas Western, Jim Barnes a permis à son équipe d’enregistrer 25 victoires contre 3 défaites, mais Texas Western a échoué aux portes du Final Four. Les trois défaites cette saison ont eu lieu quand Jim Barnes a dû sortir du terrain pour avoir commis cinq fautes. Lors du match de l’élimination, Jim Barnes est clairement ciblé par les arbitres, à chaque contact avec l’adversaire Jim Barnes récolte une faute. Après seulement huit minutes de jeu, Jim Barnes doit quitter le terrain. D’après Don Haskins, si les arbitres avaient laissé jouer Barnes, ils auraient sûrement été champions, car avec lui l’équipe était imbattable. Aurait-il eu le même traitement de la part des arbitres

s’il était Blanc ?

La victoire acquise par les Miners, alors que Don Haskins décide de ne faire jouer que les joueurs noirs, balaye tous les préjugés sur les joueurs de couleur. Le match retransmis partout à travers le pays est un message d’espoir pour la communauté noire. Dans Glory Road, Pat Riley, aujourd’hui président des Miami Heat, définit ce match comme étant « la Proclamation de l’Emancipation de 1966 » et lors d’une interview pour une journaliste d’ESPN, il a affirmé que « la meilleure chose était arrivée pour la société ». Nolan Richardson quant à lui est convaincu que Don Haskins est responsable de « milliers de bourses pour les Noirs dans le Sud ». Dès l’année

de bourses pour les Noirs dans le Sud ». Dès l’année httpwww.utepathletics.com sportsm-

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09.html

Jim Barnes

3 Dans les conférences Southeastern, Southwestern et Atlantic Coast, tous les joueurs sont blancs

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suivante, les joueurs noirs à travers tout le Sud des Etats-Unis recevaient des appels d’écoles qui acceptaient désormais de les accueillir dans leur équipe. Alors qu’avant ce fameux match, pas un seul joueur noir n’était présent dans certaines conférences universitaires du Sud. Dès le début des années 1970, les meilleurs joueurs de la conférence Sud-Ouest sont tous noirs. Pendant des années, de nombreuses personnes remercieront Don Haskins et ses joueurs pour leur exploit. On peut lire dans Glory Road, que Chuck Foreman, grand running back en NFL dans les années 70, s’adressa à Don Haskins en ces termes : « j’ai toujours voulu vous remercier pour avoir donné aux jeunes Noirs comme moi une chance d’aller à l’université ». Preuve que cette rencontre dépasse les frontières du basket-ball.

Ce match a rapidement influencé tout un pays, pourtant, les retombées pour les Miners sont tout autres. Après la finale, les lettres de menaces se multiplient et deviennent plus violentes. L’image de de Don Haskins et ses joueurs est entachée dans la presse ; Adolph Rupp qualifie l’équipe de Texas Western de « bande d’escrocs », il affirme que les joueurs noirs n’étaient pas de vrais étudiants. A cette époque les journaux de Kentucky ignorent les mouvements de droits civiques et préfèrent ses idées vaseuses ; ils ne présenteront leurs excuses pour cette faute qu’en 2004. Le célèbre magazine sportif Sports Illustrated cherchait à créer la controverse avec des accusations sans fondement. On pouvait lire dans un article de ce journal que Don Haskins exploitait ses joueurs noirs, qu’El Paso était une ville raciste, que les femmes des joueurs n’avaient pas pu obtenir de travail. Les femmes ? Aucun des joueurs n’était marié. James Michener, écrivain américain qui a remporté le prix Pulitzer en 1948, écrit un livre en 1976, Sports in America, où il reprend les diffamations de l’article de Sports Illustrated, qualifie les Miners de criminels et non d’étudiants. D’après lui, cette finale est « l’un des plus misérables épisodes de l’histoire du sport américain ». Cette mauvaise réputation a comme conséquence d’éloigner les joueurs noirs d’El Paso. Ils commençaient à être recrutés à travers le pays, mais plus à Texas Western.

recrutés à travers le pays, mais plus à Texas Western.

http://dalydose22.tumblr.com/post/46082377744/greatest-march-madness-upsets-1966-texas-

western

Photo d'Harry Flurnoy au rebond qui a fait la une de Sports Illustrated

Lors de la saison 1966-67, Texas Western joue un match à Dallas, une ville très touchée par la ségrégation. Les lettres de menaces persistent et sont de plus en plus virulentes. L’après-midi du match, Nevil Shed se précipite dans la chambre de Don Haskins en panique. « Coach, Coach, quelqu’un m’a appelé et m’a dit que si j’entrais sur le terrain il allait tirer sur mon cul de Noir ». Don Haskins rassure son joueur et lui demande de ne pas s’inquiéter, ce n’est pas la première fois qu’ils reçoivent des menaces. Mais tout l’après-midi le coach reçoit des appels similaires. Haskins décide finalement de faire appel au FBI. Après tout, le président Kennedy a été assassiné dans cette même ville en 1963, la menace pourrait être réelle cette fois. Avant le coup d’envoi, lors du rassemblement, Nevil Shed court sans cesse autour de l’équipe. Don Haskins perd patience et lui dit : « Shed, qu’est-ce que tu fous ? ». Nevil lui répond : « Coach, si quelqu’un va me tirer dessus, je serai au moins une cible en mouvement ». Heureusement aucun incident n’a été à déplorer, peut- être grâce à la présence des agents fédéraux. Don Haskins affirme dans sa biographie, qu’il n’a jamais retiré son équipe du terrain aussi vite après cette victoire 71-62. Cet épisode comique après coup, reflète la persécution que pouvaient subir certains Noirs américains dans quelques Etats.

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Rapidement, la victoire des Miners a eu un effet positif à travers tout le pays. Mais les retombées n’ont pas été celles auxquelles on pouvait s’attendre pour Texas Western. A cause de ces retombées négatives et bien que ce match ait pour beaucoup changé le sport américain, voire l’Amérique tout entière, Don Haskins affirma pendant des années que « gagner le championnat national était la pire chose qui [lui soit] arrivée ».

« Je ne pensais vraiment pas à débuter avec cinq Noirs. Je voulais juste mettre les cinq meilleurs », Don Haskins

Le sport universitaire est très suivi aux Etats- Unis. Les Américains sont supporteurs d’une équipe universitaire avant d’être supporteurs d’une équipe NBA. A titre d’exemple, la finale NCAA de 2015 a été suivie par 22,6 millions d’Américains alors que la finale NBA de 2015 a été suivie par 19,9 millions. En NBA les joueurs sont de vraies stars, ils font l’image de la NBA. En NCAA, ceux qui amassent des millions, ce sont les coaches. Les meilleurs coaches peuvent rester des décennies à la tête d’une équipe, ils sont les visages des équipes NCAA et sont réputés meilleurs que leurs homologues en NBA. Cette reconnaissance des coaches NCAA a toujours été présente, bien avant 1966. C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle le nom de Don Haskins est souvent celui qui ressort en premier avec la finale NCAA de 1966.

celui qui ressort en premier avec la finale NCAA de 1966. http://transformations.utep.edu/?p=3546 Willie Worsley au

http://transformations.utep.edu/?p=3546

Willie Worsley au premier plan dans le vestiaire après la victoire contre Kentucky

Ce personnage atypique qui a permis à ses joueurs de rendre cette incroyable histoire possible est né le 14 mars 1930 à Enid dans l’Oklahoma et est mort le 7 septembre 2008 à El Paso. Don a donc grandi dans l’Oklahoma qu’il décrit comme dans les raisins de la colère de John Steinbeck. A Enid, bien que la ségrégation fût présente, les habitants manifestaient rarement leur mépris envers les Noirs.

Don Haskins est resté trente-huit ans à la tête des Miners, a enregistré 719 victoires et 353 défaites et est intronisé au Basketball Hall of Fame. Dans la préface de Glory Road, un confrère également intronisé au Hall of Fame, Bob Knight, affirme que « les gens qui comprennent ce que c’est de coacher, les gens qui savent réellement ce qu’est un grand coaching, parleront toujours de Don Haskins ». En tant que coach, Don Haskins est reconnu par ses pairs.

Alors qu’il a toujours été passionné par le basket-ball, que cela a toujours était son sport préféré, dans sa biographie Don Haskins nous informe que dans sa jeunesse il était bien meilleur au baseball qu’au basket-ball. La principale raison est que peu de gens jouaient au basket-ball à Enid. Puis à quinze ans, une rencontre a tout changé. Lors de son premier emploi il fait la connaissance d’un adolescent, son collègue. Il a le même âge, est aussi athlétique que lui, il adore le sport, et surtout le basket-ball. Tout les relie, sauf une chose, leur couleur de peau. Cet homme s’appelle Herman Carr et il se sont très vite lié d’amitié. Haskins va passer beaucoup de temps à jouer avec Herman, qui est très bon, et c’est ainsi qu’il est devenu l’un des meilleurs joueurs de sa région.

A la fin du lycée, Don Haskins est considéré comme le meilleur joueur de l’Oklahoma. C’est sans doute la première fois que Don s’aperçoit de l’injustice entre les joueurs noirs et blancs. Pour lui, il ne pouvait pas être le meilleur joueur de son Etat puisque le meilleur joueur de sa ville natale n’était autre qu’Herman Carr. Puis Don rejoint la prestigieuse équipe d’Oklahoma A&M alors qu’aucune équipe ne recrute Herman Carr à cause de sa couleur de peau. Don affirme dans son livre que cette année 1948 « c’était comme si [Herman]

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n’existait pas. Je pensais que c’était terriblement injuste et je me sentais mal pour mon ami. Je n’ai aucune idée de comment cela a pu arriver. Herman était bien assez intelligent pour aller à l’université ». Herman Carr décida donc d’intégrer l’armée car c’était le seul endroit aux Etats-Unis où un jeune Noir pouvait continuer de jouer au basket-ball. « Il est assez bon pour risquer sa peau pour le pays, mais pas pour boire à une fontaine publique ? » s’interrogea Don. D’après les dires d’Haskins, Herman Carr était un joueur intelligent qui connaissait le jeu mieux que lui. Alors que Don a appris le basket-ball d’un Noir, comment pouvait-il penser qu’un joueur noir n’était pas capable de mener une équipe ?

Avant d’être à la tête des Miners, Don coachait une équipe de filles et une équipe de garçons au lycée. Il entrainait les filles comme les garçons. Dans sa biographie, il est présenté tel un coach très sévère, axé sur l’effort défensif et les fondamentaux. Il refuse la défaite. Les entraînements sont durs ; interdiction de boire de l’eau pendant ceux-ci, les défaites à domiciles sont sanctionnées par des entraînements nocturnes. Pour lui, un grand joueur se développe

en étant poussé jusqu’à ses limites, peu importe que ce soit une fille ou un garçon, un joueur est un joueur. Il est inconcevable qu’un de ses joueurs

ne soit pas à 100%, il lui a fallu du temps pour comprendre que les filles ne pouvaient pas être à 100% à certaines périodes du mois. Après cette prise de conscience, Don tempérait les entraînements, mais les filles ont vite demandé à être traitées comme les garçons. Sa passion pour le basket-ball l’a rendu aveugle, il ne voyait que la couleur du maillot. Cette expérience lui a été utile pour entraîner les Miners.

« C’est comment de coacher des Noirs ? », « Don, comment fais-tu pour parler à tes joueurs noirs de cette manière ? ». Voilà le genre de questions qu’a eu Don pendant des années. Beaucoup était étonnés de voir comment Don parlait aux Noirs, c’est-à-dire de la même manière qu’il parlait aux Blancs. Don ne pensait pas à cela, il ne voyait pas de Noirs ou de Blancs, il voyait des joueurs, comme pour les filles et les garçons. Il déclare : « si mes cinq meilleurs joueurs venaient de Mars, j’aurais débuté avec cinq martiens ».

Cette pensée, on la retrouve chez Don Haskins lorsqu’il parle de la finale contre Kentucky ; « je ne pensais vraiment pas à débuter avec cinq Noirs. Je voulais juste mettre les cinq meilleurs ». Il a toujours refusé le statut de héros ou pionnier de la cause noire. Cette humilité où il cherche à banaliser la victoire contre Kentucky, nous montre sa vision. Ce n’est pas cinq Blancs contre cinq Noirs, ce sont dix jeunes hommes qui s’affrontent et donnent le meilleur d’eux-mêmes pour remporter un match de basket- ball. C’est avant tout un simple jeu à l’université. Pourtant, en 1966, les préjugés sont trop présents pour accepter que des Noirs

jouent à ce jeu avec des Blancs.

Avec un simple match, ces préjugés ont été balayés. Bien que le coach Haskins nie avoir voulu défendre les droits civiques lors de ce match, la décision de ne faire jouer que ses joueurs noirs n’est pas anodine. Cette victoire a eu des répercussions sur toute la société américaine. Mais qu’en serait-il s’ils avaient perdu ce match ? Sans doute que l’intégration des joueurs noirs aurait été plus tardive. Selon Don :

« gagner est plus important que le racisme pour certaines personnes ».

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Don Haskins

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L’importance de la finale NCAA de 1966 dans l’histoire américaine

La victoire de Texas Western, tout comme d’autres événements, a contribué à l’intégration des Noirs dans la société américaine. Malgré cela, l’intégration des Noirs dans le sport ou dans la société américaine reste un sujet d’actualité.

Ce match est entré dans l’histoire du sport universitaire, l’équipe des Miners de 1966 est intronisée tardivement au Hall of Fame en 2007 pour son exploit. Malgré le film Glory Road sorti en 2006, qui retrace l’événement, ce match reste peu connu. Pourtant, à l’époque ce match a eu autant d’impact sur l’intégration des Noirs dans la société américaine que d’autres événements sportifs plus célèbres.

que d’autres événements sportifs plus célèbres. http://newsone.com/2175763/jackie-robinson-birth/ Jackie

http://newsone.com/2175763/jackie-robinson-birth/

Jackie Robinson

Parmi les trois sports collectifs majeurs aux Etats-Unis, le basket-ball, le football américain et le baseball, c’est la ligue de baseball qui intègre le premier sportif noir professionnel. Jackie Robinson joue son premier match professionnel le 15 avril 1947 avec les Dodgers de Brooklyn. Dès lors, il devient le symbole de la lutte pour l’égalité des droits civiques.

4 Major League Baseball

Il est le premier Noir à défendre sa cause dans les médias, bien avant Rosa Parks ou Martin Luther King. La reconnaissance de Jackie Robinson est telle, qu’à l’instar de Martin Luther King en NBA, un jour lui est consacré au baseball, le « Jackie Robinson Day ». Le 15 avril, tous les joueurs portent le numéro 42, numéro de Jackie Robinson. Depuis 1997, la ligue a retiré le numéro 42, plus aucun joueur n’est autorisé à porter ce numéro en mémoire à Jackie Robinson. Le journal TIME le classe parmi les 100 personnalités les plus importantes du XX e siècle. Son intégration en MLB 4 était une véritable révolution, il a changé l’image du baseball et de l’Amérique toute entière.

En 1966 un autre événement à fait retentir toute l’Amérique. Mohamed Ali annonce son refus de servir l’armée américaine pour la guerre au Vietnam. Les conséquences dans sa vie de boxeur et d’homme sont désastreuses. Il perd sa ceinture de champion, sa licence de boxeur et écope d’une amende de 10000 dollars. Mohamed Ali reste sur ses positions, positions politiques, et devient le personnage public qui fait prendre conscience à tout un peuple des raisons de cette guerre. Il affiche publiquement son soutien à Malcolm X et aux défenseurs des droits civiques. Il passe de l’un des champions de boxe le plus populaire à l’un des hommes le plus connus et controversés du monde. Tout comme Jackie Robinson, TIME le classe parmi les 100 personnalités les plus importantes du XX e siècle. Ils sont avec le brésilien Pelé les trois seuls sportifs de ce classement.

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01/03/2016

Télécom ParisTech 01/03/2016 http://www.sportsfeatures.com/olympicsnews/story/46513/

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Mohamed Ali

Quelques mois après le meurtre de Martin Luther King, pendant les J.O. de 1968 au Mexique, une image fait couler beaucoup d’encre. Podium du 200 mètres, l’Australien Peter Norman, les Américains Tommie Smith et John Carlos sont présents. Les Américains tête baissée poings levés vêtus d’un gant noir et pieds déchaussés, affichent au monde entier leur soutien au combat pour l’égalité. Norman a apporté son soutien aux Américains car il est sensible à la cause des Aborigènes en Australie qui vivent une situation similaire aux Noirs américains. Les aborigènes ne sont considérés comme citoyen Australiens qu’à partir de 1967. L’Australien porte le même macaron que ses concurrents devenus amis. Sur celui-ci était inscrit : « Olympic project for human rights », projet olympique pour les droits humains. Cette image n’a pas été au goût des organisateur des J.O., les répercussions pour les Américains sont terribles. Suite à ce geste, ils sont bannis à vie des J.O., ont perdu leur travail, ils ont reçu de nombreuses menaces, perdu leur femme, l’un à cause d’un divorce et l’autre à cause d’un suicide. Quant à Peter Norman, il perdra également son travail et sera exclu des J.O. par son pays. Ces retombées ont été le prix à payer pour afficher au monde les injustices que subissent des minorités.

au monde les injustices que subissent des minorités. http://oneyard

http://oneyard com/magazine/hommage-a-lhomme-blanc-sur-cette-photo-1968/

Peter Norman, Tommie Smith et John Carlos sur le podium du 200m

Ces événements ont dépassé le cadre du sport. Ce sont des symboles du combat pour l’égalité et l’intégration des minorités. La finale NCAA de 1966 en fait également partie. Le sport transmet des valeurs humaines telles que le respect, la tolérance, l’esprit d’équipe, la persévérance. Ces valeurs sont utiles pour combattre des inégalités. Et ce sont ces valeurs que Don Haskins a transmises à ces joueurs pour gagner un match de basket-ball qui a changé la société américaine.

Que ce soit dans le sport ou dans la société, l’intégration des Noirs est toujours d’actualité

Depuis 1966, la condition des Noirs a bien changé. Aujourd’hui, plus des trois quarts des joueurs NBA sont noirs. On peut alors penser que la question de l’intégration des Noirs dans la société est révolue.

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Hélas, c’est toujours un sujet d’actualité. Toujours en NBA, un seul Noir dirige une équipe, la majorité des managers et entraineurs sont Blancs. Peu de temps avant la coupe du monde de rugby en 2015, l’équipe d’Afrique du Sud fait parler d’elle une énième fois sur le sujet de l’intégration des joueurs noirs. Le gouvernement impose à l’équipe un quota de joueurs non blancs. L’équipe doit être composée d’au moins sept joueurs non blancs dont deux Noirs. Lors de la coupe du monde, sur vingt-trois joueurs, huit étaient noirs ou métis. Cette iniquité a fait réagir des Sud- Africains, car l’équipe n’est pas à l’image du pays, la majorité de la population est noire. Certes, ce quota tend à faire disparaître une injustice, mais cela ne revient-il pas à choisir des joueurs pour leur couleur de peau et non pour leurs compétences ? S’il on ne trouve pas beaucoup de joueurs noirs à haut niveau, il vaudrait mieux se concentrer sur la formation des jeunes, qui sont majoritairement Noirs, puis les sélectionner en équipe nationale pour leurs compétences. Le quota de joueurs noirs risque d’être une fausse bonne idée et de créer des tensions.

http://www.europe1.fr/sport/mondial-2015-lafrique-du-sud-bat-largentine- et-prend-la-3e-place-2539645
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et-prend-la-3e-place-2539645

Equipe d'Afrique du Sud lors de la coupe du monde 2015

Des tensions par rapport à l’intégration des Noirs, il en existe hors du sport également. En Août 2014, Michael Brown est abattu par un policier à Fergusson, s’en suivent alors des émeutes dans la ville pendant plusieurs jours. Ce type d’erreurs policières n’est malheureusement pas isolé. Comme à

Chicago, où un jeune homme Noir de 19 ans et une femme Noire de 55 ans sont tués par un policier en décembre 2015. Ces faits émeuvent le monde et ravivent des tensions palpables aux Etats-Unis. La communauté noire s’exprime et interpelle les médias pour parler de l’inégalité toujours existante dans le pays. Malheureusement, dans ce type d’affaires, nous rappelant celle de Rodney King, où le policier est souvent Blanc et la victime souvent Noire, la famille des victimes parvient rarement à obtenir réparation, ce qui ne fait qu’approfondir ce sentiment d’injustice.

ce qui ne fait qu’approfondir ce sentiment d’injustice. http://www.rtl.fr/actu/international/emeutes-a-ferguson-le-

http://www.rtl.fr/actu/international/emeutes-a-ferguson-le-

point-sur-l-affaire-qui-secoue-les-etats-unis-7773752502

Manifestation à Ferguson

L’évolution de l’intégration des joueurs noirs dans le sport universitaire a été accélérée par la victoire des Miners. L’accès au sport universitaire signifie l’accès à l’éducation dans ces universités. Il y a bien eu un avant et un après finale 1966 dans l’histoire américaine. Ce match, autant marquant sur le plan sportif que politique, nous transmet un message sur les valeurs humaines et les conséquences que peuvent avoir un événement sportif sur le monde. Cependant, le combat, dans lequel ce match a laissé une trace, ne semble pas être fini.

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01/03/2016

Télécom ParisTech 01/03/2016 http://twocentssports.sportsblog.com/posts/1920595/throwback_thursday

http://twocentssports.sportsblog.com/posts/1920595/throwback_thursday

the_legendary_1966_texas_western_team.html

David Lattin, Willie Worsley et Nevil Shed

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01/03/2016

Sources documentaires

BASKET RETRO, http://basketretro.com [en ligne]. Disponible sur http://basketretro.com/2014/10/16/glory-road/ [29/02/2016]

BASKET SESSION, Basketsession.com [en ligne]. Disponible sur http://www.basketsession.com/actu/texas-1966-et-des-murs- secroulerent-79959/ [29/02/2016]

DAVID SUDRE ET MATTHIEU GENTY, « Le basket NBA : l’incarnation d’une Amérique « post-raciale » ? », Revue de recherche en civilisation américaine [En ligne], 3 | 2012, mis en ligne le 13 mars 2012, consulté le 29 février 2016. URL :

EL PASO TIMES. El Paso Breaking News Sports Entertainment Lifestyle Opinion – El Paso Times [en ligne]. Disponible sur http://www.elpasotimes.com/story/sports/2015/12/03/texas-western-opened-championship-season/76750640/ [29/02/2016]

ESPN. EXPN : The Worldwide Leader in Sport [en ligne]. Disponible sur http://espn.go.com/espn/page2/story?page=turner/060112

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HASKINS Don, Werzel Dan (2006). Glory Road, Hyperion Books, Etats-Unis, 254 pages.

LE MONDE, (2015). Rugby : l'Afrique du Sud impose un quota de joueurs non blancs, Le Monde, [en ligne]. [29/02/2016], URL :

MAXIME JOLY (2015), L'Afrique du Sud impose un quota de non-blancs dans son équipe de rugby, Le Figaro, [en ligne]. [29/02/2016], URL : sport24.lefigaro.fr/le-scan-sport/buzz/2015/02/24/27002-20150224ARTFIG00347-l-afrique-du-sud-impose- un-quota-de-non-blancs-dans-son-equipe-de-rugby.php

QUENTIN SEDILLO, (2015), Ces photos mythiques qui ont marqué l'histoire - Aujourd'hui, les poings levés de Tommie Smith et

John

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RAÏDA HAMADI, (2015), Hommage à l’homme blanc sur cette photo (1968), One Yard [en ligne]. [29/02/2016], URL:

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news,

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UNIVERSITY COMMUNICATIONS COPYRIGHT(C) 2009. Glory Road | The University of Texas at El Paso [en ligne]. Disponible sur http://gloryroad.utep.edu/home.aspx [29/02/2016]

WIKIPEDIA,

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YOUTUBE, YouTube [en ligne]. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?hl=fr&v=8pkqCi9IZMY&gl=FR [29/02/2016]

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YOUTUBE, YouTube [en ligne]. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?hl=fr&gl=FR&v=2jlYd0KuxAY [29/02/2016]

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01/03/2016

En 1966, alors que la ségrégation persiste dans certains Etats, un match de basket-ball marque un tournant dans l’histoire américaine. La finale NCAA entre un outsider et un favori absolu, oppose pour la première fois cinq joueurs noirs à cinq joueurs blancs. Dans ce match passionnant, l’équipe de l’université de Texas Western College montre à tout un pays un modèle d’intégration en ne faisant jouer que les Noirs lors de cette rencontre. Bien qu’aujourd’hui la présence des joueurs noirs semble être prépondérante dans le basket-ball américain, l’intégration des Noirs dans le basket-ball professionnel s’est faite progressivement, et elle a été plus difficile dans le basket-ball universitaire. En 1966 les lois ségrégationnistes sont déjà déclarées anticonstitutionnelles mais le contexte dans lequel se joue le match reste pesant. Le coach Don Haskins et ses joueurs ont affronté plusieurs épreuves pour exister au haut niveau universitaire. En ne faisant jouer que les joueurs noirs Don Haskins envoie un message à toute la société. Après ce match de basket-ball, c’est tout le sport universitaire qui a été bouleversé. Les Noirs commencent à recevoir des offres d’universités pour pratiquer un sport alors que la plupart des universités réservait ces offres aux Blancs. Ce match a marqué l’histoire américaine ; comme d’autres événements plus populaires. Cependant, au vu de l’actualité, on peut encore se demander si le combat pour l’égalité entre les Noirs et les Blancs est terminé.