RENCONTRE DES 5e6 AVEC L’ECRIVAIN ALAIN GROUSSET

Les élèves de 5e6 participent, dans le cadre de leur cours de français avec Mme Neuville, au prix littéraire « Passez la 5e », organisé avec la Bibliothèque Départementale de prêt et le CDDP du Val d’Oise (http://www.cddp95.acversailles.fr/pl5). Ils ont rencontré Alain Grousset, l’auteur de « La guerre des livres », l’un des romans du concours, jeudi 6 mai 2010 de 14h à ,15h. Voilà un auteur qui a son franc-parler !

LA BIOGRAPHIE Nouria : De quelle origine êtes-vous ? Française. Je suis né dans la Creuse, au milieu de la France, une région perdue, où il n’y a pas d’autoroute. J’adore y aller pour ramasser des châtaignes et des champignons. J’y ai passé mon enfance. Je suis marié, j’ai deux enfants, un chien, un chat, des canards… Aylin : Quel genre d’élève étiez-vous ? Elodie :Etiez-vous fort en français ? Je n’étais pas le meilleur en français. Je visais la moyenne… 10/20 : c’est la note avant que les parents gueulent. 12/20 : ils étaient contents. 14/20 : ma grand-mère me passait un bifton. 16/20 : mes parents tombaient à genoux. 18/20 : on partait à Lourdes ! 20/20 : c’est de la science-fiction : c’est jamais arrivé ! Mais j’étais un grand lecteur. Je lisais 5 livres par semaine !

-

Un élève : moi j’aime pas lire ! Alain Grousset : Qu’est-ce que ça veut dire quand tu dis « je n’aime pas lire ? » Un élève : C’est nul ! A.G. : Pourquoi ? Un élève : Moi j’aime bien, c’est comme les films… A.G. : Qu’est-ce que ça fait de lire ? Ça a un intérêt particulier quand on lit : on a des images dans la tête. Contrairement aux BD, aux dessins animés, aux films… où on vous offre des images, vous les acceptez telles quelles. Ce qui est intéressant quand on lit : vos images et pas celles des autres.

Les images de l’auteur donnent un texte auquel le lecteur superpose ses propres images quand il le lit…

Votre imaginaire se met en route quand vous lisez un bouquin. Cette part-là, elle va vous aider dans la vie. Beaucoup de gens n’arrivent pas à élaborer des choses, sont au raz des pâquerettes, et on se sert d’eux. Par exemple au supermarché, il y a marqué « vu à la télé » sur certains produits. C’est pour attirer les imbéciles, des gens qui ne savent pas prendre plusieurs paquets de gâteaux et choisir celui que eux préfèrent. Les publicitaires se sont aperçus que suffisamment de gens pensaient comme ça, n’ont pas leur libre arbitre. Ils se laissent guider par des choix que n’importe quel individu censé peut faire lui-même. Cette publicité sert à manipuler les gens. Allez, on revient aux questions ! Elodie : Quel est votre auteur préféré ? A part moi, je ne vois pas… ;-) Des centaines ! J’ai lu des milliers de livres. Plein de gens m’intéressent. J’adore la science-fiction. Nouria : Quel était votre rêve quand vous étiez petit ? Tout petit, je voulais être pompier : c’était rouge, ça clignotait, ça me plaisait bien. Puis conducteur de locomotive. Mon père travaillait à la SNCF et m’avait emmené à bord d’un train. Puis prof d’histoire, vétérinaire… Et je me suis retrouvé à France Télécom. Comme quoi, on ne fait pas toujours ce dont on a rêvé !

Zakaria : Avez-vous d’autres passions que l’écriture dans la vie ? Les brocantes ! Mais j’achète des livres. Je suis un collectionneur fou de livres. J’en ai 15 000 à la maison ! Est-ce que je les ai tous lus ? Non. Je m’en fous : il me les faut ! Ça peut être des documentaires. Je vais peut-être lire 4-5 pages, puis le ranger et le sortir un jour pour trouver une info. Aylin : D’où tenez-vous votre passion pour les livres ? C’est surtout une passion pour la science-fiction. Ça te tombe dessus, comme tomber amoureux, tu peux pas expliquer. J’ai commencé par un livre dans la bibliothèque de mon père, j’ai rien compris, mais j’ai trouvé ça vachement bien ! C’est le malheur que je vous souhaite : que vous ayez une passion et que vous alliez jusqu’au bout. Vous aurez plein d’échecs. Mais c’est une expérience positive quand on est passionné. Le mec pas assez passionné, face à l’échec, il arrête. C’est à vous de placer le curseur en haut, ni aux profs, ni aux parents. Eux, ils sont là pour vous donner les bases. Mais toi, qu’est-ce que tu as fait pour toimême ? Moi, je me fais chier à écrire des fois. Je préfèrerais être sur le canapé, à regarder un match de foot. Ça, tout le monde peut le faire. Qu’est-ce qui me pousse à écrire ? C’est la fin, le résultat. Le gars qui va lire le livre ne se demande pas si j’ai aimé le faire, peiné à le faire. LE METIER d’ECRIVAIN Zakaria : Vos livres, vous les connaissez par cœur ? Non, des fois j’oublie. J’ai écrit une cinquantaine de bouquins :! Zakaria : Et le dernier ? Il fait 300 pages ; Un peu long comme récitation ! Jazia : A quel âge avez-vous commencé à écrire ? Tout petit sur les murs de ma chambre… Non ! A 20 ans, des nouvelles ; Il n’y a pas d’âge pour écrire. L’éditeur se fout de savoir quel âge vous avez. Lui, il achète une bonne histoire. Quand je vends une histoire, je la vends pour toute la durée de ma vie, plus 70 ans après ma mort. Après, ça tombe dans le domaine public, mais avant, elle appartient à l’éditeur. Un auteur, ça écrit un manuscrit (ce qui est faux d’ailleurs, je n’écris pas à la main, mais à l’ordinateur, on devrait dire un « tapuscrit »). Mon job s’arrête là.

Jazia : Avez-vous voulu faire un autre métier avant d’être écrivain ? Je n’ai jamais voulu être écrivain. A 20 ans, j’ai rencontré une fille et on a décidé d’écrire ensemble. Il s’agit de Danielle Martinigol, avec laquelle j’ai fait plusieurs livres, parfois sous un pseudonyme (Kim Aldany ou Dan Alpac). Nouria : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? Le pognon ! Il faut bien que je gagne ma vie… Je blague ! Mais bon, quand je passe au supermarché, on ne me dit pas « Allez-y Monsieur Grousset, c’est gratuit ! » Voilà ce qui me motive… [Il montre des traductions de ses romans en allemand, grec, portugais, coréen, italien, croate…] Écrire, c’est partager avec des gens que je ne connais pas. Deux fois dans ma vie, j’ai rencontré des gens en train de lire mes livres. Une fois dans le train. Et il y a un mois, dans le RER B.

Zakaria : Et vous ne leur avez pas dit que c’était vous ? Vous auriez dû ! L’auteur est connu comme le clown : une fois démaquillé, personne ne le reconnaît. Le clown se cache derrière son personnage, comme l’auteur derrière le livre. Ce qui est important, ce n’est pas d’être connu, c’est le plaisir de lire cette histoire. Loubna : A quoi vous sert d’écrire ? Partager. J’ai des histoires dans la tête. Le meilleur moyen de les partager, c’est le livre. Pas besoin d’électricité, on peut le mettre dans sa poche, ça se prête, ça s’emprunte, ça se donne… Il y a même des gens qui vont laisser un livre sur un banc pour que des inconnus le prennent… Elodie : combien gagnez-vous par livre ? Vous achetez un livre 5 ∈. Combien reviennent à l’auteur ? Qui dit 4 ∈ ? 3 ∈ ? 2 ∈ ?… [de moins en moins de doigts se lèvent…] 30 centimes !, soit 6 % du prix. Zakaria : C’est de l’esclavage monsieur ! Quelle est la question à se poser après ? « Combien de livres sont vendus ? » La moyenne nationale pour les livres jeunesses : 10 000 exemplaires, donc 3000 ∈ pour l’auteur. Ce n’est pas suffisant pour en vivre. C’est pourquoi les auteurs ont souvent un autre métier : bibliothécaire, enseignant et même travailler à France Télécom ! Il faut savoir aussi que les livres se vendent sur une période de trois ans. Ce qui fait à 1000 ∈ par an. Mais on écrit plusieurs livres. Et certains se vendent très bien. En 20 ans, j’ai vendu 300 000 exemplaires pour La Citadelle du Vertige.

Le reste du pognon ? - 30 % pour le libraire. Libraire, c’est un métier, de conseil. Il doit gagner sa vie. - 30 % au diffuseur : la société qui emmène les livres de l’éditeur à la librairie. Un ballet de palettes et de cartons… - 40 % à l’éditeur, qui doit payer l’auteur, l’illustrateur, toutes les personnes qui travaillent : correcteurs, directeurs de collection, attachés de presse, représentants, juristes, magasiniers. Chez Hachette, il y a 800 personnes. J’ai 60 millions potentiels de lecteurs. Un auteur américain a 240 millions de lecteurs ! Il a plus de chances de pouvoir vendre ses livres et d’en vivre. Il peut aussi vendre au Canada, en Australie, en Angleterre, en Inde… sans avoir à faire traduire, ce qui coûte très cher. Moi, j’ai plus de chances qu’un mec romain ou bulgare ! Laëtitia : Quelles études avez-vous faites pour devenir auteur ? Pas d’études pour devenir auteur ! C’est le seul métier où c’est toi qui fais que tu vas réussir ou pas, comme les sportifs ou les artistes. Pour tous les autres métiers, on demande un niveau d’études. Les études, ça sert à l’ascenseur social. Mais c’est aussi votre comportement qui va compter, votre attitude, la façon dont vous répondez, dont vous vous habillez… Car vous êtes en concurrence avec tous les autres au même niveau. Aylin : Est-ce que l’actualité inspire vos livres ? Je vis en phase avec la société dans laquelle je vis. La science-fiction, c’est de faire « et si… ». Essayer de pousser le curseur un peu plus loin. Par exemple, pour « 10 façons d’assassiner la planète », j’ai demandé à dix auteurs de pousser à fond un problème actuel, comme la pollution, la montée du niveau des eaux… pour montrer que si on ne fait rien, « voilà ce qui va arriver ». Yaya : Avez-vous déjà gagné des récompenses ? Oui, pour mon premier livre : 40 000 F Et d’autres prix ensuite. Ça rassure, ça veut dire qu’on est encore dans le coup. Il faut garder le contact avec les jeunes : les élèves de 5e ont toujours le même âge, alors que soi, on prend de l’âge.

LE LIVRE DU CONCOURS « PASSEZ LA 5e » Yaya : De quoi vous êtes-vous inspiré pour écrire « La guerre des livres » ? Je me suis inspiré de ma bibliothèque. C’est rare pour un individu d’avoir 15 000 livres. Je me suis demandé : qu’est-ce que ça va devenir à l’ère électronique ?

Pour en savoir plus sur Alain Grousset, vous pouvez consulter son site : http://alain.grousset.monsite.orange.fr
Les élèves avaient d’autres questions, mais le temps est passé trop vite ! LE METIER

Aylin Loubna Aylin Loubna Elodie

Vos débuts ont-ils été difficiles ? Faites-vous des lectures publiques de vos livres ? Connaissez-vous beaucoup de personnes dans le monde littéraire ? Connaissez-vous Marc Cantin et les écrivains du concours « Passez la 5e » ? Est-ce que vous conseilleriez à des jeunes de devenir écrivains ?

Yaya Aylin Nouria Aylin

Est-ce que vous donnez votre avis à l’éditeur pour la présentation des livres ? A qui sont destinés vos livres ? Avez-vous écrit seulement pour les jeunes ? Quel est votre éditeur préféré et pourquoi ? Certains de vos livres ont-ils été adaptés pour le cinéma ?

L’EDITION

Loubna Nouria Céline Loubna Céline Yaya Zaccharia Zaccharia Jazia Céline Yaya Loubna Mélissa Loubna Loubna Loubna Céline

Combien de temps cela vous prend-il pour écrire un livre ? Quel est votre livre préféré, parmi ceux que vous avez écrits ? Lequel de vos livres aimez-vous le moins et pourquoi ? Pourquoi aimez-vous bien écrire de la science-fiction ? Avez-vous écrit dans d’autres genres que la science-fiction ou le fantastique ? Est-ce que vous n’écrivez que des romans ? Comment faites-vous pour inventer des histoires ? Vous inspirez-vous de votre vie ou est-ce que vous imaginez tout ? Avez-vous voyagé et cela inspire-t-il vos livres ? De quel écrivain vous inspirez-vous ? Est-ce que cela vous arrive d’être inspiré par le cinéma ? Par quoi commencez-vous ? Inventer le lieu ? l’histoire ? les personnages ? Comment faites-vous pour écrire ? Faites-vous un manuscrit ? à l’ordinateur ? A quel moment écrivez-vous de préférence ? Où écrivez-vous ? Comment faites-vous pour trouver vos titres ? Comment faites-vous pour choisir les noms de vos personnages ? Avez-vous un projet en cours ?

L’ECRITURE

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful