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PHILOSOPHES MEDIEVAUX Tome, —— — LE LANGAGE MENTAL DU MOYEN AGE A L’AGE CLASSIQUE sous la direction Joél BIARD publié avec l'aide de la Fondation européenne de la science (European Science Foundation) LOUVAIN-LA-NEUVE EDITIONS DE L'INSTITUT SUPERIEUR DE PHILOSOPHIE LOUVAIN - PARIS - WALPOLE, MA EDITIONS PETERS 2009 A CIP record for this book is available from the Library of Congress [No port ofthis book may be used or reproduced in any form, by print, photoprin ‘microti or any other means without written permission from the publisher. ISBN 978-90.429-2093-4 (Peeters Leuven) ISBN 978-2.7584-0084-9 (Peeters France) 'D. 2009/0602/50 © 2009, Pecters, Bondgenotenlaan 153, B-3000 Leuven LES REPRESENTATIONS RENDENT-ELLES INDIRECTE LA CONNAISSANCE DES CHOSES ? Cyrille Miction Université de Nantes is 6tudes une lecture des textes Claude Panaccio a défendu dans plu: de Thomas d”Aquin sur la connaissance intellectuelle, qui en est en méme temps une critique! : elle consiste & soutenir que pour ‘Thomas, la connais- sance intellectuelle des choses est indirecte, et passe par I’intermédiaire dTentités représentatives, produites par Vintellect. Panaccio s"oppose & de ‘nombreux thomistes traditionnels, mais aussi a des interprétations récen- tes, comme celles de Scott McDonald, E. Stump et N. Kretzmann?, dans Te monde anglo-saxon, ou d’E. Weber et Alain de Libera en France?. lest rejoint en plusicurs points de son analyse, mais sans un accord parfait, par R. Pasnau, et il a été discuté par D. Perler. C’est done un débat déja tenu a diverses reprises’, Mais avec un peu de recul, et en me " Voir. Panacco,« Prom Menial Word to Mental Language», Philosophical Tops 2aye (1994), . 25-187; ide Le Discous iuércur de Plton d Gullaume d'Ockham, Pati, Seu, 1999, p.179-186 ; id, « Aquinas on Mental Representation in D.Peler {ed Ancient and Medieval Theares of Intentional, Leiden Boston Kol, Bll, 2001 P iasz02. 2 Voir N. Kretzmann,« Philosophy of Mind » et $. MacDonald, « Theory of Know- dee». in Stim ct Kretzman, The Cambridge Companion o Anas, Canbiga®, Cambridge University Press, 1994, p. 128-159 et 160-197, respecivement ; tins que E Stump, Aquinas, Londres, Routledge, 2005, p 244-276, Voir uss I. P. O'Callaghan Thomistic Rellom and the Linguistic Turn, Note Dame (in), Notre Dame University Pre 2039. 29727, 2B. Weber, « Verbum », Enyclopée pilosophique universe, vol. 2: Notions Philosophiques, Pats, Presses universtate de France, 1990, 12, 27002711 + A. de ‘La'Querele es untversaus De Platon ta fin du Moyen Age. Pats Sell Uns Pasnas, Theories of Cognition in the Later Middle Ages, Cambridge, Cambridge verity Press, 1997, en pater p. 195219; D. Peer, « Een and inet ism, Some Late Meieval Perspectives » Topo’ 19 (2000), p 11-122 11d, Teoren ‘4 Jrenionalitm Mitelater, Frankfurt, Kentermann, 2002 cn particle p. 80-9. {yal mor-méme parcipé dane une moire mesure: wir « Aburcton 3 props i {eveerundnogue eae Guan &Oceam tT Ain», n Serge Tom (et) Thomas aut sil, Actes collage di cetera « Revue Tomi Pan ‘ed. Saint Paul, 1994, p. 362-378, et dans « L'espace et le verbe », in L. Couloubaritsis et A. Mazzi (dir), Questions sur Vintentionnalité, Bruxelles, Ousia, 2007, p. 125-155, 46 c. MIcHoN limitant a a discussion des analyses de Panaccio, je voudrais essayer aboutir & une vision commune, et de vider la querelle, duu moins en ce {qui conceme la lecture de Thomas. Car il me semble que le désaccord véritable est de nature plus strictement philosophique. Panaccio définit le représentationnalisme : Par représenzationnalisme, jentendrai, dans ce contexte, toute théorie de la connaissance qui attribue un réle crucial et indispensable a certaines repré- sentations mentales. Et par représentation mentale, j’entendai toute occur- rence (token) symbolique existant dans un esprit individuel et doté, dans cet esprit individuel d’un contenu sémantique. Une représentation mentale, dans ce vocabulaire, est une occurrence mentale qui se refere a quelque chose dauire, quelque chose d’extramental le plus souvent. Panaccio oppose le représentationnalisme ainsi défini au réatisme direct. Comme il n'est pas question de nier que Thomas ait été réaliste (au sens épistémologique de la connaissance des choses elles-mémes), il s"ensuit que le représentationnalisme doit éte un réalisme indirect. Que doit-on entendre par 1a ? Ou bien on dira qu'une doctrine réaliste de la connaissance qui admet des représentations est un réalisme indirect, et il n'y a pas de différence de sens entre les deux étiquettes de représenta- tionnalisme et de réalisme indirect. Ou bien I’on veut dire que le réalisme indirect suppose en plus que ces représentations nous font connaitre quelque chose d’autre qu’elles des lors qu'elles sont elles-mémes connues et qu'une inférence des représentations aux représentés peut étre faite. Le réalisme indirect soutient alors que nous avons une connaissance , mais une connaissance indirecte, médiate : par le biais des ns, dans un processus qui pourrait étre qualifié d’inférentiel Autrement dit, le réalisme indirect soutient que objet immédiat de la connaissance, ce sont les représentations, et que les choses en elles- mémes ne peuvent I’étre qu’en second lieu, & partir de cette premiére connaissance’ © Panaccio, « Aquinas on Mental Representation », p 185, 7 Une illustration de cee conception me semble dr la doctrine défendue par Russel dans ses Problems of Philosophy, et sa distinction des apparences (sense data) et de la alts + « La veritable forme de la table n'est pas ce que nous voyons, cest quelque chose {qu'on peut infer de ce que nous voyens, et ce que noUs Voyons change constamment 3 mesure gue nous nous déplagons dans la piece a se trouve la table; Hos Sense semblent par conséuent pas nous renseiger avec verté au sujet de la table elle-méme, mais seu fement 8 propos de lapparcnce de cette able [.] Mt devient done évident que la table \Ventable, s'il en existe un, nest pas celle dont ous avons la perception immediate pa Tenttemise de la vue, du toucher ou de V'ouie. La vraic table, sil yen a une, nest pas directement pergue pot nous als dot tre connue par inféreace A pats de ce que nous percevons ditecement » (Problemes de philosophic, chap. 1, trad. Frangois Rivene, Pris, LES REPRESENTATIONS RENDENT-ELLES INDIRECTE a7 Selon Panaccio, qui réactualise des critiques formées en leur temps par des quasi-contemporains comme Pierre Olivi, Durand de Saint-Pourgaint ‘ou Guillaume d’Ockham, Thomas est un représentationnaliste et un réa- liste indirect. Je ne sais pas si cette conjonction n’est pas une implication selon Panaccio. En tout cas, je voudrais soutenir que Thomas est peut- tre représentationnaliste, mais qu'il n’est pas un réaliste indirect. Pour ce faire, je devrai distinguer plusieurs sens du représentationnalisme, et montrer que si Thomas tombe sous I’un d’entre eux, il ne tombe pas sous le sens le plus fort, qui est celui du réalisme indirect, L’existence des représentations Notons d’entrée qu'il est un sens de représentationnalisme qui ne ferait pas la différence entre Thomas et le champion de Panaccio (Ockham), car l'un et Pautre admettent des représentations comme entités ou tokens mentaux dotés de conten sémantique, puisque c’est bien ce qu’est un acte mental de connaissance selon Ockham. Soit done le représentation- nalisme ainsi défini RL : doctrine qui admet des occurrences mentales (représentations) dotées. dun contenu sémantique. La notion de représentationnalisme devient intéressante si on lui donne lun sens plus fort, qui distingue les représentations des actes de connais sance, soit : R2-: RI + es représentations sont dstinctes des actes de connaissance. R2 ne s'applique plus & Ockham puisqu’il critique tout intermédiaire entre les actes et les choses connues. En revanche, Panaccio soutient que Thomas admet R2, et il Ie soutient contre de nombreux interprétes qui le nent. Dans plusieurs textes comparables, Thomas soutient que le processus @intellection doit étre compris comme impliquant deux termes, qui Payot, 1989, p. 11-12). Russell semble se situer dans le droit fil dela tation empirist, cel de Ia vole des idées qui devienneat un voile entre esprit et le monde, Celle-ci avait ‘ouvert Ie pote & la rsponse critique de Kant. Russel offre quant & Tui une reponse prag- ‘matique : Vhypothése dela rélit cachée deriée les spparences, mais revéles par elles {3 hypothase la plus simple. Pour un et late, une cause de la roprésentation doit etre Posée, Pour les dex: Ia ressemblance nest pas asturée. Pour Russell, mais pas pour Kant (alisme transcendental, Ia relation de caealité assure Une certaine connaissance dela ‘ause 4 partir de ete: Jes variations des spparences peuvent temoigner dune Variation de a ease de Papparcace 48 ©. MICHON semblent distincts de l'acte de connaitre et de la chose connue. Le pre- ier est lespéce intelligible (la species), dégagée, par l'intellect agent, des images que contiennent les sens interes ; le second est intention ou Ie verbe mental’, produit par I'intellect patient, et qui peut demeurer dans Vesprit pour étre appliqué & un nouvel individu, pour former un Jjugement ow un raisonnement (c’est ce qui mériterait sans doute le plus etre appelé un mot mental’. L'espece est posée pour rendre compte de la premiére connaissance de la chose, de Ia formation du concept, intention pour rendre compte des intellections de méme contenu ensuite, des usages ultérieurs du concept. Le modele est celui de la connaissance sensible oi I’on distingue l’opération du sens exteme affecté immédiate- ‘ment par la forme sensible, et imagination qui est le trésor des formes (des formes sensibles extemes, tandis que la mémoire est le trésor des * La dsinton inten ~verbum me semble Lise a contest dans loqul Thomas stexpime. Le premier terme eelove dt vocabulieploophie et dAvienne et travers Parsote, Le second pour equi eteslogiie et ent Austin Mais soot lings vinblement de mane syoonyme par Thomas, y compris dans Ia inne eure Voir pa exemple sige Jinn dan a Somme con Tes Gents [Sot ovat Cont Gent | Sant Thomse Assn doce angle Opes omnia ws la cons XII. Mt Xl Sune conra Genes Let Roma, Typ iced Garon MCMXVIM)¢vir not suivante) et cl de verbon danse lve IV. chap. 11, ered Inet prem *'Catte dosine appari ts cairement dans le leatesva: «4 2. (1 fa consirer une chose exteiire pense pat nous geist par dant not inellect Selon aa atue propre, mae qe c'est sa specter idl re ane nore intellect, tue ' numérotation des arguments et les italiques sont de ous). Voir D. Perler.« Essentialism and Direct Realism.» 32 (©. MICHON de la ressemblance de Thomas d’Aquin fait de sa conception de la connaissance une forme modifiée de réalisme direct et non un représen- tationnalisme entendu comme réalisme indirect. On pourrait méme parler d'un réalisme plus direct que celui d’Ockham, si la relation de représen- tation est une forme d’identité, tandis que pour Ockham il s’agit d’un rapport de signification, moins étroite que Videntité. Dans les termes mémes de Panaccio : « Quelle forme de réalisme plus directe pourrait-on espérer qu'une doctrine qui dit que la nature méme de la chose extérieure = son essence — en vient a exister d'une certaine fagon dans le sujet connaissant ? » Tout me semble se jouer ici sur l’analyse de la ressemblance en termes de partage d'une méme forme. Panaccio lui aussi parle d'isomorphisme, qui peut étre compris comme identité de structure, Son objection est que la structure commune & la species et & la forme naturelle est une autre structure que cette forme. A quoi I'on peut répondre que la dfférence des modes d°étre pourrait suffire & parler de similitude entre deux instances de la forme : une instance naturelle, la forme naturelle, et une instance intentionnelle, la forme intentionnelle, Par ailleurs, l'espece comme le verbe sont des formes, et, en tant que telles, des entités incomplétes. Ce ne sont pas des choses, mais des formes de choses. De quelle chose ° Je ne ‘ois pas d’autre explication que de dire que ce sont des formes (acciden- telles) de Fintellect, qui l'actualisent. Elles seraient alors la forme de acte d'intellection. Certes, Thomas distingue l’espéce, le verbe, la chose et l'acte d’intellection"®, Mais la forme peut étre dite distincte de V'acte qu'elle constitue, tout comme la forme du chien est distincte du chien, le composé dont elle est un composant. Autrement dit, méme s'il n'y a pas identité entre l'espce et la forme ou la nature de la chose, la distinction n'est pas une distinction entre deux choses, ou deux entités completes. Que concture ? Je ne suis pas convaincu, pour les mémes raisons que Perler, et pour autres, par l'argument que Panaccio tire des textes sur la similitude. Mais je vais Iui accorder l'essentiel, car, méme si l'espéce et le verbe sont la forme méme de fa chose avec un mode d'étre dans l'intellect, ils sont, de ce fait, dstinets de objet connu, qui est cette meme forme avec tun mode d°étre extramental. Tout comme deux chiens sont deux entités distinctes qui partagent la méme forme (qui plus est selon le méme mode 1 Pansccio, « Aquinas on Meotal Representation »,p. 187. Gi Ouecat disputata de potentia, qo 8 at. 1 3p dans S. Thome Aquinitais pers omnia, Gd Roberto Buss, vol 3 Sttigart-Bad Cannstatt, Fromann-Hol/boog 1980, LES REPRESENTATIONS RENDENT-ELLES INDIRECTE 33 d'étre). Et méme si les similitudes sont des entités incomplétes, ce sont des entités. Admettons done que Thomas soit un représentationaliste au sens de R2, qui pose des entités représentatives distinctes des objets connus et des actes de connaissance. Cela en faitil pour autant un réaliste indirect ? La question est de savoir si Thomas n’est pas obligé de tenir les similitudes pour de véritables objets de connaissance et non pour de simples moyens de connaitre La connaissance des représentations 11 faut procéder par stapes, d'une part en distinguant diverses formes de représentationalisme, d’autre part en distinguant le cas de la species cet celui du verbum. 1) La premiére étape est celle qui consiste & établir que ces entités imtermédiaires ne sont pas seulement produites a l'occasion de la connais- sance, mais qu’elles sont appréhendées pat I'intellect, et que c'est moyen- nant cette appréhension que la connaissance des choses peut avoir lieu, La critique traditionnelle des species reposait sur ce genre d’argument. Elle faisait en général valoir que les species sont de véritables petites choses (les parvae res d’Ockham) qui s"interposent entre Vintellect et les choses pour les représenter, comme une statue représente son modéle. Elles feraient donc de toute connaissance une connaissance recordative comme celle qui permet de connaitre le modéle & partir de la statue. I] serait alors impossible davoir une connaissance directe du modele, ce 4ui rend cette théorie douteuse, car il faut bien expliquer la connaissance tecordative par appel 3 des connaissances non recordatives: celle de A statue lle-méme, et celle du modele que rappel éventuellement la fave, connaissance drecte qui a 0 te présente au moins cher I Je ne peux ici faire état de ces critiques et de bien d'autres (statut ontologique douteux, probléme logique de la régression & I'infini, consé- ences épistémologiques qui feraient qu'on ne cesserait de penser & Seceton forme la species et) qu'on trouve de maitre exemplaire Tae Oli, Durand de SaintPourgain, ou bien sr, Guillaume Ockham, fons-nous a la thése de Panaccio selon laquelle ces species doivent re Derehendées par intellect, ce qui semble assure le caractée ind rman 4 connaissance. Panccio reconnait que Thomas aime 2 de mbkiles reprises que la species n'est pas l'objet connu, id quod cognos- 7 mais ce par quoi l'objet est connu, id quo cognoscitur (c'est méme 4 c. MICHON un argument pour distinguer la species de la forme connue par lintellect). Il s’ensuit que la species ne peut devenir objet de connaissance que par réflexion, done indirectement, moyennant la connaissance de l'objet. Il y a une connaissance directe de ta chose, et une connaissance indirecte de l'espéce, et non I'inverse". Cela étant, Thomas dit également, nous avons vu, que ce n'est pas la chose, mais sa species qui est dans Vintel- lect, etl pose bien que I'intellect doit appréhender la species. La species est done appréhendée par la puissance de connaitre, Cette affirmation parait contredire la précédente. Mais on peut les rendre compatibles si Pappréhension dont il est ici question n’est pas une connaissance. On définit alors un nouveau sens de représentationnalisme qui rendrait compte d'une appréhension par V'intellect d’entités représentatives, sans pour autant que celles-ci soit connues par lintellect : R3 =: R2 + les représentations sont appréhendées pour que les choses soient connues. 2) Mais ce n'est pas tout, Thomas semble bien soutenir que la puis- sance de connaitre, sensible ou intelligible, connalt cette enti, puisqu’il dit de la species qu'elle est le premier visum ou le premier intellectum, Ta chose étant le secundum viswn ou le secundum intellectun®. Le texte des Sentences oUt apparait cette opposition appartient toutefois une période ot Thomas ne distinguait pas species et verbum, sauf faire du second lacte méme d'inteliger. Une fois la distinction établie, il ne dit plus que la species est I'intellectum. En revanche, il le dit du verbum, sur lequel je me concentre désormais. Et il le dit parfois en ajoutant que la chose hors de IMime ne lest pas : Ce qui est pensé (intellectum) par soi n’est pas la chose dont on a la connais- ssanee par Pintellect, puisque celle-ci est parfois pensée seulement en puis- Sance, et est alors hors de celui qui pense, par exemple, quand homme © « Manifestum est etiam quod species intlligibiles quibus intellects possibiis fit in ‘ctu, non sunt obiectum intllectus, Non enim se habent a intlleecum sicut quod intel pir, set sicut quo intellects intllgit» (In De An. Il, 2). “© thn'y a pas de taison ici d'opposer les especessensibles aux espcesinteligibles elles doivent Ere apprchendées par la puissance congitive correspondante. « Sed circa “oprehensionem sensus sciendumm est quod est quaedam vis spprehensiva quae apprehen especies seniblem sensibii te pracsente,sicut sensus proprius, quaedam vero quae pprehenditeam fe absene, sit imaginatio'» (Quaest. de ver, q. 1,8. 11). Er Gciendum tamcn et quod intllectim duplicter dict, sicut visu etiam, Est enim primum visum quod es ipsa species rei Vsibilis in pupils [Corr potenti] exisens, quae een perfec ident, tprncpium Visions e& medium fomen respect visibiis. Et ‘Sr Sour pecundur quod est ipsa res exta oculum. Similterintellectum primum est ipsa So Mmntado que esti intellect text intellectum secundum ipsa es, quae pe simili> {diem ily ineligitur » In quarto libros Sententiarum, I dist. 38, qu 1, art. 2. LES REPRESENTATIONS RENDENT-ELLES INDIRECTE 35 pense les choses matériclles, comme la pierre, I'animal ou autre chose de tel; alors qu’ faut que le pensé (ntllectum) soit dans celui qui pense et un avec lu [..], Cela done est pensé premiézement et par soi que intellect ceongot en lui:méme de a chose pensée, que ce soit sa défintion, ou une énonciation, selon les deux opérations de intellect que I'en pose, comme ides dit au livre IM du taité De de. Ce qui est ainsi congu par Fintellect est appeé verbo intrieu,et c'est ce qui est signifié pa expression vocale En eet, expression vocale extrieue ne signfie pas intellect lu-méme, ni sa forme intelligible, ni son acte de penser, mais le concept de intellect, par Vintermédisire duguel il signfie la chose ; comme lorsque je dis ‘homme » ou «< homme est un animal > On pourrait dire que I'intellection du verbe est une connaissance intel- lectuelle de ce verbe, et que cette connaissance conduit, médiatement, & celle de la chose. Soit Ia doctrine du réalisme indirect dans toute sa splendeur : le verbe représente la chose, sa connaissance conduit donc & connaissance de la chose™. Mais cette explication n’est pas convaincante. D’une part exclusion de la chose hors de ce qui est intelligé, intellectum, dans le texte du De ppotentia, peut faire douter qu’ intelligere y ait le sens de « connaitre ». Intellectum ne voudrait pas tant dire « connu intellectuellement » que « produit par l'intellect », et ce qui est produit ce n’est pas la chose, ‘mais son intellection, son intention ou son verbe. Le verbe est bien intel- lectum, et moyennant cette intellection du verbe, la chose est connue, e qui peut encore se dire dans le vocabulaire de lintellection, mai avec un sens équivoque, car en ce second sens intelligere veut bien dire « connaitre intellectuellement ». C’est ainsi que je comprends la pre~ miére phrase Id autem quod est per se intellectum non est res illa euius natitia per intel- lectum haberur 2% -« fd autem quod est per se intellectum non est res ill cus notta per intelectum tr, cum lla quandogue sit intellecta in potentiatantum, ct sit exis intelligentem, $e cum home ing rs materiales ut ape vel anima ut ala usm cum 0 oporteat quod intllectum sit in intelligent, et unum cu ipso ...] Hoc ergo est fimo et er seinem, qd nec sein concpt de enlist, sive vd