Vous êtes sur la page 1sur 4
Revue des Études Grecques 7. Redard (G.). Recherches sur χρή, χρ ῆ σθαι, étude sémantique

Citer ce document / Cite this document :

Humbert Jean. 7. Redard (G.). Recherches sur χρή, χρσθαι, étude sémantique (fasc 303 de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études). Paris, 1953. In: Revue des Études Grecques, tome 70, fascicule 329-330, Janvier-juin 1957. pp. 252-254.

Document généré le 25/09/2015

pp. 252-254. http://www.persee.fr/doc/reg_0035-2039_1957_num_70_329_3487_t1_0252_0000_2 Document généré le 25/09/2015

252 COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES

tournure, avec δίκη). En somme, il voit dans θέμις une conception archaïque,

spécifiquement grecque,

la

façon

*θέμι,

qui pose

l'ordre dans

est

un

monde qui

ne

pas

de

(qui n'a

ultérieur

les

sait

et

encore distinguer l'ordre de la nature de l'ordre juridique

l'ordre moral :

rien d'une

de

Hymnes et les textes épiques

particulier, p.

de

et social,

il montre comment Zeus

le garant

de cet ordre,

révélation et

qui se précisera

dans le développement

coup d'œil

tort

sur

M.

de

été, en

la

civilisation et de la pensée).

si

21, le

curieux

imprévue,

θέμις

et la structure

θέμις,

Après avoir jeté un

plus

vers g4 de et

récents que l'Iliade et l'Odyssée

Γ Hymne

à Apollon,

qu'il

qui

contraire

« moral »

:

je crois

repose

ce

qui

ΰβρις),

a

son

du mot

que

θέμις

θέμιστος,

féminin a

de force agissante

de

Vos

les

voit

vers

(voir, en

combine,

Vos

ne

neutre

le

examine l'étymologie

pas admettre, avec M. Benveniste,

sur explique fort bien

un ancien

θεμιτός, rajeuni en

plus important flottement que présente la flexion du nom ; rien n'empêche

de supposer que le glissement de l'inanimé à l'animé

grec,

la conséquence fort ancienne de l'idée θέμις.

Passant alors

à

la

notion de

la

θέμις

personne divine, M.

cause

à son origine

à

68

la

il

sqq.

de Γ αγορά, directement mise en

la

plus

cf. θέμις Ίχναίη, croit pouvoir faire

remonter le culte lui-même au second millénaire, à l'époque mycénienne. Il

non

symbole de

de

étudie,

intégration au monde

seulement une épouse de

c'est-à-dire la divinité qui, par définition, préside

dissolution de

anciens lieux

déjà dans l'Hymne à Apollon,

par

de l'Odyssée,

à

réunion et

en

situe

les

son

fait d'elle,

conseillère, le

Γ άγων homérique ;

avec vraisemblance,

de culte en pays éolien (Thessalie et Béotie ;

o,4,

et

Strabon,

435)

et

à

travers Hésiode, la

la justice

été

tout

généalogie dans laquelle on l'insère,

par

un

Ιερός γάμος

qui

sa parèdre

et sa

de l'Olympe

de

Zeut;, mais

son règne ;

subissant le rayonnement de l'influence

et

est identifiée, par

Delphes, elle

Eschyle, avec Gaïa — ce à quoi les conceptions les plus anciennes semblent

avoir

faisant porter son

particulier son hypothèse,

attention sur les lieux de culte de l'époque historique :

prend un caractère prophétique

à

fait étrangères.

qui met

en

un

Il termine son étude en

rapport le culte

de

on retiendra en

Thémis

à Rhamnonte

(en association avec celui de Némésis) avec la victoire de Marathon, où Γ ύβρις

des Barbares fut brisée par

la puissance de l'ordre juste.

lit

Il faut signaler, bien que ce ne soit qu'un détail

désirer :

ainsi, rien

3o-3r,

matériel, un fait

on

σεαϋτον,

J. Humbert.

regrettable, auquel

des formes grecques (surtout en dehors des citations, plus correctes) laisse

un peu d'attention pouvait facilement remédier : l'aceentuation

souvent à

ανηρ, Ζευς (sic).

qu'aux pp.

αίδ'ΐ>ς,

7.

tiré

REDARD (G.). Recherches sur χοή, χρήσθαι, étude sémantique (fasc 3o3

de la Bibliothèque de l'École

D'un ouvrage

des Hautes Études). Paris, ig53,

de la mantique,

De

fait,

général sur la terminologie

sur χρή

une

importante étude

et χρτσθαι.

122 pp»

M.

si

Redard a

par

χράω,

divination, la majeure partie du matériel verbal attesté par la famille

en

qui s'est

développée,

d'une façon secondaire

mais

χρησμός, χρηστήοιον des formations intéressantes se rattachaient étroitement

à la

étudiée se rapporte évidemment à l'idée d'utilisation et ne saurait être justifié

sémantiquement sans faire intervenir χρ^', ancien substantif, sans doute neutre

qui a fini

à l'origine,

par devenir prédominante, l'idée de nécessité.

COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES

 

253

I\L

R.

s'est attaqué à

ce problème si complexe avec la méthode

qui seule

donner une

description aussi complète que possible des sens attestés — description qui

pouvait lui assurer des résultats

positifs. Il

a commencé

par

aboutit à quelques sens principaux dont les liens sémantiques ne sauraient

satisfaire : significatif est le loyal aveu du Liddell-Scott-Jones, qui déclare :

R.

« Origin and historical

a donc, devant cette confusion, cherché ία définition fondamentale qui seule

« peut rendre compte de

ceux que

et surtout

order of

the

forms

and senses

du verbe,

not

clear ».

M.

tous les emplois

le

plus

y compris

35).

leur technicisation a

différenciés » (p.

Partant de χρήομαι (le moyen apparaissant à l'auteur, à juste titre

la forme essentielle,

logiquement antérieure à l'actif

R.

montre que

chose,

la valeur-souche est celle

avoir "recours

à

quelque

(cf.

la signification mantiquo du verbe repose

de

λ

:

lat egeo

« prêts

manque et

— repose

d'ailleurs, pomme

correspondant), M.

l'utilisation de quelque

servir » ;

du recours à la puissance divine,

de même s'expliquent les

c'est-à-dire des

exprime le

cf.

hors de

lui

Assuré de cette base solide, M. R. peut remonter de χρήομαί à χρή. A priori,

il peut paraître étrange que, cherchant la signification essentielle, l'on parte

d'abord du dérive γρηομαι pour s'attaquer ensuite à χρή.

mais les conditions toutes particulières dans lesquelles se présente ce fossile qu'est χρή justifient cette méthode inversée. M. R. montre que, par exemple,

dans ού

»,

ne

de nécessité (aussi étroitement liées

ont

développé dans χρή la valeur de nécessité, qui est devenue dominante, comme

se

chacun sait. A l'origine,

distinguer de δεϊ — nécessité qui s'impose extérieurement au sujet ;

les deux verbes devaient, sans se recouvrir entièrement, devenir pratiquement

synonymes. — Une fois franchi

de celui qui cherche l'appropriation de

« rechercher

s'en

chose pour

492)

sur l'idée

(χράω) ;

(actif),

»

qui répond à cet appel par l'actif

et

de

prêter

sens de emprunter (moyen)

à usage

le

sur l'état

demandés ou consentis. Aussi bien ce qui

besoin — deux notions indissociablement liées ;

«

Sous

un aspect

ou

sous

un

autre,

à

un objet

d' « appropriation occasionnelle ».

dont

il

dérive :

il ne faut pas entasser des mots

Les

notions

et

de

ce

de

besoin et

besoin)

— a

d'ailleurs

peut

aisément

l'objet qui précisément lui fait défaut.

ces valeurs variées supposent toutes un recours du sujet

qui

jamais ne le modifie,

un rapport

χρή

μυθον

οφέλλειν

(π 63ΐ)

l'idée fondamentale est que l'objet que doit s'approprier le guerrier,

sont pas les mots, mais la lutte avec l'adversaire.

que celles de manque

au

χρή — nécessité

départ du sujet

R.

ce passage difficile, M.

n'était pas

promis

à

la

justifier χρήζω « désirer », dont la valeur oraculaire, rarement attestée, est

sans doute illusoire ; χρειώ,

χρή, mais qui sauvegarde mieux son caractère nominal ; χρεών, forme dans

laquelle M. R.

même durée que

qui

voit, avec Wackernagel, χρεώ -f- ν final analogique de κάλλίον

puis χρήμα

etc

et ^ρήσις

χρήσιμος et χρηστός,

si nette dans χρηστά τόξα

demande », ou χρηστός

soi

χρήμα (et

τος par ex.,), mais surtout χρηστήριον,

l'oracle) ; réponse

;

χρέος, et

(avec

».

Dans

On se

fait une

χρεία « tentative

d'appropriation, besoin » ;

κτήμα et κτήσις qui en sont pratiquement inséparables) ;

dont

la

ανήο

de

la

valeur

« un

d'appropriation par le sujet est encore

arc

bon

à remplir l'objet

qu'on

lui

«

un

homme

dont

on peut

tirer parti

pour

mantique, font l'objet d'une étude poussée

qui

victime (offerte en vue

cumule

les

sens de

de

siège

l'oracle).

qui,

à

partir

le secteur

son

dérivé χρηματίζω), χρηστός (dans le composé πυθόχρησ-

(de

de la richesse de cette étude matériellement courte.

de dénombrements

(de l'oracle),

idée

Elle confirme l'efficience d'une méthode

254 COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES

aussi complets que possible,

engendre organiquement des valeurs dont le développement s'est fait dans

les sens

peut retrouver

une

notion de

J.

base ;

celle-ci

les plus

divers.

Humbert.

8. DENNISTON (J. D.)

par

K.

J. Dover).

Entre

1934,

date

exemples en

dévouement

The

Greek Particles, 2e

éd. (revue

et augmentée

date de

Oxford,

de la

Clarendon Press, ig54· 5o sh.

sa

mort, J. D. Denniston avait, sous des formes diverses, accumulé de nouveaux

au

que

Denniston sur son exemplaire interfolié pouvaient, en général, s'ajouter à ceux

qui avaient été allégués ou en remplacer d'autres moins probants, il était fort

délicat pour M.

parution des Greek Particles, et

de

voir

io/jg,

le

d'une

vue de M. K. J.

seconde édition qui vient

Dover.

de tirer parti de

jour grâce

De fail, celui-ci avait affaire à une besogne

Si

les exemples

portés par

J. D.

notes rapides, prises souvent

tout concourait à rendre difficile.

K.

J. Dover

passage par J. D.

Dennislou ; comment savoir ce qu'en eût fait l'auteur ?

Comment apprécier les changements que ces nouveaux exemples auraient pu amener dans sa façon de voir les choses ? De plus, la seconde édition étant

essentiellement une reproduction photographique de la première, la possibilité de retouches importantes se trouvait exclue et l'ancienne mise en page devait être matériellement respectée. Le nouvel éditeur devait se limiter à peu de changements sans modifier l'ordre des pages, et pratiquement renoncer à

exprimer ses vues propres

a eu les

contiennent se rapportent surtout à la discussion du texte des exemples allégués.

de

répertoire de faits, que

il y a toujours,

collocation »

au

:

c'est seulement dans les Addenda et

Corrigenda qu'il

franches, encore que la plupart des notes qu'ils

coudées un peu plus

En conséquence, le texte de

à la base de

el

la

1954 ne pouvait que fort peu différer de celui

ce vaste

20 ans, justement apprécié ;

la c

l'ouvrage, la distinction féconde entre

1984. On y retrouve les qualités universellement reconnues de

tout helléniste a, depuis

« combinaison >> quand plusieurs particules entrent en jeu —

les unes additionnant successivement les significations de leurs composantes,

ne

rendent compte que partiellement. Aussi bien, les réserves que l'on pouvait faire sur le caractère exclusivement descriptif de l'ouvrage, sur la

multiplication, parfois excessives, des subdivisions ; enfin sur l'insuffisance d'esprit de système dans les Greek Parlicles, restent toujours les mêmes. Cependant, si on

290-

291),

n'en

lui-même que dans les Addenda auxquels il renvoie. 11 n'y a pas que des exemples nouveaux se substituant à d'anciens exemples plus ou moins discutables ; l'aire des dépouillements s'est élargie parce qu'on a utilisé, non plus seulement des œuvres littéraires complètes, mais aussi les recueils de fragments (ainsi p. 10, la citation d'Achaîos, poète tragique, d'après les Tragicorum poetarum fragmenta de Nauck).

le texte

regarde de près certaines pages de

les autres dégageant par synthèse un sens nouveau dont les composantes

la seconde édition

K.

J. Dover, pour

ceci

(par ex., les pp.

on

a pas

voit

été

que

le travail

de M.

avoir été très discret,

pour cela

moins efficace — et

aussi bien dans

corriger l'édition de

le

lecteur devrait lui être vivement reconnaissant d'avoir grandement facilité la

Le

consultation des Greek Particles en munissant le livre de deux index.

il est d'autant

De

plus,

même si

M.

K.

J. Dover n'avait

fait

que

1934 sans y ajouter, en quelques touches discrètes, son apport personnel,

premier

donne

la

liste

des particules

en

« combinaison

»

: