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« EDUCATION: FUNDAMENTAL TO A COUNTRY’S FUTURE » L'éducation peut - elle faire une différence

« EDUCATION: FUNDAMENTAL TO A COUNTRY’S FUTURE » L'éducation peut - elle faire une différence dans l’ Employabilité et dans le développement d'un pays ?

Université de Pretoria 31 Mai 2016

[French Version]

Nesmy Manigat

Mesdame s, Messieurs, Distingués invités,

Je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs du Kapuscinski Development Lectures, le Programme des Nations - Unies pour le Développement (PNUD), la Commission Européenne ainsi que les responsables de l’Université d e Pretoria pour leur invitation. Je saisis l’opportunité pour saluer la grande contribution du Kapuscinski Development Lectures, de ses partenaires, de tous les speakers aux débats qui permettent de faire avancer l’agenda du développement en vue d’un mond e plus inclusif et plus prospère. Je vous remercie de l’accueil chaleureux qui m’a été réservé.

La question du jour est d’une importance capitale : L'éducation peut - elle faire une différence dans l’Employabilité et dans le développement d'un pays? Nous ne pourrons pas aborder tous les éléments d’un sujet aussi important et complexe, mais la réponse est certainement OUI, à condition que l’école et les systèmes éducatifs se réforment, de même que le marché du travail.

En effet nous vivons de plus en plus dans un monde interconnecté et il devient de plus en plus important de « construire ensemble » les solutions qui ont un impact durable sur le futur des pays. Si, globalement, les décideurs publics, les penseurs et différents leaders admettent depuis longt emps les dangers de la « pensée unique », il reste le piège de la « pensée solitaire » qui consiste à produire des solutions optimales pour son propre environnement.

Or, le monde d’aujourd’hui n’est pas seulement interconnecté, il est aussi complexe et c hangeant. Les mouvements migratoires, l’urbanisation, les technologies de l’information, le rajeunissement de la population dans les pays en développement sont autant de phénomènes qui bousculent nos institutions traditionnelles, en particulier l’école.

Aujourd’hui l’école et sa mission ont vieilli par rapport à ce monde dynamique peuplé de plus en plus de jeunes et de moins jeunes, qui vivent et travaillent plus longtemps. Fini, l’époque où on passait les 25 premières années de sa vie à acquérir des con naissances et des compétences et, ensuite les 25 autres à rester compétents et à travailler.

Aujourd’hui les diplômes deviennent vite obsolètes et ont une date d’expiration. Je redis, ce que je dis à mes étudiants à l’Université : Les nouveaux emplois d’au jourd’hui et de demain n’existent peut être pas encore, c’est à vous de les créer, et le mieux, collectivement. Dans ce monde dynamique et changeant, l’école ne peut plus se contenter de transmettre des savoirs figés à de futurs travailleurs figés. « La ga rantie de l’emploi à vie est morte, Vive l’employabilité. » [ Jacques Gounon , 2013]

Au 21eme siècle, le défi de l’école est de transmettre une culture d’apprentissage à des futurs travailleurs, professionnels, entrepreneurs « mobiles », engagés dans le d éveloppement de leur communauté, mais plus largement de leur région. L’employabilité requiert de nouveaux savoirs tout au long de la vie. Ceci requiert un système éducatif qui mise non seulement sur des savoirs et compétences disciplinaires mais également transversales.

Peut - on y arriver qu’en investissement massivement dans l’éducation de base ? Quelles formations alternatives pour les jeunes qui n’ont pas achevé le cycle primaire ? Quelle place à accorder à la petite enfance, étape fondamentale pour le développement futur de certaines compétences transversales : sociales et psychosociales des jeunes ? Comment accélérer les retards considérables dans la scolarisation au niveau du secondaire général ou professionnel? Où en est t - on aujourd’hui ? L’école do it elle simplement subir ces changements, s’adapter graduellement ou provoquer ces ajustements ? Ou en est t - on aujourd’hui ?

Mesdames, Messieurs, distingués invités,

Cela fait 20 ans exactement, depuis le sommet sur l’Education à Jomtien en 1996, les pays en développement ont tous presqu’exclusivement misé, sur l’éducation de base au niveau du primaire. Certes, beaucoup de progrès ont été réalisés. Partout les taux nets de scolarisation ont progressé au niveau de l’école primaire, même si aujourd’hui encore 58 millions d’enfants restent non scolarisés.

Toutefois, nous nous devons d’analyser la stratégie du « Tout primaire ». Autrement dit : L'éducation de base suffit - elle pour faire une différence dans l ’ Employabilité et dans le développement d'un pays ?

Certes, il manque un e série d’études pour confirmer le niveau de corrélation entre les cycles d’études, mais le peu d’investissement dans les autres cycles influe sur les parcours et le rendement scolaire au niveau du cycle primaire. Certaines études déjà disponibles suggèren t que, moins il y a d’investissement au niveau de la petite enfance, plus les taux d’abandons et de redoublemen t au niveau du primaire seront é levés. Il devrait en être de même au niveau du secondaire et universitaire.

Dans bon nombre de pays, les maitre s n’atteignent que le niveau du secondaire et très peu ont un niveau universitaire. Aujourd’hui, 250 millions d'enfants scolarisés ou non, ne savent pratiquement ni lire , ni écrire. Ainsi, ce n’est pas un hasard 71 millions d'adolescents se trouvent hors de l'enseignement secondaire.

Au delà des considérations pédagogiques, le bonus démographique de plusieurs pays est en train de se transformer en bombe démographique, s’il n’y a pas également un investissement majeur au niveau du secondaire, en particul ier de la formation professionnelle. En effet, bon nombre de pays fait face à cette bombe démographique qui est en train d’exploser et qui se nomme exclusion, chômage des jeunes, insécurité, kidnapping, prostitution, drogue, exode rural, migration massiv e.

Il est clair qu’aucun pays ne peut prétendre à un futur si des millions de jeunes sont privés de compétences indispensables pour trouver un emploi ou pour créer leur propre emploi tout au long de leur vie active. Aujourd’hui entre 40 à 50% des jeune s se retrouvent dans les pays en développement en dehors de l’école.

Dans certains pays la situation est pire. Mon propre pays Haïti, retient seulement entre 25% à 30 % de ses adolescents au niveau du secondaire.

Mesdames, Messieurs, distingués invi tés,

L'éducation peut - elle faire une différence dans l’ Employabilité et dans le développement d'un pays? Oui, mais parmi toutes les mesures qui doivent garantir cette réalité, j’en citerai 3 :

1 - Rééquilibrer d’enseignement

les investissements entre

les

cycles

Il est clair que l’éducation souffre d’un déficit chronique d’investissement. Selon les estimations de l’UNESCO, Il faudrait maintenant débourser 22 milliards de dollars supplémentaires par an pour financer l’éducation pour tous à l’horizon 2030. Si généralement on s’accorde à recommander un investissement entre 15 à 20% des budgets nati onaux en éducation, aucune recommandation n’est faite quant à sa distribution.

Toutefois, peu importe le montant mobilisé, on ne devrait pas perdre de vue le principe de l’enrichissement réciproque de tous les cycles. Un investissement optimal au niveau de toute la chaine éducative, du préscolaire à l’Université, représente une meilleure garantie pour l’employabilité, sans oublier les filières de formation professionnelle alternatives pour les jeunes qui n’ont pas achevé le cycle primaire.

La déclarati on d’Incheon doit être plus qu’un vœu pieux quand elle propose 12 années d’enseignement primaire et secondaire de qualité, gratuit et équitable, financé sur fonds publics, dont au moins 9 années obligatoires, débouchant sur des acquis pertinents. En plus de cela, elle encourage la mise en place d’au moins une année d’enseignement préprimaire de qualité, gratuit et obligatoire, et que tous les enfants aient accès à des services de développement, d’éducation et de protection de la petite enfance de qualité.

Il est clair que le socle des acquis obtenus au niveau du préscolaire et du primaire est pourtant bien trop faible pour garantir un emploi durable, une mobilité professionnelle et apprentissage tout au long de la vie. Les budgets alloués au niveau du secondaire, jusqu’à l’enseignement

supérieur doivent clairement mettre en évidence cette volonté de miser sur les jeunes. Ce rééquilibrage représentera certes un changement de paradigme majeur, par rapport aux politiques en cours qui veulent que les pays en développement n’investissent massivement que dans l’éducation primaire.

2 - Mettre l’accent sur les compétences transversales

Réformer les systèmes éducatifs nationaux pour qu’ils préparent la nouvelle génération de penseurs, de visionn aires, de réformateurs, de critiques, de scientifiques, de professionnels à tous les niveaux dépasse le simple cadre de transferts de savoirs disciplinaires. Savoir apprendre seul, savoir résoudre des problèmes, travailler en équipe, démarrer son entrepris e, vendre et communiquer ses idées, savoir s’engager dans le développement de son quartier ou de son pays sont parmi les nouvelles compétences clés etc…

Cette démarche vise à préparer une nouvelle génération motivée, qui trouvera les conditions pour rester dans son pays et participer au progrès de son temps. Ceci demande une réingénierie des contenus et des temps scolaires en trouvant la complémentarité entre les compétences disciplinaires et les compétences transversales.

Ceci passe en particulier par la réforme du cycle secondaire, incluant l’ enseignement et la formati on techniques et professionnels, afin de mieux préparer les jeunes à vivre et à travailler dans un monde en pleine et rapide transformation. Les systèmes éducatifs doivent être mieux outillés pour offrir un portefeuille de compétences génériques de b ase, très pratiques, en particulier l’entrepreneuriat, les technologies de l’information, l’éducation à la citoyenneté etc…

3 - Replacer l’école au centre du village ou du quartier

Mettre les jeunes en situation de participer activement et efficacemen t au devenir de leur communauté, de leur pays ou de leur région demande de créer des liens et des réseaux solides entre l’école et la

communauté. La formation, même tout au long de la vie, ne suffit pas. L’école doit passer d’une gouvernance d’état à une g ouvernance citoyenne. Vu la rigidité des marchés du travail, régis par des bureaucraties et des règles souvent obsolètes, il apparaît opportun de développer des liens qui permettent de créer des consensus afin de réduire les différentes barrières. Les par tenariats « Ecoles - Chambres de commerce », « Ecoles - Chambres de métiers », « Ecoles - Entreprises », « Ecoles - ONG Locales » sont à promouvoir.

Il devient donc important de bien anticiper l’évolution des métiers actuels et futurs en permettant aux systèmes éducatifs d’être plus à l’écoute des besoins et des réalités du monde économique. C’est un « win - win game » car le siècle prochain se construit déjà quotidiennement dans les salles de classe.

Par ailleurs, il devient de plus en plus incontournable d’in clure la famille, les pouvoirs publics, les médias et la société civile dans le rôle de transmission du patrimoine culturel et des valeurs clés. Pour adresser les défis actuels et futurs de paix, de prospérité, de santé publique, d’environnement etc… les systèmes éducatifs ne peuvent plus être enfermés dans les schémas traditionnels de scolarisation. L’environnement d’apprentissage doit aller au delà de la salle de classe et mobiliser d’autres acteurs clés. Il faut graduellement faire tomber les murs des salles de classe, pour mieux faciliter la réingénierie des curricula, garantir la qualité et surtout la pertinence des apprentissages, la mobilisation des financements innovants et ciblées, notamment venant des entreprises etc

4 - Mettre l’Enseigneme nt supérieur au service de toute la chaine éducative

J’ai eu le privilège d’observer le système éducatif dans beaucoup de pays, tantôt comme Professeur d’Université, Assistant technique, Responsable d’ONG, Ministre d’Education et maintenant au niveau du board du Global Partnership for Education. J’en suis arrivé à la conclusion, qu’autant que les religions, l’école est une institution difficile à réformer. Personne ne touche pas à ses missions sans entrer en guerre contre des traditions, des certitudes vo ire des dogmes. Aussi, je ne

m’attends pas à ce que je vais vous dire soit populaire, mais, néanmoins, il est clair que l’Enseignement Supérieur devrait être en quête d’un nouveau sens.

Certes, l’Enseignement supérieur a fait quelques progrès en accueil lant aujourd’hui 30% des jeunes, contre 15%, il y a encore 20 ans. Même si dans certains pays le taux de fréquentation n’atteint que les 5%. Trop peu de jeunes accèdent à un diplôme et trop peu de diplômes offrent les compétences réelles pour le marché du travail. Si on rajoute donc au fait que 40% de jeunes globalement sont en dehors du secondaire, je me pose et je vous pose 3 questions:

· Qui prépare la majorité des jeunes entre 15 à 24 ans pour la vie

active, incluant ceux qui ont abandonné l’école depuis le primaire ?

· Qui travaille réellement pour prévenir l’échec scolaire de ceux qui sont en salle de classe ?

· Qui d’autres mieux que l’Enseignement Supérieur détient les

savoirs, ou, est capable de les dévelo pper pour y répondre ?

Aussi, si l’Enseignement supérieur doit se renforcer pour augmenter sa capacité d’accueil et le taux de diplomation, il est venu aussi le temps qu’elle s’implique plus activement dans l’appui à la création d’emploi pour une public plus large que ses universitaires. Pour cela, Il doit s’impliquer dans la réforme des curricula dès la petite enfance, dans la formation initiale et continue massive des directeurs d’écoles et des enseignants, des administrateurs scolaires.

L’Enseigneme nt Supérieur devrait aussi suppléer aux carences de l’enseignement technique et professionnelle et en faire une nouvelle niche d’activité. Ceci inclut des partenariats pour accompagner, former et certifier les compétences de ceux qui ont abandonné très tôt les salles de classe. Ceci inclut également l’encadrement pour des incubateurs d’entreprises, notamment dans les secteurs qui requièrent l’innovation technologique.

Mettre l’Enseignement supérieur, avec les autres secteurs, au service de toute la cha ine éducative est une des façons efficaces d’augmenter l’employabilité des jeunes et de garantir des emplois dans le futur.

Mesdames, Messieurs , Distingués invités

En guise de conclusion,

Je termine par rappeler ce vieux proverbe africain : « Pou r qu’un enfant grandisse, il faut tout un village ». Et je me permets aujourd’hui d’ajouter : « Pour qu’un jeune ait ou crée son propre emploi, il faut tout un village »

Je vous remercie