SELARL

Sonia KROVNIKOFF - Flora GALLY
AVOCATS
15, rue de la République
45000 ORLEANS
Tél : 02.38.54.42.40 Fax : 02.38.54.42.39

160150ANTICOR

REQUETE EN DECLARATION D’INEXISTENCE
À Mesdames et Messieurs le Président et Conseillers du Conseil d'État
POUR
ANTICOR, soit ASSOCIATION POUR LA PREVENTION DE LA CORRUPTION ET
POUR L’ETHIQUE EN POLITIQUE (ci-après ANTICOR), association régie par la loi
du 1er juillet 1901, déclarée auprès de la Préfecture des HAUTS DE SEINE le 25 avril 2003,
suivant parution au Journal Officiel du 7 juin 2003, et modifiée selon déclaration auprès de la
Préfecture de Police de PARIS du 1er juin 2015 (Numéro RNA : W9220017), identifiée au
SIREN sous le numéro 533 081 782, ayant son siège social 37, avenue Ledru-Rollin, 75012
Paris, prise en la personne de son président en exercice, dûment habilité par une délibération
du conseil d'administration en date du 20 avril 2016,
Ayant pour Avocat Maître Flora GALLY de la SELARL Sonia KROVNIKOFF - Flora
GALLY, Avocats au barreau d’ORLEANS, demeurant 15, rue de la République, 45000
ORLEANS

CONTRE
La lettre du Premier ministre du 8 janvier 1985 à Monsieur Valéry GISCARD D’ESTAING,
Ancien Président de la République, fixant le statut dans la Nation des anciens Présidents de la
République et des conjoints des Présidents de la République décédés, en ce qui concerne tant
leur situation personnelle que les conditions de leur participation à la vie publique.

PLAISE AU CONSEIL D’ETAT
I- FAITS
Aux termes de l’article 19 de la Loi n° 55-366 du 3 avril 1955 relative au développement des
crédits affectés aux dépenses du ministère des finances et des affaires économiques pour
l'exercice 1955 :

« Il est attribué aux anciens Présidents de la République française une dotation annuelle d'un
montant égal à celui du traitement indiciaire brut d'un conseiller d'Etat en service ordinaire.
La moitié de cette dotation sera réversible sur la tête de la veuve ou, en cas de décès, sur la
tête des enfants jusqu'à leur majorité.
La présente disposition prendra effet au 1er janvier 1955. »
Par ailleurs, au titre de l’article 56 de la Constitution, en sus de ses neuf membres, les anciens
Présidents de la République font de droit partie à vie du Conseil constitutionnel et perçoivent
une indemnité prévue à l’article 6 de l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958.
En dehors de ces dispositions, le statut des anciens Présidents de la République n’a jamais été
fixé.
De manière informelle, sur demande du Chef de l’Etat, le Premier Ministre, Monsieur Laurent
Fabius, par lettre du 8 janvier 1985 adressée à Monsieur Valéry GISCARD D’ESTAING,
ancien Président de la République , a entendu définir « un certain nombre de règles fixant de
manière permanente le statut dans la Nation des anciens Présidents de la République et des
conjoints des Présidents de la République décédés, en ce qui concerne tant leur situation
personnelle que les conditions de leur participation à la vie publique. » (pièce 1).
Cette lettre n’a jamais été publiée au Journal officiel et est restée secrète jusqu’en 2010.
ANTICOR sera déclarée recevable et bien fondée à voir déclarer inexistante, et par voie de
conséquence nulle et non avenue, la lettre du 8 janvier 1985 du Premier ministre à Monsieur
Valéry GISCARD D’ESTAING, tel qu’il sera exposé ci-après.

I- DISCUSSION

SUR LA RECEVABILITE DE LA REQUETE
-

Sur l’intérêt à agir d’ANTICOR

Aux termes de l’article 1 des statuts de l’association :
ANTICOR est « une Association déclarée, régie par la loi du 1er juillet 1901, qui a pour
objet de mener des actions en vue de réhabiliter la démocratie représentative, de promouvoir
l’éthique en politique, de lutter contre la corruption et contre la fraude fiscale sur le plan
national et international. » (pièce 5)
L’absence de base juridique et de transparence quant aux moyens matériels et humains
octroyés par l’Etat aux anciens Présidents de la République justifie que l’association saisisse
le Conseil aux fins de contestation.
Sa requête sera jugée recevable.

2

-

Sur le délai pour agir

Il est de jurisprudence constante que l’acte inexistant peut être remis en cause à tout moment
et peut être déféré au juge sans condition de délai (CE 27 novembre 1957, Leroy Rec. 828 –
15 mai 1981, Maurice, Rec. 221 – 28 février 1986, Commissaire de la République des
Landes ; Rec. 50).
L’action d’ANTICOR visant à voir constater l’inexistence de la lettre du 8 janvier 1985 sera
jugée recevable.

SUR LES VICES AFFECTANT L’ACTE ADMINISTRATIF
1- Sur la légalité externe
Les dispositions de l’article 21 de la Constitution confèrent au Premier ministre, sous réserve
des pouvoirs reconnus au Président de la République, l'exercice du pouvoir réglementaire à
l'échelon national.
Constitue un acte réglementaire la décision édictant une norme générale s’adressant à une
plusieurs personnes désignées de façon abstraite.
La lettre du 8 janvier 1985 du Premier ministre adressée à Monsieur Valéry GISCARD
D’ESTAING, ancien Président de la République, constitue bien un acte réglementaire en ce
qu’elle édicte une norme générale s’adressant aux anciens Présidents de la République et aux
conjoints des Présidents de la République décédés.
Le Premier ministre ne pouvait prendre cette décision par simple lettre adressée à titre
personnel exclusivement à l’ancien Président Monsieur Valéry GISCARD D’ESTAING, non
publiée au Journal officiel.
Il lui appartenait, s’agissant d’une mesure réglementaire, de prendre une telle décision par
voie de décret, mode ordinaire d'exercice du pouvoir réglementaire.
La décision du Premier ministre est donc entachée d’un vice de forme.

2- Sur la légalité interne
Les moyens mis à la disposition des anciens Présidents de la République engendrent une
rupture d’égalité entre les candidats à l’élection Présidentielle.
Le IV de l'article 3 de la loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l'élection du Président
de la République au suffrage universel dispose que « tous les candidats bénéficient, de la part
de l'État, des mêmes facilités pour la campagne en vue de l'élection Présidentielle ».

3

Ainsi, en application de ces dispositions, les candidats exerçant des fonctions officielles dans
une collectivité publique ne doivent en aucun cas bénéficier, dans le cadre de leur campagne,
de concours gratuits de la part de cette collectivité.
En application de la lettre du 8 janvier 1985, sont mis à la disposition des anciens chefs
d’Etat :
- un appartement de fonction meublé et équipé, dont la maintenance et les charges sont
prises en charges par l’Etat,
- deux personnes affectées au service de cet appartement,
- deux fonctionnaires de la police nationale
- une voiture de fonction avec chauffeur
- sept collaborateurs permanents, choisis par l’ancien chef de l’État, un chef de cabinet,
deux assistants, un fonctionnaire des archives nationales, trois secrétaires
dactylographes.
L’intégralité des dépenses est prise en charge par l’Etat.
Le député de l’Aisne René Dosière a interrogé différents ministères sur l’imputation de ces
dépenses.
Les réponses apportées par les ministères interrogés (pièces 6 à 11) ont permis d’apprendre
que
-

les dépenses de location et d’entretien, ainsi que les dépenses automobiles sont prises
en charge par le budget du Premier ministre.

-

les dépenses de personnel sont supportées par les ministères mettant à disposition les
collaborateurs, à savoir, le ministère de la défense, celui des finances et des comptes
publics et le ministère de l’intérieur.

Les dépenses relatives aux moyens matériels et humains affectés aux anciens Président de la
République ont été évaluées à 9,6 millions d’euros par an (pièces 12 et 13).
L’importance des moyens accordés aux anciens chefs d’Etat est donc susceptible de créer une
rupture d’égalité entre les candidats à l’élection Présidentielle.
La lettre du 8 janvier 1985 est donc entachée d’illégalité interne.

SUR L’INEXISTENCE DE L’ACTE ADMINISTRATIF
Il a été jugé que la gravité des vices affectant un acte administratif permettait au juge
administratif de constater qu’un acte invoqué devant lui n’existe pas (Tribunal des conflits, 27
juin 1966, Guigon, Rec. 830).
Ainsi par exemple, une prétendue délibération d’un conseil municipal qui n’était qu’une
motion adoptée par un certain nombre de conseillers a-t-elle été jugée inexistante (CE 28
février 1947, Mégevand, Rec. 85).

4

Par un arrêt d’Assemblée du 31 mai 1957, Rosan Girard, le Conseil d’Etat a fait application
de la théorie de l’inexistence et qualifie de « nul et non avenu » l’arrêté préfectoral critiqué
(CE Ass. 31 mai 1957, Rec 355).
En l’espèce, il a été exposé précédemment que la décision du Premier fixant le statut des
anciens Président de la République était entachée d’illégalité.
Or, la gravité des vices affectant l’acte, son absence de publication, et l’importance des
dépenses en découlant, justifient que la lettre du 8 janvier 1985 soit considérée comme
inexistante.
En conséquence, ANTICOR est bien fondée à voir déclarer nulle et non avenue la décision du
Premier ministre du 8 janvier 1985.

II- FRAIS IRREPETIBLES
Il serait manifestement inéquitable de laisser à la charge d’ANTICOR les frais qu’elle a dû
exposer pour faire valoir ses droits en justice.
Il convient de préciser à cet égard qu’ANTICOR ne bénéficie volontairement d’aucune
subvention et n’est financée qu’au moyen des dons et des cotisations de ses adhérents.
Elle est bien fondée à solliciter, en application de l’article L. 761-1 du code de justice
administrative, le versement d’une somme de 2.500 € au titre des frais qu’elle a dû engager.

CONCLUSIONS
Par tous ces moyens et tous autres à produire, déduire, ou suppléer, au besoin même d’office,
la requérante conclut qu’il plaise au Conseil d’Etat de bien vouloir :
-

constater l’inexistence de la décision du Premier ministre du 8 janvier 1985 fixant de
manière permanente le statut dans la Nation des anciens Présidents de la République et
des conjoints des Présidents de la République décédés, en ce qui concerne tant leur
situation personnelle que les conditions de leur participation à la vie publique,

-

déclarer nulle et non avenue la décision du Premier ministre du 8 janvier 1985,

-

condamner l’Etat à verser à l’association ANTICOR – ASSOCIATION POUR LA
PREVENTION DE LA CORRUPTION ET POUR L’ETHIQUE EN POLITIQUE la
somme de 2.500 € au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative,

-

condamner l’Etat aux entiers dépens.

Fait à Orléans,
Le 26 avril 2016

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PIECES JOINTES A LA PRESENTE REQUETE

1. Lettre du Premier Ministre du 8 janvier 1985 à Monsieur Valéry GISCARD
D’ESTAING, Ancien Président de la République
2. Annonce au Journal officiel n° 2216 parue le 7 juin 2003
3. Récépissé de déclaration de modification de l’association n°W922000171
4. Mandat du Conseil d’administration du 25 avril 2016 au Président d’ANTICOR JeanChristophe PICARD
5. Statuts d’ANTICOR
6. Question n° 102 662 de Monsieur René Dosière publiée au J.O. le 29 août 2006
7. Question n°62452 publiée le mardi 5 août 2014 par Monsieur René Dosière et dont le
signalement a été effectué le lundi 12 janvier 2015 et publié au J.O. du mardi 13
janvier 2015
8. Question n° 62 454 de Monsieur René Dosière publiée au J.O. le 5 août 2014
9. Question n° 62 455 de Monsieur René Dosière publiée au J.O. le 5 août 2014
10. Question n° 62 456 de Monsieur René Dosière publiée au J.O. le 5 août 2014
11. Question n° 62 457 de Monsieur René Dosière publiée au J.O. le 5 août 2014
12. Article de Monsieur René Dosière publié sur son blog le 27 janvier 2015
13. Article de Monsieur René Dosière publié sur son blog le 13 avril 2016

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