REPUBLIQUE FRANCAISE

Grosses délivrées
aux parties le :

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
COUR D’APPEL DE PARIS
Pôle 5 - Chambre 8
ARRET DU 08 JUIN 2016
(n°

,

pages)

Numéro d’inscription au répertoire général : 15/24039
Décision déférée à la Cour : Jugement du 02 Décembre 2015 -Tribunal de Commerce de
PARIS - RG n° 201508751
APPELANT :
LE PROCUREUR GENERAL - SERVICE FINANCIER ET COMMERCIAL
34 quai des Orfèvres
75055 PARIS Cédex 01
INTIMEES :
SNC GROUPE BERNARD TAPIE représentée par Monsieur Bernard TAPIE
Gérant, domicilié 52 rue des Saints Pères 75007 PARIS
4 Rue de Penthièvre
75008 PARIS 08
SCI FINANCIERE ET IMMOBILIERE BERNARD TAPIE représentée par
Monsieur Bernard TAPIE Gérant domicilié 52 r
ue des Saints Pères 75007 PARIS
52 Rue des Saints Pères
75007 PARIS 07
Représentées par Me Michel GUIZARD de la SELARL GUIZARD ET ASSOCIES, avocat
au barreau de PARIS, toque : L0020
Ayant pour avocat plaidant Me François KOPF, avocat au barreau de Paris, toque R170
PARTIES INTERVENANTES :
CDR CREANCES
56 rue de Lille
75007 PARIS
CDR-CONSORTIUM DE REALISATION
56 rue de Lille
75007 PARIS
Représentées par Me Matthieu BOCCON GIBOD de la SELARL LEXAVOUE
PARIS-VERSAILLES, à la Cour, toque : C2477
Ayant pour avocat plaidant Me Xavier Normand-Bodard, avocat au barreau de Paris, toque
P141 et Me Jean-Pierre Martel, avocat au barreau de Paris, toque P134
DEFENDEURS A L’ASSIGNATION :
SCP BTSG prise en la personne de Maître Stéphane GORRIAS, en sa qualité de
mandataire judiciaire de la SNC GROUPE BERNARD TAPIE,
3 rue Troyon
75017 PARIS
Représentée par Me Laurence TAZE BERNARD, avocat au barreau de PARIS, toque :
P0241

Société SEL ABITBOL en la personne de Maître Frédéric ABITBOL, pris en sa
qualité d’administrateur judiciaire de la SNC GROUPE BERNARD TAPIE,
37 avenue de Friedland
75008 PARIS
Représentée par Me Laurence TAZE BERNARD, avocat au barreau de PARIS, toque :
P0241
COMPOSITION DE LA COUR :
L’affaire a été débattue le 13 Avril 2016, en audience publique, devant la Cour
composée de :
Madame Marie-Christine HEBERT-PAGEOT, Présidente de chambre
M. Laurent BEDOUET, Conseiller
Mme Isabelle ROHART-MESSAGER, Conseillère
qui en ont délibéré
Greffier, lors des débats : Mme Pervenche HALDRIC
Ministère Public : L’affaire a été communiquée au ministère public, représenté lors des
débats par Monsieur Marc BRISSET-FOUCAULT, Avocat Général, qui a fait connaître son
avis.
ARRET :
- contradictoire
- rendu par mise à disposition au greffe de la Cour, les parties en ayant été
préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du
code de procédure civile.
- signé par Madame Marie-Christine HEBERT-PAGEOT, présidente et par
Madame Pervenche HALDRIC, greffière présente lors du prononcé.

Par jugement en date du 6 novembre 2015, le tribunal de commerce de Paris a
ouvert une procédure de sauvegarde à l’égard de la Snc Groupe Bernard Tapie (GBT),
holding de tête du groupe Bernard Tapie, a fixé la durée de la période d’observation à 6
mois, soit jusqu’au 30 mai 2016, la Sel Abitbol, prise en la personne de Maître Abitbol
étant désignée en qualité d’administrateur judiciaire avec mission de surveillance et la Scp
BTSG, prise en la personne de Maître Gorrias en qualité de mandataire judiciaire.
Sur autorisation du Vice-Président du tribunal de commerce de Paris en date du
30 novembre 2015, la Snc GBT, en présence de son administrateur judiciaire, a été
autorisée à assigner pour le 30 novembre 2015, la Sci Financière et Immobilière Bernard
Tapie (FIBT) pour lui voir étendre la procédure de sauvegarde de GBT.
Par jugement du 2 décembre 2015, le tribunal de commerce de Paris a étendu la
procédure de sauvegarde à la société Financière Immobilière Bernard Tapie (FIBT), a dit
que les opérations se poursuivraient sous patrimoine commun, désigné et maintenu la Scp
BTSG, prise en la personne de Maître Gorrias, en qualité de mandataire judiciaire avec
mission de surveillance, ainsi que la Scp Abitbol, en la personne de Maître Abitbol, en
qualité d’administrateur judiciaire, dans sa mission de surveillance.
Le procureur général a relevé appel le 14 décembre 2015, de ces deux décisions
en intimant dans la présente instance la Snc GBT et la Sci FIBT.

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Pôle 5 - Chambre 8

ARRET DU 08 JUIN 2016
RG n°15/24039 - 2ème page

L’appel contre le jugement d’ouverture de la procédure de sauvegarde à l’égard
de GBT a fait l’objet d’une procédure distincte. Par arrêt de ce jour, la présente cour a
déclaré irrecevable l’appel du ministère public à l’encontre du jugement ayant ouvert une
procédure de sauvegarde à l’égard de GBT.
Cette procédure instruite en circuit court a été fixée pour plaider devant la cour
à l’audience du 10 février 2016, puis renvoyée au 29 mars et au 13 avril suivant, date à
laquelle l’affaire a été retenue.
Le 31 janvier 2016, les sociétés CDR Créances et CDR-Consortium de Réalisation
sont volontairement intervenues à l’instance.
Par actes d’huissier du 2 février 2016, le procureur général a donné assignation à
la Sel Abitbol et à la Scp BTSG, ès qualités, à comparaître devant la cour d’appel pour
l’audience du 10 février 2016 et leur a dénoncé ses conclusions.
Suivant actes d’huissier du 3 février 2016, le procureur général, sur et aux fins des
actes délivrés la veille, a fait signifier à la Sel Abitbol ainsi qu’à la Scp BTSG, ès qualités,
sa déclaration d’appel du 14 décembre 2015, ses conclusions et a réitéré l’assignation à
comparaître pour l’audience du 10 février 2016.
La Sel Abitbol ainsi que la Scp BTSG, ès qualités, ont constitué avocat.
Dans ses dernières conclusions signifiées par la voie électronique le 11 mars 2016,
M.l’avocat général sollicite l’infirmation du jugement en ce qu’il a étendu à FIBT la
procédure de sauvegarde ouverte à l’égard de GBT.
Par conclusions signifiées en dernier lieu le 29 mars 2016, les sociétés CDR
Créances et CDR Consortium de Réalisation demandent à la cour de les déclarer recevables
et fondées en leur intervention, de dire recevable l’appel du ministère public et de faire droit
à ses prétentions, en conséquence de juger que l’infirmation du jugement ayant ouvert la
procédure de sauvegarde à l’égard de GBT entraîne de plein droit l’infirmation du jugement
d’extension de la procédure à FIBT.
Dans leurs écritures signifiées le 12 avril 2016, GBT et FIBT demandent à la cour:
- à titre liminaire de déclarer irrecevable l’appel du ministère public, faute
d’intimation des organes de la procédure collective,
- à titre principal, de dire irrecevable l’intervention volontaire de CDR Créances
et CDR Consortium de Réalisation intervenue en violation des délais de l’article R661-6
du code du commerce et en l’absence d’intérêt propre à intervenir eu égard au monopole
de représentation des créanciers du mandataire judiciaire, de juger irrecevables les
demandes du ministère public tendant à la réformation du jugement d’extension de la
procédure de sauvegarde faute d’opposition à l’ouverture de cette procédure en première
instance, ainsi que ses demandes nouvelles en appel, de débouter intégralement le ministère
public de ses prétentions,
-à titre subsidiaire, de juger que GBT et FIBT se trouvent en état de confusion de
patrimoine et que l’extension de la procédure est fondée, de juger que GBT n’était pas en
état de cessation des paiements au jour du jugement d’ouverture, que l’ouverture de cette
procédure ne constitue pas une fraude à la loi, de débouter le ministère public, CDR
Créances et CDR Consortium de Réalisation de toutes leurs demandes, et de confirmer le
jugement en toutes ses dispositions,
- en tout état de cause, de rejeter toutes les prétentions du CDR et du ministère
public et de condamner CDR Créances et CDR Consortium de Réalisation à payer à GBT
5.000 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile.
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Pôle 5 - Chambre 8

ARRET DU 08 JUIN 2016
RG n°15/24039 - 3ème page

Par conclusions signifiées le 12 avril 2016, la Sel Abitbol et la Scp BTSG, ès
qualités, sollicitent qu’il leur soit donné acte qu’elles se sont constituées sur assignation,
mais ne sont ni intimées, ni intervenantes volontaires ou forcées, s’en rapportent à la
sagesse de la cour sur la recevabilité de l’appel du ministère public ainsi que sur son intérêt
à agir, sur la recevabilité de l’intervention de CDR Créances et de CDR Consortium de
Réalisation, et demandent de juger que CDR Créances et CDR Consortium de Réalisation
n’ont pas qualité pour agir, au fond de dire que les sommes concernées par la sentence
arbitrale annulée par arrêt du 17 février 2015 ne constituaient pas des dettes exigibles à
prendre en considération pour déterminer l’absence d’état de cessation des paiements de
GBT et de FIBT au jour de la requête en ouverture de sauvegarde, et juger que l’ouverture
d’une procédure de sauvegarde était par conséquent possible pour GBT et FIBT.
SUR CE
- Sur la recevabilité de l’appel du ministère public
GBT et FIBT soulèvent l’irrecevabilité de l’appel en ce que les organes de la
procédure n’ont pas été intimés dans la déclaration d’appel, en ce que ni la signification
ultérieure des conclusions de l’appelant à l’administrateur et au mandataire, ni la
constitution des organes de la procédure à l’audience du 10 février 2016 n’a eu pour effet
de régulariser la procédure, cette constitution étant intervenue sur assignation et non pas
dans le cadre d’une intervention volontaire, en ce qu’en tout état de cause une
régularisation ne peut produire d’effet que pour autant qu’aucun délai de forclusion ne soit
expiré, que l’assignation a été délivrée hors du délai d’appel, qu’une intervention
volontaire ne satisfait pas aux exigences de l’obligation d’intimation et ne peut intervenir
moins de 10 jours avant la date d’audience fixée au 10 février, le renvoi de l’audience étant
sans incidence à cet égard. GBT et FIBT ajoutent que la solidarité édictée par l’article 552
du code de procédure civile ne permet pas de déroger à l’obligation d’intimer les organes
de la procédure, dès lors que ceux-ci ne sont pas parties et que l’article R 661-6 du code
de commerce vient pallier cette absence de qualité en obligeant à les intimer.
Tandis que le ministère public soutient que la constitution d’avocat par
l’administrateur et le mandataire judiciaires, comme leur comparution volontaire à
l’audience ont permis de régulariser la procédure, l’article 554 du code de procédure civile
permettant aux personnes qui y ont intérêt d’intervenir en cause d’appel dès lors qu’elles
n’ont été ni parties, ni représentées en première instance, la jurisprudence admettant la
régularisation de la procédure, l’objectif étant que les organes de la procédure puissent faire
valoir leurs points de vue.
CDR Créances et CDR Consortium de Réalisation intervenant au soutien de
l’appel du ministère public font valoir la régularité de la procédure, les mandataires de
justice étant présents devant la cour à la suite de leur intervention forcée résultant de
l’assignation qui leur a été délivrée, cette intervention régularisant l’absence de mention
des mandataires dans la déclaration d’appel et qu’il suffit en application de l’article 552
alinéa 2 du code de procédure civile que l’appel ait été formé dans les délais contre l’une
des parties indivisibles pour que les autres puissent être attraites à la procédure sans autre
considération de délai.
Il n’est pas contesté que la déclaration d’appel du ministère public en date du 14
décembre 2015, intimant GBT et FIBT a été formée dans le délai de 10 jours fixé par
l’article R 661-3 alinéa 4 du code de commerce, ce délai courant à compter de la réception
de l’avis de la décision et expirant le 14 décembre 2015.
L’article R 661-6 du code du commerce, applicable au jugement d’ouverture
d’une procédure de sauvegarde, dispose que les mandataires de justice qui ne sont pas
appelants doivent être intimés.

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Pôle 5 - Chambre 8

ARRET DU 08 JUIN 2016
RG n°15/24039 - 4ème page

En l’espèce, le ministère public n’a pas intimé les organes de la procédure dans
sa déclaration d’appel mais a, par actes du 2 février 2016, réitérés le 3 février suivant,
signifié à la Sel Abitbol , prise en la personne de Maître Abitbol et à la Scp BTSG, prise
en la personne de Maître Gorrias, ès qualités, sa déclaration d’appel ainsi que ses
conclusions et les a assignées à comparaître pour l’audience 10 février 2016 devant la cour
pour voir statuer sur l’appel du jugement.
L’administrateur judiciaire et le mandataire judiciaire ont constitué avocat et ont
conclu.
Toutefois, ainsi que le soutiennent exactement la Sel Abitbol, prise en la personne
de Maître Abitbol et à la Scp BTSG, prise en la personne de Maître Gorrias, leur présence
à l’instance en appel, fait suite à l’assignation à comparaître qui leur a été délivrée et ne
constitue pas une intervention volontaire, de sorte qu’est inopérant le moyen tiré de
l’article 554 du code de procédure civile, selon lequel peuvent intervenir en cause d’appel
dès lors qu’elles y ont intérêt les personnes qui n’ont été ni parties, ni représentées en
première instance, sans qu’il y ait lieu de rechercher si une intervention volontaire hors du
délai d’appel aurait été ou non de nature à régulariser l’appel, ou si une intervention était
recevable au regard des délais fixés par l’article R 661-6, 5° du code du commerce.
La situation procédurale de l’administrateur et du mandataire judiciaire dans une
instance tendant à l’ouverture d’une procédure collective est particulière, en ce sens que
non parties en première instance, ils le deviennent en cause d’appel avec le jugement
ouvrant une procédure collective, assorti de droit de l’exécution provisoire, d’où
l’existence d’un texte spécifique exigeant leur intimation.
Une intimation ne pouvant produire ses effets que si elle intervient dans le délai
d’appel, la mise en cause des organes de la procédure par assignations des 2 et 3 février
2016, au-delà du délai dont disposait le ministère public pour relever appel, n’est pas de
nature à régulariser la procédure d’appel au regard des exigences de l’article R 661-6 du
code de commerce, quand bien même elle assure le respect du principe de la contradiction.
C’est encore vainement, en présence de cette disposition spécifique et alors que
les mandataires ne sont pas parties en première instance, que sont invoqués les articles 552
et 553 du code de procédure civile, qui se rapportent aux effets de l’appel à l’égard de
l’une des parties sur les autres, en cas d’indivisibilité à l’égard de plusieurs parties, de sorte
qu’il est indifférent qu’aucun délai ne soit prévu par ces textes pour procéder aux mises en
cause des parties.
Il s’ensuit que l’irrégularité affectant la déclaration d’appel du 14 décembre 2015,
en ce qu’elle a omis d’intimer l’administrateur et le mandataire judiciaire, n’a pas été
utilement régularisée. En conséquence, l’appel sera déclaré irrecevable.
- Sur les dépens et l’application de l’article 700 du code de procédure civile
Aucune considération d’équité ne commande de faire application de l’article 700
du code de procédure civile au bénéfice de GBT.
Les dépens seront employés en frais privilégiés de procédure de sauvegarde.
PAR CES MOTIFS
Déclare irrecevable l’appel du ministère public,
Déboute la Snc GBT de sa demande fondée sur l’article 700 du code de procédure
civile,

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Pôle 5 - Chambre 8

ARRET DU 08 JUIN 2016
RG n°15/24039 - 5ème page

Ordonne l’emploi des dépens en frais privilégiés de procédure de sauvegarde.
La Greffière,

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Pôle 5 - Chambre 8

La Présidente,

ARRET DU 08 JUIN 2016
RG n°15/24039 - 6ème page

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