IL EST OÙ LE PROBLÈME ?

Par Le Collectif Les Matermittentes, 13 juin 2016
Le
30
mai
dernier,
les
confédérations syndicales CFDT
CFTC et CFE-CGC, de concert
avec le MEDEF, ont désavoué leurs
fédérations en refusant de
reconnaître
l’accord
signé
unanimement par les syndicats du
secteur de l’audiovisuel et du
spectacle vivant sur le régime de
l’intermittence.
Rien ne nous surprend dans cette
décision.
Nous comprenons qu’il est
insupportable
aux
syndicats
interprofessionnels obsédés par la
réduction de la dette de l’UNEDIC,
qu’une profession toute entière
œuvre à la création de nouveaux
droits et élabore un modèle
d’indemnisation plus équitable.
Oui, l’accord signé protège
davantage les salarié.es contre les
trous de l’emploi que ne le fait
l’actuelle convention d’assurance
chômage, et en particulier, les
intermittentes
du
spectacle
enceintes et les personnes atteintes
de longue maladie.
C’est un choix excellent que nous
saluons, notamment parce qu’il
n’y a aucune raison objective
pour que des personnes en arrêt
maladie ou en congé maternité perçoivent des indemnités
chômage minorées à l’issue de
leur congé, ou plus grave, qu’elles
perdent tout revenu dans un
moment crucial.
A ce titre, l’acharnement dont
font preuve l’UNEDIC et les
partenaires sociaux - exceptée
la CGT - à occulter les situations
particulières de maladie et de

maternité au regard de l’incapacité
d’être employé.e, reste à nos yeux
incompréhensibles.
Retoquant point par point
l’accord,
les
confédérations
déclarent : « l’accord traite
de sujets qui ne sont pas dans
l’Assurance chômage (maternité,
affection longue durée) ».
Avec toute notre bonne volonté,
essayant de nous mettre dans leurs
belles chaussures cirées, une chose
nous échappe totalement : à quel
endroit cela les gêne-t-il qu’une
femme puisse accueillir l’arrivée
d’un enfant ou qu’un homme
soigne une maladie en ayant
l’assurance que ses allocations
chômage
n’en
soient
pas
impactées ?
En tout état de cause, un nombre
infini (et surtout invisible) de
malades, de femmes enceintes,
d’hommes fraîchement papa,
ne recourent pas à leurs droits
au congé, poussés par une
réglementation de l’Assurance
chômage caduque et inappropriée,qui
réduit l’activité humaine à sa plus
triste expression.
A les observer, nous comprenons
que le déplacement que doivent accomplir les partenaires
sociaux, le législateur ou les juristes

de l’UNEDIC, pour concevoir la
question de la continuité des droits
dans la discontinuité de l’emploi,
est trop important. En réalité, leur
pensée est comme voilée, tant l’obsession est grande de coller tout le
monde à l’emploi, aussi précaire,
misérable et insatisfaisant soit-il.
Pourtant, tant que la conception
des droits à la protection sociale
aura pour seul fondement le plein
emploi, et que la discontinuité de
celui-ci continuera d’être envisagé à la marge, nous ne pourrons
éviter les ruptures de droits liées
aux nouvelles formes d’emploi.
Aujourd’hui, l’éclatement des
formes d’emploi est légion. Et c’est
bien parce qu’elles varient et que
les réglementations des différentes caisses de protection sociale
(Pôle emploi, Sécurité Sociale, Caf)
manquent de coordination que les
Matermittentes existent.
Nous
avons
maintes
fois
prouvé que les « mesures
dérogatoires pour les emplois
à caractère discontinu ou
saisonnier » sont largement
insuffisantes et inadaptées.
Pire,
elles
produisent
un
effet négatif en ce qu’elles
alimentent une logique classificatoire qui aboutit à catégoriser les

Leur pensée est comme voilée, tant
l’obsession est grande de coller tout
le monde à l’emploi, aussi précaire,
misérable et insatisfaisant soit-il.

travailleurs en fonction de leur
statut indemnitaire et saucissonnent ainsi leurs droits.
Surtout, les réglementations
ignorent la réelle problématique, à savoir qu’actuellement un
salarié en emploi discontinu
cumule différents statuts (salarié,
auteur, auto-entrepreneur...) au
gré de ses contrats, et que cette
multiplicité n’est ni pensée, ni
coordonnée par les caisses.
Il n’existe pas d’ar ticulation
entre assurance sociale et
assistance
sociale,
c’est-àdire entre ce qui relève d’un
droit à protection issue des
revenus de l’emploi et un droit
sensément universel (RSA…).
Depuis des années, les politiques
s’émeuvent de la situation des
Matermittentes, allant même
jusqu’à inventer ce terme
générique de Matermittence pour
définir celles qui tombent dans le
trou de la protection sociale dès
lors qu’elles ont l’idée saugrenue
de faire un enfant. Le 7 janvier
2015, le rapport remis par le trio
Archambault/Combrexelle/Gille
actait une fois encore la nécessité
d’en finir avec ce système discriminant et précarisant, et insistait :
« La mission invite les partenaires
sociaux à s’emparer du sujet de la
prise en compte des périodes de
maladie et de maternité lors de
la prochaine négociation de la
convention d’assurance chômage,
en englobant dans la réflexion,
tant par souci de cohérence que
d’équité, l’ensemble des allocataires de l’assurance chômage
concernés par la discontinuité de
l’emploi. ».
C’est à ce titre que les syndicats
professionnels du spectacle et
de l’audiovisuel ont fait le choix
de mettre en place une indemnité de

substitution prise en charge par un
fond de solidarité chez Audiens,
l’organisme qui gère la protection
complémentaire du secteur ;
autrement dit les syndicats ont
agi par un accord de branche
pour palier les refus d’indemnisation des congés maternité par la
Sécurité Sociale.
L’accord prévoit notamment qu’en
cas de refus, Audiens prenne en
charge, pour les personnes indemnisées par Pôle Emploi au titre de
l’annexe 8 et 10, l’indemnisation
d’un congé maternité plus court
mais permettant à l’assurée le renouvellement de ses droits au chômage à l’issue de la période d’arrêt.
Là encore, nous ne pouvons que
saluer que de telles dispositions
voient le jour, puisqu’ainsi elles
viendront soutenir des femmes en
situation de précarité.

En janvier 2015, Hollande a
permis que la Sécurité sociale
abaisse les seuils de 200 à 150
heures travaillées en 3 mois pour
ouvrir des droits à l’indemnisation
des congés maternité et arrêts
maladie.
Reconnaissons-lui
au
moins
cette mesure, qui de fait, permet
désormais à un plus grand nombre
de femmes d’être indemnisées par
la Sécurité sociale.
Mais si nous constatons une baisse
des refus d’indemnisation des
arrêts par la Sécurité sociale,
rien n’a bougé concernant la
maltraitance des dossiers, les
erreurs dans le calcul du montant
de l’indemnisation et un retour
de bâton conséquent lors de la
réinscription à Pôle emploi.

L’Assurance chômage dans son
ensemble doit faire évoluer sa
réglementation pour indemniser les
chômeurs, après une période de
congé maladie ou maternité dans les
mêmes conditions que les chômeurs
n’en ayant pas souffert.
Mais, nous persistons à crier
haut et fort que le droit au
revenu en cas de maternité et de
maladie relève d’une protection
élémentaire.
L’Assurance chômage dans son
ensemble doit faire évoluer sa
réglementation pour indemniser
les chômeurs, après une période
de congé maladie ou maternité
dans les mêmes conditions que les
chômeurs n’en ayant pas souffert.

Une nouvelle circulaire interministérielle,
issue elle aussi des échanges entre
les différents acteurs présents lors
des concertations, doit entrer en
vigueur prochainement.
Elle vient s’ajouter aux textes
précédents et ce copié-collé, s’il
clarifie quelques points à la marge,
ne permet pas en l’état, une lecture
plus claire pour les agents des CPAM
qui traitent les dossiers et surtout,
elle fait l’impasse encore une fois
sur des points majeurs (agréga-

tion revenus artistes-auteurs et
revenus salariés, prise en compte
des cachets selon les anciennes
dispositions, indemnité journalière
minimale inefficiente…).

que prévu par l’accord, vient
renforcer la mutualisation des
droits des salariés et plus
généralement la continuité de
leur protection sociale.

Par ailleurs, le projet de loi Travail
prévoit la mise en place du Compte
Personnel d’Activité (CPA), sensé
« sécuriser les parcours professionnels », en attachant toujours
davantage les droits des travailleurs
à leurs revenus tirés de l’emploi.
C’est une imposture crasse en
matière de protection sociale.

C’est en cela qu’il est l’objet
d’attaques répétées que le
gouvernement s’emploie à contrer,
à coup de millions d’euros sporadiques versés à la « culture ».

En effet, sous couvert d’architecturer
« la protection sociale du 21ème
siècle », le CPA est une méga
plateforme
informatique
sur
laquelle seront inscrits tous nos
droits
individuels
(formation,
pénibilité, chômage, retraite…).
Concrètement, nous pourrons
bientôt tirer nos droits derrière
un ordinateur, en bas de chez
nous, à la banque ou au bazar, si
tant est qu’on capitalise les points
nécessaires ; points principalement obtenus en contrepartie de
l’occupation d’un emploi.
Ainsi avec le CPA, chacun aura à
sa charge d’assumer « le risque
maladie/maternité », et pourra
compter sur un conseiller virtuel paramétré, selon des critères
normés totalement coupés de la
réalité de la multiplicité des statuts
indemnitaires que vit une grande
partie des travailleurs.
Entre compte personnel et caisse
autonome (ou la sortie des
intermittents de la solidarité
interprofessionnelle), il n’y a
qu’une
différence
d’échelle.
L’un comme l’autre vise à
individualiser
les
droits,
entendus désormais comme un
capital à fructifier.
Le régime de l’intermittence tel

Pour l’UNEDIC comme pour les
partenaires sociaux, les allocataires
des annexes 8 et 10 relèvent déjà
d’une réglementation très favorable
; ils ne peuvent donc concevoir que
nous en voulions plus, pour plus
de monde, tant ils sont obnubilés par la réduction des droits des
chômeurs et la prétendue dette de
l’Assurance chômage.
La récente décision du gouvernement de financer deux mesures
prévues par l’accord sur les annexes
8 et 10, pour palier les exigences
de l’interpro au sujet du déficit
(l’allocation journalière minimale
et la prise en compte des maladies
de longue durée dans l’ouverture
des droits chômage), masque
mal le petit jeu donnantdonnant auquel s’adonne
les uns et les autres pour
calmer ce qu’aucun n’ignore:
la puissance contestataire , la

capacité de mobilisation et
d’exper tise des salarié.es de ces
régimes.
En outre, financer la prise
en
compte
des
longues
maladies par l’Assurance chômage
permet de différer une énième fois
l’universalisation nécessaire du revenu
de remplacement.
Plutôt
que
d’alimenter
les
créanciers anonymes des marchés
financiers avec nos cotisations, les
partenaires sociaux seraient bien
inspirés de juguler la marchandisation des droits, en décidant un
moratoire sur la dette de
l‘UNEDIC et une suspension
immédiate du paiement des
intérêts.
Plutôt que de s’acharner à
sortir le régime de l’intermittence
de
la
solidarité
interprofessionnelle, les mêmes
devraient s’attacher à concevoir un
régime d’Assurance chômage en
cohérence avec l’éclatement des
formes d’emploi et la métamorphose
toujours croissante du salariat.
Quant à nous, nous savons à
quoi nous travaillons : inspirer les
modalités d’une protection sociale
pour tous, à vent contraire de la
mécanique de capitalisation de nos
droits.

Avec le CPA, chacun aura à sa charge
d’assumer « le risque maladie/
maternité » et pourra compter
sur un conseiller virtuel paramétré,
selon des critères normés totalement
coupés de la réalité de la multiplicité
des statuts indemnitaires que vit une
grande partie des travailleurs.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful