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Photo G.D.P.

Photo G.D.P. Un café en 1936. Ph. Daslis de Charleville. (Coll. G.D.P.) Jeanne Hénon, la mémoire
Photo G.D.P. Un café en 1936. Ph. Daslis de Charleville. (Coll. G.D.P.) Jeanne Hénon, la mémoire

Un café en 1936. Ph. Daslis de Charleville. (Coll. G.D.P.)

Un café en 1936. Ph. Daslis de Charleville. (Coll. G.D.P.) Jeanne Hénon, la mémoire du quartier.

Jeanne Hénon, la mémoire du quartier.

Lʼédifice est une des premières constructions de lʼentreprise de maçonnerie Molinari. Ses clients sont les maraîchers, jardiniers, cantonniers, et ouvriers des gravières Moreau et Froussart. En juin 1916, Monsieur Herbin meurt accidentellement : il se tenait sur un des deux balcons du premier qui a cédé. Sa veuve loue le café au rez-de-chaussée et réside au premier. En 1919, le tenancier du café est Sarthois dʼorigine : Alphonse Bouhours. En 1937, dame Herbin décide de reprendre son rez-de-chaussée pour y vivre et louer le premier étage à Jeanne Hénon-Dubois, née en 1914 à Charleville et qui a accepté de nous recevoir pour témoigner. En 1936- 1937, Alphonse Bouhours délocalise le Café du Soleil et lʼinstalle de lʼautre côté de la route, presque en face. Le baraquement de bois sʼest doté dʼun surnom exotique : « Ranch ». « Le Café Petit-Borgniet », rue de la Haillette, est le lieu de rendez-vous des habitants de Saint-Julien, mais aussi des ouvriers de La Macérienne et de la Fonderie des Ardennes.

la Vieille, les anciens de 14, ont leur table réservée, jouent au tarot ou à la manille et « rhabillent » les plus jeunes. Le nom des consommations peuvent varier selon lʼactualité politique : vers 1955, le verre de vin rouge est un « staline », celui de rosé « un socialiste », de lait « un mendès-france », dʼeau minérale « un chômeur »… Le sandwich de saucisson pour accompagner le tout : « un sec beurre » !

L’été, ils offrent de pimpantes terrasses, lorsque le soleil accepte d’être généreux, touristes et Carolomacériens s’y prélassent pour profiter du vivant spectacle de la rue.

Gérald Dardart

Le Café du Soleil : son fondateur meurt tragiquement

En 1906, « Le Café du Soleil », sur la route de Warcq alors ornée de beaux marronniers, dans la plaine de la Warenne, est ouvert par Gustave Herbin (1861-1916) et son épouse Augustine Adnesse (1858-1942), originaires de la Grange-aux-Bois.

Bibliographie succincte :

François GASNAULT, Guinguettes et lorettes, au XIX e siècle, 1986.

Roger LOUIS, articles dans La Boucle, le journal de Manchester, n°4 et 8, 1993-1994.

Remerciements :

Jeanne HÉNON

n°4 et 8, 1993-1994. Remerciements : Jeanne HÉNON H istoire par Gérald Dardart A A u

H istoire

8, 1993-1994. Remerciements : Jeanne HÉNON H istoire par Gérald Dardart A A u u x

par Gérald

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“Le Café du Soleil” au début du XX e siècle - dessin O. Gobé. Dessin
“Le Café du Soleil” au début du XX e siècle - dessin O. Gobé.
Dessin Olivier GOBÉ

RR endez-vous conviviaux, lieux incontournables des « brèves de comptoir », endroits où l’on apprécie la détente, le jeu, ou la danse, ils ont su

s’adapter et rester fidèles à une longue tradition même si fée télévision

en évinça plus d’un ! Petit historique des débits de boissons.

Supplément au journal “Charleville-Mézières magazine” N° 122 - septembre 2008
Supplément au journal
“Charleville-Mézières magazine”
N° 122 - septembre 2008

Aujourdʼhui si le cabaret a acquis des lettres de noblesse, du fait des spectacles proposés, la taverne suggère une cave et une ambiance feutrée, lʼauberge réside à la campagne. La guinguette résonne des airs dʼaccordéon dominicaux. Le café et le bistrot sévissent plutôt en ville, sobrement pour le premier, plus familier pour le second… Parce que tout usager utilise le mot selon lʼusage quʼil lui réserve !

Au Coq Chantant, sous les Roches

Le cabaret, ancêtre de notre restaurant, se distingue de la taverne parce quʼon y vend du vin « à assiette », alors que la taverne le vend « à pot ». Vendre le vin « à assiette » signifie le débiter au détail, couvrir la table dʼune nappe et y servir en même temps de la nourriture. Les cabarets deviennent progressivement de petits théâtres où les chansonniers font leur tour de chant. Le cabaret provient des dialectes picard et wallon, et signifie étymologiquement « chambrette ». L’estaminet, du wallon « la staminée » - lʼespace compris entre deux poteaux qui séparent deux vaches à lʼétable -, provient du nord-ouest européen, Wallonie, Flandre, Hollande et dʼune partie de lʼAllemagne, il désigne dʼabord le mauvais cabaret où lʼon boit et où lʼon fume. Les bâtiments sont rustiques, obscurs et sales, tels que la grange, la bergerie, lʼécurie. Lʼestaminet ne se diffuse dans le nord de la France quʼau XIX e

ne se diffuse dans le nord de la France quʼau XIX e La Guinguette au Clair
ne se diffuse dans le nord de la France quʼau XIX e La Guinguette au Clair

La Guinguette au Clair de Lune (Photo G.D.P.)

siècle et finit par signifier « le petit café populaire ». A Paris, les fumeurs de pipe se rendent à lʼestaminet, café dans lequel cette pratique est alors autorisée, ce que ne font pas les bourgeois, qui, fumant le cigare et la cigarette, se retrouvent, quant à eux, au « divan », au « Café Divan ». L’auberge – de lʼancien provençal « alberga » – désigne la maison où lʼon accorde le droit de gîte. Tandis que le terme taverne nous est légué par le latin « taberna », lʼéchoppe, la cabane. Sous la Restauration de 1815, dʼanciens Grognards créent des auberges bonapartistes portant des enseignes évocatrices des gloires de la Grande Armée à lʼinstar de « Au Soleil d’Austerlitz »… Le 28 février 1898, à lʼauberge du Premier-Chaîneau, Auguste Léonard assassine Jean-Baptiste Chaîneau, un crime qui, à lʼépoque, défraya la chronique. Vers 1900, sous les Roches, lʼauberge du “Coq Chantant”, tenue par M. et Mme Moreau, sert les bières brassées par Dewé ou Lefèvre-Lionne à Charleville. En 1936, sous les Roches, lʼon trouve encore deux débitants, Alexandre et Germain. Lʼauberge de la Grande-Culbute, sur la route de Nouzon, est tenue en 1925 par le dénommé Vasset, elle était déjà réputée au XIX e siècle. Sa sœur, lʼauberge de la Petite-Culbute est tenue au début du XX e siècle par les Chavet.

Sous les Roches : “Le Coq Chantant” (Coll. G.D.P.)

Le guinguet d’Attigny

La guinguette est une sorte de cabaret à la périphérie de la ville, extra muros, souvent en bordure

la périphérie de la ville, extra muros, souvent en bordure L’Auberge de la Petite Culbute (Coll.
la périphérie de la ville, extra muros, souvent en bordure L’Auberge de la Petite Culbute (Coll.

L’Auberge de la Petite Culbute (Coll. G.D.P.)

de rivière ou dʼétang, dans laquelle on consomme du

vin bon marché, de médiocre qualité et où lʼon danse. Le mot « guinguette » provient, peut-être, de

« guinguet », le petit vin aigrelet, léger, titrant à 6° - 9°, produit avant 1892 à Vandy, Mouzon, Neuville- Day ; ou bien, du verbe « ginguer » - attesté depuis le XV e siècle – qui désigne le fait de danser en sautant et a donné les verbes « giguer » et

« guincher ». Il existe enfin lʼidée que les bâtiments

de la guinguette sont édifiés « de guingois ». Le prix des boissons nʼest pas excessif puisquʼil nʼest pas assujetti aux taxes des octrois. Lʼon boit dans des

gobeaux, péquets, gobets, godets… Les repas se composent de fritures, matelotes et gibelottes. Le décor reste rustique : bancs de bois, tables bancales, en fait de simples planches posées sur des tréteaux, le tout installé sous une grande tonnelle. Les guinguettes attirent le dimanche, les ouvriers, employés, petits fonctionnaires souhaitant oublier, le temps dʼune seule journée, la peine du labeur quotidien. Ceux dʼentre eux qui en ont les moyens pratiquent le canotage, en louant une barque. Chez les ouvriers, lʼon se déplace en famille. Pour pouvoir danser avec une jeune fille, il faut lʼautorisation de son père. Les canotiers, souvent plus aisés et célibataires, viennent, quant à eux, plutôt conter fleurette. Lʼambiance est conviviale :

on chante, on danse la polka, le cancan, le quadrille ; des jeux de tirs à lʼarc, de quilles, des concours de pêche

complètent lʼanimation. Les orchestres sont limités à deux ou trois musiciens : un accordéoniste, un clarinettiste, un violoniste… Au début, lʼon vient

danser en habit de travail car la danse use, disait-on,

les vêtements… Puis, après la Grande Guerre, les

habits du dimanche sʼimposent.

Le café, de lʼarabe « qahwa », est un mot rapporté probablement par les ambassadeurs vénitiens au

XVI e siècle, ils lʼorthographièrent ainsi : cavée (1570),

puis caffé (1615). Le premier café est ouvert à Marseille en 1654. Le bistro (1884) - ou le bistrot (1892) - est, quant à lui, un café modeste, à prix modiques, ayant une clientèle dʼhabitués. Lʼambiance y est très conviviale. Lʼorigine du mot est confuse : sont-ce les cosaques, lors de lʼoccupation russe de Paris en 1814, qui appelaient les serveurs en criant « bystro, bystro !», « vite, vite ! » ? Ou bien, cela vient de « bistouille » (« bistrouille »), le mélange alcoolisé dʼorigine douteuse ? Ou plutôt, du terme dʼorigine poitevine « bistraud », le petit domestique du marchand de vins ? Dʼautres mots sont à rapprocher : « troquet (1873), bistroquet, mastroquet (le marchand de vins)… ». Le cadre des bistrots est sans originalité :

publicités, cendriers, sucriers ordinaires. Le jeu de dés – le 4.21 – est lʼinstitution des piliers de zinc, la tournée est payée par le perdant ! Le café – ou « petit noir » -, avec «le gros rouge », et « le petit blanc » sont les boissons les plus commandées. Les vieux de

Café Godard de Mohon en 1911 (Coll. G.D.P. - Fonds Yvonne Godard-Dauby)
Café Godard de Mohon en 1911 (Coll. G.D.P. - Fonds Yvonne Godard-Dauby)