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Christoph Schiller

LA

MONTAGNE MOUVEMENT

l’aventure de la physique vol. i chute, flux et chaleur

www.motionmountain.net

Schiller LA MONTAGNE MOUVEMENT l’aventure de la physique – vol . i chute , flux et

La Montagne Mouvement

Christoph Schiller

La Montagne Mouvement Christoph Schiller L’Aventure de la Physique Volume I Chute, Flux et Chaleur Traduit

L’Aventure de la Physique Volume I

Chute, Flux et Chaleur

Traduit de l’anglais par Benoît CLENET

23 e édition, disponible gratuitement sur www.motionmountain.net

Editio vicesima tertia.

Proprietas scriptoris © Christophori Schiller secundo anno Olympiadis vicesimae nonae.

Omnia proprietatis iura reservantur et vindicantur. Imitatio prohibita sine auctoris permissione. Non licet pecuniam expetere pro aliquo, quod partem horum verborum continet ; liber pro omnibus semper gratuitus erat et manet.

Vingt-troisième édition.

Copyright © 2009 Christoph Schiller, deuxième année de la 29 e Olympiade.

Schiller, deuxième année de la 29 e Olympiade. Ce chier pdf est distribué sous licence Creative

Ce chier pdf est distribué sous licence Creative Commons Paternité-Pas d’ Utilisation Commerciale-Pas de Modi cation 3.0 Allemagne dont le texte peut être consulté en intégralité sur la page creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de/deed.f r , avec la restriction supplémentaire que toute reproduction, distribution et utilisation, partielle ou totale, dans n’importe quel produit ou service, qu’il soit commercial ou non, n’est pas autorisée sans le consentement écrit du détenteur du droit d’auteur. Toute personne est libre de consulter, enregistrer et imprimer ce chier pdf pour son usage personnel, et de le di user par des moyens électroniques, mais uniquement sous sa forme originale et de manière entièrement gratuite.

À Britta, Esther et Justus Aaron

τῷ ἐµ οὶ δαὶµ ονι

Die Menschen stärken, die Sachen klären.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique

Traduit de l’anglais par Benoît Clénet

disponible gratuitement sur www.motionmountain.net

Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010

Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010 PRÉFACE “ Primum mo vere, deinde docere * .

PRÉFACE

Primum movere, deinde docere *.

Antiquité

Ce livre s’adresse à toute personne curieuse de la nature et du mouvement. La curio- sité portant sur la manière dont se meuvent les gens, les anim aux, les choses, les images et l’espace nous entraîne dans de multiples aventures. Ce volume présente les meilleures d’entre elles dans le domaine du mouvement familier. L’obse rvation du mouvement de tous les jours nous permet de déduire six propositions fondamentales : le mouvement quotidien est continu, conservé, relatif, réversible, invariant par ré exion, et fainéant. Oui, la nature est vraiment paresseuse : dans chacun de ses mouvements, elle minimise le changement. Ce texte explore comment ces résultats sont déduits et comment ils s’ac- commodent de toutes les observations qui semblent les contredire. La majorité des points de départ de la physique moderne, dont la structure est indi- quée sur la Figure 1 , est constituée des résultats issus du mouvement quotidien . Le présent volume – le premier d’une collection qui en compte six – propo se un tour d’ horizon de la physique ; il résulte d’une triple aspiration que j’ai poursuivie depuis 1990 : présenter le mouvement d’une manière simple, moderne et vivante. A n d’être simple , le texte se focalise sur les concepts, tout en donnant aux mathé- matiques le niveau minimum nécessaire. La priorité est donn ée à la compréhension des concepts de la physique plutôt qu’à l’utilisation des formules dans les calculs. Tout ce texte est à la portée d’un étudiant qui accède au premier nive au universitaire. A n d’être moderne , ce texte est enrichi par les nombreux joyaux – aussi bien thé o- riques qu’empiriques – qui parsèment la littérature scient i que. A n d’être vivant, ce texte tente de surprendre le lecteur autant que possible. Lire un livre de physique générale, ce devrait être comme assister à un spectacle de magie. Nous observons, nous nous étonnons, nous n’en croyons pas nos yeux, nous ré échissons, et nalement nous comprenons le truc. Lorsque nous observons la nature, nous faisons sou- vent cette même expérience. C ’est pourquoi chaque page prop ose au moins une surprise ou une provocation qui mettra la sagacité du lecteur à l’épre uve. Un grand nombre de dé s intéressants sont proposés. La devise de ce texte, die Menschen stärken, die Sachen klären , une phrase célèbre sur la pédagogie due à Hartmut von Hentig, se traduit ainsi : « For ti er les hommes, clari er les choses ». Clari er les choses nécessite du courage, puis que changer les habitudes de pensée engendre la peur, souvent masquée par la colère. Mais en surpassant nos peurs

* « D’abord émouvoir, ensuite enseigner ». Dans les langues modernes, ce type mentionné de mouvement (celui du cœur) est souvent appelé motivation : ces deux termes sont issus de la même racine latine.

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préface

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PHYSIQUE : Décrire le mouvement à l’aide de l’action. Description unifiée du mouvement Aventures :
PHYSIQUE :
Décrire le mouvement
à l’aide de l’action.
Description unifiée du mouvement
Aventures : comprendre le
mouvement, joie intense
avec la pensée, saisir
une lueur d’extase,
calculer les
masses.
Pourquoi le mouve-
ment se produit-il ?
Que sont l’espace,
le temps et les par-
ticules quantiques ?
Mécanique quan-
tique et gravitation
Aventures : neutrons
qui rebondissent, com-
prendre la crois-
sance des
arbres.
Théorie quantique
des champs
Aventures : bâtir des
accélérateurs, compren-
dre les quarks, étoiles,
bombes et fondements
de la vie, la matière,
le rayonnement.
La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique
Traduit de l’anglais par Benoît Clénet
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Relativité Générale
Aventures : le
ciel nocturne, me-
surer la courbure
de l’espace, explo-
rer les trous noirs
et l’univers,
l’espace et le
temps.
Comment se déplacent
les objets minuscules ?
Que sont les choses ?
Gravitation
classique
Aventures :
Comment les
objets familiers
rapides et massifs
se déplacent-ils ?
randonnée en montagne,
ski, voyage dans l’espace,
les prodiges de l’astronomie
et de la géologie.
Relativité restreinte
Aventures : lumière,
magnétisme, contrac-
tion des longueurs,
dilatation du
temps et
E 0 = mc 2 .
Mécanique quantique
Aventures : mort,
sexualité, biologie,
admirer l’art et les
couleurs, toute la
technologie de pointe,
médecine, chimie
G
c
h, e, k
et évolution.
Physique galiléenne, chaleur et électricité
Aventures : sport, musique, navigation, cuisine,
décrire la beauté et comprendre son origine,
utiliser l’électricité et les ordinateurs,
comprendre le cerveau et l’être humain.
F I G U R E 1 Une carte complète de la physique : les connexions sont définies par la vitesse de la lumière
c , la constante de la gravitation G, la constante de Planck h, la constante de Boltzmann k et la charge
élémentaire e.

nous gagnons en force. Nous ressentons alors des émotions intenses et enivrantes. Toutes les grandes aventures de la vie – et explorer le mouvement en e st une – mènent à cela.

R emerciement

Munich, 10 Janvier 2009.

Je remercie Benoît Clénet pour sa traduction de ce volume. Sa patience, son éne rgie et son professionnalisme sont exemplaires.

préface

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C onseil au lecteur

D’après mon expérience d’enseignant, je connais une méthode d’apprentissage qui est toujours par venue à transformer des élè ves en échec en élè ves gagnants : si vous lisez un livre pour l’étudier, résumez chaque section que vous lisez, dans vos propres termes, à voix haute . Si vous n’y arrivez pas, lisez la section une nouvelle fois. Recommencez jusqu’à ce que vous puissiez résumer clairement ce que vous avez lu avec vos propres mots, à voix haute. Vous pouvez le faire tout seul dans votre chambre, ou avec des amis, ou tout en marchant. Si vous faites cela avec tout ce que vous lisez, vous réduirez votre temps d’apprentissage et de lecture de manière signi cative. De surcroît, vous prendrez beaucoup plus de plaisir à apprendre avec des bons ouvrages et détesterez nettement moins les mauvais manuels. Les prodiges de cette méthode peuvent même l’utiliser tout en écoutant un cours, à voix basse, évitant ainsi de prendre constamment des notes.

Comment utiliser ce livre ?

Le texte en vert, que l’on trouve dans un grand nombre de notes en marge, signale un lien sur lequel on peut cliquer dans un lecteur pdf. Ces liens en vert sont soit des réfé- rences bibliographiques, des notes de bas de page, des références croisées vers d’autres pages, des solutions aux dé s ou des pointeurs vers des sites Web. Les indices et solutions des s sont donnés dans l’annexe. Les dé s sont classés ainsi : niveau recherche (r), di cile (d), niveau étudiant standard (s) et facile (e). Les dé s des types r, d ou s pour lesquels aucune solution n’a encore été incorporée dans le livre sont marqués (pe).

A ppel à contribu t ion

Ce texte est et demeurera librement téléchargeable depuis Internet. En échange, envoyez-moi s’il vous plaît un bref courriel à fb@motionmount ain.net, à propos des questions suivantes :

Qu’est-ce qui n’ét ait pas clair ?

Quelle histoire, sujet, énigme, image ou lm n’avez-vous pas compris ? Défi 1 s Qu’est-ce qui de vrait être amélioré ou corrigé ?

Vous pouvez également ajouter votre retour directement sur www.motionmount ain.net/ wiki. Au nom de tous les lecteurs, merci par avance pour votre collaboration. Si votre contribution est partic ulièrement pertinente, et si vous le souhaitez, votre nom s era men- tionné dans les remerciements, ou bien vous recevrez une récompense, ou les deux. Mais par-dessus tout, très bonne lecture !

dans les remerciements, o u bien vous recevrez une récompense, ou les deux. M ais par

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Tabl e des M atières

14

1

Pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? Le Mouvement existe-t-il ? 15 • Comment devrions-nous parler du mouve- ment ? 17 • Quels sont les di érents types de mouvements ? 19 • Perception, continuité et changement 23 • Le monde a-t-il besoin d’états ? 25 • Curiosités et dé s amusants sur le mouvement 26

30

2

D e la mesure du mouvement à la continuité Qu’est-ce que la vitesse ? 31 • Qu’est-ce que le temps ? 32 • Pourquoi les horloges tournent-elles dans le sens des aiguilles d’une montre ? 38 • Est-ce que le temps s’écoule ? 38 • Qu’est-ce que l’espace ? 39 • L’espace et le temps sont-ils abso- lus ou relatifs ? 42 • La taille – pourquoi les surfaces existent-elles, mais pas les volumes ? 43 • Qu’est-ce qu’une ligne droite ? 47 • Une Terre creuse ? 48 • Cu- riosités et dé s amusants sur l’espace et le temps quotidiens 49

57

3

C omment décrire le mouvement la cinématique Le jet et le tir 59 • Qu’est-ce que le repos ? 61 • Les objets et les particules ponc- tuelles 64 • Des jambes et des roues 67

70

4

D es objets et des images à la conservation Mouvement et contact 71 • Qu’est-ce que la masse ? 72 • Le mouvement est-il éternel ? 79 • Appendice sur la conservation – l’énergie 81 • La vitesse est-elle absolue ? – La théorie de la relativité quotidienne 84 • La rotation 87 • Des roues en rotation 90 • Comment marchons-nous ? 91

94

5

D e la rotation de la T erre à la relativité du mouvement Comment la terre tourne-t-elle ? 99 • La Terre se déplace-t-elle ? 102 • La rota- tion est-elle relative ? 105 • Curiosités et dé s amusants sur le mouvement quoti- dien 106 • Des jambes ou des roues ? – Suite 116

120

6

D ynamique due à la gravitation Propriétés de la gravitation 123 • La dynamique – Comment les choses bougent- elles dans plusieurs dimensions ? 128 • La gravitation dans le ciel 129 • La Lune 131 • Les orbites 133 • Les Marées 136 • La lumière peut-elle tomber ? 139 • Qu’est-ce que la masse ? – Suite 140 • Curiosités et dé s amusants sur la gravitation 142

155

7

L a mécanique classique et la prédictibilité du mouvement Devrait-on employer la force ? 156 • États complets – conditions initiales 162 • Les surprises existent-elles ? L’avenir est-il déjà tout tracé ? 164 • Une conclusion étrange sur le mouvement 168 • Descriptions générales du mouvement 168

173

8

M esurer le changement avec l action Le principe de moindre action 177 • Pourquoi le mouvement est-il si souvent li- mité ? 182 • Curiosités et dé s amusants sur les lagrangiens 186

189

9

M ouvement

et symétrie

Pourquoi pouvons-nous ré échir et discuter ? 189 • Points de vue 191 • Symétries et groupes 192 • Représentations 193 • Symétries, mouvement et physique gali- léenne 196 • Reproductibilité, conservation et théorème de Noether 200 • Curio- sités et dé s amusants sur la symétrie du mouvement 205

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tabl e des mat ières

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206

10 M ouvements élémentaires des corps étendus vibrations et ondes Les ondes et leur mouvement 208 • Pourquoi pouvons-nous nous parler ? – Le principe de Huygens 214 • Signaux 215 • Ondes solitaires et solitons 217 • Curio- sités et dé s amusants sur les ondes et les corps étendus 220

227

11 L es corps étendus existent - ils ? – les limites de la continuité

 

Montagnes et fractales 227 • Une barre de chocolat peut-elle durer pour tou-

jours ? 228 • À quelle hauteur les animaux peuvent-ils sauter ? d’arbres 230 • L’écho du silence 231 • Des petites billes dures

230 • Élagage 232 • Le mou-

vement des uides 235 • Curiosités et dé s amusants sur les uides 238 • Curio- sités et dé s amusants sur les solides 244 • Qu’est-ce qui peut bouger dans la na- ture ? 247

250

12 D e la chaleur à l invariance temporelle Température 250 • Entropie 254 • Courant d’entropie 256 • Les systèmes isolés

 

existent-ils ? 257 • Pourquoi les ballons ont-ils besoin d’espace ? – La n de la conti- nuité 257 • Mouvement brownien 259 • Entropie et particules 261 • L’entropie minimale de la nature – le quantum d’information 263 • Pourquoi ne pouvons- nous pas nous souvenir du futur ? 264 • Est-ce que tout est fait de particules ? 265

Pourquoi les pierres ne peuvent être ni continues ni fracta les, ni faites de petites billes dures 267 • Curiosités et dé s amusants sur la chaleur 268

275

13 A uto - organisat ion et chaos l élégance de la complexité Curiosités et dé s amusants sur l’auto-organisation 282

285

14 D es frontières de la physique aux limites du mouvement èmes de recherche en dynamique classique 285 • Qu’est-ce que le contact ? 285

 

Précision et exactitude 286 • Est-ce que toute la nature peut être décrite dans

un livre ? 287 • Pourquoi la mesure est-elle possible ? 287 • Le mouvement est-il illimité ? 288

289

a

N otation et conventions L’alphabet latin 289 • L’alphabet grec 291 • Alphabet hébreu et autres écri-

 

tures 293 • Chi res et nombres 294 • Les symboles utilisés dans ce texte 295

Calendriers 297 • Abréviations et éponymes ou concepts ? 299

 

300

b

U nités ,

M esures et C onstantes

 

Unités naturelles de Planck 303 • Autres systèmes d’unités 305 • Curiosités et dé s amusants sur les unités 306 • Précision et exactitude des mesures 312 • Constantes physiques fondamentales 313 • Nombres utiles 318

320

c

S ources d information sur le mouvement

 

327

B ibliograph ie

 

353

I ndices et solutions des défis

 

391

C rédits Remerciements phiques 392

391 • Crédits lmographiques

392 • Crédits photogra-

  391 C rédits Remerciements phiques 392 391 • Crédits lmographiques 392 • Crédits photogra-
C hute , F lux et C haleur D ans notre apprentissage d u mouvement

C hute , F lux et C haleur

D ans notre apprentissage du mouvement des objets, l’ aventure de la randonnée et d’ autres expériences nous conduisent à introduire les concepts de vitesse, temps, longueur, masse et température, et d’en tirer parti p our mesurer le changement. Nous découvrons comment otter librement dans l’espace, p ourquoi nous avons des jambes au lieu de roues, pour quelle rais on le désordre ne peut être supprimé, et pourquoi l’une des questions les plus ardues de la science concerne l’écoulement de l’e au dans un tube.

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Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010 C h a p i t r e 1

C h a p i t r e 1

POURQUO I S ’ INTÉRESSER AU MOUVEMENT ?

Tout mouvement est une illusion. Zénon d’ Élée *

B raoum ! L’éclair, frappant l’arbre situé à proximité, interrompt brut alement notre elle et paisible randonnée forestière : nos cœurs se mettent soudainement à battre

Réf. 1

plus rapidement. À la cime de l’arbre, nous voyons le feu apparaître une nouvelle fois, puis s’éteindre. Le léger vent agitant les feuilles autour de nous ramène ce lieu à son apaisement initial. À côté, l’eau d’une petite rivière suit son chemin tortueux vers le bas de la vallée, ré échissant sur s a sur face les silhouettes mouvantes des nuages. Le mouvement est partout : amical et menaçant, terrible et magni que. Il est fonda- mental p our notre existence humaine. Nous avons besoin du mouvement pour grandir, p our apprendre, p our penser et pour pro ter de la vie. Nous utilisons le mouvement pour marcher à travers une forêt, p our écouter ses bruit ages et p our parler de tout cela. C omme tous les animaux, nous comptons sur le mouvement pour chercher de la nourri- ture et pour survivre aux dangers. C omme tous les êtres vivants, nous avons besoin du mouvement pour nous reproduire, pour respirer et pour digérer les aliments. C omme pour tous les objets, le mouvement nous réchau e. Le mouvement est l’obser vation la plus fondamentale que nous puissions faire sur la nature en général. Cette remarque fait apparaître l’idée que tout ce qui se produit dans le monde est un cert ain type de mouvement. Il n’y a aucune exception. Le mouvement est une partie si fondamentale de nos obser vations que l’origine même du mot se perd dans l’obscurité de l’ histoire linguistique indo-européenne. L a fascination pour le mou- vement a toujours fait de lui un objet favori de curiosité. Durant le cinquième siècle av. J. -C. dans la Grèce ancienne, son étude lui avait attribué un nom : la physique . Le mouvement est également imp ort ant p our l’existence humaine. Qui sommes- nous ? D’où venons-nous ? Qu’ allons-nous faire ? Que devrions-nous faire ? Qu’est-ce que nous réserve l’ avenir ? D’où viennent les gens ? Où vont-ils ? Qu’est-ce que la mort ? D’où vient le monde ? Comment la vie est-elle appar ue ? Toutes ces questions sont en rap- p ort avec le mouvement. L’étude du mouvement fournit des réponses qui sont à la fois profondes et surprenantes. Le mouvement est étrange. Bien qu’il soit omniprésent – dans les étoiles, dans les marées, dans nos paupières –, ni les penseurs antiques et ni les milliers d’autres qui se sont succédé depuis 25 siècles n’ont pu le ver le voile sur le mystère central : Qu’est-ce que le mouvement ? Nous découvrirons que la rép onse classique, « le mouvement est la

Réf. 3

* Zénon d’ Élée (v. 450 av. J.-C. ), fut un des principaux représentants de l’ École éléatique de philosophie.

pourquoi s intéresser au mouvement ?

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ASTRONOMIE tdm SCIENCES DE LA MATIÈRE CHIMIE partie III : tm SCIENCES DE LA TERRE
ASTRONOMIE
tdm
SCIENCES DE LA MATIÈRE
CHIMIE
partie
III : tm
SCIENCES DE LA
TERRE
MÉDECINE
partie II : tq
Montagne
Mouvement
partie I : mc, rg & em
BIOLOGIE
PHYSIQUE
baie de l’émotion
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MATHÉMATIQUES
L’HUMANITÉ
océan social
F I G U R E 2 L’Île de l’Expérience, avec la Montagne Mouvement et la pist e à suivre (mc : mécanique
classique, rg : relativité générale, em : électromagnétism e, tq : théorie quantique, tm : théorie M, tdm :
théorie du mouvement).

variation de la p osition dans le temps », est inappropriée. Ce n’est que récemment qu’une réponse a nalement été trouvée. Ceci est l’ histoire du cheminement de cette découverte. Le mouvement fait partie de l’expérience humaine. Si nous imaginons l’expérience humaine comme une île, alors le destin, représenté par les vagues de l’océan, nous a portés jusqu’à son rivage. Près du centre de l’ île une montagne particulièrement haute émerge. Depuis son sommet nous pouvons survoler le paysage tout entier et avoir la sensation que toutes les expériences humaines ont un lien de parenté, en particulier les divers exemples de mouvement. Ceci est un guide vers le sommet de ce que j’ ai nommé la Mont agne Mouvement. Son parcours est une des plus belles aventures de l’esprit humain. Clairement, la première question à poser est :

L e M ouveme nt ex iste - t - il ?

Das Rätsel gibt es nicht. Wenn sich eine Frage ü berhaupt stellen l äßt, so kann sie beantwortet

werden *. Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 6.5

Pour aiguiser l’esprit sur le problème de l’existence du mouvement, regardez la Fi- Réf. 2 gure 3 et suivez les instructions. D ans les deux cas les gures semblent tourner. Nous pouvons ressentir les mêmes e ets lorsque nous marchons sur les pavés italiens en forme

* Le mystère n’existe pas. Si une question peut être posée, alors elle peut trouver une réponse.

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1 pourquoi s intéresser au mouvement ?

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Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010 F I G U R E 3 Illusions du
Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010 F I G U R E 3 Illusions du

F I G U R E 3 Illusions du mouvement : regardez la figure de gauche et dépla cez légèrement la page, ou regardez le point blanc au centre de la figure de droite et bougez votre tête d’avant en arrière.

Défi 2 s

de vagues ou lorsque nous jetons un œil sur les illusions de la page Web www.ritsumei. ac.jp/~akitaoka/. Comment pouvons-nous être s ûrs que le mouvement réel est di érent de ceux-ci ou d’autres illusions similaires ? * Plusieurs savants ont simplement avancé que le mouvement n’existe pas du tout. Leurs arguments ont profondément in uencé la recherche sur le mouvement. Par exemple, le philosophe grec Parménide (né vers 515 av. J. -C. à Élée, une petite ville près de Naples, dans le sud de l’ Italie) a émis l’idée que, puisque rien ne peut provenir du vide, le chan- gement ne peut pas exister. Il a mis l’accent sur la constance de la nature et a donc logi- quement a rmé que tout mouvement et donc tout changement est une illusion. Héraclite (v. 540 à v. 480 av. J. -C. ) a tenu le point de vue opposé. Il l’a exprimé dans sa célèbre expression πάντα ῥεῖ « panta rhei » ou « tout se meut sans cesse » **. Il imagi- nait le changement comme étant l’essence de la nature, contr airement à Parménide. Ces deux opinions également célèbres ont incité plusieurs savants à rechercher plus précisé- ment si, dans la nature, il y a des quantités conservées ou si la création est possible. Nous découvrirons la réponse plus tard ; en attendant, vous pouve z méditer sur l’alternative que vous préférez. Le collaborateur de Parménide, Zénon d’ Élée (né vers 500 av. J. -C.), a débattu avec tant d’intensité contre le mouvement que certains ont toujours un doute à ce propos aujourd’ hui. Dans un de ses arguments il prétendit – dans un langage simple – qu’il est impossible de gi er quelqu’un, étant donné que la main doit premièrement parcou- rir la moitié du trajet vers le visage, puis parcourir la moitié de la distance qu’il reste, puis encore une fois et ainsi de suite. Par conséquent, la main ne p our ra jamais atteindre le visage. L’argument de Zénon se concentre sur le lien entre l’in ni et son opposé, le ni, dans la description du mouvement. Dans la t héorie quantique moderne, un sujet similaire préoccupe encore aujourd’ hui des scienti ques. Zénon a également a rmé qu’en obser vant un objet en mouvement durant un court instant, nous ne pouvons pas dire qu’il bouge. Zénon argumenta que, durant un court instant, il n’y a aucune di érence entre un corps en mouvement et un corps au repos. Il en déduisit alors que, s’il n’y a pas de di érence durant un court instant, il ne peut y en

Réf. 4

Réf. 5

Défi 3 s

Réf. 6

* Les solutions des s sont données soit à la page ?? , soit plus loin dans le texte. Les dé s sont classés en :

niveau approfondi (r), di cile (d), niveau étudiant normal (n) ou facile (e). Les dé s qui n’ont pas encore de solution sont marqués (ny). ** L’ Annexe A explique comment lire un texte grec.

pourquoi s intéresser au mouvement ?

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F I G U R E 4 Combien faut-il d’eau pour faire en sorte que
F I G U R E 4 Combien faut-il d’eau pour faire en sorte que le seau soit suspendu verticalement ? À partir
de quel angle la bobine tirée change-t-elle sa direction de m ouvement ? (© Luca Gastaldi)
La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique

avoir non plus pour un temps plus long. Zénon a donc douté que le mouvement puisse clairement être distingué de son opposé, le repos . En ré alité, dans l’ histoire de la physique, les penseurs ont alterné plusieurs fois entre réponse positive et négative. Ce f ut cette vraie question qui conduisit Albert Einstein au développement de la relativité générale, un des points c ulminants de notre voyage. Nous suivrons les principales rép onses données par le passé. Ensuite, nous serons bien plus audacieux : nous nous demanderons en n de compte si les courts instants de temps existent réellement. Cette question, qui nous emmènera loin, est essentielle pour la dernière partie de notre aventure. Lorsque nous examinerons la t héorie quantique, nous découvrirons que le mouve- ment est en ré alité – dans une certaine mesure – une illusion, comme Parménide l’ avait a rmé. Plus précisément, nous montrerons que nous observons le mouve ment parce que notre existence humaine a un caractère limité. Nous trouverons que nous ressentons le mouvement uniquement parce que nous évoluons sur la Terre, avec une t aille nie, avec un nombre d’ atomes très grand mais limité, avec une temp érature nie et modérée, parce que nous sommes électriquement neutres, très grands comparés à un trou noir de même masse, énormes par rapp ort à notre longueur d’onde de la mécanique quantique, très petits comparés à l’univers, avec une mémoire limitée, contraints par notre cerve au d’estimer l’espace et le temps comme des choses continues, et contraints par notre cer- veau de décrire la nature comme ét ant constituée de parties distinctes. Si une seule de ces conditions n’ét ait pas véri ée, nous n’observerions pas le mouvement. Le mouvement, alors, n’existerait pas. Chac une de ces conclusions peut être découverte plus e cacement si nous commen çons avec la question suivante :

Comme nt devrio n s- nou s parler du mouveme nt ?

Réf. 7 * Charles Baudelaire (n. Paris 1821, d. Paris 1867).

Je hais le mouvement, qui déplace les lignes,

Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. Charles Baudelaire, La Beauté *

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1 pourquoi s intéresser au mouvement ?

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Anaximander Empedocles Eudoxus Ctesibius Strabo Frontinus Cleomedes Maria Anaximenes Aristotle Archimedes Varro
Anaximander
Empedocles
Eudoxus
Ctesibius
Strabo
Frontinus
Cleomedes
Maria
Anaximenes
Aristotle
Archimedes
Varro
Artemidor
the Jew
Pythagoras
Heraclides
Konon
Athenaius
Josephus
Sextus Empiricus
Eudoxus
Pomponius
Dionysius
Athenaios
Diogenes
Almaeon
Philolaos
Theophrastus
Chrysippos
of Kyz.
Mela
Periegetes
of Nauc.
Laertius
Heraclitus
Zeno
Autolycus
Eratosthenes
Sosigenes
Marinus
Xenophanes
Anthistenes
Euclid
Dositheus
Virgilius
Menelaos
Philostratus
Thales
Parmenides
Archytas
Epicure
Biton
Polybios
Horace
Nicomachos
Apuleius
Alexander Ptolemaios II
Ptolemaios VIII
Caesar
Nero
Trajan
600 BCE
500
400
300
200
100
1
100
200
Socrates
Plato
Ptolemaios I
Cicero
Seneca
Anaxagoras
Aristarchus
Asclepiades
Livius
Dioscorides Ptolemy
Leucippus
Pytheas
Archimedes
Seleukos
Vitruvius
Geminos
Epictetus
Protagoras
Erasistratus
Diocles
Manilius
Demonax
Diophantus
Oenopides
Aristoxenus
Aratos
Philo
Dionysius
Diodorus
Valerius
Theon
Alexander
of Byz.
Thrax
Siculus
Maximus
of Smyrna
of Aphr.
Hippocrates
Berossos
Herodotus
Herophilus
Apollonius
Theodosius
Plinius
Rufus
Galen
Senior
Democritus
Straton
Hipparchus
Lucretius
Aetius
Arrian
Hippasos
Speusippos
Dikaiarchus
Poseidonius
Heron
Plutarch
Lucian

F I G U R E 5 Une chronologie des scientifiques et des personnalités politiques dans l’Antiquité (la dernière lettre du nom est alignée avec l’année du décès).

Défi 4 pe

C omme toute science, l’ approche de la physique est double : nous progressons grâce à la précision et grâce à la curiosité . La précision donne aux échanges d’infor mations tout leur sens, et la c uriosité fait qu’ils en valent la peine *. Toutes les fois que nous parlons du mouvement et que nous souhaitons avoir une meilleure précision ou une connaissance plus dét aillée, nous sommes engagés, sciemment ou non, dans l’ascension de la Mon- t agne Mouvement. À chaque augment ation dans la précision de la description, nous gagnons de l’altitude. Les exemples de la Figure 4 le pointent du doigt. Lorsque vous remplissez un se au avec une petite quantité d’eau, il n’est pas suspendu verticalement. (Pourquoi ?) Si vous continuez à ajouter de l’e au, il commence à se tenir ver ticalement à partir d’ un cert ain moment. Combien faut-il d’e au ? Lorsque vous tirez sur le l d’une bobine de la manière indiquée, la b obine se déplacera en avant ou en arrière, en fonction de l’ angle s elon lequel vous tirez. Quel est l’ angle limite entre les deux possibilités ? Une grande précision implique d’explorer jusqu’ aux dét ails les plus ns. Cette mé- t hode augmente en fait le plaisir pour l’aventure ** . Plus nous gagnons de l’altitude sur la Mont agne Mouvement, plus nous voyons loin et plus notre curiosité est récompensée. Les vues o ertes sont à couper le sou e, surtout depuis le point c ulminant. Le chemin que nous suivrons – un parmi tous les itinéraires possibles – commence du côté de la biologie et entre directement dans la forêt qui se trouve au pied de la mont agne.

Réf. 9

Réf. 8 Défi 5 s

* Pour une série d’exemples intéressants sur le mouvement dans la vie de tous les jours, voir l’excellent livre de Walker. ** Mé ez-vous de quiconque voudrait vous parler sans examiner les détails. Il essaie de vous tromper. Les détails sont importants. Ainsi, soyez vigilants durant cette promenade.

pourquoi s intéresser au mouvement ?

19

TA B L E AU 1 Contenus de livres relatifs au mouvement sélectionnés dans une bibliothèque publique.

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T h è m e s s u r l e m o u v e m e n t T h è m e s s u r l e m o u v e m e n t

photographies du mouvement

du cancer, du diabète, de l’acné et de la dépression perception du mouvement Réf. 21 cinétose (mal des transp orts) le mouvement comme aide à la méditation exercices physiques pour la forme et le bien-être maîtrise du mouvement en sport aptitude à bouger à l’examen de santé mouvement perpétuel chorégraphie dans la danse, la musique et autres arts le mouvement des étoiles et des anges Réf. 11 le mouvement comme preuve de l’existence de di- vers créateurs Réf. 10

e cacité béné que du mouvement

lien entre les habitudes changeantes et émotion- nelles

le mouvement en psychothérapie Réf. 12 le mouvement p our surmonter un traumatisme troubles du mouvement locomotion des insectes, chevaux et robots

les agitations au Parlement

les changements dans l’art, les sciences et la p oli- tique les gestic ulations à la Bourse apprentissage et enseignement du mouvement

les mécanismes dans les montres veloppement de la marche chez les

enfants mouvements musicaux mouvements de troupes Réf. 13 mouvements religieux mouvements intestinaux déplacements aux échecs tours de passe-passe au casino Réf. 14 rapport entre le produit national br ut et la mobilité des citoyens

le mouvement comme thérapie p our le traitement

Une vive c uriosité nous conduit en ligne droite aux extrêmes : comprendre le mouve- ment nécessite d’explorer les dist ances les plus grandes, les vitesses les plus élevées, les partic ules les plus petites, les forces les plus fortes et les idées les plus étranges. C ommen- çons.

Qu els so nt l es d iff érents t ypes de mouvements ?

Chaque mouvement naît d’une volonté de

changement.

Antiquité

Le lieu le plus approprié pour avoir une vue d’ensemble générale sur les types de mouvement est une grande bibliot hèque, comme indiqué dans le Tableau 1 . Les domaines dans lesquels le mouvement, les agitations et les déplacements jouent un rôle sont en ré alité variés. Dans la Grèce ancienne les gens s oup çonnaient déjà que tous les types de mouvement, et aussi plusieurs autres types de changement, étaient relatifs. Il est commun de distinguer au moins trois catégories. L a première catégorie de changement est celle du déplacement matériel, tels un indi- vidu en marche ou une feuille tombant d’ un arbre. Le déplacement est le changement de p osition ou d’orient ation des objets. Au sens large, l’ activité humaine se place également

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Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010 F I G U R E 6 Un exemple

F I G U R E 6 Un exemple de déplacement.

dans cette catégorie. Une deuxième catégorie de changement regroupe les obser vations telles que la diss olu- tion du sel dans l’eau, la for mation de g lace par congélation, la décomposition du bois, la c uisson des aliments, la coagulation du sang et la fusion et l’alliage des métaux. Ces chan- gements de couleur, luminosité, dureté, température et aut res propriétés matérielles sont appelés transformations . Les transformations sont des changements apparemment non reliés aux déplacements. Dans cette catégorie, quelques pe nseurs anciens y ajoutèrent l’émission et l’absorption de la lumière. Durant le vingtième siècle, on a prouvé que ces deux e ets ét aient des cas partic uliers de transfor mations, comme le sont l’ apparition et la disparition de matière récemment découvertes, que l’on observe dans le S oleil et dans la radioactivité. Le changement d’esprit, comme le changement d’ humeur, de s anté, d’éducation et de caractère, est également (principalement) un type de transformation.

Réf. 16 La troisième catégorie particulièrement importante de changement est la croissance . Elle est obser vée chez les animaux, les plantes et les bactéries, mais aussi dans les cristaux,

Réf. 15

les mont agnes, les étoiles et les galaxies. Au cours du dix-neuvième siècle, les change- ments dans les p opulations de systèmes, l’ évolution biologique , et, au cours du vingtième siècle, les changements dans la taille de l’ univers, l’ évolution cosmique , ont été ajoutés à cette catégorie. Traditionnellement, ces phénomènes furent étudiés par des sciences distinctes, qui aboutirent toutes indépendamment à la conclusion que la croissance est une combinaison du déplacement et de la transformation. La di érence est pour l’une la complexité et pour l’autre l’échelle de temps. Pendant la Renaissance, au début de la science moderne, seule l’étude du déplacement a été perç ue comme faisant partie du champ de la physique. Le mouvement était assimilé au déplacement. Les deux autres domaines f urent ignorés des physiciens. Malgré cette res- tric tion, le champ de la recherche restait large, recouvrant une grande partie de l’ Île de l’ Expérience. La tentation évidente est de structurer ce domaine en distinguant les di é-

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F I G U R E 7 Déplacement, croissance

et transformation. (© Philip Plisson)

rents types de déplacement en fonction de leur origine. Les m ouvements, tels que ceux des jambes lorsque nous marchons, sont volontaires parce qu’ils sont commandés par notre volonté, t andis que les déplacements d’objets externes, telle la chute d’un ocon de neige, que nous ne pouvons in uencer par notre volonté, sont quali és de passifs . Les enfants sont capables de faire cette distinction à partir de 6 ans environ, et ceci marque une ét ape imp ort ante p our chaque personne dans le dé veloppement de s a compréhen- sion précise de l’environnement *. À partir de cette distinc tion, la dé nition historique mais aujourd’ hui périmée de la physique persiste comme une science du mouvement des objets inertes. Puis, un jour, les machines s ont appar ues. À partir de ce moment-là, la distinc tion entre mouvements volont aire et passif s’est invitée dans le débat. C omme les êtres vivants, les machines p euvent se déplacer toutes seules et de cette façon imitent le mouvement vo- lont aire. Toutefois, une obser vation méticuleuse nous montre que chaque élément dans une machine est déplacé par un autre, de telle sorte que leur mouvement est en fait passif. Les êtres vivants s ont-ils également des machines ? Les activités humaines sont-elles aussi des exemples de mouvements passifs ? L’acc umulation des obser vations durant les cent dernières années a rendu é vident le fait que le déplacement volont aire ** a, en réalité, les

* La réalisation complète de cet apprentissage peut échouer chez des individus ayant diverses convictions étranges, comme la croyance sur la capacité à agir sur la bill e du jeu de la roulette, tel que découvert chez des joueurs compulsifs, ou sur la capacité à déplacer des objets distants par la pensée, tel que découvert chez de nombreuses autres personnes apparemment en bonne santé. Un récit divertissant et instructif sur toutes les duperies et illusions impliquées par l’apparition et la préservation de ces croyances est donné par James Randi , e Faith Healers, Prometheus Books, 1989. Prestidigitateur professionnel , il présente de nombreux sujets similaires dans plusieurs de ses autres ouv rages. Voir également le site Web http://www. randi.org pour plus de détails. ** En anglais, mouvement se dit motion [N.d.T.] . Le terme anglais « movement » est plutôt récent : il fut importé dans la langue anglaise à partir de l’ancien fran çais et devint populaire seulement à la n du dix- huitième siècle. Il ne fut jamais utilisé par Shakespeare.

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mêmes propriétés physiques que le mouvement passif des systèmes inertes. (Bien s ûr, sur

 

le

plan émotionnel, les di érences restent import antes, par exemple, le pardon ne p eut

Réf. 17

être attribué qu’ au mouvement volont aire.) La distinc tion entre les deux types n’est donc pas nécessaire et sera omise par la suite. Puisque les mouvements passif et volont aire ont les mêmes propriétés, nous pouvons apprendre des choses sur l’ homme lui-même à travers l’étude du mouvement des objets inertes. C ela sera plus agrant lorsque nous

Défi 6 s

évoquerons les t hèmes du déterminisme, de la caus alité, de la probabilité, de l’in ni, du temps et du sexe, pour ne citer que quelques-uns des sujets que nous rencontrerons sur notre chemin. Avec l’acc umulation des obser vations durant les dix-neuvième et vingtième siècles, les barrières historiques sur l’étude du mouvement f urent encore plus mises en exergue. Des obser vations étendues montrèrent que toutes les transfor mations et tous les phéno- mènes de croissance, y compris le changement et l’é volution du comportement, sont aussi des exemples de déplacement. En d’autres termes, plus de 2 000 ans d’études ont prouvé que l’ ancienne classi cation des obser vations ét ait inutile : tout changement est un déplacement. Au milieu du vingtième siècle, cela c ulmina même avec la con r ma- tion d’une idée encore plus précise, déjà formulée dans la Grèce ancienne : chaque type de changement est causé par le mouvement de particules . Il a fallu be aucoup de temps et d’e orts pour arriver à cette conclusion, qui s’est présentée uniquement parce que nous avons avancé sans relâche vers la plus haute précision possible dans la description de la nature. Les deux premières parties de cette aventure retracent le chemin jusqu’à ce résult at. (Êtes-vous d’ accord pour cela ?) La dernière décennie du vingtième siècle a b ouleversé cette vision. L’idée de partic ule s’est révélée fausse. Ce nouve au résult at, déjà suggéré par la t héorie quantique avancée, apparaît dans la troisième partie de notre aventure à travers une combinais on d’obser va- tions et de déductions attentives. Mais nous aurons encore be aucoup de chemin à faire avant d’y arriver. Pour l’inst ant, au début de notre promenade, nous retiendrons simplement que l’ his- toire a montré que la classi cation des di érents types de mouvement n’est pas utile.

C

’est en ess ayant d’atteindre la précision maximale que l’on peut espérer arriver aux pro-

Réf. 18

priétés fondamentales du mouvement. L a précision, et non la classi cation, est la règle à suivre. Comme Ernest Rut herford le dis ait : « All science is eit her physics or st amp collecting. » * Pour atteindre la précision nécess aire dans notre description du mouvement, nous avons besoin de choisir des exemples particuliers de mouvement et de les étudier pleine- ment en dét ail. Il est intuitivement clair que la description la plus précise est ré alisable p our les exemples les plus simples possibles. D ans la vie de tous les jours, c ’est le cas du mouvement de tous les corps inertes, solides et rigides, dans notre environnement, telle une pierre lancée en l’air. En réalité, comme tous les hommes, nous avons appris à lancer des objets bien avant d’avoir appris à marcher. Le lancer est une des premières expériences physiques que nous ayons accomplies par nous-mêmes **. Durant notre plus tendre enfance, en lan çant des pierres, des jouets et d’autres objets, nous explorions la

* « Toute science est soit de la physique soit une collection de timbres. » [N.d.T.] ** L’importance du lancer apparaît également à partir des termes qui en dérivent : en latin, des mots comme subjicio ( subicio), sujet, mettre sous ou « jeter dessous », adversus, objet, protester ou « jeter en face », interjicio ( interjacio), interjection, insérer ou « jeter entre ». En grec, il a mené à des termes comme symbole ou « jeter

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perception et les propriétés du mouvement, jusqu’à ce que nos parents aient eu peur pour les appareils ménagers. Nous allons faire la même chose.

Die Welt ist unabh ängig von meinem Willen *. Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 6.373

P er c ept ion , cont inu it é et chang ement

Il n’y a que les mauviettes qui n’étudient que le cas général, les vrais scienti ques courent après

les exemples.

Beresford Parlett

Les êtres humains adorent perce voir les choses. La perception commence avant la

naissance, et nous continuons à y prendre plaisir aussi longtemps que nous le pouvons.

C ’est pourquoi la télé vision est si populaire, même quand elle est dépour vue de contenu.

Pendant notre promenade à travers la forêt, au pied de la Mont agne Mouvement, nous

ne pouvons pas nous emp êcher de percevoir. L a perception est en premier lieu la ca- pacité à distinguer. Nous utilisons l’op ération cognitive élément aire de la distinc tion à chaque inst ant de notre vie. Par exemple, durant notre enfance, nous avons tout d’ ab ord appris à faire la distinc tion entre les objets familiers et inconnus, une aptitude rendue possible par l’ass o ciation avec une autre capacité élémentaire, celle de mémoriser les ex- périences. La mémoire nous donne la p ossibilité d’expérimenter, de parler de la nature et donc de l’explorer. L a perception, la classi cation et la mémoris ation forment ensemble

l’

apprentissage . Dépourvus de l’une de ces trois aptitudes, nous ne pourrions pas étudier

le

mouvement.

Les enfants apprennent rapidement à distinguer la continuité de l’ instabilité . Ils s’ ha- bituent à reconnaître les vis ages humains, même si un visage n’est jamais tot alement le même à chaque fois qu’il est perç u. À partir de l’identi cation des vis ages, les enfants prolongent la reconnaissance à tout ce qui est obser vable. La reconnaissance fonctionne assez bien dans la vie quotidienne. Il est agréable de reconnaître ses amis, même dans la nuit, et même après plusieurs bières (ceci n’est pas un dé ). L’ ac tion de reconnaître utilise donc toujours une forme de généralisation . Lorsque nous observons, nous avons toujours une idée générale dans notre esprit. Nous allons en préciser les principales. Toutes les forêts nous rappellent l’essence de la perception. Assis sur l’ herbe dans une clairière de la forêt au pied de la Mont agne Mouvement, entourés par les arbres et le silence caractéristique de ces endroits, une sens ation de tranquillité et de sérénité nous envahit. S oudain, quelque chose s’agite dans les buissons. Nos yeux se détournent sur- le-champ et notre attention se concentre. Les cellules ner veuses qui ont détecté le mou- vement font partie de la région la plus ancienne de notre cerve au, que nous partageons

Réf. 19 avec les oise aux et les reptiles : le tronc cérébral. À partir de ce moment, le cortex, ou cer-

ve au récent, prend le relais p our analyser le type de mouvement et pour en déterminer

l’origine. En surveillant le mouvement autour de notre champ de vision, nous observons

deux entités invariantes : le paysage immobile et l’ animal qui bouge. Après avoir identi é

l’ animal comme ét ant une biche, nous nous relâchons à nouveau.

ensemble », problème ou « jeter en avant », emblème ou « jeter dedans » et – le petit dernier – démon ou « jeter à travers ». * Le monde est indép endant de ma volonté.

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Réf. 20

Comment avons-nous fait la di érence entre le paysage et la biche ? Plusieurs ét apes dans la vision et dans le cer veau sont impliquées. Le mouvement joue un rôle import ant dans celles-ci, comme nous le voyons mieux à partir du petit lm s accadé placé dans les coins infér ieurs gauches de ces pages. Chaque image montre seulement un rect angle comblé par un motif mathématiquement aléatoire. Mais, lorsque nous fais ons dé ler ces pages, nous discernons une forme en mouvement sur un fond immobile. À un inst ant donné, la forme ne peut être diss ociée du fond : aucun objet n’est visible sur chac une de ces images. Néanmoins il est facile de perce voir son mouvement *. Des expériences de perception comme celle-ci ont été e ectuées avec de nombreuses variantes. Dans l’ une d’elle, on a const até que le fait de détecter un tel objet en mouvement n’est pas quelque chose de spéci que aux humains. Les mouches ont la même aptitude, comme, en fait, tous les animaux qui ont des yeux. Le petit lm saccadé sur le coin inférieur gauche, comme toutes les expériences simi- laires, fait apparaître deux relations primordiales. Premièrement, le mouvement est perç u uniquement si un objet peut être distingué d’un arrière-plan ou d’un milieu ambiant. Be aucoup d’illusions sur le mouvement se fo calisent sur ce point ** . Deuxièmement, le mouvement exige de dé nir à la fois l’objet et l’environnement, et de les di érencier l’un de l’ autre. En fait, la notion d’espace est – entre autres – une abstraction de l’idée d’arrière-plan. Ce fond est étendu, l’objet animé est localisé. Tout cela vous semble en- nuyeux ? Ç a ne l’est pas : attendez juste une seconde. Appelons l’ensemble des propriétés lo calisées qui restent invariantes ou const antes pendant le mouvement, comme la taille, la forme, la couleur, etc., pris ensemble, objet (physique) ou corps (physique). Nous restreindrons ensuite la dé nition, puisque sinon les images p our raient aussi bien être des objets. En d’ autres termes, exactement comme au début, nous ressentons le mouvement comme un processus relatif . Il est perç u en rela- tion avec l’environnement et par opposition à lui. L a notion d’objet est par conséquent aussi une notion relative. Mais la distinc tion t héorique élémentaire entre les objets loca- lisés, isolés et l’environnement étendu n’est pas insigni ante ou s ans imp ort ance. Pre- mièrement, cela donne l’impression d’une dé nition qui se mord la queue. (Êtes-vous d’ accord ?) Plus t ard, ce problème nous occup era énormément. Deuxièmement, nous utilisons tellement fréquemment notre capacité à is oler des systèmes lo calisés de leur en- vironnement que nous l’ acceptons s ans l’ombre d’un doute. Toutefois, comme nous le verrons dans la troisième partie de notre promenade, cette distinc tion se révèle logique- ment et expériment alement imp ossible *** ! Notre promenade nous amènera à découvrir la rais on de cette impossibilité et ses conséquences import antes. Finalement, mis à part

Défi 7 s

Page ??

Réf. 21

* L’œil humain est très performant pour détecter le mouvement. Par exemple, l’œil p eut déceler le mouve- ment d’un point lumineux même si la variation de l’ angle est plus petite que celle qui peut être distinguée sur une image xe. Les détails de ce phénomène et d’autres thèmes analogues pour les autres sens font partie du domaine de la recherche sur la perception. ** Le thème de la perception du mouvement est plein d’aspects intéressants. Le chapitre 6 du magni que ouvrage de Donald D. Hoffman , Visual Intelligence – How We Create What We See, W.W. Norton & Co., 1998. en est une excellente introduction. Sa série d’illusions sur le mouvement élémentaire p eut être ex- périmentée et approfondie en ass o ciation avec le site Web http://aris.ss.uci.edu/cogsci/personnel/ ho man/ ho man.html . *** Contrairement à ce que l’on peut fréquemment lire dans la littérature populaire, la distinction est possible dans la théorie quantique. Elle de vient imp ossible seulement lorsque la théorie quantique est uni ée avec la relativité générale.

Elle de vient imp ossible seulement lorsque la théorie quantique est uni ée a vec la

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TA B L E AU 2 Arbre généalogique des notions physiques fondamentales.

le mouvement la forme fondamentale du changement

éléments relations arrière-plan stable inconstant stable limité illimité étendu formé sans forme
éléments
relations
arrière-plan
stable
inconstant
stable
limité
illimité
étendu
formé
sans forme
mesurable
objets
images
états
interactions
E des phases
espace-temps
impénétrable pénétrable
global
local
composé simple
Les aspects correspondants :
masse
intensité
instant
source
dimension
courbure
taille
couleur
position
répartition
distance
topologie
charge
apparition
moment
grandeur
volume
distance
spin
disparition
énergie
direction
sous-espaces surface
etc.
etc.
etc.
etc.
etc.
etc.

monde nature univers cosmos

l’assemblage de tous les éléments, relations et arrière-pl ans

les entités mobiles et le fond immobile, nous avons besoin d’un troisième concept, tel qu’indiqué dans le Tableau 2.

Réf. 22

II n’y a qu’une chose sage, c ’est de connaître la

pensée qui peut tout gouverner par tout. Héraclite d’ Éphèse

L e monde a - t - il b eso in d états ?

Das Feste, das Bestehende und der Gegenstand sind Eins. Der Gegenstand ist das Feste, Bestehende ; die Kon guration ist das Wechselnde, Unbest ändige *. Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 2.027 – 2.0271

Qu’est-ce qui di érencie les divers dessins dans les coins en bas à gauche de chaque page ? Dans la vie quotidienne, nous dirions la position ou la con guration des objets concernés. L a con guration décrit d’une certaine manière tous ces aspects qui peuvent être di érents d’ un cas à l’autre. On a coutume d’ appeler la liste de tous les aspects

* Les objets, l’immuable et le perpétuel sont une seule et même chose. Les objets sont ce qui est immuable et durable ; leur con guration est ce qui est changeant et instable.

même chose. Les objets sont ce qui est immuable et durable ; leur con guration est

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Défi 9 s

variables d’ un ensemble d’objets leur état de mouvement (physique), ou plus simplement leur état. Les con gurations dans les coins en bas à gauche di èrent de tous le s autres d’abord par le temps . Le temps est ce qui rend les opposés possibles : un enfant est dans une maison et le même enfant est en dehors de la maison. Le temps re nd compte de ce type de contradiction et le résout. Mais l’état ne distingue pas seulement des con gu- rations di érentes dans le temps : l’état contient tous les aspects d’un système (c ’est-à- dire d’un groupe d’objets) qu’on ne retrouve pas dans les systèmes stationnaires . D eux objets peuvent avoir les mêmes masse, forme, couleur, composition et être indiscer- nables par rapp ort à toutes les autres propriétés intrinsèques, né anmoins ils seront di é- rents par rapp ort à leur position, ou leur vitesse, ou leur orient ation. L’ét at met le doigt sur l’ originalité d’un système physique * et nous permet de le distinguer de ses copies conformes. Par conséquent, l’ét at décrit également la relation d’un objet ou d’un sys- tème avec s on environnement. Ou pour résumer : l’état décrit tous les aspects d’un sys- tème qui dépendent de l’observateur. Ces propriétés ne sont pas inintéressantes – ré é- chissez juste à ceci : l’univers p ossède-t-il un ét at ? Décrire la nature comme un ensemble d’entités st ables et d’états variables est le p oint de départ de l’étude du mouvement. Les divers aspects des objets et de leurs ét ats s ont appelés des observables . Toutes ces dé nitions approximatives et préliminaires seront af- nées pas à pas par la suite. En utilis ant les termes précédemment introduits, nous pou- vons stipuler que le mouvement est le changement d’état des objets ** . Les ét ats s ont nécess aires p our la description du mouvement. A n de progresser et de ré aliser une description exhaustive du mouvement, nous avons besoin d’une description complète des objets et d’une description complète de leurs é t ats p ossibles. L a première approche, appelée physique galiléenne, consiste à caractériser notre environnement quo- tidien le plus précisément possible.

C uriosités et déf is amusants sur le mouvement

Le mouvement n’est pas toujours un sujet simple *** .

 

Défi 10 s

Est-ce que le déplacement d’ un fantôme est un exemple de mouvement ?

 

Dé 8 s

* Un système physique est un objet d’étude localisé. Dans la classi cation du Tableau 2 , le terme « système physique » est (à peu près) la même chose que « objet » ou « corps physique ». Les images ne sont habituel- lement pas considérées comme des systèmes physiques (bien que le rayonnement lumineux en soit un). Les trous sont-ils des systèmes physiques ? ** La séparation exacte entre ces aspects propres à l’objet e t ceux appartenant à l’état dépendent de la préci- sion des obser vations. Par exemple, la longueur d’un morceau de bois n’est pas constante : le b ois se rétrécit et se courbe avec le temps, en rais on des processus en œuvre au niveau moléc ulaire. Pour être précis, la longueur d’un morceau de bois n’est pas une caractéristique de l’objet, mais de son état. Les obser vations méticuleuses renversent alors la distinction entre l’objet et son mouvement, la distinc tion elle-même ne dis- paraît pas – du moins pas pour le moment. *** Les sections intitulées « curiosités » sont des séries de sujets et de problèmes qui permettent de véri er et d’approfondir l’utilisation des notions récemment introduites.

de problèmes qui permettent de véri er et d’appr o f ondir l’u tilisa tion des

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F I G U R E 8 Une poulie composée et une poulie différentielle.

Défi 11 s

Un homme escalade une montagne de 9 heures du matin jusqu’à 13 he ures. Il se couche au sommet et redescend le jour suivant, descendant encore une fois de 9 heures du matin jusqu’à 13 heures. Y a-t-il un endroit sur le chemin où il pass e à la même heure les deux jours ?

Dé 12 s

Est-ce que quelque chose peut s’arrêter de bouger ? Comment p ouvez-vous le montrer ?

Défi 13 s

∗ ∗

Est-ce qu’un corps se déplaçant p our toujours en ligne droite démontre que la nature est in nie ?

∗ ∗

Dé 14 s

L’univers peut-il bouger ?

 

∗ ∗

Dé 15 s

Pour discuter de la précision avec précision, nous avons besoin de la mesurer. Comment vous y prendriez-vous ?

 

Dé 16 s

Pourrions-nous observer le mouvement si nous n’ avions pas de mémoire ?

 

Dé 17 s

Quelle est la vitesse minimale que vous avez pu observer ? Y a-t-il une vitesse minimale dans la nature ?

∗ ∗

Selon la légende, le brahmane Sissa Ben Dahir, l’inventeur indien du jeu d’échecs, de- manda au roi Sherham la récompense suivante p our son invention : il souhaita que l’on dépose un grain de blé sur la première case, deux sur la deuxiè me, quatre sur la troi-

: il so uhaita que l’on dépose un grain de blé sur la première case, deux

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Défi 18 s

sième, huit sur la quatrième, et ainsi de suite. Combien de te mps tous les champs de blé du monde mettront-ils pour produire la quantité de grains né cessaire ?

Défi 19 s

Lorsqu’une bougie allumée est déplacée, la amme a du mal à suivre le mouvement de la b ougie. Comment la amme se comportera-t-elle si la b ougie, toujours allumée, est placée dans une cage en verre et que l’ensemble est mis en mouvement ?

Défi 20 d

Une bonne façon de gagner de l’argent est de construire des détecteurs de mouvement. Un détecteur de mouvement est une petite boîte dotée de quelques connecteurs mét al- liques. L a b oîte produit un signal électrique à chaque fois qu’elle bouge. Des détecteurs de quels types de mouvement pouvez-vous imaginer ? À quel prix pouvez-vous fabriquer une telle boîte ? Avec quelle précision ?

Dé 21 d

Une boule parfaitement lisse et sphérique est posée près du bord d’une t able parfaite- ment plate et horizontale. Que va-t-il se passer ? Au bout de combien de temps ?

Dé 22 s

Vous marchez dans une boîte fermée dép ourvue de fenêtre. La b oîte est déplacée par des forces extérieures inconnues pour vous. Pouvez-vous déterm iner, de l’intérieur de la b oîte, comment vous vous déplacez ?

Défi 23 s

Quelle longueur de corde devons-nous tirer pour soulever un e masse d’ une hauteur h à l’ aide d’ une poulie composée de quatre roues, comme indiqué sur la Figure 8 ?

Défi 24 s

Lorsqu’un bloc est roulé sur un plancher sur un ensemble de tubes, quelles sont les vi- tesses du bloc et des tubes relativement au bloc ?

Réf. 15 Défi 25 s

Vous n’ aimez pas les formules ? Si c ’est le cas, utilisez la mét hode suivante, qui ne prend que 3 minutes, pour inverser la situation. Cela vaut la peine de l’essayer, car elle va vous rendre la lecture de ce livre encore plus amus ante. La vie est courte : elle de vrait être, aut ant que possible, un plaisir, comme celui de lire cet ouvrage. 1 - Fer mez les yeux et rapp elez-vous une expérience qui f ut absolument merveilleuse , une situation où vous vous êtes senti excité, c urieux et optimiste.

2 - Ouvrez vos yeux p endant une seconde ou deux et regardez la page 68 – ou toute

autre page qui contient de nombreuses formules. 3 - Fermez alors une nouvelle fois vos yeux et repensez à votre expérience mer- veilleuse.

4 - Répétez l’obser vation des formules et la visualisation de votre souvenir – étapes 2

et 3 – trois fois encore. Sortez alors de votre souvenir, regardez autour de vous pour revenir à l’instant présent

2 et 3 – trois fois encore. Sortez alors de votre souvenir, regardez autour de vous

pourquoi s intéresser au mouvement ?

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et au lieu présent, puis testez-vous. Regardez une nouvelle fois la page 68. Comment trouvez-vous les formules maintenant ?

∗ ∗

Durant le seizième siècle, Niccolo Tartaglia* proposa l’énigme suivante. Trois jeunes couples veulent traverser une rivière. Seule une petite barque pouvant transp orter deux personnes est disponible. Les hommes sont extrêmement jaloux et ne voudront jamais laisser leur ancée s eule avec un autre homme. Combien d’allers-retours sont-ils néces- Défi 26 s saires pour traverser la rivière ?

néces- Défi 26 s saires pour tra verser la rivière ? * Niccolo Fon tana Tartaglia

* Niccolo Fontana Tartaglia (1499 –1557), important mathématicien vénitien.

s saires pour tra verser la rivière ? * Niccolo Fon tana Tartaglia (1499 –1557), important

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C h a p i t r e 2

DE LA MESURE DU MOUVEMENT À LA CONT INU ITÉ

Physic ist wahrlich das eigentliche Studium des

Mens chen *.

G eorg Christoph Lichtenberg

Défi 27 s

La description la plus simple du mouvement est celle que nous utilisons tous incons- ciemment, comme les chats ou les singes, dans la vie de tous les jours : une seule chose peut se trouver en un lieu donné à un instant donné . Cette description générale p eut être séparée en trois hyp ot hèses : la matière est impénétrable et se déplace , le temps est fait d’ instants et l’espace est fait de points . Sans ces trois hyp ot hèses (êtes-vous d’ accord pour les accepter ?) il est imp ossible de dé nir la vitesse dans la vie quotidienne. Cette description de la nature est appelée physique galiléenne ou newtonienne . Galileo Galilei (1564–1642), professeur toscan de mathématiques, fut un fondate ur de la physique moderne et est célèbre pour avoir défendu l’import ance des obser vations comme moyens de vér i cation des hyp ot hèses sur la nature. En exige ant et en accomplis- sant ces véri cations durant toute sa vie, il f ut amené à améliorer const amment l’exac- titude de la description du mouvement. Par exemple, Galilée étudia le mouvement en mesurant les variations de positions avec un chronomètre qu’il confec tionna lui-même. Sa méthode remplaça la description spéculative de la Grèce ancienne par la physique expériment ale de la Renaissance italienne ** . Isaac Newton, alchimiste, mystique, t héologien, physicien et politicien anglais (1643– 1727), fut un des premiers à défendre avec vigueur l’idée selon laquelle les di érents types de mouvement ont les mêmes propriétés. Il franchit des étapes imp ort antes dans la mise en place des concepts utiles à la démonstration de cette idée *** .

Réf. 23

* « La Physique est vraiment l’étude appropriée de l’ homme. » Georg Christoph Lichtenberg (1742–1799) fut un important physicien et essayiste. ** Le meilleur et le plus instructif des livres sur la vie de Galilée et sur son époque est celui de Pietro Re- dondi (voir la note de la page 229). Galilée naquit l’ année où le crayon fut inventé. Avant sa naissance, il était imp ossible de faire des calc uls avec un crayon et du papier. Pour les curieux, le site Web http://www. mpiwg-berlin.mpg.de vous permettra de lire un manuscrit original de Galilée. *** Ne wton naquit un an après la mort de Galilée. Une autre activité de Ne wton, comme maître de la Mon- naie royale, fut de sur veiller pers onnellement la pendais on des faux-monnayeurs. Sur l’engouement de New- ton pour l’ alchimie, voyez le livre de Dobbs. Entre autres, Newton croyait lui-même avoir été choisi par Dieu :

Réf. 24

il prit son nom latin, Isaacus Neuutonus, et forma l’anagramme Jeova sanctus unus. Sur Newton et son rôle dans la mécanique classique, lisez l’ouvrage de Cli ord Truesdell.

va sanct us unus. Sur Newton et son rôle dans la mécaniq ue classiq ue, lisez

de la mesure du mouvement à la continuité

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Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010 F I G U R E 9 Galileo Galilei.

F I G U R E 9 Galileo Galilei.

Q u est -c e que la v itesse ?

Il n’y a abs olument rien d’ autre de semblable. Jo chen Rindt *

Page 64

L a vitesse fascine. Pour les physiciens, non seulement les rallyes automobiles sont in- téress ants, mais aussi tous les objets qui se déplacent. Par conséquent, ils ont d’ ab ord é valaut ant d’exemples que possible. Une sélection en est donnée dans le Tableau 4 et le Tableau 5. Les pré xes et les unités utilisés sont décrits en dét ail dans l’ Annexe B . La vie quotidienne nous apprend beaucoup de choses sur le mouvement : les objets peuvent se de vancer les uns les autres et peuvent se déplacer dans des direc tions di é- rentes. Nous remarquons également que les vitesses peuvent être augmentées ou modi- ées de façon continue. L a liste exhaustive de ces propriétés, fournie dans le Tableau 3, est résumée par les mathématiciens dans une expression partic ulière : ils disent que les vitesses forment un espace vectoriel euclidien **. Nous donnerons plus de dét ails sur cette expression bizarre s ous peu. Pour l’inst ant, notons simplement que, pour décrire la na- ture, les concepts mathématiques se présentent comme l’instrument le plus précis. On quali e la vitesse de galiléenne lorsqu’elle est présumée être un vecteur eucliden. L a vitesse est un concept fondamental. Par exemple, la vitesse ne nécessite pas de mesures d’espace et de temps p our être dé nie. Êtes-vous capable de trouver une mét hode pour mesurer les vitesses sans mesurer l’