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La Veille - n° 8 - mai 2008

La gestion d’affaires
ou la rencontre du droit et de l’équité :
“tout travail mérite salaire”
C’est en vertu de ce principe bien établi qu’il est parfois frustrant de constater qu’une
partie peut en toute impunité profiter du travail d’autrui sans bourse délier…
C’est sur la théorie des quasi contrats, pour cela relevé qu’aucun contrat facturé au cohéritier de bonne foi en vertu
et plus spécifiquement celle de la ges- n’étant intervenu entre le prestataire et du contrat de révélation dûment régulari-
tion d’affaires, qu’il faudra alors se pla- l’héritier indélicat, en ce cas «la rémuné- sé en son temps entre celui-ci et le
cer pour que le prestataire puisse malgré ration du Généalogiste ne peut avoir Généalogiste. Il est clair qu’en l’espèce
tout être dédommagé du travail effectué, qu’un seul fondement de nature quasi l’héritier indélicat avait tenté de « doubler »
nonobstant par hypothèse l’absence de délictuelle, la gestion d’affaires régie par le prestataire qui l’avait ainsi mis sur la
fondement contractuel. les articles 1372 et suivants du Code piste de cet «héritage surprise». La mora-
Civil, laquelle doit être utile au moment le était donc sauve, puisqu’il ne pouvait
L’article 1372 du Code Civil permet où elle a été entreprise». qu’apparaître choquant de voir ainsi le
dans de telles circonstances de faire travail de recherches et d’investigations
prévaloir une résolution du litige La Cour souligne alors «qu’il appartient
du prestataire usurpé par l’un des héri-
empreinte d’équité et, n’hésitons pas à au gérant d’apporter la preuve de l’op-
tiers tandis que l’autre en assumait loya-
le dire, de moralité… portunité de son intervention».
lement le coût. Il était non seulement illo-
L’Arrêt rendu par la Cour d’Appel de La Cour tire de la chronologie des faits la gique que le prestataire ne soit pas rému-
BORDEAUX le 10 janvier 2006 sur ren- confirmation que le Généalogiste avait néré de son travail, mais également que
voi après Cassation1 illustre si besoin démontré cette utilité, en relevant le cohéritier de bonne foi soit le seul à
était la pertinence de cet article bicente- notamment : assumer cette légitime rémunération.
naire de notre Code Civil, dont la moder- - qu’il résultait clairement que dans les Si en l’espèce la morale est sauve, il
nité et l’adaptabilité demeurent d’une démarches entreprises par le Cabinet n’en va pas de même dans d’autres
étonnante actualité. Généalogique d’une part, par l’héritier situations où la profession du prestataire
Il s’agissait en l’espèce de justifier le d’autre part, le premier a toujours pré- est strictement réglementée, comme
droit à rémunération d’un Généalogiste cédé le second… et a eu par consé- l’est par exemple celle de l’Agent immo-
ayant révélé l’existence d’une succes- quent un rôle causal dans les réac- bilier. Il est pour le moins regrettable que
sion ouverte aux deux neveux du défunt, tions de l’héritier indélicat. de tels « vecteurs d’équité » ne puissent
amenés à recueillir la succession de ce trouver application en matière de droit à
- que si par hypothèse ce dernier aurait
denier décédé originairement sans héri- rémunération de cet intermédiaire, en
eu connaissance du décès de son
tier connu en Hôpital Psychiatrique le vertu du principe selon lequel les lois
oncle, il n’était absolument pas
2 avril 1993. spéciales dérogent aux lois générales2.
démontré qu’il ait eu connaissance de
S’agissant de l’Agent immobilier, c’est
L’un des ayants droit avait accepté en ses droits dans la succession du
en effet la loi du 2 janvier 1970, dite loi
toute bonne foi de contracter avec ce défunt.
Hoguet, qui fait toujours échec à la
Généalogiste le contrat de révélation La Cour en déduit pertinemment demande de rémunération de l’Agent
d’usage, ce qu’avait refusé son cohéritier. qu’après avoir eu connaissance des sur le fondement du quasi-contrat de
Ce dernier avait alors procédé à diverses courriers du Cabinet Généalogique, l’hé- l’article 1372 du Code Civil.
investigations qui lui permirent de retrou- ritier indélicat, alors assuré d’être l’héri-
Il est avéré que la réglementation des
ver la trace de l’oncle décédé, puis du tier de son oncle sur diligences du
professions présente d’indéniables
Notaire chargé du règlement de sa Cabinet Généalogique… qui démon-
avantages3; il n’en ressort pas moins
succession. C’est uniquement parce trent ainsi toute l’utilité de leur inter-
qu’elle génère par ailleurs des effets «
que le Généalogiste avait alerté l’héritier vention, s’est efforcé de bénéficier de la
secondaires » excessifs voire pervers à
indélicat de l’existence de cette succes- succession de son oncle sans avoir à
l’encontre de certains professionnels,
sion ouverte et des droits qu’il y détenait supporter les charges de la révélation.
que cette même réglementation enten-
que celui-ci avait procédé aux investiga- La Cour confirme à cette occasion qu’il
dait initialement protéger de concurrents
tions lui ayant permis in fine d’accéder appartient bien au « gérant » d’appor-
aux pratiques douteuses et déloyales.
ter la preuve de l’opportunité de son
aux informations et de contacter les
intervention. La Cour en conclut qu’en Mais nous voici largement sortis du
interlocuteurs adéquats.
l’espèce, le droit à rémunération du champ d’application de la gestion d’af-
La Cour d’Appel statuant sur renvoi Cabinet Généalogique doit donc être faires et parvenus au seuil d’un tout
après Cassation a confirmé le droit à reconnu. Le montant de la rémunération autre débat : des avantages et des
rémunération du Généalogiste sur le alloué au prestataire dans cette affaire a inconvénients de la réglementation pro-
fondement de la gestion d’affaires. Elle a été chiffré au montant des honoraires fessionnelle…

1 Arrêt non publié rendu le 10 janvier 2006 par la 1ère Chambre Section A et 5ème Chambre réunies de la Cour d’Appel de BORDEAUX sur renvoi après
Cassation 1ère Chambre Civile 16 mars 2004 ayant cassé l’Arrêt rendu le 23 octobre 2000 par la Cour d’Appel de BORDEAUX sur un appel d’un Jugement Agnès PROTON
du Tribunal de Grande Instance de PERIGUEUX (Dordogne) en date du 4 novembre 1997 (affaire : ANDRIVEAU C/ DANIEL) Avocat au Barreau de Grasse
2 « Specialia generalibus derogant »
3 Ex. assainissement de pratiques douteuses et amélioration de la protection du consommateur

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