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Colloque Avocats - Notaire LA PROTECTION DES MAJEURS AU 1° JANVIER 2009 woh: Ww Notaires de France Dans notre édition du 1* novembre 2008, notre journal a fait l’écho du colloque avocats-notaires, qui s’est tenu le 24 octobre dernier et organisé par le Barreau de Grasse et la Chambre Départementale des notaires. lier, par Maitre Anne BERDAH, Notaire PESPRIT DE.LA REFORME Laloi du $ mars 2007, applicable au pre- rmier janvier 2008, vient de réformer consi- dérablement le regime de protection des incapables majeurs Cotte réforme était attendue par nombre de praticiens, d'associations de protec- tion, de familles et par les majeurs protéges ceux-mémes, directement concernés. Le légistateur parachéve la modernisa tion du droit civil des personnes et de la famille. Depuis dix ans de grandes: res ont touiché le droit du divorce, dela filiation, de Pautorité parental, le x6 ze des successions et des libéralits, ke pacte civil de solidarité. Cette réforme de fa protection juridique des majeurs n'est quella suite logique de ce vent de moder- nité qui a refondu en profondeur le droit des personnes pour "adapter aux exi- gonces de notre temps. Les notaires de France réunis en congrés annuel Strasbourg en 2006 avaient ailleurs abordé le statut des personnes val- nérables, ébauchant ainsi des pistes de réflexion pour ce qui allait devenir la Future lo Liavenir D Nv 1990 SEWAINE DU 05 NOVEMBRE 2008 AU SAMED) Jusquialors le régime des incapacités était ‘égi par un dispositif gislatif non modi- fi depuis 40 ans ! Ons‘est vite apergu que les lois votées en 1966 puis le 3 janvier 1968 n’étaient plus adaptées a notre société du 21 siéce Ces lois qui avaient plutot une approche patrimoniale protégeaient davantage les bbiens que la personne... I1n’est pas utile de rappeler les trois principales mesures, de protection que son actuellement la tutelle, la euratelle ou ta mesure de sau- -vegarde de justice répis par les articles 491 4515 du Code civil. La nouvelle loi n’abolit pas ces trois, ‘mesures mais les réaménage afin de les rendre plus efficace.... Désormais la chro- fnologie est assurée par les articles 440 et suivants qui commencent par la sauvegarde de justice, soit le systéme le plus fable pour aller au plus fort. Le législateur a 'époque n’imaginaitcer- ‘ainement pas que 30 ans plus tard $40,000 personnes seraient concernées en 1995, 800.000 personnes aujourd'hui et plus un million d'ici 2010 1 Ce sont 66.500 mesures judiciaires pro- rnoneées en 2001, contre 73.500 en 2005 ' Btces mesures concement 51% les fem- mes et lécart tend encore & diminuer entre les sexes. Tout le monde est done conceiné, C’est 15% de la population frangaise qui va se trouver confroniée 4 une mesure de protection et il était urgent dimterve- nir pour moderniser l'application des mesures et es rendre plus proches des situa tions rencontrées par notre société Le baby boom des années 50 a laissé pplace au papy boom et I’allongement de Pespérance de vie pent entrainer une fi sili de Ia personne pouvant alles jusqu’’a laperte d’autonomie pour ce qui conce nent les ceisions i prendre sure pan matériel que personnel et nos anciens ne 1s ovewaRe 2008 doivent pas ére laissés& la merci d’autrui Péventuels abus ou maltraitance, Mais cette réforme de la loi trouve aussi se causes dans une meilleure prise en comp- te duhandicap marqué ou non parle phé- rnoméne du vieillissement. En 2001, 50,8% des mesures concer- najent les plus de 60 ans. En 2005 c'est 54%... A ce jour on devrait fréler les 60%, Etlehandicap frappe quel que soit Page. Le majeur handicapé doit pouvoir étre protégé lorsque ses parents ne seront plas 1 pour Ini assurer tout le confort, Paide, ‘Fassistance tle bien re nécessaire... La nouvelle loi prévoit une mesure révohu- ‘tionnaire dans notre droit... Mesure issue ‘notamment d’une pratique venue du Qué- bec, le mandat de protection future pour soi-méme ou pour eutrui, Malhoureusement de nombreuse mesures judiciaires sont aussi prononcées pour des considérations essentiellement soci lesen raison d'une précarité et d'un pi noméne d’exclusion toujours plus fort. Eton a détourné la protection judiciai- re de son but premier, car la précarit peut aujourd'hui entrainer I'ineapacité juridique et le Iépislateura voutu remédier cette situation, Trop souvent la protee- tion judicaire répondait é des problémes e pitcarté socal, de faglté &conomique putt qu’a de veritables causes d’altéra- tions des facultés de la personne. Le égislateura voulu que la mesure de pro- tection ne soit envisagée qu’en dernier recours pour limiter san effet ce qui est sttictement ncessaire, aux personnes Vul- nérables qui le nécessitent vraiment, est- dire celles qui éprouvent concrétement de réolles difficultés dans leur vie civile du fait de I alteration de leurs facultés et ‘quine puisse y @re reméali¢ par un accom ‘pagnement plus lege et mins contraiznant Cette nouvelle loi veut que les mesures de protection soient adapitées etrespectueu- ses de la personne. Cette réforme s‘articule autour de quat- re grands axes essentiels : = Le premier axe ou le premier objec- tif c'est dassurer une protection juridique qui coneerne exclusive- ment les personnes atteintes d’une altération de leurs facultés. Le législateur a voulu définir plus préci- sément et délimiter strictement les personnes concernées par une mesure de protec- tion. Les grands principes abordés dans I’an- cienne loi mais vite oubliés de nécessité ct de subsidiarité retrouvent tous leurs ‘Avec ceite réforme le placement sous un ‘régime de protection juridique, en ce qu'il porte atteinte aux libertés et restreint les droits, sera soumis une double condition = Laltération des facullés personnelles de intéress, evra Gre médicalementcons- tatée de maniére prévise ‘et circonstan- cige (a), ~et le juge devra verifier qu'il n’existe pas «autre mécanisme pls ger et moins aten- {ntoire pour assurer une protection sufi- sante (b) ) Désormais vont se trouver écartées de Pineapacité un grand nombre de person- res aujourd"hui concernées et notam- ment celles qui se mettent en difficulté par leur inapitude ou leur insouciance& géxer seules leur budget ou qui se trouvent en. situation de grave précarité Cest la raison pour laquelle le Iégislateur a prévu que ces personnes seraient davan- tage « aidées socialement» par un dispo- sitifmis en place aw niveau départemen- tal, graduel et progress comportant deux voiets : D’abord un volet administratif mis eit ceuvre parle conseil général et la personne intéressée sous la forme d’un contrat de 6 mois a2 ans renouvelabe jusqu"t 4 ans afin de hui apporter une aide dla gestion des revenus et un accompagnement social ‘personnalisé. Ce contrat & vocation édu- cative permettra des personnes en situa- tion précaire d’accéder au logement, ou {amelioration de leur habitat afin de per- mettre de retrouver ume aufonomie. Pat exemple la personne suivie pourra aut riser le président du conset! ginéral a ‘pereevoir ét gerer pour son compte tout ou partie des prestations Sociales afin «que le lover, les chuzes Tocatives soient immédiaterent acquittées afin déviter La Je parte d’un logement, et éviter ainsi de sombrer dans exclusion, 7 En cas d’échec de cette mesure d’ac- compagnement les services sociaux compétent pouront sisi ejuge soit por aceroitre leur initiative dans Pintérét dela personne soit un adressant au pro- ceueur de la République un rapport ei- constancié qui permet a ce demic pnts appréviation souveraine, de sais le juge des tutelles. Il pourra alors, etre ordonné une MAJ, une mesure d'ac- compagnementjudiciaire. Ce second volet, judicisire,n’entraine cn Juieméme aucune ineapacité juri- dique. C'est simplement ne aide per- mettant& intéressé de revenirI'an- tonomie budgétaire pour reprendre sa vie ea main, Parcete mesure la personne continue. de gérer les autres revenus qu'elle perooit. (Qui va ate eoncemé par ces mesures de protection ? Principalement les personnes dont les facultes mentales eviou physiques sont altérées sur constatation d'un expert més cal. On ne peut plus saisir le médecin de famille, celui que Ion comnat bien et qui ‘mangoert peut-ére d'indépendance dans son diagnostic. On affirme clairement le principe de nfcessitéet on le définit de fagon uniforme et restrictive dans Particle 428 du Code civ Désormais le mayistrat ne poutra plus se saisir d’office sur simple signalement un tiers comme une assistante sociale ou ‘un professionnel médical, Les magistrats cont d'ailleurs anticipé l'application de ct oi etl et de plus ea plus rare de ren- contrer une saisine d’office, ) A Vissue de la réforme, seules certai- res personnes pourront saisir le juge. cette limitation de Finitiative a pour but