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Une critique des règles alimentaires mosaïques

1. (L'aubergiste :) « Pourquoi donc les Juifs ne mangent-ils pas de viande de porc,


alors qu'elle est à l'évidence bien meilleure que celle du mouton ? Pourquoi Moïse leur a-t-il
défendu cela ? Nous, Romains, nous savons fort bien préparer la viande de porc, nous en
mangeons, et nous vivons plus vieux que les Juifs.
2. Je crois qu'avec ce commandement, ce bon Moïse a fait aux Juifs une bonne
plaisanterie. Lui qui était initié à tous les mystères égyptiens, il devait comprendre que ses
congénères étaient devenus de vrais porcs en Egypte, et nous, Romains, nous avons coutume
d'en rire en disant : Moïse a compris que ce peuple était tombé au plus bas de l'ordure, et, afin
de l'empêcher de tomber plus bas, il lui a interdit de manger du porc, parce qu'il était déjà plus
immonde que le plus immonde des porcs. Et je crois que Moïse a eu bien raison ; car, en
Egypte, . ce peuple ne pensait qu'à manger sans cesse, et, à la fin, aucun animal n'était plus à
l'abri de sa gloutonnerie.
3. Mais Moïse, étant lui-même Juif, eut pitié de ce peuple et mit tout en œuvre pour le
ramener à sa bonne santé et à sa frugalité d'antan ; car, étant instruit de toutes les sciences et
les mystères de l'Egypte, il savait ce qu'il devait faire pour sauver à tous égards son peuple qui
s'était abaissé de toutes les manières possibles, et c'est pourquoi il lui a également prescrit ce
qu'il devait manger et ne pas manger.
4. En Egypte, comme je l'ai déjà observé, aucun animal n'échappait à sa gloutonnerie,
et il mangeait toutes les espèces d'oiseaux de l'air, d'animaux terrestres et d'animaux marins,
tandis que les anciens Israélites, comme les anciens Egyptiens, ne consommaient que la chair
des vaches, veaux, bœufs et béliers, celle des poules, des agneaux et des chèvres, quelques
espèces des meilleurs poissons, du pain et du vin, et ils demeuraient ainsi en parfaite santé. Et
si les anciens Egyptiens comme les anciens Hébreux avaient su préparer la chair du porc
comme nous avons appris à le faire, nous, Romains, pour qu'elle ne nuise pas à la santé du
corps - de même que la chair de diverses autres bêtes comme le cerf, le chevreuil, la gazelle et
le lièvre -, ils seraient restés aussi sains que nous.
5. Mais, étant Egyptien par son éducation, Moïse a apporté à son peuple, après l'avoir
arraché aux griffes de Pharaon, la liste des aliments en usage à la cour où il avait vécu et été
élevé. Etant lui-même en relation étroite avec la divinité, il a certes ajouté à cette liste - entre
nous soit dit, mon cher et merveilleux ami - une touche divine, allant jusqu'à dire qu'un
homme qui consommerait d'autres aliments que ceux qu'il avait prescrits rendrait même son
âme impure. Bien sûr, il a fait cela afin que son peuple persévère d'autant mieux dans la
sobriété ; pourtant, il lui a fallu plus de quarante années, dans le désert arabe, pour l'éduquer
tout à fait à s'en tenir à la nourriture qu'il lui avait prescrite.
6. Mais nous pensons, nous, Romains, qu'il n'y a pas gagné grand-chose en vérité ; car,
en l'habituant à observer des règles extérieures trop nombreuses et trop sévères, il l'a enfoncé
dans la croyance que l'on en avait bien assez fait aux yeux d'une divinité parfaitement pure,
aimable et toute-puissante, lorsqu'on observait seulement ces lois extérieures - et, à
franchement parler, cher et merveilleux ami, je trouve qu'il n'a fait là qu'à moitié le bien de
son peuple.
7. Ce qu'il a fait de meilleur, ce sont les lois par lesquelles il rend à son peuple la
connaissance de son Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.
8. Mais, avec cette liste d'aliments, et aussi lorsqu'il a remis en honneur l'antique
circoncision, il n'a, selon moi, pas fait pour le mieux. Cependant, dans l'ensemble, il était de
bonne volonté, et s'est à coup sûr érigé à jamais en libérateur de ce peuple. Mais s'il avait
davantage instruit son peuple de la sagesse des anciens Egyptiens, il l'aurait mieux servi
qu'avec cette interdiction de manger la chair du porc, même bien préparée.
9. Et il me semble que ce doit être là la première raison pour laquelle ce peuple d'Israël
est tombé aussi bas qu'il l'est à présent. Mais Toi, Maître merveilleux, quel conseil donnerais-
Tu aux hommes à propos de ce qu'ils peuvent ou non manger ? »

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Conseils alimentaires. Sur les défauts des lois prophétiques

1. Je dis : «Très précisément celui que tu viens de formuler ! Ce qui entre par la
bouche, si cela est frais et bien préparé, ne rend pas l'homme impur et, s'il en use modérément,
ne nuit pas à sa santé ; seule la chair des animaux étouffés, comme c'est l'usage chez beaucoup
de païens, ne doit pas être consommée, parce qu'il y a dans le sang des animaux certains
esprits naturels immatures qui sont comme un poison pour la nature humaine ; ils rendent
donc impur le sang de l'homme, qui ne tarde pas à tomber malade et devient incapable de
vaquer a ses affaires.
2. Par exemple, le vin, lorsqu'il a fini de fermenter et s'est débarrassé de toute
impureté, est hautement recommandable à tout homme pour fortifier son corps, tant
intérieurement qu'extérieurement. Mais si l'on boit le nouveau moût dont les esprits naturels
impurs ne se sont pas encore échappés par la fermentation, cela est dommageable à l'homme ;
il ne faut donc boire qu'un vin vieilli et pur, et ne pas toucher au moût jusqu'à ce qu'il soit bien
purifié et qu'il ait au moins deux ou trois ans.
3. Je sais fort bien que Moïse, de même que son frère Aaron, a commis quelques
fautes envers son peuple ; et c'est bien pourquoi ils ne sont pas entrés en Terre promise. Aaron
a atteint la montagne de Hor et a pu voir la Terre promise avant de se coucher sur la montagne
pour mourir. Moïse est arrivé sur le mont Nébo et a vu lui aussi la Terre promise avant de
mourir. Tu connais bien ces deux montagnes, Mon cher ami, puisqu'elles sont dans ces
parages !
4. Comme Je l'ai dit, Moïse a apporté beaucoup de sagesse, surtout à la tribu de Lévi,
qui l'entourait sans cesse ; mais il a laissé les autres tribus dans une certaine barbarie et a
parfois même été un maître tyrannique, quand la divinité ne lui avait pas spécialement
commandé cela, et c'est pourquoi il a été rappelé à l'ordre un certain nombre de fois.
5. Mais ce fut aussi le cas de tous les autres prophètes ; car aucun d'entre eux ne se
réjouissait vraiment de sa vocation, et Dieu devait sans cesse être derrière eux pour corriger
cela par toutes sortes de moyens et les forcer littéralement à agir. Mais c'est l'usage en ce
monde, pour la raison que Dieu ne peut ôter même au plus sage des prophètes son libre
arbitre, son penchant, sa raison et son entendement, sans quoi Il le vouerait à n'être plus qu'un
instrument mort.
6. Il est vrai que l'esprit tout-puissant de la divinité contraint le prophète dans les
moments d'action où Dieu exige de lui qu'il parle, écrive ou agisse strictement selon la volonté
de la sagesse divine - mais elle lui rend ensuite toute sa liberté ; il peut alors agir à sa guise, et
donc aussi commettre des erreurs, comme n'importe quel être humain. As-tu compris cela,
Mon cher ami ? »

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Des bienfaits de la mesure. Comment préparer la chair des animaux impurs

1. Pressant le pas, nous atteignîmes bientôt la maison d'Aziona, où les autres disciples
nous attendaient et où Aziona, Hiram et Epiphane nous avaient préparé un bon repas de
poisson, de pain et de vin.
2. Pierre ne manqua pas de Me dire « Seigneur, en chemin, Tu ne nous as parlé que de
pain et de vin, et voici qu'il y a également des poissons ! Devons-nous les manger aussi ! »
3. Mais le repoussai cette préoccupation mesquine et digne d'un Juif du Temple en
disant : « Mange ce qu'on te présente, et cela ne nuira ni à ton corps, ni à ton âme : nul homme
n'a à se garder d'autre chose que de l'intempérance, et il en va donc de même pour vous.
4. C'est ce qui dépasse la mesure qui est mauvais pour l'homme. Manger sans mesure
rend l'estomac malade, boire sans mesure rend malades l'estomac et le cœur, et entraîne en
outre la concupiscence charnelle et toutes sortes de débauches.
5. Aussi, soyez mesurés et sobres en toute chose, et vous aurez toujours une âme saine
et joyeuse dans un corps également sain. Mais que celui qui prépare la nourriture pour lui-
même et les autres prenne soin qu'elle soit fraîche et bonne, et c'est ainsi qu'elle ne fera pas de
mal. Notez bien cela en sus de tout le reste ! »
6. Et Pierre Me demanda encore « Seigneur, les païens, par ailleurs souvent fort
respectables, ne pèchent-ils pas lorsqu'ils mangent la chair d'animaux impurs ? Car cela nous
est détendu, à nous autres Juifs, et celui qui en mangerait pécherait gravement contre la loi de
Moïse. »
7. Je dis : « En cas de nécessité, même un Juif strict peut manger la chair de tous les
animaux, et cela ne lui fera que du bien : car toute nourriture qu'un homme prend par
nécessité est purifiée par Moi, à condition que, dans ce cas, il respecte encore davantage la
mesure !
8. La chair du porc est bonne : mais l'animal abattu doit être très bien saigné, puis
laissé sept jours durant dans le sel, le vinaigre et le thym. Ensuite, on devra le sortir de cette
marinade, bien le sécher avec des linges, puis le laisser suspendu plusieurs semaines dans une
fumée de bon bois et d'herbes, jusqu'à ce qu'il soit tout à fait sec et dur. Ensuite, lorsqu'on veut
en manger, il faut d'abord le faire bouillir dans moitié d'eau, moitié de vin assaisonnés de
thym et de persil, et l'on aura ainsi une bonne et saine nourriture : mais cet animal devra
toujours être abattu en hiver.
9. Et il faut procéder avec les autres bêtes impures de la même manière qu'avec le
porc, si l'on veut que leur chair, mangée avec mesure, ne nuise pas à l'homme. Et l'on fera
avec les oiseaux des diverses espèces et avec les innombrables animaux des vastes mers
exactement comme avec les animaux de la terre !
10, Tu devrais savoir à présent, Pierre, ce que tu peux manger, et comment, afin de ne
pécher ni contre ton estomac, ni contre ton âme ! Mais mangeons vite ce repas, et nous
partirons aussitôt après. »
11. Nous prîmes place à table et mangeâmes.
12. Cependant, Aziona s'approcha et dit : « Seigneur et Maître, ne préférerais-Tu pas
partir demain matin plutôt que ce soir ? A ma connaissance, il n'y a pas un seul village à
moins de plusieurs lieues d'ici, et la nuit Te surprendra avant que Tu n'y parviennes ! »
13. Mais Je lui répondis : « Demeurez avec Moi dans vos cœurs et dans Ma doctrine,
et Je serai Moi aussi toujours près de vous, ici-bas dans le temps de votre vie, et pour l'éternité
dans l'au-delà ! Mais à présent, Je dois repartir, car bien d'autres M'attendent non loin d'ici, et
Je dois courir à leur aide. L'hiver prochain, Je reviendrai vous faire une visite de quelques
jours, comme cette fois-ci, car Je passerai l'hiver non loin d'ici, peut-être à Kis, près de Cana.
Mais à présent, détachez notre bateau, car Je vais partir à l'instant avec Mes disciples. »
14. Tout fut très vite fait comme Je l'avais ordonné, Je montai dans le bateau, et
bientôt, nous filions sous un bon vent. Contournant la partie nord du pied de la montagne,
nous arrivâmes bientôt dans une petite baie, située, par rapport à celle où nous venions de
passer plusieurs jours, juste de l'autre côté de la montagne dont J'avais fait l'ascension.
15. Sur le rivage de cette baie, il y avait un village où vivaient et se rencontraient
beaucoup de gens : car c'était le lieu d'un marché où l'on trouvait le meilleur sel qui fût, ainsi
que l'huile de roche la plus pure, du bois de construction, des chaudrons et mille autres
ustensiles domestiques. Aussi ce village était-il fort riche et très fréquemment visité par les
gens de nombreuses contrées, et c'était aussi ce même village où Mes disciples avaient fait un
bref séjour, quelques lunes auparavant, quand Je les avais envoyés seuls préparer les gens à
Ma venue, et d'où Je les avais ramenés près de Moi d'une manière merveilleuse, sur la
montagne près de Kis : aussi y étais-Je déjà plus ou moins connu, et plus encore Mes
disciples, qui y avaient passé plusieurs jours en ladite occasion.