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patrimoine

Du nouveau sur royale), «sur un petit banc de bois […] entre deux
courts de tennis, par un temps radieux» (Marc Ri-
Le Grand Meaulnes vière)␣ : trois rendez-vous en toute respectabilité, des
confidences très chastes, le «visage de la Beauté, de la
POUR UNE
ETHNOLOGIE DU GOÛT à Rochefort pureté et de la grâce», et la fin d’un mirage…
Aréna, Pâtissiers du Limousin Bien entendu, on ne saurait rétrécir cette œuvre emblé-
au XXe siècle : tel est le titre de matique de l’avant-guerre à de strictes confidences
ce livre cosigné par Jean- anecdotiques ayant fonction régionaliste. Il va de soi
Claude Aréna, passionné ’Actualité Poitou-Charentes s’était fait l’écho, que l’ouvrage érudit entend proposer une relecture
d’ethnographie limousine, et
par Michel Valière, ethnologue
L dans son numéro Patrimoines (n° 45, p. 107) du psychologique de l’œuvre entière du romancier mé-
téore, mort moins d’un an plus tard sur le front (le 22
bref séjour effectué par Alain-Fournier à Rochefort-
régional.
sur-Mer en 1913␣ ; séjour décisif où le jeune homme de septembre 1914), et dégage des analyses littéraires
L’ouvrage relate l’histoire de la
lettres revit pour la première fois depuis le coup de novatrices, ne serait-ce que sur les rapports entre tra-
famille Aréna, longue lignée de
foudre parisien de juin 1905 celle qui était entre-temps vail de deuil amoureux et création littéraire.
pâtissiers et inventeurs du
gâteau éponyme, l’Aréna, devenue Yvonne de Galais dans Le Grand Meaulnes, On apprend d’ailleurs, grâce à cette enquête serrée,
douceur à base d’amandes, son roman␣ alors en gestation : la mystérieuse Yvonne combien Alain-Fournier admira avec passion le Domi-
témoignage gustatif et de Quiévrecourt. Mais beaucoup de flou subsistait nique du Rochelais Fromentin (un de ses livres-culte,
patrimonial de la tradition encore sur cet épisode, révélé seulement par des bio- eu égard à sa puissance dramatique). S’il semble en
limousine. B. L. graphes en 1955 et 1964. On en sait désormais plus revanche avoir accordé peu d’importance à l’œuvre de
Editions Arpe (Association grâce au livre publié en Suisse par une chercheuse Pierre Loti, notons tout de même que le premier titre de
régionale pour la promotion de résidant à Bruxelles, Michèle Maîtron-Jodogne␣ : Alain- son roman était Le Pays sans nom (fin 1908), écho
l’ethnologie), 130 p., 130 F. Fournier et Yvonne de Quiévrecourt – Fécondité d’un nourri par le hasard à une nouvelle du romancier-
renoncement1 . voyageur rochefortais intitulée Pays sans nom (1891).
Reprenant scrupuleusement l’ensemble des documents On sait qu’ils ne se sont pas rencontrés, mais une
VISAGES␣ :
originaux disponibles, dont un petit agenda noir inédit, photographie atteste en revanche que Loti reçut chez
FIGURES ROMANES
étoffant son enquête du recours aux témoignages croi- lui, à l’une de ses fêtes dite des Ondines, le 25 avril
Immersion par l’image, la
musique et l’écriture dans l’art sés comme à la presse locale, n’écartant ni les données 1908, Yvonne de Quiévrecourt en personne (plutôt que
roman, Visages est un CD- météorologiques ni même le journal intime de Pierre sa jeune sœur Jeanne, comme on l’a généralement cru␣ ;
Rom qui incite à poser le Loti, Michèle Maîtron-Jodogne prouve et précise les leur père, Pierre Toussaint de Quiévrecourt, étant con-
regard sur des visages vieux rencontres entre la belle inspiratrice (dont la photo ne trôleur général de la Marine, à Rochefort).
de 1000 ans. Réunis en fut publiée pour la première fois qu’en 1994) – devenue Reste que l’épisode rochefortais est en quelque sorte le
constellation, visages entre-temps l’épouse d’un médecin de Marine, Amé- post-scriptum inédit du roman. «La rencontre de Ro-
rencontrés lors d’un voyage dée Brochet – et l’apprenti-romancier, qui venait juste chefort, écrit Michèle Maîtron-Jodogne, nous apparaît
virtuel du Poitou à la d’achever son célèbre récit (commencé en 1909␣ ; à maintenant dans toute sa richesse et sa complexité.
Catalogne, ils sont ici
paraître en octobre 1913). A cette époque, au demeu- Moment de crise pour Fournier – et sans doute aussi
rassemblés et contés :
rant, Alain-Fournier était l’amant de la comédienne pour Yvonne de Quiévrecourt – elle ramène à un point
«Visages sans visage le temps
Madame Simone (après le décès de son mari, en 1915, d’incandescence un tourment qu’année après année les
vous a perdus,
Il n’y a plus sur vous ni
celle-ci épousera l’auteur dramatique charentais, Fran- deux jeunes gens ont appris à baliser.»
sourire ni peur, çois Porché).
Il n’y a plus que l’essentiel Le cadre des rencontres, fixées par Michèle Maîtron- Alain Quella-Villéger
derrière le visage, Jodogne entre le 25 et le 28 juillet 1913, fut le jardin de 1. Aux éditions Peter Lang (Jupiterstrasse 15, case postale
Ce terrible pays d’ailleurs qui l’Amirauté (dit de la Marine, au-dessus de la Corderie 277, 3000 Berne), 343 p., 216 FF.
nous hèle.»
Visages a été créé et produit à
Saint-Jean-d’Angély sous la
direction de Rémy Prin.
Architecture␣ :
Visages – L’imaginaire des pierres patrimoine du XXe siècle
romanes, CD-Rom, Editions Cosei,
www.cosei.com
es éditions Patrimoines & pas d’un inventaire exhaustif, on
L médias, appréciées pour leurs peut regretter des absences, en par-
BELLES ET REBELLES ouvrages sur les châteaux, ont eu ticulier l’hôtel de région construit
Sous ce titre, Alain Quella- l’excellente idée de s’intéresser au par Antoine Grumbach, assisté de
Villéger décrit la sage familiale patrimoine architectural du XXe siè- Dominique Deshoulières et Hubert
de Marcelle Tinayre, issue cle en Poitou-Charentes et de faire Jeanneau. Loin de l’architecture
d’une famille charentaise, appel à un spécialiste. Gilles Ragot héroïque des années 80, cet édifice
romancière, cofondatrice du
fut responsable des archives d’ar- se distingue par son élégance, le
prix Femina, de sa mère,
chitecture du XXe siècle à l’Institut soin apporté aux finitions et son ges du mur de l’Atlantique. Il donne
Louise Chasteau, et de sa
français d’architecture. intégration au site urbain. Ce pano- envie de comprendre l’architecture
belle-mère, la communarde
Ce livre démontre, par un choix de rama demeure cependant très large. et de découvrir la région sous un
Victoire Tinayre.
Ed. Aubéron, 488 p., 175 F. cent bâtiments, que la région Poi- Gilles Ragot n’oublie pas des cons- angle nouveau. J.-L. T.
tou-Charentes n’est pas restée à tructions plus modestes mais si-
Architecture du XXe siècle en
l’écart des grands courants archi- gnificatives (silos agricoles, relais Poitou-Charentes, éd. Patrimoines
tecturaux. Bien qu’il ne s’agisse électriques, péages…), ni les ouvra- & médias, 200 p., 249 F.

10 L’Actualité Poitou-Charentes – N° 51

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