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culture

res murales et reliquaires, etc.


Protéiformes, elles sont le fruit
de l’évolution des sensibilités
Intersections sacrées artistiques et du sentiment reli-
gieux, de même que le reflet des
heurts du temps.
a croix occupe une place Devenue symbole d’un événe-
L toute particulière dans l’art
religieux du Poitou depuis que
ment fondateur de la religion
chrétienne, la croix rappelle la
Robert Favreau, vice-président de
l’association Parvis qui est à l’ori-
gine de l’exposition, insiste sur la
sainte Radegonde a obtenu de mort du Christ et, surtout, sa ré-
nécessité de préserver et trans-
l’empereur de Byzance une reli- surrection car «si le Christ n’est
mettre le patrimoine religieux. Il
Reliquaire de la Vraie Croix que de la Vraie Croix. L’exposi- pas ressuscité, alors vide est no-
ajoute que «quelles que soient nos
de Poitiers, abbaye Sainte- tion qui se tiendra jusqu’au 15 tre message». Présentées dans
convictions religieuses, ces ob-
Croix, Saint-Benoît. mars au musée Sainte-Croix de l’ordre chronologique, les croix
jets font partie de notre héritage
La plaque d’or émaillée Poitiers est consacrée à ce signe fleurissent en bronze, en pierre,
culturel. De telles manifestations
date du XIe siècle, les autres que l’histoire a chargé de sens. sur manuscrits et vitraux, peintu-
mettant en évidence les métamor-
parties du reliquaire
phoses d’un symbole et de ses
sont postérieures.
représentations sur une période
Photo : Christian Vignaud –
aussi longue contribuent à édu-
musées de Poitiers.
quer notre regard.» Quarante-cinq
auteurs ont collaboré à l’écriture
de ce qui est devenu plus qu’un
catalogue mais bien un livre d’art
et d’histoire admirablement servi
par l’iconographie. S’y retrouve
une présentation rigoureuse des
croix du Poitou inscrites dans une
synthèse générale sur l’évolution
des formes de la croix dans toute
la chrétienté.
Anh-Gaëlle Truong

«La croix en Poitou, des origines à


nos jours» au musée Sainte-Croix
de Poitiers. Tél. 05 49 41 07 53
Le supplice et la gloire, catalogue
de l’exposition, Société des
Antiquaires de l’Ouest et Editions
Somogy, 240 p., 290 F.

AU CROÎT VIF L’histoire oubliée des Espagnols


Dans sa collection
Documentaires, le Croît vif en pays charentais
édite le livre de Jacques
Perruchon, féru d’histoire
n 1936, la guerre civile déchire Des affres du déracinement aux portation, ce livre nous mène au
régionale, sur les Réfugiés
espagnols en Charente-
E l’Espagne. Républicains, com- vicissitudes d’une improbable in- cœur d’une histoire méconnue.
munistes et anarchistes s’opposent tégration dans la société charen- Cette monumentale saga histori-
Maritime (et Deux-Sèvres)
aux partisans de Franco. Les mem- taise, ces réfugiés connaîtront, pour que procède d’un minutieux tra-
1936-1945 (252 p., 150 F).
bres des brigades internationales beaucoup, le même sort que les vail de recherche. L’auteur publie
Cet éditeur livre en même
croisent sur leur route le flot des juifs et les tziganes. Internés au notamment la liste des 430 dépor-
temps un grand témoignage
Espagnols cherchant à traverser la camp des Alliés, nombreux sont tés partis en gare d’Angoulême et
sur Royan pendant la Seconde
frontière française. «Le quatre sep- ces «indésirables» qui seront dé- celle des 123 familles de Ruelle
Guerre mondiale, notamment
sur le bombardement du 5
tembre 1936, un convoi de trois cent portés à Mauthausen durant la Se- qui ont accueilli des réfugiés.
janvier 1945 qui a détruit la soixante et onze réfugiés débarque conde Guerre mondiale. Certains L’ouvrage ne se limite pas à com-
ville. Ce sont les cahiers du à Angoulême», écrit Alain Léger Espagnols rejoignent le maquis et bler certaines lacunes historiques,
pasteur Samuel Besançon, dans les premières pages de son vont grossir les rangs de la Résis- il en analyse les raisons sous-
retrouvés par sa femme après livre, Les Indésirables␣ : l’histoire tance charentaise. jacentes et nous interroge sur une
sa mort en 1969 mais restés oubliée des Espagnols en pays cha- Couvrant les périodes de l’avant- mémoire collective qui hésite sou-
inédits jusqu’à ce que ses rentais. Alain Léger est né en 1955 guerre à l’après-guerre, cette vaste vent entre l’ignorance et l’amné-
enfants les découvrent trente à Roumazières. Il a publié des arti- fresque historique étudie en pro- sie délibérée.
ans après et décident de les cles sur l’histoire contemporaine, fondeur les conditions de cet exil Boris Lutanie
publier : Croix sur Royan, notamment «L’affaire Boudarel» et politique et économique. De l’ef-
cahiers d’un résistant «Splendeurs des de Wendel» dans froi sans fin des survivants à la fin Ed. Le Croît vif, Collection
1940-1945 (382 p., 160 F). Les Temps Modernes. effroyable des victimes de la dé- Documentaires, 448 p., 175 F.

6 L’Actualité Poitou-Charentes – N° 51
culture
Les Messagers dont l’œuvre de «peinture rustique
moderne» a franchi les portes des
de la terre musées. Œuvres d’artistes incon-
nus et propriété du patrimoine cul-
« romouvoir l’ouverture à la turel cohabitent donc dans la seule LIVRE
P variété des peuples de la fin de témoigner de la diversité
plastique de la représentation. As-
DE BIBLIOTHÈQUE
terre, à travers une exposition d’art Un très beau livre, destiné aux
contemporain» était le souhait de semblages en bois, en terre ou en enfants, sans doute, mais qui
Monique Stupar, directrice artisti- pierre voisinent un trône fait de déroge à nos découpages
que et commissaire d’exposition capsules de bouteilles,␣ réalisé par générationnels. Un livre pour
au lycée agricole Xavier-Bernard l’américain Gregory Warmack : tous, avant tout. Textes et
illustrations (37 auteurs,
de Venours. C’est chose faite puis- du kitsch au primitif, cette exposi-
libraires et illustrateurs)
que ce lycée propose, dans son tion est un panorama, et en faisant
Xiaogang Zhang, s’accordent parfaitement pour
Z x G1 untitled, enceinte, une exposition d’œuvres le tour de la petite salle bleue à la
restituer la féerie livresque des
huile sur toile, 1998. d’art de tous les temps et des cinq lumière tamisée, on peut avoir l’im- bibliothèques. Une inscription
continents,␣ depuis déjà février pression de faire le tour du monde figure sur la couverture :
2000␣ : «C’est le seul lycée en France et des cultures. La musique du «Attention ce livre doit être
où un espace comme Rur’Art «monde», diffusée en quatre en- prêté gratuitement dans les
existe», déclare Monique Stupar. droits, les bruitages (bruit de pluie, bibliothèques». Les initiatrices
Trente et une œuvres sont réunies vent…) et l’éclairage, très stellaire, de ce projet éditorial, Sylvie
dans une salle peinte en bleu nuit. aident à l’imprégnation␣ : une sorte Deborde et Colette Faut,
La plus ancienne date du premier de paysage culturel se dessine. précisent que le Livre de
Monique Stupar voulait créer un Bibliothèque «a été publié en
ou du deuxième siècle avant Jésus-
novembre 2000 au cœur de la
Christ, les plus récentes des années «village planétaire», et, assurément,
polémique autour du prêt
90. Les œuvres provenant de mu- l’exposition a quelque chose du mi-
gratuit en bibliothèque».
sées côtoient les travaux d’artistes crocosme et du macrocosme␣ : c’est Mention symbolique donc,
contemporains, et le lien est assuré un peu féerique et ça réveille l’ima- mais qui revêt, toutefois, une
par la sculpture «sans titre» de Gas- gination. A. C. importance prégnante. Sylvie
ton Chaissac, artiste contemporain A visiter jusqu’au 10 février 2001. Deborde et Colette Faut sont
bibliothécaires à La Crèche,
dans les Deux-Sèvres. Leur
association, Marque Page,
œuvre à la promotion du livre
732, le site contexte. Elles entourent un échi-
quier géant sur lequel des citations
et de la lecture. B. L.
Editions Thierry Magnier, 45 p., 99 F.
d’artistes de tous les temps incitent
e jamais avoir entendu parler à une réflexion sur la question de la
N de la «bataille de 732» est
quasiment improbable, néanmoins,
guerre. Enfin, dominant la plaine
où se serait déroulée la fameuse
comme il est toujours bon de révi- bataille, une table d’orientation
ser son histoire, cette date «phare» propose le récit du combat, enre-
de l’histoire du Poitou a aujourd’hui gistré en français, en anglais, ou en
son «musée»␣ : les éditions BBD, à arabe. L’affrontement reprend sa
la demande de la région Poitou- dimension de fait inscrit dans une
Charentes, ont réalisé la construc- situation et perd toute portée idéo-
tion d’un site à ciel ouvert consacré logique. Pour Laurent Duffourc, la
à cet épisode polémique de l’his- reconstitution doit servir un pro-
toire de France. «Site qui ne se veut pos «laïque, démocratique et paci-
ni mémorial, ni monument à la fique». En effet, le propos est large
gloire d’une bataille victorieuse», et prouve que le site n’est pas uni-
selon Laurent Duffourc, le con- quement dédié à la «bataille»␣ :
cepteur du projet. Pour ses créa- ainsi, les tables de lecture offrent
teurs, le lieu est prétexte au réta- des leçons d’histoire mêlée de ci- posés par Carl Orff, pour ouvrir la POUR LA GLOIRE…
blissement de la «vérité», leur but visme, où l’on apprend, entre reconstitution sonore de la bataille, Retour à la chanson pour
est avant tout instructif␣ : il s’agit de autres, que les échecs, l’abricot ou est toutefois dommage. Cette coïn- Philippe Guillemoteau dans son
mettre le visiteur face aux com- la calligraphie nous viennent de la cidence malheureuse laisse ressor- dernier CD où l’on retrouve des
plexités de l’événement et de lui culture arabe. Et comme le dit la tir toute l’ambiguïté qui gêne l’ap- musiciens comme Félix
montrer surtout que «732» mérite petite phrase␣ : «Un noyau d’abri- proche d’un tel sujet␣ : «732, le site» Blanchard, Laurent G, Michel
d’être expliqué. Le site, situé à cot voyage mieux que certaines reste malgré tout support d’un Pratt, Didier Fréboeuf, Lionel
Moussais, à côté de Vouneuil-sur- idées»… Pour le panorama, le tra- mythe. A chacun d’en tirer ses con- Dudognon, Mick Martin,
Vienne, est sobre. Sur une butte, vail «archéologique» et le souci clusions. Domenico Stocchi… Disponible
des tables de lecture, où les obscu- pédagogique, cette exposition per- Aline Chambras aux Mondes du disque
rités de cette bataille sont souli- manente mérite un détour. Le choix (Poitiers) et chez CR Rama
gnées, replacent les faits dans leur des chants «carmina burana», com- (Niort). Contact : 05 49 06 96 61

L’Actualité Poitou-Charentes – N° 51 7
FLEUBEULEUB␣ :
COCKTAIL DE BD
Jabbar Yassin Hussin l’humain, jusqu’à franchir l’hori-
zon du possible. Le destin devient
Publiée à Poitiers par La Nuit
du chasseur français, la revue
Légendes de l’exil protagoniste␣ et le conte philoso-
phie␣ : Jabbar Yassin Hussin met en
FLBLB – de son vrai nom – sort es bords du Clain aux rives ciné qui perd ses frontières tempo- scène la douleur de la mémoire et
son 11e numéro. Recueil de
mini-BD, la revue propose sa
D du Tigre, de Poitiers à Bag-
dad, le dernier recueil de contes et
relles et spatiales. Les personnages
visitent des lieux enchantés et bous-
la vanité de l’écriture. Il semble
nous dire que «tout est écrit», mais
«fricassée de bandes
nouvelles de Jabbar Yassin Hussin, culent l’espace-temps␣ : l’irration- que l’homme se doit de lutter con-
dessinées» réalisées par de
jeunes auteurs. Notons
Le Lecteur de Bagdad, promène nel y est métaphore. De l’absence, tre l’emprise des fatalités. Et le
l’apparition d’une nouvelle son lecteur au-delà des géogra- de la question de l’identité, de la conte devient nouvelle, ou vice-
rubrique intitulée «coup de phies. Irakien installé à Poitiers, lutte contre l’oubli, de la perte et de versa, parce que le texte est une
pouce à un auteur vétéran». Jabbar Yassin Hussin a vécu l’exil␣ : la mort. Pour que le rêve calme la anecdote qui penche vers le mythe,
C’est Dan Clowes qui ouvre la en 1976, il doit quitter Bagdad, où douleur du déracinement. et que le mythe naît de l’anecdote.
série. Un «dossier» est il exerce le métier de journaliste, Huit histoires pour abolir la dis- Jusqu’à ce que la fusion des genres
consacré à l’histoire de la contraint par l’arrivée au pouvoir tance entre le passé et le présent, le endorme le sens␣ : l’hermétisme de
censure dans la BD de – 42453 de Saddam Hussein. Il n’est jamais vrai et le faux, l’Orient et l’Occi- certains textes peut gêner le lec-
à nos jours… FLBLB n°11, 59 F. retourné dans son pays. Dans ce dent. Huit contes aux allures de teur, mais n’est-ce pas à lui de
dernier livre, il réunit huit textes nouvelles où la réalité s’égare au s’approprier le livre, tel le vieillard
courts où le présent français ren- hasard de rencontres «prophéti- de la première nouvelle qui déchif-
contre les légendes irakiennes. Le ques». Le ton est poétique et mé- fre les pages blanches des œuvres
passé en filigrane hante les narra- lancolique␣ : les histoires sont des de sa bibliothèque␣ ?
teurs et dessine un monde hallu- voyages aux limites du savoir et de Aline Chambras

Ballet atlantique :
La danse à vif
Début mars, à La Rochelle, le Bal- Rencontres internationales de
let Atlantique-Régine Chopinot danse contemporaine et créent leur
présente sa nouvelle création, Faits propre institut de formation, d’où
d’artifice, une chorégraphie con- sont issus de nombreux danseurs.
çue et réalisée par Françoise et Depuis vingt-cinq ans, depuis Le
J.-L. T.
MÉLUSINE EN BULLES
Dominique Dupuy pour les dan- bal des gueux et Eclats, Françoise
Geste Editions inaugure son
seurs de la compagnie. Pour ce et Dominique Dupuy n’avaient Daniel Reynaud sur la
entrée dans la bande dessinée
couple emblématique de la danse pas cosigné une chorégraphie. Charente, à Saint-Simon.
avec la publication du premier
tome de Mélusine, fée serpente, moderne et contemporaine, Faits Aujourd’hui, Régine Chopinot les
intitulé La Grand’Goule, à d’artifice s’inscrit comme une ex- a réunis autour d’un nouveau chan- DANIEL REYNAUD
laquelle Sophie Balland donne périence nouvelle, une étape à la tier. Un spectacle sur le simulacre, «Né le jour anniversaire de la
corps et Didier Quella-Guyot fois logique et improbable, dans un la mascarade, l’illusion, à l’image bataille de Valmy, l’année du
verbe. On retrouve avec plaisir parcours professionnel consacré, du jeu de la vie dont nous sommes Front populaire à Barbezieux»,
une évocation colorée du depuis cinquante ans, à la création tous les acteurs. «Dans cette aven- Daniel Reynaud repose,
Poitou médiéval, émaillée de et à la diffusion de la danse. ture, le choix de l’artifice n’est pas depuis le 15 janvier 2001, à
clins d’œil et reconstitutions. De leur premier maître, l’Allemand innocent, note Dominique Dupuy. Saint-Simon-sur-Charente,
La façade de Notre-Dame dans le petit cimetière entouré
Jean Weidt, chez qui ils se sont A travers ce thème, récurrent dans
arborait encore ses couleurs de vignes qu’il avait choisi.
rencontrés en 1947, Françoise et mon parcours, c’est peut-être dire
vives. Poitiers s’animait Ce poète a donné une couleur
régulièrement de processions
Dominique Dupuy ont perpétué les simplement que la danse elle-même
à son pays, le «bleu charente»
principes␣ : créer, innover toujours, est fabulation, art de l’artifice, qui
pour calmer la Grand’Goule, (entretien dans L’Actualité n°
dragon terrifiant qui se et porter la danse là où elle ne va agit autant par ce qui est caché et 30) et n’a cessé d’approcher,
régalait des religieuses bien pas, élargir son rayonnement à non dit que par ce qui est exposé, et dans ses poèmes, la cadence
fraîches du couvent Sainte- d’autres lieux, d’autres publics. qui fait des mouvements de du grand fleuve silencieux.
Croix. L’histoire est une Chorégraphes et interprètes, ils sont l’homme qui danse des mouve- Il écrit dans
adaptation libre et également, dès les années soixante, ments sans lieu, hors du temps, Profil songeur de la Charente :
documentée de la légende de les maîtres d’œuvre de plusieurs loin de la nature et d’une quelcon- Tu pourrais
la fée Mélusine liée à projets novateurs. Citons le festi- que vérité. Un art en lui-même, remplacer mon sang
Raymondin par un pacte : elle
val des Baux-de-Provence, premier non pas coupé de la réalité, mais en sans avoir
lui offre le pouvoir et la
festival de danse en France, les proposant une autre, la sienne.» à rougir de moi
richesse mais il ne doit jamais
chercher à la voir le samedi.
Journées de la danse ou Le Jardin Mireille Tabare et descendre
Ceux qui ne connaissent pas de la danse, première intrusion de loin
le dénouement attendront le la danse dans le festival off à Avi- Création les 3, 4, 5 et 6 mars à la doucement
second tome à paraître. A-G T gnon. Le couple se mobilise égale- Chapelle Fromentin, La Rochelle. pour ne pas réveiller
Mélusine, le fée serpente, t. 1, Geste ment pour la prise en compte d’une Le 28 mars à La Roche-sur-Yon et la mort
Editions, 48 p., 69 F. pédagogie active. Ils imaginent les le 12 avril à Poitiers.

8 L’Actualité Poitou-Charentes – N° 51
culture
RENÉ GUILLOT aria Casarès-Quiroga, Galicienne d’origine,
LE KIPLING
SAINTONGEAIS
M comédienne, avait une maison en Charente.
Légué, à sa disparition, à la commune d’Alloue, le
Réné Guillot est mort domaine de La Vergne naît au théâtre.
à Paris le 26 mars Pour la première année, la Maison du comédien
1969, laissant Maria Casarès s’est animée de gestes et de paroles.
derrière lui une Acteurs, musiciens et spectateurs sont venus. De
œuvre considérable.
tout près et d’ailleurs, malgré la frilosité estivale et
Romancier, poète,
l’audace du rendez-vous. François Marthouret a lu
conteur, traducteur,
encyclopédiste,
Pessoa, Geneviève Page a dit Baudelaire et Coc-
homme de théâtre et teau, des musiciens ont chanté Llorca ou la Ga-
grand voyageur, ce lice... Véronique Charrier, responsable des lieux, a
Saintongeais fut fait du théâtre, patrie de la célèbre exilée, la scène
aussi professeur de des Rencontres d’été d’Alloue.
mathématiques. Il Le vaste ensemble de pierre avait séduit Maria
enseigna au lycée de Casarès en 1960. Lorsque l’actrice disparaît en
Dakar, et c’est à 1996, la petite commune du Confolentais hérite le
l’Afrique qu’il doit ses domaine de La Vergne. Pour le faire vivre, Lucien
inépuisables sources
Simonneau, maire, souhaite la personne capable
d’inspiration.
de bâtir un projet solide. Le dossier atterrit sur le
Auteur de Crin-Blanc,
bureau de Véronique Charrier, à Radio-France,
de Sirga la Lionne
(adapté au cinéma direction de la musique. Celle qui fut aussi direc-
sous le titre de trice adjointe auprès d’Alain Crombecque au Fes-
L’enfant lion par Luc tival d’Avignon a par trois fois croisé – profes-
Besson) ou du Maître sionnellement – Maria Casarès. Son étude, livrée
des Eléphants, les en 1998, est tout entière inspirée par la personna-
Jean-François Deroubaix

animaux furent pour lité de la donatrice : «Elle ne voulait surtout pas


lui des «muses». d’un musée. Pour ne pas trahir son énergie, je me
Serge Drey lui suis interrogée sur ce don. J’ai réfléchi à partir
consacre un ouvrage,
d’elle et j’ai imaginé un lieu de vie», explique
Biographie d’un
Véronique Charrier.
écrivain charentais,
entre Seugnes et
savanes, René
Guillot, le Kipling
saintongeais.
Le travail de Maria Casarès
reconstitution, les
documents, les
extraits, les
illustrations et les
Le théâtre en héritage
hommages attestent
aussi bien du travail Don-remerciement à la France terre d’asile, don à «Il faut que les gens des alentours puissent assister Association
La Maison du
sérieux de biographe une commune rurale, don fait par l’une des plus aux répétitions, échanger avec les comédiens.» comédien,
que de la richesse de grandes actrices du XXe siècle... L’acte généreux, La prime expérience a vu le directeur de l’école Maria Casarès,
l’œuvre de René telle une voix, a dicté son utopie. La Maison- communale partir vers La Coruña, accompagné Domaine de La
Guillot et donnent Vergne,
association du comédien a pris forme, est devenue d’un metteur en scène. Revenu de la terre natale 16490 Alloue
forme à un livre très lieu de transmission, de résidence, de formation et de Maria Casarès, le pédagogue a raconté son (05 45 31 81 22).
«ludique». A. C. Initiative
de création. Cet été, les élèves du Théâtre national voyage devant un parterre de spectateurs. Il y eut
Editions La malle aux soutenue par la
de Strasbourg ont découvert la vie de troupe. La aussi, ce soir-là, la projection sur grand écran commune
livres. Prix Madeleine La grande cuisine s’est emplie de répliques convivia- d’Orphée de Jean Cocteau. d’Alloue (le
Bruyère de l’Académie maire, Lucien
de Saintonge. les. Dehors, l’estrade et le mur de pierre ont, D’autres retrouvailles entre voisins du monde
Simonneau, est
naturellement, planté le décor. auront lieu, d’autres Rencontres aussi. Et entre- secrétaire
TROIS OU A l’avenir et tout au long de l’année, des comé- temps, des colloques, des travaux sur l’écriture et général de
diens amateurs ou professionnels, des metteurs en la parole. l’association),
QUATRE la Communauté
Denis Montebello scène, des auteurs, des écrivains de la région ou du Aujourd’hui, et avant la constitution d’un fonds de communes
publie, en janvier monde trouveront à La Vergne le refuge idoine Maria Casarès, une exposition guette le visiteur. du Confolentais,
2001, son troisième pour méditer et travailler. La restauration d’une On y voit les belles images de l’actrice et de ses le Département
de la Charente,
livre chez Fayard, un grange et des communs devant, peu à peu, élargir camarades de théâtre. On y lit les mots tirés de la Région Poitou-
récit où se mêlent les capacités d’accueil. La maison d’habitation Résidente privilégiée, autobiographie rédigée à Charentes,
fiction et restera, elle, telle que l’avait aimée sa proprié- quelques pas. «Maria est toujours présente, souli- la Drac,
autobiographie. le ministère de
taire. Grande et simple. Véronique Charrier sou- gne Véronique Charrier. Son talent aide et oblige la Culture.
158 p., 79 F. haite encore impliquer, entre autres, les scènes à l’exigence.»
nationales de Poitou-Charentes, associer le public
et les habitants d’Alloue à la vie de la Maison : Astrid Deroost

L’Actualité Poitou-Charentes – N° 51 9

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