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culture

résistance qui font entendre la di-


versité des sons sur notre planète.
Or il se trouve que ces îlots sont
Christian Mousset souvent francophones. De ce point
de vue, Indigo est un exemple de
Les 10 ans d’Indigo l’exception culturelle française.
Sans la maison de la culture
aire du festival Musiques d’Amiens, donc sans argent pu-
F Métisses le centre d’un réseau
pour faire circuler dans le monde
blic, ce label n’aurait jamais pu

les musiciens découverts à An-


goulême et diffuser leur musique.
Via le disque, notamment. Dans le
dessein de Christian Mousset, di-
recteur-fondateur du festival, une
MÉLANGE DE CHOSES
rencontre fut détermiante en 1991,
DIVERSES
celle de Michel Orier, alors direc-
La prononciation du mot
teur de la maison de la culture
castillan “olla”, signifiant
marmite et par extension
d’Amiens, qui lui proposa de créer
bouillonnement, suffirait peut- la collection Indigo au sein de son
être à inspirer Catherine label de jazz, Label bleu. Dix ans
Ternaux, éditrice au Centre après, Indigo a produit une soixan-
national de la bande dessinée taine de disques, diffusés sur tous
et de l’image d’Angoulême et les continents par Harmonia Mundi,
auteur d’un recueil de avec des artistes d’Afrique du Sud
nouvelles ou historiettes et de l’Ouest, de l’océan Indien, de
précisément intitulé Olla la Caraïbe et même de Mongolie.
podrida (pot-pourri), mélange
Et de beaux succès comme ceux de
de choses diverses. Il faut en
la chanteuse malienne Rokia Tra-

Claude Pauquet
effet pour bien articuler cette
olla ibérique, écraser sa
oré (60 000 CD vendus) ou du
langue contre le palais afin Réunionnais Granmoun Lélé qui a
d’éviter un trop banal olia ou enregistré son premier disque à
oya. Donc, si Catherine l’âge de 70 ans. Christian Mousset
Ternaux s’attardait sur cette pressent un succès similaire pour exister. Nous réalisons maintenant Le 26e festival Musiques Métisses
amusante gymnastique les derniers de la collection, deux un chiffre d’affaires de 11 MF et se déroule à Angoulême du 31 mai
intérieure, elle en ferait à coup artistes du Mali (programmés à An- l’argent gagné est réinvesti dans la au 4 juin, avec une trentaine
sûr une délicieuse histoire. A goulême cette année) : le joueur de production. » En outre, la dimen- de groupes au programme.
croire ou à ne pas croire. Car kora Ballaké Sissoko et le guita- sion artisanale du label permet de
son ouvrage joue et se joue,
riste Djelimady Tounkara. nouer des relations très étroites avec
tout au long des pages, de
«Je m’intéresse aux musiques ur- les artistes – chose devenue impos-
notre naïveté enfantine. De
notre émerveillement aussi,
baines ancrées dans la tradition et sible dans les majors –, des rela-
lorsqu’une pensée à l’être aux musiciens créateurs, affirme tions de confiance qui les incitent à FRANÇOIS DILASSER
aimé se dévoile subtile, légère Christian Mousset. Malgré la mon- donner le meilleur. À SAINTES
et grave. Ce pot-pourri de dialisation, il existe des îlots de Jean-Luc Terradillos L’Abbaye aux Dames de
textes, longs et moins longs, Saintes présente l’œuvre de
nouvelles ou observations François Dilasser jusqu’au 30
poétiques, s’intéresse au Trois ou quatre juin et édite un livre,
rituel festif des lézards, au Métamorphoses, avec des
enis Montebello est un auteur terre. C’est cette langue qui nous
cheminement bouleversant
d’une larme bleue ou aux D difficile, nous confie-t-on
parfois. Il est vrai que les sujets de
fait lire ses livres d’une traite. Mais
peut-être faut-il avoir intégré quel-
dessins de l’artiste et un texte
de Paul-Louis Rossi.
langages-signes particuliers.
Goulûment englouties, les ses romans ou récits manifestent ques lignes de force qui sous-ten- ARCHITECTURE
rêveries de Catherine Ternaux quelque âpreté. Comme le dernier dent tous ses textes. Nos lecteurs, DU XXe SIÈCLE
mènent encore à Tante en date, Trois ou quatre (chez qui «dévorent» sa chronique sur les Découvrir la région Poitou-
Suzanne, veille dame à jamais Fayard), où l’on suit les soliloques saveurs, savent que Denis Monte- Charentes au travers de son
privée de ses traits d’enfance. d’un homme atteint par la maladie bello aime «jouer avec les mots. Les patrimoine construit au du XXe
«Quand basculerai-je à mon siècle, c’est ce que propose
d’Alzeimer qui note tout dans son démonter. Voir ce qu’ils ont dans le
tour ? s’interroge la narratrice. l’exposition présentée à
journal pour faire travailler sa mé- ventre». Et qu’il s’intéresse à toute
M’en apercevrai-je Poitiers, à la maison des
seulement ? En attendant, je
moire. Certes, il est des sujets plus forme d’archéologie, étymologique,
architectes, jusqu’au 15 juin
fermais les yeux et, me folichons… Ce serait oublier la lan- littéraire, gallo-romaine, psychana- 2001. Elle est réalisée par
concentrant très fort, je me gue dans laquelle Denis Montebello lytique. C’est pourquoi ses fictions, Gilles Ragot, auteur du livre
persuadais que je pouvais cerne son objet, en extirpe du sens si délirantes soient-elles, sont pé- Architectures du XXe siècle en
m’envoler.» A. D. peu commun, le fait virevolter, le tries d’une profonde humanité, à Poitou-Charentes, publié par
Editions L’escampette, 123 p. nimbe de lumière ou le fiche en construire. J.-L. T. Patrimoines & médias.

L’Actualité Poitou-Charentes – N° 52 7
culture
sous le signe de la littérature (faut-
il appeler littérature ce qui trans-
forme la vie en destin ?), chez le
libraire et éditeur Arthème Fayard.
Belles et rebelles «L’histoire des familles Chasteau
et Tinayre converge pour la pre-
mière fois, en 1882, symbolique-
i l’histoire ressemble à la fic- Tous les récits de vie fonctionnent ment dans une librairie, par la grâce
S tion, ce n’est qu’après coup, ainsi. de deux femmes volontaires :
Louise et Victoire…» (p. 92). On
quand on cherche dans l’accumu- L’autobiographie ne fait pas excep-
lation de péripéties, dans la succes- tion, qui organise les événements apprendra plus loin que Victoire
sion des miracles, la logique – ou, autour d’un moment, le plus sou- Tinayre «écrivait des romans que
à défaut, la chronologie – d’une vent une conversion, avec un avant Louise Michel signait» (p. 106).
histoire. Autrement dit un sens. La – qui l’annoncerait, la préparerait – Que Louise Chasteau «aurait pu
rationalisation a posteriori, comme et un après –qui en découlerait –. devenir la romancière d’Oléron,
dit la psychanalyse, c’est le défaut Dans tous les cas, la frontière entre écrivant sur place plusieurs œuvres,
– la qualité – du romancier. Et de l’histoire et la fiction, entre le ro- et prenant l’île pour cadre de La
l’historien. Quand il veut compren- man et le récit, est abolie. Ravageuse» (p. 167). Que Marcelle
dre le passé, le saisir, et qu’il ne C’est ce que l’on constate à la lec- Tinayre, sa fille, produira aussi un
voit pas l’image qui perce sous ses ture de Belles et rebelles, la bio- roman oléronnais, L’Oiseau
mots. Cette image, c’est l’image graphie ou plutôt le roman vrai que d’orage (1901).
du passé. L’image que s’en fait consacre à la famille Chasteau- C’est elle, bien sûr, la figure cen-
l’historien, que s’en fait l’époque. Tinayre, ancrée en Charente, l’his- trale de ce livre. C’est elle qui
Une image construite, anachroni- torien Alain Quella-Villéger. On y s’imposa comme romancière, fé-
que, comme toute image et comme découvre des femmes luttant, ministe et cofondatrice du prix
l’histoire elle-même. s’émancipant, chacune à sa ma- Femina. C’est elle qui plagie par
L’auteur de vie travaille de cette fa- nière. Faisant la révolution, voya- anticipation, sinon l’œuvre, du
çon – Venance Fortunat, par exem- geant, comme Victoire Tinayre, moins la carrière de nos deux ro-
ple, quand il écrit la Vie de sainte l’amie de Louise Michel, que l’on mancières, Régine Deforges et
Radegonde – : il agence, il monte les suit dans son exil hongrois, dans Madeleine Chapsal, qui ont elles
événements de telle sorte qu’ils ap- son combat féministe et socialiste. aussi quelque chose à voir avec le
paraissent comme orientés, écrits. Il Louise Chasteau choisit une autre prix Femina et les éditions
transforme une vie en destin. Il mon- voie, elle devient une remarquable Fayard…
tre Radegonde marchant vers la sain- enseignante. Des vies se croisent, Denis Montebello
teté, par degrés, topos après topos. se rencontrent. La rencontre a lieu Ed. Aubéron, 488 p., 175 F.

HOMMAGE
À LENNY MARCH
«Vivre et laisser vivre» : telle
était la définition de la
Printemps Chapiteau
philosophie Rastafari aux yeux
de Lenny March. «Blacka»
Dom Juan et Le Roi-Cerf
Lenny est décédé le vendredi
23 mars dernier. Installé à n nouveau «Printemps dans le rôle titre, le comédien Ri- A Lavausseau (6-12 mai),
Poitiers depuis 1994, Lenny a
été à l’origine (avec Drop
U Chapiteau» du Centre dra- chard Sammut dont on a pu appré-
cier le talent dans les précédentes
Azay-le-Brûlé (13-19 mai),
Châtellerault (27 mai-2 juin),
matique Poitou-Charentes (L’Ac- L’Isle-Jourdain (3-9 juin),
Crystal Sound System, voir
tualité n° 50) commence cette sai- créations. «Dom Juan, souligne Greyzac (10-16 juin),
L’Actualité n°49, p.19) et à
son à Lavausseau le 6 mai. Le suc- Claire Lasne, c’est l’histoire d’un Taugon (24 juin-1er juillet),
l’avant-garde des sounds Saint-Jean-d’Angély (22 juillet-
systems dans la région. cès, l’an passé, de cette aventure homme aux prises avec l’amour des
4 août),
D’origine jamaïcaine, Lenny théâtrale en milieu rural a suscité autres et qui passe son temps à ré- Blaye (26 août-2 septembre),
March s’est investi dans une l’intérêt de nombreuses commu- clamer d’être seul. On ne lui ac- et en novembre à Poitiers.
multitude de projets artistiques nes, de sorte que cette tournée corde jamais cette minute-là et il en Tél. 05 49 41 43 90
à Poitiers : festivals reggae, s’étendra sur deux mois dans six crève. Ce qu’il cherche, c’est d’af-
carnaval, ateliers de communes, puis au festival de fronter son destin, seul, “quoique
percussions, premières parties Saint-Jean-d’Angély et à Blaye accompagné de Sganarelle”. Pour-
de groupes reggae prestigieux jusqu’au 2 septembre. suivi par le désir des autres, il ne
(Culture, Yellowman, Misty in
Deux créations sont jouées sous le cesse de fuir et d’être rattrapé. Le
Roots, Johnny Clark…),
chapiteau : Le Roi-Cerf de Carlo chapiteau sert magnifiquement Dom
création de Cd Dub,
Gozzi mis en scène par Olivier Juan. Rond comme la terre qui
enregistrements avec des
enfants… Pour reprendre une Maurin et Dom Juan de Molière tourne autour de lui. C’est simulta-
formule Rasta : par Claire Lasne, codirectrice du nément un voyage intérieur et un
«Lenny continues to live Centre dramatique régional. voyage physique. Il cherche à tou-
through I and I.» Le projet de monter Dom Juan re- cher la limite de sa propre vie et se
Boris Lutanie monte à une dizaine d’années avec, brûle. Et, à la fin, il brûle.» J.-L. T.

8 L’Actualité Poitou-Charentes – N° 52
sont le résultat d’une coopération gie. Au contraire, je pense que de
entre l’homme et la nature qui doit nombreux facteurs peuvent expli-
se faire selon les critères fonda- quer le réchauffement de la pla-
mentaux de l’écologie : l’homme nète. J’en distingue deux catégo-
Jean-Marie Pelt ne doit pas se comporter comme un
agresseur ou un exploiteur, à peine
ries : ce qui n’est pas de l’ordre de
l’action humaine comme les modi-
Eloge de la synthèse comme un exploitant et plutôt
comme un jardinier. Ne pas pren-
fications des sources énergétiques
du soleil, et ce qui est d’origine
dre les précautions que l’écologie humaine. Dans cette seconde caté-
nous enseigne, c’est faire un mau- gorie, j’inclus plusieurs hypothè-
rofesseur de biologie végé- qui vit et croît sur notre planète. Ce vais usage de la nature. Ainsi la ses : l’effet de serre, mais aussi
P tale et de pharmacologie à
l’Université de Metz et président
qui inclut l’homme et toute la vie
dès lors qu’elle n’est pas bricolée
nature peut sembler se retourner
contre nous sous la forme de dérè-
l’envoi d’innombrables objets dans
l’espace – le commun des mortels
de l’Institut européen d’écologie, par l’homme. A mon sens, le con- glements du climat ou d’inonda- dit que cela «détraque le temps», il
Jean-Marie Pelt était invité à Poi- cept qui s’y oppose est la technolo- tions, etc. y a peut être une part de vérité dans
tiers par l’Espace Mendès France gie, c’est-à-dire tout ce qui est cela bien que la science le nie en
le 29 mars. Il a donné une confé- l’œuvre de l’homme, aussi bien sur Sommes-nous en train de vivre bloc –, ainsi que l’augmentation
rence sur le thème de son dernier le vivant, comme la biotechnolo- une phase de modification ma- formidable de la charge d’ondes
livre La Terre en héritage, publié gie, que sur la matière inanimée. jeure du climat ? électromagnétiques dans l’atmos-
chez Fayard, et nous a accordé un J’ajouterai que l’homme a large- Il y a vingt ans, quelques pionniers phère (autre sujet non traité par la
entretien. ment modifié ce modeste morceau ont dit qu’il y avait un effet de pensée unique).
de nature qu’est la planète Terre et serre, ce que personne n’a cru.
L’Actualité. – Comment défi- qu’il y a maintenant une nature Aujourd’hui, les climatologues y Quel rôle pour la culture scien-
nissez-vous la nature ? humanisée qui recouvre très large- croient tous sauf quelques-uns. tifique ?
Jean-Marie Pelt . – Je définis la ment l’essentiel du monde vivant L’effet de serre est-il l’explication La science est universelle et la plu-
nature comme tout ce qui n’est pas sur la planète dans la mesure où les du réchauffement que l’on cons- part des scientifiques ne le sont
l’œuvre de l’homme. La nature espaces que l’homme n’a pas tou- tate ? Je me garderai bien d’affir- pas. En effet, je sépare les scienti-
comprend ainsi tout le cosmos chés sont minoritaires. Les champs mer qu’un seul facteur est détermi- fiques en deux catégories : les poin-
connu et inconnu et, de fait, tout ce cultivés ou les rivières entretenues nant, ce qui est très rare en écolo- tus et les synthétiques. Les pointus
connaissent parfaitement leur su-
jet d’étude mais n’ont pas plus de
culture que la moyenne des gens.
Les synthétiques sont de rares indi-
vidus qui ont touché à plusieurs
disciplines. Tant qu’on n’aura pas
réussi à mettre en symbiose ces
deux formes d’esprit, qui corres-
pondent à des dispositions particu-
lières du cerveau, la science ne
sera pas universelle. En 1968, plu-
ridisciplinarité et transdisciplinarité
devaient devenir les sésames pour
obtenir des crédits de recherche
mais cela ne s’est jamais produit,
les carrières de la science sont tou-
jours entièrement gérées par des
spécialistes pointus qui excluent
les synthétiques. Les quelques
malheureux qui ont essayé, et dont
je suis, eurent les pires ennuis et je
plains de tout mon cœur ceux qui
essaient encore. Pourtant la science
n’avance que par des intuitions qui
ne sont pas forcément posées au
milieu des autoroutes de la recher-
POITOU-CHARENTES DANS LA BANDE DESSINÉE che. Nous avons besoin de margi-
Lecteur impénitent de bandes dessinées, Didier à ses paysages, à ses villes, à ses figures. naux de la science. Darwin en était
Quella-Guyot a repéré des dizaines de planches De grands auteurs en apportent la démonstration, un. Pasteur aussi. Ce sont souvent
qui ont pour cadre la région Poitou-Charentes. parmi lesquels Moebius, Manara, Juillard, Caza, ceux-là les grands découvreurs. Je
Cela donne une exposition de 42 panneaux Bourgeon, Mézières et même Hergé. ne dis pas qu’il ne faut pas de
présentée en mai et juin au CRDP de Poitiers et
pointus, il faut trouver un équilibre
appelée à circuler dans les établissements Ci-dessus, une vue d’Angoulême
entre les deux.
scolaires. Cette exposition révèle le pouvoir par Mazan,
d’attraction de la région, grâce à son histoire, dans Ville basse (éd. Delcourt). Recueilli par A.-G. Truong

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