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revue

Par Michel Boujut

Pierre Boujut, l’entraîneur


’aventure poétique de mon d’un orphéon provincial. Elle était
L père Pierre Boujut et de ses «internationaliste», vibrionnante
amis, c’est à Jarnac qu’elle s’est et ouverte à tous les vents du
enracinée et épanouie. Par l’en- monde et de la création. Les titres
tremise d’une revue au ton singu- de ses premiers numéros à thèmes
lier, tout à la fois fraternelle et disent bien son ancrage politico-
provocatrice, à l’image de son di- poétique : Silence à la violence,
recteur animateur qui en tint les Contre l’esprit de catastrophe,
rênes fermement et vaillamment Droit de survivre, Ne cherchez
quarante ans durant. «Une revue pas la lune… Les poètes de La
qui fermente comme une cuve», Tour de Feu, à la fin des années 40
Pierre Boujut, dans sa cour,
écrivit Yves Florenne dans Le (guerre froide et guerres colonia-
devant le buste d’Adrian
Miatlev, en 1983. Monde. C’est que La Tour de Feu les) n’ont pas mis leur drapeau
Ph. J-L Chauvin. n’avait rien d’une tour d’ivoire, ni (rouge et noir) dans leur poche. Ils
dérangent, ils agacent, ils ne lais-
sent pas indifférent. «La poésie
est déclarée», décrètent-ils !
Chaque été, à la mi-juillet, les
agitateurs-poètes venus des qua-
tre horizons déboulaient à Jarnac
pour le «Congrès» annuel, éphé-
mère phalanstère aux empoigna-
des chaudes et heureuses au cours tes ces années, au cœur de son
desquelles s’élaboraient les nu- cagibi-laboratoire-bergerie, un for-
méros à venir de la revue. «Auto- midable «entraîneur» d’équipe.
crate éclairé» (il en plaisantait), Exigeant de ses amis le meilleur
mon père avait souvent le dernier d’eux-mêmes et le leur rendant
mot, puisque c’est lui qui fabri- bien. La poésie de cet homme sans
quait La Tour de Feu, «avec des calcul (rassemblée en une poignée
ciseaux et de la colle». Point d’in- de recueils qu’il va falloir rééditer)
formatique en ce temps-là ! A eux est comme tendue vers un seul but :
tous, les «camarades-rois» ne re- exorciser le malheur et donner tou-
faisaient pas le monde, mais en tes ses chances au bonheur de
annonçaient un autre. Une photo l’homme sur la Terre.
que j’aime, prise en juillet 1951 Pierre Boujut est entré dans la
par Robert Hillairet, leur commen- légende. Je continue à m’entrete-
sal paysan, les montre étendus (et nir avec lui par ses poèmes. Ja-
détendus) dans une prairie au bord mais, il n’a été plus proche. ■
Michel Boujut est critique et de la Charente, sous des roseaux
historien de cinéma. Et aussi qui s’inclinent dans la brise tiède.
essayiste (des livres sur Wim Et eux, les roseaux pensants, ils
Wenders, Claude Sautet, le suivent le mouvement de la nature
cinéma américain) et heureuse de ce coin de Saintonge.
romancier. Ses livres les plus La photo des neufs poètes aux
récents : Le jeune homme en champs (il y en eut dix fois plus
colère (Arléa, prix du livre en par la suite) saisit bien ce que fut
Poitou-Charentes 1998) et cette communauté de pensée bu-
Souffler n’est pas jouer colique et engagée.
(Rivages/Noir). Collabore à La tonnellerie de Pierre Boujut fut
Charlie-Hebdo, France-Inter, son gagne-pain, la poésie son salut.
Paris-Première, Ciné-Toile, Mauvais Français (titre malicieux
Charente Libre… de son livre de souvenirs) et ci-
toyen du monde, il fut durant tou-

20 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 53 ■
L’Espace poétique Pierre
Boujut est ouvert du 14 juillet
au 30 septembre, du mercredi
au samedi, de 15h à 19h,
entrée libre.
Au programme :
20 juillet : 19h, vernissage de
l’exposition «Sous les feux de
la Tour», apéritif et buffet
froid. 21h, spectacle poétique
et musical par le récitant,
compositeur et chanteur Alain
Veluet, mise en scène Jean-
Marie Boutinot.
14 septembre, à 21h à
l’auditorium de Jarnac,
présentation du film de
Bertrand Tavernier, Philippe
Soupault. Soirée animée par
Bertrand Tavernier et Michel
Boujut.
15 septembre, à 21h, à
l’Espace poétique : Miatlev en
feu par la troupe de théâtre
parisienne Faut le faire.

Jarnac ou la poésie retrouvée


A Jarnac, dès le 14 juillet, une L’Espace poétique de la rue Monti, Edmond Thomas, Jean-
exposition et des animations Laporte-Bisquit, installé dans Paul Louis... La complicité de
prolongent l’aventure littéraire l’ancien magasin du poète- ces fidèles a d’ailleurs permis
du fondateur de La Tour de marchand de fers et futailles, la création de la très belle
Feu. s’ouvre au public. collection intitulée Les Feux de
«Pour moi, le 14 juillet, ce Autour du bureau du patron, la Tour, à découvrir également
n’était pas la Fête nationale, des vitrines dévoilent les à l’Espace. Elle propose des
c’était l’ouverture du congrès visages des poètes. «Il y aura portraits et consacre sa
de la Tour de Feu.» Marianne cette année une nouvelle prochaine parution au Russe, Marianne Boujut, petite-fille
Boujut, petite-fille du poète, vitrine consacrée à Daniel Adrian Miatlev (1910-1964). du poète, à Jarnac.
participe, avec son père Reynaud, récemment disparu», «Ce bureau-local est un lieu
Michel et d’autres chers précise Marianne Boujut. Pas à particulier, idéal pour faire
compagnons, à la mise en pas, elle rassemble images, connaître une revue de poésie
valeur de la revue textes, correspondances, à la durée de vie
internationaliste de création saluant toujours les autres exceptionnelle, connue dans
poétique qui, de 1932 à 1981, gardiens de la mémoire : les le monde entier. Nous avons
rassembla des centaines de poètes Jean-Claude Roulet, voulu en faire quelque chose
plumes lumineuses. Jean Chabert... l’universitaire de vivant», confesse celle qui,
Cet été, pour la cinquième Daniel Briolet (qui préside enfant, jamais ne s’étonna
année consécutive, l’association des Amis de d’avoir un grand-père poète et
l’association célèbre le Pierre Boujut et de La Tour de marchand de fer.
Jarnacais disparu en 1992. Feu), les éditeurs Georges Astrid Deroost

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