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Que peuvent apporter les supraconducteurs aux

moteurs électriques, les structures conventionnelles


sont-elles toujours adaptées ?

OLIVIER BARRE(1), BELLEMAIN NAPAME(2) , KEVIN SCHMITT(3)


(1) ) )
Lycée G.EIFFEL , France, (2 JSPM - AREVA, France, (3 Ingénieur ENSEM, France
Email : olivier.barre@ac-lille.fr.

Résumé : Le brevet lié à la machine asynchrone est déposé par le physicien serbe Nikola Tesla en 1887. Cela fait
plus d’un siècle que son architecture est établie et semble immuable. En 1889, Michail Ossipowitsch Doliwo-
Dobrolski, électricien d'origine russe, invente le moteur asynchrone triphasé à rotor à cage d’écureuil. Celui-ci
sera finalement construit industriellement à partir de 1891. Une vingtaine d’années plus tard, le phénomène de
supraconduction fut découvert fortuitement en 1911 par un étudiant en physique, Gilles Holst sous la direction
du physicien néerlandais Kamerlingh Onnes. Ces deux découvertes sont centenaires et cependant, l’utilisation
des supraconducteurs en suppléance des conducteurs en cuivre dans les moteurs électriques n’est
qu’exceptionnelle. Les basses températures requises pour rendre la supraconduction possible ne sont que des
éléments qui pénalisent leur utilisation. De plus, la réalisation de conducteurs utilisables dans les machines n’est
guère aisée. Les matériaux sont nouveaux et pour certains équipements d’âge respectable, comme les moteurs
asynchrones, l’utilisation exclusive de supraconducteurs parfaits conduirait à détruire les effets physiques qui
sont responsables de leurs rotations. La présentation qui va suivre est basée sur l’analyse des documents relatifs
à la supraconduction, les plus anciens ont quinze ans et les plus récents datent de 2008. L’objectif est de revenir
sur les principes physiques mis en œuvre dans les machines électriques et d’introduire pas à pas la problématique
liée à l’utilisation des supraconducteurs.

supraconducteurs, les basses températures requises


1. Introduction. (<23°K) ne furent relevées qu’en 1986, quand deux
Imaginer qu’un matériau mis à une température chercheurs du laboratoire IBM de Zurich découvrirent
proche du zéro absolu soit capable de conduire le que les cuprates, comme l’oxyde de baryum-lanthane-
courant électrique sans présenter la moindre résistance, cuivre, étaient encore supraconducteurs à la
est une hypothèse physique qu’aucune loi ne peut température de 35°K [2]. Les premières applications
introduire. C’est pour cette raison que ce phénomène électriques liées aux supraconducteurs se sont orientées
ne sera découvert que durant une expérimentation ou le vers le transport ou le stockage de l’énergie et les
protocole d’essai ne fut pas respecté. Heike limiteurs de courants [3] [4] [5] [6]. Les moteurs
Kamerlingh Onnes et Gilles Holst observe la électriques furent abordés mais restent encore des
supraconduction dans le mercure à 4° K en 1911. objets de laboratoire [7] [8] [9] [10]. Par exemple, un
L’histoire des sciences et techniques est constellée de taxi à propulsion électrique, utilisant un moteur à
découvertes accidentelles [1]. Les produits ainsi supraconducteur, est présenté par Sumitomo Electric
obtenus sont parfois utilisés quotidiennement sans que cette année au G8 d’Hokkaido. Bien que cette
leurs utilisateurs se posent la moindre question sur application soit représentative des efforts en cours,
leurs origines. C’est le cas pour le polycarbonate ou le Sumitomo Electric estime qu’il faudra attendre au
Téflon. D’autres composants, comme le nylon, ont moins 10 ans pour rencontrer régulièrement de tels
suivi une voie plus conventionnelle et ont demandé moteurs. Ce seront les équipements lourds comme les
près de 8 années de travail à leur inventeur avant trains ou les bateaux qui en seront les premiers
d’arriver dans notre vie quotidienne. Les problèmes bénéficiaires [11] [12] [13]. Dans cet article, l’aspect
d’industrialisation restent néanmoins des problèmes comportemental des supraconducteurs sera abordé en
d’actualité pour toute innovation. Il faut se souvenir premier. Puis, le principe de Nicolas Tesla : le champ
que la synthèse du polyéthylène ne fut possible tournant, sera confronté au supraconducteur. Un
qu’après la seconde guerre mondiale, dès que les exemple intermédiaire : le palier magnétique servira de
réacteurs furent capables de travailler à hautes support pour montrer la remise en cause des démarches
pressions et à hautes températures. Dans le cas des de conception. Finalement, il apparaitra au travers de
quelques réalisations, qu’il est illusoire de penser partir du moment où la température est maintenue
remplacer le cuivre par des supraconducteurs pour basse et que le champ magnétique engendré par les
améliorer les performances [14]. aimants reste en dessous de Hc, ce train peut continuer
à exécuter ses tours de circuit sans le moindre
2. Supraconducteurs de type I et de type II. ralentissement. C’est ce comportement diamagnétique
L’absence de résistance électrique est le principal qui va permettre de classer les supraconducteurs en
intérêt de ces éléments, cela permet d’envisager le supraconducteur de type I ou de type II (Fig.2 et 3)
transport de l’énergie électrique sans la moindre perte. [18] [19]. Dans tous les cas, il faudra placer le
Les basses températures requises pour l’obtention de supraconducteur à une température bien plus faible car
cet état sont les éléments les plus pénalisants [15]. Par il devra transporter un courant et sera soumis à un
exemple, les plus basses températures sont obtenues champ magnétique. Ainsi, si certains supraconducteurs
avec de l’hélium liquide (4,2°K à 1 atm.), mais pour ont une température critique Tc de plus de 77°K, ils
obtenir et conserver cet hélium liquide quelques devront être utilisés à une température bien inférieure
précautions doivent être prises. Il ne faut pas oublier la quand ils seront en situation.
superfluidité associée à ce liquide. L’hydrogène liquide
(20,2°K à 1 atm) est lent à produire à cause de la
transformation d’ortho-hydrogène en para-hydrogène
qui assure sa stabilité [16]. Finalement, le gaz liquéfié
le plus intéressant économiquement est l’azote liquide
(77°K à 1 atm). Dans les basses températures, comme
hélium liquide, les supraconducteurs sont du type I
alors que pour des températures un peu plus élevées les
supraconducteurs sont du type II [17]. La température
de changement d’état n’est toutefois pas le seul critère,
à 27 °K le néon est 40 fois plus réfrigérant que l’hélium
et 3 fois plus réfrigérant que l’hydrogène.

La supraconductivité ne s’obtient que dans un


Figure-2 : Pour un supraconducteur de type I, le retour de l’état
domaine défini par trois paramètres : la température, la
supraconducteur diamagnétique à l’état normal se fait brutalement, dès
densité de courant et le champ magnétique (Fig.1).
que le champ extérieur imposé dépasse Hc.
Pour que le matériau reste dans un état
supraconducteur, les paramètres doivent être inférieurs
aux paramètres critiques : Tc (température critique), Jc
(densité de courant critique) et Hc (champ critique).
Dans cette situation, une propriété nouvelle apparait :
l’effet Meissner ou le diamagnétisme parfait. Ce
dernier permet de conduire des expériences de
lévitation. Il suffit de regarder les vidéos du train
magnétique du département de physique de l'Université
de Sherbrooke (http://www.tp.physique.usherbrooke.ca). A

Figure-3 : Pour un supraconducteur de type II, le retour de l’état

supraconducteur diamagnétique à l’état normal se fait par l’intermédiaire

d’un état mixte dès que le champ extérieur imposé dépasse Hc1 et est
Figure-1 : Représentation tridimensionnelle du domaine de validité de
inférieur à Hc2.
l’état supraconducteur du câble Ag-Bi.
Un supraconducteur de type I voit son critiques de ces anciens éléments (LTS, Low
diamagnétisme disparaitre dès que le champ Temperature Superconductors) sont de l’ordre de 10-
magnétique imposé dépasse la valeur Hc. Par contre, 20° K et les champs critiques B0 dépassent les 30
un supraconducteur de type II possède un état Teslas. L’utilisation des oxydes de cuivre, aussi
intermédiaire, dit état mixte, où la perméabilité dénommés YBCO ou BSCCO, est effective dans le
magnétique augmente régulièrement avec l’intensité du transport de l’énergie électrique mais posent encore
champ. C’est pour cette raison qu’un supraconducteur des problèmes pour les machines [28] [29]. Par
de type II sera caractérisé par deux valeurs de Hc (Hc1 exemple, pour le transport : la société AMSC
et Hc2, Fig. 3). Ce nouveau domaine induit dans le (American Superconductor) a fabriqué un câble YBCO
matériau des pertes d’origine magnétique [20] [21] de 100 m en 2006 et a installé le plus long câble
[22]. Finalement, ces deux types de supraconducteurs BSCCO près de new-york en 2008 [30]. Ces deux
ont des propriétés et des comportements différents et réalisations utilisent l’azote liquide comme réfrigérant.
seul le type II conduit à des réalisations industrielles
avec comme désagrément de présenter des pertes par Dans le cas des moteurs électriques, les conducteurs
hystérèse dans le cas du transport des courants ne sont pas seuls, la plus grande partie de la masse
alternatifs. Une telle situation se retrouvera dans les vient des parties ferromagnétiques. La disparition des
machines à courants alternatifs. pertes ohmiques ne cache pas les pertes par hystérésis
associées aux matériaux composant le stator. Ces
3. Stator et génération du champ magnétique. matériaux avaient leur justification dès lors que les
Les équations de type bilan de puissances, associées conducteurs en cuivre limitaient la densité de courant
aux moteurs, permettent de calculer rapidement les dans les bobines. L’augmentation de l’induction est
courants absorbés en fonction des caractéristiques assurée simplement par la grande perméabilité relative
mécaniques de la charge. Ces équations sont jumelées des matériaux ferromagnétiques. L’imperfection de ces
au schéma équivalent pour une phase qui permet matériaux, saturation et cycle d’hystérésis, sont des
d’explorer avec une certaine justesse le domaine de obstacles à l’amélioration du rendement du système. La
fonctionnement de la machine. Toutefois, comme recherche d’un excellent rendement conduit à chasser
l’approche retenue est une approche magnétique, la les éléments qui produisent des pertes. Finalement, il
présentation qui va suivre reposera en particulier sur serait intéressant de faire disparaitre les matériaux
les interactions magnétiques entre le stator et le rotor. ferromagnétiques. Un brevet américain proposait
d’ailleurs de remplacer ce stator rigide par un fluide
Le premier élément important pour toute machine ayant des propriétés magnétiques. Ce fluide servant
fonctionnant sur un réseau polyphasé est le moyen aussi de réfrigérant pour les supraconducteurs [31]. La
retenu pour engendrer le champ magnétique dans le suppression pure et simple de cet élément n’est pas
stator. Bien que le premier moteur conçu par Nicolas exclue puisqu’un moteur utilisant un stator à air fut
Tesla utilise une source diphasée (Fig. 4) [23], il fixa la construit et testé en 2002 [32]. Toutefois, en l’absence
structure de ce type de machine [24]. Dans le cas d’une de circuit magnétique, le champ ne sera plus circonscrit
source triphasée, trois bobines placées à 120 ° l’une de
l’autre peuvent engendrer un champ tournant si elles
sont alimentées par trois courants sinusoïdaux déphasés
de 120 °. L’intérêt de cette structure est de conserver le
module du champ tournant constant. L’utilisation des
supraconducteurs, pour assurer le transport du courant
dans les bobines, ne changera rien au principe retenu.
Toutefois, le remplacement des conducteurs en cuivre
par des supraconducteurs n’est pas aussi aisé. Avant
l’arrivée des oxydes de cuivre en 1986,
supraconducteur haute température (HTS) [25], le
Figure-4 : Image issue d’une émission canadienne, « Les Archives
choix était limité au Niobium-Titane (NbTi) [26] et aux
Oubliées », ou Nicolas Tesla présente le principe de son moteur à
éléments du groupe A15 (Nb3Sn,…) [27]. Les bonnes
induction. Deux bobines, puis trois par la suite, seront associées à
caractéristiques de ces supraconducteurs permettaient
une source de courant triphasé pour engendrer un « champ
d’en faire des filaments extrêmement fins qui, une fois
tournant ». (Vidéo complète disponible sur :
assemblés, pouvaient supporter des courants de
http://www.dailymotion.com)
plusieurs milliers d’ampères. Les températures
au moteur et un rayonnement indésirable se fera sentir
à proximité.

4. L’exemple du palier magnétique.


Un exemple simple va permettre de mieux mettre
en évidence le problème posé. Un palier magnétique
conventionnel est utilisé comme support pour cette
analyse (Fig. 5) [33]. L’objectif est de maintenir en
position, sans le moindre contact, un arbre tournant à
grande vitesse (Repère 1, Fig 5.) en utilisant les effets
attractifs d’électroaimants fixes situés en périphérie
(Repère 2, Fig 5.). Bien que les champs générés soient Figure-6 : Représentation des lignes de flux associées à un palier

fixes, l’exemple sera suffisant pour arriver à la magnétique n’ayant plus de noyau fixe ferromagnétique. Pour obtenir le

conclusion recherchée, c'est-à-dire une remise en cause même niveau d’effort, le courant a été multiplié par 40. Des fuites

des choix techniques réalisés. magnétiques de plusieurs dizaines de milli-tesla vont se rencontrer dans

des zones ou il n’y avait auparavant aucun champ parasite. Comme la

Dans la figure 5, la répartition spatiale du champ est partie tournante est inchangée (1), une saturation magnétique peut toujours

donnée par simulation [34]. Il apparait qu’un niveau apparaitre. (Simulation réalisée sous FEMM 4.2)

correspondant à la saturation est atteint dans le stator


(1,5 Tesla). Cela veut dire qu’il est inutile d’augmenter saturation au niveau de la partie mobile (Fig 6.).
les courants dans les enroulements pour augmenter
l’attraction sur la partie mobile du palier, la valeur de Pour obtenir une solution acceptable, il faut revenir
l’induction étant limitée, la valeur de la force associée sur le choix initial ayant induit cette solution.
l’est aussi. Pour éviter cette limitation liée à la matière, Puisqu’un supraconducteur est aussi un diamagnétique
il suffit de la retirer ! Il ne reste plus que de l’air et plus parfait, il est possible d’utiliser la répulsion magnétique
aucune limitation. Hélas, pour retrouver le même plutôt que l’attraction. Il suffit de remplacer la partie
niveau d’attraction, Il faut augmenter le courant qui va mobile de ce palier par un corps supraconducteur. Cette
circuler dans les bobines de maintien. Un courant 40 structure présente un nouvel intérêt, car la position
fois plus intense est requis pour retrouver les mêmes désirée est naturellement obtenue. Les bobines
niveaux d’attraction. Cette solution ne sera supraconductrices repoussent systématiquement cette
envisageable que si les bobines sont réalisées en partie mobile au centre du dispositif. En examinant la
supraconducteurs. Dans la solution ainsi obtenue, le distribution de champ (Fig.7), il apparait que cette fois
principe d’attraction est conservé et la partie mobile est le rotor ne pouvant accepter le moindre flux
inchangée. Cette solution est à éviter. Il restera une magnétique, il est automatiquement centré par la

Figure-5 : Représentation des lignes de flux associées à un palier

magnétique conventionnel. Dans cette représentation, la partie mobile Figure-7 : Dans cette simulation, le rotor amagnétique est maintenu
du palier (1) est attirée par la partie fixe (2) contenant les bobinages de au centre du dispositif par le simple fait qu’il n’accepte pas d’être
génération des champs magnétiques. (Simulation réalisée au moyen de traversé par le moindre champ magnétique. Il se centre de lui-même
FEMM 4 .2) dans le dispositif. (Simulation réalisée sous FEMM 4.2)
puissances massiques du marché. Cette caractéristique
peut expliquer le développement des éoliennes utilisant
des générateurs à supraconducteurs [49].
Malheureusement, l’absence de matériau magnétique
fait que des niveaux d’inductions élevées risquent de
faire transiter les supra-conducteurs. Cet aspect négatif,
est très pénalisant pour l’utilisation des
supraconducteurs dans les stators à air.
(a)

5. Le rotor et l’utilisation du champ statorique


Quittons cet exemple et revenons sur le principe de
Nicolas Tesla. En présence de ce « champ tournant »,
la création d’un couple mécanique s’obtient très
facilement en insérant une seconde source de champ
magnétique dans le stator. Cette source peut être un
aimant ou un électro-aimant et aussi un circuit fermé
(b) qui va voir se développer un courant qui servira à créer
Figure-8 : Palier industriel de la société NEXANS, le stator (a) cette autre source de champ magnétique [36].
cryogénique impose au rotor passif (b), constitué de pastilles

supraconductrices (b), de rester au centre du dispositif. La solution à aimant permanent ou à électroaimant,


cela conduit à la machine synchrone, la seconde
répulsion engendrée par les bobines périphériques. solution, se dirige naturellement vers la machine
asynchrone. Les récentes réalisations s’orientent plutôt
Les simulations précédentes montrent qu’une autre vers des machines de type synchrone et les applications
méthode conduit à un résultat tout à fait acceptable. envisagées sont d’ordres maritimes ou aéronautiques.
Cette remise en cause du concept initial va continuer Cette orientation est compréhensible quand l’aspect
car il ne sera finalement pas possible d’utiliser des puissance massique revient à l’esprit. Les architectures
supraconducteurs au stator du palier. Les champs sont globalement conservées, les machines peuvent être
magnétiques vont atteindre très vite des valeurs qui à flux axial ou radial. De plus, le matériau
vont faire sortir les matériaux de leur état supraconducteur peut aussi remplacer l’aimant
supraconducteur. Enfin, le phénomène de répulsion qui permanent. Il peut être magnétisé tout comme les
repose sur l’utilisation des supraconducteurs massifs aimants permanents [37] [38] [39]. Cette propriété
aussi bien pour le stator que le rotor est le principe physique est mise en œuvre dans la prochaine
retenu par la société NEXANS pour fournir, depuis réalisation abordée : un moteur synchrone réalisé au
quelques années, un palier supraconducteur sans Japon [Fig 9.].
contact pour les applications industrielles [35]. Une Dans le domaine maritime, les laboratoires japonais
partie fixe cryogénique permet de garder la partie
mobile constituée de 270 plaquettes de
supraconducteur (YBCO) au centre du système (Fig.8).

Cet exemple est une bonne illustration des remises


en cause des conceptions issues de l’utilisation des
conducteurs en cuivre. Si les supraconducteurs sont
considérés comme des conducteurs sans perte, des
augmentations considérables de courant sont
autorisées. Il n’est pas toujours pertinent d’utiliser les
matériaux magnétiques classiques pour guider le flux
magnétique. Ceux-ci vont limiter l’induction à leurs
niveaux de saturation. Les stators à air apparaissent Figure-9 : Moteur synchrone expérimental construit par les laboratoires
naturellement avec comme principal aspect positif une japonais dans le but de fournir des moyens de propulsion pour les navires
réduction immédiate de poids. Il est clair que les de surface.
machines à supraconducteur auront les meilleures
ont étudié un moteur comportant des aimants machines étudiées restent synchrones et les
supraconducteurs au rotor et des enroulements supraconducteurs sont toujours de la série des cuprates
supraconducteurs au stator [40]. Cette machine à flux (YBCO). Toutefois, l’objectif n’est pas d’arriver
axial, sans aucun circuit magnétique métallique, est comme les laboratoires japonais à un moteur
destinée à la propulsion des navires. Le principal opérationnel prêt à être intégrer. La problématique
critère est la fourniture d’un fort couple mécanique à abordée est celle des possibilités de conversion de
très faible vitesse de rotation. Une puissance de 36,5 l’énergie magnétique en énergie mécanique en utilisant
MW à 120 trs/min est tout à fait envisageable. En au mieux les supraconducteurs. Plus généralement, les
2006, un article scientifique donne les spécifications de propriétés de ces matériaux : le diamagnétisme,
ce moteur et, en particulier, le moyen utilisé pour l’absence de résistance ohmique, la capacité à piéger le
aimanter les supraconducteurs massifs insérés dans le champ magnétique… font qu’ils peuvent être utilisés
rotor. La machine ainsi testée, dont l’aspect général est dans plusieurs applications et que l’application
donné dans la figure 9, est prévue pour délivrer une envisagée n’est pas nécessairement leur domaine de
puissance de 30 kW à 720 trs/min dans le cas ou un prédilection [43]. Les laboratoires russes et allemands
rotor simple est utilisé et une puissance de 60 kW à 720 ont donc construit des moteurs à stator conventionnel
trs/min dans le cas ou un double-rotor est monté, ou plusieurs types de rotor pouvaient être testés
(Fig.10a et 10b). Ces chiffres ne sont pas encore (Fig.11).
obtenus, les différences proviennent des aimants
supraconducteurs qui n’ont pas encore atteint leur
magnétisation nominale de 2 teslas. Il demeure que les
avantages inhérents à la structure ainsi choisie
persistent. Les moteurs à flux axiaux sont généralement
plus compacts et il est aisé d’augmenter le couple en
multipliant le nombre de plateaux magnétiques au
rotor. De plus, le choix d’aimants supraconducteurs
conduit immédiatement à l’absence de contacts
glissants annulaires nécessaires à l’excitation des pôles
magnétiques d’un rotor à électroaimant. Toutefois, la
magnétisation des aimants supraconducteurs (Gd-Ba- Figure-11 : Quatre types de rotor sont testés dont une coupe est
Cu-O) ne peut pas être obtenue par un courant circulant présente ci dessus. Ils sont référencés de la forme suivante :
dans les enroulements supraconducteurs (Bi-2223, - (a) et (b) : Zebra type HTS motor
Bi2Sr2Ca2Cu3O10), la densité de courant demandée
- (c) : Pilz type HTS motor
excède le courant critique associé à ces matériaux,
- (d) : Zelz type HTS motor
pourtant prometteur dans les applications à forts
champs et à forts courants. En conséquence, ce sont
d’autres enroulements, en cuivre, qui vont prendre en
charge cette fonction [41].

6. Les structures mixtes.


Dans le domaine aéronautique, en 2002, une
coopération entre la Russie et l’Allemagne a conduit
ces deux pays vers des travaux similaires [42]. Les

(a) (b) Figure-12 : Puissance délivrée, pour le même courant, pour les

Figure-10 : Pour le moteur japonais, deux types de rotor sont testés, le différents types de rotor testés.

nombre d’aimants supraconducteurs par disque est inchangé, seul le

nombre de plateau est doublé.


la structure reste majoritairement conventionnelle, il
faut quantifier les pertes thermiques pour pouvoir
dimensionner le système de cryogénie. L’étude russo-
germanique a mis en évidence que celles-ci se situent
principalement au niveau de l’acier sous forme de perte
par hystérèse. Comme le supraconducteur est un
élément adjacent à ce matériau, les équipes de
recherche ont très vite remédié à ce problème en
utilisant des matériaux amorphes.

Figure-13 : Prototype d’un moteur de 100 kW et coupe de son rotor

constitué d’un sandwich d’acier amorphe et de supraconducteur YBCO.

Le résultat est une machine synchrone à réluctance


dont les principaux paramètres qui vont être observés
sont : la puissance délivrée, le rendement et le facteur Figure-14 : Un stator conventionnel est associé à un rotor constitué
de puissance. Il apparait finalement que pour une d’un sandwich d’acier magnétique et de supraconducteur. Le
liberté d’action réduite, le seul élément libre de supraconducteur est considéré comme diamagnétique.
conception étant le rotor, il est possible d’avoir des
caractéristiques très différentes. Par rapport à un rotor
conventionnel, le gain en puissance est significatif (Fig
12). L’introduction des aimants supraconducteurs
YCBO double la puissance délivrée. Cela s’explique en
parti par la structure retenue. Les éléments
supraconducteurs interdisent le passage du flux et
renforcent l’effet de réluctance du rotor. Il est à noter
que le rendement reste dans des valeurs honorables, de
l’ordre de 90%. Pour mettre en avant les phénomènes
rencontrés qui peuvent justifier cette augmentation de
puissance, il n’est pas utile de reprendre l’architecture
de la machine car seul le rotor est spécifique. Les
meilleures performances furent obtenues au moyen
d’un rotor feuilleté (Sandwich Supra-Acier). Des Figure-15 : Simulation avec un rotor à air. La position du rotor est

différents types de rotor présentés à la figure 11, il décalée de 10° par rapport au champ tournant.

apparait que les rotors de type Zebra feuilletés sont


capables de développer le plus de puissance pour un
même courant (Fig. 12). Les bons résultats obtenus par
les structures Zebra ont conduits ces laboratoires à
lancer un projet de moteur de 100 kW en continuant à
utiliser la structure feuilletée au rotor (Fig. 13). L’ajout
du supraconducteur renforce le flux dans les parties
ferromagnétiques et oblige celui-ci à rester dans l’acier
du rotor. Il quitte finalement le rotor à la position la
plus éloigné de l’axe de rotation et ce phénomène peut
expliquer l’accroissement de puissance ainsi obtenu.

Il est intéressant de constater que cette approche, ou


Figure-16 : Simulation avec un rotor à supraconducteur. La position du
la liberté de conception est limitée, permet de mettre en
rotor est décalée de 10° par rapport au champ tourn ant.
évidence l’aspect positif du diamagnétisme qui se
rencontre dans les supraconducteurs. Toutefois, comme
Pour mieux mettre en évidence l’effet positif des CORE ont certes un très bon rendement mais sont aussi
supraconducteurs dans les rotors feuilletés, des couteuses [44]. En particulier en utilisant un critère de
simulations numériques sont réalisées en utilisant le coût de possession réparti sur deux ans (Two Year Cost
logiciel FEMM dans sa version 4.2 (Fig.14, 15 et 16). of Ownership Benefit – TYCOB), les meilleurs
L’apport du supraconducteur est quantifié en résultats étaient obtenus par des machines mixtes
comparant le couple produit par un rotor de géométrie IRON-CORE-HTS.
similaire ou le supraconducteur est remplacé par de
l’air. De telles conditions mettent en avant que le 7. Les machines asynchrones.
matériau supraconducteur est bien un nouveau degré de
liberté pour la conception des machines électriques. La Les machines les plus répandues, ne sont pas les
figure 14 précédente montre la structure qui servira à machines synchrones. La simplicité de la machine
conduire l’analyse proposée. Les figures 15 et 16 asynchrone ainsi que sa fiabilité en font le premier
montrent la répartition du flux dans les deux types de convertisseur d’énergie électrique en énergie
rotor quand un décalage de 10° est imposé. Il apparait mécanique dans l’industrie. Il est intéressant de
dans la figure 16 que le flux évite de circuler dans le regarder cette machine sous un aspect supraconducteur.
supraconducteur, milieux peu favorable, alors qu’il Elle a été rapidement classée comme inutilisable pour
arrive à s’insérer dans les zones d’air du précédent des applications utilisant des supraconducteurs [44].
rotor, figure 15. Les simulations associées à ces deux Des recherches récentes, conduites au japon, peuvent
représentations permettent de calculer l’effet du peut-être remettre en cause ce choix. La machine
supraconducteur sur le couple mécanique produit. Pour asynchrone est une machine qui ne peut donner du
calculer le couple mécanique que peut délivrer chaque couple que si le rotor se comporte comme un élément
machine, il suffit de calculer l’énergie magnétique pour résistif. Cette propriété est requise pour que le champ
deux positions voisines du rotor et d’interpréter la magnétique engendré par les courants induits dans le
variation d’énergie comme étant le travail du couple rotor soit déphasé de 90° par rapport au champ
associé à cette variation de position angulaire. Cette tournant. Le résultat immédiat est que cette situation
méthode est bien sûr employée régulièrement pour est la plus favorable au niveau magnétique car le
déterminer le couple mécanique des moteurs couple ainsi obtenu est maximum. Dans les machines
conventionnels. Si on considère le couple délivré par le synchrones, cette situation ne peut pas être envisagée
rotor à lames d’air comme le couple de référence, Il car le moindre accroissement de couple ne peut pas être
apparait que le couple délivré par le rotor comportant toujours compensé par un accroissement du déphasage.
des supraconducteurs est supérieur de 140% ! Un accroissement du déphasage de plus de 90° se
traduit par une désynchronisation catastrophique de la
La technique mise en œuvre par ces chercheurs machine. Ce résultat de fonctionnement est un point
russes est très intéressante car elle montre que le intéressant car il n’existe pas un tel décrochage sur une
concept est à la base de la réalisation technique. Les machine asynchrone.
simulations qui sont présentées n’utilisent pas les
données issues des machines russes mais sont en fait de Il est aisé de trouver dans la littérature ou les sites
simples interprétations personnelles associant un stator web spécialisés des informations sur la création des
conventionnel à un rotor feuilleté. Comme le concept champs tournants. Par contre, l’exploitation du champ
initial est conservé, il est remarquable de constater que magnétique ainsi produit dans le rotor n’est pas aussi
les résultats sont similaires. Il est clair que le système bien documentée. Les lignes suivantes vont permettre
n’est pas optimisé, mais les bases sont acquises et cette de mieux mettre en évidence les phénomènes associés.
optimisation n’est plus qu’un travail qui peut être En préambule, une spire est placée dans un champ
réalisé à postériori quand tous les paramètres seront magnétique de module constant mais de direction
bien identifiés. Il apparait que les structures des variable, il semble «tourner » dans le sens
machines synchrones intégrant des éléments trigonométrique (Fig. 17.a). Le résultat est qu’une
supraconducteurs ne sont pas aussi figées que les force électromotrice apparait aux bornes de cette spire
structures des machines conventionnelles. Le ouverte. Si cette spire est une spire fermée résistive, un
supraconducteur apporte un degré de liberté courant induit va apparaitre et il sera déphasé de 90°
supplémentaire qu’il convient de prendre en compte. par rapport à la phase de B (Fig. 17.b). Ce courant,
Un rapport de synthèse mandaté par le ministère de circulant dans une spire engendrera un champ
l’énergie américain rappelait ce dernier point. Les magnétique (Fig. 18.a) dont l’amplitude est
machines à supraconducteur ayant une structure AIR- proportionnelle à la variation de flux par rapport au
(a)

(a)

(b)

(b)
Figure-17 : Un champ tournant, figure 17.a, engendre une force

électromotrice. Si la spire se comporte comme une résistance, figure

17.b, le courant engendré sera en phase avec la force électromotrice

produite dans la spire.

temps. Si une deuxième spire, légèrement décalée de la


première, est ajoutée à cette structure, un deuxième
champ magnétique va être produit. En multipliant le
nombre de spires, on arrive à une structure de rotor à
« cage d’écureuil ». La particularité de cette structure
est que si l’on regarde la direction du champ
magnétique engendré par les courants au rotor, on
remarque qu’il est en quadrature par rapport au champ
magnétique initial du stator. (Fig. 18). C'est-à-dire, que (c)
l’on obtient l’écart angulaire qui produit naturellement Figure-18 : Le courant rotorique, figure 18.a, engendre un champ magnétique.
le maximum de couple. De plus, cet écart est Pour une deuxième spire décalée angulairement, figure 18.b, le même
indépendant du couple demandé. L’adaptation à ce phénomène se retrouve avec la génération d’un champ B1. Finalement, pour
couple mécanique passera par une augmentation ou une un nombre important de spire, la somme des champs produits par les
diminution du champ Br, c'est-à-dire une augmentation différentes spires, Br, est un champ en quadrature avec le champ tournant, Bs
ou une diminution des courants rotoriques. Cette (figure 18.c).
adéquation se traduira finalement par une modification
des forces électromotrices via le glissement. Cette machine avec les supraconducteurs. Le rapport du
adaptation se faisant naturellement. Il serait dommage département de l’énergie américain comprend un
qu’une si belle succession de phénomènes physiques ne chapitre sur ce sujet. Le moteur à induction, aussi
puissent pas se marier avec les supraconducteurs. appelé Superconducting Induction Motor (SCIM) est
comparé au moteur synchrone, High Temperature
Avant de regarder plus en détail les possibilités Superconducting / Permament Magnet motor
offertes, il convient de reprendre les arguments qui (HTS/PM). Il apparait, bien sûr, que tout rotor dans une
furent utilisés pour condamner l’association de cette machine asysnchrone doit se comporter comme un
élément résistif pour autoriser le démarrage de cette sortie de 21 Nm. Les essais à température ambiante ont
machine. Les courants importants qui vont en résulter montré qu’un courant moteur produisant une densité de
sont dommageables pour le bon comportement des courant de 11 A/mm² ne pouvait être dépassé alors
supraconducteurs. Les intensités des courants ou des qu’en condition cryogénique, cette même densité
champs magnétiques résultants de ces courants risquent atteint sans aucun problème 30 A/mm².
d’excéder les paramètres critiques associés aux
matériaux supraconducteurs. Même si ces limitations Les pertes thermiques existent et il faut les prendre
ne sont pas atteintes, il faut garder à l’esprit qu’un en considération… Pour répondre à cette question, les
supraconducteur réel se comporte néanmoins comme chercheurs de la NASA ont tenu compte de
une résistance très faible. En face de courant important, l’environnement du moteur. C’est un moteur qui
des pertes vont apparaitre. Ces pertes doivent être équipera un équipement mobile, il doit être autonome,
compensées par le système de cryogénie. Comme les il ne peut pas compter sur une source d’énergie
contraintes thermiques sont sévères, les rapporteurs extérieure à l’avion. Or la source d’énergie est
conclurent finalement sur l’absence d’urgence à l’énergie produite par des piles à combustible et le
poursuivre les investigations sur les SCIM. Conclusion combustible est de l’hydrogène liquide à 20,2°K.
qui semblait ne pas être remise en cause jusqu’aux Pourquoi ne pas demander à ce combustible de
dernières publications japonaises [51]. réfrigérer le moteur avant d’aller alimenter la pile
(Figure 19). La solution prise par les ingénieurs de la
Envisager la fabrication d’un moteur cryogénique NASA est particulièrement judicieuse. Le moteur,
présentant des pertes joules n’est pas une hérésie… La utilisant des conducteurs classiques, peut fonctionner à
NASA le montre dans l’une de ses réalisations [45]. température ambiante et ainsi assurer une propulsion
L’objectif était de réaliser le moteur assurant la minimale. Pour un avion, c’est primordial.
propulsion d’un avion n’utilisant que l’énergie L’hydrogène présent dans l’avion étant avant tout un
électrique. Le moteur est réalisé à partir de matériaux combustible, il pouvait être utilisé comme réfrigérant
conventionnels. En particulier, les matériaux sans pénaliser le fonctionnement des piles. Il est
conducteurs peuvent être du cuivre ou de l’aluminium. remarquable de constater que cette solution, apparue au
Comme ces deux matériaux seront utilisés à basses début de la conquête spatiale, est toujours utilisée par
températures, leur résistivité va chuter d’un facteur les ingénieurs concevant les tuyères des moteurs
100. Les pertes Joules à évacuer sont d’office principaux des fusées. Les tuyères des moteurs Vulcain
minorées. Dans de telles conditions, la NASA a sont refroidies par l’hydrogène issu des réservoirs
proposé un moteur de 10,6 kW et assurant un couple de avant d’être envoyé dans la chambre de combustion.

La majorité des moteurs présentés sont des moteurs


destinés à des applications mobiles. La source
d’énergie principale est bien sur l’énergie électrique et
la production de cette énergie électrique est très
souvent confiée à des piles à combustible.

Figure-20 : Illustration d’un rotor à cage d’écureuil qui met en avant la

simplicité du réseau de conducteur ayant pour objectif de générer un

champ magnétique en interaction avec le champ magnétique issu du


Figure-19 : Sur cette photo du moteur de la NASA, on peut voir le rotor
stator. (Source : http://fr.wikipedia.org)
submergé par de l’hydrogène liquide qui assure son maintien à basse

température.
Est-il toujours d’actualité de retenir le critère qu’une telle machine peut se comporter comme une
thermique pour définir les structures des futures machine synchrone. En effet, un très faible glissement
machines si les sources froides sont effectivement à provoque une très faible tension induite dans la cage du
proximité ? rotor. Cette cage ayant une résistance très faible, les
courants qui y prennent naissance sont suffisants pour
En conséquence, il est possible de revenir sur la produire le couple mécanique demandé. Comme le
machine asynchrone qui était écartée jusqu’à présent glissement est très faible, il n’y a quasiment pas d’effet
des applications des supraconducteurs. Avoir un stator inductif au rotor. Si le courant qui s’établi au rotor à
AIR-CORE ne remet pas en cause le principe du une fréquence négligeable, la machine asynchrone
champ tournant, seul le rotor va demander une devient quasi-synchrone. Il reste encore le problème du
attention particulière (Fig. 20). Il doit avoir un circuit magnétique au rotor, car il est conservé (Fig.
comportement majoritairement résistif et ne pas 21), il ne produira aucune perte par hystérésis mais
perturber le fonctionnement du stator dont les limitera les niveaux d’induction et ne supprimera pas
conducteurs, qui seront peut-être à l’avenir des les pertes de surface.
supraconducteurs, nécessiteront une température
basse. Le rapport américain sur les machines à Les métallurgistes montrent que si l’on accepte un
supraconducteur prévoyait un rotor purement rotor contenant des matériaux magnétiques, ils finiront
supraconducteur. Cette solution avait été écartée par toujours par limiter les inductions au niveau de
rapport aux trop forts courants associés au démarrage. saturation. Les faibles températures ainsi que le besoin
Les convertisseurs de fréquence peuvent supprimer ce d’isoler thermiquement les parties froides fait que les
problème et donner de nouvelles perspectives au matériaux composites sont utilisés en suppléance de
moteur asynchrone supraconducteur. De plus, il faut l’acier pour la transmission de la puissance mécanique.
que le rotor se comporte comme un élément résistif et Les moteurs actuellement opérationnels restent
non inductif. C’est ce qui se passera si le glissement est finalement d’un aspect conventionnel. Si des
très faible et si les matériaux employés sont des personnalités historiques comme Michail Ossipowitsch
supraconducteurs de type II. Doliwo-Dobrowolski, inventeur du moteur asynchrone
à cage d’écureuil ou Nicolas Tesla reconnaitraient sans
difficulté les divers éléments d’un tel moteur, il serait
assez surpris de voir dans quels matériaux ils sont
Si le courant est contrôlé et que des réalisés, figures 22a et 22b [46] [47] [48].
supraconducteurs de type II sont utilisés, leur faible
niveau de perte en alternatif permet au rotor d’être
assimilé à un élément résistif. L’étude japonaise va
encore bien plus loin dans ce sens car elle montre

(a)

Figure-21 : Synoptique d’un rotor à cage d’écureuil pour machine

asynchrone :
(b)
1) arbre primaire de transmission.
Figure-22 : (a), Vue en coupe d’un moteur à supraconducteur de 5
2) Anneau de court-circuit pour les barres conductrices
MW de la société AMSC. L’absence de circuit magnétique fait que la
3) Matériau magnétique feuilleté : tôles isolées
rigidité du stator doit être obtenue au niveau des bobinages (b). Le
4) Cannelures assurant la liaison mécanique entre l’arbre
stator ne contient pas aujourd’hui de supraconducteur et sa structure
primaire et les tôles magnétiques.
reste encore proche des moteurs conventionnels.
En particulier, la société AMSC a utilisé le fils de [2] C. Michel et B. Raveau, « De nouveaux
Litz pour réaliser les conducteurs du stator. Ce choix supraconducteurs », « Pour la science », Novembre
est justifié par l’importance des courants induits dans 1987, N° 121, pp 102-113.
les conducteurs plongés dans le champ magnétique
[3] J. Baixeras, « Les supraconducteurs, Applications à
élevé du stator à air. Ce genre de conducteur est surtout
l’électronique et à l’électrotechnique », Collection
utilisé en haute fréquence et pour les faibles
Sciences et Techniques de l’Ingénieur, CNRS édition,
puissances. Cet exemple renforce bien l’idée que les
1998.
solutions techniques ne sont pas figées. Les japonais
ont récemment relancés le débat sur la machine [4] “Les composants supraconducteurs à haute température
asynchrone supraconductrice [51], la NASA avec son de Nexans sélectionnés par le Ministère américain de
moteur « froid » montre que les basses températures l'Energie dans le cadre d'un projet de limiteurs de
peuvent être utilisées sans pour autant être associées courant de 12 millions de dollars”, 18/11/2003, Source
aux supraconducteurs [45]. Finalement, bien que ce en ligne : http://www.nexans.com.
thème alimente la littérature scientifique depuis plus de
100 ans, il apparait qu’il va rester encore sous la forme [5] “Premier projet chinois de câble d'énergie
d’un terrain à défricher pour les dizaines d’années à supraconducteur à haute température critique :
venir. Innopower choisit Nexans”, 17/04/2003, Source en
ligne : http://www.nexans.com.
8. Conclusion
[6] Kang-Sik Ryu, Young-Sik Jo et Minwon Park,
“Overview of the development of the advanced power
Les auteurs de cet article travaillent sur les system by the applied superconductivity technologies
machines conventionnelles et recherchent actuellement programme in Korea”, INSTITUTE OF PHYSICS
de nouvelles structures pour réaliser dans les années à PUBLISHING, Supercond. Sci. Technol. 19 (2006)
venir un moteur à supraconducteur. Ils sont ainsi S102–S108.
arrivés à la conclusion que si les premières machines
électriques tournent depuis plus de cents ans ; les [7] « American Superconductor Demonstrates World's
années passées permirent aux ingénieurs de prendre First HTS 5,000-Horsepower Electric Motor Patented,
Ultra-Compact Design Expected to Open New Markets
tout le temps nécessaire pour en explorer les moindres
in Energy Conversion”, 07-18-2001,
détails. A chaque machine est associée des défauts et
http://www.ewire.com.
des qualités. Ils sont aussi associés aux capacités
techniques du moment. Dans le cas de l’association des [8] H. W. Neumüller, W Nick, B Wacker, M Frank, G
supraconducteurs à ces structures ancestrales, les Nerowski, J Frauenhofer, W Rzadki and R Hartig,
premières innovations qui ont permis aux premiers “Advances in and prospects for development of high-
moteurs de tourner ne permettent plus aux moteurs temperature superconductor rotating machines at
supraconducteurs de le faire. L’induit Siemens a Siemens”, INSTITUTE OF PHYSICS PUBLISHING,
montré sa supériorité sur l’induit Gramme, mais la Supercond. Sci. Technol. 19 (2006) S114–S117 15-02-
structure Air-Core du stator des machines 2006.
supraconductrice se rapproche plus de ce dernier.
Finalement, même si les premières machines à [9] G Papst, B B Gamble, A J Rodenbush and R Schöttler,
supraconducteur ont démarré depuis plus d’une “Development of synchronous motors and generators
décennie, elles sont loin d’avoir l’antériorité des with HTS field windings”, Supercond. Sci. Technol. 10
(1997) 924–926.
machines dites conventionnelles et trop peu de temps
s’est écoulé pour conclure sur les structures à
[10] “Converteam prépare le générateur supraconducteur
employer.
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[45] Dr. Gerald V. Brown, “Cryogenic Electric Motor


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