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Introduction

Cette analyse consiste à essayer de comprendre le message de ce Jésus fils de Marie, et comment la
pensée islamique considère ce prophète que les Chrétiens nomment fils de Dieu, et que la tradition
apostolique appelle Dieu.

Je voudrais dans cette analyse, que l’on se familiarise avec la pensée religieuse des musulmans, sur
l’interprétation du message de Jésus. En dernier lieu, il sera intéressant de constater comment
l’Islam présente le Christ et ce que ce prophète représente dans l’eschatologie de l’Islam.

Panorama de certaines communautés


Sémites dans la péninsule Arabique

On retrouve en Arabie, des colonies juives et chrétiennes très prospères. Elles se trouvaient à
Médine, ville sainte qui servit de refuge à Mahomet en 622, aussi dans le sud, Yémen, qui subit vers
le V1 siècle une invasion Abyssinique inspirée probablement par Byzance. Beaucoup de tribus
nomades étaient chrétiennes et d’inspiration Nestorienne,( fondé par Nestorius, il fut déposé par le
concile d’Esphèse en 431. Nestorius distinguait deux personnes en Jésus-Christ.) On retrouve
certaines tribus comme les Ghassanides, les Lakmides, les Taghlibites, les Banoûkalp ; même
fameux poètes Imroulgaïs, comme Nabigha Dhabyani étaient chrétiens. À la Mekke, on pouvait y
retrouver beaucoup de chrétiens mekkois ou étrangers.
À Mekka existait un esprit curieux ou on pouvait facilement trouver des juifs et des Chrétiens qui ne
demandaient qu’à proclamer leur foi, mais très souvent, ces petits groupes appartenaient à des
communautés qui se considéraient les unes envers les autres comme hérétiques. Il n’y avait aucune
base ecclésiale ou théologique stable.
Il faut aussi tenir compte que le christianisme de cette époque était aussi influencé par le Babylonien
Mani ( 216-277) qui fonda une nouvelle religion, le manichéisme, et qui prétendait être la suite de
tous les prophètes « Mani » l’envoyé de Dieu. Les manichéens avaient eux-mêmes hérité leurs
croyances de certaines sectes chrétiennes hérétiques et de certaines conceptions dualistes
empruntées au zoroastrisme et au bouddhisme.

On retrouve dans aussi dans le monde Arabique d’autres individus qui vivaient retirés dans la
méditation et l’ascétisme. Ils croyaient en un dieu unique, mais n’étaient ni juifs ni chrétiens
(Hanif). Avant même les premières révélations du Coran, Muhammad aura sans doute des contacts
avec certains adeptes de ces divers groupes religieux. 1 ( l’Islam et les musulmans)

Éclaircissement sur le Jésus de l’Islam

Nous retrouvons dans la pensée musulmane un Jésus que les musulmans considèrent comme
prophète, et comme celui qui à pour mission de préparer la venue de Muhammad. Ce Jésus de
l’Islam se distingue totalement de la vision chrétienne qui fait de Jésus, Dieu. L’Islam s’est
farouchement opposé au christianisme qui fait de Jésus le fils de Dieu. Néanmoins et à coup sûr
contre la doctrine chrétienne de la divinité du Christ et de l’incarnation. De nombreux versets du
Coran affirment avec force qu’il n’est qu’un prophète et que les prophètes ne sont que des hommes.
C’est dire qu’il est une pure créature et que la façon de le créer, pour extraordinaire qu’elle soit, ne
lui confère aucun privilège. 2 (Jésus fils de Marie)

Précision : l’Islam reconnaît la nativité du Christ selon la tradition chrétienne. « Et évoque Marie,
fille de Imran qui avait gardé inviolée l’organe de son sexe, alors nous lui avons insufflé de notre
esprit » (s 21 verset 91 » 3 ( Le Coran)

L’Islam se justifie en disant : « Adam, qui à été crée du limon de la terre, sans père ni mère, n’est
rien de plus qu’un homme. Dieu est la cause première de toute création, c’est-à-dire, la cause
réelle. Un être n’est pas supérieur à un autre parce qu’il sort directement des mains de Dieu ». 4 (
Jésus prophète de l’Islam)

Dans la pensée musulmane, Jésus est considéré comme Mustafa, ce qui veut dire élu de Dieu. Il est
l’envoyé de Dieu, celui qui vient parler de la grandeur de Dieu, de la soumission à Allah : En
d’autres mots. Jésus et ses disciples sont les premiers musulmans. Voici ce que dit le Coran :
« Quand Jésus sentit l’infidélité qui était la leur, il dit : Quels seront mes auxiliaires (ansar) sur la
voie vers Dieu ? Les apôtres répondirent, nous sommes les auxiliaires de Dieu, nous nous croyons
en Dieu, atteste que nous sommes musulmans » Soumis à Dieu. 5 ( Le Coran)

Je crois que pour bien saisir l’importance de Jésus dans l’Islam, le lecteur de culture chrétienne se
doit de laisser de côté ses concepts judéo-chrétiens et être attentif à l’idée que le Jésus du Coran est
avant tout musulman, et qu’il y a toute une tradition pour confirmer les 84 versets du Coran qui font
mention de Jésus et de Marie. Cette tradition se nomme les Hadiths.

Hadith : Tradition orale, qui à soin de remonter de façon continue, d’informateur en informateur,
jusqu’à celui a entendu de ses oreilles les paroles du prophète. Cette tradition est vitale pour les
exégètes et théologiens du Coran. C’est ce qui permet à l’Islam de traverser l’histoire en gardant la
révélation de Muhammad le plus fidèlement possible. 6 ( Jésus prophète de L’Islam)

Famille de Imran

Qu’elle est donc cette famille ?

Le Coran ne nous révèle rien sur la famille de Imran, sinon que Marie en fait partie. Une sourate du
Coran nous dit : « Quand la femme de Imran dit : Seigneur je te voue ce qui est en mon sein comme
consacré à ton service ». 7 ( Le Coran) Pour les musulmans, ce texte désigne la mère de Marie que
la tradition chrétienne appelle Anne, et cette Anne aurait pour époux non pas joachin, comme le dit
la tradition chrétienne, mais Imran. La famille de Imran serait donc celle du père de Marie. Et ça
c’est important pour l’Islam de bien définir la généalogie du prophète d’Israël.

Généalogie

Voyons maintenant la généalogie de Jésus prophète de l’Islam selon les Hadiths.

Voici ce que disent les Hadiths sur la généalogie de Imran, l’époux de la mère de Marie. « Imran,
fils de Yasbham (Josias ?), fils d’Amun (Amos), fils de Manasha (Manassé), fils de Hazaqiya
(Ezechias), fils de Ahzig (Achaz), fils de Yutham (Joathan), fils de Azariya (Ozia), fils de Yaram
(Joram), fils de Yahfashat (Josaphat), fils de d’Asabir (Asa), fils d’Abia (Abias), fils de Rabba’am
(Roboam), fils de Salomon, fils de David. »

Cette généalogie se rapproche de celle de l’évangile de Matthieu. Ce qui donna certaines difficultés
aux exégètes musulmans. Pour bons nombres d’exégètes musulmans, la généalogie reste malgré
tout fragile, on retrouve l’existence de deux Imran, le père de Moïse et celui de Marie, et cela avec
mille huit cent ans de différence.
Il faut aussi reconnaître que les exégètes s’accordent tous pour dire que Jésus est descendant de
Jacob, et donc d’Isaac, tandis que Muhammad est un fils d’Ismaël. 8 ( Jésus prophète)

Naissance de Marie

Tabari et Qurtubi nous relatent les faits de la naissance de Marie. (Tabari : Historien et exégète
Perses du Coran qui vécut aux 9 siècles. Qurtubi : ( 1214-1273) savant sunnite appartenant à l’école
Malékite). Voici ce qu’ils nous disent de la naissance de Marie. Selon la tradition Anne qui était une
femme stérile fut émue par le spectacle d’un oiseau qui abecquait ses petits. Elle demanda au
Seigneur de lui offrir un enfant, disant que si elle était exaucée, elle le consacrerait à Dieu. Le vœu
d’Anne fut exaucé par le Seigneur, mais la naissance consacrée fut celle d’une fille. Anne pensait en
faisant ce vœu qu’elle aurait un garçon, car seuls les enfants mâles pouvaient être consacrés au
temple. Anne fut déçue de ne pas pouvoir consacrer son enfant, une sourate du Coran nous relate
l’événement, « Et quand elle a accouché d’un enfant du sexe féminin, elle dit Seigneur, voici que
j’ai mis au monde une fille, or Dieu savait mieux que personne de quoi elle avait accouché. » 9 ( Le
Coran)
Toujours selon la tradition (les hadiths), Zacharie qui était prêtre du temple d’Israël recueillit Marie
dans sa demeure, car sa cousine Anne, la mère de Marie, était morte peu de temps après la naissance
de Marie. Zacharie l’éleva jusqu’à ce qu’elle puisse entrer au temple.

Marie a-t-elle servie au temple ?

Selon la loi juive, une femme ne pouvait servir au temple, mais il y a un verset du Coran qui dit que
Marie était dans le lieu saint. « Or, chaque fois que Zacharie entrait dans le Mithrab pour aller la
voir, il trouvait près d’elle une ration de vivre ». 10 ( Le Coran)

Précision : Mithrab signifie lieu de prière.

Nous sommes en présence d’un problème. Le Coran dit que Marie fut admise dans le Mithrab quand
on sait qu’il était totalement interdit aux femmes d’y pénétrer. Les exégètes musulmans tendent à
démontrer que peut-être le Mithrab de Marie pouvait être une pièce servant d’oratoire, soit dans le
temple, ou tout près à l’extérieur du temple. Les exégètes musulmans vont tout faire pour essayer de
trouver un hadith qui colle avec ce verset du Coran, car la parole de Dieu ne peu pas se tromper.

L’annonce faite a Marie

Dans beaucoup de hadiths, on relate que Marie fut visitée par un ange et que cet ange était
probablement Gabriel. « Il lui annonça : O Marie, voici que Dieu t’annonce la bonne nouvelle
d’une parole venant de lui. Son nom est le messie, fils de Marie. » 11 ( Le Coran)

On constate ici le rapprochement de ce verset du Coran à celui de l’évangile de Jean ou il est dit : «
Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu ».12 ( La
Bible)
Continuons le récit de la nativité, l’ange souffla, selon la tradition, soit dans la manche de Marie, ou
sur la bouche, et aussitôt, elle fut enfantée par la toute puissance d’Allah.

La nativité

Toujours selon la tradition, Marie, par peur d’être accusé de prostituée car elle était enceinte et sans
mari, devait quitter son pays. Elle avait un cousin appelé Joseph le charpentier à qui Dieu révéla de
sortir de son pays et de s’éloigner de son peuple pour qu’on ne nette pas l’enfant à mort. Joseph
conduisit Marie en Egypte à dos d’âne. En arrivant en Égypte, Marie fut saisie des douleurs de
l’enfantement, et Joseph la conduit près d’un palmier, et c’est là qu’elle mit l’enfant au monde.

L’enfance du christ

Sur l’enfance du christ, le Coran dit très peu de chose, mais les légendes ne manquent pas en Orient.
Elle nous relate toutes sortes de témoignages sur l’enfance surnaturelle du christ. Mais laissons faire
les légendes et voyons plutôt ce que dit le Coran. Il nous parle de deux miracles que le christ aurait
effectués, mais les données historiques sont minces et les exégètes musulmans, pour confirmer
encore une fois le Coran, ont dû se rapporter aux évangiles apocryphes, qui eux, comme par hasard,
relatent les mêmes faits. Le Coran nous parle d’un miracle que Jésus aurait effectué : (s 3,44) « je
vais faire pour vous, avec de la glaise quelque chose qui aura comme l’aspect extérieur des
oiseaux. Alors je soufflerai dessus, et cela deviendra un oiseau avec la permission de Dieu. » 13
( Le Coran) Cette citation du Coran, on peut la retrouver d’une manière quasi identique au niveau du
sens, dans les évangiles de l’enfance. ( Écrit quelques siècles avant. D’autres hadiths, qui sont peut-
être eux aussi tirés des apocryphes, ( Textes non inspirés, non reconnus par la tradition apostolique)
nous démontrent Jésus bavardant avec ses amis, et prédisant à ses camarades ce que faisaient leurs
parents, ce qu’ils leur cachaient et ce qu’ils mangeaient. 14 (Jésus prophète)

La vie publique du christ

Mission du christ

Les données coraniques sur le message du christ ne sont pas nombreuses. C’est plutôt la tradition
(hadith) qui nous révèle sa vie publique. Roger Arnauld, dans son livre : Jésus fils de Marie,
prophète d l’Islam. Nous fait constater que la plupart des prophètes ou envoyer de Dieu ont à peu
près la même mission. Il nous dit : « Tandis que la révélation faite à Muhammad abrogeait les lois
précédentes. Il était inutile que le Coran s’étende sur la loi de Jésus ». 15 ( Jésus prophète)
Car pour Muhammad, le message du christ n’était pas universel, mais s’adressait uniquement à son
peuple, Israël. Il y a un verset ou il est dit : « Dis, nous croyons en dieu et en ce qu’on à fait
descendre sur nous, en ce qu’on à fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les tribus ; et
ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes de la part du Seigneur. Nous ne faisons de
différence entre aucun d’eux. » 16 (Jésus prophète) Ce verset nous indique que l’Islam accepte tous
les prophètes, au contraire des juifs, qui eux refusent celui du Christ, et des Chrétiens qui refusent
celui de Muhammad. Mais ce que l’Islam oublie de dire, c’est qu’il accepte ces prophètes en autant
qu’ils puissent s’incorporer dans la pensée musulmane et justifier la présence de l’Islam.
On retrouve dans la tradition coranique des récits plus ou moins étranges. Ce Jésus que l’Islam nous
fait connaître, ressemble plus à un magicien qu’à un prophète. Certains commentateurs, comme
Tabara et Razi, nous rapportent certains récits très étranges, ou Jésus fait apparaître de la nourriture
et du vin à la demande de sa mère. Étrange ressemblance avec les noces de Cana des évangiles.
Un autre récit nous dit que le Christ fait égorger un mouton et qu’une fois mangée, Jésus jeta les os
dans la peau et dit : « Lève-toi avec la permission de Dieu.», Ne sommes-nous pas ici en présence
de la même symbolique que l’on retrouve dans l’évangile, La résurrection de Lazare.
Ce qui est étrange dans ses récits est le fait que Jésus soit présenté comme un homme à qui Dieu
accorde tout ce qu’il veut sur sa simple prière, afin qu’il puisse amener les hommes à croire en sa
mission de prophète. Ma question est, pourquoi devant un homme qui fait tant de merveilles, son
message est-il refusé, et lui condamné par les juifs ? J’ai une hypothèse, car dans cette sacralisation
du Christ par le Coran et la tradition Islamique, une raison idéologique se cache et je vais tenter de
la l’approfondir dans ma conclusion. ( Pour plus d’informations : Voir Jésus fils de l’Islam, p. 144 à
170).

Les apôtres

Le mot arabe qui désigne apôtre est al-hawariyyum, au singulier al-hawai. Ce qui signifie, ce qu’il
y a de plus pur. Hawariyym, dans la tradition Islamique, sont les meilleurs amis (sifwa) des
prophètes, ce sont des hommes purs qui confessent la vérité. Ainsi donc, Jésus avait ses hawariyyms
au nombre de douze. On peut retrouver 3 ou 4 récits qui nous mentionnent le choix des apôtres que
Jésus à fait ; mais il y a un récit qui me semble intéressant, celui de Al-Qaffal.

Dans ce récit, il nous est dit ; que Jésus aurait recruté ses apôtres dans un festin. Un roi donna un
festin et Jésus s’y trouvait. Le plat de nourriture de Jésus ne se vidait pas. Le roi fut mis au courant,
et il fut tellement surpris par cet homme, que le roi demanda la permission à Jésus de le suivre.
Alors il renonça à son royaume, et suivit Jésus avec toute a maison. « Ce sont là les apôtres, les
purs qui ont tout laissé pour s’attacher à Jésus, l’envoyé de Dieu » 17 (voir : Jésus fils de Marie, p.
172) Le récit nous dit, que le roi suivit Jésus avec toute sa maison. Ce récit me semble fragile
confronté à la réalité historique du temps de Jésus. En Palestine au temps de Jésus, il n’y avait qu’un
roi issu de la dynastie des Hérode. Selon moi ce récit devrait être compris comme une adaptation
fort ingénieuse de la réalité géographique du monde Arabique, ou les royaumes étaient tous des
clans différents.

L’élévation de Jésus au ciel

La crucifixion
« Nous les avons maudits pour avoir dit, nous avons tué le Messie, Jésus fils de Marie, l’envoyé de
Dieu, or ils ne l’ont pas tué et ils ne l’ont pas crucifié, mais une ressemblance s’offre à leurs yeux. »
(Jésus fils de Marie, p. 188 à 199). Selon les évangiles, suivi par la tradition chrétienne, Jésus aurait
été trahis par son peuple, les enfants d’Israël se servirent de la ruse pour mettre Jésus à mort. Mais le
Coran nous dit : « Dieu rusa aussi, car il est le meilleur en fait de ruse. » 18 (s.3,55)
Contrairement à ce que prétendent les Chrétiens, Le Jésus, dans la pensée musulmane, n’a pas été
tué ou mis en croix. Les témoins de l’époque ont cru voir le Christ crucifié, mais ce n’était pas
réellement lui. Ce qu’ils ont vu, ce n’était qu’une apparence. Car Dieu selon les musulmans a élevé
Jésus à lui. Allah a préservé le prophète de la mort. Le fait que Dieu sauve Jésus de la mort se situe
très bien dans la pensée islamique. Car ils nous est dit dans la tradition, que Dieu intervient
continuellement pour sauver ses prophètes. Quand les prophètes sont dangereusement exposés aux
ennemis, Dieu les sauve toujours. Et si Jésus est un prophète de l’Islam, il devrait en être de même
pour lui. Cette thèse que les commentateurs musulmans soutiennent du fait que le Christ n’est pas
mort en croix. R. Blachère, historien des religions et spécialiste du Coran, affirme que cette thèse est
d’origine gnostique. Il souligne que vers 130 après JC, Les disciples de Basilide, secte gnostique
disaient que Simon de Cyrène avait été mis à mort au lieu de Jésus.
Il y aurait un sérieux travail d’exégèse à faire. Mais étant donné la situation actuelle il est fort à
parier que les études critiques du Coran ne sont pas à l’ordre du jour.

Jésus et la fin des temps

On peut retracer dans la tradition coranique, un discours eschatologique qui relie la fin des temps et
le retour du Christ comme arbitre envoyé pour répandre la justice. Il est dit : « Il n’y aura personne
en vérité, parmi les gens du livre (Juifs et chrétiens), qui ne vienne à croire en lui (Jésus) avant sa
mort. Et au jour de la résurrection, Jésus sera témoin contre eux. » (s 4, 159)
Ainsi, les juifs qui ont refusé Jésus, et les Chrétiens qui ont fait de lui fils de Dieu, croiront en lui
comme un authentique prophète de l’Islam. Dans une telle perspective pour un musulman, ce sont
les juifs et les Chrétiens qui se sont égarés. C’est pourquoi le retour du Christ marquera le retour à
l’unité première de la foi des croyants à l’Islam.

Jésus selon le mystique Ibn’Araht

Le Christ est le sceau de la sainteté des ami(e)s de Dieu, nous dit Ibn’Araht, il est un modèle de vie
en union profonde avec Dieu. Il poursuit en disant ; que même si le Coran donne la loi et les moyens
nécessaires pour connaître Dieu, il nous fait quand même connaître le Christ et nous le montre
comme un signe et un exemple dont le but et sa mission a été d’annoncer Muhammad. (Voir : Jésus
prophète de l’Islam, p. 205 à 210).

Conclusion

En Arabie, Muhammad fut probablement en lien surtout pour des considérations économiques (le
commerce de caravanier), en rapport avec les Chrétiens ou Najran, qui étaient fortement influencés
par le monophysisme. Les monophysites affirment que le fils n’a qu’une seule nature et qu’elle est
divine. Bien évidemment, l’Islam rejettera la nature divine de Jésus, mais là, n’est pas mon propos,
ce qu’il faut retenir c’est que Muhammad, est probablement bien conscient des enjeux théologiques
du 6 siècle. Il faut aussi souligner que Muhammad et ses disciples furent en rapport avec le royaume
Arabe des Ghassanides, qui eux étaient Chrétiens monophysites. Puis il y a les différents voyages de
commerce qu’effectuas Muhammad à travers l’Arabie. Il eut certainement des contactes avec les
différentes sectes d’obédience Chrétienne. Beaucoup de légendes nous rapportent des conversations
du prophète avec des moines Chrétiens.
Pour bien saisir l’importance de Jésus dans la pensée musulmane, il faut être en mesure de
comprendre que l’Islam vit le jour 600 ans après J.C, et que son territoire était fréquenté par des
marchants de différentes cultures et de différentes religions. Puis que dire de l’influence Chrétienne
d’Éthiopie, du Yémen et d’Égypte qui étaient considérable dans ces territoires de relais que
constituaient La Mekka et Médine. Même si le Christ dans l’Islam semble occuper une place
considérable et un statut de prophète très particulier, on a pu voir, que le Christ de l’Islam n’est pas
du tout le même que celui enseigné par le Christianisme. Ce Jésus musulman est un prophète qui
s’incorpore dans la pensée Arabe et parle son langage, soit celui du Coran, et non le langage des
enfants d’Israël. En d‘autres mots, ce prophète juif qu’est Jésus ressemble plus à un sayyid du
désert qu’à un juif.
Même si le Coran ne reconnaît pas le Christ comme messie, au sens Chrétien, ce qui est étrange,
c’est qu’il le reconnaisse comme messie des juifs. Interprétation certes délicate mais essentielle,
l’Islam doit se justifier à l’égard d ‘Israël, en accusant le peuple juif d’avoir refusé le message du fils
de Marie, envoyé par Allah. Il récupère le Christ, car ce personnage détient un rôle stratégique pour
la justification du prophète de la révélation. Car Muhammad se situe dans cette lignée qu’est le
prophétisme, et de ce fait même, il ne peut ignorer la tradition juive. Elle lui est essentielle pour
l’avenir de l’Islam, car il doit faire face à deux religions monothéistes et qui se disent elles aussi,
religions révélées. Il a donc intérêt à se situer entre le judaïsme et le christianisme. Premièrement,
entre le judaïsme qui peut le justifier dans sa mission prophétique, et entre le christianisme, comme
réponse à l’attente eschatologique. ( Pour les Chrétiens, la révélation dernière de la fin des temps).
Est c’est ainsi que Muhammad se situe dans un contexte historique favorable à l’épanouissement de
l’Islam. Cette ère fut l’ère du gnosticisme. Eh oui, l’Islam n’est pas seulement le fruit du
nationalisme Arabe, mais aussi le fruit de la gnose qui a déchiré le christianisme de cette époque. On
a pu voir l’influence quasi omniprésente des différentes hérésies et mouvement gnostiques chrétiens
du 6 siècles ; et cette influence est si manifeste que pratiquement tous les hadiths, qui nous
explicitent la praxis de Jésus, tiennent leur source des apocryphes. Il est rare que des exégètes
musulmans se servent des évangiles canoniques, car ils les considèrent comme faux. Et accuse les
Chrétiens de falsification, et certains vont jusqu’à dire, que les évangiles ont été crée par les
premiers Chrétiens.

Bibliographie

L’islam et les musulmans,


Jean-René Milot
Ed. Fides

Mahomet
Maxime Rodinson
coll. Le point

Mahomet et la tradition islamique


Emile Dermenghen
coll. Maîtres spirituels

Jésus fils de Marie, prophète de l’Islam


Jésus et Jésus-Christ
Roger Arnaldez
Desclée

Le prophète de Mahomet
R. Blachère
Paris, 1952, Edition, Paris 1959

La Bible
L’école biblique de Jérusalem
edition du cerf, Paris 1961

Le Coran
Gallimard 1980