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Le système immunitaire permet d'assurer la défense des organismes vertébrés contre


l'invasion de micro-organismes (tels les bactéries et virus par exemple). Parmi les
différents types de défense possibles, l'immunité adaptative fait intervenir, en particulier,
les anticorps qui reconnaissent spécifiquement un antigène donné. Cette reconnaissance
conduit ultérieurement à l'élimination de l'antigène.
Les ADNc obtenus à partir d'hybridomes sont utilisés pour le clonage de fragments
d'anticorps recombinants variés. La structure modulaire des anticorps permet leur clonage
sous forme de fragments fonctionnels de dimension réduite, qui peuvent aussi être
remaniés pour créer de nouveaux fragments de spécificités variables.
Les fragments Fvs sont les plus petites entités capables de lier l'antigène ( figure 18 A).
Elles sont constituées par les deux modules variables VH et VL assemblés sous forme
fonctionnelle, et interagissent de façon monovalente avec leur antigène. Mais il est
difficile de les produire à partir de la protéolyse d'immunoglobulines intactes, et leur
assemblage in vitro n'est pas toujours aisé. Les fragments Fabs sont assez facilement
obtenus à partir de la digestion d'immunoglobulines complètes à l'aide de la papaïne.
Le fragment scFv est équivalent au fragment Fv, et inclut un peptide de liaison (5 à 25
résidus) qui relie artificiellement les modules VH et VL ( figure 18 A). Ce peptide relie la
partie C-terminale d'un module V avec la partie N-terminale de l'autre module V. Deux
configurations de scFv sont donc possibles : (i) l'enchaînement VL-peptide-VH et (ii)
l'enchaînement VH-peptide-VL. Le peptide de liaison sépare généralement les modules V
d'une distance minimale de 3.5Å. Le peptide de liaison le plus classique est (Gly4Ser)3
(Ref84 ), mais d'autres séquences sont également utilisées (Ref4 ). Les scFvs retiennent
généralement la même affinité que leur fragment Fv parental (Ref82 ). Du fait de leur
petite taille, ils présentent des propriétés pharmacocinétiques particulières et pénètrent
mieux dans les tumeurs in vivo (Ref157 ). Dans les cas les plus favorables, les fragments
scFvs et Fabs peuvent être produits jusqu'à des concentrations atteignant 1g/l en utilisant
des fermenteurs (Ref151 ).

L'utilisation de fragments d'anticorps de taille réduite et d'affinité élevée est recherchée pour le
ciblage in vivo des tumeurs. En effet, les Igs entières possèdent une taille trop importante pour
permettre une pénétration efficace des tumeurs. Par contre, les fragments monovalents
possèdent des affinités relativement réduites dues à leur site unique de liaison. L'augmentation
de la valence des fragments d'anticorps permet d'accroître leur affinité grâce au phénomène
d'avidité. Dans les scFvs, la longueur du peptide de liaison a une influence sur leur état
d'oligomérisation, sans qu'il ne soit possible de prédire cet effet (Ref106 ). Des peptides de
liaison de 5 à 10 résidus permettent la formation de fragments bivalents ( figure 18 B), grâce à
des couplages VL-VH intermoléculaires, appelés " bi-anticorps " (Ref77 ) (Ref83 ). Les fragments
Fvs peuvent parfois former des trimères non covalents appelés " tri-anticorps " possédant 3 sites
de liaison fonctionnels pour l'antigène (Ref83 ) (Ref85 )
De nombreuses applications diagnostiques nécessitent des réactifs de spécificité multiples.
L'obtention de " bi-anticorps " bispécifiques est réalisée grâce à l'utilisation de scFvs formés de
modules VL et VH dirigés contre des antigènes différents, impliquant la formation
d'hétérodimères entre les deux molécules de scFv (Ref152 ). L'utilisation de motifs " leucine
ãipper " fusionnés à des scFvs induit l'assemblage de mini-anticorps, qui peuvent être
bispécifiques (Ref131 ) (Ref152 ). La valence des mini-anticorps peut être augmentée grâce à
l'utilisation d'un nombre plus important de motifs " leucine ãipper " (Ref152 ).
Une des principales utilisations de fragments d'anticorps bispécifiques est la génération
d'immunotoxines. Ce sont des protéines chimériques comportant un fragment Fv ou Fab
fusionné à une toxine (Ref66 ). Ces molécules possèdent la propriété d'être des agents
thérapeutiques, notamment contre les tumeurs (Ref162 ) : le fragment d'anticorps d'une
cytotoxine sert au ciblage et la partie toxine est le composant cytotoxique. Les progrès réalisés
ces dernières années ont consisté à (i) réduire l'immunogénicité des immunotoxines, en utilisant
des fragments d'anticorps humanisés (voir paragraphe suivant) et (ii) sélectionner des toxines
ou des fragments de toxine suffisamment efficaces pour détruire les tumeurs, sans être trop
toxiques pour une utilisation en thérapie.