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L'organisation du texte argumentatif

Le texte argumentatif a pour but de soutenir une thèse (thèse proposée) et d'invalider la
thèse adverse (thèse rejetée). Dans l'un et l'autre cas, les thèses s'articulent autour d'un certain
nombre d'arguments, eux-mêmes soutenus par des exemples. Il vous faut avant tout
apprendre à distinguer la nature de l'argument (qui fait état d'une opinion) de celle de l'exemple
(qui présente un fait).

EXERCICE 1 : ARGUMENTS ET EXEMPLES


Soit la thèse suivante :

Constatant la solitude et la fermeture à l'autre propres aux grandes villes modernes, Michel
Tournier écrit :
"Nous vivons enfermés dans une cage de verre"(Le vent Paraclet, © Gallimard).

Voici une liste de propositions dont certaines sont des arguments, d'autres des exemples.
Les unes sont favorables à la thèse de Michel Tournier, les autres défavorables :

A - la cellule sociale traditionnelle a été modifiée par l'urbanisation


B - les campagnes du Téléthon ou de la lutte contre le cancer attestent la solidarité de l'opinion
C - la vie culturelle contemporaine est marquée par un certain regain de la fête collective
D - certaines techniques modernes ont favorisé la solitude
E - certains immeubles, certains quartiers se donnent des structures de gestion collective
F - la peur de l'agression dans les cités peu sûres emmure les gens chez eux
G - les loisirs bénéficient de plus en plus d'une politique collective
H - chaque été, les festivals drainent des foules importantes qu'attirent autant l'intérêt culturel
que la communion collective
I - les villages se meurent, les quartiers ont du mal à rester vivants en raison de la vogue de la
maison individuelle
J - on assiste de plus en plus à un grand élan caritatif
K - la hantise de certains fléaux épidémiques compromet la communication
L - une personne agressée dans la rue est très rarement secourue par les passants
M - les mœurs françaises sont marquées par le goût de l'association
N - dans la panoplie des phobies, celle du Sida progresse de manière inquiétante aux dires des
psychologues
O - lnternet, le courrier électronique, le "chat" entraînent une communication virtuelle
P - les clubs de vacances obtiennent de plus en plus de succès.

• Redonnez aux arguments les exemples qui les valideraient (réunissez les deux lettres
en commençant par l'argument : ainsi A/I). Rangez les couples ainsi obtenus dans le
tableau suivant :

Arguments/exemples étayant la thèse Arguments/exemples réfutant la thèse


proposée proposée

CORRIGÉ

ARGUMENTS ÉTAYANT LA THÈSE : ARGUMENTS RÉFUTANT LA THÈSE :

1
A/I C/H
D/O G/P
F/L J/B
K/N M/E

EXERCICE 2 : LES TYPES D'ARGUMENTS


Une thèse peut être soutenue d'arguments de nature diverse. On peut distinguer deux
catégories :

• ceux qui sont fondés sur l'expérience : ils tirent alors leur validité du réel et persuadent
le récepteur par les éléments référentiels qu'il peut connaître et confirmer.
C'est le cas de l'argument d'autorité, qui s'appuie sur une citation, ou sur une opinion
dont on souligne la valeur communément admise. C'est le cas aussi de l'exemple
argumentatif, qui donne à l'exemple une portée générale.
Exemples :
- un argument d'autorité : La sédentarisation grandissante de l'humanité dans les villes
est, comme l'a montré Michel Tournier, un signe de la guerre ancestrale qu'elle a
toujours menée contre les nomades.
- un exemple argumentatif : Il suffit de regarder les cages bétonnées que sont devenus
les grands ensembles pour douter qu'ici s'installe vraiment une communication
chaleureuse.
• ceux qui sont fondés sur la logique : ils tirent leur validité de leur aspect rationnel et
convainquent le lecteur par l'adhésion intellectuelle.
C'est le cas de l'argument par déduction, qui tire une conséquence logique d'une cause
générale (l'argument par induction effectue la démarche inverse, remontant de la
manifestation concrète au principe général). C'est le cas aussi de l'argument par
analogie, qui, pour établir un phénomène, le rapproche d'un autre qui lui est apparenté.
Exemples :
- un argument par déduction : L'humanité s'est toujours épanouie dans la communauté
et, pour cela, les hommes ont recherché les concentrations urbaines, quitte à souffrir
de leur pléthore. Pourquoi aujourd'hui en serait-il autrement?
- un argument par analogie : Il est aussi vain de stigmatiser la ville moderne que de
regretter perpétuellement la disparition d'un prétendu âge d'or.

Vous trouverez ci-dessous une liste d'arguments. Distinguez les arguments fondés
sur l'expérience de ceux qui sont fondés sur la logique. Dans le tableau ainsi
constitué, rangez les types d'arguments que nous venons de présenter.

1. La limite à la liberté de l'individu est l'atteinte à la liberté d'autrui. Nul ne doit parler à
son voisin pendant un spectacle.
2. Il n'y a pas de bulles dans les fruits. Alors il n'y a pas de bulles dans Banga.
3. Au XVI° siècle, on n'a nullement douté que l'humanité fût en progrès, mais fort peu
de gens ont pris conscience que ce progrès se faisait en rétablissant l'esclavage et
que, par conséquent, un pas en avant ici peut se payer d'un recul ailleurs.
4. La nuit a certainement une influence très grande sur les peines morales, puisqu'elle
en a sur les peines physiques.
5. Le respect d'autrui est un devoir universel auquel ont souscrit tous les peuples.
6. Le plaisir même du comique étant fondé sur un vice du cœur humain, c'est une
suite de ce principe que plus la comédie est agréable et parfaite, plus son effet est
funeste aux mœurs.
7. Il fallut que Colomb partît avec des fous pour découvrir l'Amérique, et voyez comme

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cette folie a pris corps et duré.
8. L'ère du multimédia est en train de réaliser, comme le prédisait McLuhan, un
véritable village planétaire.

Arguments fondés sur l'expérience Arguments fondés sur la logique


arguments d'autorité : n° arguments par déduction : n°

exemples argumentatifs : n° arguments par analogie : n°

CORRIGÉ

ARGUMENTS FONDÉS SUR L'EXPÉRIENCE : ARGUMENTS FONDÉS SUR LA LOGIQUE :

arguments d'autorité : 1 - 5 - 8 arguments par déduction : 2 - 6

exemples argumentatifs : 3 - 7 argument par analogie : 4

EXERCICE 3 : LES RELATIONS LOGIQUES


Pour convaincre, le texte argumentatif se doit d'être soigneusement structuré. Que ce soit
dans la communication orale ou écrite, la clarté des relations entre les différents arguments
permet au récepteur de suivre le fil du discours et d'adhérer à sa progression. Vous trouverez
dans le tableau ci-dessous les mots de liaison (ou "connecteurs logiques") rangés autour des
quatre relations principales qui peuvent s'instaurer entre les arguments:

RELATIONS PROGRESSION SUIVIE PAR


MOTS DE LIAISON
LOGIQUES L'AUTEUR
L'auteur justifie l'argument
CAUSE EN EFFET - CAR - ...
précédent
L'auteur déduit un argument de son
CONSÉQUENCE AINSI - DONC - C'EST POURQUOI - ...
argument précédent
L'auteur nuance ou réfute l'argument MAIS - EN REVANCHE - POURTANT-
OPPOSITION
précédent CEPENDANT - OR ...
D'ABORD - ENSUITE - EN OUTRE -
ADDITION L'auteur établit une liste d'arguments
ENFIN ...

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Alfred Biedermann. L'esprit romantique de la Complétez le résumé du texte ci-contre par
jeunesse actuelle. les mots de liaison (cases encadrées) ou les
(Le Romantisme européen, 1972). mots-clés (espaces blancs).

Il est dans les lettres et les arts des écoles qui ne


survivent guère aux générations qui leur ont donné Bien des artistiques et
naissance - faute, sans doute, d'une universalité, d'une
littéraires restent , faute d'avoir
profondeur humaine qui les auraient mises à l'abri du
trouvé une audience assez large ou d'avoir
temps : ainsi le symbolisme en France,
l'expressionnisme en Allemagne, qui, pourtant, ont eu su leur temps.
leur moment de vogue européenne. Aucun de ces
mouvements ne s'est imposé comme ferment de Le lui, s'est toujours imposé
renouvellement à travers les mutations périodiques de comme référence auprès de tous les
l'esprit européen. Le romantisme, par contre, n'a cessé
d'agir au cours des époques qui l'ont suivi comme .
provocation ou repoussoir sur ceux qui cherchaient, dans Traînant autrefois des connotations
les arts et les lettres, à frayer la voie vers des horizons en raison de son , il
nouveaux. Naguère, on affublait ironiquement de
l'étiquette romantique toute attitude contraire au souci est revendiqué aujourd'hui par la
primordial de réalisme et de raison pratique. qui y reconnaît, dans des formes
Aujourd'hui, la jeunesse se réclame volontiers d'une
sorte de néoromantisme. La critique incisive du progrès , son refus du et
technique, de ses objectifs strictement utilitaires et la
peur de se trouver asservi à une civilisation industrielle son souci des valeurs .
mondiale, avec ses rechutes dans la barbarie et son On reconnaît la volonté salubre
insouciance du bonheur et de la vie de l'âme, tout cela a
ramené l'attention vers les aspirations de l'âge sous ses allures de ne pas se
romantique. Non pas, certes, pour les restaurer dans leurs
formes historiques; rien n'est plus périmé aujourd'hui laisser dans les valeurs
que les mièvreries sentimentales de 1830; mais certaines
attitudes d'esprit typiques du romantisme resurgissent des aînés.
actuellement chez nos contemporains. C'est le souci de le
Il y a d'abord ce refus de se laisser encadrer par les
traditions philosophiques et sociales d'hier. L'adolescent contact par la technique entre
d'aujourd'hui, c'est d'abord quelqu'un qui dit « non »,
j'entends qui se refuse à ouvrir aux institutions et aux l'homme et la et cette ne
mœurs en cours ce crédit de confiance, jusqu'à preuve de fera que se confirmer.
leur légitimité, que ses aînés consentaient plus
C'est l'affirmation du qui
libéralement : « non » un peu fou, un peu trop
romantique peut-être, qui fait hocher la tête aux gens rejette les priorités sociales, la
raisonnables, mais mise en question salutaire,
susceptible de débloquer bien des structures fossilisées. ou le et réaffirme la souveraineté
Autre résurgence romantique : le retour à la nature.
Jamais, sans doute, les jeunes qui pensent n'ont été plus de l'esprit sur la .
sensibles aux menaces d'une rupture du contact entre
l'homme et la nature. L'humanité moderne, ils le voient Placez dans ce résumé chacun des termes
de plus en plus clairement, « se développe dans la nature proposés ci-dessous :
[...] comme une sorte d'artifice universel » . L'homme, détérioré - enfin - matière - courants -
pris dans l'univers technique, se coupe de son milieu péjoratives - excessives - carriérisme - aussi
naturel, que, d'ailleurs, il ravale au rang de matériau. Nos - éphémères - romantisme - nature -
contemporains, par réaction, éprouvent le besoin de rentabilité - irréalisme - modifier - rétablir -
rester liés, dans leur travail et leurs loisirs, avec la moi - novateurs - jeunesse - tendance -
verdure et la lumière, la montagne et la mer, dussent-ils nouvelles - matérialisme - d'abord -
y perdre quelques raffinements ou commodités de la spirituelles - embrigader - figées.
société d'abondance. Tout donne à penser que, ce
comportement, le proche avenir le développera. CORRECTION
Enfin, la référence délibérée au « moi » comme
principe de valeur revient au premier plan. Elle entraîne
le refus croissant des critères d'efficacité pratique, de Bien des courants artistiques et
littéraires restent éphémères, faute d'avoir

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trouvé une audience assez large ou d'avoir
su modifier leur temps. Le romantisme, lui,
s'est toujours imposé comme référence
réussite sociale, de rendement financier. Un certain auprès de tous les novateurs. Traînant
affairisme à l'américaine périclite sous nos yeux. Les autrefois des connotations péjoratives en
jeunes s'inquiètent du bénéfice moral, des satisfactions raison de son irréalisme, il est revendiqué
de l'esprit et du cœur que leur vaudront leur travail et aujourd'hui par la jeunesse qui y reconnaît,
leur effort. C'est dire que la considération de l'homme dans des formes nouvelles, son refus du
intérieur se trouve revalorisée et que l'esprit, qui tendait matérialisme et son souci des valeurs
à n'être plus que l'instrument d'une exploitation spirituelles. On reconnaît d'abord la volonté
technique du monde, redevient intéressant par lui-même, salubre sous ses allures excessives de ne
comme le vrai problème à résoudre, le vrai mystère à pas se laisser embrigader dans les valeurs
scruter. C'est là un autre symptôme de cette remontée figées des aînés. C'est aussi le souci de
des priorités romantiques en ce dernier tiers du xx° rétablir le contact détérioré par la technique
siècle. entre l'homme et la nature et cette tendance
ne fera que se confirmer. C'est enfin
l'affirmation du moi qui rejette les priorités
sociales, la rentabilité ou le carriérisme et
réaffirme la souveraineté de l'esprit sur la
matière.

EXERCICES :
Vous trouverez en cliquant ici trois exercices :
. deux textes privés de leurs mots de liaison; un exercice interactif pour le premier
puis pour le second vous permettra de les y replacer et de vérifier vos résultats.
. un texte de Maupassant dans le désordre qu'on vous demandera de reconstituer.

EXERCICE 4 : LES TYPES DE PLANS


La nature des mots de liaison indique souvent le type de plan que suit l'argumentation. Selon
la stratégie choisie, celle-ci peut obéir à trois types d'organisation :

Mode d'argumentation Exemples Types de plans


l'auteur confronte des thèses
le texte de Diderot page suivante plan dialectique
opposées
l'auteur développe sa thèse
dans plusieurs domaines le texte de Jean Rostand page suivante plan thématique
successifs
l'auteur explique une notion
avant d'analyser ses le texte d'Alfred Biedermann ci-dessus plan analytique
implications
l'auteur établit un parallèle comparaison de deux époques, de deux
plan comparatif
entre plusieurs notions types d'individus

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Quel type de plan utiliseriez-vous pour répondre aux sujets suivants ? (reportez-vous à nos
pages sur la dissertation).

• Qu'est-ce qu'une œuvre engagée ?


• Un personnage médiocre peut-il être un héros de roman ?
• Que veut-on dire lorsqu'on parle du style d'un écrivain ?
• Que pensez-vous de cette opinion d'Antonin Artaud : "Les chefs-d'œuvre du passé
sont bons pour le passé; ils ne sont pas bons pour nous" ?
• Qu'est-ce qu'un héros ?
• A-t-on besoin de connaître l'auteur pour comprendre et aimer son œuvre ?
• Les romans sont-ils faits pour représenter la vie ou pour l'inventer ?

Commenter, reformuler une argumentation


Commenter une progression argumentative :
« Commentez l'organisation des arguments », « comment les arguments s'enchaînent-ils ? »
etc. La question revient souvent sous diverses formes au baccalauréat. L'ordre donné à
l'argumentation est en effet une arme essentielle de la stratégie de la conviction : on vous
demandera donc quelle place l'auteur donne à la thèse adverse, comment la progression des
arguments s'efforce de gagner peu à peu l'adhésion du lecteur. Comme pour les autres
questions de compréhension, il faudra élaborer une analyse soigneusement rédigée, que nous
vous proposons de détailler.

Observez le texte suivant :

Denis Diderot :
Contribution à l'Histoire des deux Indes de l'abbé Raynal
(1780)

Sur l'esclavage

Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma
liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n'est
point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un
caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me
défendre ; elle ne t'a donc pas donné celui de m'attaquer. Si tu te crois autorisé à
m'opprimer, parce que tu es plus fort et plus adroit que moi, ne te plains donc pas quand
mon bras vigoureux ouvrira ton sein pour y chercher ton cœur ; ne te plains pas, lorsque,
dans tes entrailles déchirées, tu sentiras la mort que j'y aurai fait passer avec tes
aliments. Je suis plus fort ou plus adroit que toi ; sois à ton tour victime ; expie
maintenant le crime d'avoir été oppresseur.
Mais, dit-on, dans toutes les régions ou dans tous les siècles, l'esclavage s'est plus ou
moins généralement établi.
Je le veux : mais qu'importe ce que les autres peuples ont fait dans les autres âges ?
Est-ce aux usages du temps ou à sa conscience qu'il faut en appeler ? Est-ce l'intérêt,
l'aveuglement, la barbarie ou la raison et la justice qu'il faut écouter ? Si l'universalité
d'une pratique en prouvait l'innocence, l'apologie des usurpations, des conquêtes, de
toutes les sortes d'oppressions serait achevée.
Mais les anciens peuples se croyaient, dit-on, maîtres de la vie de leurs esclaves ; et
nous, devenus humains, nous ne disposons plus que de leur liberté, de leur travail.
Il est vrai. Tous les codes, sans exception, se sont armés pour la conservation de

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l'homme même qui languit dans la servitude. Ils ont voulu que son existence fût sous la
protection du magistrat, que les tribunaux seuls en pussent précipiter le terme. Mais cette loi,
la plus sacrée des institutions sociales, a-t-elle jamais eu quelque force ? L'Amérique n'est-elle
pas peuplée de colons atroces, qui usurpant insolemment les droits souverains, font expier
par le fer ou la flamme les infortunées victimes de leur avarice ? Je vous défie, vous, le
défenseur ou le panégyriste de notre humanité et de notre justice, je vous défie de me nommer
un des assassins, un seul qui ait porté sa tête sur un échafaud.
Supposons, je le veux bien, l'observation rigoureuse de ces règlements qui à votre gré
honorent si fort notre âge. L'esclave sera-t-il beaucoup moins à plaindre ? Eh quoi ! le maître
qui dispose de l'emploi de mes forces ne dispose-t-il pas de mes jours qui dépendent de
l'usage volontaire et modéré de mes facultés ? Qu'est-ce que l'existence pour celui qui n'en a
pas la propriété ? On dirait que les lois ne protègent l'esclave contre une mort prompte que
pour laisser à ma cruauté le droit de le faire mourir tous les jours. Dans la vérité, le droit
d'esclavage est celui de commettre toutes sortes de crimes.
Je hais, je fuis l'espèce humaine, composée de victimes et de bourreaux ; et si elle ne doit pas
devenir meilleure, puisse-t-elle s'anéantir !

Commencez par répondre aux questions relatives à la situation d'énonciation : qui parle ? à
qui ? Relevez précisément les indices qui renvoient aux deux personnes et commentez
l'efficacité de leur choix. Montrez que nous avons affaire à un dialogue. En quoi peut-on parler
de ton polémique ?

Le relevé des mots de liaison, préalable à tout commentaire de l'organisation argumentative,


vous a montré la fréquence des mots de liaison de l'opposition ("Mais"). Ceci trahit bien sûr la
présence constante de la thèse adverse, que l'émetteur s'emploie successivement à réfuter, et
donc d'un plan dialectique. Nous avons coloré différemment chaque étape de cette
argumentation : reformulez nettement les arguments qui y sont critiqués puis ceux qui y sont
soutenus. Montrez que les arguments sont de plus en plus convaincants.

Examinez plus attentivement les mots de liaison à l'intérieur des deuxième et quatrième
paragraphes (nous les avons colorés pour plus de commodité). Vous observerez que la
conjonction "mais" est précédée de formules comme "je le veux" (c'est-à-dire "je veux bien,
admettons") ou "il est vrai", marquant la concession faite à l'adversaire (voyez la page
consacrée à ce type de raisonnement). Montrez que la même stratégie est présente, mais
implicitement, dans le dernier paragraphe. Pourquoi l'émetteur choisit-il d'accepter d'abord
l'argument adverse avant de le réfuter ?

Vous êtes maintenant en mesure de rédiger votre analyse de la progression


argumentative. Nous vous proposons de lire l'exemple commenté suivant, qui vous permettra
aussi de corriger vos réponses aux questions que nous avons posées, et d'en retenir la
composition pour vos travaux futurs.

Présentation Le texte est une critique de l'esclavage, adressée par un esclave à celui qui
générale l'opprime. Une situation de dialogue permet à celui-ci (négrier ou bourgeois
occidental qui profite du système) d'opposer plus brièvement ses
objections.
Thème, thèses Ce réquisitoire est bâti sur une réfutation des lois occidentales (le Code
noir , par exemple) par lesquelles les pays d'Europe ont souhaité donner
une légitimité à l'esclavage. L'orateur en montre l'hypocrisie et la cruauté.
L'introduction L'introduction prend aussitôt le ton de l'invective pour mettre en garde les
usagers de la violence contre le retour légitime de celle-ci à leurs dépens.
Le ton, violemment polémique, fait habilement glisser l'adresse au
récepteur du "vous au "tu", interlocuteur typique qui prendra
La première partie ponctuellement la parole, rendant manifeste le passage d'un argument à

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l'autre.
Son premier argument ("mais") prétend justifier l'esclavage par l'ancienneté
de la pratique. Après une rapide concession ("je le veux"), l'orateur établit
("mais"), à la suite d'une série de questions rhétoriques, que les coutumes
ne se légitiment pas par leur universalité mais par leur respect de la justice.
Une deuxième objection ("mais") prétend s'appuyer sur l'évolution des lois
La deuxième esclavagistes en faveur du respect de la vie humaine. Une nouvelle
partie concession ("il est vrai") donne plus de force encore à une réfutation
("mais") qui affirme l'impunité des meurtriers d'esclaves, prouvant
l'inapplication de ces lois.
Enfin, l'avant-dernier paragraphe, où cette tactique de
La troisième partie concession/réfutation reste implicite, établit en un dernier argument
l'inhumanité foncière d'une condition qui retire à l'esclave la jouissance de
sa propre vie, fût-elle préservée.
Une rapide conclusion, amorcée d'ailleurs par le paragraphe précédent qui
La conclusion annulait toute validité au "droit d'esclavage", donne parole entière au "je",
décidé à abhorrer une espèce humaine qui continue à reposer sur
semblable exploitation.
Commentaire sur Ce texte repose donc sur une stratégie efficace qui consiste à condamner
le type point par point, par la rigueur du raisonnement, une pratique qui prétendait
de schéma trouver des assises juridiques. Le plan dialectique trouve sa force dans la
situation du dialogue qui permet en de rapides concessions d'écouter
l'adversaire et de mieux prouver la cruauté et l'hypocrisie du discours qu'il
prétend légitimer.

Reformuler une progression argumentative :

Le résumé de texte reste à l'ordre du jour dans les Classes préparatoires, mais il a disparu de
l'épreuve écrite du baccalauréat et du référentiel des épreuves de BTS. Les compétences qu'il
met en œuvre restent cependant précieuses dans tout travail de compte rendu ou de synthèse
où l'on vous demande de "reformuler" tout ou partie d'un texte.
Nous vous proposons donc d'élaborer le résumé (disons : la reformulation) de trois textes.

Exercice 1

relire le texte de Diderot ci-dessus.

première étape : même si on ne vous le demande pas, dégagez la progression argumentative


du texte, que votre reformulation devra suivre très précisément. Ici, vous savez qu'après une
introduction, trois parties successives sont consacrées à la réfutation des arguments
esclavagistes, présentés, pour deux d'entre eux, au discours direct, avant une rapide
conclusion. Votre reformulation pourra en revanche être présentée de manière compacte (pour
plus de clarté, nous conserverons ici les alinéas).

que faut-il garder ?

• la situation d'énonciation (pronoms, dialogue),


• le système énonciatif (la fréquence des interrogations oratoires, le ton polémique),
• la progression argumentative, les mots de liaison (ou leurs équivalents).

que faut-il supprimer ?

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• les exemples (s'ils ne sont pas trop développés ou s'il ne s'agit pas d'exemples
argumentatifs). Ici, l'allusion à l'Amérique du quatrième paragraphe peut ne pas être
reprise ;
• les redites : en dégageant la progression des arguments, vous repérerez mieux ceux
qui, dans chaque partie, se répètent sous une autre forme. Ici, les questions oratoires
soutiennent le plus souvent le même argument. Leur répétition est seulement
impressive : une seule à chaque fois suffira.

comment faire ?

• englober : les exemples importants, les images peuvent parfois se développer sur
plusieurs lignes. Les supprimer sans discernement serait dangereux. Mieux vaut les
réduire à une formulation plus dense. Ainsi, dans le texte de Diderot, les menaces
"ne te plains donc pas quand mon bras vigoureux ouvrira ton sein pour y chercher ton
cœur ; ne te plains pas, lorsque, dans tes entrailles déchirées, tu sentiras la mort que
j'y aurai fait passer avec tes aliments"
pourraient être simplement reformulées par les termes génériques de "fer" et de
"poison".
• nominaliser : une phrase complexe est toujours susceptible d'être trop longue et
lourde. Choisissez dès que possible la phrase simple, l'adjectif au lieu de la relative, le
nom au lieu du verbe.
• choisir des synonymes pertinents : c'est l'une des difficultés du résumé. Votre niveau
de vocabulaire fera toujours la différence. Mais il ne faut pas non plus pousser trop loin
cette recherche de synonymes : relever un champ lexical dominant peut donner
quelques indications et souffler quelques autres mots simples. Ici un champ lexical de
la justice est évident :
"droit, coupable, expier, justice, innocence, codes, magistrat, loi, tribunaux, échafaud,
règlements..."
autorisant que quelques-uns, les plus génériques, soient repris.

On pourrait ainsi aboutir à une reformulation de ce type :

D'où vient le droit que vous vous êtes arrogé pour me tenir en esclavage ? Si tu uses de ta
force pour me réduire, alors ne t'étonne pas, par le fer ou le poison, de subir un jour la mienne.
Mais l'esclavage a toujours existé.
Peut-être, mais si l'on s'alignait sur les usages au lieu d'écouter sa raison, les pires horreurs
seraient justifiées.
Mais au moins ne disposons-nous plus de la vie de nos esclaves.
En effet, les lois interdisent désormais d'en disposer à qui n'en a pas reçu le droit. Mais où les
voyez-vous appliquées ? Et sauriez-vous, vous, l'humaniste, citer un seul exemple de colon
meurtrier qui ait été condamné ?
Et puis même si ces lois étaient appliquées, ne croyez-vous pas que la condition d'esclave
spolie de sa propre vie celui qui est dans les fers ?
Une humanité régie par de tels conflits n'a qu'à disparaître.

Exercice 2

Nous avons colorié différemment les unités de sens qu'a révélées la structure de ce texte :
progressivement, nous allons les traiter dans la perspective d'une reformulation.

Rien que la vérité ou toute la vérité ? Jean Lacouture, «Courrier de l'UNESCO», septembre 1990.
Le débat que le journaliste mène avec sa conscience est âpre, et multiple, d'autant plus que
son métier est plus flou, et doté de moins de règles, et pourvu d'une déontologie plus flottante
que beaucoup d'autres...
Les médecins connaissent certes, et depuis l'évolution des connaissances et des lois, de

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cruelles incertitudes - dont mille enquêtes, témoignages et débats ne cessent de rendre
compte. Les avocats ne sont guère en reste, ni les chercheurs et leurs manipulations
biologiques ou leurs armes absolues, ni les utilisateurs militaires de ces engins. Mais enfin, les
uns et les autres ont leur serment d'Hippocrate, leur barreau, leurs conventions de Genève.
Les journalistes, rien.
Il n'est pas absurde (le comparer leur condition à celle d'un missile téléguidé qui ignorerait
aussi bien la nature de la mission que l'orientation du pilote et qui serait programmé de telle
façon qu'il ne soit pointé ni en direction de la terre, pour éviter les accidents, ni en direction de
la mer, pour prévenir la pollution. A partir de ces données, le journaliste est un être libre et
responsable, auquel il ne reste qu'à faire pour le mieux en vue d'éclairer ses contemporains
sans pour autant faire exploser les mille soleils d'Hiroshima.
En apparence, l'objectif est clair, autant que le serment d'Hippocrate : dire la vérité, rien que
la vérité, toute la vérité, comme le témoin devant le tribunal. Mais à ce témoin, le président du
jury ne demande que la vérité qui lui a été humainement perceptible, celle qu'il a pu
appréhender en un certain lieu, à une certaine heure, relativement à certaines personnes. Au
journaliste est demandée une vérité plus ample, complexe, démultipliée.
En rentrant de déportation, Léon Blum, qui avait été longtemps journaliste, déclarait devant
ses camarades qu'il savait désormais que la règle d'or de ce métier n'était pas « de ne dire que
la vérité, ce qui est simple, mais de dire toute la vérité, ce qui est bien plus difficile ». Bien.
Mais qu'est-ce que « toute la vérité », dans la mesure d'ailleurs où il est possible de définir «
rien que la vérité » ? [...]
L'interrogation du journaliste ne porte pas seulement sur la part de vérité qui lui est
accessible, mais aussi sur les méthodes pour y parvenir, et sur la divulgation qui peut être
faite.
Le journalisme dit « d'investigation » est à l'ordre du jour. Il est entendu aujourd'hui que tous
les coups sont permis. Le traitement par deux grands journalistes du Washington Post de
l'affaire du Watergate a donné ses lettres de noblesse à un type d'enquête comparable à celle
que pratiquent la police et les services spéciaux à l'encontre des terroristes ou des trafiquants
de drogue.
S'insurger contre ce modèle, ou le mettre en question, ne peut être le fait que d'un ancien
combattant cacochyme, d'un reporter formé par les Petites sœurs des pauvres. L'idée que je
me suis faite de ce métier me détourne d'un certain type de procédures, de certaines
interpellations déguisées, et je suis de ceux qui pensent que le journalisme obéit à d'autres
règles que la police ou le contre-espionnage. Peut-être ai-je tort.
Mais c'est la pratique de la rétention de l'information qui défie le plus rudement la
conscience de l'informateur professionnel. Pour en avoir usé (et l'avoir reconnu...) à propos
des guerres d'Algérie et du Vietnam, pour avoir cru pouvoir tracer une frontière entre le
communicable et l'indicible, pour m'être érigé en gardien « d'intérêts supérieurs » à
l'information, ceux des causes tenues pour « justes », je me suis attiré de rudes remontrances.
Méritées, à coup sûr, surtout si elles émanaient de personnages n'ayant jamais pratiqué, à
d'autres usages, de manipulations systématiques, et pudiquement dissimulées.
La loi est claire: « rien que la vérité, toute la vérité », mais il faut la compléter par la devise
que le New York Times arbore en manchette : « All the news that's fit to print », toutes les
nouvelles dignes d'être imprimées. Ce qui exclut les indignes – c'est-à-dire toute une espèce
de journalisme et, dans le plus noble, ce dont la divulgation porte indûment atteinte à la vie ou
l'honorabilité de personnes humaines dont l'indignité n'a pas été établie.
Connaissant ces règles, le journaliste constatera que son problème majeur n'a pas trait à
l'acquisition mais à la diffusion de sa part de vérité, dans ce rapport à établir entre ce qu'il
ingurgite de la meilleure foi du monde, où abondent les scories et les faux-semblants, et ce
qu'il régurgite. La frontière, entre les deux, est insaisissable, et mouvante. Le filtre, de ceci à
cela, est sa conscience, seule.

Recherche des expressions à


Commentaire de la reformulation proposée
reformuler
« le journaliste est un être libre et Le journaliste se trouve placé dans de douloureux
responsable » et fréquents cas de conscience car, au contraire

10
d'autres professions libérales, aucune instance
juridique ne lui indique la conduite à observer.
[quels mots du texte ont permis d'écrire :
professions libérales ? aucune instance
trouver d'autres formulations pour :
juridique ? conduite à observer ?]
- débat, conscience, âpre, multiple
- médecins, avocats, chercheurs
- règles, déontologie, serment, barreau, Cette liberté exige du journaliste qu'il rende
conventions. compte de la vérité, mais d'une vérité multiforme
qui ne soit pas uniquement la sienne, comme dans
le cas d'un simple témoignage.
« une vérité plus ample, complexe,
[quels mots du texte ont permis d'écrire :
démultipliée »
pas uniquement la sienne ? multiforme ?]
trouver une autre formulation pour :
- plus ample, complexe, démultipliée.
quel rôle joue ce paragraphe ? à combien Le problème concerne aussi les méthodes pour y
de parties s'attend-on ? parvenir et l'étendue du devoir d'informer.
quels en seront les sujets ?
On pratique aujourd'hui un journalisme policier où
on ne recule devant aucun moyen. Au risque de me
« le journalisme dit « d'investigation » tromper ou de paraître démodé, je persiste à
trouver d'autres formulations pour : refuser ces pratiques.
- enquête, police, services spéciaux, [quels mots du texte ont permis d'écrire :
interpellations, procédures. journalisme policier ? de paraître démodé ?]
pourquoi faut-il conserver le "je"?
Mais c'est le refus délibéré d'informer qui pose le
« la rétention de l'information » plus redoutable problème. J'ai dû moi-même y
trouver une autre formulation pour : consentir autrefois au nom de la raison d'État, et je
- intérêts supérieurs, causes justes. me suis exposé à des reproches légitimes.
[quels mots du texte ont permis d'écrire : raison
d'État ?]
« les nouvelles dignes d'être imprimées »
trouver d'autres formulations pour :
- indignes, indûment Il importe alors de respecter la vérité, mais sans
- diffusion, ingurgite/régurgite, filtre. tomber dans l'indignité de l'atteinte injuste aux vies
privées. Fort de ces règles., le journaliste devra
comprendre que sa conscience est le seul juge
capable de démêler ce qu'il a cru sincèrement de ce
qu'il doit communiquer au public.
[qu'est-ce qui autorise l'adjectif "injuste" ?
qu'est-ce qui justifie le verbe "démêler" ?]

Exercice 3

Complétez ce résumé du texte ci-contre


Bernard Lecomte, Communication et nouvelles
en remplissant les espaces blancs par
technologies (La Croix, 4 avril 1984). les termes proposés.

11
L'avenir de nos relations sociales est inscrit dans le Il paraît légitime de se demander
développement accéléré des techniques de communication quelles seront sur le plan de la
qui marient de plus en plus le téléphone, l'écran et
l'ordinateur. Comme l'apparition du téléphone et de la T.S.F., les de
il y a un siècle, cette évolution va changer non seulement la l'évolution rapide des techniques.
forme des relations entre les hommes, mais aussi leurs
fondements. [...] Il est naturel qu'à l'aube de cette nouvelle Les ont prodigieusement
révolution, chacun s'inquiète et s'interroge sur ses resserré le tissu des relations humaines
conséquences à l'échelle humaine. en transportant des qui,
La communication, étymologiquement, c'est la mise en
commun, la mise en relation des hommes ou des devenues , concernent
collectivités. La route, la poste, le chemin de fer, le chacun d'entre nous.
télégraphe ont développé des solidarités nouvelles. La radio, On ne saurait s'en plaindre, mais le
le cinéma, la télévision ont élargi le champ culturel de cette
communication démultipliée, jusqu'à tisser un réseau de de cette transmission reste
relations sociales aussi serré que le système nerveux dans le
corps humain. l' , qui, par nature,
En raccourcissant les distances, en accélérant les contacts, de la réalité.
en multipliant les sources d'information (locales, étrangères), Les images n'informent que selon le
les nouvelles formes de communication ont pour premier
effet de rapprocher les hommes. Nul ne peut ignorer degré de dont chacun
aujourd'hui un tremblement de terre en Turquie, une dispose et l'aptitude à repérer leur
révolution en Pologne, une menace nucléaire sur l'Europe.
Nul ne peut rester à l'écart de la montée de la faim dans le . Faute de cela, les images
monde, des nouvelles formes de pauvreté en France, des semblent toutes chargées de la même
risques écologiques qui pèsent sur nos sociétés. Qui peut
qu'use aussi leur
contester que cela soit un progrès ?
Ce qui modifie ces données, c'est la généralisation de .
l'écran, symbole de cet avenir impalpable. Tous les moyens Ce risque d'ingurgiter des informations
de transmission à venir (les ondes hertziennes, relayées au sol
ou provenant de l'espace, ou la fibre optique, véhiculant des est à nos portes.
textes ou des images) aboutiront à des postes de télévision, à Qu'adviendra-t-il demain de la véritable
des consoles, à des cadrans portatifs, à des murs d'images - à relation humaine, alors que chacun
des écrans. Or, l'étymologie, là aussi, tient lieu de révélateur :
un écran, à l'origine, est un objet qui dissimule ou qui pourra accomplir ses sans
protège.
jamais se ?
L'image elle-même, si elle frappe l'esprit, si elle stimule
l'imaginaire, reste une abstraction. Installez un chien devant L' accompagne de plus en
la télévision, l'image d'un autre chien le laissera de glace.
L'image informe, comme un texte, mais c'est le cerveau du plus cette du contact. Il
téléspectateur qui fonctionne, qui lui donne son sens, par convient donc d'examiner la situation,
rapport à sa propre connaissance du monde. Et c'est encore sa
propre expérience, son acquis personnel, qui lui font sans exagéré. L'homme de
reconnaître le vrai du faux, la réalité de la fiction : sans cette demain saura bien renouveler les formes
expérience préalable, l'homme ne « voit » pas de différence d'une communication si on
entre un reportage sur la guerre Irak-Iran et un western sur la veille à fortifier en lui l'intérêt pour
conquête de l'Ouest, qui ont la même force émotionnelle.
Laquelle, au rythme de la prolifération des images, va en se .
banalisant.
Le danger se situe dans la réduction de l'expérience propre à
chaque individu clé de sa perception humaine » des images
Placez dans ce résumé chacun des termes
qui prolifèrent. L'individu qui se contenterait de ces données proposés ci-dessous :
abstraites ressemblerait peu à peu au chien de tout à l'heure, régression - tâches - culture -
absorbant passivement des informations désincarnées. prolifération - déshumanisées -
Or ce risque point à l'horizon. Demain, l'on pourra remplir informations - médias - autrui -
la majorité des activités quotidiennes sans avoir besoin de se
déplacer : démarches administratives, achats, remise de
répercussions - émotion - planétaires -
documents professionnels, alarme, information générale ou communication - déplacer - vecteur -
locale; les négociations syndicales, les réunions de conseils authentique - écran - égocentrisme -

12
distancie - pessimisme - mensonge.

CORRECTION

Il paraît légitime de se demander quelles


seront sur le plan de la communication
d'administration pourront se tenir en multiplex par les répercussions de l'évolution rapide
visiophone; l'enseignement, la santé même suivront le des techniques. Les médias ont
mouvement. Que restera-t-il des contacts humains devenus prodigieusement resserré le tissu des
désuets, comme l'accolade, la poignée de main, le coup de relations humaines en transportant des
téléphone, la lettre manuscrite ? Quelle part auront le informations qui, devenues planétaires,
toucher, la voix, l'écriture, dans ce qui fait l'essentiel de concernent chacun d'entre nous. On ne
l'expérience humaine ? saurait s'en plaindre, mais le vecteur de
La montée de l'individualisme, la tendance croissante au cette transmission reste l'écran, qui, par
repli sur soi (sa famille, sa communauté) vont de pair avec ce nature, distancie de la réalité. Les images
phénomène de déshumanisation des relations sociales qui se n'informent que selon le degré de culture
profile à l'horizon. En se gardant de tout mélanger, en se dont chacun dispose et l'aptitude à
gardant aussi de condamner a priori une évolution d'ailleurs repérer leur mensonge. Faute de cela, les
inéluctable, il importe d'y réfléchir. L'homme statique n'est images semblent toutes chargées de la
pas pour demain, et son instinct le poussera à inventer les même émotion qu'use aussi leur
formes nouvelles d'une communication sociale chaleureuse, prolifération. Ce risque d'ingurgiter des
affective, plus conforme à sa nature profonde. Encore faut-il informations déshumanisées est à nos
entretenir et développer dans la conscience des générations portes. Qu'adviendra-t-il demain de la
futures ce qui tempérera l'invasion des images, et qui fait la véritable relation humaine, alors que
dignité de l'homme : le sens de l'autre. chacun pourra accomplir ses tâches sans
jamais se déplacer ? L'égocentrisme
accompagne de plus en plus cette
régression du contact. Il convient donc
d'examiner la situation, sans pessimisme
exagéré. L'homme de demain saura bien
renouveler les formes d'une
communication authentique si on veille à
fortifier en lui l'intérêt pour autrui.

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