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Michel Antona MIVILUDES

M Georges Fenech

Cc à M. le premier ministre
Cc à M. le président de la république

le 28 septembre 2010

Lettre ouverte de Michel Antona, témoin de Jéhovah, à M. Georges Fenech, président de la


Miviludes.

M. le président,
suite à votre interview dans le magazine « envoyé spécial » du 25 septembre 2010, je me permets
par la présente de vous interpeller publiquement au sujet que de quelques-unes de vos déclarations
lors de cette interview :

Vous avez déclaré :

« ... , il se trouve que les témoins de Jéhovah ont obtenu des exonérations fiscales pour des lieux de
culte, des salles du royaume.
Mais à ma connaissance, les témoins n'ont jamais obtenu au niveau national le statut d'association
cultuelle ! ».

Ensuite à la question de la journaliste qui vous demandait :

« Mais comment expliquer cette contradiction entre le local et le national,900 associations ont été
reconnues pour les témoins de Jéhovah localement, et nationalement non,Comment expliquer cela ?
».

Vous lui avez répondu :

« C'est vrai qu'on est dans une situation qui ne semble pas être logique... Ça s'explique par le fait
que dans les préfectures ont à agréé l'association cultuelle a une salle du royaume, par ce qu'on
constate qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre public, mais dès lors qu'on demande le statut culturel
au niveau national, on est bien obligé de se référer quand même à la doctrine, et dans cette
doctrine il y a des préceptes et des pratiques qui sont contraires à l'ordre public, et c'est
essentiellement vous le savait le refus de la transfusion sanguine ».

Je ne sais pas Monsieur le président, d'où vous tennez ces informations , mais il semble que celles-
ci ne soient pas exactes, et ce pour plusieurs raisons.

Par exemple, alors qu'elle était encore ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie,Dans une
interview accordée au quotidien « Aujourd'hui en France », du lundi 4 février 2008, p. 16, avait
expliqué la position de son ministère, sur le statut culturel des témoins de Jéhovah, elle avait
déclaré :
« Cest une association légale. Elle a pu poser, à un moment donné, des difficultés,
notamment au regard de la liberté de soins. Le Conseil d'État a tranché : au regard
de la loi, c'est une association cultuelle. Mon rôle, c'est de faire appliquer la loi. »
(C'est moi qui souligne).

Par ailleurs, l'Association cultuelle les Témoins de Jéhovah de France, a été reconnue par
arrêté préfectoral.
arrêté du préfet des hauts-de-Seines,9juillet 2002,Association Cultuelle les Témoins de Jéhovah de
France.
Arrêté du préfet des Hauts de seine,6 juin 2003,Fédération chrétienne des Témoins de Jéhovah de
France.
Arrêté du préfet des Hauts de Seine,13 septembre 2006,association pour la construction et le
développement des Lieux de Culte des Témoins de Jéhovah.

Un arrêt de la Cour d'appel de Versailles le confirme cela,


(CA Versailles, 1re ch., 7 septembre 2006, J. D. c/ les Témoins de Jéhovah de France),
D'ailleurs, La déductibilité des dons de l'impôt sur le revenu le prouve.
De plus sur ce point,M le président je me suis personnellement informer auprès du bureau des cultes
du ministère de l'intérieur.
Ainsi ,en se qui concerne le statut juridique des témoins de Jéhovah, la notion d'un statut culturel
local, qui serait indépendant d'un statut culturel national, relève plus de l'imagination, ou autre
délire de militants qui ne savent plus quoi inventer pour nier l'évidence.

Je constate M. le président, que depuis les premières décisions du conseil d'État, il vous a fallu près
de 10 ans, pour reconnaître que les associations locales des témoins de Jéhovah bénéficient du statut
culturel, j'ose espérer Monsieur le président, que grâce à à ce modeste courrier, vous ne mettrez pas
encore 10 ans de plus, pour reconnaître que le statut culturel des témoins de Jéhovah, qu'il soit local
ou national, est une évidence pour tous.

Comme vous le savez M. le président, la reconnaissance par les pouvoirs publics du statut cultuel,
implique de facto, que les témoins de Jéhovah de notre pays, ne sont pas un facteur de trouble à
l'ordre public, car s'il en était autrement, ce statut n'aurait pas pu leur être accordé !

J'aimerais maintenant Monsieur le président, vous apportez, personnellement, une réponse précises,
sur ce que vous avez déclaré par la suite, dans cette interview.

À une journaliste qui demandait :

« Justement, à propos de la transfusion sanguine, est ce que le problème n'est pas réglé depuis le
vote de la loi Kouchner en 2002, qui autorise les médecins à transfuser un enfant si le pronostic
vital est engagé même si les parents ne sont pas d'accord ? ».

Vous lui avez répondu :

« Je ne sais pas si le problème est réglé, ça me pose un problème que des gens, par conviction,
préfèrent se laisser mourir plutôt que d'avoir une transfusion sanguine qui va leur sauver la vie... ».

Que cela puisse vous poser un problème à titre personnel, cela est votre droit, cependant en tant que
représentant de l'institution, il me semble M. le président, que votre devoir, est plus de citer les lois
de la république, que de nous donner votre avis personnel.

Il est donc de mon devoir M. le président,de vous informer que dans ce domaine, c'est encore le
conseil d'État, plus haute juridiction administrative de notre pays, qui le 16 août 2002, a considéré ,
que le refus d'une transfusion sanguine était, je cite « un droit fondamental ».

Voyons maintenant ensemble M. le président ce qu'il en est pour les mineurs.

Vous avez déclaré :

« Je vous ai amené une couverture d'un réveiller-vous (publications imprimées par des témoins de
Jéhovah) de quelques années, ou l'on voit une vingtaine d'enfants qui sont mort, par ce que les
parents ont refusé la transfusion sanguine, et qui sont considérés comme des martyrs, qui ont
sacrifié leur vie pour Dieu, et qui accéderont à la vie éternelle, ça ça me pose un problème ».

Il se trouve M. le président, que même si effectivement cette publication est assez ancienne , j'ai pu
la retrouver dans les archives.

Il est dommage M. le président, que vous ne possédiez que la couverture de se réveiller-vous!

En effet Monsieur le président, si vous l'aviez lu, vous auriez pu constater que dans cet article, il
n'est pas question de 20 enfants comme vous le laissez entendre mais de cinq.

Sur les cinq enfants dont il est question dans cet article, je note que :

pour l'un d'entre eux, même s'il avait reçu une transfusion, d'après l'avis des médecins, il serait mort
six mois aprés.

En ce qui concerne une autre de ses enfants, je note que même si le médecin du Colombia
Presbyterian médical Center, avait prédit que si elle ne recevait pas de transfusion elle serait morte
le lendemain, au final, cette jeune fille s'en est sortie, sans pour autant avoir besoin d'une transfusion
sanguine.

Pour le troisième cas, je note que même si la transfusion a été administrée de force, le juge qui s'est
occupé de cette affaire à déclaré :

« je suis obligé de conclure qu'elle fait l'objet de discrimination fondée sur sa religion et sur son
âge, aux termes de l'alinéa 15 (un). Dans ces circonstances en lui administrant une transfusion
sanguine, on a porté atteinte à son droit à la sécurité de sa personne, défendu par l'alinéa 7. »

Pour le quatrième cas qui nous intéresse, après une bataille juridique cet enfant n'a pas reçu de
transfusion sanguine, et a pourtant survécu , alors que les médecins prétendaient que ces
transfusions étaient indispensables à sa survie.

En ce qui concerne le cinquième et dernier cas, après que le juge qui s'occupait de cette affaire, a
constater que ce jeune avait toutes ses facultés pour prendre une telle décision, voici ce qu'il a
déclaré :

« pour les raisons suivantes les requêtes de la directrice du hild welfare sont rejetées:
l'enfant n'a pas besoin de protection démonstration n'a pas été faite que l'utilisation de sang ou de
produits sanguins étaient indispensables, et, dans les circonstances particulières de ce cas ,pareil
utilisation pourrait se révéler néfastes.
À moins qu'un changement de circonstances ne rende nécessaire une nouvelle vision, l'utilisation de
sang ou de produits sanguins dans son traitement est interdite : je déclare que ce garçon est un
mineur mûr dont,la volonté de recevoir un traitement médical faisant appel au sang ou à des
produits sanguins doit être rejeté... ».

Veuillez noter M. le président, que la question de liberté de conscience et de maturité pour les
mineurs, varient d'un pays à l'autre, et que des cinq cas cités plus haut, aucun ne s'est passé
en France, ce qui me laisse à penser,que le fait même que vous citier se réveiller-vous, relève plus
d'une approche orientée de votre part, que de votre volonté de faire appliquer les lois de la
république française. « C'est moi qui souligne »

En ce qui concerne notre pays, (et pas les autres), il ne me semble pas inutile Monsieur le président
de vous rappeler ce que déclarait en 2006, le responsable du bureau des cultes du ministère de
l'intérieur concernant le refus de la transfusion sanguine pour les mineurs.

« Au bureau central des cultes, nous pensons qu'il faut aborder les problématiques d'ordre public
avec la plus grande rigueur et privilégier les faits plutôt que la rumeur....
...J'ai demandé, lors d'un comité de pilotage de la Miviludes, que soit lancée une enquête auprès
des agences régionales d'hospitalisation et des hôpitaux afin de recenser, éventuellement, le fait
constitutif de trouble à l'ordre public, à travers des perturbations du service public hospitalier au
refus de transfusion sanguine...
En vue de cette audition, il m'a semblé nécessaire de demander aux préfectures de département, de
faire le recensement sur les trois dernières années, des incidents liés à la transfusion.
Au vu des résultats obtenus, ce qui remonte, c'est un petit nombre d'incidents, souvent réglés par la
discussion :
Jamais d' incidents qui mettent en cause des enfants, ou le pronostic vital, ou le fonctionnement
du service public hospitalier ne m'a été signalé sur ces trois dernières années. »

Ce dernier point étant éclairci, permettez-moi de vous dire M. le président, que de mon point de
vue, le respect de votre fonction implique le respect des lois républicaines de notre pays, sans pour
autant faire de déclarations hasardeuses, et pour le moins orienté, issues de vos convictions
personnelles, et non des lois républicaines,cette même république vous prétendez défendre .

Cordialement

Michel Antona