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Cours de François Jourde, lycée Gaston Berger, 2007. www.jourde.

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Travail BTS COM, sociologie : la culture / C O R R I G É

1. Texte à trous.
Ce qui est transmis lors de la socialisation, c’est la culture d’une société,
c’est-à-dire un ensemble de valeurs, normes et pratiques sociales qui
distingue les sociétés les unes des autres. La culture conditionne nos
attitudes jusqu’aux émotions que nous pouvons ou non ressentir. Ce
faisant, elle nous intègre à la société tout comme le font les codes et
institutions qui en découlent.
Mais cette culture, qui assure la cohésion sociale dans des sociétés
différenciées comme les nôtres, n’est pas homogène. Elle se subdivise en
sous-cultures , propres à des groupes sociaux, différents par le statut, l’âge,
la région d’habitation. Certains groupes peuvent aussi manifester une
opposition à la culture dominante en élaborant une contre-culture .
Les sociologues s’intéressent particulièrement à la façon dont les
pratiques sociales peuvent constituer des enjeux au cour des stratégies de
distinction des groupes les plus favorisés. Pour certains, cette diversité
culturelle, que l’on peut considérer comme une richesse, risque d’être
laminée sous l’influence uniformisatrice des médias, de la consommation
de masse et de la mondialisation.

2. Une domination culturelle contestée ?


Les cultures populaires ne seraient que des dérivés de la culture
dominante, qui seule pourrait être reconnue comme légitime, qui
correspondrait donc à la culture centrale, la culture de référence. […] La
réalité est autrement plus complexe. Les cultures populaires sont par
définition des cultures de groupes sociaux subalternes. Elles se
construisent donc dans une situation de domination. Certains sociologues,
prenant en compte cette situation, soulignent tout ce que les cultures
populaires doivent à l’effort de résistance des classes populaires à la
domination culturelle. Les dominés réagissent à l’imposition culturelle par
la dérision, la provocation, le « mauvais goût » volontairement affiché. Le
folklore, notamment le folklore ouvrier ou, pour prendre un exemple
encore plus précis, le folklore « bidasse » à l’armée, fournit bon nombre
d’illustrations de ces procédés de retournement ou de manipulations
ironiques des inculcations culturelles. Les cultures populaires sont dans ce
sens des cultures de contestation.
D. Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales, La Découverte,
2001.

a. Reformulez les deux conceptions des relations culture/sous-culture


présentées dans ce document. Essayez de trouver un qualificatif
pour chacune d’elles.

L a pre mi è re c onc e pti on de s re l ati ons e ntre c ul ture e t sous -c ul ture s


po urr ai t ê tre qual i fi ée de «mi sé rabi l i ste ». Se l on e ll e , l a c ul ture
po pul ai re n’ e st qu’ u ne ve rsi on dé ri vée e t a ppa uvri e de l a c ul ture
l é gi ti me. C’ e st u ne re l ati on asy mé tri que où l a d omi na ti on n’e st pas
e sse n tie l le me nt c onte stée . Autre me nt di t, l a c ul t ure de ré fé re nc e
do mi ne e t i ns pi re une myri a de de sous -c ul ture s. L a c ul ture
do mi na nte est l e poi nt d’ at trac ti o n, auto ur du que l gravi te nt le s sous-
c ul t ure s.
L ’ autre c onc e p ti on est moi ns mi sé rabi l i ste e t pl us ré al i ste . Se l on
e ll e , l a c ul ture po pul ai re est c e rte s do mi né e e n par tie par l a c ul t ure
do mi na nte , — mai s e ll e est c onsc i e nte de ce tte do mi nati o n e t e ll e l a
rel ati vi se , par l a dé ri si on e t l a c on te stati on. De pl us, le s sous-
c ul t ure s fonc ti o nne nt sur un mo de i de nti tai re, qu’ e ll e re ve n di que nt
e t affi c he nt. Dè s l ors, to ute sous -c ul ture c ompor te une di me nsi on de
c on tre -c ul ture .

b. Sur quel point ces conceptions diffèrent-elles ?


Pour l a pre mi è re c o nc e pti on, l a re l ati on e ntre c ul ture e t so us-c ul t ure
e st une re l ati on uni vo que de stri c te do mi nati o n. L a c ul ture domi né e
re c onnaî t l a l é gi ti mi té exc l usi ve de l a c ul ture domi n ante .

A u c ontr ai re , l a se c on de c onc e p ti on fai t é tat d’ une ce rtai ne


au tono mi e de l a c ul ture po pul ai re p ar rap port à l a c ul t ure do mi na nte .

C ’e st sans do ute c e tte c onc e pti o n q ui se rap proc he le pl us de l a


ré ali té , c ar si l’ on ne pe u t i gn ore r le s pe sa nte urs soc i ale s, i l n’ e st
p as possi bl e non pl us de ni e r to ute c apac i té de c ré ati o n e t de
ré si stanc e , — y c om pri s da ns le do mai ne c ul ture l de s gro upe s no n
do mi na nts.

3. Le modèle de la légitimité culturelle.


Dans ses premières enquêtes, Bourdieu constate l’inégal accès à la
culture selon les classes sociales. Quand ils visitent les musées, les
membres des classes cultivées manifestent une familiarité spontanée avec
l’art, qui provient non pas d’un don, mais de codes et de langages acquis
par la socialisation. Les dominés ne possèdent pas ces codes. Ils vont donc
appliquer à l’art les schémas qui structurent leur perception de l’existence
quotidienne. C’est pourquoi ils préféreront les peintures figuratives, ou les
films dont le scénario est vraisemblable. […] Les classes cultivées quant à
elles privilégient la distanciation, l’aisance, la lecture au second degré.
Plus généralement, il y a une hiérarchie des pratiques culturelles. Les arts
nobles (peinture, théâtre, musique classique, sculpture) sont l’apanage
des classes dominantes. Les membres des classes moyennes cultivées
(petits bourgeois diplômés) se caractérisent par la « bonne volonté
culturelle ». […] Quant aux classes populaires, il ne leur reste que des
miettes […]. Cette distribution des légitimités est cependant loin d’être
figée. Il existe des variantes populaires de la musique classique (les valses
de Strauss, par exemple) ; certaines activités se démocratisent (le tennis
et le golf) ; il arrive même que certaines jugées « ringardes » un temps
redeviennent, par un jeu d’inversion, « chics » dans certains milieux (voir
de nos jours les chansons de Claude François, ou les nains de Jardin).
R. Cabin, « Dans les coulisses de la domination », Sciences Humaines, n°
105, mai 2000.

a. Qu’appelle-t-on le modèle de le la « légitimité culturelle » ? Qu’est-


ce qui, selon ce modèle, détermine les pratiques culturelle ?
Le modè le de l a « lé gi ti mi té c ul ture l le » e st esse nti e ll e me nt
dé ve l oppé par le soc i ol og ue Pie rre B ourdi e u. I l i nte r prè te l a c ul ture
c om me un c ha mp de l utte symbol i q ue e ntre le s grou pe s soc i aux.
L ’e nj e u de ce tte l utte e st l a d omi na ti on ou le pouvoi r d’ i nsti tue r e t
d’ i m pose r uni l até ral e me nt une hi é rarc hi e c ul t urel l e. Domi ne r, c ’e st
po uvoi r c l asse r, c’ e st-à- di re dé fi ni r ce qui est c ul ture ll e me nt lé gi ti me
(l a c ul ture c ul ti vée ) et ce q ui ne l ’e st pas (l a c ul t ure vul gai re ) ;
do mi ne r, c’ e st ac c u mul e r et val ori se r du c a pi tal c ul ture l .

Se l on c e modè le , le s pra ti que s c ul ture l le s ne sont pas l i bre s, mai s


son t é mi ne mme n t dé te rmi né e s p ar l e s mi l ie ux d’ ap par te nanc e , par
l e s c l asse s soc i ale s. Le go ût n’e st pas i nné , mai s soc i ale me n t
c ons trui t e t i nc orp oré (soc i al i sati on, h abi tu s).

4. Une nouvelle lecture des pratiques culturelles.


Dans un article sur les goûts musicaux des Français, P. Coulangeon
montre d’abord que le modèle de la légitimité culturelle n’est pas « le
reflet d’une époque révolue » : la musique « savante » reste l’apanage des
classes supérieures, la musique de variété étant pour l’essentiel
consommée par les classes moyennes. Les agriculteurs sont aussi les plus
nombreux à n’écouter aucun genre de musique. Mais l’appartenance de
classe n’explique pas tout : il faut aussi prendre en compte des facteurs
tels que la compétence musicale (pratique d’un instrument), ou l’âge.
Certains types de musique sont ainsi accaparés par les jeunes (rap, rock,
musiques du monde). […] P. Coulangeon propose donc de « corriger » le
modèle de la légitimité culturelle par le modèle « omnivore/univore » (ou
modèle de l’éclectisme) […]. Selon ce dernier, « les classes supérieures
diplômées ne se distinguent pas seulement […] par un penchant
particulier pour la musique savante, mais aussi par l’éclectisme de leur
goût », alors que les classes populaires se définiraient plutôt par des goûts
exclusifs (dont la figure limite serait le « fan »). Ce modèle ne contredit
pas celui de la légitimité culturelle : l’éclectisme des classes supérieures
reste un signe de domination symbolique, car il manifeste « un pouvoir
d’habilitation ou de réhabilitation culturelle qui les distingue radicalement
des membres des classes populaires ».
X. Molénat, « Quel regard sur les pratiques culturelles ? », Sciences
Humaines, n°141, août-septembre 2003.

a. Quel est le nouveau modèle proposé pour remplacer celui de la


légitimité culturelle ? Décrivez-le.
I l s’ agi t du mo dè le omni vore / uni vore , ou mo dè le de l’ é cl e c ti sme , q ui
pl ac e l a lé gi ti mi té c ul ture l le da ns l a varié té de s goû ts, dans
l ’ ouve rture aux uni ve rs c ul ture l s hé té rogè ne s, dan s l a trans gre ssi o n
de s fron tiè re s entre le s ge nre s.

Est al ors « c ul ti vé », n on pas ce l ui q ui exc e l le rai t dans l es c ode s de


te l le c ul ture savan te, mai s c e l ui qui ma ni fe ste une gr ande di ve rsi té
de go ûts e t de p rati q ue s (c’ e st l’ om ni vore , q ui éc ou te de l a musi que
c l assi q ue, mai s a ussi de l a musi q ue fol k l ori que e t de l a musi que
é le c troni que …). N ’ e st pas « c ul ti vé » c el ui q ui s’e nfe rme da ns u n
ré pe rtoi re li mi té de prati q ue s e t de g oûts exc l usi fs (c’ e st l’ uni vore ,
c om me le « fan »).

b. Ce modèle constitue-t-il une remise en cause radicale de la théorie


de P. Bourdieu ? La domination symbolique (hiérarchie ou
légitimation des pratiques culturelles) des catégories favorisées ne
perdure-t-elle pas sous des formes nouvelles ?
C e modè l e ne c ontre di t pas c el ui de l a l é gi ti mi té c ul ture l le
(B ourdi e u), p ui sq u’ il ne pré se nte q u’ une nou vel l e fo rme de
do mi na ti on symbol i q ue , de di sti nc ti on, d’ i m posi ti on de s lé gi ti mi té s
e t de s hié rarc hi e s c ul ture l le s. L a domi n ati on sy mbol i q ue e t le c api tal
c ul t urel pe rd ure nt do nc , mai s sous de s forme s nouve l le s.

De pl us, i ci enc ore l a posi ti on soc i ale e nge ndre de s di s posi ti ons
c ul t urel l e s, pui sq u’ el l e dé te rmi ne l e s goû ts e t l e s pra ti que s.
« L ’ omni vori té » de s c l asse s soc i ale s domi nan te s c orre sp ond au fon d
à une pl us gr an de tol é ranc e e sthé ti que , u ne c apac i té d’ i nte rpré tati on
e t d’ assi mi l ati on — soc i al e me nt c ons trui te e t tr ansmi se .

Auteur :
François Jourde, lycée Gaston Berger, 2007 [http://www.jourde.eu]

N.B. : quelques éléments proviennent du Livre du professeur associé au manuel de SES, classe de
première, éditions Magnard, 2005.