Vous êtes sur la page 1sur 2

figures

Par Sarah Caillaud

MADAME DE MONTESPAN
Une Poitevine à la cour
ou encore de «triomphante beauté». Il les enfants nés de leur idylle (entre 1669
n’en faut pas plus pour que Louis XIV et 1678). A la demande du roi, six des
succombe aux charmes d’Athénaïs. Elle sept enfants se voient légitimés.
cède à ses avances en 1667 détrônant la Mais, cette relation est-elle vue d’un œil
favorite en titre Mademoiselle de La bienveillant par tous ? A partir de 1675,
Vallière. Si les époux des maîtresses du les dévots font tout pour mettre fin à ces
roi se montrent en général flattés de par- relations extraconjugales indignes d’un
tager leur femme, le marquis de Montes- roi très chrétien, mais c’est en vain ! La
pan, jaloux et brutal, s’oppose rapide- cour constitue la vitrine que le monarque
ment à cette liaison. Son tempérament veut offrir au monde. A ce titre, Madame
colérique lui vaudra un exil forcé dans sa de Sévigné considérait assez justement
province. Devenue favorite officielle du que la jeune Poitevine représentait pour
Roi-Soleil vers 1670, Madame de Mon- le souverain «une beauté à faire admirer
tespan obtiendra du marquis la sépara- à tous les ambassadeurs». Louis XIV a
tion de corps et de biens en 1674. bien compris qu’une cour sans une femme
Dès lors, elle se consacre totalement à éblouissante ne peut rayonner. Et, à dé-
son rôle de favorite. Entourée de courti- faut d’une reine digne de cette stature,
sans, elle occupe une place prépondé- Athénaïs remplit parfaitement ce rôle de
rante à la cour. Si elle est subordonnée à représentation. D’ailleurs, les arts et les
la reine et lui doit le respect, la jeune lettres s’affirment avec la favorite qui
Poitevine s’affirme très tôt parfois même encourage des artistes comme Molière,
en tenant tête au roi. Elle mène à Ver- Lully, Racine, Corneille, Boileau, etc. Le
sailles un grand train, obtient un vaste peu conformiste Jean de la Fontaine lui
appartement et dispose d’espaces qu’elle dédie même un recueil de fables.
aménage à sa guise. C’est d’ailleurs sous
e 5 octobre 1640 à Lussac-les-Châ- le règne de la marquise de Montespan
L teaux, Françoise, fille de Diane de
Grandseigne et de Gabriel de Roche-
que la résidence royale se métamorphose
à coups de travaux colossaux pour attein-
Madame de Montespan vers 1677, détail
d’un tableau attribué à Charles de la
Fosse, château de Versailles.

chouart, duc de Mortemart, voit le jour. dre ses dimensions actuelles. Faisant les Conservé à la médiathèque de Poitiers (ms
Elevée en vue d’un mariage de prestige, choses en grand pour satisfaire sa maî- 547), ce dessin représente le tombeau des

elle reçoit une éducation digne de son tresse, Louis XIV charge Jules Hardouin Mortemart, érigé en l’église des Cordeliers
entre 1588 et 1595 (sculpteur Jehan
rang au couvent Sainte-Marie à Saintes. Mansart d’agrandir le palais de Clagny Autrot, marbrier Phelix Mesnard). Il a été
En 1660, elle quitte sa province pour la afin d’offrir à sa muse un lieu pour élever en partie détruit à la Révolution française.
haute société. Elle fréquente les salons
parisiens où on la surnomme rapidement
Athenaïs, pour souligner sa beauté com-
parable à celle de la déesse grecque
Athéna. Agée de 20 ans, elle fait ses
premiers pas à la cour sous le titre de
Mademoiselle de Tonnay-Charente et

devient en 1663 fille d’honneur de la
reine Marie-Thérèse. Jusque-là, rien ne
laisse augurer que la Poitevine deviendra
la favorite du roi. D’abord promise au
marquis de Noirmoutiers, elle épouse
finalement Louis-Henri de Pardaillan de
Olivier Neuillé - Médiathèque de Poitiers

Gondrin, marquis de Montespan. Com-


promis dans un duel, le premier avait dû
fuir pour échapper à la décapitation.
Son mari parti chercher fortune à l’ar-
mée, Athénaïs vit à la cour, où elle se
démarque par sa beauté et son intelli-
gence. Madame de Sévigné la qualifie
«d’incomparable», «de belle madame»

74 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■

Actu77.pmd 74 30/06/2007, 19:44


Par Anh-Gaëlle Truong

LA ROCHEFOUCAULD
Guerrier, frondeur & séducteur
Les beaux jours ne sont pas éternels. Si lain Mazère a consacré ses loisirs Richelieu et de Mazarin qui confiaient de
aucune rivale n’est parvenue à supplan-
ter la marquise de Montespan dix an-
A depuis des années à étudier tous les
travaux sur François VI de La Rochefou-
hautes responsabilités à des bourgeois
comme Colbert et dépossédaient les grands
nées durant, elle est peu à peu évincée cauld (1613-1680), l’auteur des Maxi- seigneurs de leurs prérogatives régiona-
par Mademoiselle de Fontanges puis mes. Maintenant que la carrière de cet les. Les prémices de la monarchie absolue
Madame de Maintenon. L’affaire des historien amateur lui laisse un peu plus de créent des révoltes (les Frondes) et des
poisons qui éclate en 1679 sonne le glas temps, il a enfin pu réunir l’ensemble dans complots où La Rochefoucauld est en
des relations entre Louis XIV et une biographie, exercice curieusement première ligne. «Tous les événements,
Athénaïs. Soupçonnée d’avoir usé de absent des abondantes productions sur le dont les ferrets de la reine, qui ont fait le
philtres d’amour pour conserver le cœur duc. «Je voulais produire quelque chose succès d’Alexandre Dumas doivent beau-
de son amant, elle aurait également voulu de récent, les dernières biographies datent coup aux Mémoires de François VI.»
empoisonner Marie-Angélique de Fon- du XIXe siècle, et surtout donner une image Soucieux de défendre les privilèges de
tanges et aurait participé à des messes plus juste du personnage jusqu’alors figé son rang, il était aussi obsédé par son
noires où se seraient produits des sacri- dans sa posture d’écrivain et d’honnête ascension sociale. «Il voulait plus que tout
fices d’enfants. Des documents ayant faire donner à sa maison les mêmes avan-
été brûlés par Louis XIV au début du tages de rang qu’on accordait à celles de
XVIIIe siècle, la culpabilité de la mar- Rohan et de La Trémoille.» C’est-à-dire
quise reste à jamais un mystère. Le roi obtenir, non en sa qualité de duc mais par
souhaite faire taire toutes les accusa- assimilation aux princes de maisons sou-
tions portées contre Madame de Mon- veraines, pour lui, le droit d’entrer en
tespan qui demeure à la cour pour éviter carrosse dans la cour du palais royal et,
les soupçons. Mais ce scandale marque pour sa femme, le droit de s’asseoir sur un
la fin de leur relation. tabouret en présence de la reine. «Cette
Le monarque, objet de toutes les con- idée fixe était tellement irréaliste et portait
voitises féminines, lui préfère la gou- tant atteinte aux lois fondamentales du
vernante des enfants d’Athénaïs, elle royaume, de la société très hiérarchisée du
aussi originaire du Poitou (née à Niort) : XVIIe siècle, que Mme de Motteville la
Françoise d’Aubigné, la future Madame qualifiait de chimère.» Cette folie provo-
de Maintenon. quera une fronde de la noblesse contre La
La favorite déchue choisit alors la cha- Rochefoucauld, et sera à l’origine de nom-
rité et la piété. En 1691, elle quitte la breux remous dans sa vie. «C’est quand il
cour pour le couvent Saint-Joseph à Paris aura échoué dans toutes ces entreprises
avant de trouver refuge chez sa sœur, qu’il se tournera vers l’écriture et la vie
Gabrielle de Rochechouart, à l’abbaye intellectuelle : La Rochefoucauld et Mme
de Fontevraud. En 1704, elle acquiert le de La Fayette à Saint-Maur, c’est Malraux
château d’Oiron, dans les Deux-Sèvres, Non signé, ce portrait de François VI de La Rochefoucauld est et Louise de Vilmorin à Verrières.»
pour passer ses derniers jours. Après présenté pour la première fois en couverture du livre d’Alain Au terme de ce travail, Alain Mazère
avoir illuminé la cour, selon les dires de Mazère. Ce portrait de famille, qui se trouve au château de La
avoue cependant ne pas avoir réussi à
Rochefoucauld, n’était pas destiné à l’apparat comme ceux
nombre de ses contemporains, elle réalisés par Mignard au XVIIe siècle ou par Chassériau en 1836.
percer le mystère des contradictions de ce
s’éteint dans l’oubli à Bourbon- personnage. «Je ne comprends toujours
l’Archambeau (Allier), en 1707, à l’âge homme alors que cette image n’est repré- pas comment celui qui a défini l’“honnête
de 66 ans. Le corps de la défunte est sentative que de la dernière période de la homme” a pu être aussi indifférent à la
enseveli dans le mausolée familial à vie de François VI. Il était avant tout souffrance et à la misère que la Fronde,
l’église des Cordeliers à Poitiers. guerrier, comploteur, frondeur, amateur c’est-à-dire lui même et ses complices, a
de femmes et gastronome – il échangeait pu causer aux populations.» D’ailleurs,
Simone Bertière, Les femmes du Roi- des maximes contre des recettes de cui- comme le note Jean Mesnard, membre de
Soleil. Les reines de France au temps sine avec la marquise de Sablé.» Loin du l’Académie des sciences morales et poli-
des Bourbons, Editions de Fallois, 1998. penseur solitaire, «incliné sur sa plume tiques, spécialiste de Pascal, qui a préfacé
Jean-Christian Petitfils, Madame de dans le clair-obscur de ses forteresses cha- l’ouvrage : «La contradiction sera-t-elle
Montespan, Fayard, 1988. rentaises, polissant ses formules désabu- le dernier mot de sa personnalité ?»
sées», François VI de La Rochefoucauld
était un grand féodal ancré dans son temps Alain Mazère, La Rochefoucauld, le
– il entre dans le métier des armes à 14 ans duc rebelle, préface de Jean Mesnard,
– et hostile aux changements politiques de Le Croît vif, 2007.

■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■ 75

Actu77.pmd 75 30/06/2007, 19:44