Morisques

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Les Morisques (de l'espagnol Morisco, littéralement « petit maure ») étaient des musulmans d'Espagne convertis de force au catholicisme à la suite des édits de conversion de 1502. Ils constituaient une minorité importante dans le Royaume de Valence, la vallée de l'Èbre et l'Andalousie orientale.

Les origines

La reddition de Grenade, tableau de Francisco Pradilla y Ortiz. La Reconquista, qui prend fin en 1492 avec la prise de Grenade, et l'annexion de la Castille laisse sur le sol espagnol plusieurs centaines de milliers de musulmans. D'après les accords de reddition, les Maures granadins sont autorisés à conserver leur religion : « Es asentado e acordado que ningún moro o mora no haga fuerza a que se torne cristiano ni cristiana. » (« Il est établi et accordé que l'on ne forcera aucun maure ou mauresse à devenir chrétien ou chrétienne. ») La marginalisation et l’exclusion des minorités musulmanes était en train de se mettre en place au lendemain de la conquête chrétienne. Les mesures discriminatoires déjà prises alors vont se perpétuer, voire s’aggraver, pour aboutir à la conversion forcée des Mudéjares de Castille en 1502. Les dispositions prises envers les renégats et les hérétiques annoncent déjà aussi la politique que mènera l’Inquisition espagnole à l’époque moderne vis-à-vis des Judéo-convers et des Morisques.[1] Certains musulmans, conscients des difficultés de la cohabitation, préfèrent s'exiler ; d'autres vont rester et prendre le nom de mudéjar. Les accords de reddition seront plus ou moins respectés tant que dure l'influence de l'archevêque de Grenade, Hernando de Talavera. Mais un durcissement de l'église s'opère sous l'influence du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, confesseur d'Isabelle II et archevêque de Tolède (1495). Les pressions fiscales et religieuses conduisent les mudéjares de Grenade à la révolte en 1499. Celleci s'étend rapidement aux montagnes alentour. Après la reprise de contrôle par la couronne de Castille, les Mudéjares de Grenade sont contraints à choisir entre la conversion au Christianisme et l'exil. En 1502 Cisneros étend la mesure à tout le Royaume de Castille, avec le soutien implicite des Rois catholiques. En 1526, en représailles à la révolte des Germanías du Royaume de Valence et pour remercier Dieu de l'issue favorable de la bataille de Pavie, Charles Quint ordonne par décret le baptême massif des Musulmans de toute la Couronne d'Aragon. Bien que la validité de ces baptêmes soit discutée pendant des décennies, dès lors la pratique de l'Islam devient toutefois officiellement prohibée dans l'ensemble des territoires espagnols ; les anciens Musulmans restés dans la Péninsule et leurs descendants seront désignés sous le nom de Morisques (moriscos).

rajoutant à cela la marginalisation spatiale contre les Morisques[2]. celles-ci obtiennent contre le versement d'une taxe de 40 000 ducats l'éloignement du Saint-Office. La réponse des autorités espagnoles est d'une ampleur comparable (viols. D'autres penchent plutôt pour une expulsion totale de cette population. sous la pression de Charles Quint. Cette condition deviendra une loi qui ne sera abrogée qu'en 1865. interdiction de la langue arabe et destruction des textes arabes. deux écoles s'affrontent : certains pensent que l'assimilation des Morisques demande du temps mais finira par aboutir. Un problème de terre se fait sentir. des charges et des richesses. Majoritairement crypto-islamiques. qui prend le nom de Abén Humeya. Le premier chef de la rébellion est un jeune homme de 22 ans. la situation des Morisques devient plus précaire. La révolte Dans la nuit de Noël 1568. pillages) en particulier au siège de Dúrcal par les troupes du marquis de los Velez. des mesures sont prises pour faire perdre aux Morisques leur identité culturelle : interdiction du voile. Hernando de Valor. Un programme d'expulsion et de reconquête de la terre est mis en place dès 1559. Le durcissement La cohabitation entre populations ne parlant pas la même langue dans certaines régions et ne partageant pas la même culture devient difficile. Malgré les protestations de certains Morisques qui assurent le roi de leur fidélité. feront que les conflits s'exacerbent. les Morisques se spécialisent plutôt dans l'élevage de la soie (autour de Grenade) et la culture des primeurs où ils exploitent au mieux les terrains grâce à l'irrigation. Autour de Philippe II. ils prennent des noms d'origine espagnole. Près du tiers des nouveaux convertis sont des propriétaires terriens bénéficiant d'une certaine aisance et prêtant de l'argent à la vieille noblesse espagnole. En 1535. vols. descendant des Omeyyades. La révolte gagne toute la vallée de Lécrin puis s'étend à toutes les montagnes de l'Alpujarras. Des exactions sur la population chrétienne sont commises (massacres et tortures). Parmi les agriculteurs. Par décret passé en 1526 entre l'état et les municipalités morisques. les Morisques se soumettent extérieurement aux traditions chrétiennes mais conservent entre eux leur culture et tradition d'origine. En 1567.Statut social La répartition des Morisques à l'intérieur de l'Espagne est assez irrégulière : d'une présence négligeable en Catalogne. Une tentation de repli sur soi naît. la culture morisque est préservée grâce à la solidarité de tous. Avec l'arrivée sur le trône de Philippe II. Désireux de s'intégrer. Dans les municipalités où persiste une organisation traditionnelle (aljamas). ils représentent environ le huitième de la population de l'Aragon et le quart de la population du royaume de Valence et ils atteignent plus de 55% dans le royaume de Grenade. On trouve une noblesse morisque qui garde des titres. La révolte est violente. massacres. un soulèvement s'organise dans le quartier de l'Albaicin à Grenade. ces lois sont appliquées avec fermeté et sont ressenties par la population morisque comme des brimades. . le pape Paul III instaure une condition dite de "propreté de sang" (limpieza de sangre) : toute personne désireuse d'accéder à certaines charges importantes en Espagne devait faire la preuve qu'elle ne possédait pas d'ancêtre juif ou musulman depuis au moins quatre générations.

Vicente Mestre). les Morisques restent une épine dans le pied de l'Église espagnole. le plus grand nombre alla en Algérie à partir des ports de la région de Valence où ils étaient les plus nombreux. Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. Tlemcen. Blida. Il y a aussi la France. Fundación Bancaja de Valencia Les morisques déportés trouvèrent refuge principalement au Maghreb. En Tunisie la ville de Testour est connue pour avoir accueilli nombre de Morisques. Au Maroc ils se sont installés surtout à Salé. Ils sont ensuite embarqués dans des galères qui les déposent sur les côtes de l'Afrique du Nord. vers les ports de l'Oranie. musée du Prado Cependant. Les Morisques du royaume de Grenade sont alors dispersés dans toute l'Espagne. Alger.Des luttes de pouvoir internes conduisent à l'assassinat de Aben Humeya par l'un de ses rivaux et cousin Aben Abou (1570). Fès et d'autres villes du Nord-marocain comme Tanger et Tétouan. Nedroma. contraints de payer eux-même leur nourriture et leur eau. Hommes. l'Italie et la . Bejaia. Ce décret préparé par des mouvements de troupes s'applique avec rapidité et intransigeance. L'expulsion Expulsion des Morisques (Vicente Carducho). La déportation se fait dans des conditions difficiles. Celui-ci sera lui-même trahi et assassiné par Gonzalo el Seniz en 1571. Ils s'installèrent notamment dans les villes de Oran. Sous l'influence du marquis de Denia et du duc de Lerme. fils naturel du roi Charles Quint. enfants se rendent à pied de l'intérieur des terres jusqu'aux côtes. L'arrivée sur le trône de Philippe III précipite la fin de la population morisque. La révolte est écrasée en 1571 par Don Juan d'Autriche. même appauvris et dépossédés de leur terre. Philippe II désireux de s'allier les pays de l'Afrique du Nord contre Barberousse avait fait preuve d'une clémence relative. et vainqueur de la bataille de Lépante face aux Ottomans et aux Barbaresques d'Uludj Ali. Seules les femmes morisques mariées à de vieux chrétiens sont autorisées à rester. Certains auteurs[3] soutiennent que les pertes de cette déportation s'élèvent à 75%. même répartis dans le reste de l'Espagne. Philippe III signe le 22 septembre 1609 le décret d'expulsion de tous les Morisques d'Espagne. Le nombre important de déportés oblige faire appel à des transporteurs privés qui n'attendent parfois pas d'arriver sur la côte pour débarquer les Morisques. femmes.

En 1614. deux familles de potiers s'installent à Biarritz. et être allé. sous les ordres directs de Richelieu. prit même quelque notoriété et mourut à Paris en 1649 après avoir réussi à travailler. Henri IV rendit le 22 février 1610 une ordonnance permettant de demeurer dans le royaume à ceux qui « voulaient faire profession de la religion catholique pourvu qu'ils s'établissent au-delà de la Garonne et de la Dordogne ». à Istanbul où ils se concentrèrent dans le quartier de Galata. ils avaient à Bordeaux une situation suffisamment prospère que les autorités locales craignirent de les voir partir si les Espagnols qui venaient de s'emparer de Saint-Jean-de-Luz assaillaient Bordeaux. les spécificités architecturales de l'art morisque se retrouvent dans des mosquées mais aussi dans des églises et des maisons de particuliers. En 1636. certains réfugiés au logis d'une dame de la ville « faisaient profession de la Secte de Mahumet». beaucoup cependant sont restés dans le Béarn et notamment à Bayonne avec le consentement des magistrats municipaux. ville non armée[7]. potiers. Même si beaucoup repartirent ensuite pour le Maghreb les autres restèrent et se fondirent peu à peu dans la population locale[4]. absorbé par ses fonctions maritimes détournant son attention des Morisques et ceux qui avaient fini par se faire accepter à Bordeaux se mêlèrent peut-être à la colonie portugaise de la cité. Même si par la suite Marie de Médicis ordonna qu'on les expulse. La confiscation des biens se fera à l'avantage principalement du duc de Lerme et de l'Inquisition. dans ce but plusieurs fois en Hollande. à la renaissance de la marine française. Voltaire a évoqué l'établissement de ces familles morisques dans son Essais sur les mœurs[9]. Des documents et des textes prouvent que de nombreux Morisques s'établirent en France. etc. et de façon éphémère en Toscane.Turquie qu'ont accueilli des réfugiés Morisques. autour de la Arap Jami (mosquée des Arabes). dont les fours fonctionnaient encore en 1838. négociants. le cardinal de Sourdis. Tous ceux qui avaient un métier étaient restés : maréchaux. En architecture.[6]. On estime à environ 375 000 le nombre de personnes ainsi déplacées pour une population espagnole de 8 millions. il n'est pratiquement plus question de mesures générales contre les Morisques de Bordeaux. Leur départ avait appauvri l'Espagne et nous avions hérité de quelques éléments de population active et laborieuse »[8]. un métis du nom d'Alonzo Lopez. Morisques en France Certains auteurs pensent qu'environ 150 000 Morisques trouvèrent refuge en France. l'influence de leur culture s'est fait sentir dans toute l'Europe. . Quelques années avant que Lopez ne disparut on ne parlait déjà plus en France des Morisques. « ceux qui s'y étaient acclimatés s'étaient mêlés à la population et vivaient paisibles dans le royaume. les Dalbarade et Silhouette. Ainsi par exemple. Il leur est enjoint de quitter la ville ou de se convertir[5]. D'autre Morisques étaient installés en Guyenne en 1611. De petites communautés émigrèrent en Syrie. L'un d'entre eux. Art et culture morisque Si la population ne fut pas acceptée par les Espagnols.

s'établirent en Provence. t. tantôt par les conquêtes ». 1919. dans Notre-Dame de Paris fait allusion à une danse morisque probablement issue de la culture de cette époque. ↑ Jean Servier. ↑ Francisque Michel.html [archive] 2. avril mai 2004. et qui ensuite l'a imitée dans l'émigration des réformés.88-94 6. Thoinot Arbeau. qui firent profession du christianisme.Manuscrit Aljamiado En littérature.123-124 7. Champion. C'est ainsi que tous les peuples se mêlent. Cependant la généalogie de Cervantès et la sévérité avec laquelle il juge les morisques tout au long de l'ouvrage infirment cette thèse. La thématique moresque était passée dans la poésie populaire ("romances" fronterizos. tantôt par les persécutions. et que toutes les nations sont absorbées les unes dans les autres. A.n°521 du 26 juillet au 1er aout 2002 . ↑ http://cdlm. p. comme Zoraïda ou Ricote. en Languedoc. p.paroles d’étranger) est une littérature clandestine morisque transcrite de la littérature musulmane et écrite en espagnol mais à l'aide de caractères arabes. 264 . il en vint à Paris même. Puf. 1919. Hachette. sous la régence de Marie de Médicis : ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur religion s'embarquèrent en France pour Tunis. décrit une danse morisque ou moresque. a fait croire à certains auteurs complaisants que Cervantès appartiendrait à ce peuple. et leur race n'y a pas été inconnue : mais enfin ces fugitifs se sont incorporés à la nation [française]. p. la littérature Aljamiada (de l’arabe al-’adjamiyya . 1859. « Nos ancêtres les Sarrasins » in : hors série n° 54 du Nouvel Observateur. signale "Il est certain que des milliers de Morisques qui quittèrent ce royaume de Valence. Franck. p. connue dans toute l'Europe. 8. Champion. Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne. ↑ Jules Mathorez.171 9. quelquesuns passèrent en France. à sujet romanesque morisque. p.org/document781. ↑ « La plus grande partie des Maures espagnols se réfugièrent en Afrique. écrite par Cid Hamed BenEngeli. leur ancienne patrie. historien arabe. ↑ Bruno Étienne. Les étrangers en France sous l'ancien régime. La sympathie de Don Quichotte pour certains personnages. le romancero étant l'ensemble des poèmes populaires castillans (les "romances") dérivés des chansons de geste médiévales ("Romancero du Cid") Cervantes. p. qui a profité de la faute de l'Espagne. Histoire de don Quichotte de la Manche.revues. un "nouveau romancero". inquisiteur conseiller du duc de Lerma. ↑ http://cdlm. La littérature qu'ils produisent est essentiellement religieuse mais on y trouve même le premier Kamasutra en langue espagnole. 22-23 5.org/document781. 1980. « Minorités et démocratie » dans Les intellectuels et la démocratie. « Les nouveaux penseurs de l’islam ». auteur de Don Quichotte de la Manche (1605-1615) présente son ouvrage comme une traduction d'un texte écrit en arabe. ↑ Jules Mathorez. même pas le quart survécut" lu dans Maroc hebdo international .167 8. Quelques familles. grâce à Lope de Vega.html [archive] 3. traitant des dernières guerres de reconquête de Grenade) dès avant 1492 se manifeste ensuite dans des ouvrages plus copieux comme le roman l'abencerage de Villegas ou l'histoire des guerres civiles de Grenade de Pérez de Hita qui est traduite en français. Se crée ensuite. ↑ Fray Jame Bleda. Les étrangers en France sous l'ancien régime. dans son Orchésographie (1589). Victor Hugo. 1847.revues. Voltaire dans Essais sur les mœurs (1756) dans Œuvres complètes de Voltaire. Notes et références 1.[1] [archive] 4.

ceux ayant le moins subi d'acculturation. . menée par les Morisques granadins. il y avait des Arabes. une grande partie des Morisques se maintenait comme un groupe social cloisonné du reste de la société espagnole[2]. l'encyclopédie libre. ou même avec les Français. et bien que devenus. les pirates barbaresques[2]. des Berbères. et affecta particulièrement le Royaume de Valence. Elle signifiait l'abandon des territoires espagnols par les Morisques. religion qu'ils continuaient toutefois à pratiquer en secret. Contexte La décision d'expulser les Morisques fut prise dans un contexte dont il convient de rappeler certains éléments : • Plus d'un siècle après leur conversion forcée au Christianisme. Le déroulement de l'expulsion dans l'ensemble des royaumes espagnols se prolongea jusqu'en 1614[1]. en dépit de la perte de l'usage de la langue arabe au bénéfice du castillan et de leur connaissance très pauvre des rites de l'Islam. qui perdit à cette occasion une grande partie de ses habitants. • Après la rébellion des Alpujarras (1568-1571). descendants des populations d'origine musulmane converties au Christianisme par le décret des Rois catholiques du 14 février 1502. conséquence d'une première baisse dans l'arrivée des ressources du Nouveau Monde.Expulsion des Morisques d'Espagne Un article de Wikipédia. Embarquement de Morisques au port du Grao de Valence L'expulsion des Morisques d'Espagne fut promulguée par Philippe III d'Espagne le 22 septembre 1609. • 1604 marque le début d'une récession économique dans la péninsule.[3] qui pillaient périodiquement le littoral espagnol. Ils étaient couramment soupçonnés de complicité avec les Turcs. mais également une grande majorité d'Espagnols qui s'étaient convertis depuis des siècles à l'Islam. Parmi les Morisques. physiquement indiscernables des « vieux chrétiens ». l'opinion selon laquelle cette minorité religieuse constituait un véritable problème de sécurité nationale gagna du terrain. à force de métissage. La dégradation des conditions de vie des Chrétiens les mena à considérer avec défiance celles des Morisques.

En Castille la situation était bien différente : sur un total de 6 millions d'habitants. La noblesse aragonaise et valencienne était partisane de laisser la situation en état : ils étaient en effet ceux qui profitaient le plus de cet état de fait. où ils représentaient près de 20 % de la population . mais aussi d'une expérience positive et pluriséculaire de cohabitation en Castille avec les anciens Mudéjars. . La population morisque s'élevait à environ 325 000 membres sur un total d'approximativement 8. À tout cela on pourrait ajouter un taux de croissance démographique nettement supérieur à celui des Chrétiens[4]. En raison de cette proportion inférieure. gravure de Vicente Carducho (Musée du Prado. avec une densité nettement supérieure dans les comarques intérieures[4]. les voyait d'un mauvais œil et les considérait comme des rivaux.• On note vers la même époque une radicalisation dans le mode de pensée de nombreux gouvernants. Cette idée n'était cependant pas nécessairement majoritaire en Espagne. particulièrement en termes de main-d'œuvre sur leurs terres. après l'échec de la lutte contre le protestantisme aux Pays-Bas. La Expulsión de los Moriscos. Madrid) L'opinion publique était donc particulièrement divisée. le ressentiment envers les Morisques y était bien inférieur à celui connu en Aragon. en raison même de la persistance de certaines minorités religieuses. ceux qui pensaient que l'on devait continuer à se montrer tolérants avec eux et ceux qui défendaient leur expulsion. car ils considéraient qu'une conversion totale exigeait un contact prolongé avec les croyances et la société chrétienne. cependant. tandis que les Morisques occupaient une grande partie des terres pauvres et se concentraient dans les faubourgs urbains. ce chiffre s'élevait à près de 33% dans le pays valencien. Cette décision menait à terme le processus d'homogénéisation qui avait commencé avec le décret d'expulsion des Juifs de 1492 et entérinait la christianité des royaumes d'Espagne. La classe paysanne. entre ceux qui pensaient que l'on devait encore laisser du temps pour mener à bien leur évangélisation.5 millions. où nombreux étaient ceux qui considéraient avec méfiance la perte de moyens humains que supposait une telle expulsion. Ils se trouvaient concentrés dans les Royaumes d'Aragon. Morisques et Mudéjars rassemblés n'en représentaient qu'environ 100 000. Bon nombre d'ecclésiastiques défendaient la possibilité de laisser du temps. une option en partie soutenue par Rome. De façon générale les terres riches (souvent proches du littoral) et les centres urbains de ces royaumes étaient majoritairement chrétiens. • Il faut encore ajouter la volonté d'en finir avec les postures critiques courantes en Europe depuis un certain temps à propos du caractère discutable de la christianité de l'Espagne.

les préparatifs furent menés dans le plus grand secret. À partir du mois de septembre des tercios venus d'Italie prirent position dans le nord et le sud du royaume de Valence et le 22 du même mois le vice-roi ordonna la publication du décret. la zone la plus concernée par la mesure . Si au début l'idée ne fut pas retenue par les gouvernants. pour la recommander au souverain l'année suivante. qui considérait les Morisques comme des hérétiques et des traîtres. la suggestion fut plus tard réitérée par l'archevêque de Valence. L'aristocratie valencienne se réunit avec des représentants du gouvernement pour protester contre l'expulsion qui supposait une diminution significative de leurs revenus. Jusqu'en 1608 la politique menée envers les Morisques avait été celle de la conversion. Ce n'est cependant qu'à partir de 1608 que le Conseil d'État commença à envisager sérieusement le choix de l'expulsion. ce fut lui qui suggéra l'expulsion au Roi. en dépit des problèmes que son application pouvait poser pour les motifs démographiques déjà exposés. bien qu'il existe des antécédents d'allusions à des mesures plus radicales de la part de Charles Ie et de Philippe II. Vicente Mestre). Fundación Bancaja de Valencia Le 9 avril 1609 est lancé le décret ordonnant l'expulsion des Morisques. Il fut décidé de commencer par Valence.Parmi les défenseurs de l'expulsion on peut citer Jaime Bleda. Juan de Ribera. mais l'opposition faiblit avec la promesse de récupérer une part des propriétés terriennes des Morisques. assortie d'une proposition attractive : le Roi pourrait bénéficier de la confiscation des biens et des terres de la population morisque. respectivement en 1526 et 1582. Déroulement Expulsion des Morisques au port de Dénia Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. voire réduire celle-ci en esclavage. On permit à ces derniers de prendre tout ce qu'ils pouvaient . inquisiteur de Valence .

la régente publia le 19 août 1610 une ordonnance défendant désormais l'entrée du royaume aux "Grenadins". et ceux-ci provoquant des troubles. où ils furent quelquefois fort mal reçus et parfois même attaqués par les autochtones. on compta en 1609 plus de 150 000 Morisques abordant sur les côtes. Ainsi. D'après une étude récente (2008) on retrouve des traits génétiques issus des populations morisques dans une grande frange de la population espagnole actuelle[5][6][7]. permit le bon déroulement de l'évacuation. Ces procédures d'expulsion massive étaient très imparfaites. de nombreux hôpitaux furent encombrés. là et en Provence. L'ordonnance. vers Alger et Tunis. et craignant le développement de la Peste. La nouvelle régente Marie de Médicis. 40 000 arrivèrent en Navarre. " qu'il leur soit donné libre passage jusques en ses ports du Levant pour de là se faire transporter en Barbarie ou ailleurs. Pour cette raison. avec le droit d'emporter leurs bien les plus précieux et tout ce qu'ils étaient susceptibles de pouvoir vendre. mais leurs maisons et terrains furent octroyés à leurs seigneurs. À partir du 30 septembre ils furent menés aux différents ports du royaume. Cependant de nombreuses plaintes s'élevant en Languedoc des dégâts occasionnés au passage des Morisques. Ceci causa de grandes craintes parmi la population morisque n'ayant pas encore été déportée. pendant 1 mois. sous peine de mort en cas d'incendie ou de destruction avant le transfert des biens. L'émigration au Royaume de France En France. Cette ordonnance permettait à ceux qui se convertiraient à la religion catholique de rester en France . Le roi Henri IV rendit une ordonnance le 22 février 1610 ordonnant de les accueillir au mieux : "qu'il soit usé en leur endroit d'humanité pour les recueillir en ses pays et estats". pour ceux qui désireraient demeurer musulmans. 50 000 Morisques supplémentaires arrivant en Languedoc en 1610. Les rebelles furent vaincus en novembre et l'expulsion des Morisques valenciens fut menée à terme. Au début de 1610 eut lieu l'expulsion des Morisques aragonais. tout en continuant à punir les capitaines de vaisseaux qui les maltraitaient à l'occasion du voyage. en particulier dans les ports de Provence. Les premiers Morisques furent transportés vers Oran et les ports de l'Oranie. de nombreux musulmans arrivés à Bayonne furent conduits à Agde puis. étant donné qu'ils étaient davantage éparpillés dans le royaume suite à leur dispersion menée en répression de la rébellion des Alpujarras. Un ambassadeur turc. La mise en œuvre du décret dans les territoires de la couronne de Castille était une tâche plus ardue. . envoyé par le sultan à Agde. où on les obligea même à payer le trajet. plus de 70 vaisseaux pour évacuer finalement les Morisques vers Alger et Tunis. Cependant. suivie en septembre par celle des catalans. en Castille l'expulsion s'étala sur près de trois années. et nombreux furent ceux qui réussirent de fait à passer au travers du décret et restèrent en Espagne. recevant de nombreuses plaintes. et le 20 octobre se produisit un soulèvement contre l'expulsion. interdit aux capitaines de navire de maltraiter les Morisques. le tout ne se passant pas sans heurts de part et d'autres. Ainsi. en outre. le parlement de Toulouse publia le 6 août 1610 un décret menaçant de la peine de mort toute entrée illégale de Morisques dans le Royaume. que bon leur semblera". de 1611 à 1614. on offrit aux populations morisques une première possibilité de sortie volontaire du pays. Ce décret n'empêcha pas de nombreuses entrées malgré tout : il fallut.emporter. demanda à les "faire passer en Barbarie". Le nombre de Morisques augmentant encore. de là.

qui prétendait ensuite les louer aux paysans dans des conditions souvent abusives pour compenser à court terme ses pertes supposées. ↑ a b « Morisco » sur l'Encyclopædia Britannica 3. le choc démographique occasionné n'était pas de loin comparable avec le demi million de victimes de la grande peste de 1598-1602. le commerce et les travaux des champs. Si. Les Morisques n'étaient pas nobles. soldats ni prêtres . ↑ FUSI AIZPÚRUA. ↑ En dépit des estimations de certains historiens. ↑ a b Fuster. ↑ Fuster.70 . ↑ Braudel. 2000. Juan Pablo. que soixante-dix lieux furent brûlés.515 2. dans les zones les plus affectées. Catalans. and in Portugal". T. « On dit que douze mille hommes étaient morts.87 10. p. tout au long du XVIe siècle Valence avait été le centre le plus actif de l'Aragon. The Genetic Legacy of Religious Diversity and Intolerance: Paternal Lineages of Christians. pp. en 1718 n'arrivait pas encore à 260 000 »[12]. ↑ Fuster. Temas de Hoy. Adams et al. T. II. p.107 9. 2008 6. ils étaient des travailleurs et leur départ occasionna d'importantes pertes dans la perception des impôts et eut. que les dommages pouvaient être estimés à 70 000 ducats »[10]. la production de toile. Dans la couronne d'Aragon Dans la couronne d'Aragon il en fut tout autrement. and Muslims in the Iberian Peninsula [archive]. Ces conclusions rejoignent celles d'historiens qui se sont penchés sur la question. II. 1. España. 2008 7. p. Sciences et Avenir. malgré la migration forcée de milliers de familles chrétiennes du royaume[12]. ↑ a b Voir les cartes démographiques dans Braudel. ↑ "Admixture analysis based on binary and Y-STR haplotypes indicates a high mean proportion of ancestry from North African (10. Elena Bosch.215) 4. Certaines comarques du nord de la région d'Alicante perdirent presque l'intégralité de leur population.77 11. The religious conversions of Jews and Muslims have had a profound impact on the population of the Iberian Peninsula [archive].508-509 5.91 12. III. « le pays valencien. Les terres abandonnées passèrent aux mains de la noblesse. Trente ans plus tard. Aragonais. des effets dévastateurs sur l'artisanat. especially in the Balearic Islands. près de la moitié des plus de 400 localités qu'avaient occupées les Morisques restaient abandonnées. hidalgos.Madrid.[9]. cependant. De fait. ↑ "The study shows that religious conversions and the subsequent marriages between people of different lineage had a relevant impact on modern populations both in Spain. p. Jews. si bien qu'au final les nobles se trouvèrent les plus favorisés[11]. p. Majorquains ainsi que quelques Castillans et Français vinrent pour tenter de combler le vide humain . qui avant l'expulsion devait avoir environ 450 000 habitants. décembre 2008 8. p.6%) ranging from zero in Gascony to 21. p. en détruisant les fondements même de son économie[8]. aucune preuve formelle n'établit l'existence de telles connivences (Braudel.7% in Northwest Castile". l'ordre d'expulsion massive des Morisques signifia sa ruine. ↑ Fuster. Valence dut faire face à un immense vide démographique. ↑ La diversité génétique des Espagnols marquée par l'Inquisition [archive]. T. La evolución de la identidad nacional.Conséquences Dans la couronne de Castille Le Conseil de Castille fit un bilan de l'expulsion en 1619 et conclut qu'elle n'avait pas eu de répercussions économiques.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful