Morisques

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Les Morisques (de l'espagnol Morisco, littéralement « petit maure ») étaient des musulmans d'Espagne convertis de force au catholicisme à la suite des édits de conversion de 1502. Ils constituaient une minorité importante dans le Royaume de Valence, la vallée de l'Èbre et l'Andalousie orientale.

Les origines

La reddition de Grenade, tableau de Francisco Pradilla y Ortiz. La Reconquista, qui prend fin en 1492 avec la prise de Grenade, et l'annexion de la Castille laisse sur le sol espagnol plusieurs centaines de milliers de musulmans. D'après les accords de reddition, les Maures granadins sont autorisés à conserver leur religion : « Es asentado e acordado que ningún moro o mora no haga fuerza a que se torne cristiano ni cristiana. » (« Il est établi et accordé que l'on ne forcera aucun maure ou mauresse à devenir chrétien ou chrétienne. ») La marginalisation et l’exclusion des minorités musulmanes était en train de se mettre en place au lendemain de la conquête chrétienne. Les mesures discriminatoires déjà prises alors vont se perpétuer, voire s’aggraver, pour aboutir à la conversion forcée des Mudéjares de Castille en 1502. Les dispositions prises envers les renégats et les hérétiques annoncent déjà aussi la politique que mènera l’Inquisition espagnole à l’époque moderne vis-à-vis des Judéo-convers et des Morisques.[1] Certains musulmans, conscients des difficultés de la cohabitation, préfèrent s'exiler ; d'autres vont rester et prendre le nom de mudéjar. Les accords de reddition seront plus ou moins respectés tant que dure l'influence de l'archevêque de Grenade, Hernando de Talavera. Mais un durcissement de l'église s'opère sous l'influence du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, confesseur d'Isabelle II et archevêque de Tolède (1495). Les pressions fiscales et religieuses conduisent les mudéjares de Grenade à la révolte en 1499. Celleci s'étend rapidement aux montagnes alentour. Après la reprise de contrôle par la couronne de Castille, les Mudéjares de Grenade sont contraints à choisir entre la conversion au Christianisme et l'exil. En 1502 Cisneros étend la mesure à tout le Royaume de Castille, avec le soutien implicite des Rois catholiques. En 1526, en représailles à la révolte des Germanías du Royaume de Valence et pour remercier Dieu de l'issue favorable de la bataille de Pavie, Charles Quint ordonne par décret le baptême massif des Musulmans de toute la Couronne d'Aragon. Bien que la validité de ces baptêmes soit discutée pendant des décennies, dès lors la pratique de l'Islam devient toutefois officiellement prohibée dans l'ensemble des territoires espagnols ; les anciens Musulmans restés dans la Péninsule et leurs descendants seront désignés sous le nom de Morisques (moriscos).

Hernando de Valor. celles-ci obtiennent contre le versement d'une taxe de 40 000 ducats l'éloignement du Saint-Office. Avec l'arrivée sur le trône de Philippe II. Parmi les agriculteurs. La révolte est violente. rajoutant à cela la marginalisation spatiale contre les Morisques[2]. ils prennent des noms d'origine espagnole. Par décret passé en 1526 entre l'état et les municipalités morisques. Des exactions sur la population chrétienne sont commises (massacres et tortures). la culture morisque est préservée grâce à la solidarité de tous. Le premier chef de la rébellion est un jeune homme de 22 ans. des mesures sont prises pour faire perdre aux Morisques leur identité culturelle : interdiction du voile. la situation des Morisques devient plus précaire. Près du tiers des nouveaux convertis sont des propriétaires terriens bénéficiant d'une certaine aisance et prêtant de l'argent à la vieille noblesse espagnole. un soulèvement s'organise dans le quartier de l'Albaicin à Grenade. D'autres penchent plutôt pour une expulsion totale de cette population. Une tentation de repli sur soi naît. Malgré les protestations de certains Morisques qui assurent le roi de leur fidélité. ils représentent environ le huitième de la population de l'Aragon et le quart de la population du royaume de Valence et ils atteignent plus de 55% dans le royaume de Grenade. On trouve une noblesse morisque qui garde des titres. pillages) en particulier au siège de Dúrcal par les troupes du marquis de los Velez. . feront que les conflits s'exacerbent. sous la pression de Charles Quint. le pape Paul III instaure une condition dite de "propreté de sang" (limpieza de sangre) : toute personne désireuse d'accéder à certaines charges importantes en Espagne devait faire la preuve qu'elle ne possédait pas d'ancêtre juif ou musulman depuis au moins quatre générations. les Morisques se soumettent extérieurement aux traditions chrétiennes mais conservent entre eux leur culture et tradition d'origine. La révolte gagne toute la vallée de Lécrin puis s'étend à toutes les montagnes de l'Alpujarras. interdiction de la langue arabe et destruction des textes arabes. descendant des Omeyyades.Statut social La répartition des Morisques à l'intérieur de l'Espagne est assez irrégulière : d'une présence négligeable en Catalogne. Autour de Philippe II. Désireux de s'intégrer. qui prend le nom de Abén Humeya. Le durcissement La cohabitation entre populations ne parlant pas la même langue dans certaines régions et ne partageant pas la même culture devient difficile. Dans les municipalités où persiste une organisation traditionnelle (aljamas). deux écoles s'affrontent : certains pensent que l'assimilation des Morisques demande du temps mais finira par aboutir. La réponse des autorités espagnoles est d'une ampleur comparable (viols. ces lois sont appliquées avec fermeté et sont ressenties par la population morisque comme des brimades. vols. Un programme d'expulsion et de reconquête de la terre est mis en place dès 1559. Un problème de terre se fait sentir. La révolte Dans la nuit de Noël 1568. les Morisques se spécialisent plutôt dans l'élevage de la soie (autour de Grenade) et la culture des primeurs où ils exploitent au mieux les terrains grâce à l'irrigation. En 1567. Cette condition deviendra une loi qui ne sera abrogée qu'en 1865. des charges et des richesses. massacres. En 1535. Majoritairement crypto-islamiques.

Le nombre important de déportés oblige faire appel à des transporteurs privés qui n'attendent parfois pas d'arriver sur la côte pour débarquer les Morisques. Fès et d'autres villes du Nord-marocain comme Tanger et Tétouan. les Morisques restent une épine dans le pied de l'Église espagnole. En Tunisie la ville de Testour est connue pour avoir accueilli nombre de Morisques. Fundación Bancaja de Valencia Les morisques déportés trouvèrent refuge principalement au Maghreb. Alger. Il y a aussi la France. Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. le plus grand nombre alla en Algérie à partir des ports de la région de Valence où ils étaient les plus nombreux. enfants se rendent à pied de l'intérieur des terres jusqu'aux côtes. Sous l'influence du marquis de Denia et du duc de Lerme. Celui-ci sera lui-même trahi et assassiné par Gonzalo el Seniz en 1571. Philippe III signe le 22 septembre 1609 le décret d'expulsion de tous les Morisques d'Espagne. Philippe II désireux de s'allier les pays de l'Afrique du Nord contre Barberousse avait fait preuve d'une clémence relative. et vainqueur de la bataille de Lépante face aux Ottomans et aux Barbaresques d'Uludj Ali. Bejaia. Blida. même répartis dans le reste de l'Espagne. La révolte est écrasée en 1571 par Don Juan d'Autriche. Seules les femmes morisques mariées à de vieux chrétiens sont autorisées à rester. Ils sont ensuite embarqués dans des galères qui les déposent sur les côtes de l'Afrique du Nord. Les Morisques du royaume de Grenade sont alors dispersés dans toute l'Espagne. musée du Prado Cependant. L'expulsion Expulsion des Morisques (Vicente Carducho). Au Maroc ils se sont installés surtout à Salé. même appauvris et dépossédés de leur terre. Vicente Mestre).Des luttes de pouvoir internes conduisent à l'assassinat de Aben Humeya par l'un de ses rivaux et cousin Aben Abou (1570). femmes. La déportation se fait dans des conditions difficiles. Tlemcen. Certains auteurs[3] soutiennent que les pertes de cette déportation s'élèvent à 75%. vers les ports de l'Oranie. Ils s'installèrent notamment dans les villes de Oran. Nedroma. fils naturel du roi Charles Quint. Ce décret préparé par des mouvements de troupes s'applique avec rapidité et intransigeance. L'arrivée sur le trône de Philippe III précipite la fin de la population morisque. l'Italie et la . contraints de payer eux-même leur nourriture et leur eau. Hommes.

potiers. « ceux qui s'y étaient acclimatés s'étaient mêlés à la population et vivaient paisibles dans le royaume. sous les ordres directs de Richelieu. un métis du nom d'Alonzo Lopez. deux familles de potiers s'installent à Biarritz. Morisques en France Certains auteurs pensent qu'environ 150 000 Morisques trouvèrent refuge en France. La confiscation des biens se fera à l'avantage principalement du duc de Lerme et de l'Inquisition. absorbé par ses fonctions maritimes détournant son attention des Morisques et ceux qui avaient fini par se faire accepter à Bordeaux se mêlèrent peut-être à la colonie portugaise de la cité. l'influence de leur culture s'est fait sentir dans toute l'Europe. En architecture. certains réfugiés au logis d'une dame de la ville « faisaient profession de la Secte de Mahumet». à la renaissance de la marine française. Quelques années avant que Lopez ne disparut on ne parlait déjà plus en France des Morisques. Art et culture morisque Si la population ne fut pas acceptée par les Espagnols. En 1636. D'autre Morisques étaient installés en Guyenne en 1611. et de façon éphémère en Toscane. De petites communautés émigrèrent en Syrie. à Istanbul où ils se concentrèrent dans le quartier de Galata. . etc. Des documents et des textes prouvent que de nombreux Morisques s'établirent en France. il n'est pratiquement plus question de mesures générales contre les Morisques de Bordeaux. Ainsi par exemple. Henri IV rendit le 22 février 1610 une ordonnance permettant de demeurer dans le royaume à ceux qui « voulaient faire profession de la religion catholique pourvu qu'ils s'établissent au-delà de la Garonne et de la Dordogne ». ville non armée[7]. On estime à environ 375 000 le nombre de personnes ainsi déplacées pour une population espagnole de 8 millions. beaucoup cependant sont restés dans le Béarn et notamment à Bayonne avec le consentement des magistrats municipaux. ils avaient à Bordeaux une situation suffisamment prospère que les autorités locales craignirent de les voir partir si les Espagnols qui venaient de s'emparer de Saint-Jean-de-Luz assaillaient Bordeaux. prit même quelque notoriété et mourut à Paris en 1649 après avoir réussi à travailler. dans ce but plusieurs fois en Hollande. Même si beaucoup repartirent ensuite pour le Maghreb les autres restèrent et se fondirent peu à peu dans la population locale[4]. autour de la Arap Jami (mosquée des Arabes). En 1614. les Dalbarade et Silhouette. Tous ceux qui avaient un métier étaient restés : maréchaux. le cardinal de Sourdis. L'un d'entre eux. les spécificités architecturales de l'art morisque se retrouvent dans des mosquées mais aussi dans des églises et des maisons de particuliers. et être allé. dont les fours fonctionnaient encore en 1838. Il leur est enjoint de quitter la ville ou de se convertir[5].Turquie qu'ont accueilli des réfugiés Morisques. Même si par la suite Marie de Médicis ordonna qu'on les expulse. Voltaire a évoqué l'établissement de ces familles morisques dans son Essais sur les mœurs[9]. négociants.[6]. Leur départ avait appauvri l'Espagne et nous avions hérité de quelques éléments de population active et laborieuse »[8].

« Nos ancêtres les Sarrasins » in : hors série n° 54 du Nouvel Observateur. La thématique moresque était passée dans la poésie populaire ("romances" fronterizos. La littérature qu'ils produisent est essentiellement religieuse mais on y trouve même le premier Kamasutra en langue espagnole. Thoinot Arbeau.html [archive] 2. ↑ http://cdlm. 22-23 5. Histoire de don Quichotte de la Manche.org/document781. a fait croire à certains auteurs complaisants que Cervantès appartiendrait à ce peuple. leur ancienne patrie. ↑ Fray Jame Bleda. p.revues. p. comme Zoraïda ou Ricote. p. ↑ Jules Mathorez. 1919. ↑ http://cdlm. tantôt par les conquêtes ». « Les nouveaux penseurs de l’islam ». qui firent profession du christianisme. signale "Il est certain que des milliers de Morisques qui quittèrent ce royaume de Valence. p. s'établirent en Provence. sous la régence de Marie de Médicis : ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur religion s'embarquèrent en France pour Tunis. 8. en Languedoc.html [archive] 3. à sujet romanesque morisque.n°521 du 26 juillet au 1er aout 2002 . Notes et références 1. Voltaire dans Essais sur les mœurs (1756) dans Œuvres complètes de Voltaire. avril mai 2004. traitant des dernières guerres de reconquête de Grenade) dès avant 1492 se manifeste ensuite dans des ouvrages plus copieux comme le roman l'abencerage de Villegas ou l'histoire des guerres civiles de Grenade de Pérez de Hita qui est traduite en français. quelquesuns passèrent en France. connue dans toute l'Europe. grâce à Lope de Vega. Les étrangers en France sous l'ancien régime. tantôt par les persécutions. inquisiteur conseiller du duc de Lerma. Puf. Quelques familles. 1847. p. ↑ Jean Servier. et que toutes les nations sont absorbées les unes dans les autres. Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne. auteur de Don Quichotte de la Manche (1605-1615) présente son ouvrage comme une traduction d'un texte écrit en arabe. Cependant la généalogie de Cervantès et la sévérité avec laquelle il juge les morisques tout au long de l'ouvrage infirment cette thèse. un "nouveau romancero". dans Notre-Dame de Paris fait allusion à une danse morisque probablement issue de la culture de cette époque. ↑ Bruno Étienne. 1919. 1980.revues. ↑ Francisque Michel. La sympathie de Don Quichotte pour certains personnages. même pas le quart survécut" lu dans Maroc hebdo international .167 8. « Minorités et démocratie » dans Les intellectuels et la démocratie. Les étrangers en France sous l'ancien régime. p. le romancero étant l'ensemble des poèmes populaires castillans (les "romances") dérivés des chansons de geste médiévales ("Romancero du Cid") Cervantes.88-94 6. Hachette. A.Manuscrit Aljamiado En littérature. t. la littérature Aljamiada (de l’arabe al-’adjamiyya . qui a profité de la faute de l'Espagne. Se crée ensuite. écrite par Cid Hamed BenEngeli. 264 . et qui ensuite l'a imitée dans l'émigration des réformés. ↑ Jules Mathorez. C'est ainsi que tous les peuples se mêlent.paroles d’étranger) est une littérature clandestine morisque transcrite de la littérature musulmane et écrite en espagnol mais à l'aide de caractères arabes.123-124 7. Champion. Franck. il en vint à Paris même. Victor Hugo. dans son Orchésographie (1589). historien arabe. décrit une danse morisque ou moresque. Champion. 1859.[1] [archive] 4. et leur race n'y a pas été inconnue : mais enfin ces fugitifs se sont incorporés à la nation [française].org/document781.171 9. ↑ « La plus grande partie des Maures espagnols se réfugièrent en Afrique.

à force de métissage. qui perdit à cette occasion une grande partie de ses habitants.[3] qui pillaient périodiquement le littoral espagnol. en dépit de la perte de l'usage de la langue arabe au bénéfice du castillan et de leur connaissance très pauvre des rites de l'Islam. mais également une grande majorité d'Espagnols qui s'étaient convertis depuis des siècles à l'Islam. il y avait des Arabes. l'encyclopédie libre. une grande partie des Morisques se maintenait comme un groupe social cloisonné du reste de la société espagnole[2]. ceux ayant le moins subi d'acculturation. descendants des populations d'origine musulmane converties au Christianisme par le décret des Rois catholiques du 14 février 1502. • Après la rébellion des Alpujarras (1568-1571). menée par les Morisques granadins. conséquence d'une première baisse dans l'arrivée des ressources du Nouveau Monde. Le déroulement de l'expulsion dans l'ensemble des royaumes espagnols se prolongea jusqu'en 1614[1]. Elle signifiait l'abandon des territoires espagnols par les Morisques. et affecta particulièrement le Royaume de Valence. ou même avec les Français.Expulsion des Morisques d'Espagne Un article de Wikipédia. les pirates barbaresques[2]. physiquement indiscernables des « vieux chrétiens ». l'opinion selon laquelle cette minorité religieuse constituait un véritable problème de sécurité nationale gagna du terrain. Parmi les Morisques. • 1604 marque le début d'une récession économique dans la péninsule. Embarquement de Morisques au port du Grao de Valence L'expulsion des Morisques d'Espagne fut promulguée par Philippe III d'Espagne le 22 septembre 1609. des Berbères. Ils étaient couramment soupçonnés de complicité avec les Turcs. La dégradation des conditions de vie des Chrétiens les mena à considérer avec défiance celles des Morisques. . et bien que devenus. religion qu'ils continuaient toutefois à pratiquer en secret. Contexte La décision d'expulser les Morisques fut prise dans un contexte dont il convient de rappeler certains éléments : • Plus d'un siècle après leur conversion forcée au Christianisme.

• On note vers la même époque une radicalisation dans le mode de pensée de nombreux gouvernants. La classe paysanne. Morisques et Mudéjars rassemblés n'en représentaient qu'environ 100 000. ce chiffre s'élevait à près de 33% dans le pays valencien. Bon nombre d'ecclésiastiques défendaient la possibilité de laisser du temps. où ils représentaient près de 20 % de la population . De façon générale les terres riches (souvent proches du littoral) et les centres urbains de ces royaumes étaient majoritairement chrétiens. entre ceux qui pensaient que l'on devait encore laisser du temps pour mener à bien leur évangélisation. Cette idée n'était cependant pas nécessairement majoritaire en Espagne.5 millions. mais aussi d'une expérience positive et pluriséculaire de cohabitation en Castille avec les anciens Mudéjars. où nombreux étaient ceux qui considéraient avec méfiance la perte de moyens humains que supposait une telle expulsion. car ils considéraient qu'une conversion totale exigeait un contact prolongé avec les croyances et la société chrétienne. En Castille la situation était bien différente : sur un total de 6 millions d'habitants. En raison de cette proportion inférieure. Cette décision menait à terme le processus d'homogénéisation qui avait commencé avec le décret d'expulsion des Juifs de 1492 et entérinait la christianité des royaumes d'Espagne. • Il faut encore ajouter la volonté d'en finir avec les postures critiques courantes en Europe depuis un certain temps à propos du caractère discutable de la christianité de l'Espagne. Ils se trouvaient concentrés dans les Royaumes d'Aragon. après l'échec de la lutte contre le protestantisme aux Pays-Bas. le ressentiment envers les Morisques y était bien inférieur à celui connu en Aragon. les voyait d'un mauvais œil et les considérait comme des rivaux. gravure de Vicente Carducho (Musée du Prado. une option en partie soutenue par Rome. La Expulsión de los Moriscos. La noblesse aragonaise et valencienne était partisane de laisser la situation en état : ils étaient en effet ceux qui profitaient le plus de cet état de fait. . À tout cela on pourrait ajouter un taux de croissance démographique nettement supérieur à celui des Chrétiens[4]. ceux qui pensaient que l'on devait continuer à se montrer tolérants avec eux et ceux qui défendaient leur expulsion. Madrid) L'opinion publique était donc particulièrement divisée. avec une densité nettement supérieure dans les comarques intérieures[4]. La population morisque s'élevait à environ 325 000 membres sur un total d'approximativement 8. particulièrement en termes de main-d'œuvre sur leurs terres. tandis que les Morisques occupaient une grande partie des terres pauvres et se concentraient dans les faubourgs urbains. cependant. en raison même de la persistance de certaines minorités religieuses.

la suggestion fut plus tard réitérée par l'archevêque de Valence. Si au début l'idée ne fut pas retenue par les gouvernants. On permit à ces derniers de prendre tout ce qu'ils pouvaient . Il fut décidé de commencer par Valence. pour la recommander au souverain l'année suivante. respectivement en 1526 et 1582. la zone la plus concernée par la mesure . Juan de Ribera. À partir du mois de septembre des tercios venus d'Italie prirent position dans le nord et le sud du royaume de Valence et le 22 du même mois le vice-roi ordonna la publication du décret. inquisiteur de Valence .Parmi les défenseurs de l'expulsion on peut citer Jaime Bleda. les préparatifs furent menés dans le plus grand secret. voire réduire celle-ci en esclavage. assortie d'une proposition attractive : le Roi pourrait bénéficier de la confiscation des biens et des terres de la population morisque. qui considérait les Morisques comme des hérétiques et des traîtres. Fundación Bancaja de Valencia Le 9 avril 1609 est lancé le décret ordonnant l'expulsion des Morisques. Déroulement Expulsion des Morisques au port de Dénia Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. ce fut lui qui suggéra l'expulsion au Roi. Jusqu'en 1608 la politique menée envers les Morisques avait été celle de la conversion. bien qu'il existe des antécédents d'allusions à des mesures plus radicales de la part de Charles Ie et de Philippe II. L'aristocratie valencienne se réunit avec des représentants du gouvernement pour protester contre l'expulsion qui supposait une diminution significative de leurs revenus. Vicente Mestre). en dépit des problèmes que son application pouvait poser pour les motifs démographiques déjà exposés. mais l'opposition faiblit avec la promesse de récupérer une part des propriétés terriennes des Morisques. Ce n'est cependant qu'à partir de 1608 que le Conseil d'État commença à envisager sérieusement le choix de l'expulsion.

étant donné qu'ils étaient davantage éparpillés dans le royaume suite à leur dispersion menée en répression de la rébellion des Alpujarras. avec le droit d'emporter leurs bien les plus précieux et tout ce qu'ils étaient susceptibles de pouvoir vendre. que bon leur semblera". et nombreux furent ceux qui réussirent de fait à passer au travers du décret et restèrent en Espagne. Ainsi. Cependant de nombreuses plaintes s'élevant en Languedoc des dégâts occasionnés au passage des Morisques. la régente publia le 19 août 1610 une ordonnance défendant désormais l'entrée du royaume aux "Grenadins". Le roi Henri IV rendit une ordonnance le 22 février 1610 ordonnant de les accueillir au mieux : "qu'il soit usé en leur endroit d'humanité pour les recueillir en ses pays et estats". de là. où on les obligea même à payer le trajet. tout en continuant à punir les capitaines de vaisseaux qui les maltraitaient à l'occasion du voyage. Cependant. et craignant le développement de la Peste. de nombreux hôpitaux furent encombrés. La nouvelle régente Marie de Médicis. Ceci causa de grandes craintes parmi la population morisque n'ayant pas encore été déportée. de nombreux musulmans arrivés à Bayonne furent conduits à Agde puis. le parlement de Toulouse publia le 6 août 1610 un décret menaçant de la peine de mort toute entrée illégale de Morisques dans le Royaume. L'émigration au Royaume de France En France. Le nombre de Morisques augmentant encore. Au début de 1610 eut lieu l'expulsion des Morisques aragonais. recevant de nombreuses plaintes. Pour cette raison. pour ceux qui désireraient demeurer musulmans. demanda à les "faire passer en Barbarie". mais leurs maisons et terrains furent octroyés à leurs seigneurs. Ce décret n'empêcha pas de nombreuses entrées malgré tout : il fallut. envoyé par le sultan à Agde. et ceux-ci provoquant des troubles. permit le bon déroulement de l'évacuation. Ces procédures d'expulsion massive étaient très imparfaites.emporter. L'ordonnance. le tout ne se passant pas sans heurts de part et d'autres. Les rebelles furent vaincus en novembre et l'expulsion des Morisques valenciens fut menée à terme. D'après une étude récente (2008) on retrouve des traits génétiques issus des populations morisques dans une grande frange de la population espagnole actuelle[5][6][7]. Un ambassadeur turc. interdit aux capitaines de navire de maltraiter les Morisques. Ainsi. on compta en 1609 plus de 150 000 Morisques abordant sur les côtes. de 1611 à 1614. La mise en œuvre du décret dans les territoires de la couronne de Castille était une tâche plus ardue. en outre. sous peine de mort en cas d'incendie ou de destruction avant le transfert des biens. Les premiers Morisques furent transportés vers Oran et les ports de l'Oranie. 40 000 arrivèrent en Navarre. où ils furent quelquefois fort mal reçus et parfois même attaqués par les autochtones. suivie en septembre par celle des catalans. en Castille l'expulsion s'étala sur près de trois années. Cette ordonnance permettait à ceux qui se convertiraient à la religion catholique de rester en France . là et en Provence. plus de 70 vaisseaux pour évacuer finalement les Morisques vers Alger et Tunis. vers Alger et Tunis. " qu'il leur soit donné libre passage jusques en ses ports du Levant pour de là se faire transporter en Barbarie ou ailleurs. 50 000 Morisques supplémentaires arrivant en Languedoc en 1610. . pendant 1 mois. À partir du 30 septembre ils furent menés aux différents ports du royaume. et le 20 octobre se produisit un soulèvement contre l'expulsion. on offrit aux populations morisques une première possibilité de sortie volontaire du pays. en particulier dans les ports de Provence.

508-509 5.87 10. De fait. ↑ En dépit des estimations de certains historiens. qui avant l'expulsion devait avoir environ 450 000 habitants.[9]. II. Si.6%) ranging from zero in Gascony to 21. p. malgré la migration forcée de milliers de familles chrétiennes du royaume[12]. La evolución de la identidad nacional.70 . soldats ni prêtres . ↑ La diversité génétique des Espagnols marquée par l'Inquisition [archive]. la production de toile. especially in the Balearic Islands. ils étaient des travailleurs et leur départ occasionna d'importantes pertes dans la perception des impôts et eut. ↑ a b Voir les cartes démographiques dans Braudel. T. p. qui prétendait ensuite les louer aux paysans dans des conditions souvent abusives pour compenser à court terme ses pertes supposées. Valence dut faire face à un immense vide démographique. Temas de Hoy. Elena Bosch. que soixante-dix lieux furent brûlés.515 2. 2000. 2008 7. en détruisant les fondements même de son économie[8]. pp.7% in Northwest Castile". The Genetic Legacy of Religious Diversity and Intolerance: Paternal Lineages of Christians. tout au long du XVIe siècle Valence avait été le centre le plus actif de l'Aragon. dans les zones les plus affectées. Sciences et Avenir. Adams et al. p. le commerce et les travaux des champs. p. « le pays valencien. Ces conclusions rejoignent celles d'historiens qui se sont penchés sur la question. près de la moitié des plus de 400 localités qu'avaient occupées les Morisques restaient abandonnées. Dans la couronne d'Aragon Dans la couronne d'Aragon il en fut tout autrement. ↑ FUSI AIZPÚRUA. que les dommages pouvaient être estimés à 70 000 ducats »[10]. des effets dévastateurs sur l'artisanat. T. décembre 2008 8. cependant. and Muslims in the Iberian Peninsula [archive]. Catalans. « On dit que douze mille hommes étaient morts. Jews. si bien qu'au final les nobles se trouvèrent les plus favorisés[11]. ↑ Fuster. p. III.107 9. Majorquains ainsi que quelques Castillans et Français vinrent pour tenter de combler le vide humain . ↑ "The study shows that religious conversions and the subsequent marriages between people of different lineage had a relevant impact on modern populations both in Spain.Conséquences Dans la couronne de Castille Le Conseil de Castille fit un bilan de l'expulsion en 1619 et conclut qu'elle n'avait pas eu de répercussions économiques.215) 4. l'ordre d'expulsion massive des Morisques signifia sa ruine. and in Portugal". Juan Pablo. aucune preuve formelle n'établit l'existence de telles connivences (Braudel. Les Morisques n'étaient pas nobles. ↑ Fuster. p. ↑ a b « Morisco » sur l'Encyclopædia Britannica 3.77 11. The religious conversions of Jews and Muslims have had a profound impact on the population of the Iberian Peninsula [archive]. hidalgos. Trente ans plus tard. Certaines comarques du nord de la région d'Alicante perdirent presque l'intégralité de leur population. ↑ "Admixture analysis based on binary and Y-STR haplotypes indicates a high mean proportion of ancestry from North African (10. le choc démographique occasionné n'était pas de loin comparable avec le demi million de victimes de la grande peste de 1598-1602. ↑ Braudel. p. Aragonais. T. ↑ a b Fuster. en 1718 n'arrivait pas encore à 260 000 »[12].Madrid. 2008 6. II. ↑ Fuster.91 12. Les terres abandonnées passèrent aux mains de la noblesse. 1. España.

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