Morisques

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Les Morisques (de l'espagnol Morisco, littéralement « petit maure ») étaient des musulmans d'Espagne convertis de force au catholicisme à la suite des édits de conversion de 1502. Ils constituaient une minorité importante dans le Royaume de Valence, la vallée de l'Èbre et l'Andalousie orientale.

Les origines

La reddition de Grenade, tableau de Francisco Pradilla y Ortiz. La Reconquista, qui prend fin en 1492 avec la prise de Grenade, et l'annexion de la Castille laisse sur le sol espagnol plusieurs centaines de milliers de musulmans. D'après les accords de reddition, les Maures granadins sont autorisés à conserver leur religion : « Es asentado e acordado que ningún moro o mora no haga fuerza a que se torne cristiano ni cristiana. » (« Il est établi et accordé que l'on ne forcera aucun maure ou mauresse à devenir chrétien ou chrétienne. ») La marginalisation et l’exclusion des minorités musulmanes était en train de se mettre en place au lendemain de la conquête chrétienne. Les mesures discriminatoires déjà prises alors vont se perpétuer, voire s’aggraver, pour aboutir à la conversion forcée des Mudéjares de Castille en 1502. Les dispositions prises envers les renégats et les hérétiques annoncent déjà aussi la politique que mènera l’Inquisition espagnole à l’époque moderne vis-à-vis des Judéo-convers et des Morisques.[1] Certains musulmans, conscients des difficultés de la cohabitation, préfèrent s'exiler ; d'autres vont rester et prendre le nom de mudéjar. Les accords de reddition seront plus ou moins respectés tant que dure l'influence de l'archevêque de Grenade, Hernando de Talavera. Mais un durcissement de l'église s'opère sous l'influence du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, confesseur d'Isabelle II et archevêque de Tolède (1495). Les pressions fiscales et religieuses conduisent les mudéjares de Grenade à la révolte en 1499. Celleci s'étend rapidement aux montagnes alentour. Après la reprise de contrôle par la couronne de Castille, les Mudéjares de Grenade sont contraints à choisir entre la conversion au Christianisme et l'exil. En 1502 Cisneros étend la mesure à tout le Royaume de Castille, avec le soutien implicite des Rois catholiques. En 1526, en représailles à la révolte des Germanías du Royaume de Valence et pour remercier Dieu de l'issue favorable de la bataille de Pavie, Charles Quint ordonne par décret le baptême massif des Musulmans de toute la Couronne d'Aragon. Bien que la validité de ces baptêmes soit discutée pendant des décennies, dès lors la pratique de l'Islam devient toutefois officiellement prohibée dans l'ensemble des territoires espagnols ; les anciens Musulmans restés dans la Péninsule et leurs descendants seront désignés sous le nom de Morisques (moriscos).

les Morisques se spécialisent plutôt dans l'élevage de la soie (autour de Grenade) et la culture des primeurs où ils exploitent au mieux les terrains grâce à l'irrigation. Malgré les protestations de certains Morisques qui assurent le roi de leur fidélité. La réponse des autorités espagnoles est d'une ampleur comparable (viols. Le durcissement La cohabitation entre populations ne parlant pas la même langue dans certaines régions et ne partageant pas la même culture devient difficile. Un programme d'expulsion et de reconquête de la terre est mis en place dès 1559. celles-ci obtiennent contre le versement d'une taxe de 40 000 ducats l'éloignement du Saint-Office. ces lois sont appliquées avec fermeté et sont ressenties par la population morisque comme des brimades. On trouve une noblesse morisque qui garde des titres. Des exactions sur la population chrétienne sont commises (massacres et tortures). ils représentent environ le huitième de la population de l'Aragon et le quart de la population du royaume de Valence et ils atteignent plus de 55% dans le royaume de Grenade. Parmi les agriculteurs. des charges et des richesses. . La révolte Dans la nuit de Noël 1568. Une tentation de repli sur soi naît. Par décret passé en 1526 entre l'état et les municipalités morisques. Près du tiers des nouveaux convertis sont des propriétaires terriens bénéficiant d'une certaine aisance et prêtant de l'argent à la vieille noblesse espagnole. sous la pression de Charles Quint. descendant des Omeyyades. interdiction de la langue arabe et destruction des textes arabes. deux écoles s'affrontent : certains pensent que l'assimilation des Morisques demande du temps mais finira par aboutir. Le premier chef de la rébellion est un jeune homme de 22 ans. Autour de Philippe II. La révolte gagne toute la vallée de Lécrin puis s'étend à toutes les montagnes de l'Alpujarras. des mesures sont prises pour faire perdre aux Morisques leur identité culturelle : interdiction du voile. Dans les municipalités où persiste une organisation traditionnelle (aljamas). Majoritairement crypto-islamiques. ils prennent des noms d'origine espagnole. En 1535. la situation des Morisques devient plus précaire. D'autres penchent plutôt pour une expulsion totale de cette population. les Morisques se soumettent extérieurement aux traditions chrétiennes mais conservent entre eux leur culture et tradition d'origine. Hernando de Valor. Cette condition deviendra une loi qui ne sera abrogée qu'en 1865. le pape Paul III instaure une condition dite de "propreté de sang" (limpieza de sangre) : toute personne désireuse d'accéder à certaines charges importantes en Espagne devait faire la preuve qu'elle ne possédait pas d'ancêtre juif ou musulman depuis au moins quatre générations. la culture morisque est préservée grâce à la solidarité de tous. La révolte est violente. vols. massacres. En 1567. rajoutant à cela la marginalisation spatiale contre les Morisques[2]. Un problème de terre se fait sentir. un soulèvement s'organise dans le quartier de l'Albaicin à Grenade. pillages) en particulier au siège de Dúrcal par les troupes du marquis de los Velez. feront que les conflits s'exacerbent.Statut social La répartition des Morisques à l'intérieur de l'Espagne est assez irrégulière : d'une présence négligeable en Catalogne. qui prend le nom de Abén Humeya. Désireux de s'intégrer. Avec l'arrivée sur le trône de Philippe II.

Hommes. Bejaia. vers les ports de l'Oranie. Philippe III signe le 22 septembre 1609 le décret d'expulsion de tous les Morisques d'Espagne. Celui-ci sera lui-même trahi et assassiné par Gonzalo el Seniz en 1571. Sous l'influence du marquis de Denia et du duc de Lerme. La déportation se fait dans des conditions difficiles. l'Italie et la . Il y a aussi la France. femmes. Vicente Mestre). Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. Philippe II désireux de s'allier les pays de l'Afrique du Nord contre Barberousse avait fait preuve d'une clémence relative. même appauvris et dépossédés de leur terre. même répartis dans le reste de l'Espagne. Ils sont ensuite embarqués dans des galères qui les déposent sur les côtes de l'Afrique du Nord. Seules les femmes morisques mariées à de vieux chrétiens sont autorisées à rester. contraints de payer eux-même leur nourriture et leur eau. Ils s'installèrent notamment dans les villes de Oran. Les Morisques du royaume de Grenade sont alors dispersés dans toute l'Espagne. et vainqueur de la bataille de Lépante face aux Ottomans et aux Barbaresques d'Uludj Ali. Blida. En Tunisie la ville de Testour est connue pour avoir accueilli nombre de Morisques. Alger.Des luttes de pouvoir internes conduisent à l'assassinat de Aben Humeya par l'un de ses rivaux et cousin Aben Abou (1570). fils naturel du roi Charles Quint. musée du Prado Cependant. Le nombre important de déportés oblige faire appel à des transporteurs privés qui n'attendent parfois pas d'arriver sur la côte pour débarquer les Morisques. les Morisques restent une épine dans le pied de l'Église espagnole. Nedroma. Ce décret préparé par des mouvements de troupes s'applique avec rapidité et intransigeance. L'arrivée sur le trône de Philippe III précipite la fin de la population morisque. enfants se rendent à pied de l'intérieur des terres jusqu'aux côtes. Tlemcen. Fès et d'autres villes du Nord-marocain comme Tanger et Tétouan. L'expulsion Expulsion des Morisques (Vicente Carducho). Fundación Bancaja de Valencia Les morisques déportés trouvèrent refuge principalement au Maghreb. Au Maroc ils se sont installés surtout à Salé. le plus grand nombre alla en Algérie à partir des ports de la région de Valence où ils étaient les plus nombreux. La révolte est écrasée en 1571 par Don Juan d'Autriche. Certains auteurs[3] soutiennent que les pertes de cette déportation s'élèvent à 75%.

il n'est pratiquement plus question de mesures générales contre les Morisques de Bordeaux. « ceux qui s'y étaient acclimatés s'étaient mêlés à la population et vivaient paisibles dans le royaume. les spécificités architecturales de l'art morisque se retrouvent dans des mosquées mais aussi dans des églises et des maisons de particuliers. dont les fours fonctionnaient encore en 1838. un métis du nom d'Alonzo Lopez. Art et culture morisque Si la population ne fut pas acceptée par les Espagnols. On estime à environ 375 000 le nombre de personnes ainsi déplacées pour une population espagnole de 8 millions. négociants. Même si par la suite Marie de Médicis ordonna qu'on les expulse. beaucoup cependant sont restés dans le Béarn et notamment à Bayonne avec le consentement des magistrats municipaux. à la renaissance de la marine française. En 1636. Morisques en France Certains auteurs pensent qu'environ 150 000 Morisques trouvèrent refuge en France. l'influence de leur culture s'est fait sentir dans toute l'Europe. Tous ceux qui avaient un métier étaient restés : maréchaux. prit même quelque notoriété et mourut à Paris en 1649 après avoir réussi à travailler. Des documents et des textes prouvent que de nombreux Morisques s'établirent en France. Henri IV rendit le 22 février 1610 une ordonnance permettant de demeurer dans le royaume à ceux qui « voulaient faire profession de la religion catholique pourvu qu'ils s'établissent au-delà de la Garonne et de la Dordogne ».[6]. . à Istanbul où ils se concentrèrent dans le quartier de Galata. certains réfugiés au logis d'une dame de la ville « faisaient profession de la Secte de Mahumet». et de façon éphémère en Toscane. et être allé. ils avaient à Bordeaux une situation suffisamment prospère que les autorités locales craignirent de les voir partir si les Espagnols qui venaient de s'emparer de Saint-Jean-de-Luz assaillaient Bordeaux. En architecture. absorbé par ses fonctions maritimes détournant son attention des Morisques et ceux qui avaient fini par se faire accepter à Bordeaux se mêlèrent peut-être à la colonie portugaise de la cité. La confiscation des biens se fera à l'avantage principalement du duc de Lerme et de l'Inquisition. Même si beaucoup repartirent ensuite pour le Maghreb les autres restèrent et se fondirent peu à peu dans la population locale[4]. En 1614. Leur départ avait appauvri l'Espagne et nous avions hérité de quelques éléments de population active et laborieuse »[8]. le cardinal de Sourdis. ville non armée[7]. Quelques années avant que Lopez ne disparut on ne parlait déjà plus en France des Morisques.Turquie qu'ont accueilli des réfugiés Morisques. D'autre Morisques étaient installés en Guyenne en 1611. etc. les Dalbarade et Silhouette. autour de la Arap Jami (mosquée des Arabes). deux familles de potiers s'installent à Biarritz. sous les ordres directs de Richelieu. L'un d'entre eux. dans ce but plusieurs fois en Hollande. Ainsi par exemple. De petites communautés émigrèrent en Syrie. potiers. Voltaire a évoqué l'établissement de ces familles morisques dans son Essais sur les mœurs[9]. Il leur est enjoint de quitter la ville ou de se convertir[5].

264 . ↑ http://cdlm. avril mai 2004. même pas le quart survécut" lu dans Maroc hebdo international . la littérature Aljamiada (de l’arabe al-’adjamiyya . t. tantôt par les persécutions.revues. Thoinot Arbeau. Les étrangers en France sous l'ancien régime. inquisiteur conseiller du duc de Lerma. en Languedoc. Franck.n°521 du 26 juillet au 1er aout 2002 . C'est ainsi que tous les peuples se mêlent. auteur de Don Quichotte de la Manche (1605-1615) présente son ouvrage comme une traduction d'un texte écrit en arabe. 1919. le romancero étant l'ensemble des poèmes populaires castillans (les "romances") dérivés des chansons de geste médiévales ("Romancero du Cid") Cervantes. sous la régence de Marie de Médicis : ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur religion s'embarquèrent en France pour Tunis. « Les nouveaux penseurs de l’islam ». qui firent profession du christianisme. ↑ Jean Servier. écrite par Cid Hamed BenEngeli.org/document781. La littérature qu'ils produisent est essentiellement religieuse mais on y trouve même le premier Kamasutra en langue espagnole. p.paroles d’étranger) est une littérature clandestine morisque transcrite de la littérature musulmane et écrite en espagnol mais à l'aide de caractères arabes. Les étrangers en France sous l'ancien régime. dans son Orchésographie (1589). qui a profité de la faute de l'Espagne. ↑ Jules Mathorez. connue dans toute l'Europe. Se crée ensuite. p.Manuscrit Aljamiado En littérature.html [archive] 2. s'établirent en Provence. ↑ Bruno Étienne. grâce à Lope de Vega.[1] [archive] 4. Champion. tantôt par les conquêtes ». La sympathie de Don Quichotte pour certains personnages. ↑ Francisque Michel. Victor Hugo. Histoire de don Quichotte de la Manche. ↑ Fray Jame Bleda. 1847.revues. historien arabe. 1980. et qui ensuite l'a imitée dans l'émigration des réformés.org/document781. il en vint à Paris même. comme Zoraïda ou Ricote. Quelques familles. Puf.167 8. ↑ « La plus grande partie des Maures espagnols se réfugièrent en Afrique. signale "Il est certain que des milliers de Morisques qui quittèrent ce royaume de Valence.88-94 6.html [archive] 3. dans Notre-Dame de Paris fait allusion à une danse morisque probablement issue de la culture de cette époque.171 9. 8. La thématique moresque était passée dans la poésie populaire ("romances" fronterizos. « Nos ancêtres les Sarrasins » in : hors série n° 54 du Nouvel Observateur. un "nouveau romancero". et leur race n'y a pas été inconnue : mais enfin ces fugitifs se sont incorporés à la nation [française]. Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne. 22-23 5. p. quelquesuns passèrent en France. à sujet romanesque morisque. p. et que toutes les nations sont absorbées les unes dans les autres. p. ↑ http://cdlm. leur ancienne patrie. A. Champion. Voltaire dans Essais sur les mœurs (1756) dans Œuvres complètes de Voltaire. 1859. traitant des dernières guerres de reconquête de Grenade) dès avant 1492 se manifeste ensuite dans des ouvrages plus copieux comme le roman l'abencerage de Villegas ou l'histoire des guerres civiles de Grenade de Pérez de Hita qui est traduite en français. « Minorités et démocratie » dans Les intellectuels et la démocratie. ↑ Jules Mathorez. Notes et références 1. Hachette.123-124 7. Cependant la généalogie de Cervantès et la sévérité avec laquelle il juge les morisques tout au long de l'ouvrage infirment cette thèse. décrit une danse morisque ou moresque. 1919. p. a fait croire à certains auteurs complaisants que Cervantès appartiendrait à ce peuple.

une grande partie des Morisques se maintenait comme un groupe social cloisonné du reste de la société espagnole[2]. physiquement indiscernables des « vieux chrétiens ». à force de métissage. mais également une grande majorité d'Espagnols qui s'étaient convertis depuis des siècles à l'Islam. • 1604 marque le début d'une récession économique dans la péninsule. il y avait des Arabes. descendants des populations d'origine musulmane converties au Christianisme par le décret des Rois catholiques du 14 février 1502. l'encyclopédie libre. . l'opinion selon laquelle cette minorité religieuse constituait un véritable problème de sécurité nationale gagna du terrain. Ils étaient couramment soupçonnés de complicité avec les Turcs. qui perdit à cette occasion une grande partie de ses habitants. La dégradation des conditions de vie des Chrétiens les mena à considérer avec défiance celles des Morisques. conséquence d'une première baisse dans l'arrivée des ressources du Nouveau Monde. Le déroulement de l'expulsion dans l'ensemble des royaumes espagnols se prolongea jusqu'en 1614[1]. menée par les Morisques granadins. Elle signifiait l'abandon des territoires espagnols par les Morisques. en dépit de la perte de l'usage de la langue arabe au bénéfice du castillan et de leur connaissance très pauvre des rites de l'Islam.Expulsion des Morisques d'Espagne Un article de Wikipédia. des Berbères. ceux ayant le moins subi d'acculturation. Parmi les Morisques. Contexte La décision d'expulser les Morisques fut prise dans un contexte dont il convient de rappeler certains éléments : • Plus d'un siècle après leur conversion forcée au Christianisme. • Après la rébellion des Alpujarras (1568-1571). et bien que devenus. ou même avec les Français.[3] qui pillaient périodiquement le littoral espagnol. les pirates barbaresques[2]. religion qu'ils continuaient toutefois à pratiquer en secret. et affecta particulièrement le Royaume de Valence. Embarquement de Morisques au port du Grao de Valence L'expulsion des Morisques d'Espagne fut promulguée par Philippe III d'Espagne le 22 septembre 1609.

En Castille la situation était bien différente : sur un total de 6 millions d'habitants. Bon nombre d'ecclésiastiques défendaient la possibilité de laisser du temps. en raison même de la persistance de certaines minorités religieuses. La Expulsión de los Moriscos. À tout cela on pourrait ajouter un taux de croissance démographique nettement supérieur à celui des Chrétiens[4]. Ils se trouvaient concentrés dans les Royaumes d'Aragon. où nombreux étaient ceux qui considéraient avec méfiance la perte de moyens humains que supposait une telle expulsion. De façon générale les terres riches (souvent proches du littoral) et les centres urbains de ces royaumes étaient majoritairement chrétiens. car ils considéraient qu'une conversion totale exigeait un contact prolongé avec les croyances et la société chrétienne.• On note vers la même époque une radicalisation dans le mode de pensée de nombreux gouvernants. cependant. tandis que les Morisques occupaient une grande partie des terres pauvres et se concentraient dans les faubourgs urbains. ceux qui pensaient que l'on devait continuer à se montrer tolérants avec eux et ceux qui défendaient leur expulsion. une option en partie soutenue par Rome. Madrid) L'opinion publique était donc particulièrement divisée. avec une densité nettement supérieure dans les comarques intérieures[4]. mais aussi d'une expérience positive et pluriséculaire de cohabitation en Castille avec les anciens Mudéjars. les voyait d'un mauvais œil et les considérait comme des rivaux. La classe paysanne. • Il faut encore ajouter la volonté d'en finir avec les postures critiques courantes en Europe depuis un certain temps à propos du caractère discutable de la christianité de l'Espagne. Cette idée n'était cependant pas nécessairement majoritaire en Espagne. gravure de Vicente Carducho (Musée du Prado. En raison de cette proportion inférieure. Morisques et Mudéjars rassemblés n'en représentaient qu'environ 100 000. où ils représentaient près de 20 % de la population . le ressentiment envers les Morisques y était bien inférieur à celui connu en Aragon. entre ceux qui pensaient que l'on devait encore laisser du temps pour mener à bien leur évangélisation. particulièrement en termes de main-d'œuvre sur leurs terres. La population morisque s'élevait à environ 325 000 membres sur un total d'approximativement 8. Cette décision menait à terme le processus d'homogénéisation qui avait commencé avec le décret d'expulsion des Juifs de 1492 et entérinait la christianité des royaumes d'Espagne. ce chiffre s'élevait à près de 33% dans le pays valencien. La noblesse aragonaise et valencienne était partisane de laisser la situation en état : ils étaient en effet ceux qui profitaient le plus de cet état de fait.5 millions. . après l'échec de la lutte contre le protestantisme aux Pays-Bas.

en dépit des problèmes que son application pouvait poser pour les motifs démographiques déjà exposés. les préparatifs furent menés dans le plus grand secret. qui considérait les Morisques comme des hérétiques et des traîtres. Déroulement Expulsion des Morisques au port de Dénia Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. Vicente Mestre). À partir du mois de septembre des tercios venus d'Italie prirent position dans le nord et le sud du royaume de Valence et le 22 du même mois le vice-roi ordonna la publication du décret. assortie d'une proposition attractive : le Roi pourrait bénéficier de la confiscation des biens et des terres de la population morisque. Il fut décidé de commencer par Valence. voire réduire celle-ci en esclavage. L'aristocratie valencienne se réunit avec des représentants du gouvernement pour protester contre l'expulsion qui supposait une diminution significative de leurs revenus. Ce n'est cependant qu'à partir de 1608 que le Conseil d'État commença à envisager sérieusement le choix de l'expulsion. respectivement en 1526 et 1582. Fundación Bancaja de Valencia Le 9 avril 1609 est lancé le décret ordonnant l'expulsion des Morisques. ce fut lui qui suggéra l'expulsion au Roi. la suggestion fut plus tard réitérée par l'archevêque de Valence. Si au début l'idée ne fut pas retenue par les gouvernants. On permit à ces derniers de prendre tout ce qu'ils pouvaient . la zone la plus concernée par la mesure . Juan de Ribera. bien qu'il existe des antécédents d'allusions à des mesures plus radicales de la part de Charles Ie et de Philippe II. mais l'opposition faiblit avec la promesse de récupérer une part des propriétés terriennes des Morisques. inquisiteur de Valence .Parmi les défenseurs de l'expulsion on peut citer Jaime Bleda. pour la recommander au souverain l'année suivante. Jusqu'en 1608 la politique menée envers les Morisques avait été celle de la conversion.

on offrit aux populations morisques une première possibilité de sortie volontaire du pays. 50 000 Morisques supplémentaires arrivant en Languedoc en 1610. la régente publia le 19 août 1610 une ordonnance défendant désormais l'entrée du royaume aux "Grenadins". en particulier dans les ports de Provence. demanda à les "faire passer en Barbarie". La mise en œuvre du décret dans les territoires de la couronne de Castille était une tâche plus ardue. D'après une étude récente (2008) on retrouve des traits génétiques issus des populations morisques dans une grande frange de la population espagnole actuelle[5][6][7]. Ainsi. et le 20 octobre se produisit un soulèvement contre l'expulsion. on compta en 1609 plus de 150 000 Morisques abordant sur les côtes. où ils furent quelquefois fort mal reçus et parfois même attaqués par les autochtones. pour ceux qui désireraient demeurer musulmans. et craignant le développement de la Peste. " qu'il leur soit donné libre passage jusques en ses ports du Levant pour de là se faire transporter en Barbarie ou ailleurs. là et en Provence. envoyé par le sultan à Agde.emporter. où on les obligea même à payer le trajet. de nombreux musulmans arrivés à Bayonne furent conduits à Agde puis. mais leurs maisons et terrains furent octroyés à leurs seigneurs. interdit aux capitaines de navire de maltraiter les Morisques. de là. en outre. Un ambassadeur turc. Cependant. Cette ordonnance permettait à ceux qui se convertiraient à la religion catholique de rester en France . Le nombre de Morisques augmentant encore. Au début de 1610 eut lieu l'expulsion des Morisques aragonais. Les rebelles furent vaincus en novembre et l'expulsion des Morisques valenciens fut menée à terme. et ceux-ci provoquant des troubles. Les premiers Morisques furent transportés vers Oran et les ports de l'Oranie. L'ordonnance. L'émigration au Royaume de France En France. de nombreux hôpitaux furent encombrés. Le roi Henri IV rendit une ordonnance le 22 février 1610 ordonnant de les accueillir au mieux : "qu'il soit usé en leur endroit d'humanité pour les recueillir en ses pays et estats". plus de 70 vaisseaux pour évacuer finalement les Morisques vers Alger et Tunis. Ainsi. Ce décret n'empêcha pas de nombreuses entrées malgré tout : il fallut. sous peine de mort en cas d'incendie ou de destruction avant le transfert des biens. recevant de nombreuses plaintes. en Castille l'expulsion s'étala sur près de trois années. Ces procédures d'expulsion massive étaient très imparfaites. La nouvelle régente Marie de Médicis. Pour cette raison. le parlement de Toulouse publia le 6 août 1610 un décret menaçant de la peine de mort toute entrée illégale de Morisques dans le Royaume. permit le bon déroulement de l'évacuation. tout en continuant à punir les capitaines de vaisseaux qui les maltraitaient à l'occasion du voyage. Ceci causa de grandes craintes parmi la population morisque n'ayant pas encore été déportée. vers Alger et Tunis. suivie en septembre par celle des catalans. 40 000 arrivèrent en Navarre. étant donné qu'ils étaient davantage éparpillés dans le royaume suite à leur dispersion menée en répression de la rébellion des Alpujarras. le tout ne se passant pas sans heurts de part et d'autres. de 1611 à 1614. avec le droit d'emporter leurs bien les plus précieux et tout ce qu'ils étaient susceptibles de pouvoir vendre. À partir du 30 septembre ils furent menés aux différents ports du royaume. pendant 1 mois. que bon leur semblera". . et nombreux furent ceux qui réussirent de fait à passer au travers du décret et restèrent en Espagne. Cependant de nombreuses plaintes s'élevant en Languedoc des dégâts occasionnés au passage des Morisques.

Certaines comarques du nord de la région d'Alicante perdirent presque l'intégralité de leur population. II. soldats ni prêtres . Dans la couronne d'Aragon Dans la couronne d'Aragon il en fut tout autrement. le commerce et les travaux des champs. l'ordre d'expulsion massive des Morisques signifia sa ruine. ↑ a b « Morisco » sur l'Encyclopædia Britannica 3. ↑ Braudel. T. Aragonais.Madrid. Jews. « On dit que douze mille hommes étaient morts. p. que soixante-dix lieux furent brûlés.Conséquences Dans la couronne de Castille Le Conseil de Castille fit un bilan de l'expulsion en 1619 et conclut qu'elle n'avait pas eu de répercussions économiques. dans les zones les plus affectées. Elena Bosch. Juan Pablo.87 10. Majorquains ainsi que quelques Castillans et Français vinrent pour tenter de combler le vide humain . III. ↑ Fuster. malgré la migration forcée de milliers de familles chrétiennes du royaume[12]. 2008 7. and Muslims in the Iberian Peninsula [archive]. T.215) 4. si bien qu'au final les nobles se trouvèrent les plus favorisés[11]. Trente ans plus tard. ↑ Fuster. La evolución de la identidad nacional. Valence dut faire face à un immense vide démographique. ↑ FUSI AIZPÚRUA. décembre 2008 8.91 12. ↑ En dépit des estimations de certains historiens. ↑ "Admixture analysis based on binary and Y-STR haplotypes indicates a high mean proportion of ancestry from North African (10. p. cependant. p. p. 1. ↑ La diversité génétique des Espagnols marquée par l'Inquisition [archive].107 9.[9]. especially in the Balearic Islands. qui prétendait ensuite les louer aux paysans dans des conditions souvent abusives pour compenser à court terme ses pertes supposées. Les Morisques n'étaient pas nobles.70 .7% in Northwest Castile". tout au long du XVIe siècle Valence avait été le centre le plus actif de l'Aragon. II. Les terres abandonnées passèrent aux mains de la noblesse. aucune preuve formelle n'établit l'existence de telles connivences (Braudel. Sciences et Avenir. le choc démographique occasionné n'était pas de loin comparable avec le demi million de victimes de la grande peste de 1598-1602. p.508-509 5.6%) ranging from zero in Gascony to 21. and in Portugal". Ces conclusions rejoignent celles d'historiens qui se sont penchés sur la question. près de la moitié des plus de 400 localités qu'avaient occupées les Morisques restaient abandonnées. « le pays valencien. Catalans. ↑ "The study shows that religious conversions and the subsequent marriages between people of different lineage had a relevant impact on modern populations both in Spain.77 11. Adams et al. que les dommages pouvaient être estimés à 70 000 ducats »[10]. T. 2008 6. la production de toile. hidalgos. De fait. España. des effets dévastateurs sur l'artisanat. ils étaient des travailleurs et leur départ occasionna d'importantes pertes dans la perception des impôts et eut. ↑ a b Fuster. 2000.515 2. The Genetic Legacy of Religious Diversity and Intolerance: Paternal Lineages of Christians. pp. qui avant l'expulsion devait avoir environ 450 000 habitants. ↑ a b Voir les cartes démographiques dans Braudel. p. en détruisant les fondements même de son économie[8]. The religious conversions of Jews and Muslims have had a profound impact on the population of the Iberian Peninsula [archive]. Si. p. Temas de Hoy. ↑ Fuster. en 1718 n'arrivait pas encore à 260 000 »[12].