Morisques

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Les Morisques (de l'espagnol Morisco, littéralement « petit maure ») étaient des musulmans d'Espagne convertis de force au catholicisme à la suite des édits de conversion de 1502. Ils constituaient une minorité importante dans le Royaume de Valence, la vallée de l'Èbre et l'Andalousie orientale.

Les origines

La reddition de Grenade, tableau de Francisco Pradilla y Ortiz. La Reconquista, qui prend fin en 1492 avec la prise de Grenade, et l'annexion de la Castille laisse sur le sol espagnol plusieurs centaines de milliers de musulmans. D'après les accords de reddition, les Maures granadins sont autorisés à conserver leur religion : « Es asentado e acordado que ningún moro o mora no haga fuerza a que se torne cristiano ni cristiana. » (« Il est établi et accordé que l'on ne forcera aucun maure ou mauresse à devenir chrétien ou chrétienne. ») La marginalisation et l’exclusion des minorités musulmanes était en train de se mettre en place au lendemain de la conquête chrétienne. Les mesures discriminatoires déjà prises alors vont se perpétuer, voire s’aggraver, pour aboutir à la conversion forcée des Mudéjares de Castille en 1502. Les dispositions prises envers les renégats et les hérétiques annoncent déjà aussi la politique que mènera l’Inquisition espagnole à l’époque moderne vis-à-vis des Judéo-convers et des Morisques.[1] Certains musulmans, conscients des difficultés de la cohabitation, préfèrent s'exiler ; d'autres vont rester et prendre le nom de mudéjar. Les accords de reddition seront plus ou moins respectés tant que dure l'influence de l'archevêque de Grenade, Hernando de Talavera. Mais un durcissement de l'église s'opère sous l'influence du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, confesseur d'Isabelle II et archevêque de Tolède (1495). Les pressions fiscales et religieuses conduisent les mudéjares de Grenade à la révolte en 1499. Celleci s'étend rapidement aux montagnes alentour. Après la reprise de contrôle par la couronne de Castille, les Mudéjares de Grenade sont contraints à choisir entre la conversion au Christianisme et l'exil. En 1502 Cisneros étend la mesure à tout le Royaume de Castille, avec le soutien implicite des Rois catholiques. En 1526, en représailles à la révolte des Germanías du Royaume de Valence et pour remercier Dieu de l'issue favorable de la bataille de Pavie, Charles Quint ordonne par décret le baptême massif des Musulmans de toute la Couronne d'Aragon. Bien que la validité de ces baptêmes soit discutée pendant des décennies, dès lors la pratique de l'Islam devient toutefois officiellement prohibée dans l'ensemble des territoires espagnols ; les anciens Musulmans restés dans la Péninsule et leurs descendants seront désignés sous le nom de Morisques (moriscos).

Une tentation de repli sur soi naît. Hernando de Valor. la situation des Morisques devient plus précaire. En 1535. interdiction de la langue arabe et destruction des textes arabes. rajoutant à cela la marginalisation spatiale contre les Morisques[2]. D'autres penchent plutôt pour une expulsion totale de cette population. Avec l'arrivée sur le trône de Philippe II. Le premier chef de la rébellion est un jeune homme de 22 ans. des charges et des richesses. . Malgré les protestations de certains Morisques qui assurent le roi de leur fidélité.Statut social La répartition des Morisques à l'intérieur de l'Espagne est assez irrégulière : d'une présence négligeable en Catalogne. descendant des Omeyyades. ils représentent environ le huitième de la population de l'Aragon et le quart de la population du royaume de Valence et ils atteignent plus de 55% dans le royaume de Grenade. Désireux de s'intégrer. les Morisques se spécialisent plutôt dans l'élevage de la soie (autour de Grenade) et la culture des primeurs où ils exploitent au mieux les terrains grâce à l'irrigation. Autour de Philippe II. des mesures sont prises pour faire perdre aux Morisques leur identité culturelle : interdiction du voile. ces lois sont appliquées avec fermeté et sont ressenties par la population morisque comme des brimades. Cette condition deviendra une loi qui ne sera abrogée qu'en 1865. Dans les municipalités où persiste une organisation traditionnelle (aljamas). ils prennent des noms d'origine espagnole. feront que les conflits s'exacerbent. qui prend le nom de Abén Humeya. Des exactions sur la population chrétienne sont commises (massacres et tortures). Un programme d'expulsion et de reconquête de la terre est mis en place dès 1559. La révolte gagne toute la vallée de Lécrin puis s'étend à toutes les montagnes de l'Alpujarras. La révolte est violente. Majoritairement crypto-islamiques. pillages) en particulier au siège de Dúrcal par les troupes du marquis de los Velez. Près du tiers des nouveaux convertis sont des propriétaires terriens bénéficiant d'une certaine aisance et prêtant de l'argent à la vieille noblesse espagnole. La réponse des autorités espagnoles est d'une ampleur comparable (viols. la culture morisque est préservée grâce à la solidarité de tous. sous la pression de Charles Quint. deux écoles s'affrontent : certains pensent que l'assimilation des Morisques demande du temps mais finira par aboutir. Un problème de terre se fait sentir. Parmi les agriculteurs. La révolte Dans la nuit de Noël 1568. les Morisques se soumettent extérieurement aux traditions chrétiennes mais conservent entre eux leur culture et tradition d'origine. Par décret passé en 1526 entre l'état et les municipalités morisques. celles-ci obtiennent contre le versement d'une taxe de 40 000 ducats l'éloignement du Saint-Office. massacres. En 1567. Le durcissement La cohabitation entre populations ne parlant pas la même langue dans certaines régions et ne partageant pas la même culture devient difficile. On trouve une noblesse morisque qui garde des titres. vols. le pape Paul III instaure une condition dite de "propreté de sang" (limpieza de sangre) : toute personne désireuse d'accéder à certaines charges importantes en Espagne devait faire la preuve qu'elle ne possédait pas d'ancêtre juif ou musulman depuis au moins quatre générations. un soulèvement s'organise dans le quartier de l'Albaicin à Grenade.

L'arrivée sur le trône de Philippe III précipite la fin de la population morisque. Nedroma. même appauvris et dépossédés de leur terre. Au Maroc ils se sont installés surtout à Salé. Philippe III signe le 22 septembre 1609 le décret d'expulsion de tous les Morisques d'Espagne. Il y a aussi la France. même répartis dans le reste de l'Espagne. Seules les femmes morisques mariées à de vieux chrétiens sont autorisées à rester. femmes. Sous l'influence du marquis de Denia et du duc de Lerme. musée du Prado Cependant. Ils sont ensuite embarqués dans des galères qui les déposent sur les côtes de l'Afrique du Nord. Hommes. Le nombre important de déportés oblige faire appel à des transporteurs privés qui n'attendent parfois pas d'arriver sur la côte pour débarquer les Morisques. Fès et d'autres villes du Nord-marocain comme Tanger et Tétouan. Les Morisques du royaume de Grenade sont alors dispersés dans toute l'Espagne. En Tunisie la ville de Testour est connue pour avoir accueilli nombre de Morisques. fils naturel du roi Charles Quint. les Morisques restent une épine dans le pied de l'Église espagnole. Alger. et vainqueur de la bataille de Lépante face aux Ottomans et aux Barbaresques d'Uludj Ali. Ils s'installèrent notamment dans les villes de Oran. Celui-ci sera lui-même trahi et assassiné par Gonzalo el Seniz en 1571. enfants se rendent à pied de l'intérieur des terres jusqu'aux côtes. Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. Blida. Philippe II désireux de s'allier les pays de l'Afrique du Nord contre Barberousse avait fait preuve d'une clémence relative. Vicente Mestre). Certains auteurs[3] soutiennent que les pertes de cette déportation s'élèvent à 75%. L'expulsion Expulsion des Morisques (Vicente Carducho). Fundación Bancaja de Valencia Les morisques déportés trouvèrent refuge principalement au Maghreb. Bejaia. le plus grand nombre alla en Algérie à partir des ports de la région de Valence où ils étaient les plus nombreux.Des luttes de pouvoir internes conduisent à l'assassinat de Aben Humeya par l'un de ses rivaux et cousin Aben Abou (1570). Tlemcen. contraints de payer eux-même leur nourriture et leur eau. Ce décret préparé par des mouvements de troupes s'applique avec rapidité et intransigeance. La déportation se fait dans des conditions difficiles. vers les ports de l'Oranie. La révolte est écrasée en 1571 par Don Juan d'Autriche. l'Italie et la .

autour de la Arap Jami (mosquée des Arabes). deux familles de potiers s'installent à Biarritz.[6]. Henri IV rendit le 22 février 1610 une ordonnance permettant de demeurer dans le royaume à ceux qui « voulaient faire profession de la religion catholique pourvu qu'ils s'établissent au-delà de la Garonne et de la Dordogne ». Des documents et des textes prouvent que de nombreux Morisques s'établirent en France. à la renaissance de la marine française. Leur départ avait appauvri l'Espagne et nous avions hérité de quelques éléments de population active et laborieuse »[8]. Même si par la suite Marie de Médicis ordonna qu'on les expulse. . On estime à environ 375 000 le nombre de personnes ainsi déplacées pour une population espagnole de 8 millions. sous les ordres directs de Richelieu. négociants. prit même quelque notoriété et mourut à Paris en 1649 après avoir réussi à travailler. D'autre Morisques étaient installés en Guyenne en 1611. l'influence de leur culture s'est fait sentir dans toute l'Europe. il n'est pratiquement plus question de mesures générales contre les Morisques de Bordeaux. Même si beaucoup repartirent ensuite pour le Maghreb les autres restèrent et se fondirent peu à peu dans la population locale[4]. Tous ceux qui avaient un métier étaient restés : maréchaux. potiers. Morisques en France Certains auteurs pensent qu'environ 150 000 Morisques trouvèrent refuge en France. Ainsi par exemple. En 1636. L'un d'entre eux. Voltaire a évoqué l'établissement de ces familles morisques dans son Essais sur les mœurs[9]. dans ce but plusieurs fois en Hollande. certains réfugiés au logis d'une dame de la ville « faisaient profession de la Secte de Mahumet». ils avaient à Bordeaux une situation suffisamment prospère que les autorités locales craignirent de les voir partir si les Espagnols qui venaient de s'emparer de Saint-Jean-de-Luz assaillaient Bordeaux. à Istanbul où ils se concentrèrent dans le quartier de Galata. Art et culture morisque Si la population ne fut pas acceptée par les Espagnols. et de façon éphémère en Toscane. un métis du nom d'Alonzo Lopez. « ceux qui s'y étaient acclimatés s'étaient mêlés à la population et vivaient paisibles dans le royaume. les spécificités architecturales de l'art morisque se retrouvent dans des mosquées mais aussi dans des églises et des maisons de particuliers. ville non armée[7]. etc. dont les fours fonctionnaient encore en 1838. le cardinal de Sourdis. absorbé par ses fonctions maritimes détournant son attention des Morisques et ceux qui avaient fini par se faire accepter à Bordeaux se mêlèrent peut-être à la colonie portugaise de la cité. et être allé. les Dalbarade et Silhouette. Il leur est enjoint de quitter la ville ou de se convertir[5]. beaucoup cependant sont restés dans le Béarn et notamment à Bayonne avec le consentement des magistrats municipaux. En architecture. Quelques années avant que Lopez ne disparut on ne parlait déjà plus en France des Morisques. En 1614.Turquie qu'ont accueilli des réfugiés Morisques. De petites communautés émigrèrent en Syrie. La confiscation des biens se fera à l'avantage principalement du duc de Lerme et de l'Inquisition.

décrit une danse morisque ou moresque.revues. s'établirent en Provence. comme Zoraïda ou Ricote.n°521 du 26 juillet au 1er aout 2002 . p. qui firent profession du christianisme. Voltaire dans Essais sur les mœurs (1756) dans Œuvres complètes de Voltaire. ↑ Jean Servier. ↑ http://cdlm.[1] [archive] 4. C'est ainsi que tous les peuples se mêlent. quelquesuns passèrent en France. auteur de Don Quichotte de la Manche (1605-1615) présente son ouvrage comme une traduction d'un texte écrit en arabe.Manuscrit Aljamiado En littérature. et que toutes les nations sont absorbées les unes dans les autres. t. historien arabe. et leur race n'y a pas été inconnue : mais enfin ces fugitifs se sont incorporés à la nation [française]. La thématique moresque était passée dans la poésie populaire ("romances" fronterizos. p. la littérature Aljamiada (de l’arabe al-’adjamiyya . et qui ensuite l'a imitée dans l'émigration des réformés. Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne. tantôt par les persécutions. Champion. leur ancienne patrie.html [archive] 2.167 8. connue dans toute l'Europe. Puf. signale "Il est certain que des milliers de Morisques qui quittèrent ce royaume de Valence. Histoire de don Quichotte de la Manche. ↑ Bruno Étienne. ↑ Francisque Michel. La sympathie de Don Quichotte pour certains personnages.123-124 7. grâce à Lope de Vega. Les étrangers en France sous l'ancien régime. écrite par Cid Hamed BenEngeli. dans Notre-Dame de Paris fait allusion à une danse morisque probablement issue de la culture de cette époque. « Nos ancêtres les Sarrasins » in : hors série n° 54 du Nouvel Observateur.revues.paroles d’étranger) est une littérature clandestine morisque transcrite de la littérature musulmane et écrite en espagnol mais à l'aide de caractères arabes. A. Thoinot Arbeau. ↑ http://cdlm. dans son Orchésographie (1589). ↑ Jules Mathorez. 1919. ↑ « La plus grande partie des Maures espagnols se réfugièrent en Afrique.org/document781. 1980. traitant des dernières guerres de reconquête de Grenade) dès avant 1492 se manifeste ensuite dans des ouvrages plus copieux comme le roman l'abencerage de Villegas ou l'histoire des guerres civiles de Grenade de Pérez de Hita qui est traduite en français. qui a profité de la faute de l'Espagne. p. 22-23 5. en Languedoc. ↑ Fray Jame Bleda. Les étrangers en France sous l'ancien régime. Champion. 1847. le romancero étant l'ensemble des poèmes populaires castillans (les "romances") dérivés des chansons de geste médiévales ("Romancero du Cid") Cervantes. p. La littérature qu'ils produisent est essentiellement religieuse mais on y trouve même le premier Kamasutra en langue espagnole. Se crée ensuite. 1919. sous la régence de Marie de Médicis : ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur religion s'embarquèrent en France pour Tunis.88-94 6. a fait croire à certains auteurs complaisants que Cervantès appartiendrait à ce peuple. Notes et références 1.171 9. « Minorités et démocratie » dans Les intellectuels et la démocratie. à sujet romanesque morisque.org/document781. inquisiteur conseiller du duc de Lerma. Hachette. 1859. il en vint à Paris même. p. Quelques familles. avril mai 2004. un "nouveau romancero". 264 .html [archive] 3. Cependant la généalogie de Cervantès et la sévérité avec laquelle il juge les morisques tout au long de l'ouvrage infirment cette thèse. 8. Franck. ↑ Jules Mathorez. même pas le quart survécut" lu dans Maroc hebdo international . Victor Hugo. tantôt par les conquêtes ». p. « Les nouveaux penseurs de l’islam ».

descendants des populations d'origine musulmane converties au Christianisme par le décret des Rois catholiques du 14 février 1502. et bien que devenus. à force de métissage. ceux ayant le moins subi d'acculturation. Elle signifiait l'abandon des territoires espagnols par les Morisques. en dépit de la perte de l'usage de la langue arabe au bénéfice du castillan et de leur connaissance très pauvre des rites de l'Islam. des Berbères. et affecta particulièrement le Royaume de Valence. mais également une grande majorité d'Espagnols qui s'étaient convertis depuis des siècles à l'Islam. conséquence d'une première baisse dans l'arrivée des ressources du Nouveau Monde. • Après la rébellion des Alpujarras (1568-1571). Contexte La décision d'expulser les Morisques fut prise dans un contexte dont il convient de rappeler certains éléments : • Plus d'un siècle après leur conversion forcée au Christianisme. menée par les Morisques granadins. • 1604 marque le début d'une récession économique dans la péninsule. La dégradation des conditions de vie des Chrétiens les mena à considérer avec défiance celles des Morisques. Parmi les Morisques. . qui perdit à cette occasion une grande partie de ses habitants. les pirates barbaresques[2]. l'encyclopédie libre. ou même avec les Français. Ils étaient couramment soupçonnés de complicité avec les Turcs. physiquement indiscernables des « vieux chrétiens ». Embarquement de Morisques au port du Grao de Valence L'expulsion des Morisques d'Espagne fut promulguée par Philippe III d'Espagne le 22 septembre 1609. Le déroulement de l'expulsion dans l'ensemble des royaumes espagnols se prolongea jusqu'en 1614[1]. il y avait des Arabes. religion qu'ils continuaient toutefois à pratiquer en secret.[3] qui pillaient périodiquement le littoral espagnol. l'opinion selon laquelle cette minorité religieuse constituait un véritable problème de sécurité nationale gagna du terrain.Expulsion des Morisques d'Espagne Un article de Wikipédia. une grande partie des Morisques se maintenait comme un groupe social cloisonné du reste de la société espagnole[2].

La classe paysanne. La population morisque s'élevait à environ 325 000 membres sur un total d'approximativement 8.5 millions. ce chiffre s'élevait à près de 33% dans le pays valencien. tandis que les Morisques occupaient une grande partie des terres pauvres et se concentraient dans les faubourgs urbains. particulièrement en termes de main-d'œuvre sur leurs terres. en raison même de la persistance de certaines minorités religieuses. mais aussi d'une expérience positive et pluriséculaire de cohabitation en Castille avec les anciens Mudéjars. En Castille la situation était bien différente : sur un total de 6 millions d'habitants. cependant. entre ceux qui pensaient que l'on devait encore laisser du temps pour mener à bien leur évangélisation. les voyait d'un mauvais œil et les considérait comme des rivaux. Morisques et Mudéjars rassemblés n'en représentaient qu'environ 100 000. car ils considéraient qu'une conversion totale exigeait un contact prolongé avec les croyances et la société chrétienne. le ressentiment envers les Morisques y était bien inférieur à celui connu en Aragon. ceux qui pensaient que l'on devait continuer à se montrer tolérants avec eux et ceux qui défendaient leur expulsion. après l'échec de la lutte contre le protestantisme aux Pays-Bas. De façon générale les terres riches (souvent proches du littoral) et les centres urbains de ces royaumes étaient majoritairement chrétiens. Bon nombre d'ecclésiastiques défendaient la possibilité de laisser du temps. À tout cela on pourrait ajouter un taux de croissance démographique nettement supérieur à celui des Chrétiens[4]. La Expulsión de los Moriscos. Ils se trouvaient concentrés dans les Royaumes d'Aragon. où nombreux étaient ceux qui considéraient avec méfiance la perte de moyens humains que supposait une telle expulsion. Cette décision menait à terme le processus d'homogénéisation qui avait commencé avec le décret d'expulsion des Juifs de 1492 et entérinait la christianité des royaumes d'Espagne. • Il faut encore ajouter la volonté d'en finir avec les postures critiques courantes en Europe depuis un certain temps à propos du caractère discutable de la christianité de l'Espagne. où ils représentaient près de 20 % de la population . avec une densité nettement supérieure dans les comarques intérieures[4]. En raison de cette proportion inférieure. . La noblesse aragonaise et valencienne était partisane de laisser la situation en état : ils étaient en effet ceux qui profitaient le plus de cet état de fait. une option en partie soutenue par Rome. Madrid) L'opinion publique était donc particulièrement divisée.• On note vers la même époque une radicalisation dans le mode de pensée de nombreux gouvernants. gravure de Vicente Carducho (Musée du Prado. Cette idée n'était cependant pas nécessairement majoritaire en Espagne.

Vicente Mestre). respectivement en 1526 et 1582. Jusqu'en 1608 la politique menée envers les Morisques avait été celle de la conversion. Fundación Bancaja de Valencia Le 9 avril 1609 est lancé le décret ordonnant l'expulsion des Morisques. Déroulement Expulsion des Morisques au port de Dénia Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. On permit à ces derniers de prendre tout ce qu'ils pouvaient . assortie d'une proposition attractive : le Roi pourrait bénéficier de la confiscation des biens et des terres de la population morisque. les préparatifs furent menés dans le plus grand secret. ce fut lui qui suggéra l'expulsion au Roi. Si au début l'idée ne fut pas retenue par les gouvernants. bien qu'il existe des antécédents d'allusions à des mesures plus radicales de la part de Charles Ie et de Philippe II. qui considérait les Morisques comme des hérétiques et des traîtres. la suggestion fut plus tard réitérée par l'archevêque de Valence. Juan de Ribera. en dépit des problèmes que son application pouvait poser pour les motifs démographiques déjà exposés. mais l'opposition faiblit avec la promesse de récupérer une part des propriétés terriennes des Morisques. Il fut décidé de commencer par Valence. inquisiteur de Valence . Ce n'est cependant qu'à partir de 1608 que le Conseil d'État commença à envisager sérieusement le choix de l'expulsion. la zone la plus concernée par la mesure .Parmi les défenseurs de l'expulsion on peut citer Jaime Bleda. voire réduire celle-ci en esclavage. L'aristocratie valencienne se réunit avec des représentants du gouvernement pour protester contre l'expulsion qui supposait une diminution significative de leurs revenus. À partir du mois de septembre des tercios venus d'Italie prirent position dans le nord et le sud du royaume de Valence et le 22 du même mois le vice-roi ordonna la publication du décret. pour la recommander au souverain l'année suivante.

Ce décret n'empêcha pas de nombreuses entrées malgré tout : il fallut. La nouvelle régente Marie de Médicis. Cependant. La mise en œuvre du décret dans les territoires de la couronne de Castille était une tâche plus ardue. Les rebelles furent vaincus en novembre et l'expulsion des Morisques valenciens fut menée à terme. Le nombre de Morisques augmentant encore. on offrit aux populations morisques une première possibilité de sortie volontaire du pays. demanda à les "faire passer en Barbarie". en Castille l'expulsion s'étala sur près de trois années. où on les obligea même à payer le trajet. la régente publia le 19 août 1610 une ordonnance défendant désormais l'entrée du royaume aux "Grenadins". Le roi Henri IV rendit une ordonnance le 22 février 1610 ordonnant de les accueillir au mieux : "qu'il soit usé en leur endroit d'humanité pour les recueillir en ses pays et estats". L'ordonnance. où ils furent quelquefois fort mal reçus et parfois même attaqués par les autochtones. tout en continuant à punir les capitaines de vaisseaux qui les maltraitaient à l'occasion du voyage. L'émigration au Royaume de France En France. et craignant le développement de la Peste. " qu'il leur soit donné libre passage jusques en ses ports du Levant pour de là se faire transporter en Barbarie ou ailleurs. Au début de 1610 eut lieu l'expulsion des Morisques aragonais. 50 000 Morisques supplémentaires arrivant en Languedoc en 1610. le parlement de Toulouse publia le 6 août 1610 un décret menaçant de la peine de mort toute entrée illégale de Morisques dans le Royaume. et le 20 octobre se produisit un soulèvement contre l'expulsion. Ceci causa de grandes craintes parmi la population morisque n'ayant pas encore été déportée. de 1611 à 1614. . plus de 70 vaisseaux pour évacuer finalement les Morisques vers Alger et Tunis. en outre. Pour cette raison. Ainsi. pour ceux qui désireraient demeurer musulmans. À partir du 30 septembre ils furent menés aux différents ports du royaume. Ces procédures d'expulsion massive étaient très imparfaites. pendant 1 mois. que bon leur semblera". recevant de nombreuses plaintes. le tout ne se passant pas sans heurts de part et d'autres. sous peine de mort en cas d'incendie ou de destruction avant le transfert des biens. de nombreux musulmans arrivés à Bayonne furent conduits à Agde puis. Cependant de nombreuses plaintes s'élevant en Languedoc des dégâts occasionnés au passage des Morisques. en particulier dans les ports de Provence. et ceux-ci provoquant des troubles. 40 000 arrivèrent en Navarre. envoyé par le sultan à Agde. avec le droit d'emporter leurs bien les plus précieux et tout ce qu'ils étaient susceptibles de pouvoir vendre. mais leurs maisons et terrains furent octroyés à leurs seigneurs. Les premiers Morisques furent transportés vers Oran et les ports de l'Oranie. de là. on compta en 1609 plus de 150 000 Morisques abordant sur les côtes. Cette ordonnance permettait à ceux qui se convertiraient à la religion catholique de rester en France . interdit aux capitaines de navire de maltraiter les Morisques. étant donné qu'ils étaient davantage éparpillés dans le royaume suite à leur dispersion menée en répression de la rébellion des Alpujarras. là et en Provence.emporter. D'après une étude récente (2008) on retrouve des traits génétiques issus des populations morisques dans une grande frange de la population espagnole actuelle[5][6][7]. suivie en septembre par celle des catalans. vers Alger et Tunis. permit le bon déroulement de l'évacuation. et nombreux furent ceux qui réussirent de fait à passer au travers du décret et restèrent en Espagne. Un ambassadeur turc. Ainsi. de nombreux hôpitaux furent encombrés.

p.107 9. La evolución de la identidad nacional. ↑ FUSI AIZPÚRUA.[9]. Adams et al. p. « On dit que douze mille hommes étaient morts. 2000. p. II. and Muslims in the Iberian Peninsula [archive]. l'ordre d'expulsion massive des Morisques signifia sa ruine. T.215) 4. ↑ "The study shows that religious conversions and the subsequent marriages between people of different lineage had a relevant impact on modern populations both in Spain.Madrid. p.Conséquences Dans la couronne de Castille Le Conseil de Castille fit un bilan de l'expulsion en 1619 et conclut qu'elle n'avait pas eu de répercussions économiques. le commerce et les travaux des champs. décembre 2008 8. Valence dut faire face à un immense vide démographique. Trente ans plus tard. and in Portugal".77 11. pp. soldats ni prêtres .7% in Northwest Castile". ↑ Fuster. la production de toile. especially in the Balearic Islands. The Genetic Legacy of Religious Diversity and Intolerance: Paternal Lineages of Christians. p. Jews. Certaines comarques du nord de la région d'Alicante perdirent presque l'intégralité de leur population. T. que les dommages pouvaient être estimés à 70 000 ducats »[10].515 2. España. T. ↑ En dépit des estimations de certains historiens. De fait. Si. ↑ Braudel. le choc démographique occasionné n'était pas de loin comparable avec le demi million de victimes de la grande peste de 1598-1602. en 1718 n'arrivait pas encore à 260 000 »[12]. dans les zones les plus affectées. Dans la couronne d'Aragon Dans la couronne d'Aragon il en fut tout autrement. cependant. ↑ a b Voir les cartes démographiques dans Braudel. aucune preuve formelle n'établit l'existence de telles connivences (Braudel. ↑ "Admixture analysis based on binary and Y-STR haplotypes indicates a high mean proportion of ancestry from North African (10.91 12. ils étaient des travailleurs et leur départ occasionna d'importantes pertes dans la perception des impôts et eut. Aragonais. Catalans. tout au long du XVIe siècle Valence avait été le centre le plus actif de l'Aragon. 2008 7. Temas de Hoy. III. Elena Bosch. hidalgos. Majorquains ainsi que quelques Castillans et Français vinrent pour tenter de combler le vide humain . « le pays valencien. ↑ Fuster.87 10. ↑ La diversité génétique des Espagnols marquée par l'Inquisition [archive]. malgré la migration forcée de milliers de familles chrétiennes du royaume[12]. 1. p.6%) ranging from zero in Gascony to 21. ↑ Fuster. près de la moitié des plus de 400 localités qu'avaient occupées les Morisques restaient abandonnées. 2008 6. Sciences et Avenir. en détruisant les fondements même de son économie[8]. Ces conclusions rejoignent celles d'historiens qui se sont penchés sur la question. si bien qu'au final les nobles se trouvèrent les plus favorisés[11].70 . Juan Pablo.508-509 5. qui prétendait ensuite les louer aux paysans dans des conditions souvent abusives pour compenser à court terme ses pertes supposées. ↑ a b Fuster. Les terres abandonnées passèrent aux mains de la noblesse. ↑ a b « Morisco » sur l'Encyclopædia Britannica 3. que soixante-dix lieux furent brûlés. qui avant l'expulsion devait avoir environ 450 000 habitants. II. The religious conversions of Jews and Muslims have had a profound impact on the population of the Iberian Peninsula [archive]. p. des effets dévastateurs sur l'artisanat. Les Morisques n'étaient pas nobles.

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