Morisques

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Les Morisques (de l'espagnol Morisco, littéralement « petit maure ») étaient des musulmans d'Espagne convertis de force au catholicisme à la suite des édits de conversion de 1502. Ils constituaient une minorité importante dans le Royaume de Valence, la vallée de l'Èbre et l'Andalousie orientale.

Les origines

La reddition de Grenade, tableau de Francisco Pradilla y Ortiz. La Reconquista, qui prend fin en 1492 avec la prise de Grenade, et l'annexion de la Castille laisse sur le sol espagnol plusieurs centaines de milliers de musulmans. D'après les accords de reddition, les Maures granadins sont autorisés à conserver leur religion : « Es asentado e acordado que ningún moro o mora no haga fuerza a que se torne cristiano ni cristiana. » (« Il est établi et accordé que l'on ne forcera aucun maure ou mauresse à devenir chrétien ou chrétienne. ») La marginalisation et l’exclusion des minorités musulmanes était en train de se mettre en place au lendemain de la conquête chrétienne. Les mesures discriminatoires déjà prises alors vont se perpétuer, voire s’aggraver, pour aboutir à la conversion forcée des Mudéjares de Castille en 1502. Les dispositions prises envers les renégats et les hérétiques annoncent déjà aussi la politique que mènera l’Inquisition espagnole à l’époque moderne vis-à-vis des Judéo-convers et des Morisques.[1] Certains musulmans, conscients des difficultés de la cohabitation, préfèrent s'exiler ; d'autres vont rester et prendre le nom de mudéjar. Les accords de reddition seront plus ou moins respectés tant que dure l'influence de l'archevêque de Grenade, Hernando de Talavera. Mais un durcissement de l'église s'opère sous l'influence du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, confesseur d'Isabelle II et archevêque de Tolède (1495). Les pressions fiscales et religieuses conduisent les mudéjares de Grenade à la révolte en 1499. Celleci s'étend rapidement aux montagnes alentour. Après la reprise de contrôle par la couronne de Castille, les Mudéjares de Grenade sont contraints à choisir entre la conversion au Christianisme et l'exil. En 1502 Cisneros étend la mesure à tout le Royaume de Castille, avec le soutien implicite des Rois catholiques. En 1526, en représailles à la révolte des Germanías du Royaume de Valence et pour remercier Dieu de l'issue favorable de la bataille de Pavie, Charles Quint ordonne par décret le baptême massif des Musulmans de toute la Couronne d'Aragon. Bien que la validité de ces baptêmes soit discutée pendant des décennies, dès lors la pratique de l'Islam devient toutefois officiellement prohibée dans l'ensemble des territoires espagnols ; les anciens Musulmans restés dans la Péninsule et leurs descendants seront désignés sous le nom de Morisques (moriscos).

descendant des Omeyyades. pillages) en particulier au siège de Dúrcal par les troupes du marquis de los Velez. feront que les conflits s'exacerbent. massacres. La révolte gagne toute la vallée de Lécrin puis s'étend à toutes les montagnes de l'Alpujarras. . En 1567. En 1535. les Morisques se soumettent extérieurement aux traditions chrétiennes mais conservent entre eux leur culture et tradition d'origine. Par décret passé en 1526 entre l'état et les municipalités morisques. un soulèvement s'organise dans le quartier de l'Albaicin à Grenade. le pape Paul III instaure une condition dite de "propreté de sang" (limpieza de sangre) : toute personne désireuse d'accéder à certaines charges importantes en Espagne devait faire la preuve qu'elle ne possédait pas d'ancêtre juif ou musulman depuis au moins quatre générations. La révolte est violente. rajoutant à cela la marginalisation spatiale contre les Morisques[2]. Une tentation de repli sur soi naît. Des exactions sur la population chrétienne sont commises (massacres et tortures). Le premier chef de la rébellion est un jeune homme de 22 ans. la situation des Morisques devient plus précaire. Désireux de s'intégrer. La révolte Dans la nuit de Noël 1568. la culture morisque est préservée grâce à la solidarité de tous. Près du tiers des nouveaux convertis sont des propriétaires terriens bénéficiant d'une certaine aisance et prêtant de l'argent à la vieille noblesse espagnole. Majoritairement crypto-islamiques. Un programme d'expulsion et de reconquête de la terre est mis en place dès 1559. qui prend le nom de Abén Humeya. interdiction de la langue arabe et destruction des textes arabes. ils représentent environ le huitième de la population de l'Aragon et le quart de la population du royaume de Valence et ils atteignent plus de 55% dans le royaume de Grenade. Un problème de terre se fait sentir. ces lois sont appliquées avec fermeté et sont ressenties par la population morisque comme des brimades. des mesures sont prises pour faire perdre aux Morisques leur identité culturelle : interdiction du voile. celles-ci obtiennent contre le versement d'une taxe de 40 000 ducats l'éloignement du Saint-Office. La réponse des autorités espagnoles est d'une ampleur comparable (viols. deux écoles s'affrontent : certains pensent que l'assimilation des Morisques demande du temps mais finira par aboutir. Hernando de Valor. D'autres penchent plutôt pour une expulsion totale de cette population. des charges et des richesses. Le durcissement La cohabitation entre populations ne parlant pas la même langue dans certaines régions et ne partageant pas la même culture devient difficile. On trouve une noblesse morisque qui garde des titres. Parmi les agriculteurs. sous la pression de Charles Quint. Cette condition deviendra une loi qui ne sera abrogée qu'en 1865. Avec l'arrivée sur le trône de Philippe II. vols. Malgré les protestations de certains Morisques qui assurent le roi de leur fidélité. Dans les municipalités où persiste une organisation traditionnelle (aljamas). Autour de Philippe II. les Morisques se spécialisent plutôt dans l'élevage de la soie (autour de Grenade) et la culture des primeurs où ils exploitent au mieux les terrains grâce à l'irrigation. ils prennent des noms d'origine espagnole.Statut social La répartition des Morisques à l'intérieur de l'Espagne est assez irrégulière : d'une présence négligeable en Catalogne.

musée du Prado Cependant. Blida. Philippe III signe le 22 septembre 1609 le décret d'expulsion de tous les Morisques d'Espagne. vers les ports de l'Oranie. Les Morisques du royaume de Grenade sont alors dispersés dans toute l'Espagne. Tlemcen. L'arrivée sur le trône de Philippe III précipite la fin de la population morisque. Bejaia. Seules les femmes morisques mariées à de vieux chrétiens sont autorisées à rester. fils naturel du roi Charles Quint. le plus grand nombre alla en Algérie à partir des ports de la région de Valence où ils étaient les plus nombreux. En Tunisie la ville de Testour est connue pour avoir accueilli nombre de Morisques. L'expulsion Expulsion des Morisques (Vicente Carducho). La révolte est écrasée en 1571 par Don Juan d'Autriche. Celui-ci sera lui-même trahi et assassiné par Gonzalo el Seniz en 1571. Ils s'installèrent notamment dans les villes de Oran. Hommes. Nedroma. femmes. Alger. l'Italie et la . Certains auteurs[3] soutiennent que les pertes de cette déportation s'élèvent à 75%. même appauvris et dépossédés de leur terre. Ils sont ensuite embarqués dans des galères qui les déposent sur les côtes de l'Afrique du Nord. Au Maroc ils se sont installés surtout à Salé. et vainqueur de la bataille de Lépante face aux Ottomans et aux Barbaresques d'Uludj Ali. les Morisques restent une épine dans le pied de l'Église espagnole. Le nombre important de déportés oblige faire appel à des transporteurs privés qui n'attendent parfois pas d'arriver sur la côte pour débarquer les Morisques.Des luttes de pouvoir internes conduisent à l'assassinat de Aben Humeya par l'un de ses rivaux et cousin Aben Abou (1570). enfants se rendent à pied de l'intérieur des terres jusqu'aux côtes. Il y a aussi la France. contraints de payer eux-même leur nourriture et leur eau. Fès et d'autres villes du Nord-marocain comme Tanger et Tétouan. même répartis dans le reste de l'Espagne. Ce décret préparé par des mouvements de troupes s'applique avec rapidité et intransigeance. La déportation se fait dans des conditions difficiles. Philippe II désireux de s'allier les pays de l'Afrique du Nord contre Barberousse avait fait preuve d'une clémence relative. Vicente Mestre). Fundación Bancaja de Valencia Les morisques déportés trouvèrent refuge principalement au Maghreb. Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. Sous l'influence du marquis de Denia et du duc de Lerme.

beaucoup cependant sont restés dans le Béarn et notamment à Bayonne avec le consentement des magistrats municipaux. prit même quelque notoriété et mourut à Paris en 1649 après avoir réussi à travailler. On estime à environ 375 000 le nombre de personnes ainsi déplacées pour une population espagnole de 8 millions. un métis du nom d'Alonzo Lopez. Il leur est enjoint de quitter la ville ou de se convertir[5]. le cardinal de Sourdis. Même si beaucoup repartirent ensuite pour le Maghreb les autres restèrent et se fondirent peu à peu dans la population locale[4]. les Dalbarade et Silhouette. . En architecture. deux familles de potiers s'installent à Biarritz. Leur départ avait appauvri l'Espagne et nous avions hérité de quelques éléments de population active et laborieuse »[8]. dans ce but plusieurs fois en Hollande. à la renaissance de la marine française. les spécificités architecturales de l'art morisque se retrouvent dans des mosquées mais aussi dans des églises et des maisons de particuliers. il n'est pratiquement plus question de mesures générales contre les Morisques de Bordeaux. Art et culture morisque Si la population ne fut pas acceptée par les Espagnols. certains réfugiés au logis d'une dame de la ville « faisaient profession de la Secte de Mahumet». Morisques en France Certains auteurs pensent qu'environ 150 000 Morisques trouvèrent refuge en France. D'autre Morisques étaient installés en Guyenne en 1611. Tous ceux qui avaient un métier étaient restés : maréchaux. négociants. et de façon éphémère en Toscane. et être allé. sous les ordres directs de Richelieu. « ceux qui s'y étaient acclimatés s'étaient mêlés à la population et vivaient paisibles dans le royaume. La confiscation des biens se fera à l'avantage principalement du duc de Lerme et de l'Inquisition. etc. Quelques années avant que Lopez ne disparut on ne parlait déjà plus en France des Morisques. l'influence de leur culture s'est fait sentir dans toute l'Europe. dont les fours fonctionnaient encore en 1838. Henri IV rendit le 22 février 1610 une ordonnance permettant de demeurer dans le royaume à ceux qui « voulaient faire profession de la religion catholique pourvu qu'ils s'établissent au-delà de la Garonne et de la Dordogne ». ils avaient à Bordeaux une situation suffisamment prospère que les autorités locales craignirent de les voir partir si les Espagnols qui venaient de s'emparer de Saint-Jean-de-Luz assaillaient Bordeaux. ville non armée[7]. L'un d'entre eux. potiers. De petites communautés émigrèrent en Syrie. En 1614.[6]. absorbé par ses fonctions maritimes détournant son attention des Morisques et ceux qui avaient fini par se faire accepter à Bordeaux se mêlèrent peut-être à la colonie portugaise de la cité. Des documents et des textes prouvent que de nombreux Morisques s'établirent en France. Ainsi par exemple. Voltaire a évoqué l'établissement de ces familles morisques dans son Essais sur les mœurs[9]. autour de la Arap Jami (mosquée des Arabes). En 1636.Turquie qu'ont accueilli des réfugiés Morisques. à Istanbul où ils se concentrèrent dans le quartier de Galata. Même si par la suite Marie de Médicis ordonna qu'on les expulse.

signale "Il est certain que des milliers de Morisques qui quittèrent ce royaume de Valence. qui a profité de la faute de l'Espagne.html [archive] 3. comme Zoraïda ou Ricote. Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne. inquisiteur conseiller du duc de Lerma. tantôt par les persécutions. ↑ Jules Mathorez. même pas le quart survécut" lu dans Maroc hebdo international . et qui ensuite l'a imitée dans l'émigration des réformés.171 9. Quelques familles. p. « Minorités et démocratie » dans Les intellectuels et la démocratie. traitant des dernières guerres de reconquête de Grenade) dès avant 1492 se manifeste ensuite dans des ouvrages plus copieux comme le roman l'abencerage de Villegas ou l'histoire des guerres civiles de Grenade de Pérez de Hita qui est traduite en français.123-124 7. ↑ http://cdlm. à sujet romanesque morisque. ↑ « La plus grande partie des Maures espagnols se réfugièrent en Afrique. 1980.paroles d’étranger) est une littérature clandestine morisque transcrite de la littérature musulmane et écrite en espagnol mais à l'aide de caractères arabes. ↑ Francisque Michel. un "nouveau romancero".n°521 du 26 juillet au 1er aout 2002 . 1919. ↑ http://cdlm.167 8. ↑ Jules Mathorez. a fait croire à certains auteurs complaisants que Cervantès appartiendrait à ce peuple. 1847. p. « Les nouveaux penseurs de l’islam ». Champion.org/document781. 22-23 5. il en vint à Paris même. La sympathie de Don Quichotte pour certains personnages. Histoire de don Quichotte de la Manche. le romancero étant l'ensemble des poèmes populaires castillans (les "romances") dérivés des chansons de geste médiévales ("Romancero du Cid") Cervantes. p. écrite par Cid Hamed BenEngeli. Se crée ensuite. p. Thoinot Arbeau. décrit une danse morisque ou moresque.Manuscrit Aljamiado En littérature. historien arabe. en Languedoc. connue dans toute l'Europe. Notes et références 1. Voltaire dans Essais sur les mœurs (1756) dans Œuvres complètes de Voltaire.revues.88-94 6. la littérature Aljamiada (de l’arabe al-’adjamiyya . sous la régence de Marie de Médicis : ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur religion s'embarquèrent en France pour Tunis. 1859.revues. Victor Hugo. p. et que toutes les nations sont absorbées les unes dans les autres. grâce à Lope de Vega. quelquesuns passèrent en France. dans son Orchésographie (1589). 1919. Les étrangers en France sous l'ancien régime.org/document781. C'est ainsi que tous les peuples se mêlent. Franck. 264 . qui firent profession du christianisme. ↑ Bruno Étienne. Puf. leur ancienne patrie. auteur de Don Quichotte de la Manche (1605-1615) présente son ouvrage comme une traduction d'un texte écrit en arabe. Cependant la généalogie de Cervantès et la sévérité avec laquelle il juge les morisques tout au long de l'ouvrage infirment cette thèse. et leur race n'y a pas été inconnue : mais enfin ces fugitifs se sont incorporés à la nation [française]. ↑ Jean Servier. p.html [archive] 2. A. ↑ Fray Jame Bleda. « Nos ancêtres les Sarrasins » in : hors série n° 54 du Nouvel Observateur. La littérature qu'ils produisent est essentiellement religieuse mais on y trouve même le premier Kamasutra en langue espagnole. dans Notre-Dame de Paris fait allusion à une danse morisque probablement issue de la culture de cette époque. Les étrangers en France sous l'ancien régime. Champion. La thématique moresque était passée dans la poésie populaire ("romances" fronterizos. 8. Hachette. s'établirent en Provence. avril mai 2004. t.[1] [archive] 4. tantôt par les conquêtes ».

conséquence d'une première baisse dans l'arrivée des ressources du Nouveau Monde.[3] qui pillaient périodiquement le littoral espagnol. à force de métissage. • 1604 marque le début d'une récession économique dans la péninsule. une grande partie des Morisques se maintenait comme un groupe social cloisonné du reste de la société espagnole[2]. physiquement indiscernables des « vieux chrétiens ». mais également une grande majorité d'Espagnols qui s'étaient convertis depuis des siècles à l'Islam. menée par les Morisques granadins. descendants des populations d'origine musulmane converties au Christianisme par le décret des Rois catholiques du 14 février 1502. l'encyclopédie libre. Le déroulement de l'expulsion dans l'ensemble des royaumes espagnols se prolongea jusqu'en 1614[1]. qui perdit à cette occasion une grande partie de ses habitants. et affecta particulièrement le Royaume de Valence. religion qu'ils continuaient toutefois à pratiquer en secret. Parmi les Morisques. Ils étaient couramment soupçonnés de complicité avec les Turcs. l'opinion selon laquelle cette minorité religieuse constituait un véritable problème de sécurité nationale gagna du terrain. • Après la rébellion des Alpujarras (1568-1571). ou même avec les Français. La dégradation des conditions de vie des Chrétiens les mena à considérer avec défiance celles des Morisques. il y avait des Arabes.Expulsion des Morisques d'Espagne Un article de Wikipédia. en dépit de la perte de l'usage de la langue arabe au bénéfice du castillan et de leur connaissance très pauvre des rites de l'Islam. les pirates barbaresques[2]. Elle signifiait l'abandon des territoires espagnols par les Morisques. Contexte La décision d'expulser les Morisques fut prise dans un contexte dont il convient de rappeler certains éléments : • Plus d'un siècle après leur conversion forcée au Christianisme. Embarquement de Morisques au port du Grao de Valence L'expulsion des Morisques d'Espagne fut promulguée par Philippe III d'Espagne le 22 septembre 1609. ceux ayant le moins subi d'acculturation. et bien que devenus. des Berbères. .

avec une densité nettement supérieure dans les comarques intérieures[4].• On note vers la même époque une radicalisation dans le mode de pensée de nombreux gouvernants. tandis que les Morisques occupaient une grande partie des terres pauvres et se concentraient dans les faubourgs urbains. La noblesse aragonaise et valencienne était partisane de laisser la situation en état : ils étaient en effet ceux qui profitaient le plus de cet état de fait. cependant. où nombreux étaient ceux qui considéraient avec méfiance la perte de moyens humains que supposait une telle expulsion. • Il faut encore ajouter la volonté d'en finir avec les postures critiques courantes en Europe depuis un certain temps à propos du caractère discutable de la christianité de l'Espagne. Cette idée n'était cependant pas nécessairement majoritaire en Espagne. En raison de cette proportion inférieure. le ressentiment envers les Morisques y était bien inférieur à celui connu en Aragon. Madrid) L'opinion publique était donc particulièrement divisée. ce chiffre s'élevait à près de 33% dans le pays valencien. La Expulsión de los Moriscos. De façon générale les terres riches (souvent proches du littoral) et les centres urbains de ces royaumes étaient majoritairement chrétiens. après l'échec de la lutte contre le protestantisme aux Pays-Bas. où ils représentaient près de 20 % de la population . . En Castille la situation était bien différente : sur un total de 6 millions d'habitants. en raison même de la persistance de certaines minorités religieuses. une option en partie soutenue par Rome. mais aussi d'une expérience positive et pluriséculaire de cohabitation en Castille avec les anciens Mudéjars.5 millions. les voyait d'un mauvais œil et les considérait comme des rivaux. Ils se trouvaient concentrés dans les Royaumes d'Aragon. Bon nombre d'ecclésiastiques défendaient la possibilité de laisser du temps. Cette décision menait à terme le processus d'homogénéisation qui avait commencé avec le décret d'expulsion des Juifs de 1492 et entérinait la christianité des royaumes d'Espagne. Morisques et Mudéjars rassemblés n'en représentaient qu'environ 100 000. À tout cela on pourrait ajouter un taux de croissance démographique nettement supérieur à celui des Chrétiens[4]. La population morisque s'élevait à environ 325 000 membres sur un total d'approximativement 8. car ils considéraient qu'une conversion totale exigeait un contact prolongé avec les croyances et la société chrétienne. La classe paysanne. particulièrement en termes de main-d'œuvre sur leurs terres. gravure de Vicente Carducho (Musée du Prado. ceux qui pensaient que l'on devait continuer à se montrer tolérants avec eux et ceux qui défendaient leur expulsion. entre ceux qui pensaient que l'on devait encore laisser du temps pour mener à bien leur évangélisation.

la suggestion fut plus tard réitérée par l'archevêque de Valence. qui considérait les Morisques comme des hérétiques et des traîtres. Il fut décidé de commencer par Valence. la zone la plus concernée par la mesure . Vicente Mestre). en dépit des problèmes que son application pouvait poser pour les motifs démographiques déjà exposés. Si au début l'idée ne fut pas retenue par les gouvernants. bien qu'il existe des antécédents d'allusions à des mesures plus radicales de la part de Charles Ie et de Philippe II. mais l'opposition faiblit avec la promesse de récupérer une part des propriétés terriennes des Morisques. pour la recommander au souverain l'année suivante. L'aristocratie valencienne se réunit avec des représentants du gouvernement pour protester contre l'expulsion qui supposait une diminution significative de leurs revenus. Fundación Bancaja de Valencia Le 9 avril 1609 est lancé le décret ordonnant l'expulsion des Morisques. Ce n'est cependant qu'à partir de 1608 que le Conseil d'État commença à envisager sérieusement le choix de l'expulsion. On permit à ces derniers de prendre tout ce qu'ils pouvaient . voire réduire celle-ci en esclavage. assortie d'une proposition attractive : le Roi pourrait bénéficier de la confiscation des biens et des terres de la population morisque. inquisiteur de Valence . les préparatifs furent menés dans le plus grand secret.Parmi les défenseurs de l'expulsion on peut citer Jaime Bleda. respectivement en 1526 et 1582. Déroulement Expulsion des Morisques au port de Dénia Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613. Juan de Ribera. ce fut lui qui suggéra l'expulsion au Roi. À partir du mois de septembre des tercios venus d'Italie prirent position dans le nord et le sud du royaume de Valence et le 22 du même mois le vice-roi ordonna la publication du décret. Jusqu'en 1608 la politique menée envers les Morisques avait été celle de la conversion.

demanda à les "faire passer en Barbarie". et le 20 octobre se produisit un soulèvement contre l'expulsion. que bon leur semblera". interdit aux capitaines de navire de maltraiter les Morisques. 40 000 arrivèrent en Navarre. L'émigration au Royaume de France En France. La nouvelle régente Marie de Médicis. Au début de 1610 eut lieu l'expulsion des Morisques aragonais. Ceci causa de grandes craintes parmi la population morisque n'ayant pas encore été déportée. et craignant le développement de la Peste. Ainsi. en Castille l'expulsion s'étala sur près de trois années. D'après une étude récente (2008) on retrouve des traits génétiques issus des populations morisques dans une grande frange de la population espagnole actuelle[5][6][7]. en outre. Ces procédures d'expulsion massive étaient très imparfaites. Un ambassadeur turc. . étant donné qu'ils étaient davantage éparpillés dans le royaume suite à leur dispersion menée en répression de la rébellion des Alpujarras. La mise en œuvre du décret dans les territoires de la couronne de Castille était une tâche plus ardue. où ils furent quelquefois fort mal reçus et parfois même attaqués par les autochtones. À partir du 30 septembre ils furent menés aux différents ports du royaume. de nombreux hôpitaux furent encombrés. Le nombre de Morisques augmentant encore. recevant de nombreuses plaintes. le parlement de Toulouse publia le 6 août 1610 un décret menaçant de la peine de mort toute entrée illégale de Morisques dans le Royaume. suivie en septembre par celle des catalans. Les premiers Morisques furent transportés vers Oran et les ports de l'Oranie. mais leurs maisons et terrains furent octroyés à leurs seigneurs. de là. on offrit aux populations morisques une première possibilité de sortie volontaire du pays. où on les obligea même à payer le trajet. L'ordonnance. de 1611 à 1614. en particulier dans les ports de Provence. et nombreux furent ceux qui réussirent de fait à passer au travers du décret et restèrent en Espagne. Les rebelles furent vaincus en novembre et l'expulsion des Morisques valenciens fut menée à terme. Pour cette raison. 50 000 Morisques supplémentaires arrivant en Languedoc en 1610. la régente publia le 19 août 1610 une ordonnance défendant désormais l'entrée du royaume aux "Grenadins". sous peine de mort en cas d'incendie ou de destruction avant le transfert des biens. Ainsi. là et en Provence. Ce décret n'empêcha pas de nombreuses entrées malgré tout : il fallut.emporter. Cependant de nombreuses plaintes s'élevant en Languedoc des dégâts occasionnés au passage des Morisques. tout en continuant à punir les capitaines de vaisseaux qui les maltraitaient à l'occasion du voyage. de nombreux musulmans arrivés à Bayonne furent conduits à Agde puis. Cette ordonnance permettait à ceux qui se convertiraient à la religion catholique de rester en France . et ceux-ci provoquant des troubles. pendant 1 mois. on compta en 1609 plus de 150 000 Morisques abordant sur les côtes. plus de 70 vaisseaux pour évacuer finalement les Morisques vers Alger et Tunis. permit le bon déroulement de l'évacuation. le tout ne se passant pas sans heurts de part et d'autres. Cependant. Le roi Henri IV rendit une ordonnance le 22 février 1610 ordonnant de les accueillir au mieux : "qu'il soit usé en leur endroit d'humanité pour les recueillir en ses pays et estats". envoyé par le sultan à Agde. avec le droit d'emporter leurs bien les plus précieux et tout ce qu'ils étaient susceptibles de pouvoir vendre. pour ceux qui désireraient demeurer musulmans. vers Alger et Tunis. " qu'il leur soit donné libre passage jusques en ses ports du Levant pour de là se faire transporter en Barbarie ou ailleurs.

aucune preuve formelle n'établit l'existence de telles connivences (Braudel. p. en 1718 n'arrivait pas encore à 260 000 »[12]. p.91 12. Trente ans plus tard.Conséquences Dans la couronne de Castille Le Conseil de Castille fit un bilan de l'expulsion en 1619 et conclut qu'elle n'avait pas eu de répercussions économiques. ↑ "Admixture analysis based on binary and Y-STR haplotypes indicates a high mean proportion of ancestry from North African (10. Majorquains ainsi que quelques Castillans et Français vinrent pour tenter de combler le vide humain .215) 4. Jews. Catalans. especially in the Balearic Islands. Juan Pablo. II. Les terres abandonnées passèrent aux mains de la noblesse. 2000. ↑ a b Fuster.87 10. ils étaient des travailleurs et leur départ occasionna d'importantes pertes dans la perception des impôts et eut. The Genetic Legacy of Religious Diversity and Intolerance: Paternal Lineages of Christians. and in Portugal". le commerce et les travaux des champs. cependant. près de la moitié des plus de 400 localités qu'avaient occupées les Morisques restaient abandonnées. Valence dut faire face à un immense vide démographique. Sciences et Avenir. que les dommages pouvaient être estimés à 70 000 ducats »[10]. The religious conversions of Jews and Muslims have had a profound impact on the population of the Iberian Peninsula [archive].[9]. p.70 . T. si bien qu'au final les nobles se trouvèrent les plus favorisés[11]. malgré la migration forcée de milliers de familles chrétiennes du royaume[12]. dans les zones les plus affectées. 2008 7. Dans la couronne d'Aragon Dans la couronne d'Aragon il en fut tout autrement. and Muslims in the Iberian Peninsula [archive]. Ces conclusions rejoignent celles d'historiens qui se sont penchés sur la question. tout au long du XVIe siècle Valence avait été le centre le plus actif de l'Aragon. Si. Aragonais. le choc démographique occasionné n'était pas de loin comparable avec le demi million de victimes de la grande peste de 1598-1602. « le pays valencien. des effets dévastateurs sur l'artisanat. ↑ a b « Morisco » sur l'Encyclopædia Britannica 3. Elena Bosch. T. 2008 6.515 2. l'ordre d'expulsion massive des Morisques signifia sa ruine. Adams et al. pp. en détruisant les fondements même de son économie[8]. ↑ La diversité génétique des Espagnols marquée par l'Inquisition [archive]. soldats ni prêtres . Les Morisques n'étaient pas nobles. qui avant l'expulsion devait avoir environ 450 000 habitants.6%) ranging from zero in Gascony to 21. ↑ Braudel. p. p.7% in Northwest Castile". ↑ "The study shows that religious conversions and the subsequent marriages between people of different lineage had a relevant impact on modern populations both in Spain. España. la production de toile. décembre 2008 8. ↑ FUSI AIZPÚRUA. ↑ En dépit des estimations de certains historiens.508-509 5. hidalgos. La evolución de la identidad nacional. ↑ a b Voir les cartes démographiques dans Braudel. « On dit que douze mille hommes étaient morts. III. T.77 11.Madrid. 1. ↑ Fuster. Temas de Hoy. qui prétendait ensuite les louer aux paysans dans des conditions souvent abusives pour compenser à court terme ses pertes supposées. Certaines comarques du nord de la région d'Alicante perdirent presque l'intégralité de leur population. ↑ Fuster.107 9. De fait. p. que soixante-dix lieux furent brûlés. II. ↑ Fuster. p.

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