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École publique mai 2006, dernière actualisation en août 2009

Chevaux : trois ; oiseau : un Les comédiens 12 points


12 points
Les comédiens
J'ai trois grands chevaux courant dans mon On dit souvent
ciel. Ça vend du vent
J'ai un seul petit oiseau, petit, dans mon À la sauvette
champ. Ils vont
De scène en scène
et partent en tournée
Trois chevaux de feu broutant les étoiles.
Et dès qu'ils sont vêtus
Un oiseau petit qui vit d'air du temps.
Des habits qu'on leur prête
Ils deviennent Jésus
Trois chevaux perdus dans la galaxie.
Harpagon ou Hamlet
Un petit oiseau qui habite ici.
Les comédiens
Les chevaux du ciel, c'est un phénomène. Disent les gens
Mais l'oiseau d'ici, c'est celui que j'aime. Ont bien souvent
Des amourettes
Les chevaux du ciel sont de vrais génies. À force de jouer
L'oiseau dans mon champ, c'est lui mon ami. Ils se prennent au jeu
Sans être Roméo
Mais l'oiseau du champ s'envole en plein ciel, On s'éprend de Juliette
rejoint mes chevaux, et je reste seul. Juste le temps qu'il faut
Pour en souffrir un peu
J'aimerais bien avoir des ailes. Les comédiens
Ça passerait le temps. Ça passerait le ciel. Quand l'âge vient
Quittent la scène
Claude Roy
Et quand il leur advient
De vivre de longs jours
Sur cour ou sur jardin
Sagesse Tout seuls ils se souviennent
8 points De ce fichu métier
Le ciel est, par-dessus le toit, Qu'ils ont aimé
Si bleu, si calme D'amour
Un arbre, par-dessus le toit, Jean-Roger Caussimon
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit, La môme néant
Doucement tinte. 6 points
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte. Quoi qu’a dit ?
Mon Dieu, Mon Dieu, la vie est là, - A dit rin.
Simple et tranquille. Quoi qu’a fait ?
Cette paisible rumeur là - A fait rin.
Vient de la ville. A quoi qu’a pense ?
- Qu'as-tu fait., ô toi que voilà, - A pense à rin.
Pleurant sans cesse, Pourquoi qu’a dit rin ?
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, Pourquoi qu’a fait rin ?
De ta jeunesse ? Pourquoi qu’a pense à rin ?
- A’xiste pas.
Paul Verlaine Jean Tardieu

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Le vendeur de murmures Le soir indécis


10 points 8 points

Le soir vient entre chien et loup,


Il était une fois
Ombre parmi les ombres grises,
Le vendeur de murmures.
Entre policier et filou,
Il murmurait la nuit donc Entre mule et cheval de frise.
à la demande
Il arrive entre chèvre et chou,
du bout des dents
Figue et raisin, verre et carafe,
en une étrange litanie
Entre montagne et caoutchouc,
les phrases confiées la veille à son oreille
Le soir, entre chêne et girafe.
et dont il avait la prudence
professionnelle Langue de chien et dents de loup,
d'inscrire les commandes A toutes pattes, à tire-d'aile,
dans des carnets Se mélangent dans le ciel flou
toujours petits Chauves-souris et hirondelles.
et qu'il parfumait
Jacques Charpentreau
tantôt à la lavande
tantôt au patchouli
C'est qu'il n'avait jamais voulu user lui
Balançoire
8 points
comme les vendeurs de cris
de ces vastes camions d'amplification Quand tu parles bien, tu me berces,
qui sillonnaient le pays à grand renfort de Et je m'envole avec ta voix.
klaxons Les étoiles à la renverse,
néons Je m'élance au ciel, un, deux, trois !
haut-parleurs et enseignes
Si tu bégaies, je me balance
ce qu'il vendait on l'entendait à peine
A petits coups secs, cahoté,
Philippe Garnier
Quand tu déclames, la cadence
Me fait descendre et remonter.

La chevauchée Tu accélères ton effort,


8 points
Je fais des bonds comme une chèvre.
Attention ! Ne crie pas trop fort
Certains, quand ils sont en colère, Je suis suspendu à tes lèvres.
Crient, trépignent, cassent des verres... Jacques Charpentreau
Moi, je n'ai pas tous ces défauts :
Je monte sur mes grands chevaux.
Chanson de la Seine 6 points
Et je galope, et je voltige, La Seine a de la chance
Bride abattue, jusqu'au vertige elle n'a pas de soucis
Des étincelles sous leurs fers, elle se la coule douce
Mes chevaux vont un train d'enfer. le jour comme la nuit
et elle sort de sa source
Je parcours ainsi l'univers, tout doucement sans bruit
Monts, forêts, campagnes, déserts... et sans faire de mousse
Quand mes chevaux sont fatigués, sans sortir de son lit
Je rentre à l'écurie - calmé. elle s'en va vers la mer
en passant par Paris
Jacques Charpentreau Jacques Prévert

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L'air en conserve Le Loup et l'agneau


8 points 20 points

Dans une boîte, je rapporte


La raison du plus fort est toujours la meilleure:
Un peu de l'air de mes vacances
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Que j'ai enfermé par prudence.
Je l'ouvre ! Fermez bien la porte Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure ;
Respirez à fond ! Quelle force !
La campagne en ma boîte enclose Un Loup survint à jeun,
Nous redonne l'odeur des roses, qui cherchait aventure,
Le parfum puissant des écorces, Et que la faim en ces lieux attirait.
Les arômes de la forêt... « Qui te rend si hardi de troubler mon
Mais couvrez-vous bien, je vous prie, breuvage?
Car la boîte est presque finie : Dit cet animal plein de rage ;
C'est que le fond de l'air est frais. Tu seras châtié de ta témérité.
Jacques Charpentreau - Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vais désaltérant
Les mouches Dans le courant,
12 points Plus de vingt pas au-dessous d'elle;
Et que par conséquent,
Les mouches d'aujourd'hui en aucune façon,
ne sont plus les mêmes que les mouches je ne puis troubler sa boisson.
d'autrefois
elles sont moins gaies - Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ;
plus lourdes, plus majestueuses, plus graves Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
plus conscientes de leur rareté - Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?
elles se savent menacées de génocide Reprit l'Agneau,
Dans mon enfance elles allaient se coller je tête encor ma mère.
joyeusement - Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
par centaines, par milliers peut-être - Je n'en ai point.
sur du papier fait pour les tuer
- C'est donc quelqu'un des tiens
elles allaient s'enfermer
Car vous ne m'épargnez guère,
par centaines, par milliers peut-être
Vous, vos bergers et vos chiens.
dans des bouteilles de forme spéciale
On me l'a dit: il faut que je me venge.»
elles patinaient, piétinaient, trépassaient
par centaines, par milliers peut-être Là-dessus, au fond des forêts
elles foisonnaient Le Loup l'emporte, et puis le mange,
elles vivaient Sans autre forme de procès.
Maintenant elles surveillent leur démarche Jean de La Fontaine
les mouches d'aujourd'hui
ne sont plus les mêmes que les mouches
d'autrefois.
Raymond Queneau

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Toujours et Jamais Si... 10 points


14 points
Si la sardine avait des ailes,
Toujours et Jamais étaient toujours ensemble Si Gaston s'appelait Gisèle,
ne se quittaient jamais. On les rencontrait Si l'on pleurait lorsque l'on rit,
dans toutes les foires. Si le pape habitait Paris,
On les voyait le soir traverser le village Si l'on mourait avant de naître,
sur un tandem. Si la porte était la fenêtre,
Toujours guidait Si l'agneau dévorait le loup,
Jamais pédalait Si les Normands parlaient zoulou,
C'est du moins ce qu'on supposait... Si la mer Noire était la Manche
Ils avaient tous les deux une jolie casquette Et la mer Rouge la mer Blanche,
L'une était noire à carreaux blancs Si le monde était à l'envers,
L'autre blanche à carreaux noirs Je marcherais les pieds en l'air,
A cela on aurait pu les reconnaître Le jour je garderais la chambre,
Mais ils passaient toujours le soir J'irais à la plage en décembre,
et avec la vitesse... Deux et un ne feraient plus trois...
Certains d'ailleurs les soupçonnaient Quel ennui ce monde à l'endroit !
Non sans raison peut-être
D'échanger certains soirs leur casquette Jean-Luc Moreau
Une autre particularité
Aurait dû les distinguer
L'un disait toujours bonjour Dimanche
L'autre toujours bonsoir 8 points
Mais on ne sut jamais
Si c'était Toujours qui disait bonjour Charlotte
Ou Jamais qui disait bonsoir Fait de la compote.
Car entre eux ils s'appelaient toujours Bertrand
Monsieur Albert Monsieur Octave. Suce des harengs.
Cunégonde
Paul Vincensini Se teint en blonde.
Epaminondas
Le roi lion 8 points Cire ses godasses.
Thérèse
Faut pas confondre les bestiaux Souffle sur la braise.
avec les petites bestioles Léon
ça irrite le campagnol Peint des potirons.
quand on le prend pour un taureau Brigitte
Faut pas confondre les zoziaux S'agite, s'agite.
avec les personnes avicoles Adhémar
ça rend la perruche folle Dit qu'il en a marre.
quand on l’assimile au corbeau La pendule
Mais le li-on le Roi li-on Fabrique des virgules.
ne craint pas ces confusions Et moi dans tout cha?
De sa rugissante crinière Et moi dans tout cha?
il éparpille les éléphants Moi, ze ne bouze pas
pour la grande joie des enfants Sur ma langue z'ai un chat.
de la Metro-Goldwyn-Mayer. René de Obaldia

Jacques Roubaud

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Ma maison 12 points L’ordinateur et l’éléphant 14 points

Quand j'ai chaussé les bottes Parce qu'il perdait la mémoire


Qui devaient m'amener à la ville Un ordinateur alla voir
j'ai mis dans ma poche Un éléphant de ses amis
Une vieille maison - C'est sûr, je vais perdre ma place,
Où j'avais fait entrer Lui dit-il, viens donc avec moi.
Une jeune fille Puisque jamais ceux de ta race
Il y avait déjà ma mère dans la cuisine N'oublient rien, tu me souffleras.
En train de servir le saumon Pour la paie, on s'arrangera.
Quatre pieds carrés de soleil
Sur le plancher lavé Ainsi firent les deux compères.
Mon père était à travailler Mais l'éléphant était vantard
Ma sœur à cueillir des framboises Voilà qu'il raconte ses guerres,
Et le voisin d'en face et celui d'en arrière Le passage du Saint-Bernard,
Qui parlaient de beau temps Hannibal et Jules César...
Sur la clôture à quatre lisses Les ingénieurs en font un drame
Et de l'air propre autour de tout cela Ça n'était pas dans le programme
Aussitôt arrivé en ville Et l'éléphant, l'ordinateur
j'ai sorti ma maison de ma poche Tous les deux, les voilà chômeurs.
Et c'était un harmonica De morale je ne vois guère
Gilles Vigneault A cette histoire, je l'avoue.
Si vous en trouvez une, vous,
Portez-la chez le Commissaire;
Conseils donnés par une Au bout d'un an, elle est à vous
sorcière Si personne ne la réclame.
(A voix basse, avec un air épouvanté, Jean Rousselot
à l'oreille du lecteur.) 8 points

Retenez-vous de rire Je hais les haies 8 points


dans le petit matin ! Je hais les haies
N'écoutez pas les arbres Qui sont des murs.
qui gardent les chemins Je hais les haies
Et les mûriers
Ne dites votre nom Qui font la haie
à la terre endormie Le long des murs.
qu'après minuit sonné Je hais les haies
A la neige, à la pluie Qui sont de houx.
ne tendez pas la main Je hais les haies
Qu’elles soient de mûres
N'ouvrez votre fenêtre Qu’elles soient de houx !
qu'aux petites planètes Je hais les murs
que vous connaissez bien Qu’ils soient en dur
Confidence pour confidence Qu’ils soient en mou !
vous qui venez me consulter, Je hais les haies
méfiance, méfiance ! Qui nous emmurent.
On ne sait pas ce qui peut arriver. Je hais les murs
Qui sont en nous.
Jean Tardieu
Raymond Devos

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Liberté 12 points L'escargot matelot 8 points

Sur mes cahiers d'écolier Un escargot fumant sa pipe


Sur mon pupitre et les arbres Portait sa maison sur son dos.
Sur le sable sur la neige C'était un garçon sympathique,
J'écris ton nom Un brave et joyeux escargot.
Sur toutes les pages lues Il avait été matelot
Sur toutes les pages blanches Et navigué sur un cargo.
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom Il en avait assez de l'eau
Cet ancien marin escargot.
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers Son ami le petit Léon
Sur la couronne des rois Lui apportait du tabac blond.
J'écris ton nom Et l'escargot fumant sa pipe
Sur la jungle et le désert Évoquait la mer, les tropiques,
Sur les nids sur les genêts Et le tour du monde en cargo
Sur l'écho de mon enfance Qu'il avait fait en escargot,
J'écris ton nom
Un escargot fumant la pipe
Sur les champs sur l'horizon Pour n'être pas mélancolique.
Sur les ailes des oiseaux
Claude Roy
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Les pommes de lune 8 points
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer Entre Mars et Jupiter
Flottait une banderole
Liberté. Messieurs Mesdames
Paul Eluard Faites des affaires
Grande vente réclame
Le relais 12 points De pommes de terre

En voyage, on s'arrête, on descend de voiture; Un cosmonaute qui passait par là


Puis entre deux maisons on passe à l'aventure, Fut tellement surpris qu'il s'arrêta
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi, Et voulut mettre pied à terre
L'œil fatigué de voir et le corps engourdi.
Mais pas de terre en ce coin-là
Et voici tout à coup, silencieuse et verte, Et de pommes de terre
Une vallée humide et de lilas couverte, Pas l'ombre d'une
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers,
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés ! C'est une blague sans doute
On se couche dans l'herbe et l'on s'écoute Dit-il en reprenant sa route
vivre, Et à midi il se fit
De l'odeur du foin vert à loisir on s'enivre, Un plat de pommes de lune.
Et sans penser à rien on regarde les cieux.
Hélas une voix crie : « En voiture, messieurs!» Jean Rousselot

Gérard de Nerval

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Dame la Lune 10 points Le silence est d'or


Dame la Lune 10 points
Mange des prunes « Oui, le silence est d'or »,
Avec la peau Me dit toujours maman.
Et les noyaux. Et pourquoi pas alors,
Et C'est pourquoi En fer ou en argent ?
Quand on la voit, Je ne sais pas en quoi
Elle est si ronde, Je puis bien être faite :
La Lune blonde Graine de cacatois
Mais une nuit M'appelle la préfète.
Elle maigrit D'accord ! Je suis bavarde.
Car la salade Mais est-ce une raison
La rend malade. Pour que l'on me brocarde
En classe, à la maison,
Et c'est pourquoi
Elle décroît Et que l'on me répète
Et n'est plus ronde, Et me répète encor
La Lune blonde A me casser la tête
Que le silence est d'or ?
La demi-Lune
Fait encore jeune Est-ce, ma faute à moi
Et de moitié Si j'ai là dans la gorge,
Devient quartier. Un petit rouge-gorge
Qui gazouille de joie ?
Et c'est pourquoi
Elle décroît, Maurice Carême
Et n'est plus ronde,
La Lune blonde !
Le quart de Lune La recherche
Mange des prunes 8 points
Avec la peau
Et les noyaux. Certains la cherchent dans les airs
Parmi les oiseaux des nuages,
Et c'est pourquoi
D'autres dans les fleurs du bocage
La Lune croît
Ou dans les algues de la mer.
Et sera ronde
La dame blonde Marcelle Vérité
Ils s'en vont la chercher en Chine,
Dans un temple ancien, à Pékin,
On vous dit 6 points Dans les pages d'un vieux bouquin,
Dans les secrets d'une machine...
On vous dit qu'il faut prendre l'air,
Il faut en prendre et en laisser.
Pourquoi remuer la planète ?
Prendre l'air ans en avoir l'air, Moi, comme je t'aime beaucoup,
Prenez l'air désintéressé. Dans les cheveux blonds de ton cou
Prenez l'air, cléments, comme Ader, Je cherche la petite bête.
Sans vous laisser influencer.
Jacques Charpentreau
Si ce n'est par les courants d'air,
Qui sont à prendre ou à laisser.
Jean-Luc Moreau

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Déménager C'est tout un art d'être canard


10 points
6 points
C'est tout un art d'être canard
C'est tout un art
Quitter un appartement. Vider les lieux. d'être canard
canard marchant
Décamper. Faire place nette. Débarrasser le
canard nageant
plancher.
canards au sol vont dandinant
Inventorier, ranger, classer, trier. canards sur l'eau vont naviguant
Éliminer, jeter, fourguer. être canard
c'est absorbant
Casser. terre ou étang
Brûler. c'est différent
canards au sol s'en vont en rang
Descendre, desceller, déclouer, décoller, canards sur l'eau, s'en vont ramant
dévisser, décrocher. être canard
Débrancher, détacher, couper, tirer, démonter, ça prend du temps
plier, couper. c'est tout un art
c'est amusant
Rouler.
canards au sol vont cancanant
Empaqueter, emballer, sangler, nouer, empiler, canards sur l'eau sont étonnants
rassembler, entasser, ficeler, envelopper, il faut savoir
protéger, recouvrir, entourer, serrer. marcher, nager
Enlever, porter, soulever. courir, plonger
dans l'abreuvoir
Balayer. canards le jour sont claironnants
Fermer. canards le soir vont clopinant
canards aux champs
Partir. ou sur l'étang
Georges Perec c'est tout un art
d'être canard.
L'araignée du goûter Claude Roy
6 points
Araignée du matin: chagrin, Mon général
pensait un bébé coccinelle 8 points
cherchant à libérer ses ailes.
Mon général, votre tank est si solide
Araignée du midi: souci Il couche une forêt, il écrase cent hommes
grognait un rat dans son chagrin Mais il a un défaut : il a besoin d’un mécanicien.
de voir un chat près de sa belle.
Mon général, votre bombardier est si puissant
Araignée du soir: espoir, Il vole plus vite que l’éclair et transporte plus
disait au briquet l'étincelle qu’un éléphant
mourant dans le vent du jardin. Mais il a un défaut : il a besoin d’un pilote.

Mais l'araignée dans sa nacelle Mon général, l’homme est très utile
prisonnière à vie de sa faim Il sait voler, il sait tuer
rêvait qu'elle était hirondelle. Mais il a un défaut : il sait penser.
Bertolt Brecht
Pierre Béarn

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Impression fausse Conciliabule 14 points


12 points
Trois lapins, dans le crépuscule,
Dame souris trotte Tenaient un long conciliabule.
Noire dans le gris du soir, Le premier montrait une étoile
Dame souris trotte, Qui montait sur un champ d'avoine.
Grise dans le noir. Les autres, pattes sur les yeux,
On sonne la cloche : La regardaient d'un air curieux.
Dormez les bons prisonniers, Puis tous trois, tête contre tête,
On sonne la cloche : Se parlaient d'une voix inquiète.
Faut que vous dormiez Se posaient-ils, tout comme nous,
Les mêmes questions sans réponse ?
Pas de mauvais rêve : D'où venons-nous ?
Ne pensez qu'à vos amours Où allons nous ?
Pas de mauvais rêve : Que sommes-nous ?
Les belles toujours ! Pourquoi ces ronces
Le grand clair de lune ! Pourquoi dansons-nous le matin,
On ronfle ferme à côté Parmi la rosée et le thym ?
Le grand clair de lune Pourquoi avons-nous le cul blanc,
En réalité ! Longues oreilles, longues dents ?
Pourquoi notre nez tout le temps,
Un nuage passe, Tremble-t-il comme feuille au vent ?
Il fait noir comme en un four, Pourquoi l'ombre d'un laboureur
Un nuage passe, Nous fait-elle toujours si peur ?
Tiens le petit jour ! Trois lapins dans le crépuscule
Dame souris trotte, Tenaient un long conciliabule.
Rose dans les rayons bleus, Et il aurait duré longtemps
Dame souris trotte, Encore si une grenouille
Debout, paresseux ! N'avait plongé soudainement
Dans l'eau de lune de l'étang.
Paul Verlaine
Maurice Carême
Îles
Les larmes du crocodile
6 points
8 points
Îles
Si vous passez au bord du Nil
Îles où l’on ne prendra jamais terre Où le délicat crocodile
Îles où l’on ne descendra jamais Croque en pleurant la tendre Odile,
Emportez un mouchoir de fil.
Îles couvertes de végétation
Essuyez les pleurs du reptile
Îles tapies comme des jaguars Perlant aux pointes de ses cils,
Îles muettes Et consolez le crocodile :
C'est un animal très civil.
Îles immobiles
Sur les bords du Nil en exil,
Îles inoubliables et sans nom
Pourquoi ce saurien pleure-t-il ?
Je lance mes chaussures par-dessus bord car C'est qu'il a les larmes faciles
je voudrais bien aller jusqu’à vous Le crocodile qui croque Odile.
Blaise Cendrars Jacques Charpentreau

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Nuit dansante 10 points Dit des oiseaux 14 points

Quand le hibou joue de la flûte, Tirelire! Tirelire!


Le grillon sort son violon, Dit l'alouette
La hulotte prend son luth Mais on ne l'a jamais vue mettre
Et le crapaud son basson. Un sou de côté
Cela se passe dans le Sud, Plus vite! Plus vite !
Non loin du vieux pont d'Avignon, Dit le merle aux ouvriers
Sur le Rhône, c'est l'habitude Mais lui passe son temps à enfiler des perles
De danser ainsi tous en rond. De rosée
Je n'y crois pas, crois pas, crois pas
Chats-huants, quels entrechats
Dit le corbeau en secouant ses manches
Grand-duc, aimez-vous le rock ?
Mais tout ce qu'il voit il le mange
Mais qui sont donc ces petits rats ?
Des surmulots. Ah! quelle époque! Faites que tout brille, brille
Ordonne la pie
Ainsi danse-t-on dans les bois Mais jusqu'au crépuscule
Chaque nuit jusqu'au chant du coq, Elle jouit de la vie
C'est du moins ce que dit mon chat Dans son fauteuil à bascule
natif d'Uzès, en Languedoc.
Des couleurs j'ai, des couleurs j'ai!
Marc Alyn Dit le geai.
Mais quand tu veux l'admirer
La cimaise et la fraction Il a déjà filé.
14 points Dis-moi tu, dis-moi tu
Dît le moineau dodu
La cimaise ayant chaponné Mais dès que tu ouvres la bouche
Tout l'éternueur Il s'effarouche
Se tuba fort dépurative
Quand la bixacée fut verdie : Et que dit le serin ?
Pas un sexué pétrographique morio On n'y comprend rien
De mouffette ou de verrat. C'est peut-être du latin
Elle alla crocher frange Jean Rousselot
Chez la fraction sa volcanique
La processionnant de lui primer La lessive 8 points
Quelque gramen pour succomber
Jusqu'à la salanque nucléaire. Chaque semaine, mes parents,
« Je vous peinerai, lui discorda-t-elle, Cinq tantes, dix oncles, vingt nièces,
Avant l'apanage, folâtrerie d'Annamite ! Cent cousins, des petits, des grands,
Interlocutoire et priodonte. " Se pressent dans la même pièce.
La fraction n'est pas prévisible : Dans la machine, ils introduisent
C'est là son moléculaire défi. Mille corsages et chemises,
« Que ferriez-vous au tendon cher ? Cent mille slips et pyjamas,
Discorda-t-elle à cette énarthrose. Un million de paires de draps.
- Nuncupation et joyau à tout vendeur,
Je chaponnais, ne vous déploie. Nylon, dentelles ou guenilles,
-Vous chaponniez ? J'en suis fort alamante. Chaque semaine nous avons
Eh bien ! débagoulez maintenant. » Cette habitude : nous lavons
Notre linge sale en famille.
Raymond Queneau
Jacques Charpentreau

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Le chat et le chant 8 points Au cirque 8 points

Sur la scène de l'Opéra, Au grand cirque de l'Univers,


Autour de la grande chanteuse, On voit sauter des trapézistes,
Dansent en rond les petits rats. Des clowns, des jongleurs, des artistes
La cantatrice est bien heureuse. S'envoler à travers les airs.
Elle sait que rien ne viendra L'écuyère sur ses chevaux
Troubler ses harmonieux arpèges, Passe du noir au brun, au blanc,
Car la danse des petits rats Le funambule, sans élan,
Des fausses notes la protège. Droit sur son fil, saute là-haut.
Elle soulève à tour de bras Tout saute à s'en rompre le crâne
Sa poitrine en soufflet de forge Les lions sur des tambours dorés,
Et prête à lancer sur les rats Les tigres sur des tabourets...
Le chat qu'elle aurait dans la gorge. Moi, je saute du coq à l'âne.
Jacques Charpentreau Jacques Charpentreau

La fuyante 8 points
Diable ! 8 points
Vous me croyez douce et soumise Tirer le diable par la queue
Mais malgré vos yeux grands ouverts, Moi, je Au fond d'une pauvre banlieue,
vous échappe à ma guise C'est courir sans aucun repos,
Et je joue la fille de l'air. N'avoir que les os sur la peau,
Fille de l'air, enfant du songe, Au charivari du ménage,
Je pars au gré de mon caprice, Dîner d'un pain et d'un fromage,
Sur une brise je m'allonge, Voir s'en aller tables et chaises,
Dans un courant d'air je me glisse. Les fauteuils filer à l'anglaise.
Quand je suis lasse, je repose Il griffe, il mord, il nous entraîne
Sur un blanc coussin de nuage, Au feu d'enfer de la déveine,
Avec le parfum de la rose Plus dangereux que Barbe Bleue,
Sur l'aile du vent je voyage. Le diable tiré par la queue.
Jacques Charpentreau
Jacques Charpentreau

En voyage 8 points Les beaux métiers 8 points


Quand vous m’ennuyez, je m’éclipse, Certains veulent être marins,
Et, loin de votre apocalypse, D'autres ramasseurs de bruyère,
Je navigue, pour visiter Explorateurs de souterrains,
La Mer de la Tranquillité. Perceurs de trous dans le gruyère,
Vous tempêtez ? Je n’entends rien. Cosmonautes, ou, pourquoi pas,
Sans bruit, au fond du ciel je glisse. Goûteurs de tartes à la crème,
Les étoiles sont mes complices. De chocolat et de babas :
Je mange un croissant. Je suis bien. Les beaux métiers sont ceux qu'on aime.
Vous pouvez toujours vous fâcher, L'un veut nourrir un petit faon,
Je suis si loin de vos rancunes ! Apprendre aux singes l'orthographe,
Inutile de me chercher : Un autre bercer l'éléphant...
Je suis encore dans la lune. Moi, je veux peigner la girafe !
Jacques Charpentreau Jacques Charpentreau

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L'île des rêves 8 points Le Corbeau et le Renard


14 points
Il a mis le veston du père,
Les chaussures de la maman Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Et le pantalon du grand frère Tenait en son bec un fromage.
Il nage dans ses vêtements. Maître Renard, par l'odeur alléché,
Il nage, il nage à perdre haleine. Lui tint à peu près ce langage :
Il croise des poissons volants, «Hé! bonjour, monsieur du Corbeau.
Des thons, des dauphins, des baleines... Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
Que de monde, dans l'océan! Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Écume blanche et coquillages,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
Il nage depuis si longtemps
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Qu'il aborde enfin au rivage
Et pour montrer sa belle voix,
Du pays des rêves d'enfants.
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Jacques Charpentreau Le Renard s'en saisit, et dit : «Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Le lutin horloger 8 points Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.»
Il court, il court, sa montre en main, Le Corbeau, honteux et confus,
Par les rues et par les chemins ! Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
Mais qu'est-il en train de chercher
Jean de La Fontaine
De l'hôtel de ville au clocher ?
Il retourne les sabliers,
Il inspecte les balanciers. Le Lion et le Rat
Quartz ou ressort, vite il déloge 14 points
L'oiseau caché dans votre horloge
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
Tic-tac, il avance, il recule On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
Les aiguilles de la pendule.
Il court, de demeure en demeure, De cette vérité deux fables feront foi ;
Chercher midi à quatorze heures. Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un Lion
Jacques Charpentreau
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
La clé des champs 8 points Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
On a perdu la clé des champs!
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Les arbres, libres, se promènent,
Qu'un lion d'un rat eût affaire ?
Le chêne marche en trébuchant,
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Le sapin boit à la fontaine.
Ce Lion fut pris dans des rets,
Les buissons jouent à chat perché, Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Les vaches dans les airs s'envolent, Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
La rivière monte au clocher Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Et les collines cabriolent.
Patience et longueur de temps
J'ai retrouvé la clé des champs
Font plus que force ni que rage.
Volée par la pie qui jacasse.
Et ce soir au soleil couchant Jean de La Fontaine
J'aurai tout remis à sa place.
Jacques Charpentreau

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La Cigale et la Fourmi 12 points Pour faire le portrait d'un oiseau


La Cigale, ayant chanté 24 points
Tout l'été, Peindre d'abord une cage
Se trouva fort dépourvue avec une porte ouverte
Quand la bise fut venue : peindre ensuite
quelque chose de joli
Pas un seul petit morceau
quelque chose de simple
De mouche ou de vermisseau. quelque chose de beau
Elle alla crier famine quelque chose d'utile
Chez la Fourmi sa voisine, pour l'oiseau
La priant de lui prêter placer ensuite la toile contre un arbre
Quelque grain pour subsister dans un jardin
Jusqu'à la saison nouvelle. dans un bois
«Je vous paierai, lui dit-elle, ou dans une forêt
Avant l'oût, foi d'animal, se cacher derrière l'arbre
Intérêt et principal.» sans rien dire
La Fourmi n'est pas prêteuse ; sans bouger ...
Parfois l'oiseau arrive vite
C'est là son moindre défaut.
mais il peut aussi bien mettre de longues années
«Que faisiez-vous au temps chaud ? avant de se décider
Dit-elle à cette emprunteuse. Ne pas se décourager
- Nuit et jour à tout venant je chantais, ne attendre
vous déplaise. attendre s'il le faut pendant des années
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise : la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
Eh bien! dansez maintenant.» n'ayant aucun rapport
Jean de La Fontaine avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
La fourmi et la cigale 12 points s'il arrive
observer le plus profond silence
La fourmi ayant stocké
attendre que l'oiseau entre dans la cage
Tout l’hiver et quand il est entré
Se trouva fort encombrée fermer doucement la porte avec le pinceau
Quand le soleil fut venu : puis
Qui lui prendrait ses morceaux effacer un à un tous les barreaux
De mouches ou de vermisseaux ? en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de
Elle tenta de démarcher l'oiseau
Chez la cigale, sa voisine, Faire ensuite le portrait de l'arbre
La poussant à s’acheter en choisissant la plus belle de ses branches
Quelques grains pour subsister pour l'oiseau
Jusqu’à la saison prochaine. peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
« Vous me paierez, lui dit-elle,
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de
Après l’oût, foi d’animal, l'été
Intérêt et principal. » et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
La cigale n’est pas gourmande : Si l'oiseau ne chante pas
C’est là son moindre défaut. c'est mauvais signe
Que faisiez-vous au temps froid ? signe que le tableau est mauvais
Dit-elle à cette amasseuse. mais s'il chante c'est bon signe
- Nuit et jour à tout venant signe que vous pouvez signer
Je stockais, ne vous déplaise. Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
- Vous stockiez ? j’en suis fort aise ;
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
Et bien soldez maintenant. »
Françoise Sagan Jacques Prévert

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Le hareng saur 18 points Les animaux du zodiaque 10 points


Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu, Quand ils ont quitté les baraques
Contre le mur une échelle- haute, haute, haute, Du soleil, leur patient berger,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec. Les animaux du zodiaque
Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, Vont boire dans la voie lactée.
sales,
Puis ils s'égaillent dans les prés
Un marteau lourd, un grand clou - pointu,
Du ciel plein des graminées pâles
pointu, pointu
En croquant parfois une étoile
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.
Qui éclate en grains de clarté.
Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc, Il arrive aussi que la Vierge
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu. Leur tende en riant son épi
Et leur montre, ourlé de lumière,
Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, Le grand portail du paradis.
qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, Mais dès que le fouet de l'aurore
longue, S'en vient claquer au-dessus d'eux,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec. Bélier, Taureau et Capricorne
Font tourner la roue d'or des cieux.
Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd, Maurice Carême
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.
Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue,
longue,
L'enfant qui battait la campagne
10 points
Très lentement se balance - toujours, toujours,
toujours. Vous me copierez deux cents fois le verbe:
J'ai composé cette histoire - simple, simple, Je n'écoute pas. Je bats la campagne.
simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, Je bats la campagne, tu bats la campagne,
graves, Il bat la campagne à coups de bâton.
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.
Charles Cros La campagne ? Pourquoi la battre ?
Elle ne m'a jamais rien fait.
Les perles de rose 8 points
C'est ma seule amie, la campagne,
Si tu veux inventer un collier, Je baye aux corneilles, je cours la campagne.
Tiens, voici comment procéder.
De bon matin, te réveiller, Il ne faut jamais battre la campagne :
Dans les rosiers, te promener. on pourrait casser un nid et ses oeufs.
Tu verras des perles de rosée,
Sur les roses elles sont accrochées. On pourrait briser un iris, une herbe,
Une bonne poignée tu cueilleras, On pourrait fêler le cristal de l'eau.
Dans une boîte tu les rangeras.
Un cheveu d'or pour les assembler, Je n'écouterai pas la leçon.
Un tout petit nœud pas trop serré, Je ne battrai pas la campagne.
Ainsi tu auras un joli collier,
Aussi souple que celui d'une fée. Claude Roy
Gilbert Saint-Pré

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Le cheval 8 points
Les trois noisettes 10 points
Et le cheval longea ma page.
Il était seul, sans cavalier,
Trois noisettes dans le bois
Mais je venais de dessiner
Tout au bout d'une brindille
Une mer immense et sa plage.
Dansaient la capucine vivement au vent
Comment aurais-je pu savoir En virant ainsi que filles
D'où il venait, où il allait ? De roi.
Il était grand, il était noir,
Il ombrait ce que j'écrivais. Un escargot vint à passer :
"Mon beau monsieur, emmenez-moi
J'aurais pourtant dû deviner
Dans votre carrosse,
Qu'il ne fallait pas l'appeler.
Je serai votre fiancée"
Il tourna lentement la tête
Disaient-elles toutes trois.
Et, comme s'il avait eu peur
Que je lise en son coeur de bête,
Mais le vieux sire sourd et fatigué,
Il redevint simple blancheur.
Le sire aux quatre cornes sous les feuilles
Maurice Carême Ne s'est point arrêté,
Et, c'est l'ogre de la forêt, je crois,
C'est le jeune ogre rouge, gourmand et fûté,
Monseigneur l'écureuil,
Qui les a croquées
L'oiseau bleu 10 points
Tristan Klingsor
Mon oiseau bleu a le ventre tout bleu
Sa tête est d'un vert mordoré
Il a une tache noire sous la gorge
Ses ailes sont bleues
Ulysse 8 points

avec des touffes de petites plumes jaune doré


- Ulysse, Ulysse, arrête-toi,
Au bout de la queue il y a Écoute la voix des sirènes
des traces de vermillon Plonge, va trouver notre reine,
Son dos est zébré de noir et de vert Dans son palais, deviens le roi
Il a le bec noir les pattes incarnat
et deux petits yeux de jais Mais Ulysse préfère au toit
Des vagues celui des nuages,
Il adore faire trempette, Dans la direction d'Ithaque
se nourrit de bananes et pousse Son regard reste fixé droit
Un cri qui ressemble au sifflement
d'un tout petit jet de vapeur. Et les filles aux longs cheveux
Ont beau nager dans son sillage,
On le nomme le septicolore. Il demeure sourd, il ne veut

Blaise Cendrars Que la chanson, que le visage


Conservé au fond de ses yeux,
De Pénélope toujours sage.

Louis Guillaume

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Météorologie 10 points Le pélican 8 points

L'oiseau vêtu de noir et vert Le capitaine Jonathan,


m'a apporté un papier vert Etant âgé de dix-huit ans,
qui prévoit le temps qu'il va faire. Capture un jour un pélican
Le printemps a de belles manières. Dans une île d'Extrême-Orient.

L'oiseau vêtu de noir et de blond Le pélican de Jonathan,


m'a apporté un papier blond Au matin, pond un oeuf tout blanc
qui fait bourdonner les frelons. Et il en sort un pélican
L'été sera brûlant et long. Lui ressemblant étonnamment.
L'oiseau vêtu de noir et et jaune
m'a apporté un papier jaune Et ce deuxième pélican
qui sent la forêt en automne. Pond, à son tour, un oeuf tout blanc
D'où sort, inévitablement,
L'oiseau vêtu de noir et blanc Un autre qui en fait autant.
m'a apporté un flocon blanc. Cela peut durer très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant.
L'oiseau du temps que m'apportera-t-il ?
Robert Desnos
Claude Roy

Terre-Lune 8 points

Terre Lune, Terre Lune Mon petit lapin 6 points


Ce soir j'ai mis mes ailes d'or
Dans le ciel comme un météore Mon petit lapin
Je pars N'a plus de chagrin
Depuis le matin,
Terre Lune, Terre Lune Il fait de grands sauts au fond du jardin.
J'ai quitté ma vieille atmosphère
J'ai laissé les morts et les guerres Mon petit lapin
Au revoir N'a plus de chagrin
Il parle aux oiseaux
Dans le ciel piqué de planètes Et il rit tout haut
Tout seul sur une lune vide Dans l'ache et le thym
Je rirai du monde stupide
Et des hommes qui font les bêtes Mon petit lapin
N'a plus de chagrin
Terre Lune, Terre Lune Le voisin d'en face
Adieu ma ville, adieu mon cœur A vendu ses chiens,
Globe tout perclus de douleurs Ses trois chiens de chasse.
Bonsoir.
Maurice Carême
Boris Vian

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C'est la Toussaint 10 points Clown 12 points


C'est la Toussaint
Le ciel est gris comme demain Je suis le vieux Tourneboule
Et lourd comme les chrysanthèmes. Ma main est bleue d'avoir gratté le ciel
Je suis Barnum je fais des tours
Le vent
Assis sur le trapèze qui voltige
Rougit le nez des gens
Aux petits, je raconte des histoires
Glace leurs pieds
Qui dansent au fond de leurs prunelles
Glace leurs mains:
Si vous savez vous servir de vos mains
C'est la Toussaint.
Vous attrapez la lune
Des feuilles mortes Ce n'est pas vrai qu'on ne peut pas la prendre
Que la brise emporte Moi je conduis des rivières
Bouchent les portes. j'ouvre les doigts elles coulent à travers
Dans les maisons
le feu chante Dans la nuit
A son diapason Et tous les oiseaux viennent y boire
Sa chanson. sans bruit
Mais le froid Les parents redoutent ma présence
entre quand même Mais les enfants s'échappent le soir
Par les fentes des croisées : Pour venir me voir
Il faut geler. Et mon grand nez de buveur d'étoiles
Alors Luit comme un miroir.
Dedans comme dehors Werner Renfer
le froid mord.
Et les gens moroses La Fenêtre 12 points
Se plaignent des choses
De l'hiver qui vient: Pour les autres, pour les passants,
C'est la Toussaint... tu es simplement la fenêtre.
Clod'Aria Pour moi qui t'aime du dedans
tu es ma plus profonde fête.
Une graine voyageait 8 points Celle qui accroît le regard
et limite chaque nuage,
Une graine voyageait
la gardienne du paysage
toute seule pour voir le pays.
où je viens me perdre le soir.
Elle jugeait les hommes et les choses.
Un jour elle trouva J'ai le monde sous mes paupières
joli le vallon mon front à ta vitre appuyé
et agréables quelques cabanes. et tu es glissante lisière
Elle s'est endormie. sur le bord de l'illimité.
Pendant qu'elle rêvait
Reste ma sœur très patiente,
elle est devenue brindille
fais-moi l'aumône d'un oiseau,
et la brindille a grandi,
redis-moi les paroles lentes
puis elle s'est couverte de bourgeons.
de cet horizon sans défaut.
Les bourgeons ont donné des branches.
Tu vois ce chêne puissant Et posée entre ciel et terre
c'est lui, si beau, si majestueux, sois ce chemin aérien
cette graine, près duquel doucement je viens
Oui mais le chêne ne peut pas voyager. apaiser ma faim de lumière.
Alain Bosquet Anne-Marie Kegels

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Divertissement 10 points
Le cerf-volant 10 points
Trois musiciens dans une clairière
Jouent au milieu des ronciers rouillés Soulevé par les vents
Pour les passants nocturnes qui errent Jusqu'aux plus haut des cieux,
Sans parvenir à s'ensommeiller. Un cerf-volant plein de superbe
Vit, qui dansait au ras de l'herbe,
Ils célèbrent d'infimes offrandes Un petit papillon, tout vif et tout joyeux.
A l'adresse des germes éclos,
- Holà ! minable animalcule,
Ou des fougères qui se détendent,
cria du zénith l'orgueilleux,
Ou du vol vespéral des corbeaux.
Ne crains-tu pas le ridicule ?
Pour te voir, il faut de bons yeux
Trois musiciens dans une clairière
Tu rampes comme un ver...
En habit de velours, avec des violons,
Moi je grimpe je grimpe
Enseignent la cérémonie
Jusqu'à l'Olympe,
Des instants de grâce de la terre
Séjour des dieux.
Non par des mots chargés de passion,
Mais la vraie musique de fête de la vie. - C'est vrai, dit l'autre avec souplesse,
Mais moi, libre, à mon gré,
Patrice de la Tour du Pin je peux voler partout,
Tandis que toi, pauvre toutou,
La leçon de choses 8 points Un enfant te promène en laisse.
Venez poussins Jean-Luc Moreau
Asseyez-vous
Je vais vous instruire
Sur l'œuf L'oiseau du Colorado 10 points
Dont tous L'oiseau du Colorado
Vous venez, poussins. Mange du miel et des gâteaux
L'oeuf est rond Du chocolat et des mandarines
Mais pas tout à fait Des dragées des nougatines
Il serait plutôt Des framboises des roudoudous
ovoïde De la glace et du caramel mou.
avec une carapace
et vous en venez tous, poussins L'oiseau du Colorado
Boit du champagne et du sirop
Il est blanc
Suc de fraise et lait d'autruche
pour votre race
Jus d'ananas glacé en cruche
crème ou même orangé
Sang de pêche et navet
avec parfois collé
Whisky menthe et café.
un brin de paille
mais ça
L'oiseau du Colorado
c'est un supplément
Dans un grand lit fait dodo
A l'intérieur il y a Puis il s'envole dans les nuages
Mais pour y voir Pour regarder les images
il faut le casser Et jouer un bon moment
et alors d'où -vous, poussins - sortiriez ? Avec la pluie et le beau temps.
Raymond Queneau Robert Desnos

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J’ai vu… 12 points Les corridors où dort Anne qu'on


J'ai appelé le terrassier adore 10 points
il marchait à cloche-pied
j'ai appelé le moissonneur La petite Anne, quand elle dort,
il jurait comme un voleur Où s'en va-t-elle ?
j'ai appelé le cordonnier Est-elle dedans, est-elle dehors,
il jetait tous ses souliers Et que fait-elle ?
alors je m'en suis allée Pendant la récré du sommeil,
j'ai vu des hannetons A pas de loup,
tâtonnant en rond Entre la Terre et le soleil,
j'ai vu des limaces Anne est partout.
faire la grimace
j'ai vu une libellule Les pieds nus et à tire-d'aile
très crédule Anne va faire
puis me penchant encore Les quatre cent coups dans le ciel
j'ai vu un chou-fleur Anne s'affaire.
chercher l'heure La petite Anne, quand elle dort,
j'ai vu un artichaut Qui donc est-elle ?
qui rêvait d'être au chaud Qui dort ? Qui court par-dessus bord ?
chemin faisant Une autre, et elle.
j'ai vu un lampadaire
le nez en l'air L'autre dort et a des ailes,
j'ai vu un vélo Anne dans son lit, Anne dans le ciel.
près de l'eau Claude Roy
j'ai vu un canard
en retard
j'ai vu un lapin
jouer au crincrin
Le petit grillon 10 points

puis j'ai vu des gens Le petit grillon qui garde la montagne


mécontents A bien du mérite croyez-moi
car ils ne voyaient rien Quand de partout
Coucous et hiboux font ou
Huguette Amundsen
Coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
Le premier vol de l’hirondelle 8 points A d’autres coucous
Mes ciseaux à peine aiguisés ou d’autres hiboux
Coupent le ciel qui se déplace. qui font à tout coup
ou coucou coucou
Une brasse. Encore une brasse. ou ouh ouh ouh ouh
Dans l’ouverture de la nasse Toute toute toute la nuit
- Bon hirondeau chasse de race - Le petit grillon vaillant
Un moustique s’est enfourné. a bien du mérite
Et qu’est-ce qui le retient
Ce petit nid où je suis né Dites-le moi
Comme il s’éloigne dans l’espace ! Messieurs
A tire-ligne d’hirondelle De se croiser les bras
C’est un nom nouveau que j’écris et de dormir longtemps
Sa tête
Et je l’écris à tire-d’aile Entre ses deux yeux.
Et je l’écris à tire-cri
Pierre Menanteau Paul Vincensini

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Cavalcade 8 points Une poule sur un mur 8 points

Un cheval de lune Une poule sur un mur


Courait sur le sable A pondu quatorze oeufs frais
Un poulain d'écume Mais pendant qu'elle pondait,
Trottait sur la grève, Le soleil d'août les cuisait.
Au trot, au trot, au galop.
Un poule sur un mur
Un cheval d'ivoire A couvé quatorze oeufs durs.
Courait dans le soir, Il en sortit des poulets
Un cavalier rouge Aussi durs que des galets.
Traversait l'automne,
Au trot, au trot, au galop. C'est depuis lors que l'on voit
Folle encor de désarroi,
Un cheval de pluie Une poule sur un mur
Courait dans la nuit Qui picote du pain dur.
Un coursier de verre
Labourait la mer, C'est depuis lors que l'on voit
Au trot, au trot, au galop. Picoti et picota
Une poule qui cent fois
Et tous les enfants Grimpe au mur et saute en bas.
Poursuivaient en rêve
Toutes ces crinières Maurice Carême
Libres dans le vent,
Au trot, au trot, au galop.

Louis Guillaume
Sonnet du chat 8 points

Le coq 8 points
Le chat lutte avec une abeille
autour de sa fourrure,
Je vais fabriquer un coq de clocher, je vois l'azur de ses merveilles,
Il sera tout noir au soleil couché, un arbre, une mâture.
Il sera tout blanc au soleil levant La mer apporte à mon oreille
Et d'argent brillant à midi tapant. le bruit des aventures
que nous vivons si tu t'éveilles
Vous ai-je assez dit que je vous aimais! témérité future.
Mon coq de clocher ne parle jamais. Je me consacre aux vertes îles,
favorables au sage
A Londres, Paris, vous ai-je attendue! qui sait trouver un dieu tranquille
Lui, ne commet pas la moindre bévue. entre palme et rivage.
J'ai perdu le Nord, il me le rendra, Le chat s'en va, brillant et beau,
Nous irons ensemble où ça nous plaira. pour guetter les oiseaux.
Henri Thomas Henri Thomas

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Déjeuner du matin 14 points L’oiseau voyou 10 points


Il a mis le café Le chat qui marche l’air de rien
Dans la tasse voulait se mettre sous la dent
Il a mis le lait l’oiseau qui vit de l’air du temps
Dans la tasse de café oiseau voyou oiseau vaurien
Il a mis le sucre Mais plus futé l’oiseau lanlaire
Dans le café au lait n’a pas sa langue dans sa poche
Avec la petite cuiller et siffle clair comme eau de roche
Il a tourné un petit air entre deux airs.
Il a bu le café au lait Un petit air pour changer d’air
Et il a reposé la tasse et s’en aller voir du pays
Sans me parler un petit air qu’il a appris
Il a allumé à force de voler en l’air
Une cigarette Faisant celui qui n’a pas l’air
Il a fait des ronds le chat prend l’air indifférent.
Avec la fumée L’oiseau s’estime bien content
Il a mis les cendres et se déguise en courant d’air.
Dans le cendrier
Sans me parler Claude Roy
Sans me regarder
Il s’est levé Chanson pour les enfants de
Il a mis
Son chapeau sur la tête l’hiver 12 points
Il a mis son manteau de pluie Dans la nuit de l’hiver
Parce qu’il pleuvait galope un grand homme blanc
Et il est parti galope un grand homme blanc
Sous la pluie C’est un bonhomme de neige
Sans une parole avec une pipe en bois
Sans me regarder un grand bonhomme de neige
Et moi j’ai pris poursuivi par le froid
Ma tête dans ma main
Il arrive au village
Et j’ai pleuré. il arrive au village
Jacques Prévert voyant de la lumière
le voilà rassuré
Dans une petite maison
il entre sans frapper
Crayons de couleur Dans une petite maison
6 points
il entre sans frapper
Le vert pour les pommes et les prairies, et pour se réchauffer
et pour se réchauffer
Le jaune pour le soleil et les canaris,
s’asseoit sur le poêle rouge
Le rouge pour les fraises et le feu, et d’un coup disparaît
Le noir pour la nuit et les corbeaux ne laissant que sa pipe
Le gris pour les ânes et les nuages, au milieu d’une flaque d’eau
Le bleu pour la mer et le ciel ne laissant que sa pipe
Et toutes les couleurs pour colorier et puis son vieux chapeau.
Le monde Jacques Prévert
Chantal Couliou

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L’albatros 18 points Avant-printemps 6 points

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage


Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Des oeufs dans la haie
Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Fleurit l’aubépin
Le navire glissant sur les gouffres amers. Voici le retour
Des marchands forains.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux, Et qu’un gai soleil
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Pailleté d’or fin
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Eveille les bois
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Du pays voisin !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule, Est-ce le printemps
L’autre mime, en boîtant, l’infirme qui volait ! Qui cherche son nid
Le poète est semblable au prince des nuées Sur la haute branche
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; Où niche la pie ?
Exilé sur le sol au milieu des huées,
C’est mon coeur marqué
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Par d’anciennes pluies
Charles Baudelaire Et ce lent cortège
D’aubes qui le suit.
Le coeur trop petit 12 points
René-Guy Cadou
Quand je serai grand
Dit le petit vent
J’abattrai Le chou 10 points
La forêt
Et donnerai du bois Un chou se prenant pour un chat
A tous ceux qui ont froid. léchant son museau moustachu,
Quand je serai grand sa bedaine de pacha,
Dit le petit vent à ses feuilles s’arracha,
Je nourrirai tous ceux pour prouver que sous son poncho
Qui ont le ventre creux. couleur d’artichaut,
Là-dessus s’en vient son pelage était doux et chaud,
La petite pluie sa queue de soie, sa robe blanche.
Qui n’a l’air de rien En miaulant à belle voix,
Abattre le vent le chou se percha sur un toit,
Détremper le pain puis dansa le chachacha
Et tout comme avant de branche en branche.
Les pauvres ont froid Or, le chou n’était pas un chat
Les pauvres ont faim. aux pattes de caoutchouc,
Mais mon histoire sur la ramure il trébucha
N’est pas à croire : et c’est ainsi que le chou chût
Si le pain manque et s’il fait froid sur terre fâcheusement et cacha
Ce n’est pas la faute à la pluie sa piteuse mésaventure
Mais à l’homme, ce dromadaire dans un gros tas d’épluchures.
Qu’à le coeur beaucoup trop petit.
Charles Dobzynski
Jean Rousselot

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A vol d’oiseau 8 points La clef des champs 12 points

Où va-t-il, l’oiseau sur la mer ? Qui a volé la clef des champs ?


Il vole, il vole... La pie voleuse ou le geai bleu ?
A-t-il au moins une boussole ? Qui a perdu la clef des champs ?
La marmotte ou le hoche-queue ?
Si un coup de vent Qui a trouvé la clef des champs ?
Lui rabat les ailes, Le lièvre vert ? Le renard roux ?
Il tombera dans l’eau Qui a gardé la clef des champs ?
Et ne sait pas nager. Le chat, la belette ou le loup ?
Et que va-t-il manger? Qui a rangé la clef des champs ?
Et si ses forces l’abandonnent, La couleuvre ou le hérisson ?
Qui le secourra ? Personne. Qui a paumé la clef des champs ?
Pourvu qu’il aperçoive à temps La musaraigne ou le pinson ?
Une petite crique ! Qui a mangé la clef des champs ?
C’est tellement loin, l’Amérique... Ce n’est pas moi. Ce n’est pas vous.
Elle est à personne et partout,
Michel Luneau La clé des champs, la clef de tout.
Claude Roy
Le rat 8 points
La licorne 10 points
Un rat d’eau
va La licorne ne peut être capturée
d’un radeau qu’entre les genoux d’une demoiselle
bas son oeil est une pierre précieuse
au ras dos qu’on nomme escarboucle et qui est tendre
pouah ! L’escarboucle est une pierre précieuse tendre
d’un boa. et rare
Le rat bat, dans l’oeil de la licorne d’où tombe une larme
beau qui mouille la robe de la demoiselle
à Rabat qui vient de l’emprisonner
l’eau Cela se passe dans un pré
et rabat au milieu du Moyen Age
oh ! les nuages sont des coussins
son chapeau d’où descendent des épées d’or
Le rat beau ce sont les regards du soleil qui regarde
a la capture de la licorne.
un rabot Jacques Roubaud
d’bois,
d’or à beau Devinette 6 points
poids « Je suis brin de bois noirci
oh là là ! et travaille jour et nuit.
Le rat, gars, Je soulève—c'est inouï—
aux cent fois mon poids, et sans cric.
airs Agha Du grenier jusqu'au fournil
sots j'engrange des grains de riz.
d’un raga Ne touchez pas à mon nid
faux vous feriez venir la pluie. »
fait cadeau ! C'est ce qu'un soir m'avait dit,
quand nous étions entre amis,
Christian Laucou la fourmi. Michel Beau

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Le dilemme 6 points

J’ai vu des barreaux


Le globe
je m’y suis heurté 10 points
c’était l’esprit pur. Offrons le globe aux enfants, au moins pour
J’ai vu des poireaux une journée.
je les ai mangés Donnons-leur afin qu’ils en jouent comme d’un
c’était la nature. ballon multicolore
Pas plus avancé ! Pour qu’ils jouent en chantant parmi les étoiles.
Toujours des barreaux Offrons le globe aux enfants,
toujours des poireaux ! Donnons-leur comme une pomme énorme
Ah ! si je pouvais Comme une boule de pain toute chaude,
laisser les poireaux Qu’une journée au moins ils puissent manger à
derrière les barreaux leur faim.
la clé sous la porte Offrons le globe aux enfants,
et partir ailleurs Qu’une journée au moins le globe apprenne la
parler d’autre chose ! camaraderie,
Jean Tardieu Les enfants prendront de nos mains le globe
Ils y planteront des arbres immortels.
Nazim Hikmet
J’écris 10 points

J'écris des mots bizarres


J'écris des longues histoires Récatonpilu ou le jeu du poulet
J'écris juste pour rire
Des choses qui ne veulent rien dire. 6 points

Ecrire c'est jouer Si tu veux apprendre


J'écris le soleil des mots inconnus,
J'écris les étoiles récapitulons,
J'invente des merveilles récatonpilu.
Et des bateaux à voiles. Si tu veux connaître
Ecrire c'est rêver des jeux imprévus,
locomotivons,
J'écris pour toi locomotivu.
J'écris pour moi Je suis le renard
J'écris pour ceux qui liront je cours après toi
Et pour ceux qui ne liront pas. plus loin que ma vie.
Ecrire c'est aimer Comme tu vas vite !
Si je m'essoufflais !
J'écris pour ceux d'ici Si je m'arrêtais !
Ou pour ceux qui sont loin
Pour les gens d'aujourd'hui Jean Tardieu
Et pour ceux de demain.
Ecrire c'est vivre.

Geneviève Rousseau

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Les hiboux
L'orange des rêves 10 points
6 points
Ce sont les mères de hiboux
Tu peux perdre le nord Qui désiraient chercher les poux
comme on dit De leurs enfants, leurs petits choux,
tu peux perdre patience En les tenant sur leurs genoux.
tu peux perdre ton temps
Leurs yeux d’or valent des bijoux
perdre la mémoire Leur bec est dur comme cailloux,
et ses chemins aveugles Ils sont doux comme des joujoux,
Mais aux hiboux, point de genoux !
Le sommeil peut glisser Votre histoire se passait où ?
comme une truite Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
dans tes mains Ou dans la cabane bambou ?
A Moscou ? Ou à Tombouctou ?
Tu peux perdre ton sourire En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Mais ne perds pas
ne perds jamais Hou ! Hou !
l'orange de tes rêves Pas du tout, c’était chez les fous.
Robert Desnos
Jean-Pierre Siméon

Le Laboureur et ses enfants Le dormeur du val


14 points 14 points
Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins. C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine, Accrochant follement aux herbes des haillons
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins. D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans. Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
courage Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout. Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'Oût.
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant
place comme
Où la main ne passe et repasse. Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Le père mort, les fils vous retournent le champ Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage. Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
De leur montrer avant sa mort Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Que le travail est un trésor. Arthur Rimbaud
Jean de La Fontaine

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Les Djinns 50 points


Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Murs, villes,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Et port,
Le vent la roule avec leur tourbillon !
Asile
De mort, Prophète ! Si ta main me sauve
Mer grise De ces impurs démons des soirs,
Où brise J’irai prosterner mon front chauve
La brise, Devant tes encensoirs !
Tout dort. Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Dans la plaine
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Naît un bruit.
Grince et crie à ses vitraux noirs !
C’est l’haleine
De la nuit. Ils sont passés ! - leur cohorte
Elle brame S’envole et fuit, et leurs pieds
Comme une âme Cessent de battre ma porte
Qu’une flamme De leur coups multipliés.
Toujours suit ! L’air est plein d’un bruit de chaînes,
et dans les forêts prochaines
La voix plus haute
Frissonnent tous les grands chênes,
Semble un grelot.
Sous leur vol de feu pliés !
D’un nain qui saute
C’est le galop. De leurs ailes lointaines
Il fuit, s’élance. Le battement décroît,
Puis en cadence Si confus dans les plaines,
Sur un pied danse Si faible, que l’on croit
Au bout d’un flot. Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
La rumeur approche.
Ou pétiller la grêle
L’écho la redit.
Sur le plomb d’un vieux toit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ; D’étranges syllabes
Comme un bruit de foule Nous viennent encor ;
Qui tonne et qui roule, Ainsi, des Arabes
Et tantôt s’écroule, Quand sonne le cor,
Et tantôt grandit. Un chant sur la grève
Par instant s’élève,
Dieu ! La voix sépulcrale
Et l’enfant qui rêve
Des Djinns !...Quel bruit ils font !
Fait des rêves d’or.
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond. Les Djinns funèbres,
Déjà s’éteint ma lampe, Fils du trépas,
Et l’ombre de ma rampe, Dans les ténèbres
Qui le long du mur rampe, Pressent leur pas ;
Monte jusqu’au plafond. Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Murmure une onde
Et tourbillonne en sifflant !
Qu’on ne voit pas.
Les ifs, que leur vole fracasse,
Craquent comme un pin brûlant. Ce bruit vague
Leur troupeau lourd et rapide, Qui s’endort,
Volant dans l’espace vide, C’est la vague
Semble un nuage livide Sur le bord ;
Qui porte un éclair au flanc. C’est la plainte
Presque éteinte
Ils sont tout près ! - Tenons fermée
D’une sainte
Cette salle, où nous les narguons.
Pour un mort.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons ! On doute
La poutre du toit descellée La nuit...
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée, J’écoute :
Et la vieille porte rouillée Tout fuit,
Tremble, à déraciner ses gonds ! Tout passe ;
L’espace
Cris de l’enfer ! Voix qui hurle et qui pleure!
Efface
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Le bruit. Victor Hugo
Sans doute, ô ciel ! S’abat sur ma demeure.

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Devinettes
8 points Comme il est bon d'aimer
Qui décoiffe la mer 6 points
Avec des mains qu'on ne voit pas ?
Il suffit d'un mot
Qui roule sa chanson Pour prendre le monde
Dans la gorge des torrents ? Au piège de nos rêves
Il suffit d'un geste
Qui n'est jamais si lourd
Pour relever la branche
Que quand un oiseau meurt ?
Pour apaiser le vent
Le vent la pierre et le silence
Il suffit d'un sourire
Pour endormir la nuit
Qui est ronde comme une joue
Délivrer nos visages
Et plus lourde que la peine ?
De leur masque d'ombre
Qui habille le monde Mais cent milliards de poèmes
Quand il se fait tard ? Ne suffirait pas
Pour dire
Qui souffle chaque soir
Comme il est bon d'aimer
La bougie du soleil ?
Jean-Pierre Siméon
La pierre le silence et le vent
Jean-Pierre Siméon

Demain, dès l'aube...


12 points
Dame souris trotte
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la
8 points
campagne,
Dame souris trotte Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
Noire dans le gris du soir, J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Dame souris trotte, Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Grise dans le noir.
On sonne la cloche : Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Dormez les bons prisonniers, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun
On sonne la cloche, bruit,
Faut que vous dormiez. Seul, inconnu, le dos courbé, les mains
croisées,
Un nuage passe, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Il fait noir comme en un four,
Un nuage passe, Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Tiens le petit jour ! Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Dame souris trotte, Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Rose dans les rayons bleus, Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Dame souris trotte,
Victor Hugo
Debout paresseux !
Paul Verlaine

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La pomme et l'escargot Le loup et le chien


14 points 32 points

Il y avait une pomme Un Loup n'avait que les os et la peau,


A la cime d'un pommier ; Tant les chiens faisaient bonne garde.
Un grand coup de vent d'automne Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que
La fit tomber sur le pré ! beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
Pomme, pomme, L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
T'es-tu fait mal ?
Mais il fallait livrer bataille,
J'ai le menton en marmelade Et le Mâtin était de taille
Le nez fendu A se défendre hardiment.
Et l'oeil poché ! Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Elle tomba, quel dommage, Sur son embonpoint, qu'il admire.
Sur un petit escargot "Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
Qui s'en allait au village D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Sa demeure sur le dos Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
A ! Stupide créature Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Gémit l'animal cornu
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
T'as défoncé ma toiture Tout à la pointe de l'épée.
Et me voici faible et nu. Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
Dans la pomme à demi blette - Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux
L'escargot, comme un gros ver gens
Rongea, creusa sa chambrette Portants bâtons, et mendiants ;
Afin d'y passer l'hiver. Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Ah ! Mange-moi, dit la pomme, Sera force reliefs de toutes les façons :
Puisque c'est là mon destin ; Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Par testament je te nomme
Le Loup déjà se forge une félicité
Héritier de mes pépins. Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
Tu les mettras dans la terre "Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu
Vers le mois de février, de chose.
Il en sortira, j'espère, - Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De jolis petits pommiers. De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Charles Vildrac Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

Jean de La Fontaine

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Le cancre 10 points Grenouilles


8 points
Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime Ne coassons pas
Il dit non au professeur Dit crapaud papa
Il est debout Nul coassement
On le questionne Dit crapaud maman
Et tous les problèmes sont posés Moi pas coasser
Soudain le fou rire le prend Dit crapaud jeunet
Et il efface tout
Les chiffres et les mots Ils en font du bruit
Les dates et les noms Dit le vieux marquis
Les phrases et les pièges Vite une corvée
Et malgré les menaces du maître Disent les laquais
Sous les huées des enfants prodiges Ça c’est pas marrant
Avec des craies de toutes les couleurs Dit le paysan
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur. Si j’avais su ça
Dit crapaud papa
Jacques Prévert Au lieu de nous taire
Dit crapaud mémère
Nous aurions chanté
Dit crapaud jeunet
Le bonheur
14 points Raymond Queneau

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y Liberté 8 points


vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va
filer. Prenez du soleil
Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y Dans le creux des mains,
vite. Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer. Un peu de soleil
Et partez au loin!
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours- Partez dans le vent,
y vite, dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va Suivez votre rêve ;
filer. Partez à l'instant,
Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y La jeunesse est brève !
vite, sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer. Il est des chemins
Inconnus des hommes,
Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y Il est des chemins
vite, sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer. Si aériens !
Ne regrettez pas
De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y
vite, de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.
Ce que vous quittez.
Regardez, là-bas,
Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours- L'horizon briller.
y vite. Saute par-dessus la haie, cours-y vite ! Il a Loin, toujours plus loin,
filé ! Partez en chantant !
Le monde appartient
Paul Fort
A ceux qui n'ont rien.
Maurice Carême

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Portrait de l’autre 10 points Le renard et la cigogne 22 points


Compère le Renard se mit un jour en frais,
L’Autre : et retint à dîner commère la Cigogne.
Celui d’en face, ou d’à côté, Le régal fût petit et sans beaucoup d'apprêts :
Qui parle une autre langue Le galant pour toute besogne,
Qui a une autre couleur, Avait un brouet clair ; il vivait chichement.
Et même une autre odeur Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
Si on cherche bien… La Cigogne au long bec n'en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
L’Autre : Pour se venger de cette tromperie,
Celui qui ne porte pas l’uniforme A quelque temps de là, la Cigogne le prie.
Des bien-élevés, "Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie. "
Ni les idées
A l'heure dite, il courut au logis
Des bien-pensants, De la Cigogne son hôtesse ;
Qui n’a pas peur d’avouer Loua très fort la politesse ;
Qu’il a peur… Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit surtout ; Renards n'en manquent point.
L’Autre : Il se réjouissait à l'odeur de la viande
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.
Des-fois-qu’il-irait-les-boire, On servit, pour l'embarrasser,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles, En un vase à long col et d'étroite embouchure.
Qui n’apprend pas les mêmes refrains… Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
L’Autre : Il lui fallut à jeun retourner au logis,
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite, Honteux comme un Renard qu'une Poule aurait
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche, pris,
cynique, grossier, sale, cruel… Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :
Puisque, pour Lui, l’AUTRE… Attendez-vous à la pareille.
C’est Toi
Jean de La Fontaine
Robert Gélis

La grenouille 8 points
L’automne 8 points Une grenouille
Qui fait surface
On voit tout le temps, en automne, ça crie, ça grouille
Quelque chose qui vous étonne , Et ça agace
C'est une branche tout à coup , ça se barbouille,
Qui s'effeuille dans votre cou. ça se prélasse,
ça tripatouille
C'est un petit arbre tout rouge, Dans la mélasse,
Un , d'une autre couleur encor , Puis ça rêvasse
Et puis partout ,ces feuilles d'or Et ça coassement
Qui tombent sans que rien ne bouge. Comme une contrebasse
Qui a la corde lasse
Nous aimons bien cette maison, Mais pour un héron à échasses,
Mais la nuit si tôt va descendre ! Une grenouille grêle ou grasse
Retournons vite à la maison Qui se brochette ou se picore,
Rôtir nos marrons dans la cendre. Ce n'est qu'un sandwitch à ressorts.
Lucie Delarue-Mardrus Pierre Coran

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La biche 8 points Caillou 6 points

La biche brame au clair de lune Caillou noir,


Et pleure à se fondre les yeux : Pas d'espoir.
Son petit faon délicieux Caillou rouge,
A disparu dans la nuit brune. Rien ne bouge.
Caillou rond,
Pour raconter son infortune Pas un rond.
A la forêt de ses aïeux, Caillou gris,
La biche brame au clair de lune Rien de pris.
Et pleure à se fondre les yeux. Caillou vert,
Mais aucune réponse, aucune, On le perd.
A ses longs appels anxieux ! Caillou rose,
Et, le cou tendu vers les cieux, Peu de chose.
Folle d'amour et de rancune, Caillou jaune,
La biche brame au clair de lune. On le prône,
Caillou blanc,
Maurice Rollinat
Vif argent.
Caillou d'or,
Le Rat de ville et le Rat des champs Quel trésor !
16 points
Caillou bleu,
Qui dit mieux ?
Autrefois le Rat de ville Moi, moi, moi,
Invita le Rat des champs, Dit le fou:
D'une façon fort civile, Caillou plat
A des reliefs d'Ortolans. Et sans trou. Maurice Carême
Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis. J’ai vu le menuisier 6 points
Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ; J'ai vu le menuisier
Mais quelqu'un troubla la fête Tirer parti du bois.
Pendant qu'ils étaient en train. J'ai vu le menuisier
A la porte de la salle Comparer plusieurs planches.
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ; J'ai vu le menuisier
Son camarade le suit. Caresser la plus belle.
Le bruit cesse, on se retire : J'ai vu le menuisier
Rats en campagne aussitôt ; Approcher le rabot.
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt. J'ai vu le menuisier
- C'est assez, dit le rustique ; Donner la juste forme.
Demain vous viendrez chez moi : Tu chantais, menuisier,
Ce n'est pas que je me pique En assemblant l'armoire.
De tous vos festins de Roi ;
Mais rien ne vient m'interrompre : Je garde ton image
Je mange tout à loisir. Avec l'odeur du bois.
Adieu donc ; fi du plaisir Moi, j'assemble des mots
Que la crainte peut corrompre. Et c'est un peu pareil.
Jean de La Fontaine Eugène Guillevic

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Le secret 14 points La pluie


Sur le chemin près du bois 14 points
J'ai trouvé tout un trésor:
La pluie et moi marchions
Une coquille de noix
Bons camarades
Une sauterelle en or
Elle courait devant et derrière moi
Un arc-en-ciel qu'était mort.
Et je serrai notre trésor dans mon coeur
A personne je n'ai rien dit
Elle chantait pour nous cacher
Dans ma main je les ai pris
Et je l'ai tenue fermée
Elle chantait pour endormir mon coeur
Fermée jusqu'à l'étrangler
Elle passait sur mon front sa peau mouillée
Du lundi au samedi.
Et humaine ma chère pluie
Le dimanche l'ai rouverte
Elle tendait l'oreille
Mais il n'y avait plus rien !
Pour savoir si mon chant silencieux était
Et j'ai raconté au chien
anéanti
Couché dans sa niche verte
Comme j'avais du chagrin.
Elle me met les mains sur les épaules
Il m'a dit sans aboyer:
Et court tant haut dans la plaine du ciel
« Cette nuit, tu vas rêver. »
Et tant me montre les diamants du soleil
La nuit, il faisait si noir
Et tant toujours me caresse la peau
Que j'ai cru à une histoire
Et tant toujours me chante dans les os
Et que tout était perdu.
Que je deviens un bon camarade
Mais d'un seul coup j'ai bien vu
J'entonne une grande chanson
Un navire dans le ciel
Qu'on entend et les cabarets et les oiseaux
Traîné par une sauterelle
Disent à notre passage Maintenant
Sur des vagues d'arc-en-ciel !
Ils chantent tous les deux.
René de Obaldia Pierre Morhange

D’ailleurs et d’ici Amour du prochain 10 points


6 points
Qui a vu le crapaud traverser la rue ?
Ali bafouille son français C’est un tout petit homme : une poupée n’est
Giuseppe rêve du soleil pas plus minuscule.
Kasongo agite une amulette Il se traîne sur les genoux : il a honte on dirait.
Amalia rit de ses lèvres de poivron … Non. Il est rhumatisant, une jambe reste en
José gigote sa samba arrière
Dans la cour il la ramène…
Ils éclatent en rires clairs Où va-t-il ainsi ? Il sort de l’égout, pauvre
Sur la marelle dessinée clown.
Et moi Benoît Personne n’a remarqué ce crapaud dans la rue.
seul dans mon coin Jadis, personne ne me remarquait dans la rue,
où l’ombre devient fraîche Maintenant, les enfants se moquent de mon
je déballe une sucette étoile jaune.
parce que mon papa Heureux crapaud… Tu n’as pas d’étoile jaune.
croit que les rois sont blancs.
Max Jacob
Michel Voiturier

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Complainte du petit cheval blanc Chanson des escargots qui vont


14 points à l’enterrement 22 points
Le petit cheval dans le mauvais temps,
qu'il avait donc du courage ! A l'enterrement d'une feuille morte
Deux escargots s'en vont
C'était un petit cheval blanc,
Ils ont la coquille noire
tous derrière et lui devant. Du crêpe autour des cornes
Il n'y avait jamais de beau temps Ils s'en vont dans le noir
dans ce pauvre paysage. Un très beau soir d'automne
Il n'y avait jamais de printemps Hélas quand ils arrivent
ni derrière, ni devant. C'est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Mais toujours il était content, Sont toutes ressuscitées
menant les gars du village, Et les deux escargots
à travers la pluie noire des champs, Sont très désappointés
tous derrière et lui devant. Mais voilà le soleil
Sa voiture allait poursuivant Le soleil qui leur dit
sa belle petite queue sauvage. Prenez prenez la peine
C'est alors qu'il était content, La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
eux derrière et lui devant.
Si le coeur vous en dit
Mais un jour, dans le mauvais temps, Prenez si ça vous plaît
un jour qu'il était si sage, L'autocar pour Paris
il est mort par un éclair blanc, Il partira ce soir
tous derrière et lui devant. Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
Il est mort sans voir le beau temps,
C'est moi qui vous le dis
qu'il avait donc du courage ! Ça noircit le blanc de l'oeil
Il est mort sans voir le printemps Et puis ça enlaidit
ni derrière ni devant. Les histoires de cercueils
Paul Fort C'est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
La différence 8 points Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Pour chacun une bouche deux yeux Se mettent à chanter
deux mains deux jambes A chanter à tue-tête
Rien ne ressemble plus à un homme La vraie chanson vivante
La chanson de l'été
qu’un autre homme
Et tout le monde de boire
Alors Tout le monde de trinquer
entre la bouche qui blesse C'est un très joli soir
et la bouche qui console Un joli soir d'été
entre les yeux qui condamnent Et les deux escargots
et les yeux qui éclairent S'en retournent chez eux
entre les mains qui donnent Ils s'en vont très émus
et les mains qui dépouillent Ils s'en vont très heureux
entre le pas sans trace Comme ils ont beaucoup bu
et les pas qui nous guident Ils titubent un petit peu
où est la différence Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.
la mystérieuse différence ?
Jacques Prévert
Jean-Pierre Siméon

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Le Renard et le Corbeau Automne 8 points


ou si l’on préfère
La (fausse) Poire et le (vrai) Fromage Odeur des pluies de mon enfance
12 points Derniers soleils de la saison !
Or donc, Maître Corbeau, À sept ans comme il faisait bon
Sur son arbre perché, se disait : " Quel Après d’ennuyeuses vacances,
dommage Se retrouver dans sa maison !
Qu’un fromage aussi beau,
Qu’un aussi beau fromage La vieille classe de mon père,
Soit plein de vers et sente si mauvais... Pleine de guêpes écrasées,
Tiens ! Voilà le renard. Je vais, Sentait l’encre, le bois, la craie
Lui qui me prend pour une poire, Et ces merveilleuses poussières
Lui jouer, le cher ange, un tour de ma façon. Amassées par tout un été.
Ça lui servira de leçon ! "
Passons sur les détails, vous connaissez Ô temps charmant des brumes douces,
l’histoire : Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le discours que le renard tient, Le vent souffle sous le préau,
Le corbeau qui ne répond rien Mais je tiens entre paume et pouce
( Tant il rigole ! ),
Bref, le fromage dégringole... Une rouge pomme à couteau.
Depuis, le renard n’est pas bien ; René-Guy Cadou
Il est malade comme un chien.
Jean-Luc Moreau L’Homme qui te ressemble 12 points
J'ai frappé à ta porte
J'ai frappé à ton cœur
Pourquoi me repousser ?
Le Corbac et le Rocneau Ouvre-moi, mon frère
. Pourquoi me demander
10 points L'épaisseur de mes lèvres
La longueur de mon nez
La couleur de ma peau
Un pignouf de corbac, sur un touffu, paumé,
Et le nom de mes dieux ?
S’envoyait par la tranche, un coulant barraqué.
Ouvre-moi, mon frère.
Un goupillé d’rocneau qui n’avait pas clappé,
Pourquoi me demander
Se radina lousdé pour le baratiner :
Si je suis d'Afrique
" Hé ! Mon pote le corbac,
Si je suis d'Amérique
Je n’avais pas gaffé que t’étais si chouette
Si je suis d'Asie
Et si bien baraqué.
Si je suis d'Europe ?
Si tu pousses ta gueulante aussi bien que t’es
Ouvre-moi, mon frère.
fringué,
Je ne suis pas un noir
T’es l’caïd des mecs de ce bled ! "
Je ne suis pas un rouge
Le corbac, pas mariole,
Je ne suis pas un blanc,
Lui lâcha le coulant sur la fiole.
Je ne suis pas un jaune.
Moralité :
Ouvre-moi, mon frère
Chacun, dans son louinqué,
Je ne suis qu'un homme,
S’il veut rester peinard,
L'homme de tous les cieux,
Doit fermer son clapet
L'homme de tous les temps,
Devant les combinards.
L'homme qui te ressemble :
Ouvre-moi, mon frère.

René PHILOMBE

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Ponctuation (8 points) Le Grand Combat (8 points)

Ce n’est pas pour me vanter, Il l’emparouille et l’endosque contre terre


Disait la virgule, Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle
Mais, sans mon jeu de pendule, Il le pratèle et le libucque et lui barufle les
Les mots, tels des somnambules, ouillais ;
Ne feraient que se heurter. Il le tocarde et le marmine.
C’est possible, dit le point. Le manage rape à ri et ripe à ra.
Mais je règne, moi, Enfin, il l’écorcobalisse.
Et les grandes majuscules L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se
Se moquent toutes de toi torse et se ruine.
Et de ta queue minuscule. C’en sera bientôt fini de lui ;
Ne soyez pas ridicules, Il se reprise et s’emmargine... Mais en vain.......
Dit le point-virgule,
On vous voit moins que la trace Henri Michaud
De fourmis sur une glace.
Cessez vos conciliabules.
Ou, tous deux, je vous remplace ! Le o et la dactylo (6 points)

Maurice Carême Une dactylo


Tape, tape, tape.
Quand la vie est un collier...
Une dactylo
(6 points) Tape, tape, trop.

Quand la vie est un collier... Un de ses doigts dérape


Sur le mot oiseaux.
Chaque jour est une perle Il a tapé c
N’a pas tapé o.
Quand la vie est une cage
Ciseaux s’envolent aussitôt,
Chaque jour est une larme S’envolent, s’affolent
Dans les mèches folles
Quand la vie est une forêt De la dactylo

Chaque jour est un arbre Qui sans hésiter,


En gommant le c,
Quand la vie est un arbre A la tête sauve.

Chaque jour est une branche Si la dactylo


N’eût pu taper o,
Quand la vie est une branche Elle eût été chauve.

Pierre CORAN
Chaque jour est une feuille...

Jacques Prévert

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Le cartable rêveur (4 points) Pour devenir une sorcière (10 points)

A l'école des sorcières


Pendant que tu étais On apprend les mauvaises manières
Sur la plage, cet été, D'abord ne jamais dire pardon
Ou bien dans la forêt, Être méchant et polisson
As-tu imaginé S'amuser de la peur des gens
Que ton cartable rêvait ? Puis détester tous les enfants
Il rêvait d’avaler
Des crayons, des cahiers, A l'école des sorcières
Puis d’aller comme on vole On joue dehors dans les cimetières
Sur le chemin de l’école. D'abord à saute-crapaud
Ou bien au jeu des gros mots
Carl Norac Puis on s'habille de noir
Et l'on ne sort que le soir

L’avenir (8 points) A l'école des sorcières


On retient des formules entières
Qu’apprend d’abord D'abord des mots très rigolos
un petit chat ? Comme "chilbernique" et "carlingot"
A saisir ! Puis de vraies formules magiques
Qu’apprend d’abord Et là il faut que l'on s'applique.
un oisillon ? Jacqueline Moreau
A voler !
Qu’apprend d’abord
un écolier ?
A lire-écrire ! L'heure du crime (8 points)

Le petit chaton devient un chat Minuit. Voici l'heure du crime.


pareil à tous les chats du monde. Sortant d'une chambre voisine,
L’oisillon devient un oiseau Un homme surgit dans le noir.
pareil à tout oiseau au monde. Il ôte ses souliers
Mais l’enfant a beau lire, S'approche de l'armoire
l’enfant a beau écrire, Sur la pointe des pieds
nul ne peut dire au monde Et saisit un couteau
comment il va grandir, Dont l'acier luit, bien aiguisé.
ce qu’il va devenir… Puis masquant ses yeux de fouine
Valentin Bérestov Avec un pan de son manteau,
Il pénètre dans la cuisine
Et, d'un seul coup, comme un bourreau
Avant que ne crie la victime,
Ouvre le coeur d'un artichaut.

Maurice Carême

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Le cosmonaute et son hôte (18 points) Quand la porte se souvient (8 points)

Sur une planète inconnue, Quand le porte se souvient,


un cosmonaute rencontra Quand la table se souvient,
un étrange animal; Quand la chaise, l’armoire, le buffet, la fenêtre
il avait le poil ras, se souviennent
une tête trois fois cornue, Quand ils se souviennent intensément
trois yeux, trois pattes et trois bras ! De leurs racines, de leur sèves, de leurs feuilles
« Est-il vilain ! pensa le cosmonaute De leurs branches,
en s'approchant prudemment de son hôte. De tout ce qui les habitait,
Son teint a la couleur d'une vieille échalote, Des nids et des chansons
son nez a l'air d'une carotte. Des écureuils et des singes
Est-ce un ruminant ? Un rongeur? » De la neige et du vent
Soudain, une vive rougeur Un frisson traverse la maison
colora plus encor le visage tricorne. Qui redevient forêt.
Une surprise sans bornes Hamid Tibouchi
fit chavirer ses trois yeux.
« Quoi ! Rêvé-je ? dit-il. D'où nous vient, justes Le chant de l’eau (16 points)

cieux, L’entendez-vous, l’entendez-vous,


ce personnage si bizarre sans crier gare ! Le menu flot sur les cailloux ?
Il n'a que deux mains et deux pieds, Il passe et court et glisse
il n'est pas tout à fait entier. Et doucement dédie aux branches
Regardez comme. il a l'air bête, Qui sur son cours se penchent,
il n'a que deux yeux dans la tête ! Sa chanson lisse.
Sans cornes, comme il a l'air sot ! » Là-bas,
C'était du voyageur arrivé de la Terre Le petit bois de cornouillers
que parlait l'être planétaire. Où l’on disait que Mélusine,
Se croyant seul parfait et digne du pinceau, Jadis, sur un tapis de perles fines,
il trouvait au Terrien un bien vilain museau. Au clair de lune, en blancs souliers,
Nous croyons trop souvent que, seule, notre Dansa.
tête Le petit bois de cornouillers
est de toutes la plus parfaite ! Et tous ses hôtes familiers,
Et les putois et les fouines,
Pierre Gamarra
Et les souris et les mulots,
Écoutent
Loin des sentes et loin des routes,
Parfois on ne sait plus rien (4 points)
Le bruit de l’eau…
Parmi les prés, parmi les bois,
Parfois on ne sait plus rien, Chaque caillou que le courant remue
Comme si on n’avait plus de mémoire, Fait entendre sa voix menue
Comme si le soleil s’était noyé dans la mer, Comme autrefois.
Comme si le livre des « peut-être », ce très Et peut-être que Mélusine,
gros volume Quand la lune à minuit répand comme à foison
Avait brûlé entre les doigts si fins du feu. Sur les gazons
Ses perles fines,
Julos Beaucarne. S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encore
Et danse.
Emile Verhaeren

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Voici venu le froid radieux de Ma soeur la pluie (12 points)


septembre (20 points)
Ma soeur la pluie,
Voici venu le froid radieux de septembre La belle et tiède pluie d’été,
Le vent voudrait entrer et jouer dans les Doucement vole vole, doucement fuit,
chambres À travers les airs mouillés.
Mais la maison a l’air sévère ce matin
Tout son collier de blanches perles
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin
Dans le ciel bleu s’est délié.
Comme toutes les voix de l’été se sont tues
Chantez les merles,
Pourquoi ne met-on pas de manteaux aux
Dansez les pies!
statues
Parmi les branches qu’elle plie,
Tout est transi tout tremble et tout a peur
Dansez les fleurs, chantez les nids;
Je crois que la bise grelotte et que l‘eau même
Tout ce qui vient du ciel est béni.
a froid
Les feuilles dans le vent courent comme des De ma bouche elle approche
folles Ses lèvres humides de fraise des bois,
Elles voudraient aller où les oiseaux s’envolent Rit, et me touche,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin Partout à la fois,
Elles iront mourir sur les étangs demain De ses milliers de petits doigts.
Le silence est léger et calme par minute
Sur des tapis de fleurs sonores,
Le vent passe au travers comme un joueur de
De l’aurore jusqu’au soir,
flûte
Et du soir jusqu’à l’aurore,
Et puis tout redevient encore silencieux
Elle pleut et pleut encore,
Et l’amour qui jouait sous la bonté des cieux
Autant qu’elle peut pleuvoir.
S’en revient pour chauffer devant le feu qui
flambe Puis, vient le soleil qui essuie,
Ses mains pleines de froid et ses frileuses De ses cheveux d’or,
jambes Les pieds de la pluie.
Et la vieille maison qu’il va transfigurer Charles Van Lerberghe
Trésaille et s’attendrit de le sentir entrer
Et la vieille maison qu’il va transfigurer Le chameau (4 points)
Trésaille et s’attendrit de le sentir entrer.
Un chameau entra dans un sauna
Julos Beaucarne. Il eut chaud
Très chaud
Trop chaud
Le chat et le soleil (4 points) Il sua
Sua
Le chat ouvrit les yeux, Sua
Le soleil y entra. Une bosse s’usa,
Le chat ferma les yeux, S’usa,
Le soleil y resta. S’usa.
Voilà pourquoi, le soir, L’autre bosse ne s’usa pas.
Quand le chat se réveille, Que crois-tu qu’il arriva?
J’aperçois dans le noir
Le chameau dans la désert
Deux morceaux de soleil.
Se retrouva dromadaire.
Maurice Carême Pierre Coran

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L’arbre (14 points) Vent (6 points)


Perdu au milieu de la ville Vent qui rit,
L’arbre tout seul, à quoi sert-il? Vent qui pleure
Les parkings, c’est pour stationner, Dans la pluie,
Les camions pour embouteiller, Dans les coeurs;
Les motos pour pétarader, Vent qui court,
Les vélos pour se faufiler. Vent qui luit
L’arbre tout seul, à quoi sert-il? Dans les cours,
Dans la nuit;
Les télés, c’est pour regarder,
Les transistors pour écouter, Vent qui geint,
Les murs pour la publicité, Vent qui hèle
Les magasins pour acheter. Dans les foins,
Dans les prêles;
L’arbre tout seul, à quoi sert-il?
Dis-moi, vent
Les maisons, c’est pour habiter, Frivolant,
Le béton pour embétonner, A quoi sert
Les néons pour illuminer, Que tu erres
Les feux rouges pour traverser.
En sifflant
L’arbre tout seul, à quoi sert-il? Ce vieil air
Les ascenseurs, c’est pour grimper, Depuis tant,
Les présidents, pour présider, Tant d’hivers ?
Les montres pour se dépêcher, Maurice Carême
Les mercredis pour s’amuser.
L’arbre tout seul, à quoi sert-il?
La pluie (6 points)
Il suffit de la demander
À l’oiseau qui chante à la cime. Une petite pluie fine
Jacques Charpentreau. Fertilise le sol
Do – Mi – Sol

L’ogre (4 points) Une petite pluie fine


Rafraîchit le pré
L’ogre avait beau manger, Do – Mi – Ré
Avaler, dévorer, Une petite pluie fine
Des chevreuils vivants, Arrose les lilas
Des ventres d’enfants, Do – Mi – La
Des yeux de taureau, Une petite pluie fine
Des fleurs de sureau, Fait éclater les soucis
Il avait beau manger Do – Mi – Si
Jusqu’au plumes du geai, Une petite pluie fine
Rien ne rendait Abreuve les résédas
Sa chair plus geai. Do – Mi – Fa

Eugène Guillevic Jean- Louis Jacob

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Le gazouillement mystérieux J’ai trempé mon doigt dans la


confiture
(10 points)
(6 points)

Ils assurent que tu ne sais pas encore parler, J’ai trempé mon doigt dans la confiture
mon enfant chéri. Et c’est vrai que les syllabes turelure
trop pressées qui se brouillent dans ta gorge Ça sentait les abeilles
ont l’air d’un chant d’oiseau. Ça sentait les groseilles
Mais moi je sais très bien ce que signifie ce Ça sentait le soleil
gazouillement, je sais s’il est léger de joie ou J’ai trempé mon doigt dans la confiture
pesant de chagrin, je sais s’il y a du soleil ou de Puis je l’ai sucé
la nuit dans ton coeur, je sais ce que tu désires Comme on suce les joues de bonne grand-
et ce que tu refuses, ô ma poupée, car je maman
comprends tout ce que tu dis. Qui n’a plus mal aux dents
Tristan Klingsor Et qui parle de fées...
Puis je l’ai sucé
Sucé
Mais tellement sucé
La pomme (12 points) Que je l’ai avalé
Une pomme rubiconde René de Obaldia
Se pavanait, proclamant
Qu’elle était le plus beau de tous les fruits du
monde, Il était une feuille (12 points)

Le plus tendre, le plus charmant, Il était une feuille avec ses lignes
Le plus sucré, le plus suave, Ligne de vie
Ni la mangue, ni l’agave, Ligne de chance
Le melon délicieux, Ligne de coeur
Ni l’ananas, ni l’orange, Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Aucun des fruits que l’on mange Signe de chance
Sous l’un ou l’autre des cieux, Signe de coeur
Ni la rouge sapotille, Il était un arbre au bout de la branche
La fraise, ni la myrtille Un arbre digne de vie
N’avait sa chair exquise et sa vive couleur. Digne de chance
On ne pourrait jamais lui trouver une soeur. Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
La brise répandait alentour son arôme Un arbre que nul jamais ne vit.
Et sa pourpre éclatait sur le feuillage vert. Il était des racines au bout de l’arbre
- Oui, c’est vrai, c’est bien vrai! dit un tout Racines dignes de vie
petit vers Vigne de chance
- Blotti dans le creux de la pomme. Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
Pierre Gamarra La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute ronde au travers du ciel
La terre.
Robert Desnos

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L’ogre (6 points) Pour la liberté (4 points)

J’ai mangé un oeuf, Laissez chanter


Deux langues de boeuf, l’eau qui chante
Trois rôts de mouton, Laisser courir
Quatre gros jambons, l’eau qui court
Cinq rognons de veau Laissez vivre
Six couples d’oiseaux, l’eau qui vit
Sept immenses tartes, L’eau qui bondit
Huit filets de carpe, L’eau qui jaillit
Neuf kilos de pain, Laissez dormir
Et j’ai encore faim. l’eau qui dort
Peut-être, ce soir, Laissez mourir
Vais-je encore devoir l’eau qui meurt.
Manger mes deux mains
Philippe Soupault
Pour avoir enfin
Le ventre bien plein.
Maurice Carême
Mes vers fuiraient... (6 points)

Arbre (10 points)


Mes vers fuiraient, doux et frêles,
Tu es plus souple que le zèbre. vers votre jardin si beau,
Tu sautes mieux que l’équateur. si mes vers avaient des ailes,
Sous ton écorce les vertèbres des ailes comme l’oiseau.
font un concert d’oiseaux moqueurs. Ils voleraient, étincelles,
J’avertirai tous les poètes: Vers votre foyer qui rit,
il ne faut pas toucher aux fruits; Si mes vers avaient des ailes,
c’est là que dorment les comètes, Des ailes comme l’esprit.
et l’océan s’y reconstruit.
Tu es léger comme un tropique. Près de vous, purs et fidèles,
Tu es plus sage qu’un poisson. Ils accourraient nuit et jour,
Dans chaque feuille une réplique Si mes vers avaient des ailes,
est réservée pour ma chanson. Des ailes comme l’amour.
Dès qu’on t’adresse la parole, Victor Hugo
autour de toi s’élève un mur.
Tu bats des branches, tu t’envoles:
c’est toi qui puniras l’azur. Automne (4 points)
Alain Bosquet Il pleut
Des feuilles jaunes
Il pleut
Des feuilles rouges.
L’été va s’endormir
Et l’hiver va venir
Sur la pointe
De ses souliers
Gelés.
Anne-Marie Chapouton

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Le pêcheur (12 points) Deux et deux quatre


Quatre et quatre huit
L’homme est en mer. Depuis l’enfance, matelot, Huit et huit font seize
Il livre au hasard sombre une rude bataille. Mais voilà l’oiseau lyre
Pluie ou bourrasque, il faut qu’il sorte, il faut Qui passe dans le ciel
qu’il aille, L’enfant le voit
Car les petits enfants ont faim. Il part le soir, L’enfant l’entend
Quand l’eau profonde monte aux marches du L’enfant l’appelle:
musoir. Sauve-moi
Il gouverne à lui seul sa barque à quatre voiles. Joue avec moi
La femme est au logis cousant les vieilles Oiseau!
toiles, Alors l’oiseau descend
Remaillant les filets, préparant l’hameçon, Et joue avec l’enfant
Surveillant l’âtre où bout la soupe de poisson, Deux et deux quatre...
Puis priant Dieu sitôt que les enfants dorment. Répétez! dit le maître
Lui, seul, battu des flots qui toujours se Et l’enfant joue
reforment, L’oiseau joue avec lui...
Il s’en va dans l’abîme et s’en va dans la nuit. Quatre et quatre huit
Dur labeur! Tout est noir, tout est froid; rien ne Huit et huit font seize
luit. Et seize et seize qu’est-ce qu’ils font?
Victor Hugo Ils ne font rien seize et seize
Et surtout pas trente-deux
L’été (4 points) De toute façon
Silence Et ils s’en vont.
silence Et l’enfant a caché l’oiseau
l’été Dans son pupitre
se balance Et tous les enfants
où l’oiseau entendent sa chanson
se tait et tous les enfants
l’herbe entendent sa musique
séchée et huit et huit à leur tour s’en vont
tremble et quatre et quatre et deux et deux
dans l’air à leur tour fichent le camp
brûlé et un et un ne font ni une ni deux
un et un s’en vont également.
silence Et l’oiseau lyre joue
silence Et l’enfant chante
l’été Et le professeur crie:
chante Quand vous aurez fini de faire le pitre!
dans Mais tous les autres enfants écoutent la
les blés musique
Anne-Marie Chapouton Et les murs de la classe
S’écroulent tranquillement.
Page d’écriture (24 points) Et les vitres redeviennent sable
L’encre redevient eau
Deux et deux quatre Les pupitres redeviennent arbres
Quatre et quatre huit La craie redevient falaise
Huit et huit font seize Le porte-plume redevient oiseau.
Répétez! dit le maître
Jacques Prévert

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Un marteau (6 points) Les chemins (4 points)


Fait pour ma main, Les chemins
Je te tiens bien, Se rencontrent
Je me sens fort Se reniflent
De notre force. Se tutoient
Se racontent
Tu dors longtemps,
S’apprivoisent
Tu sais le noir,
S’éloignent
Tu as sa force.
Se recherchent
Je te touche et te pèse, Se retrouvent
Je te balance, Aux carrefours des doigts.
Je te chauffe au creux de ma main. Alain Le Beuze
Je remonte avec toi
Dans le fer et le bois
Tu me ramènes, Exil (4 points)
Tu veux
Les murs
T’essayer,
craignent
Tu veux frapper.
la fringale des ronces
Eugène Guillevic les fenêtres
se méfient
des caresses de la rouille
Vent (6 points)
le lierre
Le vent roucoule d’oiseaux
Fait grincer les chemins
Dans les gonds de la nuit impatient
d’étendre sa puissance
Il impose de convertir l’espace
Aux arbres
Une envergure les toits
resserrent leurs tuiles
Qui ose résister
...a vite compris les chemins
se résignent
Il condamne l’inertie sous les averses de fougères
Est-ce sa faute
Alain Le Beuze
Il est des saisons
Qu’aucun vent
N’ose abuser Pluie (4 points)

Il est des toits coléreux Pluie me mouille,


Qui ne le suportent Feuille rouille,
Vent me fouette,
Il lui arrive Vent tempête,
D’aider les fruits Feuilles folles
Par nécessité pour eux Je m’envole!
Par respect pour les arbres.
Solange Innocent
Alain Le Beuze

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Les manières du soleil (8 points) L’illisible (6 points )


C’est folichon
Le soleil luit pour tout le monde que tu m’écrives,
Mais un peu plus ou un peu moins. mais quels torchons
Il en est que son chaud inonde que tes missives!
D’autres ne le voit que de loin. Ton écriture
n’est que fouillis,
Il luit plus pour le cormoran n’est que ratures
Que pour la taupe ou le cafard. et gribouillis.
Il luit plus à Perpignan Je vocifère,
Qu’à Lille ou à Hénin-Liétard. j’en perds les yeux:
je n’ai que faire
Le soleil luit pour tout le monde d’un cafouilleux.
Mais plutôt plus ou plutôt moins. Dénes Kiss
Claude Roy
Giboulées (8 points)
La gelée (4 points) La pluie éparpille un bouquet
De perles tièdes et légères.
Ce matin, On entend chanter les bergères
Il y avait Et les oiseaux dans les bosquets.
Des milliers
Le soleil joue à cache cache
De diamants Avec les gros nuages gris.
Dans les champs. Les moutons blancs, les veaux, les vaches,
Les gens ont: Dans les prés semblent tout surpris.
“C’est la gelée.” Et voici que parmi l’ondée,
Comme du fond d’un vrai pastel,
Mais moi
On voit monter, arche irisée,
Je sais bien Le pont joyeux d’un arc-en-ciel.
Que c’est la lune
Raymond Richard
Qui a fait craquer
Tous ses colliers. Leçon de géographie (6 points)
Anne-Marie Chapouton
L’océan a peur de moi
Quand il me voit arriver
Le poisson Fa (4 points) il se retire très loin.
Il était une fois Je lui parle doucement
Un poisson fa. d’une voix de coquillage
Il aurait pu être poisson scie, pour tenter de l’apaiser.
Ou raie,
Ou sole, Mais chaque fois c’est pareil:
Ou tout simplement poisson d’eau il me faut au moins six heures
Ou même un poisson un peu las, pour enfin l’apprivoiser.
Non,non,il était poisson fa: Alors il revient vers moi
Un poisson fa, et il me lèche les pieds.
Voilà.
Christian Poslaniec
Boby Lapointe

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La chanson de Gavroche (8 points) Autocritique ( 4 points)

On est laid à Nanterre, Qu’est-ce qui ne va pas sur Terre?


C’est la faute à Voltaire, C’est la chat dit la souris
Et bête à Palaiseau, C’est la lion dit la gazelle
C’est la faute à Rousseau. C’est la loup dit l’agneau
C’est l’homme dit l’homme.
Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire, Jean-Pierre Develle
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.
La vérité sur la chèvre de
Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire, Monsieur Seguin (12 points)
Misère est mon trousseau, La petite chèvre
C’est la faute à Rousseau. De Monsieur Seguin
Je suis tombé par terre, Ne fut pas mangée
C’est la faute à Voltaire, Au petit matin
Le nez dans le ruisseau, Elle se battit
C’est la faute à Rousseau. Si gaillardement
Qu’à la fin le loup
Victor Hugo
Alla s’essoufflant
Arrête petite
La fourmi et la cigale (10 points)
Lui dit le coquin
C’était pour de rire
Une fourmi fait l’ascension Serrons-nous la main
d’une herbe flexible
Ainsi firent-ils
elle ne se rend pas compte
Et se retirèrent
de la difficulté de son entreprise
Pour aller chacun
elle s’obstine la pauvrette Dans sa chacunière
dans son dessein délirant
Bien sûr la biquette
pour elle c’est un Everest
Fut mise au piquet
pour elle c’est un Mont-Blanc
A-t-on jamais vu
ce qui devait arriver arrive Chèvre découcher?
elle choit patatratement
Mais pour sa vaillance
une cigale la reçoit
On l’en retira,
dans ses bras bien gentiment
Je crois même savoir
eh dit-elle point n’est la saison Qu’on la décora
des sports alpinistes
Si j’ai menti
(vous ne vous êtes pas fait mal j’espère?)
Je veux bien copier
et maintenant dansons dansons
Dix fois la nouvelle
une bourrée ou une matchiche.
De Monsieur Daudet.
Raymond Queneau Jean Rousselot

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L’arbre qui pense (12 points)


L’arbre qui pense
les pieds dans sa grille
à quoi pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il
Le chien qui pense
la patte en l’air
que pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il
le pavé qui pense le ventre poli de pas
que pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il
ciel toits et nuages
voyez-moi
là tout en bas
qui marche
et qui pense à l’arbre qui pense
au chien au pavé
oh ça oh mais à quoi pensent-ils donc
à quoi pensent-ils donc
Raymond Queneau

L’averse (10 points)

Un arbre tremble sous le vent


Les volets claquent.
Comme il a plu, l’eau fait des flaques.
Des feuilles volent sous le vent
Qui les disperse.
Et, brusquement, il pleut à verse.
Le jour décroît.
Sur l’horizon qui diminue
je vois la silhouette nue
D’un clocher mince avec sa croix.

Dans le silence,
J’entends la cloche d’un couvent.
Elle s’élève, elle s’élance
Et puis retombe avec le vent.
Un arbre que le vent traverse
Geint doucement
Comme une floue et molle averse
Qui s’enfle et tombe à tout moment.

Francis Carco

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Toute chanson est une eau L’Air (4 points)

dormante (4 points) L’Air


A toujours
Toute chanson
Raison du vent
est une eau dormante
de l’amour. L’Air
N’a pas
Tout astre brillant
De
une eau dormante
Cartouches
du temps.
De dynamite
Un noeud
du temps. La seule chose
Qui ne connaisse
Et tout soupir
Pas
une eau dormante
Son épaisseur
du cri.
Federico Garcia Lorca Est l’air
Malcolm de Chazal

Il pleut (4 points) Le rire (4 points)

On dirait Le Rire
bien qu’il pleut. Pour rire
Mais le temps de le dire Quitta les hommes
le temps de me le dire Ce fut navrant
et de savoir comment Fallait voir comme
je vais le dire Mais le rire
la dernière Bonhomme
goutte Regagna « son home »
tombe.
Riant riant
Et tout De voir comment
comme toujours Un homme sans rire
est à recommencer. N’est plus un homme
Gilbert Trolliet Andrée Chedid

Fabliette du mauvais boeuf (4 points)


Toujours il pleut (4 points)

Le mauvais boeuf Toujours il pleut


Ne voulait pas Sur nos mains, sur nos yeux,
Être vendu, mais vendre. Sur nos corps.

A la ville voisine Il pleut du soir


Il emmena Ou du matin.
Un beau jour son patron En été, il pleut
Il fut déçu. De la verticale.
Le ramena. Toujours il pleut.
Il pleut du temps.
Eugène Guillevic
Eugène Guillevic

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Chanson bête (4 points) Qui peut bien (4 points)

Maman Qui peut bien s’avancer ?


Je voudrais être en argent. J’entends bruire le gravier.
Personne sur le chemin.
Mon fils,
Tu auras bien froid. Le vent ? Le seul à qui, ici,
On ne peut dire :
Maman,
Je ne t’attendais pas !
Je voudrais être de l’eau.
Michel Dugue
Mon fils,
Tu n’auras pas chaud.
Je regarde … (4 points)
Maman
Brode-moi sur ton oreiller. Je regarde
Et vois que l’hiver est là.
Oui, mon fils, Les canards sauvages
Sans tarder ! Sont sur la rive de la baie
Federico Garcia Lorca Qui se prend d’une fine glace
Princesse Shikishi
L’océan (4 points)

L’océan L’hiver… (4 points)


N’est que la mer.
L’hiver à tire-d’aile
La mer dessine des oiseaux
N’est que de l’eau. qui laissent en sifflant
L’eau d’invisibles sillages.
N’est que du liquide, Tel est le cœur parmi les ronces
Mais ce liquide Dans l’hiver cloué de brûlots
Est le rire Et la citerne aux mains des lierres
Et le doute piégé de l’espoir.
Sangloté du monde
Frédéric-Jacques Temple
Eugène Guillevic
En ce temps-là (4 points)
La neige (4 points)
En ce temps-là, en été,
Regardez la neige qui danse Quand l’herbe était épaisse et longue encore
Derrière le carreau fermé. il s’y trouvait multicolores,
Qui là-haut peut bien s’amuser des jouets épars
A déchirer le ciel immense et quelqu’un dit
En petits morceaux de papier ? « on dirait dans l’herbe le rêve d’un enfant ».
Pernette Chaponnière Peter Handke

Bleus (4 points)
La vache a mangé toute la prairie (4 points)
La mer est comme un ciel bleu bleu bleu Elle a glissé doucement dans l’eau du ciel
Par au-dessus le ciel est comme le lac Léman Maintenant elle est bleue elle a des ailes
Bleu-tendre Elle broute des étoiles et des étincelles
Blaise Cendrars Et bondit de galaxie en galaxie
Andrée Laude

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Un oiseau… (4 points) J’aurai une grande boîte (4 points)


pleine de soleil
Un oiseau chante sur un fil Pour les jours de pluie
Cette vie simple, à fleur de terre. pleine de sourires
Notre enfer s’en réjouit Pour les jours de grogne
pleine de courage
Puis le vent commence à souffrir
Pour les jours de flemme
Et les étoiles s’en avisent.
Et dans ma boîte j’aurai aussi
O folles, de parcourir
plein de coquillages
Tant de fatalités profondes !
pour écouter la mer.
René Char
Luce Guilbaud
Il fait trop froid sur la banquise. (4 points)
Les phoques ont bouclé leur valise. La nuit (4 points)
Ils n’emportent qu’une chemise, La nuit,
Du gel solaire, un bermuda Quand je regarde le ciel, je vois,
Ils vont aller au Sahara Les étoiles et le noir.
Manger des glaces au chocolat. La nuit,
Quand je regarde le noir, je vois,
Michel Piquemal
Les étoiles et le noir.
Et quand je regarde le noir,
Nicole (4 points) Je ne vois plus qu’une immense
Étoile.
J’ai écrit ton nom
Devant ma maison Emmanuel Favre
Avec quelques graines.
Un oiseau l’a lu Crépuscule (4 points)
Du bout de son bec.
Le névé est mort.
Depuis, ton nom vole La cascade suinte.
Autour de l’école. La chouette chuinte.
Nicole ! Nicole ! Au creux de la combe
Le silence tombe.
Yves Heurté
Paul Bergèse

Ma gazelle (4 points) Automne au matin (4 points)


Café, petits pains !
Ma jolie gazelle,
Mon petit lapin, Automne à midi
Mon canard doré, Danse, chante et ris !
Mon éléphant rose, Automne à quatre heures
Ma biche adorée, Sur ton pain du beurre !
Mon poussin des îles,
Mon chat à la crème, Automne du soir
Mon oiseau de fée, T’endors comme un loir !
Mon enfant chéri, Automne à minuit
Quel drôle d’animal Écoute la pluie !
Tu es.
Liska Armand Monjo

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La marjolaine et la verveine(4 points) La Mer secrète (6 points)

La marjolaine et la verveine
Quand nul ne la regarde,
La marjoveine et la verlaine
La mer n’est plus la mer,
La verjolaine et la marveine
Elle est ce que nous sommes
Chez Catherine ma marraine
Lorsque nul ne nous voit.
On fait son lit de marjolaie
Elle a d’autres poissons,
Et de verveine.
D’autres vagues aussi.
Robert Desnos C’est la mer pour la mer
Et pour ceux qui en rêvent
Le nénuphar (4 points)
Comme je fais ici

Le nénuphar Jules Supervielle


Quelle histoire
A dit Grellule Chanson du va-et-vient du vent
A Libenouille (6 points)
Le nénuvers
Flotte à l’emphar Sur ma joue un baiser.
Oui, le vent passe.
Patrick Joquel Sur ma joue nulle trace
Du vent passé.
Retour (4 points) Sur ta joue un baiser.
Oui, le vent passe.
J’ai serré l’arbre dans mes bras.
Sur ta joue nulle trace
Je n’ai pas écrasé
Du vent glissé…
La première violette dans l’herbe
J’ai regardé le ciel avec le chat. Sur nos joues un baiser.
J’ai retrouvé avec tous mes amis Oui, le vent passe.
L’odeur de la maison Sur nos joues nulle trace
Et l’épaisseur du monde. Du vent glacé.
Armand Monjo
Paul Fort

Maman m’aime (6 points) Le chat (6 points)


Maman m’aime
Me donne la main Dans ma cervelle se promène,
Apprivoise la mer Ainsi qu’en son appartement,
Autorise quelques vagues Un beau chat, fort, doux et charmant ;
A chahuter avec moi Quand il miaule, on l’entend à peine,
Puis me montre des coquillages
Plus beaux que des diamants Tant son timbre est tendre et discret ;
Puis me montre des poissons Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Plus vifs que des étoiles filantes Elle est toujours suave et profonde.
Puis me montre des crabes C’est là son charme et son secret. […]
Qui sont les petits boxeurs
Des grèves. Charles Baudelaire

Gilles Brulet

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« J’aime le rouge » (6 points) Il fait beau (8 points)

« J’aime le rouge » Il fait beau ce matin sur la terre.


chuchote la fraise à la cerise Un petit vent de mai s’est levé tôt
« J’aime le rouge » Pour nous le dire. Un ciel tout neuf
dit la cerise à la framboise A sauté par-dessus les collines,
« J’aime le rouge » Chargé d’odeurs, d’abeilles, d’aubépines,
répète la framboise à la coccinelle Et mille oiseaux s’élancent à la fois
« Moi aussi » Ivres de cris et de lumières,
mais avec du noir Vers le miroir déjà haut du soleil
répond la coccinelle Pour saluer le temps si beau
« Le noir éclaire un peu plus le mystère » Qu’il fait ce matin sur la terre.
murmure en s’envolant un zygène.
Pierre Gabriel
Patrick Joquel

Ne le dis à personne (6 points)


Rencontre avec le printemps
(16 points)
Cette nuit, vers minuit, Ce matin
J’ai attrapé la lune Au détour du chemin
Et je l’ai cachée Je rencontrai le Printemps.
Sous mon oreiller. Vêtu comme un marquis, il avait mis
Mais la souris, gris souris, Des fleurs à son chapeau
Celle qui vient Des fleurs à son manteau
Pour mes quenottes Et même sur son dos.
En a fait son festin Les unes blanches semées de rouge
Et ce matin je n’ai plus rien. D'autres mauves
Plus rien que des miettes de lune Et d'autres rouges et d'autres bleues.
Sur une plume d’oreiller. Quelle joie c'était pour mes yeux !
Et je lui dis : « Tu es merveilleux »
Paul Bergèse Et il me regardait
Et il riait, et il riait !
Saltimbanques (8 points) Et ses yeux étaient comme deux fleurs de lumière
Parmi toutes ces fleurs printanières.
Dans la plaine les baladins
Et il s'en fut sur le chemin
S’éloignent au long des jardins En chantant quelque chansonnette.
Devant l’huis des auberges grises En sautant un peu sur un pied
Par les villages sans églises Et puis un peu sur l'autre pied,
Et les enfants s’en vont devant Comme font les enfants joyeux
Les autres suivent en rêvant Quand ils s'entraînent à quelque jeu.
Chaque arbre fruitier se résigne Et je le vis disparaître au loin,
Quand de très loin ils lui font signe Avec des fleurs sur son manteau
Avec ses fleurs sur son chapeau.
Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés Et il a ainsi parcouru le monde
L’ours et le singe animaux sages Pimpant, joyeux et tout fleuri
Quêtent des sous sur leur passage. Et le monde entier lui a souri.
Henriette Ammeux-Roubinet
Guillaume Apollinaire

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Sonnet du chat (8 points) Cher frère blanc (10 points)

Le chat lutte avec une abeille Quand je suis né, j’étais noir,
autour de sa fourrure, Quand j’ai grandi, j’étais noir,
je vois l'azur de ses merveilles, Quand je vais au soleil, je suis noir,
un arbre, une mâture. Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir
La mer apporte à mon oreille
le bruit des aventures Tandis que toi, homme blanc,
que nous vivons si tu t'éveilles Quand tu es né, tu étais rose,
témérité future. Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu es au soleil, tu es rouge,
Je me consacre aux vertes îles,
Quand tu as froid, tu es bleu,
favorables au sage
Quand tu as peur, tu es vert,
qui sait trouver un dieu tranquille
Quand tu es malade, tu es jaune,
entre palme et rivage.
Quand tu mourras, tu seras gris.
Le chat s'en va, brillant et beau,
Alors, de nous deux,
pour guetter les oiseaux.
Qui est l’homme de couleur ?
Henri THOMAS
Léopold sédar Senghor

Passage d'un poète (14 points)

Le poète est passé : un remous dans l'argile Terre-Lune (8 points)

se dresse en monument, Terre-Lune, Terre-Lune


avec soudain le bras qui se profile, Ce soir j'ai mis mes ailes d'or
la lèvre et l'oeil aimants. Dans le ciel comme un météore
Le poète est passé : le ruisseau qui hésite, Je pars.
devient fleuve royal ; Terre-Lune, Terre-Lune
il n'a plus de repos ni de limites : J'ai quitté ma vieille atmosphère
il ressemble au cheval. J'ai laissé les morts et les guerres
Le poète est passé ; au milieu du silence Au revoir.
s'organise un concert, Dans le ciel piqué de planètes
comme un lilas ; une pensée se pense, Tout seul sur une lune vide
le monde s'est ouvert. Je rirai du monde stupide
Le poète est passé ; un océan consume Et des hommes qui font les bêtes.
ses bateaux endormis. Terre-Lune, Terre-Lune
La plage est d'or et tous les ors s'allument Adieu ma ville, adieu mon cœur
pour s'offrir aux amis. Globe tout perclus de douleurs
Le poète est passé : il n'est plus de délire Bonsoir.
qui ne soit oeuvre d'art. Boris Vian
Le vieux corbeau devient un oiseau-lyre.
Il n'est jamais trop tard
pour vivre quinze fois : si le poète hirsute
repasse avant l'été,
consultez-le car de chaque minute
il fait l'éternité.
Alain Bosquet

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Far West (14 points) Les sapins (12 points)


Les sapins en bonnets pointus
Au grand galop soulevant la poussière
De longues robes revêtus
J'irai là-bas le long de tes canyons,
Comme des astrologues
Et dans ton ciel tout brûlant de lumière
Saluent leurs frères abattus
Éclatera la joie de mes chansons.
Les bateaux qui sur le Rhin voguent
Je conduirai la vieille diligence Dans les sept arts endoctrinés
Je bâtirai mon ranch au bord de l'eau. Par les vieux sapins leurs aînés
Sous les étoiles, la nuit dans le silence, Qui sont de grands poètes
Près d'un feu clair chantera mon banjo. Ils se savent prédestinés
Pourtant jamais ne pourront me suffire A briller plus que des planètes
Tous ces trésors que j'aurai découverts. A briller doucement changés
Je reviendrai dans mon pays revivre En étoiles et enneigés
Au souvenir des galops du désert. Aux Noëls bienheureuses
Et des amis j'en aurai par centaines ; Fêtes des sapins ensongés
Nous bâtirons le monde de demain. Aux longues branches langoureuses
Un monde en paix où la joie sera reine Les sapins beaux musiciens
Ce monde heureux dont rêvent les copains. Chantent des Noëls anciens
Au vent des soirs d'automne
Tes blancs chevaux m'appellent
Ou bien graves magiciens ,
Et les plaines si belles.
Incantent le ciel quand il tonne
Far west, far west !
Y'a de l'or à la pelle Des rangées de blancs chérubins
Et des villes nouvelles : Remplacent l'hiver les sapins
Allons vers le far west ! Et balancent leurs ailes
L'été ce sont de grands rabbins
Raymond FAU
Ou bien de vieilles demoiselles
Guillaume Apollinaire
La différence (8 points)
Amitié (12 points)
Pour chacun une bouche deux yeux
deux mains deux jambes Ce qui est beau, c'est un visage
Ce qui est beau, c'est l'amitié
Rien ne ressemble plus à un homme
Une robe qui s'en va un peu plus loin et volage
qu’un autre homme
Laisse autour d'elle les oiseaux gazouiller.
Alors
Ce qui est beau, c'est le passage
entre la bouche qui blesse
De la brume à l'aurore et du cep au raisin
et la bouche qui console
Ce qui est beau, c'est le ramage
entre les yeux qui condamnent Car tout ce qui vit sur la terre est du bien.
et les yeux qui éclairent
Ce qui est beau, c'est tout le monde
entre les mains qui donnent Ce qui est beau, c'est les filets
et les mains qui dépouillent Du pêcheur qui s'en va près des rives profondes
entre le pas sans trace Cueillir la sardine et le nacre des fées.
et les pas qui nous guident Ce qui est beau, c'est comme une onde
où est la différence La marche en avant de l'homme et l'été
la mystérieuse différence ? Qui revient tous les jours car toujours il triomphe.
Jean-Pierre Siméon Ce qui est beau, c'est l'amitié.
Jean-Pierre Voidiès

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Grammaire (8 points) Ces fous (8 points)

Peut-être et toujours peut-être Il va vous bousculer


adverbes que vous m'ennuyez Et monter dans le train
avec vos presque et presque pas Qui est déjà parti.
quand fleurissent les apostrophes Ou presque.
Et vous points et virgules Sans s’excuser.
qui grouillez dans les viviers
Il va vous empêcher
où nagent les subjonctifs
De descendre du train
je vous empaquette vous ficelle
Qui est déjà en route.
Soyez maudits paragraphes Ou presque.
pour que les prophéties s'accomplissent
Sans s’excuser.
bâtards honteux des grammairiens
et mauvais joueurs de syntaxe Il va vous demander
De lui donner du feu,
Sucez vos impératifs
Lira votre journal
et laissez-nous dormir
Par dessus votre épaule.
une bonne fois
c'est la nuit Sans s’excuser.
et la canicule
Il va vous critiquer
Philippe Soupault De ne pas vous lever,
Lui céder votre place
Et ranger son bagage.
L'orage (12 points)
Sans s’excuser.
Chaque arbre est immobile, attentif à tout bruit.
Même le peuplier tremblant retient son souffle Ces fous !
L'air pèse sur le dos des collines, il luit Claude Blanc
Comme un métal incandescent et l'heure essouffle.
Les moineaux buissonniers se sont tous dispersés Soleil (8 points)
Avec le vol aigu et les cris d'hirondelles, O Soleil ! Que fais-tu là-haut,
Et des mouettes vont, traînant leurs larges ailes, L’air fatigué ?
Dans l'air lourd à gravir et lourd à traverser. Tu rougis !
L'éclair qui brille au loin semble une brusque Est-ce colère ou timidité ?
entaille Allons tu te couches déjà,
Et, tandis que hennit un cheval de labour, Sans même attendre que la lune
Les nuages vaillants qui vont à la bataille T’apporte des étoiles avec lesquelles avant de
Escaladent l'azur âpre comme une tour. dormir
Mais soudain, l'arc-en-ciel luit comme une victoire Tu joueras ?
Chaque arbre est un archer qui lance des oiseaux, Non ! Ne boude pas la fête !
Et les nuages noirs qu'un soleil jeune moire, Pourquoi ces coups de soleil ?
Enivrés, sont partis pour des combats nouveaux. Est-ce fantaisie ou coup de tête ?
Jules Supervielle T’as chaud !
Ton crâne chauve n’est pas beau, gros insecte va !
Couvre-toi la tête , avec un joli bonnet de nuit,
Veux-tu ?
Mohamed Azizlahababi

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Chanson d’Automne (6 points) Fantaisie d’Hiver (6 points)


Les sanglots longs Le nez rouge , la face blême,
Des violons Sur un pupitre de glaçons,
De l’automne L’Hiver exécute son thème
Blessent mon cœur Dans le quatuor des saisons.
D’une langueur
Monotone. Il chante d’une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Tout suffocant Son pied glacé bat la mesure
Et blême , quand Et la semelle en même temps ;
Sonne l’heure,
Je me souviens Et comme Haendel , dont la perruque
Des jours anciens Perdait sa farine en tremblant ,
Et je pleure. Il fait envoler sa nuque
La neige qui le poudre à blanc.
Et je m’en vais
Au vent mauvais Théophile Gautier
Qui m’emporte
Deçà , delà Le vieux et son chien (6 points)
Pareil à la S’il était le plus laid
Feuille morte. De tous les chiens du monde
Paul Verlaine Je l’aimerais encore
A cause de ses yeux
Promenade de Picasso (12 points) Si j’étais le plus vieux
Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle De tous les vieux du monde
Une pomme pose L’amour luirait encore
Face à face avec elle Dans le fond de ses yeux
Un peintre de la réalité Et nous serions tous deux
Essaie vraiment de la peindre Lui si laid , moi si vieux
La pomme telle qu’elle est Un peu moins seuls au monde
Mais A cause de ses yeux
Elle ne se laisse pas faire Pierre Menanteau
La pomme
Elle a son mot à dire Printemps (8 points)
Et plusieurs tours dans son sac de pommes
La pomme Le temps a laissé son manteau
Et voilà qui tourne De vent , de froidure et de pluie ,
Dans son assiette réelle Et s’est vêtu de broderie
Sournoisement sur elle-même De soleil luisant , clair et beau.
Doucement sans bouger Il n’y a bête ni oiseau
Et comme Duc de Guise qui se déguise en bec de Qu’en son jargon ne chante ou ne crie :
gaz Le temps a laissé son manteau
Parce qu’on veut malgré lui tirer le portrait De vent , de froidure et de pluie.
La pomme se déguise en beau fruit déguisé Rivière , fontaine et ruisseau
Et c’est alors Portent en livrée jolie
Que le peintre de la réalité commence à réaliser Gouttes d’argent d’orfèvrerie ;
Que toutes les apparences de la pomme sont contre Chacun s’habille de nouveau :
lui. Le temps a laisse son manteau.
Jacques Prévert Charles d’Orléans

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Liberté (38 points) Sur les places qui débordent


J'écris ton nom
Sur mes cahiers d'écolier
Sur la lampe qui s'allume
Sur mon pupitre et les arbres
Sur la lampe qui s'éteint
Sur le sable sur la neige
Sur mes maisons réunis
J'écris ton nom
J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur le fruit coupé en deux
Sur toutes les pages blanches
Dur miroir et de ma chambre
Pierre sang papier ou cendre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur les armes des guerriers
Sur ses oreilles dressées
Sur la couronne des rois
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert Sur le tremplin de ma porte
Sur les nids sur les genêts Sur les objets familiers
Sur l'écho de mon enfance Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits Sur toute chair accordée
Sur le pain blanc des journées Sur le front de mes amis
Sur les saisons fiancées Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur Sur la vitre des surprises
Sur l'étang soleil moisi Sur les lèvres attentives
Sur le lac lune vivante Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon Sur mes refuges détruits
Sur les ailes des oiseaux Sur mes phares écroulés
Et sur le moulin des ombres Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom J'écris ton nom
Sur chaque bouffée d'aurore Sur l'absence sans désir
Sur la mer sur les bateaux Sur la solitude nue
Sur la montagne démente Sur les marches de la mort
J'écris ton nom J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages Sur la santé revenue
Sur les sueurs de l'orage Sur le risque disparu
Sur la pluie épaisse et fade Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes Et par le pouvoir d'un mot
Sur les cloches des couleurs Je recommence ma vie
Sur la vérité physique Je suis né pour te connaître
J'écris ton nom Pour te nommer.
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées Paul Eluard

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Quand la perdrix (8 points) Solitude (6 points)

Quand la perdrix voit ses petits Il parlait aux volcans


En danger , et n’ayant qu’une plume nouvelle Et s’entendait avec les fleuves.
Qui ne peuvent fuir , encore , par les airs , le trépas, Le soir , il tutoyait les astres malheureux
Elle fait la blessée , et va traînant de l’aile, Il signait des traités :
Attirant le chasseur et le chien sur ses pas Girafe par ici,
Détourne le danger , sauve ainsi sa famille. Vautours par là.
Et puis quand le chasseur croit que son chien la pille Il écoutait les doléances du caillou
Elle lui dit adieu , prend sa volée et rit Et partageait ses souvenirs
De l’homme qui , confus , des yeux en vain la suit. Avec tant d’horizons déçus !
A force de comprendre
La Fontaine
L’azur et la planète,
Il s’éloignait de ses semblables.
Monsieur interroge Monsieur Hommes très droits , hommes très justes,
(12 points) Apprenez-lui
A être un peu moins seul.
-Monsieur quels sont ces gens
Que je vois rassemblés Alain Bosquet

Et qui semblent attendre En sortant de l’école (10 points)


Avant d’avancer ?
En sortant de l’école
Nous avons rencontré
-Monsieur ce sont des arbres
Un grand chemin de fer
Dans une plaine immense
Qui nous a emmenés
Ils ne peuvent pas bouger
Tout autour de la Terre
Car ils sont attachés
Dans un wagon doré
Tout autour de la Terre
-Monsieur Monsieur Monsieur
Nous avons rencontré
Au-dessus de nos têtes
La mer qui se promenait
Quels sont ces yeux nombreux
Avec tous ses coquillages
Qui dans la nuit regardent ?
Les îles parfumés
Et les saumons fumés.
-Monsieur ce sont des astres
Au-dessus de la mer
Ils tournent sur eux-mêmes
Nous avons rencontré
Et ne regardent rien
La lune et les étoiles
Sur un bateau à voiles
-Monsieur quels sont ces cris
Partant pour le Japon
Quelque part on dirait
Et les trois mousquetaires
On dirait que l’on rit
Des cinq doigts de la main
On dirait que l’on pleure
Tournant la manivelle
On dirait que l’on souffre ?
D’un petit sous-marin
Plongeant au fond des mers
-Monsieur ce sont les dents
Pour Chercher des oursins.
Les dents de l’océan
Qui mordent les rochers Jacques Prévert
Sans avoir soif ni faim
Et sans férocité
Jean Tardieu

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Le givre (10 points) Tu me grondes (6 points)


Mon Dieu ! Comme ils sont beaux Parce que j'ai les doigts
Les tremblants animaux De toutes les couleurs
Que le givre fait naître Noir-polar
La nuit sur ma fenêtre. Ou jaune-sable des squares
Parfois blanc-banquise
Ils broutent les fougères Ou rouge-révolution
Dans un bois plein d’étoiles Et même bleu-contusion
Et l’on voit Tu me grondes
La lumière Et tu te trompes
A travers les corps pâles. Mes doigts je les ai trempés
Il y a un chevreuil Dans l'amitié
Qui me connaît déjà ; Des mains
Il soulève pour moi Des enfants
Son front d’entre les feuilles. Du quartier
Et quand il me regarde Des enfants
Ses grands yeux sont si doux Du monde entier
Que je sens mon cœur battre
Et trembler mes genoux. Joël Sadeler
Laissez-moi , o Décembre !
Le chevreuil merveilleux L'anneau (6 points)
Je resterai sans feu
Dans ma petite chambre. Pour les fiançailles d’amour
Maurice Carême Des peuples redevenus frères
Les hommes construiront un jour
Par-dessus continents et mers
Le petit chat (10 points) Par-dessus rives et rivières
Un pont sans arches ni piliers
Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
Un pont qui tiendra dans les airs
Le frôle ; puis à coups de langue très petits
Sans aide aucune à rien lié
Il le lampe : et dès lors il est à son affaire.
Comme un grand arc-en-ciel de pierre
Et l’on entend pendant qu’il boit , un clapotis.
Qui fera le tour de la Terre.
Il boit , bougeant la queue , et sans faire une pause ; Marcel Béalu
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rèche et rose
Partout , bien proprement débarbouillé le plat. La ronde (6 points)

Alors , il se pourlèche un moment les moustaches, Si toutes les filles du monde voulaient
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini ; s'donner la main, tout autour de la mer
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques elles pourraient faire une ronde.
tâches, Si tous les gars du monde voulaient
Il relustre avec soin son pelage terni. bien êtr'marins, ils f'raient avec leurs
barques un joli pont sur l'onde.
Edmond Rostand Alors on pourrait faire une ronde autour
du monde, si tous les gens du monde
voulaient s'donner la main.

Paul Fort

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le scarabée (16 points) En dépit de mes cheveux blonds


(12 points)
Il était une fois un scarabée doré Mes frères
A tête noire En dépit de mes cheveux blonds
Que toute la forêt Je suis asiatique
Avait pris pour bête noire. En dépit de mes yeux bleus
Chaque fois qu’il manquait une marche à un escalier Je suis Africain
Chez moi, là-bas, les arbres n’ont pas d’ombre à
C’était évidemment la faute aux dents du scarabée. leur pied
Chaque fois que le mauvais temps tempêtait, Tout comme les vôtres, là-bas.
Le coupable à châtier, Chez moi, là-bas, le pain quotidien est dans la
C’était, encore lui, le scarabée. gueule du lion.
Et les dragons sont couchés devant les fontaines
Cela, tous les enfants, tous les animaux Et l’on meurt chez moi avant la cinquantaine
Et les enfants des enfants de tous les animaux Tout comme chez vous là-bas.
Se l’étaient répété,
Ils avaient juré de le chanter bien haut En dépit de mes cheveux blonds
Et à perpétuité Je suis asiatique.
Sur tous les toits, En dépit de mes yeux bleus
Sur toutes les radios, Je suis africain.
Même celle des oies Quatre-vingts pour cent des miens ne savent ni lire
Des ânes ou des corbeaux. ni écrire
Alors, Et cheminant de bouche en bouche les poèmes
A l’aube d’une aurore, deviennent chansons.
Le scarabée quitta cette injuste forêt et son triste Là-bas, chez moi, les poèmes deviennent drapeaux
sort, Tout comme chez vous, là-bas.
Suivant les traces d’un avion qui filait Nazim Hikmet
Vers Oulan-Bator.

Depuis, règne en ces lieux inhospitaliers Le globe (8 points)


Une terrible obscurité.
Elle ne soulève jamais ses ailes. Offrons le globe aux enfants, au moins pour un e
C’était en effet le dos doré du scarabée journée,
Qui éclairait cette forêt Donnons leur afin qu'ils en jouent comme d'un
En y reflétant la petite lumière du ciel. ballon multicolore
Pour qu'ils jouent en chantant dans les étoiles.
Alain Serres Offrons le globe aux enfants,
Donnons leur comme une pomme énorme
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu'une journée au moins, ils puissent manger à leur
faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu'une journée au moins le globe apprenne la
camaraderie.
Les enfants prendront de nos mains le globe
Ils y planteront des arbres immortels.

Nazim Hikmet

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La dernière fois (8 points) Le matin des étrennes (10 points)

– Ah! quel beau matin que ce matin des étrennes !


Je t'ai vue, la dernière fois, dans le wagon encore Chacun pendant la nuit,avait rêvé des siennes
ouvert, Dans quelque songe étrange où l'on voyait joujoux,
Parmi le troupeau effaré, les visages des enfants Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,
juifs, Tourbillonner ; danser dans une danse sonore,
Je n'ai pu te tendre la main même pour le dernier Puis fuir sous les rideaux, puis reparaitre encore !
voyage On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
Déjà le camion fermé m'emportait vers la grande La lèvre affriandée, en se frottant les yeux....
route. On allait, les cheveux emmèlés sur la tête,
Et je ne savais pas que c'était le dernier, Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours
Le dernier voyage de tous nos rêves, de fête,
Au loin les monts bleuis vers nous semblaient geler Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Et près d'eux, sur le ciel, crachaient les crématoires. Aux portes des parents tout doucement toucher...
On entrait !... puis alors les souhaits... en chemise,
Isaïe Spiegel
Les baisers répétés, et la gaieté permise !
Arthur Rimbaud
Allez Scarole (6 points)

Un escargot La pendule (8 points)


De Bourgogne
Sur une salade Je suis la pendule, tic !
De Gascogne. Je suis la pendule, tac !
Vint un escargot On dirait que je mastique
de Gascogne: du mastic et des moustiques
- Pousse-toi quand je sonne et quand je craque,
ou je te cogne ! je suis la pendule, tic !
Je suis la pendule, tac !
Bien qu'on ne J'avance ou bien je recule,
Lui ait pas parlé, tic-tac, je suis la pendule,
La salade s'exécuta; je brille quand on m'astique.
Elle se poussa Je ne suis pas fantastique
Laissant les deux bestioles mais je sais l'arithmétique,
Sans une seule feuille j'ai plus d'un tour dans mon sac,
de scarole. je suis la pendule, tic !
Je suis la pendule, tac !
Marion Zor
Pierre Gamarra

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Le chat blanc (8 points) Il y a des mots (10 points)

Un petit chat blanc Il y a des mots, c’est pour les dire,


qui faisait semblant c’est pour les faire frire,
d'avoir mal aux dents c’est pour rire.
disait en miaulant :
Il y a des mots, c’est pour les chanter,
« Souris mon amie
c’est pour rêver,
j'ai bien du souci.
c’est pour les manger.
Le docteur m'a dit :
- Tu seras guéri Il y a des mots, que l’on ramasse;
si entre tes dents des mots qui passent,
tu mets un moment, des mots qui se cassent.
délicatement,
Il y a des mots pour le matin,
la queue d'une souris ».
des mots métropolitains,
Très obligeamment
ou lointains.
souris bonne enfant
s'approcha du chat Il y a des mots épais et noir,
qui se la mangea. des mots légers pour les histoires,
des mots à boire.
Moralité :
Il y a des mots pour toutes les choses,
Les bons sentiments
pour les lèvres, pour les roses,
ont l'inconvénient
des mots pour les métamorphoses,
d'amener souvent
Si l’on ose...
de graves ennuis
aux petits enfants Georges Jean
comme-z-aux souris.

Claude Roy
Mon stylo (8 points)

Si mon stylo était magique,


L'escargot (6 points) Avec des mots en herbe,
J’écrirais des poèmes superbes,
Est-ce que le temps est beau ? Avec des mots en cage,
Se demandait l'escargot J’écrirais des poèmes sauvages.
Car, pour moi, s'il faisait beau,
C'est qu'il ferait vilain temps. Si mon stylo était artiste,
J'aime qu'il tombe de l'eau. Avec les mots les plus bêtes,
Voilà mon tempérament. J’écrirais des poèmes en fête,
Combien de gens, et sans coquille, Avec des mots de tous les jours,
N'aiment pas que le soleil brille. J’écrirais des poèmes d’amour.
Il est caché ? Il reviendra !
L'escargot ? On le mangera. Mais mon stylo est un farceur
Qui n’en fait qu’à sa tête,
Robert Desnos Et mes poèmes, sur mon cœur,
Font des pirouettes.

Robert Gélis

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Mon ours (6 points) La girafe (4 points)

Je voudrais une girafe


Il n’a plus de bouton
Aussi haute que la maison
À son pantalon.
Avec deux petites cornes
Il a perdu la ficelle
et des sabots bien cirés
Qui lui servait de bretelle.
Je voudrais une girafe
pour entrer sans escalier
On voit dépasser la paille
par la lucarne du grenier
Au niveau de sa taille.
Et on aperçoit de la mousse Madeleine Ley
Sur sa jolie frimousse.

Mais moi je l’aime pourtant Rentrée des classes (8 points)

Au moins autant qu’avant. Odeur des pluies de mon enfance,


Je l’aimerai toujours Derniers soleils de la saison !
Mon ours. À sept ans, comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances
François David Se retrouver dans sa maison !La vieille classe
de mon père,
Pleine de guêpes écrasées
Deux pigeons (4 points)
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre Amassées par tout un été !
Deux corbeaux s’aimaient d’amour noir Ô temps charmants des brumes douces,
Deux mésanges s’aimaient d’amour bleu Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Deux pies s’aimaient d’amour bavard Le vent souffle sous le préau,
Deux autruches s’aimaient d’amour lourd Mais je tiens entre paume et pouce
Deux pinsons s’aimaient d’amour gai Une rouge pomme à couteau !
Deux vautours s’aimaient eux aussi
René-Guy Cadou
Michel Besnier

Je jouais (6 points)
Je jouais à grimper à l'arc-en-ciel
comme à l'échelle Trois petits oiseaux dans les
Sur le jaune blés
j'ai cueilli des boutons d'or (4 points)
Sur l'orange
j'ai des clémentines Au matin se sont rassemblés
Sur le rouge Trois petits oiseaux dans les blés.
des framboises et des cerises
Plus haut, j'ai respiré les violettes Ils avaient tant à se dire
Dans le bleu Qu'ils parlaient tous à la fois,
j'ai coupé une fenêtre de ciel Et chacun forçait sa voix.
pour voir l'indigo Ça faisait un tire lire,
Et je suis tombé par la fenêtre Tire lire la ou la.
sur l'herbe verte.
Luce Guilbaud

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L'enfant précoce (10 points) Petite souris (10 points)

Une lampe naquit sous la mer


C’est la petite souris grise,
Un oiseau chanta
Dans sa cachette elle est assise.
Alors dans un village reculé
Quand elle n’est pas dans son trou,
Une petite fille se mit à écrire
C’est qu’elle galope partout.
Pour elle seule
Le plus beau poème
C’est la petite souris blanche
Elle n'avait pas appris l'orthographe
Qui ronge le pain sur la planche.
Elle dessinait dans le sable
Aussitôt qu’elle entend du bruit,
Des locomotives
Dans sa maison elle s’enfuit.
Et des wagons pleins de soleil
Elle affrontait les arbres gauchement
C’est la petite souris brune
Avec des majuscules enlacées et des cœurs
Qui se promène au clair de lune,
Elle ne disait rien de l'amour
Si le chat miaule en dormant,
Pour ne pas mentir
Elle se sauve prestement.
Et quand le soir descendait en elle
Par ses joues
C’est la petite souris rouge,
Elle appelait son chien doucement
Elle a peur aussitôt qu’on bouge !
Et disait
Mais, lorsque personne n’est là,
« Et maintenant cherche ta vie ».
Elle mange tout ce qu’on a.
René-Guy Cadou
Lucie Delarue-Mardrus

Dans Paris (14 points)

Dans Paris il y a une rue ;


Dans cette rue il y a une maison ;
Dans cette maison il y a un escalier ;
Dans cet escalier il y a une chambre ; La fourmi (4 points)
Dans cette chambre il y a une table ;
Sur cette table il y a un tapis ; Une fourmi de dix-huit mètres
Sur ce tapis il y a une cage ; Avec un chapeau sur la tête
Ça n'existe pas ça n'existe pas
Dans cette cage il y a un nid ;
Dans ce nid il y a un œuf ;
Une fourmi traînant un char
Dans cet œuf il y a un oiseau.
Plein de pingouins et de canards
L'oiseau renversa l'œuf ; Ça n'existe pas ça n'existe pas
L'œuf renversa le nid ;
Le nid renversa la cage ; Une fourmi parlant français
Parlant latin et javanais
La cage renversa le tapis ;
Ça n'existe pas ça n'existe pas
Le tapis renversa la table ;
Et pourquoi pas ?
La table renversa la chambre ;
La chambre renversa l'escalier ; Robert Desnos
L'escalier renversa la maison ;
La maison renversa la rue ;
La rue renversa la ville de Paris.
Paul Éluard

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La grenouille aux souliers L'école (12 points)


percés
(8 points) Dans notre ville il y a
Des tours, des maisons par milliers,
La grenouille aux souliers percés Du béton, des blocs, des quartiers,
A demandé la charité Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
Les arbres lui ont donné Tout bas.
Des feuilles mortes et tombées
Les champignons lui ont donné Dans mon quartier, il y a
Le duvet de leur grand chapeau Des boulevards, des avenues,
L'écureuil lui a donné Des places, des ronds-points, des rues
Quatre poils de son manteau Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
L'herbe lui a donné Tout bas.
Trois petites graines.
Le ciel lui a donné Dans notre rue il y a
Sa plus douce haleine Des autos, des gens qui s'affolent,
Mais la grenouille demande toujours, Un grand magasin, une école,
Demande encore la charité Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
Car ses souliers sont toujours, Tout bas.
Sont toujours percés.
Dans cette école, il y a
Robert Desnos Des oiseaux qui chantent tout le jour
Dans les marronniers de la cour.
Mon cœur, mon cœur, mon cœur qui bat
Les crayons (4 points) Est là.

Mais à quoi jouent les crayons Jacques Charpentreau


Pendant les récréations ?
Le rouge dessine une souris,
Le vert un soleil,
Le bleu dessine un radis,
Le gris une groseille. Mon arbre à moi (4 points)

Le noir qui n'a pas d'idée,


Fait de gros pâtés. Lorsque je le caresse,
Mon arbre apprivoisé
Voilà les jeux des crayons Se dresse
Pendant les récréations. Sur la pointe des feuilles
Dans le vent.
Corinne Albaut
Alors moi je lui cueille
Bain de soleil (4 points) Un bouquet d'oiseaux blancs
Et il remue la tête
La salle de bains est fermée à clef Heureux
Le soleil entre par la fenêtre En souriant
et il se baigne dans la baignoire D'un grand rire d'écorce
et il se frotte avec le savon Pour me faire la fête.
et le savon pleure
il a du soleil dans l'œil. Christian Poslaniec
Jacques Prévert

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J'ai trouvé dans mes cheveux L'arc-en-ciel (4 points)


(6 points)
De sa cage de nuages et de pluie
J'ai trouvé dans mes cheveux Un bel oiseau s'est évadé
Une souris bleue. pour se poser sur les doigts du soleil
Dans mes cheveux une souris bleue ? Bleu indigo violet
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux. Vert jaune orangé rouge
J'ai trouvé dans ma manche Plus un enfant ne bouge
Une souris blanche. Le bel oiseau a déployé
Dans ma manche une souris blanche ? Ses plumes sur le ciel
Dans mes cheveux une souris bleue ?
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux. Robert Besse
J'ai trouvé dans mon pantalon
Une souris marron.
Dans mon pantalon, une souris marron ?
Dans ma manche une souris blanche ? La puce (4 points)
Dans mes cheveux une souris bleue ?
Une puce prit le chien
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux.
Pour aller de la ville
J'ai trouvé dans mon oreille
Au hameau voisin
Une souris groseille.
A la station du marronnier
Dans mon oreille, une souris groseille ?
Elle descendit
Dans mon pantalon, une souris marron ?
Vos papiers dit l’âne
Dans ma manche une souris blanche ?
Coiffé d’un képi
Dans mes cheveux une souris bleue ?
Je n’en ai pas
Encore bien heureux qu'il n'y en ait pas deux.
Alors que faites-vous ici ?
Je suis infirmière
Claude Roy
Et fais des piqûres
A domicile.
Robert Clausard

Le rêve de la lune (6 points)

Si la Lune brille Cheval bleu (6 points)


Quand tu dors,
J’avais un petit cheval bleu
C'est pour planter
Qui se promenait dans ma chambre
Des milliers de soleils pour demain.
En liberté, crinière longue
Si tout devient silence
Et des rayons sur ses sabots.
Quand tu dors,
C'est pour préparer Il galopait sur le bureau
Le chant des milliers d'oiseaux Sur les bouquins de l’étagère.
Et dorer les ailes des libellules. Il galopait, tête levée
Si la Lune tombe dans tes bras Sur la steppe blanche des draps.
Quand tu dors,
Il vivait d’un reflet
C'est pour rêver avec toi
S’endormait chaque nuit
Des milliers d'étoiles.
Dans le creux de mes mais
Comme font les oiseaux
Marie Botturi
Madeleine Riffaud

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S'essouffler (10 points) Conversation (8 points)

Ah fromage voilà la bonne madame Comment ça va sur la terre ?


Voilà la bonne madame au lait - Ça va ça va, ça va bien.
Elle est du bon lait du pays qui l’a fait Les petits chiens sont-ils prospères ?
Le pays qui l’a fait était de son village - Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages ?
Ah village voilà la bonne madame
- Ça flotte.
Voilà la bonne madame fromage
Et les volcans ?
Elle est du pays du bon lait qui l’a fait
- Ça mijote.
Celui qui l’a fait était de sa madame
Et les fleuves ?
Ah fromage voilà du bon pays - Ça s'écoule.
Voilà du bon pays au lait Et le temps ?
Il est du bon lait qui l’a fait du fromage - Ça se déroule.
Le lait qui l’a fait était de sa madame Et votre âme ?
- Elle est malade
Benjamin Péret le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.
Jean Tardieu
La mer (4 points)

La mer brille comme une coquille


on a envie de la pécher
la mer est verte, Araignée (6 points)
elle est d'azur,
elle est d'argent Araignée grise,
et de dentelle Araignée d'argent,
Paul Fort
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Toile d'araignée
C’est demain dimanche (6 points) Émerveillement
Lourde de rosée
Il faut apprendre à sourire Dans le matin blanc!
Même quand le temps est gris
Pourquoi pleurer aujourd'hui Ouvrage subtil
Quand le soleil brille Qui frissonne et ploie
C'est demain la fête des amis Ô maison de fil.
Des grenouilles et des oiseaux Escalier de soie.
Des champignons des escargots
N'oublions pas les insectes Araignée grise,
les mouches et les coccinelles Araignée d'argent,
Et tout à l'heure à midi Ton échelle exquise
J'attendrai l'arc-en-ciel Tremble dans le vent.
Violet indigo bleu vert
jaune orange et rouge Madeleine Ley
Et nous jouerons à la marelle
Philippe Soupault

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Chanson du chat (12 points) Monsieur chat (2 points)

Accroupi
Chat, chat, chat,
Près
Chat noir, chat blanc, chat gris
Du
Charmant chat couché
Bocal
Chat, chat, chat,
Monsieur Chat
N'entends-tu pas les souris
Les yeux à demi fermés
Danser à trois des entrechats
Dit :
Sur le plancher ?
Je n’aime pas
Le bourgeois ronfle dans son lit,
Le poisson.
De son bonnet de coton coiffé,
Et la lune regarde à la vitre. Paul Claudel
Dansez souris, dansez jolies,
Dansez vite
En remuant vos fines queues de fées. La mer s'est retirée (4 points)

Dansez sans musique tout à votre aise, La mer s'est retirée,


A pas menus et drus, Qui la ramènera ?
Au clair de lune qui vient de se lever, La mer est démontée,
Courez; les sergents de la ville dans la rue Qui la remontera ?
Font les cent pas sur le pavé ; La mer est déchaînée,
Et tous les chats du vieux Paris Qui la rattachera ?
Dorment sur leurs chaises Un enfant qui joue sur la plage
Chats blancs, chats noirs ou chats gris. Avec un collier de coquillages.
Tristan Klingsor Jacques Charpentreau

Petite pomme (10 points)

Soir (4 points)
La petite pomme s'ennuie
Les étoiles dorment. De n'être pas encore cueillie.
Le soir a cueilli Les autres pommes sont parties,
Par tous les étages Petite pomme est sans amie.
Un bouquet de lampes. Comme il fait froid dans cet automne !
Les jours sont courts ! Il va pleuvoir.
Au ras du trottoir Comme on a peur au verger noir
Un petit enfant Quand on est seule et qu'on est pomme.
Écarte les doigts
vers tant de lumière. Je n'en puis plus viens me cueillir,
Tu viens me cueillir Isabelle ?
La ville s’éteint Comme c'est triste de vieillir
La main se referme. Quand on est pomme et qu'on est belle.
A tous les étages Prends-moi doucement dans ta main,
Grimpe le sommeil. Mais fais-moi vivre une journée,
Bien au chaud sur ta cheminée
Louis Guillaume Et tu me mangeras demain.
Géo Norge

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Un enfant a dit (6 points) Le raisin (2 points)

Grappe
Un enfant a dit
de raisin
Je sais des poèmes
raisin blanc
Un enfant a dit
raisin noir
Ch'sais des poasies
ou vert
un pépin
Un enfant a dit
craque
Mon cœur est plein d'elles
sous la dent
Un enfant a dit
grappe
Par cœur, ça suffit.
de raisins
grains
Un enfant a dit
de soleil
Ils en savent des choses
Un enfant a dit Anne-Marie Chapouton
Et tout par écrit.

Si l'poète pouvait L’escargot (4 points)

S'enfuir à tire-d'ailes L'escargot perdu dans la nuit


Les enfants voudraient cherche sa maison sans bruit
Partir avec lui. il ne trouve plus son chemin
mais dans les champs la lune luit
Raymond Queneau et il voit dans les sapins
qu'il a pris sa maison sur lui.
Le cheval chante (8 points) Martine Gehin
Le cheval chante.
Le hibou miaule. Les nuages blancs (2 points)
L'âne gazouille.
Le ruisseau hennit. Les nuages blancs
se laissent porter
- C'est bien, mon enfant : joue avec les mots. comme des enfants
- Le triangle est rond. et rêvent qu'ils font
La neige est chaude. et font en rêvant
Le soleil est bleu. le tour de la terre
La maison voyage. Gilbert Cesbron
- Tu as de la chance :
les mots sont amicaux L’avion (4 points)
et généreux. L'avion au fond du ciel clair
- Le poisson plane. Se promène dans les étoiles
La baleine court. Tout comme les barques à voiles
La fourchette a des oreilles. Vont sur la mer.
Le train se gratte. Les oiseaux ont peur de ses ailes,
Mais les enfants le trouvent beau,
- Je t'avais prévenu : Ce grand cerf-volant sans ficelles
maintenant les mots te mordent. Qui va si haut.
Alain Bosquet Lucie Delarue-Mardrus

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Quand automne en saison Le petit lapin (8 points)

revient (6 points)
Dans le pré qui vers l'eau dévale,
Quand automne en saison revient, Un lapin sauvage détale.
La forêt met sa robe rousse Un saut bref, un rapide élan,
Et les glands tombent sur la mousse Et montrant son panache blanc,
Où dansent en rond les lapins. Il fuit vers la forêt prochaine
Une touche de marjolaine
Les souris font de grands festins L'arrête un peu, faisant le guet.
Pendant que les champignons poussent. Il entrouvre un œil inquiet,
Ah ! que la vie est douce, douce Et, seule, son oreille bouge !
Quand l'automne en saison revient. Un bond brusque dans le foin rouge,
Et, n'entendant plus aucun bruit,
Samivel Le nez au vent, humant la nuit
Où déjà la lune se lève,
Assis sur son derrière, il rêve.

Bien au chaud (6 points) Jeanne Marvig

Dans ma maison, bien au chaud,


je vois le jour qui s'enfuit
et les étoiles là-haut
qui s'allument dans la nuit.
J'entends le vent qui s'élance Paris blanc (6 points)
entre les tuiles du toit
et les grands arbres qui dansent La neige et la nuit
à la lisière du bois. Tombent sur Paris,
Chez moi, je suis à l'abri. À pas de fourmi.
Je bois un bon lait bouillant.
Je n'ai pas peur de la pluie, Et la ville au vent
de l'hiver et du grand vent. Peint l’hiver en blanc,
À pas de géant.
Ann Rocard
La Seine sans bruit
Prend couleur d’encens
Et de tabac gris.
Le zèbre (6 points)

Le zèbre, cheval des ténèbres À l’hiver en blanc,


Lève le pied, ferme les yeux, Le temps se suspend,
Et fait résonner ses vertèbres À pas de fourmi.
En hennissant d'un air joyeux.
Au clair soleil de Barbarie, A pas de géant
Il sort alors de l'écurie Tombent sur Paris
Et va brouter dans la prairie La neige et la nuit.
Les herbes de sorcellerie.
Mais la prison sur son pelage, Pierre Coran
A laissé l'ombre du grillage.

Robert Desnos

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Pomme et poire (4 points) Caresses (2 points)

Pomme et poire Le vieux marronnier


Dans l'armoire N'aime
Ni les vacances
Fraise et noix Ni les jours fériés
Dans le bois Il préfère
Les caresses
Sucre et pain Des petites mains d'écoliers.
Dans ma main
Chantal Couliou
Plume et colle
Dans l'école

Et le faiseur de bêtises Toi-même (4 points)

Bien au chaud dans ma chemise.


C'est fou ce qu'il y a de merveilles
Luc Bérimont Dans le creux de ton oreille.
C'est fou ce qu'il y a de chemins
Dans le creux de ton poing.
C'est fou ce qu'il y a de poèmes
Dans le creux de toi-même.
Locataires (6 points)
Alain Serres
J'ai dans mon cartable
(C'est épouvantable !)
Un alligator
Qui s'appelle Hector.
Le papillon (10 points)

J'ai dans ma valise


(Ça me terrorise !) Né au pays de la soie fine
Un éléphant blanc Dans un cocon venu de Chine,
Du nom de Roland. L'Orient est peint sur ses ailes.

J'ai dans mon armoire Jaune ou bleu, vert ou vermeil,


(Mon Dieu, quelle histoire !) Il vole, il va, il vit sa vie
Un diplodocus A petits battements ravis.
Nommé Spartacus. Dans l'air doux, comme un éventail.

Mais pour moi le pire, On le voit, on ne le voit plus,


C'est sous mon chapeau Il est ici, il est là,
D'avoir un vampire Ou bien c'est un nouveau venu
Logé dans ma peau. Son jumeau qui passe là-bas.

Jean-Luc Moreau Ah ! Mettez au clou vos filets,


Jetez épingles et bouchons,
Laissez-le libre car il est
La poésie, le papillon !

Marc Alyn

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École publique mai 2006, dernière actualisation en août 2009

Le soleil dit bonjour (4 points) Sept couleurs magiques (6 points)

Rouge comme un fruit du Mexique


Bonjour, bonjour, dit le soleil
Orangé comme le sable d'Afrique
Au bon foin qui sent le pain chaud,
Jaune comme les girafes chics
À la faux qui étincelle,
Vert comme un sorbet de Jamaïque
À l'herbe et aux coquelicots.
Bleu comme les vagues du Pacifique
Indigo comme un papillon des Tropiques
Bonjour, bonjour, dit le soleil,
Violet comme les volcans de Martinique
Il fait chaud et il fait beau.
Qui donc est aussi fantastique ?
Le monde est plein de merveilles.
Est-ce un rêve ou est-ce véridique ?
Il fait bon se lever tôt.
C'est dans le ciel magnifique
Claude Roy L'arc aux sept couleurs magiques.
Mymi Doinet

Moi j'ai toujours peur du vent


(2 points)
Moi j'irai dans la lune (10 points)
Me voici Moi, j'irai dans la lune
Mes poches Avec des petits pois,
Bourrées de cailloux Quelques mots de fortune
Pour rester avec vous Et Blanquette, mon oie.
Ne pas m'envoler dans les arbres
Nous dormirons là-haut
Paul Vincensini Un p'tit peu de guingois
Au grand pays du froid
Où l'on voit des bateaux
Retenus par le dos.
J'aime ma maison (4 points)
Bateaux de brise-bise
Dont les ailes sont prises
J'aime ma maison chaude
Dans de vastes banquises
L'hiver quand le vent rôde.
Et des messieurs sans os
Remontent des phonos.
Le printemps y pénètre
Par toutes les fenêtres Blanquette sur mon coeur
M'avertira de l'heure :
Sous le soleil qui sèche, Elle mange des pois
L'été, comme elle est fraîche ! Tous les premiers du mois.
Elle claque du bec
Elle est douce en automne
Tous les minuits moins sept.
Dans le parfum des pommes
Pas besoin de fusée
Je t'aime bien, maison
Ni de toute une armée,
Souriant aux saisons.
Je monte sur Blanquette
Louis Guillaume Hop ! on est arrivé .
René de Obaldia

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N'écoute pas (6 points) Danse (8 points)

Qui danse parmi le thym ?


N'écoute pas
Est-ce un rayon, un lutin,
celui qui répète ,
Peut-être un petit lapin ?
à part peut-être le ruisseau
qui murmure la vie.
Est-ce une abeille en maraude,
Une couleuvre qui rôde,
Ne redis pas
Un lézard couleur d'émeraude ?
ce que le vent t'a soufflé,
à part peut-être la liberté
Je ne sais. Mais je sais bien
puisqu'il court après .
Que tout danse ce matin
Parmi les touffes de thym,
Ne crains pas
les montagnes qui ne t'ont pas cru,
Que l'esprit est une abeille,
à part peut-être ton cœur
Un subtil lézard qui veille,
qui bat pour l'heure.
Un lutin qui s'émerveille,
Alain Serres
Ou bien ce petit lapin
Qui joue et bondit soudain
Parmi les touffes de thym.
Cécile Périn
L’échelle (6 points)

Il mit le premier pied Triangles (6 points)

Sur le premier barreau. Isocèle

Il mit le second pied J'ai réussi à mettre


Sur le second barreau. Un peu d'ordre en moi-même.
J'ai tendance à me plaire.
J’y suis arrivé,
Dit-il. Il monta encore. Équilatéral
Le soleil se fit proche. Je suis allé trop loin
Il continua de monter. Avec mon souci d'ordre
Rien ne peut plus venir
Ses jambes tremblaient.
Lentement il montait.
Rectangle
Il n’avait pas peur. J'ai fermé l'angle droit
Aller plus haut, dit-il. Qui souffrait d'être ouvert
En grand sur l'aventure.
Mohammed Dib
Je suis une demeure
Où rêver est de droit.

Eugène Guillevic

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Parallèles (6 points) J’aime l’araignée et j’aime l’ortie


(16 points)
On va, l’espace est grand,
On se côtoie,
On veut parler. J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Mais ce qu’on se raconte Parce qu’on les hait ;
L’autre le sait déjà, Et que rien n’exauce et que tout châtie
Car depuis l’origine Leur morne souhait ;
Effacée, oubliée,
C’est la même aventure. Parce qu’elles sont maudites, chétives,
En rêve on se rencontre, Noirs êtres rampants;
On s’aime, on se complète. Parce qu’elles sont les tristes captives
On ne va plus loin De leur guet-apens ;
Que dans l’autre et dans soi.
Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ;
Eugène Guillevic O sort! Fatals nœuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux ;
Le vent (8 points)
Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Sur la bruyère longue infiniment, Parce qu’elles sont toutes deux victimes
Voici le vent cornant novembre ; De la sombre nuit.
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent Passants, faites grâce à la plante obscure,
Qui se déchire et se démembre, Au pauvre animal.
En souffle lourd battant les bourgs. Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Voici le vent, Oh ! Plaignez le mal !
Le vent sauvage de novembre. Il n’est rien qui n’ai sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Le vent rafle le long de l’eau, Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
Les feuilles mortes des bouleaux, De les écraser,
Le vent sauvage de novembre;
Le vent mord dans les branches, Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe,
Des nids d’oiseaux. Tout bas, loin du jour,
La mauvaise bête et la mauvaise herbe
Sur la bruyère, infiniment, Murmurent : Amour !
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant novembre. Victor Hugo

Émile Verhaeren

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Tout près du lac (12 points) Dans ma maison (22 points)

Tout près du lac filtre une source, Dans ma maison vous viendrez
Entre deux pierres, dans un coin; D’ailleurs ce n’est pas ma maison
Allègrement l’eau prend sa course Je ne sais pas à qui elle est
Comme pour s’en aller bien loin. Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne
Elle murmure : Oh ! quelle joie ! Seulement des piments accrochés au mur
Sous la terre il faisait si noir ! blanc
Maintenant ma rive verdoie, Je suis resté longtemps dans cette maison
Le ciel se mire à mon miroir. Personne n’est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Les myosotis aux fleurs bleues Je vous ai attendu
Me disent : Ne m’oubliez pas !
Les libellules de leurs queues Je ne faisais rien
M’égratignent dans leurs ébats ; C’est à dire rien de sérieux
Quelquefois le matin
A ma coupe l’oiseau s’abreuve; Je poussais des cris d’animaux
Qui sait ? – Après quelques détours Je gueulais comme un âne
Peut-être deviendrai-je un fleuve De toutes mes forces
Baignant vallons, rochers et tours. Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
Je broderai de mon écume C’est très intelligents les pieds
Ponts de pierre, quais de granit, Ils vous emmènent très loin
Emportant le steamer qui fume à l’océan où Quand vous voulez aller très loin
tout finit. Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Théophile Gautier Ils restent là ils vous tiennent compagnie

Et quand il y a de la musique ils dansent


On ne peut pas danser sans eux
Voici que la saison (6 points) Faut être bête comme l’homme l’est si souvent
Pour dire des choses aussi bête
Que bête comme ses pieds gai comme un
Voici que la saison décline,
pinson
L’ombre grandit, l’azur décroit,
Le pinson n’est pas gai
Le vent fraichit sur la colline,
Il est seulement gai quand il est gai
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.
Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
Est-ce qu’on sait ce qu’est un pinson
Aout contre septembre lutte;
D’ailleurs il ne s’appelle pas réellement comme
L’océan n’a plus d’alcyon;
ça
Chaque jour perd un minute,
C’est l’homme qui a appelé cet oiseau comme
Chaque aurore pleure un rayon.
ça
Pinson pinson pinson pinson
La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond;
Et comme un blanc flocon de neige, Jacques Prévert
Petit à petit, l’été fond.

Victor Hugo

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