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Revue des Études Augustiniennes, 37 (1991), 339-368

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1990

Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine
depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de
Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert.,
qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu.
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Mlle Juliette Ernst, M.
Pierre-Paul Corsetti et M. Louis Brix nous ont fourni de précieuses indications biblio-
graphiques. M. Philippe Noble et le P. Joseph Wolinski ont bien voulu recenser des travaux
écrits en néerlandais et en polonais. A tous, nous exprimons notre très vive gratitude.
René BRAUN — Simone DELÉANi — François DoLBEAU
Jean-Claude FREDOUiLLE — Pierre PETTTMENGDVi

BIBLIOGRAPHIE

1. MATTEI (Paul), Bibliographie sélectivepour les Agrégations de Lettres et de Grammaire-


Tertullien, «De cultufeminarum», «Depatientia» — L'information littéraire, 42, 1990, p. 36-
37.
Abondante bibliographie raisonnée à l'usage des candidats et plus encore, sans doute, de
leurs professeurs. P. P.

ÉDITIONS

2. TERTULLIEN, Contre Marcion. Tome I (livre I). Introduction, texte critique, traduction et
notes par René BRAUN, Paris : Éditions du Cerf, 1990, 315 p. (Sources chrétiennes, 365).
Depuis le début de ce siècle, le Contre Marcion, qui représente à lui seul un cinquième de
l'œuvre conservée de Tertullien, a suscité d'importants travaux en Allemagne : l'édition d'E.
Kroymann (CSEL 47 ; 1906) et l'étude d'A. Bill sur le livre I (TU 38, 2 ; 1911) ; en Suisse : la
thèse d'E. Bosshardt (1921) sur l'originalité et la probité de cette réfutation du marcionisme ;
aux Pays-Bas : la thèse de G. Quispel sur les sources du traité (1943) et le commentaire des
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livres I et II par E. P. Meijering (1977) ; en Italie : l'édition (1971) et la traduction (1974) dues
à C. Moreschini ; en Angleterre enfin, avec le texte édité et traduit par E. Evans (1972).
Curieusement les savants français, qui ont tant fait pour l'étude de notre auteur, brillaient par
leur absence, si Ton excepte R. Braun qui avait trouvé dans ce traité une des sources
essentielles de son Deus Chrisîianorum (1962 ; 19772). Tous se réjouiront que ce maître de nos
études ait décidé de donner une nouvelle édition de l'Anti-Marcion, qui s'annonce comme
fondamentale.
Le premier volume comprend plusieurs étages, comme une fusée. Une partie de
l'introduction concerne toute l'œuvre, celle qui traite de sa genèse, puis de sa transmission (ce
second chapitre est dû à C. Moreschini, qui doit procurer l'édition des livres IV et V). Ensuite
R. B. présente les deux premiers livres, étroitement liés puisque le premier s'en prend au Dieu
supérieur qui d'après Marcion se serait révélé en Jésus-Christ, et montre qu'il n'a pas existé,
tandis que le second réhabilite le Dieu de l'Ancien Testament, ce Créateur qui loin d'être un
démiurge subalterne est en fait le Dieu unique. Viennent ensuite le texte critique et la traduction,
avec trois niveaux de commentaires : les notes en bas de page sont en effet complétées, en fin
de volume, par 55 notes critiques qui justifient l'établissement du texte ou sa traduction, ainsi
que par 21 notes complémentaires où R. B. traite, avec l'ampleur voulue, de problèmes aussi
divers que la description du Pont dans le prologue de l'œuvre (I, 1, 4) ou l'interprétation
naturaliste des dieux païens en I, 13, 4-5. Cette souplesse d'organisation permet une réussite
typographique, la correspondance presque parfaite entre le texte latin et la traduction française.
L'introduction, qui va droit à l'essentiel (par ex. pour la présentation d'ensemble de
Marcion et de sa doctrine, on est simplement renvoyé à l'édition de Cam par J.-P. Mahé, SC
216, p. 69-93), témoigne d'une rare maîtrise. Les trois éditions du traité, dont l'amélioration
progressive avait frappé Jérôme (in Abd., prol. ; CCL 76, p. 350, 1. 57-58) sont présentées
avec clarté : d'abord un premier essai, «opus quasi properatum», en 203-204 ; puis une
rédaction plus ample, «plenior compositio», sans doute en deux livres, dont un faux frère
donna une édition pirate vers 205-206 (le terme amittere, utilisé en I, 1, 1 et III, 1, 1, serait-il
l'équivalent 'en creux' de edere ?) ; enfin une refonte complète qui a dû s'étaler de 207-208
jusqu'à 211 ou 212. Le texte actuel du traité conserve des traces de rédactions antérieures,
comme l'avait brillamment démontré J.-C1. Fredouille pour un développement consacré au
mariage (I, 29, 2-5 ; cf. RÉAug, 13, 1967, p. 1-13). R. B. établit la probabilité d'autres
remaniements, en particulier au livre II.
Tout ce qui est dit de l'organisation des deux livres, - de leur démarche purement
rationnelle, basée sur l'alliance d'<<idees communes» et d'«argumentationsjustes» préparant «la
foi à entendre l'appel des Écritures» (I, 16, 2), - de leurs sources, - de leur orchestration
polémique et rhétorique, est à la fois concis et précis : c'est un exposé à lire et à relire. Les
pages un peu rapides consacrées à la langue (p. 74-75) seront utilement complétées grâce aux
index qui embrasseront la matière des trois premiers livres. L'étude minutieuse de toutes les
indications par lesquelles Tertullien souligne son raisonnement permet de dégager un plan très
exact, qui facilite beaucoup la lecture du traité. La présentation de la tradition manuscrite
reprend les résultats des études de C. Moreschini, sans apporter de nouveautés. La lecture de la
collation du Codex Diuionensis faite par Claude de Saumaise dans les marges de son
exemplaire de travail (une édition de Pamèle-Dujon ; Paris, B. N., Réserve C. 300) nous a
confirmé, si besoin était, que D est une copie de M, qui s'en distingue par des fautes propres (I,
1, 3 de caelo quoque M : quoque de caelo D ; I, 5, 5 : uanitatem M : -tati D) et parfois par des
restitutions heureuses (I, 1, 2 frequentia emendationis ; mais n'y a-t-il pas déjà dans M un
hyphen qui corrige la mauvaise coupure ?). On regrettera quelques imprécisions : p. 22, le
monastère de Gorze est situé en Lorraine près de Metz ; Beatus Rhenanus n'a pas vu lui-même
le codex Gorziensis, mais a pu disposer d'une collation grâce à l'entremise du juriste Claude
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Chansonnette (cf. R3, f. a*2r°) ; p. 28 : l'édition de Pamèle est parue non en 1579, mais en
1583/84 ; sous «Francesco Iunius», on reconnaîtra le théologien réformé François Dujon.
L'éditeur donne sa préférence au manuscrit de Montpellier (M ; Xle siècle) plutôt qu'à
l'autre branche (ß) descendant d'un Hirsaugiensis perdu que l'on peut reconstituer à partir de
deux manuscrits du XVe siècle (FX = y) et de l'édition princeps due à Rhenanus (R1). On
comprend qu'il ne signale pas une variante propre à F ou kX contre l'ensemble des autres
témoins, - ou même propre soit à FX soit à R1 (toujours contre l'ensemble des autres témoins):
en ce cas, la leçon de l'archétype est garantie par l'accord de MR contre FX, ou de MFX contre
R1. En revanche, il est plus gênant que, si la tradition se partage en deux branches, la leçon non
retenue soit entièrement passée sous silence (ainsi I, 16, 2 sucidis M : siccis yR1) ; en cas de
doute, on fera bien de se reporter à l'édition Moreschini dont l'apparat est plus complet.
Cette remarque de principe n'entache d'ailleurs pas du tout la qualité du texte établi par R.
B. avec beaucoup de discernement. Pour les passages vraiment délicats, il cite et discute les
interprétations proposées par les différents traducteurs (sauf H. Kellner, dont il adopte pourtant
une conjecture en I, 18, 3). Tous les éléments du dossier étant réunis, une parfaite connaissance
de la pensée et de la langue de Tertullien lui permet de dégager la bonne solution, qui est parfois
une conjecture nouvelle, comme en I, 3, 2 ipsa deus ; I, 4, 2 non homo (nous rédigerions ainsi
l'apparat : «non homo scripsi : nostro My nostra R non ita Vrs») ; I, 11, 3 Creatoris ; I, 28, 4
sanctam qua, etc. (certaines corrections avaient déjà été présentées dans RSLR 21, 1985, p. 49-
55 ; cf. Chron. Tert. 1985, n° 13). On est presque gêné de signaler deux fautes d'impression -
1, 1, 3 erwbescunt ; I, 24, 7 at nunc ; il y en a un peu plus dans les textes français, en particulier
un 'Hyppolyte' qui paraît p. 102, n. 1 et p. 110, n. 1) - et une étrange interversion : I, 25, 4
(p. 224,1. 26) autem Mß : enim Br ; I, 25, 6 (p. 224,1. 39) enim MXR1 (om. F) : autem Br.
Parfois on a des doutes sur la ponctuation retenue : en I, 29, 4 «incestam, sacrilegam» ne
correspond pas à la traduction ; en I, 18, 1 «processerit, age, iam in notitiam» méconnaît la
prédilection de Tertullien pour age iam (ou age nunc) relevée par G. Thörnell, Studia
Tertullianea, IV, Uppsala, 1926, p. 86-87 ; en I, 7, 7, le morcèlement en trois phrases «Duo
enim sunt. Quod pertineat proprie ad numeri retractatum. Quanquam etc. » donne à la tournure
quodpertineat ad..., fréquente chez Tertullien (cf. Fug 12, 1 ; Mon 4, 2 ; 7, 6 ; Virg 6, 3 ; lei
2, 1 ; 10, 1), une autonomie qu'elle n'a jamais ailleurs. Nous garderions la ponctuation
traditionnelle avant Kroymann («sunt, quod») et comprendrions : «En effet ils (ces dieux) ne
sont pas deux, pour en terminer précisément avec l'examen de leur nombre».
Pour rendre la logique d'un texte aussi dense, R. B. a dû quelquefois être moins concis que
son modèle ; ainsi, en I, 22, 1 relaxata praescriptionum defensione devient «en relâchant
l'argument défensifdes objections de principe préalables». On ne se plaindra pas d'être guidé
pas à pas par un guide aussi prévenant et compétent. Quelques mots cependant ne paraissent
pas rendus avec la précision habituelle du traducteur : I, 2, 3 purae ; 9, 7 ipsorum quoque ; 11,
7 deum eî illum ; 17, 2 potuerit ; 26, 2 et nunc. En I, 1, 3 «Pontus qui Euxinus», R. B. fait de
qui un indéfini (= quis), mais dans tous les exemples qu'il cite p. 250, qui précède le substantif
au lieu de le suivre. En I, 27, 5 aliud est si pourrait se traduire par «à moins bien sûr que» ; cf.
G. Thörnell, Studia Tertullianea, I, Uppsala, 1918, p. 65-66.
Les notes constituent un véritable commentaire : vocabulaire, notions philosophiques,
raisonnements, sources, realia, tout ce qui peut faire difficulté est éclairé par des remarques
judicieuses et parfaitement au courant des problèmes et de la bibliographie. Voici, en
témoignage de gratitude, quelques notes de lecture. I, 1, 4 laciniatur (p. 251) : en Iud 9, 6, la
leçon originale du Paterniacensis (f. 94r0) est bien laciniare ; le second / a été gratté, et
Rhenanus a rajouté un n, d'où la forme lancinare, reprise dans l'édition princeps. - I, 2, 1
«tamquam duas Symplegadas naufragii sui» : Jérôme s'inspire-t-il de ce passage en adu. Iouin.
1, 36 (PL 23, 260A) «quasi inter duos scopulos et quasdam necessitatis et pudicitiae
ou^RX^ya5ac>> et in Is. 4, prol. (CCL 73, p. 128, 1. 7-8) «quasi inter duas maris Pontici
342 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
oufjLRX^Y<*$ac>> ? Marc I ne semble avoir eu aucune influence ; en tout cas, R. B. n'en signale ni
imitation ni citation. - 1 , 11, 7 «tertium cessat» : cette façon d'exprimer une exclusion logique
réapparaît au moins chez Pélage, trin.,fragm. 1 (PLS 1, 1546) : «ut euidentius loquar omne,
quod essentialiter est, aut deus est aut quod a deo factum est ; tertium cessat». - 1 , 13, 5 «una
tetraonis pinnula» : fallait-il préciser qu'il ne s'agit pas ici du grand tétras des Alpes, mais du
petit coq de bruyère, ou tétras lyre (cf. J. André, Les noms d'oiseaux en latin, Paris, 1967, p.
152) ? - I, 16, 4 «(Creatorem) condidisse quemadmodum et uitam et mortem, et mala et
pacem» : il y a sans doute un écho de Deut. 32, 39, évoqué quelques lignes plus haut (cf. Marc
II, 14, 1 : «mortificans sed et uiuificans»). - I, 20, 4 «per Esaiam : Vetera transierunt, inquit,
ecce noua quae ego nunc facio» : comme en Marc IV, 1, 6, Tertullien fond // Cor. 5, 17 et Is.
43, 18-19 , voir nos Recherches sur les citations d'Isaïe chez Tertullien [cf. Chron. Tert. 1987,
n° 19], p. 30-31. - 1 , 29, 8 «O dee haeretice» : le vocatifdee n'est pas tout à fait inusité ; cf.
TLL, t. V 1, c. 885,1. 73-75. — Signalons pour terminer que, le tome II étant déjà paru, on a
bon espoir de voir s'achever dans des délais raisonnables l'édition monumentale entreprise par
R. Braun. P. P.

3. TERTULLIANO, Scorpiace, a cura di Giovanna AzzALi BERNARDELLi, Firenze : Nardini,


1990, 338 p. (Biblioteca patristica, 14).
Préparée par d'importantes études (cf. Chron. Tert. 1980, n° 17 ; 1987, n° 35, et ici même
les n os 17 et 32), cette édition était attendue avec impatience. Lorsqu'on a mentionné la thèse
présentée par P. Vinceneux en 1899 à la Faculté de théologie catholique de Lyon, «Les
adversaires du martyre. Étude sur le Scorpiaque de Tertullien» (64 p. multigraphiées), une
étude rapide d'E. Buonaiuti (1927) et un article retentissant de T. D. Barnes (1969), on a fait à
peu près le tour de la bibliographie consacrée depuis un siècle au Scorpiace. Le beau travail de
G. A. B. va rendre plus aisément accessible cet antidote contre le venin des hérétiques,
Valentiniens en particulier, qui niaient l'utilité et la nécessité du martyre. La publication des
textes gnostiques découverts à Nag Hammadi, auxquels l'A. fait naturellement référence,
permet de mieux comprendre, de l'intérieur, une doctrine que l'on ne connaissait que par des
extraits et des réfutations. Une analyse très intéressante (p. 22-24 et 264-265) de l'exégèse de
Matth. 10, 32-33 proposée par Héracléon (= Clément d'Alexandrie, Strom. 4, 9, 71-72) et de
sa critique par Tertullien (Scorp 9, 8-11) montre tout le profit qu'on peut espérer de telles
confrontations.
On a beaucoup discuté de la date du traité, en fonction de la présence ou de l'absence de
thèmes proprement montanistes : d'après G. A. B., ce serait une œuvre 'cryptomontaniste'
datée de 212 (elle défend cette thèse dans un article de VHommage à René Braun, qui sera
recensé dans la Chron. Tert. de l'an prochain). Le plan dégagé aux p. 33-37 nous semble
mieux 'coller' au traité que celui proposé par Barnes (JThS N. S. 20, 1969, p. 109-110).
Toutefois il aurait sans doute été possible de souligner davantage, soit en introduction soit dans
les notes, les articulations et les renvois qui scandent le déroulement du Scorpiace. Ainsi à «qui
legeris, biberis. Nec amarumpotio...» (fin de l'exorde, en 1, 12) répond la conclusion «nisi si
qui non hanc nostram ex ñdepraebiberit uel etiam superbiberitpotionem» (15, 7). L'image de
l'attaque par les scorpions (1, 5-10) est reprise en 5, 1 («Occursum est huic plagae. In alium
ictum consideremus») et 7, 1 («incutiat adhuc scorpio»). La formule qui introduit
l'enseignement des apôtres (12, 1 «an et aliter quam sentiunt scribunt, fallaciae magistri non
ueritatis») trouve un écho dans celle qui précède le rappel de leurs épreuves (15, 1 «ita uero sit
ut recedant a litteris suis sensus. Quae tamen passos apostolos scimus, manifesta doctrina est»).
Le lecteur rudis aimerait être guidé par une signalisation plus claire, peut-être par des sommaires
de chapitres comme dans les éditions de J. H. Waszink, ou par des intertitres et des notes
d'orientation comme dans le Contre Marcion de R. Braun (dans le même esprit, mais à un tout
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 343
autre niveau, on regrettera l'absence de ces titres courants qui rendent si maniables les volumes
de la collection «Sources chrétiennes»).
L'édition, comme celle de Reifferscheid (CSEL 20, 1890), se fonde sur YAgobardinus (A ;
IXe siècle) et sur l'édition princeps (Paris, 1545 ; B). G. A. B. a publié ailleurs les résultats de
sa nouvelle collation de A, qui marque un progrès appréciable (voir infra n° 17). Il est étrange
que, dans son édition, elle ait gardé presque à l'identique les résultats de son prédécesseur. Elle
signale bien en 15, 3 la nouvelle lecture commentariis eriperit (qu'elle corrige avec raison en
eripuerii), mais beaucoup d'autres découvertes sont passées sous silence : par ex. en 12, 5
timoris reputat au lieu de timore[m puniat] aurait sûrement mérité un commentaire. On
comprend que G. A. B. ait décidé d'omettre les variantes orthographiques de B, mais d'autres
(auxquelles elle fait parfois référence dans ses notes) auraient dû figurer dans l'apparat, ainsi 1,
11 «degustata ... martyria» (AB ; c'est d'ailleurs le texte traduit, justifié dans les notes) ; 2, 1
«martyrii» (sans doute le bon texte : martyri, que donne A, est sans autre exemple, au moins
chez Tertullien) ; 2, 3 «adglutinaberis» ; 3, 4 «pollutis» ; 6, 8 «nihil carius» ; 8, 7 «Danielem»
(Danielum, de A, est possible ; cf. in Danielo, bien attesté en Iud 8, 2 et 16) ; 10, 4
«Ariadnen» ; 10, 7 «uestras» (A offre la bonne leçon uestri, qu'il faut rapporter non pas à
portas, mais kprincipes [= Ps. 24, 7 oi äpxovT£c ùp-wv]) ; 12, 1 «Petro lacobo Iohanni» (ordre
de Matth. 17, 1) ; 13, 10 «institit» (leçon préférée à instat de A dans Problemi e proposte...
[voir Chron. Tert. 1980, n0 17], p. 36).
A la différence du texte lui-même, d'une parfaite correction (seules bavures, minimes : la
forme «presides» en 9, 4 et la virgule en 12, 8 «in nomine, dei»), l'apparat comporte quelques
fautes d'impression (lire en 6, 6 praescribes B ; 13, 3 perfic/t B) ou d'étourderie (5, 6 exedi
Van der Vliet : ajouter 'extendi AB1 ; 10, 11 quos A : quas AB ne peut être exact). Un accident
typographique a remplacé les citations bibliques de la p. 151 par celles de la p. 157, mais elles
figurent bien dans l'index. Il n'y a pas d'apparat de testimonia. Les indications, fort utiles,
données dans les notes, mériteraient d'être complétées. Ainsi une utilisation de 5, 5-6 et 9 par
Lucifer de Cagliari, Moriend. 13 avait été signalée par G. F. Diercks (CCL 8, p. 295,1. 40-
50), et déjà par J. Van der Vliet, Studia Ecclesiastica, I, Leyde, 1891, p. 45-46. Un
rapprochement entre 1, 1 et Isidore, Orig. 12, 4, 3 «quorum (i. e. serpentes) tot uenena quot
genera, tot pernicies quot species, tot dolores quot colores habentur» est dû à M. Klussmann,
Excerpta Tertullianea in Isidori Hispalensis Etymologiis, Hamburg, 1892, p. 25. On ajoutera
une imitation de 6, 1 «euulsum enim hominem de diaboli gula per fidem iam et inculcatorem
eius uoluit efficere per uirtutem» dans le sermon pseudo-augustinien 226, 2 (PL 39, 2163 = 57,
716A) «uoluisti enim hominem non tantum de diaboli potestate eruere per fidem sed
inculcatorem eius interficere per uirtutem».
L'intelligence du texte est facilitée par une bonne traduction et par un commentaire perpétuel
qui occupe presque la moitié du volume (p. 169-308). On trouvera côte à côte dans ces notes,
qui évoquent par moments celles d'un Pamèle, des remarques élémentaires - par ex. sur le sens
de ethnici (p. 179) - , des rapprochements très bien venus, ainsi à propos des pierres tachées
par le sang de Zacharie (p. 253), et des exposés érudits et instructifs, comme celui sur les
scorpions chez Nicandre et Pline l'Ancien (p. 170-171). Parfois on aimerait que le
commentaire soit mieux ciblé : le point en 7, 6 est de savoir si l'on offrait ou non, au IIle siècle,
des sacrifices humains à Jupiter Latiaris ; cf. J. Beaujeu ad Min. FeL, Oct., 30, 4. G. A. B. a
soigneusement dépouillé un certain nombre d'ouvrages très recommandables, comme ceux de
Teeuwen, Braun, Fredouille, O' Malley, etc., et elle les cite régulièrement, même s'ils
n'apportent pas toujours un éclairage nouveau sur les passages de Scorp auxquels ils font
référence. Il y avait d'autres sources à exploiter, par ex. pour 1, 2 «aliquid et magia
circumligat», Barnes, art. cité, p. 109, n. 2 ; pour 3, 3 «sapiens ignis», V. Bulhart, SEJG, 13,
1962, p. 61-62 ; pour 9, 3 «apostolici seminis frutices», Moingt, Théologie trinitaire, t. 4, p.
98-99 ; pour la citation de Dan. 3, 17-18 en 8, 6, O. Munnich, Studien zur Septuaginta -
344 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Robert Hanhart zu Ehren, Göttingen, 1990, p. 216, n. 183. — Compléments et critiques de
détail ne doivent pas masquer l'importance du travail de pionnier accompli par G. A. B.
Lorsqu'il sera repris dans la collection «Sources chrétiennes», nous disposerons de l'édition
défmiûveduScorpiace. P. P.

TRADUCTION

4. Le martyre dans l'Antiquité chrétienne. Textes de Tertullien, Cyprien, Origène. Paris :


Éditions Migne, 1990, 152 p. (Pères dans la foi, 4 e série, 38).
La collection «Pères dans la foi» a déjà consacré son vol. 12 aux «Premiers martyrs de
l'Église» et son vol. 13 aux «Martyrs des grandes persécutions». Le présent volume - intitulé
sur la couverture «Le martyre dans l'Église ancienne» - ouvre une nouvelle série («Les
classiques de la vie spirituelle») ; il nous propose de lire - toujours en traduction selon les
principes de la collection - des textes émanant de trois grands docteurs du IIle siècle, destinés à
encourager et soutenir dans leur foi des chrétiens persécutés et en attente du martyre. Il s'agit de
YAd martyras de Tertullien (trad, de F. Papillon), de YExhortation au martyre d'Origène (trad.
de S. Bouquet), et de divers écrits de Cyprien : Epist. 6 (trad, de N. Siarri), 10 (trad, de P.
Gauriat), 76 (trad, de F. Frémont-Vergobbi) et Ad Fortunatum (trad, de B. Landry). Tous ces
textes relèvent de la littérature parénétique, mais leur originalité vient d'être engagés dans un
contexte historique particulier d'une grande intensité humaine ; ils manifestent aussi une
commune réflexion théologique sur l'épreuve suprême comme couronnement de l'engagement
baptismal. L'introduction est due au Père Hamman qui a assuré aussi la présentation des
documents, la révision des traductions et l'annotation. Sont soulignées avec clarté, p. 10-19, les
données principales et les lignes de force de cette théologie du martyre, nourrie d'une
méditation de la Bible et de l'enseignement du Christ. L'ingénieuse réunion de ces écrits,
variations sur des thèmes identiques, permettra au lecteur de mieux saisir les traits distinctifs de
ces trois personnalités, Tertullien avec sa véhémence rhétorique, Origène avec l'enthousiasme
de sa foi portée aux spéculations mystiques, et qui ne recule pas devant les répétitions, Cyprien
avec l'ardeur de sa charité et son souci pastoral d'être efficace et toujours fidèle à la Parole (YAd
Fortunatum n'est guère qu'un recueil de testimonia bibliques).
Pour ce qui est de Tertullien, on regrettera que la traduction ne se soit pas suffisamment
souciée de faire apparaître le caractère vigoureux, nerveux, passionné de son style : elle amortit
les antithèses (ainsi, en 2, 5, pour «la renonciation à la prison dans la prison»), elle élimine les
reprises anaphoriques (celle de mundus en 2, 2-3). Elle s'éloigne trop du texte, ajoutant des
gloses (en 1, 3 inde devient «pour vous faire sortir de ce lieu de tristesse») ou, à l'inverse,
omettant des termes expressifs (en 1, 4 congressi ; en 1, 5 uilibus et effumigatus ; en 3, 5
segregantur). Plus grave, en 3, 1, p. 27 «aucun soldat ne va à la guerre au milieu de délices»
devient «aucun soldat n'a de plaisir à entrer en campagne». En 3, 5, p. 28 (en haut), la phrase,
défigurée sans doute par une haplographie, fait dire au texte que les athlètes du «siècle» essuient
toutes ces peines pour nous (les chrétiens) ! Un accident matériel du même ordre explique aussi
la présence d'une phrase inintelligible pour le texte d'Origène, § 2, p. 36 (début du 2 e alinéa).
Pour Mart 1, 5, p. 24, il aurait fallu admettre, avec Bulhart et Sciuto, la correction taediis (voir
nos arguments àznsREAug 24, 1978, p. 239-240). Certes l'objectifd'édification spirituelle est
le seul de la collection qui s'adresse à un public non spécialisé, et les minuties de l'érudition lui
sont étrangères. Reste que l'on pourra regretter des insuffisances dans l'information. Ainsi p. 9
(et p. 22), plus de prudence aurait dû être de mise quant à la participation de Tertullien à la
rédaction de la Passio Perpetuae ; p. 10, on rectifiera une affirmation, l'Africain n'ayantjamais
parlé des sept frères martyrs de Macch. II, 7 ; p. 29, n. 25, il ne s'agit pas du général Asdrubal
vaincu par les Romains en 209, mais du chef des Carthaginois lors de la troisième guerre
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 345
punique (cf. E. Païs-J. Bayet, Histoire romaine, coll. Glotz, I, Paris, 1940, p. 695). Ces
quelques remarques ne visent pas à diminuer l'intérêt d'un ouvrage porteur de beaux textes qui
répondront aux interrogations permanentes de la foi. R. B.

5. Mariage et virginité dans l'Église ancienne. Textes de Tertullien, Grégoire de Nysse,


Ambroise de Milan, Paris : Éditions Migne, 1990, 168 p. (Pères dans la foi, 4 e série, 39).
Ce volume, qui comporte une introduction, un guide thématique, un index biblique et une
bibliographie, contient, en traduction quatre textes : Deux lettres aux vierges, du Ps.-Clément
(IIle s.), A safemme, de Tertullien, Vie de Macrine, de Grégoire de Nysse et De l'instruction
d'une vierge, d'Ambroise.
La traduction du traité de Tertullien, due à F. Quéré-Jaulmes et revue par A. Hamman, est
faite non d'après l'édition récente de C. Munier (SC 273 : cf. Chron. Tert. 1980, n° 1), mais
d'après le texte de Kroymann. Indiscutablement, cette traduction est aisée et parfaitement
lisible. Elle contribuera certainement à mieux faire connaître un auteur et une pensée réputés
difficiles. Mais les latinistes et les spécialistes devront la confronter soigneusement avec le texte
latin. J.-C. F.

6. HAMMAN (Adalbert Gautier), La prière dans l'Église ancienne, Berne : P. Lang, 1989,
XLV-234 p. (Traditio Christiana; 7).
Outre plusieurs études sur le sujet, A. G. H. a déjà publié trois recueils de prières
chrétiennes anciennes. A la différence du précédent (Prières des premiers chrétiens, nouvelle
édition, 1981), celui-ci comporte une introduction, une bibliographie 'sélective', et surtout
l'original grec ou latin (quelques textes en copte ou en syriaque translittéré) ; en revanche, le
choix est sensiblement plus restreint (144 prières au lieu de 262).
Tertullien est représenté par Orat 1, 1-2 et 28, 1-4 (p. 42-47), Cyprien parDe Dom. orat. 3-
5 (p. 66-69) : si celui-ci est assez exactement traduit, on a plutôt affaire à une adaptation des
deux passages á'Orat (cf. déjà nos remarques Chron. Tert. 1982, n0 4). J.-C. F.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

7. DlHLE (Albrecht), Die griechische und lateinische Literatur der Kaiserzeit. Von Augustus
bis Iustinian, München : C. H. Beck, 1989, 651 p.
Il faut assurément une capacité de synthèse et une érudition peu communes pour être en
mesure d'embrasser dans un regard unique, et unitaire, l'ensemble de la littérature latine et
grecque d'Auguste à Justinien. Chaque auteur retrouve ainsi sa place dans l'histoire, l'histoire
politique et religieuse, celle des idées, celle de la littérature, et reçoit un éclairage multiple,
toutes les cloisons habituelles (domaine grec/domaine latin, littérature païenne^ittérature
chrétienne, etc.) étant abattues.
Pour s'en tenir à la période couverte par la présente chronique, Tertullien et Minucius Felix
occupent les pages 359-368, Cyprien est traité pages 392-398. Les divers aspects de leur œuvre
sont envisagés en termes justes et précis.
Naturellement, en parcourant un ouvrage de cette ampleur, les spécialistes pourront sur tel
ou tel point avoir un avis un peu différent de celui qui est exposé. Il m'a semblé par exemple
qu'A. D. soulignait trop l'argumentation 'juridique' de Praes. On regrettera aussi que les études
de R. Braun et de S. Deléani ne soient pas citées dans la bibliographie. Celle-ci a toutefois le
mérite d'être véritablement internationale.
346 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Ce livre est celui d'un grand savant et d'un grand humaniste. On souhaite vivement qu'il
puisse être traduit prochainement en français. Il bénéficierait d'une plus large diffusion, qu'il
mérite largement. J.-C. F.

8. MUNIER (Charles), Tertullien — Dictionnaire de Spiritualité, t. XV, 1, 1990, c. 271-295.


Cette notice est un tour de force réussi. C. M. a su, de la pensée morale de Tertullien,
donner une présentation détaillée et précise - les multiples références en font foi. Il a maîtrisé,
clarifié, une documentation étendue qui n'a rien laissé de côté de tous les travaux même les plus
récents. Tout en faisant entendre la voix des détracteurs, il a su, avec justesse et mesure,
défendre l'Africain contre les reproches auxquels l'a exposé son attitude rigoriste : il l'a replacé
dans son moment (courant encratite, facteur apocalyptique), il a souligné les durcissements
entraînés par l'adhésion au montanisme. Après le rappel des données biographiques, bien
maigres, et l'analyse de l'œuvre, l'exposé est distribué en sept chapitres : l'événement
baptismal, l'œuvre de sanctification, la règle de la moralité, les motivations morales, le combat
du chrétien, les deux cités, de la patience chrétienne au martyre. Sont ainsi éclairés tous les
aspects, tous les thèmes de cette doctrine morale et spirituelle, en un échelonnement continu qui
va de la regénération baptismale à l'épreuve suprême. Sont soulignés à la fois l'enracinement
dans la tradition chrétienne comme les influences philosophiques. Un chapitre, très riche aussi,
sur le Nachleben de cette pensée et de copieuses bibliographies terminent cette belle synthèse,
appelée à rendre de grands services pour une initiation à la place que Tertullien occupe dans le
développement spirituel de l'Église. — Trois petites remarques : c. 271, la visite à Rome n'est
nullement assurée, comme l'a montré T. D. Barnes, Tertullian, p. 243-245 (l'ouvrage, signalé
c. 293, est à citer dans sa deuxième édition, de 1985, à cause de son Postscript) ; c. 273,leDe
extasi a comportéfinalementsept livres ; c. 274, la genèse de Marc est inexactement résumée ;
c'est seulement ce qu'on appelle la seconde édition qui a paru contre le gré de l'auteur, et sans
doute vers 205-206. R. B.

9. MEULENBERG (Leo F. J.), Cyprianus. De ene bron en de vele strome, Kampen : J. H.


Kok, 1987, 102 p.
Professeur d'histoire de l'Église à l'Institut supérieur (catholique) de théologie et de
pastorat de Heerlen (Limbourg néerlandais), Leo Meulenberg a donné avec ce Cyprianus un
petit ouvrage non dénué d'intérêt, mais dont les intentions demeurent un peu vagues. Si l'on en
croit le sous-titre et la préface, l'A., qui s'adresse «à tous ceux que l'Église touche de près», a
voulu illustrer par un exemple du passé - l'épiscopat de Cyprien de Carthage, 249-258 - une
thèse applicable à l'Église d'aujourd'hui, et que l'on pourrait résumer ainsi : courants
«moderniste» et «conservateur» ont également droit de cité en son sein. «Nous espérons
montrer par ce récit», écrit-il à la fin de son avant-propos, «que l'Église des premiers jours ne
craignait pas la discussion ouverte».
L'évocation historique qui suit ne semble pas, toutefois, correspondre exactement à ce
projet. Après avoir esquissé l'organisation de l'Église primitive, plus spécialement en Afrique,
l'A. introduit son héros et passe dès lors en revue les principaux événements de l'épiscopat de
Cyprien :lapersécution de Dèce (250) et le problème de la réintégration des lapsi dans l'Église,
au sujet duquel Cyprien, plus ouvert, s'oppose à l'intransigeance de Novatien ; la peste à
Carthage ; enfin la question du second baptême imposé par certains évêques aux anciens
partisans de Novatien qui veulent revenir dans le sein de l'Église. Sur cette question, Cyprien,
favorable au second baptême, ne craint pas d'affronter l'évêque de Rome, Étienne, avec qui la
rupture est bien près d'être consommée, lorsque les deux protagonistes disparaissent coup sur
coup : Cyprien meurt en martyr lors de la persécution de Valérien.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 347
On ne saurait reprocher à l'A. de ne pas approfondir l'aspect théologique des positions de
Cyprien, notamment de sa conception du baptême. Il a choisi en effet de s'intéresser plutôt au
fonctionnement de l'institution ecclésiastique. Mais même de ce point de vue, sa présentation -
certes parfaitement documentée - des conflits qui traversent l'Église du temps se ramène
souvent à un collage de citations ou à ce qui semble être une paraphrase des sources, en
particulier de la Correspondance de Cyprien. Il faut attendre le dernier chapitre pour trouver une
amorce de discussion. — Leo Meulenberg n'a pas cherché à faire œuvre scientifique : il
s'adresse à un large public. Mais celui-ci eût été plus touché, sans doute, par une réflexion plus
personnelle. Philippe NOBLE

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE

1 0 . MATTEI (Paul), Laplace du «De monogamia» dans l'évolution théologique etspirituelle


de Tertullien — Studia Patristica, vol. XVIII, 3, Kalamazoo : Cistercian Publications ; Leuven :
PeetersPress, 1989, p. 319-328.
Par cette conférence de sept. 1983, P. M. annonçait son édition de Mon, parue depuis aux
SC (cf. Chron. Tert. 1988, n° 1), et notamment toute une partie de son introduction (p. 82-
101). Contre des jugements trop sévères et inexacts (Mon : collection d'exempla, assortis de
raisonnements sophistiques), il fait valoir la cohérence du discours, l'importance de
YHeilsgeschichte qui éclaire la pensée de Tertullien et régit toute l'argumentation. La nouitas
christiana est essentielle à ses yeux ; l'idée qu'il s'en fait retentit sur sa perception du temps
présent (Mon 7, 9) et sur ce qu'il dit des traces de conscientia, de memoria de ce temps présent
que les ressuscites garderont en Dieu (Mon 10). Plusieurs autres motifs dogmatiques sont mis
en relief : obéissance à la volonté divine, unicité du matrimonium fondée sur l'unicité de Dieu,
christocentrisme qui témoigne d'une imprégnation spirituelle accrue et se marque par le poids
du thème de Yimitatio Christi jusque dans la péroraison). Bien volontiers on accueillera une
telle réévaluation du rigorisme de l'Africain, dont on a trop souvent souligné les aspects
négatifs et mutilateurs, sans le montrer assez comme affirmation de valeurs positives. R. B.

1 1 . MATTEI (Paul), Nature, histoire et morale dans le «De cultufeminarum» de Tertullien —


VitaLatina, n° 120, décembre 1990, p. 21-30.
Dans cet article touffu, écrit au fil de la plume, bien ardu pour le public d'étudiants auquel il
s'adresse, P. M. dégage quelques composantes de la morale de Tertullien dans CuIt.
Composante stoïcienne : Tertullien prône le respect de la nature. Composantes chrétiennes : la
femme doit renoncer au diable - qui a défiguré la nature originelle - et revenir à l'état antérieur à
la faute d'Eve ; elle doit anticiper l'état à venir et être aux yeux des païens, par son
comportement, un signe du Royaume. De ces principes divers découlent des «directives
apparemment peu conciliables» (p. 26) : tout en exhortant au renoncement le plus rigoureux,
Tertullien fait des concessions au monde - dans lequel il faut vivre et témoigner-, et à la beauté
- bonne puisque créée. Il résout partiellement la contradiction en recourant à l'opposition
rhétorique entre «la thèse, absolue, et l'hypothèse, plus réaliste» (CuIt II, 10, 4-6), ou encore
en distinguant du chrétien ordinaire celui qui s'est «dévoué sans partage à son Maître» (p. 27).
Mais cette «contradiction» attribuée parP. M. à Tertullien n'est-elle pas tout simplement celle de
l'Évangile, qui appelle à la «perfection» tous les hommes vivant en ce monde contingent et
pécheur, contradiction développée dans le «paradoxe» paulinien «utuntur hoc mundo tamquam
non utantur» (/ Cor. 7, 31) ? Or, le livre II contient un commentaire de cette phrase (CuIt II, 9,
6), et il est dominé par le thème de la «perfection» sur lequel il s'ouvre (ch. 1-3), renvoyant à
Matth. 5, 48 ; 5, 17 (CuIt II, 2, 4 : «dominus ampliando legem» ; à notre avis, ampliare legem,
348 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
équivalent de adimplere legem, exprime beaucoup plus que l'idée d'une «rigueur accrue» ou
d'un «renchérissement sur la loi mosaïque» [p. 26]) ; 5, 27-28 . S. D.

12. ALCAIN (José Antonio), Las normas de Io cristiano en el «De praescriptione» de


Tertulliano — Compostellanum, 35, 1990, p. 93-105.
Se proposant de cerner les critères utilisés par Tertullien pour distinguer entre orthodoxie et
hérésie, l'auteur se livre d'abord à une 'lecture sélective' de Praes, qu'il est conduit,
pratiquement, à résumer. Dans un second temps, il procède à une 'relecture systématique',
c'est-à-dire à l'analyse de quelques passages bien connus, sans rien apporter qui ne soit connu.
J.-C. F.

13. CONTRERAS (E.), Tertuliano : «Adversus Praxean». Un tratado antimonarquiano —


Studium Ovetense, 16, 1988, p. 209-224.
Une analyse détaillée, chapitre par chapitre, avec relevé des textes scripturaires (p. 210-
215), précède une série d'éclaircissements sur la doctrine combattue, sur les points saillants de
la réfutation, sur les aspects philosophiques et théologiques de la pensée. Sans appareil érudit,
l'A. - un bénédictin d'Argentine dont la documentation provient d'articles de dictionnaires et
d'ouvrages généraux - donne néanmoins une bonne présentation d'ensemble et une
appréciation juste des problèmes que la thèse adverse posait à Tertullien (celui du nombre en
Dieu, celui de l'union en Christ de l'humanité et de la divinité) et des solutions qu'il y a
apportées (notamment par sa conception d'un Père tota substantia et des deriuationes que sont le
FiIs et l'Esprit-Saint). Est souligné aussi ce qu'il y a encore d'imparfait dans cette réflexion
marquée d'un certain subordinatianisme, mais ouvrant les voies à la théologie postérieure.
Pour un public qui dispose des éditions d'Evans, en 1948, et de G. Scarpat, en 1985 (cf.
Chron. Tert. 1985, n° 2) et qui, d'autre part, est familiarisé avec cette œuvre difficile par
plusieurs travaux (en particulier ceux de J. Moingt) l'utilité d'un tel article est moins évidente.
R. B.

14. HORBURY (W.), The Purpose ofPseudo-Cyprian, Adversus ludaeos —Studia Patristica,
vol. XVIII, 3 (cf. n° 10), p. 291-317.
Après un exposé sur l'état de la recherche concernant le traité pseudo-cyprianique Aduersus
ludaeos, W. H. montre la cohérence et la clarté du propos de l'auteur, en procédant à une
analyse interne du traité, en comparant son plan avec le plan - tout à fait identique - du premier
livre des Testimonia ad Quirinum, et en réfutant d'une façon qui nous a paru intéressante la
thèse de Van Damme et, plus particulièrement, son interprétation de la fin du traité (Pseudo-
Cyprian Aduersus ludaeos, gegen die Judenchristen : die älteste lateinische Predigt, Freiburg-
Schweiz, 1969, Paradosis, 22). Il s'agit bien d'un Aduersus ludaeos : l'intelligence spirituelle,
à laquelle dans son introduction l'Anonyme invite ses coreligionnaires, consiste à reconnaître
qu'en punition de sa faute, Israël a été dépouillé de ses droits au profit de l'Église des Nations
(ch. 2-7), mais que lesjuifs peuvent obtenir le pardon s'ils demandent le baptême à l'Église
(ch. 8-10). Ces deux affirmations sont familières aux premiers écrivains latins chrétiens,
notamment à Tertullien et Cyprien. W. H. pense que le traité, écrit entre la fin du Ile siècle et le
milieu du IIle, reflète une préoccupation de l'Église de cette période, en Afrique comme en
Italie : devant le prosélytisme et l'expansion juives, il paraît urgent d'inculquer aux fidèles
rinterprétationchrétiennedel'histoiredTsraèl. S. D.

15. MATTEI (Paul), Tradition et notions connexes danslaquerelle baptismale. Le cas du Ps.-
Cyprien «De rebaptismate» — La Tradizione : forme e modi. XVIII incontro di studiosi
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 349
dell'antichità cristiana (Roma 7-9 maggio 1989), Roma : Institutum Patristicum
«Augustinianum», 1990, p. 325-339 (Studia Ephemeridis «Augustinianum», 31).
Cette étude, préliminaire à une édition du De rebaptismate, porte sur «la forme de
l'argumentation» dans ce traité paradoxalement attribué à Cyprien. L'Anonyme invoque la
tradition (traditio) et son ancienneté (uetustas), la coutume (consuetudo), objet d'un
consentement général, et l'observance (observatio) nécessaire à la disciplina, pour condamner la
thèse anabaptiste, qu'il présente comme une nouveauté imaginée par un orgueilleux
indiscipliné. Bien que, selon lui, «la coutume, même seule (= sans fondement scripturaire),
auprès d'hommes qui ont la crainte de Dieu et l'humilité, doive tenir un rang privilégié» (rebapt.
fin ; interprétation et traduction de P. M.), il veut en donner la ratio, autrement dit lajustification
par l'Écriture ; et c'est l'objet de son traité.
Tertullien avait déjà aménagé en ce sens le couple traditionnel traditiolratio. Pourtant, c'est
plutôt à Cyprien que l'Anonyme semble se référer, mais pour s'opposer à lui, quand il construit
son argumentation autour de ce schème ; son traité apparaît plus précisément comme une
réplique aux Lettres 74 et 75. Contre Cyprien qui, pour relativiser la traditio, l'oppose àlaratio
ou à la ueritas scripturaire (epist. 74, 10,2-3), il cherche précisément dans la Bible la ratio de la
traditio du baptême unique ; il relève en quelque sorte le défi jeté par Cyprien à Étienne de
trouver dans la Bible des arguments favorables à cette traditio.
On voit tout l'intérêt de cette étude ingénieuse, notamment pour la datation du traité. D'une
façon pertinente, P. M. se propose de corroborer les résultats obtenus en confrontant les
emprunts scripturaires et leur interprétation, dans le De rebaptismate d'une part, et le dossier
cyprianique sur la question du baptême de l'autre, sans oublier les Sententiae (pour lesquelles le
terrain est bien préparé par l'étude de M. Marin : voir ci-dessous, n° 34). S. D.

16. HEXTER (Ralph), The Metamorphosis ofSodom : The Ps.-Cyprian 'De Sodoma' as an
Ovidian Episode — Traditio, 44, 1988,.p. 1-35.
Le De Sodoma (CPL 1425), qu'on attribuaitjadis à Cyprien ou Tertullien, aurait été écrit,
selon l'opinion commune, au début du Ve siècle. R. H. en prépare une nouvelle édition critique
et livre ici un premier bilan de ses recherches sur la date, la structure et la réception du poème.
Les vers 120-126, consacrés à la transformation de la femme de Lot en statue de sel, supposent
un état de la légende qui apparaît seulement vers 530 dans les récits de pèlerinage, ce qui incite
R. H. à repousser la rédaction du De Sodoma jusqu'au second quart du Vle siècle. Une
confrontation minutieuse avec les Métamorphoses d'Ovide (et notamment l'épisode de Phaéton,
en II 209-303) permet de mieux saisir l'originalité du texte par rapport aux autres épopées
chrétiennes. Pour le poète anonyme, les fables païennes sont un reflet mensonger des récits
bibliques : cela ne l'empêche pas de structurer son ouvrage à la façon d'Ovide, en multipliant
les digressions étiologiques et pseudo-scientifiques. L'analyse des trois recueils carolingiens
qui renferment le De Sodoma fournit, en finale, un éclairage intéressant sur la réception du
poème. Celui-ci est copié tantôt dans un contexte d'auteurs scolaires, païens ou chrétiens (ainsi
dans Leyde, Voss. lat. Q. 86), tantôt au milieu d'une collection exégétique de commentaires sur
la Genèse (Laon 273 et 279). L'auteur destinait-il son poème à un usage didactique, afin de
faciliter la compréhension au sens littéral du chapitre 19 de la Genèse ? Le monde intellectuel
s'est beaucoup modifié entre le Vle (si l'on accepte la datation de R. H.) et le IXe siècle : je me
demande s'il est possible d'inférer les intentions d'un poète antique à partir d'éléments tirés de
corpus carolingiens. F. D.
350 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
TEXTE, LANGUE, STYLE

17. AzZALl BERNARDELLI (Giovanna), Quaesîiones Tertullianeae criticae, Mantova :


Edizioni Galli, 1990, 165 p.
En dépit d'un titre qui reprend celui de la thèse d'Emil Kroymann (1893), G. A. B. ne nous
offre pas ici des discussions sur l'établissement du texte de Tertullien, mais une série d'études,
précises et précieuses, qui accompagnent son édition du Scorpiace (cf. n° 3).
1. Sources des leçons de Fulvio Orsini.- En 1959, nous étions tombé, à la Bibliothèque de la
Sorbonne, sur un exemplaire de la seconde édition des Apologeîical and Practical Treatises de
Tertullien (1854), traduits par ce Rév. Charles Dogson dont les lecteurs de la «Bibliothèque de
la Pléiade» peuvent admirer la photographie dans l'album consacré à son fils (Album Lewis
Carroll, Paris, 1990, p. 39). Ce livre contient la publication d'<<emendationes in Tertullianum»
tirées d'une Geleniana conservée à la Bibliothèque Vaticane (cote : R. I. II. 805), d'après
lesquelles nous avions écrit un article sur «Le Tertullien de Fulvio Orsini», Eranos, 59, 1962,
p. 116-135. Nous y avions noté p. 130 : «nos corrections ont dû être transcrites d'une source
qui reste à déterminer». Le grand mérite de G. A. B. est de l'avoir découverte dans une édition
parisienne de 1545, elle aussi conservée au Vatican (cote : R. I. II. 908), provenant du cardinal
Sirleto (t 1585) et annotée par plusieurs mains dont celle, semble-t-il, du cardinal Marcello
Cervini , pape sous le nom de Marcel II (t 1548). Son étude donne de nombreux détails,
souvent inédits, sur le milieu intellectuel romain à la fin du pontificat de Grégoire XIII (1572-
1585). Nous y reviendrons dans notre thèse, car il reste encore beaucoup de points à clarifier.
Ainsi il a bien existé un «codex Fulvii Vrsini» (cf. p. 47-48), mais de YApologétique
seulement, «scritto assai antico, di malissima lettura e con molti errori» comme l'écrivait Latino
Latini à Gianvincenzo Pinelli : nous l'avons retrouvé, ainsi qu'une nouvelle collation faite par
l'humaniste de Viterbe.
2. Relecture des marges de YAgobardinus- On sait que la première moitié de ce manuscrit
vénérable (Paris, B. N., latin 1622 ; IXe siècle) a beaucoup souffert du temps, de l'humidité et
des restaurations. G. A. B. indique en parallèle les lectures de Reifferscheid et celles, plus
complètes, qu'elle a pu faire sous les rayons ultra-violets. Elle distingue clairement, ce qui est
fondamental, les lettres illisibles et celles disparues par suite d'une perte de parchemin. Dans le
second cas, la lacune doit être à peu près d'égale longueur au recto et au verso ; d'où notre
surprise quand l'A. suppose la disparition de 13 lettres au f. 57r0,1. 22, et de 6 seulement à la
même ligne du verso : n'aurait-elle pas compté les lettres d'après le texte de l'édition princeps,
le seul autre témoin dont nous disposions ? La glose du f. 63r0,1. 19-22 «inest I nega I tio (?)
xpi I utique», qui a pris la place du texte de Tertullien, s'explique par un décalque de la marge
du f. 64r°, où elle était parfaitement à sa place en face de Scorp 10, 9 «si in caelestibus
confitendum et hic negandum est». Le même phénomène vient d'être signalé par A. Schneider
pour les f. 72-73 dans un article de YHommage à René Braun, qui sera recensé dans la
prochaine Chron. Tert.
3. Sur la méthode des premiers éditeurs du Scorpiace-Étude minutieuse des fautes de l'édition
princeps, parfois grossières (par ex. 10, 2 : ipse demiurgus A : ipsi eadem iurgiis B) ; des 21
variantes notées dans ses marges (Bmg), et des corrections - en tout 101 - apportées par Gelen
au texte de B. Pour G. A. B., l'édition princeps, faite à la va vite, offre une image
«substantiellement authentique et digne de foi» (p. 131) de sa source manuscrite disparue. On
notera que la multiplication des abréviations à la fin du f. 274v° (M2v°) n'est pas en soi un
indice de hâte, mais seulement de mauvais calibrage de la copie remise à l'imprimeur ; cf.
l'étude recensée en Chron. Tert. 1981, n0 10.
4. Vter codex potior ? - Examen comparé de A et de B sur les passages corrompus et les
lacunes ; les lectiones difficiliores ; les citations bibliques (synthèse de recherches déjà
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 351
analysées en Chron. Tert. 1980, n° 17). Les deux sources sont indispensables : A offre souvent
le meilleur texte, mais B est plus complet et, surtout, garde mieux les termes d'une traduction
primitive de la Bible qui aurait été retouchée dans un ancêtre de A d'après le texte africain attesté
à partir de Cyprien et d'après la Vulgate. Toutefois, dans la citation d'Ejt. 20, 23 (Scorp 2, 2 ;
discutée p. 158-160), la leçon de A «uobis» (LXX : ù^iv ctúroíç), d'ailleurs gardée par G. A.
B. dans son édition, paraît préférable à celle de B «inibi», qui s'explique plus facilement par
une mélecture de l'abréviation ub. (= uobis) que par une hypothétique révision sur l'hébreu -
d'ailleurs obscur - du texte grec cité par Tertullien. P. P.

18. PETITMENGIN (Pierre), John Leland, Beatus Rhenanus et le Tertullien de Malmesbury —


Studia Patristica, vol. XVIII, 2 (cf. n° 10), p. 53-60.
Le mystérieux codex Masburensis que le continuateur de l'édition de Tertullien après
Rhenanus chez Froben, Sigismond Gelen, a utilisé en 1550 - et dont on avait pu établir déjà
qu'il ne contenait que le corpus Corbeiense - sort de son obscurité grâce aux recherches
patientes et heureuses de P. P., grâce aussi à son excellente connaissance du milieu humaniste.
L'existence de contacts étroits entre Bâle et l'Angleterre rendait vraisemblable que ce codex eût
bien été envoyé, comme Gelen en faisait état, ex ultima Britannia par l'antiquaire John Leland.
C'est chose prouvée maintenant : P. P. a découvert à la Bibliothèque humaniste de Sélestat une
lettre de ce personnage à Rhenanus, du 13 juin 1539, concernant l'envoi à l'humaniste Damião
a Góis d'un ms très complet de Tertullien, provenant de l'abbaye de Malmesbury où il pouvait
avoir été apporté d'Italie par un collectionneur. D'autre part, de ce codex anglais, Rhenanus a
fait une collation détaillée, pour trois traités qu'il avait déjà publiés (Res, Praes, Mon), dans son
exemplaire personnel de sa troisième édition, que conserve la même bibliothèque. Gelen a donc
bien eu accès soit à ce ms soit à sa copie. Cette collation de Rhenanus (Ma) permet de mesurer
les libertés, assez grandes, que Gelen a prises avec sa source. Comparée à celle que J. de
Pamèle (édition de 1583/4) avait faite d'un codex de John Clement (objet d'une précédente
publication de P. P.), elle montre que ces deux mss pourraient bien n'en faire qu'un. Elle
révèle, pour notre grande surprise, que l'édition parisienne de 1545 (Gagny-Mesnart) a utilisé
pour Praes etRes un témoin du corpus Corbeiense. Enfin l'intérêt des variantes de Ma est
montré par un choix de cinq exemples : Praes 3, 8 ; 40, 5 ; Res 30, 2 ; 45, 5 ; Mon 6, 4. Le
dernier permet même de résoudre une difficulté du texte, et l'on regrettera que P. Mattéi (SC
343, p. 154) n'ait pas adopté purement et simplement cette solution, au lieu de risquer une
conjecture personnelle. C'est dire avec quelle impatience on attend la suite de la publication
promise par la note 28. R. B.

19. BuCHHElT (Vinzenz), Unglaube und Schuld (Tert. apoL 40, 10) — Würzburger
JahrbücherfürdieAltertumswissenschaft, 15, 1989,p. 203-208.
Ce passage d'Apol qui, selon V. B. n'a que très insuffisamment retenu l'attention, mérite
qu'on s'y intéresse, car s'y trouvent réunies quatre idées importantes : souvenir paulinien sur la
connaissance naturelle de Dieu (Rom. 1, 18 sq. et parallèles) ; importance du péché d'idolâtrie ;
ses conséquences : toutes les autres fautes en découlent, Vinnocentia étant le propre des seuls
chrétiens ; la colère divine, thème non seulement vétéro-testamentaire, mais aussi néo-
testamentaireetpaléochrétien. J.-C. F.

20. NAUTIN (Pierre), Tertullien «De exhortatione castitatis» 7, 3 — Orpheus. Rivista di


umanità classica e cristiana, N. S. 11, 1990, p. 112-116.
Examen d'un passage dont le texte n'est pas sûr. Principaux points litigieux : faut-il
rattacher sanctificatus (attesté par toute la tradition) à la première ou à la seconde proposition ?
352 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
faut-il lire adeo (mss du corpus de Cluny) ou a deo (A) ? Avec des arguments tirés de l'analyse
du contexte (institution de l'ordre sacerdotal par l'autorité de l'Église et «l'honneur de siéger
avec le clergé» ; influence de Lév. 21, 1-15), P. N. défend la lecture : «... honor per ordinis
consessum. Sanctificatus a deo...». - Mais la traduction de honor per ordinis consessum
surprend : elle néglige la valeur de la préposition per et fausse celle du génitif subjectif ordinis.
La toute récente édition de H. V. Friedrich (Stuttgart, 1990) suit celle de Moreschini pour
rattacher sanctificatus à honor ; mais elle s'en sépare pour lire a deo, compris comme
complément de ce participe passé, selon la suggestion de Dekkers (CCL 2, p. 1025). R. B.

21. MUNIER (Charles), Observations sur Tertullien, «Depudicitia» VI, 15 — Sacris Erudiri,
30, 1987-1988, p. 225-229.
Examen d'un locus nondum sanatus de Pud par son prochain éditeur aux SC Là où le CCL
2, p. 1291 imprime libidinis uirus et f lactae sortes non habentes idoneae (conformément à
l'édition princeps et au témoignage récent de O), C. M. propose de corriger idoneae en id onear
- ce qui est paléographiquement peu coûteux et permet de conserver le reste du texte transmis et
déjà amélioré par Hartel (lacteae) et d'Alès (sordes). On lira alors : «libidinis uirus et lacteae
sordes, non habentes id onear quod nec ipsae adhuc aquae lauerant », à traduire : «le poison de
la volupté et ses souillures laiteuses qui n'avaient pas (pour les enlever) \aplante des ânes, que
les eaux elles-mêmes, à leur tour, n'avaient pas encore lavée». Ce mot, attesté chez Pline
l'ancien seulement, désigne l'épilobe, plante à vertus médicinales. Ici, en rapport avec la
symbolique du baptême et de l'eucharistie, éclairé par tout le contexte de Pud 6, 14-16, il
viserait la chair du Christ qui, plongée dans le Jourdain, a communiqué à toutes les eaux la
vertu purificatrice. - Quoique bizarres à première vue, la conjecture et l'interprétation dont elle
est assortie feront date dans Yemendatio du passage. R. B.

22. RAISiOLA (Pirjo), Periphrastic use ofhabere in Tertullian —Latin vulgaire - latin tardif.
II. Actes du II ème Colloque international sur le latin vulgaire et tardif (Bologne, 29 août - 2
septembre), édités par Gualtiero CALBOLi, Tübingen : Niemeyer, 1990, p. 209-217.
Six périphrases constituées avec habere se rencontrent chez Tertullien : habere + c. o. d.
abstrait ; habere + dat. prédicatif ; habere + constr. prép. ; habere + adj. préd./adv. ; habere + p.
p. p. ; habere + inf. C'est à ce dernier syntagme que l'auteur s'intéresse de préférence. Il lui
reconnaît cinq valeurs ou fonctions : 1) = habere au sens possessif, 2) = posse> 3) = deberey 4)
= futur, 5) = futur dans le passé.
Si ces trois premiers emplois sont attestés dans la langue antérieure, les emplois 4) et 5)
apparaissent, semble-t-il, chez Tertullien. P. R. en relève 66 occurrences. Si l'on se reporte à
l'art, habere du TLL, on observe que leur nombre y est sensiblement moindre (50). La
différence s'explique sans doute par le fait que la distinction entre habere + inf. = debere et/ou
futur est parfois subjective. On notera que dans cette fonction temporelle (futur et futur dans le
passé) d'une part l'infinitif est majoritairement au passif et placé avant habere, d'autre part le
futur dans le passé est plus souvent représenté. J.-C. F.

23. MALSBARY (Gerald), Candidatus, -us in Tertullian and Sulpicius Severus (Beiträge aus
der Thesaurus-Arbeit XXV)-Museum Helveticum, 47, 1990, p. 222-225.
En Bapt 10, 5 : <<agebatur...baptismus paenitentiae quasi candidatus remissionis», i1 faut
sans doute voir la première attestation du substantif de la quatrième déclinaison. L'A. croit
déceler une réminiscence de ce passage dans la Vita Martini 2, 8 «agebat quendam bonis
operibus baptismi candidatum». J.-C. F.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 353
2 4 . CALOGIURI (Roberto), // sangue tra metafora e storia : osservazioni sul lessico di
Tertulliano — Sangue e antropologia nella teologia. Atti della VI settimana, Roma, 23-28
novembre 1987, a cura di Francesco VATTiONl, t. III, Roma : Edizioni Pia Unione
Preziosissimo Sangue, 1989, p. 1351-1383 (Collana «Sangue e antropologia», 6, III).
De longues considérations logico-linguistiques ouvrent l'exposé (p. 1351-1357) : la
métaphore repose sur la ressemblance entre deux termes appartenant à deux champs
sémantiques plus ou moins distants et elle est, de ce fait, le seul moyen du langage humain pour
exprimer l'indicible, donc le divin. L'A. retrace ensuite l'itinéraire sémantique du sang dans la
tradition gréco-latine (p. 1358-1371) : s'appuyant d'une part sur la mythologie, la religion, la
poésie, d'autre part sur la pensée scientifique, l'enquête aboutit à établir une stricte affinité et
consonance entre sang, vin, sperme et pneuma. Passant enfin à Tertullien, l'A. cherche à
définir l'innovation métaphorique du sang dans cette œuvre (p. 1371-1383). En Cam 19, 3,
sous la dépendance de la théorie aristotélicienne, Tertullien a exclu de la «chair du Christ» une
origine ex semine uiri, et a été ainsi conduit à se servir de la métaphore induere carnem pour
l'incarnation. Les rapports entre eau et sang sont analysés notamment à propos du double
baptême (le martyre devenant le baptême du sang). Ceux du vin et du sang sont établis à partir
de l'eucharistie et de la symbolique biblique qui s'y réfère. - La démarche et les conclusions de
cette étude auraient été plus claires si les emplois métaphoriques avaient été distingués de ceux
qui ne le sont pas. Parlant du sang du Christ ou de celui des martyrs, Tertullien n'use pas de
métaphores, mais désigne des réalités par le mot propre. R. B.

25. GRAMAGLIA (Pier Angelo), Visceratio : semantica eucaristica in Tertulliano ? — Sangue e


antropologia nella teologia (cf. n° 24), p. 1385-1417.
Étude minutieuse de tous les mots signifiants employés par Tertullien en Marc III, 7, 7,
passage où il interprète comme des figures du Christ les deux boucs de Lev. 16, 7 et ss. en
s'inspirant de Justin, Dial., 40, 4-5, et de Barnabé, 7 (cf. P. Prigent, L'épître de Barnabé I-
XVI et ses sources, Paris, 1961, p. 99-110). Il y a là, comme toujours avec P. A. G., de quoi
s'instruire et de quoi s'étonner (par ex., pourquoi consputatus est-il présenté comme un hapax ?
cf. TLL, IV, c. 503, 1. 42-47). Le terme uisceratio évoque les distributions de viandes
caractéristiques de l'évergétisme municipal. L'image était si hardie (et si teintée de paganisme ?)
que Tertullien s'efforce de l'adoucir : «qua ... sacerdotes templi spiritales ... dominicae gratiae
quasi uisceratione quadam fruerentur». P. P.

2 6 . ORBAN (Arpad Péter), «Gerecht» und «Gerechtigkeit» bei Cyprian von Karthago —
ArchivfürBegriffsgeschichte, 32, 1989,p. 103-120.
L'auteur présente, cite et traduit un bon nombre de passages dans lesquels Cyprien emploie
iustitia (iustus). Il les groupe en deux catégories. Dans la première, la signification est plus
spécifiquement théologique et sotériologique, innocentia ctfides sont associés à iustitia, justes
et injustes sont opposés dans le contexte des persécutions et dans une perspective
eschatologique. Dans la seconde, la signification est morale et iustitia est associé à misericordia,
misericordiae opera, eleemosyna. Cette étude serait purement descriptive si elle ne signalait
quelques rapprochements avec les Écritures. Mais le recours au seul texte de la Vulgate affaiblit
l'intérêt de ces rapprochements. Il est même source d'erreurs, par ex. n. 18, p. 108 : A. P. O.
explique par une contamination de deux versets (VuIg. Prou. 3, 6 et 16, 9) la citation sur
laquelle s'achève zel 17 («Cor uiri cogitet iusta, ut a Deo dirigantur gressus eius»), alors qu'il
s'agit d'une traduction de LXX Prou. 15, 29b (citation correctement identifiée par M.
Simonetti, CCL 3A, p. 85). S. D.
354 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
27. CABALLERO DOMÍNGUEZ (Juan Luis), Rasgos estilísticos en la carta a los Tibaritas —
Helmantica, 41, 1990, p. 241-245.
Dans l'exhortation au martyre adressée par Cyprien à la communauté de Thibaris (Lettre 58),
l'auteur relève 1) les métaphores militaires, comme appartenant à la spiritualité chrétienne - 2)
lesfiguresrhétoriques, comme provenant de la formation païenne de l'évêque. S. D.

SOURCES, INFLUENCES

2 8 . HuBNER (Reinhard M.), Die antignostische Glaubensregel des Noët von Smyrna
(Hippolyt, «Refutatio» IX, 10, 9-12 undX, 27, 1-2) bei Ignatius, Irenaeus undTertullian —
Münchener Theologische Zeitschrift, 40, 1989, p. 279-311.
Pour reconstituer la doctrine du champion de la 'monarchie', Noèt, sont prises en compte
les quatre notices de la Refutatio, à l'exclusion du Contra Noetum qui est tenu, du moins sous
la forme où il nous est parvenu, pour un produit de la fin du IVe siècle. L'A. entend montrer
que, dans les deux plus longues notices, Hippolyte a utilisé, sans le déformer, un document
littéraire conservé et amplifié dans la secte : ce document, marqué du style de la rhétorique
asianique, serait une homélie pascale qu'Épigone, diacre de Noët, aurait apportée à Rome. Des
rapprochements avec \zDepascha de Méliton (§ 96, § 104, etc.) fondent l'hypothèse. Dans la
première partie de Ref. LX, 10, 9-10, où reviennent des antithèses entre des prédicats négatifs
de la divinité (invisible, insaisissable, etc.) et les conditions de l'incarnation, l'A. voit un
raccourci d'une regulafidei dont des échos seraient conservés chez Ignace {Eph. 7, 2 ; Polyc.
3, 2), et surtout chez Tertullien (Praes 13, 1-4 ; Ap 17, 1-3 ; Cam 5, 7) et chezfrénée{Haer.
III, 16, 6 ; IV, 20, 5). Cette règle de foi aurait eu un caractère polémique, étant dirigée contre
les gnostiques et leur conception du divin. - Certes les rapprochements proposés sont
intéressants ; mais il paraît excessifd'en conclure (cf. p. 309) que Tertullien etfrénéeont utilisé
et élaboré sciemment un texte 'monarchien' dont ils avaient eu connaissance à Rome. La réalité
d'un séjour romain du Carthaginois n'est guère admise aujourd'hui. R. B.

29. HECK (Eberhard), Vestrum est - poeta noster. Von der Geringschätzung Vergils zu seiner
Aneignung in derfrilhchristlichen Apologetik — Museum Helveticum, 47, 1990, p. 102-120.
Analyse précise, nuancée et documentée de ce que fut l'attitude des premiers écrivains
chrétiens latins à l'égard de Virgile, attitude dans laquelle entraient méfiance ou défiance et
attirance, mais cette composante-ci fut très tôt et très vite dominante. De ce point de vue,
Juvencus illustre et consacre une 'annexion' déjà réalisée dans les esprits. J.-C. F.

30. AHLBORN (Elke), Naturvorgänge als Auferstehungsgleichnis bei Seneca, Tertullian und
Minucius Felix — Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik, 103,
1990,p. 123-137.
Pour expliquer le dogme de la Résurrection, les Pères ont souvent recouru à un
raisonnement analogique : le renouvellement de la nature. L'auteur dresse ici une série de
parallèles textuels convaincants entre Sén., Luc, 36, 10-11 ; Tert., Apol 4, 8 ; Res 12-13, et
Min. Felix 34, 10-11. Il en ressort que si ce dernier s'inspire des deux passages de Tertullien, il
s'est aussi reporté directement au texte de Sénèque. E. A. a donc le mérite d'exploiter des
rapprochements signalés depuis longtemps (cf. Geffcken, Apologeten, p. 244 ; Waltzing,
Comm. Apol., p. 310 ; Pellegrino, éd. Oct. p. 249), comme on aurait pu le rappeler. Cette
étude, qui éclaire bien la méthode de travail de Min. Fel., est donc à verser au dossier «Seneca
saepe noster». J.-C. F.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 355

3 1 . STAROWIEYSKI (Marek), Remarques sur les sources de quelques apophtegmes des Pères
du Désert — Studia Patristica, vol. XVIII, 2 (cf. n0 10), p. 293-298.
Étudiant le texte de certains agrapha dans les apophtegmes, l'A. constate deux curieux
rapprochements entre les citations de Tertullien et celles de la collection alphabétique (Resch2,
n° 144 : Orat 26, 1 et Apollo, 3 ; n° 90 : Bapt 20, 2 et Antoine, 5). Ces coïncidences sont
intéressantes, mais on hésitera à les expliquer par les traductions grecques d'œuvres de
Tertullien. P. P.

EXÉGÈSE, TEXTE BIBLIQUE

32. AzZALI BERNARDELLI (Giovanna), «Quomodo et scriptum est» (Scorp 11, 5). Nota su
ermeneutica e tradizione apostolica in Tertulliano montanista — Augustinianum, 30, 1990, p.
221-257.
Étude de trois passages de la période montaniste : Scor 9, 1-5 (= Matth. 5, 10-12 et 10, 16-
22 : enseignement du Christ sur la persécution et le martyre) ; Fug 6, 1 (= Matth. 10, 23 :
autorisation donnée aux apôtres de fuir la persécution) ; Pud 21, 9-10 (= Matth. 16, 18-19 :
pouvoir remis à Pierre de lier et délier les péchés). L'objet est de montrer avec quelle cohérence
et même quelle 'inexorable logique' Tertullien a manié des règles, apprises du droit et de la
rhétorique, qui depuis ses premiers écrits (Iud 2-4, Praes 8, 16 et 9, 12), ont présidé sans
changement à son exégèse des textes bibliques : détermination de la uoluntas legis par l'exacte
définition du sens littéral ; discussion du texte en s'attachant à la personne du destinataire, au
moment, au lieu, au but, à la circonstance spécifique, vérification par la conformité de la lecture
avec l'ensemble de l'Écriture. Au passage sont relevés comme intervenant pour soutenir les
interprétations d'autres concepts d'originejuridique : mutabilité et progression de la loi dans le
temps, critère de l'extension par analogie, distinction entrepraeceptum etpermissum, ius et
potestas, exemplarité conservée par la loi lors même qu'elle ne s'applique plus (ainsi est
expliquée, p. 238, la curieuse concession faite en Fug 11, 3 aux pasteurs qui fuiraient pour
accompagner leur troupeau). Ces principes ne sont pas des expédients dialectiques, mais
tiennent à la culture de Tertullien et à s&forma mentis. Hs s'associent étroitement à des
présupposés (dont certains viennent du stoïcisme) : ainsi l'affirmation que, voulue par Dieu, la
persécution ne doit pas être fuie ; ainsi la conviction que l'Église doit exprimer dans l'histoire sa
tension vers la perfection eschatologique. Le paradoxe de Tertullien est d'avoir été
implacablement conduit par ses principes herméneutiques et ses méthodes d'exégèse à voir dans
lemontanismela¿//5C¿p/mflconformealatraditionapostolique. R. B.

3 3 . BAARDA (Tjitze), De korte tekst van het Onze Vader in Lucas 11 : 2-4 : een
Marcionitische corruptie ? —Nederlands Theologisch Tijdschrift, 44, 1990 , p. 273-287.
Un grand nombre de manuscrits récents et le 'textus receptus' qui en découle offrent en Lc.
11, 2-4, un texte long du Notre Père, qui est comparable à celui de Matth. 6, 10-13. Les
éditions critiques et les traductions en usage aujourd'hui (par ex. la TOB) présentent toutes un
texte court, qui pour certains serait le fruit de l'activité adultératrice de Marcion. Contre cette
thèse, soutenue en dernier lieu par J. van Bruggen et C. B. Amphoux, T. B. (qui annonce p.
277, n. 18, une étude sur le Notre Père chez Tertullien) démontre de façon convaincante que
Marcion et Tertullien sont en fait les premiers témoins de cette version courte. Lorsqu'il la cite
en Marc IV, 26, 3-5, Tertullien n'a pas la moindre réserve contre la forme du texte : il veutjuste
montrer que la prière s'adresse bien au dieu créateur. Rien ne prouve non plus que les
suppressions correspondent à des options de la théologie marcionite : ainsi la prière commence
356 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
par «Père», et non pas «Notre Père», alors que Marcion lisait en / Cor. 1, 3 «a deo patre
nostro» (Marc V, 5, 2) ; le plus simple est de supposer que «Père» était la leçon de son
exemplaire. P. P.

34. MARIN (Marcello), Le sentenîiae LXXXVII episcoporum. In margine al problema del


rapportofra Sacra Scrittura e Concili — Invigilata lucernis. Rivista dell'Istituto di Latino,
Università di Bari, 11, 1989, p. 329-359.
L'étude que présente M. M. répond en tous points aux vœux que nous formulions ici
même, il y a trois ans (Chron. Tert. 1987, n° 25). Partant de l'édition critique des Sententiae
due à H. v. Soden, et non de l'édition de Hartel - très insuffisante, et pourtant presque toujours
seule à être utilisée -, il établit la liste la plus complète possible des citations et dépendances
scripturaires contenues dans les interventions des évêques réunis à Carthage pour se prononcer
sur le baptême des hérétiques. Par la confrontation minutieuse de ces interventions entre elles,
et avec le dossier cyprianique relatif à l'hérésie, il nous en fait découvrir, lorsqu'il y a lieu,
l'originalité : quelques évêques africains font preuve d'une culture biblique (citations absentes
de l'œuvre de Cyprien ; associations inédites de versets) et d'un talent exégétique (dans
l'interprétation et l'exploitation de leurs emprunts au texte sacré) qui démentent en partie les
jugements sévères et un peu hâtifs portésjusqu'ici à leur sujet.
Le travail de M. M. permet aussi de mieux mesurer l'influence et l'autorité du primat de
Carthage sur ses collègues africains. Pour l'essentiel, les dépendances bibliques des Sententiae
et leurs groupements figurent chez Cyprien. D'analyses approfondies et fines, il ressort qu'une
argumentation analogue à la sienne se retrouve dans les diverses sententiae, même sous une
présentation différente. Avec une acuité remarquable, et sans jamais se départir de la rigueur
nécessaire, M. M. nous fait voir, sous-jacent aux formules utilisées par les participants, un
fondement biblique qui est explicite chez Cyprien. Il découvre même la présence implicite des
versets conjoints Matth. 12, 30 + / Ioh. 2, 18-19, à la fois dans plusieurs passages de l'œuvre
de Cyprien - qui les cite par ailleurs -, dans l'intervention de celui-ci au Concile et dans celles
de plusieurs de ses collègues (démonstration exemplaire p. 344-346). Son étude prouve bien,
même si elle ne le dit pas, que pour l'épiscopat africain, les écrits de Cyprien sur l'Église et les
hérésies ont une autorité presque aussi grande que la Bible. S. D.

35. MARIN (Marcello), Citazioni biblicheeparabibliche nelDe aleatoribuspseudociprianeo


— Annali di storia dell'esegesi, 5, 1988, p. 169-184.
La préparation d'une édition du De aleatoribus par M. M. nous vaut déjà deux études
fructueuses et sûres, une étude sur la tradition manuscrite du traité et de l'ensemble du «corpus»
cyprianique (voir Chron. Tert. 1983, n° 12), et la présente étude sur les dépendances bibliques
et parabibliques de l'auteur anonyme. Comme dans le travail analogue portant sur les Sententiae
(voir ci-dessus, n° 34), la méthode est minutieuse, la démarche prudente et les conclusions bien
intéressantes. Accessoirement, on appréciera ce que l'analyse apporte à l'établissement du texte
ou à son étude littéraire (p. 179-180). Mais le résultat essentiel concerne la date de l'ouvrage.
Reprenant et développant une démonstration de Harnack, Daniélou avait adopté une datation
très haute. Ses arguments sont fortement ébranlés : M. M. prouve que le succès du Pasteur et
des Similitudes d'Hermas, ou de la Didachè, a duré si longtemps que la présence, dans le De
aleatoribus, de trois emprunts à ces œuvres ne permet pas de conclure à son antériorité par
rapport au Canon de Muratori ; d'autre part, il éclaire les citations non identifiées de l'opuscule
d'une façon telle qu'il rend caduque leur explication par le recours supposé à des apocryphes
juifs utilisés au Ile siècle. Enfin et surtout, les rapprochements que M. M. opère entre Cyprien et
l'auteur du De aleatoribus (mêmes citations, mêmes regroupements, même traitement)
permettent de penser que l'œuvre a été écrite au milieu du IIle siècle par un évêque africain dans
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 357
la dépendance de celui de Carthage. M. M. compte vérifier son hypothèse en analysant la
langue du traité et en recherchant pourquoi il a été introduit dans le «corpus» cyprianique. S. D.

36. SELLEW (Philip), Five Days of Creation ? The Origin of an Unusual Exegesis (Ps.-
Cyprian, De centesima 26) —Zeitschrift für die neutestamentliche Wissenschaft, 81, 1990, p.
277-283.
L'homélie De centesima, sexagésima, tricésima (CPL 67) donne une interprétation
symbolique des récompenses de la parabole du semeur. P. S., qui en prépare une nouvelle
édition, avec traduction anglaise et commentaire, la tient pour africaine et serait enclin à la dater
de la première moitié du IIle siècle. Au cours de son argumentation, le prédicateur évoque une
création du monde en cinq jours, qui aurait été suivie, le sixième jour, par le repos du créateur.
Comment expliquer une telle lecture de la Genèse ? Plusieurs solutions ont déjà été avancées.
Selon P. S., il faut exclure catégoriquement l'hypothèse d'une corruption textuelle, avancée
jadis par le premier éditeur, R. Reitzenstein. Une déformation volontaire du récit biblique, liée à
une cosmogonie ésotérique, serait plausible, mais reste invérifiable. En fait, l'anonyme
recherche dans les Écritures les nombres 3, 6 et 10, qui, multipliés par les 10 commandements,
fournissent les récompenses du cent, du soixante et du trente pour un. Une lecture hâtive de
versets sortis de leur contexte (Gen. 1, 31-2, 1), liée au désir d'attribuer une valeur spéciale au
sixième jour, pourrait suffire à rendre compte de cette étonnante exégèse. F. D.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME

37. STEINER (Heinrich), Das Verhältnis Tertullians zur antiken Paideia, St Ottilien : Eos
Verlag, 1989, 285 p. (Studien zur Theologie und Geschichte, 3).
Ce livre est la 'Dissertation' que l'auteur a soutenue en 1987 devant la Faculté de théologie
catholique de l'Université de Munich. Son appréciation des rapports que Tertullien a entretenus
avec la culture de son temps est largement positive. L'extension que H. S. donne au concept de
paideia lui permet d'englober l'attitude de Tertullien envers l'État. Dans l'ensemble l'auteur est
assez proche des positions que nous avons défendues ici et là. Son chap. V consacré à
Tertullien et la philosophie' reprend, du reste, dans ses grandes lignes le plan du chapitre
correspondant de notre thèse. J.-C. F.

38. LEPELLEY (Claude), Ubique respublica. Tertullien, témoin méconnu de l'essor des cités
africaines à l'époque sévérienne — L'Afrique dans l'Occident romain.lersiècle av. J.-C. -IVe
siècle ap. J.-C. Actes du colloque organisé par l'École française de Rome sous le patronage de
l'Institut national d'archéologie et d'art de Tunis (Rome, 3-5 décembre 1987), Rome : École
française de Rome, 1990, p. 403-421 (Collection de l'École française de Rome, 134).
On savait que l'œuvre de Tertullien reflétait l'essor, en Afrique, de la civilisation
contemporaine (et des communautés chrétiennes). Historien des cités de l'Afrique romaine, C.
L. s'est efforcé de préciser encorelafiabilitéde son témoignage. D'où cette étude fervente, fort
sympathique par la confirmation globale qu'elle nous apporte. Quelques notes de lecture : p.
404, n. 4 : la chronologie des ouvrages de Tertullien proposée par T. D. Barnes en 1971 n'est,
pas tant s'en faut, la plus sûre ; l'auteur, du reste, dans la seconde édition de son livre (1985), a
loyalement procédé à une large révision de ses datations antérieures (cf. Chron. Tert. 1985, n°
8). - P. 406, le commentaire sur les dii decuriones (les dieux vénérés dans une cité) est très
exagéré : ce trait satirique, comme d'autres métaphores empruntées aux institutions, n'autorise
sans doute pas à parler de «l'impact considérable que pouvait avoir sur les esprits» le rapide
développement du système municipal dans l'Afrique des Sévères. - P. 410, 420 : c'est De
358 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
idololatria qui est probablement le titre exact du traité (cf. J. H. Waszink - J. C. M. van
Winden, comm. ad loc.). - P. 412, à propos à'Apol 46, 13 («les chrétiens n'ambitionnent
même pas l'édilité»), C. L., se référant à une étude récente de F. Jacques, considère que la
formule de Tertullien s'explique par le fait que l'édilité, en Afrique, était souvent gérée avant la
questure, et était donc «la fonction subalterne par excellence». C'est possible, mais la
démonstration aurait gagné à être plus étayée. De toute manière, quand on brocarde une
fonction, ce n'est pas nécessairement la plus basse - ou la plus élevée - de la hiérarchie, mais
souvent celle qui revêt une signification symbolique : ainsi, Perse et Juvénal ironisent sur cette
même dignité - l'édilité - fièrement revendiquée par les citoyens dans leurs modestes cités (cf.
Waltzing, comm. ad loc., p. 292, où il faut corriger la référence à Perse : I, 130). - P. 414, si
l'on tient absolument au singulier, il faut écrire «ce reale» (et non «ce realium»). - P. 414, n.
31, suvApol 13, 5 : «sic Capitolium, sic olitorium forum petitur». La traduction de Waltzing est
certainement maladroite, mais celle que propose C. L. («on soumissionne ... pour un Capitole
ou pour un marché aux légumes») est une glose ; d'ailleurs Waltzing avait parfaitement compris
le sens de la phrase, qu'il explique en termes fort proches de ceux de C. L. (Comm. p. 99) ; et
l'on peut se demander si l'article indéfini convient bien. - P. 416, n. 38, en An 30, 3 on doit
lire (avec la tradition et avec Waszink) : saxapanguntur litt. «(même) les rochers sont plantés
(d'arbres)» ; cf. Waszink, Comm. p. 374. - P. 417, n. 39 : nous avions déjà suggéré naguère
que les lois Manciana et Hadriana de rudibus agris fournissaient sans doute le contexte politique
et économique des déclarations àApol 42, 3. - P. 418, n. 43 : la croyance au progrès n'est pas
«fort rare chez les Anciens» (cf. les études de L. Edelstein, J. de Romilly, A. Novara, et
d'autres...). J.-C. F.

39. ORABONA (Luciano), Etica «penitenziale» di Cipriano e aspetti politico-sociali del


cristianesimo nel III secolo — Vetera Christianorum, 27, 1990, p. 273-302.
Cet article constitue le second volet d'une étude sur la pénitence dans le christianisme
ancien ; au moment de sa rédaction, la partie concernant Tertullien était sous presse. L. O.
présente quelques aperçus de la question, pour Cyprien, mais sa documentation est lacunaire
(les ouvrages de V. Saxer ne sont même pas mentionnés) et généralement antérieure à 1970
(parmi les instruments bibliographiques signalés p. 275, n. 8, ne figure pas la Chron. Tert.). Il
veut surtout montrer que l'éthique pénitentielle de Cyprien ne peut se comprendre en dehors
d'un large contexte historique, politique, social et religieux, qu'il évoque longuement. Il insiste
également sur la place accordée, dans cette éthique, à la conversion du cœur. S. D.

ACTES DES MARTYRS

4 0 . SARDELLA (Teresa), Strutture temporali e modelli du cultura : rapporti tra


antitradizionalismo storico e modello martiriale nella 'Passio Perpetuae et Felicitatis' —
Augustinianum, 30, 1990, p. 259-278.
Titre trop abstrait et peu explicite. L'étude porte non sur la Passio proprement dite, mais sur
les seuls passages du prologue et de l'épilogue, où sont confrontés «uetera exempla» et «noua
documenta». Le rédacteur anonyme est, selon T. S., isolé de deux manières. Il se trouve
d'abord en conflit avec l'institution ecclésiale, pour qui les récits bibliques se situaient sur un
autre plan que les passions contemporaines et qui hésitait à admettre la lecture liturgique des
Actes des martyrs. Ensuite, alors que la société antique, dans son ensemble, se méfiait de la
nouitas et révérait Yantiquitas, il privilégie, du fait de la révélation progressive de l'Esprit, les
confessions de foi et les visions les plus récentes («antitradizionalismo storico»).
CHRONICA TERTVLLlANEA ET CYPRIANEA 359
L'analyse est intéressante, mais sûrement imprudente. Il existait, dans le monde romain,
beaucoup de partisans de la nouveauté : la formule «Quanto iuniores, tanto perspicaciores», qui
servit au moyen âge à exalter la modernité, n'est-elle pas tirée de Priscien ? D'autre part, nous
ignorons totalement quelle était, dans la liturgie, avant le concile d'Hippone de 393, la place
accordée aux Passions des martyrs ; vu la richesse de l'hagiographie africaine, est-il licite
d'écrire, en s'appuyant sur quelques phrases d'un prologue : «Sullo sfondo di tale polemica, si
delinea un atteggiamento, presumibilmente ufficiale e dominante, che ... tende ad ostacolare,
prima ancora che la lettura pubblica delle testimonianze sui nuovi martiri, la loro stessa
produzione e circolazione (p. 264)» ? Une préface amène généralement un auteuràjustifier le
choix de son sujet et à se défendre d'avance contre les critiques de ses confrères. Le rédacteur
de la Passio Perpetuae est-il aussi polémique, aussi hétérodoxe qu'on le prétend ? S'oppose-t-
il, comme le veut T. S., au passéisme de la hiérarchie ecclésiastique ? Ni les hagiographes
postérieurs (voir notamment l'épilogue des Actes de Lucius et Montanus) ni Augustin ne
paraissent avoir discerné, dans sa topique, les intentions qu'on y découvre aujourd'hui. Aux p.
260-261, deux articles de R. Braun et A. A. R. Bastiaensen (cf. Chron. Tert. 1979, n° 6 et
1988, n° 31) auraient mérité d'être cités. F. D.

41. ASPEGREN (Kerstin), The Male Woman : a Feminine Ideal in the Early Church, edited by
René KiEFFER, Uppsala : Acta Universitatis Upsaliensis ; Stockholm : Almqvist & Wiksell
International, 1990, 189 p. (Uppsala Women's Studies : A. Women in Religion, 4).
Ouvrage publié de façon posthume. Le plan initial prévoyait onze sections, dont sept
seulement étaient rédigées à la mort de l'auteur en octobre 1987. Le manuscrit, laissé inachevé,
a été mis en forme par un groupe de parents et amis et complété par Ragnar Holte, qui expose
en appendice les conceptions de Méthode d'Olympe et de Clément d'Alexandrie. Les cinq
premiers chapitres expliquent les origines sociales et philosophiques - de Platon à Philon - des
représentations que les premières générations chrétiennes se faisaient des femmes. Le sixième
est consacré à Thècle. Le septième, intitulé : «The female must become male - A motive in
apocryphal texts», renferme d'assez longs développements sur la figure de Perpétue, comparée
à celles de Thècle et de Xanthippe (l'héroïne des Acîa Xanîhippae et Polyxenae, BHG 1877).
La lecture de K. A. est intelligente, mais ne renouvelle pas l'interprétation de la Passion. Noter
au passage que Félicité n'est pas l'esclave de Perpétue ni Saturus son frère charnel. De cet
ouvrage, on retiendra surtout l'exposé initial sur les fondements antiques des conceptions
chrétiennes, qui fait totalement défaut dans l'ouvrage parallèle de Clementina Mazzucco, «Efui
fatta maschio» : la donna nel cristianesimo primitivo (cf. Chron. Tert. 1989, n° 35). F. D.

42. BAUMEISTER (Theofrid), Der heilige Bischof, Überlegungen zur «Vita Cypriani» —
Studia Patristica, vol. XVIII, 3 (cf. n° 10), p. 275-282.
A la différence du culte des martyrs et des moines, celui des évêques ne semble pas avoir
beaucoup intéressé les hagiographes. Pourtant, dès l'époque des persécutions, les martyrs font
l'objet d'une plus grande vénération lorsqu'ils sont évêques (Polycarpe). La Vita Cypriani
exalte le «premier évêque d'Afrique à subir le martyre» ; son rédacteur prend soin de souligner
la spécificité de son sujet par rapport aux Passions ordinaires, notamment à la Passio
Perpetuae ; c'est la sainte vie de l'évêque qui constitue son martyre, «martyre spirituel» ; le
martyre sanglant en est le couronnement. T. B. suit l'histoire du culte de l'évêque en Orient et
en Occident. C'est au milieu du IVe siècle que l'évêque, comme le moine, commence à être
considéré comme un martyr et à en partager le culte après la mort. Il conviendrait d'ajouter que
le rédacteur de la Vita Cypriani s'est sans doute inspiré de la spiritualité de son héros, puisque
Cyprien lui-même interprète la vie chrétienne comme un martyre spirituel. S. D.
360 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
DOCTRINE

43. ORBE (Antonio), En torno al modalismo de Marción — Gregorianum, 71, 1990, p. 43-
65.
C'est une idée généralement admise, depuis Harnack, que Marcion présente une
christologie modaliste et n'établit dans son Dieu, entre le Père et le FiIs, qu'une distinction
nominale. A. O. dénonce 'l'échafaudage fragile' sur leguel le savant allemand a construit cette
vue. A défaut de notices précises, il réunit, à travers VEvangile et YApostolicon de l'hérétique,
un certain nombre de passages éclairant les rapports du Dieu bon et de son FiIs. C'est le cas
notamment des textes qui font état de Tenvoi' du Christ FiIs par Dieu et de ceux qui, comme //
Cor. 4, 4, CoL 1, 15 et 19, donnent le Christ pour 'l'image du Dieu invisible', c'est-à-dire une
personne en qui le Dieu infini acquiert un visage (apóoomov) accessible aux hommes et destiné
à leur apporter la connaissance de l'Inconnu. La discussion d'un autre texte (Ph. 2, 6-7), avec
l'analyse de Veffigies Dei, conduit à établir que le FiIs, avant sa première parousie, est composé
de la substance humaine et de sa qualité congénitale. Également Rom. 8, 3 et GaI. 4,4 font voir
que sont deux le Père qui envoie et le FiIs qui est envoyé. En face de toutes ces indications
convergentes, les arguments d'Harnack ne tiennent pas : la lecture marcionite de GaI. 1, 1 ne
doit pas orienter vers l'idée d'une auto-résurrection du Christ ; et le témoignage, prétendu
essentiel, de Tertullien (Marc 1,19, 1 : les marcionites disent que leur dieu s'est révélé 'par lui-
même' en Jésus-Christ) ne doit pas être interprété dans un sens modaliste ; carper semeîipsum
s'oppose à per conditionem et signifie que le Dieu inconnu s'est révélé per substantiam
propriam (et non par la Création) en Jésus-Christ : en soi-même inaccessible, il se fait
accessible dans le Christ, qui est son image et sa face. Marcion aurait donc admis la réalité de la
gennesis divine, quoique rien n'indique comment et quand le Dieu bon a engendré son FiIs. -
Cet important article, accompagné d'un bon résumé en français, apporte un éclairage neuf. Mais
il faut reconnaître que bien des incertitudes demeurent quant à la christologie de Marcion.
Comment être sûr de son interprétation de ces textes de l'Écriture, par des sources provenant de
ses seuls adversaires. Il nous semble aussi que le témoignage d'Origène-Jérôme (p. 57-58) est
un peu trop facilement écarté. R. B.

44. DAL COVOLO (Enrico), Riferimenti mariologici in Tertulliano. Lo status quaestionis —


La mariologia nella catechesi dei Padri (etàprenicena), Roma : LAS, 1989, p. 121-132.
La théologie mariale de Tertullien a été jugée «particulièrement faible» (d'Alès), et on la
tient en général pour un appendice de sa christologie (Cantalamessa, Moingt). En tout cas, elle
n'a pas fait l'objet de beaucoup de travaux. L'intérêt du présent article est de procurer une revue
analytique et critique des quelques études consacrées à la question dans ces trente dernières
années. L'A. procède par recensement systématique des différents thèmes auxquels se
rattachent les références mariologiques de l'Africain : maternité de Marie, virginité antepartum
et parallèle antitypique avec Ève, virginité inpartu, virgimtépostpartum, rapport à l'Église (et
de nouveau parallèle avec Ève), exégèse vétérotestamentaire (Ps. 86, 5 et Ps. 71, 6). Plusieurs
de ces travaux - ceux de P. Branchesi, G. Bernardi, M. Pasculli, M. Martinello - sont des
dissertations romaines pratiquement inconnues en France ; celui de I. Calabuig est même
manuscrit. Tous ont en commun de proposer une approche plus nuancée de la pensée de
Tertullien que H. Koch (Virgo Eva. Virgo Maria, Berlin et Leipzig, 1937) a peut-être trop figée
quand il a fait de celui-ci, il est vrai sur la foi de certains textes (celui de Virg 6, 3 est
particulièrement net), un négateur de la virginité in partu ctpostpartum. L'A. a donc raison de
conclure en appelant à la prudence face à des affirmations trop catégoriques, et en invitant à un
réexamen approfondi, sans présupposé, de toutes ces références qui devraient être envisagées
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 361
non seulement dans le contexte, mais dans le cadre global de toute l'œuvre, la personnalité de
Tertullienétant«complexeetquelquefoiscontradictoire». R. B.

45. SuSKA (Joanna), Rodzina ijejfunkcje w ujeciu Tertuliana [La famille et ses fonctions
selon la conception de Tertullien] — Collectanea theologica (Varsovie), 60, 1990, p. 156-157.
Résumé par l'auteur de son mémoire de licence, rédigé sous la direction de E. Stanula.
Tertullien, après avoir quitté l'Église, rejette le mariage et la procréation. La terre est
actuellement suffisamment peuplée, et la fin du monde est imminente. Le chrétien doit se tenir
prêt pour le retour du Seigneur et rester à distance du monde et de la matière. Autre argument :
le sacerdoce universel des fidèles, qui implique le célibat. J. WOLDS[SKI

46. BOBERTZ (Charles Arnold), Cyprian ofCarthage aspatron : A Social Historical Study of
the role ofBishop in the Ancient Christian Community ofNorth Africa. Diss. Yale University,
1988. 293 p. [cf. Dissertation Abstracts International, vol. 50, n° 11, May 1990, p. 3625A ; Order Number
DA9009438]
L'auteur se propose d'appliquer à la communauté chrétienne de Carthage, sous l'épiscopat
de saint Cyprien, un modèle d'analyse sociologique moderne concernant le rapport «patron» /
«clients». Après avoir rappelé l'importance de plus en plus grande des relations de clientèle
dans le monde romain antique, il entreprend de lire, à l'aide d'une telle grille, les documents
que nous possédons sur Cyprien et son Église, depuis son élévation à l'épiscopat jusqu'au
concile de 251.
Selon C. A. B., l'application du modèle du 'patronat' permet de comprendre certains faits
et d'en éclairer d'autres d'un jour nouveau. L'élévation rapide de Cyprien à l'épiscopat est celle
d'un patronus influent et riche qui s'est acquis une clientèle par sa générosité. L'évêque
patronus contrôle, gère et répartit les ressources matérielles et spirituelles de sa communauté : le
De opere et la correspondance nous laissent entrevoir que les fidèles n'exercent pas directement
la charité, mais font leurs offrandes dans le cadre de la liturgie, et que les sommes amassées
sont redistribuées au clergé et aux pauvres ; de même, la gloire des confesseurs et des martyrs
n'existe que si elle glorifie l'évêque et, partant, sa communauté («esse martyr non potest qui in
ecclesia non est») ; leur pouvoir de pardon n'est valide que s'il est mis à la disposition de
l'évêque. La controverse pénitentielle est trop mince pour expliquer le schisme de Félicissimus :
il s'agit en fait de la rivalité de deux partis. L'opposition se renforce en détournant à son profit
une partie des nécessiteux, au grand scandale de Cyprien (epist. 41, 1) et en acceptant dans sa
communion les lapsi impatients et les confesseurs rebelles. En réponse, du lieu de son exil,
Cyprien renforce son clergé décimé et sa communauté financièrement et moralement affaiblie,
en imposant l'aumône pour pénitence aux bons lapsi, en secourant les pauvres demeurés loyaux
et les confesseurs restés fidèles, en leur trouvant du travail, et en désignant de nouveaux clercs
selon une procédure exceptionnelle. La structure de la communauté chrétienne enfin est celle du
modèle social envisagé par l'auteur : la hiérarchie 'verticale' (évêque, prêtres, diacres, laïcs) se
double d'une relation 'horizontale' (échange continu entre l'évêque et son peuple, dont le rôle
est considérable).
Cette thèse s'inscrit dans la foulée de travaux récents qui ont le mérite d'avoir découvert,
dans les Lettres et les traités, notamment YAd Donatum, ou encore dans la Vita Cypriani,
d'authentiques témoignages historiques, et d'avoir donné chair à une œuvre qui avait trop
longtemps été lue comme une œuvre atemporelle de spiritualité et de doctrine. Elle contribue à
montrer comment l'institution ecclésiastique s'est développée à l'instar de l'institution sociale.
Mais, en vertu du parti pris de l'auteur, elle constitue un systèmeclos : comment ne pas
retrouver à l'issue de la lecture le modèle qui a été utilisé pour le déchiffrement ? Elle réduit tout
à ce modèle, au risque de gauchir la pensée de Cyprien et de déformer la réalité. La controverse
362 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRlANEA
pénitentielle est minimisée. La disciplina perd sa dimension morale et spirituelle : suivre la
discipline et écouter la parole de Dieu, c'est montrer de la déférence pour l'évêque patronus et
lui confier le contrôle des ressources matérielles et spirituelles de la communauté ; les vertus
évangéliques de douceur et de paix ne désignent plus que l'obéissance à l'évêque. Autre
gauchissement très net : le rôle de l'apostasie dans l'affaiblissement du clergé et de la
communauté est occulté ; seule compte la déloyauté ou la fidélité à l'égard de Cyprien, et C. A.
B. en vient parfois à comprendre les mots lapsi et stantes dans cette dernière perspective.
L'interprétation de la première partie de la Vita Cypriani (p. 93 et sqq.) nous paraît
également faussée par la thèse adoptée : C. A. B. veut y trouver la preuve que Cyprien a été
porté d'emblée à l'épiscopat alors qu'il était encore néophyte. Il pense que le biographe
consacre cette partie de son œuvre àjustifier une élection contraire à l'enseignement de Paul (/
Tim. 3) et à la tradition. Mais cette interprétation ne tient compte ni de la composition
d'ensemble, qui distingue des étapes dans la vie de Cyprien avant l'épiscopat, ni du contexte
immédiat de l'allusion à / Tim. 3, 6 (baptême de l'eunuque par Philippe : Vita 3, 1) ; cette
allusion semble bien s'appliquer au baptême de Cyprien, et non à sa désignation épiscopale
(voir commentaire ad loc. de A. A. R. Bastiaensen dans son édition, Vite dei Santi, 3, 1975).
S. D.

47. BOBERTZ (Charles Arnold), The Historical Context ofCyprians «De unitate» — The
Journal ofTheological Studies, N. S., 41, 1990, p. 107-111.
L'auteur reprend le débat, épineux et probablement insoluble, sur la finalité du De unitate. Il
veut montrer que ce traité ne s'adresse qu'à la communauté de Carthage {carissimifratres) et ne
vise en aucune manière Novatien, mais seulement le parti, opposé à l'évêque, de Félicissimus et
Novat. Son argumentation n'est pas plus convaincante que celle de ses prédécesseurs. Elle
repose tout d'abord sur des rapprochements entre l'opuscule (notamment son ch. 10), et des
lettres relatives au schisme carthaginois (notamment epist. 45, 1). Or, en opérant d'autres
rapprochements, G. W. Clarke (The Letters ofSt. Cyprian ofCarthage, vol. 2, 1984, ACW
44, p. 302) montre que le ch. 10 convient précisément à décrire la querelle entre les partisans de
Corneille et ceux de Novatien, avant le schisme. De notre côté, tout en respectant la fourchette
chronologique actuellement admise pour la composition du traité, nous avons montré naguère
l'étroite parenté entre le De unitate et la Lettre 55, postérieure au traité et au schisme (Gentiles
viae. Cyprien, Lettre 55, 17, 2, dans RÉAug 23, 1977, p. 233, n. 58). La prudence de Clarke,
qui refuse de conclure, est donc de rigueur.
En second lieu, C. A. B. est guidé par le présupposé étroitement historique et sociologique
qu'il expose dans sa thèse (voir ci-dessus, n° 46) : patronus de l'Église de Carthage, Cyprien a
pour unique but de renforcer son autorité et de souder sa communauté autour de lui. Mais à
vouloir faire des traités de Cyprien des œuvres de pure circonstance, «excluant le souci de toute
audience extérieure» (p. 109), on risque de passer à côté de leur signification. Même si le De
unitate s'adresse d'abord aux fidèles de Carthage, il vise sûrement, au-delà des carissimifratres
de cette communauté, ceux du monde entier, et ce n'est pas seulement pour information que
Cyprien l'envoie à Rome, mais pour faire connaître sa doctrine ecclésiologique. Celle-ci vaut
pour l"Eglise universelle comme pour les Églises locales, à commencer bien entendu par celle
de Carthage. C'est en raison de sa portée générale que nous continuons à penser, à la suite de
M. Bévenot, mais sans pouvoir autrement le démontrer, qu'il a fallu le schisme de Novatien
pour porter à son achèvement une réflexion provoquée déjà par la querelle romaine antérieure au
schisme et l'opposition des prêtres factieux de Carthage. S. D.

48. MONTGOMERY (Hugo), Subordination or collegiality ? : St. Cyprian and the Roman See
— Greek and Latin Studies in Memory of Cajus Fabricius, ed. by Sven-Tage TEODORSSON,
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 363
Göteborg : Acta Universitatis Gothoburgensis, 1990, p. 41-54 (Studia Graeca et Latina
Gothoburgensia, 54).
La collégialité est au centre de l'ecclésiologie de Cyprien et elle commande sa conduite, tant
en Afrique que dans ses relations avec les divers évêques qui se sont succédé à Rome pendant
son épiscopat. H. M. rappelle l'histoire de ces relations et rapproche de Yamiciîia politique la
collégialité telle que la conçoit et la pratique Cyprien. La version du ch. 4 du De unitaîe dite
«Textus Receptus» (sans mention du siège de Pierre), si elle n'est pas la seule version
authentique, a donc bien dû être rédigée, comme l'a soutenu M. Bévenot, pour remplacer la
version dite «Primatus Textus», au moment où Etienne affirmait, contre la collégialité, la
primauté de Rome fondée sur la chaire de Pierre. S. D.

49. STRAW (Carole E.), Cyprian and Mt 5 : 45 : the Evolution of Christian Patronage —
Studia Patristica, vol. XVIII, 3 (cf. n° 10), 1989, p. 329-339.
L'auteur adopte une perspective un peu différente de celle de Bobertz (voir ci-dessus, n° 46
et 47), bien qu'elle s'inspire de la même analyse sociologique. Selon elle, Cyprien condamne le
modèle antique du patronat comme destructeur de la société. Au patron avide d'argent,
d'honneur et de pouvoir, méprisant le pauvre et vendant sajustice, tel qu'il le dépeint dans YAd
Donatum, il substitue un patron inspiré par l'absolue perfection d'un Dieu dont la générosité
surabonde - il en a fait personnellement l'expérience par son baptême - et qui ne fait acception
de personne, dispensant gratuitement soleil et pluie aux justes et aux injustes (Matth. 5, 45).
Chaque chrétien doit être ce patron nouveau, dans une société nouvelle, unie par la charité et
structurée selon une 'hiérarchie de générosité'. Désigné par Dieu, l'évêque est au sommet ; il est
le 'centre de redistribution' des richesses matérielles et spirituelles de sa communauté, avec
laquelle il s'identifie. & D.

5 0 . MORESCHINI (Claudio), Aspetti della dottrina del martirio in Tertulliano —


Compostellanum, 35, 1990, p. 353-368.
Revue des conceptions martyrologiques de Tertullien, de Mart à Fug. Elle aboutit à nuancer
la critique de H. von Campenhausen qui leur a reproché d'être exclusivement légalistes. Une
telle critique s'appuie sur Scor, dont il faut prendre en compte qu'elle est une œuvre polémique,
dirigée contre des gnostiques contempteurs du Dieu de l'A. T. A la suite du Père Orbe, C. M.
restitue le climat de la controverse qui oppose l'Africain aux Valentiniens et à leur idéologie
incompatible avec une 'confession ici-bas'. L'exégèse de Matth. 10, 32-33 est éclairée par la
comparaison avec celle d'Héracléon, conservée par Clément, Strom. 4, 9, 71 s. (sur cette
question, voir maintenant l'édition de G. Azzali Bernardelli, signalée supra n° 3, aux p. 21-26
et 264-265). Sans doute le légalisme de Tertullien est-il indéniable, mais sa conception du
martyre n'est pas plus étroite que celle des apologètes grecs du Ile siècle. Ce que C. M., en
revanche, est porté à admettre, c'est l'absence d'une dimension ecclésiale dans la doctrine
martyrologique de Tertullien. - Sur ce dernier point, toutefois, voir les observations de G.
Azzali Bernardelli dans Ecclesiae sanguis (cf. Chron. Tert. 1987, n° 35), p. 1127-1155. R. B.

51. TuRCAN (Marie), Êtrefemme selon Tertullien — Vita Latina, 119, septembre 1990, p.
15-21.
Étude menée avec brio et pertinence sur un sujet qui fait couler beaucoup d'encre. M. T.
montre bien que, en dépit des apparences, Tertullien conçoit pour la femme, et lui propose,
l'idéal le plus élevé qui soit, même si c'est aux dépens de sa féminité : la sainteté. J.-C. F.
364 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
52. DEVOTI (Domenico), All'origine dell'onirologia cristiana (con particolare riferimento a
Tert., de an. 45-49)-Augustinianum, 29, 1989, p. 31-53.
Après avoir rappelé l'importance des songes dans la mentalité antique et dans l'Ecriture, D.
D. analyse le développement que leur consacre Tertullien dans An 45-49, «la première réflexion
systématique chrétienne» (p. 41) surle sujet. Quelques indécisions surl'extase s'expliqueraient
par le fait que Tertullien n'est pas encore véritablement montaniste au moment où il écrit ce
traité. J.-C. F.

53. ANSELMETTO (Claudio), Rivelazioneprivata e tradizione nell'epistolario di Cipriano —


Augustinianum, 30, 1990, p. 279-312.
Pendant longtemps on a considéré avec suspicion les songes et visions rapportés par saint
Cyprien dans sa correspondance : les uns (Harnack) ont dénoncé le machiavélisme de l'évêque,
recourant à ce moyen pourjustifier son exil ou renforcer son autorité (réfutation minutieuse p.
282-290) ; les autres (d'Alès) ont essayé de minimiser ou d'excuser le mysticisme de Cyprien.
Il faut attendre le milieu de notre siècle pour trouver des études abordant les révélations privées
dans une tout autre perspective ; parmi les travaux qu'il mentionne, C. A. accorde une place
privilégiée au livre de M. Dulaey, Le rêve dans la vie et la pensée de saint Augustin (Paris,
1973), et s'en inspire.
Ce bilan critique est suivi de quelques observations pertinentes. S'appuyant sur le travail de
Devoti analysé ci-dessus (n° 52), C. A. montre que la pratique de Cyprien s'enracine dans la
tradition ecclésiale africaine, attestée aussi par Tertullien et les Passions africaines, et demeurée
vivace malgré la lutte contre le montanisme. Les révélations personnelles dont bénéficie Cyprien
sont toujours subordonnées à la Révélation et habitées par la Parole (Cyprien use des mêmes
termes pour présenter les préceptes divins et les avertissements reçus en songe) ; elles n'y
ajoutent rien, mais permettent de savoir que les textes scripturaires s'appliquent aux
circonstances présentes. Elles peuvent être accordées à tous ceux qui demeurent dans l'Église,
mais elles jouent un grand rôle dans l'exercice de la fonction épiscopale, notamment pour
l'enseignement pastoral : elles confèrent un caractère dramatique et prophétique à cet
enseignement. S. D.

54. NTEDIKA KONDE, La théologie du ministère dans les lettres 1 et 3 delacorrespondance


de saint Cyprien — Revue africaine de Théologie, 12, 1988 [23-24, avril-octobre], p. 79-98.
Pour aider les chrétiens d'aujourd'hui à réfléchir sur les ministères, l'auteur donne - sans
vraiment les discuter ni discuter les études qui leur ont été consacrées -, les informations
contenues dans les lettres 1 et 3 de Cyprien sur la fonction presbytérale et la hiérarchie
cléricale. S. D.

HÉRÉSIES

55. HOFFMANN (R. Joseph), Women in the Marcionite Churches ofthe Second Century : An
Enquiry into the Provenance ofRomans 16 — Studia Patristica, vol. XVIII, 3 (cf. n° 10),
1989,p. 161-171.
Quand il stigmatisait le rôle des femmes dans la liturgie et l'enseignement des communautés
hérétiques (Praes 41, 5 ; Virg 9, 1 ; Marc V, 8, 11-12), Tertullien avait en vue non des
conventicules gnostiques, mais les églises marcionites. Il représentait le point d'aboutissement
d'une tendance antiféministe ignorée du paulinisme ancien, mais qui avait commencé à
s'affirmer avec l'auteur des Epîtres Pastorales (cf. / Tim. 2, 11-15). Mais une fois passé au
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 365
montanisme, i1 est revenu sur son attitude d'hostilité à cause de la place tenue par Prisca et
Maximilla dans la Nouvelle Prophétie (Prax 1, 5). Les églises marcionites avaient maintenu la
structure accueillante aux femmes du paulinisme primitif ; celui-ci s'exprime en / Cor. 11, 5
(tandis que / Cor. 14, 34 serait une interpolation antimarcionite) et en Rom. 16 qu'on doit
même considérer comme venant de Marcion, avec sa longue liste de femmes ministres et sa
doxologie finale sur le «mystère enveloppé de silence» (toutefois le v. 26 est une interpolation
orthodoxe). - Pour ne rien dire, ceci n'étant pas de notre ressort, de toutes les vues professées
sur le corpus paulinien (paulinisme ancien opposé au pseudo-paulinisme réactionnaire des
Pastorales), on fera observer qu'on aurait pu mieux saisir le comportement de Tertullien en
distinguant la participation des femmes à la liturgie et la réception par elles des dons de l'Esprit,
seule en cause en Prax 1, 5 (comme en An 9, 4 non cité). D'autre part, l'Africain est déjà
montaniste quand il parle avec sévérité, en Marc V, 8, 11-12, des femmes marcionites. On ne
saurait donc affirmer qu'il 'se convertit' à la pratique de l'église marcionite (p. 165). Sûrement
il ne percevait pas la restitutio Christianismi de Montan comme pareille à celle qui, aux yeux de
R. J. H., caractérise le marcionisme. R. B.

56. MAY (Gerhard), Marcion in contemporary views : results and open questions — The
SecondCentury, 6, 1988,p. 129-151.
Partant d'un constat déjà formulé à propos du récent livre de R. J. Hoffmann (cf. Chron.
Tert. 1987, n° 32), G. M. réexamine l'ouvrage classique - et non remplacé - d'Harnack pour
lui apporter les corrections et mises au point nécessitées par les progrès de la recherche. Par une
démarche prudente, modèle de méthode, il aboutit à dessiner un portrait renouvelé de
l'hérétique : gnostique ouvert à la philosophie et dont le biblisme, comme l'œuvre
philologique, est subordonné à des présupposés dogmatiques. - Ce qu'on retiendra ici, c'est
que, de ce réexamen, le témoignage de Tertullien sort renforcé. C'est lui qui reflète, face à
YAdu. omnes haereses, Épiphane, Philastrius, la tradition la meilleure concernant la vie et
l'activité de Marcion (p. 134-137). Comparée aux autres images de la doctrine marcionite
qu'ont laissées Justin, Irénée, Clément, Éphrem (p. 137-143), celle qu'on tire de l'Africain,
focalisée sur la séparation radicale de la Loi et de l'Évangile, paraît la plus approchante, même
si G. M. la dit influencée par la tournure d'esprit du polémiste (p. 140-141). Il nous semble en
tout cas notable que G. M. ait vu dans ce goût pour les ruptures la caractéristique de la pensée
de Marcion qui, faite d'un «mouvement en alternatives et contrastes radicaux», assure son
originalité dans la théologie du Ile siècle, où la tendance générale était vers l'unité, l'harmonie,
lacontinuite(p. 147). R. B.

57. HOFFMANN (R. Joseph), How then know this troublous teacher ? Further reflections on
Marcion and his church —The Second Century, 6, 1988, p. 173-191.
Son ouvrage sur Marcion ayant subi les feux croisés de la critique (cf. Chron. Tert. 1987,
n° 31-32-33), R. J. H. revient ici sur son travail. Après avoir souligné (p. 180) qu'il s'agit d'un
'essai', ne visant pas à atteindre des conclusions fermes, il n'en maintient pas moins, dans les
'propositions' qui suivent (p. 182-188), l'essentiel de ses vues révolutionnaires sur celui qui
aurait été, non un gnostique, mais un paulinien radicaliste, et aurait joué un rôle décisif dans
l'histoiredesÉglisesd'Asiemineure. R. B.

LITURGIE

58. CROUZEL (Henri), Le baptême selon les Pères anténicéens — Compostellanum, 35,
1990,p. 181-205.
366 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Synthèse claire, détaillée, références (textuelles plus que bibliographiques) à l'appui, mais
assez peu problématique de nos connaissances sur le baptême avant Nicée. H. C. centre son
exposé sur quatre points : 1) Les effets du baptême : rémission des péchés ; naissance à une vie
nouvelle. 2) Les différents baptêmes : baptême donné par Jean le Baptiste ; baptême de Jésus
par Jean ; baptême donné et reçu par les disciples de Jésus ; baptême d'Esprit (confirmation) ;
baptême de sang (martyre) ; baptême de feu (Purgatoire). 3) Liturgie et symbolismes du
baptême. 4) Questions diverses : baptême des petits enfants, des hérétiques, pour les morts
(c'est-à-dire, semble-t-il, réception du baptême pour assurer le salut d'un défunt non baptisé).
On pourrait sans doute discuter quelques affirmations : la description de l'Eucharistie dans
Justin, IIApol. montre qu'il est difficile de parler, sans nuances, de la 'discipline de l'arcane',
puisque l'apologiste s'adresse aux païens (p. 183) - Peut-on dire que Tertullien a une 'doctrine'
du Purgatoire (p. 194) ? - Le problème de la validité du baptême des hérétiques est trop
rapidement traité, sans même que soit cité le nom de Novatien (p. 202-203) - On regrette aussi
que l'auteur ait volontairement exclu de cette présentation ce que nous savons par les textes de
Nag Hammadi du baptême en milieu gnostique. J.-C. F.

SURVIE

59. TlBlLETTI (Carlo), Tertulliano, Lerino e la teologia provenzale — Augustinianum, 30,


1990, p. 45-61.
Monastère de doctes, Lérins a accordé une considération particulière à Tertullien. Le
Trecensis remonterait à ce milieu. Vincent s'est inspiré de Praes pour écrire son
Commonitorium où il élabore une doctrine de la tradition ecclésiastique et de la succession
apostolique. Mais ce que, à travers les témoignages de Cassien et de Faustus de Riez, C. T.
veut surtout retrouver, c'est le climat théologique de ce foyer 'semi-pélagien' : la doctrine de
l'Africain du bonum naturale qui est celui de l'âme naturaliter christiana - obscurci, mais non
détruit par le péché (cf. p. 51-53 qui citent et analysent Apol 17, 5 et An 52, 2 et 41, 1-3) - y a
servi à contrebalancer les excès perçus de la théologie augustinienne de la grâce. TeI est l'objet
de Faustus dans son De gratia. D'autre part, cette même conception de l'âme, que C. T.
explique chez Tertullien par des contacts avec la pensée asiate (p. 53), est présente chez des
Orientaux comme Grégoire de Nysse et Jean Chrysostome qui ont influencé également les
Lériniens. - Signalons que C. T. vient de consacrer à ces derniers un opuscule (Pagine
monasticheprovenzali. Il monachesimo nella Gallia del quinto secolo, Roma : Boria, 1990, 195
p.) : une introduction détaillée sur leur anthropologie et leur conception de la grâce analyse les
influences qu'ils ont subies (pour Tertullien p.17-20) ; suit, en traduction, un choix de textes de
Cassien, Valérien et Faustus. R. B.

60. MATHESON (Peter), Thomas Müntzer's Marginal Comments on Tertullian — The Journal
ofTheological Studies, N. S., 41, 1990, p. 76-90.
Le réformateur «révolutionnaire» Thomas Miintzer, exécuté le 14 mai 1525 pour la part
qu'il avait prise à la guerre des paysans, suscite de nos jours un vif intérêt, comme suffirait à le
prouver le compte rendu de quatre ouvrages récents dans le Times Literary Supplement du 14
septembre 1990 (p. 983). L'un d'eux est la traduction anglaise des œuvres de Miintzer par
l'auteur de cet article, qui utilise un document fort intéressant. On a en effet la chance d'avoir
conservé l'édition princeps de Tertullien annotée par le réformateur (Dresde, Sächsische
Landesbibliothek, Mscr. App. 747). Elle avait déjà été étudiée (cf. Chron. Tert. 1977, n° 34), et
elle vient d'être abondamment exploitée dans le recueil Der Theologe Thomas Miintzer.
Untersuchungen zu seiner Entwicklung und Lehre, hrsg. von S. Bräuer und H. Junghans,
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 367
Berlin, 1989, qui a même choisi pour illustrer sa jacquette la reproduction de deux de ses
pages.
Le travail qui s'impose, ce serait d'établir une édition critique de ces notes marginales. P.
M. en est conscient, mais il ne nous donne ici qu'une dissertation sur la théologie de Miintzer à
partir de ces annotations. Il en publie une bonne part, mais sans citer les textes de Tertullien ou
de Beatus Rhenanus qui les ont provoquées. Les références sont peu précises, au mieux
l'œuvre de Tertullien et la page de l'édition princeps, jamais les références habituelles
aujourd'hui. On reconnaît toutefois des expressions (p. 83, n. 78 «lucifuge scripturarum» =
Res 47, 17) ou des citations (p. 88, n. 126 «stulta elegit deus ut confundat sapientes» = / Cor
1, 27 [Carn 4, 5]) empruntées littéralement à notre auteur. De même, si Miintzer note au début
d'Herm «philosophi sunt patriarchae hereticorum», c'est qu'il a pris l'expression un peu plus
loin en Herm 8, 3, où Rhenanus imprime en capitales ET HAERETICORUM PATRIARCHAE
PHDJ3SOPHI (une étude de l'emploi des capitales dans l'édition princeps aurait permis de mieux
comprendre celui qu'en fait Miintzer). On peut se demander si de telles citations témoignent
d'une pensée originale et construite : la synthèse habilement présentée par P. M. aurait gagné à
reposer sur un travail philologique. On est de plus surpris par certaines formes ou lectures,
comme p. 76, n. 3 «suscitabuntar» ; p. 77, n. 5 «scatet mendis Tertulliam» ; p. 79, n. 29
«Romana ecclesia omnia bona scismata fecit» ; p. 82, n. 61 «Versus Hermogenem» ; p. 89,1.
33 «loquunt». P. P.

61. DASSMANN (Ernst), «Tam Ambrosius quam Cyprianus» (c. IuL imp. 4, 112). Augustins
Helfer im pelagianischen Streit — Oecumenica et Patristica. Festschrift W. Schneemelcher,
hrsg. von D. PAPANDREAOU, W. A. BiENERT, R. ScHAEFERDiEK, Stuttgart - Chambésy - Genf :
Metropolie der Schweiz, 1989, p. 259-268.
L'A. distingue trois utilisations d'Ambroise et de Cyprien par Augustin dans sa controverse
contre Julien d'Éclane : 1) Augustin montre en eux les représentants privilégiés d'une Église
unanime à condamner les pélagiens, en dépit de la prétention de ces derniers à se réclamer
d'eux ; 2) dans son argumentation, il retient de ces deux auteurs seulement quelques passages
qu'il juge caractéristiques et qu'il cite souvent ; 3) en se recommandant de Cyprien - antérieur
au manichéisme - et d'Ambroise - hostile à cette hérésie -, il convainc Julien de mensonge
lorsqu'ill'accused'êtremanichéen. S. D.

62. PETRUCCIONE (John), Prudentius' Portrait ofSt. Cyprian : An IdealizedBiography —


Revue des Études Augustiniennes, 36, 1990, p. 225-241.
Fine analyse de l'Hymne 13 du Péristéphanon, soutenue par une bonne connaissance de
l'art de Prudence. Loin d'introduire maladroitement dans son hymne des éléments
biographiques relatifs à Cyprien d'Antioche, le poète a probablement utilisé une biographie de
Cyprien de Carthage qui comportait déjà ces éléments (peut-être une traduction latine de ÏOratio
24 de Grégoire de Nazianze). Mais surtout, il a voulu présenter l'évêque martyr comme un
nouveau Paul, choisi par Dieu, en Occident, pour enseigner semblablement toutes les Nations.
La cohérence de ce portrait idéalisé vient de rapprochements souvent subtils, bien à la manière
de Prudence, entre Paul et Cyprien. Aux excès du jeune Paul dans la pratique du judaïsme
répondent les excès du jeune Cyprien dans la pratique du paganisme (J. P. montre fort bien que
l'immoralité et la magie du Cyprien de Prudence, avant sa conversion, sont celles qu'évoquent
les élégiaques romains). La même soudaineté marque les deux conversions. Pour parfaire la
ressemblance avec Paul, Prudence met Cyprien en prison et lui prête le même désir d'être
rapidement délivré des liens du corps et de voir ses fidèles l'imiter. Ce faisant, Prudence
incarne poétiquement une tradition déjà attestée chez Grégoire de Nazianze et Augustin. De
même qu'Augustin {serm. 312, 2) cite, pour étayer l'analogie entre les deux saints, un passage
368 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
d'inspiration paulinienne de YAd Donatum, de même Prudence utilise, dans le même but, la
lettre 76 de Cyprien, également dépendante de Paul. S. D.

RÉIMPRESSIONS

63. PERLER (Othmar), Sapientia et caritas. Gesammelte Aufsätze zum 90. Geburtstag, hrsg.
von Dirk VAN DAMME und Otto WERMELiNGER, Freiburg Schweiz : Universitätsverlag, 1990,
XIV-632 p. (Paradosis. Beiträge zur Geschichte der altchristlichen Literatur und Theologie,
29).
La première section de ces opera minora est consacrée à Cyprien et contient la reproduction
anastatique de quatre articles bien connus de Mgr Perler, qui fut de 1932 à 1971 professeur de
patristique et d'archéologie chrétienne à l'Université de Fribourg : ils datent de 1936 et 1954, et
concernent tous le De catholicae ecclesiae unitate. Les autres sections portent sur Ignace
d'Antioche, Augustin, Méliton de Sardes et l'archéologie chrétienne. Une bibliographie de
l'auteur et des index très détaillés ajoutent encore à l'utilité de ce beau volume. P. P.

64. MARTIN (Jochen), QuiNT (Barbara), éd., Christentum und antike Gesellschaft,
Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1990, VI-479 p. (Wege der Forschung, 649)
On trouvera dans ce recueil, aux p. 318-357, la réimpression d'un article de Georg
ScHÖLLGEN, Die Teilnahme der Christen am städtischen Leben in vorkonstantinischer Zeit.
Tertullians Zeugnis für Karthago, tiré deRömische Quartalschrift, 77, 1982, p. 1-29 (cf.
Chron. Tert. 1982, n° 31), mais les autres mémoires reproduits ont, eux aussi, très souvent
recours à Tertullien, comme suffit à le montrer l'index s. v. (p. 479). P. P.

NOUVELLES

65. La Chron. Tert. 91 recensera, entre autres, l'édition de Marc II par R. BRAUN (SC 368) ;
celle de Cast par H.-V. VEiT (Stuttgart : Teubner, 1990 ; Beiträge zur Altertumskunde, 2) ; la
traduction italienne de Res due à C. MiCAELLi (Roma : Città Nuova, 1990) ; l'édition
commentée, avec traduction allemande, du Carmen adversus Marcionitas due à Karla PoLLMANN
(Göttingen : Vandenhoeck und Ruprecht ; Hypomnemata, 96) ; les articles rassemblés dans 1'
Hommage à René Braun, tome 2, Autour de Tertullien (Nice : Publications de la Faculté des
Lettres et Sciences Humaines de Nice, n° 56, 1990 [paru en 1991]).
Revue des Études Augustiniennes, 38 (1992), 355-388

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1991

Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine
depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de
Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert.,
qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu.
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. M. Pierre-Paul Corsetti
et Mmes Carlotta Dionisotti et Karla Pollmann nous ont fourni de précieuses indications
bibliographiques et la photocopie d'articles inaccessibles en France. Nous leur exprimons notre
très vive gratitude.
René BRAUN — Simone DELÉANI — François DOLBEAU
Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

BIBLIOGRAPHIE

1. SANDERS (Gabriel), V A N UYTFANGHE (Marc), Bibliographie signalétique du latin des


Chrétiens, Turnhout : Brepols, 1989, XII-188 p. (Corpus Christianorum, Lingua Patrum, 1).
Sur le modèle de L'Année philologique, la présente bibliographie se divise en deux
sections : Auteurs et textes (p. 3-131) et Généralités (p. 133-181), la seconde étant elle-même
partagée en trois sous-sections : Langue, style, vocabulaire (p. 135-173), Littérature, culture,
civilisation (p. 174-180) et Dictionnaires, glossaires, lexiques spécialisés (p. 181). Il y a un
index des vocables latins, mais pas des auteurs modernes. On n'a pas tenu compte des éditions,
malgré la part importante que certaines consacrent à des études de langue et de style (que l'on
pense aux éditions de Tertullien dues aux savants hollandais), ou à des index du vocabulaire.
Les dépouillements sont en principe exhaustifs jusqu'en 1985, puis plus aléatoires (l'avant-
propos est daté de Noël 1988).
Cette bibliographie rendra des services, mais pas tous ceux qu'on serait en droit d'attendre
d'un livre paraissant sous le patronage prestigieux du Corpus Christianorum. Nous ferons des
remarques de trois ordres, centrées sur Tertullien.
1. Les notices sont trop sommaires. Elles n'indiquent ni l'éditeur commercial, ce qui est
dommage en tout cas pour les livres encore disponibles, ni la collection où est parue une
356 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
monographie. Bien souvent les réimpressions ne sont pas signalées - l'article de Karl Holl,
Tertullian als Schriftsteller (1897), sera pour certains plus accessible dans ses Gesammelte
Schriften, t. 3, Der Westen, Tübingen, Mohr, 1928, p. 1-12 - ni les rééditions revues et
augmentées : on doit bien sûr consulter le Deus Christianorum de René Braun dans sa nouvelle
édition (Paris, Études Augustiniennes, 1977), passée de 644 à 738 pages.
2. Il n'y a pas de «valeur ajoutée» par de petits commentaires qui faciliteraient l'orientation du
lecteur : p. ex. les auteurs auraient pu indiquer que l'article d'Henri Goelzer sur Le style de
Tertullien, paru dans le Journal des Savants de 1907, est en fait un compte rendu du livre de
Heinrich Hoppe, Syntax und Stil des Tertullian, paru quarre ans plus tôt. Bien plus, certaines
notices semblent faites de seconde main ; sinon comment expliquer l'attribution (p. 150) de
l'article d'André Labhardt sur Curiositas à la revue Missionalia Hispánica, alors qu'il est en fait
paru dans le Museum Helveticum...
3. Les lacunes sont trop nombreuses. En ce qui concerne le seul Tertullien, pourquoi ne pas
avoir signalé les études discutées en Chron. Tert. 1979, n os 4 et 5 ; 1980, n° 15 ; 1981, n° 4 ;
1983, nos 6_g e t io ; 1984, n os 8-9 ; 1985, n os 9 et 11, etc. ? Mme S. Deléani nous fait
remarquer une omission de taille, la Concordance des traités de Cyprien (cf. Chron. Tert. 1986,
n° 8). Il serait facile d'allonger cette liste.
Au total donc un instrument de travail utile, mais qui aurait besoin d'une sérieuse révision.
P. P.

ÉDITIONS

2. TERTULLIEN, Contre Marción. Tome II (livre II). Texte critique, traduction et notes par
René BRAUN, Paris : Éditions du Cerf, 1991, 234 p. (Sources chrétiennes, 368).
Le premier tome de l'édition monumentale de R. B. (cf. Chron. Tert. 1990, n° 2) contenait
l'introduction aux livres I et II. On ne trouvera donc ici que le texte critique et la traduction
annotée du livre II, ainsi que, en fin de volume, soixante notes critiques qui justifient
l'établissement ou la traduction d'un texte souvent difficile, et neuf notes complémentaires qui
sont autant de petites monographies consacrées à des problèmes de fond.
Le texte est établi avec un grand soin, et une ingéniosité dont témoignent plusieurs
conjectures brillantes (p. ex. 1,2 uel quia ; 3, 5 aeternitate ; malitiam ; 20, 3 tune uasa ista). La
correction est presque parfaite ; on rétablira juste en 4,4 finxit hominem ; en 6, 7 pensaretur ei ;
en 26, 1 non sciw/t. L'apparat, très clair, élimine certaines variantes propres à la tradition
imprimée, comme 2,4 condicet : contradicet RBGel ; on les trouvera dans l'édition Moreschini.
Quelques inexactitudes semblent malgré tout s'y être glissées. En 19,4 (44) non n'est pas omis
par les éditeurs ; on rédigera donc ainsi l'unité critique : et MyR1 : unum ex ipsis R2R3. La
leçon de Pamèle est en 10, 3 (36) Cherub posui te et en 17,1(1) ita. La lecture de l'exemplaire
annoté par Saumaise (Paris, B. N., Rés. C. 300) confirme le peu d'intérêt que présente le
Diuionensis pour le texte de ce traité. On y découvre en revanche que l'érudit bourguignon avait
devancé Engelbrecht et Kroymann en proposant en 19,4 (44) «fonasse custodibit».
S'il fallait suggérer quelques retouches au texte établi par R. B., elles porteraient surtout sur
la ponctuation. Certaines modifications, minimes, faciliteraient la compréhension (en 5, 6
mettre une virgule après spondentis et supprimer celle avant signatus ; en 9, 2 mettre une
virgule avant ut aurulam).- En 4, 6, la récapitulation finale «Agnosce igitur bonitatem dei nostri
interim uel hucusque ex operibus bonis (cf. 1. 8-19), ex benedictionibus bonis (19-21), ex
indulgentiis (27-37), ex prouidentiis (37-40), ex legibus (40-48) et praemonitionibus bonis et
benignis (48-55)» invite à marquer une coupure plus nette à la ligne 37 : «... ecclesiam. Eadem
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 357
bonitas etc.».- En 14, 1, la ponctuation «ecce, enim inquiunt, ipse se etc.» surprend, même si
enim, à l'intérieur d'une citation, peut porter en fait sur le verbe qui l'introduit (Or 2, 5 : «ego
enim, inquit, et Pater unum swnus» ; cf. TLL V2, c. 575,1. 16-25) ; ecce enim est en effet une
tournure fréquente chez Tertullien ; cf. G. Thörnell, Studia Tertullianea, 4, Uppsala, 1926, p.
85.- En 20, 4, nous comprenons (avec Evans) «suum populum in tempore expeditionis
angusto aliquo solatio tacitae compensationis expunxit». L'adjectif angustum (appliqué à
beneficium chez Sénèque, Ben. 2, 28, 4) caractérise bien la maigre compensation de Juifs
negantes compensation satis esse etc.; pour le rythme, cf. Apol 1,1: «uel occulta uia tacitarum
litterarum».- En 26,1, nous lirions plutôt (toujours avec Evans) «Quod enim seit hoc deierans,
uere non peierauit» ; cf. Cuit II, 11, 3 : «et tune uere non blasphemabunt nationes».
Le texte établi repose sur une parfaite connaissance du vocabulaire et de la syntaxe de
Tertullien, dont témoignent aussi des notes invariablement instructives. On relèvera en
particulier le soin avec lequel R. B. signale hapax et néologismes ; peut-être valait-il aussi la
peine de mettre en valeur arbitratrix (12, 3) et libellulus ( 1 , 1 ; terme de fausse modestie qui
apparaît également en Nat I, 20, 14).- Lecteur assidu et avisé du TLL, l'éditeur n'hésite pas à le
corriger à l'occasion, ainsi p. 200 où il rejette la conjecture inutile lateribus en défendant la
leçon des manuscrits lateris (20, 2). Sans doute n'approuve-t-il pas davantage (il ne la cite
même pas) la conjecture robustiores pour arbustiores en 29, 4 (TLL X2, c. 516,1. 56, s. u.
praecuro). En revanche l'article inuestigabilis (TLL VII2, c. 166,1. 40ss) aurait dû le conduire
aux deux études d'A. Labhardt, Inuestigabilis = ανεξιχνίαστο?, dans Hommages à Max
Niedermann, Bruxelles, 1956, p. 199-205 et O. Hiltbrunner, Der Schluss von Tertulliano
Schrift gegen Hermogenes, dans Vigiliae Christianae, 10, 1956, p. 215-228, qui démontrent
que la traduction de Rom. 11, 33 άνεξιχνίαστον αί οδοί α-υτο-υ a été inuesûgabiles (avec
in privatif) uiae eius ; en 2, 4, on n'acceptera donc pas les conjectures de Pamèle
<in>inuestigabiles uiae eius et <in>inuestigabilia iudicia eius (Tertullien emploie le même mot
pour rendre ανεξερεύνητα) ; de même en Marc V, 14,9.
Les travaux des philologues Scandinaves ne sont pas très souvent cités. Ils auraient permis
d'apporter des références pour des phénomènes relevés généralement, ainsi l'absence de
démonstratif avant le relatif (p. 187 ; cf. E. Löfstedt, Kritische Bemerkungen zu Tertullians
Apologeticum, Lund, 1918, p. 70, n. 1) ou l'asyndète A et Β, C (p. 185 ; cf. E. Löfstedt, Zur
Sprache Tertullians, Lund, 1920, p. 29-31 ; G. Säflund, De pallio und die stilistische
Entwicklung Tertullians, Lund, 1955, p. 80-81). Le texte transmis en 16,7 «patientiam propter
non respicientes», défendu par R. Β. p. 195, l'était déjà par G. Thörnell, Studia Tertullianea,
2, Uppsala, 1921, p. 56, qui attirait l'attention sur l'expression dei respectus (Marc II, 19, 1 ;
cf. Pat 14, 3). En deux autres passages, R. B. s'oppose, apparemmment sans le savoir, au
même Thörnell (op. cit., p. 51-55) qui gardait le texte transmis en 7,4 «... acceperat. Ipse legi
reus fuisset, cui obsequi noluisset, non ut legislator ipse fraudem legi suae faceret» (en faisant
remarquer que la tournure non ut sert fréquemment à exclure une hypothèse fausse) et en 15, 3
«hoc itaque omnis prouidentia Dei censuit, quod iam audierat» (omnis = merus, absolutus).
Le travail sur les citations et allusions bibliques mérite les plus grands éloges (on citera en
exemple l'analyse de la citation de Ps. 117,9 faite p. 122, n. 1). Il ne reste que quelques détails
à glaner.- 4, 5 «intellectus et scientiae capax» : l'alliance de mots vient d'/s. 40, 14 cité plus
haut en 2, 4 uiam intellectus et scientiae (le grec a seulement όδον σ-υνέσεωζ) ; cf. Herrn 17,
1 ; 18, 1 : intellegentiae et scientiae- 8, 1 «flammam ignis» renvoie à Hébr. 1, 7 (τπ)ρο<
φλόγα) plutôt qu'à Ps. 103, 4 (ττ-υρ φλέγον ; cf. Marc III, 9, 7 : ignem flagrantem).- 14, 1
«mortificans sed et uiuificans, humilians sed et sublimans» : la même séquence se trouve en
I Sam. 2, 6-7.- 15, 3 «sanguis illius super capita nostra et filiorum nostrorum» : traduction
(propre à Tertullien ?) de εφ' ήμας καΐ επι τα τέκνα ημών (Matth. 27, 25) ; version
plus littérale en lud 8, 18 : cf. G. Säflund, op. cit., p. 139-140- 17, 2 «mauult misericordiam
quam sacrificium» : si la source de cette formule fréquente (cf. 13, 5 ; IV, 10, 4, etc.) est bien
Os. 6, 6 ελεο< θέλω καΐ co θΐ)σίαν, il convient de rappeler que ce verset est cité en
358 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Matth. 9, 13 et 12, 7.- 24, 3 «abundantissimi misericordiae et miserationis super agnoscentes
... delieta sua» : la iuncîura est biblique, comme le montre Marc V, 11, 1 «qui misericors et
miserator et misericordiae plurimus dictus est» (cf. Joël 2,13 ; Ρ s. 102, 8).
La traduction, excellente, apporte une aide constante au lecteur. On signalera quelques
vétilles. Les mots arbitrii (5,7), eorundem (20, 2), destinans (24, 6) ne sont pas expressément
traduits. Porro, introduisant la mineure d'un raisonnement syllogistique, pourrait être rendu par
«or» en 9, 3 et 11, 4 comme il Test en 24, 1. En 26, 1, le terme «saugrenu» comporte une
connotation que n'a pas uane (uane deierare : jurer en l'air, sans objet). Deux remarques plus
importantes. Obsequium legis (5, 1) ne peut guère signifier «la désobéissance à la loi». En 10,
3 la traduction d'£z. 28, 12 «tu es resignaculum similitudinis» et son explication «qui scilicet
integritatem imaginis et similitudinis resignaueris» posent problème. R. B. comprend (avec
l'hébreu, le grec et la Vulgate) «tu es le sceau», «tu as scellé», mais pour Tertullien resignare a
le sens de «ouvrir en rompant les sceaux» (cf. Apol 6,4 ob resignatos cellae uinariae lóculos ;
Marc I, 28, 3 signât igitur hominem numquam apud se resignatwn). Jérôme avait déjà noté la
difficulté, en faisant peut-être référence à notre texte (ce serait alors la seule allusion connue à
Marc II dans la période patristique) : «in Latinis codicibus pro signáculo resignaculum legitur -
dum κακοζήλως uerbum e uerbo exprimens, qui interpretatus est iuxta Septuaginta
translationem άττ ο σφράγισμα, resignaculum posuit - , unde quidem sic intelligunt, quod
signaculum Dei etfiguramquae uelut in cera mollissima expressa sit, rex Tyri resignauerit atque
perdiderit, ut pro signáculo fecerit resignaculum, nequáquam habens imaginem et similitudinem
Dei...» (In Ez. 9, 28,11/19 ; CCL, 75, p. 391, 206-214)
Il faudrait enfin faire l'éloge des notes historiques et théologiques, qui se lisent avec un
intérêt soutenu, mais il vaut mieux conclure : dans l'ensemble comme dans le détail, on est
comblé par ce travail et l'on attend avec impatience l'édition du livre III. P. P.

3. TERTULLIAN, De exhortatione castitatis : Ermahnung zur Keuschheit. Hrsg. und übers,


von Hans-Veit FRIEDRICH, Stuttgart : Teubner, 1990, VIII-99 p. (Beiträge zur Altertumskunde,
2).
Se voulant critique, cette édition ne comporte pas d'introduction historique et littéraire, ni de
commentaire (on trouvera, ici ou là, quelques notes discontinues, dont la pertinence n'est pas
toujours évidente). Le stemma proposé comporte des erreurs : sur la situation de R1 et R3 d'une
part, de FVLX d'autre part.
Entre l'édition récente de C. Moreschini, SC 319 (cf. Chron. Tert. 1985, n° 1) et celle-ci,
nous avons relevé 70 loci dissimilitudinis :
1,4 Mor. p. 70, 19 monogamia Fried, p. 26, 19 -iae
1,5 70,21 postea 26,22 posthac
2, 1 70,3 sublatas 28,3 abl-
2,2 72, 14 producat 28, 13 -cit
2,3 72, 16 enim 30, 15 etiam
72, 19 tarnen nobis 30, 19 iam <in> nobis
est uoluntas est uoluntas
72,21 de agnitionis arbore 30,21 de arb. agn.
2,4 72,23 domini 30,23 dei
quod <praesertim> q.
2,5 74,31 uoluntatis 32,32 -tati
74,32 ei de <de> dei
2,6 74,33 deo 32,34 domino
74,35 putas 32,36 puta <bi> s
2,7 74,40 quod in te est, 32,42 an uelis, quia in
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
74,41 an uelis te est, ut uelis
subigat 32,43 subiungat
3, 1 76,2 qualiter in manifesto 34,5 qualiter <sint> in
sint perspiciendum manifestis intus
est inspiciendum
3,3 76, 11 placita sibi 36, 15 sibi placita
3,4 76, 16 ostendens 36,20 -dendo
3,6 78,34 possunt 40,39 -sint
3,8 80,47 alio 42,52 [ab alio]
3,9 82,55 facit 42,60 facit <alio>
4,2 ' 82,8 neque in2 46,8 neque
5, 1 86,2 in primordio 50,2 ab initio
86,3 posteritatis 50,3 -tati
5,2 88, 12 alioquin iam 52, 11 alioquin quoniam
88, 12 in unam camem. 52, 12 in unam camem
Tunc erunt <sed plures,
unae non erunt
nuptiae ; nam duo
in unam carnem>
tunc erunt
6, 1 88,2 pluribus 54, 1 <cum> pluribus
88,4 alicuius futuri 54,4 futuri alicuius
6,2 90, 17 prorogationis 56, 16 propaga-
6,3 90,20 silua erat 56,20 siluerit
90,22 et dentem 56,22 dentem
90,24 humanas 56,23 in humanas
7,2 92, 12 alleguntur 58, 11 -gannir
92, 14 cum quibus non 58, 13 quos excipit
liceat excipit.
7,3 92, 19 sanctificatus. 60, 19 sanctificatus a
Adeo deo
7,4 92,21 fide sua 60,23 de sua fide
92,23 iustificantur 60,24 iustificabuntur
7,6 94,36 alleguntur 62,37 -gantur
8, 1 94,2 bonum est. Idem 64, 1 bonum. Et idem
96,7 salutem 64,7 uülitatem
8,2 96, 10 primam 64, 12 t primam
96, 13 qui...qui 64, 14 quis...quis
96, 14 obsequeretur 64, 15 -sequatur
9, 1 98,2 quam species 66,2 quasi speciem
98,9 stupri affine 66,8 stupri t affine
9,2 98, 11 Ipse 68, 11 Interim ipse
9,4 100,24 inquit 70,25 inquis
100,25 constant quod 70,26 constant
pro<bro>
quo et stuprum
100,32 indulgentia 70,33 -tiam
9,5 102, 38 prouocandis 72,39 reuoc-
102, 42 maritos et incontinentes 72,42 maritos
incontinentiae
10, 1 102, 1 Renuntiemus 74,1 Renuntiemus
tandem
360 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
10,2 104, 16 quotidie 76, 15 Si quotidie
necessaria 76, 16 necessaria est
104, 17 postquam quae
est 76, 17 sit
10,4 104, 23 quia et 78,24 quia
10,5 106, 32 enim concordat 80,32 enim t concordat
11, 1 106, 1 rubor 82,3 iste rubor
11,2 106, 10 et inter cetera 82,12 et inter cetera t
bonae mentis fronte ne mentis
12, 1 108,5 comminuendas 84,5 communicandas
108,9 non et nos 84,9 nonne et nos
12,5 110,33 de tua conscientia 88,33 de tua t
conscientia
110,36 ilio tempore 88,36 in ilio tempore
13, 1 112,5 honoratur 92,4 oneratur
13,2 114, 16 ApoUinis apud 94, 16 ApoUinis apud
Delphos et Mineruae et Delphos <et Dia-
Dianae quibusdam locis nae> apud Ephe-
sum et Mineruae
quibusdam locis
114, 17 continentes uiros 94, 18 continentiae uiros
13,3 116,32 quanto maius 96,31 quia maius
116,34 ob quod emori malis 96,33 id t quod amori
malis
13,4 116,36 restituere 98,36 -erunt
On constate que H. V. F. est beaucoup plus critique que C. Moreschini à l'égard de la
tradition. D'autre part, dans un tiers des cas environ, les divergences entre les deux éditeurs
reflètent des divergences dans l'appréciation de la langue et du style de Tertullien. Enfin, sur le
passage difficile de 7, 3, cf. Chron. Terî. 1991, n° 20. J.-C. F.

4. Das «Carmen aduersus Marcionitas». Einleitung, Text, Übersetzung und Kommentar von
Κ ARLA POLLMANN, Göttingen : Vandenhoeck und Ruprecht, 1991, [VIII-] 222 p.
(Hypomnemata, 96).
Ce poème (= CM) de 1302 hexamètres, en cinq livres qui n'ont qu'une ressemblance
extérieure avec ceux de Marc, a été édité pour la première fois en 1564 par G. Fabricius, sous le
titre Q. Septimii Florenîis Tertulliani presbyteri Carthaginiensis aduersus Marcionem, d'après
un ms. disparu depuis. A partir de l'édition de J. de Pamèle (1583/4), il a pris place parmi les
œuvres de Tertullien. Mais Rigault, en 1634, prononça un verdict d'inauthenticité qui fut
définitif et le fit passer parmi les spuria. Réputé dès lors d'auteur incertain ou inconnu, il
continua de susciter l'intérêt des philologues. En 1954, il fut édité par R. Willems dans le CC
(t. II, p. 1419-1454). Dans le travail solide et bien documenté que K. P. lui consacre - et qui a
été présenté comme thèse à l'Université de Bochum -, l'éditrice prend position sur les divers
problèmes qu'il soulève. Comme titre, elle admet aduersus Marcionitas pour des raisons
pratiques (accord avec plusieurs indications du poème). Une bonne partie de la copieuse
introduction vise à élucider le problème de la date : CM a été diversement situé, du IIIe au VIe
siècle ! Par l'étude des particularités métriques, prosodiques et stylistiques, K. P. est amenée à
se prononcer pour la première moitié du Ve. Elle fait un pas de plus en décelant une influence
d'Augustin sur CM 3, 1 s. et en voyant dans le Contra aduersarium legis etprophetarum, écrit
par le même Augustin en 421,l'indice que la lutte contre le marcionisme pouvait avoir retrouvé
alors quelque actualité. Avec prudence, elle propose comme date 420/450. C'est la même
prudence qui lui fait refuser les localisations géographiques qu'on a envisagées jusqu'à elle
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 361
(Afrique, Rome, Sud de la Gaule), comme aussi l'identification de l'auteur avec le Vicîorinus
episcopus auquel Isidore de Seville (Vir. ill. 8) attribue un opusculwn en vers, «fort bref», écrit
aduersus Marcionistas (sic !). Selon elle, l'auteur du CM est le représentant d'une poésie
tardive, à préoccupations doctrinales et antihérétiques, qui a puisé largement dans la tradition
(Irénée, Tertullien, Victorin de Pettau, Augustin), et qui écrivait, non sans recherche, pour le
seul public des chrétiens cultivés. Pour l'établissement du texte, K. P. revient plusieurs fois au
témoignage de Fabricius dont elle juge qu'on a exagéré la liberté à l'égard de son modèle. Elle
nous paraît avoir raison en général : ainsi en 1, 27 et 72, en 2,156 (où l'ajout d'une parenthèse
est bienvenu), en 4, 135. Mais en 4, 82 le rétablissement de libro. . . locuîus nous semble
moins heureux que la correction libros. .. locutos des éditions précédentes : ni Deux. 32, 2 ni
Eph. 5, 26, invoqués p. 179, n'apportent une justification suffisante pour comprendre libro au
sens de «Schriftwort» et le texte est d'intelligence plus aisée s'il s'agit bien de l'aspersion des
livres dont il est question aux vers 69/70. Si les corrections personnelles de l'éditrice toujours
parfaitement admissibles, sont peu nombreuses (en 2, 22/21 pour une interversion des vers, en
5, 31 et 223), la lecture du texte a été, par elle, grandement améliorée, grâce à une ponctuation
plus judicieuse. L'apparat scripturaire aussi est beaucoup plus riche que dans l'édition de
Willems. Le latin de CM, diffìcile parce que trop concis, est bien explicité dans la traduction en
regard. Le lecteur, qui serisqueraà découvrir ce texte un peu particulier, trouvera aussi une
aide dans l'excellente analyse du contenu (p. 38-42), comme dans le commentaire suivi des p.
134-195. Que K. P. soit remerciée du soin attentif qu'elle a mis à éclairer tous les aspects de
CM, et d'en avoir rendu la présentation plus accessible (numérotation continue des vers pour
chaque livre).
L'auteur du CM a évidemment subi l'influence de Tertullien : les concordances avec Marc
sont relevées p. 46-47 et p. 49. On pourrait en trouver d'autres : en 1, 73, il paraît bien que
l'enseignement de Marcion sur les deux Teres' s'inspire de Marc III, 15, 1; en 1, 115, que le
rappel de Matth. 15, 14 provient de Marc III, 7, 1. Terminons par quelques observations de
détail : en 1,3, nefas ne serait-il pas à comprendre comme l'expression exclamative habituelle
au style épique, et à mettre entre parenthèses (comme en 1, 31 et 144) ? En 1, 16, impuniti
n'est-il pas un lapsus pour impulit qu'on lit dans l'édition de J. de Pamèle comme dans celle de
Willems (rien dans l'apparat) ? En 4, 18, la justification d'omnis, donnée p. 176, par
rapprochement avec Marc II, 15, 3 n'est guère valable : Tertullien n'a pas prudenîia, mais
prouidenîia, et omnis a paru suspect à plusieurs critiques (voir notre édition p. 192). En 5, 37,
il faut lire succurrere. R. B.

5. RUGGIERO (Fabio), Atti dei martiri Scilitani. Introduzione, testo, traduzione, testimonianze
e commento, Roma, 1991, 101 p. (Atti della Accademia Nazionale dei Lincei. Classe di scienze
morali, storiche e filologiche. Memorie, Serie IX, voi. 1, fase. 2, p. 39-139).
Première monographie entièrement consacrée aux Actes des Scillitains (BHL 7527). Le
sous-titre détaille les grandes parties de l'ouvrage, qui renferme en outre une bibliographie et
deux index. Pour la traduction grecque (p. 77-79), F. R. reproduit le texte qu'avait donné
Robinson en 1891 ; l'original latin, en revanche, a été revu sur quatre mss et les éditions
antérieures (p. 71-74). Le commentaire ne propose guère d'hypothèses nouvelles, mais dresse
un bilan utile des questions débattues, en exploitant avec bon sens la littérature secondaire. L'A.
ne revient pas sur le problème du nombre des martyrs, qu'il avait eu l'occasion de clore par un
«non liquet» dans un travail précédent (cf. Chron. Tert. 1988, n° 30).
La présentation et le classement des mss ne sont pas sans maladresses. Certaines cotes sont
à rectifier : A = London, British Library, Add. 11880 ; Β = Wien, ÖNB, 377 (renvoi exact à la
p. 70, mais on lit 337, p. 56) ; U = Paris, B. N., lat. 5306. La façon dont trois remaniements
latins dérivent du texte primitif n'est ni clairement expliquée ni, à plus forte raison, démontrée.
Pour le troisième (= Z), F. R. se contente de renvoyer à Baronius, un éditeur coutumier
362 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
d'interpolations savantes, alors qu'il était aisé de collationner Roma, Bibl. Vallicelliana, t. X, f.
125v-126v, XIIe-XIIIe s. ; cette recension, bien qu'elle soit à l'évidence réécrite, est pourtant
assez ancienne, puisqu'elle était déjà connue de Bède (cf. H. Quentin, Les martyrologes
historiques du moyen âge, Paris, 1908, p. 89-90).
Les principes de l'édition latine sont également discutables. Le texte de Robinson, qui fait
aujourd'hui référence, est essentiellement fondé sur le témoignage de A (du IXe s.), que le
savant anglais venait de découvrir. F. R. se montre, à l'égard de A, encore plus conservateur
que son prédécesseur : choix sans doute erroné, qui revient à entériner les moindres lapsus d'un
copiste carolingien. L'apparat critique est encombré de variantes factices (praebemus/prebemus,
deum/Deum), mais ne mentionne qu'une fois Ζ (antérieur à Bède !) et deux fois le grec. Or on
ne peut, semble-t-il, améliorer l'édition Robinson, qu'en tenant compte soit de la tradition
indirecte, soit de l'accord entre le grec et les témoins autres que A. C'est ainsi qu'au § 8, la
leçon de A : «huius dementiae», est isolée face à celle des mss BCDF : «furoris huius et
dementiae», confirmée par le témoignage du grec (cf. Chron. Tert. 1988, n° 3) et d'au moins
deux des trois remaniements latins. Soutenir, dans un cas comme celui-là, l'inerrance de A
(alors que B, par exemple, a mieux préservé la date consulaire initiale), est une position
indéfendable.
Dans l'Afrique antique, les Actes des Scillitains étaient lus à la messe, le jour de leur fête.
C'est pourquoi Augustin les évoque à plusieurs reprises dans sa prédication. F. R., qui
reproduit ces divers passages, s'est embrouillé dans son système de références : p. 70 et 72,
comprendre S. 37 au lieu de S. Lambot 37 ; p. 82 et 105, S. Lambot 9 (ou 299F) au lieu de S.
7 (Vil) de martyribus ; p. 123, supprimer l'équivalence établie entre S. Lambot 37 et S. 7 de
martyribus. Le S. Lambot 9 pose du reste un problème délicat : Augustin y cite trois fois,
comme venant d'être entendue, l'expression «uanitatis persuasio», alors qu'on lit «mala
persuasio» dans tous les mss latins des Actes. F. R. estime que la citation augustinienne n'est
pas textuelle et que le prédicateur a lui-même introduit la notion de uanitas, qui lui est chère (p.
105). Les citations des anciens sont, il est vrai, souvent approximatives, mais il est de règle de
les tenir pour correctes en ce qui concerne le ou les mots qui les ont suscitées : or
l'argumentation du S. Lambot 9 tourne précisément autour de cette «uanitatis persuasio».
Comment Augustin aurait-il pu déformer une expression que l'assistance venait d'entendre ? Le
texte des Actes, proclamé ce jour-là, incluait forcément le génitif uanitatis. On notera d'ailleurs
que le grec (ετησφαλής πιθανότης) suppose aussi un modèle ne donnant pas «mala per-
suasio». Cela implique que les mss latins subsistants ne représentent pas toutes les formes de
texte qui circulaient dans l'Antiquité. La leçon «uanitatis persuasio» est authentiquement de la
fin du IVe ou du début du Ve s. ; il serait pourtant arbitraire de l'introduire de force dans une
recension des Actes, qui émerge pour la première fois dans des légendiers du IXe. F. D.

TRADUCTIONS

6. TERTULLIANO, La prescrizione contro gli eretici. Dottrina, traduzione e appendice critica di


Carlo TffiiLEin, Roma : Boria, 1991, 136 p.
Dans cette collection destinée à un large public - déjà riche de plusieurs traités de Tertullien
(cf. Chron. Tert. 1985, n° 5 et Chron. Tert. 1988, n° 4) et où il a lui-même traduit récemment
les «pages» principales des «maîtres provençaux» (cf. Chron. Tert. 1990, n° 59) - C. T.
donne aujourd'hui, en une présentation sobre et dense, la traduction de Praes. Aucune note,
mais une substantielle introduction de 72 pages portant sur la 'doctrine'. L'œuvre est replacée
dans l'ambiance religieuse du IIe siècle : combat de l'Église contre la gnose chrétienne
(valentinisme, marcionisme), enjeux spirituels de ce combat. L'argumentation, ensuite, est
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 363
analysée avec soin: les deux prescriptions du ch. 21, la réponse aux objections hérétiques des
ch. 22 à 34. C. T. souligne combien, dès YAp, ont été solidaires et complémentaires Tune de
l'autre les deux méthodes de réfutation de l'hérésie qui devaient être mises en œuvre par
l'auteur tout au long de son activité doctrinale : la méthode 'générale', par l'argument abrégé de
prescription, la méthode 'spéciale', par examen des doctrines adverses et des interprétations de
l'Écriture. Il défend Tertullien d'avoir douté de la valeur et de l'efficacité de la première. Il
montre les fins pratiques et, contre Stirnimann, l'intérêt théologique d'une preuve fondée sur
l'apostolicité et la ratio îemporis, dont d'ailleurs l'ébauche se trouvait chez Irénée. Toutes ces
analyses, qui nous paraissent justes, s'appuient essentiellement sur D. Michaélidès (Foi,
Écritures et Tradition, Paris, 1969) ; mais on regrettera de ne trouver ni utilisé ni même cité le
précieux chapitre sur praescriptio de la thèse de J.-C. Fredouille (1972). Une synopsis (p. 63-
71) résume le traité chapitre après chapitre. La traduction elle-même se fonde sur le texte de
l'édition de F. Refoulé, qu'un appendice critique (p. 75-81) améliore par cinq corrections allant
dans le sens de la cohérence terminologique ou de l'archaïsme du style ou de sa concision : 1, 1
(pronuntiabantur au lieu deprae- ) ; 4, 5 (lacessientes au lieu de lacessentes) ; 12,2 (qui seruus
au lieu de quis s.) ; 15, 4 (haec au lieu de hae) ; 40, 2 (suppression de sunt ajouté sans raison
valable). Devant ces minuties critiques, généralement justifiées, et qui témoignent d'une louable
exigence, et après l'appréciation favorable dont les mss florentins Ν et F sont l'objet à la p. 80,
on est en droit de se demander pourquoi C. T. ne s'est pas interrogé sur la forme exacte du
titre. On sait que des variantes de recentiores attestent pour celui-ci un pluriel de
praescriptionibus qui s'accorde parfaitement avec le contenu de l'œuvre : J.-C. Fredouille l'a
défendu avec vigueur dans son livre rappelé ci-dessus. Rectifions aussi, pour finir, deux petites
erreurs : p. 44, Marc V, 10, 1 n'anticipe pas le 'futur' Res, mais s'y réfère comme à un
opusculum déjà publié, donc antérieur : p. 79 il faut lire a diabolo scilicet. R. B.

7. TERTULLIANO, La resurrezione dei morti. Traduzione, introduzione e note a cura di Claudio


MICAELLI, Roma : Città nuova, 1990, 217 p. (Collana di testi patristici, 87).
Le De resurrectione mortuorum a eu l'honneur de nombreuses traductions en notre siècle :
en anglais par A. Souter (1922) et par E. Evans (1960), en français par M. Moreau (cf. Chron.
Tert. 1980, n° 5), en italien par C. Moreschini (1974) et maintenant par C. M., qui a entrepris à
cette occasion des recherches critiques sur le texte du traité (cf. Chron. Tert. 1989, n° 13). Le
temps nous a manqué pour faire l'analyse approfondie que mérite sûrement ce nouveau travail
de C. M. Il semble en tout cas remplir parfaitement la mission que s'est assignée la «Collana di
testi patristici». Son introduction, à la fois claire et ferme (nous pensons notamment à la
discussion du plan de l'œuvre), et sa traduction qui paraît d'une grande aisance donnent au
public italien un accès aisé à l'un des traités majeurs du Carthaginois. On pourrait peut-être
regretter l'absence de titres et de sous-titres, comme on en trouve dans la collection «Sources
Chrétiennes», et l'importance donnée par la typographie à une division en chapitres qui ne date
que de l'édition Pamèle (1583/84). P. P.

8. CARROLL (Scott T.), An early Church sermon against gambling (CPL 60) — The Second
Century, 8, 1991, p. 83-95.
C'était une bonne idée que de vouloir attirer l'attention sur le petit sermon De aleatoribus
que les manuscrits attribuent à Cyprien. Il a fait l'objet d'un vif débat, il y a une centaine
d'années, lorsque Harnack proposait d'y voir la plus ancienne œuvre conservée de la littérature
chrétienne (TU 5, 1 ; 1888), alors que d'autres le plaçaient après Cyprien, car de très nombreux
raprochements ne leur semblaient pouvoir s'expliquer que par des emprunts faits aux œuvres de
l'évêque de Carthage. Plus récemment, dans Les origines du christianisme latin, Paris, 1978,
p. 87-91, J. Daniélou s'est rallié à la position de Harnack en insistant sur le rigorisme du traité,
peu concevable dans la seconde moitié du IIIe siècle, et sur la culture «archaïque» dont
364 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
témoignent ses citations de la Bible, du Pasteur d'Hermas, d'un remaniement de la Didachè et
de divers apocryphes juifs ou chrétiens.
S. C. s'est contenté d'évoquer brièvement ces problèmes, et de donner une traduction
anglaise du sermon. Malheureusement il ne dit pas quel texte il traduit, et comme on ne dispose
pas encore d'une édition définitive, fondée sur la recensio de tous les témoins (M. Marin devrait
la donner bientôt ; cf. Chron. Terî. 1983, n° 12), on éprouve vite un sentiment d'insécurité.
Pourquoi ad nequiîiam (1,1) n'est-il pas traduit ? Pourquoi choisir en 2, 3 la leçon pro
pecoribus domino alors que la source (Hermas, Sim. IX, 31, 5 : τψ δεσπότη το-υ
πονμνίο-υ) milite clairement pour domino pecoris ? Extollentia (5, 3) signifie «orgueil» et non
«wrath» ; in oráculo (5, 5) doit sans doute désigner le lieu de prière ; cf. TLL IX2, c. 871,1.
54-57, qui note tout de même «nisi de oratione». On ne comprend pas comment en 9,1 le texte
standard (adopté en tout cas par Hartel, Harnack et Miodónski) deorbati diaboli caligine inuicem
sibi manus inferunt peut aboutir à «the calamity is of the devil, in turn by him the hand
sacrifices». On pourrait multiplier de telles remarques. Bref, si l'intention était bonne, la
réalisation laisse à désirer. P. P.

9. BAUMEISTER (Theofried), Genèse et évolution de la théologie du martyre dans l'Église


ancienne. Version française par Robert TOLCK, Berne, Berlin, etc. : Lang, 1991, XL-202 p.
(Traditio Christiana, 8). [paraît, en même temps, en édition originale allemande : Genese und
Entfaltung der altkirchlichen Theologie des Martyriums]
Une soixantaine d'extraits (texte original et traduction), du Livre de Daniel à Sulpice
Sévère, ont été choisis pour faire apparaître l'enracinement judaïque de la théologie chrétienne
du martyre, et plus particulièrement l'influence de Maccabées II et IV. Notre domaine est
représenté par Tert. Mart 1, 1 - 4, 4 et Fug 9, 4 ; Pass. Perp. 1, 1-6 et 4, 1-10 ; Min. Fel. Oct
36, 8 - 37, 6 ; Cypr. Fort 1-5. Les notes sont précises et heureusement topiques. J.-C. F.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

10. BOSIO (Guido), DAL COVOLO (Enrico), MARITANO (Mario), Introduzione ai Padri della
Chiesa. Secoli II e III, Torino : Società Editrice Internazionale, 1991, XLII-435 p. (Strumenti
della «Corona Patrum», 2). [en partie neuf, en partie révision de G. Bosio, Introduzione ai
Padri, 1.1, Torino : SEI, 19632 ; Minucius Felix, p. 65-79, par Igino GREGORIO (presentazione
e bibliografia) et G. Bosio (traduzione e note) ; Tertullien, p. 80-176, par G. AZZALI
BERNARDELLI ; Cyprien, p. 177-218, par Gaetano LETTIERI ; Novatien, p. 219-233, par I.
GREGO ; longue bibliographie sur gnosticisme et hérésies]
Cet ouvrage d'Introduction aux Pères grecs et latins des IIe et IIIe siècles s'apparente, par la
conception de l'ensemble, à beaucoup de nos manuels de littérature «en usage dans les
classes», en ce sens qu'il comprend une présentation de chaque auteur et de son œuvre,
illustrée d'extraits (en traduction italienne). Mais, particulièrement par son appareil
bibliographique, il s'adresse à un public d'étudiants avertis et fait penser par exemple, de ce
point de vue, aux Tertullien de J. Tunnel ou de F. Ramorino.
L'ouvrage s'ouvre par une très bonne bibliographie systématique sur le gnosticisme,
l'hérésiologie et les différentes sectes hérétiques de ces deux siècles. Les Pères retenus sont
Irénée, Hippolyte, Minucius Felix, Tertullien, Cyprien, Novatien, Clément d'Alexandrie,
Origene. On ne nous dit pas explicitement les raisons d'un choix qui écarte Justin, Athénagore
ou Théophile : sans doute parce qu'ils ne sont pas considérés comme «les premiers maîtres de
la pensée chrétienne» (p. 1).
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 365
Minucius (p. 65-79) est placé chronologiquement avant Tertullien, apparemment sans
grande conviction (cf. p. 68 et ici même n° 12). Celui-ci (p. 80-176) a droit à un volume
presque aussi important qu'Origene. La chronologie reproduit celle de R. Braun. L'œuvre est
divisée en traités apologétiques, polémiques et théologiques, disciplinaires et parénétiques. On
trouvera, dans l'ordre, des extraits plus ou moins longs d'Apol, Test, Scap, Praes, Carn, Res,
Marc, Prax, Mart, Spec, Orat, Bapt, Paen, Vx, Pat, Cor, Scorp, Pud, Pal (en romain, les
ouvrages dont la structure est indiquée). — P. 174, on omet de signaler que, depuis 1985, la
présente Chronica a étendu son champ chronologique et fait appel à deux nouveaux
collaborateurs ; l'édition-trad. de Cast (SC 319) n'est pas due à Ch. Munier ; p. 175, l'édition
de Cor par J. Fontaine n'est pas publiée dans la CUF. De Cyprien (p. 177-218), sont donnés
des extraits d'Vnit et Laps (les Lettres auraient sans doute mérité d'être représentées dans cette
anthologie). P. 193, 1, le corpus de la Correspondance cyprianique comprend actuellement 82
lettres ; p. 218, 10, lire : A. Demetriano. De Novatien (p. 219-233), sont proposées plusieurs
pages de Trin, précédées d'une présentation de son contenu. Trois index complètent ce manuel :
citations bibliques, personnages historiques et écrivains antiques, auteurs médiévaux et
modernes.
Au total, ce livre nous a paru bien fait, sobre, allant à l'essentiel. J.-C. F.

11. HADOT (Jean), La formation du dogme chrétien des origines à la fin du IVe siècle,
Charleroi : Centre universitaire, 1990 (Cahiers de la FOReL, 3).
Les Cahiers 2 et 3 de la Faculté Ouverte Religions et Laïcité (FOReL) de Charleroi
constituent une initiation à l'histoire doctrinale des premiers siècles chrétiens. J. H. sait faire
entrer le lecteur, quelle que soit sa formation, dans le foisonnement des systèmes ; il insiste,
non sans parti pris, sur le fait que la théologie chrétienne dite 'orthodoxe' s'est constituée
tardivement, parmi ces systèmes. La part accordée aux œuvres de langue latine nous paraît un
peu mince. Seul Tertullien a droit à un bref chapitre, «Tertullien disciple de Montan et premier
théologien latin», sans référence bibliographique, dégageant bien son rôle dans la constitution et
la formulation d'une théologie d'expression latine (p. 69-77). Trois observations : 1)
l'attribution à Tertullien de la Passio Perpetuae (p. 72) n'est plus acceptée aujourd'hui : R.
Braun l'a rejetée avec des arguments solides ; 2) des travaux récents ont permis de relativiser la
part du juridisme dans la pensée de Tertullien ; 3) celui-ci n'a pas attendu d'être disciple de
Montan pour élaborer sa théologie, comme le laisserait entendre le titre du chapitre. S.D.

12. TlBILETTI (Carlo), // problema della priorità Tertulliano-Minucio Felice — Autour de


Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2. Textes réunis par Jean GRANAROLO avec la
collaboration de Michèle BIRAUD, Nice : Association des Publications de la Faculté des Lettres
de Nice, 1991, p. 23-34 (Publications de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice,
n° 56, 1990).
Rouvrant le dossier de l'antériorité de Tertullien sur Minucius, l'auteur y verse une nouvelle
pièce : l'argument du "témoignage de l'âme", cher au premier, reprend l'idée philosophique
ancienne de consensus omnium, mais de façon originale, en déplaçant l'accent. Mais si, entre
Apol 17 et Oct 18, l'analogie est patente, la formulation de Tertullien est irréductible à celle de
Minucius. Ce dernier la lui emprunte, sans lui conserver l'intuition novatrice de son
prédécesseur. J.-C. F.
366 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
ÉTUDE D'UNE ŒUVRE

13. FREDOUILLE (Jean-Claude), Sur la genèse et la composition du «De cultufeminarum» de


Tertullien —Vita Latina, 121, mars 1991, p. 37-42.
J.-C. F. revient sur la question, souvent débattue, de l'unité de Cuit. En 1966, René Braun
(Studia patristica 7, 1966, p. 133-142) formulait l'hypothèse que Tert. avait remployé un
sermon pour en faire le second livre d'un traité plus vaste, qui en corrigeait les insuffisances.
J.-C. F. montre d'une part qu'une disposition en chiasme structure fermement l'ensemble du
traité et en souligne l'unité. D'autre part, il apporte un argument de poids à la thèse de
l'autonomie initiale du livre IL II prouve en effet comment ce livre s'organise, de manière
cohérente, en deux parties annoncées dès l'exorde (II, 1, 2) : 1) définition de la pudicitia
Christiana et énoncé de préceptes théoriques, à partir d'un petit dossier scripturaire (II, 1-4) ; 2)
applications pratiques (II, 5-10). Ce type de composition bipartite, fondé sur l'opposition
habituelle entre les principes théoriques et les recommandations pratiques, n'est pas sans
exemple dans la tradition parénétique païenne. S. D.

14. SANCHEZ MANZANO (Asunción), Forme et contenu du «De patientia» de Tertullien —


Vita Latina, 122, juin 1991, p. 32-38.
L'auteur veut montrer l'importance qu'accorde Tertullien au numerus de ses phrases et de
ses périodes dans Pat et, pour ce faire, commente chapitre après chapitre le choix des clausules.
Ce commentaire, à la fois bien formel et insuffisamment technique, est de toute manière
desservi par sa présentation discursive. J.-C. F.

15. AzZALI BERNARDELLI (Giovanna), De quaestionibus confessionum alibi docebimus


(Tertulliano, Cor. 1, 5) — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p.
51-84.
L'auteur développe ici le point de vue qu'il s'était contenté de suggérer dans son édition de
Scorp (cf. Chron. Tert. 1990, n° 3). Une analyse approfondie de dix passages voisins par les
thèmes dans Cor, Fug et Scorp conduit G. A. B. à considérer la formule de Cor 1, 5 comme
une annonce véritable et à proposer la séquence chronologique Cor-Scorp-Fug. L'A. rejoint
ainsi, en s'appuyant sur d'autres bases, ce que nous avions suggéré en étudiant
l'approfondissement progressif par Tertullien de sa conception de la patience. J.-C. F.

16. Rizzi (Marco), «Iustitia» e «Veritas» : Γ «exordium» degli scritti apologetici di Giustino,
Atenagora, Tertulliano — Aevum, 65, 1991, p. 125-149.
L'auteur, qui s'était déjà intéressé au prologue de YOctavius (cf. n° 17), étend sa recherche
à une étude comparée des exordia de la Première apologie de Justin, de la Legano d'Athénagore
et de VApologeticum de Tertullien, trois ouvrages au demeurant différents par leur conception et
les circonstances de leur composition. Mais les trois prologues ont en commun de s'adresser à
leurs interlocuteurs comme à des «juges», d'évoquer la situation faite au nomen Christianum et
d'annoncer le plan.
La caractéristique principale de Tertullien est d'y souligner et développer le couple
lexlueritas et l'antithèse vérité/erreur, alors qu'Athénagore et Justin ménagent entre ces concepts
un espace à la iustitia - valeur absolue (Justin) ou réalité institutionnelle (Athénagore).
Opposition bipolaire chez le Latin, tripolaire chez les Grecs : la conséquence - ou le présupposé
- est que pour le premier, Vautre est considéré comme refus du christianisme, pour le deuxième
et le troisième comme réceptacle potentiel de la Veritas Christiana. Encore ne faudrait-il pas,
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPR1ANEA 367
croyons-nous, figer l'«option théologique» de Tertullien, qui rendrait contradictoires ses appels
à la conversion : tout au plus est-elle un moment dialectique de sa démarche. — P. 143 n. 103 :
M. R. a, sans doute, feuilleté trop rapidement notre thèse. J.-C. F.

17. RlZZI (Marco), Amicitia e Veritas. Il prologo dell' «Octavius» di Minucio Felice—Aevum
Antiquum, 3, 1990, p. 245-268.
Si le prologue de ΓOctavius doit beaucoup au Laelius de Cicerón, la place et le rôle dévolus
à l'amitié ne sont pas identiques dans les deux dialogues. Chez Cicerón, la célébration de
l'amitié tire sa force de Yauctoritas que lui confère le prestige des interlocuteurs ; chez
Minucius, Y amicitia est essentiellement placée sous le signe de la Veritas. L'amitié chrétienne
est fondée sur la vérité, fondatrice elle-même de la foi. J.-C. F.

18. SzARMACH (Marian), «Ad Donatwn» des heiligen Cyprian als rhetorischer Ρrotreptik —
Eos, 11, 1989, p. 289-297.
L'auteur, à qui l'on doit une traduction récente, en polonais, de YOctavius de Minucius
Felix, relève ici les lieux communs et procédés rhétoriques apparentant Y Ad Donatwn au genre
protreptique. S. D.

19. WlSCHMEYER (W.), «Cyprianus episcopus». Der 2. Teil der «Acta Cypriani» —
Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A. R. Bastiaensen à l'occasion de son soixante-cinquième
anniversaire, publiés par G. J. M. BARTELINK, A. HILHORST, C. H. KNEEPKENS, Steenbrugge :
St. Pietersabdij ; The Hague : Nijhoff International, 1991, p. 407-419 (Instrumenta Patristica,
24).
Dans le récit de la seconde arrestation de Cyprien (Acta Cypriani 2-4), W. W. voit un texte
à usage liturgique, composé dès la mort de l'évêque. L'explication qu'il en donne met en relief
les thèmes du triomphe, de l'intervention divine et de la mort du persécuteur. Par ironie du sort,
l'excellente édition annotée des Actes de Cyprien publiée par A. A. R. Bastiaensen (Atti e
Passioni dei martiri, Milano, 1987, 19902) est parue trop tard pour que W. W. pût l'utiliser
lorsqu'il préparait cet article en l'honneur précisément de A. A. R. Bastiaensen. Elle l'aurait
conduit à des améliorations et des ajustements, concernant notamment la reconstitution de la
sentence prononcée contre Cyprien, le commentaire de papatem, celui de «in re tarn iusta nulla
est consultano» (il existe une variante «in re tarn iniusta nulla est consultano» à laquelle
Bastiaensen donne la préférence), l'interprétation de inter Venerea et Salutarla (supposer une
ellipse de uia fait violence à la langue). S. D.

20. BERTOLINI (Marco), / «mirabilia» di Sodoma («Carmen de Sodoma» 121-167) — Studi


classici e orientali, 39, 1989, p. 185-202.
Le De Sodoma et le De Iona, qui ont circulé sous les noms de Tertullien et Cyprien (CPL
1425-1426), seraient l'œuvre d'un même poète, dont la date s'échelonne, selon les auteurs, du
milieu du IIIe au second quart du VIe siècle. M. B., qui en prépare une édition commentée, livre
ici le premier résultat de ses recherches : un relevé détaillé des sources antiques traitant des
merveilles de Sodome et de la Mer Morte (statue de sel, fruits cendreux, exploitation du bitume
et propriétés des eaux). Contrairement à R. Hexter (s'appuyant à peu près sur le même corpus :
cf. Chron. Tert. 1990, n° 16), il n'en tire aucune conclusion sur la datation du poème.
L'enquête aurait apporté plus de nouveautés, si elle avait été prolongée jusqu'au moyen âge,
notamment chez Bède, Pierre Comestor et Gervais de Tilbury. F. D.
368 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
21. MORISI (Luca), Sul «Carmen de Sodoma» — Vichiana, 3a s., 2, 1991, p. 173-185.
Lecture critique du poème, ainsi que de l'anicle précédent. Le De Sodoma appartient à un
genre hybride, épique et biblique, dont on ignore encore quels étaient exactement le propos et
les destinataires. L'A. anonyme n'est pas un simple collectionneur de mirabilia : il a retravaillé
ses sources, de façon à faire de Sodome un monde stérile où tout ordre naturel est renversé. L.
M. - qui préfère, contrairement à M. B., l'édition de Hartel (CSEL 3, 3) à celle de Peiper
(CSEL 23) - commente en détail les vers 21-23 (vice des Sodomites), 44-48 (discours de
Loth), 107-120 (épisode de Phaéthon, sans renvoyer à l'étude d'Hexter), 139-144 (absence de
vie dans la Mer Morte, selon un ordre des créatures inverses de celui de la Genèse : noter la
conjecture personnelle au v. 144 : crispa concha). F. D.

22. TRAINA (Alfonso), La figlia del vento («Carm. de Iona», 29) —Rivista di filologia e di
istruzione classica, 118, 1990, p. 200-202.
Restituer aux v. 28-29 «nubes /... de semine consita uenti» (au lieu de conscia). Des
parallèles tirés de Virgile et Isidore montrent qu'un poète antique, peu soucieux d'exactitude
météorologique, pouvait qualifier une nuée de «fille du vent». F. D.

TEXTE, LANGUE, STYLE

23. GARCÍA DE LA FUENTE (Olegario). Introducción al latín bíblico y cristiano, Madrid :


Ediciones Clasicas, 1990, 482 p.
24. ID., Antologia del latín bíblico y cristiano, Malaga : Ediciones Edinford, 1990,448 p.
Ces deux ouvrages, solidaires et complémentaires, fourniront aux patristiciens un
instrument de travail bien fait et commode. L'Introduction comporte trois parties : le latin
chrétien (p. 9-80), le latin biblique (p. 81-144), les auteurs chrétiens (p. 145-399). La
description du latin chrétien est tributaire des distinctions de l'École de Nimègue, mais l'auteur
s'efforce de distinguer plus nettement latin chrétien et latin biblique (comprendre, naturellement,
le latin des traductions de la Bible : Vêtus Latina d'une part, Vulgate d'aure part). La troisième
partie, la plus importante, passe en revue une vingtaine d'auteurs, de la traduction latine de
l'Épître de Clément aux Corinthiens et du Pasteur d'Hermas jusqu'à Isidore de Seville, selon
une présentation stéréotypée en trois chapitres : résumé biographique, enumeration des
œuvres, langue et style, ce dernier étant nettement plus développé et reproduisant, lorsque cela
se révèle possible, les distinctions linguistiques de la première partie.
VAnthologie respecte la perspective adoptée dans ΓIntroduction, en accordant une large
place aux extraits de la Vêtus Latina (p. 24-44) et de la Vulgate (p. 45-98). Le choix des textes
patristiques, empruntés à une quarantaine d'auteurs, est diversifié et judicieux. (On notera, non
sans quelque inquiétude, que dans ces deux ouvrages aussi - cf. n° 10 - est préférée la
séquence Minucius-Tertullien). J.-C. F.

25. FRANCHINA (Duilio), «Coniectura uerum quaeritur» —Helikon. Rivista di tradizione e


cultura classica dell'Università diMessina, 29-30,1989-1990 [paru en 1991], p. 435-482.
A la suggestion d'Antonio Mazzarino, D. F. a entrepris de recueillir toutes les conjectures
publiées dans les «theses» qui accompagnaient les dissertations allemandes ou néerlandaises.
Son corpus se limite pour l'instant aux exemplaires conservés dans deux riches collections
romaines, celles de la Biblioteca Corsiniana et de l'Institut archéologique allemand. Il publie ici,
comme un premier résultat, les conjectures portant sur des auteurs latins qui n'ont jamais été
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 369
reprises dans des apparats critiques. Dix concernent Tertullien (surtout Spect), six Minucius
Felix, et une seule Cyprien. Elles paraissent souvent d'une audace un peu démodée. P. P.

26. PETITMENGIN (Pierre), Errata Tertullianea — Autour de Tertullien. Hommage à René


Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 35-46.
Relevé de plus de 200 erreurs matérielles (typographiques ou editoriales) dans CCL 1-2 et
d'autres éditions de Tertullien, en particulier SC (mais Bapt et Cuit n'ont pas été passés au
peigne fin). La facilité avec laquelle les fautes sont reproduites à l'identique d'une édition à une
autre laisse songeur... Les lecteurs de Tertullien devront avoir en main cet erratum extrêmement
minutieux, que l'on serait prêt à croire complet, si l'exhaustivité en ce domaine n'était
asymptotique ! (En Cast 4, 1 [3] SC 319, 82, et si n'est sans doute qu'un problème de choix
graphique). J.-C. F.

27. GR AMAGLI A (Pier Angelo), compte rendu de TERTULLIANO, Scorpiace, a cura di Giovanna
AZZALI BERNARDELU — Rivista di storia e letteratura religiosa, 27,1991, p. 535-552.
Dans cette nouvelle recension fleuve, P. A. G. discute plus de 70 passages de l'édition de
Scorp due à G. Azzali Bernardelli (cf. Chron. Tert. 1990, n° 3), souvent pour la critiquer,
parfois aussi pour l'approuver. Il y a là, comme toujours, beaucoup de matériaux, surtout
lexicologiques, et quelques naïvetés (p. 536 : est-ce Tertullien ou ses manuscrits qui varient sur
les graphies ungolunguor ? - p. 548 «tutti i codici» surprend pour un texte conservé dans un
seul témoin manuscrit). Toutefois l'apport principal est la discussion de nombreuses citations
bibliques où l'éditrice a choisi le texte de l'édition princeps (Β), parce que plus conforme au
grec de la Septante ou du Nouveau Testament (cf.déjà son article recensé en Chron. Tert. 1980,
n° 17). P. A. G. défend les leçons de YAgobardinus en les justifiant par l'usage de Tertullien
dans d'autres citations bibliques et par leur présence dans la Bible africaine du IIIe siècle (c'est-
à-dire chez Cyprien). Ce dernier argument ne sera pas probant pour G. Azzali Bernardelli, car
justement elle explique le texte de A par une révision sur cette version postérieure à Tertullien
(même raisonnement chez Petzer, infra, n° 48). Ajoutons que si A représente le texte original, il
faut expliquer pourquoi et dans quel milieu on l'a révisé sur le grec. P. P.

28. MUNIER (Charles), Remarques sur le texte du «De pudicitia» de Tertullien — Autour de
Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 85-90.
Editeur de Pud pour la collection «Sources chrétiennes», C. M. a eu le souci de consulter
l'édition qu'en avait préparée le regretté Gosta Claesson, et qu'il avait soutenue comme
«licenciatsavhandling» à l'Université d'Upsal. Dans l'esprit du philologue suédois, disciple
exigeant de Gösta Thòrnell, Y Index Tertullianeus n'était qu'un travail préparatoire à cette
grande œuvre, qu'il ne s'est jamais résolu à publier. C. M. donne les divergences entre
l'édition Dekkers (CCL 2, 1954) et celle de Claesson, dont il note même les repentirs
manuscrits sur sa copie dactylographiée (C1, C2, C3). On aurait tort de ne pas tenir le plus
grand compte des conjectures et des choix d'un aussi bon connaisseur de Tertullien, à qui (faut-
il le rappeler ?) on doit la découverte du seul manuscrit actuellement connu du De pudicitia,
YOttobonianus latinus 25. P. P.

29. RORDORF (Willy), Tertullien et les Actes de Paul (à propos de bapt. 17,5) — Autour de
Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 151-160.
Défense et illustration du texte de Bapt 17, 5 établi par J. W. Ph. Borleffs (CCL 1, 1954,
p. 291-292) d'après le Trecensis 523. W. R. reproduit les justifications données par l'éditeur
(Vigiliae Christianae, 2, 1948, p. 152-153), et réfute les interprétations et les choix proposés
370 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
par E. Evans (édition, 1964), Β. Luiselli (édition, 1968) et surtout S. L. Davies (cf. Chron.
Tert. 1987, n° 24).- Il nous semble difficile d'évacuer comme une glose (antique ?) les mots
exemplum Theclae, et nous irions plutôt dans le sens d'Evans ; le sujet de sciant se tire
facilement de mulierum. P. P.

30. NAUTIN (Pierre), Tertullien, De spectaculis 26, 4 — Autour de Tertullien. Hommage à


René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 47-49.
Lire : quot (quo APC edd quod AacO) utique et alia documenta accesserunt (cesserunt AO
edd). La première conjecture apparaît dans l'édition annotée par Fulvio Orsini (Bibliothèque
Vaticane, R. I. IL, p. 701) et dans sa source (ibid., R. I. IL, f. 270r°), comme Mme Anne-
Marie Turcan-Verkerk a la gentillesse de me le confirmer, la seconde dans les Castigationes et
notae de François Dujon (1597, p. 100). P. N. a établi un texte convaincant en réinventant ces
deux conjectures oubliées, qui n'avaient jamais été réunies. P. P.

31. SCHNEIDER (André), Note sur la tradition manuscrite de Tert. Test. 4, 1 —Autour de
Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 91-95.
Dans cette étude très bien menée, A. S. résout une énigme sur laquelle avait buté C.
Tibiletti, le dernier éditeur de Test. Dans le seul manuscrit qui conserve ce traité,
YAgobardinus, les fins de lignes sont très abîmées par l'humidité. En 4, 1, ce qu'on peut
déchiffrer du texte de A, à la lumière ultra-violette, ne correspond pas du tout à celui de l'édition
princeps (Β), adopté par tous les éditeurs, à l'exception de Tibiletti en 1959. Il s'agit en fait
d'un transfert de lettres originellement écrites sur le f. 72r° (où elles sont parfaitement à leur
place, en 2, 2-3) et maintenant lisibles au f. 73r°.- L'attention une fois éveillée par la découverte
d'A. S., on se rend compte que ce phénomène et assez fréquent : voir aux f. 63r°/64r° (cf.
Chron. Tert. 1990, n° 17) ; 20v°/21v° ; 52v°/53v° ; 96v°/97v°. Il ne s'agit pas d'une simple
décharge d'encre, qui entraînerait la présence de lettres «imprimées» à l'envers sur la page
faisant face (comme au f. 11 lv°), mais d'un véritable décalque, particulièrement net dans le cas
de textes rubriques. P. P.

32. TIBILETTI (Carlo), Problemi di interpretazione negli autori cristiani — La traduzione dei
classici greci e latini in Italia oggi. Atti del Convegno nazionale (Macerata, 20/22 aprile 1989), a
cura di P. JANNI, J. MAZZINI, Macerata, 1991, p. 139-152.
Cette contribution à un congrès portant sur les problèmes que pose la traduction des
classiques obéit surtout à des fins pratiques : voulant mettre en évidence la nécessité, pour les
traducteurs, de connaître les usages linguistiques de la latinité chrétienne, les particularités
sémantiques des mots, l'ambiance culturelle des écrits, C. T. relève un certain nombre
d'expressions du latin des évangiles, de la liturgie, des Pères (humilitas, gratias agere,
usurpare, etc.), dont la traduction habituelle en italien prête à des malentendus. Plusieurs
exemples concernent spécialement Tertullien : l'emploi de dissipare (= dilaniare) en Ap 37, 2;
celui de importunitas et importunus (Exh 12, 5 et Vx I, 5, 2) qui sont à comprendre d'après
ά κ α ι ρ ί α (= 'temps non opportun') ; abstraits à valeur de concrets (matrimonia = uxores,
etc.) ; valeur emphatique de aliquis devant un nom de personne, usage bien reconnu par
Hoppe, et dont on trouverait le parallèle dans l'emploi de quidam chez Augustin, Conf. 3, 4,7
(= 'un...', 'le célèbre...'). C. T. revient aussi, p. 147-151, sur l'attitude de Tertullien à l'égard
de la philosophie, qu'il défend à juste titre d'être un antirationalisme. R. B.

33. DUJARIER (Michel), U Église-Fraternité. 1. Les origines de l'expression «adelphotès-


fraternitas» aux trois premiers siècles du christianisme, Paris : Éditions du Cerf, 1991.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 371
Cet opuscule est la première partie d'un ouvrage qui doit aboutir à une réflexion théologique
sur TÉglise conçue comme Fraternité. Un chapitre est consacré aux auteurs latins du IIIe siècle
(p. 63-104). Malgré l'absence inexpliquée de Novatien, l'enquête se veut exhaustive : par tous
les moyens possibles, l'auteur a relevé toutes les occurrences de fraternitas. Il confirme ainsi
par des données chiffrées ce qu'avaient déjà observé notamment Ch. Mohrmann et H. Pétré, et
le situe dans une perspective historique plus fine : apparu à la fin du I er siècle ap. J.-C.
seulement, le substantif fraternitas est utilisé parcimonieusement par les auteurs païens, et
jamais avec la valeur collective de 'groupe de frères' ; le nombre des emplois ne cesse de croître
chez les auteurs chrétiens (15 chez Tertullien ; 59 chez Cyprien), le plus souvent avec
l'acception spécifique de 'lien qui unit les chrétiens'. Il devient de plus en plus courant, dans
une seconde acception, pour désigner l'Église, locale ou universelle, comme communauté de
frères (8 emplois sur 15 chez Tertullien ; 55 sur 59 chez Cyprien). Il n'est pas toujours facile de
distinguer ces deux acceptions propres à l'usage chrétien, mais pour les besoins de sa thèse, M.
D. privilégie souvent une interprétation dégageant la deuxième. Certes la tendance qu'il indique
est réelle :fraternitas tend à désigner le groupe aussi bien que l'amour fraternel qui l'unit. Mais
elle nous paraît relever autant de l'évolution sémantique attendue d'un dérivé en -tas que de
considérations théologiques. Pour mieux cerner ces dernières, il faudrait renoncer à étudier
fraternitas indépendamment de jrater et éviter de confondre mot et notion ; il y aurait intérêt
aussi à comparer les emplois $ ecclesia et de fraternitas (fraternitas n'est certainement pas le
simple synonyme d'ecclesia, comme l'affirme l'auteur). S. D.

34. UGLIONE (Renato), Innovazioni morfologiche, semantiche, lessicali di matrice fonica in


Tertulliano — Civiltà classica e cristiana, 12, 1991, p. 143-172.
S'inspirant des vues d'A. Traina selon qui «le son crée la forme», R. U. s'attache à un
aspect de la langue de Tertullien qui, déjà reconnu par Hoppe, S. u. S. (trad. ital. p. 217),
n'avait pas donné lieu encore à une étude systématique : il s'agit de l'influence des structures
phonétiques des contextes. Bien des traits novateurs de cette langue s'expliquent par la
recherche des allitérations, des homéotéleutes, plus généralement des jeux sur les sons, et par
les lois des parallélismes et de la concinnitas. Les 'métaplasmes' (innovations morphologiques)
sont étudiés d'abord (p. 145-158) : ainsi la forme irrégulière interiendo s'expliquera par le
parallélisme avec moriendo dans un tetracolon (Pud 7, 14) ; increpauerat en Pud 14, 2, alors
que l'auteur n'utilise ailleurs que le parfait increpui, a été conditionné par la présence, juste
avant, de pronuntiauerat et de damnauerat. Même conditionnement phonique dans le cas des
verbes déponents pris au sens passif (cauillari, fungi) ou à la forme active (odorare, famulare),
et également pour les formes novatrices des degrés de comparaison. Viennent ensuite (p. 158-
163) les innovations de sens : ainsi deliberare, dans l'acception exceptionnelle et neuve de
liberare, en Marc II, 19, 4 et IV, 21, 11, procède de la suggestion phonique de de (de morte,
decern). Le même type d'explication s'applique aussi aux néologismes, mais R. U se limite ici à
des exemples d'une seule œuvre, Mon (p. 163-167) : il cite, en 7, 3, subparare, forgé après
suboles, et, en 16, 2, excultor en couple avec educator ; de même l'influence de la figure
étymologique rendra compte de la création de fratricidium (4, 3), de restruere (9, 2), de
concarnatio (9,7). Des considérations de critique textuelle terminent l'exposé (p. 167-172). R.
U. plaide pour l'édition de Gelen dont certaines variantes sont recommandées par les structures
phoniques : pipiantes (Mon 16, 8), propheten (Mon 8, 1), subando (Pud 22,12), dedamnauerit
(Pud 15, 3).
Quoique non exhaustif par la volonté même de son auteur, cet article méritera de retenir
l'intérêt grâce à la netteté de la démonstration et la richesse des exemples. Parmi ceux-ci
toutefois, on serait tenté de retrancher quelques-uns, qui n'ont pas force probante : ainsi p.
154, on admettra difficilement qu'extremissimus, d'A/? 19, 4, ait été attiré par uetustissimus, lu
trois lignes avant et dans une autre phrase ; p. 158, on doutera que seniores d'An 25, 7 fasse
372 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEÄ
jeu avec Scythias qui se rencontre quatre lignes plus haut et après interposition de toute une
phrase ; p. 159, il n'est pas sûr, malgré Hoppe (o. c. p. 219), que lancinare ait été
sémantiquement remodelé d'après lanx ('plat') en Marc III, 13, 3 (nous y reviendrons
prochainement dans notre édition) ; p. 159-160,l'interprétation de deliberatimi (= liberatimi) en
Val 29, 2 n'est non plus nullement certaine : J.-C. Fredouille (SC 280, p. 139) nous paraît
avoir raison de traduire, contre Hoppe, par «jugé digne de quelque espérance». R. B.

35. MUNIER (Charles), «Ianua» chez Tertullien — Revue des sciences religieuses, 65, 1991,
p. 197-211.
Examen des 22 occurrences du mot, classées en trois catégories : sens propre, emplois
conditionnés par des citations bibliques, sens figuré (mais p. 206, l'occurrence de Pud 1, 7
pour les «portes des lieux de plaisir» nous paraît relever du sens propre). L'enquête a pour
objet de mieux cerner la valeur à donner à la célèbre et 'cruelle' métaphore de Cuit 1,1,2 {ianua
diaboli). Après avoir constaté la large prédominance du sens figuré (en rapport avec la
naissance, le pardon, le salut, le royaune de Dieu), C. M. réinsère la formule incriminée dans
cet ensemble. Il en déduit que l'interprétation ne doit pas dépendre du seul contexte immédiat,
mais de toute la théologie de Tertullien : ainsi faudra-t-il corriger l'apostrophe à Ève par
l'évocation de Marie (Carn 17, 2-5). Un post-scriptum cherche à dépister les «lieux secrets où
se refugie l'imaginaire de l'auteur» (porte protectrice contre tous les dangers, mais aussi porte
ouverte pour le partage). R. B.

36. ROCA MELIÁ (Ismael), Significado clásico y cristiano de «pax» en Tertuliano —


Homenatge a José Esteve Forriol, a cura de Ismael ROCA y Jorge L. S ANCHIS LLOPIS,
Valencia : Facultad de filología, 1990, p. 141-150.
Jugeant trop théologique, philologiquement déficiente et incomplète dans son matériel
l'étude d'A. Papes (cf. Chron. Tert. 1980, n°15), l'A. examine les 86 passages où Tertullien
emploie pax. Ce travail solide et soigneux les cite et traduit tous, en les rangeant sous quatre
significations fondamentales : 1) sens classique de «paix civile, tranquillité» ; 2) sens chrétien
vétérotestamentaire de «bien-être général comme don de Yahvé» (hébreu saloni) ; 3) sens
chrétien néotestamentaire de «salut et réconciliation avec Dieu à travers le Christ» ; 4) sens
ecclésiastique de «réconciliation avec l'Église». Les rubriques 2 et 3 comportent essentiellement
des passages en rapport - citations ou allusions - avec des textes bibliques dont sont données
les références précises. Pour le quatrième sens, le plus riche d'exemples, sont distinguées trois
acceptions : a) «réconciliation avec les frères et avec la communauté ecclésiale», d'où, par
extension, «baiser de paix» ; b) «tranquillité d'esprit par la réconciliation avec Dieu, paix
intérieure» ; c) «réconciliation avec l'Église, ordre, tranquillité, concorde en l'Église» (en fait,
cette troisième acception nous paraît mériter à peine d'être distinguée de la première). La
conclusion souligne la richesse des nuances dans l'usage du vocable. Tertullien, d'autre part,
aurait mis l'accent sur une valorisation de la paix comme quelque chose d'essentiel et d'intérieur
pour les chrétiens. P. 143, l'emploi de cum bona pace de Virg 17, 5 (= «avec bienveillance»)
aurait dû être rattaché à l'expression classique pace tua, qui n'est qu'une extension lointaine du
sens propre ; Tertullien joue à l'associer à l'expression chrétienne pax et gratia. P. 146, pour
A/i 51, 6, il semble bien que pax présente le sens très particulier de «prière» (cf. WASZINK,
Über die Seele, p. 165 et p. 290, n. 366). R. B.

37. SCHNEIDER (André), «O testimonium animae naturaliter christianae» (Tertullien, Apol.


17, 6) —Museum Helveticum, 48, 1991, p. 320-328.
Non sans quelque myopie philologique et rationalisante, on a voulu parfois opposer Apol
17, 6 (O testimonium...) et 18, 4 (fiunt, non nascuntur Christiani). Avec raison l'auteur,
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 373
semble-t-il, ne partage pas cette façon de voir, mais on aurait souhaité mieux saisir l'apport
positif de son analyse stylistique de la formule exclamative. J.-C. F.

38. KYTZLER (Bernhard), NAJOCK (Dietmar), Concordanîia in Minuci Felicis Octavium


curantibus B. K. et D. N., adiuvante Adam NOWOSAD, Hildesheim ; Zürich ; New York : Olms-
Weidmann, 1991, [XII-] 423 p. (Alpha - Omega. Reihe A : Lexika, Indizes, Konkordanzen zur
klassischen Philologie, 72).
Cette concordance complète de VOctavius repose sur l'édition Teubner (Leipzig, 1982), due
à B. Kytzler lui-même. Elle tient compte de la plupart des variantes signalées dans l'apparat
critique (mais pas de toutes : rien n'indique que solistimum, en 26, 2, est un conjecture pour
sollemnisimwn de P). Les mots sont présentés dans l'ordre : noms propres, vocabulaire latin,
mots athétisés, mots grecs. Les lemmes sont parfois numérotés : cum (1) pour la préposition,
cum (2) pour la conjonction ; mais pourquoi uicatim (1) ? On aurait parfois pu séparer adjectifs
et substantifs, ainsi dans le cas de diues ou de uniuersus. Le génitif pluriel diuum est à
chercher non sous diuus, mais sous deus. Le programme informatique ne permettait pas de
regrouper des expressions comme ante ... quam ou de présenter comme une unité des formes
verbales du type faîus est (36, 2). L'ampleur des contextes représente le principal avantage sur
le Lexicon Minucianum de J. P. Waltzing (Liège, 1909), mais le savant belge avait plus de
liberté pour préciser un antécédent un peu éloigné, ainsi en 7, 3 : «qui (se. Castores) anheli
etc.», ou pour révéler une source : les citations de Virgile ne sont pas identifiées comme telles
dans la concordance moderne. C'est néanmoins un bel instrument de travail, dont on saluera la
réussite typographique et le soin du détail. Elle s'accompagne des habituelles tables de
fréquence du vocabulaire. P. P.

39. MlR (Iosephus M.), Adnotationes grammaticae in librum Sancii Cypriani martyris «De
dominica oratione» —Latinitas, 38, 1990, p. 209-217.
Observations en latin, à l'intention d'apprentis latinistes, sur le vocabulaire et la syntaxe du
premier chapitre du De dominica oratione. S. D.

SOURCES, INFLUENCES

40. PERRIN (Michel), Un exemple de l'utilisation de la médecine chez les penseurs chrétiens :
Tertullien et Γ embryologie — Médecine antique. Cinq études réunies par Paul DEM ONT,
Amiens : Faculté des Lettres, 1991, p. 91-110.
L'intérêt de Tertullien pour les questions médicales est bien connu, et l'auteur aurait pu citer
l'article que consacrait déjà P. de Labriolle, au début du siècle, à cet aspect de sa curiosité.
Après d'autres (par exemple M. Spanneut, dont la thèse méritait une mention). M. P. centre son
étude sur Art 25 qu'il traduit et commente à la lumière des travaux récents sur la médecine
antique. Cette analyse lui permet de dégager deux conclusions très générales : le choix de
certaines thèses médicales ou philosophiques en fonction de critères bibliques ; la 'parenté' de la
médecine et de la philosophie, et de ces deux disciplines avec la notion de teleologie et de
Providence. J.-C. F.

41. FREDOUILLE (Jean-Claude), «Seneca saepe nos ter» — Présence de Sénèque. Ouvrage
édité par R. CHEVALLIER et R. POIGNAULT, Paris : J. Touzot, 1991, p. 127-141 (Collection
Caesarodunum XXIV bis).
374 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Sous ce titre tiré d'une fameuse formule (An 20, 1), J.-C. F. esquisse un large panorama
sur la réception de Sénèque par les lettrés chrétiens d'Occident, du IIe au VIe siècle, avant
d'élargir son regard jusqu'à l'horizon du Moyen-Age. Il rappelle d'abord la bibliographie, en
distinguant les monographies qui s'appuient sur les mentions et citations du philosophe, et
d'autre part les études ponctuelles qui portent sur des rapprochements de mots et d'idées.
Lactance lui sert ensuite de point de départ : c'est l'auteur chrétien qui a le plus souvent cité
Sénèque, qui éprouve pour lui le plus de sympathie, tout en le critiquant à l'occasion. Une
remontée vers la période des affrontements polémiques permet de juger d'autant plus
remarquable l'attitude d'accueil de Tertullien dans la convergence anthropologique a*An 20, 1.
Sont données comme autres exemples d'influence sénéquienne, la senîentia de Praes 7,11 (cf.
Chron. Tert. 1980, n°12) et l'analyse de la patientia vertu chrétienne. Si, après Lactance, on
trouve plus de discrétion, la connaissance que les lettrés chrétiens en ont ne demeure pas moins
grande : Jérôme et Augustin le prouvent. Le philosophe reste, avec Cicerón et Virgile, l'un des
auteurs fondamentaux de la culture. A l'aube du Moyen-Age, Martin de Braga (mort en 580)
utilise à équivalence Sénèque et Jean Cassien dans sa technique du centón et de l'épitomé. En
fait, la question des rapports entre Sénèque et les écrivains chrétiens n'est qu'un aspect de la
rencontre entre la culture antique et le christianisme. J.-C. F. souligne l'importance des études
de détails (rapprochements de mots et d'idées) dont la convergence rendra possibles de plus
vastes synthèses. Riche d'aperçus et de suggestions, cet article revient aussi sur le problème du
«christianisme» de Sénèque et de la correspondance avec l'apôtre Paul, apocryphe, mais
réputée authentique par Jérôme et Augustin. R. B.

42. HARDWICK (Michael E.), Josephus as an historical source in patristic literature through
Eusebius, Atlanta, Georgia : Scholars Press, 1989, XII-137 p. (Brown Judaic studies, 128).
La survie de Flavius Josephe dans la littérature chrétienne a déjà fait l'objet d'importants
travaux de H. Schreckenberg. M. H. a pensé qu'il valait pourtant la peine de reprendre la partie
la plus ancienne, celle qui va de Théophile d'Antioche jusqu'à Eusèbe de Cesaree et Lactance.
Malheureusement, les chapitres consacrés à Minucius Félix et à Tertullien sont décevants. Ils
abondent en développements sans rapports directs avec le sujet (plans de VOctavius et à'Apol ;
relations entre les deux œuvres ; sources de VOctavius). Les deux passages où apparaît le nom
de Josephe (Oct. 33, 4 ; Apol 19, 6) sont bien sûr commentés, mais dans le premier cas il
manque la référence à un article ingénieux de G. Quispel, qui aurait élargi le débat : A Jewish
Source of Minucius Felix, dans Vigiliae Christianae, 3, 1949, p. 113-122, et dans le second,
M. H. n'a pas analysé la façon dont Tertullien avait bâti sa bibliographie : trois fois trois auteurs
de chronographies, auxquels s'oppose le seul Josephe. Les sources de Tertullien avaient bien
été analysées par R. Heinze, Tertullians Apologeticum, Leipzig, 1910, p. 382, n. 3. Un article
d'A. Vitale, inconnu lui aussi de M. H., La storia della versione dei Settanta e l'antichità della
Bibbia nell'Apologetico di Tertulliano, dans Le Musée Belge, 26, 1922, p. 63-72, avait signalé
deux emprunts ponctuels : l'évocation de la Lettre d'Aristée (Apol 18, 5 et 7) est faite d'après
Ant. lud. 12, 11-16, 56, 101, et l'antériorité de Moïse par rapport à Danaus (Apol 19, 3) est
donnée avec une précision - 393 ans - qui doit venir de C. Ap. 1, 103. P. P.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE

43. TlLLE Y (Maureen A.), The use of Scripture in Christian North Africa : an Examination of
Donatisi Hermeneutics, Diss. Duke University (Ph. D.), 1989, 409 p.
Pour déterminer quel usage les donatistes ont fait des Écritures, l'auteur étudie leurs Actes
et Passions, leurs écrits de controverse, les œuvres de Tyconius, ainsi que les documents
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 375
transmis sur eux par Optât de Milève et Augustin. Parmi les traits de Γ herméneutique donatiste
qu'elle dégage, un bon nombre caractérise déjà la pratique de Tertullien et de Cyprien, à laquelle
elle consacre, dans les deux premiers chapitres de son livre, un exposé clair, mais sans grande
originalité : elle relève, chez les deux auteurs, l'attachement au sens littéral, la conception d'une
Bible une et inspirée, avec ses applications (explication d'un passage par un autre ; exégèse
typologique), le recours à la regula fidei, l'exploitation des Écritures pour expliquer les
situations actuelles et édicter des règles de conduite face à ces situations. En ce qui concerne le
caractère inspiré de la Bible, elle durcit un peu trop les différences de conception entre Tertullien
et Cyprien, sans tenir suffisamment compte des situations et des genres littéraires ; en
particulier, il nous paraît excessif d'attribuer au seul Cyprien l'idée que l'Esprit Saint intervient
directement dans des visions et des songes pour donner la clé des Écritures. S.D.

44. HAMMAN (Adalbert G.), La typologie biblique et sa formulation chez Tertullien —


Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A. R. Bastiaensen (cf. n° 19), p. 137-146.
Concernant la typologie biblique de Tertullien - dont il indique in fine (p. 145) qu'elle est
aussi théologie - l'A. procède à une enquête limitée aux substantifs rendant la notion de figure
prophétique : typus, figura, sacramentum, allegoria, prophetia, et - composés avec prae- -
praedicatio, praestructio (ce dernier dans son emploi de Bapt 9, 1). — P. 141, il est dit que
σκιά (umbra) de Col. 2, 17 a peu inspiré les premiers écrivains chrétiens. En fait Tertullien,
dans ce contexte, s'est servi de umbra comme de obumbrare : voir J. E. L. Van der Geest, Le
Christ et l'Ancien Testament chez Tertullien, Nimègue, 1972, p. 146 s. et p. 201 s., comme
l'ensemble du chapitre d'où ressortent la variété et la plasticité du vocabulaire de l'Africain sur
une notion capitale pour l'interprétation qu'il se faisait et qu'il défendait contre Marcion du
rapport entre l'ancienne et la nouvelle alliance. R. B.

45. AZZALI BERNARDELLI (Giovanna), Concezioni antropologiche nell'esegesi tertullianea


dei passi vetero-testamentari con la parola dâm — Atti della VII Settimana «Sangue e
antropologia nella teologia medievale», Roma, 27 novembre - 2 dicembre 1989, Roma : Unione
Preziosissimo sangue, 1991, p. 825-851.
Dans le prolongement de nombreuses études (cf. Chron. Ten. 1989, n° 22), G. A. B.
examine, à travers les citations et allusions de Tertullien, 28 versets de l'A. T. où il est question
de «sang». Elle montre la diversité de son exégèse qui dépend essentiellement des contextes et
de leurs objectifs. En sept de ces passages seulement, l'attention de l'Africain s'est portée sur le
sang. Les principaux sont Gen. 4, 10-11 (sang d'Abel) et Gen. 9, 4-5 (mis en rapport avec
l'interdit apostolique d'Act. 15, 20). Il y révèle une sensibilité sémitique par sa conviction de la
sacralité du sang qui, même animal, appanient à Dieu seul. Ce sentiment profond explique qu'il
ait défendu, en Pud, l'irrémissibilité de l'homicide, interprété le martyre comme restitution du
sang à Dieu (Fug 12, 10) et référé à la résurrection Yexquisitio sanguinis de Gen. 9, 5 (Res 28,
2-4). Dans leur majeure partie, ces versets sur le sang sont mis en relation avec le Christ et les
réalités chrétiennes, devenant des symboles de la passion ou de l'eucharistie ; notamment Gen.
49, l i b («sang de la grappe») que Tertullien associe à Is. 63, 1-3, et Ex. 4, 25-26, où il
superpose une signification christologique et sotériologique (en Jésus-Christ, la chair de
l'homme s'est unie à l'Esprit, devenu son époux par le sang de sa passion). Intéressante et
précise, cette étude contient de nombreuses indications sur la forme même du texte de Γ A. T.
que suit l'auteur, forme plusieurs fois différente de la LXX. — Mais, p. 849, il nous paraît
douteux que Marc I, 14, 3 - allusion aux rites sacramentels communs à l'Église et aux
marcionites - soit à rapprocher d'£z. 16,9. R. B.
376 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
46. SERRA ZANETTI (Paolo), Avulsi sumus in eis (Ezech. 37, 11 ap. Tertull. res. 29,12) —
Tradizione dell'antico nelle letterature e nelle arti d'Occidente. Studi in memoria di Maria
Bellincioni Scarpai, Roma : Bulzoni, 1990, p. 30-34 (Università di Parma, Facoltà di Lettere e
Filosofia, La civiltà delle scritture, 10).
On sait que la vision d'Ézéchiel (Ez. 37, 1-14) est citée par Tertullien en Res 29 dans une
forme qui ne correspond pas à la Septante, mais suppose une autre traduction de l'hébreu (cf.
E. Evans, Tertulliano Treatise on the Resurrection, London, 1961, p. 261-262). Ainsi dans le
tricolon de Res 29, 12 «exaruerunt ossa nostra et periit spes nostra, auulsi sumus in eis», le
troisième membre s'explique non par δναπεφωνήκαμεν (LXX ; d'où les traductions vieilles
latines expirauimus, interiuimus), mais sans doute par άπετμήθημεν εν αντοίς (les deux
derniers mots sont attestés pour Aquila, le premier restitué d'après sa traduction de l'hébreu
gazar en Is. 53, 8 et Ps. 87, 6). P. S. Z. pense que le εν, qui n'a pas de correspondant en
hébreu, doit résulter d'une dittographie, la traduction ayant porté originellement άπετμήθημεν
αντόχς ; chez Tertullien, in eis renvoie à ossa, le mot clef de ce passage d'Ézéchiel : «nos os
se sont desséchés et notre espérance a péri : nous avons été arrachés, en eux». L'expression
marquerait à la fois «un état désolant d'inclusion» et «un détachement déchirant» (p. 33). — On
notera que Micaelli (supra, n° 7) comprend comme Evans : «nous avons été faits eunuques au
milieu d'eux», en donnant à auelli un sens que le mot ne semble pas avoir chez Tertullien en
tout cas. P. P.

47. WILLIAMS (David Salter), On Tertulliano Text of Luke —The Second Century, 8, 1991,
p. 193-199.
Pour Tertullien, l'Évangile de Marcion est celui de Luc, mais mutilé (cf. Marc IV, 2, 4 : «ex
his commentatoribus quos habemus Lucam uidetur Marcion elegisse quern caederet»). Il lui
arrive aussi de condamner Marcion pour avoir supprimé des passages qui ne se trouvent pas
chez Luc, mais chez Matthieu ou Marc. C'est le cas en Marc II, 17, 1 (cf. Marc IV, 17, 6 :
suppression de Matth. 5, 45b). Pour R. Braun (supra, n° 2, p. 98, n. 3 et 108, n. 5),
l'explication est que Tertullien compare le texte de Marcion à Yeuangelium ueritatis, c'est-à-dire
à «la forme entière de l'évangile tétramorphe dont se sert l'Église». D. W. va plus loin : se
basant sur la fusion de Matth. 5, 45 et de Le 6, 35-36 qu'on rencontre déjà chez Justin (Dial.
96, 3 ; Apol. 15, 13 ; cf. A. J. Bellinzoni, The Sayings of Jesus in the Writings of Justin
Martyr, Leiden, 1987, p. 10-11), il suppose que le texte de Luc dont disposait Tertullien
présentait la même harmonisation, et que son absence dans celui qu'utilisait Marcion lui
apparaissait donc comme le résultat d'une mutilation. S'agit-il d'un phénomène isolé, ou au
contraire d'une tendance qu'il conviendrait de mettre en lumière ? P. P.

48. PETZER (Jacobus H.), Tertulliano Text of Acts — The Second Century, 8, 1991, p. 201-
215.
Préparant une histoire du texte latin des Actes des apôtres à partir de l'étude exhaustive de
tous les témoins des chapitres 1 à 6 (manuscrits bibliques aussi bien que citations chez les
Pères), J. P. présente ici le plus ancien témoin de ce texte. Sa base de travail est
malheureusement fort étroite, car elle se limite à cinq citations explicites : 2, 22 en Carn 15,1 et
Pud 21, 11 ; 2, 36 en Prax 28, 4 ; 3, 19-21 en Res. 23, 12 et 4, 27 en Prax 28, 2). Ses
conclusions, fort intéressantes, sont donc nécessairement hypothétiques, même si elles sont
corroborées par ce que nous ont appris les beaux travaux de B. Fischer, H. J. Frede et W.
Thiele sur d'autres livres de la Bible. Même s'il cite souvent d'après le grec, Tertullien doit
connaître une traduction latine des Actes. Cette version est à l'origine de toute la tradition latine.
Elle a été presque entièrement éliminée par le premier textus receptus, la révision africaine du IIIe
siècle, mais elle a tout de même été utilisée en Italie par les réviseurs à l'origine du «texte D».
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 377
De là, certaines leçons de la version originale sont passées dans la révision définitive, celle qui a
donné la Vulgate. P. P.

49. ROMEO PALLAS (José María), La Biblia Cyprianea. Una muestra de su reconstrucción —
Actes del IXè simposi de la Seccia catalana de la S. E. E. C, St. Feliu de Guixols, 13-16
d'abril de 1988, L. FERRERES, éd. II. Treballs en honor de Virgilio Bejarano, Barcelona :
Publicacions de la Universität de Barcelona, 1991, p. 787-789 (Aurea Saecula, 2).
L'entreprise du Professeur Virgilio Bejarano et de son collaborateur, auteur de cet article,
est ambitieuse : reconstruire la Bible de Cyprien. On peut s'interroger sur sa validité : existe-t-il
vraiment une Bible de Cyprien, sous la forme d'un corpus scripturaire au texte invariable ? Un
échantillon du texte reconstruit nous est donné ici (Nombres 24, 7-9), et l'on peut voir sur
quels points il diffère et de la Vulgate et du texte établi par Dom Weber, le dernier éditeur des
Testimonia de Cyprien (CCL 3). Mais rien n'est dit de la méthode qui a conduit à ce résultat, si
ce n'est qu'elle se démarque de celle de Hartel (CSEL) et de Dom Weber. Ceux-ci sont accusés
indistinctement, sans que soit reconnue la supériorité du travail du second sur celui du premier,
de recourir aux mêmes critères pour éditer le texte de la Bible de Cyprien et le texte de Cyprien
lui-même. S. D.

50. SERRA ZANETTI (Paolo), Osservazioni su Proverbi 19,17a in Cipriano — Presiedere alla
carità. Studi in onore di S. E. Mons. Gilberto Baroni vescovo di Reggio Emilia-Guastalla nel
75° compleanno, a cura di Enrico MAZZA et Daniele GIANOTTI, Genova : Marietti, 1988, p. 95-
101.
Dans l'œuvre de Cyprien, l'auteur ne relève pas moins de sept allusions, plus ou moins
nettes, au verset «qui pauperem miseretur Deum foenerat» (Prov. 19, 17a ; cité sous cette forme
dans les Testimonia, III, 1). Associé à des paroles évangéliques qui l'éclairent (c'est le cas de
l'expression «mittere in dona Dei» utilisée par le Christ, en Luc 21, 3-4, à propos de l'offrande
liturgique : eleem. 15, 1. 306), ou en élargissent la portée (Matth. 6, 19-21, sur les trésors
célestes ; 25, 31-46, sur l'identité du Christ et du pauvre), ce verset est au cœur de la réflexion
de Cyprien sur le bon usage desrichesseset l'action charitable, notamment dans le De opere et
eleemosynis. S. D.

51. CACITTI (Remo), «Ad Caelestes Thesauros». L'esegesi dellapericope del «giovane ricco»
nella parenesi di Cipriano di Cartagine—Aevum, 65, 1991, p. 151-169.
Cet anicle constitue la première partie d'une étude consacrée à l'usage que fait Cyprien de la
péricope évangélique du jeune homme riche. C'est le texte scripturaire retenu par l'évêque pour
la fin de la péricope qui retient ici l'attention de l'auteur. Il s'agit d'une ancienne version latine
de Luc (18, 29-30) - signalons que pour le reste de la péricope Cyprien utilise le texte de
Matthieu (notamment 19, 17b-21) - . Or cette version latine de Luc, attestée de Cyprien à
Augustin, présente une curieuse variante par rapport au texte grec - auquel revient la Vulgate -,
et au texte de Matthieu : au disciple qui aura tout abandonné pour le suivre Jésus promet le
septuple en ce temps («septies» ; VVLG. : «multo plura» ; Matth. : «centuplum»), et la vie
éternelle dans le siècle à venir. On a fait peu de cas jusqu'ici de cette variante, et pourtant R. C.
montre, avec beaucoup d'érudition, qu'elle repose sur un fondement théologique précis. Il
l'inscrit dans une tradition qui pourrait bien remonter au Diatessaron de Tatien et serait passée
en Afrique par l'intermédiaire d'Irénée : au chiffre cent, interprété comme le signe de la
récompense réservée aux martyrs, cette tradition millénariste associe le chiffre sept, qui
symbolise le repos du septième jour, lui-même figure du repos du septième millénium, celui du
Règne du Christ, encore temporel, auquel sont associés les martyrs ; elle établit ainsi une
concordance entre Gen. 2, 2-3 (repos de Dieu le septième jour), Apoc. 20,1-4 (le millénium du
378 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
règne du Christ et de ses martyrs), Luc 8, 8 (la semence qui rapporte le centuple) et Luc 18, 30.
Nous admettons volontiers, avec R. G, que Cyprien est resté fidèle à cette tradition, dont on
constate la présence dans son œuvre, notamment dans l'exégèse du martyre des sept Maccabées
{Ad Fortunatum, 11), mais nous pensons qu'il la transpose au plan spirituel, pour exprimer une
eschatologie qui n'a plus rien de temporel. S. D.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME

52. PlLHOFER (Peter), Presbyteron kreitton. Der Altersbeweis der jüdischen und christlichen
Apologeten und seine Vorgeschichte, Tübingen : J. G B. Mohr (Paul Siebeck) : Tübingen,
1990, XVIII-339 p. (Wissenschaftlichen Untersuchungen zum Neuen Testament, 2. Reihe,
39).
On sait que les écrivains grecs, judéo-héllénistiques et latins ont été souvent convaincus de
la supériorité de l'ancien sur le nouveau. P. P. fait l'historique de ce thème, d'Hécatée de Milet,
en passant par Philon et Josephe, jusqu'à Tertullien et Minucius Felix, auxquels sont
consacrées les pages 274 à 284. De ce point de vue, Minucius lui paraît plus proche de la
Prédication de Pierre et d'Aristide que Tertullien, dans la mesure où Cecilius insiste, dans
YOctavius, sur la «nouveauté» de la religion chrétienne. C'est négliger la présentation
dialectique de ce thème, chez Tertullien (et d'autres écrivains chrétiens). J.-C. F.

53. BlRLEY (A. R.), Caecilius Capella : Persecutor of Christians, Defender of Byzantium —
Greek, Roman and Byzantine Studies, 32, 1991, p. 81-98.
Dans YAd Scapulam 3, 4-5, Tertullien évoque la figure de trois magistrats persécuteurs, et
punis par la Providence : Vigellius Saturninus, le proconsul d'Afrique des Acta Scillitanorum
(juillet 180), L. Claudius Hieronymianus, gouverneur de Cappadoce sans doute entre 202 et
212, et Caecilius Capella, dont A. R. B. éclaire ici la carrière. 1. Une meilleure interprétation
du terme στρατηγό^ dans une inscription de Cilicie (AE 1972, 658) montre qu'il était
gouverneur de cette province, et donc sénateur. 2. Dans ces conditions, il a pu être proconsul
d'Afrique (sous Commode) et on lira en S cap 3, 6, avec un rameau de la tradition : «cum
Adrumeticum Mauilum idem Caecilius ad bestias damnasset» (idem Caecilius ND : om. FX),
en dépit de l'étude erudite d'E. Heck, ΜΗ ΘΕΟΜΑΧΕΙΝ, Bern, 1987, p. 120-124 (cf.
Chron. Tert. 1987, n° 27). A. B. suggère aussi, avec prudence, de rattacher à Caecilius Capella
deux inscriptions mutilées, ILAfr 265 et CIL III, 254. 3. Un récit du siège de Byzance par les
partisans de Septime-Sévère (193-195) permet de comprendre l'exécution de Capella, sans
doute chef des assiégés, et l'exclamation qu'il a dû pousser avant sa mise à mort : Christiani
gaudete ! - On signalera pour finir une remarque (p. 81, n. 1) concernant Scapula. Les
historiens pensent désormais qu'il s'identifie à G Iulius (Scapula) Lepidus Tertullus, cos. suff.
entre 195 et 197. Or celui-ci, appartenant à la tribu Arnensis, était sans doute originaire de
Carthage, ce qui donne plus de relief à certains passages de Scap, notamment l'interpellation de
5, 2. P. P.

54. MONTGOMERY (Hugo), Old Wine in new Bottles ? Some Views of the Economy of the
Early Church — Symbolae Osloenses, 66, 1991, p. 187-201.
Aucun texte ne permet de supposer l'existence d'une économie spécifiquement chrétienne à
l'intérieur de l'Empire romain. Des auteurs divers, parmi lesquels Tertullien et Cyprien, laissent
entrevoir que les chrétiens n'ont rejeté ni la propriété, même si elle est parfois contestée, ni la
monnaie, en dépit du message religieux païen qu'elle véhiculait, ni le travail servile. Vis-à-vis
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 379
de l'économie, ils ont adopté la même attitude qu'avec le concept de l'honneur : ils en ont
conservé les formes traditionnelles, mais en leur donnant une nouvelle structure. S.D.

ACTES DES MARTYRS

55. TESTARD (Maurice), La Passion des saintes Perpétue et Félicité. Témoignages sur le
monde antique et le christianisme — Bulletin de Γ Association Guillaume Budé, 1991, p. 56-
75.
Conférence donnée à l'Université de Mulhouse, devant une section de «Jeunes Budé». Nul
n'était plus qualifié que l'auteur de Chrétiens latins des premiers siècles (cf. Chron. Tert. 1982,
n° 5) pour s'adresser à un tel public. Sans appareil érudit (mais une longue note introductive
fournit l'essentiel de la bibliographie récente), M. T. se sert de la Passio comme d'un exemple
pour démontrer que «la littérature latine chrétienne est étroitement imbriquée dans tout ce qui fait
la civilisation antique». Après avoir rappelé les circonstances historiques, la genèse et la
structure complexe de l'œuvre, son utilisation dans la liturgie, après donc les problèmes
philologiques, il passe en revue les diverses disciplines «classiques» (archéologie, institutions,
histoire littéraire, médecine, droit, etc.) sous l'angle desquelles l'étude de la Passio présente de
l'intérêt. Habilement utilisé, ce cadre lui permet de retrouver, chaque fois, la vie qui y est
enclose, l'univers - antique et chrétien - dont elle nous conserve l'image (Carthage, les jeux, le
milieu des prisons, etc.). Les dernières pages insistent plus spécialement sur le christianisme.
M. T. défend, ajuste titre croyons-nous, l'interprétation eucharistique et eschatologique de
certains éléments des visions de Perpétue. Il montre aussi, par plusieurs détails, le «sens de
l'intimité avec Dieu» qui caractérise ces chrétiens. La justesse des vues, l'acuité des analyses,
l'inventaire assez complet des intérêts que présente la Passio pour un public cultivé font de cet
article une excellente introduction à la lecture de cet «admirable texte». — P. 66-67, à propos de
la thématique de la chute décente, signalons notre étude «Honeste cadere». Un topos
d'hagiographie antique (Bulletin du Centre de Romanistique et de latinité tardive, Université de
Nice, Mars 1983, p. 1-12). R. B.

56. HALPORN (James W.), Literary History and Generic Expectations in the «Passio» and
«Acta Perpetuae» — Vigiliae christianae, 45,1991, p. 223-241.
A côté de la Passio Perpetuae et Felicitatis (BHL 6633), il existe deux recensions d'Acta (A
et Β = BHL 6634 et 6635), que Van Beek, en 1936, avait publiées en regard l'une de l'autre,
mais qui, depuis, n'ont guère retenu l'attention de la critique. Ces textes brefs, très répandus au
moyen âge, ont souffert, à l'époque moderne, d'être comparés à la Passio. Il est vrai que leur
qualité littéraire est inférieure et que leur datation initiale, sous Valerien et Gallien, est erronée.
Pourtant, comme le montre J.W.H., il est abusif d'établir un lien implicite entre valeur littéraire
et historicité. Les Acta ne sont pas de simples abrégés tardifs, qu'on pourrait écarter sans
dommage, mais des textes appartenant à un autre genre et visant un public distinct. Ils mettent
l'accent sur la communauté des martyrs, non sur tel ou tel protagoniste. Leur langue se
rapproche du niveau de style qu'atteste la prédication d'Augustin. Les réflexions de J.W.H.
sont pertinentes : si la Passio Perpetuae était perdue, ces Acta, qui respectent le formulaire
judiciaire, seraient sans doute aussi prisés que ceux des Scillitains. Il serait donc urgent
d'éclaircir les relations qu'ils entretiennent entre eux et avec BHL 6633. Contrairement à ce qui
est dit p. 238, n. 14, le plus ancien témoin de la recension A, n'est pas du XIIe, mais du début
du IXe siècle. F. D.
380 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
57. CALECA (Claudine), Perpétue, Félicité et leurs compagnons, martyrs de Carthage en l'an
203, Marseille : l'auteur, 1990, 61 p.
Plaquette sympathique, qu'on peut se procurer auprès de la Fraternité Sainte-Perpétue, 4
rue du Presbytère, 18100-Vierzon. Résumé de la Passio Perpetuae, suivi d'une évocation des
fouilles du Père Delattre, et illustré par des photos de la somptueuse cérémonie qui se déroula,
le 8 mars 1959, dans l'amphithéâtre de Carthage. Les deux derniers chapitres traitent de
l'histoire du culte de Perpétue et Félicité à Nîmes, Beaulieu-sur-Dordogne et Vierzon. F. D.

58. FRANZ (Marie-Louise von), La passion de sainte Perpétue : un destin de femme entre
deux images de Dieu : essai d'interprétation psychologique ; (suivi de) Expériences
archétypiques à l'approche de la mort. Traduit de l'allemand par Jacqueline BLUMER et Bernard
STEIB, Paris : J. Renard, 1991, 183 p. (La Fontaine de Pierre).
Traduction française de deux essais, dus à une célèbre psychothérapeute, autrefois disciple
et collaboratrice de C. G. Jung. L'étude consacrée à Perpétue fut publiée pour la première fois
en 1951 et rééditée à Zurich en 1982. Grâce à l'abondance et à la pertinence des parallèles
invoqués, à la cohérence de la théorie sous-jacente, l'interprétation proposée des quatre visions
de la martyre reste pleine d'intérêt. L'élément le plus original en est que les figures masculines
(Saturus qui précède l'héroïne sur l'échelle ; Dinocratès, le jeune frère défunt ; le diacre
Pomponius, le père et le maître d'armes) représentent Y animus de Perpétue au sens jungien.
Peut-être aurait-on pu suggérer au public francophone de prolonger sa lecture, en signalant
quelques travaux postérieurs : par exemple M. Meslin, Vases sacrés et boissons d'éternité dans
les visions des martyrs africains, dans Epektasis. Mélanges patristiques offerts au Cardinal Jean
Daniélou, Paris, 1972, p. 139-153 ; J. Amat, Songes et visions. L'au-delà dans la littérature
latine tardive, Paris, 1985 ; C. Mertens, Les premiers martyrs et leurs rêves, dans Revue
d'histoire ecclésiastique, t. 81, 1986, p. 5-46 (cf. Chron. Tert. 1986, n° 28). La traduction
d'anguem par «peur» (au lieu de «serpent») rend incohérente la note 31 de la page 61. Les
noms anciens de lieux et de personnes n'ont pas toujours été rendus correctement en français. A
la page 159, substituer P. Monceaux à M. Monceau. F. D.

59. TlLLEY (Maureen Α.), Scripture as an element of social control. Two martyr stories of
Christian North Africa —Harvard Theological Review, 83, 1991, p. 383-398.
M. A. T. développe ici une idée déjà présente dans sa thèse (voir ci-dessus, n° 43) : l'un
des principes exégétiques de l'Église d'Afrique est que l'Écriture s'applique au présent et
qu'elle permet de l'interpréter et de le vivre ; la manière dont les écrivains utilisent la Bible nous
renseigne donc sur la situation sociale des communautés ; c'est particulièrement vrai des récits
de martyrs, destinés à l'édification, au sens plein, de ces dernières. Deux exemples sont donnés
ici, qui révèlent deux situations différentes : la Passio Montani etLucii et les Actes des martyrs
d'Abitinae. Le premier texte nous fait entrer dans une communauté déchirée des suites de la
persécution de Dèce, se résignant mal à la réintégration des lapsi. Il exalte moins le courage des
victimes qu'il n'interprète, à la lumière des Écritures, leur combat comme participation à la lutte
de Dieu et de Satan, leurs faiblesses comme nécessaires à la gloire de Dieu, leur humilité
comme imitation du Christ, leur union comme modèle pour l'Église. Le second montre une
communauté qui se veut pure, séparée des autres dans l'attente de la fin des temps. S. D.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 381
DOCTRINE

60. H AMMAN (Adalbert G.), L'homme, image de Dieu chez Tertullien — Autour de
Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 97-110.
Vaste tour d'horizon théologique qui résume en peu de pages le dossier analysé par ΓΑ.
dans L'homme, image de dieu. Essai d'une anthropologie chrétienne dans l'Eglise des cinq
premiers siècles, Paris, 1987, p. 77-102. Partant de Gen. 1, 26 «faciamus hominem ad
imaginem et similitudinem nostrani» (cité p. ex. en Marc II, 4, 4), A. H. constate, par une
étude qui se fonde largement sur Deus Christianorum, que Tertullien oppose la création (opus)
et la créature humaine (imago Dei, imago), à laquelle est réservé le verbe fingere (ττλάττειν)
par opposition à faceré, condere, etc. (ποιεΐν). Mais peut-on vraiment dire que «fingere
signifie étymologiquement toucher doucement, caresser, arranger, disposer avec art» (p. 101),
et non «modeler dans l'argile», comme l'indique plus prosaïquement le DELL d'Ernout et
Meillet ? - L'image et la ressemblance avec Dieu sont en général considérées comme une réalité
globale, le libre arbitre (Marc Π, 5, 5-6 ; 6, 2). Il arrive aussi que Tertullien les sépare (Bapt 5,
7 ; Cast 1, 3). Il ne s'agirait pas alors de l'opposition de la nature et de la grâce, mais de celle
entre deux temps dans l'économie du salut : l'homme, image et ressemblance de Dieu, perd la
ressemblance par le péché, mais la recouvre par la venue du Christ, et par le baptême. P. P.

61. SINISCALCO (Paolo), «Anima sine materia stabili». Per la storia dell'interpretazione di
alcuni passi di Tertulliano (Apol. 48,4 ; Test. 4,1) —Autour de Tertullien. Hommage à René
Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 111-128.
On a souvent opposé, en proposant diverses explications, Apol 48, 4 et Test 4,1 à An 58,
1 sq. et Res 17, 1 sq. Tertullien affirmerait, là, que l'âme sans le corps est impassible ; ici, que
l'âme étant corporelle est passible par elle-même. En réalité, entre les deux séries de textes, il
n'y a qu'une différence d'accent : l'âme n'est pleinement et parfaitement passible qu'unie à la
chair. La démonstration de P. S. est convaincante et élégante : elle rejoint d'ailleurs, comme il
se plaît à le faire observer, les remarques que faisait déjà N. Le Nourry à la fin du XVIIIe
siècle. J.-C. F.

62. MATTEI (Paul), Le schisme de Tertullien : essai de mise au point biographique et


ecclésiologique—Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 129-149.
Le lecteur qui aura réussi à circuler dans le dédale du dossier présenté par P. M. dégagera
l'analyse suivante. Avant 212-213,rienne donne l'impression d'une rupture. Après cette date,
malgré une séparation dans la pratique liturgique et l'interprétation de la disciplina - élargie, il
est vrai, à une partie du domaine doctrinal (cf. R. Braun, Deus christianorum, p. 424-425) -,
Tertullien n'a pas commis de schisme au sens que Cyprien donnera du terme : il ne s'est pas
rallié à un évêque dissident, mais a conservé un sentiment très vif de l'unité de l'Église, de la
fraternité de tous ses membres, montanistes ou psychiques. Cette attitude est commandée par la
conception qu'il a toujours eue de l'Église et qui met l'accent sur sa dimension spirituelle :
l'institution episcopale y occupe un rang subordonné, ayant pour unique charge de maintenir
l'ordre et pour unique fonction de manifester l'Église dans le présent et l'histoire. C'est
probablement la déception personnelle de Tertullien devant l'incompréhension totale des
psychiques qui explique les excès polémiques de ses dernières œuvres et sa retraite silencieuse.
Ces vues sont assez proches de celles de R. Braun - dans son étude sur «Tertullien et le
montanisme», parue en 1985, à laquelle se réfère P. M. -, malgré une différence de vocabu-
laire : plutôt que de schisme P. M. préfère parler de séparation, d'éloignement, de retraite.
382 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Cette préférence traduit en fait une tendance à confondre le point de vue subjectif (Tertullien n'a
jamais eu le sentiment de rompre avec l'Église, mais au contraire celui d'être rejeté par les
psychiques) et la réalité du schisme. S. D.

63. GUERRA (Anthony J.), Polemical Christianity : Tertullian's Search for Certitude — The
Second Century, 8, 1991, p. 109-123.
Cet article repose sur deux idées principales. D'une part, l'auteur s'appuie, ajuste titre, sur
la constatation que Tertullien a élaboré sa théologie essentiellement contre quatre catégories
d'adversaires : les païens, les juifs, les hérétiques et les catholiques (il vaudrait mieux dire : les
psychiques). D'où le titre de cette étude : un christianisme de combat, pour reprendre
allusivement un titre déjà ancien de R. Braun (ΒAGB, 1965) que A. G. ne semble pas
connaître. D'autre part, l'auteur estime que, pour échapper à l'alternative dans laquelle on
enferme Tertullien (est-il fidéiste ou recourt-il aux arguments rationnels et philosophiques ?), il
est préférable de recenser les idées sur lesquelles il se fonde pour défendre sa foi. Selon A. G.,
ces arguments sont au nombre de cinq : l'Écriture, la raison, une morale exigeante, le
témoignage de l'Esprit, la tradition.
C'est cette 'grille' (heuristic device) qu'il applique à la quadruple polémique de Tertullien,
en relevant que les cinq arguments sont inégalement utilisés, en fonction des destinataires. Cette
approche de Tertullien lui paraît plus appropriée que la distinction habituelle entre ouvrages
prémontanistes et montanistes. Plusieurs des idées avancées par A. G. sont certainement justes,
mais elles sont loin d'être toutes également nouvelles et sont trop rapidement développées.- P.
110, n. 3, la monographie de J. Klein a été reproduite en 1975, mais l'édition originale date de
1940, cf. Chron. Tert. 1975, n° 10 ; p. 113, n. 12, celle de T. D. Barnes doit être citée dans
son édition de 1985, cf. Chron. Tert. 1985, n° 8). J.-C. F.

64. VAN DER LOF (L.J.), The Plebs of the Psychici. Are the Psychici of De Monogamia
Fellow-Catholics ofTertullian — Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A. R. Bastiaensen (cf. n°
19), p. 353-363.
Que Tertullien se soit finalement séparé de l'Église catholique et même des Montanistes, on
le sait par le témoignage d'Augustin (Haer. 86 : «sua conuenticula propagami»). D'après l'A.,
cette rupture n'est pas consommée à l'époque de Mon (daté de 214 ou 215 par son dernier
éditeur, P. Mattei), même si le traité lui-même ne permet aucune conclusion décisive. Les
psychici et les spiritales appartiennent à la même Église, mélangés comme le sont l'avoine et le
froment (Prax 1,7; mais le texte ne semble pas dire cela : ce ne sont pas les «psychiques»,
mais les disciples de Praxéas qui seront rassemblés pour brûler du feu éternel). L'A. rejoint en
somme la position de D. Powell, Tertullianists and Cataphrygians, dans Vigiliae Christianae,
29, 1975, p. 33-54, mais sans tenir compte des objections de R. Braun (Chron. Tert. 1975, n°
16). P. P.

65. ST-ARNAUD (Guy-Robert), De la «lettre» à persona : prolégomènes à une structure —


Revue des sciences religieuses, 64, 1990, p. 283-305.
Il s'agit de «mettre en rapport l'étymologie du terme persona et son introduction en
théologie par Tertullien» en rendant évidente «une structure d'homographie réciproque
directement liée à une conceptualisation de la Lettre en psychanalyse» (p. 283). De cet article,
tout nourri de phraséologie lacanienne, seules les premières étapes sont aisées à suivre. L'A.
vise les positions de R. Cantalamessa (Concilium 123, 1977, p. 69-70), selon qui l'élaboration
de persona en théologie trinitaire s'est faite par le sens d'interlocuteur (exégèse
prosopographique), puis par celui d'individu (langage courant), indépendamment de toute
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 383
connotation étymologique. Pour ΓΑ. au contraire, il y a communauté entre l'étymologie de
persona et son entrée en théologie. Reprenant les vues de M. Nédoncelle (cf. Deus Christ, p.
208) sur Forigine étrusque, et après un détour par l'atellane, il souligne que le Phersu de la
tombe des Augures est soit le nom de l'individu masqué représenté, soit la désignation du
masque «à condition qu'il dénomme l'être supérieur dont il est l'exécutant et dont il porte le
masque» (p. 300). Il en conclut que Phersu est un nom propre, et que le nom propre «marque
une conjonction particulière à l'écriture et au concept de Lettre en psychanalyse» (ibid.). Notre
imperméabilité au discours lacanien ne nous ayant pas permis de saisir les pages suivantes
(300-304), nous nous arrêterons aux deux pages finales, un peu moins hermétiques : ΓΑ. met
l'accent sur le passage d'un nom propre à un nom commun dans l'étymologie de persona. Il
promet de revenir ultérieurement là-dessus pour démontrer que Tertullien, quand il introduisait
persona dans la théologie trinitaire, accordait une grande importance au «sens grammatical» et
s'inspirait par là de l'étymologie. Mais les latins avaient-ils conscience des commencements
étrusques du terme ? Les premières pages (284-294) sur Tertullien et 'personne' présentent des
analyses, généralement justes, des textes de Prax, et qui s'appuient essentiellement sur le travail
de J. Moingt, en ignorant le reste de la bibliographie, ancienne comme récente (pour cette
dernière, voir Chron. Tert. 1989, n° 42, qui renvoie à des titres antérieurs). R. B.

66. MATTEI (Paul), Patience servile et patience filiale. Notes sur la morale théorique de
Tertullien, spécialement dans le «De patientia» — Vita Latina, 122, juin 1991, p. 21-31.
Les composantes philosophiques de la patientia telle que l'a conçue Tertullien, ont été bien
éclairées par les travaux de J.-C. Fredouille. Ici P. M. s'intéresse aux schemes proprement
chrétiens qui ont aussi joué un rôle. La patience en effet est une relation entre le chrétien et son
Dieu, et cette relation s'exprime en des thèmes reçus de l'Écriture. Sont étudiées, dans leur
application au chrétien, les images de seruus Dei et d&fìlius Dei. La première étude (seruitus)
manifeste la distance entre le Créateur et sa créature, et le devoir pour celle-ci de se modeler sur
lui en une imitano qui reste en quelque sorte extérieure. La seconde (filialité) fait apparaître que
la dignité aufilius contrebalance l'abjection du seruus, la patience rendant participant à la nature
divine. Mais, à la différence de Cyprien (De bono pat. 3 et 5), Tertullien n'a pas su établir une
synthèse entre ces deux aspects au moyen d'une réflexion sur l'homme imago Dei où
s'expriment en même temps son origine et sa destination. Toutes ces fines analyses s'appuient
sur des rapprochements avec d'autres textes de l'auteur et sur des comparaisons avec les
œuvres similaires de Cyprien et d'Augustin. La dernière partie porte sur les lacunes et
insuffisances de Pat : rôle subordonné de l'amour, absence de dynamisme de la patience qui est
ainsi, trop rarement, attente et espérance. Après une justification bienvenue de certains détails
souvent mal interprétés ( la uoluptas patientiae de 3,9 et le rire divin devant les malheurs de Job
en 14, 5), P. M. avance une hypothèse pour expliquer, dans le domaine de la morale théorique,
les déficiences de Pat, qui ne viendraient pas uniquement de la formation stoïcienne de son
auteur : ce dernier aurait conçu la patience moins comme une vertu au sens propre que comme
une attitude existentielle d'accueil, «forme» préalable des vertus, ou encore comme un
«admirable échange» entre Dieu qui, dans le Christ, prend l'initiative et l'homme qui, porté par
la grâce, répond. Souhaitons que P. M. puisse revenir, «plus à loisir», et en un développement
plus linéaire, moins chargé d'incidentes et de parenthèses, sur cette ingénieuse hypothèse qui
valoriserait la composante chrétienne de la réflexion morale de Tertullien. R. B.

67. RAMBAUX (Claude), Le jugement de Tertullien sur les femmes — Vita Latina, 122, juin
1991, p. 1-20.
Dans la droite ligne de sa thèse (Tertullien face aux morales des trois premiers siècles,
Paris : Les Belles Lettres, 1979), C. R. dénonce comme contraire au christianisme et à sa loi
d'amour le jugement porté par Tertullien sur les femmes. Selon lui, Tertullien est misogyne et
384 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
sa misogynie est sans précédent : il garde des Écritures les seuls textes hostiles aux femmes ; à
l'égard de celles-ci, il est plus sévère et exigeant que les chrétiens, les hérétiques et les juifs de
son temps ; il va même à contre-courant d'une évolution 'féministe' de la société païenne
contemporaine. Cette condamnation n'est pas exempte de partialité. C. R. accumule les
références, mais sans tenir compte des contextes. Il concède au passage que Tertullien reconnaît
à la femme la même vocation spirituelle qu'à l'homme, mais circonscrit volontairement le débat
au plan temporel. Pour apprécier la divergence des points de vue sur Τ antiféminisme ' de
Tertullien, on pourra se reporter à trois études récentes, d'Émilien Lamirande, Marie Turcan,
Elizabeth Carnelley (voir Chron. Terî. 1987, n° 41 ; 1990, n° 51 ; 1991, ci-dessous, n° 68).
S.D.

68. CARNELLEY (Elizabeth), Tertullien and feminism — Theology (London), 92, 1989, p.
31-35.
L'auteur se range aux côtés de ceux qui refusent de voir en Tertullien un misogyne. Sûr de
l'imminence du Royaume, Tertullien veut préparer les siens à la vie 'angélique' et libérer la
femme des contraintes temporelles qui pèsent plus particulièrement sur elle, pour lui permettre,
dès ici-bas, de vivre la vie de l'Esprit, conformément au charisme de prophétie qui est le sien.
S.D.

69. KAUFMAN (Peter Iver), Tertullian on Heresy, History and the Reappropriation of
Revelation —Church History [Chicago], 60, 1991, p. 167-179.
Si nous avons bien compris le raisonnement contourné et l'expression embarrassée de P. I.
K., la confiance que Tertullien manifestait dans le développement du christianisme ne tenait pas
au dynamisme qu'il attendait du montanisme pour lui apporter un nouveau souffle, mais à
l'existence et à la persistance des hérésies. «Il faut qu'il y ait des hérésies» a dit l'Apôtre (/ Cor.
11, 19) : celles-ci sont la condition nécessaire du progrès de la foi. Tertullien combat donc les
hérétiques, leur exégèse, leur interprétation philosophique du christianisme, mais il n'a pas en
vue leur conversion. J.-C. F.

70. CAVALLOTTO (Stefano), // magistero episcopale di Cipriano di Cartagine. Aspetti


metodologici —Divus Thomas, 91, 1988, p. 375-407 ; 92, 1989, p. 33-73.
Cette étude a un objectif nettement circonscrit : rechercher les fondements de la réflexion
théologique de Cyprien, autrement dit sa méthodologie. L'auteur s'appuie sur les Lettres, dont
il fait une lecture attentive et peu encombrée d'érudition. Qu'il intervienne en tant que pasteur
sur des questions de discipline, les schismes et les hérésies, ou l'organisation de l'Église,
Cyprien, même lorsqu'il invoque aussi les décisions conciliaires, se réfère fondamentalement à
la seule Ecriture, qu'il applique à la situation présente. Le dossier baptismal et la Lettre 63 sur le
sacrifice eucharistique montrent à l'évidence que pour lui, à la différence d'Etienne, ni la
pratique de telle ou telle communauté - pas même celle de l'Eglise d'Afrique -, ni la pratique
générale de l'Église n'est un critère suffisant de vérité. C'est que, pour lui, il n'y a pas d'autre
sagesse que celle de Dieu, manifestée dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau. La
traditio est avant tout, à ses yeux, la simple transmission des préceptes divins livrés une fois
pour toutes par les auteurs inspirés de l'Ancien Testament, le Christ et les apôtres (semel
traditum), et l'intervention de Dieu dans les visions et les songes a pour but, non pas d'apporter
de nouvelles révélations, mais de faire retrouver la vérité, lorsque l'erreur l'a fait perdre.
Cyprien utilise les testimonia scripturaires, non comme des arguments, mais comme des
modèles typologiques de la réalité présente de l'Église. Il en résulte que celle-ci détient en fait
une autorité. Préfigurée par l'Écriture et ayant reçu la traditio diuina consignée dans l'Écriture,
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 385
elle se doit de l'enseigner, de la transmettre, de distinguer la vérité de Terreur, notamment par la
voie du magistère episcopal. Mais l'articulation entre la traditio diuina ou apostolica et la traditio
ecclesiastica, qui enseigne et donc interprète la traditio divina, n'est pas clairement définie par
Cyprien.
La bibliographie de cette étude est très lacunaire et date beaucoup : on ne peut plus
aujourd'hui donner un tableau chronologique des Lettres de Cyprien (voir n. 34) sans tenu-
compte des travaux de L. Duquenne et de G. W. Clarke ; depuis le livre de Van den Eynde
(1933), utilisé par S. G, d'autres écrits ont paru sur la traditio dans l'Église ancienne (R. P. G
Hanson, Tradition in the Early Church, London, 1962 ; voir aussi Chron. Tert. 1977, n° 30 ;
7979, n° 35). S. D.

HERESIES

71. DAVIDS (Adelbert), Hermogenes on Matter. A note on the first chapters of Tertullian's
Treatise against Hermogenes — Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A.R. Bastiaensen (cf. n°
19), p. 29-32.
Deux notes de critique textuelle. En Herrn 3, 1, «Fuisse itaque materiam semper [cum :
Kroymann] deo domino» : plutôt qu'un datif (Waszink), A. D. y verrait un ablatif absolu. En
Herrn 4, 1, faut-il lire avec Kroymann : «quod earn (sc. materiam) deo comparet (se.
Hermogenes)» ou avec Waszink : «quod earn deus sibi comparet» ? et, d'autre part, comment
analyser comparare (com-paro ou compar-o) ? Contre Waszink, A. D. préfère la leçon de
Kroymann et comprend compar-o. J.-C. F.

72. ORBE (Antonio), Marcionitica — Augustinianum, 31, 1991, p. 195-244.


Notre information sur le marcionisme est insuffisante et lacunaire. Cette doctrine toutefois,
si pauvre qu'elle soit dogmatiquement, ne paraît pas avoir été incohérente. C'est au nom de son
développement logique à partir de quelques principes de base (le premier étant que la sarx n'est
pas susceptible de salut) que A. O. cherche, sinon à combler des vides ou remplir des zones
d'ombre, du moins à suggérer certains cheminements pour en retrouver les perspectives. Il
s'appuie sur le corpus scripturaire de l'hérétique tel qu'il ressort du témoignage de Tertullien en
particulier, et il met en œuvre une méthode originale, qui consiste à ne pas isoler Marcion des
schemes théologiques habituels au IIe siècle tant dans l'Église que chez les autres gnostiques,
notamment valentiniens. Trois secteurs sont retenus :
1) Le dieu bon et son monde (p. 206-215) : Marcion aurait, d'après Col. 1, 19, conçu un
«plérôme» - région d'êtres divins - qui se confondrait peut-être avec la «création invisible»,
«monde ou ciel invisible», inconnaissable, du dieu bon (cf. Marc I, 15,1-2). A l'intérieur de ce
monde, le Christ (Fils) occuperait une place prééminente, étant le primogenitus (Col. 1, 17),
l'image et le visage du dieu invisible et inconnaissable (// Cor. 4, 4 ; Col. 1, 15) : il serait la
personne en qui le dieu infini acquiert une forme accessible à l'homme et pouvant donner une
connaissance finie de l'infini. Ces vues rejoignent celles, exprimées ailleurs, qui ont amené A.
O. à rejeter toute interprétation modaliste de la christologie de Marcion (cf. Chron. Tert. 1990,
n° 43).
2) L'Esprit saint ou prolégomènes à la pneumatologie (p. 216-232) : De l'esprit du Créateur
et de ses anges, esprit capable de faillir, Marcion distingue expressément l'Esprit saint de
l'évangile et du dieu bon, dont la prière enseignée par le Sauveur demande la venue en nous (Le
11, 1-4; cf. Marc IV, 26).
386 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
3) Points de sotériologie (p. 232-242) : A propos de / Cor. 15, 45 et 47, l'accent est mis
sur la diversité de nature entre Adam (terrestre et charnel) et le Seigneur (céleste, non charnel).
Pour Marcion, toute résurrection s'entend, non de la chair, mais du corps céleste ; ce sont les
âmes, corps psychiques, qui deviennent immortelles en communion avec l'Esprit du Christ.
Venant d'un spécialiste réputé des théologies hérétiques du IIe siècle, ces tentatives de
clarification sont séduisantes. Malheureusement il reste bien du flou, bien des incertitudes
autour de la pensée théorique de Marcion et de son exégèse. R. B.

SURVIE

73. DuVAL (Yves-Marie), Sur un prétendu fragment d'un traité perdu de Tertullien chez
Jérôme (Ep. 85, 5). Les enfants de chrétiens «candidati fidei» — Autour de Tertullien.
Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 161-176.
A Paulin de Noie qui lui demande comment pourront être «saints» les enfants de baptisés
(cf. / Cor. 7, 14), alors qu'ils ne pourront être sauvés sans le don de la grâce, Jérôme répond
en citant Tertullien «in libris de monogamia ... adserens sanctos dici fidelium filios quod quasi
candidati sint fidei et nullis idololatriae sordibus polluantur» (epist. 85,5 ; date : 399). La
question, absente de Mon, est traitée en An 39, 1-4, mais sans qu'apparaisse l'expression
caractéristique candidatifidei.On en a conclu à l'existence d'un traité de Tertullien aujourd'hui
disparu. Y.-M. D. trouve cette hypothèse inutile. Il montre qu'en 393, dans le Contre Jovinien,
Jérôme a utilisé non seulement Cast et Mon, mais aussi Vx II (ce qu'on n'avait pas encore
noté) : dans un couple païen où l'un des conjoints se convertit, l'autre devient «Dei candidatus»
(Vx II, 7, 2) ou «candidatus fidei» (Adu. Iou. I, 10). Frappante, l'expression revient en 399 ou
400 dans la lettre à Laeta pour désigner ... un grand père (epist. 107, 1 : «candidatus est fidei
quem filiorum et nepotum turba circumdat»). Alors pourquoi pas les enfants ? Vx II rentre bien
dans le titre global libri de monogamia ; c'est à lui qu'a dû penser Jérôme, même si le traité
s'occupe du mariage plutôt que du fruit du mariage. P. P.

74. ADKIN (Neil), Tertulliano «De ieiunio» and Jerome's «Libellus de virginitate servanda»
(epist. 22) — Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik, 104, 1991, p.
149-160.
Jérôme a utilisé le De ieiunio dans Y epist. 22 (à Eustochium ; écrite à Rome au printemps
384), comme le prouvent le remploi de citations bibliques et plusieurs parallèles textuels
(citation de lei 1,2 «prior uenter et statim cetera» ; échos de 2, 8 «in pulmonum et intestinorum
meorum inanitate» ; 3, 2 «facilius uentri quam deo cessit» ou 5, 2 «pronior uentri quam deo» ;
3, 3 «ultro cibum ... pro ueneno deputarem» ; 9, 8 «aquis sobrius et cibis ebrius»). On
modifiera donc sur ce point (d'autres suivront !) la chronologie que nous avions tentée des
lectures de Tertullien par Jérôme (cf. Chron. Tert. 1988, n° 55).- L'analyse microscopique que
N. A. fait des procédés de Jérôme, et accessoirement de Tertullien, est fort intéressante. Elle
paraît toutefois un peu trop sûre d'elle-même. Kroymann p. ex. avait-il vraiment tort de dire
qu'en lei 1, 2 cetera est l'équivalent de pudenda ? C'est en tout cas l'interprétation de Jérôme
lui-même dans Vin Titum (1, 7 ; PL 26, 576A), où il imite à nouveau ce passage : «Specta
uentrem et genitalia, pro qualitate membrorum ordo uitiorum» (ce parallèle, datable de 386/7,
n'est pas relevé par Ν. Α.). D'autre part, il est difficile de réduire les emprunts de Jérôme à une
série de formules clinquantes (comme on en trouve, il est vrai, beaucoup dans ces «bréviaires
d'ascétisme» que sont les epist. 14 et 22). Dans d'autres œuvres, l'utilisation est beaucoup plus
extensive, plus profonde aussi, ainsi que l'ont montré les beaux travaux d'Y.-M. Duval. P. P.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 387
75. CANTÓ LORCA (Josefa), Una fuente de Isidoro de Sevilla (Eym. 18) - Stephanion.
Homenaje a María C. Giner, Salamanca : Ediciones Universidad de Salamanca, 1988, p. 167-
176 (Acta Salmanticensia. Estudios filológicos, 200).
Devant éditer dans la collection «Auteurs latins du Moyen Age» le livre XVIII des
Etymologies d'Isidore de Seville, De bello et ludis, J. C. L. a tenté de présenter une synthèse
sur l'usage qu'Isidore fait du De spectaculis de Tertullien. Ses remarques sur la «Zitierweise»
de Tévêque de Seville paraissent sinon très originales, du moins judicieuses. En revanche sa
propre «Quellenforschung» laisse à désirer. Elle n'a pu en effet consulter la monographie,
centenaire mais toujours excellente, de M. Klussmann, Excerpta Tertullianea in Isidori
Hispalensis Etymologiis, Hamburg, 1892 (programme de la «Gelehrtenschule des
Johanneums»). Le savant allemand avait fait la même recherche, mais en partant de Tertullien,
dont il voulait améliorer le texte (rappelons qu'il avait publié une édition de Spect en 1877). La
comparaison n'est pas très favorable à J. C. L. Si elle ajoute au répertoire de Klussmann un
écho de Spect 9, 5 en Etym. 18, 41, 1-2 (albos hiemi... russeos currere Marti sacrauerunt), elle
n'a pas noté les parallèles Spect 9, 5 / Etym. 18, 33, 2 (Aurigae autem duobus coloribus sunt,
quibus speciem idololatriae uestiunt. Nam prasinus Terrae, uenetus Coelo et Mari a paganis
dicatus est) et Spect 14, 3-15,1 / Etym. 18, 16, 1 (spectacula ut opinor generaliter nominantur
uoluptates quae non per semetipsa inquinant sed per illa quae illic geruntur). D'après la note 7
(p. 168), il lui aurait aussi échappé les rapprochements entre Apol 25,14 /Etym. 18, 2, 1
(omne regnum saeculi huius bellis quaeritur, uictoriis propagatur) et Scorp 1,2/ Etym. 18, 8, 3
(uirus quo figit infundit). Le chantier reste donc ouvert. P. P.

76. COSTANTINI (Marie-Louise), Tertullien, Nietzsche : deux sombres précurseurs—Autour


de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 223-246.
Cette méditation passionnée part de la vision grandiose qui clôt le De spectaculis et des
pages de la Généalogie de la Morale où, pour stigmatiser le christianisme, Nietzsche fait
référence à ce texte de Tertullien qu'il n'a pas compris. Prophète inspiré, continuateur de
ΓApocalypse, Tert. exprime en réalité son attente, dans la foi, du Royaume céleste, et trouve
dans l'imaginaire du feu un moyen de représenter le Mal, en face duquel se dresse le Christ
indicible. Chez Nietzsche, même soif d'absolu, même condamnation pathétique à
l'incompréhension et à l'enfermement. S. D.

RÉIMPRESSIONS

77. BlSBEE (Gary Α.), Pre-Decian Acts of Martyrs and «Commentarli», Philadelphia :
Fortress Press, 1988, XV-187 p. (Harvard Dissertations in Religion, 22).
Cette thèse de qualité, soutenue en 1986, analyse une centaine de procès-verbaux sur
papyrus, selon une grille qui est ensuite appliquée aux plus anciens Actes des martyrs (dont
ceux des Scillitains). Après avoir été diffusée à partir d'un microfilm (cf. Chron. Tert. 1987, n°
29), elle est désormais disponible sous forme de livre. F. D.

78. MUNIER (Charles), Autorité episcopale et sollicitude pastorale. Ile-Vle siècles, Aldershot :
Variorum, 1991, XIII-305 p. (Collected Studies Series : CS 341).
Voici consacré, par ce recueil d'articles, le rayonnement de C. M., dont les divers travaux,
nés d'obligations universitaires, s'inspirent d'une même réflexion continue sur l'Église
ancienne, ses problèmes d'autorité, ses comportements dans le monde. Le titre choisi répond
388 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
bien à «deux thèmes essentiels et complémentaires de l'ecclésiologie», comme il le dit lui-même
dans son Avant-Propos, avant de procurer un fil conducteur de lecture. Sont reproduits, sous
forme anastatique, vingt-deux articles qui ont paru, de 1978 à 1990, dans diverses revues. Ces
études sont regroupées au long d'une ligne qui va d'Ignace d'Antioche et des apologistes du IIe
siècle à Augustin et Césaire d'Arles. Bien entendu, Tertullien se taille la part du lion : il est
présent par sept titres - touchant à la tradition, Fhérésiologie, l'argument de prescription ; tous
du reste ont déjà été recensés ici-même en leur temps. Le lecteur appréciera la commodité de les
trouver maintenant réunis, comme il appréciera aussi celle que lui offrent plusieurs indices
rajoutés au volume (textes scripturaires, judaïques, patristiques, conciliaires, profanes,
juridiques ; noms de personnes et de lieux). Saluons avec joie la publication de ce recueil au
moment où C. M. vient de prendre sa retraite : une retraite promise, souhaitons-le lui, à la
poursuite active de sa production ! R. B.

79. DANIÉLOU (Jean), Les origines du christianisme latin, Paris : Desclée ; Le Cerf, 1991,
391 p. (Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée, 3).
Reproduction, sans mise à jour d'aucune sorte, de l'édition originelle (1978 ; voir Chron.
Tert. 1978, n° 25). S. D.

80. HAMMAN (Adalbert-G.), Études patristiques. Méthodologie - liturgie - histoire -


théologie, Paris : Beauchesne, 1991, 474 p. (Théologie historique, 85).
Aucune des 33 études reproduites dans ce recueil ne concerne spécifiquement Tertullien ou
Cyprien, mais les excellentes tables dressées par Jean-Paul Bouhot permettent de voir qu'ils
sont néanmoins très présents. On est heureux d'avoir maintenant à portée de la main les articles
qu'a publiés, depuis plus de 40 ans, l'éminent connaisseur de l'Antiquité chrétienne qu'est le P.
Hamman. P. P.

NOUVELLES

8 1 . La Chron. Tert. 92 recensera entre autres l'édition de Cor par F. RUGGIERO (Milano :
Mondadori), la réédition de YOctavius par B. KYTZLER (Leipzig : Teubner) et le recueil des
articles de R. BRAUN consacrés à Tertullien (Paris : Études Augustiniennes).
Revue des Études Augustiniennes, 39 (1993), 441-464

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1992
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de
domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort
de Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron.
Tert., qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu.
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. M. Pierre-Paul Corsetti
et Mme Brigitte Basdevant nous ont fourni de précieuses indications biblio-graphiques et la
photocopie d'articles peu accessibles en France. Nous leur exprimons notre très vive gratitude.

René BRAUN — Simone DELÉANI — François DOLBEAU


Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

EDITIONS

1. TERTULLIANO, De corona. Introduzione, testo, traduzione e note a cura di Fabio RUGGIERO,


Milano : A. Mondadori, 1992, LIV-184 p. (Classici greci e latini).
Établie sur frais nouveaux, cette édition s'écarte de celle de J. Fontaine (Paris, 1966) à
laquelle l'auteur rend hommage, sur une cinquantaine de points, quelques-uns mineurs,
d'autres plus importants :
Éd. J. Fontaine Éd. F. Ruggiero
I, 1 milites laureati adibant. ...adibant. Quidam...
Adhibetur quidam...
1,2 singuli...infrendere cominus. ...cominus. Murmur...
Continuo murmur...
I, 3 damit deruit
I, 5 in pace leones et in proelio ceruos et seel.
IV, 1 scripturarum nullam (i.e. legem) leges scripturam nullam leges
IV, 6 et edicere dicere
V, 2 ministrantia administrantia
442 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
VII, 4 Vulcani opus ac post Liberi munus opus secl.
VII, 5 Delphico dracone Delphine dracone
VII, 6 euoluas uoluas
VII, 8 peninent peninere
IX, 4 in Dei rebus et in Dei rebus
X, 1 in communione in communionem
X, 3 uacant uacat
XI, 1 solum Christum pluris faciens solo Christo pluris non faciens
XII, 2 sed et pace cum Neptuno inita sed et paci cum Neptuno initae
XIII, 1 imaginum pro numero capita imaginum iam numero capita
XIII, 3 Domini nostri Domini Dei nostri
XIII, 6 putasti non putasti
sacras et fúnebres et sacras et fúnebres
XIII, 7 erant erunt
XIV, 4 in cruce cruci
XV, 1 inattaminatam intaminatam
XV, 2 adora odora

F. R. justifie (p. 116-129) les choix qu'il a faits, souvent en privilégiant les leçons de
VAgobardinus. Il nous prie de signaler dans son édition une coquille typographique : à
«pertinere.» (p. 26,1. 61), on substituera «pertinere*.», en insérant une indication de lacune.
Le commentaire est, dans l'ensemble, de caractère plus historique et moins littéraire que celui
de J. Fontaine, mais n'indique pas de référence bibliographique. Sur l'endroit où l'épisode est
censé avoir eu lieu (F. R. opte pour Carthage), cf. ci-dessous l'hypothèse de Y. Le Bohec, n°
25.
Sobrement écrite et bien présentée, cette édition est pourvue d'une ample bibliographie, de
plusieurs index et d'une anthologie de quarante-deux textes, du Nouveau Testament à
Augustin, sur les chrétiens, la guerre et la paix. J.-C. F.

2. M. Minuci Felicis Octavius, ed. Bernhard KYTZLER, éd. corr., Stutgardiae, Lipsiae :
Teubner, 1992, XIV-41 p. (Bibliotheca scriptorum Graecorum et Latinorum Teubneriana).
Réimpression de l'édition de 1981 augmentée d'un addendum bibliographique qui aurait pu
être plus important : manque par exemple l'étude du regretté P. G. van der Nat (1977).
L'apparat critique très complet permet utilement de se faire une idée précise des difficultés
rencontrées par les philologues. P. 42, on trouvera la liste de conjectures de K. Müller (cf.
infra, n° 13). J.-C. F.

3. MODESTO (Christine), Studien zur Cena Cypriani und zu deren Rezeption, Tübingen : G.
Narr, 1992, XI-305 p. (Classica Monacensia. Münchener Studien zur klassischen Philologie,
3).
La Cena Cypriani (CPL 1430) est une parodie biblique en prose, décrivant les services
d'un festin bouffon, auquel sont conviés des personnages de l'Ancien et du Nouveau
Testament. Il s'agit d'une œuvre antique, fondée sur une traduction préhiéronymienne et
attribuée dans les manuscrits à saint Cyprien. La Cena Cypriani (= CC) connut un certain
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 443
succès au Moyen Âge, puisqu'il en subsiste plus de 60 copies s'échelonnant du IX au XVIe e

siècle. Elle fut de plus adaptée à plusieurs reprises, d'abord en prose par Raban Maur (ca 855-
856 = CH), puis en vers par Jean diacre de Rome (ca 876-877 = CI), le moine Azelin de Reims
(ca 1047-1054 = CA) et un clerc anonyme du XIIe siècle (ms. Arras 557 = CAr). CA avait été
publié par Du Méril en 1847, CH par Hagen en 1883, CC et CI en dernier lieu par Strecker en
1896 ; CAr restait inédit. De cet ensemble, C. M. propose la première édition complète,
accompagnée de traductions allemandes et de copieux commentaires. Elle a collationné tous les
mss repérés de CH, CA et CAr, et l'un des deux rameaux de CC. En revanche, le texte de CI
est emprunté tel quel à Strecker. Dans son annotation, ΓΑ. tient aussi compte d'un commentaire
de CC, composé au XIIe s. par Hervé de Bourgdieu, mais sans en publier le texte intégral.
Selon l'A., CC est une sorte de centón, qui emprunte certains de ses éléments aux genres
du Banquet et de la Ménippée, et transpose dans le monde biblique les bouffonneries
mythologiques des païens (représentées notamment par le Iudiciwn coci et pistons de Vespa).
C'est une fantaisie carnavalesque, dont la visée n'est ni blasphématoire ni mnémotechnique, et
dont le caractère énigmatique et les possibilités d'interprétation allégorique expliquent le succès
médiéval. CI, conçu pour une récitation publique, est l'adaptation la plus fidèle de CC. Les
autres remaniements ont un caractère didactique plus marqué. Dans l'antiquité, le texte chrétien
le plus proche est un sermon de l'évêque Zenon de Vérone, mettant en scène, à l'intention de
nouveaux baptisés, une procession de personnages bibliques, qui sont chacun pourvus d'un
attribut : cela suggère de dater la Cena Cypriani du dernier tiers du IVe s. et de la localiser plutôt
en Italie du Nord.
Le sujet était magnifique et difficile. La dissertation de C. M. est très honorable, mais aurait
sans doute gagné à être retravaillée avant de paraître sous forme de livre. Strecker avait signalé,
sans les classer, douze manuscrits de CC (cf. MGH, Poetae latini, t. 4/2, p. 867) : il est
dommage que sur ce point l'A. n'ait pas tenté de prolonger l'enquête. L'absence d'index (pour
les noms propres et les citations scripturaires) ne facilite pas la comparaison des textes. D'après
les sondages effectués, les apparats bibliques et l'édition princeps de CAr sont à utiliser avec
prudence. Voici, dans l'ordre de l'ouvrage, quelques notes de lecture.
(CC) «Faenum ... discubuerunt turbae» (p. 14, 6-8) : cf. Matth. 14, 19.- «Saxatilem
Hieremias» et «lapidatur Hieremias» (p. 24, 3 et 32, 14) évoquent simplement la lapidation du
prophète relatée dans les Vitae prophetarum, comme l'avaient correctement noté plusieurs
érudits antérieurs. Les solutions défendues par l'A. sont intenables, et ses renvois bibliques
erronés (p. 93 et 98). La plus ancienne traduction latine des Vitae prophetarum ne remontant
guère au-delà de 400, ce détail fournit à la critique un nouveau terminus post quem- P. 31, 12,
substituer dans la traduction Achan à Isaac- À propos du catalogue de poissons (p. 90-96), il
aurait été commode de renvoyer à E. de Saint-Denis, Le vocabulaire des animaux marins en
latin classique, Paris, 1947 (voir par exemple la notice de la p. 32 sur le dentex).
(CH) Outre les martyres d'Isaïe et de Jérémie, déjà mentionnés par CC, Raban Maur (p. 154)
évoque la fin de beaucoup d'autres prophètes : «[H]anani in neruum missus» repose sur// Chr.
16, 7 et 10 ; «Ezechiel [et non Ezechias] interfectus, Amos per tympora transfixus, Micheas
precipitatus, Abdo strangulatus, Zacharias lapidibus oppressus» sont empruntés à Isidore de
Seville, De ortu et obitu patrum, ch. 39, 43, 46, 55 et 57 (éd. C. Chaparro Gómez, Paris,
1985, dans une recension contaminée avec un opuscule traduit du grec et publié dans Revue
d'Histoire des Textes, t. 16, 1986, p. 131-136).- P. 156, 15 : «Zacharias pretium attulit»
évoque non le père de Jean-Baptiste (Le 1, 10), mais le prophète des «triginta argénteos»
(Zach. 11, 13), cité par Matth. 27, 9 sous le nom de Jérémie.
(CI) Ce chapitre sur Jean diacre est le moins réussi de l'ouvrage et n'exploite pas toute la
bibliographie : l'article majeur de Lapôtre a été réimprimé à Turin en 1978 ; les positions
actuelles de G. Arnaldi sont exposées dans Natale 875. Politica, ecclesiologia, cultura del
papato altomedievale, Roma, 1990, p. 107-114 ; voir aussi G. Vinay, Alto medio evo latino.
444 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Conversazioni e no, Napoli, 1978, p. 337-350. Une enquête en cours montre d'ailleurs qu'il
était possible d'améliorer l'édition Strecker (cf. C. M. Monti, Per la «Cena» di Giovanni
Immonide, dans Medioevo e latinità in memoria di Ezio Franceschini, Milano, 1993, p. 277-
302).
(CA) P. 226, strophe 36, 4 : \\τζραΜ<ο> coccíneo, pour rétablir un octosyllabe.- P. 228, str.
38, 1 : lire de même Moab<i>tidis ; str. 45, 1 =111 Rois 1, 33 et 38.
(CAr) P. 250-251, str. 33, 3 : Latitudo est ici un nom propre (Gen. 26, 22) ; l'expression
«latitudinis aquam» ne peut donc être traduite par Wasserfülle.- P. 251, str. 35 : substituer en
note Gen. 30, 15-16 à Gen. 29, 17-18 et 23.- P. 253, str. 38, 2 = Gen. 43, 34 ; en 39, 2,
Gesson n'est pas le fils de Moïse, mais le nom du pays où fut célébrée la première Pâque (cf.
Ex. 8, 22 ; 9, 26, etc.) ; la strophe 42 renvoie à Nombr. 10, 2 (et non à Ex.).- P. 254, str. 47,
1-2 : «Fratres vasa bellantia...» = Gen. 49, 5-6 (on s'attendrait à lire fragmina au lieu de
gramina) ; le vers suivant fait référence à Gen. 49, 3-4.- P. 257, str. 60, 1 = Éz. 4, 1 ; str. 60,
3-4 = Amos 7, 7-8 ; str. 61, 2 = /// Rois 18, 4 et 13.- P. 258, str. 65, 4 : rectifier Eachior en
EtAchior (et aussi Eministrantes en Et ministrantes en 87, 4) ; str. 70, 2 = Job 2, 3.- P. 260,
str. 81, 4 : rétablir «Iobab» pour éliminer la syllabe superflue.- P. 262, str. 84, 1-2 : «Fugit
Soba, fugit Roob, Maacha fugit et Istob» = // Sam. 10, 6 + 8 + 13 (inquiétant est le
commentaire de la p. 282 : «Ein Stellenverweis bei 'Istob' ist nicht möglich, weil keine
biblische Person dieses oder ähnlichen Namens belegt ist», car il révèle que ΓΑ. n'a pas songé
à chercher sous [H]istob, pas plus qu'ailleurs sous [H]anani) ; str. 85, 1 = IV Rois 9, 24.- P.
264, str. 93, 3 : Issachar, qui est qualifié en Gen. 49, 14 d'«asinus fortis», mange des
chardons, non des artichauts ; str. 96, 2 : «Manue» doit recevoir une majuscule et ne pas être
traduit par «Handvoll» ; il s'agit du père de Samson, cité au vers précédent.- P. 266, str. 100,
1-2 = Tob. 2, 20-21 ; str. 104, 2 : Dures est à rectifier en diues.- P. 274, str. 141, 1 : «ut
reflorentinum Agar» est à corriger en «utre florentinum A.» (l'outre est celle de Gen. 21, 14 ;
cette retouche supprime le seul enjambement du poème entre deux strophes) ; str. 142, 3 :
«Semmetim pneum situla» doit de même être lu «Sem metimpneum s.» (le vers suivant
concerne Cham ; le vin de Méthymne, dans l'île de Lesbos, était célèbre [Virgile, Georg. 2, 90]
et reparaît plus bas en 144, 4).- P. 276, str. 145, 2 : «Ruth tinolium [cum] patina» est fautif ;
y supprimer la préposition est inutile, car l'octosyllabe est correct, si on lit «tmolium» d'après
Georg. 2, 98 ; str. 150, 2 = Le 1, 15 (7, 33).- Dans une édition princeps de 640 octosyllabes,
en quatrains rimes ou assonances, on se serait attendu à quelques remarques stylistiques. Un
rapprochement du type Bosor/Nabugodonosor (str. 137) ne s'explique pas par un renvoi précis
à la bible, mais par une recherche de sonorité. F. D.

TRADUCTIONS

4. GHARIB (Georges), TOMOLO (Ermanno M.), GAMBERO (Luigi), Di NOLA (Gerardo),


éd., Testi Mariani del primo millennio, voi. 3, Padri e altri autori latini. Direzione e
coordinamento di Luigi GAMBERO, Roma : Città Nuova, 1990, 1018 p.
Dans cette volumineuse anthologie de textes patristiques et médiévaux traitant de la Vierge
Marie, les p. 49 à 84 sont consacrées à Tertullien, Novatien et Cyprien. Les deux derniers
auteurs n'ont fourni qu'un extrait chacun (Nov., Trin. 24 ; Cypr., Test. II, 9) ; en revanche
Tertullien, dont la théologie mariale est toujours l'objet de discussions et de recherches (cf.
Chron. Tert. 1990, n° 44) est très présent. On trouvera ici les références, parfois corrigées, de
tous les passages cités : Marc II, 4, 4-5 ; III, 11, 2-9 ; 13, 3-5 ; 17, 3-4 ; 20, 5-9 ; IV, 1, 6-8 ;
10, 6-9 et 15-16 ; 19, 6-13 ; 26, 13 ; 36, 9 et 12 ; V, 1, 6 ; 5, 9 ; 8, 4 ; 9, 8 ; 14, 1-4 ; 17, 15 ;
19, 7-8 ; Carn 1,4 - 2,1 ; 4, 1-6 ; 5, 5-6 ; 7, 1-13 ; 16, 5 ; 17, 1-6 ; 18, 1-3 ; 19,4 - 23 ; Prax
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 445
1, 1 ; 2, 1 ; 26, 2 ; 27, 1-5 ; Apol 21, 7-9 ; 14 (doublon du suivant) ; 11-14 ; Prae 13, 1-4 ; 22,
2-5 ; 36, 4-5 ; Val 27,1 ; Virg 1,4 (Bulh.) ; 6 - 7,1 (Bulh.). Certains extraits sont difficilement
utilisables, parce qu'isolés de leur contexte. On s'étonnera que l'A. n'ait pas jugé bon de
traduire le passage-clé de Mon 8, 2 : «Christum quidem uirgo enixa est, semel nuptura post
partum etc.» P. P.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

5. CLARKE (Graeme W.), Cyprian — The Anchor Bible Dictionary, vol. 1, Α-C, New York,
London, etc. : Doubleday, 1992, p. 1226-1228.
Les contraintes editoriales du dictionnaire expliquent le caractère succinct de la biblio-
graphie et l'absence d'argumentation, notamment pour la chronologie des œuvres. Il fallait aller
à l'essentiel et concentrer l'information. Il fallait aussi privilégier une perspective : connaissant
les travaux antérieurs de G. W. C, dans le domaine de la prosopographie, et son excellent
commentaire des Lettres de Cyprien (voir Chron. Tert. 1986, n° 4 ; 7959, n° 3), on ne sera pas
surpris qu'il insiste sur les données biographiques et historiques. L'appartenance de Cyprien à
l'élite sociale et intellectuelle, telle qu'elle apparaît dans la Vita Cypriani, les Acta proconsularia
et la correspondance, tous documents dignes de foi, est une donnée fondamentale, sans laquelle
on ne saurait expliquer son élection episcopale, l'opposition durable de son clergé, ses rapports
avec sàplebs, ses qualités d'administrateur, de prédicateur et d'écrivain, et même son idéal de
vie ascétique et ses aspirations spirituelles. G. W. C. ne réduit cependant pas Cyprien à sa
seule qualité de patronus, comme on se plaît à le faire aujourd'hui (voir notamment Chron.
Tert. 1990, n° 46), mais il insiste également sur la réalité et la profondeur de sa conversion.
Nous sommes en désaccord avec l'auteur sur un point (p. 1227) : Cyprien ne se contente pas
de citer la Bible, il la paraphrase aussi, annonçant la citation qu'il va faire et la prolongeant ; son
style est marqué par la lectio divina, mais allusions et réminiscences sont loin d'avoir été
inventoriées de façon exhaustive. S. D.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE

6. ELLIEN (Geneviève), V«Ad Donatum» de Cyprien de Carthage et le thème de la curiosité


— Au miroir de la culture antique. Mélanges offerts au Président René Marache, Rennes :
Presses universitaires de Rennes, 1992, p. 135-182.
L'auteur a voulu montrer à la fois ce que Cyprien doit à sa culture (thèmes du «spectacle
panoramique de monde», de la curiosité forçant les portes pour voir les turpitudes) et ce qui fait
l'originalité de sa création littéraire. À la curiosité mauvaise il n'oppose pas, comme on s'y
attendrait, la bonne curiosité, tournée vers la connaissance de la nature, mais plutôt le thème
christianisé de la «tranquillité de l'âme». En écrivant de façon un peu énigmatique «anima id
esse incipit quod esse se credit», «hoc sis tantum quod esse coepisti», il prend ses distances
vis-à-vis de Tertullien («anima naturaliter Christiana») et trace la voie de l'intériorité mystique. Il
n'est pas toujours aisé de retrouver les fils conducteurs dans cette étude touffue, foisonnante de
rapprochements - dont certains ne s'imposaient pas - avec les auteurs antiques grecs et latins,
la Bible et Tertullien. S. D.
446 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
7. BOBERTZ (Charles), An Analysis of Vita Cypriani 3, 6-10 and the Attribution of Ad
Quirinum to Cyprian of Carthage — Vigiliae Christianae, 46,1992, p. 112-128.

L'hypothèse d'Harnack - l'éloge de Job dans Vita Cypriani 3, 6-10, serait la retractatio
d'un sermon prononcé par Cyprien - est vaine : en fait, le rédacteur de la Vita a paraphrasé trois
extraits du livre de Job qu'il a empruntés aux Testimonia ad Quirinum (3, 14 ; 3, 6 ; 3, 1).
C'est ce qu'avait déjà observé A. A. R. Bastiaensen, dans son édition commentée (Milano :
Mondadori, 1975 = Vite dei Santi, t. 3, p. 13, apparat, et p. 255), mais sans pousser aussi loin
la démonstration. Que Pontius ait utilisé les Testimonia, alors qu'il ne les fait pas figurer dans
sa fameuse 'liste' des traités de Cyprien (Vita 7), rend suspecte aux yeux de C. B. leur
attribution à celui-ci. Cet argument nous paraît d'autant moins décisif que jusqu'à présent
aucune interprétation satisfaisante n'a été donnée de cette liste. Les deux autres arguments de C.
B. (pour plusieurs versets scripturaires, le texte des écrits authentiques se sépare de celui des
Testimonia ; dans le domaine de la pénitence Cyprien a élaboré une doctrine toute différente) ne
nous convainquent pas davantage, car ils reposent implicitement sur l'idée contestable que, s'il
avait composé le recueil, Cyprien en aurait toujours respecté scrupuleusement l'esprit et la
lettre. À notre avis, le dossier bien difficile de l'authenticité des Testimonia est loin d'être clos,
pas plus que ne l'est à ce jour, contrairement à ce qu'affirme C. B. (p. 124, n. 17), celui de
l'authenticité du Quod idola. S. D.

TEXTE, LANGUE, STYLE

8. QUELLET (Henri), Concordance verbale du De exhortatione castitatis de Tertullien,


Hildesheim, Zürich, New York : Olms-Weidmann, 1992, [IV-] 236 p. (Alpha - Omega. Reihe
A : Lexika, Indizes, Konkordanzen zur klassischen Philologie, 131).

Cette nouvelle concordance due à la science et à l'industrie d'H. Q. suit le modèle établi
dans celles de Cor, Cuit et Pat (cf. Chron. Tert. 1975, n° 3 ; 1986, n° 7 ; 1988, n° 7), à deux
différences près : pour la première fois, l'activité inlassable du compilateur a été dynamisée par
l'emploi d'un ordinateur, pour lequel un programme avait été mis au point par un collègue
mathématicien et informaticien, M. Michel-Yves Bachmann (d'où un gain de temps important) ;
pour la première fois aussi, il n'a pas été tenu compte des variantes attestées dans les
manuscrits, qui sont pourtant particulièrement nombreuses dans le cas de ce traité où deux
traditions s'opposent (cf. Chron. Tert. 1985, n° 1). Même si les choix de l'édition retenue
comme base de la concordance, celle de C. Moreschini (Sources Chrétiennes, t. 319, 1985),
paraissent s'imposer, il aurait valu la peine de signaler les variantes que d'autres éditeurs
avaient préférées (ainsi en 13, 1 oneratur codices : honoratur Oehler Moreschini).

À une époque où les concordances électroniques comme la CETEDOC Library of Christian


Latin Texts et bientôt la Patrologia Latina Database donnent un accès rapide à la totalité des
écrits de Tertullien, une œuvre artisanale et limitée ne se justifie plus que par la «valeur ajoutée»
que procure le travail d'un latiniste aussi compétent que l'est H. Q. : distinction des
homophones, analyse morphologique, organisation raisonnée des lemmes complexes (an, et,
etc.), listes de fréquence. On regrettera que le contexte uniformément limité à une ligne ne
permette pas toujours de saisir les nuances de sens ni même de repérer les constructions (par
ex. on ne voit pas qu'en 5,1, le complément de patrocinatur est introduit par ad). P. P.
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 447

9. BRAUN (René), Sur le vocabulaire de Véternité et du temps chez Tertullien—De Tertullien


aux Mozarabes. Mélanges offerts à Jacques Fontaine, Paris : Institut d'Études Augustiniennes,
1992, t. I, Antiquité tardive et christianisme ancien (IIIe-VIe siècles), p. 291-298 (Études
Augustiniennes, Série Antiquité, 132).
Extrêment précise et fouillée, cette étude porte essentiellement sur quatre vocables.
Aeternus (-itas) a été affecté presque exclusivement à l'expression de l'éternité, elle-même
conçue comme la substantia de Dieu. Aeuum et saeculum relèvent de la terminologie du temps,
création de Dieu, mais ont servi parfois à l'expression de l'éternité dans des contextes qui
révèlent l'influence du langage biblique (mais saeculum ne désigne jamais, sous la plume de
Tertullien, Yaiôn futur). Enfin aetas, spécialisé dans la désignation de la durée vécue. En Marc
II, 3, 5, il convient probablement de lire interminabili aeternitate (et non aetate) ; c'est cette
leçon, justifiée par son enquête, que R. B. a adoptée dans son édition de ce livre (cf. Chron.
Tert. 1991, n° 2). J.-C. F.

10. FREDOUILLE (Jean-Claude), Langue philosophique et théologie d'expression latine (IIe-


IIIesiècle) — La langue latine, langue de la philosophie. Actes du colloque organisé par l'École
française de Rome avec le concours de l'Université de Rome «La Sapienza» (Rome, 17-19 mai
1990), Rome : École française de Rome, 1992, p. 187-199 (Collection de l'École française de
Rome, 161).
Cette étude met l'accent sur la continuité entre la langue philosophique de Rome, dont on a
exagéré Vegestas, et le langage théologique qui s'est constitué à partir de Tertullien - continuité
masquée dans les travaux linguistiques de l'École de Nimègue qui, portant sur le domaine du
donné révélé et des premières institutions disciplinaires et ecclésiales, peuvent laisser
l'impression d'un latin des chrétiens toujours à la remorque du grec, du moins dans sa phase
initiale. J.-C. F. procède par échantillonnages significatifs et retient trois textes de Tertullien
(Ap 17, 2 ; An 22, 2 ; Prax 2,4) pour en analyser avec soin le vocabulaire, en amont et en aval,
comme les divers procédés d'expression. Qu'il s'agisse de la transcendance divine
(incomprehensibilis, inaestimabilis), de la description des qualités de l'âme (le terme effigiatus,
pour marquer que l'âme possède une forme modelée sur celle du corps, viendrait de la théorie
lucrétienne de Γeffigies), du mystère trinitaire envisagé sous le double principe d'unité et
d'individuation (mise en opposition, par voie de binômes, de status Isubstantialpotestas et de
gradusi formalspecies), le Carthaginois est tributaire du latin philosophique ou du latin courant,
lors même qu'il formule des conceptions s'appuyant sur d'autres bases, et dans une perspective
nouvelle : il crée, avec ces matériaux, un «langage théologique autonome, largement
indépendant des modes de pensée et d'expression du monde grec», et qui «conservera, à
travers les siècles, sa spécificité et son originalité». R. B.

11. CLASSEN (Carl Joachim), Der Stil Tertullians. Beobachtungen zum «Apologeticum» —
Voces, 3, 1992, p. 93-107.
Les néologismes lexicaux á'Apol (et Nat) sont dans leur très large majorité de formation
latine. Certains expriment des notions propres au christianisme (resurrectio), parfois
directement intelligibles aux païens (illuminator) ; d'autres sont techniques (pronubus) ;
d'autres, enfin, ont été forgés par souci de clarté ou de style (exorbitare).
On aurait sans doute souhaité plus de netteté dans la présentation et la classification des
faits, comme dans l'énoncé des motivations néologiques. Quelques pourcentages auraient été
aussi bienvenus. Mais on adhérera à la conclusion qui se dégage de cet article : la langue de
Tertullien, en dehors de termes spécifiquement chrétiens, n'est pas un 'latin chrétien' ; la
volonté polémique de l'auteur, mais surtout son désir de clarté et son talent littéraire font de lui
448 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
un maître de verbe. Sans doute Apol et Nat favorisent-ils, plus que d'autres traités, cette
conclusion : mais, au prix de quelques nuances et corrections, elle serait extensible à l'ensemble
de l'œuvre de Tertullien. Celui-ci utilise ou crée un vocabulaire 'théologique' (au sens large de
l'adjectif), mais parle et écrit (comme tous les écrivains chrétiens) la langue commune. Question
annexe : que devient, dans un cas comme celui de Tertullien, la distinction canonique entre
'langue' et 'style' ? J.-C. F.

12. FREDOUILLE (Jean-Claude), U apologétique chrétienne : naissance d'un genre littéraire —


Revue des Études Augustiniennes, 38, 1992, p. 219-234.
Les historiens modernes de la littérature antique désignent par apologétique le genre
littéraire que constituent les apologies d'époque patristique, œuvres écrites en réponse aux
accusations lancées contre chrétiens et christianisme. Se tenant «à mi-chemin entre les
considérations théoriques et les analyses de textes», J.-C. F. dans cette «lecture» donnée en
août 1992 au Onzième congrès patristique d'Oxford, met finement en lumière l'«anonymat
générique» dans lequel est née et s'est développée l'apologétique. Le rattachement aux deux
discours pauliniens de Lystres et d'Athènes {Act. 14, 15-18 et 17, 22-31) n'a de valeur que
pour une partie de la thématique mise en œuvre ensuite dans ces écrits. Leurs auteurs ne
possédaient ni paradigmes littéraires ni lex generis. Certes ils trouvaient un point de départ dans
le discours judiciaire appelé απολογία, lequel comportait une partie négative de réfutation,
accompagnée d'un élément positif accessoire (démonstration du probabile ex uita) : d'où un
plan avec ces deux types de développements qu'on rencontre dans les premières apologies.
Mais la variabilité dans le choix des destinataires (véritables ou fictifs) comme des formes
littéraires, conditionnée par les circonstances historiques, fait apparaître le caractère
polymorphe, plastique et éminemment adaptable de ce «genre innommé». Au début du IVe
siècle, les réflexions théoriques parallèles de Lactance et d'Eusèbe visent à définir un projet
d'apologétique élargie destiné à éliminer l'inadéquation, le caractère réducteur du terme
d'apologie et à donner tout son poids à la présentation d'ensemble de la doctrine. Leurs efforts
seront méconnus par Jérôme à la fin du même siècle : il range tous ces écrits parmi les libri
contra (ou aduersus) gentes et y voit un sous-groupe de la littérature polémique. Ajuste titre est
soulignée (p. 223) la souplesse de l'attitude critique des anciens qui avaient déjà perçu qu'un
texte est «un objet sémiotique complexe», susceptible d'être assigné à des rubriques diverses.
R. B.

1 3 . MÜLLER (Konrad), Rythmische Bemerkungen zu Minucius Felix — Museum


Helveticum, 49, 1992, p. 57-73.
La prose métrique de YOctauius a été déjà plusieurs fois étudiée (Bornecque, Di Capua ; cf.
éd. Beaujeu, p. LXXIV). Dans ce nouvel examen, K. M. ne se limite pas aux clausules des
fins de phrases, il prend en compte aussi celles des kola intérieurs : ainsi la phrase initiale de
l'échantillon proposé p. 58 {Oct. 23, 1) ne comporte pas moins de dix clausules. Les résultats
d'ensemble, qui portent sur 712 clausules (550 chez Bornecque), sont présentés dans deux
tableaux (p. 64-65), le second permettant la comparaison avec quatre œuvres cicéroniennes et
quatre œuvres amétriques. Il en ressort que la pratique de Minucius Felix s'inspire étroitement
du classicisme : le crétique + trochée (O), le dicrétique (C), le ditrochée (T) représentent plus
des deux tiers (69,4 %) de toutes les clausules ; et en incluant les formes à résolution de ces
mêmes clausules, on parvient à un pourcentage de 92,7 %. Plus forte que chez Cicerón est la
tendance à privilégier 0,C,T et leurs dérivés. Quant à la clausule héroïque, elle est strictement
écartée des fins de phrases. D'autre part le rythme repose de façon exclusive sur la quantité,
même si quelques clausules, en nombre négligeable, sont susceptibles d'une lecture soit
accentuelle soit quantitative. Les dernières pages (66-73) tirent les conséquences qui devraient
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 449
s'imposer des précédentes considérations pour l'établissement du texte : pour 23 passages sont
proposés divers aménagements (corrections du texte transmis, changements dans Tordre des
mots ou dans la ponctuation), qui assureraient une meilleure cohérence avec la pratique
rythmique restituée. R. B.

14. FREDOUILLE (Jean-Claude), Niveau de langue et niveau de style : note sur l'alternance A.
c. I.lquod dans Cyprien, Ad Demetrianum—De Tertullien aux Mozarabes. Mélanges offerts à
Jacques Fontaine (cf. n° 9), 1.1, p. 517-523.
L'usage de Cyprien dans VAd Demetrianum, opuscule soigné et élégant, contredit la thèse
selon laquelle la complétive introduite par quod serait un 'vulgarisme' caractéristique du 'latin
chrétien' : elle alterne avec la proposition infinitive, dans la dépendance des mêmes verbes, et
cette alternance est commandée par le souci de la uariatio sermonis. En fait cette construction,
d'abord rejetée comme 'vulgaire' par les lettrés, a dû entrer dans la langue littéraire dès la fin du
I er siècle. En examinant les quelques dénombrements qui ont été faits, on peut constater aussi
qu'elle est présente chez les auteurs païens tardifs, comme chez les chrétiens, et que sa
fréquence, comparée à celle de la proposition infinitive, varie beaucoup d'un écrivain à l'autre
et même d'une œuvre à l'autre.
En l'état actuel de la recherche, cette étude ne pouvait déboucher sur des conclusions
définitives. Elle n'en est pas moins exemplaire. Elle montre avant tout que l'on ne pourra
progresser dans la connaissance de la langue des écrivains chrétiens qu'en cessant de l'isoler
artificiellement du reste de la latinité et en se débarrassant de certains présupposés. Elle donne
une leçon de méthode : multiplier les dénombrements ; replacer les faits de langue dans le
contexte de l'œuvre ; tenir compte des genres littéraires et des niveaux de style. S. D.

15. LöFSTEDT (Bengt), The «Veronensis deperditus» with Cyprian — Aevum, 66, 1992, p.
147-148.
L'A. signale un nouveau témoin de l'intérêt porté au Codex Veronensis de Cyprien, une
édition de Paul Manuce (Rome, 1563) conservée à la «University Research Library of the
University of California, Los Angeles» (cote : Ζ 233 a 4 C 993), où ont été transcrites - on ne
sait ni par qui ni à quelle date - des collations faites par Latino Latini. Β. L. les fait remonter à
l'exemplaire de travail de Latini conservé à la Bibliothèque capitulaire de Viterbe (que nous
avions baptisé «Latini 2» dans Revue des Études Latines, 46, 1968, p. 339 ; cf. le stemma de
la p. 349), et publie à partir d'elles quelques leçons de V qui n'avaient pas encore trouvé le
chemin de nos apparats critiques.- Le témoignage du document primaire devrait être pleinement
exploité dans l'édition des Lettres qu'achève M. G. F. Diercks. P. P.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE

16. ELLIOT (J. K.), The Translations of the New Testament into Latin : The Old Latin and the
Vulgate — Aufstieg und Niedergang der römischen Welt (ANRW), Teil II : Principat, Band 26
(1. Teilband), Religion (Vorkonstantinisches Christentum : Neues Testament), Berlin, New
York : W. de Gruyter, 1992, p. 198-245.
Ce Bericht pondéreux, comme les aime la série ANRW, se décompose en deux parties,
«The Old Latin» et «The Vulgate», bâties suivant le même plan : un étal des questions
(circonstances et nature de la traduction), une liste des manuscrits les plus importants, une
bibliographie sélective mais déjà copieuse et un appendice sur l'Ancien Testament. À la
450 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
différence de l'article magistral de P.-M. Bogaert (cf. Chron. Ten. 1988, n° 15), qui n'est
d'ailleurs pas cité, il s'agit d'un travail de seconde main, qui se fonde largement sur l'ouvrage
de B. M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Oxford, 1977. L'A., spécialiste
du Nouveau Testament grec, semble connaître les apparats critiques plus que les manuscrits
eux-mêmes, dont il ne juge même pas utile d'indiquer les cotes. Il n'est pas très à son aise dans
la patristique latine : Jérôme est présenté p. 221 comme le «collègue» de Grégoire de Naziance
et de Didyme l'Aveugle ; Grégoire de Tours devient «Geoffrey of Tours» (p. 240). Les
bibliographies peuvent rendre service, bien qu'elles soient arrêtées, sauf exception, aux
productions de 1987. P. P.

17. MORESCHINI (Claudio), Note sui fondamenti dell'esegesi di Tertulliano —De Tertullien
aux Mozarabes. Mélanges offerts à Jacques Fontaine (cf. n° 9), 1.1, p. 111-118.
L'inspiration divine de l'Écriture est une certitude pour Tertullien qui met aussi en relief
l'accord des deux Testaments. Après l'adhésion à la Nouvelle Prophétie, son canon biblique
inclut les oracles montanistes. Le problème du texte dans lequel il a lu et cité la Bible a donné
lieu, depuis le siècle dernier, à de nombreuses discussions qui sont rappelées (Rönsch, Zahn,
Harnack, etc.). C. M. aboutit à une conclusion qu'on admettra aisément (existence de versions
latines de la Bible dont Tertullien a usé là où elles étaient disponibles, existence d'une version
latine marcionite de Luc et de Paul), mais aurait dû peut-être souligner qu'à ses yeux seul le
texte grec avait caractère normatif (cf. Mon 11, 11). Les dernières pages sont consacrées à
l'interprétation : le critère absolu en est la traditio et surtout la regula fidei, ce qui exclut
hérétiques aussi bien que juifs de l'intelligence de l'Écriture. R. B.

18. AZZALI BERNARDELLI (Giovanna), La componente dotta nell'esegesi tertullianea di Gen


2, 7 —Annali di storia dell'esegesi, 9, 1992, p. 387-396.
Le récit biblique sur la 'plasmation' de l'homme revient 81 fois chez Tertullien (citations ou
allusions ou réminiscences), en une constante fidélité textuelle et une acceptation littéraliste de
l'énoncé. À la différence de Philon et des Alexandrins, l'Africain n'a pas opposé Gen. 1, 26 à
Gen. 2, 7 : en Herrn 26, 1-2, il établit entre ces deux versets un rapport d'étroite connexion,
selon un critère d'origine rhétorique : l'un donne renonciation thématique ipraefari, nominare),
l'autre le développement et l'élucidation (prosequi, describere). Les impératifs de la controverse
antignostique expliquent que Tertullien s'en soit tenu à la lettre dans sa lecture de Gen. 2,7 et
qu'il ait même accentué les aspects concrets de l'anthropomorphisme biblique. Une analyse
précise des principaux passages mettant en œuvre cette exégèse (Res 6, 1-8 ; 7, 3-4 ; 45, 2-3 ;
An 9, 7 ; Marc II, 4, 4) réussit à montrer qu'on ne saurait taxer le théologien de crédulité et
d'absence d'esprit critique : il a approfondi les divers aspects de la demutatio par laquelle le
limon devient chair et le figmentum homme, et cela en faisant appel à des considérations
extérieures prises à la culture du temps et en vérifiant, par elles, la validité du récit biblique :
ainsi l'expérience de la création artistique (Phidias), le principe stoïcien de la κράσις S\f
δλο-ϋ, le principe aristotélicien de l'antériorité de la forme sur la matière. Première tentative
d'exégèse 'concordiste', dont l'évolution postérieure devait sans doute condamner les
résultats.- À souligner l'étude, p. 391-392, de Res 6, 1-5 qui dégage très heureusement
l'émotion religieuse où baigne cette page sur le mystère de la 'plasmation' divine. R. B.

19. MlNNERATH (Roland), L'exégèse de Mt 16,18-19 chez Tertullien—Revue d'Histoire et


de Philosophie Religieuses, 71, 1992, p. 61-72.
La parole de Jésus à Pierre sur le 'pouvoir des clefs' a retenu plusieurs fois l'attention de
Tertullien. L'examen, dans leurs différents contextes, de ces passages (Praes 22,4 ; Marc IV,
13, 5-6 ; Scorp 10, 8 ; Mon 8, 4 ; Pud 21, 9 sq.) permet à R. M. de dégager l"étonnante
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 451
constance' de l'interprétation. Celle-ci consiste à souligner que ce pouvoir, reçu
personnellement par Pierre, est transmis par lui à l'Église qui a, en Pierre, son origine et sa
fondation. Mais cette Église, quand, passé au montanisme, Tertullien polémique contre l'auteur
du rescrit d'indulgence en question dans Pud, il la comprend comme celle des spirituels : alors
«il la spiritualise dans la personne de Pierre pour la légitimer montaniste!» (p. 70), sans que
rien ait changé à son schéma de pensée concernant la relation fondamentale de Pierre à Yomnis
ecclesia. D'autre part, cette conception refléterait exactement celle de Calliste que R. M.
propose d'identifier à l'auteur du rescrit, alors que la critique, dans ces dernières décennies,
voyait plutôt en lui Agrippinus de Carthage. Sur ce problème mainte fois débattu, jamais
tranché, il présente plusieurs arguments sérieux en faveur de l'identification à Calliste,
rejoignant la position prise par H. Kraft (cf. Chron. Tert. 1986, n° 35). À propos d'un autre
locus uexatus, celui de Pud 21, 9, est repoussée de façon convaincante la conjecture
prouinciam de G. Poupon (cf. Chron. Tert. 1986, n° 10) et défendue la leçon traditionnelle :
omnem ecclesiam Petri propinquam, traduite «l'Église entière issue de Pierre» (p. 69).
Concernant Mon 8, 4, étudié p. 63-64, c'est à juste titre, me semble-t-il, qu'est rejetée la
correction collocatura, admise par les derniers éditeurs (Bulhart, Mattei), et proposé le retour à
la leçon des mss collocaîurus qui, rapportée à Dominus, présente l'avantage de faire clairement
allusion à Matîh. 16, 18. R. B.

20. D E SIMONE (Russell J.), Again the Kenosis of Phil. 2, 6-11 : Novation, Trin. 22 —
Augustinianum, 32, 1992, p. 91-104.
Le passage de Paul sur la «kénose» est utilisé par Novatien dans une démonstration de la
divinité du Christ, contre des hérétiques le prétendant homo tantummodo (Trin. 22, 127). Un
travail précédent de l'A. (The Treatise ofNovatian..., Rome, 1970, p. 112-133) avait adopté
les vues de F. Prat (Théologie de Saint Paul, 1.1, p. 538), selon qui le théologien romain aurait
professé ici une doctrine «franchement hérétique», en comprenant Phil. 2,6 ainsi : le Christ n'a
pas regardé sa divinité [d'ordre inférieur] comme une occasion ou un motif ou un moyen de
s'arroger à tort l'égalité avec son Père. Revenant sur ce chapitre de Trin. à la lumière du
contexte et de l'exégèse patristique habituelle (notamment Irénée, Haer. ΠΙ, 19, 3 ; Origene,
Princ. II, 6, 1, etc.), l'A. admet maintenant, avec les derniers éditeurs (H. Weyer, V. Loi), une
autre interprétation, parfaitement orthodoxe : le Christ, qui procède du Père, n'a jamais voulu
s'arroger injustement la propriété qui est celle de la première Personne divine, la Paternité (cf.
Trin. 31, 184 et 187). La «kénose» se réalise en trois étapes : 1) renoncement à la gloire du
Verbe (auctoritas Verbi) ; 2) assumption de la fragilité humaine ; 3) humiliation et acceptation
des souffrances. Elle implique un simple «repos» de la puissance du Verbe. Il ne faut pas
chercher dans Novatien trace de la conception néoplatonicienne d'un dieu inférieur ni du
subordinatianisme grossier des ariens ; on ne saurait non plus faire de lui le lointain précurseur
des théories «kénotiques» modernes, évoquées dans la fin de l'article, qui prétendent que le
Verbe abandonne part ou totalité de sa divinité en devenant homme. R. B.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME

21. UNRUH (Franz), Das Bild des Imperium Romanum im Spiegel der Literatur an der Wende
vom 2. zum 3. Jh. n. Chr., Diss. Tübingen (Gesellschaftswissenschaftliche Fakultät), 1989,
[VI-] 200 p.
Dans un corpus d'œuvres que l'on peut reconstituer ainsi : Dion Cassius, Hérodien,
Philostrate, Irénée, Hippolyte, Oracles sibyllins, Tertullien, Minucius Felix, ΓΑ. voit se
452 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
réfléchir une image de Rome en cinq tableaux : l'extension géographique de l'Empire, sa
dimension temporelle, la fonction et le rayonnement de l'idée de Rome, le rôle civilisateur de
l'Empire, les chrétiens et l'Empire. En réalité, on a essentiellement affaire à un choix de textes
(parmi lesquels Tertullien et Minucius Felix occupent une place importante) commentés sans
originalité. La bibliographie ignore pratiquement les études topiques de langue française.
J.-C. F.

22. AHONDOPKE (Antoine Z.), La vision de Rome chez Tertullien, Lille : Université de Lille
III, Atelier National de Reproduction des Thèses, s. d., XI-496-11 p. (Thèse de doctorat,
Université de Franche-Comté, Besançon, année universitaire 1991-1992).
Il ne manque pas d'études sur Tertullien et l'Empire romain : livres comme ceux de Ch.
Guignebert (1901) et de R. Klein (1968), articles comme ceux de J.-M. Hormis (1958), R. F.
Evans (cf. Chron. Tert. 1976, n° 13), J.-Cl. Fredouille (cf. Chron. Ten. 1984, n° 13) ou celui
de R. Braun (infra, n° 23) que l'auteur n'a pu connaître. C'est une voie originale qu'a choisie
A. A. en essayant de cerner la position de Tertullien à partir d'une analyse de son vocabulaire
politique. Sa thèse scrute trois ensembles terminologiques centrés le premier sur la vie politique
et ses mouvements, le second sur le complexe 'administrationAoi/justice', le dernier enfin sur
l'Empire et l'idée de Rome (dans cette troisième partie, l'A. rassemble aussi tout ce que
Tertullien a dit sur les empereurs romains, d'Auguste à Caracalla). La méthode suivie s'inspire
des modèles qu'offrent les livres classiques de J. Hellegouarc'h (Le vocabulaire latin des
relations et des partis politiques sous la République) et R. Braun (Deus Christianorum). Il est
un peu dommage que l'A. se soit limité strictement à Tertullien, et n'ait pas, par exemple, tiré
partie du riche matériau de comparaison qu'offrent les inscriptions contemporaines. Un recours
au grec aurait été souhaitable, en tout cas lorsque Tertullien cite en fait un texte biblique, ainsi
Rom. 13, 1 en Idol 15, 8 (p. 133, n. 7), Jn 21, 18 en Scorp 15, 3 (p. 303, n. 33) ou Phil. 3,
20 en Cor 13, 4 (p. 443, n. 113). Cela dit, certaines études, comme celle consacrée à antistes
(p. 143-147), sont fort bien tournées et constituent d'appréciables contributions à ce Lexicon
Tertullianeum qu'il faudra bien un jour mettre en chantier.
Sur le fond, dans le débat qui oppose disons Cl. Rambaux et J.-Cl. Fredouille, A. A. opte
résolument pour le second (qu'il avait d'ailleurs choisi comme directeur de sa thèse). À ses
yeux, Tertullien est à la fois chrétien et citoyen romain ; il accepte l'Empire, voulu par Dieu,
comme une évidence ; les empereurs sont bons (sauf exceptions regrettables) ; les persécutions
sont dues aux magistrats, ou plus exactement à certains des leurs, qui déshonorent une justice
souvent exemplaire ; la civilisation s'épanouit, en particulier en Afrique, et les Chrétiens, qui
améliorent la cité par leurs vertus, coopèrent à la prospérité d'un Empire dont la chute sera en
même temps la fin du monde. L'A., qui va jusqu'à écrire : «Rien ne laisse donc croire qu'il
[Tertullien] attend avec impatience la Parousie» (p. 411, n. 92), n'aurait-il pas un peu oublié
que le chrétien est peregrinus huius mundi, ciuis ciuitatis supernae Hierusalem (Cor 13,4) et
que lorsqu'il prie ueniat regnum tuum, c'est pour hâter la réalisation de son espérance, la
consummatio saeculi (Or 5, 1) ? On regrettera qu'A. A. n'ait pas discuté avec l'ampleur qu'ils
méritaient les textes qui ne cadrent apparemment pas avec sa vision d'un Tertullien
'romanophile', bref qu'il ait insisté sur l'héritage de Romains 13 en sous-estimant celui
d'Apocalypse 17. On reste cependant impressionné par le tableau du citoyen chrétien, «aimant
sans mensonge sa patrie», qu'a su dresser ce livre consacré par un Africain à son lointain
compatriote de Carthage. Et si l'on connaît les difficultés de tous ordres qu'il a dû surmonter
pour mener à bien sa recherche, on comprendra que cette thèse était pour lui bien plus qu'un
simple travail universitaire, et on lui pardonnera un certain nombre de fautes vénielles qu'on n'a
pas signalées ici, mais qu'il faudrait faire disparaître si une diffusion plus traditionnelle était
envisagée. P. P.
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 453
23. BRAUN (René), Christianisme et pouvoir impérial d'après Tertullien — Aspects de
l'œuvre de Tertullien, Toulouse : A.R.T.E.L.A. [Association de la Région Toulousaine pour
l'Enseignement des Langues Anciennes], 1990, p. 1-13.
Dans cette conférence, heureusement reprise dans ses Approches de Tertullien (cf. infra, n°
46), R. B. fait avec sa maîtrise habituelle le point sur une quaestio uexata. À juste titre, il part
de la tension, déjà présente dans le Nouveau Testament, entre deux tendances : la soumission
aux autorités établies et le rejet de ce monde, symbolisé par Babylone. Comme J.-Cl.
Fredouille, dont il avait ici même approuvé les positions (cf. Chron. Tert. 1984, n° 18), R. B.
pense que Tertullien est fondamentalement favorable à l'Empire romain et partisan de ce qu'il
appelle la religio atque pietas Christiana in imperatorem (Apol 33, 1), même s'il n'est
évidemment pas question pour lui de vénérer l'empereur comme un dieu ou de pactiser avec
une religion impériale entachée d'idolâtrie. Peut-être aurait-il convenu de souligner la réalité
menaçante, aux yeux de Tertullien, du contre-pouvoir démoniaque, que le Christ a vaincu par
sa mort, mais que Dieu tolère jusqu'au Jugement afin de mieux tester la foi du chrétien. Celui-ci
ne peut sans trahir son engagement baptismal franchir la ligne de démarcation entre le bien et le
mal que Tertullien s'ingénie à tracer à travers la société romaine, au risque de réduire
considérablement la portée de son 'loyalisme d'intention' (P. Monceaux). P. P.

24. PouiLLY (Christine), Tertullien et les persécuteurs — Connaissance des Pères de


l'Église, 47, septembre 1992, p. 17-19.
Présentation nuancée et juste, en général, du jugement de Tertullien à l'égard des
persécuteurs. Mais l'auteur ne tient pas compte de l'évolution de sa doctrine concernant la
conduite que les chrétiens devaient avoir en période de persécution ; et l'on ne peut guère dire,
en rigueur de terme, qu'il existait une 'loi' autorisant les persécutions à son époque. J.-C. F.

25. LE BOHEC (Yann), Tertullien, De corona, / : Carthage ou Lámbese ? — Revue des


Etudes Augustiniennes, 38, 1992, p. 6-18.
Dans cette recherche qu'il avait déjà esquissée ailleurs (voir notamment son livre La
Troisième Légion Auguste, Paris, 1989, p. 571-572), Y. L. cherche à préciser la date et le lieu
de l'incident qui a conduit Tertullien à écrire le De corona. Sur le premier point, il revient à la
date traditionnelle de 211, comme du reste T. D. Barnes lui-même semble s'y résoudre dans
l'édition révisée de son Tertullian, Oxford, 1985, p. 320 (tout en sapant les bases du
raisonnement chronologique habituellement suivi : il fait remarquer qu'à la fin de son règne
Septime-Sévère a pu très bien, comme en 195-198, accorder des donatiua aux soldats en
dehors des liberalitâtes attestées en 205, 208 et 211, qui s'adressent en premier lieu à la
population de Rome). Quant au lieu, les actes de procédure mentionnés en Cor 1, 2, (miles)
tribuno defertur ... reus adpraefectos, ne peuvent, selon l'A., que renvoyer à Rome, et plus
précisément au camp des prétoriens. En effet, on trouve bien des tribuns à Carthage comme à
Lámbese, les deux sites auxquels on pense d'habitude, mais, comme le soldat chrétien est
condamné à mort (Cor 1, 3 donatiuum Christi in carcere expectat), il n'a pu l'être que par une
autorité disposant du ius gladii : à Carthage, ce serait le proconsul d'Afrique, et à Lámbese le
légat commandant la IIIe Légion Auguste. Les praefecti ne peuvent être que les préfets du
prétoire, comme on l'avait déjà soutenu depuis A. von Domaszewski, Die Religion des
römischen Heeres, Trier, 1895, p. 95 (pour qui l'incident est inventé). Alors que ses
prédécesseurs se refusaient à cette conclusion en arguant de l'atmosphère «africaine» de
l'œuvre - voir encore F. Ruggiero [supra, n° 1], p. 61, n. 4 : «tutte le tracce ravvisabili
nell'opera portano all'Africa» -, Y. L. inverse le raisonnement : «on ne pourra plus admettre
sans autre forme de procès que tout ce qui intéresse la vie quotidienne [dans les écrits des Pères
africains] concerne nécessairement l'Afrique» (p. 18).— Il est dommage que l'A. n'ait pas
454 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
connu l'article très documenté de R. Freudenberger, Der Anlass zu Tertullians Schrift De
corona militis, dans Historia, 19, 1970, p. 579-592, qui traite du même sujet et propose une
solution différente (c'est le dossier qui est transmis à Rome ; l'accusé, un speculator chassé
ignominieusement de l'armée, attend la sentence dans le career castrensis de Carthage). P. P.

26. KOTULA (Tadeusz), Saint Cyprien et les barbares africains (epist. 62) — Cristianismo y
aceulturación en tiempos del Imperio Romano = Antigüedad y Cristianismo. Monografías
históricas sobre la antigüedad tardía (Murcia), 7,1990, p. 137-142.
La Lettre 62 de Cyprien pose à l'historien diverses questions auxquelles il ne peut encore
répondre que par des hypothèses : date du raid barbare ; origine des assaillants ; nombre de
captifs. Se fondant sur le «tarif de Zarai», selon lequel un esclave valait 2 000 sesterces, T. K.
avance le nombre de 50 prisonniers et en conclut un peu hâtivement que seuls les notables
avaient dû être rachetés avec la somme de 100 000 sesterces collectée par Cyprien. Pour une
mise au point plus précise et détaillée sur ces questions, on se reportera au commentaire de G.
W. Clarke, dont T. K. n'a pas eu connaissance (The Letters of St Cyprian, t. 3, 1986, p. 277-
286). S. D.

27. TEJA (Ramón), La carta 67 de S. Cipriano a las comunidades cristianas de León-Astorga


y Mérida. Algunos problemas y soluciones— Cristianismo y aceulturación en tiempos del
Imperio Romano (cf. n° 26), p. 115-124.
La lettre de Cyprien aux communautés de León-Astorga et de Mérida est un document de
tout premier ordre sur les débuts du christianisme en Espagne, mais malgré les efforts des
historiens, plusieurs points restent obscurs. L'auteur se propose d'en élucider deux.
Il apporte deux nouveaux arguments en faveur de la thèse selon laquelle Martial était
l'évêque apostat de León-Astorga et Basilide celui de Mérida, et non l'inverse. L'un est de
caractère stylistique : l'ordre dans lequel Cyprien présente respectivement les communautés et
leurs évêques (León-Astorga / Mérida ; Basilide / Martial) ne signifie pas nécessairement qu'il
faille rapprocher Basilide d'Astorga et Martial de Mérida ; il signalerait plutôt l'ancienneté de
León-Astorga par rapport à Mérida et de Basilide par rapport à Martial. À l'appui de cette
interprétation, R. T. ne donne malheureusement aucun exemple. L'argument nous paraît
néanmoins acceptable, mais pour une autre raison : la reprise en chiasme est un procédé
fréquent chez les écrivains latins, et Cyprien y recourt ailleurs. R. T. se fonde d'autre part sur
les travaux récents d'A. Tranoy (1981) : cet historien affirme, contre l'opinion d'A. Alföldy,
que la région des Asturies et de la Galice, séparée sous Caracalla de la Tarraconnaise et bien
attestée comme province sous Dioclétien, n'a cessé durant tout le IIIe siècle d'être autonome et
administrée par un procurateur ducénaire. Le procurateur ducénaire devant lequel l'évêque
Martial a abjuré (Epist. 67, 6, 2) pourrait donc bien être ce magistrat dont le siège était
vraisemblablement Astorga. Si l'inexactitude de cette thèse était démontrée, il faudrait revenir à
l'opinion prudente de G. W. Clarke (The Letters of St Cyprian, vol. 4, 1988, p. 146, et
Ρrosopographical Notes—Latomus, 30, 1971, p. 1142 sq.) : le procurateur ducénaire pourrait
être un délégué soit du gouverneur de la Tarraconnaise, à laquelle appartient Astorga, soit du
gouverneur de la Lusitanie, à laquelle appartient Mérida ; Martial pourrait avoir été évêque
d'Astorga aussi bien que de Mérida.
Dans le diocèse associé León-Astorga (adresse a1 Epist. 67 : «Felici presbytero et plebibus
consistentibus ad Legionem et Asturicae»), sans exemple par ailleurs dans l'Occident du IIIe
siècle, R. T. propose de voir une communauté ayant son siège episcopal dans la ciuitas
d'Astorga (emploi constant du locatif dans ce cas) et qui aurait intégré un groupe de chrétiens
vivant dans les campements militaires de León (la construction avec ad n'est jamais employée
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 455
par Cyprien pour un siège episcopal). Aux yeux de R. T., Tordre de l'énoncé «ad Legionem et
Asturicae» prouve l'antériorité de l'implantation du christianisme à León. S. D.

ACTES DES MARTYRS

28. ARONEN (Jaakko), «Pythia Carthaginis» o immagini cristiane nella visione di Perpe-
tua ?— L'Africa romana. Atti del VI convegno di studio. Sassari, 16-18 dicembre 1988,
Sassari, 1989, t. 2, p. 643-648.
Louis Robert avait montré naguère, avec une grande érudition (cf. Chron. Tert. 1982, n°
32), que la dernière vision de Perpétue, celle du combat avec l'Égyptien, s'inspirait d'un
concours athlétique, le pancrace, présenté aux Carthaginois lors de récents jeux Pythiques. J.
Α., après avoir rappelé que les visions appartiennent au genre apocalyptique, s'inscrit en faux
contre cette interprétation «purement historique». En Mart 3, 3-4 (de 197-198), Tertullien
exploite une imagerie agonistique semblable à celle de Perpétue et depuis longtemps entrée dans
la tradition chrétienne. Le personnage du diable-égyptien s'explique à partir de la Bible et non
de réalités contemporaines. Quant au Christ-laniste, il joue le rôle d'arbitre et ne peut être
identifié, comme le voulait Robert, avec le président des jeux ; sa présence révèle que la
visionnaire, une toute jeune femme, mélange des éléments empruntés à plusieurs disciplines
sportives. L'A. a sûrement raison de souligner, après Dölger, la signification allégorique et le
substrat biblique du combat contre l'Égyptien, mais en quoi cela est-il incompatible avec la
thèse de Robert, qui révèle à partir de quels matériaux fonctionnait l'imaginaire de Perpétue ?
Notons que la difficulté chronologique soulevée à la p. 646 n'existe pas chez Robert, pour qui
l'institution de jeux Pythiques à Carthage n'est liée en rien à la venue sur place de l'empereur
durant l'été 203. F. D.

29. HABERMEHL (Peter), Perpetua und der Ägypter oder Bilder des Bösen im frühen
afrikanischen Christentum. Ein Versuch zur Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis, Berlin :
Akademie-Verlag, 1992, [IX]-280 p. (Texte und Untersuchungen zur Geschichte der
altchristlichen Literatur, 140).
Ce livre, qui reprend une dissertation de l'Université libre de Berlin, est centré sur les
aspects littéraires de la Passion. À moins de cultiver le paradoxe, il était difficile d'être novateur
sur un tel sujet. À l'égard des problèmes de fond, P. H. se conforme en général à l'opinion
commune : le texte latin est l'original ; le rédacteur n'est pas Tertullien, et son caractère
hétérodoxe est peu marqué ; le journal de Perpétue est authentique, et c'est lui qui explique
pour l'essentiel la fascination que la Passion exerce sur les modernes. Cependant, par une
approche systématique et une exploitation ingénieuse de la littérature secondaire, l'A. réussit à
renouveler en partie le commentaire de l'ouvrage.
Pour faciliter la tâche de son lecteur, il reproduit d'abord le texte latin (d'après Van Beek,
rectifié ici et là grâce aux éditions de Franchi de' Cavalieri et Bastiaensen), en l'accompagnant
d'une traduction allemande. Un premier chapitre, fort concis, esquisse le cadre géographique et
historique. Les douze suivants abordent, sous un angle littéraire, les différents épisodes de la
Passion. Six excursus disséminés dans l'ouvrage permettent, sans casser le rythme de
l'exposé, d'approfondir certains points (par exemple les valeurs attachées dans l'Antiquité à ce
qui est noir, ou encore le rôle d'un personnage secondaire comme le sous-officier Pudens).
L'A. s'attarde plus longuement, comme son titre le révèle, sur la quatrième vision de Perpétue
(§ 10), qu'avaient déjà analysée, entre autres, F. J. Dölger et L. Robert. Cette vision, qui relate
le combat et la victoire de la martyre contre l'Égyptien, mêle intimement, comme les
456 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
précédentes, les éléments païens et chrétiens. Par sa noirceur, l'Égyptien représente le mal et le
Malin : le rêve de Perpétue, qui est ici rapproché d'un passage des Actes apocryphes de Pierre,
inaugure, en quelque sorte, la carrière du démon couleur de nuit dans la société chrétienne.
Ce sont les visions qui expliquent, au premier chef, la mise du texte par écrit. En les
divulguant, Perpétue et Saturus cherchent à réconforter leurs compagnons de captivité ; le
rédacteur, quant à lui, travaille dans une perspective liturgique et entend s'adresser à la
communauté entière des chrétiens de Carthage. La Passion illustre la signification profonde du
martyre et démontre que même les plus jeunes et les plus faibles d'entre les fidèles ont la force
de mourir pour leur foi.
La bibliographie est à peu près exhaustive, mais il est dommage qu'elle n'ait pas été répanie
en sections thématiques. Dans l'excursus 4 («Der Schwarze»), on se serait attendu à voir cités
les deux premiers tomes de l'ouvrage publié sous la direction de L. Bugner : L'image du Noir
dans l'art occidental, Fribourg, 1976 et 1979 (et spécialement la contribution de J.-M. Courtes,
Traitement patristique de la thématique «éthiopienne», t. 2/1, p. 9-31). Il est au moins douteux
que les trois sermons «In natali martyrum Perpetuae et Felicitatis» aient reçu ce titre d'Augustin
lui-même (p. 237, n. 17). L'absence d'index (notamment pour les noms d'auteurs modernes)
est regrettable ; j'ai en vain cherché à quoi renvoyait l'abréviation Wiesen (1970) de la p. 148.
F.D.

30. CULDAUT (Francine), Les visions de l'Au-delà dans la Passion de Perpétue et Félicité —
Connaissance des Pères de l'Église, 47, septembre 1992, p. 11-16.
Traduction française, entrecoupée de commentaires, des visions de l'au-delà relatées par
Perpétue (§ 4 et 7-8) et Saturus (§ 11-12). L'exposé, qui vise un public assez large, est clair et
bien documenté. L'A. cherche à montrer que ces visions «supposent une appréhension
dynamique du réel» (manifestée par les trois sous-titres de l'article : «ascension, intercession,
réalisation»), et que les martyrs les entendent comme des «réponses de Dieu à leur prière»,
dévoilant le sens de leurs épreuves. Les récits de Perpétue sont ici interprétés selon une clef
sacramentelle (le lait caillé qu'offre le bon pasteur renvoyant implicitement à l'eucharistie, et la
piscine de Dinocrate au baptême). On notera que la traduction du § 3, 8 est inexacte : les captifs
n'ont pas été autorisés à «sortir quelques heures de la prison» (p. 13 et n. 62), mais seulement
à quitter momentanément leur cachot pour un endroit moins insalubre. F. D.

DOCTRINE

31. HlLL (Charles E.), «Regnum caelorum». Patterns of Future Hope in Early Christianity,
Oxford : Clarendon Press, 1992, XVII-236 p. (Oxford Early Christianity Studies).
C. E. H. passe en revue, auteur par auteur - et en tenant compte du Nouveau Testament et
de quelques sources juives -, les croyances eschatologiques chrétiennes des trois premiers
siècles. Son information est vaste et abondante, mais date souvent un peu. Chez les chrétiens
non hétérodoxes, il observe dès le début deux grandes catégories de pensée, deux manières
divergentes d'interpréter le texte bien connu a'Apoc. 20 : se rattachant plus ou moins
étroitement au courant millénariste, les uns ont foi en un «regnum caelorum terrestre»,
temporaire, précédant le Jugement dernier ; pour les autres, les âmes des justes montent au ciel
immédiatement après la mort. En fait, tous croient en l'existence d'un état intermédiaire pour les
âmes des défunts, souterrain ou terrestre selon les uns, céleste selon les autres, mais sans
lequel il ne pourrait y avoir résurrection des corps.
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 457
La doctrine de Tertullien est analysée à partir d'An 55 et du commentaire qu'en a donné
Waszink (p. 24-28). C. H. attribue à l'influence d'Irénée, plus qu'à celle du montanisme,
l'adoption par Tertullien d'une eschatologie millénariste : à l'exception des martyrs qui sont
d'emblée admis au ciel, les âmes des justes attendent sous terre le retour du Christ. Pour
Commodien, qu'il situe au milieu du IIIe siècle, C. H. se rallie à l'opinion des érudits qui font
de lui un millénariste. Il ne trouve dans l'œuvre de Novatien qu'un bref passage sur la
question, reflétant apparemment la pensée de Tertullien (Trin. 1, 1). Il s'attarde un peu plus
longuement sur Cyprien, et avec pertinence (p. 143-153 et 196-201). Les traces de
millénarisme qu'on a pu observer dans son œuvre (cf. Chron. Tert. 1991, n° 51) relèvent de
l'usage linguistique de l'époque, et l'annonce de l'imminence du Royaume traduit seulement
l'intensité de son espérance eschatologique. En fait, nombreux sont les passages de son œuvre
qui disent sans ambiguïté que, pour lui, la mort ouvre directement le Royaume céleste non
seulement aux martyrs, mais à tous les justes. La croyance en un 'état intermédiaire' céleste
semble implicite : Cyprien laisse entendre que parvenus au Ciel, les saints y demeurent dans
l'attente du Jugement, priant pour le salut des vivants ; les martyrs notamment ne seront pas
vengés avant ce Jour. La fin de Y Ad Fortunatum montre bien comment Cyprien interprète le
verset Apoc. 20, 4, cité au ch. 13 : le règne avec le Christ, promis aux martyrs, leur est donné,
dès leur mort, dans le Ciel (ch. 14). Nous ajouterions volontiers à cette démonstration une
preuve supplémentaire : la citation du verset n'est pas intégrale et ne comporte pas la mention
des «mille ans». C. H. fait découler de cette visée eschatologique la théologie du martyre
commune à Cyprien, à ses opposants carthaginois et à ses correspondants romains : appelés à
régner avec le Christ dès leur mort, les martyrs peuvent délier les péchés et notamment
absoudre les apostats. Cyprien dénonce seulement l'abus de ce privilège par certains
confesseurs et l'exploitation de l'affaire par ses adversaires. S. D.

3 2 . SABBATOS (Chrusostomos), H triadologike orologia îou Ippolutou Pomes kai to


theologiko periechomeno autes [La terminologie trinitaire d'Hippolyte de Rome et son contenu
théologique]— Theologia, 61, 1990, p. 698-712.

L'histoire des divergences entre les terminologies trinitaires d'Orient et d'Occident a été
souvent faite : en Orient on a préféré le couple ousie/hypostase, en Occident le couple
substanîialpersona. On sait aussi toutes les ambiguïtés liées à ces termes du fait des hérésies
modalistes, comme le sabellianisme. Après un rappel du rôle joué par Tertullien dans cette
formulation, l'A. entend souligner l'importance qu'a eue Hippolyte, Romain d'expression
grecque, dans le rapprochement des deux terminologies. De nombreux passages de YElenchos
comme du Contra Noetwn sont cités pour montrer l'utilisation faite aeprosôpon pour désigner
les personnes divines. En revanche, Hippolyte évite hypostase dans cet emploi, afin de n'être
pas taxé de trithéisme. Selon l'A. (p. 703), la phrase de Tertullien, una substantia, tres
personae, constitue la base de la réflexion du Romain. Cette affirmation suppose résolu dans un
certain sens le délicat problème du rapport chronologique entre ces deux théologiens. La
solution inverse a été défendue naguère par M. Simonetti (cf. Chron. Tert. 1978, n° 16). On
devra rectifier souvent le latin cité, ainsi que les références. La périphrase substantiua res est
plusieurs fois corrompue en substantia res.— Mes remerciements vont à Renée Richer,
Professeur de grec moderne à l'Université de Nice, dont l'aide obligeante m'a facilité
l'approche linguistique de cet article. R. B.
458 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA

3 3 . SINISCALCO (Paolo), Argomentazioni escatologiche e pubblico in alcune opere di


Tertulliano —De Tertullien aux Mozarabes. Mélanges offerts à Jacques Fontaine (cf. n° 9), t.
I, p. 393-402.
Contre une communis opinio encore admise (antirationalisme de Tertullien), P. S. montre
que, tout au long de son activité doctrinale, l'Africain n'a pas opposé, mais au contraire associé
nature et révélation dans le dessein de Dieu sur le monde (cf. Res 12, 7-8). La démonstration
s'appuie sur l'analyse des argument eschatologiques (résurrection, jugement, rétributions
finales) mis en œuvre dans différents traités destinés soit aux Juifs (lud), soit aux fidèles
(Mart), soit aux païens (Ap, Test), soit aux hérétiques (Res). Selon les publics concernés, ces
arguments relèvent de quatre sphères : Écriture sainte et regula fidei, exempla proposés par la
nature, témoignage de l'âme, rationalité (avec des procédés souvent inspirés de l'arsenal
rhétorique). Cette étude diachronique, menée avec précision, fait bien voir aussi comment toute
la réflexion de Tertullien sur le thème considéré trouve son point d'aboutissement en Res. R. B.

34. TlBlLETTI (Carlo), Note in margine a idolatria eresia e filosofìa in Tertulliano —


Augustinianum, 32, 1992, p. 77-89.
Ayant conçu le christianisme comme un diuinum negotium (Ap 46, 2), et ignorant toute
vision laïque et terrestre de la vie, Tertullien établit des liens étroits entre persécution, idolâtrie,
hérésie et philosophie. Plusieurs passages d'Id, de Scorp, d'An permettent à C. T. de le
montrer. Mais il s'attache plus particulièrement à en trouver la preuve dans les chap. 46-49
d'A/? où sont comparés chrétiens et païens : écrivant un ouvrage destiné aux praesides de la
province, Tertullien présente déjà, dans ce développement, comme un sommaire de ses futurs
traités antignostiques ; et, parlant des philosophes, il pense en fait aux hérétiques.— Ces
chapitres, dit C. T. (p. 129), donnent l'impression d'un appendice, d'un ajout. On observera
cependant que le thème de σ-υνκρισις entre christianisme et paganisme, qui y est mis en
œuvre, appartenait à la tradition apologétique, comme l'a bien vu J. Lortz (cf. nos Approches
de Tertullien, p. 129). R. B.

35. LEISCHING (Peter), Veritas und ratio als Geltungsgrund des Rechts. Die consuetudo-
Lehre des Apologeten Τertullían — Studia in honorem Alphonsi M. Stickler, Roma : Libreria
Ateneo Salesiano, 1992, p. 241-268 (Studia et textus historiae iuris canonici, 7).
Reprises par Cyprien et par certains évêques au Concile de Carthage en 256, transmises
aussi par des emprunts d'Isidore de Seville, les idées de Tertullien sur la valeur de la coutume
sont entrées dans le Décret de Gratien et par là dans la tradition canonique. Le propos de P. L.
est de démonter le raisonnement de Tertullien et d'en identifier si possible les sources. Le
système de pensée du Carthaginois se laisse ainsi reconstituer, à partir des textes-clés de Virg
(ch. 1, 3 et 16) et Cor (ch. 2-4) : «L'ultime justification de la loi et de la coutume est la ratio.
Une coutume qui ne repose pas sur l'autorité de la ueritas ou de la ratio n'a pas de valeur
contraignante, elle est même hérétique. L'origine du droit coutumier remonte donc à l'activité
de Dieu comme législateur, dans la tradition apostolique fondée par le Christ. L'autorité de cette
tradition tient à la capacité que le Paraclet donne aux Apôtres d'interpréter la loi divine
conformément à la vérité. La lex fidei et la lex ueritatis (rationis) sont identiques. Il est donc
exclu qu'une pratique juridique introduite par le Paraclet puisse jamais aller contre la ratio.
L'action du Paraclet peut aussi faire naître dans l'Église une nouvelle législation qu'on ne peut
faire remonter ni aux Apôtres ni à une autre source. La ratio qui tient à la rationalité du
législateur divin est le fondement de la lex et de la traditio» (p. 253 ; P. L. parle du caractère
«divino-rationnel» de la tradition, en écho à F. De Pauw, La justification des traditions non
écrites chez Tertullien, dans Ephemerides Theologicae Lovanienses, 19, 1942, p. 43).—
D'après Cicerón, influencé par la pensée stoïcienne, chaque homme possède par nature la recta
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 459
ratio, qui lui permet de reconnaître la vérité, et qui est la source du droit, écrit ou non écrit : une
consuetudo, reposant sur la ratio et consacrée par Y usus, gagne la légitimité du mos maiorum.
Tertullien a dû trouver là un modèle de cette ratio non scripta qui joue chez lui un si grand
rôle.— L'A., sans doute juriste de formation, aurait rendu son article encore plus intéressant
s'il avait mieux exploité la bibliographie consacrée en propre à Tertulllien ; cf. R. Braun, Deus
Christianorum, 2 e éd., Paris, 1977, p. 426-429 et 712-713 ; Chron. Tert. 1977, n° 25 ; 7979,
n° 35, etc. P. P.

36. RAMBAUX (Claude), Tertullien et la valeur de la continence — Aspects de l'œuvre de


Tertullien (cf. n° 23), p. 26-38.
Conférence prononcée en juillet 1989, à Carcassonne, pendant l'une des Rencontres
Nationales de Patristique organisées par l'Université de Toulouse-Le Mirail à l'intention d'un
public divers, mais unanimement désireux de faire la connaissance des Pères de l'Église. C. R.
reprend avec insistance, pour la vulgariser, une thèse qui lui est chère (voir Chron. Tert. 1979,
n° 29 et 1991, n° 67) : Tertullien accorde à la continence une préférence quasi exclusive, ce qui
est contraire aux Écritures et n'a de précédent ni dans le christianisme ni dans le judaïsme de
l'époque, ni même dans la philosophie païenne ; il s'agit d'un choix personnel, qui a pesé lourd
sur la morale catholique romaine. S.D.

37. HAMMAN (Adalbert-G.), Ascèse et virginité à Carthage au IIIe siècle — Memoriam


sanctorum venerantes. Miscellanea in onore di Monsignor Victor Saxer, Città del Vaticano :
Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, 1992, p. 503-514 (Studi di Antichità Cristiana, 48).
Tertullien et Cyprien témoignent de la haute estime en laquelle sont tenues ascèse et
virginité, au IIIe siècle, dans la communauté chrétienne carthaginoise, mais ne permettent pas
de conclure à l'existence d'un 'ordre' des vierges - à la différence des veuves - ; la question du
'voile des vierges' reste énigmatique ; avec Cyprien, on peut voir l'autorité ecclésiastique
intervenir dans la vie des ascètes. Telles sont les observations qu'A. G. H. tire d'une lecture
rapide des deux auteurs, non exempte de préjugés et d'inexactitudes.— À propos du De habitu
uirginum, on ne peut dire que Cyprien imite Tertullien «jusqu'au mimétisme et à la servilité»
(p. 510).— Outre qu'elle prête à sourire, l'affirmation suivante est fausse : «curieusement en
commentant le texte-clef de Matthieu 19, 12, Tertullien parle constamment au masculin» (p.
505 ; il s'agit du verset distinguant les eunuques de naissance, les eunuques par contrainte et les
eunuques par choix). Développant ce texte, Tertullien s'adresse en fait à tous les chrétiens dans
Mon 3,1 (le masculin est alors de mise, selon sa fonction première de genre épicène), ou même
aux seules femmes dans Pat 13, 5 et Virg 10, 1.— Il est injuste de parler «d'une certaine
pénurie» lexicale, pour l'ascèse, chez Tertullien et Cyprien, sous prétexte qu'on ne trouve pas
chez eux - ou très peu et généralement dans les citations scripturaires - des mots grecs comme
asceta, eunuchus, monachus, anachoreta. En effet, certains de ces mots ont été empruntés plus
tard, avec les réalités qu'ils exprimaient. Aux autres ont été sciemment préférés des mots latins.
A. G. H. mentionne lui-même uirgo, continentia et integritas ; il aurait pu ajouter
castuslcastitas, pudicuslpudicitia, et bien d'autres.— Rappelons enfin que si actuellement
encore nous sommes démunis quand nous entreprenons une recherche sur le vocabulaire des
lettres de Cyprien, nous disposons en revanche, pour les traités, d'une excellente Concordance
(voir Chron. Tert. 1986, n° 8). S. D.

38. GRAMAGLIA (Pier Angelo), Cipriano e il primato romano — Rivista di Storia e


Letteratura Religiosa, 28, 1992, p. 185-213.
Du chapitre 4 du De unitale ecclesiae catholicae nous sont parvenues deux versions qui
toutes deux présentent l'édification de l'Église par le Christ sur le seul Pierre comme la
460 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
manifestation visible de son unité : le Primatus Textus (PT)y qui reconnaît explicitement une
cathedra Petri et un primatus Petri, et le Textus Receptus (TR) qui ne fait aucune mention d'un
quelconque primat de Pierre. Ses travaux sur la tradition manuscrite de Cyprien ont conduit M.
Bévenot à se ranger aux côtés de ceux qui, depuis le début du siècle, soutenaient Γ authenticité
du PT, contre ceux qui voyaient en ce texte un faux provenant d'interpolations utiles à la
papauté : selon M. Bévenot, PT serait la rédaction originelle ; TR serait un remaniement, opéré
par Cyprien lui-même, lors de la controverse sur le baptême des hérétiques qui l'opposa si
vivement à l'évêque de Rome Etienne. Ces conclusions sont aujourd'hui généralement
admises, même si quelques-uns, surtout dans les milieux protestants, pensent que la difficulté
demeure et ne peut être résolue (cf. Chron. Tert. 1989, n° 59).
P. A. G. revient à la thèse adverse, ranimant ainsi une querelle vieille de quatre siècles : PT
serait un faux remontant au pape Pelage II (fin du VIe siècle), et ayant subi au cours du Moyen
Age diverses manipulations selon la pratique, alors courante dans la chancellerie pontificale, de
la falsification des documents. Malgré sa véhémence, il ne parvient pas à nous convaincre. Il ne
réfute aucun des arguments, pourtant solides, présentés par Chapman, Van den Eynde et
Bévenot (voir l'introduction de Bévenot à son édition a'Unit., dans CCL 3, 1972). En
revanche, il avance les arguments suivants : 1) le PT n'est pas cité avant Pelage IL- 2) les
manuscrits antérieurs à Pelage II ne livrent que le TR- 3) les expressions spécifiques du PT ne
se trouvent pas dans l'œuvre de Cyprien. Aucun des trois ne résiste à l'examen.
De l'absence de témoins indirects du PT avant Pelage II, on ne peut vraiment conclure à
son inexistence ; on ne peut même pas tirer un parti privilégié de la pratique d'Augustin, car si
ce dernier ne cite pas PT, il ne cite pas davantage TR, se contentant de commenter et
paraphraser Unit. 4. Le second argument suppose que le faux pontifical était connu dans tous
les monastères, voire même que les copistes avaient reçu l'ordre de le substituer au TR, seul
transmis par les manuscrits antérieurs, ou de contaminer les deux versions - hypothèse
hautement invraisemblable. Pour le seul Unit., P. A. G. va jusqu'à considérer comme des
modifications intentionnelles, marquées par «l'idéologie philopapale», soixante leçons du
manuscrit Τ et cent trente leçons du manuscrit M. Enfin, que l'on ne trouve nulle part dans
l'œuvre de Cyprien «unam cathedram constituere», «cathedra una monstratur», «pastores sunt
omnes», mais seulement dans PT, ne prouve rien : de fait, Cyprien utilise le groupe «cathedra
una» et a donc fort bien pu en faire le complément d'objet de verbes aussi banals que
constituere et monstrare ; il emploie fréquemment/j&ytor pour désigner l'évêque et a donc pu
écrire, à propos des évêques, «pastores sunt omnes». Par primatus Petri, Cyprien entend, on le
sait, l'unique autorité donnée à Pierre, d'où dérive le pouvoir de chaque évêque : Pelage II et sa
chancellerie n'avaient pas besoin de forger l'expression, il leur suffisait de lui donner
l'acception juridique qui est devenue la sienne. Il est inexact de dire que l'expression unitas
Petri est interpolée : même si elle ne se rencontre pas ailleurs chez Cyprien, elle se comprend
aisément, dans le contexte à'Unit. 4, comme signifiant «l'unité fondée sur Pierre» ; elle a
simplement été réinterprétée plus tard, dans un contexte historique différent. S. D.

39. MATTEI (Paul), Vanthropologie de Novatien. Affinités, perspectives et limites — Revue


des Études Augustiniennes, 38, 1992, p. 235-259.
Cette étude fouillée, minutieuse, aux notes surabondantes, vise à présenter une synthèse de
la pensée anthropologique de Novatien. Conscient des difficultés (le théologien ne traite pas du
sujet ex professo et ses écrits moraux ont tendance à majorer l'énergie de l'âme), P. M. choisit
pour angle d'attaque la notion d"image de Dieu' et le matériel biblique qui la supporte. Sa
méthode consiste à détecter sources et parentés pour chercher à découvrir l'originalité de
Novatien. Plusieurs grands thèmes sont retenus pour mener l'enquête : l'âme et l'Esprit,
l'homme 'à l'image' et le Christ 'Image', l'état primitif d'Adam, la loi. L'investigation fait
apparaître que cette anthropologie est 'assez timide', donne une impression de banalité, et n'est
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 461
pas exempte même de lacunes et de contradictions. Elle combine les influences d'Irénée et de
Tertullien, quoique la seconde soit nettement prédominante (surtout la dette envers Marc II) ;
mais Novatien est moins attentif que le Carthaginois au 'paradoxe de Υαχών présent'. Les vues
de H. J. Vogt (Coetus sanctorum, Bonn, 1968, ch. Α-C) sont, à l'occasion, rectifiées ou
nuancées : ainsi il ne faudrait pas soupçonner chez le Romain une dépréciation des merita
Christi dans la Rédemption. Au total, cette réflexion anthropologique se caractérise par un
éclatement en deux plans : ce qui revient à la puissance prévenante et englobante de Dieu, ce qui
doit être la réponse de l'homme. Ainsi Novatien est-il amené à penser que «l'homme
aujourd'hui est d'autant plus fort contre le péché que dans le Christ il fait davantage sienne la
grandeur incomparable du don que Dieu accorde - et ne cesse d'accorder - dans ce même
Christ» (p. 255). Un pas de plus permet à P. M. de trouver dans cette considération la clef
véritable pour expliquer le schisme de 251, Novatien ayant dû sentir comme scandaleux tout
fléchissement de l'homme, et en particulier l'apostasie. R. B.

HÉRÉSIES

40. BRAUN (René), Tertullien devant les hérésies gnostiques. Foi et raison — Aspects de
l'œuvre de Tertullien (cf. n° 23), p. 14-25.
Cette conférence, qui reprend et adapte un article publié il y a une vingtaine d'années
(commodément accessible désormais dans R. Braun, Approches de Tertullien, p. 21-41 : cf.
infra, n° 46), est une mise au point claire et approfondie, qu'on voudrait croire définitive, sur
un sujet qui ne cesse pas d'alimenter la bibliographie de notre auteur. R. B. analyse
successivement : comment la dénonciation, par Tertullien, de la philosophie s'explique par le
fait qu'il y voyait la source principale des hérésies ; comment, ensuite, loin de professer
Γ antirationalisme qu'on lui prête, Tertullien a vu dans la philosophie un préliminaire rationnel
au service de la vérité chrétienne ; comment, enfin, la philosophie a fourni, à sa spéculation
théologique, un outillage mental. (Peut-être cette dernière partie aurait-elle mérité d'être plus
longuement développée). J.-C. F.

41. DEAKLE (David Wayne), The Fathers against Marcionism : a Study of the Methods and
Motives in the Developing Patristic Anti-Marcionite Polemic, Diss. Saint Louis University,
1991, X-271 p.
Cette dissertation de facture un peu scolaire, où abondent les redites (par ex. p. 3, p. 189,
p. 213), se propose de montrer le caractère multiforme de la polémique contre le marcionisme
dans l'Église ancienne et de l'expliquer moins par les divergences doctrinales à l'intérieur de
cette hérésie que par les préoccupations propres aux polémistes ou les circonstances
historiques, théologiques, politiques de leurs combats. Elle se développe en trois parties. La
première n'a qu'un rôle introductif, elle reconstitue ce qu'on sait de Marcion et de sa secte ; elle
s'appuie principalement sur les travaux d'Harnack, se montre réservée à l'égard des hypothèses
de R. J. Hoffmann (cf. Chron. Tert. 1987, n° 31), souligne l'importance de la mise au point de
G. May (cf. Chron. Tert. 1990, n° 56). Sur le problème du rapport au gnosticisme, Γ A. s'en
tient à ce que l'on admet généralement : Marcion n'a pas été un gnostique au sens technique du
terme, mais certains de ses disciples immédiats (Apelles) ou lointains (en milieu syrien) ont
accommodé ses croyances à des spéculations gnosticisantes. La seconde partie, la plus longue
(p. 51-187), suit le développement de la polémique antimarcionite des origines jusqu'au concile
de Chalcédoine (451), limite arbitrairement fixée. Elle donne une image des diverses réactions
suscitées dans l'Église par Marcion, depuis les allusions (simplement possibles) des Pères
apostoliques jusqu'à Théodoret de Cyr.
462 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Sont évoqués tous les grands docteurs qui ont combattu le marcionisme : Irénée, Tertullien,
Hippolyte, Clément, Origene, etc. L'A. n'a pas voulu être exhaustif, mais faire choix
d'exemples représentatifs. L'apex de cette «réponse» de l'Église se situe autour de 200, le
signal de son déclin est donné par la légalisation du christianisme sous Constantin et la
proscription du marcionisme. Au IVe siècle, cette polémique (chez Épiphane et Augustin) n'a
plus qu'un intérêt historique. C'est seulement en Orient, notamment en Syrie et Mésopotamie
(Éphrem, Eznik), qu'elle a encore aspect d'actualité. La troisième partie vise à dégager une vue
systématique de la pluralité des méthodes et techniques mises en œuvre et à l'expliquer par la
variété des motifs (politiques, philosophiques, théologiques) qui ont conditionné les
interventions des Pères.
On s'étonnera de voir placer sur le même plan, au titre des 'méthodes', l'identification de
Marcion au diable, la successio haereticorwn, iespraescriptiones, l'usage de la logique, celui
de l'Écriture, le recours aux traités, etc. Il aurait fallu distinguer plus soigneusement ce qui
appartient à la catégorie des arguments ou des thèmes ou des topoi, ce qui relève des formes de
présentation et d'exposition, ce qui ressortit aux sujets et matières discutés (théologie, exégèse,
morale). Quant aux motivations, il est évident qu'a été prédominante la volonté de corriger
l'hétérodoxie marcionite, dans sa théologie et les Écritures qu'elle mettait à son service. Ce
large survol d'un matériel déjà rassemblé par Harnack n'aboutit pas à des conclusions neuves,
faute d'approfondissement de chaque polémique en particulier. On regrettera que celle de
Tertullien, dont l'importance certes est plusieurs fois soulignée, n'ait pas été l'objet d'une étude
plus attentive. L'A. n'a pris en considération ni Carn ni Res ; son analyse de Marc paraît être de
seconde main (d'après Robert Sider, cf. p. 79). Ce qui en est dit p. 211 («very popular work,
having been plagiarized by a literary 'thief and having gone through three recensions») repose
sur une interprétation erronée du récit de Marc I, 1, 1 et contredit l'histoire posthume de cet
ouvrage qui, ignoré d'Eusèbe, n'a pratiquement pas été cité non plus en Occident.- Quelques
remarques au fil de la lecture : p. 44, à propos du marcionite lépreux qui serait le premier
marcionite mentionné, il faut évidemment admettre l'interprétation qu'Harnack a donnée de
Marc IV, 9 (et non 19), 3 sur ce 'frère' inconnu dédicataire des Antithèses- P. 89-90, la
critique faite à Marc V, 21 d'être une conclusion trop abrupte en discordance avec le prologue
de I, 1, ne paraît pas justifiée : Tertullien ne se contente pas de «presser son lecteur d'examiner
avec attention l'œuvre entière» ; en une phrase étudiée, il se justifie de s'être répété
(redundantia) et d'avoir paru manquer de confiance en lui-même (diffidentia, cf. I, 1, 7).- P.
104 sq. : à propos de Clément, il aurait fallu utiliser l'étude d'A. Le Boulluec, La notion
d'hérésie dans la littérature grecque. IIe-IIIe siècles, Paris, 1985, t. 2, p. 290 sq. - P. 149 : la
caractérisation de Marcion comme 'aspic' par Épiphane n'a rien d'original ; cf. Marc III, 8, 1
(aspis a uipera); et, dans le même sens, on corrigera p. 217 l'affirmation que, de Tertullien à
Épiphane, le thème de la bestialité diabolique prêtée à Marcion marque un progrès. L'Africain
n'a pas traité l'hérésiarque de 'castor' et de 'guêpe' seulement : il a parlé de lui comme d'un
Antéchrist (Marc I, 22, 1).- P. 164 : on peut regretter que le Contra aduersarium legis et
prophetarwn, qui vise un hérétique sinon marcionite, du moins proche du marcionisme, n'ait
été l'objet que d'une courte note. L'étude plus attentive de cette polémique particulière
d'Augustin aurait peut-être conduit à nuancer certaines conclusions. R. B.

42. MARKSCHIES (Christoph), Valentinus Gnosticus ? Untersuchungen zur valentinianischen


Gnosis, mit einem Kommentar zu den Fragmenten Valentins, Tübingen : J. C. B. Mohr (Paul
Siebeck), 1992, XII-516 p. (Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament, 65).
Au terme d'un commentaire rigoureux des fragments de Valentin et d'une analyse
méthodique des sources hérésiologiques et de plusieurs traités de Nag Hammadi, C. M. hésite
à répondre affirmativement à la question qu'il a choisie pour titre de son ouvrage. En tout cas,
CHRONICA TERTVLLIANEA ER CYPRIANEA 463
Γ auteur fait œuvre de novateur dans les études sur le gnosticisme en accordant une place
importante au témoignage de Tertullien, en paniculier dans Praes et Val. J.-C. F.

SURVIE

43. DoiGNON (Jean), Hilaire de Poitiers commentateur de Prov. 8,26-30 — Letture cristiane
dei Libri Sapienzali. XX Incontro di studiosi della antichità cristiana, 9-11 maggio 1991,
Roma : Institutum Patristicum «Augustinianum», 1992, p. 201-207 (Studia ephemeridis
«Augustinianum», 37).

De ces versets (en fait Prou. 8, 22-30), mis à profit par les thèses ariennes qui y ont vu la
preuve d'une disparité entre le Père éternel et le Fils créé, Hilaire donne une exégèse orthodoxe
dans les ch. 36-43 du livre XII de son De trinitate. À la suite de Tertullien, Herrn 18, 2-3, il
distingue lafundatio ante saecula et la creatio in initium uiarum suarum. Marquant l'antériorité
du Fils par rapport à «l'infini du temps», il utilise une idée stoïcienne qui exprime l'éternité. Il
reprend encore à Tertullien, Prax 6,1-2, le schéma d'une distinction entre une préparation dans
l'ordre de la pensée, qui est propre au Père, et un travail de compositio, de réalisation par
l'action, qui est rapporté au Fils comme un ministerium. R. B.

44. ADKIN (Neil), Jerome as centoist : Epist. 22, 39, 7 — Rivista di Storia e Letteratura
Religiosa, 28, 1992, p. 461-471.

À la liste toujours ouverte des emprunts de Jérôme à Cyprien, l'auteur ajoute un nouvel
exemple. Affirmant avec véhémence que dans le camp des hérétiques la virginité est diabolique,
Jérôme écrit : «sub ouium pellibus lupos tegunt. Christum mentitur antichristus et turpitudinem
uitae falso nominis honore conuestiunt» (Epist. 22, 38, 7 ; Cypr. Unit. 3, également à propos
des hérétiques : «adserentes [...] antichristum sub uocabulo Christi, ut dum uerisimilia
mentiuntur, ueritatem subtilitate frustrentur»). N. A. fonde son hypothèse d'un emprunt sur
l'opposition Christus I Antichristus dont il n'a pas trouvé d'exemple en dehors de Cyprien et
Jérôme. Pourtant le nom Christus et l'antonyme formé sur ce nom s'opposent déjà fortement,
comme on pouvait s'y attendre, dans un verset néo-testamentaire qui dénonce le mensonge de
YAntéchrist prétendant que Jésus n'est pas le Christ (I Jn 2,22), et chez Tertullien (Marc III, 8,
1 ; Ieiun 8, 5 ; etc.).

Le propos de N. A. est avant tout de montrer, à partir du passage cité, que Jérôme ne
privilégie aucune source, pas même Cyprien, et compose à la manière des auteurs de centons,
prenant son bien où il le trouve : mais faut-il vraiment renvoyer à Lactance pour expliquer «sub
pellibus ouium lupos tegunt» (Cyprien adaptait déjà librement Matth. 7, 15, quoiqu'en des
termes différents) et à ΓAmbrosiaster (turpiter uiuere) pour expliquer turpitudinem uitae ? En
fait, il n'était pas besoin de recourir à cet exemple discutable pour montrer que Jérôme fusionne
des emprunts à des auteurs divers et les transforme en un texte qui est sien : c'est un fait assuré.
Mais on ne peut qualifier de centón une élaboration qui est création littéraire. Par ailleurs, ce
procédé n'empêche nullement Jérôme, quoi qu'en dise Ν. Α., d'utiliser Cyprien comme
caution et de saluer un prédécesseur qu'il révérait à l'égal des auteurs sacrés, comme nous
avons naguère essayé de le montrer (Jérôme entre V Occident et VOrient, éd. par Y.-M. Duval,
Paris, 1988, p. 61-82). S. D.
464 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA

45. TAISNE (Anne-Marie), Saint Cyprien et saint Jérôme, chantres du Paradis—Bulletin de


l'Association Guillaume Budé, mars 1992,1, p. 47-51.
Présentation de deux textes chrétiens évoquant le Paradis (Cyprien, Lettre 37, 2, 1-2 et
Jérôme, Lettre 14, 10). L'auteur signale la double ascendance, païenne et biblique, des thèmes
traités (lumière, fleurs, eau vive). S. D.

RÉIMPRESSIONS

46. BRAUN (René), Approches de Tertullien. Vingt-six études sur l'auteur et l'œuvre (1955-
1990), Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1992, VI-345 p. (Études Augustiniennes,
Série Antiquité, 134).
En acceptant de regrouper en un seul recueil ses 26 études sur Tertullien, jusqu'ici
dispersées dans des périodiques et des ouvrages collectifs, R. B. a rendu un grand service à
tous ceux qui s'intéressent non seulement à Tertullien, mais au christianisme ancien et, plus
généralement, à l'histoire de la pensée, de la culture et de la langue latines tardives. Elles ont été
soigneusement revues : les passages à corriger ou compléter sont signalés par un astérisque
renvoyant à une liste de seize addenda et corrigenda. Des index (biblique, de Tertullien, des
noms propres anciens, des auteurs modernes, des mots latins et grecs et des notions) facilitent
le passage d'un article du recueil à l'autre et l'exploitation de ses richesses. À l'exception de
deux inédits, les travaux parus depuis 1975 ont fait l'objet d'un compte rendu ici-même
(Chron. Tert. 1978, n° 10 ; 7979, n° 6 et 14 ; 1980, n° 28 ; 1981, n° 11 ; 1982, n° 6 et 14 ;
1983, n° 6 ; 1985, n° 13, 35 et 45 ; 7957, n° 12 ; 7959, n° 45 ; 7992, n° 23). Le premier des
inédits, «Bible et latin des chrétiens», emprunte ses exemples principalement à Tertullien, pour
montrer l'influence de la Bible sur la langue latine, notamment dans le domaine du vocabulaire
(néologismes lexicaux et renouvellement sémantique). Grâce au second, «État des travaux sur
la langue de Tertullien (1960-1975)», le chercheur dispose aujourd'hui - s'il complète son
information dans la Chronica Tertullianea, parue pour la première fois en 1975 -, d'une
présentation complète et minutieuse des recherches publiées depuis 1960 sur la langue de
Tertullien, et de leurs résultats. S. D.

NOUVELLES

47. Richard Seagraves a soutenu en 1992, devant la Katholisch-theologische Fakultät der


Universität Freiburg une dissertation intitulée : «Pascentes cum disciplina. A lexical study of
the clergy in the Cyprianic correspondance» (indication dans Theologische Revue, t. 89, 1993,
l , p . 80).

48. La Chron. Tert. 1993 recensera, entre autres, les éditions de Mon par R. UGLIONE
(Corona Patrum, 15), de Pud par Ch. MUNIER et C. MICAELLI (Sources chrétiennes, 394-395)
et des Versus de Sodoma par L. MORISI, la thèse d'A. ADOLF, Die Theologie der Einheit der
Kirche bei Cyprian et le nouveau recueil d'articles de W. RORDORF, Lex orandi, lex credendi.
Revue des Études Augustiniennes, 40 (1994), 473-499

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1993

Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine
depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de
Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert.,
qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu.
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. MM. Pierre-Paul Corsetti
et Pierre Dufraigne nous ont fourni de précieuses indications bibliographiques. Mme Sekiko
Petitmengin nous a permis l'accès à l'article publié en japonais. Nous leur exprimons notre très
vive gratitude.

René BRAUN — Simone DELÉANI — François DOLBEAU


Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETITMENGIN

ÉDITIONS

1. TERTULLIEN, La pudicité. Introduction, commentaire et index par Claudio MICAELLI, texte


critique et traduction par Charles MUNIER, Paris : Éditions du Cerf, 1993, 2 vol., 467 p.
(Sources chrétiennes, 394-395).
En 1906, P. de Labriolle avait donné dans la collection Hemmer-Lejay une édition bilingue
des deux traités que Tertullien a consacrés à la pénitence et à la rémission des péchés. Ce petit
livre a rendu de grands services, mais il a forcément vieilli, d'autant que les études se sont
multipliées sur les problèmes pénitentiels. On est heureux de disposer maintenant d'un dossier
parfaitement à jour, dans la collection «Sources chrétiennes», grâce à l'inlassable activité de C.
Munier. Seul éditeur de Paen (SC 316 ; cf. Chron. Tert. 1984, n° 1), il a cette fois-ci partagé la
tâche avec C. Micaelli, dont les contributions rédigées en italien ont été très bien traduites par
Pierre Dessalces (c'est à peine si l'on croit, çà et là, deviner une tournure italienne, comme p.
427 «une possible interprétation laxiste»). Il s'agit d'un travail important, qui fera date et qui
474 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
mériterait une recension très fouillée. Pris par le temps, nous avons dû nous limiter à l'examen
de quelques innovations editoriales.
1. C. Munier avait donné en 20 pages une analyse très détaillée de Paen, descendant au niveau
du paragraphe, voire de la phrase. Le parti de C. Micaelli est différent. Dans son introduction, il
étudie suivant le modèle fourni par R. D. Sider (Ancient Rhetoric and the Art of Τer tullían,
Oxford, 1971) les neuf sections, ou plutôt mouvements, entre lesquels il divise le traité. Le
commentaire est, lui, morcelé en unités beaucoup plus petites, précédées chacune d'un encadré,
composé dans un corps plus petit, où est donnée la structure du raisonnement. C'est à la fois
moderne — on pense aux sommaires que Brecht avait conçus pour être placardés ou projetés
pendant certaines de ses pièces de théâtre — et ancien, car le recours quasi perpétuel à l'auteur
(«précise T.», «affirme T.», etc.) fait penser aux capitula destinés à expliciter le contenu
d'œuvres antiques («hic ostendit», «hic ubi exponit», etc.). Pour notre part, nous regrettons
qu'il n'y ait pas quelque part un bref schéma, traditionnel, qui puisse servir de table
d'orientation au lecteur aux prises avec une pensée complexe.
2. En règle générale, les citations des auteurs antiques ne sont données qu'en traduction (à
l'exception, semble-t-il, de celles des juristes, où le texte original précède d'habitude la
traduction). Cela donne un texte très lisible, mais peu utilisable à des fins de recherche, à moins
d'avoir sous la main une bonne bibliothèque. Sans doute, il arrive que des mots latins ou grecs
soient cités après leur traduction, mais cela suffit-il au public savant (et souvent non
francophone) que visent en principe des ouvrages subventionnés par le CNRS ? Il y a là un
problème de fond.
3. Le commentaire de C. Micaelli, bien écrit, sans excès de style télégraphique, est très agréable
à lire. Il est en même temps fort instructif. Nous avons par ex. été sensible à l'intérêt qu'il porte
au texte biblique de Tertullien, ou à l'influence exercée soit par le traité lui-même soit par la
problématique qui le sous-tend : C. M. apporte du neuf, avec élégance. Cela dit, on est parfois
surpris. Il suffit d'un coup d'œil à Y Index de Claesson pour voir que Tertullien n'utilise pas
delinquentia «37 fois dont 5 dans des citations bibliques» (p. 302) : cette précision inexacte
vient d'une mauvaise utilisation de la thèse de F. A. Demmel, Die Neubildungen auf -antia etc.,
p. 122. Et comment affirmer p. 432 qu'il n'y a qu'un exemple d'idoneus suivi d'un gérondif au
génitif, alors que Hoppe, Syntax, p. 22 (auquel il est renvoyé) en signale deux autres ?
Espérons qu'il s'agit là d'inexactitudes isolées.
4. Le texte du traité a été composé à partir d'un fichier électronique fourni par le CETEDOC, et
qui reproduit le texte de l'édition Dekkers parue dans le CCL, t. 2. Il y a là deux risques
d'erreur : a. l'édition de référence comporte malheureusement quelques inexactitudes (voir un
échantillon dans notre article Errata Tertullianea [cf. Chron. Tert. 1991, n° 26], p. 41 et 45) ; b.
une nouvelle saisie peut entraîner des erreurs supplémentaires. Naturellement le CETEDOC
soumet ses données à des contrôles rigoureux et permanents, et l'éditeur lui-même a relu (et
modifié à l'occasion) le texte de base. Contacté par le Secrétariat de Sources chrétiennes, nous
avions pourtant jugé préférable de collationner le texte de C. Munier avec l'édition princeps (Β),
ce qui a permis d'éliminer quelques fautes d'impression comme 2,6 adflictionem (erreur du
CCL seul, pour adflictationem). Mais il ne faudrait pas chanter victoire trop vite : en 3, 5 de
notae suae exemplo, l'adjectif possessif, présent encore dans le CCL, a disparu corps et bien
dans SC... Il aurait fallu faire le même travail pour les autres éditions anciennes, au lieu de se
fier à l'apparat de Dekkers : un long travail, peu gratifiant, mais qui aurait évité quelques
désordres (en 2, 1 si doit être ajouté non pas avant et auctoritas, mais avant et paenitentia,
comme le montre d'ailleurs la traduction) et quelques fausses attributions (en 14, 19 remplacer
scripsi par «Hartel, Patr. Stud. 4, p. 30»). Une fois l'exactitude des données assurée, il faut
bien sûr se demander si elles conservent vraiment le texte de Tertullien, ce qui n'est pas
toujours le cas : ainsi nous abandonnerions volontiers le texte de Β en 18, 4 (lire habes au lieu
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 475
de habet) ou 19, 8 (préférer le subjonctif pro nuntiant), mais ceci est une autre histoire qui nous
entraînerait trop loin. P. P.

2. TERTULLIANO, Le uniche nozze. Edizione critica con introduzione, traduzione note e indici
a cura di Renato UGLIONE, Torino : Società Editrice Internazionale, 1993, 349 p. (Corona
Patrum, 15).
Annoncée par une série d'articles dès la fin des années 70, l'édition de R. U. était attendue
avec impatience. Devancée par l'important volume de P. Mattei dans la collection «Sources
chrétiennes» ainsi que par la traduction commentée de P. A. Gramaglia (cf. Chron. Tert. 1988,
nos l et 4 ; voir aussi, pour le premier ouvrage, la recension de R. U. lui-même dans RSLR,
29, 1993, p. 243-248), elle n'en garde pas moins une grande valeur, d'abord pour le public
cultivé italien qui dispose désormais d'une édition très élaborée et d'une élégance très
«classique», mais aussi pour les patristiciens de métier, qui auront toujours intérêt à consulter
l'œuvre d'un collègue aussi compétent.
L'introduction se limite à l'essentiel. L'A. traite d'abord du mariage chez Tertullien, de la
valeur d'une institution voulue par Dieu et de la dévalorisation que lui fait subir l'approche
imminente des fins dernières (son rôle s'achève dans cette histoire du salut que vient clore la
révélation du Paraclet). Il présente ensuite la structure rhétorique du traité, suivie d'une analyse
chapitre par chapitre (les divisions fixées par Jacques de Pamèle à la fin du XVIe siècle
continuent de rythmer notre compréhension du texte !). Enfin quelques indications sont
données sur les manuscrits et les éditions : aucun effort n'est fait pour tenter une reconstitution
du codex Diuionensis, dont on a conservé pourtant diverses collations (cf. SC 280, p. 49 ;
Chron. Tert. 1990, n° 2, p. 340) ; l'édition partielle de Rigault, en 1628, ne comprend que des
traités contenus dans YAgobardinus, qui venait d'être donné à la Bibliothèque du Roi : Mon n'y
figure donc pas.
Le texte, d'une grande correction typographique (seule remarque : en 6, 2 ne faut-il pas
préférer et si à etsi ?), se sépare une cinquantaine de fois de celui de Mattei. Ce dernier s'était
déjà en partie libéré de l'engouement pour les leçons du manuscrit Ν qui caractérisait l'édition
de V. Bulhart (CSEL 76). R. U. poursuit ce retour aux sources de la tradition imprimée, c'est-
à-dire au texte de YHirsaugiensis perdu tel qu'on le reconstitue à partir de l'accord de l'édition
princeps R et des manuscrits FX : voir par ex. 7, 9 et nos hoc ; 8, 7 regnum ; 10, 6 tam ; 11, 10
définit ; 11, 11 ethnicis, etc. Il arrive même que la leçon de Ν soit passée sous silence, ainsi en
9, 3 taie : taliter Ν Mattei ; 9, 5 hoc : hoc et Ν Mattei. En général, on approuvera les choix de R.
U., ainsi lorsqu'il rétablit en 5, 4 la ponctuation «fuit, secundum initium quod», ou lorsqu'il
suit le texte du Masburensis comme en 4,1 demonstratura ou en 6, 2 seorsus (sum) est et (cf.
Chron. Tert. 1988, n° 1, p. 316 ; 7990, n° 18 ; notre étude de ce témoin perdu devrait, enfin,
arriver à son terme). Il est dommage que R. U. n'ait pas eu connaissance du compte rendu de
l'édition Mattei par M. Winterbottom, JThS, N.S. 40, 1989, p. 614-615 : il y aurait trouvé une
jolie conjecture en 5, 1 monitum pour monimentum proposé par /?3 (mais le mot n'est pas
attesté par ailleurs chez Tertullien) et une explication de 17, 5 afine.
Le commentaire, très ample (plus de 210 pages), reprend la tradition des éditions variorum.
R. U. cite largement les bons auteurs en latin, en grec, en italien, en français et aussi, mais
moins souvent, en anglais et en allemand (d'où quelques fautes d'impression, à vrai dire
rarissimes, comme p. 260 camouf/lés ou p. 270 KOCK). Il fournit un grand nombre de petites
synthèses, bien tournées, avec la bibliographie essentielle, sur des faits de langue, sur les
principaux termes du vocabulaire chrétien, sur des personnes, sur des mouvements d'idées.
Des index copieux donnent accès à ce trésor, un accès à vrai dire un peu malaisé, car ils
renvoient aux chapitres et aux paragraphes, lesquels ne sont pas repris dans des titres courants
en haut des pages du commentaire. Cela dit, il arrive à R. U. de se tromper (ainsi p. 321 :
excultor n'est pas un hapax ; p. 151 : Thòrnell, Studia Tert. 2, p. 48 étudie l'emploi non de
476 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
plane, mais de plane, si) ou de ne pas commenter ce qui suscite la curiosité du lecteur, qui doit
alors commencer une chasse parfois hasardeuse. Mattei sera d'une aide précieuse si l'on
s'intéresse par ex. au symbolisme de la colombe (8, 7) ou aux principes herméneutiques de
Tertullien (11, 13), mais lorsqu'on voudrait en savoir plus sur le rapport que Tertullien établit
entre la présence du Christ aux seules noces de Cana et l'unicité du mariage chrétien, les
commentateurs ne nous aident pas vraiment. Deux remarques pour finir : on appréciera les
schémas par lesquels R. U. démonte parfois le raisonnement de Tertullien (ainsi p. 272 et 303);
on regrettera que les quelques indications données sur la survie du traité n'aient pas été
signalées par les index ou, mieux, regroupées dans un apparatus fontium. P. P.

3. MORISI (Luca), Versus de Sodoma. Introduzione, testo critico, traduzione e commento,


Bologna : Patron, 1993, 157 p. (Edizioni e saggi universitari di filologia classica, 52).
Depuis quelques années, ce poème biblique, que les manuscrits attribuent tantôt à
Tertullien, tantôt à Cyprien (CPL 1425), intéresse divers chercheurs (cf. Chron. Tert. 1990, n°
16 ; 1991, n° 20-21 ; infra, n° 13). Ses 166 hexamètres comportent, il est vrai, beaucoup
d'obscurités, si bien qu'une nouvelle édition (après celles d'Hartel en 1871 et de Peiper en
1891) était souhaitable. L'A., en introduction, fait le point sur les recherches récentes, les
éditions antérieures et la tradition manuscrite (cinq témoins des IXe-XIIIe s., répartis en deux
familles dont les chefs de file sont Paris, B. N., lat. 2772 [= P] et Leiden, Voss. lat. Q 86 [=
V]). Il vise, pour l'établissement de son propre texte, à tirer le meilleur parti des leçons
transmises, en éliminant les corrections les plus hardies de ses prédécesseurs. L'apparat se veut
exhaustif en ce qui concerne les variantes manuscrites, mais ne permet pas de reconstituer le
texte adopté par Hartel ou Peiper (là où ceux-ci n'ont pas risqué de conjecture). Le
commentaire, de type linéaire, justifie les choix critiques et la traduction adoptée, explicite les
procédés littéraires que le poème met en œuvre, mentionne enfin les sources bibliques ou les
parallèles patristiques et profanes.
Le résultat est utile, mais un peu terne. L. M. reste vague sur la datation de l'ouvrage (p.
21 : «credo, e spero dimostrato, che in virtù di alcuni espliciti riferimenti a Prudenzio e ad
Agostino ... una datazione più alta della prima metà del V sec. sia improponibile») et il évite de
formuler des hypothèses sur les intentions profondes du poète. L'A. est sévère à l'égard de
Peiper (p. 39), en oubliant qu'il doit à ce dernier au moins trois corrections palmaires (19 :
Antaei, 58 : liras, 136 : tacta), ce qui, après tout, n'est pas si mal sur un total de 166 vers. Face
à un texte aussi obscur, des conjectures même erronées, si elles soulignent une difficulté, font
plus avancer la recherche qu'une attitude trop conservatrice. Cela dit, les choix de L. M.
semblent en général pertinents. Au v. 18, la leçon rejetée de V : subdere serait moins banale
que fundere. En 44, je comprends mal ce qui oblige à modifier le texte de P, à condition de
ponctuer ainsi : «.. .luxu. Quo genitura uocant, quo, semina frustra ?». En 99, le verbe exoritur
est emprunté à Gn 19, 23, d'après la Vêtus Latina, non selon la Vulgate qui est citée à la p.
119. En 116, l'addition de haud, à la suite de Peiper, est-elle vraiment nécessaire ? La présence
en 115 de l'adverbe maie suffit, à mon sens (c'était déjà l'opinion d'Hartel), à donner à la
phrase une coloration négative ; la leçon ad de V (qui donne prétexte à la conjecture) est une
anticipation du complément qui suit : ad murmura. En 127 enfin, ne convient-il pas de placer la
virgule avant et non après Sodomum ?
L. M. tient pour acquis, selon l'opinion courante, que le De Sodoma est du même auteur
que le De Iona (CPL 1426). Dans Ρ et V, les deux poèmes se lisent de fait à la suite l'un de
l'autre, et le vers initial du second évoque directement l'argument du premier. Il s'agit donc des
deux volets d'un diptyque, que l'A. a eu tort de disjoindre : là est sans doute la critique majeure
qui peut être formulée à l'égard de son travail. Ce diptyque est introduit, dans P, par un titre
global : De excidio Sodomae etNiniue, qui évoque à l'esprit le De excidio urbis d'Augustin. La
rubrique de P, même si l'auteur n'en est pas responsable, pourrait d'ailleurs révéler quelque
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA All
chose sur le dessein central du poète. Toute cité terrestre est confrontée à deux destinées
possibles : périr avec Sodome, se repentir comme Ninive. F. D.

TRADUCTIONS

4. TERTULLIEN, Le baptême, [Vanves] : AIM [Aide Inter-monastères] ; [Dourgne] : SODEC


[Société d'En Calcat], 1993,40 p. (Témoins du Christ, 33 ; Textes de l'Église ancienne).
Les extraits du traité sur la prière publiés dans la même collection (cf. Chron. Tert. 1987, n°
5) en sont à leur troisième édition : c'est dire le besoin auquel répondait cette traduction en
français fondamental, disposée «per cola et commata» et destinée à la lecture et à la méditation
dans les monastères. Ce nouveau petit volume suit le même modèle. Le texte est cette fois-ci
presque intégral, avec juste quelques omissions aux chapitres 3, 8-10, 15 et 17-19. La
traduction, due à une moniale de Jouarre, se base sur l'édition parue dans «Sources
Chrétiennes» (t. 35, 1952) ; elle a été révisée par l'excellent connaisseur de Tertullien qu'est
Jean-Pierre Mahé. P. P.

5. CYPRIAN OF CARTHAGE, Born to New Life. Edited by Oliver DAVIES. Translations by Tim
WITHEROW, with an introduction by Cyprian SMITH, London-Dublin-Edinburgh : New City,
1991, 141 p. (Spirituality of the Fathers).
Dans le domaine de la vulgarisation patristique, les éditions New City manifestent une
grande activité en tous pays, depuis quelques années. En France, on leur doit le périodique
Connaissance des Pères de l'Église ; aux États-Unis a été lancée une édition des œuvres de saint
Augustin traduites en anglais «pour le XXle siècle» ; en Espagne, une collection «Biblioteca de
patrística» (voir ci-dessous, n° 6) ; en Angleterre, une collection «Spirituality of the Fathers»,
dont nous présentons ici l'un des numéros. Dans l'Introduction, C. Smith montre l'intérêt de
Cyprien pour nos contemporains ; O. Davies donne ensuite quelques indications très sommaires
sur l'homme et l'œuvre. Le choix des textes publiés (Donat., patient., eleem., mortal:, Lettre
37 aux confesseurs en prison et extraits de la Lettre 63 sur l'eucharistie) convient au propos de
l'éditeur. La lecture rapide en est facilitée par l'absence de toute annotation, l'usage d'un anglais
moderne et simple et l'introduction de nombreux gros sous-titres. S. D.

6. CIPRIANO, La unidad de la Iglesia. Introducción y notas de Carmelo FAILLA. Traducción del


latín de Joaquín Pascual TORRÓ, Madrid : Ciudad Nueva, 1991,143 p. (Biblioteca de patrística,
12).
Sous ce titre sont présentés, en langue espagnole, Y Ad Donatum, le De unitate ecclesiae et
le De dominica oratione. La lecture est facilitée par la présence de sous-titres, d'une introduction
qui va à l'essentiel et d'une annotation légère. Cependant l'information date : aucun travail
postérieur à 1970 n'est pris en considération. Le texte latin choisi par le traducteur est celui de
Hartel (l'édition récente du CCSL n'est même pas mentionnée dans la bibliographie). S. D.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

7. D A L Y (Cahal B.), Tertullian the Puritan and his Influence. An Essay in Historical
Theology, Dublin : Four Courts Press, 1993, VIII-221 p.
478 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Monumentimi aere perennius ..., ce livre est la thèse soutenue par l'auteur devant la Faculté
de Théologie de l'Université Pontificale de Maynooth en 1945. Elle n'est pas «actualisée» : C.
B. D. estime, en effet, que les études publiées depuis près d'un demi-siècle n'ajoutent ni
n'ôtent rien à la valeur et à la solidité de son ouvrage. De fait, les plus récentes mentionnées
dans la Bibliographie datent de 1942, et le texte de Tertullien utilisé est celui d'Oehler (1853).
L'auteur a lu attentivement Tertullien, Cyprien, Novatien. En l'absence d'une introduction
et d'une conclusion qui indiqueraient la ligne directrice de la thèse, le lecteur doit parcourir une
prose facile certes, mais quelque peu répétitive, et qui ne lui apprend rien de bien nouveau : sur
le puritanisme de Tertullien (c'est-à-dire son attitude à l'égard du péché et des pécheurs), sur
l'unité de l'Église africaine (Tertullien, Agrippinus, les montanistes, Cyprien, les novatianistes
et plus tard les donatistes) concernant la non-validité du baptême des hérétiques, sur l'influence
de Tertullien sensible chez Novatien. En appendice, d'utiles tableaux sur la démarche
pénitentielle selon Tertullien et Cyprien. J.-C. F.

8. KYTZLER (Bernhard), Minucius Felix — Theologische Realenzyklopädie, t. 23, Berlin-


New York : W. De Gruyter, 1994, p. 1-3.
Présentation précise, juste, informée de YOcîauius et de l'auteur par son récent éditeur (cf.
Chron. Tert. 1992, n° 2), mais manque toujours dans la Bibliographie l'étude de P. G. van der
Nat (1977). J.-C. F.

9. TRISOGLIO (Francesco), Cipriano uomo vescovo scrittore attraverso al suo epistolario —


Civiltà Classica e Cristiana, 14, 1993, p. 345-387.
F. T. éprouve sympathie et admiration pour Cyprien, dont il a dû lire et relire l'œuvre. Pour
les Lettres, ici étudiées, il se réfère à la seule édition Bayard (1925) et semble ignorer le travail,
pourtant fondamental, de G. W. Clarke (cf. Chron. Tert. 1987, n° 4 et 1989, n° 3). Avec
enthousiasme, successivement il souligne l'originalité de la correspondance de Cyprien dans la
littérature épistolaire des Latins, originalité due à la personne de l'écrivain et au rôle des
citations scripturaires ; dégage les «idées maîtresses» (prééminence de l'Église et des notions
qui lui sont associées - discipline, vérité, unité, collégialité, tradition apostolique ;
transcendance des valeurs chrétiennes et d'une morale vécue comme témoignage de foi et union
au Christ jusqu'au martyre) ; montre la noblesse de l'évêque, conscient de la responsabilité et
de la dignité de sa fonction, la noblesse de l'homme et du chrétien, la noblesse de l'écriture,
reflet des réalités supérieures qu'elle évoque. S. D.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE

10. BAMMEL (Caroline), Die erste lateinische Rede gegen die Christen — Zeitschrift für
Kirchengeschichte, 104, 1993, p. 295-311.
Ce premier discours contre les chrétiens est naturellement celui de Fronton, entrevu grâce à
la référence donnée par le païen Cécilius en Oct 9, 6 (cf. infra, n° 22). D'où l'on induit que Nat
I reproduit également quelques-unes des accusations du célèbre orateur.
C. B. reprend, avec prudence, l'hypothèse selon laquelle Fronton aurait utilisé, dans son
propre discours devant le Sénat, celui de Caton (De coniuratione) au moment de l'affaire des
Bacchanales (186), et suppose que le discours de Fronton comme / Apol de Justin se situent
dans un contexte comparable. J.-C. F.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 479
1 1 . ECKERT (Günter), Orator christianus. Untersuchungen zur Argumentationskunst in
Tertullians Apologeticum, Stuttgart : F. Steiner, 1993, 278 p. (Palingenesia, 46).
Issu d'une dissertation présentée devant l'Université de la Sarre, cet ouvrage, qui étudie
l'influence de la rhétorique sur la conception et la composition d'Apol, comporte trois parties,
correspondant aux trois ensembles que, au prix de quelques variantes, on y distingue
généralement : chap. 1-3 (p. 31-86), chap. 4-45 (p. 87-177), chap. 46-50 (p. 178-260), c'est-
à-dire le prooemium, Yargumentatio et Yepilogus.
Chaque fois, G. E. commence par résumer l'enseignement des rhéteurs sur chacune de ces
trois parties du discours et s'attache à montrer la fidélité de Tertullien à cet enseignement, non
sans quelque systématisation : G. E. est ainsi conduit à assimiler purement et simplement Apol
à un discours judiciaire, ce qui est certainement excessif. Si l'article que R. Braun consacra, il y
a trente ans, à 1"architecture' a'Apol (repris dans Approches de Tertullien, cf. Chron. Tert.
1992, n° 46) est bien cité dans la Bibliographie, il n'a guère été, apparemment, utilisé : cette
étude aurait permis cependant d'analyser plus subtilement la structure et la conception a'Apol. Il
reste que cette dissertation sera indispensable pour toute lecture approfondie du chef-d'œuvre
littéraire de Tertullien. J.-C. F.

12. Rizzi (Marco), Ideologia e retorica negli 'exordia' apologetici. Il problema dell' 'altro' (II-
III secolo), Milano : Vita e Pensiero, 1993, XXX-232 p. (Studia Patristica Mediolanensia, 18).
Dans cet ouvrage, préparé par des publication antérieures (cf. Chron. Tert. 1991, n° Ιο­
ί 7), M. R. étend son enquête, dans le même esprit, aux autres apologistes des Ile e t lile siècles.
Il s'intéresse donc aux prooemia des apologies parce qu'ils lui paraissent particulièrement
significatifs des rapports entretenus par un auteur et son lecteur potentiel (l'autre) et
caractérisés, en l'espèce, par une altérité radicale, du fait de l'opposition existant entre l'auteur
chrétien et le lecteur païen. Le prooemium est précisément destiné à établir un "pont
communicationnel" entre les deux. De ce point de vue, M. R. est conduit à distinguer quatre
types d'apologies.
D'abord celles qui s'adressent à un ou plusieurs personnages officiels : Apologies de
Justin, Supplique d'Athénagore, Apologeticum de Tertullien. S'agissant de ce dernier, M. R.
souligne l'importance des thèmes relatifs à la justice et à la vérité ainsi qu'au nomen
Christianum.
Un deuxième groupe réunit Y Ad Autolycum de Théophile, YEpître à Diognète et Y Ad
Demetrianum de Cyprien, trois textes adressés à un individu en particulier, personnellement
identifié, mais représentatif de son milieu. Le ton est alors plus direct.
Le troisième ensemble est constitué par Y Ad Graecos de Tatien, la Cohortatio ad Graecos et
Y Oratio ad Graecos du Ps.-Justin, Y Ad nationes de Tertullien et YAduersus nationes d'Arnobe :
leur public est alors élargi à l'ensemble des païens, c'est un auditoire universel. M. R. souligne
le caractère abrupt des exordia dans Y Ad nationes et YAduersus nationes et l'importance prise
par le thème de l'ignorance des païens.
Le quatrième chapitre est consacré au seul Octauius, qui constitue parmi les apologies de
cette époque un cas particulier, atypique, puisque nous avons affaire à un dialogue placé sous le
signe de l'amitié. Le couple thématique dominant devient celui de l'amitié et de la vérité.
Dans le dernier chapitre sont réunis le Protreptique de Clément d'Alexandrie et le Contre
Celse d'Origène, dans lesquels M. R. voit une transformation de l'apologétique : avec le
premier, la rhétorique est devenue chrétienne ; avec le second, l'apologie est autre chose que ce
qu'elle était précédemment.
A juste titre, l'auteur souligne la difficulté que l'on rencontre lorsque l'on veut proposer une
définition littéraire univoque et comprehensive de la première apologétique chrétienne ; mais
480 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
nous ne le suivons plus quand il affirme que l'apologétique ne constitue pas une "catégorie
littéraire" (p. 215) ou qu'il est tenté, paradoxalement, d'en exclure le Contre Celse, sous
prétexte que l'autre n'y trouve plus de place. La perspective sous laquelle M. R. aborde
l'apologétique est intéressante, mais un peu étroite pour permettre des conclusions génériques.
J.-C. F.

13. BERTOLINI (Marco), Incendio fetonteo e incendio sodomitano : un'interpretazione del


mito di Fetonte in Carmen de Sodoma 107-114 — Politica, cultura e religione nell'Impero
romano (secoli IV-Vi) tra Oriente e Occidente. Atti del Secondo Convegno dell'Associazione di
Studi Tardoantichi, a cura di Fabrizio CONCA, Isabella GUALANDRI, Giuseppe LOZZA, Napoli :
M. D'Amia, 1993, p. 187-199 (Collectanea, 7).
L'auteur du De Sodoma (CPL 1425), après avoir relaté la pluie de feu, prend soin d'ajouter
que cet événement véridique est à l'origine de la légende mensongère de Phaéton. M. B. revient
sur ce passage, déjà commenté par Ralph Hexter (cf. Chron. Tert. 1990, n° 16), et plus
récemment par Luca Morisi, dont l'étude (cf. Chron. Tert. 1991, n° 21) n'est pas ici
mentionnée. Il passe ainsi en revue les interprétarions antiques du mythe de Phaéton (Timée de
Platon, De mundo pseudo-aristotélicien, Dion Chrysostome, etc.). La même relation entre Bible
et mythologie est attestée chez Orose, qui fait dériver la légende païenne d'une sécheresse
consécutive aux fléaux d'Egypte ; mais Celse est le seul, avec le De Sodoma, à rapprocher
l'histoire de Phaéton du cataclysme de la Genèse, en supposant probablement un rapport
inverse entre les deux récits. F. D.

TEXTE, LANGUE, STYLE

14. GRAM AGLI A (Pier Angelo), compte rendu de Autour de Tertullien. Hommage à René
Braun, t. 2, Nice, 1991 (cf. Chron. Tert. 1991, n° 12) — Rivista di Storia e Letteratura
Religiosa, 29, 1993, p. 420-435.
Les pages 423-426 de ce compte rendu sont consacrées à une discussion très serrée des
modifications que le regretté Gòsta Claesson avait proposées au texte du De pudicitia (cf.
Chron. Tert. 1991, n° 22). Ce dernier ne trouve grâce que 10 fois (sur 34) aux yeux de son
recenseur : 1, 1 morabatur ; 2, 9 inquit [ut] quid (/ Cor. 5, 12) ; 2, 10 dimittatur tibi. Adeo ; 11,
1 confert ; 14, 17 quo modo ; 18, 8 decipit (/ Cor. 5, 6 ; cf. R. Braun, SC 365, p. 253) ; 19, 6
sed fidem moechia ; 19, 10 Statim dictum est ; 20, 2 non habemus <non> (/ Cor. 9, 6) ; 20, 9
tactus [leprae] fuisset (Lév 14, 40). Il est intéressant de constater que Ch. Munier, qui avait
sauvé de l'oubli ce travail du savant suédois, se montre encore plus prudent : dans son édition
{supra, n° 1), il ne le suit qu'en 1, 3 et en 19, 10.— Comme on pouvait s'y attendre, les
suggestions de Claesson ont déclenché chez P. A. G. une crise de libido disserendi, aux
résultats variables mais jamais négligeables. On rendra son vrai nom à Ioannes Clemens : il
s'agit de John Clement, l'ami de Thomas More. P. P.

15. VINE (Brent), CILI2(4) 2867.3 Jaiva — dotta, 69, 1991, p. 235-242.
Dans une inscription de Calabre datable du IIIe siècle av. J.-C, l'A. propose de corriger la
lecture ]aiua en [I]ana. Ce nom «rustique» de Diane (cf. Vairon, res rust. 1, 37, 3) apparaît en
Nat 2, 15, 3, un passage inspiré de Vairon (voir B. Cardauns, M. Terentius Varrò, Antiquitates
rerum diuinarum, Wiesbaden, 1976, p. 84-85 et 218 [cf. Chron. Tert. 1977, n° 13]). Dans ses
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 481
éditions (1929, 1954), Borleffs établit le texte suivant d'après YAgobardinus (f. 34 r°, 1. 15-
16), témoin unique et fort endommagé :
I Vt cetera transuolem, etiam locorum urbis ue<l> loca déos <arbitramini> arc<uum Ianum> I
patrem (et diua Arquis e<s>t lana), et montium septe<m> Monti<n>um.
urbis uel : urbisue A II arbitramini add. Borleffs II arcuum Ianum Godefroy : arc<...[8?]...> A II est Oehler : & A
II lana Godefroy : lana A II scptcm Montinum Saumaise : septemontium A
L'A. propose de modifier profondément le texte:
Vt cetera transuolem, etiam locorum urbis uel loca déos arbitramini, Ianiculia ianum patrem (est
et «Trivia», arquitenensb Iana)c et montium septem Montinum
*ou : Portae Ianualis II bou : arques II cou : patrem (et Triuia arques est lana) Il cou encore : patrem et triuii
arquitem [ou arquitenentem] Ianam
Ces suggestions hardies ne convainquent pas, même si la conjecture arques est séduisante
(ce serait un hapax, mais le pluriel arquites est attesté dans les glossaires). On aurait aimé que
soient mieux distinguées les deux étapes du raisonnement critique : d'abord la reconstitution du
texte qu'avait dû porter Λ, dont les marges sont aujourd'hui très difficiles à déchiffrer - à ce
propos on notera qu'en dépit de B. V. (p. 240, n. 24), Cardauns a raison d'imprimer non
¿zr[cuum] mais ¿zrc[uum] : c'est en effet la lecture, révisée, de la seconde édition de Borleffs - et
ensuite seulement, après cette phase quasi papyrologique, la correction éventuelle du texte
transmis. L'idée que Tertullien ait pu s'inspirer d'Arnobe (p. 240 : «Arnobius ... on whom
Tertullian may have been drawing») befremdet, comme on dit outre-Rhin. P. P.

16. VASSILEIOU (Alain), Les éponges des rétiaires. Mythe et réalité — Dialogues d'histoire
ancienne, 18, 2, 1992, p. 137-162.
Les «éponges des rétiaires» dont parle Tertullien en Spect 25, 4 (poterit et de misericordia
moueri defixus in morsus ursorum et spongias retiariorum ?) ont fait couler beaucoup d'encre
depuis les Aduersaria de Turnèbe (1580) jusqu'à un article mémorable de Louis Robert
(Hellenica, 3, 1946, p. 151-162 ; complété dans CRAI, 1982, p. 236-237 et 243 [cf. Chron.
Tert. 1982, n° 32]). Constatant l'invraisemblance de toutes les solutions proposées, A. V., qui
dénonce plaisamment le mythe des Éponges, propose de corriger spongias en punctas. Le
terme, attesté chez Végèce (1, 12) pour désigner la frappe d'estoc (par opposition à caesa, la
frappe de taille), dépeint ici la mise à mort par le rétiaire, la pénétration de l'épée dans le corps
sur laquelle se fixent les regards des spectateurs (cf. Passio Perp., 21, 3 : «ut gladio penetranti
in eorum corpore oculos suos comités homicidii adiungerent»).- Spongias est le texte transmis,
donné par YAgobardinus (f. 103 r° ; A. V., en bon disciple de Fontenelle, aurait pu consulter
l'original), par l'édition princeps Β et sans doute par le codex Ioannis démentis (= C), puisque
Pamèle ne signale pas de variante. A-t-on le droit de corriger le texte de notre archétype ?
Assurément, s'il est fautif, comme cela semble bien le cas ici. Le mécanisme de la faute est en
tout cas facile à imaginer. En onciale, les confusions entre IT, OU et CG sont banales (voir par
ex. L. D. Reynolds, The Medieval Tradition of Seneca's Letters, Oxford, 1965, p. 58 et 60) ;
on peut donc passer aisément de PUNCTAS à la vox nihili PONG LAS, qu'un copiste lettré aura
corrigé en SPONGIAS. Il faut lui reconnaître un certain talent, si l'on considère la fortune de sa
conjecture. P. P.

17. SEAGRAVES (Richard), Pascentes cum disciplina. A Lexical Study of the Clergy in the
Cyprianic Correspondence, Fribourg Suisse : Éditions Universitaires, 1993, XII-338 p.
(Paradosis. Études de littérature et de théologie anciennes, 37).
On peut distinguer deux parties dans cet ouvrage. La première est consacrée au clergé tel
qu'il apparaît dans la correspondance de Cyprien. Après avoir relevé, en guise de
482 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
«Prolegomena», des termes se rapportant au clergé et aux fonctions ecclésiastiques en général,
l'auteur s'intéresse successivement à l'évêque (ch. 1), au prêtre et au diacre (ch. 2), au bas
clergé (sous-diacre, lecteur, exorciste, acolyte, fossoyeur : ch. 3). Pour chaque catégorie de
clercs, il indique les termes employés, en retrace brièvement l'histoire, en précise le sens chez
Cyprien, examine ensuite la procédure d'ordination ou de nomination, puis le rôle et la
condition, puis les qualités requises - ce qui ne va pas sans redites (les qualités des diacres
énumérées par saint Paul en / Tim. 3, qui sont les qualités chrétiennes de foi, d'humilité et de
douceur, de loyauté, de pureté, se retrouvent inévitablement dans les trois chapitres). Comme le
montre cette brève analyse, la première partie du livre ne répond guère aux promesses du sous-
titre : l'étude lexicale y est réduite au minimum (simples relevés de vocabulaire) ; la priorité est
en réalité accordée aux institutions, au point même que trois pages sont consacrées aufossor,
malgré l'absence de ce terme et de son réfèrent dans l'œuvre de Cyprien (p. 174-176). Lorsque
plusieurs mots désignent la même réalité, on attendrait d'une étude lexicale qu'elle dégage les
différences d'emploi ; on souhaiterait, p. ex., qu'une telle étude infirme ou confirme l'existence
de la différence que certains chercheurs ont cru percevoir - et que signale R. S. comme en
passant - entre sacerdos (l'évêque dans ses fonctions liturgiques) et episcopus (l'évêque dans
ses fonctions administratives). Au mieux, R. S. indique les contextes dans lesquels est utilisé
tel mot plutôt que tel autre, mais sans en rien déduire (p. ex. pour conpresbyter, p. 86 sq.).
Mis à part le chapitre 6, qui décrit le comportement de Cyprien dans sa charge episcopale, la
seconde partie du livre répond mieux que la première au projet de son auteur. Y sont étudiés en
effet un certains nombre de mots, retenus en raison du nombre de leurs occurrences, ou de
l'importance des notions qu'ils véhiculent dans la conception que Cyprien se fait du rôle de
l'évêque : disciplina, diligentia, iustitia, auctoritas, poîestas. Grâce à une concordance qu'il a eu
le mérite de préparer pour sa recherche, R. S. a pu établir des relevés exhaustifs et il prend soin
de présenter chaque emploi dans son contexte. Cependant la classification qu'il propose des
divers emplois ne nous a paru ni convaincante ni utile. Pour disciplina, p. ex., il reprend tout
d'abord, sans la critiquer ni l'adapter, un schéma qui avait été proposé pour Tertullien par V.
Morel {'Disciplina! : le mot et l'idée représentée par lui dans les œuvres de Tertullien—Revue
d'Histoire Ecclésiastique, 40, 1944-45, p. 5-46), distinguant 'action d'enseigner' et 'contenu
d'enseignement', puis à l'intérieur de ce dernier groupe, 'doctrine chrétienne dans sa globalité'
d'une part, et de l'autre 'doctrine chrétienne sans la regula fidei', c'est-à-dire les traditions et les
pratiques sans la doctrine contenue dans les Évangiles. Dans une seconde section («Moral
Training»), recouvrant à la fois les règles et le comportement, il multiplie les subdivisions, sans
donner d'autre explication que la citation des passages concernés. Il apparaît très nettement que
cette classification dépend avant tout de l'interprétation du contexte - il s'agit d"effets de sens'
plus que de significations à proprement parler - et que tel passage pourrait être aussi bien être
situé sous une autre rubrique que celle qui lui est attribuée.
Les naïvetés sont nombreuses. Ainsi, R. S. s'étonne que le mot exorcismus ne se trouve
pas chez Cyprien, alors qu'il figure dans l'œuvre de Tertullien (p. 156) ; mais il ne se demande
pas si cette absence est fortuite ou voulue. Il semble attribuer la fréquence du mot presbyter à
l'attachement que Cyprien portait à son clergé (p. 85). Il présente compresbyter comme une
variante significative de conpresbyter (p. 86). On pense aujourd'hui que le groupe episcoporum
et sacerdotum désigne les seuls évêques dans «nec hoc in episcoporum tantum et sacerdotum,
sed et in diaconorum ordinationibus obseruasse apostólos animaduertimus» (CYPR., episî. 67,
4, 3 ; état de la question dans le commentaire de G. W. Clarke, ACW 47, p. 148). La présence
de l'antithèse non tantum ... sed et, renforcée par l'insertion de tantum au milieu du premier
membre, apparaît à R. S. comme un argument susceptible de confirmer cette interprétation
(Excursus A, p. 80-82). Il ne se rend pas compte que l'existence d'une opposition forte entre
deux membres de phrases n'empêche nullement que le premier soit constitué d'une coordination
d'éléments différents. L'ordinateur lui permet de montrer que la construction est chère à
Cyprien, mais il ne se méfie pas assez de son instrument : les cinq constructions relevées
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 483
contiennent bien les trois mots non, tantum et sed, mais deux d'entre elles seulement sont des
antithèses !
R. S. a fait un important travail préalable de dépouillements et de documentation, mais sans
aller vraiment au-delà. Très scolaire, son livre pourra être consulté comme un répertoire
commode, avec des tableaux, des index facilitant la consultation, avec quelques mises au point
utiles sur les questions controversées. S. D.

18. MONTI (Carla Maria), Per la 'Cena' di Giovanni Immonide — Medioevo e Latinità in
memoria di Ezio Franceschini, Milano : Vita e Pensiero, 1993, p. 277-302 (Bibliotheca erudita.
Studi e documenti di storia efilologia,7).
L'ouvrage de Jean diacre, achevé en 876, est un remaniement en vers de la Cena Cypriani
(CPL 1430). Il fut édité en 1914 par Karl Strecker (MGH, Poetae Latini medii aevi, t. IV/2),
dont le texte vient d'être reproduit par Christine Modesto avec une traduction allemande (cf.
Chron. Tert. 1992, n° 3). Strecker s'est appuyé sur dix manuscrits, dont un seul renferme la
totalité du poème (Ivrée, Bibl. cap. 24, IXe-Xe s.= J). C. M. M. montre que son édition peut
être améliorée, grâce à deux autres copies complètes : Londres, British Library, Harley 2773,
début Xlle s. (= G) ; Turin, Biblioteca Reale, Varia 140, milieu Xle s. (= T2). G confirme deux
conjectures de Strecker, là où le reste de la tradition est fautif : il remonte donc très haut dans le
stemma d'ensemble. T2, qui est apparenté à J et provient d'Ivrée, est le premier manuscrit à
fournir en rubrique le nom de l'auteur Ymonides, jusqu'ici restitué par la critique interne. En
finale, C. M. M. republie la dédicace au pape Jean VIII d'après G, J et T2, alors que Strecker
disposait seulement du témoignage de J. F. D.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE

19. CACITTI (Remo), «Ad caelestes thesauros». L'esegesi dellapericope del «giovane ricco»
nella parenesi di Cipriano di Cartagine — Aevum, 67, 1993, p. 129-171.
R. C. a consacré une étude approfondie et erudite, d'une soixantaine de pages, à l'emploi
de la pericope du jeune homme riche (Matth. 19, 16-22 et Luc 18, 18-30) dans l'œuvre de
Cyprien. Nous avons rendu compte, il y a deux ans, de la première partie de cette étude,
concernant le texte scripturaire retenu par l'évêque (cf. Chron. Tert. 1991, n° 51). La seconde
partie, ici présentée, expose l'interprétation que celui-ci en a donnée et l'usage qu'il en a fait. A
vrai dire, on chercherait en vain, dans ses traités et ses lettres, un commentaire exégétique de la
péricope, mais on en trouve des citations partielles et des allusions si fréquentes qu'elle semble
avoir été la source vive de sa théologie et de sa spiritualité. C'est pourquoi l'étude de R. C.
déborde largement le cadre de la péricope. Par une fine analyse de textes fondamentaux
(notamment Fort, praef. 5, titulus 6 ; testim. 3, titulus 11 ; domin. orat. 20 ; laps. 11 ; eleem.
1 ; mortal. 26), l'auteur montre quelle place eminente occupe, dans la spiritualité de Cyprien, le
renoncement à tous les saecularia, renoncement symbolisé par la vente des biens que Jésus
conseille au jeune homme riche. Cette rupture absolue exprime la radicalité de la conversion et
de l'engagement baptismal. Si la pauvreté est, au plan de l'éthique, un aspect de l'ascèse
individuelle, elle est théologiquement le signe permanent, durant toute la vie du baptisé, de son
renoncement à Satan et de son adhésion au Christ. Elle entre dans l'économie du salut : préférée
à la richesse par le Christ rédempteur, elle constitue pour le converti un statut nouveau, seul
approprié à l'épanouissement de l'homme nouveau qu'il est devenu et à son cheminement vers
les caelestia. L'œuvre charitable {da pauperibus) est une manifestation concrète de ce
dépouillement total ; elle est le lieu où convergent foi et observation des commandements ;
484 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
pratiquée en Église, elle donne à la pauvreté une dimension ecclésiale. Ayant placé son trésor
dans le ciel, le croyant obtiendra un intérêt du septuple : il trouvera une nouvelle patrie, de
nouveaux parents, et retrouvera aussi ses anciens biens, sauvés de la corruption démoniaque et
restaurés par la passion du Seigneur et celle de ses imitateurs.
R. C. dégage les diverses perspectives dans lesquelles peut être abordée la pensée de
Cyprien, à partir de la péricope du jeune homme riche : éthique, spiritualité, sotériologie,
eschatologie. Au passage, il étudie les thèmes fondamentaux de cette pensée (le martyre, forme
suprême du dépouillement, le contemptus saeculariwn, la sequela et Y imitano Christi), ou bien
encore en appelle au témoignage de Pontius, qu'il réhabilite avec bonheur (p. 139-141). Le
diacre de Cyprien a fort bien compris la leçon de son maître et l'illustre par l'exemple même de
celui-ci. S'il rapporte que le nouveau converti a vendu tous ses biens, ce n'est pas par souci du
détail historique, mais pour montrer la radicalité de la conversion au Christ. R. C. en veut pour
preuves l'abondance et le caractère des réminiscences scripturaires dans le passage, notamment
l'allusion à l'invitation adressée par Jésus au jeune homme riche (VCy 2, 7), l'exemple de Job,
et l'organisation même en un texte cohérent, porteur de la même leçon, des testimonia du Livre
de Job empruntés par Pontius à Y Ad Quirinum de Cyprien (VCy 3).
Nous ne partageons pas toutes les Osservazioni finali e prospettive que l'auteur regroupe à
la fin de son importante contribution à la connaissance de la pensée de Cyprien. Plusieurs
d'entre elles durcissent en effet les données de l'analyse nuancée et juste qui constitue le corps
de l'article. Il ne nous semble pas possible en effet de parler, à propos de Cyprien, d'une
pensée millénariste, radicalisant le message de Jésus, et d'une fuite hors du monde, en réaction
à la décadence de celui-ci et à la violence de l'État. Certes, l'épiscopat de Cyprien a été marqué
par des luttes, des difficultés et des malheurs incessants, mais il faut faire la part des lieux
communs littéraires, philosophiques et théologiques, lorsque l'évêque évoque la décadence du
monde et les signes de l'approche de la fin des temps ou emploie des images et des expressions
millénaristes. Lui-même a connu l'exil, mais n'a cessé d'aspirer au retour et a accompli avec
une constance admirable ses tâches administratives et financières. Sa conversion a été radicale,
mais il a continué à vivre dans le siècle, sans renoncer à l'aisance et aux honneurs d'un haut
dignitaire. Comme R. C. le dit lui-même ailleurs dans son article, il a connu la situation
paradoxale du chrétien - si bien décrite par saint Paul -, vivant dans le monde sans être du
monde. S. D.

20. FELBER (Anneliese), Ecclesia ex gentibus congregata. Die Deutung der Rahabepisode
(Jos 2) in der Patristik, Graz : Universität, 1992, 10*-197 p. (Dissertationen der Karl-
Franzens-Universität, 85).
Grâce à ses index, cette étude peut être utilisée comme un répertoire des emplois
exégétiques de l'épisode de Rahab. Minutieusement replacés dans leur contexte, ceux-ci sont
présentés auteur par auteur et œuvre par œuvre. Les diverses interprétations sont énumérées
dans une brève conclusion.
Un chapitre est consacré à Cyprien (p. 79-101) : rapide présentation, claire et nuancée, de
son ecclésiologie (essentiellement d'après U. Wickert et M. Bévenot) ; analyse des deux
œuvres qui font appel à Jos. 2, 18 et 19 (unit. eccl. 8 et epist. 69, 4). De même que l'arche de
Noé, la maison de Rahab est la figure de l'Église : seuls ceux qui y demeureront rassemblés
seront sauvés. Comme l'y invite le texte scripturaire utilisé par lui, proche de la Septante
(«omnis qui exierit ostium domus tuae foras reus sibi erit»; VULG. : «sanguis ipsius erit in
caput eius»), Cyprien insiste sur la responsabilité de ceux qui abandonnent l'Église en toute
connaissance de cause. A. F. voit là un indice, parmi d'autres, que Cyprien vise les seuls
schismatiques - et ne songe pas aux païens -, lorsqu'il exclut du salut ceux qui sont hors de
l'Église. La conclusion générale de l'ouvrage laisse entendre que l'interprétation de Cyprien lui
est propre, mais la question n'est pas explicitement abordée. S. D.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 485
ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME

2 1 . KERESZTES (Paul), Imperial Rome and the Christians — Lanham-New York-London :


University Press of America, 1989, 2 vol.
I. From Herod the Great to about 200 AD. - VII-216 p.
II. From the Severi to Constantine the Great - XIII-385 p.
Bien qu'ils ne concernent pas directement les auteurs analysés dans la Chronica, ces deux
volumes fournissent des aperçus utiles sur le contexte historique et l'attitude des empereurs à
l'égard du christianisme. La seconde partie de chacun des deux volumes est constituée de textes
et documents divers. J.-C. F.

2 2 . KüNEWEG (Uwe), Das 'Umstürzen des Leuchters' (Justin, I apol. 26, 7) - eine
versteckte jüdische Polemik — Studia Patristica. Vol. XXVI. Papers presented at the Eleventh
International Conference on Patristic Studies held in Oxford 1991 : Liturgica, Second Century,
Alexandria before Nicaea, Athanasius and the Arian Controversy, Leuven : Peeters Press,
1993, p. 151-155.
L'accusation portée contre les chrétiens de "renverser les lampes" au cours de leurs
réunions pour se livrer, dans l'obscurité, à toutes sortes de pratiques condamnables (cf. Tert.,
Nat I, 7, 23 sq ; Apol 8, 7 ; Min. Fel., Oct 9, 6) viendrait, selon Min. Felix, de Fronton (cf.
supra n° 10). Pour U. K., cette accusation a pu être empruntée à la polémique juive
antichrétienne (cf. Justin, Dial. 10 ; Origene, Contre Celse, 6, 27), mais détournée, par les
païens, de son sens originel : les Juifs auraient donné à ce grief (l'extinction des lumières), un
sens symbolique : l'abandon du judaïsme, qu'expliquerait leur attachement à la menor ah
(chandelier). J.-C. F.

23. SCHWARTE (Karl-Heinz), Die Christengesetze Valerians — Religion und Gesellschaft in


der römischen Kaiserzeit. Kolloquium zu Ehren von Friedrich Vittinghoff, hrsg. von Werner
ECK, Köln-Wien : Böhlau, 1989, p. 103-163.
Cette étude s'efforce de reconstituer, après tant d'autres, le contenu des deux édits de
Valerien contre les chrétiens et surtout de discerner les intentions du législateur. Selon K. H.
S., les mesures de 257 et 258 rompent résolument avec la politique religieuse des empereurs
précédents, et contrairement à l'opinion de la plupart des historiens, celles de 258 marquent un
changement d'attitude par rapport à celles de 257. D'une étude attentive des Acta Cypriani et de
la Lettre de Denys d'Alexandrie à Germanus conservée par Eusèbe (hist. eccl. 7, 11, 1-11), il
conclut qu'en 257 seuls étaient visés les responsables des communautés (et non tous les
chrétiens, comme on l'affirme généralement) : en paralysant l'activité des évêques - exilés s'ils
ne respectaient pas le culte officiel -, des prêtres et des diacres - menacés de la peine capitale
s'ils organisaient des réunions ou pénétraient dans les cimetières -, l'empereur espérait
paralyser la vie de l'Église. L'échec de ces mesures a entraîné la publication d'un second édit,
visant cette fois tous les chrétiens en raison de leur foi - et non plus pour refus du culte païen -,
et renouant sur ce point avec le rescrit de Trajan. En effet, outre les responsables religieux, les
notables sont désignés dans l'édit (Lettre 80 de Cyprien, 1, 2), ce qui suppose, selon K. H. S.,
la désignation implicite des chrétiens de basse condition, même s'ils ne sont pas recherchés
systématiquement.
L'auteur examine soigneusement les témoins dont nous disposons et revient sur plusieurs
questions controversées. Notons qu'il propose de retenir, pour Acta Cypriani, 1, au lieu du
texte habituellement adopté par les éditeurs («eos qui non romanam religionem colunt debere
Romanas caerimonias recognoscere» ; voir Chron. Tert. 1989, n° 33), la leçon de quelques
manuscrits anciens : «eos qui romanam religionem colunt debere Romanas caerimonias
486 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
recognoscere». Cette leçon aurait l'avantage de mieux faire saisir l'intention du premier édit : au
lieu de dissocier croyance religieuse et culte, comme le laisse entendre l'autre leçon, Valerien
exigerait une participation au culte comme preuve d'adhésion à la religion de l'Empire. S. D.

24. BUCHHEIT (Vinzenz), Bildung im Dienst der Wahrheit (Min. Fei. Oct. 14) — Symbolae
Osloenses, 68, 1993, p. 116-128.
Selon V. B., Minucius Felix n'est pas exactement le témoin que l'on prétend de la rencontre
entre le christianisme et la culture antique, et pour le montrer il s'appuie sur le chap. 14 d'Ocí
dans lequel l'auteur met en garde contre les séductions de l'éloquence. Mais ce chapitre ne
représente qu'un moment de la pensée de Minucius Felix et ne se comprend que si on le
rapproche d'autres passages du dialogue (cf. Mélanges J. Collari, Paris, 1978, p. 371).
J.-C. F.

25. BURNS (J. Patout), Social Context in the Controversy between Cyprian and Stephen—
Studia Patristica. Vol. XXIV. Papers presented at the Eleventh International Conference on
Patristic Studies held in Oxford 1991 : Histórica, Theologica et Philosophica, Gnostica,
Leuven : Peeters Press, 1993, p. 38-44.
Cette communication, présentée en 1991 au Xle Congrès International de Patristique
d'Oxford, est développée dans l'article ci-dessous.

26. BURNS (J. Patout), On Rebaptism : Social Organization in the Third Century Church —
Journal of Early Christian Studies, 1, 1993, p. 367-403.
Approche sociologique (école de Mary Douglas) de la controverse qui opposa Etienne et
Cyprien : les communautés chrétiennes de Rome et de Carthage peuvent être étudiées comme
des 'groupes séparés' (séparés, en l'occurrence, du paganisme satanique), dans lesquels les
individus sont intégrés ou réintégrés par des rites de purification et de 'passage', baptême et
pénitence, et en dehors desquels ils ne peuvent être sauvés. J. P. B. procède à une lecture
minutieuse de l'œuvre de Cyprien dans cette perspective, et aboutit à une analyse dont nous
donnons ici les grandes lignes.
Pour comprendre la querelle, il faut remonter à la persécution de Dèce, qui a suscité des
réactions et une situation différentes dans les deux Églises. La communauté de Carthage a été
profondément déstabilisée. Tout d'abord, Γ édit n'exigeant pas l'abjuration, la plupart des
sacrificati n'avaient pas conscience d'avoir apostasie, mais seulement d'avoir manifesté leur
attachement à l'Empire ; l'identité du groupe, reposant sur la séparation vis-à-vis du paganisme,
s'en trouvait compromise. Excommuniés provisoirement par Cyprien, ils avaient en grand
nombre obtenu la paix de la part des confesseurs : ainsi se trouvait introduit dans la
communauté un recours nouveau, différent du rituel ordinaire de la réconciliation conférée par
l'évêque. Cyprien était affronté à deux partis, celui des laxistes et celui de Novatien et des
rigoristes. Dès son retour d'exil, il entreprit donc de redéfinir et de reconstruire sa communauté,
admettant parmi les pénitents, en vue de leur réconciliation, les apostats repentis et excluant les
rebelles considérés comme schismatiques. Le groupe retrouvait ainsi son identité, mais en se
séparant davantage encore. Rejetés à l'extérieur avec les païens, les schismatiques étaient
soumis au même rituel de passage qu'eux, s'ils voulaient entrer dans la communauté véritable ;
il leur fallait donc recevoir le baptême pour la seconde fois. L'Église de Rome, elle, n'a pas
souffert pareillement de la persécution de Dèce : elle n'a pas connu de crise d'identité, car il ne
s'est formé aucun parti laxiste en son sein, et l'opposition de Novatien n'a pas altéré la
conscience qu'elle avait de sa sainteté. Elle n'a pas eu à se redéfinir en rejetant ses opposants ;
ses frontières sont demeurées les mêmes, entre le monde païen et ceux qui croient au Christ et
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPR1ANEA 487
sont baptisés en son nom. C'est pourquoi Etienne est resté fidèle à la tradition apostolique du
baptême unique.
Cette étude se lit avec intérêt. Mais l'auteur tire de la correspondance de Cyprien, nous
semble-t-il, des conclusions un peu rapides concernant la situation, bien mal connue, de
l'Église de Rome à la même époque. Et peut-on vraiment appliquer aux communautés
chrétiennes du IIIe siècle, dont les membres appartiennent à la société païenne et vivent, en
dehors du culte, au cœur de cette société, les lois sociologiques qui régissent les 'groupes
séparés', tribus ou sociétés secrètes ? Peut-on réduire leur liturgie et leur doctrine à de simples
'rites de passage' et à des règles destinées à maintenir leur identité et sauvegarder leurs
marques? S. D.

ACTES DES MARTYRS

27. SHAW (Brent D.), The Passion of Perpetua.—Past & Present, 139, May 1993, p. 3-45.
Article ambitieux et important, hélas vicié par diverses erreurs dans les traductions anglaises
des originaux latins. B. S. commente, en historien de la vie privée, le récit des derniers jours et
du supplice de Perpétue. Comme le titre l'indique d'emblée, cette jeune femme, de rang élevé et
d'une culture inhabituelle chez les personnes de son sexe, est au cœur de l'analyse. L'A.,
refusant les grilles de lecture théologique et psychanalytique, cherche à éclairer sa situation
familiale et conjugale, sa place dans une société privilégiant les hommes d'âge mûr, les
connotations sexuelles de son exécution publique. Il souligne la singularité de l'expérience de la
martyre, la simplicité de son récit autobiographique, enseveli sous les interprétations
successives de lecteurs masculins, depuis le rédacteur de la Passion (BHL 6633) jusqu'aux
savants modernes, en passant par le remanieur des Actes (BHL 6634-6636) et par des
prédicateurs comme Augustin et Quodvultdeus. Le rédacteur de la Passion, tout en respectant la
teneur du journal de Perpétue, insère ce dernier dans un cadre théorique, qui incite à en faire
une lecture théologique. Le remanieur des Actes, qui abrège la Passion à des fins liturgiques,
supprime le journal, et plus généralement tout ce qui pouvait choquer dans l'attitude de Perpétue
vis-à-vis de son père, de son époux ou de son enfant. Augustin et Quodvultdeus, avec des
talents divers, commentent la résistance de la martyre en termes de virilité. Et l'A. conclut, de
façon evocatrice, mais sûrement excessive : «Given the irreducible feminine duritia of
Perpetua's record, their reactions seem as logical and natural as antibodies surrounding a
foreign vital infection».
Des sous-titres auraient été les bienvenus pour faciliter la lecture d'un article aussi dense. B.
S., à côté de réflexions pertinentes, formule aussi des hypothèses gratuites ou même fausses.
Je range dans la première catégorie la remarque de la p. 25 («absence of any mention of
Felicitas by Perpetua»), dans la seconde les doutes exprimés au sujet de l'authenticité de la
vision de Saturus (p. 32) ou les spéculations de la p. 8 («Perpetua and Felicitas were not readily
susceptible to credible accusations of adultery. Were the authorities and the crowd attempting to
shame the two women with the imputation of a different sort of sexuality ?»). Les traductions
anglaises des S. 280-282 d'Augustin et des deux textes restitués à Quodvultdeus sont si
fautives qu'elles rendent partiellement caduc le commentaire qui en est donné ; on contrôlera, à
titre d'exemple, le latin sous-jacent aux phrases : «the Devil who had defeated man through
woman should not be able to escape these ambushes» (p. 39) ; «Perpetua and Felicitas were
able to tread on the head of the snake, because Eve had not been admitted into the core of their
hearts» (p. 43) ; «she spurned her new body, her new strength» (p. 44). De même l'explication
fournie p. 24-25 sur l'absence du mari de Perpétue repose, à mon avis, sur un contre-sens. La
jeune femme en effet écrit ceci (§ 5, 6) : «Ego dolebam casum patris mei, quod solus de
488 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
passione mea gauisurus non esset de toto genere meo». On a généralement déduit de ce passage
(en donnant à l'action de «gaudere de passione» un sens positif) que les autres membres de la
famille étaient chrétiens et qu'ils se réjouissaient de la couronne de martyre destinée à la jeune
femme. B. S. en tire une conclusion inverse : «Only her father out of all of the relatives on his
side of the family sympathized with her plight. It seems most probable, then, that her own
husband was frankly hostile to her decision to become a Christian». Les modernes, certes,
peuvent se tromper, mais l'interprétation devenue traditionnelle est déjà attestée dans un sermon
antique que je publierai dans les Analecta Bollandiana en 1995 : «Doluit enim Perpetua patrem
suum, quod solus in suo genere inuentus est, qui non meruit de eius passione gaudere».
Voici pour terminer quelques compléments d'information. Il est surprenant que ΓΑ. n'ait
pas exploité l'édition commentée, qu'a récemment donnée de la Passio Perpeîuae A. A. R.
Bastiaensen (cf. Chron. Terî. 1987, n° 3).- Perpétue et Félicité sont les figures majeures d'un
groupe de martyrs des deux sexes : ce fait intriguait déjà les prédicateurs antiques et a conduit
B. S. à recenser les récits des Ile et lile s. dont les héroïnes étaient des femmes. À ses relevés,
on ajoutera la Passion de Guddène, exécutée à Carthage le 27 juin 203, c'est-à-dire moins de
quatre mois après Perpétue (cf. H. Quentin, Les martyrologes historiques du moyen âge, Paris,
1908, p. 174). Le fait que cette pièce soit égarée depuis le IXe s. n'enlève rien à son intérêt
dans une discussion de ce type.- Parmi les interprètes et lecteurs masculins du journal de
Perpétue, un hagiographe de la seconde moitié du Xle s., Goscelin de Saint-Bertin, aurait
mérité une petite place : sous le titre d'exemplum, il résume en effet les visions et l'histoire de la
jeune martyre, dans un ouvrage adressé à une moniale d'Angers (cf. C. H. Talbot, The 'Liber
confortatorius' of Goscelin of Saint Bertin, dans Studia Anselmiana, 37, 1955, p. 50-51).
F. D.

DOCTRINE

28. VlCIANO (Albert), La sotériologie de Tertullien insérée dans la tradition théologique de


l'Asie Mineure — Cristianesimo latino e cultura greca sino al sec. IV. XXI Incontro di studiosi
della antichità cristiana, 7-9 maggio 1992, Roma : Institutum Patristicum «Augustinianum»,
1993, p. 117-126 (Studia ephemeridis «Augustinianum», 42).
En réponse à des recenseurs de son travail doctoral (cf. Chron. Tert. 1986, n° 31 ;
également Chron. Tert. 1989, n° 48), A. V. souligne d'abord les aspects de cette sotériologie
qui font de Tertullien le continuateur de la tradition asiate (Irénée, Méliton), sans pouvoir se
réduire simplement au fond commun de la prédication chrétienne : 1) incarnation du Verbe en
tant que fondement de l'œuvre salvifique (la notion de salus carnis est le pivot de cette
sotériologie d'où est exclue toute perspective juridiciste, la rédemption étant libération,
acquisition ou mieux réunification de l'humanité avec Dieu) ; 2) passio de Jésus ; 3) croix de
Jésus (Tertullien insiste sur la volonté du Fils dans l'exécution du dessein salvifique du Père, et
sur son caractère de médiateur des deux natures). Mais cette doctrine ne reprend pas
identiquement celle d'Irénée ; elle présente des traits neufs, comme la rénovation de l'homme in
melius (et non in pristinum), et l'accent mis sur la liberté de l'homme pour lutter, grâce à la
force de l'Esprit, contre péché et démon et atteindre ainsi le salut moyennant ses mérites. Par là,
Tertullien a adapté à la mentalité latine la théologie qu'il recevait de la tradition grecque : fait qui
mérite considération dans l'actuel dialogue œcuménique avec les orthodoxes. R. B.
CHRONICA TERTVLUANEA ET CYPRIANEA 489
29. HÉBERT (Geneviève), Tertullien : une philosophie de l'histoire — Penser la foi.
Recherches en théologie aujourd'hui. Mélanges offerts à Joseph Moingt, Paris : Éditions du
Cerf ; Assas Éditions, 1993, p. 413-423.
Un des apports les plus originaux de Tertullien à l'histoire de la pensée est qu'il a esquissé
une conception du sens de l'histoire fondée sur le progrès et les exigences de la raison. La
démonstration qu'en fait G. H. est largement tributaire - elle le reconnaît elle-même - du
chapitre «Vetera et noua» de la thèse de J.-C. Fredouille. Après des réflexions sur le temps chez
les philosophes païens (notamment stoïciens) et chez les chrétiens, elle analyse l'argumentation
de Tertullien, dans ses ouvrages apologétiques, sur l'antiquité et la nouveauté du christianisme,
sa conception de la loi qui se fonde sur la raison {Ap 4, 13 ; Cor 4, 5), sa vision de l'histoire
du salut qui donne son intelligibilité à l'histoire contemporaine {Ap 20, 5) et ses vues sur le
passage de la loi primordiale à la loi mosaïque (lud 2, 4). Une telle philosophie du progrès le
prédisposait à accueillir et défendre le montanisme. R. B.

30. GESSEL (W. M.), Der Temar. Glaubensregel, Tradition und Sukzession nach De
praescriptione haereticorum Tertullians — Sendung und Dienst im bischöflichen Amt.
Festschrift für Bischof Josef Stimple, St. Ottilien, 1991, p. 139-154.
Règle de foi, tradition, succession apostolique, constituent une triade indissociable qui,
pour Tertullien, est au centre de la Révélation. Cette conviction est nettement formulée dans les
deux 'prescriptions' de Ρ raes 21. W. M. G. a raison de ne pas prendre celles-ci dans leur sens
proprement juridique et de ne pas voir dans ce traité un ouvrage de théologie fondamentale.
J.-C. F.

31. HOSAKA (Takaya), Terutyurianusu no shizen shingakuteki sekaizô : dai 1-bu : tai ikyô
ronsô [= Das naturtheologische Weltbild Tertullians. Erster Teil : in der Polemik gegen die
Heiden] — Seikei daigaku ippan kenkyü = Bulletin ofSeikei University, 26, 1993, p. 39-57
Dans cet article très documenté, qui abonde en citations latines (le plus souvent correctes) et
en références bibliographiques, l'A. se propose de montrer l'importance de l'idée de nature
dans la théologie de Tertullien, où la révélation ne jouerait qu'un rôle «secondaire» (p. 34). Il
insiste d'abord sur les contradictions des païens, quand une peruersitas inspirée par Satan vient
offusquer la connaissance naturelle qui permet à l'homme de distinguer le bien et le mal ; des
exemples sont pris à Apol (ainsi 2, 7-8 : procédure illogique contre les chrétiens) et à Spect
(ainsi 21, 2-3 : comportement schizophrénique des spectateurs). Un autre développement est
consacré au testimonium ueritatis de l'âme, qui est naturellement bonne mais ne conserve
intégralement ce caractère que chez les chrétiens. Enfin l'A. explique le «fiunt non nascuntur
Christiani» a1 Apol 18, 4 : «Devenir chrétien, c'est dire que l'on décide de vivre suivant l'âme
naturelle qu'on possède de naissance» (p. 45). P. P.

32. TlBILETTl (Carlo), Nota sul presunto modernismo di Tertulliano (De testimonio animae)
— Ricerche patristiche in onore di Dom Basil Studer = Augustinianum, 33,1993, p. 449-466.
Les "modernistes" italiens condamnés par l'encyclique Pascendi de Pie X (1907) se sont
réclamés de Test pour légitimer leur conception de l'immanence du divin dans l'homme et en
déduire la nécessité de rejeter tout dogme révélé. Mais en fait, leur immanence vitale, négatrice
de la transcendance, dépourvue de contenu précis, et issue d'un obscur sentiment inconscient,
tourne le dos à la pensée de Tertullien. C. T. s'appuie sur Marc I, 10, 1-4, sur plusieurs
passages de Test et sur An 41 pour le montrer : l'âme, image de Dieu et connaturelle à lui,
douée de capacité divinatrice et cognitive, fournit du divin une connaissance immédiate qui est
de caractère essentiellement intellectuel (les verbes utilisés sont nosse, comperire, cognoscere,
490 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
intellegere, sapere). D'autre part, ce témoignage s'associe à la preuve cosmologique pour
constituer la voie d'une connaissance naturelle qui est appelée elle-même à se compléter dans la
connaissance surnaturelle (les praedicationes de Dieu). R. B.

33. MATTEI (Paul), Du divorce, de Tertullien, et de quelques autres sujets... Perspectives


nouvelles et idées reçues — Revue des Études Augustiniennes, 39, 1993, p. 23-35.
A propos du recueil d'articles de C. Munier (cf. Chron. Tert. 1991, n° 78) sont présentées
deux séries d'observations : 1. Question du divorce (cf. Chron. Tert. 1986, n° 33) : en
s'appuyant sur Pat 12, 5, Vx II, 1, 1 et Mon 10, 7, P. M. insinue que, dans la Carthage de
Tertullien, la permission du remariage des divorcés ne se limitait pas aux hommes et aux cas de
rupture pour adultère ; il conclut à la coexistence de plusieurs attitudes dans les communautés
jusqu'à l'établissement d'une plus stricte discipline au IVe siècle.- 2. Interprétation globale de
Tertullien : a) concernant la morale, P. M. s'associe aux critiques dont a été l'objet la thèse de
C. Rambaux (cf. Chron. Tert. 1979, n° 29) et il se fonde sur Pat 16, 5 et Cor 14, 4 pour
marquer l'importance de l'échange : l'action morale comme don en retour, commandé par une
grâce dont l'initiative revient à Dieu et au Christ (cf. Chron.Tert. 1991, n° 66) ; b) concernant
l'ecclésiologie, il souligne la cohérence de Tertullien dans sa conception d'une Église comme
"substance divine". R. B.

34. MATTEI (Paul), Deux notes sur mariage (divorce) et virginité dans Novatien — Rivista di
Storia e Letteratura Religiosa, 29, 1993, p. 357-365.
Poursuivant ses recherches sur Novatien (cf. Chron. Tert. 1992, n° 39), P. M. porte
successivement son attention sur deux textes : 1) De bono pudicitiae 5-6 montre que,
concernant le problème du mariage et du divorce, le Romain occupe une position doctrinale
médiane entre Tertullien et les synodes occidentaux du début du IVe siècle ; 2) De trinitate 29,
26 (à propos de la triade "apôtres, martyrs, vierges") : le rapprochement avec d'autres textes fait
ressortir ce qui rapproche Novatien de Cyprien (l'ascèse peut se substituer au martyre) et ce qui
l'en sépare (discrétion du thème de la sequela Christi). R. B.

3 5 . CRAMER (Peter), Baptism and Change in the Early Middle Ages, c. 200 - c. 1150,
Cambridge : Cambridge University Press, 1993, XX-356 p. (Cambridge studies in medieval
life and thought, Fourth series, 20).
Confronté aux difficultés qu'avaient les théologiens des Xle et Xlle s. à s'entendre sur la
nature des sacrements, l'A. a voulu comprendre, en prenant l'exemple du baptême, quelle avait
été la genèse des diverses opinions médiévales. Six chapitres, conçus chacun comme un essai
cohérent, mènent le lecteur d'Hippolyte de Rome à Abélard. Le second est consacré à
Tertullien, à Ambroise et à la Passion de Perpétue et Félicité, dont le rédacteur pourrait bien,
selon P. C , avoir été Tertullien. Le commentaire des textes retenus (Bapt 2-4, visions de
Perpétue) n'est pas de type érudit ; il cherche plutôt à transcrire en mots des impressions
personnelles de lecture. Chez Tertullien, l'Esprit flottant sur les eaux de Genèse 1,2, représente
la figure majeure du baptême. Ce qui ressort de l'expérience de Perpétue est que le rite
baptismal est à la fois «a preparation for and a pre-enactment of death». On est surpris de
constater que la bibliographie finale n'inclut pas l'ouvrage fondamental de V. Saxer, Les rites
de l'initiation chrétienne du lie au Vie siècle. Esquisse historique et signification d'après les
principaux témoins, Spoleto, 1988 (dont le ch. VIII [p. 121-138] traite précisément de
Tertullien et de la Passion de Perpétue). F. D.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 491
36. TRETTEL (Giulio). // calice eucaristico nell'epistola LXIII di san Cipriano — Sangue e
antropologia nel Medioevo. Atti della VII settimana, Roma, 25-30 novembre 1991, Roma :
Centro Studi Sanguis Christi, 1993,1.1, p. 417-439 (Collana «Sangue e antropologia», 8).
Présentation de la Lettre 63 de Cyprien à l'intention d'un public non averti. L'auteur insiste
sur deux arguments invoqués par Cyprien pour justifier l'emploi du vin, et non de l'eau, dans
le sacrifice eucharistique : le respect de la tradition du Seigneur ; la préfiguration du sang du
Christ dans l'Ancien Testament. S.D.

37. ADOLPH (Anneliese). Die Theologie der Einheit der Kirche bei Cyprian, Frankfurt am
Main-Berlin-Bern, etc. : Peter Lang, 1993, 263 p. (Europäische Hochschulschriften, Reihe 23,
Theologie, Bd. 460) [Diss. Tübingen, 1991].
Cet exposé réparti sur seize sections, elles-mêmes subdivisées en plusieurs points, séduira
le théologien par son caractère systématique : en une suite de propositions visant à l'exhaustivité
et n'excluant pas les reprises, A. A. présente la théologie de l'unité de l'Église que lui a permis
de reconstruire un examen préalable, très scrupuleux, des textes de Cyprien et que l'ont aidée à
préciser et à formuler les analyses de ses prédécesseurs. Elle était fort bien préparée à ce travail,
tant par sa formation que par une longue pratique de la théologie au service de l'Église
évangélique, puis de l'Église catholique.
Le concept d'unité est central dans la pensée de Cyprien, il assure la cohérence de son
ecclésiologie et même de toute sa théologie. Une est l'Église, locale ou universelle, un le peuple
de Dieu, pourtant géographiquement divisé, une la fonction episcopale, malgré le nombre des
évêques, et cette unité interdit la présence de deux évêques pour la même communauté. L'unité
fait du «corpus coepiscoporum» un organisme vivant, entièrement solidaire de l'Église une et
indivisible, et incarnant en quelque sorte l'unité de l'Église et de la fonction ecclésiale. Il en va
de même pour l'union du troupeau et de son pasteur : toute séparation entre eux est séparation
de l'Église. Leur union est communion des croyants au Christ ; en effet, par son ordination
dans l'Église, l'évêque agit comme le représentant du Christ. Son ordination dans l'Église
l'introduit dans la succession apostolique et le rend seul responsable de son peuple devant
Dieu ; elle lui confère l'Esprit Saint et, à ce titre, en fait l'unique dispensateur des sacrements.
Son appartenance à l'Église rend valides les sacrements qu'il distribue car, à travers lui, c'est
l'Église qui confère ces sacrements. De l'unité naît la sainteté de l'Église, lieu exclusif du salut
et de la vérité. Si l'unité de l'Église a une telle efficience aux yeux de Cyprien, c'est qu'elle est
établie par Dieu, fondée sur le Christ ; elle n'est ni morale ni philosophique, mais
sacramentelle ; elle tire son origine de l'unité trinitaire, réalité invisible dont elle est le signe
visible (sacramentum unitatis).
On aurait aimé trouver dans ce livre une présentation et une discussion des principales
interprétations, souvent divergentes, qui, au cours des siècles, ont été données de
l'ecclésiologie de Cyprien. Mais la démarche d'A. A. ne s'y prêtait pas : la théologienne a
cherché plutôt, chez ses prédécesseurs, des approches et des jugements sur lesquels appuyer sa
propre reconstruction. En revanche, sur des points particuliers, son livre fournit d'utiles mises
au point. Nous en retiendrons quatre. 1) Une section est consacrée au rapport entre l'unité de
l'Église et l'unité de la fonction episcopale (eh. Ili) : contre les théologiens qui font de la
seconde tantôt la conséquence, tantôt la condition de la première, A. A. se rallie à l'opinion de
ceux qui voient indistinctement dans l'une le signe et l'expression de l'autre.- 2) H. Janssen,
Kultur und Sprache. Zur Geschichte der alten Kirche im Spiegel der Sprachentwicklung von
Tertullian bis Cyprian, Nijmegen, 1938, p. 123 sq., discerne, chez Cyprien (epist. 73, 4-5 et
testim. 3, 86), une différence de sens entre schismatici et haeretici. Textes de Cyprien à l'appui,
A. A. montre que cette différence n'existe pas : étant en dehors de l'Église comme les seconds,
les premiers sont également en dehors de la vraie foi (p. 180 sq.). On pourrait toutefois objecter
492 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
que, si cette assertion est théologiquement exacte, elle ne Test pas linguistiquement. Cyprien
emploie schismaticus seul dans des contextes qui insistent sur la séparation ; il coordonne aussi
souvent les deux termes, manifestant par là qu'il a conscience d'une différence.- 3) Selon
l'auteur (ch. XIV), on ne peut tirer directement de l'enseignement de Cyprien, comme certains
l'ont fait, une théologie de l'Église-Corps du Christ et, par là-même, «sacrement» d'unité.
C'est l'unité de l'Église, et non l'Église, qui est «sacrement», signe visible de l'unité trinitaire.
Certes, l'eucharistie incorpore les croyants au Christ et confirme ainsi leur union et l'unité de
l'Église. Mais celle-ci a été établie originellement par Dieu.- 4) Deux sections (ch. IV et V) sont
consacrées à la fonction de Pierre, à l'Église de Rome, aux notions d'ecclesia principalis,
matrix et radix, primatus. Tout en restant nuancée, la position d'A. A. est plutôt 'romaine'.
Selon elle, dans la pensée de Cyprien, Pierre est plus qu'un symbole ou une unité numérique :
il est le fondement de l'Église, il a été voulu par le Christ pour porter sacramentellement l'unité.
L'Église de Rome est dite principalis (episî. 59, 14), non parce qu'elle est la première en date
(Koch), ni parce qu'elle jouit d'un véritable primat, ni parce qu'elle est YUrkirche partout
identique (Wickert), mais parce qu'elle est et demeure le signe, le point de départ et la source de
l'unité de l'Église (interprétation analogue dans le commentaire ad loc. de G. W. Clarke, The
Letters of St Cyprian, vol. 3, 1986, p. 257 ; il est surprenant qu'A. Α., pourtant assez bien
documentée par ailleurs, n'ait pas eu recours à cet ouvrage indispensable). Il y a bien, pour
Cyprien, un primat de l'Église et de l'évêque de Rome, non pas au sens moderne du terme,
mais en ce sens que l'évêque de Rome, successeur de Pierre, est comme lui le témoin, le signe
véridique et le garant de l'unité, et que le siège episcopal romain est «l'actualisation
sacramentelle de l'origine de l'unité». La voie était ainsi ouverte, souligne l'auteur, à
l'élaboration ultérieure du concept de primat romain. S. D.

38. MARGERIE (Bertrand de), Saint Cyprien donnait-il l'Eucharistie aux divorcés
remariés ?—Recherches de Théologie ancienne et médiévale, 60, 1993, p. 273-275.
La réponse est négative : si l'évêque de Carthage accorde la paix aux adultères (epist. 55,
20, 2), c'est après une longue pénitence et à la condition qu'il n'y ait pas récidive ; le cas des
adultères ne diffère pas de celui des «diacres fomicateurs» (epist. 4, 4,1-3) ou des apostats.
S. D.

39. NOBILI (Augusta), La catechesi cristologica di S. Cipriano — «Humanitas» classica e


«sapientia» cristiana. Scritti offerti a Roberto Iacoangeli, a cura di Sergio FELICI, Roma : LAS,
1992, p. 99-109.
En s'appuyant principalement sur le livre II de YAd Quirinum, A. N. énumère les
principaux traits de la christologie de Cyprien : préexistence et divinité du Christ ; naissance
virginale et humanité ; mystère pascal. Évêque et pasteur, Cyprien développe surtout ce dernier
aspect, incitant ses fidèles à imiter le Christ, à en partager la Passion afin de participer à sa
Résurrection. S. D.

40. CUVA (Armando), «Publica est nobis et communis oratio» (S. Cyprianus, De dominica
oratione, c. 8) — Salesianum, 55, 1993, p. 485-498.
Cette interprétation, propre à Cyprien, de l'emploi du «nous» dans le Pater noster s'inscrit
dans sa conception de la prière (cf. unit. eccl. 12 ; epist. 11, 7) et dans son ecclésiologie :
universelle et communautaire, faite par tous et pour tous (tel est le sens de publica et de
communis), la Prière du Seigneur est «non seulement l'expression et la manifestation de l'unité
de l'Église, mais aussi l'instrument de sa réalisation». On saura gré à A. C. d'avoir mis ainsi
l'accent sur l'explication cyprianique de notre dans Notre Père - dans leurs études sur les
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 493
commentaires anciens du Pater, ni Κ. Β. Schnurr ni M. B. von Stritsky ne s'y étaient intéressés
(voir Chron. Terî. 1986, n° 14 et 1989, n° 20) -, et d'avoir signalé quatre utilisations de cette
exégèse en plus de celles qui figurent dans l'édition Réveillaud du traité de Cyprien (Paris :
PUF, 1964, p. 169, n. 2). S. D.

41. MATTEI (Paul), 'Extra ecclesiam nulla salus' et puissance du nom de Jésus. Tensions et
fractures dans la théologie du De rebaptismate — Studia Patristica. Vol. XXIV. Papers
presented at the Eleventh International Conference on Patristic Studies held in Oxford 1991 :
Histórica, Theologica et Philosophica, Gnostica, Leuven : Peeters Press, 1993, p. 300-305.
Dans cette communication, P. M. complète une étude parue en 1990 (voir Chron. Tert.
1990, n° 15). Plus rhéteur et polémiste que théologien, l'auteur du De rebaptismate ne semble
pas s'apercevoir que sa pensée est «tendue entre deux pôles». D'une part en effet, il fonde son
refus de l'anabaptisme sur la uirtus du nom de Jésus invoqué au baptême, de l'autre il affirme
que le salut est impossible sans la collation de l'Esprit par l'imposition des mains, et que
l'Esprit ne peut être communiqué en dehors de l'Église. Il adhère donc en réalité à la même
ecclésiologie que Cyprien et, de ce fait, vide de son efficacité salvifique la uirtus nominis Iesu
au nom de laquelle pourtant il combat Cyprien. S. D.

HÉRÉSIES

42. ORBE (Antonio), Hacia la doctrina marcionítica de la redención — Gregorianum, 74,


1993, p. 45-74.
Poursuivant le réexamen du marcionisme à partir de l'exégèse des textes bibliques (cf.
Chron. Tert. 1991, n° 72), A. O. explicite la doctrine de la rédemption. Celle-ci est liée à la
mort sur la croix : le Christ de Marcion a souffert en un corps passible et mortel, mais non de
chair, pour racheter les (seules) âmes des hommes de la captivité de la loi (= du Créateur). Il le
fait par l'effusion de son sang (= le sang de son corps céleste). L'hérétique n'a pas eu beaucoup
à modifier dans la lettre des énoncés scripturaires. Rares sont les cas où, comme pour Col. 1,
22 (cf. Tert., Marc V, 19, 6), il a dû supprimer carnis à côté de in corpore. Pour lui la sarx est
exclue de la rédemption et le mot "corps" désigne soit le corps psychique de l'homme, soit le
corps ecclésial du Christ. C'est à ce corps ecclésial que les croyants sont incorporés par la
rédemption. Les Pères ont moins combattu les idées de Marcion sur cette question que ses
prémisses anthropologiques et surtout christologiques qui lui permettaient de donner aux termes
une application totalement différente. R. B.

43. MARKSCHIES (Christoph), Das Problem des historischen Valentin : neue Forschungen zu
Valentinus Gnosticus — Studia Patristica. Vol. XXIV (cf. n° 25), p. 382-389.
La position de C. M. est nette : pour connaître la doctrine de Valentin, nous ne disposons
que de ses fragments. Les autres textes, ceux des hérésiologues comme ceux de Nag Hammadi,
ne reflètent pas fidèlement sa pensée, qui se situe entre Philon et Clément d'Alexandrie.
Pour soutenir cette thèse, C. M. s'appuie volontiers sur les passages de Val dans lesquels
Tertullien insiste sur l'évolution du valentinianisme. Celle-ci, certes, est incontestable, mais sa
prise en considération n'exclut pas pour autant qu'il y ait bien eu une dualité d'enseignements
(affirmée par le même Tertullien et d'autres hérésiologues), ésotérique et exotérique. J.-C. F.
494 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
44. MAY (Gerhard), Marcione nel suo tempo — Cristianesimo nella storia, 14, 1993, p. 205-
220.
Revenant sur Marcion avec la même prudente méthode (cf. Chron. Tert. 1987, n° 32 et
surtout Chron. Tert. 1990, n° 56), G. M. part d'Irénée, Haer. I, 27, 2-3 pour souligner tout ce
qui rattache l'hérétique au gnosticisme (spéculation sur les êtres célestes, critique de l'A. T.).
Mais il marque ce qu'a eu d'unique la césure radicale établie par lui entre le dieu supérieur et
celui de la Bible. Marcion s'est écarté aussi des gnostiques en recourant, pour légitimer sa
doctrine, à une reconstruction historico-philologique ; son idée que l'Église s'était éloignée de
l'évangile originel est un des éléments les plus marquants de sa pensée. Son paulinisme repose
en fait sur des présupposés dogmatiques : retrouver sa doctrine des deux dieux. S'il fut le
créateur de la notion de canon néotestamentaire, il apparaît toutefois, étant donné la fluidité du
texte du N. T. à l'époque, que son entreprise de révision a été moins audacieuse que ne l'ont
prétendu ses adversaires catholiques. Il a, en tout cas, rendu manifeste dans l'Église une crise
latente et qui était inévitable à mesure que devenait plus lointaine l'origine judaïque. R. B.

45. HlLL (Charles E.), The marriage of Montanism and Millennialism— Studia Patristica.
Vol. XXVI (cf. n° 22), 1993, p. 140-145.
Malgré l'accord presque général des savants, il n'est pas assuré que les représentants du
montanisme originel aient partagé la croyance millénariste : leur eschatologie se limitait à
attendre comme imminente la parousie, avec descente de la Jérusalem céleste à Pepuza. C'est
seulement avec Tertullien (Marc III, 24, 3-6) qu'on pourrait observer une connexion entre
millénarisme et montanisme. La conception du Carthaginois qui situe la résurrection des justes
dans la Jérusalem céleste descendue ici-bas, s'écarte en tout cas de celle d'Irénée (Haer. 5, 34,
1-2) qui admet un royaume millénaire dans une Jérusalem réédifiée sur le modèle de la cité
céleste et ensuite, après ce millenium et après le Jugement, la descente de la Jérusalem du ciel. Il
est probable que Tertullien s'écartait aussi des montanistes d'Asie mineure. Il aurait, par cette
conception, fusionné le millénarisme irénéen et l'attente montaniste (non millénariste) de la
descente de la cité céleste. R. B.

46. JENSEN (Anne), Prisca - Maximilla - Montanus : who was the founder of Montanism ?
— Studia Patristica. Vol. XXVI (cf. n° 22), 1993, p. 147-150.
La désignation de "montanisme" est tardive (Ve siècle). Les témoins anciens de ce
mouvement charismatique qui s'était opposé à la structure "monoépiscopale" de l'Église, le
désignent comme "nouvelle prophétie" ou "hérésie phrygienne". Dans le trio initiateur, il
semble bien que le don de prophétie ait appartenu aux deux femmes, tandis que Montan n'aurait
été que l'organisateur, l'administrateur de la structure ecclésiale. Ne sont cités à date ancienne
que les logia des deux prophetesses (cf. Tert., Exh 10, 5 : «sanctam prophetidem Priscam»).-
Mais le texte d'Eusèbe (Hist. eccl. V, 14) qui est versé à l'appui de la démonstration ("Paraclet"
aurait le sens littéral de "supporter", "avocat") n'est pas susceptible d'une telle interprétation : il
oppose bien le Paraclet Montan aux deux femmes qui sont ses prophetesses. R. B.

SURVIE

47. ADKIN (Neil), Tertullian in Jerome (epist. 22,37,1 f) — Symbolae Osloenses, 68, 1993,
p. 129-143.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 495
Poursuivant sa microanalyse stylistique et critique de Vepisi. 22 de Jérôme (cf. Chron.
Tert. 1992, n° 74 ; 1993, η ° 44 ; infra, n° 48 ; et aussi Grazer Beiträge, 15, 1988, p. 177-186 ;
Latomus, 51, 1992, p. 408-421 ; Philologus, 136, 1992, p. 234-255 ; RFIC, 120, 1992, p.
185-203 ; RBPhH, 71, 1993, p. 96-100 ; RhM, 136, 1993, p. 187-195 ; Orpheus, N. S. 15,
1994, p. 154-156), N. A. identifie deux nouveaux emprunts de Jérôme à Tertullien : d'abord
une série de réminiscences, assez lâches, du De oraîione 25, 5-6, puis l'habile condensation
d'un passage du De corona :
3, 4 : ad omnem progressum atque promo- episî 22, 37, 2 : ad omnem actum, ad omnem
tum, ad omnem aditum et exitum, incessum manus pingat crucem
quacumque nos conuersatio exercet frontem
signáculo terimus
(le passage de Jérôme avait déjà été cité par La Cerda dans son édition de Tertullien, t. 1,1624,
p. 659). A son habitude, l'A. se plaît à démonter le travail de marqueterie qui lui semble
caractéristique de Jérôme, et à dénoncer les incohérences auxquelles l'entraînerait l'emprunt de
formulations clinquantes.- Notes de lecture. P. 131 : s'il est vraisemblable qu'en écrivant
«quanquam apostolus semper orare nos iubeat» Jérôme pense à / Thess. 5, 17, la formule de
Tertullien «omni in tempore et loco» (Or 24 ; cf. 3, 2 ; lei 10, 3) paraît plutôt se référer à Eph.
6, 8 + / Tim. 2, 8.- P. 132, n. 12 : le sommeil comme prière des saints («Sanctis etiam ipse
somnus oratio sit») est une formule bien frappée de Jérôme, et un thème connu (cf. DS, 10, c.
1037-38), mais Augustin n'y fait pas allusion en serm. 80, 7 ; il y vise ceux qui s'endorment en
priant (cf. serm. 362, 29 : «in ipsis uocibus dormitabit»). P. P.

4 8 . ADKIN (Neil), 'Istae sunt quae soient dicere'. Three Roman Vignettes in Jerome's
«Libellus de virginitate servanda» (Epist. 22) — Museum Helveticum, 49, 1992, p. 131-140.
Dans cette analyse de trois brefs discours que Jérôme met dans la bouche de virgines
ennemies de son ascétisme, N. A. relève une série d'emprunts conjoints, et pas toujours
cohérents, à la Bible, aux Pères de l'Église et aux classiques : la passion du style l'aurait cette
fois encore emporté sur la logique. On notera juste ici les parallèles avec Tertullien, parfois
ténus mais toujours intéressants ; nous avons ajouté entre soufflets des contextes qui nous
paraissaient significatifs.
Carn 3,2 sed satis erat illi (sc. Christo), § 13,3 sufficit mihi conscientia mea
inquis, conscientia sua
Carn 4,2 <quod pannis dirigitur... quod> § 39,2 <cruentus egeritur, inuoluitur pannis>
blanditiis deride tur blanditiis deridetur
Carn 20,3 (Dauid) per quem se cecinit ipse § 12,2 (Salomon) per quem se cecinit ipsa
Christus sapientia
Cult 2,9,6 non, inquitis, utemur nostris ? Res § 29,5 rebus tuis utere et uiue dum uiuis
3,3 uiue dum uiuis
Vx 1,5,2 <onera ... quae> parricidiis expu- § 13,2 necdum nati filii parricidae
gnantur
Vx 1,8,4 <per uinolentiam> quiduis mali § 29,5 <uinosae atque lasciuae> quiduis mali
insinuant insinuant
Vx 1,8,5 deus enim illis, ut ait apostolus, § 29,4 nulla illis nisi uentris cura est et quae
uenter est, ita et quae uentri propinqua uentri próxima
Vir g 14,6 non enim confitebuntur nisi § 13,1 quas nisi timor uteri et infantum
ipsorum infantium suorum uagitibus proditae prodiderit uagitus
496 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Beatus Rhenanus notait dès 1539 (édition, p. 602) la postérité hiéronymienne de Vx 1, 8,4-5 et
La Cerda dès 1624 (édition, 1.1, p. 749) celle de Virg 14, 6. L'influence de Virg 14 avait été
signalée par H. Koch, cité par F. J. Dölger, Antike und Christentum, 4, 1934, p. 282. Dans
l'esprit de Ν. Α., on pourrait monter en épingle l'emploi du verbe ruere pour dépeindre la chute
des vierges en Virg 14, 3 comme en epist. 22, 13, 1. P. P.

49. ADKIN (Neil), Tertulliano De idololatria and Jerome — Ricerche patristiche in onore di
Dom Basil Studer = Augustinianum, 33, 1993, p. 11-30.
On avait déjà signalé que Jérôme s'inspire du De idololatria dans les lettres à Héliodore
(epist. 14, 10 ; cf. Idol 12, 4), à Eustochium (epist. 22, 11,1; cf. Idol 5, 1) et à Marcella (38,
5, 1 ; cf. Idol 12, 3). Ν. A. montre que le passage où Tertullien a évoqué la vocation des
apôtres, Jacques et Jean d'une part, Matthieu de l'autres (Idol 12, 3) a vraisemblablement
influencé Jérôme en epist. 14, 6, 1 et 22, 21, 8-9 ; ce dernier développement incorpore aussi un
souvenir de Idol 12, 2 («crucem tuam tollas» et une imitation de Mart 3, 1 «nemo miles cum
uxore ad bellum cum deliciis uenit» qui devient «nemo enim miles cum uxore pergit ad
proelium» — d'où Ps.- Hier., epist. ad Oceanum, 5 (PL 30, 290A) : «nemo miles cum uxore
pergit ad bellum» (rapprochement signalé par H. Koch, Cyprianische Untersuchungen, Bonn,
1926, p. 468, n. 2). Les exhortations à ne se soucier ni du vivre ni du vêtir (aussi en Idol 12,
2) ont dû inspirer epist. 22, 31, 3, où la tournure «puella sum delicata» vient peut-être de Spect
28, 3 «delicatus es Christianus» et la formule «tua, quae sunt aliena» de Pat 7, 5 «quod
nostrum esse uidetur alienum est».- N. A. a omis de signaler un autre emprunt dans la lettre à
Héliodore (epist. 14, 5, 2 ; cf. Idol 1, 5), signalé jadis par le regretté P. G. van der Nat (éd.
Idol, Leiden, 1960, p. 45 ; d'où J. C. M. van Winden, Vigiliae Christianae, 36, 1982, p. 113).
On lui en propose ici un autre, toujours antérieur au départ de Jérôme pour l'Orient, tiré d'une
lettre à Damase :
Idol 6,3 Negas te quod facis colere ? Sed illi epist. 21,12 Talis est daemonum multitudo,
non negant, quibus hanc saginatiorem et quae per idola manu facta cruore pecudum et
auratiorem et maiorem hostiam caedis, uictimis pascitur, et nouissime saginatiore
salutemtuam quadam hostia, ipsius hominis morte,
saturatur

50. DULAEY (Martine), Victorin de Poetovio premier exégète latin, Paris : Institut d'Études
Augustiniennes, 1993, 2 vol., 373 et 266 p. (Collection des Études Augustiniennes, Série
Antiquité 139-140).
On trouvera t. 1 p. 300-307 et t. 2 p. 149-153 analyses et références d'emprunts ou
d'allusions à des écrivains et des œuvres relevant de la Chronica : Tertullien, Apol, Prax, lei,
lud et An ; Minucius Felix ; Cyprien, Quir, Fort, De bono pat. ; Novatien ; Fragment de
Muratori ; Ps.-Cyprien, lud, De montibus et De pascha computus. J.-C. F.

51. PICASSO (G.), Motivi ecclesiologici nella «Collectio canonum» del cardinale Deusdedit. I
testi di san Cipriano — Medioevo e Latinità in memoria di Ezio Franceschini (cf. n° 18), p.
403-418.
Depuis le travail de pionnier de Charles Munier, Les sources patristiques du droit de
VÉglise du VIIIe au XIIe siècle, Mulhouse, 1957, on sait que les textes de Cyprien tiennent une
place modeste dans les collections canoniques, sauf dans celle du cardinal Deusdedit, un
partisan de Grégoire VII mort tout à la fin du XIe siècle. Les citations de l'évêque de Carthage y
forment trois blocs (livre I, 262-281 ; II, 120-132 ; IV, 197-210). L'A. les identifie - sauf deux
(II, 130-131) introduites par Idem in concilio suo et qui ne sont pas cyprianiques - et indique
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 497
leur diffusion dans les autres collections, jusqu'au Décret de Gratien. Elles proviennent des
lettres, du De unitate ecclesiae catholicae et du De lapsis, ainsi que de deux apocryphes, le De
XII abusiuis saeculi (IV, 197) et le De aleatoribus (IV, 203). Le travail était pratiquement fait
dans l'édition de V. Wolf van Glanvell (Paderborn, 1905). Ce qu'ajoute ΓΑ., c'est une
réflexion sur l'ecclésiologie de Deusdedit qui, tout en affirmant le primat de l'Église romaine,
omnium ecclesiarum mater, insiste beaucoup à la suite de Cyprien sur l'unité de l'episcopat :
«episcopatus unus episcoporum multorum concordi numerositate diffusus» (II, 265 = epist.
55, 24).- On est surpris de ne pas voir utilisé l'ouvrage classique de M. Bévenot, St. Cyprian's
De unitate Chap. 4 in the Light of the Manuscripts, Rome, 1938, où il est souvent question de
Deusdedit aux p. LXVI-LXXV : «The Canonists and De unitate, Chap. 4». P. P.

52. L A HAYE (Régis de), Saint Cyprien, patron de Moissac — Bulletin de la Société
archéologique de Tarn-et-Garonne, 117,1992, p. 137-159 (6 fig.).
Histoire du culte de Cyprien à Moissac, depuis sa translation, en 1122, jusqu'à l'époque
moderne. Grâce à des documents d'archives, on sait quand furent fabriquées les diverses
châsses du martyr, et dans quelles chapelles celles-ci furent tour à tour offertes à la vénération
des fidèles. Les reliques provenaient, d'après la tradition locale, du village de Saint-Cyprien
dans le Lot, mais certains bons esprits, à commencer par l'évêque de Cahors, Alain de
Solminihac, doutaient, dès le XVIIe s., de leur authenticité. F. D.

53. FREDOUILLE (Jean-Claude), Tertullien en Allemagne et en France de 1870 à 1930 —


Patristique et Antiquité tardive en Allemagne et en France de 1870 à 1930. Influences et
échanges. Actes du Colloque franco-allemand de Chantilly (25-27 octobre 1991), Paris :
Institut d'Études Augustiniennes, 1993, p. 93-101 (Collection des Études Augustiniennes.
Série Moyen Age - Temps Modernes, 27).
Les larges sondages pratiqués par J.-C. F. dans la production des tertullianistes alllemands
et français lui ont permis de déterminer trois phases dans la «Tertullianforschung» : 1. celle de
l'éclosion (1870-1889), très largement dominée par l'érudition allemande, pour la quantité
comme pour la qualité : qu'on songe par ex. aux travaux exemplaires de M. Klussmann - 2.
l'âge des grandes synthèses (1890-1905), marqué par les sommes toujours consultées de Ch.
Guignebert (1901), P. Monceaux (1901), H. Hoppe (1903) et A. d'Alès (les trois dernières ont
fait l'objet récemment soit de réimpression, soit de traduction) - 3. enfin le temps des grandes
monographies (1906-1930), parmi lesquelles se détachent celles de P. de Labriolle (1913) et de
J. Lortz (1927-28). L'originalité française tient peut-être à l'accent mis sur les études
proprement littéraires, où se sont illustrés un Monceaux et un Labriolle (1920).— Cette étude
suggestive aurait gagné en ampleur si Γ A. avait pu étendre son enquête à des pays limitrophes,
comme la Belgique où les travaux de J.-P. Waltzing brisent le monopole germanique en matière
de critique textuelle, et la Suède où les deux frères ennemis G. Thörnell et E. Löfstedt font
fleurir les études sur la langue de Tertullien ; c'est grâce au second que les Beiträge de Hoppe
purent être publiés à Lund en 1932 : dans l'Allemagne en pleine crise économique, ils n'avaient
pas trouvé d'éditeur. P. P.

RÉIMPRESSIONS

54. RORDORF (Willy), Lex orandi, lex credendi. Articles réunis à l'occasion de son 60*
anniversaire, Fribourg Suisse : Éditions Universitaires, 1993, XVI-515 p. (Paradosis, 36).
498 CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA
Sous ce beau titre, et par les soins de collègues du Groupe Suisse d'Études patristiques,
sont rassemblées trente études - anastatiquement reproduites - qui ont jalonné, de 1962 à 1993,
la féconde recherche de W. R. Parues dans des périodiques ou des ouvrages collectifs en marge
de ses livres et de ses éditions, ces études - la plupart en allemand, mais quelques-unes en
français et anglais - sont réparties entre trois rubriques : 1) Liturgie ; 2) Théologie (doctrine,
éthique, exégèse) ; 3) Apocryphes. Actes de Paul. Ce groupement correspond assez bien à
l'évolution suivie par l'historien - internationalement reconnu - du "dimanche" qui s'est,
ensuite, beaucoup intéressé aux problèmes théologiques de la "tradition", avant de porter son
attention maintenant à la littérature apocryphe. La rigueur scientifique a valu aux travaux de W.
R. leur réputation ; mais on ne saurait passer sous silence la ferveur œcuménique qui est, chez
lui, la marque du pasteur. C'est elle qui s'exprime notamment dans l'étude XVII, parue en
1990 («Le problème de la tradition dans la discussion œcuménique des dernières
décennies»).— Dans sa reconsidération du matériel patristique, W. R. ne pouvait manquer de
rencontrer - directement ou indirectement - Tertullien. D'où plusieurs études qui touchent à
celui-ci. L'important article de Vigiliae Chrisîianae 23, 1969, p. 105-141 sur son attitude à
l'égard de la militia est reproduit p. 263 s. Son témoignage sur l'exégèse de l'échelle de Jacob
est évoqué dans l'étude XXII qui souligne l'intérêt de Marc III, 24, 9 pour reconstituer une
interprétation christologique du passage (voir notre édition p. 305-306). On sait que Bapt 17, 5
nous a laissé de précieuses indications sur les Actes de Paul : l'étude XXIX (de 1990) défend le
texte de Borleffs fondé sur le Trecensis 523 et revalorise, contre diverses hypothèses, le
témoignage du Carthaginois sur ce point précis. Les études les plus récentes concernent les
apocryphes : XXVI (de Studia Patristica 25, 1993, p. 142-158), sous le titre significatif de
«Terra incognita», est une large introduction aux problèmes de cette littérature ; et XXV
(«Hérésie et orthodoxie selon la correspondance apocryphe entre les Corinthiens et l'apôtre
Paul», de 1993 aussi) est un réexamen approfondi qui aboutit à des conclusions nettes : cette
correspondance remonte à la première moitié du IIe siècle, elle a une origine distincte des Actes
de Paul, l'enseignement visé serait celui de Saturnin. Le recueil se clôt (p. 497-510) sur la
bibliographie complète du récipiendaire. R. B.

56. HARNACK (A. von), Marcion, the Gospel of the alien God, transi, by J. E. STEELY and L.
D. BIERMA, Durham, NC : Labyrinth, 1990, X-182 p.
La publication, en 1984, du livre de R. J. Hoffmann (cf. Chron. Tert. 1987, n° 31), par ses
outrances et ses positions intenables, a ramené l'attention sur Marcion et, du même coup, sur
l'ouvrage classique que lui avait consacré A. H. (2e éd. Leipzig 1924 ; réimpr. Darmstadt
1960). Ce produit de toute une vie de recherches a fait prévaloir, pendant de longues années,
l'image d'un Marcion bibliste s'inspirant de Paul pour restaurer une pure religion de rédemption
et d'amour. Même si, depuis, d'importants correctifs n'ont cessé d'être apportés à ce profil
d'un hérétique dont on reconnaît aujourd'hui les attaches au gnosticisme et à la philosophie
contemporaine (cf. Chron. Tert. 1987, n° 32, et ici même n° 44), il faut se féliciter de voir
paraître une traduction anglaise de ce livre. Certes on peut regretter les allégements pratiqués par
l'éditeur : ont été omis, à cause de leur technicité, les treize appendices (400 pages !) qui mettent
à la disposition du lecteur, dans l'édition allemande, tout le précieux matériel minutieusement
collecté par A. H. à partir de sources dispersées, souvent peu accessibles. Du moins les notes,
elles, sont reproduites en fin de volume. Même sous cette forme simplifiée, réduite aux dix
chapitres dans lesquels A. H. a suivi Marcion, du point de départ de son hérésie jusqu'à
l'organisation de son église et à l'histoire postérieure de celle-ci, cette traduction pourra rendre
des services. La partie philologique et historique du travail (notamment tout ce qui concerne le
culte et la morale du marcionisme) n'est guère périmée ; et d'autre part, l'interprétation
harnackienne de Marcion, pour n'être plus admise telle quelle de nos jours, n'en appartient pas
moins à l'histoire de notre siècle. R. B.
CHRONICA TERTVLLIANEA ET CYPRIANEA 499
57. MEULENBERG (L.), Cipriano : A única fonte e os muitos rios — Atualizaçâo (Belo
Horizonte), 21, 1992, p. 23-52 ; 133-151 ; 207-228.
Traduction portugaise de l'étude recensée en Chron. Tert. 1990, n° 9. P. P.

NOUVELLES

58. Pendant l'année universitaire 1992-1993, Hans-Werner Thönnes a soutenu devant la


Katholisch-theologische Fakultät der Ruhr-Universität Bochum une thèse intitulée : Caelestia
recogita et terrena despides. Altkirchliche Apologetik am Beispiel Tertullians im Vergleich mit
modernen Entwürfen (parue à Berne, chez P. Lang, en 1994).

59. La Chron. Tert. 94 recensera entre autres, outre la thèse de H. W. Thönnes, l'édition de
Marc III par R. BRAUN (SC 399) ; E. OSBORN, The Emergence of Christian Theology ; Α.
ZiLLENBiLLER, Die Einheit der katholischen Kirche : Calvins Cyprianrezeption in seinen
ekklesiologischen Schriften, et de nombreux articles dont nous regrettons d'avoir eu
connaissance trop tard pour en rendre compte cette année.
Revue des Études Augustiniennes, 41 (1995), 325-355

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1994

Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de
domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort
de Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron.
Tert., qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu.
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en
particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, qui nous ont fourni de précieuses
indications bibliographiques, et M. Jean-Pierre Rothschild, qui nous a permis l'accès aux
travaux de B. Hall.
Avec cette livraison, la Chronica boucle un cycle de vingt ans. L'Institut d'Études Augus-
tiniennes envisage de publier une réimpression de l'ensemble de nos bulletins. Le volume sera
muni des index nécessaires, et d'un supplément où nous efforcerons de rendre compte de tous
les ouvrages et articles que nous avons pu omettre. Ces recensions ne seront pas reprises dans
la prochaine livraison de ce bulletin, qui ne traitera que des publications de 1995. Nous
remercions d'avance les lecteurs qui voudraient bien nous signaler les lacunes qu'ils ont pu
repérer : nemo proficiens erubescit.

René BRAUN — Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI


François DOLBEAU — Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

ÉDITIONS

1. TERTULLIEN, Adversus Marcionem, Liber III, éd. René BRAUN, Paris : Éditions du Cerf,
1994, 363 p. (Sources Chrétiennes, 399).
On a déjà dit tout le bien qu'il fallait penser des deux premiers tomes de YAduersus
Marcionem que la collection "Sources Chrétiennes" s'honore de publier (cf. Chron. Tert. 1990,
326 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

n° 2, et 1991, n° 2). Le troisième les surclasse encore, à la fois par l'importance des problèmes
qu'il soulève et par la maîtrise avec laquelle R. B. les traite, en théologien et en philologue.
L'introduction est remarquable par sa densité et sa clarté. On appréciera en paniculier l'ana-
lyse du livre, reprise dans un plan d'ensemble et, dans le corps de la traduction, par des inter-
titres et des manchettes qui permettent de suivre pas à pas les raisonnements, parfois bien
subtils, de Tertullien. L'édition comporte la matière d'un commentaire perpétuel, qui se partage
entre de nombreuses notes en bas de page et un important appendice en fin de volume : 102
notes critiques discutent les difficultés du texte ou de la traduction (il n'y en avait que 60 pour le
livre II, d'une taille comparable) et 18 notes complémentaires, qui sont de véritables petites
dissertations, abordent des points de vocabulaire, de doctrine ou d'exégèse. Un index fait de
main d'ouvrier permet un accès facile aux richesses des trois volumes publiés. La recensio du
texte avait été faite par Kroymann, au moins dans ses grandes lignes ; on disposait de bonnes
traductions en anglais et en italien ; la lecture de Marc restait pourtant un exercice difficile. Avec
l'édition de R. B., on est entré dans une ère nouvelle.
L'essentiel de Marc III est consacré à la réfutation de la christologie marcionite, à partir
d'un grand débat sur les Écritures, dont le point principal porte sur l'annonce prophétique du
Christ dans l'Ancien Testament : était-ce bien, comme l'affirme la Grande Église, le Christ du
Créateur qui était annoncé par Isaïe et dans les Psaumes ? La position de Marcion est
comparable à celle des Juifs, pour qui le Messie n'est pas encore venu, et Tertullien remploie
contre lui des arguments qu'il avait utilisés contre eux dans l'esquisse que constitue YAduersus
Iudaeos (sur les rapports de ces deux œuvres, R. B. se rallie à la thèse, communément admise
aujourd'hui, de G. Säflund et H. Tränkle). La comparaison des textes aurait été sans doute plus
aisée si les emprunts avaient été indiqués non pas en tête de chapitre, mais page par page. On
aurait ainsi perçu tout de suite des divergences que R. B. signale souvent, mais pas toujours ;
on comparera par ex. son traitement des ajouts de Marc en 14, 6 (34-38) et 14, 7 (47-50).
Le texte repose toujours sur le témoignage de deux manuscrits, l'un conservé, le
Montepessulanus (=M), et l'autre perdu, le Hirsaugiensis, que l'on reconstitue à partir de deux
copies (FX) et de l'édition princeps de Beatus Rhenanus (R1). De M, il a existé deux copies,
celle de Gorze dont Rhenanus a obtenu une collation pour sa troisième édition (d'où la
fréquence des variantes attestées par MR3), et celle de Dijon, dont subsistent différentes
collations. Les notes de Saumaise dans son exemplaire de travail (B. N., Réserve, C. 300)
montrent cette fois encore que D n'a d'originalité que dans quelques fautes propres et que le
savant éditeur du De pallio est un critique avisé : par ses conjectures, il devance Rigault (2, 1
[8] defendi) et R. B. lui-même (8, 1 [5] aborsiuos). Les indications de l'apparat sont très
claires, parfois même un peu trop précises lorsqu'elles s'efforcent de reproduire
typographiquement les abréviations des manuscrits, un exercice périlleux et rarement utile.
Nous avons relevé très peu d'inexactitudes : en 3, 1 (5), la coupure «exauctorauit. Siquidem»
apparaît déjà dans R1 ; en 6, 1 (1), on lit en F non pas «est», mais «est constat» ; il aurait fallu
noter en 13, 1 (1) «et Pam : om. Θ», et en 6, 3 (19) «fuerat Oehler : fuerit Θ». La préférence
donnée par deux fois à la leçon de X contre le reste des témoins - 4, 2 (15) superinduceret X
[M*° ??] ; 13, 4 (24) uobis X (=Is. 7, 14) - veut dire que son copiste a su corriger le texte fautif
de l'archétype de la tradition. Le second cas est sûr, le premier beaucoup moins.
Kroymann, qui fut le premier à utiliser M de façon systématique, avait profondément
modifié le îextus receptas des anciennes éditions. Ses innombrables conjectures ont eu le mérite
de faire sentir bien des difficultés, et parfois de les résoudre : R. B. en conserve près de 25. Il
en a lui-même proposé 17. Cinq concernent la ponctuation, toujours si délicate chez Tertullien :
13, 6 (36-37) ; 13, 8 (56) ; 17, 3 (19) ; 17, 5 (45) ; 18, 4 (29-30). Les autres modifient le texte
transmis : 1, 2 (19) <ut> decretum est [ut] ; 4, 2 (7) Christus ; 5, 3 (30) nec ; 7, 7 (62)
<tantum> (cf. lud 14, 10) ; 8,1 (5) aborsiuos ; 13,4 (21) inquis ; 17, 3 (18) adnuntiaws ; 19, 5
(34) <quam eius> (cf. lud 10, 14) ; 19, 6 (38) significare meum creatorem ; 19, 7 (45) depu-
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 327

tanda/n ; 24, 11 (87) [uolant uelut] ... hi qui ; 24, 13 (108) sperandam didici. On ajoutera une
conjecture non retenue, bien que tentante, oneras pour honoras en 11,5 (26), et des remarques
suggestives sur les textes parallèles de lud (cf. p. 87, n. 5 ; 88, n. 1 ; 126, n. 1).
La correction du texte latin est bonne, malgré quelques erreurs : 3, 1 (6) multo : multos θ ;
7, 6 (47) delineatur : deliniatur θ ; 17, 2 (13) supra : citra θ ; 19, 7 (43) Christo : Christo eius
θ ; 24, 12 (101) qui et : et non habet θ. Les quelques fautes d'impression dans l'introduction et
les notes ne sont pas gênantes, même si l'on regrette que le futur collaborateur de R. B.,
Claudio Moreschini, ait son nom estropié p. 45 et 238. Le fait que l'édition de Pamèle soit
toujours datée de 1579 (p. 52) montre que ce fantôme bibliographique a la vie dure - la
correction apportée au 1.1 (p. 361) n'a pas réussi à l'extirper !
Le soin que R. B. met à décrire la langue de Tertullien est toujours exemplaire, et on lui
pardonnera volontiers quelques redites, notamment entre les indications de l'apparat et celles
des notes critiques (cf. 8, 1 [5] et p. 231 ; 18, 3 [19] et p. 250). Les analyses de R. B. se
fondent toujours sur le dépouillement systématique du TLL et de Y Index Tertullianeus, ce qui
leur donne une grande sûreté, sauf bien sûr si Claesson s'était basé sur une édition aujourd'hui
dépassée : ainsi l'expression conserere gradum (2, 1 [1] ; cf. p. 58, n. 1) apparaît deux fois
dans le texte de lud établi par Tränkle (2, 1 ; 7,1). R. B. sait mieux que quiconque qu'il ne faut
pas se fier aveuglément aux choix des éditeurs : il démontre par ex. p. 259 que qui au sens de
quare, dont Claesson relève 11 occurrences, n'appartient en fait pas à l'usage de Tertullien. Il
faudrait citer des dizaines de petites études parfaitement ciselées, comme celles sur
obtusiolobtunsio (p. 224-225), sur exinde quod/quo (p. 236-237), sur le sens de lancinare (p.
286-288), etc. On proposera, en hommage, trois modestes suggestions. En 1, 2 (15), est-il
raisonnable de lire seorsus avec M (seule occurrence chez Tertullien) et non seorsum avec β
(plus de 20 occurrences) ? En 3, 3 (23) et 20, 10 (77), l'omission de esse après posse est un
phénomène courant ; cf. Waszink, éd. An., p. 263. Sur l'emploi du génitif "indépendant", on
verra Thörnell, Studia Tertullianea, II, 1920, p. 57-58, qui ponctue ainsi 20, 7 (46-48) : «Nam
quia uiro deputare non poterai uirginis [=quod uirginis erat], eum uentrem patri deputauit».
Quelques remarques en passant sur la traduction, remarquablement lisible et fidèle. R. B. a
plusieurs fois fractionné de longues périodes «par souci d'allégement» (p. 228). Il me semble
qu'en 2, 4 (22-24), la coupure en deux phrases ne respecte pas le mouvement du texte. En 19,
9 (56-59), la traduction retrouve la ponctuation traditionnelle et paraît reposer sur le texte rejeté
«ostensa est enim» (sur tout le passage, voir Thörnell, Studia Tertullianea, I, 1918, p. 76-77).
En 6, 8 (71-72), R. B. traduit le texte de Kroymann (cité dans DeusChristianorum, p. 190)
portio certe, qua et non le sien portio, certe qua. En 16, 3-4 (22-23), la répétition de certe,
sûrement voulue (cf. lud 9, 21-22), est rendue par deux tours différents, ce qui traduit une
certaine gêne ; faut-il, comme R3, mettre le premier dans une phrase interrogative, à laquelle
répondrait «'certe', inquis» ? Autres suggestions : 1,1 (7) adeo doit avoir ici la la valeur d'ideo
(cf. Hoppe, Beiträge, p. 115) ; 6, 5 (31) abscondam "ferai disparaître" (Is. 29, 14 κρύψω ;
Marc IV, 25, 4 celabo) ; 10, 5 (Infìngendo "en la façonnant" ; 12, 2 (13) "nom commun" ne
rend pas bien sensus ... communis (cf. Evans : "common <to ail nations>") ; 13, 2 (9) scilicet
uagitu est ironique : «c'est bien sûr par son vagissement...».
L'apparat biblique est d'une abondance et d'une qualité exceptionnelles. Les citations
isolées sont souvent commentées en bas de page, et les notes complémentaires "décortiquent",
avec beaucoup de pénétration, les dossiers scripturaires les plus fournis, comme celui sur les
deux avènements du Christ (p. 276-280 ; on notera p. 279, à propos du bouc émissaire, une
coïncidence ave la Mishnah, qui ne peut guère s'expliquer que par une tradition judéo-
chrétienne, non attestée par ailleurs) ou ceux sur les figures et les prophéties de la croix (p.
294-297). Les ouvrages de G. Quispel et P. Prigent avaient déjà apporté beaucoup de matériel,
mais R. B. sait les compléter et les corriger et, en suivant méthodiquement les démonstrations
de Tertullien, il est à même d'en faire ressortir l'originalité et la vigueur.
328 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

Devant tant de richesses, on est presque gêné de présenter quelques remarques de détail.
Tout d'abord, une question technique : serait-il possible, lorsqu'une citation revient plusieurs
fois dans le même chapitre, de répéter non pas la lettre en exposant qui sert d'appel de note,
mais la référence elle-même ? Ainsi en 8,7, on comprendrait tout de suite que le passage n'est
qu'une longue adaptation de / Cor 15, assez fidèle malgré le changement de personne (cf. la
traduction littérale donnée en Res 48, 3-5).- Certains versets de l'Ancien Testament sont cités
dans le Nouveau. Si la source de Tertullien se laisse déterminer sans ambiguïté, il vaudrait la
peine de la préciser : ainsi, en 17, 5, c'est le texte de Matth. 8, 17 qui est reproduit, et non celui
d'/s. 53, 4.- Quelques citations "classiques" chez les Pères n'ont pas de correspondant exact
en hébreu ou en grec : si R. B. commente bien (p. 296) l'addition a Ugno que comporte la
citation du Ps. 95, 10 en 19,1, il aurait pu aussi souligner l'omission de a deo en Deut. 21, 23
(maledictus [a deo] omnis qui pependerit in ligno, cité en 18, 1), sur laquelle on peut toujours
voir la note de G. Archambault à Justin, Dial. 96,1.- Enfin on a peut-être lieu de s'étonner du
nombre anormalement élevé de références fausses qui apparaissent dans Marc ΠΙ : 1. Joël pour
Amos (6, 6 ; cf. p. 226) ; 2.1 au lieu de II Règnes (20, 8 ; cf. p. 255) ; 3. Ps. 57 pour 67 (22,
6 ; cf. p. 260) ; 4. Michée pour Malachie (22, 6 ; cf. p. 261) ; 5. Ps. 57 pour 58 (23, 4 ; cf. p.
263) ; 6. peut-être Amos pour Isaïe (24, 11 ; cf. p. 212, n. 3). R. B. s'est efforcé de séparer
les erreurs de Tertullien, qu'il respecte (nos 1, 2, 6), des accidents de la transmission, qu'il
corrige (nos 3 à 5). On peut se demander si dans le cas n° 5 il n'y aurait pas un vestige de
l'ancienne numérotation des Psaumes dans la Bible africaine, qui est inférieure d'une unité à
celle des Septante (cf. C. H. Turner, Journal of Theological Studies, 6, 1905, p. 264-268). Il
vaudrait sans doute la peine d'examiner toutes les références aux Psaumes que donne
Tertullien, comme on l'a fait pour Cyprien.
On pourrait faire quelques additions minimes au commentaire (par ex. rapprocher 18,7
d'Idol 5, 3-4), mais le vrai problème qui attend maintenant R. B., traducteur et annotateur des
livres IV et V (C. Moreschini se chargeant de l'établissement du texte), sera non plus d'ajouter,
mais de supprimer. Le livre IV à lui seul est plus volumineux que les trois premiers réunis. Il
faudra donc trouver une présentation plus ramassée, mais qui ne prive pas le lecteur de cette
alliance de la réflexion et de l'érudition qui fait le prix de cette grande entreprise. P. P.

2. Sancii Cypriani episcopi episîularium ad fidem codicum summa cura selectorum necnon
adhibitis editionibus prioribus praecipuis edidit G. F. DIERCKS, Turnholti : Brepols, 1994,
VIII-310 p. (Corpus Christianorum, Series Latina, III Β - Sancti Cypriani opera, Pars 111,1).
Wilhelm von Hartel (1839-1907), futur ministre des cultes et de l'instruction publique de la
monarchie austro-hongroise, n'avait pas 30 ans en 1868, lorsqu'il publia son édition des Opera
omnia de Cyprien (CSEL 3, t. 1-2), la première après la révolution dans les méthodes de la
critique textuelle qu'on place d'ordinaire sous le patronage de Karl Lachmann. On en a, bien
souvent, relevé les faiblesses, mais il faut tout de suite ajouter qu'aujourd'hui encore elle n'est
pas totalement remplacée, et que certaines des éditions partielles qui lui ont succédé n'ont pas
réalisé des progrès substantiels. Celle que nous donne maintenant G. D., après des années ou
plutôt des décennies de travaux préparatoires, devrait au contraire satisfaire les plus exigeants.
On ne pourra la juger pleinement que lorsqu'auront paru la fin de la correspondance (lettres 58
à 81) et surtout le tome consacré à l'introduction, à la description des manuscrits et à l'exposé
des principes de critique retenus par l'éditeur, mais on se rend compte dès maintenant qu'il
s'agit d'une œuvre monumentale, établie sur la première recensio complète de la vaste tradition
cyprianique.
Pour avoir une idée de l'apport de cette nouvelle édition, nous l'avons soumise à deux
tests, qui opposent l'un Hartel à G. D. et l'autre G. D. à lui-même. Dans Yepist. 48, de
Cyprien au pape Corneille, le texte du CCL diffère en 12 endroits de celui du CS EL. Sept fois,
G. D. est revenu au texte traditionnel, celui de Baluze (1726) puis de la Patrologie latine, en
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 329
rejetant une intervention arbitraire (1. 45 ut secl. Hart) et des tournures moins bien attestées
et/ou moins conformes à l'usage de l'auteur (7 ad [ante diáconos] Hart ; 43 ab om. Hart, etc.).
Quatre fois, G. D. rejette le texte reçu par ses prédécesseurs, d'où des nouveautés qui peuvent
être intéressantes (27 Mauretanias duas Di : Mauretaniam Bal Hart ; 29 placuit : placuit ut ; 32
sicuti : sicut ; 36 profecisse : processisse). Dans le cas d'une tripartition (17 in praesentiam Di :
in praesentia Hart in praesenti Bal), la leçon retenue s'impose face à une conjecture gratuite et à
une variante qui ne remonte qu'à un seul témoin antique (garanti par l'accord Pk). Enfin, on
signalera que quatre fois G. D. approuve les choix de Hartel contre la vulgate imprimée
(notamment à la 1. 46 protectio au lieu de dignatio). Le bilan est donc honorable, mais pas
spectaculaire. Le contraire aurait surpris : le texte de Cyprien, dont on connaît depuis longtemps
des témoins de base, est bien établi au moins dans ses grandes lignes. Ce qui est en revanche
exceptionnel, c'est la qualité de l'apparat critique, positif ou négatif suivant les cas, mais
toujours d'une parfaite clarté, que sert une typographie aérée et impeccable (on lira seulement 1.
37 sic au lieu de sit). S'inspirant d'une pratique de l'édition "Budé" (1925), G. D. indique dans
un apparat spécial les témoins sur lesquels se fonde son texte, mais alors que le chanoine
Bayard se contentait de reprendre les manuscrits utilisés par Hartel, dont il reproduisait ensuite
de rares leçons, les choix faits par G. D. offrent un aperçu raisonné sur la transmission du
texte.
On le voit en comparant son édition des lettres 30, 31 et 36 à celle qu'il en avait donnée en
1972 dans les Opera Novatiani (CCL 4). Le texte lui-même n'a subi que quelques retouches, en
général justifiées : epist. 30, 2, 2, (32) quia rattaché à la citation de Rom. 1, 8 ; 31, 6, 4 (134)
importunis cibis Di2 : -nus cibus Di 1 ; 7,1 (144) satisfacientibus : satisfactionibus ; 8,2 (162)
aduersus : aduersum ; 36, 4, 2 (92) in domino : semper. En revanche, on s'étonne de la faute
adque pour atque en 30, 3, 2 (60) - le texte de Hartel, qui la contient, a-t-il servi de "copie" ? -
et on peut n'être pas convaincu par le maintien de la variante et exoptauit en 31, 1,3 (24). La
grande nouveauté, c'est l'apparat. Alors que celui de 1972, renforcé par une copieuse appendix
critica, était si riche que seul l'éditeur lui-même pouvait en tirer quelque profit, G. D. a choisi
maintenant de présenter non plus la totalité de la tradition manuscrite, mais seulement le
témoignage des chefs de file qu'il avait identifiés en appliquant les méthodes stemmatiques
traditionnelles, par un labeur qui force l'admiration. Si chaque lettre (ou groupe de lettres) a fait
l'objet d'une enquête aussi étendue et aussi précise, on ne peut que s'incliner devant le tour de
force de G. D. Il ne faudrait d'ailleurs pas croire que dans le cas de ces trois lettres, l'éditeur
s'est contenté d'élaguer un matériau surabondant (en supprimant parfois, à contre-cœur sans
doute, des informations intéressantes pour l'histoire du texte de Cyprien). Il apparaît
notamment que sa reconstitution de V (le Veronensis perdu) a fait des progrès importants,
comme on en constate aussi dans les apparats des citations bibliques et des testimonia.
On attend donc avec impatience, et avec une grande reconnaissance, les deux tomes qui
termineront cette édition destinée à faire date. P. P.

3. PSEUDO CIPRIANO, / due monti Sinai e Sion. De duobus montibus, a cura di Clara BURINI,
Fiesole : Nardini, 1994, 330 p. (Biblioteca Patristica, 25) ; EAD., Per una nuova edizione dello
ps. ciprianeo De duobus montibus—Paideia cristiana. Studi in onore di Mario Naldini, Roma :
Gruppo Editoriale Internazionale, 1994, p. 47-72.
Première édition critique du De duobus montibus (CPL 61 = Mont.) depuis celle de Hartel
en 1871. Le texte latin, relativement court, et sa traduction italienne occupent les p. 144-185 ; le
volume renferme en outre une copieuse introduction, un commentaire linéaire, assez prolixe, et
un index complet du vocabulaire. L'édition est fondée sur la collation de six manuscrits
(s'échelonnant de la fin du VIIIe au XIIe s.), choisis d'après les enquêtes antérieures sur les
corpus cyprianiques (de Von Soden, Bévenot, Diercks, etc.). Les p. 123-126 recensent les
passages où le texte retenu diffère de celui de Hartel (ajouter iuxta tractus en 9.6). En général,
330 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

C. B. est plus conservatrice que son prédécesseur dans le respect des vulgarismes, dont on se
demande souvent s'ils reflètent Γ usage de l'auteur antique ou la phonétique mérovingienne.
Pour la datation du texte (un sujet controversé), elle souligne la faiblesse des arguments en
faveur d'une époque antérieure à Tertullien et adopte une solution basse, en continuité avec les
suggestions de Romero-Pose et Simonetti : «tra la seconda metà del ΠΙ sec. e la prima metà del
IV». Sauf quelques paragraphes d'introduction et de conclusion, l'article des Mélanges Naldini
donne une première version (p. 49-71) des p. 127-138, puis 111-126 du volume de la
Biblioteca Patristica.— Ce travail est consciencieux et rendra des services, mais il aurait sans
doute gagné à être concentré et revu de plus près par les savants directeurs de la collection. Le t.
4 de la Patrologie latine de Migne remonte à 1844, et non à 1891 (qui est seulement l'année
d'une réimpression très fautive) : on voit donc mal comment une note de la Patrologie pourrait
confirmer un jugement de Hartel (p. 187). Les développements sur l'auteur et la date de Mont.
n'emportent pas l'adhésion : il se peut que Daniélou se soit trompé en suggérant un judéo-
chrétien de la fin du Ile s ., mais la présente réfutation de Daniélou laisse intacte l'argumentation
de Harnack en faveur de la première moitié du IIR D'autre part, en quoi Γ «inattendibilità degli
argomenti addotti dal Daniélou (p. 25)» renforce-t-elle une datation basse ? en quoi les
parallèles supposés avec la théologie donatiste (figée sur des positions archaïques) obligent-ils à
descendre Mont, jusqu'à la première moitié du IV« siècle ? Après tout, C. B. a choisi de suivre
en partie Daniélou, en adoptant en 9.6 la version psalmique iwcîa tractus, qui révèle l'influence
de l'Épître de Barnabe.
Le début du texte est ponctué ainsi : «Probatio capitulorum : quae in scripturis deificis
continentur quae in vetere testamento figuraliter scripta sunt per novo testamento spiritaliter
intellegenda sunt, quae per Christo in ventate adimpleta sunt». Cela est proprement
inintelligible et non conforme à la ponctuation des manuscrits que j'ai consultés. Il faut revenir,
à mon sens, à l'opinion de G. Mercati, qui voyait dans les premiers mots une didascalie (cf. p.
187). Voici comment il convient alors de présenter le texte : «De duobus montibus (= titre).
Probatio capitulorum quae in scripturis deificis continentur (se. de duobus montibus = sous-
titre). Quae in vetere testamento... (= vrai incipit, constitué d'une phrase équilibrée)». Le sous-
titre introduit une partie se terminant au § 11 par les mots : «Ecce probavimus per omnium
scripturarum deificarum fidem duo montes Sina in terra et Sion in caelo duorum testamentorum
portare figuram...», qui font écho ou ont donné naissance à la rubrique initiale. Le
développement suivant (§ 12) commence d'ailleurs par une expression voisine : «Aliam
probationers, veritatis scripturis positam...». Cette observation amène à nuancer ce que dit l'A.
de la structure (p. 53-54) et du genre de l'ouvrage (p. 17-18, n. 28). Mont, est constitué en fait
de deux démonstrations exégétiques (probationes) : au cas où l'on tiendrait à lui conserver,
avec C. B., le qualificatif d'homélie, ce terme serait alors à entendre au sens - non technique -
de conférence d'exégèse, sans relation avec des lectures liturgiques.
L'établissement de certains passages est surprenant : en 9.2 («accepit tabulam et titulum et
scripsit tribus Unguis»), il ne serait pas très audacieux de conjecturer exscripsit pour et scripsit ;
si en 8.1, l'archétype de Mont, a substitué videbunt à vivebunt, est-il raisonnable de conserver
en 3.3 et 7.2 des leçons aberrantes, qui sont elles aussi explicables par un lapsus minime :
«partem incredulam viventem per fidem (credulam Hartel)», «temptaverunt dominum in loco
aquoso (inaquoso Hartel)» ? Produire une édition critique ne consiste pas à se distinguer d'un
prédécesseur à chaque fois que cela semble possible. F. D.

4. BENOÎT (André), MUNIER (Charles), Le baptême dans l'Église ancienne (Ier-IIIe siècles),
Berne ; Berlin ; Francfort-sur-le-Main, etc., 1994, XCV-276 p. (Traditio Christiana. Thèmes et
documents patristiques, 9).
A. B. et C. M. ont rassemblé dans cet ouvrage les principaux textes prénicéens relatifs au
baptême, depuis la Doctrine des douze Apôtres jusqu'au Concile de Nicée, en y intégrant les
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 331
textes gnostiques et même juifs. Les textes latins et grecs sont présentés dans leur langue
originale et accompagnés d'une traduction ; les textes hébraïques et coptes sont retenus en
traductions anglaise et française. L'introduction évoque à grands traits l'évolution de la liturgie
et de la théologie du baptême, des origines à Nicée, puis est complétée par une abondante
bibliographie, bien au fait des recherches récentes. Les extraits, numérotés et classés par ordre
chronologique et par auteur, sont accompagnés de courtes notes bibliographiques. Tertullien et
Cyprien, avec respectivement 37 et 27 textes (soit 32 et 26 pages) constituent, avec Origene, les
plus gros dossiers du recueil.
Malheureusement cet ouvrage commode est déparé par de nombreuses fautes. Outre les
innombrables coquilles (ex. : p. XLII, dernière ligne, lire "en dehors" ; p. 119,1. 5 lire "dans
l'armée" ; p. 123,1. 7 lire "Dieu", puis, 1. 11, "venimeuses" ; p. 139, note 2 de l'extrait 108,
supprimer le "dans"; p. 142, 1. 4, lire "Fredouille"), l'absence de cohérence dans certaines
abréviations (ex. : Y Évangile de Marc abrégé Marc, p. XIII, puis Mark. p. XIV, n. 9; Ioh. p.
XIV, n. 10, et Jean p. XVI), les erreurs dans les renvois aux notes (ex. : p. LVIII, le renvoi 3
ne correspond à aucune note ; p. 133 déplacer le numéro de l'extrait vers le haut), et les
interférences entre l'édition allemande et l'édition française (ex. : p. 129, Tertullian), on
s'étonne de l'absence de Cyprien dans Yindex des citations patristiques. Ces erreurs sont
encore plus déplorables lorsqu'elles affectent le texte même des extraits. Pour nous en tenir à
Tertullien, nous relevons :
- en Mart 3,3, oubli de hoc après quodcumque
- en Bapî 2,1, lire aliquando
- en Β apt 3, 2, lire informes
- en Bapt 8,2, les auteurs s'écartent de l'édition de Borleffs qu'ils disent suivre
- en Bapt 15, 2, oubli des crochets droits autour de sed (qui n'est pas traduit) ; le texte sane
quae, que donnent les manuscrits et que retiennent les éditeurs, est remplacé, sans doute par
erreur, par sane quid
- en Marc 1,28, 3, Braun a déplacé le changement de paragraphe après semel factum est;
- en Res 8, 3, lire abluitur, à la place du barbarisme abluitura.
L'absence de note pour préciser le contexte de tel passage est parfois gênante : ainsi il ne
serait pas inutile de mentionner clairement que le ipse de l'extrait 88 (= Praes 40, 3) désigne
Satan. Le classement par auteur, pour commode qu'il soit, n'est toutefois pas le plus adéquat
dans le cas des témoignages qu'apportent les Pères sur des pratiques hérétiques. Ainsi en est-il
pour les extraits 112 et 113 empruntés à Marc et à Val. Il eût alors été utile, pour que tels
extraits ne passent pas inaperçus et puissent être recoupés avec d'autres testimonia, d'en
indiquer les références dans Yindex analytique sous un lemme "marcionisme" ou
"valentinisme". Ces imperfections matérielles rendent parfois irritante la lecture d'un ouvrage
par ailleurs riche et utile. F. C.

TRADUCTIONS

5. PONTIUS, Vie de Cyprien. PAULIN, Vie d'Ambroise. POSSIDIUS, Vie d'Augustin.


Introduction par Jean-Pierre MAZIÈRES, traduction et notes par Nadine PLAZANET-SIARRI, Jean-
Pierre MAZIÈRES, Paris : Migne, 1994, 197 p. (Les Pères dans la foi, 56).
Conforme au but de la collection, ce volume donne au public francophone un accès facile
aux trois Vies, sans surcharge d'érudition. Mais faute d'une information préalable suffisante et
d'un effort réel d'interprétation, les auteurs n'en livrent qu'un reflet pâle, flou et inexact. G.
332 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

Madec a rendu compte de la traduction de la Vie d'Augustin (RÉAug, 40, 1994, p. 520). La
Vie de Cyprien n'est pas mieux traitée. On se félicitera qu'elle soit accompagnée, en appendice,
d'une traduction des Acta Cypriani. Mais on s'étonnera que J.-P. M. la présente comme une
simple biographie, décrivant «la conversion après une jeunesse orageuse» (dans l'opuscule de
Pontius, rien n'est dit de cette jeunesse) et «l'œuvre littéraire» (dès la première phrase, Pontius
prend la précaution d'affirmer qu'il ne parlera pas des écrits de l'évêque, suffisamment
éloquents par eux-mêmes, mais seulement de ses opera et merita ; la "liste" du chapitre 7 ne
mentionne aucun titre et a pour but d'évoquer l'action pastorale de l'évêque à travers ses écrits).
La traduction de N. P.-S. est approximative. Au seul chapitre 2, «Inter fidei suae prima
rudimenta nihil aliud credidit Deo dignum, quam si continentiam tueretur» est rendu par «pour
s'éveiller à la foi, il estima que rien n'était digne de Dieu, si l'on n'observait pas la
continence» ; festinado est traduit par "enthousiasme" et uelocitas par "précocité", alors que
Pontius cherche à montrer que son héros brûle les étapes et anticipe le Royaume dès sa
conversion. Relevons encore : "pécheurs" pour lapsi (7, 5), "nous déduisons (des Écritures)"
pour accipimus (13, 4), "dévotion à la foi" pour deuotiofidei(15,4), "sentence pleine de sens"
pour la sententia spiritalis inspirée au juge par l'Esprit (17, 1). A la fin du ch. 9, Pontius cite les
paroles de son évêque, et non celle du Seigneur comme le laisse entendre la traduction de
N. P.-S.
Malheureusement, ces inexactitudes faussent parfois le sens général. Les longues phrases
de la préface sont si morcelées dans la version française qu'on ne peut plus y saisir les
intentions du biographe. La traduction de sacerdos par "prêtre", lorsque ce mot est coordonné à
martyr - trois fois au moins -, empêche de comprendre l'intention première de Pontius :
célébrer le premier "évêque" d'Afrique à subir le martyre. Ne pas tenir compte de la relation
ceteros ... quidam (5, 5) entraîne un contresens qu'aggrave encore une annotation confuse (n.
18, p. 28) : au moment de l'élection de Cyprien à l'épiscopat, tous (ceteros) sont joyeux, mais
certains (quidam) font opposition ; il ne s'agit pas à cet endroit des conflits ultérieurs. La
méconnaissance du tour asyndétique et antithétique introduit par uiderit rend incompréhensibles
la fin du chapitre 6 et une partie du chapitre 11 (11,3). Pontius présente les agréments de l'exil
à Curubis comme réels, et non comme possibles (ch. 12).
On comprend mal pourquoi, devant un texte difficile, les auteurs n'ont pas cherché à tirer
profit des éditions commentées, et munies d'une traduction italienne satisfaisante, de Pellegrino
et Bastiaensen. S. D.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

6. DlDIER (Béatrice), éd., Dictionnaire universel des littératures, Paris : Presses Universitaires
de France, 1994, 3 vol., CXXVIII-4396 p.
Cet imposant dictionnaire réserve une place honorable à la littérature latine chrétienne
concernée par notre Chronica. Nous y rencontrons une série d'articles, souvent brefs mais
riches, sur les principales personnalités littéraires de cette époque, qui font l'objet d'un rapide
portrait moral et dont l'œuvre est présentée à grands traits : il s'agit de Tertullien et Minucius
Felix (J.-Cl. Fredouille), Cyprien et Novatien (S. Déléani) et Commodien (J.-M. Poinsotte).
Ces notices monographiques, enrichies d'une bibliographie, sont complétées par des articles
consacrés à la poésie didactique chrétienne, qui évoque notamment à son tour Commodien, aux
hymnes liturgiques chrétiennes (J.-L. Charlet), ainsi qu'à la Vêtus Latina (G. Nauroy). Dans ce
dernier cas, la complexité de l'histoire des vieilles latines rendait difficile une présentation
succincte, et l'auteur a dû en rester à une information très générale et, du même coup, peu
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 333

éclairante ; l'utilisation des travaux de P.-M. Bogaert et la citation dans la bibliographie de son
article de la Revue théologique de Louvain : «La Bible latine des origines au Moyen-Age.
Aperçu historique, état des questions» (cf. Chron. Tert. 1988, n° 15), eussent peut-être permis
de répondre mieux aux attentes du lecteur. F. C.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE

7. KESSLER (Andreas), Tertullian und das Vergnügen in «De spectaculis» — Freiburger


Zeitschrift für Philosophie undTheologie, 41, 1994, p. 313-353.
Étude de uoluptas chez Tertullien, plus particulièrement dans Spec où se rencontrent 34
des 61 occurrences du mot dans toute l'œuvre. Il comporte une valeur neutre comme il ressort
de la proposition hic uoluptas ubi est uotum (Spec 28, 5), ce qui est en accord avec le
stoïcisme. Le moraliste conçoit donc la possibilité d'un plaisir positif. Après avoir examiné les
uoluptates mauvaises liées au paganisme, A. K. étudie - et c'est la partie la plus intéressante de
ce mémoire de licence - le programme des uoluptates a Deo contributae sur lequel s'achève
Spec (eh. 28-30) : il montre qu'il n'est pas à considérer comme pure rhétorique, mais
correspond bien aux conceptions et aspirations de Tertullien sur la vie chrétienne (Deo uiuere).
A propos de la uoluptas donnée par la vision du Jugement dernier, l'Africain n'est pas lavé du
soupçon de sadisme et de "Schadenfreude". R. B.

8. MENGHI (Martino), Tertulliano e il «De spectaculis» — Lexis. Poetica, retorica e


communicazione nella tradizione classica, 9-10,1992, p. 189-209.
L'importance du «spectacle» comme moyen privilégié de dialogue entre les sujets et le
pouvoir sous l'Empire sert de point de départ à M. M. - auteur d'une traduction récente de An
(cf. Chron. Tert. 1989, n° 1) - pour souligner plusieurs aspects peu étudiés de Spec, et d'abord
ceux qui concernent la portée sociale et politique des jeux. Il le fait en un parcours qui n'est pas
exempt de parenthèses dont certaines sont peu utiles : ainsi p. 202-203, sur l'espace scénique à
Rome (les passages allégués de Spec visent en effet non le théâtre, mais le cirque et le stade).
De fines analyses sont présentées sur les dispositions psychologiques des spectateurs, comme
p. 199-202 le rapprochement avec le spectacle du naufrage chez Lucrèce (II, 1-4), et la
contradiction entre l'attitude de la vie courante et le comportement dans les jeux. L'observation
la plus intéressante, qui revient dans toute la fin de l'étude et s'appuie sur les derniers chapitres,
a trait au thème du regard, du rapport visuel qui s'instaure par le chemin des yeux - porte de
l'âme - entre le spectateur et l'objet de son spectacle. Dieu apparaît comme le seul vrai
spectateur (Spec 20, 3) et c'est aux seuls spectacles voulus par lui que doivent se limiter les
chrétiens. R. B.

9. HERRERA (Rosa M.), Temor en interés en el «Liber ad Scapulam» de Tertuliano —


Helmantica, 43, 1992, p. 391-398.
Analyse de la notion de crainte qui, associée à celle d'intérêt, serait au centre de
l'exhortation adressée à Scapula pour qu'il arrête la persécution. Sans prolongement vers les
autres œuvres, sans tentative pour replacer l'écrit dans la tradition du genre apologétique -
l'étude d'E. Heck (cf. Chron. Tert. 1987, n° 27) n'est pas citée -, ce travail (de débutante ?) se
clôt sur des remarques sémantiques (à propos à'expauescere et pertimesceré) et stylistiques.
R. B.
334 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

10. POIRIER (Michel), Dans l'atelier d'un évêque écrivain. Enquête sur la manière dont
Cyprien de Carthage conduit sa pensée, compose et rédige son ouvrage, dans le «De opere et
eleemosynis» —Revue des Études Latines, 71, 1993, p. 239-250.
Dans cette Enquête minutieuse sur le De opere et eleemosynis, l'A. étudie comment
Cyprien associe les références à l'Écriture et le travail de rhétorique. Ainsi l'utilisation du
dossier de Testimonia ad Quirinum, manifeste dans les chapitres 4-8 et 9-10, n'a pas empêché
la composition littéraire : dans le premier cas, le déplacement de la citation de Tobie évoquant la
délivrance de la mort par l'aumône et l'ajout a*Actes 9, 40, qui rapporte la résurrection de la
charitable Tabitha, créent une habile transition entre l'Ancien Testament et le Nouveau ; dans le
second cas, on relève la reprise symétrique, dans un développement moins scripturaire et plus
autonome (chap. 11-14), des deux réponses des chapitres 9-10. Cyprien sait également tirer un
parti à la fois littéraire et doctrinal de la polysémie des mots munus et opus. Enfin la
"microlecture" de la période du chap. 1,1. 6-9 montre comment la connaissance de la Bible
fonde et nourrit, sans la brider, l'élaboration stylistique de l'auteur. C'est une belle
démonstration de l'unité de la forme et du fond chez un grand écrivain ! F. C.

11. TORNATORA (Alberto), Diabolus eloquens, l'archetipo letterario di un «nuovo» locus a


fictione (Cipriano, De opere et eleemosynis cap. 22)— Studi e Materiali di Storia delle
Religioni, 59 (N. S. 17), 1993, p. 21-34.
Conformément aux préceptes de la rhétorique antique (Quintil. 5, 10, 96), Cyprien
introduit un locus a fictione dans l'argumentation de son De opere : devant le Christ Juge, le
diable joue le rôle de l'accusateur et prononce une rogatio en règle (ch. 22 ; le terme de rogatio
est-il bien approprié ?). La figure du diabolus eloquens, qui aura un grand succès littéraire,
trouverait ici son origine, plutôt que dans la Bible, où les interventions de Satan sont rares et
brèves, la parole étant réservée à Dieu. Sur la polysémie de munus (p. 27), il convient de
renvoyer à M. Poirier, Charité individuelle et action sociale. Réflexion sur l'emploi du mot
munus dans le De opere et eleemosynis de saint Cyprien — Studia Patristica, 12 (= TU, 115),
1975, p. 254-260. S. D.

12. RlCKLIN (Thomas), Imaginibus vero quasi litteris rerum recordatio continetur. Versuch
einer Situierung der Cena Cypriani — Peregrina curiositas. Eine Reise durch den orbis
antiquus. Zu Ehren von Dirk Van Damme, hrsg. von Andreas KESSLER, Thomas RICKLIN,
Gregor WURST, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1994, p. 215-238 (Novum
Testamentum et orbis antiquus, 27).
La Cena Cypriani (CPL 1430) est une œuvre énigmatique. Son dernier éditeur, Christine
Modesto, proposait de la localiser en Italie du Nord vers la fin du IVe s. et l'interprétait comme
une sorte de centón carnavalesque, sans portée blasphématoire ou didactique (cf. Chron. Tert.
1992, n° 3). T. R. essaie de préciser les intentions de l'auteur et les genres littéraires dont ce
dernier s'inspirait. La Cena Cypriani serait effectivement une sorte de centón, mais avec une
très claire visée mnémotechnique, reconnue par Raban Maur, l'un de ses adaptateurs
médiévaux. La tradition antique de YArs memoriae, illustrée notamment dans Y Ad Herennium,
incluait une composante grotesque dont l'auteur anonyme a su tirer parti. Le parallèle, depuis
longtemps reconnu avec un sermon de Zenon de Vérone, n'oblige pas à situer et à dater
l'ouvrage comme l'a fait Modesto. Un ecclésiastique, éduqué de façon traditionnelle, aurait pu
concevoir la Cena Cypriani à n'importe quel moment entre le début du IIIe et la fin du Ve siècle.
La phrase latine du titre (cf. p. 224, n. 43) est empruntée à Martianus Capella, De nuptiis
Philologiae V, 338. F. D.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 335

TEXTE, LANGUE, STYLE

13. QUELLET (Henri), Concordance verbale de /'Ad uxorem de Tertullien, Hildesheim :


Olms-Weidmann, 1994, [IV-] 262 p. (Alpha-Omega, Reihe A : Lexika, Indizes,
Konkordanzen zur klassischen Philologie, 152).
On a déjà dit plusieurs fois les mérites et les limites des concordances lemmatisées que le
fin latiniste qu'est H. Q. dresse, au fil des ans, pour les œuvres de Tertullien. Après Cor
(1975), Cuit (1986), Pat (1988) et Cast (1992), c'est maintenant Vx qui fait l'objet de sa
diligente compilation. On se félicitera que la liste des variantes, présente dans les trois
premières livraisons, ait été rétablie dans celle-ci, comme on le souhaitait en Chron. Tert. 1992,
n° 8 (mais l'outil de travail serait encore plus utile si les vocables non retenus dans le texte de
référence figuraient aussi, d'une façon ou d'une autre, à leur place dans la concordance). L'A.
a fondé ses dépouillements sur une édition (SC 273) qui n'est pas d'une sûreté totale. Il a
corrigé un certain nombre de fautes ; un coup d'œil à nos Errata Tertullianea (cf. Chron. Tert.
1992, n° 26) lui aurait permis de rétablir arbitrum en II, 5, 4 (au lieu a'arbitrium) ainsi que le
possessif suam omis après libertatem en II, 8, 2. P. P.

14. RUGGIERO (Fabio), Tertullianea I. De corona : note di critica testuale — Quaderni


Urbinati di Cultura Classica, N. S. 46 (75), 1994, p. 109-126.
Dans ces 29 notes critiques, d'ampleur très diverse (de deux lignes à cinq pages), F. R.
examine les passages où son édition de Cor (cf. Chron. Tert. 1992, n° 1) diffère de celle de
Jacques Fontaine, parue en 1966 dans la collection "Érasme". On éprouve une impression de
déjà vu, car à l'exception d'une seule, consacrée à Cor 7, 6 (variante illilillic), elles figuraient
déjà, sous une forme plus ramassée et parfois plus frappante, dans la «Nota di critica testuale»
qui occupe les pages 116-129 de son édition. Beaucoup des choix ici défendus viennent d'être
examinés par R. Braun dans une recension détaillée de l'édition (Gnomon, 67, 1995, p. 561-
563), à laquelle nous renvoyons. On se bornera ici à deux remarques. En étudiant le début du
traité, F. R. a très bien montré qu'il y a deux recensions cohérentes, celle de VAgobardinus (A)
et celle du corpus dit de Cluny (FNXR = Θ), et qu'on ne peut choisir indifférement des leçons
dans l'une puis dans l'autre, voire dans les deux en même temps (comme Kroymann qui lit en
1,1 adibant [A] adhibetur [Θ]). En revanche il aurait dû indiquer plus nettement que l'accord de
A et de tout ou partie de θ garantit le texte de l'archétype de notre tradition, lequel peut être bon
(10, 3 uacat ; 13,7 erunt) ou contestable (1,5 musitant AN ; 1, 5 et in proelio AFN ; 3,3
ebdomadem AFN). Dans les cas où la tradition se partage entre A et Θ, F. R. a tendance à
préférer la leçon de A, mais sans exclusive ; ainsi il choisit avec θ en 7,6 illic ; en 13,2 domini
dei nostri, et en 15,1 inattaminatam. P. P.

15. COSTANTINI (Marie-Louise), Le terme de caro dans le De carne Christi de Tertullien.


Essai d interpétation structuraliste et intersubjective — Nomina rerum. Hommage à Jacqueline
Manessy-Guitton, Nice, 1994, p. 133-150 (L.A.M.A. Centre de recherches comparatives sur
les langues de la Méditerranée ancienne, 13).
Après des considérations générales sur la complémentarité défendue et revendiquée des
méthodes structuraliste et intersubjective, est proposé un essai original de critique littéraire les
associant toutes deux et appliquée au domaine de l'antiquité. Familière avec les théories et les
terminologies des linguistes, M.-L. C. traite Cam comme «texte» et indépendamment du plan
des idées, sans que toutefois celui-ci soit entièrement délaissé. Elle voit dans cette œuvre un
cantique de la chair, une litanie sans cesse modulée où la texture phonique crée un "courant
sous-jacent de signification" (R. Jakobson). De caro, mot-clé de l'œuvre, centre vers lequel
336 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

convergent tous les rayons du texte, elle s'attache à reconstituer le réseau sémantique qu'il
forme avec ses «diverses et inséparables collocations» (homo, natiuitas, resurrectio, etc.)
jusqu'à la page finale de Cam où «caro cède désormais la place au nom du Christ en lequel il
trouve sa résolution finale et l'accomplissement prophétique de sa destinée».— P. 138 : la
qualification de "maître de saint Augustin" est-elle justifiée pour Tertullien ? R. B.

SOURCES, INFLUENCES

16. WEIDMANN (Clemens), Unentdeckte Dichterimitationen in Tertullians Ad Nationes —


Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik, 107/108, 1994/95, p. 467-
481 (= ΣΦΑΙΡΟΣ, Hans Schwabl zum 70. Geburtstag gewidmet).
L'A. propose deux corrections au texte fort corrompu de Y Ad Nationes I. En Nat I, 7, 28,
il propose de remplacer le texte si nihil tale probetur, peu compréhensible, par la conjecture si
nihil tale proditur. Cette clausule iambique, habituellement évitée en prose, serait un emprunt
délibéré au mètre du drame antique, que Tertullien évoque quelques lignes plus haut (Nat 1,7,
27) dans l'allusion aux tragédies Thy este et Œdipe ; l'A. trouve un argument supplémentaire
dans lafinde la phrase, où grande nescio quid aestimari oportet pourrait être une réminiscence
des tragédies de Sénèque Œdipe 925 et Thyeste 267-270. Cette conjecture nous paraît
bienvenue, dans la mesure où elle lève une difficulté, tout en s'adaptant bien à la suite du texte :
Nat I, 7, 33 viendra répondre explicitement à la question posée ici : une personne tout
nouvellement convertie au christianisme serait-elle prête, même en échange de la vie éternelle, à
ne pas trahir les monstruosités imputées aux chrétiens ?
Une autre réminiscence poétique permettrait de résoudre la double crux de Nat 1,10, 37 : il
s'agirait d'un souvenir de Y Iliade 21,196, vers auquel Quintilien faisait lui-même allusion dans
un passage dont il est admis que Tertullien s'inspire ici, Inst. 10, 1, 46, lorsqu'il explique qu'il
faut commencer l'histoire de la littérature par Homère. C. W. propose donc la conjecture : ab
ipso exordia<rfonte> uestro, eius (oupoetis ?) 'unde omnia <flumina> etomne aequor' cui...
Le eius, sorti de la proposition dont il dépend, reprendrait le mot litteratura, à moins qu'il ne
faille le remplacer par le datif poetis. Cette dernière correction nous paraît un peu hasardeuse, et
eius, comme le reconnaît Γ A. lui-même, reste problématique. Cependant l'identification de
l'allusion homérique est éclairante, et la conjecture séduisante. F. C.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE

17. V A N DER LOF (L. J.), Tertullian and Augustine on Titus 3, 10-11 — Augustinus, 38,
1993, p. 517-525 (=Charisteria augustiniana Iosepho Oroz Reta dicata, curantibus P. MERINO
et J. M. TORREALLA, 1.1, Theologica).
L'apôtre Paul indique à Tite la façon de se conduire face aux arguties d'un "hérétique"
(seule attestation du mot dans le Nouveau Testament) : «Mais les recherches vaines, les
généalogies, les disputes, les controverses relatives à la Loi, évite-les : elles sont inutiles et
vaines. Celui qui est hérétique, écarte-le après un premier et un second avertissement...» (3, 9-
10, cité d'après la TOB). Tertullien se réfère à ce texte en plusieurs passages de Prae (6,1 et 3 ;
7, 7 ; 12, 1 ; 14, 6, et surtout 16, 1-2). Comme de nombreux Pères latins (cf. Vêtus Latina, 25,
11, p. 935-936), il lit un texte où la possibilité d'un nouvel échange est exclue (16, 1 : post
unam correptionem). Cela ne l'empêche pas de se lancer, après avoir asséné l'argument de
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 337

prescription, dans des réfutations détaillées de ceux qui faussaient le message révélé et transmis
par la tradition. A la différence d'Augustin, beaucoup plus humain, Tertullien n'a aucune
sympathie pour l'hérétique, même s'il est hasardeux de déduire de Scorp 2, 1 qu'il préconise le
recours à la force pour mieux le convaincre de son erreur (voir le commentaire de G. Azzali ad
locum). P. P.

18. Lo CICERO (Carla), La persedizione come punizione divina in Cipriano : motivi biblici e
classici—Res Publica Litterarum, 15, 1992, p. 91-97.
L'auteur étudie deux passages dans lesquels Cyprien présente la persécution comme une
punition juste et une épreuve salutaire voulues par Dieu (laps. 5-7 ; episî. 11, 1). Tradition
païenne, notamment historiographique (mais n'y a-t-il pas plutôt là des "lieux" devenus
"communs" ?), et tradition scripturaire convergent dans le traitement des motifs qui viennent se
greffer sur ce thème : relâchement de la discipline au cours d'une longue période de paix ;
pédagogie divine fondée à la fois sur la clémence et la sévérité ; interdépendance des vices,
auaritia, luxuria, superbia, discordia, les derniers tirant leur origine du premier. Dans le De
lapsis, C. L. C. a repéré quelques réminiscences classiques et scripturaires non encore
signalées (n. 4, et passim). S. D.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME

19. RlVES (James Boykin), Religion and authority in the territory of Roman Carthage from
Augustus to Constantine, Ann Arbor : University Microfilms International, 1994, IX-280 p.
[Dissertation Stanford University, 1990]
L'A. analyse le relâchement, dans l'Afrique impériale, du lien qui unissait très étroitement,
sous la République, la religion et l'autorité socio-politique, et donc le déclin de la religion
officielle. À côté de celle-ci se développent, en toute indépendance par rapport au pouvoir
impérial, les pratiques magiques et surtout le christianisme, que l'A. étudie dans son dernier
chapitre. La nouvelle religion, détachée de l'autorité politique, a constitué une structure interne
disposant de ses propres instances détentrices de l'autorité, ce que le paganisme n'avait jamais
connu. J. B. R. explique cette spécificité à la fois par des raisons conjoncturelles et par le
contenu même de la foi chrétienne. D'une part le double danger de l'idolâtrie et des
persécutions contraignit les chrétiens à s'exclure du pouvoir et de la société et à créer, en
s'inspirant des règles de la société païenne, une structure propre dont ils dépendaient et dans
laquelle ils plaçaient l'autorité - ce qui permettait d'ailleurs aux membres des classes élevées de
la société de retrouver, à l'intérieur de l'Église, le rôle qu'elles exerçaient jusqu'alors dans le
monde païen. D'autre part, en faisant dépendre le destin ultime de l'homme, c'est-à-dire le
bonheur éternel ou la damnation, du contenu de la foi de chacun et de sa conduite morale, le
christianisme rendait nécessaires l'unité de pensée dans l'Église et l'existence d'une autorité
reconnue qui déterminât ce qu'il fallait croire et faire. Cette nécessité intrinsèque à la foi
nouvelle fut encore renforcée par les controverses avec les gnostiques et les montanistes. Ainsi
s'expliquerait l'apparition, à la fin du II* et au III« s., d'une structure ecclésiastique rigide à la
tête de laquelle figure l'évêque, devenu l'ultime arbitre terrestre du destin éternel des chrétiens.
L'A. étudie ensuite le témoignage que Tertullien et Cyprien nous livrent d'une telle
évolution. Le premier insiste surtout sur la regulafîdei transmise par la tradition apostolique, et
ne réserve pas l'autorité spirituelle à la hiérarchie ecclésiastique, dont le rôle est, à ses yeux,
essentiellement administratif. En revanche Cyprien, du fait sans doute de sa personnalité et
surtout des circonstances de son épiscopat, confie à l'évêque à la fois l'autorité administrative et
338 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA
l'autorité spirituelle ; ainsi la pénitence ne relève-t-elle plus d'une relation entre l'individu et
Dieu, mais elle est régie et déterminée par les chefs de l'Église. Avec Cyprien, l'évêque - l'élu
de Dieu - assume sa charge à la façon d'un gouverneur de province.
Cette étude ambitieuse traite d'une question importante de l'histoire de l'Église et du
christianisme, et en propose une solution intéressante et stimulante, qui peut également aider à
comprendre le tournant constantinien. Nous ferions toutefois deux réserves. D'abord
l'isolement des chrétiens et leur rupture avec le reste de la société ne doivent pas être exagérés,
et l'A. aurait pu souligner davantage que, la question religieuse exceptée, les chrétiens se
reconnaissaient membres à part entière de la société impériale. Ensuite les différences qu'il
relève entre Tertullien et Cyprien peuvent aussi s'expliquer par leur différence de statut, seul le
second étant évêque ; de même les silences de Tertullien sur l'organisation ecclésiale doivent
être interprétés avec prudence : ainsi, à propos de la discipline pénitentielle, l'absence de
documents suffisamment explicites sur le rôle de la hiérarchie ecclésiastique n'est-elle pas
forcément l'indice d'une absence d'intervention des évêques. F. C.
[N. B. Une version révisée de ce travail est parue en 1995 à Oxford, Clarendon Press (XVII-
334 p.)]

20. STRUBEL (Karl), Das Imperium Romanum im «3. Jahrhundert» : Modell einer
historischen Krise ? Zur Frage mentaler Strukturen breiterer Bevölkerungsschichten in der Zeit
von Marc Aurei bis zum Ausgang des 3. Jh. n. Chr., Stuttgart : Steiner, 1993, 408 p.
(Historia. Einzelschriften, 75)
La thèse d'habilitation qui est à l'origine de ce livre, soutenue à Heidelberg en 1989 sous le
titre Mundus ecce mutât et labitur, a été réduite pour la publication, ce qui explique sans doute
qu'il n'y ait pas de bibliographie générale, rassemblant les innombrables études indiquées dans
les notes, et que le titre des articles mentionnés ne soit jamais donné. Nous avons affaire
cependant à une véritable somme sur l'histoire des mentalités au IIIe siècle. K. S. s'interroge sur
la validité de la notion de "crise", souvent utilisée depuis Gibbon pour caractériser cette période
de l'Empire romain : de Marc Aurèle à la fin du III« siècle peut-on percevoir, dans les diverses
couches sociales des populations de l'Empire, le sentiment d'une crise générale ? Il se méfie
d'emblée des présupposés, notamment de l'idée moderne de développement et de crise, que
l'on ne peut appliquer sans précaution à l'Antiquité. À la suite de R. MacMullen et A.
Chastagnol, il insiste sur la nécessité de tenir compte des différences locales. Pour mener son
enquête, il examine de très nombreux documents (références regroupées dans le copieux index
des pages 389-408) : inscriptions, papyrus et monnaies, témoignages des auteurs chrétiens et
païens contemporains ou postérieurs, littérature rabbinique, textes apocalyptiques en langue
grecque et en langue copte. Il les replace minutieusement dans leur contexte historique et
idéologique, de façon à interpréter avec le moindre risque d'erreur la manière dont les
événements ont été perçus par les hommes de l'époque. Il analyse les textes avec finesse et
prudence, tenant compte du genre littéraire et de l'intention des auteurs. Sa conclusion générale
est qu'on ne peut parler globalement ni d'un "âge d'anxiété" (E. R. Dodds), ni de "la crise
mondiale du IIIe siècle" (A. Alfòldi), ni de "la crise de l'Empire romain" (G. Alföldy).
Un chapitre est consacré à Tertullien (p. 88-106). S'appuyant sur une lecture attentive de
l'auteur et sur des études récentes, notamment celle de J.-C. Fredouille, Tertullien et l'Empire
(cf. Chron. Tert. 1984, n° 18), K.S. voit dans l'œuvre de Tertullien, jusque dans la période
montaniste, un témoignage d'optimisme temporel et de loyalisme : le monde ne s'achèvera pas
tant que l'Empire subsistera, et celui-ci permet aux chrétiens d'attendre la Parousie dans la paix
et le respect de la disciplina. Tertullien ne détecte jamais dans les événements vécus les signes
précurseurs de la fin des temps, mais seulement les signes de la colère de Dieu, conséquence de
la uera religio neglecta (Scap 3). Lorsqu'il affirme l'imminence du Jugement, c'est
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 339
conformément à la tradition apostolique et ecclésiale, et dans un but parénétique (argumentation
du De cultiï). Il est significatif que les exigences rigoristes du De fuga ne soient pas fondées sur
l'annonce de l'imminence du Jugement et que la phrase «nunc per Paracletum componitur in
maturitatem» appartienne à l'une des dernières œuvres (uirg 1).
Le chapitre consacré à Cyprien (p. 145-184), plus détaillé encore, aboutit à des conclusions
sensiblement analogues. K. S. se montre très réservé à l'égard des affirmations de G. Alföldy,
son directeur de thèse (cf. Chron. Tert. 1989, n° 74) : non seulement il ne perçoit pas, comme
celui-ci, une évolution de la pensée de Cyprien au cours de la persécution de Dèce, évolution
manifestant une conscience de plus en plus grande de la crise, mais il lui paraît difficile de
parler de crise et de conscience de la crise à partir de l'œuvre de l'évêque. Certes, la
communauté carthaginoise a connu la persécution et l'épidémie de peste. Mais il n'y a pas lieu
de parler d'insécurité générale en Afrique, sous prétexte que la Lettre 62 fait état d'une
incursion barbare, ni de considérer comme des faits actuels toutes les calamités énumérées par
Cyprien, notamment dans YAd Demetrianum. En réalité, les malheurs vraiment vécus ne sont
jamais présentés par Cyprien comme des signes de l'imminence de la fin des temps : la
persécution est décrite comme une punition et une épreuve, et les maux dont Démétrien rend
responsables les chrétiens comme la conséquence de l'incrédulité des païens ; le De opere
exhorte les chrétiens à réparer par leur générosité les ravages de la peste, et le De mortalitate ne
fait aucune allusion à un cataclysme final, mais cherche à consoler les chrétiens en deuil et leur
enseigne la bonne mort. Si le terme d'antéchrist est appliqué aux hérétiques, c'est que les
chrétiens vivent dans la dernière période de l'histoire, inaugurée par le Christ et dont on ignore
le terme, marquée par une intensification des attaques de Satan, dont les hérétiques sont les
auxiliaires - mais cela n'a rien à voir avec l'Empire. À la différence des malheurs réels, les
calamités convenues de la tradition prophétique et apocalyptique - présentées par cette tradition
comme des signes eschatologiques -, sont retenues par Cyprien comme des arguments de foi
fondés sur l'Écriture et comme des moyens rhétoriques, pour encourager au mépris du monde
et à la conversion. Dans Y Ad Demetrianum, à des fins apologétiques et protreptiques, Cyprien
conjugue deux visions décadentes du monde, l'eschatologie païenne représentant le monde à
l'image d'un organisme vieillissant, et l'eschatologie chrétienne apocalyptique, mais le traité ne
témoigne ni d'une crise ni de la conscience d'une crise (p. 171-184).
La documentation de K. S. est si riche qu'on a scrupule à signaler l'absence de quelques
publications importantes en langue française : les travaux de R. Braun, notamment ceux qui
concernent la chronologie des traités de Tertullien ; le livre de L. Duquenne sur la chronologie
des lettres de Cyprien ; les Actes du Colloque International du CNRS sur Le temps chrétien de
lafinde Γ Antiquité au Moyen Age, Paris, 1984. S. D.

21. SELINGER (Reinhard), Die Religionspolitik des Kaisers Decius. Anatomie einer
Christenverfolgung, Frankfurt am Main ; Berlin ; Bern, etc. : P. Lang, 1994, 229 p.
(Europäische Hochschulschriften : Reihe 3, Geschichte und ihre Hilfswissenschaften, Bd.
617) [Diss. Wien, 1993].
L'ouvrage est bien une "anatomie" de la persécution de Dèce, qui est minutieusement
présentée, étape par étape, région par région. Sont examinées en détail les questions suivantes
(p. 77-140) : la date de la promulgation de l'édit et les dates de son application ; l'organisation
des commissions et leur fonctionnement (convocation de la population concernée ;
enregistrement ; délivrance des certificats de sacrifices ; poursuite et traitement des
récalcitrants) ; l'identité des personnes concernées par la célébration religieuse ; la durée et les
modalités de cette célébration. R. S. insiste ajuste titre sur les différences locales que nous
permettent de percevoir les documents littéraires ou épigraphiques et les papyrus. Il montre bien
également quel effort ont dû fournir les bureaux pour exécuter les prescriptions de l'édit, et
340 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

compare les moyens mis en œuvre avec ceux qu'exigeaient les recensements de population (p.
112-119).
La démarche et l'interprétation de R. S. rejoignent celles des historiens actuels. Il manifeste
la même circonspection qu'eux vis-à-vis des sources chrétiennes : la haine de Dèce contre
Philippe, qui aurait été favorable aux chrétiens, est une légende due à Eusèbe ; Dèce n'était pas
l'Antéchrist que nous présente Cyprien. Son édit n'était pas dirigé contre les chrétiens, mais
s'inscrivait dans la continuité de la politique religieuse des empereurs. Il devait être proche des
rescrits ordonnant une supplicano pour célébrer le dies imperii, jour commémoratif de la
proclamation par ses troupes de l'empereur au pouvoir ou de sa reconnaissance par le Sénat.
R. S. insiste beaucoup sur ce point, établit un tableau comparatif des cérémonies décrétées par
tous les prédécesseurs de Dèce pour leur dies imperii (p. 45-49) et donne en annexe de son
étude le texte d'une trentaine de documents officiels relatifs à cette célébration. Si les évêques
ont été menacés, ce n'est vraisemblablement pas en vertu d'une disposition particulière de
l'édit, comme les chrétiens le laissent entendre - Dèce était plutôt préoccupé d'affermir l'État et
son pouvoir -, mais en raison d'une notoriété qui les exposait à l'animosité des populations et
des autorités locales (p. 141-177). Les communautés ont été plus éprouvées par les divisions
consécutives à la persécution que par la persécution elle-même.
Pour dater de décembre 250 la lettre que Cyprien adresse aux confesseurs romains, et de
décembre 249 leur emprisonnement, et donc le début de la persécution à Rome, R. S. avance
des arguments qui nous ont paru peu probants (p. 84 et n. 257). De la lettre de Cyprien il
ressort nettement que ces confesseurs entament leur deuxième année d'incarcération. Nous
savons d'autre part que leur arrestation est postérieure à \& passio de l'évêque Fabien (Chron.
354, MGH, AA, 9, p. 75). Fabien étant mort le 20 janvier 250, on est conduit à dater la lettre
de la fin janvier 251 (L. Duquenne). R. S. voit un obstacle à cette datation dans la phrase de
Cyprien «Eant nunc magistratus et cónsules siue procónsules, annuae dignitatis insignibus et
duodecim fascibus glorientur. Ecce dignitas caelestis in uobis honoris annui claritate signata
est...» (epist. 37, 2, 1). Mais le subjonctif n'indique pas forcément, comme le voudrait R. S.,
que l'entrée en charge des magistrats en janvier soit postérieure à la lettre, il souligne
simplement une antithèse («les magistrats peuvent bien entrer en charge et se glorifier, mais
vous ...»). Cyprien peut donc bien avoir écrit cette phrase fin janvier, et il n'y a pas lieu
d'avancer à décembre le moment de l'incarcération des confesseurs romains et, pour cela, de
donner à passio, dans la mention du Chronographe relative à Fabien, le sens inusité de
"confession", comme le suggère R. S.
Cette étude utile et assez bien documentée est gâchée par la présentation défectueuse des
nombreuses citations latines qu'elle contient, imprimées de surcroît en caractères gras. Tantôt
de fâcheuses "coquilles" rendent méconnaissables cas, accords, modalités verbales, tantôt le
texte reproduit est si curieusement délimité qu'il devient inintelligible. S. D

22. PERETTO (Elio), La sfida aperta. Le strade della Violenza e della nonviolenza dalla Bibbia
a Lattanzio, Roma : Boria, 1993, 348 p.
Dans cette étude consacrée aux rapports de la violence et de la non-violence, conçue comme
un refus actif de la violence et une recherche de réconciliation, le dernier chapitre traite des
«premiers maîtres de la pensée chrétienne de langue latine» et accorde une place prépondérante
à Tertullien (p. 250-292), à côté de Minucius Felix, Cyprien (p. 292-305), Novatien, Arnobe et
Lactance. La question à laquelle sont soumis ces auteurs - et à laquelle nous sommes peut-être
plus sensibles que ne l'étaient les penseurs de l'Antiquité - revient essentiellement, dans le cas
de Tertullien, à étudier, une nouvelle fois, son attitude à l'égard de l'institution militaire.
L'analyse des thèmes ou de l'argumentation d'un choix de traités, présentés, à quelques détails
près, dans l'ordre chronologique, conduit l'auteur à souligner le raidissement progressif de la
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 341

position du Carthaginois, qui trouve sa formulation la plus radicale dans Cor. Ainsi, sans
refuser les métaphores militaires ni s'opposer à l'Empire lui-même, Tertullien invite à fuir le
service militaire, pour la raison qu'il est aux antipodes de l'amour de Dieu et de son prochain,
et que les serviteurs de l'amour et de la paix ne peuvent être au service d'une institution
violente.
On le voit, cette analyse, qui s'intègre dans un ouvrage plus général, n'offre pas de vues
nouvelles sur Tertullien. Elle insiste peut-être abusivement sur son caractère "antimilitariste" et
"pacifiste" (p. 289), et gagnerait sans doute en justesse si elle considérait plus attentivement ses
préoccupations profondes. Par exemple à propos de Cor, l'article de J.-C. Fredouille sur
l'argumentation (cf. Chron. Tert. 1984, n° 15) a notamment montré que Tertullien est somme
toute moins intéressé par la question morale du port d'une arme, que par le danger idolâtrique,
ce qui conduirait à nuancer l'analyse de Peretto.— À propos de Cyprien, l'auteur montre son
attachement à la paix et à l'unité qui doivent s'exprimer dans la charité. Cela se manifeste, par
exemple, dans son action réconciliatrice dans la communauté chrétienne entre les confessores et
les lapsi, mais la paix peut aussi avoir une valeur théologique et spirituelle et désigner la
sérénité intérieure due à la communion avec Dieu et le salut de l'âme. C'est donc un portrait
sans surprise, mais juste, qui nous est proposé de l'évêque de Carthage.
La lecture de ces monographies successives présente de l'intérêt, mais on souhaiterait que
l'ouvrage fût tendu par une problématique plus forte et plus nette qui lui donnât une plus grande
unité et mît mieux en évidence les clivages entre les personnalités et les époques. F. C.

23. HALL (Bruce W.), The Samaritans in the writings of Justin Martyr and Tertullian —
Proceedings of the First International Congress of the "Société d'études Samaritaines", Tel
Aviv, April 11-13, 1988, Tel-Aviv University, Chaim Rosenberg School for Jewish Studies,
1991, p. 115-122.
B. H. avait préparé, sous la direction de A. D. Crown, une thèse intitulée Samaritan
Religion from John Hyrcanus to Baba Rabba. A critical examination of the relevant material in
contemporary Christian literature, the writings ofJosephus, and the Mishnah, Sydney, 1987. II
publie ici, en les systématisant, ses observations sur deux des plus anciens auteurs chrétiens
qui parlent de «res Samaritanae». Le bilan est décevant. Tertullien ne connaît des Samaritains
que ce qu'en dit la Bible (alors que ses écrits révèlent parfois un contact direct ou indirect avec
le judaïsme de son temps ; cf. Chron. Tert; 1977, n° 23). Quant à Justin, lui-même natif de
Flavia Neapolis en Samarie, s'il parle plusieurs fois des habitants de cette contrée, il ne semble
pas être au courant des croyances propres aux Samaritains. En effet, alors que ceux-ci ne
reconnaissent que le Pentateuque, il affirme en / Apol. 53 qu'ils ont, tout comme les Juifs, reçu
(et mal appliqué) le message des Prophètes. P. P.

24. RlVES (James B.), Tertullian on Child Sacrifice — Museum Helveticum, 51, 1994, p.
54-63.
Nouvel examen du fameux passage ά'Αρ 9, 2-3 sur la suppression des sacrifices d'enfants
en Afrique. Sans reprendre les problèmes habituels et qui, à ses yeux, «ne sont peut-être pas
susceptibles d'une solution» (celui du proconsulatus Tiberii, celui de la militia patris ou
patriae), ΓΑ. veut mettre en garde contre l'interprétation que Tertullien suggère - et qui serait
communément admise - d'un arrêt de ces sacrifices par l'effet d'une action politique et militaire
de Rome. En fait, la documentation archéologique apporte la preuve que ces pratiques, en
dehors de Carthage du moins, étaient déjà en déclin au IIe siècle avant Jésus-Christ ; l'annexion
de l'Afrique à l'Empire a probablement hâté cette disparition, mais plus par suite d'une pression
sociale et politique indirecte que d'une exclusion autoritaire appuyée par une action armée (p.
61). Dans ces conditions, la mise en croix des prêtres de Saturne évoquée par le texte ne doit
342 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

pas être rapportée à une campagne d'ensemble : elle ne peut être qu'un événement isolé,
appartenant à un passé récent - et Tertullien la rappellerait pour donner faussement l'impression
qu'elle a déterminé la fin des sacrifices d'enfants en Afrique. Dans ce développement où il
pratique la rétorsion du grief de sacramentum infanticida, il y aurait eu de sa part «manipulation
rhétorique» et adaptation d'un catalogue d'exemples de sacrifices humains - qui se retrouvent
ailleurs chez lui et chez d'autres - dans l'intention de montrer que de tels comportements,
reprochés aux chrétiens, font partie du paganisme contemporain.— Sans faire beaucoup
avancer 1'elucidation du passage, cette tentative, qui comporte bien des hypothèses, montre en
tout cas combien il est délicat de vouloir traiter comme sources historiques des textes littéraires
engagés dans des perspectives démonstratives et rhétoriques. R. B.

25. BRAUN (René), La femme d'Hasdrubal : un exemplum historique de Tertullien à Orose


— Nomina rerum. Hommage à Jacqueline Manessy-Guitton (cf. n° 15), p. 87-95.
La conduite héroïque de la femme (anonyme) d'Hasdrubal, qui au siège de Carthage en 146
av. J.-C. se jeta dans les flammes avec ses deux enfants pour mieux stigmatiser la lâcheté de
son époux, est un exemple de vertu païenne qu'utilisent Tertullien (Nat 1, 18, 3 ; 2, 9, 13 ;
Mart 4, 5), Jérôme (in Eph. III, 5, v. 25 ; adu. Iouin. I, 43 ; epist. 123, 7) et Orose (Hist. 4,
23, 4). Le dossier était connu, mais alors qu'on insistait surtout sur le courage que suppose un
tel suicide par le feu (est-ce à un tel exemple que fait allusion saint Paul en / Cor. 13, 3 ? cf. F.
J. Dölger, Antike und Christentum, 1, 1929, p. 262), R. B. a le mérite de resituer les textes
dans une tradition historiographique et d'analyser le sens que Y exemplum prend chez chaque
auteur. La filiation spirituelle avec Didon est particulièrement présente chez les deux Africains.
Tertullien dépasse la simple opposition entre héroïsme féminin et faiblesse masculine pour
souligner l'élan patriotique et la fierté d'une femme et d'un mère. Et pour Jérôme, apôtre de la
castitas, la courageuse Carthaginoise devient une de ces veuves «quae mortuis uel occisis uiris
superuiuere noluerunt ne cogerentur secundos nosse concubitus» (adu. Iouin. 1,43). P. P.

26. UGENTI (Valerio), Tertulliano, Giuliano e l'inzegnamento delle lettere classiche—


Rudiae. Ricerche sul mondo classico, 5, 1993, p. 153-159.
Les deux textes utilisés dans cette étude, Idol 10, 4-7 et Julien, epist. 61C, sont bien
connus, et cités par ex. par H.-I. Marrou, Histoire de l'éducation dans l'Antiquité, Paris,
19656, p. 461-464. Le mérite de V. U. est de montrer qu'un chrétien et un païen convaincus
ont recouru, à quelque 150 ans de distance, à des argumentations analogues. L'enseignement
de la littérature classique par un professeur païen est, aux yeux du premier, une trahison, un
«catéchisme des idoles », et à ceux du second, un manque total de loyauté, une attitude de
boutiquier sans scrupule. Les deux sont d'accord pour accorder à l'élève chrétien l'accès aux
saecularia studia : une nécessité pour Tertullien, qui envisage des contre-poisons ; pour Julien,
c'est la bonne voie, qu'il ne faut surtout pas fermer aux enfants. Malgré la différence des
contextes, la conclusion est la même : «il est permis aux chrétiens d'étudier, mais non
d'enseigner les classiques» (p. 159). P. P.

27. URINE (Ali), Cérès, les Cereres et les sacerdotes magnae en Afrique : quelques
témoignages épigraphiques et littéraires—L'Afrique, la Gaule, la Religion à l'époque romaine.
Mélanges à la mémoire de Marcel Le Glay, Bruxelles : Latomus, 1994, p. 174-181, 2 pi.
(Collection Latomus, 226).
A. D. retient le témoignage de Tertullien pour confirmer l'information qu'apportent, sur
l'appellation sacerdotes magnae, certaines inscriptions africaines, selon lesquelles il s'agirait
des prêtresses de Cérès. En effet plusieurs passages (Ux I, 6, 4 ; Cast 13, 2 ; Mon 17, 3)
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 343

soulignent la chasteté et l'âge avancé des femmes consacrées à Cérès, deux traits caracté-
ristiques de ces sacerdotes magnae d'après les témoignages épigraphiques. Cela confirme
l'image d'un Tertullien qui connaît bien sa terre natale et dont les informations sont
généralement fiables. On peut regretter parfois l'imprécision d'un article qui nous prive du texte
latin des citations de Tertullien, empruntées même, dans certains cas, à la traduction ancienne
de Genoude et dépourvues de l'indication du numéro de paragraphe. F. C.

28. TuRCAN (Robert), La "Physica Ratio" des "Lions" mithriaques . Tert., Marci, 13,5 —
«Foi - Raison - Verbe». Mélanges in honorem Julien Ries, Luxembourg : Centre Universitaire
de Luxembourg, Département des Lettres, Séminaire d'Etudes Anciennes, 1994, p. 239-250
(Numéro spécial du Courrier de l'Éducation Nationale).
Après avoir souligné la variété des traductions qui ont été données de sicut aridae et ardentis
naturae sacramenta leones Mithrae philosophantur, R. T. propose avec justifications historiques
et linguistiques une interprétation originale : Tertullien aurait en vue ici les rites initiatiques
(sacramenta) des Mithriastes, rites consistant en une épreuve du fer ardent (évoqué par aridae
et ardentis naturae) et parallèles au "sacrement de l'eau" qu'est le baptême (Bapt 1,1). D'autre
part, les "Lions" de Mithra joueraient le rôle de sujet dans la proposition qu'il faudrait
comprendre ainsi : «tout comme les Lions de Mithra expliquent allégoriquement leurs
sacrements de la nature aride et brûlante». Ce rôle d'instructeurs ou de catéchistes assigné aux
Lions serait confirmé par une inscription du Mithraeum de S. Prisca.— Outre le caractère
hypothétique de ce rôle, la principale difficulté de la nouvelle interprétation, c'est qu'elle ne
tient pas compte de certaines indications du contexte. La proposition litigieuse prend place à la
fin d'une longue phrase qui a multiplié les parallélismes en les soulignant d'homéotéleutes :
Tertullien y vise les théoriciens ou exégètes du paganisme (uulgaris superstition ; après
l'explication "naturaliste" des dieux traditionnels (figurans Iouem... Iunonem... Vestam...
Camenas... Magnam Matrem...), il passe aux dieux des religions orientales, avec les deux
exemples d'Osiris et de Mithra ; il utilise dans ces deux cas un verbe au pluriel, dont le sujet est
à tirer de uulgaris superstitio. Il est clair que le sujet at philosophantur reste le même que celui
de argumentantur. Ces deux termes associent "dialectique" et "philosophie" pour indiquer des
explications rationnelles venues du "siècle", comme sont associés, en Res 5, 1, rhetoricari et
philosophari. D'autre part, la notion de symbole qui domine tout le développement depuis
figurans suggère de prendre sacramenta dans ce sens. On comprendra donc que ce sont les
tenants de ce système d'explication qui allégorisent philosophiquement les Lions de Mithra et
voient en eux les symboles du feu. Du verbe rare qu'est philosophari, il n'y aura pas lieu de
s'étonner que Tertullien l'emploie avec un attribut du complément d'objet ou avec une
proposition infinitive où esse est sous-entendu. La construction & argumentan aussi, dans la
proposition symétrique, est inhabituelle. R. B.

29. BESKOW (Per), Tertullian on Mithras — Studies in Mithraism. Papers associated with the
Mithraic Panel organized on the occasion of the XVIthCongress of the International Association
for the History of Religions, Rome 1990, Roma : L'Erma di Bretschneider, 1994, p. 51-60
(Storia delle religioni, 9).
S'interrogeant sur la valeur des informations de Tertullien à propos du mithriacisme, P. B.
procède en particulier à l'analyse des deux principaux témoignages que sont Cor 15, 3-4 et
Praes 40, 1-5. Il montre que la terminologie utilisée par Tertullien est délibérément empruntée
au christianisme, afin de présenter les pratiques religieuses païennes comme des contrefaçons
diaboliques des mystères chrétiens. Si l'on doit par exemple admettre, de la lecture du second
texte (difficile et suscitant depuis longtemps l'interrogation des spécialistes du mithriacisme),
l'existence dans les mystères d'un rite du bain et du signe, et reconnaître dans la cérémonie de
344 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

la couronne celle décrite dans Cor 15, P. B. explique que le terme oblado ne désigne toutefois
pas un rite de communion : il a plutôt été choisi pour évoquer ce que Tertullien croit être une
imitation païenne de la cérémonie chrétienne. De même on ne peut déduire avec certitude de
l'expression imaginem resurrectionis inducit (Praes 40, 4) l'existence d'une cérémonie
mithriaque de résurrection, mais elle atteste en revanche que Tertullien voyait dans la naissance
de Mithra d'un roc une contrefaçon du thème chrétien de la résurrection. Cette étude a donc le
mérite d'inviter à une saine prudence dans la lecture des témoignages de Tertullien, qui nous
apprennent autant sur le Carthaginois lui-même et ses préoccupations, que sur le mithriacisme.
Les mêmes conclusions sont tirées de Cor 15, 3-4 où sacramentum, sans être un terme
technique des mystères, désignerait le serment du néophyte mithriaque afin de mieux suggérer
le rapprochement avec le rite baptismal chrétien, qui porte souvent ce nom chez Tertullien.
L'analyse est cependant ici moins pertinente, dans la mesure où, dans le passage, le mot
signifie avant tout le serment militaire, même si une discrète allusion au baptême n'est pas
impossible.
On peut regretter d'autre part que P. B. n'ait pas adapté la traduction de Cor 15, 3-4 qu'il
emprunte à un volume de la collection The Fathers of the Church pour la faire correspondre au
texte qu'il reprend de l'édition de J. Fontaine, assez sensiblement différente de celle de
Kroymann. Dans le même passage il faut en outre lire temptatus et non temptus, écrit par
erreur. F. C.

ACTES DES MARTYRS

30. SAXER (Victor), Afrique latine — Hagiographies. Histoire internationale de la littérature


hagiographique latine et vernaculaire en Occident des origines à 1550, 1, Turnhout : Brepols,
1994, p. 25-95 (Corpus Christianorum).
Vue panoramique sur l'ensemble de l'hagiographie africaine, bien documentée, même si
l'A. a oublié, par mégarde, d'évoquer la Passio S. Victoris (BHL 8565). Les premiers
chapitres sont consacrés respectivement aux Actes des martyrs Scillitains (p. 29-33), à la
Passion de Perpétue (p. 33-35), aux «Documents sur le martyre de Cyprien» (p. 35-43), aux
Passions de Marien et Jacques et de Lucius et Montan (p. 43-49).— L'étude la plus complète
sur les listes des Scillitains est celle de Fabio Ruggiero, // problema del numero dei martiri
Scilitani (cf. Chron. Tert. 1988, n° 30), qui n'a pas été reproduite dans l'édition que le même
auteur (cité par V. S. sous le nom fautif de Ruggieri) a donnée en 1991. La bibliographie sur la
Passion de Perpétue est ici réduite au minimum : le développement des études sur les femmes a
pourtant fait sortir cette œuvre du cercle étroit des spécialistes et suscité des commentaires qui
ne sont pas tous répétitifs (cf. Chron. Tert. 1989, n° 35 et 37 ; 1992, n° 29 ; 1993, n° 27, etc.).
Si l'on confond le proconsul défunt de la Passio Ludi et Montani (6, 1) avec le juge de
Cyprien, Galerius Maximus (cf. p. 38 et 48), on doit admettre que ce dernier mourut non de la
maladie qui l'avait contraint au repos (Acta Cypriani, 2, 3), mais de mort violente, à la suite
d'une émeute (Passio Ludi, 2, 1). Les pages les plus originales - anticipant une étude parue
dans Orbis romanus christianusque... Travaux sur l'Antiquité Tardive rassemblés autour des
recherches de NoëlDuval, Paris : De Boccard, 1995, p. 237-251 - sont consacrées à la Vie de
Cyprien par Pontius, dont V. S. défend, de façon énergique et probante, l'authenticité. F. D.

31. KESSLER (Andreas), Der Angriff auf die Augen Perpetuas. Versuch einer Deutung von
Passio Perpetuae 3,3 — Peregrina curiositas. Eine Reise durch den orbis antiquus. Zu Ehren
von Dirk Van Damme (cf. n° 12), p. 191-201.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 345

L'A. s'attache à expliquer un détail du texte (§ 3, 3). Pourquoi le père de Perpétue, rendu
furieux par la profession de foi de sa fille («Me dicere non possum nisi quod sum, Christiana»),
a-t-il tenté de lui arracher les yeux («Mittit se in me, ut oculos mihi erueret») ? D'après la
science antique (De physiognomonici, Pline), les yeux étaient la partie du corps la plus
précieuse, révélatrice des sentiments ou même résidence de l'âme ; ils occupaient aussi une
grande place dans le langage affectif (Plaute, Térence) et la poésie amoureuse (Catulle, Martial).
En manifestant son attachement au Christ, Perpétue a défié son père, comme elle devait ensuite,
par la force de son regard, faire baisser les yeux de la foule (§ 18, 2 : «vigore oculorum
deiciens omnium conspectum»). Celui-ci répond à une telle provocation, en s'attaquant à ce
qui, pour lui, manifeste la trahison de safilleet l'attachement pernicieux à un rival, le Christ.
F.D.

32. MCKECHNIE (Paul), St. Perpetua and Roman Education in A. D. 200— L'Antiquité
classique, 63, 1994, p. 279-291.
Que signifient les mots «liberaliter instituía» que le rédacteur de la Passion emploie, en 2,
1, à propos de Perpétue ? L'A. cherche à répondre à cette question, en s'appuyant à la fois sur
la Passio et sur l'ensemble des sources latines relatives à l'instruction des jeunes filles.
Perpétue, qui est âgée d'environ 22 ans, se montre capable d'argumenter comme de rédiger un
texte en prose rythmique : elle avait donc, au minimum, suivi jusqu'au bout l'enseignement
d'un grammaticus, soit à la maison, soit dans une école ouverte aux deux sexes. D'après les
témoignages connus, un tel niveau n'avait rien d'exceptionnel et n'est pas à interpréter, en
l'occurrence, comme un indice d'excentricité paternelle. La jeune femme possédait en outre une
culture biblique plus vaste que ne l'ont dit certains modernes.— Malgré les spéculations
ingénieuses de l'A., je vois mal comment on pourrait préciser la durée de la catéchèse de
Perpétue ou l'âge que celle-ci avait lors de son mariage. La plus récente édition commentée du
texte n'est pas celle de J. W. Halporn, Bryn Mawr, 1984, mais celle d'A. A. R. Bastiaensen
(cf. Chron. Ten. 1987, n° 3). F. D.

33. PERKINS (Judith B.), The «Passion of Perpetua» : a Narrative of Empowerment—


Latomus, 53, 1994, p. 837-847.
Analyse détaillée du journal et du martyre de Perpétue. Dans ses rêves, la jeune femme se
voit capable de monter jusqu'au ciel, d'ôter la souffrance de son frère, de vaincre au combat un
athlète masculin. Cela lui donne confiance en son pouvoir et lui permet d'affronter
victorieusement l'autorité de son père comme celle de l'État. L'imagerie de la dernière vision
(changement de sexe, piétinement du visage de l'Égyptien) manifeste cette subversion fonda-
mentale. La Passion de Perpétue renverse, comme celle des martyrs de Lyon, les structures
hiérarchiques de la société antique. Ce n'est pas un hasard si les personnages qui devraient en
principe être les plus faibles (femmes, esclaves, vieillard) y sont au centre du discours.—
L'exposé est bien conduit, mais l'A. insiste trop sur la résistance à une «gender-based
hierarchy» : Perpétue ne lutte pas, en tant que femme, contre des pouvoirs masculins, mais
contre les exigences des païens, avec la force et la liberté de qui a revêtu l'homme nouveau. Les
citations latines sont affectées d'un nombre inquiétant de coquilles. F. D.

34. MILLER (Patricia Cox), Dreams in Late Antiquity. Studies in the Imagination of a
Culture, Princeton : Princeton University Press, 1994, XII-273 p.
Ouvrage ambitieux, qui cherche à renouveler la compréhension des textes antiques en
exploitant des grilles de lecture contemporaines. Le rêve y est conçu, sur un mode actif, comme
une relecture de la vie, une sorte de kaléidoscope où des fragments d'expérience personnelle
346 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

sont recomposés en figuration nouvelle de la personnalité (p. 128). La première partie,


thématique, traite des théories, des interprétations et de la valeur curative des rêves ; la seconde
commente les visions et songes d'Hermas, Perpétue, Aelius Aristide, Jérôme, enfin des deux
Grégoires (de Nazianze et de Nysse).
Le chapitre consacré à Perpétue (p. 148-183) offre d'abord un excellent état de la question :
les diverses interprétations des rêves de la jeune femme y sont rappelées et classées en fonction
de l'importance qu'elles accordent aux éléments bibliques. L'A. propose ensuite sa propre
analyse, à partir d'outils conceptuels empruntés à deux féministes, Julia Kristeva et Luce
Irigaray (langage carnavalesque, masculinité sous-jacente au langage). Ces clés de lecture sont
assurément originales, mais la question est de savoir si, dans une société différente de la nôtre,
elles ouvrent la porte ou faussent la serrure. Dans la première vision, P. C. M. insiste sur la
connexion établie par l'échelle entre le pasteur et le serpent phallique («beneath the paternal
position lurks a phallic figure of destruction» ; il sera plus loin question du «sinister
shepherd»). Si Dinocrate - le jeune frère mort du cancer à sept ans - est séparé de Perpétue par
un abîme, c'est que «the male is so cancerous that no approach by the female is possible». La
victoire finale sur l'Égyptien manifeste que «when the female is in the ascendant, elevated
above the foul figure of repressive structures, that foul figure succumbs to the liberating
rebellion of what it had marginalized». En conclusion, ce qui meurt, dans le rêve, est «the
master narrative of theological doctrine that so devalued female identity».— Afin de ne pas
trahir une pensée cohérente et vigoureuse, mais étrangère à mon sexe, j'ai préféré multiplier les
citations textuelles. Si l'on accepte le postulat initial (le conflit homme-femme des sociétés
postmodernes existait déjà dans l'Afrique du III^ siècle), l'exposé est intelligent et brillant. Dans
la mesure où des faits majeurs nous échappent (comme la personnalité du mari de Perpétue, que
la Passion n'évoque jamais), j'avoue ma préférence pour une approche du texte plus modeste et
d'un féminisme moins provocant. F. D.

35. DELÉANI (Simone), La «Vita Cypriani» — Connaissance des Pères de l'Église, 56,
Décembre 1994, p. 9-13.
Loin d'être l'œuvre d'un "esprit stérile" et d'un "écrivain médiocre", la VCy révèle chez
son auteur, le diacre Pontius, une certaine culture classique et biblique, une bonne connaissance
des règles de composition et d'élocution. Mais c'est surtout la cohérence du dessein et la
validité du témoignage que S. D. défend et éclaire par une analyse fouillée, en tout point
convaincante. Elle souligne la nouveauté du projet par rapport à la Passio Perpetuae qui est la
référence affichée : l'objet de la VCy est de proclamer, dans leur valeur exemplaire, "les
œuvres et les mérites" de l'évêque martyr, considérés comme sa passion, le martyre
proprement dit n'étant que le couronnement accordé par Dieu en récompense. Ainsi s'explique
que le récit soit construit, avec des raccourcis saisissants, autour de trois pôles (élection
episcopale, proscription de 250, martyre) qui sont les trois degrés de gloire d'un acheminement
vers le sommet de la grâce. Mais la VCy ne s'est pas voulue "histoire", "séquence
chronologique" comme le fait bien voir une comparaison avec les Acta proconsularia à propos
de la mort de l'évêque (étude parue dans La narrativa cristiana antica, Rome, 1995, p. 465-
477). Si elle emprunte certains procédés au genre biographique, elle n'est pas une biographie :
des faits sont omis, la durée est occultée, tout ce qui ne contribue pas à manifester la sainteté du
personnage est écarté. En revanche, l'interprétation véhiculée par le commentaire l'emporte sur
la narration. Un tel projet s'enracine d'ailleurs dans la spiritualité martyriale de Cyprien lui-
même (une vie consacrée à Dieu comme substitut du martyre). R. B.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 347

DOCTRINE

36. SESBOUÉ (Bernard), WOLINSKI (Joseph), Le Dieu du Salut, Paris : Desclée, 1994
(Histoire des Dogmes, l).
Dans le premier volume de cette nouvelle Histoire des Dogmes qui veut «synthétiser les
résultats les meilleurs des découvertes acquises» depuis Tixeront (p. 10), le chapitre De
l'économie à la "Théologie" (IIIe s.) est dû à J. W. ; les pages 186-203 qu'il consacre à «éco-
nomie et théologie trinitaire chez Tertullien» s'appuient essentiellement sur les travaux de J.
Moingt. Sont cités et commentés avec précision les principaux textes de Prax qui traitent de
l'unité de substance, de la démonstration du nombre en Dieu, de la naissance du Fils à
l'extérieur, de sa génération à l'intérieur (comme Sagesse), de l'origine éternelle du Fils et de
l'Esprit. Contre la thèse de Harnack qui voyait là une «trinité économique» destinée à revenir à
son unité originelle, J. W. fait valoir justement que «les économies ne réalisent pas la
distinction des personnes, mais la manifestent» (p. 198). On appréciera aussi sa conclusion,
toute en nuances, sur l'apport de Tertullien à la formulation du dogme, sur son rôle par rapport
aux grands conciles du IVe siècle qu'il anticipe sans toutefois donner à "substance" et
"personne" leur plein sens théologique.— Mais p. 191 (dernière ligne) et p. 192 (titre), à
propos du vocabulaire de la particularité, il conviendra d'écarter "espèce" et d'adopter "aspect"
pour traduire species, comme le fait d'ailleurs très bien la suite de l'argumentation. R. B.

37. GONZALEZ (Justo L.), Christian Thought revisited. Three types of theology, Nashville :
Abingdon, 1989, 185 p.
Présenté comme l'appendice d'un vaste ouvrage en trois volumes du même auteur -
History of Christian Thought paru en 1970-1975 (2e éd. 1987) - cet essai soutient la thèse qu'il
existe trois types de théologie : A. une théologie fondamentaliste (ou légaliste) illustrée par
Tertullien ; B. une théologie libérale (d'inspiration philosophique) incarnée en Origene ; C. une
théologie pastorale (centrée sur l'histoire du salut), dont Irénée est le plus eminent représentant.
À ce troisième type vont les sympathies de l'A. qui le juge le mieux adapté aux problèmes et
inquiétudes de notre temps. La première moitié du livre tente de justifier par des analyses cette
typologie dont est reconnu d'ailleurs le caractère «nécessairement schématique» (p. 32). Sont
évoqués, chapitre après chapitre : 1) Dieu, la création, le péché originel ; 2) le salut ; 3) l'usage
de l'Écriture. Chaque fois, des résumés synoptiques visent à faire apparaître les différences
essentielles entre ces trois types de pensée théologique. Certes, ce n'est qu'au prix de
durcissements et de jugements approximatifs que Tertullien peut être montré comme un
théologien dont la perspective de base se résumerait dans le mot Loi (p. 32), dont le Dieu serait
essentiellement «juge et législateur» (p. 39). Reprenant des vues de Harnack aujourd'hui
dépassées, l'A. affirme l'origine juridique de sa formulation trinitaire (p. 38), et sans connaître
les travaux de G. Hallonsten (cf. Chron. Tert. 1984, n° 25), il lui attribue la paternité de la
doctrine classique de la satisfaction. Concernant l'utilisation de l'Écriture, on ne manquera pas
de trouver floues ou même inconsistantes les distinctions posées entre "code moral",
"prophétie" (pour le type A), "allégorie" (pour B), "typologie", "prophétie" (pour C). Sans être
inintéressant en soi, ce genre d'exercice ne peut guère faire avancer la connaissance de la
pensée patristique. R. B.

38. KlNZIG (Wolfram), Novitas Christiana. Die Idee des Fortschritts in der alten Kirche bis
Eusebius, Göttingen : Vandenhoeck und Ruprecht, 1994, 702 p. (Forschungen zur Kirchen-
und Dogmengeschichte, 58).
348 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

Les historiens s'accordent à penser que, si la notion de progrès ne fut pas complètement
inconnue de l'Antiquité classique, elle s'est développée à l'époque chrétienne, et W. K. a
entrepris de tracer l'histoire de cet essor, des origines chrétiennes jusqu'au tournant
constantinien. Laissant de côté la notion de progrès individuel et spirituel, il montre comment le
concept de nouveauté, appliqué à l'histoire collective de l'humanité entraînée vers un mieux,
s'est forgé dans les controverses des chrétiens avec les païens, les juifs et les hérétiques. Dès le
milieu du IIe siècle on voit s'ébaucher la conception d'une histoire du salut, dans laquelle le
christianisme, religion nouvelle, constitue une étape décisive. Par la suite, les penseurs de la fin
du IIe s. et du lile s. - Irénée, Tertullien, Clément, Origene et Arnobe - approfondissent cette
interprétation de l'histoire comme une avancée salvifique pour l'humanité, et ils la complètent
par une double réflexion sur le progrès de la civilisation et sur la place qu'occupent, dans cette
histoire divine, l'Empire romain et le pouvoir temporel. La perspective de ces penseurs reste
cependant essentiellement rétrospective. Lactance et Eusèbe viendront couronner cette réflexion
préparatoire au tournant constantinien, chacun à sa manière, le premier en s'appuyant davantage
sur la tradition, le second de façon plus théologique en intégrant pleinement Constantin dans le
plan salvifique de Dieu.
En considérant, dans la perspective des concepts de nouveauté et de progrès, les thèmes
que la littérature préconstantinienne a développés, cette étude très riche parvient à les mettre en
relation et à dégager, à partir d'eux, l'unité de la pensée chrétienne de cette époque. L'A. ne
cède pourtant à aucun systématisme et sait reconnaître que d'autres voies étaient possibles,
comme celle qu'a empruntée Hippolyte en adoptant une perspective non pas "progressiste",
mais "apocalyptique".
À propos de Tertullien, l'A. montre, après d'autres, qu'à côté de passages sur l'éternité ou
l'ancienneté de la vérité, lud met en valeur la nouveauté du christianisme et le progrès de la Loi,
qui, nécessité par la rupture avec la loi adamique qu'a causée la chute, aboutit finalement au
christianisme. Avec le montanisme, l'idée de progrès prend chez Tertullien une valeur
ecclésiologique, dans la mesure où le progrès réalisé avec les chrétiens par rapport à la Loi
mosaïque est poursuivi à l'intérieur de l'Église avec l'évolution de la disciplina sous l'influence
du Paraclet. Appliquée exclusivement au peuple de Dieu, l'idée de progrès n'a donc pas chez
Tertullien de valeur universelle. Quant aux passages sur le progrès de la civilisation,
particulièrement Pal 2, 6-7, W. K. les juge, de façon d'ailleurs discutable, seulement ironiques
et peu susceptibles de nous informer sur la position exacte de Tertullien à l'égard de la
civilisation de son temps. F. C.

39. THÖNNES (Hans Werner), Caelestia recogita et terrena despides : altkirchliche Apologetik
am Beispiel Tertullians im Vergleich mit modernen Entwürfen, Frankfurt am Main ; Bern, etc. :
P. Lang, 1994, XX-256 p. (Europäische Hochschulschriften. Reihe 23, Theologie, Bd 505).
Cette étude, qui emprunte son titre à Ux I, 4, 8 - il n'eût pas été inutile de l'indiquer au
lecteur -, est consacrée à la façon dont Tertullien conçoit la supériorité du christianisme sur la
religion païenne, et consiste essentiellement en un recensement organisé des principaux
arguments apologétiques. Il s'agit en particulier de montrer comment ueritas Christiana et
disciplina s'impliquent mutuellement et fondent l'argumentation apologétique. L'A. cite
abondamment Tertullien, ce qui fait regretter l'absence de tout index. Un rapide dernier chapitre
tente de mettre en relation la démarche du Carthaginois avec celle qui est à l'œuvre dans
quelques ouvrages récents de théologie fondamentale. F. C.

40. HOFFMAN (Daniel Lee), The status of woman and gnosticism in Irenaeus and Tertullian,
Ann Arbor : University Microfilms international, 1994, IX-313 p. [Diss. Miami Iniversity
1992]
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 349
Cette Dissertation pour le doctorat de philosophie se propose d'examiner et de réfuter la
thèse développée principalement par Elaine Pagels : d'après ses travaux les groupes gnostiques
auraient accordé dans leurs communautés un statut élevé aux femmes, en relation avec le rôle
majeur que jouent les images féminines dans les textes cosmologiques et théologiques
gnostiques ; en réaction, l'église orthodoxe se serait plu à dénigrer la femme et l'aurait
cantonnée à une place subalterne. D. L. H. a construit son argumentation en trois temps. Il
montre d'abord que les textes gnostiques témoignent à l'unanimité d'un regard négatif sur les
femmes. En revanche la lecture des écrivains chrétiens du lie siècle, particulièrement d'Irénée,
atteste le rôle relativement important dévolu aux femmes dans les communautés orthodoxes ; il
semble en outre qu'aucun texte de l'évêque de Lyon ne confirme l'idée d'une prépondérance
féminine chez les gnostiques. Enfin l'analyse des œuvres de Tertullien, que E. Pagels avait
elle-même fortement sollicitées, aboutit au même résultat. Cette dernière partie, qui réexamine
notamment certains passages traditionnellement utilisés par les tenants d'un Tertullien
misogyne, conteste une telle image : pour Tertullien le statut ontologique de la femme n'est pas
inférieur à celui de l'homme ; l'affirmation de Cult I, 1 doit être replacée dans son contexte et
mise en parallèle avec les autres passages où Adam est présenté comme le responsable de la
chute ; Tertullien accorde à la femme un rôle important tant dans le mariage que dans l'Église ;
enfin son ralliement au montanisme suppose son acceptation de la place prépondérante
qu'occupaient les femmes dans ce mouvement, à commencer par les deux prophetesses Prisca
et Maximilla. Quant aux témoignage de Tertullien sur les groupes gnostiques, ni Praes 41, 5 ni
Β apt 17, 4-5 ne permettent de conclure que les femmes occupaient une fonction officielle dans
les églises hérétiques, ni que les hommes et les femmes y aient été égaux.
Sur bien des points l'analyse prudente de l'A. emporte l'adhésion, et l'idée générale qu'il
défend nous paraît vraie : l'intransigeance de l'Église sur le rôle des femmes n'est pas aussi
appuyée qu'on l'a dit et, de toute façon, il ne s'agit pas d'une réaction dirigée contre
l'organisation des groupes hérétiques. À propos de Tertullien il recourt, à juste titre mais de
façon peut-être trop exclusive, à l'étude de F. F. Church (cf. Chron. Tert. 1976, n° 26), et l'on
peut regretter que sa documentation ne dépasse pas, pour l'essentiel, les ouvrages en langue
anglaise. L'interprétation qu'il propose de la place de la femme chez Tertullien s'accorde, dans
l'ensemble, avec les études récentes sur cette question rebattue, mais D. L. H. tend à exagérer,
pour les besoins de sa cause, le rôle que Tertullien accorde aux femmes à l'intérieur de l'Église
et à insister abusivement sur le texte de Marc V, 8, 11. D'autre part certains travaux récents sur
la femme dans l'Église ancienne eussent permis parfois d'assurer davantage l'analyse, en
particulier de mieux relativiser l'attitude de l'Église en l'ancrant dans une tradition ancienne
issue de la société et de la philosophie païennes (cf. Chron. Tert. 1989, n° 35 ; 1990, n° 41).
Enfin, pour terminer par une remarque de détail, dans Praes 41, 5 l'impudence exprimée par
V&djecûf procaces ne consiste pas dans l'absence de voile ou la tenue indécente des femmes
hérétiques (p. 248), mais plutôt dans l'audace même d'enseigner, de discuter et d'exorciser.
F. C.

41. TlBILETTI (Carlo), Postilla sul tema dell'anima cristiana per natura (Tertulliano, Apol. 17,
6) — Augustinianum, 34, 1994, p. 447-454.
Revenant sur le thème cental de Test (cf. Chron. Tert. 1993, n° 32) pour en souligner une
fois encore l'originalité, C. T. trace un rigoureux parallèle entre la preuve cosmologique de
l'existence de Dieu par le consensus omnium (philosophique, déduite de l'expérience externe,
expression d'une opinion des masses) et la preuve par le témoignage de l'âme (théologique,
directe et immédiate, expérience interne d'une âme isolée). Les deux ne sont pas homogènes et
la seconde a valeur prééminente : avec sa physionomie et sa caractéristique propres, elle n'est
pas la reprise ou la retouche d'une autre forme d'argumentation. R. B.
350 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

42. URÍBARRI BILBAO (Gabino), Monarquía. Apuntes sobre el estado de la cuestión —


Estudios eclesiásticos, 69, 1994, p. 343-366.
Prolégomènes d'un travail doctoral (Madrid, 1994) en cours de publication. On sait que,
après son emploi par Aristote et Philon, la "monarchie" comme désignation du monothéisme a
servi aux apologètes, puis aux théologiens chrétiens des IIe et 111° siècles, qui ont eu pour tâche
de la concilier avec l'affirmation trinitaire en l'articulant sur la notion d'"économie'\ C'est dans
ce débat que s'inscrit Prax. Après un rappel des travaux trinitaires récents (Rahner, Moltmann,
Pannenberg) et un tableau des hérésies adoptianistes et modalistes, l'A. passe en revue toutes
les études qui ont été consacrées au concept de monarchie dans cette controverse.
Curieusement, les contributions françaises (la nôtre, celle de J. Moingt) sont ignorées. Le terme
de monarchiani ayant été plaisamment forgé par Tertullien en Prax 10, 1 (cf. Deus Christ., p.
72, n. 2), il n'y aura pas à s'étonner que cette désignation ne se rencontre pas pour un groupe
d'hérétiques dans l'ancienne Église (p. 352, p. 355, p. 363). L'article se termine par une
Propositio énonçant les objectifs de l'investigation. L'A. se propose notamment de montrer le
caractère trinitaire de monarchia, telle que l'ont entendue apologètes et théologiens à l'exception
de Praxéas, et d'établir aussi que Tertullien la comprend à partir de sa racine métaphysique
comme μία αρχή malgré la présence d'éléments politiques dans la justification de son point
de vue. Avant même de lire la démonstration, nous souscrivons à de telles conclusions. R. B.

43. URÍBARRI BILBAO (Gabino), Las teofanias veterotestamentarias en Justino, «Dial.» 129
y Tertuliano, «Prax.» 11-13 Un caso de continuidad en la argumentación exegética
antimonarquiana—Miscelánea Comillas, 52, 1994, p. 305-319.
Les trois citations de Gen. 3, 22, Gen. 19, 24 et Prov. 8, 22 sont sélectionnées par Justin
(Dial. 129) pour constituer des preuves dans sa polémique contre une variante, sans doute
d'origine juive, de ce qui deviendra le "monarchianisme" : ces textes illustrent la différence
entre générant et généré, et la pluralité dans la divinité. Avec la même interprétation, ils
reparaissent en Prax quand il s'agit pour Tertullien d'établir l'altérité du Père et du Fils (11,3;
12, 1-2; 13, 4). Certes, ils s'y trouvent dispersés parmi d'autres textes, repris aussi au Dial, ou
inaugurés dans cette controverse. Mais on sera sensible à l'argument que constitue l'accord
entre Dial. 129, 2 (refus d'une lecture "tropologique") et Prax 13, 4 (non accipienda
quemadmodum scripta sunt). D'autre part ailleurs, quand ces textes sont cités par Tertullien ou
par Irénée, ils ne sont jamais l'objet d'une exégèse aussi nettement "antiprémonarchienne".
L'A. est donc fondé à voir prouvé par là qu'il a existé une continuité exégétique en ce sens dans
le traitement des théophanies ; fondé aussi à repousser la thèse récemment soutenue (R. M.
Hübner) d'un monarchianisme qui aurait été la foi normale de l'Église aux IIe et IIIe siècles. Que
pour établir les dossiers de Prax Tertullien'ait pas utilisé Dial, ne surprendra nullement. R. B.

44. CLÉMENT (Marcel), Tertullien : aristotélicien malgré lui ?—Homme Nouveau, n° 1022,
du 20 février 1994.
Malgré sa tendance à surévaluer la formation juridique de Tertullien, à sous-estimer
inversement sa connaissance de la philosophie, et aussi à négliger toute la tradition
ecclésiastique dont il est tributaire, cet article de journal, dû à l'auteur d'une Histoire de
Γ intelligence, fournit une assez bonne présentation de l'apport théologique de l'Africain qui a
su, en employant de façon adéquate les notions de substance et de personne, préparer les
formulations définitives de la foi. R. B.

45. CALOGIURI (Roberto), La veste il sole il raggio : metaforica dell'incarnazione e modelli di


unità sostanziale in Tertulliano — Sangue e antropologia nel Medioevo. Atti della VII
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 351

settimana, Roma, 25-30 novembre 1991, Roma : Centro Studi Sanguis Christi, 1993,1.1, p.
367-394 (Collana «Sangue e antropologia», 8).
De ce long article où R. G. se propose de montrer comment Tertulien a défendu la novitas
chrétienne face à de possibles parallèles païens (destin d'Héraclès ; culte de Mithra, etc.), on
retiendra surtout l'analyse des métaphores par lequelles le Carthaginois évoque l'incarnation du
Christ, cette novitas monstruosa {Marc III, 13, 4) sans précédent dans la mythologie païenne :
la chair comme vêtement dont se revêt le Christ (induere cameni) ^ qui lui-même sera le
vêtement des fidèles dans le baptême (deum induere) - le Fils comme rayon issu du soleil (Apol
21, 11-12) - la source qui ne souffre pas d'une pollution de l'eau qui en est jaillie (Prax 29,
6).— On est surpris que l'A. n'ait pas tiré partie des développements consacrés à ce sujet par
R. Braun, Deus Christianorum2, en particulier p. 310-317 et 708 (avec la bibliographie) ou par
T. P. O'Malley, Tertullian and the Bible. Language - Imagery - Exegesis, Nijmegen, 1967, p.
94-98. P. P.

46. CALOGIURI (Roberto). «Figura sanguinis» : interpretazione figurale e attitudine


metaforica in Tertulliano — Sangue e antropologia nel Medioevo (cf. n° 45), 1.1, p. 395-416.
Marcion se proposait de séparer l'Ancien et le Nouveau Testament. Tertullien maintient
avec force la continuité de la Bible, en montrant le rapport typologique entre la Loi et
l'Évangile, rendu sensible grâce à des métaphores auxquelles Marcion est aveugle (Marc IV,
40, 3 : il "ne comprend pas" [non intellegens] la figura corporis Christi que comporte la
prophétie de Jérémie 11, 19). Même risque d'incompréhension pour la Pâque, où s'affirme la
similitudo entre le sang de l'agneau et celui du Christ (Marc V, 7, 3). A ce propos, remarques
sur le concept de similitudo d'après Marc V, 14, 3 et 18, 9 : Tertullien semble avoir «anticipé
les règles d'une correcte interprétation métaphorique élaborées par la sémantique la plus
récente» (p. 412). Les aenigmata évoquées en Marc III, 5, 3 doivent être comprises à la fois
comme des signes et comme des métaphores. P. P.

47. SEAGRAVES (Richard), Cyprian on Continence and Chastity—Peregrina Curiositas. Eine


Reise durch den orbis antiquus. Zu Ehren von Dirk Van Damme (cf. n° 12), p. 203-213.
On attendrait une étude lexicale : R. S. rassemble en effet les passages de Cyprien
contenant les mots continentia, castitas, uirginitas. En fait, il limite sa recherche à l'observation
suivante : chez Cyprien, la "notion" de continence s'applique aux hommes comme aux
femmes, aux vierges et aux veuves, et même aux couples mariés (epist. 55, 20, 2) ;
étroitement associée à celle de patience, elle concerne la vie chrétienne tout entière. S. D.

HÉRÉSIES

48. FREND (W. H. C), Montanismus — Theologische Realenzyklopädie, 24, 1994, p. 271-
279.
Synthèse dense, précise et prudente des connaissances actuelles sur ce mouvement :
sources et origine, développement jusque vers 230, passage en Afrique du Nord avec Tertullien
et, après lui, avec le donatisme, survie en Phrygie (avec le problème des inscriptions de
Tembrios), évolution tardive, et pour finir, état des questions. Le grand historien de l'Église
ancienne reprend, pour l'essentiel, la substance de son rapport de 1983 : cf. Chron. Tert. 1984,
n° 32 ; également Chron. Tert. 1988, n° 38. R. B.
352 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

49. DRIVER (Charles Berry), The historical and theological features of resurgent Montanism
and their effect upon American Christianity, Ann Arbor : University Microfilms International,
1994, [VII-] 182 p. [Diss. Mid-America Baptist Theological Seminary 1990]
L'objet principal de cette dissertation est de montrer les tendances montanistes - dans un
sens large - des différents mouvements qui coexistent dans la chrétienté américaine. Seuls les
deux premiers chapitres (p. 4-40) intéressent la présente chronique. On y trouve décrit à larges
traits et de seconde main le mouvement qui a pris naissance en Phrygie et dont les
caractéristiques sont la pratique de l'inspiration directe, l'ascétisme, l'attente du royaume
millénaire, le rôle ecclésiastique des femmes. Sur l'adhésion de Tertullien à la Nouvelle
Prophétie, l'A. suit les vues de G. L. Bray (cf. Chron. Tert. 1979, n° 30). R. B.

50. ALEXANDER (James S.), Novatian/Novatianer — Theologische Realenzyklopädie, 24,


1994, p. 678-682.
État actuel - détaillé et prudent - des questions suivantes : le schisme de Novatien et le
développement ultérieur du novatianisme dans diverses régions de l'Empire ; l'attribution et la
datation des œuvres. J. S. A. ne s'attarde ni sur le contenu de celles-ci, ni sur la pensée de
l'auteur. Lire auctoris et non auctorius, p. 682,1. 3. La Correspondance de Cyprien a été
publiée par L. Bayard en 1925 : la date de 1961-1962 est celle de la seconde édition (p. 682,1.
6). Ne sont mentionnées dans la bibliographie, ni l'édition commentée du De Trinitate, avec
traduction en italien, due à V. Loi («Corona Patrum», 1975), ni l'étude de P. Mattei,
L'anthropologie de Novatien. Affinités, perspectives et limites — Revue des Études
Augustiniennes, 38, 1992, p. 236-259 (voir Chron. Tert. 1992, n° 39). S. D.

SURVIE

51. MlCAELLI (Claudio), Tertulliano nel quarto secolo : Vittorino di Pettau e Vittricio di
Rouen —Studi classici e orientali, 43, 1993 [paru en 1995], p. 251-262.
Avec son rare talent de "sourcier", C. M. continue de démasquer les auteurs antiques qui se
sont inspirés, sans le dire, du premier Père de l'Église latin (cf. Chron. Tert. 1985, n° 56 et
1989, n° 13 et 70). Sa première partie est à vrai dire quelque peu décevante, car l'emprunt
manifeste que Victorin de Poetovio fait à ΓApologétique (17, 1) avait été signalé il y a 30 ans
par J. Mehlmann, «Tertulliani Apologeticum a Victorio Petavionensi citatum», dans Sacris
Erudiri, 15, 1964, p. 413-419, et le sujet vient d'être traité avec une tout autre ampleur dans la
thèse de Martine Dulaey (cf. Chron. Tert. 1993, n° 50). En revanche, en démontrant que pour
décrire la foi des ascètes et des martyrs Victrice de Rouen s'est inspiré de res (8, 4-5, à
rapprocher de laud, sancì. 12), C. M. révèle le premier emploi en Gaule d'une œuvre du
Carthaginois. En prime, si l'on peut dire, il signale p. 256 un nouvel emprunt de Grégoire
d'Elvire à Tertullien (Apol 2, 8 - tract. 7, 9), non signalé dans l'édition Bulhart (CCL 69).P. P.

52. REBENICH (Stefan), Insania circi. Eine Tertullianreminiszenz bei Hieronymus und
Augustin — Latomus, 53, 1994, p. 155-158.
Tertullien condamne les spectacles de son temps pour leur origine idolâtrique, mais aussi
pour l'immoralité propre à chacun des genres : «nihil enim nobis dictu, uisu, auditu cum
insania circi, cum impudicitia theatri, cum atrocitate arenae, cum xysti uanitate» (Apol 38,4).
Cette présentation quadripartite sous-tend un partie de Spect (ch. 16 à 19) et reparaît dans des
formules bien frappées en Spect 20, 5 et Pud 7, 15. Elle sera imitée ou copiée avec plus ou
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 353
moins de pertinence par Salvien, Gub. 6, 60 (cf. J.-P. Waltzing, «Tertullien et Salvien», Le
Musée Belge, 19-24, 1920, p. 43) et par Isidore de Seville, Orig. 18, 59 (cf. M. Klussmann,
Excerpta Tertullianea in Isidori Hispalensis Etymologiis, Hamburgi, 1892, p. 31-32). C'est en
particulier le quatrième spectacle, le stade, qui leur a posé problème. Il est significatif que
Tertullien lui-même le laisse parfois de côté pour se concentrer sur les trois autres, dont
l'immoralité était plus immédiatement compréhensible (Mart 2, 7 ; Marc I, 27, 5). C'est cette
triade qu'on retrouve chez Jérôme (ep. 43, 3 ; in Is. 7, 17, 12/14 ; vita Hilar. 2) et chez
Augustin (sermo 198, sur lequel on verra maintenant Recherches Augustiniennes, 26, 1992,
90-141). La formule insania circi (et variantes) qui apparaît plusieurs fois chez ce dernier est
sans doute un lointain écho de Tertullien ; en revanche la simple mention (sans jugement moral)
du groupe "cirque, théâtre, amphithéâtre" ne permet guère de supposer une filiation. P. P.

53. ClPRIANI (Nello), L'ispirazione tertullianea nel «De libero arbitrio» —// mistero del male
e la libertà possibile : lettura dei Dialoghi di Agostino. Atti del V seminario del Centro di Studi
Agostiniani di Perugia, Roma : Institutum Patristicum Augustinianum, 1994, p. 165-178
(Studia Ephemeridis Augustinianum, 45).
L'unité et la composition du De libero arbitrio peuvent s'expliquer par la lecture
qu'Augustin a faite de l'œuvre de Tertullien, particulièrement de Marc. Ainsi la distinction, qui
ouvre et fonde le traité, entre le mal que nous faisons, fruit du libre arbitre de notre volonté, et
le mal que nous subissons et qui relève du juste châtiment de Dieu, trouve-t-elle sa source dans
Marc II, 12-14. La division en trois livres, loin d'être un remaniement postérieur, appartient au
projet même de l'ouvrage et provient des trois idées développées dans Marc II, 5-9 : le mal est
une œuvre humaine et non divine (Livre I); la liberté humaine n'est incompatible ni avec la
bonté de Dieu (Livre II) ni avec la prescience et la toute-puissance de Dieu (Livre III). À
l'intérieur de ce schéma, N. C. repère encore l'influence de Tertullien dans la doctrine du péché
originel, telle qu'elle est évoquée dans Marc II, 8-11 et An 40, 1 et 41, 3-4. Enfin la méthode
du Credo ut intelligas, exposée dans le traité augustinien, est elle-même déjà suggérée dans
Marc IV, 27, 9. F. C.

54. KAMPTNER (Margit), Die "Metamorphose" des hi. Cyprian bei Prudentius
(Peristephanon, 13) — Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik,
107/108, 1994/95, p. 533-540 (= ΣΦΑΙΡΟΣ, Hans Schwabl zum 70. Geburtstag gewidmet).
L'utilisation d'Ovide par Prudence a été bien plus étendue qu'on ne l'a dit jusqu'ici. M. K.
en apporte la preuve à propos de l'hymne 13 sur saint Cyprien, qui met en œuvre les
techniques poétiques de la contamination et du contraste. Par une étude fouillée des v. 28-31
(transformation physique et morale du héros dépouillant sa jeunesse pécheresse pour passer au
Christ), elle montre la présence de souvenirs précis non seulement de Metam. 15, 253-257
(sur le thème général de la métamorphose), mais aussi des poésies erotiques (A. A. 3, 74 et
77, Am. 3, 4, 43 et 14, 15-16) : ce qui servait à des thèmes frivoles et légers, Prudence le
retourne pour dire le sérieux de l'engagement chrétien. Ces considérations permettent aussi de
justifier le choix de la leçon seuerum au lieu de seueram pour le v. 29. R. B.

RÉIMPRESSIONS

55. TERTULLIANO, Apologetico, a cura di A. Resta Barile, Milano : Arnoldo Mondadori,


1994, XXIX-227 p. (Classici greci e latini).
354 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA
Réimpression d'une édition recensée dans Chron. Terî. 1981, n° 1. Son prix (14000 lires,
soit moins de 50 FF) la met hors compétition. P. P.

56. FRANZ (Marie-Louise von), Passio Perpetuae. // destino di una donna tra due immagini
di Dio : sogni e visioni di una martire cristiana [traduzione di José F. PADOVA dall'originale
tedesco], Como : Red edizioni, 1994, 112 p. (Immagini del profondo, 62).
Traduction italienne d'un essai publié par une disciple de C. G. Jung à Zurich en 1951 (et
réimprimé en 1982). En préface (p. 7-13), une spécialiste de neuropsychiatrie, Ida Regina
Zoccoli Francesini, introduit les lecteurs à l'univers de Perpétue. Excepté des renvois
systématiques à l'édition italienne des œuvres de Jung, aucun effort de mise à jour n'a été tenté
: il aurait pourtant été facile de signaler l'excellent commentaire d'A. A. R. Bastiaensen, paru
naguère chez Mondadori (cf. Chron. Tert. 1987, n° 3). Notons que Félicité n'est pas «una
schiava negra ... che il proprio figlio porterà con se al supplizio, ancora dentro il suo seno» (p.
7). De ce même essai, il existait déjà une version française (cf. Chron. Tert. 1991, n° 58). F. D.

57. S AXER (Victor), Pères saints et culte chrétien dans l'Église des premiers siècles,
Aldershot, Hampshire : Variorum, 1994, XII-298 p. (Collected Studies Series, 448).
Réimpression de quinze articles, parus entre 1959 et 1985. En avant-propos, l'A. évoque à
quelles occasions ces diverses études ont été rédigées. Plusieurs concernent Tertullien, Cyprien
ou les Actes des martyrs d'Afrique, mais aucune n'a fait ici l'objet d'une recension, parce que
les unes sont antérieures à 1975 (début de la Chron. Tertullianea) et les autres à 1985 (début de
la Chron. Cyprianea). En voici les titres, selon la numérotation du volume : IV. 'Figura
corporis et sanguinis Domini' : une formule eucharistique des premiers siècles chez Tertullien,
Hippolyte et Ambroise (1971) - V. L'eucharistie chez Tertullien (1971) - VI. La date de la
Lettre 1 (66) de Cyprien au clergé et au peuple de Furni (1977) - Vili. La professione di fede
del martire negli Atti autentici dei primi tre secoli (1982) - XII. Die Ursprünge des
Märtyrerkultes in Afrika (1984) - XIII. Zweck und Ursprung der hagiographischen Literatur in
Nordafrika (1984) - XIV. Reflets de la culture des évêques africains dans l'œuvre de saint
Cyprien : problèmes et certitudes (1984). Des astérisques, ajoutés dans les marges, incitent les
lecteurs à se reporter aux addenda et corrigenda. Sept index (manuscrits, auteurs païens,
citations bibliques, auteurs chrétiens, auteurs modernes, noms de personnes et de lieux)
facilitent beaucoup la consultation. En complément aux articles IV-V, il aurait été utile de
renvoyer à l'étude de Pier Angelo Gramaglia, // linguaggio eucaristico in Tertulliano (cf.
Chron. Tert. 1984, n° 8). F. D.

NECROLOGIE

58. Le 4 février 1995 mourait brutalement, à l'âge de 82 ans, Carlo Tibiletti - un des
meilleurs spécialistes de Tertullien. Né à Turin le 7 mai 1913, il fut très tôt attiré par la
spiritualité salésienne et ordonné prêtre en juin 1940. Tout en enseignant dans divers
établissements, il fréquenta l'Université des Lettres Classiques de Turin où il fut l'élève du
futur cardinal M. Pellegrino : cette circonstance l'orienta de façon décisive vers
l'approfondissement critique et spirituel de la pensée chrétienne antique. Son édition
commentée du De testimonio animae en 1959 (rééditée avec compléments en 1984) a inauguré
une activité scientifique mise au service principalement des aspects philosophiques et moraux
des écrits patristiques - et qui a toujours été de haut niveau. Sa belle étude Verginità e
matrimonio in antichi scrittori cristiani, parue dix ans après, traitait cette délicate question en
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 355

l'insérant dans la perspective de l'histoire du salut : elle devait avoir rapidement l'honneur
d'une seconde édition (cf. Chron. Tert. 1983, n° 24). Mais c'est Tertullien qui est resté l'auteur
de prédilection de Carlo Tibiletti. Il ne s'est pas contenté d'éclairer de multiples façons son
message sur le "témoignage de l'âme" dont il a marqué l'originalité par rapport à la philosophie,
dont il a détecté les prolongements chez les Lériniens, chez Pelage. Il a renouvelé notre
connaissance d'autres ouvrages de l'Africain, comme le De praescriptionibus haereticorum (cf.
Chron. Tert. 1991, n° 6). Bien des problèmes précis - littéraires, historiques, textuels - ont
bénéficié de son érudition, de son infatigable labeur. De ce labeur fait foi l'importante
bibliographie de la Raccolta di Studi que ses collègues et amis lui ont offerte lors de sa retraite
(cf. Chron. Tert. 1989, n° 72) - et les lecteurs de notre Chronica le connaissent bien, puisque
de 1975 à 1993, nos volumes ont recensé vingt-trois titres à son nom ! Professeur à
l'Université de Macerata de 1975 à 1983, Carlo Tibiletti avait misfinà son activité enseignante
en 1988, mais sans ralentir son travail intellectuel qui s'est poursuivi jusqu'à sa mort en
contributions diverses : périodiques, ouvrages collectifs, dictionnaires, etc. J'avais eu le plaisir
de faire sa connaissance en 1981, pendant un colloque de l'Augustinianum. Depuis, nous
entretenions une correspondance régulière. Lecteur assidu de nos chroniques, il m'écrivait
encore, au début de janvier, pour me dire son impatience de recevoir notre dernière livraison.
C'était un homme doux, discret, d'une grande modestie, d'une extrême affabilité : il était
particulièrement attentif à couvrir, par sa réserve, la richesse de son monde intérieur.
Heureusement, de cetterichesse,il a su faire profiter sa production scientifique. René BRAUN
Revue des Études Augustiniennes, 42 (1996), 295-320

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1995
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine
depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de
Cyprien. Elle ne traite que des publications datées de 1995. En effet, les omissions que nous
avons pu relever seront réparées dans un volume récapitulatif, à paraître dans le courant de
1997, qui regroupera les vingt premières livraisons (1975-1994), d'importants compléments et
suppléments, ainsi que les index nécessaires.
Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois au volume se
présentent ainsi : CTC compi, (compléments aux chroniques publiées) ou CTC suppl.
(suppléments pour les années 1975-1984) ; on précise suppl. SC (Cyprien), SH (textes
hagiographiques), SM (Minucius Felix), SN (Novatien).
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en
particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, ainsi que la 'Zweigstelle' de L'Année
philologique à Heidelberg.

René BRAUN — Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI


François DOLBEAU — Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

ÉDITIONS

1. NARDI (Carlo), // millenarismo. Testi dei secoli /-//, Fiesole : Nardini, 1995, 274 p.
(Biblioteca patristica, 27).
La collection dirigée par Mario Naldini et Manlio Simonetti propose un nouveau dossier
thématique sur un point important de la théologie paléochrétienne, cette fois-ci le millénarisme.
Suivant un modèle éprouvé (cf. CTC 88, 6), il comprend une introduction nourrie et un choix
de textes grecs et latins, munis d'une présentation, d'une traduction italienne et de notes. Le
dossier va du Nouveau Testament à Tertullien. Une place de choix y est réservée à
l'Apocalypse et à Irénée, représentant par excellence du millénarisme asiate ; les sources traitant
de l'eschatologie montaniste, si importante pour Tertullien, sont malheureusement peu
296 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

nombreuses. Les adversaires du millénarisme, qui ont triomphé au IIIe siècle grâce aux progrès
de l'exégèse allégorique, et les derniers tenants de la doctrine (Lactance, Victorin de Poetovio,
Commodien) sont simplement évoqués dans l'introduction. Compte tenu de l'intérêt que les
savants portent aux thèses millénaristes, et de l'espoir qu'elles font naître périodiquement dans
des cercles plus larges, on est heureux d'avoir sous la main cette riche anthologie des textes
originaux. Les passages de Tertullien (Spect 30, 1-2 ; Res 25, 1-3 ; An 35, 3 ; 37, 4 ; 58, 8 ;
Marc III, 24, 1-9, 11-13 ; Mon 10, 4) sont cités d'après les meilleures éditions, mais sans
apparat critique. On regrettera qu'il y ait vraiment trop de fautes d'impression aux p. 234 et
236 : lire en Marc ΙΠ, 24, 7 multitudinem ; Iacob f ilium suum ; en 9, supprimer et (innixum),
etc. Les remarques de critique textuelle que fait E. Evans sur Res 25, 2 (dans son édition,
Londres, 1960, p. 254) auraient mérité d'être citées ; sa présentation synoptique des emprunts
faits à l'Apocaplypse est plus parlante que la combinaison un peu compliquée offerte par C.
N. : citations en italiques ; appels de note dans la traduction ; références dans les notes. P. P.

INSTRUMENTS DE TRAVAIL

2. FREDE (Hermann Josef), Vêtus Latina. Kirchenschriftsteller. Verzeichnis und Sigel.


Repertorium scriptorum ecclesiasticorum latinorum saeculo nono antiquiorum siglis adpositis
quae in editione Bibliorum Sacrorum iuxta veterem latinam versionem adhibentur. 4.
aktualisierte Auflage, Freiburg : Herder, 1995,1049 p. (Vetus Latina, VI).
3. DEKKERS (Eligius), Clavis Patrum Latinorum qua in Corpus Christianorum edendum
óptimas quasque scriptorum recensiones a Tertulliano ad Bedam commode recludit E. D. Editio
tertia aucta et emendata, Steenbrugis : in abbatia Sancii Petri ; [Turnholti :] Brepols, 1995,
XXXI-934 p. (Corpus Christianorum. Series Latina).
Il y aurait quelque ridicule à présenter longuement deux instruments de travail
irremplaçables, que les patristiciens utilisent depuis des dizaines d'années : la première édition
du Verzeichnis (=KV), due à Dom Bonifatius Fischer, date en effet de 1949 ; celle de la Clavis
(=CPL), publiée déjà par Dom Dekkers, l'a suivie de deux ans. Ils constituent le socle
bibliographique sur lequel se sont élevées deux grandes entreprises de notre siècle : la Vetus
Latina de Beuron et le Corpus Christianorum, Series latina, de Steenbrugge. Il suffira de
rappeler ici que ces deux répertoires, qui ont pour objet d'inventorier tous les textes patristiques
latins et d'en indiquer les éditions de référence, sont en fait complémentaires et unis par un jeu
subtil de concordances. Le KV embrasse aussi un domaine absent de la CPL, celui des
traductions latines d'œuvres grecques, que recense la Clavis Patrum Graecorum de M.
Geerard ; il a un lien fort avec le Thesaurus Linguae Latinae, dont il indique systématiquement
les abréviations. La CPL permet l'accès à des éditions dépassées mais combien utiles, comme la
Patrologia Latina, et à une foule d'encyclopédies et de répertoires. Ses indications
bibliographiques, très à jour, présentent de façon concise les principales études sur les textes et
leur transmission : les lecteurs de la CTC y trouveront, comme nous, de précieuses indications
sur les quelque 80 œuvres qu'elle est amenée à * surveiller'. Basé sur une connaissance inégalée
des anciennes versions de la Bible et de leurs citations par les Pères, le KV donne parfois des
indications originales sur des problèmes d'authenticité, de datation ou de sources : on verra par
ex. la notice consacrée à YAduersus Iudaeos de Tertullien (p. 766). La CPL en tient compte,
mais garde sa liberté de jugement, comme le montre la discussion du De singularitate clericorum
(n° 62). Les deux éminents bibliographes s'accordent en général sur le choix des éditions à
citer, une divergence, comme dans le cas du De virginibus velandis ou de la Cena Cypriani, doit
inviter à la réflexion. P. P.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 297
PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

4. MORESCHINI (Claudio), NORELLI (Enrico), Storia della letteratura cristiana antica greca e
latina, T. l,Da Paolo all'età costantiniana, Brescia : Morcelliana, 1995,619 p.
Le titre de ce fort volume en suggère aussitôt le double mérite : les auteurs ne considèrent pas
les deux littératures chrétiennes, grecque et latine, comme deux traditions parallèles
indépendantes ; ils font remonter l'origine de cette littérature au Nouveau Testament, sans
omettre du reste les textes apocryphes. Les patristiciens apprécieront cette présentation et cette
conception qui évitent la dichotomie entre monde grec et monde latin, mais qui a cependant
l'inconvénient d'ignorer le contexte culturel et littéraire païen. Les écrivains relevant plus
directement de la Chronique (Tertullien, Minucius Felix, Cyprien, Commodien, Novatien)
occupent une centaine de pages (p. 451-550). Sobrement écrites, celles-ci nous ont paru, dans
l'ensemble, justes et informées.— Ajouter à la bibliographie : p. 467, G. Sanders et M. Van
Uytfanghe, Bibliographie signalétique du latin des chrétiens, Turnhout, 1989 ; O. García de la
Fuente, Introducción al latín bíblico y Cristiano, Madrid, 1990 ; p. 480, G. Eckert, Orator
Christianus. Untersuchungen zur Argumentationkunst in Tertullians Apologeticum, Stuttgart,
1993. Le Dictionnaire de Spiritualité commencé en 1937 (p. 14 et 19) est désormais achevé ;
p. 15, la REAug et les ReeAug méritaient sans doute d'être signalées parmi les revues de
patristique. J.-C. F.

5. AZZALI BERNARDELLI (Giovanna), Gli Africani : Tertulliano, Cipriano, Arnobio, Lattanzio


— Storia della Teologia, T. 1, Dalle origini a Bernardo di Chiaravalle, a cura di Enrico dal
Covolo, Bologna : Centro Editoriale Dehoniano ; Roma : Edizioni Dehoniane, 1995, p.121-
146.
Dans le premier tome de cette ambitieuse histoire de la foi chrétienne et de l'inteUigence de
cette foi, qui va du Nouveau Testament à Karl Rahner, Tertullien apparaît souvent (comme on
le constate grâce à un index fort bien fait), notamment pour sa réfutation des hérétiques (cf.
Giuseppe Visona, Gli scritti antieretici : la teologia tra ortodossia ed eresia, p. 63-79, en
particulier p. 66-71) et pour sa christologie (cf. Manlio Simonetti, La cristologia prenicena,
p. 147-179, en particulier p. 164-166). Toutefois il revenait à G. A. B. de présenter l'homme
et les grandes options de sa théologie, construite autour des combats qu'il livre contre les païens
et surtout contre les hérétiques, et formulée dans une langue qu'il a largement contribué à
former. L'A. examine successivement sa doctrine et sa terminologie trinitaires, sa christologie,
qui met en valeur la nature humaine du Christ, et son ecclésiologie. Le thème de l'unité de
l'Église, présent chez Tertullien, sera fondamental pour un pasteur comme Cyprien, confronté
aux problèmes posés par la pénitence des lapsi et le rebaptême des hérétiques. G. A. B. lui
consacre des pages éclairantes où elle cite abondamment des textes fameux (Unit 5-6 ; Don 14).
Si grand que soit à d'autres points de vue l'intérêt de leurs œuvres, les deux «intellectuels» qui
ont suivi ont peu apporté à l'élaboration de la théologie chrétienne. P. P.

6. FREDOUILLE (Jean-Claude), L'apologétique chrétienne antique : métamorphoses d'un genre


polymorphe — Revue des Études Augustiniennes, 41, 1995, p. 201-216.
Dans cette conférence présentée au dixième congrès de la FIEC (août 1994), J.-C. F.
revient, pour les élargir et les approfondir, sur les vues qu'il avait développées précédemment
(cf. CTC 92, 12) à propos du genre littéraire de l'apologétique chrétienne. C'est par une erreur
de perspective que les historiens de cette littérature situent l'âge d'or du genre au IIe siècle. En
fait les plus grandes apologies sont postérieures (Préparation évangélique, Institutions divines,
Thérapeutique des maladies helléniques, Cité de Dieu). Conduisant ses analyses sans disjoindre
298 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

littérature grecque et littérature latine, il démontre d'abord que jusqu'à la paix de l'Église,
l'apologétique a été un discours de substitution empruntant sa mise en œuvre à des cadres
institutionnels ou à des genres existants selon la personnalité des auteurs et les contingences
locales. C'est ainsi que ΓApologeticum (ou Apologetici^) de Tertullien paraît bien avoir été
conçu par son auteur comme une «lettre ouverte» Ad praesides et parallèle à ce que sera
quelques années plus tard YAd Scapulam. En choisissant pour titre Octauius, Minucius, lui, a
voulu intégrer solidement à la lignée du dialogue antique son ouvrage qui n'en est pas moins,
par le fond, un échantillon de l'apologétique. La seconde partie est essentiellement consacrée
aux transformations du genre à l'époque constantinienne et postconstantinienne, quand le
rapport de force entre christianisme et paganisme change, puis s'inverse. Cette seconde
apologétique n'emprunte plus aux mêmes genres littéraires et se diversifie en spécifications
subgénériques. Ce que Jérôme appelait les libri contra gentes relève de la littérature polémique :
ils sont souvent dirigés contre tel ou tel intellectuel païen et/ou son œuvre antichrétienne. Ce fut
le cas des «contre-discours» suscités par le Contre les Galiléens de l'empereur Julien. De
défensive, l'apologétique se fait alors accusatrice - et on l'observe notamment quand elle
s'associe à d'autres genres comme la poésie (avec Prudence) et l'histoire (avec Orose). Pleine
d'observations fines et d'idées neuves, comme de rapprochements significatifs avec des faits
littéraires situés en amont ou en aval, cette «pérégrination» à travers un secteur de la littérature
chrétienne qui reste spécifique - malgré tous les liens formels le rattachant au patrimoine
classique - se termine par une réflexion sur les quatre œuvres tenues chez les modernes pour
des réussites insurpassées du genre : quelle qu'ait été l'originalité de leur propos et de leur
ambition, elles n'en ont pas moins été conçues par leurs auteurs respectifs comme
structurellement liées à l'ancienne apologétique et relevant des écrits contra gentes selon la
classification de Jérôme. R. B.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE

7. URIBARRI BILBAO (Gabino), Arquitectura retórica del Adversus Praxean di Tertulliano —


Estudios Eclesiásticos, 70, 1995, p. 449-487.
On sait combien les traités de Tertullien sont imprégnés de rhétorique, et la confrontation de
ses œuvres, même les plus théologiques, avec les règles recueillies dans les manuels de
rhétorique permet de mieux en dégager la composition et, du même coup, de mieux en
comprendre l'intention profonde. C'est une telle analyse que G. U. B. applique à Prax.
Reconnaissant dans ce traité un ouvrage polémique, il souligne le rôle essentiel et central qu'y
joue l'exégèse scripturaire. Celle-ci occupe en effet le cœur du traité (chap. 11-26) et a pour
tâche de révéler si, dans la Bible, l'unicité de Dieu implique, par delà la pluralité des noms Père
et Fils, une identité. Pour cela Tertullien emprunte à la rhétorique la division des status legales
et cherche successivement à montrer l'absence d'ambiguïté des textes qui évoquent la
distinction Père-Fils (11-16) et à réfuter l'interprétation que les hérétiques donnent de certains
textes suggérant, à première vue, l'identification Père-Fils (17-26, scriptum et uoluntas). Cela
acquis, l'A. remonte du centre à la périphérie pour montrer que les chapitres précédents et
suivants préparent ou prolongent la démonstration scripturaire. Ainsi les chapitres 3-10, 6 ont
valeur de réfutation préparatoire (praesumptiones) en levant les principaux obstacles à la bonne
intelligence de l'Écriture : définition des mots monarchia, filius (an sit ? quid sit ? quomodo
sit ?) et alius. Quant aux chapitres 27-30, ils consolident la réfutation en s'attaquant à un avatar
de la thèse patripassienne, le "filiopatrisme" - dont nous avouons toutefois avoir mal compris la
spécificité. La démarche de l'A. est donc légitime et féconde. Cependant, le danger d'enfermer
l'œuvre dans un cadre trop rigide ne nous semble pas complètement évité lors de la discussion
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 299
sur la place du chap. 17 (p. 469-470), destinée, de façon un peu artificielle, à déterminer si
celui-ci appartient à la confirmation ou à la réfutation. À nos yeux, il s'agit d'un chapitre de
transition entre l'étude des textes qui parlent clairement de la distinction Père-Fils et l'analyse de
ceux qui, à cause de leur ambiguïté trop grande, étaient utilisés par les patripassiens : encadrée
par les phrases conclusives de la fin du chap. 16 et introductives du chap. 18, l'évocation de
textes montrant que le Fils agit et parle au nom du Père permet de justifier l'application au Fils
des dénominations du Père et fonde donc la bonne intelligence de passages comme Apoc. 1, 8,
qui affirment l'unité de Dieu et appartiennent au corpus patripassianorum. Il y a là un
glissement qui, sans rupture, conduit le lecteur de la confirmation à la réfutation. F. C.

8. CECCON (Maurizio), Note sulla cronologia del De opere et eleemosynis di Cipriano di


Cartagine — Quaderni del Dipartimento difilologia,linguistica e tradizione classica (Università
degli studi di Torino), Bologna : Patron, 1995, p. 135-157.
Dater l'opuscule de Cyprien sur l'aumône n'est pas chose aisée, en raison de l'absence de
toute allusion au contexte historique, et les diverses hypothèses qui ont été jusqu'ici proposées
dépendent avant tout de l'interprétation du texte, comme le souligne ajuste titre M. C. Rien ne
laisse entendre que le traité ait été composé à l'occasion de la peste (252-253), selon l'opinion
courante, et encore moins qu'il s'agisse du sermon évoqué par Pontius (VCypr 9). Le traité
préconise une charité ad domésticos fidei (OpEl 24, citant Gai. 6, 10), le second une charité
universelle, non ad solos domésticos fidei (le biographe reprend sciemment la même
expression, mais négativement). Pour situer OpEl en 250, Watson sollicite fortement le texte et
interprète l'œuvre parénétique comme une œuvre polémique, comme une réponse de l'évêque
en exil à ses adversaires, qui l'accusaient d'envoyer de l'argent aux chrétiens éprouvés par la
persécution pour les rallier à son parti (Epist 41). Rebenack, pour qui le traité est antérieur à la
persécution, n'a pas vu que les œuvres postérieures condamnaient tout autant l'attachement aux
richesses, ni que la spiritualité de l'aumône était associée, dans le traité, à celle du martyre.
L'hypothèse personnelle de M. C, situant le De opere dans la mouvance immédiate du De
lapsis et du De untiate, est intéressante. Dans les trois traités en effet s'exprime, souvent en des
termes analogues, l'idéal d'une communauté unie, à l'image de la première communauté de
Jérusalem, à l'intérieur de laquelle serait pratiquée radicalement la charité entre frères, cette
caritas in ecclesia qui, pour M. C , est le sujet même du De opere. On pourrait ajouter, en se
référant à l'article de C. Burini (voir CTC compi. 37), que Cyprien évoque la première
communauté de Jérusalem seulement dans les trois traités et dans la Lettre 11, contemporaine de
la persécution. On reste néanmoins gêné par le fait que, dans le De opere, à la différence des
deux autres traités et de la lettre, rien ne transparaît ni de la récente persécution, ni de ses
conséquences immédiates, aucun rapport n'est établi entre la persécution et l'abandon par les
chrétiens de l'idéal apostolique. Du De lapsis et du De untiate nous savons, par leur auteur,
qu'ils ont été lus tous deux au concile du printemps 251 et envoyés ensemble à Rome, mais
sans que leur soit jamais associé le De opere. Aux parallèles établis par M. C. entre OpEl et
Laps ou Vnit, on pourrait en opposer d'autres, notamment avec YAd Demetrianum, rédigé
probablement en 253. La prudence voudrait qu'une date trop précise ne soit pas attribuée à un
ouvrage dont l'enseignement se veut dégagé de toute actualité brûlante. S. D.

9. SINISCALCO (Paolo), La lettera 63 di Cipriano suW eucarestia. Osservazioni sulla


cronologia, sulla simbologia e sui contenuti — Storia e interpretazione degli antichi testi
eucaristici, Genova : Università di Genova, Facoltà di lettere, D.AR.FI.CL.ET, 1995, p. 69-82
(Pubblicazioni del D.AR.FI.CL.ET, Nuova serie, 159).
On a beaucoup écrit sur la Lettre 63 de Cyprien. Nous trouvons ici quelques mises au point
claires et justes sur des aspects essentiels de l'œuvre. P. S. souligne l'originalité de l'exégèse
300 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

typologique, découvrant à travers toute l'Écriture des «figures» de la Passion, η rappelle le lien
qu'établit Cyprien entre le mystère du sacrifice du Seigneur (sacrifica dominici sacramentum) et
l'eucharistie - mémorial de la Passion du Seigneur et offrande de son corps et de son sang par
le sacerdos, son véritable suppléant. Il insiste sur la mise en lumière du rapport entre
l'eucharistie et l'unité de l'Église, «figurée» par le mélange des grains de blé dans le pain et
celui du vin et de l'eau dans le calice (Epist 63,13,4).
Trois points retiennent plus particulièrement son attention.— 1) Pour Cyprien, l'usage (déjà
signalé par Justin) du mélange de l'eau et du vin, indispensable pour parvenir à la sobria
ebrietas, semble tellement aller de soi qu'il le dit attesté par Matthieu et Paul dans leurs récits de
la Cène, bien que cette précision ne s'y trouve pas. En fait, la question ne devait pas se poser,
l'usage antique étant de consommer le vin coupé d'eau (Der Kleine Pauly, article Wein), et le
vin versé dans le calice étant prêt à la consommation.— 2) La Lettre 63 donne une définition
très claire de la traditio dominica : il s'agit des actes, leçons et préceptes du Seigneur -
manifestation de Dieu et de son plan salvifique -, transmis par les apôtres et proposés à
l'imitation des croyants.— 3) Le respect de la traditio dominica est un thème majeur de la lettre,
comme il l'est du De unitate ecclesiae. Une même préoccupation semble animer l'évêque de
Carthage dans les deux écrits : fustiger ceux qui méprisent la tradition (Vnit 19) et contestent
l'autorité de l'Église et de son responsable. Il y aurait là, selon P. S., un indice possible de
datation : la Lettre 63 serait contemporaine du traité sur l'unité de l'Église. Bien que les
préoccupations de Cyprien aient changé par la suite, comme le souligne P. S., force est
pourtant de constater que le respect de la tradition demeure son souci constant : ce souci
s'exprime fortement dans la Lettre 1A, sur le baptême des hérétiques. Cyprien reproche aux
partisans du baptême unique, comme aux aquariens de la Lettre 63, d'établir leur propre
tradition, une tradition toute humaine, au mépris de la tradition du Seigneur, transmise par les
apôtres ; il encourage les premiers, autant que les seconds, à «revenir à l'origine de la tradition
divine» (Epist 63, 1, 1 ; 74,10, 2). Dans ces conditions, ne convient-il pas de renoncer à dater
la Lettre 63 (voir l'état de la question proposé par G. W. Clarke dans The Letters of St.
Cyprian, 3 [= ACW 46], 1986, p. 287-288) ? S. D.

10. SAXER (Victor), La Vita Cypriani de Pontius, «première biographie chrétienne» — Orbis
romanus christianusque. Travaux sur l'Antiquité tardive rassemblés autour des recherches de
NoëlDuval, Paris : De Boccard, 1995, p. 237-251.
V. S. nous livre les réflexions que lui a suggérées une relecture de VCypr. — 1) VCypr
utilise PPerp pour soutenir une thèse : celle de la prééminence de l'évêque martyr sur les
martyrs carthaginois qui l'ont précédé. Il n'y a guère d'emprunts littéraux (opinion à tempérer
en se référant à l'étude d'Aronen, CTC suppl. SH 41), mais une parenté d'idée certaine : la
grâce surabondant en ces temps nouveaux, le nouveau martyr l'emporte sur les anciens justes et
même sur les premiers martyrs.— 2) Il est clair que le biographe disposait des procès-verbaux
des deux interrogatoires, consignés dans ACypr. Qu'il escamote la question du magistrat sur la
qualité episcopale du prévenu - procédure conforme au second édit de Valerien - peut
s'expliquer par l'évidence de la chose aux yeux du biographe et de ses lecteurs (pour une autre
explication, voir ci-dessous, n° 38).— 3) VCypr utilise aussi des éléments contenus dans les
ch. 2 et 5 des ACypr, ce qui oblige à se demander si ces chapitres ne sont pas aussi anciens que
les procès-verbaux eux-mêmes (la question serait à reprendre en se référant à l'éd. Bastiaensen,
1987, que V. S. ne semble pas connaître).— 4) Bien qu'il doive l'essentiel des informations
qu'il nous communique à PPerp, ACypr et aux œuvres de Cyprien, on ne peut pas refuser au
biographe la qualité de témoin oculaire : les éléments qu'il est seul à rapporter sont
«psychologiquement et historiquement vraisemblables». Nous ajouterions volontiers une
dernière observation : Pontius élabore en une œuvre réellement originale, beaucoup plus qu'on
ne l'a dit, les éléments vus ou empruntés (voir CTC 94, 35). S. D.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 301
11. FATICA (Luigi), «Ad Quirinum» di Cipriano : possibile lettura in chiave di teologia
narrativa—La narrativa cristiana antica. Codici narrativi, strutture jormali, schemi retorici,
ΧΧΙΠ Incontro di studiosi dell'Antichità cristiana, Roma, 5-7 maggio 1994, Roma : Institutum
Patristicum Augustinianum, 1995, p. 479-489 (Studia Ephemeridis Augustinianum, 50).
On peut lire Ad Quirinum I et II dans la perspective ouverte par la «théologie narrative», en
ce sens que Cyprien ne substitue pas sa propre réflexion au texte sacré, proposé comme se
suffisant à lui-même, et qu'il présente une histoire du salut : au livre I, histoire de l'infidélité du
peuple juif ; au livre II, «histoire christique», qui va de l'éternité divine à l'accomplissement
eschatologique en passant par l'Incarnation et le temps de l'Eglise. Deux observations : 1)
Cyprien désigne ses extraits bibliques non par testimonia (p. 481), mais par capitula ; 2) rien ne
permet de supposer que l'actuelle division en trois livres soit postérieure à Cyprien (p. 482).
S.D.

TEXTE, LANGUE, STYLE

12. VAN WINDEN (J. C. M.), The adverbial use of cum maxime in Tertullian — Vigiliae
Christianae, 49, 1995, p. 209-214.
Étude méthodique des 35 emplois qu'on relève chez Tertullien de cette locution adverbiale
qui a souvent déconcerté et divisé les traducteurs (sont cités et utilisés principalement les
britanniques). Partant de l'analyse du TLL VIII, c. 74,1. 32s., mais sans tenir compte du troi-
sième sens (= potissimum) indiqué 1. 74 s., l'A. distingue deux significations dont l'une se
réfère à une notion de gradation («plus que tout», «pour la plus grande part»), l'autre étant
temporelle («précisément»). Du premier sens relèvent 9 exemples (dont deux ou trois cas
douteux), du second 26 qui sont répartis entre le présent («en ce moment précis»), le passé
rapproché («tout récemment»), le futur («très bientôt»). Tous les passages où apparaissent ces
emplois sont replacés dans leur contexte et analysés ; éventuellement sont indiquées les
divergences des traducteurs et rectifiées certaines interprétations. La conclusion est que cet
emploi adverbial correspond soit à maxime seul, soit à nunc maxime ou tune maxime . — Si
l'on peut être d'accord d'une façon générale avec cette description, il reste que certains détails
appellent la contestation : ainsi, pour l'emploi avec le futur («très bientôt»), est donné p. 214 un
seul exemple et très douteux, celui de Marc ΙΠ, 4,1 où nous continuons à penser, comme nous
l'avons fait dans notre traduction de SC 399 (p. 67), qu'il faut comprendre «que surtout il
devait confondre». De la même façon, pour Mon 17,2 (où P. Mattei traduit par «surtout» dans
son édition de SC 343, p. 204), toute hésitation entre ce sens et un sens temporel («tout
récemment», p. 210) nous paraît exclue au profit du premier. Enfin, pour Pud 6, 3, la
signification de potissimum (= «de préférence») proposée par le TLL à la 1. 79 peut paraître
plus valable que celle de «il y ajuste un moment» adoptée ici p. 213. S'il est exact que la valeur
temporelle (en rapport au présent ou au passé) est prédominante, il faudra admettre que les cas
où conviennent les sens de «surtout» et de «de préférence» restent encore bien nombreux. R.B.

13. GRAMAGLIA (Pier Angelo), Note sul "De pudicitia" di Tertulliano — Rivista di Storia e
Letteratura Religiosa, 31, 1995, p. 235-258.
Le De pudicitia avait déjà donné à P. A. G. l'occasion de déployer son érudition bien connue
(cf. CTC 93,14). L'examen de l'édition commentée due à CL Micaelli et Ch. Munier (cf. CTC
93,1) lui permet de revenir sur le texte de ce traité difficile. Une quinzaine de remarques (aux
p. 255-258) traitent, judicieusement d'ailleurs, de problèmes philologiques en général mineurs,
mais l'essentiel de l'article porte sur deux questions théologiques qui ont des répercussions
302 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

importantes sur l'interprétation du texte, et parfois même sur son établissement. L'A. pense que
les commentateurs, et en dernier lieu Cl. Micaelli (dont il reconnaît du reste les mérites), ont
péché par anachronisme.
1. La distinction entre peccata remissibilia et irrémissibilla ne serait pas une invention de
Tertullien montaniste, comme on le répète depuis B. Poschmann (Paenitentia secunda, 1940),
mais la pratique de l'Église, ainsi que le montre Apol 39, 4, où sont distinguées les simples
castigationes et la censura diuina qui entraîne une excommunication définitive. Le De paenitentia
n'accorde pas la rémission de tous les péchés ; en fait, il ne s'adresse qu'aux pécheurs véniels,
ceux qui ne sont pas exclus de l'Église. Ce renversement de perspective a diverses
conséquences : par ex., les Églises «qui ne rendent la paix ni à l'idolâtrie ni à l'homicide» (Pud
12, 11) ne doivent pas être considérées comme montanistes ; ce sont tout simplement les
communautés chrétiennes d'Afrique (dont certaines garderont la même sévérité en matière
d'adultère jusque loin dans le IIIe siècle ; cf. Cyprien, Epist. 55, 21).
2. Le pardon des péchés s'obtient par la prière qu'adressent à Dieu les pénitents, les
communautés et, parfois, les martyrs, - non par un pouvoir d'absolution réservé à la hiérarchie
episcopale. Ainsi l'«édit d'indulgence» de Pud 1, 6 n'est en aucun cas une formule
sacramentelle d'absolution, comme il en apparaîtra seulement au XIIIe siècle (on notera qu'A.
D. Nock, A Feature of Roman Religion [1939], repris dans ses Essays on Religion and the
Ancient World, Oxford, 1972,1.1, p. 491-2, se contentait de souligner la tradition d'autorité
caractéristique de la religion romaine). La question de l'épiscopat amène Γ A. à commenter
longuement la formule ad omnem ecclesiam Petri propinquam {Pud 21, 9), qui lui paraît
«s'insérer très bien dans la pensée et le style de Tertullien au point de vue linguistique,
ecclésiologique et textuel» (p. 250). Les différentes corrections proposées, dont celle de G.
Poupon (Petri prouinciam ; cf. CTC 86, 10), font l'objet d'un examen critique.
On croit utile de signaler pour finir les principaux termes dont P. A. G. a, suivant son
habitude, analysé les usages chez Tertullien : castigano (p. 236) ; censura (236sq) ; deriuare
(251sq) ; digredì (242) ; exorare (243) ; impingere (257) ; numerus (255) ; in persona + génitif
(252) ; primants (248) ; propinquus (245sq) ; prouincia (253sq) ; relegare (237sq). P. P.

14. RANKIN (David), Tertulliano Use of the Word Potestas — The Journal of Religious
History, 19, 1995, p. 1-9.
Basé sur l'étude des 267 occurrences de potestas que recense YIndex Tertullianeus, ce travail
examine d'abord la présence chez Tertullien des divers sens du mot distingués par Y Oxford
Latin Dictionary, puis il se concentre sur les quelque 120 passages où Tertullien parle de la
potestas divine. C'est un attribut essentiel de Dieu, et si un certain pouvoir appartient aux
démons, à l'Empereur et à quelques êtres spirituels (mais pas aux évêques en tant que tels : cf.
Pud 21, 17), c'est par permission et délégation de Dieu lui-même (cf. Fug 2, 6 ; Apol 30, 3 ;
Pud 21, 2-3).— Pouvait-on étudier la notion de puissance divine sans s'intéresser aux autres
mots qui la traduisent, comme potentia, uis ou uirtus ? En tout cas, l'A. aurait eu intérêt à
regarder Varticle potestas du TLL, t. X, 2, c. 300-321, ainsi que celui de J. Moingt, Théologie
trinitaire de Tertullien, t. 4, p. 155-157. Les summae potestates d'An 46, 8 ne se réfèrent pas à
Auguste seul, comme il est dit p. 6, mais à tous les souverains, de Cyrus à Auguste, qui sont
évoqués aux § 4-7. P. P.

15. UGLIONE (Renato), Gli hapax tertullianei di matrice fonica — Bollettino di Studi Latini,
25, 1995, p. 529-541.
Poursuivant ses recherches linguistiques sur les innovations d'origine phonique de Tertullien
(cf. CTC 91,4), R. U. dresse ici, de façon systématique et complète, le bilan des hapax qui
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 303
entrent dans cette catégorie. Sur un total de 352 - chiffre établi d'après Hoppe et contrôlé grâce
au TLL, au Forcellini et à Y Index de Claesson - 159 sont rapportés à une motivation phonique
comme cause soit déterminante, soit accessoire. L'étude, riche en observations stylistiques sur
les passages plus spécialement commentés, procède en distinguant les diverses «figures de
son» responsables de ces néologismes. Le facteur principal a été Fhoméotéleute, qu'elle ait joué
seule ou combinée avec l'allitération. Vient ensuite cette dernière, s'exerçant sans intervention
de la précédente. Enfin, les jeux phoniques de l'étymologie et ceux de la paronomase sont
allégués pour expliquer une série, moins nombreuse, d'autres cas.— Concernant un des
derniers hapax cités p. 541 (adauctor en Test 2, 4), on remarquera que la paronomase avec
dator est des plus approximatives et que d'ailleurs le texte est loin d'être sûr. R. B.

16. KOOREMAN (Marion), The expression of obligation and necessity in the works of
Tertullian : the use of habere + infinitive, -urus esse, and the gerundive — Latin vulgaire, latin
tardif IV. Actes du 4 e colloque international sur le latin vulgaire et tardif. Caen, 2-5 septembre
1994, édités par Louis Callebat, Hildesheim : Olms-Weidmann, 1995, p. 383-394.
Le corpus utilisé dans cette étude est VAduersus Marcionem pour l'adjectif en -nd-, et
l'œuvre entière de Tertullien pour habeo + infinitif et -urus sum ; l'expression du futur est
laissée de côté. Sont adoptées les distinctions de modalité suivantes, proposées par des
linguistes modernes : «deontic» (l'obligation/nécessité vient d'une autorité humaine, notamment
de lois ou de règles) ; «neutral» (elle vient de circonstances extérieures) ; «inherent» (elle vient
d'une propriété inhérente au sujet). Il apparaît que les trois périphrases verbales ne sont pas
interchangeables : l'adjectif en -nd- relève le plus souvent de la première catégorie, jamais de la
troisième ; les deux autres périphrases essentiellement de la seconde. Pour la première modalité
(«deontic»), l'obligation exprimée par l'adjectif en -nd- vient presque toujours de l'écrivain,
parfois de la Bible ; avec habere, elle vient toujours de la Bible. Pour la seconde («neutral»),
elle vient de la destinée lorsqu'elle est exprimée par -urus sum, elle est presque toujours logique
lorsqu'elle est exprimée par l'adjectif verbal. Sur le plan de l'«illocutoire» enfin, les trois
paraphrases sont le plus souvent de simples assertions ; seul l'adjectif en -nd- peut avoir une
force incitative ou directive. Une erreur manifeste d'impression rend difficile la compréhension
de cette dernière partie de l'étude (les tableaux 4 et 5, p. 392, ne peuvent s'appliquer à la même
fonction).
Les classifications de M. K. ont l'avantage de montrer que Tertullien n'emploie pas
indifféremment les trois périphrases, mais comme toutes les classifications préétablies, elles
laissent échapper des nuances, orientent l'interprétation et contraignent à des choix qui se
révèlent en fin de compte subjectifs. M. K. elle-même en a bien conscience, lorsqu'elle fait part
au lecteur de ses hésitations à propos de la Bible : bien que ce livre inspiré ne puisse être
considéré comme une autorité humaine, elle a dû se résoudre à la ranger parmi les «sources
déontiques» de l'obligation (p. 388). Et peut-on séparer totalement l'expression du futur et celle
de l'obligation/nécessité ? S.D.

17. UGENTI (Valerio), Le clausule metriche nel De idololatria di Tertulliano — Studi in onore
di Arnaldo dAddano, voi. 2, Lecce, 1995, p. 385-408.
18. UGENTI (Valerio), Norme prosodiche delle clausule metriche nel De idololatria di
Tertulliano — Augustinianum, 35, 1995, p. 241-258 (Studi sul cristianesimo antico e moderno
in onore di Maria Grazia Mara, I. Temi di esegesi. Questioni di letteratura cristiana antica).
Dans ces deux articles (dont le premier nous est resté inaccessible), V. U. paraît avoir
exactement suivi le modèle donné par J. H. Waszink, The technique of the clausula in
Tertullian's De anima, in Vigiliae Christianae, 4,1950, p. 212-245. H partage en deux groupes
les 493 périodes en lesquelles il a divisé le De idololatria, 313 où les clausules sont certaines
304 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

(objet du premier article) et 180 qui font difficulté, soit parce qu'elles appartiennent à des
citations de l'Ecriture, soit parce que la phrase est trop brève (moins de huit syllabes), soit parce
qu'il se pose des problèmes de prosodie. Ce sont eux qui sont passés méthodiquement en revue
dans le second article : voyelle brève devant une muta cum liquida ; - devant le groupe qu- ;
hiatus ou elisión ; -ii et -Us en fin de mot ; -o en fin de mot ; désinence -erimus et -eritis ; le
verbe prehendo et ses composés ; nihil ; autres termes susceptibles de plusieurs scansions.
Enfin, Γ A. reconnaît une structure métrique dans trois phrases brèves. Le résultat final, qui
porte maintenant sur 455 périodes, est le suivant : crétique + trochée : 28,4% (39,5% avec les
formes à résolution) ; dicrétique 11,9% (14,5%) ; ditrochée : 20,7% (28, 6%) ; trochée +
crétique : 4, 8% (9, 7%) ; dactyle + trochée : 1,3%; autres clausules : 6, 4%. On rapprochera
ces chiffres de ceux auxquels K. Müller arrive pour Minucius Felix (cf. CTC 92,13) ; on est
encore loin de la pratique d'Arnobe : les clausules utilisées par les deux auteurs sont
essentiellement métriques.— Dans son étude des ambiguïtés prosodiques, l'A. en est réduit à
expliquer Tertullien par lui-même, c'est-à-dire à choisir la solution qui paraît le mieux cadrer
avec les résultats sûrs obtenus par ailleurs. On lui accordera volontiers que l'abrègement de la
syllabe -la- dans idololatria (15 occurrences) entraînerait un renforcement invraisemblable de la
clausule héroïque, et qu'il faut scander ainsi la fin du mot -u—u (clausule crético-trochaïque,
la plus fréquente). En revanche, est-il assuré, par exemple, que nihil doive être lu dans un cas
comme une syllabe (21,5 seis nihil esse, pour avoir un dispondée) et dans l'autre comme deux
(23, 2 sed nihil dixi, pour avoir une crético-trochaïque) ? La réponse viendra sans doute du
répertoire de toutes les clausules de Tertullien qu'a entrepris le Département de philologie
classique et médiévale de l'Université de Lecce, un grand travail auquel on souhaite un prompt
achèvement. P. P.

19. AMAT (Jacqueline), Le latin de la Passion de Perpétue et de Félicité — Latin vulgaire,


latin tardif IV (cf. n° 16), p. 445-454.
«Le latin», ou plutôt «les latins» comme il est rappelé en introduction, puisqu'il faut
distinguer au moins quatre styles différents, correspondant respectivement à la Préface (à
laquelle il faut joindre le § 2 et l'épilogue), à la relation de Perpétue (§ 3-10), à celle de Saturus
(§ 11-13), enfin au récit de la Passion proprement dite (§ 14 à 21, 10). Au contraire, le style de
la passion grecque est uniforme, ce qui condamne d'avance les efforts de qui voudrait y trouver
la recension primitive.
L'A. de cette communication vient d'achever une nouvelle édition du texte latin de PPerp,
destinée à la collection Sources chrétiennes. Elle tente ici d'expliciter, en matière de langue et de
style, les traits spécifiques de chacun des «scripteurs». Les styles les plus proches sont ceux
des deux martyrs : néanmoins la relation de Perpétue est plus imagée, celle de Saturus moins
familière et plus ecclésiale. Le rédacteur de la Passion «unit à une certaine élégance profane des
réminiscences bibliques» et pourrait bien être, comme l'avait jadis suggéré R. Braun, le diacre
Pomponius mentionné aux § 3, 6 et 10. L'auteur de la Préface - qui n'est pas Tertullien - use
d'un style enchevêtré et composite, de beaucoup le plus complexe, qui associe aux traditions
scripturaires un vocabulaire et une syntaxe influencés par Cicerón. Quatre styles donc, mais
peut-être seulement trois auteurs, car J. A. laisse en finale une question ouverte : «L'auteur (de
la Préface) est-il le même que celui qui complète le récit des martyrs ?». En d'autres termes,
faut-il supposer un seul rédacteur avec deux niveaux de style ou deux rédacteurs distincts : le
premier, un écrivain professionnel chargé d'encadrer le texte ; le second, un témoin oculaire du
martyre que rien n'interdirait alors d'identifier à Pomponius ? — On est embarrassé pour juger
ce travail, sans avoir vu l'édition actuellement sous presse. La grille d'analyse est scolaire et
manque cruellement de technicité : il est fâcheux par exemple que le mot «Exorde» désigne, par
suite d'un lapsus réitéré, l'épilogue de la Passion (§ 21, 11). Les renvois à la bibliographie
antérieure sont limités à l'extrême : la phrase «de caseo quod mulgebat» (§ 4, 9) est ainsi
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 305
qualifiée de «raccourci de style», sans référence à l'explication - beaucoup plus sophistiquée -
d'Elena Zocca, dans Studi e Materiali di Storia delle Religioni, 50,1984, p. 147-154. Mais il se
peut que ces imperfections soient liées au genre de la communication. Les conclusions en
revanche, qui coïncident du reste souvent avec l'opinion dominante (sur le rapport entre latin et
grec, les différences de style, le rejet de l'attribution à Tertullien), paraissent recevables. F. D.

20. Β ARTALUCCI (Aldo), A proposito di una particolare nomenclatura in un testo agiografico


antico—Bollettino di studi latini, 25,1995, p. 542-549.
Commentaire des noms de vêtements (lacernobyrrus, dalmatica, linea) et de pièces de tissu
{linteamina, manualia, laciniae manuales), mentionnés en ACypr 4, 1-2 Bastiaensen (5, 2-5
Musurillo). L'A. met en doute l'existence du composé lacernobyrrus : selon lui, la leçon
originale était «se byrrum exspoliauit», et le mot lacerno/lacerna des manuscrits n'est qu'une
glose explicative, insérée dans le texte. Le byrrus, un vêtement sans manches, d'ordinaire à
capuchon, était peu coûteux et pouvait sembler inadéquat pour un évêque, d'où l'intrusion
postérieure de lacerna, désignant un vêtement de plus grand prix. F. D.

SOURCES, INFLUENCES

21. GÄRTNER (Hans Armin), Die Rolle und die Bewertung der skeptischen Methode im
Dialog Octavius des Minucius Felix — Panchaia. Festschrift für Klaus Thraede, Münster
Westfalen : Aschendorff, 1995, p. 141-147 (Jahrbuch für Antike und Christentum.
Ergänzungsband, 22).
L'Octauius de Minucius Felix doit avoir pour modèle le De natura deorum de Cicerón et
oppose, comme lui, à un philosophe sceptique - en la personne de Caecilius (12, 7-13) -, un
penseur dogmatique, le chrétien Octavius. Mais l'issue est différente, puisque Minucius Felix
nous invite à une réfutation du scepticisme et met en scène la défaite et la conversion de
Caecilius. Celui-ci dépend d'ailleurs moins de la tendance sceptique de l'Académie, incarnée
par Arcésilas et Camèade, dont il se réclame, que du pyrrhonisme, surtout préoccupé de
préserver la tranquillité de l'âme. Cette influence pyrrhonienne se manifeste notamment par son
refus de remettre en cause l'affirmation de l'existence de Dieu, et par le soin qu'il a de la
reconnaître comme nécessaire {Oct. 17, 2 ; cf. Sextus Empiricus, Pyrrh. hyp. 3, 2). La
réfutation du scepticisme proposée par Minucius (14, 3-6), inspirée partiellement du Phédon 88
c 1 - 91 c 5, est destinée à préparer l'exposé dogmatique du chrétien Octavius. Il s'agit d'une
part de montrer que l'argumentation pro et contra conduit non pas à s'approcher de la vérité,
mais plutôt à s'en désintéresser en suspendant son jugement. D'autre part, Minucius retourne
l'accusation de naïveté portée contre les chrétiens, dans la mesure où 1'εποχή revient à avouer
sa crédulité et son incapacité de choisir entre deux argumentations contradictoires. F. C.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE

2 2 . SCHMID (Ulrich), Marcion und sein Apostólos. Rekonstruktion und historische


Einordnung der Marcionitischen Paulusbriefausgabe, Berlin ; New York : W. De Gruyter,
1995, 381 p. (Arbeiten zur neutestamentlichen Textforschung, 25).
306 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

Cet important ouvrage, issu d'une thèse soutenue en 1994 à l'université de Munster, prend
place dans le mouvement de réaction, qui s'est amorcé il y a une dizaine d'années, contre la
reconstruction des Écritures marcionites par Harnack (cf. CTC compi. 32). Spécialement
consacré à Yapostolikon, il remet en cause, avec plus de force et de précision que la dissertation
de J. Clabeaux (cf. CTC 84, 14), le travail du savant allemand estimé trop peu critique dans la
réception des sources et exagérément porté à admettre des interventions tendancieuses de
l'hérétique sur le texte. Quatre parties principales, liées et étagées avec une grande rigueur,
conduisent à la présentation en annexe (p. 313-344) du texte marcionite de l'apôtre - qui
occupait une soixantaine de pages chez Harnack ! Après une première partie de caractère
méthodologique qui retrace l'histoire de la recherche, la seconde partie, - la plus longue (plus
de 200 pages !) - consiste en un réexamen systématique et minutieux des sources qui sont de
provenance exclusivement ecclésiastique : Tertullien, Épiphane, Adamantius, et à titre
accessoire Origene. Les deux dernières parties sont dévolues respectivement à une appréciation
du matériel retenu et à une mise en relation avec l'histoire du corpus paulinien.
De ces analyses qui s'appuient sur une solide documentation concernant la tradition primitive
du texte néotestamentaire, ressort l'idée d'un Marcion beaucoup moins hardi qu'on l'a prétendu
dans sa «mutilation» des Écritures. L'essentiel de ses interventions se limiterait au
retranchement de quelques passages ayant trait aux thèmes d'Abraham père des croyants, des
promesses d'Israël référées à l'Église, de la médiation du Christ dans la Création, peut-être
aussi à la suppression de la sarx Christi (Eph. 2, 14 ; Col. 1, 22). La plus grande partie de ce
qu'on a réputé être des altérations de texte théologiquement tendancieuses se laisserait expliquer
par les habitudes de citation des sources : d'autres ont été trouvées par Marcion dans le texte
qu'il a utilisé ; d'autres enfin proviennent de fautes mécaniques de transmission. L'étude du
contenu et de l'ordonnance du recueil marcionite (10 lettres et Rom. amputé de ses deux
derniers chapitres) aboutit à reconnaître que Marcion n'a fait que suivre une forme
prémarcionite d'édition autorisée des épîtres qui se présentait déjà ainsi, et qui se caractérisait
par sa pointe antijudaïque et par le profil combatif qu'elle offrait de l'apôtre, celui d'un
représentant exclusif du paganochristianisme. Finalement, le «phénomène Marcion» est mis en
rapport avec le développement de l'œuvre missionnaire de Paul, qui a survécu à ce dernier et,
au fil des décennies, avec l'émergence de nouvelles communautés, aurait connu des tensions et
des conflits : l'Église marcionite serait le produit de l'accentuation d'une tendance extrémiste
(p. 304-308).
Par ces vues neuves qui comportent, U. S. le reconnaît lui-même, une part d'hypothèse,
l'ouvrage suscitera des débats. En ce qui concerne plus particulièrement Tertullien, principal
témoin de cet apostolikon dans son Marc V, plus de 10 pages lui sont consacrées pour passer
au crible toutes ses citations en les comparant à celles de ses autres traités, en déterminant ses
habitudes de citateur, en présentant des tableaux comparatifs de son vocabulaire de traduction.
Il y a là une mine d'analyses que tout travail sur Marc V ne devra plus ignorer. Un long
excursus (p. 40-59) porte sur la question qui avait jadis opposé Harnack à Zahn, celle de
l'existence d'une traduction latine de ce Paul marcionite que l'Africain aurait eue sous les yeux.
Contre les vues de Harnack, qu'avaient confirmées d'autres travaux (von Soden, Zimmerman),
et au terme d'un examen approfondi, U. S. se prononce en faveur de l'utilisation exclusive
d'un texte grec. Mais, malgré l'aspect systématique de la démonstration, nous continuons à
penser que, dans Γ efflorescence des traductions latines des livres saints aux IIe et IIIe siècles, il
est peu vraisemblable que les textes marcionites à Carthage aient été lus et pratiqués uniquement
en grec. Un des principaux arguments de Harnack, tiré de Marc V, 4, 8 («duae ostensiones
sicut inuenimus interpretatum») est écarté par U. S. qui veut voir mentionnée ici une glose
marginale (apo-/ epi-/ endeixeis) du texte grec (p. 125-126 et p. 317). Mais aucune justification
d'une telle sorte de glose n'est fournie, et il ne semble pas non plus qu'il y ait eu d'autres cas de
gloses marginales. Nous ne sommes donc pas convaincu que Tertullien ait recouru
exclusivement à un original grec du texte marcionite. Il faut remarquer aussi que les thèses de
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 307
U. S. emporteraient davantage l'adhésion si elles s'appuyaient sur l'ensemble des Écritures
marcionites, Évangile compris. Enfin, cet ouvrage laisse en suspens beaucoup d'autres
questions épineuses, comme notamment celle des rapports de Tertullien avec une versio latina
ou des versiones latinae de l'Écriture ou des parties de l'Ecriture utilisée(s) dans la communauté
chrétienne de son temps. R. B.

23. JAY (Pierre), Jesaja — Reallexikon fur Antike und Christentum, Lief. 132/33-134 (= Bd
XIV), 1995, c. 764-821.
La partie «chrétienne» de cet article (e. 787-821) montre le rôle exceptionnel joué par Isaïe,
prophète messianique par excellence, aussi bien dans le Nouveau Testament que chez les Pères.
P. J. examine successivement les écrits des premiers siècles, de Clément de Rome à Cyprien,
puis les commentaires patristiques, enfin l'exégèse de certains passages-clés. Les citations
faites par Tertullien (étudiées aux c. 802-803) donnent à celui-ci le moyen de montrer que le
Christ a réalisé les prophéties d'Isaïe - argument essentiel contre les Juifs et contre Marcion - et
qu'Israël a démérité et s'est laissé aveugler. Les mêmes thèmes sont orchestrés dans les
Testimonia de Cyprien (c. 803-805) qui, au livre III, utilise aussi Isaïe pour illustrer divers
aspects de la vie chrétienne : responsabilité, culte en vérité et souci de la justice. Sa
connaissance parfaite du dossier permet à P. J. de signaler l'apparition d'exégèses originales
(comme celle d'Is. 29, 18 en Quir I, 4) ; elle fait tout l'intérêt des coupes exégétiques qu'il
propose pour des textes fameux comme l'annonce du Précurseur (Is. 40, 3-5), les quatre chants
du Serviteur ou l'onction du Messie (Is. 61, 1-3 ; on notera qu'en Marc IV, 14, 13 la citation
est entremêlée de béatitudes). P. P.

24. VAN DER LOF (L. J.), Abraham's Bosom in the Writings of Irenaeus, Tertullian and
Augustine — Augustinian Studies, 26, 1995, p. 109-123.
Poursuivant son étude de l'interprétation qu'ont donnée les Pères de la figure d'Abraham
(cf. CTC 94, 17), l'A. analyse l'exégèse qu'Irénée (Adu. Haereses Π, 24, 4 ; 34, 1 ; III, 14,
3), Tertullien (An 7, 3-4 ; 9, 8 ; 55, 2-4 ; Marc IV, 34, 11 ; Idol 13,4) et Augustin (notamment
De Genesi ad litt. 33, 63-65 ; EpistA64, 3, 8 ; 187, 2, 6) ont proposée de l'expression «sein
d'Abraham» dans la parabole du riche et de Lazare (Luc 16, 19-31). Ils l'interprètent
généralement, en relation avec Apoc. 6, 9-10, comme un lieu souterrain, où les chrétiens
attendent, après leur mort, le Jugement Dernier. Tertullien, en particulier, distingue entre la
prison réservée aux païens et le sein d'Abraham, séjour temporaire où les chrétiens jouissent de
la félicité. C'est là que se trouvaient les patriarches et les prophètes, et le Christ les a rejoints
pour les faire participer à son être. L'A. suggère de voir dans cette image d'un séjour provisoire
réservé aux chrétiens le point de départ de l'idée de Purgatoire : en face du «sein d'Abraham»,
le lieu où est enfermé le riche, temporaire également et distinct de la Géhenne éternelle, peut
préfigurer le Purgatoire, dont Augustin semble avoir déjà conçu l'idée. F. C.

25. MATTEI (Paul), Recherches sur la Bible à Rome vers le milieu du IIIe siècle : Novatien et
la Vêtus Latina — Revue Bénédictine, 105, 1995, p. 255-279.
Le texte biblique de Novatien a stimulé la sagacité des patristiciens, depuis A. d'Alès qui y
trouvait la première attestation d'une traduction «vieille romaine» jusqu'à E. Lupieri pour qui
les citations de l'Ancien Testament proviennent de testimonia traduits du grec. Après avoir
clairement présenté les différentes thèses en présence, P. M. analyse avec soin l'Ancien
Testament de Novatien (c'est-à-dire, essentiellement, les citations de Gen., Ps. et Is. qu'on
rencontre dans le De trinitate) - pour les Évangiles, une étude de V. Loi (Augustinianum, 14,
1974, p. 201-221) avait montré que leur texte est 'européen' ; il en va sans doute de même pour
308 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA
les épîtres pauliniennes (cf. p. 278, η. 35), mais le travail reste à faire. Les conclusions
auxquelles arrive Γ A. sont les suivantes : - 1. Novatien fait incontestablement usage de testi­
monia, mais s'il leur emprunte la structure de certaines citations, celles-ci ont un «matériel
verbal» provenant d'une traduction de la Bible. - 2. Ce texte biblique est différent de celui
utilisé par Cyprien, et sans doute issu d'une révision 'européenne' (ou en tout cas 'non afri-
caine') de ce dernier.- 3. On ne saurait rien dire sur le modèle grec de cette révision (les leçons
aberrantes s'expliquant par la tradition testimoniale). L'ensemble paraît convaincant. Même si
on a parfois du mal à suivre le raisonnement de l'A. (les renvois du type «voir infra» ne facili-
tent pas la tâche du lecteur), on apprécie les analyses philologiques de détail, notamment celles
qui portent sur des problèmes de critique textuelle (p. 263-265) ou sur les citations de l'Ancien
Testament qui sont aussi transmises par le Nouveau (p. 269-270 ; ajouter Is. 61,1/Lc 4, 18 cité
en Trin 29, 13). Peut-être le témoignage de Tertullien, énigmatique il est vrai, aurait-il pu être
invoqué plus souvent, ainsi p. 275 (n° 17) : Is. 53, 5 apparaît en Marc IV, 21, 12 sous la forme
«ut liuore eius sanaremur» ; p. 277 (n° 28) à propos d'Iy. 53, 7 : la variante «coram tondente
se» est attestée en lud 9, 28 et 13, 21 (Θ) ; la formulation de Trin 28, 9 «ad iugulationem
adductus est» est déjà dans Res 20, 5 (iugulationem θ : uictimam Gel ex Masb). P. P.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME

26. DUVAL (Yvette), Lámbese chrétienne : La gloire et l'oubli. De la Numidie romaine à


l'Ifrîqiya, Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1995, 215 p. (Collection des Études Augus-
tiniennes, Série Antiquité, 144).
L'étude publiée en 1984 par le même auteur sur la densité des évêchés dans l'Afrique du IIIe
siècle (voir CTC suppl. SC 54) trouve ici un complément et une illustration. Pour nous en tenir
à la période romaine, il nous est montré que, contrairement à des thèses encore parfois
soutenues aujourd'hui, la Troisième Légion Auguste cantonnée à Lámbese ne devait guère
compter de chrétiens en son sein et que les martyrs condamnés à Lámbese venaient d'ailleurs
(l'exception de Mammarius et de ses compagnons n'est même pas assurée, car la valeur
historique de leurs Acta est suspecte). Il y a eu cependant un évêché important à Lámbese, dont
on peut supposer qu'il fut créé lorsque la ville devint la capitale de la Numidie - érigée en
province au début du IIIe siècle -, et dont les seuls évêques connus, Privatus et Januarius,
apparaissent, au milieu du même siècle, comme les chefs de l'Église numide. Mais rien ne
transparaît plus ensuite d'une quelconque activité de la communauté lambésitaine ; la
disparition du siège episcopal est attestée en 411. C'est que «Lámbese n'a jamais dû être le
centre d'une grande communauté chrétienne, vaste et vivante» et que l'implantation d'un évêché
a dû y être décidée par le primat d'Afrique, au début du IIIe siècle, pour des raisons
d'opportunité. Lámbese a sombré dans l'oubli, et les sources des époques vandale et arabe ne
mentionnent même pas son nom.
Parmi les documents utilisés pour le IIIe siècle, plusieurs entrent dans le domaine de la
Chronica. Pour l'interprétation de Cor 1, Y. D. suit Y. Le Bohec (voir CTC 92, 25) :
l'incident n'a pas eu lieu à Lámbese. De la. Lettre 39 de Cyprien, on ne peut déduire non plus
que les oncles de Célérinus aient subi le martyre en Afrique, encore moins à Lámbese. Si l'on
analyse minutieusement la Passio Mariani et Iacobi (11), on ne peut mettre en doute que les
martyrs, venus d'une localité éloignée de Numidie, aient souffert à Lámbese, mais le texte ne
dit rien des chrétiens de la ville. De la confrontation des Lettres 62, 70, 76 de Cyprien et des
Sententiae naît une appréciation fine et convaincante du rôle de l'évêque de Lámbese, au milieu
du IIIe siècle, et de ses relations avec celui de Carthage. Januarius - et il en était sûrement de
même pour Privatus avant sa destitution - apparaît comme un coordinateur et un médiateur en
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 309
Numidie. Il est le porte-parole de huit évêques numides sollicitant une aide financière des
chrétiens de Carthage, pour le rachat des chrétiens de leurs communautés enlevés par les
Barbares. Au nom de dix-huit évêques numides et en son nom, il demande à Cyprien son avis
sur la question du baptême des hérétiques, et c'est à lui que Cyprien adresse d'abord sa
réponse. Mais en même temps, ces deux démarches montrent l'autorité de l'évêque de Carthage
en Numidie. La place de Januarius dans les Sententiae et son absence de la correspondance
entre Cyprien et les confesseurs numides condamnés aux mines semblent prouver aussi qu'il
n'exerce pas en Numidie un primat absolu, alors que Cyprien cherche à maintenir le sien en
Numidie comme en Afrique.
L'interprétation que donne Y. D. a'Epist 59, 10, 1 se fonde sur des arguments nouveaux
qui s'ajoutent à ceux qui sont habituellement avancés pour prouver qu'il n'y a pas eu de concile
à Lámbese et que le texte de Cyprien a été mal compris. En revanche nous ne saisissons pas
bien pourquoi, à moins d'une erreur de sa part, Cyprien aurait appliqué improprement le mot
colonia à la ville de Lámbese (p. 27-28). S. D.

27. DOUMAS (François-Régis), Les attitudes de Tertullien devant la philosophie et les


philosophes. Étude chronologique, Lyon : Institut catholique, Faculté de Théologie, 1995, 293
f. dactyl. (Thèse pour le doctorat en théologie).
Fr.-R. D. reprend la question des rapports de Tertullien avec la philosophie et dégage les
différentes attitudes qu'il a adoptées au cours de sa carrière littéraire. Après une première
période de méfiance et de pani pris critique, qui culmine avec le De praescriptionibus, Tertullien
serait progressivement revenu à une attitude plus conciliante et plus comprehensive, très
manifeste à partir du De anima. Sur ce point l'évolution vers le montanisme n'aurait entraîné
aucune crispation particulière, mais correspondrait au contraire chez Tertullien à une période
d'ouverture. Cette étude, animée d'une ardente bienveillance pour Tertullien, n'est cependant
pas exempte de faiblesses. Le choix de s'en tenir aux seules références explicites de Tertullien à
la philosophie et aux philosophes limite gravement les résultats de l'enquête, dans un domaine
où les affirmations explicites comptent moins que la muette utilisation de la culture antique. En
outre l'ouvrage, qui ne manque pas d'ambition, poursuit d'autres buts, en particulier il cherche
à retracer l'évolution intellectuelle de Tertullien et, pour cela, revient sur la question très difficile
de la chronologie de ses œuvres. Mais une telle entreprise présente le risque d'adapter la
chronologie à l'idée que l'on s'est faite de l'évolution de l'auteur. Or les arguments utilisés pour
déplacer dans le temps certaines œuvres (Bapu Orau Paen et Pat dateraient d'avant 197 ; Prax
serait la dernière œuvre de Tertullien) ne se fondent jamais sur des faits philologiques, mais
dépendent généralement d'interprétations ou d'indices assez fragiles. Nous retiendrons surtout
de cette étude courageuse et généreuse son absence de préjugés et son regard assez neuf sur la
période montaniste de notre auteur. F. C.

28. GROUT-GERLETTI (Dominique), Les animaux malades en Afrique au IIIe siècle en


Afrique — Homme et animal dans l'Antiquité romaine. Actes du Colloque de Nantes 1991,
Tours : Centre de Recherches A. Piganiol, 1995, p. 173-204 (Caesarodunum, n° hors série).
Poursuivant sa tentative de diagnostic, à travers l'œuvre de Cyprien, de l'état sanitaire et
médical au IIIe s. (cf. CTC compi. 44), D. G.-G. cherche à définir la situation du bétail pendant
cette période de crise. Pour cela, elle commente essentiellement De habitu virginwn 17,15-18,
où le choix d'un topos biblique révélerait «malgré tout l'adéquation avec la réalité » (p. 189).
Un tel principe expose au risque de l'extrapolation arbitraire, écueil auquel malheureusement
l'analyse n'échappe guère. F. C.
310 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

29. LETTA (Cesare), ILAfr, 265 e il proconsolato d'Africa di C. Cingio Severo — Latomus,
54, 1995, p. 864-874.
Une étude approfondie de l'inscription ILAfr, 265 (fragments d'une dédicace à Commode
trouvée à Thuburbo Maius) permet à C. L. d'apporter deux précisions sur Cingius Severus, un
des proconsuls d'Afrique favorables aux chrétiens que Tertullien évoque en Scap 4, 3 : son
prénom était Caius, et son proconsulat a dû se dérouler en 190-191, avant celui de Vespronius
Candidus (191-192). La liste donnée par Tertullien est donc dans l'ordre chronologique. P. P.

30. BÖS (Günther), Curiositas. Die Rezeption eines antiken Begriffs durch christliche
Autoren bis Thomas von Aquin, Paderborn : F. Schöningh, 1995, 242 p. (Veröffentlichungen
des Grabmann-Institutes zur Erforschung der mittelalterlichen Theologie und Philosophie, 39).
Cette étude consacrée au concept de curiositas en retrace l'histoire depuis ses origines —
chez Cicerón, Sénèque et Apulée — jusqu'à Thomas d'Aquin, en s'arrêtant notamment sur
Tertullien (p. 85-90) et Augustin (p. 91-129). Elle s'efforce de dégager à la fois les éléments de
continuité et les points de divergence dans la façon dont les auteurs ont conçu cette notion.
Ainsi l'ambiguïté de la curiosité, considérée tantôt comme un trait de frivolité se manifestant
dans le goût pour les divertissements, tantôt comme une aspiration légitime à découvrir la
vérité, n'apparaît pas seulement avec les auteurs chrétiens, mais était déjà bien présente chez un
païen comme Apulée. De même l'idée de subordonner la curiosité à son utilité, en particulier
pour défendre et renforcer la foi, n'est pas une invention de Tertullien. En revanche celui-ci lie,
de façon nouvelle, la curiosité à l'inquiétude, à la scrupulositas, qui peut être un puissant
stimulant à la conversion, mais risque aussi de conduire à l'hérésie. Concernant Tertullien, cet
ouvrage apporte peu, et G. B. reconnaît lui-même être largement tributaire du chapitre que J.-C.
Fredouille a consacré à la question dans son Tertullien et la conversion de la culture antique,
Paris, 1972, p. 411-442. F. C.

3 1 . SCHMIDT (Victor), «Revelare» und «Curiositas» bei Apuleius und Tertullian —


Groningen Colloquia on the Novel, 6, 1995, p. 127-135.
La valeur religieuse de reuelare, désignant la manifestation du divin qui se révèle à l'homme
ou lui communique une connaissance, n'est pas une invention chrétienne et n'apparaît pas
seulement avec Tertullien, mais semble déjà présente chez Apulée, Met. 3,15. Elle est toutefois
ici employée par la servante Photis, dont les révélations sur les pratiques magiques de sa
maîtresse constituent une perversion de l'authentique révélation de la déesse Isis, telle qu'elle
apparaît dans le dernier livre. Poursuivant l'analyse par une étude sur la relation entre reuelare et
curiositas chez ces deux auteurs, V. S. croit pouvoir reconnaître une communauté de concepts
et de vocabulaire entre Apulée et les chrétiens du IIe s. En effet à la reuelatio, qui offre le repos,
s'oppose la curiosité, connotée péjorativement chez les deux auteurs et liée à la magie et à
l'inquiétude. La relation qu'établit même Tertullien entre curiosité et hérésie n'est pas inconnue
d'Apulée : la curiosité de Lucius le conduit à la transformation opérée par Photis, qui n'est
qu'une contrefaçon de la véritable métamorphose, que propose Isis et qui conduit adportum
quietis (Met. 11, 15). L'analyse de V. S. est délicate et séduisante, même si les indices sur
lesquels elle repose restent très ténus et si elle efface un peu trop l'ambiguïté de la notion de
curiositas (cf. ci-dessus la recension de l'ouvrage de G. Bös). F. C.

32. ZOCCA (Elena), La «senectus mundi». Significato, fonti e fortuna di un tema ciprianeo —
Augustinianum, 35, 1995, p. 641-677 (Studi sul cristianesimo antico e moderno in onore di
Maria Grazia Mara, Π. Studi agostiniani. Π cristianesimo nei secoli).
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 311
Partant du premier texte latin chrétien qui développe le thème païen de la senectus mundi
(Dem 3-4), ΓΑ. en recherche d'abord les sources et les composantes. Cyprien cite textuellement
une phrase de Salluste (Iug 2, 3), déjà présente chez Minucius Felix. Il ne fait pas appel au
schéma historiographique des âges du monde, utilisé par Cicerón, Sénèque, Ammien Marcellin,
mais plutôt à la vision lucrétienne d'un univers où l'homme est soumis, comme la nature
entière, à la dégénérescence. Cette vision est également présente dans YAsclepius (24-25), dont
on peut légitimement se demander s'il n'a pas inspiré Cyprien directement, et autant que
Lucrèce. Si l'authenticité cyprianique du Quod idola était prouvée, cette hypothèse serait
renforcée, puisqu'en Quodld 6 il est fait allusion à Hermès Trismégiste et à Asci 8.
Après ce tour d'horizon, E. Z. explore la littérature chrétienne d'Afrique jusqu'à Augustin.
Elle n'a pas trouvé le thème de la vieillesse du monde chez Tertullien, bien qu'il évoque souvent
les signes de la fin des temps. En revanche, elle relève et commente les occurrences suivantes :
Oct 11, 1-3 ; Ps-Cypr, Laud 13 ; Arnobe, Adv Nat I, 2, 3 ; Lactance, Inst VII, 14-16 ; Epit
66, 6 ; Augustin, Serm 81, 8-9. Plus que par l'influence probable du passage de Y Ad
Demetrianum sur les auteurs, elle se montre intéressée par les diverses manières dont ils traitent
le thème et par l'évolution qu'elle croit discerner dans ce traitement.
Selon elle en effet, et contrairement à ce qu'on dit d'ordinaire, Cyprien n'a pas christianisé le
motif de la senectus mundi. Dans Dem 3-5, il n'y a pas rencontre, mais juxtaposition de deux
interprétations inconciliables des calamités présentes : l'explication païenne par le vieillissement
du monde et la lecture chrétienne apocalyptique des signes eschatologiques. La fusion des deux
serait attestée pour la première fois dans le De laude martyrii (27 : «exclamât Iohannes et dicit :
'Iam quidem securis ad radicem arboris posita est', monstrans scilicet et ostendens ultimam
esse rerum omnium senectutem»). Chez Augustin, le thème des âges du monde et celui de la
senectus mundi se rejoignent et sont parfaitement christianisés : les temps chrétiens, inaugurés
par l'Incarnation, coïncident avec le dernier âge et la décrépitude du monde.
L'évolution ainsi retracée ne nous paraît pas correspondre à la réalité. Si, dans Y Ad
Demetrianum, Cyprien a développé successivement, et en les distinguant fortement (début du §
5), les deux représentations, païenne et apocalyptique, c'est qu'il lui fallait dépasser
l'explication physique des calamités présentes, bien connue de tous, pour retourner contre
Démétrien l'accusation portée par lui contre les chrétiens : dans leur signification eschato-
logique, les calamités présentes manifestent la colère de Dieu envers les idolâtres et les
persécuteurs. Pour dire que Cyprien ne fait pas sien le thème de la senectus mundi, on ne peut
tirer argument non plus, nous semble-t-il, du fait que dans le reste de l'œuvre, et notamment en
Mort 24-25, les catastrophes actuelles sont toujours envisagées dans une perspective
eschatologique. Les deux interprétations ne sont pas sur le même plan et l'une n'interdit pas
l'autre. Loin de prouver que, pour Cyprien, la ruine du monde n'a pas pour cause sa vieillesse,
mais l'approche de sa fin (p. 650), la phrase «Mundus ecce nutat et labitur et ruinam sui non
iam senectute rerum sed fine testatur» (Mort 25) laisse au contraire transparaître le scheme païen
des âges du monde, si l'on tient compte de iam : dans une étape antérieure, par son
vieillissement, la nature manifestait déjà l'approche de la fin ; maintenant c'est par sa mort
qu'elle prouve cette fin. L'association des deux thèmes, le thème païen de la senectus mundi et
le thème chrétien de la fin des temps, est bien présente déjà chez Cyprien. S. D.

33. SÁNCHEZ SALOR (Eustaquio), Los orígenes del cristianismo en Hispania. Los casos de
Mérida y León-Astorga— Estudios de religión y mito en Grecia y Roma. X Jornadas de
filología clásica de Castilla y León, ed. J. M. Nieto Ibánez, Universidad de León, Secretariado
de publicaciones, 1995, p. 165-181.
Après avoir évoqué les légendes sur les origines du christianisme en Espagne, l'auteur tire
de la lettre de Cyprien aux fidèles de León-Astorga et de Mérida (Epist 67) quelques indices sur
312 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA
ce qu'il devait être au IIIe siècle, indices que confirment à l'occasion les Actes du Concile
d'Elvire. Que deux évêques apostats aient pu contester leur déposition montre que les apostats
étaient certainement nombreux et influents. Plus généralement, on peut dire que le christianisme
était déjà bien implanté en Espagne, dans des communautés organisées et hiérarchisées, en
relation avec Rome et Carthage. S. D.

ACTES DES MARTYRS

3 4 . BUTTERWECK (Christel), «Martyriumssucht» in der Alten Kirche ? Studien zur


Darstellung und Deutung frühchristlicher Martyrien, Tübingen : J. C. B. Mohr, 1995, X-288
p. (Beiträge zur historischen Theologie, 87).
L'argument central de cette thèse est que le désir du martyre occupe une place quasi nulle
dans l'histoire des persécutions, qu'il a parfois été grossi par les contemporains dans une
perspective polémique ou apologétique, qu'il est enfin devenu une sorte de «fable convenue» à
date tardive, notamment à partir de Bède. Cet argument vient d'être apprécié et critiqué par W.
Rordorf, dans RÉAug, t. 42, 1996, p. 164-165. Signalons seulement ici que, parmi les sources
exploitées, figurent plusieurs ouvrages apologétiques et polémiques de Tertullien (p. 46-62),
ainsi que son Ad martyras (p. 159-164) ; de Cyprien, sont commentés Y Ad Fortunatum,
VEpistula 58 ad Thibaritanos et diverses lettres à des confesseurs (p. 177-187) ; plus rapide en
revanche est le traitement des Actes et Passions d'Afrique qui sont du ressort de cette chronique
(ACypr, PMar, PMon, PPerp : p. 195-197). Pour la thèse de l'auteur, l'attitude des
Montanistes et des Donatistes était un sujet délicat (p. 111-122 et 123-140) : il n'est pas sûr que
C. B., sur ce point, parvienne à convaincre tous ses lecteurs. F. D.

35. HEFFERNAN (Thomas J.), Philology and authorship in the Passio Sanctarum Perpetuae et
Felicitatis— Traditio, 50, 1995, p. 315-325.
Essai regroupant deux discussions philologiques, dont la seconde présente une importance
réelle pour l'interprétation globale de PPerp.— 1) En 8, 3, le vase qui apaise la soif de
Dinocrate est deux fois appeléfiala(du grec φιάλη) ; la graphie avec/initial au lieu deph n'est
pas attestée, semble-t-il, antérieurement et surprend chez une jeune femme cultivée qui
connaissait le grec ; elle pourrait cependant être originale et s'expliquer par unefidélitévoulue à
l'égard d'une version africaine de l'Apocalypse (où le terme se lit à de multiples reprises).— 2)
On estime en général que le récit de Perpétue (§ 3-10) est une sorte de journal de prison que la
jeune femme rédigea au milieu des vicissitudes de son incarcération. Mais la fréquence des
notations du type «post paucos dies», «crastina die», «alio die», qui assurent la cohésion
temporelle entre les événements, viole l'un des principes fondamentaux de la rédaction d'un
journal. D'autre part, les verbes sont presque tous au passé, et les rares exemples de présent
sont en fait des présents historiques, ce qui jette aussi un doute sérieux sur le moment où le
texte fut écrit sous sa forme actuelle. Ces remarques ne doivent pas inciter à récuser le caractère
autobiographique du récit ; elles suggèrent plutôt que le rédacteur de la Passion, même s'il
disposait de notes prises par la martyre (Jhypomnematà) ou encore d'une relation orale, a
effectué un travail de réécriture nettement plus grand qu'on ne le croit habituellement. Sur le
rôle qu'il faut attribuer à Perpétue dans la confection de PPerp, l'A. partage ainsi le doute déjà
manifesté par Augustin : «Nec illa sic scripsit uel quicumque illud scripsit» (De natura et origine
animae, I 10, 12, cité p. 316, n. 7).— La première argumentation est fragile : vu l'usage
fluctuant des graphies ph et/dans les manuscrits, il n'est pas exclu que les éditeurs modernes
aient partout imprimé phiala chez les auteurs classiques et conservé fiala dans un texte considéré
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 313
comme un monument en sermo uulgaris. Restituer la graphie employée par Perpétue d'après
des témoins qui remontent, dans le meilleur des cas, à la fin du IXe s. est pour le moins
imprudent. La seconde discussion soulève un problème majeur. Je me demande pourtant si elle
n'est pas fondée sur une analogie spécieuse avec les journaux intimes, rédigés par tranches
quotidiennes, qui se sont multipliés depuis le XIXe siècle. Le scepticisme d'Augustin est
indéniable, mais il ne faut pas oublier qu'il fut exprimé dans un contexte polémique. Pourquoi
les chapitres 3 à 10 n'auraient-ils pas été écrits d'un seul jet par Perpétue dans les jours qui
précédèrent immédiatement son exécution ? Π était alors habituel que les condamnés à mort
soient traités avec un peu plus d'humanité, comme le montre d'ailleurs le § 16 de PPerp :
«Iussit (tribunus) illos humanius haben, ut fratribus eius et ceteris facultas fuerit intrœundi et
refrigerandi cum eis». Une telle solution n'offrirait aucune prise à l'argumentation exposée plus
haut et permettrait de continuer à interpréter, au sens littéral, la formule introductive du
rédacteur (§ 2, 3) : «Haec ordinem totum martyrii sui iam hinc ipsa narrauit, sicut conscriptwn
manu sua et suo sensu reliquit». F. D.

36. PETRAGLIO (Renzo), Passio Perpetuae et Felicitatis. Stile narrativo e sfondo biblico—La
narrativa cristiana antica. Codici narrativi, strutture formali, schemi retorici (cf. n° 11), p. 185-
192.
Analyse de deux passages : le premier entretien de Perpétue avec son père, qui se retire,
vaincu, après avoir tenté de lui arracher les yeux (§ 3, 1-3) ; le changement de sexe, qui
intervient dans la dernière vision de la martyre (§ 10, 7 : «Et facta sum masculus»). Dans le
premier cas, l'A. essaie de dégager Γ arrière-plan biblique des expressions oculos eruere et
uexare qui servent à exprimer respectivement dans l'Ancien Testament la violence des païens
contre Israël et dans le Nouveau la possession diabolique : chez son père, Perpétue parvient à
s'expliquer le passage brutal de l'amour à la violence en y retrouvant l'action du démon. Le
changement de sexe a de nombreux précédents dans la mythologie païenne : le songe de
Perpétue, qui suppose une culture imprégnée de métamorphoses, est en même temps
transgression et refus de cette culture ; l'abandon de la féminité et le silence au sujet de l'époux
sont éclairés par un rapprochement avec le texte d'Esther 14, 24-27 (LXX) ou 13-18
(Vulgate).— À propos a'oculos eruere, il est dommage que l'A. n'ait pu tirer parti du dossier
réuni par Andreas Kessler en 1994 (cf. CTC 94, 31). F. D.

37. SCHLEGEL (Birgit), Vibia Perpetua — Katechetische Blätter. Zeitschrift für


Religionsunterricht, Gemeindekatechese, kirchliche Jugendarbeit, 120,1995, p. 190-193.
Présentation vivante des événements relatés dans la Passio Perpetuae ; esquisse d'un portrait
de Perpétue, à qui est comparée en finale Sophie Scholl, exécutée par les Nazis à l'âge de 21
ans. F. D.

38. DELÉANI (Simone), Le récit de la mort de Cyprien dans la Vita Cypriani : structure et
signification— La narrativa cristiana antica. Codici narrativi, strutture formali, schemi retorici
(cf. n° 11), p. 465-477.
Dans le prolongement d'un travail précédent (cf. CTC 94, 35), S. D. étudie l'organisation
du récit de la mort de Cyprien qui occupe la deuxième partie de VCypr : elle le fait au moyen
d'une comparaison précise etfineavec le récit parallèle des Acta Proconsularia, et en recourant
aux analyses de la narratologie actuelle (qui distingue chronologie et «configuration»). S'il y a,
entre les deux documents, identité de trame événementielle aniculée en trois épisodes (attente de
Cyprien, journée de l'arrestation, journée de l'exécution), VCypr révèle la volonté d'écrire autre
chose qu'un compte rendu historique ; elle élabore un texte conduisant le lecteur à une
314 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA
compréhension globale toute différente. C'est ce que font apparaître d'une part la modification
des ultima uerba qui, en VCypr, portent sur la confession du nom - véritable sommet du récit -
et d'autre part l'insistance sur les vertus du saint, tous les détails et jusqu'à l'organisation des
phrases visant à les mettre en évidence. Après les ultima uerba, le personnage de l'évêque
martyr s'efface du récit pour céder la première place d'abord à la foule des fidèles associés à la
passion et à la gloire de son pasteur, ensuite et surtout à Dieu qui devient le véritable
protagoniste. Par sa réflexion sur l'événement et son souci de la communiquer au lecteur,
VCypr est bien une œuvre de théologien : son auteur reprend et diffuse l'enseignement de
Cyprien sur le martyre comme couronnement d'une vie sainte. R. B.

DOCTRINE

39. RANKIN (David), Tertullian and the Church, Cambridge : Cambridge University Press,
1995, XVIII-229 p.
Tertullien n'a pas écrit un traité De ecclesia, mais on trouve dans son œuvre beaucoup
d'indications sur ce qu'est l'Église, et ce qu'elle devrait être ou ne pas être. L'A., dont on
connaît les travaux préparatoires (cf. CTC 85,27 ; 89,41 et 52 ; supra n° 14), les a regroupées
sous deux thèmes : la doctrine ecclésiologique de Tertullien, saisie en particulier au travers de
ses images de l'Église, la doctrine (et d'abord la terminologie) des ordres et des ministères. Les
traités les plus exploités sont pour le premier thème Apol, Prae et Pud, pour le second Bapt et
Cast (avec des références à toute l'œuvre, auquelles renvoie un index locorum). Le fait que
certains écrits datent de la période catholique et d'autres de la période montaniste est significatif:
pour D. R., la position du Carthaginois est restée fondamentalement la même - «nihil noui
Parade tus inducit» (Mon 3, 9) - même si l'accent se déplace des problèmes de doctrine vers
ceux de discipline, même si une place prépondérante est désormée réservée à l'Esprit et à ses
prophètes. Tertullien ne met pas en question l'apostoliche des évêques, qu'ils soient ou non
spiritales (pour reprendre l'expression de lei 16, 3) ; ses attaques «au vitriol» (une expression
qu'affectionne D. R.) portent non pas sur l'institution, mais sur des personnes qui ne
remplissent pas leurs devoirs. De même, il ne mettrait jamais en question la séparation entre les
laïcs et la hiérarchie (essentiellement tripartite, évêques, prêtres et diacres) : «sa variété de
laïcisme consistait surtout à imposer aux laïcs les obligations, par ex. la monogamie, qui étaient
prescrites au clergé» (p. 190). Il y a du vrai dans cette interprétation de Cast 7,2-4 (p. 129-130;
argument repris p. 201-203 dans une 'Note méthodologique', qui surprend un peu, en tout cas
par sa place à la fin du livre), mais ce laïc - d'après D. R. lui-même (p. 39) - semble s'être
réservé un rôle de docteur bien à lui, et n'avoir pas, dès ses débuts, nourri un respect exagéré
de la hiérarchie, comme en témoigne cette remarque frondeuse de Bapt 17,2 : «nisi si episcopi
iam aut presbyteri aut diaconi uocabantur discentes domini».
La monographie de D. R. n'est pas toujours facile à suivre, même si elle ne manque pas de
formules frappantes, comme p. 144 : «A less than holy church is, for Tertullian, not logically
possible», et de remarques suggestives, souvent placées en note (ainsi p. 41, n. 1, un parallèle
entre les montanistes et les charismatiques d'aujourd'hui). Elle témoigne d'une lecture étendue
des œuvres de Tertullien et des premiers écrivains chrétiens. Quelques absences surprennent
cependant : An 43, 10, sur le thème de l'Église-mère (p. 78ss), Bapt 16 sur le baptême de sang
du martyre (p. 183) ; la Tradition apostolique d'Hippolyte, facilement accessible dans l'édition
de B. Botte (1963), aurait pu fournir davantage de parallèles, par ex. sur le statut des veuves
dans la communauté. Il arrive à l'A. de citer les textes eux-mêmes, en latin et en traduction
anglaise, mais il se contente souvent d'une paraphrase ou d'un commentaire plus ou moins
éclairant : à lire l'exposé fait aux p. 149-150 d'après Pud 21, 17, le lecteur ne se doutera pas de
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 315
la force de l'opposition ecclesia Spiritus ... ecclesia numerus episcoporum, à moins qu'il ne se
soit reporté à une édition.
Le thème abordé avait déjà suscité de nombreuses études. On est gêné de constater que la
bibliographie comporte de graves lacunes, les unes reconnues (p. 17, n. 35 ; 80, n. 27), les
autres silencieuses, comme : H. Janssen, Kultur und Sprache..., 1938 ; E. Dekkers,
Tertulliano en de geschiedenis der liturgie, 1947 (qui aurait renvoyé à de nombreuses études
antérieures) ; H. Rahner, Symbole der Kirche. Die Ekklesiologie der Väter, 1964, - pour ne
rien dire de la CTC ou des volumes de Tertullien publiés dans la collection «Sources
chrétiennes». Le livre de H. J. Vogt, Coetus sanctorum. Der Kirchenbegriff des Novatian und
die Geschichte seiner Sonderkirche, 1968, aurait permis d'utiles comparaisons («the African
Novatian» de la p. 83 surprend).
Enfin et surtout, on se demande parfois si l'A. a bien compris le latin de Tertullien. Passons
sur les fautes d'impression, dont la répétition inquiète tout de même (lire officii en Vir g 9, 1 [p.
142 et 175] ; consessum en Cast 7, 3 [p. 153 et 203]) et sur les problèmes de critique textuelle
soit ignorés - en Idol 24, 4 les derniers éditeurs reviennent au texte transmis archetypum, au
lieu de arcae typum (p. 66) ; soit simplifiés - en Fug 11,1, actores n'est qu'une conjecture due
à J. J. Thierry dans son édition de 1941 (p. 151) ; soit présentés inexactement : il est faux de
dire (trois fois : p. 136, 177 et 179) qu'en Cast 13, 4 la variante quae (OR) est mieux attestée
que quantae (A edd. a Rigaltio). Autre inexactitude : en Praes 43, 5, promotio (Bmg Gel :
promissio reliqui) n'est pas un mot Virtuellement inventé' par Tertullien (p. 188) ; on le
rencontre au moins dans une inscription de l'époque de Caracalla (CIL III, 14.416). Mais ce
qui crée un sentiment de malaise, c'est le nombre des traductions contestables. De Res 16, 4
«itaque animae solius iudicium praesidere», il est difficile de tirer le concept «to offer
judgement» (p. 155) ; on comprendra avec M. Moreau : «c'est le jugement de l'âme seule qui
s'impose». En Apol 21, 11, uirtus praesit ne veut pas dire «power is over all» (p. 158), mais
«est à la disposition» (=praesto esse ; cf. TLL X 2, c. 956,1. 34 et déjà Waltzing ad locum). Π
ne faut pas chercher en Mon 11,1 «a uiduis quarum sectam in te recusasti», la première et seule
fois où Tertullien désigne l'institution des veuves (p. 177) ; ici secta veut simplement dire
'conduite' (Mattei), 'way of life' (Le Saint). Pour conclure sur un accident qui nous semble
symbolique, on regrettera qu'un développement fort intéressant, où D. R. montre que dans les
écrits tardifs le pronom personnel nos désigne tantôt les montanistes tantôt les chrétiens en
général, soit déparé par un contre-sens sur Pud 5, 12 (p. 32) : la phrase «etiam apud
Christianos non est moechia sine nobis» fait partie de la prosopopèe de l'idolâtrie et de
l'homicide, qui parlent d'eux-mêmes à la première personne du pluriel ; il n'y a là aucune
allusion aux montanistes. P. P.

40. KlRKPATRICK (L. S.), Baptism, Scripture and the Problem of the Christian Sinner in
Tertulliano «De paenitentia» and «De pudicitia» —Irish Biblical Studies, 17,1995, p. 75-85.
L'A. montre l'évolution de la doctrine pénitentielle de Tertullien entre le De paenitentia, qui
défend la pratique de l'exomologèse et reconnaît comme rémissibles par l'Église tous les péchés
commis après le baptême, et le rigorisme du De pudicitia : l'idolâtrie, l'adultère et l'homicide
sont péchés mortels, et l'Église n'a pas pouvoir sur terre de les remettre. Ces deux positions
contradictoires s'appuient l'une et l'autre sur l'Écriture, interprétée de façon plus ou moins
restrictive. Ainsi, d'après l'ouvrage de la période montaniste, les clés du Royaume de Matthieu
16, 19 ont été remises seulement à Pierre, et non pas à l'Église tout entière (Pud 21, 9-10) ;
dans / Cor 5, 1-5, l'esprit qui échappe à Satan n'est pas celui du fornicateur, mais celui de
l'Église qui doit rester à l'écart de toute souillure (Pud 13,24-25). Cette évolution se manifeste
parfois dans l'exégèse d'un même passage : ainsi l'interprétation de Luc 15, compris dans Paen
316 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

8 comme la volonté divine de remettre tous les péchés après le baptême, est restreinte, en Pud
7, 3, à la rémission des péchés au moment de la conversion des païens. C'est un témoignage de
la place centrale de l'Écriture dans l'argumentation de Tertullien et du pragmatisme de celui-ci.
F.C.

4 1 . DlHLE (Albrecht), Tertullians Lehre vom zweifachen Willen Gottes — Panchaia.


Festschrift für Klaus Thraede (voir n° 21), p. 61-65.
Dans la philosophie antique, le monde est réglé par la raison et la volonté de Dieu, dont
toutes les actions servent à consolider et confirmer cet ordre rationnel. L'homme ne peut donc
souhaiter le changement du cours des choses, qui ne serait qu'une détérioration, et a pour
devoir moral de se rapprocher le plus possible du modèle divin, en conformant son action à la
raison. Le christianisme hérita de cette perspective, mais dut la concilier avec la double image de
Dieu comme celui qui fait respecter l'ordre et châtie les transgressions, mais aussi comme celui
qui fait preuve de compréhension et d'indulgence, et finalement pardonne. Certains auteurs,
comme Athénagore, Supplique, 24, 3, restèrent fidèles à la conception traditionnelle, en dis-
tinguant l'ordre universel, réglé par Dieu, et la détérioration qu'y apporte la faiblesse des anges
et des hommes. Mais A. D. nous montre, dans une fine analyse, qu'avec Tertullien on
rencontre un effort remarquable pour tirer les conséquences de cette nouvelle image de Dieu, en
s'appuyant sur la psychologie de son époque. En effet, lors des polémiques sur la question du
mariage, Tertullien distingue en Dieu deux volontés (Mon 3 ; Cast 3, 6) : la première, uoluntas
pura, s'exprime dans les commandements divins, auxquels il faut se soumettre sous peine de
punition ; la seconde, uoluntas quasi inulta, qui semble contredire l'ordre divin parfait, est faite
de compréhension et d'indulgence - le mariage est toléré - et permettra la rémission des péchés
et le salut des pécheurs. Cette dualité de la volonté ne compromet pas la rationnalité de l'action
divine, qui peut s'exprimer, aux yeux de Tertullien, même dans la colère de Dieu (Marc I, 26 ;
An 16, 5). Cette distinction trouve sa correspondance chez l'homme dans le domaine éthique.
Là encore Tertullien n'abandonne pas complètement le cadre de pensée philosophique et
continue à identifier la sagesse et la justice de l'action humaine au savoir. Mais la nouveauté
réside dans la distinction de deux savoirs humains, l'un qui vient du libre usage de l'intellect et
l'autre qui est fondé sur la foi (Praes 7, 13 ; 14, 5 ; Mon 2, 3). Ainsi Tertullien réinterprète-t-il
l'éthique traditionnelle, en mettant en avant l'idée de révélation divine et en assimilant le savoir à
la foi. F. C.

4 2 . OSBORNE (Eric), The conflict of Opposites in the Theology of Tertullian —


Augustinianum, 35, 1995, p. 623-639 (Studi sul cristianesimo antico e moderno in onore di
Maria Grazia Mara, II. Studi agostiniani. Il cristianesimo nei secoli).
Le conflit des opposés, ou plutôt la conciliation de ceux-ci en une harmonie supérieure
assurée par la raison, occupe une place centrale chez Tertullien. Par là le théologien qu'on a, à
tort, tenu pour non philosophe, alors qu'il déploie une large connaissance de la pensée grecque,
procéderait directement d'Heraclite et des stoïciens. L'introduction de l'étude, où sont rapportés
de nombreux témoignages, souligne l'importance de l'idée et les divers aspects qu'elle revêt
dans la philosophie antique. Mais, curieusement, on ne trouve pas cité Empedocle à qui
l'Africain paraît bien attribuer la paternité de la conception (An 8,1). Passant à Tertullien, l'A.
suit l'illustration du thème dans trois domaines : 1) la christologie, avec la victoire du Christ sur
la mort par l'humiliation de la croix, et avec la conjonction in una persona des deux natures
distinctes (Esprit et Chair) ; 2) la doctrine de Dieu, où la polémique avec Marcion et avec
Praxéas met en œuvre la conciliation d'opposés (Justice/Bonté en Dieu selon Marc II, 29 ;
«monarchie»/«économie» dans la Trinité) ; 3) l'apologétique où le même thème sert pour
expliquer la persécution comme déstabilisatrice d'un monde fait d'oppositions raisonnablement
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 317
modulées, et pour prouver la Résurrection qui équilibre la Création.— Sur cette concordia
oppositorum, ou, selon la formule horatienne, cette concordia discors, qui a joué le rôle d'un
véritable topos chez les Anciens, on verra aussi notre édition de Marc I (SC, n° 365), p. 301 s.
R. B.

SURVIE

43. HECK (Eberhard), Pseudo-Cyprian, «Quod idola dii non sint» und Laktanz, «Epitome
divinarum institutionwn» —Panchaia. Festschriftfür Klaus Thraede (voir n° 21), p. 148-155.
En mettant en doute, pour la première fois, en 1891, l'authenticité de Quodld, Goetz
inaugurait une controverse dont sont rappelées ici les principales étapes. Fort de son expérience
récente - il vient d'éditer Y Epitomé de Lactance, en 1994, dans la collection Teubner -, E. H.
reprend la thèse de Diller (1935), développée par Axelson (1941) et combattue par Simonetti
(1950) : Quodld serait une compilation de peu postérieure à Lactance et empruntant aux
Institutions divines et à ΓEpitomé autant qu'à Tertullien et Minucius Felix. Quitte à subir,
comme M. Simonetti, les sarcasmes de l'auteur, je ne suis vraiment convaincue ni par les six
rapprochements présentés, ni par le reste de l'argumentation.
Faute de pouvoir ici reprendre en détail chacun des points exposés, je me contenterai de
quelques observations. Alors que le compilateur reproduit textuellement des passages entiers de
Tertullien et surtout de Minucius Felix, il faut supposer, pour prouver le recours à Lactance,
«ein Gemisch aus verschiedenen Laktanzstellen», un art de contaminer les sources, inattendu
chez un écrivain dont est dénoncée dans le même temps la médiocrité. Ainsi, «qui mediator
duorum hominem induit quem perducat ad patrem» (§11) serait un emprunt à Epit. 39, 7
(«suscepit carnem ut inter deum et hominem médius factus hominem ad eum magisterio suo
superata morte perduceret») et à Inst. 4,25, 8 (mediator) - passage sans relation avec Epit. 39,
7. Pourquoi l'auteur de Quodld n'aurait-il pas pu tout aussi bien emprunter mediator à
Tertullien, auquel il a emprunté la phrase qui précède immédiatement la phrase incriminée ? À
plusieurs reprises en effet, le mot mediator est appliqué au Christ par Tertullien, en parfaite
conformité avec les anciennes versions latines des épîtres pauliniennes (R. Braun, Deus
christianorum...). La note sur Hermès Trismégiste (§ 6), qui n'a de précédent ni chez Tertullien
ni chez Minucius, supposerait un recours simultané à Inst. 2, 14, 9 - où Lactance prête au
Trismégiste une autre pensée que le compilateur - et à Inst. 1,8, 1 - où le compilateur serait
allé chercher, pour l'attribuer au Trismégiste, une définition platonicienne de Dieu.
D'une manière plus générale, il nous paraît dangereux de supposer qu'un écrivain soit obligé
de recourir à un modèle pour utiliser des mots courants et exprimer des faits ou des idées
banals. On trouve couramment, chez les auteurs chrétiens, l'expression «hominem ad Deum
patrem perducere» (p. ex. Cypr. Mort 8), ou «induere hominem». Un modèle est-il nécessaire
pour employer praedicare au lieu de dicere (§ 6) ? ou pour énoncer des attributs de Dieu,
divulgués par la liturgie, la catéchèse, l'homilétique ? La légende de Leucothée et Melicene
devait être suffisamment connue pour que le compilateur, si inculte qu'on le suppose, n'ait pas
besoin de lire Lactance pour l'évoquer (§ 2 ; Inst. 1,21, 23). Il le fait du reste avec une autre
idée directrice que Lactance, ce qui pourrait expliquer qu'il ait pris sciemment le nom de la
divinité pour Leucothée et celui de l'homme pour Melicene.
Qu'il n'y ait aucune mention de l'opuscule avant Jérôme ne nous paraît pas non plus un
argument suffisant pour repousser après Lactance la date de sa composition, ni même pour
refuser la paternité de Cyprien. Il a pu être mis sur le même plan que Y Ad Quirinum, autre
recueil d'excerpta, et par là même être exclu, comme lui, des listes des ouvrages de Cyprien. Le
318 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA
fait que Lactance reproche à Cyprien de n'avoir pas utilisé la culture profane dans Y Ad
Demetrianum ne prouve pas non plus, à notre avis, qu'il ne connaissait pas Quodld. Son but
était simplement de montrer ce qu'un apologète ne doit pas faire. Dans une perspective
analogue, Jérôme (Epist. 70, 3, 1 et 5, 2) distingue les deux œuvres, en les mentionnant dans
deux développements différents, l'une comme étant, selon le jugement de Lactance, l'exemple
de ce qu'il ne faut pas faire lorsqu'on veut défendre le christianisme devant les païens, l'autre
comme étant au contraire l'exemple de ce qu'il faut faire.
Malgré l'ingéniosité de la démonstration d'E. H., à partir des parallèles relevés par Diller et
Axelson, le dossier nous semble loin d'être clos, ce qui ne veut pas dire que nous nous rallions
à la thèse de l'authenticité cyprianique. À lire E. H., on croirait qu'aucun autre choix,
notamment celui de l'incertitude, n'est possible à celui qui n'admet pas d'emblée l'hypothèse
d'une compilation de Lactance. Or, si M. Simonetti n'a pas édité l'opuscule dans le volume des
traités de Cyprien publié dans le CCL, ce n'est pas nécessairement parce qu'il renie son article
de 1950, et si R. Braun trouve que la question n'est pas définitivement résolue, ce n'est pas
forcément parce qu'il croit en la paternité de Cyprien. Tant que l'œuvre n'aura pas fait l'objet
d'une analyse d'ensemble (notamment à partir de l'agencement des emprunts et d'un examen
des sutures), permettant d'en comprendre l'intention, d'en déterminer le genre littéraire, il nous
paraît prématuré de conclure. S.D.

44. VOGUÉ (Adalbert de), «Hic aut quaeritur uita aut amitîiîur». Une citation inaperçue de
Cyprien chez Jérôme et Rufin — Cassiodorus. Rivista di studi sulla tarda antichità, 1, 1995, p.
231-233.
L'auteur avait déjà repéré dans dans le Chrysostome latin et chez le Maître (voir CTC suppl.
SC 166) un souvenir de Cyprien, Dem 15 : «Hic uita aut amittitur aut tene tur». À ces
réminiscences, il en ajoute ici une autre, trouvée chez Jérôme (Epist. 84, 6, 3 : «Hic aut
quaeritur uita aut amittitur», avec une reprise critique de Rufin, Apol. c. Hier. 1, 39). S. D.

45. ADKIN (Neil), Cyprian's De habitu uirginum and Jerome's Libellus de uirginitate
seruanda (Epist. 22) — Classica et Mediaevalia, 46, 1995, p. 237-254.
Poursuivant l'étude des dépendances de Jérôme dans la lettre à Eustochium (voir CTC 93,
47), N. A. semble vouloir épuiser, ici, toutes les ressources du De habitu uirginum de
Cyprien. Aux réminiscences déjà détectées par ses prédécesseurs, il en ajoute une bonne
douzaine, dont certaines paraissent bien ténues et d'autres peu assurées (il nous est montré que
Jérôme a fort bien pu trouver l'idée ou l'expression ailleurs, ou encore qu'il a contaminé
plusieurs sources). Cependant, l'analyse de l'une d'entre elles retiendra notre attention, en
raison de son intérêt tant pour l'intelligence du texte de Cyprien que pour celle du texte de
Jérôme :
CYPR, Hab 22 : 'Multiplicabo, inquit mulieri HIER, Epist 22, 18: 'in doloribus et
Deus, tristitias tuas et gemitus tuos, et in anxietatibus paries, mulier' : lex ista non mea
tristitia paries filios, et conuersio tua ad uirum est ; 'et ad uirum conuersio tua' : sit
tuum et ipse tui dominabitur.' Vos ab hac conuersio illius ad maritum, quae uirum non
sententia liberae estis, uos mulierum tristitias habet Christum ; et ad extremum 'morte
et gemitus non timetis, nullus uobis de partu morieris' finis est coniugii : meum
circa filios metus est : nec maritus dominus, propositum sine sexu est.
dominus uester et caput Christus est ad instar La ponctuation est celle que propose ΝΛ.
et uicem masculi, sors uobis et condicio
communis est.
Dans son commentaire de Gen 3, 16, Cyprien recourt à / Cor 11, 3 («omnis uiri caput
Christus est : caput autem mulieris uir»), mais pour la démonstration suivante : 1) la vierge est
libérée de la domination de l'homme (l'homme, qui est la tête de la femme, n'est pas la tête de la
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 319
vierge), 2) le Christ est la tête de la vierge comme il Test de l'homme, et donc 3) partageant la
condition de l'homme, la vierge échappe à la contrainte due au sexe (masculus est même
emprunté à Gai 3, 28, verset sur Γ abolition des sexes). Avec finesse, N. A. montre que
Jérôme met en dialogue le commentaire de Cyprien, dont il reprend les trois points : la vierge
est libre de la sentence originelle («lex ista non mea est» signifie : «cette loi ne me concerne
pas», et non «ce n'est pas moi qui ai établi cette loi», selon une traduction courante) ; la vierge
n'est pas soumise à l'homme ; la virginité échappe à la loi du sexe. S.D.

46. DOLBEAU (François), Un sermon inédit d'origine africaine pour la fête des saintes
Perpétue et Félicité—Analecta Bollandiana, 113,1995, p. 89-106.
Le corpus des textes antiques consacrés à Perpétue et Félicité s'enrichit, avec la publication
de cet inédit, d'une pièce importante qui avait été utilisée par Bède dans son martyrologe. Il
s'agit d'un sermon prêché, très vraisemblablement à Carthage, lors du natalis des deux saintes
(donc, sans doute, un 7 mars). Les trois manuscrits qui nous l'ont conservé l'attribuent à
Augustin, et de fait certains thèmes, comme celui de la perpetua felicitas des martyres, se
retrouvent dans les sermons authentiques (s. 280-282). Toutefois un assez grand nombre de
maladresses, qu'on ne saurait expliquer par des fautes de transmission, rendent peu probable
une attribution 'directe' à l'évêque d'Hippone. F. D. note une parenté certaine avec un tractatus
attribué à Quodvultdeus (CPL 415) : le 'Sitz im Leben' des deux pièces doit être Carthage,
première moitié du Ve siècle. L'édition, très soignée, tire le meilleur parti d'une tradition
manuscrite restreinte, récente (XIe-XVIe s.), et bifide. Nous aurions préféré tristia en 2, 17 et
ponctué autrement 2, 6-11 : «Quid loquar — deseruit ? Futura reuelando — temperando,
ubique se — ostendit (sic NW). Quae praemia — ministrami ?» On notera en 1, 18 l'expression
fragilis sexus, chère à Jérôme (Epist. 53, 13, etc. ; et aussi fragilitas sexus), alors qu'Augustin
et Quodvultdeus parlent d'infìrmior sexus (tour utilisé ici en 1, 11 ; une fois chez Jérôme,
Epist. 1,4). P. Ρ .

47. L'Europe des humanistes (XIVe-XVIIe siècles). Répertoire établi par J.-F. Maillard, J.
Kecskeméti et M. Portalier, Paris : CNRS Éditions ; Turnhout : Brepols, 1995, 543 p.
(Documents, études et répertoires publiés par l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes).
Répertoire alphabétique de 2350 humanistes (morts après 1325 et nés avant 1600), qui ont
transmis - par leurs éditions, commentaires ou traductions - des œuvres d'auteurs antiques ou
médiévaux (antérieurs à 1500). À chaque humaniste est consacrée une notice en deux parties : la
première fournit des indications biographiques sommaires et renvoie à des articles de
dictionnaire ou à des études spéciales ; la seconde énumère les auteurs et ouvrages anonymes
transmis, qui sont répartis en quatre alinéas correspondant aux sections suivantes : Antiquité
païenne, Bible, époque des Pères, VIIe-XVe siècles. En finale, un index des auteurs et
anonymes regroupe, entrée par entrée, tous les humanistes mentionnés dans le répertoire : c'est
ainsi que les noms de Cyprianus Carthaginiensis, Minucius Felix, Novatianus, Tertullianus y
sont associés respectivement à ceux de 26,7,1 et 32 éditeurs, traducteurs ou commentateurs.
L'ampleur du domaine concerné ne permettait aux rédacteurs ni de descendre au niveau des
œuvres particulières (sauf un certain nombre d'anonymes), ni d'isoler les attributions fautives :
par exemple, sous la mention Cyprianus, on trouvera réunis, de façon indissociable, les travaux
érudits sur les textes authentiques comme sur les traités pseudépigraphes ; de même, les œuvres
majeures de Novatien (De trinitate, De cibis iudaicis) furent publiées sous le nom de Tertullien
dès 1545, trente-huit ans avant que Jacques de Pamèle (seul «transmetteur» cité) ne les restitue
à leur véritable auteur. Les patristiciens devront aussi penser à chercher leur bien sous des
entrées collectives comme Acta Sanctorum, Liturgica, Patres Ecclesiae, Vitae Sanctorum. Il
était, à l'évidence, impossible d'être exhaustif. Le présent répertoire, malgré ses imperfections,
320 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA

est sûrement destiné à rendre de grands services, notamment en signalant des traducteurs ou
commentateurs méconnus.
Certaines absences restent néanmoins surprenantes : pour m'en tenir ici au domaine couvert
par cette chronique, je note que l'édition princeps des Actes de Cyprien se lit dans le
Sanctuariwn de Boninus Mombritius (non cité) ; celle des Passions de Montanus et Lucius et
de Marien et Jacques est due à Laurentius Surius (non cité) ; la Passion de Perpétue et Félicité
fut imprimée d'après les papiers de Lucas Holstenius (cité, sans allusion à PPerp) ; enfin, les
Actes des Scillitains parurent d'abord dans les Annales ecclesiastici de Baronius (non cité),
mais la découverte de leur recension primitive est due à Jean Mabillon (exclu, parce que né
après 1600). Il est vrai que l'hagiographie est constituée d'une multitude de textes brefs qu'il
était malaisé de récupérer sans étude spéciale, mais Mombritius, Surius et Baronius, en tant que
«transmetteurs» de Viîae Sanctorum, méritaient mieux que l'oubli. F. D.

NOUVELLES

48. Véronique Coin a soutenu en 1995 à l'Université de Paris-Sorbonne un mémoire de DEA


sur Le mysticisme de Cyprien de Carthage et son expression.

49. La CTC 96 recensera le second tome de YEpistularium de Cyprien, dû à G. F. Diercks ; la


Petite vie de Tertullien de Charles Munier et son article de synthèse paru dans Catholicisme ;
Montanism, Gender, Authority and the New Prophecy de Christine Trevett, et de nombreux
articles parus notamment dans Nomen latinum. Mélanges offerts à André Schneider.
Revue des Études Augustiniennes, 43 (1997), 349-375

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1996

Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine
depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de
Cyprien. Elle ne traite que des publications datées de 1996 et, le cas échéant, de 1995. En effet,
les omissions que nous avons relevées pour les années antérieures ont été autant que possible
réparées dans le volume récapitulatif Chronica Tertullianea et Cyprianea 1975-1994.
Bibliographie critique de la première littérature latine chrétienne. La mise au point de ce volume,
qui doit paraître aux Études Augustiniennes dans le premier semestre de 1998, a quelque peu
pesé sur la rédaction de la présente Chronique. Le retard devrait être comblé l'an prochain.
Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois aux notices
bibliographiques qui sont propres au volume se présentent ainsi : CTC, C (compléments aux
chroniques publiées) ou CTC, S (suppléments pour les années 1975-1984) : on précise alors
SC (Cyprien), SH (textes hagiographiques), SM (Minucius Félix), SN (Novatien).
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en
particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, ainsi que la "Zweigstelle" de L'Année
philologique à Heidelberg. L'un des fondateurs de cette Chronique, M. René Braun, a préféré
consacrer toutes ses forces à l'achèvement de sa grande édition de YAduersus Marcionem ; ses
collaborateurs respectent sa décision, mais espèrent qu'il voudra et pourra bientôt reprendre la
place qu'il a occupée avec tant de compétence et d'autorité.

Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI — François DOLBEAU


Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETITMENGIN

ÉDITIONS

1. CYPRIANUS, Epistularium (epist. 58-81 ; appendix), ed. G. F. DIERCKS, Turnholti :


Brepols, 1996, p. 317-672 (Corpus Christianorum, Series Latina, UIC).
En rendant compte du premier tome de cette édition (CTC 94, 2), nous avons dit tout le
bien qu'il fallait penser du travail monumental de G. Diercks, qui a le premier réalisé la recensio
350 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996
des lettres de Cyprien. Le présent volume contient la fin de la correspondance authentique,
quatre textes apocryphes déjà regroupés par Hartel - lettre de Donat (cf. CPL 30) ; lettre de
Corneille {CPL 63) ; lettre à laplebs de Carthage (faux donatiste ; CPL 722) ; lettre à Turasius
(CPL 64) - enfin la lettre à Silvanus (CPL 51) : G. D. doute de son authenticité, à la différence
de G. W. Clarke, qui en fait YEpist 82, et du Handbuch der lateinischen Literatur der Antike, t.
4, 1997, p. 553. Le temps nous manque pour écrire la recension détaillée que mérite cette
grande édition ; elle sera de toute façon plus à sa place après la publication de l'Introduction à
laquelle G. D. fait plus d'une fois référence. On se contentera de signaler le soin particulier avec
lequel a été rédigé l'apparat des testimonia, auxquels vient s'ajouter en quelque sorte la
traduction grecque de YEpist 70 (minime remarque sur la p. 525 : il ne semble pas évident
qu'Anselme de Havelberg [PL 188, 1213A] imite précisément Epist 72, 2, 1). P. P.

2. Passion de Perpétue et Félicité suivi (sic) des Actes. Introduction, texte critique, traduction,
commentaire et index par Jacqueline AMAT, Paris : Éd. du Cerf, 1996, 318 p. (Sources
Chrétiennes, 417).
Livre bien conçu, auquel Robert Godding a déjà consacré un long compte rendu dans
Analecta Bollandiana, 115, 1997, p. 194-196. On y trouvera l'ensemble des textes hagio-
graphiques relatifs à Perpétue et Félicité. Les Passions latine (BHL 6633) et grecque (BHG
1482) sont imprimées avec leurs apparats critiques l'une au-dessus de l'autre sur les pages
paires, chacune en regard de sa traduction française donnée sur les pages impaires. En annexe,
les deux types d'Actes latins (BHL 6634-5 et 6636) sont aussi reproduits face à leur traduction
française, mais cette fois à la suite l'un de l'autre. Il est regrettable que l'excellente mise en
pages retenue pour les Passions n'ait pas été adoptée pour les Actes : la confrontation de ceux-ci
en aurait été facilitée. Passions et Actes sont l'objet de deux introductions séparées
(respectivement aux p. 19-94 et 265-276), qui font le point sur les manuscrits et la transmission
des textes, les questions de langue, d'auteur et de datation. Mais seules les Passions sont
commentées de façon détaillée aux p. 187-262. Trois index - des citations bibliques, des noms
propres et du vocabulaire latin (ce dernier hélas trop sélectif) - complètent le volume.
Sur les questions disputées, les positions que défend J. A. en introduction (priorité de la
Passion latine, rédaction de celle-ci à plusieurs mains, authenticité des visions de Perpétue et de
Saturus, non intervention de Tertullien) sont bien argumentées. D'autres suggestions ont un
caractère plus spéculatif, mais dépendent toujours d'une lecture intelligente du texte. Le silence
observé par Perpétue à l'égard de son mari tiendrait au fait que celui-ci «s'est retiré de la
famille. La conversion de sa femme, et même d'une partie de sa belle-famille, a pu le pousser à
fuir une situation dangereuse» (p. 31). De même, le second frère de Perpétue (évoqué au § 2,
2) aurait «déjà dépassé le stade de catéchumène. Il pourrait s'agir alors de Saturus, qui veille
sur Perpétue tout au long de la Passion» (p. 32). Sur la date du martyre (7 mars), il est
surprenant de ne pas voir invoquée la Depositio martyrum de 354. L'attitude prêtée à Hilarianus
(p. 21 et 24), qui «ne semble pas vraiment désireux de condamner les prisonniers et tout
particulièrement Perpétue», est inconciliable avec l'opinion de James Rives, résumée infra sous
le n° 38. Dans un exposé généralement clair, deux phrases m'ont laissé perplexe : - (p. 44)
«c'est dans ce cadre (un jardin à la romaine) que Saturus transpose le différend terrestre qui l'a
opposé à son prêtre et à son évêque» : le texte latin ne suggère-t-il pas plutôt un différend entre
le prêtre et l'évêque, placé sous l'arbitrage de Saturus ? - (p. 48) «Dinocrate est arraché par sa
sœur au séjour des impies, sans pour autant avoir accès au paradis des martyrs, dont il reste
séparé par un abîme» : si l'abîme est le diastema du § 7, 6, le texte du § 8, qui n'en parle pas,
est surinterprété.
Le commentaire éclaire pas à pas les principales difficultés de la Passion, dans ses deux
rédactions, latine et grecque. Il offrira, à peu de chose près, les mêmes services que celui d'A.
A. R. Bastiaensen (cf. CTC 87, 3). Comme il repose sur une bibliographie close en 1991, il
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 351

rend mal compte du développement récent des travaux touchant PPerp, en partie liée à
l'explosion des «Études sur les Femmes» : cf. CTC 90, 41 [Aspegren] ; 92, 29 [Habermehl] ;
93, 27 [Shaw] ; 94, 31-34 [Kessler, McKechnie, Miller, Perkins], etc. Il est inexact d'écrire à
propos de neruus au § 8, 1 (p. 218) : «Le mot n'est pas compris par le traducteur grec, qui se
contente de le calquer (νέρβω)» ; comme l'a prouvé P. Franchi de' Cavalieri qui en cite
d'autres exemples {Studi e Testi 221, p. 53, η. 4), le terme νέρβος fait partie des latinismes qui
sont entrés dans la langue grecque par le biais du jargon administratif. Au sujet des magistrats
mentionnés, on relève quelques lacunes bibliographiques : depuis 1971, les historiens
s'accordent à identifier le proconsul défunt du § 6, 3 avec un certain Minucius Opimianus (cf.
L. Petersen, Prosopographia imperii romani saec. I. IL III, Pars V, Berolini, 1970-1987, p.
295, M 622), ce qui manifeste, au moins sur ce point précis, la supériorité du grec (όπιανού)
sur les variantes latines (Timiniani, Timiani, Teminiani) ; de même, la carrière du procurateur
Hilarianus (§ 6, 3-5 ; 18, 8) a été brillamment reconstituée par A. R. Birley, Persecutors and
Martyrs in Tertulliano Africa, dans Institute of Archaeology Bulletin (London), 29, 1992,
p. 37-68, spec. p. 46, 48-49, 60-61 (voir aussi maintenant le n° 38, déjà cité plus haut).
L'édition proprement dite est la partie la moins réussie du volume. J. A. dépend très
largement, comme elle le reconnaît à la p. 91, des matériaux réunis par C. Van Beek, Passio
sanctarum Perpetuae et Felicitatis, Noviomagi, 1936 ; et l'on ne sait pas toujours si son travail
est de première ou de seconde main. Caduque est ainsi la notice du Codex Oxoniensis Fell 4,
qui proviendrait de Salzbourg (p. 86) : depuis 1985, ce légendier a été restitué à son légitime
propriétaire, le chapitre de Salisbury ; il avait jadis été prêté à Oxford pour servir à des travaux
érudits et n'avait pas été rendu à la mort de John Fell (éditeur en 1680 de PPerp) ; on en
trouvera une description exhaustive sous la cote Salisbury Cathedral 221, chez Ν. R. Ker, A.
J. Piper, Medieval Manuscripts in British Libraries, t. 4, Oxford, 1992, p. 257-259. La
confusion Salzbourg/Salisbury remonte à une équivoque sur l'adjectif Sarisburiensis, déjà
élucidée par Van Beek, p. 23*-25*. De même, parmi les manuscrits perdus, un Codex
Laureshamensis est cité sous cette forme (p. 88) : «... du monastère Saint-Nazaire de Laurissa.
Il est mentionné dans des catalogues du XIXe siècle» ; il convient évidemment de substituer 'ixe'
à 'XIXe' et 'Lorsch' à 'Laurissa', car il est ici question de l'inventaire carolingien de Lorsch,
l'un des plus fameux documents bibliographiques du moyen âge. Il serait utile qu'en France les
spécialistes de latin classique soient initiés à l'histoire des bibliothèques et des scriptoria
médiévaux, pour éviter ce genre de bévue.
Une lecture attentive des textes et de leurs apparats n'est pas de nature à dissiper les
inquiétudes. En ce qui concerne les Actes, le classement des manuscrits que proposait Van
Beek et ses choix de leçons ont été respectés à quelques détails près. Pour les deux Passions,
grecque et latine, la situation est moins claire. Van Beek estimait que les deux versions
remontaient l'une et l'autre à l'auteur ; il s'appuyait sur un stemma trifide (p. 56*), où le grec (=
H) remontait directement à l'archétype, de même que les deux rameaux latins (1 [ici A] =
Casinensis 204 MM, Xle s. ; 2-3-4-5 [ici DEBC] = codices reliqui). J. A. estime - et cela à
juste titre - que le grec est traduit du latin ; d'autre part, elle modifie radicalement le stemma, qui
devient bifide (H étant désormais abaissé au niveau des mss latins BCDE) ; enfin, elle adopte la
règle de ne jamais «amender le latin à l'aide du texte grec». Cela revient à ruiner les fondements
mêmes de l'édition de 1936. Or le nouveau texte latin «ne s'écarte de celui de C. Van Beek que
sur quelques points» (p. 91). Il ne peut donc s'agir que d'une recension hybride, fidèle à Van
Beek là où le texte ne pose pas de gros problèmes, mais retouchée, en cas d'incertitude plus
forte, selon un autre stemma. Influencée par son prédécesseur, J. Amat admet ainsi dans son
texte beaucoup de leçons que son classement bipartite (A / BCDEH) devrait condamner : (§ 4,
3) uerruta est une conjecture reposant sur le témoignage conjoint de E (uerruti) et H
(οβελίσκων), alors que le terme manque dans ABCD ; (§ 5, 6) casum D (διαθέσεως Η) :
casus E, causam A, canos BC ; (§ 6, 2) supplica D (έπίθυσον H) : supplicans ABC, supplico
E ; etc.
352 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996
Le problème majeur est de fixer dans le stemma la position de H (le seul témoin grec connu,
datable des Xe-Xle s.), problème lié, mais seulement en partie, à la discussion sur la langue de la
Passion originale. Si l'on accorde la priorité au grec ou si, comme Van Beek, on situe le grec au
même niveau que le latin, il va de soi que l'importance de H est capitale. Mais qu'en est-il, si
l'on reconnaît la primauté du latin ? Est-on forcé de dévaluer le rôle de H, comme le fait J. Α.,
dans un stemma où le seul Casinensis (A) pèse autant - et souvent plus - que l'accord BCDE +
H ? À mon sens, H reproduit bien une traduction, mais datant d'une époque antérieure à la
séparation des deux rameaux A et BCDE. C'est ce que suggèrent la leçon όπιανοϋ,
commentée plus haut, et diverses autres variantes : par exemple διάστημα au § 7, 6 {diastema
Holstenius [par conjecture, avant la découverte du grec], diadema A, idianîem B, diantem C,
spatium DE). Il faut donc revenir, avec Van Beek, à un stemma tripartite (A / BCDE / H). En
cas d'opposition entre les rameaux latins, le témoignage de H, quand il est disponible, fournit
un critère décisif pour établir le texte primitif. En d'autres termes, les accords AH contre BCDE
et BCDEH contre A ont des chances de représenter l'original, comme dans les exemples
suivants :
(§3, 1) uerbis BCDE (λογοίς H) : om. A (var. supprimée chez J. A.)
(§ 13, 5) sinite A (έάσατε H) : quiescite BCDE
(§ 17, 1) irridentes BCDE (καταγελώντες H) : imitantes A (var. supprimée chez J. A.)
(§21,2) eiecto A (cf. εβλήθη H) : obiectus BCD def. E
Ce critère, s'il devait être suivi, amènerait à corriger Van Beek dans une quinzaine de passages
(facilement reparables grâce au tableau que fournit ce dernier aux p. 51*-53*). Les retouches à
introduire chez J. Amat, qui a «pris le parti de rester le plus possible fidèle aux leçons de A»
(p. 91), seraient sans doute plus nombreuses : (§ 5, 6) gauisus BCDE(H) : -sums A ; futuros
BCDE(H) : constituios A ; (§ 9, 1) uirtutem dei BCDE(H) : uirtutem A ; (§ 12, 5) introiuimus
cum admiratione et BCDE(H) : introeuntes cum admiratione A ; etc.
À dire le vrai, les apparats sélectifs, comme ceux d'Amat ou de Bastiaensen, sont dan-
gereux, car ils éliminent la plupart des lapsus individuels (et masquent donc beaucoup d'erreurs
de A). Après relecture de l'apparat complet de Van Beek, mon impression est qu'on a exagéré
la valeur du Casinensis (dont l'unique privilège est de préserver certains vulgarismes, rectifiés
partout ailleurs). Mais la suppression des vulgarismes est un phénomène sans portée stem-
matique, qui peut se produire dans les manuscrits latins de façon indépendante, et à l'égard
duquel le témoignage du grec est indisponible : il est donc erroné d'accorder à A pour ce motif
autant de poids qu'à BCDEH.
L'établissement du texte de PPerp reste problématique, et il serait urgent de mettre en
chantier une véritable editio maior, analogue à celle de Van Beek. Certains passages sont
corrompus d'une façon plus grave que la lecture du présent volume ne donne à croire. En guise
de conclusion, je citerai deux accidents qui auraient mérité un long commentaire philologique :
(§ 16, 2) la solution suggérée par Franchi de' Cavalieri en 1896, reléguée en apparat par Van
Beek et passée ensuite sous silence, est de beaucoup la meilleure ; elle suppose que le grec, plus
complet, révèle l'existence d'une lacune dans l'ensemble des témoins latins, lacune restée telle
quelle dans A, mais plus ou moins masquée dans BCDE. On rétablira donc idéalement le texte
suivant : «Cum a(utem) <πλείους ήμέραι διεγίνοντο εν τη φυλακή αυτών
οντων>, tribuno castigatius eo tractanti quia (...) Perpetua respondit».
(§ 19, 6) la phrase incompréhensible que transmettent BC (et que tous les éditeurs depuis
Ruinart ont condamnée) n'a nullement le caractère d'une glose. Dans un cas comme celui-là, un
argument de type stemmatique ne peut être invoqué, car l'attitude normale d'un copiste ou d'un
traducteur, face à un texte dépourvu de sens, est de donner un coup de ciseaux. Ce qui est pro-
digieux, c'est que ce fragment corrompu ait été préservé dans certains de nos manuscrits. En
voici le texte d'après l'apparat de Van Beek : (un ours refuse de sortir de sa cage) «Pudens
miles de industria efferatorum adfirmasset portas putris carnibus magis ne mitteretur efficit.»
(Ainsi, continue le récit, Saturus est ramené indemne pour la seconde fois). La phrase
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 353

additionnelle, qui pourrait fort bien remonter à l'original, décrit la façon dont le soldat Pudens
(cité plus loin en 21, 1 et 4) s'y est pris pour maintenir en cage la bête sauvage que Saturus
redoutait le plus ; au lieu d'être enfouie dans un apparat, elle devrait plutôt être soumise à
l'expertise de critiques textuels, parce qu'elle a grand besoin d'être corrigée. F. D.

3 . NOVACIANO, La Trinidad. Introducción, edición crítica, traducción, comentarios e índices


de Carmelo GRANADO, Madrid : Editorial Ciudad Nueva, 1996, 316 p. (Fuentes Patrísticas, 8).
La jeune collection «Fuentes Patrísticas» publie ici son premier traité de langue latine avec
cette nouvelle édition du De îriniîaîe de Novatien. Une rapide introduction présente Novatien,
ses œuvres, la datation (entre 240 et 250) et le contenu du Trin., la tradition indirecte et les
éditions antérieures. La principale nouveauté de celle-ci réside, selon l'affirmation même de
C. G., dans l'utilisation de la collation, découverte par P. Petitmengin (CTC, SN 17), du «co-
dex Ioannis Clementis Angli» (= C) conservée dans une Geleniana de Tertullien (1566) et
utilisée par Pamèle dans son édition de 1583. Pourtant, sur la quarantaine de variantes propres à
C incluses dans l'apparat, C. G. n'en retient qu'une douzaine. À titre de comparaison, dans le
seul chapitre 31, Paul Mattei (cf. infra, n° 4) en reprend, avec raison à notre avis, sept de plus.
Mais nos réserves concernent plutôt la rédaction de l'apparat critique, que l'auteur a allégé des
choix des éditeurs modernes (et encore ne s'agit-il que de Weyer, Diercks et Loi) en les
reléguant dans un tableau de l'introduction (p. 35-39). Cette présentation «éclatée», qui
condamne parfois l'apparat au silence, dans des cas pourtant où les éditeurs proposent des
textes assez divergents (cf. XVIII, 107, p. 182, 1. 23 ; XX, 118, p. 194, 1. 6 ; XXII, 127,
p. 204, 1. 3, etc.), n'est évidemment pas satisfaisante. D'autre part, lorsque tel choix fait
l'objet d'une note justificative sous la traduction espagnole, l'unité critique disparaît
curieusement de l'apparat (cf. XVI, 90, p. 160 et n. 224 ; XXVIII, 156, p. 240,1. 6 uocabitur
et n. 343). L'utilisation des parenthèses pour signaler les ajouts, au lieu des traditionnels
crochets obliques (cf. p. 144,1. 22), ne facilite pas la lecture, et on regrettera également que le
choix de suivre la numérotation continue imaginée par Weyer et adoptée par Loi ait dispensé
l'éditeur d'indiquer entre parenthèses la classique numérotation par chapitres de Diercks. Ces
partis pris discutables n'enlèvent pas le sérieux du travail philologique. Voici quelques
remarques sur le texte : en XIII, 71, p. 144, 1. 22-23, l'heureuse conjecture cum per ipsum
facta sint omnia, aut deum tantum dicas s'adapte bien au contexte et au style de Novatien et
s'explique facilement par un saut du même au même ; en XXI, 125, p. 202,1. 1, amictus est
moins économique que la leçon amictum retenue par les éditeurs précédents, qui peuvent
s'autoriser de la fréquence des changements de genre et de déclinaison en latin tardif (O. Garcia
de la Fuente, Latín bíblico y Latín cristiano, Madrid, 1994, p. 291-293) ; en XXIX, 164, p.
246, 1. 13 nous ne sommes pas vraiment convaincu par la correction de Qui non est in
euangelio nouus, sed nec noue datus en Qui non est in euangelio nouus, sed noue datus
(«donné d'une nouvelle manière») ; pour la difficile dernière phrase du traité, C. G. propose
une nouvelle emendation, moins économique que celle de Loi (retenue par Mattei), mais assez
bienvenue : unum et solum et uerum Deum Patrem suum manere et in ilio quod etiam subditus
est breuiter approbauit. La traduction nous paraît fidèle, et les notes, qui témoignent d'une
bonne information, abordent les différents aspects d'un commentaire et fournissent de
nombreux parallèles. F. C.

4 . MATTEI (Paul), Novatien, De Trinitate 31. Texte et traduction. Commentaire philologique


et doctrinal — Memorie dell 'Accademia delle Scienze di Torino. Classe di scienze morali,
storiche e filologiche, 20, 1996, p. 159-257.
Préparant l'édition du De trinitate de Novatien pour la collection «Sources Chrétiennes»,
P. M. nous livre, en avant-goût, le texte, la traduction et le commentaire complet du dernier
354 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996
chapitre, consacré aux relations du Père et du Fils. L'édition tire le meilleur parti de la dé-
couverte de P. Petitmengin (cf. supra, n° 3) et amène l'éditeur à s'écarter des choix de Diercks
(CCL 4, 1972) et de Loi (Torino, 1975) respectivement en 18 et 15 endroits. Le texte est
accompagné d'apparats scripturaire et critique (signalons un lapsus dans l'apparat : 1. 97-98,
Gel Pam ont manente in ilio...), et de notes philologiques. La traduction est précise et juste
dans l'ensemble, malgré quelques inexactitudes : § 15,1. 60, traduire : «bien que sa naissance
prouve qu'il est son Fils» ; § 16,1. 64-65, «Et voilà pourquoi il n'a pas fait non plus qu'il y
eût deux origines» rend mal Et ideo duos faceré non potuit, quia nec duas origines fecit ; 1. 69,
merito n'est pas traduit ; §21,1. 91, principium ipsius quoque filli sui est rendu faiblement par
«le principe du Fils lui-même». Le copieux commentaire doctrinal, parfois un peu sinueux,
permet d'assurer notre connaissance du vocabulaire de Novatien (imago, persona, forma,
substantia), de situer le schismatique par rapport à ses prédécesseurs (Justin, Irénée, Tertullien,
Hippolyte) et son contemporain Origene, et surtout de faire le point sur son prétendu subor-
dinatianisme : celui-ci est non pas ontologique, mais seulement économique ; le Fils tient tout
du Père, et son être participe de celui du Père. Mais il reste que si Novatien évoque la
génération du Fils, il ne s'étend pas sur l'état immanent du Verbe en Dieu, et son expression
distingue mal l'antériorité logique de la succession temporelle. Quant à l'allusion à / Cor. 15,
25-28, elle ne doit pas s'entendre dans une perspective eschatologique - même si on peut
l'extrapoler avec vraisemblance -, mais concerne la soumission éternelle du Fils qui rend tout
au Père.
La publication séparée de l'édition critique et commentée d'un seul chapitre, même
essentiel, d'un traité est inhabituelle, et il faut espérer que le volume de Sources Chrétiennes ne
sera pas amputé de toute cette matière et n'abusera pas de la technique du renvoi. F. C.

5. SlMONETTI (Manlio), PRINZIVALLI (Emanuela), Letteratura cristiana antica. Antologia di


testi. I. Dalle origini al terzo secolo, Casale Monferrato : Edizioni Piemme, 1996, 1042 p.
(Giubileo 2000).
Le premier tome de cette vaste anthologie, qui vise à faire découvrir à un public de non
spécialistes les principaux auteurs, grecs et latins, de l'Antiquité chrétienne, réserve plus de
deux cents pages au domaine couvert par la CTC M. S. a rédigé l'introduction générale, les
guides de lecture et les notes (rapides) accompagnant les traductions, E. P. les introductions
biobibliographiques à chacun des auteurs. Le volume est muni de trois index (citations bibli-
ques, noms propres, matières) et d'une précieuse chronologie synoptique empruntée au
Dizionario Patristico e di Antichità cristiane de A. Di Berardino (1988). Ni les textes, donnés
sans apparat, ni les traductions n'ont fait l'objet d'un travail original : les auteurs se sont
contentés de reproduire de bonnes éditions et traductions. La longueur des extraits, assez rare
dans une anthologie, permet un contact réel avec les œuvres antiques.
Textes reproduits : AScil (traduction de G. Chiarini, 1987) ; MIN, Oct 1-7, 28-32, 38-40
(F. Solinas, 1992) ; TERT, Apol 1-4, 21, 24 (A. Resta Barrile, 1992) ; Praes 16-21 ; Marc I,
20-21 ; II, 11-12 (C. Moreschini, 1974) ; Orat 1-8 (P. A. Gramaglia, 1984) ; PPerp 2-3, 6, 10-
13, 15 (G. Chiarini, 1987) ; CYPR, Don 1-5 ; Laps 8-11, 35-36 ; Unit 5-10 ; BonPat 19-21 ;
OpEl 11-15 (S. Colombo, 1935) ; Dem 3-4 (E. Gallicet, 1976) ; Epist 58 (G. Toso, 1980) ;
NOV, Trin 8-10 [40-55] (V. Loi, 1975). P. P.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 355

TRADUCTIONS

6. CYPRIEN DE CARTHAGE, Le Notre Père. Texte intégral, traduction par une moniale de
Wisques et une moniale de Dourgne, Dourgne : Abbaye d'En Calcai, 1996, 48 p. (Témoins du
Christ, 45 [Textes de l'Église ancienne]).
Avec ce numéro, la collection «Témoins du Christ» propose à la méditation des moines le
traité de Cyprien sur la prière du Seigneur. Le texte est presque intégral : ont été omis les
passages contre les juifs, aux ch. 10, 13 et 14. La traduction part du texte du CCL 3A et de
l'interprétation de M. Réveillaud (1964). Elle se démarque parfois avec bonheur de la traduction
de ce dernier : ainsi, en DomOrat 4,1. 1, orantibus est rendu par «quand nous prions», et non
plus par «chez les hommes de prière». Mais le parti, adopté pour toute la collection, d'utiliser
un vocabulaire simple et contemporain («employé des impôts» pour publicarías) et de recourir
systématiquement à la parataxe (voir CTC 87, 5 ; 93, 4) reste discutable. S. D.

7. // diavolo e i suoi angeli. Testi e tradizioni (secoli I-III). A cura di Adele MONACI CASTAGNO,
Firenze : Nardini, 1996, 503 p. (Biblioteca patristica, 28).
Dans une introduction assez copieuse, l'éditrice montre comment se précise et se
développe, au cours des trois premiers siècles, une demonologie chrétienne : assimilation du
diable et de ses anges aux divinités païennes ; leur rôle dans la persécution et les hérésies ;
possessions et exorcismes. Elle développe plus particulièrement la pensée de Clément
d'Alexandrie et d'Origène, l'un refusant l'idée d'une origine diabolique de la philosophie et
l'autre essayant de résoudre la contradiction entre le libre choix de l'homme et l'emprise du
démon sur les individus. Parmi les textes invoqués, les apocryphes occupent une place
importante. L'anthologie propose des extraits de ces textes dans leur version grecque ou latine,
accompagnés d'une brève introduction, d'une traduction en italien et d'une annotation
correctement informée. P. 297-^52, on trouvera : les passages attendus des visions de
Perpétue ; pour Tertullien, Apol 12, 1-12 ; Spect 13, 1-5 ; 36-37 ; Paen 7, 7-10 ; Idol 14, 1-
15, 6 ; Praes 40, 1-7 ; pour Cyprien, Laps 24-25 ; Vnit 3 ; Epist 69, 15-16 ; 75 (Firmilien),
10. S. D.

8. Donatisi Martyr Stories. The Church in Conflict in Roman North Africa. Translated with
Notes and Introduction by Maureen A. TILLEY, Liverpool : Liverpool University Press, 1996,
XXXVI-101 p. (Translated Texts for Historians, 24).
Recueil (en version anglaise) de sept Passions africaines qui ont été transmises ou rédigées
par les donatistes. L'idée était excellente ; la réalisation est médiocre, parce que plusieurs pièces
sont traduites sur des éditions partielles ou devenues récemment caduques : il faut lire
désormais les Passions d'Isaac et Maximianus {BHL 4473) et de Marculus (BHL 5271), dans
Analecta Bollandiana, 113, 1995, p. 65-88, et le Sermo de Passione Donati et Aduocati {BHL
2303b), dans Memoriam sanctorum venerantes. Miscellanea in onore di Monsignor Victor
Saxer, Vaticano, 1992, p. 256-267 ; pour les martyrs d'Abitina {BHL 7492), l'édition de Pio
Franchi de' Cavalieri (de 1935) n'est pas «based primarily on the Catholic version» et surclasse
le texte qui est ici emprunté à la Patrologie latine ; enfin, la Passion retenue de Félix de Thibiuca
{BHL 2893s) est une reconstitution savante, qui n'existe pas dans les manuscrits. Seul, le
premier texte de la série concerne la période que couvre cette chronique : il s'agit des Actes de
Cyprien, dans la recension donatiste {BHL 2039c) du manuscrit de Würzburg (MP. Th. F. 33,
f. 38-39v, ixe s.). Une courte introduction recense les divergences entre les Actes catholiques et
le texte schismatique : une présentation synoptique en deux colonnes aurait sans doute été plus
parlante. F. D.
356 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

9. MARIANELLI (Denis), L'Afrique aux origines de la littérature latine chrétienne (IIIe siècle)
— Histoire chrétienne de la littérature. L'Esprit des lettres de l'Antiquité à nos jours, sous la
direction de Jean Duchesne, Paris : Flammarion, 1996, p. 89-103.
Évocation rapide des premiers auteurs chrétiens d'Afrique : Tertullien, Minucius Félix,
Cyprien, Arnobe et Lactance (bien que ce dernier fasse éclater le cadre chronologique). La
présentation, qui vise à dégager les traits majeurs de chaque écrivain, est illustrée par de longs
extraits en français (retraduits par D. M.). Voici ceux qui intéressent directement cette chro-
nique : Tertullien, Apol 2, 1-5 et Praes 7, 2-9 ; Minucius Félix, Oct 24, 5-8 ; Cyprien, Pat 19.
Un paragraphe seulement est consacré aux Actes et Passions des martyrs, ce qui reflète mal
l'intérêt porté actuellement à la Passion de Perpétue ou à la Vie de Cyprien par Pontius, deux
textes fondateurs de l'hagiographie de langue latine. F. D.

10. MUNIER (Charles), Tertullien — Catholicisme. Hier, aujourd'hui, demain, 14, 1996, c.
931-936.
Cette présentation de Tertullien, «apologiste et théologien», évoque successivement sa vie,
ses écrits et sa doctrine. Cette dernière partie, se plaçant dans la perspective de l'encyclopédie
qui accueille cette notice, cherche essentiellement à souligner la modernité de Tertullien et ce
qu'il peut apporter aux chrétiens d'aujourd'hui. Ch. M. montre ainsi que son attitude à l'égard
du monde romain s'explique par sa volonté de donner toute sa signification au baptême et que
son système apologétique repose sur l'idée de liberté religieuse, telle qu'elle apparaîtra dans la
Déclaration du concile Vatican II. De même sa lutte contre les hérésies et l'argument de
«prescription» se fondent sur le respect de la tradition apostolique, vivante et continue. Enfin le
chanoine Munier termine en évoquant, sur un ton plus personnel, la noblesse de la doctrine
matrimoniale du Carthaginois. Une bibliographie à la fois générale et centrée sur les aspects
développés complète cette notice. F. C.

1 1 . MUNIER (Charles), Petite vie de Tertullien , Paris : Desclée de Brouwer, 1996, 137 p.
La collection «Petite vie de...», destinée à présenter à un large public de grandes figures de
la spiritualité chrétienne, a abordé le domaine des Pères avec des ouvrages consacrés à Augustin
(B. Sesé), Grégoire le Grand (P. Riche) et Jérôme (P. Maraval). Avec ce volume sur
Tertullien, le chanoine Munier se propose moins de rédiger une impossible biographie que de
faire connaître, par les différents aspects de sa carrière littéraire, «un personnage de l'Antiquité
chrétienne vraiment hors du commun». L'A. étudie successivement l'apologiste, le polémiste,
le didascale, le moraliste et le montaniste, ce qui lui permet de passer en revue toute l'œuvre du
Carthaginois. Malgré un plan un peu schématique, mais sans doute difficilement evitable, le
lecteur peut aisément percevoir la complexité de cette personnalité et la richesse de sa pensée.

F. C.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE


12. URÍBARRI BILBAO (Gabino), Tertuliano, Ρ rax. 1-2. Una lectura con apoyo en la retórica
clásica — Estudios Eclesiásticos, 71, 1996, p. 361-396.
Après une étude de l'architecture d'ensemble de Prax (cf. CTC 95, 7), G. U. B. propose
ici une analyse détaillée de la structure des deux premiers chapitres du traité. Il y retrouve
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 357
l'application des catégories de la rhétorique classique : exordium (1, 1-3), qui dévoile les
origines diaboliques de l'hérésie ; narrano (1, 4-7) présentant Praxéas et le développement de
l'hérésie ; parîitio (2, 1-2) consacrée à la règle de foi ; propositio (2, 3-4) exposant ce que
l'auteur veut réfuter et démontrer. F. C.

1 3 . SCOURFIELD (J. H. D.), The De mortalitate of Cyprian : Consolation and Context —


Vigiliae Christianae, 50, 1996, p. 12-41.
Depuis Favez, le De mortalitate est considéré comme la première "consolation" latine
chrétienne. Son rigorisme affectif et des parallèles formels avec Sénèque expliquent qu'on ait
cru pouvoir parler à son propos de stoïcisme chrétien et faire l'hypothèse d'une première forme
de "consolation chrétienne", sans concession pour les larmes, à laquelle s'opposerait une forme
inaugurée par Ambroise, plus tardive, où douleur et compassion trouvent leur place. En fait,
cette hypothèse ne tient pas, selon J. S., car si l'on exclut la Lettre à Turasius, dont la date est
trop incertaine (aux diverses hypothèses rapportées, il convient d'ajouter celle d'H. Savon,
Recherches Augustiniennes, 14, 1974, p. 153-190, situant cette lettre dans la seconde moitié
du Ve siècle ou au début du VIe), la première catégorie est représentée par le seul Mort. Or, ce
n'est pas à proprement parler une "consolation".
En effet, si l'on prend soin de lire attentivement le traité et de le replacer dans son contexte
historique (épidémie, séquelles de la toute récente persécution de Dèce, menace permanente
d'une reprise de la persécution, difficultés internes à la communauté de Carthage), on se rend
compte que Cyprien ne cherche pas du tout à consoler ses fidèles, mais à les affermir dans une
conduite véritablement chrétienne, qui cimente leur unité, dictée par la crainte de compromettre
leur salut éternel et dominée par la joie de pouvoir être eux-mêmes et de voir les leurs, par la
mort, arrachés au monde et introduits dans le Royaume. Des paroles de consolation iraient à
l'encontre de ce dessein. À propos de Mort, on devrait plutôt parler d'«anticonsolatio». Si les
auditeurs de Cyprien sont consolés, c'est indirectement. Il n'y a pas lieu non plus d'évoquer un
climat de "stoïcisme chrétien" pour comprendre le traité : l'inspiration de Cyprien est scriptu-
raire, et plus précisément paulinienne (voir les dossiers Quir III, 17 et 58), même s'il utilise
quelques lieux communs du paganisme.
On apprécierait mieux cette interprétation, nous semble-t-il, si son auteur l'avait
accompagnée d'une définition de ce qu'est à ses yeux la "consolation" et s'il l'avait confrontée à
l'étude d'H. Savon, publiée dans Revue des Études Latines, 58, 1980, p. 370-402. S. D.

1 4 . MONTGOMERY (Hugo), Pontius' Vita S. Cypriani and the Making of a Saint —


Symbolae Osloenses, 71, 1996, p. 195-215.
Dans le débat qui, au début du siècle, opposa Harnack à Reitzenstein et qui est rappelé ici,
H. M. se range résolument du côté du premier, en développant quelques aspects de VCypr qui
révèlent le caractère biographique de l'opuscule. À la manière des auteurs des Actes des apôtres
et des Actes apocryphes, Pontius s'insère dans la tradition historiographique païenne : il veut
sauver de l'oubli les actes, les paroles de son héros (p. 203 : H. M. parle de VCypr 3, 7-9,
comme d'un sermon de Cyprien ; or, il s'agit là d'une hypothèse sans fondement), sa person-
nalité même (cf. Plutarque pour Alexandre et Platon pour Socrate). Comme tout panégyrique,
VCypr observe les règles de la rhétorique : amplification ; recours à la métaphore - notamment
militaire - , à la comparaison - notamment biblique - , à la sententia, au locus afictione (11,7 ;
7, 3) ; grandissement du personnage. Pour défendre la mémoire de Cyprien contre ses
accusateurs, Pontius utilise un type d'argument décrit par Cicerón (Topica 24 et 77), celui des
diuina testimonia. Cette biographie d'un évêque martyr n'est pas sans lien avec les biographies
de philosophes.
358 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996

Cette analyse a le mérite de souligner la dette de Pontius à l'égard de la rhétorique et du


genre littéraire antique de la biographie. Le statut de l'opuscule nous paraît cependant beaucoup
plus complexe (voir CTC 94, 35 ; 95, 10 et 38). S. D.

15. PAVLOVSKIS-PETIT (Zoja), Storm and stress : the natural and the unnatural in De Sodoma
and De Iona — Classica et Mediaevalia, 47, 1996, p. 281-302.
L'auteur du diptyque constitué par le De Sodoma et le De lona (CPL 1425-1426) est un
poète de qualité, qui exprime, avec un foisonnement d'images, à la fois sa fascination et sa
répulsion pour les déviations sexuelles (inceste, homosexualité). Z. P.-P. manifeste un enthou-
siasme sympathique et communicatif. Ses analyses portent surtout sur le De Sodoma, où affleu-
reraient quelques échos de Lucrèce. Elles seraient encore plus convaincantes, si elles avaient
tenu compte de la bibliographie récente. L'histoire de Phaéthon et les mirabilia de la Mer Morte
ont déjà fait l'objet de commentaires détaillés et souvent très érudits : cf. CTC 90, 16 (Hexter) ;
91, 20 et 93, 13 (Bertolini) ; 91, 21 (Morisi) ; et l'on dispose depuis 1993 d'une nouvelle
édition du De Sodoma : cf. CTC 93, 3 (Morisi). On souhaite que Z. P.-P. puisse, dans un
prochain article, confronter ses idées à celles de ses prédécesseurs. F. D.

TEXTE, LANGUE, STYLE

16. H A M B L E N N E (Pierre), Sur une médication drastique administrée au texte de Tertullien


(Pud. 6, 15 éd. SCh) — Recherches de Théologie Ancienne et Médiévale, 63, 1996, p. 220-
226.
Ch. Munier édite (SC 394 ; cf. CTC 93, 1) : Inhaerebat usquequaque libidinis uirus et f
lacteae sordes, non habentes, id onear quod nec ipsae adhuc aquae lauerant, qu'il traduit :
«Partout, s'attachaient à elle (i.e. la chair avant le Christ) le poison de la volupté et les souillures
laiteuses, faute de posséder 'la plante des ânes' (i.e. l'épilobe, symbole ici du Christ), que les
eaux non plus n'avaient encore lavée». P. H. propose de lire : Inhaerebat (subaud. carni)
usquequaquam libidinis uirus et leti sortes, non cohibentes id, donee ipsam adhuc aquae
lauarent, et traduit : «Étaient accrochés en elle le poison de la concupiscence et les déter-
minations funestes qui n'en arrêtaient pas les effets, jusqu'à ce que les eaux (du baptême du
Christ) l'en nettoient désormais». On voit que ce passage n'a pas fini d'aiguiser l'ingéniosité
des éditeurs. J.-C. F.

17. U G E N T I (Valerio), Annotazioni al De idololatria di Tertulliano — Rudiae. Ricerche sul


mondo classico, 8, 1996, p. 105-110.
Présentation nouvelle de deux passages controversés. En 6,3-7,1, retour à la ponctuation
traditionnelle «sed illi non negant, quibus hanc saginatiorem et auratiorem et maiorem hostiam
caedis, salutem tuam. Tota die ad hanc partem zelus fidei perorabit...», contre le CS EL et
l'édition Waszink-Van Winden, qui coupent «salutem tuam tota die. Ad hanc partem...».
V. U., qui a étudié spécialement les clausules du traité (CTC 95, 18), pense avec P. G. Van
der Nat (édition, Leiden, 1960, p. 91) que le problème est tranché par la présence du dicrétique
cae/dis salutem tuam. À cela s'ajoute le fait que dans le codex Agobardinus (f. 109r°) une
nouvelle phrase commence avec Tota die. Mais a-t-on vraiment étudié la ponctuation du ou
plutôt des scribes de A ?
En 9, 3-4, le raisonnement prêté aux astrologues irait de «Sed magi [et astrologi] ab oriente
uenerunt» jusqu'à «Hoc nomine Christum, opinor, sibi obligauerunt». L'incise ironique
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 359
opinor, placée au milieu de l'argument d'un adversaire (cf. Apol 8, 5 : «Alii nos, opinor,
natura, Cynopenae aut Sciapodes»), nous semble au contraire montrer que Tertullien a repris la
parole.— On saisit l'occasion pour signaler un article de Leo Koep qui semble ignoré des
tertullianistes : «Astrologia usque ad evangelium concessa (zu Tertullian, De idololatria 9)»,
dans Mullus. Festschrift Theodor Klauser, Münster Westfalen, 1964, p. 199-208. P. P.

1 8 . M A T T E I (Paul), compte rendu de Q. S. F. Tertulliani De monogamia. Le uniche nozze, a


cura di Renato Uglione (1993) — Gnomon, 68, 1996, p. 603-608.
L'édition de Mon par R. Uglione (CTC 93, 2) a déjà fait l'objet de nombreux comptes
rendus (voir CTC, C 21-22, et infra, n° 39). Celui-ci est particulièrement instructif parce que dû
à l'éditeur du traité dans la collection «Sources chrétiennes» (CTC 88, 1). On appréciera la
qualité du débat et la liste des divergences entre les deux éditions, qu'accompagne une retrac-
tatio (p. 606-607). Le signataire de ces lignes plaide coupable pour le retard mis à publier la
collation du codex Masburensis par Beatus Rhenanus. P. P.

19. VENIER (Matteo), Giovanni Battista Egnazio editore. III. L'Apologeticum di Tertulliano
— Res Publica Litterarum. Studies in the Classical Tradition, 18, 1995, p. 141-155.
Deux articles de M. V., publiés dans la même revue, ont déjà présenté l'humaniste
Giovanni Battista Cipelli, dit Egnazio (1478-1553), comme éditeur de Suétone et du De officiis
de Cicerón (16, 1993, p. 175-183 et 17, 1994, p. 183-193). Son étude de l'édition d'Apol
parue en avril 1515 «in aedibus Aldi et Andreae soceri» (sigle : Egn.) se fonde sur l'examen de
toutes les éditions qui l'ont précédée et de plusieurs des "cinquecentine" postérieures, de Rx
(1521) à La Barre (1580). En outre M. V. a consulté un grand nombre de manuscrits
humanistiques conservés en Italie et en Angleterre. C'est dire combien les bases de sa recherche
semblent solides. Il démontre que le texte de 1515 a pour "Vorlage" la seconde édition parue
chez I. Tacuinus (Venise, 1509), qu'Egnazio a corrigée à l'aide de conjectures plus ou moins
réussies, sans recourir à des manuscrits. Ceux que Hoppe mettait en relation avec Egn. (CSEL,
t. 69, p. XXX) sont proches de l'édition princeps, source de la tradition imprimée, et donc
a'Egn. Ils ne présentent pas de ressemblances significatives avec lui, sauf évidemment τ
(Volterra, Bibl. Guarnacci 5404), qui en découle (intéressantes remarques sur son "éditeur",
Francesco Zeffi [1491-1546] ; le manuscrit est redaté des années 1520/1530 «se non oltre» :
pourquoi ne pas avoir utilisé le témoignage des filigranes ?).
Constatant que les apparats des éditions les plus récentes comportent un grand nombre
d'approximations ou d'inexactitudes, M. V. leur apporte quatre pages de corrections (p. 148-
151), montrant ainsi la voie à un futur éditeur d'Apol. Il importe en effet de déterminer
précisément l'origine des leçons qui ont conflué dans l'édition parisienne de 1580 ; en effet, si
Modius ne les a pas corrigées dans sa collation du Fuldensis, elles permettent, selon certains,
de restituer le texte de F «ex silentio Modii», mais il faut de toute façon les évaluer.— Notes de
détail : p. 149, imbre (5, 6) est déjà dans l'édition parisienne de 1545 ; p. 150 : la collation du
Gorziensis fournie à Rhenanus par Claude Chansonnette comportait bien l'addition nume rum
en 2, 4, comme en fait foi l'édition de 1528 où elle est reportée (Sélestat, Bibl. humanistique, Κ
1040) ; p. 153, n. 33 : se ... inuoluit apparaît avec Gelen (1550). P. P.

2 0 . C H A P O T (Frédéric), La préverbation en prae chez Tertullien — Recherches


Augustiniennes, 29, 1996, p. 75-89.
Si, dans l'usage, préverbe et verbe simple sont souvent pris l'un pour l'autre, il n'en va pas
de même chez Tertullien, comme le montre cette enquête minutieuse et rigoureuse sur les
composés en prae- de l'auteur africain. Plus significatives que la comparaison chiffrée avec
360 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996
Cyprien (la proportion de 66 occurrences contre 180 correspond à peu près à l'étendue
respective des corpus considérés) sont, chez Tertullien, l'abondance des créations en prae-, leur
mise en valeur dans la phrase et surtout la prépondérance du préverbe dans le sens conféré au
composé. Tertullien préfère largement la valeur temporelle («antériorité d'un procès qui précède
et annonce comme nécessaire l'étape suivante») à la valeur spatiale originelle («à l'avant, en
continuité»). Il en tire le meilleur parti, dans deux domaines plus particulièrement.
Tout d'abord, il recourt à praescriptio-praescribere (141 occurrences), praestructio-
praestruere, et à quelques autres composés en prae-, pour définir la méthode qui lui est familière
dans sa polémique contre les hérésies. Cette méthode consiste à leur opposer une réfutation
préalable, destinée à être suivie d'une réfutation mieux argumentée ; le préverbe prae- souligne
alors à la fois l'antériorité de la première réfutation et la continuité des deux. Pour illustrer cet
emploi, F. C. choisit quelques textes particulièrement intéressants, qu'il prend soin
d'interpréter et de traduire (Marc I, 22, 1 ; III, 5, 1 ; Res 18, 1 ; Herrn 16, 1 ; etc.).
Une seconde série d'emplois se rapporte à la prophétie et, plus particulièrement, au rapport
entre les deux Testaments : le préverbe indique à la fois l'antériorité de l'Ancien et l'unité des
deux. Sur les treize verbes relevés, plusieurs sont des néologismes lexicaux. Tertullien donne
un sens nouveau hpraedicare, en substituant à la valeur locale du préfixe, jusque-là seule usitée
("dire devant tous"), sa valeur temporelle ("prophétiser"). Il s'efforce aussi de faire coexister,
dans le même texte, les deux acceptions, de façon à suggérer que l'annonce prophétique et
l'enseignement actuel du Christ ou des apôtres ne font qu'un (p. ex. Marc III, 22, 4 ; Praes 44,
8). Dans la controverse avec Marcion ou les juifs abondent les composés en prae-, pour
montrer que l'Ancien Testament préfigure le Nouveau (création de praeostendere). Avec sa
valeur d'antériorité et de continuité, le préfixe prae- permet encore à Tertullien, face aux
hérétiques et aux païens, de mettre en lumière l'antériorité de la vérité, ainsi que le lien
nécessaire, voulu par la Providence, qui, selon lui, unit l'erreur à la vérité.
Cette étude bien conduite, claire, nuancée et précise tout à la fois, apporte une nouvelle
preuve de l'originalité de Tertullien et de sa créativité dans le domaine linguistique. Comme
Apulée, Tertullien illustre les efforts de la seconde sophistique pour créer de nouveaux vocables
et surtout enrichir le sémantisme des mots existants, notamment en dégageant les valeurs
abolies par l'usage, voire les valeurs potentielles, des préverbes entrant dans leur composition.
S. D.

2 1 . GARCÍA JURADO (Francisco), La revolución indumentaria de la antigüedad tardía. Su


reflejo en la lengua latina — Revue des Études Augustiniennes, 42, 1996, p. 97-109.
Cherchant dans la langue et la littérature latines des témoignages de la révolution du
costume dans l'Antiquité tardive, F. G. J. met en lumière la pauvreté des affirmations
explicites : celles de Tertullien dans Pal concernent un choix personnel plus qu'historique ; les
autres (principalement Jérôme, Epist. 64, 10-11) s'attachent moins à souligner l'évolution
vestimentaire, qu'à poser le problème de la dénomination (hésitations entre tunica linea et
camisia, ou entre feminalia et bracae usque ad genua). C'est en fait la langue elle-même qui
nous fournit des témoignages, certes discrets, mais néanmoins déterminants. Les glissements
de sens des verbes amicire et induere, ainsi que les emplois de supra attestent le passage d'un
système vestimentaire à un autre : à la double opposition entre le vêtement dont on s'enveloppe
(amicire ; toga, pallium) et celui que l'on revêt (induere), et, à l'intérieur de cette deuxième
catégorie, entre l'habit de dessus (indusium) et celui de dessous (subucula), se substitue un
système plus simple distinguant la uestis superior et la uestis inferior. F. C.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 361

22. DELÉANI (Simone), La syntaxe des titres dans les recueils scripturaires de saint Cyprien
— Recherches Augustiniennes, 29, 1996, p. 91-112.
La présente recherche développe un point évoqué dans un article plus général, «Les titres
des traités de saint Cyprien : forme et fonction», paru dans les actes du Colloque de Chantilly,
Titres et articulations du texte dans les œuvres antiques (Paris, 1997, p. 397-425 et
spécialement 423-424 ; il en sera rendu compte dans la prochaine CTC). Elle porte sur les tituli
(ou intertitres) qui introduisent les capitula (ou extraits) composant les florilèges bibliques Ad
Quirinum I-III et Ad Fortunatum. Ces tituli paraissent en fait deux fois : en tête de chaque
capitulum et regroupés en tête de chaque œuvre, sous forme de sommaires indépendants pour
Quir I-III et à l'intérieur de la préface de Fort. Sans tenir compte de cette duplication, le corpus
étudié se monte à 187 titres, soit 54 pour Quir I-II (qui forment une unité), 120 pour Quir III et
13 pour Fort. Si l'on raisonne sur les pages du CCL, la longueur moyenne d'un capitulum est
de 1,2 p. pour Quir I-II, 0,83 pour Quir III et 2,23 pour Fort. Cette différence de poids et aussi
le fait que les sommaires de Fort sont en réalité des extraits d'une préface au texte continu
auraient peut-être mérité un examen préliminaire (voir notre remarque dans les actes cités, p.
498, n. 46).
Les quatre types syntaxiques utilisés par Cyprien - groupe nominal à l'ablatif précédé de de
(3,63%), proposition interrogative indirecte (2,07%), complétive introduite par quod (64,25%)
et proposition infinitive (30,05%) - s'inscrivent dans la tradition antique, telle qu'on la
rencontre par exemple dans les sommaires d'Aulu-Gelle (sur lesquels on aurait pu citer L.
Holford-Strevens, Aulus Gellius, London, 1988, p. 22-23). Le grand mérite de S. D. est
d'avoir proposé une explication à l'alternance entre les complétives en quod et les propositions
infinitives. Dans les premières, l'agent est explicitement indiqué, et le sujet suit souvent
immédiatement la conjonction («Quod Christus idem sit et sermo») ; dans les secondes, il n'ap-
paraît pas, que le verbe soit impersonnel («Insistendum esse...») ou dépourvu de complément
(«Iracundiam uincendam esse...»). Le second tour se prête bien à la formulation de préceptes
ou d'aphorismes ; le premier, qui met en valeur le sujet grammatical, permet d'affirmer sans
ambiguïté des vérités doctrinales. Le fait que Quir I-II privilégie la subordonnée en quod et Quir
III l'infinitive s'explique par la différence des sujets traités, et non par une pluralité d'auteurs,
comme l'avaient supposé certains critiques. Cyprien joue de même sur la gamme des temps : en
règle générale, il emploie le présent et le parfait du subjonctif («Quod idola dii non sint»), mais
se sert de l'imparfait et du plus-que-parfait quand il est fait implicitement référence à une
prophétie antérieure («Quod lex noua dari haberet»).
Cette défense et illustration d'un genre mineur et méconnu mérite d'être lue par tous ceux
qui s'intéressent aux textes pourvus de tels tituli, qu'ils soient antiques ou médiévaux. À titre de
curiosité, on signalera que le type mixte «De antichristo quod in homine ueniat» (attesté une
fois) se retrouvera dans la France du XVIIe siècle : ainsi la troisième Méditation de Descartes
s'intitule «De Dieu ; qu'il existe». P. P.

SOURCES, INFLUENCES

23. LA VECCHIA (Salvatore), Note su alcuni testimoni cristiani del Fedone — Studi classici e
orientali, 45, 1995, p. 127-141.
L'A. examine p. 127-129 la traduction très fidèle de Phédon 65a-b que Tertullien donne en
A« 18, 1 (non exploitée par les éditeurs de Platon). Trois variantes, déjà signalées par Waszink
ad locum, permettent d'atteindre un état du texte différent de celui que nous lisons aujourd'hui.
Νeque audiamus certum neque uideamus suppose l'omission accidentelle de (ακριβές)
362 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996

ουδέν. In quaestionem doit traduire έπϊ την ζήτησιν : un tel emploi de l'accusatif, au lieu
du datif attesté par les autres témoins, méritait au moins d'être signalé. Enfin d'après an non
etiam (Waszink an non ? an etiam A an non ? an non etiam B) poetae haec nobis semper
obmussant, on peut défendre la conjecture <ού> τα γε τοιαύτα. Ρ. P.

24. SZARMACH (M.), Die Anspielungen auf die heidnische Literatur in 'De bono patientiae'
des Hl. Cyprian - Worte, Bilder, Töne. Studien zur Antike und Antikerezeption ... Bernhard
Kytzler zu ehren, Würzburg : Königshausen & Neumann, 1996, p. 197-200.
Dans BonPat, Cyprien aurait utilisé le traité de Plutarque, De sera numinis uindicta (BonPat
4, SC 291,1. 88-90 et 20,1. 445-448 ; De sera 551C et 550E). Ces rapprochements ne sont pas
assez précis pour être convaincants ; la ressemblance vient plutôt de l'utilisation, par les deux
auteurs, de lieux communs philosophiques. S. D.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE

25. SPEIGL (Jakob), Tertullian als Exeget — Stimuli. Exegese und ihre Hermeneutik in Antike
und Christentum. Festschrift für Ernst Dassmann, Münster Westfalen : Aschendorffsche
Verlagsbuchhandlung, 1996, p. 161-176 (Jahrbuch für Antike und Christentum, Ergän-
zungsband, 23).
Dans un beau et riche volume offert à Ernst Dassmann, J. S. propose une intéressante
synthèse consacrée à Tertullien comme exégète. S'appuyant sur les études de Braun,
Fredouille, Karpp, O'Malley ou Waszink, il s'efforce d'ordonner et de coordonner les
différentes facettes de la relation de Tertullien à la Bible. Quatre aspects servent de canevas : sa
culture biblique, son travail sur la Bible, les règles herméneutiques et la Bible dans sa théologie.
L'A. souligne la double culture, biblique et rhétorico-juridique, de Tertullien et montre,
rapidement, ce que son herméneutique doit à ses deux sources. Mais nous avons surtout été
sensible à la tentative d'analyse de la fonction de la Bible dans son œuvre, et particulièrement à
la recherche de ce qui, au-delà des variations exégétiques du Carthaginois et de son évolution
vers le montanisme, fait l'unité et la permanence de son approche. En effet, malgré la diversité
de ses œuvres (apologétiques, antihérétiques, disciplinaires) et son évolution spirituelle et
intellectuelle, il continue à recourir fidèlement à la Bible, qui reste l'autorité suprême, au risque
de proposer des interprétations divergentes. À cet égard deux explications complémentaires sont
données. D'une part, dans la distinction fides-disciplina, la règle de foi trouve sa source dans
l'Ancien et le Nouveau Testaments, et, une fois définie, sert à son tour de référence absolue et
immuable à l'exégèse ; quant à la disciplina, elle trouve dans l'Écriture même le fondement de
son évolution dans le temps, en particulier Jn 16, 12-13, / Cor. 7, 29 et Eccl. 3, 17. D'autre
part Tertullien ne conçoit pas la lecture de l'Écriture comme indépendante de celui qui définit la
Loi, et elle a donc pu évoluer de Moïse au Christ, et du Christ au Paraclet. Sans être nouvelles,
les considérations de J. S. ont le mérite de mettre en lumière la réflexion et le regard, en quelque
sorte diachronique, de Tertullien sur la Bible. F. C.

26. BRAUN (René), Les avatars de Romains 11, 33 chez Tertullien — Hommage au Doyen
Weiss, Nice : Université de Nice Sophia-Antipolis, 1996, p. 210-1 à 210-9 (Publications de la
Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice, N. S. 27).
En Rom. 11, 33-35, Paul loue «la profondeur de la richesse et de la science de Dieu»
(σοφίας και γνώσεως θεού), puis cite en les abrégeant les versets 1s. 40, 13-14. Dans les
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPR1ANEA 1996 363
neuf passages où Tertullien utilise ce «complexe», il cite soit Isaïe, soit Paul, soit les deux,
comme l'avait bien relevé J. H. Waszink, trad. Herrn (Ancient Christian Writers, 24 ; 1956),
p. 130, η. 143. L'édition d'Isaïe dans la Vêtus Latina (p. 926-928) fait ressortir l'originalité de
Tertullien qui complète intelle gentiae <et scientiae> d'après Rom. 11, 33 et ajoute «quis tradidit
et retribuetur ei» d'après 11, 35 {Herrn 17, 1 ; cf. Marc V, 14, 10 ; l'adjonction se trouve aussi
dans des témoins grecs). R. B. montre que les citations de Rom. 11, 33 n'ont pas à être artifi-
ciellement harmonisées : l'accent porte sur des aspects différents du texte et la traduction même
s'en ressent. En particulier, il est légitime d'admettre la coexistence de <in>inuentibilia iudicia
eius et <in>inuestigabiles uiae eius (conjectures de Pamèle en Herrn 45, 3 ; le raisonnement
exige ces néologismes) et de inuestigabilia iudicia ... inuestigabiles uiae {Marc II, 2, 4 ; cf. V,
14, 9), formes à sens négatif attestées dans les vieilles latines (cf. les études citées en CTC
9 1 , 2). P. P.

2 7 . HlLHORST (Anthony), Tertullian on the Acts of Paul — The Apocryphal Acts of Paul and
Thecla, Kampen : Kok Pharos, 1996, p. 150-163 (Studies on the Apocryphal Acts of the
Apostles, 2).
Tentative d'élucidation de Tert., Bapt 17, 5, qui a fait naguère l'objet d'un article important
de W. Rordorf, reproduit dans Liturgie, foi et vie des premiers chrétiens (cf. CTC 86, 44).
D'une démarche si prudente qu'elle risque d'égarer le lecteur, on retiendra les conclusions
suivantes : 1) A. H. propose de conserver le texte de Gelen (1550) : quod si quae {= aliquae
mulleres) perperam scripta legunt, exemplum Teclae ad licentiam mulierum docendi tingendique
defendunt sciant..., où legunt est une conjecture. 2) Les Actes de Paul ont été écrits entre 140 et
200. 3) Ils ne nous sont pas parvenus dans leur état originel, la fin en particulier ayant dû être
abrégée. J.-C. F.

2 8 . TuREK (Waldemar), L'influsso di Paolo su Tertulliano nell'evoluzione del concetto di


speranza — Atti del IV Simposio di Tarso su S. Paolo apostolo, Roma : Pontificio Ateneo
Antoniano, Istituto francescano di spiritualità, 1996, p. 169-186 (Turchia : la Chiesa e la sua
storia, 10).
Chez Tertullien, l'espérance {spes) eschatologique des chrétiens, distincte de l'espérance
terrestre des juifs, présente trois composantes, peut-être héritées de Paul : l'attente de la
Parousie {exspectatio), la confiance {fiducia) et la patience active ou persévérance en vue du
Jugement {patientia). Il trouve chez Paul (principalement / Cor. 15 ; II Cor. 5) le fondement de
son argumentation biblique pour définir l'espérance chrétienne. D'autre part l'évolution, signa-
lée depuis longtemps, de la notion de patientia, qui, entre Pat et Scorp 13, s'éloigne de la
philosophie pour devenir plus spécifiquement chrétienne, a dû se faire sous l'influence
paulinienne. F. C.

2 9 . TUREK (Waldemar), La prima lettera di Giovanni negli scritti di Tertulliano — Atti del VI
Simposio di Efeso su S. Giovanni apostolo, Roma : Pontificio Ateneo Antoniano, Istituto
francescano di spiritualità, 1996, p. 199-213 (Turchia : la Chiesa e la sua storia, 11).
Tertullien cite ou évoque une soixantaine de fois / Jn, principalement dans ses ouvrages
montanistes (surtout Prax et Pud). La lettre est invoquée essentiellement dans trois argumen-
tations : pour défendre et démontrer l'existence de la Trinité {I Jn 1, 1 ; 2, 22 ; 4, 15 ; 5,
12) ; pour exposer l'espérance des chrétiens fondée sur la foi en la résurrection de la chair {I Jn
3, 1-5) ; pour établir, dans la doctrine pénitentielle, la distinction entre péchés rémissibles et
péchés irrémissibles {I Jn 5, 16). — P. 202, n. 14, W. T. semble ignorer les travaux de Moingt
sur Prax. F. C.
364 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME

3 0 . DECRET (François), Le christianisme en Afrique du Nord ancienne, Paris : Éditions du


Seuil, 1996, 297 p.
Dépourvue d'appareil scientifique, mais bien documentée et complétée par une chronologie,
une bibliographie (qui aurait pu, p. 281, signaler la CTC et le Bulletin augustinien) et un index,
cette synthèse se lit avec agrément, et donne une idée précise et juste de la vie des communautés
chrétiennes, de la fin du IIe siècle au début du XIe siècle.— Quelques notes de lecture : p. 23,
l"'évêque" (?) Commodien ; p. 39, on a mis en doute que le lieu de l'incident relaté au début du
De corona fût Lámbese ou Carthage (cf. CTC 92, 25) ; p. 54, Tertullien distingue clairement
regula fidei et disciplina fidei ; p. 74, Cyprien établit une distinction entre "confesseur" et
"martyr" ; p. 77, F. D. reprend la traduction bien maladroite de Bayard (p. 105) pour Cypr.,
Epist, 43, 1, 2 ; p. 93, la Correspondance de Cyprien comporte désormais 82 lettres ; p. 123
sq., plutôt que de "culte des morts", il vaut mieux sans doute parler de "rites funéraires" ; p.
124, il ne semble pas qu'il ait existé des cimetières réservés aux chrétiens dès l'époque de
Tertullien (cf. infra, n° 34). J.-C. F.

3 1 . I N G L E B E R T (Hervé), Les Romains chrétiens face à l'histoire de Rome. Histoire,


christianisme et romanités en Occident dans l'Antiquité tardive (IIIe-Ve siècles), Paris : Institut
d'Études Augustiniennes, 1996, 744 p. (Collection des Études Augustiniennes, Série
Antiquité, 145).
Cette importante thèse, qui embrasse un domaine immense, se propose de faire «com-
prendre l'évolution des mentalités des élites chrétiennes par la manière dont elles ont réinterprété
le passé romain pour expliquer ou justifier le présent» (p. 11). Au terme de son enquête,
l'auteur note que, à la fin du Ve siècle, subsistent trois significations de l'histoire romaine : «un
héritage culturel, le latin correct, nécessaire pour lire la Vulgate» (sic) ; l'héritage eusébien ; un
troisième héritage, anti-eusébien, affirmant l'existence d'une nouvelle Rome ecclésiastique
(p. 690). Dans cette vaste entreprise, inévitablement et sélectivement tributaire des nombreux
travaux existants et qui est écrite avec une grande assurance, Tertullien et Minucius Félix occu-
pent les pages 79 à 116. H. I. leur refuse d'ailleurs la qualité d'historiens (ce que, de fait, ni
l'un ni l'autre n'ont prétendu être) et voit en eux les représentants d'une histoire "rhétorique"
fondée essentiellement sur le recours aux exempla. À vrai dire, ces deux écrivains n'entraient
pas véritablement dans la perspective de l'auteur qui aurait pu se limiter à un exposé plus
rapide, d'autant que les données qu'il utilise sont par ailleurs connues.
Certaines remarques pourront surprendre. Ainsi p. 97, n. 97, on voit mal en quoi écrire,
comme le fait Tertullien, que «les fléaux du siècle sont un avertissement pour les chrétiens, un
châtiment pour les païens» est «un argument parfaitement rhétorique» (cf. encore p. 116 :
«L'Octavius est une œuvre ... où l'histoire n'a qu'une fonction rhétorique» ou p. 421 sq., à
propos d'Augustin : «L'histoire rhétorique de Rome»). Il n'est pas sûr non plus que la con-
ception que Tertullien a de l'histoire soit «confuse, voire contradictoire», et lui reprocher, entre
autres critiques, de ne pas «faire la démonstration erudite» de l'antériorité de Moïse sur Homère
en se contentant de reprendre cette thèse, n'est pas très sérieux (p. 101). P. 101, n. 115, la
référence à Nat est inexacte (il faut lire II, 9, 6) et le latin maltraité, mais surtout l'interprétation
d'H. I. est erronée : cette division bipartie des dieux romains s'inscrit bien dans le cadre de la
théologie tripartie de Varron, sans la contredire. Il y aurait encore, dans le cours de ce gros
ouvrage, beaucoup de minuties sur lesquelles discuter, des jugements péremptoires à corriger
ou à nuancer. Mais, tel qu'il se présente, il constitue une contribution importante et courageuse
à notre connaissance des "historiens" chrétiens de l'Antiquité. J.-C. F.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 365

3 2 . PoiNSOTTE (Jean-Michel), Le témoignage de Tertullien sur les sacrifices d'enfants ci


Carthage (Apol. 9, 2-6) est-il crédible ? — Lalies. Actes des sessions de linguistique et de
littérature, 16 (Carthage, 21 août-2 septembre 1995), Paris : Presses de l'École normale supé-
rieure, 1996, p. 29-33.
Dans ce bref article qui n'a pas pu tenir compte de celui de J. B. Rives (CTC 1994, 24), J.-
M. P. se contente de souligner que le développement de Tertullien sur la suppression des
sacrifices d'enfants doit faire allusion à des faits bien connus du public carthaginois :
l'apologiste ne pouvait courir le risque d'être pris «en flagrant délit d'affabulation». P. P.

3 3 . RlCOUX (Odile), Des chrétiens accusés d'onolâtrie à Carthage — Lalies. Actes des
sessions de linguistique et de littérature, 16 (Carthage, 21 août-2 septembre 1995), Paris :
Presses de l'École normale supérieure, 1996, p. 53-73.
Tertullien repousse avec la même indignation les accusations de meurtre rituel et d'onolâtrie
qu'on portait contre les chrétiens de Carthage. Si O. R. lui donne raison sur le premier point,
elle pense qu'on aurait tort de traiter comme une fable, ou une simple calomnie, la présence
d'un culte de l'âne chez les juifs (Apion aurait raison contre Josephe) et chez les chrétiens.
Malheureusement elle ne connaît pas l'article très documenté d'Elias Bickerman («Ritualmord
und Eselskult. Ein Beitrag zur Geschichte antiker Publizistik» [1927], repris dans ses Studies
in Jewish and Christian History, t. 2, Leiden, 1980, p. 225-255), suivant lequel il s'agit bien
d'une calomnie inventée par le «bureau de propagande» d'Antiochus Épiphane : il aurait fallu
réfuter cette thèse, et de toute façon tenir compte de l'ensemble du dossier tel qu'il a été
commodément rassemblé par I. Opelt (article Esel, dans Reallexikon für Antike und
Christentum, 6, 1966, c. 564-595). L'excellente édition commentée de Nat I par A. Schneider
(Neuchâtel, 1968) lui aurait permis de compléter son dossier sur onocoetes (Œhler notait déjà :
«mirificarum hallucinationum ista inscriptio genetrix facta est») et surtout lui aurait fait sentir
que pour Tertullien il n'y a pas un, mais deux motifs d'accusation : d'une part le culte d'une tête
d'âne (Nat I, 11, 1 ; Apol 16, 1), dans la tradition anti-judaïque, et de l'autre celui de
Γ onocoetes (Nat I, 14 ; Apol 16, 12), être hybride à oreilles d'âne et au pied de corne, qui est
une innovation toute récente (proxime) de la polémique antichrétienne. — L'article aurait mérité
une relecture attentive, comme le montre cet échantillon de "doutes" : p. 54, n. 4 : Tertullien
aurait eu du mal à lire la traduction latine du Contre Apion si elle a bien été faite à l'initiative de
Cassiodore (cf. Inst. I, 17, 1) ; n. 5 : «quod enim aliud genus seminarium est infamiae
nostrae», la bonne traduction est chez Schneider, p. 99 ; p. 55 : l'idée que la toge serait un
vêtement distinctif des chrétiens surprend (sur le rapport toga/pallium, voir J.-Cl. Fredouille,
Tertullien et la conversion de la culture antique, Paris, 1972, p. 448-452). P. P.

3 4 . REBILLARD (Éric), Les areae carthaginoises (Tertullien, Ad Scapulam, 3, 1) : cimetières


communautaires ou enclos funéraires de chrétiens ? - Mélanges de l'École française de Rome.
Antiquité, 108, 1996, p. 175-189.
On a parfois déduit de Scap 3, 1 que le mot area aurait désigné, chez les chrétiens d'Afrique
spécifiquement, des cimetières appartenant à la communauté ecclésiale. Cette interprétation, qui
ne peut s'appuyer sur aucune réalité archéologique, n'est en fait autorisée par aucun document :
aussi bien le texte de Tertullien que les témoignages africains, épigraphiques (CIL VIII, 9585)
et toponymiques (ACypr, 4, 3 ; Sententiae episcoporum, 16. 30. 31 ; Gesta apud
Zenophilum, 16), conduisent à reconnaître à area une valeur purement toponymique (terrain,
enclos) et non pas institutionnelle. On doit seulement retenir du texte de Tertullien que «les fa-
milles chrétiennes, comme leurs voisins païens, ont possédé des enclos funéraires dans les
nécropoles africaines» (p. 189). F. C.
366 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996

3 5 . NOVAS CASTRO (Maria del Mar), La persecución según Cipriano de Carîago — Lengua e
Historia. Homenaje al Profesor Dr. D. Antonio Yelo Templado al cumplir 65 años, Murcia :
Universidad de Murcia, 1995, p. 181-204 (Antigüedad y cristianismo : Monografías históricas
sobre la antigüedad tardía, 12 ; Scripta Fulgentina : Revista de ciencias humanas y eclesiásticas,
año V,n° 9-10).
Cet article tient du cours plus que de l'étude erudite. La bibliographie est à peu près inexis-
tante. Les textes de Cyprien sont cités en traduction espagnole. L'auteur présente quelques
aspects majeurs de la pensée de Cyprien sur le martyre, les questions disciplinaires - pénitence
notamment - , le rôle du clergé. Cette pensée s'est forgée à chaud, dans le contexte de la
persécution. S. D.

ACTES DES MARTYRS

3 6 . V A R A L D A (Paolo), A proposito di un 'interpretazione psicanalitica della Passio Perpetuae


— Ricerche teologiche, 6, 1995, p. 89-91.
L'essai de M. L. von Franz, Die Passio Perpetuae. Versuch einer psychologischen Deu-
tung, fut originellement publié en annexe de C. G. Jung, Aion. Untersuchungen zur Symbol-
geschichte (Zurich, 1951) : méritait-il d'être traduit en italien de façon indépendante (Como,
1994 : cf. CTC 94, 56) ? Telle est la question soulevée par Γ A. qui montre comment l'inter­
prétation psychanalytique force parfois le sens du texte (notamment celui de diastema en 7,
6).— P. V. semble ignorer l'existence d'une réimpression allemande (Zurich, 1982) et d'une
traduction française (Paris, 1991), dissociée elle aussi de l'ouvrage de Jung (cf. CTC 91, 58).
Notons en passant que G. Lanata {infra, n° 37, p. 90) considère l'essai de M. L. von Fr.
comme un «testo epocale e veramente archetipico per tutte le successive ricerche di tipo
psicanalitico». F. D.

3 7 . LANATA (Giuliana), Sogni di donne nel primo cristianesimo — Donne sante, sante
donne. Esperienza religiosa e storia di genere, Torino : Rosenberg & Sellier, 1996, p. 61-98
(Società italiana delle Storiche).
Le pluriel «donne» (du titre de l'article) renvoie à Perpétue et à une prophétesse du
montanisme, Priscilla. Toutefois, l'essentiel de l'étude consiste en une relecture du Journal de
Perpétue, seul texte de l'Antiquité chrétienne où une femme parle en son propre nom, sans filtre
masculin. L'A. cherche à dégager comment la martyre vit concrètement le rapport féminin-
masculin, en accordant une place privilégiée aux deux visions du pasteur (§ 4) et du combat
avec l'Égyptien (§ 10). L'étude est riche sur le plan de la bibliographie (arrêtée en mars 1993) et
abonde en notations fines : Perpétue relate des expériences de type individuel et non
communautaire (p. 66) ; l'affirmation de son individualité ne diminue pas son affection envers
sa famille (p. 67) ; Dieu, le Christ, les grandes vérités de la foi sont rarement nommés dans le
journal, qui témoigne pourtant d'une intimité profonde avec la divinité (p. 74) ; la première
vision reflète un transfert des rôles, en attribuant des traits maternels au Pasteur et en
transformant la jeune mère en fillette (p. 77) ; en se revêtant du Christ pour affronter
l'Égyptien, Perpétue reconquiert une sorte d'androgynie originelle, qui ne l'empêche pas de
continuer à parler d'elle-même au féminin (p. 83). En somme, la jeune femme ne cherche pas à
oublier sa condition de femme, comme on l'a souvent dit, pour devenir quelque chose d'autre,
mais elle se choisit un autre Père, pour lequel elle est prête à donner sa vie.
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 367
Le bon pasteur du § 4 est grandis et, ainsi que le souligne G. L. (p. 76), chenu à la manière
du Dieu de l'Apocalypse ou du propre père de Perpétue ; le rédacteur des Actes A {BHL 6634)
le qualifie carrément de senex, terme supprimé, il est vrai, dans les Actes Β {BHL 6636). Sous
l'influence de l'iconographie, le sermon pseudo-augustinien 394 pour la fête de Perpétue et
Félicité - de même que PMon 8, 4 (citée par G. L. à la n. 63) - est revenu à une conception
plus habituelle : «Sedebat, inquit, pastor iuuenis et senex, uiridis aetate, canus capite, qui non
nouit senectutem» {PL 39, col. 1715). F. D.

3 8 . RlVES (James), The Piety of a Persecutor — Journal of Early Christian Studies, 4, 1996,
p. 1-25.
En 203, le juge de Perpétue et ses compagnons fut le procurateur Hilarianus, qui remplaçait
le proconsul défunt, Minucius Opimianus. Selon les pratiques administratives de l'époque, il
devait occuper à Carthage le poste le plus élevé de rang équestre, c'est-à-dire qu'il était sans
doute procurator IV publicorum Africae, avec un salaire de ducénaire. Plusieurs documents
épigraphiques permettent de reconstituer sa carrière avec une certaine vraisemblance. Entre 189
et 192, en tant que procurator Hispaniae Citerions per Asturiam et Gallaeciam, il avait dédié,
dans la ville d'Asturica, deux autels à la triade Jupiter-Junon-Minerve et aux dieux et déesses
«quos ius fasque est precari in pantheo» (cf. AE 1968, 227-228). Ces dédicaces livrent son
nom complet et sa filiation : P. Aelius P. f. Hilarianus, et sont à rapprocher de deux inscriptions
grecques d'Aphrodisias {CIG 2792-3), qui mentionnent un consularis de ce nom, son fils, P.
Aelius Apollonianus, et son petit-fils, lui aussi appelé P. Aelius Hilarianus. D'après J. R., le
juge de Perpétue serait le consularis d'Aphrodisias : il appartiendrait ainsi à une famille pro-
vinciale d'Asie mineure, ayant reçu la citoyenneté romaine sous l'empereur Hadrien (P. Aelius
Hadrianus). Les dédicaces d'Asturica révèlent d'autre part que la piété d'Hilarianus était ultra-
conservatrice, qu'il rejetait le syncrétisme et toute ouverture vers des divinités non officielles
(p. 12-16, excellent commentaire des termes pantheum/pantheus). Cela pourrait expliquer son
attitude particulièrement sévère à l'égard des accusés de 203 et le fait qu'il ait condamné une
honestior comme Perpétue à être livrée aux bêtes de l'amphithéâtre.
Cette belle étude appelle plusieurs remarques. 1. La façon dont est reconstituée la carrière
d'Hilarianus emporte l'adhésion et recoupe exactement ce qu'avait proposé A. R. Birley, Perse-
cutors and Martyrs in Tertulliano Africa, dans Institute of Archaeology Bulletin, 29, 1992,
p. 46 et 48-49 (non cité). Les inscriptions exploitées par Birley et Rives sont à compléter
désormais par une documentation numismatique : le fils d'Hilarianus, P. Aelius Apollonianus,
a rempli des fonctions de magistrat à Aphrodisias, car son nom figure sur le monnayage de cette
ville {SEG 42, 1992, 990 bis).
2. Au sujet de l'intérim assuré après la mort d'un proconsul, l'enquête aurait pu être pro-
longée en deux directions. D'abord, l'hagiographie africaine en fournit un second exemple : le
juge des martyrs carthaginois Lucius et Montanus est aussi un «procurator, qui defuncti
proconsulis partes administrabat» {PMon 6, 1). Or le texte critique que j ' a i publié dans RÉAug,
29, 1983, p. 67-82, montre désormais qu'il s'agissait d'un ducenarius {ibid. 20, 3) ; mon
commentaire ad locum (p. 79, n. 54) est erroné, comme l'a bien vu Xavier Dupuis, dans Ecole
Pratique des Hautes Etudes. Section des sciences religieuses. Annuaire, t. 102, 1993-1994,
p. 253 ; et le passage renforce indiscutablement l'hypothèse de Rives. Ensuite, on pourrait ten-
ter d'évaluer la durée de l'intérim d'Hilarianus, grâce à une notice martyrologique concernant
Guddène : «V Kl. lui. Apud Carthaginem natale sanctae Guddenes : quae, Plutiano et Zeta
consulibus, iussu Rufini proconsulis, quater diuersis temporibus equulei extensione uexata et
ungularum horrenda laceratione cruciata, carceris etiam squalore diutissime afflicta, nouissime
gladio caesa est» (éd. H. Quentin, Les martyrologes historiques du moyen âge, Paris, 1908,
p. 174). À dire vrai, ce résumé d'une Passion perdue est difficile à interpréter : comme les
consuls mentionnés sont ceux de 203, la sainte fut décapitée le 27 juin de cette année-là. Si
368 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996
Rufinus est une autre façon de nommer Minucius Opimianus (ce qui est plausible, en raison de
sa généalogie), le proconsul est seulement à l'origine des poursuites engagées contre Guddène,
et le texte ne livre aucune information nouvelle sur Hilarianus. Mais si Rufinus est le successeur
de Minucius Opimianus et celui qui fait décapiter la martyre, on est forcé d'admettre qu'un
proconsul était arrivé à Carthage dès la réouverture du trafic maritime, et qu'Hilarianus ne
disposait plus en juin du ius gladii.
3. Hilarianus aurait-il pu se contenter d'expédier les affaires courantes ? S'est-il montré
spécialement sévère à l'égard de Perpétue et de ses compagnons ? Je serais enclin à l'admettre
avec J. R., mais à condition de ne pas forcer le trait. La notice de Guddène révèle que Rufinus
ne se comportait pas très différemment et n'hésitait pas à faire torturer une femme. Dans le cas
de Perpétue, la condamnation aux bêtes pourrait avoir été provoquée par une raison de ca-
lendrier, l'imminence de l'anniversaire de Géta. Il existait d'ailleurs un supplice encore plus
redoutable, celui du bûcher qui était couramment pratiqué à l'époque (cf. PPerp 11,9; PMon
3, 1-3). Les Actes de Gallonius, qui sont datés du règne de Dioclétien et que vient d'exhumer
Paolo Chiesa, montrent que la peine du feu était réservée aux meneurs et à qui s'était rendu cou-
pable de lèse-majesté (cf. Analecta Bollandiana, 114, 1996, p. 267, § 38 et p. 268, § 54). F. D.

DOCTRINE

39. DAL COVOLO (Enrico), Donna e matrimonio in Tertulliano : A proposito di un 'edizione


recente — Ricerche teologiche, 6, 1995, p. 319-331.
Texte d'une conférence donnée, un peu à bâtons rompus, pour la sortie de l'édition du De
monogamia par R. Uglione (CTC 93, 2). On y trouve un rapide historique de la collection
«Corona Patrum», qui a recueilli l'édition ; de la bibliographie ; un éloge de la traduction
proposée par R. Uglione (citation d'un extrait des ch. 15 et 16) ; un hommage à Carlo Tibiletti
et à ses travaux sur le mariage et la femme chez Tertullien ; un rappel de la position ambiguë de
celui-ci sur le mariage, et un refus de le considérer comme un "misogyne". — L'auteur nous dit
qu'il a entre les mains un exemplaire du livre de R. Uglione, annoté par C. Tibiletti : une
publication de ces notes ne serait-elle pas intéressante ? Et serait-elle possible ? S.D.

40. BRENT (Allen), Hippolytus and the Roman Church in the Third Century. Communities in
Tension before the Emergence of a Monarch-Bishop, Leiden ; New York : E. J. Brill, 1995,
XII-611 p. (Supplements to Vigiliae Christianae, 31).
Cet ouvrage, consacré à l'œuvre attribuée à Hippolyte et à la situation de l'Église romaine à
la fin du IIe s. et au début du IIIe s., a pour point de départ une analyse précise de la fameuse
statue d'Hippolyte, découverte au XVIe s. par P. Ligorio. S'appuyant sur les travaux de E. A.
Judge et P. Lampe, l'A. voit dans l'Église romaine de cette époque une communauté, non pas
unie et conduite par un seul homme, mais fractionnée en écoles distinctes, disposant chacune de
son propre Maître. L'image anachronique d'une église dirigée par un évêque unique serait en
fait la transposition abusive de la situation de l'Église à l'époque cyprianique. Relisant alors le
corpus hippolytain dans cette perspective, A. B. peut à la fois l'interpréter comme l'expression
d'une école particulière et y déceler les tensions qui existaient entre les différentes congréga-
tions, à une époque critique où l'Église romaine s'acheminait, bon gré mal gré, vers l'unité
episcopale. La statue ne serait plus alors le monument personnel d'un individu, mais le symbole
d'une école qui se retrouvait dans le nom d'Hippolyte ; celui-ci perdrait sa valeur personnelle,
pour prendre, comme celui de Clément, une valeur collective. Le corpus lui-même n'est plus
l'œuvre d'un ou de deux auteurs, mais la production d'une communauté, qu'on peut
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 369
rapprocher du corpus johannique. Cette reconstruction savante à propos d'une période mal
connue et évoquée par des documents difficiles à interpréter, a le mérite de la cohérence. La
démonstration exigerait une analyse attentive. Nous ne proposerons ici qu'une remarque. A. B.
prend comme témoignage de l'habitude ancienne d'écrire des ouvrages en les signant non pas
de son nom personnel, mais du nom du Maître de l'école, les textes du Ps.-Justin Martyr, du
Ps.-Clément, du Ps.-Tertullien, du Ps.-Cyprien (p. 299). Il faudrait sans doute faire là un tri,
en distinguant les œuvres «authentiquement apocryphes» de celles qui ont ultérieurement été
attribuées à tel ou tel auteur par la tradition manuscrite. C'est sans doute le cas de YAduersus
omnes haereses du Ps.-Tertullien.
Nous nous attarderons davantage sur le dernier chapitre, consacré aux rapports de la
communauté hippolytaine et de l'Église de Carthage, particulièrement avec le témoignage de
Tertullien. Deux questions sont considérées : d'une part l'édit évoqué dans Pud 1, 6-8, mis en
relation avec YElenchos, IX, 12, 20-26, d'autre part l'identification de Praxéas. Tout en
reconnaissant le caractère ironique de l'expression edictum ... peremptorium - un tel édit serait
de toute façon anachronique dans l'Église de cette époque -, A. B. admet qu'il puisse s'agir de
la répercussion africaine d'un événement romain et reconnaît, comme le faisait déjà Labriolle,
Calliste dans l'auteur de la décision : celle-ci ne devait concerner à l'origine que sa propre
école, mais avait créé des remous dans l'ensemble de l'Église romaine, dans la mesure où
l'indulgence de Calliste lui faisait admettre dans sa congrégation des fidèles excommuniés par
l'école hippolytaine, ce qui revenait à ébranler l'autorité de l'auteur de YElenchos sur sa propre
communauté. Les expressions pontifex maximus et episcopus episcoporum feraient allusion
encore à Calliste et à sa prétention à l'emporter sur les autres communautés. L'analyse est
vraisemblable, pour autant qu'on accepte la description de l'Église romaine qui précède. Nous
sommes en revanche moins convaincu par l'identification de Praxéas à Calliste - identification
proposée autrefois par H. Hagemann, Die römische Kirche und Dogma in den ersten drei
Jahrhunderten, Freiburg i. B. 1864, que nous n'avons pas vu cité. Ingénieuse, la recon-
struction d'A. B. ne répond pas vraiment à la question essentielle qui se pose pour reconnaître
un pseudonyme : quelle raison T. avait-il de recourir à ce subterfuge, alors que sa carrière
antérieure montre qu'il n'hésita jamais à attaquer directement les autorités politiques ou
ecclésiastiques ? Évoquant le problème en quelques lignes (p. 528), l'A. semble vouloir
l'expliquer, assez faiblement à nos yeux, par le caractère antimontaniste des adversaires de
Calliste.
Une fois admise l'existence d'un adversaire commun aux trois traités, Elenchos, Contra
Noetum et Prax, A. B. étudie les relations qui les unissent et pense pouvoir établir la
dépendance de Prax par rapport à YElenchos, puis celle du Contra Noetum par rapport au traité
de Tertullien, le Contra Noetum trahissant une volonté de rapprochement par rapport au
monarchianisme de Calliste et donc une nouvelle étape dans la voix vers l'unité de l'Église
romaine.
Cet ouvrage, riche et admirablement cohérent, n'est pas dénué d'audace, et il faudra se
pencher avec attention sur les démonstrations qu'il propose, avant d'adopter cette vision
renouvelée de l'Église du début du IIIe s. et des débats théologiques qui l'agitaient. F. C.

4 1 . OHLIG (Karl Heinz), Christologie, I. Des origines à VAntiquité tardive, Paris : Éd. du
Cerf, 1996, 289 p.
Ce volume, complété par un second embrassant la période qui va du Moyen Age à l'époque
contemporaine, est la traduction, due à Bernard Lauret et Georges-Matthieu de Durand, d'un
ouvrage paru en Autriche en 1989 : Christologie, I. Von den Anfängen bis zur Spätantike. II.
Vom Mittelalter bis zur Gegenwart. Cette vaste anthologie de textes traduits retrace l'histoire de
la christologie depuis les textes bibliques jusqu'à Jean Damascène, et devrait constituer un outil
370 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996

commode et fiable pour les étudiants en théologie. Parmi les ouvrages relevant de notre
chronique ont été retenus les passages suivants : Tertullien, Prax 27, 3-12. 14 ; Cam 5, 1-6
(extraits) ; Pud 19, 10-26 (extraits) ; Cyprien, Epist 58, 6, 2-3 ; Laps 17 ; Novatien, Trin IX,
46 ; X, 53. 54 ; XI, 56. 59 ; XIII, 68 ; XV, 83 ; XVI, 92 ; XVII, 95. 98. 99 ; XVIII, 103.
104 ; XXIII, 134 ; XXX, 178 ; XXXI, 182-189 (extraits). Les traductions françaises sont
reprises de publications antérieures (SC, CUF, etc.) ou sont l'œuvre de G.-M. de Durand.
L'introduction est brève, et on aurait apprécié pour chaque texte un accompagnement
bibliographique plus riche. — Quelques remarques de détail : - texte 66 : la référence et la
numérotation des chapitres sont omises ; 27, \\,filius est rejeté dans CCL ; coniunctum n'est
pas traduit ; - texte 71 : la Correspondance de Cyprien dans la CUF ne contient que deux
volumes ; - texte 72 : il faudrait préciser la référence (Laps 17) ; - texte 74 : Novatien, Trin
XI, 56, defendentibus n'est pas traduit ; XXIII, 134, l'image contenue dans confibulare
pourrait être mieux rendue ; - texte 75 : XXI, 184 in Pâtre doit être traduit «dans le Père».
F. C.

42. KUNZ (Claudia Edith), Schweigen und Geist. Biblische und patristische Studien zu einer
Spiritualität des Schweigens, Freiburg : Herder, 1996, 832 p. (pour les auteurs de la CTC,
p. 269-279).
Le but de cette étude, nourrie de nombreuses lectures et d'une réflexion approfondie, est de
montrer qu'il existe une spiritualité du silence dans le christianisme des trois premiers siècles et
de préciser à la fois la dépendance et l'originalité de cette spiritualité par rapport aux
philosophies et aux religions anciennes.
Indicible et inaccessible à la raison, Dieu est néanmoins perçu par les chrétiens, expérimen-
talement en quelque sorte, dans le silence (en comprenant ainsi le verbe sentire, C. E. K. fausse
quelque peu le sens du verbe), à travers sa création et l'histoire du salut, et le silence débouche
sur une doxologie (Nov., Trin VIII, 1 [40]). Le Dieu intérieur de Minucius Félix n'est pas la
raison divine de l'homme, mais la présence du Dieu transcendant et personnel qui illumine
l'âme (Oct 32). Déjà attestée dans les Apocryphes et les Actes des martyrs, la pratique de la
prière silencieuse est recommandée par Tertullien, qui établit une relation entre le silence en
Dieu même (Prax 5, 4) et le silence de la prière, et par Cyprien (DomOrat). S. D.

43. LOMBINO (Vincenzo), // Dio unico negli scritti di Tertulliano — Dizionario di spiritualità
biblico-patristica. I grandi temi della S. Scriptura per la «lectio divina». 14. Dio nei Padri della
Chiesa, Roma : Boria, 1996, p. 155-181.
Cet exposé s'appuie principalement sur l'argumentation que développe Tertullien dans
Herrn, Marc et Prax, pour aboutir à l'idée d'un Dieu unique, bon, juste et trine, sur laquelle il
fonde son ecclésiologie. La présentation est rapide, mais ferme et juste dans l'ensemble. Peut-
être eût-on mieux saisi la complexité et la profondeur de la pensée de Tertullien, si une place
avait été réservée à d'autres notions, comme celles de liberté ou de toute-puissance de Dieu. On
regrette également certaines affirmations maladroites ou incomplètes : l'expression «un
dithéiste comme Hermogène» peut prêter à confusion, dans la mesure où, nonobstant la
conclusion et l'accusation de Tertullien, Hermogène ne concevait certainement pas la matière
comme une deuxième divinité ; il eût été utile de signaler que l'évocation de la Sagesse en
Herrn 18 est complétée, deux chapitres plus loin, par son assimilation au Verbe (Herrn 20, 4).
Enfin comment l'A. peut-il s'étonner - et même regretter, semble-t-il - que la réflexion de
Tertullien se soit développée dans un cadre polémique, alors que c'est sans doute une des
raisons de la vigueur et des avancées de sa pensée ? F. C.
CHRONICA TERTULLIAN E A ET CYPRIANEA 1996 371

4 4 . SCHULZ-FLÜGEL (Eva), Tertullian und das "zweite Geschlecht"— Revue des Études
Augustiniennes, 42, 1996, p. 3-19.
L'A. a été une des premières, dans son édition de Virg (cf. CTC 77, 2), à relativiser la
misogynie de Tertullien et à montrer ce qu'elle devait à son époque. Elle revient sur ce point de
vue, aujourd'hui largement partagé par les historiens, pour confirmer ce que l'attitude de
Tertullien emprunte à la tradition romaine (rapprochements avec Apulée), mais aussi à
l'anthropologie juive et chrétienne (cf. Paul et Clément d'Alexandrie). Le regard que le
Carthaginois porte sur la femme chrétienne est même plutôt plus ouvert que celui de ses
contemporains, en soulignant les qualités morales et religieuses de ses sœurs chrétiennes, qui
leur assurent le même destin qu'aux hommes. Cette appréciation, qui fait de la femme un être
responsable dans le domaine privé, ne va pourtant pas jusqu'à permettre qu'elle exerce une
fonction officielle dans l'Église. F. C.

4 5 . CANAL (José M a ), María, nueva Eva en Justino, Ireneo, Tertuliano y Agustín —


Ephemerides Mariologicae, 46, 1996, p. 41-60.
Rappel de quelques passages où Justin, Irénée, Tertullien et Augustin mettent en relation
Eve et Marie. À la notion d'aemula operano introduite par Justin, Irénée ajoute celle de
recapitulatio ; il établit une équation entre le couple Adam-Christ et le couple Ève-Marie. La
même doctrine se retrouve chez Tertullien. L'idée dominante chez Augustin est celle de la
réparation, par Marie, de la faute commise par Ève. Pour Tertullien, J. M. C. retient deux
textes : Cam 13, 3-6 ; Marc II, 4, 5. Pour ce dernier («Non est enim, inquit, bonum solum
esse hominem [Gen 2, 18]. Sciebat i 1 li sexum Mariae et deinceps ecclesiae profuturum»), il
discute l'interprétation de R. Braun (SC 368, p. 39 : «C'est qu'il savait que le sexe de Marie et
ensuite de l'Église ferait son bien»). Il préfère voir dans ecclesiae un datif coordonné à //// :
«C'est qu'il savait que le sexe de Marie ferait son bien, puis celui de l'Église». S. D.

4 6 . URÍBARRI BILBAO (Gabino), El argumento de prescripción en el Adversus Praxean de


Tertuliano — Estudios Eclesiásticos, 71, 1996, p. 215-228.
Après avoir souligné l'origine rhétorique et juridique de la notion de praescriptio, G. U. B.
en distingue trois acceptions chez Tertullien : à côté d'emplois communs au sens d'«ordonner,
établir» (Prax 3, 2 ; 20, 3 ; 21, 1), praescriber e-praescriptio peut avoir une valeur technique, à
l'intérieur de laquelle on doit séparer la praescriptio faible, correspondant à un simple
compendium logique (Prax 11,4), de la praescriptio forte, identifiée à la praescriptio nouitatis
(Prax 2, 2-3 ; 20, 1-3). Très tenté de revenir aux catégories juridiques pour expliquer ces
emplois, G. U. B. la met en relation, dans Prax 2, avec celle de praeiudicium - et non pas,
comme le dit l'A., avec praeiudicatio, qui n'existe pas à cette époque. On peut toutefois se
demander si Tertullien n'est pas plus attaché à la commune préverbation enprae- de ces mots,
qu'à leur origine juridique. F. C.

4 7 . URÍBARRI BILBAO (Gabino), Monarquía y Trinidad. El concepto teológico «monarchia»


en la controversia «monarquiana», Madrid : Universidad Pontificia Comillas, 1996, XXV-
588 p.
Cet ouvrage, consacré au concept de «monarchie» divine, en retrace l'histoire depuis ses
origines - chez Aristote, Philon et les Apologistes grecs - j u s q u ' à la crise monarchienne, telle
qu'elle apparaît chez Tertullien (p. 141-227) et Hippolyte, puis, dans une moindre mesure, chez
Origene, Novatien (p. 375-441) et Athanase. G. U. B. montre ainsi que, dès les Apologistes,
la notion de monarchie, destinée à exprimer le monothéisme, renferme une valeur trinitaire, que
Praxéas est le seul à nier. En particulier cette notion, qui n'occupe qu'une place secondaire dans
372 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996
la théologie patripassienne développée par Noët, Sabellius et leurs disciples, serait dépourvue
chez eux de tout caractère antitrinitaire. Partie d'une analyse terminologique, l'étude s'élargit
ensuite pour reconstituer en quelque sorte l'historique de la controverse monarchienne, en
distinguant deux périodes : l'apogée de la crise, dans les années 200-235, et le déclin jusque
vers 260. Le patripassianisme, centré sur l'exégèse de Jn 10, 30 et 14, 9-11, y apparaît comme
un mouvement judaïsant, soucieux de maintenir le monothéisme hérité de la tradition juive.
F. C.

4 8 . CORSATO (Celestino), Alcune "sfide della storia" nel cristianesimo delle origini :
Giustino, Cipriano, Gregorio Magno — Studia patavina, Al, 1995, p. 231-251 (Teologia e
filosofia nella storia. Studi in onore di Luigi Sartori).
Sûrs que l'action de Dieu se manifeste dans l'histoire, les Pères, représentés ici par Justin,
Cyprien et Grégoire le Grand, ont observé les événements contemporains avec un regard
prophétique et interprété les "signes des temps". Cyprien {Dem et Mort) fait une lecture positive
des malheurs de son épiscopat, persécution, peste, incursions barbares : ils sont voulus par
Dieu pour éprouver la foi des siens, les inciter à manifester leur charité par des actes et à
l'étendre même aux païens ; ils sont l'annonce de la fin des temps, qu'il faut attendre dans
l'espérance et l'édification d'une humanité nouvelle (p. 235-242). S. D.

49. TORNATORA (Alberto), Angelus increpans : la mens religiosa secondo Cipriano —


L'etica cristiana nei secoli III e IV : eredità e confronti. XXIV Incontro di studiosi dell'antichità
cristiana, Roma, 4-6 maggio 1995, Roma : Institutum patristicum Augustinianum, 1996,
p. 235-247 (Studia Ephemeridis Augustinianum, 53).
L'une des préoccupations pastorales de Cyprien, dans le De mortalitate, est de définir la
mens religiosa, ou encore le desiderium qui doit inspirer la conduite morale de tout chrétien : ils
sont acceptation joyeuse de la volonté de Dieu, à l'imitation du Christ, et aspiration ardente à
quitter ce monde pour le Royaume. Un contre-exemple est fourni en la personne d'un évêque
qui, atteint par la peste, prie pour obtenir un délai ; un personnage divin (un ange ? le Christ
lui-même ?) lui apparaît dans une vision, pour le blâmer (Mort 19). S.D.

HÉRÉSIES

5 0 . TREVETT (Christine), Montanism. Gender, Authority and the New Prophecy,


Cambridge : Cambridge University Press, 1996, XIV-299 p.
Cette monographie retrace l'histoire du montanisme, en évoquant ses origines asiatiques,
son développement dans les principaux foyers que furent l'Asie Mineure, Rome et l'Afrique, et
son enseignement. Elle aborde également longuement la question - qui a vivement intéressé les
historiens ces dernières décennies - de la place des femmes dans le mouvement, avant de
terminer par le destin de la secte. Sur tous ces points, l'A. dresse un bon état de la question et
propose parfois des solutions ou des perspectives nouvelles et stimulantes. Il nous a semblé
que ses positions étaient unies par la volonté de relativiser l'indépendance et l'originalité du
montanisme par rapport à l'Église catholique. Rappelant à plusieurs reprises la pauvreté de nos
sources et les nombreuses interrogations qui pèsent sur la Nouvelle Prophétie, Chr. T. est
surtout sensible à ce qui liait, à l'origine du moins, catholiques et montanistes, dont les
divergences relevaient avant tout d'une question de degré. Ainsi faudrait-il relativiser
considérablement la ferveur eschatologique qu'on croyait y trouver : en particulier l'annonce de
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 373
la descente de Jérusalem à Pépuza serait à dater assez tardivement et sans doute à imputer non
pas à Priscilla, mais plutôt à Quintila qui appartiendrait à une époque plus récente et à une autre
région. Dès lors, si les montanistes respectent l'orthodoxie dogmatique et si leurs innovations
restent assez limitées, comment expliquer le dur conflit qui les opposa aux catholiques ? Selon
Γ Α., la réponse serait à trouver dans la notion de prophétie et dans la prétention des montanistes
à posséder l'Esprit, qui mettait inévitablement en cause l'autorité du clergé, sans qu'il y eût à
l'origine chez eux une quelconque volonté de révolte contre la hiérarchie catholique. On le voit,
cette analyse aboutit à mettre l'accent sur l'évolution du montanisme entre ce qu'il était au départ
- un mouvement prophétique parmi d'autres - et ce qu'il est devenu sous l'influence de
certaines personnalités (notamment Tertullien) et suite à la réaction de l'Église. Nous serions
tenté de rapprocher, mutatis mutandis, cette analyse de celle que Markschies (CTC 92, 42 ; 93,
43) propose de Valentin et du valentinisme, et d'y voir le souci des historiens actuels de faire la
part des différences entre la doctrine des fondateurs des hérésies et ce qu'en firent leurs
successeurs.
Le caractère essentiel du témoignage de Tertullien est reconnu, même s'il doit être utilisé
avec les plus grandes précautions. Son adhésion au montanisme est incontestable (contre Bray,
CTC 79, 30), mais elle ne signifia pas séparation d'avec l'Église : souscrivant à la thèse de
Powel (CTC 75, 16), l'A. refuse d'admettre l'idée d'un schisme ou l'existence de deux
institutions différentes, mais préfère concevoir le groupe montaniste comme une ecclesiola in
ecclesia. À propos du rôle des femmes dans la secte, Chr. T. ne partage pas l'interprétation de
Jensen (cf. notamment CTC 93, 46) qui accorde à Priscilla et Maximilla un rôle prophétique
prépondérant, mais considère les trois fondateurs sur un pied d'égalité. Quant au rôle
ministériel des femmes dans l'église montaniste, il ne s'explique pas par une manifestation
d'anticléricalisme, ni par le statut de confesseur de certaines femmes, mais par l'idée que
l'Esprit destiné à guider l'instauration d'un ordre chrétien nouveau se répand aussi bien chez les
femmes que chez les hommes : il n'y a donc dans ce nouveau statut des femmes aucune
révolution des mentalités, mais la simple conséquence de la foi au Paraclet.
Ce travail bien documenté, qui allie une grande prudence à quelques idées nouvelles, ne
manquera pas de stimuler et d'enrichir le débat sur la Nouvelle Prophétie. F. C.

5 1 . QuiSPEL (Gilles), Valentinus and the Gnostikoi — Vigiliae Christianae, 50, 1996, p. 1-4.
S'élevant contre la thèse de Markschies (CTC 92, 42), selon laquelle Valentin, à la
différence de ses disciples, n'aurait pas connu les Gnostikoi présentés par Irénée, Haer., I, 29,
et serait en fait un théologien chrétien plus ou moins orthodoxe comme Clément d'Alexandrie et
Origene, G. Q. verse deux nouvelles pièces au dossier. Le premier texte, Irénée, Haer., I, 30,
15, qui doit être lu, avec les manuscrits : «a quibus uelut Lernaea hydra, multiplex capitibus
fera [de] Valentini schola generata est», recourt à l'image de la semence et de la génération pour
expliquer que Valentin, imprégné des opinions des Gnostikoi, a donné naissance à cette hydre
aux mille têtes que constitue l'inextricable réseau de ses disciples. Or G. Q. retrouve la même
image et la même affirmation chez Tert., Val 4, 2, qu'il pense devoir lire, avec Kroymann et
Marastoni, ainsi : cuiusdam ueteris opinionis semen nactus colubro suo uiam delineauit. Le
serpent, comme l'hydre chez Irénée, désignerait les élèves de Valentin, qui aurait été lui-même
«fécondé» (semen) par la Gnose mythologique des Gnostikoi (quaedam uetus opinio). F. C.
374 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996

LITURGIE

5 2 . AzZALI BERNARDELLI (Giovanna), Fede, preghiera e annuncio ne/Z'Apologeticum di


Tertulliano — Liturgia e evangelizzazione nell'epoca dei Padri e nella Chiesa del Vaticano II,
Studi in onore di Enzo Lodi, a cura di Ermenegildo MANICARDI e Fabio RUGGIERO, Bologna, ed.
Dehoniane, s. d. (1996 ?), p. 87-131.
L'auteur procède d'abord à un inventaire, dans Apol, des termes et locutions appartenant à
deux champs sémantiques distincts : celui de la "foi" et celui de la "prière personnelle et
liturgique". L'utilité de cette recherche ne nous a pas paru évidente, car la présente étude part,
en réalité, plutôt du texte que des mots. Après avoir relevé les acceptions païennes et
chrétiennes de fides et de ses dérivés, de credere, G. A. B. montre qu'à l'intention de son
public païen, l'apologète s'appuie sur des valeurs et des arguments reconnus de tous pour
définir la foi authentique et prouver la véracité des Écritures et de la doctrine chrétienne : lien
avec la vérité, la piété et la justice ; part de l'intelligence dans la démarche de foi ; antiquité des
livres bibliques ; rôle de la tradition, etc. Elle dresse aussi une liste des mots de la prière et une
liste des réminiscences liturgiques repérées par E. Dekkers, avant d'observer que Tertullien fait
de la prière une description capable à la fois de prouver que les chrétiens ne forment pas une
factio illicita et d'inciter à la conversion : prière socialement utile, libératrice des forces
mauvaises, exprimant la vie spirituelle, liée à l'innocence de la conduite.
Dans la troisième partie de son article, G. A. B. s'interroge sur les silences de Tertullien
dans Apol (aucune citation scripturaire, rien sur le Notre Père, le baptême, l'eucharistie, le
mystère de la Croix), alors qu'est exposé le contenu de la regula f idei. Observant qu'Irénée
avait fait le même choix dans sa Démonstration évangélique, elle décèle chez les deux auteurs
une pratique catéchétique analogue, probablement d'origine orientale. Elle en conclut que, dans
Apol, Tertullien s'adresse aux païens comme à des catéchumènes auxquels on remet le
Symbole, sans pouvoir encore leur communiquer la Prière du Seigneur ni les initier aux
sacrements, et que la catéchèse et la liturgie catéchuménale ont alimenté l'œuvre pour ce qui
relève, en elle, de Γέπίδειξις. S. D.

5 3 . B A V A U D (Georges), Le laïc peut-il célébrer l'Eucharistie ? (Tertullien : De exhortatione


castitatis VII, 5) — Revue des Études Augustiniennes, 42, 1996, p. 213-222.
En cas de nécessité, un laïc peut non seulement baptiser, mais encore célébrer l'Eucharistie ;
toutefois si, dans ces conditions, le ius tinguendi est habituellement reconnu au laïc, Tertullien
est le seul à faire état du ius offerendi. Il ne semble pas, pour autant, qu'il faille donner une
autre interprétation d'offerre. La démarche, originale et convaincante, de G. B. passe, outre
l'analyse précise du contexte, par le témoignage de Bapt 17-18, le rapprochement de Jn 3 et 6,
53 et Fulgence, Ep. 12, 11, 24 (PL 65, 390-391) commentant Augustin, Senno 272 (PL 38,
1246-1248). J.-C. F.

SURVIE

5 4 . LABROUSSE (Mireille), Le baptême des hérétiques d'après Cyprien, Optât et Augustin :


influences et divergences — Revue des Etudes Augustiniennes, 42, 1996, p. 223-242.
Le personnage central de l'étude est Optât de Milève, dont M. L. vient d'éditer le Traité
contre les donatistes dans «Sources chrétiennes» (1995-1996, n os 412 et 413). Comment
expliquer le silence d'Augustin sur cette œuvre - à laquelle il doit pourtant, comme il nous l'est
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANE A 1996 375
montré, les éléments essentiels de sa doctrine des sacrements - , si ce n'est à cause de l'échec
d'Optat ? En effet, loin de rallier les donatistes en ne rompant pas totalement avec la théologie
baptismale de Cyprien, Optât leur avait fourni une bonne raison de continuer à revendiquer
l'autorité de l'évêque martyr.
Non moins surprenant est le silence d'Optat sur le dossier baptismal de Cyprien. C'est à
cette question - qui entre dans le cadre de la CTC - que M. L. consacre la première partie de
son article (p. 225-231). Optât cite deux fois le nom de Cyprien, mais seulement pour prouver
la légitimité de l'Église catholique d'Afrique, et vanter son souci de la paix et de l'unité, éloge
largement orchestré par Augustin. Sur la doctrine sacramentelle, tout en concédant qu'un
second baptême est nécessaire pour les hérétiques, il se sépare nettement de Cyprien, car il
affirme la validité du baptême des schismatiques et surtout il fonde la validité du baptême, non
plus sur l'appartenance à l'Église du ministre qui le confère, mais sur l'invocation de la Trinité.
Pourtant à aucun moment il ne fait part de son désaccord : il a l'habileté de ne pas mettre en
cause l'autorité du grand évêque et martyr vénéré. Tout en utilisant le même dossier scripturaire
que Cyprien, il préfère l'attribuer à l'adversaire, notamment en réfutant les arguments que ce
dernier en tire. Il reporte ainsi le débat de Cyprien sur les donatistes. S. D.

5 5 . BRUNHÖLZL (Franz), Tertullian im Mittelalter — Lexikon des Mittelalters, Band VIII, 3.


Lieferung, 1996, e. 559-560.
L'index de notre volume récapitulatif CTC 1975-1994 permettra de mettre à jour ce bref
article, qui se fonde essentiellement sur la préface du CCL, t. 1 (1954) et sur l'article, très utile
en son temps, de P. Lehmann, Tertullian im Mittelalter (1959, repris et augmenté dans Erfor-
schung des Mittelalters, t. 5, Stuttgart, 1962, p. 184-199). P. P.

RÉIMPRESSIONS

56. WlNTERFELD (Paul von), Zu Minucius Felix — Von Horaz bis Hrotsvith von
Gandersheim. Gesammelte Schriften, Hildesheim-Zürich : Weidmann, 1996, p. 46-48 (Spolia
Berolinensia. Berliner Beiträge zur Mediävistik, 6).
Réimpression d'un article paru dans Philologus, 63, 1904, p. 315-317 ; critique de
l'édition d'H. Boenig (Leipzig, Teubner, 1903), qui ne tenait pas compte des clausules. P. P.

NOUVELLES

5 7 . Lors de la session lyonnaise du colloque sur Pacien de Barcelone (novembre 1996), J.-Cl.
Fredouille a fait une conférence «Du De paenitentia de Tertullien au De paenitentiae institutione
de Pacien» et P. Mattei une autre sur «La figure de Novatien dans les Lettres à Sempronius».
Les Actes seront publiés en 1998.

5 8 . La CTC 97 recensera l'édition du De uirginibus uelandis due à E. Schulz-Flügel et P.


JMattei (SC, n° 424), la partie consacrée à nos auteurs dans le tome IV du Handbuch der
lateinischen Literatur der Antike, le dossier de F. Chapot sur L'hérésie d'Hermogène, ainsi que
de nombreux articles parus notamment dans Nomen latinum. Mélanges offerts à André
Schneider.
Revue des Études Augustiniennes, 44 (1998), 307-339

Chronica Tertullianea et Cyprianea


1997

Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des
Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine
depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de
Cyprien. La présente livraison ne traite en principe que des publications datées de 1997 et, le
cas échéant, de 1995 et 1996. En effet, les omissions que nous avons relevées pour les années
antérieures ont été autant que possible réparées dans le volume récapitulatif Chronica Tertul-
lianea et Cyprianea 1975-1994. Bibliographie critique de la première littérature latine chrétienne,
qui paraîtra finalement au début de 1999. Hélas, nous découvrons encore des lacunes, parfois
peu excusables ; «les travaux bibliographiques n'ayant pas de fin», pour parler comme Pierre
Larousse, on a cru utile d'ouvrir en fin de bulletin une rubrique Addenda nouissima ad CTC
75-94.
Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois aux notices biblio-
graphiques qui sont propres au volume se présentent ainsi : CTC 75-94, C (compléments aux
chroniques publiées) ou CTC 75-94, S (suppléments pour les années 1975-1984) : on précise
alors SC (Cyprien), SH (textes hagiographiques), SM (Minucius Félix), SN (Novatien).
Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en
particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, ainsi que la "Zweigstelle" de L'Année
philologique à Heidelberg.

Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI — François DOLBEAU


Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

BIBLIOGRAPHIE

1. KELLER (Adalbert), Translations patristicae Graecae et Latinae : Bibliographie der


Übersetzungen altchristlicher Quellen. Teil 1, A - H, Stuttgart : A. Hiersemann, 1997, XXXII-
454 p.
Ce volume d'une typographie raffinée et très aérée - on est loin de l'entreprise artisanale du
fr. Jacques Marcotte (CTC 84, 1) - se veut un complément aux répertoires de Dom E. Dekkers
308 CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA
et M. Geerard. Il se propose en effet de recenser les traductions modernes des Pères de l'Église
(latins jusqu'à Isidore de Seville, grecs jusqu'à Jean Damascène) dans les principales langues
européennes : allemand, anglais, français, italien, espagnol (et catalan). Les traductions d'opera
dubia ou spuria ne sont pas relevées, de même que celles parues dans des anthologies. L'A.
signale aussi les éditions de texte récentes, mais sans donner les numéros des CPG et CPL, ce
qui aurait été pourtant fort pratique ; il indique l'édition parfois même pour un texte dont il ne
connaît pas de traduction, ce qui surprend (est-ce pour inviter le lecteur à se mettre au travail ?).
Cette bibliographie se veut sélective, mais en l'absence de toute annotation critique on se
demandera parfois sur quels critères l'A. s'est fondé. La date de publication a dû en constituer
un, puisqu'à part celles publiées dans des séries comme la première Bibliothek der Kirchenväter
ou les Ante-Nicene Fathers, les traductions antérieures au XXe siècle brillent par leur absence. Il
n'était pourtant pas sans intérêt de savoir que les œuvres complètes de saint Augustin ont été
traduites deux fois en français au XIXe siècle.
En ce qui concerne Cyprien, le seul auteur de la CTC recensé dans ce tome, on notera
plusieurs traductions espagnoles qui nous avaient échappé (elles seront signalées l'an prochain
dans notre rubrique «Addenda ad CTC 75-94»). En revanche, il aurait peut-être valu la peine de
répertorier les traductions recensées en CTC 75-94, SC 5, 5a et 7. P. P.

ÉDITIONS

2. TERTULLIEN, Le voile des vierges (De uirginibus uelandis), Introduction et commentaire


par Eva SCHULZ-FLÜGEL, adaptés par Paul MATTEI ; texte critique par E. S.-F. ; traduction par P.
M., Paris : Les Éditions du Cerf, 1997, 288 p. (Sources Chrétiennes, 424).
Cet ouvrage est l'heureux fruit d'une collaboration franco-allemande. En effet, E. S.-F.
avait publié en 1977 une nouvelle édition de Virg, accompagnée d'une introduction, d'une
traduction allemande et d'un commentaire {CTC 77, 2) : c'est ce travail, corrigé par l'A., puis
revu, traduit et adapté par un autre "tertullianiste", P. M., que les Sources Chrétiennes nous
proposent. L'introduction expose clairement le but premier de l'ouvrage, qui a parfois été mal
compris : il s'agit de défendre le devoir pour toutes les vierges - et pas seulement les femmes
mariées - de porter le voile au cours de la liturgie. Une comparaison de Virg avec Orat 20-22
fait ressortir à la fois la continuité et le durcissement de la position de Tertullien sur ce sujet, que
l'A. replace dans l'histoire de l'ascèse féminine des origines à Augustin. Un des intérêts
majeurs du traité réside dans la réflexion qu'y développe Tertullien sur la notion de ueritas en
relation avec celle de consuetudo (coutume) : l'A. propose une intéressante analyse de ces
notions (p. 47-61), si importantes dans l'évolution de Tertullien vers le montanisme ; elle
souligne en particulier le lien fécond qui unit chez lui vérité et origine. Le texte latin a été corrigé
sur certains points par rapport à l'édition de 1977 et nous a paru s'écarter au total une trentaine
de fois de l'édition de V. Bulhart (CSEL 76, Wien 1957). Dans vingt et un de ces cas il s'agit
de réhabiliter prudemment la leçon de Ν : chap. 1, 1. 33. 54 ; 3,1. 12 ; 4,1. 49 ; 5,1. 13. 15.
30 ; 12, 1. 16 ; 13, 1. 2. 4 ; 14, 1. 16 (bis) ; 14, 1. 21-23. 26. 30. 44 ; 17, 1. 2. 16. 34. 36.
45. L'éditeur a pu utiliser les leçons du codex Diuionensis (D) transmises par les humanistes,
mais la collation de Théodore de Bèze sur l'édition de Mesnart (1545), mentionnée dans
l'introduction (p. 107), n'apparaît pas dans le conspectus siglorum : est-ce parce qu'elle fait
défaut pour Virg ? L'apparat critique, alternativement positif et négatif, est clair, mais on
regrettera qu'à partir du chapitre 4 un décalage dans la linéation marginale du texte en rende la
lecture délicate. La traduction, faite en français directement sur le texte latin, réussit le tour de
force d'être à la fois précise et élégante. Le commentaire, dont l'utilisation est facilitée par la
présence d'un riche index, est sobre et instructif. Cependant le lecteur exigeant voudrait parfois
CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 309
en savoir un peu plus. Ainsi, à propos du chap. 4, il n'eût pas été inutile de commenter la
méthode exégétique de Tertullien et l'interprétation qu'il donne du silence de l'Écriture (à
distinguer notamment de Cast 4, 2 ; Mon 4, 4) ; 4, 6-8 pouvait être rapproché de Herrn 31,2-
5 ; en 5, 3, le lecteur pouvait être renvoyé pour subtilitas à C. Munier (CTC 89, 8) ; en 10, 1,
on aimerait connaître la destinée du néologisme honoriger. Mais ce ne sont là que les regrets
minimes d'un lecteur rendu insatiable par la qualité même de cet ouvrage. F. C.

3. TERTULLIANO, De spectaculis. Ad martyras, a cura di Martino MENGHI, Milano : Α.


Mondadori, 1995, XXIV-131 p. (Oscar classici greci e latini, 92).
La collection de poche «Oscar classici greci e latini» a déjà publié plus de quatre-vingt-dix
titres, offrant chaque fois une introduction, le texte original et une traduction plus ou moins
annotée. L'Antiquité chrétienne n'y est représentée que par Minucius Felix et Tertullien. Ce
troisième volume consacré à notre auteur choisit une voie médiane entre la reproduction d'un
ouvrage déjà paru (cas d'Apol ; CTC 94, 55) et la publication d'un travail original (ainsi pour
Cor ; CTC 92, 1). Il se recommande par une traduction nouvelle due à M. Menghi, dont on
avait déjà apprécié la version du De anima (CTC 89, 1). Le texte en revanche est emprunté,
sans apparat, aux éditions d'E. Dekkers (Mart = CSEL 1) et de M. Turcan (Spect = SC 332).
La réimpression est déparée par quelques fautes, qui heureusement ne gênent pas la lecture ; on
corrigera en Mart 3, 4 et (athletae) ; Spect 1, 1 recognoscite ; 2, 5 et 21, 4 de longircquo ; 6, 3
inst/tutionis ; 15, 7 quid (faute de SC) ; 17, 5 cur quae ; 25, 3 w/dere ; 27, 3 momento quo. En
revanche on peut se demander si la présentation typographique qui fait débuter chaque chapitre
sur une nouvelle page ne donne pas trop d'importance à une division bien postérieure à
l'auteur. Quoi qu'il en soit, à relire le texte de Spect, on est à nouveau frappé par la préférence
systématique que l'éditrice avait donnée aux leçons de l'édition princeps face à celles de
YAgobardinus. P. P.

4. TERTULLIANO, Esortazione alla castità