CHIMIE ORGANIQUE

CHIMIE ORGANIQUE

CHIMIE ORGANIQUE
Stéréochimie, entités réactives et réactions
René MILCENT

17, avenue du Hoggar Parc d’Activité de Courtabœuf, BP 112 91944 Les Ulis Cedex A, France

Du même auteur : Chimie organique hétérocyclique, EDP Sciences, 2003

Imprimé en Espagne

ISBN : 978-2-86883-875-9
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (alinéa 1er de l’article 40). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.
©

EDP Sciences 2007

Je dédie ce livre à François, mon petit-fils, et à tous mes étudiants.

Avant-propos

La chimie organique représente la partie la plus importante de la chimie du carbone. L’étude de l’élément « carbone » (à l’état pur dans le diamant, et présent à plus de 99 % dans le charbon ou le graphite) et celle d’autres composés comme les carbures métalliques représentent la partie dite inorganique ou minérale de la chimie de cet élément. L’adjectif « organique » (provenant de la vie) a une origine historique puisque la première molécule synthétisée, l’urée, était d’origine naturelle (Frédéric Wölher, 1840). La chimie organique est, de nos jours, la science qui étudie les molécules constituées d’un ou plusieurs atomes de carbone liés entre eux et à d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le soufre, le phosphore, les halogènes (fluor, chlore, brome, iode), parmi les plus importants. Dans les composés organométalliques, des métaux entrent dans la composition de la molécule : on peut citer parmi eux les plus souvent rencontrés, le sodium (Na), le potassium (K), le lithium (Li), appelés métaux alcalins, ou le cuivre (Cu), le zinc (Zn) et surtout le magnésium (Mg). Dérivée de la chimie organique et de la biochimie, il existe la chimie bio-organique, terme redondant dans la mesure où « bio » et « organique » ont la même signification (la vie). Cette branche de la chimie organique recouvre l’étude chimique et physicochimique des composés d’origine naturelle ainsi que les mécanismes chimiques impliqués dans les processus biologiques moléculaires. La chimie biologique (terme utilisé au XIXe siècle pour désigner la biochimie) se consacre plus particulièrement à la synthèse des composés d’origine naturelle. Il existe des traités de chimie organique, dont le renom n’est plus à faire, et qui ont aidé l’auteur à écrire ces pages (en particulier ceux de Mary et Louis F. Fieser, Jerry March, ou K. Peter Vollhardt et Neil E. Schore, parmi d’autres). Il existe aussi d’excellents cours et dictionnaires dans ce domaine. Par contre, peu d’ouvrages proches d’un guide pour l’étudiant débutant ont été conçus, des ouvrages qui se rapprochent d’un cours, dans la mesure où, définitions et exemples se succèdent selon un ordre aussi logique que possible dans les différentes parties de la chimie organique. C’est ce que l’auteur

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Chimie organique

a tenté de réaliser, en espérant y avoir réussi. Ainsi, l’étudiant peut y retrouver une définition sans être obligé de lire plusieurs pages préliminaires, et aussi, d’y trouver des exemples simples qui l’éclairent immédiatement, ou complexes, et qui lui ouvrent d’autres perspectives. Cet ouvrage ne peut pas se substituer à un cours magistral, mais il peut l’accompagner. Sa structure qui ne fait pas apparaître les fonctions les unes après les autres selon le schéma français classique, permet, par contre, des généralisations plus facilement accessibles par groupes réactionnels. La recherche de la concision et de la clarté a été étayée par une longue expérience pédagogique de l’auteur, et en particulier, les longues discussions qu’il a pu avoir avec les étudiants à la fin des cours. La simplicité a prévalu volontairement dans les premiers chapitres, mais des compléments parfois nécessaires ont été ajoutés dans les chapitres suivants, en fonction des besoins. Par exemple, pour ce qui concerne les liaisons du carbone : au premier chapitre sont présentées les différentes hybridations des orbitales de cet élément, de l’oxygène, et de l’azote, et au chapitre 14, la théorie des orbitales moléculaires, ce qui rend la chimie organique plus accessible aux étudiants dont ce n’est qu’une matière de concours (par exemple le PCEM). Pour les autres, il suffit qu’ils se reportent au chapitre 14. L’utilisation de couleurs apporte dans certains cas un moyen de mieux suivre le déroulement de mécanismes, voire de rendre moins austère l’apprentissage de cette discipline. Certains schémas sont encadrés, d’autres ne le sont pas. Le degré d’intérêt de telle réaction, mécanisme ou exemple est purement subjectif, sauf pour les réactions les plus classiques, et ne pourra donc satisfaire tous les chimistes qui voudront y jeter un œil, selon leurs propres conceptions du sujet traité. Des notes ont été ajoutées à certains endroits du texte. Elles sont parfois utiles pour expliquer un terme utilisé : par exemple, la distillation azéotropique, ou le benzyne… Elles sont peu nombreuses afin de ne pas être une gêne à la lecture. Les années de découverte des réactions les plus connues sont parfois approximatives en raison de publications multiples sur le sujet à une même époque. L’orthographe de certains termes est variable selon les ouvrages en français. Par exemple, protoné ou protonné, dipole ou dipôle… L’auteur a donc fait un choix délibéré, selon ses propres sources d’information. Comme le titre de l’ouvrage l’indique, la physico-chimie n’a pas été traitée. En raison de l’importance du développement de ce domaine et de certaines contraintes éditoriales, il a été jugé plus pertinent que les étudiants se reportent, dans ces conditions, vers des livres spécialisés facilement accessibles. Pour terminer ces quelques lignes, l’auteur tient à exprimer toute son amitié, sa gratitude et ses chaleureux remerciements à Messieurs Géo BARBIER et François CHAU, Maîtres de Conférences à l’Université Denis Diderot à Paris : d’abord, à Monsieur Géo BARBIER, pour les discussions pédagogiques toujours fructueuses et qui ont été utiles pour la rédaction de certains points de cet ouvrage, et ensuite, à Monsieur François CHAU, pour l’important et minutieux travail de relecture qu’il a effectué, sans oublier les excellents conseils qu’il a prodigués avec beaucoup de générosité.

Sommaire
PREMIÈRE PARTIE : Molécules et entités réactives ............................................................................... 7 Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique ............................... 9 Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée ........................................... 23 Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques .................................................. 39 Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie ................................................................... 51 Chapitre 5 - Polarisation des liaisons ........................................................................ 127 Chapitre 6 - Entités réactives ................................................................................... 175

SECONDE PARTIE : Les grands mécanismes réactionnels ................................................................. 271 Chapitre 7 - Généralités ............................................................................................ 273 Chapitre 8 - Les réactions de substitution ................................................................ 287 Chapitre 9 - Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes ............................... 457 Chapitre 10 - Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle, imine et nitrile .................................................................................... 517 Chapitre 11 - Les réactions d’élimination ................................................................. 603 Chapitre 12 - Les réactions d’oxydation ................................................................... 645 Chapitre 13 - Les réactions de réduction .................................................................. 689 Chapitre 14 - Les réarrangements ............................................................................. 745

PREMIÈRE PARTIE :
MOLÉCULES ET ENTITÉS RÉACTIVES
Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie Chapitre 5 - Polarisation des liaisons Chapitre 6 - Entités réactives

Chapitre 1 Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

Sommaire :
1.1 L’atome de carbone ..........................................................................................10 1.1.1 - Les orbitales atomiques (voir aussi § 14.1) .............................................13 1.1.2 - Les orbitales hybridées du carbone ........................................................13 1.1.2a - L’hybridation sp3 .......................................................................14 1.1.2b - L’hybridation « sp2 » ................................................................15 1.1.2c - L’hybridation « sp » ..................................................................17 1.1.3 - L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés .......................................................18 1.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) ....................19 1.3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) .........................20

Remarque importante : ce chapitre ne constitue qu’un rappel du cours d’atomistique. Les lois de remplissage des cases quantiques sont considérées connues. Un complément à ce chapitre concernant les orbitales atomiques et moléculaires (liantes, anti-liantes, non liantes, HOMO et LUMO) est donné dans la section 14.7.

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Chimie organique

1.1

L’atome de carbone

L’élément « carbone » est situé dans le milieu de la seconde période du tableau de Mendéléiev (tableau 1.1) entre le bore (B) et l’azote (N).

Familles
périodes

I
1,008

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

1 2 3

1

H
9,01 10,81 12,01 14,01 16 19

4

2

He Ne

6,94

20,18

3

Li Na

4

Be Mg

5

B Al

C 6
28,09

7

N P

8

O

9

F

10

22,99

24,31

26,98

30,97

32,06

35,45

39,95

Si
14 15

11

12

13

16

S

17

Cl

Ar
18

masse atomique 12,01

6

C

n° atomique (Z) : nombre d'électrons qui gravitent autour du noyau de l'atome

Tableau 1.1

Le carbone appartient à la 4e famille des éléments. Son numéro atomique, (Z), est 6 ; il possède donc 6 électrons e- (deux sur la couche 1, et quatre sur la couche 2) qui gravitent autour du noyau, lequel est constitué de 6 protons chargés positivement ce qui confère la neutralité électrique de l’atome. Sa configuration électronique est : 1 s2 2 s2 2 p2 L’isotope naturel 13C non radioactif, froid, est le plus abondant, avec environ 1% de la quantité du 12C. Il contient dans le noyau de l’atome 6 protons et un neutron. L’isotope 14C, radioactif ou chaud, à l’état de traces dans la nature, contient dans le noyau un neutron supplémentaire par rapport à 13C (6 protons et 2 neutrons).
Rappel : les isotopes d’un même élément ont un même nombre de protons et d’électrons ce qui assure la neutralité électrique de l’atome, mais se différencient par le nombre de neutrons présents dans le noyau de l’atome à côté des protons. Comme leur nom l’indique, les neutrons ne portent aucune charge électrique, mais possèdent une masse égale à celle du proton. Ce qui explique la variation de la masse atomique (12C,13C, 14C).

La 8e famille des éléments du tableau de Mendéléiev regroupe les gaz nobles ou rares : hélium (He), néon (Ne), krypton (Kr), xénon (Xe) et radon (Rn). Ce sont des éléments inertes chimiquement qui ne peuvent ni perdre ni gagner des électrons et sont les plus stables. Les éléments des autres familles sont actifs chimiquement car ils perdent ou gagnent des électrons en formant des liaisons dans les réactions afin d’atteindre la

1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

11

configuration électronique du gaz rare qui leur est le plus proche, de numéro atomique Z plus faible ou plus élevé, ce qui les stabilise. Pour la plupart des éléments de la seconde période, la stabilité est donc acquise lorsque 8 électrons sont présents sur la couche 2 (ce qui correspond à la configuration électronique stable du néon 1 s2, 2s2, 2 p6, Z = 10). C’est la règle dite de l’octet, soit 4 doublets d’électrons sur la couche externe de l’atome. La position centrale du carbone avec Z = 6 dans le tableau de Mendéléiev (figure 1.1) nécessiterait a priori, qu’il perde ou gagne 4 électrons pour obtenir respectivement les configurations des gaz rares les plus proches 2He (hélium) ou 10Ne (néon), devenant ainsi des ions C4+ ou C4-. Cette éventualité est impossible car elle suppose un apport très important d’énergie peu compatible avec la nature des réactions de la chimie organique. Une autre solution qui permet à l’atome de carbone de parvenir à la configuration électronique du néon est la mise en commun de ses quatre électrons de la couche 2 avec d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, les halogènes, pour n’en citer que les plus classiques, ou d’autres atomes de carbone, en formant ainsi quatre liaisons dites covalentes, comme dans le méthane, CH4. Réciproquement, les éléments ainsi liés au carbone mettent eux aussi en commun leurs propres électrons avec le carbone. Cette réciprocité des éléments dans la mise en commun d’électron(s) lors de la formation des liaisons covalentes leur permet d’obtenir chacun une configuration de gaz rare : ainsi, par exemple, l’hydrogène 1H, gagne un électron et obtient la configuration de l’hélium, 2He, et le fluor, 9F, celle du néon, 10Ne. On remarquera que la configuration électronique du carbone est différente selon qu’il est dans son état fondamental, non lié, ou au contraire, partie d’une molécule, formant alors quatre liaisons covalentes (figures 1.1 et 1.2).
20 10 Ne

: néon

(gaz rare ou noble)

1s2

2s2

2p6
12

12

6 C:

carbone

6 C:

carbone

(configuration électronique de l'élément à l'état fondamental: non lié)

(configuration électronique lors de la formation des liaisons covalentes)

1s2

1s2

2p2

case quantique p vide

2s1 2p3

Les 4 cases quantiques de la couche 2 sont complétées par des électrons célibataires (non figurés) apportés par les éléments qui forment les liaisons covalentes avec le carbone, contribuant ainsi à stabiliser l'atome de carbone en lui donnant une configuration de gaz rare, dans ce cas, le néon.

Figure 1.1

potassium et lithium). ayant perdu un électron devient un cation métallique M+. et le métal lui transfère le quatrième électron (règle de l’octet) : le métal. .2 Une liaison covalente. ils ont des spins contraires représentés par des flèches inversées.3) (§ 6. Ce 4e électron fourni ainsi au carbone. chaque liaison gardant un caractère covalent. Dans ce dernier cas. Comme la figure 1. et inversement pour le carbone.2 le montre. Dans ce cas. Tous les électrons d’un atome sont disposés dans des cases quantiques où ils sont seuls. Le carbone obtient ainsi 8 électrons (octet d’électrons) sur sa seconde couche (comme le néon) et chacun des hydrogènes acquiert par sa liaison au carbone un électron ce qui lui donne la configuration électronique de l’hélium. pour former 4 liaisons covalentes. électrons dits « appariés » formant une paire ou un doublet d’électrons. ces deux électrons définissent le doublet de liaison. Le carbone est alors entouré d'un octet d'électrons. Le carbone peut aussi former des liaisons ioniques avec les métaux alcalins (sodium. résulte donc de la mise en commun d’un électron célibataire par chaque atome qui la constitue. créant ainsi des doubles (2 doublets = 4 électrons) ou triples liaisons (3 doublets = 6 électrons). Figure 1. mette en commun plusieurs de ses électrons avec le carbone. le carbone forme trois liaisons covalentes ce qui lui apporte trois fois un électron. Il est possible qu’un élément.13). groupe qui porte une charge négative sur ce carbone et appelé carbanion (figure 1. symbolisée par un trait. Exemple: CH4 le méthane H H C H H ou H C H H H liaison covalente simple Carbone dans CH4 structure de Lewis 1s2 couche 1 Cette liaison correspond à un doublet d'électrons formé à partir d'un électron du carbone et d'un électron de l'hydrogène. neutre dans son état fondamental. comme l’oxygène ou l’azote. sans mise en commun réciproque comme dans les liaisons covalentes. électrons dits « célibataires » ou par deux.12 Chimie organique Rappel : une case quantique figurée par un petit rectangle ne peut pas recevoir plus de deux électrons de même type « s » ou « p » (pour les deux premières couches). ce qui signifie que leurs rotations par rapport à leurs axes de symétrie sont inversées. le transforme alors en un anion. le méthane est constitué d’un atome de carbone lié par quatre liaisons covalentes aux quatre atomes d’hydrogène. 1H : hydrogène 2He : hélium (gaz noble) 1s1 1s2 H couche 2 H H H Chaque atome d'hydrogène met son électron en commun avec l'atome de carbone.

1. .1.4 Par contre. bore. Les éléments de la première période. correspondant alors aux électrons « s » de la seconde couche (lithium. et à l’hélium. Le carbone et les autres éléments de la seconde période sont constitués de deux types d’électrons : électrons « s » et électrons « p ». Ces électrons « p » ne sont présents qu’à partir de la couche 2 où ils n’excèdent pas le nombre de 6. 1s1. R2. que cet électron soit 1s (première couche correspondant à l’hydrogène. carbone.1) L’orbitale d’un électron dans un atome est le lieu géométrique de l’espace où il existe une très forte probabilité de le trouver.1 – Les orbitales atomiques (voir aussi § 14. une « s » et trois « p » et deviennent « 2s1 2p3 » (figure 1. hydrogène et hélium ne possèdent que des électrons « s ». « 1s2 ».3 C Na 1. les orbitales atomiques des électrons « p » sont représentées par deux lobes symétriques par rapport au noyau de l’atome. 1. les électrons de la seconde couche « 2s2 2p2 » présents à l’état fondamental dans deux cases quantiques. avec un seul électron. noyau de l'atome orbitale atomique pure "s" orbitale atomique pure "p" Figure 1.2 – Les orbitales hybridées du carbone Lorsque le carbone forme des liaisons covalentes avec d’autres atomes. ou « 2s ». fluor.4) sont décrites par des sphères centrées sur le noyau de l’atome. béryllium. R3 représentent des atomes ou groupes d'atomes formant chacun une liaison covalente avec l'atome de carbone Figure 1. avec deux électrons. se répartissent dans les quatre cases quantiques qui constituent la couche 2. azote.1. néon) et dont le nombre n’excède pas deux (remplissage d’une seule case quantique par couche).2). Les orbitales atomiques des électrons « s » (figure 1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 13 R1 R2 R3 carbanion cation métallique R1. une « s » et deux « p ». oxygène.

6 Ce type d’hybridation est celui du carbone dans le méthane CH4 : 4 liaisons σ équivalentes sont formées par recouvrement des 4 orbitales hybridées « sp3 » du carbone avec .1.2a – L’hybridation sp3 Dans le cas où un atome de carbone forme 4 liaisons simples σ avec d’autres atomes.9).5 Les quatre axes de symétrie de ces orbitales hybridées du carbone font entre eux des angles dièdres égaux de 109° 28'. « sp2 » (deux liaisons simples et une double liaison) ou sp (une liaison simple et une triple liaison). S’il est latéral. Elles sont représentées par deux lobes dissymétriques (figure 1.6). noyau de l'atome orbitale hybridée Figure 1. celui-ci est dans l’état d’hybridation « sp3 ». Si ce recouvrement est coaxial.14 Chimie organique Selon la nature des liaisons créées entre le carbone. la liaison ainsi créée est dite π (pi) (voir la figure 1. Les 4 électrons de la seconde couche deviennent hybrides (entre « s » et « p ») et leurs 4 orbitales deviennent hybridées.5) centrés sur le noyau de l’atome. et d’autres atomes. Le noyau du carbone est au centre de la représentation (figure 1. Une liaison entre atomes correspond à un recouvrement des orbitales des deux électrons mis en commun formant ainsi une orbitale moléculaire. la liaison est dite σ (sigma). le carbone est dit dans l’état d’hybridation « sp3 » (quatre liaisons simples). 1. 109°28' 109°28' 109°28' C 109°28' 109°28' tétraèdre du carbone hybridé "sp3" Figure 1. On parle alors de Ctétraèdral.

le butane C4H10. comme les deux groupes méthyles dans la molécule d’éthane CH3-CH3. ce qui permet à deux groupes carbonés adjacents de tourner l’un par rapport à l’autre. H σ σ orbitales 1"s" de l'hydrogène C σ σ H H H orbitales hybridées "sp3" du carbone molécule de méthane CH4 H H H σ σ σ recouvrement de deux orbitales hybridées sp3 C C σ σ σ (liaison σ) H σ rotation possible H recouvrement d'une orbitale hybridée sp3 du carbone et d'une orbitale pure "s" de l'hydrogène (liaison σ) H molécule d'éthane CH3-CH3 Figure 1.1. le propane C3H8.1. L’orbitale « p » pure se situe de part et d’autre de ce plan. Les 3 autres orbitales sont hybridées « sp2 » à partir de l’orbitale « s » et des deux orbitales « p » restantes (figure 1. . Outre le méthane. 1.7 Il y a libre rotation autour des liaisons simples . cette hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcanes de formule générale CnH2n+2 comme l’éthane C2H6. une seule orbitale « p » de la couche 2 reste pure. elle est donc figurée comme une haltère symétrique.7). leurs axes de symétrie sont coplanaires et font entre eux des angles de 120°.2b – L’hybridation « sp2 » Dans ce type d’hybridation des orbitales atomiques du carbone. etc. Les 3 orbitales hybridées « sp2 » sont équivalentes.8). et son axe lui est perpendiculaire. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 15 les 4 orbitales « s » sphériques de 4 atomes d’hydrogène formant un système tétraédrique (figure 1.

9 .(imine. chaque atome de carbone de la double liaison est hybridé « sp2 » et forme: – trois liaisons σ. groupe présent aussi dans les hydrazones.9). entre C et O dans le groupe carbonyle >C=O. et ses analogues. >C=N-OH). >C=S (thione) et >C=N. deux avec l’hydrogène et une avec l’autre carbone. – une liaison π. La molécule est plane (les noyaux des deux carbones et des quatre hydrogènes dans l’éthylène sont coplanaires) et les angles de liaisons sont de 120°.16 Chimie organique orbitales hybridées sp dont les axes sont coplanaires 2 orbitale p pure perpendiculaire au plan des axes des orbitales hybridées sp2 120° 120° C 120° carbone hybridé sp2 Figure 1. >C=N-NH-CO-N< et oximes. 4 électrons). La double liaison est donc formée d’une liaison σ et d’une liaison π (soit. par recouvrement latéral des deux orbitales p pures des deux atomes de carbone hybridés « sp2 » (remarque : ce recouvrement n’a pas été réalisé dans la figure 1. Dans l’éthylène (figure 1.9 pour des raisons de lisibilité). >C=N-N< et semicarbazones. liaison σ résultant du recouvremenent coaxial d'une orbitale s de l'hydrogène et d'une orbitale hybridée sp2 du carbone liaison π résultant du recouvrement latéral des orbitales p pures de part et d'autre du plan des orbitales hybridées sp2 π pas de libre rotation entre ces deux carbones H σ σC π σ H H H σ C σ σ H H2C=CH2 éthylène H H H liaison σ résultant du recouvrement coaxial des orbitales hybridées sp2 des deux carbones.8 Ce type d’hybridation est caractéristique des doubles liaisons entre carbones >C=C<. Figure 1. Le carbone est alors dit Ctrigonal. en tout.

1.1. comme dans HCl. dans certains cas. les doubles liaisons sont bloquées. – Les axes des deux orbitales « p » pures sont perpendiculaires entre eux et à l’axe commun des orbitales hybridées « sp ». En raison du recouvrement latéral des orbitales « p » pures (liaison π). en particulier. 1 atm). à deux composés différents par leur représentation dans l’espace (voir les réactions d’addition sur les doubles liaisons. Toutefois. deux orbitales p pures sont accompagnées de deux orbitales hybridées « sp » équivalentes et formées à partir de l’orbitale « s » et de la troisième orbitale « p » de la couche 2 du carbone. il n’y a plus libre rotation entre les carbones hybridés « sp2 » dans les conditions dites normales (température de 25 °C.11). p sp p sp axe des orbitales hybridées sp recouvrement d'orbitales p pures. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 17 Les doubles liaisons représentent des régions de la molécule à forte densité électronique. Cette attaque pourra s’effectuer sur chaque face du plan « sp2 » ce qui peut conduire. ce qui correspond à un fort apport d’énergie à la molécule.10 .2c – L’hybridation « sp » Lorsque le carbone est dans l’état d’hybridation « sp » (figure 1. chapitre 10). sous l’action d’un rayonnement ultraviolet. – Les axes des deux orbitales « sp » sont colinéaires. provenant par exemple d’acides hydrohalogénés (formule générale HX avec X = halogène. le recouvrement latéral des orbitales « p » n’est plus assuré et une rotation autour de la liaison σ devient possible (ce mécanisme est à la base du phénomène de la vision). ou de température élevée. par des entités chargées positivement telles que H+.10). 1. le proton. HBr) ou d’un carbone chargé positivement appelée carbocation (§ 6. Elles seront donc très facilement attaquées. première liaison π oeil de l'observateur et ce qu'il voit H recouvrement d'orbitale s pure de l'hydrogène et d'orbitale hybridée sp du carbone (liaison σ) orbitale sp H second recouvrement d'orbitales p pures deuxième liaison π 2π σ orbitales p pures H C Cσ H acétylène σ Figure 1.

et la fonction nitrile -C≡N. (figure 1. les cétènes et les carbodiimides ont aussi un carbone « sp » avec deux doubles liaisons de part et d’autre. Ces derniers définissent deux plans perpendiculaires entre eux puisque les axes des deux orbitales « p » pures du carbone central sont perpendiculaires entre eux. Un cas particulier concerne l’allène qui ne possède pas de triple liaison.. comme pour les doubles liaisons. le carbone central est hybridé « sp » et les deux autres « sp2 ». le butyne.11). dont H + et les carbocations (groupes dont un carbone porte une charge positive).18 Chimie organique Le carbone ainsi hybridé. forme deux liaisons et deux liaisons ce qui conduit dans l’acétylène HC≡CH (2 carbones hybridés « sp » liés) à une triple liaison (soit six électrons). 90° H H π σ H carbone hybridé sp2 carbone hybridé sp plans perpendiculaires H π σ H carbone hybridé sp2 σ π σ C2 σ sp H C σ sp π sp2 σ Cσ H H allène Note : il existe encore d’autres cas semblables à l’allène.3 – L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés Dans l’allène. comme le propyne. l’attaque des entités chimiques pauvres en électrons. Outre l’acétylène.1. CnH2n-2. etc. Cette forte concentration d’électrons a pour conséquence.11 . C3H4. hybridation sp C C O N C N cétène carbodiimide Figure 1. Ainsi. ce type d’hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcynes de formule générale. 1. C4H6.

En fait. L’explication réside dans une hybridation de « type sp3 » de géométrie tétraédrique. car elle est trop élevée. cet angle est de 104°. a priori.12 Cet élément peut donc former deux liaisons covalentes avec d’autres éléments pour acquérir la configuration électronique du néon (Z = 10). chaque atome d’hydrogène met son électron célibataire en commun avec un électron de la couche 2 de l’oxygène (figure 1.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’oxygène 8O est 1s2 2s2 2p4 (figure 1.12) : 1s2 2s2 2p4 Figure 1. on devrait. Dans l’eau. Cette augmentation de l’angle de liaison ne peut pas être la conséquence de la répulsion entre les deux atomes d’hydrogène qui portent chacun une charge partielle positive. un électron célibataire. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 19 1.13).1. Deux des quatre orbitales hybridées contiennent une paire d’électrons et les deux autres.13 diméthyléther . Les orbitales « p » pures de l’oxygène faisant entre elles un angle de 90°. des orbitales des électrons de la couche 2 de l’oxygène. H2O. observer le même angle entre les deux liaisons OH de la molécule d’eau. comme le représente le schéma suivant: doublets libres non liants O H H H eau O H H H H C H H O O H H3C H H C H H O C H H H H3C O CH3 méthanol Figure 1.

15). tétraèdrique (figure 1.. comme dans le formaldéhyde (figure 1. 7N.20 Chimie organique Cette structure se retrouve dans les alcools R-O-H. elles sont accompagnées d’une orbitale « p » pure dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les trois axes des orbitales « hybridées ». Trois orbitales hybridées contiennent chacune 1 électron célibataire et la quatrième. R-NH-R'. . R'. hybridée elle aussi. primaires. et les éthers R-O-R' où R et R' représentent des groupes hydrocarbonés (par exemple alkyles: CH3. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp3 ». comme dans le groupe carbonyle >C=O. propyle. tertiaires où R. éthyle.14 π CσO 1.16).15 Lorsque l’azote forme 3 liaisons simples comme dans l’ammoniac NH3 ou les amines (R-NH2.3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’azote. dont deux d’entre elles contiennent chacune une paire d’électrons et la troisième un électron célibataire. secondaires. 1s2 2s2 2p3 Figure 1.14).. R" représentent des groupes carbonés). il est alors dans un état d’hybridation de « type sp2 » (comme le carbone qui l’accompagne). méthyle. ou R-N(R")-R'. et il existe alors 3 orbitales hybridées. contient une paire d’électrons (doublet libre non liant).). C3H7. C2H5. H C H π σ O H H méthanal ou formaldéhyde Figure 1. Lorsque l’oxygène forme une double liaison. est 1s2 2s2 2p3 (figure 1.

16 Lorsque l’azote forme une double liaison et une liaison simple comme dans les imines >C=N-R'. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp2 » : deux des trois orbitales hybridées contiennent chacune un électron célibataire. Les deux orbitales « p » pures de l’azote forment avec .17).17 Lorsque l’azote forme une triple liaison avec un carbone pour créer une fonction nitrile -C≡N. dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les axes des trois orbitales hybridées. Comme pour l’oxygène. et la troisième. une paire d’électrons (figure 1... les oximes >C=N-OH. il est alors dans l’état d’hybridation de type « sp ». l’autre orbitale hybridée contient seulement un électron et forme avec une orbitale hybridée « sp » du carbone une liaison σ.1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 21 doublet libre non liant H N H H H H N H H H H C N H H ammoniac NH3 méthylamine CH3NH2 Figure 1. Une orbitale hybridée de l’azote contient un doublet d’électrons libres (doublet libre de l’azote). Il reste donc une orbitale « p » pure contenant un électron. cet électron « p » permet la formation de la liaison π avec un atome de carbone hybridé « sp2 » : H π σ C N H H H H π Cσ N H H π σ C N H H H H π H Cσ N Figure 1..

22 Chimie organique celles du carbone les deux liaisons π de la fonction nitrile (figure 1. π π H C σ N Hσ C H π σ π N acide cyanhydrique π π H C σ C σ N Hσ H Cσ C σ σ π σ π N H H acétonitrile Figure 1. l’acide cyanhydrique et l’acétonitrile (ou éthanenitrile).18). Deux exemples sont donnés.18 .

.......................................................3 Notions générales de nomenclature .........................................2 ..................1 ..L’analyse pondérale ou quantitative .........1.................................24 2............................................. formule développée et introduction à la nomenclature Sommaire : 2...............................24 2.....L’analyse élémentaire ........................24 2.25 2........Chapitre 2 La molécule : formule brute............................26 .........2 La formule développée ...................1....................................1 La formule brute ....................

2.01 g. et d’autres gaz formés à partir de l’azote. Elle est définie à partir de l’analyse élémentaire. l’oxygène et l’hydrogène par des réactions spécifiques à chaque élément. d’où sa masse meau.01 % de carbone dans l'échantillon = masse de carbone dans l'échantillon X 100 masse totale de l'échantillon (M) . l’anhydride carbonique était piègé à la sortie de l’appareil par la potasse ou la chaux sodée sous forme de carbonates ce qui permettait de déterminer sa masse mCO2.1 – L’analyse élémentaire L’analyse élémentaire permet de définir les éléments présents (analyse qualitative) autres que le carbone. Sachant que la masse atomique de l’hydrogène est 1.1. formule développée).24 Chimie organique 2. et celle de CO2 de 44. Avant l’utilisation de cette technique. une masse M d’échantillon est brûlée dans un courant d’oxygène ce qui oxyde tous les atomes de carbone en molécules d’anhydride carbonique CO2 et les atomes d’hydrogène en molécules d’eau.016 18.016 g. C3H6O. 16.2 – L’analyse pondérale ou quantitative L’analyse pondérale ou quantitative permet de définir le pourcentage de chaque élément constituant la molécule à l’exception de l’oxygène.000. CH4N2O. des techniques modernes basées sur la chromatographie sont utilisées. d’hydrogène et d’oxygène.016 masse d'hydrogène dans l'échantillon 2O x masse totale de l'échantillon (M) CO2 X 100 masse de carbone dans l'échantillon = m x 12. et la propanone ou acétone (CH3-CO-CH3.008. la masse moléculaire de H2O est égale à 18. H2O.1 La formule brute La formule brute (ou condensée) indique les différents types d’atomes qui constituent la molécule et leur nombre. Par exemple. masse d'hydrogène dans l'échantillon = m H % d'hydrogène dans l'échantillon = 2. par différence de masses du piège avant et après l’expérience. 12. Par exemple. Il en est de même de l’eau retenue dans un piège à perchlorate de magnésium. pour un composé constitué de carbone. H2O. un desséchant. 2. Elles permettent aussi d’obtenir directement les pourcentages des différents éléments qui constituent la molécule étudiée.01 et celle de l’oxygène.1. formule développée) a pour formule brute. et de techniques physicochimiques permettant de déterminer la masse moléculaire. l’urée (H2N-CO-NH2. Pour séparer les molécules de CO2. Il est donc facile de déterminer les pourcentages de chacun des éléments dans l’échantillon M.01 44. de l’analyse pondérale. celle du carbone.

08 – 48. Enfin.016 = 0. le rapport devient pour C : 4. Aux erreurs d’expérience près.5 / 3 / 1. on peut dire qu’il existe un rapport C / H / O = 1.016 / 18. mais le rapport entre C / H / O est le même pour C6H12O4 (avec M =148.71 = 1. toutes deux sont basées sur la variation respective du point de fusion ∆ F °C ou d’ébullition ∆ Eb °C d’un liquide lorsqu’on y ajoute en solution une quantité définie d’une molécule de masse M.01. d’hydrogène et d’oxygène est donc : pour C : 48. pour déterminer la formule exacte. Le spectromètre de masse est un appareil qui permet d’obtenir dans la plus grande majorité des cas. Plusieurs méthodes anciennes existent.03 / 2. la chaîne carbonée est représentée simplement par des traits simple.%C). 0. et. la formule développée indique la nature des liaisons interatomiques. H et O. 2.16) et pour tout autre multiple de C3H6O2 (C6H12O4. à partir d’une quantité infinitésimale de substance à analyser. C12H24O8…). Le pourcentage d’oxygène est donc : 100 – 8. dans certains cas.2 La formule développée En plus de la formule brute.73 g d’eau et 0.71. . et seules les fonctions apparaissent.18 g de CO2. et pour l’oxygène : 43.01 = 4.08 / 1. Il s’agit de la cryoscopie ou de l’ébullioscopie. formule développée et introduction à la nomenclature 25 Pour une molécule constituée uniquement de C. écriture simplifiée. le rapport devient C / H / O = 3 / 6 / 2 soit une formule possible : C3H6O2 avec une masse moléculaire M = 74.00816 g. et la masse de carbone : 0.008 = 8.01 / 2. à la fois la masse moléculaire de l’échantillon mais aussi des informations importantes sur la structure de la molécule.0491 g. Le pourcentage d’hydrogène dans l’échantilon est donc : 100 x 0.101 = 8. Elles sont remplacées par la spectrométrie de masse.96.49 et pour H : 8.01 / 44. On peut remarquer dans les exemples présentés dans la figure 2. Le rapport entre les nombres d’atomes de carbone.71 = 2. dans le second cas. Le nombre d’atomes étant toujours un nombre entier.08 g. dans le dernier cas. Ces méthodes ne sont plus utilisées. Comme le montre l’exemple indiqué ci-dessus.1 les différentes possibilités d’écriture des formules développées : dans un premier cas tous les atomes sont représentés par leur symbole. La masse d’hydrogène dans l’échantillon est donc : 0.101 = 48. Si l’on considère qu’il y a 1 atome d’oxygène dans la molécule.08 %.18 x 12. il est nécessaire de connaître la masse moléculaire de l’échantillon.0491 / 0.51 / 12. Sa combustion fournit 0.03. très inférieure à 1 mg. ce qui permet de connaître le squelette carboné.00816 / 0. pour H : 8.101 g d’un composé constitué de carbone.41 / 16 = 2.01 = 0.73 x 2. d’hydrogène et d’oxygène est soumis à l’analyse quantitative. le pourcentage d’oxygène est déterminé par différence (100 .41 %.%H . la disposition relative dans l’espace des divers groupements qui constituent la molécule (voir stéréoisomèrie chapitre 3). les différentes fonctions.51 = 43.2.51 %. l’abréviation des groupes comme Me pour méthyle. Le pourcentage de carbone est : 100 x 0. Par exemple. Et pour éthyle… est utilisée. double ou triple selon le cas. La molécule : formule brute.

Les groupes alkyles correspondants formés par la perte d’un atome d’hydrogène sur un carbone terminal sont appelés respectivement méthyle (CH3 ou Me). … Certains isomères de chaîne sont indiqués par les préfixes iso comme l’isopropane : le groupe correspondant est appelé isopropyle (i-propyle ou i-Pr).1 O Me ou O La détermination de la formule développée fait appel à différentes techniques physicochimiques comme la spectrographie infrarouge (IR) qui indique les fonctions présentes et apporte quelques renseignements sur la nature des groupes carbonés. Les alcanes sont désignés par le suffixe « ane » : méthane (CH4). soit les carbones. Ces dénominations supposent que la chaîne de carbones est linéaire. butane (C4H10). heptane (C7H16). . des règles très précises ont été élaborées par un organisme international appelé IUPAC (International Union of Pure and Applied Chemistry). octane (C8H18). n-butyle (C4H9 ou n-Bu). pentane (C5H12).. plus spécifique des doubles et triples liaisons. puisque dans la Nature. hexane (C6H14). Tous les carbones sont hybridés « sp3 ». (13C RMN) selon leur environnement (en fait. éthane (C2H6). de formule générale CnH2n+2. Toutes les liaisons sont donc des liaisons σ. . éthyle (C2H5 ou Et). propane (C3H8). 2.2) qui fournit le groupe isobutyle (i-butyle ou i-Bu) et le groupe tertiobutyle (t-butyle ou t-Bu).26 Exemples : éthanol: formule brute: C2H6O formule développée: C2H5OH Chimie organique H3C CH2 OH ou acétone (ou propanone): Et-OH ou OH formule brute: C3H6O formule développée: CH3-CO-CH3. à chaque 12C est associé du 13C. la spectroscopie dans l’ultraviolet (UV). O ou H3C C CH3 ou Me Figure 2. Quelques unes d’entre elles sont décrites de façon succincte afin d’éclairer les chapitres suivants. à environ 1 % ). Il existe aussi l’isobutane (figure 2. série dite normale. ce sont les 13C qui sont étudiés par cette méthode mais cela n’a pas d’importance. la spectrométrie de résonance magnétique nucléaire (RMN) qui permet de différencier soit les protons (1H RMN).3 Notions générales de nomenclature Afin de nommer les molécules. n-propyle (n-C3H7 ou n-Pr). Me-CO-Me.Alcanes ou hydrocarbures saturés (RH) : composés constitués seulement d’atomes de carbones et d’hydrogènes..

. cyclopropane cyclobutane cyclopentane cyclohexane cycloheptane cyclooctane Figure 2. cyclobutane. Les substituants de la chaîne principale sont nommés selon l’ordre alphabétique de leur première lettre en omettant celles écrites en italique. formule développée et introduction à la nomenclature 27 H3C CH2 CH2 CH3 CH3 CH CH3 n-butane CH2 CH2 CH3 groupe alkyle n-butyle CH2 CH2 CH3 CH CH3 groupe alkyle i-butyle H3C CH3 C CH3 groupe alkyle t-butyle (tertiobutyle) CH3 isobutane ou i-butane 1 3 H3 C 2 5 7 CH2 4 CH2 CH2 6 8 CH2 CH CH3 CH2 CH3 ou 4-méthyl-octane 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 éthyle n-butyle 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane et non 9-n-butyl-11-éthyl-tétradécane Figure 2. Les divers groupes alkyles qui substituent cette chaîne sont indiqués en les faisant précéder de la numérotation des carbones de la chaîne principale auxquels ils sont liés.3). cycloheptane… (figure 2.3 . La molécule : formule brute.Cycloalcanes : les alcanes cycliques sont simplement désignés par le préfixe « cyclo » suivi du nom de l’alcane linéaire correspondant aux nombres de carbones du cycle : cyclopropane.2 Certains alcanes dits ramifiés sont définis à partir de la chaîne carbonée la plus longue. Ces numéros sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible.2). Les groupes alkyles sont indiqués sans « e » terminal : le groupe méthyle devient « méthyl » dans la dénomination de la molécule (exemples : 4-méthyl-octane et 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane. cyclohexane. figure 2.2.

Il est nommé en définissant d’abord la chaîne carbonée la plus longue.9. comme le composé suivant : CH3-C(C2H5)=CH-CH2-CH2–CH=CH2 qui est un diène.28 Chimie organique . l’anthracène. la numérotation n’est pas nécessaire. L’alcyne interne a une triple liaison à l’intérieur de la chaîne carbonée. et les numéros des carbones sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible. hep-2-yne). hydrocarbures insaturés et polyinsaturés (polyènes) : ce sont des alcanes dans lesquels une liaison simple C-C a été remplacée par une double liaison. (oléfines). en les choisissant de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible : 6-méthyl-octa-1. De même que pour les alcènes. c’est-à-dire qu’il renferme dans sa chaîne carbonée plusieurs doubles liaisons. Si un composé est polyinsaturé. le phénanthrène… (figure 2. etc. car il n’existe pas d’isomère de position. triène. le carbure correspondant est un alcyne.7-diène. il est indiqué devant le nom du composé dans lequel le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -ène (exemple : CH3-CH2-CH=CH-(CH2)3-CH3 . . puis en indiquant par des chiffres.4).4 . Le groupe vinyle correspond à –CH=CH2.6.Composés aromatiques carbonés : la définition précise de ce groupe de composés cycliques est donnée au 5. mais non aux extrémités de celle-ci (figure 2.5-diène et non 3-méthyl-octa-3. Elle peut donc se trouver à différents endroits de la chaîne carbonée d’où la nécessité d’indiquer le premier carbone hybridé « sp2 ». 7 5 3 6 4 2 1 hept-2-yne CH CH C C groupe éthynyle CH2 groupe 3-butynyle CH21 2 3 4 5 6 7 7 3 6 5 4 2 1 hept-4-èn-2-yne et non hept-3-èn-5-yne 4-vinyl-hept-1-èn-5-yne hex-1-yne (alcyne terminal) hex-3-yne (alcyne interne) Figure 2. le naphtalène. Lorqu’une double et une triple liaison sont présentes dans un composé.5. La plupart de ces composés ont des noms triviaux (noms anciens admis par coutume) comme le benzène.Alcènes. il s’agit alors d’un « ényne”. le groupe allyle à –CH2-CH=CH2. pour désigner un alcyne. propyne). c’est un polyène : diène. le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -yne (exemple : CH3-C≡CH. Un alcyne terminal possède une triple liaison à une extrémité de la chaîne carbonée. On choisit celui qui a le numéro le plus petit dans la chaîne carbonée la plus longue. la position de la triple liaison doit être indiquée par un chiffre suivi d’un tiret (exemple : CH3-C≡C-(CH2)3-CH3. 3-octène). les premiers carbones des insaturations. Le plus simple alcyne est l’acétylène ou éthyne. Donc. Dans le cas du propyne. les chiffres indiqués correspondent à la numérotation conventionnelle .Alcynes : si une simple liaison C-C d’un alcane est remplacée par une triple liaison.

9).2-diméthylbenzène o-diméthylbenzène ou o-xylène position ortho CH3 1. l’arsenic…).3-diméthylbenzène m-diméthylbenzène ou m-xylène CH3 1. comme le furane. ils sont dits en position ortho. phénanthryle… Si deux groupes substituent le benzène.2. pour les plus communs. mais aussi le phosphore.6 . La molécule : formule brute. le thiophène. sont aromatiques (§ 5.6. La substitution d’un hydrogène d’un groupe alkyle comme méthyle par un groupe aryle conduit à un groupe aralkyle (ex : groupe alkyle méthyle. la quinoléine. enfin. méta ou para selon qu’ils sont respectivement sur deux carbones adjacents du cycle ou éloignés l’un de l’autre par un carbone ou. par deux carbones. l’azote ou le soufre. la pyridine.4-diméthylbenzène p-diméthylbenzène ou p-xylène CH3 position méta CH3 position para CH2 - groupe aralkyle: benzyle Figure 2. d’appellations triviales (hors des règles de la nomenclature officielle). La numérotation du ou des cycles comportant un seul hétéroélément débute par celui-ci.5 . formule développée et introduction à la nomenclature 29 des carbones cycliques). Certains de ces hétérocycles. entre autres (figure 2. le sélénium. tels que l’oxygène. naphtyle. benzyle. -CH2Ph).6). le pyrrole.Composés aromatiques hétérocycliques : un composé hétérocyclique est un composé cyclique (ou polycyclique) à la fois constitué d’atomes de carbone et d’un ou plusieurs hétéroélément(s) (éléments au moins bivalents autres que le carbone. Les groupes dérivés de ces composés formés par perte d’un hydrogène cyclique sont les groupes aryles comme phényle (Ph). 9 8 7 6 5 4a 1 8a 2 3 4 7 6 5 8 9 1 2 3 10 4 6 5 4 7 3 8 10 1 2 benzène naphtalène anthracène phénanthrène CH3 CH3 1. 4 3 5 5 2 4 3 6 7 8 5 4 3 O 1 N H pyrrole S thiophène 6 N 1 2 N 1 2 furane pyridine quinoléine groupe hétéroaryle: 2-furyle O Figure 2. et groupe aralkyle. -CH3.

7 Très utilisés pour les halogènures.3-dichlorobutane dichloroalcane vicinal ou vic-dichloroalcane Figure 2. Le groupe correspondant à la perte de l’hydrogène de l’alcool RO. et que le groupe OH n’est pas prioritaire (voir les composés polyfonctionnels ci-après). D’une manière générale. iodoforme). . respectivement.est un groupe alkoxy comme méthoxy. butanol… La présence d’un groupe OH à l’intérieur d’une chaîne aliphatique nécessite d’indiquer le numéro du carbone qui le porte. Pour le méthane. iodure d’éthyle). comme les groupes furyle.7 (la règle de nomination des groupes selon l’ordre alphabètique de leurs premières lettres s’applique évidemment). thiényle. éthanol. Un exemple de composé polyhalogèné est donné dans la figure 2. tri-. les termes géminal indiqué « gem » et vicinal. chlorure de méthylène. il devient le groupe « hydroxy » suivi du numéro du carbone qu’il substitue (voir les exemples de la figure 2. bromo ou iodo suivi du numéro du carbone qu’il substitue séparé d’un tiret. éthoxy.1-difluoro-2-méthyl-pentane (les différents substituants sont ordonnés selon l'ordre alphabétique de leur première lettre) Cl CH3 CCl2 CH2 CH3 CH3 CHCl 2. propanol.30 Chimie organique Les groupes correspondants obtenus par perte d’un hydrogène sont dits « hétéroaryles ». Le nombre d’atomes d’halogènes qui substituent un même carbone est indiqué par un préfixe multiplicatif di-. et. La présence d’un halogène sur une chaîne ramifiée est désignée selon le cas par le terme fluoro. quinolyle.8). C’est encore le numéro le plus faible qui est retenu. pyrrolyle. chloro. IC2H5.ou EtO-. CH2Cl2. HCBr3. les dérivés halogénés ont des noms particuliers (CCl4 tétrachlorure de carbone. les halogènes sont représentés collectivement par la lettre majuscule X donc les halogénures d’alkyles sont représentés par RX.Composés halogénés (RX) : le remplacement d’un hydrogène d’un alcane par un atome d’halogène conduit aux halogénures d’alkyles ou halogéno alcanes (chlorure de méthyle CH3Cl. le « e » terminal est remplacé par le suffixe ol : méthanol. tétra-. Br 5 4 3 F 1 2 F 4-bromo-3-chlorométhyl-1. .2-dichlorobutane dichloroalcane géminal ou gem-dichloroalcane CHCl CH3 2. Lorsque d’autres fonctions l’accompagnent. chloroforme. la localisation de deux atomes ou groupes identiques sur un même atome de carbone. sur deux atomes voisins. HCI3. pyrydyle. bromoforme. le plus souvent de carbone. Alcools (ROH) : le suffixe « ol » désigne le groupement hydroxyle OH (figure 2. HCCl3. indiqué « vic » indiquent. MeO. Dans le nom de l’alcane dont il dérive. etc.21).

9). ou plusieurs groupes OH (polyphénols).9 .10 . le groupe SH est appelé mercapto (ou sulfanyl) (figure 2.Thiols (RSH) : le suffixe « thiol » remplace le suffixe « ol » des alcools : CH3SH.8 .sont des groupes aryloxy comme phénoxy pour PhO. formule développée et introduction à la nomenclature 31 CH3OH méthanol C2H5OH H 3C éthanol CH3-CH2-CH2-OH n-propanol CH OH H 3C H 3C i-propanol CH3 CH CH2-OH H3C C CH3 OH t-butanol CH3-CH2-CH2-CH2-OH n-butanol H 3C Cl i-butanol 4-chloro-hexan-3-ol OH Figure 2. résorcinol ou hydroquinone. éthanethiol… Dans un composé polyfonctionnel.Phénols (ArOH) et polyphénols : terme qui désigne les composés aromatiques carbonés substitués par un.10).(figure 2. Les polyphénols ont souvent des nom triviaux comme les diphénols : catéchol.2. La molécule : formule brute. Le phénol est un benzène substitué par un seul groupe OH. C2H5SH COOH SH éthanethiol acide 3-mercaptobutanoïque ou butyrique Figure 2. C2H5SH. Les groupes ArO. méthanethiol. OH OH OH OH OH OH phénol o-dihydroxybenzène ou catéchol m-dihydroxybenzène OH ou résorcinol p-dihydroxybenzène ou hydroquinone Figure 2.

aryles. Le nombre de ces groupes carbonés définit le type de l’amine.Éthers (ROR’) : de formule générale R-O-R’ où R et R’ sont des groupes alkyles. par exemple. aryles ou hétéroaryles.32 Chimie organique Il existe des thiophénols avec SH à la place de OH. C2H5-S-. Quelques exemples sont donnés dans la figure 2. la N. secondaires et tertiaires sont liées respectivement à un. Les amines sont nommées en fonction du ou des groupes qui substitue(ent) l’azote. et pour les amines tertiaires. Le groupe le plus volumineux est cité en premier. On peut aussi nommer les éthers comme des alcanes. … substitués par un groupe R-O-. éthylthio).N-diéthylpropylamine. oxyde de diéthyle.12).devant les divers groupes rappelle qu’ils substituent l’azote.Thioéthers (RSR’) : les règles sont les mêmes que pour les éthers mais le terme éther est remplacé par thioéther. Les groupes R-S. hétéroaryles. (R)(R’)NH.N-diéthylaniline… La lettre N. l’i-propylamine. la triéthylamine.11 On peut aussi appeler Me-O-Me. la N. méthylthio.sont nommés en faisant suivre le nom du groupe carboné de « thio » (ex : CH3-S-.11. RNH2. . On peut citer. la méthylamine. pour les amines secondaires. aralkyles. ou aralkyles. dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur appellation. . et non un autre atome. Les amines primaires. . ou trois groupes alkyles. . la N-éthylaniline. deux.Amines : composés formés d’un azote lié à un. C2H5-O-C2H5 diéthyl éther CH3-O-C2H5 éthylméthyl éther (éther vinylique) CH3-CH2-CH2-CH2-O-CH=CH2 vinyl n-butyloxyéthylène CH3-CH2-O-CH2-CH2Br O 1-bromo-2-éthoxyéthane 3-phénoxypropanal (éther arylique) CH2-CH2-CHO phényl = groupe arylique Figure 2. pour les amines primaires. la N-éthylméthylamine. de carbone (figure 2. les éthers sont nommés par ces deux groupes suivis du terme éther (ou éther oxyde). deux. (R)(R’)(R”)N. et trois groupes carbonés. la diméthylamine. … (mais le terme trivial « aniline » remplace phénylamine). oxyde de diméthyle et Et-O-Et. alcènes.

Composés carbonylés : un composé est dit carbonylé si la fonction contient le groupe carbonyle >C=O (aldéhydes. RCH=O.2. De même. et cétones.12 La désinence « amino » suivie du numéro du carbone substitué par ce groupe est utilisée pour indiquer la position d’un groupe NH2 dans un composé ramifié ou polyfonctionnel. RCOSH. RCOOH. les termes méthylamino. RCOSR’. acides. La molécule : formule brute. formule développée et introduction à la nomenclature 33 Me Amines primaires: Me NH2 Me méthylamine i-propylamine NH2 CH NH2 aniline Et Me Amines secondaires: Me diméthylamine Me NH Et N-éthylméthylamine NH NH N-éthylaniline Et Et Amines tertiaires: Et Et N Et Et Pr N N Et triéthylamine N-diéthylpropylamine N.R'') aldéhyde cétone S-thioacide S-thioester amide Figure 2. R C O H R C O R' R C O acide OH R C O SH R C O ester OR' R C O SR' R C O N(R'. RCOOR’. désignent respectivement les groupes CH3NH-. esters. S-thioesters. C6H5NH-. .13 . anilino. (C2H5)2N-. amides RCON(R’)(R”) (voir figure 2.N-diéthylaniline NH2 N OH H2 N 3-amino-4-aminométhyl-hexan-1-ol OH 2-diméthylamino-éthanol Figure 2. R-CO-R’.13)).Aldéhydes (RCH=O) : les aldéhydes sont nommés à partir de l’alcane dont ils sont issus (en comptant l’ensemble des carbones y compris celui du groupe carbonyle) . diéthylamino. S-thioacides.

34

Chimie organique

et en ajoutant le suffixe -al (exemple : méthanal HCHO, éthanal CH3CHO, propanal C2H5CHO…). Lorsque le groupe CHO caractéristique des aldéhydes est lié au benzène, le composé correspondant s’appelle le benzaldéhyde, Ph-CHO. Dans certains cas, le terme carboxaldéhyde est utilisé (exemple : 3-pyridinecarboxaldéhyde). Dans un composé polyfonctionnel, le groupe CHO est appelé « formyle » lorsqu’il n’est pas prioritaire (voir « composés polyfonctionnels » ci-après, figure 2.14) Les aldéhydes -insaturés ont une double liaison en α du groupe aldéhydique.
CHO HCHO
méthanal ou formaldéhyde

CH3CHO
éthanal ou acétaldéhyde

C2H5CHO
propanal benzaldéhyde

CHO
3-pyridinecarboxaldéhyde

COOH CHO

N β α
aldéhyde α,β−insaturé

CHO

acide 4-formyl-hexanoïque

Figure 2.14

- Cétones (R-CO-R’) : deux méthodes permettent de nommer les cétones. Lorsque le carbone du groupe carbonyle est substitué par des groupes alkyles simples comme méthyle, éthyle, propyle… le nom de la cétone est indiqué en faisant précéder le terme cétone des noms de ces groupes selon leur ordre d’importance, du plus petit au plus volumineux (ex : méthyléthylcétone CH3CO-C2H5, éthylpropylcétone C2H5-CO-C3H7). La seconde méthode, plus générale, consiste à définir la chaine carbonée la plus longue contenant le groupe carbonyle et à ajouter le suffixe -one au nom de l’alcane correspondant à cette chaîne (figure 2.15). La numérotation du carbonyle suit le nom de l’alcane sans le « e » terminal (exemple : l’éthylpropylcétone est plus souvent nommée hexan-3-one). Dans un composé polyfonctionnel, le terme « oxo » précédé du numéro du carbone du groupe carbonyle est utilisé lorsque le groupe cétonique n’est pas prioritaire.
O CH3-CO-CH3
acétone ou propanone

C2H5-CO-C3H7
éthylpropylcétone hexan-3-one

COOH
acide 4-oxo-pentanoïque

R O
cétone α,β−insaturée

Figure 2.15

- Acides carboxyliques (RCOOH) : les acides carboxyliques sont nommés en comptant le nombre d’atomes de carbone de la chaîne principale au bout de laquelle se

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 35 trouve le groupe carboxyle COOH, y compris celui de ce groupe, et en remplaçant le suffixe –ane de l’alcane correspondant par le suffixe –oïque. Le terme ainsi obtenu est précédé de « acide » (exemple : CH3-(CH2)4-COOH, acide hexanoïque) (figure 2.16). La numérotation de la chaîne débute par le carbone de la fonction acide carboxylique (ex : CH3-CHCl-CH2-COOH, acide 3-chlorobutanoïque). Des noms triviaux sont utilisés pour de nombreux acides comme l’acide formique, HCOOH, et l’acide acétique, CH3COOH, qui devraient être nommés respectivement acide méthanoïque, et acide éthanoïque. L’acide benzoïque est l’acide obtenu en substituant un hydrogène du benzène, C6H6, par un groupe carboxyle, COOH, soit C6H5-COOH. La présence d’un groupe carboxyle peut aussi être indiquée par le terme « carboxylique » comme dans l’acide 2-naphtalène-carboxylique. Dans certains cas complexes, le terme « carboxy » précédé du numéro du carbone qui porte le groupe -COOH est utilisé (voir un exemple au paragraphe : composés polyfonctionels).
COOH HCOOH
acide méthanoïque ou acide formique 7 6 5 4 2 3

CH3COOH
acide éthanoïque ou acide acétique

acide benzoïque

COOH
1

Cl COOH

8 7 6 5

1 2 3 4

COOH

acide 4-éthyl-heptanoïque

acide 4-chloro-pentanoïque

acide naphthalène-2-carboxylique

Quelques diacides à noms trivaux: COOH H2C COOH
acide malonique

H2C H2C

COOH COOH

COOH COOH
acide o-phtalique

acide succinique

Figure 2.16

- Esters carboxyliques (RCOOR’) : les groupes alcoxycarbonyles ou aryloxycarbonyles, -COOR’, selon que R’ est un groupe alkyle ou aryle, définissent les esters carboxyliques. Ils dérivent d’acides carboxyliques et d’alcools. Ils seront nommés en remplaçant le suffixe oïque des acides dont ils dérivent par le suffixe oate suivi du nom du groupe R présent dans l’alcool lors de la formation de l’ester (exemple : CH3-(CH2)2-COOCH3, n-butanoate de méthyle, C6H5-COOC2H5, benzoate d’éthyle) (figure 2.17).
HCOOCH3
formiate de méthyle

CH3COOC2H5
acétate d'éthyle

COOt-Bu
hexanoate de t-butyle

COOR
ester α,β−insaturé

Figure 2.17

- Fonctions thiocarbonylées : le groupe thiocarbonyle, >C=S, est présent dans chacune d’elles (figure 2.18).

36

Chimie organique

R C S

H

R C S

R' R C S

OH R C S

OR' R C S

SH R C S

SR' R C S

N(R')(R")

thioaldéhyde

thiocétone

O-thioacide O-thioester

dithioacide

dithioester

thioamide

SH H3 C C O
acide S-thioacétique

OH H3 C C S
acide O-thioacétique

Figure 2.18

- Nitriles (RC N) : les nitriles portent le groupe -C≡N. Leur dénomination est effectuée en ajoutant le terme « nitrile » au nom de l’alcane dont ils dérivent (carbone de la fonction compris). Le terme « cyano »est utilisé parfois dans des composés polyfonctionnels. Des dénominations triviales existent pour l’acétonitrile, le propionitrile, le butyronitrile, le benzonitrile (figure 2.19).
CH3CN
éthanenitrile ou acétonitrile

C2H5CN
propanenitrile propionitrile
6

5 4

3

CN
1 2

COOEt CN
4-cyano-hexanoate d'éthyle

hexanenitrile

CN

benzonitrile

Figure 2.19

- Quelques fonctions azotées (autres qu'amines, amides et nitriles) CH3-NO nitrosométhane CH3NO2
nitrométhane

C6H5-N=N-C6H5
diphényldiazène ou azobenzène

C6H5-N

N, X

sel de benzodiazonium

C2H5-N3

CH3-N=C=O

CH3-N=C=S

N C

N

azidoéthane isocyanate de méthyle isothiocyanate de méthyle

dicyclohexylcarbodiimide

H3C C N C6 H5 H3C (imine)

H 3C C

H N N C6H5

H3C C H
diazoéthane

N

N

H3C isopropylidène-phényl-amine N-isopropylidène-N'-phényl-hydrazine ou isopropylidène-aniline ou phénylhydrazone de l'acétone
Figure 2.20a

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 37

- Quelques fonctions sulfurées autres que thiols O H3C S C2H5
sulfure de méthyle et d'éthyle

O C2H5-S-C2H5 O
diéthylsulfone

C6 H5 S S C6 H 5
disulfure de diphényle ou diphényldisulfane

CH3-S-CH3
diméthylsulfoxyde

C 6H 5

SO3H

C6H5-SO2NH2

acide benzènesulfonamide benzènesulfonique

Figure 2.20b

- Composés polyfonctionnels : la présence de plusieurs fonctions dans un composé organique nécessite pour les nommer que l’une d’entre elles soit considérée comme prioritaire. Les règles de l’IUPAC indiquent, l’ordre de priorité décroissante pour les fonctions principales indiquées sur la figure 2.21, ce qui permet ensuite de définir la chaîne carbonée principale, la plus longue, débutant à partir de la fonction prioritaire. Les autres fonctions sont ensuite indiquées dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur nom sans prendre en compte les préfixes multiplicatifs di-, tri-, etc. (qui les accompagnent dans certains cas) précédées des numéros des carbones auxquels, elles sont liées.
1) acide -COOH,

2) peracide - CO-O-OH 3) dérivés sulfurés des acides (thioacide, dithioacide) 4) acide sulfonique -SO3H 5) anhydride -CO-O-CO6) ester -COOR 7) thioesters 8) halogénure d'acide -CO-X ordre de priorité décroissante des fonctions pour le choix et la dénomination d'un groupe fonctionnel principal 9) amides -CO-NH2, CONHR, CON(R) (R') 10) hydrazide -CO-NHNH2 11) nitrile -CN 12) aldéhyde -CHO 13) thioaldéhyde -CHS 14) cétone -CO-R 15) thiocétone-CS-R 16) alcool -OH et phénol Ar-OH 17) thiol -SH 18) hydroperoxyde -O-OH 19) amine -NH2, NH(R), N(R) (R') 20) imine >C=N-R 21) hydrazine -NH-NH2 22) éther-oxyde -O-R

38

Chimie organique

CN
5 4 1 COOH 3 2

1CN

NH2
2 3

4 5

NH2

OH
5-amino-2-éthyl-3-hydroxy-pentanenitrile (nitrile: fonction prioritaire)

acide 2-(2-amino-éthyl)-3-cyano-pentanoïque (acide: fonction prioritaire)

O
3 5 4 2

1

Cl Cl
4

Cl
2 3 1

CHO OH

COOH

OH
4-hydroxy-5-méthoxy-heptanal (aldéhyde: fonction prioritaire)

acide 4,4,4-trichloro-3-hydroxy-butanoïque (acide: fonction prioritaire)
Figure 2.21

- Composés analogues et homologues : deux composés sont homologues s’ils ont des fonctions identiques mais une chaîne carbonée différente de un ou plusieurs atomes ( ex : propanone CH3COCH3 et butanone CH3COCH3CH3). Deux composés sont analogues s’ils ont les mêmes chaînes carbonées mais diffèrent par la nature d’un ou plusieurs hétéroéléments (ex : propanone, CH3COCH3 et propanethione, CH3CSCH3).

Chapitre 3 Isoméries structurales et géométriques

Sommaire :
3.1 Les isomères ..................................................................................................... 40 3.2 Les isoméries structurales ............................................................................. 40 3.2.1 – L’isomérie de chaîne ............................................................................ 40 3.2.2 – L’isomérie de position .......................................................................... 42 3.2.3 – L’isomérie de fonction .......................................................................... 42 3.3 L’isomérie géométrique plane ....................................................................... 43 3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z ........................................................ 46

40

Chimie organique

3.1

Les isomères

Les molécules qui ont en commun une même formule brute sont des molécules isomères. Elles diffèrent entre elles par leurs formules développées. Il existe trois grands types d’isoméries : isoméries structurales, isoméries planes géométriques et isoméries stériques (stéréoisoméries).
A titre d'exemple, pour la formule brute C5H8O2 on peut trouver les isomères suivants, parmi d'autres: O

CH3-CO-CH2-CO-CH3 CH2=CH-CO-CH2-CH2-OH

O

O O

CH3-CO-CH2-CH2-CHO O OH

H

O OHet H OH OH

O=CH-CH=CH-CH2-CH2-OH

O H

HO

HC C-CH2-CH(OH)-CH2OH
qui peut correspondre à :

HO

H

OH
ou

HO

H

OH

liaison en avant du plan de représentation liaison en arrière du plan de représentation

H CH2 C HO-HC O C H CH2 HO O

traits normaux = liaisons dans le plan de représentation

qui peut correspondre à :

H
ou

HO O H O

HO
Figure 3.1

3.2

Les isoméries structurales

Les isomères structuraux se différencient par la nature des liaisons qui assemblent les différents atomes dans leurs molécules. On distingue pour ce type d’isomérie, les isomères de chaîne, de position ou de fonction.

3.2.1 – L’isomérie de chaîne
Les isomères de chaîne diffèrent entre eux par l’assemblage des atomes de carbone qui forment ce qu’on nomme la chaîne carbonée ou le squelette carboné de la molécule. Les fonctions qu’ils portent sont identiques et en nombre égal. Les propriétés chimiques de ces isomères sont très proches.

3. Isoméries structurales et géométriques

41

Ils ne peuvent pas être différenciés par leurs spectres infrarouges car cette technique est surtout utilisée pour déterminer les différentes fonctions contenues dans une molécule, et dans ce cas, elles sont de même nature. Par contre, la 1H RMN et la 13C RMN (résonance magnétique nucléaire du proton 1H ou du 13C) qui permettent de connaître l’environnement de chaque atome d’hydrogène ou de carbone d’une molécule sont d’un intérêt particulier pour distinguer chaque isomère en raison des variations de structures des chaînes carbonées. La figure 3.2 rassemble les différents isomères de chaîne de l’heptanal.
O H C CH2 CH2 O H O
heptanal

CH3

CH2 CH2

CH2

CH3 CH2 CH2 CH CH3 H O CH2

O H C CH2 CH2 CH CH3 CH2 CH3 H
4-méthyl-hexanal

H O

C

5-méthyl-hexanal

O H C

CH3 CH CH2 CH2 CH2 CH3 H O

O H C CH

CH2 CH3

CH2 H

O
3-méthyl-hexanal

CH2 CH3

2-méthyl-hexanal

O H C CH CH3 CH2 CH CH3 CH3 H

O

O H C CH CH3

CH3 CH CH3 CH2 H

O

2,4-diméthyl-pentanal

O
2,3-diméthyl-pentanal

H O CH3 CH3 C C CH CH3 H CH3 O H

C

CH3 CH3 C CH CH3 CH3

O H

2,3,3-triméthyl-butanal

2,2,3-triméthyl-butanal

Figure 3.2

À ce type d’isomérie se rattache celle des hydrocarbures saturés, les alcanes, plus ou moins ramifiés de formule brute CnH2n+2. Un exemple est donné avec le pentane, figure 3.3.

pentane (C5H12)

2-méthyl-butane
Figure 3.3

2,2-diméthyl-propane

42

Chimie organique

3.2.2 – L’isomérie de position
Le déplacement d’une ou plusieurs fonctions sur une même chaîne carbonée conduit à des isomères de position. Les propriétés chimiques de ces isomères sont assez proches. Les spectres infrarouges diffèrent quelque peu en raison d’interactions plus ou moins fortes entre les diverses fonctions qui composent la molécule. Les spectres 1H et 13C RMN sont différents car l’environnement des hydrogènes et des carbones est différent d’un isomère à l’autre (figure 3.4).
O

O
pentan-2-one pentan-3-one

H2N γ

β α

NH2 COOH β COOH

α COOH NH2
acide 2-amino-butanoïque ou acide α-amino-butanoïque

acide 4-amino-butanoïque ou acide γ-amino-butanoïque

acide 3-amino-butanoïque ou acide β-amino-butanoïque

note: acide butyrique, terme trivial, peut remplacer acide butanoïque

Figure 3.4

3.2.3 – L’isomérie de fonction
Les isomères correspondants possèdent la même chaîne carbonée, mais diffèrent entre eux par la nature de leur(s) fonction(s) (figure 3.5). Les propriétés chimiques de ces isomères sont très différentes au même titre que leurs spectres infrarouges et RMN.
OH
hex-5-èn-1-ol

et

O
hexan-3-one

NH
hexylidèneamine

et

NH2
hex-3-ènylamine

Figure 3.5

- Cas particulier de la tautomérie Cette isomérie est liée à un équilibre chimique entre deux structures. C’est-à-dire qu’en fonction des conditions physiques et chimiques comme la température, la pression, le milieu acide, neutre ou basique, une structure se transforme en une autre et vice-versa. Les formes tautomères sont en équilibre entre elles. Elles résultent souvent d’une prototropie (déplacement intramoléculaire d’un proton d’un atome à un autre). Les équilibres céto-énoliques et amide-iminoalcools, représentés dans le schéma 3.1, en sont des exemples :

3. Isoméries structurales et géométriques

43

O C H3C H C H
cétone
butan-2-one

OH CH3
(équilibre)

OH C H CH3
et

H3C

C

H3 C

C C H CH3 isomère (E) OH

isomère (Z)

énols
but-2-èn-2-ol

O C H3C N H CH3
(équilibre)

OH C H3C N
isomère (Z)

CH3

et

C H3C
isomère (E)

N CH3

amide secondaire
N-méthyl-acétamide

imino-alcools
acide N-méthyl-acétimidique

note: les isoméres Z et E sont présentés au paragraphe traitant l'isomérie géométrique plane § 3.3. Le terme "acide" exprime l'analogie de structure avec les acides carboxyliques RCOOH : le groupe carbonyle est ici remplacé par un groupe imine.
Schéma 3.1

3.3

L’isomérie géométrique plane

Ce type d’isomérie est directement lié aux composés formés à partir de doubles liaisons. Il est la conséquence du blocage de la rotation autour de la liaison π des carbones éthylèniques >C=C< (§ 1.1.2b), mais aussi du carbone et de l’azote dans la fonction imine >C=N- et ses dérivées (oxime, hydrazone, semicarbazone, thiosemicarbazone). a) Ancienne nomenclature : Si l’on considère les isomères représentés dans la figure 3.6, celui qui a deux hydrogènes ou deux groupes identiques disposés sur chaque carbone sp2, différents des deux autres substituants de ces carbones, et du même côté de la double liaison, est appelé isomère « cis », et l’autre, qui a les deux hydrogènes ou groupes de même nature, de part et d’autre de la double liaison est appelé isomère « trans ».

44

Chimie organique

R' C H (ou R) C

H (ou R)

R' C C

R' (ou R")

R' (ou R'')

H (ou R)

H (ou R)

isomère trans

isomère cis

liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique, et situé en avant de ce carbone. liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique et située en arrière de ce carbone.

Figure 3.6

Ce type d’isomérie se retrouve dans les composés qui ont une double liaison >C=N-, présente dans les imines, les oximes, les hydrazones, les semicarbazones et thiosemicarbazones, composés formés par réactions d’aldéhydes, respectivement, avec l’ammoniac (ou les amines primaires), l’hydroxylamine, les hydrazines monosubstituées, le semicarbazide et le thiosemicarbazide (figure 3.2). Dans ce cas, le doublet libre de l’azote joue le rôle d’un 4e substituant. Lorsque les groupes R et R’, dans les imines, R et OH dans les oximes, R et NHR’ dans les hydrazones, et R et NHCONH2 dans les semicarbazones, sont du même côté de la double liaison, l’isomère correspondant est dit « syn », dans le cas contraire, il est dit « anti » (schéma 3.2), ce sont donc les équivalents des termes cis et trans utilisés seulement pour les éthyléniques. Les composés diazoïques présentent aussi des formes syn et anti :

RCHO
aldéhyde

+

H2N-R'

- H2O

R C H N

R'

R

+
H

C

N R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "syn"

imine "anti"

H3C-H2C C H3 C
cétone butan-2-one

O + H2NR

- H2O

(1) H3C-H2C
C N

(1') R

H3C-H2C

+
(2') H3C

C

N R

(2) H3C
imine "syn"

imine "anti"

3. Isoméries structurales et géométriques

45

O Na N Ar
forme syn

N O Na Ar

N

N

forme anti (ou iso)

phényldiazotate de sodium
Schéma 3.2

b) Propriétés des isomères éthyléniques cis et trans Les formes « trans » sont souvent les plus stables en raison de l’absence d’interaction intramoléculaire entre les groupes les plus volumineux portés par chaque carbone éthylénique. Dans le cas d’un isomère « cis », ces interactions créent une gêne stérique (figure 3.7). Elles augmentent l’énergie interne de la molécule, et plus elle est élevée, moins la molécule est stable ce qui rend sa formation plus difficile par rapport à celle de l’isomère trans.

H C C Y
"trans" peu ou pas d'interactions

Y H

H C C Y
"cis"

H Y

fortes interactions

Figure 3.7

Les deux isomères « cis » et « trans » sont souvent difficiles à séparer, en raison des faibles différences qui existent entre leurs propriétés physiques. Toutefois, certaines techniques chromatographiques modernes le permettent dans la plupart des cas. Parfois, lorsque deux fonctions portées chacune par un carbone éthylènique d’une double liaison sont susceptibles d’interactions entre elles, les propriétés chimiques diffèrent considérablement. Il en est ainsi pour les acides maléique (cis) et fumarique (trans).

46

Chimie organique

fonction anhydride

HOOC C H C

COOH H

O - H 2O

O C C H C C H

O

acide maléique

anhydride maléique (déshydratation intramoléculaire)

HOOC C H C

H COOH

- H 2O

pas d'anhydride, formation possible de polymères par déshydratation intermoléculaire

acide fumarique solubilité dans l'eau 79g / 100 ml 0,7g / 100 ml pKa1 1,92 3,02 pKa2 6,23 4,38

point de fusion acide maléique acide fumarique 130°C 287°C

Ka1/ Ka2 20 420 22,9

Schéma 3.3

L’acide maléique, chauffé en présence d’un déshydratant comme l’anhydride phosphorique conduit à l’anhydride maléique (schéma 3.3). Dans les mêmes conditions, quelques réactions intermoléculaires sont observées avec l’acide fumarique sans formation d’anhydride correspondant. Les pKa1 et pKa2 correspondants aux deux fonctions acides COOH sont différents pour les deux molécules. Les différences observées pour ces deux acides sont directement liées à la présence (acide maléique) ou à l’absence (acide fumarique) de gêne stérique due aux deux groupes COOH. C’est aussi la raison qui explique la plus grande stabilité de l’acide fumarique (trans) par rapport à l’acide maléique (cis). Cette stabilité explique la raison pour laquelle l’acide maléique peut être converti en acide fumarique par chauffage, plus stable, à une température supérieure à 150 °C. En effet, si la rotation autour de la double liaison est impossible à température ordinaire, elle le devient sous l’effet d’un très fort apport d’énergie (chauffage à 230 °C, ou rayonnerment UV). Encore souvent utilisées, les dénominations cis, trans, syn et anti sont désormais obsolètes et remplacées par les dénominations E et Z définies ci-après.

3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z
Dans le cas particulier où chaque carbone de la double liaison éthylénique porte des substituants identiques comme ci-dessus, il est facile de distinguer les deux isomères, mais dans le cas contraire, c’est impossible. C’est pourquoi il a été proposé de ranger les isomères plans géométriques dans deux séries, l’une E, et l’autre, Z. Pour définir à quel type d’isomère E ou Z, un composé éthylénique appartient, il faut utiliser les règles de Cahn, Ingold et Prelog (1966), d’abord utilisées en stéréochimie (§ 4.5.9).

3. Isoméries structurales et géométriques

47

Les substituants de chaque carbone de la double liaison sont d’abord ordonnés (1er ou 2e) en fonction des numéros atomiques Z des éléments directement liés à ce carbone et appartenant aux substituants.
masse atomique 12,1 1,008 H C 1 6 n° atomique Z 14,1 N 7 16 O 8 19 F 9 35,45 Cl 17 32,06 S 18 79,904 Br 35 126,90 I 53

Au numéro atomique (Z) le plus élevé correspond le substituant classé premier. Dans le cas où les numéros atomiques de ces 2 éléments sont identiques, on considère ceux des éléments placés en position β par rapport au carbone éthylénique, et ainsi de suite. Lorsque les deux substituants classés premiers sont du même côté de la double liaison, l’isomère est dit Z (de l’allemand, « zusammen », ensemble), et dans le cas contraire, l’isomère est dit E (de l’allemand « entgegen », opposé). Pour les isomères proposés dans le premier exemple (figure 3.8), on voit qu’il est facile de classer 17Cl et 1H, du premier carbone de la double liaison. Il en est de même pour 35Br et 6CH3, substituants du second carbone.

1er exemple :
1

17 2 1

Cl C H

35 Br

1

1

C
6

17 2 1

Cl C H

6 CH3

2

C
35

CH3 2

Br

1

isomère Z

isomère E

Figure 3.8

Dans le second exemple (figure 3.9), le classement des deux substituants carbonés du second carbone éthylénique nécessite de considérer les atomes en β du carbone éthylénique dans la mesure où les deux substituants ont chacun un groupe méthylène CH 2 directement lié au carbone éthylènique.

2e exemple:
2

1

H C

α 6 C α 6

β 17 β 8 1 2

CH2 Cl

1 17

Cl

CH2 O CH3

isomère E
Figure 3.9

48

Chimie organique

Dans ce troisième exemple (figure 3.10), le classement des deux substituants du premier carbone éthylénique nécessite de prendre en considération les atomes en position γ par rapport au second carbone éthylénique.

3e exemple:
2 H3 C 6 8O

C C C
6

α

β 8

γ 1

O O

H
γ

2

1

Br
35

C 6
8O
isomère Z
Figure 3.10

8

6

CH3 1

Il faut remarquer que les groupes qui ont les plus hauts degrés d’oxydation sont prioritaires par rapport à ceux qui sont moins oxydés, dans une même série (ex : -COOH > -CHO > -CH2OH >-CH3, et -C≡CH > -CH=CH2 > -CH2-CH3). Lorsqu’un carbone est lié à plusieurs éléments (C, N, O…), on considère une liaison multiple comme l’équivalent de plusieurs liaisons simples à des atomes dits « fantômes » : ainsi, la fonction nitrile -C≡N est équivalente à trois liaisons simples avec trois atomes d’azote « fantômes », la fonction amide primaire CONH2 est équivalente à deux liaisons avec deux atomes d’oxygènes « fantômes » et un atome d’azote etc. ce qui permet de retrouver le cas général (figure 3.11).

C C C C
2

4e exemple HC
6 8

O C
7

1

O C O N

C C
1 8

NH2 CH3 C CH3 2

C C H
6

O C
8O H

O C O O

C C C H

isomère E
Figure 3.11

On peut aussi utiliser les dénominations Z et E pour tous les isomères géométriques formés à partir de doubles liaisons >C=N-. Ils remplacent respectivement les vieilles dénominations de syn et anti.

3. Isoméries structurales et géométriques

49

Dans ce cas, H, ou tout autre élément, est prioritaire par rapport à un doublet libre, considéré, dans ce cas, comme un substituant de l’azote, comme dans le cinquième exemple (figure 3.12).

5e exemple:
2

CH3

CH2

H 1

C=N
1 Cl CH2

CH2

2

isomère E
Figure 3.12

Le schéma 3.4 regroupe l’ensemble des composés qui comportent un groupe C=N et qui dérivent tous d’un aldéhyde mis en réaction avec divers réactifs, amines primaires, hydroxylamine, hydrazine monosubstituée, semicarbazide et thiosemicarbazide, lesquels forment respectivement des imines, des oximes, des hydrazones, des semicarbazones et des thiosemicarbazones (mélanges d’isomères E et Z). Ces réactions ont lieu aussi avec les cétones R-CO-R”, comme dans le cas de la butan-2-one.
- H2 O R C H R C H R C H R C H R C H N NHCSNH2 + H
thiosemicarbazone "syn" ou "Z"

R N R' + H C N

R'

+

H2N-R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou"Z"

+

H2N-OH

- H2 O

R N OH + H C N

OH

hydroxylamine

oxime "anti" ou "E"

oxime "syn" ou"Z"

RCHO
aldéhyde

+

H2N-NH-R'

- H2O

R N NHR' + H C N

NHR'

hydrazine monosubstituée

hydrazone "anti" ou "E"

hydrazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCONH2
semicarbazide

- H2 O

R N NHCONH2 + H C N

NHCONH2

semicarbazone "anti" ou "E"

semicarbazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCSNH2

- H2O

R C N

NHCSNH2

thiosemicarbazide

thiosemicarbazone "anti" ou "E"

H3C-H2C C O + H2NR H3C
cétone butan-2-one

- H2O

H3C-H2C C H3C N R +

H3C-H2C C H3 C N

R

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou "Z"

Schéma 3.4

1H < 2D < 3T ) comme dans le sixième exemple (figure 3..) CR > C CH > C(R)=C(R2) > C6H5 > CR3 > CHR2 . mais exceptionnellement.13).50 Chimie organique Les isotopes ne sont évidemment pas classés entre eux selon leur numéros atomiques. par leurs masses atomiques (par exemple. isotopes de l'hydrogène H Figure 3.1T = tritium. C2H5. dans la mesure où c’est le même.13 On peut donner le classement suivant des substituants les plus classiques : I > Br > Cl > SO2R > SOR > SR > SH > F > OCOR > OR > OH > NO2 > NO > NHCOR > NR2 > NHR > NH2 > CX3 (X = halogène) > COX > CO2R > CO2H > CONH2 > COR > CHO > CR2OH > CH(OH)R > CH2OH > C > CH2R > CH3 > T > D > H (R = groupe alkyle CH3.. 6e exemple: 2 1 1 H C C CH2D 2 1 2 1 D isomère Z CH2T 1 2D 3 1 = deutérium et .

......................12 – Configuration et conformation ........................ 64 4....... 4................................. 81 ..4 Nomenclature E et Z dans les cycles .. 53 4.............................. 4......................4– Axe de symétrie alternant (impropre......3b – Conformations du cyclopropane.........................................8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique......6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre.......................................................... 57 4........................................................ 57 4...5........5..........................5.3 – Conformations des cycloalcanes .........2 – Centre de symétrie moléculaire.....................................................................................7 – Enantiomères (couple d’-).................3c – Conformations du cyclohexane ..........................11 – Configuration (rétention de -)................. 4.............................................................................1 – Analyse conformationnelle ............................5.............................3............. 4.............................. 4. 4.................................. ou de rotation-réflexion) ........ 53 4......5...........1 – Configuration .......2 Stéréochimie ... 53 4...59 4......5........ conformères ou rotamères.................................1 Stéréoisomères ............................................................5. 65 4.......10 – Configuration (inversion de -).... 59 4.................5.3................... 53 4.......................3....................................... 53 4..........................................3a – Tension dans les cycles........3............................. 65 66 67 68 70 71 73 74 77 79 80 4.............3..........5............... 4..3................................3 Stéréoisomères conformationnels.......... 4.....Chapitre 4 Stéréoisomèrie-stéréochimie Sommaire : 4...........5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral...... du cyclobutane et du cyclopentane ......................................................................................................9 – Configuration absolue (nomenclature R et S).......5....................5 Stéréoisomères configurationnels ............. 4..5.3 – Plan de symétrie moléculaire ............2 – Représentation de Newman .........................5... 4..............................................................

........ 93 Projection de Fischer (cas général) ..............................28 4..............12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) ........14 4.........................5........................ 115 Enantiotopiques (groupes) .........................52 4............5..........18 4........... 98 Forme thréo..............5........ 81 Racémique (mélange) .17 4........9 Diastéréosélective (réaction -) ................................. 117 Diastéréotopiques (faces d’un plan) ........ 122 4............23 4......30 4.................. 123 Conseil : afin d’aborder ce chapitre avec plus de facilités............26 4...........5............................. 99 Epimérisation ...........5......... 89 Rendement optique ...............................5..................5...................5..................................................5................................................... 89 Diastéréoisomères (couple de -)...........35 4.........................................37 4.................5........5..........................................................15 4......5..............5................. 123 4............ 94 Forme méso.......................5..... 116 Diastéréotopiques (groupes) ................................................. 89 Convention de Fischer (représentation des sucres) .................... que l’on trouve dans les magasins spécialisés dans la vente de matériels scientifiques à vocation pédagogique........24 4.......................... 120 4........5......21 4.38 4.... 101 Décalines cis et trans .......................................................36 4.............. 115 Enantiotopiques (faces) ................5........................................................... 84 Résolution ou dédoublement du racémique................. ......33 4.......5............19 4....................................... 114 Enantiotopiques (hydrogènes)....................6 Stéréospécifique (réaction -) .........................16 4....5............8 Enantiosélective (réaction -) ..............................................5....... 122 4.............. 117 4..27 4................................. 118 4..............................................................10 Régiosélectivité ........................................20 4....................................................................5......................................................................................................................29 4.... 115 Diastéréotopiques (hydrogènes) ......................5......................................................... 91 Convention de Fischer (représentation des acides α-aminés et acides α-alcools)...5...... 104 Configurations α et β des substituants (dans les stéroïdes).................39 4.................................5....................................................32 4................................................. 100 Chiralité des composés cycliques........ 119 4.............34 4...........22 4.............................25 4... 99 Epimères (couple d’-) ..............................11 Régiospécificité .............................................................. 86 Racémisation .....................................................5.............31 4................................ de se munir d’une boîte de modèles moléculaires....................................................7 Stéréosélective (réaction -)......... 89 Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) ......5.........................................................................................................5. 105 Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) 107 Prochiralité ................ il est vivement recommandé au lecteur ayant des difficultés pour imaginer les représentations spatiales des molécules............. 95 Forme érythro ...................5.............13 4........5................................ 88 Pureté optique........40 – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – Chimie organique Chiralité ..... 88 Pourcentage énantiomérique ........................

8). par rapport au carbone 1.5).3.3.3) et des stéréoisomères configurationnels qui diffèrent par leurs configurations (§ 4. 4. Ces interactions repoussent ou attirent les atomes entre eux selon leurs charges et /ou leurs volumes rendant le passage d’une conformation à une autre parfois difficile : on dit qu’il existe des barrières de potentiel qui favorisent certaines conformations de la molécule.4. les groupes alkyles ramifiés comme le groupe t-butyle -C(CH3)3…). 4. ou C-2. dites stables. le brome. lesquels restent identiques. a priori. Il existe des stéréoisomères conformationnels qui diffèrent par leurs conformations (§ 4. il est possible d’obtenir une .5). mésomères (§ 5. gênes stériques liées aux atomes volumineux comme le chlore. 4.6).3 Stéréoisomères conformationnels. dans l’espace.2 Stéréochimie La stéréochimie est une partie de la chimie qui étudie les stéréoisomères. Stéréoisomèrie-stéréochimie 53 4.2 – Représentation de Newman Soit la représentation projective de l’éthane (figure 4. caractères acides et basiques.1 Stéréoisomères Les stéréoisomères sont des isomères qui ne diffèrent entre eux que par la disposition relative. La représentation de Newman des conformères permet de l’appréhender très facilement. Elles correspondent aux valeurs d’énergies potentielles moléculaires les plus faibles. à 25 C. ou C-1.1 – Analyse conformationnelle L’étude de l’existence des conformations privilégiées d’une molécule et des relations physicochimiques et chimiques qui l’accompagnent est appelée « analyse conformationnelle ». il faut donc franchir ces barrières de potentiel en apportant de l’énergie à la molécule (par chauffage ou rayonnement ultraviolet). les plus présentes. Deux stéréoisomères de conformations différentes sont appelés conformères ou rotamères. liaisons hydrogènes (§ 5. on voit qu’en faisant tourner le carbone 2. leurs formations. et leurs éventuelles transformations en d’autres stéréoisomères dans les réactions. qui seront. De nombreuses interactions électrostatiques existent entre les atomes d’une molécule en raison de leurs densités électroniques qui peuvent leur affecter des charges partielles positives (+δ) ou négatives (-δ) dues à leur nature et leur environnement chimique (divers effets électroniques comme les effets inducteurs (§ 5.1). Il existe donc des conformations privilégiées plus stables que d’autres. des groupes ou atomes qui les composent. 4. conformères ou rotamères Les molécules qui peuvent former divers stéréoisomères par simple(s) rotation(s) autour de leurs liaisons simples sont dites « molécules flexibles » : les différentes structures spatiales qui en résultent sont appelées conformations. Pour passer d’une conformation à une autre.

Seules. . et de même pour C-2. Il voit alors 3 liaisons à 120° pour les trois substituants de C-1.1) lorsqu’il dispose la molécule devant lui selon l’axe de la liaison C-1-C-2.1). ce second carbone étant symbolisé dans cette représentation par un cercle. on décale légèrement les traits pour faciliter le dessin (comme dans la figure 4. libre rotation autour de la liaison σ H H H C 1 C 2 H H H Représentation projective H H H 2 H H 1 H Représentation de Newman conformères de l'éthane H H H H conformation décalée H H rotation de 60° autour de la liaison C1-C2 H H H H H H conformation éclipsée Figure 4. Elle consiste à dessiner ce qui est vu par un observateur (figuré par un œil dans la figure 4.1 Pour dessiner aisément les conformères. Les multitudes d’autres conformations possibles sont regroupées sous l’appellation de conformations obliques. la représentation de Newman est utilisée. pour des raisons de clarté. deux d’entre elles font l’objet d’une étude car elles correspondent à différents paliers de l’énergie potentielle de la molécule avec franchissements de barrières de potentiel ou barrières d’interconversion.54 Chimie organique infinité de conformations. Lorsque des liaisons de C-2 sont cachées par celles de C-1 (conformations éclipsées).

2.4. anti ou transoïde) assez stable E la plus stable B D 0° 180° F 60° 120° 240° 300° 360° angle de rotation C1/C2 Figure 4. il existe deux conformères. A H H CH3 CH3 HH conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) G H H C H CH3 H CH3 HH B CH3 CH3 H H A conformation décalée gauche synclinale conformation pseudo éclipsée anticlinale CH3 CH3 HH E H H H CH3 H CH3 conformation pseudo éclipsée anticlinale conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) très instable très instable F H H CH3 H CH3 G assez instable assez instable H H Ep D H H CH3 H CH3 H H conformation décalée gauche synclinale assez stable énergie potentielle de la molécule C conformation décalée antipériplanaire (trans. le substituant le plus gros du C-1 éclipse le substituant le plus gros de C-2.2 Les 6 conformères les plus importants du butane. ils sont obtenus en faisant tourner plusieurs fois de 60° le carbone 2 par rapport au carbone 1 autour de la liaison C1-C2. gauche (ou décalée) et éclipsée. Dans la conformation éclipsée (dite aussi synpériplanaire. La distance . comme le montre la figure 4.1 Dans la figure 4. l’éthane. Stéréoisomèrie-stéréochimie 55 Dans le cas le plus simple. cis ou cisoïde) (A).2 sont représentés les divers conformères du n-butane choisis selon les critères indiqués ci-dessus. sont représentés dans la figure 4.

et l’oxygène du second groupe OH. dans le cas de composés aliphatiques restent relativement faibles. au contraire. à très basse température. comme dans l’exemple suivant de la figure 4. sont éloignés au maximum l’un de l’autre. Parfois. il est possible d’isoler le conformère le plus stable. possède une charge partielle négative (figure 4. anti.8) entre le H d’un groupe OH qui possède une charge partielle positive. On se réfère ensuite à ce qui a été indiqué pour les groupes méthyles (prioritaires par rapport aux hydrogènes) des conformères du n-butane. parmi les 3 conformations décalées.2-diols ou glycols dont la conformation éclipsée est relativement importante en raison de la création d’une liaison hydrogène (§ 5. Cet effet est amoindri dans les conformations partiellement ou pseudo éclipsées anticlinales (C et E) : elles sont un peu moins instables. C’est le cas des 1. les noms des conformères sont définis après avoir recherché le substituant de chaque carbone qui est prioritaire selon la règle des priorités indiquée pour la détermination des isomères géométriques E ou Z des dérivés éthyléniques. les plus gros des deux carbones. dues à leur éloignement). Par ailleurs. ils se repoussent car les interactions sont très fortes. ou transoïde) (D) dans laquelle les deux groupes méthyle.3). liaison "hydrogène" H O O H H H +δ H −δ H O −δ O H +δ H H H H Figure 4. plus stables que les conformations éclipsées.56 Chimie organique entre les deux groupes est la plus faible de toutes les conformations et si les groupes sont de même nature électrostatique. . ce qui explique l’impossibilité d’isoler des conformères à température ordinaire. Les variations d’énergie potentielle lors du passage d’un conformère à un autre. Il peut y avoir aussi gêne stérique si les deux groupes sont volumineux. Par contre. la conformation antipériplanaire (trans. anti (D) et décalées gauches synclinales (B et F).4. et la conformation est très instable : l’énergie potentielle de la molécule est alors la plus élevée comme le montre la courbe Ep = f (angle de rotation C-1/C-2).3 H Pour l’analyse conformationnelle. Par contre. il a été démontré que les cristaux étaient constitués d’un seul type de conformère. inférieure à –150 °C. qui. environ 10-15 kJ mol-1 au maximum. s’il existe plusieurs substituants différents sur les deux carbones considérés. est la plus stable : elle correspond au minimum d’énergie potentielle de la molécule (interactions les plus faibles entre groupes volumineux. des interactions intramoléculaires entre deux fonctions peuvent stabiliser des conformations considérées a priori comme instables.

la plus stable.3. Les cycles courants sont donc plus stables que les petits cycles.4.5 kJ mol-1. la tension de cycle est la plus élevée pour les petits cycles. Comment quantifier cette tension de cycle ? Lorsqu’on brûle un alcane acyclique non ramifié. 4. les deux groupes prioritaires de chacun des carbones C-1 et C-2 sont en position trans l'un par rapport à l'autre: il s'agit donc d'une conformation décalée antipériplanaire transoïde. Cela est vrai pour tous les cycloalcanes (tableau 4. 54. mais à des degrés divers. d’un hexagone comme le cyclobutane. Stéréoisomèrie-stéréochimie 57 2 1 C2H5 C2H5 2 HO H3C 3 CH2Cl CH3 3 1 Dans cet exemple. On peut déduire de ces observations que les cycles dits courants seront plus faciles à former et plus difficiles à ouvrir que les petits cycles.5 kJ mol-1 × 3 = –1975.5 kJ mol-1. La différence entre ces . § 5. n-butane. il est de –2091. 0.9 kJ mol-1) qui fait partie des grands cycles nC > 12.5 kJ mol-1) puis diminue de nouveau pour atteindre une nouvelle valeur faible pour nC = 14 (cyclotétradécane. propane. de 90°.2 kJ mol-1. Les angles d’un triangle comme celui du cyclopropane est de 60°. il faut apporter suffisamment d’énergie pour contraindre les atomes de carbones à accepter des angles de liaisons entre eux plus faibles.8). système acyclique où tous les angles de liaisons sont normaux.6. Cela suppose que lorsqu’on passe du propane.3. L’agrandissement du cycle apporte une flexibilité de la molécule qui la rapproche de plus en plus d’une chaîne acyclique. Figure 4. Ainsi. l’augmentation de H° (combustion) pour l’augmentation d’un carbone de la chaîne carbonée est d’environ –685. n-pentane. Cette tension s’élève de nouveau pour les cycles moyens (nC compris entre 8 et 12) pour atteindre un sommet pour nC = 9 (cyclononane.1). ce qui s’exprime par une tension dans le cycle (théorie de Baeyer. au cyclopropane. de 120°. soit de 128°28’. Elle diminue sensiblement pour les cycles courants ou normaux. 1885). Expérimentalement.4 (voir aussi les barrières d’interconversion dans les composés mésomères.3 – Conformations des cycloalcanes 4. La tension de cycle attachée à chaque groupe CH2 qui compose le cycle suit des variations proches de celles données pour le cycle lui-même. d’un carré comme le cyclobutane.3a – Tension dans les cycles L’angle dièdre d’un carbone hybridé « sp3 » est de 109°28’. Le H° de combustion calculé pour le cyclopropane est donc de –685. cyclopropane (nC = 3) et cyclobutane (nC = 4). cyclopentane (nC = 5) et cyclohexane (nC = 6).

8 0.9 cycloheptane cycles moyens 8 42.1. tension de cycle en kJ mol-1 tension de cycle / CH2 en kJ mol-1 cycle nC 3 115. Quelques valeurs sont données dans le tableau 4.3 27.5 5.5 0.6 cyclopropane petits cycles 4 cyclobutane 110.6 5 cyclopentane cycles courants 6 cyclohexane 27.58 Chimie organique deux valeurs théorique et expérimentale est attribuée à la tension de cycle soit 115. l’angle interorbitale n’est pas de 60° mais de 104° en raison d’un recouvrememt des orbitales hybridées pas tout à fait linéaire.2 3.3 cyclooctane et nC nC > 12 12 grands cycles H H 104° H H C C C H orbitales hybridées sp3 de liaisons C-C dans le cyclopropane H H Tableau 4.7 38.3 5.1 7 27. .7 kJ mol-1.1 Si l’on considère le cyclopropane.

les liaisons σ vont utiliser la libre rotation entre atomes du cycle pour accèder à divers conformères parmi lesquels certains sont prépondérants en raison d’une plus grande stabilité relative.5).1). à l’exception du cyclopropane). dites « en enveloppe » dans le cas du cyclopentane (figure 4. du cyclobutane et du cyclopentane Le cyclopropane ne possède qu’une seule conformation car il est plan tandis que le cyclobutane et le cyclopentane sont en équilibre chacun avec deux conformations qui se situent chacune dans deux plans. 3 H2 benzène cyclohexane Schéma 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 59 Afin de rendre la tension de cycle la plus faible.3.3. 4.3b – Conformations du cyclopropane. aucun cycloalcane n’est plan (contrairement à la théorie ancienne de Baeyer (1885).5 4.1 .4. H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopropane H H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H cyclobutane H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopentane H H (conformations en enveloppe) Figure 4. Donc.3c – Conformations du cyclohexane Le cyclohexane est un cycloalcane saturé obtenu par hydrogénation totale du benzène (schéma 4.

Le passage d’une conformation « bateau-croisé » à son inverse s’effectue via la conformation « bateau » avec apport d’énergie.7). en raison de leurs analogies de formes : H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformations "chaise" (avec passage de la conformation "chaise" à "chaise inversée") H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformation "chaise" conformations "bateau" (avec passage de la conformation "bateau" à "bateau inversé") Figure 4.6 Les conformations « chaise » sont celles dont les interactions entre les divers substituants (surtout lorsqu’ils sont différents de H) sont les moins importantes. hormones stéroïdes…). Par contre. ce qui est inférieur à l’angle dièdre d’un hexagone (120°). le cyclohexane en conformation « bateau » présente une flexibilité telle. qu’une de ses liaisons peut être tordue par rapport à celle adjacente en produisant des conformations appelées « bateau-croisé » ou « bateau-flexible ». Elles sont donc favorisées. .6) : 2 conformations rigides appelées « chaise » et 2 conformations flexibles appelées « bateau ». On en déduit facilement que le cyclohexane ne peut pas être plan et subit une torsion de ses liaisons. à température ordinaire. ce qui rend ces conformations les plus stables. Il en est de même du passage de la conformation « chaise » à la conformation « bateau ». légèrement plus stables que les conformations « bateau » donc favorisées (figure 4.60 Chimie organique C’est une structure qui est présente dans de nombreux composés naturels comme les stéroïdes (cholestérol. Le passage d’une forme « chaise » à la forme « chaise inversée » nécessite beaucoup d’énergie en raison de la rigidité de cette conformation. et l’énergie potentielle de la molécule la plus faible. Il peut exister sous 4 conformations principales (figure 4. (tension transannulaire faible) en raison de leur éloignement maximum les uns des autres. Tous les carbones sont hybridés « sp3 » avec des angles de valence de 109°28’.

et – six substituants dits équatoriaux (e1.9 kJ mol-1 45.7 Comme le montre la figure 4.4) qui passe par son centre de gravité (en faisant tourner le cyclohexane de 120° autour de cet axe. Stéréoisomèrie-stéréochimie 61 H H H E H H H H H H H H H 5. Il est perpendiculaire à cet axe au centre de gravité (centre de symétrie) et coupe le cyclohexane aux milieux des 6 liaisons C-C.5.4) .. e2. possède : – un axe de symétrie ternaire (§ 4. a2.4. Le cyclohexane possède aussi un axe de symétrie alternant S6 (§ 4. Il en est de même après une nouvelle rotation de 120°. – six substituants dits axiaux (a1.2 kJ mol-1 H H H H H H H H conformation bateau croisé conformation bateau croisé (inversé) H H H H H H H H H H 23 kJ mol-1 H H H H H H H H H H H H H H interconversion conformationnelle Figure 4. on obtient une structure superposable à la structure de départ.5. e3…) portés par des liaisons dont les directions se rapprochent du plan équatorial.8. a3 …) portés par des liaisons parallèles à l’axe ternaire. en conformation chaise. – un plan « moyen » dit équatorial de la molécule peut être défini. le cyclohexane (non substitué). . ..

62 Chimie organique axe de symétrie ternaire plan moyen dit équatorial (plan passant par le milieu de chacune des six liaisons du cyclohexane) centre de gravité a2 a6 e2 e1 1 e6 a1 observateur a4 e3 3 6 a3 5 a5 4 e5 plan moyen 2 e4 a2 e1 2 e2 a1 a4 C6 1 5 4 e5 C3 a5 e4 (les substituants de C3 et C6 ne sont pas figurés) Figure 4. .8 Les représentations de Newman du cyclohexane en conformation « chaise » permettent de visualiser les angles compris entre les liaisons axiales et équatoriales pour des substituants des carbones cycliques adjacents. on considère que le cyclohexane est regardé par un observateur selon les deux axes C1 →C2 et C5 →C4. Pour cela.

a3 et a4… Les couples de substituants a1 et e2. e1 et a2. sont en position cis Cl H3C e1 H Br a1 Cl a2 e1 H H3C H H H H H H H H H H Br et Cl . sont en position trans Br a1 CH3 et Cl . sont en position cis Br e1 H H CH3 H H Cl a3 Br et Cl . e1 et a3.10). Les liaisons C1-e1 et C2-e2 font entre elles un angle de 60°. sont en position trans a1 H (en rouge: substituants au-dessus du plan moyen en bleu : substituants au-dessous du plan moyen) Figure 4. a1 et a3. sont situés de part et d’autre du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions trans. sont en position cis H H H CH3 et Cl . e2 et e3. par rotation autour des liaisons σ C-C du cycle. sont en position trans Br et Cl . a3 et e4… Pour les substituants en positions 1 et 3 du cycle. e2. Evidemment.9 H e2 H H H H H H CH3 et Cl . les liaisons C1-a1 et C2-a2 sont antiparallèles. d’autre part. sont situés du même côté du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions cis. e2 et a3. Il en est de même pour les couples a2 et e3. a1 et a2. e1 et e2. a2. Les couples de substituants a1. e1 et a2.9 Si on passe de la conformation « chaise » à la conformation « chaise inversée ». . et. cela s’applique aussi pour les couples a2 et a3.4. et e1. les substituants qui étaient axiaux au départ deviendront équatoriaux dans la conformation inversée et vice-versa (figure 4. deux substituants portés par des liaisons axiales sont en position cis (a1 et a3 par exemple) et deux substituants dont l’un est porté par une liaison axiale et l’autre par une liaison équatoriale (a1 et e3) sont en position trans. d’autre part. d’une part. d’une part. a1 et e2. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 63 Par rapport au plan moyen.

et inversement. pour les isomères Z correspondants. il est important de respecter le parallèlisme de certaines liaisons figurées par des couleurs identiques dans la figure 4.4 Nomenclature E et Z dans les cycles Ce qui a été indiqué pour les isomères géométriques E et Z peut s’appliquer aussi aux composés cycliques.12. Figure 4. l’isomère E est celui qui a les groupes de plus haute priorité de part et d’autre du plan défini par le cycle (cyclopropane) ou du plan moyen (cyclohexane).11. Trois exemples sont donnés dans la figure 4.10 Remarque : pour bien représenter le cyclohexane et les liaisons à ces différents substituants dans la conformation chaise.11 4.64 Chimie organique Figure 4. Dans ce cas. la plus utilisée. .

les configurations de ces deux isomères sont différentes et il s’agit d’isomères configurationnels (figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 65 1 2 1 1 Cl H 2 isomère E CH3 Cl 1 Cl H 2 isomère Z Cl CH3 2 1.6). . Dans la mesure où le passage d’une forme E d’un alcène à la forme Z nécessite d’inverser les substituants d’un carbone.5. Ce terme s’applique plus particulièrement aux atomes au moins trivalents ayant des substituants tous différents entre eux.2-dichloro-1-méthyl-cyclopropane 2 Cl 1 H H H Br 1 H H H 1 Cl 1 H H H CH3 2 H H3C 2 H H H H Br H H H isomère E isomère Z H 1-bromo-2-chloro-1-méthyl-cyclohexane H H H 3C Br H H isomère E H H H H Cl H H H 3C Br H Cl isomère Z H H H H H H H 1-bromo-3-chloro-1-méthyl-cyclohexane Figure 4.13). 4. Contrairement aux conformères qui résultent de rotations autour de liaisons simples σ. et susceptibles de créer un centre chiral (§ 4.5 Stéréoisomères configurationnels Les stéréoisomères configurationnels sont des stéréoisomères qui se différencient par leurs configurations. le passage d’un stéréoisomère configurationnel à un autre exige la rupture d’au moins deux liaisons et la création de deux nouvelles.5.4.1 – Configuration La disposition fixée et relative des substituants d’un atome dans l’espace définit sa configuration.12 4.

66 Chimie organique Br H C CH3 et Br C2H5 C H 2 5 CH3 H H et CH4 H "trans" CH3 CH3 "cis" H Br C2H5 C2H5 Br H H 3C H H CH3 H C H3C CH2 OH H C CH3 Cl et H C H 3C OH Cl C H CH3 CH3 CH2 couples de stéréoisomères configurationnels Figure 4.14 .4-dibromo-2.3-dichloro-trans-2.5.4-dibromo-2. on peut faire correspondre des atomes identiques par une ligne passant par ce point et éloignés d’une distance égale de ce point.6-tétraméthyl-cyclohexane Figure 4.3.2 – Centre de symétrie moléculaire Si d’un point de l’espace.4.4-diméthylcyclobutane 1.5-dichloro1.13 4.14).4-diméthylcyclobutane et le 1. centre de symétrie de la molécule Cl H centre de symétrie de la molécule Cl x CH3 H H3 C H x' CH3 H H H 3C Cl Br x = x' H H CH3 CH3 H Cl Br trans -1.6-tétraméthyl-cyclohexane) (figure 4.3-dichloro-trans-2. et cela pour tous les atomes qui constituent la molécule.3.5-dichloro-1. ce point est le centre de symétrie de la molécule (ex : le trans-1.4.

3 – Plan de symétrie moléculaire Une molécule possède un plan de symétrie si la réflexion des atomes A.1.5.16). B’. mais de structures inversées (configurations inversées pour les atomes tri ou tétravalents).15). et un second qui est constitué par la surface du triangle (figure 4. associe à chacun d’eux des atomes identiques A’.2-dibromocyclopropane de la figure 4. C’est le cas des composés éthyléniques ou alcènes ayant des substituants simples comme par exemple. Br C H C H Br E (ou trans)-1. Stéréoisomèrie-stéréochimie 67 4.2-dibromocyclopropane (configurations inversées des carbones 1 et 2) Figure 4.2. le 1.2-dibromoéthylène Figure 4. . C’…. Une molécule plane possède un plan de symétrie qui n’est autre que le plan de la molécule.2-tétrabromocyclopropane possède un premier plan de symétrie perpendiculaire au cycle passant par le carbone 3 et coupant le cycle selon la hauteur du triangle.17). des halogènes.15 Certains atomes peuvent figurer dans ce plan et sont leur propre image par rapport à ce plan (c’est le cas des atomes d’hydrogène du carbone 3 du cis-1. Par exemple.4. plan de symétrie plan de symétrie B A' x' A x x = x' hydrogènes contenus dans le plan de symétrie Br 1 H H 3 Br 2 H H cis-1. B. C…situés d’un côté de ce plan.16 Une molécule peut avoir plusieurs plans de symétrie. ou des groupes méthyles (figure 4.

fournit une représentation identique à la molécule originale.2.4 – Axe de symétrie alternant (impropre. au centre de gravité de la molécule.5. suivie d’une réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à cet axe.17 4.68 Chimie organique H H H Br H Br Br 3 1 3 2 Br 2 Br Br 1 Br Br 1.1.2-tétrabromocyclopropane Figure 4. Exemple d’axe de symétrie alternant S4 dans le méthane (figure 4.18 .18) : H1 H2 C H3 H4 rotation de 90° autour de l'axe H2 H1 C H3 H4 image 2 réflexion image 1 H3 H4 C H2 H1 image 3 Figure 4. ou de rotation-réflexion) Si la rotation d’un angle d’une molécule autour d’un axe passant par son centre de gravité. la molécule possède un axe de symétrie Sn avec n = 360 / .

§ 4. Le méthane substitué par deux groupes différents possède encore un plan de symétrie ou un axe de symétrie alternant S2 (figure 4.20). Stéréoisomèrie-stéréochimie 69 Le méthane CH4 peut être inscrit dans un cube dont le centre est occupé par l’atome de carbone. Si l’image 1 subit une rotation de 90° autour d’un axe passant par le centre de gravité du méthane. Le cyclohexane défini par l’image 1 de la figure 4. c’est-à-dire. Si l’on compare l’image 1 à l’image 3. axe de symétrie alternant S6 H1 H H H2 H H4 image 1 H1 H H3 H6 H H5 H rotation de 60° autour de l'axe de symétrie alternant S6 H H H H6 H2 image 2 H5 H3 H H4 H H H6 H H H1 H2 H H5 H4 H H H3 H image 3 (réflexion de l'image 2 par rapport au plan) Figure 4. Le méthane et le cyclohexane possèdent des axes de symétrie de cette nature. S’il est substitué par quatre substituants différents.3.19 L’axe de symétrie alternant S2 correspond à une symétrie par rapport à un plan (360°/ 180° = 2).4. l’atome de carbone.19). on s’aperçoit qu’elles sont identiques à la différence près que H1 est remplacé par H6. Le cyclohexane admet donc un axe de symétrie alternant S6 (360°/ 60° = 6). La comparaison des images 1 et 3 montre qu’elles sont identiques à la différence près que H1 a été remplacé par H3. H2 par H1. Ce plan est défini par le carbone central et les deux groupes. etc.3) subit une rotation de 60 °C autour de l’axe qui passe par le centre de gravité de la molécule (centre de symétrie) ce qui conduit à l’image 2. on obtient l’image 2 dont la réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à un axe de symétrie passant par le carbone correspond à l’image 3. c’est-à-dire 3. il . laquelle fournit l’image 3 par réflexion par rapport au plan perpendiculaire à l’axe de rotation au centre de gravité. Un exemple d’axe de symétrie alternant S6 est fourni par le cyclohexane (figure 4.19 (conformation chaise. H2 par H4… Le méthane a autant d’axes de symétrie S4 (360°/ 90°) que de faces/ 2 dans le cube.

Propriétés : lorsqu’un carbone (A) est asymétrique. Ils sont images l’un de l’autre dans un miroir (on dit aussi que B est l’image spéculaire de A. son image dans un miroir ou son symétrique par rapport à un plan (B) ne peuvent pas lui être superposé. et inversement).21). derrière le plan de symétrie inscrits dans le plan de symétrie Plan de symétrie Cl H C H3C H H3C Cl C Br H 4 substituants différents = ni plan de symétrie ni axe de symétrie alterné = carbone central asymétrique en avant du plan de symétrie Figure 4.5. Cl Cl C* H 3C A H Br Br H *C CH3 B couple d'énantiomères (symétriques / plan) (inverses optiques) Figure 4.70 Chimie organique n’existe plus aucun axe de symétrie alternant. le carbone central ainsi substitué est dit asymétrique ou chiral. C’est un couple d’énantiomères. est asymétrique ou chiral.20 4.21 .5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral Un carbone hybridé « sp3 » qui porte quatre substituants différents entre eux. Lui-même (A) et son inverse (B) par rapport à un plan représentent deux configurations inversées de la molécule considérée (figure 4.

un nombre impair de permutations de deux substituants inverse la configuration du carbone asymétrique. 4. Cl C * Br H B CH3 permutation de deux substituants Cl C* H Br CH3 H 3C A Cl C* Br H rotation autour de l'axe C-Cl inverse de B B et A sont images l'un de l'autre dans un miroir: ils représentent un couple d'énantiomères Figure 4. . celle-ci est alors dite chirale. ce qui exige de rompre deux liaisons C-Br et C-H et de rétablir de nouvelles liaisons C-H et C-Br. ni plan de symétrie. la création d’un centre chiral est possible (figure 4. S’il en existe un seul dans la molécule. à l’intérieur d’une molécule. n’a pas d’axe de symétrie alternant. sous forme de sel quaternaire (dans la mesure où les quatre groupes substituants sont différents) ou de N-oxyde.23). l’étain (Sn). peut exprimer une chiralité (en fonction de la nature de l’atome) et peut donc représenter. On peut y ajouter l’azote. Stéréoisomèrie-stéréochimie 71 L’échange de deux substituants de l’un des deux énantiomères (ici B dans la figure 4.22). donc inverse sa configuration.22 La molécule qui possède un carbone asymétrique. ni centre de symétrie. selon le cas (voir diastéréoisomères § 4. le germanium (Ge). le transforme en l’autre énantiomère (A). la molécule peut être chirale ou achirale. Avec le carbone. sous formes de sels de phosphonium et de sels d’arsonium. Autrement dit.4. et par conséquent. le silicium (Si). ayant des substituants tous différents entre eux. le phosphore (P) et l’arsenic (As).5.21). symbolisé par C*. trivalent. un centre chiral. Un nombre pair de permutations de deux substituants conserve la configuration du carbone asymétrique. respectivement. S’il en existe plusieurs.6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre Tout atome dont la valence est égale ou supérieure à trois. atomes tétravalents.5.

Il s’agit de l’inversion de configuration.72 Chimie organique R1 Si R2 R3 R4 R1 Sn R2 R3 R4 R1 Ge R2 R3 R4 dérivés de silane SiH4 dérivés de stannane SnH4 dérivés de germane GeH4 R1 N R2 R3 X R4 R2 R3 R1 N O ou R2 R3 R1 N O sels d'ammonium quaternaires amines N-oxydes R1 P R2 R3 X R4 R2 R3 R1 As X R4 sels de phosphonium sels d'arsonium Figure 4. dans ce cas.24 pour les amines secondaires (R1 et R2 = groupes alkyles. R1 inversion R1 N de configuration N R2 R3 R2 R3 Figure 4. Cela est illustré dans la figure 4. il existe un phénomène particulier qui limite la chiralité de leurs dérivés substitués par trois groupes différents. ce qui inverse la configuration de cet élément. à une vitesse parfois élevée : il est alors difficile de démontrer la présence de l’une ou l’autre configuration.23 Pour les dérivés d’atomes trivalents comme l’azote. R2. ou tertiaires (R1. les liaisons des substituants peuvent se retourner (comme les baleines d’un parapluie. R3 = H). Ce phénomène se reproduit en sens inverse. En effet. Lorsque la température est suffisamment abaissée (inférieure à –100 °C). par grand vent). la fréquence des inversions diminue et il est parfois possible de démontrer l’existence des deux énantiomères. le phosphore ou l’arsenic.24 . R3 = groupes alkyles). qui ont chacun un doublet libre.

4. Lorsque l’inversion devient impossible ou difficile. ions oxonium. (R1)(R2)(R3)O+. Les sulfoxydes (R1)(R2)S+-O.ne donnent pas lieu à ce type d’inversion et il est possible d’isoler chaque énantiomère. qu’elles sont chirales et symétriques l’une de l’autre par rapport à un plan ou images l’une de l’autre dans un miroir (figure 4. et les carbanions (R1)(R2)(R3)C-.2-diméthylaziridine (figure 4. Cl N Me Me N Cl Me Me Figure 4.5. inverses optiques ou antipodes optiques. d’oxygène. 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 73 Ce phénomène est très rapide pour les dérivés de l’azote. Les énantiomères peuvent contenir un ou plusieurs centres chiraux.26 Les énantiomères sont aussi appelés isomères optiques.26). donnent lieu à ce type d’inversion. Leurs solutions de même .7 – Énantiomères (couple d’-) Deux molécules représentent un couple d’énantiomères dans la mesure où elles ont la même constitution moléculaire (stéréoisomères).8).25). Ils sont les images spéculaires l’un de l’autre.5. (R 1)(R2)(R3)S+. C’est le cas de la N-chloro-2. H3 C H C 2H 5 * C CH2OH HOH2C * C CH3 H C 2H 5 C2 H5 CH3 Cl C* C* Br Cl CH3 C2H5 C* C* C2H5 C2 H5 Br CH3 couples d'énantiomères CH3 Figure 4. mais moins rapide pour les dérivés du phosphore et lent pour ceux de l’arsenic. chaque énantiomère peut être isolé. Ils sont l’un pour l’autre des inverses optiques en raison de leurs activités inverses sur la lumière polarisée rectilignement (voir polarimètre § 4. ions sulfonium.25 Certains sels de soufre. en particulier dans les composés cycliques.

d’un angle α° de valeur absolue égale mais de signes contraires. de manière succinte. leurs activités biologiques (goût.74 Chimie organique concentration dans un même solvant achiral (par exemple : eau ou éthanol).28. configurations inversées des C* H OOC NH3 H N H NH3 COOCH3 H OOC O H N H COOCH3 CH2 O H2 C résidu de l'acide (L)-aspartique ester méthylique de la (L)-phénylalanine ester méthylique de de la (D)-phénylalanine Composé au goût amer Aspartame Edulcorant 200 fois plus sucré que le saccharose O O H H (R) Carvone odeur de cumin (S) Carvone odeur de menthe Figure 4.8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique La polarimétrie consiste à déterminer le pouvoir rotatoire d’un composé chiral.27. spectres de résonance magnétique nucléaire (RMN. odeur. Par contre. au moyen d’un polarimètre. Le prisme de Nicol est composé de deux parties en calcite collées par du baume du Canada (substance très réfringente). points d’ébullition (Eb °C). spectres ultraviolets (UV). La lumière est un phénomène électromagnétique ondulatoire. Cet appareil est constitué.27 4. dans les conditions classiques d’enregistrement) sont identiques. spectres infrarouges (IR). Les énantiomères ont strictement les mêmes propriétés chimiques. font tourner le plan de polarisation de la lumière polarisée rectilignement. L’onde est décrite par un vecteur magnétique H et par un vecteur électrique E. perpendiculaires . Les points de fusion (F °C). de trois parties : deux prismes de Nicol (un polariseur et un analyseur) entre lesquels est disposée une cuve optique de longueur « L » comme le montre la figure 4. toxicité…) et pharmacologiques sont très souvent différentes comme le montrent les exemples de l’aspartame et de la carvone donnés dans la figure 4.5.

appelé analyseur. placé dans la même position que le premier.29). le vecteur électrique E est représenté dans la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 75 entre eux qui vibrent dans toutes les directions du plan perpendiculaires à la direction du rayon lumineux. pas de rotation du plan de la lumière polarisée Plan da la lumière polarisée E' E L E polariseur lampe à vapeur de sodium (lumière monochromatique) Cuve optique vide ou remplie d'un solvant achiral analyseur intensité de la lumière émergente maximale 1ère expérience Figure 4. la lumière émergente aura sensiblement la même intensité que celle de la lumière incidente (figure 4. Si cette lumière traverse un nouveau prisme de Nicol. Elle ne vibre plus que dans un seul plan défini par un unique vecteur électrique E : ce plan est appelé plan de polarisation.28 et suivantes : E 90° rayon lumineux H Plan des vecteurs E E E polariseur lumière monochromatique (raie D du sodium) Figure 4. seul. La rotation du polariseur ou de l’analyseur conduit d’abord à une diminution progressive de la lumière émergente puis à son extinction lorsque la rotation atteint 90°. Pour simplifier. appelé le polariseur.29 .28 Lorsqu’une lumière monochromatique (caractérisée par une unique longueur d’onde) traverse le premier prisme de Nicol. la lumière qui en émerge est polarisée rectilignement. ce qui compose une infinité de plans de vibration.4.

si l’analyseur est tourné de 90° par rapport à la position du polariseur. ou l). ne possèdant pas de carbone(s) asymétrique(s)). en utilisant le polarimètre. dans le cas contraire. on peut définir son pouvoir rotatoire spécifique : α T = 100 α λ Lc L est la longueur en dm du trajet optique dans la cuve (souvent égale à 1). on interpose une cuve remplie d’une solution d’un seul énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml. . en sens inverse (négatif (-). Par contre.30). ayant placé le polariseur et l’analyseur dans la même position (figure 4. rotation du plan de polarisation L E E E E E +++++++++ +++++++++ +++++++++ cuve optique remplie d'une solution d'énantiomère à "c"g / 100ml dans un solvant non chiral 2ème expérience rotation de + α° de l'analyseur. Celle-ci peut être optimisée et atteindre sa valeur maximale. l’éthanol…. obtenue pour une solution d’un énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml d’un solvant donné. Attention : les lettres d et l qui décrivent un phénomène physique optique ne doivent pas être confondues avec D et L.13. acides-alcools…) et ne sont que l’application de conventions (conventions de Fischer § 4. « lévogyre » (indiqué par les abréviations (-) ou (l). il y a encore totale extinction de la lumière émergente comme dans l’expérience précédente. Cela est indiqué par les abréviations (+) ou (d)) et. par une rotation de de l’analyseur dans le sens des aiguilles d’une montre (positif (+). on observe alors une diminution de l’intensité de la lumière émergente.22). on n’observera aucun effet sur l’intensité de la lumière émergente à la sortie de l’analyseur. on interpose entre le polariseur et l’analyseur une cuve remplie d’un solvant dont les molécules sont achirales (§ 4. dans un solvant achiral.5. dans les mêmes conditions. acides aminés.5.76 Chimie organique Si. selon l’énantiomère étudié. dans ces conditions. lesquelles définissent des séries de stéréoisomères (sucres. ou d) ou au contraire.30 Si. A partir de la valeur expérimentale . L’énantiomère qui fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement à droite est dit « dextrogyre ». nécessaire pour retrouver l'intensité émergente maximale Figure 4. à droite. à gauche. comme l’eau. à gauche.

dans le cas des composés ionisés comme les acides α-aminés. – température T (le plus souvent 278 K = 25 °C). 2.9 – Configuration absolue (nomenclature R et S) La difficulté rencontrée par les chimistes du début du siècle dernier pour définir les configurations des carbones asymétriques dans les molécules a conduit Robert S. et qu’il fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement d’un angle de –14° lorsqu’il est en solution dans HCl 6N à la concentration de 10 g / 100 ml. trois chimistes. Les règles à appliquer pour y parvenir sont les suivantes : 1. 2 et 3 selon leur ordre de priorité. regarder ensuite le triangle formé à partir des substituants classés 1. Cahn. – longueur d’onde de la lumière monochromatique utilisée (le plus souvent. R-CH(NH3+) (COO-). nm = nanomètre). les acides. à une température de 25 °C (ou 278 K). et tertiaires R-N(R')-R''. On peut aussi définir le pouvoir rotatoire moléculaire [M] qui est relié au pouvoir rotatoire spécifique par l’équation suivante : M T = λ α T x M λ 100 M = masse moléculaire du composé optiquement actif Cette valeur caractéristique qui tient compte de la masse moléculaire du composé optiquement actif permet de comparer les activités optiques de divers composés de masses moléculaires différentes. § 3. R-COOH. raie D du sodium. et tout autre composé susceptible d’être ionisé en milieu acide ou basique. secondaires R-NH-R’. ordonner les substituants du carbone asymétrique selon leur ordre de priorité par application des règles décrites pour définir les isomères E et Z des alcènes. qu’il possède un ou plusieurs centres chiraux. de telle sorte que le quatrième substituant . Stéréoisomèrie-stéréochimie 77 Le pouvoir rotatoire spécifique est une constante pour un énantiomère donné. à gauche). 6N HCl). – pH.3. à droite) et en série S (du latin sinister.4.3 nm. La polarimétrie s’applique à tout composé chiral soluble dans un solvant achiral. 4. la raie jaune D émise par une lampe à vapeur de sodium à 589. Christopher Ingold et Vladimir Prelog. dans des conditions définies précises : – nature du solvant. Exemple : si un composé chiral a un [α]D278K = –14° (c = 10. en utilisant une lampe à vapeur de sodium.1. à définir des règles permettant de classer ces carbones selon leur configuration dite absolue en série R (du latin rectus. cela signifie que ce composé est lévogyre.5. les amines primaires RNH2.

Ce n'est donc pas un carbone asymétrique S mais au contraire un carbone asymétrique R. Note : il est facile de s’en souvenir à partir du sens d’écriture de R et S. mais attention au fait que le substituant 4 H OH 1 C (R) CH2OH 3 est en avant de la représentation c'est-à-dire devant le triangle 1. Si toutes ces conditions sont respectées.2. le carbone asymétrique est dit de configuration absolue S (figure 4. 2 OH C* Cl 1 C* (S) 2 OH l'observateur voit 1 Cl H3 C OH 2 C*(R) 4 H 1 Cl C* H3 C 3 OH 2 4 H C* H 4 3 H 3C H 4 3 C* H3C 3 Cl 1 S Figure 4. par rapport à l’observateur. le sens de la rotation qui permet de passer du carbone 1 au carbone 2 donne la configuration du carbone asymétrique. et Prelog. Ingold. Dans le cas contraire. . 2 CH=O 4 Dans cette représentation du (D)-glycéraldéhyde.78 Chimie organique soit situé derrière le plan de ce triangle.3 donc en sens inverse de la règle de Cahn.32. vers la gauche.31 R Quelques exemples sont réunis dans la figure 4. le sens de rotation 1 2 3 est l'inverse des aiguilles d'une montre. Lorsque la rotation s’effectue dans le sens des aiguilles d’une montre (vers la droite) le carbone est dit de configuration absolue R.31).

33 COOH H2 N (S) CH3 (+)-alanine H La configuration absolue d’un échantillon d’une molécule chirale peut être déterminée expérimentalement par l’analyse cristallographique au moyen des rayons X qui permet de situer dans l’espace les différents atomes qui constituent la molécule du cristal. 2 COOH 1 H2N C CH 4 (S) 3 CH2OH 3 Même problème que ci-dessus pour un acide aminé.33.10 – Configuration (inversion de -) Le passage d’une configuration R à la configuration S d’un atome de carbone asymétrique dans une molécule. Le ou les carbones asymétriques d’un couple d’énantiomères ont des configurations absolues inversées. et Prelog. comme le montrent les exemples ci-après. pour lesquels les configurations absolues des carbones asymétriques sont différentes (R et S). et vice-versa.5. Stéréoisomèrie-stéréochimie 79 3 H 3C C H 4 Br Cl 1 2 Si le triangle 1. Ingold.4. et leurs activités sur la lumière polarisée rectilignement. Figure 4. .2.3 est regardé par le côté opposé à l'atome d'hydrogène afin de se mettre dans les conditions de la règle de Cahn. appelée inversion de configuration.32 Important : il n’existe pas de rapport entre la configuration absolue d’un carbone asymétrique et son activité optique. de la figure 4. de même nature. dont le carbone asymétrique est S. on voit: Br 1 3 H3C (R) Cl C H 4 2 et le carbone asymétrique est de configuration absolue R. la (D)-sérine. dextrogyre : CHO H (R) OH CH2OH (+)-glycéraldéhyde Figure 4. nécessite l’échange de deux substituants sur ce carbone. 4.

6). 4. l’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique peut résulter d’une réaction de substitution SN2 (§ 8.11 – Configuration (rétention de -) La rétention de configuration relative est le résultat d’une réaction effectuée sur un carbone asymétrique avec échange ou transformation d’un substituant en conservant une même configuration relative (différence avec l’inversion de configuration).2) par une inversion de Walden (schéma 4. 3 CH3 CH2-CH3 1 Br 2 (S) H NaOH 3 H3C H3C-H2C OH 1 2 (R) H .80 Chimie organique Par extension.5.3 . Ingoldet Prélog). le substituant du carbone asymétrique qui subit la réaction est échangé avec un nouveau substituant provenant du réactif (de priorité équivalente selon les règles de Cahn.NaBr (SN2) inversion de Walden (Inversion de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4.2 L’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique est figurée par le signe : La configuration d’un azote portant trois substituants différents s’inverse constamment (centre chiral ou stéréocentre § 4.SO2 anhydride sulfureux Me Et H Cl (S) (S)-butan-2-ol O (S)-chloro-2-butane (rétention de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4. Dans ce cas. Me Et H SOCl2 Me O S OH (S) diéthyléther H Cl chlorure de Et thionyle .1.2).5. et il prend une position inversée par rapport à celui de départ sur le carbone comme dans la réaction ci-dessous. C’est la cas de la réaction de substitution intramoléculaire du chlorure de thionyle sur un alcool chiral comme le (S)-butan-2-ol qui conduit au (S)-chloro-2-butane : OH et Cl occupent la même position par rapport aux autres substituants du carbone et sont des groupes de même priorité.

molécule de méthane. ce qui déclenche l’activité biologique. et. Le passage de la configuration d’un carbone asymétrique à sa configuration inverse nécessite la rupture de deux liaisons et leurs échanges sur le carbone asymétrique. Exemple : un médicament qui agit sur un récepteur enzymatique devra avoir des configurations très précises de son ou ses carbones asymétriques pour agir.4. et présente une géométrie donnée. il ne peut être associé qu’à une molécule dont les groupes actifs sont disposés de telle sorte que leur géométrie s’accorde parfaitement à ces fonctions. Attention : certaines molécules achirales peuvent contenir des carbones asymétriques de même constitution.5. tout objet. l’activité biologique est directement liée à la chiralité des molécules. les deux mains d’une même personne). Stéréoisomèrie-stéréochimie 81 4. La chiralité se trouve dans l’essence même de la vie. Le changement de configuration de l’un d’eux peut conduire à une totale inactivité de la molécule correspondante (la clé est déformée !…). Tout dans la Nature est chiral.34) qui peuvent être représentés par deux plans perpendiculaires et dont la jonction a lieu au niveau du carbone central hybridé sp (§ 1. Par exemple. Par contre. molécule… qui ne possède pas d’axe de symétrie alternant (et. CH4…).25). par conséquent. si le site récepteur d’une macromolécule est composé de différentes fonctions en nombre égal ou supérieur à trois. 4. cube. sans aucune rupture de liaison. . par exemple. Sa chiralité s’exprime par le fait que son image dans un miroir (image spéculaire) ne lui est pas superposable (par exemple.12 – Configuration et conformation Ne pas confondre les termes configuration et conformation. en nombre pair (voir diastéréoisomères de forme méso § 4. Dans ce cas.1. est dit achiral. Son image dans un miroir lui est superposable (exemples : sphère. Dans la Nature. dessin.5. un plan ou un centre de symétrie.5. Un composé peut être chiral sans contenir un centre chiral ou stéréocentre.13 – Chiralité Tout objet. ni plan de symétrie) est dit chiral. comme une clé à sa serrure. le passage d’une conformation moléculaire à une autre n’exige que des rotations autour d’une ou plusieurs liaisons de cette molécule. En revanche. dessin. les interactions qui en résultent (chimiques ou physiques) atteignent une efficacité maximale.3). molécule… qui possède un axe de symétrie alternant. ni échange de substituants. mais de configurations inversées. C’est le cas de molécules dissymétriques comme certains dérivés de l’allène (figure 4. ni centre de symétrie.

P1 H3 C C H3C C 90° CH3 C H P2 Figure 4. retenus l’un à l’autre par une simple liaison.82 miroir Chimie organique 90° H C H3C C C H H CH3 H 3C C 90° H C C CH3 inverses optiques (ni centre.35). Par contre. Certains dérivés du biphényle peuvent être chiraux en l’absence de carbone asymétrique s’ils sont substitués par quatre groupes assez volumineux en positions α par rapport à la liaison centrale (positions ortho). la libre rotation des deux cycles autour de cette liaison est contrariée par une gêne stérique et les deux plans contenant les cycles forment entre eux un angle qui peut atteindre 90° (figure 4. la molécule possède un plan de symétrie qui est le plan P2 (figure 4. il n’existe plus de plan de symétrie et la molécule est chirale. La molécule est alors achirale. si ces deux substituants sont différents. de structures planes.36). si deux substituants ortho du cycle B (ou A) sont identiques. . le plan du cycle A (ou B) joue le rôle de plan de symétrie pour la molécule et la molécule est achirale. composé achiral Un autre exemple de composés chiraux ne disposant pas de centre chiral concerne certains dérivés du biphényle.35 plan de symétrie de la molécule.34 Si l’un des carbones hybridés « sp2 » a deux substituants identiques dans le plan P1. Le biphényle est formé par deux groupes phényles. Dans ce cas. Dans ces conditions. ni plan de symétrie) Figure 4.

la rotation autour de la liaison centrale n’est plus empêchée et le passage d’un stéréoisomère à son inverse optique est possible et vice-versa.4.6'-difluoro-biphényl-2. au moins l’un des quatre substituants en position ortho n’est pas volumineux (dans l’exemple de la figure 4.2'-dicarboxylique F HOOC B A F F B COOH COOH Figure 4.37.37 La substitution des quatre positions ortho n’est pas absolument nécessaire. Il n’y a pas d’activité optique. F HOOC A COOH F B A COOH F acide 6.6-dicarboxylique 2) acide 6-acétyl-3'. le fluor). – que chacun des deux cycles soit substitué par des groupes différents afin d’éviter la possibilité d’un plan de symétrie moléculaire. .6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2-carboxyl ique Figure 4.38.36 Si. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 83 biphényle 1) A Cl Cl HOOC B 2) A Cl Cl H3C-CO B CH3 HOOC CH3 HOOC composé achiral: le plan du cycle A est un plan de symétrie de la molécule composé chiral: le plan du cycle A (ou du cycle B) n'est pas un plan de symétrie de la molécule 1) acide 3'. Les conditions requises pour que la molécule soit chirale sont les suivantes : – que le ou les substituants en position ortho soit (soient) assez volumineux pour apporter une gêne à la libre rotation autour de la liaison unissant les deux cycles et.6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2.

2'-dinitro-biphényl-2-carboxylique (molécule chirale) Br groupe volumineux iodure de 3'-bromo-biphényl-2-triméthylarsonium (molécule chirale) substituant peu volumineux F A F phényle A substitué symétriquement (plan de symétrie contenant le cycle B) (molécule achirale) F B F Br COOH acide 5-bromo-2.6. F = 267 °C) (figure 4.2'.14 – Racémique (mélange) Ce n’est pas un corps pur mais le mélange. F = 276 °C°.39). On l’indique par (±) ou (d. Les mélanges racémiques ou plus simplement les racémiques.38 4. ou d) et (–. (±)-phénylalanine. en quantités égales. par compensation externe des activités optiques des énantiomères qui les composent. (+)-phénylalanine. n’ont pas d’activité sur la lumière polarisée rectilignement.5. . séparé par un tiret (ex: acide (±)-aspartique).84 Chimie organique groupe volumineux HOOC (CH3)3 As I NO2 O2N acide 6.6'-tétrafluoro-biphényl-3-carboxylique Figure 4. des deux énantiomères (+. Leurs points de fusion sont différents de celui des énantiomères (exemples : (-)-phénylalanine. ou l) formant un couple.l) suivi du nom de la molécule. F = 276 °C.

. dont l’activité est stéréosélective (§ 4. une déshydrogénase. ou parfois. à un ou des mélanges racémiques. et avec d’excellents rendements.l)-phénylalanine α 278K= 0° D Figure 4.4. présente dans la « levure du boulanger ». respectivement. L’utilisation de méthodes bio-organiques faisant intervenir des enzymes fournies par des microorganismes.4. Si la cétone (ou l’aldéhyde) est représentée de telle sorte que le plus petit substituant soit à gauche du groupe carbonyle et donc. Les synthèses dites asymétriques ont pour but de ne permettre l’accès qu’à un seul énantiomère. dans certains cas. le plus volumineux à droite. La règle de Prelog (1953) permet a priori de définir la stéréochimie de l’alcool qui sera formé. l’énantiomère souhaité. de nombreuses aldéhydes et cétones sont réduites en alcools optiquement actifs par une enzyme.35° = D 50% ( 50% mélange racémique ) ou (d.39 Les synthèses classiques de molécules comportant un ou plusieurs centres chiraux. Ainsi.7). d’en favoriser seulement la formation (par induction asymétrique) au détriment de l’autre énantiomère. l’alcool qui sera obtenu par cette réduction biologique aura son groupe OH en arrière de la représentation dans la majorité des cas comme cela est figuré dans le schéma 4. permet d’obtenir. Stéréoisomèrie-stéréochimie 85 COOH H C CH2 NH2 H2N COOH C CH2 H (+)-phénylalanine (-)-phénylalanine α 278K= + 35° D α 278K . conduisent dans la majorité des cas.

NAD+ déshydrogénase HO C H O C H3 C CH2 NAD(P)H déshydrogénase . par exemple. recristallisés à une température inférieure à 27 °C : dans ce cas. d’une part. comme Pasteur l’a pratiquée en observant au microscope les structures géométriques des cristaux de sels d’ammonium et de sodium formés à partir de l’acide tartrique racémique (acide (±)-tartrique. ou l’acide (+)-β-camphosulfonique (figure 4. l’acide (-)-tartrique.4 4. et le (-)-acide tartrique. Elle peut être manuelle. le (+)-acide tartrique. et plus particulièrement leurs solubilités relatives dans certains solvants. il est possible de séparer des bases énantiomèriques en formant des sels d’acides optiquement actifs comme. H N R H R O N H H H O HO H H OH COOH camphre acide (-)-tartrique acide β-camphosulfonique O SO3H O COOH strychnine R = H brucine R = OCH3 Figure 4. La résolution peut être chimique : elle est alors basée sur les différences de propriétés de certains dérivés des énantiomères.NAD+ déshydrofgénase HO H 3C H C (S) CH2 NADH = nicotinamide adénine dinucléotide (forme réduite) NAD+ = idem (forme oxydée) NADPH = nicotinamide adénine dinucléotide phosphate (forme réduite) NADP+ = idem (forme oxydée) Schéma 4.86 Chimie organique O C NAD(P)H déshydrogénase . C’est souvent le cas d’énantiomères d’acides dont on prépare des sels par action de bases assez volumineuses et optiquement actives. symétriques par rapport à un plan) ce qui permet leur séparation au moyen d’une pincette. par exemple. HO2C-CH(OH)-CH(OH)-CO2H). d’autre part.15 – Résolution ou dédoublement du racémique La résolution ou le dédoublement d’un racémique est la technique permettant de séparer les deux énantiomères qui le constituent. la strychnine ou la brucine. des différences géométriques sont visibles entre les cristaux des deux énantiomères (structures inversées. L’action d’un acide fort libère ensuite de leurs sels.5. Inversement. comme.40 .40).

celui qui est insoluble est filtré puis recristallisé pour le purifier. Stéréoisomèrie-stéréochimie 87 Cette méthode est basée sur les différences de propriétés physicochimiques des diastéréoisomères (§ 4. soit par d'autres méthodes (chromatographie. La méthode est identique avec les racémiques de bases. car l’un des énantiomères est dégradé par des enzymes spécifiques. mais dans ce cas. AH (-) + AH (+) acide racémique ( )A + Base chirale (-) A(-)-B(-) + A(+)-B(-) sels diastéréoisomères de propriétés physiques différentes. par exemple) Schéma 4. RCONH-CH(R)-COOH. soit par extraction par un solvant ou évaporation du solvant s'ils sont solubles. On utilise alors la différence des interactions qui existent entre une phase chirale du système chromatographique et les deux énantiomères qui composent le racémique. par exemple A(+)-B(-) déplace alors l’énantiomère acide faible AH(+). Si l’un des deux sels est nettement plus soluble que l’autre dans ce solvant. permettent de séparer les deux énantiomères formant un racémique. les deux sels formés seront A(+)-(B(-) et A(-)-B(-) ayant des différences de solubilité dans un solvant choisi par expérimentation.5. En effet. A(-)-(B)(-) soluble dans le solvant S et A(+)-(B)(-) cristaux insolubles dans le solvant S AH(-) + AH(+) + B(-)H B(-)H (La base chirale est récupérée sous forme de sel) séparation par filtration filtrat contenant A(-)-B(+) cristaux filtrés A(+)-B(-) H H Les acides sont isolés. Lorsqu’une molécule chirale sous forme racémique possède une activité biologique. L’action d’un acide fort sur ce sel. soit par précipitation et filtration. Enfin.4. Si un acide racémique représenté par AH(+) + AH(-) est mis en présence d’une base B(-).5). elles ne reconnaissent parmi les deux énantiomères proposés à leur action que celui qui s’accorde à leur propre chiralité.21) auxquels s’apparentent les sels d’acides chiraux et de bases chirales (schéma 4. elle est destructrice avec perte de 50 % du mélange. La forme racémique du médicament correspondant obtenue par la synthèse classique nécessite donc une dose double de celle de l’énantiomère actif pour un effet identique ce qui est une aberration économique et explique l’intérêt de ne produire que l’énantiomère actif par synthèse asymétrique. et en particulier la solubilité dans un solvant donné S. .5 La résolution du racémique peut être biologique. il n’est pas rare qu’un des énantiomères soit à l’origine de cette propriété tandis que l’autre est totalement inactif. C’est le cas pour les mélanges racémiques d’acides α-aminés naturels N-acylés. mais dans ce cas. on utilise un acide optiquement actif. L’évaporation de la solution contenant le sel le plus soluble. des techniques chromatographiques très spécifiques à tel ou tel type de structure chimique. qui sera dans ce cas A(-)(B(-) permettra par le même procédé de récupérer l’autre énantiomère acide AH(-).

optiquement actif.6 Par exemple. l’acide L(+)-lactique est facilement racémisé en présence d’une solution de soude en raison de l’équilibre avec la forme énolate de l’acide (figure 4. La réaction de substitution nucléophile monomoléculaire SN1 (§ 8. inactif sur la lumière polarisée rectilignement. O O C HO C H .1.l)-lactique (sous forme de sel) CH3 acide L(+)-lactique (sous forme de sel) CH3 CH3 O C O retour de H+ d'un côté ou de l'autre du plan HO C H CH3 Schéma 4.88 Chimie organique 4.3) est racémisante parce qu’elle s’effectue via un carbocation plan qui peut ensuite être attaqué sur ses deux faces (schéma 4. à un mélange racémique. Me Me Me Br R C Et Pr carbocation solvant polaire Br + Pr C Et HO HO C R Et Pr et Me Et Pr racémique C OH S HO Schéma 4.6).7 4.7).H+ O O C HO C O O C C HO O + H+ C O H C OH CH3 et racémique acide (d.17 – Pourcentage énantiomérique Pour un mélange de deux énantiomères R et S.5. le pourcentage énantiomérique est pour l’énantiomère (R) : %(R) = R R+S .5.16 – Racémisation C’est la réaction qui permet le passage d’un composé chiral.

X produit le racémique (d. la pureté énantiomérique en énantiomère R est donnée sous forme de pourcentage par l’équation : pureté énantiomérique en R % = (R . la pureté optique.20 – Rendement optique Distinct du rendement réactionnel qui est le pourcentage de produit obtenu pur dans une réaction par rapport à la quantité théorique de ce même produit qui aurait du être obtenue. C’est rarement le cas. et spectres physicochimiques. dont la pureté optique est de 40 %. il n’en est pas de même des diastéréoisomères. Lorsqu’une molécule possède « n » centres asymétriques ou chiraux avec n > 1.21 – Diastéréoisomères (couple de -) Un couple de diastéréoisomères est constitué de stéréoisomères qui possèdent au moins deux centres asymétriques. bien que le rendement réactionnel soit. qui diffèrent entre eux par toutes leurs propriétés physiques. dans une réaction. 4. avec R >S.5. par une réaction. conduit à un composé Y. mathématiquement possibles.19 – Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) Dans un mélange d’énantiomères R et S. car il peut exister pour certains de ces stéréoisomères des symétries moléculaires qui en réduisent le nombre (ex : formes méso § 4. il existe 2n stéréoisomères a priori.4. Si X conduit uniquement à l’énantiomère (d)-Y pur. et ne sont pas images l’un de l’autre dans un miroir (définition inverse des énantiomères). enregistrés dans des conditions classiques. le rendement optique en cet énantiomère est de 100 %. identiques. est : 100 × [α°] /[α°R]. 4.18 – Pureté optique Si dans un mélange de deux énantiomères R et S. Si. l’activité optique de l’énantiomère R pur est [α°R]. avec R > S. Stéréoisomèrie-stéréochimie Il est de 50 % pour chacun des énantiomères composant un mélange racémique. 89 4. points d’ébullition. le rendement optique est de 0 %. par exemple de 70 %. un stéréoisomère optiquement pur. le rendement optique est de 40 %. Si les activités optiques des énantiomères sur la lumière polarisée rectilignement sont opposées mais de même valeur absolue. Si. celles des diastéréoisomères sont différentes et ne présentent aucune relation entre elles comme deux com- .5.5. 4.5. les énantiomères ont des points de fusion. l’activité optique enregistrée sur un polarimètre est [α°] alors que dans les mêmes conditions expérimentales. le rendement optique exprime le pourcentage de pureté optique d’un nouveau stéréoisomère issu d’une réaction faisant intervenir comme produit de départ.25). donnée sous forme de pourcentage.S) (R + S) x 100 Elle a la même valeur que la pureté optique. optiquement pur. Par exemple. le réactif X.5.l)-Y.

Ce sont deux stéréoisomères configurationnels non symétriques par rapport à un plan.42 .3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple de diastéréoisomères ne sont pas "image l'un de l'autre dans un miroir" Figure 4.42). Un cas particulier de couple de diastéréoisomères qui ne comportent pas de centres chiraux est celui composé de deux isomères géométriques cis et trans ou E et Z. 3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple d'énantiomères "images l'un de l'autre dans un miroir" H CH3 Br (S) (S) Cl H CH3 Br H 3C (S) (R) H H3 C Cl H (2S. tous les carbones asymétriques portant les mêmes substituants ont des configurations absolues inversées.5.24). H CH3 Br (S) (S) H CH3 H3 C Br (R) (R) H H 3C H Cl Cl (2S.41) (voir aussi la convention de Fischer § 4. ce qui n’est pas vrai pour l’ensemble des carbones asymétriques du couple de diastéréoisomères. Cl C C Cl (Z) H H C C Cl H Cl (E) H couple de diastéréoisomères Figure 4. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2S.90 Chimie organique posés optiquement actifs mais de natures différentes. Ils n’ont pas d’activité optique car le plan de la molécule sert de plan de symétrie. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2R. Ils sont achiraux (figure 4. Des exemples sont donnés pour le 2-bromo-3-chloro-butane (figure 4.41 On peut remarquer que dans le couple d’énantiomères.

43 . à l’exception du premier et du dernier correspond à des projections sur le plan de représentation des liaisons C-C de la chaîne carbonée centrale. avec R souvent égal à CH2OH. Les premier et dernier traits verticaux correspondent à des substituants situés derrière le plan de représentation (ou de projection) de la chaîne carbonée centrale. pour le plus grand nombre des cétoses. Pour les représenter simplement.22 – Convention de Fischer (représentation des sucres) Les formules générales des sucres acycliques sont : HO-CH2-(CHOH)n-CHO.4. prix Nobel 1902. plan de représentation CHO H HO H HO CH2OH CHO H H H CHO rotation de 90° OH OH H OH OH CH2OH CH2OH représentation de FISCHER (projections sur le plan de représentation) OH OH CHO CH2OH D-(-)-érythrose plan de représentation = plan de la feuille H H H HO H HO HO CHO 109°28 rotation de 90° puis projection sur le plan de représentation CH2OH H L-lyxose CHO H OH H OH HO H CH2OH représentation de FISCHER représentation de NEWMAN (conformation éclipsée) Figure 4. Emil Fischer. Ils comportent plusieurs carbones asymétriques. appelée « projections de Fischer »: Tout trait horizontal correspond à une liaison située en avant du plan de représentation. pour les aldoses. Tout trait vertical.5. Stéréoisomèrie-stéréochimie 91 4. un chimiste allemant. et HO-CH2-(CHOH)n-CO-R.43). Le substituant terminal ayant le plus haut degré d’oxydation (CHO ou COR) est toujours situé à la partie supérieure de la représentation (figure 4. a proposé la convention suivante.

le sucre porte au contraire un groupe OH à gauche. en représentation de FISCHER. CHO CHO H OH CH2OH D(+)-glycéraldéhyde ou D(+)-glycérose) CHO H H OH OH CH2OH D(+)-érythrose HO H H OH CH2OH D(+)-thréose CHO H H CH2OH L(-)-érythrose H HO CHO OH H CH2OH L(-)-thréose CHO HO H CH2OH HO HO L(-)-glycéraldéhyde ou L(-)-glycérose Figure 4.ou D-xylose forment un couple de diastéréoisomères (non symétriques par rapport à un plan) au même titre que le L-arabinose et le L-xylose. Si. en partant de CHO (groupe aldéhyde) pour les aldoses ou CO (de COR) pour les cétoses (dérivés de cétones). parmi d’autres… . ce qui est totalement indépendant des lettres D ou L qui sont issues d’une convention de représentation.et D-xyloses. c’est ce qui explique cette convention. dans ces conditions. L. On peut considérer que les aldoses dérivent tous des glycéraldéhydes D et L. il est dit de la série L.44 Le signe (+) ou (-) qui peut être remplacé par d ou l (dextrogyre ou lévogyre) correspond à l’activité optique du composé.et D-lyxoses. L.44). 8 stéréoisomères existent qui forment 4 paires d’énantiomères. L-ribose et L.92 Chimie organique Si. Par contre. ces derniers résultent d’additions successives de groupes « H-C-OH » ou « HO-C-H » entre la fonction aldéhyde et le reste de la molécule (figure 4.45). le (n-1)ième atome de carbone de la chaîne carbonée centrale. Dans le cas des aldopentoses (figure 4. symétriques par rapport à un plan. En effet.et D-riboses. observée expérimentalement avec un polarimètre. le sucre appartient à la série conventionnelle D. possèdant chacun un seul carbone asymétrique et définis comme les « bases stéréochimiques » des aldoses. porte un groupe OH à droite.et D-arabinoses et L. L.

Le groupe cétonique occupe presque toujours la position 2. Tous les autres acides α-aminés en possèdent un. on représente toujours ces acides avec les groupes COOH et R en vertical avec COOH toujours en haut de la représentation. puis les substituants H et NH2 à l’horizontal. l’acide -aminé est dit de la série D.5. CH2OH CH2OH O HO H H OH CH2OH D-xylulose CHO H HO H OH H OH CH2OH D-xylose Figure 4. dont les isomères de structure aldose sont le xylose et le lylose qui ont un carbone asymétrique de plus que le xylulose. Le psicose est une des nombreuses exceptions à cette dénomination. la glycine NH2-CH2-COOH (R = H). Dans la convention de FISCHER. .46 CHO HO HO H H H OH CH2OH D-lylose O H H H OH OH OH CH2OH D-psicose 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie couples d'énantiomères 93 CHO HO HO HO H H H CH2OH L(+)-ribose CHO H H H OH HO OH HO OH CH2OH D(-)-ribose CHO H H CH2OH D(-)-lyxose CHO H H OH HO OH H H CH2OH L(+)-lyxose CHO H OH OH CH2OH H HO HO CHO OH H H CH2OH H HO H CHO OH H OH CH2OH HO H HO CHO H OH H CH2OH L(-)-xylose H OH HO H D(-)-arabinose L(+)-arabinose D(+)xylose exemples de couples de diastéréoisomères Figure 4.4. Seule. comme le xylulose. ne possède pas de carbone asymétrique.45 Les cétoses (figure 4. voire plusieurs.23 – Convention de Fischer (représentation des acides -aminés et acides -alcools) Les acides α-aminés ou α-aminoacides ont pour formule générale: NH2-CH(R)-COOH.46) sont souvent désignés par le suffixe -ulose. s’il est à gauche. il est de la série L. Quand NH2 est à droite.

L’oxydation spécifique et unique du groupe aldéhyde (oxydation chimiosélective) d’un sucre de série L peut conduire à un acide α-alcool de série D comme dans l’exemple présenté dans la figure 4. .94 Chimie organique COOH H2N α H H COOH NH2 H COOH (R) NH2 R série L des acides α. des acides α-aminés ou des acides α-hydroxylés. 4.47. il est de la série L.aminés COOH HO α H R série D des acides α.47 série D des acides α-alcools Dans les acides α-alcools. Dans ce cas il ne peut pas exister de série D ou L (figure 4. l’acide -alcool.48). hydroxy. S’il est à gauche. Si le groupe OH est à droite de la représentation. le groupe NH2 des acides aminés est remplacé par un groupe OH.5.24 – Projection de Fischer (cas général) D’abord utilisée pour la représentation des sucres. la projection de Fischer a été étendue à d’autres molécules en utilisant les mêmes principes que pour les sucres.aminés COOH H OH H CH2OH D(-)-sérine COOH (R) CH3 OH H R série L des acides α-alcools ATTENTION: CHO H HO OH H CH2OH R série D des acides α-alcools acide D(-)-lactique oxydation chimiosélective du groupe aldéhyde COOH H HO OH H CH2OH série L des sucres Figure 4. HO-CH(R)-COOH. de formule générale. est de la série D.

Il est achiral. les substituants du carbone 1 éclipsent les mêmes substituants du carbone 2. OH. COOH et c. a peut représenter H.5.Composés de structures C(abc)-C(abc) où a.4. Dans la figure 4.3-diméthyl-pentanenitrile Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 95 H3C H CN H CN CH3 H C2H5 2.49). b.49 On observe que dans la forme méso.49. Les deux carbones asymétriques portent les mêmes substituants. . COOH H Plan de symétrie H (R) Cl CH3 2 (R) 1 CH3 H Cl plan de symétrie OH OH (S) H (S) CH3 H Cl CH3 H Cl Cl Cl COOH acide mésotartrique H H OH OH CH3 Cl CH3 Cl rotation H de C2/C1 H CH3 CH3 H H COOH COOH forme méso composé de forme méso Figure 4. . b. et un plan ou un centre de symétrie moléculaire pour l’une de ses conformations.25 – Forme méso C’est un stéréoisomère qui possède au moins deux centres chiraux. Plusieurs exemples de stéréoisomères de forme méso sont présentés ci-après (figure 4. en représentation de Newman. c représentent des groupes substituants différents entre eux.48 CN H H3 C C2H5 CH3 H H3C H H3C C 2H5 4. Il est inactif par compensation interne sur la lumière polarisée rectilignement (optiquement inactif).

51. donc ce carbone devrait être achiral. d’autre part.Composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc) Pour les composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc). et non de part et d’autre de celle-ci comme l’exige la présence d’un centre de symétrie. Les acides D. sont des composés méso dans la mesure où ils admettent tous un plan de symétrie perpendiculaire à la chaîne carbonée qui contient les groupes H et OH du carbone central (images d’eux-mêmes dans un miroir).96 Chimie organique Attention : certains composés de structure C(abc)-C(abc) semblent a priori possèder un centre de symétrie comme dans l’exemple présenté dans la figure 4. de forme méso a donc une configuration R . par convention. Par exemple.et L-tartriques forment un couple d’énantiomères. il existe a priori 8 stéréoisomères représentés dans la figure 4.50 . Cette impression ne doit pas faire oublier la convention de Fischer. Il en est de même de C et D. COOH H HO (R) 2 OH (R) 1 H COOH acide D(+)-tartrique COOH HO H (S) 2 H 1 (S) OH COOH acide L(-)-tartrique HO H OH H HO H OH H COOH COOH HOOC COOH Figure 4. Les composés A et B d’une part et C et D. le carbone serait achiral. on obtient A. mais dans la mesure où il existe une inversion de configuration de ces groupes (R) et (S). Pour définir sa configuration R ou S. Le carbone central de ces composés a un caractère particulier. on dira qu’il s’agit d’un carbone pseudo-asymétrique. En retournant B de 180° dans le plan de la feuille. il faut savoir que.50. Le carbone pseudo-asymétrique des composés A et B. il possède deux groupes chimiques identiques C(H)(OH)-COOH.et (L)-tartriques sont en arrière de la représentation. un carbone de configuration R est prioritaire par rapport à un carbone de configuration S. les deux groupes COOH dans les acides (D). Il n’existe donc que deux composés méso. Si ces deux configurations étaient les mêmes. . Ce sont donc des composés achiraux.

Il en est de même de F et H. Stéréoisomèrie-stéréochimie COOH (R) 97 COOH H HO H (R) carbone pseudo asymétrique H OH COOH (S) HO H HO HO H (R) COOH HO H HO (S) H OH (R) OH H H OH OH (S) COOH A H OH (S) COOH C H H COOH B COOH D forme méso inactif forme méso inactif COOH H H carbone achiral HO (R) (R) COOH HO HO H F (S) H H (S) OH COOH H HO HO COOH (R) OH OH H OH HO H H H COOH (S) H OH (S) OH COOH H (R) H COOH E COOH G acide L-trihydroxyglutarique acide D-trihydroxyglutarique E = G et F = H (superposables par rotation de 180° dans le plan de la feuille. Les structures de type C(abc)-C(ab)-C(abc) n’admettent donc que deux formes méso et un couple d’énantiomères soient 4 stéréoisomères et non 8. Il reste donc uniquement deux composés symétriques par rapport à un plan. R ou S. par exemple G et H c’est-à-dire un couple d’énantiomères (acides trihydroxyglutariques D et L). . Il faut remarquer que le carbone central dans ces cas est un carbone achiral car les deux groupes C(H)(OH)-COOH ont des configurations identiques (R. et l’autre un composé acyclique dans lequel les deux centres chiraux sont éloignés de trois carbones. Le carbone central est pseudo-asymétrique.52 représente deux autres exemples de composés méso : un dérivé de l’oxirane.4. S).51 Les structures E et G représentent un même composé dans la mesure où une rotation de l’un d’eux de 180° dans le plan de la feuille conduit à la représentation de l’autre. La figure 4. hétérocycle oxygéné à trois chaînons. donc un seul couple d'énantiomères) Figure 4.

Si le troisième substituant de chaque carbone était le même. Dans l’érythrose.98 Chimie organique plan de symétrie de la molécule Br O C R Et C S Me Et Me Et C R C H2 Me Cl C C H2 Br C S Me Et Me composés "méso" Figure 4. deux groupes du premier carbone asymétrique éclipsent deux groupes identiques du second carbone asymétrique. l’érythro deviendrait méso.53).et D(-)-érythroses (composés A et B de la figure 4.53 H H couple d'énantiomères de l'érythro-2-bromo-3-chloro-butane . CHO H H R R A H H OH OH HO HO OH OH HO HO CHO S S H H H 3C R S H3C H Cl Cl H S R CH3 CH2OH CH2OH B H H H C Br Br H D CH3 H3C H 3C H Cl Br Br Cl H CH3 CH3 CHO CH2OH D(-)-érythrose CHO CH2OH L(+)-érythrose formes érythro Figure 4.26 – Forme érythro Le préfixe « érythro » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de deux carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des L(+). dans les composés de forme érythro.52 carbone pseudo-asymétrique 4. en représentation de Newman. et d’une manière plus générale. il y aurait alors un plan de symétrie dans la molécule.5.

et d’une manière générale dans les composés de forme érythro.5.27 – Forme thréo Le préfixe « thréo » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des D(-) et L(-)-thréoses (composés A et B de la figure 4. . en représentation de Newman. Dans le thréose.55. il n’existe aucune conformation qui permette que deux groupes identiques du premier carbone asymétrique éclipsent les groupes identiques du second carbone asymétrique.5.54 4. Trois exemples sont donnés dans la figure 4.28 – Épimères (couple d’-) Un couple de diastéréoisomères qui ne diffèrent entre eux que par la configuration d’un seul stéréocentre sont appelés épimères. CHO HO H S R A H HO H OH HO H H OH H HO CHO H R S OH H S S H3C CH3 Cl CH3 Cl R R H CH2OH CH2OH B OH H H3 C H H Br Br H D CH3 C Cl Br Br Cl H CH3 CHO CH2OH D(-)-thréose CHO CH2OH L(+)-thréose H CH3 H CH3 H OHC OH OH HO HO CHO H H3C H3 C H H Br Br H H CH3 CH3 H CH2OH formes thréo H CH2OH Cl Cl couple d'énantiomères de thréo-2-bromo-3-chloro-butane Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 99 4.54).4.

56). 3R. en quantités égales.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone Et (S) H L(-)-mannose L(-)-glucose 2R. en solution. Le pourcentage d’épimérisation dépend du pH de la solution de (L)-mannose.55 4. 5S.29 – Épimérisation C’est une réaction qui permet l’inversion de configuration d’un seul stéréocentre parmi ceux présents dans un composé chiral. 3S. Si.6). . En effet. équilibre céto-énolique. le retour de l’hydrogène porté par le carbone en α du groupe carbonyle peut s’effectuer en formant.100 Chimie organique HO H H Br H3C (R) (S) CH (R) 3 Cl H 2R.7) et stéréospécifique (§ 4. les produits formés sont : 50 % du produit de départ et 50 % de L(-)-glucose. soit un carbone asymétrique S. l’énolisation a été effectuée à partir de L(-)-mannose (figure 4. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol H H HO HO CHO (R) OH OH et HO H HO HO CHO (S) H OH H H CH2OH H Et (S) H et (S) Me O Me (R) H O H H CH2OH 2S. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol et H3C (R) Cl H (S) H OH H Br 3 (S) CH 2R. 5S. Ce sont des réactions régiosélectives (la réaction est orientée sur un carbone particulier § 4. dans l’équilibre entre forme cétonique (ou aldéhydique) et forme énolique. Un exemple classique d’épimérisation dans la série des sucres est lié à l’énolisation de la fonction aldéhydique -CHO. La formation du L(-)-glucose correspond à une épimérisation du L(-)-mannose. soit un carbone asymétrique R.5.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone couples d'épimères Figure 4.

30 – Chiralité des composés cycliques L’absence d’un axe alternant Sn ou plus simplement d’un centre de symétrie ou d’un plan de symétrie pour le composé cyclique le définit comme composé chiral.Cyclopropane H H H H Cl * H Cl * H Cl H CH3 CH3 Cl * H Cl H composé chiral 1 carbone asymétrique ni plan ni centre de symétrie H H H H H Cl * H Cl * H Cl * H CH3 * H H * Cl Cl * H composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan. composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie composé méso composé achiral pas de carbone asymétrique composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Cl H H3C composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie forme méso .5. .56 4.4. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 101 H H H H HO HO O C (R) OH OH H H CH2OH forme aldéhydique L(-)-mannose O H b H a HO HO C a H OH HO OH H H CH2OH b H HO HO O C (S) H OH H H CH2OH forme énolique forme aldéhydique L(-)-glucose Figure 4.57. ni centre de symétrie.

la conformation chaise n'a ni plan de symétrie.Cyclohexane 1. 2 carbones asymétriques . Le passage d'une conformation à son inverse nécessite une très faible énergie ce qui conduit à un mélange constant de 50% de chaque conformation (racémique d. A A H A B trans B H forme préférentielle: e-e B H H si A = B ou A = B : composé chiral.Cyclobutane Cl Me H H Cl Me H H H Me Cl H H H Chimie organique composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie H Me Cl H * Me H * * H H * Cl composé chiral 4 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Me H Me composé achiral pas de carbone asymétrique centre de symétrie Cl composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie Cl H Me H Cl . dans ce cas. la représentation plane classique permet de penser qu'il existe un plan de symétrie et la molécule est achirale.2-disubstitué A B A cis (X) H H (Y) H H B B H H (Y') A B A A=B si A = B = H. et qui n'est pas résolvable.102 . par compensation externe. En réalité. la molécule est chirale. si A= B. ni centre de symétrie et la molécule a donc une chiralité.l) qui n'a finalement pas d'activité sur la lumière polarisée. Les deux conformations chaises inversées X et Y représentent un couple d'énantiomères (voir X et Y').

2 carbones asymétriques.Cyclohexane 1. ni centre de symétrie A B H formes équivalentes si A = B H H B H 103 .Cyclohexane 1.4-disubstitué B cis H A H H trans B H forme préférentielle: e-e A = B ou A = B. 2 carbonesasymétriques: composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan. forme méso.57 B A A H B si A=B. cis ou trans.3-disubstitué A A B cis B H H A H forme préférentielle: e-e si A = B : composé achiral. les cyclohexanes 1.4.4-disubstitués ont un plan de symétrie: ils sont achiraux. 2 carbones asymétriques A A trans B H B si A = B ou si A = B. si A = B : composé chiral. Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie . pas de forme préférentielle A H A H B A B .

la progestérone. Ces décalines diffèrent par les positions relatives des hydrogènes liés aux carbones qui joignent les deux cycles numérotés 4a et 8a (figure 4. l’estradiol (figure 4. B et C) et un cyclopentane (cycle D) accolés (structures dont dérivent le cholestérol et des hormones stéroïdes comme la testostérone.5. ce sont les liaisons aux hydrogènes liés aux carbones 4a et 8a.59)) : C A B D Me H HO H H Me Me Me Me système tétranucléaire des stéroïdes Me OH Me H O testostérone H H H cholestérol O Me Me H H HO estradiol H H Me OH Me H O H progestérone Figure 4.5.31 – Décalines cis et trans L’hydrogénation totale du naphtalène conduit aux décalines cis et trans.58).32) constitué de trois cyclohexanes (cycles A.58 La décaline représente les deux premiers cycles A et B du système tétracyclique du cholestane et du coprostane (§ 4. 8 7 6 5 8a 1 2 H 5H2 3 H B et A 8a 4a A H B 4a 4 naphtalène H décaline cis décaline trans Figure 4.59 La décaline est constituée par deux cycles accolés qui ont donc en commun deux atomes de carbone. La décaline trans est formée à partir d’une molécule de cyclohexane en utilisant deux liaisons équatoriales en positions trans de deux carbones adjacents : il reste donc deux liaisons en position trans sur les deux atomes de carbone. à la jonction des deux cyclohexanes. .104 Chimie organique 4.

60). et inversement pour un groupe . une axiale et une équatoriale. les deux décalines cis et trans ne sont pas des conformères. Bien que formées à partir de conformations « chaise » du cyclohexane. Les composés dérivés du 5 -cholestane (figure 4. A la jonction des deux cycles. Il est impossible de passer de l’une à l’autre par des rotations autour de liaisons σ.60 4. on obtient la décaline cis. Il suffit d’utiliser deux liaisons en positions cis.61) appartiennent à la série dite « allo » des stéroïdes. décaline trans A B décaline cis A B axiale équatoriale équatoriale axiale A B équatoriale A B axiale équatoriale Le cyclohexane B est formé à partir de 2 liaisons équatoriales (trans) du cyclohexane A.32 – Configurations et (dans les stéroïdes) des substituants Un substituant est dit en position si la liaison qui le porte est dirigée vers le dessous de la représentation. (Hydrogènes non figurés) axiale Le cyclohexane A est formé à partir de deux liaisons en position cis du cyclohexane B.5. les deux liaisons restantes du cyclohexane A (axiales) sont en position trans. Figure 4. puis de construire le second cyclohexane « chaise » à partir de ces deux liaisons. A la jonction des deux cycles. une axiale et une équatoriale sur chacun des deux carbones adjacents d’un premier cyclohexane.4. une axiale et une équatoriale. . les deux liaisons restantes du cyclohexane B sont en position cis. Stéréoisomèrie-stéréochimie 105 En faisant l’inverse. elles représentent deux configurations de cette molécule (figure 4.

β β α 1 β A 5 10 α 11 β β C 12 β 13 β β 2 β 6 9 R D 17 16 α B β 7 8 α 14 15 α 4 α α α β 3 α 18 12 17 13 α β 5β-cholestane 16 1 2 19 11 9 C 8 7 14 D 15 10 A/B: cis B/C: trans C/D: trans A 3 4 5 B 6 Figure 4. et cis pour 5β-cholestane).62 . Ces deux séries diffèrent par le type de jonction entre cycles A et B (trans pour 5α-cholestane.62) appartiennent à la série dite normale des stéroïdes.61 Les dérivés du 5 -cholestane (coprostane) (figure 4.106 Chimie organique β β α β 3 2 α β β 4 1 A 11 β β C α 12 14 β 13 β 10 R D 17 16 α β α 6 α α α 9 B 7 8 15 β α 5 α α 17 18 12 11 1 2 19 9 10 5 C 8 13 14 5α-cholestane D 15 16 A 3 4 B 7 6 A/B: trans B/C: trans C/D: trans Figure 4.

5.33 – Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) (Les paragraphes 4.3).2. la réaction est intramoléculaire et conduit à un équilibre entre les formes cycliques.5. appelé carbone anomérique.8) est une réaction d’addition équilibrée d’un alcool sur un aldéhyde ou une cétone (§10. C’est la mutarotation des sucres.34 sont rédigés d’après l’ouvrage « Chimie organique hétérocyclique » par l’auteur et F. Une des conséquences de la cyclisation des sucres est la création d’un carbone asymétrique supplémentaire par rapport à ceux du sucre acyclique.33 et 4. qui s’effectue dès 25°C pour les aldéhydes. . EDP Sciences. Dans ce cas. Stéréoisomèrie-stéréochimie 107 4. O R C O + R-O-H C O-H hémiacétal Schéma 4. Le passage des formes cycliques α aux formes cycliques β se fait via la forme acyclique. Chau.5.4. pyranoses ( et ) et furanoses ( et ) dans la majorité des cas. avec ou sans catalyseur acide ou basique. et dont les configurations définissent les formes cycliques α ou β d’un sucre donné. et la forme acyclique. La réaction d’hémiacétalisation (schéma 4. 2003).8 Cette réaction s’applique en particulier aux sucres.

108 Chimie organique Mutarotation du D-glucose acyclique α-D-glucose α-D-glucofuranose D-glucose acyclique β-D-glucose β-D-glucofuranose 6 CH OH 2 5 H H 1 35. l’ -D-glucofuranose et le -D-glucofuranose. conduisent à un cycle pyranique majoritaire (99 %). entre les groupes OH en position 4 ou 5 et le groupe carbonyle aldéhydique.9).9 (représentations selon Fischer) Dans le cas du D-glucose (schéma 4. l’ -D-glucopyranose ou -D-glucose. les réactions intramoléculaires d’hémiacétalisation. et le -D-glucopyranose ou -D-glucose.5% 2 4 OH 3 H D-glucose 6 HOCH2 HO 5 H O C 1 H OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 6 H H 5 CH2OH 6 CH2OH H O OH 3 2 1 1 2 OH OH HO O 1 H HO H H 2 3 4 OH H OH HO 3 H H 4 H 5 OH H 2 OH H HO 6 CH2OH H 1 O 5 4 < 1% HO OH OH α-D-glucofuranose 6 CH 2OH H O 3 H 4 H OH 5 6 CH2OH OH 5 CH2OH 6 HO OH 1 1 2 3 4 H OH H O HO 5 4 H O OH 3 2 H <1% HO H H OH β-D-glucofuranose OH 5 CH2OH 6 (représentations selon Haworth) Schéma 4. couple de composés anomères. ou un cycle furanique minoritaire (< 1 %). . autre couple de composés anomères.5% 1 2 3 4 OH OH H OH O O O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH (rotation autour de la liaison C4-C5) OH H 4 OH H 3 2 OH H 1 O 4 OH 3 2 HO H H HO OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH2OH 6 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63.

Les carbones asymétriques des substituants en position 4 (furanoses) ou 5 (pyranoses). le même phénomène de mutarotation est observé avec le L-glucose. Les D-hexo. aldohexoses. . Les sucres cycliques dérivés d’aldoses ou de cétoses sont représentés selon leurs formules en perspective de HAWORTH.63). La solution est alors constituée d’environ 35. avec formation des α. numérotés 1.7° β-D-(+)-glucose (solution fraîche) = + 18.et L-pentopyranoses. mais moins stables. Après une suite continue de passages de l’une des formes cycliques de départ à l’autre via la forme acyclique. Stéréoisomèrie-stéréochimie 109 L’α-D-glucose préparé par synthèse en solution aqueuse fraîche a un pouvoir rotatoire [α]20D = +112. dans la mesure où il en existe. formés respectivement à partir d’hexoses et de pentoses. L’α-D-glucopyranose est l’inverse optique de l’α-L-glucopyranose. ont le groupe CH2OH au-dessus du plan.2°.et β-L-glucopyranoses (appelés aussi α. et numérotés 2 pour les cétoses (pour des raisons évidentes d’écriture cette règle n’est pas toujours respectée dans les disaccharides ou polysaccharides).et β-L-anomères ont le groupe OH qui substitue le carbone anomérique.7°. Dans les formules en perspective de Haworth. Il en est de même pour les β-D.et β-L-pyranoses (figure 4. α-D-(+)-glucose (solution fraîche) α 20 = + 112. étant à droite de l’atome d’oxygène. et inversement pour les L-hexo.02 %) acyclique. sont dans le plan de la feuille de représentation. représenté en dessous du cycle de représentation. Le 1 % restant est formé en grande partie d’α.7°. l’équilibre est atteint et la solution dans l’eau de l’un ou l’autre anomère a un pouvoir rotatoire de [α]20D = + 52. Dans ces conditions. et inversement pour les anomères . les αD. et inversement dans les séries « β ».5 % β-glucose. Ceux des carbones 1 et 4 des furanoses et des pyranoses dérivés d’aldoses. sont représentés selon la convention de Fischer des sucres linéaires (ex : α-D-glucofuranose). les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes sont inscrits dans des plans perpendiculaires à la feuille de représentation. La formation de furanoses et pyranoses est privilégiée en raison de leur stabilité par rapport à d’autres cycles plus petits ou plus grands. dont les formations pourraient être envisagées par la même réaction d’hémiacétalisation.et β-L-glucoses) et des αet β-L-glucofuranoses.5 % d’α-glucose et 63. L’anomère est dit lorsque la configuration du carbone anomèrique est différente de celle du carbone en position 4 du cycle pour les furanoses. L’oxygène est alors situé derrière les carbones cycliques et ces derniers sont numérotés dans le sens de rotation des aiguilles d’une montre. Dans les séries « α » le OH anomérique (C-1) est du côté opposé à CH 2OH par rapport au plan de la représentation de Haworth. cétopentoses et cétohexoses donnent lieu à la mutarotation. Les substituants du cycle sont représentés au-dessus ou au-dessous du plan du cycle.7° Evidemment. et en position 5 pour les pyranoses (R et S).4. et de D-glucose (0. et selon la convention de FISCHER. les carbones anomèriques dérivés d’aldoses.et β-D-glucofuranoses.et D-pentopyranoses.2° D mélange à l'équilibre = + 52. alors que dans les mêmes conditions. le β-D-glucose a un pouvoir rotatoire [α]20D = +18. Les aldopentoses.

10 . 6 CH2OH 1 O 1 2 1 CH2OH O H OH OH H 5 6 1 5 CH2OH HOCH2 2 HO 2 3 OH H OH O HO OH 4 3 HO 3 CH2OH OH H 4 CH2OH OH 3 2 H 4 H 5 H 4 H 5 O OH α-D-fructofuranose 6 CH2OH 6 CH2OH 6 CH2OH OH H 5 D-fructose O HO 4 3 OH 2 1 HO 2 HO 3 CH2OH H OH O CH2OH 1 OH β-D-fructofuranose (Haworth) H 4 H 5 6 CH2OH (Fischer) Schéma 4.et au β-D-fructofuranoses.10) qui conduit principalement.110 6 Chimie organique CH2OH R O S 2 1 CH2OH R OH OH OH β−D-glucopyranose O OH R 5 4 OH 3 OH OH OH α-D-glucopyranose OH O OH OH O CH2OH OH CH2OH OH OH OH α-L-glucopyranose Figure 4. à l’α.63 OH β-L-glucopyranose La mutarotation des cétoses conduit à des hémiacétals. par mutarotation. c’est le cas du D-fructose (schéma 4.

a4 4 e4 e3 a3 4 C 1 Figure 4. Dans les D-hexopyranoses. Deux conformations « chaise » s’interconvertissent par simples rotations autour des liaisons interatomiques du cycle. . Les pyranoses ont des conformations comparables à celles du cyclohexane. la numérotation des carbones 1 et 4. situé sur C-5.65). On distingue les conformations « chaise » 1C4 et 4C1 où C indique qu’il s’agit d’une conformation « chaise » (figure 4. ont plutôt une conformation 1C4. le groupe hydroxyméthyle est le substituant le plus volumineux de la molécule. Par exemple. Les D-hexopyranoses. Stéréoisomèrie-stéréochimie 111 Les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes ne sont pas plans. la conformation la plus stable dans la plupart des cas est la conformation « chaise ». et les chiffres. Pour éviter des interactions fortes entre ce groupe et les groupes OH qui substituent les autres carbones du cycle. selon la représentation de Haworth.64 a5 e5 a2 O e1 e2 1 a1 e4 4 a4 1 C 4 e3 a2 e5 a3 O a1 1 e1 e2 a5 La représentation de Haworth ne permet pas de savoir si un substituant est axial ou équatorial. et dans de nombreux cas. Les L-hexopyranoses qui ont le groupe hydroxyméthyle inversé par rapport aux D-hexopyranoses. ce que n’indique pas la représentation de Haworth.64). 1C4 signifie que les carbones 1 et 4 sont respectivement au-dessus et au-dessous du plan moyen de la molécule. l’α-D-idose et l’α-D-altrose ont aussi cette conformation (figure 4.4. en indice haut ou bas selon leur disposition dans la conformation « chaise » retenue. la conformation 4C1 est privilégiée et le groupe CH2OH est en position équatoriale. l’une de ces conformations prédomine parce qu’elle apporte plus de stabilité à la molécule.

66). Cela peut être généralisé à tous les sucres des familles D et L. .65 C4 Pour les glucofuranoses qui ont des conformations en « enveloppe » en solution (figure 4.112 HO H 4 HO HO H OH H α-D-glucopyranose 4C 1 Chimie organique H H O H 1 OH HO H O HO 4 H HO H HO 1 H OH α-L-glucopyranose 1C 4 HO H H HO 4 H HO H O HO H 1 OH OH H 4 HO HO H H H O H 1 OH OH α−D-idopyranose 1 α−D-altropyranose 1 C4 Figure 4. les groupes OH en positions 2 et 3 sont axiaux et le groupe -CH(OH)CH2OH sur C-4 est axial ce qui crée une forte interaction entre ces deux derniers groupes : cette gêne stérique pourrait expliquer.66 HO OH Dans la représentation selon Fischer. l’α-D-glucose a le groupe OH anomérique à droite de la projection de Fischer et à gauche pour l’α-L-glucose. OH 3 5 H CH(OH)-CH2OH 4 O 1 H 2 H signe indiquant que l'orientation du groupe OH n'est pas précisée Figure 4. le déplacement de l’équilibre vers la formation des glucopyranoses à partir des glucofuranoses produits au début de la mutarotation du glucose. en partie.

Le remplacement de l’hydrogène du groupe OH porté par le carbone anomérique d’un D-glucopyranose par un groupe méthyle. H H HO H H CH2OH α-D-glucose O OH H OH OH CH2OH D-glucose H H HO H H OH OH H OH O HO H HO H H H OH H OH CH2OH O β-D-glucose CH2OH O OH OH OH OH ou HO CH2OH O OH HO OH Figure 4.68). les termes pyranoses ou furanoses (écrits parfois pyrannoses et furannoses) sont assez souvent délaissés. . CH2OH O OH OH + CH3OH OH OH H+ CH2OH O OH OH OCH3 OH et CH2OH O OCH OH OH OH 3 α-D-glucopyranose méthyl-α-D-glucoside méthyl-β-D-glucoside Schéma 4. conduit au méthyl-D-glucopyranoside ou méthyl-D-glucoside (schéma 4.4.11 Le retrait d’un groupe hydroxy sur un carbone du cycle fournit un composé « désoxy » (figure 4.67 CH2OH O HO HO OH OH ou CH2OH O OH OH OH OH Note : en biologie.11). par action du méthanol en milieu acide. et ils prennent simplement le nom du sucre (ose) linéaire (qui devrait être précédé normalement de α ou β). Stéréoisomèrie-stéréochimie 113 Une autre représentation directement liée à celle de Haworth consiste à regarder le sucre cyclique au-dessus du plan moyen des molécules (figure 4.67).

12 Cette notion a beaucoup d’importance pour les réactions enzymatiques car les enzymes sont capables de distinguer les hydrogènes prochiraux R et S d’un carbone et d’intervenir sur l’un ou l’autre de manière spécifique. Y.34 – Prochiralité Si un carbone porte deux substituants différents et deux hydrogènes. On peut généraliser cette définition à des composés ayant sur un carbone deux groupes identiques Z à la place des hydrogènes et deux groupes différents X.12).114 CH2OH O Chimie organique CH2OH O OH 1 2 OH 2 OH β−D-2-désoxyribose Figure 4. En fonction du résultat obtenu.5. . 3 remplacement de Ha par D Ha Cl C carbone prochiral 1 Cl H 3C D C (S) Hb Ha est prochiral (S) noté Pro S 2 4 4 H3C Hb Ha et Hb sont prochiraux remplacement de Hb par D Ha 1 Cl H 3C C (R) D Hb est prochiral (R) noté Pro R 2 3 Schéma 4.68 OH OH β−D-ribose 4. Le remplacement d’un de ces deux hydrogènes par un isotope comme le deutérium conduit à un carbone chiral R ou S. il est dit prochiral (schéma 4. l’hydrogène ainsi remplacé est dit prochiral R (Pro R) ou S (ProS).

4. Le remplacement d’un hydrogène énantiotopique d’un carbone CH2(X)(Y) par un substituant différent de X et de Y conduit à un énantiomère. Pour cela.13). soufre ou azote selon le cas). la face est Ré. on considère le triangle placé devant l’observateur et formé par l’élément doublement lié au carbone sp2 (oxygène. on peut distinguer deux faces qui correspondent à la face Si et à la face Ré (schéma 4.35 – Énantiotopiques (hydrogènes) Enantiotopique est un terme équivalent à prochiral pour les hydrogènes. échange de COOH (1) par Cl Cl C (R) H HOOC groupes énantiotopiques HOOC (1) C HOOC (2) H échange de COOH (2) par Cl CH3 H HOOC C (S) Cl CH3 CH3 couple d'énantiomères Schéma 4. thiocétones. définies selon la méthode donnée pour les isomères géomètriques E et Z. thioaldéhydes. Son inverse optique résulte de la substitution par le même substituant de l’autre hydrogène.5. L’échange de l’un de ces deux groupes identiques Z (groupes énantiotopiques) par un atome ou groupe différent de X et Y crée un énantiomère dont la configuration est inverse de celle du stéréoisomère obtenu par la même substitution effectuée sur l’autre groupe Z.4. ou les imines. par deux groupes X et Y différents entre eux (H et CH3 dans l’exemple donné) et. Stéréoisomèrie-stéréochimie 115 4. et inversement pour la face Si.5. En fonction de leurs priorités relatives. par deux autres groupes de même nature Z (COOH dans l’exemple donné) et différents de X et Y (schéma 4. d’une part.36 – Énantiotopiques (groupes) Soit un carbone substitué. . aldéhydes. et du sens de rotation 1→ 2→ 3.37 – Énantiotopiques (faces) L’hybridation sp2 du carbone conduit à des alcènes ou des fonctions inscrites dans un plan.5. Dans la mesure où les substituants de ces fonctions sont différents. d’autre part. Si on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. la face est dite Si ou Ré. et les deux substituants de ce carbone.13 4.14). comme les cétones.

les attaques se font à 50 % sur chaque face produisant un racémique. C’est le cas d’oxydo-réductases lors de la réduction de fonctions cétoniques.38 – Diastéréotopiques (hydrogènes) C’est une définition proche de celle des hydrogènes énantiotopiques. Elle s’applique à des molécules de formule générale CH2(X)(Y) pour lesquelles un substituant X ou Y porte un carbone asymétrique de configuration donnée. Si aucune condition expérimentale particulière n’est prise.5. L’échange de l’un des deux hydrogènes de la formule par un substituant différent de X et Y conduit à la formation . 4. Certaines enzymes reconnaissent la face du côté de laquelle une réaction sera produite.14 L’attaque d’un réactif sur l’une ou l’autre face conditionne la configuration du composé formé.116 Chimie organique 1 O C rotation 1 O C 2 C 2H 5 de 180° (hors du plan) 3 H 3C 2 C2H5 3 CH3 Face énantiotopique Ré O C Face énantiotopique Si H attaque de la face Ré CH3 C2H5 H attaque de la face Si puis H+ H OH C (S) C 2H 5 CH3 C2H5 couple d'énantiomères HO puis H+ H C (R) CH3 Schéma 4.

C(COOH)2(X)(Y). comme dans l’exemple du schéma 4.16 4. Soit la molécule.15).5.16.40 – Diastéréotopiques (faces d’un plan) C’est la même définition que pour les faces énantiotopiques. L’échange de l’autre hydrogène diastéréotopique conduit à l’autre diastéréoisomère (schéma 4. toutefois.4. la même réaction d’addition sur chacune des faces du plan conduit à un couple de diastéréoisomères. . Stéréoisomèrie-stéréochimie 117 d’un nouveau carbone asymétrique et à un diastéréoisomère.15 4. Br (S) hydrogènes diastéréotopiques H HOOC (S) H3 C CH2Cl H couple de diastéréoisomères H HOOC H CH2Cl H (S) H 3C H (R) HOOC Br CH2Cl H (S) H3 C Schéma 4. Me Me HOOC groupes diastéréotopiques Echange de COOH (1) par COOEt EtOOC (1) (2) C (S) H Br (1) C H (S) H Br HOOC (R) H Me (S) HOOC (2) HOOC Echange de COOH (2) par COOEt (1) acide 2-(3-bromo-butyl)-malonique C (S) H Br EtOOC (2) H couple de diastéréoisomères Schéma 4. l’échange de chaque groupe COOH par un atome ou un groupe Z doit conduire à un couple de diastéréoisomères.39 – Diastéréotopiques (groupes) C’est la même définition que pour les groupes énantiotopiques à la différence près que leur échange crée un couple de diastéréoisomères.5.

il faut : – que le produit de départ soit un stéréoisomère bien défini et.3-dibromo-succinique Br H C HOOC C H COOH Br2 H COOH (S) Br attaque des deux côtés du plan (R) H HOOC HOOC H Br acide fumarique (isomère E) Br COOH H composés identiques forme "méso" acide (méso)-2. et en particulier.17 . H C HOOC C H COOH Br2 HOOC H (S) Br (S) Br 50% H COOH acide maléique (isomère Z) attaque des deux côtés du plan Br H (R) HOOC COOH H (R) Br 50% mélange racémique acide (d.3-dibromo-succinique Schéma 4. tandis qu’un composé méso.1. dont le mécanisme n’est pas indiqué ici (voir § 9. Ce sera soit un stéréoisomère unique ou très majoritaire parmi les composés finaux. La réaction.17). a priori. possibles. l’acide (méso)-2.3-dibromosuccinique avec l’acide maléique. – que le produit final soit spécifique.l)-2.2) conduit à un mélange racémique d’acide (d.l)-2.3-dibromosuccinique résulte de cette addition sur l’acide fumarique. sur les acides maléiques (isomère Z) et fumarique (isomère E).6 Stéréospécifique (réaction -) Pour qu’une réaction soit qualifiée de stéréospécifique. soit un mélange racémique défini parmi ceux. sur le plan stéréochimique. Un des exemples les plus classiques concerne l’addition de brome sur les composés éthylèniques (schéma 4. du composé de départ.118 Chimie organique 4.

par contre les produits formés sont des stéréoisomères dont la nature est spécifiqure de cette réaction. Si une réaction ne fournit qu’une partie des stéréoisomères théoriquement possibles. Une réaction qui ne fournit qu’un seul stéréoisomère ou l’un de ceux possibles.7 Stéréosélective (réaction -) Une réaction est stéréosélective si on observe une sélectivité sur la nature stéréochimique des composés formés. Ces réactions sont donc stéréospécifiques. un stéréoisomère spécifique (schéma 4.NaBr (SN2) N3 (R) Et Me H NaN3 .19) car elle conduit de manière préférentielle au trans-1. Le composé de départ n’est pas nécessairement un stéréoisomère.4. La prééminence d’un stéréoisomère par rapport à un autre possible est souvent liée à sa plus grande vitesse de formation ou à l’approche spatiale favorisée d’un réactif vis-à-vis du groupe fonctionnel attaqué.18 2-azido-butanes 4. Toute réaction stéréospécifique est stéréosélective mais l’inverse n’est pas obligatoire. pour chacun d’eux. est stéréosélective.NaBr (SN2) N3 (S) Et Me 2-bromo-butanes Schéma 4.2-dibromopropène (composé dont la formation est a priori possible théoriquement). Par exemple. l’addition de brome au méthylacétylène est stéréosélective (schéma 4. et inversement. elle est stéréosélective.2-dibromopropène et non au cis-1. majoritairement. Elle n’est pas stéréospécifique puisque ce résultat ne dépend pas de la nature d’un stéréoisomère de départ. Chaque stéréoisomère du produit de départ conduit à un composé qui est. Stéréoisomèrie-stéréochimie 119 Le mécanisme de la réaction de substitution nucléophile bimoléculaire SN2 conduit à une inversion de configuration relative du composé de départ. H Br Et (S) Me H Me Et Br (R) H NaN3 . Br Me C CH Br2 H C C Br et Br C Me C Br H méthylacétylène ou propyne Me (composé possible) composé formé Schéma 4.18).19 . le (R)-2-bromo-butane est transformé par cette même réaction en (S)-2-azido-butane. uniquement ou majoritairement. L’action de l’azidure de sodium sur le (S)-2-bromo-butane conduit au (R)-2-azido-butane.

Un exemple est donné avec la copule chirale appelée 10. la réaction est énantiosélective et est le résultat d’une induction asymétrique. de la présence dans le milieu réactionnel d’un catalyseur optiquement actif qui.8 Énantiosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral est transformé par une réaction en seulement un des deux énantiomères attendus. chiral. comme l’acétate de dihydroquinine qui est un ligand du tétroxyde d’osmium. dans la plupart des cas.21).2-bornane sultame. R C H CH2 Et H OsO4 puis H2O HO R H C CH2OH + HO H C R CH2OH L'un des deux glycols énantiomères est formé préférentiellement à l'autre selon les conditions expérimentales (induction asymétrique). les alcènes monosubstitués sont dihydroxylés par action du tétroxyde d’osmium en composés glycoliques racémiques (addition cis). En présence de catalyseur basique.20 Certaines inductions asymétriques sont intramoléculaires. Un ligand est un composé organique capable de se fixer sur un composé métallique par divers types de liaisons (coordinence. par la gêne stérique qu’il crée par son interaction avec l’un des réactifs. . On peut définir l’induction asymétrique comme un moyen de contrôle de la stéréosélectivité d’une réaction. ioniques) à ce métal. la réaction est orientée vers la formation d’un seul énantiomère. empêche ou diminue la formation de l’un des énantiomères normalement possibles. Un groupe chiral appelé « copule chirale » est lié au réactant ce qui apporte une gêne stérique durant la réaction et favorise la formation d’un ou plusieurs centres chiraux de configuration(s) donnée(s) (schéma 4. Par exemple. Elle résulte.20). La copule chirale est ensuite extraite du diastéréoisomère par une nouvelle réaction qui n’altère pas le ou les nouveau(x) centre(s) chiral(aux) ce qui permet d’obtenir finalement le produit souhaité de configuration définie. AcO H MeO N N acétate de (-)-dihydroquinine catalyseur Schéma 4.120 Chimie organique 4. selon les conditions de la réaction (schéma 4.

par la levure de boulanger. La réduction d’une cétone dissymétrique en un alcool secondaire chiral.2-bornane sultame (+)10.22.21 NH O De nombreuses réactions enzymatiques sont énantiosélectives. O réduction H OH C (S) et HO H C (R) C Me Et enzymatique (levure de boulanger) Me Et Me a priori possible Et unique énantiomère formé dans ces conditions Schéma 4.2-bornane sultame copules chirales réaction normale (sans copule chirale) HOOC H réaction en présence d'une copule chirale R1 R2 OsO4 HOOC H OH R1 OH R2 + H OH R2 OH (racémique) COOH R1 O S O O N H O R1 R2 OsO4 O S O N H R1 OH OH R2 H2O HOOC H R1 R2 OH OH + S O Schéma 4. en est un exemple.4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 121 NH S O O HN S O O (-)10. schéma 4.22 . riche en enzymes réductrices.

la réaction est diastéréosélective. .122 Chimie organique 4. L’addition du bromure d’hydrogène sur un alcène dissymétrique en est un exemple classique. donc à divers diastéréoisomères possibles et que seuls. H 3C C H 3C attaques possibles de H+ Isobutène CH2 + H+ H 3C C H 3C carbocation t-butyle très stable H3C CH3 et H3C carbocation instable CH CH2 H 3C C H 3C Br CH3 Br H3C Br CH CH2-Br H 3C 1-bromo-2-méthyl-propane très majoritaire bromure de t-butyle Schéma 4. L’orientation de la réaction est le résultat de la formation privilégiée du carbocation (§ 6. en fournissant plusieurs isomères structuraux différents. certains d’entre eux sont réellement obtenus. Cette réaction d’élimination E2 (§ 11. contre 5 pour le second alcène) et rend sa formation plus facile. Le premier alcène est plus substitué par des groupes alkyles que le second. C’est donc lui qui est le produit majoritaire de cette réaction. 4.10 Régiosélectivité Lorsque l’action d’un réactif peut a priori s’orienter sur plusieurs sites distincts d’une molécule.24). la réaction est dite régiosélective si elle s’effectue préférentiellement sur l’un de ces sites en produisant majoritairement un seul de ces isomères structuraux. L’attaque de la base est régiosélective. (ex: tétrahydroxylation des diènes dans les conditions indiquées ci-dessus avec le tétroxyde d’osmium). ce qui le rend thermodynamiquement plus stable en raison des possibilités nombreuses d’hyperconjugaisons (9.11. chapitre 9).2) suit la règle de Saytzev qui définit l’alcène majoritaire dans ce type de réaction comme celui qui est le plus substitué (par des groupes alkyles).23 Un autre exemple classique est la déshydrobromation du 2-bromo-2-méthylbutane en présence d’une base comme l’éthylate de sodium qui peut a priori conduire au 2-méthylbut-2-ène et au 2-méthylbut-1-ène (schéma 4.3) le plus stable dans la première partie du mécanisme (voir aussi les réactions d’additions sur les alcènes.9 Diastéréosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral conduit par une réaction à la formation de plusieurs centres chiraux.

. 4. Ceci résulte. Pour les distinguer. c’est l’adduit « endo » qui est formé de préférence à l’adduit « exo ». mais ne fournit réellement et uniquement qu’un seul de ces isomères par une attaque spécifique d’un seul site. les substituants COOMe occupent les positions les plus proches du « pont » le plus petit.HBr H3C C C 70% CH3 H et H2C C H3C C CH3 H 30% H (EtO Na ) H3C 2-bromo-2-méthyl-butane 2-méthyl-but-2-ène alcène le plus substitué par des groupes alkyles (majoritaire) Schéma 4.12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) Les systèmes bicycliques résultant.10) peuvent être substitués par des groupes qui peuvent prendre deux configurations (schéma 4. Dans l’adduit « exo ». on utilise les termes « exo » ou « endo ». Par exemple. Une réaction est régiospécifique si elle peut a priori former plusieurs isomères structuraux par des attaques possibles en plusieurs sites. par exemple. Inversement.4. Dans cette réaction. d’une part. ou en « trans » par rapport aux liaisons qui forment ce pont. d’une moindre gêne stérique dans le cas du l’adduit « endo ».24 2-méthyl-but-1-ène 4. la cycloaddition du cis-but-2-ènedioate de diméthyle ou éthylène dicarboxylate de méthyle avec le cyclopentadiène conduit à un adduit (système bicyclique) « exo » et un adduit « endo ». ou en « cis » par rapport aux liaisons qui forment ce pont. Stéréoisomèrie-stéréochimie 123 H3C H 3C Br C C CH3 H H . dans l’adduit « endo ». les substituants COOMe occupent les positions les plus éloignées du pont le plus petit. et d’autre part. d’un effet électronique. un recouvrement orbitalaire entre groupes COOMe et le système diènique au moment de la réaction de cycloaddition. de réactions de Diels-Alder (§ 9.11 Régiospécificité Ce terme est souvent considéré comme synonyme de régiosélectivité bien qu’il existe une différence.25). Cette constatation a pris le nom de « règle endo ».

la lavande. Me Me Me Me H Me OH (endo) bornéol Me H isobornéol OH (exo) Figure 4. . et « exo » dans l’isobornéol (figure 4. se distinguent aussi par la position d’un groupe OH. le « pont » qui doit être considéré comme prioritaire pour désigner ensuite les groupes en position « endo » ou « exo » est défini selon l’ordre de priorité suivant : 1) un pont portant des hétéroéléments comme O. Le groupe OH est en position « endo » pour le bornéol. 2) le pont le plus petit.69 Si.25 Le bornéol et l’isobornéol. 4) le pont ayant le minimum de substituant(s). S. plusieurs « ponts » existent. le géranium…).124 Chimie organique H H COOMe H COOMe substituants "exo" H + H COOMe H H H adduit "exo" orientés vers l'extérieur du toit: H H cyclopentadiène COOMe H H COOMe substituants "endo" éthylène dicarboxylate de méthyle (cycloaddition de Diels-Alder) COOMe adduit "endo" (majoritaire) orientés vers l'intérieur du toit: Schéma 4.69). terpènes naturels (composés présents dans les huiles dites essentielles présentes dans certaines plantes comme le citron. N …. 3) le pont n’ayant pas de double ou triple liaison (donc saturé). 5) le pont ayant les substituants dont les priorités sont les plus faibles (selon la méthode utilisée pour définir E et Z pour un alcène).

Selon l’éloignement de ce groupement par rapport à cette fonction. ni substituants autres que ceux du pont le plus petit.70 Certains composés possèdent deux « ponts » d’égale importance. le substituant est dit « endo » (proche) ou « exo » (éloigné) comme dans l’exemple présenté ci-dessous.71). (exo) (endo) (CH2)x petit "pont" grand "pont" (CH2)y y>x Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 125 Lorsque les ponts sont de grandeurs différentes et ne comportent ni hétéroatomes.70.4. on peut généraliser les positions « exo » et « endo » selon la figure 4. mais qui se différencient par la présence sur l’un d’eux d’une fonction (cétonique par exemple).71 . exo endo O Figure 4. et un autre pont substitué par un groupement (figure 4.

.

.........5......... 130 5... 140 5...................5.5.......................1 – Définition ................................. 137 5............................................ 129 5...........2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet +M) ....6.................................................1 La liaison polarisée ............ 131 5.........5........................................5b – A travers les liaisons π .....5.........................5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée ........................ 142 5.......... 136 5.............................8 – Effet de champ .................................................. 143 5...... 139 5.................2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur -I .....5a – A travers les liaisons σ ................................6 – Additivité des effets inducteurs -I et +I ............6..................4 Électronégativité des éléments ....... 129 5.......... 133 5...................................................................................................................2 Moment dipolaire permanent d’une liaison ...............................................................3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I ..............3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M) .. 139 5.................................................................6. 144 5....3 Moment dipolaire permanent d’une molécule .......................5.............4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques ...................... 133 5.... la résonance et les formes limites .......6 L’effet mésomère.......................... 141 5...................5............................... 134 5....................... 144 5............................5 L’effet inducteur (ou inductif) .........................................Chapitre 5 Polarisation des liaisons Sommaire : 5........................................................ 153 ................1 – Définition ........................ 150 5......................5....5...7 – Hydrogènes acides en α de groupes inducteurs -I .................5.............

..... 167 5..5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation) ............4 – Exemples de composés mésomères particuliers .........6...........6............................................ 157 5...................6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe .................................. 157 5.........6...................................6.........6...............6................... 165 5... 155 5...9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel) .................................. 164 5.6... 160 5..........................................................................................128 Chimie organique 5.... 159 5..........7 Equation de Hammett ..........................11 – Énergie de résonance des composés aromatiques .............6..6.................................................. 169 5...........................7 – Hyperconjugaison ................ 171 .........8 Les liaisons hydrogènes ...8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal ... 158 5.................................................................................10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques ..........12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué .......

de même valeur absolue.1 La liaison polarisée Lorsque les deux éléments qui constituent la liaison portent chacun une charge partielle de signes opposés (inférieure en valeur absolue à celle d’un électron).1 Par exemple (figure 5. et par conséquent les électrons de liaison sont situés au centre de la liaison. sans effet extérieur) résulte de la dissymétrie électronique des atomes qui la constituent et de son environnement moléculaire.2 Moment dipolaire permanent d’une liaison Il est possible de calculer le moment dipolaire permanent (en Debye) d’une liaison considérée comme indépendante des autres liaisons d’une molécule. Elle est le produit de la valeur absolue de la charge q (en rapport avec celle de l’électron = 4. la liaison est dite polarisée et possède un moment dipolaire.5.8 × 10-10 unités . la liaison qui unit deux atomes de brome est a priori non polarisée puisque les deux atomes qui la constituent sont identiques. charges partielles.2 +δ Br -δ Br Ce mouvement électronique qui résulte de l’approche d’une charge peut affecter aussi des liaisons en chimie organique soit en augmentant. ce qui crée un dipole.5. Lorsqu’une charge s’approche de la molécule de brome (figure 5. et selon qu’elle est positive ou négative. la liaison C-F est toujours polarisée. avec un moment dipolaire induit. Br Br Y Figure 5. le fluor porte une charge partielle négative et le carbone une charge positive. Par exemple. Polarisation des liaisons 129 5.1). 5. soit en diminuant le moment dipolaire permanent (effet de champ § 5. les électrons de liaison sont alors attirés ou repoussés vers l’un ou l’autre des atomes de brome. La polarisation permanente d’une liaison (au repos.2).8). Par contre. de valeur absolue inférieure à celle de l'électron +δ C -δ F électrons de liaison plus proches du fluor que du carbone Figure 5. la polarisation induite résulte d’effets extérieurs à la molécule.

figure 5.m). moment dipolaire de liaison O H H C H Figure 5.3 Moment dipolaire permanent d’une molécule La valeur du moment dipolaire permanent d’une molécule est obtenue par l’addition vectorielle des moments dipolaires permanents des différentes liaisons qui la constituent.m. multipliée par la longueur de cette liaison l (en Å = 10-8 cm) : =qxl Quelques valeurs peuvent être données : C-H (0.4) des éléments qui forment cette liaison (une autre unité est aussi utilisée : le Coulomb.57 D CH3 toluène µ = 0. C-F (1. 5. C-Cl (1. Cette valeur est très dépendante de la différence d’électronégativité (§ 5. et de ses dérivés disubstitués en position para par le même atome ou groupe. C’est le cas du tétrachlorure de carbone. composés non symétriques. c’est l’oxygène qui la porte).33 × 10-29 C. 1Debye = 0. du méthane.4 Cl Cl N H pyrrolidine µ = 1. Ce calcul théorique est rarement en accord avec la valeur expérimentale. La valeur du moment dipolaire permanent est accompagnée d’une flèche barrée qui permet de connaître les positions relatives des charges positive et négative : la flèche est dirigée vers la charge négative (dans le méthanol.4).3 -δ H +δ moment dipolaire moléculaire Certaines molécules symétriques ont un moment dipolaire nul bien que les dipoles permanents des liaisons qui les constituent aient des valeurs définies : ils s’annulent dans l’addition vectorielle. bien qu’elle s’en approche. du benzène.41 D).3. le toluène et la pyrrolidine (un hétérocycle). ont un moment dipolaire permanent (figure 5.mètre. des trans-dihalogénoéthylènes. ues) portée par chacun des éléments qui forment la liaison. C-O (0.74D) (D = Debye). car divers paramètres physico-chimiques de la molécule ne sont pas pris en compte dans ce calcul.46 D) C-N (0.4 D).130 Chimie organique électrostatiques. Comme la plupart des composés de la chimie organique. 43 D . C. Cl Cl C Cl Cl tétrachlorure de carbone µ=0 benzène µ =0 para-dichlorobenzène µ=0 Figure 5.22D).

Inversement. d’autre part. Les électrons qui appartiennent à cette orbitale sont soumis à l’attraction qu’exercent ces deux éléments. Dans ce cas. Il a un indice d’électronégativité supérieur à celui de A. dans la mesure où c’est l’élément à plus forte électronégativité qui les attirera le plus.5. et par ailleurs substitués par les mêmes groupements (molécules symétriques) comme les carbones centraux du 2. en raison de la neutralité électrique de la liaison. Pauling (prix Nobel 1954) a proposé une échelle d’électronégativité (tableau 5. par exemple). dans la mesure où la molécule est considérée hors de son environnement chimique (autres molécules de même nature.1. B portera une charge partielle négative -δ. la présence d’une charge négative partielle inférieure en valeur absolue à celle d’un électron sur l’atome de chlore. laquelle a été ensuite revue et augmentée par Sanderson (1983) (l’indice « 4 » a été attribué de manière arbitraire au fluor).1) pour un certain nombre d’éléments. peut perdre un électron à l’état gazeux). une charge de même valeur absolue mais positive sur l’atome de carbone. lesquels peuvent avoir une influence importante et repousser vers l’un des éléments le doublet de liaison.5).5 Par contre. +δ.4 Électronégativité des éléments Le recouvrement de deux orbitales appartenant chacune à deux éléments différents conduit à une liaison qui correspond à une orbitale moléculaire. Cette propriété a d’abord été étudiée par Mulliken qui l’a définie comme la moyenne de l’affinité électronique de l’atome (qui mesure sa propension à gagner un électron) et du premier potentiel d’ionisation (qui correspond à l’aptitude avec laquelle le même atome. et. on voit que tous les éléments situés à gauche du carbone dans les échelles de Pauling ou d’Anderson sont plus électronégatifs que celui-ci et apporteront dans leurs liaisons à cet élément une charge partielle positive. lui apporteront une charge partielle négative. +δ Me H C Me C Me H Me H H chlorure de méthyle H C −δ Cl 2. Polarisation des liaisons 131 5. parfois dits électropositifs par rapport au carbone. dans le chlorure de méthyle (figure 5. Ce doublet est situé plus près du chlore que du carbone ce qui a pour conséquence d’une part.3-diméthylbutane. ceux situés à sa droite. En regardant le tableau 5. isolé. les électrons de la liaison A-B vont être attirés. solvant…) et physique (charges portées par d’autres molécules. et A une charge partielle égale en valeur absolue à celle de B. moins électronégatifs. mais positive. le doublet d’électrons qui forme la liaison entre le carbone et le chlore est soumis à des attractions différentes de ces atomes qui résultent de leurs configurations électroniques. les électrons de liaison sont théoriquement au centre de la liaison. Ces échelles permettent de prévoir vers quel élément A ou B. . avec création d’un dipôle. L’aptitude d’un élément à attirer vers lui les électrons de liaison est appelée électronégativité. ou plus exactement.3-diméthyl-butane Figure 5. Considérons que c’est B. sur le groupe méthyle. Si ces deux éléments sont identiques.

132 Chimie organique +δ A -δ B élément B plus électronégatif que l'élément A Eléments Echelles Pauling Sanderson F 4. Le groupe phényle entièrement constitué de carbones hybridés « sp2 » a une électronégativité de 2. Pour une famille d’éléments donnée.1 P 2. Br. I).0 3. Cl.2 Na 0.6 6 CN 3.2). groupes électronégativités CH3 2.47 3.14 1. H H H H groupe phényle H Figure 5. on peut calculer l’électronégativité de groupes dérivés d’un élément (tableau 5.6).1 B 2. elle décroît du haut vers le bas du tableau (ex : F.96 2.6 2.74 2.32 0.71 (figure 5.2 Enfin.47 C2 H 5 2.42 Tableau 5.48 CH2Cl 2.83 0. Elle décroît aussi dans une période donnée dans le sens des n os atomiques décroissants (ex : 9F> 8O > 7N).8 Mg 1.0 N 3.19 3.6 L’étude des spectres 1H et 13C RMN (résonance magnétique nucléaire) des composés organiques apporte des informations importantes sur l’électronégativité des groupes qui les constituent. .5 I 2.5 2.54 CHCl2 2.7 4.0 Br 2.22 électronégativité décroissante Tableau 5.9 Cs 0.5 Cl 3.2 NO2 3.65 3.0 O 3.60 CCl3 2.78 2.8 S 2.0 Si 1. L’ordre dans lequel l’électronégativité décroit est le suivant : carbone hybridé « sp » > carbone hybridé « sp2 » > carbone hybridé « sp3 ».5 C 2. l’électronégativité du carbone varie selon son état d’hybridation.22 2.27 2.1 On peut remarquer que les éléments les plus électronégatifs sont situés dans la partie supérieure droite du tableau de Mendéléiev. Par extension.5 H 2.

5. la liaison est plutôt covalente. Le type de liaison avec le carbone dépend alors du solvant. et par conséquent. le chlore (indice d’électronégativité : 3) agit fortement sur le carbone (indice d’électronégativité : 2. et d’une charge partielle négative -δ pour lui. une charge entière respectivement négative et positive). autre métal alcalin.8 -δ C 2. et l’élément qui lui est lié prend une charge partielle positive +δ. Si un atome ou un groupement de cette molécule a un caractère électronégatif supérieur au carbone auquel il est lié (par exemple. . Ces charges répercutent cet effet sur les autres doublets de liaisons de la molécule avec de nouvelles polarisations.1 – Définition Une molécule en chimie organique est constituée d’atomes liés entre eux par une ou plusieurs liaisons covalentes c’est-à-dire par un ou plusieurs doublets d’électrons.8).7 Inversement. les deux types de liaisons coexistent avec des pourcentages variables.5.1 Effet électroattracteur -I du brome sur le carbone Effet électrodonneur +I de l'hydrogène sur le carbone Figure 5.5) auquel il est lié. dans les solvants très polaires (§ 6.3). des atomes C et H qui constituent le groupe méthyle (figure 5. il attire le doublet d’électrons de la liaison qui le retient à ce carbone. et dans les solvants semi-polaires ou non polaires. Polarisation des liaisons 133 5. les éléments qui ont un indice d’électronégativité inférieur à celui du carbone.5 +δ H 2. Si on considère la molécule de chlorure de méthyle CH3Cl.7). est plus complexe. Le cas du lithium. +δ C 2. ce qui a pour conséquence la création d’une liaison polarisée. En raison de la neutralité électrique de la molécule. mais pas Na ou K). Toutefois.5 L’effet inducteur (ou inductif) 5. Remarque : La liaison entre le carbone et le sodium ou le potassium est ionique (le carbone et le métal portent chacun. figure 5. la liaison est plutôt ionique. un halogène. plus électronégatif que le carbone (effet électroattracteur noté –I ).5 -δ Br 2. positive. la valeur absolue de la charge partielle négative portée par le chlore est égale à celle. et en particulier les métaux (Mg. mais les trois hydrogènes portés par ce carbone qui ont chacun un effet inducteur donneur +I (indice d’électronégativité : 2. exercent un effet inducteur donneur (effet électrodonneur noté +I) : le carbone prend alors une charge partielle négative -δ. C’est l’effet inducteur accepteur ou attracteur de l’atome ou groupe d’atomes. d’une charge partielle positive +δ pour le carbone. Le plus souvent. Cu.1). en affaiblissent la charge positive qui n’est donc pas égale en valeur absolue à celle du chlore.

6). R O alcool.10 R N R' amines (R et R' = H ou groupe carboné) . R = groupe carboné R S thiol. aralkyl) Figure 5. Autre point important : la présence de nombreuses charges partielles ou négatives dans une molécule ne doit pas faire oublier que la molécule est toujours électriquement neutre. R = H éther.9 On distingue parmi les atomes et groupes à effet inducteur électroattracteur –I (figure 5.5. -I.134 Chimie organique H H H C +δ -δ Cl effet inducteur attracteur ou électroattracteur -I (les charges positives portées par les hydrogènes ne sont pas indiquées pour simplification) Figure 5. et d’autres à faible densité électronique. le soufre ou l’azote (figure 5.9) : – les halogènes. R = groupe carboné (groupe carboné = alkyl.8 Il est important d’insister sur le caractère partiel des charges portées par les atomes formant un dipole résultant d’un effet inducteur et qui suppose qu’aucun électron n’a été gagné ou perdu par ces deux atomes. – les groupes neutres constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent comme l’oxygène. ce qui signifie que ces charges induites positives et négatives ont une valeur absolue égale.2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur –I +δ C -δ Y groupe électroattracteur -I Figure 5. 5. -Cl. et que leur somme algébrique s’annulent. aryl. Cela n’empêche pas la présence dans la molécule de sites à forte densité électronique. -Br.10). C’est l’une des grandes différences qui existent avec un autre phénomène de délocalisation des charges appelé mésomérie (§ 5. -F. R = H thioéther.

O C-OH alcool O C R cétone O C OH acide O C OR ester C-OR éther C H aldéhyde S C-SH thiol S C R thiocétone S C OH O-thioacide C-SR thioéther C H thioaldéhyde S C OR O-thioester O C SH S-thioacide O C SR S-thioester S C SH dithioacide S C SR dithioester N R CH2N amine C R imine (R= H ou alkyl.11). ou aralkyl) CH2X CHX2 dérivés halogènés CX3 Figure 5.5.11 – Les groupes constitués d’un carbone lié à un ou plusieurs hétéroatomes électronégatifs (figure 5. aralkyl) oxime (R = OH) C N N C N nitrile diazo hydrazone (R= N-alkyl. Polarisation des liaisons 135 – les groupes chargés positivement constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent (effet inducteur -I très fort) (figure 5. ou aryl. R O R' groupe oxonium R S R' R. Leur effet est particulièrement puissant.12 . aryl. R" = H groupe sulfonium R N R' R" groupe ammonium quaternaire Figure 5.12). R'.

14 5.9)) (figure 5. constitués de plusieurs hétéroatomes électronégatifs.5) qui rapproche les doublets de liaison C-H du carbone.5. Leur propriété provient de la faible électronégativité des atomes d’hydrogène (indice d’électronégativité : 2. (effet inducteur fort) (figure 5.13 – les groupes dérivés d’alcènes.136 Chimie organique – les groupes. C C C C dérivés du benzène.13). NO groupe nitroso NO2 groupe nitro N=N-R groupe diazoïque R = groupe carboné N=N (X ) N=N=N groupe azido groupe diazonium N=C=O groupe isocyanato N=C=S groupe isothiocyanato SO R groupe sulfoxyde SO2 R groupe sulfone SO3H groupe acide sulfonique Figure 5.I.6. de la pyridine (ou d'autres cycles aromatiques) N dérivés d'alcènes dérivés d'alcynes Figure 5. Ce sont des groupes alkyles. Plus un groupe alkyle aura de . chargés ou non. sont en nombre moins important que ceux à effet inducteur électroattracteur .15).1) par rapport à celle du carbone (indice d’électronégativité : 2.3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I -δ C +δ Z groupe électrodonneur + I Figure 5.15 Les groupes à effet inducteur électrodonneur +I (figure 5. ou du benzène (et leurs dérivés polycycliques ou tout autre cycle aromatique (§ 5.14). d’alcynes.

5. le cobalt ou le cuivre (figure 5. plus ce groupe aura un effet inducteur électrodonneur important.16 On peut y ajouter les liaisons covalentes formées entre le carbone et quelques métaux comme le lithium. le magnésium. ce qui correspond à une polarisation élevée de la liaison OH avec libération facilitée en milieu aqueux d’un ion hydroxonium. Ainsi.1) : plus le pKa est faible. plus l’acide est fort. dans les solvants très polaires. Il faut rappeler (voir § 5. à côté de l’anion carboxylate. RCOO-. un fort caractère ionique. H C H H groupe méthyle CH3 H H C H C H C H H H H H C H C C H H C H H H H groupe isopropyle i-C3H7 groupe tertiobutyle t-C4H9 Figure 5.4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques On peut démontrer facilement l’influence des groupes –I ou +I en étudiant les pKa d’acides substitués par un groupe de cette nature.17 5. Polarisation des liaisons 137 liaisons C-H sur un nombre restreint d’atomes de carbones. H3O+. -δ C +δ Métal Li MgX organolithien organomagnésien Figure 5. RCOOH. .16).17). le groupe tertiobutyle (t-Bu) exerce l’effet le plus fort par rapport aux groupes isopropyle (i-Pr) et méthyle (Me) (figure 5.5. La valeur du pKa définit la force de l’acide (schéma 5.1) que les liaisons C-Li peuvent avoir.5. pour un acide organique.

on observe le classement suivant des effets inducteurs – I : . les effets inducteurs d’atomes ou de groupes peuvent être quantifiés par l’étude des pKa des acides qu’ils substituent (tableau 5. élément à effet –I augmente l’acidité dans la mesure où il augmente la polarisation de la liaison O-H de la fonction acide (le doublet de liaison se rapproche un peu plus de l’oxygène et s’éloigne de l’hydrogène). on remarque que le chlore.88 4.138 Chimie organique O R C O acide organique RCOO H3O O -δ +δ H + H2O R C O anion carboxylate ion hydroxonium + H3O Ka = pKa = .3). Parmi les quatre acides monohalogénés dérivés de l’acide acétique. à effet +I tend à éloigner le doublet de liaison de l’oxygène et à rendre la liaison OH moins polarisée. tandis que le groupe méthyle. Inversement.log Ka RCOOH Schéma 5.76 l'acidité croît O H3C CH2 C O acide propionique ou propanoïque l'acidité décroît H Tableau 5.4).1 O Cl CH2 C O −δ H pKa +δ 2.86 acide monochloracétique O CH3 C O acide acétique −δ +δ H −δ +δ 4. de l’acide chloracétique et de l’acide propionique (tableau 5.3 Si l’on compare les pKa de l’acide acétique. et en fonction de leurs pKa. donc à diminuer l’acidité.

66 4 H acide monofluoroacétique 2. Par exemple. se transmet en diminuant progressivement pour s’annuler généralement à une distance de trois carbones. en rapport avec les indices d’électronégativités de ces atomes fournis dans le tableau 5. l’ammoniac NH3 a un pKa de 9.86 3 H décroissance de l'acidité 2. donc plus basique. . Polarisation des liaisons 139 F > Cl = Br > I.5.5. par un.5 H Inversement les groupes électrodonneurs +I augmentent la basicité d’un composé basique comme une amine. indice d'électronégativité de l'halogène O F CH2 C O O Cl CH2 C O acide monochloracétique pKa 2.1.12 2.86 2. puis par plusieurs groupes méthylènes CH2 (tableau 5. Cette propriété peut facilement être démontrée si l’on observe la variation de l’acidité d’une série d’acides monochlorés dérivés de l’acide butyrique (ou butanoïque) dans lesquels l’atome de chlore (effet électroattracteur –I) est éloigné progressivement de la fonction acide COOH.4 3. l’effet inducteur exercé par un groupement –I ou +I sur une chaîne constituée uniquement de liaisons σ.5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée 5.62.8 O Br CH2 C O acide monobromacétique H O I CH2 C O acide monoiodoacétique Tableau 5.5. 5.5a – À travers les liaisons Généralement. comme dans les alcanes linéaires.5).27 et la méthylamine CH3-NH2 un pKa de 10.

86 l'acidité diminue acide 3-chloro-butanoïque 4.3-diène Cl -δ CH2 +δ' CH CH Figure 5. 5. vers l’autre carbone de celle-ci.5b – À travers les liaisons Les électrons qui constituent les liaisons π ont la particularité d’être « plus mobiles » que les électrons des liaisons σ.86 diffère de deux unités par rapport à celui de l’acide butanoïque.18 +δ' CH2 +δ''' CH2 . L’influence de l’atome de chlore en position β (acide 3-chloro-butanoïque) puis γ (acide 4-chloro-butanoïque) diminue jusqu’à devenir très faible comme l’indiquent les pKa correspondants. La conséquence de cette propriété est la transmission quasi-intégrale de l’effet excercé par un groupe inducteur lié à un carbone d’une double liaison.140 Chimie organique O H3C CH2 CH2 C -δ O O H3C CH2 CH2 Cl (effet -I) pKa +δ H acide butyrique (ou butanoïque) 4.04 H3C CH2 Cl CH2 C -δ O O H -δ H 2C Cl CH2 CH2 C -δ +δ O H acide 4-chloro-butanoïque 4. +δ H 3C CH propène -δ CH2 -δ ClCH2 CH 3-chloro-propène +δ CH2 +δ H3C CH CH CH -δ CH2 penta-1. avec une nette augmentation du caractère acide.5.83 C O O -δ +δ H acide 2-chloro-butanoïque 2.5 On remarque que la présence de cet atome de chlore en position α conduit à un acide (acide 2-chloro-butanoïque) dont le pKa de 2.52 Tableau 5.

69 H Figure 5.19). Si une double liaison (groupe vinyle) est isolée dans une chaine carbonée constituée de liaisons σ. l’effet +I du groupe méthyle est transmis intégralement au carbone « sp2 » non substitué : c’est lui qui porte la charge partielle et non le carbone hybridé « sp2 » directement lié au groupe inducteur (figure 5. L’acide acétique a un pKa de 4. l’effet inducteur est totalement transmis à travers elle. un pKa de 4. dans le propène. . pKa O CH3 C O acide acétique 4.76. l’effet inducteur est transmis intégralement jusqu’au dernier carbone hybridé « sp2 » de cette chaîne. isobutyrique (ou 2-méthylpropionique) et triméthylacétique (additivité d’effets +I). et l’acide crotonique. car il diffère de celui-ci par l’inclusion d’une double liaison. 5.6 – Additivité des effets inducteurs – I et + I Les effets inducteurs s’additionnent comme le montrent les exemples suivants (tableau 5.5. Cette transmission particulière de l’effet inducteur est à l’origine du principe de vinylogie : la réactivité d’un groupe fonctionnel de deux composés qui ne diffèrent dans leurs chaînes carbonées linéaires que par la présence d’une ou plusieurs double(s) liaison(s) est peu différente.76 H O H3C CH CH C O acide crotonique 4. composé vinylogue de l’acide acétique. et trichloracétiques (additivité d’effets –I) ou sa décroissance.3-diène.18). pour les acides acétique.69.6) : – la croissance de l’acidité pour les acides mono-. donc d’acidité proche (figure 5. Si plusieurs doubles liaisons se succèdent.5. Polarisation des liaisons 141 Ainsi. comme dans le penta-1. séparées par des liaisons σ (ce qu’on nomme doubles liaisons conjuguées). di-.19 Bien entendu. cela s’applique aussi aux triples liaisons.

29 0.86 1. N + H+ pKa N H H2N H2N H CH3 CH3 9. méthylènes (-CH2-) ou méthynes . caractérisée par une densité électronique accrue autour de l’azote dont le doublet libre est capable de retenir un proton (tableau 5.142 Chimie organique pKa CH2Cl-COOH CHCl2-COOH CCl3-COOH (CH3)2-CH-COOH (CH3)3C-COOH 2.65 croissance de l'acidité 4. pour la série : ammoniac.7).80. d’où son caractère basique.27 10.62 la basicité augmente 10.5.6 – l’augmentation de la basicité par l’effet inducteur +I du groupe méthyle.77 HN CH3 Tableau 5. C’est une « anomalie » qui s’explique par la gêne stérique autour de l’azote provoquée par les trois groupes méthyles et qui rend difficile l’approche du proton.7 5.86 5. diméthylamine.05 décroissance de l'acidité Tableau 5. méthylamine.7 – Hydrogènes acides en de groupes inducteurs – I Les groupes électroattracteurs qui exercent un effet inducteur – I rendent acides les hydrogènes portés par les groupes méthyles (-CH3). La triméthylamine qui devrait être plus basique que la diméthylamine a un pKa de 9.

et de manière plus générale. les hydrogènes des groupes méthyles de la propanone (ou acétone). Un exemple est donné pour une liaison C-Br sous l’effet de champ du à un anion ou une amine du milieu (schéma 5.H+ malonate d'éthyle base . ou du groupe méthyne du méthylmalononitrile sont suffisamment acides pour être extraits par une base. Simultanément. les solvants. Leur approche de cette liaison déforme le tétraèdre du carbone « sp3 » qui tend à s’applatir pour devenir proche d’un plan tandis que la liaison C-Br s’allonge et devient de plus en plus fragile.5. H H H H C C H C H H C H COOEt COOEt H 3C C H CN CN O propanone (acétone) base . les ions présents dans le milieu réactionnel (effet intermoléculaire).H+ H H H C C H C H H C COOEt COOEt H 3C C CN CN O carbanions Schéma 5. du groupe méthylène du malonate d’éthyle.2 Le retrait du proton dans ces composés est facilité par la création d’une base conjuguée d’une structure résonnante très stable (voir carbanions mésomères § 6. Polarisation des liaisons 143 (>CH-) situés en position α de la fonction. les charges partielles portées par Br et le carbone augmentent ce qui polarise de plus en plus la liaison.3).13. des sites à très faibles ou très fortes densités électroniques mais éloignés de la liaison sur laquelle ils exercent leur action (effet intramoléculaire). soit d’autres molécules comme les réactifs. Le déplacement des molécules les unes par rapport aux autres génère des effets de champ parfois plus importants que l’effet inducteur intrinsèque à l’intérieur d’une molécule isolée. avec formation de carbanions (§ 6.13) correspondants (schéma 5.2). l’effet de champ est un effet « à distance » sur une liaison « isolée ». Par exemple. soit de la présence de groupe(s) de la même molécule portant des charges partielles ou entières (liaisons ioniques). .2).5. Sous l’effet de leurs charges ou de ces sites. ils agissent sur les dipôles permanents qui résultent de l’induction.H+ méthylmalononitrile base .8 – Effet de champ Contrairement à l’effet inducteur qui est le résultat de dissymétries électroniques liées aux éléments et groupes qui constituent la molécule. 5. Il résulte.

la résonance et les formes limites 5. soit un atome disposant d’un électron célibataire (ex : radical allylique). soit un atome de carbone chargé négativement (ex : carbanion allylique).3 L’effet de champ est important dans un mécanisme de substitution bimoléculaire SN2 (§ 8.144 Chimie organique ion chargé négativement ou amine A N +δ −δ C Br A ou N C +δ' Br −δ' A ou N avec +δ'' C Br −δ'' δ < δ' < δ'' Schéma 5. 5. cette formule développée unique est insuffisante pour décrire les propriétés de certaines molécules dont les doubles liaisons sont conjuguées. ou positivement (ex : carbocation allylique). Par contre.20) ou d’autres molécules dans lesquelles une double liaison est conjuguée.1 – Définition Les propriétés chimiques et physicochimiques de la plupart des molécules de la chimie organique peuvent être décrites à partir d’une seule formule développée classique. . S. ou le benzène (figure 5. soit avec un hétéroélément (N.…) possèdant un doublet libre non liant.6.1.6 L’effet mésomère.2) puisqu’il en représente le début.3-butadiène. éther vinylique). O. (alternativement une double liaison et une simple liaison) telles que le 1. (ex : amine vinylique.

au début du siècle dernier. Ces formes limites ne sont qu’une écriture.5. à l’idée que ces molécules existaient dans un état qui est un hybride entre plusieurs structures électroniques virtuelles qui résonnent entre elles.20 Cette observation a conduit. Polarisation des liaisons 145 H 2C CH CH CH2 butadiène benzène H C H H C N H C H H C C H C H H C C H C H H C C amine vinylique carbanion allylique carbocation allylique radical allylique Figure 5. Ces structures limites n’ont ni réalité physique. Ainsi le butadiène et l’ion carboxylate sont représentés par les formes limites du schéma 5. dont toutes semblent également capables de décrire la plupart des propriétés physicochimiques ou chimiques du composé mais dont aucune. ni existence indépendante. pour représenter un système dynamique. statique. à elle seule. Attention : ne pas confondre cette double flèche ↔ avec le signe caractéristique des équilibres chimiques et qui n’ont aucun rapport entre eux. C’est le phénomène appelé mésomérie (qui signifie « entre plusieurs formes ») ou résonance. appelées structures ou formes limites (canoniques peut remplacer limites). ne peut décrire toutes ces propriétés. Ce phénomène est symbolisé par la double flèche ↔ qui sépare les différentes structures limites. elles ne peuvent pas être considérées comme des composés différents. en équilibre chimique. et. par conséquent.4 et dont les formations sont décrites dans les pages suivantes : . par nature.

l’apparition d’une charge positive est accompagnée de celle d’une charge négative. – la molécule reste neutre.12).5) est représentée de manière classique par deux doubles liaisons séparées par une liaison simple (deux doubles liaisons conjuguées). – dans toutes les formes limites.4 et 5. N. S’il existe un ou des électrons célibataires comme pour les radicaux (§ 6. les atomes sont dans le même état d’hybridation.4 La théorie de la mésomérie (Heisenberg. . La molécule de butadiène (schémas 5. Il y a délocalisation – des doublets d’électrons des doubles ou triples liaisons – des doublets d’électrons des hétéroatomes (doublets non liants de O. définies ci-après : – les positions des noyaux des atomes impliqués dans la mésomérie doivent être les mêmes pour chaque structure limite. leur nombre reste inchangé. – l’énergie de chaque forme limite est supérieure à celle de la molécule réelle. mais le couplage des électrons diffère entre elles. Ils doivent être coplanaires afin que le recouvrement des orbitales « p » à l’origine des doubles liaisons ne soit pas perturbé. 1926) repose sur les conditions structurales des formes limites. – le nombre de paires d’électrons dans les différentes structures limites doit être le même. ou des anions. S…). car la résonance a pour propriété de stabiliser la molécule donc de diminuer son énergie (voir énergie de résonance). Chaque atome doit respecter les structures de Lewis (la présence d’un carbone tri ou pentavalent est impossible).146 Chimie organique butadiène H H H H H H H2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH CH2 (II) H2C CH CH CH2 (III) anion carboxylate O R C O (A) (B) R C O O Schéma 5.

pour le second. l’addition d’une molécule de brome (schéma 5. ce qui ne correspond pas. alors que l’on pouvait s’attendre à deux plans éthyléniques avec libre rotation autour de la liaison centrale. Ces résultats confirment que l’écriture classique est insuffisante pour représenter la molécule de butadiène (voir aussi § 14.5) conduit à deux composés dibromés en positions 1. Enfin. H 2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH (II) CH2 H2C CH CH CH2 butadiène Schéma 5.154 nm) ou doubles (0. (II) et (III) du schéma 5. H P1 C H H C C H faux H C P2 H P1 H C H H C C H vrai Br2 H C H Br C BrH2C H C H CH2 et H C BrH2C C H 1.4-dibromo-but-2-ène addition 1. Leur valeur est pour chacune d’entre elles de 0.6 H2C CH CH (III) CH2 .6.7. donc entre simple et double liaisons.5.4-dibromo-but-1-ène addition 1. Polarisation des liaisons 147 Une telle structure supposerait que les liaisons C-C soient de longueurs différentes selon qu’elles sont simples (0.2 Schéma 5.4.2 et 1. La molécule est plane.1).5 La théorie de la résonance conduit à décrire la molécule de butadiène comme un hybride de résonance entre les 3 structures limites (ou canoniques) fictives (I).4 CH2Br 3. à ce qui pourrait être attendu à partir de la formule classique.135 nm).148 nm.

7). l’origine de la flèche courbe utilisée doit être précise au même titre que son but. le doublet de liaison π se retrouve sur le carbone de CH2. Ainsi.) comme dans une cétone vinylique comme l’acroléine. A l’inverse du butadiène qui est symétrique. . la délocalisation des électrons est orientée vers cet hétéroélément et conduit aux différentes formes limites correspondantes (exemples formes limites E et F). Pour indiquer sans ambiguïté le sens de la délocalisation électronique. ou au contraire. ce sens est défini et unique pour les molécules dissymétriques (formes limites A et B. thiocétone >C=S ou imine >C=N-R. La seconde flèche débute au milieu de la double liaison de A et se termine sur le carbone de CH2.7. avec un effet mésomère électrodonneur (effet + M).. c’est un doublet libre. ce qui entraîne l’effet mésomère électroattracteur (effet – M). On peut remarquer que le sens de la délocalisation des électrons est inversé selon qu’il s’agit d’un hétéroélément directement conjugué à une double liaison éthylènique (formes limites A et B). Elles ne représentent que le sens de la délocalisation des électrons ce qui permet d’écrire la formule limite. non liant. d’un hétéroélément inclus dans une fonction. d’autre part) (schéma 5. Dans le cas où une double liaison existe entre un atome de carbone et un hétéroélément (O. Dans le premier cas. qui est donneur. dans l’exemple A du schéma 5. c’est le caractère électronégatif de l’hétéroélément qui influe sur la délocalisation des électrons π. S. et E et F. cétone (formes limites E et F).6 figurent les mouvements fictifs des doublets électroniques qui conduisent à l’écriture des différentes structures limites et n’ont pas la même signification que celles utilisées pour décrire les mouvements électroniques dans les réactions. L’un des deux électrons de ce doublet appartient à ce carbone dans la mesure où il était mis en commun avec l’autre carbone sp 2 pour former la double liaison : le carbone de CH2 prend alors une charge négative par addition d’un électron (trois liaisons σ + un doublet d’électrons) ce qui lui confère une structure électronique de carbanion dans B. Dans le carbanion allylique C. Le doublet de l’oxygène sert à former la nouvelle double liaison : l’oxygène qui perd un électron devient positif. d’une part.148 Chimie organique Les flèches utilisées dans le schéma 5. la première flèche part d’un doublet de l’oxygène et se termine au milieu de la liaison C-O. le doublet porté par le carbanion sert à former la double liaison dans D ce qui conduit par délocalisation des électrons à un nouveau carbanion D. Dans le second cas. . N.

5. Polarisation des liaisons

149

Effet électrodonneur du groupe méthoxy O-CH3 (effet +M)

H2 C

CH O A

CH3

H 2C
méthoxy-éthène (éther vinylique)

CH O B

CH3

Effet électrodonneur du carbanion

H2C

CH C

C

H2 C
carbanion allylique

CH D

C

Effet électroattracteur du groupe carbonyle C=O (effet - M)

H2 C

CH E

CH

O
prop-2-ènal ou acroléine

H2C

CH F

CH O

Schéma 5.7

Les formes limites d’un composé donné ont-elles toutes la même contribution à sa représentation ? Toutes les formes limites d’un composé n’ont pas la même « stabilité ». Les plus « stables » (énergie interne la plus faible) sont les plus contributives à la représentation de la molécule, celles qui ont un « poids » plus important. Ce sont celles : – qui présentent le nombre le plus élevé de doubles ou triples liaisons conjuguées non chargées (formule I du butadiène et formule A de l’éther vinylique) (schémas 5.6 et 5.7), – qui sont chargées mais dont les charges de signes contraires sont les plus proches l’une de l’autre. Par contre, la présence de deux charges de même nature sur deux atomes liés rend la formule limite totalement instable. Les formules limites ayant plus de deux charges sont instables et peu contributives. – qui portent une charge sur un atome en accord avec son électronégativité (schéma 5.8). Par exemple, une forme limite avec une charge positive sur un carbone et une charge négative sur un oxygène est plus stable que si les charges sont inversées sur ces deux atomes, car le carbone est moins électronégatif que l’oxygène (voir l’échelle d’électronégativité de Pauling § 5.4).

150

Chimie organique

C

C

O

C

C

O

plus stable meilleure contribution

faible contribution

électronégativité de O > C
Schéma 5.8

5.6.2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet + M)
Dans le schéma 5.9 sont rassemblés les 3 principaux groupes à effet mésomère électrodonneur (+M) formés à partir de O, S, ou N, liés d’une part à une double liaison, et d’autre part, par une liaison simple, à un carbone appartenant lui-même à un groupe carboné comme les éthers et thioéthers vinyliques, ou les énamines. Un exemple de formules limites est donné pour un éther vinylique.

C

C O R
éther vinylique

C

C O R

C

C S R

C

C N R'
énamine

R

thioéther vinylique

Schéma 5.9

Les halogènes, éléments monovalents, donnent lieu à une résonance avec une double liaison lorsqu’ils la substituent (schéma 5.10). La contribution de la formule limite A à la représentation de la molécule de chlorure vinylique est beaucoup plus importante que la formule B en raison de la plus grande électronégativité du chlore par rapport à celle du carbone, ce qui rend difficile la présence de la charge positive sur l’atome d’halogène.

5. Polarisation des liaisons

151

C

C Cl
A

C

C Cl
B

Schéma 5.10

Remarque : les groupes -O-R, -S-R , et -N(R)(R’) peuvent aussi faire partie d’une fonction où ils ont un effet +M (schéma 5.11). C’est le cas des esters RCOOR’, des thioesters RCOSR’, des dithioesters RCSSR’, des imidates RC(=NR)-O-R”, des amides RCON(R’)(R”), des thioamides RCSN(R’)(R”), mais ces fonctions prises dans leur intégralité ont toutes un caractère mésomère électroattracteur (– M ) en raison de la présence d’un groupe C=O, C=S ou C=N (voir ci-après).

O C O

R C

O O
ester

R C

N C O
amide

N O

Schéma 5.11

Lorsque les atomes O, S, et N sont chargés négativement et qu’ils sont liés à une double liaison, ils exercent dans la fonction un effet mésomère donneur comme dans les anions énolates, thioénolates, carboxylates, thiocarboxylates, iminoalcoolates (schéma 5.12) … Cette fois encore, les fonctions correspondantes, dans leur intégralité, représentent des groupes à effet mésomère électroattracteur.

152

Chimie organique

C

C O

C

C O

anion énolate

C

C S

C

C S

anion thioénolate

O C O
anion carboxylate

O C O

N

C O

N

C O

anion iminoalcoolate

Schéma 5.12

Les groupes OR, S-R, N(R)(R’) peuvent aussi être liés à un carbone chargé positivement, c’est-à-dire un carbocation, ou à un carbone radicalaire (schéma 5.13).

5. Polarisation des liaisons

153

Carbocations C O R C O R R' C N R C N R R'

R = H, dérivés du carbocation hydroxyméthyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alcoxyméthyle

dérivés d'un carbocation aminométhyle

C

S R

R = H, dérivés du carbocation mercaptométhyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alkylthiométhyle

Radical C O R
Schéma 5.13

C

O R

Les carbanions ont un effet +M (carbanions allyliques, schéma 5.14).

C C C
carbanion allylique
Schéma 5.14

C C C

5.6.3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M)
Lorsque les atomes O, S ou N sont liés à un carbone par une double liaison, le groupe correspondant, carbonylé, thiocarbonylé ou imino exerce un effet mésomère électroattracteur –M. Ces groupes peuvent faire partie de nombreuses fonctions qui, toutes, ont un caractère –M : c’est le cas des fonctions aldéhyde, cétone, thioaldéhyde, thiocétone, imines, acides, esters, carboxylates, amides, thioesters, thioamides, imidates, thioimidates, amidines (schéma 5.15). On peut ajouter à cette série, le groupe nitrile dans lequel l’azote est triplement lié au carbone.

154

Chimie organique

C

C C O

C

C C O

C

C C S

C

C C N

cétone (ou aldéhyde) vinylique

thiocétone (ou thioaldéhyde) vinylique

imine vinylique

C

C C O R O

C

C C O R O C

O C O R

O O R

ester d'acides α,β−insaturés

mésomérie du groupe ester ou acide (R = H)

O C O
anion carboxylate

N C
amide

SR C O
S-thioester

S C
anion S-thiocarboxylate

OR C S
O-thioester

O C S
anion O-thiocarboxylate

N C S
thioamide

O

O

OR' C NR
imidate

SR' C NR
thioimidate

N(R')(R") C NR
amidine

C

CH

C

N

C

CH

C

N

dérivé de l'acrylonitrile

Schéma 5.15

Les carbones chargés positivement ou carbocations exercent aussi un effet –M dans les carbocations allyliques (schéma 5.16).

C

C C

C

C C

carbocations allyliques
Schéma 5.16

A ces deux groupes dans lesquels le carbone est directement lié à une double ou triple liaison, il faut ajouter un nombre important de fonctions entièrement constituées de

5. Polarisation des liaisons

155

O, S et/ou N comme les groupes nitroso, nitro, diazo, sels de diazonium, azido, sulfoxydes, sulfones, acides sulfoniques et sulfonates qui exercent un très puissant effet –M (schéma 5.17).

C

C N O O

C

C N O O N

O N O
mésomérie du groupe nitro

O O

dérivés du nitroéthylène

autres groupes à effet - M: -N=O (groupe nitroso), -N=N- (groupe azo), -N=N+ (sel de diazonium), -N3 (groupe azido), -SO- (groupe sulfoxyde), -SO2- (groupe sulfone), -SO3H (acide sulfonique, ses sels, -SO3Schéma 5.17

et ses esters, -SO3R)

5.6.4 – Exemples de composés mésomères particuliers
Comme le montre les différents exemples ci-après (schéma 5.18), des formes limites partielles peuvent être écrites qui ne font intervenir qu’une partie du système conjugué comme les formes limites B et C du premier exemple.

Exemple 1:
sens de la électron provenant du carbone

H H
A

délocalisation électronique

H O H
B

C

C H

C H

C H

C H

C

C H

C H

C H

C H

O

penta-2,4-diènal groupe à effet mésomère -M

H H
C

C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C H

C H

C H

C H

O

H H
D

C

C H

C H

C H

C H

O

156

Chimie organique

Exemple 2:
sens de la délocalisation électronique

H H
A

H C C H C H C H O CH3 H
B

C

C H

C H

C H

O

CH3

1-méthoxy-buta-1,3-diène groupe à effet mésomère + M

H H
C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C

C H

C H

C H

O

CH3

Exemple 3 H C H C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 CH3

ion allylidene-diméthyl-ammonium Cas particulier:

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

ion triméthyl-vinyl-ammonium

impossible car l'azote deviendrait pentavalent

L'azote ne peut pas avoir cinq liaisons . Il n'existe pas de mésomérie. Le groupe ammonium n'intervient doncque l'effet inducteur attracteur de l'azote sur la double liaison.

Exemple 4: H2C CH C CH CH2 H2C CH C CH2 C H CH2 H2C CH C CH2 CH CH2

CH2 3-méthylène-penta-1,4-diène

H2C

CH C CH2

CH CH2

H2C

CH C CH2

CH CH2

Dans les structures où la conjugaison est croisée, les formes limi tes sont obtenues, comme dans l'exemple présenté, en ne faisant intervenir à chaque fois, qu'une partie des systèmes conjuguées. S'il existe un groupe -M ou +M , c'est lui qui donne le sens de la délocalisation

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

5. Polarisation des liaisons

157

Exemple 5: H C H C H CH2 H C H C H CH2

radical allylique

La demi-flèche correspond à la délocalisation d'un seul électron, contrairement à la flèche qui représente la délocalisation d'un doublet d'électrons.
Schéma 5.18

5.6.5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation)
Toutes les molécules mésomères ont une stabilité chimique plus élevée que celle relative à une formule limite donnée, y compris la plus contributive. Cela est quantifié par l’énergie de résonance qui correspond à la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation de cette molécule et celle calculée à partir des éléments (atomes, types de liaisons…) de la formule limite qui présente la plus basse énergie interne, c’est-à-dire la plus stable ou la plus contributive. L’énergie de résonance peut aussi être calculée à partir des chaleurs d’hydrogénation comme dans le cas du benzène (§ 5.6.9). Plus l’énergie de résonance est élevée, plus la molécule est stable. Cette énergie est d’autant plus élevée que les formes limites qui représentent la molécule mésomère sont équivalentes (ex : ion carboxylate, -CO32-, schéma 5.19) et / ou nombreuses (ex : composés aromatiques, schéma 5.4 et § 5.6.9).

O C O

O

O C O

O

O C O

O

ion carboxylate

Schéma 5.19

5.6.6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe
Les groupes à effet mésomère électrodonneur +M exercent aussi un effet inducteur électroattracteur -I , par exemple, l’oxygène dans un groupe alcoxy, R-O- d’un éther vinylique, >C=C(OR)-, il en est de même des halogénures vinyliques, >C=C(X)-, ou des amines vinyliques (ou énamines), >C=C(NH2)-. Par contre, les groupes à effet électroattracteur – M ont aussi un effet – I.

158

Chimie organique

En fait, les deux effets se superposent, mais l’effet mésomère est, dans la majorité des cas, plus puissant que l’effet inducteur. C’est donc l’effet mésomère qui impose l’orientation des réactions avec des réactifs électrophiles ou nucléophiles. Ainsi, dans l’éther vinylique >C=C(OR)-, l’effet mésomère +M prime sur l’effet inducteur –I (schéma 5.20).
effet mésomère donneur + M

R

O HC CH2

R

O HC CH2

effet inducteur attracteur -I
Schéma 5.20

5.6.7 – Hyperconjugaison
Lorsqu’un carbone lié à une double liaison porte un hydrogène CαH, il y a un recouvrement latéral de l’orbitale moléculaire σ de cette liaison C-H « conjuguée » à la double liaison, et d’une orbitale « p » d’un carbone hybridé « sp2 » de cette double liaison, (contrairement au cas général de la mésomérie qui correspond uniquement à des recouvrements d’orbitales « p »), ce qui conduit à une résonance particulière et spécifique de ces liaisons, appelée hyperconjugaison (schéma 5.21). Cette hyperconjugaison est caractéristique de toutes les liaisons C-H de même nature, qu’il s’agissent de groupes méthyles, méthylènes ou méthynes. Elle permet d’expliquer, en particulier, la plus grande stabilité de certains alcènes substitués par des groupes méthyles, éthyles… par rapport à des alcènes peu substitués ou substitués par des groupes carbonés qui ne possèdent peu ou pas de C αH. Plus le nombre de liaisons CαH conjuguées avec la double liaison augmente, plus l’alcène correspondant est stable. C’est le cas du 2,3-diméthyl-but-2-ène (12 hyperconjugaisons), composé plus stable que l’isobutène (6 hyperconjugaisons), lui-même plus stable que le propène, CH3-CH=CH2 (3 hyperconjugaisons).
Note : L’hyperconjugaison est aussi possible avec un carbone chargé positivement (carbocation). Elle stabilise la charge (voir le schéma 8.259).

5. Polarisation des liaisons

159

liaison σ

H

C

α

C C C H
pas d'hyperconjugaison liaison C-H non conjuguée avec la double liaison

α

C

C

C
α

C H

C

H

H

H

orbitale hybridée "sp3" H orbitale "p"

H H

H Cα C C Cα H

H

Cα C C

H Cα H
α

H H

C H

H

H

H Cα H C H C α H H

H

H C H

2,3-diméthyl-but-2-ène plus stable que l'isobutène

Schéma 5.21

5.6.8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal
Lorsqu’un composé possède une liaison entre un Ctrigonal , par exemple C de >C=O et un élément Z possèdant un doublet d’électrons non liant avec lequel une résonance est donc possible comme dans un amide RCON(R1)(R2), la libre rotation entre ce carbone et Z est empêchée, car les trois atomes se trouvent dans un même plan afin de satisfaire le phénomène de résonance avec recouvrement latéral des orbitales concernées (figure 5.22). En conséquence, la barrière de potentiel, ou d’interconversion, pour une rotation autour de cette liaison est très élevée, soit 10 fois supérieure (80 kJ mol-1) à celle qui existe pour une liaison amine Ctétraèdral-Z comme dans CH3-N(R1)(R2) (soit 8 kJ mol-1) où il n’existe pas de résonance.

O C N
amide (mésomère)

O C N
amine

C

N

Rotation autour de la liaison C-N très difficile: énergie d'interconversion élevée

Rotation autour de la liaison C-N 10 fois plus facile que pour l'amide: énergie d'interconversion faible

Schéma 5.22

160

Chimie organique

Cette remarque s’applique aussi pour les liaisons Ctrigonal-Ctrigonal correspondant à des systèmes conjugués (par exemple, butadiène, cétones α,β-insaturées) pour lesquelles la forme s-trans est plus stable que la forme s-cis (figure 5.21).

H H

H H

H H

H H H

H

H H

butadiène s-trans, conformère plus stable que butadiène s-cis
Figure 5.21

butadiène s-cis

5.6.9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel)
Certaines molécules qui présentent une mésomérie, possèdent une très grande stabilité et sont dites aromatiques si les conditions suivantes (règles empiriques de Hückel, 1937) sont respectées : – la molécule est cyclique, polyènique conjuguée (un doublet non liant d’un hétéroatome, une charge négative ou positive peuvent entrer dans cette conjugaison), – la molécule doit être plane, (afin qu’il y ait un bon recouvrement latéral des orbitales « p »), – l’ensemble des électrons délocalisés doit être égal à 4n + 2 avec n = 0 ou un nombre entier. Ces règles qui ne s’appliquaient à l’origine qu’aux monocycles ont été ensuite étendues aux composés polycycliques. Le caractère aromatique d’une molécule implique une stabilité plus élevée par rapport à des molécules de structures proches mais non aromatiques, vis-à-vis de la température, mais aussi de divers réactifs : par exemple, les alcènes, peu stables à haute température, réagissent très facilement avec les acides, les halogènes, ou les oxydants, tandis que le benzène, composé aromatique, reste stable à des températures élevées, ne réagit avec les halogènes (sans intervention externe, rayonnement UV) ou ne s’oxyde que dans des conditions particulières vigoureuses. Le benzène, C6H6 est un monocycle plan constitué de trois doubles liaisons conjuguées (schéma 5.23) :

5. Polarisation des liaisons

161

exemple 1: le benzène

2 2

2 représentation faisant apparaître le plus simplement la totale délocalisation des électrons π.

formules de Kékulé 4n + 2 = 6 (n = 1)

formules de Dewar

Schéma 5.23

Les représentations classiques de Kékulé, et moins classiques de Dewar, sont contenues dans l’utilisation d’un cercle central symbolisant la délocalisation des électrons dans le cycle. La pyridine, un hétérocycle (schéma 5.24), diffère du benzène par le remplacement d’un CH du cycle par un atome d’azote : il s’ensuit une dissymétrie qui fait apparaître des charges. Le groupe imino >C=N- exerce un effet électroattracteur sur les électrons π du cycle.
H Exemple 2: la pyridine H

H

N
H
4 5 6 2 2 3 2 2

H

N

N

N

N

N

N
caractère basique et nucléophile lié à ce oublet

1 4n + 2 = 6 (n = 1)

La représentation des formes limites de la pyridine apporte des renseignements utiles au chimiste pour l'étude le la réactivité de cet hétérocycle. Le doublet non liant de l'azote n'étant pas délocalisé confère à la pyridine, basicité et caractère nucléophile (à l'inverse du pyrrole, voir l'exemple 3), les positions 2, 6 et 4 (appelées aussi α, α' et γ) ont des densités électroniques plus faibles que celles en positions 3 et 5 (ou β et β') ce qui permet de prévoir les attaques des réactifs électrophiles et nucléophiles.

Schéma 5.24

Le pyrrole est un hétérocycle à 5 chaînons. Pour que le caractère aromatique s’établisse, il faut que les électrons du doublet non liant de l’azote soient délocalisés afin que la règle de 4n + 2 électrons = 6 avec n = 1 soit respectée. Il en est de même pour l’oxygène du furane, et le soufre du thiophène (schéma 5.25).

162

Chimie organique

H Exemple 3: pyrrole, furane et thiophène H

H

N
H
2 2

H

2

N H
4n + 2 = 6 (n = 1)

N H

N H

N H

N H

N H

Le doublet non liant de l'azote est engagé dans la délocalisation ce qui réduit très fortement le caractère basique et rend l'hydrogène de NH plutôt acide. L'effet + M de l'azote dans le cycle augmente les densités électroniques des carbones qui seront facilement attaqués par les réactifs électrophiles. Le furane et le thiophène ont des formules limites semblables à celles du pyrrole.

O
furane

O

O
thiophène

S

Schéma 5.25

Exemple 4 : carbocation cyclopropènyle et carbanion cyclopentadiènyle H Cl H H SbCl5 H H H H H H , SbCl6
carbocation cyclopropènyle

H

H

H

Le carbocation cyclopropènyle présent dans les sels de propènium, le plus souvent substitué par divers groupes, représente un cas particulier de système aromatique puisque le nombre d'électrons délocalisés est de deux ce qui permet de valider la règle empirique de Hückel: 4n + 2 = 2 (n =0) Le sel de propènium présenté est l'hexachloroantimonate de cyclopropènyle.

H H H

H -H H H
(base)

H H H

H H H

H

H H H H

H

H H H

cyclopentadiène

carbanion cyclopentadiènyle 4n + 2 = 6 (n = 1 )

Sous l'action d'une base, le cyclopentadiène perd très facilement un proton car le carbanion cyclopentadiènyle qui en résulte est très stable : il est aromatique. Le nombre d'électrons π délocalisés est égal à 6: 4n + 2 = 6 (n = 1)

Schéma 5.26

5. Polarisation des liaisons

163

Certains composés ionisés, sous forme de sels, sont aussi aromatiques, par exemple, l’ion pyrylium qui possède 6 électrons délocalisés provenant de ses 3 doubles liaisons (figure 5.22).

O
X sel de pyrylium
Figure 5.22

De nombreuses structures polycycliques possèdent un caractère aromatique comme le naphtalène, l’anthracène, le phénanthrène, la quinoléine, l’acridine ou l’ion 1-benzopyrylium (figure 5.23).

naphtalène

anthracène

phénanthrène

N quinoléine

N acridine
Figure 5.23

O ion 1-benzopyrylium

Des molécules complexes comme la porphine et ses dérivés substitués, les porphyrines (figure 5.24) sont des composés aromatiques. Ils font partie de la structure de l’hémoglobine, le transporteur d’oxygène présent dans le sang. Si on compte l’ensemble des électrons π délocalisés, ils sont au nombre de 26, ce qui ne correspond pas à 4n + 2 (règle de Hückel). Dans ce cas, et dans la mesure où la molécule est plane et polyènique conjuguée, il doit exister dans ces structures polycycliques, un système cyclique polyènique conjugué, parmi ceux possibles, qui possède un maximum d’électrons délocalisés dont le nombre soit égal à 4n + 2 avec n, un nombre entier. Dans le cas de la porphine, ce système est indiqué en pointillé. Il correspond à 18 électrons délocalisés (n est donc égal à 4). Dans le pyrène (16 électrons délocalisés), seuls les électrons π périphériques sont pris en compte pour le caractère aromatique de ce composé soit 14 électrons (n = 3).

164

Chimie organique

2

2 2

NH
2 2

N
2

NH

N

N
M2

N

N
2

HN
2

2

N

HN

N

N

porphine 26 électrons délocalisés dans le système cyclique en pointillé: 18 électrons = (4n + 2) avec n = 4

porphyrines
(porphines substituées par divers groupes)

hèmes M = Fe, Cu, Mn... hémoglobine M = Fe

2 2 2 2 2 2 2

pyrène électrons π délocalisés: 16 nbre d'élecrons π périphériques: 14 = 4n + 2 avec (n = 3)
Figure 5.24

5.6.10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques
Le cyclobutadiène et le cyclooctatétraène font partie du groupe des annulènes, composés polyèniques conjugués cycliques, comme le benzène (qui pourrait être appelé le [6]annulène), mais ces deux composés ne sont pas aromatiques. Le nombre d’électrons π qui sembleraient délocalisés n’est pas égal à 4n + 2 avec n = un nombre entier. Par ailleurs, ils ne sont pas plans ce qui ne permet pas une délocalisation des électrons π, laquelle nécessite un recouvrement latéral d’orbitales « p » d’axes parallèles (figure 5.25).

5. Polarisation des liaisons

165

cyclobutadiène ou 4 annulène

cyclooctatétraène ou 8 annulène

ou

carbanion cyclopropènyle

carbocation cyclopentadiènyle

Br

ion bromonium (dérivé d'alcyne)

Figure 5.25

Le cyclobutadiène, le carbanion cyclopropènyle, le carbocation cyclopentadiènyle qui ont chacun 4n électrons délocalisés sont dits « composés antiaromatiques ». Ce sont des système chimiques très instables : on démontre dans le cas du carbanion cyclopropènyle qu’une forme limite prise isolément a une énergie interne plus faible que celle du système délocalisé, représenté par le cercle à l’intérieur du système cyclique. C’est le cas aussi d’intermédiaires réactionnels appelés ion pontés halonium, dérivés d’alcynes, dans lesquels les électrons π de la double liaison sont conjugués avec un doublet d’électrons de l’halogène (ici le brome) chargé positivement.

5.6.11 – Énergie de résonance des composés aromatiques
La mésomérie ou la résonance dans une molécule donnée a pour conséquence une augmentation significative de sa stabilité par rapport à la même molécule considérée arbitrairement comme non résonnante. Cette différence de stabilité s’exprime de manière quantitative par l’énergie de résonance. Plus cette énergie est élevée, plus la molécule est stable. Pour déterminer l’énergie de résonance, on peut calculer soit la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation et celle calculée théoriquement à partir de la structure limite qui possède la plus basse énergie interne (la plus contributive), soit la différence entre la chaleur d’hydrogénation calculée théoriquement à partir de la structure limite de plus basse énergie, et celle obtenue par expérimentation. Dans ce dernier cas (schéma 5.27), le benzène est un bon exemple. Il a une de ses structures limites de plus basse énergie qui correspond à un « cyclohexa-1,3,5-triène »

166

Chimie organique

figé (considéré ici théoriquement comme non résonnant, contrairement à la réalité physique, et seulement pour les besoins du calcul), la chaleur d’hydrogénation de cette molécule correspond donc à trois fois celle du cyclohexène qui est cyclique et possède une seule double liaison, soit – 110 kJ mol-1 × 3 = -330 kJ mol-1. La chaleur d’hydrogénation expérimentale du benzène est de – 206,3 kJ mol-1. On en déduit que l’énergie de résonance du benzène, différence entre ces deux valeurs, est donc de 123,7 kJ mol-1. Les valeurs des énergies de résonance de divers composés aromatiques, permettent de les classer en fonction de leur stabilité chimique.

H2 - 110 kJ mol-1 cyclohexène 3 H2 - 330 kJ mol-1 (calculé: - 110kJ mol-1x 3) "cyclohexa-1,3,5-triène" -1 "benzène fictif non résonnant" ∆ = 123,7 kJ mol énergie de résonance 3 H2 - 206,3 kJ mol-1 benzène réel, résonant (expérimental) cyclohexane cyclohexane

Schéma 5.27

Par exemple, dans la série du thiophène, pyrrole et furane (figure 5.26), les valeurs sont respectivement 120 kJ mol-1, 100 kJ mol-1 et 62,3 kJ mol-1, valeurs qui sont en accord avec les propriétés chimiques de ces composés : le thiophène réagit comme le benzène tandis que le furane a un faible caractère aromatique puisqu’il se comporte parfois comme un composé diènique (réactions d’additions). Ces différences sont liées aux configurations électroniques des hétéroéléments S, N et O et à leur électronégativité. Plus un élément est volumineux avec un numéro atomique Z élevé, comme le soufre dans cette série, plus les électrons de sa couche périphérique, ceux qui assurent les liaisons, sont moins retenus au noyau de l’atome. Cela assure une meilleure délocalisation des électrons du soufre et une plus forte aromaticité. Les électronégativités relatives de O (3,5), N (3) et S (3,5), expliquent aussi par l’effet inducteur électroattracteur –I, la plus difficile délocalisation des électrons dans le furane.

S
thiophène (120 kJ.mol -1 )

N H
pyrrole (100 kJ.mol -1)
Figure 5.26

O
furane (62,3 kJ.mol -1)

5. Polarisation des liaisons

167

D’une manière générale, l’énergie de résonance est d’autant plus élevée que la molécule ou l’ion résonnant a des structures limites équivalentes (ex : ion carboxylate, schéma 5.19) ou en nombre important.
Note : Les valeurs des énergies de résonance peuvent varier d’un auteur à l’autre en raison des différentes techniques utilisées pour leurs calculs, mais elles restent proches.

5.6.12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué
Dans le cas du benzène monosubstitué, il est possible de prévoir l’orientation des attaques des réactifs électrophiles à partir de l’effet inducteur ou mésomère du groupe qui substitue le benzène. Un réactif électrophile est soit une molécule qui possède un site à faible densité électronique, soit un ion chargé positivement (§ 6.8) comme le proton ou NO2+. Ce réactif attaque les sites les plus riches en électrons (à forte densité électronique) d’une autre molécule.
-δ +δ 3 4 1 5 6 +δ -δ

Rappel:

H2C

C H

CH3
2

H 2C

C H

C H2

Cl

positions 2 et/ou 6: ortho positions 3 et/ou 5: méta position 4: para

effet inducteur+ I
- δ' - δ" - δ' NO2 réactif électrophile attaques en positions ortho et para +δ

effet inducteur - I
+ δ' -δ + δ'' + δ'

CH3
toluène

CH2Cl
chlorure de benzyle

NO2 attaques en positions méta

Figure 5.27

Dans le toluène, le groupe méthyle exerce un effet inducteur +I, qui se transmet à travers les doubles liaisons du benzène en créant des dissymétries électroniques (figure 5.27). Il en résulte que certains atomes de carbone, en positions ortho et para, ont des densités électroniques relativement plus élevées que celles des carbones en positions méta. Elles sont symbolisées par -δ’, -δ’’. La somme des charges partielles négatives de ces carbones est égale à la charge positive portée par le groupe à effet inducteur électrodonneur + I, et dans ce cas, le groupe méthyle. L’attaque des réactifs électrophiles sera donc orientée sur les positions ortho et para à plus fortes densités électroniques.

168

Chimie organique

Le phénomène s’inverse avec un substituant à effet inducteur – I comme le groupe chlorométhyle du chlorure de benzyle. Les substituants à effet mésomère orientent aussi les attaques des réactifs électrophiles (schéma 5.28). Dans ce cas, les formes limites permettent de prévoir les densités électroniques des atomes de carbone du cycle. Ceux qui portent une charge positive dans les différentes formes limites auront une faible densité électronique et inversement pour ceux qui portent une charge négative.

Effet mésomère électroattracteur -M O CH3 O CH3
NO2

O CH3

O CH3

O CH3

O CH3
NO2 attaques de NO2+ en positions méta Le réactif électrophile NO2+ attaque les carbones du cycle qui n'ont jamais de charge positive dans les formes limites

Effet mésomère électrodonneur +M O
+M NO2

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

NO2

O CH3

NO2 attaques de NO2+ en positions ortho et para

Schéma 5.28

5. Polarisation des liaisons

169

L’acétophénone porte un groupe CO-CH3 à effet –M, les carbones en positions ortho et para portent une charge positive dans les formes limites de ce composé. Ce sont donc les atomes de carbone en position méta, de densité électronique relative plus élevée, qui seront attaqués le plus facilement par un réactif électrophile. L’effet inverse est observé avec le méthoxybenzène car le groupe O-CH3 a un effet +M. Les positions ortho et para seront attaquées par un réactif électrophile.
Remarque : Les flèches indiquant les attaques des réactifs électrophiles sur le benzène et ses dérivés sont trompeuses et à l'inverse de celles décrivant le mécanisme de substitution (schéma 6.18) : en effet, c'est toujours le réactif le plus riche en électrons (nucléophile), dans ce cas le benzène ou ses dérivés, qui peut apporter des électrons au réactif le plus pauvre en électrons (électrophile, ici l'ion NO2+), et jamais l'inverse.

5.7

Équation de Hammett

L’équation de Hammett permet de relier les constantes de vitesse d’une réaction donnée (ou les constantes d’équilibre pour les réactions réversibles) pour deux molécules de même espèce chimique (par exemple, acide benzoïque et ses dérivés monosubstitués par un groupe Z) aux effets électroniques, d’induction ou de champ du substituant Z. Elle est de la forme,

log10

Kz K0

ρσ

avec : Ko, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé non substitué (Z = H), Kz, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé substitué par le substituant Z, (rho) est un nombre qui est caractéristique d’une réaction donnée, et qui dépend de la sensibilité de la réaction aux effets électroniques, d’induction et de champ, et des conditions expérimentales dans lesquelles s’effectue la réaction, est directement lié à la nature du substituant Z et caractérise son influence (électronique, induction, et champ) sur la vitesse de la réaction. Lorsque l’équation de Hammett avec K0 et KZ, constantes d’équilibres, est appliquée à la réaction équilibrée d’ionisation de Z-Ph-COOH dans l’eau à 25 °C, ρ est, par convention, égal à 1.

Z-C6H5-COOH + H2O

K

Z-C6H5-COO + H3O

Dans ce cas, σ est égal au logarithme décimal du rapport des constantes d’équilibres Kz et K0 et deux séries de valeurs sont expérimentalement définies σm et σp selon la position de Z sur le cycle (en méta ou para). L’équation de Hammet n’est pas utilisable pour les composés substitués en position ortho. Si les valeurs de sont positives (Kz > K0), le substituant Z est un groupe électroattracteur, s’il est négatif, (Kz < K0), le substituant Z est électrodonneur. Lorsqu’on connaît quelques valeurs de σ, on peut représenter log

170

Chimie organique

KZ / K0. C’est une droite de pente ρ. Il est alors possible de définir la valeur de KZ pour des réactions nouvelles. Les valeurs de ρ négatives (pentes négatives) correspondent à des réactions favorisées par une augmentation de la densité électronique au site réactif et celles qui sont favorisées par une faible densité électronique au site réactif ont des valeurs de ρ positives. Les valeurs de ρ sont connues pour environ 200 réactions. Cinq exemples sont donnés dans le schéma 5.29.
1) réaction irréversible: K est la constante de vitesse

COOEt Z

+ HO

K Z

COO

+ EtOH

ρ = 2,43

2) réaction réversible : K est la constante d'équilibre

Z

NH3

+ H2 O

K Z

NH2

+ H 3O

ρ = 2,77

Z

CH2-COOH

+ H 2O

Z

CH2-COO

+ H 3O

ρ = 0,49

Z

(CH2)2-COOH + H2O

Z
Schéma 5.29

(CH2)2-COO

+ H 3O

ρ = 0,21

Inversement, on peut définir la valeur de σ si les valeurs de Ko et Kz sont connues pour diverses réactions. Ces valeurs sont données pour quelques substituants Z classiques dans le tableau 5.8, et sont valables pour des réactions où les molécules d’une même série contenant Z subissent une attaque nucléophile, électrophile ou radicalaire selon un mécanisme semblable.
substituants

σm + 0,12 + 0,12 - 0,16 - 0,007 0 + 0,37 + 0,43 + 0,71

σp - 0,37 - 0,27 - 0,66 - 0,17 0 + 0,23 + 0,54 + 0,78

σ+m

σ +p - 0,92 - 0,78 - 1,13 - 0,31 0 +0,11 +0,79

σ −p

-OH -OCH3 -NH2 -CH3 -H -Cl -CF3 -NO2

0,05 - 0,16 - 0,10 0 +0,40 +0,57 +0,73

0

+1,27

note: selon les auteurs, ces valeurs peuvent varier légèrement. Les valeurs non indiquées sont inconnues.
Tableau 5.8

5. Polarisation des liaisons

171

Il existe des réactions pour lesquelles le site d’attaque est le cycle lui-même (comme les substitutions électrophiles § 8.2), dans ce cas, le groupe Z peut intervenir dans l’état de transition. Si une résonance est possible, la charge est délocalisée y compris dans Z (comme dans la réaction du schéma 5.30) ce qui conduit à deux nouvelles séries de σ affectés de signes positifs ou négatifs, σ+ et σ–. Si le groupe Z est électrodonneur + M et la charge délocalisée de l’état de transition est positive, on utilise σ+.

OMe

NO2

O2N

OMe

-H O N 2

OMe

(Z à effet +M)
Schéma 5.30

Inversement, si Z est un groupe électroattracteur –M et que la charge délocalisée de l’état de transition est négative, on utilise σ– (cas plus rare). Les valeurs de σ+m et σ+p ainsi qu’une valeur de σ–p sont indiquées dans le tableau 5.8.

5.8

Les liaisons hydrogènes

Lorsqu’un atome d’hydrogène est lié à un hétéroatome très électronégatif comme l’oxygène, l’azote ou le fluor, et à un moindre degré avec le chlore ou le soufre, l’effet inducteur –I de cet hétéroatome a pour résultat de rendre l’hydrogène acide ce qui correspond à l’établissement d’une charge partielle positive. Cette charge lui permet de créer des associations moléculaires ou intramoléculaires, dues à des interactions électrostatiques, appelées liaisons hydrogènes avec des hétéroéléments porteurs d’une charge partielle négative, oxygène, azote, fluor. C’est ce qui explique les associations moléculaires de l’eau, des alcools, de l’acide fluorhydrique, mais aussi de l’ammoniac (figure 5.28).

H O H H +δ H -δ O H
eau

H O H

H +δ O R +δ H O R
alcool

H H O R

-δ F

+δ H

-δ F

+δ H

-δ +δ F H

H N H

+δ H

-δ N

H H

acide fluorhydrique

ammoniac
Figure 5.28

172

Chimie organique

Si on considère la liaison Y-H où Y est un atome électronégatif, plus cette électronégativité sera élevée, et plus la charge partielle positive portée par l’hydrogène sera importante. Dans la mesure où l’atome d’hydrogène est petit, la charge est « concentrée » et la force électrostatique importante. De même, la « concentration » de la charge partielle négative est d’autant plus importante pour les éléments électronégatifs que l’atome correspondant a un faible volume, ce qui est le cas de F, O et N, et explique les très faibles liaisons hydrogènes avec le chlore pourtant d’électronégativité proche de celle de l’azote mais de volume atomique plus élevé. L’énergie d’une liaison hydrogène est nettement plus faible qu’une liaison normale interatomique et inférieure à 41,84 kJ mol-1, valeur la plus élevée correspondant à la liaison de ce type entre molécules d’acide fluorhydrique H-F---H-F-. D’autres valeurs peuvent être données : HO---H (29,29 kJ mol-1), HN---H (8,37 kJ mol-1). Ces énergies de liaison expliquent la raison pour laquelle des composés analogues comme l’eau, H2O, et l’acide sulfhydrique, H2S, présentent une différence de points d’ébullition conséquente, respectivement 100 °C et – 60 °C : en effet, l’acide sulfhydrique est un gaz à 25 °C. Les molécules d’eau sont associées par des liaisons hydrogènes tandis que celles d’acide sulfhydrique ne le sont pas. Pour que l’eau passe à l’état gazeux, il est donc nécessaire de rompre les liaisons hydrogènes ce qui suppose un apport d’énergie donc un point d’ébullition plus élevée. Cette remarque est valable aussi pour les alcools et thiols de faibles masses. Ce type de liaisons joue un rôle important dans l’ionisation des molécules d’halogénures d’alkyles RX par les alcools polaires protiques R’OH dans la première partie du mécanisme de substitution nucléophile SN1 (§ 8.1.3) bien que les énergies de ces liaisons O-H---X soient très faibles puisque formées entre OH et des halogènes dont les volumes sont importants (sauf pour le fluor). Des liaisons hydrogènes peuvent se créer avec les carbones hybridés « sp2 » et « sp3» car dans ces cas, l’électronégativité des carbones impliqués augmente. Quelques exemples de liaisons hydrogènes intramoléculaires sont donnés dans le schéma 5.31.
O A) R O H O H O C R B) Me O C C H2 O C Me Me
forme énolique stabilisée par une liaison hydrogène prépondérance de cette forme tautomère

O

H C H

O Me

association bimoléculaire des acides carboxyliques de faibles masses

acétylacétone

H

C

O

H O O D) O N H
E)

C)
salicylaldéhyde

H N

O

H N

8-hydroxyquinoléine

N H

N O H O
structure o-quinonoïde stabilisée par deux liaisons hydrogènes (responsable de la couleur bleue de cette substance)

trans-indigotine

Schéma 5.31

5. Polarisation des liaisons

173

Les acides carboxyliques de faibles masses, comme l’acide acétique, existent à température ordinaire sous forme de dimères (A). Les molécules sont retenues entre elles par deux liaisons hydrogènes : celles-ci doivent être rompues pour passer à l’état gazeux ce qui explique une valeur anormalement élevée des points d’ébullition de ces composés. Certains composés β-dicarbonylés comme l’acétylacétone (B), l’acétoacétate d’éthyle, CH3-CO-CH2-COOEt, ou le malonate d’éthyle, CH2(COOEt)2 sont en équilibre chacun avec une forme énolique qui est stabilisée par une liaison hydrogène intramoléculaire, ce qui la rend prépondérante. Le salicylaldéhyde (C) et les sels de l’acide salicylique présentent des liaisons hydrogènes intramoléculaires qui stabilisent leurs structures, au même titre que la 8-hydroxyquinoléine (D). La conjugaison de nombreuses doubles liaisons absorbe une partie de la lumière donnant une couleur au composé correspondant. Dans le cas de l’indigotine qui existe sous formes cis (non représentée) et trans (E) qui est en équilibre avec une forme stabilisée par deux liaisons hydrogènes, cette dernière présente de nombreuses doubles liaisons conjuguées, ce qui lui donne une coloration bleue indigo caractéristique. Enfin, les liaisons hydrogènes ont un rôle prépondérant dans les conformations de nombreuses molécules d’origine naturelles comme les acides nucléiques.

Chapitre 6 Entités réactives

Sommaire :
6.1 La réaction ...................................................................................................... 178 6.2 Le milieu réactionnel ..................................................................................... 179 6.3 Les solvants ..................................................................................................... 180 6.4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7.3) .................................. 182 6.5 Les réactifs nucléophiles ............................................................................... 183 6.6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles ......................................... 183 6.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction ......... 183 6.8 Les réactifs électrophiles .............................................................................. 185 6.9 Les centres ou sites électrophiles ................................................................ 185 6.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison ............... 186 6.11 Les carbocations ou ions carbonium ........................................................ 187 6.11.1 – Structure ........................................................................................... 187 6.11.2 – Stabilité ............................................................................................ 188 6.11.3 – Formations ........................................................................................ 190 6.11.3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant ............................................................. 6.11.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures .......................... 6.11.3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures .................... 6.11.3d – Protonation de liaisons insaturées ........................................ 6.11.3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique .. 6.11.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires, les hémiacétals et acétals 190 191 191 191 194

194

176

Chimie organique 6.11.3g – Décomposition des sels de diazonium .................................. 195 6.11.3h – Utilisation des superacides .................................................. 196 6.11.4 – Réactions des carbocations .............................................................. 197 6.11.4a – Réarrangements par transpositions, et éliminations d’un proton porté par un carbone en α du carbone chargé (CαH) 197 6.11.4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles ............................... 206 6.11.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations ...................... 207

6.12 Les radicaux ................................................................................................. 208 6.12.1 – Structures ......................................................................................... 209 6.12.2 – Formations et stabilité ..................................................................... 209 6.12.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles ........................................ 215 6.12.4 – Les réactions de Minisci ................................................................... 216 6.12.5 – Les réactions radicalaires ................................................................. 217 6.12.5.a – Dismutation (ou disproportionation) .................................. 6.12.5.b – Couplage radicalaire ........................................................... • 6.12.5.c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H entre radical instable et alcane ramifié ............................... 6.12.5.d – Réactions de substitution ................................................... 6.12.5.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons .................... 6.12.5.f – Polymérisation vinylique ..................................................... 6.12.5.g – Auto-oxydation des composés organiques .......................... 6.12.5.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe ................. 6.12.5.i – Réarrangements .................................................................. 217 218 218 219 224 230 232 234 235

6.12.6 – Le radical-cation .............................................................................. 235 6.12.7 – Le radical-anion ............................................................................... 236 6.12.8 – Le biradical ou diradical .................................................................. 237 6.13 – Les carbanions .......................................................................................... 237 6.13.1 – Formations ....................................................................................... 238 6.13.2 – Stabilité ............................................................................................ 241 6.13.3 – Structures ......................................................................................... 244 6.13.4 – Réactions (généralités et réarrangements) ....................................... 245 6.14 Les carbènes ................................................................................................. 247 6.14.1 – Formations ....................................................................................... 247 6.14.2 – Réactivité et stabilité ....................................................................... 249 6.14.2a – Additions sur les alcènes ..................................................... 6.14.2b – Additions sur les alcynes et les allènes ................................ 6.14.2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane .... 6.14.2d – Réarrangements .................................................................. 6.14.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes ...................... 250 254 254 255 255

6. Entités réactives

177

6.15 Les nitrènes ................................................................................................... 255 6.15.1 – Formations ........................................................................................ 256 6.15.2 – Réactions .......................................................................................... 257 6.15.2a – Additions .............................................................................. 6.15.2b – Insertion dans une liaison C-H ............................................. 6.15.2c – Dimérisation ......................................................................... 6.15.2d – Echange d’atome d’hydrogène avec un alcane ..................... 6.15.2e – Réarrangements .................................................................... 257 259 259 260 260

6.16 Les composés 1,3-dipolaires ou dipoles-1,3 ............................................. 267 6.17 Les ylures ....................................................................................................... 268

sous l’influence ou non d’effets physiques (chaleur. – la détection par des techniques physicochimiques de la présence d’intermédiaires réactionnels (par exemple. carbanions. sans qu’il se forme de composés intermédiaires. ou en des composés de plus faibles masses (ex : décompositions sous l’effet de la chaleur). – le piégeage des entités intermédiaires. – l’identification des produits dits secondaires (composés en faibles quantités à côté des produits principaux de la réaction) qui peuvent donner des indications sur des intermédiaires possibles. Quand les produits d’une réaction sont formés par une simple collision entre les réactants. Pour déterminer les mécanismes réactionnels impliqués dans une réaction complexe donnée. les principales méthodes utilisées sont : – les études cinétiques qui enregistrent l’augmentation ou la diminution de la vitesse de formation des produits finaux en fonction des concentrations en chaque réactant. ou par piégeages. réagissent entre eux. radicaux. – l’étude de l’influence de la polarité des solvants : les réactions qui ont pour intermédiaires des composés ioniques se font plus facilement dans les solvants polaires. la réaction s’effectue via diverses étapes. le milieu a. durant lesquelles sont produites des entités intermédiaires réactives (carbocations. l’écriture de la réaction où ne sont indiqués que les différents réactifs de départ et les produits finaux séparés par une flèche est insuffisante puisque cette écriture est seulement le bilan de plusieurs réactions où se forment et interviennent des entités réactives. de la pression. la réaction est dite élémentaire. du rayonnement. dans la plupart des cas. . de la polarité du solvant. la présence de radicaux par la résonance paramagnétique électronique ou RPE). dans la plupart des cas. Dans ce cas. Ce réactif réagira avec l’entité intermédiaire en formant un nouveau composé facilement identifiable. Si.4). en additionnant au milieu un réactif qui leur est très spécifique. C’est le cas le plus général en chimie organique. moins d’importance. qu’en utilisant des techniques physicochimiques. pour l’hydrogène. ce qui est très rare. – l’étude de la stéréochimie des composés formés en fonction de celle des réactants. il conduira à l’inhibition de la réaction étudiée. nitrènes…). ou le carbone 13C ou 14C (radioactif) à la place de 12C pour « suivre » le devenir de certains atomes dans le déroulement de la réaction.1 La réaction Représentée sous forme d’une équation chimique. de la température. elle est le résultat physique et chimique de la mise en présence de réactifs (ou réactants) qui. et avec l’aide ou non d’un catalyseur (§ 6. pour créer de nouvelles molécules. – l’utilisation de molécules marquées avec des isotopes comme le deutérium 2H ou le tritium (radioactif) 3H. Certaines réactions sont des transformations chimiques ou physiques d’une seule molécule de structure donnée en une nouvelle (ex : réarrangements intramoléculaires). et par piègeage de cet intermédiaire.178 Chimie organique 6. en raison de l’antagonisme des fonctions qu’ils portent chacun. Lorsque les intermédiaires sont des radicaux. la réaction est dite complexe. carbènes. au contraire. et dont l’existence très courte n’est démontrée. Il existe alors un mécanisme réactionnel. rayonnement). souvent difficilement isolables.

l’utilisation de composés insolubles dans les solvants organiques. à sec. Dans le premier cas. par exemple. En solution. Afin d’augmenter la surface de contact avec les autres réactants. Certaines réactions se font par chauffage de mélanges de composés en poudre. ces réactants solides sont réduits en poudres très fines. le plus souvent minéraux. peut largement dépasser 100 bars. oxydant solide déposé sur de la célite. permet d’orienter la réaction vers la formation du produit extrait du milieu réactionnel. le plus souvent liquide). composé solide soluble dans de nombreux solvants organiques et ajouté en faibles quantités comme catalyseur acide). elles peuvent servir de solvants. Les bases minérales les plus employées sont les hydroxydes et carbonates alcalins et les bases organiques. (réaction équilibrée) ou irréversible. Ces conditions facilitent les interactions entre réactants.6.2 Le milieu réactionnel La plupart des réactions en chimie organique se font mieux en milieu homogène (une seule phase. Dans ce cas. Dans ce dernier cas. terre de diatomées inerte chimiquement). le plus souvent deux. Entités réactives 179 Un autre caractère d’une réaction est son caractère réversible. ou organiques (comme l’acide acétique CH3COOH qui peut servir de solvant. Les réactifs gazeux réagissent très souvent par barbotage dans une solution du second réactif. p-CH3C6H4SO3H. Toutefois. pression) mais non des catalyseurs qui n’agissent que sur la vitesse de la réaction. mais dans certains cas. alcools). certaines oxydations ont lieu par passage de vapeurs sur un composé solide chauffé. et parfois un catalyseur. le milieu peut être neutre. Peu de réactions en chimie organique ont lieu en phase gazeuse. 6. Et3N. Toutefois. Elles sont reliées par un tube d’acier à une bouteille d’hydrogène munie d’un manomètre. dans certains cas. lorsqu’elles sont liquides comme celles indiquées. la pression peut être de un à quelques bars. Dans ces réactions. Le retrait d’un composé intervenant dans l’équilibre par une technique classique. C5H5N et la triéthylamine. ou l’acide para-toluènesulfonique. son orientation dépend de la loi d’action de masse (voir cours de chimie générale). Les réactions irréversibles sont caractérisées par une flèche unique dirigée de gauche à droite. la pyridine. oblige à effectuer la réaction en milieu hétérogène (plusieurs phases. . ils sont déposés sous forme de couche monomoléculaire sur des supports solides inertes (ex : carbonate d’argent. lesquelles contiennent le composé à hydrogéner en solution dans un solvant. parmi de nombreuses autres. la distillation continue. basique ou acide. un solide et un liquide). Certaines réactions comme l’hydrogénation nécessitent l’emploi de « bombes » en acier inoxydable. Les produits formés dans ce type de réaction ne peuvent plus réagir l’un sur l’autre dans les conditions normales de cette réaction. la réaction peut avoir lieu de gauche à droite ou de droite à gauche . la réaction ne peut avoir lieu qu’à la surface du solide. Parfois. sans solvant. Il est rendu basique par l’addition de bases minérales ou organiques. Le cas le plus classique est l’estérification des acides en milieu acide. c’est-à-dire des proportions de chacun des réactifs au début de la réaction et des conditions opératoires (température. Ce type de réaction est caractérisé par une double flèche inversée. Le milieu est rendu acide par addition d’acides minéraux dans un solvant dans lequel ils sont miscibles (eau. les réactants étant en solution dans un solvant.

Lorsqu’un rayonnement UV (utraviolet) est nécessaire. présentent . DMF. (§ 8. L’utilisation des microondes peut être utile dans certains cas. les réactions nécessitent l’absence de contact avec l’oxygène de l’air afin d’éviter des réactions d’oxydations inopinées d’un réactant ou d’un composé final. par conséquent. le solvant polaire est aprotique. Les solvants polaires protiques sont nécessaires pour effectuer des réactions qui nécessitent l’ionisation d’une liaison C-Y très polarisée où Y exerce un effet électroattracteur -I (voir mécanisme SN1 et E1).l)-s-butanol (Eb : 99°C) CH3COOH acide acétique (Eb : 118°C) Comme les solvants polaires protiques. 6. et.3 et 11.1. dans la mesure où les composés organiques.l)-isopropanol (Eb : 82°C) CH3 H O CH2-(CH2)2-CH3 n-butanol (Eb : 118°C) CH3 H O C CH3 CH3 t-butanol (Eb : 83°C) H O CH CH2-CH3 (d. une agitation réalisée par un appareil est nécessaire. Afin d’augmenter le contact entre réactants et de rendre homogène le milieu réactionnel.180 Chimie organique Souvent. et le diméthylsulfoxyde. Dans ce cas.8) avec Y ce qui facilite l’ionisation. la vitesse des réactions. Elles sont alors réalisées sous atmosphère inerte. H O H H O CH3 méthanol (Eb : 65°C) H O CH2-CH3 éthanol (Eb : 78°C) eau (Eb : 100°C) H O CH2-CH2-CH3 n-propanol (Eb : 97°C) CH3 CH HO CH2-CH3 (d. Le solvant forme des liaisons hydrogènes (§ 5. les solvants polaires aprotiques sont d’excellents solvants.3). le solvant est dit protique. pour leur majorité. DMSO. voire de libérer un proton dans certaines réactions. les solvants peu polaires ou semi-polaires et les solvants non polaires ou apolaires. on distingue les solvants polaires protiques et aprotiques. le diméthylformamide. Dans le cas contraire. en particulier.3 Les solvants Parmi les solvants employés couramment en chimie organique. Les plus classiques sont indiqués ci-après. la réaction est effectuée dans un appareil en quartz (silice pure) car le verre de laboratoire absorbe en partie ce rayonnement. Les solvants polaires ont une structure moléculaire qui présente un moment dipolaire élevé ce qui facilite la solubilisation des molécules polaires (molécules présentant un dipôle) par associations intermoléculaires entre dipôles. est mis en œuvre. Si leur fonction est susceptible de former des liaisons hydrogènes. un barbotage d’azote ou d’argon. car elle augmente la fréquence des chocs intermoléculaires et.

Certains sont basiques comme la pyridine et la triéthylamine. Comme indiqué dans le paragraphe précédent.6. ils peuvent intervenir dans les réactions comme catalyseurs en prenant part au mécanisme réactionnel. ou des complexes avec les organomagnésiens.4-dioxane (Eb : 101°C) acétate d'éthyle (Eb : 77°C) HCCl3 chloroforme (Eb : 61°C) CH2Cl2 dichlorométhane ou chlorure de méthylène (Eb : 39°C) CH3 H3C toluène (Eb : 110°C) CH3 p-xylène ( Eb : 138°C) Les solvants non polaires ou apolaires correspondent à des molécules qui ne présentent pas de moment dipolaire permanent en raison de leurs structures symétriques . O C2H5-O-C2H5 diéthyl éther (Eb : 35°C) CH3COOC2H5 O tétrahydrofurane ou THF (Eb : 66°C) O 1. Ils sont présentés ci-après. Certains ont un rôle de base de Lewis en raison de la présence d’hétéroéléments comme l’oxygène. par exemple : RMgX. Ils sont tous aprotiques. Entités réactives 181 un moment dipolaire. comme le diéthyl éther ou le tétrahydrofurane ou THF : ils s’associent avec les acides de Lewis pour former des sels au sens de Lewis comme avec le trifluorure de bore BF3. qui leur confère des propriétés de bases de Lewis. CH3 N CH3 CH3 triéthylamine (Eb : 89°C) pyridine (Eb : 115°C) diméthylformamide ou DMF (Eb : 153°C) diméthylsulfoxyde ou DMSO (Eb : 189°C) H3 C N H3C N CH O H3 C H3C S O H3C H3C H 3C CH3 N P O N H3C C N H3 C O C CH3 H3 C N O O H3C CH 3 acétonitrile (Eb : 81°C) acétone ou propanone (Eb : 56°C) nitrométhane (Eb : 102°C) hexaméthylphosphotriamide ou HMPT (Eb : 232°C / 740 mm Hg) Cl chlorobenzène (Eb : 130°C) NO2 nitrobenzène (Eb : 210°C) Les solvants semi-polaires sont des composés qui ont un moment dipolaire peu élevé. 2 Et2O.

palladium). L’action d’un catalyseur est réversible. carbures saturés: n-pentane : C5H12 (Eb : 36°C). hexane ou heptane. Le catalyseur est entièrement présent en quantité et en qualité en fin de réaction. le palladium qui catalyse certaines hydrogénations peut servir aussi pour des déshydrogénations. ce qui diminue l’énergie d’activation qui aurait été nécessaire pour effectuer cette réaction en son absence. pour des raisons expérimentales. être ajoutés au milieu réactionnel en quantités stœchiométriques afin qu’un réactif soit entièrement transformé en une entité réactive avant l’addition du second réactif.…). pentane. et augmente sensiblement la vitesse. ou un moment dipolaire très faible comme les alcanes. C’est le cas des enzymes qui facilitent par leurs structures les interactions entre divers composés biologiques ou non. ou minéraux (acides de Lewis comme AlCl3. Le catalyseur n’influe pas sur le résultat chimique de la réaction. réutilisés pour une nouvelle réaction. les catalyseurs organiques comme les alcoolates peuvent. Elles solubilisent plutôt des molécules non polaires. ou les métaux finement divisés. 6. nickel ou palladium). ils peuvent être récupérés par filtration. n-heptane (Eb : 98°C). Très souvent.182 Chimie organique comme le benzène ou le tétrachlorure de carbone. Les quantités de catalyseur ajoutées à une réaction sont théoriquement très inférieures à la stœchiométrie de la réaction. basiques (hydroxydes alcalins. Il est possible aussi que le solvant serve de catalyseur comme la pyridine ou l’acide acétique. moins toxiques. ou physiquement. Les catalyseurs peuvent être biologiques. ZnCl2. Par exemple. n-hexane. C6H14 ( Eb : 69°C). Par contre. souvent remplacé par le toluène) Le benzène n’est plus utilisé dans les laboratoires en raison de sa haute toxicité. éthers de pétrole: mélanges en quantités varées d'alcanes indiqués ci-dessus CCl4 cyclohexane(Eb : 81°C) tétrachlorure de carbone (Eb: 76°C) benzène (Eb : 79°C) (composé très toxique. C’est souvent exact pour les catalyseurs acides (ex : acides minéraux ou organiques). après lavage. le catalyseur est perdu (ex : acides.3) Un catalyseur est une substance minérale ou organique qui participe à une réaction en favorisant chimiquement la formation d’intermédiaires réactionnels (ex : additions d’acides ou de bases). et. . Le catalyseur n’influe pas sur la composition du mélange de produits à l’équilibre. dans certains cas. Il est remplacé par ses dérivés méthylés comme le toluène ou le xylène. alcoolates alcalins.4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7. en permettant de meilleurs contacts entre réactants (nickel dans le processus d’hydrogénation des alcènes). bases de Lewis comme la pyridine ou la triéthylamine). (ex : nickel de Raney. tant sur la nature des produits formés que sur les rendements. Dans le cas de catalyseurs solides insolubles dans le solvant et parfois très coûteux.

du soufre des thiols ou thioéthers. …) dans les éthers. mais aussi des doubles et triples liaisons.1) contiennent dans leurs structures moléculaires. soit un ou plusieurs sites à forte densité électronique tels que les hétéroatomes (O.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction On utilise le terme « caractère nucléophile » pour une fonction. ou par un atome de carbone (carbanion R3C-). ion amidure NH2-.6. S. Caractère nucléophile décroissant R3 P > I phosphine > CN > R3N > R-O > Br > O > Cl ion phénate > RCO2 >F > CH3-O-H > H2O méthanol amines ion cyanure ion alcoolate ion carboxylate Autres exemples : R-S ion thiolate C carbanion base de Lewis acide conjugué de la base de Lewi s Et O Et R1 R2 N R3 H H Et O Et R1 R2 N R3 H H base de Lewis acide de Lewis sel "au sens de Lewis " Et O Et + BF3 Et O BF3 Et Figure 6. ion cyanure CN-. RNH2.1 6. phosphines. R-O-R’. qui portent des doublets d’électrons libres (ou non liants) et qui sont alors appelés bases de Lewis dans la mesure où elles sont capables de retenir un proton pour former un acide conjugué dans un équilibre acido-basique ou de former un « sel »au sens de Lewis avec un acide de Lewis. lorsque ses réactions font intervenir des doublets d’électrons non liants de ses hétéroéléments ou les électrons . ion alcoolate R-O-.5 Les réactifs nucléophiles Un réactif est dit nucléophile s’il est capable d’apporter un doublet d’électrons pour créer une liaison covalente. R-S-R’. N. Entités réactives 183 6. soit une charge négative (anion) portée par un hétéroatome (ex : ion hydroxyde HO-. thioéthers. RNHR’ ou R-N(R’)-R . de l’oxygène des fonctions alcools ou éthers. soit avec un atome déficitaire en électrons comme le proton H+. de l’azote des amines. soit avec un atome d’un centre dit électrophile d’une molécule. Les réactifs nucléophiles (rassemblés pour les plus classiques dans la figure 6. R3P.6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles Chaque site à forte densité électronique dans une molécule est considéré comme centre ou site nucléophile. ion azoture N3. amines.). 6. ion thiolate R-S-. Il s’agit. Il peut s’agir aussi d’un atome chargé négativement comme un carbanion. en particulier.

un fort caractère basique. Par contre. un fort caractère nucléophile car de nombreuses réactions débutent par une attaque d’un site électrophile par le doublet libre de l’azote. l’oxygène des alcools leur confère à la fois un caractère nucléophile. et malgré la présence d’une double liaison. Par exemple. R"' R"' R N R" R' H R R N R' caractère nucléophile de l'amine R" H N R' caractère basique de l'amine R" H C O H C O caractère basique de la fonction cétonique Schéma 6.1 Les amines ont à la fois. des sels comme les chlorhydrates ou sulfates qui sont des composés stables (schéma 6. par leurs réactions avec des entités portant des charges positives comme les carbocations dans la formation des éthers-oxydes. puisqu’elles forment avec les acides.1).2). hors des équilibres acido-basiques dans lesquels intervient un proton.184 Chimie organique π de ses doubles liaisons.2 L’oxygène d’une fonction carbonylée a un caractère basique dans la mesure où il peut retenir un proton. R-O-R’. et aussi. son . et un caractère basique dans leurs équilibres acido-basiques en présence d’un acide fort (schéma 6. R R R O H H R R O H caractère nucléophile de l'alcool H O H caractère basique de l'alcool (équilibre acido-basique) Schéma 6.

R-N=N+…). ou bien un site à faible densité électronique comme l’aluminium dans AlCl3. R3C+). CH3COOH. Dans certains cas. 6. parmi d’autres. H2SO4. les réactifs électrophiles sont pauvres en électrons. n’attaquent pas cet oxygène. groupes électrophiles. mais aussi par des acides organiques comme l’acide acétique. Les groupes chargés positivement. Ils ont un déficit électronique. 6.3). sels dans lesquels l’ion métallique a une lacune électronique (une case quantique vide). Ils jouent un rôle important dans de nombreuses réactions comme catalyseurs (schéma 6. amide et leurs analogues soufrés) ou celui de la fonction nitrile. Hors le proton H+. les acides benzène sulfoniques (ex : acide para-toluène sulfonique p-CH3-C6H4-SO3H). ester. aldéhyde. On peut y ajouter BF3. les réactifs électrophiles contiennent une charge positive portée par un hétéroélément (ex : NO2+. R complexe Et O Et diéthyl éther trifluorure de bore Et BF3 Et diéthyléther trifluoroborate O BF3 Schéma 6. Ils acceptent un doublet d’électrons pour former une liaison covalente avec un atome à forte densité électronique. réactif électrophile est apporté par des acides minéraux forts HBr. un carbone (carbocation.9 Les centres ou sites électrophiles L’atome de carbone des fonctions carbonylées >C=O et thiocarbonylées >C=S (cétone. comme les carbocations. il ne se forme qu’une liaison de coordination (dans le cas d’électrophiles dérivés de métaux ou du bore). le zinc dans ZnCl2.8 Les réactifs électrophiles A l’inverse des réactifs nucléophiles.représente un centre électrophile en raison de son déficit électronique résul- . -C≡N et des imines >C=N. un centre nucléophile. HCl.3 Le proton H+. Br+.6. Entités réactives 185 caractère nucléophile est inexistant. case quantique vide AlCl3 trichlorure d'aluminium acides de Lewis BF3 trifluorure de bore ZnCl2 chlorure de zinc R chlorure d'alkyle Cl AlCl3 trichlorure d'aluminium Cl AlCl3. Ces composés métalliques et BF3 sont appelés acides de Lewis.

et l’autre. tosylate. il acquiert ainsi une charge négative. C-K ou C-Li sont le plus souvent. Cet atome de carbone est donc facilement attaqué par les réactifs nucléophiles.4).1) (schéma 6. Les solvants très polaires favorisent le caractère ionique de ces liaisons.5 Dans le second cas. triflate. comme les groupes partants (ou sortants) : groupes mésylate. Dans le premier cas. CH3SO3-.4 6. les liaisons C-Na. des liaisons ioniques avec un caractère covalent plus ou moins important en fonction du milieu (C-Na et C-K ont un fort caractère ionique. En fait.6). l’oxygène.186 Chimie organique tant de la présence d’un atome électronégatif. l’atome le plus électronégatif emporte avec lui le doublet de liaison. rupture hétérolytique d’une liaison ou hétérolyse (schéma 6. donc homolyse de la liaison.5). et les halogènes X. Elles sont accompagnées de contre-ions Y+ (souvent des cations métalliques) ou X. lorsque la rupture est homolytique.(sauf le fluor). CF3SO3-. qui ont aussi une aptitude nucléofuge élevée (voir substitution nucléophile SN2 § 8. une charge positive. rupture homolytique de la liaison C-Y: C Y C + 2 radicaux libres Y Schéma 6. le soufre ou l’azote. dès leurs formations. peut s’effectuer de manière homolytique ou hétérolytique. +δ −δ +δ −δ C O C Cl Nu ou Nu Nu ou Nu Schéma 6. Les entités carbonées chargées ainsi formées sont respectivement un carbanion ou un carbocation selon que l’atome de carbone est chargé négativement ou positivement. dans la fonction. chaque atome participant à la liaison reprend l’électron qu’il avait mis en commun en formant la liaison de covalence : il en résulte deux entités réactives non chargées appelées radicaux libres (schéma 6. Il en est de même des carbones liés à un groupe à fort effet inducteur électroattracteur –I.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison La rupture d’une liaison covalente entre un carbone et tout autre élément y compris un autre atome de carbone. par contre. C-Li a souvent un fort caractère covalent). p-CH3-C6H4-SO3-.(des anions). .

Elles forment entre elles des angles de 120 .7 .6. un électron est manquant (schéma 6.11. Cette structure s’apparente à celle du carbone hybridé « sp2 » mais avec une différence importante.11 Les carbocations ou ions carbonium Ce sont des groupes organiques dont l’un des atomes de carbone porte une charge positive : elle résulte de la perte d’un électron lors de l’hétérolyse d’une liaison avec un groupe partant (ou sortant) (schémas 6.6 6.7). Nu C* R3 R3 C R2 R3 attaque en dessous du plan du carbocation orbitale "p" vide attaque au-dessus du plan du carbocation R2 R1 Nu R2 C* R1 = R 2 = R 3 Nu R1 R1 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 6.7). Ruptures hétérolytiques des liaisons: C Y Y= métal C carbanion + Y C X C carbocation + X X= halogène ou groupe partant (par exemple O-SO2-C6H5) Schéma 6. l’orbitale « p » est vide.6 et 6.1 – Structure Les trois liaisons du carbone chargé positivement se situent dans un plan. Ce sont des réactifs électrophiles. Entités réactives 187 6.

7) avec des liaisons CαH. et à un mélange d’énantiomères en quantités égales (un racémique) s’il n’existe pas d’autres centres d’asymétrie dans la molécule.188 Chimie organique Le carbone chargé dans cette structure plane peut donc être attaqué de part et d’autre de ce plan. 6.6. si les trois substituants de ce carbone sont différents. eux-mêmes plus stables que les carbocations primaires. ce qui conduit. mais ces derniers sont toutefois plus stables que le carbocation méthyle. Les réactions dont un intermédiaire est un carbocation sont racémisantes pour le carbone concerné. en particulier. R2. deux diastéréoisomères sont obtenus. Les groupes à effet inducteur donneur +I. R1 R2 R3 carbocation tertiaire R1 C > R2 H carbocation secondaire R1 C > H H carbocation primaire H C > H H carbocation méthyle C R1. et aussi aux possibilités d’hyperconjugaison (§ 5.1. Les carbocations aliphatiques tertiaires (dont le C+ est lié à trois groupes alkyles) sont donc plus stables que les carbocations secondaires.11. Dans le cas contraire. R3 représentent des groupes alkyles H 3C H3C C H3C carbocation tertiobutyle H3C > H3 C H carbocation isopropyle H3 C C > H H carbocation éthyle H C > H H carbocation méthyle orbitale "p" vide C orbitale hybridée sp3 du carbone α H C C hyperconjugaison Figure 6. comme les groupes alkyles stabilisent la charge positive du carbone. à deux carbones asymétriques de configurations inversées.2 – Stabilité La stabilité des carbocations est fonction des effets inducteurs. et/ou mésomères des groupes liés au carbone chargé. C’est le cas.2 .3). des réactions de substitutions nucléophiles monomoléculaires SN1 (§ 8.

Plus le carbocation aura de possibilités d’hyperconjugaisons. avec n = 0) carbocation tropylium aromatique (4n + 2 = 6. La possibilité d’une résonance entre le carbocation et une double liaison ou un groupe mésomère électrodonneur +M le stabilise. mercaptométhyle. Entités réactives 189 La possibilité d’hyperconjugaison avec une liaison CαH (recouvrement de l’orbitale « p » vide du carbone chargé et d’une orbitale hybridée « sp3 » de CαH) est un facteur de stabilisation (figure 6.9 .6.8 Certains carbocations cycliques sont stabilisés par aromatisation. H2C CH CH2 H2C CH CH2 carbocation allylique H3C H2 C O H H2C O H H 3C carbocation hydroxyméthyle H3 C N CH2 H3C carbocation diméthylaminométhyle N CH2 CH2 carbocation benzylique CH2 Schéma 6.9). hydroxyméthyle. carbocation cyclopropènyle aromatique (4n + 2 = 2. plus sa stabilité sera renforcée.8). aminométhyle et leurs dérivés substitués. C’est le cas pour les carbocations allylique.2). C’est le cas des carbocations cyclopropènyle et tropylium (et de leurs dérivés alkylés) (schéma 6. La charge du carbocation benzylique est aussi délocalisée sur le cycle benzènique (schéma 6. C’est le cas pour le radical tertiobutyle avec 9 CαH. avec n = 1) Schéma 6.

1. 6. la liaison qui unit le groupe carboné au groupe partant est ionisée en un carbocation et un anion (ou contre-ion).10). pour autant qu’il se forme. mais pas primaire (énergie de formation trop élevée). qui est une réaction lente.11.3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant Un groupe sortant (ou partant) est un groupe qui exerce un fort pouvoir attracteur sur le carbone auquel il est lié. dans la mesure où le groupe R est tertiaire. Un carbocation instable ou peu stable a une réactivité plus élevée par rapport aux réactifs nucléophiles que les carbocations stables. 6.3 – Formations La formation d’un carbocation peut résulter de plusieurs types de réactions indiquées ci-après.3).10 . R-O-SO2-C6H4-(p)CH3. un groupe à effet électroattracteur – M (groupe -COOR. ou bien il perd facilement un proton pour devenir un alcène (voir réactions des carbocations § 6. Sous l’effet ionisant d’un solvant polaire protique. favorisée par la formation de liaisons hydrogènes avec le solvant. Le carbocation est alors stabilisé par solvatation : le solvant l’entoure comme une gangue protectrice ou bien forme une paire d’ions avec le contre-ion (schéma 6. H R1 R2 R3 C Y H solvant polaire protique R1 R2 C + Y contre-ion solvant polaire protique R3 carbocation tertiaire paire d'ions H3C H3C H3C Ph Ph H C Cl C Br solvant polaire protique H3C H3C H3 C C + Br solvant polaire protique Ph Ph H C + Cl Schéma 6.190 Chimie organique Bien entendu. comme les halogènes (surtout Cl et Br) dans RX. correspond à la première partie du mécanisme de substitution monomoléculaire SN1(§ 8. le groupe tosyle dans les tosylates.11. ou – N. voire secondaire. Cette ionisation. R-O-SO2-CH3. le groupe mésyle dans les mésylates. On peut y ajouter aussi les triflates R-O-SO2CF3. par exemple) diminue la stabilité du carbocation.11. et il se transforme le plus souvent en un carbocation plus stable par un réarrangement intramoléculaire.4).

ou le pentafluorure d’antimoine. SbF5. . le proton peut a priori se lier à l’un ou l’autre des carbones qui forment la double liaison. stable. R-COCl R + AlCl3 RCO. se formera préférentiellement au carbocation isobutyle primaire. les thiocétones et thioaldéhydes. S’il est très stable. dans l’anhydride sulfureux (SO2) liquide. L’action de AlCl3 sur un chlorure d’acide dans un solvant non polaire comme le benzène. celui qui se forme préférentiellement est celui qui est le plus stable. (CH3)2CH-CH2+ instable. le trichlorure d’aluminium.1d) (schéma 6. SbF6 Schéma 6.3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures L’ionisation d’une liaison C-X peut résulter de l’action d’un acide de Lewis comme le trifluorure de bore.11.13).11. un carbocation alkyle secondaire.11. AlCl4 SO2 liquide F + SbF5 R .11). S’ils n’ont pas de stabilités équivalentes. BF3. ce qui conduit à deux carbocations isomères. Entités réactives 6.6. H 3C H3C H3 C Schéma 6. il réagit immédiatement avec le nucléophile présent dans le milieu réactionnel.3d – Protonation de liaisons insaturées Les liaisons insaturées des alcènes.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures 191 Certains sels d’argent sont susceptibles de réagir avec un bromure d’alkyle pour former un carbocation (schéma 6.4. par exemple. l’hétéroélément possèdant au moins un doublet d’électrons libres dans les cétones et aldéhydes.11 H3C C Br + Ag H3C H 3C C + AgBr 6. le carbocation tertiobutyle (CH3)3C+ tertiaire. Si sa stabilité est peu élevée.12). AlCl3. les acides organiques. les nitriles ou les imines sont des sites nucléophiles qui sont facilement attaqués par les acides forts. Lorsque HBr est ajouté au 2-méthylpropène. La protonation conduit à un carbocation Dans le cas des alcènes dissymétriques (schéma 6.4) peuvent avoir lieu avant la réaction avec le nucléophile. fournit un cation acylium ce qui correspond à la première partie de la réaction d’acylation des composés aromatiques appelée réaction de Friedel et Crafts (§ 8. des réarrangements (§ 6.11.12 6.

formation favorisée a C b C CH3 CH3 CH3 b ou attaque de H par le dessous du plan (résultats identiques dans ce cas) H C H C H CH3 CH3 CH2 C H CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable CH3 H3 C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable H3 C H C Br CH2 C CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable H + Br BrCH2 C CH3 CH3 + Br H3C H 3C bromure de tertiobutyle. C’est donc le bromure le plus substitué qui sera obtenu.13 Si HBr est en quantité stœchiométrique par rapport à l’alcène. R C H aldéhyde R1 O R2 cétone R C O H thioaldéhyde R1 C S R2 thiocétone C S H C O + H C O C O H Schéma 6.du milieu et le bromure de tertiobutyle sera le résultat de cette réaction d’addition de HBr sur le 2-méthylpropène. la réaction s’oriente vers une polymérisation (§ 9.1).1) (c’est le résultat inverse de l’addition de HBr en présence d’un initiateur de réactions radicalaires comme un peroxyde.1.3.1). les composés carbonylés ou thiocarbonylés additionnent un proton pour conduire à des carbocations mésomères. effet Kharasch. Comme les alcènes. stabilisés par la résonance due à la conjugaison du carbone chargé positivement ayant une orbitale vacante. Lorsque HBr est ajouté en très faible quantité (catalytique). halogènure le plus substitué.1. avec une orbitale « p » de l’oxygène ou du soufre possèdant un doublet libre non liant (schéma 6. mécanisme appelée « anti-Markownikov » (§ 9.14 . prépondérant bromure d'isobutyle halogénure le moins substitué Schéma 6. le carbocation tertiobutyle réagira immédiatement avec le nucléophile Br.14).192 Chimie organique a H H H + H C C H H CH3 CH3 H3C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable. C’est l’addition de HBr selon la réaction de Markownikov (§ 9.

sont protonées par les acides forts en fournissant un sel d’iminium mésomère qui résonne avec un carbocation (schéma 6.16). Le carbocation qui résulte de cette protonation est stabilisé par résonance (schéma 6. en présence d’halogénure d’hydrogène. O R C OH acide OH R C O S R C SH R C S R C S R OH thioacide SH C O SH dithioacide O R C H O H R C O O H R H Schéma 6. thioacides et dithioacides sont protonés par les acides forts minéraux (HX. .16 Les nitriles. un réactif nucléophile. Si celui-ci est un alcool primaire. R1 C O R2 H2N R 3 R1 R2 C N Z si R1 > R2 : R1 R3 et R2 C E N R3 + H 2O mélange d'imines Z et E C N H C N H ion iminium C N H Schéma 6.15 O C O H R H C O O H H Les imines. qui réagissent immédiatement avec le milieu.15). H2SO4…) ou organiques (comme l’acide para-toluène sulfonique).6. préparées le plus souvent par la réaction de condensation d’un aldéhyde ou d’une cétone avec une amine primaire. cette réaction fournit un sel d’iminoéther (schéma 6.17). sont d’abord protonés pour former des carbocations. Entités réactives 193 Les acides organiques.

19 . sont protonés sur l’oxygène.18 6. H3 C CH3 X C CH3 H3 C H3C H3C halogènure de tertiobutyle H3 C H3 C H3C C O H + H H3C H3 C H3 C C O H -H O 2 H C X alcool tertiobutylique Schéma 6.4.18). H + NO2 H (HNO3-H2SO4) NO2 . l’anthracène… conduit d’abord à la formation d’un carbocation dont la charge est délocalisée. si HX est utilisé) (schéma 6.H NO2 nitrobenzène Schéma 6.3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique La réaction d’un réactif électrophile sur un composé aromatique comme le benzène.194 Chimie organique R C nitrile N H R C N H R R-O-H C N H H N H R C O R' H R C N H O R' sel d'iminoéther Schéma 6. le naphtalène. mais jamais les alcools primaires. L’ensemble des deux réactions constitue la substitution électrophile aromatique indiquée SEAr (§ 8.11. et dans une moindre mesure.17 6. L’élimination d’une molécule d’eau fournit un carbocation lequel peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu (par exemple X.11. Une déprotonation fournit le produit final. les alcools secondaires.19)..1) (schéma 6. les hémiacétals et acétals Les alcools tertiaires.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires.

21).20). par exemple l’eau. et une molécule d’azote (processus irréversible).6. L’acide nitreux est libéré in situ par addition d’une solution de nitrite de sodium à une solution d’acide chlorhydrique diluée contenant l’amine. un alcool. .R'OH OH R2 R1 C O -H H R1 R2 C O hémiacétal R2 = H hémicétal R2 = groupe carboné aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné H R1 2) R2 O R' C O R' + H R2 R1 C O R' . les sels se décomposent alors en donnant un carbocation.3g – Décomposition des sels de diazonium Les sels de diazonium sont préparés par action de l’acide nitreux. schéma 6. Leurs déprotonations fournissent respectivement des aldéhydes et des cétones.11.R'OH O R' R2 R1 C O H O H R1 R' R2 C H O O H R' acétal R2 = H cétal R2 = groupe carboné R1 R2 C O -H R1 C R2 O H R1 C R2 O H O R' H aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné Schéma 6. Il peut aussi se former un peu d’un halogénure d’alkyle par réaction du carbocation avec l’anion chlorure du milieu (schéma 6. sur les amines primaires (1). H R1 O R' 1) C + R2 OH R1 H R2 C O R' . L’action d’une solution diluée d’un acide fort transforme un acétal ou un cétal en aldéhyde ou cétonevia deux carbocations (2). 6. HNO 2. son contre-ion Cl-. Le carbocation ainsi produit réagit immédiatement sur le nucléophile du milieu le plus abondant. Les sels d’alkyldiazonium sont peu stables à température ordinaire (25 °C) car –N2+ est un puissant groupe partant.20 Des réactions équivalentes sont observées avec les analogues soufrés (oxygène remplacé par le soufre). Entités réactives 195 Les hémiacétals d’aldéhydes et de cétones protonés éliminent une molécule d’alcool pour former des carbocations (réaction 1. pour former dans ce cas. à une température inférieure à 5 °C.

11. SbF6 SO2 ou SO2ClF FSO3H-SbF5 SO2 ou SO2ClF CH3 H3C C CH3 . Par contre. Ce sont des réactions complexes encore à l’étude et qui aboutissent toujours à des carbocations très stables. SbF5.3h – Utilisation des superacides Les cations alkyles ne sont pas stables dans les solutions d’acides forts comme l’acide sulfurique.196 Chimie organique 1) R-NH2 NO2Na + HCl H2O R N N R N N . R-F + SbF6 CH3 H3 C C H CH3 ou CH3-CH2-CH2-CH3 Schéma 6. FSO3 + H2 F-SO3H. 6. Des carbocations sont aussi produits dans ces conditions à partir d’alcanes. au n-butane. ce qui constitue un superacide.22 . mais aussi au fluorure de méthyle (schéma 6. R . il est possible de les conserver dans un mélange d’acide fluorosulfurique et de pentafluorure d’antimoine dissous dans SO2 ou SO2ClF.22). Le carbocation t-butyle résulte à la fois de ces réactions appliquées à l’isobutane. Ce mélange acide particulièrement puissant permet d’ioniser la liaison C-F présente dans les fluorures d’alkyles mais aussi de former des carbocations stables à des températures inférieures à –60°C à partir d’alcools et d’alcènes.21 Les sels d’aryldiazonium (2) sont plus stables car le cation diazonium est mésomère en raison de la présence du groupe aryle. Cl amine aliphatique primaire R = alkyl R N N H . Cl R + H N N + Cl R + O H R O H -H R O H composé prépondérant R + Cl RCl 2) R' N N R' N N cation aryldiazonium Schéma 6.

Certains réarrangements portant sur des carbocations cycliques conduisent à des expansions ou des contractions de cycles. et ceux ainsi stabilisés par transposition. avec création d’alcène(s). Il reste retenu à sa molécule.4 – Réactions des carbocations 6.4a – Réarrangements par transpositions. Durant le réarrangement. de WagnerMeerwein.6. Dans certains cas. donc prépondérants (appelés alcène(s) ou oléfine(s) de Saytzev). Les carbocations de départ. Entités réactives 197 6. le plus stable.11. et qui pourra être exceptionnellement primaire. . Certains réarrangements sont classiques comme ceux de Demjanov. la transposition permettra le passage d’un carbocation peu stable à un carbocation mésomère stabilisé par résonance.23 carbocation isopropyle carbocation secondaire Seule la transposition d’un hydrogène de CαH2 est possible (schéma 6.6. Les alcènes mésomères sont les plus stables. ou pinacolique présentés parmi les exemples ci-après. Un carbocation primaire se réarrangera en carbocation secondaire ou tertiaire. Ce n’est donc pas un processus intermoléculaire mais intramoléculaire. Exemple 1 : réarrangement du carbocation n-propyle primaire en carbocation isopropyle secondaire transposition d'un atome d'hydrogène augmentation de la stabilité H H3 C C C α H H H H H3C C H C H H carbocation n-propyle carbocation primaire Schéma 6.11. ce sont les alcènes qui possèdent le maximum de liaisons CαH qui sont les plus stabilisés. (indiqué CαH). l’hydrogène ou le groupe migrant n’est jamais à l’état libre dans le milieu. celui qui est le plus stable est prépondérant. La transposition du groupe CH3 conduirait à un nouveau carbocation n-propyle. Ces réarrangements ne peuvent produire que des carbocations plus stables que ceux de départ et en aucun cas l’inverse. et éliminations d’un proton porté par un carbone en du carbone chargé (C H) Les réarrangements de carbocations correspondent à des déplacements (transpositions) de groupes carbonés ou d’atomes d’hydrogènes situés en positions α. Parmi ceux qui sont stabilisés par hyperconjugaison.6) sont les deux effets principaux qui stabilisent une double liaison.6) et l’hyperconjugaison (§ 5.23). La mésomérie (§ 5. Si plusieurs alcènes sont possibles. de l’atome de carbone chargé positivement. pourront réagir avec un nucléophile du milieu ou perdre un proton s’il existe des atomes d’hydrogènes sur le ou les CαH.

12 liaisons CαH sont hyperconjuguées avec les électrons π de la double liaison.24 CH3 H H -H H CH3 C C H C H α α H C H H 6 CαH : alcène le moins stable Le carbocation secondaire 1 effectue une transposition d’un groupe méthyle pour devenir un carbocation tertiaire 2.3-diméthyl-but-2-yle suivie de l’élimination d’un proton d’un C H H3C H3C C C α H H 3C 1 carbocation secondaire CH3 transposition d'un groupe méthyle augmentation de la stabilité H3 C C H3C 2 CH3 C H CH3 carbocation tertiaire H 3C H H α C CH3 C H 2 α CH3 -H H H α H C H H C Cα H H αC C αC H H H H H Cα H 12 CαH : alcène très stable (alcène de Saytzev) prépondérant dans le mélange α H 3C H α C H H H Cα H C H 3C α C H CH3 C α H 2 CH3 C α H 2 Schéma 6. Celui-ci peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu ou éliminer un proton d’un CαH. Le plus substitué par des groupes CH3. contre 6 liaisons CαH pour le moins substitué (schéma 6. CH2 ou CH. (alcène de Saytzev) est prépondérant. . Deux alcènes sont possibles.198 Chimie organique Exemple 2 : réarrangement du cation 3.24).

25). Dans le premier cas. le carbocation résultant est tertiaire (1). sera en proportion plus importante dans le mélange.25 Le carbocation 2-phényl-propyle peut donner lieu à deux transpositions (schéma 6. Entités réactives Exemple 3 : réarrangement du carbocation 2-phényl-propyle 199 CH3 1) C H CH2 transposition d'un atome d'hydrogène CH3 C CH2 H carbocation mésomère H3 C -H C C H H carbocation 2-phényl-propyle α-méthylstyrène CH3 2) C H CH2 -H H C CH3 3) C H C H H transposition du groupe méthyle CH3 C H CH3 C H C H H -H isomère E H C et C H CH3 carbocation mésomère isomère Z β-méthylstyrènes Schéma 6. . plus stable que l’isomère Z. dans le second cas.6. les deux déprotonations fournissent chacune des quantités équivalentes d’α. Ces deux nouveaux carbocations éliminent un proton pour former des alcènes mésomères donc stables.et de β-méthylstyrènes . Il faut remarquer que l’α-méthylstyrène peut résulter de l’élimination directe d’un proton du carbocation 2-phényl-propyle (2). Bien que la transposition d’un groupe carboné nécessite plus d’énergie que celle d’un atome d’hydrogène. l’isomère E. un hydrogène ou un groupe méthyle. c’est un carbocation secondaire (3). dans la mesure où les isomères Z et E du β-styrène se forment. toutefois.

200 Chimie organique Exemple 4 : formation d’alcènes à partir du carbocation 2. L’alcène 1 est l’alcène de Saytzev. 2 et 3.3-diméthylpentan-3-yle H H H3C H 3C C α C H -H C H α H CH3 αC H H H H H C H H C C C H 1 C C H H H H CH3 2.3-diméthyl-pentan-3-yle peut donner lieu à 3 types d’élimination de proton avec la création de trois alcènes isomères 1.26 Le carbocation tertiaire 2. l’alcène 2.3-diméthyl-pentan-3-yle H H H3C H 3C H H3C H3 C C C H C H C H C C C C H H H CH3 -H H H C H H C C C 2 H C H H3C CH3 H 3. et l’alcène 3. seulement 3.4-diméthyl-pent-2-ène H H3C H H H -H H3C C H H C 3 C H H C H3 C H H3C opropyl-but-1-ène 2-is Schéma 6. 7 liaisons CαH. On voit que l’alcène 1 présente 11 liaisons CαH. On peut en déduire que la prépondérance de ces alcènes sera dans l’ordre 1 > 2 > 3 (schéma 6. .26).3-diméthyl-pent-2-ène (alcène de Saytzev) prépondérant carbocation tertiaire 2.

La première correspond à la migration d’un groupe méthyle lié au Cα diméthylé : le carbocation tertiaire 2 qui en résulte élimine un proton du CαH ce qui crée une double liaison dans le cycle et la formation du 1.27 Lorsque le 2. Le second réarrangement fait intervenir la liaison du Cα diméthylé avec un CH2 cyclique qui constitue un des substituants de ce carbone au même titre que les groupes méthyles. Le carbocation 3 peut aussi éliminer un autre proton provenant d’un groupe méthyle.28).27). . Entités réactives Exemple 5 : réarrangements de Wagner-Meerwein (1914) 201 H O H H CH3 H H O H -H O 2 H CH3 1 CH3 H CH3 CH3 2 CH3 CH3 CH3 2.2-diméthylcyclohexène. L’élimination d’une molécule d’eau libère un carbocation cyclique secondaire peu stable 1.2-diméthylcyclohexanol -H H CH3 .2-diméthylcyclohexanol est en milieu acide.2-diméthyl-cyclohexène H H C H CH3 composé le moins stable très minoritaire Schéma 6. Cette liaison quitte ce carbone pour substituer le carbone chargé positivement ce qui correspond à une contraction du cycle qui passe ainsi de 6 à 5 carbones. l’alcool secondaire est protoné (schéma 6. ce qui entraîne deux transpositions possibles. il est très minoritaire.2-diméthylpropane ou bromure de néopentyle (schéma 6. Un autre exemple de réarrangement de Wagner-Meerwein concerne le 1-bromo2.6. Le carbocation tertiaire 3 ainsi obtenu élimine un proton pour former une double liaison extracyclique.H α CH α 3 H H C H 3 CH3 H -H CH3 CH3 H CH3 1 CH3 α 3 CH3 CH3 isopropylidène-cyclopentane 1. mais le composé ainsi formé est le plus instable des produits résultant de ces transpositions et éliminations. d’un cyclohexane à un cyclopentane. Le composé correspondant est l’isopropylidène-cyclopentane.

et par élimination d’un proton. en raison de l’encombrement stérique du à la présence du groupe t-butyle.2-diméthyl-propan-1-ol OH CH3 H3C C CH2 CH3 2-méthyl-butan-2-ol H2O -H 2-méthyl-but-2-ène CH3 H Schéma 6.28 L’hydrolyse de ce composé qui est une réaction lente.29 cyclopentanol H2O -H . Exemple 6 : réarrangements du carbocation cyclobutylméthyle (réarrangement de Demjanov ou Demyanov)(1903) CH2 NH2 NaNO2 + HCl cyclobutyl-méthylamine CH2 N N . un alcène.2-diméthylpropan-1-ol mais au 2-méthylbutan-2-ol qui est accompagné d’un alcène.N2 . En fait. fournit un alcool. le 2. Cl . le carbocation primaire qui provient de l’ionisation de la liaison C-Br subit une migration du groupe méthyle ce qui forme un carbocation tertiaire stable qui.Cl CH2 1 CH2 a H CH2 H CH2 b H -H (a) -H (b) H carbocation cyclobutylméthyle H CH3 méthylène-cyclobutane H 1 H 2 H 1-méthyl-cyclobutène H H CH2 H C -H H H C H cyclopentène CH2 1 C 3 H2 H C H2 OH CH2 C H2 Schéma 6. ne conduit pas à l’alcool attendu. en présence d’eau.2-diméthyl-propane H3C C H3C C H CH3 CH3 CH3 2. le 2-méthyl-but -2-ène.202 Chimie organique CH3 H 3C C CH2 Br H2O H3C CH3 C CH2 + Br H2O CH3 -H H3C C C H H3C CH3 C CH2 OH CH3 1-bromo-2.

le cyclopentanol. tétrahydrofurane. le cyclopentène. Toutefois ces carbocations peuvent résulter d’autres réactions et se réarrangent évidemment de la même façon. dans le premier cas. d’une part. CH CH2 Schéma 6.29) forme un sel de diazonium qui se décompose en formant le carbocation cyclobutylméthyle 1.4-tétrahydropyridine Z = O 3. En effet. l’angle dièdre est de 120° donc proche de 109°28’ du carbone hybridé « sp3 ».31). au 1-méthyl-cyclobutène. Ces deux composés étant nettement prépondérants par rapport aux autres produits de la réaction. Le carbocation 3 élimine ensuite un proton pour former un composé éthylènique.6. Un cas particulier d’une « contraction » de cycle concerne les carbocations cyclopropyles car ils sont souvent réarrangés en carbocations allyliques plus stables (schéma 6. . au méthylène-cyclobutane. alors que dans le second cas les liaisons sont contraintes avec un angle dièdre de 90°. qui aboutissent. a et b.3. Entités réactives 203 L’action de l’acide nitreux sur la N-(cyclobutyl)méthylamine (schéma 6. auxquels on peut ajouter des traces de cyclobutylméthanol résultat de la réaction du carbocation 1 avec l’eau. CH2NH2 Z HNO2 H2 O Z et Z OH Z = NH 1. Ce réarrangement est favorisé car les cycles à 5 chaînons sont moins tendus que les cycles à quatre chaînons ce qui les rend plus stables. ou réagit avec l’eau pour donner un alcool.31 CH CH2 Le réarrangement de Demyanov fait référence aux carbocations issus d’une réaction de diazotation d’une amine primaire.30).4-Dihydro-2H-pyrane Z = S 3. Ce réarrangement permet des expansions de cycles par un mécanisme semblable à partir d’amines dérivées d’hétérocycliques tels que pyrrolidine. plus stable que les carbocations 1 et 2. et tétrahydrothiophène (schéma 6. par deux voies différentes. instable. La migration d’un hydrogène de CαH cyclique le réarrange en un carbocation tertiaire plus stable 2. et d’autre part.4-Dihydro-2H-thiopyrane Schéma 6.30 Z = NH pyrrolidine Z = O tétrahydrofurane Z = S tétrahydrothiophène Des contractions de cycles ont aussi été observées mais elles sont plus rares et correspondent en fait à des réactions équilibrées comme dans le cas des carbocations cyclobutyle (secondaire) et cyclopropylméthyle (primaire) (schéma 6.2.32). Ce dernier peut éliminer un proton d’un carbone en position α. Un autre réarrangement du carbocation 1 peut s’effectuer par agrandissement (ou expansion) de cycle ce qui conduit au carbocation 3.

2-diols (glycols) comme le pinacol (schéma 6. encore plus stable. car à la fois tertiaire et mésomère par délocalisation de la charge qui fait intervenir un doublet d’électrons non liants de l’oxygène. et dans le cas du pinacol.H 2O pinacol pinacolone CH3 CH3 C O H C O H CH3 CH3 CH 3 .H2 O H3C H CH3 C CH3 CH3 C O C 1 CH3 Schéma 6. La pinacolone résulte de la déprotonation de l’oxygène. la migration d’un groupe méthyle du Cα conduit à un nouveau carbocation 2. En présence d’acide. la pinacolone. Toutefois. CH3 CH3 H3C C O H CH3 CH3 H3C H C O C O H CH3 H3C H C O C CH3 H3C H -H CH3 H3C C O C CH3 CH3 C O 2 CH3 H CH3 H H3C C O H CH3 CH3 H3C C O C CH3 CH3 H . après élimination d’une molécule d’eau un carbocation tertiaire 1 stable.204 R2 R3 C C R1 R4 C R5 R2 R3 C C R1 R4 C R5 Schéma 6.32 Chimie organique R2 R4 C R5 C R1 C R3 R2 C R3 C R1 C R4 R3 Exemple 7 : réarrangement pinacolique (pinacol pinacolone) Un autre exemple classique de réarrangement est celui qui affecte certains 1.33). le pinacol forme.33 . en milieu acide. et qui fournit des cétones.

4-diméthyl-cyclohexa-2. en solution dans l’éthanol fournissent les deux mêmes éthers en proportions sensiblement égales. Le 3-bromobutène et le 1-bromobut-2-ène. .HBr H3C C H C H CH2 OEt 1-éthoxy-but-2-ène Schéma 6. O H H CH3 O H O H O H -H H CH3 O H H H 3C CH3 H 3C H 3C H CH3 CH3 CH3 CH3 4. le cas particulier des carbocations allyliques.HBr Br CH H3C C H ou H3C C H C H CH2 Br H3C C H C H CH2 CH2 EtOH H3C C H C H CH2 + Br 3-bromobut-1-ène 1-bromobut-2-ène EtOH. OEt H3C C H C H CH2 3-éthoxy-but-1-ène EtOH. Entités réactives 205 Le même réarrangement s’effectue aussi lorsque les groupes méthyles sont remplacés par des groupes aryles.4-diméthyl-phénol Schéma 6.5-diènone 3.6.35 .35). Une réaction inverse appelée rétro-pinacolique a lieu sur des diènones cycliques. Elles sont transformées en dérivés phénoliques. L’ionisation des liaisons C-Br de chacun de ces bromures fournit un carbocation qui représente la forme limite de l’autre. .34). C’est le cas de la 4.4-diméthyl-phénol (schéma 6.34 Il faut ajouter à ces différents réarrangements.5-diènone qui est transformée en 3. La réaction avec l’éthanol conduit donc à deux éthers isomères et en quantités égales dans la mesure où les deux formes limites ont des poids sensiblement identiques (schéma 6.4-diméthyl-cyclohexa-2.

est réversible (1).HY R C O R=H alcool R = alkyl éther R=H ou alkyl solvant: N 4) C Y C sel d'ammonium quaternaire Schéma 6.. comme l’eau. ou la triéthylamine (4). CN-. le carbocation réagit avec tous les réactifs nucléophiles du milieu où il a été formé (2). De même. de nombreuses réactions sont possibles avec les réactifs nucléophiles (schéma 6. un nitrile ou autre. La formation des carbocations par ionisation d’une liaison entre un carbone et un groupe partant Y. Toutefois. Le carbocation peut réagir avec l’anion Y. Il peut aussi se réarranger. le contre-ion. la concentration élevé d’un ion A-. Y Et O H . Ainsi. Si chaque carbocation formé peut donner lieu à une élimination de protons de CαH avec formation d’alcènes. 1) C Y Solvant polaire protique C + Y contre-ion 2) C Y + A C A + Y nucléophile plus fort que Y ou en concentration plus élevée que Y R solvant: 3) C Y O H R C Y Et Et Et Et N Et . 6. les alcools (3). ces derniers peuvent eux aussi réagir avec les anions présents et le solvant. peuvent attaquer le carbocation en produisant respectivement un alcool.dans le milieu.4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles Les carbocations étant des entités électrophiles. certains . Enfin.37).36).3-diméthyl-butane (schéma 6.favorisera la réaction qui conduira à un alcool. D’une manière plus générale.36).).ainsi libéré pour recréer la liaison de départ. un éther ou un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6. ces réactions ne font pas intervenir de déplacements de groupes d’un carbone à un autre.36 Dans la mesure où les carbocations primaires et secondaires donnent lieu à des réarrangements avec création de nouveaux carbocations. supérieure à celle du contre-ion Y. lui-même. cyanure. la présence d’un anion (hydroxyde.11. très souvent nucléophile. le nombre de composés susceptibles d’être présents en fin de réaction peut être très important. meilleur nucléophile que le contre-ion Y. le solvant.. HO-.206 Chimie organique Bien que souvent classées comme des réarrangements. orientera la réaction du carbocation vers A-. Un exemple simple est donné pour le 2-bromo-3.

Entités réactives 207 contrôles sont possibles en agissant. Le nouveau carbocation qui en résulte est le plus stable de ceux qui peuvent être formés. un nombre restreint de carbocations est produit. la température élevée et un pH basique favorisent les éliminations avec formation d’alcènes). soit sur les concentrations des réactifs. il est donc constitué par la répétition n fois du motif « monomère » (voir aussi § 6.3-diméthyl-butane H3 C H3C C H3C OH C CH3 CH3 H H3 C CH3 2.38).3-diméthyl-butan-2-ol 2-bromo-2.3-diméthyl-butane H3C C H3C élimination réarrangement H2O. Le terme « oligomère » s’applique à des polymères formés à partir d’un nombre relativement faible de monomères.11.37 6. soit sur le pH (par exemple.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations Ces réactions s’apparentent à celle du proton sur les alcènes. ∆ H3C H 3C H3C C C CH3 + H Br -H H3 C C C H3C CH3 OH H H H3 C 2-bromo-3.12. Si une quantité catalytique d’acide est ajoutée à un alcène. R1 C R2 C H + H Schéma 6. H3C H3C C C CH3 Br H2O.H 3. soit sur la température.6. .3-diméthyl-but-2-ène 2. Cette réaction est à l’origine de la polymérisation des alcènes (schéma 6.38 R1 R R2 C CH2 R Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères (les alcènes dans ce cas).3-diméthyl-butan-2-ol Schéma 6. Ils réagissent alors avec les molécules d’alcène non protonées . réaction avec le solvant CH3 C C H CH3 CH3 C H -H CH3 C C CH3 Br réaction avec le solvant H3C H3 C Br H 3C H2O.5f).

ZnCl2…). La polymérisation est souvent initiée par l’addition de traces d’eau à un acide de Lewis (AlCl3. H3C•. car la réaction se poursuit avec la création de carbocations de plus en plus importants jusqu’à l’épuisement des molécules d’alcènes (schéma 6. H3 C H3 C H3C H3C H3 C C CH2 + H3 C C CH2 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH3 H3 C C H3 C H H3 C C CH3 isobutène monomère C CH3 H3 C H3C CH3 CH3 C CH2 C CH3 CH3 H3 C H3 C C CH2 H3C CH3 CH2 C CH3 -H H3C C H3C CH3 CH3 CH3 CH3 CH C CH2 CH3 polymère CH2 C H3 C C CH2 H3 C CH3 C CH3 CH2 H n-1 H n-1 Schéma 6. seuls (comme H•. Cl3C•. 6.12 Les radicaux Ce sont des atomes. . La réaction est très rapide. Les éliminations de protons à partir de carbocations intermédiaires sont envisageables ce qui conduit alors à de nouveaux composés éthylèniques.208 Chimie organique présentes.39). qui portent un électron célibataire. Les carbocations produits sont toujours les plus stables parmi ceux possibles. (CH3)3C•. ce qui conduit à de nouveaux carbocations issus de deux unités d’alcène. et peut débuter à basse température. ou substitués (comme HO•.…).39 La polymérisation industrielle d’éthers vinyliques R-O-CH=CH2 est effectuée par cette méthode et fournit des polymères utilisés comme adhésifs. Br•). C’est la polymérisation cationique. La déprotonation du dernier carbocation fournit le polymère. ce qui libère une petite quantité de chlorure d’hydrogène HCl.39). deux unités de monomères. Un exemple est donné avec l’isobutène comme monomère (schéma 6. exothermique.

sont plans et le carbone central a une structure de type « sp2 » L’électron célibataire occupe l’orbitale « p » non hybridée perpendiculaire à ce plan. Si l’on étudie la formation de radicaux alkyles par homolyse d’une liaison C-H. Entités réactives 209 6. les radicaux formés par cette rupture sont stables.12. comme dans le radical méthyle de la figure 6.2 – Formations et stabilité Les radicaux résultent d’une rupture homolytique ou homolyse d’une liaison covalente ce qui nécessite un apport d’énergie appelée énergie de dissociation DHo exprimée en kJ mol-1.4 F 6.4) : C F F Figure 6. Par exemple. Si DHo est élevée (liaison forte). la rupture de la liaison est difficile et nécessite beaucoup d’énergie : les radicaux sont instables. Plus DHo est élevée et plus la liaison est difficile à rompre.6.40) : . Si l’énergie DHo est faible (liaison fragile). ou tertiobutyle (CH3)3C•.3. les valeurs de DHo sont les suivantes (schéma 6.1 – Structures Les radicaux dits libres (peu stables) alkyles. orbitale "p" H H C H Figure 6. isopropyle (CH3)2HC•.12. le radical libre trifluorométhyle F3C• a une structure de type « sp3 » (figure 6.3 La structure plane des radicaux n’est pas générale. comme les radicaux méthyle H3C•.

et dans quelques cas. lesquels sont susceptibles de présenter des phénomènes d’hyperconjugaison entre cet électron célibataire et les électrons σ des liaisons Cα-H des groupes qui substituent le carbone central. . Le radical méthyle a un temps de demi-vie très court à température ordinaire.210 Chimie organique H3C H -H H3 C radical méthyle (instable) DH° = 439 kJ mol-1 méthane H3C H3 C CH2 H -H H3 C CH2 DH° = 410 kJ mol-1 diminution de DH° donc augmentation de la stabilité du radical radical éthyle primaire (assez instable) CH H3 C H3 C H3 C H3 C C H -H H3 C H3 C CH DH° = 395 kJ mol-1 radical isopropyle secondaire (assez stable) H3C H -H H3 C H3 C radical tertiobutyle tertiaire (stable) C DH° = 389 kJ mol-1 H 3C H3 C H3 C R1 R2 R3 tertiaire H3 C C H3 C R1 CH R2 secondaire primaire méthyle stabilité des radicaux alkyles CH H3 C CH2 H3C C R1 CH2 H 3C Schéma 6.5). avec un radical stable qui a une durée de vie très longue. Il ne faut pas confondre un radical libre persistant c’est-à-dire qui est mis dans des conditions physiques et chimiques telles que sa conservation soit réalisée. de quelques secondes. Cela se traduit par leurs durées de vie plus ou moins courtes exprimées en temps de demi-vie. peut être recristallisé et stocké à température ordinaire (voir la figure 6. La structure de type « sp2 » des radicaux libres alkyles permet de comprendre la stabilité des radicaux tertiaires et secondaires. Plus il existe de liaisons Cα-H dans ces groupes et plus le radical est stabilisé : c’est le cas du radical tertiobutyle (figure 6.40 Dans la série des radicaux libres alkyles. on peut le garder dans le méthanol environ 15 minutes. À une température de 77 K. La stabilité d’un radical ou sa persistence à exister est fonction du milieu et de la température.7). l’ordre de stabilité décroissante est radicaux tertiaires > radicaux secondaires > radicaux primaires > radical méthyle.

5 Lorsqu’un alcane peut fournir plusieurs types de radicaux par homolyse d’une liaison. la liaison qui se rompt le plus facilement est celle qui produit le ou les radicaux les plus stables.6. Entités réactives 211 H H H H H C H H H3C C H3C radical tertiobutyle H H CH3 Figure 6. Quelques exemples sont donnés dans le schéma 6. celle dont l’homolyse a un DHo le plus faible. .41 : H3C CH3 2 H3C DH° = 377 kJ mol-1 cette réaction est privilégiée par rapport à l'homolyse d'un e liaison CH (voir ci-dessus) H3C H 3C C H2 CH3 H3C H3C CH2 + H3C DH° = 360 kJ mol-1 CH H3C H3C H3 C H3C C CH3 H3C CH3 C CH3 CH3 CH + H3C H3C DH° = 360 kJ mol-1 2 H3C H3 C C DH° = 301 kJ mol-1 Schéma 6.41 Les radicaux alkyles et la plupart des radicaux de la chimie organique sont des entités non isolables appelés radicaux libres et leur formation ne peut être démontrée que par des techniques physico-chimiques comme la mesure du moment magnétique et la RPE (résonance paramagnétique électronique).

mol-1) 464 DH° (kJ. repose sur le fait que deux électrons appariés dans une case quantique ont des énergies égales. dans la mesure où ils tournent sur eux-mêmes en sens inverse.42). la somme de leurs moments magnétiques est nulle. A cette rotation est associé un moment magnétique.42 Le tableau 6.1 permet de comparer la stabilité de quelques radicaux libres autres que les radicaux alkyles à partir de leurs valeurs de DHo. DH° (kJ. Cela permet d’enregistrer un spectre spécifique au radical. Par contre. La seconde. Ce magnétisme peut être mesuré mais cette méthode nécessite une quantité importante de radicaux ce qui ne la rend pas très facile à utiliser. L’application d’un champ magnétique puissant avec une radiofréquence appropriée. avec lesquels ils forment une liaison covalente (schéma 6. la réaction s’arrête ce qui prouve la nature radicalaire de la réaction étudiée.1 . Ce n’est pas le cas d’un électron célibataire qui est détecté. Les valeurs pour les radicaux méthyle et tertio-butyle sont données pour comparaison. Chaque électron tourne sur lui-même dans un sens positif ou négatif exprimé par le spin de l’électron indiqué par +1/2 ou –1/2. O2N Ph Ph N N NO2 O2N diphénylpicrylhydrazyle radical stable + R Ph Ph O2N R N N O2N NO2 radical libre Schéma 6. l’électron qui est célibataire confère un moment magnétique au radical ce qui est indiqué par l’adjectif paramagnétique. dans les radicaux. Lorsque les électrons sont appariés dans une case quantique. augmente cette énergie en les faisant passer d’un état dit de basse énergie à un état de haute énergie mais la somme de leurs énergies s’annule en raison de leurs spins opposés. Faute de radicaux présents dans le milieu. mol-1) H H C H 439 H H F C F Cl Cl C Cl O H F H 444 Me Me C Me 389 446 401 364 Tableau 6. La détection de la présence de radicaux libres dans une réaction peut être le résultat d’un piégeage de ces derniers dans une réaction par des radicaux dits stables (certains sont commerciaux) comme le radical diphénylpicrylhydrazinyle.212 Chimie organique La première technique repose sur le paramagnétisme du radical.

Les flèches courbes entières utilisées pour indiquer le mouvement d’un doublet d’électrons sont ici remplacées par des demi-flèches courbes dans la mesure où un seul électron de l’atome radicalaire prend part à la mésomérie.6 Certains radicaux sont tellement stabilisés par délocalisation de l’électron célibataire. de l’oxoverdazyle (stabilisé par résonance). recristallisables et peuvent être stockés. Entités réactives 213 Les radicaux libres mésomères sont très stables. le radical allyle CH2=CH-CH2• (DHo = 361 kJ mol-1) résonne entre deux formes limites (schéma 6.6). lui-même plus stable que le radical benzyle (figure 6. est plus stable que le radical diphénylméthyle. Ainsi le radical triphénylméthyle ou trityle. H C H C H CH2 H C H C H CH2 Schéma 6.43).43 La stabilité d’un radical mésomère est en rapport avec l’étendue de la délocalisation de l’électron célibataire. Par exemple. Ph N N Ph N N Ph radical oxoverdazyle Figure 6.7 O Me Me Me Me O N O nitroxyde . C’est le cas du diphénylpycrylhydrazyle déjà cité (schéma 6. ou de certains nitroxydes (dans ce cas.6.7). Ph3C. stabilité décroissante H C H C H C H radical stable trityle radical diphénylméthyle radical benzyle H C H Figure 6. la gêne stérique apportée par les quatre groupes méthyles diminuent la réactivité du radical) (figure 6. qu’ils sont isolables.42).

Ajouté en très faible quantité à des réactifs susceptibles de réagir entre eux selon un mécanisme radicalaire en chaîne.44). initiateurs radicalaires R O C O O C O R hν ou ∆ R 2 O C O R 2 + 2 CO2 radical phényle peroxyde d'aroyle si R = H peroxyde de benzoyle ou anhydride perbenzoïque R N N R hν ou ∆ 2R + N N 2R +N N diazoalcane R = alkyl radicaux alkyles CH3 CN Schéma 6. il initie cette réaction par un premier apport de radicaux en quantité limitée. certaines molécules qui ont dans leurs structures des liaisons très faibles comme la liaison O-O des peroxydes d’aroyles Ar-CO-O-O-CO-Ar. ou d’une thermolyse. Certains azoalcanes font aussi partie de ce groupe de molécules comme l’AIBN ou 2. des radicaux aroyloxy Ar-CO-O•. . avec des DHo comprises entre 80 et 170 kJ mol-1. forment facilement. et en solution. au milieu réactionnel.45 AIBN : R = H3 C C Des réactions redox sont aussi susceptibles de libérer des radicaux à partir du peroxyde de benzoyle ou d’un sel de benzodiazonium et de sels cuivreux Cu+ lesquels sont oxydés par transfert d’un électron en sels cuivriques Cu2+ (schéma 6. en conditions expérimentales douces (température peu élevée. Ces peroxydes sont utilisés comme initiateurs de réactions radicalaires (schéma 6. Un initiateur de réactions radicalaires est donc un composé qui libère des radicaux.45). Ils sont aussitôt décomposés en deux radicaux aryles Ar• et une molécule d’anhydride carbonique.45).46). par chauffage à une température inférieure à 100 °C.214 Chimie organique L’homolyse d’une liaison de DHo comprise entre 200 et 400 kJ mol-1 peut être le résultat d’une réaction photochimique (rayonnement UV).44 Cl hν ou ∆ 2 Cl hν ou ∆ CH3C=O + CH3 propanone De même. photolyse). Cl O C H3C CH3 radical acétyle Schéma 6. Il en est ainsi pour l’acétone et le chlore (schéma 6.2’-azobis(2-méthylpropionitrile) (schéma 6.

Il s’agit plutôt d’une différence de réactivité envers les alcènes.46 + N N + Cu2+ Certaines réactions électrolytiques donnent lieu à la formation de radicaux qui sont immédiatement convertis en d’autres composés. L’ion carboxylate perd un électron sous l’effet du courant électrique ce qui le transforme en radical carboxylate lequel étant instable fournit un radical alkyle et une molécule d’anhydride carbonique.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles D’une manière générale. car il subit l’effet de groupes attracteurs par effet –I.11. comme le radical trifluorométhyle. les alcynes. ou la contribution des électrons π d’une double liaison C=O.47 6.6. comme dans le radical propanoyle. et lors de substitutions de certains hétérocycles (§ 6.e- O R C O radical carboxylate radical alkyle couplage R + CO2 2R R R alcane Schéma 6. Les radicaux sont des entités chimiques neutres. Entités réactives transfert d'un électron 215 O C O O C O + Cu+ O C + O O C O + Cu2+ N N + Cu+ Schéma 6.4) (figure 6. Les radicaux électrophiles ont un carbone radicalaire à densité électronique faible. Les radicaux nucléophiles sont caractérisés par un carbone radicalaire qui a une densité électronique relativement élevée car il subit les effets inducteurs + I de groupes alkyles. C’est le cas de la réaction de Kolbe qui consiste à effectuer une électrolyse d’un sel d’acide organique.47). les radicaux libres sont plutôt considérés comme des entités électrophiles. O R C O ion carboxylate . selon la densité électronique du carbone radicalaire. on peut distinguer deux types de radicaux.12. dits nucléophiles et électrophiles. Le couplage de deux radicaux alkyles conduit ensuite à la formation d’un alcane symétrique (schéma 6. .5. comme dans le radical tertiobutyle. ou le radical triéthoxycarbonylméthyle. En réalité.8). Toutefois. la différence entre eux n’est pas comparable avec de vrais réactifs électrophiles ou nucléophiles chargés comme les carbocations ou les carbanions.

1 eH 3C H3C C O OH + H 3C hydroperoxyde de tertiobutyle Fe2+ H3C H 3C C O H3C radical tertiobutyloxy + ( Fe 3+ + OH ) H3C H 3C C O H3C O + H C C2H5 propanal H 3C H3C C O H H3C alcool tertiobutylique + O C C2H5 radical propanoyle Schéma 6. en présence de propanal. hydroperoxyde d’hydrogène).4 – Les réactions de Minisci Les réactions de Minisci (1968) permettent de former des radicaux « nucléophiles » et « électrophiles ». fournit le radical nucléophile propanoyle à côté d’alcool tertiobutylique (schéma 6. Ag+…) et d’un composé organique qui libère le radical par perte de H•. H3C H3C H3C 2+ C COO H + Ag .216 Chimie organique H3 C H3 C H3C radical t-butyle O C C C2H5 radical propanoyle F F C F radical trifluorométhyle EtOOC EtOOC EtOOC radical triéthoxycarbonylméthyle radicaux électrophiles C radicaux nucléophiles Figure 6. qui se décarboxyle immédiatement en radical nucléophile tertiobutyle (schéma 6.CO2 H3C H3 C C H3C + Ag+ (S2O8(NH4)2 + Ag+) acide triméthylacétique radical tertiobutyle Schéma 6.H H3C H3C C COO H 3C .49).49 .12. instable. L’hydroperoxyde de tertiobutyle réagit avec le sulfate ferreux pour produire un radical tertiobutyloxy instable et très réactif qui.8 6. Les radicaux nucléophiles sont produits à partir de peroxydes (hydroperoxyde de tertiobutyle.48). de sels métalliques (Fe2+.48 L’acide triméthylacétique est oxydé par un sel d’argent Ag2+ (qui résulte de l’action du persulfate d’ammonium sur le nitrate de Ag+) en un radical triméthylacétate.

– la terminaison qui permet de faire disparaître les derniers radicaux formés. puis – les réactions en chaîne ou propagation.i). la substitution des alcanes.5.5. Mn3+ + H-C(COOEt)3 . Souvent.23) lorsque le radical possède cette structure. comme pour les carbocations. on distingue trois parties dans une réaction radicalaire : – l’initiation qui permet l’apparition des premiers radicaux. Les réactions les plus classiques sont la dismutation (ou disproportionation). .13).50). Les réarrangements. la même réaction se reproduit en fournissant le produit de la réaction et un radical.12. figure 4. Toutes les réactions.51).6.5 – Les réactions radicalaires Les réactions des radicaux sont nombreuses et souvent complexes. De nombreux exemples sont donnés ci-après à partir de § 6. Les réactions radicalaires sont presque toujours des réactions très rapides (en chaîne) qui peuvent produire des explosions. un mélange en quantités égales de leurs dérivés d’oxydation et de réduction sont appelées réactions de dismutation.H Schéma 6. si elles ne sont pas maîtrisées. qui ainsi produisent à partir d’un composé unique. Contrairement aux réactions dites ioniques. 6. l’addition sur les composés éthylèniques. Entités réactives 217 Le radical triéthoxycarbonylméthyle est formé par action d’un sel de manganèse Mn3+ sur le triéthoxycarbonylméthane (schéma 6. il existe quelques réarrangements très spécifiques (§ 6. déplacements d’atomes ou de groupes sur le carbone radicalaire afin de créer un radical plus stable. le couplage entre deux radicaux. la nature du solvant n’a qu’une importance relative.12. Dans de nombreux cas. Le radical est donc d’une part. sont quasi inexistants pour les radicaux alkyles.d. réduit (alcane) (schéma 6. et enfin.12. Les réactions explosives sont radicalaires. l’addition-élimination de radicaux (substitution aromatique). soit en raison de l’inversion du système pyramidal (comme les amines. Toutefois.50 Mn2+ + C(COOEt)3 6. ressemblant ainsi aux carbanions (§ 6.a – Dismutation (ou disproportionation) Deux radicaux alkyles primaires portant un hydrogène en position du carbone radicalaire (CαH) peuvent réagir l’un sur l’autre pour donner une molécule d’alcane et une molécule d’alcène selon le mécanisme suivant qui fait intervenir le déplacement d’un radical hydrogène. les polymérisations radicalaires et les auto-oxydations.12.5. y compris celles qui ne font pas intervenir de radicaux. elles conduisent à des racémisations en raison de la possibilité d’attaques soit des deux côtés du plan dans lequel le radical s’inscrit. le déplacement d’un radical hydrogène entre un radical et un alcane. oxydé (alcène) et d’autre part.

1 e- NaX R R + R X + Na R 2 R X Na Schéma 6.5.52). R + R' Schéma 6.c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H• entre radical instable et alcane ramifié Un radical alkyle (primaire ou secondaire) instable ou peu stable. .12.51 H R2 CH2 C CH2 H R1 alcane R2 + R1 alcène C CH2 6. réagit avec un alcane ramifié pour former un nouveau radical plus stable par déplacement d’un radical hydrogène (schéma 6. 6.53).5. C’est la réaction inverse de l’homolyse d’une liaison (schéma 6. La réaction inverse n’est pas possible.218 Chimie organique H R2 C R1 CH2 + R2 H C R1 Schéma 6.12.52 R R' C’est aussi l’un des mécanismes proposés dans la réaction de Wurtz (1855) qui consiste à chauffer ensemble deux molécules de bromure d’alkyle en présence de sodium afin d’obtenir un alcane symétrique (schéma 6.b – Couplage radicalaire C’est la formation d’une liaison entre deux radicaux identiques ou différents.54).47).53 Rappel : le couplage radicalaire représente aussi la dernière partie de la réaction de Kolbe (schéma 6.

ce qui représente l’initiation de la réaction. R1. R3 = groupes alkyles Schéma 6.55 L’halogène (brome ou chlore).d – Réactions de substitution La réaction d’halogènation des alcanes sous rayonnement UV est un exemple classique de substitution radicalaire (schéma 6.55).12.5. RX R + X Schéma 6. Le radical halogène qui l’accompagne peut. initiation X2 RH + X hν 2X R + XH RX + X propagation R + X2 RH + X terminaison R + XH . Entités réactives 219 R3 R2 R1 radical primaire instable CH3 C CH2 + H C CH3 CH3 alcane ramifié R3 R2 R1 C CH2 H + H3C CH3 C CH3 radical tertiaire stable CH3-CH2 R3 R2 R1 C C H R + + HC(CH3)3 CH3 H C CH3 CH3 alcane ramifié CH3-CH3 R3 R2 R1 C R + C(CH3)3 CH3 H + H3 C C CH3 CH radical secondaire peu stable radical tertiaire stable R. dans le cas d’un excès de chlore par rapport à l’alcane. Ce dernier. en présence de l’halogène produit un monohalogènure d’alkyle. forme d’abord des radicaux halogènes X• en présence de lumière visible ou UV. Ces radicaux attaquent l’alcane RH pour fournir une molécule d’halogènure d’hydrogène et un radical alkyle.54 6. R2... soit.6. soit réagir avec une nouvelle molécule d’alcane s’il en reste dans le milieu avec propagation de la réaction en chaîne. attaquer le monohalogénure d’alkyle déjà formé s’il existe plusieurs hydrogènes susceptibles d’être substitués par un .

hν 4 Cl2.56). Cette réaction appliquée à des alcanes autres que le méthane conduit à un mélange de composés mono ou polyhalogénés. hν hν CH3Cl + HCl chlorure de méthyle CH2Cl2 + 2 HCl chlorure de méthylène CHCl3 + chloroforme 3 HCl + 4 HCl CCl4 tétrachlorure de carbone 2 Cl ClH (initiation de la réaction) Cl2 Cl H H C H + H H C H H H + C H H H radical méthyle + Cl Cl H C H Cl + Cl CH4 réaction en chaine chlorure de méthyle En cas d'excès de chlore par rapport au méthane: H Cl H Cl C H + Cl Cl Cl + H C H H C Cl H + Cl ClH + H C H radical chlorométhyle Cl Cl CH3Cl chlorure de méthylène Schéma 6. un monohalogénure peut être obtenu. avec l’éthane. puis le tétrachlorure de carbone.2-diméthylpropane (néopentane). La terminaison de la réaction correspond le plus souvent à un couplage d’un radical X• et d’un radical alkyle. La réaction se poursuit à partir du monohalogénure d’alkyle pour conduire successivement à un dihalogènure d’alkyle. hν 3 Cl2. puis un trihalogénure d’alkyle. le chlorure de méthylène. etc. ou le 2. Toutefois. jusqu’à épuisement des réactifs.220 Chimie organique halogène. comme dans le cas du méthane. le cyclohexane. il se forme successivement le chlorure de méthyle. Dans le cas de la chloration du méthane (schéma 6. Cl2.. et selon la quantité de chlore mise en réaction. selon le nombre d’hydrogènes substituables et le nombre de moles d’halogène mises en réaction pour une mole d’alcane (donc selon la stœchiométrie).56 . et cela. hν CH4 2 Cl2. le chloroforme.

La fluoration est particulièrement difficile à contrôler en raison de la haute réactivité du fluor. favorise la possibilité d’une réduction de l’iodure d’alkyle formé dans la réaction. par exemple. excellent réducteur. un radical alkyle est formé. la sélectivité de la bromation est plus élevée que celle de la chloration. l’hypobromite et hypochlorite de t-butyle (t-Bu-OX). ceux qui ont un effet +I comme –OR (R = alkyl) orientent l’attaque du radical X• en position α de ce groupe. suivies ou non d’halogénations et de couplages de radicaux divers.57 Dans le cas des N-haloamines. Pour l’hypochlorite de t-butyle. sous rayonnement UV. Le radical alkyle correspondant qui en résulte fournit le dérivé halogéné et un radical-cation aminium. Si des groupes fonctionnels sont présents dans la molécule. Il réagit alors avec le réactif halogéné pour donner un halogénure d’alkyle et un nouveau radical qui extrait un hydrogène d’une molécule d’alcane en formant un nouveau radical alkyle et ainsi de suite. le mécanisme est plus complexe (schéma 6. le mécanisme est le suivant (schéma 6. . en présence d’acide sulfurique (sous rayonnement UV. en réagissant sur l’alcane ou le groupe alkyle d’un composé fonctionnel. D’une manière générale. défavorise l’attaque de ce radical dans leur environnement. les carbones aromatiques sont plus difficiles à substituer que ceux des chaînes aliphatiques qu’ils portent.57) : t-Bu-O-O-t-Bu t-Bu-O + R-H R + t-Bu-O-Cl hν 2 t-Bu-O t-BuOH + R t-Bu-O + R-Cl Schéma 6. Cette réaction de substitution peut être appliquée à des groupes alkyles liés à des groupes aryles ou fonctionnels. en extrait un radical H•. La présence d’un groupe phényle oriente l’attaque en α de ce groupe. Certaines halogénations peuvent être effectuées en utilisant des réactifs halogénés tels que les monoxydes de brome ou de chlore (X2O). des alcanes et leurs dérivés halogénés à chaînes plus longues que l’alcane de départ… et qui peuvent être le résultat de ruptures de chaines carbonées. Les mécanismes sont différents de ceux indiqués pour les réactions avec les halogènes. Entités réactives 221 L’halogénation est favorisée sur les carbones primaires par rapport aux carbones secondaires et tertiaires. d’ouverture de cycles. L’iodation est difficile et nécessite l’emploi d’une lumière à 184.58). en présence de peroxyde de t-butyle. ou les N-haloamines (R2NCl).6. acides ou esters. Il se forme un radical-cation aminium qui. le phosgène (COCl2). Ces réactions s’accompagnent de nombreux composés secondaires tels que de l’hydrogène. La présence de groupes à effet –I.9 nm. Sous l’action de la lumière et en présence de l’initiateur. en présence de l’haloamine protonée. ou de sels ferreux comme catalyseurs)… L’addition d’un initiateur tel qu’un peroxyde est nécessaire. Elle est peu utilisée car la présence dans le milieu réactionnel d’acide iodhydrique.

59 et C H C H Br C H C H C H C H . Avec le NBS. Le NBS permet sa libération constante et à faible concentration dans le milieu. un radical Br• est libéré. Les réactifs les plus utilisés sont le bromo et le chlorosuccinimide.58 + R NH L’halogénation en position α de la double liaison des composés allyliques représente un cas particulier de substitution radicalaire (schéma 6. peroxyde Br2 ou HBr Br + Br C H C H C H + HBr C H C H C H C H2 C H C H O N Br O N-bromosuccinimide (NBS) O + HBr N H O succinimide + Br2 C H C H C H Br Br2 C H C H C H + Br Schéma 6. des peroxydes initiateurs sont nécessaires. La réaction est très sélective. le solvant est le tétrachlorure de carbone. et la réaction est connue sous le nom de bromation de Wohl-Ziegler (1942). les catalyseurs sont le plus souvent des dérivés séléniés comme les chlorures d’arylsélényles ArSeCl ou les disélénides ArSeSeAr. respectivement. c’est en réalité le brome qui est le véritable réactif. Dans le cas de NBS. NBS et NCS. Pour le NCS.59).Fe+Cl radical-cation aminium R NH R R R + R N H X + R-H R NH2 + R R R R-X Schéma 6. L’action de cet acide sur le NBS permet la libération de brome lequel réagit avec le radical allylique pour former le dérivé bromé correspondant.222 R N R halogénoamine Chimie organique R N R H X R NH R X H Fe2+ . Sous l’action d’un initiateur. La réaction d’initiation fait intervenir HBr ou Br2 présent sous forme de traces dans le NBS. Ce radical réagit sur un composé allylique en formant un radical allylique et de l’acide bromhydrique. par exemple un peroxyde.

la réaction s’effectue de préférence sur un carbone secondaire plutôt que sur le carbone primaire (schéma 6.a).60) : CH3-CH2-CH2-CH=CH2 NBS. les structures à faibles densités électroniques.61 CH3-CHBr-CH=CH-CH3 La substitution du benzène par un radical s’effectue par une réaction d’addition-élimination.12. soit vers la perte d’un radical H• (addition-élimination) ce qui nécessite la présence d’un radical du milieu (1). attaque le benzène (ou ses dérivés) pour former un radical stabilisé par résonance (réaction rapide). peroxyde CCl4 Schéma 6.5'-tétraène cyclohexa-2.12.62 Les radicaux nucléophiles.6. préparés selon la méthode de Minisci (§ 6. initiateur radicalaire ajouté au milieu.62). le radical tertiobutyle ou le radical propanoyle attaquent les sels de pyridinium en α de l’azote quaternaire.5. positions à très faible densité électronique. Il se forme d’abord un radical-cation qui perd un radical H• pour conduire aux dérivés substitués correspondants. Par exemple. le radical phényle. Dans le cas du benzène (schéma 6.61).4).4'-diphényl-bicyclohexyl-2. provenant du chauffage de peroxyde de benzoyle C6H5-CO-O-O-CO-C6H5. Entités réactives 223 La résonance du radical allylique explique la formation de deux isomères lorsque le composé allylique est asymétrique comme dans l’exemple donné ci-après (schéma 6.60 CH3-CH2-CHBr-CH=CH2 et CH3-CH2-CH=CH-CH2Br Si le composé allylique porte deux substituants alkyles différents. CH3-CH2-CH=CH-CH3 NBS. en se dimérisant (3). . Ce radical évolue ensuite plus lentement.2'. H (réaction très rapide) x2 dismutation -H (1) (présence d'un radical du milieu) biphényle x2 dimérisation (2) H H H + biphényle (3) Ph H H H Ph H 4. soit enfin. attaquent de manière préférentielle. soit en se dismutant (2)(§ 6.5. peroxyde CCl4 Schéma 6.5-diènyl-benzène Schéma 6.

hétérocycle π-excédentaire. l’effet électroattracteur de C=N attire les électrons vers l’azote et chaque atome de carbone a « moins d’un électron π » par atome de carbone d’où un hétérocycle π-déficitaire. γ β β α hétérocycle β π-déficitaire α β N pyridine α hétérocycles π−excédentaires α Z Z = O furane Z = NH pyrrole Z = S thiophène CN Me C Me Me radical nucléophile CN Me C Me Me H -H oxydant CN Me C Me Me N H H N H N H ion 4-cyanopyridinium ion 2-t-butyl-4-cyanopyridinium CN + C O -H oxydant CN O N H C Et N H Et radical nucléophile ion 4-cyano-2-propionylpyridinium α α O H C COOEt COOEt COOEt radical électrophile O H COOEt C COOEt COOEt -H oxydant O C COOEt COOEt COOEt 2-(triéthoxycarbonylméthyl)furane Schéma 6. Note : dans un hétérocycle -excédentaire.63 6. conduit à un radical délocalisé sur le cycle qui perd ensuite un radical H• avant de fournir le résultat de la substitution (schéma 6. 6 électrons π délocalisés sont distribués sur six carbones ce qui fait un électron / carbone. et 6 électrons sont distribués sur cinq éléments.63). soit par un . Dans la pyridine.5.224 Chimie organique Dans le cas du furane. et inversement pour un hétérocycle -déficitaire. dans le furane. par attaque en position α.1. soit par un mécanisme ionique (§ 9. Pour simplifier. il est dit excédentaire. Chaque atome du cycle a « plus d’un électron π délocalisé ».4) favorisé par un solvant polaire et la présence d’acides de Lewis.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons . le radical triéthoxycarbonylméthyle. l’oxygène a un effet -I et +M. on peut écrire que dans le benzène. Par contre. les carbones de l’hétérocycle ont des densités électroniques supérieures à celles des carbones du benzène.Halogénation radicalaire de composés éthylèniques L’addition d’halogènes sur un alcène peut s’effectuer.12. l’attaque des radicaux électrophiles est favorisée .

La réversibilité de ces réactions (retrait des halogènes et retour à un alcène) est générale et sa facilité est en ordre inverse de la réactivité des halogènes vis-à-vis des doubles liaisons. et un radical Cl• qui permet que la réaction se renouvelle et ainsi de suite.65). ou directement.6. Entités réactives 225 mécanisme radicalaire. En raison de la formation de 2 radicaux Cl• lors de l’initiation. l’hexachloroéthane. par addition d’un initiateur de réactions radicalaires en quantités catalytiques décomposé par chauffage. dans un solvant non polaire. en présence de quantités catalytiques de brome (schéma 6. sous l’action d’un rayonnement UV (initiation). Le caractère électronégatif de l’atome de chlore facilite la réaction du radical Cl• avec la double liaison éthylènique. fournit le produit final. . sous l’action d’un rayonnement UV. Plus elle est élevée. plus la réaction est rapide. ou en phase gazeuse. plus stables.64 La chloration radicalaire du tétrachloroéthylène (schéma 6. Note : le choix du tétrachloroéthylène comme exemple est lié au fait qu’une telle molécule n’ayant pas d’hydrogène ne peut pas donner lieu à une réaction de substitution. deux chaînes de réactions coexistent. c’est-à-dire : Cl2 > Br2 >> I2.64) débute par la formation de deux radicaux Cl• à partir d’une molécule de chlore. La terminaison de la réaction résulte du couplage de deux radicaux intermédiaires. par réaction avec les molécules de chlore présentes dans le milieu. initiation Cl2 + Cl2C CCl2 tétrachloro-éthylène Cl CCl2 Cl + C Cl CCl3 hν 2 Cl Cl3C CCl2 Cl Cl réaction en chaîne Cl3C CCl2 + Cl Cl + Cl2C Cl Cl3C CCl3 + hexachloro-éthane Cl3C CCl2 Cl Cl3C C Cl Cl2 Cl C CCl3 Cl terminaison Cl3C C Cl décachlorobutane Schéma 6. La vitesse de la réaction est fonction de l’intensité lumineuse du rayonnement UV. Il se forme d’abord un nouveau radical qui. Cette propriété a été utilisée pour l’isomérisation de composés éthyléniques cis en composés trans. réaction possible après addition de l’halogène et en cas d’excès de ce dernier. jusqu’à disparition des réactifs (réaction en chaîne).

66).66 O O R radical peroxyle L’halogénation directe par le fluor d’un alcène est souvent explosive… et ne nécessite donc pas un rayonnement UV ! -Chloration ou bromation radicalaire du benzène et des alkylbenzènes La chloration ou la bromation du benzène est une réaction radicalaire. A forte concentration il devient un inhibiteur (schéma 6. En présence d’autres radicaux. Il réagit avec un radical du milieu pour former un peroxyde (composé instable. Lorsqu’une molécule de chlore est ajoutée à une molécule de benzène. En présence de 3 molécules de chlore. plusieurs stéréoisomères de l’hexachloro-cyclohexane sont formés (schéma 6. L’oxygène peut être considéré comme un diradical. .65 La présence d’oxygène a pour effet de diminuer la vitesse de la réaction. avec décomposition explosive). Elle nécessite un rayonnement lumineux (ou la présence en quantité catalytique d’un peroxyde) pour s’accomplir.226 Chimie organique H Br cis ou Z H Br trans ou E H Br Br Br H Br H Br Br .67). il y a couplage pour former un radical peroxyle dont la réactivité est très faible avec les alcènes. O O R R O + O O O + R O O R O R O peroxyde Schéma 6.Br H Br H Br Br H Schéma 6. les deux atomes de chlore s’additionnent en position trans.

3.6. de manière préférentielle.68 . sont chlorés. le bromure d’hydrogène (et aucun autre halogénure d’hydrogène.6-dichloro-1-méthyl-cyclohexa-1.4.68). forme un radical Br• (réaction favorisée par rapport à celle du radical H•).3-diène Schéma 6.3-diène H Cl 1. comme l’anhydride perbenzoïque. initiateur de radicaux libres. addition anti-Markownikov) En présence d’un peroxyde. selon une réaction de substitution. . pour des raisons thermodynamiques). C’est ainsi que le chlorure de benzyle peut être préparé.5.69).6-hexachloro-cyclohexane Schéma 6.Addition radicalaire du bromure d’hydrogène sur les alcènes (effet Kharasch. Entités réactives 227 Cl2 H Cl Cl hν H 2 Cl H Cl Cl2 Cl H + Cl H 3 Cl2 Cl H Cl H Cl Cl H Cl H Cl radical chloro-hexadiènyle 5.67 Les alkylbenzènes. sur le groupe alkyle. Sa formation est favorisée en raison de la plus grande stabilité du radical benzyle par rapport à celle du radical de structure hexadiènyle (schéma 6.2. Le radical Br• attaque la double liaison en formant un nouveau radical bromoalkyle (schéma 6. CH3 Cl CH2 CH2 Cl2 radical benzyle stabilisé par résonance CH2Cl + Cl chlorure de benzyle Cl CH3 H Cl CH3 Cl2 radical de structure hexadiènyle H Cl + Cl Cl H 5. comme le toluène.6-dichloro-cyclohexa-1.

Br H3C C H3C 1-bromo-2-méthyl-propane CH2 Br b b C H a H H3C radical tertiaire stable bromure le moins substitué (addition anti-Markownikov due à l'effet Kharasch du peroxyde) Br H3C H3C C CH2 radical primaire très instable Br H-Br C . Dans ce cas. Ce résultat est l’inverse de celui qui est observé lorsque la réaction d’addition du bromure d’hydrogène est effectuée dans un solvant polaire. L’atome de brome est alors lié au carbone le moins substitué dans le radical bromoalkyle (schéma 6. d’où le nom de la réaction radicalaire appelée anti-Markownikov. et selon le carbone éthylènique attaqué. La stéréochimie de ces additions est rendue complexe par des possibilités d’isomérisations dues à la présence de très faibles quantités de brome (voir 6. . qui est le moins substitué. deux radicaux peuvent être le résultat de cette réaction. résultant de l’effet peroxyde ou effet Kharasch (1933).Br H 3C H3C CH2-H Schéma 6.9. qui attaque de nouveau une molécule d’alcène et la chaîne de réactions se poursuit.6.69 Si l’alcène est dissymétrique. un bromure d’alkyle est obtenu à côté d’un radical Br•. parmi les deux possibles.228 O O O peranhydride benzoïque initiateur radicalaire Chimie organique O ∆ 2 O O 2 O O production de Br + 2 CO2 O + HBr Et aussi: + H HBr H H H OH H H H + Br H H H + Br H H3C C Br H3C H3C a C ou H CH2-Br H-Br . La terminaison de cette chaîne fait intervenir des réactions de couplage des radicaux bromoalkyles intermédiaires. la réaction est ionique et passe par l’intermédiaire d’un ion carbonium ou carbocation et conduit au bromure le plus substitué (réaction de Markownikov).69).5a). Par réaction avec une nouvelle molécule de bromure d’hydrogène. Le bromure d’alkyle qui est obtenu est donc celui. La réaction s’oriente vers la production du radical le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire).

70 Br C H Me .Br C Me . une forte stéréosélectivité trans. l’addition radicalaire de HBr sur les alcènes dissymétriques conduit à un mélange de dérivés bromés résultant d’additions cis et trans (schéma 6. dans certains cas. et à une interaction entre l’atome de brome et le carbone radicalaire qui conduit alors à un radical ponté ne permettant qu’une addition trans de H (de HBr). et plus particulièrement pour les cycloalcènes (addition totalement trans pour le 1. à –80 °C.2-diméthylcyclohexène (schéma 6. . avec souvent. et bien que de manière générale les réactions faisant intervenir un radical ne soient pas stéréosélectives (obtention de deux racémiques 1 et 2) en raison des attaques de chaque côté du plan de type « sp2 ».Br H Et Me C R C S Br H Me Et C C Me H Me Br Br C Me . si chacun des deux éléments s’additionne de part et d’autre de ce plan.Br Et Me C HS H C Me R Et C S Br H Me Me H C R Br Br mélange racémique 1 Addition cis Br Et H C Me Et C Me H Br Schéma 6. et trans. serait liée à la courte demi-vie du premier radical formé par addition de Br• qui permet difficilement la rotation autour de l’axe C-1-C-2 en raison du volume atomique du brome. Addition trans (souvent prépondérante) Et Et C C Me Me Br Et C Me C Me H Br Et C Me H Br Me C C Br H Me Et C Me H Br C H Me Br H . dans des conditions très douces. lorsque la réaction d’addition est effectuée avec des réactifs très purs.Br H Br Me Me H Et C C S R Br H mélange racémique 2 Dans de nombreux cas.6. Entités réactives 229 On rappelle qu’une addition sur un alcène est dite cis si les deux éléments s’additionnent ensemble du même côté du plan « sp2 » de l’alcène. par rapport à Br. La raison invoquée pour cette tendance à la stéréosélectivité trans de l’addition radicalaire du bromure d’hydrogène.70).71) ou le 2-bromobut-2-ène.

par exemple).2-diméthyl-cyclohexène (d... 6. de 4 à 15 unités.. COOH H2N COOH H2N diacide . sont susceptibles de s’additionner selon un mécanisme radicalaire sur les alcènes. L’unité monomérique est le groupe bivalent dérivé du monomère dont la répétition constitue le polymère. A la différence du polymère..x H 2O ... OH HOOC diacide COOH HO dialcool OH ..12. des abréviations sont utilisées ou des noms spécifiques. . Les propriétés d’un polymère ne varient pas si l’on fait varier ce nombre. voir ci-après) formés par additions successives de molécules de monomère avec perte d’atomes résultant de l’addition (polyéthylène. H•) ou CCl4 (CCl3•.. le retrait ou l’addition d’unités monomériques fait varier ses propriétés. résultent de la condensation de molécules entre elles avec perte d’une petite molécule à chaque condensation. de quelques unités. HNCO CONH polyamide NHCO CONH . Schéma 6.2-diméthyl-cyclohexane Schéma 6. en plus ou en moins. On distingue les homopolymères constitués uniquement d’un seul type de monomère et les copolymères qui sont formés à partir d’au moins deux monomères différents qui peuvent être en séquences alternées ou au contraire désordonnées.. ou diacides sur diamines qui permet de préparer des polyamides) (schéma 6..... Un oligomère est aussi constitué à partir de molécules de monomères mais en nombre restreint. Pour les plus communs. Quelques exemples sont donnés tableau 6...f – Polymérisation vinylique Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères.230 Chimie organique Me Me HBr (peroxyde) S Me H Me R Br + R H Me Br S Me 1..5. comme leur nom l’indique. leurs noms triviaux ou semi-systématiques dérivent de celui du monomère devant lequel on ajoute le préfixe « poly »..... souvent l’eau (par exemple : diacides sur diols qui fournit des polyesters.. et les polymères de condensation qui...2. Il existe des polymères d’addition (par exemple. NH2 HOOC OOC COO polyester OCO NH2 HOOC diamine COO .71 D’autres composés comme les thiols RSH (RS•. Leur nombre peut varier de 100 à 100 000 unités.l)-1-bromo-1... par polymérisation radicalaire..x H2O HOOC COOH HO .72 Note : Pour les homopolymères. Cl•).72).

6. ces peroxydes libèrent des radicaux qui peuvent initier la propagation des chaines. C’est la raison pour laquelle.2 La polymérisation radicalaire suit le modèle de la plupart des réactions radicalaires : initiation par un initiateur de réaction radicalaire comme l’anhydride perbenzoïque. Le mécanisme est donné pour le polyisobutylène (schéma 6.(CH2-CH)nCH3 CH3 -(CH2-C)n CH3 CH3 -(CH2-C=CH-CH2)nPh -(CH2-CH)nCl -(CH2-CH)n- nom trivial polyéthylène polypropylène abréviation PE PP polyisobutylène PIB CH2=C-CH=CH2 CH2=CH-Ph CH2=CHCl polyisoprène polystyrène polychlorure de vinyle PS PVC CF2=CF2 -(CF2-CF2)n- polytétrafluoroéthylène ou Téflon Tableau 6. L’oxygène de l’air est susceptible de former des peroxydes en présence d’alcènes. et aussi par dismutation). Les alcènes de petites tailles comme l’éthylène ou le propène sont plus difficiles à polymériser que les autres monomères comme le chlorure de vinyle. réaction très rapide voire violente. . Leurs polymérisations nécessitent un chauffage et des pressions élevées. Entités réactives 231 monomère CH2=CH2 CH2=CH-CH3 CH2=C(CH3)2 CH3 structure du polymère . les monomères vendus dans le commerce sont stabilisés par de petites quantités d’inhibiteurs radicalaires (phénols.(CH2-CH2)n. chaîne de réactions radicalaires (ou propagation des chaînes) avec un renouvellement du même mécanisme jusqu’aux réactions de terminaison (couplage entre deux radicaux polymères ou avec un radical d’initiateur radicalaire et un radical polymère. quinones) qui agissent comme antioxydants pour éviter une polymérisation inopinée.73). ou l’AIBN dont une partie de la structure se retrouve au début du polymère. En se décomposant.

6. peuvent . les aldéhydes ou les éthers. les alcènes. de nombreux composés organiques comme les alcanes. Certains catalyseurs métalliques permettent d’éviter la formation de polymères atactiques.12.g – Auto-oxydation des composés organiques Laissés en présence d’oxygène et sous l’action d’un rayonnement UV (le soleil par exemple). indiqués ci-après (schéma 6.5. Ces polymères sont dits atactiques.232 Chimie organique Initiation: initiateur de radicaux libres ∆ C Rad H3C H3C C CH2 Rad H3 C CH2 Rad H3 C isobutylène radical le plus stable Propagation des chaînes H3C H3C H 3C C CH2 C CH3 CH2 Rad H3 C C H3C CH3 CH2 C CH2 Rad CH3 H 3C H 3C H3C C CH2 H3C C CH2 CH3 C CH2 Rad CH3 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad 2 CH3 isobutylène Terminaison H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad n-1 CH3 CH2 Rad n-1 CH3 CH3 H3 C C CH H3C CH3 C CH2 Rad n-1 CH3 x 2 (dismutation) H3C + H3 C polymère: polyisobutène CH CH2 C unité monomérique Schéma 6.74) d’une manière générale par R-H. moins intéressants pour les applications industrielles. Ils ont des propriétés différentes d’un polymère bien ordonné dit isoatactique.73 La polymérisation de composés de structure CH2=CH-f où f représente un atome ou une fonction peuvent se polymériser de façon anarchique avec des positions variables de f dans la chaîne du polymère.

peu réactifs. Le radical peroxyle peut réagir avec R• du milieu pour former un peroxyde R-O-O-R. selon un processus lent. qui.6.9 . il se forme un radical peroxyle R-O-O•. par une solution aqueuse de sulfate ferreux est un autre moyen qui permet d’éviter la présence de peroxydes car ce sel les réduit.9). un éther. Un premier radical du milieu Rad•. en hydroperoxydes. un alcène.74 D’autres réactions sont possibles. Ces composés souvent présents dans les solvants de laboratoire en plus ou moins grandes quantités ont été à l’origine d’explosions lors de la distillation de ces solvants (en particulier. OH NH2 OH p-hydroquinone NH2 p-phénylènediamine Figure 6. R R-O-O + + O-O R-H ROO radical peroxyle R-O-O-H hydroperoxyde + R O2 R-O-O R-O-O-H + R R-O radical alcoxy (si R = alkyl) R-O-O-R peroxyde + OH radical hydroxyle Schéma 6. par réaction avec une nouvelle molécule R-H. les solvants commerciaux contiennent de petites quantités d’inhibiteurs de radicaux libres ou antioxydants comme l’hydroquinone ou la p-phénylènediamine (figure 6. ou un aldéhyde. et incapables d’intervenir dans de nouvelles réactions dans le milieu. C’est pourquoi. Entités réactives 233 être oxydés à température ordinaire. en raison de leur grande instabilité. le diéthylé). lequel peut renouveler le cycle réactionnel avec une molécule d’oxygène… Rad + R-H RadH + R RH désigne un alcane. R-O-O-H. extrait un radical H• de RH. Ces derniers contiennent des hydrogènes (H de OH phénolique ou de NH2 d’amines aromatiques) qui peuvent être facilement extraits par réaction avec les radicaux formés à partir du solvant. issu d’une photolyse ou de toute autre réaction. Les nouveaux radicaux qui en résultent sont stables. Le traitement de ces solvants. avec formation de sulfate ferrique. forme l’hydroperoxyde R-O-O-H et un nouveau radical R•. En présence d’oxygène qui peut être considéré comme un diradical.

forment des alcanes (voir le schéma 6.75). le radical tocophéroxyle. un tocophérol. Elle intervient en libérant un radical H• de sa fonction phénol ce qui la transforme en un radical très stable inactif. D’autres composés antioxydants qui fonctionnent selon le même principe que la vitamine E.5. de cancers de la peau.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe L’électrolyse des sels d’acides aliphatiques conduit par oxydation anodique à des radicaux carboxylates selon la réaction de Kolbe (1849). par couplage. La vitamine E.75 6. qui est recyclé en vitamine E par une réaction d’oxydo-réduction faisant intervenir la vitamine C. sont utilisés comme édulcorants (conservateurs) dans l’industrie alimentaire.47). qui.12. Ces mécanismes radicalaires sont aussi à l’origine du rancissement des huiles végétales. de diverses maladies cardiovasculaires) car une abondance anormale de radicaux dans les tissus biologiques peut déclencher leur nécrose ou leur mort. L’auto-oxydation est un phénomène important en biologie. a pour rôle d’éviter une augmentation anormale de radicaux dans l’organisme (schéma 6. Il explique la formation de radicaux d’origine biologique à partir des lipides. ce qui la durcit. La peroxydation lipidique serait à l’origine de nombreuses maladies (maladies d’Alzheimer ou de Parkinson. . Ils perdent facilement CO2 pour former des radicaux alkyles. CH3 R radical d'origine biologique CH3 O CH3 RH + H3 C CH3 CH2 CH3 O Me Me H3 C CH3 O C16H33 O CH3 O Me C16H33 O C16H33 H O H3C CH3 H O CH2 Me vitamine E (un tocophérol) HO O CH3 C16H33 H3 C C16H33 H3 C équilibre entre deux structures du radical tocophéroxyle forme quinonique radical stable tocophéroxyle OH HO O Vitamine E O H OH H O vitamine C Schéma 6.234 Chimie organique L’auto-oxydation joue un rôle dans le durcissement des couches de peinture puisque les radicaux RO• qui résultent de la décomposition des hydroperoxydes permettent d’initier la polymérisation de certains constituants.

6. La réaction peut alors se renouveler et ainsi de suite jusqu’à épuisement des réactifs (schéma 6. le groupe phényle se déplace d’un carbone et le radical correspondant devient un radical tertiaire plus stable. Un exemple se trouve dans la chloration des alcanes par une N-chloramine en présence d’acide sulfurique et d’ions ferreux. Finalement.5. Ce radical en réagissant alors avec une nouvelle molécule de sel de N-chloraminium conduit au chlorure d’alkyle à côté d’un nouveau radical-cation aminium. qui. Par contre.76).77). Il débute par le retrait d’un radical hydrogène de la fonction aldéhyde par un radical acétyle. correspond à un déplacement de groupe ou d’hydrogène qui permet la création d’une nouvelle entité plus stable que celle de départ. est converti en un radical-cation aminium. . Ce type de réarrangement des radicaux alkyles est inconnu. en présence d’ions ferreux.12.CO Ph Ph C CH2 Me Ph C CH2 Ph C CH2 Ph C CH2 Me radical tertiaire Me radical primaire Me état transitoire Schéma 6.3-diphénylbutanal (schéma 6. il existe quelques cas de réarrangements très spécifiques (§14).6 – Le radical-cation Un radical-cation est un cation qui possède un électron célibataire. Un exemple est donné avec le 3. La présence d’un groupe phényle sur Cα permet une interaction entre l’électron célibataire du radical et les électrons π de ce groupe. des radicaux primaires pourraient être transformés en radicaux plus stables par un tel réarrangement en devenant secondaires voire tertiaires. Ainsi. état transitoire. comme les carbocations (§ 6. Un radical ponté. Ph Ph C CH2 Me H Me-C=O C O _ Me C H O Ph Ph C CH2 C O Me .76 6.i – Réarrangements 235 Le réarrangement d’entités chimiques. Le radical qui en résulte perd une molécule d’oxyde de carbone pour devenir un radical primaire. Il se forme d’abord un sel de N-chloraminium.12. favorise un réarrangement.4a).11. Celui-ci réagit sur un alcane RH en formant un radical alkyle R• et un sel de l’amine. Entités réactives 6.

. Il s’effectue d’abord un transfert d’un électron du réactif nucléophile vers le composé RX ce qui crée un radicalanion et un radical Y• (réaction 1).7 – Le radical-anion Un radical-anion est un anion qui possède un électron célibataire.77 6. il est possible que le radical-anion réagisse avec une molécule RX pour former le produit de la réaction RY et un nouveau radical-anion (réaction 5). Par exemple. Le radical-anion se décompose ensuite en un radical R• et un anion X.236 Chimie organique R' N R' R' N H R' Cl H R' NH R' R' Cl Fe 2+ R' R' + N H + Fe Cl + RH R' NH2 R' + R R' R R' + R' N H NH R' Cl RCl + R' N H RH NH2 R' + R R' Schéma 6.78 D’une manière plus générale. le mécanisme dit SET (Single Electron Transfer) qui intervient dans la formation d’un organomagnésien à partir de magnésium métal et d’un halogénure fait intervenir des radicaux-anions et des radicaux-cations (schéma 6. R-X RX X R + Mg R + X R-X + Mg + Mg X-Mg R-Mg-X + X-Mg Schéma 6.12.(réaction 2). le mécanisme SET intervient dans certaines réactions de substitution dans lesquelles un radical est détecté (schéma 6. Un composé RX (X = I ou NO2) est traité par un réactif nucléophile Y-. Ce radical alkyle peut soit se coupler avec Y· pour conduire au produit de la réaction R-Y (réaction 3) ou réagir avec le nucléophile Y.79).78).pour produire un nouveau radical-anion (réaction 4) et ainsi de suite… Toutefois.

K+.81 . Ce carbone possède alors un doublet d’électrons constitué d’un électron du carbone et d’un électron qui résulte de la rupture hétérolytique.6.80). conduit par une première étape à un radical-anion (§13. Li+) (schéma 6. H2 C H2C CH2 ∆ H C H Schéma 6. soit une base protonée. ou hétérolyse d’une liaison C-Y où Y représente. qui. Par exemple la thermolyse du cyclopropane fournit un diradical. en présence d’un composé « donneur de proton » comme un alcool.12. dans l’ammoniac liquide. suite à un réarrangement (cas rare). Au même titre que les carbocations possèdent des contre-ions (anions). C + Y carbanion contre-ion Schéma 6. Entités réactives 237 1) 2) 3) 4) 5) R X R X R R R + + Y + Y R Y Y + R X R R + R X X + Y Y Y R Y + R X Schéma 6.8 – Le biradical ou diradical Un biradical ou diradical est une structure dont deux atomes ont chacun un électron célibataire. par exemple des composés carbonylés.1).13 Les carbanions Les carbanions sont des groupes organiques dont un carbone porte une charge négative. 6. est transformé en propène (schéma 6. un hydrogène ou un métal alcalin. soit un cation métallique alcalin (Na+.79 L’utilisation de métaux dits solubles pour des réductions de Birch. le plus souvent.81). Les carbanions sont des réactifs nucléophiles.80 CH2 CH2 H CH2 HC CH2 H3C H C CH2 cyclopropane propène 6. tout carbanion possède un contre-ion qui est.

La présence de groupes électroattracteurs par effets –I en α de la liaison C-H augmente . et aussi le diisopropylamidure de lithium (LDA) (schéma 6. soit des anions alcoolates présents dans les alcoolates comme l’éthylate de sodium. Elles sont indiquées pour chaque réaction où interviennent des carbanions dans les paragraphes correspondants. en raison de l’effet électroattracteur –I des groupes esters. qui agissent grâce au doublet libre de l’azote. pour être extraits sous forme de protons par un ion alcoolate. et des conditions expérimentales exigées. la pyridine. soit des anions amidures présents dans l’amidure de sodium ou de potassium. les carbonates alcalins. ou K+) iPr N iPr (Li+) alcoolates de sodium ou de potassium amidure dii-propylamidure de lithium ou LDA de sodium ou de potassium Schéma 6. la base utilisée forte. du type de réaction à effectuer. donc plus facile est la formation d’un carbanion. BH N pyridine triéthylamine R O (Na+. la pipéridine. Le carbanion est alors la base conjuguée du composé à hydrogène acide dont il est issu. Il en est de même des hydrogènes liés à une triple liaison terminale qui sont extraits par les ions amidures. pour être extrait sous forme de proton par une base ce qui équivaut à un équilibre acido-basique. l’acétate de sodium….1 – Formations Les carbanions résultent principalement d’une rupture hétérolytique d’une liaison C-H où l’hydrogène est suffisamment acide en raison de la présence sur le carbone de substituants à effet électroattracteur –I ou –M comme RCO. ou K+) H N H (Na+.82). le tertiobutylate de potassium. et que le carbanion résultant est stabilisé par résonance. D’autres bases peuvent être utilisées comme la soude ou la potasse. Les hydrogènes de CH2 du malonate d’éthyle sont suffisamment acides. -δ C + Bases très utilisées: +δ H B Et Et Et N N H pipéridine C . NO2….13.83. Quelques valeurs de pKa sont données dans le tableau 6.238 Chimie organique 6.82 Les bases les plus utilisées sont soit des amines. CN. en fonction du carbanion à former. La formation des carbanions est d’autant plus aisée que l’acidité de l’hydrogène à extraire est plus élevée. Plus ces valeurs sont faibles et plus les hydrogènes sont acides.3. COOEt. Deux exemples de formation de carbanions sont donnés dans le schéma 6. comme la triéthylamine.

acétonitrile.8 6 4 0 -5 noms éthane méthane éthène benzène toluène triphénylméthane diphénylméthane trifluorométhane éthyne acétonitrile acétone ou propanone acétophénone malonate d'éthyle malononitrile 1.5 28 25 25 20 19 13.3. Na éthylate de sodium COOEt EtOH absolu H C H Na + EtOH COOEt malonate d'éthyle R C C H + H2N .1.6.3 .83 R-H + Base composés RH R + Base-H pKa 50 48 44 43 37 31. acétone. entre autres).5 33.3-hexafluoropropane acétylacétate d'éthyle nitrométhane acétylacétone triacétylméthane dinitrométhane trinitrométhane tricyanométhane CH3CH3 CH4 CH2=CH2 C6H6 PhCH3 Ph3CH Ph2CH2 HCF3 HC CH CH3CN CH3COCH3 C6H5COCH3 CH2(CO2Et)2 CH2(CN)2 H2C(CF3)2 MeCOCH2COOEt CH3NO2 (MeCO)2CH2 (MeCO)3CH CH2(NO2)2 CH(NO2)3 CH(CN)3 Tableau 6. Entités réactives 239 l’acidité (ex : trifluorométhane.1. Na amidure de sodium NH3 liquide R C C . nitrométhane. malonate d’éthyle. COOEt H C H + OEt. Na + NH3 Schéma 6.2 8.3.3 11 11 10.7 10.

ainsi obtenus.86). Inversement. en milieu polaire (schéma 6. c’est la réduction par l’amalgame de sodium de radicaux stables. ce carbanion est converti en radical correspondant (schéma 6. Na + NaCl Schéma 6. Ph Ph Ph C Na/Hg réduction Ph Ph C Ph Na O2 oxydation Schéma 6.84).85 Une autre réaction fournit des carbanions. Ph Ph Ph chlorure de trityle Ph C Cl 2 Na Ph Ph carbanion trityle C . plus particulièrement celle des composés aromatiques y compris les hétérocycles. Le n-butyllithium réagit avec des halogénures divers en formant un nouveau composé lithié et l’halogénure de n-butyle.240 Chimie organique Les carbanions peuvent aussi résulter de l’action des métaux sur des halogénures comme dans le cas du chlorure de trityle (schéma 6. Les dérivés lithiés. Par exemple.84 Le n-butyllithium qui est très facilement préparé par action du lithium sur le bromure ou chlorure de n-butyle dans l’éther à –10 °C permet de nombreuses métallations. le radical triphénylméthyle. ou organolithiens. permettent l’ensemble des réactions des carbanions. CH3-(CH2)3-Br + 2 Li bromure de n-butyle CH3-(CH2)3-Li + LiBr n-butyllithium OMe CH3-(CH2)3-Li + MeO MeO OMe + CH3(CH2)2-CH3 Li CH3-(CH2)3-Li + RX CH3-(CH2)3-X + R-Li ou R Li organolithien Schéma 6. en présence d’oxygène.85).86 . ou trityle est réduit en carbanion correspondant par cette méthode.

suit l’ordre : méthyle > primaire > secondaire > tertiaire. la stabilité des carbanions aliphatiques. mais cela n’est qu’une apparence car les mécanismes impliqués sont plus complexes et font intervenir plusieurs molécules d’organomagnésiens (§ 10. Plus le caractère « s » est élevé. diminution de l'acidité de H +δ H sp C C R sp -δ H +δ sp2 sp2 -δ C H C R H H +δ sp3 sp3 -δ C C H2 H2 R R = alkyl C C R C C R H C C H2 R augmentation de la stabilité du carbanion augmentation de la basicité du carbanion Figure 6. l’acétylène dont le caractère « s » est de 50% (« sp ») est plus acide que l’éthylène avec un caractère « s » de 33% (« sp2 ») lui-même plus acide que l’éthane avec un caractère « s » de 25 % (« sp3 »). leur basicité suit l’ordre inverse (figure 6. Cette basicité est d’autant plus élevée que son acide conjugué est faible. même si elles restent proches. La stabilité des carbanions correspondants suit cette variation d’acidité. respectivement hybridés « sp3». Si on considère des dérivés de l’éthane.13. En général.10). que la stabilité du carbanion est directement en rapport avec l’acidité. ordre inverse des carbocations.10 . Dans le cas du carbanion. et inversement.2 – Stabilité Une entité chimique stable est toujours peu réactive. Entités réactives 241 Remarque importante : les organomagnésiens RMgX se comportent le plus souvent comme le couple R-. moins l’atome d’hydrogène est retenu au carbone et plus l’acidité de H augmente. surtout pour les alcanes. en solution. On peut en déduire aisément que les carbanions issus de composés à hydrogènes peu acides seront des bases fortes donc instables.1). La difficulté réside dans d’obtention de ces pKa. plus les électrons de liaison C-H sont rapprochés du noyau du carbone. de l’éthylène et de l’acétylène (figure 6. « sp2 » et « sp ».8. il est instable. c’est-à-dire que l’hydrogène porté par la liaison C-H dont il dérive est extrait difficilement. et plus particulièrement dans les solvants polaires. Selon les méthodes utilisées. contrairement aux liaisons C-Na (K.6. Par contre. La liaison entre R et MgX a un fort caractère covalent. les valeurs divergent. en particulier. pour ces composés. 6. s’il a un caractère fortement basique. MgX+. définie par le pKa. dans leurs réactions. ou Li en milieu polaire) qui ont un fort caractère ionique. par la nature des hybridations des deux premiers carbones qui les constituent. de la liaison CH à l’origine de sa formation.10) qui diffèrent.

aralkyl : imines R = OH : oxime R = NH2.87). N C C N C C anion issu d'un nitrile aliphatique R C O C H C O C H R = alkyl. par exemples. on peut donner la liste suivante selon l’ordre de stabilité décroissant : NO2 > RCO > COOR > SO2 > CN ≈ CONH2 > halogène Une stabilisation par délocalisation de la charge est aussi rencontrée lorsque le carbone chargé est conjugué avec une double liaison. et cette forme limite est prépondérante car elle est située sur l’élément le plus électronégatif (schéma 6.88). NR'. CN. comme dans le carbanion allylique.88 . Le terme « carbanion » devient alors discutable malgré une orientation des réactions avec les réactifs électrophiles vers le carbone plutôt que vers l’hétéroélément. NHR'. Dans ces cas. NR'. H2C C H CH2 H2C C H CH2 carbanion allylique Schéma 6.242 Chimie organique La plupart des carbanions sont mésomères car ils sont formés par déprotonation d’une liaison C-H (avec H acide) située en position α d’un ou plusieurs groupe(s) électroattracteur(s) ayant une double ou triple liaison à effet –I. les groupes qui avaient un effet électroattracteur –I deviennent pour certains –M en raison d’une délocalisation du doublet d’électrons du carbanion. Il y a stabilisation par résonance. aryl. Dans le carbanion résultant. aralkyl : cétones R = H : aldéhydes R = OR' : esters R = NH2.R" : hydrazones R = NH-CO-NH2 : carbazones forme limite prépondérante Schéma 6. NO2. CO. l’une des formes limites affecte la charge négative à un hétéroélément. ou une triple liaison (schéma 6. oxygène ou azote. COOR.R" : amides forme limite prépondérante (anion énolate) C N R C H R C N C H R = alkyl. NHR'. aryl.87 Parmi les groupes les plus classiques qui peuvent stabiliser un carbanion.

. ou d’une manière plus générale. le carbanion est fortement stabilisé par effet de champ. tous les carbanions dont le carbone chargé est lié à un système aromatique y compris hétérocyclique (schéma 6. C C C C C Schéma 6.89).90 Le cas particulier des ylures présentés au paragraphe 6. La charge positive de l’hétéroatome stabilise la charge négative du carbone. Dans ce cas.91). Entités réactives 243 C’est encore le cas des carbanions benzyliques dont la charge est délocalisée sur un noyau benzénique.90). mais on ne peut pas négliger le rôle de la résonance entre formes limites dans le cas des ylures de soufre et de phosphore (schéma 6.17 doit être évoqué ici dans la mesure où ces composés ont un carbone chargé négativement.89 La mésomérie intervient aussi dans le cas du carbanion cyclopentadiènyle qui possède un caractère aromatique.6. H C HC HC H CH CH base H C HC HC CH CH HC C H C CH CH HC HC H C C CH -H cyclopentadiène pKa (C-H) = 16 (réaction très facile) carbanion cyclopentadiènyle (caractère aromatique) Schéma 6. contrairement au cyclopentadiène (schéma 6.

3 – Structures Les difficultés pour « isoler » les carbanions ne permettent pas d’assurer totalement leur(s) structure(s). Pour les carbanions aliphatiques. s’inverse constamment selon le principe du « parapluie retourné » (schéma 6. les carbanions pontés dont la configuration est bloquée. elle correspondrait à celle d’un carbone hybridé « sp3 » dont une orbitale hybridée renfermerait un doublet d’électrons.91 6. également substitué. bien entendu.92 R1 R2 R3 R3 Cette structure ressemble à celle de l’azote dans les amines et a pu être observée pour le carbanion méthyle.92) sauf. Comme les amines tertiaires qui possèdent trois substituants différents. la configuration du carbanion. R1 C R2 R3 carbanion rappel: R1 C R2 R3 R1 N N R2 amine Schéma 6.244 Chimie organique N C S C P C ylure d'azote S C P C ylure de phosphore ylure de soufre Schéma 6. Les carbanions mésomères sont plans en raison du recouvrement de l’orbitale contenant le doublet d’électrons du carbone avec celles des électrons π des doubles liaisons conjuguées (schéma 6.13.93). .

il s’agit de : Additions sur les doubles liaisons carbonylées (§ 10.2.4) : aldolisation en milieu basique. une inversion. Perkin. les conditions expérimentales. et afin d’éviter des redites. Dans de nombreux cas. En raison de leur nombre.2) . une racémisation est possible.6c).4 – Réactions (généralités et réarrangements) Les carbanions sont des entités chimiques nucléophiles qui interviennent dans un très grand nombre de réactions. Dans le cas des carbanions mésomères. 6.6). halogénation des cétones (§ 8. une rétention ou.7). toutes ces réactions sont présentées dans les chapitres suivants. Knoevenagel. Dieckmann. Stobbe. Pour les plus importantes. le doublet d’électrons se trouve alors dans une orbitale hybridée « sp2 ». Entités réactives 245 C O C O C C structure de type sp2 C O C Schéma 6.13. selon les conditions expérimentales. ont une importance majeure pour l’orientation stéréochimique de la réaction. le plus souvent.93 Les carbanions dérivés d’alcènes par retrait d’un hydrogène à un carbone hybridé « sp2 » sont eux aussi plans et restent hybridés (figure 6.11 La stéréochimie des réactions dont les mécanismes s’effectuent via des carbanions sont complexes. carbonatations. Addition sur les doubles liaisons : réaction de Michael (§ 9. réactions de Claisen. réaction de Wittig (§ 10. la condensation benzoïnique (§ 10.6. et en particulier. la nature du solvant. R1 C R2 C R3 Figure 6.11) « sp2 » .

Avec le sodium et le potassium. Ce réarrangement entraîne une stabilisation par résonance du carbanion résultant.1.1e) Décarboxylations (§ 8. Un exemple est donné à partir d’un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6.95 .2) et éliminations nucléophiles (§ 11) Réarrangement de Favorskii des -halogéno cétones (§ 14. le taux de composés réarrangés augmente avec la température. un carbanion est formé.3-triphénylpropanoïque Schéma 6.94 Il est intéressant de remarquer que le choix du métal influe sur le taux de réarrangement. les réarrangements de carbanions sont rares surtout s’il s’agit de groupes alkyles. ou carbonaté par l’anhydride carbonique en sel d’acide 2. il existe quelques exemples de déplacement de groupes phényles.4.1. Un cas très particulier de réarrangement concerne des ylures.2.2-triphényléthane.NaOR Ph 1. Par contre. le groupe phényle est déplacé sans entraîner le doublet d’électrons qui le lie au carbone d’origine. Celui-ci se réarrange par déplacement d’un groupe méthyle pour donner une amine tertiaire (réarrangement de Stevens.LiX CH3 diméthyl-(1-phényl-éthyl)-amine Schéma 6. Dans ces cas.2-triphényléthane Ph Ph Ph C CH2 Na réarrangement Ph C Ph Ph CH2 Na CO2 Ph C Ph CO2 CH2 Ph Na carbanion stabilisé par résonance avec les groupes phényles sel de sodium de l'acide 2.246 Chimie organique Substitutions électrophiles (§ 8.NaCl Ph CH2 .2-triphénylchloroéthane C CH2 Cl Ph 2 Na Ph C .2.94) obtenu à partir du chlorure correspondant par action du sodium (réarrangement de Grovenstein-Zimmerman.1m) Couplages oxydatifs (§ 12. Il est très faible à une température peu élevée. 1957) qui se réarrange en carbanion 1.2.1-triphényléthyle (schéma 6. 1928). H3C H3C H3 C ion benzyl-triméthyl-ammonium H3C N CH2 Ph PhLi H3C X N Li CH Ph réarrangement H3C N H3C CH CH3 Ph . Na Ph ROH CH CH2 Ph .1.3-triphénylpropanoïque.2-triphényléthyle.2. les produits réarrangés prédominent tandis qu’avec le lithium.95). C’est le cas du carbanion 1.14) A l’inverse des carbocations. Lorsqu’il est traité par le phényllithium. lequel est protoné par un alcool pour donner le 1.1. Ph Ph Ph 2.

le dichlorocarbène est formé. Toutefois. Le carbanion trichlorométhyle peut aussi provenir de la décarboxylation de l’anion trichloroacétate. 6. le carbène est l’équivalent d’un diradical et il est dit dans l’état triplet. .14 Les carbènes Lorsqu’un carbone est substitué par deux hydrogènes (carbène nommé méthylène). donc plus stable. mais il se transforme très rapidement en état triplet. le chloroforme est soumis à l’action de la soude.96). libère un carbanion qui élimine ensuite un ion halogénure. qu’il est neutre. le carbène est dit dans l’état singulet (figure 6. ou par deux groupes. y compris des halogènes. sous l’action d’une base.12 Dans le cas du carbène « méthylène ». ils réagissent dans l’un ou l’autre état.(réaction rapide) puis. l’entité correspondante est un carbène. un haloforme (chloroforme.1 – Formations Il existe deux modes principaux de formation des carbènes. C H H H C H méthylène dans l'état triplet angle dièdre: 136° méthylène dans l'état singulet angle dièdre: 103° Figure 6. L’absence des deux électrons nécessaires pour satisfaire la règle de l’octet a pour conséquence un fort caractère électrophile de cette entité chimique. Si les deux électrons non liants ne sont pas appariés. ce qui correspond d’abord à une déprotonation avec formation d’un carbanion trichlorométhyle CCl3. sa vitesse de transformation en état triplet étant plus lente que celle de ses réactions à cause de son extrême activité d’électrophile. ou de t-butylate alcalin (schéma 6.6. Par exemple. suite à une nouvelle élimination d’un ion chlorure (selon un mécanisme de type 1. Il ne faut pas généraliser aux autres carbènes car selon leurs substituants et leur nature. bromoforme ou iodoforme). Au contraire.12). Entités réactives 247 6. il est dans l’état singulet au moment de sa formation. Dans le premier cas.4). et possède deux électrons non liants. s’ils sont appariés. en raison de la plus faible énergie de cette dernière par rapport à l’état singulet. il réagit le plus souvent dans l’état singulet. inférieure d’une trentaine de kJ mol-1.14. ainsi que leur mode de génération.1-E1cB § 11.

le diazométhane.97 + LiCl + RH CH Cl CHBr2F + RLi + LiCl + RH Dans le second cas. ou un diazoalcane est décomposé. et CO ou N2. .97).248 Chimie organique HO ou t-Bu-O Cl + Cl Cl chloroforme H2O C H Cl .98). CH2Cl2 + RLi CHCl Cl H R Li CHBrF Schéma 6.Cl Cl C Cl dichlorocarbène ou + Cl C t-BuOH Cl carbanion trichlorométhyle Cl Cl Cl C C O O ∆. selon le cas (schéma 6. plus spécifique du méthylène et de ses dérivés substitués par des groupes alkyles. par chauffage. Il en est de même du bromofluorocarbène qui est obtenu par la même réaction à partir du dibromofluorométhane (schéma 6.96 Le monochlorocarbène résulte de l’action d’un organolithien sur le chlorure de méthylène. − CO2 ion trichloroacétate Schéma 6. un cétène. en carbène.

Ils ont soit réagi avant. Une autre réaction importante est leur insertion dans une liaison C-H d’un alcane. avec les composés éthylèniques. Plusieurs mécanismes ont été proposés : l’un d’entre eux est donné dans le schéma 6. former des radicaux libres avec les alcanes.99. Ce réactif est appelé carbènoïde il réagit en particulier avec les composés éthylèniques (cyclopropanations).99 6. Cu ICH2ZnI + Cu carbènoïde réactif de Simmons-Smith C C ZnI + CH2I C C ZnI C CH2 + ZnI2 C CH2I Schéma 6. il faut ajouter le réactif de Simmons-Smith (diiodométhane + zinc en poudre + cuivre) qui permet de former ICH2ZnI. dont le comportement est équivalent au carbène « méthylène ». CH2I2 + Zn . s’avère une réaction inconnue car leur importante réactivité ne permet pas qu’ils se rencontrent. Leur dimérisation qui pourrait sembler possible en relation avec le couplage radicalaire.2 – Réactivité et stabilité La réaction principale des carbènes est leur addition aux doubles liaisons qui conduit.6.. Les carbènes peuvent aussi se réarranger.14.. Entités réactives 249 H C H cétène H C O hν H méthylène oxyde de carbone C + C O H C H diazométhane N N ∆. à des dérivés du cyclopropane (cyclopropanation).. hν ou CuCl H C H méthylène azote + N N R1 C R1 N N R1 ∆ ou hν R2 dialkylcarbène C + N N Schéma 6. soit attaqué une molécule de leur précurseur.98 À ces méthodes qui permettent l’accès à des carbènes. par .

la réactivité reste élevée.3-dihydro-1H-imidazole. sans doute l’entité chimique la plus réactive connue. elle diminue si l’hydrogène est remplacé par un brome. c’est pourquoi on utilise souvent le terme « transfert de carbène » dans les réactions utilisant un carbène ou un carbènoïde pour la synthèse de cyclopropanes à partir d’alcènes. Les dihalogénocarbènes sont relativement peu réactifs. C + C N N x2 Schéma 6. C N N HC CH Figure 6.100). apportant une gêne stérique et l’empêchant de réagir facilement. décrit au paragraphe 6. et dont la stabilité est liée à la présence de groupes volumineux adamantyles qui l’entourent. a pour conséquence un emploi difficile pour la préparation des cyclopropanes. l’addition sur un alcène est facilitée si ce dernier est substitué par des groupes électrodonneurs. des réactions secondaires sont possibles comme des réactions d’insertion (voir ci-après) ou la formation de molécule d’alcènes à partir de deux carbènes (plus particulièrement les alkylcarbènes). à l’abri de l’air et de l’humidité.14. Il faut savoir que dans beaucoup de réactions où un carbène est théoriquement produit à partir d’une méthode classique. il n’existe pas une certitude totale que le carbène comme entité libre soit présent à un moment de la réaction.13. Si un hydrogène du carbène méthylène est remplacé par un groupe ester. L’extrême réactivité du méthylène.1. En raison du caractère électrophile de la majorité des carbènes.13 6.250 Chimie organique exemple un diazoalcane. C’est le cas pour le carbène dont la formule est donnée dans la figure 6. de point de fusion supérieur à 200 °C. Il existe des carbènes tellement stables qu’ils forment des cristaux et peuvent être conservés. par contre. et rendue difficile par des substi- . On lui préfère le réactif de Simmons-Smith.2a – Additions sur les alcènes La plupart des carbènes y compris le méthylène s’additionnent aux doubles liaisons selon une cycloaddition 1 + 2 pour former des dérivés du cyclopropane. Les moins réactifs sont les halocarbènes. dérivé de 2. Toutefois. pour former un alcène qui semble être le résultat d’une dimérisation (schéma 6.14.100 C C + N2 Le plus réactif des carbènes est le carbène « méthylène ».

ou le carbènoïde.101. Avec un carbène de type R-C-R’. Avec cette même condition. deux racémiques (réaction 2). qui peuvent être considérés comme des diradicaux. Les carbènes sous forme singulet. en particulier. un mélange racémique dans la mesure où les quatre groupes de l’alcène conservent leurs positions respectives de l’alcène dans les composés finaux.102). l’addition d’un carbène ou carbénoïde substitué par deux groupes différents fournit avec un alcène dissymétrique. des conditions expérimentales et. l’addition se fait a priori en deux étapes avec formation intermédiaire d’un radical puis couplage intramoléculaire (schéma 6.6. Entités réactives 251 tuants électroattracteurs. ce qui explique le caractère non stéréospécifique de cette addition. de la méthode utilisée pour créer le carbène.101 (réaction 1)). s’additionnent de manière stéréospécifique sur les alcènes. et sur un alcène dissymétrique (schéma 6. selon un mécanisme qui ne nécessite qu’une seule étape (schéma 6. La prédominance d’un racémique sur l’autre dépend de la nature des groupes R4 et R5. réaction 1). L’addition d’un méthylène singulet ou de son équivalent « carbènoïde » sur un alcène symétrique fournit un seul composé « méso ». méthylène singulet R1 1) R2 C CH2 C R3 R4 R1 R2 R4 C H2 C C R3 R4 + R2 R1 C C H2 1 racémique R4 C + R3 R4 R4 R3 R1 R2 R1 C C R4 R3 + attaque par dessous le plan R5 C C R5 C R4 R1 2) R2 C C R5 R3 C R4 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 R2 + C C R4 C C C C + attaque par dessous le plan R4 R5 2 racémiques R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux Schéma 6.101 Dans le cas des carbènes sous forme triplet. forme prédominante lors de leur formation. La première étape permet une rotation autour de la liaison qui unit les deux carbones qui formaient la double liaison. . le nombre d’isomères devient très important.

R2 C R1 CH2 C R3 R4 R2 R1 C H2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2. pour former un carbanion qui se réarrange avant qu’une hydrolyse permette d’accèder à l’o-hydroxybenzaldéhyde ou salicylaldéhyde sous forme de phénate.103). la réaction s’oriente en para. Le méthylène réagit avec le benzène pour donner le norcaradiène instable qui se réarrange en cycloheptatriène (schéma 6. .103 Le phénate de sodium est attaqué en position ortho par le dichlorocarbène qui résulte de l’action de la soude sur le chloroforme. C’est la réaction de Reimer-Tiemann (schéma 6. H2C norcaradiène cycloheptatriène Schéma 6. Schéma 6. Lorsque les positions ortho sont occupées par des groupes alkyles.102 Ces résultats stéréochimiques ont été utilisés pour déterminer la forme singulet ou triplet de certains carbènes.104).252 Chimie organique méthylène triplet R1 C R2 CH2 C R3 R4 R1 C R2 CH2 C R R4 3 rotation autour de C-C H2 C R1 R2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2.

Cl N 1) Cl2C N pyrrole (sel) Cl 2) milieu fortement basique 3-chloro-pyridine H N CCl2 N CCl2 H 2 HO N CHCl2 .2 Cl .H2 O N CHO pyrrole-2-carboxaldéhyde (sel) Schéma 6. en formant selon la basicité du milieu réactionnel. Entités réactives 253 O C Cl O H C Cl O Cl C H phénate Cl Cl H Cl O H C O O . soit le pyrrole-2-carboxaldéhyde (réaction de ReimerTiemann.HCl Cl CH O H HO Cl CH Cl O salicylaldéhyde (sel) Schéma 6.104 Le pyrrole réagit avec le dichlorocarbène (schéma 6. 1876). Il est vraisemblable que ces réactions soient liées aux formes singulet et triplet du carbène.105).105 . milieu faiblement basique Cl C N Cl .6. puis élimination avec agrandissement de cycle). soit la 3-chloro-pyridine (addition.

2]pentane. Les dihalocarbènes ne font pas d’insertion.14.106. L’addition de deux méthylènes peut conduire à des composés bicycliques.14.254 6.107). Le propane fournit par cette réaction.2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane Le méthylène préparé par photolyse du diazométhane s’insère (plutôt sous forme singulet) dans une liaison C-H d’un alcane en allongeant une chaîne d’un carbone.2]pentane CH2 H2C H2C méthylène-cyclopropane Schéma 6. C H H2C (CH2N2. hν) C CH2 H CH4 H 2C CH3-CH3 H2C H2C CH3-CH2-CH3 CH3-CH2-CH2-CH3 et CH3-CH-CH3 CH3 Schéma 6.2b – Additions sur les alcynes et les allènes Chimie organique Les alcynes mono ou disubstitués par des groupes alkyles additionnent les carbènes (schéma 6. réaction 1) pour former des cyclopropènes. une ou deux molécules de carbène s’additionnent ce qui conduit à un méthylène-cyclopropane puis à un système bicyclique. R3 1) R1 C C R4 R3 C R4 si R1 et R2 = H R2 H2 C R3 H 2C C R4 composé allènique C R2 R1 C C dérivé du cyclopropène 2) H2C C allène H2 C C H2C CH2 H2C C CH2 C H2 spiro[2.106 6.107 . Les alcanes avec nC > 3 fournissent de nombreux isomères et la sélectivité de la réaction est inexistante (schéma 6. L’acétylène réagit en formant des dérivés du cyclopropène qui se réarrangent en allènes. un spiro[2. un mélange de n-butane et d’isobutane. Avec les allènes (réaction 2). Le méthane et l’éthane deviennent respectivement l’éthane et le propane (c’est une réaction d’homologation).

108). Dans la mesure où un carbène peut être considéré comme un diradical. réaction qui est plutôt liée à la forme « singulet ». Dans ce cas. le déplacement d’un hydrogène ou d’un groupe alkyle conduit à la formation d’une double liaison (schéma 6. lorsqu’il est sous forme triplet. possède un doublet d’électrons libre. Si un méthylène « triplet » attaque un alcane. H H C H triplet H CH3 H C H Cl CH3 H C H + H3C C H CH3 + H3C C H CH3 H3C C H Cl H C H singulet H3C C H Schéma 6.6.109). cette réaction est encore possible.109 La forme singulet permet pourtant cette réaction sur les halogénoalcanes. H R CH2 CH2 CH CH R CH2 CH2 CH C H H R O CH R C H C O Schéma 6.14.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes Les radicaux peuvent capter un atome d’hydrogène d’un alcane pour former un nouveau radical plus stable que celui de départ (§ 6. 6.15 Les nitrènes Les nitrènes sont des entités dans lesquelles l’azote lié à un seul hydrogène ou groupe.c). il se forme un radical méthyle et un radical alkyle.2d – Réarrangements 255 Des réarrangements qui permettent de passer d’un carbène à un autre sont connus mais très rares.108 6.12. c’est l’halogène et non l’hydrogène qui est déplacé. la plus réactive (schéma 6.14. Entités réactives 6. Dans la plupart des cas.5. et un second doublet s’il est sous forme . C’est donc une réaction compétitive avec l’insertion dans les liaisons C-H.

110 -Y N Les vinylnitrènes sont formés par action de bases sur des dérivés de type imine dans lesquels l’azote est lié à un groupe partant (schéma 6.111 La décomposition par photolyse ou thermolyse des alkylazides et plus souvent des acylazides est une autre méthode de formation (schéma 6.110).1-élimination effectuée sur un composé R-NH-Y où Y est un groupe partant ou sortant (atome de chlore.. OTs. ou deux électrons célibataires s’il est sous forme triplet.111).1 – Formations Les nitrènes sont obtenus par une 1.15.112 .14). Les nitrènes sont des entités chimiques azotées équivalentes aux carbènes.112). H N Y base -H N Y Schéma 6. la déprotonation est suivie du départ d’un ion Y– et de la libération du nitrène (schéma 6. R N N N R N N N hν R ou ∆ N + N2 R = alkyl ou acyl Schéma 6.14 6. N C C Schéma 6.BH -Y Y = halogène. Y N B H C C .256 Chimie organique singulet. R N R N nitrène singulet nitrène triplet Figure 6. En présence d’une base. groupe tosyle…). à la fois dans leurs préparations et leurs réactions (figure 6.

Dans la plupart des cas. .116 (réaction 1). sous l’effet de réducteurs puissants comme les phosphites d’alkyles. et des réarrangements.1-diacylaminonitrènes (schéma 6. Ar N C O hν Ar N + C O Schéma 6.114). 6.1-diacylhydrazines sont oxydées par le tétracétate de plomb dans le chlorure de méthylène en 1. O R-C N R-C O IV NH2 + Pb (OAc)4 O R-C CH2Cl2 R-C O Schéma 6.2 – Réactions On compte parmi les réactions des nitrènes.113). l’alcène et l’azide sont soumis à une photolyse. fournissent des arylnitrènes (schéma 6. des dimérisations et des déplacements d’atomes d’hydrogène de liaison C-H d’alcanes. équivalents des cyclopropanes obtenus par la même réaction avec les carbènes.115 N N + PbII(OAc)2 + 2 CH3COOH 6. les nitrènes s’additionnent aux alcènes en formant des aziridines. et avec des résultats stéréochimiques de même nature. Seule. les arylisocyanates sont décomposés en arylnitrènes et oxyde de carbone par photolyse (schéma 6.114 Les 1. Ar Ar N O N O + P(OR)3 Ar Ar N N + O + 2O P(OR)3 P(OR)3 + 2 P(OR)3 O Schéma 6. Le nitrène aussitôt formé par décomposition de l’azide s’additionne sur l’alcène. l’addition cis d’un nitrène singulet est figurée dans le schéma 6.15.2a – Additions Comme les carbènes.113 Enfin.15.6. le nitrène triplet conduit à de nombreux isomères.115). des insertions dans les liaisons C-H. des additions sur les doubles et triples liaisons. Entités réactives 257 Les composés arylnitrosés et nitrés.

N2 C C Schéma 6. et acrylonitrile pour former des dérivés de N-aminoaziridines (schéma 6. R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C C H CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine Schéma 6.3 de l’azide sans passage par un nitrène) qui se décompose en aziridine par élimination d’une molécule d’azote (réaction 2). l’addition du nitrène est favorisée.117 .116 Un autre mécanisme peut aussi être envisagé via la formation intermédiaire d’une triazoline (par une cycloaddition 1.258 Chimie organique R N R1 C 1) R2 C R4 R2 N R R3 R2 C R1 R1 C R N C R4 R4 C N R dérivés d'aziridine (racémique) R3 et R3 R N R 2) N C N C N R N C N N C hν .117). Les N-aminonitrènes formés in situ à partir des hydrazines 1. Dans le cas des acylnitrènes. Ces aminonitrènes s’additionnent aussi sur les triples liaisons avec production de 1-amino-2-azirines instables qui se réarrangent en 3-amino-1-azirines.1-disubstituées s’additionnent sur les alcènes activés et plus particulièrement les acrylates.

carbamates Peu d’exemples d’insertions d’alkylnitrènes existent car si elles ont lieu.120 Le diimide. elle sont suivies de réarrangements.119).119 6.2b – Insertion dans une liaison C-H 259 Les acylnitrènes R-CO-N avec (R = alkyl. Par exemple. le carbazole est préparé à partir du 2azidobiphényle par photolyse (schéma 6.6.120).2c – Dimérisation Cette réaction qui est très spécifique des arylnitrènes conduit à des composés azoïques (schéma 6. 2 Ar N Ar N N Ar Schéma 6. amides Z = OR'.15. aryl ou OR’) sous forme singulet s’insèrent très facilement dans les liaisons C-H des alcanes avec une préférence pour les carbones tertiaires. N3 2-azidobiphényle hν .118). Entités réactives 6. O C N Z R1 H R2 R3 R1 O C N Z H Schéma 6.N2 insertion N H NH carbazole Schéma 6. . Cette réaction a été utilisée assez souvent en chimie hétérocyclique pour synthétiser des composés polycycliques azotés. HN=NH composé instable qui se décompose en azote et hydrogène (utilisé comme réducteur des alcènes) est le résultat d’une oxydation de l’hydrazine H2N-NH2.15. Le mécanisme est identique à celui des carbènes.118 R2 R3 Z = alkyl ou aryl. L’insertion dans la liaison C-H d’un carbone chiral s’effectue avec rétention de configuration (schéma 6. Il peut aussi être formé par dimérisation du nitrène NH.

H C N C NH nitrène Schéma 6. Ce réarrangement peut même cacher l’existence d’un nitrène dans une réaction (schéma 6.122).15.15. R1 R N + H C R2 R3 R N H + C R1 R2 R3 radical stable Schéma 6. R1 1) R2 R3 alkylazide R1 C N N N .121 6.N2 R2 R3 réarrangement du nitrène R2 C N R2 C N R1 N-alkyl imine .2d – Échange d’atome d’hydrogène avec un alcane Chimie organique Comme les carbènes sous forme triplet. les nitrènes sont susceptibles d’extraire un radical H• d’un alcane pour former deux radicaux. Cette réaction s’effectue via un nitrène et un réarrangement.121). Il est vraisemblable que certains agrandissements de cycle se font via des nitrènes qui se réarrangent (réaction 2). la migration d’un ion hydrure vers l’azote puis création d’une double liaison d’une fonction imine est très rapide. souvent plus rapide que les réactions d’additions ou d’insertion. méthylène ou méthyle. réaction 1). équivalents à des diradicaux.260 6.123.122 imine La pyrolyse des azides tertiaires conduit le plus souvent à des imines N-substituées si les groupes substituants de Cα sont des groupes alkyles (schéma 6.2e – Réarrangements Lorsqu’un nitrène possède en position α de l’azote un groupe méthyne. Le radical alkyle ainsi formé doit être stable (tertiaire ou secondaire) (schéma 6.

ou d’hydrazides.N2 N et H3C N Schéma 6. de Lossen. Toutefois. peut aussi être proposé (réaction 2). Sous l’action d’un hypobromite alcalin (Br2 + solution de NaOH. . Un second mécanisme. Par élimination d’un ion bromure. des mécanismes concertés ont aussi été proposés qui ne font pas apparaître de nitrènes : de nombreux auteurs les considèrent plus vraisemblables. Entités réactives 261 CH3 N3 2) CH3 .123 Le réarrangement des acylnitrènes est l’un des mécanismes retenus pour expliquer des réactions très importantes en synthèse comme les réarrangements d’Hofmann. il se forme d’abord un N-bromoamide qui perd un proton sous l’action de la base. de Curtius.CO2 RNH2 amine primaire Schéma 6. à des amines en Cn-1 ou leurs dérivés. Son réarrangement fournit un isocyanate. concerté.6.124 C’est la conversion d’un amide primaire (résultat de l’action de l’ammoniac sur un ester) en amine primaire (schéma 6. dérivés d’acides en Cn.125) réaction 1). qui permettent l’accès respectivement à partir d’amides. par exemple). L’isocyanate additionne ensuite une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle en fournissant l’amine. de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques. -Réarrangement d’Hofmann (1881) R-CO-NH2 amide primaire BrONa Br2 + NaOH hypobromite de sodium R-N=C=O isocyanate H2O RNHCOOH acide carbamique .124). un acylnitrène peut alors être formé ((schéma 6.

qui. instable.CO2 R-NH2 acide carbamique instable Schéma 6. . En présence d’un alcool.Br O C N R isocyanate O C N R Hydrolyse de l'isocyanate H O R N C O R N H H O C O R H H N H O C O . est immédiatement transformé en carbamate stable (contrairement à l’acide carbamique.125 Une variante de cette réaction consiste à traiter l’amide par le tétracétate de plomb dans un solvant aprotique anhydre ce qui produit l’isocyanate (hypothèse privilégiée : passage par un acylnitrène selon le mécanisme (1) du schéma 6.Br R C N réarrangement de l'acylnitrène O R N C O 2) Selon un mécanisme concerté R C N Br O .262 Chimie organique Formation du N-bromoamidate R R Br2 + NaOH C C O (BrONa) HN H2N Br Formation de l'isocyanate 1) via un nitrène R O HO N Br N-bromoamidate C O R C N Br O .125).126). se décarboxyle pour se transformer en amine. sitôt formé. l’isocyanate. RNHCOOH. RNH2) (schéma 6.

et parfois.Réarrangement de Lossen (1872) R-CO-Y + NH2OH Y = OR" hydroxylamine ou un halogène R-CO-NH-O-H acide hydroxamique R'-CO-Cl + HO-NH-CO-R chlorure d'acide acide hydroxamique .BH R'COO + RN=C=O isocyanate H2O RNHCOOH . Entités réactives 263 R-CO-NH2 + Pb(OAc)4 amide primaire R-CO-N + Pb(OAc)2 + 2 AcOH R N C O ROH R-NH-COOR carbamate isocyanate Schéma 6. Comme dans le réarrangement d’Hofmann. Leur acylation peut être effectuée par réaction avec un chlorure d’acide.127 Les isocyanates peuvent être produits à partir de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques par simple chauffage (schéma 6.6. Le mécanisme du réarrangement de Lossen a des points communs avec celui du réarrangement d’Hofmann. en présence d’une base.128). La première consiste en un réarrangement qui s’accompagne de l’élimination d’ion carboxylate (réaction 1).126 .CO2 acide carbamique RNH2 amine primaire Schéma 6. Les acides hydroxamiques sont facilement préparés par action d’un chlorure d’acide ou d’un ester sur l’hydroxylamine. ∆ . la seconde débute par l’élimination de cet ion ce qui conduit à un acylnitrène. Son réarrangement fournit l’isocyanate (réaction 2).127). . Il existe deux possibilités d’accès à l’isocyanate (schéma 6. l’isocyanate additionne une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle pour produire une amine primaire.HCl R'-CO-O-NH-CO-R dérivé O-acylé d'acide hydroxamique R'-CO-O-NH-CO-R B.

128 La formation d’amine peut être le résultat de l’action d’un acide minéral sur un acide hydroxamique. Un nitrène intermédiaire a été proposé (schéma 6.129).H2O R C O Schéma 6.130 .R'-CO-O C C base 1) O O OU acide hydroxamique O-acylé R N C O H2O RNH2 R 2) C O N O CO R' .Réarrangement de Curtius (1890) Formation d'un acylazide RCO2R' + NH2NH2. H N O-H H C O H H N O-H .R'-CO-O R C O N nitrène Schéma 6. H2O ester hydrate d'hydrazine RCONHNH2 + R'OH acylhydrazine ou hydrazide RCON3 acylazide RCON3 + 2 H 2O + NaCl + H 2O RCONHNH2 + NO2H RCOCl + NaN3 Transformation de l'acylazide en isocyanate et azote RCON3 R N=C=O + isocyanate N2 Réaction de l'isocyanate avec l'eau et décarboxylation de l'acide carbamique en amine primaire RNH2 + CO2 RNHCOOH RN=C=O + H O 2 acide carbamique amine primaire Schéma 6.264 Chimie organique R H R N O CO R' ∆ N O CO R' .129 H N C O -H R C O N R N C O R R .

comme dans le réarrangement de Lossen : le passage par un acylnitrène (schéma 6.6. soit par l’action de l’acide nitreux sur une acylhydrazine (ou hydrazide) dont le mécanisme est donné dans le schéma 6. 2 HONO acide nitreux ONO-NO + H2O R R C HN H2N acylhydrazine ou hydrazide R O C ONO-NO . L’acylazide résonne entre trois formules limites. Entités réactives 265 Ce réarrangement s’effectue à partir d’un acylazide (schéma 6. ou un mécanisme concerté (mécanisme 2 : ce dernier est considéré comme le plus probable).NO2 H HN N N O H O -H H R C O HN N N O H C O HN N N O R C HN N N O H H . mécanisme 1). Deux mécanismes peuvent être envisagés. peut être obtenu.131. aussitôt libéré de son sel alcalin par addition d’un acide. chauffé en milieu anhydre. dans un solvant aprotique inactif. en un trioxyde d’azote. est réarrangé en isocyanate.H2O H N N N O R C O -H N N N R C O N N N acylazide R C O R C N N N O Schéma 6. On peut remarquer que ce n’est pas l’acide nitreux lui-même qui réagit sur l’acylhydrazine dans la préparation de l’acylazide par cette voie. .131 L’acylazide. soit à partir d’un azidure alcalin par action d’un chlorure d’acide. Un acylazide.130).132. car il se transforme.

133 . il se décarboxyle pour libérer une amine primaire. Dans quelques cas.N' disubstitué de l'urée ou acylnitrène isocyanate R'OH 2) R C O (mécanisme concerté) N N N . En effet. surtout s’il est aliphatique.133). certains isocyanates aromatiques réagissent plus lentement avec l’eau qu’avec une amine primaire. laquelle peut réagir sur l’isocyanate encore présent dans le milieu pour fournir un dérivé de l’urée.CO2 O isocyanate protoné RNH3 Schéma 6. 1924.H 2O H R C O azide protoné N N N N R C O N N N R H N C + N2 H N C O O H 2O H R N C OH H . la réaction a lieu en présence d’acide de Lewis. (schéma 6. l’isocyanate est assez rapidement transformé en acide carbamique correspondant par addition d’une molécule d’eau.N2 R R C O N N C O H2 O R'NH2 R-NH2 amine primaire R-NH-CO-NH-R' dérivé N. Une autre réaction qui se fait via un acylazide et donnée ici à titre indicatif est la réaction de Schmidt. c’est un carbamate qui est produit. Si la réaction est faite dans un alcool.266 Chimie organique 1) R C O N N N . NaN3 + H HN3 acide azothydrique (composé gazeux très toxique) + Na R C O H R C O R N N OH + HN3 H H . L’acide carbamique est instable.132 R-NH-COOR' un carbamate Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau.N2 R N C O Schéma 6. Elle s’effectue directement à partir des acides libres (ou d’aldéhydes ou de cétones) par action d’acide azothydrique en présence d’acide sulfurique via un acylazide protoné (comme dans le réarrangement de Curtius) mais elle ne semble pas faire intervenir d’acylnitrène.

Cette configuration électronique permet des réactions dites de cycloadditions de ces dipoles.N2 N C R2 R1 N C R2 H C O aldéhyde R1 H 2O N C R2 H N C R -H N C R nitrile H O H -H N C C O R2 amide R Schéma 6. Par contre.H2 O N N C R1 R1 R2 R1 HN O H R2 tautomérie R2 H R1 C OH R2 N HN3 N R1 C OH H R2 R1 . sur des doubles liaisons présentes dans les composés dipolarophiles.3-dipolaires ou dipoles-1. si le groupe alkyle est volumineux.16 Les composés 1. Entités réactives 267 Les réactions avec les cétones et aldéhydes conduisent respectivement à des amides et des nitriles.134) : N R1 C O cétone N . et « c ».3. Le mécanisme est alors le suivant (schéma 6. des dipoles-1.3 Certains composés neutres. c’est le groupe aryle qui migre.135. appelées cycloadditions [2 + 3].135 .134 Dans le cas d’alkylarylcétones qui ont un groupe alkyle peu volumineux. b a c N N C N N C Schéma 6.6. avec un exemple. 6. un sextet d’électrons sur sa couche externe. comportent dans leur structure un groupement de trois atomes « a-b-c » dans lequel l’atome « a » a un octet dont au moins une paire d’électrons libres. c’est alors lui qui migre. réaction de la forme générale indiquée dans le schéma 6.

C’est ce dernier qui est indiqué pour désigner le type d’ylure. l’acide sulfureux. La double liaison présente dans une forme limite de ces ylures.17 Les ylures Les ylures (schéma 6. est constituée d’une liaison σ et d’une liaison π. pour les plus connus. R-SO2-R’. elle correspond au recouvrement d’une orbitale « p » du carbone (ou de l’oxygène pour >S=O) et d’une orbitale « d » vide de l’hétéroélément. P C ylure de phosphore P C S C ylure de soufre S C N C ylure d'azote réaction de Wittig R1 C O R2 + Ph Ph Ph P C R3 R4 Schéma 6.136) sont des composés non chargés mais dont la structure permet de les représenter comme des dipoles-1. de soufre. les sulfoxydes. Ce type de liaison « π » est appelé liaison pπ-dπ. contrairement au carbone éthylènique qui fait passer le carbone d’un tétraèdre à un système trigonal. ylure de phosphore. « cycloadditions [2 + 3] ».268 Chimie organique Cette réaction permet la synthèse de nombreux hétérocycles à 5 chaînons. RS=O(OH)2. (R)(R’)S=O. et dans certains autres composés. ou les sulfones.136 R1 C R2 C R3 R4 Ph + Ph Ph P O .3 et leurs réactions de cycloadditions sont présentés au paragraphe 9. C’est donc le carbone qui fournit les électrons de liaison π dans les ylures.2 dont l’atome chargé négativement est le carbone. 6. Il en existe aussi d’arsenic et de sélénium. Cette écriture résulte en fait de la résonance de ces composés avec la forme limite présentant une double liaison entre le carbone et l’hétéroélément.8. Ces dipôles-1. Cette dernière présente une particularité par rapport à celles plus classiques des oléfines : en effet. R3P=O. et l’atome chargé positivement un hétéroatome. sauf pour les ylures d’azote. Le carbone garde une structure tétraèdrique (trois liaisons + un doublet) dans ce type de liaison. d’azote. comme les oxydes de phosphines.

sont les plus stables. dérivés de méthylènephosphorane.137 Les ylures de phosphore ou d’azote résultent de l’action d’une base forte comme le phényllithium ou le butyllithium sur des sels quaternaires. en particulier.138. sous azote.137) en faible quantité. Ph3P=CH2). Cl N + CH3Cl Me N Me chlorure de tétraméthylammonium ylure d'azote Schéma 6.6.138 . toutes les réactions avec ces composés sont effectuées sous atmosphère inerte. un composé éthylènique. Entités réactives 269 Les ylures de phosphore. Ph Ph Ph triphénylphosphine Ph P + CH3Br Ph sel de phosphonium Ph P P CH3. Br diéthyl éther Ph Ph ou THF Me PhLi Ph C H + PhH + LiBr H méthylènetriphénylphosphorane Me Me Me triméthylamine Me Me . (le plus souvent le triphénylméthylènephosphorane. Ph Ph Ph P O Ph Ph Ph P C R R O2 R C R O Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph P O + R R P O + O C R R R P C R R C C R Schém 6. ou une cétone si l’oxygène est en excès. en formant un alcène symétrique. comme dans les exemples du schéma 6.LiCl Me Me Me N C H H CH2Li . Cl PhH + diéthyl éther ou THF PhLi Me N Me . dans la réaction de Wittig (§ 10.7) qui permet de former avec une cétone. par exemple. Dans la mesure où ils réagissent avec l’oxygène (schéma 6. Ils interviennent.

270 Chimie organique La plupart des ylures sont formés in situ. c’est le cas des ylures de phosphore non stabilisés (ayant sur le carbone chargé négativement un substituant qui ne stabilise pas la charge. l’ylure est dit stabilisé : dans le cas des ylures de triphénylphosphonium. comme un groupe phényle). si le carbone chargé est substitué par des groupes qui stabilisent sa charge comme un groupe ester. un groupe alkyle) ou semi-stabilisés (avec un substituant sur le carbone chargé qui apporte une faible stabilisation. les semi-stabilisés sont peu sélectifs et les ylures stabilisés forment préférentiellement des éthylèniques trans. La stabilité de ces ylures joue un rôle important dans la stéréosélectivité de la réaction de Wittig : Les ylures non stabilisés conduisent à des composés éthylèniques cis. Ph3P=CHCO2R en est un exemple. . Il peut être stocké. par exemple. En revanche.

Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Chapitre 10 .SECONDE PARTIE : LES GRANDS MÉCANISMES RÉACTIONNELS Chapitre 7 .Les réactions d’élimination Chapitre 12 .Les réarrangements .Les réactions de substitution Chapitre 9 . imine et nitrile Chapitre 11 .Généralités Chapitre 8 .Les réactions d’oxydation Chapitre 13 .Les réactions de réduction Chapitre 14 .

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..................... 281 7.....3 – Catalyse acide ou basique générale ....3.................................... 274 7........................... 280 7... 279 7...............3. 285 ................ 277 7......... 285 7..................2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction ............................................................4 La théorie de Lewis des acides et des bases ........................................................................................5 – Les ultrasons .................................1 Aspects thermodynamiques d’une réaction ................Chapitre 7 Généralités Sommaire : 7.........................3...3 Catalyse et catalyseurs .1 – Généralités ............ 276 7..............2 – Catalyse acide ou basique spécifique .............................4 – Catalyse par transfert de phase .....................3......................3...................... 277 7..............................................

on peut dénombrer de nombreuses variations dans le système chimique. Les variations d’enthalpie et d’entropie définissent la variation d’énergie libre G entre réactifs mis en réaction et produits finaux selon l’équation : G= H–T S Si ∆G est négatif. plus ∆S est élevé.les réductions (chapitre 13) f. électrophiles ou radicalaires. elles aussi. ∆S est très faible par rapport à ∆H. Il faut y ajouter les variations dans les énergies de résonance s’il y a lieu. un apport d’énergie est nécessaire (appelée énergie libre d’activation). et c’est donc la variation d’enthalpie qui permet de savoir si une réaction est spontanée ou non. Dans la plupart des réactions.les additions sur les doubles et triples liaisons carbone-carbone (chapitre 9) ou carbone-hétéroatome (chapitre 10) qui peuvent être. La variation d’enthalpie peut être calculée par différences de la somme des énergies obtenues en totalisant. Il y a d’abord celles qui sont liées aux énergies de liaisons. les liaisons formées dans les produits finaux de la réaction. b.les réarrangements (chapitre 14) avec migration d’un atome ou d’un groupe d’un site d’une molécule à un autre site. et dont l’ensemble correspond à H. variation d’entropie. Par exemple. aux effets de solvatation dus aux interactions des réactants avec le solvant utilisé. variation d’enthalpie. c.4).les substitutions (chapitre 8) qui peuvent être nucléophiles. d’une part. D’autres variations sont regroupées sous le terme. S. Plus le système est désordonné. radicalaires (migrations avec un seul électron) ou plus rarement électrophiles (migrations sans déplacement d’électrons). Ces réarrangements peuvent être nucléophiles (déplacements entraînant un doublet d’électrons). l’enthalpie diminue tandis que l’entropie augmente.1 Aspects thermodynamiques d’une réaction Entre le moment où les réactifs entrent en réaction et celui où les produits finaux sont formés. nucléophiles. particulièrement ceux faisant intervenir des carbocations.11. et enfin les énergies résultant de la solvatation des molécules.274 Les types de réactions les plus classiques sont : Chimie organique a. c’est la condition nécessaire mais pas obligatoirement suffisante pour que la réaction s’effectue sans apport d’énergie. électrophiles ou radicalaires.les oxydations (chapitre 12) e. Durant une réaction. et d’autre part. Il se réfère à l’ordre ou au désordre moléculaire dans le système chimique. ont été présentés lors de l’étude des entités chimiques réactives (§ 6.les -éliminations (chapitre 11) d. les liaisons brisées dans le ou les produits de départs (réactifs). elle est a priori spontanée. Il faut y ajouter les additions péricycliques. si cette valeur est positive. Par contre. et à la mésomérie si elle existe. 7. celles liées aux différences de tension dans les cycles. . c’est le cas des réactions pour lesquelles le nombre de molécules de réactifs est égal au nombre de molécules de produits finaux. Certains d’entre eux.

Le terme T∆S qui intervient dans ∆G augmente considérablement tandis que ∆H est totalement indépendant de la température T. – les réactions de cyclisations de composés acycliques. Elle équivaut à la somme de ∆G + ∆G‡f . un composé gazeux a une entropie supérieure à celle qu’il a en solution dans un solvant. Dans la mesure où la réaction inverse est possible (réaction réversible). La cyclisation diminue la « liberté conformationnelle » que possèdait une molécule acyclique. état de transition énergie libre ∆G‡ f A+B ∆G progression de la réaction ∆G‡ r C+D (réaction sans intermédiaire) ∆G‡ f ∆G‡ r = énergie libre d'activation pour la réaction A + B = énergie libre d'activation pour la réaction C + D C+D A+B Figure 7. la réaction s’effectue sans intermédiaire et les produits finaux C + D ont une énergie libre plus faible que celle des réactifs A + B. Relativement. . Ce dernier a une structure géométrique ainsi qu’une répartition des charges fixées. Dans le cas présenté. mais il est nécessaire qu’un apport d’énergie permette qu’elle se déclenche. Généralités La variation d’entropie ∆S a un rôle important dans les cas suivants : 275 – un seul réactif fournit plusieurs produits finaux (les possibilités de positionnement dans l’espace de plusieurs molécules sont plus importants qu’avec un seul type moléculaire). Ce point correspond à l’état de transition de la réaction et définit le passage via un complexe activé.1 décrit la courbe d’énergie libre d’une réaction A + B C + D en fonction du temps.1 La figure 7. La progression de la réaction à partir des réactifs atteint le point culminant de la courbe avant de fournir les produits de la réaction.7. ∆G‡r représente l’énergie libre d’activation de cette réaction. c’est l’énergie libre d’activation de formation G‡f. mais il n’a pas d’existence réelle. La valeur du ∆G de la réaction est négative. – les réactions faisant intervenir des gaz ou des liquides ont des entropies importantes par rapport à celles effectuées avec des solides. – les réactions à hautes températures.

.2 qui est le moins stable et qui se forme très rapidement car ∆G‡1. l’équilibre conduisant à l’addition-1. 7.4 ou 1. la réaction est équilibrée et il se forme un carbocation intermédiaire mésomère qui peut additionner l’ion chlorure de deux façons (figure 7. Le composé qui correspond à l’addition-1.4 est très rapidement atteint et c’est le composé le plus stable qui prédomine (contrôle thermodynamique).2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction Lorsque le chlorure d’hydrogène est ajouté au butadiène (figure 7.2 Par exemple.3).3). mais à température peu élevée. À haute température. carbanion. ce qui correspond à une addition-1. il y a plusieurs états de transition.4 est le plus stable thermodynamiquement avec le ∆G0 le plus faible.2).276 Chimie organique Dans le cas de réactions avec intermédiaires (entités réactives). ou radical). il se forme très lentement (∆G‡1. La partie de la courbe la plus basse entre deux états de transitions correspond à la présence pendant une durée très courte de l’intermédiaire (carbocation. états de transition états de transition ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ 2 2 ∆G‡ ∆G‡ 1 A +B ∆G 1 A +B C+D ∆G C+D 2 intermédiaire 1 ∆G‡ 1 ∆G‡ 2 ∆G‡ intermédiaire = énergie libre d'activation de formation de l'intermédiaire = énergie libre d'activation de formation des produits finaux à partir de l'intermédiaire = énergie libre d'activation totale de la réaction Figure 7.2. contrairement au composé résultant de l’addition-1.2 est le plus faible (contrôle cinétique). une réaction avec un intermédiaire correspondra aux courbes 1 ou 2 de la figure 7.2 de HCl.4 > ∆G‡1.

2 1.4 Figure 7.3 Catalyse et catalyseurs 7. sa formation est alors à la fois sous contrôles thermodynamique et cinétique.2 ∆G‡ 1.2 Cl (contrôle cinétique) Cl addition 1.3 Lorsqu’il y a contrôle cinétique d’une réaction équilibrée et susceptible de produire deux composés de stabilités différentes. . et il a effectué une catalyse de cette réaction.4 addition 1.4 vitesse de formation du composé d'addition 1.3. Inversement. sans transformation. le pourcentage des deux composés issus de la réaction est fonction de la stabilité thermodynamique de chaque composé. Généralités 277 Cl Cl +H intermédiaire addition 1. lorsqu’il y a contrôle thermodynamique de la réaction. Le composé prépondérant étant le plus stable des deux susceptibles de se former.2 < ∆G‡ 1.4 composé le plus stable Cl addition 1. le composé le plus stable peut aussi être celui qui se forme le plus vite .2 > vitesse de formation du composé d'addition 1. le pourcentage de ces deux composés dans le mélange final ne dépend pas de la stabilité thermodynamique de chacun de ces composés mais de la rapidité à laquelle ils se forment dans les conditions expérimentales de la réaction. Dans certains cas. dans la plupart des cas.7. Le rendement de la réaction est inchangé avec ou sans catalyseur. 7. en fin de réaction.4 (contrôle thermodynamique énergie libre d'activation ∆G‡ composé le moins stable Cl ∆G‡ 1. et qu’il est encore présent.1 – Généralités Lorsqu’une réaction a seulement sa vitesse augmentée par addition d’un composé en quantité très inférieure à sa stœchiométrie. le composé ainsi ajouté est un catalyseur.

par contre. le ruthénium. Ce sont. effectuée bien souvent par simple filtration et lavage (attention : certains catalyseurs comme le nickel de Raney s’enflamment à sec au contact de l’air et doivent être conservés sous un liquide. on l’inhibe partiellement en lui ajoutant un inhibiteur choisi spécifiquement comme dans le palladium de Lindlar (Pd déposé sur CaCO3 + inhibiteur PbO). En raison du coût souvent élevé de ces catalyseurs. l’éthylate de sodium en solution dans l’éthanol absolu dans les alkylations de composés carbonylés via des carbanions). Les catalyseurs sont très souvent spécifiques d’une réaction. La catalyse est homogène lorsque les réactants et le catalyseur sont tous présents dans une seule phase. pour réduire les triples liaisons sans affecter les doubles liaisons présentes dans une même molécule. Dans certains cas. PbO. Une propriété intéressante de la catalyse hétérogène est la facilité de la récupération du catalyseur en fin de réaction. La catalyse est hétérogène lorsque le catalyseur est. Il existe des poisons des catalyseurs (inhibiteurs). et ne réduit que les doubles ou triples liaisons conjuguées et non les autres. Par exemple. ou des dérivés du plomb comme l’oxyde de plomb. si le catalyseur est trop actif et peut conduire à un mauvais contrôle de la réaction. Dans ce cas. le catalyseur est déposé sur une substance chimiquement inerte pour accroître la surface catalytique (palladium sur carbone ou sur carbonate de baryum). en solution dans un solvant. des gaz ou des liquides. par exemple. La catalyse n’agit pas sur G. cette opération est économique. Plus la surface est augmentée (on utilise pour cela des poudres très fines). en particulier. l’activité catalytique a lieu sur la surface du catalyseur. le chlorotris (triphénylphosphine)rhodium RhCl(Ph3P)3 catalyse en phase homogène l’hydrogénation des doubles liaisons éthylèniques d’une molécule sans réduire les doubles ou triples liaisons des groupes carbonylés. pour l’hydrogénation des alcènes. les bases comme la pyridine ou la triéthylamine. l’eau le plus souvent ou un alcool). Cela dépend des conditions expérimentales et de la loi d’action de masse (voir le cours de chimie générale). des nitriles. le rhodium…). le soufre et ses dérivés. Dans le cas d’une catalyse homogène. ou des groupes nitro présents. voire impossible. et les réactants. le catalyseur de Wilkinson. plus l’effet catalytique est important et plus la vitesse de la réaction est augmentée. C’est le cas pour le nickel de Raney qui est totalement inhibé par la présence de soufre dans le milieu réactionnel car il se fixe sur les sites actifs du catalyseur empêchant ainsi l’accès au composé à réduire. . l’équilibre n’est pas perturbé par la présence du catalyseur et les pourcentages des différents composés présents lorsque la réaction a atteint l’équilibre sont indépendants de la catalyse. de récupérer le catalyseur (souvent peu coûteux comme les alcoolates alcalins. comme dans la majorité des cas (par exemple. Dans certains cas. L’activité catalytique est réversible. catalyseur utilisé. le nickel de Raney. elle permet que la réaction évolue selon une nouvelle voie dans laquelle G‡ est plus faible que dans la réaction sans catalyseur et via un ou des intermédiaire(s) spécifique(s) et plus stable(s). Le pentacyanocobalt (II) agit aussi en phase homogène. il est très rare. Un catalyseur d’hydrogénation peut aussi catalyser la déshydrogénation. un solide minéral insoluble dans les solvants organiques (par exemple. le platine ou son oxyde.278 Chimie organique Si la réaction est réversible. les acides minéraux ou organiques) qui est perdu lors des manipulations nécessaires à l’isolement des produits finaux. en général.

les ions H3O+ sont capables de catalyser cette réaction.2 – Catalyse acide ou basique spécifique La catalyse acide spécifique est caractérisée par une augmentation de la vitesse de réaction en fonction de la concentration en ion SH+ dans un milieu où S représente le solvant. H2O + HA O R' R CH O R' acétal H3O + A O R C H + R' O H + H3O . au choix. 7. la vitesse de la réaction est donc : V = k[H3O+][RCH(OR’)2] La catalyse basique spécifique a pour caractéristique une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions S. les bases ou parfois les deux. Le catalyseur intervient donc directement dans le mécanisme réactionnel. le cation hydroxonium H3O+ catalyse la réaction et aucune autre entité acide.7. S + HA SH + A C’est le cas de la catalyse acide des acétals (schéma 7.3. Dans tous les cas. .1) où SH+ est représenté par H3O+. La diminution du pH favorise la réaction. Un exemple est la réaction de rétroaldolisation qui s’effectue en milieu basique dans l’eau (schéma 7.1 lent R C OR' H2O H + R' O H La catalyse acide spécifique est caractéristique de réactions dans lesquelles il y a d’abord une protonation rapide et réversible du substrat avant une étape lente qui conduit aux produits de la réaction.qui résultent du retrait d’un proton du solvant utilisé SH (HO. Dans le cas de la catalyse acide des acétals. C’est pourquoi sa catalyse est spécifique. ou catalyse acide (ou basique) générale. Généralités 279 Un nombre très important de réactions en chimie organique est catalysé par les acides.H2 O rapide O R' R CH O R' H Schéma 7. La catalyse acide ou basique en solution peut s’effectuer selon deux voies différentes appelées catalyse acide (ou basique) spécifique. il y a un transfert d’un proton entre le catalyseur et un réactif. et qui conduit finalement à un aldéhyde et deux molécules d’alcool.pour H2O). On en déduit que l’augmentation du pH conduit à une augmentation de la vitesse de la réaction. Le catalyseur spécifique est HO-. Pour l’eau comme solvant.2). L’acide ou les acides ajoutés n’agissent que sur l’équilibre qui fournit SH+. Seuls. seul.

Schéma 7. . O R' R C O R' O R' H A acide lent O R' R C O R' R C O R' O R' H2O rapide O R C O R' + R' O H vitesse = k H3O+ H3O+ RC(OEt)3 + k AH AH RC(OEt)3 + . C’est le cas de la bromation de la propanone en milieu basique et en présence d’ions acétates CH3COO. la concentration en ions S.3.3). Dans la catalyse basique générale. La déprotonation du substrat par HO.(schéma 7.ou une base B du milieu est une réaction lente qui détermine la vitesse globale de la réaction. une protonation lente du substrat est suivie d’une étape rapide (schéma 7. B’… ont un rôle aussi sur la vitesse de réaction.pour H2O) n’est pas le seul catalyseur actif.280 Chimie organique Base + H2O HO Me Me C C H2 H O O C Me ...3 – Catalyse acide ou basique générale La catalyse acide générale est caractérisée par une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions SH+.3 Dans cette catalyse. mais aussi des concentrations d’autres acides AH. Elle est suivie d’étapes rapides.4). C’est l’acide le plus fort qui est le meilleur catalyseur.2 La vitesse de cette réaction est v = k[HO-][Me2C(OH)CH2COMe] 7. D’autres bases présentes B.issus du solvant SH (HO. A’H… présents dans le milieu.H2 O rapide Me Me O C Base-H + HO O C C H2 Me lent Me C O Me propanone ou acétone O + C Me H2C énolate de propanone 4-hydroxy-4-méthyl-pentan-2-one Schéma 7.

BH ou H2O lent CH3 H2C C O CH3 . Ce sont des agents de transfert de phase. KCN est ionisé en ions CN. comme dans une gangue. Dans la première. en raison de la . Dans l’eau. RX est soluble Dans le cas de la réaction de substitution RX + CNdans les solvants organiques mais pas dans l’eau.Br rapide Br H2C C O 1-bromo-propan-2-one CH3 B = CH3COO V=k HO HO MeCOMe + kCH COO 3 CH3COO MeCOMe Schéma 7.3. eau et toluène) et d’y ajouter un catalyseur dont le rôle sera de permettre le passage du réactif contenu dans la phase aqueuse vers la phase organique afin que la réaction ait lieu. Il existe deux grandes classes de ce type de catalyseurs. et dans l’autre. on peut imaginer l’emploi de deux solvants non miscibles (comme l’huile et l’eau) contenant chacun un des deux réactifs. Depuis quelques décennies. mais dans certains cas. une technique catalytique est utilisée : c’est la catalyse par transfert de phase (CTP). si l’un des réactifs est insoluble dans l’eau ou les autres solvants polaires et que l’autre n’est au contraire soluble que dans l’eau. la réaction ne pourra à la rigueur s’effectuer que dans un solvant unique. une vitesse excessivement lente de la réaction. Généralités 281 B ou HO H H2 C C O propanone Br Br . et inversement pour KCN. on trouve les sels d’ammonium quaternaires et les sels de phosphonium. Elle consiste à solubiliser un des réactifs dans l’eau et l’autre dans un solvant organique non miscible (par exemple. de l’action des ultrasons. d’une part. L’expérience montre que dans la majorité des cas. de la catalyse par transfert de phase. et insoluble dans l’autre réactif si celui-ci est un liquide. avec agitation très puissante du mélange biphasique (par exemple : eau-toluène) pour qu’à l’interface il y ait collision des molécules des deux réactifs. de molécules d’eau).ne peut pas passer dans l’autre phase sans K +. les éthers-couronnes. 7. très peu dans un autre solvant. ce qui aura pour conséquence. Pour résoudre ce problème. R-CN+X-. mais dans lequel les concentrations des réactifs seront très faibles. il est important que les molécules de réactifs entrent en collision. Cette solvatation n’est pas possible dans une phase organique. cette technique donne de très mauvais résultats.4 Des techniques particulières permettent d’augmenter la vitesse des réactions : il s’agit.et K+ qui sont solvatés par l’eau (entourés.4 – Catalyse par transfert de phase Pour qu’une réaction s’effectue au mieux. En effet. cela devient difficile. et d’autre part.7. L’anion CN.

Les sels d’ammonium quaternaires N(R’)4+. Un autre exemple d’utilisation de cette catalyse est celui de l’oxydation d’oléfines ou d’alcools uniquement solubles dans les solvants organiques. X. et RX est solubilisé dans un solvant organique. lequel peut de nouveau passer l’interface et se retrouver dans l’eau.282 Chimie organique neutralité électrique des phases. CN A + RX réaction RCN + Cat . Trois équilibres A. CN-. Certains de ces sels sont si peu solubles dans l’eau que leur catalyse a lieu à l’interface (entre les deux phases liquides).6 . en présence de bromure de tétrabutylammonium. les deux phases sont mises en contact et le catalyseur est ajouté. Ph-CH2-OH Ph-CH=CH-Ph CH3(CH2)6-CH2OH CH3(CH2)5-CH=CH2 Ph-COOH PhCOOH CH3(CH2)6-COOH CH3(CH2)5COOH + HCOOH Schéma 7. CN-. La vitesse de ce cycle est donnée par la réaction qui consomme les réactifs car les équilibres sont atteints très rapidement. comme indiqués ci-après (schéma 7. Solvant organique Cat . X Cat = N (R')4 ou P(R')4 Schéma 7. et qui sont liés à la réaction de substitution qui s’effectue dans la phase organique. B. l’équilibre est déplacé vers la formation de Cat+. X. très solubles dans le solvant organique. En présence de KCN. et C sont alors établis. CN + Cat . et par contre. (n-Bu)4N+.6).(schéma 7. Les propriétés lipophiles (voir la note ci-après) du catalyseur lui permettent de passer alors l’interface pour aller dans la phase organique ce qui permet à la réaction de s’accomplir avec formation du nitrile RCN et d’un nouveau système Cat+X-. par le permanganate de potassium (soluble uniquement dans l’eau). Br. CN + K .possèdant des groupes alkyles assez volumineux comme n-butyles (lipophiles.5).ou de phosphonium P(R’)4+. qui contient RX.5 Le catalyseur désigné par Cat+ réagit réversiblement dans l’eau avec une molécule de KCN ionisée en formant Cat+. voir la note en bas de page) sont peu solvatés dans l’eau où ils sont très peu solubles. X B interface Eau Cat . en forte concentration par rapport à Cat+X-. C’est là qu’interviennent les agents de transfert de phase. lequel peut renouveler le cycle jusqu’à disparition des réactifs. Lorsque KCN est solubilisé dans l’eau.X C K .

on ajoute simplement ce dernier. l’aldéhyde est substitué. Par exemple. après solubilisation complète de l’échantillon traité. si on utilise le mélange de solvants non miscibles ou biphasique chlorure de méthylène /eau. Dans ce cas. Lorsque le nombre de carbones croît. au contraire passe dans la phase aqueuse. l’addition de permanganate conduit à une solution violette de la phase aqueuse tandis que la phase organique contenant RX reste incolore ce qui démontre l’insolubilité de l’oxydant dans la phase organique. Dans le cas du bromure de tétrabutylammonium. C’est le cas des alcools qui portent un groupe OH hydrophile.qui est transporté dans la phase organique par le catalyseur. c’est le cas du méthanol. le caractère lipophile l’emporte sur le caractère hydrophile et les alcools deviennent de moins en moins solubles dans l’eau. si on reprend l’exemple de l’oxydation d’un composé organique par le permanganate de potassium. les graisses). ou le toluène. solide. 283 Dans ces réactions. c’est-à-dire qui favorise la solubilisation dans l’eau (inverse de lipophile) par la création de liaisons hydrogènes avec l’eau. ils donc facilement solubilisés dans l’eau. Pour les alcools à faibles nombres de carbones. Généralités Note : bien que le terme lipophile soit plutôt spécifique de la biologie (composé qui se dissout dans les lipides. à l’interphase eau-solvant non polaire. le chloroforme.(schéma 7. le benzène (très rarement en raison de sa toxicité). afin d’atteindre l’équilibre. de l’éthanol. le caractère hydrophile est important et le caractère lipophile. Il est déterminé quantitativement (coefficient de partage eau-octanol) à partir du rapport des concentrations de ce composé déterminées dans chaque phase du mélange eau-octanol en volumes égaux. Cette technique de catalyse (CTP liquide-liquide) peut être utilisée pour soustraire un proton d’un substrat en solution dans un solvant organique par action de la soude dans l’eau. Le caractère lipophile des molécules est très important pour la recherche de médicaments. CH2Cl2 / H2O.7. plus la molécule devient soluble dans les solvants non polaires et par conséquent de moins en moins dans l’eau.7). I. car il permet de connaître leur capacité à traverser les zones lipidiques de l’organisme et donc d’atteindre un organe donné. composé qui démarre la réaction de substitution. et une longue agitation du mélange. Dans ce cas. etc. Par réaction avec un halogènure d’alkyle. MnO4-. et du propanol. les groupes butyles sont lipophiles et se maintiennent plus facilement du côté du solvant non polaire tandis que la « tête hydrophile » azote quaternaire et ion bromure. Les solvants organiques classiques pour cette technique sont le chlorure de méthylène. R1 H C CHO R2 RX HO . c’est la cas du butanol. c’est l’ion hydroxyle HO. un aldéhyde en solution dans le benzène est déprotoné par la soude dans l’eau en présence de (n-Bu)4N+. L’addition de l’agent de transfert de phase en très faible quantité a pour conséquence visible la coloration violette de la phase organique ce qui correspond à la formation de (n-Bu)4N+. Plus les chaînes carbonées sont importantes en nombre de carbones dans les molécules. (n-Bu)4 .7 R1 R C CHO R2 Une autre technique est la CTP-solide-liquide. faible.I Schéma 7. pentanol. dans le chlorure de méthylène contenant le composé à . son emploi peut être étendu en chimie pour désigner des molécules plus solubles dans les solvants peu ou non polaires que dans l’eau.

la coloration violette apparaît et la réaction d’oxydation débute. le sel constitué du « K+ -éther-couronne ».. par contre. Les solvants utilisés sont l’acétonitrile. Les atomes d’oxygène jouent le rôle de bases de Lewis (voir le paragraphe suivant) vis-à-vis des cations métalliques. agissent de manières différentes. Si KCN n’est pas soluble dans un solvant organique. ce qui permet les réactions. le catalyseur est appelé cryptand (parfois écrit avec un t à la place du d). Les équilibres indiqués pour la CTP-liquideliquide ont toujours lieu mais se font à l’interface du solide (KMnO4) lequel adsorbe les molécules de composé à oxyder à sa surface.4). Br-. poly-éthers cycliques. Le sel est d’abord mis en contact avec l’éther-couronne ce qui forme un complexe. assez volumineuses et qui ont la propriété de retenir dans leur cavité. O O K O O dicyclohexano-18-crown-6. le chlorure de méthylène ou le toluène. L’éther-couronne le plus utilisé est le dicyclohexano-18-crown-6 (figure 7. effet qui diminue leur activité chimique. Ethers-couronnes et cryptands sont des transporteurs de cations appartenant au groupe de composés appelés ionophores. CH3COO-. Les éthers-couronnes. si on ajoute une petite quantité de l’agent de transfert de phase. L’anion cyanure peut être remplacé par I-. Il n’y a plus besoin de deux solvants. par exemple) ce qui favorise ses réactions et les rend plus faciles que dans les conditions classiques à l’exception des réactions effectuées dans des solvants aprotiques dipolaires. K O O O N O O O Cryptofix (cryptant) Figure 7. solubles dans les solvants organiques. entre autres. Tous ces anions dont le cation est crypté forment des paires d’ions dans lesquels l’anion est beaucoup plus libre que dans les sels ordinaires (KCN.4 R O O + O N O M+ N M+ O O O (cryptate) O N .284 Chimie organique oxyder : aucune coloration du solvant n’apparaît et aucune réaction n’a lieu. Lorsque le cryptate n’est plus constitué d’un seul cycle mais de plusieurs. Par contre. comme le cryptofix â. F-. Cette technique évite l’emploi de l’eau et empêche la solvatation des anions. puis il est directement mis en réaction dans un solvant organique (le benzène par exemple). Par ailleurs. un cation métallique spécifique en fonction de leur taille. Ce sont des molécules organiques. est soluble. des réactions secondaires comme les hydrolyses des produits finaux ne sont plus possibles. Le complexe est alors appelé cryptate. par coordination. MnO4. CN-.

qu’ils soient réactifs ou catalyseurs. Dans la théorie de Lewis. On peut citer les acides de Lewis suivants. car la réaction terminée. comme l’alumine. de structures MXn. et les bases. des composés aussi divers que des sels de divers métaux comme l’aluminium. 7. 7. certaines résines proches du polystyrène qui sont. les composés susceptibles de les capter. Les rendements sont souvent meilleurs et les réactions secondaires réduites car la température et la pression de la réaction « normale » sont diminuées. insolubles dans l’eau et les solvants organiques. Il s’agit par exemple du TDA-1 ou tris(3. le plus souvent un halogène. Dans la théorie de Lewis (1938). On peut rappeler que dans cette dernière. un composé qui possède une paire d’électrons libres ou faisant partie d’une orbitale π. les acides sont des composés susceptibles de libérer un proton. le catalyseur peut être facilement extrait du milieu réactionnel pour une nouvelle opération. le silica-gel (utilisés aussi et d’abord en chromatographie). ce qui augmente la vitesse de la réaction.5).3.5 Il existe des catalyseurs minéraux qui ont des activités comparables. composé acyclique (figure 7. et qui sont rangés par acidité décroissante : .6-dioxaheptyl)amine. l’acide organique n’est plus l’ensemble RCOOH mais seulement le proton H+ dans la mesure où il présente une orbitale vide ou vacante. un acide est un composé qui présente une orbitale vacante.4 La théorie de Lewis des acides et des bases Cette théorie a généralisé la notion d’acides et de bases développée par Brønsted (1923). Par ailleurs. N O O O OMe OMe OMe tris(3. Cela a pour effet de créer des microbulles (cavitation) qui en disparaissant produisent des ondes de choc à forte énergie et qui ont pour effet d’augmenter la température et la pression dans des microespaces.5 – Les ultrasons Une autre technique qui permet d’augmenter la vitesse des réactions (surtout radicalaires) est l’utilisation des ultrasons de fréquences supérieures ou égales à 20 KHz. l’anhydride sulfurique SO3 ou des ions métalliques comme Ag+ qui n’étaient pas considérés comme des acides par Brønsted sont des acides au sens de Lewis dans la mesure où ils ont tous une orbitale vacante. des halogénures de bore comme BF3. le fer(III).7. C’est alors une catalyse triphasique qui a des avantages sur le plan expérimental. Al2O3. le zinc(II) ou le mercure Hg(II). Un autre intérêt de ces ultrasons se trouve dans leur capacité à rendre propre voire dépolie la surface des métaux. et la base. Généralités 285 Certains composés qui n’appartiennent pas à la famille des cryptands agissent pourtant de la même manière. ce qui crée des sites actifs et facilite les contacts chimiques avec les réactifs.6-dioxaheptyl)amine Figure 7. par contre. où X représente un ion inorganique.

8 . avec création d’une liaison A-B est une réaction acido-basique au sens de Lewis (schéma 7. mis en présence d’un composé B possèdant un doublet d’électrons libres (alcools.286 Chimie organique BX3 > AlX3 > FeX3> GaX3 > SbX5 > SnCl4 > AsX5 > ZnX2 > HgX2 = orbitale vacante On peut donc considérer que toute réaction dans laquelle un composé A ayant une orbitale vacante. amines.8). thiols. thioéthers…). A acide de Lewis + B base de Lewis A B H H + R O H R O H alcool protoné Et BF3 trifluorure de bore + Et O Et F3 B O Et diéthyléther étherate de trifluorure de bore BF3 Me + N Me Me triméthylamine Me F3 B N Me Me triméthylammoniumtrifluoroborate Schéma 7. éthers.

.11c – Des amides ................6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques ....1b – Les réactifs nucléophiles ..........1...........................................1 Substitutions nucléophiles aliphatiques ............... 314 8..........................7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) ........ 8...................1. 302 8................... 8.... 293 8.......................................... 291 8.......1...........................1a – Les groupes partants ou sortants ...........1............................. 307 8......................................1.................................5 – Mécanisme SN1cB ..1..............1.....12a – Les halogénures ...............12b – Les alcools ....... 8............................12e – Les anhydrides d’acides ...............2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 .............. 310 8.............12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates ..1........................3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 ....................1.....9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) .............8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) ... 8.......... 297 8.......... 320 ........10 – Substitution nucléophile sur >C=O ......... 314 315 318 319 320 323 326 327 333 8............... 305 8.......1..........1..........................................................................................................11b – Des esters et des anhydrides ...............................................................................................1........1.......1.............................12c – Les éthers et époxydes ... 292 8.............................1......................................................... 8......11d – Les époxydes ...1.................... 312 8.........1........1...1.................................4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) ....................11a – Les composés halogénés ............... 8...................1 – Généralités ........................ 312 8.................. 311 8..11 – Substitutions nucléophiles par l’eau .......................... 8.............. 306 8.......................1..................1.Chapitre 8 Les réactions de substitution Sommaire : 8....................1.12d – Les acides ..............................1................ 8................. 291 8....

......................1............... 8...1............... 352 8................. d’aldéhydes........ les esters et les amides . 334 8.......... 8.............................. 364 8.........22c – Anion nitrite ........................ 361 8....... les chlorures d’acides....1...............22a – Anion cyanure ................ 8................21d – Ion thiosulfate .................... 353 8.............18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques ..........1...............................1............15c – Les oxiranes................................................19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants...21b – Thiols et thiolates .......................... 8.....................1..12f – Les esters carboxyliques ......................................13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels ............................. 364 365 366 366 367 8.......18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques ..................1..17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution ................................................1......... 339 344 344 345 8............21c – Thiourée ...............................1...........................1.1..............18b – Alkylation des acétoacétates ...............1....1.........1...............15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines .... 8........12g – Les sulfonamides .......................... 334 8............ 351 8........... 353 356 357 358 359 359 8.1......... 8..1............................13c – Le diazométhane ...............1.......... 336 8.1................1............14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes ....15a – Les halogénures .........................22b – Anion azoture .... 8..20 – Alkylation d’un carbone acétylènique ........................288 Chimie organique 8. 351 8..1.... 333 8......... amides ..........1.......1.....................1..1.. esters........................ 8...............................1.......23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique ..... 367 368 369 370 8.............. 350 8.1.... 338 8...........1.13a – Les halogénures .....................22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral .......18c – Alkylation d’esters..........................................18a – Synthèse malonique ............. 8............................................................. 8...........................................1....... les anhydrides d’acides............ 8..1......................1.......17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) . thiiranes et aziridines ..............21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés ...........1.......... 367 8.......22d – Anions cyanate et thiocyanate ...... 334 8.1....................................................18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants ................... 8.... 363 8................... 339 8..1................... 8................. 8.....18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments ........................15b – Les alcools ............. 370 .................13b – Les acides.....16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure ...................................21a – Acide sulfhydrique et ses sels ..................21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite ..1. ou de nitriles ....15d – Les acides.............. de cétones........... 337 8...................................................................................1............................................... 8......17b – Couplage des chlorures d’acides .......1...........................1...................

....................5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) 8................................ 376 8.........2........ 8...9b – Nitrosation des amines secondaires ....6c – Halogénation des aldéhydes et cétones ..6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium ............6j – Formation d’éthers d’énols silylés ...2....................... cétone et d’acide carboxylique ............................... 8..................3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) . 8............1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) .2... 8........... esters carboxyliques............... 8.............2.... 8................. 370 8................................... 8...................6e – Sulfonation d’aldéhyde...2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) ....2................. 8..7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants ....2.. 8...........6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H 8........... 8.6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide .6d – Halogénation des acides carboxyliques ......................... 8....... 8.....................................2....2. orthoesters et époxydes ...............2..23c – Réactions avec les anhydrides..........................9 – Substitutions éléctrophiles aliphatiques de composés azotés ....2.....2... 8........6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork...................................................8b – Réaction haloforme ...............4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) ............9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires ..........2............................... 8...2............. 8....2.....23b – Réaction de couplage avec les acétals.2....... amides 375 8...................... 8........6i – Cyanation d’un méthylène activé ... 8................2..............7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal ............. 8. 373 8.......... cétals................................6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant ..................9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines ...2.......6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique ......... 8..................2...1...........6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide .................. Les réactions de substitution 289 8............2.2....... 8.........2....2.........8....... 376 377 378 378 379 379 379 380 381 383 385 385 386 388 389 389 390 390 392 392 396 396 399 399 400 400 403 404 .2..................23a – Réaction de couplage avec les halogénures .....8a – Décarboxylation d’acides . 1954) ...2..............8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné .........2.2.. 8........ 8........ 8..6b – Echange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) ......................8c – Réaction d’Haller-Bauer ..............1...............2 Substitutions électrophiles aliphatiques .. 8....................1...............2............................ 8.....................2...........

.......................3..........4......................4..........................3.....4........................ 422 8..........10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques ...... 417 8..................... 8............................................. 407 408 409 410 412 413 8...... 8...4.. 8.........4..........4.................................... 8.... 414 8.........1e – Carboxylations par le phosgène..1 – Mécanisme SNAr ........4....................1k – Aminoalkylation .... 454 8................4.4....1c – Halogénation ......... 427 428 431 434 438 439 440 445 446 449 450 451 452 453 8.... 8.............. les arynes . 406 8..........................3...............................4....... 455 ..10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques ...2...........................1g – Formylations ......................1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation) ........................ 8................2 – Mécanisme SN1 aromatique .................................. 8..................10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques ..2 – Mécanisme SE1 ..................................... les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates .....2.............................2..........4...................2............4............................. 8............... 422 8.............................................. 407 8..................1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet) ..............................2.....................1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts .....10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques ...................290 Chimie organique 8....................10f – Transmétallations ........................4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés.....4.....5 Mécanisme de substitution radicalaire (rappel) .....10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant ............. 8............................... 8.............................. 8..............1b – Sulfonation .4..................................... 8..1 – Mécanisme SEAr ......1a – Nitration .............. 8......................... 414 8...................... 405 8.................... 8..4 Substitutions électrophiles aromatiques .....2...............10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques .........4......2..................................................1f – Arylation ................ 8....... 416 8..........2...................................................................................................1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques ..... 8.................9e – Formation d’haloamines ....................... 8.......................2....................3 – Mécanisme SRN1 ................................. 8...................................................1j – Hydroxyméthylation .............................................. 418 8....3......................................1m – Décarboxylation des acides aromatiques ...........................................9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines .4............................3 Substitutions nucléophiles aromatiques ....1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt) ................

non chargée. attaque un carbone lié à un groupe nucléofuge Y. par exemple.1). ou portant une charge négative.4). et celui qui est formé à partir du groupe nucléofuge. un nucléophile chargé attaque un carbone lié à un nucléofuge chargé positivement.1. Nu + R Y Nu Schéma 8. . comme une amine tertiaire. neutre. la réaction est ainsi facilitée et fournit deux molécules neutres. Dans le premier cas (schéma 8. Le doublet d’électrons du réactif nucléophile crée la liaison avec le carbone tandis que le groupe partant (sortant ou nucléofuge) entraîne avec lui le doublet qui le liait au carbone (schéma 8.3).2 Dans le second cas (schéma 8. chargé négativement.3 Dans le troisième cas (schéma 8. 2) Nu Nu N + + Y X + + R R Y X R R Et Et N Et amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire Schéma 8. 1) Nu HO + + R Y Nu HO R R + + Y X R X X = un halogène ou tout autre groupe partant Schéma 8. attaque encore une molécule R-Y. Les réactions de substitution 291 8. Nu-. tandis que le groupe nucléofuge devient un anion Y-.2).1 – Généralités Dans les réactions de substitutions nucléophiles aliphatiques. attaque un carbone lié à un groupe partant ou sortant (nucléofuge) Y exerçant un effet -I ou/et mésomère -M sur ce carbone. le nucléophile chargé négativement. il se forme deux ions.8. un anion minéral ou un carbanion. chargé positivement. celui qui correspond à l’alkylation du nucléophile. une base de Lewis.1 Substitutions nucléophiles aliphatiques 8. un réactif nucléophile ayant au moins un doublet d’électrons libre. L’anion (ou le carbanion) est alkylé par le groupe R. Nu.1 R + Y Quatre cas peuvent être envisagés.

consiste en l’attaque d’un nucléophile non chargé sur un carbone lié à un nucléofuge Y chargé positivement. On peut citer les anions halogénures avec l’ordre suivant I. le quatrième cas (schéma 8. il est converti par action d’un chlorure d’acide sulfonique correspondant en un ester sulfonique.1a – Les groupes partants ou sortants Les meilleurs groupes partants ou sortants Y dans les deux premiers cas (schémas 8. Le nucléophile est alors alkylé fournissant un composé chargé positivement tandis que le nucléofuge est libéré sous forme neutre.1). il s’agit des triflates. Le groupe OH étant un très mauvais groupe partant.292 Chimie organique 3) Nu + R Y Et Nu R + Y Et Et Et amine tertiaire HO + R N Et Et HO alcool R + N Schéma 8. -Cl RX halogénures O SO2 ROTs Me O SO2 ROBs brosylates Br O SO2 RONs NO2 tosylates p-toluènesulfonates p-bromobenzènesulfonates nosylates p-nitrobenzènesulfonates O SO2 CH3 ROMs mésylates méthanesulfonates O SO2 CF3 ROTf triflates trifluorométhanesulfonates O SO2 C4F9 nonaflates nonafluorobutanesulfonates O SO2 CH2-CH3 trésylates 2. des nonaflates.2 et 8. comme un tosylate.5).1.2-trifluoroéthanesulfonates Figure 8. -Br.4 Enfin. .3) sont issus d’acides forts et sont libérés comme anions Y-.5 8. ou des trésylates qui sont 100 fois plus réactifs sous l’effet d’un nucléophile que les tosylates.> Br.2. R groupe aliphatique Y groupe partant -I. 4) H S H acide sulhydrique Nu + + R R N Y Et Et Et Nu H S H R + + Y Et Et Et R N ion alkylsulfonium Schéma 8.1 D’autres groupes partants sont encore plus forts. un nosylate ou un mésylate.> Cl. plus rare.>> F-. un brosylate. lesquels sont de meilleurs groupes partants que les halogénures (figure 8.

RO-. Les réactions de substitution 293 Si le groupe OH n’est pas un bon groupe partant.4. HX R-N=N .6-triphénylpyrylium N R Ph sel de 2. c’est pourquoi on le convertit. on peut donner l’ordre d’activité suivant : NH2. 8.est un meilleur nucléophile que l’eau. (RCO-OCO-R’. acide). (RCO-OH. R ≠ R’). ou OR’. l’amine peut être traitée par l’acide nitreux ce qui la convertit en sel de diazonium. ou enfin NH2 (RCO-NH2.6-triphénylpyridinium.6-triphénylpyrylium.6).8. X sel de diazonium Schéma 8. (RCO-Cl. à partir d’un sel de 2.> R2N.> FLes nucléophiles oxygénés sont moins puissants que leurs analogues soufrés (RS. S’il s’agit d’une substitution sur un groupe carbonylé. le groupe partant est alors -N=N +.6 On peut y ajouter le groupe OCOR’ des esters R-OCOR’ ou les sels d’amines quaternaires R-N+(R’)(R’’)(R’’). des alkoxydes. chlorure d’acide). Les nucléophiles chargés sont plus actifs que leurs acides conjugués.1. dans la mesure où ces derniers sont aussi des nucléophiles. (RCO-OR’. A l’intérieur d’une série homogène de nucléophiles. par exemple. meilleur nucléophile que l’ammoniac NH3.X . Ph Ts -N Ts ditosylate Ph . La nucléophilie augmente parallèlement à la basicité. soit en un sel de 2. Leur réactivité est fonction des règles suivantes.> R2NH > ArO.> RO. ou OH. soit en ditosylate.> NH3 > pyridine > F.4. on montre qu’il existe une relation linéaire entre les pKa (basicité) et les vitesses des réactions (nucléophilie). et l’ion amidure NH2-. ce rapport entre nucléophilie et basicité peut être inversé par des effets stériques : des nucléophiles fortement basiques comme les t-butylates alcalins qui présentent un certain .X RNH2 + Ph O Ph Ph sel de 2. Y est alors un halogène et le plus souvent un chlore. ou OCOR’. Toutefois. esters avec R’ aryle ou alkyle). amide). Ainsi.4.> HO.6-triphénylpyridinium NO2H. ou mixte.4. par exemple.> RO-).> RO. Pour des réactifs nucléophiles dont l’atome actif appartient à la seconde période du tableau de Mendéleiev.5). le groupe NH2 ne l’est pas non plus. ce qui active efficacement sa réactivité vis-à-vis des réactifs nucléophiles (schéma 8. Des compléments importants sont donnés ci-après. anhydride d’acide simple R = R’. l’ion hydroxyde HO. Enfin.1b – Les réactifs nucléophiles Les réactifs nucléophiles ont déjà été définis (§ 6.> H2O > ClO4et R3C.

La même observation est faite avec les amidures : (Et)2NLi > (isoPr)2NLi. correspond une base conjuguée faible. seul. le carbanion a un degré de liberté important et réagit beaucoup plus vite. L’acide iodhydrique. En effet. IH.et le solvant sera une gêne pour l’attaque du substrat. dans l’ordre suivant : K+ > Na+ > Li+. Plus le degré de liberté d’un nucléophile chargé est élevé. Si seul l’un d’entre eux est réellement produit. mais c’est un nucléophile fort. Quelques exemples de ces réactifs nucléophiles ambidents sont donnés dans le schéma 8. la vitesse de la réaction décroit en fonction de la nature du cation métallique. l’ion métallique qui accompagne un carbanion est solvaté par l’emploi de composés spécifiques. Lorsqu’on étudie les composés nucléophiles d’une même colonne du tableau périodique en la descendant. On peut en déduire que l’interaction entre Cl. Dans le diméthylformamide (DMF).> I-. les solvants protiques ont la propriété de créer des liaisons hydrogènes avec les nucléophiles de petites tailles. L’ion CH3S. leur caractère nucléophile augmente tandis que leur caractère basique diminue. Par ailleurs. l’anion I.3) est important pour des nucléophiles de faibles volumes.et ce solvant seront plus fortes qu’avec I-. Ainsi. est un acide fort.> F-. La nucléophilie d’un composé chargé ou non est augmentée par la présence en α du centre nucléophile d’hétéroatomes comme N.> Cl.est plus gros que Cl-. le caractère nucléophile augmente en même temps que la nature de l’atome « actif » se situe plus bas dans les colonnes du tableau de Mendéléiev. les interactions entre Cl. plus sa vitesse de réaction est grande. ce qui n’est pas le cas des solvants aprotiques : la réactivité de ces nucléophiles est donc plus grande dans un solvant aprotique. mais moins encombrés. Le caractère protique ou aprotique du solvant polaire (solvants § 6.2-diméthoxyéthane pour le cation Na+. Si. comme le 1.> Br. Si l’on compare les ions I. A un acide fort.est donc plus « concentrée » que sur I-. O ou S qui possèdent des doublets d’électrons libres : par exemple. on dit que la réaction est régiosélective dans la mesure où la réaction s’effectue sur un site précis de la molécule parmi d’autres possibles (voir note ci-dessous). leurs volumes atomiques sont très différents : I. La charge négative de Cl. l’ion H-O-O.est un meilleur nucléophile que l’ion CH3O-. Il en est de même des alcools correspondants. Ces nucléophiles sont moins solvatés que les nucléophiles chargés et moins sensibles aux changements de solvants. ce qui explique la différence de réactivité entre ces deux nucléophiles. NH3.> Br. et les amines : (Et)2N(Et) > (isoPr)2N(Et). solvant polaire aprotique.est donc une base faible. . Pour les nucléophiles non chargés. bien supérieure à celle de I-. il a été montré que pour une réaction donnée (synthèse malonique). Cela est particulièrement démontré avec la série I.est un meilleur nucléophile que l’ion HO-. Dans un solvant polaire.294 Chimie organique encombrement stérique ont une nucléophilie plus faible que des nucléophiles moins basiques comme les éthylates alcalins. Certains nucléophiles sont dits ambidents dans la mesure où ils résonnent entre plusieurs formes limites pouvant conduire par une réaction de substitution à plusieurs isomères. les vitesses des réactions pour trois nucléophiles halogénés sont les suivantes Cl.> R tertiaireO-. pour une série homogène. l’hydrazine NH2-NH2 est plus nucléophile que l’ammoniac. pour les mêmes raisons.7. on peut écrire pour la nucléophilie : RprimaireO.et Cl-.> RsecondaireO.

en fait. Si deux équivalents de bases sont ajoutés.8). privilégie partiellement ou totalement la formation d’un seul de ces isomères.8. . c’est donc lui qui réagira d’abord avec une molécule de RY. Ce terme est synomyme de régiospécificité. un dicarbanion peut se former et permettre deux types de C-alkylations qui s’ajoutent aux O-alkylations potentielles indiquées ci-dessus.7 Lorsque le composé β-dicarbonylé peut être déprotoné sur deux sites acides. Le carbanion issu de CH3 est plus basique que celui issu de CH2 (rappel : à un acide fort correspond une base conjuguée faible. Note : le terme régiosélectivité s’applique d’une manière générale à une réaction pouvant conduire à plusieurs isomères de position (ou structuraux) mais qui. Le carbanion qui en résulte peut être de nouveau alkylé par RY ou bien protoné par addition d’un acide faible. Ces résultats montrent que l’on peut orienter la C-alkylation sur ce type de composé en fonction du nombre d’équivalents de base et de moles de RY utilisés. l’addition d’une quantité stœchiométrique de base conduit à la déprotonation du CH2 le plus acide situé entre les deux groupes carbonyles et l’addition de RY conduit à une unique alkylation (schéma 8. Dans le cas de l’acétylacétate d’éthyle. Les réactions de substitution 295 1) ion cyanate N C R-Y -Y O N C O R-Y -Y R R N C O N C O cyanate isocyanate composé unique: réaction régiosélective 2) carbanions dérivés de β-dicétones. la déprotonation a lieu à la fois sur CH2 et sur CH3 : un dicarbanion est produit. et inversement). β-cétoesters. CH3COCH2COOEt. esters maloniques R C O C C O R'Y -Y R C O C R' C O C O R C C O R' C-alkylation le plus souvent majoritaire O-alkylation (2 composés O-alkylés si le composé dicarbonylé n'est pas symétrique) R C O C C O R'Y -Y C O R C C O Schéma 8.

l’attaque d’un halogénure d’alkyle par le cyanure de sodium dans un solvant polaire génère un nitrile. les ions phénates. et aussi. En milieu basique. qui peuvent être alkylés sur l’oxygène ou sur les carbones du cycle.et N-alkylations dépendent du cation métallique et de la polarité du solvant : avec Na+ et K+ en milieu polaire la N-alkylation est favorisée. et. il existe un équilibre entre les sels correspondants à ces deux formes en équilibre. ou à une N-alkylation en donnant un dérivé nitré.8 3) Sels d’amides Les amides primaires et secondaires sont en équilibre avec leurs formes tautomères imino-alcools. Comme dans le cas des amides évoqué ci-dessus. conduit à un isocyanure. la nature du cation métallique et celle du solvant influent sur l’orientation de la réaction. c'est l'inverse avec Ag+ et un milieu non polaire.9). R-NO2. O=N-O-. Ph-O-. R-O-N=O. Schéma 8. l’ion cyanure. de base CH2 C O carbanion le plus basique CH C OEt O un équiv. CN-. de RY -Y H CH3 C O CH C OEt O R CH2 C O CH C OEt O R CH2 C O CH2 C OEt O Schéma 8. Ainsi. l’ion nitrite.9 On peut ajouter à ces trois exemples.Y R C N O amide C N O -Y R-Y C N O R imidate Les % de O. qui peut donner lieu à une O-alkylation avec formation d’un ester (nitrite). de même.296 Chimie organique CH3 C O CH2 C OEt O 1 équiv. de base CH3 C O CH R-Y -Y R C OEt O 2 équiv. La réaction de substitution nucléophile peut donc conduire à deux composés différents : un amide substitué ou un imidate (schéma 8. RNC. RCN. . ou un isocyanure. qui peut fournir un nitrile. voire non polaire. C N O R-Y . l’utilisation de cyanure d’argent dans un solvant peu polaire.

8. représenté par l’état de transition (ou état transitoire). R2.10 Dans le cas présenté. R1 Nu R3 C R2 Y état de transition énergie libre d'activation Nu + RY RNu + Y progression de la réaction Figure 8. R3 dans le plan inversion de Walden Schéma 8. chargé négativement ou non. à la fois. par exemple HO-).1. attaque le carbone lié à Y de R-Y du côté opposé à Y (le schéma 8. le réactif nucléophile Nu.8) ce qui est représenté dans le schéma 8. c’est une attaque dorsale (une attaque du côté de Y aurait été dite frontale) : état de transition R1 Nu + R2 R3 * C Y Nu R1 C R3 R2 Y Nu * C R1 R2 R3 + Y R1. Y s’en éloigne ce qui augmente la polarisation de la liaison C-Y (effet de champ § 5. la liaison C-Y se rompt en libérant Y-.5.2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 Dans le mécanisme de cette réaction de substitution. Au moment où Nu forme une liaison avec le carbone. Si on enregistre la courbe de l’énergie libre d’activation de cette réaction (figure 8.2 . Nu est presque lié à C.10 donne un exemple avec Nu-.11.s’approche du carbone lié à Y. on observe une valeur maximale qui correspond au moment où. et la liaison C-Y est presque rompue. Les réactions de substitution 297 8.2). lorsque Nu.

On peut donc en conclure que la configuration relative du carbone impliqué dans cette réaction s’inverse. La charge est alors délocalisée. s’il est chiral. le carbone reprend aussitôt son hybridation « sp3 ». et plus particulièrement. d’où la dénomination de bimoléculaire pour cette substitution. L’orbitale « p » sert à créer les liaisons avec Nu et le groupe Y. Lorsque Y est libéré.298 Chimie organique L’état de transition est caractérisé par la position des deux groupes Nu et Y. Le réactif nucléophile et RY ont donc chacun un rôle équivalent dans ce mécanisme. (il se fait en une seule étape) et passe par un état de transition correspondant à un état d’activation maximale de la réaction. Le carbone hybridé « sp3 » dans RY est converti. Comme on peut le remarquer. le réactif nucléophile et RY interviennent dans cette réaction. exactement opposés par rapport au carbone dont les trois substituants (autres que Y) sont alors situés approximativement dans un plan en faisant un angle entre eux de 120°. Il s’ensuit que la réaction est du premier ordre pour chacun d’eux : on en déduit que la cinétique de cette substitution SN2 est d’ordre deux et s’exprime par la relation : Vitesse = k[RY][Nu] . dans l’état de transition. Cette inversion de configuration est appelée inversion de Walden. seuls. en un carbone hybridé « sp2 ». R1 Nu (éloigné) +δ R2 R3 R1 Nu (rapproché) C Y -δ R1 et R2 = H ou seulement R1 = H C R2 R3 +δ Y -δ (augmentation de la polarisation de la liaison C-Y) R1 Nu R3 C R2 Y état transitoire (énergie libre d'activation maximum) R1 -δ Nu C +δ R3 R2 + Y -δ +δ Nu C R1 + Y R2 (éloignement de Y-: R3 diminution de la polarisation de la inversion de configuration relative du carbone (s'il est chiral) liaison Nu-C) Schéma 8. Nu est alors lié au carbone du côté opposé à celui où se trouvait Y. de manière transitoire.11 Le mécanisme est donc concerté. La réaction SN2 est donc stéréospécifique.

Quelques exemples classiques de réactions SN2 sont donnés dans le schéma 8. d’abord avec des anions. si ce carbone est primaire ou à la rigueur secondaire. Y Schéma 8. puis avec des carbanions et enfin avec des molécules neutres.12. L’inversion de Walden a pu être mise en évidence pour les composés ayant un groupe R primaire en remplaçant un des deux atomes d’hydrogène par un atome de deutérium. c’est ce qui explique que le mécanisme SN2 est spécifique des groupes R primaires (et particulièrement méthyle). l’approche de Nu est rendue difficile en raison de l’encombrement stérique . L’attaque du nucléophile est orientée vers le carbone le moins substitué par des groupes alkyles. Par contre. Les réactions de substitution 299 Si le carbone est tertiaire. et assez souvent.12 RY + (R')(R")(R"')N Certains cycles tendus comme les oxiranes ou époxydes (schéma 8. . L’oxygène du cycle a un effet électroattracteur -I sur les carbones du cycle et joue le rôle de Y.13) sont ouverts sous l’action de nucléophiles. secondaires. Y (R')(R")(R"')(R)N. AlLiH4) bisulfure alkylsulfure thiocyanate cyanate ROH alcool RCN nitrile ROR' éther RONO nitrite RN3 azide RH alcane RSH thiol RSR' thioéther RSCN isothiocyanate ROCN isocyanate RY + N3 H SH RS SCN OCN R'CHCOR" R'CHCOOR' (R')(R)CHCOR" cétone (R')(R)CHCOOR" ester (R')(R)C(COOR")2 malonate R'C CR alcyne sel d'amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire RY + R'C(COOR")2 R'C C (R')(R")NH (R')(R")(R)NH.8. mais jamais tertiaires. l’approche de Nu est facilitée. HO CN R'O ONO hydroxyde cyanure alkoxyde nitrite azidure (hydrure. l’état transitoire est alors difficile à atteindre.

O O R C Nu RCOCl + HO chlorure d'acide O Y R C Nu RCOOH acide R Nu C Y + Y + Cl R-COO + H2O HO Schéma 8. O R C HNu Y R C HNu O R R1 RCOOEt + ester O R HNu C Y O + Y C Nu + YH R1 RCON R2 amide secondaire éthanol NH R2 amine secondaire + EtOH Schéma 8.15 .13 Lorsqu’un groupe carbonyle (voir aussi § 8. la réaction de substitution SN2 a lieu mais le mécanisme s’effectue via un anion (schéma 8.1.14).300 Chimie organique R C R' O Nu CH2 HO (puis H+) R C R' R C R' OH CH2 NHR" β-aminoalcool CH2 OH glycol OH R"NH2 R et R' = alkyl Schéma 8.10) est lié à un groupe partant. Les chlorures d’acides réagissent selon ce mécanisme lorsqu’ils sont mis en présence d’une base alcaline. C’est le cas de la formation d’amides par action des amines sur les esters (schéma 8. C’est un mécanisme dit tétraèdrique en raison de la géométrie de l’intermédiaire.14 Un nucléophile neutre réagira selon un mécanisme semblable. C’est toujours une cinétique d’ordre 2.15).

16).> I.> H2O > Br. et qu’un très court instant.> Br. les solvants polaires sont souvent utilisés. selon la nature de la réaction (cas 1 à 4 du schéma 8. chacun des ions en les solvatant. le solvant n’intervient pas.16 Il faut faire une différence entre solvants polaires protiques et aprotiques (méthanol et DMF.> ArS. Lorsque la réaction de substitution s’applique à un carbone d’une fonction carbonyle.> F.> HO.> H2O. On pourrait donc utiliser des solvants polaires ou apolaires mais pour des raisons de dissolution des réactifs. Lorsque l’état de transition nécessite une dispersion des charges comme dans 1) et 4). l’augmentation de la polarité du solvant diminue faiblement la vitesse.8.> Cl. en particulier ioniques. des charges dispersées comme dans l’état de transition du mécanisme SN2. Dans la réaction 3) des charges localisées disparaissent au profit d’un état de transition avec de faibles charges dispersées. la polarité du solvant favorise la réaction et la vitesse augmente.> ArO.> HO. Il ne peut donc pas favoriser une réaction dont le mécanisme ne fait apparaître. en regardant l’équation de la vitesse de la réaction.> pyridine > AcO. l’ordre de réactivité décroissant des nucléophiles est le suivant: EtO. effet de l'augmentation de la polarité du solvant sur la vitesse de la réaction types de réactions SN2 1) Nu + R Y -δ Nu R Y -δ Nu R + Y faible dispersion de la charge 2) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort création de charges 3) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort diminution des charges 4) Nu + R Y +δ Nu R +δ Y Nu R + Y faible dispersion de la charge Schéma 8.> ArO.= IQuel est le rôle du solvant dans une réaction de substitution SN2? A priori.> N3. par exemple) dans leurs effets sur la vitesse de la réaction tout particu- . la polarité du solvant influe négativement sur la vitesse. on peut donner un classement en fonction de leur activité dans des réactions SN2 réalisées dans un solvant protique sur un carbone hybridé « sp3 » : RS. Il faut rappeler ici qu’un solvant polaire a pour propriété de favoriser les réactions dans lesquelles des charges localisées sont produites car il entoure de ses molécules. l’état de transition conduit à l’apparition de nouvelles charges comme dans 2). Lorsque. au contraire.> N3.> MeO. son rôle est différent. Les réactions de substitution 301 Parmi les nucléophiles les plus souvent utilisés.> CN. Et pourtant.

+ Y solv. Le mécanisme SN1 n’est donc pas concerté. On peut aussi citer d’autres solvants. contrairement au mécanisme SN2 qui s’effectue en une seule étape. aprotiques polaires. facilitant l’ionisation. l’acétone aqueuse. la solvatation des états de transition est plus importante par les solvants aprotiques comparée à celle des solvants protiques. Des deux effets. le diméthylsulfoxyde. et peut être considérée comme constante. réaction équilibrée. Lorsque le réactif nucléophile Nu est aussi le solvant de la réaction. donc en très grand excès par rapport à RY. l’acide acétique. (DMSO). Dans ces cas. groupe partant électroattracteur -I. la vitesse globale de cette réaction devient alors apparemment du premier ordre (pseudo premier ordre) et ne dépend plus que de la concentration en RY dans ce solvant (vitesse = k’[RY]). 8. Par contre. dans ce cas. Il est préférable que le solvant soit protique car. le premier prime. les charges +δ portées par les hydrogènes permettent des interactions avec Y chargé négativement avec formation de liaisons « hydrogènes » (§ 5. P. le diméthylformamide.8). 1) +δ −δ R Y solvant polaire protique réaction lente impose sa vitesse à l'ensemble du mécanisme + Y R (ions solvatés) +δ −δ R Y H-solv solvant polaire protique H-solv 2) R + R . Ces types de réactions sont donc favorisés dans les solvants polaires aprotiques comme le DMSO ou le DMF.302 Chimie organique lièrement pour les réactions 1) et 3). Les réactions 2) et 4) sont peu sensibles aux solvants protiques ou aprotiques. la concentration en Nu varie très peu comparée à celle de RY. l’acétonitrile. comme une gangue). »). l’éthanol. mais qui peuvent .1. ions dissociés ions solvatés Nu (réaction très rapide) R Nu Schéma 8. Cette liaison déjà fortement polarisée en raison de la nature de Y. comme l’acétone. le nucléophile chargé est moins solvaté par un solvant aprotique en comparaison d’un solvant protique. lente. lequel a la propriété de stabiliser les charges localisées (les ions correspondants sont alors dits solvatés c’est-à-dire entourés de molécules de solvant.17). Y paire d'ions R + Y R solv. est ionisée sous l’effet solvatant d’un solvant polaire (indiqué dans certains schémas par « S. (DMF).3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 Le mécanisme SN1 est caractérisé par un mécanisme constitué de deux étapes distinctes (schéma 8.17 La première étape. est l’ionisation de la liaison C-Y (de RY). Les solvants utilisés sont le plus souvent le méthanol.

et propargyliques. il est très rare qu’un carbone primaire donne lieu à une réaction SN1 sauf si le carbone est lié à un groupe -I comme -OR. Remarque : on emploie le terme solvolyse seulement lorsque le solvant polaire intervient dans les deux étapes du mécanisme.18). Il est ici important de noter que l’emploi d’un solvant polaire est une condition absolument nécessaire pour effectuer une réaction SN1 mais insuffisante pour assurer l’unicité absolue de ce mécanisme. en particulier structuraux. par exemple. D’une manière plus générale. Sous l’effet du solvant polaire. Le mécanisme SN1 est donc favorisé dans l’ordre décroissant de la nature du carbone lié à Y en série aliphatique : tertiaire >> secondaire >>> primaire. C’est l’inverse de ce qui est constaté pour le mécanisme SN2. sont susceptibles d’effectuer des réactions S N1 et SN2 souvent accompagnées de réarrangements . ces ions sont dissociés puis entourés de molécules de solvant. en raison des autres paramètres. >C=C(R)-CH2Y. Les composés Ar2CH-Y et Ar3C-Y donnent toujours lieu à une réaction SN1. qui influent sur l’orientation des mécanismes (substitutions SN1. R O Schéma 8. Les réactions de substitution 303 orienter parfois la substitution vers SN2 lorsque les deux mécanismes sont possibles. Il en est de même des halogénures secondaires si le nucléophile est faible comme dans les solvolyses. -SR. Les dérivés allyliques. qu’il est tertiaire. la gêne stérique qui existe dans la structure tétraèdrique du carbone hybridé « sp3 » facilite le passage à la structure plane du carbocation: les substituants sont alors plus éloignés les uns des autres ce qui diminue leurs interactions. Les composés CH3Y ne permettent pas le mécanisme S N1. on dit alors qu’ils sont solvatés ce qui les rend plus stables. car dans ce cas. les groupes carbonylés. E2. c’est–à-dire comme solvatant et comme nucléophile. voir chapitre 11). ou -N(R1)(R2) susceptible de stabiliser le carbocation par résonance en devenant un groupe +M (schéma 8. -C≡C-CH2Y. P. les carbocations tertiaires sont plus stables que les carbocations secondaires et primaires. R O R O CH2 Y S. avec des halogénures aliphatiques secondaires.18 CH2 + CH2 Y Par contre. Par ailleurs. ce qui favorise leur formation en nécessitant moins d’énergie. cyano ou trifluorométhyle déstabilisent le carbocation et rendent quasi impossible toute réaction SN1 même dans un solvant très polaire. La formation du carbocation est favorisée lorsque le carbone a trois substituants. Il se forme donc d’abord un carbocation et un anion. et éliminations E1. SN2.8. une paire d’ions (il s’agit d’une hétérolyse).

ou à un groupe aryle. Dans le cas où le carbone lié à Y est chiral.35). Les substrats de nature ionique comme RCO +. Ph-C(Y)=C<. La réaction SN1 est donc racémisante (schéma 8. le carbocation se trouve stabilisé. schéma 6. des exceptions existent : des réactions SN1 sont possibles si le carbone hybridé « sp » ou « sp2 » qui retient le groupe partant Y est lié à un groupe vinylique. R1 1) R2 R3 C Y Solvant polaire R2 R1 C R3 + Y Nu R2 R1 C R3 b (b) R1 C Nu Schéma 8. >C=C(R)-C(Y)=C<. Vitesse = k[RY] La formation d’un carbocation intermédiaire dans ce mécanisme a des conséquences importantes sur les résultats stéréochimiques. mais cette dernière varie très peu par rapport à celle de RY et peut être considérée comme constante.19 (a) Nu R1 C R3 R3 R2 R2 si R1 = R2 = R3 = Nu mélange racémique 2) . La vitesse globale de cette substitution est donc donnée par la partie la plus lente du mécanisme. celle de l’ionisation de la liaison C-Y.19) donc non stéréospécifique. car dans ce cas. Toutefois. c’est-à-dire à un mélange racémique. Enfin. BF4-. peuvent donner lieu à des réactions SN1. L’ionisation par le solvant polaire est lente. et que ses trois substituants sont différents de Nu. C’est donc une réaction de pseudo premier ordre.4a. les dérivés vinyliques. c’est donc cette étape du mécanisme qui définit la vitesse de la substitution car la seconde étape. l’attaque de Nu des deux côtés du plan du carbocation conduit à un couple d’énantiomères en quantités égales.11.304 Chimie organique (§ 6. très rapide. acétylèniques et aryliques dans lesquels le groupe partant est directement lié à un carbone hybridé « sp2 » ou « sp » sont très peu réactifs vis-à-vis des réactifs nucléophiles : la raison invoquée est la très haute électronégativité des carbones hybridés « sp » et « sp2 » par rapport aux carbones hybridés « sp3 » qui a pour conséquence une rétention plus forte du groupe partant. consiste en la formation de la liaison entre le carbocation et le nucléophile pour former le composé final de la réaction. et ne dépend donc que de la concentration de RY et de celle du solvant polaire.

1. dans certains cas. Les conditions expérimentales (polarité du solvant. c’est le cas du 1-chloroapocamphane (figure 8. à de nombreux composés. 1-chloroapocamphane Cl Figure 8. Avec le 1-chloroapocamphane. la réaction débute par la protonation de l’alcool et est suivie d’une réaction SN1 (réaction totale nommée SN1cA). ROH. Le plus souvent. de nombreuses réactions concomitantes comme des réactions d’éliminations (chapitre 10) ou des réarrangements de carbocations (dans le cas du mécanisme SN1 avec R secondaire) sont possibles et conduisent. 8. Dans le cas de la formation d’halogénures d’alkyles par action d’un acide hydrohalogéné sur un alcool (schéma 8.4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) Dans certaines réactions. les deux mécanismes coexistent avec prépondérance de l’un d’eux en fonction de la nature de R de RY. H 2O et NH3 (sous forme de sels). Par ailleurs. température) favorisent l’un ou l’autre des mécanismes. ou SN2 (réaction totale nommée SN2cA) selon la nature de R (primaire. sel qui a la propriété de réagir avec les ions halogénures X.en solution dans un solvant polaire. alors que protonation s’écrit toujours avec un seul n.3).20). dans ce cas. S’il se forme rapidement un précipité de sel AgX.ne peuvent pas être utilisés dans ces réactions puisqu’ils seraient transformés dans le milieu acide en leurs acides conjugués. Il est rare d’observer expérimentalement des réactions SN1 ou SN2 pures. de créer un système coplanaire autour du carbone lié à Y. le groupe partant du substrat additionne un proton. secondaire ou tertiaire).et NH2. . Les réactions de substitution 305 La nécessité de former un carbocation (plan) intermédiaire explique l’impossibilité d’effectuer des réactions de substitution SN1 avec la plupart des composés pontés puisqu’il est impossible. sont protonés* par le milieu acide sur l’oxygène. la réaction SN1 est possible. Par exemple. on le met en contact avec une solution alcoolique de nitrate d’argent. avec formation de leurs acides conjugués. aucun précipité ne se forme. ce qui augmente le caractère électroattracteur du groupe partant et favorise la réaction avec un réactif nucléophile.8. avant que les mécanismes SN1 ou SN2 s’effectuent.3 Afin de tester la possibilité d’une réaction de substitution SN1 avec un halogénure RX. en particulier lorsque l’un des cycles est suffisamment grand pour que le départ de Y produise un système quasi-coplanaire. ROR’. mais il existe des exceptions. Il est évident que les nucléophiles comme HO. * Protonés se trouve écrit parfois protonnées.

par élimination de deux molécules de chlorure d’hydrogène. et du premier ordre. fournit l’isocyanure. En présence de l’amine primaire. qui. Le chloroforme est d’abord déprotoné par la base ce qui produit le carbanion trichlorométhyle. et.5 – Mécanisme SN1cB Dans le mécanisme SN1cA présenté précédemment.20 8.306 Chimie organique R O H H H H R O H + H 2O Mécanisme SN1cA S N1 R R O H + X SP R R X R tertiaire ou secondaire R Mécanisme SN2cA O H H H H R O H SN 2 X + R O H R X + H 2O R primaire ou secondaire (réaction difficile) Schéma 8. par rapport à la base. Ce dernier libère un ion chorure sous l’action du solvant avec formation du dichlorocarbène. d’autre part. Celui-ci. la réaction de substitution SN1 est précédée par l’addition d’un proton sur le groupe partant.21).1. par solvatation. lequel réagit ensuite avec un nucléophile pour former un dérivé de substitution. La réaction totale est d’ordre 2. d’une part. La formation d’isocyanures par action d’une amine primaire sur le chloroforme en présence de soude est un exemple de ce mécanisme (schéma 8. la substitution SN1 conduit à un composé instable. . perd un anion ce qui transforme le carbanion en un carbène. par rapport au substrat. Dans le mécanisme SN1cB. la réaction de substitution est précédée du retrait d’un proton ce qui conduit à un carbanion.

H 2O Cl Cl C Cl carbanion Cl Mécanisme SN1cB SN1 Cl C Cl + H N H amine primaire (nucléophile) trichlorométhyle Cl C Cl solvant polaire Cl C Cl dichlorocarbène Cl R Cl C H N H R résultat de la réaction SN1cB réaction d'élimination Cl C Cl H N H R . le plus souvent un halogène. Ce mécanisme est très favorisé si des substituants adéquats participent à la stabilisation du carbocation comme des groupes alkyles. en position(s) 1 ou / et 3. Ce cas particulier du mécanisme SN1 est appelé mécanisme SN1’. ou par un phénomène de résonance du complexe activé dans le cas du mécanisme SN2.6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques Les composés allyliques de structures générales R1 C R2 R3 C C R4 Y R5 où Y désigne un groupe partant. Si les conditions sont réunies pour qu’un mécanisme SN1 ait lieu (schéma 8.2 HCl C N R composé instable isocyanure (composé à odeur très désagréable) Schéma 8. Elles sont accompagnées de réarrangements allyliques. aryles ou halogéno. peuvent donner lieu à des réactions SN1 ou SN2.21 8. Si A’ peut être considéré comme le produit normal de la réaction.8. . Le réactif nucléophile peut alors réagir sur C-1 ou C-3 en conduisant respectivement à deux composés isomères A’ et B’. B’ résulte du réarrangement allylique. Les réactions de substitution 307 Cl déprotonation par la base Cl C Cl H + OH .22). La facilité de ces réactions s’explique par la stabilité du carbocation allylique qui se forme par solvatation dans le mécanisme SN1.1. selon les conditions expérimentales. Ces réactions sont le plus souvent rapides. il se forme un carbocation allylique mésomère (formes limites A et B).

P.308 Chimie organique Mécanisme SN1' R3 C R2 C C R4 Y R5 R1 C R2 R3 C C R4 R1 S. Il s’agit alors du mécanisme SN2’. Dans ce dernier cas. les réarrangements allyliques sont absents (SN2 pur par attaque du C-1) ou spécifiques de composés présentant une gêne stérique à l’approche « normale » du nucléophile de C-1. syn et anti. comme un atome de brome. Les composés ayant un carbone C-1 peu substitué (-CH2-Y ou à la rigueur -CHR-Y avec R peu volumineux) donnent lieu à un mécanisme SN2 et ceux qui sont très substitués (-C(R)(R’)-Y) et qui ont un groupe partant Y volumineux. L’attaque est syn si le nucléophile et le groupe partant sont . Le volume du nucléophile peut aussi jouer un rôle. Lorsque le mécanisme SN2’ est impliqué. Il attaquera le substrat sur le carbone C-1 ou C-3 le moins encombré. mais dans ce cas. suivront un mécanisme SN2’. R1 C R2 Nu R3 C A R5 + Y R4 C B R5 Nu R1 R3 C C A' C R4 Nu R5 Nu R1 C R2 R3 C B' C R4 R5 R2 Mécanisme SN2' R1 C R2 SN2' R1 Nu C R2 R3 C C R5 R4 Y R3 C S N2 C R4 Y R5 Nu R1 R3 C R2 Schéma 8. l’attaque du nucléophile est alors orientée vers le C-3 ce qui entraîne un mouvement électronique qui se termine par le départ du groupe partant Y.22 R4 C R5 Y Nu R1 C R2 R3 C C R4 + Y R5 Nu C Le mécanisme SN2 peut aussi avoir lieu sur les composés allyliques. deux possibilités d’attaque du nucléophile sont possibles.

23). .8.1.β-insaturé.24 Pour certains cas particuliers du mécanisme SN2’. Les deux attaques coexistent dans la plupart des cas.23 Les dérivés propargyliques (une triple liaison entre C-2 et C-3) conduisent à des résultats de même nature : un allène est le produit de la réaction de type SN2’. mais l’attaque syn est majoritaire (schéma 8. R2 R1 C Nu dérivé propargylique R1 Y C Nu dérivé allènique R2 C C R3 + Y C C R3 R2 R1 C HO C C R3 Br R1 C HO R1 C O C H C C C R2 + Br R3 R2 R3 composé cétonique α. voir le mécanisme SNi’ (§ 8.8). Si le nucléophile est HO-. le produit de la réaction est un composé cétonique α. Les réactions de substitution 309 du même côté du plan « sp2 ». réarrangement connu sous le nom de réarrangement de Meyer-Schuster (1922) (schéma 8.24). Nu attaque syn Y attaque anti Y Nu Schéma 8.β−insaturé Schéma 8. et inversement pour anti avec deux résultats stéréochimiques différents.

dans la mesure où la réaction est rapide et ne permet pas un réarrangement du carbocation. de la décomposition de chloroformiates d’alkyles en chlorure d’alkyles.26). préparations de chlorosulfites et chloroformiates d'alkyles: R-OH + SOCl2 chlorure de thionyle R-O-SO-Cl + HCl R-OH + COCl2 phosgène R-O-CO-Cl + HCl O 1) R O Z Cl Z = S chlorosulfite d'alkyle Z = C chloroformiate d'alkyle O R + O Z Cl O 2) R Cl Z O (rétention de configuration) R Cl + O Z O Z = S anhydride sulfureux Z = C anhydride carbonique Schéma 8. Dans ce cas. Les composés de départ résultent respectivement de l’action du chlorure de thionyle et du phosgène sur un alcool. .25).7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) Il s’agit d’un mécanisme relativement rare. L’anion ainsi formé réagit ensuite sur le carbocation mais par le côté opposé à l’atome chargé pour donner le résultat de la réaction. l’ionisation de la liaison qui lie le groupe R au reste de la molécule. le groupe partant.25 Cette substitution nucléophile interne s’effectue en deux étapes (schéma 8. du passage d’un chlorosulfite d’alkyle à un chlorure d’alkyle avec formation d’anhydride sulfureux. C’est une réaction d’ordre 1.310 Chimie organique 8. avec formation d’anhydride carbonique.25) sont connus. La première est commune avec celle d’une substitution SN1. et d’autre part. Ce résultat est l’inverse de celui observé lorsque la réaction est effectuée en présence d’une base comme la pyridine. L’atome de chlore prend la position occupée dans le composé de départ par le groupe partant. Deux exemples importants (schéma 8. la pyridine forme un sel avec le substrat ce qui libère un ion chlorure qui attaque alors le cation (schéma 8. Ce mécanisme conduit donc à une rétention de configuration. d’une part.1. Le mécanisme n’est pas SNi. Il s’agit.

27). ClSO2-) peut attaquer le carbocation mésomère R+ résultant.7) sont effectuées avec des alcools β. Dans ce second cas. C C H2C OH + C SOCl2 C H2C OSOCl C C H2C O S O C C CH2 O + SNi O S Cl Cl C C CH2 SNi' Cl C C C H2C Cl Schéma 8. Il s’apparente au mécanisme SN1’ (schéma 8. soit sur le carbone éthylènique situé en position γ.8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) Lorsque les réactions SNi (§ 8.1. soit sur le carbone auquel il était lié. l’anion réactif formé dans la première partie du mécanisme SNi (dans l’exemple proposé.1. Les réactions de substitution 311 R1 C-O-S-Cl R2 R3 O + N R2 R1 Cl R2 R3 Schéma 8.27 C CH2 .26 R1 C R3 R1 Cl O N S . le mécanisme est appelé SNi’.8. Cl O N O S O (inversion de configuration) C + SO2 R3 R2 + N 8. γ-insaturés.

d’ordre 2 présente deux étapes en milieu neutre et quatre en milieu acide. Le composé ainsi formé. fait intervenir un radicalanion. La présence de l’acide augmente la vitesse de la réaction.29).1.28) le nucléophile attaque le carbone avec ouverture de la double liaison (1) pour former un intermédiaire tétraèdrique d’où le nom du mécanisme.312 Chimie organique 8. En milieu neutre (schéma 8. Dans la seconde étape.1. Le carbocation élimine un proton pour former le composé substitué par le nucléophile (4). puis le nucléophile attaque le carbone chargé positivement (2). la double liaison se reforme avec élimination de Y(qui peut être un halogène. Ce dernier. de soufre ou d’azote sont des réactions importantes. OH. le mécanisme SET est rare tandis que le mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique est le plus souvent rencontré.10 – Substitution nucléophile sur >C=O Les substitutions nucléophiles sur un carbone doublement lié à un atome d’oxygène. 8. Il a été présenté au paragraphe 6. SN2 est caractéristique des composés carbonylés substitués par un groupe Y. dans la formation des organomagnésiens par action du magnésium sur les halogénures d’alkyles.9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) Ce mécanisme qui est une substitution nucléophile. en particulier. Plusieurs mécanismes peuvent être observés: SN1 est réservé aux composés ioniques comme RCO+. bon groupe partant comme Cl.12. . C’est une addition du réactif nucléophile Nu sur le groupe carbonyle suivie d’une élimination du groupe partant Y.7. NH2. le groupe carbonyle est d’abord protoné (1).28 Nu C O Y Nu + Y En milieu acide (schéma 8. OCOR. instable est ionisé : il se forme un carbocation stabilisé par résonance et un contre-ion Y(3). Il intervient. l’ensemble représentant une substitution. BF3-. Nu 1) Y C O Nu 2) C O Y C O Schéma 8. parmi d’autres) (2).

Y H Nu 2) C O H Nu 4) C O H Schéma 8.CO-R R N C O H H O N O .CO-R R C O N + O-CO-R R C O OH2 + N .29 Nu Y C O H Y 3) C O Nu C O + H La réaction peut être catalysée par des réactifs nucléophiles ce qui conduit alors à deux mécanismes avec intermédiaires tétraédriques successifs A puis B (schéma 8.30 O.30) comme dans le cas de l’hydrolyse des anhydrides en présence de pyridine (ce processus est appelé catalyse nucléophile). catalyseur N A) R C O H B) R H O C O N R C O O-CO-R 2 RCOOH Schéma 8. Les réactions de substitution 313 Y 1) C O + H C O Y Y C O H Nu Nu Y H C O H Nu C O H .8.

31 La formation d’alcools à partir d’halogénures nécessite dans la plupart des cas la présence des ions hydroxydes sauf pour les halogénures d’allyle ou de benzyle. bromures ou chlorures) par hydrolyse est peu utilisée en raison de la difficulté d’obtention des composés de départ. aldéhydes ou cétones. elles doivent donc être évitées dans cette réaction de substitution.11a – Les composés halogénés Les monohalogénures d’alkyles.1-trihalogénures (iodures.1. les gem-dihalogénures et les 1. la présence d’ions hydroxydes n’est pas nécessaire.314 Chimie organique 8. Il y a substitution d’un halogène par OH suivie de l’élimination de HX.32).14.1). Les aldéhydes ainsi formés peuvent réagir en présence de bases fortes (formation d’aldols et réaction de Cannizzaro. N Me O N-méthylpyrrolidone Un milieu acide ou basique est. O=P(N(CH3)2)3 ).1-trihalogénures sont tous hydrolysés respectivement en alcools. § 10.HX O C OH Schéma 8.1).HX C X O H2O .1.HX C O X C X X HO X C OH X .31).11 – Substitutions nucléophiles par l’eau 8. . et acides (schéma 8. La formation d’acides à partir de 1. H C O H C X HO C OH C X H2O -X -H C O H X C X HO X C OH . La formation d’acide formique à partir de chloroforme par action de la soude s’effectue via le dichlorocarbène qui réagit avec l’eau (§ 6.1. Si le solvant utilisé est la N-méthyl-pyrrolidone ou le HMPT (hexaméthylphosphotriamide. Les halogénures d’acides sont très facilement hydrolysés en acides correspondants à température ordinaire (schéma 8. nécessaire pour la formation d’aldéhydes ou de cétones par hydrolyse des gem-dihalogénures.1.5. par contre.

qui. le groupe OR’ est rarement un bon groupe partant (moins bon que X des halogénures d’acides ou OCOR des anhydrides d’acides) ce qui nécessite. RCOOR’.33 + R'OH Plus l’acide est fort. RSO2Cl sont très facilement hydrolysés par l’eau seule en acides sulfoniques correspondants. ou un milieu basique (présence d’un bon nucléophile comme HO -). Dans le cas contraire. et elle est réversible. Les chlorures de sulfonyles. comme la pyridine. avec quelques exceptions SN2. Dans le cas des esters d’acides carboxyliques. soit un milieu acide fort. R-SO 3H. L’hydrolyse étant une réaction équilibrée. soit la présence d’une base. C’est une réaction réversible en milieu neutre ou acide. Le mécanisme est S N1 en milieu fortement polaire ou en absence de nucléophile puissant. OCOR remplacé par Cl). si l’hydrolyse est catalysée par des enzymes. spécifique de la soude ou de la potasse. réaction irréversible.8. par des ions métalliques ou divers nucléophiles non chargés. Les réactions de substitution 315 R-CO-Cl + H2O RCOOH + HCl Schéma 8.1. Par contre. comme la soude ou la potasse. qui apporte au milieu un bon nucléophile HO. il est souvent préférable d’effectuer une saponification car la réaction est alors orientée vers la droite puisque le sel aussitôt formé ne permet plus la réaction inverse. crée un groupe partant plus électroattracteur.32 C’est une réaction exothermique. La conservation de ces composés doit donc être effectuée en milieu anhydre.33). en protonant l’oxygène du carbonyle.11b – Des esters et des anhydrides Les esters d’acides inorganiques et organiques sont hydrolysés pour former dans les deux cas un acide et un alcool (schéma 8.30. et tétraédrique dans les autres cas (schéma 8. il est nécessaire d’utiliser un milieu acide (ce qui crée par protonation un groupe partant plus électroattracteur). . plus l’hydrolyse est aisée.(saponification). R-COOR' + H2O H R-COOH + R'OH (hydrolyse acide) R-COOR' H2O + HO R-COO (saponification) Schéma 8. 8. la réaction n’est plus une saponification.

316 Chimie organique Trois mécanismes généraux d’hydrolyse des esters sont possibles en milieu acide ou basique : SN1. contrairement à leurs appellations. et en milieu basique de BAC1. AAL1. Tous ces mécanismes ont été observés à l’exception de BAC1. et BAL2.34) : ils sont fonctions du milieu. O O R-C-OR' H O R-C R'OH H2O lent Mécanisme O R-C-OH2 RC-OH OH H R-CO-OH AAC1 R volumineux SN1 R-C-OR' H lent O AAC2 le plus fréquent en milieu acide Tétraédre R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent OH2 R-C-OR' OH OH R-C-O(H)R' OH R'OH lent OH R-C-OH H R-CO-OH H O AAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable SN1 R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent R-C=O OH + R' H2O lent R'-OH2 H R'-OH O SN2 R-C-OR' AAL2 (très rare) H O R-C-OR' H H2O O R-C-OH + R'-OH2 H R'-OH O O R-C + OR' HO O R-C-OH + OR' R-COO + R'OH BAC1 (jamais observé) SN1 R-C-OR' O OH HO R C OR' O O R-C-OH + OR' (saponification classique) R-COO + R'OH BAC2 le plus fréquent en milieu basique Tétraédre HO R-C-OR' O O R-C-O + R' H2O R'-OH2 BAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable HO SN1 R-C-OR' R'OH + H2O O SN2 R-C-OR' HO R-COO + R'OH (avec inversion de configuration du groupe R') BAL2 (très rare) Schéma 8. Les mécanismes AAL2 et BAL2 n’ont été observés que très rarement. SN2 et substitution avec intermédiaire tétraédrique qui se diversifient en huit mécanismes particuliers proposés par Ingold (schéma 8. il s’agit de AAc1. AAC2. à l’exception de BAL2 qui conduit à une inversion de configuration. AAL2. de l’uni ou bimolécularité de la réaction (indiqué par 1 ou 2 dans l’appellation des mécanismes ci-après) et de la nature de la liaison hydrolysée. Tous ces mécanismes se font avec rétention de configuration du groupe R’ provenant de l’alcool. En milieu acide. BAL1. Dénomination Ingold Type de mécanisme Cat.34 Les mécanismes présentés en milieu acide sont réversibles et correspondent de la droite vers la gauche à des réactions d’estérification. . Les mécanismes BAL1 et BAC1 ne sont pas catalysés. BAC2.

Le mécanisme AAC1 est spécifique de l’hydrolyse des esters dérivés d’acides RCOOH avec R volumineux comme l’acide 2. Les anhydrides d’acides sont relativement plus résistants à l’hydrolyse que les chlorures d’acides correspondants. Si l’acide est fort. la rupture de liaison s’effectue à différents endroits de la molécule. Selon les conditions expérimentales.8. et par un mécanisme faisant intervenir deux intermédiaires tétraédriques en présence d’une base alcaline ou d’une base organique (schéma 8. toutefois.35 O O C R 2 R-COOH R C O C O H H R C O C O H Le mécanisme s’effectue via un intermédiaire tétraédrique en milieu neutre. Pour les autres esters. mécanismes faisant intervenir un intermédiaire tétraédrique. avec attaque de l’oxygène du groupe carbonyle par le proton dans le premier cas.36). R O SO2-OR R O SO3H R O SO2R' R O N=O R O NO2 sulfate d'alkyle sulfate acide d'alkyle sulfonate d'alkyle nitrite d'alkyle nitrate d'alkyle H2 O ROH + acide R O P(=O)-(OR)2 phosphate d'alkyle Schéma 8. réaction suivie de la rupture de la liaison entre groupe acyle et OR’. Ce mécanisme s’applique aussi lorsque l’acide utilisé comme catalyseur est fort comme l’acide sulfurique concentré et que l’ester est un acétate d’alcool primaire ou de phénol. les mécanismes AAL1 et BAL1 (seulement en milieu très faiblement basique) sont possibles. P.35) en un seul acide (dans le cas d’un anhydride simple.6-triméthylbenzoïque.30). RCO-O-COR’).36 . SN1 en milieu acide. la présence d’un acide ou la saponification par la soude ou la potasse permettent l’hydrolyse. et du carbone du même groupe par l’ion hydroxyde dans le second cas. (RCO)2O ou un mélange de deux acides (dans le cas d’un anhydride mixte. l’eau les hydrolyse sans catalyseur (schéma 8. (substitution nucléophile au carbone saturé). H O O R O O R O R C O H H Schéma 8. N…). Les réactions de substitution 317 Les mécanismes les plus fréquents sont AAC2 et BAC2. Les esters des acides inorganiques sont hydrolysés plus ou moins facilement en libérant l’acide et un alcool (schéma 8. Si R’ est susceptible de former un carbocation stable (groupe tertiaire ou stabilisé par résonance).4. l’hydolyse peut avoir lieu sans catalyseur. et aussi entre atome central (S. P. N…) et OR (substitution nucléophile de S. le plus souvent entre le carbone du groupe R et l’oxygène de R-O. comme pour les sulfates d’alkyles.

Dans le cas d’amides primaires. et respectivement. Les mécanismes proposés sont analogues à ceux décrits pour les esters (schéma 8. La présence d’un catalyseur acide ou basique et un long chauffage sont le plus souvent nécessaires. et AAC2 en milieu acide avec passage par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8.37 Les mécanismes AAL1.34) avec les mêmes remarques pour leurs spécificités.37). selon le cas. avec rupture de liaison R-O.318 Chimie organique Les sulfonates d’alkyles R-O-SO2-O-R sont hydrolysés par une substitution nucléophile au carbone. O C NH2 H O C N H2 O R + NO2H R N RCOOH + N2 Schéma 8. amines primaires et secondaires. Le plus classique est BAC2 en milieu basique. BAL1 et BAL2 n’ont jamais été observés. ammoniaque. 8.1. milieu basique O R1 C N R2 R1 R3 O C HO N R2 R1 R3 C O + N OH R2 R3 R1 C O + HN O R2 R3 HO milieu acide R1 O H R2 C N R3 H O R1 C O H H N R3 R2 R1 H O C O H R2 N R3 O H H R1 O C H R2 NH R3 R1COOH + R2 H2 N R3 Schéma 8. d’ammonium ou d’amines. tandis que les nitrites R-O-N=O sont hydrolysés par une substitution nucléophile à l’azote avec rupture de la liaison N-O. Lorsque l’hydrolyse est particulièrement difficile. secondaires et tertiaires sont hydrolysés en acides.12d). On pourrait ajouter ici le cas des halogénures d’alkyles RX qui sont les esters d’acides halohydriques (ROH + HX RX + H2O) (§ 8.11c – Des amides Les amides primaires. AAL2.38). Leur hydrolyse. Les réactions sont irréversibles en milieux acide et basique en raison de la formation. a été traitée lors de la présentation des mécanismes SN1 et SN2.38 . l’action de l’acide nitreux ou du chlorure de nitrosyle les transforme en sels de diazonium qui sont facilement hydrolysés en acides (schéma 8. de sels d’acides. et plus particulièrement l’action de la soude. on peut utiliser le peroxyde de sodium dans l’eau.

Le carbone le moins substitué est celui qui est attaqué par le réactif nucléophile conduisant à une inversion de configuration relative de ce carbone. R SO2-NR2 H2O H Schéma 8. milieu neutre ou basique O R1 R2 H milieu acide HO C SN2 H R3 R1 R2 C C HR 3 OH inversion de configuration relative C O H H O H ou H O C H H R3 R1 R2 S N1 C C H R3 R2 R1 O R1 R2 C O C C H H O H H racémisation R3 O R1 R2 C(OH) C H H R3 Schéma 8.39). sauf si le solvant est le HMPT. le mécanisme est de type SN2 (schéma 8.40 . Les réactions de substitution 319 Les sulfonamides R-SO2-NR2 résistent à l’hydrolyse alcaline à froid.39 R-SO2-OH + NH2(R2) 8.1.8.40). En milieu neutre ou basique (milieu : DMSO). L’hydrolyse en présence de potasse à chaud est possible.11d – Les époxydes Les époxydes ou oxiranes sont des cycles tendus qui s’ouvrent assez facilement par hydrolyse en milieu acide ou basique en formant des glycols ou vic-diols. L’hydrolyse acide est plus facile (schéma 8.

Ce sont donc les conditions expérimentales. le mécanisme SN1 est théoriquement favorisé (bien que le mécanisme SN2 soit aussi parfois observé).320 Chimie organique En milieu acide (souvent l’acide perchlorique). des réactions d’élimination sont les principaux résultats. des réactions d’alkylations des carbones cycliques sont possibles (schéma 8. Ph3CX. Dans le cas des phénates.42).41 L’action des alcoolates primaires et des phénates sur les halogénures d’alkyles. dans le DMSO. acides ou basiques. Par une réaction « SN2 » en milieu acide. 8. permet la préparation de nombreux éthers symétriques ou dissymétriques (réaction de Williamson) selon un mécanisme SN2.12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates 8. donc celui qui est le plus substitué par des groupes alkyles. soit dans le DMSO.12a – Les halogénures R-X + O-R' R-O-R' + X Schéma 8. La réaction peut avoir lieu en ajoutant de la potasse au mélange d’halogénure et d’alcool. La formation d’un carbocation intermédiaire conduit à une racémisation du carbone attaqué. l’attaque a lieu sur le carbone le plus substitué. Le carbone attaqué par l’eau est celui qui permet de former le carbocation le plus stable lors de l’ionisation d’une liaison C-O. qui permettent d’orienter l’ouverture de l’époxyde. et quelquefois SET (schéma 8.H 2O R'X O-R' R + O R R' + R' Schéma 8. ou leurs dérivés substitués sur les cycles réagissent directement sur les alcools selon un mécanisme SN1.1. OH R HO . Avec les alcoolates secondaires.42 O R O R O R O R OH R H R' Les halogénures très réactifs comme les halogénures de trityle.41). . soit dans l’alcool dont dérive l’alcoolate. les rendements sont faibles. ions ambidents.1. et avec les alcoolates tertiaires.

Le di-éther (appelé MOM éther) ou le tri-éther (appelé MEM éther) formé est déprotégé par l’action de l’acide chlorhydrique à chaud. La réaction est très souvent exothermique.45). .3X C OR' OR' orthoester X Schéma 8. Une réaction intramoléculaire a lieu avec les chlorhydrines qui conduit à la formation des époxydes. Cl C Cl C OH base . CH3-O-CH2-Cl + O-R' CH3-O-CH2-O-R' MOM éther + Cl chlorométhyl méthyléther CH3-O-CH2-CH2-OCH2Cl + chlorométhyl 2-méthoxyéthyl éther O-R' CH3-O-CH2-CH2-O-CH2-O-R' + Cl MEM éther Schéma 8.44 Des analogues soufrés comme les méthylthiométhyl éthers (MTM éthers) sont aussi utilisés : la déprotection est alors effectuée par le chlorure mercurique. HgCl2. soit par un mécanisme SN1.Cl O époxyde chlorhydrine Les halogénures d’acides réagissent directement sur les alcools pour former des esters. la réaction est celle de Schotten-Baumann (1886). Le groupe R peut être primaire.2 X R'-O OR' C OR' X + 3 R'-O . secondaire.8. dans un mélange d’acétonitrile et d’eau. Dans de nombreux cas. Les réactions de substitution 321 Les gem-dihalogénures et les 1. tertiaire.1-trihalogénures fournissent par cette réaction.44).43). X C OR' acétal X C X + R'-O . Lorsqu’il s’agit de la soude ou de la potasse.43 La réaction de Williamson a été utilisée pour protéger des alcools : les alcoolates sont traités par le chlorométhyl méthyléther ou le chlorométhyl 2-méthoxyéthyléther (schéma 8. des acétals et des orthoesters (schéma 8.1. une base est ajoutée au milieu pour retenir l’halogénure d’hydrogène libéré dans la réaction (souvent la pyridine qui sert aussi dans ce cas de catalyseur nucléophile. schéma 8.45 C C O . soit via un intermédiaire tétraédrique.46). ou aromatique. et respectivement. en milieu basique (schéma 8.base-H SN2 Schéma 8.

si l’alcool est en excès.46 L’utilisation d’alcoolates a lieu lorsque l’un des groupes R ou R’. puis. ou les deux. ROH Cl O C Cl phosgène gaz très toxique OR O C Cl chloroformiate . Le phosgène réagit sur les alcools en fournissant d’abord des chloroformiates.HCl 2 ROH .47).2 HCl OR O C OR carbonate Schéma 8.47 .322 Chimie organique SN1 RCOX O solvant polaire RCO O + X R'OH RCOOH + XH O S N2 R C O R' O X R R' C O H X R C O R' + HX H mécanisme tétraédrique O X pyridine O X R C N + HX SN2 R C N R C N catalyse nucléophile intermédiaire tétraédrique O C R O R' H N R' R O C O H N R O C O R' + X sel de pyridinium HN Schéma 8. des carbonates (schéma 8. est (ou sont) très encombré(s).

8. la formation d’esters par réactions avec les alcools (figure 8. et en particulier.8. pour former des esters sulfoniques. car l’imidazole a un très fort caractère électroattracteur -I. .48 Les acides sulfoniques sont aussi transformés en esters sulfoniques par l’action des orthoformiates.HCl R-SO2-OR' Schéma 8. il se forme un éther.N'-carbonyldiimidazole Figure 8. et plus facilement avec les alcools primaires. le N. comparable à celui du chlore.12b – Les alcools Lorsqu’un alcool est traité à chaud par une faible quantité d’acide sulfurique.N’-carbonyldiimidazole. sans solvant. R SO2Cl + R'OH base . les N-acylimidazoles ont un comportement proche de celui des chlorures d’acides : ils les remplacent dans de nombreuses réactions. en présence d’une base (souvent la pyridine qui agit comme un catalyseur nucléophile). Les réactions de substitution 323 Certains composés se comportent comme le phosgène. par exemple. un mécanisme SN1 qui est souvent en forte compétition avec un mécanisme d’élimination conduisant à un alcène.49).4). N R-CO N N-acylimidazole N RCO-Cl chlorure d'acide N N C O N Cl-CO-Cl phosgène N. Les alcools secondaires peuvent suivre l’un ou l’autre mécanisme (schéma 8.4 De même.48). R-SO 2-OR’ : c’est la principale méthode de leur préparation (schéma 8. Les alcools primaires suivent plutôt un mécanisme SN2 et les alcools tertiaires.1. C’est un solide plus facile à utiliser que le phosgène qui est un gaz à température ordinaire. Les chlorures de sulfonyles R-SO2Cl réagissent avec les alcools.

élimination d'un proton avec formation d'alcène Schéma 8. H (A) R O H H R O H SN2 R-O-SO3H + H2O sulfate acide d'alkyle + H . les deux mécanismes SN1 et SN2 sont possibles (B). HSO4 mécanisme SN2 : (alcools primaires voire secondaires) H R R O H . HSO4 HSO4 (B) R R O SO2 OH SN 2 R R O H + O-SO2-OH O H R-O-R + H2SO4 Schéma 8. HSO4 + H2 O + HSO4 O H R O R + H2SO4 + H2O si R tertiaire.50). HSO4 R O H . HSO4 O H R R H O R . présent dans le milieu (A) (schéma 8. Ce composé est ensuite attaqué par une seconde molécule d’alcool pour former l’éther. HSO4 R + H2O H R R + H2O + HSO4 R O R .49 Une autre réaction possible est la formation intermédiaire d’un sulfate acide d’alkyle par attaque de l’alcool protoné par l’ion HSO4-. le plus souvent.324 Chimie organique 2 ROH H2SO4 R-O-R + H2O H R O H + H .50 . Là encore. HSO4 R O H . HSO4 + H2O O R + H2SO4 + H2O mécanisme SN1: (alcools tertiaires voire secondaires) H R O H .

Le sulfate de méthyle permet la méthylation très facile des alcoolates. en présence ou non de HBF4 comme catalyseur (schéma 8.52 Si un mélange d’alcools autres que tertiaires est mis en présence d’acide sulfurique en faible proportion.51 L’action d’un alcoolate alcalin sur un sulfate d’alkyle conduit à un éther par une réaction de substitution nucléophile (schéma 8.53).51). H Schéma 8. SO4R2 peut être produit à la place de l’éther ou du sulfate acide d’alkyle (schéma 8. deux symétriques et un dissymétrique.54). selon un mécanisme proche de celui de l’estérification en présence de ce réactif (§ 8. trois éthers sont produits. des phénates et de nombreux autres composés comme les amines primaires ou secondaires (il remplace souvent l’iodure de méthyle dans ces réactions). le chauffage).8. un sulfate d’alkyle.53 R-O-R + NH CO NH DCU Les éthers méthylés résultent aussi d’une réaction SN1 ou SN2 entre le diazométhane et un alcool. R O SO2 OH H R O H R O SO2 O .52). 2 R-OH + N C N DCC Schéma 8. .12d).1. H sulfate acide d'alkyle R O SO2 O R + sulfate d'alkyle H2O + H R O SO2 O . R R'O O SO2 O-R R'-O-R + O-SO2-OR Schéma 8. à côté de dicyclohexylurée (DCU) (schéma 8. La dicyclohexylcarbodiimide (DCC) permet aussi la déshydratation de deux molécules d’alcool pour former un éther. à chaud. Les réactions de substitution 325 Si la quantité d’acide est augmentée (un équivalent d’acide pour deux équivalents d’alcool) et les conditions expérimentales adéquates (en particulier.

12c – Les éthers et époxydes L’action d’un alcool sur un groupe éther ou transéthérification (passage d’un éther à un autre) est une réaction équilibrée qui a lieu surtout avec les acétals.56 O CH O CH2 CH2 + 2 EtOH 1. OEt R CH OEt R O Ar + + HO CH2 R HO CH2 R R'O R' Schéma 8.54 Les 1.3-dioxolanes (schéma 8. résine perfluorée acide (commercialisée sous forme de sel de potassium) (schéma 8. La distillation de l’alcool dont dérive l’acétal. le Nafion-H.4-diol Nafion-H .H2 O CH2 O CH2 tétrahydrofurane THF Schéma 8. RO H 2C N N + R-O-H SN 2 H3 C RO N N R-O-CH3 + N2 Schéma 8.5. lesquels réagissent facilement avec les 1.3-dioxolane O + ArO .4-. CH2OH CH2OH 1.55).56). 6.1.6-diols donnent lieu à une réaction intramoléculaire qui conduit à des hétérocycles monooxygénés à 5.55 8. ou 7 chaînons (en présence d’un catalyseur acide.326 Chimie organique CH2N2 + ROH diazométhane ROCH3 + N2 H3C N N . sitôt formé.2-diols pour former des 1. 1. permet de déplacer l’équilibre vers la droite.et 1.

1.8.57 8. Les mécanismes sont donc les mêmes. H C C RO C C NH3 aziridine β-amino éther Schéma 8.57).58 est le plus classique (via un intermédiaire tétraédrique). en formant des β-amino éthers.11b.1. Les aziridines réagissent de manière analogue. O C RO C R-O C C O H R-O C C OH époxyde ou oxirane β-hydroxy éther H N ROH. R-COOH + R'OH H H R-COOR' + H2O H O R C O H R O C O H H O R C OH H R O C O H H O R C O R' H O H R O C O R' H O H H O R C O H O H -H R R' H2O + C O O H R' Schéma 8. En raison de la tension de cycle. en milieu acide. Celui présenté dans le schéma 8.12d – Les acides La réaction des acides sur les alcools primaires et secondaires ou estérification est une réaction équilibrée qui est l’inverse de la réaction d’hydrolyse présentée au § 8.58 . ou catalysée par l’alumine Al2O3. les époxydes ou oxiranes sont ouverts par l’action des alcoolates ou des alcools (mécanismes S N1 ou SN2) pour former des β-hydroxy éthers (schéma 8. La réaction peut aussi avoir lieu en milieu acide. Les réactions de substitution 327 L’action d’un alcoolate sur un alkyl aryl éther permet aussi une transéthérification.

quasi absolu (à 99. mais pas un alcool. de volume plus élevé). et ainsi d’obtenir de l’alcool quasiment anhydre par distillation du mélange. Si la quantité de benzène ajouté est trop élevée. ajouter au milieu un déshydratant ou un composé qui retient l’eau comme les tamis moléculaires (solides insolubles dans les solvants organiques et qui contiennent des cavités dont les dimensions ne peuvent contenir et retenir que des molécules de tailles proches. HCOOH. Lorsque les quantités d’acide sont très faibles ou la réaction d’estérification classique difficile. TsOH. Il ne se forme que durant la distillation de ces composés et se comporte comme un corps pur en ayant un point d'ébullition constant. Le DCC joue à la fois le rôle d’activateur du groupe carbonyle de l’acide. l’eau. si son point d’ébullition est suffisamment faible. Les phénols réagissent difficilement et il est préférable de préparer les esters phénoliques à partir des chlorures d’acides (§ 8. Afin de déplacer l’équilibre de cette réaction vers la droite. Les alcools tertiaires en présence d’acide fort forment des carbocations qui perdent un proton pour former des alcènes (réaction d’élimination). si la quantité d’eau n’est pas trop importante. seul. et en raison de la loi d’action de masse. CF3COOH. il se forme ensuite un azéotrope éthanol-benzène. il s’agit de l’alcool. . La présence de ce catalyseur est inutile pour certains acides très réactifs comme l’acide trifluoroacétique.1.99°) distille. → Extraire l’ester par distillation. Par exemple.59) et qui permet d’obtenir les esters avec d’excellents rendements. ce qui permet d’extraire l’eau présente dans l’éthanol (Eb : 78 °C) si on lui ajoute du benzène. Il peut alors se former un nouvel azéotrope de constitution différente. plusieurs méthodes sont utilisées : → Mettre un large excès d’un des deux réactifs : le plus souvent.12a). ou l’acide formique. le benzène et l’éthanol forme un azéotrope qui bout à 65 °C. acide organique fort soluble dans de nombreux solvants). on prépare souvent les esters correspondants par une méthode qui fait intervenir le dicyclohexylcarbodiimide (DCC) (schéma 8.328 Chimie organique La catalyse est acide (H2SO4 ou acide p-toluènesulfonique. avant que l’éthanol. par exemple l’eau. et celui de déshydratant. Il existe jusqu'à ce que l'un de ces constituants soit épuisé dans le mélange liquide en cours de distillation. soit. soit l’extraire par une distillation azéotropique (voir la note ci-dessous) ce qui est possible avec l’éthanol et les alcools plus lourds mais pas avec le méthanol (point d’ébullition trop faible). Note : un azéotrope est un mélange en phase vapeur constitué de plusieurs composés en proportions bien définies. → Éliminer l’eau formée dans le milieu réactionnel : on peut.

Les . . D’autres méthodes plus complexes permettent de rendre l’estérification plus aisée : elles dépassent le cadre de cet ouvrage.60). composé insoluble dans la plupart des solvants et qui peut donc être filtrée. Les réactions de substitution 329 N C N dicyclohexylcarbodiimide NH C O NH dicyclohexylurée (urée: H2N-CO-NH2) R-COOH + N C N R-COO + NH C N R-COO + NH C N NH C N O C O R équivalent d'un anhydride mixte NH C N O C O R H NH C NH O C O R H NH C H O R' NH R'-O-C=O + R -H R'-O-C=O R Schéma 8. l’alcool dans ce cas. L’eau provenant de l’estérification est captée par le DCC et se retrouve entièrement dans la dicyclohexylurée (DCU).59 NH C NH O O C O R Le DCC réagit d’abord avec l’acide pour former une molécule analogue à un anhydride mixte ce qui active le groupe carbonyle provenant de l’acide (d’autant plus que le groupe imino est protoné) et rend l’attaque du nucléophile. particulièrement aisée.8. Ce mécanisme peut conduire à des amides si le nucléophile est une amine primaire (la présence d’un acide dans ce cas n’est pas nécessaire). De nombreuses autres méthodes existent.et -hydroxy acides forment des lactones par estérification intramoléculaire en milieu acide (schéma 8.

. H3C CH2 (A) H3C CH Cl β-chloro butanoate de sodium COONa H2O HCCl3 CH CH2 O C O + NaCl 4-méthyl-β-lactone (B) H2C C O + H-CHO méthanal ou formaldéhyde Schéma 8. Les -lactones sont préparées à partir de solutions aqueuses de sels alcalins de β-chloro acides. ce qui est équivalent à une transestérification (§ 8.1. ou l’acide chlorosulfonique.62 + R-OH Les sulfates acides d’alkyles ou monoesters d’acide sulfurique R-O-SO3H sont obtenus en traitant les alcools par l’anhydride sulfurique. entre autres.12f). concentré. les -hydroxyacides peuvent être cyclisés en effectuant la réaction à très haute dilution. ce qui diminue les possibilités de réactions intermoléculaires. isomères des nitroalcanes. NO2Na + HCl + ROH R-ON=O + R'OH R-O-N=O + NaCl + H2O R'-O-N=O Schéma 8. Ils sont obtenus aussi par une réaction entre un alcool et un autre nitrite d’alkyle (schéma 8.61 H2 C O CH2 C O cétène β-lactone Les esters d’acides inorganiques peuvent être préparés par des réactions très variées. Toutefois. sont obtenus en ajoutant un acide minéral fort comme l’acide chlorhydrique ou sulfurique.61). l’acide sulfurique (schéma 8. R-O-NO.62).50).330 Chimie organique COOH OH γ−hydroxy acide H C O γ−lactone Schéma 8.60 NaOH O OH COONa Cette simple réaction n’est pas applicable à d’autres hydroxy acides car elle conduit alors à des polymères (polyesters) par réactions intermoléculaires. à une solution hydro-alcoolique de nitrite de sodium. Les nitrites d’alkyles. Elles peuvent aussi résulter de l’action d’un cétène sur un composé carbonylé : la β-propiolactone appelée β-lactone résulte de l’action du cétène sur le méthanal (B). agitées dans du chloroforme (A) (schéma 8. HSO3Cl.

8. les acides hydrohalogénés. Le sulfite d’éthyle. PO4R3. (RO)3P. RO-SO2-OR. sous l’action du solvant (l’alcool). est ionisé en .64). sont obtenus par action de l’oxychlorure de phosphore POCl3 sur les alcools en présence de pyridine (schéma 8. (RO)2SO. Le sulfate de méthyle est obtenu par distillation du sulfate acide de méthyle formé par réaction de l’acide sulfurique sur le méthanol (A. résulte lui-même de l’action du chlorure de thionyle.63).63 Le sulfate d’éthyle peut être préparé comme le sulfate de méthyle. Il se forme un sel au sens de Lewis.64 N Cl + 3 R-OH OR P OR phosphite d'alkyle Me OR . résultent de diverses réactions selon leur nature dont l’une consiste à chauffer un alcool primaire en présence d’acide sulfurique (schéma 8. schéma 8.3 HCl O P OR OR phosphate d'alkyle Me Cl P Cl trichlorure de phosphore Schéma 8. SOCl2. mais aussi par addition d’acide sulfurique à l’éthylène (B) ou par réaction d’oxydation du sulfite d’éthyle par le permanganate de potassium (C). Ils sont préparés le plus souvent par action de ces acides sur les alcools. résultent de la réaction du trichlorure de phosphore sur les alcools en présence d’une amine tertiaire comme la N.N-diméthylaniline. Les phosphates d’alkyles.65). Cl O P Cl Cl oxychlorure de phosphore OR + 3 R-OH pyridine . sur un alcool. La réaction suit un mécanisme SN1. Les réactions de substitution 331 Les sulfates d’alkyles. (A) H2SO4 + MeOH H2O + HSO4Me HSO4Et sulfate acide d'éthyle distillation distillation Me2SO4 Et2SO4 sulfate acide de méthyle (B) H2SO4 + H2C=CH2 Cl (C) Cl EtO S O + 2 EtOH EtO S O KMnO4 Et2SO4 chlorure de thionyle sulfite d'éthyle Schéma 8.51).3 HCl Les trialkyl phosphites. Cette dernière méthode est aussi appliquée aux alcools plus lourds. qui. Les halogénures d’alkyles sont aussi des esters d’acides inorganiques. L’acide chlorhydrique réagit avec les alcools primaires et secondaires en présence de chlorure de zinc comme catalyseur (schéma 8.

332 Chimie organique libérant un carbocation (qui peut se réarranger s’il est secondaire) qui réagit avec Cl. Les bromures d’alkyles sont préparés par action de l’acide bromhydrique (48 %).(A).67).66). ou mieux encore de celle du trifluorure de diéthylaminosulfure. le mécanisme devient SN2 et aucun réarrangement n’est possible (B). PCl3. R-OH + R-OH + HBr IH RBr RI + H 2O + H 2O 3 R-OH + 3 INa + H3PO4 3 RI + PO4Na3 + 3 H2O Schéma 8.66 RBr + H 2O L’action de PBr3 (formé in situ par action du brome sur le phosphore) permet aussi le passage à RBr mais il existe dans ce cas des possibilités de réarrangements pour les alcools secondaires. Les iodures d’alkyles sont obtenus par réaction de l’acide iodhydrique (57 %) sur les alcools. Les alcools traités par le chlorure de thionyle en présence ou non de pyridine forment des chlorures d’alkyles (D). (DAST). .67 Les fluorures d’alkyles ne résultent pas de l’action de l’acide fluorhydrique sur les alcools mais de celle du tétrafluorure de soufre. Si la concentration de chlorure de zinc est très faible. Ils sont mieux préparés par action d’iodures alcalins sur les alcools à l’ébullition en présence d’acide phosphorique à 96 % (schéma 8. en présence d’une quantité catalytique d’acide sulfurique pour les alcools primaires et sans catalyseur pour les alcools secondaires et tertiaires (qui pourraient être déshydratés en alcènes en sa présence) (schéma 8. Et2NSF3. R-OH + HBr Schéma 8.65 L’acide chlorhydrique concentré forme des chlorures d’alkyles tertiaires avec les alcools tertiaires sans catalyseur (C). POCl3 entre autres. sans catalyseur. Cl R-Cl + H2O + ZnCl2 R (B) SN2 ZnCl2 + HCl + R-OH CH3 (C) H3C C OH CH3 (D) R OH + SOCl2 ZnCl3 + ROH2 CH3 ZnCl2 + RCl + H2O + HCl H2O H3C C Cl CH3 + H 2O HCl + ROSO2Cl Cl + ROSO SN 2 RCl + SO2 Schéma 8. Il en est de même de PCl5. R (A) SN1 H O ZnCl2 solvant polaire + Zn(OH)Cl2 S N2 H. SF4.

en particulier. mais ils sont moins réactifs ce qui nécessite l’emploi de catalyseurs acides.12e – Les anhydrides d’acides Comme les chlorures d’acides. 8.69 8.68 O C R + R'OH R-CO-OR' + RCOOH + R-OH RO-CO-CH2-CH2-COOH Les anhydrides cycliques sont ouverts à chaud par un équivalent d’alcool pour former un monoester du diacide correspondant (schéma 8.4a et 6. les anhydrides d’acides réagissent avec les alcools.69). R-COOR' O R R" O H R" C O R' R + R"OH O C O H intermédiaire tétrèdrique ∆ R-COOR" H O + R'OH O O R' R C + O R" O R' R C O R" + R'-O-H + ROH O O γ−butyrolactone ∆ HO RO γ−hydroxy ester O Schéma 8.8.N-diméthylamino)pyridine (dans ce cas.12f – Les esters carboxyliques Cette réaction équilibrée est nommée transestérification. O R C O O H 2C C O H 2C C O Schéma 8. Le mécanisme passe par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8. la réaction est difficile.70 .1. par addition d’halogénures d’hydrogène sur les alcènes (§ 9. d’acides de Lewis ou de base comme la 4-(N.1.70). + 1 ROH O O O anhydride succinique ∆ HOCO-CH2-CH2-COOR monoester de l'acide succinique Schéma 8. il s’agit d’une catalyse de type nucléophile) (schéma 8.5d). Les réactions de substitution 333 De nombreuses autres méthodes existent pour la préparation d’halogénures d’alkyles. C’est une réaction qui s’apparente à celle de l’hydrolyse des esters.1.12. Si R’ est tertiaire.68).

le mécanisme est SN1 : elle n’est alors possible qu’avec des halogénures très réactifs. 8. RX + R'-COONa HMPA RCOOR' + NaX H2C CH2 CH2 Cl γ−chloro acide COOH NaOH .4. argent.13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels 8.71 8. La catalyse par transfert de phase est souvent appliquée à cette réaction : le benzène (ou le toluène) est alors le solvant non miscible à l’eau et la réaction a lieu en présence d’une base.et δ-lactones peuvent être préparées par action de la soude sur un γ. les halogénures tertiaires ou très encombrés ne permettent pas cette réaction.72).13a – Les halogénures La réaction des halogénures sur les sels de sodium. Le mécanisme est SN2.8-diazabicyclo[5. N N DBU Figure 8. La différence des points d’ébullition entre R”OH et R’OH permet alors d’extraire du milieu R’OH par distillation ce qui favorise le déplacement de l’équilibre vers la droite.334 Chimie organique Le plus souvent R”OH représente un alcool à point d’ébullition élevé tandis que R’ est méthyle ou éthyle. Les phénols donnent lieu à cette réaction y compris avec les sulfonamides non N-substitués (schéma 8.72 Par contre.0]undec-7-ène) (figure 8.1. césium des acides organiques dans le HMPA est une excellente méthode de synthèse des esters (schéma 8.1.NaCl C O γ−lactone O Schéma 8.5). allyliques ou benziliques.N-disubstitués réagissent avec les alcools en présence d’une base pour former des sulfonates.12g – Les sulfonamides Les sulfonamides N.71). Les γ. lorsque la réaction est effectuée dans un solvant protique.5 .1. le DBU (1. R-SO2-N(R')2 + R"OH base R-SO2-OR" + HNR'2 Schéma 8. potassium. Toutefois. Les lactones peuvent donner lieu à cette réaction qui conduit à des hydroxy esters.ou δ-halogéno acide.

PCl3. l’acide libre est mis en réaction.73).74 . le trichlorure de phosphore. ou le pentachlorure de phosphore. Les chlorures d’acides résultent d’une réaction de substitution nucléophile entre un acide et le chlorure de thionyle.74). Les réactions de substitution 335 Les chlorures d’acides réagissent avec les sels alcalins ou d’argent d’acides carboxyliques pour former des anhydrides (schéma 8.73 La réaction se fait aussi en présence d’une base organique comme la pyridine ou la triéthylamine (catalyse nucléophile). SOCl2. C’est leurs méthodes de préparation les plus courantes (schéma 8. mais dans ce cas. H O R C O H O + S Cl Cl chlorure de thionyle H O O S Cl R C Cl intermédiaire tétraèdrique O R C O Cl O O S Cl O R C Cl H O R-COOH + PCl5 R-CO-O-PCl4 + HCl R C Cl intermédiaire tétraèdrique + SO2 + HCl Cl O P Cl Cl Cl O R C Cl + O=PCl3 + HCl Schéma 8. PCl5.8. O R R' C O C O Cl R R' O C O C O R' Cl R C O C O + O Cl Schéma 8. Il se forme un sel qui réagit avec le chlorure d’acide.

R-COOH + R-COOH R-CO-O-CO-R + H2O anhydride d'acide P2O 5 O COOH H 2C H 2C COOH .12d). POCl3 CH3 COOH .13b – Les acides.77 .77). des anhydrides d’acides comme l’anhydride acétique. le retrait de l’eau formée par ce déshydratant déplace l’équilibre vers la droite. amides Deux molécules d’acides carboxyliques peuvent être déshydratées pour former un anhydride à condition qu’un agent déshydratant soit présent (schéma 8. en oxyde de carbone et anhydride carbonique.75 Des réactions d’échanges peuvent exister entre un acide et un chlorure d’un autre acide (via un anhydride d’acide) : le chlorure d’oxalyle.75). dans les conditions de la réaction.1. § 8. En effet. ce qui oriente la réaction vers la droite (schéma 8.336 Chimie organique On peut aussi faire réagir l’acide sur la triphénylphosphine en présence de tétrachlorure de carbone ce qui est une méthode plus douce que les précédentes (schéma 8. l’anhydride trifluoroacétique ou le dicyclohexylcarbodiimide (DCC.H 2O ∆ COOH CH3 C O O C O acide 3-méthyl-phthalique anhydride 3-méthyl-phtalique Schéma 8. la réaction étant équilibrée. dans la mesure ou l’acide oxalique formé est décomposé.76 8. esters. Les déshydratants les plus souvent utilisés sont l’anhydride phosphorique P2O5. R-COOH + Ph3P + CCl4 R-COCl + Ph3PO + HCCl3 Schéma 8. est particulièrement indiqué dans ce cas. RCOOH + R'-COCl 2 RCOOH + ClCO-COCl chlorure d'oxalyle R'COOH + R-COCl HOCO-COOH acide oxalique 2 R-COCl + CO2 + HCOOH acide formique CO2 + CO + H2O Schéma 8.H2O H2 C H2 C C O C O anhydride succinique acides phosphoriques acide succinique déshydratant: anhydride acétique. chlorure d'acétyle ou chlorur e de phosphoryle.1.76). (COCl)2.

79 Ainsi. Le mécanisme est identique à celui donné pour la réaction du diazométhane avec les alcools (§ 8. selon le cas. . le diazométhane est utilisé pour préparer des esters méthyliques avec un rendement élevé. 8.H R-CO-O R' C O O CH2 R" ester d'énol R' C OEt O OEt R-CO-O C R' O + EtOH (extrait par distillation) RCOOH + R' C O C R-COO-CO-R' + HO-C=CH2 R" O C CH3 R" Schéma 8. Pour les esters.1.79).1. La déshydratation s’effectue. R R-COOH + R R-COOH + H2C N N C N N R R-COO-CH R R-COO-CH3 + N2 + N2 H2C O R C O H + H2C N N N N O H 2C N N . Une réaction équilibrée se crée entre un acide carboxylique et un ester ou un amide conduisant à un anhydride (schéma 8. RCOOH + R'-COO-R'' R-CO-O-CO-R' + R"OH R-CO-O .N2 O R C O CH3 R C O + H3C N N Schéma 8. soit par l’emploi d’agents déshydratants comme pour l’acide succinique. l’acide intervient par le groupe carboxylate comme nucléophile.78 Un cas particulier de cette réaction concerne les esters énoliques qui forment avec l’acide une cétone qui ne peut plus donner lieu à un équilibre.12b). comme pour l’acide phtalique. réaction la plus utilisée.78).8. le retrait par distillation de l’alcool formé déplace l’équilibre vers la droite ce qui favorise la formation de l’anhydride d’acide.13c – Le diazométhane Les composés diazo et plus particulièrement le diazométhane réagissent à température ordinaire et avec d’excellents rendements sur les acides pour former des esters (schéma 8. Les réactions de substitution 337 La réaction s’applique aux diacides qui peuvent former un anhydride cyclique à cinq ou six chaînons. soit par chauffage.

AlCl3. les alcools produits dans une première réaction sont transformés par une seconde. Les alkylaryléthers forment toujours l’halogénure d’alkyle et le phénol. sauf pour les méthylalkyléthers qui forment de manière prépondérante. ne réagit qu’avec des époxydes « rigides ».338 Chimie organique 8. chauffés. conduisent à une rupture de l’éther en fournissant un halogénure. HF. Le fluorure d’hydrogène. par exemple.82).81). ceux présents dans les stéroïdes.82 . en halogénures. l’halogénure de méthyle. Les époxydes sont ouverts par les halogénures d’hydrogénes en formant des halohydrines (schéma 8. R O R' + H R' X sel d'oxonium Schéma 8.81 HO Lorsque l’halogénure d’hydrogène est en excès. BBr3. par chauffage. L’iodure d’hydrogène réagit plus vite que le bromure d’hydrogène mais il permet de nombreuses réactions secondaires. Ces réactions s’appliquent à des éthers cycliques comme le tétrahydropyrane (schéma 8. pour conduire à un bromure d’alkyle ou d’aryle selon l’éther et un alcool ou un phénol (schéma 8. HX X OH O SOCl2 (HCl) époxyde ou oxirane halohydrine Cl OH SOCl2 Cl Cl HCN NC OH cyanhydrine Schéma 8.80 R O H R-O-H + R'-X Les dialkyléthers produisent un mélange des deux halogénures possibles.14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes Le bromure d’hydrogène réagit très bien avec les éthers. HBr O Br Schéma 8.80).1. BCl3. Le chlorure d’hydrogène est peu utilisé et réagit très lentement. Les acides de Lewis qui forment des complexes avec les éthers comme BF3.

Les réactions de substitution 339 Lorsque les époxydes sont traités par le chlorure de thionyle en présence de pyridine. pour former un ester de 2-iodoéthyle (schéma 8. conduit à un mélange d’amines primaires. X R 3N + RX R4N.84). et à des sels d’ammonium quaternaires (schéma 8. X sel d'ammonium quaternaire Schéma 8.84 En effet.83 NaI RCO-O-CH2-CH2I 8. R NH3 X RNH2 + HX amine primaire RNH3. tertiaires sous forme de sels.2-dihalogénure. L’acide cyanhydrique conduit à une cyanhydrine.83). L’amine secondaire réagira ensuite avec l’halogénure pour former une amine tertiaire laquelle est transformée en sel d’ammonium quaternaire si un excès d’halogénure est présent.1. Les chlorures d’acides réagissent avec l’oxyde d’éthylène ou oxirane. est immédiatement transformée en 1. X R2NH + R-X R3N + HX amine tertiaire R3NH.15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines 8.8. R C O + RCOCl H2C CH2 H2C O O Cl CH2 RCO-O-CH2-CH2Cl Schéma 8.1. . l’halohydrine qui se forme d’abord en raison de traces de chlorure d’hydrogène.15a – Les halogénures L’alkylation de l’ammoniac par les halogénures d’alkyles. le caractère nucléophile augmente lorsqu’on passe de l’ammoniac à une amine primaire puis secondaire : la réaction de substitution sera donc plus facile avec ces deux dernières présentes dans le milieu. en présence d’iodure de sodium dans l’acétonitrile. X R X RNH2 R2NH + HX amine secondaire R2NH2. surtout de faibles masses. secondaires.

en présence d’un halogénure ou réaction de Menchoutkine (1890). Toutefois.HX H R C COOH NH2 Schéma 8.4-dinitrobenzène permettent la réaction. On peut signaler ici que. Par exemple. le caractère nucléophile des amines primaires et secondaires faiblit et il est alors possible de préparer des amines tertiaires à partir de l’ammoniac.86) : il s’agit de formations d’alcènes par élimination de HX de l’halogénure (A) et de transalkylation (B). se fait dans un solvant polaire comme l’acétone (schéma 8. peut être effectuée en présence de bases fortes non nucléophiles dont le rôle est le retrait du proton de (R)(R’)NH2+ ou de (R)(R’)(R”)NH+. sauf dans le cas des α-amino acides à partir d’α-halo acides. les diaryl amines réagissent difficilement avec les halogénures ce qui conduit à utiliser des sulfates ou sulfonates plus réactifs. en effectuant la réaction dans des conditions particulières. Seuls.86 RX Des réactions parasites accompagnent souvent la réaction principale (schéma 8. Elle consiste à chauffer l’halogénure et l’ammoniac à 180 °C sous une pression de 25 bars. Par contre. Les triarylamines sont très difficilement alkylées.85). partant d’amines primaires substituées par un groupe R. acétone R3N + R'X R3N-R'. il est possible de privilégier la formation d’un type d’amine. mais ce n’est pas la meilleure méthode (schéma 8. Les amines primaires aromatiques sont facilement alkylées. les halogénures aromatiques activés par des groupes électroattracteurs sur le cycle comme le bromure de 2. X + (CH3)2C=CH2 (A) R3N + (CH3)3CX (B) R3N + R'X R2NR' + Schéma 8. H R C X COOH + NH3 . l’halogénure peut être R’X. La préparation des sels d’ammonium quaternaires à partir d’amines primaires ou secondaires (alkylation exhaustive). c’est la synthèse d’Hofmann (1850). et de la nature de l’halogénure (I < Br < Cl). X R3NH. en utilisant un très gros excès d’ammoniac par rapport à l’halogénure. Il en est de même pour la préparation d’amines secondaires qui sont plus facilement obtenues par action de l’halogénure sur un large excès d’amine primaire.85 Lorsque le nombre de carbones du groupe aliphatique R de RX est compris entre 7 et 12. La vitesse de la réaction est fonction des substituants de l’amine (primaires > secondaires > tertiaires).340 Chimie organique Une telle réaction n’est donc pas a priori une bonne méthode de synthèse des amines primaires. on favorise la formation de l’amine primaire. ce qui permet la formation d’amines secondaires R(R’)NH.86). Le passage d’une amine tertiaire à un sel d’ammonium quaternaire. . Cette méthode est peu utilisée pour la préparation des amines primaires.

en présence d’acide. H acide phtalique RNH2 + COO phtalate RNH2 + O NH NH phtalhydrazide O NR O + NH2-NH2 O NHR NH-NH2 O Schéma 8. c’est lui qui est transféré sur l’éthanolamine.H2O O H2O. la formation d’azides suivie de leur réduction (B).87 + R-NH2-CH2-CH2-OH La préparation des amines primaires aliphatiques utilise d’autres réactions comme celle de l’hexaméthylènetétramine avec les halogénures d’alkyles (réaction de Delépine. HCl EtOH (A) RX + (CH2)6N4 hexaméthylène tétramine N3(CH2)6NR. 1895) (A. R R N R R . X + H2N-CH2-CH2-OH éthanolamine R R N R Schéma 8. X RNH3. ce qui libère l’amine à côté du phtalhydrazide (E). soit hydrolysé. en amine (sel) et acide phtalique (D). X (B) RX + N3Na R-N3 réduction RNH2 RNH3 COOH RNH3 + COOH (C) RX + (Me3Si)2N Na . soit soumis à l’action de l’hydrazine (méthode de Ing-Manske).88 .NaX RN(SiMe3)2 H2O. schéma 8. Les réactions de substitution 341 La désalkylation des sels d’ammonium quaternaires peut être réalisée par l’éthanolamine (schéma 8.87).88). H O (D) RX + NK O phtalimide potassée O NR O HO COO NH2NH2. et la réaction de Gabriel (1887) qui consiste à traiter le sel de potassium du phtalimide par un halogénure ce qui forme un N-alkylphtalimide qui est. Si un groupe méthyle est présent sur l’amine aliphatique. l’action de bis(triméthylsilyl)amidure de sodium sur des iodures et tosylates aliphatiques suivie d’une hydrolyse (C).8.

90 Les amines secondaires réagissent plus difficilement et forment des amines tertiaires ayant un substituant dichlorométhyle.5).H2O CCl2 RNC + 3 KCl + 3 H2O NH2-R Cl H C N R Cl H . Les azétidines (cycle azoté à quatre chaînons) sont difficilement obtenues par cette méthode : il est préférable de traiter d’abord l’amine par le chlorure de tosyle ce qui fournit un groupe TsNH qui est cyclisé par une base.H2O NHR2 R N H R R H C N O R Cl C Cl N R R HCCl3 + HO H Cl C Cl CCl2 Cl R C Cl H R N R H2O . avec le chloroforme en présence de potasse pour former des isocyanures (à odeurs particulièrement repoussantes) (schéma 8. En présence d’eau. avant le retrait du groupe tosyle. H2 C H2 C Cl NH2 base H2C NH H2 C aziridine H2C H2 C CH2 Cl NH2 base H2C H2C CH2 NH 2-chloroéthylamine 1-amino-3-chloro-propane azétidine CH2Cl NH2 base NH pyrrolidine TsCl . elles sont transformées en formamides N.89).2 HCl H HO C OH N R .H2O formamide N. Il se forme un dichlorocarbène intermédiaire qui réagit avec l’amine primaire avec élimination de deux molécules d’acide chlorhydrique.89).90).91 .2 HCl C N R dichlorocarbène isocyanure Schéma 8. par simple chauffage.89 Les amines primaires réagissent rapidement.HCl H2C H2 C CH2 X H2 C base H N Ts H2 C CH2 N-Ts Na alcool isoamylique 1-amino-4-chloro-butane Schéma 8. ou 6 chaînons (schéma 8.Cl .Cl . Le mécanisme est sans doute de type SN1cB (§ 8. par action du sodium dans l’alcool isoamylique (schéma 8. Cette réaction sert de test odorant pour les amines primaires. Elle s’effectue en présence d’une base.342 Chimie organique L’alkylation des amines peut être intramoléculaire dans la mesure où le cycle ainsi produit est à 3. L’halogénure peut être remplacé par un tosylate.1. 5. . RNH2 + HCCl3 + 3 KOH HCCl3 + HO .N-disubstitués (schéma 8.N-disubstitué Schéma 8.91).

Dans la plupart des cas. Les sufonamides de structure. présents le plus souvent dans les plantes. Les réactions de substitution 343 La réaction de von Braun (1900) est une réaction qui a été beaucoup utlisée pour définir la structure d’amines tertiaires (schéma 8. L’action d’une solution acide (70 % SO4H2) au reflux permet de libérer les amines de leurs sulfonamides en formant un sel. Les sulfonamides primaires ayant un groupe CαH2 dont les hydrogènes sont rendus acides par le groupe sulfonamide se solubilisent. un sulfate. tandis que les sulfonamides secondaires (solides) restent insolubles. Elle consiste à traiter l’amine tertiaire par le bromure de cyanogène. s’appliquer qu’à des amines aliphatiques de faibles masses car les sulfonamides primaires avec nC > 7 restent insolubles dans la soude. soit par acidolyse (HBr à 48 % en présence de phénol). Le filtrat contient le sulfonamide primaire. en particulier dans le cas des alcaloïdes. R-SO2Cl + H-N R-SO2-N sulfonamide Schéma 8.93).92 Pr CN MeBr + Bu N CN Les chlorures de sulfonyles réagissent avec l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en formant les sulfonamides correspondants (schéma 8. Les arylsulfonamides sont stables en milieu alcalin et ne sont pas affectés par les réductions catalytiques. Me Pr Bu N + BrCN Br Pr Me N Bu Schéma 8. Les amines primaires et secondaires forment les sulfonamides correspondants. Si les trois groupes sont alkyles. La réaction s’effectue en deux étapes : la première correspond à la formation d’un bromure de N-cyanoammonium. composés azotés basiques d’origine naturelle comme la morphine. la seconde à une attaque nucléophile de l’ion Br. en fait.92). L’halogénure qui se forme est le plus stable. secondaires. La protection d’une amine primaire ou secondaire peut être faite par arylsulfonation. L’ensemble des composés formés est mis en présence d’une solution de soude. .93 + HCl Cette réaction a été utilisée pour séparer les amines primaires. c’est le plus petit d’entre eux qui forme l’halogénure. la réserpine. ArCOCH2-SO2N(R)2. Cette méthode ne peut. sont traités par le zinc. et tertiaires aliphatiques en mélange (méthode de Hinsberg. 1890)) : le mélange d’amines est traité par le chlorure de l’acide p-toluènesulfonique. La distillation permet d’extraire les amines tertiaires et la filtration retient dans le filtre le sulfonamide secondaire. la caféine. dans l’acide acétique. la déprotection est assurée soit par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans le n-butanol.sur le carbone du groupe le plus petit avec formation d’un bromure d’alkyle et de cyanoamine.8.

H2 O R C CN cyanoamine R' OH R CH C O acyloïne : R et R' = alkyl benzoïne : R et R' = aryl Schéma 8. (comme dans la réaction de Strecker § 10. sont facilement ouverts par l’ammoniac et les amines selon un mécanisme SN2 stéréospécifique : les β-hydroxy amines. on obtient respectivement.95 Z HZ CH2 CH2 NH2 H2C CH2 (HZ-CH2-CH2)2NH Z H2 C CH2 (HZ-CH2-CH2)3N . secondaires ou tertiaires. et les benzoïnes (schéma 8.3. les acyloïnes.1.1.2-diamines sont respectivement formés. thiiranes et aziridines Les oxiranes ou époxydes.1).94). des cyanoamines primaires.344 8. 8. β-amino thiols et les 1. Les acyloïnes et benzoïnes conduisent à des α-amino cétones. les thiiranes ou épisulfures et les aziridines. avec l’ammoniac et les amines primaires ou secondaires. tendus.15b – Les alcools Chimie organique La substitution directe d’un groupe OH par un groupe amino n’a lieu qu’avec les cyanhydrines. Ces composés étant des amines.H2O R CH C O α-amino cétone R Dans le cas des cyanhydrines.15c – Les oxiranes. ils peuvent réagir sur une nouvelle molécule d’hétérocycle et les produits obtenus peuvent renouveler encore cette réaction (schéma 8. Z H2 C CH2 NH3 Z = O : oxirane ou époxyde Z = S : thiirane ou épisulfure Z = NH : aziridine Schéma 8.94 N R' + HN . OH R C CN cyanhydrine N R' + HN .95). cycles à trois chaînons.

l’utilisation de composés permettant d’activer la fonction acide pour qu’elle réagisse en conditions douces sur les amines est très importante. Il faut rappeler que les peptides à la base de nombreuses hormones sont constitués d’α-amino acides. R-CH(NH2)COOH. H N C O R C O R-CO-O-CO-R R C O + NH2-R' R-CO-NH-R' + RCOOH Schéma 8. Dans le cas des acides. et la triéthanolamine. il se forme d’abord un sel d’ammonium ou d’amine.97 N DCC O H N C O R C O H N R-CO-O-CO-R + H N C O H N Un autre mécanisme a été proposé : la fonction amine réagit sur le produit formé par addition d’une seule molécule d’acide au DCC. (HO-CH2-CH2)3N. tout particulièrement. liés entre eux par une liaison peptidique. sinon la réaction de couplage peut aussi s’orienter sur la fonction amine d’une seconde molécule du premier acide aminé. (HO-CH2-CH2)2NH. la diéthanolamine.97). Par contre. un solvant industriel très important. l’éthanolamine. le couplage de deux acides aminés (ou d’un peptide et d’un acide aminé) s’effectue avec le DCC. Un tripeptide est donc représenté par la formule générale : NH 2-CH(R1)-CO-NHCH(R2)-CONH-CH(R3)-COOH. Dans ce cas. Les réactions de substitution 345 Avec l’oxirane. les anhydrides d’acides et les esters acylent tous l’ammoniac et les amines pour conduire aux amides correspondants. entre autres. les anhydrides d’acides. sitôt formé.96 C’est la méthode la moins classique pour obtenir les amides qui sont plus souvent préparés à partir des esters. HO-CH2-CH2-NH2. réagit sur la fonction amine d’un second acide aminé en créant la liaison peptidique (schéma 8. -CO-NH-. les esters et les amides Les acides. qui par chauffage conduit aux amides (schéma 8. les chlorures d’acides.96). avec l’ammoniac.8. les chlorures d’acides.15d – Les acides. ∆ R-COOH + HN R-COO . dicyclohexylcarbodiimide.1. sont ainsi obtenus successivement. Cette . En présence de deux molécules d’acides. il se forme l’anhydride correspondant qui. en synthèse peptidique. Ces réactions supposent que la fonction amine du premier acide aminé a été protégée. mais la détection d’anhydride dans le milieu est en faveur du premier mécanisme. 8. H2N sel R-CO-N amide + H 2O Schéma 8.

Le schéma 8. PhCH2-O-CO-.98 présente les différentes étapes pour la synthèse d’un dipeptide simple (R1 er R2 = H ou alkyle). ou le groupe t-butoxycarbonyle.98 Afin de rendre la synthèse peptidique moins fastidieuse sur le plan expérimental. ce qui permet de garder le peptide formé lié à ce support solide et donc de l’extraire facilement du milieu qui contient de nombreux composés en solution (sels. et le t-butoxycarbonylazide.346 Chimie organique protection est souvent assurée par le groupe benzyloxycarbonyle (abréviation : Cbz ou Z). secondaire ou tertiaire (schéma 8. il est souvent nécessaire d’ajouter une base au milieu pour neutraliser l’acide chlorhydrique résultant. R-COCl + H2N-R' R-CO-NH-R' + Schéma 8. un amide primaire. R3… doivent être envisagées avant le couplage. et qui peuvent avoir des fonctions comme OH. tBu-O-CO-. s’effectue par l’action de HBr dans l’acide acétique ou par hydrogénolyse. PhCH2-OCOCl pour Cbz. et dans le second cas pour Boc. Cette protection réalisée respectivement par le chloroformiate de benzyle. Les chlorures d’acides (et plus généralement les halogénures d’acides) réagissent exothermiquement sur l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en produisant. composés secondaires. (abréviation: Boc). Pour délier le peptide de son support solide. La déprotection. ou d’autres groupes choisis en fonction de la nature des groupes latéraux des acides aminés constituant le peptide. Pour certains acides aminés. La synthèse se poursuit à partir de ce système. par action de l’acide trifluoroacétique dans le chlorure de méthylène.99). des protections adéquates des groupes latéraux fonctionnels R1. CH2Cl. on utilise souvent une méthode due à Merrifield (synthèse en phase solide) et qui consiste à utiliser un polystyrène portant des groupes chlorométhyles. dans le cas de Cbz. R2. parmi d’autres. S’il s’agit d’une base . ce qui permet de fixer le premier acide aminé par une substitution avec le groupe amino.HCl H H R1 R1 1) DCC H Ph-CH2-O-CO-NH C CO N Ph-CH2-O-CO-NH C COOH R2 H H 2) H2N C COOH H2 H R1 H Ph-CH3 + CO2 + H2N C CO N H dipeptide R2 C COOH H R2 C COOH H Schéma 8. diminue le caractère nucléophile de l’azote en passant d’une amine à un amide (ou plus exactement à un carbamate). on utilise souvent l’acide fluorhydrique. tBu-OCON3. respectivement. si le nucléophile est en excès. etc…). ou NH2. pour Boc. R1 R1 Cl-CO-O-CH2Ph H2N C COOH Ph-CH2-O-CO-NH C COOH .99 HCl Lorsque l’amine est en quantité stœchiométrique.

R-O-CO-NH-R’ (schéma 8. R-O-COCl chloroformiate + H2N-R' R-O-CO-NH-R' + HCl carbamate Schéma 8.HCl X=C=N-R X = O : isocyanate X = S : isothiocyanate X = O : chloroformamide X = S : chlorothioformamide 2 NH2-R NHR X C NHR dérivés de l'urée (X = O) ou de la thiourée (X = S) Schéma 8. Cl3C-O-COCl. composés particulièrement toxiques.100 Les chloroformiates.8. lesquels éliminent HCl pour fournir respectivement un isocyanate ou un thioisocyanate. la réaction est celle de Schotten-Baumann. ils sont accompagnés de N.H2O R-COCl + R-CO-NH-NH2 R-CO-NH-NH2 + HCl + H2O acylhydrazine ou hydrazide R-CO-NH-NH-CO-R + HCl N. peut le remplacer) ou le thiophosgène. Lorsque deux équivalents d’amines sont mis en réaction. des dérivés substitués de l’urée ou de la thiourée sont obtenus (schéma 8. COCl2 (le chloroformiate de trichlorométhyle. CSCl2.101). Certains réactifs moins classiques comme le phosgène. X Cl-C-Cl + H2N-R X = O : phosgène X = S : thiophosgène X . Les acylhydrazines sont plus facilement préparées à partir des esters par action de l’hydrazine (schéma 8. le chloroformiate de benzyle. ClCOOR. Les réactions de substitution 347 alcaline. utilisés en particulier en synthèse peptidique (voir cidessus.N’-diacylhydrazines.100). ClCOOCH 2Ph). R-COCl + NH2-NH2.HCl Cl-C-NH-R . réagissent sur un équivalent d’amine primaire pour former un chloroformamide ou un chlorothioformamide.102 .102).101 Les chlorures d’acides forment très facilement des acylhydrazines ou hydrazides avec l’hydrate d’hydrazine.N'-diacylhydrzine R-COCl + H2N-OH R-CO-NH-OH + HCl acide hydroxamique Schéma 8. On peut aussi utiliser des bases organiques comme la pyridine ou la triéthylamine. mais le plus souvent. réagissent avec les amines en produisant des carbamates.

103) et secondaires sont comparables à celles des chlorures d’acides. Les réactions des anhydrides d’acides avec l’ammoniac ou les amines primaires (schéma 8. des imides sont parfois formés par double réaction avec l’ammoniac ou les amines primaires. NH2OH. Si le groupe R’ est fortement attracteur. L’urée réagit sur les esters cycliques pour former divers hétérocycles : le malonate d’éthyle en présence d’éthylate de sodium conduit à l’acide barbiturique.103 Les imides sont aussi obtenus lorsqu’un amide primaire est traité à chaud par un équivalent de chlorure d’acide (en présence de pyridine). un produit à la base de nombreux composés pharmaceutiques (schéma 8.103). Cette réaction est particulièrement facile avec les anhydrides cycliques comme l’anhydride phtalique qui conduit au phtalimide (schéma 8. ou une pression élevée peuvent augmenter la vitesse. O COOEt H2N EtO C O + H2C COOEt H2N H 2C O acide barbiturique Schéma 8. RCOOR’. La présence d’une base.104 C NH C O C NH Les amides primaires et secondaires sont le plus souvent préparés par action d’ammoniac (ou d’ammoniaque) ou d’amines primaires sur les esters d’acides carboxyliques.1. Si R est de faible masse.ou le p-nitrophényle. . Toutefois.11b) : milieu basique. le pentafluorophényle. R-CO-O-CO-R + H2N-R' R-CO-NHR' RCONH2 + RCOOH RCO-NH-COR imide R-CO-O-CO-R + NH3 O O O anhydride phtalique R-CO-O-CO-R O C NH 2 C OH O O NH + H2O O phtalimide + NH3 Schéma 8. RCO-NH-OH. d’ester ou d’acide carboxylique. § 8. la réaction est facilitée. la réaction est lente. est N-acylée par les chlorures d’acides pour former des acides hydroxamiques. comme l’o.105). transfert d’un proton.348 Chimie organique L’hydroxylamine.104). La réaction est beaucoup plus douce que celles des chlorures et anhydrides d’acides et un chauffage est souvent nécessaire. intervention dans le mécanisme de deux molécules d’amine pour une molécule d’ester (schéma 8. Le mécanisme le plus souvent rencontré est BAC2 (voir hydrolyse des esters. d’ion cyanure.

et δ-aminoesters (schéma 8. O C O γ-lactone + NH3 O O C NH γ-lactame O ∆ . H2O hydrate d'hydrazine R-CO-NHNH2 + acylhydrazine ou hydrazide H2O + R'OH R-COOR' + NH2-OH hydroxylamine R-CO-NH-OH + R'OH acide hydroxamique Schéma 8.107 .106 Les lactones.105 NHR" NH-R" R C O + R'O + R"NH3 R'OH + R"NH2 Les hydrazides résultent le plus souvent de l’action d’un équivalent d’hydrate d’hydrazine sur un équivalent d’ester dans un alcool à l’ébullition. esters cycliques. à partir de l’hydroxylamine (schéma 8. On peut aussi préparer les acides hydroxamiques par cette méthode.ROH C OR NH2 γ-amino ester NH3 O β-lactone NH3-CH2-CH2-COO β-alanine Schéma 8. R-COOR' + NH2NH2. Ces composés cycliques peuvent aussi être le résultat d’une réaction intramoléculaire de γ. Les réactions de substitution 349 R-COOR' + R-COOR' H N O R" H NH3 R-CO-NH2 + R'OH + H2N-R" R-CO-NH-R" + R'OH OR' R C OR' NH2-R" R O + R"NH3 Schéma 8.107). sont transformées le plus souvent en lactames (amides cycliques) par action de l’ammoniac ou des amines primaires.8.106).

§ 8.14.…). Les amides primaires RCONH2 donnent lieu à une réaction d’échange avec les sels d’amines primaires R’NH3+.350 Chimie organique L’ammoniac réagit sur les β-lactones en formant l’alanine ou ses dérivés alkylés (mécanisme BAL2.1.6. L’anion amidure attaque alors le carbone du carbonyle du cycle lactame ce qui conduit à une expansion de cycle (cette réaction a été appelée la Zip-réaction. R'NH3 + R-CO-NH2 Schéma 8. § 13.108 R-CO-NHR' + NH4 Cette réaction a un intérêt particulier dans le cas des lactames dont l’azote est substitué par un groupe aminoalkyle (schéma 8.1. chlorures d’acides.1. § 13.110). alcools. § 13. .16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure La plupart de ces réactions font intervenir des hydrures métalliques et ont pour résultats les réductions de nombreuses fonctions qui sont présentées au chapitre 13 (halogénures § 13.109 Les amides primaires et secondaires. § 13.109). (CH2)n C=O base forte N -H (CH2)mNH2 (CH2)n C O H (CH2)n NH C=O NH N (CH2)mNH (CH2)m Schéma 8. 8.12. En présence d’une base forte.110 Cette réaction est comparable à la première partie de la réaction de Gabriel (§ 8.108). un proton du groupe amino est extrait. acides.15. dans le DMF anhydre.11b). en présence de bases fortes comme l’amidure de sodium ou l’hydrure de sodium. par analogie avec la pièce vestimentaire). Le groupe NH2 est substitué par le groupe R’NH (schéma 8.10.15a) avec le sel de potassium du phtalimide et un halogénure. époxydes. R" R-CO-NH-R' base forte -H R-CO-N-R' R"X -X R-CO-N-R' Schéma 8. forment des sels qui sont facilement alkylés par les halogénures d’alkyles (schéma 8.

PbO) ont aussi été employés à la place du sodium. ou mieux encore dans le tétrahydrofurane (mais dans ce cas. R2 2 R1 C C R3 X Cu .3-dibromopropane est cyclisé en cyclopropane (schéma 8. Des métaux comme l’argent. parfois avec succès.113). le zinc et l’iodure de sodium permettent de préparer de petits cycles par réaction intramoléculaire : par exemple. le dibutyléther. le 1.112). 2-furanecarboxaldéhyde. à basse température). alcanes et alcènes. afin d’obtenir un couplage des groupes aliphatiques (schéma 8.CuI2 biphényle Schéma 8. le cuivre activé. 2 RX Na R-R + 2 NaX Schéma 8. CH2Br H 2C CH2Br Zn.113 .8. le zinc.17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) La très ancienne réaction de Wurtz (1855) consiste à chauffer ensemble deux halogénures d’alkyles en présence d’un métal alcalin dans le diéthyléther.112 cyclopropane Les halogénures vinyliques sont couplés en présence de cuivre activé. INa CH2 H2 C CH2 1. le fer. C’est une réaction comparable à celle d’Ullmann 1901)qui.3-dibromopropane Schéma 8.CuX2 R2 C R1 C R3 R1 C R3 C R2 et d'autres isomères 2 I Cu .111 Cette réaction est peu utilisée en raison de la formation de composés secondaires. sur l’oxyde de plomb. Les réactions de substitution 351 8.1. par chauffage de deux molécules d’iodobenzène en présence du même métal.1. le plomb pyrophorique (plomb finement divisé préparé par action de vapeurs de furfural. conduit au biphényle (schéma 8.17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution 8.111). Ainsi.

SN2. la seconde est plus complexe car divers mécanismes sont possibles: SN1. Elle est catalysée par le chlorure de cobalt et donne d’excellents rendements en série aromatique (schéma 8.17a) permet la préparation d’α-dicétones à partir de chlorures d’acides acétique et benzoïque. aromatique.115 Le mécanisme de la réaction de Wurtz est complexe. Br + Br-Mg- CoCl2 . en présence de sodium dans un solvant non polaire (schéma 8. Lorsque la réaction est effectuée entre un halogénure allylique ou benzylique et un halogénure secondaire RX. et primaire si possible. conduit au benzile (schéma 8. mais reste peu convaincante. En effet. ce mécanisme radicalaire n’explique pas les résultats stéréochimiques observés lorsque les deux halogénures sont aliphatiques et identiques : bien souvent. SET. et la seconde consiste en une réaction de ce composé avec une molécule d’halogénure. 8.1.352 Chimie organique Une variante intéressante est la réaction de Wurtz-Fittig (1864) qui consiste à faire réagir deux halogénures différents.116 Le plomb pyrophorique (§ 8.MgBr2 Schéma 8.115). 2 Na R-Br + Br R + 2 NaBr Schéma 8. Il est accepté que deux étapes sont nécessaires : la première est la formation d’un composé organométallique.116). le sulfate de méthyle peut remplacer l’halogénure). en présence de lithium sous ultrasons.1.114). l’un aliphatique (plutôt un bromure. Si la première étape est un mécanisme simple. et l’autre.17b – Couplage des chlorures d’acides 2 RCOCl Pb pyrophorique RCO-CO-R 2 Ph-COCl Li Ph-CO-CO-Ph ultrasons benzile Schéma 8. le couplage se fait avec rétention de configuration. si R est optiquement actif. le mécanisme SN2 a été démontré car il y a inversion de configuration de R.114 Enfin. . Cette dernière possibilité est la plus vraisemblable. et radicalaire. Le chlorure de benzoyle. la réaction de Wurtz-Grignard fait réagir un halogénure d’alkyle ou d’aryle avec un organomagnésien aliphatique ou aromatique.

acétylacétone C6H5OH. Les réactions de substitution 353 8. Leur emploi est limité dans la mesure où ces bases peuvent donner lieu à une réaction secondaire gênante. cyanacétate d'éthyle CH2(COCH3)2. dinitrométhane CH3COOH. malononitrile CH2(COOEt)2. Le plus souvent avec les esters.13. acétylacétate d'éthyle. et le plus souvent l’éthylate ou le t-butylate de sodium dans l’alcool anhydre correspondant.1. CH3CH(COCH3)2. La soude. CH2(NO2)2. on utilise un alcoolate alcalin R-O – (Na+ ou K+).1. L’amidure de sodium permet la formation du carbanion du diphénylméthane malgré la faible acidité du méthylène. t-butanol Figure 8. CHO. NO2. CON(R)2. la potasse. .6 en fonction du pKa des hydrogènes des groupes méthylènes ou méthynes (quelques autres composés. CN. 3-méthyl-pentane-2. SO2R. leurs hydrogènes ont un caractère acide qui permet de les extraire facilement en présence d’une base pour former un carbanion (§ 6. COR. Un groupe phényle rend acides les hydrogènes du groupe CH2 qui lui est lié. phénol CH3NO2. en rouge. COO-. servent de références). malonate d'éthyle H2O > C2H5OH > (CH3)3COH. extrait les protons les plus acides.6 pKa acidité des hydrogènes Les bases utilisées sont très variées. nitrométhane CH3COCH2COOEt. base plus forte que les hydroxydes alcalins. mais s’il en existe deux comme dans le diphénylméthane. SO3R. Les groupes Z les plus fréquents sont : COOR. sans doute pour des raisons de gêne stérique d’approche de la base. ou un carbonate alcalin en solution aqueuse. SO2NR2.8.18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants 8.18a – Synthèse malonique Quand un méthyne ou méthylène est lié à un ou deux groupes Z à effet inducteur électroattracteur -I. par exemple.4-dione CH2(CN)2. acide acétique CH2(CN)COOEt. l’acidité faiblit.1). Quelques composés sont classés dans la figure 8. la saponification des groupes esters.

RCH(COOEt)2.12. Le composé monoalkylé.354 Chimie organique Z H C H Z' base Z HC Z R X Z HC R Z Z 1) base 2) R'X R' C R Z Z = Z' = COOR" (synthèse malonique) Z et / ou Z' = COOR". Selon qu’il s’agit d’un groupe méthyne ou méthylène. R’X.118). L’halogénure peut être allylique (mais avec des réarrangements possibles) ou benzylique. primaire ou secondaire. CN. SO2R". il est possible d’effectuer une seconde alkylation dans les mêmes conditions. par un halogénure d’alkyle. Bien entendu. mais pas tertiaire car les conditions de la réaction favorisent une élimination qui transformerait l’halogénure en alcène. CHO. Il y a donc inversion de configuration de R provenant de RX. des malonates. NO2.117).7). Une seule alkylation est possible si la réaction est effectuée avec un équivalent d’éthylate et d’halogénure. COR". la réaction peut s’effectuer selon un mécanisme SET (§ 6. qui est l’alkylation du malonate d’éthyle. Si l’un des groupes COOEt est remplacé par un groupe nitro ou si des groupes nitro ou nitriles sont présents dans RX. il est préférable d’isoler et purifier le produit monoalkylé par RX puis d’effectuer la seconde alkylation pour obtenir R(R’)CH(COOEt)2 (schéma 8. On peut effectuer la double substitution en une seule étape en faisant réagir deux équivalents de base et d’halogénures. H ou KOH puis H R C H ∆ . CH2(COOEt)2. l’alkylation par RX peut avoir lieu une ou deux fois (schéma 8. … réagissent de même.117 L’alkylation de ces molécules est facilitée lorsque la réaction a lieu dans un solvant polaire aprotique comme le DMF ou le DMSO anhydre en utilisant l’amidure ou l’hydrure de sodium comme bases. H ou KOH COOEt puis H Schéma 8. COOEt H C H COOEt EtO COOEt H C COOEt RX COOEt R C H COOEt 1) EtO 2) R'X COOEt R C R' H2O. successivement. autres que d’éthyle. Dans le cas le plus classique de la synthèse malonique.CO2 H R C R' COOH . étant formé. SO3R". SO2NR"2 Schéma 8. Si la seconde alkylation doit faire intervenir un halogénure différent du premier.118 COOH H2O. de méthyle ou de propyle.CO2 COOH H R C H COOH COOH R C R' COOH ∆ . RX. Le mécanisme de ces réactions est SN2.

Les réactions de substitution 355 Les malonates mono ou disubstitués peuvent être saponifiés par la soude ou la potasse pour donner. permet la substitution du groupe méthyne. conduisent à des composés cycliques de 3 à 7 carbones (n = 2 à 6). les acides maloniques correspondants.120). De même. les malonates monosubstitués par un groupe halogénoalkyle. O NK O + ClCH (COOEt)2 O N-CH(COOEt)2 O O H2N-CH(R)-COOH + COOH COOH Schéma 8. L’hydrolyse acide conduit à l’acide phtalique et à l’acide aminé sous forme de sel (schéma 8. Le phtalimide potassé réagit avec un halogéno malonate. RCH(COOH)2 ou R(R’)C(COOH)2.119). donnent lieu à une substitution intramoléculaire avec formation d’un cycle pouvant contenir 14 carbones (schéma 8.8. RCH2COOH et R(R’)CHCOOH. puis d’un halogénure. Une propriété importante de ces acides est leur très facile monodécarboxylation par chauffage entre 150 et 200 °C. X(CH2)nX.119 Enfin. dans la mesure où elles ne peuvent pas réagir ellesmêmes dans les conditions de la synthèse malonique.120 1) EtO 2) RX H2O. L’action d’un alcoolate. après acidification. ce qui permet de préparer de nombreux acides. la méthode de Sörensen (1903) pour la synthèse des α-amino acides allie la synthèse de Gabriel et la synthèse malonique. COOEt C COOEt COOEt (CH2)n C COOEt X (CH2)n X n=2à6 + H H 2 EtO X-(CH2)n H n = 2 à 13 COOEt C COOEt EtO Schéma 8. X(CH2)nCH(COOR)2. substitués par des groupes variés. Les dihalogénures. H ∆ N-C(COOEt)2 R O . par cette méthode car R de RX peut contenir des fonctions.

la substitution se faisant alors sur le carbanion le moins stable (charge moins délocalisée) (schéma 8. soit à une cétone.CO2 O H3C C CH2 R + R-CH2-COO Schéma 8. et qui présente un intérêt particulier car l’ester substitué. dont l’acide acétique.18b – Alkylation des acétoacétates Chimie organique Une autre synthèse comparable à la synthèse malonique est celle effectuée à partir des esters acétoacétiques. mais sur CH3.1. un seul équivalent de base doit être ajouté. CH3COCH(R)COOR. O O H 3C C H3C CH2 COOEt OEt O H3C H2O O H3C C CH R COOEt H ou HO dilué HO concentré CH3-COO C CH COOEt CH R C CH COOEt RX SN2 H3C O C CH R COOEt (une seconde réaction d'alkylation est possible) O H3C C COOH . soit par l’action de la soude ou de la potasse alcoolique concentrée à chaud. CH3COCH2R.121 Pour effectuer l’alkylation sur le groupe méthylène.2) conduisant à deux acides. puis décarboxylation de l’acide formé. carbanion le moins stabilisé.4. après acidification du milieu.122 .122). sinon un nouveau proton est extrait du groupe méthyle ce qui conduit à un bianion. peut conduire. donc le plus réactif vis-à-vis des réactifs électrophiles O H 3C C CH2 COOEt 2 EtO O H2C C CH RX COOEt O H2 C R C CH2 COOEt H O H2 C R C CH COOEt Schéma 8. CH3COCH2COOR.356 8.121). par hydrolyse en mileu acide ou basique dilué à chaud. Ce dernier est intéressant car il permet une alkylation non orientée sur CH2. (schéma 8. donner lieu à une réaction de rupture (mécanisme inverse de celui de la réaction de Claisen § 10.

18c – Alkylation d’esters. Schéma 8. Il faut que tout le substrat soit transformé en carbanion sinon des réactions secondaires sont possibles par réaction du carbanion sur une fonction cétone ou ester de molécule non encore traitée par la base comme dans l’aldolisation ou la réaction de Claisen : ces bases sont des hydrures alcalins. La réaction n’est pas directement applicable aux aldéhydes. 8. Le DMF. ou de nitriles Aux réactions indiquées dans le paragraphe précédent. tBuOK.124 .. La réaction n’est donc pas régiosélective. Les réactions de substitution 357 Dans ces réactions. ni d’aryles) peuvent être remplacés par des sulfonates ou des sulfates d’alkyles.124). de cétones possèdant un groupe méthyne ou méthylène en α de ces groupes (CαH ou CαH2). L’imine est ensuite hydrolysée pour reformer l’aldéhyde (schéma 8.. Des alkylations de même nature sont possibles avec les esters cyanacétiques NC-CH2-COOR.123 Les solvants ne doivent pas être protiques. Pour les alkyler. C’est le cas d’esters. Toutefois. sinon ils peuvent neutraliser la base. de cétones. l’ammoniac liquide. non présentées ici. mais pas tertiaires. CN. i-Pr NLi Z R C H Z R' R C H Z R H C H R'X Z = COOEt.. ni vinyliques. Le DMSO est employé avec succès lors de l’alkylation des méthylcétones en présence de KOH.123). le N-isopropyl-Ncyclohexylamidure de lithium (très utilisé pour les esters et les nitriles) (schéma 8. Lorsqu’une cétone aliphatique dissymétrique est alkylée.2-diméthoxyéthane sont les solvants les plus courants dans ce cas. H 2N O R Et2NLi R R R' R C R C H N R CH C H R CH C H R R' R C R N C C H N imine R'X H2O C H O Schéma 8. d’aldéhydes. NaNH2.1. COR". le diéthylamidure ou le diisopropylamidure de lithium. permettent d’obtenir l’isomère souhaité. L’acidité de ces hydrogènes est moindre que celle du méthylène des malonates ce qui nécessite l’emploi de bases fortes. Ce sont les mêmes agents alkylants qu’en synthèse malonique. différentes méthodes. Et2NLi ou iPr2NLi. les halogénures (halogénures d’alkyles primaires et secondaires. doivent être ajoutées celles d’autres composés à hydrogènes acides pouvant former un carbanion. le mélange des deux composés possibles est obtenu. le THF. ou le 1.8. de nitriles. on prépare d’abord l’imine de la cyclohexylamine qui est alkylée par action de diéthylamidure de lithium puis de l’halogénure.

l’aldéhyde est d’abord transformé en hydrazone par action du SAMP.18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques Les sels d’acides carboxyliques.125 Le RAMP est l’inverse optique (R) du SAMP.1. AcOH I H2 N N S H OMe Schéma 8. Me2S + N S H Li H S N S H OMe S OMe N N Li N N O S H OMe Zn. peuvent être alkylés sur CαH ou CαH2 par des halogénures d’alkyle. de benzyle ou allyliques. L’attaque de l’halogénure conduit à une nouvelle hydrazone avec un carbone asymétrique S. . (R)(R’)CH-COOH (schéma 8. permet d’obtenir le SAMP qui peut être recyclé. laquelle est limitée à la synthèse d’acides avec un CαH. la configuration de la double liaison est E. par réduction par l’action du zinc dans l’acide acétique.125). Dans ce procédé.126). R(R’)CH-COOH. RCH2-COOH. l’atome de Li+ est à la fois lié à l’azote (liaison ionique) et retenu par coordinance à l’oxygène du groupe méthoxy de l’hétérocycle. 1979 (schéma 8.358 Chimie organique Cette méthode ne présente aucune stéréosélectivité contrairement au procédé SAMP d’Enders. Le SAMP est le (S)-(-)-2-(méthoxyméthyl)-1pyrrolidinamine. 8. Traitée par iPr2NLi. composé chiral appelé hydrazone-SAMP. Une ozonolyse dans le diméthylsulfure fournit l’aldéhyde énantiomériquement pur et le dérivé nitroso du SAMP qui. R(R’)(R”)C-COOH. Il conduit à un résultat stéréochimique inverse de celui du SAMP. S O H O H 2N N (SAMP) OMe N N S H OMei-Pr NLi 2 N N S H OMe H H H O3. Dans ces conditions. sur la synthèse malonique. ce qui présente un avantage pour préparer des acides. le carbanion formé est immédiatement transformé en ion aza-énolate.

ou autre.126 La réaction est effectuée avec une base forte. l’amine secondaire est traitée successivement par le nitrite d’éthyle dans le THF puis par i-Pr2NLi. avant d’effectuer l’alkylation.1. ce qui conduit à un composé lithié en position α de l’azote. Le sym-trithiane est un hétérocycle qui possède trois groupes méthylènes activés . Cette propriété des hétéroéléments est mise à profit pour la préparation d’aldéhydes. Les amines tertiaires aliphatiques peuvent être alkylées en position α. puis de le retirer ensuite par une méthode adéquate.1. Les réactions de substitution 359 R R H O C C H O i-Pr2NLi O C C H O O R'X R R' O C C H O R C H C O Schéma 8. COOR (carbamate).127). le diisopropylamidure de lithium. 8. COO R'X -X CH3 CH2 Schéma 8. Ce composé peut ensuite être alkylé par un halogénure. S rend acides les hydrogènes des groupes CαH et CαH2. L’acidité de NH des amines aliphatiques secondaires est supérieure à celle de CαH2 ce qui nécessite de substituer d’abord H de NH par un groupe COR (amide).127 COO i-Pr2NLi COO H2C R' 8.18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques La réaction indiquée au paragraphe précédent est applicable aux sels d’acides aromatiques substitués par un groupe méthyle en position ortho ou para (schéma 8. Le produit alkylé subit une hydrogènolyse en présence de nickel de Raney ce qui retire le groupe NO.18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments Le caractère électroattracteur -I des hétéroéléments O. Dans le cas d’une nitrosamine (A) (schéma 8.8. NO (nitrosamine). avec formation d’alcools). mais peut aussi donner lieu à de nombreuses autres réactions des carbanions (en particulier la réaction avec des cétones. N. Ce dianion a une structure de diénolate. car le dianion lithié résultant présente une meilleure solubilité dans les solvants que les dianions d’autres métaux alcalins.128).

5-triméthyl-dihydro-1. cétones et acides carboxyliques. puis par un halogénure. soit par CH2COOR. H R CHO sym-trithiane ou 1.128 RX puis H N CH2 R N H 2-méthylbenzimidazole L’hétéroélément peut agir via un hétérocycle sur les hydrogènes d’une chaîne latérale.et 4-picolines (2.129). HgO MeOH H2O. le groupe CH2 ou CH lié à l’hétérocycle est alkylé.et 4-méthylpyridines) traitées par l’amidure de sodium. Ainsi les 2.3. soit par un groupe aliphatique ou aralkyle primaire ou secondaire. . l’addition d’un halogénure conduit à l’alkylation en position 2 (E). en présence d’acide oxalique. et par lesquelles une fonction aldéhyde serait. peut libérer cette fonction selon la nécessité de la synthèse. traité par le butyllithium forme un dianion.3-dithiane (C).5-trithiane C) S S 1) BuLi 2) RX S S R H2O. En effet ce système hétérocyclique qui peut subir de nombreuses réactions sans transformation. Le synthon est donc l’équivalent « caché » d’une fonction donnée qui peut être rétablie au cours d’une synthèse multi-étape.3-dithianes substitués en position 2 sont considérés comme des synthons d’aldéhydes.3.3-dithiane "synthon d'un aldéhyde" D) N 1) NaNH2 2) RX CH3 N CH2 R 2-picoline (E) N CH3 N H BuLi N CH2Li N Li Schéma 8. Le 2-méthylbenzimidazole. transformée. il se forme un sel qui peut être alkylé par un halogénure. au contraire. 1976. libère un aldéhyde. Une hydrolyse.3-dithianes sont désulfurés par le nickel de Raney en alcane.3-oxazine substituée en position 2. décompose la molécule en libérant un aldéhyde (schéma 8. A) R' NH C2H5ONO R' N N O 1) i-Pr2NLi 2) R"X R' R CH R" OMe R OMe acétal N N O H2 Ni Ra R' R CH R" NH R CH2 R CH2 nitrosoamine B) S S 1) BuLi 2) RX S S S S R HgCl2. En traitant ces composés par le n-butyllithium. En présence d’un équivalent de butyllithium dans le THF. par hydrolyse. fournissent des dérivés alkylés correspondants (D). Les 1. 2-alkyl-sym-trithiane.3-dithiane 2-alkyl-1. L’hétérocycle est alors la 3. Les 1. le moment venu. Le composé formé. Une réaction comparable peut être effectuée avec le 1. H R CHO 1. la synthèse de Meyers. est alors décomposé en présence de chlorure mercurique et d’oxyde de mercure dans le méthanol en un acétal qui. Ces propriétés des hétérocycles ont été à l’origine d’une synthèse des aldéhydes. Le cycle est ensuite réduit par le borohydrure de sodium. puis par un halogénure. par une réaction spécifique. par une hydrolyse.360 Chimie organique par la présence des atomes de soufre (B).

Dans certains cas.1. Si le composé obtenu par cette réaction est triacylé. . par exemple.18a forment des sels de sodium en présence du métal divisé dans un solvant aromatique (benzène ou toluène). Z CH2 Z' Na Z CHNa solvant aromatique Z' RCOCl . Les réactions de substitution 361 O N CH2-R IMe 1) BuLi. Elle peut être diminuée en travaillant dans des conditions expérimentales particulières. THF.1. en diminuant la température de la réaction ou en augmentant le nombre d’équivalents de sel par rapport au chlorure d’acide. pour fournir les composés C-acylés correspondants (schéma 8. Dans le cas où Z et / ou Z’ sont des groupes RCO. qui.129 L’action de l’iodure de méthyle sur le composé de départ forme un sel d’iminium. H N CH2-R Me R' O CH2-R H N CH2-R Me CH-R R' Schéma 8. l’hydrolyse contrôlée peut conduire au retrait spécifique de l’un de ces groupes qui peut être l’un des groupes acyles du composé de départ. 8.19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants Les composés ayant un groupe méthyne ou méthylène activé par deux groupes électroattracteurs Z et Z’ définis au § 8. par réaction avec un organomagnésien. L’utilisation des sels de thallium(I) des composés de départ oriente la réaction vers une O-acylation.NaCl Z CH-COR Z' Schéma 8. il se forme aussi de petites quantités de composés O-acylés. -78°C 2) R'X N O NaBH4 CH-R R' N H O CH-R R' H2O HOCO-COOH O C O R'MgX O R' H2O. ou les chloroformiates.8. Ces sels réagissent ensuite avec les chlorures d’acides. mais sont assez peu utilisés. Les esters. ROCOCl. une O-acylation accompagne la C-acylation. L’acylation des cétones aliphatiques RCOCH2R’ est effectuée par addition de chlorure d’acide au sel formé en présence d’amidure de sodium ou de triphénylméthylsodium. Ph3CNa (préparé à partir de triphénylchlorométhane et d’amalgame de sodium Hg-Na) dans l’éther. sont acylés sur le méthylène à partir de leurs sels de lithium obtenus par action du N-isopropylcyclohexylamidure de lithium à –78 °C.130).130 Les anhydrides réagissent aussi. suivie d’une hydrolyse permet la formation de cétones. RCH2COOR’.

LiOR" CH=O CH C O Li H . 2 Li O R'COCl . et de Dieckmann sont d’autres solutions très importantes pour l’acylation des esters (§ 10.132).LiCl COR' R CH C O Li O R R"COOEt -LiOEt COR" CH C O Li O R HCOOR' . Les formiates produisent des acides α-formylés qui ont la particularité de se décarboxyler immédiatement pour conduire à un aldéhyde.Na COOR . mais par chauffage.2) (schéma 8. RCOCl : des β-céto acides en sont le résultat.Li .132 Les β-céto acides sont aussi décarboxylés en cétones. Comme avec les halogénures. 2 R-CH2-COOR' EtO EtOH R-CH2-CO-CH(R)-COOR' + EtOH (Claisen) CH2-COOR COOR CH-COOR Na .362 Chimie organique Les réactions de Claisen. R(R’)CH-COOH) (schéma 8.131). ils sont acylés sur CαH par les chlorures d’acides. .4. Ces composés peuvent aussi être obtenus par action d’un ester carboxylique sur le dianion (difficilement.EtO CH-COOR (Dieckmann) CO Schéma 8. avec les acides. . O R CH2 C O Li iPr2NLi O R CH C O R CH C O .131 Les sels de lithium d’acides carboxyliques forment des dianions lorsqu’ils sont traités par iPr2NLi. RX.CO2 R-CH2-CHO O Schéma 8.

ce qui rendra l’hydrogène qui lui est lié. . comme le montre les pKa des hydrogènes de l’acétylène. plus le carbone ainsi hybridé aura un caractère électroattracteur. Il est intéressant de remarquer que l’acétylène mis à barboter dans une solution ammoniacale de chlorure cuivreux ou de nitrate d’argent conduit à des acétylures de cuivre ou d’argent qui ont la particularité d’être instables: aussitôt secs. afin d’éviter les réactions d’éliminations. celle déjà indiquée et celle du carbone en position α de la triple liaison. doit être primaire. le caractère électroattracteur qu’il exerce sur les hydrogènes est fonction de son hybridation. Pour le le carbone. La structure de l’ion acétylure (ou ion alcynyle) est isoélectronique de celle de l’ion cyanure (voir schéma 8. L’halogénure peut être remplacé par un sulfate ou un tosylate d’alkyle.134). Si deux équivalents de base sont ajoutés à l’alcyne. R’X. de l’éthylène et de l’éthane du schéma 8. l’acidité est d’autant plus forte que A est plus électronégatif ou électroattracteur. comme dans l’hybridation « sp ». comme pour la formation des nitriles.1. H > H H H H H sp sp H H > H sp2 sp2 H sp3 sp3 H C pKa : 25 C C 44 C C C 50 H C C R C CH NaNH2 NH3 liquide n-BuLi Et2O N C R C R C ion cyanure carbanion acétylure ou anion alcynyle C . Cet ion est formé lorsqu’un alcyne terminal est traité par une base alcaline forte comme l’amidure de sodium dans l’ammoniac liquide ou par le n-butyllithium dans le diéthyl éther. ils explosent. Na C . Les électrons d’orbitales « s » sont plus retenus par le noyau atomique que les électrons d’orbitales « p ». plus le caractère « s » sera élevé. plus acide par rapport à celui lié à un carbone hybridé « sp2 » d’un alcène. Li R'X R C C R' + NaX Schéma 8.133).8.20 – Alkylation d’un carbone acétylènique Pour un composé AH.133. Dans le cas de l’acétylène (ou éthyne). Une seconde alkylation est évidemment possible dans ce cas. Les réactions de substitution 363 8. Lorsqu’il y a hybridation. une double alkylation peut avoir lieu.133 La réaction avec l’halogénure donne de meilleurs résultats si l’acétylure de lithium est complexé par la diéthylènediamine ce qui évite l’aggrégation des molécules lithiées et les rend plus réactives. l’acétylure est obtenu par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans un mélange de THF et de DMF. en raison du caractère acide des hydrogènes portés par ce carbone (schéma 8. ou à un carbone hybridé « sp3 » d’un alcane. L’halogénure. et non ramifié en position β.

mais pas avec les halogénures aliphatiques primaires (schéma 8.1. la réaction s’effectue sur NaSH obtenu par barbotage de l’acide dans la soude ou la potasse (A. un thioéther accompagne le thiol.136). En fait.135).137). réagit avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires.21a – Acide sulfhydrique et ses sels L’acide sulfhydrique.135 Les organomagnésiens préparés à partir d’alcynes terminaux (ou alcynes vrais) réagissent avec des halogénures suffisamment actifs.21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés 8. Souvent. La catalyse par transfert de phase est souvent utilisée. allyliques. . La réaction n’a pas lieu avec les réactifs tertiaires car des éliminations ont lieu. le plus souvent. R C CH + R'MgX R C C MgX + R'H R"-CH=CH-CH2X R C C CH2-CH=CH-R" + MgX2 Schéma 8. benzyliques ou propargyliques. et plus difficilement avec les secondaires pour former des thiols.1.134 L’action d’un époxyde sur l’ion acétylure conduit à des alcools acétylèniques (schéma 8.364 Chimie organique R CH2 C CH 2 BuLi R CH C C R'X R CH C R' C R'X R CH C R' C R' Schéma 8.136 8. schéma 8. O R C C + H 2C CH2 R C C CH2 CH2O H R C C CH2 CH2OH Schéma 8. H2S.

Les composés dihalogénés peuvent conduire par cette réaction à des composés cycliques (E).138 H2SO4 C S-R + H2O .NaX thiol .21b – Thiols et thiolates Les thiolates alcalins. 8. R' R-S-R' . X sel de sulfonium RX + R'SNa . réagissent facilement avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires et secondaires pour former des thioéthers ou sulfures.138). RSR.5). RSNa (ou K). fournit un thioéther ou sulfure.HX RCOSH S-thioacide (B) RCOX + H2S R'OH. dans le benzène. Le thiol lui-même ne peut être utilisé qu’en présence d’une base.8.137 Les chlorures d’acides réagissent sur H2S pour former des S-thioacides RCOSH (B). Avec les anhydrides et les esters aryliques.1. Les réactions de substitution 365 (A) H2S NaOH NaSH RX R-SH . les anhydrides et les esters aryliques conduisent à un résultat semblable à partir de NaSH (C). Na2S. lorsqu’il est traité par deux équivalents d’halogénure (D). ZnI2 RCOSR' + H2O S-thioester (C) (RCO)2O + NaSH (D) 2 RX + Na2S RCOSNa + RCOOH R-S-R + 2 NaX thioéther ou sulfure CH2X (E) CH2X + Na2S CH2 S CH2 sulfure cyclique Schéma 8. le DBU (figure 8. RCOSR’. En présence d’alcools et d’iodure de zinc les S-thioacides forment des S-thioesters. la réaction conduit à des S-thioesters. Le sulfure de sodium.NaX R'X R-S-R' thioéther (RCO)2O + R'SNa R1 R2 R3 C OH + RSH RCOSR' + RCOONa R1 R2 R3 Schéma 8. RSR’ (schéma 8.

La réaction entre ce sel et un halogénure d’alkyle conduit au sel de Bunte. R-S-SO3-. 8. le thiolate peut être transformé en di. plus particulièrement les iodures. Un halogénure forme un sel de S-alkylisothiouronium qui est décomposé par une base alcaline en produisant un thiolate à côté d’urée qui.139 8.140).Br RS H C O NH2 RS H RSH thiol urée NH2 + O C NH2 bromhydrate deS-alkylisouronium H2NCN + H2O cyanamide Schéma 8. Dans certaines conditions. NH2 S C NH2 HS C NH2 NH formes tautomères de la thiourée NH RBr + HS C NH2 HO RS C NH2. qui.140 . tri ou tétrasulfure (schéma 8. par hydrolyse basique. est décomposée en cyanamide et eau (schéma 8. fournit le thiolate.366 Chimie organique Les alcools tertiaires réagissent sur les thiols en présence d’acide sulfurique pour former un sulfure. 5H2O R-S-SO3Na + NaBr sel de Bunte + R'SH HCl RSH R-S-S-R' disulfure Schéma 8. RBr + Na2S2O3. dans les conditions de la réaction.139). les ions thiosulfates permettent de préparer les thiols.21d – Ion thiosulfate Comme la thiourée. Les thioéthers forment des sels de sulfonium en présence d’halogénures d’alkyles.1. Br NH2 NH2 .21c – Thiourée La thiourée est souvent un réactif de choix pour la préparation de thiols. par réaction avec le sel de Bunte.1.

la réaction s’oriente alors vers la formation d’un isocyanure RNC (schéma 8. et les halogénures tertiaires conduisent à une réaction d’élimination. soit à partir de cyanure de cuivre(I).142). Les réactions de substitution 8. 1832).se fait par l’atome qui possède de plus haute densité électronique. le carbone.141). benzyliques et allyliques sur les cyanures alcalins dans le DMSO constitue la méthode principale de préparation des nitriles correspondants (synthèse de Kolbe. RX est attaqué par l’atome du nucléophile le plus polarisable. 8.21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite 367 Les halogénures d’alkyles réagissent avec les sels d’acides sulfiniques (ou les acides en présence de DBU (figure 8. et avec d’autres solvants que le DMSO. RX + R'SO2Na R-SO2-R' + NaX sulfone RX + R'SO2H DBU R-SO2-R' + HX RX + SO3Na2 R-SO3Na + NaX sel d'acide sulfonique Schéma 8.5) pour conduire à des sulfones (schéma 8. l’azote.141 Les sulfites alcalins forment en présence d’halogénures d’alkyles des sels d’acides sulfoniques.22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral 8.143). Dans le cas général. C N C DMSO SN2 N (ion ambident) RX + KCN R-CN + KX Schéma 8. lorsqu’on utilise le cyanure d’argent ou de cuivre(I). soit à partir du cyanure de potassium en présence de nickel.142 Dans certains cas. .8. la catalyse par transfert de phase et l’utilisation des ultrasons rend la réaction plus rapide.1. La précipitation de l’halogénure d’argent facilite la formation d’un carbocation R+ et par conséquent une réaction SN1: l’attaque de celui-ci par l’ion CN. Le mécanisme est SN2. Les nitriles vinyliques sont préparés par cette réaction. En raison du caractère ambident de l’ion cyanure (schéma 8. Les halogénures aliphatiques secondaires réagissent très difficilement.1. voire pas du tout. dans ce cas.22a – Anion cyanure La réaction des halogénures aliphatiques primaires. entre autres.1.

INa DMF.144). les tosylates. les triflates (surtout vinyliques et avec LiCN). RCOCl + Cu(I)CN RCO-CN + CuCl acylnitrile Schéma 8.368 Chimie organique C RX + Ag. R-OH + NaCN Me3SiCl.143 Les halogénures peuvent être remplacés par les sulfates.145).144 RCN L’action de NaCN. Le mécanisme est encore incertain. Les cyanures peuvent être remplacés par le cyanotriméthylsilane. et de traces d’iodure de sodium sur les alcools aliphatiques primaires.146). Me3SiCl.146 8. et des acyl azides. secondaires ou tertiaires dans un mélange de diméthylformamide et d’acétonitrile conduit aux nitriles correspondants avec de bons rendements (schéma 8. SnCl4 (schéma 8. CN N C N + CN SN1 R N C AgX + R isocyanure Schéma 8. RX + NaN3 SN 2 R-N3 + NaX azide sodium azide AlLiH4 Schéma 8. qui réagit avec les halogénures aliphatiques tertiaires en présence d’un acide de Lewis.145 Les chlorures d’acides réagissent sur le cyanure de cuivre(I) pour former des acylnitriles (schéma 8. Me3SiCN.22b – Anion azoture Les azides alcalins comme NaN3 (composés explosifs lorsqu’ils sont chauffés à sec ou sous l’effet d’un choc.1. RX Me3SiCN SnCl4 Schéma 8. CH3CN R-CN Schéma 8.147 RNH2 . d’où leur utilisation dans les airbags) réagissent avec les halogénures d’alkyles (mécanisme SN2) et les chlorures d’acides (ou les anhydrides d’acides) pour former respectivement des alkyl azides RN3. RCON3.

8. Les halogénures aliphatiques tertiaires réagissent mieux en présence de chlorure de zinc dans le sulfure de carbone.149). Les nitroso-oxyalcanes.2e) conduisent aux isocyanates. Ils peuvent être prépondérants si la réaction est effectuée avec les halogénures d’alkyles secondaires ou tertiaires et le nitrite d’argent (mécanisme SN1). sont très souvent les produits secondaires de ces réactions en raison du caractère ambident de l’anion nitrite.15. Les azides alcalins peuvent aussi réagir avec les alcools. les mésylates. RO-N=O (ou nitrites d’alkyles). Les réactions de substitution 369 Ces réactions sont facilitées par la catalyse par transfert de phase ou par action des ultrasons.148 H N H Ar CH CH2 OH N3 β-azido alcool Ph3P Ar CH CH2 2-arylaziridine 8. SN 2 O R N O nitroalcane RX + NaNO2 X O R O N -X O R N O O R N O RX + AgNO2 S N1 R-O-N=O + AgX nitrosooxyalcane RX solvant polaire R + R X O N O R + O N O Schéma 8.148).149 Le nitrite d’argent ne réagit qu’avec les iodures et bromures d’alkyles primaires. . par chauffage. Les alkylazides peuvent être réduits en amines par l’hydrure de lithium aluminium dans l’éther (schéma 8. RNCO. en présence de triphénylphosphine.1.22c – Anion nitrite Les nitrites alcalins réagissent avec les bromures et iodures d’alkyles primaires et secondaires pour former les dérivés nitrés correspondants (mécanisme SN2) (schéma 8. Les acylazides obtenus aussi par la réaction de Curtius (§ 6. Ph3P) (schéma 8. O Ar CH N3 CH2 Ar CH CH2 O N3 Schéma 8. les tosylates aliphatiques ou les époxydes (dans ce dernier cas.147). il se forme un β-azido alcool qui peut être cyclisé en aziridine.

thermodynamiquement plus stables. sont ambidents. Ils se réarrangent par chauffage en isothiocyanates.23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique Dans les paragraphes précédents quelques réactions faisant intervenir des organomagnésiens ont été indiquées. les thiocyanates conduisent dans la majorité des cas à des thiocyanates d’alkyles. NCO-. Les organomagnésiens ou réactifs de Grignard (1900) Ils sont facilement préparés à partir d’halogénures divers et de copeaux de magnésium dans l’éther ou le THF anhydre. 8. allyliques (mais des réarrangements sont toujours possibles) ou benzyliques (schéma 8. .150 En fait. substitués sur N et O (pour les cyanates) ou N et S (pour les thiocyanates) (schéma 8. Le couplage de ces composés avec d’autres halogénures n’est possible que si ces derniers sont suffisamment réactifs.150). NCS-.22d – Anions cyanate et thiocyanate Chimie organique Les anions cyanate. de nombreux composés organométalliques plus ou moins complexes sont capables d’effectuer un couplage entre leurs groupes organiques et ceux des halogénures.1. RNCO. Ils sont. Seuls.370 8. N C O ion cyanate N C O + NaX ∆ RX + Na-N=C=O R-N=C=O isocyanate RX + Na-N=C=S R S C thiocyanate N R-N=C=S isothiocyanate R-S-S-O3Na + NaCN thiosulfate de sodium Schéma 8. et thiocyanate. sont rassemblées quelques autres réactions importantes. les bases conjuguées des acides cyanique et thiocyanique. par exemple). Ces derniers sont plus facilement préparés par action du cyanure de sodium sur le thiosulfate de sodium.1.23a – Réaction de couplage avec les halogénures En plus des dérivés lithiés. R-SCN. 8. les cyanates réagissent toujours par une N-alkylation qui conduit aux isocyanates. RNCS. Dans celui-ci.151). quelques exemples sont donnés ci-après. Il est donc envisageable que leurs réactions avec des halogénures d’alkyles conduisent à un mélange de composés. par une S-alkylation. sous atmosphère inerte (azote.1. respectivement. HNCO et HNCS. Par contre. par exemple.

R-C≡C-MgX. secondaires. RMgX. Certains complexes du palladium ainsi que les sels ferriques catalysent les réactions avec les halogénures vinyliques. CuI X CH3-R . R’COR. Les réactions de substitution 371 RX Mg diéthyléther ou THF CH2Br RMgX CH2-R CH3I. la cétone peut être obtenue. forment une cétone. ou d’aryles. allyliques et propargyliques. Les sels de Ni(II) sont utilisés pour le couplage d’organomagnésiens dérivés d’halogénures d’alkyles primaires.MgBrX .151 Les réactions avec des halogénures d’alkyles primaires ou secondaires sont possibles à condition d’additionner au milieu un catalyseur comme les sels cuivreux pour les halogénures primaires. NiX2 R Schéma 8. par exemple) directement sur l’alcyne en raison de l’acidité de H de CH (schéma 8. RMgX R C C H Br-CH2-CH=CH-R' . avec des halogénures vinyliques ou d’aryles. contrairement aux organomagnésiens.8. ces derniers ne réagissent pas avec diverses fonctions carbonylées ou autres pouvant être présentes dans l’halogénure. une solution évitant la réaction . comme les halogénures benzyliques. sont facilement préparés par action d’organomagnésien (CH3MgBr. on utilise l’organolithien correspondant de l’alcyne complexé par le tétraméthyléthylènediamine (TMEDA). les organomagnésiens sont de plus en plus souvent remplacés par les organocuprates car. Les organomagnésiens d’alcynes terminaux. Dans la mesure où la réaction de couplage passe par un intermédiaire tétraèdrique. les organomagnésiens. mais pas les halogénures d’alkyles. Dans ce dernier cas.BuH R C C Li 1) (Me)2N-CH2-CH2-NH(Me)2 2) R'X (R' = alkyl) Schéma 8. Ils peuvent réagir avec de nombreux halogénures dans la mesure où ces derniers sont très actifs.1) ce qui forme le sel d’un alcool tertiaire. par exemple en raison d’un encombrement stérique important. Lorsque la cétone ainsi formée est peu réactive envers l’organomagnésien.RH R C C MgX R C C CH2-CH=CH-R' BuLi .152 R C C R' Lorsque l’halogénure est un chlorure d’acide. On peut aussi ajouter l’organomagnésien lentement sur le chlorure d’acide ce qui limite la possibilité de réaction secondaire.8.152). mais elle réagit immédiatement avec l’organomagnésien présent dans le milieu par une réaction d’addition sur le groupe carbonyle (§ 10. Dans ce type de réaction de couplage. RC≡CH.

OMgX R C R R' O-SiCMe3 R C Cl R' Schéma 8. sont préparés par action de composés lithiés RLi sur un halogénure cuivreux (souvent CuI) dans l’éther à basse température. Les composés organocuivreux. ester. Les composés organocuivreux et organocuprates Dans ces réactions avec les halogénures. Ces composés organocuivreux réagissent avec les halogénures d’acides (pouvant contenir un groupe COOR”. Dans le cas où R’ de R’X est un groupe alkyle.153). vinylique ou aromatique. ou chloro ) pour former des cétones (schéma 8. allylique. sans réaction secondaire. chloro.153 RMgX R'COCl R-CO-R' RMgX H OH R C R R' R'COCl O R R' MgX C Cl Me3SiCl H2 O R-CO-R' Ce composé est isolé. RCu. sont préparés à partir de cuivre(0) activé obtenu par action de naphtalène-lithium sur un complexe iodure cuivreux-triphénylphosphine. organocuprates de lithium. comme le triméthylchlorosilane (schéma 8. puis traité. d’aryles ou vinyliques (qui peuvent contenir des groupes tels que cyano. La nature de R est variée : alkyle primaire (mais pas secondaire ou tertiaire). Le cuivre est ensuite transformé en composé organo cuivreux par action d’halogénures d’alkyles.154 Les réactifs de Gilman. l’organocuivreux peut réagir avec une seconde molécule pour former un alcane R-R.372 Chimie organique secondaire est de l’effectuer en présence d’un réactif qui forme un composé stable en piègeant l’alcoolate formé. Certains catalyseurs ferriques ou cuivreux orientent la réaction de couplage vers la cétone aux dépens de l’alcool tertiaire. CuI-P(Ph)3. ou en ajoutant un organocuivreux à une solution d’alkyllithium (schéma 8. Des méthodes faisant intervenir des catalyseurs pour l’utilisation de réactifs de Gilman dérivés de groupes alkyles secondaires ou tertiaires ont été mises au point mais dépassent le cadre de cet ouvrage. 2 Cu + RX Cu + 2 RX R'COCl RCu CuR + CuX R-R + CuX2 RCOR' Schéma 8. pour libérer la cétone.154). Ils sont très variés. les organocuprates remplacent avantageusement les organomagnésiens.155). . CN. en raison de leur moindre réactivité comparée à celle des organomagnésiens correspondants). R2CuLi.

Ils peuvent contenir un groupe carbonylé. orthoesters et époxydes Les organomagnésiens Les organomagnésiens réagissent avec certains composés ayant une liaison C-O-R. Toutefois. Les groupes alkyles secondaires sont aussi introduits via le réactif. les éthers allyliques et vinyliques peuvent réagir. réagissent avec les chlorures d’acides. mais pas aromatique.1. . voire vinylique. CuBr. ont un comportement proche des organocadmiens. y compris s’ils contiennent un groupe ester. R2Cd. R’ peut être un groupe alkyle primaire. ou des complexes du nickel.156). secondaire. les groupes R secondaires et tertiaires aliphatiques peuvent être acceptés moyennant l’emploi de réactifs particuliers. vinyliques et même allèniques. dans la mesure où ces réactifs n’attaquent pas les fonctions carbonylées. CdCl2. R est un groupe alkyle primaire ou aryle. Inversement. l’emploi de PhS(R)CuLi avec R secondaire permet des couplages avec des iodures d’alkyles primaires. les réactifs. RCu(CN)ZnI. ou acétals avec les orthoformiates. aromatique et peut contenir un groupe cyano. tertiaire. Les réactions de substitution 373 2 RLi + CuI R2CuLi + LiI R2CuLi RCu + RLi R2CuLi R'-R R'X R2CuLi R'CO-R R'COCl Schéma 8. des cétals.23b – Réaction de couplage avec les acétals. Toutefois. cétonique ou un un halogène comme l’iode. Organocadmiens et organozinciques Préparés à partir d’organomagnésiens et de chlorure de cadmium. les réactifs de Gilman se montrent plus intéressants que les organomagnésiens et les simples organocuivreux. Les éthers ne réagissent pas avec les organomagnésiens (c’est le diéthyléther qui est le solvant le plus utilisé pour leur préparation). L’hydrolyse des cétals et acétals conduit aux cétones et aldéhydes correspondants (schéma 8. les organocadmiens. R et R’ ne peuvent être secondaires ou tertiaires. avec R primaire. benzyliques. PhS(R)CuLi. et avec les orthoesters. comme les acétals. Toutefois. permettent des couplages avec des halogénures secondaires. R2Cu(CN)Li2. en présence de catalyseurs comme le bromure cuivreux. cétals. ou de méthylalkylcuprates de magnésium. R du réactif de Gilman est limité aux groupes alkyles primaires et vinyliques. RMeCuMgX.155 Les halogénures R’X du couplage peuvent être aliphatiques primaires. la cétone RCOR’ (schéma 8. aromatiques. ester nitro. 8. allyliques.160) est obtenue sans produit secondaire. Avec les halogénures d’acides. En effet.8. préparés par action de 2 RLi sur CuCN à –78 °C. Les organozinciques. Par contre. Dans ces composés. cétals pour former des éthers.

RCu. complexés par BF3 substituent un groupe alcoxy de l’acétal par leur groupe R ce qui conduit à un éther.156 Avec les époxydes. le cycle est ouvert en présence d’un organomagnésien qui peut être aliphatique (primaire. H .2 R'OH R C R" cétone ou aldéhyde O orthoester cétal ou acétal (R =H) R"X Mg R"MgX HC(OEt)3 H orthoformiate d'éthyle OEt C OEt H2O. secondaire.R'OMgX R2 éther-oxyde cétone ou aldéhyde (R2 = H) cétal ou acétal R C R'O OR' OR' R"-Mg-X .R'OMgX R C R" OR' H O. O R1 C R2 CH2 + R-Mg-X SN2 R1 OH R H R1 C R2 CH2 R OMgX C R2 Schéma 8.374 Chimie organique R1 C O R2 2 R'OH H R1 R2 OR' OR' R"-Mg-X R1 C C R" OR' .157 CH2 L’attaque a lieu sur le carbone le moins encombré selon un mécanisme SN2. H 2 OR' . Les composés organocuivreux et cuprates Les composés organocuivreux. et les cuprates. rarement tertiaire) ou aromatique.158). R2CuLi.158 OH R(CN)CuLi CH2 R1 C CH2 C O R1 CH2-R C CH2 . Il en est de même des organolithiens. O R1 R2 C O Schéma 8.2 EtOH H C R" O R" aldéhyde ayant le même groupe R" que l'halogénure de départ Schéma 8. Un alcool en résulte (schéma 8. comme les organomagnésiens (schéma 8.157).

8. esters.159 Les thioesters résultent de la réaction des chlorures d’acides avec les thiols en présence de pyridine (schéma 8.2). pour substituer le groupe OR’ par R” (de R”Li). sauf dans des conditions particulières déjà décrites: addition de l’anhydride ou de l’ester lentement à l’organomagnésien. utilisation de solvant comme HMPT. acides) sans qu’il y ait interaction avec ces groupes. les dialkylcuprates de lithium forment des cétones avec les thioesters. esters carboxyliques. R2CuCNLi2. R-COCl + R'SH R"2CuLi pyridine R-CO-R" R-CO-SR' . contrairement aux organomagnésiens.8. réagissent plus facilement avec les époxydes que les organocuprates R2CuLi. la réaction s’oriente vers une addition-élimination avec formation d’alcools tertiaires (schéma 8. La présence de BF3 peut les rendre plus actifs. et pour les mêmes raisons. Les cuprates Les réactions des anhydrides et esters avec les cuprates ne permettent pas l’obtention de cétones. Par contre.159). basse température.160 . présentent l’intérêt de pouvoir ouvrir les cycles époxydes possèdant des groupes carbonylés (cétones. car dans le cas contraire. Les réactions de substitution 375 Les organocuprates de lithium.23c – Réactions avec les anhydrides. [RCu(CN]Li (qui résultent de l’addition d’un équivalent de cyanure cuivreux CuCN à un équivalent d’alkyllithium dans l’éther à –40 °C). les organolithiens réagissent avec les esters. les anhydrides et esters réagissent avec les organomagnésiens en conduisant à des alcools tertiaires et non pas à des cétones. et mieux encore. amides Les organomagnésiens Comme avec les chlorures d’acides (§ 10. Cette réaction n’est possible qu’à haute température. dans l’éther ou le THF entre –40 et –78 °C. RCOOR’. La réaction est orientée vers le carbone le moins encombré avec inversion de configuration.8. Les organolithiens Ultilisés dans le toluène à l’ébullition. Peu de cétone est produite à partir des amides. les organocyanocuprates de lithium.HCl -40 à -78°C Schéma 8.1.160). Les organocyanocuprates de formules. R-COOR' R"Li R-CO-R" OH R C R" R" toluène ∆ 2 R"Li (via RCOR") Schéma 8. RCOSR’.

Une base est nécessaire pour extraire E+ (dans ce cas.OD Ph C C Et O D Ph C C D O Et Me Me mélange racémique + D-O-H Schéma 8. On distingue 5 mécanismes de ce type qui sont référencés sous les abréviations SE1.161 8. lent base: B E' rapide E' R E' + BE R R E E R + E R E' R + BE Me Et H D-O Ph C C O composé optiquement actif Me Et C C O D-O-D Ph en excès . Le résultat est une racémisation. cétone Schéma 8. et d’ordre nul pour le réactif électrophile.162 .376 Chimie organique Cette réaction de substitution est aussi applicable aux amides N. les substitutions électrophiles aliphatiques font souvent intervenir des composés organométalliques. aldéhyde R = alkyl ou aryl .2.161). Il nécessite deux étapes (schéma 8. H+) comme dans l’exemple donné d’un échange H → D.2 Substitutions électrophiles aliphatiques Réactions moins fréquentes que les substitutions nucléophiles. SE2’. La configuration du carbone chargé dans le carbanion résultant peut s’inverser avant de réagir rapidement dans une seconde étape avec un réactif électrophile du milieu.162). SEi et SEi’. R-CO-N(R')2 R"Li R-CO-R" Si R = H .N’-disubstitués (schéma 8. SE2. 8. et la réaction est lente.1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) C’est un mécanisme qui a quelques analogies avec le mécanisme SN1. La première consiste en l’ionisation d’une liaison entre un atome de carbone et un groupe potentiellement électrophile qui est le plus souvent un hydrogène rendu acide par la présence en α d’un groupe -I. La réaction est du premier ordre pour le substrat.

la configuration de départ est conservée par le carbanion vinylique. 8. Dans le cas du mécanisme SE2. Toutefois. cette condition disparaît dans le cas d’un mécanisme SE1 dans la mesure où le carbanion est plutôt pyramidal. toutefois. Hg * Cl H H3 C Ph H3C H3 C Ph H3 C Cl C CH2 Hg H3CCO H H C CH2 Hg Cl + Cl-Hg H3CCO H (expérimentalement les deux composés formés contiennent Hg ) Schéma 8. à une inversion de configuration du carbone attaqué. la substitution selon le mécanisme SN2 conduit. Il a donc quelque analogie avec SN2. Elle est donc d’ordre 2.2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) Ce mécanisme très rare consiste en un déplacement concerté d’un groupe électrophile par un autre comme dans l’exemple présenté dans le schéma 8. Des composés où R est cyclique pourront donc donner lieu à des réactions SE1. il y a rétention de configuration : le carbone est attaqué du côté où se trouve le groupe électrophile E lié à ce carbone. Les réactions de substitution 377 Si le passage par un carbocation dans le mécanisme SN1 nécessitait une certaine liberté des liaisons autour du carbone lié à Y pour que la formation d’un plan soit possible.164 * * .LiBr R1 C R2 C R3 C O (puis H ) R1 C R2 C R3 CO2H configuration maintenue Schéma 8. O R1 C R2 C R3 Br Li . En effet.8.163 Le carbanion qui en résulte peut être carbonaté par l’anhydride carbonique pour former un acide vinylique. il est possible que dans certains cas particulièrement rares une attaque analogue à celle de SN2 conduise à une inversion de configuration. Un cas particulier de la réaction SE1 est celle effectuée sur des halogénures vinyliques en présence de lithium (schéma 8. Dans ce cas.2. sur le plan stéréochimique le résultat est inverse.163). La cinétique de cette réaction est du premier ordre pour chacun des composés intervenants.164. sur un composé chiral.

378 Chimie organique 8.3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) Le mécanisme SE2’ est peu différent du mécanisme SE2. l’acide acétique protoné représente l’eléctrophile.165).E-Nu E E' E' R2 R3 R1 C E . H3C C H H3C HO acide acétique protoné H C bromo(but-2-ènyl)mercure CH2 H HgBr H3C CH2 CH CH2 but-1-ène C O + HgBr Schéma 8.166). très rarement.165 8. Par un mécanisme concerté cyclique à quatre centres.2.4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) Le mécanisme SEi est un cas particulier du mécanisme SE2.166 .E+ R1 E' R3 R2 SE2 avec inversion de configuration (très rare) R1 C E' R2 R3 mécanisme concerté SEi Br H C Et Me Hg Br * + Hg Br Br Et H C Me Hg* Br Hg Br Et H C Me * Hg Br + HgBr2 Schéma 8. R1 C R2 R3 E' E R1 C R2 R3 SE2 avec rétention de configuration R1 C R2 R3 E' Nu . le groupe nucléophile qui accompagne l’électrophile substituant devienne coordonné au groupe électrofuge. du côté opposé à l’électrofuge avec inversion de configuration de ce même carbone. Il a été indiqué que les attaques de l’électrophile substituant pouvaient être du même côté que l’électrofuge (groupe électrophile qui est substitué) ce qui conduit à une rétention de configuration du carbone chiral du substrat impliqué dans cette réaction. les produits de la réaction sont formés (schéma 8. La différence se trouve dans la formation d’un composé résultant d’un réarrangement. Dans l’exemple présenté (schéma 8.E+ . qu’à l’état de transition.2. ce qui constitue un état de transition cyclique. Une troisième possibilité est. ou bien.

2. et les amidures de sodium ou de potassium dans l’ammoniac liquide.168 RM RNa RLi RK RMgX + R'H + EtOH + BuH + NH3 + R'H La formation de carbanions (ou d’énolates) par substitution par un atome métallique d’un hydrogène acide d’un groupe méthyle. Les réactions de substitution 379 8. benzylique ou propargylique.2. les alkyllithium sont des réactifs de choix. Dans le cas de composés aliphatiques. De nombreux exemples parsèment les réactions présentées dans cet ouvrage : les bases les plus utilisées sont les alcoolates alcalins dans les alcools correspondants. en présence de tétraméthyléthylènediamine (TMEDA).2. t-BuOK. (CH3)2N-CH2CH2N(CH3)2.6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique RH RH RH RH RH + + + + + MR' NaOEt BuLi NH2K R'MgX Schéma 8. Lorsque les hydrogènes sont peu acides. la réaction est facilitée si le carbanion formé est stabilisé par résonance (carbanion allylique. . Me CH H C CH2 Cl HgBr H Cl Me CH C CH2 HgBr H Me H C H + Hg Cl Schéma 8.168).6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant 8. la lithiation peut se poursuivre sur le groupe méthylène en α de la triple liaison.8.5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) C’est le mécanisme SEi auquel s’ajoute un réarrangement moléculaire comme dans l’exemple donné dans le schéma 8. méthylène ou méthyne activé par un ou des groupes électroattracteurs -I est une substitution électrophile avec transfert d’un proton (schéma 8. Les hydrogènes vinyliques sont substitués par le potassium sous l’action d’un mélange de butyllithium. Dans ce dernier exemple.167 (mécanisme concerté à 6 centres).167 H H C Br CH2 8. comme base. ou dérivé d’un alcyne terminal). BuLi et de t-butylate de potassium.

l’ordre de vitesse croissant est. soit une molécule de méthane et un proton. On peut obtenir un résultat identique avec l’acide tritié. dans l’anhydride sulfureux.170 CH5 L’échange peut avoir lieu en milieu basique.2. La facilité de l’échange est dans l’ordre suivant : tertiaire > secondaire > primaire. un échange H→D peut avoir lieu (mécanisme SE1) (schéma 8. remplacent l’acide sulfurique deutérié. l’un ou l’autre pouvant être deutérié. puisqu’il est proposé. La nature du groupe lié au lithium joue un rôle dans la vitesse de la réaction. deutérié. 8. R. ou allylique) sont échangés avec du deutérium en présence d’acide sulfurique deutérié (schéma 8. La TMEDA est un ligand dont l’action est de briser la structure polymérique de l’organométallique. ce qui conduit pour le méthane à un ion appelé méthanonium CH5+ (schéma 8.H + D RD Schéma 8. Les hydrogènes peu acides comme ceux des alcanes sont plus difficilement échangés. Les composés organométalliques sont peu utilisés pour ce type de réaction.6b – Échange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) Les hydrogènes acides (par exemple en position α d’un groupe carbonyle. La protonation dans ce cas est exceptionnelle.170).169 + H Ce marquage est utile pour comprendre le mécanisme de certaines réactions. Ils interviennent très spécifiquement sur les alcynes terminaux. soit une molécule d’hydrogène pour former un carbocation méthyle dont un hydrogène peut être échangé. SO2 liquide.169). Ainsi. Par exemple. ce qui exalte la réactivité de ce dernier. Il suffit qu’une quantité catalytique de base soit présente.171). si le superacide est deutérié. pour R de RLi : allyle > n-butyle > phényle > vinyle > méthyle. H H C H H + H (super acide) H H C H H H H H C H + H2 ion méthanonium Schéma 8. dans la lithiation du triphénylméthane. FSO3H-SbF5 (mélange appelé acide « magique ») ou HF-SbF5. si une molécule possède des hydrogènes suffisamment acides pour être extraits par un alcoolate. . Cet ion instable élimine.380 Chimie organique Note : le mélange n-BuLi + t-BuOK constitue ce qu’on appelle une « Super base ». que ce soit le doublet d’une liaison C-H de CH4 qui retienne le proton. entre autres. d’une triple liaison. des super-acides comme le mélange acide fluorosulfurique-pentafluorure d’antimoine. Dans ce cas. et si l’alcool utilisé est deutérié.

mais une réaction subséquente d’isomérisation conduit finalement à un composé α. Si deux carbones portant un ou des hydrogènes sont en position α du groupe carbonyle dans les cétones dissymétriques. XeF2. le réactif n’est pas le fluor lui-même.HCl R C Cl R CH2 O C CH3 Cl2 . aucun catalyseur n’est ajouté. les traces d’acides apportées par l’halogène sont suffisantes pour la catalyse. ou d’autres composés fluorés. Dans certaines de ces réactions. Il en est de même pour le brome.172 .171 8. Catalyse acide La réaction s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique. Cl CH3 Cl2 . il faut que le groupe méthyne ou méthylène en α de la cétone soit activé par des fonctions environnantes (ester.HCl R CH Cl O C O C CH3 2 Br2 . véritable acteur dans ces réactions. Dans ce cas. Dans ces réactions. Toutefois.172). mais dans ce cas.αdichloré. Avec le fluor. Des polyhalogénations sont possibles.α’-dibromé (schéma 8.6c – Halogénation des aldéhydes et cétones Les aldéhydes et cétones qui possèdent des hydrogènes sur le ou les carbone(s) α peuvent être halogénés par tous les halogènes sauf le fluor en milieu acide ou basique. contrairement à la réaction par catalyse basique. l’halogénation se fera préférentiellement dans l’ordre suivant : CH > CH2 > CH3. Le chlore réagit une seconde fois sur le carbone déjà chloré conduisant à un composé α. Une monohalogénation est possible. sauf en milieu basique et s’il s’agit d’une méthylcétone qui sera halogénée sur le groupe méthyle. le catalyseur intervient pour favoriser la formation d’un énol ou un ion énolate. Selon l’halogène.2 HBr Br R C Br O C CH3 isomérisation H R C Br O C CH2-Br Schéma 8. une seconde halogénation plus difficile peut être effectuée si l’halogène est en excès. l’orientation de la seconde halogénation apparait différente.EtOH Z CH Z' EtOD Z CHD + EtO Z' Schéma 8.8. mais le fluorure de xénon. autre groupe cétone…).2. Les réactions de substitution 381 Z CH2 Z' EtO . à chaud.

il se forme avec les méthylcétones. réaction lente par rapport aux deux étapes suivantes et qui donne la vitesse de la réaction (du premier ordre par rapport à l’acétone). un excès de brome est nécessaire.173 OH CH3 H R CH O C C H CH3 R CH Br CH3 O C H CH3 O C CH3 D’abord. O R CH2 C OH R CH C CH3 . Enfin. la bromation d’une méthylcétone en présence de soude. la déprotonation de ce dernier conduit au composé monobromé. Cette réaction a lieu aussi avec le chlore et l’iode et est appelée réaction haloforme. Catalyse basique et réaction haloforme En milieu basique. Leur présence dans l’action de l’iode sur une cétone en milieu alcalin. des iodoformes. Elle subit aussitôt une réaction de substitution nucléophile par la base selon un mécanisme tétraèdrique conduisant d’une part à un anion carboxylate et d’autre part. On comprend alors la raison pour laquelle cette seconde bromation ne sera possible qu’après totale monobromation de la cétone. . Le même mécanisme est renouvelé. l’arrêt à une monohalogénation est impossible car la présence d’un halogène rend plus acides les hydrogènes α par son effet électroattracteur -I et favorise la formation de l’ion énolate rendant la seconde bromation plus facile que la première. en raison de la présence du brome dont l’effet électroattracteur -I rend l’énolisation plus difficile. composés solides jaunes. Si une seconde bromation est souhaitée. conduit d’abord à une tribromométhylcétone. l’acétone est énolisée sous l’action de H+. la double liaison énolique est attaquée par la molécule de dibrome selon un mécanisme d’addition électrophile (§ 9.173). Ensuite.4a) : il en résulte ici un carbocation mésomère.1. Ainsi. mais la réaction est plus lente que pour la première bromation. Avec l’iode.382 Chimie organique Le mécanisme de la bromation d’une cétone se fait en trois étapes (schéma 8. et contrairement à la catalyse acide.Br R CH Br Br Br O R CH Br C H CH3 -H R CH Br Schéma 8. au bromoforme. est un test de la présence du groupe CH3CO (ce qui indique une méthylcétone).

174 Le mécanisme réactionnel en milieu basique (schéma 8.8. H 3C H3 C C N NC CH3 N C CH3 CN AIBN 8.175). initiateur radicalaire. 1887.6d – Halogénation des acides carboxyliques La méthode classique pour préparer les acides α-bromés ou chlorés est celle de Hell-Volhard-Zelinsky.172). C’est une réaction de type radicalaire puisqu’elle peut être faite aussi en présence de N-chlorosuccinimide et d’un catalyseur.2’-azobis(2méthylpropionitrile). (non applicable à l’iode et au fluor) qui consiste à traiter l’acide carboxylique ayant au moins un hydrogène sur Cα par le brome ou le chlore en présence de phosphore rouge. l’AIBN (2.2. . Les aldéhydes. s’ils n’ont pas d’hydrogène α sont transformés par l’action du chlore en chlorures d’acides. Les réactions de substitution 383 O R CH2 C CH3 méthylcétone O HO R CH2 C CH2 R CH2 O C CH2 O R CH2 C CH2 Br O R CH2 C CH2 Br HO Br2 R CH2 Br O C .Br R CH2 O C CH2 Br H C Br O HO Br Br2 R CH2 C Br C Br Br groupe très électroattracteur -I O R CH2 HO C Br C Br Br O R CH2 C H O Br C Br Br Br R-CH2-COOH + C Br Br R-CH2COO ion carboxylate + H-CBr3 bromoforme Schéma 8. ou de tribromure ou trichlorure de phosphore (schéma 8.174) est peu différent de celui en milieu acide (schéma 8.

le sulfolane.. SO2Cl2.384 Chimie organique R CH2 COOH O R CH2 C Br PBr3 R CH2 COBr OH R CH C Br O Br2 O R CH Br O R OH O CH Br C OH R CH2 COOH C Br O + R CH2 C Br + HBr O R CH Br C Br + R CH2 C O R CH2 C Br + Br2 R CH Br C Br + HBr Schéma 8. en présence de chlorure de lithium dans un solvant polaire. La chloration se fait majoritairement en position α mais peut aussi avoir lieu. après substitutions de tous les hydrogènes α. L’iodation est réalisée en présence d’acide chlorosulfonique. Le produit formé est donc un halogénure d’acide -halogéné. HSO3Cl. Le chlorure de sulfuryle. la présence de catalyseur n’est pas utile. S O O sulfolane ou tétraméthylène sulfone est capable de chlorer en position α les chlorures et anhydrides d’acides et même les acides. dans l’acide acétique. par une réaction d’échange ce qui permet de poursuivre la réaction d’halogénation jusqu’à épuisement de l’halogène. sur la chaîne aliphatique. La bromation a toujours lieu en position α et cesse dès que tous les hydrogènes α ont été substitués. lequel réagit en présence d’une nouvelle molécule d’acide pour conduire à un mélange d’acide α-halogéné et du chlorure de l’acide de départ. les positions α. CuCl2. sont chlorées. selon le cas. β. Cu(II)OAc2. . il se forme d’abord un halogénure d’acide. Si l’iode est remplacé par un peroxyde organique (réaction radicalaire).175 Dans cette réaction. et un diacide. ce qui permet la réaction d’halogénation dont le mécanisme est peu différent de celui de l’halogénation des cétones. permet aussi de chlorer les acides en position α. La bromation ou la chloration des chlorures d’acides peut se faire par action des N-chloro et N-bromosuccinimide en présence de HCl ou HBr. en présence d’une quantité catalytique d’iode. si un peu de chlorure ou d’anhydride de l’acide est présent. l’acide malonique. ou d’acétate cuivrique. Les chlorures d’acides sont iodés en présence d’acide iodhydrique. Le chlorure cuivrique. γ. L’énolisation de ce composé est plus facile que celle de l’acide. les malonates. les dérivés nitrés aliphatiques. Cette propriété . D’autres composés facilement énolisables peuvent être halogénés : les chlorures et anhydrides d’acides. Pour ces composés..

via la forme énolique (schéma 8. libère un ion acylium.4. Il est vraisemblable que le mécanisme impliqué dans cette réaction soit comparable à celui de la bromation des mêmes composés. ils sont décarboxylés par chauffage (schéma 8. 8. AlCl3 ou ZnCl2. . RCO+. 1877 (schéma 8.177 8. cétone et d’acide carboxylique Les aldéhydes.176). COOH R CH COOH dérivé substitué de l'acide malonique Br2 COOH ∆. pour conduire à des acides aliphatiques α-halogénés.177). cétones et acides carboxyliques ayant un CαH sont sulfonés par l’anhydride sulfurique en milieu neutre. Les esters et amides peuvent être fluorés par la même méthode.8. car après halogénation.CO2 R CBr COOH R-CHBr-COOH Schéma 8. entre autres. mieux connue pour les cycles aromatiques (§ 8.1d) a lieu aussi avec les alcènes : un groupe RCO provenant d’un chlorure d’acide substitue un hydrogène d’un carbone éthylènique.2.6e – Sulfonation d’aldéhyde. . ce qui représente une autre voie d’accès à ces composés. R R' C H C R" O R C R' C R" OH SO3 SO3 R C R' C O R" H R SO3H C R' C O R" Schéma 8.2. Les réactions de substitution 385 est particulièrement intéressante pour les dérivés substitués de l’acide malonique.176 La fluoration des acides a été réalisée à –78 °C par un mélange de fluor et d’azote.6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide La réaction de Friedel et Crafts. L’halogènure d’acide en présence d’un acide de Lewis.178).

H R1 C R2 C R3 Schéma 8. C’est alors un mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique (§ 8.1g).179 H POCl3-DMF R1 C R2 C C O R3 8. groupes électroattracteurs par effet -I.386 Chimie organique RCOX + AlCl3 R C O R1 C R2 C H (A) H RCOX.4. action de POCl3 et du DMF.HX +X carbocation le plus stable (C) addition selon la règle de Markownikov Schéma 8. Une seconde possibilité de réaction du carbocation (C) est l’addition d’un ion halogénure provenant du milieu avec formation d’une β-halo cétone (addition qui suit la règle de Markownikov). suivie selon les conditions de la réaction. s’applique aux alcènes ce qui conduit à leur formylation (schéma 8. isolable.2) de nature équivalente à celui décrit pour les substitutions nucléophiles mais avec une charge positive à la place d’une charge négative.β-insaturée R R1 R2 C X C C O H H .β-insaturée.178 L’alcène attaque l’ion acylium pour former le carbocation. La réaction de Vilsmeyer-Haack (mécanisme § 8. Les anhydrides d’acides peuvent remplacer les halogénures d’acides.179).β-insaturée (B). ce qui conduit de nouveau à une cétone α. Ce carbocation peut perdre un proton de CαH pour reformer une double liaison conduisant ainsi à un composé stable résonnant.2. au même titre que les acides carboxyliques en présence de HF-SO4H2 ou l’acide polyphosphorique. donc le plus substitué par des groupes alkyles (A) : le groupe acyle est donc sur le carbone de l’alcène le moins substitué. acétylacétate d’éthyle) effectuent un couplage avec les sels d’aryldiazonium en présence d’une . AlCl3X R1 -H C C R C O R R1 C R2 C C O H H (B) R2 H cétone α. le plus stable. Les éthers vinyliques RO-C(R1)=C(H)(R2) sont acylés par les chlorures d’acides aromatiques en présence d’un catalyseur au palladium et d’une base.6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium Les composés aliphatiques à hydrogènes acides de formule générale Z-CH 2-Z’ avec Z et Z’. une cétone α. malonate d’éthyle. (par exemple. AlCl3 RCO.1. d’une élimination d’une molécule d’halogénure d’hydrogène.

COOH. Z R CH + ArN2 NaOH R Z C N COCH3 HO H C N N R Z Z Ar H2O. Les β-céto esters cycliques donnent lieu à une ouverture du cycle (schéma 8. dans une solution aqueuse de soude à 0 °C.182) par le même mécanisme que celui donné dans le schéma 8. conduit aussi à un composé azoïque (schéma 8.180). c’est le groupe carboxyle qui est partant. et Z ou Z’ = COR. Le passage au tautomère n’étant pas possible par manque d’hydrogène. se transforme en un tautomère. Il se forme un composé azoïque instable qui. par prototropie. Les composés β-dicarbonylés et les β-céto acides forment des arylhydrazones de composés α-dicarbonylés. le groupe partant est le groupe acyle.181. Les réactions de substitution 387 base.181 Z N Ar NaOH C N N R + CH3COONa Ar H H C N N R Z Ar CO-CH3 + CH3COOH NH3 NH Ar Quand les groupes acyle et carboxyle sont présents. avec R = alkyl. une arylhydrazone (schéma 8. Z CH2 Z' base -H Z H C Z' N≡N Ar H Z C N N Ar Z' composé azoïque Z + ArN2 base -H C N-NH-Ar Z' arylhydrazone tautomérie Schéma 8.181). un acétate alcalin. le groupe acyle (pour une cétone) ou carboxyle (pour un acide) est extrait de la molécule ce qui fournit finalement une hydrazone dont l’hydrolyse délivre une cétone. NO2 ou Cl.8. C’est la réaction de Japp-Klingemann (1887). Dans le cas où les groupes sont aroyle et carboxyle. . le plus souvent.180 La même réaction effectuée sur des composés de la forme Z-CH(R)-Z’. H C O + R Schéma 8.

182 8.183 Cette réaction effectuée sur un groupe méthylène seulement activé par un groupe Z (schéma 8. La réaction débute par la formation d’un carbanion qui attaque le groupe azido du réactif. le p-acétamidobenzènesulfonylazide. 2. p-(CH3CONH)-C6H4SO2N3.2. ont la propriété de réagir. . Z CH2 Z' TsN3 NaOH Z C N Z' composé diazo N + TsNH Z CH2 Z' NaOH Z H C Z' Na N N N Ts Z C Z' H N N N Na Ts Z C N Z' + TsNH N Schéma 8. et non de soude. avec un groupe méthylène activé par deux groupes Z à effet électroattracteur -I formant un composé diazo. plutôt amidique.388 Chimie organique O H2C H2C C CH C H2 COOEt + ArN2 NaOH puis H H2C COOH H2C H H2C C N N Ar COOEt (conditions douces) Schéma 8. et non pas à un composé diazo.6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide Certains azides comme le tosyl azide. Il s’ensuit un mécanisme cyclique qui conduit au composé diazo et à un ion amidure (schéma 8.184).4. CH3SO2N3.6-((CH3)2CH)3C6H2SO2N3 et de potasse.6-triisopropylbenzènesulfonylazide.4. en présence de 2.183). p-CH3C6H4-SO2N3. souvent par catalyse de transfert de phase. en présence d’une base alcaline. conduit à un transfert du groupe azido. le méthanesulfonyl azide.

R' CH2 C O R iPr2NLi THF. La base forte la plus utilisée est le diisopropylamidure de lithium (LDA).(LDA).6i – Cyanation d’un méthylène activé Les groupes méthylènes en position α d’une cétone peuvent être substitués par un groupe CN sous l’action de p-toluènesulfonylnitrile.2. Les réactions de substitution 389 iPr SO2N3 iPr R CH2 CO N R' R" KOH R CH CO N R' K R" iPr iPr Schéma 8.6j – Formation d’éthers d’énols silylés Les éthers d’énols silylés sont très souvent utilisés en synthèse. p-CH3C6H4SO2CN.184 R iPr SO2 iPr R' HC CO N R" K N3 8. -78°C R' H C C O R Li Schéma 8. choisie en fonction de l’environnement du groupe carbonyle (schéma 8. Les méthylcétones réagissent difficilement. -78°C R' H C C O R Li R' H C C R O ClSi (R)3 .186).Cl R' H C C R éther d'énol silylé O Si(R3) Schéma 8. R' CH2 C O R iPr2NLi THF.185 R' Tos-CN H C CN + Tos Li C O R 8.186 . après avoir formé l’énolate par action de iPr2Nli. Un β-céto nitrile est ainsi formé (schéma 8.8. Ils peuvent être obtenus par actions de divers halosilanes sur l’énolate formé par action d’une base qui peut être très variée.185).2.

15.2c et 6. benzyliques et propargyliques. les halogénures d’aryles activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M. Une hydrolyse rétablit le groupe carbonyle.18c). avec formation d’un carbanion et addition d’un halogénure (§ 8. plus particulièrement avec les énamines dérivées d’aldéhydes.2b. Dans la majorité des cas. la cétone est d’abord transformée en énamine par réaction avec une amine secondaire cyclique (§ 10. et aux époxydes. l’alkylation a lieu sur le CαH le moins substitué de la cétone de départ (contrôle cinétique). à la fois pour des cétones et des aldéhydes.6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H Voir les paragraphes 6. Et3N peut être la base.390 Chimie organique En conditions douces. 1954) L’alkylation des cétones sur CαH ou CαH2 s’effectue le plus souvent par une réaction de substitution nucléophile. HN R C CH2 R' O . 8. ce qui produit un sel d’iminium.14. Des réactions secondaires sont possibles comme les dialkylations. les α-halo éthers et esters. accompagne le triméthyliodosilane.H 2O R C N C H R' R C N énamine C H R' R"X R" H2N + R C CH O R' R" H2O H R C N C H R' R C N R" C H R' O N H pipéridine N H morpholine N H pyrrolidine Schéma 8. comme les halogénures allyliques. Pour éviter ce problème.2. Me3ISi. mais n’est pas applicable aux halogénures aliphatiques primaires et secondaires qui conduisent à des N-alkyl amines.6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork. mais plus souvent l’hexaméthyldisilazane (Me3Si)2NH. Ces énamines stabilisées par résonance sont ensuite traitées par un halogénure. 8.1. et encore moins aux tertiaires qui subissent une élimina- . lui aussi stabilisé par résonance.3) comme la pyrrolidine. la pipéridine ou la morpholine (schéma 8.187 Cette méthode a aussi ses limites puisqu’elle n’est utilisable qu’avec des halogénures activés.2.187).

suivie de l’addition de l’halogénure. pour ces derniers. Les réactions de substitution 391 tion. COR" R C N C H R' R C N C H R' R"COCl R C N C H R' R C N COR" C H R' H 2O H R" C O H2 N + R C CH O Schéma 8.7 Il faut noter que le bromocyanogène conduit non pas à une substitution par le groupe cyano. Les mécanismes de ces réactions sont semblables à ceux présentés pour les halogénures (schéma 8.CHO phosgène-diméthylformamide (DMF) chloroformiate chlorocyanogène sel de nitrilium . mais à une bromation de l’ènamine. .8. (RCO)2O chlorures et anhydrides d'acides HCO-O-COCH3 COCl2-(CH3)NCHO ClCOOR ClCN R C N R' anhydride acétique formique -CO-R .188). Par cette réaction divers groupes peuvent être introduits selon le réactif utilisé (figure 8. l’utilisation d’un organomagnésien (voir ci-après) ou la formation d’une énamine dérivée de butylisobutylamine permet l’alkylation.188 R' Une modification de cette réaction (méthode via un sel d’énamine) permettant de substituer les cétones par des halogénures aliphatiques primaires ou secondaires en évitant la N-alkylation par une gêne stérique est la formation d’un organomagnésien dans le THF à partir de l’ènamine. contrairement au chlorocyanogène.7). RCOCl. Toutefois. puis de l’hydrolyse (schéma 8.189). sauf les halogénures tertiaires.COOR -CN R' C R N Figure 8.

H H N H + R C O Schéma 8.392 Chimie organique R C CH2 R' O R"NH2 . CH2 R C N C H CH C N R' CH2 R C N C H R' CH C N R C N CH2 C H R' CH C N H2O.2. cette réaction est mise à profit pour former le sel d’iminium.7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal RX RX + + M 2M RMX RM + MX ( CH3I (BuCl + Mg + 2Li CH3MgI) BuLi + LiCl) Schéma 8.2. Par exemple.191 .190 CH2 C H R' CH2 C N 8.189 R' R"'X R C CH N MgX R" R' Dans la mesure où les énamines réagissent très bien selon la réaction d’addition de Michael (§ 9. une cyanoéthylation (schéma 8.R'"H R' R'" R C CH O R' H2O X R R'" C CH N MgX R" Schéma 8.190). l’hydrolyse de l’adduit fournit une cétone substituée en position α par CH2-CH2CN. avec l’acrylonitrile CH2=CH-CN.H2O R C CH2 R' N R" R C CH NH R" R"'MgX .7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants 8.2) avec les alcènes activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M.

le magnésium en fins copeaux réagit dans l’éther ou le THF anhydre avec divers halogénures aliphatiques primaires.192 CH2MgBr Outre le diméthyléther. Les iodures et bromures aromatiques réagissent comme les halogénures aliphatiques.Mg THF .192). CH3O-CH2-CH2-OCH3.191). En quantités stœchiométriques. ou le THF. Les réactions de substitution 393 La réaction d’un halogénure sur un métal peut conduire à un composé organométallique appelé composé de Grignard (1900) (schéma 8. Toutes les réactions de préparation et de réaction des organomagnésiens s’effectuent en milieu totalement anhydre et sous atmosphère d’azote. Si le composé est I-CH2-CH2-CH2-I. on leur préfère les analogues chlorés. On peut y ajouter les solvants aromatiques. éther ou THF + Mg . Ces composés ne sont pas isolés et leurs solutions sont immédiatement mises en réaction ou conservées à basse température.8. le diméthyléther de l’éthylène glycol. dont la réactivité en fonction de l’halogénure diminue dans l’ordre suivant : RI > RBr > RCl. Les chlorures aromatiques comme les halogénures vinyliques nécessitent le THF comme solvant.Mg naphtalène-magnésium ou naphtalènure de magnésium CH2Br C10H8. un organomagnésien Br-CH2-CH2-CH2MgI peut être obtenu.naphtalène Schéma 8. la réaction est débutée en ajoutant quelques gouttes d’iodure de méthyle ou du dibromoéthane. d’autres solvants ont été utilisés comme des amines tertiaires. benzène ou toluène. Le cas le plus important est la préparation des organomagnésiens. à condition d’ajouter au milieu une amine tertiaire dont le rôle est de complexer l’organomagnésien. Si les halogènes sont différents et éloignés d’au moins trois carbones. Le cas des composés dihalogénés est plus compliqué. le diéthyléther. une réaction d’élimination a lieu. par exemple Br-CH2-CH2-CH2-I. Si un composé 1. Les fluorures d’alkylmagnésium RMgF sont obtenus par reflux des fluorures d’alkyles avec le magnésium dans le THF pendant plusieurs jours en présence de quantités catalytiques d’iode ou de bromure d’éthyle. Mg (solution verte dans l'éther) C10H8. plus la réaction devient difficile : CH3I > C2H5I > C3H7I… Dans la mesure où les iodures d’alkyles tertiaires peuvent donner lieu à une réaction d’élimination. secondaires ou tertiaires. Souvent.2-dihalogéné est mis en réaction. il se forme un dimagnésien IMg-CH2-CH2-CH2MgI. Une réaction secondaire souvent observée est le couplage: 2RX + Mg → R-R + MgX2. . Plus le nombre d’atomes de carbones augmente. Les organomagnésiens benzyliques et allyliques sont mieux préparés à partir de naphtalène magnésium (résultant de l’action du naphtalène sur le magnésium dans le THF) (schéma 8.

de la concentration.5M). uniquement sous forme de dimères. mais il est toutefois possible d’obtenir à partir de RCHBr2 . les organomagnésiens chlorés restent. Il s’agit soit des fonctions à hydrogène acide : OH. COOH. par exemple) et MgX2 (chlorure. Le schéma 8.MgX2 R Mg X R1 O R2 R Mg R R1 O R2 X Mg X R1 O R2 Schéma 8. à fortes concentrations.7). l’équilibre de Schlenk est déplacé vers la gauche et RMgX est quasiment le composé unique. 2 RMgX R1 O R2 R2Mg R1 O R2 + R1 MgX2 O R2 R2Mg.193). L’évaporation de l’éther déplace l’équilibre de Schlenk vers la droite avec obtention à sec de R2Mg et MgX2 (l’addition de dioxane à la solution étherée donne le même résultat). Chacun des composés qui forment cet équilibre est coordiné à deux molécules d’éther. groupe nitro… Les doubles et triples liaisons (sauf terminales) ne gênent pas la formation de l’organomagnésien. avec R2Mg (dialkylmagnésium. Il est important de rappeler ici que les organomagnésiens RMgX font en réalité partie d’un équilibre (schéma 8.194 rappelle quelques réactions essentielles des organomagnésiens. du solvant. Le mécanisme complexe SET qui intervient dans la formation de l’organomagnésien a été présenté (voir § 6. les composés gem-dihalogénés réagissent mal.1M) dans l’éther et à toutes concentrations dans le THF. La présence de certaines fonctions peut nuire à la préparation de l’organomagnésien : celles avec lesquelles il réagit normalement.193 Cet équilibre est fonction de la nature de l’halogénure. Seuls. dimères. soit des composés carbonylés. . L’organomagnésien préparé à partir de simples halogénures aliphatiques est sous forme monomère à faibles concentrations (environ 0. Lorsqu’un organomagnésien d’halogénures aliphatiques est préparé dans la triéthylamine.394 Chimie organique Enfin. etc. NH2.12. euxmêmes en équilibre avec leur complexe. puis trimères. -C≡CH… qui devront donc être présentes sous formes de sels. nitrile. dans les conditions classiques de préparation des organomagnésiens. l’organomagnésien RCH(MgBr)2. Si la concentration augmente dans l’éther (c > 0. bromure ou iodure de magnésium). et de la température. RMgBr et RMgI forment des polymères. appelé équilibre de Schlenk.

ils forment des aggrégats de six molécules. Les alkyllithiums sont toujours sous formes d’aggrégats de plusieurs molécules dans les solvants.2. Il est en aggrégats de deux et quatre molécules.194 Il existe de nombreuses autres réactions des organomagnésiens et en particulier. formiates RMgX + R'X halogénures R-R' + MgX2 Schéma 8. .10f). dans l’hexane. sont préparés par action d’un halogénure (chlorure le plus souvent) sur le lithium. Cette propriété est une conséquence du caractère particulier « ioniquecovalent » de la liaison C-Li. Un cas particulier est le tbutyllithium qui est un monomère dans le THF. divers aggrégats de deux à cinq molécules pour les composés où R est un simple groupe aliphatique. sous azote. Ce sont des composés solubles dans le benzène et de nombreux autres solvants organiques. respectivement. Les réactions de substitution 395 R'CHO aldéhydes R(R')CHOH alcools secondaires R'CN nitriles R'COR" cétones R(R')(R")COH alcools tertiaires R'C(OR")3 RMgX orthoesters RCOR' cétones R'COX chlorures d'acides HC(OR')3 R2R'COH alcools orthoformiates RMgX (R'CO)2O anhydrides d'acides HCOOR' formiates RCHO aldéhydes H2 C O CH2 R-CH2-CH2-OH alcool primaire RMgX + CO2 RCOOH acides carboxyliques oxirane RMgX + R'COOR'' esters R-CO-R' RMgX R2R'COH alcools secondaires ou tertiaires. selon la nature de R' cétones ou aldéhyde si R = H. Dans la mesure où cette réaction est difficile.8. Les alkyllithiens. et dans l’éther. Dans le benzène et le cyclohexane. RLi. dans l’éther et dans les solvants hydrocarbonés. l’échange halogène-métal est mis en œuvre (BuLi + RX → RLi + BuX). celles avec les halogénures métalliques qui permettent la préparation de divers organométalliques. par exemple : 4 C6H5MgX + SnCl4 → (C6H5)4Sn + 4 MgXCl (présentées au § 8. contrairement aux sels de potassium ou de sodium qui y sont insolubles ou fort peu solubles.

2.CO2 . et en présence d’une base : il se forme du méthane.CO2 Ar C H composé aromatique Schéma 8. CN.CO2 C C C H alcène COOH C COOH α-cyano acide . Les acides β.4) qui retient le cation métallique augmente la vitesse de la réaction. Ar. libres. acide acétique CH3COOH X3C-COOH C C O COOH .CO2 CH4.1m). haloforme C C O H cétone acide trihaloacétique β-céto acide acide β. ou sous formes de sels (schéma 8. COOH. .396 Chimie organique 8.γ-insaturé C C C COOH acide malonique et ses dérivés substitués .195).CO2 . comme les acides aromatiques (§ 8.195 Les acides aliphatiques ne sont pas décarboxylés dans ces conditions sauf l’acide acétique sous forme de sel. les acides trihaloacétiques.γ-insaturés éthylèniques peuvent aussi être décarboxylés par chauffage en présence de cuivre et de quinoléine. la présence d’un éther-couronne (figure 7.CO2 C CN H NO2 C COOH .4. et les α-céto acides sont décarboxylés par chauffage.8a – Décarboxylation d’acides Les acides ayant en position α un groupe électroattracteur -I comme NO2. Dans ce dernier cas. méthane X3CH. ceux qui sont éthylèniques ou acétylèniques.2.CO2 H C COOH nitrile acide CN C COOH α-nitro acide .8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné 8. X3C-COOH. La décarboxylation des acides est l’inverse de l’addition d’un carbanion sur l’anhydride carbonique.CO2 NO2 dérivé nitré C H α-aryl acide Ar C COOH .

sauf si un groupe attracteur. neutre ou très faiblement basique conduit à une rupture de liaison entre la fonction ester et le Cα (schéma 8. le mécanisme de la décarboxylation peut être SE1 ou SE2. mais dans la plupart des cas.196 Le cas des β-céto acides est particulièrement intéressant. une solution alcoolique concentrée de potasse.CO2 R C O CH2 R C O CH3 H Schéma 8. par hydrolyse de leurs esters.8.199).197 Par contre. composé qui peut être distillé sans décomposition. est présent en position γ de l’acide comme dans l’acide trifluoroacétylacétique. Les réactions de substitution 397 Sous forme de sels. une autre réaction a lieu : elle conduit à la rupture de la liaison α-β par rapport à la fonction carboxyle (schéma 8. Pour obtenir les β-céto acides. neutralisation par un acide faible. en sont le résultat. CF3COCH2COOH.197) : une cétone.196). le plus souvent. Un mécanisme cyclique à six centres est le plus classique pour les acides libres ce qui explique pourquoi la réaction est peu sensible à la polarité du solvant ou à la présence ou non d’acide minéral (schéma 8. Le mécanisme SE1 est favorisé par la présence de groupes électroattracteurs en α du groupe carboxyle car ils stabilisent le carbanion. Il se forme alors un sel d’acide RCOOH ou un ester RCOOR’ à côté d’un sel de l’acide CH(R1)(R2)COOH ou l’ester CH(R1)(R2)COOR’ selon la base utilisée (schéma 8. le plus souvent. comme CF3. de l’anhydride carbonique et un alcool R’OH.CO2 R1 R C C H O R2 Schéma 8. Le passage de l’ester RCO-C(R2)(R3)-COOR’ à la cétone ou décarbalkoxylation en conditions acide. Ils sont préparés. R1 R C O C R2 COOR' hydrolyse acide . des conditions expérimentales particulièrement douces pour l’hydrolyse sont nécessaires : soude très diluée. le β-céto acide n’est pas isolé car il se décarboxyle dans les conditions normales de la réaction. RCOCH(R1)(R2). extraction par l’éther à 0 °C et évaporation sous vide.R'OH R C O R1 C R2 COOH . H2 C C O H C O R O ∆ . ou d’alcoolate. . en conditions basiques fortes.198).

4.2). R'O R C O R1 C R2 COOR' R R'O C O R1 C R2 R1 H C R2 Schéma 8.199 R1 COOR' RCOOR' + C R2 R'OH COOR' ester β-cétonique COOR' + R'O En présence de base alcaline. les β-dicétones conduisent à un résultat semblable avec formation d’une cétone et d’un sel d’acide (schéma 8.398 Chimie organique R1 R1 R C O C R2 COOR' R'O RCOOR' + HO RCOO + H-C R2 R1 COOR' . appelée rétro-Claisen.200 .200).R'OH RCOO R1 + H C COO R2 H C COOR' R2 (rétro-Claisen) Schéma 8. HO R C O R1 C C R' R R2 O HO C O R1 C C R' RCOOH + R2 O R1 C C R' R2 O R1 RCOO + H C C R' R2 O Schéma 8.198 C’est la réaction inverse de celle de Claisen (§ 10.

C’est la réaction de Haller-Bauer (1909).2. en présence d’eau.2. fournit un amide (schéma 8. à une réaction avec retrait d’un des groupes substituant la cétone et formations d’un alcane et d’un acylamidure qui. la p-méthoxybenzophénone conduit au p-méthoxybenzamide.202 8.8b – Réaction haloforme Cette réaction a été présentée lors de l’halogénation des méthylcétones (§ 8. n’ayant pas de CαH. bromoforme. iodoforme) est une substitution électrophile aliphatique (COR est remplacé par H) (schéma 8.2. R1 R2 C O C H R1 O H R2 C O H C H O R2 R1 C C O H H C O C O C O O acide glycidique . Les réactions de substitution 399 Les acides glycidiques conduisent à des aldéhydes par décarboxylation (schéma 8.6c). La seconde partie de la réaction qui conduit à un haloforme (chloroforme.6).4. X3C C O R HO X3C + RCOOH X3CH + RCOO Schéma 8.CO2 R1 CH R2 aldéhyde Schéma 8. Par contre.8c – Réaction d’Haller-Bauer Les cétones non énolisables. . La benzophénone n’est pas affectée par cette réaction.202). et plus particulièrement celles de la forme ArCOC(R)3.201 H C O R1 C R2 énol H C O H 8.8.201) (voir aussi réaction de Darzens (§ 10. traitées par l’amidure de sodium donnent lieu.203). par chauffage dans un solvant aromatique.

ce qui peut s’expliquer par le schéma 8. 32 % d’isopropanol. . Ces sels sont instables car N2+ est un excellent groupe partant ce qui favorise la formation d’un carbocation qui peut effectuer des réarrangements. La configuration relative du groupe R ou R’ dans l’alcane formé est conservée.203 Les cétones cycliques sont ouvertes. Les cétones aliphatiques dissymétriques donnent un mélange de deux amides.9 – Substitutions électrophiles aliphatiques de composés azotés 8. la n-propylamine conduit par cette réaction à 7 % de n-propanol.400 Chimie organique R C O R' + NH2 ∆ et RH + R'-CO-NH R'H + H2O R'-CO-NH2 R-CO-NH2 NH2 R C O R' R NH2 C O NH2 R' NH2 R NH C O R' H2O RH + H2N C O H2N R' R'H + O C R Schéma 8.204. à 28 % de propène et des chlorures d’isopropyle et de propyle. les produits obtenus sont des mélanges d’alcools et d’alcènes isomères et d’autres composés divers selon la nature de l’amine.2. si l’acide utilisé est l’acide chlorhydrique. 8. des réactions avec le milieu… Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau.2. Par exemple.9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines L’action de l’acide nitreux sur les amines primaires aliphatiques ne conduit à des sels de diazonium qu’à un pH inférieur à 3. des éliminations de protons avec formation d’alcènes. cas général.

ces sels ne sont pas isolés. H CH2 H 2C Schéma 8.205).H H2C C H2 CH2 La stéréochimie de ces réactions est très variée selon le type d’amines et les conditions expérimentales. . Dans la plupart des cas.H H3 C CH OH H3C isopropanol Schéma 8. la réaction ne conduit pas à un sel de diazonium mais à un composé diazo. Les sels de fluoroborates ArN2+. Cl R + N2 + Cl H3C CH CH2 CH3-CH2-CH2 H2O CH3-CH2-CH2OH2 . COR ou COOR en position α du groupe amino. Le glycinate d’éthyle est converti en diazoacétate d’éthyle par action de l’acide nitreux (schéma 8.4). BF4. Les réactions de substitution 401 R-NH2 -H Cl NaNO2 HCl R N N.206). comme dans le cas du carbocation propyle qui peut se cycliser en cyclopropane par élimination d’un proton (schéma 8. Lorsque l’amine possède un groupe électroattracteur -I comme CN. N2 . Ils pourraient provenir d’une attaque électrophile interne du carbocation.206 Les amines primaires aromatiques comme l’aniline forment des sels de diazonium à un pH de 1 en raison de leur plus faible basicité par rapport aux amines aliphatiques qui est le résultat de la résonance du groupe amino avec le cycle aromatique.8. pour la plupart. NaNO2. mais le plus souvent. il y a racémisation si l’amine de départ est optiquement active mais il existe des cas où la rétention de configuration est majoritaire. CHO. Les sels de diazonium sont aussi stabilisés par résonance avec le cycle aromatique (schéma 8. ArF.H réarrangement H3C CH H3C H3C H3C CH3-CH2-CH2-OH n-propanol propène CH3-CH2-CH2-Cl chlorure de propyle H3C CH Cl H3C chlorure d'isopropyle X H2O CH OH2 .204 Des composés cycliques accompagnent parfois les composés cités.205 CH2 . qu’à des températures inférieures à 5 °C sauf s’ils sont complexés par des éthers-couronnes (figure 7. et BF3. HCl EtOOC CH2 NH2 EtOOC CH H N N EtOOC CH N N glycinate d'éthyle diazoacétate d'éthyle Schéma 8.sont stables et peuvent être isolés : ils se décomposent par chauffage en fluorures d’aryles. La perte d’un proton est favorisée par rapport à la perte de N2.207) mais ils ne peuvent être gardés.

Les groupes électrodonneurs +M comme -N(R2) stabilisent ces sels d’aryldiazonium (schéma 8. NaNO2 + HCl nitrite de sodium HNO2 + NaCl acide nitreux (température < 5°C) 2 HO-N=O N2 O 3 + H 2O trioxyde d'azote N2O3 NO + NO2 H R N N O H (A) N (B) N O tautomérie R N N (C) R N N + H2O OH + NO2 R-NH2 H R N H + N2O3 amine primaire libre N O -H R N H R N N OH + H R N O H H sel de diazonium Schéma 8.208 N N N Dans les réactions de diazotation. N2O3.207 La présence de groupes divers sur le cycle aromatique n’empêche pas la réaction. Il attaque l’amine avec production d’anion nitrite et du composé A (schéma 8. Donc. finalement. ce composé réagit comme l’ensemble : NO+ + NO2-H.209). R1 R2 N N N R1 R2 Schéma 8. deux molécules d’acide nitreux forment le trioxyde d’azote. à côté d’une molécule d’eau.209 . c’est NO+ qui est le vrai réactif de cette réaction.402 Chimie organique N N N N formule limite la plus contributive N N N N N N Schéma 8.208).

.8. après attaque de NO+ et retrait du proton. Le mécanisme est identique à celui des amines primaires. L’action de l’acide nitreux et de NOCl peut s’appliquer aussi à des amides secondaires. arrête la réaction à ce stade. mais dans ce cas. c’est l’amine libre non encore salifiée qui réagit. Les hydrazines et les acylhydrazines ou hydrazides sont respectivement transformées par l’acide nitreux en azides et acylazides (schéma 8. le manque d’hydrogène sur l’azote. tétrafluoroborate de nitrosyle.210 R N N N Le réactif NOBF4. Les nitrosamines sont aussi obtenues par action du chlorure de nitrosyle NOCl sur les amines secondaires.210).2. insolubles dans les solutions aqueuses acides (nécessaires à la formation de NO2H). Il faut remarquer que dans ces réactions. 8. aryl hydrazine R N N azide N R = R'CO acylhydrazine ou hydrazide acylazide 2 NO2H R NH H R N N H H NH2 + N2O3 + H2O N O N2O3 H R N N H H NO N O + NO2 N O R N N H H N O H R N N H N O H H R N N H N O H H Schéma 8. RCONHR’.9b – Nitrosation des amines secondaires L’action de l’acide nitreux sur les N-dialkyl. L’élimination d’une molécule d’eau donne naissance au sel de diazonium. se comporte comme NO+ ce qui permet de l’utiliser dans ces réactions à la place de l’acide nitreux. Le milieu acide le protone sur l’oxygène. diaryl ou alkylarylamines secondaires conduit à un composé N-nitroso. Les réactions de substitution 403 Ce dernier élimine un proton pour former le composé B qui se tautomérise en composé C. pourtant en milieu acide. NaNO2 + HCl R NH NH2 R = alkyl.

213 . Attention : les nitrosamines sont des composés cancérogènes puissants.404 Chimie organique R1 NH R2 NO2H . O R1 N R2 CH2 R3 + N O amine tertiaire R1 N N R2 R1 CH H R1 R2 NH2 + O=CH-R3 aldéhyde R3 HNO + R2 N CH R3 R1 N R2 CH R3 H 2O R1 N NO R2 nitrosamine NO R1 NH + H R2 Schéma 8. devient bleue : c’est le test de Liebermann (1874).H2 O NOCl .HCl R-CO-N-R' NO N-nitroso amide N2O3. spécifique des amines secondaires.211). c’est une cétone qui est obtenue à la place de l’aldéhyde.213).211 Certains gaz comme N2O3.9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires Les amines tertiaires forment des sels avec l’acide nitreux à froid (schéma 8. la réaction de l’acide nitreux à chaud conduit à un sel d’amine secondaire qui est immédiatement nitrosé. R1 N R2 CH2 R3 NO2H R1 NH CH2 R3 . neutralisée par la soude. à côté d’un aldéhyde (schéma 8. Il en est de même des nitrites d’alkyles RON=O (schéma 8. 8. Si l’amine de départ ne contient qu’un groupe méthyne en position α de l’azote. N2O4 ou RONO Schéma 8.212). solubles dans l’eau. Les nitrosamines chauffées en présence de phénol et de quelques gouttes d’acide sulfurique forment une solution verte qui. N2O4 permettent la nitrosation des amines secondaires en milieu basique.HCl R1 N N R2 O R-CO-NH-R' nitrosamine NOCl .212 Si l’amine contient au moins un groupe méthylène en position α de l’azote.2. ON=O T > 5°C R2 Schéma 8.

la position de l’oxygène n’est pas liée à la nature des réactifs. Les amines tertiaires ArN(R)2 avec R = alkyle.215). Ar-NH2 + O=N-Ar' H N H Ar-N=N-Ar' + H2O diaryldiazène Ar NH2 + O N Ar' Ar N O Ar' Ar N H N O H Ar' . mais sur la position para activée du cycle (schéma 8.215 C’est une bonne méthode de préparation des composés azo.N’-diarylhydrazines Ar-NH-NH-Ar’.H2O Ar N N Ar' diphényldiazène ou azobenzène Schéma 8. mais à celle des groupes R et R’ des composés de départ (schéma 8. Dans le composé azoxy. sont nitrosées. fournissent des résultats semblables. ArNO + Ar'NHOH ArNHOH + Ar'NO Schéma 8. non pas sur l’azote.8.216).216 O O Il est vraisemblable qu’une réaction préliminaire a lieu qui permet l’échange des groupes R et R’ entre dérivé nitroso et hydroxylamine (schéma 8.214).217 . Les réactions de substitution 405 L’acide nitrique en présence d’anhydride acétique ou l’action de N2O4. R-NO + R'NHOH R-N=N-R et R-N=N-R' et R'N=N-R' O Schéma 8. peroxyde d’azote. comme celle de l’oxydation par l’oxyde de mercure des N.214 N O 8.2. R N R R R N R N R NO2H R N R Schéma 8.9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines Les amines aromatiques primaires réagissent avec les composés nitrosés aromatiques dans l’acide acétique glacial (anhydre) pour former des composés azo (schéma 8. Une réaction permet de préparer des composés azoxy aliphatiques ou aromatiques par action de composés nitrosés sur les hydroxylamines.217).

219).N-dichloramine N H Cl + NaOH NaOCl N-chloramine R1 NH + NaOCl R2 R1 N R2 Cl + NaOH Schéma 8.219 Les mêmes résultats sont obtenus avec l’hypochlorite de t-butyle. Les amines secondaires fournissent seulement des N-haloamines (schéma 8.406 Chimie organique Étudiée sur des composés aromatiques. H R NH2 + NaO Cl hypochlorite de sodium R N H Cl + NaO R Cl R N Cl N.9e – Formation d’haloamines Les amines primaires sont converties en N-halo ou N.218). NaBrO 2. ou le bromite de sodium.2.218 O Ar + H2 O .2 HO Ar N N Ar 8. O NH O succinimide O ClONa N Cl O N-chlorosuccinimide (chlore à caractère positif) O RNH2 NH O N-chloramine + RNH-Cl Schéma 8. le N-chlorosuccinimide (schéma 8.220) (lui-même obtenu par la réaction classique à partir du succinimide).220 Tous ces réactifs agissent via un halogène positif. .N-dihaloamines par l’hypochlorite ou l’hypobromite de sodium. la réaction elle-même ferait intervenir des radicaux-anions en milieu basique (schéma 8. O 2 Ar N O Ar N N O Schéma 8.

222 Les composés organométalliques dérivés des métaux alcalins.2.10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques RM RM RM + + + H2O D2O HA RH RD RH + + + MOH MOD MA Schéma 8.15. et additions (chapitres 9 et 10).2e) qui est immédiatement hydrolysé pour donner finalement une amine primaire (schéma 8. Les réactions de substitution 407 Comme on peut le remarquer avec le succinimide. 8. la réaction n’est pas limitée aux amines primaires et secondaires.221).8.223). du magnésium. § 6. il est important d’y ajouter celles présentées dans les chapitres substitutions nucléophiles (§ 8.10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant Aux réactions présentées dans ce chapitre concernant les composés organométalliques. L’hydrolyse effectuée avec D2O permet l’accès à des alcanes deutériés (marqués) utiles pour l’étude des mécanismes réactionnels. Cette réduction s’effectue le plus souvent avec un organomagnésien (schéma 8. Elle est possible avec différents amides.221 Les amides secondaires fournissent des N-haloamides. pour la plupart stables. lequel est l’électrophile de la réaction (schéma 8. RX Mg RMgX H2 O RH + 1/2 MgX2 + 1/2 Mg(OH)2 Schéma 8.223 . Les amides primaires réagissent avec l’hypobromite de sodium pour former un N-bromoamide primaire qui se réarrange en milieu basique en isocyanate (voir le réarrangement d’Hofmann. R C O R-CO-NH-R' BrONa NH2 BrONa -HBr R-N=C=O H2O RNH2 + CO2 R C O NHBr R-CO-N-R' Br Schéma 8. C’est une réaction qui permet le passage d’un halogénure à un alcane.1). et du zinc sont facilement hydrolysés avec substitution du métal par un hydrogène.2. 8.222).

Tl(OCOCF3)3 sur un aromatique dans l’acide trifluoroacétique. KF. HCl. R2Hg + HCl RHgCl + RH Schéma 8. Par exemple.4). mais elle a des restrictions. les fluorures d’aryles sont formés (schéma 8. Par contre. les organomagnésiens chlorés ou bromés réagissent avec l’iode pour former des iodoalcanes.225). les iodures d’aryles résultent de cette réaction. ArTlF2. Les mécanismes sont très variés (SE2 avec inversion de configuration.224). tandis que les organomagnésiens bromés ou iodés réagissent avec le chlore pour former principalement. aryles ou vinyliques) par action du fluorure de perchloryle FClO3 (composé explosif). mais par action du trifluorure de bore.226 Tl(OCOCF3)2 KI I .225 Les fluorures d’alkyles peuvent être préparés à partir d’organomagnésiens ou d’organolithiens (alkyles.2. Tl(III)(OCOCF3)3 CF3COOH TlF2 KF F BF3 Schéma 8. En présence de KI.10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques Les halogènes représentent le réactif électrophile lorsqu’ils réagissent sur les composés organométalliques. Il se forme dans la plupart des cas un halogénure d’alkyle. ou rétention de configuration § 8.2) et SEi (§ 8.408 Chimie organique Si l’hydrolyse peut être violente en particulier avec R2Zn et AlR3.224 8.2. des bromures et iodures d’alkyles (schéma 8. elle est dans certains cas.226). ne fournit que les difluorures d’arylthallium(III). difficile. Les iodures et fluorures d’aryles sont aussi obtenus à partir de bis(trifluoroacétates) d’arylthallium ArTl(OCOCF3)2 composés qui résultent de l’action du trifluoroacéte de thallium(III). BF3. C’est une réaction qui permet d’échanger l’halogène d’un halogénure. et nécessite l’action d’un acide.2. Mg I2 RBr RMgBr Cl2 RI + MgBrI RBr + MgCl2 Schéma 8. et respectivement. comme pour R2Hg lequel peut ne former qu’une seule molécule d’alcane (schéma 8.

229 Si R est aryle. seulement les phénols sont formés. de remplacer leurs hydrogènes terminaux par un halogène (schéma 8. selon les conditions (schéma 8. R'MgX . .227 R C C H R C C MgX R C C Br Les trialkylboranes réagissent avec l’iode ou le brome. comme électrophile. en milieu acide.R'H Br2 .229). pour donner R-O-O-MgX. O2 R-O-O-MgX H RMgX 2 R-O-MgX H 2 R-OH alcool RMgX R-O-OH hydroperoxyde Schéma 8.228). R1 R2 C H R1 B 3 Br2 NaOMe. R-OH. MeOH R2 C H R1 3 R2 C C H BH 3 H H C H H C H Br addition anti-Markovnikov de HBr sur l'alcène Schéma 8. ou des alcools. 8. et avec de mauvais rendements. R-OOH.8.MgXBr Schéma 8. mais en présence de méthylate de sodium dans le méthanol ou du chlorure ferrique. qui.227).228 On peut remarquer que cette réaction associée à celle de l’hydroboration des alcènes représente une méthode permettant l’addition des halogénures d’hydrogène selon un mécanisme anti-Markovnikov (§ 9.2. par cette réaction avec les halogènes.6). ils conduisent respectivement aux iodures et bromures d’alkyles correspondants (schéma 8. Les réactions de substitution 409 La facile préparation des organométalliques des alcynes terminaux permet aussi. fournissent des hydroperoxydes.1 et 9.10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques Les organomagnésiens RMgX réagissent avec l’oxygène.

230 Ar-OH Il est préférable de faire réagir l’organomagnésien avec le triméthylborate. pour conduire à un phénol (schéma 8. en fonction du volume de méthane dégagé (détermination des hydrogènes actifs par la méthode de Zerewitinoff). ce qui conduit à un aryldiméthylborate. CH3MgI. pour libérer une molécule d’alcane. Na + H 2O R O O H R B R O H O Schéma 8.232). une seule réaction a lieu (schéma 8. libère du méthane.232 N-MgX .230). Cette réaction effectuée avec l’iodure de méthylmagnésium.6). suite à une hydroboration (mécanisme § 9. s’il est asymétrique.231). Le mécanisme de cette réaction fait intervenir un réarrangement qui se reproduit trois fois. (RO)3B. Le groupe R.2. réagissent avec le peroxyde d’hydrogène dans la soude pour former des esters de l’acide borique. qui réagit avec le peroxyde d’hydrogène. B(OMe)3. primaire ou secondaire. en milieu acide. R3B. Au siècle dernier. les organomagnésiens réagissent sur les amines primaires aliphatiques. halogénure et les doubles ou triples liaisons contenues dans R (schéma 8.410 H2O2 H Chimie organique ArMgX B(OMe)3 ArB(OMe)2 Schéma 8. migre avec rétention de sa configuration. C’est une méthode de formation des alcools à partir des alcènes. RMgX RH + RN(MgX)2 R-NH2 + R'MgX R1 R2 NH + R'MgX R'H + RNHMgX R1 R'H + R2 Schéma 8. sans affecter les fonctions aldéhyde. nitrile. La réaction se reproduit une seconde fois à haute température.231 8. cette réaction était utilisée pour la détermination de la nature de l’amine.10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques À température ordinaire. ArB(OMe)2. cétone. Avec les amines secondaires. Les trialkylboranes. R H2O2 R B NaOH R R O B O R ester de l'acide borique R O 3 NaOH 3 R-OH + BO3Na3 H2O2 + NaOH R R B R O O H R R B R H-O-O .

18) (schéma 8.236).8. peut former une amine par réaction avec un aryllithium. une amine secondaire est produite (schéma 8. suivie de l’hydrolyse du composé lithié intermédiaire (schéma 8. facilement réduits en amines primaires par AlLiH4 ou l’hydrogène en présence de Pd/C (§ 13.235). en présence d’O-méthylhydroxylamine.235 Les chloramines réagissent sur les organomagnésiens et sur les organoboranes R3B pour former aussi des amines primaires. Les réactions de substitution 411 Une méthode intéressante permettant de préparer des amines primaires pures est la réaction d’un organomagnésien chloré ou bromé (mais pas iodé). ou titane. molybdène. en présence de catalyseurs métalliques dérivés de chrome. ArLi + N2 1) cat. des azides RN3. 2) H2O ArNH2 + NH3 Schéma 8. mais il faut y ajouter du méthyllithium. H2O RNH2 + MgCl(OH) R-Li + CH3ONHR' CH3ONR'Li + RH RLi CH3OLi + R' NLi R Schéma 8. 2 RMgX + CH3-O-NH2 X = Cl ou Br RNHMgCl + RH + Mg(OCH3)Cl H .234).234 L’azote. RLi + TsN3 RN3 + LiTs réduction RNH2 Schéma 8.233 H . Quand une O-méthylhydroxylamine N-monosubstituée est le réactif. Dans la mesure où les . et effectuer la réaction à –78 °C. Les organolithiens réagissent aussi avec ce réactif. RNH2 (schéma 8. H2O R' NH R Le tosylazide TsN3 forme avec les organolithiens RLi.233).

10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques Bien qu’il ne s’agisse pas d’une méthode classique de préparation des thiols et des sulfures. 3 RMgX + BF3. soit sur le borate de méthyle. l’action du soufre sur les organomagnésiens conduit à ces composés (schéma 8. RSO2MgX sont produits par action de l’anhydride sulfureux sur une solution d’organo- . soit sur l’étherate de trifluorure de bore. RMgX + S R-S-MgX H RMgX R-S-R R-SH RMgX + SO2 RSO2MgX H .237). sous forme de complexe avec le magnésium.1 et 9. R’3Al (AlCl3 + 3RMgX → R3Al + 3MgXCl). Cl Cl2 R-SO2Cl Schéma 8. B(OMe)3. par réaction avec un trialkylaluminium. RSO2H. ou à partir de borates d’alkyles.237 RSO2H Les acides sulfiniques. 8. B(OR)3.2.6). NaOCl (NH2Cl) Schéma 8. en particulier les triarylboranes.236 Il faut rappeler que les organoboranes sont aussi préparés par action des organomagnésiens.(Et2O)2 3 RMgX + B(OMe)3 R3 B + 3MgFX + 2 Et2O R3B + 3 MgX(OMe) R3B + Al (OR')3 R3 B 2 RNH2 + RB(OH)2 R3Al + B(OR')3 3 alcène + BH3 R3 B NH3. cette réaction est une méthode pour obtenir des amines par addition anti-Markovnikov de l’ammoniac sur les alcènes (§ 9.412 Chimie organique organoboranes peuvent être préparés à partir des alcènes.

l’un d’eux est donné dans le schéma 8.240 Pour orienter l’équilibre vers la droite le métal M’ doit avoir un caractère électronégatif plus faible que M. Al. Les esters d’acides sulfiniques. R-SO-R’ (schéma 8. Tous les métaux sont moins électronégatifs que le carbone. Ce rappel est nécessaire pour comprendre la transmétallation par un métal qui peut s’exprimer par l’équilibre suivant (schéma 8. mais il en existe fort peu d’exemples. .2.8. le métal du sel doit avoir une électronégativité plus élevée que celle du métal du composé organométallique de départ. c’est la transmétallation entre deux composés organométalliques. Li. R'-S-S-R' RMgX SO2Cl2 R-S-R' R-SO2Cl R'SO2R" R-SO-R" Schéma 8. plus le caractère ionique augmente et plus la réactivité du composé organométallique est élevée (RLi plus réactif que R2Hg). et le métal peut être Na. Celle d’un halogène conduit à son halogénure. Zn. Te.239. RSO-OR’. SO2Cl2.238 8. Cette transmétallation peut faire intervenir un métal plus réactif que celui du composé de départ ou un halogénure métallique.238). Une troisième possibilité existe. RSO2X. forment des sulfoxydes. (CH2=CH)4Sn + 4 PhLi 4 CH2=CHLi + Ph4Sn Schéma 8. Be. (parfois. Dans la transmétallation par un sel métallique. K . Ga. RSO2Cl. Ainsi. R-S-S-R. le plus souvent R2Hg est l’organométallique utilisé pour ces réactions (préparé par action d’organomagnésien sur le chlorure mercurique HgCl2). entre autres. Cd. Les disulfures. fournit un chlorure de sulfonyle. on dit électropositifs) et plus la différence d’électronégativité avec le carbone est élevée. Sn.239 On peut ordonner les caractères ioniques des liaisons C-Métal en fonction de la nature de quelques métaux : Na > Li > Mg > Al > Zn > Cd > Hg. traités par un organomagnésien fournissent des sulfures R-S-R. et le chlorure de sulfuryle. Mg. les composés alkylsodium et alkylpotassium sont des sels.240) : RM + M' RM' + M R2Hg + Li 2 RLi + Hg Schéma 8. Ainsi. Les réactions de substitution 413 magnésien à froid. L’action d’un acide libère l’acide sulfinique.10f – Transmétallations Les transmétallations dans les composés organométalliques consistent à remplacer le métal de ces composés par un autre.

le plus souvent. Pt. D’autres exemples sont donnés dans le schéma 8. Cd. SRN1.414 Chimie organique RM + 2RMgX + M'X HgCl2 RM' R2Hg + MX + 2 MgXCl 4 RMgX + 2 PbCl2 4RLi + 2 PbCl2 4 RMgX + SnCl4 R4Pb + Pb + 2MgX2 + 2 Mg Cl2 R4Pb + Pb + 4 LiCl R4Sn + 4 MgXCl (CH2=CH)4Sn + 4 MgClBr 4CH2=CHMgBr + SnCl4 Schéma 8. SN1.1 – Mécanisme SNAr Ce mécanisme de substitution nucléophile aromatique (schéma 8. Al. ou que les réactifs nucléophiles utilisés soient suffisamment puissants. décrits ci-après. On peut y ajouter celles avec le bore. que le cycle aromatique soit substitué par des groupes électroattracteurs -I ou -M. Avec quelques métalloïdes comme l’arsenic. dans la plupart des cas. Il s’effectue en deux étapes et n’a lieu. Par exemple.241. comme dans la préparation des organoboranes du schéma 8.3 Substitutions nucléophiles aromatiques Les mécanismes présentés pour les substitutions nucléophiles aliphatiques sont le plus souvent impossibles lorsque le carbone concerné appartient à un cycle aromatique non substitué. Ces réactions nécessitent. Sn.243) est le plus fréquent.241 Le plus souvent RM est un organomagnésien ou un organolithien. 8.3. Pb.236. 3 RMgX + As Br3 3 RMgI 3 RMgX + SbCl3 + BiCl3 R3As + 3 MgBrX R3Sb + 3 ClMgI R3Bi + 3 MgClX Schéma 8. l’action d’un alkyllithium sur le chlorure de plomb(II) conduit à R4Pb(IV) à côté de Pb(0). qu’avec des cycles aromatiques activés par des substituants électroattracteurs qui diminuent la densité électronique des carbones du cycle. On distingue quatre mécanismes principaux qui sont SNAr. l’antimoine et le bismuth.242). ou de Au. la réaction peut conduire à la formation de métal(0) à côté du composé organométallique. Zn. surtout s’ils sont en positions ortho ou para par rapport au groupe partant. Dans certains cas.242 8. deux équivalents ou plus de l’organométallique sont mis en réaction avec un équivalent de sel. ces réactions de transmétallations sont possibles (schéma 8. . et le sel un halogénure de Be. Co. et via un benzyne. Parfois. Hg.

la nature du groupe partant n’a qu’un effet assez faible sur la vitesse globale de la réaction. selon la nature de Y. réaction très rapide) NO2 Schéma 8. plus il est électronégatif. avec ordre 1 pour le substrat et pour le nucléophile. plus l’attaque du nucléophile est rapide. HX NO2 NO2 X = F. Dans ce mécanisme.qui conduit au produit de substitution.244 : ONa SO3Na 2NaOH + SO3Na2 CN NaCN + SO3Na2 N O OMe O2N NO2 EtO H NO2 NO2 sel isolable (Meisenheimer-Jackson) MeO O2N OEt NO2 OEt O2N NO2 R N NaOH . des groupes électro attracteurs. Cl.NaN(R)2 N O R ONa + H+ . toutefois.MeOH MeO NO2 X O 2N NO2 HN X O2N H N NO2 O2N N .244 NO2 . Y Z' Nu lent Z Z Z Z Y Nu Z' Y Nu Z' Y Nu Z' Nu -Y rapide Z Z' (Z et Z' représentent dans la plupart des cas. La cinétique de ce type de réaction est d’ordre 2. Les réactions de substitution 415 La première étape consiste en l’addition du nucléophile sur le carbone du cycle qui est lié au groupe partant Y. Toutefois. Br ou I (avec F.243 Quelques exemples de ce type de réaction sont présentés dans le schéma 8. ils peuvent être parfois des hydrogènes) Schéma 8. Le carbanion qui en résulte est mésomère et dans certains cas peut être isolé sous forme de sel (sel de Meisenheimer-Jackson). Sa formation est lente. La seconde étape est le retrait rapide du groupe partant Y.8.

lente et équilibrée. X + H 2O N 1) X Mécanisme SN1 aromatique 2) N . Dans ce cas.245 8. SO4H H2O OH + Cl N2 + H2SO4 N N . Schéma 8. à côté d’une molécule d’azote. Formation du sel de diazonium à partir de l'aniline Ph-NH2 + HNO2 H X Ph-N=N . La réaction est du premier ordre. La seconde. N réaction lente + Nu (X ) réaction rapide X N X ion arènium + Nu (X N N ) Exemples: N N . très rapide. Cl Cl ∆ + N2 note: le terme ion arènium est général et s'applique aussi si le cycle est substitué (formé à partir d'arylamine).246 .416 Chimie organique Des réactions équivalentes peuvent être effectuées avec des dérivés pyridiniques (schéma 8. très réactif.Cl N N N OMe Schéma 8.246).245). le caractère électroattracteurs -M de la liaison C=N du cycle favorise la réaction (en ortho ou para). Il s’effectue en deux étapes.2 – Mécanisme SN1 aromatique Ce mécanisme est spécifique des sels de benzodiazonium et de ses dérivés et exceptionnellement des triflates d’aryles encombrés en positions ortho par des groupes volumineux comme le groupe t-butyle. est l’attaque du nucléophile sur le carbocation aryle (schéma 8. MeO Cl Cl OMe . La première.3. est la formation d’un carbocation aryle (ou ion arènium).

soit par irradiation UV (photochimie). En position méta la réaction est accélérée par ces mêmes groupes (pas de résonance ou d’hyperconjugaison). ArI électron donneur ArI Ar + I Ar + Nu + ArI ArNu ArNu ArNu + ArI ArI Ar + I Nu Schéma 8. enfin.247).248 Le radical aryle. en présence d’un nucléophile (par exemple. lorsque le nucléophile est l’ion amidure. Deux exemples de ce type de réaction sont. particulièrement étudié sur des iodures aromatiques. le potassium en présence d’ammoniac liquide). Ce dernier réagit alors avec une nouvelle molécule d’iodure d’aryle pour conduire au résultat de la substitution. Une stabilisation de l’ion diazonium correspondant est sans doute possible. comme l’affirment certains auteurs. Ces réactions sont initiées.dans l’ammoniac liquide sous irradiation UV. par des techniques électrochimiques.247 La présence d’un groupe COOH (effet -M) en position para ne favorise pas cette réaction. soit. soit par chauffage. débute par la formation d’un radical-anion. Ce radical-anion se décompose en radical aryle et ion iodure (schéma 8. Un groupe +I comme méthyle a un effet identique. la formation de diarylsulfures Ar2S par action de ArS. et d’autre . mais par hyperconjugaison. produit un nouveau radical-anion aminoaryle. l’ion amidure). d’une part. contrairement à ce qui pourrait être attendu.3 – Mécanisme SRN1 Ce mécanisme radicalaire en chaîne. 8. Me O N N Me O N N Schéma 8. Les réactions de substitution 417 La présence en position para de groupes à effet +M comme OMe rend la réaction plus difficile en raison de la stabilisation par effet mésomère de l’ion diazonium correspondant (schéma 8. à côté d’un nouvel ion-radical iodoaryle qui peut reproduire la même réaction en chaîne jusqu’à disparition des réactifs.8. un électron étant fourni par un composé donneur d’électrons (par exemple. une amine aromatique.248).3.

Le mécanisme de la substitution est alors très différent de SNAr car il s’effectue via un benzyne ou ses dérivés. Les études physicochimiques montrent que cette triple liaison n’a pas les caractéristiques des triples liaisons des alcynes. la substitution du groupe halogéno par un réactif nucléophile devient très difficile et nécessite des bases fortes et des conditions expérimentales vigoureuses (hautes pressions. la préparation d’amines aromatiques à partir de diéthylphosphates d’aryles par action d’amidure de potassium. ou de potassium dans l’ammoniac liquide (schéma 8. Toutefois.2-déhydrobenzène est un benzène dont une double liaison est remplacée par une triple liaison. . Cette liaison « triple » du benzyne est une liaison plus faible qu’une double liaison dans le benzène car les recouvrements des orbitales « p » dans le plan du cycle sont rendus difficiles. En effet il existe une délocalisation électronique qui fournit une forme limite correspondant à un triène cumulé (schéma 8.249 Ar NH2 + diéthylphosphate d'aryle Ce mécanisme accompagne parfois le mécanisme « benzynique » présenté dans le paragraphe suivant. Dans ce mécanisme. Par contre.250).249). hautes températures). les deux électrons π supplémentaires par rapport au benzène n’affectent pas le caractère aromatique car ils n’interviennent pas dans la délocalisation. Le benzyne ou 1. s’il n’existe aucun groupe d’activation sur l’halogénure aromatique.4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés.3. les arynes Lorsque des groupes substituants électroaccepteurs sont présents pour permettre la substitution d’un groupe halogéno sur un cycle aromatique. l’ordre décroissant de réactivité du groupe halogéno est : Br > I > Cl > F. 8. Ce mécanisme suppose qu’il n’existe pas deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno. le mécanisme classique est SNAr.418 Chimie organique part. forme la plus contributive. les arynes. ArI + ArS hν NH3 liquide Ar-S-Ar + I O OEt O P OEt Ar O OEt O P OEt KNH2 ou K dans NH3 liquide Schéma 8.

Ils peuvent aussi se dimériser en biphénylène (schéma 8. Pour expliquer un tel résultat.42A 1.2-dione H O benzyne furane OH . Les réactions de substitution 419 H H H O 1.2 CO O 77K. Les arynes sont très réactifs envers les réactifs nucléophiles (et aussi dans certains cas avec des réactifs électrophiles).43A H benzocyclobutène-1.251).H+ O H+ HO 1-naphtol Schéma 8.10).251 Lorsque le 1-14C-chorobenzène est traité par l’amidure de potassium. deux anilines sont produites : 1-14C-aniline et 2-14C-aniline (schéma 8. Il a pu être isolé à 8 K.hν benzyne 1.40A H O O H H H H H 1.252). dans l’ammoniac liquide.24A O recouvrement difficile des orbitales "p" H H H H H H O . un mécanisme a été proposé : il débute par une élimina- . et suite à l’élimination de deux molécules d’oxyde de carbone. comme dans l’exemple présenté avec le furane et il a pu être observé lors de la photolyse de la benzocyclobutènedione à 77 K (– 196 °C) dans de l’argon congelé dont le point de fusion est de 84 K.250 Le benzyne est très réactif (il a pu être piègé par des réactions de type Diels-Alder (§ 9. + biphénylène Schéma 8. s’il n’existe pas dans le milieu un réactif avec lequel il pourrait réagir.8.

sa position est fonction de la nature électronique de ce substituant. H2O 340°C H A) 14 14 C NH2 1-14C-aniline C NH3 B) et 14 C H 2-14C-aniline OH phénol NH2 Schéma 8. la substitution peut conduire parfois à un dérivé substitué en méta.253). S’il existe un substituant en position ortho par rapport au groupe halogéno. est celui qui correspond au retrait de l’hydrogène le plus acide. Celui qui est prépondérant.420 Chimie organique tion de HCl produisant un benzyne. OCH3 Br o-bromoanisole KNH2 OCH3 OCH3 NH3 NH2 m-aminoanisole Schéma 8.253 La présence d’un groupe substituant en position méta par rapport au groupe halogéno permet de former deux benzynes.Cl 14 C Cl NaOH. Cl KNH2. NH3 liquide puis H+ Cl 14 14 14 C C NH2 + 14 C H NH2 C H NH2 ONa Cl 14 C + NH3 . . Un substituant électroattracteur favorise le retrait du proton en position ortho par rapport à ce substituant et inversement pour un substituant électrodonneur (retrait de H en position para). L’o-bromoanisole est transformé en m-aminoanisole (schéma 8. La position relative d’un substituant par rapport au groupe partant (halogéno) sur le cycle et l’effet électronique qu’il exerce oriente la formation de la triple liaison du benzyne et l’addition du nucléophile. voire unique.252 Le chlorobenzène chauffé à 340 °C en présence de soude conduit au phénol après acidification du phénate. suivie d’une addition du nucléophile sur la triple liaison du benzyne ce qui peut se réaliser de deux manières différentes A ou B et explique le résultat obtenu avec le 1-14C-chlorobenzène. Ce résultat s’explique par l’effet électronique du substituant dans l’aryne intermédiaire correspondant qui oriente l’addition du nucléophile (ce cas particulier de substitution qui ne s’effectue pas sur le carbone du groupe substitué mais sur un autre du cycle s’appelle ciné substitution).

Les réactions de substitution 421 Lorsque deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno sont présents. c’est-à-dire.255 . à la fois. deux possibilités d’addition de NH3 sont possibles: celle qui conduit à la formation d’un carbanion intermédiaire le plus stable sera privilégiée. la réaction ne peut plus avoir lieu. ou la plus éloignée d’un substituant électrodonneur (schéma 8.et m-aminotoluènes (schéma 8. C’est le cas du p-bromotoluène qui fournit.8. les p.254 Lorsqu’un substituant est en position para par rapport au groupe halogéno. Sur le benzyne.255). le plus acide NO2 H Br H le moins acide NO2 KNH2 + NO2 H benzyne prépondérant H NO2 NO2 H NO2 H + ou NH3 H NH3 carbanion le plus stable NH2 NO2 NH3 NO2 NH2 H H H carbanion le moins stable H Schéma 8.254). deux composés sont formés. celui dont la charge est la plus proche d’un substituant électroattracteur. par cette réaction. Me Me KNH2 Br p-bromotoluène Me NH3 NH2 p-aminotoluène Me NH2 m-aminotoluène Schéma 8.

C’est donc la première étape du mécanisme qui impose la vitesse à l’ensemble de la substitution qui est d’ordre 2. Dans ce dernier cas.1 – Mécanisme SeAr Les réactions de substitution électrophiles représentent la majorité des réactions effectuées sur les composés aromatiques benzèniques. Lorsque la réaction a lieu sur le benzène et que le réactif électrophile est un ion positif le mécanisme de la substitution est donné dans le schéma 8. soit à la perte de E+ (réaction équilibrée). H E lent H E H E H E H E ion arènium H E -H rapide E Schéma 8. la rendre difficile s’il est électroattracteur. et un mécanisme d’exception indiqué SE1. groupe partant. Il existe un mécanisme général avec des variantes selon le réactif utilisé. vitesse = k[Ar-H][E] Lorsque le benzène est déjà substitué par un groupe Z.256. Il est très réactif. soit au départ d’un proton. Cette seconde possibilité est la plus fréquente et conduit très rapidement à un benzène substitué par le groupe E. indiqué SEAr. Ce n’est donc pas la stabilité thermodynamique de l’un des isomères qui oriente la réaction mais plutôt l’énergie d’activa- . L’ion arènium est mésomère et résonne entre trois formules limites.4. Le retour au caractère aromatique peut correspondre. polycycliques ou hétérocycliques. l’orientation de l’attaque de E+ devient alors plus complexe et bien souvent plusieurs isomères sont obtenus avec prépondérance de l’un d’eux.4 Substitutions électrophiles aromatiques 8. ou au contraire.422 Chimie organique 8.256 L’électrophile E+ attaque le cycle aromatique ce qui nécessite beaucoup d’énergie dans la mesure où le caractère aromatique du système disparaît pour laisser place à un carbocation. Cette réaction est sous contrôle cinétique. celui-ci peut activer la substitution s’il est électrodonneur. appelé ion arènium ou entité intermédiaire de Wheland. Cela nécessite l’utilisation d’un doublet d’électrons du sextet aromatique pour créer la liaison avec E. C’est donc une réaction lente et qui fait intervenir un réactif électrophile fort.

La déprotection du groupe amino s’effectue par hydrolyse acide. OH. Trois types de groupes liés au benzène peuvent être envisagés. est en rapport avec l’énergie d’activation nécessaire pour atteindre l’état de transition. La stabilité de l’ion arénium intermédiaire.8. OCOR. .257 : les ions arénium (ortho) et (para) sont mieux stabilisés que leur isomère (méta) en raison du nombre supérieur de leurs formes limites. il se forme d’abord Ar-NH-NO2 qui se réarrange pour donner le produit de substitution du cycle. avant la nitration. NHCOR. Il s’agit. NHR. Dans le cas de la nitration. Ce procédé a aussi un effet désactivant du groupe NH2 : 90 % de p-nitroacétanilide est obtenu à côté de 2 % de l’isomère méta. Plus cet ion est stable. ces groupes Z qui facilitent les substitutions électrophiles au point qu’il faut parfois diminuer la réactivité de l’électrophile pour éviter des réactions secondaires (par exemple. On peut représenter les trois ions arénium et leurs formes limites selon le schéma 8. L’effet mésomère oriente la substitution. A la plus faible énergie d’activation correspond l’isomère prépondérant. Les réactions de substitution 423 tion nécessaire pour former les produits finaux. Ar-NH-CO-Me. NH2. par acétylation. L’oxydation de ces amines par l’acide nitrique nécessite le plus souvent de protéger l’amine en la transformant en acétamide. Z E ortho Z E H H Z E H Z E H Z E méta Z Z Z E H Z para E H Z Z E H Z E H E H E H E H Schéma 8.257 Pour les amines libres. Dans le cas contraire. OR. qui est liée à la structure et au nombre de ses formes limites. et plus cet ion fournira l’isomère prépondérant. selon un ordre d’effet décroissant. l’amine est entièrement sous forme de sel et la substitution se fait alors plutôt en position méta comme pour le second groupe de substituants. de NR2. moins l’énergie d’activation est importante. En effet. ce résultat n’est exact qu’en milieu faiblement acide. Le premier groupe de substituants Z a un caractère électrodonneur +M et un effet inducteur -I. SR et les halogènes. en présence d’acide fort. la substitution par le brome du phénol) orientent généralement les substitutions sur le cycle en positions ortho et para.

SO3H. Ces groupes orientent la substitution en position méta car parmi les trois ions arénium possibles. NH3+ oriente de manière apparemment anormale en position para. Tous ces groupes activent le cycle et orientent la substitution électrophile en positions ortho et para.258 E H E H Les groupes NH2Me+. Par ailleurs. orientent presque autant en positions méta et para avec une augmentation de l’orientation méta en rapport avec le nombre de groupes méthyles liés à l’azote.424 Chimie organique Le second groupe de substitants Z possède un caractère -I et (ou) -M. et secondaire pour le troisième cas. l’ion arénium (méta) est relativement le moins déstabilisé par l’effet de Z (schéma 8. aryles et de COO-. NHMe2+ et NMe3+. CHO. CCl3 et rangés par ordre d’effet d’inactivation décroissant du système chimique vis-à-vis d’une substitution électrophile. COOH. CF3. Z E ortho Z E H H Z E H Z E méta Z Z Z E H E H Z Z E H Z = substituant à effet -M para Z E H Schéma 8. NO2. Il s’agit de NR3+. . Le troisième groupe de substituants Z est constitué de groupes alkyles. Par contre. Les ions arénium dérivés de cycles substitués par des groupes alkyles ayant des hydrogènes portés par le carbone lié au cycle donnent lieu à un phénomène d’hyperconjugaison (schéma 8. COOR.259). COR. les ions arénium (ortho et para) sont plus stables que l’isomère (méta) dans la mesure où le carbocation est tertiaire pour les deux premiers cas.258). seul. bien qu’à effet -I . CN. CONH2.

260).259 Les ions arénium dérivés de cycles substitués par un groupe aryle entrent en résonance avec ce groupe rendant ceux substitués en positions ortho et para plus stables (schéma 8.8. Les réactions de substitution 425 R H ortho hyperconjugaison C H E H carbocation tertiaire R H C H H E méta R C H pas d'hyperconjugaison carbocation secondaire E H R para hyperconjugaison H C H carbocation tertiaire H E Schéma 8. E E H E H ortho E E H méta E para H E H E Schéma 8.260 .

Ce groupe. L’ion arénium qui en résulte peut perdre Z+ avec formation de nitrobenzène dans le cas d’une nitration. l’ion arénium réagit en position para pour former un composé trisubstitué dérivé de cyclohexadiène (schéma 8. comme tous les groupes mésomères chargés négativement. l’attaque en position α du naphtalène est privilégiée par rapport à l’attaque en position β en raison du plus grand nombre de formes limites entre lesquelles résonne l’ion arénium correspondant (schéma 8.2 H Z -H E Z H H Nu dérivé de cyclohexadiène Schéma 8. ou bien subir une migration 1. Les substitutions électrophiles sur les hydrocarbures polycycliques aromatiques comme le naphtalène. Z E E attaque "ipso" Z H E -H Z E -Z Z E H Nu Z E H E migration 1. Pour des raisons similaires à celles qui ont été données pour le benzène.262 .2 du groupe E suivie de l’élimination d’un proton ce qui conduit à un dérivé disubstitué ortho (équivalent d’une attaque directe en position ortho).262). à un dérivé ortho disubstitué. Enfin. si un nucléophile est présent.261 Il est possible que certaines des substitutions ortho indiquées dans les cas classiques soient en fait des attaques « ipso » avec migrations 1.2. l’attaque de l’électrophile peut être orientée vers le carbone substitué par Z. il s’agit alors d’une attaque en position « ipso ». bien qu’il ait luimême un caractère mésomère. l’anthracène ou le phénanthrène se font relativement plus facilement que sur le benzène.2 et conduire de nouveau.426 Chimie organique Le groupe COO. NO2 α α β NO3H β SO4H2 NO2 NO3H Ac2O anthracène β β α et NO 2 α naphtalène NO2 Schéma 8. Pour certaines réactions comme la nitration. ou bien encore le groupe Z peut effectuer la migration 1.ne donne pas lieu à une résonance avec le cycle. après élimination d’un proton.261). est électrodonneur ce qui explique l’orientation ortho et para.

Il peut résulter de l’action de l’acide sulfurique concentré sur l’acide nitrique (ayant. dans ce cas. ou les sels de nitronium (par exemple NO2+.1a – Nitration Dans les réactions de nitration. la position 2 ou α est la plus souvent attaquée en raison de sa plus forte densité électronique qui résulte de l’effet de l’hétéroélément. l’azote est protoné par les acides ce qui diminue la densité électronique des carbones en position α et rend les substitutions électrophiles difficiles. le pyrrole ou le thiophène oriente l’attaque des réactifs électrophiles. A) HO-NO2 + H2SO4 H2O-NO2 H 3O H 3O + + + HSO4 HSO4 NO2 + + NO3 + NO2 + NO2 2 HSO4 H2O-NO2 + H2SO4 HNO3 + 2 H2SO4 B) HO-NO2 + HNO3 HNO3 H2O-NO2 H 3O H3O H NO2 + + H2O-NO2 + HNO3 H O N NO3 NO2 + 2 HNO3 + 2 NO3 O SO4H NO2 + SO4H2 (ou NO3H) (ou NO3 ) Schéma 8. D’autres sources d’ions nitronium sont utilisées comme les esters d’acide nitrique ou nitrates RONO2 qui acceptent la présence d’acides de Lewis. La dissociation du pentoxyde d’azote N2O5 fournit aussi l’ion nitronium à côté de l’anion nitrate. entre autres. Les réactions de substitution 427 La présence d’un hétéroélément dans les hétérocycles comme la pyridine. Des exemples sont donnés dans le cas de la nitration (schéma 8 265). l’anhydride acétique ou l’acide acétique. Dans le cas de la pyridine. le groupe C=N cyclique a un effet -M et. 8.8. le rôle d’une base) (réactions A) ou de l’action de l’acide nitrique sur lui-même (réactions B) indiquées dans le schéma 8. toutefois suffisante pour que la réaction ait lieu. l’ion nitronium NO2+ est le réactif électrophile.et NO2+. Pour le pyrrole et le thiophène. de plus. mais avec une très faible production d’ions nitronium NO2+.263 Dans certains cas. on peut utiliser l’acide nitrique dans l’eau.4.CF3SO3.BF4-).263. .

l’anhydride sulfurique. Le premier produit formé est le 2-nitrofurane. Dans le cas du furane. l’acide chlorosulfurique. SO3. absents dans ces conditions).428 Chimie organique Il est intéressant de remarquer que la facile nitration du phénol dans l’acide nitrique dilué n’est pas le résultat d’une concentration anormale en ions nitronium mais est due dans ces conditions à la présence de l’ion nitrosonium NO+. Le pyrrole est nitré très facilement (schéma 8.5% S thiophène N pyridine NO3H SO4H2 S NO2 Ac2O N H NO2 + O2N N H AcO NO2 B H AcO O H NO2 pyridine .1b – Sulfonation La sulfonation de composés aromatiques conduit à des acides arylsulfoniques ArSO3H.265). la nitration par l’acétylnitrate en présence d’acide nitrique et d’anhydride acétique. le furane se comporte comme un diène conjugué.264).264 Il est intéressant de remarquer ici que NO+ est nettement moins actif que NO2+. le thiophène est nitré dans les mêmes conditions que le benzène. l’oléum (SO4H2 + SO3 en excès).AcOH O NO2 AcONO2 O furane H O NO2 NO3H. Dans tous les cas. Ac2O Schéma 8. ClSO3H. NO3H SO4H2 370°C NO3H N H pyrrole NO2 + N 6% NO2 N 0. n’est pas de type aromatique .4. . Pour les composés hétérocycliques. qui conduisent au para-nitrosophénol. HNO2 OH NO H + 2HNO3 OH NO3 .HNO3 NO NO H 3O + OH O HNO3 NO2 2 NO3 + NO OH Schéma 8. La réaction peut avoir lieu avec l’acide sulfurique. Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique en para-nitrophénol. Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique du milieu en para-nitrophénol (schéma 8. En effet l’acide nitrique réagit sur l’acide nitreux présent en faible quantité pour former des ions nitrosonium (moins actifs que les ions nitrosium. La pyridine nécessite des conditions nettement plus vigoureuses.265 8.

acides arylcarboxyliques et sulfoniques. dérivés aromatiques nitrés. La sulfonation du benzène par l’acide sulfurique fournit aussi des traces de sulfone.266 L’anhydrique sulfurique est un bon électrophile car le soufre est soumis à l’action de trois atomes d’oxygène.267 La sulfonation a lieu avec des dérivés du benzène : arylamines et arylamides. s’il est mis en présence d’eau. d’autres électrophiles peuvent intervenir comme H2SO4 (solution concentrée à 80-85 %). et H2S2O7 ou H2SO4 + SO3 pour des concentrations supérieures à 85 %. L’action de la vapeur d’eau ou de l’acide chlorhydrique remplace SO3H par H. Les divers électrophiles sont issus des équilibres suivants.266 : 2 H2SO4 SO3 + H2SO4 3 H2SO4 SO3 + H3O + HSO4 H2SO4(SO3) ou H2S2O7 SO3H + H3O + 2 HSO4 Schéma 8.267 : H + SO3 H SO3 SO3 + H SO3H Schéma 8. C’est l’électrophile le plus actif de ceux possibles dans cette réaction. Le mécanisme principal proposé pour la sulfonation est le suivant.268). C6H5-SO2-C6H5. élément très électronégatif. qui résultent de l’action d’une molécule d’acide sulfurique sur deux molécules de benzène. aryléthers. Les réactions de substitution 429 l’électrophile est SO3 sauf pour ClSO3H mais il est vraisemblable que selon les conditions expérimentales de la réaction. est transformé en acide sulfonique (schéma 8. Ce groupe est ensuite extrait. cétones aromatiques.8. Cette propriété des acides arylsufoniques est utilisée pour orienter certaines réactions sur le cycle par influence du groupe SO3H (présent) à effet -M. phénols. .268 La sulfonation est une réaction réversible. schéma 8. SO2Cl + ClSO3H H2O SO3H + HCl Schéma 8. L’utilisation de l’acide chlorosulfurique ClSO3H conduit à un chlorure de sulfonyle qui. schéma 8.

ainsi que les restes d’acide sulfurique. 360°C SO3H N SO3H acide pyridine-3-sulfonique N acide pyridine-4-sulfonique Schéma 8. SO3 + N N SO3 N SO3 Z Z = O ou NH SO4H2 S 30°C S Z SO3 . Cette dernière réaction est très utilisée pour « déthiophéner » le benzène extrait du goudron de houille qui contient des traces de cet hétérocycle. soluble dans l’eau (schéma 8.430 Chimie organique Par exemple (schéma 8. Me H2SO4 toluène Me Cl2-Fe Me Cl HCl.270). permet la désulfonation qui conduit au produit attendu. 150°C SO3H Schéma 8. soumis à l’action de l’acide chlorhydrique à 150 °C. Le benzène est ensuite distillé. 320°C N oléum. dans la préparation de l’orthochlorotoluène.269 Me Cl SO3H ortho-chlorotoluène La sulfonation des hétérocycles pyrrole et furane nécessite l’emploi de l’anhydride sulfurique dans la pyridine afin d’éviter des réactions de polymérisation qui résultent de l’emploi de H2SO4. puis chloré en position ortho du groupe méthyle (orientation due principalement au groupe SO3H) par le chlore en présence de fer. Le benzène ne réagit qu’à 80 °C. cet acide sulfonique est extrait. Par contre le thiophène réagit à 30 °C avec l’acide sulfurique à 95 %. le toluène est d’abord sulfoné par l’acide sulfurique. Le produit obtenu. H N H Z SO3H + N H SO3H acide 2-thiophènesulfonique composé soluble dans l'eau oléum + HgSO4 220°C oléum.270 .269). On traite ce benzène impur par l’acide sulfurique à 30 °C ce qui ne forme à cette température que l’acide 2-thiophènesulfonique. Par lavage à l’eau du benzène ainsi traité.

FeBr3 + HBr Schéma 8. N N F BF3 Schéma 8.273 F + N2 + BF3 . Br Br + FeBr3 Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 + Br FeBr3 Br Br + HBr + FeBr3 Schéma 8. 8. permet de diminuer la température à 220 °C (sulfonation en position 3). La présence de sulfate mercureux.272 décrit l’activation du brome par le bromure ferrique et la réaction avec le benzène. C’est une réaction de substitution nucléophile aromatique (schéma 8. Parfois on ajoute seulement de la poudre de fer ce qui forme l’acide de Lewis in situ. On utilise aussi le chlorure d’aluminium (chloration) et l’acétate de thallium (III).273).272 La fluoration du benzène ne nécessite pas d’acide de Lewis: elle est explosive.8. Cet acide de Lewis est le chlorure ou le bromure ferrique (schéma 8.Le benzène Br Br2. Les réactions de substitution 431 La pyridine est difficilement sulfonée en position 3 par l’oléum à 320 °C. Le schéma 8.1c – Halogénation . Le fluorobenzène résulte de la réaction de Schiemann par chauffage de fluoroborate de phényldiazonium.4.271 L’halogénation du benzène par le brome ou le chlore s’effectue en présence d’un acide de Lewis qui permet d’augmenter le caractère électrophile des halogènes. comme catalyseur.271). et en position 4 à 360 °C.

les polyalkylbenzènes. Le chlore est plus réactif que le brome.Les arylamines. qui permet la formation d’un intermédiaire. métha. les carbones α. ou de groupes alkyles à effet +I pour les polyalkylbenzènes facilite la réaction d’halogénation. para) est possible. voire une triple halogénation (ortho. l’hypofluorite d’acétyle. Il est vraisemblable que le mécanisme est l’inverse de celui de la formation des halogénobenzènes. . et la présence d’acide de Lewis n’est plus nécessaire pour la chloration et la bromation. les phénols. Une solution diluée de brome ou de chlore dans l’eau est suffisante pour halogéner les amines aromatiques ou les phénols à 25 °C.432 Chimie organique Il est toutefois possible de fluorer le benzène ou certains de ses dérivés en utilisant divers agents fluorants tels que le fluorure de xénon. Cette réaction peut servir de test à la présence de ces composés aromatiques. ArNHCOR). mais avec des résultats très variables. Ceci s’applique aussi au naphtalène qui possède des sites à forte densité électronique. La déprotection du groupe amino du composé final halogéné nécessite une hydrolyse. entre autres. tel que CH3COOI avec l’acide peroxyacétique ou I3+ avec HIO3. et le naphtalène OH Br2 Br OH puis Br Schéma 8. les halobenzènes peuvent être déshalogénés. . CH3COOF (CH3COONa + F2). En présence d’un acide de Lewis comme AlX3. XeF2. La réaction ne s’applique pas au fluorobenzène. la bromation en positions ortho doit être réalisée à basse température (– 78 °C en présence d’une base qui peut être la t-butylamine ou la triéthylènediamine). Le mécanisme de la bromation des phénols débute par la polarisation de la molécule d’halogène par le phénol lui-même (schéma 8. L’iodation du benzène est difficile et nécessite la présence d’un oxydant comme l’acide peroxyacétique. L’unique monohalogénation des amines est mieux contrôlée en utilisant une amine acylée (un anilide. meilleur électrophile que l’iode.275).274 OH Br puis Br OH Br Br La présence de groupes +M substituant le cycle pour les arylamines et les phénols. Pour le phénol. CH3CO3H. ou HIO3. Les iodobenzènes réagissent le plus facilement. La réaction est tellement facile qu’une double (ortho et para).

Les hétérocycles aromatiques Le furane est chloré en position α par le chlore à –40 °C. et bromé à –5 °C seulement en position 2 dans le dioxane.8. Le pyrrole est chloré en position 2 par le N-chlorosuccinimide (schéma 8.276). Les réactions de substitution 433 H O H O H O H O H O H O . On peut citer parmi les plus classiques. suivant une substitution radicalaire.BrH H O Br2 .25°C O NCl Br2. les acides hypochloreux et hypobromeux (HOCl. . Différents agents halogénants peuvent être utilisés à la place des halogènes selon le composé à halogéner. L’halogénation des polyalkylbenzènes nécessite que la réaction soit effectuée à l’obscurité sinon elle est orientée vers les groupes alkyles. oléum 130°C N N Br N H Schéma 8. HOBr) en présence d’un acide fort qui libèrent Cl+ ou Br+.276 Br O N H Cl . comme le font les N-chloro et N-bromosuccinimides. O NBr Cl2 O .HBr H O Br H +δ Br −δ Br Br H Br Br Br Schéma 8. Le thiophène est bromé en position 2 par le bromosuccinimide ou par le brome en présence de HBr à –25 °C.275 La chloration et la bromation des monoamines aromatiques et des phénols s’effectuent uniquement en position para. .HBr Br H O Br Br2 Br .40°C Br2 -5°C O Br O Cl S O ou S Br2 + HBr.

4. Il n’est toutefois pas exclu que le carbocation RCH2+ se forme aussi. On peut aussi employer des dihalogénoalcanes comme FCH2-CH2-CH2Cl. Le choix est fonction de la réactivité de l’halogénoalcane. comme dans le cas des halogénoalcanes secondaires et tertiaires (schéma 8. a permis d’alkyler les cycles aromatiques en faisant réagir un halogénoalcane en présence d’un acide de Lewis (schéma 8. OR et NH2 rend difficile cette réaction pour les composés aromatiques substitués par ces groupes.2. du dérivé aromatique à alkyler. C’est une réaction importante qui a reçu de nombreux développements. SnCl4 > BCl3 .277 + HX La réaction de Friedel et Crafts. SbCl3. D’autres composés peuvent le remplacer comme ceux indiqués ci-après rangés en fonction de leur activité : AlBr3 > AlCl3 > FeCl3 > SbCl5 > ZrCl4.278). BF3. .Alkylation R + RX Acide de Lewis Schéma 8. Par exception.1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts . avec BCl3 comme catalyseur pour obtenir Ph-CH2-CH2-CH2Cl.3. Le chlore et le brome ne réagissent seuls qu’à partir de 200 °C pour donner un mélange de 3-halogéno et 3.5-dihalogénopyridines. les phénols réagissent. Une réaction intramoléculaire est aussi possible avec Ph-(CH2)4Cl (schéma 8. 8. L’alkylation par des halogénoalcanes primaires débute par une coordination avec l’acide de Lewis ce qui rend le groupe alkyle partiellement positif et permet une attaque électrophile du cycle aromatique. découverte en 1877.HCl 1.278 L’acide de Lewis le plus utilisé est AlCl3.279).434 Chimie organique La bromation de la pyridine en position 3 nécessite l’action du brome en présence d’oléum à 130 °C. La coordination de ces acides de Lewis avec certaines fonctions comme OH. et d’une manière plus générale. CH2 CH2 CH2 CH2Cl (4-chloro-butyl)-benzène AlCl3 .4-tétrahydro-naphthalène Schéma 8.277). La réactivité des halogénoalcanes augmente selon l’ordre RI > RBr > RCl > RF.

282). un carbocation qui attaque ensuite le cycle aromatique (schéma 8. ainsi qu’un milieu acide (schéma 8. dans les deux cas. La présence d’un acide de Lewis comme BF3. Il se forme.8.279 Dans le cas des halogénures secondaires ou tertiaires. les carbocations alkyles correspondants sont formés. Des polyalkylations du composé aromatique sont très souvent observées. est nécessaire. Des réarrangements du carbocation sont possibles et plus particulièrement dans le cas des halogénoalcanes primaires et secondaires et il n’est pas rare qu’un halogénure de n-propyle conduise à un isopropylbenzène (schéma 8.280). Ils réagissent soit en présence d’acide sulfurique.281). ROH + AlCl3 . R1 CH Cl R2 H H R1 CH R2 Schéma 8. .HCl ROAlCl2 Schéma 8. soit en présence d’acide de Lewis.281 R + OAlCl2 Les alcènes sont d’excellents alkylants. Ils attaquent ensuite le benzène selon un mécanisme semblable à celui de la nitration par NO2+.280 R1 + AlCl3 R2 AlCl4 + HCl + AlCl3 CH R2 R1 CH + AlCl4 CH AlCl4 R1 R2 Les alcools sont de meilleurs alkylants que les halogénoalcanes. Les réactions de substitution 435 R-CH2-Cl + AlCl3 R-CH2-Cl AlCl3 H H CH2R R CH2 Cl AlCl3 Cl AlCl3 + HX + AlCl3 CH2R Schéma 8.

les nitroalcanes et les sulfonates. le furane ne sont pas alkylés dans ces conditions. parmi d’autres. il est toujours nécessaire de mettre ce dernier en excès par rapport à l’halogénure d’acide ce qui n’est pas le cas pour l’alkylation (schéma 8.1-diphényléthane. .282 1.1-diphényléthane L’acétylène est le seul alcyne à pouvoir être utilisé dans ce type de réaction : une double réaction a lieu avec le benzène ce qui conduit à du 1. c’est un halogénure d’acide. D’autres alkylants susceptibles de former un carbocation peuvent être employés.436 Chimie organique +H H acide H + H de Lewis H H -H H 2 HC CH CH CH3 H acide de Lewis Schéma 8.Acylation COR + RCOX Acide de Lewis Schéma 8. RCOX.283 + HX L’acylation des substrats aromatiques selon la réaction d’acylation de Friedel et Crafts est la méthode de choix pour préparer des cétones aromatiques. Le pyrrole. alkyle ou aryle. En raison de la possibilité de complexation du chlorure d’acide par l’acide de Lewis. La pyridine ne peut être alkylée que par l’action des organolithiens ou des organomagnésiens. Dans la plupart des cas. avec de mauvais rendements. . Le naphtalène est difficilement alkylé par cette réaction en raison de sa forte affinité pour les acides de Lewis. La réactivité des halogénures d’acides est variable selon X avec I > Br > Cl > F. les thiols. qui est employé avec R.283). On peut noter. Par contre. le thiophène est alkylé par les halogénures d’alkyles.

Les réactions de substitution 437 Il est rare que des polyacylations soient observées en raison de la désactivation du cycle par la première acylation. Les deux mécanismes sont présentés dans le schéma 8. comme le nitrobenzène (A). (Me)3C+. en raison du volume relativement important du groupe acyle qui crée une gêne stérique. O R C X + AlCl3 O R C + carbocation acylium X AlCl3 O R C X + AlCl3 O AlCl3 complexe R C X O A) R C H + AlCl3 O B) R C X H O R C X H X AlCl3 AlCl3 O R C H X . Il semble qu’il existe deux entités susceptibles d’intervenir dans ces réactions: un carbocation acyle plus spécifique des solvants polaires. alcoxy. et surtout para.4.1n) permet d’obtenir le phénol acylé sur le cycle. par décarbonylation. certains carbocations acylium peuvent se décarbonyler si les carbocations alkyles ainsi formés sont très stables. De même. très stable. RCO-O-COR’. Dans le cas d’anhydrides mixtes. Si les volumes sont équivalents mais que l’un des . ou un halogène sont facilement acylés en position ortho. Par contre.284. Les acides de Lewis pour cette réaction sont les mêmes que ceux de l’alkylation. ou un complexe polarisé constitué par le chlorure d’acide et l’acide de Lewis observé dans les solvants non polaires (B). deux possibilités d’acylation sont possibles. C’est le cas de (Me)3CCO+ qui peut libérer. Les substrats ayant un groupe alkyle. il est rare d’observer un réarrangement. L’électrophile est RCO+. Lorsque les deux groupes ont des effets électroniques comparables.284 L’acylation peut être aussi le résultat de l’action d’un anhydride d’acide (RCO)2O sur le substrat aromatique en présence d’un acide de Lewis. Les phénols peuvent être O-acylés mais le réarrangement de Fries (§ 8.8.HX + O R C H X AlCl3 AlCl3 O R C AlCl3 O R C + AlCl3 O R C + HX + AlCl3 Schéma 8. c’est leur volume qui doit être pris en compte et c’est la cétone résultante ayant le groupe le plus volumineux qui est prédominante. acétamido. qui attaque alors le substrat aromatique. le carbocation t-butyle.

contient une fonction à effet -I. PhCOPh. pour former le chlorure de l’acide benzoïque. mais les conditions de la réaction conduisent en fait à l’acide benzoïque. l’anhydride succinique. Les cétènes et les esters peuvent aussi être utilisés dans cette réaction. Une nouvelle réaction de Friedel et Crafts avec le benzène présent (avant l’hydrolyse) peut aussi avoir lieu ce qui conduit alors à la benzophénone. un gaz particulièrement toxique. par exemple R. Si elle est suivie d’une nouvelle acylation intramoléculaire utilisant un acide fort après réduction du groupe cétonique.286 Le phosgène COCl2.438 Chimie organique deux groupes. peut réagir avec le benzène (ou ses dérivés alkylés ou halogénés) selon le mécanisme de la réaction de Friedel et Crafts. PhCOOH. mais particulièrement difficile avec la pyridine. cette synthèse de la 3. O O O AlCl3 HOOC O réduction HOOC O 3.4dihydro-2H-naphtalèn-1-one est appelée réaction de Haworth (schéma 8.285). avec AlCl3 permet une première acylation du benzène. les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates COCl + COCl2 AlCl3 COOH H 2O COCl O AlCl3 C + HCl + HCl Schéma 8. PhCOCl. suite à l’addition d’eau en fin de réaction. Enfin.285 La réaction d’acylation de Friedel et Crafts est possible avec le furane et le thiophène (positions 2 puis 5).1e – Carboxylations par le phosgène.4-dihydro-2H-naphthalèn-1-one H Schéma 8. l’acylation du substrat aromatique peut s’effectuer hors de la présence d’un acide de Lewis lorsque le carbocation acylium peut être formé à partir d’un acide organique et d’un acide fort comme H 2SO4 ou HF. 8. en présence de AlCl3. L’utilisation d’un anhydride cyclique.4. c’est l’autre groupe R’ qui formera la cétone prédominante ArCOR’. . Les esters orientent plus souvent la réaction vers une alkylation plutôt qu’une acylation.

conduit uniquement. dans les conditions de la réaction de Friedel et Crafts. Leur hydrolyse. la réaction fournit alors seulement un amide de l’acide benzoïque PhCONH2. Elle nécessite un chauffage à haute température qui. PhCONHR. 8. ClCONH2. R R + R' NCOCl AlCl3 CON R' + HCl amide tertiaire chlorure de carbamoyle + RN=C=O isocyanate AlCl3 CONHR amide secondaire CO-N COOH H2O. peuvent résulter de la réaction d’isocyanates RNCO sur le benzène en présence d’un acide de Lewis. A). ou PhCON(R)(R’).288. Les réactions de substitution 439 Le chlorure d’oxalyle. L’hydrolyse fournit uniquement l’acide benzoïque. ClCON(R)(R’). dans de nombreux cas.287 D’autres amides et thioamides secondaires dérivés de l’acide benzoïque ou de ses dérivés. fournit encore l’acide benzoïque (schéma 8. à l’acide benzoïque.1f – Arylation AlCl3 H + oxydant O B) AlCl3. ou un chlorure de carbamoyle N.N’-disubstitué. après hydrolyse. O2 à sec O A) + H2O N N N N AlCl3 H + oxydant Schéma 8. après isolement.288 La réaction d’arylation de Scholl (1912) consiste à coupler deux substrats aromatiques en présence d’un acide fort et d’un acide de Lewis (schéma 8.287). Lorsque le phosgène est remplacé par le chlorure de carbamoyle.8.4. H acide benzoïque + H2N Schéma 8. Avec le . conduit d’abord à la dégradation des substrats ( ! ) ce qui rend cette réaction difficilement utilisable. le plus souvent AlCl3. selon le cas. ClCOCOCl.

AlI3.Réaction de Gatterman (Zn(CN)2. 8. ou le tétrachlorure de titane. TiCl4.289 La réaction de formylation de Gatterman-Koch (1897) remplace « HCOCl ». le biphényle est obtenu. le chlorure de nickel. L’acide de Lewis est le plus souvent AlCl3 (mais AlBr3. . Cette réaction a surtout été utilisée avec des cétones ou composés azoïques aromatiques comme dans les exemples B du schéma 8. chlorure cuivreux. La réaction peut être intramoléculaire si deux cycles aromatiques sont présents dans la molécule traitée.Réaction de Gatterman-Koch CHO + CO + HCl AlCl3 + CuCl Schéma 8.230). La réaction s’effectue sous pression (30 à 90 bars/cm2) en l’absence d’activateur. ainsi que les phénols. et réaction d’Houben-Hoesch Zn(CN)2 + HCl puis H2O Schéma 8. HCl peut être remplacé par HBr.290 Le toluène fournit le para-tolualdéhyde. on obtent le binaphtyle. limitée au benzène et alkylbenzènes. La présence d’un oxydant minéral augmente le rendement. HCl). chlorure de formyle. Les polyalkylbenzènes ne réagissent pas. par le mélange CO + HCl (schéma 8. C O H + H H C H C O H C O H C O O -H H C O H Schéma 8.440 Chimie organique benzène.4.289). composé instable. Pour les alkylbenzènes. FeCl3 ou BF3 ont aussi été utilisés) auquel on ajoute un activateur comme CuCl.288. Dans cette réaction (schéma 8. Avec le naphtalène. NiCl2. la substitution est orientée en para.291 CHO ..1g – Formylations .

8. Les réactions de substitution

441

A l’origine (1898), la réaction de formylation de Gatterman consistait à faire réagir l’acide cyanhydrique et le chlorure d’hydrogène, en présence de chlorure de zinc, dans le chloroforme ou le chlorobenzène, sur un phénol ou son éther, substitué ou non sur le cycle par des groupes alkyle, formyle, ester, nitro, ou des halogénes. La modification d’Adams qui remplace HCN + HCl par Zn(CN)2 + HCl a eu pour résultats l’acroissement des rendements en aldéhydes, supérieur à 90 %, et d’étendre la formylation aux hydrocarbures aromatiques (schéma 8.291). Une autre modification, l’utilisation du complexe AlCl3, 2HCN permet la formylation d’hydrocarbures aromatiques polynucléaires comme le phénanthrène. Bien que le mécanisme soit encore incertain, il est vraisemblable que deux voies soient possibles (schéma 8.292). La première (A) correspond d’abord à la formation d’un électrophile qui est le carbocation résultant de l’addition d’un proton sur HCN, suivie de l’attaque du benzène, ce qui conduit à une imine protonée. Le chlorure de zinc formé dans la réaction joue le rôle d’acide de Lewis.

Zn(CN)2 + 2 HCl H C N + H

ZnCl2 + H C NH

2 HCN

ZnCl2 + Cl

Cl ZnCl2 Cl ZnCl2 H

A) H H H C NH C

+ ZnCl2 NH H ZnCl2,(HCN)2 HCl C NH2, Cl H2 O

B) H H
Schéma 8.292

+ NH4Cl C O

La seconde voie (B) conduisant à la même imine protonée pourrait être l’attaque d’un complexe ZnCl2,(HCN)2, en présence de HCl. Ces mécanismes sont les mêmes que ceux de la réaction de Hoesch ou d’HoubenHoesch (1915) où HCN est remplacé par RCN et qui conduit à des cétones aromatiques (schéma 8.293). Dans cette réaction, ZnCl2 peut être remplacé par FeCl3, NiCl2, CdCl2, CoCl2, CuCl2 ou AlCl3. Les nitriles aliphatiques α-substitués par des groupes COOR, CO R’, NH2 , OH peuvent être mis en réaction.

442

Chimie organique

R O + R'CN R = H, alkyle ZnCl2, HCl O

R

R R' C NH2 H2O - NH4OH O

R' C O

Schéma 8.293

- Réaction de Reimer-Tiemann (via un dichlorocarbène)

O CHX3 + KOH puis H
Schéma 8.294

OH
CHO

La réaction de Reimer-Tiemann (1876) consiste à faire réagir un dihalogénocarbène sur un phénol pouvant être substitué par des groupes alkyle, O-alkyle ou aryle, halogèno (schéma 8.294). Le phénol est formylé en position ortho et très faiblement en position para. C’est la seule réaction de substitution électrophile aromatique qui se fasse en milieu fortement alcalin. Les rendements sont faibles. Le dihalogénocarbène, entité chimique à caractère électrophile, est formé dans l’eau, l’éthanol ou la pyridine, par action à chaud d’un hydroxyde alcalin sur un trihalogénométhane (chloroforme, bromoforme ou iodoforme) (carbènes § 6.14) (schéma 8.295).
CHX3 + KOH O CX2 H O CX2 H CX2 O + KX X2 C H + H2O O CHX2

O CHX2 + 2 KOH 2KX +

O

OH CH OH H2O +

O

H C O

Schéma 8.295

La présence de groupes substituants électroattracteurs rend la réaction très difficile.

8. Les réactions de substitution

443

Elle peut s’appliquer à des dérivés hydroxylés d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les hétérocycles non hydroxylés comme le pyrrole, l’indole, la quinoléine, le thiazole fournissent des dérivés formylés. Des réactions secondaires sont souvent concomitantes. - La réaction de Duff (1932) permet d’obtenir le même résultat à partir de phénols mais avec de meilleurs rendements. À l’origine, elle s’effectuait avec de l’urotropine et de l’acide borique dans le glycérol, suivie d’une hydrolyse acide. Le mécanisme en est assez complexe. Elle est réalisée actuellement avec l’hexaméthylènetétramine (CH2)6N4 en présence d’acide trifluoroacétique. Elle est suivie d’une hydrolyse de l’imine formée (schéma 8.296).
N N N
hexaméthylènetétramine

N

CF3COOH

4 CH=NH, CF3COO

Me CH=NH -H puis H2O

Me + HC

Me

HC

O

O prépondérant
Schéma 8.296

Cette réaction s’applique aussi au benzène. Le réactif électrophile produit à partir de l’hexaméthylènetétramine est +CH=NH. Par cette réaction, le toluène est converti en ortho et para-tolualdéhydes. Ce dernier est prépondérant. La réaction présente une para régiosélectivité. - Réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (formamide N,N-disubstitué + oxychlorure de phosphore)
R O 1) (R')(R'')NCHO + POCl3 2) H2O
Schéma 8.297

O

R CHO

La réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (1927) est sans doute la réaction la plus utilisée pour préparer des aldéhydes en positions ortho ou para, dérivés de composés aromatiques activés comme les éthers de phénols, amines aromatiques N,Ndisubstituées, ou hétérocycles (schéma 8.297). Le benzène ne réagit pas. Par contre, l’anthracène est formylé en position 9.

444

Chimie organique

Elle consiste à faire réagir sur le substrat aromatique, dans un solvant non polaire, un formamide N,N-disubstitué (R’)(R”)N-CHO avec R’ = alkyle et R” = alkyle ou aryle, mais le plus souvent, c’est le diméthylformamide (ou DMF) anhydre, (CH3)2NCHO, qui est utilisé, et l’oxychlorure de phosphore POCl3 (ou le phosgène COCl2, le chlorure de thionyle, SOCl2, entre autres) (schéma 8.298).

R' N R'' C

O H

POCl3

R' N R'' R O C

O H

POCl2 Cl

R' N R'' (A) C H Cl , O POCl2

R O H

H

O Cl C

POCl2

O

R Cl C N R' H R''

R' N R'' R H O C O H BH C H R' N R" Cl

R'

N R'' R H C

H (B) R' N R"

-Cl O R H C N R"
sel d'iminium

O

H2O B

R'

O H H B

(C)

O

R H C O + H N R" R' + BH

Schéma 8.298

Le N,N-dialkylformamide, le plus souvent, le diméthylformamide (DMF) ou le N-alkyl,N-phénylformamide, additionne sur son groupe carbonyle, l’oxychlorure de phosphore (ou un autre dérivé chloré indiqué ci-dessus). Le composé ainsi formé est en équilibre avec un carbocation (A) et l’ion Cl2PO2-. Le substrat aromatique, ici un éther phénolique, est attaqué par le carbocation en position ortho (ou para) pour conduire à l’intermédiaire (B) après l’élimination d’un proton aromatique. Cette réaction est suivie d’une nouvelle élimination d’un ion chlorure ce qui fournit un sel d’iminium (C) qui, par hydrolyse en présence d’acétate de sodium, libère l’aldéhyde. Ce dernier est le plus souvent extrait du milieu par un entraînement à la vapeur (hydrodistillation).

8. Les réactions de substitution
Note : l’entraînement à la vapeur ou hydrodistillation consiste à faire passer de la vapeur d’eau dans un mélange aqueux à l'ébullition contenant un ou des composés organiques : certains forment un mélange azéotrope (§ 8.1.12d) avec l’eau, mélange dont le point d’ébullition est nettement inférieur à celui du composé entraîné, ce qui permet de l’extraire du mélange.

445

8.4.1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet)
CH2Cl + H2O

+ HCHO + HCl

ZnCl2

Schéma 8.299

Le méthanal et le chlorure d’hydrogène réagissent sur le benzène et ses dérivés alkylés, alkoxylés et halogénés, en présence de chlorure de zinc comme acide de Lewis, pour former les dérivés chlorométhylés correspondants (réaction de Blanc-Quelet, 1923) (schéma 8.299). Des réactions secondaires sont possibles qui correspondent à une alkylation par le composé halométhylé, et qui conduisent, avec le benzène, au diphénylméthane, Ph2CH2. La réaction peut être étendue à d’autres aldéhydes et il est possible d’utiliser HBr et HI. Le couple « aldéhyde-halogénure d’hydrogène » peut être remplacé par des composés comme le chlorométhylméthyléther, ClCH2OMe, ou le bis(chlorométhyléther), (ClCH2)2O, parmi d’autres. Cette réaction n’est pas possible avec les phénols et les amines aromatiques : ils forment des résines. Par contre, les esters et éthers phénoliques sont chlorométhylés. Le mécanisme de cette réaction passe par la formation du cation hydroxyméthyle, très stable qui résulte de l’addition d’un proton sur le méthanal (schéma 8.300). Plus le milieu est acide, plus la formation de ce carbocation est facilitée et la vitesse de la réaction augmentée. Il semble que l’action de l’acide de Lewis corresponde à une augmentation de cette acidité.
H C O H H H CH2OH H C O H
Schéma 8.300

H

+ H H

H C O

H C O H CH2OH HCl - H2 O CH2Cl H

-H

H

Il serait possible aussi et plus vraisemblable que le rôle de l’acide de Lewis soit de permettre la formation du cation hydroxyméthyle +CH2OH à partir du « chlorométhanol » ClCH2OH résultant de l’addition d’une molécule de HCl sur le méthanal.

446

Chimie organique

8.4.1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation)

X Z + N N
sel d'aryldiazonium

- XH

Z

N

N

dérivés du diazobenzène

Z = N(R1)(R2) ou O
Schéma 8.301

Quand les arylamines primaires sont traitées par l’acide nitreux, un sel d’aryl diazonium est produit (schéma 8.301). Le mécanisme de formation est complexe. L’acide nitreux libéré de son sel, le nitrite de sodium, par action de l’acide chlorhydrique dilué, à une température inférieure à 5 °C, se transforme en trioxyde d’azote lequel joue le rôle de transporteur de groupe NO. Son attaque par une arylamine primaire conduit à une nirosoarylamine protonée. Par perte d’un proton, la nitosoarylamine est formée. Elle présente une tautomérie avec un aryldiazohydroxyde. Ce dernier, en présence d’acide fort, est protoné sur l’oxygène. L’élimination d’une molécule d’eau fournit le sel d’aryldiazonium stabilisé par résonance entre deux formes limites principales (schéma 8.302).

Na-O-N=O + HCl
nitrite de sodium

HO-N=O + NaCl
acide nitreux

O 2 HO-N=O O O N O Ar-NH2 N O - NO2 Ar N N H2 O N N O + H2O
trioxyde d'azote

- H Ar

N H

N

O

Ar

N

N

OH

Ar

N

N

OH

H Cl

Ar

N

N

O

H

- H 2O

Ar

N

N , Cl

H Cl Ar N N , Cl

Ar

N

N

sel d'aryldiazonium

Schéma 8.302

Le cation aryldiazonium présent dans le sel d’aryldiazonium est un réactif électrophile faible. Il ne peut attaquer que des systèmes aromatiques suffisamment riches en électrons. Ainsi, les arylamines et les phénates (mais pas le méthoxybenzène) sont facilement attaqués en position para en raison du volume de l’électrophile, ou ortho, si la position

8. Les réactions de substitution

447

para est occupée. Toutefois, il est possible d’augmenter la réactivité de cet électrophile en substituant le cyle aromatique par des groupes électroattracteurs comme NO2. Avec le cation 2,4-dinitrophényldiazonium, le méthoxybenzène est attaqué. De même, le mésitylène, ou 2,4,6-triméthylbenzène, réagit avec le 2,4,6-trinitrophényldiazonium. Les cations aryldiazoniums n’existent qu’en solution acide ou faiblement basique. En milieu basique faible, ils sont convertis en aryldiazohydroxydes, Ar-N=N-OH, puis en milieu basique plus fort, en anions diazotates, Ar-N=N-O-. Pour chaque réaction de couplage, il existe un pH spécifique pour un rendement optimum. Les arylamines réagissent en milieu faiblement acide ou neutre. En milieu acide fort, la protonation de la fonction amine empêche une présence suffisante d’amines libres et la réaction devient difficile. Il est intéressant de remarquer que la diazotation des arylamines primaires s’effectue en milieu fortement acide afin d’éviter une réaction de couplage avec les arylamines présentes dans le milieu. Les arylamines et les phénols ne réagissent pas en milieu faiblement basique en raison de la formation de Ar-N=N-OH à partir du cation aryldiazonium. En milieu acide ou neutre, les phénols, ArOH, ne réagissent pas. Ils doivent être convertis en phénates, ArO-, plus réactifs. L’attaque de l’ion phénate pourrait a priori être orientée aussi bien sur l’oxygène que sur le carbone mais, en fait, l’attaque est toujours orientée sur les carbones du cycle en raison de la plus grande stabilité de la liaison C-N par rapport à celle de O-N. Le mécanisme de cette réaction est donné dans le schéma 8.303.

O

O -H H N N Ar

O

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.303

De même, l’attaque des arylamines peut s’effectuer sur l’azote ou sur les carbones du cycle (composés N- ou C-azo). Avec les arylamines primaires, l’attaque a lieu sur l’azote en formant des triazènes Ar-NH-N=N-Ar (schéma 8.304).

NH2

N N Ar

NH2 N N Ar -H

NH

N N Ar

phényltriazène

Schéma 8.304

448

Chimie organique

Cette propriété des arylamines primaires a été utlisée pour préparer des benzotriazoles à partir d’ortho-diaminobenzène : le groupe amino fournit le cation aryldiazonium qui attaque de manière intramoléculaire la seconde fonction amine avec production de l’hétérocycle (schéma 8.305).

NH2 NH2

+

HNO2

N

N -H

N N N H
benzotriazole

NH2

ortho-diaminobenzène

Schéma 8.305

Les arylamines secondaires sont attaquées de manière prépondérante sur l’azote. Les aryltriazènes (composés N-azo) isolés ont la propriété de s’isomériser en milieu acide en composés para-C-azo (schéma 8.304). Le réarrangement est intermoléculaire. Le cation aryldiazonium libéré peut attaquer une autre molécule d’arylamine. Si la réaction est effectuée en présence de phénol, ou d’une amine tertiaire, il se forme un dérivé C-azo correspondant.

NH

N N Ar
H

NH2 N N Ar

NH2
-H

NH2

phényltriazène

N N Ar
Schéma 8.306

N N Ar

Les arylamines tertiaires ne sont attaquées que sur les carbones du cycle (schéma 8.307).

R1 N

R2

R1 N

R2

R1 N -H

R2

N N Ar

H

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.307

8. Les réactions de substitution 8.4.1j – Hydroxyméthylation
OH + HCHO - H2 O base ou acide OH et CH2OH
prépondérant

449

OH CH2OH

Schéma 8.308

En milieu acide ou basique dilué, le phénol est hydroxyméthylé en position para et faiblement en position ortho (schéma 8.308).
H C O H H O H O H + H H H O H C OH

Milieu acide

H H O O -H H C OH H Milieu basique O O H H H C OH O H O H

H

H

CH2OH

H O O O

H C O H

H

H H

C O

H

CH2OH

Schéma 8.309

450

Chimie organique

Lorsqu’un excès de méthanal est utilisé, une dihydroxylation a lieu conduisant à des 2,4- et 2,6-bishydroxyméthylphénols (schéma 8.309). Par contre, si le méthanal est en quantité insuffisante, il se forme le p,p’-dihydroxydiphénylméthane.
OH + 2 HCHO CH2OH + HCHO HO CH2 OH OH CH2OH et HOH2C OH CH2OH

OH 2

p,p'-dihydroxydiphénylméthane

OH CH2 CH2 CH2

OH CH2 CH2

CH2 OH CH2
structure de la bakélite

Schéma 8.310

Ces réactions sont à l’origine de la synthèse de la bakélite qui est un polymère tridimensionnel (schéma 8.310). Le phénol peut aussi réagir avec les aldéhydes aliphatiques et aromatiques dans les mêmes conditions. 8.4.1k – Aminoalkylation
Z + HCHO + HN(R1)(R2) Z = OH, NHR, N(R)(R')
Schéma 8.311

Z - H2 O CH2 N

R1 R2

L’aminoalkylation des phénols et des arylamines secondaires et tertiaires par l’action des amines secondaires et du méthanal est une forme particulière de la réaction de Mannich (§ 10.3.1). Elle est orientée en position ortho (schémas 8.311 et 8.312).

8. Les réactions de substitution

451

H C O H H C N H R2 R1 + N

H R1 R2

HO H H H C N H C N

R1 R2 R1 R2

H2O H H H H O C N

R1 R2

- H 2O H H H O H

R1 C N R2

H O H

H O H R1 N H C H N R2 H
Schéma 8.312

H O

H C

H N R1 R2

R2

H

R1

H

C

Le furane, le pyrrole, et l’indole sont aminoalkylés par la même réaction en présence d’acide acétique. 8.4.1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt)
O COO Na OH CO2

O

Na CO2

OH

K

salicylate de sodium

COO

K

p-hydroxybenzoate de potassium
Schéma 8.313

Lorsque le phénate de sodium ou de lithium est chauffé avec l’anhydride carbonique sous pression (4 à 7 bars) à 100 °C, il se forme l’ortho-hydroxybenzoate de sodium (salicylate de sodium). La même réaction effectuée avec le phénate de potassium conduit au para-hydroxybenzoate de potassium (schéma 8.313). Les substituants électrodonneurs facilitent la réaction, et inversement pour les substituants électroattracteurs. Le mécanisme réel est assez mal connu. Toutefois deux propositions ont été faites.

452

Chimie organique

La plus simple (schéma 8.314) consiste à envisager une forme limite du phénate qui attribue la charge négative à un carbone ortho du cycle. Cette charge attaque ensuite l’anhydride carbonique.

O

O O C O

OH COO

Schéma 8.314

La seconde proposition (schéma 8.315) correspond à une substitution électrophile aromatique via un complexe entre les deux réactifs. Dans le cas des phénates de sodium et de lithium, la structure du complexe place le groupe carbonyle en face du carbone cyclique ortho. L’attaque du carbone de C=O à faible densité électronique conduit au salicylate de sodium.

O

Na O C O

O

O Na H C O

OH

O Na C O

complexe

salicylate de sodium

Schéma 8.315

Le phénate de potassium ne peut pas donner lieu à un complexe de structure analogue à celui du phénate de sodium pour des raisons de différence de volumes atomiques entre Na et K, ce qui pourrait expliquer l’attaque spécifique, dans ce cas, en position para. Une modification de cette réaction due à Marasse, consiste à chauffer un mélange de phénol et de carbonate de potassium, de sodium, de rubidium ou de césium, sous haute pression à 170 °C. Les produits résultants sont uniquement carboxylés en position para. 8.4.1m – Décarboxylation des acides aromatiques
COOH quinoléine CuO + CO2

Schéma 8.316

8. Les réactions de substitution

453

Deux mécanismes différents expliquent la décarboxylation des acides arylcarboxyliques (schéma 8.316) selon qu’ils sont libres ou sous forme de sels. Dans le premier cas (schéma 8.317), la réaction s’effectue en présence d’un acide fort comme l’acide sulfurique et le réactif électrophile est le proton. Il se forme un ion arènium qui perd le proton de COOH puis élimine une molécule d’anhydride carbonique pour donner finalement le benzène, dans le cas de l’acide benzoïque.
H O C O H O C H -H H O

O

C

O - CO2

H H

Schéma 8.317

Dans le second cas (schéma 8.318), mécanisme SE1 (§ 8.4.2) le benzoate élimine une molécule d’anhydride carbonique par chauffage. Le carbanion qui est ainsi formé est attaqué par un proton du milieu pour donner finalement le benzène.
H - CO2 H A + A

COO

Schéma 8.318

En fait, la méthode la plus utilisée est le chauffage de l’acide libre en présence d’une base hétérocyclique, la quinoléine et d’un catalyseur, l’oxyde cuivreux ou un oxyde d’argent. Le mécanisme n’est pas connu. 8.4.1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques
OCOR AlCl3

OH COR et

OH

R = alkyl ou aryl
Schéma 8.319

COR

Les esters phénoliques dérivés d’acides aliphatiques ou aromatiques, chauffés au dessus de 100 °C en présence d’un acide de Lewis comme AlCl3, dans le nitrobenzène ou le chlorobenzène comme solvant, voire sans solvant, se réarrangent en para ou ortho-acylphénol

454

Chimie organique

(schéma 8.319), c’est le réarrangement de Fries (1908). Le rapport ortho/para est fonction des conditions de la réaction. Les températures élevées privilégient les isomères ortho, et inversement pour les isomères para. Le solvant et la quantité d’acide de Lewis jouent aussi un rôle. Le mécanisme est mal connu : il pourrait être intra ou intermoléculaire, et seule, la formation d’un complexe entre AlCl3 et l’ester en proportion 1/1 est reconnue. Deux mécanismes proposés sont donnés dans le schéma 8.320, l’un intramoléculaire, et l’autre intermoléculaire.

Mécanisme intermoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O H R C O Cl3Al O R C O -H H + H2 O

OH COR

Mécanisme intramoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O R C O -H H + H2O
Schéma 8.320

OH COR

8.4.2 – Mécanisme SE1
Le mécanisme de substitution électrophile SE1 ou substitution électrophile monomoléculaire est peu fréquent. On peut donner comme exemple classique la décarboxylation des acides aromatiques (schéma 8.317). Lorsque le groupe Z n’est pas un groupe carboné, la présence d’une base forte est nécessaire. La première étape du mécanisme consiste en la formation d’un carbanion, qui réagit ensuite, dans une seconde étape, avec un électrophile du milieu pour donner le produit final.
Z -Z (base forte)
Schéma 8.321

E E

8. Les réactions de substitution

455

8.5

Mécanisme de substitution radicalaire (rappel)

Ces réactions ont été présentées au paragraphe 6.11.5.d. Il s’agit, en particulier, de la chloration des alcanes ou des alkylbenzènes, sous rayonnement UV, à hautes températures ou en présence d’un initiateur radicalaire comme les peroxydes ou le tétraéthylplomb. La facilité de la chloration de CH suit l’ordre : carbone tertiaire > carbone secondaire > carbone primaire > méthane. Avec le propène ou le cyclohexène, l’addition radicalaire du chlore est possible mais aussi la substitution d’un hydrogène. Il est intéressant de remarquer qu’à une température de 450 °C, seule, la substitution a lieu dans le cas du propène. Cela s’explique par le retrait d’un radical H• ce qui conduit à un radical allyle stable. L’addition de Cl• au propène à basse température fournit un radical peu stable, qui, par chauffage, est en équilibre avec le propène et le radical Cl• (schéma 8.322).

H3 C
H3C C H

CH2

Cl 450°C

C H

CH2Cl CH2 H2C C H CH2

ClH + H2C C H Cl

Cl

Schéma 8.322

La fluoration s’effectue sans initiateur et la réaction peut être explosive. La bromation est plus lente que la chloration et nécessite un initiateur. L’iodation des alcanes a lieu très rarement. Les halogénations radicalaires peuvent être effectuées par des réactifs comme le N-bromosuccinimide, l’hypochlorite de t-butyle, ou le chlorure de sulfuryle en présence d’un initiateur radicalaire.

........β-insaturé (*).. et d’acyles (halogénures d’acides)............... 478 9.....1.............1 – Acides halohydriques ......................................................... 480 9.. IN3 ................................................1...........2 – Hydratations en milieu acide .........4 – Halogènes et acide hypohalogéneux ...................1..1b – Sur les alcynes .......................... 461 9.....1..................5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) .............................. R-O-Cl ....... 461 9.. 472 9.................................................................................................5b – Hypochlorites d’alkyles...... 474 9...............1 Additions électrophiles ...................................5h – Oxymercuration-démercuration ........... 470 9.....1c – Sur les cétènes ....1............... 460 9......5d – Azidure d’iode............ RX..............................................................2b – Des alcynes ..... 469 9.. 470 9.................2a – Des alcènes .. 475 9...............1...............................3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène ...............................1............................... 477 9..... RCOX............................... 482 ....1.................... en présence d’acides de Lewis .....................................4b – Sur les alcynes .................1...... 472 9.......................1...........5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé α...........1...... 479 9....................... 477 9........... 475 9...................1.....................1......5 – Autres additions électrophiles ................ 471 9....................1a – Sur les alcènes ..1................Chapitre 9 Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Sommaire : 9.. 470 9..............................1.1............................. NOCl ...........1........................................................5a – Alcools et phénols ....1....................479 9................................... 476 9...........................................................1..............2 Additions nucléophiles... 468 9.4a – Sur les alcènes ............1............5e – Halogénures d’alkyles................5c – Chlorure de nitrosyle. réactions de Michaël .............

.......4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique ......... 487 9.........1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde (effet Kharash) ......... 493 9....10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) ....................10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) ................................................................5......... 491 9........................................................ 494 9................ 486 9........ en particulier)....... 488 9......................... 491 9.......3..........6 Hydroboration et hydroboration-oxydation .......................5.............. 486 9. KMnO4...... alcools...........7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes ........βinsaturés sont présentés au chapitre 10 (réactions de Michael.......... et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) ...... 496 9. esters........5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium............................ 505 9.....2 – Addition anti .............................. OsO4..... et nitriles α........458 Chimie organique 9......3 – Amines......... esters..................................................... cétones............ 515 (*) Note importante : les réactions d’additions sur les aldéhydes.......3........... en présence d’un initiateur de radicaux libres .................... ..3 Additions radicalaires .... 497 9.............. aldéhydes..........................1 – Additions syn .............3........2 – Alcanes ....... ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 .............................. 486 9..........8 Cycloadditions [2 + 3]................................................................... le permanganate de potassium...............

Elles peuvent avoir lieu sur toutes les doubles et triples liaisons : alcènes et alcynes. les cycloadditions [2+3] de dipôles 1. C=S.A R3 et R2 C C H * R3 R4 . se faisant via un état de transition cyclique (§ 9. et enfin les additions dites « péricycliques » comme la réaction de Diels-Alder. X2. celles des groupes sur les carbones sp3dans l'espace. les deux constituants d’un réactif (HX. mais aussi les groupes fonctionnels comme C=O. attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H R A R1 ≠ R 2 . Elle peut aussi être radicalaire. des signes différents ont été utilisés.1). souvent catalysées par la présence d’un acide.15. les positions des groupes en avant et en arrière du carbone éthylènique dans le plan sp2.3 (§ 6.2a). l’addition est le plus souvent électrophile car elle débute par l’addition d’une espèce électrophile comme le proton (schéma 9. qui fait intervenir des diènes conjugués et des alcènes substitués.16). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 459 Dans les réactions d’addition d’une molécule sur des doubles ou triples liaisons. …) sont fixés à chacun des éléments qui constituent ces liaisons. H2.2a). C=N. celles des cétènes ou cyclopropanations (§ 6.9. les additions sur les groupes fonctionnels indiqués ci-dessus correspondent dans la majorité des cas à des attaques nucléophiles du carbone. Par contre. A carbocation A carbocation A' Formation des carbocations énantiomères les plus stables donc les plus substitués en série aliphatique note: afin de différencier d'une part.14. Il faut ajouter à ces additions électrophiles. des nitrènes (§ 6.et C≡N.9). . R3 ≠ R4 ≠ H 2 R3 C C R 4 A H attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 *C R4 . Schéma 9. et d'autre part. avec une première attaque de la double liaison par un radical libre comme Br•. nucléophiles ou radicalaires.4.1 Dans le cas des alcènes. une addition 1.

Sur les diènes conjugués (schéma 9. dans de nombreux cas. mais aussi. une double liaison est un site nucléophile en raison de sa forte densité électronique (quatre électrons entre deux carbones). s’il est peu stable. C’est pourquoi. (CH3)2C=CH2. car ils le stabilisent. et le plus souvent. Ainsi. BrCH=CH2. est plus facile qu’avec l’éthylène CH2=CH2. 1) attaque de la double liaison par le groupe électrophile ou le proton E C C E C C carbocation le plus stable (possibilité de réarrangements) 2) attaque du carbocation par l'anion du milieu E C C A E C C A Schéma 9. La formation du carbocation est facilitée par la présence de groupes à effet +I liés à l’un des deux carbones. L’addition de 2 HX sur un alcyne -C≡C-conduit donc à un gemdihalogénure >CH2-CX2<.2. en un carbocation plus stable. C’est donc la première étape de la réaction qui donne la vitesse globale de l’addition. l’addition électrophile conduit à des produits d’addition-1. Cela explique une attaque facilitée pour les réactifs électrophiles E+. Par ailleurs.460 Chimie organique 9. Dans le cas de 1-haloalcène comme le bromoéthène ou bromure de vinyle.4 parfois majoritaires. L’attaque du proton (ou de E+) est régiosélective (les alcènes dissymétriques conduisent majoritairement aux carbocations les plus stables thermodynamiquement).3). L’addition de E+ se fait toujours sur un carbone éthylènique terminal afin que le carbocation résultant soit stabilisé par résonance.2). car (CH3)3C+ est plus stable que CH3CH2+. .2 La formation du carbocation est lente par rapport à l’attaque de l’anion. dans le cas de HX) (schéma 9. la présence du brome oriente l’addition du proton ce qui conduit à BrCH(+)-CH3 (en raison de l’effet +M de Br). Il se forme d’abord un carbocation qui est ensuite attaqué par l’anion présent dans le milieu (X-. par le proton (comme dans le cas de HX).1 Additions électrophiles Les deux électrons de l’orbitale moléculaire π qui caractérise la double liaison ont un degré de liberté plus élevé que ceux qui forment l’orbitale moléculaire σ. à des produits d’addition. Avant que l’attaque de l’anion s’effectue. la liaison π est plus facilement polarisable que la liaison σ. c’est alors ce dernier qui réagira avec l’anion.1. le carbocation issu de l’addition du proton peut se réarranger. la réaction avec le 2-méthylpropène.

De nombreuses raisons sont données pour expliquer cette « anomalie ».3 La triple liaison des alcynes qui correspond à un site à forte densité électronique devrait laisser prévoir une plus facile attaque des réactifs électrophiles comparée à celle des alcènes.1 – Acides halohydriques 9. L’attaque d’un réactif électrophile en devient plus difficile en raison de l’accès limité aux électrons π.1.4 Schéma 9. 9. l’addition d’halogénures d’hydrogène et l’hydratation en milieu acide se font à des vitesses comparables pour les alcènes et alcynes ayant des substituants de même nature.1a – Sur les alcènes Dans le cas d’une addition d’un acide halohydrique HX en milieu polaire sur un alcène ayant quatre groupes substituants différents. l’attaque de H+ par dessus ou par dessous le plan « sp2 » conduit à deux carbocations énantiomères en quantités égales (un racémique) (schéma 9. La plus classique est liée à la plus faible distance qui sépare les carbones triplement liés par rapport à celle qui sépare les carbones doublement liés. . Toutefois.2 addition 1.1. mais il n’en est rien. et c’est le contraire qui est observé.4). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 461 C C H C H C E+ E C C H C H C E A C C H C H C A C E C H C H C + E C C H C H C A addition 1.9. Les réactions des réactifs nucléophiles avec les alcynes sont plus faciles que celles avec les alcènes.

462 Chimie organique attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H X R2 R1 ≠ R 2 . ce qui conduit pour chaque carbocation énantiomère A et A’ à deux diastéréoisomères. il peut.5). s’ils se forment. . Ces diastéréoisomères. soit en tout quatre diastéréoisomères AB et AB’. de même. X carbocation A carbocation A' carbocations énantiomères les plus stables Schéma 9. constituent alors un mélange de deux racémiques car AB et A’B’ forment un couple d’énantiomères ainsi que AB’ et A’B. A’B et A’B’ si la nature des substituants permet la formation de deux carbones asymétriques et que des composés méso ne sont pas formés. être attaqué de part et d’autre de ce plan (schéma 9.X R3 et R2 C C H * R3 R4 .4 Le carbocation étant plan. R3 ≠ R4 ≠ H C=C R3 X H R4 attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 * C R4 .

Dans le cas du 3-méthylhept-3-ène (schéma 9.9. les composés finaux ne possèdent qu’un seul carbone asymétrique. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 463 R1 C R2 A X R1 R 2 H * C R3 R4 X R1 R2 * C X AB' * C R4 R4 * C A'B * C H R3 H * C AB *C R3 R4 R4 * C *C A'B' H R3 X H R3 R2 R1 X additions "syn" additions "anti" X R1 X X R2 R1 C R2 A' * C R4 R3 X H 4 diastéréoisomères si l'addition de HX conduit à la formation de deux carbones asymétriques (sans forme méso) Schéma 9. Cette réaction d’addition est donc encore régiosélective et non stéréospécifique.5 Le couple d’énantiomères AB et A’B’ est le résultat d’une addition syn (X et H occupent le même espace défini par le plan de l’alcène de départ) et le couple d’énantiomères AB’ et A’B est le résultat d’une addition anti (X et H occupent chacun un des deux espaces définis par le plan de l’alcène de départ).6). Il se forme un couple d’énantiomères en quantités égales. c’est un racémique. L’addition de HX sur un alcène est régiosélective mais pas stéréospécifique (tous les stéréoisomères d’additions syn et anti sont présents). .

l) Schéma 9.6 Si on considère une molécule d’alcène ayant une formule de type YZC=CYZ où Y et Z représentent des groupes différents de H et X.7). de forme érythro (schéma 9. cette molécule peut être trans ou cis. addition syn H Y C Z C Z isomère "cis" ou "Z" X Y Y X C Z H Y C Z et H C 1 Z C 2 X X H Z Y Y H X Z Y Y Z Y Z X C C H Y Z Y Z Y Z couple d'énantiomères "érythro" mélange racémique (d. une addition syn de HX avec attaque de H+ sur l’un ou l’autre des deux carbones éthyléniques (50 % sur chaque en raison de l’équivalence de ces carbones) conduira à un mélange en quantités égales de deux énantiomères (un racémique).7 . Dans le cas d’une molécule cis.464 H5C2 H H H3 C C Chimie organique H5C2 C H3C C C3H7 H C C3H7 H X attaque au-dessus du plan attaque au-dessous du plan X X C2 H 5 H3C C* C4H9 C4H9 X * C C2H5 CH3 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 9.

il faut.9. addition anti H Y C Z C Z Y isomère "cis" X Y Y C Z C Z et X H C Y Z C X Y X H Y Y X Z Z Z Z X Z Y H H Y Y Z Y Z H Y Z Y X Z H Y Z C H C Y Z X couple d'énantiomères "thréo" mélange racémique (dl) Schéma 9. et l’addition anti à un mélange racémique d’énantiomères de forme érythréo. dans ce cas.9) conduit à un mélange racémique d’énantiomères thréo.8 L’addition syn sur l’isomère trans (schéma 9. . Remarque : pour obtenir les deux énantiomères. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 465 L’addition anti sur l’isomère cis conduit à un mélange racémique d’énantiomères de forme thréo (schéma 9. considérer les attaques au-dessus et au-dessous du plan « sp2 » : les attaques inversées de H et X d’un même côté du plan « sp2 » conduisent à un même stéréoisomère).8).

.9 En raison de la formation préférentielle du carbocation le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire). uniquement aux halogénures les plus substitués dérivés d’alcènes. l’addition de HX conduit par ce mécanisme d’addition ionique.466 Chimie organique addition syn H Y C Z C Y X Z isomère "trans" Y C et Z C Z Y H H X Z Y Y Z Z X H Y X Y Z Y Z Z Y H X addition anti H Y C Z X H X Z C Y Z couple d'énantiomèresthréo (racémique) X Y C et Z C Y Z H X Z Y Z ou Y Y XH Z Z Z Z Y Z H Y Y X Z Y Y Y Z Y H HX couple d'énantiomères érythro (racémique) Schéma 9. c’est la règle de Markovnikov.

il se forme en premier lieu un carbocation qui est ensuite attaqué par une nouvelle molécule d’alcène qui joue le rôle de nucléophile. s’additionnent sur les alcènes à température ordinaire.5-diméthyl-octa-2. et que la régioséléctivité de l’attaque du proton sur la double liaison est conservée. cette réaction parfois violente est souvent effectuée avec le réactif polyfluorure d’hydrogène-pyridine ((HF)x.10 C’est le même type de réaction qui permet le passage du squalène au dammaradiènol (schéma 9. le squalène est d’abord époxydé par une enzyme.4. les additions syn et anti de HX sur les isomères Z et E conduisent à deux racémiques.11) dans la biosynthèse du cholestérol (précurseur des hormones stéroïdes). Dans ce cas.4-tétraméthyl-cyclohexène Schéma 9. c’est le cas du 2. certains diènes sont susceptibles de se cycliser en présence d’un catalyseur acide.4c). Bien que HF puisse être additionné à température ordinaire.11. . HBr.10).C5H5N). HI s’additionne très lentement. par contre. Le carbocation B qui en résulte perd un proton d’un groupe méthyle en position α avec création d’une double liaison. H -H 2. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 467 D’une manière générale. Celui-ci déclenche quatre cyclisations.6-diène 1. Dans la polymérisation des alcènes en présence d’une trace d’acide. Enfin. HCl nécessite un chauffage.5-diméthyl-octa-2. quatre racémiques sont susceptibles de se former. La catalyse acide permet l’ouverture du 2.6-diène qui se cyclise en un dérivé du cyclohexène (schéma 9.9. Il en résulte un nouveau carbocation qui réagit de nouveau sur une troisième molécule d’alcène et ainsi de suite (voir carbocations § 6.3.3-époxyde avec création d’un carbocation A. S’il n’existe pas de régiosélectivité de l’attaque du proton en raison de la nature proche des groupes substituants (effets inducteurs ou mésomères équivalents). lorsque les quatre groupes substituants d’une double liaison sont différents. Les acides HI.

2-dibromobutane qui est alors obtenu.468 Chimie organique O enzyme O squalène 2.1.3-oxyde de squalène ou 2. dans une solution d’acide diluée. L’acétylène additionne HCl par barbotage. mais la lumière et les halogénures métalliques la catalysent. l’addition de H+ sur le (Z)-2-bromoprop-2-ène pourrait créer deux carbocations isomères mais l’un d’eux est stabilisé par mésomérie. Dans le cas du but-2-yne. la réaction est rarement arrêtée après l’addition d’une seule molécule de HX et le résultat est un mélange d’halogénoalcène et de dihalogénoalcane géminé. En effet. ce qui oriente la réaction. La présence d’ion halogénure catalyse la réaction. dont la polymérisation industrielle fournit le polychlorure de vinyle (PVC). en présence d’ion bromure. pour produire le chlorure de vinyle. Sur un alcyne terminal comme le propyne. ClCH=CH2. L’addition d’une seconde molécule de HX conduit à un dihalogénoalcane géminé selon un mécanisme régiosélectif qui suit la règle de Markovnikov. le résultat de l’addition est donc « anti ».1b – Sur les alcynes L’addition d’un équivalent de HX sur un alcyne interne (schéma 9.3-époxyde de squalène enzyme H HO -H B HO A HO HO dammaradiènol cholestérol Schéma 9. à 65 °C.12) conduit à un (Z)-bromoalcène.11 9. c’est le 2. Le but-2-yne fournit par addition de HBr. La réactivité des halogénures d’hydrogène est dans l’ordre : HI > HBr > HCl > HF. La réaction peut avoir lieu dans l’obscurité. et ce dernier ne s’additionne que sous pression. . le (Z)-2-bromobut-2-ène. en présence d’ions mercuriques.

Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 469 X H3C C C CH3 H X H3 C C C H H X H 3C CX2-CH2-CH3 X H3 C C C CH3 H H HBr Br Br C H3C C H 2.13). Des polymérisations en composés cycliques sont obtenues par chauffage. à partir de quatre molécules.12 Une polymérisation de l’acétylène par barbotage dans une solution de chlorure cuivreux et de chlorure d’ammonium conduit au vinylacétylène. En présence d’eau et d’acide minéral.2-dibromobutane H H3 C C C H + H3C CBr2 CH3 propyne 2-bromopropène H C C H acétylène ou éthyne HCl Hg2+ Cl CH CH2 chlorure de vinyle Schéma 9.HX H . CH2=CH-C≡CH. mais il est possible d’obtenir aussi le cyclooctatétraène. puis au divinylacétylène CH2=CH-C≡C-CH=CH2.13 . en milieu anhydre. ils sont transformés en acides (schéma 9.1. H C C cétène O C C X O HX milieu anhydre solvant inerte halogénure d'acide H2O .9.2-dibromopropane H3 C C CH3 but-2-yne C H CH3 X X H3C CH3 C H CH3 C C H (Z)-2-bromobut-2-ène H3 C C X H3 C C C CH3 H H 2. 9.1c – Sur les cétènes Les cétènes sont capables d’additionner une molécule HX pour fournir des chlorures d’acides. Le benzène en est le résultat à partir de trois molécules. H2O H C C O OH acide Schéma 9.

H OSO3H H C C +H C C H2 O C C OSO3H sulfate acide d'alkyle H2O H C C O H -H H C C O alcool H . En effet.H2SO4 H Schéma 9. Dans cette réaction (schéma 9. un énol est produit. réagir avec le milieu s’il est nucléophile.1. en fait.qui ne peut pas entrer en compétition avec l’eau. conduit à l’éthanal. comme l’eau. le carbocation intermédiaire réagit avec ce nucléophile pour former un alcool.1. Cette réaction est aussi applicable à des éthers et thioéthers acétylèniques et aux ynamines. par tautomérie. Dans ces cas. ou avec des anions en solution.2 – Hydratations en milieu acide 9. qui. L’acide sulfurique est choisi dans cette réaction en raison du caractère nucléophile faible de l’anion HO3SO.470 Chimie organique 9.14 9.2a – Des alcènes Il est important de remarquer que le carbocation intermédiaire formé dans l’addition d’un acide sur les alcènes est susceptible de donner lieu à toutes les réactions classiques de cette entité chimique (§ 6. Cette réaction peut être appliquée à des alcynes internes avec obtention dans ce cas de cétones. l’addition d’acide sulfurique à un alcène produit un sulfate acide d’alkyle. c’est. L’eau attaque ce dernier (substitution SN2) et. C’est la base d’une hydratation des alcènes qui représente une synthèse importante des alcools (schéma 9. Dans l’eau. il additionne une molécule d’eau pour donner l’éthanal ou acétaldéhyde. en présence de l’acide sulfurique. car il forme d’abord un complexe avec l’acétylène.1.15).14).11.2b – Des alcynes Lorsque l’acétylène est mis à barboter dans une solution diluée d’acide sulfurique en présence de sulfate mercurique à 60 °C. . l’ion mercurique n’est pas utile. l’ion mercurique Hg2+ qui est très important. en particulier.4) et.

et d’oxygène en présence d’un catalyseur constitué d’oxydes de molybdène.9.1. HCl dilué H2C CH CN acrylonitrile Hg2+ H C C H + CH3COOH Hg2+ CH2=CH-OCOCH3 acétate de vinyle CH2=CH-OCOCH3 + CH3COOH CH3-CH(OCOCH3)2 éthylidène diacétate Schéma 9. d’ammoniac. lequel réagit avec une nouvelle molécule d’acide acétique pour donner l’éthylidène diacétate. de cobalt et d’aluminium. H2SO4 R CH2 C O R Schéma 9. C’est donc un mélange qui est obtenu dans la réaction avec l’acétylène (schéma 9.16 . H C C H + HCN CuCl. d’acrylonitrile et de butadiène.15 9. copolymère à usage industriel.16). H2O.3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène L’acétylène additionne le cyanure d’hydrogène (ou acide cyanhydrique) en présence de chlorure cuivreux dans l’acide chlorhydrique dilué. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 471 H O H C C H Hg2+ puis H2O H C Hg C 2+ H H O H C Hg+ C H H -H H C Hg H + H O C H H H H H éthanal O C C H H O équilibre céto-énolique H C H C H forme énolique de l'éthanal R C C R Hg2+. Il en résulte le cyanure de vinyle ou acrylonitrile qui est utilisé dans la préparation d’un caoutchouc synthétique. Note : la préparation industrielle de l’acrylonitrile s’effectue par chauffage d’un mélange de propène. le Buna N. L’acétylène peut aussi additionner une molécule d’acide acétique en présence d’ions mercurique Hg2+ pour former l’acétate de vinyle.

attaque donc du côté opposé au brome de l’ion bromonium (c’est une réaction de substitution de type S N2. l’atome de brome de l’ion cyclique § 8. La fluoration de quelques alcènes est effectuée à basse température (–78 °C) par du fluor dilué dans de l’azote ou de l’argon dans un solvant inerte. Il se transforme ensuite. Le fluor a une réaction violente avec les alcènes qui peut conduire à la coupure de la liaison entre carbones ou la destruction d’autres fonctions de la molécule. Une interaction avec les électrons π conduit à un complexe . . Dans ces réactions. C’est donc dans la majorité des cas. de signes opposés. on remplace souvent le fluor par le florure de xénon.1. Elles définissent la vitesse de la réaction totale.4a – Sur les alcènes L’addition du brome sur les alcènes constitue un autre exemple d’addition électrophile. avec. mais la réaction est réversible.1. dans le cas général. L’attaque de cette entité cyclique positive par l’ion bromure Br. L’addition des autres halogènes est plus difficile ou complexe.1. selon une réaction irréversible. pour groupe sortant. une interaction à caractère réversible a lieu entre les deux molécules (schéma 9.présent dans le milieu ne peut pas s’effectuer du côté du brome cyclique en raison de la gêne stérique causée par son important volume atomique.17). S’il est peu stable. En s’approchant de la double liaison. l’acide acétique ou le méthanol.4 – Halogènes et acide hypohalogéneux 9. XeF 2.2) : le résultat en est la formation d’un dérivé α-dibromé selon une addition anti de brome pour l’alcène.472 Chimie organique 9. une addition stéréosélective. en un ion cyclique bromonium. la molécule de brome subit l’action des électrons π (effet de champ) et un dipole induit en résulte : les deux atomes de brome portent chacun une charge partielle. il est possible qu’il existe une addition syn : le rapport syn / anti est fonction de la stabilité relative de l’ion cyclique bromonium. L’iode s’additionne. L’ion bromure Br. un carbocation acyclique qui résulte de l’ouverture du cycle est alors formé ce qui permet à la fois les additions syn et anti. Toutefois. Losqu’une molécule de brome est additionnée à un alcène dans le tétrachlorure de carbone. Le chlore se conduit le plus souvent comme le brome mais la stéréochimie de son addition est plus complexe. La polarisation de la molécule de brome et la formation de l’ion cyclique bromonium sont les étapes les plus lentes de la bromation.

la seconde partie de l’addition fait intervenir ce nucléophile à la place de l’ion halogénure. L’action du brome sur l’éthylène en présence d’ions chlorures produit à la fois le composé de l’addition normale de Br2. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 473 Br Br Br -δ Br +δ R1 C R2 R3 R1 C R4 R2 R3 Br Br C R2 et l'inverse et l'inverse par rapport au plan "sp2" et l'inverse par rapport au plan "sp2" π C π C R4 R1 C R4 R3 Ion cyclique bromonium Complexe π Br C R2 C R1 R2 Br C R3 R4 C R4 R3 Br R1 1 Br 2 1 R1 C Br C R3 R4 R1 2 R3 C R2 C Br R3 R4 R1 R2 C C Br R2 Br Br R4 Br addition anti couple d'énantiomères racémique (d. l) Schéma 9. à la place de Br-. Br2 ou I2) avec un alcène est réalisée en présence d’un nucléophile comme l’eau (ce qui est l’équivalent d’un acide hypohalogéneux.18 (A)). ou des anions minéraux comme l’ion nitrate NO3. sur l’ion cyclique bromonium.17 Si la réaction d’un halogène (Cl2. HO-. le 1. X+). le 1-bromo-2-chloroéthane (schéma 9. et un composé qui résulte de l’attaque de Cl-.en forte concentration (supérieure à celle de X-).9. et divers produits peuvent être préparés.2-dibromoéthane. .

Dans le cas de BrCl. fournirait le carbocation le plus stable. le chlorure d’iode ICl. ou le bromure d’iode. .19). A) H2C CH2 Br2 + Cl BrH2C CH2Br et BrH2C CH2Cl H3 C B) H3C C CH2 Br2 H 3C C H 3C Br CH2 Br H3 C H3C Br H2O C CH2Br Nu Cl H3C H3C Cl C CH2Br -H H3C H3 C HO bromhydrine C CH2Br Schéma 9. c’est l’atome de brome qui forme cet ion et le chlore intervient comme anion (schéma 9. IBr. celui-ci est plus difficile à former. BrCl. C’est l’atome d’halogène le moins électronégatif qui débute la réaction pour former l’ion cyclique halonium. en raison de la plus faible distance séparant les carbones triplement liés comparée à celle des carbones doublement liés. Relativement aux alcènes. celui qui.474 Chimie organique L’ouverture du cycle halonium (ou halogénium) est régiosélective comme le montre la réaction du 2-méthylpropène en présence de brome dans l’eau (B) qui conduit à une bromhydrine. Elle résulte de l’ouverture de l’ion bromonium par attaque d’une molécule d’eau sur le carbone le plus substitué du cycle. en cas d’ouverture de celui-ci.20). Br C H3 C Cl Schéma 9.19 H3C C H3C CH2 Br +δ Cl -δ H3C H3C CH2 H3C Cl CH2Br 9. permettent des additions sur les alcènes.4b – Sur les alcynes L’addition du brome (ou du chlore) sur un alcyne suit un mécanisme semblable à celui des alcènes avec la formation d’ion ponté bromonium (schéma 9.18 Des composés comme le chlorure de brome.1. ce qui entraîne une plus grande rétention des électrons π.

ce qui suppose une énergie interne plus élevée. La structure électronique de cet ion ponté bromonium fait aussi apparaître une délocalisation de quatre électrons. 9. Dans le premier cas. le (E)-dibromoalcène vicinal peut additionner une nouvelle molécule de brome pour former un tétrabromoalcane. il s’agit d’une addition électrophile (schéma 9. Il se forme d’abord un carbocation qui réagit avec le nucléophile du milieu. à l’obscurité. donc une structure plus instable et plus difficile à créer. Il s’oxyde très facilement en acide dichloroacétique. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 475 ion ponté bromonium C alcyne C Br2 C Br C Br Br C C Br Br Br2 Br C C Br Br addition "anti" Schéma 9.20 La structure électronique de l’ion ponté bromonium dérivé des alcynes est différente de celle dérivée des alcènes car le cycle. Cl2CHCH(OH)2. Note : l’addition d’iode à l’acétylène dans l’ammoniac liquide ne donne pas lieu à une addition mais à une substitution des hydrogènes ce qui conduit au diiodoacétylène I-C≡C-I.5a – Alcools et phénols L’addition d’alcools ou de phénols sur les alcènes s’effectue en milieu acide ou basique.9.6. dans le cas des alcynes.10). Ces réactions sont dues à l’acidité des hydrogènes portés par l’acétylène.2-diiodoéthylène). C’est une raison supplémentaire à la difficulté de cette addition. Pour les alcynes simples.5 – Autres additions électrophiles 9. L’addition du chlore à l’acétylène peut conduire à une explosion. Certains catalyseurs métalliques permettent de l’éviter. Cl2CHCOOH. L’acétylène additionne successivement deux équivalents d’acide hypochloreux pour former le composé instable. L’iodation de l’acétylène s’effectue dans l’éthanol et s’arrête après une seule addition de I2 ((E)-1. et deux électrons π : les systèmes cycliques qui ont 4n électrons délocalisés. L’addition s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique. Cl2CHCHO. sont très instables et dits antiaromatiques (§ 5. Le dichloro-acétylène Cl-C≡C-Cl résulte de l’action d’une solution d’hypochlorite de sodium sur l’acétylène.1. lequel élimine une molécule d’eau pour conduire au dichloroacétaldéhyde. deux apportés par Br+.21. A).1. est plus fortement tendu comparé à celui dérivé des alcènes. comme le cyclobutadiène. L’addition est stéréospécifique « anti » ce qui correspond au résultat observé aussi pour les alcènes. Ils sont donc très difficile à former. en présence d’ions Br(fournis par LiBr). l’alcool ou le .

5b – Hypochlorites d’alkyles. il se forme un anion alcoolate qui s’additionne selon un mécanisme semblable à celui de la réaction de Michaël (§ 9. La perte du proton libère l’éther. L’utilisation d’hypobromite (ou d’hypochlorite ou d’hypoiodite) de t-butyle permet d’obtenir un β-chloro éther qui.2 ROH cétone Schéma 9.476 Chimie organique phénol pour former un éther protoné. 9. est transformé en un nouveau β-chloro éther portant le groupe alkyle de l’alcool à la place du groupe t-butyle (schéma 9. avec le groupe OR sur le carbone le plus substitué. Les alcools primaires sont plus réactifs que les alcools secondaires et tertiaires. sous l’action d’une base forte (B). La réaction est facilitée si le carbocation intermédiaire est très stable (tertiaire). la réaction s’effectue en milieu basique et conduit d’abord à des éthers d’énols qui.22). L’addition suit la règle de Markovnikov. R-O-Cl Les hypochlorites d’alkyles s’additionnent sur les alcènes en produisant des β-chloro éthers (addition anti et règle de Markovnikov respectées le plus souvent). fournissent des acétals dont l’hydrolyse produit des aldéhydes ou des cétones selon la nature des substituant. en présence d’alcool. Il faut que le composé éthylénique soit substitué par des groupes électroattracteurs.1. Dans le second cas.2).21 Avec les alcynes (C). . Les phénols donnent des réactions semblables. par une seconde réaction. R A) C C H R-O-H H C C carbocation tertiaire O H C C H -H H C éther O R C éther protoné B) Y1 C Y2 C R-O-H + B R-O Y1 C Y2 C R -O + BH H Y1 Y2 H C C OR OR Y1 et Y2 = groupes électroattracteurs C) C C ROH HO RO C C H ROH HO RO RO C acétal H C H H2 O O C C H H éther d'énol H .

23 9. NOCl L’addition du chlorure de nitrosyle.5c – Chlorure de nitrosyle. Si un excès de NOCl est présent. Par ailleurs.24). R1 C R2 C H H IN3 R1 C R2 N3 ion ponté iodonium I C H H R1 R2 N3 β-iodo azide I C C H H Schéma 9.23).24 . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 477 C C Me3C-O-Cl hypochlorite de t-butyle O-CMe3 C Cl β−chloroéther C ROH (.1. NOCl sur une oléfine conduit d’abord à un composé β-chloro nitrosé.9. la présence d’un hydrogène comme substituant de l’oléfine permet une tautomérie avec une α-chloro oxime laquelle est prépondérante à 25 °C (schéma 9. celui-ci joue le rôle d’oxydant et un composé β-chloro nitré est alors obtenu. L’addition de NOCl est anti et suit la règle de Markovnikov.22 C 9.Me3C-OH) O-R C Cl Schéma 9. elle est donc stéréospécifique et anti (schéma 9.5d – Azidure d’iode. IN3 L’addition de IN3 s’effectue via un ion cyclique iodonium.1. N=O C C NOCl Cl composé β−chloro nitroso C C NOCl excès NO2 C Cl OH C composé β−chloro nitro N=O C C H NOCl Cl C C H Cl C C N α-chloro oxime Schéma 9.

AlX4 C H H B) Substitution électrophile R1 C R2 C H H R1 RX AlX3 T> 0°C R2 C C H R C) H2C CH2 (CH3CO)2O ZnCl2 CH2=CH-CO-CH3 + CH3-COOH Schéma 9. en produisant CH3COCH=CHCl. A). en présence d’anhydride d’acide et d’un acide de Lewis. forme une cétone α. Note : l’alcène. le chlorure de zinc. RCOX. à basse température. se comportent partiellement comme l’azidure d’iode car les mécanismes impliqués peuvent alors être aussi radicalaires. par un même mécanisme. dans les mêmes conditions. RX. l’acétylène réagit avec le bromométhyl éthyl éther Et-O-CH2Br. Ainsi. A) Addition électrophile R1 C R1 C H H R1 RX AlX3 R2 X C C H R H T< 0°C RX + AlX3 R . et d’acyles (halogénures d’acides). Si la température est trop élevée. et de chlore.25. une réaction de substitution électrophile est alors possible (B). AlX4 R1 C C R R2 H H AlX4 . 9. en présence de AlCl3 pour former Et-O-CH2CH=CHBr. de brome.β-insaturée (C) par une substitution électrophile.5e – Halogénures d’alkyles.AlX3 R1 R2 X C C H R H R1 C R2 R .478 Chimie organique Les autres azidures.1d) appliquée à des composés aliphatiques insaturés. et avec le chlorure d’acétyle.25 Les alcynes additionnent les halogénures d’alkyles et les chlorures d’acides.4. C’est la réaction de Friedel et Crafts (§ 8. en présence d’acides de Lewis. et que l’oléfine porte un hydrogène. .1. pour conduire respectivement à des halogénures d’alkyles et des β-halogéno cétones (schéma 9. en présence d’acides de Lewis Les halogénures d’alkyles et les halogénures d’acyles sont additionnés aux alcènes en présence d’acides de Lewis.

le carbocation qui se forme résulte de l’attaque du proton sur le groupe cétonique en raison de la mésomérie qui affecte une charge négative à l’oxygène. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 9.5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) L’action de l’oxyde de carbone et de l’eau sur un alcène à haute pression. car le résultat de l’addition-1.β-insaturé.β−insaturé H C Br C H cétone β−bromée C O Br C CH énol C OH Schéma 9. entre 5 et 40 °C. en milieu acide (H2SO4). La possibilité d’addition sur la seule fonction C=O existe. -insaturé 479 Lorsqu’un acide est additionné à un dérivé cétonique α.26 9. Il se forme d’abord un carbocation (le plus stable). L’anion attaque ensuite le carbocation. Toutefois. conduit à un acide organique selon la réaction de Koch ou Koch-Haaf (1958).4. le résultat est identique à une addition-1. conduit à l’acide avec libération d’un proton (schéma 9. ce qui correspond à une addition-1. qui.1. mais elle est très rare. C C C O C CH C O H C CH Br C OH composé carbonylé α.5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé . HOOC C CH2 + CO + H2O H 100-350°C haute pression O O CH3 -H cation acylium acide C CH3 H H H O C C CH3 O C CH2 alcène H C C CH3 O C C oxyde de carbone Schéma 9. L’attaque de l’oxyde de carbone fournit un cation acylium.9. Les alcools en milieu acide peuvent aussi s’additionner en 1.2. L’oxyde de carbone peut être remplacé par l’acide formique. en présence de l’eau.4 est thermodynamiquement plus favorable.26).4.1.27).27 . en raison de la tautomérie céto-énolique (schéma 9.

ROH. L’addition est syn.480 Chimie organique L’hydroxycarbonylation peut être réalisée avec du nickel-carbonyle. ce qui évite des transpositions avec les composés secondaires inhérents. C’est une réaction d’addition électrophile sur les alcènes dans laquelle il ne se forme pas de carbocation. Hg(OCOCH3)2. (1) en présence d’eau. Dans le cas des alcynes. RNH2 R = H ou alkyl Schéma 9. dans des conditions plus douces (150 °C. Ni(CO)4. schéma 9.28 NuH H C C O C Ni(CO) 2 9. La réaction d’oxymercuration (schéma 9.1.5h – Oxymercuration-démercuration La synthèse d’alcools à partir d’alcènes comprend un nombre important de réactions. Il se forme un ion ponté mercuronium (2) qui rappelle par sa structure l’ion ponté halonium. . Le mécanisme de cette addition est le suivant. dans le tétrahydrofurane comme solvant. Elle s’applique à la fois aux alcènes et alcynes. Sous l’attaque nucléophile SN2 de l’eau.28 : Ni(CO)4 C C Ni(CO)3 C C ∆ H NiCO)3 + CO H C C Ni(CO)3 Ni (CO)3 H C C C O Nu NuH = H2O. 50 atm). un acide insaturé et un diacide peuvent être obtenus.29) fait intervenir l’acétate mercurique. L’oxymercuration-démercuration en est une. il est ouvert et un acétate hydroxyalkylmercurique se forme (3).

Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 481 Oxymercuration H3C-OC-O Hg 1) H3C-OC-O acétate mercurique H3C-OC-O Hg + O-CO-CH3 H3C-OC-O Hg R1 2) R2 C C H R3 H3C-OC-O Hg C R2 C H R1 R3 ion ponté mercuronium H3C-OC-O Hg C R2 O H C H -H R3 SN2 R1 R2 C C Hg-O-CO-CH3 R3 H 3) R1 HO acétate hydroxyalkylmercurique H attaque régiospécifique du côté opposé à Hg Schéma 9. NaOH.30 Dans ces conditions. la réduction conduit à un alcool. ce qui correspond à une addition selon la règle de Markovnikov. C’est une addition anti en raison de l’orientation de l’attaque de l’eau sur l’ion ponté et qui est aussi le plus souvent stéréospécifique. H2O C C C R3 (réduction par ion hydrure) HO H HO H C R3 H + CH3COONa + Hg alcool (addition anti) Schéma 9.30).31). Lorsque la réaction d’oxymercuratio-démercuration est effectuée dans un alcool.9. .29 La démercuration consiste à traiter l’acétate hydroxyalkylmercurique par le borohydrure de sodium en présence de soude (schéma 9. Elle est régiosélective car l’eau attaque le carbone le plus substitué de l’alcène de départ. elle permet de préparer des éthers (schéma 9. Le réactif nucléophile qui attaque l’ion mercuronium est alors l’alcool. Démercuration R2 R2 Hg-O-CO-CH3 R1 R1 NaBH4. Le reste du mécanisme est le même que pour la réaction avec l’eau.

H2O R1. . Dans le cas d’un groupe Y cétonique. -SO2R. l’attaque d’un réactif électrophile devient difficile.M O Schéma 9. Par contre. Parmi les groupes à effet -M les plus fréquents. R3 = groupes alkyles ou aryles Schéma 9. ou le fluor exercent aussi un effet électroattracteur qui permet ce type de réaction. la seconde est une réaction avec une entité positive du milieu.482 R1 R2 RO C C Chimie organique H R3 H R1 C R2 C R3 H 1) Hg(OCOCH3)2. c’est une réaction semblable à celle de l’addition des électrophiles. la diminution de la densité électronique du carbone éthylénique non substitué par ces groupes favorise l’attaque d’un réactif nucléophile. Dans une certaine mesure.32) substitue(ent) l’un des deux carbones d’une double liaison. C +δ Y C −δ C C C O Y effet -I C C C effet .32 L’addition du réactif nucléophile correspond à deux étapes : la première est l’attaque du nucléophile sur le carbone à faible densité électronique. ROH 2) NaBH4. amides… correspondants. R2. nitriles. mais avec inversion des charges. réactions de Michaël Lorsqu’un ou plusieurs groupes Y à effet électroattracteur -M ou -I (schéma 9. le mécanisme est présenté dans le schéma 9. NaOH. avec formation d’un carbanion stabilisé par résonance dans le cas d’une présence de groupes à effet -M.31 9.33. on peut citer selon l’ordre de facilité de l’attaque du nucléophile : -CHO > -COR > -CO2R > -CN > -NO2 Certains groupes dérivés du soufre comme -SOR. mais il s’applique aussi aux esters.2 Additions nucléophiles.

dans la mesure où l’oxygène a une électronégativité supérieure à celle du carbone. pipéridine. qui correspond à une cyanoéthylation du malonate d’éthyle. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 483 Nu C C C O Nu C C C O ion énolate Nu C C C O NuH . car la forme limite prépondérante de l’ion énolate est celle où la charge négative est située sur l’oxygène.1 Par extension. ou mieux. Lorsque le réactif nucléophile est un carbanion. La réaction d’addition du carbanion dérivé du malonate d’éthyle sur l’acrylonitrile. réactions de type Michaël. et en particulier l’un de ceux formés par addition d’un équivalent de base (alcoolates. cyanoacétates. les réactions d’addition de tous les réactifs nucléophiles sur les alcènes définis ci-dessus ont aussi souvent cette appellation. aralkyl. COOR R' CH COOR malonates CN R' CH CN malononitriles COOR R' CH CN cyanacétates R' R'-CO-CH(R")-COOR β-cétoesters R' CH NO2 R" CH CHO R" H nitroalcanes aldéhydes R R' et R" = H. acylacétate. ou aryl Figure 9. malononitriles.34) : . alkyl. malonates. cette réaction d’addition est appelée réaction de Michaël (1887). nitroalcanes… (Figure 9.33 La formation de l’énol avant l’établissement de l’équilibre céto-énolique est vraisemblable. L’acrylonitrile.Nu Nu C C C O H Nu C H C C O énol cétone équilibre céto-énolique Schéma 9.9.1). les acrylates et leurs dérivés substitués par des groupes alkyles sont les plus utilisés dans ces réactions. Elles sont très importantes en synthèse. potasse…) à des composés tels que. est présentée ci-dessous (schéma 9. amines aliphatiques tertiaires.

ROH. Les produits de la cyanoéthylation sont formés à des températures peu élevées. Ces additions ne sont pas stéréospécifiques. RNH2. . PhOH. RO-CH2CH2-CN Ph-OH H2NR RSH RNH-CH2-CH2-CN PhO-CH2-CH2-CN ROH H2 C CH CN acrylonitrile R-S-CH2-CH2-CN Schéma 9. et secondaires. il existe des exceptions.34 La cyanoéthylation peut aussi s’effectuer sur des alcools.484 Chimie organique EtOOC EtOOC CH2 Et-O EtOOC EtOOC CH + Et-O-H malonate d'éthyle EtOOC CH + EtOOC EtOOC H2 C CH CN EtOOC EtOOC CH H2C C H CN acrylonitrile EtOOC CH H2C EtOOC C H CN + Et-O-H H CH H2C C H CN + Et-O EtOOC (2-cyanoéthyl)-malonate d'éthyle Schéma 9. des amines primaires. La formation du carbanion intermédiaire en est la raison. RSH (schéma 9. (R)( R’)NH.35). Elles résultent alors d’une gêne à la libre rotation du carbanion intermédiaire ou à une différence de vitesse entre la rotation de ce carbanion et celle de l’attaque du groupe chargé positivement.35 Toutes les réactions de Michaël et de type Michaël sont équilibrées. Toutefois. le phénol. Cela explique aussi la facile dégradation des composés cyanoéthylés par chauffage en milieu basique. ou les thiols. Lorsque la température augmente la réaction s’inverse avec libération des composés de départ. par exemple dans le cas d’alcènes cycliques pour lesquels des additions syn ou anti ont été observées.

Si la double liaison porte un substituant CHO ou COR. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 485 Un cas particulier de ces réactions est celle du styrène qui additionne un groupe benzyle pour former le 1. (CH3)2C(OH)CN).3-diphénylpropane. Na H CH3-CH2-CH2-COOH acide butanoïque Schéma 9. Na + PhCH=CH2 styrène Ph-CH-CH2-CH2-Ph Ph-CH-CH2-CH2-Ph solvant protique Ph-CH2-CH2-CH2-Ph 1.36). Elle a lieu avec les alcènes activés de type Michaël.2 (sur le groupe carbonyle) est favorisée par rapport à l’addition 1. sur une double liaison n’est pas une réaction d’addition électrophile mais nucléophile. Na Ph-CH2 . .CH=CH-CH=O HCN base .2 Schéma 9. dans ce cas. Elle nécessite la présence d’une base (formation de l’anion cyanure).37 L’addition d’acide cyanhydrique (préparé par chauffage de cyanhydrine d’acétone. conduisant ainsi à une alkylation de l’acide acétique en acide butanoïque (schéma 9. Évidemment.9.4 + -CH=CH-C-O-H CN prépondérant addition 1. il ne s’agit pas d’une réaction d’addition de Michaël.36 Le carbanion qui résulte de l’action de l’amidure de sodium sur l’acétate de potassium peut s’additionner sur l’éthylène.38 . Na + NH3 CH2COOK.C-CH2-CH=O CN addition 1.37). Le carbanion benzyle est obtenu par action du sodium sur le toluène (schéma 9. l’addition 1.4 (schéma 9.3-diphénylpropane Schéma 9. NaNH2 amidure de sodium CH3COOK acétate de potassium CH2COOK.38). Na Ph-CH3 toluène Ph-CH2 . Na + CH2=CH2 CH2-CH2-CH2-COOK. La réaction est facilitée par la haute stabilité du carbanion intermédiaire résonnant résultant de l’addition.

9.39 9. sous de très fortes pressions. selon les conditions expérimentales. addition de HBr en présence de peroxyde (effet Kharash et addition antiMarkovnikov) : le bromure d’alkyle formé est le moins substitué (schéma 9. (CH3)2CH-CH2-CH2 (CH3)2CH-CH2-CH3 + CH3-CH-CH3 + CH3-CH2-CH3 Schéma 9.12.486 Chimie organique Les réactions de Michaël étant équilibrées..3 Additions radicalaires 9.39). Ces réactions présentent un intérêt industriel bien que leurs résultats soient des mélanges de plusieurs alcanes. Le mécanisme le plus vraisemblable est radicalaire..3.3. C CH2 HBr.2 – Alcanes Les alcanes s’additionnent aux alcènes à très haute température. les hexanes et heptanes l’accompagnent ainsi que divers alcènes..40). l’isopentane est prépondérant (55 %)... peroxyde effet Kharash ou anti-Markownikov CH CH2 Br le bromure le moins substitué Schéma 9. Dans le cas du mélange propane et éthylène.5d : halogénations sous UV..40 . Il débute par une réaction inverse à la disproportionation (ou dismutation) appelée symproportionation (schéma 9.. CH3-CH2-CH3 + CH2=CH2 CH3-CH-CH3 + CH3CH2 (réaction de symproportionation inverse de disproportionation) CH3CH-CH3 + CH2=CH2 (CH3)2CH-CH2-CH2 . une réaction rétro-Michaël est possible avec le même mécanisme mais inversé.1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde Ce type d’additions a été présenté au paragraphe 6.

. esters.41 : H C R O initiateur -H H R C C O C R C O C C R C O C C R C O R C O Schéma 9. en présence d’un initiateur de radicaux libres Ces réactions s’effectuent le plus souvent en présence de peroxydes. aldéhydes. c’est la liaison entre l’un de ces hydrogènes et le carbone qui est rompue. donnent aussi lieu à une telle réaction.3 – Amines. amines ou halogénures d’alkyles sont mis en réaction c’est la liaison entre l’hydrogène porté par le carbone lié au groupe fonctionnel et ce dernier qui est rompue (schéma 9. le mécanisme est le suivant. Lorsque les alcools. schéma 9. les malonates. alcools. CH2(COOR)2.42).42 CH-Y C C CH Z' initiateur radicalaire H C C Certains composés à hydrogénes acides Z-CH2-Z’ où Z et Z’ sont des groupes électroattracteurs -I. L’alcène mis en réaction ne doit pas avoir de substituants électroattracteurs. Dans ce cas. R C C + R-CH2-Y initiateur radicalaire H Z Z C C + H2C Z' Schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 487 9. Dans le cas d’un aldéhyde.41 C C H + R C O Un mécanisme semblable a lieu avec les formiates HCOOR et les formamides HCON(R1)(R2).3. par exemple.9.

COR. le platine ou son oxyde (catalyseur d’Adams. COOH. le catalyseur est sous forme de poudre extrêmement fine afin d’augmenter la surface de contact avec les réactifs. La présence de groupes fonctionnels soufrés inhibe la réaction en raison de la forte affinité du soufre pour ces catalyseurs. le palladium déposé sur du carbone (Pd-C). l’éthanol ou l’acide acétique contenant en solution le composé à hydrogéner.4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique Les alcènes peuvent être réduits en alcanes correspondants par deux méthodes : en phases hétérogènes et en phases homogènes (voir aussi § 13. Des groupes fonctionnels carbonylés CHO. le groupe hydroxyle OH ou amino NH2 ne sont pas une gêne à l’hydrogénation des doubles liaisons éthyléniques si les conditions expérimentales sont adéquates. COR. (comme le nickel de Raney). il est préférable de stocker ces catalyseurs sous un liquide (l’eau ou un alcool) afin d’éviter leur oxydation par l’air qui peut provoquer une inflammation.3). et l’oxyde de zinc. lequel est réduit en platine colloïdal par l’hydrogène).488 Chimie organique 9. (un solide et un liquide) consiste en une hydrogénation catalytique qui fait intervenir des métaux ou des composés métalliques parmi lesquels on peut citer le nickel de Raney (préparé par action de la soude sur l’alliage de Raney Ni-Al). L’alcène et l’hydrogène sont d’abord adsorbés sur la surface du catalyseur. un composé est adsorbé sur la surface d’un solide. Attention : ne pas confondre adsorber et absorber. le ruthénium. Les hydrogénations s’effectuent entre 0 °C et 250 °C et à des pressions variables selon les composés traités.43). le rhodium. ce dernier étant retenu à celle-ci par des forces dites de Van der Waals. La réduction. tandis qu’une éponge absorbe l’eau en la retenant à l’intérieur de ses espaces vides. en phase hétérogène. Dans tous les cas. R2 C H H R1 C R3 surface du catalyseur interactions fortes R4 H R1 C H R2 C R4 R3 interactions faibles R1 R2 H C C H R4 R3 Schéma 9. dans des solvants comme le méthanol. Dans certains cas. certains points sont considérés comme vraisemblables (schéma 9. Bien que l’étude approfondie du mécanisme de cette hydrogénation soit très complexe.43 .

Ce type d’hydrogénation a un caractère réversible. Une nouvelle molécule d’alcène vient alors prendre position sur les sites actifs libérés. Elle présente une meilleure sélectivité que la catalyse hétérogène mais les catalyseurs sont plus difficiles à éliminer après réaction. l’hydra- .44 C C Me Me Me Me La réduction en phase homogène peut être réalisée avec des catalyseurs solubles dans le milieu. Si un ou deux carbones asymétriques sont créés dans la molécule à l’origine. pour le zinc en présence d’acide. et plus particulièrement pour la molécule d’hydrogène.44). parmi d’autres. L’addition catalytique d’hydrogène est syn et stéréospécifique. Il se forme alors un radical qui reste retenu au catalyseur par le second carbone de l’alcène de départ.réduit spécifiquement les doubles et triples liaisons conjuguées à un groupe carbonyle ou à un cycle aromatique. il faut noter que de nombreux réactifs utilisés pour la réduction de liaisons multiples fonctionnelles (C=O. Réduction chimique : hors l’hydrogénation catalytique. les groupes NO2. L’hydrogénation en alcène utilise le catalyseur de Lindlar (palladium déposé sur du carbonate de calcium partiellement empoisonné par du diacétate de plomb pour le rendre moins actif). C≡N. H Me Me C Me C C Me C Me Me H2 catalyseur de Lindlar Me H C C Me Schéma 9. Les alcynes sont réduits en alcanes correspondants par les catalyseurs utilisés pour les alcènes.9. CN. Généralement. Certaines réactions d’isomérisation et d’échange d’hydrogènes sont associées à ce mécanisme. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 489 Ces adsorptions ont lieu sur des « sites actifs » liés à l’hétérogénéité de la surface du catalyseur. Les échanges d’hydrogènes se font sur une même surface de catalyseur ce qui implique une addition syn. COR et COOR ne sont pas réduits. Cela permet à chaque atome d’hydrogène d’avoir une certaine liberté et lui permet de s’associer à un atome de carbone de l’alcène. La réaction est exothermique. C’est le cas du catalyseur de Wilkinson qui est le chlorotris(triphénylphosphine)rhodium RhCl(PH3P)3 : avec ce catalyseur. l’action du lithium sur les amines aliphatiques. achirale. bien que thermodynamiquement l’isomère trans soit plus stable (schéma 9. L’addition est encore syn et conduit de manière unique ou prépondérante à l’alcène cis. Elles rendent les liaisons entre atomes retenus plus faibles. un racémique en est le résultat stéréochimique. les isomères cis sont plus rapidement hydrogénés que les isomères trans. NO2… sont susceptibles de réduire les alcènes et alcynes. Le pentacyanocobaltate(II) Co(CN)52. Le même phénomène se renouvelle avec un second atome d’hydrogène présent sur la surface catalytique ce qui conduit à l’alcane de la réaction qui est très peu adsorbé sur le catalyseur par rapport aux molécules d’alcènes. C’est le cas.

+ 2 Pd + 2 H H Schéma 9.47). Pt H2 chromite de cuivre Schéma 9. en présence de palladium. H2. H N H N H hydrazine H O N H N H . BaO.47 .46 La réduction du benzène en phase hétérogène est réalisée avec le nickel de Raney ou le platine. D’autres composés sont susceptibles de transférer leurs hydrogènes à un alcène. il s’agit d’une réaction de transfert d’hydrogène du diimide vers l’alcène comme le montre le schéma 9.45. Cr2O3) (schéma 9. le peroxyde d’hydrogène ou certains oxydes métalliques comme l’oxyde de cuivre CuO.490 Chimie organique zine en présence d’un oxydant doux comme l’oxygène.H2O diimide N H N N H H H C H R N H H C H R' H R N N + H C R' C + C C H H R' R Schéma 9.46). par chauffage (schéma 9.45 Dans le cas du diimide HN=NH fourni par oxydation ménagée de l’hydrazine NH2NH2. La réduction unique de chaînes latérales insaturées s’effectue avec du chromite de cuivre (2 CuO. C’est le cas du cyclohexène qui est susceptible de transférer quatre atomes d’hydrogène à deux molécules d’alcène. Cr2O3) ou du chromite de cuivre et de barium (CuO.

permettent d’effectuer des dihydroxylations syn d’oléfines. conduit aussi à une addition syn.2-diols. Fe(CN)6K3.49 : . Dans les deux cas.4-diène e Schéma 9.5. il se forme des esters cycliques par réaction d’un côté ou de l’autre du plan éthylènique. et un alcool (éthanol. On peut distinguer les additions syn et anti. Elles conduisent à des glycols ou 1. le mécanisme de la dihydroxylation syn est le suivant. Le même processus se répète une seconde fois avec le métal.9. Dans le cas de Os(VIII)O4. mais c’est un carbanion qui est formé. et le permanganate de potassium.1 – Additions syn Le tétroxyde d’osmium OsO4 (composé toxique et coûteux). Na H Na NH3 H H Et-O-H H H Na NH3 H e H Na H H Et-O-H H H .48 Le métal transfère un électron au benzène via l’ammoniac liquide pour créer un radical-anion qui est transformé en un simple radical par l’apport d’un proton fourni par l’alcool (l’ammoniac n’est pas assez acide pour apporter ce proton). Un nouvel apport de proton par l’alcool fournit le composé final. isopropanol ou t-butanol). 9.Et-O H Na . Ce composé peut être remplacé dans ces réactions par d’autres oxydants comme le ferricyanure de potassium.Et-O Na H H cyclohexa-1. KMnO4.48) est le résultat de la réaction de Birch (1944) qui fait intervenir un métal alcalin (lithium. 9.4-diène (schéma 9. de l’ammoniac liquide de haute pureté. le permanganate de potassium.5) en cyclohexa-1. En présence de quantité catalytique d’OsO4. l’ester osmique peut être isolé. Avec OsO4. sodium ou potassium). La réduction du benzène (voir aussi § 13. ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 De nombreuses méthodes de dihydroxylation des oléfines existent. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 491 Le benzène n’est pas réduit par l’hydrogène naissant résultant de l’action d’acides sur des métaux ou de l’action du sodium sur les alcools. schéma 9. le peroxyde d’hydrogène. en milieu alcalin. H2O2. OsO4.5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium. H2S. Il est décomposé par le hydrogénosulfite de sodium dans l’éthanol ou par l’acide sulfhydrique. MnO4K.

50).2-diol.H2O O C R1 R2 et l'inverse C R4 R3 oxirane Schéma 9.50 Dans les deux cas.492 Chimie organique R1 C R2 C R3 Os(VIII)O4 R4 R1 R2 O Os(VI) O O C C R4 et l'inverse O addition syn OH SO3HNa R3 EtOH R1 R2 et l'inverse OH C R4 R3 C ester osmique α-diol.MnO2 OH O C R4 R3 R3 O O OH C et l'inverse et l'inverse α-diol. addition syn K R1 C R2 C R4 R1 K O Cr O acide C chromique R1 dilué R2 O C R4 R3 H2O R1 R2 R2 et l'inverse O O C O Mn O C R4 R3 KOH H 2O MnO3H O C R1 R2 et l'inverse R3 MnO4K O C R4 H2O . Il en est de même pour le permanganate de potassium en milieu alcalin et l’acide chromique dilué à 25 °C (schéma 9. le mécanisme débute par la formation d’un ester cyclique. C’est une réaction stéréosélective et stéréospécifique. qui est décomposé par la solution alcaline par deux réactions successives en 1. ou glycol . .49 Si un ou deux carbones asymétriques sont créés. un seul racémique est obtenu. ou glycol Schéma 9. Le glycol est parfois accompagné d’oxirane par déshydratation du diol.

à chaud.51). permettent le passage des alcènes aux oxiranes (ou époxydes) correspondants (schéma 9.5.51 .2 – Addition anti Le peroxyde d’hydrogène et les acides peroxybenzoïques. La réaction est appelée époxydation des alcènes (réaction de Prileschaiev ou Priléjaev. le diol est oxydé en acides par coupure de la liaison carbone-carbone. H eau O oxygènée ou peroxyde d'hydrogène H O R3 C R4 .2-diol OH C R4 R3 SN 2 R2 O H H R3 R4 OH C R4 R3 (et son inverse optique) addition anti Schéma 9.H 2O O R1 C R2 Ar acide peroxybenzoïque C O O O H R1 -ArCOOH R3 R2 époxyde ou oxirane R3 R4 R1 C R2 C H H O R4 R1 R2 R1 C H2O -H R2 R1 C HO 1. ou en milieu neutre ou acide. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 493 Par contre.9. 1909). 9. plus particulièrement l’acide m-chloroperbenzoïque (MCPBA).

soit par libération du borane de son complexe in situ par addition de borohydrure de sodium. B2H6. du côté opposé à l’oxygène. à côté de nombreuses autres molécules (figure 9. BH3. soit directement avec le complexe.494 Chimie organique L’hydrolyse en milieu acide de ces composés cycliques conduit aux 1. lesquels sont des bases de Lewis. Me2S. Complexes du borane Et O O BH3 Et Me S Me N P BH3 BH3 Figure 9. sur l’un des carbones cycliques.6 Hydroboration et hydroboration-oxydation Le borane. 9.2-diols correspondants. comme dans le cas des complexes avec des amines tertiaires.2 BH3 BH3 La réaction d’hydroboration avec l’alcène s’effectue. La réaction se termine lorsqu’un trialkylborane est obtenu. Le peroxyde d’hydrogène en présence d’argent fournit aussi un époxyde. ce qui peut nécessiter dans certains cas un chauffage. D’autres bases comme le diméthylsulfure. un acide de Lewis. est le plus souvent employé sous forme de complexes résultant d’une réaction acido-basique au sens de Lewis avec des éthers acycliques comme le diéthyléther ou cycliques comme le tétrahydrofurane (THF). Il s’agit d’une dihydroxylation anti. qui existe sous forme de dimère. . L’attaque de l’époxyde protoné s’effectue selon un mécanisme SN2.2). Il se forme d’abord un alkylborane qui réagit aussitôt sur une nouvelle molécule d’alcène ce qui conduit à un dialkylborane. les amines tertiaires ou les phosphines sont aussi utilisées.

L’intérêt principal de l’hydroboration des alcènes est dans l’utilisation des produits d’addition pour la préparation d’alcools.52 Le mécanisme réactionnel (schéma 9. contrairement à d’autres additions. Comme le mécanisme le montre. l’addition est syn. le bore se lie au carbone le moins encombré. tandis que le bore est lié à l’autre carbone. . pauvre en électrons (acide de Lewis). Pour des raisons d’encombrement stérique. souvent celui qui porte le maximum d’hydrogènes si les autres substituants sont des groupes alkyles ou aryles. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 495 2 C=C C C + BH3 H2B alkylborane orbitales "p" addition syn C C H H C C B 3 trialkylborane C C C C C C H 2B C C H H H H B H H B H H2B H alkylborane état de transition complexe π borane-alcène orbitale vide H3C Et BH3 Me H H Me BH2 C 2 CH3 C H Et Me H trialkylborane Et C Me C H Me CH3 C C H Me B 3 BH2 sur le carbone le moins encombré Schéma 9. Cette régiosélectivité de l’addition dépend surtout de l’encombrement relatif des deux carbones éthyléniques et très peu des caractères électroniques des substituants de l’alcène. Le trialkylborane est oxydé par une solution aqueuse de peroxyde d’hydrogène. L’orbitale vide du bore est toujours présente dans le monoalkylborane donc une seconde réaction puis une troisième réaction sont possibles ce qui correspond au transfert des trois hydrogènes de BH3. réalisée par oxydation.52) débute par la formation d’un complexe entre l’alcène riche en électrons (base de Lewis) et le borane.9. Un des hydrogènes est ensuite transféré à l’un des carbones via un état de transition à quatre centres.

HO R H 2O O R B O O R H O O RO RO B . L’alcool obtenu résulte de ce qui correspond à une addition d’eau sur l’alcène de départ régiosélective anti-Markovnikov.HO R B O R H B O O H transposition avec rétention de configuration R B R RO RO RO borate de trialkyle H O O R .du peroxyde d’hydrogène sur l’atome de bore. site électrophile de la molécule. 9.HO RO borate de trialkyle B + 3 NaOH BO3Na3 + 3 R-OH borate de sodium Schéma 9. Le même processus se reproduit encore deux fois : le produit obtenu est un borate de trialkyle. stéréospécifique.53 L’ensemble de ces réactions correspond à l’hydroboration-oxydation : elle est similaire dans son résultat à une addition d’eau sur la double liaison mais le groupe OH est dans ce cas lié au carbone de l’alcène de départ le moins encombré. Rappel : (schémas 6.14. en entraînant son doublet de liaison ce qui permet ensuite le retrait d’un ion hydroxyde. En présence de soude. Ce résultat provient de l’attaque nucléophile de l’ion hydrogénoperoxyde HOO. Le composé ainsi formé subit une transposition.2a et 6. contrairement aux résultats enregistrés pour les additions d’eau en milieu acide.116) .7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes Les additions des carbènes et des nitrènes sur les oléfines sont présentées au chapitre 6 (§ 6. une addition anti-Markovnikov. vers l’oxygène lié au bore. avec rétention de configuration du groupe alkyle.53). C’est donc une réaction régiosélective.100 et 6.2a). syn. trois molécules d’alcools sont libérées à côté de borate de sodium (schéma 9.496 Chimie organique H-O-O-H + H2O R R R trialkylborane anion hydrogénoperoxyde H-O-O R R R B O O + H 3O R .15.

8 Cycloadditions [2 + 3]. un alcène (et parfois . donc constitués d’atomes de carbones et d’autres éléments comme l’oxygène.116) 9. sont préparés par des réactions dites de cycloaddition [2 + 3] qui font intervenir d’une part. l’azote. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 497 méthylène singulet CH2 R1 1) R2 C C R4 R4 R4 C 2) R1 C R2 C R4 R3 R5 R1 R2 C C C R3 R1 R2 C H2 C C R3 R4 et son inverse par attaque au-dessous du plan sp2 1 racémique R4 C R5 C R5 + R3 R4 R4 R3 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 C C C + R2 R1 C C C R4 R5 2 racémiques R4 R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux (Schéma 6. le soufre. et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) De nombreux hétérocycles pentagonaux.100) R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C CH CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine (Schéma 6.9.

. HN3. et dont les deux atomes terminaux. les dihydrotriazoles sont souvent synthétisés par action d’un azide d’alkyle ou azidoalcane.54). dipole-1. appelé dipolarophile. résonne entre deux formes limites dont l’une affecte deux charges de signes contraires aux deux atomes d’azotes terminaux. À titre d’exemple. azido. La même réaction effectuée avec un alcyne conduit aux triazoles.54 H N C R N N tétrazole Note : par simplification des schémas.3 Y X Z X Y hétérocycle Z alcène R-N N N azidoalcane R-N N N N R-N N C C N R N C C N dihydrotriazole N R-N N C C N R N C C N triazole N H-N N R C N N nitrile Schéma 9.3 (schéma 9. Il existe essentiellement 2 types de dipoles 1.498 Chimie organique d’autres doubles liaisons) ou un alcyne (ou un nitrile). des composés ou entités chimiques mésomères le plus souvent instables. réagit avec un nitrile pour former un tétrazole. les doublets d’électrons sont représentés exceptionnellement par des tirets. libérées in situ et appelées dipoles-1. RN3.3. et d’autre part. Le groupe N3. X et Z. Cela permet une attaque de type électrophile de ce groupe sur l’alcène et déclenche le mécanisme de cycloaddition [2 + 3]. Ces dipôles sont constitués de trois atomes principaux X-Y-Z liés entre eux. L’acide azothydrique. sur un alcène. sont susceptibles de porter des charges de signes contraires dans une des formes limites entre lesquelles ils résonnent.

l’atome Z chargé positivement (sextet d’électrons) forme une double liaison avec l’atome central Y neutre. Y. les azides ou l’oxyde nitreux.55 : 499 X Y Z X Y Z Schéma 9. un atome de carbone. Il existe des dipoles-1.3 qui sont instables comme les oxydes.HCl C N C ylure de nitrile C N C HN N C Cl base .55 – dans une forme limite du dipole. un atome de carbone ou d’azote et X. Z est neutre. et d’autres dipoles-1.56 .56). – si X.HCl ∆ . mais forme alors une triple liaison avec l’atome central Y chargé positivement .CO2 O N C oxyde de nitrile O N C N O N S O S N C sulfure de nitrile S N C N N N azide ou azoture N N C N N diazoalcane C N N O N N O N N oxyde nitreux Schéma 9. et dans une autre forme limite.3 de type 1 ont les caractéristiques suivantes.9. schéma 9. Y ne peut être qu’un atome d’azote.3 assez stables comme les diazoalcanes. C H N C Cl base .HCl N N C imine de nitrile N N C HO N C Cl base . Z. d’oxygène ou d’azote. imines ou ylures de nitriles souvent formés in situ par déshydrohalogénation en milieu basique d’un dérivé halogéné adéquat ou par chauffage d’un composé hétérocyclique (schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Les dipoles-1. et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev.

500 Chimie organique Les dipoles-1. de thiocarbonyles et les azimines sont préparés in situ (schéma 9. azoxy. Z devient neutre et la charge est portée par Y . Quelques dipoles-1.58).3 de type 2 ont les caractéristiques suivantes (schéma 9.57) : X Y Z X Y Z Schéma 9. les nitrones et l’ozone. et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev. X et Z peuvent être des atomes d’oxygène. l’atome chargé positivement Z forme avec l’atome central Y une simple ou double liaison. Y ne peut être qu’un atome d’azote ou d’oxygène.57 – dans les formes limites de ce dipôle. d’azote ou de carbone. – si X.Y. Dans ce dernier cas. .3 sont stables comme les composés nitrés. Par contre les ylures de carbonyles.

58 . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 501 X R C base .HX base .9.HX C R N R C N N C ylure d'azométhine R C N R N N C C CH N X N H R N C imine d'azométhine à partir d'hétérocycles C O C ylure de carbonyle C O C à partir d'hétérocycles C S C ylure de thiocarbonyle C S C à partir d'hétérocycles C O=O carbène N N N azimine N N N O O C oxyde de carbonyle O O C N O C carbonyle imine N O C O N O O N O O N O groupe nitro O N N groupe azoxy O N N C N O nitrone C N O O O N nitroso oxyde O O N O O O O O O O ozone O O O O O N O N N O N N O N nitroso imine Schéma 9.

3). les hétérocumulènes. alcynes terminaux. les imines ou les azodicarboxylates. CH2=CH-CO-R (R = alkyl ou aryl).3.3 . EtCO2-CH=CH-CO2Et (Z et E). styrène. alcynes internes. Ph-CH=CH-NO2. CH2=C(Me)-COOR. trans-stilbène. dicyanoacétylène. (R = alkyl). Et. vinyl cétones. propiolates. Ph-CH=CH-Ph. NC-CH=CH-CN (E). un benzène dont une double liaison a été remplacée par une triple liaison (composé instable). R-CO-C≡C-CO-R’ (R = Me. maléates ou fumarates d’éthyle. et des fonctions comme les nitriles. R-C≡CH (R = aryl ou hétéroaryl). acétylène dicarboxylate. O O O anhydride maléique Dérivés d’alcynes : O NH O maléimide R-C≡C-R’ (R et R’ = aryl ou hétéroaryl). l’anhydride maléique et le maléimide. R’ = aryl ou hétéroaryl). composés cycliques. Il faut y ajouter le benzyne (§ 8.4). noms donnés à des composés formés de deux doubles liaisons successives faisant intervenir des hétéroéléments. Benzyne Figure 9. acrylates. 1-nitro-2-phényléthylène. Dérivés d’alcènes : CH2=CH-CN. CH2=CH-COOR (R = alkyl). 1.502 Chimie organique Les dipolarophiles sont nombreux (figure 9. NC-C≡C-CN. La plupart sont des alcènes ou alcynes acycliques activés par des groupes électroattracteurs -M. HC≡C-CO2R (R = Me ou Et).2-dicyanoéthylène. RO2C-C≡C-CO2R (R = Me ou Et). acrylonitrile. CH2=CH-Ph.

Et-COO-N=N-COOEt. isocyanates. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 503 Il faut y ajouter. R-C(R)=N-R’ (R et R’ = alkyl ou aryl). pour généraliser la réaction. R-CO-N=C=O.3 intermédiaire (schéma 9. imines. nitrile. thioisocyanates. . azodicarboxylate d’éthyle.59 ozonide .Cas particulier de la cycloaddition de l’ozone. Fonctions simples : R-C≡N.4) : Hétérocumulènes (plusieurs insaturations consécutives faisant intervenir des hétéroéléments et un carbone) : R-N=C=O. les composés suivants (figure 9. O O O O O O ozone O O O O O O O O O O O C C C molozonide O C O C O O C O C O O O O + C C O O C O C O O C O diperoxyde cyclique réaction secondaire Schéma 9. N-acylisocyanates. R-CO-N=C=S (R = aryl ou CCl3). Ce composé se réarrange pour fournir l’ozonide dans lequel la liaison entre atomes de carbones est rompue.52). N-acylisothiocyanates.9. et bien qu’ils ne soient ni des alcènes ni des alcynes. et ozonolyse L’addition de l’ozone sur un alcène est une cycloaddition [2 + 3] qui conduit à un molozonide. Il peut aussi se former un diperoxyde comme composé secondaire qui provient d’une dimérisation d’un dipôle-1. R-N=C=S (R = alkyl ou aryl).

ils sont ouverts pour former des cétones ou des aldéhydes selon les substituants des carbones « sp 2 » de l’alcène traité. et le milieu réactionnel étant très oxydant en raison de la présence de peroxyde d’hydrogène. eau et oxygène (dès son apparition dans le milieu). à peine formé. 1) Alcènes H3C C H3C C H CH3 O O3 H3C C O ozonide O C CH3 2 H2O H H3 C H3C cétone (acétone) CH3 C O + O C H aldéhyde (acétaldéhyde) H3C milieu anhydre Sans poudre de zinc: H3C C H En présence de poudre de zinc: H2O2 CH3 O C H 2) Alcynes R1 C C R2 R1 C O + H2O2 Zn H2O + 1/2 O2 CH3 + H2O + 1/2 O2 H O + H 2O 2 CH3-COOH acide (acide acétique) + H2O2 + H 2O Zn O C non oxydé en acide acétique O C O R2 H 2O R1 C O C R2 + H2O2 O ozonide d'alcyne R1-COOH + R2-COOH Schéma 9. l’aldéhyde. C’est donc un acide qui sera. le résultat de cette oxydation pour ce carbone. Un carbone éthylènique disubstitué par des groupes alkyles conduira à une cétone (non oxydable par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu réactionnel). Les aldéhydes étant très facilement oxydables en acides. de la poudre de zinc qui permet la décomposition du peroxyde d’hydrogène en ses éléments. dans ce cas et dans les conditions indiquées. on peut ajouter au mélange réactionnel.504 Chimie organique La réaction a lieu dans le chloroforme ou le tétrachlorure de carbone comme solvant.60 Afin d’éviter cette oxydation de l’aldéhyde formé au début de la réaction. dans les conditions normales. Les ozonides sont très sensibles à l’hydrolyse.60. sera donc oxydé en acide correspondant comme dans l’exemple du schéma 9. En présence d’eau. Un carbone éthylènique monosubstitué par un groupe alkyle conduira à un aldéhyde. L’oxygène moléculaire remplace alors le peroxyde d’hydrogène : c’est un très mauvais .

ou hétérocyclique comme le furane qui possède un caractère diènique important bien qu’il soit un composé aromatique.3-diène. à sec ou dans un solvant non polaire comme le benzène.3-diène éthène ou éthylène cyclohexène diène diènophile cycloadduit Schéma 9.3-diméthylbuta-1. La plus simple de toutes ces réactions est la cycloaddition de l’éthylène ou éthène (diènophile) avec le buta-1.3-diène ou le cyclopenta-1. L’ozonolyse est possible avec les alcynes (2. schéma 9. C’est donc. C’est donc l’aldéhyde qui est finalement le résultat de cette réaction dans les conditions indiquées. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 505 oxydant. le diène utilisé doit être riche en électrons ce qui suppose la présence de substituants à effet électrodonneur +I comme les groupes alkyles et plus particulièrement méthyles (le 2.3-diène ou le trans. La figure 9. par chauffage.3). 9. Elle s’effectue. et dans ces conditions. La réaction s’effectue en phase gazeuse à 200 °C et fournit le cyclohexène (cycloadduit) mais avec de faibles rendements. Des composés dièniques cycliques sont aussi utilisés comme le cyclohexa-1. l’aldéhyde n’est pas oxydé. entre un composé diènique (qui intervient par 4 électrons π) qui peut être un simple diène conjugué (1. une réaction difficile.trans-hexa-2.3-diène (schéma 9. il faut rendre les réactants plus réactifs. ou même des composés aromatiques comme l’anthracène (le benzène ne réagit pas et le naphtalène réagit très difficilement).61 Pour que cette cycloaddition soit rendue plus facile. 200°C + buta-1.10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) La réaction de Diels-Alder (1928) est une cycloaddition [4 + 2] qui conduit à la formation d’un composé cyclique appelé cycloadduit.4-diène).4 rassemble quelques diènes utilisés dans ces réactions. . et un composé éthylènique ou acétylènique appelé diènophile (qui intervient par 2 électrons π).60) mais elle est beaucoup plus lente qu’avec les alcènes. dans ce cas.61). sans catalyseur.9. Pour cela. un ényne ( C=C-C≡C) ou un diyne (C≡C-C≡C). un composé polyènique conjugué. L’ozonide résultant réagit avec l’eau en formant une α-dicétone qui est oxydée en deux acides par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu.

seuls 2 électrons π parmi les 4 présents dans la triple liaison interviennent dans cette réaction (par exemple.3-diméthylbuta-1.3-diène cyclopenta-1. Quelques uns d’entre eux parmi les plus employés sont présentés dans la figure 9. CH2OH. cas particulier où le diènophile est aussi un diène). Certains alcynes peuvent servir de diènophiles : dans ce cas.trans-hexa-2. car substitués par des groupes électroattracteurs -I (CF3. ou le benzyne formé in situ). CH2CN.1'-diène Figure 9. COOR.5.3-diène trans. CO-R (R = alkyl ou aryl). . COCl.3-diène O anthracène furane cyclohexa-1. ou une double liaison.2-diméthylènecyclohexane 1-vinyl-cyclohexène bicyclohexyl-1. CH2Cl. CN.3-diène 1. le propiolate de méthyle.506 Chimie organique Diènes classiques buta-1. les meilleurs diènophiles. sont ceux dont les carbones éthylèniques ont de faibles densités électroniques. CH2COOH) et surtout -M (CHO. COOH.4-diène 2.4 Inversement.

>C=O. les imines. R-N=O. O=O. les composés azo. R-N=N-R’. l’oxygène. Il résulte de ces cycloadditions des cycloadduits hétérocycliques. >C=N-.5 Certaines fonctions présentant une double ou triple liaison comme les nitriles. R-C≡N. . peuvent être aussi des diènophiles. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 507 Quelques diènophiles classiques (PhSO est retiré sous forme de PhSOH par action de Na/Hg après formation de l'adduit) peu actif remplacé par éthylène SO2Ph phényl vinyl sulfone H CN H COOMe H COOMe H CN H COOMe ou maléate de méthyle MeOOC H cis-1. nitroso. dans certaines conditions. dans l’état singulet réagit sous rayonnement ultraviolet avec les diènes pour former des peroxydes cycliques.2-dicyanoéthylène cis-but-2-ènedioate de méthyle trans-but-2-ènedioate de méthyle ou fumarate de méthyle NC CN H CHO H COOMe O H O H O anhydride maléique NC CN H H H H tétracyanoéthylène propènal ou acroléine propènoate de méthyle ou acrylate de méthyle H COOMe COOMe COOEt N N H acétylène (faible diènophile) H propiolate de méthyle COOMe butynedioate de méthyle ou acétylènedicarboxylate de méthyle COOEt azodicarboxylate d'éthyle O O quinone benzyne préparé in situ Figure 9. Enfin. ou cétoniques.9. et avec des substituants de type électroattracteur -M.

La formation de nouvelles liaisons avec création d’un cycle se fait en une seule étape.4 du diène se recouvrent lors de la réaction de cycloaddition pour former simultanément deux liaisons σ dans le cycloadduit. . Tout se passe donc du même côté du plan « sp2 » du diènophile.62.3-diène et de l’acrylonitrile sont représentées. Le résultat est similaire pour les diènophiles « trans » (schéma 9. Les orbitales « p » du diènophile et des carbones 1. Les deux nouvelles liaisons σ sont créées simultanément.508 Chimie organique La réaction de Diels-Alder est une réaction concertée.63). Ce mécanisme explique le caractère stéréospécifique de ces cycloadditions.62 Dans le schéma 9. La stéréochimie du diènophile est conservée. Cela peut avoir lieu sur l’un ou l’autre côté de ce plan. Un diènophile « cis » conduit à un cycloadduit « cis ». les orbitales « p » des carbones du buta-1. CN + CN CN liaison π liaison σ CN CN liaison σ liaison σ diène diènophile cycloadduit Schéma 9. L’état de transition peut être représenté par des flèches montrant le mouvement électronique impliqué.

64).4-diphénylbutadiène et. dans le premier cas. La stéréochimie du diène est conservée dans le cycloadduit.2-dicyanoéthylène CN H H CN composés identiques trans-1.4-diphénylbutadiène (schéma 9.9.63 Si le cis-1. en position cis. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 509 CN + CN cis-1. le trans-trans-1.2-dicyanoéthylène réagit avec. .2-dicyanoéthylène CN H CN H composés identiques cis-1.2-dicyano-cyclohex-4-ène ou H CN CN H A C B D A C B D + Schéma 9. les groupes phényles sur le cyclohexène dans le cycloadduit sont. avec le cis-trans-1. d’autre part.2-dicyano-cyclohex-4-ène H ou CN H CN CN + NC trans-1. en position trans ce qui montre que la réaction de cycloaddition est stéréospécifique et l’addition syn. et dans le second cas. d’une part.

2-dicyano-3. deux types de composés peuvent être formés : si le groupe le plus volumineux du diènophile se trouve sous le diène. . en dehors) soit aussi présent (schéma 9. mais il est possible dans certains cas que le composé « exo » (du grec. et que l’éthylènique est dissymétrique. dans le cas contraire.6-diphényl-cyclohexane + H R H R H R H R + R H H R R H H R Schéma 9.65).6-diphényl-cyclohexane H CN Ph H CN Ph + Ph H CN H CN H H Ph cis-trans-1.64 Lorsque le diène est un composé cyclique. comme le cyclopentadiène.2-dicyano-3. Dans la majorité des cas c’est le composé « endo » (du grec. l’addition est « endo ».510 Chimie organique Ph CN H H CN Ph + H Ph CN H CN H H Ph cis-cis-1. l’addition est « exo ». en dedans) qui est obtenu.

66). H H H N C H Schéma 9. Dans la réaction entre cyclopentadiène et acrylonitrile. il y a interaction entre une orbitale « p » d’une double liaison du diène avec l’une des orbitales « p » du carbone de la fonction nitrile (schéma 9. Cette prédominance du composé « endo » dans ces cycloadditions est désignée sous l’appellation de règle « endo ». Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 511 cycloaddition "exo" H H H H NC CN H CN H H CN H groupes "exo" (en dehors) cycloaddition "endo" prédominante H H CN H CN H H CN groupes "endo" (en dedans) H H H NC Schéma 9.66 H H H H H CN H .65 La prédominance du composé « endo » serait le résultat de l’interaction entre les orbitales « p » du diène et celles des groupes substituant le diènophile dans la mesure où ils portent des doubles ou triples liaisons ce qui permet une formation plus rapide de ce composé (cinétiquement favorisé) comparée à celle du composé « exo ».9.

67 La cycloaddition pouvant s’effectuer de part et d’autre du plan éthylènique du diènophile. On obtient donc un racémique. Le retrait par hydrolyse du groupe (-) ou (+)-phénylmenthyle. un acide de Lewis. Pour que la réaction devienne énantiosélective. La plus classique concerne l’addition d’un acrylate de (-) ou (+)-phénylmenthyle chiral sur le cyclopentadiène en présence d’un catalyseur. le tétrachlorure de titane. copule chirale. La présence du groupe chiral sur l’acrylate influe sur l’orientation de la réaction ce qui permet de favoriser la formation de l’un des deux énantiomères possibles. certaines méthodes ont été utilisées.67).512 Chimie organique L’addition de l’anhydride maléique au cyclopentadiène fournit encore un cycloadduit « endo » pour des raisons semblables. conduit à un cycloadduit acide chiral (schéma 9. H H H O O O H O H H H H O O cycladduit "endo" Schéma 9. les deux produits qui en résultent sont des cycloadduits « endo » énantiomères si un carbone asymétrique est créé (schéma 9. .68).

on remarque une régiosélectivité. il n’y a pas de composé méta. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 513 TiCl4 H O H H C O R* H * H TiCl4 COO * COO R* R* H2O.9. H+ (.R* OH) COOH * H H * COOH Schéma 9. régiosélectives.68 Lorsqu’une réaction de Diels-Alder est effectuée avec un diène et un diènophile dissymétriques. . Avec le nitroéthylène (Y = NO2). Les composés ortho et para sont prédominants par rapport aux composés méta. Le retrait du groupe nitro dans le cycloadduit est utilisé pour obtenir des réactions de cycloadditions de ce type. plusieurs composés (sans compter les stéréoisomères) peuvent être obtenus (schéma 9. Pour des raisons d’interactions d’orbitales entre doubles liaisons et groupes substituants.69).

514 Chimie organique R Y + ou Y R Y et ortho R Y + ou Y Y para composés prédominants R Y méta R et Y méta R Schéma 9. C’est aussi le cas de la réaction de Diels-Alder. dans certains cas. Elle s’effectue par chauffage de l’adduit mais peut conduire. par chauffage (schéma 9.69 La plupart des réactions de cycloadditions sont réversibles.SO2 Schéma 9.71).70 Toutefois. le butadiène (gaz) est obtenu de manière plus pratique par chauffage de 3-sulfolène (un solide) (schéma 9.71 . le plus souvent.70). SO2 ∆ . Le cyclohexène qui peut être obtenu par cycloaddition de butadiène et d’éthylène (mais ce n’est pas sa meilleure méthode de préparation) est utilisé comme générateur de butadiène au laboratoire. Schéma 9. à des diènes ou diènophiles différents de ceux à l’origine de l’adduit. La réaction inverse est appelée simplement réaction de rétro Diels-Alder ou dégradation rétro-diènique.

libère le cyclopentadiène (schéma 9.10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) Les oléfines qui ont un hydrogène sur le substituant en α de la double liaison sont susceptibles de s’additionner sans catalyseur à un composé de type diènophile (double ou triple liaison activée) utilisé dans les réactions de Diels-Alder (qui peut être appelé dans ce cas un ènophile). des réactions très spécifiques qui font intervenir un diène non conjugué et un diènophile (schéma 9. un composé tricyclique stable à température ordinaire (c’est ainsi qu’il est stocké) et qui. Y ROOC N N COOR ROOC N Y COOR N Schéma 9.72 On appelle réactions homo Diels-Alder. Y R R' Schéma 9. par chauffage. Par contre. le mécanisme pourrait être décrit par plusieurs étapes.73 9.74).9.74 Y H R R' H Y= groupe électroattracteur -I ou -M . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 515 On appelle réactions auto Diels-Alder les réactions de cycloaddition [2 + 4] qui s’effectuent entre composés dièniques de même nature.73). lorsqu’un acide de Lewis est utilisé pour activer la réaction. + dicyclopentadiène Schéma 9. Le cyclopentadiène réagit sur lui-même pour former le dicyclopentadiène.72). Le mécanisme est concerté (schéma 9.

.

.....................................................1a – Avec les aldéhydes et cétones ...................................................... 10........................3..2...... 532 10..................... 553 ................1 – L’ammoniac et les amines ................................. 538 10.........................1a – Hydrogénation catalytique ...............................2..2....... dans le THF .......2.......................2 – Hydratation ..... 544 10..1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) ..................... BH3...... 542 10.........................1d – Avec les nitriles .....................2.... 523 10.................2....................7............. imine..................................... 519 10. 523 10......3 – Alcools et thiols ..................................... et nitrile Sommaire : 10...... 10..........................................7) .............................................2) ..........................................2....3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 ............................. 527 10.............5 – Acide cyanhydrique ............ 523 524 525 526 526 10............3..1c – Avec les esters ...............................2..................1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13.2................. 10...... 539 10... 550 10..........3........1c – Le borane............1 Généralités ...1 – Réduction (voir aussi § 13...... 544 10.........................1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc) .......2.................2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle .................1b – Réaction de Mannich ........................................Chapitre 10 Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle...........................3............3................553 10.........................................................................................6 – Pentachlorure de phosphore . 542 10........................4 – Bisulfites alcalins ......2... 10.........

.. et cétimines ...............6 Condensation benzoïnique ....... 576 10......................................8. 578 10........................................ amides et chlorures d’acides .... 582 10.......................................................................... 600 ............... 559 10.......................3 – Sur l’anhydride carbonique (carbonation) et le sulfure de carbone . esters et anhydride carbonique ....................8..3 – Avec les aldimines..................... cétones......3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel .......................2 – Réaction de Tischenko ................................ 573 10...4 Additions faisant intervenir un carbanion ........5.....3...........4.............. 588 10.................1 – Avec les aldéhydes......................................................................1 – Sur les cétones et aldéhydes .1 – Aldolisation (et crotonisation) .....................4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide ....................................................................................................................10 Réaction de Reformatsky ........................................................ 594 10.................... 576 10................ 596 10............................. 580 10............. 595 10..3 – Les hydrazines .................3 – Réaction de Tollens .......1 – Réaction de Cannizzaro .......... 599 10.8......7 Réaction de Wittig ................. 593 10...4 – Carbanion acétylure .....8........2 – Sur les esters...3........ 555 10...... 578 10............................4..........................2 – L’hydroxylamine ........................... 577 10..........................4 – Sur les imines..............9 Réactions des organolithiens ...............9.....................................5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde .................................................................................. 567 10............................. isocyanates et nitriles ..........................................................518 Chimie organique 10....4..4..............9.........5....... 597 10.........9...................... 581 10................4..........5............ 560 10.....3...........4.........................................2 – Avec les sels d’acides carboxyliques ............................5 – Réaction de Perkin ..................... 559 10......8 Réactions des organomagnésiens .................................. 599 10.................6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) ...... 554 10................ 588 10.................2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann .................... 583 10.

1 Il en résulte que les réactifs nucléophiles attaquent le carbone.1). qui reste toutefois l’étape lente du mécanisme. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. celle qui donne la vitesse de la réaction complète. Les additions radicalaires sont particulièrement rares. ou N. et les réactifs électrophiles. l’hétéroélément.et nitrile. une forte polarisation des liaisons. K Schéma 10.sur le carbone. Elle est suivie de l’attaque d’un électrophile. soit par celle d’un nucléophile Nu : ou Nu. +δ C −δ O C O C O effet -I Figure 10. elles ont lieu en présence d’un acide fort ou d’un acide de Lewis. Il existe donc un effet électroattracteur -I auquel s’ajoute une délocalisation des électrons π qui affecte une charge positive au carbone et une charge négative à l’hétéroélément (figure 10. soit par l’attaque d’un électrophile Y ou Y+ sur l’oxygène. Généralement. la réaction peut débuter. S. imine.1 Généralités Les groupes carbonyle. H ou CN. C’est l’étape la plus lente de l’addition. C=O. A priori. C≡N. ces additions sont initiées par l’attaque nucléophile sur le carbone. qui est la conséquence de la différence des électronégativités entre le carbone et les hétéroéléments O. +δ C −δ O H lent C NuH O rapide Nu C O NuH ex: H2O (sans catalyse acide. La réaction se termine par . La protonation de l’hétéroélément augmente le caractère positif du carbone avec formation d’un ion carbonium (étape rapide) ce qui facilite l’attaque du nucléophile présent. et nitrile 519 10. ont un caractère commun.1). réaction lente) +δ C −δ O E lent Nu C O E rapide Nu C O Nu ex: CN . imine. étape rapide (schéma 10. C=N.1 Les réactions d’additions qui débutent par l’attaque de l’oxygène par un réactif électrophile sont moins fréquentes.10.

2). catalyse acide +δ C −δ O H H C O C O H NuH H C Nu H Schéma 10. C O +δ −δ H A acide Figure 10.2 H -H C Nu O O La quantité d’acide ajoutée à une réaction comme catalyseur doit être contrôlée afin qu’un excès n’induise pas une diminution de la concentration en nucléophile. L’eau est un faible nucléophile et son addition est lente en l’absence d’acide. ce qui le rend plus actif (exemple : HCN et CN–) (schéma 10. Il existe donc pour chacune de ces réactions un pH défini pour lequel la réactivité est maximale. Ainsi. Par contre. .3). Des liaisons « hydrogènes » peuvent aussi activer l’attaque du nucléophile. l’addition d’amines sur les cétones s’effectue en présence d’une faible quantité d’acide.2. L’acide joue alors le rôle d’un catalyseur.520 Chimie organique une déprotonation (schéma 10. la catalyse basique permet d’augmenter la réactivité d’un nucléophile NuH en le déprotonant en Nu-. entre autres.2). C’est le cas de l’hydratation (§ 10. La présence d’acide augmente sensiblement la vitesse de cette réaction. des nucléophiles forts comme l’ion cyanure réagissent sans l’aide d’un acide.2 C O +δ −δ H O R solvant protique Par ailleurs. Le groupe carbonyle peut former avec un acide ou un solvant protique une liaison « hydrogène » qui permet une augmentation de la charge partielle positive du carbone de C=O (figure 10. Un excès conduit à un sel d’ammonium et à une diminution des amines libres.2).

3 Nu C + BH H O BH -B Nu C O La nature des substituants portés par le carbone fonctionnel a une grande importance sur la vitesse de la réaction d’addition. est plus réactif que l’éthanal. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.4). Cl CH2 H +δ C O −δ H3 C H +δ C −δ O Figure 10. CH3COCH3. R C O Schéma 10. et inversement pour les groupes à effets électrodonneurs +I (figure 10. HCHO.10. les aldéhydes sont généralement plus réactifs que les cétones. CH3CHO. dans la mesure où les groupes méthyles par leurs effets électrodonneurs +I diminuent le caractère positif du carbone (figure 10. imine.4 Les cétones et aldéhydes aromatiques sont moins réactifs que leurs équivalents aliphatiques. lui-même plus réactif que la propanone. Ainsi.3 La présence de substituants à effets électroattracteurs -I comme CH2Cl augmente sensiblement la vitesse de la réaction. pour une série homogène donnée. et nitrile 521 catalyse basique NuH + B C O Nu Nu Schéma 10.4). en raison de la délocalisation sur le cycle de la charge positive. Le méthanal. H H +δ C −δ O H3C H +δ C −δ O H3C H3C +δ −δ C O attaque d'un réactif nucléophile de moins en moins facile Figure 10.3). conséquence de la résonance (schéma 10.4 R C O .

2) (addition-1.5). au même titre que le volume du nucléophile. Les substituants volumineux gênent l’approche du réactif nucléophile et diminuent la vitesse de la réaction.2 sur le groupe fonctionnel sont rendues plus difficiles en raison de la diminution de la charge partielle positive du carbone (schéma 10.4.4) C C C Nu O H C Nu C C OH (addition sur le groupe fonctionnel C=O) C Nu C H C O Schéma 10. La conjugaison du groupe fonctionnel avec une double liaison et la délocalisation électronique qui en résulte rend possible des additions-1. On peut donc en conclure que les substituants du carbone interviennent sur la vitesse de l’addition par leurs effets électronique et stérique. C 1 C 2 C 3 O 4 C C C NuH O NuH (addition-1. Les additions-1. La di-t-butylcétone ((CH3)3C)2C=O ne réagit qu’avec des réactifs nucléophiles de faible volume et de haute réactivité (figure 10. l’augmentation du volume du nucléophile utilisé peut rendre la réaction moins facile.5 .5). R C R' Figure 10. et pour un groupe fonctionnel donné.5 O difficile et réaction d'addition lente substituants volumineux: approche de NuH ou Nu- À l’inverse.522 Chimie organique Le volume des substituants a aussi une importance sur la vitesse de la réaction d’addition.

4.4 ou sur le groupe fonctionnel.1 – Réduction (voir aussi § 13. la substitution du groupe C=O par un groupe volumineux comme t-butyle oriente plutôt l’addition en 1. la gêne stérique apportée par les substituants du composé de départ peut orienter plus encore que les effets électroniques. et plus souvent. car dans ce cas le produit formé est plus stable thermodynamiquement que celui résultant de l’addition-1.2. sont obtenus (schéma 10. le contrôle de la réaction est thermodynamique et l’addition est de type-1. – l’addition d’un carbanion. . Inversement.et d’un amide -CO-NHR). Toutefois.6). dans ce cas. palladium ou ruthénium). l’addition en 1. voir ci-dessous) . la condensation benzoïnique.7) 10. une hydrogénation catalytique. Dans ce dernier cas. Il faut y ajouter les réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure.2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle 10.(une condensation.2. et secondaires pour les cétones.10.4. il s’agit d’une addition-élimination. primaires pour les aldéhydes. Remarque : le terme « condensation » est équivoque car il indique dans la littérature ancienne l’addition pure et simple d’un réactif à un autre avec formation d’un seul composé (ex : formation de cyanhydrine à partir d’un aldéhyde et de HCN). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Les alcools correspondants. la réaction de Wittig. La présence d’un groupe volumineux sur C1 comme phényle a pour conséquence d’orienter la réaction plutôt vers l’addition sur C=O. l’addition de deux molécules formant un composé unique qui subit l’élimination immédiate ou non d’une petite molécule comme l’eau ou un alcool avec formation ou non d’une double liaison (ex : réaction entre amine primaire et composé carbonylé. imines et nitriles : – l’addition simple sur la double liaison fonctionnelle . Il existe trois grands types de réactions d’additions sur les groupes carbonyles. 10. l’addition des organométalliques et la réaction de Reformatsky.2 (la présence du groupe fonctionnel stabilise plus le produit résultant de la réaction qu’une double liaison). et nitrile 523 Si la réaction d’addition est facilement réversible. – l’addition de composés azotés suivie d’une élimination avec formation d’une double liaison >C=N.1a – Hydrogénation catalytique La réduction des aldéhydes et cétones simples (ne possèdant pas d’autres fonctions dans leurs molécules) peut être effectuée par l’hydrogène en présence d’un catalyseur (platine. cétone ou ester avec formation respectivement d’une imine >C=N. imine. maintenant.

dans ce cas. les doubles ou triples liaisons ne doivent pas être conjuguées avec le groupe carbonyle car elles risquent d’être elles aussi réduites. La réaction s’effectue en phase homogène ce qui est préférable sur le plan des interactions intermoléculaires à une réaction en phase hétérogène solide-liquide. qui ne sont pas transformés. dans lequel il a la particularité d’être soluble. Toutefois. Pd .2) La réduction catalytique par l’hydrogène présente un grand inconvénient lorsque la molécule contient des doubles ou triples liaisons carbone-carbone ou carbone-azote. Certains groupes réductibles comme CN. C’est pourquoi on lui préfère d’autres méthodes de réduction. selon la nature de la molécule. comme le diéthyléther ou le THF. F. L’emploi de AILiH4 a l’avantage d’être utilisable avec tous les aldéhydes et cétones contenant ou non des doubles et triples liaisons mais aussi des groupes OR. NR2. La plus importante est celle qui utilise l’hydrure de lithium aluminium. Lorsqu’un réactif permet d’agir de manière spécifique sur une fonction donnée parmi les autres présentes dans une molécule.7.524 Chimie organique R1 C R2 H Ar C R2 R2 = Ar' ou H OH O H H2. NO2 ou COOR sont aussi réduits. C O C O-AlH3 Li H +3 C O C H O Al Li 4 4 H-O-H H AlH3 Li 4 C H OH + Al (OH)3 + LiOH Schéma 10. Pd R1 C R2 H H2. car elles sont réduites avant les fonctions carbonylées. AILiH4. chimiques.6 Les cétones et aldéhydes aromatiques peuvent être réduits en hydrocarbures après leurs réductions en alcools.7 . on dit qu’il est.2.1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13. chimiosélectif. 10. dans un solvant aprotique anhydre.H2O R1 C R2 H OH Schéma 10.

8). NO2 et COOEt. comme AlLiH4 (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. puis la même réaction se renouvelle deux fois encore pour conduire à un borate d’alkoxyde. De nombreux réactifs ont été mis au point pour réduire des aldéhydes ou cétones de manière spécifique dans des molécules polyfonctionnelles. imine.9). le bore se lie à l’oxygène. et nitrile 525 Une molécule de AILiH4 forme un complexe à partir de quatre molécules de composé carbonylé (schéma 10.10. Par ailleurs. BH3. NaBH4 ne réduit pas les fonctions CN. souvent très polaires. dans le THF Lorsque le borane est utilisé pour réduire un aldéhyde ou une cétone. . L’hydrure de lithium aluminium est plus actif dans ces réactions de réduction que le borohydrure de sodium en raison de la plus forte polarisation des liaisons Al-H comparée à celle des liaisons B-H. et l’hydrogène au carbone d’une première molécule de composé carbonylé. CH3 C O H O CH CH3 H BH3 Na Na B(OCH(CH3)2)4 C H OH + H3B-O-CH(CH3)2 Na isopropoxyborohydrure de sodium capable de réagir encore trois fois tétraisopropoxyborate de sodium Schéma 10.8 Une molécule de borohydrure de sodium réduit quatre molécules d’aldéhyde ou de cétone.7) par attaques d’ions hydrures sur le carbone fonctionnel et formations de liaisons O-Al. 10. Quelques autres méthodes classiques présentées ci-après permettent la réduction des aldéhydes et des cétones. NaBH4. L’hydrolyse conduit à trois molécules d’alcool (schéma 10. qui a l’avantage sur LiAIH4 de pouvoir être utilisé dans l’eau ou les alcools (solvants protiques polaires) ce qui augmente le nombre des molécules réductibles et en particulier celles insolubles dans l’éther ou le THF. Il se forme finalement le tétraisopropoxyborate de sodium lorsque la réaction est effectuée dans l’isopropanol.1c – Le borane. ne pouvant donc pas être réduites par AILiH4.2. Ils font intervenir de nombreux réactifs métalliques. Un autre hydrure très utilisé est le borohydrure de sodium. Cela explique la réaction violente de l’hydrure de lithium aluminium avec l’eau et les alcools et qui se fait avec libération d’hydrogène. L’action de l’eau dans la dernière phase de la réduction permet le remplacement de l’aluminium par quatre atomes d’hydrogène ce qui libère quatre molécules d’alcool.

1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc).7) (oxydation d’un alcool en présence d’une cétone.9 10. L’action du sodium dans l’éthanol (schéma 10.2.1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) La réaction de Meerwein-Ponndorf-Verley (1925) utilisant l’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique est une réduction réversible très spécifique des cétones et aldéhydes et qui a peu d’effet sur toutes les autres fonctions réductibles. les aldéhydes et cétones qui présentent un fort taux d’énolisation comme les esters β-cétoniques. la butanone ou la cyclohexanone. dans ce cas. EtOH C H OH Schéma 10.10) est assez peu utilisée actuellement (elle réduit aussi très bien les fonctions esters). les β-dicétones… ne sont pas réduits par cette méthode. le t-butoxyde d’aluminium). Il semblerait radicalaire. C O Na . et d’une base qui est le plus souvent. THF C H O-BH2 +2 C O C H O-B 3 H2O C H O-H borate d'alkoxyde + B (OH)3 acide borique Schéma 10.10 10. La réaction inverse est appelée oxydation d’Oppenauer (§ 12. Toutefois.2. comme la propanone. . Le mécanisme est mal connu.526 Chimie organique C H O + BH2.

(CH3)2CO. Il s’effectue par transfert d’un ion hydrure suivi par celui d’un proton fourni par l’alcool isopropylique du milieu (schéma 10. 10. Le mécanisme est complexe. la propanone (acétone) formée dans la réaction est distillée au fur et à mesure de sa production (point d’ébullition.2. inférieur à celui de l’alcool isopropylique.11).2 – Hydratation R C R' R'= H : aldéhyde R' = alkyl. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Cela est du à l’effet électrodonneur +I des groupes alkyles qui rend plus difficile l’attaque du nucléophile (dans ce cas.12 La plupart des composés carbonylés additionnent une molécule d’eau. et nitrile 527 (H3C)2HC-O Al O H R1 R2 O-CH(CH3)2 O C CH3 isopropoxyde d'aluminium (H3C)2HC-O Al O O-CH(CH3)2 O C CH3 H CH3 (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H + O C CH3 H3C propanone O CH(CH3)2 CH3 R1 C R2 état de transition cyclique (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H O CH(CH3)2 H-O-CH(CH3)2 (H3C)2HC O Al O (H3C)2HC R1 + O C R2 alcool O CH(CH3)2 H H Schéma 10. La réaction est réversible et l’hydrate formé (diol géminé) est instable dans de nombreux cas (schéma 10.11 Pour orienter la réaction vers la formation de l’alcool. CH3CHO. D’autres mécanismes ont été proposés faisant intervenir deux moles d’isopropoxyde d’aluminium par mole de composé carbonylé.12). et la propanone (acétone). imine. mais le passage par un état de transition cyclique à six centres ne fait aucun doute.10. Les hydrates d’aldéhydes sont plus stables que les hydrates de cétones pour des groupes de substituants identiques comme l’éthanal. 82 °C). aryl ou aralkyl : cétone R O + H2O R' C OH OH hydrate d'aldéhyde ou de cétone Schéma 10. l’eau) sur le carbone du groupe . 56 °C.

A R C R' H O H O H . Cl Cl C C H OH H hydrate de chloral Cl OH H C OH H hydrate de méthanal OH H3 C C OH OH H 3C C H 3C OH OH hydrate d'éthanal hydrate de propanone stabilité décroissante Figure 10. Milieu basique R C R' H O H B Milieu acide B O R' H O H + BH R C O R C R O H R O R C O + B H O H R C R' H O H O H .14).6 montre la variation de la stabilité de quelques hydrates en fonction des effets -I puis +I du ou des substituant(s) du groupe carbonyle.528 Chimie organique carbonyle.14 O O H H R C R O O + AH H H . Cl3C-CHO.6 La possibilité de liaisons hydrogènes dans l’hydrate augmente aussi sa stabilité comme pour celui de la diphénylpropanetrione (schéma 10.13 L’hydratation peut s’effectuer en milieu neutre comme pour le méthanal mais aussi. en milieu acide ou basique (schéma 10. Ph O C C O C O H Ph + H 2O O O C Ph Ph hydrate de diphénylpropanetrione très stable O H O Schéma 10.13).A -A R C R H A Schéma 10. le plus souvent. La figure 10. La présence de groupes électroattracteurs au voisinage du groupe carbonyle facilite l’addition du nucléophile et augmente la stabilité de l’hydrate résultant comme pour le chloral.

R R' H .16 .A C O R + N R" H . les bases de Schiff.A O H R R" N H .15 C’est une réaction équilibrée mais qui est très fortement déplacée vers la droite en conditions normales (avec des imines aliphatiques). mais le composé ainsi formé. ArCH=N(R)(R’). sont plus difficiles à hydrolyser et un milieu acide (ou basique) est nécessaire. élimine une molécule d’amine primaire pour libérer finalement un composé carbonylé (schéma 10.A Schéma 10. Le mécanisme en milieu acide débute par une protonation de l’azote basique de l’imine ce qui provoque l’addition d’une molécule d’eau avec formation d’une α-hydroxyamine protonée instable. imine.16). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.A H R' R" N H sel d'amine primaire + H H .A R C R' H H R" N R" R" N H .A H H sel d'α-hydroxyamine R C R' O H N R" H . aralkyl) R" N + H2O R C R' OH N R" H R C R' composé carbonylé (cétone ou aldéhyde) amine primaire O + H2N R" α-hyroxyamime Schéma 10. une addition semblable à celle des composés carbonylés a lieu.15). imines formées entre des aldéhydes aromatiques et des amines primaires. analogue de l’hydrate. Toutefois. et nitrile 529 Dans le cas du groupe imine. aryl. R C R' imine d'aldéhyde (R =H) ou de cétone (R = alkyl.10.A H C O H α-hydroxyamine protonée R R' C O H R' R' C O N H H R C O H . L’élimination d’un sel d’ammonium et la perte d’un proton conduisent au composé carbonylé (schéma 10.

Ces composés sont très facilement hydrolysés à température ordinaire en raison de la délocalisation de la charge positive sur le carbone (schéma 10.17 Les sels d’iminium sont souvent préparés par action d’un halogénure sur une imine.R’C=N-NH-CO-NH2. R. R1 R3 C N R4X R1 C N R2 R3 R4 X R1 C N R2 R3 R4 X R2 sels d'iminium H 2O R1 C R2 Schéma 10.530 Chimie organique D’autres composés qui portent un groupe imino >C=N. les semicarbazones. Elle est plus rapide en milieu acide. sont hydrolysables comme les imines et libèrent un composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) et respectivement.17).R’C=N-NH-CS-NH2. de l’hydroxylamine (sous forme de sels).R’C=NOH. les hydrazones. R. mais elle peut être très lente. et de la thiosemicarbazide (schéma 10.R’C=N-NHR”.comme les oximes R.18). L’hydrolyse peut s’effectuer à pH 7. C’est la réaction inverse de leurs formations. et les thiosemicarbazones. de la semicarbazide. R C N R' oximes OH H 2O R C R' O + H2N OH hydroxylamine H R C N R' R C N R' semicarbazones hydrazones H R" H2O idem + NH2 N R" N hydrazines (l'hydrazine R" = H) H N CO-NH2 H2O idem + H2N NH CO-NH2 semicarbazide H R C N R' thiosemicarbazones N CS-NH2 H2O idem + H2N NH CS-NH2 thiosemicarbazide Schéma 10.18 H O + H N R3 X R4 . R. des hydrazines (sous forme de sels).

L’hydrolyse est facile (schéma 10. H C C N R2 ènamine C R1 C N R2 R1 H C C N R2 R1 H2O H C H C O R1 N R2 sel d'iminium + H Schéma 10.19 Dans des conditions de réaction stœchiométriques. RCONH2. les nitriles additionnent une molécule d’eau en milieu acide sulfurique concentré pour former un amide. et nitrile 531 Des sels d’iminium se forment lorsque des énamines sont en milieu acide.10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. L’hydrolyse acide des amides conduit aux acides dont ils dérivent.19). RX + NaCN H SO4H2 concentré SN2 RCN + NaX R C nitrile N R C NH R C NH H H O C H O C R NH H amide protoné H2O (quantité stoechiométrique) H O NH R O H C R H O C R H O O NH2 R C O H H H N H H N H -H NH H H C R amide N H H O C R O H H addition d'eau à l'amide protoné H O R H C O acide NH2 R C O H + NH2 H Schéma 10. imine. C’est une méthode souvent utilisée pour leurs préparations.20 . Les nitriles étant obtenus facilement par action d’un halogénure sur un cyanure alcalin par une réaction de substitution (schéma 10.20).

S S trithiane S Figure 10. fournit le sel de sodium de l’acide. mais de nombreuses autres méthodes existent.3 – Alcools et thiols R C O + R'OH H R C H OH OR' H H R C H OR' acétal R C OR' OH OR' hémiacétal + R'OH + H2 O Schéma 10.7 10.532 Chimie organique L’hydrolyse des nitriles peut aussi être effectuée en milieu basique par la soude contenant environ 10 % de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée). et de l’ammoniaque (NH3 + H2O → NH4OH) (schéma 10. des α-dithiols >C(SH)2. composé analogue de l’eau.22 . sous l’action de la soude. NH R C O H (formes tautomères) iminoalcool N R C N R C O O H O C R O H NH2 R C O H H2O. la sulfuration en composés thiocarbonylés >C=S.21).OH NH2 R C O amide O H NH2 H O H R C O + NH3 O O R-COO sel d'acide H H + H 2O Schéma 10. ou des composés cycliques comme les trithianes (figure 10. mis en présence de composés carbonylés peut conduire à divers produits comme les α-hydroxythiols >C(SH)-OH.21 L’acide sulfhydrique H2S. Le mécanisme d’hydrolyse basique passe encore par un amide qui.7).2. .

Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. ou ceux qui portent un substituant électroattracteur. Ce sont des réactions réversibles qui peuvent avoir lieu en milieu neutre. comme l’éthanal. Sauf très rares exceptions. Les mécanismes sont semblables à ceux de l’hydratation (§ 10.10. et nitrile 533 Les aldéhydes réagissent avec les alcools anhydres pour former d’abord des hémiacétals puis. Formation de l'hémiacétal en milieu neutre O R O R' C H H R O C O R' H R H O C O R' hémiacétal H H Formation de l'hémiacétal et de l'acétal en milieu acide O R C H H R C H H H O R C O R' H H R H H H . Les aldéhydes de faibles masses moléculaires. imine. Cl3C-CHO.2.23 H O -H R C O R' hémiacétal H H O C O R R C O H R' H -H R O C O R' H H R' La formation des acétals à partir des hémiacétals nécessite un catalyseur acide (schéma 10. mais la catalyse acide augmente leur vitesse. les bases sont sans effet. comme le trichloroéthanal ou chloral.22).H2O O H R' O H R H O C O R' H C O R' R' R'-O-H R' O R C O R' acétal Schéma 10.23).2). conduisent à des hémiacétals stables isolables . des acétals (schéma 10. Les hémiacétals et acétals sont stables en milieu basique.

25.24 Lorsqu’une fonction aldéhyde et une fonction alcool sont présentes dans une même molécule. Al2O3.5. c’est-à-dire très stable car présentant de faibles tensions cycliques. cette réaction d’addition étant difficile. En effet. est en équilibre avec les formes cycliques (α. en milieu acide. H2O H2C CH-CH(OEt)2 + NaBr + H2O + H 2O Br-CH2-CH2-CHO + 2 EtOH Schéma 10. soit par absorption au moyen d’un tamis moléculaire ou d’alumine. en présence de chlorure d’ammonium.534 Chimie organique (donc plus stables que les hydrates correspondants). L’acétalisation permet de les éviter. Le retour à la fonction aldéhyde de départ (déprotection) est effectué par hydrolyse de l’acétal.33). l’action de la soude sur le composé de départ aldéhydique aurait produit un carbanion par déprotonation de CαH et des réactions autres que l’élimination de HBr auraient été possibles. par hémiacétalisation. Parfois. et qui est aussi à l’origine du phénomène de la mutarotation des sucres (présentée au § 4. la protection de la fonction aldéhyde du 3-bromobutanal est nécessaire pour effectuer l’élimination de HBr et former une double liaison.24. Cette protection permet au chimiste de poursuivre sa synthèse en effectuant des réactions nouvelles (surtout en milieu basique) avec des réactifs qui auraient pu agir de manière non souhaitée sur cette fonction carbonylée. Dans l’exemple présenté. HC(OR)3. schéma 10.1. schéma 10. C’est le cas des sucres acycliques comme le D-glucose qui.et βD-glucopyranoses prépondérants. ainsi que α. Pour les aldéhydes de masses élevées. soit par une distillation simple ou azéotropique (voir 8. H Br-CH2-CH2-CH(OEt)2 NaOH 2 EtOH + CH2=CH-CHO H . la formation d’un hémiacétal par réaction intramoléculaire est possible si l’hétérocycle qui est ainsi produit est composé de 5 ou 6 éléments. elle est alors remplacée par l’action de composés comme les orthoesters. le déplacement de l’équilibre vers la droite est obtenu par élimination de l’eau formée. Les acétals sont utilisés comme protecteurs de la fonction aldéhyde d’une molécule. .12d).et β-D-glucofuranoses) ce qui crée un carbone asymétrique supplémentaire présent dans le cycle appelé carbone anomérique.

Seuls. et nitrile 535 6CH2OH 5 H H 1 1 2 3 4 OH OH H OH O O 35. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. HO-(CH2)3-OH.27).3-dioxanes. imine. comme le propane-1.3-dioxolanes et 1. les 1. respectivement (schéma 10. HO-(CH2)2-OH et 1. .25 Contrairement aux aldéhydes. H R + H2 O hémiacétal Schéma 10. OR" C R' OR" acétal (autrefois appelé cétal) R C O R' + R"-OH H R C R' OR" OH R"OH. Les mécanismes de formation de l’hémiacétal et de l’acétal sont identiques à ceux indiqués pour les aldéhydes (schéma 10.5% O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH 4 OH 3 2 HO H H HO H 1 O OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH OH 6 2 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63.3-diol. 1.26 Les réactions avec de simples alcools s’effectuent le plus souvent en milieu acide avec retrait de l’eau formée. les cétones réagissent assez difficilement avec les alcools pour des raisons d’encombrement stérique et électronique (voir § 10. comme pour les aldéhydes de masses élevées.10.2-diol.26).1). comme l’éthane-1. Ce sont d’excellents protecteurs de la fonction cétonique.5% 2 D-glucose (acyclique) 4 OH 3 OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 5 CH OH 6 2 Schéma 10.2-diols (glycols). conduisent assez facilement à des acétals cycliques stables.3-diols.

. Celle de l’hydrolyse des acétals correspondants est en ordre inverse. SiCl4. TiCl4.28 Les thiols. lesquelles présentent comme indiqué précédemment de très faibles tensions de cycle. le groupe hydroxy de l’hémiacétal est substitué par X (schéma 10. La dithioacétalisation est utilisée pour la protection des composés carbonylés.3-dioxane Schéma 10. La facilité de la formation des acétals cycliques est liée à leur entropie de formation qui est relativement plus favorable que celle de la formation d’acétals acycliques : un diol réagit sur un aldéhyde ou une cétone en fournissant deux molécules (l’acétal et l’eau) tandis qu’un alcool simple nécessite trois molécules (deux d’alcool et une de composé carbonylé) pour un même résultat : deux molécules. le tétrachlorure de titane.28). Sous l’action de HX. Parmi les diols souvent utilisés pour la protection des aldéhydes et des cétones. il ne se forme pas l’hémiacétal mais un éther α-halogéné.27 Cette stabilité est liée à leurs structures hétérocycliques composées de 5 ou 6 éléments. Les dithioacétals sont désulfurisés par le nickel de Raney ce qui permet de réduire les cétones. réagissent plus facilement avec les aldéhydes et cétones que les alcools ce qui est en accord avec le caractère plus nucléophile des thiols comparé à celui des alcools. Il se forme un hémimercaptal (ou hémithioacétal) puis un dithioacétal qui sont stables en milieu basique. HO-CH2-C(CH3)2-CH2OH > HO(CH2)2-OH > HO(CH2)3-OH Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone aliphatique est traitée par un alcool primaire ou secondaire anhydre et un halogénure d’hydrogène en quantité stœchiométrique. par exemple. ou le tétrachlorure de silicium. L’éthane-1.29).3-dioxolane HO CH2 C O + HO CH2 CH2 O H C O CH2 CH2 + H2O CH2 propane-1.2-diol 1. RSH. la réaction directe étant parfois complexe (schéma 10.3-diol 1.H2O OR C X C O + R-OH + HX Schéma 10. .2-dithiol conduit à des dithioacétals cycliques. on peut donner le classement suivant en fonction de la facilité de l’acétalisation. La formation des dithioacétals peut être catalysée par des composés autres que les acides.536 O H C O Chimie organique C O + HO CH2 HO CH2 CH2 CH2 + H 2O éthane-1. Les dithioacétals sont plus stables que les acétals vis-à-vis de l’hydrolyse acide.

3. RCOCN.4-oxadiazole substitué en position 5 H2O O R C OR' ester OR' R'OH. imine. par action d’un hydrazide). pour former un chlorhydrate d’iminoester. de son sel. Les imidates sont très utilisés en synthèse de composés hétérocycliques (comme les 1. Ni CH2 + 2 RSH Schéma 10.30 L’action de la triéthylamine ou de bicarbonates alcalins permet de libérer la base. le dioxane ou le benzène.HN(Et)3.29 Les nitriles additionnent une molécule d’alcool absolu (le plus souvent primaire) en présence de chlorure d’hydrogène. Ils réagissent très facile- . et certains nitriles aromatiques ortho substitués ne réagissent pas.4-oxadiazoles. Cl hydrazine monosubstituée iminoéther ou imidate NH2-NH-CO-Ar hydrazide N NH-CO-Ar R C O R' R C O hydrazonate N N C OH Ar N . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. l’imidate.10. et nitrile 537 OH C O + RSH C SR hémithioacétal RSH SR C SR dithioacétal H2.30). Les acylnitriles. Par chauffage des chlrohydrates d’iminoéthers dans un alcools des orthoesters sont formés (schéma 10. ∆ R C OR' OR' orthoester Schéma 10. d’iminoéther ou d’imidate.3.R'OH R C O N C Ar R' 2-aryl-1. R C O N H Cl NH R H C O R' Cl R C NH2 Cl O R' H R' chlorhydrate d'iminoéther ou d'imidate Cl NH2 R C O R' N(Et)3 R C O NH NH -NH-R' 2 R' NH R C NH-NH-R' amidrazone NH2 R C NH-NH-R' . C’est la synthèse de Pinner (1877). sans solvant ou dans l’éther.

car l’équilibre est alors peu orienté vers la droite. . Le composé carbonylé est régénéré par chauffage dans une solution diluée de carbonate de sodium (schéma 10.32).538 Chimie organique ment à 0 °C avec de nombreux nucléophiles azotés. mais aussi les isocyanates qui réagissent avec le bisulfite de sodium) de composés non carbonylés. les α-céto esters et quelques cétones cycliques (inférieures à nC = 7) sont capables d’additionner une molécule de bisulfite alcalin en solution dans l’eau. mais d’une attaque de ce groupe par un carbocation produit in situ. l’ion sulfite formé à partir de l’ion bisulfite attaque le carbone du groupe carbonyle. Une autre réaction. en conditions douces. Des carbocations issus d’autres molécules comme les alcènes produisent le même résultat. R-CN + R'OH H R-CO-NH-R' amide secondaire alcool secondaire ou tertiaire R'-OH H . surtout pour des raisons de gêne stérique.H2O R' R C N + R' -H R C N R' R C O N R' R C O N R' R C O N R' R C O N H R' H H H H H Schéma 10. dans un mélange. tertiaires …). L’hydrolyse des sels d’iminoéthers.31).31 10. les aldéhydes. La protonation par l’eau du milieu conduit à la combinaison bisulfitique. Dans les conditions de cette réaction. Il ne s’agit pas d’une véritable addition d’un alcool sur le groupe nitrile.2. certaines méthylcétones peu encombrées. la réaction de Ritter fait aussi appel à un nitrile et à un alcool susceptible de libérer un carbocation stable par action d’un acide fort (alcools secondaires. fournit des esters. pour former des composés cristallisés qui précipitent car très peu solubles dans l’eau. Les autres cétones ne réagissent pas ou faiblement. Le nouveau carbocation qui en résulte additionne une molécule d’eau pour former un N-alkyl amide (schéma 10. sels de l’acide hydroxysulfonique (appelés combinaisons bisulfitiques). C’est une méthode intéressante pour séparer des composés carbonylés (actifs.4 – Bisulfites alcalins Seuls.

34). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. dans ce cas. et nitrile 539 HO S O O Na O S O O + H + Na ion bisulfite ion sulfite R C O H H O S O ion sulfite OH C SO3 Na combinaison bisulfitique solide cristallisé CO3Na2 H2O R C O + SO3Na2 H O Na Schéma 10. butanone.6). La réaction est réversible.2. KCN + H2SO4 OH C=O + HCN C CN cyanhydrine C=O CN H Schéma 10. déplace l’équilibre vers la gauche. La réaction est plus souvent effectuée en présence d’une base car l’ion CN .32 10. par action de l’ion cyanure. est effectuée à partir de la combinaison bisulfitique de l’aldéhyde.est un meilleur nucléophile que l’acide cyanhydrique.10.5 – Acide cyanhydrique Tous les aldéhydes et certaines cétones (propanone. . additionnent une molécule d’acide cyanhydrique (formée in situ par action d’acide sulfurique dilué sur un cyanure alcalin) pour former les cyanhydrines correspondantes (schéma 10. L’addition d’une base à la cyanhydrine. selon une réaction de substitution SN2 (schéma 10. elle-même.33 La réaction avec les aldéhydes aromatiques conduit plutôt à des benzoïnes (§ 10. (CH3)3C-CO-CH3). pentan-3-one et pinacolone.33). imine. L’obtention des cyanhydrines.

en aldose avec une unité H-C-OH en plus de l’aldose de départ. et les cétones Ar-CO-R avec R aliphatique sont très peu actives.36) et appelée méthode de Kiliani-Fischer (1885) : l’aldose est d’abord traité par le cyanure de sodium en présence de chlorure de calcium ce qui fournit la cyanhydrine correspondante. en particulier par cristallisation fractionnée. se cyclise spontanément en lactone. . méthode utilisée pour allonger les chaînes des sucres d’une unité de carbone (schéma 10. avant traitement par l’acide minéral pour libérer l’acide aldonique. Il en est de même des cétones encombrées.35). Cette réaction est suivie de l’hydrolyse du groupe nitrile en acide par action de la soude à chaud (40 à 60 °C). acide aldonique. Ce polyhydroxyacide.540 Chimie organique OH Ar CHO + NaHSO3 Ar CH OH CN Ar CH CN SO3Na -NaSO3 Schéma 10. CN Ar-CO-R + Me3SiCN acide de Lewis Ar C R Schéma 10. Les cyanhydrines dérivées de Ar-CO-R sont plus facilement obtenues par action du cyanotriméthylsilane en présence d’un acide de Lewis. La séparation peut être faite à partir des sels d’acides aldoniques. laquelle est réduite par l’amalgame de sodium.34 La benzophénone Ph-CO-Ph ne réagit pas.35 CN OSiMe3 H2O Ar C R OH L’hydrolyse de CN in situ de la cyanhydrine conduit à des α-hydroxy acides. réaction suivie d’une hydrolyse pour déprotéger le groupe hydroxy (schéma 10. le borohydrure de sodium ou par une méthode électrolytique. On obtient un mélange d’épimères.

5 CHOH CHOH H CHO OH CHO CHOH CHOH NaCN H2O. L’utilisation d’amines primaires ou secondaires permet l’accès à des α-amino nitriles N-substitués ou N.H2O NH2 C CN H H2O base NH2 C COOH H RCHO HCN R R R Schéma 10. On peut remplacer HCN et NH3 par un mélange de chlorure d’ammonium et de cyanure de sodium. permettent d’accèder à des α-amino acides : c’est la méthode de Strecker (1850) (modifiée parTiemann) (schéma 10.36 Les groupes hydroxy en position α d’un nitrile peuvent être facilement substitués par des réactifs nucléophiles. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Ainsi. imine.37). H2O C H CHOH Na/Hg O pH: 3-3. qui.10. les cyanhydrines réagissent avec l’ammoniac pour former des α-amino nitriles.37 . OH C CN H NH3 . et nitrile 541 COOH H CN H OH CHOH CHOH séparation COONa des sels H d'acides aldoniques OH épimères CHOH ∆ CHOH puis H HO OH CHOH CHOH et COOH H CHOH CHOH COOH H OH CHOH CHOH O H C OH CHOH HC O COOH HO H CHOH CHOH HO O Na/Hg pH: 3-3.5 HO CHO H CHOH CHOH HC Schéma 10.N-disubstitués. par hydrolyse du groupe CN. CaCl2 NaOH.

L’ensemble de ces réactions.39).38 Cl Cl C Cl SN1 OPCl4 Cl . la semicarbazide. Cl C H C Cl Schéma 10.HCl C C Cl 10. la possibilité de l’élimination de HCl est importante ce qui conduit alors à un chlorure vinylique (schéma 10.présent dans PCl5. réagissent avec les aldéhydes et les cétones en s’y additionnant pour former un adduit. R-NH2. Cl C Cl C O PCl4 Cl C OPCl4 SN i Cl C Cl O Cl Schéma 10.6 – Pentachlorure de phosphore Le pentachlorure de phosphore.POCl3 C Cl Cl Cl P Si le composé carbonylé a un hydrogène en α. R-NH-NH2.3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 L’ammoniac. les amines primaires. NH2-CS-NH-NH2.39 . l’hydroxylamine.542 Chimie organique 10.ou une substitution nucléophile intramoléculaire SNi. Il se forme alors un composé dans lequel l’oxygène du composé carbo- . PCl5.38). dérivé α-hydroxyaminé instable qui élimine une molécule d’eau. est une condensation (schéma 10. En présence d’aldéhydes ou de cétones aliphatiques.peut aussi provenir de PCl6. se comporte le plus souvent dans de nombreuses réactions comme PCl4+. puis de Cl. Cl-.40). La forte polarisation de la liaison entre le carbone et OPCl4 facilite une réaction de substitution nucléophile SN1 par un ion Cl. HO-NH2 les hydrazines. L’ion Cl.sur le carbone. Le résultat est l’obtention d’un gem-dichlorure (schéma 10. addition plus élimination. tous composés nucléophiles. NH2-CO-NH-NH2.2. il y a d’abord addition de PCl4+ sur l’oxygène du carbonyle. la thiosemicarbazide.

41). C’est le cas de l’ammoniac. H2N addition R1 C Y R1 C R2 NH2-Y O R1 C R2 NH-Y O H O R2 aldéhyde ou cétone élimination R1 C R2 H N-Y O H .41 . H 2N addition R C Y R C R'O NH2-Y O R C R'O NH-Y O H O R'O ester élimination R C NH-Y O H R -R'OH C O NH-Y R'O Y = H. imine. Par contre. L’élimination d’eau est relativement facile dans ce cas.10. l’élimination est dans ce cas plus difficile et la vitesse de la réaction peut être augmentée par une catalyse acide. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Cela montre l’importance du pH pour ces réactions. le groupe carbonyle n’est pas remplacé par un groupe imine : il est conservé. s’additionnent plus facilement sur les aldéhydes et cétones en présence d’un acide dont le rôle est d’activer le groupe carbonyle de ces fonctions.40 L’addition est d’autant plus facile que le caractère nucléophile des réactifs azotés est élevé. de l’hydroxylamine et des hydrazines. de la plupart des amines.H 2O R1 C R2 N Y et R1 C R2 N Y Schéma 10. amide primaire Y = R. les réactifs azotés. et nitrile 543 nylé de départ est remplacé par un azote lié à différents groupements selon le réactif azoté utilisé. amide secondaire Y = OH. faibles nucléophiles. Inversement. une molécule d’alcool est éliminée (schéma 10. acylhydrazine ou hydrazide Schéma 10. Les molécules de formule générale RNH2 réagissent aussi avec les esters mais contrairement aux réactions avec les aldéhydes et cétones. Après l’addition du groupe amino sur le groupe carbonyle de l’ester. acide hydroxamique Y = NHR.

H2O H2C=NH x4 N N hexaméthylènetétramine N OH CH3-CHO + NH3 H3 C C NH2 hémiaminal H . Un exemple classique est la formation de l’hexaméthylènetétramine par réaction du formaldéhyde avec l’ammoniac. RC(NH2)=NNHR’.5-triazine trihydrate Schéma 10.1 – L’ammoniac et les amines 10.42). 3 H 2O CH3 NH CH3 OH Cl3CCHO + NH3 Cl3C CH NH2 hémiaminal 2.3.544 Chimie organique L’ammoniac. à des acides hydroxamiques.6-triméthyl-hexahydro-1. ou celle de la 2. CCl3CHO. et des hydrazidines.6-triméthyl-hexahydro-1. et à des acylhydrazines ou hydrazides. comme le chloral.1a – Avec les aldéhydes et cétones L’ammoniac réagit avec les aldéhydes et les cétones en fournissant des imines instables qui se transforment ou réagissent entre elles pour créer des polymères.H2O H C NH H3 C x3 H 3C HN HN . l’hémiaminal peut-être isolé.3. sans élimination successive.3. secondaires et tertiaires. des imines qui peuvent être isolées (schéma 10. N OH HCHO + NH3 H2 C NH2 .5-tétrazine (trihydrate) par action de l’ammoniac sur l’éthanal (schéma 10.4. Les nitriles additionnent simplement. .4. les hydrazines conduisent respectivement à des amides primaires. 10. RC(NH2)=NR’.3. l’hydroxylamine. et beaucoup plus difficilement avec les cétones.43). les amines primaires et secondaires. l’ammoniac et les amines primaires et secondaires ainsi que l’hydrazine pour former respectivement des amidines.42 Avec les aldéhydes qui possèdent des groupes électroattracteurs puissants. Les amines primaires forment avec les aldéhydes.

peuvent donner lieu à des réactions de transimination en présence d’une amine. imine. conduit à un α-aminoacide. imines résultant de réactions entre amines et aldéhydes aliphatiques). obtenus par action des acides α-aminés naturels (ici. c’est la synthèse de ces acides par la méthode de Strecker. et nitrile 545 NHR C O + NH2-R C OH C N imine R + H-OH ammoniac: R = H ou amines primaires: R= alkyl ou aryl si R = aryl : bases de Schiff Synthèse de Strecker des α-aminoacides R C H CN N H H H R C N H H H2O. Les bases de Schiff.43 L’imine résultant de l’action de l’ammoniac sur un aldéhyde peut réagir avec l’acide cyanhydrique pour former un aminonitrile. par hydrolyse.44 Si aucun substituant aromatique n’est présent sur l’imine. et d’une manière plus générale. les imines.∆ NH2 R CH COOH α-aminoacide NC aminonitrile Schéma 10. Lorsque l’aldéhyde est aromatique. .H 2O HOH2C base de Schiff Schéma 10. mais se dégrade très facilement ou se polymérise. C’est une réaction importante en biochimie dans la biosynthèse des α-aminoacides (schéma 10. il peut être isolé. (par exemple. Les composés de ce type comme celui figuré dans le schéma 10. lequel. la phénylalanine) sur le pyridoxal (aldéhyde aromatique hétérocyclique d’origine naturelle) sont à l’origine de nombreuses biosynthèses.NH3 . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.10. l’imine correspondante est appelée base de Schiff. Les imines sont stables si elles sont substituées par au moins un groupe aromatique provenant de l’un ou des deux réactifs. H .44.45). Ph COOH Ph CH2 CH NH2 phénylalanine COOH CH2 CH N CH OH N CH3 CHO + HOH2C N pyridoxal (aldéhyde aromatique) OH CH3 .

le plus souvent. Toutefois. d’acylation (3). en particulier.1. La réaction se fait souvent avec les cétones dans un solvant aromatique (benzène. Les ènamines ont un rôle important en synthèse et en particulier. Les ènamines résonnent entre deux formes limites (schéma 10. L’eau formée est extraite du milieu réactionnel par différentes méthodes et. Si un hydrogène est présent en position α de cette fonction. dans des réactions d’alkylation (2). d’addition de type Michaël (4). .11d).45 R1 R2 H C NR3 R1 C NHR2 H N R3 + R2 NH2 Les réactions des amines secondaires avec les aldéhydes et cétones fournissent des hémiaminals N. et dans la préparation de composés hétérocycliques divers. toluène) en présence d’acide p-toluènesulfonique. la pipéridine ou la morpholine. Celles formées à partir d’amines secondaires acycliques sont beaucoup moins stables que celles résultant de l’action d’amines secondaires cycliques comme la pyrrolidine. par entraînement azéotropique (§ 8. Les ènamines dérivées d’aldéhydes sont moins stables que celles dérivées de cétones. l’élimination d’une molécule d’eau conduit à une ènamine. 1). des réactions secondaires ont lieu.546 Chimie organique H R3 NH2 N R1 C H Schéma 10. l’élimination d’eau est immédiate et l’ènamine est le résultat unique de la réaction.46. Par chauffage.N-disubstitués suffisamment stables pour être isolés.

imine. H C H C O + H2 N R H R C C N H hémiaminal OH . et nitrile 1) H C H C O + HN R2 H R1 2) O + HN pyrrolidine 547 R1 C H C N R2 CH3 hémiaminal OH . H CH2-CH2-COOEt O + sel d'amine réaction de Michael Schéma 10.H2O C C N R H C C N R énamine imine tautomère quasi unique Schéma 10.H2O H C C N R2 R1 énamine H C C N R2 R1 CH3 H2O alkylation N ICH3 I acylation N O + sel d'amine H N-cyclohexènopyrrolidine 3) O + HN O N O COR N O + Et3NH .Cl RCOCl Et3N morpholine N-cyclopentènomorpholine COR N O H2O H 4) CH2=CH-COOEt N COR O + sel d'amine CH2-CH-COOEt H N CH2-CH2-COOEt N H2O.47 .10. il existe une tautomérie énamine-imine dont l’équilibre est très en faveur de l’imine ce qui rend impossible l’isolement de l’énamine (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.46 Lorsque l’énamine provient d’une réaction effectuée avec une amine primaire.47).

49 Avec l’ammoniac et les amines primaires. R1 H C C O + HN R2 R1 R1 C H C N R2 R1 OH HN R2 C H C N R2 aminal R1 N R2 + H2O hémiaminal Schéma 10. comme le nickel de Raney. cyanoborohydrure de sodium. soit par réduction de l’imine produite après l’avoir isolée. L’acide formique peut aussi servir de réducteur (réaction appelée dans ce cas.N-disubstitués réagissent très difficilement sauf s’ils sont substitués par des groupes aryles. NaBH3CN entre autres. réaction de Wallach.49).548 Chimie organique Si aucun hydrogène n’est présent en position α de la fonction. le mécanisme est mal connu. soit directement (hydrogène + nickel de Raney) comme pour les amines secondaires. tous les aldéhydes et cétones peuvent être mis en réaction. on utilise le formiate d’ammonium. . Comme pour la réaction de Wallach. On obtient alors une amine tertiaire (schéma 10. Dans la réaction de Leuckart (1885). 1949). Les formamides N. qui s’effectue à des températures supérieures à 150 °C. en présence d’un catalyseur métallique. NaBH4.H 2O R1 C N R2 Schéma 10. R1 C O + HN R2 R1 OH C N R2 H H2. aromatiques sont utilisés (schéma 10. Les aldéhydes et cétones aliphatiques. alicycliques. Sa déformylation nécessite l’action de l’acide chlorhydrique concentré ou de la soude à 30 %. L’amine obtenue est alors N-formylée. le formamide ou un dérivé N-monosubstitué. les groupes nitro et nitrile sont conservés. aliphatiques-aromatiques. Les réactifs réducteurs sont très variés : borohydrure de sodium. la réaction peut se poursuivre par une substitution du groupe hydroxy par un groupe amino ce qui conduit à un aminal (schéma 10.50). La présence de groupes réductibles comme les doubles liaisons éthylèniques.Ni . Dans ce cas.48). ces réactions peuvent être faites.48 Une réaction d’amination réductive des aldéhydes et cétones peut être effectuée lorsque le composé carbonylé est traité par une amine secondaire et l’hydrogène ou NaBH4.

R1 C O + N R2 R3 OH H C N R1 R2 R3 sel quaternaire d'hémiaminal Schéma 10. La réaction nécessite un catalyseur acide ou basique. s’additionnent en milieu acide sur les aldéhydes et cétones en produisant des sels d’hémiaminals (schéma 10. c’est l’ion amidure qui est le réactif nucléophile. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile Réaction de Wallach 549 R1 C O + R2 amines primaires ou secondaires OH NH C N R1 R2 HCOOH H C R1 N R2 si R2 = H HCOOH H C R1 N H HCl cé H C N R1 C=O H Réaction de Leuckart O C O + H C N R1 H O C H N R1 OH C HCOOH O C H N R1 H C HCl cé ou NaOH R1 HN C H Schéma 10.51 Bien que moins nucléophiles que les amines. .N’-diacylé (alkylidène ou arylidène bisamides) (schéma 10.52). L’hémiaminal N-acylé qui en résulte réagit très souvent avec une nouvelle molécule d’amide pour fournir un aminal N. imine. les amides sont susceptibles de s’additionner sur les composés carbonylés comme les aldéhydes. En présence d’une base.51).10. les amines tertiaires.50 Enfin.

53). H2N-R.52 10.550 Chimie organique NHCOR NH2COR .N'-diacylé NHCOR C O + NH2-COR base C OH hémiaminal N-acylé Schéma 10.53 La réaction peut avoir lieu en milieu acide ou basique. H2NOH.54 : . une hydroxylamine. une hydrazine.8).3.H 2O C NHCOR aminal N. un amide primaire ou secondaire. ester H N H Avec le chlorure d’ammonium. une amine primaire ou secondaire. très importante en synthèse. Le mécanisme de cette réaction en milieu acide est le suivant. Le composé azoté peut être l’ammoniac (sous la forme du chlorure d’ammonium). HNR-CO-R' composés à hydrogène actif: CH CO-R OH H CH CN CH NO2 C C H H Figure 10. et une cétone énolisable.1b – Réaction de Mannich Dans la réaction d’aminométhylation de Mannich (1912). H2N-CO-R. H C H R acide (ou base) R H3N-CH2-CH-CO-R' + H2O NH4 + O + H2C-CO-R' Schéma 10. il en résulte une cétone β-aminée (schéma 10. schéma 10. aldéhyde R = groupe carboné. HN(R')(R").8 indole R = H. le méthanal (ou formaldéhyde) réagit à la fois sur un composé azoté et un composé possèdant un hydrogène à caractère actif (figure 10. H2N-N(R')(R"). cétone R = OR'. composés azotés: NH3.

il se forme un sel.9) est l’un d’eux. L’α-hydroxy amine qui résulte de l’action de l’amine sur le formaldéhyde ne perd pas une molécule d’eau. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. le passage par un ion iminium a permis d’utiliser des composés préalablement préparés. et nitrile 551 Réaction de Mannich R NH H C O R' H H R NH C O R' R N R' R H H .H2 O H N C H ion iminium R' H H C O H méthanal CH2 C O R N C H C H H C O H -H H R' R N C C H H C O base de Mannich Schéma 10. Dans le mécanisme réactionnel. dans des réactions avec divers composés carbonylés. la formation de l’ion iminium n’a pas lieu. Le sel d’Eschenmoser (figure 10. H3 C N H3C I CH2 sel d'Eschenmoser Figure 10. Il en résulte une nouvelle amine appelée de manière générale base de Mannich. En milieu acide. il est très utilisé en synthèse. Il est directement attaqué par le carbanion issu de la réaction de la base sur le composé carbonylé : un proton est extrait d’un groupe CH ou CH2 ou CH3 situé en position α de C=O (schéma 10.10. . Cet ion réagit avec la forme énol d’un composé carbonylé.55).54 C H C O H H R N C C H R' H C O R' +H H L’attaque du formaldéhyde par l’azote de l’amine conduit en milieu acide à un ion iminium.9 En milieu basique. imine.

Des O. un excès de formaldéhyde et de composé à hydrogène actif est présent. schéma 10. du groupe NH des sulfonamides secondaires ou du groupe sulfanyle (ou mercapto) des thiols.BH CH C O R N C O .56 .55 La réaction de Mannich peut se renouveler plusieurs fois : – si l’ammoniac ou une amine primaire ayant été utilisé. . – si des excès de formaldéhyde et d’ammoniac se trouvent en présence d’un composé possèdant plusieurs hydrogènes actifs.552 Chimie organique R NH H C O R' H R N H C O H R' H CH2 C O R N H C O H OH + H + CH R' Base. ce qui est montré par les exemples suivants.OH H C CH H C O BH B + H2O R' Schéma 10. N ou S-aminométhylations sont possibles en raison du caractère acide du groupe hydroxy des alcools et phénols.56 : C2H5OH + CH2O + (C2H5)2NH C6H5SO2NHCH3 + CH2O + HN C2H5O-CH2-N(C2H5)2 O C6H5-SO2N(CH3)-CH2 N O morpholine (CH3)2CHSH + CH2O + (C2H5)2NH (CH3)2CH-S-CH2-N(C2H5)2 Schéma 10.

3.1d – Avec les nitriles L’addition d’ammoniac sur les nitriles en présence de chlorure d’ammonium fournit une amidine sous forme de chlorhydrate (schéma 10.57). phosgène.R'OH R C HN R" amide O chlorure d'acide + H2N-R" R-CO-NHR" + Cl HCl Cl Cl C R NH2 R" O R C NH2 R" O R R O H . souvent à froid. amide primaire R"= alkyl.57 10. ester cétoniques…). avec les amines primaires et les nitriles aliphatiques. voire impossible. Les amides secondaires et tertiaires résultent de la même réaction effectuée à chaud avec les amines primaires et secondaires. Par contre.10.3. la présence d’un groupe électroattracteur présent sur le nitrile l’active et permet de former des amidines substituées. amide secondaire OR' R'O C R NH2 R" R CO-Cl O R C NH2 R" O R OR' C NH R" O H .1c – Avec les esters 553 L’addition d’ammoniac ou plus souvent d’ammoniaque.58). aralkyl ou aryle. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 10. . R COOR' ester + H2N-R" R-CO-NHR" + R'OH R"= H . Cette réaction est difficile. Les amidines sont très utilisées en synthèse de composés hétérocycliques car elles peuvent réagir par les deux atomes d’azote avec divers composés bifonctionnels (diesters.HCl HN R" C O C NH R" Schéma 10. imine. Tous les amides peuvent provenir de l’action de chlorures d’acides sur l’ammoniac ou les différentes amines (schéma 10. dans l’éthanol sur les esters conduit à un amide primaire.

2 – L’hydroxylamine L’hydroxylamine.3. . Les oximes sont des intermédiaires dans la réaction de formation des nitriles par action du chlorhydrate d’hydroxylamine sur un aldéhyde en présence d’acide chlorhydrique concentré. Cl chlorhydrate d'amidine + NH3 HN R R CN + R-NH2 Y C NH amidine substituée Si R porte un groupe électroattracteur Schéma 10.3 et 3. lesquels résultent de l’addition d’alcools sur les nitriles en présence d’halogénures d’hydrogène (voir schéma 10. Le pH de la solution est important et variable d’un composé à un autre mais la valeur moyenne est de 4.60 Comme les hydrazones.58 Les amidines peuvent aussi être préparées par action d’ammoniac ou d’amines sur les chlorhydrates d’iminoéthers (schéma 10. commercialisée sous forme de chlorhydrate cristallisé. HCOOH. ou d’oxyde de sélénium.59 NHR + 2 RNH2 R C NH + RNH3. OR R C NH2.1). L’hydroxylamine est libérée de son sel in situ (le chlorhydrate.59). H3 C C O H3 C + NH2-OH hydroxylamine H3 C C H3 C oxime de la propanone N-OH + H2 O Schéma 10. le plus souvent.60) par une réaction d’addition. SeO2 (schéma 10. Cl Schéma 10. les oximes dérivés d’aldéhydes ou de cétones dissymétriques ont deux configurations possibles Z et E séparables (§ 3.30).3.61). Cl 10. et qui est commercial). d’acide formique. réagit avec les aldéhydes et cétones pour former des oximes (schéma 10.554 Chimie organique NH2 R CN + NH3 + NH4Cl C NH2.élimination (même mécanisme que celui des amines).

NH2-NH2. et nitrile 555 RCHO + NH2OH. est un liquide commercial communément employé. H2O C N-NH2 + O C C N N C + H2O azine Schéma 10. HCl H R C N oxime RCH=N-OH + H2O + HCl H .H H N O H Schéma 10.YH O R C NH-OH NH2 R C N + NH2-OH R C NOH amidoxime Schéma 10.62 OH R C N-OH acide hydroxamique RCO-Y + NH2-OH Y = OR' : ester Y = X : halogénure d'acide groupe partant NH R NHOH 10.61 H OH R C R C nitrile N La déshydratation d’un aldoxime aliphatique peut aussi être le résultat de l’action de l’anhydride acétique. composé toxique. imine.62). La réaction effectuée avec les aldéhydes et cétones aliphatiques et les aldéhydes aromatiques fournit seulement une azine suite à une double réaction (schéma 10. sans catalyseur. les cétoximes aliphatiques donnent lieu à une O-acétylation.H2O. L’hydrate d’hydrazine est une base forte qui réagit vivement avec les cétones aromatiques. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. pour donner une hydrazone dérivée par une réaction d’addition-élimination.63 . C N-NH2 + 2 H2O hydrazone C O + NH2-NH2. Les acides hydroxamiques résultent de la réaction de l’hydroxylamine avec les esters ou les chlorures d’acides. . contrairement à l’hydrazine pure obtenue par déshydratation de l’hydrate par l’hydroxyde de potassium. Dans les mêmes conditions.3 – Les hydrazines L’hydrate d’hydrazine.H2O . et qui est un composé non commercial.63). .3. explosif au contact de l’oxygène. Les amidoximes sont formés par addition d’hydroxylamine sur les nitriles aliphatiques (schéma 10. stable à température ordinaire.10.

dont les réactions le plus souvent faciles avec tous les aldéhydes et cétones produisent des arylhydrazones recristallisables et à points de fusion nets. L’addition de phénylhydrazine permet la formation rapide. d’un composé à point de fusion précis et caractéristique de chaque sucre. puis une réaction concertée à six centres avec formation d’une α-imino cétone. à chaud dans l’éthanol. La 1. comme la 2.4-dinitrophénylhydrazone d'aldéhyde ou de cétone + H2 O 2. permet l’accès aux hydrazones non substituées de cétones ou d’aldéhydes. très puissant cancérogène.4-dinitrophénylhydrazine.556 Chimie organique Les monoalkylhydrazines. Le mécanisme fait d’abord intervenir une tautomérie. composés assez peu stables. très colorés. H3 C C O H3 C + NH2-N(CH3)2 H3 C H3C C H3C Schéma 10. ce qui permet leur identification à partir de leur sirop. La réaction d’addition-élimination effectuée avec chacune des fonctions et de deux molécules de phénylhydrazine conduit à la phénylosazone.66).1-diméthylhydrazine. composés dont la cristallisation est difficile à partir des sirops. utilisés en raison de ces propriétés pour caractériser les composés carbonylés (schéma 10. Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone est α-hydroxylée. Le cas présenté ci-dessous correspond à un aldose comme le glucose.64 H3C C N-N(CH3)2 + H 2O NH2NH2.4-dinitrophénylhydrazine aldéhyde ou cétone Schéma 10. par réactions d’échange avec l’hydrate d’hydrazine. forme des hydrazones qui. toxiques et cancérigènes. la phénylhydrazine conduit à une phénylosazone (schéma 10. stables. même dans le cas de présence d’impuretés. sont des composés solides. H2O N-NH2 + NH2-N(CH3)2 + H2O Les arylhydrazines. des tables de points de fusion d’arylhydrazones permettent de déterminer la cétone ou l’aldéhyde qui a été testé lorsque le composé carbonylé est inconnu. pour la plupart liquides. Le même résultat est obtenu à partir d’une α-dicétone. NO2 O2 N NH-NH2 + O C O 2N NO2 NH-N C 2.65 Inversement.64). inaccessibles directement (schéma 10.65). . réagissent avec tous les aldéhydes et cétones en fournissant les hydrazones correspondantes. Cette réaction est très importante pour la caractérisation des sucres.

le mécanisme est le suivant.10. α-hydroxy cétone.67 . et nitrile 557 H C O 3 Ph-NH-NH2 H .67 : OH H C H C O + 3 Ph-NH-NH2 H .66 Dans le cas du fructose. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.H 2O H C N H N H H Ph C C H N N O H H Ph H C O H C O H C C N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 N-NH-Ph phénylosazone H C . schéma 10.NH3 H C C O + PhNH2 NH Schéma 10.H2 O H C H C N-NH-Ph N-NH-Ph phénylosazone H C O + Ph-NH2 + NH3 aniline H C O Ph-NH-NH2 H .H2 O C N-NH-Ph H C C O N H H NH-Ph H C C N-NH-Ph N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 .NH3 NH + PhNH2 C O Schéma 10.H2O C C N-NH-Ph + Ph-NH2 + NH3 N-NH-Ph H H C OH C O H H C O H + Ph-NH-NH2 . imine.

les 1.4-oxadiazole RCONHNH2 + ArCHO N COCl2 . composés importants pour la synthèse de composés hétérocycliques comme.HCl N.N’diacylhydrazines (2). H2O R O . H C O R . Avec les nitriles.H 2O RCONHNH2 NH (3) R C N + NH2-NH2. H2O .68 L’hydrazine et les monoalkylhydrazines réagissent avec les esters dans l’éthanol à l’ébullition pour former des acylhydrazines appelées aussi hydrazides (schéma 10. 1).4-oxadiazolin-2(3H)-one -HCl . la réaction a lieu deux fois ce qui conduit à des N. l’hydrazine et les monoalkylhydrazines forment. des hydrazidines (3).69 .H 2O + NH2-NHR' H C R N NHR' H C R N NHR' configuration Z configuration E Schéma 10. H2O R C NHNH2 hydrazidine NH2 R C NNH2 Schéma 10.R'OH OH R C N-NH2 N R O 1.3.68).4-oxadiazolin-2-ones.3.3.558 Chimie organique Les hydrazones substituées présentent des configurations E (ou anti) et Z (ou syn) (schéma 10.H 2O N Ar COCl2 = phosgène RCOCl RCONH-NHCOR .H 2O NH O O RCONH-N=CHAr acylhydrazone + NH2-NH2.N'-diacylhydrazine 1.69. par simple addition. par exemple.3.4-oxadiazoles et 1. O (1) R C OR' O R C NH-NH2 acylhydrazine ou hydrazide .2 HCl (2) RCOCl + NH2NH2. Avec les chlorures d’acides.

C’est pourquoi leurs réactions sont traitées aux paragraphes 10. L’addition est suivie dans la plupart des cas de l’élimination d’une petite molécule (le plus souvent.70). le carbanion est issu d’une réaction entre un aldéhyde aromatique et un anion alcalin.3.70 Parfois. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. RLi et RMgX. Ces dérivés sont des solides très facilement cristallisables à points de fusion nets ce qui permet de les utiliser pour caractériser les composés carbonylés dont ils sont issus (de manière analogue aux 2.8 et 10. un milieu acide est nécessaire pour activer la réaction. Les groupes carbonylés (aldéhyde. Dans le cas de la condensation benzoïnique (§ 10. représentent un cas plus complexe dans les réactions d’addition sur les groupes considérés en raison de la variation du caractère ionique de la liaison entre R et le métal qui est fonction de la nature du métal et des conditions expérimentales. d’un alcoolate ou d’un amidure alcalin. réactifs nucléophiles.4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide Les aldéhydes et cétones réagissent avec la semicarbazide (commercialisée sous forme de chlorhydrate et libérée par addition de carbonate de sodium) ou la thiosemicarbazide. mais aussi imine ou nitrile ont ce caractère et permettent de former facilement des carbanions par action d’une base alcaline. leurs formations nécessitent le retrait par une base d’un hydrogène acide de CH.68). et plus particulièrement de la polarité du solvant utilisé. Sitôt formés.13).4 Additions faisant intervenir un carbanion Comme cela a été indiqué au paragraphe concernant les carbanions (§ 6. ces carbanions. R R C R' X = O semicarbazide X = S thiosemicarbazide NH-CX-NH2 C N et C N NH-CX-NH2 O + H2N-NH-CX-NH2 . cétone ou ester). Les composés organométalliques.65). l’ion cyanure. imine. Ils présentent des configurations E et Z comme les hydrazones (schéma 10. CH2 ou CH3 situé en position α d’un groupe électroattracteur -I.9. 10. eau ou alcool). .H2 O R' R R' X = O semicarbazone X = S thiosemicarbazone Schéma 10. et nitrile 559 10.10. en produisant respectivement des semicarbazones et thiosemicarbazones (schéma 10. L’ensemble « addition + élimination » correspond à ce qui est appelé une « condensation » entre deux molécules.6).4-dinitrophénylhydrazones. attaquent tout centre électrophile présent dans le milieu et plus particulièrement le carbone des fonctions indiquées. schéma 10.

H2O H C C O C C H O H C C O C H C O H + H2O. Ce carbanion réagit sur une nouvelle molécule d’aldéhyde ou de cétone qui n’a pas encore subi l’action de la base. en présence de l’eau du milieu. et une technique particulière qui permet d’extraire l’aldol au fur et à mesure de sa formation.4.71 . en milieu basique. Aldolisation (en milieu basique) R2 2 R1 C C H R O NaOH. la 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (ou diacétone alcool) est formée avec un très faible rendement. Avec la propanone (acétone). C’est la réaction d’aldolisation (ou de cétolisation selon le cas). CαH2 ou CH3 en α du groupe carbonyle est attaqué par une base.560 Chimie organique 10. pour former un carbanion (schéma 10.HO C H α C C β H O C O H H ion alcoolate aldol (β-hydroxy aldéhyde) Schéma 10. capte un proton avec création d’une molécule d’aldol (à partir de deux molécules d’aldéhyde) ou de cétol (à partir de deux molécules de cétone).71). H2O bon rendement CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal 2 CH3-CO-CH3 propanone NaOH. les aldols dérivés d’aldéhydes sont assez facilement obtenus.1 – Aldolisation (et crotonisation) Le composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) qui possède CαH. Ba(OH)2. H2O R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 aldol R = H cétol R = alkyl. KOH et plus rarement le t-butoxyde de potassium. le rendement peut être augmenté par déplacement de l’équilibre vers la droite. qui. Il se forme alors un ion alcoolate. en utilisant la baryte. Toutefois. Avec l’éthanal. le plus souvent NaOH. il n’en est pas de même pour les cétols. . H2O mauvais rendement (CH3)2C(OH)-CH2-CO-Me 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (diacétone alcool) H C H C O H C C O H C H C O + HO . on obtient le 3-hydroxybutanal avec un bon rendement. aralkyl 2 CH3-CHO éthanal NaOH. D’une manière générale. .

Il est en équilibre avec l’aldol et un proton. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. il est aussi en équilibre avec sa forme énolique.H-OH H3C H3C C CH-CO-CH3 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one ou diacétone alcool 4-méthylpent-3-én-2-one ou oxyde de mésityle HO H α C C β R O O C . Par ailleurs.β-insaturée. Ils sont présentés dans les schémas 10. imine.72 L’aldolisation en milieu acide (schéma 10.72 et 10. En milieu acide. . et nitrile 561 Une réaction secondaire accompagne l’aldolisation et la cétolisation. Crotonisation (milieu basique) R R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 HO .β-insaturé CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal CH3-CH=CH-CHO but-2-ènal ou crotonaldéhyde H3C H3C C(OH)-CH2-CO-CH3 HO . suite à une crotonisation immédiate. ce qui influe sur sa facilité.β-insaturé R + HO C H C O H H aldol Schéma 10. conduit presque exclusivement à une cétone α. respectivement des aldéhydes et cétones . c’est la crotonisation. Les mécanismes de ces réactions sont différents selon le milieu.74. le composé carbonylé est en équilible avec un carbocation.H-OH H R2 C R1 HO . Le chauffage en milieu basique ou acide conduit à une déshydratation de l’aldol ou du cétol qui fournit des composés stabilisés par résonance.H-O-H C C C H H aldéhyde (R = H) ou cétone α. plus spécifique des cétones en raison d’un faible rendement en milieu basique. -insaturés. La crotonisation de l’aldol en milieu basique (schéma 10. Le carbocation formé à partir d’une première molécule attaque la double liaison de la forme énol d’une seconde molécule ce qui conduit à un nouveau carbocation.72) est plus difficile qu’en milieu acide.H-OH H C C R2 C O aldol (R= H) ou cétol aldéhyde (R = H) ou cétone α. L’équilibre est favorisé vers la gauche pour les cétones ce qui n’est pas le cas en milieu basique.10.73).

74 . .H . Crotonisation (en milieu acide) H C R2 H R2 H C C O R H R2 H O H H C O H C C R R2 R H C C O .H 2O H R2 C C H aldéhyde (R= H) ou cétone α.73 Le proton attaque alors le groupe hydroxy de l’aldol (ou du cétol) ce qui conduit à l’élimination d’une molécule d’eau et à la production du composé carbonylé α.β-insaturé R R2 C O R R H aldol (R = H) ou cétol Schéma 10.562 Chimie organique Aldolisation ou cétolisation (en milieu acide) R1 R2 H C C O R H R1 R2 H C C O H R R2 H carbocation R1 C C R O H R1 R2 H C C R O équilibre céto-énolique R1 C R2 énol R C O H R1 C R2 R1 R2 H C C O C R O R R2 H H H R1 C R2 R1 C C O R H C R O H R2 H R1 C R2 R1 C C O R H C R O aldol R =H cétol R = alkyl Schéma 10.β-insaturé.

La réaction est alors catalysée par du tétrachlorure de titane TiCl4 (réactif de Mukayama). K2CO3. – Deux aldéhydes différents : quatre aldols sont susceptibles d’être obtenus auxquels il faut ajouter les quatre composés insaturés issus de la crotonisation. plus particulièrement dans le cas d’aldéhydes de faibles masses. on utilise le carbonate de potassium. ou entre un aldéhyde et une cétone sont possibles. Pour éviter cette réaction secondaire.75 Les réactions entre deux aldéhydes ou cétones différents.75). la formation du carbanion le plus stable est favorisée. c’est l’aldéhyde qui est attaqué par le carbanion formé à partir de la cétone. En général. – Un aldéhyde et une cétone : si l’aldéhyde et la cétone possèdent chacun un hydrogène en α du groupe carbonyle. O O H3C CH2 C CH3 butanone O HO H3C CH2 C CH3 + H2O -HO C2H5 H3C CH2 C CH2 OH O C CH2 C CH3 C2H5 5-hydroxy-5-méthyl-heptan-3-one Schéma 10. moins basique que la soude. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.10. il est préférable de préparer un dérivé stable de l’énol qui doit intervenir dans la réaction. par une condensation à partir du groupe qui porte le plus d’atomes d’hydrogène (schéma 10. imine.76). Lorsqu’un des deux aldéhydes ne possède pas d’hydrogène en α. Lorsqu’on souhaite effectuer une addition régiosélective. Ce dérivé stable peut être un dérivé silylé (O-triméthylsilyle) préparé par action du chlorure de triméthylsilyle en présence d’une base comme la triéthylamine. En milieu acide. l’aldol « mixte » qui résulte de la réaction entre les deux types d’aldéhyde est prépondérant (réaction de Claisen-Schmidt). La déprotection du groupe hydroxy est réalisée par addition d’eau au milieu (schéma 10. seulement deux aldols peuvent se former. . et nitrile 563 Il faut noter que l’aldol étant un aldéhyde. Pour deux cétones différentes les résultats sont de même nature. Si la cétolisation est effectuée avec une cétone dissymétrique. ce qui peut s’exprimer. Plusieurs cas sont à envisager. il est susceptible de former un nouveau carbanion en présence de soude. et n’obtenir que l’aldol. Ce carbanion peut réagir sur un groupe aldéhyde du milieu ce qui peut conduire à des polymères. le résultat est fonction de la nature des substituants du groupe carbonyle. pour des cétones aliphatiques.

ClSiMe3 Schéma 10. CH3 C H2C H2C O O CH2 C HO CH3 H3C C H2 C H2C OH CH CH2 CH3 O CH3 . L’équivalent de cette réaction avec des diesters est la réaction de Dieckmann (§ 10.2).564 H R1 CH2 C R2 H R1 C C O SiMe3 R2 + R3 R3 C O TiCl4 O R1 C C R2 R3 R4 H C O C C R2 O OH ClSiMe3 Et3N R1 Chimie organique H C C R2 R4 Cl Ti Cl Cl H2O H R1 C R2 R3 C OH C O O SiMe3 R1 .77).78).7-dione 1-(2-méthyl-cyclopent-1-ènyl)-éthanone Schéma 10. comme l’octane-2.4.β-insaturées aromatiques : c’est la condensation de Claisen-Schmidt (1881) (schéma 10.H2 O C H2C H2 C C CH2 O CH3 CH2 octane-2.78 .7-dione (schéma 10.77 D’autres méthodes comme l’utilisation d’un acétal à la place de l’aldéhyde lui-même permettent aussi une addition régiosélective. Les réactions d’aldolisation-crotonisation intramoléculaires sont possibles plus particulièrement pour des composés dicarbonylés susceptibles de former des cycles à 5 ou 6 éléments.76 La condensation d’aldéhydes aromatiques avec de simples aldéhydes aliphatiques ou des méthylcétones en présence d’une solution de potasse (à 10 %) présente un intérêt particulier car elle permet l’accès à des aldéhydes ou cétones α. Ar-CH=CH-CHO 3-aryl-propènal CH2-CHO ArCHO CH2COMe Ar-CH=CH-CO-Me 4-aryl-but-3-èn-2-one Schéma 10.

Cette réaction (proche de la réaction de Claisen qui fait intervenir deux esters.5. il se forme préférentiellement le carbanion dérivé de l’ester. imine. La première phase du mécanisme est identique à celle indiquée ci-dessus. base O cyclohexanone O H2C O CH (réaction d'addition de Michael) O H 3C CH2 CH2 O base .4.79). elle a lieu.6. un aldéhyde ou une cétone. attaque le groupe carbonyle de la fonction ester ce qui conduit à .79 L’aldolisation peut avoir lieu entre d’une part un ester et d’autre part.81) entre un succinate ou ses dérivés et un aldéhyde ou une cétone. § 10.80 Ce carbanion réagit sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone pour former un β-hydroxy ester.H 2O O O CH3 4.10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Si l’élimination d’une molécule d’eau est possible.7.BH R2 C COOR O R3 C R4 R2 R3 R4 et COOR R3 C C COOR R1 C COOR R1 R2 C H si R1 = H R4 R3 C OH puis H C OH R4 R2 R2 C H . au lieu d’additionner un proton du milieu pour former un β-hydroxy ester.4a. . L’anion alcoolate intermédiaire. En milieu basique fort (NaOEt.80). R1 COOR B .2) est à l’origine de la condensation de Stobbe (1893) (schéma 10. NaH. LiNH2. et nitrile 565 Ces cyclisations sont à la base de la réaction d’annellation de Robinson (1937) très utile pour la synthèse de composés polycycliques (comme certains stéroïdes et terpènes) (schéma 10.β-insaturé est obtenu (schéma 10.H2O R3 C R4 C R2 COOR Schéma 10. Ph3CNa…). et un ester α.8-hexahydro-3H-naphtalèn-2-one Schéma 10.

EtOH H2C C O Schéma 10.3-diol. La base extrait un proton en α de la fonction ester restante. Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent. . Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou aldéhyde β-hydroxylé.81 C C O EtOOC C H2C C O C O Il est parfois possible que la réaction entre un ester et un aldéhyde ou une cétone s’inverse : le carbanion formé à partir de l’aldéhyde ou de la cétone attaque le groupe carbonyle de l’ester COOR.566 Chimie organique une substitution nucléophile du groupe OR de l’ester et la formation d’un ester cyclique.82 Enfin. une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base. C’est la réaction de Tollens (1891) (schéma 10.1) avec formation d’acide formique et d’un 1.EtO EtOOC H2C H C C O C O cycle lactonique EtOOC H2C H C EtOOC C EtO O C O . Dans ce cas. COOEt CH2 CH2 COOEt EtO COOEt H C CH2 COOEt C O COOEt H C CH2 C O OEt C O .γ-insaturé par ouverture du cycle lactonique (la fonction ester est facilement saponifiée et l’acide correspondant décarboxylé).5.3-dicarbonylé (schéma 10. une lactone.83).OR C H CHO O C C H CHO Schéma 10.82). Il ne s’agit donc pas d’une addition sur un groupe carbonyle : le résultat est alors un composé 1. -BH CHO O C OR C H CHO . le groupe OR de l’ester est substitué par le groupe issu du carbanion. Le carbanion qui en résulte conduit à un sel d’acide β. O C OR H2 C B. selon une réaction de Cannizzaro croisée (§ 10.

83 CHO C CHO H2C=O puis H C CHO H C H OH + HCOOH La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe CH 2 ou CH3 en position α (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10. imine.85).2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann La réaction de Claisen (1887) consiste à condenser deux molécules d’un ester RCOOR’ possèdant un groupe méthylène ou méthyle en pour former un ester β-cétonique (schéma 10. sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas. .10.84 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2. et nitrile 567 Aldolisation croisée Base C H Réaction deCannizzaro croisée C CHO H C H OH H2C=O C CH2OH H C H OH Schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. H CHO H Base. CH3-NO2 nitrométhane Base.84). H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10. évidemment (schéma 10.4.86).85 10. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Schéma 10.

dont les deux premières étapes sont semblables à celles de l’aldolisation.87 .568 O R CH C O CH2 R 2 CH3COOEt EtONa CH3COCH2COOEt + EtOH C OR' Chimie organique O 2 R CH2 C OR' OR' . élimination de OR’ du groupe COOR’. H R C H C O O R' H . NaNH2. et enfin. ici l’alcoolate (mais on peut utiliser aussi NaH.R'OH R C C O O R' H R C C O O R' O R' O R' H R C C O H R C H C O O R' R O R' H R C H C H C O O R' R C O O R' H R C H C H C O . Au lieu d’additionner un proton comme dans l’aldolisation. Si le mécanisme de formation de l’adduit est identique à celui de l’aldolisation. la différence avec l’adduit de l’aldolisation est que celui-ci possède un groupe partant OR’. Il y a d’abord formation d’un carbanion sous l’action d’une base.87).R'OH Schéma 10.86 C’est une réaction (schéma 10. Ph3CNa dans des solvants non polaires) puis addition sur le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’ester.R'OH O R C H R C H C O C O R R' R C H C H C O C O O R' C O O R' Schéma 10. cet adduit élimine un ion alcoolate pour former le β-cétoester.

La très faible concentration en ion alcoolate dans le milieu permet de former peu de carbanions par rapport à la quantité présente d’ester et de débuter ainsi la réaction.88) : O R C OEt Schéma 10. La concentration en alcoolate demeure constante en raison de la réaction de l’alcool libéré sur le sodium encore présent. est formé par addition d’un équivalent de sodium métallique à moins d’un équivalent d’alcool absolu. quatre β-cétoesters sont obtenus. L’emploi de bases plus fortes comme l’ion trityle. qui conduisent respectivement à des α-aroyl esters. ArCOOR’. La réaction de Claisen étant réversible. Ce type de réaction de Claisen croisée est plus intéressant si l’un des esters mis en réaction ne possède pas d’hydrogène en α. Ainsi. O=C(OR)2. Dans ces conditions. KH ou NaNH2 permet le retrait de cet hydrogène et le déplacement de l’équilibre. la réaction de rétro-Claisen à partir de β-cétoester permet le retour à deux esters (schéma 10. ce qui n’est plus possible si l’ester mis en réaction ne possède qu’un groupe méthyne CαH. Ph3C-.10.88 H C COOEt R' O R C OEt H C COOEt R' O R C OEt + H C COOEt R' Les réactions de Claisen peuvent avoir lieu entre deux esters différents. ArCOOR' esters d'acides aromatiques ArCOCH(R)COOR' α-aroyl ester RCH2COOR' HCOOR' formiates HCOCH(R)COOR' α−formyl ester (OR")2C=O R"OCOCH(R)-COOR' carbonates malonate Schéma 10.89). et des malonates (schéma 10. Un équivalent de sodium est nécessaire car le β-cétoester consomme de l’alcoolate pour former un carbanion qui résulte de la forte acidité de l’hydrogène lié au carbone situé entre les deux fonctions carbonylées. ou les carbonates. l’alcoolate de sodium. la réaction de Claisen sur ce type d’esters devient possible. il est important de savoir que le catalyseur. Cette acidité est plus élevée que celle de l’hydrogène de l’alcool en raison de la forte stabilisation de ce carbanion. L’équilibre est alors dirigé vers la gauche d’autant plus que la faible acidité de H de CH rend difficile le passage au carbanion en présence d’ion alcoolate. les formiates. HCOOR. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. NaH. α-formyl esters. et nitrile 569 Pour bien comprendre ce mécanisme. imine. Dans le cas où chacun d’eux possède un hydrogène en α.89 . dans ce cas. vers la droite. les esters de formule générale (R1)(R2) CH-COOR sont inaptes à la réaction de Claisen dans les conditions normales car il n’est pas possible avec eux de former un carbanion de cétoester. comme les benzoates et plus généralement les dérivés aromatiques. en présence de deux équivalents d’ester. La facile formation de ce carbanion très stable est importante car elle permet le déplacement de l’équilibre vers la droite.

La réaction a lieu le plus souvent dans le benzène à chaud. leurs hydrures ou leurs amidures. Le mécanisme est proche de celui de la réaction de Claisen. forme un dérivé du cyclohexane.4-dicarboxylate d’éthyle (schéma 10. O EtO EtO C + C O H2 C COOEt Schéma 10.4-dicarboxylate d'éthyle oxalate d'éthyle glutarate d'éthyle La réaction de Dieckmann (1894)(schéma 10. Les cycles à 5. et placées de telle sorte que la formation d’un β-cétoester cyclique soit possible. 6 et 7 chaînons sont assez facilement obtenus. COOEt OEt CH2 H2C C O EtO + O C CH2 H2C EtO COOEt succinate d'éthyle H2C O C EtO COOEt OEt CH C O CH2 HC COOEt COOEt CH H2C O C CH C O CH2 COOEt cyclohexane-2.92) est une réaction de Claisen intramoléculaire spécifique des molécules possèdant deux fonctions esters dont l’une au moins possède un hydrogène en α.90 Le même type de réaction appliqué à un mélange d’oxalate d’éthyle et de glutarate d’éthyle permet d’accéder au cyclopentane-2. en présence de sodium ou d’éthylate de sodium. le cyclohexane-2.570 Chimie organique Certains diesters permettent de former des composés cycliques par une double réaction de Claisen.90). . On peut utiliser dans cette réaction les métaux alcalins (Na. On peut aussi effectuer dans certains cas la réaction selon le mode opératoire classique (décrit pour la réaction de Claisen).3-dione-1.5-dione-1.3-dione-1.91 COOEt H2 C CH2 O EtO O C C COOEt CH CH2 CH COOEt cyclopentane-2. Par contre les grands cycles supérieurs à 7 chaînons sont plus difficilement accessibles : une très haute dilution favorise leurs formations dans la mesure où elle restreint les réactions intermoléculaires.4dicarboxylate d’éthyle (schéma 10. qui. K).4-dicarboxylate d'éthyle Schéma 10.91). C’est le cas du succinate d’éthyle.5-dione-1.

c’est le carbanion le plus stable qui se forme.10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. c’est pourquoi elle est présentée ici (schéma 10.1/2 H2 COOEt H2C H2C CH C C H2 O H H2C H 2C C Na C O C H2 2-oxo-cyclopentanecarboxylate d'éthyle + EtOH Schéma 10. c’est-à-dire celui formé par retrait d’un proton du carbone α non substitué (schéma 10. de nombreux chimistes se réfèrent à cette appellation pour la désigner.93 Bien que l’acylation des cétones et nitriles par les esters ne soit pas une réaction de Claisen classique. O RCH2 C R' + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R β-dicétone O C R' RCH2 C N + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R nitrile β-cétonique C N Schéma 10. imine.94 .93).92 Si un groupe alkyle est présent en position α d’un des deux groupes esters. et nitrile 571 H2C CH2 COOEt H2C CH2 C O hexanedioate d'éthyle Na Na H2C CH COOEt H2C CH2 C O COOEt OEt COOEt H2 C H2 C CH OEt C O C H2 Na COOEt H2 C CH C O H2 C C H2 + EtONa OEt . COOEt H2C CH2 COOEt H2C CH R R = alkyl Na H2C CH H2C CH R COOEt C O OEt C O OEt H2 C H2 C CH C CH R O Schéma 10.94).

(Remarque : R dans le schéma 10. pour toutes les cétones.δ-dicétoniques. Si l’ester est un formiate. respectivement.OR2 puis H2O O R1 C base (excès) O HC C CH2R O R1 C O H2 C C CHR Schéma 10. une β-dicétone ou un nitrile β-cétonique est obtenu. Les cétones dissymétriques aliphatiques forment un carbanion à partir du substituant ayant un maximum d’hydrogènes en α du groupe carbonyle. . Ces carbanions attaquent le groupe carbonyle de l’ester RCOOR’.95 Une seconde réaction de la β-dicétone ou du nitrile β-cétonique est possible si un excès de base et d’ester sont présents. selon le cas. selon le cas. (RO)2CO. et d’une manière plus générale.572 Chimie organique Il s’agit de faire réagir des carbanions issus de cétones ou de nitriles ayant un groupe méthylène en α sur des esters aliphatiques en présence de bases fortes comme l’hydrure ou l’amidure de sodium.95) ou nitriles β. on obtient à partir d’une cétone.OR2 CH2R O H2C C O R1 C O H 2C C β-dicétone CH2R CH2R O O R1 C O H2 C C CR C R1 O R1 C OR2 (excès) . et après élimination du groupe OR’. HCOOR. un aldéhyde β-cétonique ou un ester β-cétonique (schéma 10.95 est alkyle. ce qui peut conduire à des tricétones (schéma 10.96). le carbanion le plus stable.) O H3C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R CH2R NaNH2 O H2 C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R . ou un carbonate.

97). Leurs décarboxylations permettent la formation de cétones (schéma 10. CHO. pour laquelle les groupes X et Y. ainsi que la réaction d’un carbanion issu de l’ester s’il porte un méthylène en α sur la cétone ou le nitrile. conduit à un composé hydroxylé qui. différents ou identiques. On peut ajouter à ces réactions des esters avec les cétones et nitriles.96 Des réactions secondaires entre deux molécules d’esters (Claisen) ou de cétones (cétolisation) sont observées. qui réagissent avec les esters aliphatiques pour produire des acides β-cétoniques après acidification. et parfois X-CH3.CO2 R-CH(COR')COOH R-CH(COR')COOH R-CH2-CO-R' Schéma 10. d’hydrogène en α du groupe carbonyle. sont électroattracteurs -I comme COOR.H2 O X C C Y l'élimination n'est pas générale .4. X C=O + H2C Y X base C OH Schéma 10. En effet. comme les aldéhydes aromatiques. celles des sels d’acides carboxyliques. sous l’action de diisopropylamidure de lithium. 10. Il s’agit d’une addition–élimination : une condensation. H R-CH2-COO (i-Pr)2NLi R-CH-COO . SO2R. dans la plupart des cas. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. imine. COR. CN. R'COOR" puis H2O.10.98). élimine une molécule d’eau avec formation d’une double liaison (schéma 10. (i-Pr)2NLi. le plus souvent.97 Cette méthode d’acylation des acides est peu utilisée pour les acides de formule générale (R)(R’)CH-COOH qui sont acylés par les chlorures d’acides plutôt que par les esters après formation du carbanion.3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel Un carbanion formé à partir d’une molécule de formule générale X-CH2-Y. attaque un aldéhyde ou une cétone dépourvu. COOH. et nitrile O H C CH R 573 O RCH2 C R' + H COOR2 formiate base puis H2O O C R' aldéhyde β-cétonique O RCH2 C R' + R1O COOR1 carbonate base puis H2O O R1 O C CH R O C R' ester β-cétonique Schéma 10. NO2. les sels d’acides carboxyliques génèrent des carbanionssels d’acides.98 C H Y .

COOEt B . La réaction s’effectue dans les alcools (souvent l’éthanol). l’acétamide. Il s’agit dans ce cas de la réaction de Doebner (1900). Pour effectuer cette réaction avec les cétones.H2O Ph C H C COOEt COOEt Ph C H benzylidènemalonate d'éthyle Schéma 10.100). Sauf cas exceptionnels. l’acide trans-cinnamique (schéma 10. les aldéhydes réagissent avec le malonate d’éthyle dans les conditions classiques. voire des sels métalliques fluorés (CsF. la triéthylamine. CH2(COOH)2.B H O COOEt C COOEt H COOEt H2C COOEt O C Ph COOEt + HC H COOEt malonate d'éthyle Ph C H H O COOEt C COOEt H B . Ph C H C COOEt COOEt H2O .100 Le même résultat est obtenu en effectuant la réaction de condensation avec l’acide malonique. la pyridine. . KF ou RbF).CO2 Ph C H C COOH H acide trans-cinnamique Schéma 10. la quinoléine.99 L’hydrolyse des fonctions esters du benzylidènemalonate d’éthyle conduit à un diacide éthylènique instable dont une fonction se décarboxyle pour donner finalement un acide α. des aminoacides. la réaction est plutôt effectuée en présence de pipéridine comme base.BH .β-insaturé. seuls.99). on utilise en plus de la pyridine. le tétrachlorure de titane comme catalyseur. ou le dioxane parmi d’autres en fonction de la base.574 Chimie organique Les bases utilisées sont la pyridine. la pipéridine. le benzène. mais aussi certaines amines primaires ou secondaires. dans le THF ou le dioxane.BH HC COOEt O Ph C H COOEt C COOEt H BH . La réaction de Knoevenagel (1896) la plus classique est celle qui fait intervenir le malonate d’éthyle avec le benzaldéhyde en présence de pyridine.EtOH Ph C H C COOH COOH . le tétrahydrofurane (THF). Avec les aldéhydes aliphatiques. Il en résulte le benzylidènemalonate d’éthyle (schéma 10.

imine.101. CO-CH3 Ph-CH=O + H2C COOEt acétylacétate d'éthyle Et2NH COCH3 Ph C H C COOEt + H 2O 2-acétyl-3-phényl-acrylate d'éthyle CN O cyclohexanone + H2 C COOH CH3COONH4 CN C COOH + H 2O acide cyanacétique acide cyano-cyclohexylidène-acétique O furfural COOH CHO + CH2 COOH pyridine O C H CH COOH + H2O + CO2 acide 3-(furan-2-yl)-acrylique Schéma 10. capables de former un carbanion sont aussi susceptibles de réagir avec les cétones et aldéhydes pour fournir un composé hydroxylé.H2 O R R C C H NO2 OH H CH2COOEt (1-hydroxy-cyclohexyl)-acétate d'éthyle O + Li CH2COOEt CH2COOEt Schéma 10. RCH2Y et (R)(R’)CHY.101 La réaction a été étendue à de nombreuses molécules ne possèdant qu’un seul groupe électroattracteur Y de formules générales CH3-Y.102 : Ph C O Ph benzophénone + CH3-CN KOH Ph C Ph C H CN + H 2O 3. schéma 10.10. et nitrile 575 D’autres exemples de condensation de Knoevenagel sont donnés dans le schéma 10. comme dans les exemples suivants.102 Certaines molécules de formules générales.3-diphényl-acrylonitrile R C O + CH3 NO2 R nitrométhane KOH R C CH2-NO2 R OH O Li . . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.

4. L’anhydride d’acide sert de solvant. . est hydrolysé en fournissant l’acide trans-cinnamique ou ses dérivés et l’acide dont dérive l’anhydride d’acide. Elle permet la synthèse de dérivés de l’acide 3-phénylpropènoïque ou acide trans-cinnamique. Un exemple est donné pour la réaction entre le benzaldéhyde et l’anhydride acétique en présence d’acétate de sodium (schéma 10. dont les alcynes terminaux. RC≡CH.4. sont acides et peuvent être convertis en acétylures dans l’ammoniac liquide par l’action de bases fortes comme les amidures alcalins. Ce sont de puissants nucléophiles. La réaction s’effectue à l’ébullition de l’anhydride.104). de formule générale.4 – Carbanion acétylure Les hydrogènes portés par l’acétylène et ces dérivés monosubstitués. par addition d’eau.103). supérieurs à l’ion cyanure –CN.576 Chimie organique 10.103 10. Ils s’additionnent sur les aldéhydes et cétones en produisant des dérivés d’alcool propargylique. composés très utiles en synthèse en raison de leur facile réduction en dérivés d’alcool allylique.5 – Réaction de Perkin La réaction d’un aldéhyde aromatique avec un anhydride d’acide en présence du sel de cet acide servant de base à la réaction est appelée réaction de Perkin (1868). C H C NaNH2 Na C R NH3 liquide C C R + NH3 H2 catalyseur de Lindlar O C OH C OH C H C H R C C R puis H+ C OH C C R Schéma 10. Le premier composé formé est un anhydride mixte qui. par hydrogénation en présence du catalyseur de Lindlar (palladium sur carbonate de calcium empoisonné au plomb) (schéma 10.

La réaction de Darzens (1904) débute comme une réaction de Knoevenagel.10.CH3COOH H2C H3 C C O O C O O Ph H C O H3C CH C O O C CH3 O anhydride mixte : R-CO-O-CO-R' anhydride acétique O CH2 C C O Ph H2O CH3COOH O . Ar-CH=CH-CHO.6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) En présence d’une base comme un alcoolate ou un amidure alcalin.104 La réactivité de l’anhydride est fonction de l’acidité des hydrogènes du groupe CH2 en α. les esters αhalogénés se condensent avec aldéhydes et cétones en formant des esters glycidiques (ou α.105 COOEt + EtOH O C R C X O COOEt -X R C C COOEt ester glycidique .CH COONa 3 Ph H C CH2 C O O C O OH H3C CH CH COOH acide trans-cinnamique + CH3COOH Schéma 10. 10. La plupart des aldéhydes aromatiques y compris hétérocycliques donnent lieu à cette réaction. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.H 2O Ph C H H 2C C O C O C O CH3COO Na . imine. La présence d’un substituant électroattracteur sur l’aldéhyde la favorise. R H C X ester α-halogèné R COOEt + NaOEt Na C X O COOEt C R C X Schéma 10.β-époxyesters) dérivés de l’oxirane (schéma 10. Le carbanion formé effectue ensuite une réaction de substitution intramoléculaire SN2 qui conduit à une cyclisation en oxirane.105).4. Les réactions de Perkin ont lieu aussi avec les aldéhydes vinylogues d’aldéhydes aromatiques. et nitrile 577 O H3C H 3C H Ph C O H 3C H Ph C CH2 C OH H3C O C O C O O .

578 Chimie organique Dans cette réaction.R2.H .5.106 . Le résultat est .1 – Réaction de Cannizzaro Cette réaction n’est possible qu’avec des aldéhydes ne possèdant pas en position un hydrogène susceptible d’être extrait par une base. O R O H3 C C H3C H C CH2 CH3 isobutène C C O ∆ R CH2 + C C OH O C H C O R O H3C glycidate de t-butyle Schéma 10. nitriles. Par chauffage.5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde 10. HCHO. S’il est chauffé en milieu acide. . il se forme un aldéhyde (ou une cétone) suite à une décarboxylation et à une ouverture du cycle (schéma 10. il est possible de former d’abord le carbanion intermédiaire par l’action du bis(triméthylsilyl)amidure de lithium (THF. ils éliminent une molécule d’isobutène en donnant l’acide qui se décarboxyle en cétone ou aldéhyde (schéma 10.CO2 O H OH R H O R Les glycidates de t-butyle n’ont pas besoin de saponification. H O R NaOH.R3)C-CHO se prêtent à cette réaction de transfert d’un ion hydrure de leur groupe CHO vers une molécule identique (réaction de Cannizzaro (1853)).107). Les aldéhydes aromatiques et les cétones réagissent bien tandis que les aldéhydes aliphatiques donnent de mauvais rendements. non énolisables car cette réaction nécessite l’action d’une base forte comme l’hydroxyde de sodium. le méthanal. et ceux de formule générale (R1. H2O COOEt puis H O R C O Schéma 10. tous α-halogénés. La réaction parasite souvent rencontrée est l’aldolisation des aldéhydes ou cétones.107 10. L’hydrolyse alcaline des esters glycidiques conduit au sel de l’acide correspondant. –78 °C) puis d’y ajouter l’aldéhyde ou la cétone. ou amides secondaires. Les aldéhydes aromatiques ArCHO. Pour les augmenter. les esters α-halogénés peuvent être remplacés par des cétones. sulfoxydes.106). cétimines.

en présence d’hydroxyde de sodium.10. Le retrait d’un proton du groupe OH par NaOH peut aussi libérer un dianion. et nitrile 579 la formation de l’acide correspondant à l’oxydation de l’aldéhyde et de l’alcool qui serait formé par réduction de cet aldéhyde.pour former un anion (schéma 10. pour fournir un alcool. A titre exceptionnel. L’anion (A) ou le dianion (B) ainsi obtenu transfère un ion hydrure à une nouvelle molécule d’aldéhyde: ce retrait de H. et doublé dans le dianion. L’ensemble de la réaction correspond à une dismutation (ou disproportionation). L’aldéhyde de départ est alors oxydé en acide. le transfert du proton dans la seconde partie du mécanisme se fait à partir d’une molécule du solvant protique. imine. devenu un alcoolate. H H O Ar C O H O Ar C O (A) 2 Ar-CHO + HO Ar-COO + Ar-CH2-OH ROH O Ar C O (B) Schéma 10. Il transfère un proton à l’aldéhyde qui a déjà additionné un ion hydrure.H2O Ar C O B O H O + O H C Ar H H H H Ar C O H Ar C H transfert d'ion hydrure O Ar C O + H O C Ar H solvant . Dans le cas du dianion (B).108). ils dérivent chacun de l’un des deux aldéhydes (voir ci-après). quelques aldéhydes aliphatiques énolisables comme le 2-méthylpropionaldéhyde. Un acide et un alcool sont encore obtenus.est largement facilité par le caractère fortement électrodonneur de O.108 H H Ar O C O A O C Ar H transfert d'ion hydrure O O . L’aldéhyde soumis à l’action de NaOH additionne HO.dans l’anion. (CH3)2CH-CHO. donnent lieu à une réaction de Cannizzaro à température élevée (200 °C). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. il s’agit alors d’une réaction de Cannizzaro croisée. Si deux aldéhydes différents sont mis en réaction.

par contre. Le méthanal est alors oxydé en acide formique (ou méthanoïque).5. RCOOH.111 .110 Dans le cas d’aldéhydes aromatiques. l’alcoolate de sodium peut être utilisé à la place du triéthoxyde d’aluminium (schéma 10.109). C’est la réaction de Tischenko (1906) (schéma 10. RCH2OH.580 Chimie organique Très souvent.2 – Réaction de Tischenko Si deux molécules d’aldéhydes non énolisables conduisent à un alcool et à un sel d’acide en présence de soude selon la réaction de Cannizzaro. dérivés respectivement de réduction et d’oxydation des aldéhydes traités. il y a transfert d’un ion hydrure au cours du mécanisme.111). Les aldéhydes α-cétoniques donnent lieu à une réaction de Cannizzaro intramoléculaire (schéma 10.109 H + HO R H C C O OH O 10. et les acides. et aromatiques RCHO chauffés en présence de trialkoxyde d’aluminium Al(OEt)3 conduisent à des esters RCOOCH2R correspondant aux résultats qui auraient été obtenus par réactions entre les alcools. Comme dans la réaction de Cannizzaro. les aldéhydes aliphatiques. R C O C O Schéma 10.110). 2 Ph-CHO NaOEt PhCOOCH2Ph Schéma 10. la réaction est effectuée entre le formaldéhyde (ou méthanal) et un autre aldéhyde (Cannizzaro croisé) ce qui permet la réduction de ce dernier en alcool avec un bon rendement. 2 CH3 CHO Al (OEt)3 CH3COOC2H5 H H3 C C O O H3C C O Al (OEt)3 H3 C acétate d'éthyle H3 C C H H3C C O H3C C O Al (OEt)3 H H H H3C H C H O C O + Al (OEt)3 Schéma 10. Le mécanisme est malconnu.

H CHO H Base. RCHO + R'CHO Al (OEt)3 RCOOCH2R' + R'COOCH2R Schéma 10.115).114). évidemment (schéma 10.113). C’est la réaction de Tollens (1891).113 CH2OH + HCOOH C H H C H La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe C αH2 ou CαH3 (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10.114 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2.3 – Réaction de Tollens Une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base.112). sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas. Des réactions de Tischenko croisées sont possibles à partir de deux aldéhydes différents : deux esters sont obtenus dont les proportions sont variables en fonction de la différence de réactivité des aldéhydes. Aldolisation croisée avec le formaldéhyde (réaction de Tollens) H2C=O Ca(OH)2 C CHO C CHO C CHO puis H H C H H aldéhyde énolisable OH aldol Réaction de Cannizzaro croisée C H OH CHO H2C=O HO C OH Schéma 10.10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 581 Dans ces conditions. Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent. imine.5. selon une réaction de Cannizzaro croisée avec formation d’acide formique et d’un 1. Si RCHO est le plus réactif.112 10. l’ester RCOOCH2R’ est prépondérant (schéma 10.3-diol (schéma 10. H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10. les aldéhydes énolisables conduisent à des aldols. . Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou un aldéhyde β-hydroxylé.

6 Condensation benzoïnique Les aldéhydes aromatiques et les glyoxals. Il se condense avec le benzaldéhyde (à caractère plus accepteur que donneur).est un bon réactif nucléophile qui s’additionne facilement sur le groupe carbonyle aldéhydique du « donneur » comme dans la formation des cyanhydrines : un sel de cyanhydrine en résulte. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Chimie organique CH3-NO2 Schéma 10. Certains aldéhydes aromatiques ne peuvent être que donneurs. Cette acidité est liée à la présence du groupe CN à fort effet électroattracteur -I. En effet. Celui-ci attaque le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde. L’ion CN. Dans la seconde . dans la première partie du mécanisme.116 Il est intéressant de remarquer l’activité particulière du groupe CN qui est ce qu’on appelle un « puits à électrons ».115 10. L’oxygène de l’ion alcoolate qui est ainsi formé est proche de l’hydrogène à caractère acide porté par le groupe hydroxy. RCOCHO.116). L’hydrogène porté par le carbone central de ce sel se déplace vers l’oxygène ce qui conduit à un carbanion (stabilisé par résonance). L’échange intramoléculaire d’un proton conduit à un nouvel ion alcoolate.N-diméthylaminobenzaldéhyde. L’ion CN. Ph Ph C H C N nucléophile nouveau cycle de réactions O O Ph C CN H Ph O C CN H H C O Ph H O C CN O C H Ph effet attracteur -I H O O C H benzoïne H O Ph Ph C CN O C H Ph C N + Ph C groupe partant Schéma 10.est alors régénéré et la benzoïne obtenue. en raison de la présence du groupe diméthylamino à fort caractère électrodonneur +M.582 Base. comme le p-N. Les aldéhydes aromatiques fournissent ainsi des α-hydroxy cétones appelées benzoïnes (schéma 10. se condensent de telle sorte qu’une molécule d’aldéhyde appelée « donneur » s’additionne à un groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde (appelée « accepteur ») en présence d’ion cyanure comme catalyseur. il est riche en électrons sous la forme d’un ion cyanure et est nucléophile.

NO3 (n= 1) n R = H cation thiamine (vitamine B1) O O P O O P O O R= pyrophosphate de thiamine (coenzyme) Figure 10. aromatiques.7 Réaction de Wittig La réaction de Wittig (1949) est très importante. eux-mêmes. alicycliques. CH3 N H3C N NH2 H N S CH2-CH2-O-R . ArCOCH(OH)Ar. qui sont préparés à partir de sels de phosphonium. Un sel de thiazolium naturel présent dans la vitamine B1 (figure 10. insaturés par des doubles ou triples liaisons (conjuguées ou non avec le groupe carbonyle).118). A A = Cl (n = 1 ). équivalents aliphatiques des benzoïnes. son caractère électroattracteur -I comme groupe nitrile rend l’hydrogène en α suffisamment acide pour qu’il se déplace vers la charge négative de l’oxygène. car elle permet la préparation d’oléfines (schéma 10.118) à partir d’un choix important d’aldéhydes ou de cétones qui peuvent être aliphatiques.10) a des propriétés chimiques équivalentes au groupe CN et intervient dans divers processus biologiques sur des aldéhydes (surtout des aldoses) en formant des acyloïnes RCOCH(OH)-R.10. L’avantage de cette méthode réside dans la possibilité de formation. C’est pourquoi elle est largement utilisée pour la synthèse de nombreux composés biologiques complexes. des groupes acétals. et avoir des groupes nitroaryles. ou esters. R C O + Ph3P C R' ylure de phosphore ou phosphorane R C C R' + Ph3P=O oxyde de triphénylphosphine Schéma 10. il agit de nouveau par son fort effet électroattracteur et devient alors un groupe partant. NR2. ou phosphoranes. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Dans la dernière partie du mécanisme. et / ou halogénoaryles.10 10.118 Elle nécessite la présence d’ylures de phosphore. dans des conditions relativement douces. de l’action d’un halogénure de formule générale >CH-X sur une phosphine. d’oléfines avec une double liaison en position bien définie (schéma 10. imine. PO43 ( n = 3). lesquels résultent. Elle présente de nombreuses variantes. Les aldéhydes sont beaucoup plus réactifs que les cétones. être fonctionnalisés par OH. et nitrile 583 partie de ce mécanisme. L’ion phosphonium a un . OR.

le diméthylsulfoxyde (DMSO) ou l’éthanol (avec EtONa).584 Chimie organique caractère très électroattracteur qui rend l’hydrogène de CαH très acide (schéma 10.119). Les solvants sont le plus souvent le diéthyléther. résultat du mécanisme de cycloaddition [2 + 2] concerté. Il existe en fait peu de preuves que les bétaïnes soient de vrais intermédiaires . cela était appuyé par le fait que les bétaïnes produites par l’action de triphénylphosphine sur un oxirane selon une substitution nucléophile produisent des oléfines. les hydrures et amidures alcalins.119 Le mécanisme de la réaction de Wittig débute par l’attaque de l’ylure sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone.120). H Ph3P + X C R1 triphénylphosphine X R2 Ph3P H C R2 R1 BuLi R1 Ph3P C R2 ylure ou phosphorane R1 Ph3P C R2 sel de phosphonium Schéma 10. O C O R1 Ph Ph P Ph C C R2 R1 O P(Ph)3 + R1 C C R2 Ph3P ylure C R2 ou phosphorane oxaphosphétane O C C R1 O R2 R1 C R2 PPh3 Ph3P C bétaïne oxirane Schéma 10. composé qui se décompose ensuite en oléfine et oxyde de triphénylphosphine (schéma 10. ce qui conduit à un système hétérocyclique. Il est extrait par des bases comme le butyllithium. le tétrahydrofurane (THF). un oxaphosphétane instable. les alcoolates (surtout t-BuOK).120 La formation d’une bétaïne intermédiaire a longtemps été proposée comme une étape du mécanisme. le phényllithium.

O Ph3P C H C H Ph3P C H C O Ph3P H R-CHO R C H oléfine E O C H C H H C CHO + O=PPh3 Schéma 10.121 Dans le cas particulier de Ph3P=CH-COOEt. la réaction peut conduire à des oléfines E et Z. sont très réactifs avec la plupart des aldéhydes et cétones. Les oléfines qui sont produites par ces ylures stables sont. le tableau 10. les ylures peuvent être classés en composés stables et instables. avec l’eau et l’oxygène. les oxaphosphétanes ont pu être isolés à de nombreuses reprises ce qui permet d’assurer leur formation dans ce mécanisme. Ces ylures peuvent même ne pas réagir si la charge négative est très délocalisée : c’est le cas pour des ylures dont les deux substituants du carbone sont des groupes à effet -M ou des groupes aryles. À titre d’exemples. et ses réactions deviennent plus difficiles avec les aldéhydes et cétones.10.1 rassemble quelques ylures avec l’indication de leurs stabilités relatives et la facilité de leurs réactions avec les aldéhydes et cétones. Les ylures dits instables ou peu stables comme ceux qui ont pour substituants du carbone un hydrogène et un groupe alkyle. et nitrile 585 dans la réaction de Wittig. En simplifiant un peu. . sauf exceptions. imine. le caractère nucléophile du carbone de l’ylure est assez faible. ou deux atomes d’halogène.121). ces ylures sont stables envers l’eau. L’orientation est fonction du solvant utilisé et des sels qui y sont dissous. et réagissent à la fois. toujours de configuration E (schéma 10. Par ailleurs. à quelques exceptions près. La stabilité des ylures est souvent assurée par la présence d’un groupe exercant un effet mésomère électroattracteur -M ce qui assure une délocalisation de la charge négative. Par contre. Dans ce cas. c’est-à-dire qui ont un carbanion très nucléophile. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.

586 Chimie organique Ylure H Ph3P=C CH3 Cl Ph3P=C Cl H Ph3P=C COCH3 CN Ph3P=C COCH3 Ph Ph3P=C Ph stabilité substrat RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' facilité de la réaction +++ +++ +++ +++ ++ faible faible forte très forte très forte Tableau 10. ces derniers sont plus réactifs que les triphénylphosphoranes correspondants en raison d’une augmentation du caractère nucléophile lié à la présence de groupes électrodonneurs +M. Dans ce cas encore.122). Avec des substituants identiques.11) : O Ph3P C H C CH3 Ph3P C H CH3 (EtO)3P C H C CH3 O (EtO)3P C H CH3 Figure 10.11 Les phosphoranes sont parfois remplacés par des phosphonates. qui.1 Les oléfines produites sont le plus souvent un mélange de configurations E et Z avec une nette prédominance de la configuration Z. Ce type de composé permet en particulier de préparer des oléfines acylées ou des composés cétoniques cycliques (schéma 10. Les solvants aprotiques polaires (par exemple le DMSO) favorisent la formation d’oléfines Z. Certains sont des trialkoxyphosphoranes. Le classement de la réactivité de quatre phosphoranes est donné ci-après (figure 10. le milieu réactionnel est très important pour le rapport E / Z. (RO)2P(O)CH(R1)(R2). en présence d’une base comme un hydrure alcalin forment des carbanions très réactifs (réaction de Wittig-Horner). Tous les phosphoranes ne sont pas dérivés de la triphénylphosphine. au même titre que la présence de base de Lewis (amines tertiaires). .

THF P O O EtO OEt 2-butyl-3-méthyl-cyclopent-2-ènone Schéma 10. la réaction de Wittig peut s’appliquer à des composés aussi divers que.10. l’anhydride phtalique et le phtalimide. RN=C=O. Le schéma 10. (R)(R’)C=C=O. (R)(R’)C=NR”. les cétènes. HCON(R)(R’).XEt EtO P CH(R)(R') EtO phosphonate Réaction de Wittig-Horner O EtO P CH(R)(R') OEt O C O EtO P OEt C(R)(R') O EtO O P OEt Base O EtO P OEt C C R R' EtO O P O + C OEt R R' C C(R)(R') Schéma 10. les formamides. . les isocyanates.124 regroupe quelques substrats de la réaction de Wittig et les produits correspondants formés. les thiocétones. par la réaction d’Arbuzov (1906) (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. RN=O. les imines. Réaction d'Arbuzov H (EtO)3P + R C X R' ∆ EtO P EtO O O Et X CH(R)(R') . les composés nitrosés. RCH2X ou (R)(R’)CHX.122 Les phosphonates sont facilement préparés par réaction entre la triéthoxyphosphine et un halogénure. imine.123).123 Outre les aldéhydes et cétones. l’anhydride carbonique. et nitrile 587 O O NaH.

588 Chimie organique O O O anhydride phtalique C O O C NR O R C R' C O cétène R R' C C C R N C O R" R N R C C isocyanate O NR O dérivé du phtalimide C N R' imine C C R' R N C R N O composé nitrosé H2O.1 – Sur les cétones et aldéhydes Les composés organomagnésiens RMgX (découverts par Grignard en 1900).15).8. sont préparés par action d’un halogènure RX sur le magnésium dans un solvant comme le diéthyléther Et-O-Et ou le tétrahydrofurane (THF) (schéma 10. On obtient alors une solution. HO R CO2 R' C PPh3 COO puis H ∆ R' R C COOH H R R' R R' C C C Schéma 10.8 Réactions des organomagnésiens 10.125) (voir aussi § 13.125 . inversion de polarité Mg +δ −δ diéthyléther + R X ou THF −δ +δ R MgX O tétrahydrofurane (THF) Schéma 10.124 10.

. bien que monomériques. l’organomagnésien est en équilibre (équilibre de Schlenk) avec l’halogénure de magnésium. Ils réagissent aussi bien que les réactifs de Grignard classiques et permettent la synthèse de nombreux composés insaturés. et c’est en partie. Avec R = alkyle.MgX2 Le déplacement de l’équilibre dépend de la nature du groupe R.126 R2Mg. Et O R Et Et O R Mg Et Et O Et Mg X R X Mg X O Et Et Et O Et Et O Et Schéma 10. monomèrique. La structure des organomagnésiens est plus complexe que leur formule ne le suggère. sans diéthyléther et étudiés par rayons X. est alors RMgX. que leur structure. entre autres. imine. les cristaux obtenus à partir d’un organomagnésien préparé dans un excès d’halogénure d’alkyle RX.127). Ils sont préparés dans le THF. La liaison C-Mg possède un fort caractère covalent (avec un faible caractère ionique. formé à partir des deux molécules précédentes (schéma 10. lui-même en équilibre avec un complexe dimère. (R1)(R2)C=C(R3)MgX. sont un mélange de R2Mg et MgX2. D’une manière générale. Il y a donc inversion de polarité de ce carbone durant la formation de l’organomagnésien.127 Les cristaux obtenus en concentrant et refroidissant la solution éthèrée d’organomagnésien montrent.10. solvant classique dans lequel elles sont dissoutes (schéma 10. les organomagnésiens à faible concentration dans l’éther ou le THF sont principalement sous forme monomères ce qui montre que seule la première partie de l’équilibre de Schlenk est réalisée. les organomagnésiens formés à partir d’halogénures insaturés. le tétrahydropyrane. et nitrile 589 On appelle réactifs de Normant (1954). de la nature de X. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. ces différentes molécules présentent chacune une double coordination aux molécules d’éther-oxyde. Le carbone a une charge partielle négative dans RMgX alors qu’il en avait une positive dans l’halogénure. dans le diéthyléther. et R2Mg (dialkylmagnésium si R = alkyle). du solvant dans lequel il a été préparé. 2 RMgX R2Mg + MgX2 Schéma 10. 2 Et2O. Il a été montré qu’en solution éthèrée. MgX2. le 2-méthyl-THF. R2Mg-MgX2. d’environ 35 %). par une étude aux rayons X. cette polarité négative de ce carbone qui est à l’origine des réaction de ces composés organométalliques.126). Par contre. de leur concentration et de la température.

Tous les mécanismes impliquant des organomagnésiens sont complexes et rarement donnés dans leur intégralité en raison de nombreux paramètres ignorés comme la coordination au solvant et son influence. ArMgX est majoritaire. il a un effet important sur la réactivité de RMgX en se coordinant à l’électrophile. ce qui n’est pas le cas dans le THF où Ar2Mg et MgX2 sont plus présents. R R C O R' formaldéhyde autre aldéhyde cétone 1) R"MgX 2) H2O. H R' C R" alcool primaire R = R' = H alcool secondaire R = H alcool tertiaire R et R'= alkyl.129 Une proposition de mécanisme faisant agir deux molécules d’organomagnésien (cas assez fréquent mais pas général) est la suivante (schéma 10. Ces définitions sont nécessaires pour comprendre qu’il serait simpliste et surtout faux de présenter les organomagnésiens comme un système formé d’un carbanion R.590 Chimie organique Avec R = Ar.129) conduit. Dans la mesure où MgX2 est un acide de Lewis. Lorsque le produit attendu est un alcool primaire ou secondaire. l’acidification du milieu est obtenue par addition d’une solution diluée d’acide chlorhydrique ou sulfurique. aryl.128 OH Le mécanisme de cette addition est complexe en raison du nombre d’espèces chimiques présentes en équilibre et de l’influence possible d’impuretés métalliques. l’équilibre de Schlenk est orienté vers la gauche. on peut l’écrire de la manière suivante : C R O MgX diéthyléther ou THF C R O MgX HX H2O C R alcool O H + MgX2 Schéma 10.128 et 10. L’addition effectuée sur le méthanal conduit à un alcool primaire. On préfère le remplacer par une solution de chlorure d’ammonium afin d’éviter une réaction de déshydratation toujours possible avec ce type d’alcool. Le magnésium d’une . après acidification.130). aralkyl Schéma 10. d’une manière assez générale.et d’un cation MgX+ bien que la plupart de leurs réactions correspondent apparemment à l’intervention d’une telle structure. mais par simplification. schémas 10. à un alcool secondaire ou tertiaire. L’addition d’un organomagnésien sur le groupe carbonyle d’un aldéhyde ou d’une cétone (réaction de Grignard. Lorsque le composé attendu est un alcool tertiaire on évite l’utilisation d’acide fort en solution. dans le diéthyléther. respectivement.

131 C C O H La seconde réaction secondaire possible est la réduction du groupe carbonyle en alcool secondaire si le groupe R de l’organomagnésien possède un hydrogène en position β par rapport à MgX. imine. Il y a transfert d’un proton comme dans une réaction entre un acide et une base (schéma 10.10. C’est donc une réduction par transfert d’un ion hydrure en β du métal.131). La réaction se termine en formant le composé d’addition de RMgX sur le groupe carbonyle avec échange des groupes R des deux molécules d’organomagnésien impliquées. . Une seconde molécule de RMgX intervient alors pour conduire à un état de transition cyclique. X −δ R C +δ +δ Mg X X R −δ +δ MgX Mg R C O R MgX C O R Mg R MgX O −δ Schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 591 première molécule de RMgX est d’abord coordiné à l’oxygène du groupe carbonyle.130 Deux réactions secondaires sont possibles. Cette seconde molécule joue un rôle d’acide de Lewis en augmentant la polarisation de la liaison carbonyle. Dans ce cas. H C C O −δ R MgX C C H R MgX O H C C O H2O.132). L’addition d’acide libère l’alcool. La première concerne les réactions d’organomagnésiens avec des aldéhydes ou cétones énolisables encombrées ou des cétones à fort pourcentage d’énolisation comme les esters β-cétoniques. le groupe R s’approprie l’hydrogène acide en α du groupe carbonyle pour former une molécule RH. H H R MgX C C O cétone ou aldéhyde Schéma 10. Ces composés carbonylés sont transformés en leurs énols par addition de RMgX. L’alcool peut éliminer une molécule d’eau pour former une oléfine (schéma 10.

et en complexant RMgX avec le bromure de tétrabutylammonium Bu4N+.2) soit en 1.H2O C CH2 O H R R' H C CH2 MgX C H C H Schéma 10. cela revient à une addition sur la double liaison carbone-carbone. L’addition sur les aldéhydes et cétones α. Br-. Ainsi il existe une augmentation de l’addition sur la double liaison lorsqu’on passe d’un aldéhyde à une cétone (puis à un ester).β