CHIMIE ORGANIQUE

CHIMIE ORGANIQUE
Stéréochimie, entités réactives et réactions
René MILCENT

17, avenue du Hoggar Parc d’Activité de Courtabœuf, BP 112 91944 Les Ulis Cedex A, France

Du même auteur : Chimie organique hétérocyclique, EDP Sciences, 2003

Imprimé en Espagne

ISBN : 978-2-86883-875-9
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (alinéa 1er de l’article 40). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.
©

EDP Sciences 2007

Je dédie ce livre à François, mon petit-fils, et à tous mes étudiants.

Avant-propos

La chimie organique représente la partie la plus importante de la chimie du carbone. L’étude de l’élément « carbone » (à l’état pur dans le diamant, et présent à plus de 99 % dans le charbon ou le graphite) et celle d’autres composés comme les carbures métalliques représentent la partie dite inorganique ou minérale de la chimie de cet élément. L’adjectif « organique » (provenant de la vie) a une origine historique puisque la première molécule synthétisée, l’urée, était d’origine naturelle (Frédéric Wölher, 1840). La chimie organique est, de nos jours, la science qui étudie les molécules constituées d’un ou plusieurs atomes de carbone liés entre eux et à d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le soufre, le phosphore, les halogènes (fluor, chlore, brome, iode), parmi les plus importants. Dans les composés organométalliques, des métaux entrent dans la composition de la molécule : on peut citer parmi eux les plus souvent rencontrés, le sodium (Na), le potassium (K), le lithium (Li), appelés métaux alcalins, ou le cuivre (Cu), le zinc (Zn) et surtout le magnésium (Mg). Dérivée de la chimie organique et de la biochimie, il existe la chimie bio-organique, terme redondant dans la mesure où « bio » et « organique » ont la même signification (la vie). Cette branche de la chimie organique recouvre l’étude chimique et physicochimique des composés d’origine naturelle ainsi que les mécanismes chimiques impliqués dans les processus biologiques moléculaires. La chimie biologique (terme utilisé au XIXe siècle pour désigner la biochimie) se consacre plus particulièrement à la synthèse des composés d’origine naturelle. Il existe des traités de chimie organique, dont le renom n’est plus à faire, et qui ont aidé l’auteur à écrire ces pages (en particulier ceux de Mary et Louis F. Fieser, Jerry March, ou K. Peter Vollhardt et Neil E. Schore, parmi d’autres). Il existe aussi d’excellents cours et dictionnaires dans ce domaine. Par contre, peu d’ouvrages proches d’un guide pour l’étudiant débutant ont été conçus, des ouvrages qui se rapprochent d’un cours, dans la mesure où, définitions et exemples se succèdent selon un ordre aussi logique que possible dans les différentes parties de la chimie organique. C’est ce que l’auteur

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Chimie organique

a tenté de réaliser, en espérant y avoir réussi. Ainsi, l’étudiant peut y retrouver une définition sans être obligé de lire plusieurs pages préliminaires, et aussi, d’y trouver des exemples simples qui l’éclairent immédiatement, ou complexes, et qui lui ouvrent d’autres perspectives. Cet ouvrage ne peut pas se substituer à un cours magistral, mais il peut l’accompagner. Sa structure qui ne fait pas apparaître les fonctions les unes après les autres selon le schéma français classique, permet, par contre, des généralisations plus facilement accessibles par groupes réactionnels. La recherche de la concision et de la clarté a été étayée par une longue expérience pédagogique de l’auteur, et en particulier, les longues discussions qu’il a pu avoir avec les étudiants à la fin des cours. La simplicité a prévalu volontairement dans les premiers chapitres, mais des compléments parfois nécessaires ont été ajoutés dans les chapitres suivants, en fonction des besoins. Par exemple, pour ce qui concerne les liaisons du carbone : au premier chapitre sont présentées les différentes hybridations des orbitales de cet élément, de l’oxygène, et de l’azote, et au chapitre 14, la théorie des orbitales moléculaires, ce qui rend la chimie organique plus accessible aux étudiants dont ce n’est qu’une matière de concours (par exemple le PCEM). Pour les autres, il suffit qu’ils se reportent au chapitre 14. L’utilisation de couleurs apporte dans certains cas un moyen de mieux suivre le déroulement de mécanismes, voire de rendre moins austère l’apprentissage de cette discipline. Certains schémas sont encadrés, d’autres ne le sont pas. Le degré d’intérêt de telle réaction, mécanisme ou exemple est purement subjectif, sauf pour les réactions les plus classiques, et ne pourra donc satisfaire tous les chimistes qui voudront y jeter un œil, selon leurs propres conceptions du sujet traité. Des notes ont été ajoutées à certains endroits du texte. Elles sont parfois utiles pour expliquer un terme utilisé : par exemple, la distillation azéotropique, ou le benzyne… Elles sont peu nombreuses afin de ne pas être une gêne à la lecture. Les années de découverte des réactions les plus connues sont parfois approximatives en raison de publications multiples sur le sujet à une même époque. L’orthographe de certains termes est variable selon les ouvrages en français. Par exemple, protoné ou protonné, dipole ou dipôle… L’auteur a donc fait un choix délibéré, selon ses propres sources d’information. Comme le titre de l’ouvrage l’indique, la physico-chimie n’a pas été traitée. En raison de l’importance du développement de ce domaine et de certaines contraintes éditoriales, il a été jugé plus pertinent que les étudiants se reportent, dans ces conditions, vers des livres spécialisés facilement accessibles. Pour terminer ces quelques lignes, l’auteur tient à exprimer toute son amitié, sa gratitude et ses chaleureux remerciements à Messieurs Géo BARBIER et François CHAU, Maîtres de Conférences à l’Université Denis Diderot à Paris : d’abord, à Monsieur Géo BARBIER, pour les discussions pédagogiques toujours fructueuses et qui ont été utiles pour la rédaction de certains points de cet ouvrage, et ensuite, à Monsieur François CHAU, pour l’important et minutieux travail de relecture qu’il a effectué, sans oublier les excellents conseils qu’il a prodigués avec beaucoup de générosité.

Sommaire
PREMIÈRE PARTIE : Molécules et entités réactives ............................................................................... 7 Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique ............................... 9 Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée ........................................... 23 Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques .................................................. 39 Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie ................................................................... 51 Chapitre 5 - Polarisation des liaisons ........................................................................ 127 Chapitre 6 - Entités réactives ................................................................................... 175

SECONDE PARTIE : Les grands mécanismes réactionnels ................................................................. 271 Chapitre 7 - Généralités ............................................................................................ 273 Chapitre 8 - Les réactions de substitution ................................................................ 287 Chapitre 9 - Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes ............................... 457 Chapitre 10 - Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle, imine et nitrile .................................................................................... 517 Chapitre 11 - Les réactions d’élimination ................................................................. 603 Chapitre 12 - Les réactions d’oxydation ................................................................... 645 Chapitre 13 - Les réactions de réduction .................................................................. 689 Chapitre 14 - Les réarrangements ............................................................................. 745

PREMIÈRE PARTIE :
MOLÉCULES ET ENTITÉS RÉACTIVES
Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie Chapitre 5 - Polarisation des liaisons Chapitre 6 - Entités réactives

Chapitre 1 Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

Sommaire :
1.1 L’atome de carbone ..........................................................................................10 1.1.1 - Les orbitales atomiques (voir aussi § 14.1) .............................................13 1.1.2 - Les orbitales hybridées du carbone ........................................................13 1.1.2a - L’hybridation sp3 .......................................................................14 1.1.2b - L’hybridation « sp2 » ................................................................15 1.1.2c - L’hybridation « sp » ..................................................................17 1.1.3 - L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés .......................................................18 1.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) ....................19 1.3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) .........................20

Remarque importante : ce chapitre ne constitue qu’un rappel du cours d’atomistique. Les lois de remplissage des cases quantiques sont considérées connues. Un complément à ce chapitre concernant les orbitales atomiques et moléculaires (liantes, anti-liantes, non liantes, HOMO et LUMO) est donné dans la section 14.7.

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Chimie organique

1.1

L’atome de carbone

L’élément « carbone » est situé dans le milieu de la seconde période du tableau de Mendéléiev (tableau 1.1) entre le bore (B) et l’azote (N).

Familles
périodes

I
1,008

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

1 2 3

1

H
9,01 10,81 12,01 14,01 16 19

4

2

He Ne

6,94

20,18

3

Li Na

4

Be Mg

5

B Al

C 6
28,09

7

N P

8

O

9

F

10

22,99

24,31

26,98

30,97

32,06

35,45

39,95

Si
14 15

11

12

13

16

S

17

Cl

Ar
18

masse atomique 12,01

6

C

n° atomique (Z) : nombre d'électrons qui gravitent autour du noyau de l'atome

Tableau 1.1

Le carbone appartient à la 4e famille des éléments. Son numéro atomique, (Z), est 6 ; il possède donc 6 électrons e- (deux sur la couche 1, et quatre sur la couche 2) qui gravitent autour du noyau, lequel est constitué de 6 protons chargés positivement ce qui confère la neutralité électrique de l’atome. Sa configuration électronique est : 1 s2 2 s2 2 p2 L’isotope naturel 13C non radioactif, froid, est le plus abondant, avec environ 1% de la quantité du 12C. Il contient dans le noyau de l’atome 6 protons et un neutron. L’isotope 14C, radioactif ou chaud, à l’état de traces dans la nature, contient dans le noyau un neutron supplémentaire par rapport à 13C (6 protons et 2 neutrons).
Rappel : les isotopes d’un même élément ont un même nombre de protons et d’électrons ce qui assure la neutralité électrique de l’atome, mais se différencient par le nombre de neutrons présents dans le noyau de l’atome à côté des protons. Comme leur nom l’indique, les neutrons ne portent aucune charge électrique, mais possèdent une masse égale à celle du proton. Ce qui explique la variation de la masse atomique (12C,13C, 14C).

La 8e famille des éléments du tableau de Mendéléiev regroupe les gaz nobles ou rares : hélium (He), néon (Ne), krypton (Kr), xénon (Xe) et radon (Rn). Ce sont des éléments inertes chimiquement qui ne peuvent ni perdre ni gagner des électrons et sont les plus stables. Les éléments des autres familles sont actifs chimiquement car ils perdent ou gagnent des électrons en formant des liaisons dans les réactions afin d’atteindre la

1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

11

configuration électronique du gaz rare qui leur est le plus proche, de numéro atomique Z plus faible ou plus élevé, ce qui les stabilise. Pour la plupart des éléments de la seconde période, la stabilité est donc acquise lorsque 8 électrons sont présents sur la couche 2 (ce qui correspond à la configuration électronique stable du néon 1 s2, 2s2, 2 p6, Z = 10). C’est la règle dite de l’octet, soit 4 doublets d’électrons sur la couche externe de l’atome. La position centrale du carbone avec Z = 6 dans le tableau de Mendéléiev (figure 1.1) nécessiterait a priori, qu’il perde ou gagne 4 électrons pour obtenir respectivement les configurations des gaz rares les plus proches 2He (hélium) ou 10Ne (néon), devenant ainsi des ions C4+ ou C4-. Cette éventualité est impossible car elle suppose un apport très important d’énergie peu compatible avec la nature des réactions de la chimie organique. Une autre solution qui permet à l’atome de carbone de parvenir à la configuration électronique du néon est la mise en commun de ses quatre électrons de la couche 2 avec d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, les halogènes, pour n’en citer que les plus classiques, ou d’autres atomes de carbone, en formant ainsi quatre liaisons dites covalentes, comme dans le méthane, CH4. Réciproquement, les éléments ainsi liés au carbone mettent eux aussi en commun leurs propres électrons avec le carbone. Cette réciprocité des éléments dans la mise en commun d’électron(s) lors de la formation des liaisons covalentes leur permet d’obtenir chacun une configuration de gaz rare : ainsi, par exemple, l’hydrogène 1H, gagne un électron et obtient la configuration de l’hélium, 2He, et le fluor, 9F, celle du néon, 10Ne. On remarquera que la configuration électronique du carbone est différente selon qu’il est dans son état fondamental, non lié, ou au contraire, partie d’une molécule, formant alors quatre liaisons covalentes (figures 1.1 et 1.2).
20 10 Ne

: néon

(gaz rare ou noble)

1s2

2s2

2p6
12

12

6 C:

carbone

6 C:

carbone

(configuration électronique de l'élément à l'état fondamental: non lié)

(configuration électronique lors de la formation des liaisons covalentes)

1s2

1s2

2p2

case quantique p vide

2s1 2p3

Les 4 cases quantiques de la couche 2 sont complétées par des électrons célibataires (non figurés) apportés par les éléments qui forment les liaisons covalentes avec le carbone, contribuant ainsi à stabiliser l'atome de carbone en lui donnant une configuration de gaz rare, dans ce cas, le néon.

Figure 1.1

ils ont des spins contraires représentés par des flèches inversées. 1H : hydrogène 2He : hélium (gaz noble) 1s1 1s2 H couche 2 H H H Chaque atome d'hydrogène met son électron en commun avec l'atome de carbone. le transforme alors en un anion. et inversement pour le carbone. sans mise en commun réciproque comme dans les liaisons covalentes. électrons dits « appariés » formant une paire ou un doublet d’électrons. Le carbone obtient ainsi 8 électrons (octet d’électrons) sur sa seconde couche (comme le néon) et chacun des hydrogènes acquiert par sa liaison au carbone un électron ce qui lui donne la configuration électronique de l’hélium. Dans ce cas. ce qui signifie que leurs rotations par rapport à leurs axes de symétrie sont inversées. ayant perdu un électron devient un cation métallique M+. électrons dits « célibataires » ou par deux. Le carbone est alors entouré d'un octet d'électrons. et le métal lui transfère le quatrième électron (règle de l’octet) : le métal.2 Une liaison covalente. Il est possible qu’un élément. mette en commun plusieurs de ses électrons avec le carbone. le méthane est constitué d’un atome de carbone lié par quatre liaisons covalentes aux quatre atomes d’hydrogène. symbolisée par un trait.13). Figure 1. neutre dans son état fondamental.2 le montre. groupe qui porte une charge négative sur ce carbone et appelé carbanion (figure 1.12 Chimie organique Rappel : une case quantique figurée par un petit rectangle ne peut pas recevoir plus de deux électrons de même type « s » ou « p » (pour les deux premières couches). Comme la figure 1. potassium et lithium). . Le carbone peut aussi former des liaisons ioniques avec les métaux alcalins (sodium. Ce 4e électron fourni ainsi au carbone. Tous les électrons d’un atome sont disposés dans des cases quantiques où ils sont seuls. pour former 4 liaisons covalentes. Dans ce dernier cas. comme l’oxygène ou l’azote.3) (§ 6. chaque liaison gardant un caractère covalent. Exemple: CH4 le méthane H H C H H ou H C H H H liaison covalente simple Carbone dans CH4 structure de Lewis 1s2 couche 1 Cette liaison correspond à un doublet d'électrons formé à partir d'un électron du carbone et d'un électron de l'hydrogène. le carbone forme trois liaisons covalentes ce qui lui apporte trois fois un électron. résulte donc de la mise en commun d’un électron célibataire par chaque atome qui la constitue. créant ainsi des doubles (2 doublets = 4 électrons) ou triples liaisons (3 doublets = 6 électrons). ces deux électrons définissent le doublet de liaison.

se répartissent dans les quatre cases quantiques qui constituent la couche 2. . noyau de l'atome orbitale atomique pure "s" orbitale atomique pure "p" Figure 1. une « s » et deux « p ».2 – Les orbitales hybridées du carbone Lorsque le carbone forme des liaisons covalentes avec d’autres atomes.1 – Les orbitales atomiques (voir aussi § 14.2). ou « 2s ». oxygène. que cet électron soit 1s (première couche correspondant à l’hydrogène. carbone. fluor. Le carbone et les autres éléments de la seconde période sont constitués de deux types d’électrons : électrons « s » et électrons « p ». R2. avec deux électrons. Les orbitales atomiques des électrons « s » (figure 1.4 Par contre.1) L’orbitale d’un électron dans un atome est le lieu géométrique de l’espace où il existe une très forte probabilité de le trouver. azote.1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 13 R1 R2 R3 carbanion cation métallique R1. les électrons de la seconde couche « 2s2 2p2 » présents à l’état fondamental dans deux cases quantiques. 1s1. une « s » et trois « p » et deviennent « 2s1 2p3 » (figure 1. avec un seul électron. bore. hydrogène et hélium ne possèdent que des électrons « s ». et à l’hélium.4) sont décrites par des sphères centrées sur le noyau de l’atome. les orbitales atomiques des électrons « p » sont représentées par deux lobes symétriques par rapport au noyau de l’atome. « 1s2 ».3 C Na 1. correspondant alors aux électrons « s » de la seconde couche (lithium.1. 1. béryllium. Ces électrons « p » ne sont présents qu’à partir de la couche 2 où ils n’excèdent pas le nombre de 6. Les éléments de la première période. néon) et dont le nombre n’excède pas deux (remplissage d’une seule case quantique par couche).1. R3 représentent des atomes ou groupes d'atomes formant chacun une liaison covalente avec l'atome de carbone Figure 1.

1. noyau de l'atome orbitale hybridée Figure 1.9).1. 109°28' 109°28' 109°28' C 109°28' 109°28' tétraèdre du carbone hybridé "sp3" Figure 1.2a – L’hybridation sp3 Dans le cas où un atome de carbone forme 4 liaisons simples σ avec d’autres atomes.6 Ce type d’hybridation est celui du carbone dans le méthane CH4 : 4 liaisons σ équivalentes sont formées par recouvrement des 4 orbitales hybridées « sp3 » du carbone avec .6). la liaison est dite σ (sigma). S’il est latéral. On parle alors de Ctétraèdral. le carbone est dit dans l’état d’hybridation « sp3 » (quatre liaisons simples). et d’autres atomes.5 Les quatre axes de symétrie de ces orbitales hybridées du carbone font entre eux des angles dièdres égaux de 109° 28'. « sp2 » (deux liaisons simples et une double liaison) ou sp (une liaison simple et une triple liaison). Si ce recouvrement est coaxial. Le noyau du carbone est au centre de la représentation (figure 1. Les 4 électrons de la seconde couche deviennent hybrides (entre « s » et « p ») et leurs 4 orbitales deviennent hybridées. celui-ci est dans l’état d’hybridation « sp3 ».5) centrés sur le noyau de l’atome.14 Chimie organique Selon la nature des liaisons créées entre le carbone. Une liaison entre atomes correspond à un recouvrement des orbitales des deux électrons mis en commun formant ainsi une orbitale moléculaire. Elles sont représentées par deux lobes dissymétriques (figure 1. la liaison ainsi créée est dite π (pi) (voir la figure 1.

ce qui permet à deux groupes carbonés adjacents de tourner l’un par rapport à l’autre. H σ σ orbitales 1"s" de l'hydrogène C σ σ H H H orbitales hybridées "sp3" du carbone molécule de méthane CH4 H H H σ σ σ recouvrement de deux orbitales hybridées sp3 C C σ σ σ (liaison σ) H σ rotation possible H recouvrement d'une orbitale hybridée sp3 du carbone et d'une orbitale pure "s" de l'hydrogène (liaison σ) H molécule d'éthane CH3-CH3 Figure 1. elle est donc figurée comme une haltère symétrique. le propane C3H8. le butane C4H10. leurs axes de symétrie sont coplanaires et font entre eux des angles de 120°.1. et son axe lui est perpendiculaire. . Outre le méthane. cette hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcanes de formule générale CnH2n+2 comme l’éthane C2H6. 1. etc. une seule orbitale « p » de la couche 2 reste pure.8).1. Les 3 autres orbitales sont hybridées « sp2 » à partir de l’orbitale « s » et des deux orbitales « p » restantes (figure 1.2b – L’hybridation « sp2 » Dans ce type d’hybridation des orbitales atomiques du carbone.7 Il y a libre rotation autour des liaisons simples . L’orbitale « p » pure se situe de part et d’autre de ce plan.7). Les 3 orbitales hybridées « sp2 » sont équivalentes. comme les deux groupes méthyles dans la molécule d’éthane CH3-CH3. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 15 les 4 orbitales « s » sphériques de 4 atomes d’hydrogène formant un système tétraédrique (figure 1.

8 Ce type d’hybridation est caractéristique des doubles liaisons entre carbones >C=C<.9 . >C=N-N< et semicarbazones. La molécule est plane (les noyaux des deux carbones et des quatre hydrogènes dans l’éthylène sont coplanaires) et les angles de liaisons sont de 120°. et ses analogues. chaque atome de carbone de la double liaison est hybridé « sp2 » et forme: – trois liaisons σ. >C=S (thione) et >C=N. entre C et O dans le groupe carbonyle >C=O. en tout. par recouvrement latéral des deux orbitales p pures des deux atomes de carbone hybridés « sp2 » (remarque : ce recouvrement n’a pas été réalisé dans la figure 1. Le carbone est alors dit Ctrigonal. Figure 1. – une liaison π. groupe présent aussi dans les hydrazones. liaison σ résultant du recouvremenent coaxial d'une orbitale s de l'hydrogène et d'une orbitale hybridée sp2 du carbone liaison π résultant du recouvrement latéral des orbitales p pures de part et d'autre du plan des orbitales hybridées sp2 π pas de libre rotation entre ces deux carbones H σ σC π σ H H H σ C σ σ H H2C=CH2 éthylène H H H liaison σ résultant du recouvrement coaxial des orbitales hybridées sp2 des deux carbones.9 pour des raisons de lisibilité).9). deux avec l’hydrogène et une avec l’autre carbone. La double liaison est donc formée d’une liaison σ et d’une liaison π (soit. 4 électrons). Dans l’éthylène (figure 1. >C=N-OH). >C=N-NH-CO-N< et oximes.(imine.16 Chimie organique orbitales hybridées sp dont les axes sont coplanaires 2 orbitale p pure perpendiculaire au plan des axes des orbitales hybridées sp2 120° 120° C 120° carbone hybridé sp2 Figure 1.

HBr) ou d’un carbone chargé positivement appelée carbocation (§ 6.10). 1 atm). sous l’action d’un rayonnement ultraviolet. provenant par exemple d’acides hydrohalogénés (formule générale HX avec X = halogène. les doubles liaisons sont bloquées. par des entités chargées positivement telles que H+.1.11). ou de température élevée. comme dans HCl. ce qui correspond à un fort apport d’énergie à la molécule. En raison du recouvrement latéral des orbitales « p » pures (liaison π). Elles seront donc très facilement attaquées. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 17 Les doubles liaisons représentent des régions de la molécule à forte densité électronique.10 . p sp p sp axe des orbitales hybridées sp recouvrement d'orbitales p pures. il n’y a plus libre rotation entre les carbones hybridés « sp2 » dans les conditions dites normales (température de 25 °C. – Les axes des deux orbitales « sp » sont colinéaires. à deux composés différents par leur représentation dans l’espace (voir les réactions d’addition sur les doubles liaisons. en particulier. chapitre 10). dans certains cas.2c – L’hybridation « sp » Lorsque le carbone est dans l’état d’hybridation « sp » (figure 1. première liaison π oeil de l'observateur et ce qu'il voit H recouvrement d'orbitale s pure de l'hydrogène et d'orbitale hybridée sp du carbone (liaison σ) orbitale sp H second recouvrement d'orbitales p pures deuxième liaison π 2π σ orbitales p pures H C Cσ H acétylène σ Figure 1. deux orbitales p pures sont accompagnées de deux orbitales hybridées « sp » équivalentes et formées à partir de l’orbitale « s » et de la troisième orbitale « p » de la couche 2 du carbone. le recouvrement latéral des orbitales « p » n’est plus assuré et une rotation autour de la liaison σ devient possible (ce mécanisme est à la base du phénomène de la vision). Cette attaque pourra s’effectuer sur chaque face du plan « sp2 » ce qui peut conduire.1. Toutefois. 1. le proton. – Les axes des deux orbitales « p » pures sont perpendiculaires entre eux et à l’axe commun des orbitales hybridées « sp ».

le carbone central est hybridé « sp » et les deux autres « sp2 ». 1. le butyne.3 – L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés Dans l’allène. et la fonction nitrile -C≡N. (figure 1. C4H6. C3H4.. Ainsi. l’attaque des entités chimiques pauvres en électrons. ce type d’hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcynes de formule générale. dont H + et les carbocations (groupes dont un carbone porte une charge positive). Ces derniers définissent deux plans perpendiculaires entre eux puisque les axes des deux orbitales « p » pures du carbone central sont perpendiculaires entre eux. forme deux liaisons et deux liaisons ce qui conduit dans l’acétylène HC≡CH (2 carbones hybridés « sp » liés) à une triple liaison (soit six électrons). les cétènes et les carbodiimides ont aussi un carbone « sp » avec deux doubles liaisons de part et d’autre. comme le propyne. etc.18 Chimie organique Le carbone ainsi hybridé. Cette forte concentration d’électrons a pour conséquence.11 . CnH2n-2. comme pour les doubles liaisons. 90° H H π σ H carbone hybridé sp2 carbone hybridé sp plans perpendiculaires H π σ H carbone hybridé sp2 σ π σ C2 σ sp H C σ sp π sp2 σ Cσ H H allène Note : il existe encore d’autres cas semblables à l’allène. Outre l’acétylène. hybridation sp C C O N C N cétène carbodiimide Figure 1.1.11). Un cas particulier concerne l’allène qui ne possède pas de triple liaison.

12) : 1s2 2s2 2p4 Figure 1.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’oxygène 8O est 1s2 2s2 2p4 (figure 1. chaque atome d’hydrogène met son électron célibataire en commun avec un électron de la couche 2 de l’oxygène (figure 1. Dans l’eau. Cette augmentation de l’angle de liaison ne peut pas être la conséquence de la répulsion entre les deux atomes d’hydrogène qui portent chacun une charge partielle positive. observer le même angle entre les deux liaisons OH de la molécule d’eau.12 Cet élément peut donc former deux liaisons covalentes avec d’autres éléments pour acquérir la configuration électronique du néon (Z = 10). Deux des quatre orbitales hybridées contiennent une paire d’électrons et les deux autres. H2O. L’explication réside dans une hybridation de « type sp3 » de géométrie tétraédrique. a priori.13 diméthyléther . un électron célibataire.1. on devrait. cet angle est de 104°. comme le représente le schéma suivant: doublets libres non liants O H H H eau O H H H H C H H O O H H3C H H C H H O C H H H H3C O CH3 méthanol Figure 1. car elle est trop élevée.13). En fait. des orbitales des électrons de la couche 2 de l’oxygène. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 19 1. Les orbitales « p » pures de l’oxygène faisant entre elles un angle de 90°.

16). Trois orbitales hybridées contiennent chacune 1 électron célibataire et la quatrième. R" représentent des groupes carbonés). est 1s2 2s2 2p3 (figure 1.15 Lorsque l’azote forme 3 liaisons simples comme dans l’ammoniac NH3 ou les amines (R-NH2. 1s2 2s2 2p3 Figure 1. comme dans le formaldéhyde (figure 1. C3H7. primaires. R-NH-R'. secondaires. Lorsque l’oxygène forme une double liaison.15).. comme dans le groupe carbonyle >C=O. éthyle.. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp3 ». contient une paire d’électrons (doublet libre non liant). H C H π σ O H H méthanal ou formaldéhyde Figure 1.20 Chimie organique Cette structure se retrouve dans les alcools R-O-H. .14). il est alors dans un état d’hybridation de « type sp2 » (comme le carbone qui l’accompagne). et les éthers R-O-R' où R et R' représentent des groupes hydrocarbonés (par exemple alkyles: CH3. tétraèdrique (figure 1. 7N. méthyle. et il existe alors 3 orbitales hybridées.14 π CσO 1. elles sont accompagnées d’une orbitale « p » pure dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les trois axes des orbitales « hybridées ». propyle. C2H5.). R'. dont deux d’entre elles contiennent chacune une paire d’électrons et la troisième un électron célibataire.3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’azote. ou R-N(R")-R'. hybridée elle aussi. tertiaires où R.

Il reste donc une orbitale « p » pure contenant un électron. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp2 » : deux des trois orbitales hybridées contiennent chacune un électron célibataire.16 Lorsque l’azote forme une double liaison et une liaison simple comme dans les imines >C=N-R'. Une orbitale hybridée de l’azote contient un doublet d’électrons libres (doublet libre de l’azote).1. les oximes >C=N-OH. cet électron « p » permet la formation de la liaison π avec un atome de carbone hybridé « sp2 » : H π σ C N H H H H π Cσ N H H π σ C N H H H H π H Cσ N Figure 1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 21 doublet libre non liant H N H H H H N H H H H C N H H ammoniac NH3 méthylamine CH3NH2 Figure 1.. l’autre orbitale hybridée contient seulement un électron et forme avec une orbitale hybridée « sp » du carbone une liaison σ. dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les axes des trois orbitales hybridées. il est alors dans l’état d’hybridation de type « sp ». une paire d’électrons (figure 1.. Comme pour l’oxygène.17)..17 Lorsque l’azote forme une triple liaison avec un carbone pour créer une fonction nitrile -C≡N. et la troisième. Les deux orbitales « p » pures de l’azote forment avec .

22 Chimie organique celles du carbone les deux liaisons π de la fonction nitrile (figure 1. Deux exemples sont donnés.18). l’acide cyanhydrique et l’acétonitrile (ou éthanenitrile).18 . π π H C σ N Hσ C H π σ π N acide cyanhydrique π π H C σ C σ N Hσ H Cσ C σ σ π σ π N H H acétonitrile Figure 1.

...26 ...2 La formule développée ...................24 2........................................Chapitre 2 La molécule : formule brute.................24 2............................................................L’analyse pondérale ou quantitative ..........................25 2...................1 La formule brute .............1.....24 2...................................................L’analyse élémentaire ........3 Notions générales de nomenclature .........................2 ............................................1 .................... formule développée et introduction à la nomenclature Sommaire : 2................1...............

Elle est définie à partir de l’analyse élémentaire. et la propanone ou acétone (CH3-CO-CH3.01 g. CH4N2O. et celle de CO2 de 44.016 18. Il en est de même de l’eau retenue dans un piège à perchlorate de magnésium.008. Avant l’utilisation de cette technique. d’hydrogène et d’oxygène. formule développée) a pour formule brute. Pour séparer les molécules de CO2.1 La formule brute La formule brute (ou condensée) indique les différents types d’atomes qui constituent la molécule et leur nombre. Il est donc facile de déterminer les pourcentages de chacun des éléments dans l’échantillon M. de l’analyse pondérale. Elles permettent aussi d’obtenir directement les pourcentages des différents éléments qui constituent la molécule étudiée.016 g. une masse M d’échantillon est brûlée dans un courant d’oxygène ce qui oxyde tous les atomes de carbone en molécules d’anhydride carbonique CO2 et les atomes d’hydrogène en molécules d’eau.1. des techniques modernes basées sur la chromatographie sont utilisées. l’urée (H2N-CO-NH2.000. la masse moléculaire de H2O est égale à 18. celle du carbone.1 – L’analyse élémentaire L’analyse élémentaire permet de définir les éléments présents (analyse qualitative) autres que le carbone. et d’autres gaz formés à partir de l’azote. masse d'hydrogène dans l'échantillon = m H % d'hydrogène dans l'échantillon = 2. Par exemple. un desséchant. formule développée). 2. C3H6O. par différence de masses du piège avant et après l’expérience.01 et celle de l’oxygène. et de techniques physicochimiques permettant de déterminer la masse moléculaire.1. pour un composé constitué de carbone.016 masse d'hydrogène dans l'échantillon 2O x masse totale de l'échantillon (M) CO2 X 100 masse de carbone dans l'échantillon = m x 12. H2O. l’oxygène et l’hydrogène par des réactions spécifiques à chaque élément. 12.24 Chimie organique 2. Sachant que la masse atomique de l’hydrogène est 1.01 % de carbone dans l'échantillon = masse de carbone dans l'échantillon X 100 masse totale de l'échantillon (M) . 16. l’anhydride carbonique était piègé à la sortie de l’appareil par la potasse ou la chaux sodée sous forme de carbonates ce qui permettait de déterminer sa masse mCO2.01 44.2 – L’analyse pondérale ou quantitative L’analyse pondérale ou quantitative permet de définir le pourcentage de chaque élément constituant la molécule à l’exception de l’oxygène. 2. H2O. Par exemple. d’où sa masse meau.

0491 g.101 = 48. Plusieurs méthodes anciennes existent. mais le rapport entre C / H / O est le même pour C6H12O4 (avec M =148.41 / 16 = 2.08 g.71 = 1.03. pour déterminer la formule exacte. et seules les fonctions apparaissent.16) et pour tout autre multiple de C3H6O2 (C6H12O4. pour H : 8.00816 g. Le pourcentage de carbone est : 100 x 0. .71. à partir d’une quantité infinitésimale de substance à analyser.01 = 0.5 / 3 / 1. dans certains cas. Comme le montre l’exemple indiqué ci-dessus. et pour l’oxygène : 43.71 = 2. Sa combustion fournit 0.51 = 43.2 La formule développée En plus de la formule brute.016 / 18.49 et pour H : 8.01 / 2. Si l’on considère qu’il y a 1 atome d’oxygène dans la molécule. Ces méthodes ne sont plus utilisées. Elles sont remplacées par la spectrométrie de masse. C12H24O8…).18 g de CO2. écriture simplifiée.73 g d’eau et 0. double ou triple selon le cas. toutes deux sont basées sur la variation respective du point de fusion ∆ F °C ou d’ébullition ∆ Eb °C d’un liquide lorsqu’on y ajoute en solution une quantité définie d’une molécule de masse M. la chaîne carbonée est représentée simplement par des traits simple.51 / 12.%H .01 = 4. dans le dernier cas.008 = 8. la formule développée indique la nature des liaisons interatomiques. La molécule : formule brute. à la fois la masse moléculaire de l’échantillon mais aussi des informations importantes sur la structure de la molécule. le rapport devient pour C : 4. Le pourcentage d’oxygène est donc : 100 – 8. d’hydrogène et d’oxygène est soumis à l’analyse quantitative.01. Le nombre d’atomes étant toujours un nombre entier.01 / 44. Le spectromètre de masse est un appareil qui permet d’obtenir dans la plus grande majorité des cas. d’hydrogène et d’oxygène est donc : pour C : 48.51 %. on peut dire qu’il existe un rapport C / H / O = 1. dans le second cas.%C).08 %. On peut remarquer dans les exemples présentés dans la figure 2. et la masse de carbone : 0. les différentes fonctions. le rapport devient C / H / O = 3 / 6 / 2 soit une formule possible : C3H6O2 avec une masse moléculaire M = 74.016 = 0.1 les différentes possibilités d’écriture des formules développées : dans un premier cas tous les atomes sont représentés par leur symbole.08 – 48. et. l’abréviation des groupes comme Me pour méthyle.73 x 2. le pourcentage d’oxygène est déterminé par différence (100 . la disposition relative dans l’espace des divers groupements qui constituent la molécule (voir stéréoisomèrie chapitre 3). il est nécessaire de connaître la masse moléculaire de l’échantillon.41 %. La masse d’hydrogène dans l’échantillon est donc : 0. H et O. Et pour éthyle… est utilisée. Enfin. 0.0491 / 0. 2. Aux erreurs d’expérience près.2.96. Le pourcentage d’hydrogène dans l’échantilon est donc : 100 x 0. très inférieure à 1 mg. Le rapport entre les nombres d’atomes de carbone. ce qui permet de connaître le squelette carboné.03 / 2. Par exemple. Il s’agit de la cryoscopie ou de l’ébullioscopie. formule développée et introduction à la nomenclature 25 Pour une molécule constituée uniquement de C.08 / 1.18 x 12.101 = 8.00816 / 0.101 g d’un composé constitué de carbone.

ce sont les 13C qui sont étudiés par cette méthode mais cela n’a pas d’importance.2) qui fournit le groupe isobutyle (i-butyle ou i-Bu) et le groupe tertiobutyle (t-butyle ou t-Bu). (13C RMN) selon leur environnement (en fait. Les alcanes sont désignés par le suffixe « ane » : méthane (CH4). à environ 1 % ). heptane (C7H16). à chaque 12C est associé du 13C. 2. plus spécifique des doubles et triples liaisons.3 Notions générales de nomenclature Afin de nommer les molécules. Ces dénominations supposent que la chaîne de carbones est linéaire. . O ou H3C C CH3 ou Me Figure 2.. la spectroscopie dans l’ultraviolet (UV). Il existe aussi l’isobutane (figure 2. propane (C3H8). la spectrométrie de résonance magnétique nucléaire (RMN) qui permet de différencier soit les protons (1H RMN). butane (C4H10). des règles très précises ont été élaborées par un organisme international appelé IUPAC (International Union of Pure and Applied Chemistry). éthyle (C2H5 ou Et). Quelques unes d’entre elles sont décrites de façon succincte afin d’éclairer les chapitres suivants.1 O Me ou O La détermination de la formule développée fait appel à différentes techniques physicochimiques comme la spectrographie infrarouge (IR) qui indique les fonctions présentes et apporte quelques renseignements sur la nature des groupes carbonés. octane (C8H18).Alcanes ou hydrocarbures saturés (RH) : composés constitués seulement d’atomes de carbones et d’hydrogènes. de formule générale CnH2n+2. puisque dans la Nature. pentane (C5H12). éthane (C2H6). n-propyle (n-C3H7 ou n-Pr). série dite normale.. soit les carbones. Les groupes alkyles correspondants formés par la perte d’un atome d’hydrogène sur un carbone terminal sont appelés respectivement méthyle (CH3 ou Me). n-butyle (C4H9 ou n-Bu). Me-CO-Me. hexane (C6H14). Tous les carbones sont hybridés « sp3 ». . … Certains isomères de chaîne sont indiqués par les préfixes iso comme l’isopropane : le groupe correspondant est appelé isopropyle (i-propyle ou i-Pr). Toutes les liaisons sont donc des liaisons σ.26 Exemples : éthanol: formule brute: C2H6O formule développée: C2H5OH Chimie organique H3C CH2 OH ou acétone (ou propanone): Et-OH ou OH formule brute: C3H6O formule développée: CH3-CO-CH3.

Cycloalcanes : les alcanes cycliques sont simplement désignés par le préfixe « cyclo » suivi du nom de l’alcane linéaire correspondant aux nombres de carbones du cycle : cyclopropane. cyclohexane. figure 2. Les groupes alkyles sont indiqués sans « e » terminal : le groupe méthyle devient « méthyl » dans la dénomination de la molécule (exemples : 4-méthyl-octane et 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane.2 Certains alcanes dits ramifiés sont définis à partir de la chaîne carbonée la plus longue.2. Les divers groupes alkyles qui substituent cette chaîne sont indiqués en les faisant précéder de la numérotation des carbones de la chaîne principale auxquels ils sont liés.3). Ces numéros sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible. La molécule : formule brute. . Les substituants de la chaîne principale sont nommés selon l’ordre alphabétique de leur première lettre en omettant celles écrites en italique. cyclobutane. cyclopropane cyclobutane cyclopentane cyclohexane cycloheptane cyclooctane Figure 2.3 . cycloheptane… (figure 2. formule développée et introduction à la nomenclature 27 H3C CH2 CH2 CH3 CH3 CH CH3 n-butane CH2 CH2 CH3 groupe alkyle n-butyle CH2 CH2 CH3 CH CH3 groupe alkyle i-butyle H3C CH3 C CH3 groupe alkyle t-butyle (tertiobutyle) CH3 isobutane ou i-butane 1 3 H3 C 2 5 7 CH2 4 CH2 CH2 6 8 CH2 CH CH3 CH2 CH3 ou 4-méthyl-octane 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 éthyle n-butyle 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane et non 9-n-butyl-11-éthyl-tétradécane Figure 2.2).

c’est un polyène : diène. le naphtalène. le carbure correspondant est un alcyne. De même que pour les alcènes.7-diène. et les numéros des carbones sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible. en les choisissant de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible : 6-méthyl-octa-1. etc.4). la position de la triple liaison doit être indiquée par un chiffre suivi d’un tiret (exemple : CH3-C≡C-(CH2)3-CH3. On choisit celui qui a le numéro le plus petit dans la chaîne carbonée la plus longue. comme le composé suivant : CH3-C(C2H5)=CH-CH2-CH2–CH=CH2 qui est un diène. hep-2-yne). les chiffres indiqués correspondent à la numérotation conventionnelle .28 Chimie organique . L’alcyne interne a une triple liaison à l’intérieur de la chaîne carbonée. les premiers carbones des insaturations. la numérotation n’est pas nécessaire. Donc. c’est-à-dire qu’il renferme dans sa chaîne carbonée plusieurs doubles liaisons. Elle peut donc se trouver à différents endroits de la chaîne carbonée d’où la nécessité d’indiquer le premier carbone hybridé « sp2 ». il est indiqué devant le nom du composé dans lequel le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -ène (exemple : CH3-CH2-CH=CH-(CH2)3-CH3 . car il n’existe pas d’isomère de position.Composés aromatiques carbonés : la définition précise de ce groupe de composés cycliques est donnée au 5. le phénanthrène… (figure 2. Le plus simple alcyne est l’acétylène ou éthyne. Un alcyne terminal possède une triple liaison à une extrémité de la chaîne carbonée. 7 5 3 6 4 2 1 hept-2-yne CH CH C C groupe éthynyle CH2 groupe 3-butynyle CH21 2 3 4 5 6 7 7 3 6 5 4 2 1 hept-4-èn-2-yne et non hept-3-èn-5-yne 4-vinyl-hept-1-èn-5-yne hex-1-yne (alcyne terminal) hex-3-yne (alcyne interne) Figure 2.Alcènes. Si un composé est polyinsaturé. le groupe allyle à –CH2-CH=CH2. (oléfines).6. pour désigner un alcyne. l’anthracène. propyne). triène.5. Il est nommé en définissant d’abord la chaîne carbonée la plus longue. . hydrocarbures insaturés et polyinsaturés (polyènes) : ce sont des alcanes dans lesquels une liaison simple C-C a été remplacée par une double liaison. Le groupe vinyle correspond à –CH=CH2.Alcynes : si une simple liaison C-C d’un alcane est remplacée par une triple liaison. Dans le cas du propyne.9. 3-octène). puis en indiquant par des chiffres. La plupart de ces composés ont des noms triviaux (noms anciens admis par coutume) comme le benzène.5-diène et non 3-méthyl-octa-3. le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -yne (exemple : CH3-C≡CH. il s’agit alors d’un « ényne”. Lorqu’une double et une triple liaison sont présentes dans un composé.4 . mais non aux extrémités de celle-ci (figure 2.

d’appellations triviales (hors des règles de la nomenclature officielle). ils sont dits en position ortho. méta ou para selon qu’ils sont respectivement sur deux carbones adjacents du cycle ou éloignés l’un de l’autre par un carbone ou. Les groupes dérivés de ces composés formés par perte d’un hydrogène cyclique sont les groupes aryles comme phényle (Ph).3-diméthylbenzène m-diméthylbenzène ou m-xylène CH3 1. entre autres (figure 2.5 . la quinoléine. -CH2Ph).6. par deux carbones.4-diméthylbenzène p-diméthylbenzène ou p-xylène CH3 position méta CH3 position para CH2 - groupe aralkyle: benzyle Figure 2. tels que l’oxygène. le thiophène.Composés aromatiques hétérocycliques : un composé hétérocyclique est un composé cyclique (ou polycyclique) à la fois constitué d’atomes de carbone et d’un ou plusieurs hétéroélément(s) (éléments au moins bivalents autres que le carbone. naphtyle.6 . enfin. -CH3. Certains de ces hétérocycles. le pyrrole. sont aromatiques (§ 5.9). l’azote ou le soufre. La molécule : formule brute. La numérotation du ou des cycles comportant un seul hétéroélément débute par celui-ci. 9 8 7 6 5 4a 1 8a 2 3 4 7 6 5 8 9 1 2 3 10 4 6 5 4 7 3 8 10 1 2 benzène naphtalène anthracène phénanthrène CH3 CH3 1. le sélénium. 4 3 5 5 2 4 3 6 7 8 5 4 3 O 1 N H pyrrole S thiophène 6 N 1 2 N 1 2 furane pyridine quinoléine groupe hétéroaryle: 2-furyle O Figure 2.6). l’arsenic…). formule développée et introduction à la nomenclature 29 des carbones cycliques). mais aussi le phosphore. La substitution d’un hydrogène d’un groupe alkyle comme méthyle par un groupe aryle conduit à un groupe aralkyle (ex : groupe alkyle méthyle. la pyridine. pour les plus communs. phénanthryle… Si deux groupes substituent le benzène.2-diméthylbenzène o-diméthylbenzène ou o-xylène position ortho CH3 1. comme le furane.2. et groupe aralkyle. benzyle.

HCI3. .7 (la règle de nomination des groupes selon l’ordre alphabètique de leurs premières lettres s’applique évidemment). IC2H5. les halogènes sont représentés collectivement par la lettre majuscule X donc les halogénures d’alkyles sont représentés par RX.3-dichlorobutane dichloroalcane vicinal ou vic-dichloroalcane Figure 2. quinolyle. MeO. iodure d’éthyle). les termes géminal indiqué « gem » et vicinal. Un exemple de composé polyhalogèné est donné dans la figure 2. C’est encore le numéro le plus faible qui est retenu. tri-.Composés halogénés (RX) : le remplacement d’un hydrogène d’un alcane par un atome d’halogène conduit aux halogénures d’alkyles ou halogéno alcanes (chlorure de méthyle CH3Cl. éthoxy.ou EtO-. D’une manière générale. Pour le méthane.7 Très utilisés pour les halogènures. il devient le groupe « hydroxy » suivi du numéro du carbone qu’il substitue (voir les exemples de la figure 2. HCCl3. chloro. propanol. Le nombre d’atomes d’halogènes qui substituent un même carbone est indiqué par un préfixe multiplicatif di-. iodoforme). les dérivés halogénés ont des noms particuliers (CCl4 tétrachlorure de carbone. bromo ou iodo suivi du numéro du carbone qu’il substitue séparé d’un tiret. chloroforme. comme les groupes furyle.8). La présence d’un halogène sur une chaîne ramifiée est désignée selon le cas par le terme fluoro. Alcools (ROH) : le suffixe « ol » désigne le groupement hydroxyle OH (figure 2. etc. chlorure de méthylène. indiqué « vic » indiquent. butanol… La présence d’un groupe OH à l’intérieur d’une chaîne aliphatique nécessite d’indiquer le numéro du carbone qui le porte. et que le groupe OH n’est pas prioritaire (voir les composés polyfonctionnels ci-après). bromoforme. le plus souvent de carbone.2-dichlorobutane dichloroalcane géminal ou gem-dichloroalcane CHCl CH3 2. la localisation de deux atomes ou groupes identiques sur un même atome de carbone. respectivement. thiényle.21). et. HCBr3. CH2Cl2. pyrrolyle. pyrydyle. .30 Chimie organique Les groupes correspondants obtenus par perte d’un hydrogène sont dits « hétéroaryles ».est un groupe alkoxy comme méthoxy. éthanol. Dans le nom de l’alcane dont il dérive. Br 5 4 3 F 1 2 F 4-bromo-3-chlorométhyl-1. Le groupe correspondant à la perte de l’hydrogène de l’alcool RO. sur deux atomes voisins. tétra-. Lorsque d’autres fonctions l’accompagnent.1-difluoro-2-méthyl-pentane (les différents substituants sont ordonnés selon l'ordre alphabétique de leur première lettre) Cl CH3 CCl2 CH2 CH3 CH3 CHCl 2. le « e » terminal est remplacé par le suffixe ol : méthanol.

Les polyphénols ont souvent des nom triviaux comme les diphénols : catéchol.Thiols (RSH) : le suffixe « thiol » remplace le suffixe « ol » des alcools : CH3SH.2. méthanethiol.(figure 2.sont des groupes aryloxy comme phénoxy pour PhO.9).10). OH OH OH OH OH OH phénol o-dihydroxybenzène ou catéchol m-dihydroxybenzène OH ou résorcinol p-dihydroxybenzène ou hydroquinone Figure 2. éthanethiol… Dans un composé polyfonctionnel. formule développée et introduction à la nomenclature 31 CH3OH méthanol C2H5OH H 3C éthanol CH3-CH2-CH2-OH n-propanol CH OH H 3C H 3C i-propanol CH3 CH CH2-OH H3C C CH3 OH t-butanol CH3-CH2-CH2-CH2-OH n-butanol H 3C Cl i-butanol 4-chloro-hexan-3-ol OH Figure 2. résorcinol ou hydroquinone.8 . ou plusieurs groupes OH (polyphénols). C2H5SH.9 . Les groupes ArO. Le phénol est un benzène substitué par un seul groupe OH.Phénols (ArOH) et polyphénols : terme qui désigne les composés aromatiques carbonés substitués par un.10 . La molécule : formule brute. le groupe SH est appelé mercapto (ou sulfanyl) (figure 2. C2H5SH COOH SH éthanethiol acide 3-mercaptobutanoïque ou butyrique Figure 2.

(R)(R’)NH.N-diéthylpropylamine. aryles. … (mais le terme trivial « aniline » remplace phénylamine). aralkyles. On peut citer. pour les amines primaires. la N-éthylméthylamine. . Les groupes R-S. l’i-propylamine. dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur appellation. C2H5-O-C2H5 diéthyl éther CH3-O-C2H5 éthylméthyl éther (éther vinylique) CH3-CH2-CH2-CH2-O-CH=CH2 vinyl n-butyloxyéthylène CH3-CH2-O-CH2-CH2Br O 1-bromo-2-éthoxyéthane 3-phénoxypropanal (éther arylique) CH2-CH2-CHO phényl = groupe arylique Figure 2.devant les divers groupes rappelle qu’ils substituent l’azote.Éthers (ROR’) : de formule générale R-O-R’ où R et R’ sont des groupes alkyles. et trois groupes carbonés. aryles ou hétéroaryles. C2H5-S-. ou aralkyles. Le groupe le plus volumineux est cité en premier. . la méthylamine. méthylthio. alcènes. la N. Quelques exemples sont donnés dans la figure 2. la diméthylamine. la N-éthylaniline.N-diéthylaniline… La lettre N. RNH2. Les amines primaires. la N. On peut aussi nommer les éthers comme des alcanes. (R)(R’)(R”)N. éthylthio). oxyde de diéthyle. pour les amines secondaires. les éthers sont nommés par ces deux groupes suivis du terme éther (ou éther oxyde). par exemple.Thioéthers (RSR’) : les règles sont les mêmes que pour les éthers mais le terme éther est remplacé par thioéther. deux. la triéthylamine.12). deux. Les amines sont nommées en fonction du ou des groupes qui substitue(ent) l’azote. … substitués par un groupe R-O-.sont nommés en faisant suivre le nom du groupe carboné de « thio » (ex : CH3-S-.11. secondaires et tertiaires sont liées respectivement à un. ou trois groupes alkyles. et non un autre atome. .Amines : composés formés d’un azote lié à un.11 On peut aussi appeler Me-O-Me. oxyde de diméthyle et Et-O-Et. Le nombre de ces groupes carbonés définit le type de l’amine.32 Chimie organique Il existe des thiophénols avec SH à la place de OH. hétéroaryles. de carbone (figure 2. et pour les amines tertiaires. .

R'') aldéhyde cétone S-thioacide S-thioester amide Figure 2. formule développée et introduction à la nomenclature 33 Me Amines primaires: Me NH2 Me méthylamine i-propylamine NH2 CH NH2 aniline Et Me Amines secondaires: Me diméthylamine Me NH Et N-éthylméthylamine NH NH N-éthylaniline Et Et Amines tertiaires: Et Et N Et Et Pr N N Et triéthylamine N-diéthylpropylamine N.Aldéhydes (RCH=O) : les aldéhydes sont nommés à partir de l’alcane dont ils sont issus (en comptant l’ensemble des carbones y compris celui du groupe carbonyle) . les termes méthylamino. diéthylamino. RCH=O. désignent respectivement les groupes CH3NH-. La molécule : formule brute. amides RCON(R’)(R”) (voir figure 2. et cétones. S-thioesters. RCOOR’. esters. S-thioacides. anilino.N-diéthylaniline NH2 N OH H2 N 3-amino-4-aminométhyl-hexan-1-ol OH 2-diméthylamino-éthanol Figure 2. C6H5NH-. R-CO-R’. RCOSR’. (C2H5)2N-.13 . RCOOH.2. RCOSH. .12 La désinence « amino » suivie du numéro du carbone substitué par ce groupe est utilisée pour indiquer la position d’un groupe NH2 dans un composé ramifié ou polyfonctionnel. R C O H R C O R' R C O acide OH R C O SH R C O ester OR' R C O SR' R C O N(R'.13)). De même. acides.Composés carbonylés : un composé est dit carbonylé si la fonction contient le groupe carbonyle >C=O (aldéhydes.

34

Chimie organique

et en ajoutant le suffixe -al (exemple : méthanal HCHO, éthanal CH3CHO, propanal C2H5CHO…). Lorsque le groupe CHO caractéristique des aldéhydes est lié au benzène, le composé correspondant s’appelle le benzaldéhyde, Ph-CHO. Dans certains cas, le terme carboxaldéhyde est utilisé (exemple : 3-pyridinecarboxaldéhyde). Dans un composé polyfonctionnel, le groupe CHO est appelé « formyle » lorsqu’il n’est pas prioritaire (voir « composés polyfonctionnels » ci-après, figure 2.14) Les aldéhydes -insaturés ont une double liaison en α du groupe aldéhydique.
CHO HCHO
méthanal ou formaldéhyde

CH3CHO
éthanal ou acétaldéhyde

C2H5CHO
propanal benzaldéhyde

CHO
3-pyridinecarboxaldéhyde

COOH CHO

N β α
aldéhyde α,β−insaturé

CHO

acide 4-formyl-hexanoïque

Figure 2.14

- Cétones (R-CO-R’) : deux méthodes permettent de nommer les cétones. Lorsque le carbone du groupe carbonyle est substitué par des groupes alkyles simples comme méthyle, éthyle, propyle… le nom de la cétone est indiqué en faisant précéder le terme cétone des noms de ces groupes selon leur ordre d’importance, du plus petit au plus volumineux (ex : méthyléthylcétone CH3CO-C2H5, éthylpropylcétone C2H5-CO-C3H7). La seconde méthode, plus générale, consiste à définir la chaine carbonée la plus longue contenant le groupe carbonyle et à ajouter le suffixe -one au nom de l’alcane correspondant à cette chaîne (figure 2.15). La numérotation du carbonyle suit le nom de l’alcane sans le « e » terminal (exemple : l’éthylpropylcétone est plus souvent nommée hexan-3-one). Dans un composé polyfonctionnel, le terme « oxo » précédé du numéro du carbone du groupe carbonyle est utilisé lorsque le groupe cétonique n’est pas prioritaire.
O CH3-CO-CH3
acétone ou propanone

C2H5-CO-C3H7
éthylpropylcétone hexan-3-one

COOH
acide 4-oxo-pentanoïque

R O
cétone α,β−insaturée

Figure 2.15

- Acides carboxyliques (RCOOH) : les acides carboxyliques sont nommés en comptant le nombre d’atomes de carbone de la chaîne principale au bout de laquelle se

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 35 trouve le groupe carboxyle COOH, y compris celui de ce groupe, et en remplaçant le suffixe –ane de l’alcane correspondant par le suffixe –oïque. Le terme ainsi obtenu est précédé de « acide » (exemple : CH3-(CH2)4-COOH, acide hexanoïque) (figure 2.16). La numérotation de la chaîne débute par le carbone de la fonction acide carboxylique (ex : CH3-CHCl-CH2-COOH, acide 3-chlorobutanoïque). Des noms triviaux sont utilisés pour de nombreux acides comme l’acide formique, HCOOH, et l’acide acétique, CH3COOH, qui devraient être nommés respectivement acide méthanoïque, et acide éthanoïque. L’acide benzoïque est l’acide obtenu en substituant un hydrogène du benzène, C6H6, par un groupe carboxyle, COOH, soit C6H5-COOH. La présence d’un groupe carboxyle peut aussi être indiquée par le terme « carboxylique » comme dans l’acide 2-naphtalène-carboxylique. Dans certains cas complexes, le terme « carboxy » précédé du numéro du carbone qui porte le groupe -COOH est utilisé (voir un exemple au paragraphe : composés polyfonctionels).
COOH HCOOH
acide méthanoïque ou acide formique 7 6 5 4 2 3

CH3COOH
acide éthanoïque ou acide acétique

acide benzoïque

COOH
1

Cl COOH

8 7 6 5

1 2 3 4

COOH

acide 4-éthyl-heptanoïque

acide 4-chloro-pentanoïque

acide naphthalène-2-carboxylique

Quelques diacides à noms trivaux: COOH H2C COOH
acide malonique

H2C H2C

COOH COOH

COOH COOH
acide o-phtalique

acide succinique

Figure 2.16

- Esters carboxyliques (RCOOR’) : les groupes alcoxycarbonyles ou aryloxycarbonyles, -COOR’, selon que R’ est un groupe alkyle ou aryle, définissent les esters carboxyliques. Ils dérivent d’acides carboxyliques et d’alcools. Ils seront nommés en remplaçant le suffixe oïque des acides dont ils dérivent par le suffixe oate suivi du nom du groupe R présent dans l’alcool lors de la formation de l’ester (exemple : CH3-(CH2)2-COOCH3, n-butanoate de méthyle, C6H5-COOC2H5, benzoate d’éthyle) (figure 2.17).
HCOOCH3
formiate de méthyle

CH3COOC2H5
acétate d'éthyle

COOt-Bu
hexanoate de t-butyle

COOR
ester α,β−insaturé

Figure 2.17

- Fonctions thiocarbonylées : le groupe thiocarbonyle, >C=S, est présent dans chacune d’elles (figure 2.18).

36

Chimie organique

R C S

H

R C S

R' R C S

OH R C S

OR' R C S

SH R C S

SR' R C S

N(R')(R")

thioaldéhyde

thiocétone

O-thioacide O-thioester

dithioacide

dithioester

thioamide

SH H3 C C O
acide S-thioacétique

OH H3 C C S
acide O-thioacétique

Figure 2.18

- Nitriles (RC N) : les nitriles portent le groupe -C≡N. Leur dénomination est effectuée en ajoutant le terme « nitrile » au nom de l’alcane dont ils dérivent (carbone de la fonction compris). Le terme « cyano »est utilisé parfois dans des composés polyfonctionnels. Des dénominations triviales existent pour l’acétonitrile, le propionitrile, le butyronitrile, le benzonitrile (figure 2.19).
CH3CN
éthanenitrile ou acétonitrile

C2H5CN
propanenitrile propionitrile
6

5 4

3

CN
1 2

COOEt CN
4-cyano-hexanoate d'éthyle

hexanenitrile

CN

benzonitrile

Figure 2.19

- Quelques fonctions azotées (autres qu'amines, amides et nitriles) CH3-NO nitrosométhane CH3NO2
nitrométhane

C6H5-N=N-C6H5
diphényldiazène ou azobenzène

C6H5-N

N, X

sel de benzodiazonium

C2H5-N3

CH3-N=C=O

CH3-N=C=S

N C

N

azidoéthane isocyanate de méthyle isothiocyanate de méthyle

dicyclohexylcarbodiimide

H3C C N C6 H5 H3C (imine)

H 3C C

H N N C6H5

H3C C H
diazoéthane

N

N

H3C isopropylidène-phényl-amine N-isopropylidène-N'-phényl-hydrazine ou isopropylidène-aniline ou phénylhydrazone de l'acétone
Figure 2.20a

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 37

- Quelques fonctions sulfurées autres que thiols O H3C S C2H5
sulfure de méthyle et d'éthyle

O C2H5-S-C2H5 O
diéthylsulfone

C6 H5 S S C6 H 5
disulfure de diphényle ou diphényldisulfane

CH3-S-CH3
diméthylsulfoxyde

C 6H 5

SO3H

C6H5-SO2NH2

acide benzènesulfonamide benzènesulfonique

Figure 2.20b

- Composés polyfonctionnels : la présence de plusieurs fonctions dans un composé organique nécessite pour les nommer que l’une d’entre elles soit considérée comme prioritaire. Les règles de l’IUPAC indiquent, l’ordre de priorité décroissante pour les fonctions principales indiquées sur la figure 2.21, ce qui permet ensuite de définir la chaîne carbonée principale, la plus longue, débutant à partir de la fonction prioritaire. Les autres fonctions sont ensuite indiquées dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur nom sans prendre en compte les préfixes multiplicatifs di-, tri-, etc. (qui les accompagnent dans certains cas) précédées des numéros des carbones auxquels, elles sont liées.
1) acide -COOH,

2) peracide - CO-O-OH 3) dérivés sulfurés des acides (thioacide, dithioacide) 4) acide sulfonique -SO3H 5) anhydride -CO-O-CO6) ester -COOR 7) thioesters 8) halogénure d'acide -CO-X ordre de priorité décroissante des fonctions pour le choix et la dénomination d'un groupe fonctionnel principal 9) amides -CO-NH2, CONHR, CON(R) (R') 10) hydrazide -CO-NHNH2 11) nitrile -CN 12) aldéhyde -CHO 13) thioaldéhyde -CHS 14) cétone -CO-R 15) thiocétone-CS-R 16) alcool -OH et phénol Ar-OH 17) thiol -SH 18) hydroperoxyde -O-OH 19) amine -NH2, NH(R), N(R) (R') 20) imine >C=N-R 21) hydrazine -NH-NH2 22) éther-oxyde -O-R

38

Chimie organique

CN
5 4 1 COOH 3 2

1CN

NH2
2 3

4 5

NH2

OH
5-amino-2-éthyl-3-hydroxy-pentanenitrile (nitrile: fonction prioritaire)

acide 2-(2-amino-éthyl)-3-cyano-pentanoïque (acide: fonction prioritaire)

O
3 5 4 2

1

Cl Cl
4

Cl
2 3 1

CHO OH

COOH

OH
4-hydroxy-5-méthoxy-heptanal (aldéhyde: fonction prioritaire)

acide 4,4,4-trichloro-3-hydroxy-butanoïque (acide: fonction prioritaire)
Figure 2.21

- Composés analogues et homologues : deux composés sont homologues s’ils ont des fonctions identiques mais une chaîne carbonée différente de un ou plusieurs atomes ( ex : propanone CH3COCH3 et butanone CH3COCH3CH3). Deux composés sont analogues s’ils ont les mêmes chaînes carbonées mais diffèrent par la nature d’un ou plusieurs hétéroéléments (ex : propanone, CH3COCH3 et propanethione, CH3CSCH3).

Chapitre 3 Isoméries structurales et géométriques

Sommaire :
3.1 Les isomères ..................................................................................................... 40 3.2 Les isoméries structurales ............................................................................. 40 3.2.1 – L’isomérie de chaîne ............................................................................ 40 3.2.2 – L’isomérie de position .......................................................................... 42 3.2.3 – L’isomérie de fonction .......................................................................... 42 3.3 L’isomérie géométrique plane ....................................................................... 43 3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z ........................................................ 46

40

Chimie organique

3.1

Les isomères

Les molécules qui ont en commun une même formule brute sont des molécules isomères. Elles diffèrent entre elles par leurs formules développées. Il existe trois grands types d’isoméries : isoméries structurales, isoméries planes géométriques et isoméries stériques (stéréoisoméries).
A titre d'exemple, pour la formule brute C5H8O2 on peut trouver les isomères suivants, parmi d'autres: O

CH3-CO-CH2-CO-CH3 CH2=CH-CO-CH2-CH2-OH

O

O O

CH3-CO-CH2-CH2-CHO O OH

H

O OHet H OH OH

O=CH-CH=CH-CH2-CH2-OH

O H

HO

HC C-CH2-CH(OH)-CH2OH
qui peut correspondre à :

HO

H

OH
ou

HO

H

OH

liaison en avant du plan de représentation liaison en arrière du plan de représentation

H CH2 C HO-HC O C H CH2 HO O

traits normaux = liaisons dans le plan de représentation

qui peut correspondre à :

H
ou

HO O H O

HO
Figure 3.1

3.2

Les isoméries structurales

Les isomères structuraux se différencient par la nature des liaisons qui assemblent les différents atomes dans leurs molécules. On distingue pour ce type d’isomérie, les isomères de chaîne, de position ou de fonction.

3.2.1 – L’isomérie de chaîne
Les isomères de chaîne diffèrent entre eux par l’assemblage des atomes de carbone qui forment ce qu’on nomme la chaîne carbonée ou le squelette carboné de la molécule. Les fonctions qu’ils portent sont identiques et en nombre égal. Les propriétés chimiques de ces isomères sont très proches.

3. Isoméries structurales et géométriques

41

Ils ne peuvent pas être différenciés par leurs spectres infrarouges car cette technique est surtout utilisée pour déterminer les différentes fonctions contenues dans une molécule, et dans ce cas, elles sont de même nature. Par contre, la 1H RMN et la 13C RMN (résonance magnétique nucléaire du proton 1H ou du 13C) qui permettent de connaître l’environnement de chaque atome d’hydrogène ou de carbone d’une molécule sont d’un intérêt particulier pour distinguer chaque isomère en raison des variations de structures des chaînes carbonées. La figure 3.2 rassemble les différents isomères de chaîne de l’heptanal.
O H C CH2 CH2 O H O
heptanal

CH3

CH2 CH2

CH2

CH3 CH2 CH2 CH CH3 H O CH2

O H C CH2 CH2 CH CH3 CH2 CH3 H
4-méthyl-hexanal

H O

C

5-méthyl-hexanal

O H C

CH3 CH CH2 CH2 CH2 CH3 H O

O H C CH

CH2 CH3

CH2 H

O
3-méthyl-hexanal

CH2 CH3

2-méthyl-hexanal

O H C CH CH3 CH2 CH CH3 CH3 H

O

O H C CH CH3

CH3 CH CH3 CH2 H

O

2,4-diméthyl-pentanal

O
2,3-diméthyl-pentanal

H O CH3 CH3 C C CH CH3 H CH3 O H

C

CH3 CH3 C CH CH3 CH3

O H

2,3,3-triméthyl-butanal

2,2,3-triméthyl-butanal

Figure 3.2

À ce type d’isomérie se rattache celle des hydrocarbures saturés, les alcanes, plus ou moins ramifiés de formule brute CnH2n+2. Un exemple est donné avec le pentane, figure 3.3.

pentane (C5H12)

2-méthyl-butane
Figure 3.3

2,2-diméthyl-propane

42

Chimie organique

3.2.2 – L’isomérie de position
Le déplacement d’une ou plusieurs fonctions sur une même chaîne carbonée conduit à des isomères de position. Les propriétés chimiques de ces isomères sont assez proches. Les spectres infrarouges diffèrent quelque peu en raison d’interactions plus ou moins fortes entre les diverses fonctions qui composent la molécule. Les spectres 1H et 13C RMN sont différents car l’environnement des hydrogènes et des carbones est différent d’un isomère à l’autre (figure 3.4).
O

O
pentan-2-one pentan-3-one

H2N γ

β α

NH2 COOH β COOH

α COOH NH2
acide 2-amino-butanoïque ou acide α-amino-butanoïque

acide 4-amino-butanoïque ou acide γ-amino-butanoïque

acide 3-amino-butanoïque ou acide β-amino-butanoïque

note: acide butyrique, terme trivial, peut remplacer acide butanoïque

Figure 3.4

3.2.3 – L’isomérie de fonction
Les isomères correspondants possèdent la même chaîne carbonée, mais diffèrent entre eux par la nature de leur(s) fonction(s) (figure 3.5). Les propriétés chimiques de ces isomères sont très différentes au même titre que leurs spectres infrarouges et RMN.
OH
hex-5-èn-1-ol

et

O
hexan-3-one

NH
hexylidèneamine

et

NH2
hex-3-ènylamine

Figure 3.5

- Cas particulier de la tautomérie Cette isomérie est liée à un équilibre chimique entre deux structures. C’est-à-dire qu’en fonction des conditions physiques et chimiques comme la température, la pression, le milieu acide, neutre ou basique, une structure se transforme en une autre et vice-versa. Les formes tautomères sont en équilibre entre elles. Elles résultent souvent d’une prototropie (déplacement intramoléculaire d’un proton d’un atome à un autre). Les équilibres céto-énoliques et amide-iminoalcools, représentés dans le schéma 3.1, en sont des exemples :

3. Isoméries structurales et géométriques

43

O C H3C H C H
cétone
butan-2-one

OH CH3
(équilibre)

OH C H CH3
et

H3C

C

H3 C

C C H CH3 isomère (E) OH

isomère (Z)

énols
but-2-èn-2-ol

O C H3C N H CH3
(équilibre)

OH C H3C N
isomère (Z)

CH3

et

C H3C
isomère (E)

N CH3

amide secondaire
N-méthyl-acétamide

imino-alcools
acide N-méthyl-acétimidique

note: les isoméres Z et E sont présentés au paragraphe traitant l'isomérie géométrique plane § 3.3. Le terme "acide" exprime l'analogie de structure avec les acides carboxyliques RCOOH : le groupe carbonyle est ici remplacé par un groupe imine.
Schéma 3.1

3.3

L’isomérie géométrique plane

Ce type d’isomérie est directement lié aux composés formés à partir de doubles liaisons. Il est la conséquence du blocage de la rotation autour de la liaison π des carbones éthylèniques >C=C< (§ 1.1.2b), mais aussi du carbone et de l’azote dans la fonction imine >C=N- et ses dérivées (oxime, hydrazone, semicarbazone, thiosemicarbazone). a) Ancienne nomenclature : Si l’on considère les isomères représentés dans la figure 3.6, celui qui a deux hydrogènes ou deux groupes identiques disposés sur chaque carbone sp2, différents des deux autres substituants de ces carbones, et du même côté de la double liaison, est appelé isomère « cis », et l’autre, qui a les deux hydrogènes ou groupes de même nature, de part et d’autre de la double liaison est appelé isomère « trans ».

44

Chimie organique

R' C H (ou R) C

H (ou R)

R' C C

R' (ou R")

R' (ou R'')

H (ou R)

H (ou R)

isomère trans

isomère cis

liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique, et situé en avant de ce carbone. liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique et située en arrière de ce carbone.

Figure 3.6

Ce type d’isomérie se retrouve dans les composés qui ont une double liaison >C=N-, présente dans les imines, les oximes, les hydrazones, les semicarbazones et thiosemicarbazones, composés formés par réactions d’aldéhydes, respectivement, avec l’ammoniac (ou les amines primaires), l’hydroxylamine, les hydrazines monosubstituées, le semicarbazide et le thiosemicarbazide (figure 3.2). Dans ce cas, le doublet libre de l’azote joue le rôle d’un 4e substituant. Lorsque les groupes R et R’, dans les imines, R et OH dans les oximes, R et NHR’ dans les hydrazones, et R et NHCONH2 dans les semicarbazones, sont du même côté de la double liaison, l’isomère correspondant est dit « syn », dans le cas contraire, il est dit « anti » (schéma 3.2), ce sont donc les équivalents des termes cis et trans utilisés seulement pour les éthyléniques. Les composés diazoïques présentent aussi des formes syn et anti :

RCHO
aldéhyde

+

H2N-R'

- H2O

R C H N

R'

R

+
H

C

N R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "syn"

imine "anti"

H3C-H2C C H3 C
cétone butan-2-one

O + H2NR

- H2O

(1) H3C-H2C
C N

(1') R

H3C-H2C

+
(2') H3C

C

N R

(2) H3C
imine "syn"

imine "anti"

3. Isoméries structurales et géométriques

45

O Na N Ar
forme syn

N O Na Ar

N

N

forme anti (ou iso)

phényldiazotate de sodium
Schéma 3.2

b) Propriétés des isomères éthyléniques cis et trans Les formes « trans » sont souvent les plus stables en raison de l’absence d’interaction intramoléculaire entre les groupes les plus volumineux portés par chaque carbone éthylénique. Dans le cas d’un isomère « cis », ces interactions créent une gêne stérique (figure 3.7). Elles augmentent l’énergie interne de la molécule, et plus elle est élevée, moins la molécule est stable ce qui rend sa formation plus difficile par rapport à celle de l’isomère trans.

H C C Y
"trans" peu ou pas d'interactions

Y H

H C C Y
"cis"

H Y

fortes interactions

Figure 3.7

Les deux isomères « cis » et « trans » sont souvent difficiles à séparer, en raison des faibles différences qui existent entre leurs propriétés physiques. Toutefois, certaines techniques chromatographiques modernes le permettent dans la plupart des cas. Parfois, lorsque deux fonctions portées chacune par un carbone éthylènique d’une double liaison sont susceptibles d’interactions entre elles, les propriétés chimiques diffèrent considérablement. Il en est ainsi pour les acides maléique (cis) et fumarique (trans).

46

Chimie organique

fonction anhydride

HOOC C H C

COOH H

O - H 2O

O C C H C C H

O

acide maléique

anhydride maléique (déshydratation intramoléculaire)

HOOC C H C

H COOH

- H 2O

pas d'anhydride, formation possible de polymères par déshydratation intermoléculaire

acide fumarique solubilité dans l'eau 79g / 100 ml 0,7g / 100 ml pKa1 1,92 3,02 pKa2 6,23 4,38

point de fusion acide maléique acide fumarique 130°C 287°C

Ka1/ Ka2 20 420 22,9

Schéma 3.3

L’acide maléique, chauffé en présence d’un déshydratant comme l’anhydride phosphorique conduit à l’anhydride maléique (schéma 3.3). Dans les mêmes conditions, quelques réactions intermoléculaires sont observées avec l’acide fumarique sans formation d’anhydride correspondant. Les pKa1 et pKa2 correspondants aux deux fonctions acides COOH sont différents pour les deux molécules. Les différences observées pour ces deux acides sont directement liées à la présence (acide maléique) ou à l’absence (acide fumarique) de gêne stérique due aux deux groupes COOH. C’est aussi la raison qui explique la plus grande stabilité de l’acide fumarique (trans) par rapport à l’acide maléique (cis). Cette stabilité explique la raison pour laquelle l’acide maléique peut être converti en acide fumarique par chauffage, plus stable, à une température supérieure à 150 °C. En effet, si la rotation autour de la double liaison est impossible à température ordinaire, elle le devient sous l’effet d’un très fort apport d’énergie (chauffage à 230 °C, ou rayonnerment UV). Encore souvent utilisées, les dénominations cis, trans, syn et anti sont désormais obsolètes et remplacées par les dénominations E et Z définies ci-après.

3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z
Dans le cas particulier où chaque carbone de la double liaison éthylénique porte des substituants identiques comme ci-dessus, il est facile de distinguer les deux isomères, mais dans le cas contraire, c’est impossible. C’est pourquoi il a été proposé de ranger les isomères plans géométriques dans deux séries, l’une E, et l’autre, Z. Pour définir à quel type d’isomère E ou Z, un composé éthylénique appartient, il faut utiliser les règles de Cahn, Ingold et Prelog (1966), d’abord utilisées en stéréochimie (§ 4.5.9).

3. Isoméries structurales et géométriques

47

Les substituants de chaque carbone de la double liaison sont d’abord ordonnés (1er ou 2e) en fonction des numéros atomiques Z des éléments directement liés à ce carbone et appartenant aux substituants.
masse atomique 12,1 1,008 H C 1 6 n° atomique Z 14,1 N 7 16 O 8 19 F 9 35,45 Cl 17 32,06 S 18 79,904 Br 35 126,90 I 53

Au numéro atomique (Z) le plus élevé correspond le substituant classé premier. Dans le cas où les numéros atomiques de ces 2 éléments sont identiques, on considère ceux des éléments placés en position β par rapport au carbone éthylénique, et ainsi de suite. Lorsque les deux substituants classés premiers sont du même côté de la double liaison, l’isomère est dit Z (de l’allemand, « zusammen », ensemble), et dans le cas contraire, l’isomère est dit E (de l’allemand « entgegen », opposé). Pour les isomères proposés dans le premier exemple (figure 3.8), on voit qu’il est facile de classer 17Cl et 1H, du premier carbone de la double liaison. Il en est de même pour 35Br et 6CH3, substituants du second carbone.

1er exemple :
1

17 2 1

Cl C H

35 Br

1

1

C
6

17 2 1

Cl C H

6 CH3

2

C
35

CH3 2

Br

1

isomère Z

isomère E

Figure 3.8

Dans le second exemple (figure 3.9), le classement des deux substituants carbonés du second carbone éthylénique nécessite de considérer les atomes en β du carbone éthylénique dans la mesure où les deux substituants ont chacun un groupe méthylène CH 2 directement lié au carbone éthylènique.

2e exemple:
2

1

H C

α 6 C α 6

β 17 β 8 1 2

CH2 Cl

1 17

Cl

CH2 O CH3

isomère E
Figure 3.9

48

Chimie organique

Dans ce troisième exemple (figure 3.10), le classement des deux substituants du premier carbone éthylénique nécessite de prendre en considération les atomes en position γ par rapport au second carbone éthylénique.

3e exemple:
2 H3 C 6 8O

C C C
6

α

β 8

γ 1

O O

H
γ

2

1

Br
35

C 6
8O
isomère Z
Figure 3.10

8

6

CH3 1

Il faut remarquer que les groupes qui ont les plus hauts degrés d’oxydation sont prioritaires par rapport à ceux qui sont moins oxydés, dans une même série (ex : -COOH > -CHO > -CH2OH >-CH3, et -C≡CH > -CH=CH2 > -CH2-CH3). Lorsqu’un carbone est lié à plusieurs éléments (C, N, O…), on considère une liaison multiple comme l’équivalent de plusieurs liaisons simples à des atomes dits « fantômes » : ainsi, la fonction nitrile -C≡N est équivalente à trois liaisons simples avec trois atomes d’azote « fantômes », la fonction amide primaire CONH2 est équivalente à deux liaisons avec deux atomes d’oxygènes « fantômes » et un atome d’azote etc. ce qui permet de retrouver le cas général (figure 3.11).

C C C C
2

4e exemple HC
6 8

O C
7

1

O C O N

C C
1 8

NH2 CH3 C CH3 2

C C H
6

O C
8O H

O C O O

C C C H

isomère E
Figure 3.11

On peut aussi utiliser les dénominations Z et E pour tous les isomères géométriques formés à partir de doubles liaisons >C=N-. Ils remplacent respectivement les vieilles dénominations de syn et anti.

3. Isoméries structurales et géométriques

49

Dans ce cas, H, ou tout autre élément, est prioritaire par rapport à un doublet libre, considéré, dans ce cas, comme un substituant de l’azote, comme dans le cinquième exemple (figure 3.12).

5e exemple:
2

CH3

CH2

H 1

C=N
1 Cl CH2

CH2

2

isomère E
Figure 3.12

Le schéma 3.4 regroupe l’ensemble des composés qui comportent un groupe C=N et qui dérivent tous d’un aldéhyde mis en réaction avec divers réactifs, amines primaires, hydroxylamine, hydrazine monosubstituée, semicarbazide et thiosemicarbazide, lesquels forment respectivement des imines, des oximes, des hydrazones, des semicarbazones et des thiosemicarbazones (mélanges d’isomères E et Z). Ces réactions ont lieu aussi avec les cétones R-CO-R”, comme dans le cas de la butan-2-one.
- H2 O R C H R C H R C H R C H R C H N NHCSNH2 + H
thiosemicarbazone "syn" ou "Z"

R N R' + H C N

R'

+

H2N-R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou"Z"

+

H2N-OH

- H2 O

R N OH + H C N

OH

hydroxylamine

oxime "anti" ou "E"

oxime "syn" ou"Z"

RCHO
aldéhyde

+

H2N-NH-R'

- H2O

R N NHR' + H C N

NHR'

hydrazine monosubstituée

hydrazone "anti" ou "E"

hydrazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCONH2
semicarbazide

- H2 O

R N NHCONH2 + H C N

NHCONH2

semicarbazone "anti" ou "E"

semicarbazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCSNH2

- H2O

R C N

NHCSNH2

thiosemicarbazide

thiosemicarbazone "anti" ou "E"

H3C-H2C C O + H2NR H3C
cétone butan-2-one

- H2O

H3C-H2C C H3C N R +

H3C-H2C C H3 C N

R

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou "Z"

Schéma 3.4

1T = tritium. mais exceptionnellement. 6e exemple: 2 1 1 H C C CH2D 2 1 2 1 D isomère Z CH2T 1 2D 3 1 = deutérium et .50 Chimie organique Les isotopes ne sont évidemment pas classés entre eux selon leur numéros atomiques. 1H < 2D < 3T ) comme dans le sixième exemple (figure 3..13 On peut donner le classement suivant des substituants les plus classiques : I > Br > Cl > SO2R > SOR > SR > SH > F > OCOR > OR > OH > NO2 > NO > NHCOR > NR2 > NHR > NH2 > CX3 (X = halogène) > COX > CO2R > CO2H > CONH2 > COR > CHO > CR2OH > CH(OH)R > CH2OH > C > CH2R > CH3 > T > D > H (R = groupe alkyle CH3. par leurs masses atomiques (par exemple.) CR > C CH > C(R)=C(R2) > C6H5 > CR3 > CHR2 .13). isotopes de l'hydrogène H Figure 3. dans la mesure où c’est le même.. C2H5.

...3....... 4.5......5............................................3 – Plan de symétrie moléculaire .................................4 Nomenclature E et Z dans les cycles .................. 53 4..... 4........................... 53 4..................5................................. 64 4.............................................................................................. 53 4......... 53 4.................................................................................. 53 4............................................ 4.....5... 4.......................5............. 4... 81 .............................................................3a – Tension dans les cycles... 4.....................................................4– Axe de symétrie alternant (impropre...................... 4............10 – Configuration (inversion de -)......3..12 – Configuration et conformation .................Chapitre 4 Stéréoisomèrie-stéréochimie Sommaire : 4.......................................................... 57 4.........3b – Conformations du cyclopropane...............6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre..............................5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral...................5.............8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique.5....3...5 Stéréoisomères configurationnels .......................... 4........ 4..... conformères ou rotamères.......................................2 – Centre de symétrie moléculaire..3........1 – Analyse conformationnelle .......... 65 4................... 4....3... ou de rotation-réflexion) ...........5...........5..................................1 Stéréoisomères ...................59 4.......................................3....5.5..........11 – Configuration (rétention de -)................... 59 4.......9 – Configuration absolue (nomenclature R et S)........5........1 – Configuration ...................................................2 Stéréochimie ......................................3 – Conformations des cycloalcanes .2 – Représentation de Newman ................................................. 57 4...........7 – Enantiomères (couple d’-).. du cyclobutane et du cyclopentane ........................................ 65 66 67 68 70 71 73 74 77 79 80 4..............................................3c – Conformations du cyclohexane ..................................................................3 Stéréoisomères conformationnels.

.............................. 99 Epimères (couple d’-) .................................................17 4...16 4..................... 120 4............................................................................. 115 Diastéréotopiques (hydrogènes) ...............................................5........ 89 Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) .. de se munir d’une boîte de modèles moléculaires...............................10 Régiosélectivité ...............................5................................................ 94 Forme méso. 91 Convention de Fischer (représentation des acides α-aminés et acides α-alcools)...........38 4..............................5...... 115 Enantiotopiques (groupes) .... 122 4.............................................. 89 Rendement optique ........ 123 4.......................36 4.... 118 4................................. 115 Enantiotopiques (faces) ...............................25 4...............5.......................... 101 Décalines cis et trans .................. 119 4............. 86 Racémisation ..5.........................9 Diastéréosélective (réaction -) .................................................. 95 Forme érythro ...5..........................5.26 4...12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) .5.......................................................5....33 4...................................39 4..........................................................5........18 4........................ que l’on trouve dans les magasins spécialisés dans la vente de matériels scientifiques à vocation pédagogique............... 117 Diastéréotopiques (faces d’un plan) ............................................. 122 4.................................................21 4..6 Stéréospécifique (réaction -) ... 123 Conseil : afin d’aborder ce chapitre avec plus de facilités............................5.28 4...5....34 4.........................7 Stéréosélective (réaction -).30 4.....5..........15 4......5...... ..... 98 Forme thréo....................35 4..........................27 4..31 4......................5..................8 Enantiosélective (réaction -) .................... 84 Résolution ou dédoublement du racémique.......................5.5.............................. 116 Diastéréotopiques (groupes) ........................... 88 Pourcentage énantiomérique ................................................................................................40 – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – Chimie organique Chiralité ......... 100 Chiralité des composés cycliques......................................52 4...................................................................................................................................5............32 4.......5.... 93 Projection de Fischer (cas général) ....................... 99 Epimérisation ...23 4................................. 88 Pureté optique................................................ 81 Racémique (mélange) ...............................................5...........22 4........................19 4.................................. 117 4..........................37 4.....24 4................................ 89 Convention de Fischer (représentation des sucres) ........11 Régiospécificité .......14 4..................5.......5..........................5..................5...........................................................................................................................13 4...................................................................... il est vivement recommandé au lecteur ayant des difficultés pour imaginer les représentations spatiales des molécules..............5....5...............................5......20 4.................. 89 Diastéréoisomères (couple de -)............ 104 Configurations α et β des substituants (dans les stéroïdes)........... 114 Enantiotopiques (hydrogènes)...................5............................... 105 Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) 107 Prochiralité ......29 4..............

2 Stéréochimie La stéréochimie est une partie de la chimie qui étudie les stéréoisomères. dans l’espace. liaisons hydrogènes (§ 5. Elles correspondent aux valeurs d’énergies potentielles moléculaires les plus faibles. mésomères (§ 5. De nombreuses interactions électrostatiques existent entre les atomes d’une molécule en raison de leurs densités électroniques qui peuvent leur affecter des charges partielles positives (+δ) ou négatives (-δ) dues à leur nature et leur environnement chimique (divers effets électroniques comme les effets inducteurs (§ 5. on voit qu’en faisant tourner le carbone 2. Pour passer d’une conformation à une autre. 4. 4. il est possible d’obtenir une . Deux stéréoisomères de conformations différentes sont appelés conformères ou rotamères.5). le brome. 4. ou C-1. ou C-2. et leurs éventuelles transformations en d’autres stéréoisomères dans les réactions. a priori.8).4. leurs formations.3.2 – Représentation de Newman Soit la représentation projective de l’éthane (figure 4. les plus présentes. par rapport au carbone 1. 4. des groupes ou atomes qui les composent.3 Stéréoisomères conformationnels. caractères acides et basiques. Il existe des stéréoisomères conformationnels qui diffèrent par leurs conformations (§ 4. Il existe donc des conformations privilégiées plus stables que d’autres. La représentation de Newman des conformères permet de l’appréhender très facilement. à 25 C.1). lesquels restent identiques.1 Stéréoisomères Les stéréoisomères sont des isomères qui ne diffèrent entre eux que par la disposition relative. gênes stériques liées aux atomes volumineux comme le chlore.3. dites stables. Stéréoisomèrie-stéréochimie 53 4.3) et des stéréoisomères configurationnels qui diffèrent par leurs configurations (§ 4.5). qui seront. Ces interactions repoussent ou attirent les atomes entre eux selon leurs charges et /ou leurs volumes rendant le passage d’une conformation à une autre parfois difficile : on dit qu’il existe des barrières de potentiel qui favorisent certaines conformations de la molécule. il faut donc franchir ces barrières de potentiel en apportant de l’énergie à la molécule (par chauffage ou rayonnement ultraviolet).6).1 – Analyse conformationnelle L’étude de l’existence des conformations privilégiées d’une molécule et des relations physicochimiques et chimiques qui l’accompagnent est appelée « analyse conformationnelle ». les groupes alkyles ramifiés comme le groupe t-butyle -C(CH3)3…). conformères ou rotamères Les molécules qui peuvent former divers stéréoisomères par simple(s) rotation(s) autour de leurs liaisons simples sont dites « molécules flexibles » : les différentes structures spatiales qui en résultent sont appelées conformations.

Lorsque des liaisons de C-2 sont cachées par celles de C-1 (conformations éclipsées). ce second carbone étant symbolisé dans cette représentation par un cercle.1). Elle consiste à dessiner ce qui est vu par un observateur (figuré par un œil dans la figure 4. deux d’entre elles font l’objet d’une étude car elles correspondent à différents paliers de l’énergie potentielle de la molécule avec franchissements de barrières de potentiel ou barrières d’interconversion. la représentation de Newman est utilisée. Les multitudes d’autres conformations possibles sont regroupées sous l’appellation de conformations obliques. on décale légèrement les traits pour faciliter le dessin (comme dans la figure 4. Il voit alors 3 liaisons à 120° pour les trois substituants de C-1.54 Chimie organique infinité de conformations. et de même pour C-2. Seules. pour des raisons de clarté. libre rotation autour de la liaison σ H H H C 1 C 2 H H H Représentation projective H H H 2 H H 1 H Représentation de Newman conformères de l'éthane H H H H conformation décalée H H rotation de 60° autour de la liaison C1-C2 H H H H H H conformation éclipsée Figure 4. .1) lorsqu’il dispose la molécule devant lui selon l’axe de la liaison C-1-C-2.1 Pour dessiner aisément les conformères.

4. comme le montre la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 55 Dans le cas le plus simple. il existe deux conformères.2. sont représentés dans la figure 4.2 Les 6 conformères les plus importants du butane. ils sont obtenus en faisant tourner plusieurs fois de 60° le carbone 2 par rapport au carbone 1 autour de la liaison C1-C2. le substituant le plus gros du C-1 éclipse le substituant le plus gros de C-2. l’éthane. cis ou cisoïde) (A). Dans la conformation éclipsée (dite aussi synpériplanaire. anti ou transoïde) assez stable E la plus stable B D 0° 180° F 60° 120° 240° 300° 360° angle de rotation C1/C2 Figure 4. A H H CH3 CH3 HH conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) G H H C H CH3 H CH3 HH B CH3 CH3 H H A conformation décalée gauche synclinale conformation pseudo éclipsée anticlinale CH3 CH3 HH E H H H CH3 H CH3 conformation pseudo éclipsée anticlinale conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) très instable très instable F H H CH3 H CH3 G assez instable assez instable H H Ep D H H CH3 H CH3 H H conformation décalée gauche synclinale assez stable énergie potentielle de la molécule C conformation décalée antipériplanaire (trans. gauche (ou décalée) et éclipsée. La distance .1 Dans la figure 4.2 sont représentés les divers conformères du n-butane choisis selon les critères indiqués ci-dessus.

comme dans l’exemple suivant de la figure 4.56 Chimie organique entre les deux groupes est la plus faible de toutes les conformations et si les groupes sont de même nature électrostatique. la conformation antipériplanaire (trans. parmi les 3 conformations décalées. il est possible d’isoler le conformère le plus stable.8) entre le H d’un groupe OH qui possède une charge partielle positive. les plus gros des deux carbones. il a été démontré que les cristaux étaient constitués d’un seul type de conformère. ou transoïde) (D) dans laquelle les deux groupes méthyle. anti. plus stables que les conformations éclipsées. Il peut y avoir aussi gêne stérique si les deux groupes sont volumineux. sont éloignés au maximum l’un de l’autre. qui. dues à leur éloignement). ils se repoussent car les interactions sont très fortes. à très basse température. anti (D) et décalées gauches synclinales (B et F). environ 10-15 kJ mol-1 au maximum. Par contre. C’est le cas des 1. au contraire. les noms des conformères sont définis après avoir recherché le substituant de chaque carbone qui est prioritaire selon la règle des priorités indiquée pour la détermination des isomères géométriques E ou Z des dérivés éthyléniques. liaison "hydrogène" H O O H H H +δ H −δ H O −δ O H +δ H H H H Figure 4. Par contre. et l’oxygène du second groupe OH. est la plus stable : elle correspond au minimum d’énergie potentielle de la molécule (interactions les plus faibles entre groupes volumineux. possède une charge partielle négative (figure 4. ce qui explique l’impossibilité d’isoler des conformères à température ordinaire. et la conformation est très instable : l’énergie potentielle de la molécule est alors la plus élevée comme le montre la courbe Ep = f (angle de rotation C-1/C-2). inférieure à –150 °C.3). Les variations d’énergie potentielle lors du passage d’un conformère à un autre. Cet effet est amoindri dans les conformations partiellement ou pseudo éclipsées anticlinales (C et E) : elles sont un peu moins instables. Par ailleurs. dans le cas de composés aliphatiques restent relativement faibles.2-diols ou glycols dont la conformation éclipsée est relativement importante en raison de la création d’une liaison hydrogène (§ 5. . Parfois.4.3 H Pour l’analyse conformationnelle. On se réfère ensuite à ce qui a été indiqué pour les groupes méthyles (prioritaires par rapport aux hydrogènes) des conformères du n-butane. des interactions intramoléculaires entre deux fonctions peuvent stabiliser des conformations considérées a priori comme instables. s’il existe plusieurs substituants différents sur les deux carbones considérés.

La différence entre ces . Comment quantifier cette tension de cycle ? Lorsqu’on brûle un alcane acyclique non ramifié. L’agrandissement du cycle apporte une flexibilité de la molécule qui la rapproche de plus en plus d’une chaîne acyclique.3a – Tension dans les cycles L’angle dièdre d’un carbone hybridé « sp3 » est de 109°28’. il est de –2091. Cela est vrai pour tous les cycloalcanes (tableau 4. cyclopentane (nC = 5) et cyclohexane (nC = 6). n-butane. 54. Figure 4. soit de 128°28’. ce qui s’exprime par une tension dans le cycle (théorie de Baeyer. Stéréoisomèrie-stéréochimie 57 2 1 C2H5 C2H5 2 HO H3C 3 CH2Cl CH3 3 1 Dans cet exemple. de 90°. La tension de cycle attachée à chaque groupe CH2 qui compose le cycle suit des variations proches de celles données pour le cycle lui-même. Les cycles courants sont donc plus stables que les petits cycles.3. cyclopropane (nC = 3) et cyclobutane (nC = 4). 4. On peut déduire de ces observations que les cycles dits courants seront plus faciles à former et plus difficiles à ouvrir que les petits cycles.5 kJ mol-1.3 – Conformations des cycloalcanes 4. système acyclique où tous les angles de liaisons sont normaux. § 5. de 120°. l’augmentation de H° (combustion) pour l’augmentation d’un carbone de la chaîne carbonée est d’environ –685. d’un hexagone comme le cyclobutane.5 kJ mol-1 × 3 = –1975.6.9 kJ mol-1) qui fait partie des grands cycles nC > 12. d’un carré comme le cyclobutane. Elle diminue sensiblement pour les cycles courants ou normaux.4.2 kJ mol-1. au cyclopropane. n-pentane. les deux groupes prioritaires de chacun des carbones C-1 et C-2 sont en position trans l'un par rapport à l'autre: il s'agit donc d'une conformation décalée antipériplanaire transoïde. Le H° de combustion calculé pour le cyclopropane est donc de –685. Ainsi. propane. il faut apporter suffisamment d’énergie pour contraindre les atomes de carbones à accepter des angles de liaisons entre eux plus faibles. 1885). Cela suppose que lorsqu’on passe du propane. Cette tension s’élève de nouveau pour les cycles moyens (nC compris entre 8 et 12) pour atteindre un sommet pour nC = 9 (cyclononane.5 kJ mol-1) puis diminue de nouveau pour atteindre une nouvelle valeur faible pour nC = 14 (cyclotétradécane.5 kJ mol-1.3. Expérimentalement. la tension de cycle est la plus élevée pour les petits cycles. 0. Les angles d’un triangle comme celui du cyclopropane est de 60°.4 (voir aussi les barrières d’interconversion dans les composés mésomères. la plus stable.8).1). mais à des degrés divers.

7 kJ mol-1. Quelques valeurs sont données dans le tableau 4.6 cyclopropane petits cycles 4 cyclobutane 110.3 cyclooctane et nC nC > 12 12 grands cycles H H 104° H H C C C H orbitales hybridées sp3 de liaisons C-C dans le cyclopropane H H Tableau 4.58 Chimie organique deux valeurs théorique et expérimentale est attribuée à la tension de cycle soit 115.3 5.1 7 27. l’angle interorbitale n’est pas de 60° mais de 104° en raison d’un recouvrememt des orbitales hybridées pas tout à fait linéaire.6 5 cyclopentane cycles courants 6 cyclohexane 27.1.3 27.9 cycloheptane cycles moyens 8 42.1 Si l’on considère le cyclopropane.5 0.5 5.7 38. . tension de cycle en kJ mol-1 tension de cycle / CH2 en kJ mol-1 cycle nC 3 115.8 0.2 3.

4. du cyclobutane et du cyclopentane Le cyclopropane ne possède qu’une seule conformation car il est plan tandis que le cyclobutane et le cyclopentane sont en équilibre chacun avec deux conformations qui se situent chacune dans deux plans. 3 H2 benzène cyclohexane Schéma 4.3. les liaisons σ vont utiliser la libre rotation entre atomes du cycle pour accèder à divers conformères parmi lesquels certains sont prépondérants en raison d’une plus grande stabilité relative.1 . à l’exception du cyclopropane).1).3b – Conformations du cyclopropane.3c – Conformations du cyclohexane Le cyclohexane est un cycloalcane saturé obtenu par hydrogénation totale du benzène (schéma 4.5 4. Donc. 4. H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopropane H H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H cyclobutane H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopentane H H (conformations en enveloppe) Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 59 Afin de rendre la tension de cycle la plus faible. aucun cycloalcane n’est plan (contrairement à la théorie ancienne de Baeyer (1885).5).3. dites « en enveloppe » dans le cas du cyclopentane (figure 4.

ce qui rend ces conformations les plus stables. Il peut exister sous 4 conformations principales (figure 4. Il en est de même du passage de la conformation « chaise » à la conformation « bateau ».6 Les conformations « chaise » sont celles dont les interactions entre les divers substituants (surtout lorsqu’ils sont différents de H) sont les moins importantes. Le passage d’une conformation « bateau-croisé » à son inverse s’effectue via la conformation « bateau » avec apport d’énergie. . qu’une de ses liaisons peut être tordue par rapport à celle adjacente en produisant des conformations appelées « bateau-croisé » ou « bateau-flexible ». en raison de leurs analogies de formes : H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformations "chaise" (avec passage de la conformation "chaise" à "chaise inversée") H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformation "chaise" conformations "bateau" (avec passage de la conformation "bateau" à "bateau inversé") Figure 4. légèrement plus stables que les conformations « bateau » donc favorisées (figure 4.60 Chimie organique C’est une structure qui est présente dans de nombreux composés naturels comme les stéroïdes (cholestérol. et l’énergie potentielle de la molécule la plus faible.7). On en déduit facilement que le cyclohexane ne peut pas être plan et subit une torsion de ses liaisons. le cyclohexane en conformation « bateau » présente une flexibilité telle. à température ordinaire. Elles sont donc favorisées. Tous les carbones sont hybridés « sp3 » avec des angles de valence de 109°28’. hormones stéroïdes…). ce qui est inférieur à l’angle dièdre d’un hexagone (120°).6) : 2 conformations rigides appelées « chaise » et 2 conformations flexibles appelées « bateau ». (tension transannulaire faible) en raison de leur éloignement maximum les uns des autres. Par contre. Le passage d’une forme « chaise » à la forme « chaise inversée » nécessite beaucoup d’énergie en raison de la rigidité de cette conformation.

7 Comme le montre la figure 4. Le cyclohexane possède aussi un axe de symétrie alternant S6 (§ 4. . e3…) portés par des liaisons dont les directions se rapprochent du plan équatorial.5.5.4. – un plan « moyen » dit équatorial de la molécule peut être défini.2 kJ mol-1 H H H H H H H H conformation bateau croisé conformation bateau croisé (inversé) H H H H H H H H H H 23 kJ mol-1 H H H H H H H H H H H H H H interconversion conformationnelle Figure 4. . et – six substituants dits équatoriaux (e1. – six substituants dits axiaux (a1.. le cyclohexane (non substitué). a3 …) portés par des liaisons parallèles à l’axe ternaire. Il en est de même après une nouvelle rotation de 120°. en conformation chaise.8. on obtient une structure superposable à la structure de départ. a2. e2.4) .4) qui passe par son centre de gravité (en faisant tourner le cyclohexane de 120° autour de cet axe. Il est perpendiculaire à cet axe au centre de gravité (centre de symétrie) et coupe le cyclohexane aux milieux des 6 liaisons C-C.9 kJ mol-1 45. possède : – un axe de symétrie ternaire (§ 4.. Stéréoisomèrie-stéréochimie 61 H H H E H H H H H H H H H 5.

.62 Chimie organique axe de symétrie ternaire plan moyen dit équatorial (plan passant par le milieu de chacune des six liaisons du cyclohexane) centre de gravité a2 a6 e2 e1 1 e6 a1 observateur a4 e3 3 6 a3 5 a5 4 e5 plan moyen 2 e4 a2 e1 2 e2 a1 a4 C6 1 5 4 e5 C3 a5 e4 (les substituants de C3 et C6 ne sont pas figurés) Figure 4. Pour cela.8 Les représentations de Newman du cyclohexane en conformation « chaise » permettent de visualiser les angles compris entre les liaisons axiales et équatoriales pour des substituants des carbones cycliques adjacents. on considère que le cyclohexane est regardé par un observateur selon les deux axes C1 →C2 et C5 →C4.

Evidemment. les substituants qui étaient axiaux au départ deviendront équatoriaux dans la conformation inversée et vice-versa (figure 4. deux substituants portés par des liaisons axiales sont en position cis (a1 et a3 par exemple) et deux substituants dont l’un est porté par une liaison axiale et l’autre par une liaison équatoriale (a1 et e3) sont en position trans. et e1.10). . sont en position trans a1 H (en rouge: substituants au-dessus du plan moyen en bleu : substituants au-dessous du plan moyen) Figure 4. sont en position cis Cl H3C e1 H Br a1 Cl a2 e1 H H3C H H H H H H H H H H Br et Cl . Les couples de substituants a1. cela s’applique aussi pour les couples a2 et a3. Les liaisons C1-e1 et C2-e2 font entre elles un angle de 60°. e2 et e3. e2 et a3. a1 et e2. a1 et a3. par rotation autour des liaisons σ C-C du cycle. a2. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. d’une part. d’autre part. e2. d’une part. sont en position cis Br e1 H H CH3 H H Cl a3 Br et Cl .9 H e2 H H H H H H CH3 et Cl . d’autre part. et. e1 et a2. e1 et a3. sont situés du même côté du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions cis. e1 et a2. les liaisons C1-a1 et C2-a2 sont antiparallèles. sont en position cis H H H CH3 et Cl . a1 et a2. a3 et a4… Les couples de substituants a1 et e2.9 Si on passe de la conformation « chaise » à la conformation « chaise inversée ». a3 et e4… Pour les substituants en positions 1 et 3 du cycle. Il en est de même pour les couples a2 et e3.4. sont situés de part et d’autre du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions trans. Stéréoisomèrie-stéréochimie 63 Par rapport au plan moyen. sont en position trans Br et Cl . sont en position trans Br a1 CH3 et Cl . e1 et e2.

il est important de respecter le parallèlisme de certaines liaisons figurées par des couleurs identiques dans la figure 4.64 Chimie organique Figure 4. la plus utilisée. pour les isomères Z correspondants.10 Remarque : pour bien représenter le cyclohexane et les liaisons à ces différents substituants dans la conformation chaise.11 4.4 Nomenclature E et Z dans les cycles Ce qui a été indiqué pour les isomères géométriques E et Z peut s’appliquer aussi aux composés cycliques. Dans ce cas. Figure 4. et inversement. .12. Trois exemples sont donnés dans la figure 4.11. l’isomère E est celui qui a les groupes de plus haute priorité de part et d’autre du plan défini par le cycle (cyclopropane) ou du plan moyen (cyclohexane).

le passage d’un stéréoisomère configurationnel à un autre exige la rupture d’au moins deux liaisons et la création de deux nouvelles. les configurations de ces deux isomères sont différentes et il s’agit d’isomères configurationnels (figure 4. Contrairement aux conformères qui résultent de rotations autour de liaisons simples σ. 4.5. Dans la mesure où le passage d’une forme E d’un alcène à la forme Z nécessite d’inverser les substituants d’un carbone. Ce terme s’applique plus particulièrement aux atomes au moins trivalents ayant des substituants tous différents entre eux. . Stéréoisomèrie-stéréochimie 65 1 2 1 1 Cl H 2 isomère E CH3 Cl 1 Cl H 2 isomère Z Cl CH3 2 1. et susceptibles de créer un centre chiral (§ 4.2-dichloro-1-méthyl-cyclopropane 2 Cl 1 H H H Br 1 H H H 1 Cl 1 H H H CH3 2 H H3C 2 H H H H Br H H H isomère E isomère Z H 1-bromo-2-chloro-1-méthyl-cyclohexane H H H 3C Br H H isomère E H H H H Cl H H H 3C Br H Cl isomère Z H H H H H H H 1-bromo-3-chloro-1-méthyl-cyclohexane Figure 4.4.12 4.1 – Configuration La disposition fixée et relative des substituants d’un atome dans l’espace définit sa configuration.5 Stéréoisomères configurationnels Les stéréoisomères configurationnels sont des stéréoisomères qui se différencient par leurs configurations.13).6).5.

3. et cela pour tous les atomes qui constituent la molécule.2 – Centre de symétrie moléculaire Si d’un point de l’espace.14 .4.5-dichloro-1.4-diméthylcyclobutane 1.3-dichloro-trans-2. ce point est le centre de symétrie de la molécule (ex : le trans-1. on peut faire correspondre des atomes identiques par une ligne passant par ce point et éloignés d’une distance égale de ce point.6-tétraméthyl-cyclohexane Figure 4.5-dichloro1.4-dibromo-2. centre de symétrie de la molécule Cl H centre de symétrie de la molécule Cl x CH3 H H3 C H x' CH3 H H H 3C Cl Br x = x' H H CH3 CH3 H Cl Br trans -1.13 4.4-diméthylcyclobutane et le 1.3-dichloro-trans-2.14).66 Chimie organique Br H C CH3 et Br C2H5 C H 2 5 CH3 H H et CH4 H "trans" CH3 CH3 "cis" H Br C2H5 C2H5 Br H H 3C H H CH3 H C H3C CH2 OH H C CH3 Cl et H C H 3C OH Cl C H CH3 CH3 CH2 couples de stéréoisomères configurationnels Figure 4.6-tétraméthyl-cyclohexane) (figure 4.4.5.4-dibromo-2.3.

. Par exemple. Une molécule plane possède un plan de symétrie qui n’est autre que le plan de la molécule.2-dibromoéthylène Figure 4.16).2-tétrabromocyclopropane possède un premier plan de symétrie perpendiculaire au cycle passant par le carbone 3 et coupant le cycle selon la hauteur du triangle. plan de symétrie plan de symétrie B A' x' A x x = x' hydrogènes contenus dans le plan de symétrie Br 1 H H 3 Br 2 H H cis-1. Stéréoisomèrie-stéréochimie 67 4. C…situés d’un côté de ce plan.2-dibromocyclopropane de la figure 4. ou des groupes méthyles (figure 4.2. et un second qui est constitué par la surface du triangle (figure 4. associe à chacun d’eux des atomes identiques A’. C’…. B. des halogènes.17).3 – Plan de symétrie moléculaire Une molécule possède un plan de symétrie si la réflexion des atomes A.15).1.2-dibromocyclopropane (configurations inversées des carbones 1 et 2) Figure 4.5.15 Certains atomes peuvent figurer dans ce plan et sont leur propre image par rapport à ce plan (c’est le cas des atomes d’hydrogène du carbone 3 du cis-1. Br C H C H Br E (ou trans)-1.16 Une molécule peut avoir plusieurs plans de symétrie. mais de structures inversées (configurations inversées pour les atomes tri ou tétravalents).4. C’est le cas des composés éthyléniques ou alcènes ayant des substituants simples comme par exemple. B’. le 1.

suivie d’une réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à cet axe.1.2-tétrabromocyclopropane Figure 4.18) : H1 H2 C H3 H4 rotation de 90° autour de l'axe H2 H1 C H3 H4 image 2 réflexion image 1 H3 H4 C H2 H1 image 3 Figure 4.4 – Axe de symétrie alternant (impropre.2. Exemple d’axe de symétrie alternant S4 dans le méthane (figure 4. la molécule possède un axe de symétrie Sn avec n = 360 / .5. fournit une représentation identique à la molécule originale.68 Chimie organique H H H Br H Br Br 3 1 3 2 Br 2 Br Br 1 Br Br 1.17 4. ou de rotation-réflexion) Si la rotation d’un angle d’une molécule autour d’un axe passant par son centre de gravité. au centre de gravité de la molécule.18 .

S’il est substitué par quatre substituants différents. laquelle fournit l’image 3 par réflexion par rapport au plan perpendiculaire à l’axe de rotation au centre de gravité.4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 69 Le méthane CH4 peut être inscrit dans un cube dont le centre est occupé par l’atome de carbone. Le cyclohexane défini par l’image 1 de la figure 4. etc. Le méthane et le cyclohexane possèdent des axes de symétrie de cette nature. H2 par H4… Le méthane a autant d’axes de symétrie S4 (360°/ 90°) que de faces/ 2 dans le cube. on s’aperçoit qu’elles sont identiques à la différence près que H1 est remplacé par H6. c’est-à-dire. on obtient l’image 2 dont la réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à un axe de symétrie passant par le carbone correspond à l’image 3. Le cyclohexane admet donc un axe de symétrie alternant S6 (360°/ 60° = 6).3) subit une rotation de 60 °C autour de l’axe qui passe par le centre de gravité de la molécule (centre de symétrie) ce qui conduit à l’image 2. H2 par H1. il .19 (conformation chaise. Le méthane substitué par deux groupes différents possède encore un plan de symétrie ou un axe de symétrie alternant S2 (figure 4.19). axe de symétrie alternant S6 H1 H H H2 H H4 image 1 H1 H H3 H6 H H5 H rotation de 60° autour de l'axe de symétrie alternant S6 H H H H6 H2 image 2 H5 H3 H H4 H H H6 H H H1 H2 H H5 H4 H H H3 H image 3 (réflexion de l'image 2 par rapport au plan) Figure 4.3. Un exemple d’axe de symétrie alternant S6 est fourni par le cyclohexane (figure 4. Si l’image 1 subit une rotation de 90° autour d’un axe passant par le centre de gravité du méthane.20). § 4. c’est-à-dire 3. Ce plan est défini par le carbone central et les deux groupes.19 L’axe de symétrie alternant S2 correspond à une symétrie par rapport à un plan (360°/ 180° = 2). l’atome de carbone. La comparaison des images 1 et 3 montre qu’elles sont identiques à la différence près que H1 a été remplacé par H3. Si l’on compare l’image 1 à l’image 3.

Lui-même (A) et son inverse (B) par rapport à un plan représentent deux configurations inversées de la molécule considérée (figure 4.5.21). Cl Cl C* H 3C A H Br Br H *C CH3 B couple d'énantiomères (symétriques / plan) (inverses optiques) Figure 4.21 . le carbone central ainsi substitué est dit asymétrique ou chiral. son image dans un miroir ou son symétrique par rapport à un plan (B) ne peuvent pas lui être superposé. et inversement). C’est un couple d’énantiomères. Propriétés : lorsqu’un carbone (A) est asymétrique. est asymétrique ou chiral.70 Chimie organique n’existe plus aucun axe de symétrie alternant. derrière le plan de symétrie inscrits dans le plan de symétrie Plan de symétrie Cl H C H3C H H3C Cl C Br H 4 substituants différents = ni plan de symétrie ni axe de symétrie alterné = carbone central asymétrique en avant du plan de symétrie Figure 4.5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral Un carbone hybridé « sp3 » qui porte quatre substituants différents entre eux.20 4. Ils sont images l’un de l’autre dans un miroir (on dit aussi que B est l’image spéculaire de A.

4. Avec le carbone. ni plan de symétrie. Stéréoisomèrie-stéréochimie 71 L’échange de deux substituants de l’un des deux énantiomères (ici B dans la figure 4. celle-ci est alors dite chirale. peut exprimer une chiralité (en fonction de la nature de l’atome) et peut donc représenter. trivalent. à l’intérieur d’une molécule. n’a pas d’axe de symétrie alternant. le transforme en l’autre énantiomère (A). et par conséquent. Un nombre pair de permutations de deux substituants conserve la configuration du carbone asymétrique. respectivement. ayant des substituants tous différents entre eux. atomes tétravalents.4. Autrement dit. l’étain (Sn).21). Cl C * Br H B CH3 permutation de deux substituants Cl C* H Br CH3 H 3C A Cl C* Br H rotation autour de l'axe C-Cl inverse de B B et A sont images l'un de l'autre dans un miroir: ils représentent un couple d'énantiomères Figure 4. le phosphore (P) et l’arsenic (As). sous forme de sel quaternaire (dans la mesure où les quatre groupes substituants sont différents) ou de N-oxyde. symbolisé par C*. selon le cas (voir diastéréoisomères § 4. le germanium (Ge). le silicium (Si). S’il en existe plusieurs. la création d’un centre chiral est possible (figure 4. un nombre impair de permutations de deux substituants inverse la configuration du carbone asymétrique.22 La molécule qui possède un carbone asymétrique. ce qui exige de rompre deux liaisons C-Br et C-H et de rétablir de nouvelles liaisons C-H et C-Br. On peut y ajouter l’azote. un centre chiral.23). donc inverse sa configuration.6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre Tout atome dont la valence est égale ou supérieure à trois.5.5. sous formes de sels de phosphonium et de sels d’arsonium. . la molécule peut être chirale ou achirale.22). ni centre de symétrie. S’il en existe un seul dans la molécule.

24 . R3 = groupes alkyles). En effet. R3 = H). la fréquence des inversions diminue et il est parfois possible de démontrer l’existence des deux énantiomères. Cela est illustré dans la figure 4. le phosphore ou l’arsenic. les liaisons des substituants peuvent se retourner (comme les baleines d’un parapluie. ce qui inverse la configuration de cet élément. par grand vent). dans ce cas.72 Chimie organique R1 Si R2 R3 R4 R1 Sn R2 R3 R4 R1 Ge R2 R3 R4 dérivés de silane SiH4 dérivés de stannane SnH4 dérivés de germane GeH4 R1 N R2 R3 X R4 R2 R3 R1 N O ou R2 R3 R1 N O sels d'ammonium quaternaires amines N-oxydes R1 P R2 R3 X R4 R2 R3 R1 As X R4 sels de phosphonium sels d'arsonium Figure 4. R1 inversion R1 N de configuration N R2 R3 R2 R3 Figure 4. il existe un phénomène particulier qui limite la chiralité de leurs dérivés substitués par trois groupes différents. Ce phénomène se reproduit en sens inverse. à une vitesse parfois élevée : il est alors difficile de démontrer la présence de l’une ou l’autre configuration. Il s’agit de l’inversion de configuration. Lorsque la température est suffisamment abaissée (inférieure à –100 °C). R2.23 Pour les dérivés d’atomes trivalents comme l’azote. qui ont chacun un doublet libre.24 pour les amines secondaires (R1 et R2 = groupes alkyles. ou tertiaires (R1.

5. C’est le cas de la N-chloro-2. chaque énantiomère peut être isolé. qu’elles sont chirales et symétriques l’une de l’autre par rapport à un plan ou images l’une de l’autre dans un miroir (figure 4. d’oxygène. mais moins rapide pour les dérivés du phosphore et lent pour ceux de l’arsenic. Les énantiomères peuvent contenir un ou plusieurs centres chiraux. 4.26 Les énantiomères sont aussi appelés isomères optiques. inverses optiques ou antipodes optiques.2-diméthylaziridine (figure 4. Ils sont les images spéculaires l’un de l’autre.26). Ils sont l’un pour l’autre des inverses optiques en raison de leurs activités inverses sur la lumière polarisée rectilignement (voir polarimètre § 4.8). ions oxonium. donnent lieu à ce type d’inversion.7 – Énantiomères (couple d’-) Deux molécules représentent un couple d’énantiomères dans la mesure où elles ont la même constitution moléculaire (stéréoisomères). et les carbanions (R1)(R2)(R3)C-. Stéréoisomèrie-stéréochimie 73 Ce phénomène est très rapide pour les dérivés de l’azote.25 Certains sels de soufre. H3 C H C 2H 5 * C CH2OH HOH2C * C CH3 H C 2H 5 C2 H5 CH3 Cl C* C* Br Cl CH3 C2H5 C* C* C2H5 C2 H5 Br CH3 couples d'énantiomères CH3 Figure 4. Leurs solutions de même . (R 1)(R2)(R3)S+.ne donnent pas lieu à ce type d’inversion et il est possible d’isoler chaque énantiomère. ions sulfonium. (R1)(R2)(R3)O+. en particulier dans les composés cycliques.4.5. Les sulfoxydes (R1)(R2)S+-O. Lorsque l’inversion devient impossible ou difficile.25). Cl N Me Me N Cl Me Me Figure 4.

8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique La polarimétrie consiste à déterminer le pouvoir rotatoire d’un composé chiral. odeur. perpendiculaires . La lumière est un phénomène électromagnétique ondulatoire. spectres de résonance magnétique nucléaire (RMN.27.5. font tourner le plan de polarisation de la lumière polarisée rectilignement. L’onde est décrite par un vecteur magnétique H et par un vecteur électrique E.28. de trois parties : deux prismes de Nicol (un polariseur et un analyseur) entre lesquels est disposée une cuve optique de longueur « L » comme le montre la figure 4. spectres infrarouges (IR).74 Chimie organique concentration dans un même solvant achiral (par exemple : eau ou éthanol). au moyen d’un polarimètre. spectres ultraviolets (UV). de manière succinte. Par contre. toxicité…) et pharmacologiques sont très souvent différentes comme le montrent les exemples de l’aspartame et de la carvone donnés dans la figure 4. configurations inversées des C* H OOC NH3 H N H NH3 COOCH3 H OOC O H N H COOCH3 CH2 O H2 C résidu de l'acide (L)-aspartique ester méthylique de la (L)-phénylalanine ester méthylique de de la (D)-phénylalanine Composé au goût amer Aspartame Edulcorant 200 fois plus sucré que le saccharose O O H H (R) Carvone odeur de cumin (S) Carvone odeur de menthe Figure 4. Les énantiomères ont strictement les mêmes propriétés chimiques. d’un angle α° de valeur absolue égale mais de signes contraires. points d’ébullition (Eb °C).27 4. Le prisme de Nicol est composé de deux parties en calcite collées par du baume du Canada (substance très réfringente). Les points de fusion (F °C). dans les conditions classiques d’enregistrement) sont identiques. Cet appareil est constitué. leurs activités biologiques (goût.

ce qui compose une infinité de plans de vibration.29). Stéréoisomèrie-stéréochimie 75 entre eux qui vibrent dans toutes les directions du plan perpendiculaires à la direction du rayon lumineux. le vecteur électrique E est représenté dans la figure 4.29 . seul. placé dans la même position que le premier. Pour simplifier. appelé analyseur.28 Lorsqu’une lumière monochromatique (caractérisée par une unique longueur d’onde) traverse le premier prisme de Nicol. Elle ne vibre plus que dans un seul plan défini par un unique vecteur électrique E : ce plan est appelé plan de polarisation. la lumière émergente aura sensiblement la même intensité que celle de la lumière incidente (figure 4. Si cette lumière traverse un nouveau prisme de Nicol. la lumière qui en émerge est polarisée rectilignement. pas de rotation du plan de la lumière polarisée Plan da la lumière polarisée E' E L E polariseur lampe à vapeur de sodium (lumière monochromatique) Cuve optique vide ou remplie d'un solvant achiral analyseur intensité de la lumière émergente maximale 1ère expérience Figure 4. appelé le polariseur.4.28 et suivantes : E 90° rayon lumineux H Plan des vecteurs E E E polariseur lumière monochromatique (raie D du sodium) Figure 4. La rotation du polariseur ou de l’analyseur conduit d’abord à une diminution progressive de la lumière émergente puis à son extinction lorsque la rotation atteint 90°.

acides aminés.30). à gauche.30 Si. Cela est indiqué par les abréviations (+) ou (d)) et. « lévogyre » (indiqué par les abréviations (-) ou (l). ayant placé le polariseur et l’analyseur dans la même position (figure 4.13. Celle-ci peut être optimisée et atteindre sa valeur maximale. par une rotation de de l’analyseur dans le sens des aiguilles d’une montre (positif (+). A partir de la valeur expérimentale . ou d) ou au contraire. on observe alors une diminution de l’intensité de la lumière émergente. on n’observera aucun effet sur l’intensité de la lumière émergente à la sortie de l’analyseur.5. on interpose une cuve remplie d’une solution d’un seul énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml. L’énantiomère qui fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement à droite est dit « dextrogyre ». selon l’énantiomère étudié. . acides-alcools…) et ne sont que l’application de conventions (conventions de Fischer § 4. dans le cas contraire. on peut définir son pouvoir rotatoire spécifique : α T = 100 α λ Lc L est la longueur en dm du trajet optique dans la cuve (souvent égale à 1). rotation du plan de polarisation L E E E E E +++++++++ +++++++++ +++++++++ cuve optique remplie d'une solution d'énantiomère à "c"g / 100ml dans un solvant non chiral 2ème expérience rotation de + α° de l'analyseur. nécessaire pour retrouver l'intensité émergente maximale Figure 4. il y a encore totale extinction de la lumière émergente comme dans l’expérience précédente.76 Chimie organique Si. dans les mêmes conditions. ne possèdant pas de carbone(s) asymétrique(s)). ou l). dans ces conditions. en utilisant le polarimètre.22). comme l’eau. en sens inverse (négatif (-). l’éthanol…. dans un solvant achiral. obtenue pour une solution d’un énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml d’un solvant donné. on interpose entre le polariseur et l’analyseur une cuve remplie d’un solvant dont les molécules sont achirales (§ 4. si l’analyseur est tourné de 90° par rapport à la position du polariseur. à gauche. lesquelles définissent des séries de stéréoisomères (sucres.5. Attention : les lettres d et l qui décrivent un phénomène physique optique ne doivent pas être confondues avec D et L. Par contre. à droite.

Les règles à appliquer pour y parvenir sont les suivantes : 1. la raie jaune D émise par une lampe à vapeur de sodium à 589. 2 et 3 selon leur ordre de priorité. à une température de 25 °C (ou 278 K). R-COOH. et tout autre composé susceptible d’être ionisé en milieu acide ou basique.4. à gauche). – pH. Cahn. Christopher Ingold et Vladimir Prelog. dans des conditions définies précises : – nature du solvant. On peut aussi définir le pouvoir rotatoire moléculaire [M] qui est relié au pouvoir rotatoire spécifique par l’équation suivante : M T = λ α T x M λ 100 M = masse moléculaire du composé optiquement actif Cette valeur caractéristique qui tient compte de la masse moléculaire du composé optiquement actif permet de comparer les activités optiques de divers composés de masses moléculaires différentes. Exemple : si un composé chiral a un [α]D278K = –14° (c = 10. 4. dans le cas des composés ionisés comme les acides α-aminés. cela signifie que ce composé est lévogyre.3. Stéréoisomèrie-stéréochimie 77 Le pouvoir rotatoire spécifique est une constante pour un énantiomère donné. § 3. La polarimétrie s’applique à tout composé chiral soluble dans un solvant achiral.9 – Configuration absolue (nomenclature R et S) La difficulté rencontrée par les chimistes du début du siècle dernier pour définir les configurations des carbones asymétriques dans les molécules a conduit Robert S. 6N HCl). – longueur d’onde de la lumière monochromatique utilisée (le plus souvent. et qu’il fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement d’un angle de –14° lorsqu’il est en solution dans HCl 6N à la concentration de 10 g / 100 ml. à définir des règles permettant de classer ces carbones selon leur configuration dite absolue en série R (du latin rectus. secondaires R-NH-R’.1. à droite) et en série S (du latin sinister. les acides. 2. et tertiaires R-N(R')-R''.5. – température T (le plus souvent 278 K = 25 °C). nm = nanomètre). qu’il possède un ou plusieurs centres chiraux. en utilisant une lampe à vapeur de sodium. de telle sorte que le quatrième substituant . ordonner les substituants du carbone asymétrique selon leur ordre de priorité par application des règles décrites pour définir les isomères E et Z des alcènes. trois chimistes. regarder ensuite le triangle formé à partir des substituants classés 1. les amines primaires RNH2. R-CH(NH3+) (COO-).3 nm. raie D du sodium.

Ingold.32.31). mais attention au fait que le substituant 4 H OH 1 C (R) CH2OH 3 est en avant de la représentation c'est-à-dire devant le triangle 1. Lorsque la rotation s’effectue dans le sens des aiguilles d’une montre (vers la droite) le carbone est dit de configuration absolue R. 2 CH=O 4 Dans cette représentation du (D)-glycéraldéhyde. Dans le cas contraire. le sens de rotation 1 2 3 est l'inverse des aiguilles d'une montre. Note : il est facile de s’en souvenir à partir du sens d’écriture de R et S. Ce n'est donc pas un carbone asymétrique S mais au contraire un carbone asymétrique R. vers la gauche. et Prelog. Si toutes ces conditions sont respectées. le sens de la rotation qui permet de passer du carbone 1 au carbone 2 donne la configuration du carbone asymétrique. le carbone asymétrique est dit de configuration absolue S (figure 4.78 Chimie organique soit situé derrière le plan de ce triangle. 2 OH C* Cl 1 C* (S) 2 OH l'observateur voit 1 Cl H3 C OH 2 C*(R) 4 H 1 Cl C* H3 C 3 OH 2 4 H C* H 4 3 H 3C H 4 3 C* H3C 3 Cl 1 S Figure 4. par rapport à l’observateur. .2.31 R Quelques exemples sont réunis dans la figure 4.3 donc en sens inverse de la règle de Cahn.

de la figure 4. nécessite l’échange de deux substituants sur ce carbone. on voit: Br 1 3 H3C (R) Cl C H 4 2 et le carbone asymétrique est de configuration absolue R. dextrogyre : CHO H (R) OH CH2OH (+)-glycéraldéhyde Figure 4. 4. . 2 COOH 1 H2N C CH 4 (S) 3 CH2OH 3 Même problème que ci-dessus pour un acide aminé.32 Important : il n’existe pas de rapport entre la configuration absolue d’un carbone asymétrique et son activité optique. et vice-versa.3 est regardé par le côté opposé à l'atome d'hydrogène afin de se mettre dans les conditions de la règle de Cahn.5. appelée inversion de configuration.2.10 – Configuration (inversion de -) Le passage d’une configuration R à la configuration S d’un atome de carbone asymétrique dans une molécule. Figure 4. pour lesquels les configurations absolues des carbones asymétriques sont différentes (R et S). Ingold. Le ou les carbones asymétriques d’un couple d’énantiomères ont des configurations absolues inversées. et leurs activités sur la lumière polarisée rectilignement. Stéréoisomèrie-stéréochimie 79 3 H 3C C H 4 Br Cl 1 2 Si le triangle 1.33. de même nature. comme le montrent les exemples ci-après.4. et Prelog. la (D)-sérine.33 COOH H2 N (S) CH3 (+)-alanine H La configuration absolue d’un échantillon d’une molécule chirale peut être déterminée expérimentalement par l’analyse cristallographique au moyen des rayons X qui permet de situer dans l’espace les différents atomes qui constituent la molécule du cristal. dont le carbone asymétrique est S.

1.11 – Configuration (rétention de -) La rétention de configuration relative est le résultat d’une réaction effectuée sur un carbone asymétrique avec échange ou transformation d’un substituant en conservant une même configuration relative (différence avec l’inversion de configuration).2 L’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique est figurée par le signe : La configuration d’un azote portant trois substituants différents s’inverse constamment (centre chiral ou stéréocentre § 4.80 Chimie organique Par extension. et il prend une position inversée par rapport à celui de départ sur le carbone comme dans la réaction ci-dessous. 3 CH3 CH2-CH3 1 Br 2 (S) H NaOH 3 H3C H3C-H2C OH 1 2 (R) H . Dans ce cas. C’est la cas de la réaction de substitution intramoléculaire du chlorure de thionyle sur un alcool chiral comme le (S)-butan-2-ol qui conduit au (S)-chloro-2-butane : OH et Cl occupent la même position par rapport aux autres substituants du carbone et sont des groupes de même priorité. Ingoldet Prélog). le substituant du carbone asymétrique qui subit la réaction est échangé avec un nouveau substituant provenant du réactif (de priorité équivalente selon les règles de Cahn. Me Et H SOCl2 Me O S OH (S) diéthyléther H Cl chlorure de Et thionyle . 4.NaBr (SN2) inversion de Walden (Inversion de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4.5.SO2 anhydride sulfureux Me Et H Cl (S) (S)-butan-2-ol O (S)-chloro-2-butane (rétention de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4.2).6).3 .2) par une inversion de Walden (schéma 4.5. l’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique peut résulter d’une réaction de substitution SN2 (§ 8.

Exemple : un médicament qui agit sur un récepteur enzymatique devra avoir des configurations très précises de son ou ses carbones asymétriques pour agir. Par contre. est dit achiral. En revanche. le passage d’une conformation moléculaire à une autre n’exige que des rotations autour d’une ou plusieurs liaisons de cette molécule.34) qui peuvent être représentés par deux plans perpendiculaires et dont la jonction a lieu au niveau du carbone central hybridé sp (§ 1. La chiralité se trouve dans l’essence même de la vie. CH4…). molécule de méthane. Attention : certaines molécules achirales peuvent contenir des carbones asymétriques de même constitution. les deux mains d’une même personne). tout objet. il ne peut être associé qu’à une molécule dont les groupes actifs sont disposés de telle sorte que leur géométrie s’accorde parfaitement à ces fonctions. . et. ni échange de substituants. sans aucune rupture de liaison. mais de configurations inversées.1. ni plan de symétrie) est dit chiral. 4.3).13 – Chiralité Tout objet. Par exemple. C’est le cas de molécules dissymétriques comme certains dérivés de l’allène (figure 4. ce qui déclenche l’activité biologique. dessin. les interactions qui en résultent (chimiques ou physiques) atteignent une efficacité maximale. par exemple. cube. Un composé peut être chiral sans contenir un centre chiral ou stéréocentre.5.5. en nombre pair (voir diastéréoisomères de forme méso § 4. Le changement de configuration de l’un d’eux peut conduire à une totale inactivité de la molécule correspondante (la clé est déformée !…). Sa chiralité s’exprime par le fait que son image dans un miroir (image spéculaire) ne lui est pas superposable (par exemple. dessin. ni centre de symétrie. et présente une géométrie donnée.12 – Configuration et conformation Ne pas confondre les termes configuration et conformation.4. Tout dans la Nature est chiral. molécule… qui ne possède pas d’axe de symétrie alternant (et. Le passage de la configuration d’un carbone asymétrique à sa configuration inverse nécessite la rupture de deux liaisons et leurs échanges sur le carbone asymétrique. comme une clé à sa serrure. un plan ou un centre de symétrie. Stéréoisomèrie-stéréochimie 81 4.25). Dans la Nature. l’activité biologique est directement liée à la chiralité des molécules.5. Dans ce cas. si le site récepteur d’une macromolécule est composé de différentes fonctions en nombre égal ou supérieur à trois. par conséquent. molécule… qui possède un axe de symétrie alternant. Son image dans un miroir lui est superposable (exemples : sphère.

P1 H3 C C H3C C 90° CH3 C H P2 Figure 4. la libre rotation des deux cycles autour de cette liaison est contrariée par une gêne stérique et les deux plans contenant les cycles forment entre eux un angle qui peut atteindre 90° (figure 4. Le biphényle est formé par deux groupes phényles. Par contre. Dans ce cas.82 miroir Chimie organique 90° H C H3C C C H H CH3 H 3C C 90° H C C CH3 inverses optiques (ni centre. si deux substituants ortho du cycle B (ou A) sont identiques. Dans ces conditions. ni plan de symétrie) Figure 4. la molécule possède un plan de symétrie qui est le plan P2 (figure 4. . si ces deux substituants sont différents. il n’existe plus de plan de symétrie et la molécule est chirale.35 plan de symétrie de la molécule. La molécule est alors achirale. de structures planes. le plan du cycle A (ou B) joue le rôle de plan de symétrie pour la molécule et la molécule est achirale.36). composé achiral Un autre exemple de composés chiraux ne disposant pas de centre chiral concerne certains dérivés du biphényle. Certains dérivés du biphényle peuvent être chiraux en l’absence de carbone asymétrique s’ils sont substitués par quatre groupes assez volumineux en positions α par rapport à la liaison centrale (positions ortho).35). retenus l’un à l’autre par une simple liaison.34 Si l’un des carbones hybridés « sp2 » a deux substituants identiques dans le plan P1.

37 La substitution des quatre positions ortho n’est pas absolument nécessaire. au moins l’un des quatre substituants en position ortho n’est pas volumineux (dans l’exemple de la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 83 biphényle 1) A Cl Cl HOOC B 2) A Cl Cl H3C-CO B CH3 HOOC CH3 HOOC composé achiral: le plan du cycle A est un plan de symétrie de la molécule composé chiral: le plan du cycle A (ou du cycle B) n'est pas un plan de symétrie de la molécule 1) acide 3'.2'-dicarboxylique F HOOC B A F F B COOH COOH Figure 4. F HOOC A COOH F B A COOH F acide 6. Il n’y a pas d’activité optique. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4.36 Si.6'-difluoro-biphényl-2. la rotation autour de la liaison centrale n’est plus empêchée et le passage d’un stéréoisomère à son inverse optique est possible et vice-versa.38. .4.6-dicarboxylique 2) acide 6-acétyl-3'.6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2. – que chacun des deux cycles soit substitué par des groupes différents afin d’éviter la possibilité d’un plan de symétrie moléculaire.37. Les conditions requises pour que la molécule soit chirale sont les suivantes : – que le ou les substituants en position ortho soit (soient) assez volumineux pour apporter une gêne à la libre rotation autour de la liaison unissant les deux cycles et.6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2-carboxyl ique Figure 4. le fluor).

(+)-phénylalanine. Les mélanges racémiques ou plus simplement les racémiques.84 Chimie organique groupe volumineux HOOC (CH3)3 As I NO2 O2N acide 6. des deux énantiomères (+. F = 276 °C°.14 – Racémique (mélange) Ce n’est pas un corps pur mais le mélange. n’ont pas d’activité sur la lumière polarisée rectilignement. ou l) formant un couple.6. F = 276 °C. . On l’indique par (±) ou (d.39). séparé par un tiret (ex: acide (±)-aspartique). F = 267 °C) (figure 4.l) suivi du nom de la molécule. en quantités égales.38 4.2'-dinitro-biphényl-2-carboxylique (molécule chirale) Br groupe volumineux iodure de 3'-bromo-biphényl-2-triméthylarsonium (molécule chirale) substituant peu volumineux F A F phényle A substitué symétriquement (plan de symétrie contenant le cycle B) (molécule achirale) F B F Br COOH acide 5-bromo-2. Leurs points de fusion sont différents de celui des énantiomères (exemples : (-)-phénylalanine. par compensation externe des activités optiques des énantiomères qui les composent. (±)-phénylalanine. ou d) et (–.5.6'-tétrafluoro-biphényl-3-carboxylique Figure 4.2'.

Les synthèses dites asymétriques ont pour but de ne permettre l’accès qu’à un seul énantiomère. L’utilisation de méthodes bio-organiques faisant intervenir des enzymes fournies par des microorganismes.l)-phénylalanine α 278K= 0° D Figure 4. respectivement.4. présente dans la « levure du boulanger ». et avec d’excellents rendements. dont l’activité est stéréosélective (§ 4. permet d’obtenir.35° = D 50% ( 50% mélange racémique ) ou (d. conduisent dans la majorité des cas.7).4. La règle de Prelog (1953) permet a priori de définir la stéréochimie de l’alcool qui sera formé. à un ou des mélanges racémiques. une déshydrogénase. dans certains cas. l’énantiomère souhaité. ou parfois. d’en favoriser seulement la formation (par induction asymétrique) au détriment de l’autre énantiomère. de nombreuses aldéhydes et cétones sont réduites en alcools optiquement actifs par une enzyme. Stéréoisomèrie-stéréochimie 85 COOH H C CH2 NH2 H2N COOH C CH2 H (+)-phénylalanine (-)-phénylalanine α 278K= + 35° D α 278K . le plus volumineux à droite. Si la cétone (ou l’aldéhyde) est représentée de telle sorte que le plus petit substituant soit à gauche du groupe carbonyle et donc. Ainsi. . l’alcool qui sera obtenu par cette réduction biologique aura son groupe OH en arrière de la représentation dans la majorité des cas comme cela est figuré dans le schéma 4.39 Les synthèses classiques de molécules comportant un ou plusieurs centres chiraux.

comme Pasteur l’a pratiquée en observant au microscope les structures géométriques des cristaux de sels d’ammonium et de sodium formés à partir de l’acide tartrique racémique (acide (±)-tartrique. La résolution peut être chimique : elle est alors basée sur les différences de propriétés de certains dérivés des énantiomères. l’acide (-)-tartrique. et plus particulièrement leurs solubilités relatives dans certains solvants.40).5. recristallisés à une température inférieure à 27 °C : dans ce cas. comme.NAD+ déshydrofgénase HO H 3C H C (S) CH2 NADH = nicotinamide adénine dinucléotide (forme réduite) NAD+ = idem (forme oxydée) NADPH = nicotinamide adénine dinucléotide phosphate (forme réduite) NADP+ = idem (forme oxydée) Schéma 4. Inversement. le (+)-acide tartrique. L’action d’un acide fort libère ensuite de leurs sels.40 .NAD+ déshydrogénase HO C H O C H3 C CH2 NAD(P)H déshydrogénase .4 4.86 Chimie organique O C NAD(P)H déshydrogénase . par exemple. Elle peut être manuelle. HO2C-CH(OH)-CH(OH)-CO2H). des différences géométriques sont visibles entre les cristaux des deux énantiomères (structures inversées. et le (-)-acide tartrique. C’est souvent le cas d’énantiomères d’acides dont on prépare des sels par action de bases assez volumineuses et optiquement actives. il est possible de séparer des bases énantiomèriques en formant des sels d’acides optiquement actifs comme.15 – Résolution ou dédoublement du racémique La résolution ou le dédoublement d’un racémique est la technique permettant de séparer les deux énantiomères qui le constituent. la strychnine ou la brucine. d’autre part. d’une part. ou l’acide (+)-β-camphosulfonique (figure 4. H N R H R O N H H H O HO H H OH COOH camphre acide (-)-tartrique acide β-camphosulfonique O SO3H O COOH strychnine R = H brucine R = OCH3 Figure 4. symétriques par rapport à un plan) ce qui permet leur séparation au moyen d’une pincette. par exemple.

des techniques chromatographiques très spécifiques à tel ou tel type de structure chimique. qui sera dans ce cas A(-)(B(-) permettra par le même procédé de récupérer l’autre énantiomère acide AH(-).21) auxquels s’apparentent les sels d’acides chiraux et de bases chirales (schéma 4. L’évaporation de la solution contenant le sel le plus soluble. soit par d'autres méthodes (chromatographie. Stéréoisomèrie-stéréochimie 87 Cette méthode est basée sur les différences de propriétés physicochimiques des diastéréoisomères (§ 4.5. mais dans ce cas. mais dans ce cas.4. La méthode est identique avec les racémiques de bases. et en particulier la solubilité dans un solvant donné S. elles ne reconnaissent parmi les deux énantiomères proposés à leur action que celui qui s’accorde à leur propre chiralité. On utilise alors la différence des interactions qui existent entre une phase chirale du système chromatographique et les deux énantiomères qui composent le racémique. Si un acide racémique représenté par AH(+) + AH(-) est mis en présence d’une base B(-). Si l’un des deux sels est nettement plus soluble que l’autre dans ce solvant. En effet. on utilise un acide optiquement actif. AH (-) + AH (+) acide racémique ( )A + Base chirale (-) A(-)-B(-) + A(+)-B(-) sels diastéréoisomères de propriétés physiques différentes.5). par exemple) Schéma 4. il n’est pas rare qu’un des énantiomères soit à l’origine de cette propriété tandis que l’autre est totalement inactif. L’action d’un acide fort sur ce sel. celui qui est insoluble est filtré puis recristallisé pour le purifier. A(-)-(B)(-) soluble dans le solvant S et A(+)-(B)(-) cristaux insolubles dans le solvant S AH(-) + AH(+) + B(-)H B(-)H (La base chirale est récupérée sous forme de sel) séparation par filtration filtrat contenant A(-)-B(+) cristaux filtrés A(+)-B(-) H H Les acides sont isolés. soit par extraction par un solvant ou évaporation du solvant s'ils sont solubles. La forme racémique du médicament correspondant obtenue par la synthèse classique nécessite donc une dose double de celle de l’énantiomère actif pour un effet identique ce qui est une aberration économique et explique l’intérêt de ne produire que l’énantiomère actif par synthèse asymétrique. soit par précipitation et filtration. les deux sels formés seront A(+)-(B(-) et A(-)-B(-) ayant des différences de solubilité dans un solvant choisi par expérimentation. . elle est destructrice avec perte de 50 % du mélange. permettent de séparer les deux énantiomères formant un racémique. C’est le cas pour les mélanges racémiques d’acides α-aminés naturels N-acylés. car l’un des énantiomères est dégradé par des enzymes spécifiques. par exemple A(+)-B(-) déplace alors l’énantiomère acide faible AH(+). Enfin. Lorsqu’une molécule chirale sous forme racémique possède une activité biologique.5 La résolution du racémique peut être biologique. RCONH-CH(R)-COOH.

5.l)-lactique (sous forme de sel) CH3 acide L(+)-lactique (sous forme de sel) CH3 CH3 O C O retour de H+ d'un côté ou de l'autre du plan HO C H CH3 Schéma 4. O O C HO C H .6 Par exemple.1. l’acide L(+)-lactique est facilement racémisé en présence d’une solution de soude en raison de l’équilibre avec la forme énolate de l’acide (figure 4.88 Chimie organique 4.7). optiquement actif.5.17 – Pourcentage énantiomérique Pour un mélange de deux énantiomères R et S. inactif sur la lumière polarisée rectilignement.H+ O O C HO C O O C C HO O + H+ C O H C OH CH3 et racémique acide (d. à un mélange racémique.3) est racémisante parce qu’elle s’effectue via un carbocation plan qui peut ensuite être attaqué sur ses deux faces (schéma 4.7 4. Me Me Me Br R C Et Pr carbocation solvant polaire Br + Pr C Et HO HO C R Et Pr et Me Et Pr racémique C OH S HO Schéma 4. La réaction de substitution nucléophile monomoléculaire SN1 (§ 8.16 – Racémisation C’est la réaction qui permet le passage d’un composé chiral.6). le pourcentage énantiomérique est pour l’énantiomère (R) : %(R) = R R+S .

il n’en est pas de même des diastéréoisomères.4. 4.20 – Rendement optique Distinct du rendement réactionnel qui est le pourcentage de produit obtenu pur dans une réaction par rapport à la quantité théorique de ce même produit qui aurait du être obtenue. avec R > S. le réactif X.18 – Pureté optique Si dans un mélange de deux énantiomères R et S. le rendement optique est de 40 %.5. est : 100 × [α°] /[α°R]. il existe 2n stéréoisomères a priori. Lorsqu’une molécule possède « n » centres asymétriques ou chiraux avec n > 1. Si. Par exemple. 4. points d’ébullition.l)-Y. car il peut exister pour certains de ces stéréoisomères des symétries moléculaires qui en réduisent le nombre (ex : formes méso § 4. avec R >S. par exemple de 70 %. un stéréoisomère optiquement pur. dont la pureté optique est de 40 %.S) (R + S) x 100 Elle a la même valeur que la pureté optique. le rendement optique exprime le pourcentage de pureté optique d’un nouveau stéréoisomère issu d’une réaction faisant intervenir comme produit de départ. identiques. enregistrés dans des conditions classiques. Stéréoisomèrie-stéréochimie Il est de 50 % pour chacun des énantiomères composant un mélange racémique.19 – Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) Dans un mélange d’énantiomères R et S. Si. donnée sous forme de pourcentage. X produit le racémique (d. l’activité optique enregistrée sur un polarimètre est [α°] alors que dans les mêmes conditions expérimentales. mathématiquement possibles. conduit à un composé Y.5. Si les activités optiques des énantiomères sur la lumière polarisée rectilignement sont opposées mais de même valeur absolue. par une réaction. bien que le rendement réactionnel soit.5. le rendement optique est de 0 %. et spectres physicochimiques.5. 4. la pureté optique. le rendement optique en cet énantiomère est de 100 %.25). optiquement pur. 89 4. les énantiomères ont des points de fusion. dans une réaction. C’est rarement le cas. et ne sont pas images l’un de l’autre dans un miroir (définition inverse des énantiomères).21 – Diastéréoisomères (couple de -) Un couple de diastéréoisomères est constitué de stéréoisomères qui possèdent au moins deux centres asymétriques. qui diffèrent entre eux par toutes leurs propriétés physiques.5. Si X conduit uniquement à l’énantiomère (d)-Y pur. celles des diastéréoisomères sont différentes et ne présentent aucune relation entre elles comme deux com- . la pureté énantiomérique en énantiomère R est donnée sous forme de pourcentage par l’équation : pureté énantiomérique en R % = (R . l’activité optique de l’énantiomère R pur est [α°R].

Ce sont deux stéréoisomères configurationnels non symétriques par rapport à un plan. Ils n’ont pas d’activité optique car le plan de la molécule sert de plan de symétrie.90 Chimie organique posés optiquement actifs mais de natures différentes.42 .24). 3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple d'énantiomères "images l'un de l'autre dans un miroir" H CH3 Br (S) (S) Cl H CH3 Br H 3C (S) (R) H H3 C Cl H (2S. ce qui n’est pas vrai pour l’ensemble des carbones asymétriques du couple de diastéréoisomères. Des exemples sont donnés pour le 2-bromo-3-chloro-butane (figure 4. Cl C C Cl (Z) H H C C Cl H Cl (E) H couple de diastéréoisomères Figure 4. Un cas particulier de couple de diastéréoisomères qui ne comportent pas de centres chiraux est celui composé de deux isomères géométriques cis et trans ou E et Z.3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple de diastéréoisomères ne sont pas "image l'un de l'autre dans un miroir" Figure 4.42). Ils sont achiraux (figure 4.41 On peut remarquer que dans le couple d’énantiomères.5. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2S. H CH3 Br (S) (S) H CH3 H3 C Br (R) (R) H H 3C H Cl Cl (2S.41) (voir aussi la convention de Fischer § 4. tous les carbones asymétriques portant les mêmes substituants ont des configurations absolues inversées. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2R.

5. pour les aldoses. et HO-CH2-(CHOH)n-CO-R.22 – Convention de Fischer (représentation des sucres) Les formules générales des sucres acycliques sont : HO-CH2-(CHOH)n-CHO. pour le plus grand nombre des cétoses. Les premier et dernier traits verticaux correspondent à des substituants situés derrière le plan de représentation (ou de projection) de la chaîne carbonée centrale. a proposé la convention suivante. Tout trait vertical. Le substituant terminal ayant le plus haut degré d’oxydation (CHO ou COR) est toujours situé à la partie supérieure de la représentation (figure 4. plan de représentation CHO H HO H HO CH2OH CHO H H H CHO rotation de 90° OH OH H OH OH CH2OH CH2OH représentation de FISCHER (projections sur le plan de représentation) OH OH CHO CH2OH D-(-)-érythrose plan de représentation = plan de la feuille H H H HO H HO HO CHO 109°28 rotation de 90° puis projection sur le plan de représentation CH2OH H L-lyxose CHO H OH H OH HO H CH2OH représentation de FISCHER représentation de NEWMAN (conformation éclipsée) Figure 4. un chimiste allemant. appelée « projections de Fischer »: Tout trait horizontal correspond à une liaison située en avant du plan de représentation. avec R souvent égal à CH2OH.43 .4. prix Nobel 1902. Emil Fischer. Pour les représenter simplement. Stéréoisomèrie-stéréochimie 91 4. Ils comportent plusieurs carbones asymétriques.43). à l’exception du premier et du dernier correspond à des projections sur le plan de représentation des liaisons C-C de la chaîne carbonée centrale.

porte un groupe OH à droite. dans ces conditions.92 Chimie organique Si. Dans le cas des aldopentoses (figure 4. En effet.44 Le signe (+) ou (-) qui peut être remplacé par d ou l (dextrogyre ou lévogyre) correspond à l’activité optique du composé.45).et D-xyloses. observée expérimentalement avec un polarimètre.et D-riboses.et D-lyxoses.et D-arabinoses et L. ces derniers résultent d’additions successives de groupes « H-C-OH » ou « HO-C-H » entre la fonction aldéhyde et le reste de la molécule (figure 4. L. le (n-1)ième atome de carbone de la chaîne carbonée centrale. symétriques par rapport à un plan. Par contre. le sucre porte au contraire un groupe OH à gauche. il est dit de la série L. L-ribose et L. 8 stéréoisomères existent qui forment 4 paires d’énantiomères. parmi d’autres… .ou D-xylose forment un couple de diastéréoisomères (non symétriques par rapport à un plan) au même titre que le L-arabinose et le L-xylose. L. CHO CHO H OH CH2OH D(+)-glycéraldéhyde ou D(+)-glycérose) CHO H H OH OH CH2OH D(+)-érythrose HO H H OH CH2OH D(+)-thréose CHO H H CH2OH L(-)-érythrose H HO CHO OH H CH2OH L(-)-thréose CHO HO H CH2OH HO HO L(-)-glycéraldéhyde ou L(-)-glycérose Figure 4. c’est ce qui explique cette convention. en partant de CHO (groupe aldéhyde) pour les aldoses ou CO (de COR) pour les cétoses (dérivés de cétones). possèdant chacun un seul carbone asymétrique et définis comme les « bases stéréochimiques » des aldoses. Si.44). le sucre appartient à la série conventionnelle D. en représentation de FISCHER. ce qui est totalement indépendant des lettres D ou L qui sont issues d’une convention de représentation. On peut considérer que les aldoses dérivent tous des glycéraldéhydes D et L. L.

dont les isomères de structure aldose sont le xylose et le lylose qui ont un carbone asymétrique de plus que le xylulose. . Le psicose est une des nombreuses exceptions à cette dénomination. comme le xylulose. ne possède pas de carbone asymétrique. Stéréoisomèrie-stéréochimie couples d'énantiomères 93 CHO HO HO HO H H H CH2OH L(+)-ribose CHO H H H OH HO OH HO OH CH2OH D(-)-ribose CHO H H CH2OH D(-)-lyxose CHO H H OH HO OH H H CH2OH L(+)-lyxose CHO H OH OH CH2OH H HO HO CHO OH H H CH2OH H HO H CHO OH H OH CH2OH HO H HO CHO H OH H CH2OH L(-)-xylose H OH HO H D(-)-arabinose L(+)-arabinose D(+)xylose exemples de couples de diastéréoisomères Figure 4.5. l’acide -aminé est dit de la série D.46) sont souvent désignés par le suffixe -ulose.46 CHO HO HO H H H OH CH2OH D-lylose O H H H OH OH OH CH2OH D-psicose 4. Le groupe cétonique occupe presque toujours la position 2. Quand NH2 est à droite.4. puis les substituants H et NH2 à l’horizontal. s’il est à gauche.45 Les cétoses (figure 4. la glycine NH2-CH2-COOH (R = H). Tous les autres acides α-aminés en possèdent un. CH2OH CH2OH O HO H H OH CH2OH D-xylulose CHO H HO H OH H OH CH2OH D-xylose Figure 4. Dans la convention de FISCHER. Seule. on représente toujours ces acides avec les groupes COOH et R en vertical avec COOH toujours en haut de la représentation.23 – Convention de Fischer (représentation des acides -aminés et acides -alcools) Les acides α-aminés ou α-aminoacides ont pour formule générale: NH2-CH(R)-COOH. il est de la série L. voire plusieurs.

L’oxydation spécifique et unique du groupe aldéhyde (oxydation chimiosélective) d’un sucre de série L peut conduire à un acide α-alcool de série D comme dans l’exemple présenté dans la figure 4. est de la série D.48).47. . l’acide -alcool. S’il est à gauche. il est de la série L.24 – Projection de Fischer (cas général) D’abord utilisée pour la représentation des sucres. 4. de formule générale.47 série D des acides α-alcools Dans les acides α-alcools.aminés COOH H OH H CH2OH D(-)-sérine COOH (R) CH3 OH H R série L des acides α-alcools ATTENTION: CHO H HO OH H CH2OH R série D des acides α-alcools acide D(-)-lactique oxydation chimiosélective du groupe aldéhyde COOH H HO OH H CH2OH série L des sucres Figure 4. hydroxy. le groupe NH2 des acides aminés est remplacé par un groupe OH. Dans ce cas il ne peut pas exister de série D ou L (figure 4. Si le groupe OH est à droite de la représentation. des acides α-aminés ou des acides α-hydroxylés.aminés COOH HO α H R série D des acides α.94 Chimie organique COOH H2N α H H COOH NH2 H COOH (R) NH2 R série L des acides α. la projection de Fischer a été étendue à d’autres molécules en utilisant les mêmes principes que pour les sucres. HO-CH(R)-COOH.5.

COOH et c.49. .3-diméthyl-pentanenitrile Figure 4.48 CN H H3 C C2H5 CH3 H H3C H H3C C 2H5 4. Il est inactif par compensation interne sur la lumière polarisée rectilignement (optiquement inactif). a peut représenter H. c représentent des groupes substituants différents entre eux.49 On observe que dans la forme méso. OH. Il est achiral. les substituants du carbone 1 éclipsent les mêmes substituants du carbone 2.25 – Forme méso C’est un stéréoisomère qui possède au moins deux centres chiraux. Les deux carbones asymétriques portent les mêmes substituants. . COOH H Plan de symétrie H (R) Cl CH3 2 (R) 1 CH3 H Cl plan de symétrie OH OH (S) H (S) CH3 H Cl CH3 H Cl Cl Cl COOH acide mésotartrique H H OH OH CH3 Cl CH3 Cl rotation H de C2/C1 H CH3 CH3 H H COOH COOH forme méso composé de forme méso Figure 4. Plusieurs exemples de stéréoisomères de forme méso sont présentés ci-après (figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 95 H3C H CN H CN CH3 H C2H5 2. b.4.Composés de structures C(abc)-C(abc) où a.5. en représentation de Newman. Dans la figure 4. et un plan ou un centre de symétrie moléculaire pour l’une de ses conformations. b.49).

96 Chimie organique Attention : certains composés de structure C(abc)-C(abc) semblent a priori possèder un centre de symétrie comme dans l’exemple présenté dans la figure 4. mais dans la mesure où il existe une inversion de configuration de ces groupes (R) et (S). sont des composés méso dans la mesure où ils admettent tous un plan de symétrie perpendiculaire à la chaîne carbonée qui contient les groupes H et OH du carbone central (images d’eux-mêmes dans un miroir).et (L)-tartriques sont en arrière de la représentation.et L-tartriques forment un couple d’énantiomères. COOH H HO (R) 2 OH (R) 1 H COOH acide D(+)-tartrique COOH HO H (S) 2 H 1 (S) OH COOH acide L(-)-tartrique HO H OH H HO H OH H COOH COOH HOOC COOH Figure 4. et non de part et d’autre de celle-ci comme l’exige la présence d’un centre de symétrie.Composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc) Pour les composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc). Ce sont donc des composés achiraux. les deux groupes COOH dans les acides (D). donc ce carbone devrait être achiral.50. on obtient A. Les acides D. de forme méso a donc une configuration R .51. En retournant B de 180° dans le plan de la feuille. un carbone de configuration R est prioritaire par rapport à un carbone de configuration S. Il en est de même de C et D. . Le carbone central de ces composés a un caractère particulier.50 . il possède deux groupes chimiques identiques C(H)(OH)-COOH. Les composés A et B d’une part et C et D. le carbone serait achiral. Le carbone pseudo-asymétrique des composés A et B. d’autre part. il existe a priori 8 stéréoisomères représentés dans la figure 4. Cette impression ne doit pas faire oublier la convention de Fischer. il faut savoir que. Il n’existe donc que deux composés méso. par convention. on dira qu’il s’agit d’un carbone pseudo-asymétrique. Par exemple. Si ces deux configurations étaient les mêmes. Pour définir sa configuration R ou S.

par exemple G et H c’est-à-dire un couple d’énantiomères (acides trihydroxyglutariques D et L). donc un seul couple d'énantiomères) Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie COOH (R) 97 COOH H HO H (R) carbone pseudo asymétrique H OH COOH (S) HO H HO HO H (R) COOH HO H HO (S) H OH (R) OH H H OH OH (S) COOH A H OH (S) COOH C H H COOH B COOH D forme méso inactif forme méso inactif COOH H H carbone achiral HO (R) (R) COOH HO HO H F (S) H H (S) OH COOH H HO HO COOH (R) OH OH H OH HO H H H COOH (S) H OH (S) OH COOH H (R) H COOH E COOH G acide L-trihydroxyglutarique acide D-trihydroxyglutarique E = G et F = H (superposables par rotation de 180° dans le plan de la feuille. Le carbone central est pseudo-asymétrique. hétérocycle oxygéné à trois chaînons. Il reste donc uniquement deux composés symétriques par rapport à un plan.4. et l’autre un composé acyclique dans lequel les deux centres chiraux sont éloignés de trois carbones.52 représente deux autres exemples de composés méso : un dérivé de l’oxirane. S). Il faut remarquer que le carbone central dans ces cas est un carbone achiral car les deux groupes C(H)(OH)-COOH ont des configurations identiques (R. R ou S.51 Les structures E et G représentent un même composé dans la mesure où une rotation de l’un d’eux de 180° dans le plan de la feuille conduit à la représentation de l’autre. La figure 4. . Il en est de même de F et H. Les structures de type C(abc)-C(ab)-C(abc) n’admettent donc que deux formes méso et un couple d’énantiomères soient 4 stéréoisomères et non 8.

en représentation de Newman.52 carbone pseudo-asymétrique 4. il y aurait alors un plan de symétrie dans la molécule.26 – Forme érythro Le préfixe « érythro » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de deux carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des L(+). CHO H H R R A H H OH OH HO HO OH OH HO HO CHO S S H H H 3C R S H3C H Cl Cl H S R CH3 CH2OH CH2OH B H H H C Br Br H D CH3 H3C H 3C H Cl Br Br Cl H CH3 CH3 CHO CH2OH D(-)-érythrose CHO CH2OH L(+)-érythrose formes érythro Figure 4.et D(-)-érythroses (composés A et B de la figure 4. Dans l’érythrose.5.98 Chimie organique plan de symétrie de la molécule Br O C R Et C S Me Et Me Et C R C H2 Me Cl C C H2 Br C S Me Et Me composés "méso" Figure 4. dans les composés de forme érythro. et d’une manière plus générale. Si le troisième substituant de chaque carbone était le même.53 H H couple d'énantiomères de l'érythro-2-bromo-3-chloro-butane .53). l’érythro deviendrait méso. deux groupes du premier carbone asymétrique éclipsent deux groupes identiques du second carbone asymétrique.

5. Dans le thréose. CHO HO H S R A H HO H OH HO H H OH H HO CHO H R S OH H S S H3C CH3 Cl CH3 Cl R R H CH2OH CH2OH B OH H H3 C H H Br Br H D CH3 C Cl Br Br Cl H CH3 CHO CH2OH D(-)-thréose CHO CH2OH L(+)-thréose H CH3 H CH3 H OHC OH OH HO HO CHO H H3C H3 C H H Br Br H H CH3 CH3 H CH2OH formes thréo H CH2OH Cl Cl couple d'énantiomères de thréo-2-bromo-3-chloro-butane Figure 4.28 – Épimères (couple d’-) Un couple de diastéréoisomères qui ne diffèrent entre eux que par la configuration d’un seul stéréocentre sont appelés épimères. et d’une manière générale dans les composés de forme érythro.54 4. Trois exemples sont donnés dans la figure 4.5.55. Stéréoisomèrie-stéréochimie 99 4. .4. il n’existe aucune conformation qui permette que deux groupes identiques du premier carbone asymétrique éclipsent les groupes identiques du second carbone asymétrique. en représentation de Newman.54).27 – Forme thréo Le préfixe « thréo » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des D(-) et L(-)-thréoses (composés A et B de la figure 4.

5S. équilibre céto-énolique. Si. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol H H HO HO CHO (R) OH OH et HO H HO HO CHO (S) H OH H H CH2OH H Et (S) H et (S) Me O Me (R) H O H H CH2OH 2S.100 Chimie organique HO H H Br H3C (R) (S) CH (R) 3 Cl H 2R. 5S. Ce sont des réactions régiosélectives (la réaction est orientée sur un carbone particulier § 4.5. 3R. En effet.6).55 4. Le pourcentage d’épimérisation dépend du pH de la solution de (L)-mannose. le retour de l’hydrogène porté par le carbone en α du groupe carbonyle peut s’effectuer en formant. 3S. Un exemple classique d’épimérisation dans la série des sucres est lié à l’énolisation de la fonction aldéhydique -CHO. les produits formés sont : 50 % du produit de départ et 50 % de L(-)-glucose. La formation du L(-)-glucose correspond à une épimérisation du L(-)-mannose. . soit un carbone asymétrique S. en solution. l’énolisation a été effectuée à partir de L(-)-mannose (figure 4.56).29 – Épimérisation C’est une réaction qui permet l’inversion de configuration d’un seul stéréocentre parmi ceux présents dans un composé chiral.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone Et (S) H L(-)-mannose L(-)-glucose 2R.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone couples d'épimères Figure 4. en quantités égales. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol et H3C (R) Cl H (S) H OH H Br 3 (S) CH 2R.7) et stéréospécifique (§ 4. soit un carbone asymétrique R. dans l’équilibre entre forme cétonique (ou aldéhydique) et forme énolique.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 101 H H H H HO HO O C (R) OH OH H H CH2OH forme aldéhydique L(-)-mannose O H b H a HO HO C a H OH HO OH H H CH2OH b H HO HO O C (S) H OH H H CH2OH forme énolique forme aldéhydique L(-)-glucose Figure 4.Cyclopropane H H H H Cl * H Cl * H Cl H CH3 CH3 Cl * H Cl H composé chiral 1 carbone asymétrique ni plan ni centre de symétrie H H H H H Cl * H Cl * H Cl * H CH3 * H H * Cl Cl * H composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan.57.56 4. . Quelques exemples sont donnés dans la figure 4.4.5.30 – Chiralité des composés cycliques L’absence d’un axe alternant Sn ou plus simplement d’un centre de symétrie ou d’un plan de symétrie pour le composé cyclique le définit comme composé chiral. composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie composé méso composé achiral pas de carbone asymétrique composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Cl H H3C composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie forme méso . ni centre de symétrie.

Cyclobutane Cl Me H H Cl Me H H H Me Cl H H H Chimie organique composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie H Me Cl H * Me H * * H H * Cl composé chiral 4 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Me H Me composé achiral pas de carbone asymétrique centre de symétrie Cl composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie Cl H Me H Cl . A A H A B trans B H forme préférentielle: e-e B H H si A = B ou A = B : composé chiral. En réalité.l) qui n'a finalement pas d'activité sur la lumière polarisée.Cyclohexane 1. la représentation plane classique permet de penser qu'il existe un plan de symétrie et la molécule est achirale. par compensation externe. 2 carbones asymétriques . Les deux conformations chaises inversées X et Y représentent un couple d'énantiomères (voir X et Y'). dans ce cas. la molécule est chirale. Le passage d'une conformation à son inverse nécessite une très faible énergie ce qui conduit à un mélange constant de 50% de chaque conformation (racémique d. et qui n'est pas résolvable.2-disubstitué A B A cis (X) H H (Y) H H B B H H (Y') A B A A=B si A = B = H. ni centre de symétrie et la molécule a donc une chiralité. si A= B. la conformation chaise n'a ni plan de symétrie.102 .

cis ou trans. 2 carbonesasymétriques: composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan. les cyclohexanes 1.4-disubstitués ont un plan de symétrie: ils sont achiraux. Figure 4.Cyclohexane 1. pas de forme préférentielle A H A H B A B . 2 carbones asymétriques. si A = B : composé chiral. Stéréoisomèrie-stéréochimie .4. 2 carbones asymétriques A A trans B H B si A = B ou si A = B. forme méso.4-disubstitué B cis H A H H trans B H forme préférentielle: e-e A = B ou A = B.57 B A A H B si A=B.Cyclohexane 1. ni centre de symétrie A B H formes équivalentes si A = B H H B H 103 .3-disubstitué A A B cis B H H A H forme préférentielle: e-e si A = B : composé achiral.

B et C) et un cyclopentane (cycle D) accolés (structures dont dérivent le cholestérol et des hormones stéroïdes comme la testostérone.59 La décaline est constituée par deux cycles accolés qui ont donc en commun deux atomes de carbone.58). . la progestérone. 8 7 6 5 8a 1 2 H 5H2 3 H B et A 8a 4a A H B 4a 4 naphtalène H décaline cis décaline trans Figure 4.5. ce sont les liaisons aux hydrogènes liés aux carbones 4a et 8a.32) constitué de trois cyclohexanes (cycles A. Ces décalines diffèrent par les positions relatives des hydrogènes liés aux carbones qui joignent les deux cycles numérotés 4a et 8a (figure 4. La décaline trans est formée à partir d’une molécule de cyclohexane en utilisant deux liaisons équatoriales en positions trans de deux carbones adjacents : il reste donc deux liaisons en position trans sur les deux atomes de carbone.104 Chimie organique 4.59)) : C A B D Me H HO H H Me Me Me Me système tétranucléaire des stéroïdes Me OH Me H O testostérone H H H cholestérol O Me Me H H HO estradiol H H Me OH Me H O H progestérone Figure 4.58 La décaline représente les deux premiers cycles A et B du système tétracyclique du cholestane et du coprostane (§ 4.5.31 – Décalines cis et trans L’hydrogénation totale du naphtalène conduit aux décalines cis et trans. à la jonction des deux cyclohexanes. l’estradiol (figure 4.

61) appartiennent à la série dite « allo » des stéroïdes. les deux liaisons restantes du cyclohexane B sont en position cis. Les composés dérivés du 5 -cholestane (figure 4. les deux décalines cis et trans ne sont pas des conformères.5. Figure 4. (Hydrogènes non figurés) axiale Le cyclohexane A est formé à partir de deux liaisons en position cis du cyclohexane B. elles représentent deux configurations de cette molécule (figure 4. les deux liaisons restantes du cyclohexane A (axiales) sont en position trans. décaline trans A B décaline cis A B axiale équatoriale équatoriale axiale A B équatoriale A B axiale équatoriale Le cyclohexane B est formé à partir de 2 liaisons équatoriales (trans) du cyclohexane A. Il suffit d’utiliser deux liaisons en positions cis.60 4. A la jonction des deux cycles. Il est impossible de passer de l’une à l’autre par des rotations autour de liaisons σ. on obtient la décaline cis. Bien que formées à partir de conformations « chaise » du cyclohexane.60). A la jonction des deux cycles.4. puis de construire le second cyclohexane « chaise » à partir de ces deux liaisons. une axiale et une équatoriale. une axiale et une équatoriale. et inversement pour un groupe . une axiale et une équatoriale sur chacun des deux carbones adjacents d’un premier cyclohexane.32 – Configurations et (dans les stéroïdes) des substituants Un substituant est dit en position si la liaison qui le porte est dirigée vers le dessous de la représentation. Stéréoisomèrie-stéréochimie 105 En faisant l’inverse. .

62 .62) appartiennent à la série dite normale des stéroïdes. et cis pour 5β-cholestane). β β α 1 β A 5 10 α 11 β β C 12 β 13 β β 2 β 6 9 R D 17 16 α B β 7 8 α 14 15 α 4 α α α β 3 α 18 12 17 13 α β 5β-cholestane 16 1 2 19 11 9 C 8 7 14 D 15 10 A/B: cis B/C: trans C/D: trans A 3 4 5 B 6 Figure 4. Ces deux séries diffèrent par le type de jonction entre cycles A et B (trans pour 5α-cholestane.61 Les dérivés du 5 -cholestane (coprostane) (figure 4.106 Chimie organique β β α β 3 2 α β β 4 1 A 11 β β C α 12 14 β 13 β 10 R D 17 16 α β α 6 α α α 9 B 7 8 15 β α 5 α α 17 18 12 11 1 2 19 9 10 5 C 8 13 14 5α-cholestane D 15 16 A 3 4 B 7 6 A/B: trans B/C: trans C/D: trans Figure 4.

et dont les configurations définissent les formes cycliques α ou β d’un sucre donné. C’est la mutarotation des sucres.8) est une réaction d’addition équilibrée d’un alcool sur un aldéhyde ou une cétone (§10.33 et 4. la réaction est intramoléculaire et conduit à un équilibre entre les formes cycliques.34 sont rédigés d’après l’ouvrage « Chimie organique hétérocyclique » par l’auteur et F. Une des conséquences de la cyclisation des sucres est la création d’un carbone asymétrique supplémentaire par rapport à ceux du sucre acyclique.5.5. avec ou sans catalyseur acide ou basique. 2003). Le passage des formes cycliques α aux formes cycliques β se fait via la forme acyclique. .8 Cette réaction s’applique en particulier aux sucres.2. et la forme acyclique. EDP Sciences. O R C O + R-O-H C O-H hémiacétal Schéma 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 107 4.33 – Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) (Les paragraphes 4. La réaction d’hémiacétalisation (schéma 4. appelé carbone anomérique.4. qui s’effectue dès 25°C pour les aldéhydes.5. pyranoses ( et ) et furanoses ( et ) dans la majorité des cas. Dans ce cas. Chau.3).

les réactions intramoléculaires d’hémiacétalisation.5% 2 4 OH 3 H D-glucose 6 HOCH2 HO 5 H O C 1 H OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 6 H H 5 CH2OH 6 CH2OH H O OH 3 2 1 1 2 OH OH HO O 1 H HO H H 2 3 4 OH H OH HO 3 H H 4 H 5 OH H 2 OH H HO 6 CH2OH H 1 O 5 4 < 1% HO OH OH α-D-glucofuranose 6 CH 2OH H O 3 H 4 H OH 5 6 CH2OH OH 5 CH2OH 6 HO OH 1 1 2 3 4 H OH H O HO 5 4 H O OH 3 2 H <1% HO H H OH β-D-glucofuranose OH 5 CH2OH 6 (représentations selon Haworth) Schéma 4.5% 1 2 3 4 OH OH H OH O O O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH (rotation autour de la liaison C4-C5) OH H 4 OH H 3 2 OH H 1 O 4 OH 3 2 HO H H HO OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH2OH 6 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63.9). et le -D-glucopyranose ou -D-glucose.108 Chimie organique Mutarotation du D-glucose acyclique α-D-glucose α-D-glucofuranose D-glucose acyclique β-D-glucose β-D-glucofuranose 6 CH OH 2 5 H H 1 35. l’ -D-glucofuranose et le -D-glucofuranose. autre couple de composés anomères. conduisent à un cycle pyranique majoritaire (99 %). ou un cycle furanique minoritaire (< 1 %). l’ -D-glucopyranose ou -D-glucose. couple de composés anomères. entre les groupes OH en position 4 ou 5 et le groupe carbonyle aldéhydique.9 (représentations selon Fischer) Dans le cas du D-glucose (schéma 4. .

formés respectivement à partir d’hexoses et de pentoses. Les carbones asymétriques des substituants en position 4 (furanoses) ou 5 (pyranoses).et β-L-glucoses) et des αet β-L-glucofuranoses. dont les formations pourraient être envisagées par la même réaction d’hémiacétalisation. et selon la convention de FISCHER. et numérotés 2 pour les cétoses (pour des raisons évidentes d’écriture cette règle n’est pas toujours respectée dans les disaccharides ou polysaccharides). et de D-glucose (0.et L-pentopyranoses. sont représentés selon la convention de Fischer des sucres linéaires (ex : α-D-glucofuranose). Ceux des carbones 1 et 4 des furanoses et des pyranoses dérivés d’aldoses. aldohexoses. les carbones anomèriques dérivés d’aldoses.5 % d’α-glucose et 63. les αD. les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes sont inscrits dans des plans perpendiculaires à la feuille de représentation. Les substituants du cycle sont représentés au-dessus ou au-dessous du plan du cycle. Dans les séries « α » le OH anomérique (C-1) est du côté opposé à CH 2OH par rapport au plan de la représentation de Haworth.et β-L-pyranoses (figure 4. La formation de furanoses et pyranoses est privilégiée en raison de leur stabilité par rapport à d’autres cycles plus petits ou plus grands. représenté en dessous du cycle de représentation.et β-L-glucopyranoses (appelés aussi α. cétopentoses et cétohexoses donnent lieu à la mutarotation. Le 1 % restant est formé en grande partie d’α. le même phénomène de mutarotation est observé avec le L-glucose. Les D-hexo. étant à droite de l’atome d’oxygène. Il en est de même pour les β-D.et β-D-glucofuranoses. Les aldopentoses. et inversement pour les anomères .7°. .et β-L-anomères ont le groupe OH qui substitue le carbone anomérique. alors que dans les mêmes conditions.2°. et en position 5 pour les pyranoses (R et S).02 %) acyclique. Dans les formules en perspective de Haworth.63). numérotés 1. Dans ces conditions.2° D mélange à l'équilibre = + 52.7° Evidemment. α-D-(+)-glucose (solution fraîche) α 20 = + 112.7° β-D-(+)-glucose (solution fraîche) = + 18. sont dans le plan de la feuille de représentation. Après une suite continue de passages de l’une des formes cycliques de départ à l’autre via la forme acyclique. dans la mesure où il en existe. et inversement dans les séries « β ». Les sucres cycliques dérivés d’aldoses ou de cétoses sont représentés selon leurs formules en perspective de HAWORTH.et D-pentopyranoses. La solution est alors constituée d’environ 35. L’α-D-glucopyranose est l’inverse optique de l’α-L-glucopyranose.4. ont le groupe CH2OH au-dessus du plan. Stéréoisomèrie-stéréochimie 109 L’α-D-glucose préparé par synthèse en solution aqueuse fraîche a un pouvoir rotatoire [α]20D = +112. avec formation des α. le β-D-glucose a un pouvoir rotatoire [α]20D = +18. et inversement pour les L-hexo. L’oxygène est alors situé derrière les carbones cycliques et ces derniers sont numérotés dans le sens de rotation des aiguilles d’une montre. L’anomère est dit lorsque la configuration du carbone anomèrique est différente de celle du carbone en position 4 du cycle pour les furanoses. mais moins stables. l’équilibre est atteint et la solution dans l’eau de l’un ou l’autre anomère a un pouvoir rotatoire de [α]20D = + 52.5 % β-glucose.7°.

6 CH2OH 1 O 1 2 1 CH2OH O H OH OH H 5 6 1 5 CH2OH HOCH2 2 HO 2 3 OH H OH O HO OH 4 3 HO 3 CH2OH OH H 4 CH2OH OH 3 2 H 4 H 5 H 4 H 5 O OH α-D-fructofuranose 6 CH2OH 6 CH2OH 6 CH2OH OH H 5 D-fructose O HO 4 3 OH 2 1 HO 2 HO 3 CH2OH H OH O CH2OH 1 OH β-D-fructofuranose (Haworth) H 4 H 5 6 CH2OH (Fischer) Schéma 4. par mutarotation. c’est le cas du D-fructose (schéma 4.10) qui conduit principalement.110 6 Chimie organique CH2OH R O S 2 1 CH2OH R OH OH OH β−D-glucopyranose O OH R 5 4 OH 3 OH OH OH α-D-glucopyranose OH O OH OH O CH2OH OH CH2OH OH OH OH α-L-glucopyranose Figure 4.et au β-D-fructofuranoses.10 .63 OH β-L-glucopyranose La mutarotation des cétoses conduit à des hémiacétals. à l’α.

. a4 4 e4 e3 a3 4 C 1 Figure 4. ont plutôt une conformation 1C4. Deux conformations « chaise » s’interconvertissent par simples rotations autour des liaisons interatomiques du cycle. la numérotation des carbones 1 et 4. la conformation 4C1 est privilégiée et le groupe CH2OH est en position équatoriale. Les L-hexopyranoses qui ont le groupe hydroxyméthyle inversé par rapport aux D-hexopyranoses. selon la représentation de Haworth. Pour éviter des interactions fortes entre ce groupe et les groupes OH qui substituent les autres carbones du cycle. et dans de nombreux cas.64). On distingue les conformations « chaise » 1C4 et 4C1 où C indique qu’il s’agit d’une conformation « chaise » (figure 4. Dans les D-hexopyranoses. la conformation la plus stable dans la plupart des cas est la conformation « chaise ». Les D-hexopyranoses. Stéréoisomèrie-stéréochimie 111 Les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes ne sont pas plans. l’α-D-idose et l’α-D-altrose ont aussi cette conformation (figure 4. et les chiffres. ce que n’indique pas la représentation de Haworth. le groupe hydroxyméthyle est le substituant le plus volumineux de la molécule. Par exemple. situé sur C-5. Les pyranoses ont des conformations comparables à celles du cyclohexane. en indice haut ou bas selon leur disposition dans la conformation « chaise » retenue.64 a5 e5 a2 O e1 e2 1 a1 e4 4 a4 1 C 4 e3 a2 e5 a3 O a1 1 e1 e2 a5 La représentation de Haworth ne permet pas de savoir si un substituant est axial ou équatorial.65).4. 1C4 signifie que les carbones 1 et 4 sont respectivement au-dessus et au-dessous du plan moyen de la molécule. l’une de ces conformations prédomine parce qu’elle apporte plus de stabilité à la molécule.

les groupes OH en positions 2 et 3 sont axiaux et le groupe -CH(OH)CH2OH sur C-4 est axial ce qui crée une forte interaction entre ces deux derniers groupes : cette gêne stérique pourrait expliquer. . Cela peut être généralisé à tous les sucres des familles D et L. l’α-D-glucose a le groupe OH anomérique à droite de la projection de Fischer et à gauche pour l’α-L-glucose. en partie.66). OH 3 5 H CH(OH)-CH2OH 4 O 1 H 2 H signe indiquant que l'orientation du groupe OH n'est pas précisée Figure 4.112 HO H 4 HO HO H OH H α-D-glucopyranose 4C 1 Chimie organique H H O H 1 OH HO H O HO 4 H HO H HO 1 H OH α-L-glucopyranose 1C 4 HO H H HO 4 H HO H O HO H 1 OH OH H 4 HO HO H H H O H 1 OH OH α−D-idopyranose 1 α−D-altropyranose 1 C4 Figure 4.65 C4 Pour les glucofuranoses qui ont des conformations en « enveloppe » en solution (figure 4.66 HO OH Dans la représentation selon Fischer. le déplacement de l’équilibre vers la formation des glucopyranoses à partir des glucofuranoses produits au début de la mutarotation du glucose.

conduit au méthyl-D-glucopyranoside ou méthyl-D-glucoside (schéma 4.67).68). H H HO H H CH2OH α-D-glucose O OH H OH OH CH2OH D-glucose H H HO H H OH OH H OH O HO H HO H H H OH H OH CH2OH O β-D-glucose CH2OH O OH OH OH OH ou HO CH2OH O OH HO OH Figure 4. par action du méthanol en milieu acide.11). CH2OH O OH OH + CH3OH OH OH H+ CH2OH O OH OH OCH3 OH et CH2OH O OCH OH OH OH 3 α-D-glucopyranose méthyl-α-D-glucoside méthyl-β-D-glucoside Schéma 4.11 Le retrait d’un groupe hydroxy sur un carbone du cycle fournit un composé « désoxy » (figure 4.67 CH2OH O HO HO OH OH ou CH2OH O OH OH OH OH Note : en biologie. Stéréoisomèrie-stéréochimie 113 Une autre représentation directement liée à celle de Haworth consiste à regarder le sucre cyclique au-dessus du plan moyen des molécules (figure 4. les termes pyranoses ou furanoses (écrits parfois pyrannoses et furannoses) sont assez souvent délaissés. Le remplacement de l’hydrogène du groupe OH porté par le carbone anomérique d’un D-glucopyranose par un groupe méthyle. et ils prennent simplement le nom du sucre (ose) linéaire (qui devrait être précédé normalement de α ou β). .4.

3 remplacement de Ha par D Ha Cl C carbone prochiral 1 Cl H 3C D C (S) Hb Ha est prochiral (S) noté Pro S 2 4 4 H3C Hb Ha et Hb sont prochiraux remplacement de Hb par D Ha 1 Cl H 3C C (R) D Hb est prochiral (R) noté Pro R 2 3 Schéma 4.12). Y. En fonction du résultat obtenu.68 OH OH β−D-ribose 4.34 – Prochiralité Si un carbone porte deux substituants différents et deux hydrogènes. il est dit prochiral (schéma 4. On peut généraliser cette définition à des composés ayant sur un carbone deux groupes identiques Z à la place des hydrogènes et deux groupes différents X. Le remplacement d’un de ces deux hydrogènes par un isotope comme le deutérium conduit à un carbone chiral R ou S. .5. l’hydrogène ainsi remplacé est dit prochiral R (Pro R) ou S (ProS).12 Cette notion a beaucoup d’importance pour les réactions enzymatiques car les enzymes sont capables de distinguer les hydrogènes prochiraux R et S d’un carbone et d’intervenir sur l’un ou l’autre de manière spécifique.114 CH2OH O Chimie organique CH2OH O OH 1 2 OH 2 OH β−D-2-désoxyribose Figure 4.

et du sens de rotation 1→ 2→ 3.14). soufre ou azote selon le cas). et les deux substituants de ce carbone.4.5. .13 4. échange de COOH (1) par Cl Cl C (R) H HOOC groupes énantiotopiques HOOC (1) C HOOC (2) H échange de COOH (2) par Cl CH3 H HOOC C (S) Cl CH3 CH3 couple d'énantiomères Schéma 4. thioaldéhydes.13). la face est Ré. la face est dite Si ou Ré. Son inverse optique résulte de la substitution par le même substituant de l’autre hydrogène. d’autre part.37 – Énantiotopiques (faces) L’hybridation sp2 du carbone conduit à des alcènes ou des fonctions inscrites dans un plan. et inversement pour la face Si. Pour cela. par deux autres groupes de même nature Z (COOH dans l’exemple donné) et différents de X et Y (schéma 4.36 – Énantiotopiques (groupes) Soit un carbone substitué. 4. d’une part.5.35 – Énantiotopiques (hydrogènes) Enantiotopique est un terme équivalent à prochiral pour les hydrogènes. aldéhydes. par deux groupes X et Y différents entre eux (H et CH3 dans l’exemple donné) et. Si on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. L’échange de l’un de ces deux groupes identiques Z (groupes énantiotopiques) par un atome ou groupe différent de X et Y crée un énantiomère dont la configuration est inverse de celle du stéréoisomère obtenu par la même substitution effectuée sur l’autre groupe Z. ou les imines. Stéréoisomèrie-stéréochimie 115 4. thiocétones. on considère le triangle placé devant l’observateur et formé par l’élément doublement lié au carbone sp2 (oxygène.5. Dans la mesure où les substituants de ces fonctions sont différents. Le remplacement d’un hydrogène énantiotopique d’un carbone CH2(X)(Y) par un substituant différent de X et de Y conduit à un énantiomère. définies selon la méthode donnée pour les isomères géomètriques E et Z. En fonction de leurs priorités relatives. comme les cétones. on peut distinguer deux faces qui correspondent à la face Si et à la face Ré (schéma 4.

Certaines enzymes reconnaissent la face du côté de laquelle une réaction sera produite.116 Chimie organique 1 O C rotation 1 O C 2 C 2H 5 de 180° (hors du plan) 3 H 3C 2 C2H5 3 CH3 Face énantiotopique Ré O C Face énantiotopique Si H attaque de la face Ré CH3 C2H5 H attaque de la face Si puis H+ H OH C (S) C 2H 5 CH3 C2H5 couple d'énantiomères HO puis H+ H C (R) CH3 Schéma 4. L’échange de l’un des deux hydrogènes de la formule par un substituant différent de X et Y conduit à la formation . les attaques se font à 50 % sur chaque face produisant un racémique.38 – Diastéréotopiques (hydrogènes) C’est une définition proche de celle des hydrogènes énantiotopiques. C’est le cas d’oxydo-réductases lors de la réduction de fonctions cétoniques. 4.5. Si aucune condition expérimentale particulière n’est prise.14 L’attaque d’un réactif sur l’une ou l’autre face conditionne la configuration du composé formé. Elle s’applique à des molécules de formule générale CH2(X)(Y) pour lesquelles un substituant X ou Y porte un carbone asymétrique de configuration donnée.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 117 d’un nouveau carbone asymétrique et à un diastéréoisomère.40 – Diastéréotopiques (faces d’un plan) C’est la même définition que pour les faces énantiotopiques. C(COOH)2(X)(Y).39 – Diastéréotopiques (groupes) C’est la même définition que pour les groupes énantiotopiques à la différence près que leur échange crée un couple de diastéréoisomères. la même réaction d’addition sur chacune des faces du plan conduit à un couple de diastéréoisomères. .15).5. l’échange de chaque groupe COOH par un atome ou un groupe Z doit conduire à un couple de diastéréoisomères.16 4.5. Br (S) hydrogènes diastéréotopiques H HOOC (S) H3 C CH2Cl H couple de diastéréoisomères H HOOC H CH2Cl H (S) H 3C H (R) HOOC Br CH2Cl H (S) H3 C Schéma 4. L’échange de l’autre hydrogène diastéréotopique conduit à l’autre diastéréoisomère (schéma 4.15 4. Soit la molécule.4. comme dans l’exemple du schéma 4. Me Me HOOC groupes diastéréotopiques Echange de COOH (1) par COOEt EtOOC (1) (2) C (S) H Br (1) C H (S) H Br HOOC (R) H Me (S) HOOC (2) HOOC Echange de COOH (2) par COOEt (1) acide 2-(3-bromo-butyl)-malonique C (S) H Br EtOOC (2) H couple de diastéréoisomères Schéma 4.16. toutefois.

1. possibles. a priori.118 Chimie organique 4. tandis qu’un composé méso. soit un mélange racémique défini parmi ceux. l’acide (méso)-2.3-dibromosuccinique résulte de cette addition sur l’acide fumarique. du composé de départ.l)-2.3-dibromosuccinique avec l’acide maléique. H C HOOC C H COOH Br2 HOOC H (S) Br (S) Br 50% H COOH acide maléique (isomère Z) attaque des deux côtés du plan Br H (R) HOOC COOH H (R) Br 50% mélange racémique acide (d.3-dibromo-succinique Br H C HOOC C H COOH Br2 H COOH (S) Br attaque des deux côtés du plan (R) H HOOC HOOC H Br acide fumarique (isomère E) Br COOH H composés identiques forme "méso" acide (méso)-2.l)-2. et en particulier. – que le produit final soit spécifique. sur les acides maléiques (isomère Z) et fumarique (isomère E). Un des exemples les plus classiques concerne l’addition de brome sur les composés éthylèniques (schéma 4.17 . dont le mécanisme n’est pas indiqué ici (voir § 9. Ce sera soit un stéréoisomère unique ou très majoritaire parmi les composés finaux.3-dibromo-succinique Schéma 4. il faut : – que le produit de départ soit un stéréoisomère bien défini et. sur le plan stéréochimique. La réaction.6 Stéréospécifique (réaction -) Pour qu’une réaction soit qualifiée de stéréospécifique.17).2) conduit à un mélange racémique d’acide (d.

NaBr (SN2) N3 (R) Et Me H NaN3 . et inversement. par contre les produits formés sont des stéréoisomères dont la nature est spécifiqure de cette réaction. Toute réaction stéréospécifique est stéréosélective mais l’inverse n’est pas obligatoire. Elle n’est pas stéréospécifique puisque ce résultat ne dépend pas de la nature d’un stéréoisomère de départ.NaBr (SN2) N3 (S) Et Me 2-bromo-butanes Schéma 4.4. elle est stéréosélective. Chaque stéréoisomère du produit de départ conduit à un composé qui est. pour chacun d’eux.18 2-azido-butanes 4.19) car elle conduit de manière préférentielle au trans-1. Par exemple. L’action de l’azidure de sodium sur le (S)-2-bromo-butane conduit au (R)-2-azido-butane.19 . Le composé de départ n’est pas nécessairement un stéréoisomère. Stéréoisomèrie-stéréochimie 119 Le mécanisme de la réaction de substitution nucléophile bimoléculaire SN2 conduit à une inversion de configuration relative du composé de départ. l’addition de brome au méthylacétylène est stéréosélective (schéma 4. le (R)-2-bromo-butane est transformé par cette même réaction en (S)-2-azido-butane. H Br Et (S) Me H Me Et Br (R) H NaN3 .7 Stéréosélective (réaction -) Une réaction est stéréosélective si on observe une sélectivité sur la nature stéréochimique des composés formés. uniquement ou majoritairement. est stéréosélective. Si une réaction ne fournit qu’une partie des stéréoisomères théoriquement possibles.18).2-dibromopropène (composé dont la formation est a priori possible théoriquement). majoritairement. Une réaction qui ne fournit qu’un seul stéréoisomère ou l’un de ceux possibles.2-dibromopropène et non au cis-1. Br Me C CH Br2 H C C Br et Br C Me C Br H méthylacétylène ou propyne Me (composé possible) composé formé Schéma 4. un stéréoisomère spécifique (schéma 4. Ces réactions sont donc stéréospécifiques. La prééminence d’un stéréoisomère par rapport à un autre possible est souvent liée à sa plus grande vitesse de formation ou à l’approche spatiale favorisée d’un réactif vis-à-vis du groupe fonctionnel attaqué.

20 Certaines inductions asymétriques sont intramoléculaires.21). Un exemple est donné avec la copule chirale appelée 10. La copule chirale est ensuite extraite du diastéréoisomère par une nouvelle réaction qui n’altère pas le ou les nouveau(x) centre(s) chiral(aux) ce qui permet d’obtenir finalement le produit souhaité de configuration définie. En présence de catalyseur basique. la réaction est orientée vers la formation d’un seul énantiomère. Elle résulte. la réaction est énantiosélective et est le résultat d’une induction asymétrique. dans la plupart des cas. ioniques) à ce métal. empêche ou diminue la formation de l’un des énantiomères normalement possibles. On peut définir l’induction asymétrique comme un moyen de contrôle de la stéréosélectivité d’une réaction.20). selon les conditions de la réaction (schéma 4.8 Énantiosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral est transformé par une réaction en seulement un des deux énantiomères attendus. les alcènes monosubstitués sont dihydroxylés par action du tétroxyde d’osmium en composés glycoliques racémiques (addition cis). comme l’acétate de dihydroquinine qui est un ligand du tétroxyde d’osmium. Un groupe chiral appelé « copule chirale » est lié au réactant ce qui apporte une gêne stérique durant la réaction et favorise la formation d’un ou plusieurs centres chiraux de configuration(s) donnée(s) (schéma 4.2-bornane sultame. chiral. Un ligand est un composé organique capable de se fixer sur un composé métallique par divers types de liaisons (coordinence. R C H CH2 Et H OsO4 puis H2O HO R H C CH2OH + HO H C R CH2OH L'un des deux glycols énantiomères est formé préférentiellement à l'autre selon les conditions expérimentales (induction asymétrique). Par exemple. de la présence dans le milieu réactionnel d’un catalyseur optiquement actif qui.120 Chimie organique 4. . AcO H MeO N N acétate de (-)-dihydroquinine catalyseur Schéma 4. par la gêne stérique qu’il crée par son interaction avec l’un des réactifs.

21 NH O De nombreuses réactions enzymatiques sont énantiosélectives.2-bornane sultame copules chirales réaction normale (sans copule chirale) HOOC H réaction en présence d'une copule chirale R1 R2 OsO4 HOOC H OH R1 OH R2 + H OH R2 OH (racémique) COOH R1 O S O O N H O R1 R2 OsO4 O S O N H R1 OH OH R2 H2O HOOC H R1 R2 OH OH + S O Schéma 4. par la levure de boulanger.22 .22.4. riche en enzymes réductrices. La réduction d’une cétone dissymétrique en un alcool secondaire chiral. Stéréoisomèrie-stéréochimie 121 NH S O O HN S O O (-)10. schéma 4. en est un exemple.2-bornane sultame (+)10. O réduction H OH C (S) et HO H C (R) C Me Et enzymatique (levure de boulanger) Me Et Me a priori possible Et unique énantiomère formé dans ces conditions Schéma 4.

2) suit la règle de Saytzev qui définit l’alcène majoritaire dans ce type de réaction comme celui qui est le plus substitué (par des groupes alkyles). contre 5 pour le second alcène) et rend sa formation plus facile.10 Régiosélectivité Lorsque l’action d’un réactif peut a priori s’orienter sur plusieurs sites distincts d’une molécule. L’orientation de la réaction est le résultat de la formation privilégiée du carbocation (§ 6. C’est donc lui qui est le produit majoritaire de cette réaction.23 Un autre exemple classique est la déshydrobromation du 2-bromo-2-méthylbutane en présence d’une base comme l’éthylate de sodium qui peut a priori conduire au 2-méthylbut-2-ène et au 2-méthylbut-1-ène (schéma 4. en fournissant plusieurs isomères structuraux différents. chapitre 9). L’addition du bromure d’hydrogène sur un alcène dissymétrique en est un exemple classique. Cette réaction d’élimination E2 (§ 11.122 Chimie organique 4. la réaction est diastéréosélective. ce qui le rend thermodynamiquement plus stable en raison des possibilités nombreuses d’hyperconjugaisons (9. donc à divers diastéréoisomères possibles et que seuls.9 Diastéréosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral conduit par une réaction à la formation de plusieurs centres chiraux. la réaction est dite régiosélective si elle s’effectue préférentiellement sur l’un de ces sites en produisant majoritairement un seul de ces isomères structuraux. certains d’entre eux sont réellement obtenus.11. Le premier alcène est plus substitué par des groupes alkyles que le second. L’attaque de la base est régiosélective. (ex: tétrahydroxylation des diènes dans les conditions indiquées ci-dessus avec le tétroxyde d’osmium). .3) le plus stable dans la première partie du mécanisme (voir aussi les réactions d’additions sur les alcènes. H 3C C H 3C attaques possibles de H+ Isobutène CH2 + H+ H 3C C H 3C carbocation t-butyle très stable H3C CH3 et H3C carbocation instable CH CH2 H 3C C H 3C Br CH3 Br H3C Br CH CH2-Br H 3C 1-bromo-2-méthyl-propane très majoritaire bromure de t-butyle Schéma 4. 4.24).

ou en « cis » par rapport aux liaisons qui forment ce pont. dans l’adduit « endo ». les substituants COOMe occupent les positions les plus proches du « pont » le plus petit. . Dans l’adduit « exo ». on utilise les termes « exo » ou « endo ». Dans cette réaction. mais ne fournit réellement et uniquement qu’un seul de ces isomères par une attaque spécifique d’un seul site. d’une part. la cycloaddition du cis-but-2-ènedioate de diméthyle ou éthylène dicarboxylate de méthyle avec le cyclopentadiène conduit à un adduit (système bicyclique) « exo » et un adduit « endo ». Stéréoisomèrie-stéréochimie 123 H3C H 3C Br C C CH3 H H .11 Régiospécificité Ce terme est souvent considéré comme synonyme de régiosélectivité bien qu’il existe une différence.4. Par exemple. de réactions de Diels-Alder (§ 9.24 2-méthyl-but-1-ène 4. c’est l’adduit « endo » qui est formé de préférence à l’adduit « exo ». les substituants COOMe occupent les positions les plus éloignées du pont le plus petit. Pour les distinguer. Inversement. et d’autre part. un recouvrement orbitalaire entre groupes COOMe et le système diènique au moment de la réaction de cycloaddition. par exemple. ou en « trans » par rapport aux liaisons qui forment ce pont.HBr H3C C C 70% CH3 H et H2C C H3C C CH3 H 30% H (EtO Na ) H3C 2-bromo-2-méthyl-butane 2-méthyl-but-2-ène alcène le plus substitué par des groupes alkyles (majoritaire) Schéma 4. Ceci résulte. Une réaction est régiospécifique si elle peut a priori former plusieurs isomères structuraux par des attaques possibles en plusieurs sites.25). 4.12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) Les systèmes bicycliques résultant. Cette constatation a pris le nom de « règle endo ». d’un effet électronique. d’une moindre gêne stérique dans le cas du l’adduit « endo ».10) peuvent être substitués par des groupes qui peuvent prendre deux configurations (schéma 4.

se distinguent aussi par la position d’un groupe OH.69 Si. le « pont » qui doit être considéré comme prioritaire pour désigner ensuite les groupes en position « endo » ou « exo » est défini selon l’ordre de priorité suivant : 1) un pont portant des hétéroéléments comme O.124 Chimie organique H H COOMe H COOMe substituants "exo" H + H COOMe H H H adduit "exo" orientés vers l'extérieur du toit: H H cyclopentadiène COOMe H H COOMe substituants "endo" éthylène dicarboxylate de méthyle (cycloaddition de Diels-Alder) COOMe adduit "endo" (majoritaire) orientés vers l'intérieur du toit: Schéma 4. Me Me Me Me H Me OH (endo) bornéol Me H isobornéol OH (exo) Figure 4.25 Le bornéol et l’isobornéol. 4) le pont ayant le minimum de substituant(s). la lavande.69). 3) le pont n’ayant pas de double ou triple liaison (donc saturé). et « exo » dans l’isobornéol (figure 4. S. Le groupe OH est en position « endo » pour le bornéol. 5) le pont ayant les substituants dont les priorités sont les plus faibles (selon la méthode utilisée pour définir E et Z pour un alcène). terpènes naturels (composés présents dans les huiles dites essentielles présentes dans certaines plantes comme le citron. 2) le pont le plus petit. plusieurs « ponts » existent. N …. . le géranium…).

Stéréoisomèrie-stéréochimie 125 Lorsque les ponts sont de grandeurs différentes et ne comportent ni hétéroatomes.70.71). exo endo O Figure 4. (exo) (endo) (CH2)x petit "pont" grand "pont" (CH2)y y>x Figure 4.4.70 Certains composés possèdent deux « ponts » d’égale importance. mais qui se différencient par la présence sur l’un d’eux d’une fonction (cétonique par exemple). le substituant est dit « endo » (proche) ou « exo » (éloigné) comme dans l’exemple présenté ci-dessous. et un autre pont substitué par un groupement (figure 4. on peut généraliser les positions « exo » et « endo » selon la figure 4. Selon l’éloignement de ce groupement par rapport à cette fonction. ni substituants autres que ceux du pont le plus petit.71 .

.

.................................................................................3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M) ..........................................7 – Hydrogènes acides en α de groupes inducteurs -I ............... 142 5............5............... 130 5............5.2 Moment dipolaire permanent d’une liaison ................................ 129 5......5....................4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques ....1 La liaison polarisée ............................................................4 Électronégativité des éléments ...........................5a – A travers les liaisons σ ............6 – Additivité des effets inducteurs -I et +I .................. 136 5................ 133 5....2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet +M) ........................5.........................8 – Effet de champ ........................5.............. 144 5..Chapitre 5 Polarisation des liaisons Sommaire : 5...........2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur -I .... 131 5...............5 L’effet inducteur (ou inductif) .. 129 5.................................... 153 ................. 139 5....... 144 5.............................................5.............. 141 5..................................... 137 5.................................5................................1 – Définition ..............3 Moment dipolaire permanent d’une molécule .........5b – A travers les liaisons π . 143 5............................. 134 5.....................................................................5................ 133 5...................... la résonance et les formes limites .........................................................1 – Définition ............3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I ..................6.......................................................5...................................... 150 5..... 140 5........................6........6.................5...............................................5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée ... 139 5......6 L’effet mésomère...

..............................................................6.......................................... 171 ................. 164 5.................... 165 5.........................4 – Exemples de composés mésomères particuliers .. 167 5......8 Les liaisons hydrogènes .......6..................... 169 5............. 155 5.....................................................6.......6................................12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué . 159 5...................................... 158 5.......6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe ...............6........................9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel) .10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques ...................11 – Énergie de résonance des composés aromatiques ..................5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation) ..........7 Equation de Hammett ............................................ 157 5.....................6............................ 157 5.........6...........128 Chimie organique 5............... 160 5....7 – Hyperconjugaison ...8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal .......6..............................6......

8). avec un moment dipolaire induit. Br Br Y Figure 5. 5. de valeur absolue inférieure à celle de l'électron +δ C -δ F électrons de liaison plus proches du fluor que du carbone Figure 5.2). ce qui crée un dipole.1). Polarisation des liaisons 129 5. Par exemple.8 × 10-10 unités . sans effet extérieur) résulte de la dissymétrie électronique des atomes qui la constituent et de son environnement moléculaire. Elle est le produit de la valeur absolue de la charge q (en rapport avec celle de l’électron = 4. La polarisation permanente d’une liaison (au repos. les électrons de liaison sont alors attirés ou repoussés vers l’un ou l’autre des atomes de brome. Par contre.5. et selon qu’elle est positive ou négative. la liaison C-F est toujours polarisée. et par conséquent les électrons de liaison sont situés au centre de la liaison. le fluor porte une charge partielle négative et le carbone une charge positive. Lorsqu’une charge s’approche de la molécule de brome (figure 5. charges partielles. la liaison qui unit deux atomes de brome est a priori non polarisée puisque les deux atomes qui la constituent sont identiques. la polarisation induite résulte d’effets extérieurs à la molécule.2 +δ Br -δ Br Ce mouvement électronique qui résulte de l’approche d’une charge peut affecter aussi des liaisons en chimie organique soit en augmentant.1 Par exemple (figure 5.2 Moment dipolaire permanent d’une liaison Il est possible de calculer le moment dipolaire permanent (en Debye) d’une liaison considérée comme indépendante des autres liaisons d’une molécule.5. soit en diminuant le moment dipolaire permanent (effet de champ § 5.1 La liaison polarisée Lorsque les deux éléments qui constituent la liaison portent chacun une charge partielle de signes opposés (inférieure en valeur absolue à celle d’un électron). de même valeur absolue. la liaison est dite polarisée et possède un moment dipolaire.

Cette valeur est très dépendante de la différence d’électronégativité (§ 5. C-Cl (1. le toluène et la pyrrolidine (un hétérocycle).22D).57 D CH3 toluène µ = 0.4 Cl Cl N H pyrrolidine µ = 1. La valeur du moment dipolaire permanent est accompagnée d’une flèche barrée qui permet de connaître les positions relatives des charges positive et négative : la flèche est dirigée vers la charge négative (dans le méthanol.3. C. Ce calcul théorique est rarement en accord avec la valeur expérimentale. composés non symétriques. ont un moment dipolaire permanent (figure 5. C-F (1.4). C’est le cas du tétrachlorure de carbone. moment dipolaire de liaison O H H C H Figure 5.m. figure 5.3 -δ H +δ moment dipolaire moléculaire Certaines molécules symétriques ont un moment dipolaire nul bien que les dipoles permanents des liaisons qui les constituent aient des valeurs définies : ils s’annulent dans l’addition vectorielle.41 D). multipliée par la longueur de cette liaison l (en Å = 10-8 cm) : =qxl Quelques valeurs peuvent être données : C-H (0. c’est l’oxygène qui la porte). C-O (0.74D) (D = Debye).130 Chimie organique électrostatiques. des trans-dihalogénoéthylènes. du benzène. 43 D .m).33 × 10-29 C. Cl Cl C Cl Cl tétrachlorure de carbone µ=0 benzène µ =0 para-dichlorobenzène µ=0 Figure 5. car divers paramètres physico-chimiques de la molécule ne sont pas pris en compte dans ce calcul.mètre.4) des éléments qui forment cette liaison (une autre unité est aussi utilisée : le Coulomb. du méthane. 5.3 Moment dipolaire permanent d’une molécule La valeur du moment dipolaire permanent d’une molécule est obtenue par l’addition vectorielle des moments dipolaires permanents des différentes liaisons qui la constituent. 1Debye = 0.46 D) C-N (0.4 D). bien qu’elle s’en approche. et de ses dérivés disubstitués en position para par le même atome ou groupe. ues) portée par chacun des éléments qui forment la liaison. Comme la plupart des composés de la chimie organique.

5. une charge de même valeur absolue mais positive sur l’atome de carbone. par exemple). parfois dits électropositifs par rapport au carbone. En regardant le tableau 5.3-diméthyl-butane Figure 5. ceux situés à sa droite. solvant…) et physique (charges portées par d’autres molécules. dans le chlorure de méthyle (figure 5. laquelle a été ensuite revue et augmentée par Sanderson (1983) (l’indice « 4 » a été attribué de manière arbitraire au fluor). L’aptitude d’un élément à attirer vers lui les électrons de liaison est appelée électronégativité. et A une charge partielle égale en valeur absolue à celle de B. moins électronégatifs. +δ.5).1) pour un certain nombre d’éléments.1. les électrons de liaison sont théoriquement au centre de la liaison. dans la mesure où la molécule est considérée hors de son environnement chimique (autres molécules de même nature. mais positive. et par ailleurs substitués par les mêmes groupements (molécules symétriques) comme les carbones centraux du 2. et. Si ces deux éléments sont identiques.3-diméthylbutane. en raison de la neutralité électrique de la liaison. dans la mesure où c’est l’élément à plus forte électronégativité qui les attirera le plus. Considérons que c’est B. Ce doublet est situé plus près du chlore que du carbone ce qui a pour conséquence d’une part. le doublet d’électrons qui forme la liaison entre le carbone et le chlore est soumis à des attractions différentes de ces atomes qui résultent de leurs configurations électroniques.4 Électronégativité des éléments Le recouvrement de deux orbitales appartenant chacune à deux éléments différents conduit à une liaison qui correspond à une orbitale moléculaire. +δ Me H C Me C Me H Me H H chlorure de méthyle H C −δ Cl 2.5 Par contre. peut perdre un électron à l’état gazeux). Inversement. isolé. ou plus exactement. B portera une charge partielle négative -δ. Polarisation des liaisons 131 5. Dans ce cas. la présence d’une charge négative partielle inférieure en valeur absolue à celle d’un électron sur l’atome de chlore. Cette propriété a d’abord été étudiée par Mulliken qui l’a définie comme la moyenne de l’affinité électronique de l’atome (qui mesure sa propension à gagner un électron) et du premier potentiel d’ionisation (qui correspond à l’aptitude avec laquelle le même atome. sur le groupe méthyle. avec création d’un dipôle. . Il a un indice d’électronégativité supérieur à celui de A. les électrons de la liaison A-B vont être attirés. on voit que tous les éléments situés à gauche du carbone dans les échelles de Pauling ou d’Anderson sont plus électronégatifs que celui-ci et apporteront dans leurs liaisons à cet élément une charge partielle positive. Pauling (prix Nobel 1954) a proposé une échelle d’électronégativité (tableau 5. Ces échelles permettent de prévoir vers quel élément A ou B. d’autre part. Les électrons qui appartiennent à cette orbitale sont soumis à l’attraction qu’exercent ces deux éléments. lesquels peuvent avoir une influence importante et repousser vers l’un des éléments le doublet de liaison. lui apporteront une charge partielle négative.

8 Mg 1.65 3. Pour une famille d’éléments donnée.0 3.132 Chimie organique +δ A -δ B élément B plus électronégatif que l'élément A Eléments Echelles Pauling Sanderson F 4.27 2.5 2.6). elle décroît du haut vers le bas du tableau (ex : F.5 H 2. on peut calculer l’électronégativité de groupes dérivés d’un élément (tableau 5.0 Si 1.32 0.1 On peut remarquer que les éléments les plus électronégatifs sont situés dans la partie supérieure droite du tableau de Mendéléiev. I).8 S 2. groupes électronégativités CH3 2.6 L’étude des spectres 1H et 13C RMN (résonance magnétique nucléaire) des composés organiques apporte des informations importantes sur l’électronégativité des groupes qui les constituent.47 3.22 2.22 électronégativité décroissante Tableau 5.9 Cs 0. Elle décroît aussi dans une période donnée dans le sens des n os atomiques décroissants (ex : 9F> 8O > 7N). l’électronégativité du carbone varie selon son état d’hybridation.71 (figure 5.1 P 2. H H H H groupe phényle H Figure 5.14 1. L’ordre dans lequel l’électronégativité décroit est le suivant : carbone hybridé « sp » > carbone hybridé « sp2 » > carbone hybridé « sp3 ». Br.1 B 2.96 2.74 2.60 CCl3 2. Le groupe phényle entièrement constitué de carbones hybridés « sp2 » a une électronégativité de 2.54 CHCl2 2.6 2.6 6 CN 3.5 I 2.2 Enfin.0 O 3.47 C2 H 5 2.2).48 CH2Cl 2.78 2.42 Tableau 5.19 3.0 N 3.5 Cl 3. Par extension.0 Br 2.7 4. Cl. .83 0.2 NO2 3.5 C 2.2 Na 0.

autre métal alcalin. et d’une charge partielle négative -δ pour lui. Cu. . positive. mais pas Na ou K).5. mais les trois hydrogènes portés par ce carbone qui ont chacun un effet inducteur donneur +I (indice d’électronégativité : 2. plus électronégatif que le carbone (effet électroattracteur noté –I ). la liaison est plutôt ionique. Le type de liaison avec le carbone dépend alors du solvant. Polarisation des liaisons 133 5. dans les solvants très polaires (§ 6. Remarque : La liaison entre le carbone et le sodium ou le potassium est ionique (le carbone et le métal portent chacun.7). Ces charges répercutent cet effet sur les autres doublets de liaisons de la molécule avec de nouvelles polarisations.5 L’effet inducteur (ou inductif) 5. et dans les solvants semi-polaires ou non polaires.5 +δ H 2.1 Effet électroattracteur -I du brome sur le carbone Effet électrodonneur +I de l'hydrogène sur le carbone Figure 5. il attire le doublet d’électrons de la liaison qui le retient à ce carbone. la valeur absolue de la charge partielle négative portée par le chlore est égale à celle. en affaiblissent la charge positive qui n’est donc pas égale en valeur absolue à celle du chlore.8 -δ C 2. et l’élément qui lui est lié prend une charge partielle positive +δ.3).8).5. C’est l’effet inducteur accepteur ou attracteur de l’atome ou groupe d’atomes. ce qui a pour conséquence la création d’une liaison polarisée. les deux types de liaisons coexistent avec des pourcentages variables. d’une charge partielle positive +δ pour le carbone. Toutefois.5 -δ Br 2. Le plus souvent. Si on considère la molécule de chlorure de méthyle CH3Cl.1 – Définition Une molécule en chimie organique est constituée d’atomes liés entre eux par une ou plusieurs liaisons covalentes c’est-à-dire par un ou plusieurs doublets d’électrons. un halogène. Le cas du lithium. et par conséquent. et en particulier les métaux (Mg. le chlore (indice d’électronégativité : 3) agit fortement sur le carbone (indice d’électronégativité : 2.1). Si un atome ou un groupement de cette molécule a un caractère électronégatif supérieur au carbone auquel il est lié (par exemple. est plus complexe. une charge entière respectivement négative et positive). exercent un effet inducteur donneur (effet électrodonneur noté +I) : le carbone prend alors une charge partielle négative -δ. des atomes C et H qui constituent le groupe méthyle (figure 5. les éléments qui ont un indice d’électronégativité inférieur à celui du carbone.7 Inversement. +δ C 2. la liaison est plutôt covalente.5) auquel il est lié. figure 5. En raison de la neutralité électrique de la molécule.

ce qui signifie que ces charges induites positives et négatives ont une valeur absolue égale. -F. C’est l’une des grandes différences qui existent avec un autre phénomène de délocalisation des charges appelé mésomérie (§ 5. 5. -Br.10).9 On distingue parmi les atomes et groupes à effet inducteur électroattracteur –I (figure 5.134 Chimie organique H H H C +δ -δ Cl effet inducteur attracteur ou électroattracteur -I (les charges positives portées par les hydrogènes ne sont pas indiquées pour simplification) Figure 5. Autre point important : la présence de nombreuses charges partielles ou négatives dans une molécule ne doit pas faire oublier que la molécule est toujours électriquement neutre.5. R = H thioéther.2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur –I +δ C -δ Y groupe électroattracteur -I Figure 5. -I. et que leur somme algébrique s’annulent. aryl. R = groupe carboné R S thiol.10 R N R' amines (R et R' = H ou groupe carboné) .6).9) : – les halogènes. aralkyl) Figure 5. R O alcool. le soufre ou l’azote (figure 5.8 Il est important d’insister sur le caractère partiel des charges portées par les atomes formant un dipole résultant d’un effet inducteur et qui suppose qu’aucun électron n’a été gagné ou perdu par ces deux atomes. R = H éther. R = groupe carboné (groupe carboné = alkyl. et d’autres à faible densité électronique. -Cl. Cela n’empêche pas la présence dans la molécule de sites à forte densité électronique. – les groupes neutres constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent comme l’oxygène.

11 – Les groupes constitués d’un carbone lié à un ou plusieurs hétéroatomes électronégatifs (figure 5. R'.11).5. R" = H groupe sulfonium R N R' R" groupe ammonium quaternaire Figure 5. R O R' groupe oxonium R S R' R. ou aryl. ou aralkyl) CH2X CHX2 dérivés halogènés CX3 Figure 5. aralkyl) oxime (R = OH) C N N C N nitrile diazo hydrazone (R= N-alkyl. Leur effet est particulièrement puissant. Polarisation des liaisons 135 – les groupes chargés positivement constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent (effet inducteur -I très fort) (figure 5. O C-OH alcool O C R cétone O C OH acide O C OR ester C-OR éther C H aldéhyde S C-SH thiol S C R thiocétone S C OH O-thioacide C-SR thioéther C H thioaldéhyde S C OR O-thioester O C SH S-thioacide O C SR S-thioester S C SH dithioacide S C SR dithioester N R CH2N amine C R imine (R= H ou alkyl.12 .12). aryl.

14).6. C C C C dérivés du benzène.14 5.1) par rapport à celle du carbone (indice d’électronégativité : 2.I. d’alcynes. Plus un groupe alkyle aura de . sont en nombre moins important que ceux à effet inducteur électroattracteur . Ce sont des groupes alkyles. chargés ou non.15). NO groupe nitroso NO2 groupe nitro N=N-R groupe diazoïque R = groupe carboné N=N (X ) N=N=N groupe azido groupe diazonium N=C=O groupe isocyanato N=C=S groupe isothiocyanato SO R groupe sulfoxyde SO2 R groupe sulfone SO3H groupe acide sulfonique Figure 5.136 Chimie organique – les groupes. de la pyridine (ou d'autres cycles aromatiques) N dérivés d'alcènes dérivés d'alcynes Figure 5. (effet inducteur fort) (figure 5.15 Les groupes à effet inducteur électrodonneur +I (figure 5.13 – les groupes dérivés d’alcènes. ou du benzène (et leurs dérivés polycycliques ou tout autre cycle aromatique (§ 5.5) qui rapproche les doublets de liaison C-H du carbone.9)) (figure 5.3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I -δ C +δ Z groupe électrodonneur + I Figure 5.5.13). Leur propriété provient de la faible électronégativité des atomes d’hydrogène (indice d’électronégativité : 2. constitués de plusieurs hétéroatomes électronégatifs.

16 On peut y ajouter les liaisons covalentes formées entre le carbone et quelques métaux comme le lithium.17 5. plus ce groupe aura un effet inducteur électrodonneur important.4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques On peut démontrer facilement l’influence des groupes –I ou +I en étudiant les pKa d’acides substitués par un groupe de cette nature. le groupe tertiobutyle (t-Bu) exerce l’effet le plus fort par rapport aux groupes isopropyle (i-Pr) et méthyle (Me) (figure 5.1) que les liaisons C-Li peuvent avoir. Ainsi.5.17). le cobalt ou le cuivre (figure 5. . plus l’acide est fort. RCOOH. RCOO-.5. La valeur du pKa définit la force de l’acide (schéma 5. à côté de l’anion carboxylate.16). -δ C +δ Métal Li MgX organolithien organomagnésien Figure 5. H C H H groupe méthyle CH3 H H C H C H C H H H H H C H C C H H C H H H H groupe isopropyle i-C3H7 groupe tertiobutyle t-C4H9 Figure 5. un fort caractère ionique. Il faut rappeler (voir § 5. pour un acide organique. ce qui correspond à une polarisation élevée de la liaison OH avec libération facilitée en milieu aqueux d’un ion hydroxonium. dans les solvants très polaires. H3O+.5.1) : plus le pKa est faible. Polarisation des liaisons 137 liaisons C-H sur un nombre restreint d’atomes de carbones. le magnésium.

76 l'acidité croît O H3C CH2 C O acide propionique ou propanoïque l'acidité décroît H Tableau 5. donc à diminuer l’acidité. et en fonction de leurs pKa. les effets inducteurs d’atomes ou de groupes peuvent être quantifiés par l’étude des pKa des acides qu’ils substituent (tableau 5. on observe le classement suivant des effets inducteurs – I : . élément à effet –I augmente l’acidité dans la mesure où il augmente la polarisation de la liaison O-H de la fonction acide (le doublet de liaison se rapproche un peu plus de l’oxygène et s’éloigne de l’hydrogène).log Ka RCOOH Schéma 5.3 Si l’on compare les pKa de l’acide acétique.3).4). à effet +I tend à éloigner le doublet de liaison de l’oxygène et à rendre la liaison OH moins polarisée. on remarque que le chlore. Parmi les quatre acides monohalogénés dérivés de l’acide acétique. de l’acide chloracétique et de l’acide propionique (tableau 5. Inversement.1 O Cl CH2 C O −δ H pKa +δ 2.88 4.86 acide monochloracétique O CH3 C O acide acétique −δ +δ H −δ +δ 4.138 Chimie organique O R C O acide organique RCOO H3O O -δ +δ H + H2O R C O anion carboxylate ion hydroxonium + H3O Ka = pKa = . tandis que le groupe méthyle.

5 H Inversement les groupes électrodonneurs +I augmentent la basicité d’un composé basique comme une amine. Par exemple.5).27 et la méthylamine CH3-NH2 un pKa de 10.86 3 H décroissance de l'acidité 2.86 2. Polarisation des liaisons 139 F > Cl = Br > I.5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée 5.5.66 4 H acide monofluoroacétique 2. .62. puis par plusieurs groupes méthylènes CH2 (tableau 5. se transmet en diminuant progressivement pour s’annuler généralement à une distance de trois carbones. l’effet inducteur exercé par un groupement –I ou +I sur une chaîne constituée uniquement de liaisons σ. Cette propriété peut facilement être démontrée si l’on observe la variation de l’acidité d’une série d’acides monochlorés dérivés de l’acide butyrique (ou butanoïque) dans lesquels l’atome de chlore (effet électroattracteur –I) est éloigné progressivement de la fonction acide COOH.4 3.12 2.8 O Br CH2 C O acide monobromacétique H O I CH2 C O acide monoiodoacétique Tableau 5.1. comme dans les alcanes linéaires. 5. en rapport avec les indices d’électronégativités de ces atomes fournis dans le tableau 5.5a – À travers les liaisons Généralement.5.5. donc plus basique. par un. l’ammoniac NH3 a un pKa de 9. indice d'électronégativité de l'halogène O F CH2 C O O Cl CH2 C O acide monochloracétique pKa 2.

vers l’autre carbone de celle-ci. L’influence de l’atome de chlore en position β (acide 3-chloro-butanoïque) puis γ (acide 4-chloro-butanoïque) diminue jusqu’à devenir très faible comme l’indiquent les pKa correspondants.5.86 diffère de deux unités par rapport à celui de l’acide butanoïque.52 Tableau 5.140 Chimie organique O H3C CH2 CH2 C -δ O O H3C CH2 CH2 Cl (effet -I) pKa +δ H acide butyrique (ou butanoïque) 4. La conséquence de cette propriété est la transmission quasi-intégrale de l’effet excercé par un groupe inducteur lié à un carbone d’une double liaison. avec une nette augmentation du caractère acide.83 C O O -δ +δ H acide 2-chloro-butanoïque 2.18 +δ' CH2 +δ''' CH2 .5 On remarque que la présence de cet atome de chlore en position α conduit à un acide (acide 2-chloro-butanoïque) dont le pKa de 2.3-diène Cl -δ CH2 +δ' CH CH Figure 5. 5.5b – À travers les liaisons Les électrons qui constituent les liaisons π ont la particularité d’être « plus mobiles » que les électrons des liaisons σ. +δ H 3C CH propène -δ CH2 -δ ClCH2 CH 3-chloro-propène +δ CH2 +δ H3C CH CH CH -δ CH2 penta-1.04 H3C CH2 Cl CH2 C -δ O O H -δ H 2C Cl CH2 CH2 C -δ +δ O H acide 4-chloro-butanoïque 4.86 l'acidité diminue acide 3-chloro-butanoïque 4.

Polarisation des liaisons 141 Ainsi. cela s’applique aussi aux triples liaisons. di-. donc d’acidité proche (figure 5. l’effet +I du groupe méthyle est transmis intégralement au carbone « sp2 » non substitué : c’est lui qui porte la charge partielle et non le carbone hybridé « sp2 » directement lié au groupe inducteur (figure 5.3-diène. et trichloracétiques (additivité d’effets –I) ou sa décroissance. dans le propène.76 H O H3C CH CH C O acide crotonique 4.6 – Additivité des effets inducteurs – I et + I Les effets inducteurs s’additionnent comme le montrent les exemples suivants (tableau 5. pour les acides acétique. l’effet inducteur est transmis intégralement jusqu’au dernier carbone hybridé « sp2 » de cette chaîne.18). Si plusieurs doubles liaisons se succèdent. pKa O CH3 C O acide acétique 4. comme dans le penta-1.76.5.69. 5. Si une double liaison (groupe vinyle) est isolée dans une chaine carbonée constituée de liaisons σ.19 Bien entendu.5. et l’acide crotonique. séparées par des liaisons σ (ce qu’on nomme doubles liaisons conjuguées). car il diffère de celui-ci par l’inclusion d’une double liaison. . L’acide acétique a un pKa de 4. Cette transmission particulière de l’effet inducteur est à l’origine du principe de vinylogie : la réactivité d’un groupe fonctionnel de deux composés qui ne diffèrent dans leurs chaînes carbonées linéaires que par la présence d’une ou plusieurs double(s) liaison(s) est peu différente. un pKa de 4.6) : – la croissance de l’acidité pour les acides mono-. composé vinylogue de l’acide acétique. l’effet inducteur est totalement transmis à travers elle.19). isobutyrique (ou 2-méthylpropionique) et triméthylacétique (additivité d’effets +I).69 H Figure 5.

65 croissance de l'acidité 4.7). La triméthylamine qui devrait être plus basique que la diméthylamine a un pKa de 9. méthylènes (-CH2-) ou méthynes . méthylamine. d’où son caractère basique. pour la série : ammoniac. N + H+ pKa N H H2N H2N H CH3 CH3 9.7 5.142 Chimie organique pKa CH2Cl-COOH CHCl2-COOH CCl3-COOH (CH3)2-CH-COOH (CH3)3C-COOH 2. diméthylamine. caractérisée par une densité électronique accrue autour de l’azote dont le doublet libre est capable de retenir un proton (tableau 5.05 décroissance de l'acidité Tableau 5.29 0.77 HN CH3 Tableau 5.27 10.80.86 1.5.86 5.62 la basicité augmente 10.6 – l’augmentation de la basicité par l’effet inducteur +I du groupe méthyle. C’est une « anomalie » qui s’explique par la gêne stérique autour de l’azote provoquée par les trois groupes méthyles et qui rend difficile l’approche du proton.7 – Hydrogènes acides en de groupes inducteurs – I Les groupes électroattracteurs qui exercent un effet inducteur – I rendent acides les hydrogènes portés par les groupes méthyles (-CH3).

5.13) correspondants (schéma 5. l’effet de champ est un effet « à distance » sur une liaison « isolée ». Par exemple.3). les charges partielles portées par Br et le carbone augmentent ce qui polarise de plus en plus la liaison. et de manière plus générale.5. H H H H C C H C H H C H COOEt COOEt H 3C C H CN CN O propanone (acétone) base .H+ H H H C C H C H H C COOEt COOEt H 3C C CN CN O carbanions Schéma 5.2).8 – Effet de champ Contrairement à l’effet inducteur qui est le résultat de dissymétries électroniques liées aux éléments et groupes qui constituent la molécule. . avec formation de carbanions (§ 6. Il résulte. du groupe méthylène du malonate d’éthyle. Le déplacement des molécules les unes par rapport aux autres génère des effets de champ parfois plus importants que l’effet inducteur intrinsèque à l’intérieur d’une molécule isolée. soit de la présence de groupe(s) de la même molécule portant des charges partielles ou entières (liaisons ioniques). ils agissent sur les dipôles permanents qui résultent de l’induction. Un exemple est donné pour une liaison C-Br sous l’effet de champ du à un anion ou une amine du milieu (schéma 5. Polarisation des liaisons 143 (>CH-) situés en position α de la fonction.H+ méthylmalononitrile base .2 Le retrait du proton dans ces composés est facilité par la création d’une base conjuguée d’une structure résonnante très stable (voir carbanions mésomères § 6. soit d’autres molécules comme les réactifs. des sites à très faibles ou très fortes densités électroniques mais éloignés de la liaison sur laquelle ils exercent leur action (effet intramoléculaire). les ions présents dans le milieu réactionnel (effet intermoléculaire). ou du groupe méthyne du méthylmalononitrile sont suffisamment acides pour être extraits par une base. 5. les hydrogènes des groupes méthyles de la propanone (ou acétone). Sous l’effet de leurs charges ou de ces sites.2).H+ malonate d'éthyle base .13. Leur approche de cette liaison déforme le tétraèdre du carbone « sp3 » qui tend à s’applatir pour devenir proche d’un plan tandis que la liaison C-Br s’allonge et devient de plus en plus fragile. les solvants. Simultanément.

éther vinylique). ou positivement (ex : carbocation allylique). S. Par contre. la résonance et les formes limites 5.3-butadiène.1 – Définition Les propriétés chimiques et physicochimiques de la plupart des molécules de la chimie organique peuvent être décrites à partir d’une seule formule développée classique.2) puisqu’il en représente le début.6 L’effet mésomère. . soit avec un hétéroélément (N. ou le benzène (figure 5. 5.144 Chimie organique ion chargé négativement ou amine A N +δ −δ C Br A ou N C +δ' Br −δ' A ou N avec +δ'' C Br −δ'' δ < δ' < δ'' Schéma 5.6.20) ou d’autres molécules dans lesquelles une double liaison est conjuguée.…) possèdant un doublet libre non liant. cette formule développée unique est insuffisante pour décrire les propriétés de certaines molécules dont les doubles liaisons sont conjuguées.3 L’effet de champ est important dans un mécanisme de substitution bimoléculaire SN2 (§ 8.1. (alternativement une double liaison et une simple liaison) telles que le 1. (ex : amine vinylique. soit un atome disposant d’un électron célibataire (ex : radical allylique). O. soit un atome de carbone chargé négativement (ex : carbanion allylique).

Ainsi le butadiène et l’ion carboxylate sont représentés par les formes limites du schéma 5. appelées structures ou formes limites (canoniques peut remplacer limites). Ces formes limites ne sont qu’une écriture. Polarisation des liaisons 145 H 2C CH CH CH2 butadiène benzène H C H H C N H C H H C C H C H H C C H C H H C C amine vinylique carbanion allylique carbocation allylique radical allylique Figure 5.5. pour représenter un système dynamique. ne peut décrire toutes ces propriétés. par nature. par conséquent. Attention : ne pas confondre cette double flèche ↔ avec le signe caractéristique des équilibres chimiques et qui n’ont aucun rapport entre eux. en équilibre chimique. et. au début du siècle dernier. à l’idée que ces molécules existaient dans un état qui est un hybride entre plusieurs structures électroniques virtuelles qui résonnent entre elles. C’est le phénomène appelé mésomérie (qui signifie « entre plusieurs formes ») ou résonance. à elle seule.4 et dont les formations sont décrites dans les pages suivantes : . Ces structures limites n’ont ni réalité physique.20 Cette observation a conduit. elles ne peuvent pas être considérées comme des composés différents. Ce phénomène est symbolisé par la double flèche ↔ qui sépare les différentes structures limites. ni existence indépendante. dont toutes semblent également capables de décrire la plupart des propriétés physicochimiques ou chimiques du composé mais dont aucune. statique.

S…). . La molécule de butadiène (schémas 5. Ils doivent être coplanaires afin que le recouvrement des orbitales « p » à l’origine des doubles liaisons ne soit pas perturbé. ou des anions. définies ci-après : – les positions des noyaux des atomes impliqués dans la mésomérie doivent être les mêmes pour chaque structure limite. – l’énergie de chaque forme limite est supérieure à celle de la molécule réelle.4 La théorie de la mésomérie (Heisenberg. S’il existe un ou des électrons célibataires comme pour les radicaux (§ 6. Chaque atome doit respecter les structures de Lewis (la présence d’un carbone tri ou pentavalent est impossible).12). 1926) repose sur les conditions structurales des formes limites.146 Chimie organique butadiène H H H H H H H2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH CH2 (II) H2C CH CH CH2 (III) anion carboxylate O R C O (A) (B) R C O O Schéma 5. mais le couplage des électrons diffère entre elles. car la résonance a pour propriété de stabiliser la molécule donc de diminuer son énergie (voir énergie de résonance). – dans toutes les formes limites. les atomes sont dans le même état d’hybridation. N.4 et 5. Il y a délocalisation – des doublets d’électrons des doubles ou triples liaisons – des doublets d’électrons des hétéroatomes (doublets non liants de O. – le nombre de paires d’électrons dans les différentes structures limites doit être le même.5) est représentée de manière classique par deux doubles liaisons séparées par une liaison simple (deux doubles liaisons conjuguées). l’apparition d’une charge positive est accompagnée de celle d’une charge négative. – la molécule reste neutre. leur nombre reste inchangé.

7. Leur valeur est pour chacune d’entre elles de 0. l’addition d’une molécule de brome (schéma 5.2 Schéma 5.4-dibromo-but-2-ène addition 1. à ce qui pourrait être attendu à partir de la formule classique.4-dibromo-but-1-ène addition 1.4.135 nm). pour le second.5 La théorie de la résonance conduit à décrire la molécule de butadiène comme un hybride de résonance entre les 3 structures limites (ou canoniques) fictives (I).5) conduit à deux composés dibromés en positions 1. ce qui ne correspond pas. Polarisation des liaisons 147 Une telle structure supposerait que les liaisons C-C soient de longueurs différentes selon qu’elles sont simples (0.6 H2C CH CH (III) CH2 .148 nm. H P1 C H H C C H faux H C P2 H P1 H C H H C C H vrai Br2 H C H Br C BrH2C H C H CH2 et H C BrH2C C H 1. Ces résultats confirment que l’écriture classique est insuffisante pour représenter la molécule de butadiène (voir aussi § 14.4 CH2Br 3. La molécule est plane. donc entre simple et double liaisons. H 2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH (II) CH2 H2C CH CH CH2 butadiène Schéma 5.154 nm) ou doubles (0. (II) et (III) du schéma 5. alors que l’on pouvait s’attendre à deux plans éthyléniques avec libre rotation autour de la liaison centrale.6.2 et 1.1).5. Enfin.

ce qui entraîne l’effet mésomère électroattracteur (effet – M). c’est le caractère électronégatif de l’hétéroélément qui influe sur la délocalisation des électrons π. dans l’exemple A du schéma 5. Le doublet de l’oxygène sert à former la nouvelle double liaison : l’oxygène qui perd un électron devient positif. qui est donneur. thiocétone >C=S ou imine >C=N-R. le doublet de liaison π se retrouve sur le carbone de CH2. . non liant.7. S. Dans le premier cas. la délocalisation des électrons est orientée vers cet hétéroélément et conduit aux différentes formes limites correspondantes (exemples formes limites E et F). et E et F. c’est un doublet libre. la première flèche part d’un doublet de l’oxygène et se termine au milieu de la liaison C-O. le doublet porté par le carbanion sert à former la double liaison dans D ce qui conduit par délocalisation des électrons à un nouveau carbanion D. Dans le cas où une double liaison existe entre un atome de carbone et un hétéroélément (O. La seconde flèche débute au milieu de la double liaison de A et se termine sur le carbone de CH2. Ainsi.) comme dans une cétone vinylique comme l’acroléine. ce sens est défini et unique pour les molécules dissymétriques (formes limites A et B.. L’un des deux électrons de ce doublet appartient à ce carbone dans la mesure où il était mis en commun avec l’autre carbone sp 2 pour former la double liaison : le carbone de CH2 prend alors une charge négative par addition d’un électron (trois liaisons σ + un doublet d’électrons) ce qui lui confère une structure électronique de carbanion dans B. Dans le second cas. cétone (formes limites E et F). d’autre part) (schéma 5. On peut remarquer que le sens de la délocalisation des électrons est inversé selon qu’il s’agit d’un hétéroélément directement conjugué à une double liaison éthylènique (formes limites A et B). avec un effet mésomère électrodonneur (effet + M). l’origine de la flèche courbe utilisée doit être précise au même titre que son but.148 Chimie organique Les flèches utilisées dans le schéma 5. Elles ne représentent que le sens de la délocalisation des électrons ce qui permet d’écrire la formule limite. Dans le carbanion allylique C. Pour indiquer sans ambiguïté le sens de la délocalisation électronique. d’une part.6 figurent les mouvements fictifs des doublets électroniques qui conduisent à l’écriture des différentes structures limites et n’ont pas la même signification que celles utilisées pour décrire les mouvements électroniques dans les réactions. . ou au contraire. A l’inverse du butadiène qui est symétrique.7). d’un hétéroélément inclus dans une fonction. N.

5. Polarisation des liaisons

149

Effet électrodonneur du groupe méthoxy O-CH3 (effet +M)

H2 C

CH O A

CH3

H 2C
méthoxy-éthène (éther vinylique)

CH O B

CH3

Effet électrodonneur du carbanion

H2C

CH C

C

H2 C
carbanion allylique

CH D

C

Effet électroattracteur du groupe carbonyle C=O (effet - M)

H2 C

CH E

CH

O
prop-2-ènal ou acroléine

H2C

CH F

CH O

Schéma 5.7

Les formes limites d’un composé donné ont-elles toutes la même contribution à sa représentation ? Toutes les formes limites d’un composé n’ont pas la même « stabilité ». Les plus « stables » (énergie interne la plus faible) sont les plus contributives à la représentation de la molécule, celles qui ont un « poids » plus important. Ce sont celles : – qui présentent le nombre le plus élevé de doubles ou triples liaisons conjuguées non chargées (formule I du butadiène et formule A de l’éther vinylique) (schémas 5.6 et 5.7), – qui sont chargées mais dont les charges de signes contraires sont les plus proches l’une de l’autre. Par contre, la présence de deux charges de même nature sur deux atomes liés rend la formule limite totalement instable. Les formules limites ayant plus de deux charges sont instables et peu contributives. – qui portent une charge sur un atome en accord avec son électronégativité (schéma 5.8). Par exemple, une forme limite avec une charge positive sur un carbone et une charge négative sur un oxygène est plus stable que si les charges sont inversées sur ces deux atomes, car le carbone est moins électronégatif que l’oxygène (voir l’échelle d’électronégativité de Pauling § 5.4).

150

Chimie organique

C

C

O

C

C

O

plus stable meilleure contribution

faible contribution

électronégativité de O > C
Schéma 5.8

5.6.2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet + M)
Dans le schéma 5.9 sont rassemblés les 3 principaux groupes à effet mésomère électrodonneur (+M) formés à partir de O, S, ou N, liés d’une part à une double liaison, et d’autre part, par une liaison simple, à un carbone appartenant lui-même à un groupe carboné comme les éthers et thioéthers vinyliques, ou les énamines. Un exemple de formules limites est donné pour un éther vinylique.

C

C O R
éther vinylique

C

C O R

C

C S R

C

C N R'
énamine

R

thioéther vinylique

Schéma 5.9

Les halogènes, éléments monovalents, donnent lieu à une résonance avec une double liaison lorsqu’ils la substituent (schéma 5.10). La contribution de la formule limite A à la représentation de la molécule de chlorure vinylique est beaucoup plus importante que la formule B en raison de la plus grande électronégativité du chlore par rapport à celle du carbone, ce qui rend difficile la présence de la charge positive sur l’atome d’halogène.

5. Polarisation des liaisons

151

C

C Cl
A

C

C Cl
B

Schéma 5.10

Remarque : les groupes -O-R, -S-R , et -N(R)(R’) peuvent aussi faire partie d’une fonction où ils ont un effet +M (schéma 5.11). C’est le cas des esters RCOOR’, des thioesters RCOSR’, des dithioesters RCSSR’, des imidates RC(=NR)-O-R”, des amides RCON(R’)(R”), des thioamides RCSN(R’)(R”), mais ces fonctions prises dans leur intégralité ont toutes un caractère mésomère électroattracteur (– M ) en raison de la présence d’un groupe C=O, C=S ou C=N (voir ci-après).

O C O

R C

O O
ester

R C

N C O
amide

N O

Schéma 5.11

Lorsque les atomes O, S, et N sont chargés négativement et qu’ils sont liés à une double liaison, ils exercent dans la fonction un effet mésomère donneur comme dans les anions énolates, thioénolates, carboxylates, thiocarboxylates, iminoalcoolates (schéma 5.12) … Cette fois encore, les fonctions correspondantes, dans leur intégralité, représentent des groupes à effet mésomère électroattracteur.

152

Chimie organique

C

C O

C

C O

anion énolate

C

C S

C

C S

anion thioénolate

O C O
anion carboxylate

O C O

N

C O

N

C O

anion iminoalcoolate

Schéma 5.12

Les groupes OR, S-R, N(R)(R’) peuvent aussi être liés à un carbone chargé positivement, c’est-à-dire un carbocation, ou à un carbone radicalaire (schéma 5.13).

5. Polarisation des liaisons

153

Carbocations C O R C O R R' C N R C N R R'

R = H, dérivés du carbocation hydroxyméthyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alcoxyméthyle

dérivés d'un carbocation aminométhyle

C

S R

R = H, dérivés du carbocation mercaptométhyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alkylthiométhyle

Radical C O R
Schéma 5.13

C

O R

Les carbanions ont un effet +M (carbanions allyliques, schéma 5.14).

C C C
carbanion allylique
Schéma 5.14

C C C

5.6.3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M)
Lorsque les atomes O, S ou N sont liés à un carbone par une double liaison, le groupe correspondant, carbonylé, thiocarbonylé ou imino exerce un effet mésomère électroattracteur –M. Ces groupes peuvent faire partie de nombreuses fonctions qui, toutes, ont un caractère –M : c’est le cas des fonctions aldéhyde, cétone, thioaldéhyde, thiocétone, imines, acides, esters, carboxylates, amides, thioesters, thioamides, imidates, thioimidates, amidines (schéma 5.15). On peut ajouter à cette série, le groupe nitrile dans lequel l’azote est triplement lié au carbone.

154

Chimie organique

C

C C O

C

C C O

C

C C S

C

C C N

cétone (ou aldéhyde) vinylique

thiocétone (ou thioaldéhyde) vinylique

imine vinylique

C

C C O R O

C

C C O R O C

O C O R

O O R

ester d'acides α,β−insaturés

mésomérie du groupe ester ou acide (R = H)

O C O
anion carboxylate

N C
amide

SR C O
S-thioester

S C
anion S-thiocarboxylate

OR C S
O-thioester

O C S
anion O-thiocarboxylate

N C S
thioamide

O

O

OR' C NR
imidate

SR' C NR
thioimidate

N(R')(R") C NR
amidine

C

CH

C

N

C

CH

C

N

dérivé de l'acrylonitrile

Schéma 5.15

Les carbones chargés positivement ou carbocations exercent aussi un effet –M dans les carbocations allyliques (schéma 5.16).

C

C C

C

C C

carbocations allyliques
Schéma 5.16

A ces deux groupes dans lesquels le carbone est directement lié à une double ou triple liaison, il faut ajouter un nombre important de fonctions entièrement constituées de

5. Polarisation des liaisons

155

O, S et/ou N comme les groupes nitroso, nitro, diazo, sels de diazonium, azido, sulfoxydes, sulfones, acides sulfoniques et sulfonates qui exercent un très puissant effet –M (schéma 5.17).

C

C N O O

C

C N O O N

O N O
mésomérie du groupe nitro

O O

dérivés du nitroéthylène

autres groupes à effet - M: -N=O (groupe nitroso), -N=N- (groupe azo), -N=N+ (sel de diazonium), -N3 (groupe azido), -SO- (groupe sulfoxyde), -SO2- (groupe sulfone), -SO3H (acide sulfonique, ses sels, -SO3Schéma 5.17

et ses esters, -SO3R)

5.6.4 – Exemples de composés mésomères particuliers
Comme le montre les différents exemples ci-après (schéma 5.18), des formes limites partielles peuvent être écrites qui ne font intervenir qu’une partie du système conjugué comme les formes limites B et C du premier exemple.

Exemple 1:
sens de la électron provenant du carbone

H H
A

délocalisation électronique

H O H
B

C

C H

C H

C H

C H

C

C H

C H

C H

C H

O

penta-2,4-diènal groupe à effet mésomère -M

H H
C

C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C H

C H

C H

C H

O

H H
D

C

C H

C H

C H

C H

O

156

Chimie organique

Exemple 2:
sens de la délocalisation électronique

H H
A

H C C H C H C H O CH3 H
B

C

C H

C H

C H

O

CH3

1-méthoxy-buta-1,3-diène groupe à effet mésomère + M

H H
C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C

C H

C H

C H

O

CH3

Exemple 3 H C H C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 CH3

ion allylidene-diméthyl-ammonium Cas particulier:

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

ion triméthyl-vinyl-ammonium

impossible car l'azote deviendrait pentavalent

L'azote ne peut pas avoir cinq liaisons . Il n'existe pas de mésomérie. Le groupe ammonium n'intervient doncque l'effet inducteur attracteur de l'azote sur la double liaison.

Exemple 4: H2C CH C CH CH2 H2C CH C CH2 C H CH2 H2C CH C CH2 CH CH2

CH2 3-méthylène-penta-1,4-diène

H2C

CH C CH2

CH CH2

H2C

CH C CH2

CH CH2

Dans les structures où la conjugaison est croisée, les formes limi tes sont obtenues, comme dans l'exemple présenté, en ne faisant intervenir à chaque fois, qu'une partie des systèmes conjuguées. S'il existe un groupe -M ou +M , c'est lui qui donne le sens de la délocalisation

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

5. Polarisation des liaisons

157

Exemple 5: H C H C H CH2 H C H C H CH2

radical allylique

La demi-flèche correspond à la délocalisation d'un seul électron, contrairement à la flèche qui représente la délocalisation d'un doublet d'électrons.
Schéma 5.18

5.6.5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation)
Toutes les molécules mésomères ont une stabilité chimique plus élevée que celle relative à une formule limite donnée, y compris la plus contributive. Cela est quantifié par l’énergie de résonance qui correspond à la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation de cette molécule et celle calculée à partir des éléments (atomes, types de liaisons…) de la formule limite qui présente la plus basse énergie interne, c’est-à-dire la plus stable ou la plus contributive. L’énergie de résonance peut aussi être calculée à partir des chaleurs d’hydrogénation comme dans le cas du benzène (§ 5.6.9). Plus l’énergie de résonance est élevée, plus la molécule est stable. Cette énergie est d’autant plus élevée que les formes limites qui représentent la molécule mésomère sont équivalentes (ex : ion carboxylate, -CO32-, schéma 5.19) et / ou nombreuses (ex : composés aromatiques, schéma 5.4 et § 5.6.9).

O C O

O

O C O

O

O C O

O

ion carboxylate

Schéma 5.19

5.6.6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe
Les groupes à effet mésomère électrodonneur +M exercent aussi un effet inducteur électroattracteur -I , par exemple, l’oxygène dans un groupe alcoxy, R-O- d’un éther vinylique, >C=C(OR)-, il en est de même des halogénures vinyliques, >C=C(X)-, ou des amines vinyliques (ou énamines), >C=C(NH2)-. Par contre, les groupes à effet électroattracteur – M ont aussi un effet – I.

158

Chimie organique

En fait, les deux effets se superposent, mais l’effet mésomère est, dans la majorité des cas, plus puissant que l’effet inducteur. C’est donc l’effet mésomère qui impose l’orientation des réactions avec des réactifs électrophiles ou nucléophiles. Ainsi, dans l’éther vinylique >C=C(OR)-, l’effet mésomère +M prime sur l’effet inducteur –I (schéma 5.20).
effet mésomère donneur + M

R

O HC CH2

R

O HC CH2

effet inducteur attracteur -I
Schéma 5.20

5.6.7 – Hyperconjugaison
Lorsqu’un carbone lié à une double liaison porte un hydrogène CαH, il y a un recouvrement latéral de l’orbitale moléculaire σ de cette liaison C-H « conjuguée » à la double liaison, et d’une orbitale « p » d’un carbone hybridé « sp2 » de cette double liaison, (contrairement au cas général de la mésomérie qui correspond uniquement à des recouvrements d’orbitales « p »), ce qui conduit à une résonance particulière et spécifique de ces liaisons, appelée hyperconjugaison (schéma 5.21). Cette hyperconjugaison est caractéristique de toutes les liaisons C-H de même nature, qu’il s’agissent de groupes méthyles, méthylènes ou méthynes. Elle permet d’expliquer, en particulier, la plus grande stabilité de certains alcènes substitués par des groupes méthyles, éthyles… par rapport à des alcènes peu substitués ou substitués par des groupes carbonés qui ne possèdent peu ou pas de C αH. Plus le nombre de liaisons CαH conjuguées avec la double liaison augmente, plus l’alcène correspondant est stable. C’est le cas du 2,3-diméthyl-but-2-ène (12 hyperconjugaisons), composé plus stable que l’isobutène (6 hyperconjugaisons), lui-même plus stable que le propène, CH3-CH=CH2 (3 hyperconjugaisons).
Note : L’hyperconjugaison est aussi possible avec un carbone chargé positivement (carbocation). Elle stabilise la charge (voir le schéma 8.259).

5. Polarisation des liaisons

159

liaison σ

H

C

α

C C C H
pas d'hyperconjugaison liaison C-H non conjuguée avec la double liaison

α

C

C

C
α

C H

C

H

H

H

orbitale hybridée "sp3" H orbitale "p"

H H

H Cα C C Cα H

H

Cα C C

H Cα H
α

H H

C H

H

H

H Cα H C H C α H H

H

H C H

2,3-diméthyl-but-2-ène plus stable que l'isobutène

Schéma 5.21

5.6.8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal
Lorsqu’un composé possède une liaison entre un Ctrigonal , par exemple C de >C=O et un élément Z possèdant un doublet d’électrons non liant avec lequel une résonance est donc possible comme dans un amide RCON(R1)(R2), la libre rotation entre ce carbone et Z est empêchée, car les trois atomes se trouvent dans un même plan afin de satisfaire le phénomène de résonance avec recouvrement latéral des orbitales concernées (figure 5.22). En conséquence, la barrière de potentiel, ou d’interconversion, pour une rotation autour de cette liaison est très élevée, soit 10 fois supérieure (80 kJ mol-1) à celle qui existe pour une liaison amine Ctétraèdral-Z comme dans CH3-N(R1)(R2) (soit 8 kJ mol-1) où il n’existe pas de résonance.

O C N
amide (mésomère)

O C N
amine

C

N

Rotation autour de la liaison C-N très difficile: énergie d'interconversion élevée

Rotation autour de la liaison C-N 10 fois plus facile que pour l'amide: énergie d'interconversion faible

Schéma 5.22

160

Chimie organique

Cette remarque s’applique aussi pour les liaisons Ctrigonal-Ctrigonal correspondant à des systèmes conjugués (par exemple, butadiène, cétones α,β-insaturées) pour lesquelles la forme s-trans est plus stable que la forme s-cis (figure 5.21).

H H

H H

H H

H H H

H

H H

butadiène s-trans, conformère plus stable que butadiène s-cis
Figure 5.21

butadiène s-cis

5.6.9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel)
Certaines molécules qui présentent une mésomérie, possèdent une très grande stabilité et sont dites aromatiques si les conditions suivantes (règles empiriques de Hückel, 1937) sont respectées : – la molécule est cyclique, polyènique conjuguée (un doublet non liant d’un hétéroatome, une charge négative ou positive peuvent entrer dans cette conjugaison), – la molécule doit être plane, (afin qu’il y ait un bon recouvrement latéral des orbitales « p »), – l’ensemble des électrons délocalisés doit être égal à 4n + 2 avec n = 0 ou un nombre entier. Ces règles qui ne s’appliquaient à l’origine qu’aux monocycles ont été ensuite étendues aux composés polycycliques. Le caractère aromatique d’une molécule implique une stabilité plus élevée par rapport à des molécules de structures proches mais non aromatiques, vis-à-vis de la température, mais aussi de divers réactifs : par exemple, les alcènes, peu stables à haute température, réagissent très facilement avec les acides, les halogènes, ou les oxydants, tandis que le benzène, composé aromatique, reste stable à des températures élevées, ne réagit avec les halogènes (sans intervention externe, rayonnement UV) ou ne s’oxyde que dans des conditions particulières vigoureuses. Le benzène, C6H6 est un monocycle plan constitué de trois doubles liaisons conjuguées (schéma 5.23) :

5. Polarisation des liaisons

161

exemple 1: le benzène

2 2

2 représentation faisant apparaître le plus simplement la totale délocalisation des électrons π.

formules de Kékulé 4n + 2 = 6 (n = 1)

formules de Dewar

Schéma 5.23

Les représentations classiques de Kékulé, et moins classiques de Dewar, sont contenues dans l’utilisation d’un cercle central symbolisant la délocalisation des électrons dans le cycle. La pyridine, un hétérocycle (schéma 5.24), diffère du benzène par le remplacement d’un CH du cycle par un atome d’azote : il s’ensuit une dissymétrie qui fait apparaître des charges. Le groupe imino >C=N- exerce un effet électroattracteur sur les électrons π du cycle.
H Exemple 2: la pyridine H

H

N
H
4 5 6 2 2 3 2 2

H

N

N

N

N

N

N
caractère basique et nucléophile lié à ce oublet

1 4n + 2 = 6 (n = 1)

La représentation des formes limites de la pyridine apporte des renseignements utiles au chimiste pour l'étude le la réactivité de cet hétérocycle. Le doublet non liant de l'azote n'étant pas délocalisé confère à la pyridine, basicité et caractère nucléophile (à l'inverse du pyrrole, voir l'exemple 3), les positions 2, 6 et 4 (appelées aussi α, α' et γ) ont des densités électroniques plus faibles que celles en positions 3 et 5 (ou β et β') ce qui permet de prévoir les attaques des réactifs électrophiles et nucléophiles.

Schéma 5.24

Le pyrrole est un hétérocycle à 5 chaînons. Pour que le caractère aromatique s’établisse, il faut que les électrons du doublet non liant de l’azote soient délocalisés afin que la règle de 4n + 2 électrons = 6 avec n = 1 soit respectée. Il en est de même pour l’oxygène du furane, et le soufre du thiophène (schéma 5.25).

162

Chimie organique

H Exemple 3: pyrrole, furane et thiophène H

H

N
H
2 2

H

2

N H
4n + 2 = 6 (n = 1)

N H

N H

N H

N H

N H

Le doublet non liant de l'azote est engagé dans la délocalisation ce qui réduit très fortement le caractère basique et rend l'hydrogène de NH plutôt acide. L'effet + M de l'azote dans le cycle augmente les densités électroniques des carbones qui seront facilement attaqués par les réactifs électrophiles. Le furane et le thiophène ont des formules limites semblables à celles du pyrrole.

O
furane

O

O
thiophène

S

Schéma 5.25

Exemple 4 : carbocation cyclopropènyle et carbanion cyclopentadiènyle H Cl H H SbCl5 H H H H H H , SbCl6
carbocation cyclopropènyle

H

H

H

Le carbocation cyclopropènyle présent dans les sels de propènium, le plus souvent substitué par divers groupes, représente un cas particulier de système aromatique puisque le nombre d'électrons délocalisés est de deux ce qui permet de valider la règle empirique de Hückel: 4n + 2 = 2 (n =0) Le sel de propènium présenté est l'hexachloroantimonate de cyclopropènyle.

H H H

H -H H H
(base)

H H H

H H H

H

H H H H

H

H H H

cyclopentadiène

carbanion cyclopentadiènyle 4n + 2 = 6 (n = 1 )

Sous l'action d'une base, le cyclopentadiène perd très facilement un proton car le carbanion cyclopentadiènyle qui en résulte est très stable : il est aromatique. Le nombre d'électrons π délocalisés est égal à 6: 4n + 2 = 6 (n = 1)

Schéma 5.26

5. Polarisation des liaisons

163

Certains composés ionisés, sous forme de sels, sont aussi aromatiques, par exemple, l’ion pyrylium qui possède 6 électrons délocalisés provenant de ses 3 doubles liaisons (figure 5.22).

O
X sel de pyrylium
Figure 5.22

De nombreuses structures polycycliques possèdent un caractère aromatique comme le naphtalène, l’anthracène, le phénanthrène, la quinoléine, l’acridine ou l’ion 1-benzopyrylium (figure 5.23).

naphtalène

anthracène

phénanthrène

N quinoléine

N acridine
Figure 5.23

O ion 1-benzopyrylium

Des molécules complexes comme la porphine et ses dérivés substitués, les porphyrines (figure 5.24) sont des composés aromatiques. Ils font partie de la structure de l’hémoglobine, le transporteur d’oxygène présent dans le sang. Si on compte l’ensemble des électrons π délocalisés, ils sont au nombre de 26, ce qui ne correspond pas à 4n + 2 (règle de Hückel). Dans ce cas, et dans la mesure où la molécule est plane et polyènique conjuguée, il doit exister dans ces structures polycycliques, un système cyclique polyènique conjugué, parmi ceux possibles, qui possède un maximum d’électrons délocalisés dont le nombre soit égal à 4n + 2 avec n, un nombre entier. Dans le cas de la porphine, ce système est indiqué en pointillé. Il correspond à 18 électrons délocalisés (n est donc égal à 4). Dans le pyrène (16 électrons délocalisés), seuls les électrons π périphériques sont pris en compte pour le caractère aromatique de ce composé soit 14 électrons (n = 3).

164

Chimie organique

2

2 2

NH
2 2

N
2

NH

N

N
M2

N

N
2

HN
2

2

N

HN

N

N

porphine 26 électrons délocalisés dans le système cyclique en pointillé: 18 électrons = (4n + 2) avec n = 4

porphyrines
(porphines substituées par divers groupes)

hèmes M = Fe, Cu, Mn... hémoglobine M = Fe

2 2 2 2 2 2 2

pyrène électrons π délocalisés: 16 nbre d'élecrons π périphériques: 14 = 4n + 2 avec (n = 3)
Figure 5.24

5.6.10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques
Le cyclobutadiène et le cyclooctatétraène font partie du groupe des annulènes, composés polyèniques conjugués cycliques, comme le benzène (qui pourrait être appelé le [6]annulène), mais ces deux composés ne sont pas aromatiques. Le nombre d’électrons π qui sembleraient délocalisés n’est pas égal à 4n + 2 avec n = un nombre entier. Par ailleurs, ils ne sont pas plans ce qui ne permet pas une délocalisation des électrons π, laquelle nécessite un recouvrement latéral d’orbitales « p » d’axes parallèles (figure 5.25).

5. Polarisation des liaisons

165

cyclobutadiène ou 4 annulène

cyclooctatétraène ou 8 annulène

ou

carbanion cyclopropènyle

carbocation cyclopentadiènyle

Br

ion bromonium (dérivé d'alcyne)

Figure 5.25

Le cyclobutadiène, le carbanion cyclopropènyle, le carbocation cyclopentadiènyle qui ont chacun 4n électrons délocalisés sont dits « composés antiaromatiques ». Ce sont des système chimiques très instables : on démontre dans le cas du carbanion cyclopropènyle qu’une forme limite prise isolément a une énergie interne plus faible que celle du système délocalisé, représenté par le cercle à l’intérieur du système cyclique. C’est le cas aussi d’intermédiaires réactionnels appelés ion pontés halonium, dérivés d’alcynes, dans lesquels les électrons π de la double liaison sont conjugués avec un doublet d’électrons de l’halogène (ici le brome) chargé positivement.

5.6.11 – Énergie de résonance des composés aromatiques
La mésomérie ou la résonance dans une molécule donnée a pour conséquence une augmentation significative de sa stabilité par rapport à la même molécule considérée arbitrairement comme non résonnante. Cette différence de stabilité s’exprime de manière quantitative par l’énergie de résonance. Plus cette énergie est élevée, plus la molécule est stable. Pour déterminer l’énergie de résonance, on peut calculer soit la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation et celle calculée théoriquement à partir de la structure limite qui possède la plus basse énergie interne (la plus contributive), soit la différence entre la chaleur d’hydrogénation calculée théoriquement à partir de la structure limite de plus basse énergie, et celle obtenue par expérimentation. Dans ce dernier cas (schéma 5.27), le benzène est un bon exemple. Il a une de ses structures limites de plus basse énergie qui correspond à un « cyclohexa-1,3,5-triène »

166

Chimie organique

figé (considéré ici théoriquement comme non résonnant, contrairement à la réalité physique, et seulement pour les besoins du calcul), la chaleur d’hydrogénation de cette molécule correspond donc à trois fois celle du cyclohexène qui est cyclique et possède une seule double liaison, soit – 110 kJ mol-1 × 3 = -330 kJ mol-1. La chaleur d’hydrogénation expérimentale du benzène est de – 206,3 kJ mol-1. On en déduit que l’énergie de résonance du benzène, différence entre ces deux valeurs, est donc de 123,7 kJ mol-1. Les valeurs des énergies de résonance de divers composés aromatiques, permettent de les classer en fonction de leur stabilité chimique.

H2 - 110 kJ mol-1 cyclohexène 3 H2 - 330 kJ mol-1 (calculé: - 110kJ mol-1x 3) "cyclohexa-1,3,5-triène" -1 "benzène fictif non résonnant" ∆ = 123,7 kJ mol énergie de résonance 3 H2 - 206,3 kJ mol-1 benzène réel, résonant (expérimental) cyclohexane cyclohexane

Schéma 5.27

Par exemple, dans la série du thiophène, pyrrole et furane (figure 5.26), les valeurs sont respectivement 120 kJ mol-1, 100 kJ mol-1 et 62,3 kJ mol-1, valeurs qui sont en accord avec les propriétés chimiques de ces composés : le thiophène réagit comme le benzène tandis que le furane a un faible caractère aromatique puisqu’il se comporte parfois comme un composé diènique (réactions d’additions). Ces différences sont liées aux configurations électroniques des hétéroéléments S, N et O et à leur électronégativité. Plus un élément est volumineux avec un numéro atomique Z élevé, comme le soufre dans cette série, plus les électrons de sa couche périphérique, ceux qui assurent les liaisons, sont moins retenus au noyau de l’atome. Cela assure une meilleure délocalisation des électrons du soufre et une plus forte aromaticité. Les électronégativités relatives de O (3,5), N (3) et S (3,5), expliquent aussi par l’effet inducteur électroattracteur –I, la plus difficile délocalisation des électrons dans le furane.

S
thiophène (120 kJ.mol -1 )

N H
pyrrole (100 kJ.mol -1)
Figure 5.26

O
furane (62,3 kJ.mol -1)

5. Polarisation des liaisons

167

D’une manière générale, l’énergie de résonance est d’autant plus élevée que la molécule ou l’ion résonnant a des structures limites équivalentes (ex : ion carboxylate, schéma 5.19) ou en nombre important.
Note : Les valeurs des énergies de résonance peuvent varier d’un auteur à l’autre en raison des différentes techniques utilisées pour leurs calculs, mais elles restent proches.

5.6.12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué
Dans le cas du benzène monosubstitué, il est possible de prévoir l’orientation des attaques des réactifs électrophiles à partir de l’effet inducteur ou mésomère du groupe qui substitue le benzène. Un réactif électrophile est soit une molécule qui possède un site à faible densité électronique, soit un ion chargé positivement (§ 6.8) comme le proton ou NO2+. Ce réactif attaque les sites les plus riches en électrons (à forte densité électronique) d’une autre molécule.
-δ +δ 3 4 1 5 6 +δ -δ

Rappel:

H2C

C H

CH3
2

H 2C

C H

C H2

Cl

positions 2 et/ou 6: ortho positions 3 et/ou 5: méta position 4: para

effet inducteur+ I
- δ' - δ" - δ' NO2 réactif électrophile attaques en positions ortho et para +δ

effet inducteur - I
+ δ' -δ + δ'' + δ'

CH3
toluène

CH2Cl
chlorure de benzyle

NO2 attaques en positions méta

Figure 5.27

Dans le toluène, le groupe méthyle exerce un effet inducteur +I, qui se transmet à travers les doubles liaisons du benzène en créant des dissymétries électroniques (figure 5.27). Il en résulte que certains atomes de carbone, en positions ortho et para, ont des densités électroniques relativement plus élevées que celles des carbones en positions méta. Elles sont symbolisées par -δ’, -δ’’. La somme des charges partielles négatives de ces carbones est égale à la charge positive portée par le groupe à effet inducteur électrodonneur + I, et dans ce cas, le groupe méthyle. L’attaque des réactifs électrophiles sera donc orientée sur les positions ortho et para à plus fortes densités électroniques.

168

Chimie organique

Le phénomène s’inverse avec un substituant à effet inducteur – I comme le groupe chlorométhyle du chlorure de benzyle. Les substituants à effet mésomère orientent aussi les attaques des réactifs électrophiles (schéma 5.28). Dans ce cas, les formes limites permettent de prévoir les densités électroniques des atomes de carbone du cycle. Ceux qui portent une charge positive dans les différentes formes limites auront une faible densité électronique et inversement pour ceux qui portent une charge négative.

Effet mésomère électroattracteur -M O CH3 O CH3
NO2

O CH3

O CH3

O CH3

O CH3
NO2 attaques de NO2+ en positions méta Le réactif électrophile NO2+ attaque les carbones du cycle qui n'ont jamais de charge positive dans les formes limites

Effet mésomère électrodonneur +M O
+M NO2

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

NO2

O CH3

NO2 attaques de NO2+ en positions ortho et para

Schéma 5.28

5. Polarisation des liaisons

169

L’acétophénone porte un groupe CO-CH3 à effet –M, les carbones en positions ortho et para portent une charge positive dans les formes limites de ce composé. Ce sont donc les atomes de carbone en position méta, de densité électronique relative plus élevée, qui seront attaqués le plus facilement par un réactif électrophile. L’effet inverse est observé avec le méthoxybenzène car le groupe O-CH3 a un effet +M. Les positions ortho et para seront attaquées par un réactif électrophile.
Remarque : Les flèches indiquant les attaques des réactifs électrophiles sur le benzène et ses dérivés sont trompeuses et à l'inverse de celles décrivant le mécanisme de substitution (schéma 6.18) : en effet, c'est toujours le réactif le plus riche en électrons (nucléophile), dans ce cas le benzène ou ses dérivés, qui peut apporter des électrons au réactif le plus pauvre en électrons (électrophile, ici l'ion NO2+), et jamais l'inverse.

5.7

Équation de Hammett

L’équation de Hammett permet de relier les constantes de vitesse d’une réaction donnée (ou les constantes d’équilibre pour les réactions réversibles) pour deux molécules de même espèce chimique (par exemple, acide benzoïque et ses dérivés monosubstitués par un groupe Z) aux effets électroniques, d’induction ou de champ du substituant Z. Elle est de la forme,

log10

Kz K0

ρσ

avec : Ko, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé non substitué (Z = H), Kz, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé substitué par le substituant Z, (rho) est un nombre qui est caractéristique d’une réaction donnée, et qui dépend de la sensibilité de la réaction aux effets électroniques, d’induction et de champ, et des conditions expérimentales dans lesquelles s’effectue la réaction, est directement lié à la nature du substituant Z et caractérise son influence (électronique, induction, et champ) sur la vitesse de la réaction. Lorsque l’équation de Hammett avec K0 et KZ, constantes d’équilibres, est appliquée à la réaction équilibrée d’ionisation de Z-Ph-COOH dans l’eau à 25 °C, ρ est, par convention, égal à 1.

Z-C6H5-COOH + H2O

K

Z-C6H5-COO + H3O

Dans ce cas, σ est égal au logarithme décimal du rapport des constantes d’équilibres Kz et K0 et deux séries de valeurs sont expérimentalement définies σm et σp selon la position de Z sur le cycle (en méta ou para). L’équation de Hammet n’est pas utilisable pour les composés substitués en position ortho. Si les valeurs de sont positives (Kz > K0), le substituant Z est un groupe électroattracteur, s’il est négatif, (Kz < K0), le substituant Z est électrodonneur. Lorsqu’on connaît quelques valeurs de σ, on peut représenter log

170

Chimie organique

KZ / K0. C’est une droite de pente ρ. Il est alors possible de définir la valeur de KZ pour des réactions nouvelles. Les valeurs de ρ négatives (pentes négatives) correspondent à des réactions favorisées par une augmentation de la densité électronique au site réactif et celles qui sont favorisées par une faible densité électronique au site réactif ont des valeurs de ρ positives. Les valeurs de ρ sont connues pour environ 200 réactions. Cinq exemples sont donnés dans le schéma 5.29.
1) réaction irréversible: K est la constante de vitesse

COOEt Z

+ HO

K Z

COO

+ EtOH

ρ = 2,43

2) réaction réversible : K est la constante d'équilibre

Z

NH3

+ H2 O

K Z

NH2

+ H 3O

ρ = 2,77

Z

CH2-COOH

+ H 2O

Z

CH2-COO

+ H 3O

ρ = 0,49

Z

(CH2)2-COOH + H2O

Z
Schéma 5.29

(CH2)2-COO

+ H 3O

ρ = 0,21

Inversement, on peut définir la valeur de σ si les valeurs de Ko et Kz sont connues pour diverses réactions. Ces valeurs sont données pour quelques substituants Z classiques dans le tableau 5.8, et sont valables pour des réactions où les molécules d’une même série contenant Z subissent une attaque nucléophile, électrophile ou radicalaire selon un mécanisme semblable.
substituants

σm + 0,12 + 0,12 - 0,16 - 0,007 0 + 0,37 + 0,43 + 0,71

σp - 0,37 - 0,27 - 0,66 - 0,17 0 + 0,23 + 0,54 + 0,78

σ+m

σ +p - 0,92 - 0,78 - 1,13 - 0,31 0 +0,11 +0,79

σ −p

-OH -OCH3 -NH2 -CH3 -H -Cl -CF3 -NO2

0,05 - 0,16 - 0,10 0 +0,40 +0,57 +0,73

0

+1,27

note: selon les auteurs, ces valeurs peuvent varier légèrement. Les valeurs non indiquées sont inconnues.
Tableau 5.8

5. Polarisation des liaisons

171

Il existe des réactions pour lesquelles le site d’attaque est le cycle lui-même (comme les substitutions électrophiles § 8.2), dans ce cas, le groupe Z peut intervenir dans l’état de transition. Si une résonance est possible, la charge est délocalisée y compris dans Z (comme dans la réaction du schéma 5.30) ce qui conduit à deux nouvelles séries de σ affectés de signes positifs ou négatifs, σ+ et σ–. Si le groupe Z est électrodonneur + M et la charge délocalisée de l’état de transition est positive, on utilise σ+.

OMe

NO2

O2N

OMe

-H O N 2

OMe

(Z à effet +M)
Schéma 5.30

Inversement, si Z est un groupe électroattracteur –M et que la charge délocalisée de l’état de transition est négative, on utilise σ– (cas plus rare). Les valeurs de σ+m et σ+p ainsi qu’une valeur de σ–p sont indiquées dans le tableau 5.8.

5.8

Les liaisons hydrogènes

Lorsqu’un atome d’hydrogène est lié à un hétéroatome très électronégatif comme l’oxygène, l’azote ou le fluor, et à un moindre degré avec le chlore ou le soufre, l’effet inducteur –I de cet hétéroatome a pour résultat de rendre l’hydrogène acide ce qui correspond à l’établissement d’une charge partielle positive. Cette charge lui permet de créer des associations moléculaires ou intramoléculaires, dues à des interactions électrostatiques, appelées liaisons hydrogènes avec des hétéroéléments porteurs d’une charge partielle négative, oxygène, azote, fluor. C’est ce qui explique les associations moléculaires de l’eau, des alcools, de l’acide fluorhydrique, mais aussi de l’ammoniac (figure 5.28).

H O H H +δ H -δ O H
eau

H O H

H +δ O R +δ H O R
alcool

H H O R

-δ F

+δ H

-δ F

+δ H

-δ +δ F H

H N H

+δ H

-δ N

H H

acide fluorhydrique

ammoniac
Figure 5.28

172

Chimie organique

Si on considère la liaison Y-H où Y est un atome électronégatif, plus cette électronégativité sera élevée, et plus la charge partielle positive portée par l’hydrogène sera importante. Dans la mesure où l’atome d’hydrogène est petit, la charge est « concentrée » et la force électrostatique importante. De même, la « concentration » de la charge partielle négative est d’autant plus importante pour les éléments électronégatifs que l’atome correspondant a un faible volume, ce qui est le cas de F, O et N, et explique les très faibles liaisons hydrogènes avec le chlore pourtant d’électronégativité proche de celle de l’azote mais de volume atomique plus élevé. L’énergie d’une liaison hydrogène est nettement plus faible qu’une liaison normale interatomique et inférieure à 41,84 kJ mol-1, valeur la plus élevée correspondant à la liaison de ce type entre molécules d’acide fluorhydrique H-F---H-F-. D’autres valeurs peuvent être données : HO---H (29,29 kJ mol-1), HN---H (8,37 kJ mol-1). Ces énergies de liaison expliquent la raison pour laquelle des composés analogues comme l’eau, H2O, et l’acide sulfhydrique, H2S, présentent une différence de points d’ébullition conséquente, respectivement 100 °C et – 60 °C : en effet, l’acide sulfhydrique est un gaz à 25 °C. Les molécules d’eau sont associées par des liaisons hydrogènes tandis que celles d’acide sulfhydrique ne le sont pas. Pour que l’eau passe à l’état gazeux, il est donc nécessaire de rompre les liaisons hydrogènes ce qui suppose un apport d’énergie donc un point d’ébullition plus élevée. Cette remarque est valable aussi pour les alcools et thiols de faibles masses. Ce type de liaisons joue un rôle important dans l’ionisation des molécules d’halogénures d’alkyles RX par les alcools polaires protiques R’OH dans la première partie du mécanisme de substitution nucléophile SN1 (§ 8.1.3) bien que les énergies de ces liaisons O-H---X soient très faibles puisque formées entre OH et des halogènes dont les volumes sont importants (sauf pour le fluor). Des liaisons hydrogènes peuvent se créer avec les carbones hybridés « sp2 » et « sp3» car dans ces cas, l’électronégativité des carbones impliqués augmente. Quelques exemples de liaisons hydrogènes intramoléculaires sont donnés dans le schéma 5.31.
O A) R O H O H O C R B) Me O C C H2 O C Me Me
forme énolique stabilisée par une liaison hydrogène prépondérance de cette forme tautomère

O

H C H

O Me

association bimoléculaire des acides carboxyliques de faibles masses

acétylacétone

H

C

O

H O O D) O N H
E)

C)
salicylaldéhyde

H N

O

H N

8-hydroxyquinoléine

N H

N O H O
structure o-quinonoïde stabilisée par deux liaisons hydrogènes (responsable de la couleur bleue de cette substance)

trans-indigotine

Schéma 5.31

5. Polarisation des liaisons

173

Les acides carboxyliques de faibles masses, comme l’acide acétique, existent à température ordinaire sous forme de dimères (A). Les molécules sont retenues entre elles par deux liaisons hydrogènes : celles-ci doivent être rompues pour passer à l’état gazeux ce qui explique une valeur anormalement élevée des points d’ébullition de ces composés. Certains composés β-dicarbonylés comme l’acétylacétone (B), l’acétoacétate d’éthyle, CH3-CO-CH2-COOEt, ou le malonate d’éthyle, CH2(COOEt)2 sont en équilibre chacun avec une forme énolique qui est stabilisée par une liaison hydrogène intramoléculaire, ce qui la rend prépondérante. Le salicylaldéhyde (C) et les sels de l’acide salicylique présentent des liaisons hydrogènes intramoléculaires qui stabilisent leurs structures, au même titre que la 8-hydroxyquinoléine (D). La conjugaison de nombreuses doubles liaisons absorbe une partie de la lumière donnant une couleur au composé correspondant. Dans le cas de l’indigotine qui existe sous formes cis (non représentée) et trans (E) qui est en équilibre avec une forme stabilisée par deux liaisons hydrogènes, cette dernière présente de nombreuses doubles liaisons conjuguées, ce qui lui donne une coloration bleue indigo caractéristique. Enfin, les liaisons hydrogènes ont un rôle prépondérant dans les conformations de nombreuses molécules d’origine naturelles comme les acides nucléiques.

Chapitre 6 Entités réactives

Sommaire :
6.1 La réaction ...................................................................................................... 178 6.2 Le milieu réactionnel ..................................................................................... 179 6.3 Les solvants ..................................................................................................... 180 6.4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7.3) .................................. 182 6.5 Les réactifs nucléophiles ............................................................................... 183 6.6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles ......................................... 183 6.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction ......... 183 6.8 Les réactifs électrophiles .............................................................................. 185 6.9 Les centres ou sites électrophiles ................................................................ 185 6.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison ............... 186 6.11 Les carbocations ou ions carbonium ........................................................ 187 6.11.1 – Structure ........................................................................................... 187 6.11.2 – Stabilité ............................................................................................ 188 6.11.3 – Formations ........................................................................................ 190 6.11.3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant ............................................................. 6.11.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures .......................... 6.11.3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures .................... 6.11.3d – Protonation de liaisons insaturées ........................................ 6.11.3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique .. 6.11.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires, les hémiacétals et acétals 190 191 191 191 194

194

176

Chimie organique 6.11.3g – Décomposition des sels de diazonium .................................. 195 6.11.3h – Utilisation des superacides .................................................. 196 6.11.4 – Réactions des carbocations .............................................................. 197 6.11.4a – Réarrangements par transpositions, et éliminations d’un proton porté par un carbone en α du carbone chargé (CαH) 197 6.11.4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles ............................... 206 6.11.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations ...................... 207

6.12 Les radicaux ................................................................................................. 208 6.12.1 – Structures ......................................................................................... 209 6.12.2 – Formations et stabilité ..................................................................... 209 6.12.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles ........................................ 215 6.12.4 – Les réactions de Minisci ................................................................... 216 6.12.5 – Les réactions radicalaires ................................................................. 217 6.12.5.a – Dismutation (ou disproportionation) .................................. 6.12.5.b – Couplage radicalaire ........................................................... • 6.12.5.c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H entre radical instable et alcane ramifié ............................... 6.12.5.d – Réactions de substitution ................................................... 6.12.5.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons .................... 6.12.5.f – Polymérisation vinylique ..................................................... 6.12.5.g – Auto-oxydation des composés organiques .......................... 6.12.5.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe ................. 6.12.5.i – Réarrangements .................................................................. 217 218 218 219 224 230 232 234 235

6.12.6 – Le radical-cation .............................................................................. 235 6.12.7 – Le radical-anion ............................................................................... 236 6.12.8 – Le biradical ou diradical .................................................................. 237 6.13 – Les carbanions .......................................................................................... 237 6.13.1 – Formations ....................................................................................... 238 6.13.2 – Stabilité ............................................................................................ 241 6.13.3 – Structures ......................................................................................... 244 6.13.4 – Réactions (généralités et réarrangements) ....................................... 245 6.14 Les carbènes ................................................................................................. 247 6.14.1 – Formations ....................................................................................... 247 6.14.2 – Réactivité et stabilité ....................................................................... 249 6.14.2a – Additions sur les alcènes ..................................................... 6.14.2b – Additions sur les alcynes et les allènes ................................ 6.14.2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane .... 6.14.2d – Réarrangements .................................................................. 6.14.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes ...................... 250 254 254 255 255

6. Entités réactives

177

6.15 Les nitrènes ................................................................................................... 255 6.15.1 – Formations ........................................................................................ 256 6.15.2 – Réactions .......................................................................................... 257 6.15.2a – Additions .............................................................................. 6.15.2b – Insertion dans une liaison C-H ............................................. 6.15.2c – Dimérisation ......................................................................... 6.15.2d – Echange d’atome d’hydrogène avec un alcane ..................... 6.15.2e – Réarrangements .................................................................... 257 259 259 260 260

6.16 Les composés 1,3-dipolaires ou dipoles-1,3 ............................................. 267 6.17 Les ylures ....................................................................................................... 268

radicaux. ou par piégeages. Si. et dont l’existence très courte n’est démontrée. – l’utilisation de molécules marquées avec des isotopes comme le deutérium 2H ou le tritium (radioactif) 3H. qu’en utilisant des techniques physicochimiques. en additionnant au milieu un réactif qui leur est très spécifique. l’écriture de la réaction où ne sont indiqués que les différents réactifs de départ et les produits finaux séparés par une flèche est insuffisante puisque cette écriture est seulement le bilan de plusieurs réactions où se forment et interviennent des entités réactives. – l’étude de la stéréochimie des composés formés en fonction de celle des réactants. rayonnement). pour l’hydrogène. carbènes. Il existe alors un mécanisme réactionnel. – l’identification des produits dits secondaires (composés en faibles quantités à côté des produits principaux de la réaction) qui peuvent donner des indications sur des intermédiaires possibles. Dans ce cas. dans la plupart des cas. pour créer de nouvelles molécules. la réaction s’effectue via diverses étapes. Ce réactif réagira avec l’entité intermédiaire en formant un nouveau composé facilement identifiable. réagissent entre eux. C’est le cas le plus général en chimie organique. en raison de l’antagonisme des fonctions qu’ils portent chacun. – l’étude de l’influence de la polarité des solvants : les réactions qui ont pour intermédiaires des composés ioniques se font plus facilement dans les solvants polaires. les principales méthodes utilisées sont : – les études cinétiques qui enregistrent l’augmentation ou la diminution de la vitesse de formation des produits finaux en fonction des concentrations en chaque réactant. Quand les produits d’une réaction sont formés par une simple collision entre les réactants. – la détection par des techniques physicochimiques de la présence d’intermédiaires réactionnels (par exemple. la réaction est dite élémentaire. carbanions. du rayonnement. elle est le résultat physique et chimique de la mise en présence de réactifs (ou réactants) qui. le milieu a. sans qu’il se forme de composés intermédiaires. au contraire. durant lesquelles sont produites des entités intermédiaires réactives (carbocations. ce qui est très rare. sous l’influence ou non d’effets physiques (chaleur. ou le carbone 13C ou 14C (radioactif) à la place de 12C pour « suivre » le devenir de certains atomes dans le déroulement de la réaction. et avec l’aide ou non d’un catalyseur (§ 6. Certaines réactions sont des transformations chimiques ou physiques d’une seule molécule de structure donnée en une nouvelle (ex : réarrangements intramoléculaires). Lorsque les intermédiaires sont des radicaux.4). la présence de radicaux par la résonance paramagnétique électronique ou RPE).178 Chimie organique 6. – le piégeage des entités intermédiaires. de la température. il conduira à l’inhibition de la réaction étudiée. de la polarité du solvant. Pour déterminer les mécanismes réactionnels impliqués dans une réaction complexe donnée. et par piègeage de cet intermédiaire. . de la pression. souvent difficilement isolables.1 La réaction Représentée sous forme d’une équation chimique. ou en des composés de plus faibles masses (ex : décompositions sous l’effet de la chaleur). la réaction est dite complexe. dans la plupart des cas. nitrènes…). moins d’importance.

(réaction équilibrée) ou irréversible. Peu de réactions en chimie organique ont lieu en phase gazeuse. oxydant solide déposé sur de la célite. Le retrait d’un composé intervenant dans l’équilibre par une technique classique.2 Le milieu réactionnel La plupart des réactions en chimie organique se font mieux en milieu homogène (une seule phase. permet d’orienter la réaction vers la formation du produit extrait du milieu réactionnel. Ce type de réaction est caractérisé par une double flèche inversée. les réactants étant en solution dans un solvant. 6. le milieu peut être neutre. à sec. Il est rendu basique par l’addition de bases minérales ou organiques. Toutefois. lesquelles contiennent le composé à hydrogéner en solution dans un solvant. un solide et un liquide). elles peuvent servir de solvants. le plus souvent minéraux. p-CH3C6H4SO3H. la pyridine. la réaction peut avoir lieu de gauche à droite ou de droite à gauche . mais dans certains cas. ou l’acide para-toluènesulfonique. Certaines réactions comme l’hydrogénation nécessitent l’emploi de « bombes » en acier inoxydable. certaines oxydations ont lieu par passage de vapeurs sur un composé solide chauffé. Afin d’augmenter la surface de contact avec les autres réactants. alcools). Les réactions irréversibles sont caractérisées par une flèche unique dirigée de gauche à droite. Le milieu est rendu acide par addition d’acides minéraux dans un solvant dans lequel ils sont miscibles (eau. Dans ces réactions. En solution. Dans ce cas. lorsqu’elles sont liquides comme celles indiquées. dans certains cas. C5H5N et la triéthylamine. la pression peut être de un à quelques bars. la réaction ne peut avoir lieu qu’à la surface du solide. ou organiques (comme l’acide acétique CH3COOH qui peut servir de solvant. Et3N. et parfois un catalyseur. Elles sont reliées par un tube d’acier à une bouteille d’hydrogène munie d’un manomètre. . Ces conditions facilitent les interactions entre réactants. terre de diatomées inerte chimiquement). son orientation dépend de la loi d’action de masse (voir cours de chimie générale). parmi de nombreuses autres. le plus souvent liquide).6. basique ou acide. Certaines réactions se font par chauffage de mélanges de composés en poudre. composé solide soluble dans de nombreux solvants organiques et ajouté en faibles quantités comme catalyseur acide). ils sont déposés sous forme de couche monomoléculaire sur des supports solides inertes (ex : carbonate d’argent. Parfois. Le cas le plus classique est l’estérification des acides en milieu acide. sans solvant. c’est-à-dire des proportions de chacun des réactifs au début de la réaction et des conditions opératoires (température. Entités réactives 179 Un autre caractère d’une réaction est son caractère réversible. Les bases minérales les plus employées sont les hydroxydes et carbonates alcalins et les bases organiques. peut largement dépasser 100 bars. l’utilisation de composés insolubles dans les solvants organiques. la distillation continue. Dans ce dernier cas. Les réactifs gazeux réagissent très souvent par barbotage dans une solution du second réactif. pression) mais non des catalyseurs qui n’agissent que sur la vitesse de la réaction. oblige à effectuer la réaction en milieu hétérogène (plusieurs phases. Toutefois. Les produits formés dans ce type de réaction ne peuvent plus réagir l’un sur l’autre dans les conditions normales de cette réaction. le plus souvent deux. ces réactants solides sont réduits en poudres très fines. par exemple. Dans le premier cas.

6. les solvants polaires aprotiques sont d’excellents solvants. car elle augmente la fréquence des chocs intermoléculaires et. Afin d’augmenter le contact entre réactants et de rendre homogène le milieu réactionnel.3).l)-isopropanol (Eb : 82°C) CH3 H O CH2-(CH2)2-CH3 n-butanol (Eb : 118°C) CH3 H O C CH3 CH3 t-butanol (Eb : 83°C) H O CH CH2-CH3 (d. est mis en œuvre. pour leur majorité. Le solvant forme des liaisons hydrogènes (§ 5. le solvant polaire est aprotique. DMF. et. Dans le cas contraire.1. le diméthylformamide.8) avec Y ce qui facilite l’ionisation. en particulier. par conséquent. la vitesse des réactions. présentent . Les plus classiques sont indiqués ci-après. une agitation réalisée par un appareil est nécessaire. Dans ce cas. DMSO. Lorsqu’un rayonnement UV (utraviolet) est nécessaire. Elles sont alors réalisées sous atmosphère inerte. et le diméthylsulfoxyde. les réactions nécessitent l’absence de contact avec l’oxygène de l’air afin d’éviter des réactions d’oxydations inopinées d’un réactant ou d’un composé final. le solvant est dit protique. (§ 8.l)-s-butanol (Eb : 99°C) CH3COOH acide acétique (Eb : 118°C) Comme les solvants polaires protiques.3 et 11. L’utilisation des microondes peut être utile dans certains cas. un barbotage d’azote ou d’argon. Si leur fonction est susceptible de former des liaisons hydrogènes. voire de libérer un proton dans certaines réactions. Les solvants polaires ont une structure moléculaire qui présente un moment dipolaire élevé ce qui facilite la solubilisation des molécules polaires (molécules présentant un dipôle) par associations intermoléculaires entre dipôles. dans la mesure où les composés organiques. les solvants peu polaires ou semi-polaires et les solvants non polaires ou apolaires. la réaction est effectuée dans un appareil en quartz (silice pure) car le verre de laboratoire absorbe en partie ce rayonnement.3 Les solvants Parmi les solvants employés couramment en chimie organique. H O H H O CH3 méthanol (Eb : 65°C) H O CH2-CH3 éthanol (Eb : 78°C) eau (Eb : 100°C) H O CH2-CH2-CH3 n-propanol (Eb : 97°C) CH3 CH HO CH2-CH3 (d. Les solvants polaires protiques sont nécessaires pour effectuer des réactions qui nécessitent l’ionisation d’une liaison C-Y très polarisée où Y exerce un effet électroattracteur -I (voir mécanisme SN1 et E1).180 Chimie organique Souvent. on distingue les solvants polaires protiques et aprotiques.

Entités réactives 181 un moment dipolaire.6. Comme indiqué dans le paragraphe précédent. Ils sont présentés ci-après. Certains sont basiques comme la pyridine et la triéthylamine. Certains ont un rôle de base de Lewis en raison de la présence d’hétéroéléments comme l’oxygène. CH3 N CH3 CH3 triéthylamine (Eb : 89°C) pyridine (Eb : 115°C) diméthylformamide ou DMF (Eb : 153°C) diméthylsulfoxyde ou DMSO (Eb : 189°C) H3 C N H3C N CH O H3 C H3C S O H3C H3C H 3C CH3 N P O N H3C C N H3 C O C CH3 H3 C N O O H3C CH 3 acétonitrile (Eb : 81°C) acétone ou propanone (Eb : 56°C) nitrométhane (Eb : 102°C) hexaméthylphosphotriamide ou HMPT (Eb : 232°C / 740 mm Hg) Cl chlorobenzène (Eb : 130°C) NO2 nitrobenzène (Eb : 210°C) Les solvants semi-polaires sont des composés qui ont un moment dipolaire peu élevé. ils peuvent intervenir dans les réactions comme catalyseurs en prenant part au mécanisme réactionnel. 2 Et2O. par exemple : RMgX. comme le diéthyl éther ou le tétrahydrofurane ou THF : ils s’associent avec les acides de Lewis pour former des sels au sens de Lewis comme avec le trifluorure de bore BF3. O C2H5-O-C2H5 diéthyl éther (Eb : 35°C) CH3COOC2H5 O tétrahydrofurane ou THF (Eb : 66°C) O 1. qui leur confère des propriétés de bases de Lewis. ou des complexes avec les organomagnésiens. Ils sont tous aprotiques.4-dioxane (Eb : 101°C) acétate d'éthyle (Eb : 77°C) HCCl3 chloroforme (Eb : 61°C) CH2Cl2 dichlorométhane ou chlorure de méthylène (Eb : 39°C) CH3 H3C toluène (Eb : 110°C) CH3 p-xylène ( Eb : 138°C) Les solvants non polaires ou apolaires correspondent à des molécules qui ne présentent pas de moment dipolaire permanent en raison de leurs structures symétriques .

alcoolates alcalins. éthers de pétrole: mélanges en quantités varées d'alcanes indiqués ci-dessus CCl4 cyclohexane(Eb : 81°C) tétrachlorure de carbone (Eb: 76°C) benzène (Eb : 79°C) (composé très toxique. palladium). basiques (hydroxydes alcalins. et augmente sensiblement la vitesse. ou les métaux finement divisés. réutilisés pour une nouvelle réaction. Le catalyseur est entièrement présent en quantité et en qualité en fin de réaction. C’est souvent exact pour les catalyseurs acides (ex : acides minéraux ou organiques). bases de Lewis comme la pyridine ou la triéthylamine). et. le palladium qui catalyse certaines hydrogénations peut servir aussi pour des déshydrogénations. moins toxiques. être ajoutés au milieu réactionnel en quantités stœchiométriques afin qu’un réactif soit entièrement transformé en une entité réactive avant l’addition du second réactif. après lavage. .4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7. Les quantités de catalyseur ajoutées à une réaction sont théoriquement très inférieures à la stœchiométrie de la réaction. n-hexane. n-heptane (Eb : 98°C). tant sur la nature des produits formés que sur les rendements. Le catalyseur n’influe pas sur le résultat chimique de la réaction. Il est remplacé par ses dérivés méthylés comme le toluène ou le xylène. ou minéraux (acides de Lewis comme AlCl3. souvent remplacé par le toluène) Le benzène n’est plus utilisé dans les laboratoires en raison de sa haute toxicité. pentane. L’action d’un catalyseur est réversible. Elles solubilisent plutôt des molécules non polaires. hexane ou heptane. ils peuvent être récupérés par filtration. nickel ou palladium).3) Un catalyseur est une substance minérale ou organique qui participe à une réaction en favorisant chimiquement la formation d’intermédiaires réactionnels (ex : additions d’acides ou de bases). le catalyseur est perdu (ex : acides. Par exemple. Le catalyseur n’influe pas sur la composition du mélange de produits à l’équilibre. dans certains cas. ou un moment dipolaire très faible comme les alcanes. C’est le cas des enzymes qui facilitent par leurs structures les interactions entre divers composés biologiques ou non. ZnCl2. pour des raisons expérimentales. (ex : nickel de Raney. ce qui diminue l’énergie d’activation qui aurait été nécessaire pour effectuer cette réaction en son absence. carbures saturés: n-pentane : C5H12 (Eb : 36°C).182 Chimie organique comme le benzène ou le tétrachlorure de carbone. Par contre. Il est possible aussi que le solvant serve de catalyseur comme la pyridine ou l’acide acétique. en permettant de meilleurs contacts entre réactants (nickel dans le processus d’hydrogénation des alcènes). Dans le cas de catalyseurs solides insolubles dans le solvant et parfois très coûteux. ou physiquement.…). Très souvent. C6H14 ( Eb : 69°C). 6. les catalyseurs organiques comme les alcoolates peuvent. Les catalyseurs peuvent être biologiques.

de l’oxygène des fonctions alcools ou éthers. phosphines. soit avec un atome déficitaire en électrons comme le proton H+. soit avec un atome d’un centre dit électrophile d’une molécule. R-S-R’. lorsque ses réactions font intervenir des doublets d’électrons non liants de ses hétéroéléments ou les électrons . soit une charge négative (anion) portée par un hétéroatome (ex : ion hydroxyde HO-. 6. Caractère nucléophile décroissant R3 P > I phosphine > CN > R3N > R-O > Br > O > Cl ion phénate > RCO2 >F > CH3-O-H > H2O méthanol amines ion cyanure ion alcoolate ion carboxylate Autres exemples : R-S ion thiolate C carbanion base de Lewis acide conjugué de la base de Lewi s Et O Et R1 R2 N R3 H H Et O Et R1 R2 N R3 H H base de Lewis acide de Lewis sel "au sens de Lewis " Et O Et + BF3 Et O BF3 Et Figure 6. du soufre des thiols ou thioéthers. RNHR’ ou R-N(R’)-R . Les réactifs nucléophiles (rassemblés pour les plus classiques dans la figure 6. RNH2. amines. ou par un atome de carbone (carbanion R3C-).).6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles Chaque site à forte densité électronique dans une molécule est considéré comme centre ou site nucléophile. …) dans les éthers. S.1 6. mais aussi des doubles et triples liaisons. ion azoture N3. de l’azote des amines. ion thiolate R-S-. en particulier. Entités réactives 183 6. Il s’agit. thioéthers. soit un ou plusieurs sites à forte densité électronique tels que les hétéroatomes (O.1) contiennent dans leurs structures moléculaires. R-O-R’.6.5 Les réactifs nucléophiles Un réactif est dit nucléophile s’il est capable d’apporter un doublet d’électrons pour créer une liaison covalente. N.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction On utilise le terme « caractère nucléophile » pour une fonction. Il peut s’agir aussi d’un atome chargé négativement comme un carbanion. ion alcoolate R-O-. ion cyanure CN-. R3P. ion amidure NH2-. qui portent des doublets d’électrons libres (ou non liants) et qui sont alors appelés bases de Lewis dans la mesure où elles sont capables de retenir un proton pour former un acide conjugué dans un équilibre acido-basique ou de former un « sel »au sens de Lewis avec un acide de Lewis.

l’oxygène des alcools leur confère à la fois un caractère nucléophile. puisqu’elles forment avec les acides. R"' R"' R N R" R' H R R N R' caractère nucléophile de l'amine R" H N R' caractère basique de l'amine R" H C O H C O caractère basique de la fonction cétonique Schéma 6. un fort caractère basique.1). et un caractère basique dans leurs équilibres acido-basiques en présence d’un acide fort (schéma 6.2 L’oxygène d’une fonction carbonylée a un caractère basique dans la mesure où il peut retenir un proton. des sels comme les chlorhydrates ou sulfates qui sont des composés stables (schéma 6. hors des équilibres acido-basiques dans lesquels intervient un proton. Par contre. son . par leurs réactions avec des entités portant des charges positives comme les carbocations dans la formation des éthers-oxydes. un fort caractère nucléophile car de nombreuses réactions débutent par une attaque d’un site électrophile par le doublet libre de l’azote. R-O-R’.184 Chimie organique π de ses doubles liaisons.2). R R R O H H R R O H caractère nucléophile de l'alcool H O H caractère basique de l'alcool (équilibre acido-basique) Schéma 6.1 Les amines ont à la fois. et aussi. Par exemple. et malgré la présence d’une double liaison.

Ils jouent un rôle important dans de nombreuses réactions comme catalyseurs (schéma 6. ester. CH3COOH. Dans certains cas. case quantique vide AlCl3 trichlorure d'aluminium acides de Lewis BF3 trifluorure de bore ZnCl2 chlorure de zinc R chlorure d'alkyle Cl AlCl3 trichlorure d'aluminium Cl AlCl3. HCl. ou bien un site à faible densité électronique comme l’aluminium dans AlCl3. Br+. R complexe Et O Et diéthyl éther trifluorure de bore Et BF3 Et diéthyléther trifluoroborate O BF3 Schéma 6.6. réactif électrophile est apporté par des acides minéraux forts HBr. 6. les réactifs électrophiles sont pauvres en électrons. les réactifs électrophiles contiennent une charge positive portée par un hétéroélément (ex : NO2+. le zinc dans ZnCl2. un carbone (carbocation. On peut y ajouter BF3. groupes électrophiles. R3C+). Ils acceptent un doublet d’électrons pour former une liaison covalente avec un atome à forte densité électronique. Ils ont un déficit électronique.3 Le proton H+. mais aussi par des acides organiques comme l’acide acétique. n’attaquent pas cet oxygène. Les groupes chargés positivement. aldéhyde. R-N=N+…).3).9 Les centres ou sites électrophiles L’atome de carbone des fonctions carbonylées >C=O et thiocarbonylées >C=S (cétone. Hors le proton H+. il ne se forme qu’une liaison de coordination (dans le cas d’électrophiles dérivés de métaux ou du bore). amide et leurs analogues soufrés) ou celui de la fonction nitrile.représente un centre électrophile en raison de son déficit électronique résul- . H2SO4. comme les carbocations. Ces composés métalliques et BF3 sont appelés acides de Lewis. -C≡N et des imines >C=N. Entités réactives 185 caractère nucléophile est inexistant. les acides benzène sulfoniques (ex : acide para-toluène sulfonique p-CH3-C6H4-SO3H). 6. un centre nucléophile. parmi d’autres. sels dans lesquels l’ion métallique a une lacune électronique (une case quantique vide).8 Les réactifs électrophiles A l’inverse des réactifs nucléophiles.

En fait. C-K ou C-Li sont le plus souvent. peut s’effectuer de manière homolytique ou hétérolytique. triflate. p-CH3-C6H4-SO3-. des liaisons ioniques avec un caractère covalent plus ou moins important en fonction du milieu (C-Na et C-K ont un fort caractère ionique.(sauf le fluor). et les halogènes X. Elles sont accompagnées de contre-ions Y+ (souvent des cations métalliques) ou X. l’oxygène.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison La rupture d’une liaison covalente entre un carbone et tout autre élément y compris un autre atome de carbone. une charge positive. dans la fonction.4). il acquiert ainsi une charge négative. +δ −δ +δ −δ C O C Cl Nu ou Nu Nu ou Nu Schéma 6.4 6. CF3SO3-. C-Li a souvent un fort caractère covalent).6). . donc homolyse de la liaison. Les entités carbonées chargées ainsi formées sont respectivement un carbanion ou un carbocation selon que l’atome de carbone est chargé négativement ou positivement. Il en est de même des carbones liés à un groupe à fort effet inducteur électroattracteur –I. dès leurs formations. le soufre ou l’azote. l’atome le plus électronégatif emporte avec lui le doublet de liaison. et l’autre.1) (schéma 6.(des anions). rupture homolytique de la liaison C-Y: C Y C + 2 radicaux libres Y Schéma 6. les liaisons C-Na. par contre. CH3SO3-. comme les groupes partants (ou sortants) : groupes mésylate.5 Dans le second cas. qui ont aussi une aptitude nucléofuge élevée (voir substitution nucléophile SN2 § 8. Les solvants très polaires favorisent le caractère ionique de ces liaisons. Dans le premier cas. Cet atome de carbone est donc facilement attaqué par les réactifs nucléophiles.5). rupture hétérolytique d’une liaison ou hétérolyse (schéma 6. tosylate. chaque atome participant à la liaison reprend l’électron qu’il avait mis en commun en formant la liaison de covalence : il en résulte deux entités réactives non chargées appelées radicaux libres (schéma 6.186 Chimie organique tant de la présence d’un atome électronégatif. lorsque la rupture est homolytique.

Ce sont des réactifs électrophiles.6.11.7).7 . Nu C* R3 R3 C R2 R3 attaque en dessous du plan du carbocation orbitale "p" vide attaque au-dessus du plan du carbocation R2 R1 Nu R2 C* R1 = R 2 = R 3 Nu R1 R1 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 6. Ruptures hétérolytiques des liaisons: C Y Y= métal C carbanion + Y C X C carbocation + X X= halogène ou groupe partant (par exemple O-SO2-C6H5) Schéma 6.6 6. Cette structure s’apparente à celle du carbone hybridé « sp2 » mais avec une différence importante. Elles forment entre elles des angles de 120 .6 et 6. un électron est manquant (schéma 6.7).11 Les carbocations ou ions carbonium Ce sont des groupes organiques dont l’un des atomes de carbone porte une charge positive : elle résulte de la perte d’un électron lors de l’hétérolyse d’une liaison avec un groupe partant (ou sortant) (schémas 6.1 – Structure Les trois liaisons du carbone chargé positivement se situent dans un plan. l’orbitale « p » est vide. Entités réactives 187 6.

Les réactions dont un intermédiaire est un carbocation sont racémisantes pour le carbone concerné.11.1. 6.2 . C’est le cas. comme les groupes alkyles stabilisent la charge positive du carbone. et/ou mésomères des groupes liés au carbone chargé.3). R1 R2 R3 carbocation tertiaire R1 C > R2 H carbocation secondaire R1 C > H H carbocation primaire H C > H H carbocation méthyle C R1. en particulier. des réactions de substitutions nucléophiles monomoléculaires SN1 (§ 8. à deux carbones asymétriques de configurations inversées. Dans le cas contraire.2 – Stabilité La stabilité des carbocations est fonction des effets inducteurs.188 Chimie organique Le carbone chargé dans cette structure plane peut donc être attaqué de part et d’autre de ce plan. mais ces derniers sont toutefois plus stables que le carbocation méthyle. et aussi aux possibilités d’hyperconjugaison (§ 5. si les trois substituants de ce carbone sont différents. R3 représentent des groupes alkyles H 3C H3C C H3C carbocation tertiobutyle H3C > H3 C H carbocation isopropyle H3 C C > H H carbocation éthyle H C > H H carbocation méthyle orbitale "p" vide C orbitale hybridée sp3 du carbone α H C C hyperconjugaison Figure 6. et à un mélange d’énantiomères en quantités égales (un racémique) s’il n’existe pas d’autres centres d’asymétrie dans la molécule. Les groupes à effet inducteur donneur +I.6. R2. ce qui conduit. eux-mêmes plus stables que les carbocations primaires. deux diastéréoisomères sont obtenus.7) avec des liaisons CαH. Les carbocations aliphatiques tertiaires (dont le C+ est lié à trois groupes alkyles) sont donc plus stables que les carbocations secondaires.

C’est le cas pour le radical tertiobutyle avec 9 CαH. hydroxyméthyle. mercaptométhyle. H2C CH CH2 H2C CH CH2 carbocation allylique H3C H2 C O H H2C O H H 3C carbocation hydroxyméthyle H3 C N CH2 H3C carbocation diméthylaminométhyle N CH2 CH2 carbocation benzylique CH2 Schéma 6.9).8 Certains carbocations cycliques sont stabilisés par aromatisation.9 .6. C’est le cas des carbocations cyclopropènyle et tropylium (et de leurs dérivés alkylés) (schéma 6. La charge du carbocation benzylique est aussi délocalisée sur le cycle benzènique (schéma 6. carbocation cyclopropènyle aromatique (4n + 2 = 2. avec n = 1) Schéma 6.8). aminométhyle et leurs dérivés substitués. plus sa stabilité sera renforcée. C’est le cas pour les carbocations allylique.2). La possibilité d’une résonance entre le carbocation et une double liaison ou un groupe mésomère électrodonneur +M le stabilise. Entités réactives 189 La possibilité d’hyperconjugaison avec une liaison CαH (recouvrement de l’orbitale « p » vide du carbone chargé et d’une orbitale hybridée « sp3 » de CαH) est un facteur de stabilisation (figure 6. Plus le carbocation aura de possibilités d’hyperconjugaisons. avec n = 0) carbocation tropylium aromatique (4n + 2 = 6.

11. et il se transforme le plus souvent en un carbocation plus stable par un réarrangement intramoléculaire. le groupe mésyle dans les mésylates. voire secondaire. ou bien il perd facilement un proton pour devenir un alcène (voir réactions des carbocations § 6.10). la liaison qui unit le groupe carboné au groupe partant est ionisée en un carbocation et un anion (ou contre-ion). Cette ionisation. Le carbocation est alors stabilisé par solvatation : le solvant l’entoure comme une gangue protectrice ou bien forme une paire d’ions avec le contre-ion (schéma 6.3).3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant Un groupe sortant (ou partant) est un groupe qui exerce un fort pouvoir attracteur sur le carbone auquel il est lié.1. H R1 R2 R3 C Y H solvant polaire protique R1 R2 C + Y contre-ion solvant polaire protique R3 carbocation tertiaire paire d'ions H3C H3C H3C Ph Ph H C Cl C Br solvant polaire protique H3C H3C H3 C C + Br solvant polaire protique Ph Ph H C + Cl Schéma 6. ou – N. 6. pour autant qu’il se forme. par exemple) diminue la stabilité du carbocation. le groupe tosyle dans les tosylates.3 – Formations La formation d’un carbocation peut résulter de plusieurs types de réactions indiquées ci-après. comme les halogènes (surtout Cl et Br) dans RX. R-O-SO2-CH3.190 Chimie organique Bien entendu. favorisée par la formation de liaisons hydrogènes avec le solvant.11. correspond à la première partie du mécanisme de substitution monomoléculaire SN1(§ 8. Un carbocation instable ou peu stable a une réactivité plus élevée par rapport aux réactifs nucléophiles que les carbocations stables.11. On peut y ajouter aussi les triflates R-O-SO2CF3. un groupe à effet électroattracteur – M (groupe -COOR.4). 6. mais pas primaire (énergie de formation trop élevée).10 . qui est une réaction lente. dans la mesure où le groupe R est tertiaire. Sous l’effet ionisant d’un solvant polaire protique. R-O-SO2-C6H4-(p)CH3.

il réagit immédiatement avec le nucléophile présent dans le milieu réactionnel. le carbocation tertiobutyle (CH3)3C+ tertiaire. S’ils n’ont pas de stabilités équivalentes.12). les acides organiques.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures 191 Certains sels d’argent sont susceptibles de réagir avec un bromure d’alkyle pour former un carbocation (schéma 6. Si sa stabilité est peu élevée. l’hétéroélément possèdant au moins un doublet d’électrons libres dans les cétones et aldéhydes. S’il est très stable.3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures L’ionisation d’une liaison C-X peut résulter de l’action d’un acide de Lewis comme le trifluorure de bore.1d) (schéma 6. dans l’anhydride sulfureux (SO2) liquide. les thiocétones et thioaldéhydes. se formera préférentiellement au carbocation isobutyle primaire. AlCl4 SO2 liquide F + SbF5 R . AlCl3. La protonation conduit à un carbocation Dans le cas des alcènes dissymétriques (schéma 6.4) peuvent avoir lieu avant la réaction avec le nucléophile.11. SbF6 Schéma 6.12 6.11.11. BF3. ou le pentafluorure d’antimoine. (CH3)2CH-CH2+ instable. L’action de AlCl3 sur un chlorure d’acide dans un solvant non polaire comme le benzène. H 3C H3C H3 C Schéma 6.3d – Protonation de liaisons insaturées Les liaisons insaturées des alcènes. fournit un cation acylium ce qui correspond à la première partie de la réaction d’acylation des composés aromatiques appelée réaction de Friedel et Crafts (§ 8. un carbocation alkyle secondaire. celui qui se forme préférentiellement est celui qui est le plus stable. le trichlorure d’aluminium.13). Entités réactives 6.4. Lorsque HBr est ajouté au 2-méthylpropène. SbF5.11. stable. les nitriles ou les imines sont des sites nucléophiles qui sont facilement attaqués par les acides forts. R-COCl R + AlCl3 RCO. par exemple. le proton peut a priori se lier à l’un ou l’autre des carbones qui forment la double liaison. des réarrangements (§ 6.6. ce qui conduit à deux carbocations isomères.11). .11 H3C C Br + Ag H3C H 3C C + AgBr 6.

les composés carbonylés ou thiocarbonylés additionnent un proton pour conduire à des carbocations mésomères.14). effet Kharasch. Comme les alcènes.13 Si HBr est en quantité stœchiométrique par rapport à l’alcène.1). prépondérant bromure d'isobutyle halogénure le moins substitué Schéma 6. C’est donc le bromure le plus substitué qui sera obtenu. Lorsque HBr est ajouté en très faible quantité (catalytique).14 . le carbocation tertiobutyle réagira immédiatement avec le nucléophile Br. formation favorisée a C b C CH3 CH3 CH3 b ou attaque de H par le dessous du plan (résultats identiques dans ce cas) H C H C H CH3 CH3 CH2 C H CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable CH3 H3 C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable H3 C H C Br CH2 C CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable H + Br BrCH2 C CH3 CH3 + Br H3C H 3C bromure de tertiobutyle. halogènure le plus substitué.192 Chimie organique a H H H + H C C H H CH3 CH3 H3C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable. R C H aldéhyde R1 O R2 cétone R C O H thioaldéhyde R1 C S R2 thiocétone C S H C O + H C O C O H Schéma 6.1.3.1. stabilisés par la résonance due à la conjugaison du carbone chargé positivement ayant une orbitale vacante.du milieu et le bromure de tertiobutyle sera le résultat de cette réaction d’addition de HBr sur le 2-méthylpropène. mécanisme appelée « anti-Markownikov » (§ 9. la réaction s’oriente vers une polymérisation (§ 9.1) (c’est le résultat inverse de l’addition de HBr en présence d’un initiateur de réactions radicalaires comme un peroxyde. avec une orbitale « p » de l’oxygène ou du soufre possèdant un doublet libre non liant (schéma 6. C’est l’addition de HBr selon la réaction de Markownikov (§ 9.1).

16). un réactif nucléophile. Entités réactives 193 Les acides organiques. O R C OH acide OH R C O S R C SH R C S R C S R OH thioacide SH C O SH dithioacide O R C H O H R C O O H R H Schéma 6.15 O C O H R H C O O H H Les imines. sont d’abord protonés pour former des carbocations. préparées le plus souvent par la réaction de condensation d’un aldéhyde ou d’une cétone avec une amine primaire. thioacides et dithioacides sont protonés par les acides forts minéraux (HX.15). . cette réaction fournit un sel d’iminoéther (schéma 6.6. H2SO4…) ou organiques (comme l’acide para-toluène sulfonique). Si celui-ci est un alcool primaire.17). sont protonées par les acides forts en fournissant un sel d’iminium mésomère qui résonne avec un carbocation (schéma 6. R1 C O R2 H2N R 3 R1 R2 C N Z si R1 > R2 : R1 R3 et R2 C E N R3 + H 2O mélange d'imines Z et E C N H C N H ion iminium C N H Schéma 6. en présence d’halogénure d’hydrogène.16 Les nitriles. qui réagissent immédiatement avec le milieu. Le carbocation qui résulte de cette protonation est stabilisé par résonance (schéma 6.

Une déprotonation fournit le produit final.H NO2 nitrobenzène Schéma 6.18 6. les alcools secondaires. les hémiacétals et acétals Les alcools tertiaires. sont protonés sur l’oxygène..19).194 Chimie organique R C nitrile N H R C N H R R-O-H C N H H N H R C O R' H R C N H O R' sel d'iminoéther Schéma 6.11. l’anthracène… conduit d’abord à la formation d’un carbocation dont la charge est délocalisée.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires. L’ensemble des deux réactions constitue la substitution électrophile aromatique indiquée SEAr (§ 8. le naphtalène. si HX est utilisé) (schéma 6. L’élimination d’une molécule d’eau fournit un carbocation lequel peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu (par exemple X.18).11.4. H3 C CH3 X C CH3 H3 C H3C H3C halogènure de tertiobutyle H3 C H3 C H3C C O H + H H3C H3 C H3 C C O H -H O 2 H C X alcool tertiobutylique Schéma 6.1) (schéma 6.17 6.19 .3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique La réaction d’un réactif électrophile sur un composé aromatique comme le benzène. H + NO2 H (HNO3-H2SO4) NO2 . et dans une moindre mesure. mais jamais les alcools primaires.

21).6. H R1 O R' 1) C + R2 OH R1 H R2 C O R' . Il peut aussi se former un peu d’un halogénure d’alkyle par réaction du carbocation avec l’anion chlorure du milieu (schéma 6. sur les amines primaires (1). un alcool.3g – Décomposition des sels de diazonium Les sels de diazonium sont préparés par action de l’acide nitreux. à une température inférieure à 5 °C. schéma 6. L’acide nitreux est libéré in situ par addition d’une solution de nitrite de sodium à une solution d’acide chlorhydrique diluée contenant l’amine. Le carbocation ainsi produit réagit immédiatement sur le nucléophile du milieu le plus abondant. Les sels d’alkyldiazonium sont peu stables à température ordinaire (25 °C) car –N2+ est un puissant groupe partant. L’action d’une solution diluée d’un acide fort transforme un acétal ou un cétal en aldéhyde ou cétonevia deux carbocations (2).R'OH OH R2 R1 C O -H H R1 R2 C O hémiacétal R2 = H hémicétal R2 = groupe carboné aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné H R1 2) R2 O R' C O R' + H R2 R1 C O R' . Leurs déprotonations fournissent respectivement des aldéhydes et des cétones. par exemple l’eau.R'OH O R' R2 R1 C O H O H R1 R' R2 C H O O H R' acétal R2 = H cétal R2 = groupe carboné R1 R2 C O -H R1 C R2 O H R1 C R2 O H O R' H aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné Schéma 6. . HNO 2. son contre-ion Cl-.20 Des réactions équivalentes sont observées avec les analogues soufrés (oxygène remplacé par le soufre). les sels se décomposent alors en donnant un carbocation. et une molécule d’azote (processus irréversible). Entités réactives 195 Les hémiacétals d’aldéhydes et de cétones protonés éliminent une molécule d’alcool pour former des carbocations (réaction 1. 6.20). pour former dans ce cas.11.

Par contre. mais aussi au fluorure de méthyle (schéma 6. Le carbocation t-butyle résulte à la fois de ces réactions appliquées à l’isobutane. R-F + SbF6 CH3 H3 C C H CH3 ou CH3-CH2-CH2-CH3 Schéma 6. 6. Ce mélange acide particulièrement puissant permet d’ioniser la liaison C-F présente dans les fluorures d’alkyles mais aussi de former des carbocations stables à des températures inférieures à –60°C à partir d’alcools et d’alcènes. Cl R + H N N + Cl R + O H R O H -H R O H composé prépondérant R + Cl RCl 2) R' N N R' N N cation aryldiazonium Schéma 6. Cl amine aliphatique primaire R = alkyl R N N H .22).21 Les sels d’aryldiazonium (2) sont plus stables car le cation diazonium est mésomère en raison de la présence du groupe aryle. R . au n-butane. SbF6 SO2 ou SO2ClF FSO3H-SbF5 SO2 ou SO2ClF CH3 H3C C CH3 .11. il est possible de les conserver dans un mélange d’acide fluorosulfurique et de pentafluorure d’antimoine dissous dans SO2 ou SO2ClF. Des carbocations sont aussi produits dans ces conditions à partir d’alcanes.196 Chimie organique 1) R-NH2 NO2Na + HCl H2O R N N R N N . FSO3 + H2 F-SO3H.22 .3h – Utilisation des superacides Les cations alkyles ne sont pas stables dans les solutions d’acides forts comme l’acide sulfurique. ce qui constitue un superacide. SbF5. Ce sont des réactions complexes encore à l’étude et qui aboutissent toujours à des carbocations très stables.

et ceux ainsi stabilisés par transposition. le plus stable. (indiqué CαH). ce sont les alcènes qui possèdent le maximum de liaisons CαH qui sont les plus stabilisés. pourront réagir avec un nucléophile du milieu ou perdre un proton s’il existe des atomes d’hydrogènes sur le ou les CαH.6) et l’hyperconjugaison (§ 5. Dans certains cas. Si plusieurs alcènes sont possibles. la transposition permettra le passage d’un carbocation peu stable à un carbocation mésomère stabilisé par résonance. Exemple 1 : réarrangement du carbocation n-propyle primaire en carbocation isopropyle secondaire transposition d'un atome d'hydrogène augmentation de la stabilité H H3 C C C α H H H H H3C C H C H H carbocation n-propyle carbocation primaire Schéma 6. et éliminations d’un proton porté par un carbone en du carbone chargé (C H) Les réarrangements de carbocations correspondent à des déplacements (transpositions) de groupes carbonés ou d’atomes d’hydrogènes situés en positions α. . Certains réarrangements sont classiques comme ceux de Demjanov. La mésomérie (§ 5. Il reste retenu à sa molécule. La transposition du groupe CH3 conduirait à un nouveau carbocation n-propyle. Durant le réarrangement. Entités réactives 197 6. Les alcènes mésomères sont les plus stables. celui qui est le plus stable est prépondérant.11. donc prépondérants (appelés alcène(s) ou oléfine(s) de Saytzev). Un carbocation primaire se réarrangera en carbocation secondaire ou tertiaire.6.11. Ces réarrangements ne peuvent produire que des carbocations plus stables que ceux de départ et en aucun cas l’inverse. Certains réarrangements portant sur des carbocations cycliques conduisent à des expansions ou des contractions de cycles.23 carbocation isopropyle carbocation secondaire Seule la transposition d’un hydrogène de CαH2 est possible (schéma 6. de WagnerMeerwein. et qui pourra être exceptionnellement primaire.4 – Réactions des carbocations 6. Ce n’est donc pas un processus intermoléculaire mais intramoléculaire.6) sont les deux effets principaux qui stabilisent une double liaison. avec création d’alcène(s). ou pinacolique présentés parmi les exemples ci-après. Parmi ceux qui sont stabilisés par hyperconjugaison.4a – Réarrangements par transpositions.6. Les carbocations de départ.23). de l’atome de carbone chargé positivement. l’hydrogène ou le groupe migrant n’est jamais à l’état libre dans le milieu.

(alcène de Saytzev) est prépondérant. Le plus substitué par des groupes CH3. 12 liaisons CαH sont hyperconjuguées avec les électrons π de la double liaison. Celui-ci peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu ou éliminer un proton d’un CαH. Deux alcènes sont possibles. contre 6 liaisons CαH pour le moins substitué (schéma 6. . CH2 ou CH.24 CH3 H H -H H CH3 C C H C H α α H C H H 6 CαH : alcène le moins stable Le carbocation secondaire 1 effectue une transposition d’un groupe méthyle pour devenir un carbocation tertiaire 2.3-diméthyl-but-2-yle suivie de l’élimination d’un proton d’un C H H3C H3C C C α H H 3C 1 carbocation secondaire CH3 transposition d'un groupe méthyle augmentation de la stabilité H3 C C H3C 2 CH3 C H CH3 carbocation tertiaire H 3C H H α C CH3 C H 2 α CH3 -H H H α H C H H C Cα H H αC C αC H H H H H Cα H 12 CαH : alcène très stable (alcène de Saytzev) prépondérant dans le mélange α H 3C H α C H H H Cα H C H 3C α C H CH3 C α H 2 CH3 C α H 2 Schéma 6.198 Chimie organique Exemple 2 : réarrangement du cation 3.24).

Ces deux nouveaux carbocations éliminent un proton pour former des alcènes mésomères donc stables. dans le second cas. Il faut remarquer que l’α-méthylstyrène peut résulter de l’élimination directe d’un proton du carbocation 2-phényl-propyle (2).25). le carbocation résultant est tertiaire (1).et de β-méthylstyrènes . toutefois. les deux déprotonations fournissent chacune des quantités équivalentes d’α. sera en proportion plus importante dans le mélange. c’est un carbocation secondaire (3).25 Le carbocation 2-phényl-propyle peut donner lieu à deux transpositions (schéma 6. l’isomère E. plus stable que l’isomère Z. un hydrogène ou un groupe méthyle.6. . Bien que la transposition d’un groupe carboné nécessite plus d’énergie que celle d’un atome d’hydrogène. Entités réactives Exemple 3 : réarrangement du carbocation 2-phényl-propyle 199 CH3 1) C H CH2 transposition d'un atome d'hydrogène CH3 C CH2 H carbocation mésomère H3 C -H C C H H carbocation 2-phényl-propyle α-méthylstyrène CH3 2) C H CH2 -H H C CH3 3) C H C H H transposition du groupe méthyle CH3 C H CH3 C H C H H -H isomère E H C et C H CH3 carbocation mésomère isomère Z β-méthylstyrènes Schéma 6. Dans le premier cas. dans la mesure où les isomères Z et E du β-styrène se forment.

seulement 3.200 Chimie organique Exemple 4 : formation d’alcènes à partir du carbocation 2. 7 liaisons CαH.3-diméthyl-pentan-3-yle peut donner lieu à 3 types d’élimination de proton avec la création de trois alcènes isomères 1. On peut en déduire que la prépondérance de ces alcènes sera dans l’ordre 1 > 2 > 3 (schéma 6.3-diméthylpentan-3-yle H H H3C H 3C C α C H -H C H α H CH3 αC H H H H H C H H C C C H 1 C C H H H H CH3 2.3-diméthyl-pentan-3-yle H H H3C H 3C H H3C H3 C C C H C H C H C C C C H H H CH3 -H H H C H H C C C 2 H C H H3C CH3 H 3. et l’alcène 3. 2 et 3. On voit que l’alcène 1 présente 11 liaisons CαH.26).3-diméthyl-pent-2-ène (alcène de Saytzev) prépondérant carbocation tertiaire 2. l’alcène 2. L’alcène 1 est l’alcène de Saytzev.26 Le carbocation tertiaire 2. .4-diméthyl-pent-2-ène H H3C H H H -H H3C C H H C 3 C H H C H3 C H H3C opropyl-but-1-ène 2-is Schéma 6.

. La première correspond à la migration d’un groupe méthyle lié au Cα diméthylé : le carbocation tertiaire 2 qui en résulte élimine un proton du CαH ce qui crée une double liaison dans le cycle et la formation du 1.2-diméthylcyclohexanol -H H CH3 .6.27). Le carbocation tertiaire 3 ainsi obtenu élimine un proton pour former une double liaison extracyclique. L’élimination d’une molécule d’eau libère un carbocation cyclique secondaire peu stable 1.H α CH α 3 H H C H 3 CH3 H -H CH3 CH3 H CH3 1 CH3 α 3 CH3 CH3 isopropylidène-cyclopentane 1. Entités réactives Exemple 5 : réarrangements de Wagner-Meerwein (1914) 201 H O H H CH3 H H O H -H O 2 H CH3 1 CH3 H CH3 CH3 2 CH3 CH3 CH3 2. l’alcool secondaire est protoné (schéma 6.2-diméthylpropane ou bromure de néopentyle (schéma 6. Cette liaison quitte ce carbone pour substituer le carbone chargé positivement ce qui correspond à une contraction du cycle qui passe ainsi de 6 à 5 carbones. Le carbocation 3 peut aussi éliminer un autre proton provenant d’un groupe méthyle. ce qui entraîne deux transpositions possibles.28).27 Lorsque le 2. Le composé correspondant est l’isopropylidène-cyclopentane. mais le composé ainsi formé est le plus instable des produits résultant de ces transpositions et éliminations. d’un cyclohexane à un cyclopentane.2-diméthyl-cyclohexène H H C H CH3 composé le moins stable très minoritaire Schéma 6. Le second réarrangement fait intervenir la liaison du Cα diméthylé avec un CH2 cyclique qui constitue un des substituants de ce carbone au même titre que les groupes méthyles. Un autre exemple de réarrangement de Wagner-Meerwein concerne le 1-bromo2.2-diméthylcyclohexène.2-diméthylcyclohexanol est en milieu acide. il est très minoritaire.

un alcène. Exemple 6 : réarrangements du carbocation cyclobutylméthyle (réarrangement de Demjanov ou Demyanov)(1903) CH2 NH2 NaNO2 + HCl cyclobutyl-méthylamine CH2 N N .29 cyclopentanol H2O -H .2-diméthyl-propane H3C C H3C C H CH3 CH3 CH3 2.2-diméthylpropan-1-ol mais au 2-méthylbutan-2-ol qui est accompagné d’un alcène. en présence d’eau. En fait. ne conduit pas à l’alcool attendu. en raison de l’encombrement stérique du à la présence du groupe t-butyle. Cl .Cl CH2 1 CH2 a H CH2 H CH2 b H -H (a) -H (b) H carbocation cyclobutylméthyle H CH3 méthylène-cyclobutane H 1 H 2 H 1-méthyl-cyclobutène H H CH2 H C -H H H C H cyclopentène CH2 1 C 3 H2 H C H2 OH CH2 C H2 Schéma 6. fournit un alcool.2-diméthyl-propan-1-ol OH CH3 H3C C CH2 CH3 2-méthyl-butan-2-ol H2O -H 2-méthyl-but-2-ène CH3 H Schéma 6. le carbocation primaire qui provient de l’ionisation de la liaison C-Br subit une migration du groupe méthyle ce qui forme un carbocation tertiaire stable qui.202 Chimie organique CH3 H 3C C CH2 Br H2O H3C CH3 C CH2 + Br H2O CH3 -H H3C C C H H3C CH3 C CH2 OH CH3 1-bromo-2. le 2-méthyl-but -2-ène.N2 .28 L’hydrolyse de ce composé qui est une réaction lente. le 2. et par élimination d’un proton.

31). et tétrahydrothiophène (schéma 6. au 1-méthyl-cyclobutène. le cyclopentène. CH2NH2 Z HNO2 H2 O Z et Z OH Z = NH 1. Ces deux composés étant nettement prépondérants par rapport aux autres produits de la réaction. En effet. Ce réarrangement permet des expansions de cycles par un mécanisme semblable à partir d’amines dérivées d’hétérocycliques tels que pyrrolidine. qui aboutissent. tétrahydrofurane.2. Ce réarrangement est favorisé car les cycles à 5 chaînons sont moins tendus que les cycles à quatre chaînons ce qui les rend plus stables. d’une part. CH CH2 Schéma 6. La migration d’un hydrogène de CαH cyclique le réarrange en un carbocation tertiaire plus stable 2.29) forme un sel de diazonium qui se décompose en formant le carbocation cyclobutylméthyle 1.31 CH CH2 Le réarrangement de Demyanov fait référence aux carbocations issus d’une réaction de diazotation d’une amine primaire.32). . Toutefois ces carbocations peuvent résulter d’autres réactions et se réarrangent évidemment de la même façon. Un autre réarrangement du carbocation 1 peut s’effectuer par agrandissement (ou expansion) de cycle ce qui conduit au carbocation 3. et d’autre part. Ce dernier peut éliminer un proton d’un carbone en position α. Un cas particulier d’une « contraction » de cycle concerne les carbocations cyclopropyles car ils sont souvent réarrangés en carbocations allyliques plus stables (schéma 6. auxquels on peut ajouter des traces de cyclobutylméthanol résultat de la réaction du carbocation 1 avec l’eau.30 Z = NH pyrrolidine Z = O tétrahydrofurane Z = S tétrahydrothiophène Des contractions de cycles ont aussi été observées mais elles sont plus rares et correspondent en fait à des réactions équilibrées comme dans le cas des carbocations cyclobutyle (secondaire) et cyclopropylméthyle (primaire) (schéma 6. l’angle dièdre est de 120° donc proche de 109°28’ du carbone hybridé « sp3 ». a et b.4-tétrahydropyridine Z = O 3.4-Dihydro-2H-thiopyrane Schéma 6.4-Dihydro-2H-pyrane Z = S 3. le cyclopentanol. plus stable que les carbocations 1 et 2. alors que dans le second cas les liaisons sont contraintes avec un angle dièdre de 90°.6. Entités réactives 203 L’action de l’acide nitreux sur la N-(cyclobutyl)méthylamine (schéma 6. dans le premier cas.3.30). Le carbocation 3 élimine ensuite un proton pour former un composé éthylènique. instable. ou réagit avec l’eau pour donner un alcool. par deux voies différentes. au méthylène-cyclobutane.

en milieu acide. La pinacolone résulte de la déprotonation de l’oxygène.32 Chimie organique R2 R4 C R5 C R1 C R3 R2 C R3 C R1 C R4 R3 Exemple 7 : réarrangement pinacolique (pinacol pinacolone) Un autre exemple classique de réarrangement est celui qui affecte certains 1. la migration d’un groupe méthyle du Cα conduit à un nouveau carbocation 2. CH3 CH3 H3C C O H CH3 CH3 H3C H C O C O H CH3 H3C H C O C CH3 H3C H -H CH3 H3C C O C CH3 CH3 C O 2 CH3 H CH3 H H3C C O H CH3 CH3 H3C C O C CH3 CH3 H .33 . le pinacol forme.204 R2 R3 C C R1 R4 C R5 R2 R3 C C R1 R4 C R5 Schéma 6. car à la fois tertiaire et mésomère par délocalisation de la charge qui fait intervenir un doublet d’électrons non liants de l’oxygène. Toutefois. la pinacolone.2-diols (glycols) comme le pinacol (schéma 6.33).H 2O pinacol pinacolone CH3 CH3 C O H C O H CH3 CH3 CH 3 . et dans le cas du pinacol.H2 O H3C H CH3 C CH3 CH3 C O C 1 CH3 Schéma 6. En présence d’acide. encore plus stable. et qui fournit des cétones. après élimination d’une molécule d’eau un carbocation tertiaire 1 stable.

4-diméthyl-cyclohexa-2. Le 3-bromobutène et le 1-bromobut-2-ène.4-diméthyl-phénol (schéma 6. Elles sont transformées en dérivés phénoliques. OEt H3C C H C H CH2 3-éthoxy-but-1-ène EtOH.HBr H3C C H C H CH2 OEt 1-éthoxy-but-2-ène Schéma 6.5-diènone qui est transformée en 3.35 .5-diènone 3. La réaction avec l’éthanol conduit donc à deux éthers isomères et en quantités égales dans la mesure où les deux formes limites ont des poids sensiblement identiques (schéma 6. .35). Entités réactives 205 Le même réarrangement s’effectue aussi lorsque les groupes méthyles sont remplacés par des groupes aryles. Une réaction inverse appelée rétro-pinacolique a lieu sur des diènones cycliques. O H H CH3 O H O H O H -H H CH3 O H H H 3C CH3 H 3C H 3C H CH3 CH3 CH3 CH3 4.4-diméthyl-phénol Schéma 6.6.34).HBr Br CH H3C C H ou H3C C H C H CH2 Br H3C C H C H CH2 CH2 EtOH H3C C H C H CH2 + Br 3-bromobut-1-ène 1-bromobut-2-ène EtOH. C’est le cas de la 4. L’ionisation des liaisons C-Br de chacun de ces bromures fournit un carbocation qui représente la forme limite de l’autre. le cas particulier des carbocations allyliques.4-diméthyl-cyclohexa-2.34 Il faut ajouter à ces différents réarrangements. . en solution dans l’éthanol fournissent les deux mêmes éthers en proportions sensiblement égales.

dans le milieu.ainsi libéré pour recréer la liaison de départ.11. un nitrile ou autre. ces réactions ne font pas intervenir de déplacements de groupes d’un carbone à un autre. 6. Un exemple simple est donné pour le 2-bromo-3. le solvant. ou la triéthylamine (4).36). un éther ou un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6. certains .. CN-..36). la concentration élevé d’un ion A-.3-diméthyl-butane (schéma 6. La formation des carbocations par ionisation d’une liaison entre un carbone et un groupe partant Y. comme l’eau. le contre-ion. Toutefois. Si chaque carbocation formé peut donner lieu à une élimination de protons de CαH avec formation d’alcènes.). orientera la réaction du carbocation vers A-. supérieure à celle du contre-ion Y.HY R C O R=H alcool R = alkyl éther R=H ou alkyl solvant: N 4) C Y C sel d'ammonium quaternaire Schéma 6. meilleur nucléophile que le contre-ion Y. HO-.206 Chimie organique Bien que souvent classées comme des réarrangements. D’une manière plus générale. peuvent attaquer le carbocation en produisant respectivement un alcool. 1) C Y Solvant polaire protique C + Y contre-ion 2) C Y + A C A + Y nucléophile plus fort que Y ou en concentration plus élevée que Y R solvant: 3) C Y O H R C Y Et Et Et Et N Et . la présence d’un anion (hydroxyde. Le carbocation peut réagir avec l’anion Y. le carbocation réagit avec tous les réactifs nucléophiles du milieu où il a été formé (2). de nombreuses réactions sont possibles avec les réactifs nucléophiles (schéma 6. est réversible (1).37). le nombre de composés susceptibles d’être présents en fin de réaction peut être très important.favorisera la réaction qui conduira à un alcool. Enfin. Ainsi. Y Et O H . très souvent nucléophile. De même. les alcools (3). Il peut aussi se réarranger.4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles Les carbocations étant des entités électrophiles. cyanure.36 Dans la mesure où les carbocations primaires et secondaires donnent lieu à des réarrangements avec création de nouveaux carbocations. lui-même. ces derniers peuvent eux aussi réagir avec les anions présents et le solvant.

Si une quantité catalytique d’acide est ajoutée à un alcène. R1 C R2 C H + H Schéma 6.5f).3-diméthyl-butane H3C C H3C élimination réarrangement H2O.3-diméthyl-butane H3 C H3C C H3C OH C CH3 CH3 H H3 C CH3 2.38 R1 R R2 C CH2 R Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères (les alcènes dans ce cas). soit sur le pH (par exemple. Ils réagissent alors avec les molécules d’alcène non protonées . Le nouveau carbocation qui en résulte est le plus stable de ceux qui peuvent être formés. Entités réactives 207 contrôles sont possibles en agissant.3-diméthyl-butan-2-ol 2-bromo-2. Cette réaction est à l’origine de la polymérisation des alcènes (schéma 6. il est donc constitué par la répétition n fois du motif « monomère » (voir aussi § 6. .37 6.11.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations Ces réactions s’apparentent à celle du proton sur les alcènes. la température élevée et un pH basique favorisent les éliminations avec formation d’alcènes).3-diméthyl-but-2-ène 2.6. soit sur les concentrations des réactifs.3-diméthyl-butan-2-ol Schéma 6. Le terme « oligomère » s’applique à des polymères formés à partir d’un nombre relativement faible de monomères. réaction avec le solvant CH3 C C H CH3 CH3 C H -H CH3 C C CH3 Br réaction avec le solvant H3C H3 C Br H 3C H2O. ∆ H3C H 3C H3C C C CH3 + H Br -H H3 C C C H3C CH3 OH H H H3 C 2-bromo-3.38).12.H 3. un nombre restreint de carbocations est produit. H3C H3C C C CH3 Br H2O. soit sur la température.

ZnCl2…).208 Chimie organique présentes.39 La polymérisation industrielle d’éthers vinyliques R-O-CH=CH2 est effectuée par cette méthode et fournit des polymères utilisés comme adhésifs.12 Les radicaux Ce sont des atomes.39). H3C•. deux unités de monomères. car la réaction se poursuit avec la création de carbocations de plus en plus importants jusqu’à l’épuisement des molécules d’alcènes (schéma 6. et peut débuter à basse température. exothermique. C’est la polymérisation cationique. qui portent un électron célibataire. Cl3C•. Les éliminations de protons à partir de carbocations intermédiaires sont envisageables ce qui conduit alors à de nouveaux composés éthylèniques. ce qui libère une petite quantité de chlorure d’hydrogène HCl. La réaction est très rapide. 6. Br•). ou substitués (comme HO•. Un exemple est donné avec l’isobutène comme monomère (schéma 6. H3 C H3 C H3C H3C H3 C C CH2 + H3 C C CH2 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH3 H3 C C H3 C H H3 C C CH3 isobutène monomère C CH3 H3 C H3C CH3 CH3 C CH2 C CH3 CH3 H3 C H3 C C CH2 H3C CH3 CH2 C CH3 -H H3C C H3C CH3 CH3 CH3 CH3 CH C CH2 CH3 polymère CH2 C H3 C C CH2 H3 C CH3 C CH3 CH2 H n-1 H n-1 Schéma 6.…).39). . La polymérisation est souvent initiée par l’addition de traces d’eau à un acide de Lewis (AlCl3. La déprotonation du dernier carbocation fournit le polymère. ce qui conduit à de nouveaux carbocations issus de deux unités d’alcène. (CH3)3C•. Les carbocations produits sont toujours les plus stables parmi ceux possibles. seuls (comme H•.

Par exemple. Entités réactives 209 6. isopropyle (CH3)2HC•. la rupture de la liaison est difficile et nécessite beaucoup d’énergie : les radicaux sont instables.4) : C F F Figure 6. le radical libre trifluorométhyle F3C• a une structure de type « sp3 » (figure 6. ou tertiobutyle (CH3)3C•.12.1 – Structures Les radicaux dits libres (peu stables) alkyles.12.2 – Formations et stabilité Les radicaux résultent d’une rupture homolytique ou homolyse d’une liaison covalente ce qui nécessite un apport d’énergie appelée énergie de dissociation DHo exprimée en kJ mol-1. sont plans et le carbone central a une structure de type « sp2 » L’électron célibataire occupe l’orbitale « p » non hybridée perpendiculaire à ce plan.40) : . Plus DHo est élevée et plus la liaison est difficile à rompre.3 La structure plane des radicaux n’est pas générale. Si l’on étudie la formation de radicaux alkyles par homolyse d’une liaison C-H.4 F 6. les valeurs de DHo sont les suivantes (schéma 6.6. comme les radicaux méthyle H3C•. les radicaux formés par cette rupture sont stables. Si l’énergie DHo est faible (liaison fragile).3. comme dans le radical méthyle de la figure 6. orbitale "p" H H C H Figure 6. Si DHo est élevée (liaison forte).

. l’ordre de stabilité décroissante est radicaux tertiaires > radicaux secondaires > radicaux primaires > radical méthyle. on peut le garder dans le méthanol environ 15 minutes. avec un radical stable qui a une durée de vie très longue. de quelques secondes. lesquels sont susceptibles de présenter des phénomènes d’hyperconjugaison entre cet électron célibataire et les électrons σ des liaisons Cα-H des groupes qui substituent le carbone central. Il ne faut pas confondre un radical libre persistant c’est-à-dire qui est mis dans des conditions physiques et chimiques telles que sa conservation soit réalisée. peut être recristallisé et stocké à température ordinaire (voir la figure 6.7).210 Chimie organique H3C H -H H3 C radical méthyle (instable) DH° = 439 kJ mol-1 méthane H3C H3 C CH2 H -H H3 C CH2 DH° = 410 kJ mol-1 diminution de DH° donc augmentation de la stabilité du radical radical éthyle primaire (assez instable) CH H3 C H3 C H3 C H3 C C H -H H3 C H3 C CH DH° = 395 kJ mol-1 radical isopropyle secondaire (assez stable) H3C H -H H3 C H3 C radical tertiobutyle tertiaire (stable) C DH° = 389 kJ mol-1 H 3C H3 C H3 C R1 R2 R3 tertiaire H3 C C H3 C R1 CH R2 secondaire primaire méthyle stabilité des radicaux alkyles CH H3 C CH2 H3C C R1 CH2 H 3C Schéma 6. À une température de 77 K. Cela se traduit par leurs durées de vie plus ou moins courtes exprimées en temps de demi-vie.40 Dans la série des radicaux libres alkyles. La structure de type « sp2 » des radicaux libres alkyles permet de comprendre la stabilité des radicaux tertiaires et secondaires. Le radical méthyle a un temps de demi-vie très court à température ordinaire. Plus il existe de liaisons Cα-H dans ces groupes et plus le radical est stabilisé : c’est le cas du radical tertiobutyle (figure 6. La stabilité d’un radical ou sa persistence à exister est fonction du milieu et de la température. et dans quelques cas.5).

Quelques exemples sont donnés dans le schéma 6. Entités réactives 211 H H H H H C H H H3C C H3C radical tertiobutyle H H CH3 Figure 6.41 : H3C CH3 2 H3C DH° = 377 kJ mol-1 cette réaction est privilégiée par rapport à l'homolyse d'un e liaison CH (voir ci-dessus) H3C H 3C C H2 CH3 H3C H3C CH2 + H3C DH° = 360 kJ mol-1 CH H3C H3C H3 C H3C C CH3 H3C CH3 C CH3 CH3 CH + H3C H3C DH° = 360 kJ mol-1 2 H3C H3 C C DH° = 301 kJ mol-1 Schéma 6. celle dont l’homolyse a un DHo le plus faible. la liaison qui se rompt le plus facilement est celle qui produit le ou les radicaux les plus stables.6.41 Les radicaux alkyles et la plupart des radicaux de la chimie organique sont des entités non isolables appelés radicaux libres et leur formation ne peut être démontrée que par des techniques physico-chimiques comme la mesure du moment magnétique et la RPE (résonance paramagnétique électronique).5 Lorsqu’un alcane peut fournir plusieurs types de radicaux par homolyse d’une liaison. .

dans les radicaux. la réaction s’arrête ce qui prouve la nature radicalaire de la réaction étudiée. L’application d’un champ magnétique puissant avec une radiofréquence appropriée.42). A cette rotation est associé un moment magnétique. mol-1) H H C H 439 H H F C F Cl Cl C Cl O H F H 444 Me Me C Me 389 446 401 364 Tableau 6. Lorsque les électrons sont appariés dans une case quantique. Faute de radicaux présents dans le milieu. repose sur le fait que deux électrons appariés dans une case quantique ont des énergies égales. Ce magnétisme peut être mesuré mais cette méthode nécessite une quantité importante de radicaux ce qui ne la rend pas très facile à utiliser. La détection de la présence de radicaux libres dans une réaction peut être le résultat d’un piégeage de ces derniers dans une réaction par des radicaux dits stables (certains sont commerciaux) comme le radical diphénylpicrylhydrazinyle. O2N Ph Ph N N NO2 O2N diphénylpicrylhydrazyle radical stable + R Ph Ph O2N R N N O2N NO2 radical libre Schéma 6. Cela permet d’enregistrer un spectre spécifique au radical. Les valeurs pour les radicaux méthyle et tertio-butyle sont données pour comparaison. Par contre. l’électron qui est célibataire confère un moment magnétique au radical ce qui est indiqué par l’adjectif paramagnétique. la somme de leurs moments magnétiques est nulle. DH° (kJ. dans la mesure où ils tournent sur eux-mêmes en sens inverse.42 Le tableau 6. avec lesquels ils forment une liaison covalente (schéma 6.1 permet de comparer la stabilité de quelques radicaux libres autres que les radicaux alkyles à partir de leurs valeurs de DHo.1 . Ce n’est pas le cas d’un électron célibataire qui est détecté. Chaque électron tourne sur lui-même dans un sens positif ou négatif exprimé par le spin de l’électron indiqué par +1/2 ou –1/2. mol-1) 464 DH° (kJ. augmente cette énergie en les faisant passer d’un état dit de basse énergie à un état de haute énergie mais la somme de leurs énergies s’annule en raison de leurs spins opposés.212 Chimie organique La première technique repose sur le paramagnétisme du radical. La seconde.

7). lui-même plus stable que le radical benzyle (figure 6.7 O Me Me Me Me O N O nitroxyde . recristallisables et peuvent être stockés. ou de certains nitroxydes (dans ce cas. H C H C H CH2 H C H C H CH2 Schéma 6. C’est le cas du diphénylpycrylhydrazyle déjà cité (schéma 6. stabilité décroissante H C H C H C H radical stable trityle radical diphénylméthyle radical benzyle H C H Figure 6. Ph N N Ph N N Ph radical oxoverdazyle Figure 6.42). Ph3C. qu’ils sont isolables. la gêne stérique apportée par les quatre groupes méthyles diminuent la réactivité du radical) (figure 6. Ainsi le radical triphénylméthyle ou trityle. Par exemple.6. est plus stable que le radical diphénylméthyle.43 La stabilité d’un radical mésomère est en rapport avec l’étendue de la délocalisation de l’électron célibataire. Les flèches courbes entières utilisées pour indiquer le mouvement d’un doublet d’électrons sont ici remplacées par des demi-flèches courbes dans la mesure où un seul électron de l’atome radicalaire prend part à la mésomérie. de l’oxoverdazyle (stabilisé par résonance).6 Certains radicaux sont tellement stabilisés par délocalisation de l’électron célibataire.43). le radical allyle CH2=CH-CH2• (DHo = 361 kJ mol-1) résonne entre deux formes limites (schéma 6. Entités réactives 213 Les radicaux libres mésomères sont très stables.6).

214 Chimie organique L’homolyse d’une liaison de DHo comprise entre 200 et 400 kJ mol-1 peut être le résultat d’une réaction photochimique (rayonnement UV). et en solution. par chauffage à une température inférieure à 100 °C.44 Cl hν ou ∆ 2 Cl hν ou ∆ CH3C=O + CH3 propanone De même.46). Cl O C H3C CH3 radical acétyle Schéma 6. certaines molécules qui ont dans leurs structures des liaisons très faibles comme la liaison O-O des peroxydes d’aroyles Ar-CO-O-O-CO-Ar. Ils sont aussitôt décomposés en deux radicaux aryles Ar• et une molécule d’anhydride carbonique.44). Certains azoalcanes font aussi partie de ce groupe de molécules comme l’AIBN ou 2. des radicaux aroyloxy Ar-CO-O•. ou d’une thermolyse. initiateurs radicalaires R O C O O C O R hν ou ∆ R 2 O C O R 2 + 2 CO2 radical phényle peroxyde d'aroyle si R = H peroxyde de benzoyle ou anhydride perbenzoïque R N N R hν ou ∆ 2R + N N 2R +N N diazoalcane R = alkyl radicaux alkyles CH3 CN Schéma 6.2’-azobis(2-méthylpropionitrile) (schéma 6. il initie cette réaction par un premier apport de radicaux en quantité limitée. . Il en est ainsi pour l’acétone et le chlore (schéma 6.45). avec des DHo comprises entre 80 et 170 kJ mol-1. au milieu réactionnel. forment facilement. Un initiateur de réactions radicalaires est donc un composé qui libère des radicaux. en conditions expérimentales douces (température peu élevée. photolyse).45). Ces peroxydes sont utilisés comme initiateurs de réactions radicalaires (schéma 6.45 AIBN : R = H3 C C Des réactions redox sont aussi susceptibles de libérer des radicaux à partir du peroxyde de benzoyle ou d’un sel de benzodiazonium et de sels cuivreux Cu+ lesquels sont oxydés par transfert d’un électron en sels cuivriques Cu2+ (schéma 6. Ajouté en très faible quantité à des réactifs susceptibles de réagir entre eux selon un mécanisme radicalaire en chaîne.

Toutefois. . la différence entre eux n’est pas comparable avec de vrais réactifs électrophiles ou nucléophiles chargés comme les carbocations ou les carbanions. on peut distinguer deux types de radicaux. Il s’agit plutôt d’une différence de réactivité envers les alcènes. comme dans le radical tertiobutyle. comme le radical trifluorométhyle.46 + N N + Cu2+ Certaines réactions électrolytiques donnent lieu à la formation de radicaux qui sont immédiatement convertis en d’autres composés. C’est le cas de la réaction de Kolbe qui consiste à effectuer une électrolyse d’un sel d’acide organique. dits nucléophiles et électrophiles.47 6. Le couplage de deux radicaux alkyles conduit ensuite à la formation d’un alcane symétrique (schéma 6.47). Entités réactives transfert d'un électron 215 O C O O C O + Cu+ O C + O O C O + Cu2+ N N + Cu+ Schéma 6. car il subit l’effet de groupes attracteurs par effet –I.6. Les radicaux nucléophiles sont caractérisés par un carbone radicalaire qui a une densité électronique relativement élevée car il subit les effets inducteurs + I de groupes alkyles. ou la contribution des électrons π d’une double liaison C=O. O R C O ion carboxylate . En réalité. les radicaux libres sont plutôt considérés comme des entités électrophiles. Les radicaux sont des entités chimiques neutres. comme dans le radical propanoyle. selon la densité électronique du carbone radicalaire.5.11. L’ion carboxylate perd un électron sous l’effet du courant électrique ce qui le transforme en radical carboxylate lequel étant instable fournit un radical alkyle et une molécule d’anhydride carbonique. les alcynes.8). ou le radical triéthoxycarbonylméthyle.12.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles D’une manière générale. et lors de substitutions de certains hétérocycles (§ 6.e- O R C O radical carboxylate radical alkyle couplage R + CO2 2R R R alcane Schéma 6. Les radicaux électrophiles ont un carbone radicalaire à densité électronique faible.4) (figure 6.

4 – Les réactions de Minisci Les réactions de Minisci (1968) permettent de former des radicaux « nucléophiles » et « électrophiles ».12. L’hydroperoxyde de tertiobutyle réagit avec le sulfate ferreux pour produire un radical tertiobutyloxy instable et très réactif qui. 1 eH 3C H3C C O OH + H 3C hydroperoxyde de tertiobutyle Fe2+ H3C H 3C C O H3C radical tertiobutyloxy + ( Fe 3+ + OH ) H3C H 3C C O H3C O + H C C2H5 propanal H 3C H3C C O H H3C alcool tertiobutylique + O C C2H5 radical propanoyle Schéma 6. Les radicaux nucléophiles sont produits à partir de peroxydes (hydroperoxyde de tertiobutyle. instable. en présence de propanal. hydroperoxyde d’hydrogène).CO2 H3C H3 C C H3C + Ag+ (S2O8(NH4)2 + Ag+) acide triméthylacétique radical tertiobutyle Schéma 6. Ag+…) et d’un composé organique qui libère le radical par perte de H•.H H3C H3C C COO H 3C . de sels métalliques (Fe2+. qui se décarboxyle immédiatement en radical nucléophile tertiobutyle (schéma 6.8 6. H3C H3C H3C 2+ C COO H + Ag .48).49 .48 L’acide triméthylacétique est oxydé par un sel d’argent Ag2+ (qui résulte de l’action du persulfate d’ammonium sur le nitrate de Ag+) en un radical triméthylacétate. fournit le radical nucléophile propanoyle à côté d’alcool tertiobutylique (schéma 6.49).216 Chimie organique H3 C H3 C H3C radical t-butyle O C C C2H5 radical propanoyle F F C F radical trifluorométhyle EtOOC EtOOC EtOOC radical triéthoxycarbonylméthyle radicaux électrophiles C radicaux nucléophiles Figure 6.

elles conduisent à des racémisations en raison de la possibilité d’attaques soit des deux côtés du plan dans lequel le radical s’inscrit.5 – Les réactions radicalaires Les réactions des radicaux sont nombreuses et souvent complexes. figure 4. comme pour les carbocations. – la terminaison qui permet de faire disparaître les derniers radicaux formés. Les réactions explosives sont radicalaires.50). il existe quelques réarrangements très spécifiques (§ 6.5. De nombreux exemples sont donnés ci-après à partir de § 6. la même réaction se reproduit en fournissant le produit de la réaction et un radical. la nature du solvant n’a qu’une importance relative.a – Dismutation (ou disproportionation) Deux radicaux alkyles primaires portant un hydrogène en position du carbone radicalaire (CαH) peuvent réagir l’un sur l’autre pour donner une molécule d’alcane et une molécule d’alcène selon le mécanisme suivant qui fait intervenir le déplacement d’un radical hydrogène. le couplage entre deux radicaux. Entités réactives 217 Le radical triéthoxycarbonylméthyle est formé par action d’un sel de manganèse Mn3+ sur le triéthoxycarbonylméthane (schéma 6. Toutes les réactions. soit en raison de l’inversion du système pyramidal (comme les amines.6.13). Les réarrangements.12. puis – les réactions en chaîne ou propagation. la substitution des alcanes. y compris celles qui ne font pas intervenir de radicaux. Toutefois. si elles ne sont pas maîtrisées.50 Mn2+ + C(COOEt)3 6. Le radical est donc d’une part. les polymérisations radicalaires et les auto-oxydations. un mélange en quantités égales de leurs dérivés d’oxydation et de réduction sont appelées réactions de dismutation. on distingue trois parties dans une réaction radicalaire : – l’initiation qui permet l’apparition des premiers radicaux. oxydé (alcène) et d’autre part. Les réactions les plus classiques sont la dismutation (ou disproportionation). Les réactions radicalaires sont presque toujours des réactions très rapides (en chaîne) qui peuvent produire des explosions. . le déplacement d’un radical hydrogène entre un radical et un alcane. déplacements d’atomes ou de groupes sur le carbone radicalaire afin de créer un radical plus stable.51).12. 6. réduit (alcane) (schéma 6. Souvent. sont quasi inexistants pour les radicaux alkyles.i). Mn3+ + H-C(COOEt)3 . ressemblant ainsi aux carbanions (§ 6. l’addition-élimination de radicaux (substitution aromatique).12.d. qui ainsi produisent à partir d’un composé unique.5. Dans de nombreux cas. l’addition sur les composés éthylèniques.5.23) lorsque le radical possède cette structure. Contrairement aux réactions dites ioniques.H Schéma 6. et enfin.12.

C’est la réaction inverse de l’homolyse d’une liaison (schéma 6.5.12.12. .54).c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H• entre radical instable et alcane ramifié Un radical alkyle (primaire ou secondaire) instable ou peu stable. 6.53).218 Chimie organique H R2 C R1 CH2 + R2 H C R1 Schéma 6. 1 e- NaX R R + R X + Na R 2 R X Na Schéma 6.53 Rappel : le couplage radicalaire représente aussi la dernière partie de la réaction de Kolbe (schéma 6.b – Couplage radicalaire C’est la formation d’une liaison entre deux radicaux identiques ou différents.52).52 R R' C’est aussi l’un des mécanismes proposés dans la réaction de Wurtz (1855) qui consiste à chauffer ensemble deux molécules de bromure d’alkyle en présence de sodium afin d’obtenir un alcane symétrique (schéma 6.47).51 H R2 CH2 C CH2 H R1 alcane R2 + R1 alcène C CH2 6. La réaction inverse n’est pas possible. R + R' Schéma 6.5. réagit avec un alcane ramifié pour former un nouveau radical plus stable par déplacement d’un radical hydrogène (schéma 6.

Ce dernier..54 6.12. forme d’abord des radicaux halogènes X• en présence de lumière visible ou UV. attaquer le monohalogénure d’alkyle déjà formé s’il existe plusieurs hydrogènes susceptibles d’être substitués par un . Entités réactives 219 R3 R2 R1 radical primaire instable CH3 C CH2 + H C CH3 CH3 alcane ramifié R3 R2 R1 C CH2 H + H3C CH3 C CH3 radical tertiaire stable CH3-CH2 R3 R2 R1 C C H R + + HC(CH3)3 CH3 H C CH3 CH3 alcane ramifié CH3-CH3 R3 R2 R1 C R + C(CH3)3 CH3 H + H3 C C CH3 CH radical secondaire peu stable radical tertiaire stable R. ce qui représente l’initiation de la réaction.5. Le radical halogène qui l’accompagne peut. Ces radicaux attaquent l’alcane RH pour fournir une molécule d’halogènure d’hydrogène et un radical alkyle. R2. RX R + X Schéma 6. soit. en présence de l’halogène produit un monohalogènure d’alkyle.55).55 L’halogène (brome ou chlore). soit réagir avec une nouvelle molécule d’alcane s’il en reste dans le milieu avec propagation de la réaction en chaîne. initiation X2 RH + X hν 2X R + XH RX + X propagation R + X2 RH + X terminaison R + XH . R1. R3 = groupes alkyles Schéma 6.. dans le cas d’un excès de chlore par rapport à l’alcane.6.d – Réactions de substitution La réaction d’halogènation des alcanes sous rayonnement UV est un exemple classique de substitution radicalaire (schéma 6.

La réaction se poursuit à partir du monohalogénure d’alkyle pour conduire successivement à un dihalogènure d’alkyle. La terminaison de la réaction correspond le plus souvent à un couplage d’un radical X• et d’un radical alkyle. Cette réaction appliquée à des alcanes autres que le méthane conduit à un mélange de composés mono ou polyhalogénés. ou le 2.220 Chimie organique halogène. hν 4 Cl2. puis le tétrachlorure de carbone. hν CH4 2 Cl2. hν hν CH3Cl + HCl chlorure de méthyle CH2Cl2 + 2 HCl chlorure de méthylène CHCl3 + chloroforme 3 HCl + 4 HCl CCl4 tétrachlorure de carbone 2 Cl ClH (initiation de la réaction) Cl2 Cl H H C H + H H C H H H + C H H H radical méthyle + Cl Cl H C H Cl + Cl CH4 réaction en chaine chlorure de méthyle En cas d'excès de chlore par rapport au méthane: H Cl H Cl C H + Cl Cl Cl + H C H H C Cl H + Cl ClH + H C H radical chlorométhyle Cl Cl CH3Cl chlorure de méthylène Schéma 6.2-diméthylpropane (néopentane). selon le nombre d’hydrogènes substituables et le nombre de moles d’halogène mises en réaction pour une mole d’alcane (donc selon la stœchiométrie). Toutefois. puis un trihalogénure d’alkyle. avec l’éthane. le chloroforme.56). comme dans le cas du méthane. Cl2. et cela. le chlorure de méthylène. hν 3 Cl2. le cyclohexane. et selon la quantité de chlore mise en réaction. Dans le cas de la chloration du méthane (schéma 6. etc. il se forme successivement le chlorure de méthyle. un monohalogénure peut être obtenu.56 .. jusqu’à épuisement des réactifs.

Il réagit alors avec le réactif halogéné pour donner un halogénure d’alkyle et un nouveau radical qui extrait un hydrogène d’une molécule d’alcane en formant un nouveau radical alkyle et ainsi de suite. en présence de peroxyde de t-butyle. . Sous l’action de la lumière et en présence de l’initiateur. Si des groupes fonctionnels sont présents dans la molécule. le mécanisme est plus complexe (schéma 6. suivies ou non d’halogénations et de couplages de radicaux divers. un radical alkyle est formé. défavorise l’attaque de ce radical dans leur environnement. ou de sels ferreux comme catalyseurs)… L’addition d’un initiateur tel qu’un peroxyde est nécessaire. excellent réducteur. par exemple. Elle est peu utilisée car la présence dans le milieu réactionnel d’acide iodhydrique. Certaines halogénations peuvent être effectuées en utilisant des réactifs halogénés tels que les monoxydes de brome ou de chlore (X2O). Cette réaction de substitution peut être appliquée à des groupes alkyles liés à des groupes aryles ou fonctionnels. Il se forme un radical-cation aminium qui. en présence d’acide sulfurique (sous rayonnement UV.57) : t-Bu-O-O-t-Bu t-Bu-O + R-H R + t-Bu-O-Cl hν 2 t-Bu-O t-BuOH + R t-Bu-O + R-Cl Schéma 6. Pour l’hypochlorite de t-butyle. des alcanes et leurs dérivés halogénés à chaînes plus longues que l’alcane de départ… et qui peuvent être le résultat de ruptures de chaines carbonées. Les mécanismes sont différents de ceux indiqués pour les réactions avec les halogènes. Entités réactives 221 L’halogénation est favorisée sur les carbones primaires par rapport aux carbones secondaires et tertiaires. ou les N-haloamines (R2NCl). D’une manière générale. ceux qui ont un effet +I comme –OR (R = alkyl) orientent l’attaque du radical X• en position α de ce groupe. favorise la possibilité d’une réduction de l’iodure d’alkyle formé dans la réaction.58). le mécanisme est le suivant (schéma 6. l’hypobromite et hypochlorite de t-butyle (t-Bu-OX). acides ou esters. Le radical alkyle correspondant qui en résulte fournit le dérivé halogéné et un radical-cation aminium. en extrait un radical H•. le phosgène (COCl2). La présence de groupes à effet –I. La présence d’un groupe phényle oriente l’attaque en α de ce groupe. La fluoration est particulièrement difficile à contrôler en raison de la haute réactivité du fluor. la sélectivité de la bromation est plus élevée que celle de la chloration. en réagissant sur l’alcane ou le groupe alkyle d’un composé fonctionnel.57 Dans le cas des N-haloamines.6. d’ouverture de cycles. Ces réactions s’accompagnent de nombreux composés secondaires tels que de l’hydrogène. en présence de l’haloamine protonée. les carbones aromatiques sont plus difficiles à substituer que ceux des chaînes aliphatiques qu’ils portent. L’iodation est difficile et nécessite l’emploi d’une lumière à 184. sous rayonnement UV.9 nm.

Fe+Cl radical-cation aminium R NH R R R + R N H X + R-H R NH2 + R R R R-X Schéma 6. L’action de cet acide sur le NBS permet la libération de brome lequel réagit avec le radical allylique pour former le dérivé bromé correspondant. NBS et NCS. La réaction est très sélective.59 et C H C H Br C H C H C H C H .58 + R NH L’halogénation en position α de la double liaison des composés allyliques représente un cas particulier de substitution radicalaire (schéma 6. des peroxydes initiateurs sont nécessaires. Pour le NCS. La réaction d’initiation fait intervenir HBr ou Br2 présent sous forme de traces dans le NBS.59). respectivement. Sous l’action d’un initiateur. et la réaction est connue sous le nom de bromation de Wohl-Ziegler (1942). le solvant est le tétrachlorure de carbone. Le NBS permet sa libération constante et à faible concentration dans le milieu. Les réactifs les plus utilisés sont le bromo et le chlorosuccinimide. Avec le NBS. un radical Br• est libéré. peroxyde Br2 ou HBr Br + Br C H C H C H + HBr C H C H C H C H2 C H C H O N Br O N-bromosuccinimide (NBS) O + HBr N H O succinimide + Br2 C H C H C H Br Br2 C H C H C H + Br Schéma 6.222 R N R halogénoamine Chimie organique R N R H X R NH R X H Fe2+ . Ce radical réagit sur un composé allylique en formant un radical allylique et de l’acide bromhydrique. c’est en réalité le brome qui est le véritable réactif. les catalyseurs sont le plus souvent des dérivés séléniés comme les chlorures d’arylsélényles ArSeCl ou les disélénides ArSeSeAr. par exemple un peroxyde. Dans le cas de NBS.

Dans le cas du benzène (schéma 6. soit enfin. Il se forme d’abord un radical-cation qui perd un radical H• pour conduire aux dérivés substitués correspondants.62 Les radicaux nucléophiles.6. positions à très faible densité électronique.62). les structures à faibles densités électroniques. attaque le benzène (ou ses dérivés) pour former un radical stabilisé par résonance (réaction rapide). CH3-CH2-CH=CH-CH3 NBS. Ce radical évolue ensuite plus lentement.12.5. attaquent de manière préférentielle. Entités réactives 223 La résonance du radical allylique explique la formation de deux isomères lorsque le composé allylique est asymétrique comme dans l’exemple donné ci-après (schéma 6.61 CH3-CHBr-CH=CH-CH3 La substitution du benzène par un radical s’effectue par une réaction d’addition-élimination.4). Par exemple. peroxyde CCl4 Schéma 6. provenant du chauffage de peroxyde de benzoyle C6H5-CO-O-O-CO-C6H5. soit en se dismutant (2)(§ 6. . soit vers la perte d’un radical H• (addition-élimination) ce qui nécessite la présence d’un radical du milieu (1). H (réaction très rapide) x2 dismutation -H (1) (présence d'un radical du milieu) biphényle x2 dimérisation (2) H H H + biphényle (3) Ph H H H Ph H 4.60) : CH3-CH2-CH2-CH=CH2 NBS.5. le radical phényle. préparés selon la méthode de Minisci (§ 6.12.60 CH3-CH2-CHBr-CH=CH2 et CH3-CH2-CH=CH-CH2Br Si le composé allylique porte deux substituants alkyles différents. peroxyde CCl4 Schéma 6.a). en se dimérisant (3).61).5-diènyl-benzène Schéma 6.4'-diphényl-bicyclohexyl-2.5'-tétraène cyclohexa-2. le radical tertiobutyle ou le radical propanoyle attaquent les sels de pyridinium en α de l’azote quaternaire. la réaction s’effectue de préférence sur un carbone secondaire plutôt que sur le carbone primaire (schéma 6. initiateur radicalaire ajouté au milieu.2'.

le radical triéthoxycarbonylméthyle. l’attaque des radicaux électrophiles est favorisée . hétérocycle π-excédentaire. γ β β α hétérocycle β π-déficitaire α β N pyridine α hétérocycles π−excédentaires α Z Z = O furane Z = NH pyrrole Z = S thiophène CN Me C Me Me radical nucléophile CN Me C Me Me H -H oxydant CN Me C Me Me N H H N H N H ion 4-cyanopyridinium ion 2-t-butyl-4-cyanopyridinium CN + C O -H oxydant CN O N H C Et N H Et radical nucléophile ion 4-cyano-2-propionylpyridinium α α O H C COOEt COOEt COOEt radical électrophile O H COOEt C COOEt COOEt -H oxydant O C COOEt COOEt COOEt 2-(triéthoxycarbonylméthyl)furane Schéma 6. l’effet électroattracteur de C=N attire les électrons vers l’azote et chaque atome de carbone a « moins d’un électron π » par atome de carbone d’où un hétérocycle π-déficitaire. dans le furane. les carbones de l’hétérocycle ont des densités électroniques supérieures à celles des carbones du benzène.12.63 6. soit par un . Par contre.63). Note : dans un hétérocycle -excédentaire. Dans la pyridine.5. on peut écrire que dans le benzène. conduit à un radical délocalisé sur le cycle qui perd ensuite un radical H• avant de fournir le résultat de la substitution (schéma 6. soit par un mécanisme ionique (§ 9.1.224 Chimie organique Dans le cas du furane. l’oxygène a un effet -I et +M.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons . Chaque atome du cycle a « plus d’un électron π délocalisé ». et 6 électrons sont distribués sur cinq éléments.Halogénation radicalaire de composés éthylèniques L’addition d’halogènes sur un alcène peut s’effectuer. Pour simplifier.4) favorisé par un solvant polaire et la présence d’acides de Lewis. 6 électrons π délocalisés sont distribués sur six carbones ce qui fait un électron / carbone. par attaque en position α. et inversement pour un hétérocycle -déficitaire. il est dit excédentaire.

plus la réaction est rapide. réaction possible après addition de l’halogène et en cas d’excès de ce dernier. Il se forme d’abord un nouveau radical qui. Cette propriété a été utilisée pour l’isomérisation de composés éthyléniques cis en composés trans. par réaction avec les molécules de chlore présentes dans le milieu. par addition d’un initiateur de réactions radicalaires en quantités catalytiques décomposé par chauffage. en présence de quantités catalytiques de brome (schéma 6. jusqu’à disparition des réactifs (réaction en chaîne). et un radical Cl• qui permet que la réaction se renouvelle et ainsi de suite. ou en phase gazeuse. sous l’action d’un rayonnement UV (initiation). Note : le choix du tétrachloroéthylène comme exemple est lié au fait qu’une telle molécule n’ayant pas d’hydrogène ne peut pas donner lieu à une réaction de substitution. deux chaînes de réactions coexistent.6. l’hexachloroéthane. Le caractère électronégatif de l’atome de chlore facilite la réaction du radical Cl• avec la double liaison éthylènique. sous l’action d’un rayonnement UV. En raison de la formation de 2 radicaux Cl• lors de l’initiation. ou directement. La réversibilité de ces réactions (retrait des halogènes et retour à un alcène) est générale et sa facilité est en ordre inverse de la réactivité des halogènes vis-à-vis des doubles liaisons. Plus elle est élevée. fournit le produit final. initiation Cl2 + Cl2C CCl2 tétrachloro-éthylène Cl CCl2 Cl + C Cl CCl3 hν 2 Cl Cl3C CCl2 Cl Cl réaction en chaîne Cl3C CCl2 + Cl Cl + Cl2C Cl Cl3C CCl3 + hexachloro-éthane Cl3C CCl2 Cl Cl3C C Cl Cl2 Cl C CCl3 Cl terminaison Cl3C C Cl décachlorobutane Schéma 6. La vitesse de la réaction est fonction de l’intensité lumineuse du rayonnement UV.64) débute par la formation de deux radicaux Cl• à partir d’une molécule de chlore. Entités réactives 225 mécanisme radicalaire.65). dans un solvant non polaire. La terminaison de la réaction résulte du couplage de deux radicaux intermédiaires. .64 La chloration radicalaire du tétrachloroéthylène (schéma 6. c’est-à-dire : Cl2 > Br2 >> I2. plus stables.

66 O O R radical peroxyle L’halogénation directe par le fluor d’un alcène est souvent explosive… et ne nécessite donc pas un rayonnement UV ! -Chloration ou bromation radicalaire du benzène et des alkylbenzènes La chloration ou la bromation du benzène est une réaction radicalaire.65 La présence d’oxygène a pour effet de diminuer la vitesse de la réaction. En présence de 3 molécules de chlore.67).66). O O R R O + O O O + R O O R O R O peroxyde Schéma 6. il y a couplage pour former un radical peroxyle dont la réactivité est très faible avec les alcènes. En présence d’autres radicaux. les deux atomes de chlore s’additionnent en position trans.226 Chimie organique H Br cis ou Z H Br trans ou E H Br Br Br H Br H Br Br . avec décomposition explosive). A forte concentration il devient un inhibiteur (schéma 6. Lorsqu’une molécule de chlore est ajoutée à une molécule de benzène. Elle nécessite un rayonnement lumineux (ou la présence en quantité catalytique d’un peroxyde) pour s’accomplir. L’oxygène peut être considéré comme un diradical. plusieurs stéréoisomères de l’hexachloro-cyclohexane sont formés (schéma 6.Br H Br H Br Br H Schéma 6. . Il réagit avec un radical du milieu pour former un peroxyde (composé instable.

69). C’est ainsi que le chlorure de benzyle peut être préparé.68 . comme l’anhydride perbenzoïque. Le radical Br• attaque la double liaison en formant un nouveau radical bromoalkyle (schéma 6. selon une réaction de substitution.5. de manière préférentielle. initiateur de radicaux libres.3-diène H Cl 1.6-dichloro-1-méthyl-cyclohexa-1.Addition radicalaire du bromure d’hydrogène sur les alcènes (effet Kharasch. pour des raisons thermodynamiques). comme le toluène. . CH3 Cl CH2 CH2 Cl2 radical benzyle stabilisé par résonance CH2Cl + Cl chlorure de benzyle Cl CH3 H Cl CH3 Cl2 radical de structure hexadiènyle H Cl + Cl Cl H 5. Sa formation est favorisée en raison de la plus grande stabilité du radical benzyle par rapport à celle du radical de structure hexadiènyle (schéma 6. Entités réactives 227 Cl2 H Cl Cl hν H 2 Cl H Cl Cl2 Cl H + Cl H 3 Cl2 Cl H Cl H Cl Cl H Cl H Cl radical chloro-hexadiènyle 5.6. sont chlorés.3-diène Schéma 6.6-hexachloro-cyclohexane Schéma 6.6-dichloro-cyclohexa-1. addition anti-Markownikov) En présence d’un peroxyde.4.2. sur le groupe alkyle.67 Les alkylbenzènes.3. le bromure d’hydrogène (et aucun autre halogénure d’hydrogène.68). forme un radical Br• (réaction favorisée par rapport à celle du radical H•).

un bromure d’alkyle est obtenu à côté d’un radical Br•. la réaction est ionique et passe par l’intermédiaire d’un ion carbonium ou carbocation et conduit au bromure le plus substitué (réaction de Markownikov). La réaction s’oriente vers la production du radical le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire). résultant de l’effet peroxyde ou effet Kharasch (1933).6.69 Si l’alcène est dissymétrique.5a).69).228 O O O peranhydride benzoïque initiateur radicalaire Chimie organique O ∆ 2 O O 2 O O production de Br + 2 CO2 O + HBr Et aussi: + H HBr H H H OH H H H + Br H H H + Br H H3C C Br H3C H3C a C ou H CH2-Br H-Br . L’atome de brome est alors lié au carbone le moins substitué dans le radical bromoalkyle (schéma 6. La stéréochimie de ces additions est rendue complexe par des possibilités d’isomérisations dues à la présence de très faibles quantités de brome (voir 6.Br H 3C H3C CH2-H Schéma 6. qui attaque de nouveau une molécule d’alcène et la chaîne de réactions se poursuit. Le bromure d’alkyle qui est obtenu est donc celui.9. Ce résultat est l’inverse de celui qui est observé lorsque la réaction d’addition du bromure d’hydrogène est effectuée dans un solvant polaire. qui est le moins substitué. deux radicaux peuvent être le résultat de cette réaction.Br H3C C H3C 1-bromo-2-méthyl-propane CH2 Br b b C H a H H3C radical tertiaire stable bromure le moins substitué (addition anti-Markownikov due à l'effet Kharasch du peroxyde) Br H3C H3C C CH2 radical primaire très instable Br H-Br C . Dans ce cas. parmi les deux possibles. La terminaison de cette chaîne fait intervenir des réactions de couplage des radicaux bromoalkyles intermédiaires. d’où le nom de la réaction radicalaire appelée anti-Markownikov. Par réaction avec une nouvelle molécule de bromure d’hydrogène. . et selon le carbone éthylènique attaqué.

Br Et Me C HS H C Me R Et C S Br H Me Me H C R Br Br mélange racémique 1 Addition cis Br Et H C Me Et C Me H Br Schéma 6.Br H Br Me Me H Et C C S R Br H mélange racémique 2 Dans de nombreux cas. serait liée à la courte demi-vie du premier radical formé par addition de Br• qui permet difficilement la rotation autour de l’axe C-1-C-2 en raison du volume atomique du brome. par rapport à Br.70). et trans.71) ou le 2-bromobut-2-ène. et à une interaction entre l’atome de brome et le carbone radicalaire qui conduit alors à un radical ponté ne permettant qu’une addition trans de H (de HBr). La raison invoquée pour cette tendance à la stéréosélectivité trans de l’addition radicalaire du bromure d’hydrogène.Br C Me . et bien que de manière générale les réactions faisant intervenir un radical ne soient pas stéréosélectives (obtention de deux racémiques 1 et 2) en raison des attaques de chaque côté du plan de type « sp2 ».Br H Et Me C R C S Br H Me Et C C Me H Me Br Br C Me . et plus particulièrement pour les cycloalcènes (addition totalement trans pour le 1. dans des conditions très douces. l’addition radicalaire de HBr sur les alcènes dissymétriques conduit à un mélange de dérivés bromés résultant d’additions cis et trans (schéma 6. Addition trans (souvent prépondérante) Et Et C C Me Me Br Et C Me C Me H Br Et C Me H Br Me C C Br H Me Et C Me H Br C H Me Br H . Entités réactives 229 On rappelle qu’une addition sur un alcène est dite cis si les deux éléments s’additionnent ensemble du même côté du plan « sp2 » de l’alcène. dans certains cas. si chacun des deux éléments s’additionne de part et d’autre de ce plan. lorsque la réaction d’addition est effectuée avec des réactifs très purs. à –80 °C.70 Br C H Me . une forte stéréosélectivité trans. avec souvent.6. .2-diméthylcyclohexène (schéma 6.

leurs noms triviaux ou semi-systématiques dérivent de celui du monomère devant lequel on ajoute le préfixe « poly »....71 D’autres composés comme les thiols RSH (RS•... COOH H2N COOH H2N diacide .. On distingue les homopolymères constitués uniquement d’un seul type de monomère et les copolymères qui sont formés à partir d’au moins deux monomères différents qui peuvent être en séquences alternées ou au contraire désordonnées.f – Polymérisation vinylique Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères..2.. Leur nombre peut varier de 100 à 100 000 unités.. Schéma 6.72). A la différence du polymère.x H 2O .. Pour les plus communs. comme leur nom l’indique. .. par polymérisation radicalaire. le retrait ou l’addition d’unités monomériques fait varier ses propriétés.12.x H2O HOOC COOH HO . H•) ou CCl4 (CCl3•.. Cl•). et les polymères de condensation qui... sont susceptibles de s’additionner selon un mécanisme radicalaire sur les alcènes. en plus ou en moins. Quelques exemples sont donnés tableau 6... L’unité monomérique est le groupe bivalent dérivé du monomère dont la répétition constitue le polymère. Il existe des polymères d’addition (par exemple. des abréviations sont utilisées ou des noms spécifiques..2-diméthyl-cyclohexène (d. 6. OH HOOC diacide COOH HO dialcool OH . résultent de la condensation de molécules entre elles avec perte d’une petite molécule à chaque condensation..72 Note : Pour les homopolymères.l)-1-bromo-1... voir ci-après) formés par additions successives de molécules de monomère avec perte d’atomes résultant de l’addition (polyéthylène. Les propriétés d’un polymère ne varient pas si l’on fait varier ce nombre.2-diméthyl-cyclohexane Schéma 6. souvent l’eau (par exemple : diacides sur diols qui fournit des polyesters... HNCO CONH polyamide NHCO CONH . de quelques unités.. de 4 à 15 unités. ou diacides sur diamines qui permet de préparer des polyamides) (schéma 6. NH2 HOOC OOC COO polyester OCO NH2 HOOC diamine COO .5..230 Chimie organique Me Me HBr (peroxyde) S Me H Me R Br + R H Me Br S Me 1. Un oligomère est aussi constitué à partir de molécules de monomères mais en nombre restreint... par exemple).

et aussi par dismutation). chaîne de réactions radicalaires (ou propagation des chaînes) avec un renouvellement du même mécanisme jusqu’aux réactions de terminaison (couplage entre deux radicaux polymères ou avec un radical d’initiateur radicalaire et un radical polymère. . L’oxygène de l’air est susceptible de former des peroxydes en présence d’alcènes. les monomères vendus dans le commerce sont stabilisés par de petites quantités d’inhibiteurs radicalaires (phénols. Entités réactives 231 monomère CH2=CH2 CH2=CH-CH3 CH2=C(CH3)2 CH3 structure du polymère .(CH2-CH)nCH3 CH3 -(CH2-C)n CH3 CH3 -(CH2-C=CH-CH2)nPh -(CH2-CH)nCl -(CH2-CH)n- nom trivial polyéthylène polypropylène abréviation PE PP polyisobutylène PIB CH2=C-CH=CH2 CH2=CH-Ph CH2=CHCl polyisoprène polystyrène polychlorure de vinyle PS PVC CF2=CF2 -(CF2-CF2)n- polytétrafluoroéthylène ou Téflon Tableau 6.(CH2-CH2)n. ces peroxydes libèrent des radicaux qui peuvent initier la propagation des chaines.73). Leurs polymérisations nécessitent un chauffage et des pressions élevées. Le mécanisme est donné pour le polyisobutylène (schéma 6. ou l’AIBN dont une partie de la structure se retrouve au début du polymère.2 La polymérisation radicalaire suit le modèle de la plupart des réactions radicalaires : initiation par un initiateur de réaction radicalaire comme l’anhydride perbenzoïque. quinones) qui agissent comme antioxydants pour éviter une polymérisation inopinée. Les alcènes de petites tailles comme l’éthylène ou le propène sont plus difficiles à polymériser que les autres monomères comme le chlorure de vinyle. En se décomposant. C’est la raison pour laquelle.6. réaction très rapide voire violente.

Ils ont des propriétés différentes d’un polymère bien ordonné dit isoatactique.g – Auto-oxydation des composés organiques Laissés en présence d’oxygène et sous l’action d’un rayonnement UV (le soleil par exemple). de nombreux composés organiques comme les alcanes.74) d’une manière générale par R-H. les alcènes. 6. les aldéhydes ou les éthers. moins intéressants pour les applications industrielles. peuvent . Ces polymères sont dits atactiques. indiqués ci-après (schéma 6.5.73 La polymérisation de composés de structure CH2=CH-f où f représente un atome ou une fonction peuvent se polymériser de façon anarchique avec des positions variables de f dans la chaîne du polymère.12.232 Chimie organique Initiation: initiateur de radicaux libres ∆ C Rad H3C H3C C CH2 Rad H3 C CH2 Rad H3 C isobutylène radical le plus stable Propagation des chaînes H3C H3C H 3C C CH2 C CH3 CH2 Rad H3 C C H3C CH3 CH2 C CH2 Rad CH3 H 3C H 3C H3C C CH2 H3C C CH2 CH3 C CH2 Rad CH3 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad 2 CH3 isobutylène Terminaison H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad n-1 CH3 CH2 Rad n-1 CH3 CH3 H3 C C CH H3C CH3 C CH2 Rad n-1 CH3 x 2 (dismutation) H3C + H3 C polymère: polyisobutène CH CH2 C unité monomérique Schéma 6. Certains catalyseurs métalliques permettent d’éviter la formation de polymères atactiques.

9 . Un premier radical du milieu Rad•. forme l’hydroperoxyde R-O-O-H et un nouveau radical R•. par réaction avec une nouvelle molécule R-H. qui. Entités réactives 233 être oxydés à température ordinaire. Ces composés souvent présents dans les solvants de laboratoire en plus ou moins grandes quantités ont été à l’origine d’explosions lors de la distillation de ces solvants (en particulier. il se forme un radical peroxyle R-O-O•. un éther. et incapables d’intervenir dans de nouvelles réactions dans le milieu. Le traitement de ces solvants.6. R R-O-O + + O-O R-H ROO radical peroxyle R-O-O-H hydroperoxyde + R O2 R-O-O R-O-O-H + R R-O radical alcoxy (si R = alkyl) R-O-O-R peroxyde + OH radical hydroxyle Schéma 6. en raison de leur grande instabilité. Le radical peroxyle peut réagir avec R• du milieu pour former un peroxyde R-O-O-R. issu d’une photolyse ou de toute autre réaction. lequel peut renouveler le cycle réactionnel avec une molécule d’oxygène… Rad + R-H RadH + R RH désigne un alcane. OH NH2 OH p-hydroquinone NH2 p-phénylènediamine Figure 6. avec formation de sulfate ferrique.9). Ces derniers contiennent des hydrogènes (H de OH phénolique ou de NH2 d’amines aromatiques) qui peuvent être facilement extraits par réaction avec les radicaux formés à partir du solvant. un alcène. peu réactifs. selon un processus lent. Les nouveaux radicaux qui en résultent sont stables. en hydroperoxydes. les solvants commerciaux contiennent de petites quantités d’inhibiteurs de radicaux libres ou antioxydants comme l’hydroquinone ou la p-phénylènediamine (figure 6. En présence d’oxygène qui peut être considéré comme un diradical. le diéthylé).74 D’autres réactions sont possibles. extrait un radical H• de RH. ou un aldéhyde. C’est pourquoi. par une solution aqueuse de sulfate ferreux est un autre moyen qui permet d’éviter la présence de peroxydes car ce sel les réduit. R-O-O-H.

qui est recyclé en vitamine E par une réaction d’oxydo-réduction faisant intervenir la vitamine C. La peroxydation lipidique serait à l’origine de nombreuses maladies (maladies d’Alzheimer ou de Parkinson. Ils perdent facilement CO2 pour former des radicaux alkyles. Il explique la formation de radicaux d’origine biologique à partir des lipides. sont utilisés comme édulcorants (conservateurs) dans l’industrie alimentaire.5. forment des alcanes (voir le schéma 6. ce qui la durcit. de diverses maladies cardiovasculaires) car une abondance anormale de radicaux dans les tissus biologiques peut déclencher leur nécrose ou leur mort.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe L’électrolyse des sels d’acides aliphatiques conduit par oxydation anodique à des radicaux carboxylates selon la réaction de Kolbe (1849). D’autres composés antioxydants qui fonctionnent selon le même principe que la vitamine E. qui.47). La vitamine E.75 6. Ces mécanismes radicalaires sont aussi à l’origine du rancissement des huiles végétales.234 Chimie organique L’auto-oxydation joue un rôle dans le durcissement des couches de peinture puisque les radicaux RO• qui résultent de la décomposition des hydroperoxydes permettent d’initier la polymérisation de certains constituants. a pour rôle d’éviter une augmentation anormale de radicaux dans l’organisme (schéma 6.12. un tocophérol. Elle intervient en libérant un radical H• de sa fonction phénol ce qui la transforme en un radical très stable inactif. de cancers de la peau. le radical tocophéroxyle. par couplage. L’auto-oxydation est un phénomène important en biologie. CH3 R radical d'origine biologique CH3 O CH3 RH + H3 C CH3 CH2 CH3 O Me Me H3 C CH3 O C16H33 O CH3 O Me C16H33 O C16H33 H O H3C CH3 H O CH2 Me vitamine E (un tocophérol) HO O CH3 C16H33 H3 C C16H33 H3 C équilibre entre deux structures du radical tocophéroxyle forme quinonique radical stable tocophéroxyle OH HO O Vitamine E O H OH H O vitamine C Schéma 6. .75).

6. en présence d’ions ferreux.12. favorise un réarrangement. Il débute par le retrait d’un radical hydrogène de la fonction aldéhyde par un radical acétyle. La réaction peut alors se renouveler et ainsi de suite jusqu’à épuisement des réactifs (schéma 6. Ainsi.12. Il se forme d’abord un sel de N-chloraminium.77). correspond à un déplacement de groupe ou d’hydrogène qui permet la création d’une nouvelle entité plus stable que celle de départ. Un radical ponté. Finalement. Celui-ci réagit sur un alcane RH en formant un radical alkyle R• et un sel de l’amine. Ce radical en réagissant alors avec une nouvelle molécule de sel de N-chloraminium conduit au chlorure d’alkyle à côté d’un nouveau radical-cation aminium.76).CO Ph Ph C CH2 Me Ph C CH2 Ph C CH2 Ph C CH2 Me radical tertiaire Me radical primaire Me état transitoire Schéma 6. est converti en un radical-cation aminium. il existe quelques cas de réarrangements très spécifiques (§14). le groupe phényle se déplace d’un carbone et le radical correspondant devient un radical tertiaire plus stable. Un exemple est donné avec le 3. Le radical qui en résulte perd une molécule d’oxyde de carbone pour devenir un radical primaire.6 – Le radical-cation Un radical-cation est un cation qui possède un électron célibataire. des radicaux primaires pourraient être transformés en radicaux plus stables par un tel réarrangement en devenant secondaires voire tertiaires.5. qui.11.76 6. Ce type de réarrangement des radicaux alkyles est inconnu. état transitoire.4a). La présence d’un groupe phényle sur Cα permet une interaction entre l’électron célibataire du radical et les électrons π de ce groupe. Ph Ph C CH2 Me H Me-C=O C O _ Me C H O Ph Ph C CH2 C O Me . comme les carbocations (§ 6.i – Réarrangements 235 Le réarrangement d’entités chimiques. Entités réactives 6.3-diphénylbutanal (schéma 6. Un exemple se trouve dans la chloration des alcanes par une N-chloramine en présence d’acide sulfurique et d’ions ferreux. Par contre. .

il est possible que le radical-anion réagisse avec une molécule RX pour former le produit de la réaction RY et un nouveau radical-anion (réaction 5).12. le mécanisme SET intervient dans certaines réactions de substitution dans lesquelles un radical est détecté (schéma 6.236 Chimie organique R' N R' R' N H R' Cl H R' NH R' R' Cl Fe 2+ R' R' + N H + Fe Cl + RH R' NH2 R' + R R' R R' + R' N H NH R' Cl RCl + R' N H RH NH2 R' + R R' Schéma 6. le mécanisme dit SET (Single Electron Transfer) qui intervient dans la formation d’un organomagnésien à partir de magnésium métal et d’un halogénure fait intervenir des radicaux-anions et des radicaux-cations (schéma 6.79). Ce radical alkyle peut soit se coupler avec Y· pour conduire au produit de la réaction R-Y (réaction 3) ou réagir avec le nucléophile Y. Le radical-anion se décompose ensuite en un radical R• et un anion X.78).(réaction 2). R-X RX X R + Mg R + X R-X + Mg + Mg X-Mg R-Mg-X + X-Mg Schéma 6.pour produire un nouveau radical-anion (réaction 4) et ainsi de suite… Toutefois. Un composé RX (X = I ou NO2) est traité par un réactif nucléophile Y-.78 D’une manière plus générale. Par exemple. Il s’effectue d’abord un transfert d’un électron du réactif nucléophile vers le composé RX ce qui crée un radicalanion et un radical Y• (réaction 1). .77 6.7 – Le radical-anion Un radical-anion est un anion qui possède un électron célibataire.

81). Les carbanions sont des réactifs nucléophiles. Li+) (schéma 6. par exemple des composés carbonylés. suite à un réarrangement (cas rare). un hydrogène ou un métal alcalin. C + Y carbanion contre-ion Schéma 6. soit un cation métallique alcalin (Na+. soit une base protonée.1).80 CH2 CH2 H CH2 HC CH2 H3C H C CH2 cyclopropane propène 6. 6. Par exemple la thermolyse du cyclopropane fournit un diradical. H2 C H2C CH2 ∆ H C H Schéma 6. est transformé en propène (schéma 6.8 – Le biradical ou diradical Un biradical ou diradical est une structure dont deux atomes ont chacun un électron célibataire.6. conduit par une première étape à un radical-anion (§13.13 Les carbanions Les carbanions sont des groupes organiques dont un carbone porte une charge négative. qui. Ce carbone possède alors un doublet d’électrons constitué d’un électron du carbone et d’un électron qui résulte de la rupture hétérolytique. Au même titre que les carbocations possèdent des contre-ions (anions). dans l’ammoniac liquide.81 .12. K+.79 L’utilisation de métaux dits solubles pour des réductions de Birch. tout carbanion possède un contre-ion qui est.80). Entités réactives 237 1) 2) 3) 4) 5) R X R X R R R + + Y + Y R Y Y + R X R R + R X X + Y Y Y R Y + R X Schéma 6. le plus souvent. ou hétérolyse d’une liaison C-Y où Y représente. en présence d’un composé « donneur de proton » comme un alcool.

la base utilisée forte. et aussi le diisopropylamidure de lithium (LDA) (schéma 6.13. COOEt. BH N pyridine triéthylamine R O (Na+.3. la pyridine. soit des anions amidures présents dans l’amidure de sodium ou de potassium. NO2…. CN. La présence de groupes électroattracteurs par effets –I en α de la liaison C-H augmente . D’autres bases peuvent être utilisées comme la soude ou la potasse. l’acétate de sodium…. -δ C + Bases très utilisées: +δ H B Et Et Et N N H pipéridine C . Le carbanion est alors la base conjuguée du composé à hydrogène acide dont il est issu. et des conditions expérimentales exigées.83. qui agissent grâce au doublet libre de l’azote. Deux exemples de formation de carbanions sont donnés dans le schéma 6. pour être extraits sous forme de protons par un ion alcoolate. pour être extrait sous forme de proton par une base ce qui équivaut à un équilibre acido-basique. La formation des carbanions est d’autant plus aisée que l’acidité de l’hydrogène à extraire est plus élevée. Elles sont indiquées pour chaque réaction où interviennent des carbanions dans les paragraphes correspondants.238 Chimie organique 6. donc plus facile est la formation d’un carbanion. comme la triéthylamine. en raison de l’effet électroattracteur –I des groupes esters. Quelques valeurs de pKa sont données dans le tableau 6. ou K+) H N H (Na+.82). Il en est de même des hydrogènes liés à une triple liaison terminale qui sont extraits par les ions amidures. Les hydrogènes de CH2 du malonate d’éthyle sont suffisamment acides. ou K+) iPr N iPr (Li+) alcoolates de sodium ou de potassium amidure dii-propylamidure de lithium ou LDA de sodium ou de potassium Schéma 6. les carbonates alcalins. du type de réaction à effectuer. soit des anions alcoolates présents dans les alcoolates comme l’éthylate de sodium.82 Les bases les plus utilisées sont soit des amines. Plus ces valeurs sont faibles et plus les hydrogènes sont acides. et que le carbanion résultant est stabilisé par résonance. le tertiobutylate de potassium.1 – Formations Les carbanions résultent principalement d’une rupture hétérolytique d’une liaison C-H où l’hydrogène est suffisamment acide en raison de la présence sur le carbone de substituants à effet électroattracteur –I ou –M comme RCO. en fonction du carbanion à former. la pipéridine.

acétonitrile. malonate d’éthyle.7 10.83 R-H + Base composés RH R + Base-H pKa 50 48 44 43 37 31. Entités réactives 239 l’acidité (ex : trifluorométhane.3 11 11 10.3.3-hexafluoropropane acétylacétate d'éthyle nitrométhane acétylacétone triacétylméthane dinitrométhane trinitrométhane tricyanométhane CH3CH3 CH4 CH2=CH2 C6H6 PhCH3 Ph3CH Ph2CH2 HCF3 HC CH CH3CN CH3COCH3 C6H5COCH3 CH2(CO2Et)2 CH2(CN)2 H2C(CF3)2 MeCOCH2COOEt CH3NO2 (MeCO)2CH2 (MeCO)3CH CH2(NO2)2 CH(NO2)3 CH(CN)3 Tableau 6. Na amidure de sodium NH3 liquide R C C .8 6 4 0 -5 noms éthane méthane éthène benzène toluène triphénylméthane diphénylméthane trifluorométhane éthyne acétonitrile acétone ou propanone acétophénone malonate d'éthyle malononitrile 1. acétone.2 8.5 33. COOEt H C H + OEt. nitrométhane. entre autres).6. Na éthylate de sodium COOEt EtOH absolu H C H Na + EtOH COOEt malonate d'éthyle R C C H + H2N .3.3 .1.5 28 25 25 20 19 13. Na + NH3 Schéma 6.1.

84 Le n-butyllithium qui est très facilement préparé par action du lithium sur le bromure ou chlorure de n-butyle dans l’éther à –10 °C permet de nombreuses métallations.240 Chimie organique Les carbanions peuvent aussi résulter de l’action des métaux sur des halogénures comme dans le cas du chlorure de trityle (schéma 6. c’est la réduction par l’amalgame de sodium de radicaux stables. Ph Ph Ph C Na/Hg réduction Ph Ph C Ph Na O2 oxydation Schéma 6. ce carbanion est converti en radical correspondant (schéma 6. Na + NaCl Schéma 6. en milieu polaire (schéma 6.86). Inversement.86 . Le n-butyllithium réagit avec des halogénures divers en formant un nouveau composé lithié et l’halogénure de n-butyle.85). ainsi obtenus. Les dérivés lithiés. Par exemple. en présence d’oxygène. permettent l’ensemble des réactions des carbanions.85 Une autre réaction fournit des carbanions. ou organolithiens. plus particulièrement celle des composés aromatiques y compris les hétérocycles. CH3-(CH2)3-Br + 2 Li bromure de n-butyle CH3-(CH2)3-Li + LiBr n-butyllithium OMe CH3-(CH2)3-Li + MeO MeO OMe + CH3(CH2)2-CH3 Li CH3-(CH2)3-Li + RX CH3-(CH2)3-X + R-Li ou R Li organolithien Schéma 6. Ph Ph Ph chlorure de trityle Ph C Cl 2 Na Ph Ph carbanion trityle C . ou trityle est réduit en carbanion correspondant par cette méthode. le radical triphénylméthyle.84).

que la stabilité du carbanion est directement en rapport avec l’acidité. ordre inverse des carbocations. mais cela n’est qu’une apparence car les mécanismes impliqués sont plus complexes et font intervenir plusieurs molécules d’organomagnésiens (§ 10. c’est-à-dire que l’hydrogène porté par la liaison C-H dont il dérive est extrait difficilement. suit l’ordre : méthyle > primaire > secondaire > tertiaire. La stabilité des carbanions correspondants suit cette variation d’acidité. plus les électrons de liaison C-H sont rapprochés du noyau du carbone.10). « sp2 » et « sp ». En général. Selon les méthodes utilisées.10 .13. moins l’atome d’hydrogène est retenu au carbone et plus l’acidité de H augmente. Entités réactives 241 Remarque importante : les organomagnésiens RMgX se comportent le plus souvent comme le couple R-.6. Par contre. Dans le cas du carbanion. et plus particulièrement dans les solvants polaires. La liaison entre R et MgX a un fort caractère covalent. par la nature des hybridations des deux premiers carbones qui les constituent. en solution. les valeurs divergent. surtout pour les alcanes. On peut en déduire aisément que les carbanions issus de composés à hydrogènes peu acides seront des bases fortes donc instables. l’acétylène dont le caractère « s » est de 50% (« sp ») est plus acide que l’éthylène avec un caractère « s » de 33% (« sp2 ») lui-même plus acide que l’éthane avec un caractère « s » de 25 % (« sp3 »). s’il a un caractère fortement basique. de la liaison CH à l’origine de sa formation. Si on considère des dérivés de l’éthane. leur basicité suit l’ordre inverse (figure 6.2 – Stabilité Une entité chimique stable est toujours peu réactive. La difficulté réside dans d’obtention de ces pKa. pour ces composés. ou Li en milieu polaire) qui ont un fort caractère ionique. et inversement. 6. diminution de l'acidité de H +δ H sp C C R sp -δ H +δ sp2 sp2 -δ C H C R H H +δ sp3 sp3 -δ C C H2 H2 R R = alkyl C C R C C R H C C H2 R augmentation de la stabilité du carbanion augmentation de la basicité du carbanion Figure 6. définie par le pKa. respectivement hybridés « sp3». Plus le caractère « s » est élevé. même si elles restent proches. la stabilité des carbanions aliphatiques.1).8. de l’éthylène et de l’acétylène (figure 6. MgX+.10) qui diffèrent. dans leurs réactions. il est instable. en particulier. contrairement aux liaisons C-Na (K. Cette basicité est d’autant plus élevée que son acide conjugué est faible.

NR'. NHR'. aralkyl : cétones R = H : aldéhydes R = OR' : esters R = NH2. l’une des formes limites affecte la charge négative à un hétéroélément. oxygène ou azote. N C C N C C anion issu d'un nitrile aliphatique R C O C H C O C H R = alkyl. Dans ces cas. Dans le carbanion résultant.87 Parmi les groupes les plus classiques qui peuvent stabiliser un carbanion. aralkyl : imines R = OH : oxime R = NH2. Il y a stabilisation par résonance.88 .R" : hydrazones R = NH-CO-NH2 : carbazones forme limite prépondérante Schéma 6.242 Chimie organique La plupart des carbanions sont mésomères car ils sont formés par déprotonation d’une liaison C-H (avec H acide) située en position α d’un ou plusieurs groupe(s) électroattracteur(s) ayant une double ou triple liaison à effet –I. CO.R" : amides forme limite prépondérante (anion énolate) C N R C H R C N C H R = alkyl. NHR'. les groupes qui avaient un effet électroattracteur –I deviennent pour certains –M en raison d’une délocalisation du doublet d’électrons du carbanion.87). par exemples. COOR. et cette forme limite est prépondérante car elle est située sur l’élément le plus électronégatif (schéma 6. Le terme « carbanion » devient alors discutable malgré une orientation des réactions avec les réactifs électrophiles vers le carbone plutôt que vers l’hétéroélément. H2C C H CH2 H2C C H CH2 carbanion allylique Schéma 6. on peut donner la liste suivante selon l’ordre de stabilité décroissant : NO2 > RCO > COOR > SO2 > CN ≈ CONH2 > halogène Une stabilisation par délocalisation de la charge est aussi rencontrée lorsque le carbone chargé est conjugué avec une double liaison. NO2. aryl. CN.88). comme dans le carbanion allylique. NR'. aryl. ou une triple liaison (schéma 6.

Dans ce cas. H C HC HC H CH CH base H C HC HC CH CH HC C H C CH CH HC HC H C C CH -H cyclopentadiène pKa (C-H) = 16 (réaction très facile) carbanion cyclopentadiènyle (caractère aromatique) Schéma 6.90 Le cas particulier des ylures présentés au paragraphe 6.90).89). tous les carbanions dont le carbone chargé est lié à un système aromatique y compris hétérocyclique (schéma 6. C C C C C Schéma 6.6. La charge positive de l’hétéroatome stabilise la charge négative du carbone.91). mais on ne peut pas négliger le rôle de la résonance entre formes limites dans le cas des ylures de soufre et de phosphore (schéma 6. le carbanion est fortement stabilisé par effet de champ. contrairement au cyclopentadiène (schéma 6.89 La mésomérie intervient aussi dans le cas du carbanion cyclopentadiènyle qui possède un caractère aromatique. ou d’une manière plus générale.17 doit être évoqué ici dans la mesure où ces composés ont un carbone chargé négativement. . Entités réactives 243 C’est encore le cas des carbanions benzyliques dont la charge est délocalisée sur un noyau benzénique.

les carbanions pontés dont la configuration est bloquée.244 Chimie organique N C S C P C ylure d'azote S C P C ylure de phosphore ylure de soufre Schéma 6. elle correspondrait à celle d’un carbone hybridé « sp3 » dont une orbitale hybridée renfermerait un doublet d’électrons.3 – Structures Les difficultés pour « isoler » les carbanions ne permettent pas d’assurer totalement leur(s) structure(s). R1 C R2 R3 carbanion rappel: R1 C R2 R3 R1 N N R2 amine Schéma 6. Comme les amines tertiaires qui possèdent trois substituants différents. bien entendu. s’inverse constamment selon le principe du « parapluie retourné » (schéma 6.93).92 R1 R2 R3 R3 Cette structure ressemble à celle de l’azote dans les amines et a pu être observée pour le carbanion méthyle. la configuration du carbanion.13.92) sauf. également substitué. .91 6. Pour les carbanions aliphatiques. Les carbanions mésomères sont plans en raison du recouvrement de l’orbitale contenant le doublet d’électrons du carbone avec celles des électrons π des doubles liaisons conjuguées (schéma 6.

les conditions expérimentales. ont une importance majeure pour l’orientation stéréochimique de la réaction.11) « sp2 » . une rétention ou. réactions de Claisen. toutes ces réactions sont présentées dans les chapitres suivants.6).13.4) : aldolisation en milieu basique. Addition sur les doubles liaisons : réaction de Michael (§ 9. Dans le cas des carbanions mésomères. une racémisation est possible. Dans de nombreux cas. il s’agit de : Additions sur les doubles liaisons carbonylées (§ 10. Dieckmann.11 La stéréochimie des réactions dont les mécanismes s’effectuent via des carbanions sont complexes. carbonatations. et afin d’éviter des redites. Pour les plus importantes. le doublet d’électrons se trouve alors dans une orbitale hybridée « sp2 ». R1 C R2 C R3 Figure 6. une inversion.4 – Réactions (généralités et réarrangements) Les carbanions sont des entités chimiques nucléophiles qui interviennent dans un très grand nombre de réactions.93 Les carbanions dérivés d’alcènes par retrait d’un hydrogène à un carbone hybridé « sp2 » sont eux aussi plans et restent hybridés (figure 6. le plus souvent. halogénation des cétones (§ 8.6. réaction de Wittig (§ 10. selon les conditions expérimentales. Knoevenagel. En raison de leur nombre. et en particulier. la condensation benzoïnique (§ 10.2. Perkin. Entités réactives 245 C O C O C C structure de type sp2 C O C Schéma 6.7).2) . la nature du solvant.6c). Stobbe. 6.

les produits réarrangés prédominent tandis qu’avec le lithium.2) et éliminations nucléophiles (§ 11) Réarrangement de Favorskii des -halogéno cétones (§ 14. Na Ph ROH CH CH2 Ph . Lorsqu’il est traité par le phényllithium.2-triphényléthyle.1.2-triphényléthane.94 Il est intéressant de remarquer que le choix du métal influe sur le taux de réarrangement.NaOR Ph 1.4. Dans ces cas.1-triphényléthyle (schéma 6.3-triphénylpropanoïque.LiX CH3 diméthyl-(1-phényl-éthyl)-amine Schéma 6. H3C H3C H3 C ion benzyl-triméthyl-ammonium H3C N CH2 Ph PhLi H3C X N Li CH Ph réarrangement H3C N H3C CH CH3 Ph .1.2.94) obtenu à partir du chlorure correspondant par action du sodium (réarrangement de Grovenstein-Zimmerman. lequel est protoné par un alcool pour donner le 1.3-triphénylpropanoïque Schéma 6. Un cas très particulier de réarrangement concerne des ylures. Un exemple est donné à partir d’un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6. 1928).2.246 Chimie organique Substitutions électrophiles (§ 8.1e) Décarboxylations (§ 8.14) A l’inverse des carbocations. il existe quelques exemples de déplacement de groupes phényles.95).1.1.1m) Couplages oxydatifs (§ 12.2-triphénylchloroéthane C CH2 Cl Ph 2 Na Ph C .NaCl Ph CH2 . les réarrangements de carbanions sont rares surtout s’il s’agit de groupes alkyles. Ph Ph Ph 2. Par contre. le groupe phényle est déplacé sans entraîner le doublet d’électrons qui le lie au carbone d’origine. Ce réarrangement entraîne une stabilisation par résonance du carbanion résultant.2. ou carbonaté par l’anhydride carbonique en sel d’acide 2. 1957) qui se réarrange en carbanion 1.2. Celui-ci se réarrange par déplacement d’un groupe méthyle pour donner une amine tertiaire (réarrangement de Stevens. un carbanion est formé. le taux de composés réarrangés augmente avec la température.95 . C’est le cas du carbanion 1.2-triphényléthane Ph Ph Ph C CH2 Na réarrangement Ph C Ph Ph CH2 Na CO2 Ph C Ph CO2 CH2 Ph Na carbanion stabilisé par résonance avec les groupes phényles sel de sodium de l'acide 2. Il est très faible à une température peu élevée. Avec le sodium et le potassium.

inférieure d’une trentaine de kJ mol-1. le carbène est dit dans l’état singulet (figure 6. ou de t-butylate alcalin (schéma 6. Il ne faut pas généraliser aux autres carbènes car selon leurs substituants et leur nature. ou par deux groupes.12 Dans le cas du carbène « méthylène ». le carbène est l’équivalent d’un diradical et il est dit dans l’état triplet.1 – Formations Il existe deux modes principaux de formation des carbènes. en raison de la plus faible énergie de cette dernière par rapport à l’état singulet. le chloroforme est soumis à l’action de la soude. le dichlorocarbène est formé.14 Les carbènes Lorsqu’un carbone est substitué par deux hydrogènes (carbène nommé méthylène). sous l’action d’une base.(réaction rapide) puis. libère un carbanion qui élimine ensuite un ion halogénure. il réagit le plus souvent dans l’état singulet.4). C H H H C H méthylène dans l'état triplet angle dièdre: 136° méthylène dans l'état singulet angle dièdre: 103° Figure 6. et possède deux électrons non liants. sa vitesse de transformation en état triplet étant plus lente que celle de ses réactions à cause de son extrême activité d’électrophile.1-E1cB § 11. 6. Au contraire. Dans le premier cas. donc plus stable.6. il est dans l’état singulet au moment de sa formation. Entités réactives 247 6. L’absence des deux électrons nécessaires pour satisfaire la règle de l’octet a pour conséquence un fort caractère électrophile de cette entité chimique. un haloforme (chloroforme. qu’il est neutre.12). s’ils sont appariés. suite à une nouvelle élimination d’un ion chlorure (selon un mécanisme de type 1. bromoforme ou iodoforme). ils réagissent dans l’un ou l’autre état. ce qui correspond d’abord à une déprotonation avec formation d’un carbanion trichlorométhyle CCl3.14. Par exemple. Toutefois. l’entité correspondante est un carbène. mais il se transforme très rapidement en état triplet. . Si les deux électrons non liants ne sont pas appariés. y compris des halogènes. ainsi que leur mode de génération. Le carbanion trichlorométhyle peut aussi provenir de la décarboxylation de l’anion trichloroacétate.96).

Il en est de même du bromofluorocarbène qui est obtenu par la même réaction à partir du dibromofluorométhane (schéma 6. CH2Cl2 + RLi CHCl Cl H R Li CHBrF Schéma 6. ou un diazoalcane est décomposé. − CO2 ion trichloroacétate Schéma 6. par chauffage.98).97). selon le cas (schéma 6. un cétène.96 Le monochlorocarbène résulte de l’action d’un organolithien sur le chlorure de méthylène. le diazométhane.248 Chimie organique HO ou t-Bu-O Cl + Cl Cl chloroforme H2O C H Cl .Cl Cl C Cl dichlorocarbène ou + Cl C t-BuOH Cl carbanion trichlorométhyle Cl Cl Cl C C O O ∆. en carbène.97 + LiCl + RH CH Cl CHBr2F + RLi + LiCl + RH Dans le second cas. plus spécifique du méthylène et de ses dérivés substitués par des groupes alkyles. et CO ou N2. .

former des radicaux libres avec les alcanes. soit attaqué une molécule de leur précurseur.6. Les carbènes peuvent aussi se réarranger. hν ou CuCl H C H méthylène azote + N N R1 C R1 N N R1 ∆ ou hν R2 dialkylcarbène C + N N Schéma 6. dont le comportement est équivalent au carbène « méthylène ». Ce réactif est appelé carbènoïde il réagit en particulier avec les composés éthylèniques (cyclopropanations). s’avère une réaction inconnue car leur importante réactivité ne permet pas qu’ils se rencontrent.14. par . avec les composés éthylèniques. Leur dimérisation qui pourrait sembler possible en relation avec le couplage radicalaire. à des dérivés du cyclopropane (cyclopropanation).2 – Réactivité et stabilité La réaction principale des carbènes est leur addition aux doubles liaisons qui conduit. Entités réactives 249 H C H cétène H C O hν H méthylène oxyde de carbone C + C O H C H diazométhane N N ∆.. Cu ICH2ZnI + Cu carbènoïde réactif de Simmons-Smith C C ZnI + CH2I C C ZnI C CH2 + ZnI2 C CH2I Schéma 6.98 À ces méthodes qui permettent l’accès à des carbènes. Une autre réaction importante est leur insertion dans une liaison C-H d’un alcane.99 6. Ils ont soit réagi avant. Plusieurs mécanismes ont été proposés : l’un d’entre eux est donné dans le schéma 6. CH2I2 + Zn .. il faut ajouter le réactif de Simmons-Smith (diiodométhane + zinc en poudre + cuivre) qui permet de former ICH2ZnI.99..

Il faut savoir que dans beaucoup de réactions où un carbène est théoriquement produit à partir d’une méthode classique. l’addition sur un alcène est facilitée si ce dernier est substitué par des groupes électrodonneurs. Toutefois. elle diminue si l’hydrogène est remplacé par un brome. Il existe des carbènes tellement stables qu’ils forment des cristaux et peuvent être conservés. pour former un alcène qui semble être le résultat d’une dimérisation (schéma 6.13. de point de fusion supérieur à 200 °C.3-dihydro-1H-imidazole. L’extrême réactivité du méthylène. c’est pourquoi on utilise souvent le terme « transfert de carbène » dans les réactions utilisant un carbène ou un carbènoïde pour la synthèse de cyclopropanes à partir d’alcènes. C + C N N x2 Schéma 6.14. apportant une gêne stérique et l’empêchant de réagir facilement. sans doute l’entité chimique la plus réactive connue.14. En raison du caractère électrophile de la majorité des carbènes. à l’abri de l’air et de l’humidité. On lui préfère le réactif de Simmons-Smith. et rendue difficile par des substi- .2a – Additions sur les alcènes La plupart des carbènes y compris le méthylène s’additionnent aux doubles liaisons selon une cycloaddition 1 + 2 pour former des dérivés du cyclopropane. des réactions secondaires sont possibles comme des réactions d’insertion (voir ci-après) ou la formation de molécule d’alcènes à partir de deux carbènes (plus particulièrement les alkylcarbènes). Les moins réactifs sont les halocarbènes. C’est le cas pour le carbène dont la formule est donnée dans la figure 6. Si un hydrogène du carbène méthylène est remplacé par un groupe ester. C N N HC CH Figure 6. la réactivité reste élevée.250 Chimie organique exemple un diazoalcane.13 6. par contre.100).100 C C + N2 Le plus réactif des carbènes est le carbène « méthylène ». et dont la stabilité est liée à la présence de groupes volumineux adamantyles qui l’entourent.1. décrit au paragraphe 6. Les dihalogénocarbènes sont relativement peu réactifs. il n’existe pas une certitude totale que le carbène comme entité libre soit présent à un moment de la réaction. dérivé de 2. a pour conséquence un emploi difficile pour la préparation des cyclopropanes.

L’addition d’un méthylène singulet ou de son équivalent « carbènoïde » sur un alcène symétrique fournit un seul composé « méso ».101 Dans le cas des carbènes sous forme triplet.6. ce qui explique le caractère non stéréospécifique de cette addition.101 (réaction 1)).102). forme prédominante lors de leur formation. de la méthode utilisée pour créer le carbène. l’addition d’un carbène ou carbénoïde substitué par deux groupes différents fournit avec un alcène dissymétrique. La prédominance d’un racémique sur l’autre dépend de la nature des groupes R4 et R5. en particulier. La première étape permet une rotation autour de la liaison qui unit les deux carbones qui formaient la double liaison. Avec cette même condition. réaction 1). ou le carbènoïde. un mélange racémique dans la mesure où les quatre groupes de l’alcène conservent leurs positions respectives de l’alcène dans les composés finaux. l’addition se fait a priori en deux étapes avec formation intermédiaire d’un radical puis couplage intramoléculaire (schéma 6. méthylène singulet R1 1) R2 C CH2 C R3 R4 R1 R2 R4 C H2 C C R3 R4 + R2 R1 C C H2 1 racémique R4 C + R3 R4 R4 R3 R1 R2 R1 C C R4 R3 + attaque par dessous le plan R5 C C R5 C R4 R1 2) R2 C C R5 R3 C R4 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 R2 + C C R4 C C C C + attaque par dessous le plan R4 R5 2 racémiques R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux Schéma 6. s’additionnent de manière stéréospécifique sur les alcènes. le nombre d’isomères devient très important. des conditions expérimentales et. selon un mécanisme qui ne nécessite qu’une seule étape (schéma 6. qui peuvent être considérés comme des diradicaux. Avec un carbène de type R-C-R’. et sur un alcène dissymétrique (schéma 6. Entités réactives 251 tuants électroattracteurs.101. Les carbènes sous forme singulet. . deux racémiques (réaction 2).

pour former un carbanion qui se réarrange avant qu’une hydrolyse permette d’accèder à l’o-hydroxybenzaldéhyde ou salicylaldéhyde sous forme de phénate.252 Chimie organique méthylène triplet R1 C R2 CH2 C R3 R4 R1 C R2 CH2 C R R4 3 rotation autour de C-C H2 C R1 R2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2.102 Ces résultats stéréochimiques ont été utilisés pour déterminer la forme singulet ou triplet de certains carbènes.103 Le phénate de sodium est attaqué en position ortho par le dichlorocarbène qui résulte de l’action de la soude sur le chloroforme. . Lorsque les positions ortho sont occupées par des groupes alkyles. la réaction s’oriente en para. R2 C R1 CH2 C R3 R4 R2 R1 C H2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2. C’est la réaction de Reimer-Tiemann (schéma 6. Le méthylène réagit avec le benzène pour donner le norcaradiène instable qui se réarrange en cycloheptatriène (schéma 6.103). Schéma 6. H2C norcaradiène cycloheptatriène Schéma 6.104).

soit le pyrrole-2-carboxaldéhyde (réaction de ReimerTiemann.105 .2 Cl . puis élimination avec agrandissement de cycle). 1876). Entités réactives 253 O C Cl O H C Cl O Cl C H phénate Cl Cl H Cl O H C O O .6. en formant selon la basicité du milieu réactionnel.Cl N 1) Cl2C N pyrrole (sel) Cl 2) milieu fortement basique 3-chloro-pyridine H N CCl2 N CCl2 H 2 HO N CHCl2 .H2 O N CHO pyrrole-2-carboxaldéhyde (sel) Schéma 6. soit la 3-chloro-pyridine (addition. Il est vraisemblable que ces réactions soient liées aux formes singulet et triplet du carbène.HCl Cl CH O H HO Cl CH Cl O salicylaldéhyde (sel) Schéma 6.104 Le pyrrole réagit avec le dichlorocarbène (schéma 6. milieu faiblement basique Cl C N Cl .105).

2]pentane CH2 H2C H2C méthylène-cyclopropane Schéma 6.2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane Le méthylène préparé par photolyse du diazométhane s’insère (plutôt sous forme singulet) dans une liaison C-H d’un alcane en allongeant une chaîne d’un carbone. R3 1) R1 C C R4 R3 C R4 si R1 et R2 = H R2 H2 C R3 H 2C C R4 composé allènique C R2 R1 C C dérivé du cyclopropène 2) H2C C allène H2 C C H2C CH2 H2C C CH2 C H2 spiro[2.14. réaction 1) pour former des cyclopropènes. C H H2C (CH2N2. un mélange de n-butane et d’isobutane.107 . une ou deux molécules de carbène s’additionnent ce qui conduit à un méthylène-cyclopropane puis à un système bicyclique. un spiro[2. L’addition de deux méthylènes peut conduire à des composés bicycliques. Le propane fournit par cette réaction. Le méthane et l’éthane deviennent respectivement l’éthane et le propane (c’est une réaction d’homologation). Les alcanes avec nC > 3 fournissent de nombreux isomères et la sélectivité de la réaction est inexistante (schéma 6.2]pentane.14. hν) C CH2 H CH4 H 2C CH3-CH3 H2C H2C CH3-CH2-CH3 CH3-CH2-CH2-CH3 et CH3-CH-CH3 CH3 Schéma 6.106 6. Avec les allènes (réaction 2). L’acétylène réagit en formant des dérivés du cyclopropène qui se réarrangent en allènes.107).254 6. Les dihalocarbènes ne font pas d’insertion.106.2b – Additions sur les alcynes et les allènes Chimie organique Les alcynes mono ou disubstitués par des groupes alkyles additionnent les carbènes (schéma 6.

réaction qui est plutôt liée à la forme « singulet ». H H C H triplet H CH3 H C H Cl CH3 H C H + H3C C H CH3 + H3C C H CH3 H3C C H Cl H C H singulet H3C C H Schéma 6.c).109).108 6.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes Les radicaux peuvent capter un atome d’hydrogène d’un alcane pour former un nouveau radical plus stable que celui de départ (§ 6.5. Dans ce cas. et un second doublet s’il est sous forme .109 La forme singulet permet pourtant cette réaction sur les halogénoalcanes.2d – Réarrangements 255 Des réarrangements qui permettent de passer d’un carbène à un autre sont connus mais très rares.12. la plus réactive (schéma 6. C’est donc une réaction compétitive avec l’insertion dans les liaisons C-H. Dans la plupart des cas. cette réaction est encore possible.108). il se forme un radical méthyle et un radical alkyle. H R CH2 CH2 CH CH R CH2 CH2 CH C H H R O CH R C H C O Schéma 6. 6. le déplacement d’un hydrogène ou d’un groupe alkyle conduit à la formation d’une double liaison (schéma 6.15 Les nitrènes Les nitrènes sont des entités dans lesquelles l’azote lié à un seul hydrogène ou groupe. Si un méthylène « triplet » attaque un alcane.14.14.6. possède un doublet d’électrons libre. Dans la mesure où un carbène peut être considéré comme un diradical. Entités réactives 6. c’est l’halogène et non l’hydrogène qui est déplacé. lorsqu’il est sous forme triplet.

Les nitrènes sont des entités chimiques azotées équivalentes aux carbènes.110). groupe tosyle…).14 6.112 .111 La décomposition par photolyse ou thermolyse des alkylazides et plus souvent des acylazides est une autre méthode de formation (schéma 6. H N Y base -H N Y Schéma 6. OTs. En présence d’une base.112). R N R N nitrène singulet nitrène triplet Figure 6. Y N B H C C .256 Chimie organique singulet.BH -Y Y = halogène.111). ou deux électrons célibataires s’il est sous forme triplet.14).. à la fois dans leurs préparations et leurs réactions (figure 6.1 – Formations Les nitrènes sont obtenus par une 1. N C C Schéma 6.110 -Y N Les vinylnitrènes sont formés par action de bases sur des dérivés de type imine dans lesquels l’azote est lié à un groupe partant (schéma 6.1-élimination effectuée sur un composé R-NH-Y où Y est un groupe partant ou sortant (atome de chlore.15. la déprotonation est suivie du départ d’un ion Y– et de la libération du nitrène (schéma 6. R N N N R N N N hν R ou ∆ N + N2 R = alkyl ou acyl Schéma 6.

et avec des résultats stéréochimiques de même nature. Dans la plupart des cas. Ar Ar N O N O + P(OR)3 Ar Ar N N + O + 2O P(OR)3 P(OR)3 + 2 P(OR)3 O Schéma 6. l’addition cis d’un nitrène singulet est figurée dans le schéma 6. les arylisocyanates sont décomposés en arylnitrènes et oxyde de carbone par photolyse (schéma 6.2a – Additions Comme les carbènes. Ar N C O hν Ar N + C O Schéma 6. Seule.114 Les 1.2 – Réactions On compte parmi les réactions des nitrènes. sous l’effet de réducteurs puissants comme les phosphites d’alkyles. des additions sur les doubles et triples liaisons.1-diacylaminonitrènes (schéma 6. des insertions dans les liaisons C-H. Le nitrène aussitôt formé par décomposition de l’azide s’additionne sur l’alcène.6. les nitrènes s’additionnent aux alcènes en formant des aziridines. des dimérisations et des déplacements d’atomes d’hydrogène de liaison C-H d’alcanes.15. l’alcène et l’azide sont soumis à une photolyse.116 (réaction 1).113).15. Entités réactives 257 Les composés arylnitrosés et nitrés. 6. fournissent des arylnitrènes (schéma 6. et des réarrangements. le nitrène triplet conduit à de nombreux isomères.115).1-diacylhydrazines sont oxydées par le tétracétate de plomb dans le chlorure de méthylène en 1. .114).115 N N + PbII(OAc)2 + 2 CH3COOH 6. équivalents des cyclopropanes obtenus par la même réaction avec les carbènes. O R-C N R-C O IV NH2 + Pb (OAc)4 O R-C CH2Cl2 R-C O Schéma 6.113 Enfin.

258 Chimie organique R N R1 C 1) R2 C R4 R2 N R R3 R2 C R1 R1 C R N C R4 R4 C N R dérivés d'aziridine (racémique) R3 et R3 R N R 2) N C N C N R N C N N C hν . Ces aminonitrènes s’additionnent aussi sur les triples liaisons avec production de 1-amino-2-azirines instables qui se réarrangent en 3-amino-1-azirines. Dans le cas des acylnitrènes. l’addition du nitrène est favorisée. et acrylonitrile pour former des dérivés de N-aminoaziridines (schéma 6.1-disubstituées s’additionnent sur les alcènes activés et plus particulièrement les acrylates.117). R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C C H CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine Schéma 6. Les N-aminonitrènes formés in situ à partir des hydrazines 1.N2 C C Schéma 6.116 Un autre mécanisme peut aussi être envisagé via la formation intermédiaire d’une triazoline (par une cycloaddition 1.117 .3 de l’azide sans passage par un nitrène) qui se décompose en aziridine par élimination d’une molécule d’azote (réaction 2).

Le mécanisme est identique à celui des carbènes. aryl ou OR’) sous forme singulet s’insèrent très facilement dans les liaisons C-H des alcanes avec une préférence pour les carbones tertiaires.6.119).N2 insertion N H NH carbazole Schéma 6.118 R2 R3 Z = alkyl ou aryl. carbamates Peu d’exemples d’insertions d’alkylnitrènes existent car si elles ont lieu. L’insertion dans la liaison C-H d’un carbone chiral s’effectue avec rétention de configuration (schéma 6.119 6. le carbazole est préparé à partir du 2azidobiphényle par photolyse (schéma 6. 2 Ar N Ar N N Ar Schéma 6.15. Par exemple.120). elle sont suivies de réarrangements. Cette réaction a été utilisée assez souvent en chimie hétérocyclique pour synthétiser des composés polycycliques azotés. O C N Z R1 H R2 R3 R1 O C N Z H Schéma 6. .15. Entités réactives 6. Il peut aussi être formé par dimérisation du nitrène NH.118).2c – Dimérisation Cette réaction qui est très spécifique des arylnitrènes conduit à des composés azoïques (schéma 6.120 Le diimide. HN=NH composé instable qui se décompose en azote et hydrogène (utilisé comme réducteur des alcènes) est le résultat d’une oxydation de l’hydrazine H2N-NH2. N3 2-azidobiphényle hν . amides Z = OR'.2b – Insertion dans une liaison C-H 259 Les acylnitrènes R-CO-N avec (R = alkyl.

2d – Échange d’atome d’hydrogène avec un alcane Chimie organique Comme les carbènes sous forme triplet.N2 R2 R3 réarrangement du nitrène R2 C N R2 C N R1 N-alkyl imine . R1 1) R2 R3 alkylazide R1 C N N N .15.123. R1 R N + H C R2 R3 R N H + C R1 R2 R3 radical stable Schéma 6.121). Ce réarrangement peut même cacher l’existence d’un nitrène dans une réaction (schéma 6. Cette réaction s’effectue via un nitrène et un réarrangement.260 6.121 6.15.122 imine La pyrolyse des azides tertiaires conduit le plus souvent à des imines N-substituées si les groupes substituants de Cα sont des groupes alkyles (schéma 6.2e – Réarrangements Lorsqu’un nitrène possède en position α de l’azote un groupe méthyne. H C N C NH nitrène Schéma 6. équivalents à des diradicaux. méthylène ou méthyle. souvent plus rapide que les réactions d’additions ou d’insertion. la migration d’un ion hydrure vers l’azote puis création d’une double liaison d’une fonction imine est très rapide.122). réaction 1). les nitrènes sont susceptibles d’extraire un radical H• d’un alcane pour former deux radicaux. Le radical alkyle ainsi formé doit être stable (tertiaire ou secondaire) (schéma 6. Il est vraisemblable que certains agrandissements de cycle se font via des nitrènes qui se réarrangent (réaction 2).

CO2 RNH2 amine primaire Schéma 6. -Réarrangement d’Hofmann (1881) R-CO-NH2 amide primaire BrONa Br2 + NaOH hypobromite de sodium R-N=C=O isocyanate H2O RNHCOOH acide carbamique . Toutefois. Entités réactives 261 CH3 N3 2) CH3 . peut aussi être proposé (réaction 2). de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques. de Lossen. à des amines en Cn-1 ou leurs dérivés. Sous l’action d’un hypobromite alcalin (Br2 + solution de NaOH.123 Le réarrangement des acylnitrènes est l’un des mécanismes retenus pour expliquer des réactions très importantes en synthèse comme les réarrangements d’Hofmann. ou d’hydrazides. L’isocyanate additionne ensuite une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle en fournissant l’amine. dérivés d’acides en Cn. concerté. il se forme d’abord un N-bromoamide qui perd un proton sous l’action de la base. Son réarrangement fournit un isocyanate. par exemple).124 C’est la conversion d’un amide primaire (résultat de l’action de l’ammoniac sur un ester) en amine primaire (schéma 6. Par élimination d’un ion bromure. un acylnitrène peut alors être formé ((schéma 6. Un second mécanisme.124).N2 N et H3C N Schéma 6. . de Curtius.125) réaction 1).6. des mécanismes concertés ont aussi été proposés qui ne font pas apparaître de nitrènes : de nombreux auteurs les considèrent plus vraisemblables. qui permettent l’accès respectivement à partir d’amides.

CO2 R-NH2 acide carbamique instable Schéma 6. qui.126).Br O C N R isocyanate O C N R Hydrolyse de l'isocyanate H O R N C O R N H H O C O R H H N H O C O . est immédiatement transformé en carbamate stable (contrairement à l’acide carbamique.262 Chimie organique Formation du N-bromoamidate R R Br2 + NaOH C C O (BrONa) HN H2N Br Formation de l'isocyanate 1) via un nitrène R O HO N Br N-bromoamidate C O R C N Br O .125 Une variante de cette réaction consiste à traiter l’amide par le tétracétate de plomb dans un solvant aprotique anhydre ce qui produit l’isocyanate (hypothèse privilégiée : passage par un acylnitrène selon le mécanisme (1) du schéma 6. l’isocyanate. se décarboxyle pour se transformer en amine. RNHCOOH. sitôt formé. instable.Br R C N réarrangement de l'acylnitrène O R N C O 2) Selon un mécanisme concerté R C N Br O .125). En présence d’un alcool. RNH2) (schéma 6. .

en présence d’une base.127 Les isocyanates peuvent être produits à partir de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques par simple chauffage (schéma 6.128). Son réarrangement fournit l’isocyanate (réaction 2).127). Comme dans le réarrangement d’Hofmann. La première consiste en un réarrangement qui s’accompagne de l’élimination d’ion carboxylate (réaction 1). Les acides hydroxamiques sont facilement préparés par action d’un chlorure d’acide ou d’un ester sur l’hydroxylamine. Leur acylation peut être effectuée par réaction avec un chlorure d’acide.126 .6. . la seconde débute par l’élimination de cet ion ce qui conduit à un acylnitrène.BH R'COO + RN=C=O isocyanate H2O RNHCOOH . et parfois.Réarrangement de Lossen (1872) R-CO-Y + NH2OH Y = OR" hydroxylamine ou un halogène R-CO-NH-O-H acide hydroxamique R'-CO-Cl + HO-NH-CO-R chlorure d'acide acide hydroxamique . Entités réactives 263 R-CO-NH2 + Pb(OAc)4 amide primaire R-CO-N + Pb(OAc)2 + 2 AcOH R N C O ROH R-NH-COOR carbamate isocyanate Schéma 6.HCl R'-CO-O-NH-CO-R dérivé O-acylé d'acide hydroxamique R'-CO-O-NH-CO-R B. l’isocyanate additionne une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle pour produire une amine primaire. Il existe deux possibilités d’accès à l’isocyanate (schéma 6.CO2 acide carbamique RNH2 amine primaire Schéma 6. ∆ . Le mécanisme du réarrangement de Lossen a des points communs avec celui du réarrangement d’Hofmann.

129).264 Chimie organique R H R N O CO R' ∆ N O CO R' . H N O-H H C O H H N O-H . H2O ester hydrate d'hydrazine RCONHNH2 + R'OH acylhydrazine ou hydrazide RCON3 acylazide RCON3 + 2 H 2O + NaCl + H 2O RCONHNH2 + NO2H RCOCl + NaN3 Transformation de l'acylazide en isocyanate et azote RCON3 R N=C=O + isocyanate N2 Réaction de l'isocyanate avec l'eau et décarboxylation de l'acide carbamique en amine primaire RNH2 + CO2 RNHCOOH RN=C=O + H O 2 acide carbamique amine primaire Schéma 6.128 La formation d’amine peut être le résultat de l’action d’un acide minéral sur un acide hydroxamique.130 .R'-CO-O C C base 1) O O OU acide hydroxamique O-acylé R N C O H2O RNH2 R 2) C O N O CO R' . Un nitrène intermédiaire a été proposé (schéma 6.Réarrangement de Curtius (1890) Formation d'un acylazide RCO2R' + NH2NH2.H2O R C O Schéma 6.129 H N C O -H R C O N R N C O R R .R'-CO-O R C O N nitrène Schéma 6.

NO2 H HN N N O H O -H H R C O HN N N O H C O HN N N O R C HN N N O H H .6. peut être obtenu. mécanisme 1). chauffé en milieu anhydre.131. .132. soit à partir d’un azidure alcalin par action d’un chlorure d’acide. Entités réactives 265 Ce réarrangement s’effectue à partir d’un acylazide (schéma 6. ou un mécanisme concerté (mécanisme 2 : ce dernier est considéré comme le plus probable).H2O H N N N O R C O -H N N N R C O N N N acylazide R C O R C N N N O Schéma 6. est réarrangé en isocyanate. aussitôt libéré de son sel alcalin par addition d’un acide. soit par l’action de l’acide nitreux sur une acylhydrazine (ou hydrazide) dont le mécanisme est donné dans le schéma 6. On peut remarquer que ce n’est pas l’acide nitreux lui-même qui réagit sur l’acylhydrazine dans la préparation de l’acylazide par cette voie.131 L’acylazide. en un trioxyde d’azote. 2 HONO acide nitreux ONO-NO + H2O R R C HN H2N acylhydrazine ou hydrazide R O C ONO-NO . car il se transforme. Un acylazide. Deux mécanismes peuvent être envisagés.130). comme dans le réarrangement de Lossen : le passage par un acylnitrène (schéma 6. L’acylazide résonne entre trois formules limites. dans un solvant aprotique inactif.

laquelle peut réagir sur l’isocyanate encore présent dans le milieu pour fournir un dérivé de l’urée. l’isocyanate est assez rapidement transformé en acide carbamique correspondant par addition d’une molécule d’eau.133).N2 R R C O N N C O H2 O R'NH2 R-NH2 amine primaire R-NH-CO-NH-R' dérivé N. (schéma 6. L’acide carbamique est instable. Elle s’effectue directement à partir des acides libres (ou d’aldéhydes ou de cétones) par action d’acide azothydrique en présence d’acide sulfurique via un acylazide protoné (comme dans le réarrangement de Curtius) mais elle ne semble pas faire intervenir d’acylnitrène.N' disubstitué de l'urée ou acylnitrène isocyanate R'OH 2) R C O (mécanisme concerté) N N N .N2 R N C O Schéma 6. En effet. c’est un carbamate qui est produit.133 . 1924. certains isocyanates aromatiques réagissent plus lentement avec l’eau qu’avec une amine primaire. Dans quelques cas. Une autre réaction qui se fait via un acylazide et donnée ici à titre indicatif est la réaction de Schmidt.CO2 O isocyanate protoné RNH3 Schéma 6.132 R-NH-COOR' un carbamate Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau.H 2O H R C O azide protoné N N N N R C O N N N R H N C + N2 H N C O O H 2O H R N C OH H .266 Chimie organique 1) R C O N N N . surtout s’il est aliphatique. NaN3 + H HN3 acide azothydrique (composé gazeux très toxique) + Na R C O H R C O R N N OH + HN3 H H . il se décarboxyle pour libérer une amine primaire. la réaction a lieu en présence d’acide de Lewis. Si la réaction est faite dans un alcool.

16 Les composés 1. Le mécanisme est alors le suivant (schéma 6.135 .3 Certains composés neutres. Cette configuration électronique permet des réactions dites de cycloadditions de ces dipoles. comportent dans leur structure un groupement de trois atomes « a-b-c » dans lequel l’atome « a » a un octet dont au moins une paire d’électrons libres.3-dipolaires ou dipoles-1. Par contre. des dipoles-1.134) : N R1 C O cétone N . avec un exemple.3. b a c N N C N N C Schéma 6.N2 N C R2 R1 N C R2 H C O aldéhyde R1 H 2O N C R2 H N C R -H N C R nitrile H O H -H N C C O R2 amide R Schéma 6. réaction de la forme générale indiquée dans le schéma 6.H2 O N N C R1 R1 R2 R1 HN O H R2 tautomérie R2 H R1 C OH R2 N HN3 N R1 C OH H R2 R1 . et « c ».6. si le groupe alkyle est volumineux. appelées cycloadditions [2 + 3]. un sextet d’électrons sur sa couche externe. Entités réactives 267 Les réactions avec les cétones et aldéhydes conduisent respectivement à des amides et des nitriles.134 Dans le cas d’alkylarylcétones qui ont un groupe alkyle peu volumineux. c’est alors lui qui migre. 6. c’est le groupe aryle qui migre.135. sur des doubles liaisons présentes dans les composés dipolarophiles.

P C ylure de phosphore P C S C ylure de soufre S C N C ylure d'azote réaction de Wittig R1 C O R2 + Ph Ph Ph P C R3 R4 Schéma 6. Ces dipôles-1. comme les oxydes de phosphines. et dans certains autres composés.268 Chimie organique Cette réaction permet la synthèse de nombreux hétérocycles à 5 chaînons. 6. Il en existe aussi d’arsenic et de sélénium. d’azote. C’est donc le carbone qui fournit les électrons de liaison π dans les ylures. l’acide sulfureux. (R)(R’)S=O. Ce type de liaison « π » est appelé liaison pπ-dπ. Le carbone garde une structure tétraèdrique (trois liaisons + un doublet) dans ce type de liaison. de soufre. R-SO2-R’. R3P=O. les sulfoxydes.3 et leurs réactions de cycloadditions sont présentés au paragraphe 9. ylure de phosphore.17 Les ylures Les ylures (schéma 6. pour les plus connus. est constituée d’une liaison σ et d’une liaison π. Cette écriture résulte en fait de la résonance de ces composés avec la forme limite présentant une double liaison entre le carbone et l’hétéroélément. La double liaison présente dans une forme limite de ces ylures. Cette dernière présente une particularité par rapport à celles plus classiques des oléfines : en effet. C’est ce dernier qui est indiqué pour désigner le type d’ylure.8.136) sont des composés non chargés mais dont la structure permet de les représenter comme des dipoles-1.2 dont l’atome chargé négativement est le carbone. sauf pour les ylures d’azote. RS=O(OH)2. « cycloadditions [2 + 3] ». elle correspond au recouvrement d’une orbitale « p » du carbone (ou de l’oxygène pour >S=O) et d’une orbitale « d » vide de l’hétéroélément.136 R1 C R2 C R3 R4 Ph + Ph Ph P O . et l’atome chargé positivement un hétéroatome. ou les sulfones. contrairement au carbone éthylènique qui fait passer le carbone d’un tétraèdre à un système trigonal.

dans la réaction de Wittig (§ 10. Cl N + CH3Cl Me N Me chlorure de tétraméthylammonium ylure d'azote Schéma 6.7) qui permet de former avec une cétone.6. Ph3P=CH2).138 . en particulier. Entités réactives 269 Les ylures de phosphore. Cl PhH + diéthyl éther ou THF PhLi Me N Me .LiCl Me Me Me N C H H CH2Li . toutes les réactions avec ces composés sont effectuées sous atmosphère inerte. en formant un alcène symétrique.137) en faible quantité. sont les plus stables. Ph Ph Ph triphénylphosphine Ph P + CH3Br Ph sel de phosphonium Ph P P CH3. ou une cétone si l’oxygène est en excès. Ph Ph Ph P O Ph Ph Ph P C R R O2 R C R O Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph P O + R R P O + O C R R R P C R R C C R Schém 6.138. par exemple. un composé éthylènique. Br diéthyl éther Ph Ph ou THF Me PhLi Ph C H + PhH + LiBr H méthylènetriphénylphosphorane Me Me Me triméthylamine Me Me . comme dans les exemples du schéma 6. sous azote. dérivés de méthylènephosphorane. (le plus souvent le triphénylméthylènephosphorane. Ils interviennent.137 Les ylures de phosphore ou d’azote résultent de l’action d’une base forte comme le phényllithium ou le butyllithium sur des sels quaternaires. Dans la mesure où ils réagissent avec l’oxygène (schéma 6.

. comme un groupe phényle). un groupe alkyle) ou semi-stabilisés (avec un substituant sur le carbone chargé qui apporte une faible stabilisation. l’ylure est dit stabilisé : dans le cas des ylures de triphénylphosphonium. Il peut être stocké. Ph3P=CHCO2R en est un exemple. par exemple. La stabilité de ces ylures joue un rôle important dans la stéréosélectivité de la réaction de Wittig : Les ylures non stabilisés conduisent à des composés éthylèniques cis. c’est le cas des ylures de phosphore non stabilisés (ayant sur le carbone chargé négativement un substituant qui ne stabilise pas la charge. les semi-stabilisés sont peu sélectifs et les ylures stabilisés forment préférentiellement des éthylèniques trans.270 Chimie organique La plupart des ylures sont formés in situ. si le carbone chargé est substitué par des groupes qui stabilisent sa charge comme un groupe ester. En revanche.

Les réarrangements .Généralités Chapitre 8 .Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Chapitre 10 .Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.Les réactions de réduction Chapitre 14 . imine et nitrile Chapitre 11 .Les réactions de substitution Chapitre 9 .SECONDE PARTIE : LES GRANDS MÉCANISMES RÉACTIONNELS Chapitre 7 .Les réactions d’oxydation Chapitre 13 .Les réactions d’élimination Chapitre 12 .

.

.......... 274 7........................................................................................ 281 7........2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction .........3.......................................................... 276 7...............................1 Aspects thermodynamiques d’une réaction ................4 – Catalyse par transfert de phase .Chapitre 7 Généralités Sommaire : 7...........................................3 Catalyse et catalyseurs ............................................................4 La théorie de Lewis des acides et des bases ............................................. 285 7........ 277 7....................... 279 7...................3..2 – Catalyse acide ou basique spécifique .....3 – Catalyse acide ou basique générale ...................................1 – Généralités . 277 7..................3....................3...... 285 . 280 7.....5 – Les ultrasons ...............3....................

les liaisons brisées dans le ou les produits de départs (réactifs). 7.les -éliminations (chapitre 11) d. Il faut y ajouter les additions péricycliques. nucléophiles.les additions sur les doubles et triples liaisons carbone-carbone (chapitre 9) ou carbone-hétéroatome (chapitre 10) qui peuvent être. Certains d’entre eux.4). on peut dénombrer de nombreuses variations dans le système chimique. ∆S est très faible par rapport à ∆H. b.11. Par exemple. Ces réarrangements peuvent être nucléophiles (déplacements entraînant un doublet d’électrons). Il se réfère à l’ordre ou au désordre moléculaire dans le système chimique.les oxydations (chapitre 12) e. Dans la plupart des réactions. plus ∆S est élevé. et c’est donc la variation d’enthalpie qui permet de savoir si une réaction est spontanée ou non.les réarrangements (chapitre 14) avec migration d’un atome ou d’un groupe d’un site d’une molécule à un autre site. c’est le cas des réactions pour lesquelles le nombre de molécules de réactifs est égal au nombre de molécules de produits finaux. électrophiles ou radicalaires. Les variations d’enthalpie et d’entropie définissent la variation d’énergie libre G entre réactifs mis en réaction et produits finaux selon l’équation : G= H–T S Si ∆G est négatif. d’une part. et dont l’ensemble correspond à H. si cette valeur est positive. Durant une réaction. un apport d’énergie est nécessaire (appelée énergie libre d’activation). radicalaires (migrations avec un seul électron) ou plus rarement électrophiles (migrations sans déplacement d’électrons). . électrophiles ou radicalaires. c. variation d’entropie. La variation d’enthalpie peut être calculée par différences de la somme des énergies obtenues en totalisant.274 Les types de réactions les plus classiques sont : Chimie organique a. et d’autre part. Il y a d’abord celles qui sont liées aux énergies de liaisons. Plus le système est désordonné. et à la mésomérie si elle existe. celles liées aux différences de tension dans les cycles. D’autres variations sont regroupées sous le terme. Par contre.les substitutions (chapitre 8) qui peuvent être nucléophiles. elle est a priori spontanée. et enfin les énergies résultant de la solvatation des molécules. variation d’enthalpie. elles aussi.les réductions (chapitre 13) f.1 Aspects thermodynamiques d’une réaction Entre le moment où les réactifs entrent en réaction et celui où les produits finaux sont formés. particulièrement ceux faisant intervenir des carbocations. les liaisons formées dans les produits finaux de la réaction. S. ont été présentés lors de l’étude des entités chimiques réactives (§ 6. aux effets de solvatation dus aux interactions des réactants avec le solvant utilisé. Il faut y ajouter les variations dans les énergies de résonance s’il y a lieu. c’est la condition nécessaire mais pas obligatoirement suffisante pour que la réaction s’effectue sans apport d’énergie. l’enthalpie diminue tandis que l’entropie augmente.

Le terme T∆S qui intervient dans ∆G augmente considérablement tandis que ∆H est totalement indépendant de la température T. Relativement. La valeur du ∆G de la réaction est négative. – les réactions à hautes températures. un composé gazeux a une entropie supérieure à celle qu’il a en solution dans un solvant.1 La figure 7.7. La progression de la réaction à partir des réactifs atteint le point culminant de la courbe avant de fournir les produits de la réaction. – les réactions faisant intervenir des gaz ou des liquides ont des entropies importantes par rapport à celles effectuées avec des solides. mais il est nécessaire qu’un apport d’énergie permette qu’elle se déclenche. ∆G‡r représente l’énergie libre d’activation de cette réaction. c’est l’énergie libre d’activation de formation G‡f. la réaction s’effectue sans intermédiaire et les produits finaux C + D ont une énergie libre plus faible que celle des réactifs A + B. La cyclisation diminue la « liberté conformationnelle » que possèdait une molécule acyclique. mais il n’a pas d’existence réelle. Dans le cas présenté. Généralités La variation d’entropie ∆S a un rôle important dans les cas suivants : 275 – un seul réactif fournit plusieurs produits finaux (les possibilités de positionnement dans l’espace de plusieurs molécules sont plus importants qu’avec un seul type moléculaire). Dans la mesure où la réaction inverse est possible (réaction réversible).1 décrit la courbe d’énergie libre d’une réaction A + B C + D en fonction du temps. Ce dernier a une structure géométrique ainsi qu’une répartition des charges fixées. état de transition énergie libre ∆G‡ f A+B ∆G progression de la réaction ∆G‡ r C+D (réaction sans intermédiaire) ∆G‡ f ∆G‡ r = énergie libre d'activation pour la réaction A + B = énergie libre d'activation pour la réaction C + D C+D A+B Figure 7. Ce point correspond à l’état de transition de la réaction et définit le passage via un complexe activé. Elle équivaut à la somme de ∆G + ∆G‡f . – les réactions de cyclisations de composés acycliques. .

l’équilibre conduisant à l’addition-1. .2. La partie de la courbe la plus basse entre deux états de transitions correspond à la présence pendant une durée très courte de l’intermédiaire (carbocation.2 est le plus faible (contrôle cinétique).4 ou 1. 7. il se forme très lentement (∆G‡1.2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction Lorsque le chlorure d’hydrogène est ajouté au butadiène (figure 7. carbanion.2 de HCl. contrairement au composé résultant de l’addition-1. mais à température peu élevée. états de transition états de transition ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ 2 2 ∆G‡ ∆G‡ 1 A +B ∆G 1 A +B C+D ∆G C+D 2 intermédiaire 1 ∆G‡ 1 ∆G‡ 2 ∆G‡ intermédiaire = énergie libre d'activation de formation de l'intermédiaire = énergie libre d'activation de formation des produits finaux à partir de l'intermédiaire = énergie libre d'activation totale de la réaction Figure 7.4 > ∆G‡1.4 est le plus stable thermodynamiquement avec le ∆G0 le plus faible.2).2 Par exemple. la réaction est équilibrée et il se forme un carbocation intermédiaire mésomère qui peut additionner l’ion chlorure de deux façons (figure 7.2 qui est le moins stable et qui se forme très rapidement car ∆G‡1.3). il y a plusieurs états de transition.3).4 est très rapidement atteint et c’est le composé le plus stable qui prédomine (contrôle thermodynamique).276 Chimie organique Dans le cas de réactions avec intermédiaires (entités réactives). Le composé qui correspond à l’addition-1. À haute température. une réaction avec un intermédiaire correspondra aux courbes 1 ou 2 de la figure 7. ou radical). ce qui correspond à une addition-1.

sans transformation. lorsqu’il y a contrôle thermodynamique de la réaction. le pourcentage des deux composés issus de la réaction est fonction de la stabilité thermodynamique de chaque composé. Dans certains cas. Le composé prépondérant étant le plus stable des deux susceptibles de se former. sa formation est alors à la fois sous contrôles thermodynamique et cinétique.2 Cl (contrôle cinétique) Cl addition 1. Inversement.3 Catalyse et catalyseurs 7.2 < ∆G‡ 1.2 > vitesse de formation du composé d'addition 1. 7. .2 1.4 Figure 7.4 (contrôle thermodynamique énergie libre d'activation ∆G‡ composé le moins stable Cl ∆G‡ 1. en fin de réaction.4 addition 1.3. le composé ainsi ajouté est un catalyseur. et il a effectué une catalyse de cette réaction.3 Lorsqu’il y a contrôle cinétique d’une réaction équilibrée et susceptible de produire deux composés de stabilités différentes.7.2 ∆G‡ 1. le pourcentage de ces deux composés dans le mélange final ne dépend pas de la stabilité thermodynamique de chacun de ces composés mais de la rapidité à laquelle ils se forment dans les conditions expérimentales de la réaction. le composé le plus stable peut aussi être celui qui se forme le plus vite . dans la plupart des cas. Le rendement de la réaction est inchangé avec ou sans catalyseur.1 – Généralités Lorsqu’une réaction a seulement sa vitesse augmentée par addition d’un composé en quantité très inférieure à sa stœchiométrie.4 vitesse de formation du composé d'addition 1.4 composé le plus stable Cl addition 1. Généralités 277 Cl Cl +H intermédiaire addition 1. et qu’il est encore présent.

des nitriles. plus l’effet catalytique est important et plus la vitesse de la réaction est augmentée. comme dans la majorité des cas (par exemple. pour l’hydrogénation des alcènes. en particulier. de récupérer le catalyseur (souvent peu coûteux comme les alcoolates alcalins.278 Chimie organique Si la réaction est réversible. Dans ce cas. ou des groupes nitro présents. Cela dépend des conditions expérimentales et de la loi d’action de masse (voir le cours de chimie générale). Par exemple. l’éthylate de sodium en solution dans l’éthanol absolu dans les alkylations de composés carbonylés via des carbanions). C’est le cas pour le nickel de Raney qui est totalement inhibé par la présence de soufre dans le milieu réactionnel car il se fixe sur les sites actifs du catalyseur empêchant ainsi l’accès au composé à réduire. le soufre et ses dérivés. on l’inhibe partiellement en lui ajoutant un inhibiteur choisi spécifiquement comme dans le palladium de Lindlar (Pd déposé sur CaCO3 + inhibiteur PbO). effectuée bien souvent par simple filtration et lavage (attention : certains catalyseurs comme le nickel de Raney s’enflamment à sec au contact de l’air et doivent être conservés sous un liquide. cette opération est économique. le rhodium…). Dans certains cas. le ruthénium. La catalyse est homogène lorsque les réactants et le catalyseur sont tous présents dans une seule phase. l’activité catalytique a lieu sur la surface du catalyseur. l’eau le plus souvent ou un alcool). le catalyseur de Wilkinson. En raison du coût souvent élevé de ces catalyseurs. Il existe des poisons des catalyseurs (inhibiteurs). et ne réduit que les doubles ou triples liaisons conjuguées et non les autres. PbO. Le pentacyanocobalt (II) agit aussi en phase homogène. un solide minéral insoluble dans les solvants organiques (par exemple. . Un catalyseur d’hydrogénation peut aussi catalyser la déshydrogénation. et les réactants. Une propriété intéressante de la catalyse hétérogène est la facilité de la récupération du catalyseur en fin de réaction. L’activité catalytique est réversible. les acides minéraux ou organiques) qui est perdu lors des manipulations nécessaires à l’isolement des produits finaux. en solution dans un solvant. Dans le cas d’une catalyse homogène. elle permet que la réaction évolue selon une nouvelle voie dans laquelle G‡ est plus faible que dans la réaction sans catalyseur et via un ou des intermédiaire(s) spécifique(s) et plus stable(s). pour réduire les triples liaisons sans affecter les doubles liaisons présentes dans une même molécule. La catalyse n’agit pas sur G. en général. le nickel de Raney. le catalyseur est déposé sur une substance chimiquement inerte pour accroître la surface catalytique (palladium sur carbone ou sur carbonate de baryum). Les catalyseurs sont très souvent spécifiques d’une réaction. les bases comme la pyridine ou la triéthylamine. Dans certains cas. catalyseur utilisé. des gaz ou des liquides. Plus la surface est augmentée (on utilise pour cela des poudres très fines). Ce sont. par contre. il est très rare. par exemple. La catalyse est hétérogène lorsque le catalyseur est. l’équilibre n’est pas perturbé par la présence du catalyseur et les pourcentages des différents composés présents lorsque la réaction a atteint l’équilibre sont indépendants de la catalyse. si le catalyseur est trop actif et peut conduire à un mauvais contrôle de la réaction. ou des dérivés du plomb comme l’oxyde de plomb. le platine ou son oxyde. voire impossible. le chlorotris (triphénylphosphine)rhodium RhCl(Ph3P)3 catalyse en phase homogène l’hydrogénation des doubles liaisons éthylèniques d’une molécule sans réduire les doubles ou triples liaisons des groupes carbonylés.

H2O + HA O R' R CH O R' acétal H3O + A O R C H + R' O H + H3O .3. les ions H3O+ sont capables de catalyser cette réaction. Dans le cas de la catalyse acide des acétals. La diminution du pH favorise la réaction. . 7. Seuls. Le catalyseur intervient donc directement dans le mécanisme réactionnel. Un exemple est la réaction de rétroaldolisation qui s’effectue en milieu basique dans l’eau (schéma 7. Pour l’eau comme solvant. Généralités 279 Un nombre très important de réactions en chimie organique est catalysé par les acides. On en déduit que l’augmentation du pH conduit à une augmentation de la vitesse de la réaction. et qui conduit finalement à un aldéhyde et deux molécules d’alcool. au choix. L’acide ou les acides ajoutés n’agissent que sur l’équilibre qui fournit SH+. il y a un transfert d’un proton entre le catalyseur et un réactif. seul. S + HA SH + A C’est le cas de la catalyse acide des acétals (schéma 7. La catalyse acide ou basique en solution peut s’effectuer selon deux voies différentes appelées catalyse acide (ou basique) spécifique.1 lent R C OR' H2O H + R' O H La catalyse acide spécifique est caractéristique de réactions dans lesquelles il y a d’abord une protonation rapide et réversible du substrat avant une étape lente qui conduit aux produits de la réaction. les bases ou parfois les deux. Dans tous les cas. C’est pourquoi sa catalyse est spécifique.pour H2O). Le catalyseur spécifique est HO-.qui résultent du retrait d’un proton du solvant utilisé SH (HO. la vitesse de la réaction est donc : V = k[H3O+][RCH(OR’)2] La catalyse basique spécifique a pour caractéristique une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions S. ou catalyse acide (ou basique) générale.2 – Catalyse acide ou basique spécifique La catalyse acide spécifique est caractérisée par une augmentation de la vitesse de réaction en fonction de la concentration en ion SH+ dans un milieu où S représente le solvant.7.H2 O rapide O R' R CH O R' H Schéma 7.2).1) où SH+ est représenté par H3O+. le cation hydroxonium H3O+ catalyse la réaction et aucune autre entité acide.

. Elle est suivie d’étapes rapides.4).(schéma 7.. . la concentration en ions S. D’autres bases présentes B. mais aussi des concentrations d’autres acides AH. Schéma 7.ou une base B du milieu est une réaction lente qui détermine la vitesse globale de la réaction.3). La déprotonation du substrat par HO. C’est le cas de la bromation de la propanone en milieu basique et en présence d’ions acétates CH3COO. O R' R C O R' O R' H A acide lent O R' R C O R' R C O R' O R' H2O rapide O R C O R' + R' O H vitesse = k H3O+ H3O+ RC(OEt)3 + k AH AH RC(OEt)3 + .3 Dans cette catalyse.2 La vitesse de cette réaction est v = k[HO-][Me2C(OH)CH2COMe] 7.pour H2O) n’est pas le seul catalyseur actif. C’est l’acide le plus fort qui est le meilleur catalyseur.3 – Catalyse acide ou basique générale La catalyse acide générale est caractérisée par une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions SH+. A’H… présents dans le milieu. une protonation lente du substrat est suivie d’une étape rapide (schéma 7. B’… ont un rôle aussi sur la vitesse de réaction.280 Chimie organique Base + H2O HO Me Me C C H2 H O O C Me .3.issus du solvant SH (HO. Dans la catalyse basique générale.H2 O rapide Me Me O C Base-H + HO O C C H2 Me lent Me C O Me propanone ou acétone O + C Me H2C énolate de propanone 4-hydroxy-4-méthyl-pentan-2-one Schéma 7.

KCN est ionisé en ions CN. de l’action des ultrasons. Depuis quelques décennies.3. et inversement pour KCN.ne peut pas passer dans l’autre phase sans K +. et d’autre part. mais dans certains cas. En effet. et dans l’autre. de molécules d’eau). Pour résoudre ce problème. L’anion CN. eau et toluène) et d’y ajouter un catalyseur dont le rôle sera de permettre le passage du réactif contenu dans la phase aqueuse vers la phase organique afin que la réaction ait lieu. on peut imaginer l’emploi de deux solvants non miscibles (comme l’huile et l’eau) contenant chacun un des deux réactifs.7. Cette solvatation n’est pas possible dans une phase organique. Généralités 281 B ou HO H H2 C C O propanone Br Br .BH ou H2O lent CH3 H2C C O CH3 . Elle consiste à solubiliser un des réactifs dans l’eau et l’autre dans un solvant organique non miscible (par exemple.et K+ qui sont solvatés par l’eau (entourés. très peu dans un autre solvant. R-CN+X-. une technique catalytique est utilisée : c’est la catalyse par transfert de phase (CTP). ce qui aura pour conséquence. L’expérience montre que dans la majorité des cas.4 Des techniques particulières permettent d’augmenter la vitesse des réactions : il s’agit. 7. cela devient difficile. il est important que les molécules de réactifs entrent en collision. on trouve les sels d’ammonium quaternaires et les sels de phosphonium. si l’un des réactifs est insoluble dans l’eau ou les autres solvants polaires et que l’autre n’est au contraire soluble que dans l’eau. comme dans une gangue. Dans la première. avec agitation très puissante du mélange biphasique (par exemple : eau-toluène) pour qu’à l’interface il y ait collision des molécules des deux réactifs. RX est soluble Dans le cas de la réaction de substitution RX + CNdans les solvants organiques mais pas dans l’eau. de la catalyse par transfert de phase. Dans l’eau. la réaction ne pourra à la rigueur s’effectuer que dans un solvant unique. et insoluble dans l’autre réactif si celui-ci est un liquide. cette technique donne de très mauvais résultats. mais dans lequel les concentrations des réactifs seront très faibles. Ce sont des agents de transfert de phase. Il existe deux grandes classes de ce type de catalyseurs. en raison de la .4 – Catalyse par transfert de phase Pour qu’une réaction s’effectue au mieux. une vitesse excessivement lente de la réaction. les éthers-couronnes. d’une part.Br rapide Br H2C C O 1-bromo-propan-2-one CH3 B = CH3COO V=k HO HO MeCOMe + kCH COO 3 CH3COO MeCOMe Schéma 7.

C’est là qu’interviennent les agents de transfert de phase.6). comme indiqués ci-après (schéma 7. CN-. X. lequel peut renouveler le cycle jusqu’à disparition des réactifs.5 Le catalyseur désigné par Cat+ réagit réversiblement dans l’eau avec une molécule de KCN ionisée en formant Cat+. Trois équilibres A. et qui sont liés à la réaction de substitution qui s’effectue dans la phase organique. CN + Cat . X B interface Eau Cat . par le permanganate de potassium (soluble uniquement dans l’eau). Les sels d’ammonium quaternaires N(R’)4+. l’équilibre est déplacé vers la formation de Cat+. CN-. lequel peut de nouveau passer l’interface et se retrouver dans l’eau.282 Chimie organique neutralité électrique des phases. qui contient RX. Ph-CH2-OH Ph-CH=CH-Ph CH3(CH2)6-CH2OH CH3(CH2)5-CH=CH2 Ph-COOH PhCOOH CH3(CH2)6-COOH CH3(CH2)5COOH + HCOOH Schéma 7. (n-Bu)4N+. voir la note en bas de page) sont peu solvatés dans l’eau où ils sont très peu solubles. Lorsque KCN est solubilisé dans l’eau.6 . X Cat = N (R')4 ou P(R')4 Schéma 7. Br. Certains de ces sels sont si peu solubles dans l’eau que leur catalyse a lieu à l’interface (entre les deux phases liquides).X C K . B.5). très solubles dans le solvant organique. X. en forte concentration par rapport à Cat+X-. En présence de KCN.ou de phosphonium P(R’)4+. Un autre exemple d’utilisation de cette catalyse est celui de l’oxydation d’oléfines ou d’alcools uniquement solubles dans les solvants organiques. Solvant organique Cat .possèdant des groupes alkyles assez volumineux comme n-butyles (lipophiles. et RX est solubilisé dans un solvant organique. les deux phases sont mises en contact et le catalyseur est ajouté. CN A + RX réaction RCN + Cat . La vitesse de ce cycle est donnée par la réaction qui consomme les réactifs car les équilibres sont atteints très rapidement.(schéma 7. en présence de bromure de tétrabutylammonium. CN + K . et par contre. Les propriétés lipophiles (voir la note ci-après) du catalyseur lui permettent de passer alors l’interface pour aller dans la phase organique ce qui permet à la réaction de s’accomplir avec formation du nitrile RCN et d’un nouveau système Cat+X-. et C sont alors établis.

283 Dans ces réactions. CH2Cl2 / H2O. et une longue agitation du mélange.7). car il permet de connaître leur capacité à traverser les zones lipidiques de l’organisme et donc d’atteindre un organe donné. faible. Dans le cas du bromure de tétrabutylammonium. Généralités Note : bien que le terme lipophile soit plutôt spécifique de la biologie (composé qui se dissout dans les lipides. le benzène (très rarement en raison de sa toxicité). et du propanol. on ajoute simplement ce dernier. c’est la cas du butanol. l’addition de permanganate conduit à une solution violette de la phase aqueuse tandis que la phase organique contenant RX reste incolore ce qui démontre l’insolubilité de l’oxydant dans la phase organique. à l’interphase eau-solvant non polaire. si on utilise le mélange de solvants non miscibles ou biphasique chlorure de méthylène /eau.7.I Schéma 7. son emploi peut être étendu en chimie pour désigner des molécules plus solubles dans les solvants peu ou non polaires que dans l’eau. Par réaction avec un halogènure d’alkyle. après solubilisation complète de l’échantillon traité. Les solvants organiques classiques pour cette technique sont le chlorure de méthylène. plus la molécule devient soluble dans les solvants non polaires et par conséquent de moins en moins dans l’eau. les groupes butyles sont lipophiles et se maintiennent plus facilement du côté du solvant non polaire tandis que la « tête hydrophile » azote quaternaire et ion bromure. C’est le cas des alcools qui portent un groupe OH hydrophile. L’addition de l’agent de transfert de phase en très faible quantité a pour conséquence visible la coloration violette de la phase organique ce qui correspond à la formation de (n-Bu)4N+. c’est l’ion hydroxyle HO. afin d’atteindre l’équilibre. Pour les alcools à faibles nombres de carbones. c’est le cas du méthanol. au contraire passe dans la phase aqueuse. si on reprend l’exemple de l’oxydation d’un composé organique par le permanganate de potassium.7 R1 R C CHO R2 Une autre technique est la CTP-solide-liquide. le caractère lipophile l’emporte sur le caractère hydrophile et les alcools deviennent de moins en moins solubles dans l’eau. Dans ce cas. ils donc facilement solubilisés dans l’eau. c’est-à-dire qui favorise la solubilisation dans l’eau (inverse de lipophile) par la création de liaisons hydrogènes avec l’eau. (n-Bu)4 . dans le chlorure de méthylène contenant le composé à . Dans ce cas. etc. Plus les chaînes carbonées sont importantes en nombre de carbones dans les molécules. Le caractère lipophile des molécules est très important pour la recherche de médicaments. Il est déterminé quantitativement (coefficient de partage eau-octanol) à partir du rapport des concentrations de ce composé déterminées dans chaque phase du mélange eau-octanol en volumes égaux. ou le toluène. Lorsque le nombre de carbones croît. l’aldéhyde est substitué. Par exemple. les graisses). le chloroforme. I.(schéma 7. Cette technique de catalyse (CTP liquide-liquide) peut être utilisée pour soustraire un proton d’un substrat en solution dans un solvant organique par action de la soude dans l’eau. le caractère hydrophile est important et le caractère lipophile.qui est transporté dans la phase organique par le catalyseur. pentanol. MnO4-. un aldéhyde en solution dans le benzène est déprotoné par la soude dans l’eau en présence de (n-Bu)4N+. R1 H C CHO R2 RX HO . solide. de l’éthanol. composé qui démarre la réaction de substitution.

Cette technique évite l’emploi de l’eau et empêche la solvatation des anions. effet qui diminue leur activité chimique. Le complexe est alors appelé cryptate. le catalyseur est appelé cryptand (parfois écrit avec un t à la place du d). Par contre. Les équilibres indiqués pour la CTP-liquideliquide ont toujours lieu mais se font à l’interface du solide (KMnO4) lequel adsorbe les molécules de composé à oxyder à sa surface. Si KCN n’est pas soluble dans un solvant organique. Il n’y a plus besoin de deux solvants. un cation métallique spécifique en fonction de leur taille. Par ailleurs. assez volumineuses et qui ont la propriété de retenir dans leur cavité. le chlorure de méthylène ou le toluène.4 R O O + O N O M+ N M+ O O O (cryptate) O N . entre autres. CN-. la coloration violette apparaît et la réaction d’oxydation débute.4). CH3COO-. L’anion cyanure peut être remplacé par I-. comme le cryptofix â. Le sel est d’abord mis en contact avec l’éther-couronne ce qui forme un complexe. est soluble. par exemple) ce qui favorise ses réactions et les rend plus faciles que dans les conditions classiques à l’exception des réactions effectuées dans des solvants aprotiques dipolaires. le sel constitué du « K+ -éther-couronne ». des réactions secondaires comme les hydrolyses des produits finaux ne sont plus possibles. agissent de manières différentes. si on ajoute une petite quantité de l’agent de transfert de phase. F-. puis il est directement mis en réaction dans un solvant organique (le benzène par exemple). poly-éthers cycliques. Tous ces anions dont le cation est crypté forment des paires d’ions dans lesquels l’anion est beaucoup plus libre que dans les sels ordinaires (KCN. K O O O N O O O Cryptofix (cryptant) Figure 7. Ethers-couronnes et cryptands sont des transporteurs de cations appartenant au groupe de composés appelés ionophores. Ce sont des molécules organiques.. L’éther-couronne le plus utilisé est le dicyclohexano-18-crown-6 (figure 7. Br-. Les atomes d’oxygène jouent le rôle de bases de Lewis (voir le paragraphe suivant) vis-à-vis des cations métalliques. Les éthers-couronnes. MnO4. ce qui permet les réactions. par coordination. Lorsque le cryptate n’est plus constitué d’un seul cycle mais de plusieurs. O O K O O dicyclohexano-18-crown-6.284 Chimie organique oxyder : aucune coloration du solvant n’apparaît et aucune réaction n’a lieu. Les solvants utilisés sont l’acétonitrile. solubles dans les solvants organiques. par contre.

le zinc(II) ou le mercure Hg(II).5 Il existe des catalyseurs minéraux qui ont des activités comparables. un acide est un composé qui présente une orbitale vacante.6-dioxaheptyl)amine Figure 7. et les bases.3. certaines résines proches du polystyrène qui sont. Dans la théorie de Lewis. Généralités 285 Certains composés qui n’appartiennent pas à la famille des cryptands agissent pourtant de la même manière. ce qui crée des sites actifs et facilite les contacts chimiques avec les réactifs. des halogénures de bore comme BF3. par contre. Il s’agit par exemple du TDA-1 ou tris(3. Par ailleurs. comme l’alumine. l’anhydride sulfurique SO3 ou des ions métalliques comme Ag+ qui n’étaient pas considérés comme des acides par Brønsted sont des acides au sens de Lewis dans la mesure où ils ont tous une orbitale vacante. 7. Al2O3. les acides sont des composés susceptibles de libérer un proton. et qui sont rangés par acidité décroissante : . Un autre intérêt de ces ultrasons se trouve dans leur capacité à rendre propre voire dépolie la surface des métaux. le fer(III). les composés susceptibles de les capter. et la base. composé acyclique (figure 7. Cela a pour effet de créer des microbulles (cavitation) qui en disparaissant produisent des ondes de choc à forte énergie et qui ont pour effet d’augmenter la température et la pression dans des microespaces. de structures MXn. qu’ils soient réactifs ou catalyseurs.6-dioxaheptyl)amine. C’est alors une catalyse triphasique qui a des avantages sur le plan expérimental. l’acide organique n’est plus l’ensemble RCOOH mais seulement le proton H+ dans la mesure où il présente une orbitale vide ou vacante. 7. le plus souvent un halogène. le catalyseur peut être facilement extrait du milieu réactionnel pour une nouvelle opération. insolubles dans l’eau et les solvants organiques. où X représente un ion inorganique. ce qui augmente la vitesse de la réaction. Les rendements sont souvent meilleurs et les réactions secondaires réduites car la température et la pression de la réaction « normale » sont diminuées. On peut rappeler que dans cette dernière.5). des composés aussi divers que des sels de divers métaux comme l’aluminium.7.5 – Les ultrasons Une autre technique qui permet d’augmenter la vitesse des réactions (surtout radicalaires) est l’utilisation des ultrasons de fréquences supérieures ou égales à 20 KHz. Dans la théorie de Lewis (1938). le silica-gel (utilisés aussi et d’abord en chromatographie). car la réaction terminée. un composé qui possède une paire d’électrons libres ou faisant partie d’une orbitale π.4 La théorie de Lewis des acides et des bases Cette théorie a généralisé la notion d’acides et de bases développée par Brønsted (1923). On peut citer les acides de Lewis suivants. N O O O OMe OMe OMe tris(3.

mis en présence d’un composé B possèdant un doublet d’électrons libres (alcools.286 Chimie organique BX3 > AlX3 > FeX3> GaX3 > SbX5 > SnCl4 > AsX5 > ZnX2 > HgX2 = orbitale vacante On peut donc considérer que toute réaction dans laquelle un composé A ayant une orbitale vacante. amines. avec création d’une liaison A-B est une réaction acido-basique au sens de Lewis (schéma 7. thioéthers…). éthers. thiols. A acide de Lewis + B base de Lewis A B H H + R O H R O H alcool protoné Et BF3 trifluorure de bore + Et O Et F3 B O Et diéthyléther étherate de trifluorure de bore BF3 Me + N Me Me triméthylamine Me F3 B N Me Me triméthylammoniumtrifluoroborate Schéma 7.8 .8).

..................11d – Les époxydes ......... 312 8..1..... 8......................1b – Les réactifs nucléophiles .................................................1................. 305 8............... 293 8..................................................................1................................ 312 8.....................1.............................7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) .......1...........................1...11 – Substitutions nucléophiles par l’eau ....................................1........................1.1..........3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 ......... 291 8.12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates ...1.......................................1................1.........................................8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) ..........................12b – Les alcools ................... 307 8..........................12c – Les éthers et époxydes ....1 – Généralités .. 8......................1.......9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) ...................... 311 8..................1.....................................................................................11b – Des esters et des anhydrides ........... 8......1a – Les groupes partants ou sortants ... 297 8...................11a – Les composés halogénés ................1............1...... 8...........1 Substitutions nucléophiles aliphatiques ................... 291 8................1...........................................................................12e – Les anhydrides d’acides ...............4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) .11c – Des amides ...2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 ............. 8...................... 314 8.............10 – Substitution nucléophile sur >C=O ............... 306 8........6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques .............1.............1. 320 ...................... 302 8....... 8.............................. 310 8... 292 8........................................... 8....12a – Les halogénures .......1....12d – Les acides ................ 314 315 318 319 320 323 326 327 333 8................................Chapitre 8 Les réactions de substitution Sommaire : 8..........5 – Mécanisme SN1cB .................1.....1... 8.................1......................

.......... 8.......................... les esters et les amides ..... 334 8.................................... 8...........1.. 353 8...........19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants...............13a – Les halogénures .1.............. 363 8....1.. 364 8..........1.................................21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite .............................. 336 8......................................................................21c – Thiourée ....................... 8.............18b – Alkylation des acétoacétates ..........21a – Acide sulfhydrique et ses sels ............17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution ............ 339 344 344 345 8.........................1..... 8.............. 8........1.18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments ........................................1.................1................... 338 8........... 8.....................18a – Synthèse malonique ..............1.....................12f – Les esters carboxyliques ....................... 367 8...............................................................13b – Les acides........... les chlorures d’acides.1.......... 8...18c – Alkylation d’esters.......1......17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) .....1...........22a – Anion cyanure ..... 8.....1..... 8............. ou de nitriles .....16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure .................. 334 8. 8...................1......................... esters........................1.1.20 – Alkylation d’un carbone acétylènique .............22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral . 334 8........ de cétones.................. amides ...................... 333 8....1....................................... 367 368 369 370 8................................. 337 8....................1.......288 Chimie organique 8...........................1............1..................1...............................15d – Les acides...........1. 8.. thiiranes et aziridines ....1.23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique ...................18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants .....15a – Les halogénures ..........17b – Couplage des chlorures d’acides .................................................... 370 ................ 8....................21b – Thiols et thiolates .22d – Anions cyanate et thiocyanate ..................................1......... 361 8...........................1....................18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques .1.....1....................... 351 8..............1.................... d’aldéhydes.........12g – Les sulfonamides ........................1................................15c – Les oxiranes..1.........................1...........18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques .............1.. 364 365 366 366 367 8..................................... 350 8............ 351 8.22c – Anion nitrite ..1.21d – Ion thiosulfate ............................ les anhydrides d’acides.......................................... 352 8.................. 8....................13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels ........... 339 8.......13c – Le diazométhane ................................15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines ......22b – Anion azoture ........ 8......1............ 8..21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés .................1.......................1..... 353 356 357 358 359 359 8...........15b – Les alcools .....1....14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes ....................

.6c – Halogénation des aldéhydes et cétones .............................. amides 375 8.6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant ...... 376 377 378 378 379 379 379 380 381 383 385 385 386 388 389 389 390 390 392 392 396 396 399 399 400 400 403 404 ......6j – Formation d’éthers d’énols silylés .... 8......... 8......................2......9b – Nitrosation des amines secondaires ......... 8.... 8....... 8......................2.......6i – Cyanation d’un méthylène activé ................. 8...2............2.....8a – Décarboxylation d’acides ........................9 – Substitutions éléctrophiles aliphatiques de composés azotés . 8.............. 8...2... 8....2............................2................ 8...........2...23a – Réaction de couplage avec les halogénures .......... 8..2.................1.............23c – Réactions avec les anhydrides......................................2.................8b – Réaction haloforme ....9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines ...2.....2........6b – Echange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) ......2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) ...... cétone et d’acide carboxylique ..........2.....3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) ....................................... 8................. 8... orthoesters et époxydes .....6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork.............1....6d – Halogénation des acides carboxyliques .... 8.......6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium ................ 370 8.............8c – Réaction d’Haller-Bauer ... 8.........2....6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide ..........2.2.... 8....... 376 8.................................................2........................... 1954) .............2............6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique ............. 8.... 8.......... 8.. esters carboxyliques...............................2........2....6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide .1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) ....................1..............................6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H 8.....2.... 8....... 373 8... cétals.............................2...2............................................ 8.....8...................................2....8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné ...............................................5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) 8...................7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal ...4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) ............23b – Réaction de couplage avec les acétals. Les réactions de substitution 289 8....7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants ...2.......2.... 8......... 8.. 8...... 8..........2.....6e – Sulfonation d’aldéhyde..............................2......9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires ..2 Substitutions électrophiles aliphatiques ..

.................................................................2.................4......................4.. 8......................4................1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques .......................................4..10f – Transmétallations .............................................................................. 8.......................................2.....3..............1 – Mécanisme SEAr ... 8... 416 8..2.............1 – Mécanisme SNAr .... 8........................... 414 8........................ 8......... 422 8..............1m – Décarboxylation des acides aromatiques ...........3.........................................2........................................... 406 8....................... 454 8.....4 Substitutions électrophiles aromatiques .......... 422 8..............................290 Chimie organique 8............. 8.....10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques ............... 8........ 8......... 407 408 409 410 412 413 8....................................................2 – Mécanisme SN1 aromatique .......1e – Carboxylations par le phosgène.1k – Aminoalkylation .... 8.....2 – Mécanisme SE1 ............. 8..........4...................................... 8.................................................. 405 8.....9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines ......2..1g – Formylations .5 Mécanisme de substitution radicalaire (rappel) ........3 – Mécanisme SRN1 ........................................... 455 ...2....9e – Formation d’haloamines ...................1a – Nitration ...........................................1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation) ...........4... 8...... les arynes ............ 8............................ 414 8.................1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts .. 8...................................... les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates .................... 418 8..4.....4..3 Substitutions nucléophiles aromatiques ................10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques ........1j – Hydroxyméthylation ................................10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant ..........2..2....10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques ..............................4..................4.........10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques .....1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt) ...................4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés....4...................3...................10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques ............. 8.................. 417 8.............4................1c – Halogénation .............1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet) ................ 427 428 431 434 438 439 440 445 446 449 450 451 452 453 8...........1f – Arylation .................3.......................1b – Sulfonation ......................... 8...........................4........... 8..............................................................................................................................4............................. 407 8.............4.. 8......2......................................4.

par exemple. et celui qui est formé à partir du groupe nucléofuge. un réactif nucléophile ayant au moins un doublet d’électrons libre. la réaction est ainsi facilitée et fournit deux molécules neutres. Dans le premier cas (schéma 8.1). une base de Lewis. Nu-. attaque un carbone lié à un groupe partant ou sortant (nucléofuge) Y exerçant un effet -I ou/et mésomère -M sur ce carbone. 1) Nu HO + + R Y Nu HO R R + + Y X R X X = un halogène ou tout autre groupe partant Schéma 8.3).8. .4). non chargée.2). attaque encore une molécule R-Y. un anion minéral ou un carbanion. chargé positivement. Le doublet d’électrons du réactif nucléophile crée la liaison avec le carbone tandis que le groupe partant (sortant ou nucléofuge) entraîne avec lui le doublet qui le liait au carbone (schéma 8.3 Dans le troisième cas (schéma 8. Nu + R Y Nu Schéma 8. L’anion (ou le carbanion) est alkylé par le groupe R.2 Dans le second cas (schéma 8. tandis que le groupe nucléofuge devient un anion Y-. chargé négativement. il se forme deux ions. Les réactions de substitution 291 8. Nu.1. celui qui correspond à l’alkylation du nucléophile. 2) Nu Nu N + + Y X + + R R Y X R R Et Et N Et amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire Schéma 8.1 Substitutions nucléophiles aliphatiques 8. un nucléophile chargé attaque un carbone lié à un nucléofuge chargé positivement. neutre. comme une amine tertiaire.1 R + Y Quatre cas peuvent être envisagés. le nucléophile chargé négativement. attaque un carbone lié à un groupe nucléofuge Y.1 – Généralités Dans les réactions de substitutions nucléophiles aliphatiques. ou portant une charge négative.

un brosylate.1a – Les groupes partants ou sortants Les meilleurs groupes partants ou sortants Y dans les deux premiers cas (schémas 8. -Cl RX halogénures O SO2 ROTs Me O SO2 ROBs brosylates Br O SO2 RONs NO2 tosylates p-toluènesulfonates p-bromobenzènesulfonates nosylates p-nitrobenzènesulfonates O SO2 CH3 ROMs mésylates méthanesulfonates O SO2 CF3 ROTf triflates trifluorométhanesulfonates O SO2 C4F9 nonaflates nonafluorobutanesulfonates O SO2 CH2-CH3 trésylates 2.1. consiste en l’attaque d’un nucléophile non chargé sur un carbone lié à un nucléofuge Y chargé positivement.3) sont issus d’acides forts et sont libérés comme anions Y-. Le groupe OH étant un très mauvais groupe partant.2-trifluoroéthanesulfonates Figure 8.2. comme un tosylate. 4) H S H acide sulhydrique Nu + + R R N Y Et Et Et Nu H S H R + + Y Et Et Et R N ion alkylsulfonium Schéma 8. -Br. R groupe aliphatique Y groupe partant -I.4 Enfin.1 D’autres groupes partants sont encore plus forts.>> F-.292 Chimie organique 3) Nu + R Y Et Nu R + Y Et Et Et amine tertiaire HO + R N Et Et HO alcool R + N Schéma 8. il est converti par action d’un chlorure d’acide sulfonique correspondant en un ester sulfonique. Le nucléophile est alors alkylé fournissant un composé chargé positivement tandis que le nucléofuge est libéré sous forme neutre. le quatrième cas (schéma 8. ou des trésylates qui sont 100 fois plus réactifs sous l’effet d’un nucléophile que les tosylates.5 8. il s’agit des triflates. lesquels sont de meilleurs groupes partants que les halogénures (figure 8.5).> Br. . un nosylate ou un mésylate. plus rare.1).2 et 8. On peut citer les anions halogénures avec l’ordre suivant I.> Cl. des nonaflates.

ou OH.8. par exemple.4.4.6).> FLes nucléophiles oxygénés sont moins puissants que leurs analogues soufrés (RS. esters avec R’ aryle ou alkyle). Leur réactivité est fonction des règles suivantes. le groupe NH2 ne l’est pas non plus.4. (RCO-OR’. soit en un sel de 2.> R2NH > ArO.X .> HO. Enfin. (RCO-OCO-R’. Des compléments importants sont donnés ci-après. des alkoxydes. Ainsi. A l’intérieur d’une série homogène de nucléophiles.> R2N. La nucléophilie augmente parallèlement à la basicité. soit en ditosylate. c’est pourquoi on le convertit. par exemple.6 On peut y ajouter le groupe OCOR’ des esters R-OCOR’ ou les sels d’amines quaternaires R-N+(R’)(R’’)(R’’). Les nucléophiles chargés sont plus actifs que leurs acides conjugués. Ph Ts -N Ts ditosylate Ph . (RCO-Cl. l’ion hydroxyde HO. Toutefois. RO-.est un meilleur nucléophile que l’eau. on montre qu’il existe une relation linéaire entre les pKa (basicité) et les vitesses des réactions (nucléophilie).6-triphénylpyridinium. Pour des réactifs nucléophiles dont l’atome actif appartient à la seconde période du tableau de Mendéleiev. ce rapport entre nucléophilie et basicité peut être inversé par des effets stériques : des nucléophiles fortement basiques comme les t-butylates alcalins qui présentent un certain .6-triphénylpyridinium NO2H. et l’ion amidure NH2-. ou mixte.4.6-triphénylpyrylium.> RO.> RO.6-triphénylpyrylium N R Ph sel de 2. meilleur nucléophile que l’ammoniac NH3. acide). dans la mesure où ces derniers sont aussi des nucléophiles.X RNH2 + Ph O Ph Ph sel de 2. Y est alors un halogène et le plus souvent un chlore.5). amide).> RO-). HX R-N=N . l’amine peut être traitée par l’acide nitreux ce qui la convertit en sel de diazonium. ou enfin NH2 (RCO-NH2. ou OR’. 8. R ≠ R’). (RCO-OH. le groupe partant est alors -N=N +. X sel de diazonium Schéma 8.> H2O > ClO4et R3C. ce qui active efficacement sa réactivité vis-à-vis des réactifs nucléophiles (schéma 8. S’il s’agit d’une substitution sur un groupe carbonylé. on peut donner l’ordre d’activité suivant : NH2. à partir d’un sel de 2.1b – Les réactifs nucléophiles Les réactifs nucléophiles ont déjà été définis (§ 6.1. Les réactions de substitution 293 Si le groupe OH n’est pas un bon groupe partant. ou OCOR’. anhydride d’acide simple R = R’. chlorure d’acide).> NH3 > pyridine > F.

le carbanion a un degré de liberté important et réagit beaucoup plus vite. pour les mêmes raisons. Ces nucléophiles sont moins solvatés que les nucléophiles chargés et moins sensibles aux changements de solvants. leurs volumes atomiques sont très différents : I. Plus le degré de liberté d’un nucléophile chargé est élevé. seul. Certains nucléophiles sont dits ambidents dans la mesure où ils résonnent entre plusieurs formes limites pouvant conduire par une réaction de substitution à plusieurs isomères.est un meilleur nucléophile que l’ion HO-.294 Chimie organique encombrement stérique ont une nucléophilie plus faible que des nucléophiles moins basiques comme les éthylates alcalins.et ce solvant seront plus fortes qu’avec I-. La même observation est faite avec les amidures : (Et)2NLi > (isoPr)2NLi. O ou S qui possèdent des doublets d’électrons libres : par exemple. pour une série homogène. Dans le diméthylformamide (DMF).est un meilleur nucléophile que l’ion CH3O-. NH3. La nucléophilie d’un composé chargé ou non est augmentée par la présence en α du centre nucléophile d’hétéroatomes comme N. Si seul l’un d’entre eux est réellement produit.et le solvant sera une gêne pour l’attaque du substrat. Il en est de même des alcools correspondants. plus sa vitesse de réaction est grande. la vitesse de la réaction décroit en fonction de la nature du cation métallique. l’anion I. leur caractère nucléophile augmente tandis que leur caractère basique diminue.> F-. Cela est particulièrement démontré avec la série I. l’hydrazine NH2-NH2 est plus nucléophile que l’ammoniac.> Br. et les amines : (Et)2N(Et) > (isoPr)2N(Et).> R tertiaireO-. il a été montré que pour une réaction donnée (synthèse malonique). les vitesses des réactions pour trois nucléophiles halogénés sont les suivantes Cl. mais c’est un nucléophile fort. Quelques exemples de ces réactifs nucléophiles ambidents sont donnés dans le schéma 8.et Cl-. on dit que la réaction est régiosélective dans la mesure où la réaction s’effectue sur un site précis de la molécule parmi d’autres possibles (voir note ci-dessous). IH.2-diméthoxyéthane pour le cation Na+. Dans un solvant polaire. En effet. bien supérieure à celle de I-. Pour les nucléophiles non chargés. Lorsqu’on étudie les composés nucléophiles d’une même colonne du tableau périodique en la descendant.> RsecondaireO. On peut en déduire que l’interaction entre Cl.7. Ainsi.> Cl. mais moins encombrés. . dans l’ordre suivant : K+ > Na+ > Li+. Par ailleurs. ce qui n’est pas le cas des solvants aprotiques : la réactivité de ces nucléophiles est donc plus grande dans un solvant aprotique.3) est important pour des nucléophiles de faibles volumes.est plus gros que Cl-. Si. solvant polaire aprotique. ce qui explique la différence de réactivité entre ces deux nucléophiles.> Br. on peut écrire pour la nucléophilie : RprimaireO. l’ion H-O-O. comme le 1. l’ion métallique qui accompagne un carbanion est solvaté par l’emploi de composés spécifiques. Le caractère protique ou aprotique du solvant polaire (solvants § 6. les interactions entre Cl. L’acide iodhydrique. est un acide fort. La charge négative de Cl. Si l’on compare les ions I. correspond une base conjuguée faible. le caractère nucléophile augmente en même temps que la nature de l’atome « actif » se situe plus bas dans les colonnes du tableau de Mendéléiev. les solvants protiques ont la propriété de créer des liaisons hydrogènes avec les nucléophiles de petites tailles. A un acide fort.est donc une base faible.est donc plus « concentrée » que sur I-. L’ion CH3S.> I-.

Ces résultats montrent que l’on peut orienter la C-alkylation sur ce type de composé en fonction du nombre d’équivalents de base et de moles de RY utilisés. Note : le terme régiosélectivité s’applique d’une manière générale à une réaction pouvant conduire à plusieurs isomères de position (ou structuraux) mais qui. esters maloniques R C O C C O R'Y -Y R C O C R' C O C O R C C O R' C-alkylation le plus souvent majoritaire O-alkylation (2 composés O-alkylés si le composé dicarbonylé n'est pas symétrique) R C O C C O R'Y -Y C O R C C O Schéma 8. Les réactions de substitution 295 1) ion cyanate N C R-Y -Y O N C O R-Y -Y R R N C O N C O cyanate isocyanate composé unique: réaction régiosélective 2) carbanions dérivés de β-dicétones.7 Lorsque le composé β-dicarbonylé peut être déprotoné sur deux sites acides. Le carbanion issu de CH3 est plus basique que celui issu de CH2 (rappel : à un acide fort correspond une base conjuguée faible. . Le carbanion qui en résulte peut être de nouveau alkylé par RY ou bien protoné par addition d’un acide faible. CH3COCH2COOEt. l’addition d’une quantité stœchiométrique de base conduit à la déprotonation du CH2 le plus acide situé entre les deux groupes carbonyles et l’addition de RY conduit à une unique alkylation (schéma 8.8). Si deux équivalents de bases sont ajoutés. privilégie partiellement ou totalement la formation d’un seul de ces isomères.8. Dans le cas de l’acétylacétate d’éthyle. la déprotonation a lieu à la fois sur CH2 et sur CH3 : un dicarbanion est produit. β-cétoesters. Ce terme est synomyme de régiospécificité. c’est donc lui qui réagira d’abord avec une molécule de RY. et inversement). en fait. un dicarbanion peut se former et permettre deux types de C-alkylations qui s’ajoutent aux O-alkylations potentielles indiquées ci-dessus.

l’utilisation de cyanure d’argent dans un solvant peu polaire.296 Chimie organique CH3 C O CH2 C OEt O 1 équiv. RCN. qui peut donner lieu à une O-alkylation avec formation d’un ester (nitrite).8 3) Sels d’amides Les amides primaires et secondaires sont en équilibre avec leurs formes tautomères imino-alcools. ou un isocyanure. . qui peuvent être alkylés sur l’oxygène ou sur les carbones du cycle. les ions phénates. voire non polaire.et N-alkylations dépendent du cation métallique et de la polarité du solvant : avec Na+ et K+ en milieu polaire la N-alkylation est favorisée. qui peut fournir un nitrile. il existe un équilibre entre les sels correspondants à ces deux formes en équilibre. CN-. l’ion nitrite. En milieu basique. Comme dans le cas des amides évoqué ci-dessus. La réaction de substitution nucléophile peut donc conduire à deux composés différents : un amide substitué ou un imidate (schéma 8. R-NO2. de base CH3 C O CH R-Y -Y R C OEt O 2 équiv. RNC. de même. Ph-O-. et. Schéma 8. de base CH2 C O carbanion le plus basique CH C OEt O un équiv. l’attaque d’un halogénure d’alkyle par le cyanure de sodium dans un solvant polaire génère un nitrile.Y R C N O amide C N O -Y R-Y C N O R imidate Les % de O. c'est l'inverse avec Ag+ et un milieu non polaire. C N O R-Y . ou à une N-alkylation en donnant un dérivé nitré. de RY -Y H CH3 C O CH C OEt O R CH2 C O CH C OEt O R CH2 C O CH2 C OEt O Schéma 8.9). la nature du cation métallique et celle du solvant influent sur l’orientation de la réaction. conduit à un isocyanure. Ainsi. O=N-O-. R-O-N=O. l’ion cyanure. et aussi.9 On peut ajouter à ces trois exemples.

R2.2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 Dans le mécanisme de cette réaction de substitution. Les réactions de substitution 297 8.1. R1 Nu R3 C R2 Y état de transition énergie libre d'activation Nu + RY RNu + Y progression de la réaction Figure 8. c’est une attaque dorsale (une attaque du côté de Y aurait été dite frontale) : état de transition R1 Nu + R2 R3 * C Y Nu R1 C R3 R2 Y Nu * C R1 R2 R3 + Y R1.8.11. Si on enregistre la courbe de l’énergie libre d’activation de cette réaction (figure 8. et la liaison C-Y est presque rompue. R3 dans le plan inversion de Walden Schéma 8.8) ce qui est représenté dans le schéma 8. par exemple HO-). attaque le carbone lié à Y de R-Y du côté opposé à Y (le schéma 8.10 donne un exemple avec Nu-. la liaison C-Y se rompt en libérant Y-.s’approche du carbone lié à Y. représenté par l’état de transition (ou état transitoire).5. le réactif nucléophile Nu.2 .2). Nu est presque lié à C. on observe une valeur maximale qui correspond au moment où.10 Dans le cas présenté. Y s’en éloigne ce qui augmente la polarisation de la liaison C-Y (effet de champ § 5. Au moment où Nu forme une liaison avec le carbone. à la fois. lorsque Nu. chargé négativement ou non.

s’il est chiral. Comme on peut le remarquer. d’où la dénomination de bimoléculaire pour cette substitution. Nu est alors lié au carbone du côté opposé à celui où se trouvait Y. Lorsque Y est libéré. exactement opposés par rapport au carbone dont les trois substituants (autres que Y) sont alors situés approximativement dans un plan en faisant un angle entre eux de 120°. Le carbone hybridé « sp3 » dans RY est converti. Il s’ensuit que la réaction est du premier ordre pour chacun d’eux : on en déduit que la cinétique de cette substitution SN2 est d’ordre deux et s’exprime par la relation : Vitesse = k[RY][Nu] . dans l’état de transition.298 Chimie organique L’état de transition est caractérisé par la position des deux groupes Nu et Y.11 Le mécanisme est donc concerté. en un carbone hybridé « sp2 ». On peut donc en conclure que la configuration relative du carbone impliqué dans cette réaction s’inverse. Cette inversion de configuration est appelée inversion de Walden. et plus particulièrement. La réaction SN2 est donc stéréospécifique. le réactif nucléophile et RY interviennent dans cette réaction. L’orbitale « p » sert à créer les liaisons avec Nu et le groupe Y. Le réactif nucléophile et RY ont donc chacun un rôle équivalent dans ce mécanisme. La charge est alors délocalisée. de manière transitoire. le carbone reprend aussitôt son hybridation « sp3 ». seuls. R1 Nu (éloigné) +δ R2 R3 R1 Nu (rapproché) C Y -δ R1 et R2 = H ou seulement R1 = H C R2 R3 +δ Y -δ (augmentation de la polarisation de la liaison C-Y) R1 Nu R3 C R2 Y état transitoire (énergie libre d'activation maximum) R1 -δ Nu C +δ R3 R2 + Y -δ +δ Nu C R1 + Y R2 (éloignement de Y-: R3 diminution de la polarisation de la inversion de configuration relative du carbone (s'il est chiral) liaison Nu-C) Schéma 8. (il se fait en une seule étape) et passe par un état de transition correspondant à un état d’activation maximale de la réaction.

Par contre. . d’abord avec des anions. Y (R')(R")(R"')(R)N. puis avec des carbanions et enfin avec des molécules neutres. HO CN R'O ONO hydroxyde cyanure alkoxyde nitrite azidure (hydrure. et assez souvent. L’inversion de Walden a pu être mise en évidence pour les composés ayant un groupe R primaire en remplaçant un des deux atomes d’hydrogène par un atome de deutérium.12. si ce carbone est primaire ou à la rigueur secondaire. Les réactions de substitution 299 Si le carbone est tertiaire. l’approche de Nu est rendue difficile en raison de l’encombrement stérique . L’attaque du nucléophile est orientée vers le carbone le moins substitué par des groupes alkyles. secondaires. L’oxygène du cycle a un effet électroattracteur -I sur les carbones du cycle et joue le rôle de Y.13) sont ouverts sous l’action de nucléophiles. Y Schéma 8. c’est ce qui explique que le mécanisme SN2 est spécifique des groupes R primaires (et particulièrement méthyle). mais jamais tertiaires.8. AlLiH4) bisulfure alkylsulfure thiocyanate cyanate ROH alcool RCN nitrile ROR' éther RONO nitrite RN3 azide RH alcane RSH thiol RSR' thioéther RSCN isothiocyanate ROCN isocyanate RY + N3 H SH RS SCN OCN R'CHCOR" R'CHCOOR' (R')(R)CHCOR" cétone (R')(R)CHCOOR" ester (R')(R)C(COOR")2 malonate R'C CR alcyne sel d'amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire RY + R'C(COOR")2 R'C C (R')(R")NH (R')(R")(R)NH. l’approche de Nu est facilitée. Quelques exemples classiques de réactions SN2 sont donnés dans le schéma 8.12 RY + (R')(R")(R"')N Certains cycles tendus comme les oxiranes ou époxydes (schéma 8. l’état transitoire est alors difficile à atteindre.

1. Les chlorures d’acides réagissent selon ce mécanisme lorsqu’ils sont mis en présence d’une base alcaline. O O R C Nu RCOCl + HO chlorure d'acide O Y R C Nu RCOOH acide R Nu C Y + Y + Cl R-COO + H2O HO Schéma 8.300 Chimie organique R C R' O Nu CH2 HO (puis H+) R C R' R C R' OH CH2 NHR" β-aminoalcool CH2 OH glycol OH R"NH2 R et R' = alkyl Schéma 8.13 Lorsqu’un groupe carbonyle (voir aussi § 8. C’est un mécanisme dit tétraèdrique en raison de la géométrie de l’intermédiaire.14).15). la réaction de substitution SN2 a lieu mais le mécanisme s’effectue via un anion (schéma 8. O R C HNu Y R C HNu O R R1 RCOOEt + ester O R HNu C Y O + Y C Nu + YH R1 RCON R2 amide secondaire éthanol NH R2 amine secondaire + EtOH Schéma 8. C’est toujours une cinétique d’ordre 2.14 Un nucléophile neutre réagira selon un mécanisme semblable. C’est le cas de la formation d’amides par action des amines sur les esters (schéma 8.10) est lié à un groupe partant.15 .

Dans la réaction 3) des charges localisées disparaissent au profit d’un état de transition avec de faibles charges dispersées.> ArO.16).> HO. Lorsque.> Br.> F.> I. des charges dispersées comme dans l’état de transition du mécanisme SN2. selon la nature de la réaction (cas 1 à 4 du schéma 8.> Cl.16 Il faut faire une différence entre solvants polaires protiques et aprotiques (méthanol et DMF.> MeO. au contraire.> N3. Lorsque la réaction de substitution s’applique à un carbone d’une fonction carbonyle. en regardant l’équation de la vitesse de la réaction. l’état de transition conduit à l’apparition de nouvelles charges comme dans 2).> H2O.> ArO. Il ne peut donc pas favoriser une réaction dont le mécanisme ne fait apparaître.= IQuel est le rôle du solvant dans une réaction de substitution SN2? A priori. le solvant n’intervient pas.> CN. on peut donner un classement en fonction de leur activité dans des réactions SN2 réalisées dans un solvant protique sur un carbone hybridé « sp3 » : RS. Il faut rappeler ici qu’un solvant polaire a pour propriété de favoriser les réactions dans lesquelles des charges localisées sont produites car il entoure de ses molécules. chacun des ions en les solvatant. la polarité du solvant favorise la réaction et la vitesse augmente. Les réactions de substitution 301 Parmi les nucléophiles les plus souvent utilisés.> H2O > Br. l’augmentation de la polarité du solvant diminue faiblement la vitesse. et qu’un très court instant. Et pourtant. son rôle est différent.8. On pourrait donc utiliser des solvants polaires ou apolaires mais pour des raisons de dissolution des réactifs.> pyridine > AcO. par exemple) dans leurs effets sur la vitesse de la réaction tout particu- . la polarité du solvant influe négativement sur la vitesse. Lorsque l’état de transition nécessite une dispersion des charges comme dans 1) et 4). effet de l'augmentation de la polarité du solvant sur la vitesse de la réaction types de réactions SN2 1) Nu + R Y -δ Nu R Y -δ Nu R + Y faible dispersion de la charge 2) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort création de charges 3) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort diminution des charges 4) Nu + R Y +δ Nu R +δ Y Nu R + Y faible dispersion de la charge Schéma 8. en particulier ioniques. l’ordre de réactivité décroissant des nucléophiles est le suivant: EtO.> HO. les solvants polaires sont souvent utilisés.> N3.> ArS.

aprotiques polaires. Il est préférable que le solvant soit protique car. le nucléophile chargé est moins solvaté par un solvant aprotique en comparaison d’un solvant protique. le premier prime. l’éthanol. est ionisée sous l’effet solvatant d’un solvant polaire (indiqué dans certains schémas par « S. comme une gangue). la concentration en Nu varie très peu comparée à celle de RY. le diméthylsulfoxyde. Lorsque le réactif nucléophile Nu est aussi le solvant de la réaction.17 La première étape. lequel a la propriété de stabiliser les charges localisées (les ions correspondants sont alors dits solvatés c’est-à-dire entourés de molécules de solvant. »). Dans ces cas. comme l’acétone. 1) +δ −δ R Y solvant polaire protique réaction lente impose sa vitesse à l'ensemble du mécanisme + Y R (ions solvatés) +δ −δ R Y H-solv solvant polaire protique H-solv 2) R + R . réaction équilibrée. groupe partant électroattracteur -I. facilitant l’ionisation. + Y solv. Les solvants utilisés sont le plus souvent le méthanol.3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 Le mécanisme SN1 est caractérisé par un mécanisme constitué de deux étapes distinctes (schéma 8. est l’ionisation de la liaison C-Y (de RY). et peut être considérée comme constante. Cette liaison déjà fortement polarisée en raison de la nature de Y. donc en très grand excès par rapport à RY. Des deux effets. l’acétone aqueuse. Le mécanisme SN1 n’est donc pas concerté. dans ce cas.1. Y paire d'ions R + Y R solv. le diméthylformamide. 8. la vitesse globale de cette réaction devient alors apparemment du premier ordre (pseudo premier ordre) et ne dépend plus que de la concentration en RY dans ce solvant (vitesse = k’[RY]). la solvatation des états de transition est plus importante par les solvants aprotiques comparée à celle des solvants protiques. les charges +δ portées par les hydrogènes permettent des interactions avec Y chargé négativement avec formation de liaisons « hydrogènes » (§ 5. Ces types de réactions sont donc favorisés dans les solvants polaires aprotiques comme le DMSO ou le DMF. (DMF). P. ions dissociés ions solvatés Nu (réaction très rapide) R Nu Schéma 8.17). l’acide acétique. contrairement au mécanisme SN2 qui s’effectue en une seule étape. Les réactions 2) et 4) sont peu sensibles aux solvants protiques ou aprotiques. l’acétonitrile. (DMSO). lente.302 Chimie organique lièrement pour les réactions 1) et 3). Par contre. On peut aussi citer d’autres solvants. mais qui peuvent .8).

Les composés Ar2CH-Y et Ar3C-Y donnent toujours lieu à une réaction SN1. avec des halogénures aliphatiques secondaires. on dit alors qu’ils sont solvatés ce qui les rend plus stables. >C=C(R)-CH2Y. Il se forme donc d’abord un carbocation et un anion. qu’il est tertiaire. les groupes carbonylés. il est très rare qu’un carbone primaire donne lieu à une réaction SN1 sauf si le carbone est lié à un groupe -I comme -OR. cyano ou trifluorométhyle déstabilisent le carbocation et rendent quasi impossible toute réaction SN1 même dans un solvant très polaire. qui influent sur l’orientation des mécanismes (substitutions SN1. Le mécanisme SN1 est donc favorisé dans l’ordre décroissant de la nature du carbone lié à Y en série aliphatique : tertiaire >> secondaire >>> primaire. Les réactions de substitution 303 orienter parfois la substitution vers SN2 lorsque les deux mécanismes sont possibles. ou -N(R1)(R2) susceptible de stabiliser le carbocation par résonance en devenant un groupe +M (schéma 8. Sous l’effet du solvant polaire. R O R O CH2 Y S. -C≡C-CH2Y. Il en est de même des halogénures secondaires si le nucléophile est faible comme dans les solvolyses. C’est l’inverse de ce qui est constaté pour le mécanisme SN2. sont susceptibles d’effectuer des réactions S N1 et SN2 souvent accompagnées de réarrangements .18). car dans ce cas. en particulier structuraux. et propargyliques. Les dérivés allyliques. P. SN2. en raison des autres paramètres. Les composés CH3Y ne permettent pas le mécanisme S N1. E2. D’une manière plus générale. Remarque : on emploie le terme solvolyse seulement lorsque le solvant polaire intervient dans les deux étapes du mécanisme. les carbocations tertiaires sont plus stables que les carbocations secondaires et primaires. R O Schéma 8. ce qui favorise leur formation en nécessitant moins d’énergie. la gêne stérique qui existe dans la structure tétraèdrique du carbone hybridé « sp3 » facilite le passage à la structure plane du carbocation: les substituants sont alors plus éloignés les uns des autres ce qui diminue leurs interactions. ces ions sont dissociés puis entourés de molécules de solvant. Par ailleurs.8. Il est ici important de noter que l’emploi d’un solvant polaire est une condition absolument nécessaire pour effectuer une réaction SN1 mais insuffisante pour assurer l’unicité absolue de ce mécanisme.18 CH2 + CH2 Y Par contre. par exemple. -SR. c’est–à-dire comme solvatant et comme nucléophile. La formation du carbocation est favorisée lorsque le carbone a trois substituants. une paire d’ions (il s’agit d’une hétérolyse). et éliminations E1. voir chapitre 11).

très rapide.35). Vitesse = k[RY] La formation d’un carbocation intermédiaire dans ce mécanisme a des conséquences importantes sur les résultats stéréochimiques. acétylèniques et aryliques dans lesquels le groupe partant est directement lié à un carbone hybridé « sp2 » ou « sp » sont très peu réactifs vis-à-vis des réactifs nucléophiles : la raison invoquée est la très haute électronégativité des carbones hybridés « sp » et « sp2 » par rapport aux carbones hybridés « sp3 » qui a pour conséquence une rétention plus forte du groupe partant. R1 1) R2 R3 C Y Solvant polaire R2 R1 C R3 + Y Nu R2 R1 C R3 b (b) R1 C Nu Schéma 8. ou à un groupe aryle. C’est donc une réaction de pseudo premier ordre. les dérivés vinyliques.19) donc non stéréospécifique. l’attaque de Nu des deux côtés du plan du carbocation conduit à un couple d’énantiomères en quantités égales. Dans le cas où le carbone lié à Y est chiral. mais cette dernière varie très peu par rapport à celle de RY et peut être considérée comme constante. Toutefois. schéma 6.11.19 (a) Nu R1 C R3 R3 R2 R2 si R1 = R2 = R3 = Nu mélange racémique 2) .304 Chimie organique (§ 6. Ph-C(Y)=C<. BF4-. L’ionisation par le solvant polaire est lente. Enfin. celle de l’ionisation de la liaison C-Y. La vitesse globale de cette substitution est donc donnée par la partie la plus lente du mécanisme. >C=C(R)-C(Y)=C<. des exceptions existent : des réactions SN1 sont possibles si le carbone hybridé « sp » ou « sp2 » qui retient le groupe partant Y est lié à un groupe vinylique. c’est donc cette étape du mécanisme qui définit la vitesse de la substitution car la seconde étape. Les substrats de nature ionique comme RCO +. et ne dépend donc que de la concentration de RY et de celle du solvant polaire. La réaction SN1 est donc racémisante (schéma 8. peuvent donner lieu à des réactions SN1. c’est-à-dire à un mélange racémique. consiste en la formation de la liaison entre le carbocation et le nucléophile pour former le composé final de la réaction. car dans ce cas. et que ses trois substituants sont différents de Nu. le carbocation se trouve stabilisé.4a.

S’il se forme rapidement un précipité de sel AgX. Par exemple. * Protonés se trouve écrit parfois protonnées. H 2O et NH3 (sous forme de sels).ne peuvent pas être utilisés dans ces réactions puisqu’ils seraient transformés dans le milieu acide en leurs acides conjugués.20). de créer un système coplanaire autour du carbone lié à Y. Il est rare d’observer expérimentalement des réactions SN1 ou SN2 pures. sel qui a la propriété de réagir avec les ions halogénures X. alors que protonation s’écrit toujours avec un seul n.3 Afin de tester la possibilité d’une réaction de substitution SN1 avec un halogénure RX. en particulier lorsque l’un des cycles est suffisamment grand pour que le départ de Y produise un système quasi-coplanaire. température) favorisent l’un ou l’autre des mécanismes. la réaction SN1 est possible. ROH. dans certains cas. les deux mécanismes coexistent avec prépondérance de l’un d’eux en fonction de la nature de R de RY. ROR’. Avec le 1-chloroapocamphane. aucun précipité ne se forme. Il est évident que les nucléophiles comme HO. à de nombreux composés. sont protonés* par le milieu acide sur l’oxygène. Les réactions de substitution 305 La nécessité de former un carbocation (plan) intermédiaire explique l’impossibilité d’effectuer des réactions de substitution SN1 avec la plupart des composés pontés puisqu’il est impossible. le groupe partant du substrat additionne un proton. 8. dans ce cas. Les conditions expérimentales (polarité du solvant. on le met en contact avec une solution alcoolique de nitrate d’argent.8. avant que les mécanismes SN1 ou SN2 s’effectuent.en solution dans un solvant polaire. Le plus souvent.3). . la réaction débute par la protonation de l’alcool et est suivie d’une réaction SN1 (réaction totale nommée SN1cA).4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) Dans certaines réactions. ce qui augmente le caractère électroattracteur du groupe partant et favorise la réaction avec un réactif nucléophile. ou SN2 (réaction totale nommée SN2cA) selon la nature de R (primaire. de nombreuses réactions concomitantes comme des réactions d’éliminations (chapitre 10) ou des réarrangements de carbocations (dans le cas du mécanisme SN1 avec R secondaire) sont possibles et conduisent.1. Par ailleurs. c’est le cas du 1-chloroapocamphane (figure 8. Dans le cas de la formation d’halogénures d’alkyles par action d’un acide hydrohalogéné sur un alcool (schéma 8. secondaire ou tertiaire). 1-chloroapocamphane Cl Figure 8.et NH2. mais il existe des exceptions. avec formation de leurs acides conjugués.

Ce dernier libère un ion chorure sous l’action du solvant avec formation du dichlorocarbène. lequel réagit ensuite avec un nucléophile pour former un dérivé de substitution. la réaction de substitution SN1 est précédée par l’addition d’un proton sur le groupe partant. d’autre part. En présence de l’amine primaire. par rapport au substrat. d’une part.1. Dans le mécanisme SN1cB. la substitution SN1 conduit à un composé instable.5 – Mécanisme SN1cB Dans le mécanisme SN1cA présenté précédemment.20 8. perd un anion ce qui transforme le carbanion en un carbène.306 Chimie organique R O H H H H R O H + H 2O Mécanisme SN1cA S N1 R R O H + X SP R R X R tertiaire ou secondaire R Mécanisme SN2cA O H H H H R O H SN 2 X + R O H R X + H 2O R primaire ou secondaire (réaction difficile) Schéma 8. la réaction de substitution est précédée du retrait d’un proton ce qui conduit à un carbanion. fournit l’isocyanure. . La réaction totale est d’ordre 2. Celui-ci. par solvatation.21). par élimination de deux molécules de chlorure d’hydrogène. La formation d’isocyanures par action d’une amine primaire sur le chloroforme en présence de soude est un exemple de ce mécanisme (schéma 8. par rapport à la base. et. Le chloroforme est d’abord déprotoné par la base ce qui produit le carbanion trichlorométhyle. et du premier ordre. qui.

2 HCl C N R composé instable isocyanure (composé à odeur très désagréable) Schéma 8.22). Si A’ peut être considéré comme le produit normal de la réaction. . en position(s) 1 ou / et 3. Ce cas particulier du mécanisme SN1 est appelé mécanisme SN1’. Ces réactions sont le plus souvent rapides.8. B’ résulte du réarrangement allylique.21 8. Les réactions de substitution 307 Cl déprotonation par la base Cl C Cl H + OH . Ce mécanisme est très favorisé si des substituants adéquats participent à la stabilisation du carbocation comme des groupes alkyles. selon les conditions expérimentales. peuvent donner lieu à des réactions SN1 ou SN2. il se forme un carbocation allylique mésomère (formes limites A et B).H 2O Cl Cl C Cl carbanion Cl Mécanisme SN1cB SN1 Cl C Cl + H N H amine primaire (nucléophile) trichlorométhyle Cl C Cl solvant polaire Cl C Cl dichlorocarbène Cl R Cl C H N H R résultat de la réaction SN1cB réaction d'élimination Cl C Cl H N H R .6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques Les composés allyliques de structures générales R1 C R2 R3 C C R4 Y R5 où Y désigne un groupe partant. Si les conditions sont réunies pour qu’un mécanisme SN1 ait lieu (schéma 8. La facilité de ces réactions s’explique par la stabilité du carbocation allylique qui se forme par solvatation dans le mécanisme SN1. aryles ou halogéno. Le réactif nucléophile peut alors réagir sur C-1 ou C-3 en conduisant respectivement à deux composés isomères A’ et B’. le plus souvent un halogène. ou par un phénomène de résonance du complexe activé dans le cas du mécanisme SN2. Elles sont accompagnées de réarrangements allyliques.1.

Il attaquera le substrat sur le carbone C-1 ou C-3 le moins encombré. Dans ce dernier cas. comme un atome de brome.22 R4 C R5 Y Nu R1 C R2 R3 C C R4 + Y R5 Nu C Le mécanisme SN2 peut aussi avoir lieu sur les composés allyliques. suivront un mécanisme SN2’. Le volume du nucléophile peut aussi jouer un rôle.308 Chimie organique Mécanisme SN1' R3 C R2 C C R4 Y R5 R1 C R2 R3 C C R4 R1 S. les réarrangements allyliques sont absents (SN2 pur par attaque du C-1) ou spécifiques de composés présentant une gêne stérique à l’approche « normale » du nucléophile de C-1. l’attaque du nucléophile est alors orientée vers le C-3 ce qui entraîne un mouvement électronique qui se termine par le départ du groupe partant Y. syn et anti. Lorsque le mécanisme SN2’ est impliqué. R1 C R2 Nu R3 C A R5 + Y R4 C B R5 Nu R1 R3 C C A' C R4 Nu R5 Nu R1 C R2 R3 C B' C R4 R5 R2 Mécanisme SN2' R1 C R2 SN2' R1 Nu C R2 R3 C C R5 R4 Y R3 C S N2 C R4 Y R5 Nu R1 R3 C R2 Schéma 8. deux possibilités d’attaque du nucléophile sont possibles. mais dans ce cas. L’attaque est syn si le nucléophile et le groupe partant sont . Il s’agit alors du mécanisme SN2’. Les composés ayant un carbone C-1 peu substitué (-CH2-Y ou à la rigueur -CHR-Y avec R peu volumineux) donnent lieu à un mécanisme SN2 et ceux qui sont très substitués (-C(R)(R’)-Y) et qui ont un groupe partant Y volumineux. P.

réarrangement connu sous le nom de réarrangement de Meyer-Schuster (1922) (schéma 8. le produit de la réaction est un composé cétonique α. voir le mécanisme SNi’ (§ 8. Nu attaque syn Y attaque anti Y Nu Schéma 8. Les deux attaques coexistent dans la plupart des cas. .23).24).β−insaturé Schéma 8.23 Les dérivés propargyliques (une triple liaison entre C-2 et C-3) conduisent à des résultats de même nature : un allène est le produit de la réaction de type SN2’. mais l’attaque syn est majoritaire (schéma 8. Les réactions de substitution 309 du même côté du plan « sp2 ». et inversement pour anti avec deux résultats stéréochimiques différents.β-insaturé. Si le nucléophile est HO-. R2 R1 C Nu dérivé propargylique R1 Y C Nu dérivé allènique R2 C C R3 + Y C C R3 R2 R1 C HO C C R3 Br R1 C HO R1 C O C H C C C R2 + Br R3 R2 R3 composé cétonique α.8).1.24 Pour certains cas particuliers du mécanisme SN2’.8.

l’ionisation de la liaison qui lie le groupe R au reste de la molécule.1.7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) Il s’agit d’un mécanisme relativement rare. préparations de chlorosulfites et chloroformiates d'alkyles: R-OH + SOCl2 chlorure de thionyle R-O-SO-Cl + HCl R-OH + COCl2 phosgène R-O-CO-Cl + HCl O 1) R O Z Cl Z = S chlorosulfite d'alkyle Z = C chloroformiate d'alkyle O R + O Z Cl O 2) R Cl Z O (rétention de configuration) R Cl + O Z O Z = S anhydride sulfureux Z = C anhydride carbonique Schéma 8. la pyridine forme un sel avec le substrat ce qui libère un ion chlorure qui attaque alors le cation (schéma 8. Les composés de départ résultent respectivement de l’action du chlorure de thionyle et du phosgène sur un alcool. le groupe partant. La première est commune avec celle d’une substitution SN1. Ce mécanisme conduit donc à une rétention de configuration. et d’autre part.310 Chimie organique 8. d’une part. Ce résultat est l’inverse de celui observé lorsque la réaction est effectuée en présence d’une base comme la pyridine. dans la mesure où la réaction est rapide et ne permet pas un réarrangement du carbocation. L’anion ainsi formé réagit ensuite sur le carbocation mais par le côté opposé à l’atome chargé pour donner le résultat de la réaction. Deux exemples importants (schéma 8. Il s’agit. L’atome de chlore prend la position occupée dans le composé de départ par le groupe partant. du passage d’un chlorosulfite d’alkyle à un chlorure d’alkyle avec formation d’anhydride sulfureux. Le mécanisme n’est pas SNi. . C’est une réaction d’ordre 1. Dans ce cas.26).25 Cette substitution nucléophile interne s’effectue en deux étapes (schéma 8. avec formation d’anhydride carbonique.25). de la décomposition de chloroformiates d’alkyles en chlorure d’alkyles.25) sont connus.

Dans ce second cas. Les réactions de substitution 311 R1 C-O-S-Cl R2 R3 O + N R2 R1 Cl R2 R3 Schéma 8. le mécanisme est appelé SNi’. ClSO2-) peut attaquer le carbocation mésomère R+ résultant.27). soit sur le carbone éthylènique situé en position γ.1. soit sur le carbone auquel il était lié. C C H2C OH + C SOCl2 C H2C OSOCl C C H2C O S O C C CH2 O + SNi O S Cl Cl C C CH2 SNi' Cl C C C H2C Cl Schéma 8. l’anion réactif formé dans la première partie du mécanisme SNi (dans l’exemple proposé.1.26 R1 C R3 R1 Cl O N S .8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) Lorsque les réactions SNi (§ 8.8. Cl O N O S O (inversion de configuration) C + SO2 R3 R2 + N 8.27 C CH2 . Il s’apparente au mécanisme SN1’ (schéma 8. γ-insaturés.7) sont effectuées avec des alcools β.

28) le nucléophile attaque le carbone avec ouverture de la double liaison (1) pour former un intermédiaire tétraèdrique d’où le nom du mécanisme. instable est ionisé : il se forme un carbocation stabilisé par résonance et un contre-ion Y(3). fait intervenir un radicalanion. puis le nucléophile attaque le carbone chargé positivement (2).28 Nu C O Y Nu + Y En milieu acide (schéma 8.7. Plusieurs mécanismes peuvent être observés: SN1 est réservé aux composés ioniques comme RCO+. NH2. OCOR. Dans la seconde étape. Le carbocation élimine un proton pour former le composé substitué par le nucléophile (4). Le composé ainsi formé. la double liaison se reforme avec élimination de Y(qui peut être un halogène. BF3-. le groupe carbonyle est d’abord protoné (1). . d’ordre 2 présente deux étapes en milieu neutre et quatre en milieu acide. bon groupe partant comme Cl. Nu 1) Y C O Nu 2) C O Y C O Schéma 8. le mécanisme SET est rare tandis que le mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique est le plus souvent rencontré. de soufre ou d’azote sont des réactions importantes.9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) Ce mécanisme qui est une substitution nucléophile. Il intervient. l’ensemble représentant une substitution. parmi d’autres) (2). en particulier. La présence de l’acide augmente la vitesse de la réaction.1. Ce dernier. 8.10 – Substitution nucléophile sur >C=O Les substitutions nucléophiles sur un carbone doublement lié à un atome d’oxygène. Il a été présenté au paragraphe 6. dans la formation des organomagnésiens par action du magnésium sur les halogénures d’alkyles.312 Chimie organique 8.12. C’est une addition du réactif nucléophile Nu sur le groupe carbonyle suivie d’une élimination du groupe partant Y.29). En milieu neutre (schéma 8. OH.1. SN2 est caractéristique des composés carbonylés substitués par un groupe Y.

8. catalyseur N A) R C O H B) R H O C O N R C O O-CO-R 2 RCOOH Schéma 8.30 O.30) comme dans le cas de l’hydrolyse des anhydrides en présence de pyridine (ce processus est appelé catalyse nucléophile).29 Nu Y C O H Y 3) C O Nu C O + H La réaction peut être catalysée par des réactifs nucléophiles ce qui conduit alors à deux mécanismes avec intermédiaires tétraédriques successifs A puis B (schéma 8.Y H Nu 2) C O H Nu 4) C O H Schéma 8.CO-R R N C O H H O N O . Les réactions de substitution 313 Y 1) C O + H C O Y Y C O H Nu Nu Y H C O H Nu C O H .CO-R R C O N + O-CO-R R C O OH2 + N .

nécessaire pour la formation d’aldéhydes ou de cétones par hydrolyse des gem-dihalogénures. elles doivent donc être évitées dans cette réaction de substitution. Les aldéhydes ainsi formés peuvent réagir en présence de bases fortes (formation d’aldols et réaction de Cannizzaro. bromures ou chlorures) par hydrolyse est peu utilisée en raison de la difficulté d’obtention des composés de départ.1-trihalogénures (iodures. et acides (schéma 8.314 Chimie organique 8.1.1. la présence d’ions hydroxydes n’est pas nécessaire.32).HX C O X C X X HO X C OH X . La formation d’acide formique à partir de chloroforme par action de la soude s’effectue via le dichlorocarbène qui réagit avec l’eau (§ 6. .HX C X O H2O .1.11a – Les composés halogénés Les monohalogénures d’alkyles. La formation d’acides à partir de 1. aldéhydes ou cétones. N Me O N-méthylpyrrolidone Un milieu acide ou basique est.31). par contre.31 La formation d’alcools à partir d’halogénures nécessite dans la plupart des cas la présence des ions hydroxydes sauf pour les halogénures d’allyle ou de benzyle. Les halogénures d’acides sont très facilement hydrolysés en acides correspondants à température ordinaire (schéma 8. Si le solvant utilisé est la N-méthyl-pyrrolidone ou le HMPT (hexaméthylphosphotriamide. Il y a substitution d’un halogène par OH suivie de l’élimination de HX.14.11 – Substitutions nucléophiles par l’eau 8. O=P(N(CH3)2)3 ).1).1.HX O C OH Schéma 8.1-trihalogénures sont tous hydrolysés respectivement en alcools. les gem-dihalogénures et les 1.1). H C O H C X HO C OH C X H2O -X -H C O H X C X HO X C OH . § 10.5.

avec quelques exceptions SN2. comme la pyridine. RCOOR’. en protonant l’oxygène du carbonyle. L’hydrolyse étant une réaction équilibrée. R-SO 3H. Dans le cas contraire. soit un milieu acide fort. le groupe OR’ est rarement un bon groupe partant (moins bon que X des halogénures d’acides ou OCOR des anhydrides d’acides) ce qui nécessite. et elle est réversible. 8. par des ions métalliques ou divers nucléophiles non chargés.(saponification). RSO2Cl sont très facilement hydrolysés par l’eau seule en acides sulfoniques correspondants. qui. si l’hydrolyse est catalysée par des enzymes. ou un milieu basique (présence d’un bon nucléophile comme HO -).33).11b – Des esters et des anhydrides Les esters d’acides inorganiques et organiques sont hydrolysés pour former dans les deux cas un acide et un alcool (schéma 8.8. Le mécanisme est S N1 en milieu fortement polaire ou en absence de nucléophile puissant. Les chlorures de sulfonyles. Dans le cas des esters d’acides carboxyliques. R-COOR' + H2O H R-COOH + R'OH (hydrolyse acide) R-COOR' H2O + HO R-COO (saponification) Schéma 8.33 + R'OH Plus l’acide est fort.32 C’est une réaction exothermique. OCOR remplacé par Cl). réaction irréversible. spécifique de la soude ou de la potasse. il est souvent préférable d’effectuer une saponification car la réaction est alors orientée vers la droite puisque le sel aussitôt formé ne permet plus la réaction inverse. La conservation de ces composés doit donc être effectuée en milieu anhydre. soit la présence d’une base. plus l’hydrolyse est aisée.1. . il est nécessaire d’utiliser un milieu acide (ce qui crée par protonation un groupe partant plus électroattracteur). qui apporte au milieu un bon nucléophile HO. Par contre. Les réactions de substitution 315 R-CO-Cl + H2O RCOOH + HCl Schéma 8. crée un groupe partant plus électroattracteur. et tétraédrique dans les autres cas (schéma 8. C’est une réaction réversible en milieu neutre ou acide. comme la soude ou la potasse. la réaction n’est plus une saponification.30.

et BAL2. Tous ces mécanismes ont été observés à l’exception de BAC1. Les mécanismes AAL2 et BAL2 n’ont été observés que très rarement. Les mécanismes BAL1 et BAC1 ne sont pas catalysés. de l’uni ou bimolécularité de la réaction (indiqué par 1 ou 2 dans l’appellation des mécanismes ci-après) et de la nature de la liaison hydrolysée.316 Chimie organique Trois mécanismes généraux d’hydrolyse des esters sont possibles en milieu acide ou basique : SN1. En milieu acide. Dénomination Ingold Type de mécanisme Cat. Tous ces mécanismes se font avec rétention de configuration du groupe R’ provenant de l’alcool. et en milieu basique de BAC1.34 Les mécanismes présentés en milieu acide sont réversibles et correspondent de la droite vers la gauche à des réactions d’estérification. . O O R-C-OR' H O R-C R'OH H2O lent Mécanisme O R-C-OH2 RC-OH OH H R-CO-OH AAC1 R volumineux SN1 R-C-OR' H lent O AAC2 le plus fréquent en milieu acide Tétraédre R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent OH2 R-C-OR' OH OH R-C-O(H)R' OH R'OH lent OH R-C-OH H R-CO-OH H O AAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable SN1 R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent R-C=O OH + R' H2O lent R'-OH2 H R'-OH O SN2 R-C-OR' AAL2 (très rare) H O R-C-OR' H H2O O R-C-OH + R'-OH2 H R'-OH O O R-C + OR' HO O R-C-OH + OR' R-COO + R'OH BAC1 (jamais observé) SN1 R-C-OR' O OH HO R C OR' O O R-C-OH + OR' (saponification classique) R-COO + R'OH BAC2 le plus fréquent en milieu basique Tétraédre HO R-C-OR' O O R-C-O + R' H2O R'-OH2 BAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable HO SN1 R-C-OR' R'OH + H2O O SN2 R-C-OR' HO R-COO + R'OH (avec inversion de configuration du groupe R') BAL2 (très rare) Schéma 8. BAL1.34) : ils sont fonctions du milieu. AAC2. BAC2. SN2 et substitution avec intermédiaire tétraédrique qui se diversifient en huit mécanismes particuliers proposés par Ingold (schéma 8. il s’agit de AAc1. AAL1. AAL2. à l’exception de BAL2 qui conduit à une inversion de configuration. contrairement à leurs appellations.

Les réactions de substitution 317 Les mécanismes les plus fréquents sont AAC2 et BAC2.4. (RCO)2O ou un mélange de deux acides (dans le cas d’un anhydride mixte. Selon les conditions expérimentales. l’hydolyse peut avoir lieu sans catalyseur.36 . l’eau les hydrolyse sans catalyseur (schéma 8. la présence d’un acide ou la saponification par la soude ou la potasse permettent l’hydrolyse. la rupture de liaison s’effectue à différents endroits de la molécule. (substitution nucléophile au carbone saturé). avec attaque de l’oxygène du groupe carbonyle par le proton dans le premier cas. Les anhydrides d’acides sont relativement plus résistants à l’hydrolyse que les chlorures d’acides correspondants. comme pour les sulfates d’alkyles. Si l’acide est fort. H O O R O O R O R C O H H Schéma 8.35 O O C R 2 R-COOH R C O C O H H R C O C O H Le mécanisme s’effectue via un intermédiaire tétraédrique en milieu neutre. SN1 en milieu acide. Ce mécanisme s’applique aussi lorsque l’acide utilisé comme catalyseur est fort comme l’acide sulfurique concentré et que l’ester est un acétate d’alcool primaire ou de phénol. et par un mécanisme faisant intervenir deux intermédiaires tétraédriques en présence d’une base alcaline ou d’une base organique (schéma 8. et aussi entre atome central (S.36). P. R O SO2-OR R O SO3H R O SO2R' R O N=O R O NO2 sulfate d'alkyle sulfate acide d'alkyle sulfonate d'alkyle nitrite d'alkyle nitrate d'alkyle H2 O ROH + acide R O P(=O)-(OR)2 phosphate d'alkyle Schéma 8. mécanismes faisant intervenir un intermédiaire tétraédrique. RCO-O-COR’). le plus souvent entre le carbone du groupe R et l’oxygène de R-O. réaction suivie de la rupture de la liaison entre groupe acyle et OR’. Si R’ est susceptible de former un carbocation stable (groupe tertiaire ou stabilisé par résonance). Les esters des acides inorganiques sont hydrolysés plus ou moins facilement en libérant l’acide et un alcool (schéma 8. et du carbone du même groupe par l’ion hydroxyde dans le second cas. Pour les autres esters. Le mécanisme AAC1 est spécifique de l’hydrolyse des esters dérivés d’acides RCOOH avec R volumineux comme l’acide 2. P. toutefois. N…) et OR (substitution nucléophile de S.35) en un seul acide (dans le cas d’un anhydride simple. N…).30). les mécanismes AAL1 et BAL1 (seulement en milieu très faiblement basique) sont possibles.8.6-triméthylbenzoïque.

La présence d’un catalyseur acide ou basique et un long chauffage sont le plus souvent nécessaires. et AAC2 en milieu acide avec passage par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8. Les réactions sont irréversibles en milieux acide et basique en raison de la formation. milieu basique O R1 C N R2 R1 R3 O C HO N R2 R1 R3 C O + N OH R2 R3 R1 C O + HN O R2 R3 HO milieu acide R1 O H R2 C N R3 H O R1 C O H H N R3 R2 R1 H O C O H R2 N R3 O H H R1 O C H R2 NH R3 R1COOH + R2 H2 N R3 Schéma 8. Dans le cas d’amides primaires. l’action de l’acide nitreux ou du chlorure de nitrosyle les transforme en sels de diazonium qui sont facilement hydrolysés en acides (schéma 8.12d). ammoniaque. Les mécanismes proposés sont analogues à ceux décrits pour les esters (schéma 8. de sels d’acides. et plus particulièrement l’action de la soude. a été traitée lors de la présentation des mécanismes SN1 et SN2.37). Le plus classique est BAC2 en milieu basique. amines primaires et secondaires. AAL2.37 Les mécanismes AAL1. O C NH2 H O C N H2 O R + NO2H R N RCOOH + N2 Schéma 8.34) avec les mêmes remarques pour leurs spécificités.38).38 . 8. tandis que les nitrites R-O-N=O sont hydrolysés par une substitution nucléophile à l’azote avec rupture de la liaison N-O. On pourrait ajouter ici le cas des halogénures d’alkyles RX qui sont les esters d’acides halohydriques (ROH + HX RX + H2O) (§ 8.11c – Des amides Les amides primaires. d’ammonium ou d’amines. BAL1 et BAL2 n’ont jamais été observés. on peut utiliser le peroxyde de sodium dans l’eau. Leur hydrolyse.1. secondaires et tertiaires sont hydrolysés en acides.318 Chimie organique Les sulfonates d’alkyles R-O-SO2-O-R sont hydrolysés par une substitution nucléophile au carbone. Lorsque l’hydrolyse est particulièrement difficile. selon le cas. et respectivement. avec rupture de liaison R-O.

sauf si le solvant est le HMPT.39 R-SO2-OH + NH2(R2) 8.1. L’hydrolyse acide est plus facile (schéma 8. Les réactions de substitution 319 Les sulfonamides R-SO2-NR2 résistent à l’hydrolyse alcaline à froid.39).40). En milieu neutre ou basique (milieu : DMSO).11d – Les époxydes Les époxydes ou oxiranes sont des cycles tendus qui s’ouvrent assez facilement par hydrolyse en milieu acide ou basique en formant des glycols ou vic-diols. le mécanisme est de type SN2 (schéma 8. L’hydrolyse en présence de potasse à chaud est possible.40 .8. milieu neutre ou basique O R1 R2 H milieu acide HO C SN2 H R3 R1 R2 C C HR 3 OH inversion de configuration relative C O H H O H ou H O C H H R3 R1 R2 S N1 C C H R3 R2 R1 O R1 R2 C O C C H H O H H racémisation R3 O R1 R2 C(OH) C H H R3 Schéma 8. Le carbone le moins substitué est celui qui est attaqué par le réactif nucléophile conduisant à une inversion de configuration relative de ce carbone. R SO2-NR2 H2O H Schéma 8.

Par une réaction « SN2 » en milieu acide. donc celui qui est le plus substitué par des groupes alkyles. les rendements sont faibles. Le carbone attaqué par l’eau est celui qui permet de former le carbocation le plus stable lors de l’ionisation d’une liaison C-O. . 8. ou leurs dérivés substitués sur les cycles réagissent directement sur les alcools selon un mécanisme SN1. qui permettent d’orienter l’ouverture de l’époxyde. soit dans le DMSO. ions ambidents. Ph3CX.12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates 8. dans le DMSO.H 2O R'X O-R' R + O R R' + R' Schéma 8.42). Avec les alcoolates secondaires. permet la préparation de nombreux éthers symétriques ou dissymétriques (réaction de Williamson) selon un mécanisme SN2.41 L’action des alcoolates primaires et des phénates sur les halogénures d’alkyles.12a – Les halogénures R-X + O-R' R-O-R' + X Schéma 8.320 Chimie organique En milieu acide (souvent l’acide perchlorique). et avec les alcoolates tertiaires. La formation d’un carbocation intermédiaire conduit à une racémisation du carbone attaqué.42 O R O R O R O R OH R H R' Les halogénures très réactifs comme les halogénures de trityle. Ce sont donc les conditions expérimentales. des réactions d’élimination sont les principaux résultats. OH R HO . La réaction peut avoir lieu en ajoutant de la potasse au mélange d’halogénure et d’alcool. le mécanisme SN1 est théoriquement favorisé (bien que le mécanisme SN2 soit aussi parfois observé). acides ou basiques. soit dans l’alcool dont dérive l’alcoolate.1. des réactions d’alkylations des carbones cycliques sont possibles (schéma 8. Dans le cas des phénates.41). l’attaque a lieu sur le carbone le plus substitué. et quelquefois SET (schéma 8.1.

44 Des analogues soufrés comme les méthylthiométhyl éthers (MTM éthers) sont aussi utilisés : la déprotection est alors effectuée par le chlorure mercurique. la réaction est celle de Schotten-Baumann (1886).8.base-H SN2 Schéma 8. tertiaire.46). Une réaction intramoléculaire a lieu avec les chlorhydrines qui conduit à la formation des époxydes.45 C C O . HgCl2. Le groupe R peut être primaire. une base est ajoutée au milieu pour retenir l’halogénure d’hydrogène libéré dans la réaction (souvent la pyridine qui sert aussi dans ce cas de catalyseur nucléophile.45). La réaction est très souvent exothermique. X C OR' acétal X C X + R'-O .1-trihalogénures fournissent par cette réaction. Lorsqu’il s’agit de la soude ou de la potasse.43). CH3-O-CH2-Cl + O-R' CH3-O-CH2-O-R' MOM éther + Cl chlorométhyl méthyléther CH3-O-CH2-CH2-OCH2Cl + chlorométhyl 2-méthoxyéthyl éther O-R' CH3-O-CH2-CH2-O-CH2-O-R' + Cl MEM éther Schéma 8. des acétals et des orthoesters (schéma 8. secondaire.44). Dans de nombreux cas.1. soit via un intermédiaire tétraédrique. soit par un mécanisme SN1.Cl O époxyde chlorhydrine Les halogénures d’acides réagissent directement sur les alcools pour former des esters. en milieu basique (schéma 8. Le di-éther (appelé MOM éther) ou le tri-éther (appelé MEM éther) formé est déprotégé par l’action de l’acide chlorhydrique à chaud. et respectivement.2 X R'-O OR' C OR' X + 3 R'-O . Les réactions de substitution 321 Les gem-dihalogénures et les 1. dans un mélange d’acétonitrile et d’eau. ou aromatique. .3X C OR' OR' orthoester X Schéma 8. schéma 8. Cl C Cl C OH base .43 La réaction de Williamson a été utilisée pour protéger des alcools : les alcoolates sont traités par le chlorométhyl méthyléther ou le chlorométhyl 2-méthoxyéthyléther (schéma 8.

des carbonates (schéma 8. est (ou sont) très encombré(s). ROH Cl O C Cl phosgène gaz très toxique OR O C Cl chloroformiate . ou les deux.46 L’utilisation d’alcoolates a lieu lorsque l’un des groupes R ou R’.322 Chimie organique SN1 RCOX O solvant polaire RCO O + X R'OH RCOOH + XH O S N2 R C O R' O X R R' C O H X R C O R' + HX H mécanisme tétraédrique O X pyridine O X R C N + HX SN2 R C N R C N catalyse nucléophile intermédiaire tétraédrique O C R O R' H N R' R O C O H N R O C O R' + X sel de pyridinium HN Schéma 8. puis.47 .47). Le phosgène réagit sur les alcools en fournissant d’abord des chloroformiates.2 HCl OR O C OR carbonate Schéma 8.HCl 2 ROH . si l’alcool est en excès.

car l’imidazole a un très fort caractère électroattracteur -I.49).N'-carbonyldiimidazole Figure 8. Les alcools secondaires peuvent suivre l’un ou l’autre mécanisme (schéma 8.12b – Les alcools Lorsqu’un alcool est traité à chaud par une faible quantité d’acide sulfurique. il se forme un éther. un mécanisme SN1 qui est souvent en forte compétition avec un mécanisme d’élimination conduisant à un alcène. sans solvant.48 Les acides sulfoniques sont aussi transformés en esters sulfoniques par l’action des orthoformiates.48). et en particulier. les N-acylimidazoles ont un comportement proche de celui des chlorures d’acides : ils les remplacent dans de nombreuses réactions. R-SO 2-OR’ : c’est la principale méthode de leur préparation (schéma 8. Les réactions de substitution 323 Certains composés se comportent comme le phosgène. le N. 8. . par exemple.N’-carbonyldiimidazole. la formation d’esters par réactions avec les alcools (figure 8. en présence d’une base (souvent la pyridine qui agit comme un catalyseur nucléophile). comparable à celui du chlore. et plus facilement avec les alcools primaires. pour former des esters sulfoniques.1.4). C’est un solide plus facile à utiliser que le phosgène qui est un gaz à température ordinaire.4 De même. R SO2Cl + R'OH base . N R-CO N N-acylimidazole N RCO-Cl chlorure d'acide N N C O N Cl-CO-Cl phosgène N.8.HCl R-SO2-OR' Schéma 8. Les alcools primaires suivent plutôt un mécanisme SN2 et les alcools tertiaires. Les chlorures de sulfonyles R-SO2Cl réagissent avec les alcools.

49 Une autre réaction possible est la formation intermédiaire d’un sulfate acide d’alkyle par attaque de l’alcool protoné par l’ion HSO4-. HSO4 HSO4 (B) R R O SO2 OH SN 2 R R O H + O-SO2-OH O H R-O-R + H2SO4 Schéma 8. Là encore. présent dans le milieu (A) (schéma 8. HSO4 + H2O O R + H2SO4 + H2O mécanisme SN1: (alcools tertiaires voire secondaires) H R O H .324 Chimie organique 2 ROH H2SO4 R-O-R + H2O H R O H + H . HSO4 R + H2O H R R + H2O + HSO4 R O R .50 . élimination d'un proton avec formation d'alcène Schéma 8. HSO4 R O H . les deux mécanismes SN1 et SN2 sont possibles (B). HSO4 R O H . HSO4 + H2 O + HSO4 O H R O R + H2SO4 + H2O si R tertiaire. HSO4 O H R R H O R . Ce composé est ensuite attaqué par une seconde molécule d’alcool pour former l’éther. le plus souvent. H (A) R O H H R O H SN2 R-O-SO3H + H2O sulfate acide d'alkyle + H .50). HSO4 mécanisme SN2 : (alcools primaires voire secondaires) H R R O H .

Le sulfate de méthyle permet la méthylation très facile des alcoolates.54). en présence ou non de HBF4 comme catalyseur (schéma 8.52 Si un mélange d’alcools autres que tertiaires est mis en présence d’acide sulfurique en faible proportion.51 L’action d’un alcoolate alcalin sur un sulfate d’alkyle conduit à un éther par une réaction de substitution nucléophile (schéma 8. des phénates et de nombreux autres composés comme les amines primaires ou secondaires (il remplace souvent l’iodure de méthyle dans ces réactions).52). H sulfate acide d'alkyle R O SO2 O R + sulfate d'alkyle H2O + H R O SO2 O .12d). 2 R-OH + N C N DCC Schéma 8. Les réactions de substitution 325 Si la quantité d’acide est augmentée (un équivalent d’acide pour deux équivalents d’alcool) et les conditions expérimentales adéquates (en particulier. R O SO2 OH H R O H R O SO2 O .53).51). selon un mécanisme proche de celui de l’estérification en présence de ce réactif (§ 8. un sulfate d’alkyle. SO4R2 peut être produit à la place de l’éther ou du sulfate acide d’alkyle (schéma 8. trois éthers sont produits.1.8. . à côté de dicyclohexylurée (DCU) (schéma 8.53 R-O-R + NH CO NH DCU Les éthers méthylés résultent aussi d’une réaction SN1 ou SN2 entre le diazométhane et un alcool. La dicyclohexylcarbodiimide (DCC) permet aussi la déshydratation de deux molécules d’alcool pour former un éther. le chauffage). à chaud. deux symétriques et un dissymétrique. R R'O O SO2 O-R R'-O-R + O-SO2-OR Schéma 8. H Schéma 8.

54 Les 1.1.et 1. 6. résine perfluorée acide (commercialisée sous forme de sel de potassium) (schéma 8. le Nafion-H.6-diols donnent lieu à une réaction intramoléculaire qui conduit à des hétérocycles monooxygénés à 5.4-. OEt R CH OEt R O Ar + + HO CH2 R HO CH2 R R'O R' Schéma 8.326 Chimie organique CH2N2 + ROH diazométhane ROCH3 + N2 H3C N N .3-dioxolane O + ArO . RO H 2C N N + R-O-H SN 2 H3 C RO N N R-O-CH3 + N2 Schéma 8.12c – Les éthers et époxydes L’action d’un alcool sur un groupe éther ou transéthérification (passage d’un éther à un autre) est une réaction équilibrée qui a lieu surtout avec les acétals.2-diols pour former des 1.4-diol Nafion-H . 1.56 O CH O CH2 CH2 + 2 EtOH 1. permet de déplacer l’équilibre vers la droite. CH2OH CH2OH 1.55 8.5. lesquels réagissent facilement avec les 1. ou 7 chaînons (en présence d’un catalyseur acide. sitôt formé. La distillation de l’alcool dont dérive l’acétal.55).H2 O CH2 O CH2 tétrahydrofurane THF Schéma 8.3-dioxolanes (schéma 8.56).

11b.58 .1. Celui présenté dans le schéma 8. Les aziridines réagissent de manière analogue. H C C RO C C NH3 aziridine β-amino éther Schéma 8. Les réactions de substitution 327 L’action d’un alcoolate sur un alkyl aryl éther permet aussi une transéthérification. R-COOH + R'OH H H R-COOR' + H2O H O R C O H R O C O H H O R C OH H R O C O H H O R C O R' H O H R O C O R' H O H H O R C O H O H -H R R' H2O + C O O H R' Schéma 8. ou catalysée par l’alumine Al2O3.58 est le plus classique (via un intermédiaire tétraédrique). les époxydes ou oxiranes sont ouverts par l’action des alcoolates ou des alcools (mécanismes S N1 ou SN2) pour former des β-hydroxy éthers (schéma 8.1. en formant des β-amino éthers.57 8.12d – Les acides La réaction des acides sur les alcools primaires et secondaires ou estérification est une réaction équilibrée qui est l’inverse de la réaction d’hydrolyse présentée au § 8. La réaction peut aussi avoir lieu en milieu acide.57). en milieu acide.8. O C RO C R-O C C O H R-O C C OH époxyde ou oxirane β-hydroxy éther H N ROH. Les mécanismes sont donc les mêmes. En raison de la tension de cycle.

ajouter au milieu un déshydratant ou un composé qui retient l’eau comme les tamis moléculaires (solides insolubles dans les solvants organiques et qui contiennent des cavités dont les dimensions ne peuvent contenir et retenir que des molécules de tailles proches.99°) distille. on prépare souvent les esters correspondants par une méthode qui fait intervenir le dicyclohexylcarbodiimide (DCC) (schéma 8. Lorsque les quantités d’acide sont très faibles ou la réaction d’estérification classique difficile.12a). avant que l’éthanol. plusieurs méthodes sont utilisées : → Mettre un large excès d’un des deux réactifs : le plus souvent. Les phénols réagissent difficilement et il est préférable de préparer les esters phénoliques à partir des chlorures d’acides (§ 8. Afin de déplacer l’équilibre de cette réaction vers la droite. → Éliminer l’eau formée dans le milieu réactionnel : on peut. Le DCC joue à la fois le rôle d’activateur du groupe carbonyle de l’acide. TsOH. Il existe jusqu'à ce que l'un de ces constituants soit épuisé dans le mélange liquide en cours de distillation. et celui de déshydratant. Les alcools tertiaires en présence d’acide fort forment des carbocations qui perdent un proton pour former des alcènes (réaction d’élimination). Par exemple.59) et qui permet d’obtenir les esters avec d’excellents rendements. il s’agit de l’alcool. HCOOH.1. et ainsi d’obtenir de l’alcool quasiment anhydre par distillation du mélange. ce qui permet d’extraire l’eau présente dans l’éthanol (Eb : 78 °C) si on lui ajoute du benzène. il se forme ensuite un azéotrope éthanol-benzène. Si la quantité de benzène ajouté est trop élevée. CF3COOH. l’eau. Il peut alors se former un nouvel azéotrope de constitution différente. si son point d’ébullition est suffisamment faible. acide organique fort soluble dans de nombreux solvants). Note : un azéotrope est un mélange en phase vapeur constitué de plusieurs composés en proportions bien définies. Il ne se forme que durant la distillation de ces composés et se comporte comme un corps pur en ayant un point d'ébullition constant. . seul. mais pas un alcool. La présence de ce catalyseur est inutile pour certains acides très réactifs comme l’acide trifluoroacétique. de volume plus élevé). soit l’extraire par une distillation azéotropique (voir la note ci-dessous) ce qui est possible avec l’éthanol et les alcools plus lourds mais pas avec le méthanol (point d’ébullition trop faible). si la quantité d’eau n’est pas trop importante. par exemple l’eau. soit. → Extraire l’ester par distillation.328 Chimie organique La catalyse est acide (H2SO4 ou acide p-toluènesulfonique. et en raison de la loi d’action de masse. quasi absolu (à 99. le benzène et l’éthanol forme un azéotrope qui bout à 65 °C. ou l’acide formique.

l’alcool dans ce cas.et -hydroxy acides forment des lactones par estérification intramoléculaire en milieu acide (schéma 8. . Les . D’autres méthodes plus complexes permettent de rendre l’estérification plus aisée : elles dépassent le cadre de cet ouvrage. particulièrement aisée. L’eau provenant de l’estérification est captée par le DCC et se retrouve entièrement dans la dicyclohexylurée (DCU). De nombreuses autres méthodes existent. Ce mécanisme peut conduire à des amides si le nucléophile est une amine primaire (la présence d’un acide dans ce cas n’est pas nécessaire).8. composé insoluble dans la plupart des solvants et qui peut donc être filtrée. Les réactions de substitution 329 N C N dicyclohexylcarbodiimide NH C O NH dicyclohexylurée (urée: H2N-CO-NH2) R-COOH + N C N R-COO + NH C N R-COO + NH C N NH C N O C O R équivalent d'un anhydride mixte NH C N O C O R H NH C NH O C O R H NH C H O R' NH R'-O-C=O + R -H R'-O-C=O R Schéma 8.59 NH C NH O O C O R Le DCC réagit d’abord avec l’acide pour former une molécule analogue à un anhydride mixte ce qui active le groupe carbonyle provenant de l’acide (d’autant plus que le groupe imino est protoné) et rend l’attaque du nucléophile.60).

60 NaOH O OH COONa Cette simple réaction n’est pas applicable à d’autres hydroxy acides car elle conduit alors à des polymères (polyesters) par réactions intermoléculaires.62). Les nitrites d’alkyles. ce qui diminue les possibilités de réactions intermoléculaires. à une solution hydro-alcoolique de nitrite de sodium.12f).50). H3C CH2 (A) H3C CH Cl β-chloro butanoate de sodium COONa H2O HCCl3 CH CH2 O C O + NaCl 4-méthyl-β-lactone (B) H2C C O + H-CHO méthanal ou formaldéhyde Schéma 8.1. HSO3Cl.61 H2 C O CH2 C O cétène β-lactone Les esters d’acides inorganiques peuvent être préparés par des réactions très variées.61). Toutefois.330 Chimie organique COOH OH γ−hydroxy acide H C O γ−lactone Schéma 8. entre autres. NO2Na + HCl + ROH R-ON=O + R'OH R-O-N=O + NaCl + H2O R'-O-N=O Schéma 8. concentré. ou l’acide chlorosulfonique. Les -lactones sont préparées à partir de solutions aqueuses de sels alcalins de β-chloro acides. Ils sont obtenus aussi par une réaction entre un alcool et un autre nitrite d’alkyle (schéma 8. agitées dans du chloroforme (A) (schéma 8. les -hydroxyacides peuvent être cyclisés en effectuant la réaction à très haute dilution. . Elles peuvent aussi résulter de l’action d’un cétène sur un composé carbonylé : la β-propiolactone appelée β-lactone résulte de l’action du cétène sur le méthanal (B).62 + R-OH Les sulfates acides d’alkyles ou monoesters d’acide sulfurique R-O-SO3H sont obtenus en traitant les alcools par l’anhydride sulfurique. isomères des nitroalcanes. R-O-NO. l’acide sulfurique (schéma 8. ce qui est équivalent à une transestérification (§ 8. sont obtenus en ajoutant un acide minéral fort comme l’acide chlorhydrique ou sulfurique.

Les halogénures d’alkyles sont aussi des esters d’acides inorganiques.51).64).3 HCl O P OR OR phosphate d'alkyle Me Cl P Cl trichlorure de phosphore Schéma 8. (A) H2SO4 + MeOH H2O + HSO4Me HSO4Et sulfate acide d'éthyle distillation distillation Me2SO4 Et2SO4 sulfate acide de méthyle (B) H2SO4 + H2C=CH2 Cl (C) Cl EtO S O + 2 EtOH EtO S O KMnO4 Et2SO4 chlorure de thionyle sulfite d'éthyle Schéma 8. Le sulfate de méthyle est obtenu par distillation du sulfate acide de méthyle formé par réaction de l’acide sulfurique sur le méthanol (A. SOCl2. PO4R3. Les phosphates d’alkyles. sont obtenus par action de l’oxychlorure de phosphore POCl3 sur les alcools en présence de pyridine (schéma 8. sur un alcool.65). résulte lui-même de l’action du chlorure de thionyle. La réaction suit un mécanisme SN1. (RO)3P. sous l’action du solvant (l’alcool).64 N Cl + 3 R-OH OR P OR phosphite d'alkyle Me OR .3 HCl Les trialkyl phosphites. les acides hydrohalogénés. Le sulfite d’éthyle. (RO)2SO. résultent de la réaction du trichlorure de phosphore sur les alcools en présence d’une amine tertiaire comme la N.N-diméthylaniline. L’acide chlorhydrique réagit avec les alcools primaires et secondaires en présence de chlorure de zinc comme catalyseur (schéma 8. RO-SO2-OR. Cette dernière méthode est aussi appliquée aux alcools plus lourds.63). schéma 8.63 Le sulfate d’éthyle peut être préparé comme le sulfate de méthyle. mais aussi par addition d’acide sulfurique à l’éthylène (B) ou par réaction d’oxydation du sulfite d’éthyle par le permanganate de potassium (C). qui. Cl O P Cl Cl oxychlorure de phosphore OR + 3 R-OH pyridine . résultent de diverses réactions selon leur nature dont l’une consiste à chauffer un alcool primaire en présence d’acide sulfurique (schéma 8. est ionisé en . Ils sont préparés le plus souvent par action de ces acides sur les alcools.8. Les réactions de substitution 331 Les sulfates d’alkyles. Il se forme un sel au sens de Lewis.

66). Cl R-Cl + H2O + ZnCl2 R (B) SN2 ZnCl2 + HCl + R-OH CH3 (C) H3C C OH CH3 (D) R OH + SOCl2 ZnCl3 + ROH2 CH3 ZnCl2 + RCl + H2O + HCl H2O H3C C Cl CH3 + H 2O HCl + ROSO2Cl Cl + ROSO SN 2 RCl + SO2 Schéma 8.65 L’acide chlorhydrique concentré forme des chlorures d’alkyles tertiaires avec les alcools tertiaires sans catalyseur (C). en présence d’une quantité catalytique d’acide sulfurique pour les alcools primaires et sans catalyseur pour les alcools secondaires et tertiaires (qui pourraient être déshydratés en alcènes en sa présence) (schéma 8. (DAST). Et2NSF3. . Les bromures d’alkyles sont préparés par action de l’acide bromhydrique (48 %).(A). POCl3 entre autres.67). Les alcools traités par le chlorure de thionyle en présence ou non de pyridine forment des chlorures d’alkyles (D). SF4. sans catalyseur. PCl3. R-OH + R-OH + HBr IH RBr RI + H 2O + H 2O 3 R-OH + 3 INa + H3PO4 3 RI + PO4Na3 + 3 H2O Schéma 8. R (A) SN1 H O ZnCl2 solvant polaire + Zn(OH)Cl2 S N2 H. ou mieux encore de celle du trifluorure de diéthylaminosulfure.66 RBr + H 2O L’action de PBr3 (formé in situ par action du brome sur le phosphore) permet aussi le passage à RBr mais il existe dans ce cas des possibilités de réarrangements pour les alcools secondaires. le mécanisme devient SN2 et aucun réarrangement n’est possible (B). Les iodures d’alkyles sont obtenus par réaction de l’acide iodhydrique (57 %) sur les alcools. Il en est de même de PCl5.67 Les fluorures d’alkyles ne résultent pas de l’action de l’acide fluorhydrique sur les alcools mais de celle du tétrafluorure de soufre. Ils sont mieux préparés par action d’iodures alcalins sur les alcools à l’ébullition en présence d’acide phosphorique à 96 % (schéma 8. Si la concentration de chlorure de zinc est très faible.332 Chimie organique libérant un carbocation (qui peut se réarranger s’il est secondaire) qui réagit avec Cl. R-OH + HBr Schéma 8.

8. d’acides de Lewis ou de base comme la 4-(N.N-diméthylamino)pyridine (dans ce cas.12f – Les esters carboxyliques Cette réaction équilibrée est nommée transestérification.4a et 6. Si R’ est tertiaire. O R C O O H 2C C O H 2C C O Schéma 8. + 1 ROH O O O anhydride succinique ∆ HOCO-CH2-CH2-COOR monoester de l'acide succinique Schéma 8.1. il s’agit d’une catalyse de type nucléophile) (schéma 8.68). Les réactions de substitution 333 De nombreuses autres méthodes existent pour la préparation d’halogénures d’alkyles.12.1.69). mais ils sont moins réactifs ce qui nécessite l’emploi de catalyseurs acides.70 .12e – Les anhydrides d’acides Comme les chlorures d’acides. la réaction est difficile. R-COOR' O R R" O H R" C O R' R + R"OH O C O H intermédiaire tétrèdrique ∆ R-COOR" H O + R'OH O O R' R C + O R" O R' R C O R" + R'-O-H + ROH O O γ−butyrolactone ∆ HO RO γ−hydroxy ester O Schéma 8.5d).68 O C R + R'OH R-CO-OR' + RCOOH + R-OH RO-CO-CH2-CH2-COOH Les anhydrides cycliques sont ouverts à chaud par un équivalent d’alcool pour former un monoester du diacide correspondant (schéma 8. Le mécanisme passe par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8. en particulier.69 8. les anhydrides d’acides réagissent avec les alcools.1. 8.70). C’est une réaction qui s’apparente à celle de l’hydrolyse des esters. par addition d’halogénures d’hydrogène sur les alcènes (§ 9.

La catalyse par transfert de phase est souvent appliquée à cette réaction : le benzène (ou le toluène) est alors le solvant non miscible à l’eau et la réaction a lieu en présence d’une base. La différence des points d’ébullition entre R”OH et R’OH permet alors d’extraire du milieu R’OH par distillation ce qui favorise le déplacement de l’équilibre vers la droite. R-SO2-N(R')2 + R"OH base R-SO2-OR" + HNR'2 Schéma 8.13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels 8. le DBU (1. RX + R'-COONa HMPA RCOOR' + NaX H2C CH2 CH2 Cl γ−chloro acide COOH NaOH . N N DBU Figure 8.ou δ-halogéno acide.0]undec-7-ène) (figure 8.8-diazabicyclo[5. 8. Les γ. Les lactones peuvent donner lieu à cette réaction qui conduit à des hydroxy esters. lorsque la réaction est effectuée dans un solvant protique.5 .N-disubstitués réagissent avec les alcools en présence d’une base pour former des sulfonates. césium des acides organiques dans le HMPA est une excellente méthode de synthèse des esters (schéma 8. Les phénols donnent lieu à cette réaction y compris avec les sulfonamides non N-substitués (schéma 8. le mécanisme est SN1 : elle n’est alors possible qu’avec des halogénures très réactifs.334 Chimie organique Le plus souvent R”OH représente un alcool à point d’ébullition élevé tandis que R’ est méthyle ou éthyle.72). allyliques ou benziliques.NaCl C O γ−lactone O Schéma 8.5).et δ-lactones peuvent être préparées par action de la soude sur un γ.4.13a – Les halogénures La réaction des halogénures sur les sels de sodium. les halogénures tertiaires ou très encombrés ne permettent pas cette réaction.1. Toutefois.72 Par contre.1.12g – Les sulfonamides Les sulfonamides N.1.71 8.71). potassium. argent. Le mécanisme est SN2.

73). mais dans ce cas.8. le trichlorure de phosphore. O R R' C O C O Cl R R' O C O C O R' Cl R C O C O + O Cl Schéma 8. Il se forme un sel qui réagit avec le chlorure d’acide. H O R C O H O + S Cl Cl chlorure de thionyle H O O S Cl R C Cl intermédiaire tétraèdrique O R C O Cl O O S Cl O R C Cl H O R-COOH + PCl5 R-CO-O-PCl4 + HCl R C Cl intermédiaire tétraèdrique + SO2 + HCl Cl O P Cl Cl Cl O R C Cl + O=PCl3 + HCl Schéma 8. Les réactions de substitution 335 Les chlorures d’acides réagissent avec les sels alcalins ou d’argent d’acides carboxyliques pour former des anhydrides (schéma 8. PCl5.74 . ou le pentachlorure de phosphore. SOCl2. Les chlorures d’acides résultent d’une réaction de substitution nucléophile entre un acide et le chlorure de thionyle. PCl3.74).73 La réaction se fait aussi en présence d’une base organique comme la pyridine ou la triéthylamine (catalyse nucléophile). C’est leurs méthodes de préparation les plus courantes (schéma 8. l’acide libre est mis en réaction.

R-COOH + R-COOH R-CO-O-CO-R + H2O anhydride d'acide P2O 5 O COOH H 2C H 2C COOH . Les déshydratants les plus souvent utilisés sont l’anhydride phosphorique P2O5. ce qui oriente la réaction vers la droite (schéma 8. dans la mesure ou l’acide oxalique formé est décomposé. § 8. l’anhydride trifluoroacétique ou le dicyclohexylcarbodiimide (DCC.76). amides Deux molécules d’acides carboxyliques peuvent être déshydratées pour former un anhydride à condition qu’un agent déshydratant soit présent (schéma 8. POCl3 CH3 COOH .H2O H2 C H2 C C O C O anhydride succinique acides phosphoriques acide succinique déshydratant: anhydride acétique.76 8. En effet.13b – Les acides. (COCl)2.1. R-COOH + Ph3P + CCl4 R-COCl + Ph3PO + HCCl3 Schéma 8. le retrait de l’eau formée par ce déshydratant déplace l’équilibre vers la droite. dans les conditions de la réaction. RCOOH + R'-COCl 2 RCOOH + ClCO-COCl chlorure d'oxalyle R'COOH + R-COCl HOCO-COOH acide oxalique 2 R-COCl + CO2 + HCOOH acide formique CO2 + CO + H2O Schéma 8.75). esters. chlorure d'acétyle ou chlorur e de phosphoryle.1.75 Des réactions d’échanges peuvent exister entre un acide et un chlorure d’un autre acide (via un anhydride d’acide) : le chlorure d’oxalyle.12d). des anhydrides d’acides comme l’anhydride acétique.77). la réaction étant équilibrée.77 .H 2O ∆ COOH CH3 C O O C O acide 3-méthyl-phthalique anhydride 3-méthyl-phtalique Schéma 8.336 Chimie organique On peut aussi faire réagir l’acide sur la triphénylphosphine en présence de tétrachlorure de carbone ce qui est une méthode plus douce que les précédentes (schéma 8. est particulièrement indiqué dans ce cas. en oxyde de carbone et anhydride carbonique.

comme pour l’acide phtalique. selon le cas. le diazométhane est utilisé pour préparer des esters méthyliques avec un rendement élevé. RCOOH + R'-COO-R'' R-CO-O-CO-R' + R"OH R-CO-O .78).1.N2 O R C O CH3 R C O + H3C N N Schéma 8.79 Ainsi. . Le mécanisme est identique à celui donné pour la réaction du diazométhane avec les alcools (§ 8. Pour les esters. réaction la plus utilisée. Une réaction équilibrée se crée entre un acide carboxylique et un ester ou un amide conduisant à un anhydride (schéma 8. La déshydratation s’effectue.8.79). Les réactions de substitution 337 La réaction s’applique aux diacides qui peuvent former un anhydride cyclique à cinq ou six chaînons. R R-COOH + R R-COOH + H2C N N C N N R R-COO-CH R R-COO-CH3 + N2 + N2 H2C O R C O H + H2C N N N N O H 2C N N .H R-CO-O R' C O O CH2 R" ester d'énol R' C OEt O OEt R-CO-O C R' O + EtOH (extrait par distillation) RCOOH + R' C O C R-COO-CO-R' + HO-C=CH2 R" O C CH3 R" Schéma 8. soit par chauffage.1. le retrait par distillation de l’alcool formé déplace l’équilibre vers la droite ce qui favorise la formation de l’anhydride d’acide. 8.78 Un cas particulier de cette réaction concerne les esters énoliques qui forment avec l’acide une cétone qui ne peut plus donner lieu à un équilibre. l’acide intervient par le groupe carboxylate comme nucléophile. soit par l’emploi d’agents déshydratants comme pour l’acide succinique.13c – Le diazométhane Les composés diazo et plus particulièrement le diazométhane réagissent à température ordinaire et avec d’excellents rendements sur les acides pour former des esters (schéma 8.12b).

HBr O Br Schéma 8. Les alkylaryléthers forment toujours l’halogénure d’alkyle et le phénol.81).82).81 HO Lorsque l’halogénure d’hydrogène est en excès. en halogénures. chauffés. HX X OH O SOCl2 (HCl) époxyde ou oxirane halohydrine Cl OH SOCl2 Cl Cl HCN NC OH cyanhydrine Schéma 8. BCl3. les alcools produits dans une première réaction sont transformés par une seconde. par chauffage. AlCl3.338 Chimie organique 8. Ces réactions s’appliquent à des éthers cycliques comme le tétrahydropyrane (schéma 8. Les époxydes sont ouverts par les halogénures d’hydrogénes en formant des halohydrines (schéma 8.80 R O H R-O-H + R'-X Les dialkyléthers produisent un mélange des deux halogénures possibles. ceux présents dans les stéroïdes.14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes Le bromure d’hydrogène réagit très bien avec les éthers. sauf pour les méthylalkyléthers qui forment de manière prépondérante. conduisent à une rupture de l’éther en fournissant un halogénure.80). Les acides de Lewis qui forment des complexes avec les éthers comme BF3. l’halogénure de méthyle. pour conduire à un bromure d’alkyle ou d’aryle selon l’éther et un alcool ou un phénol (schéma 8.82 . R O R' + H R' X sel d'oxonium Schéma 8. Le fluorure d’hydrogène. BBr3. L’iodure d’hydrogène réagit plus vite que le bromure d’hydrogène mais il permet de nombreuses réactions secondaires. HF. Le chlorure d’hydrogène est peu utilisé et réagit très lentement.1. ne réagit qu’avec des époxydes « rigides ». par exemple.

est immédiatement transformée en 1.84). Les chlorures d’acides réagissent avec l’oxyde d’éthylène ou oxirane. .15a – Les halogénures L’alkylation de l’ammoniac par les halogénures d’alkyles. R C O + RCOCl H2C CH2 H2C O O Cl CH2 RCO-O-CH2-CH2Cl Schéma 8. tertiaires sous forme de sels. Les réactions de substitution 339 Lorsque les époxydes sont traités par le chlorure de thionyle en présence de pyridine. L’acide cyanhydrique conduit à une cyanhydrine. pour former un ester de 2-iodoéthyle (schéma 8. L’amine secondaire réagira ensuite avec l’halogénure pour former une amine tertiaire laquelle est transformée en sel d’ammonium quaternaire si un excès d’halogénure est présent. l’halohydrine qui se forme d’abord en raison de traces de chlorure d’hydrogène.83). surtout de faibles masses. conduit à un mélange d’amines primaires. X sel d'ammonium quaternaire Schéma 8.83 NaI RCO-O-CH2-CH2I 8. X R X RNH2 R2NH + HX amine secondaire R2NH2.2-dihalogénure.84 En effet.15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines 8. et à des sels d’ammonium quaternaires (schéma 8.1. le caractère nucléophile augmente lorsqu’on passe de l’ammoniac à une amine primaire puis secondaire : la réaction de substitution sera donc plus facile avec ces deux dernières présentes dans le milieu. secondaires. X R 3N + RX R4N. en présence d’iodure de sodium dans l’acétonitrile.1. X R2NH + R-X R3N + HX amine tertiaire R3NH. R NH3 X RNH2 + HX amine primaire RNH3.8.

Seuls.86 RX Des réactions parasites accompagnent souvent la réaction principale (schéma 8. . sauf dans le cas des α-amino acides à partir d’α-halo acides. La vitesse de la réaction est fonction des substituants de l’amine (primaires > secondaires > tertiaires). Le passage d’une amine tertiaire à un sel d’ammonium quaternaire. en effectuant la réaction dans des conditions particulières. c’est la synthèse d’Hofmann (1850). les halogénures aromatiques activés par des groupes électroattracteurs sur le cycle comme le bromure de 2. on favorise la formation de l’amine primaire. Elle consiste à chauffer l’halogénure et l’ammoniac à 180 °C sous une pression de 25 bars. Les triarylamines sont très difficilement alkylées. peut être effectuée en présence de bases fortes non nucléophiles dont le rôle est le retrait du proton de (R)(R’)NH2+ ou de (R)(R’)(R”)NH+. et de la nature de l’halogénure (I < Br < Cl).85 Lorsque le nombre de carbones du groupe aliphatique R de RX est compris entre 7 et 12. Cette méthode est peu utilisée pour la préparation des amines primaires.HX H R C COOH NH2 Schéma 8. Toutefois. mais ce n’est pas la meilleure méthode (schéma 8. partant d’amines primaires substituées par un groupe R. en présence d’un halogénure ou réaction de Menchoutkine (1890).4-dinitrobenzène permettent la réaction.86) : il s’agit de formations d’alcènes par élimination de HX de l’halogénure (A) et de transalkylation (B). La préparation des sels d’ammonium quaternaires à partir d’amines primaires ou secondaires (alkylation exhaustive). X R3NH. acétone R3N + R'X R3N-R'.340 Chimie organique Une telle réaction n’est donc pas a priori une bonne méthode de synthèse des amines primaires. H R C X COOH + NH3 . On peut signaler ici que. Par contre. il est possible de privilégier la formation d’un type d’amine. l’halogénure peut être R’X. Les amines primaires aromatiques sont facilement alkylées. Par exemple.85). ce qui permet la formation d’amines secondaires R(R’)NH. le caractère nucléophile des amines primaires et secondaires faiblit et il est alors possible de préparer des amines tertiaires à partir de l’ammoniac. en utilisant un très gros excès d’ammoniac par rapport à l’halogénure.86). Il en est de même pour la préparation d’amines secondaires qui sont plus facilement obtenues par action de l’halogénure sur un large excès d’amine primaire. se fait dans un solvant polaire comme l’acétone (schéma 8. X + (CH3)2C=CH2 (A) R3N + (CH3)3CX (B) R3N + R'X R2NR' + Schéma 8. les diaryl amines réagissent difficilement avec les halogénures ce qui conduit à utiliser des sulfates ou sulfonates plus réactifs.

X (B) RX + N3Na R-N3 réduction RNH2 RNH3 COOH RNH3 + COOH (C) RX + (Me3Si)2N Na .8. X RNH3.88). en présence d’acide.NaX RN(SiMe3)2 H2O. et la réaction de Gabriel (1887) qui consiste à traiter le sel de potassium du phtalimide par un halogénure ce qui forme un N-alkylphtalimide qui est. Si un groupe méthyle est présent sur l’amine aliphatique. en amine (sel) et acide phtalique (D).87 + R-NH2-CH2-CH2-OH La préparation des amines primaires aliphatiques utilise d’autres réactions comme celle de l’hexaméthylènetétramine avec les halogénures d’alkyles (réaction de Delépine.87). Les réactions de substitution 341 La désalkylation des sels d’ammonium quaternaires peut être réalisée par l’éthanolamine (schéma 8. HCl EtOH (A) RX + (CH2)6N4 hexaméthylène tétramine N3(CH2)6NR. c’est lui qui est transféré sur l’éthanolamine. H O (D) RX + NK O phtalimide potassée O NR O HO COO NH2NH2. schéma 8. soit hydrolysé. l’action de bis(triméthylsilyl)amidure de sodium sur des iodures et tosylates aliphatiques suivie d’une hydrolyse (C). H acide phtalique RNH2 + COO phtalate RNH2 + O NH NH phtalhydrazide O NR O + NH2-NH2 O NHR NH-NH2 O Schéma 8. ce qui libère l’amine à côté du phtalhydrazide (E). la formation d’azides suivie de leur réduction (B). R R N R R .H2O O H2O. X + H2N-CH2-CH2-OH éthanolamine R R N R Schéma 8. soit soumis à l’action de l’hydrazine (méthode de Ing-Manske). 1895) (A.88 .

Elle s’effectue en présence d’une base. Les azétidines (cycle azoté à quatre chaînons) sont difficilement obtenues par cette méthode : il est préférable de traiter d’abord l’amine par le chlorure de tosyle ce qui fournit un groupe TsNH qui est cyclisé par une base.91 .91). par action du sodium dans l’alcool isoamylique (schéma 8.89 Les amines primaires réagissent rapidement. ou 6 chaînons (schéma 8. H2 C H2 C Cl NH2 base H2C NH H2 C aziridine H2C H2 C CH2 Cl NH2 base H2C H2C CH2 NH 2-chloroéthylamine 1-amino-3-chloro-propane azétidine CH2Cl NH2 base NH pyrrolidine TsCl . En présence d’eau.H2O formamide N.90 Les amines secondaires réagissent plus difficilement et forment des amines tertiaires ayant un substituant dichlorométhyle.N-disubstitués (schéma 8.Cl . elles sont transformées en formamides N.2 HCl H HO C OH N R .HCl H2C H2 C CH2 X H2 C base H N Ts H2 C CH2 N-Ts Na alcool isoamylique 1-amino-4-chloro-butane Schéma 8. avant le retrait du groupe tosyle.Cl . . 5. Il se forme un dichlorocarbène intermédiaire qui réagit avec l’amine primaire avec élimination de deux molécules d’acide chlorhydrique.89).N-disubstitué Schéma 8. avec le chloroforme en présence de potasse pour former des isocyanures (à odeurs particulièrement repoussantes) (schéma 8. Cette réaction sert de test odorant pour les amines primaires.90). Le mécanisme est sans doute de type SN1cB (§ 8.5). par simple chauffage.89). RNH2 + HCCl3 + 3 KOH HCCl3 + HO .2 HCl C N R dichlorocarbène isocyanure Schéma 8.H2O CCl2 RNC + 3 KCl + 3 H2O NH2-R Cl H C N R Cl H . L’halogénure peut être remplacé par un tosylate.342 Chimie organique L’alkylation des amines peut être intramoléculaire dans la mesure où le cycle ainsi produit est à 3.1.H2O NHR2 R N H R R H C N O R Cl C Cl N R R HCCl3 + HO H Cl C Cl CCl2 Cl R C Cl H R N R H2O .

La protection d’une amine primaire ou secondaire peut être faite par arylsulfonation. un sulfate. L’ensemble des composés formés est mis en présence d’une solution de soude. s’appliquer qu’à des amines aliphatiques de faibles masses car les sulfonamides primaires avec nC > 7 restent insolubles dans la soude. . Les arylsulfonamides sont stables en milieu alcalin et ne sont pas affectés par les réductions catalytiques.sur le carbone du groupe le plus petit avec formation d’un bromure d’alkyle et de cyanoamine. 1890)) : le mélange d’amines est traité par le chlorure de l’acide p-toluènesulfonique. soit par acidolyse (HBr à 48 % en présence de phénol). La réaction s’effectue en deux étapes : la première correspond à la formation d’un bromure de N-cyanoammonium.8. sont traités par le zinc.92). la caféine. c’est le plus petit d’entre eux qui forme l’halogénure. Si les trois groupes sont alkyles.93 + HCl Cette réaction a été utilisée pour séparer les amines primaires. L’halogénure qui se forme est le plus stable. Me Pr Bu N + BrCN Br Pr Me N Bu Schéma 8. la déprotection est assurée soit par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans le n-butanol. Elle consiste à traiter l’amine tertiaire par le bromure de cyanogène. Les sufonamides de structure. secondaires. en fait. composés azotés basiques d’origine naturelle comme la morphine. L’action d’une solution acide (70 % SO4H2) au reflux permet de libérer les amines de leurs sulfonamides en formant un sel. dans l’acide acétique.93). Cette méthode ne peut. La distillation permet d’extraire les amines tertiaires et la filtration retient dans le filtre le sulfonamide secondaire. la réserpine. Les sulfonamides primaires ayant un groupe CαH2 dont les hydrogènes sont rendus acides par le groupe sulfonamide se solubilisent. Les réactions de substitution 343 La réaction de von Braun (1900) est une réaction qui a été beaucoup utlisée pour définir la structure d’amines tertiaires (schéma 8. R-SO2Cl + H-N R-SO2-N sulfonamide Schéma 8.92 Pr CN MeBr + Bu N CN Les chlorures de sulfonyles réagissent avec l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en formant les sulfonamides correspondants (schéma 8. la seconde à une attaque nucléophile de l’ion Br. en particulier dans le cas des alcaloïdes. présents le plus souvent dans les plantes. tandis que les sulfonamides secondaires (solides) restent insolubles. Les amines primaires et secondaires forment les sulfonamides correspondants. Dans la plupart des cas. ArCOCH2-SO2N(R)2. Le filtrat contient le sulfonamide primaire. et tertiaires aliphatiques en mélange (méthode de Hinsberg.

1). et les benzoïnes (schéma 8.H2 O R C CN cyanoamine R' OH R CH C O acyloïne : R et R' = alkyl benzoïne : R et R' = aryl Schéma 8. les acyloïnes.95). thiiranes et aziridines Les oxiranes ou époxydes.344 8. ils peuvent réagir sur une nouvelle molécule d’hétérocycle et les produits obtenus peuvent renouveler encore cette réaction (schéma 8. des cyanoamines primaires.1. β-amino thiols et les 1. Z H2 C CH2 NH3 Z = O : oxirane ou époxyde Z = S : thiirane ou épisulfure Z = NH : aziridine Schéma 8. secondaires ou tertiaires. (comme dans la réaction de Strecker § 10. on obtient respectivement.3.94).15c – Les oxiranes. les thiiranes ou épisulfures et les aziridines.95 Z HZ CH2 CH2 NH2 H2C CH2 (HZ-CH2-CH2)2NH Z H2 C CH2 (HZ-CH2-CH2)3N .2-diamines sont respectivement formés. Les acyloïnes et benzoïnes conduisent à des α-amino cétones. tendus. avec l’ammoniac et les amines primaires ou secondaires. Ces composés étant des amines. 8.1.94 N R' + HN .H2O R CH C O α-amino cétone R Dans le cas des cyanhydrines. sont facilement ouverts par l’ammoniac et les amines selon un mécanisme SN2 stéréospécifique : les β-hydroxy amines. cycles à trois chaînons. OH R C CN cyanhydrine N R' + HN .15b – Les alcools Chimie organique La substitution directe d’un groupe OH par un groupe amino n’a lieu qu’avec les cyanhydrines.

-CO-NH-.1. Cette . mais la détection d’anhydride dans le milieu est en faveur du premier mécanisme. un solvant industriel très important. Les réactions de substitution 345 Avec l’oxirane. HO-CH2-CH2-NH2.97). tout particulièrement. les chlorures d’acides. H2N sel R-CO-N amide + H 2O Schéma 8. Dans ce cas. Un tripeptide est donc représenté par la formule générale : NH 2-CH(R1)-CO-NHCH(R2)-CONH-CH(R3)-COOH. ∆ R-COOH + HN R-COO . les esters et les amides Les acides. En présence de deux molécules d’acides. liés entre eux par une liaison peptidique. sont ainsi obtenus successivement. (HO-CH2-CH2)3N. il se forme l’anhydride correspondant qui. et la triéthanolamine. réagit sur la fonction amine d’un second acide aminé en créant la liaison peptidique (schéma 8.97 N DCC O H N C O R C O H N R-CO-O-CO-R + H N C O H N Un autre mécanisme a été proposé : la fonction amine réagit sur le produit formé par addition d’une seule molécule d’acide au DCC.96). (HO-CH2-CH2)2NH. Dans le cas des acides. dicyclohexylcarbodiimide.15d – Les acides. les anhydrides d’acides.96 C’est la méthode la moins classique pour obtenir les amides qui sont plus souvent préparés à partir des esters. qui par chauffage conduit aux amides (schéma 8. entre autres. avec l’ammoniac. l’utilisation de composés permettant d’activer la fonction acide pour qu’elle réagisse en conditions douces sur les amines est très importante. la diéthanolamine. Par contre. il se forme d’abord un sel d’ammonium ou d’amine. sitôt formé. Ces réactions supposent que la fonction amine du premier acide aminé a été protégée. R-CH(NH2)COOH. H N C O R C O R-CO-O-CO-R R C O + NH2-R' R-CO-NH-R' + RCOOH Schéma 8. 8.8. l’éthanolamine. en synthèse peptidique. les anhydrides d’acides et les esters acylent tous l’ammoniac et les amines pour conduire aux amides correspondants. les chlorures d’acides. sinon la réaction de couplage peut aussi s’orienter sur la fonction amine d’une seconde molécule du premier acide aminé. le couplage de deux acides aminés (ou d’un peptide et d’un acide aminé) s’effectue avec le DCC. Il faut rappeler que les peptides à la base de nombreuses hormones sont constitués d’α-amino acides.

il est souvent nécessaire d’ajouter une base au milieu pour neutraliser l’acide chlorhydrique résultant. Cette protection réalisée respectivement par le chloroformiate de benzyle. des protections adéquates des groupes latéraux fonctionnels R1. Pour certains acides aminés. et dans le second cas pour Boc. secondaire ou tertiaire (schéma 8. ou d’autres groupes choisis en fonction de la nature des groupes latéraux des acides aminés constituant le peptide. si le nucléophile est en excès. par action de l’acide trifluoroacétique dans le chlorure de méthylène.HCl H H R1 R1 1) DCC H Ph-CH2-O-CO-NH C CO N Ph-CH2-O-CO-NH C COOH R2 H H 2) H2N C COOH H2 H R1 H Ph-CH3 + CO2 + H2N C CO N H dipeptide R2 C COOH H R2 C COOH H Schéma 8.99). Le schéma 8. s’effectue par l’action de HBr dans l’acide acétique ou par hydrogénolyse. ce qui permet de garder le peptide formé lié à ce support solide et donc de l’extraire facilement du milieu qui contient de nombreux composés en solution (sels. un amide primaire. R2. R3… doivent être envisagées avant le couplage. S’il s’agit d’une base . Pour délier le peptide de son support solide. composés secondaires. ce qui permet de fixer le premier acide aminé par une substitution avec le groupe amino. etc…). ou NH2. La synthèse se poursuit à partir de ce système. (abréviation: Boc).98 Afin de rendre la synthèse peptidique moins fastidieuse sur le plan expérimental. tBu-O-CO-. on utilise souvent une méthode due à Merrifield (synthèse en phase solide) et qui consiste à utiliser un polystyrène portant des groupes chlorométhyles. PhCH2-OCOCl pour Cbz. respectivement. La déprotection. parmi d’autres.346 Chimie organique protection est souvent assurée par le groupe benzyloxycarbonyle (abréviation : Cbz ou Z). R1 R1 Cl-CO-O-CH2Ph H2N C COOH Ph-CH2-O-CO-NH C COOH . R-COCl + H2N-R' R-CO-NH-R' + Schéma 8. dans le cas de Cbz.99 HCl Lorsque l’amine est en quantité stœchiométrique. Les chlorures d’acides (et plus généralement les halogénures d’acides) réagissent exothermiquement sur l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en produisant. ou le groupe t-butoxycarbonyle. tBu-OCON3. CH2Cl. pour Boc. et qui peuvent avoir des fonctions comme OH. et le t-butoxycarbonylazide. on utilise souvent l’acide fluorhydrique.98 présente les différentes étapes pour la synthèse d’un dipeptide simple (R1 er R2 = H ou alkyle). PhCH2-O-CO-. diminue le caractère nucléophile de l’azote en passant d’une amine à un amide (ou plus exactement à un carbamate).

R-O-CO-NH-R’ (schéma 8. COCl2 (le chloroformiate de trichlorométhyle. utilisés en particulier en synthèse peptidique (voir cidessus. lesquels éliminent HCl pour fournir respectivement un isocyanate ou un thioisocyanate.HCl Cl-C-NH-R . mais le plus souvent. X Cl-C-Cl + H2N-R X = O : phosgène X = S : thiophosgène X . Cl3C-O-COCl. composés particulièrement toxiques.101). le chloroformiate de benzyle. des dérivés substitués de l’urée ou de la thiourée sont obtenus (schéma 8. ClCOOR.100 Les chloroformiates.H2O R-COCl + R-CO-NH-NH2 R-CO-NH-NH2 + HCl + H2O acylhydrazine ou hydrazide R-CO-NH-NH-CO-R + HCl N.8. ClCOOCH 2Ph). réagissent avec les amines en produisant des carbamates.N’-diacylhydrazines. peut le remplacer) ou le thiophosgène. Lorsque deux équivalents d’amines sont mis en réaction. ils sont accompagnés de N.100). Les acylhydrazines sont plus facilement préparées à partir des esters par action de l’hydrazine (schéma 8. R-O-COCl chloroformiate + H2N-R' R-O-CO-NH-R' + HCl carbamate Schéma 8. Les réactions de substitution 347 alcaline. On peut aussi utiliser des bases organiques comme la pyridine ou la triéthylamine. CSCl2. Certains réactifs moins classiques comme le phosgène.HCl X=C=N-R X = O : isocyanate X = S : isothiocyanate X = O : chloroformamide X = S : chlorothioformamide 2 NH2-R NHR X C NHR dérivés de l'urée (X = O) ou de la thiourée (X = S) Schéma 8.N'-diacylhydrzine R-COCl + H2N-OH R-CO-NH-OH + HCl acide hydroxamique Schéma 8.101 Les chlorures d’acides forment très facilement des acylhydrazines ou hydrazides avec l’hydrate d’hydrazine. la réaction est celle de Schotten-Baumann.102).102 . R-COCl + NH2-NH2. réagissent sur un équivalent d’amine primaire pour former un chloroformamide ou un chlorothioformamide.

103). Les réactions des anhydrides d’acides avec l’ammoniac ou les amines primaires (schéma 8. est N-acylée par les chlorures d’acides pour former des acides hydroxamiques. RCOOR’.11b) : milieu basique. L’urée réagit sur les esters cycliques pour former divers hétérocycles : le malonate d’éthyle en présence d’éthylate de sodium conduit à l’acide barbiturique. La présence d’une base. RCO-NH-OH. Si le groupe R’ est fortement attracteur. Le mécanisme le plus souvent rencontré est BAC2 (voir hydrolyse des esters. O COOEt H2N EtO C O + H2C COOEt H2N H 2C O acide barbiturique Schéma 8. La réaction est beaucoup plus douce que celles des chlorures et anhydrides d’acides et un chauffage est souvent nécessaire.1.103) et secondaires sont comparables à celles des chlorures d’acides. . R-CO-O-CO-R + H2N-R' R-CO-NHR' RCONH2 + RCOOH RCO-NH-COR imide R-CO-O-CO-R + NH3 O O O anhydride phtalique R-CO-O-CO-R O C NH 2 C OH O O NH + H2O O phtalimide + NH3 Schéma 8. la réaction est facilitée. intervention dans le mécanisme de deux molécules d’amine pour une molécule d’ester (schéma 8.105). § 8.103 Les imides sont aussi obtenus lorsqu’un amide primaire est traité à chaud par un équivalent de chlorure d’acide (en présence de pyridine).348 Chimie organique L’hydroxylamine. transfert d’un proton. comme l’o. Si R est de faible masse. le pentafluorophényle. des imides sont parfois formés par double réaction avec l’ammoniac ou les amines primaires.ou le p-nitrophényle. ou une pression élevée peuvent augmenter la vitesse. Toutefois. la réaction est lente.104). NH2OH. un produit à la base de nombreux composés pharmaceutiques (schéma 8. d’ester ou d’acide carboxylique. Cette réaction est particulièrement facile avec les anhydrides cycliques comme l’anhydride phtalique qui conduit au phtalimide (schéma 8.104 C NH C O C NH Les amides primaires et secondaires sont le plus souvent préparés par action d’ammoniac (ou d’ammoniaque) ou d’amines primaires sur les esters d’acides carboxyliques. d’ion cyanure.

à partir de l’hydroxylamine (schéma 8. Les réactions de substitution 349 R-COOR' + R-COOR' H N O R" H NH3 R-CO-NH2 + R'OH + H2N-R" R-CO-NH-R" + R'OH OR' R C OR' NH2-R" R O + R"NH3 Schéma 8. H2O hydrate d'hydrazine R-CO-NHNH2 + acylhydrazine ou hydrazide H2O + R'OH R-COOR' + NH2-OH hydroxylamine R-CO-NH-OH + R'OH acide hydroxamique Schéma 8. sont transformées le plus souvent en lactames (amides cycliques) par action de l’ammoniac ou des amines primaires. R-COOR' + NH2NH2.ROH C OR NH2 γ-amino ester NH3 O β-lactone NH3-CH2-CH2-COO β-alanine Schéma 8.107 .8.107). O C O γ-lactone + NH3 O O C NH γ-lactame O ∆ .105 NHR" NH-R" R C O + R'O + R"NH3 R'OH + R"NH2 Les hydrazides résultent le plus souvent de l’action d’un équivalent d’hydrate d’hydrazine sur un équivalent d’ester dans un alcool à l’ébullition.106 Les lactones.et δ-aminoesters (schéma 8. Ces composés cycliques peuvent aussi être le résultat d’une réaction intramoléculaire de γ. On peut aussi préparer les acides hydroxamiques par cette méthode.106). esters cycliques.

350 Chimie organique L’ammoniac réagit sur les β-lactones en formant l’alanine ou ses dérivés alkylés (mécanisme BAL2. époxydes.1. par analogie avec la pièce vestimentaire).109 Les amides primaires et secondaires. R'NH3 + R-CO-NH2 Schéma 8. Les amides primaires RCONH2 donnent lieu à une réaction d’échange avec les sels d’amines primaires R’NH3+.108 R-CO-NHR' + NH4 Cette réaction a un intérêt particulier dans le cas des lactames dont l’azote est substitué par un groupe aminoalkyle (schéma 8. forment des sels qui sont facilement alkylés par les halogénures d’alkyles (schéma 8.110).108).6.12.11b). § 13.1.15. § 8. en présence de bases fortes comme l’amidure de sodium ou l’hydrure de sodium. § 13. alcools. L’anion amidure attaque alors le carbone du carbonyle du cycle lactame ce qui conduit à une expansion de cycle (cette réaction a été appelée la Zip-réaction. acides. § 13. En présence d’une base forte.109). (CH2)n C=O base forte N -H (CH2)mNH2 (CH2)n C O H (CH2)n NH C=O NH N (CH2)mNH (CH2)m Schéma 8. 8.15a) avec le sel de potassium du phtalimide et un halogénure. § 13. . dans le DMF anhydre.110 Cette réaction est comparable à la première partie de la réaction de Gabriel (§ 8.16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure La plupart de ces réactions font intervenir des hydrures métalliques et ont pour résultats les réductions de nombreuses fonctions qui sont présentées au chapitre 13 (halogénures § 13.14.…). R" R-CO-NH-R' base forte -H R-CO-N-R' R"X -X R-CO-N-R' Schéma 8. Le groupe NH2 est substitué par le groupe R’NH (schéma 8. un proton du groupe amino est extrait.1.10. chlorures d’acides.

sur l’oxyde de plomb. le dibutyléther. le fer.CuI2 biphényle Schéma 8. Des métaux comme l’argent. ou mieux encore dans le tétrahydrofurane (mais dans ce cas. 2 RX Na R-R + 2 NaX Schéma 8.17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) La très ancienne réaction de Wurtz (1855) consiste à chauffer ensemble deux halogénures d’alkyles en présence d’un métal alcalin dans le diéthyléther. conduit au biphényle (schéma 8.112 cyclopropane Les halogénures vinyliques sont couplés en présence de cuivre activé.3-dibromopropane Schéma 8.113). CH2Br H 2C CH2Br Zn. à basse température). le cuivre activé.3-dibromopropane est cyclisé en cyclopropane (schéma 8. INa CH2 H2 C CH2 1. le 1. le plomb pyrophorique (plomb finement divisé préparé par action de vapeurs de furfural. R2 2 R1 C C R3 X Cu . PbO) ont aussi été employés à la place du sodium. alcanes et alcènes.111 Cette réaction est peu utilisée en raison de la formation de composés secondaires. 2-furanecarboxaldéhyde.17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution 8.8. par chauffage de deux molécules d’iodobenzène en présence du même métal.1. parfois avec succès. C’est une réaction comparable à celle d’Ullmann 1901)qui.1.CuX2 R2 C R1 C R3 R1 C R3 C R2 et d'autres isomères 2 I Cu . afin d’obtenir un couplage des groupes aliphatiques (schéma 8. Les réactions de substitution 351 8.113 . Ainsi. le zinc.111). le zinc et l’iodure de sodium permettent de préparer de petits cycles par réaction intramoléculaire : par exemple.112).

Le chlorure de benzoyle.116). en présence de lithium sous ultrasons.352 Chimie organique Une variante intéressante est la réaction de Wurtz-Fittig (1864) qui consiste à faire réagir deux halogénures différents.115 Le mécanisme de la réaction de Wurtz est complexe.17b – Couplage des chlorures d’acides 2 RCOCl Pb pyrophorique RCO-CO-R 2 Ph-COCl Li Ph-CO-CO-Ph ultrasons benzile Schéma 8. Cette dernière possibilité est la plus vraisemblable.MgBr2 Schéma 8. Si la première étape est un mécanisme simple. Il est accepté que deux étapes sont nécessaires : la première est la formation d’un composé organométallique. le couplage se fait avec rétention de configuration.116 Le plomb pyrophorique (§ 8. En effet. Elle est catalysée par le chlorure de cobalt et donne d’excellents rendements en série aromatique (schéma 8. 8. Lorsque la réaction est effectuée entre un halogénure allylique ou benzylique et un halogénure secondaire RX. mais reste peu convaincante. l’un aliphatique (plutôt un bromure. SN2. en présence de sodium dans un solvant non polaire (schéma 8. et radicalaire. conduit au benzile (schéma 8.114). et la seconde consiste en une réaction de ce composé avec une molécule d’halogénure. et l’autre. ce mécanisme radicalaire n’explique pas les résultats stéréochimiques observés lorsque les deux halogénures sont aliphatiques et identiques : bien souvent.1. SET. le sulfate de méthyle peut remplacer l’halogénure). le mécanisme SN2 a été démontré car il y a inversion de configuration de R. aromatique.17a) permet la préparation d’α-dicétones à partir de chlorures d’acides acétique et benzoïque. 2 Na R-Br + Br R + 2 NaBr Schéma 8. . Br + Br-Mg- CoCl2 . la réaction de Wurtz-Grignard fait réagir un halogénure d’alkyle ou d’aryle avec un organomagnésien aliphatique ou aromatique.115).114 Enfin. la seconde est plus complexe car divers mécanismes sont possibles: SN1. si R est optiquement actif.1. et primaire si possible.

CH3CH(COCH3)2.1. malonate d'éthyle H2O > C2H5OH > (CH3)3COH. COR. cyanacétate d'éthyle CH2(COCH3)2.8.18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants 8. sans doute pour des raisons de gêne stérique d’approche de la base. on utilise un alcoolate alcalin R-O – (Na+ ou K+). CN. acide acétique CH2(CN)COOEt. Les groupes Z les plus fréquents sont : COOR. la saponification des groupes esters. Le plus souvent avec les esters. mais s’il en existe deux comme dans le diphénylméthane.6 pKa acidité des hydrogènes Les bases utilisées sont très variées. acétylacétate d'éthyle. ou un carbonate alcalin en solution aqueuse. la potasse. base plus forte que les hydroxydes alcalins.13. CON(R)2.4-dione CH2(CN)2. phénol CH3NO2. servent de références). . nitrométhane CH3COCH2COOEt. Quelques composés sont classés dans la figure 8. malononitrile CH2(COOEt)2. Un groupe phényle rend acides les hydrogènes du groupe CH2 qui lui est lié. t-butanol Figure 8. L’amidure de sodium permet la formation du carbanion du diphénylméthane malgré la faible acidité du méthylène. Leur emploi est limité dans la mesure où ces bases peuvent donner lieu à une réaction secondaire gênante.1). et le plus souvent l’éthylate ou le t-butylate de sodium dans l’alcool anhydre correspondant. en rouge.1. 3-méthyl-pentane-2. COO-. l’acidité faiblit. SO2NR2. SO2R. La soude. par exemple. NO2. SO3R.18a – Synthèse malonique Quand un méthyne ou méthylène est lié à un ou deux groupes Z à effet inducteur électroattracteur -I. dinitrométhane CH3COOH. Les réactions de substitution 353 8. CHO. acétylacétone C6H5OH. leurs hydrogènes ont un caractère acide qui permet de les extraire facilement en présence d’une base pour former un carbanion (§ 6.6 en fonction du pKa des hydrogènes des groupes méthylènes ou méthynes (quelques autres composés. CH2(NO2)2. extrait les protons les plus acides.

successivement. Le mécanisme de ces réactions est SN2.118 COOH H2O. qui est l’alkylation du malonate d’éthyle. des malonates. mais pas tertiaire car les conditions de la réaction favorisent une élimination qui transformerait l’halogénure en alcène. Le composé monoalkylé. Dans le cas le plus classique de la synthèse malonique. Si l’un des groupes COOEt est remplacé par un groupe nitro ou si des groupes nitro ou nitriles sont présents dans RX. Selon qu’il s’agit d’un groupe méthyne ou méthylène.CO2 H R C R' COOH . RCH(COOEt)2. Il y a donc inversion de configuration de R provenant de RX. la réaction peut s’effectuer selon un mécanisme SET (§ 6. il est possible d’effectuer une seconde alkylation dans les mêmes conditions. autres que d’éthyle. l’alkylation par RX peut avoir lieu une ou deux fois (schéma 8.CO2 COOH H R C H COOH COOH R C R' COOH ∆ . CH2(COOEt)2.117).118).354 Chimie organique Z H C H Z' base Z HC Z R X Z HC R Z Z 1) base 2) R'X R' C R Z Z = Z' = COOR" (synthèse malonique) Z et / ou Z' = COOR". CN. R’X. NO2. H ou KOH puis H R C H ∆ . COOEt H C H COOEt EtO COOEt H C COOEt RX COOEt R C H COOEt 1) EtO 2) R'X COOEt R C R' H2O. CHO. H ou KOH COOEt puis H Schéma 8.12.7). primaire ou secondaire. Une seule alkylation est possible si la réaction est effectuée avec un équivalent d’éthylate et d’halogénure.117 L’alkylation de ces molécules est facilitée lorsque la réaction a lieu dans un solvant polaire aprotique comme le DMF ou le DMSO anhydre en utilisant l’amidure ou l’hydrure de sodium comme bases. SO2NR"2 Schéma 8. par un halogénure d’alkyle. RX. étant formé. il est préférable d’isoler et purifier le produit monoalkylé par RX puis d’effectuer la seconde alkylation pour obtenir R(R’)CH(COOEt)2 (schéma 8. SO3R". Si la seconde alkylation doit faire intervenir un halogénure différent du premier. Bien entendu. SO2R". L’halogénure peut être allylique (mais avec des réarrangements possibles) ou benzylique. On peut effectuer la double substitution en une seule étape en faisant réagir deux équivalents de base et d’halogénures. … réagissent de même. de méthyle ou de propyle. COR".

8. RCH(COOH)2 ou R(R’)C(COOH)2.119). X(CH2)nCH(COOR)2. substitués par des groupes variés.120). L’action d’un alcoolate. COOEt C COOEt COOEt (CH2)n C COOEt X (CH2)n X n=2à6 + H H 2 EtO X-(CH2)n H n = 2 à 13 COOEt C COOEt EtO Schéma 8. par cette méthode car R de RX peut contenir des fonctions. O NK O + ClCH (COOEt)2 O N-CH(COOEt)2 O O H2N-CH(R)-COOH + COOH COOH Schéma 8. H ∆ N-C(COOEt)2 R O . Le phtalimide potassé réagit avec un halogéno malonate. la méthode de Sörensen (1903) pour la synthèse des α-amino acides allie la synthèse de Gabriel et la synthèse malonique.119 Enfin. donnent lieu à une substitution intramoléculaire avec formation d’un cycle pouvant contenir 14 carbones (schéma 8. conduisent à des composés cycliques de 3 à 7 carbones (n = 2 à 6). Les réactions de substitution 355 Les malonates mono ou disubstitués peuvent être saponifiés par la soude ou la potasse pour donner. Les dihalogénures. les malonates monosubstitués par un groupe halogénoalkyle.120 1) EtO 2) RX H2O. permet la substitution du groupe méthyne. RCH2COOH et R(R’)CHCOOH. Une propriété importante de ces acides est leur très facile monodécarboxylation par chauffage entre 150 et 200 °C. L’hydrolyse acide conduit à l’acide phtalique et à l’acide aminé sous forme de sel (schéma 8. les acides maloniques correspondants. après acidification. puis d’un halogénure. dans la mesure où elles ne peuvent pas réagir ellesmêmes dans les conditions de la synthèse malonique. ce qui permet de préparer de nombreux acides. X(CH2)nX. De même.

CH3COCH2COOR.CO2 O H3C C CH2 R + R-CH2-COO Schéma 8. CH3COCH(R)COOR. donner lieu à une réaction de rupture (mécanisme inverse de celui de la réaction de Claisen § 10. donc le plus réactif vis-à-vis des réactifs électrophiles O H 3C C CH2 COOEt 2 EtO O H2C C CH RX COOEt O H2 C R C CH2 COOEt H O H2 C R C CH COOEt Schéma 8.121). soit à une cétone. après acidification du milieu. (schéma 8. par hydrolyse en mileu acide ou basique dilué à chaud.356 8. dont l’acide acétique. mais sur CH3.18b – Alkylation des acétoacétates Chimie organique Une autre synthèse comparable à la synthèse malonique est celle effectuée à partir des esters acétoacétiques. O O H 3C C H3C CH2 COOEt OEt O H3C H2O O H3C C CH R COOEt H ou HO dilué HO concentré CH3-COO C CH COOEt CH R C CH COOEt RX SN2 H3C O C CH R COOEt (une seconde réaction d'alkylation est possible) O H3C C COOH .122 .122). carbanion le moins stabilisé.1. la substitution se faisant alors sur le carbanion le moins stable (charge moins délocalisée) (schéma 8. soit par l’action de la soude ou de la potasse alcoolique concentrée à chaud. et qui présente un intérêt particulier car l’ester substitué. sinon un nouveau proton est extrait du groupe méthyle ce qui conduit à un bianion.4. CH3COCH2R. peut conduire. puis décarboxylation de l’acide formé. Ce dernier est intéressant car il permet une alkylation non orientée sur CH2. un seul équivalent de base doit être ajouté.2) conduisant à deux acides.121 Pour effectuer l’alkylation sur le groupe méthylène.

différentes méthodes. le THF.124 . le diéthylamidure ou le diisopropylamidure de lithium. La réaction n’est donc pas régiosélective. Et2NLi ou iPr2NLi.. 8. Les réactions de substitution 357 Dans ces réactions. ou de nitriles Aux réactions indiquées dans le paragraphe précédent. de nitriles. permettent d’obtenir l’isomère souhaité. Il faut que tout le substrat soit transformé en carbanion sinon des réactions secondaires sont possibles par réaction du carbanion sur une fonction cétone ou ester de molécule non encore traitée par la base comme dans l’aldolisation ou la réaction de Claisen : ces bases sont des hydrures alcalins. sinon ils peuvent neutraliser la base. NaNH2. Lorsqu’une cétone aliphatique dissymétrique est alkylée. Le DMSO est employé avec succès lors de l’alkylation des méthylcétones en présence de KOH. Ce sont les mêmes agents alkylants qu’en synthèse malonique. le N-isopropyl-Ncyclohexylamidure de lithium (très utilisé pour les esters et les nitriles) (schéma 8.. non présentées ici. Toutefois.123 Les solvants ne doivent pas être protiques. COR". Le DMF. H 2N O R Et2NLi R R R' R C R C H N R CH C H R CH C H R R' R C R N C C H N imine R'X H2O C H O Schéma 8. L’imine est ensuite hydrolysée pour reformer l’aldéhyde (schéma 8. mais pas tertiaires. le mélange des deux composés possibles est obtenu. de cétones possèdant un groupe méthyne ou méthylène en α de ces groupes (CαH ou CαH2).1. tBuOK. i-Pr NLi Z R C H Z R' R C H Z R H C H R'X Z = COOEt. doivent être ajoutées celles d’autres composés à hydrogènes acides pouvant former un carbanion. ni d’aryles) peuvent être remplacés par des sulfonates ou des sulfates d’alkyles. Des alkylations de même nature sont possibles avec les esters cyanacétiques NC-CH2-COOR.8. C’est le cas d’esters. les halogénures (halogénures d’alkyles primaires et secondaires. CN.124).. on prépare d’abord l’imine de la cyclohexylamine qui est alkylée par action de diéthylamidure de lithium puis de l’halogénure. d’aldéhydes. ou le 1. ni vinyliques. L’acidité de ces hydrogènes est moindre que celle du méthylène des malonates ce qui nécessite l’emploi de bases fortes.18c – Alkylation d’esters. Schéma 8. l’ammoniac liquide. de cétones.2-diméthoxyéthane sont les solvants les plus courants dans ce cas.123). La réaction n’est pas directement applicable aux aldéhydes. Pour les alkyler.

ce qui présente un avantage pour préparer des acides. R(R’)(R”)C-COOH. de benzyle ou allyliques. AcOH I H2 N N S H OMe Schéma 8. R(R’)CH-COOH.18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques Les sels d’acides carboxyliques. L’attaque de l’halogénure conduit à une nouvelle hydrazone avec un carbone asymétrique S.358 Chimie organique Cette méthode ne présente aucune stéréosélectivité contrairement au procédé SAMP d’Enders. peuvent être alkylés sur CαH ou CαH2 par des halogénures d’alkyle.126). 1979 (schéma 8. l’atome de Li+ est à la fois lié à l’azote (liaison ionique) et retenu par coordinance à l’oxygène du groupe méthoxy de l’hétérocycle. RCH2-COOH. . (R)(R’)CH-COOH (schéma 8. Me2S + N S H Li H S N S H OMe S OMe N N Li N N O S H OMe Zn. 8. Dans ce procédé.1.125).125 Le RAMP est l’inverse optique (R) du SAMP. Traitée par iPr2NLi. Le SAMP est le (S)-(-)-2-(méthoxyméthyl)-1pyrrolidinamine. Il conduit à un résultat stéréochimique inverse de celui du SAMP. laquelle est limitée à la synthèse d’acides avec un CαH. permet d’obtenir le SAMP qui peut être recyclé. S O H O H 2N N (SAMP) OMe N N S H OMei-Pr NLi 2 N N S H OMe H H H O3. le carbanion formé est immédiatement transformé en ion aza-énolate. la configuration de la double liaison est E. l’aldéhyde est d’abord transformé en hydrazone par action du SAMP. composé chiral appelé hydrazone-SAMP. par réduction par l’action du zinc dans l’acide acétique. Dans ces conditions. Une ozonolyse dans le diméthylsulfure fournit l’aldéhyde énantiomériquement pur et le dérivé nitroso du SAMP qui. sur la synthèse malonique.

N. avant d’effectuer l’alkylation. l’amine secondaire est traitée successivement par le nitrite d’éthyle dans le THF puis par i-Pr2NLi. Les réactions de substitution 359 R R H O C C H O i-Pr2NLi O C C H O O R'X R R' O C C H O R C H C O Schéma 8. Le sym-trithiane est un hétérocycle qui possède trois groupes méthylènes activés . S rend acides les hydrogènes des groupes CαH et CαH2. COO R'X -X CH3 CH2 Schéma 8. Les amines tertiaires aliphatiques peuvent être alkylées en position α. mais peut aussi donner lieu à de nombreuses autres réactions des carbanions (en particulier la réaction avec des cétones. Cette propriété des hétéroéléments est mise à profit pour la préparation d’aldéhydes. COOR (carbamate). NO (nitrosamine). 8. Dans le cas d’une nitrosamine (A) (schéma 8.1.18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments Le caractère électroattracteur -I des hétéroéléments O. Ce composé peut ensuite être alkylé par un halogénure. L’acidité de NH des amines aliphatiques secondaires est supérieure à celle de CαH2 ce qui nécessite de substituer d’abord H de NH par un groupe COR (amide).8. puis de le retirer ensuite par une méthode adéquate.128). avec formation d’alcools). car le dianion lithié résultant présente une meilleure solubilité dans les solvants que les dianions d’autres métaux alcalins.1. ce qui conduit à un composé lithié en position α de l’azote.126 La réaction est effectuée avec une base forte.127 COO i-Pr2NLi COO H2C R' 8. Le produit alkylé subit une hydrogènolyse en présence de nickel de Raney ce qui retire le groupe NO.127). ou autre. le diisopropylamidure de lithium. Ce dianion a une structure de diénolate.18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques La réaction indiquée au paragraphe précédent est applicable aux sels d’acides aromatiques substitués par un groupe méthyle en position ortho ou para (schéma 8.

3-dithiane 2-alkyl-1. En traitant ces composés par le n-butyllithium. par hydrolyse. la synthèse de Meyers. puis par un halogénure. est alors décomposé en présence de chlorure mercurique et d’oxyde de mercure dans le méthanol en un acétal qui. Ces propriétés des hétérocycles ont été à l’origine d’une synthèse des aldéhydes.3. traité par le butyllithium forme un dianion. libère un aldéhyde. peut libérer cette fonction selon la nécessité de la synthèse.360 Chimie organique par la présence des atomes de soufre (B).et 4-méthylpyridines) traitées par l’amidure de sodium. En présence d’un équivalent de butyllithium dans le THF.129). au contraire.3-oxazine substituée en position 2. Une réaction comparable peut être effectuée avec le 1. Une hydrolyse. cétones et acides carboxyliques.3-dithiane (C). et par lesquelles une fonction aldéhyde serait. le groupe CH2 ou CH lié à l’hétérocycle est alkylé. 1976. Le composé formé. puis par un halogénure. en présence d’acide oxalique. Les 1. décompose la molécule en libérant un aldéhyde (schéma 8. l’addition d’un halogénure conduit à l’alkylation en position 2 (E).3-dithianes substitués en position 2 sont considérés comme des synthons d’aldéhydes. . H R CHO sym-trithiane ou 1.3. H R CHO 1. HgO MeOH H2O. le moment venu. il se forme un sel qui peut être alkylé par un halogénure. A) R' NH C2H5ONO R' N N O 1) i-Pr2NLi 2) R"X R' R CH R" OMe R OMe acétal N N O H2 Ni Ra R' R CH R" NH R CH2 R CH2 nitrosoamine B) S S 1) BuLi 2) RX S S S S R HgCl2. soit par un groupe aliphatique ou aralkyle primaire ou secondaire. par une réaction spécifique. L’hétérocycle est alors la 3.3-dithianes sont désulfurés par le nickel de Raney en alcane. transformée. Le synthon est donc l’équivalent « caché » d’une fonction donnée qui peut être rétablie au cours d’une synthèse multi-étape.et 4-picolines (2. Ainsi les 2.5-trithiane C) S S 1) BuLi 2) RX S S R H2O. 2-alkyl-sym-trithiane.3-dithiane "synthon d'un aldéhyde" D) N 1) NaNH2 2) RX CH3 N CH2 R 2-picoline (E) N CH3 N H BuLi N CH2Li N Li Schéma 8. par une hydrolyse. Le cycle est ensuite réduit par le borohydrure de sodium. Le 2-méthylbenzimidazole.128 RX puis H N CH2 R N H 2-méthylbenzimidazole L’hétéroélément peut agir via un hétérocycle sur les hydrogènes d’une chaîne latérale. fournissent des dérivés alkylés correspondants (D). soit par CH2COOR. En effet ce système hétérocyclique qui peut subir de nombreuses réactions sans transformation. Les 1.5-triméthyl-dihydro-1.

ou les chloroformiates. RCH2COOR’. H N CH2-R Me R' O CH2-R H N CH2-R Me CH-R R' Schéma 8. L’acylation des cétones aliphatiques RCOCH2R’ est effectuée par addition de chlorure d’acide au sel formé en présence d’amidure de sodium ou de triphénylméthylsodium. Si le composé obtenu par cette réaction est triacylé. Les esters. l’hydrolyse contrôlée peut conduire au retrait spécifique de l’un de ces groupes qui peut être l’un des groupes acyles du composé de départ.129 L’action de l’iodure de méthyle sur le composé de départ forme un sel d’iminium. pour fournir les composés C-acylés correspondants (schéma 8.NaCl Z CH-COR Z' Schéma 8. Dans le cas où Z et / ou Z’ sont des groupes RCO. Dans certains cas. qui. mais sont assez peu utilisés. suivie d’une hydrolyse permet la formation de cétones.1.8. en diminuant la température de la réaction ou en augmentant le nombre d’équivalents de sel par rapport au chlorure d’acide. par réaction avec un organomagnésien. Z CH2 Z' Na Z CHNa solvant aromatique Z' RCOCl . . 8.130 Les anhydrides réagissent aussi. Elle peut être diminuée en travaillant dans des conditions expérimentales particulières. il se forme aussi de petites quantités de composés O-acylés. THF. sont acylés sur le méthylène à partir de leurs sels de lithium obtenus par action du N-isopropylcyclohexylamidure de lithium à –78 °C.1. Ph3CNa (préparé à partir de triphénylchlorométhane et d’amalgame de sodium Hg-Na) dans l’éther.19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants Les composés ayant un groupe méthyne ou méthylène activé par deux groupes électroattracteurs Z et Z’ définis au § 8. Ces sels réagissent ensuite avec les chlorures d’acides. -78°C 2) R'X N O NaBH4 CH-R R' N H O CH-R R' H2O HOCO-COOH O C O R'MgX O R' H2O.18a forment des sels de sodium en présence du métal divisé dans un solvant aromatique (benzène ou toluène). Les réactions de substitution 361 O N CH2-R IMe 1) BuLi. une O-acylation accompagne la C-acylation. ROCOCl. par exemple. L’utilisation des sels de thallium(I) des composés de départ oriente la réaction vers une O-acylation.130).

4.362 Chimie organique Les réactions de Claisen. mais par chauffage.131).Na COOR . Comme avec les halogénures.LiCl COR' R CH C O Li O R R"COOEt -LiOEt COR" CH C O Li O R HCOOR' . . 2 R-CH2-COOR' EtO EtOH R-CH2-CO-CH(R)-COOR' + EtOH (Claisen) CH2-COOR COOR CH-COOR Na .132).Li .132 Les β-céto acides sont aussi décarboxylés en cétones. et de Dieckmann sont d’autres solutions très importantes pour l’acylation des esters (§ 10.EtO CH-COOR (Dieckmann) CO Schéma 8. .LiOR" CH=O CH C O Li H . RCOCl : des β-céto acides en sont le résultat. avec les acides. O R CH2 C O Li iPr2NLi O R CH C O R CH C O .2) (schéma 8.131 Les sels de lithium d’acides carboxyliques forment des dianions lorsqu’ils sont traités par iPr2NLi. Les formiates produisent des acides α-formylés qui ont la particularité de se décarboxyler immédiatement pour conduire à un aldéhyde. RX. Ces composés peuvent aussi être obtenus par action d’un ester carboxylique sur le dianion (difficilement. R(R’)CH-COOH) (schéma 8.CO2 R-CH2-CHO O Schéma 8. ils sont acylés sur CαH par les chlorures d’acides. 2 Li O R'COCl .

Les réactions de substitution 363 8. celle déjà indiquée et celle du carbone en position α de la triple liaison.133 La réaction avec l’halogénure donne de meilleurs résultats si l’acétylure de lithium est complexé par la diéthylènediamine ce qui évite l’aggrégation des molécules lithiées et les rend plus réactives. Dans le cas de l’acétylène (ou éthyne). ou à un carbone hybridé « sp3 » d’un alcane. l’acidité est d’autant plus forte que A est plus électronégatif ou électroattracteur. afin d’éviter les réactions d’éliminations. plus acide par rapport à celui lié à un carbone hybridé « sp2 » d’un alcène. ce qui rendra l’hydrogène qui lui est lié.133. Cet ion est formé lorsqu’un alcyne terminal est traité par une base alcaline forte comme l’amidure de sodium dans l’ammoniac liquide ou par le n-butyllithium dans le diéthyl éther. l’acétylure est obtenu par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans un mélange de THF et de DMF. doit être primaire. le caractère électroattracteur qu’il exerce sur les hydrogènes est fonction de son hybridation. plus le caractère « s » sera élevé.8. de l’éthylène et de l’éthane du schéma 8. Les électrons d’orbitales « s » sont plus retenus par le noyau atomique que les électrons d’orbitales « p ». en raison du caractère acide des hydrogènes portés par ce carbone (schéma 8. L’halogénure peut être remplacé par un sulfate ou un tosylate d’alkyle. Pour le le carbone. Li R'X R C C R' + NaX Schéma 8. La structure de l’ion acétylure (ou ion alcynyle) est isoélectronique de celle de l’ion cyanure (voir schéma 8. ils explosent.133). Si deux équivalents de base sont ajoutés à l’alcyne. et non ramifié en position β. H > H H H H H sp sp H H > H sp2 sp2 H sp3 sp3 H C pKa : 25 C C 44 C C C 50 H C C R C CH NaNH2 NH3 liquide n-BuLi Et2O N C R C R C ion cyanure carbanion acétylure ou anion alcynyle C . L’halogénure. Il est intéressant de remarquer que l’acétylène mis à barboter dans une solution ammoniacale de chlorure cuivreux ou de nitrate d’argent conduit à des acétylures de cuivre ou d’argent qui ont la particularité d’être instables: aussitôt secs. R’X. une double alkylation peut avoir lieu. Lorsqu’il y a hybridation. . comme le montre les pKa des hydrogènes de l’acétylène. Une seconde alkylation est évidemment possible dans ce cas. comme pour la formation des nitriles. plus le carbone ainsi hybridé aura un caractère électroattracteur. Na C .134).20 – Alkylation d’un carbone acétylènique Pour un composé AH. comme dans l’hybridation « sp ».1.

.136). R C CH + R'MgX R C C MgX + R'H R"-CH=CH-CH2X R C C CH2-CH=CH-R" + MgX2 Schéma 8. benzyliques ou propargyliques.1. et plus difficilement avec les secondaires pour former des thiols.134 L’action d’un époxyde sur l’ion acétylure conduit à des alcools acétylèniques (schéma 8. H2S.21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés 8.136 8.364 Chimie organique R CH2 C CH 2 BuLi R CH C C R'X R CH C R' C R'X R CH C R' C R' Schéma 8. En fait. La catalyse par transfert de phase est souvent utilisée. allyliques. La réaction n’a pas lieu avec les réactifs tertiaires car des éliminations ont lieu.1.21a – Acide sulfhydrique et ses sels L’acide sulfhydrique.135). réagit avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires. O R C C + H 2C CH2 R C C CH2 CH2O H R C C CH2 CH2OH Schéma 8. le plus souvent. schéma 8. la réaction s’effectue sur NaSH obtenu par barbotage de l’acide dans la soude ou la potasse (A. Souvent.135 Les organomagnésiens préparés à partir d’alcynes terminaux (ou alcynes vrais) réagissent avec des halogénures suffisamment actifs. un thioéther accompagne le thiol. mais pas avec les halogénures aliphatiques primaires (schéma 8.137).

21b – Thiols et thiolates Les thiolates alcalins. les anhydrides et les esters aryliques conduisent à un résultat semblable à partir de NaSH (C). la réaction conduit à des S-thioesters. R' R-S-R' . le DBU (figure 8.NaX R'X R-S-R' thioéther (RCO)2O + R'SNa R1 R2 R3 C OH + RSH RCOSR' + RCOONa R1 R2 R3 Schéma 8. dans le benzène. Les composés dihalogénés peuvent conduire par cette réaction à des composés cycliques (E). ZnI2 RCOSR' + H2O S-thioester (C) (RCO)2O + NaSH (D) 2 RX + Na2S RCOSNa + RCOOH R-S-R + 2 NaX thioéther ou sulfure CH2X (E) CH2X + Na2S CH2 S CH2 sulfure cyclique Schéma 8.5).8.HX RCOSH S-thioacide (B) RCOX + H2S R'OH. lorsqu’il est traité par deux équivalents d’halogénure (D).137 Les chlorures d’acides réagissent sur H2S pour former des S-thioacides RCOSH (B). fournit un thioéther ou sulfure. Avec les anhydrides et les esters aryliques. X sel de sulfonium RX + R'SNa .NaX thiol .138 H2SO4 C S-R + H2O . RSR. 8. Na2S. RSNa (ou K). RCOSR’.1. Le sulfure de sodium. En présence d’alcools et d’iodure de zinc les S-thioacides forment des S-thioesters. Le thiol lui-même ne peut être utilisé qu’en présence d’une base. RSR’ (schéma 8. réagissent facilement avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires et secondaires pour former des thioéthers ou sulfures.138). Les réactions de substitution 365 (A) H2S NaOH NaSH RX R-SH .

8. par réaction avec le sel de Bunte. les ions thiosulfates permettent de préparer les thiols. Les thioéthers forment des sels de sulfonium en présence d’halogénures d’alkyles. Br NH2 NH2 .139 8. Dans certaines conditions.Br RS H C O NH2 RS H RSH thiol urée NH2 + O C NH2 bromhydrate deS-alkylisouronium H2NCN + H2O cyanamide Schéma 8. qui.21d – Ion thiosulfate Comme la thiourée. fournit le thiolate.139). tri ou tétrasulfure (schéma 8. 5H2O R-S-SO3Na + NaBr sel de Bunte + R'SH HCl RSH R-S-S-R' disulfure Schéma 8. dans les conditions de la réaction.366 Chimie organique Les alcools tertiaires réagissent sur les thiols en présence d’acide sulfurique pour former un sulfure. La réaction entre ce sel et un halogénure d’alkyle conduit au sel de Bunte. par hydrolyse basique.140 . le thiolate peut être transformé en di.21c – Thiourée La thiourée est souvent un réactif de choix pour la préparation de thiols. plus particulièrement les iodures.1. est décomposée en cyanamide et eau (schéma 8. NH2 S C NH2 HS C NH2 NH formes tautomères de la thiourée NH RBr + HS C NH2 HO RS C NH2.140). R-S-SO3-.1. Un halogénure forme un sel de S-alkylisothiouronium qui est décomposé par une base alcaline en produisant un thiolate à côté d’urée qui. RBr + Na2S2O3.

benzyliques et allyliques sur les cyanures alcalins dans le DMSO constitue la méthode principale de préparation des nitriles correspondants (synthèse de Kolbe. la catalyse par transfert de phase et l’utilisation des ultrasons rend la réaction plus rapide. 1832).143). Dans le cas général. . lorsqu’on utilise le cyanure d’argent ou de cuivre(I). soit à partir du cyanure de potassium en présence de nickel. l’azote. Les halogénures aliphatiques secondaires réagissent très difficilement.22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral 8. RX + R'SO2Na R-SO2-R' + NaX sulfone RX + R'SO2H DBU R-SO2-R' + HX RX + SO3Na2 R-SO3Na + NaX sel d'acide sulfonique Schéma 8.142). Les nitriles vinyliques sont préparés par cette réaction. voire pas du tout.142 Dans certains cas.5) pour conduire à des sulfones (schéma 8.1. Les réactions de substitution 8. entre autres. Le mécanisme est SN2.8.1. et les halogénures tertiaires conduisent à une réaction d’élimination. soit à partir de cyanure de cuivre(I). la réaction s’oriente alors vers la formation d’un isocyanure RNC (schéma 8.141 Les sulfites alcalins forment en présence d’halogénures d’alkyles des sels d’acides sulfoniques.1.se fait par l’atome qui possède de plus haute densité électronique. C N C DMSO SN2 N (ion ambident) RX + KCN R-CN + KX Schéma 8.21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite 367 Les halogénures d’alkyles réagissent avec les sels d’acides sulfiniques (ou les acides en présence de DBU (figure 8. le carbone.22a – Anion cyanure La réaction des halogénures aliphatiques primaires.141). La précipitation de l’halogénure d’argent facilite la formation d’un carbocation R+ et par conséquent une réaction SN1: l’attaque de celui-ci par l’ion CN. RX est attaqué par l’atome du nucléophile le plus polarisable. et avec d’autres solvants que le DMSO. En raison du caractère ambident de l’ion cyanure (schéma 8. 8. dans ce cas.

les triflates (surtout vinyliques et avec LiCN).22b – Anion azoture Les azides alcalins comme NaN3 (composés explosifs lorsqu’ils sont chauffés à sec ou sous l’effet d’un choc. les tosylates. CN N C N + CN SN1 R N C AgX + R isocyanure Schéma 8.145 Les chlorures d’acides réagissent sur le cyanure de cuivre(I) pour former des acylnitriles (schéma 8.145).146).144). et des acyl azides. SnCl4 (schéma 8. CH3CN R-CN Schéma 8. qui réagit avec les halogénures aliphatiques tertiaires en présence d’un acide de Lewis. RX Me3SiCN SnCl4 Schéma 8.147 RNH2 . R-OH + NaCN Me3SiCl. Me3SiCN. RX + NaN3 SN 2 R-N3 + NaX azide sodium azide AlLiH4 Schéma 8. RCON3. secondaires ou tertiaires dans un mélange de diméthylformamide et d’acétonitrile conduit aux nitriles correspondants avec de bons rendements (schéma 8.143 Les halogénures peuvent être remplacés par les sulfates. INa DMF. et de traces d’iodure de sodium sur les alcools aliphatiques primaires. d’où leur utilisation dans les airbags) réagissent avec les halogénures d’alkyles (mécanisme SN2) et les chlorures d’acides (ou les anhydrides d’acides) pour former respectivement des alkyl azides RN3.1.368 Chimie organique C RX + Ag. Les cyanures peuvent être remplacés par le cyanotriméthylsilane. Me3SiCl. RCOCl + Cu(I)CN RCO-CN + CuCl acylnitrile Schéma 8.144 RCN L’action de NaCN.146 8. Le mécanisme est encore incertain.

. RO-N=O (ou nitrites d’alkyles). par chauffage. Les azides alcalins peuvent aussi réagir avec les alcools. sont très souvent les produits secondaires de ces réactions en raison du caractère ambident de l’anion nitrite.148). en présence de triphénylphosphine. les mésylates. les tosylates aliphatiques ou les époxydes (dans ce dernier cas.147). il se forme un β-azido alcool qui peut être cyclisé en aziridine. O Ar CH N3 CH2 Ar CH CH2 O N3 Schéma 8.149).15.149 Le nitrite d’argent ne réagit qu’avec les iodures et bromures d’alkyles primaires. RNCO. Les halogénures aliphatiques tertiaires réagissent mieux en présence de chlorure de zinc dans le sulfure de carbone.22c – Anion nitrite Les nitrites alcalins réagissent avec les bromures et iodures d’alkyles primaires et secondaires pour former les dérivés nitrés correspondants (mécanisme SN2) (schéma 8.8. SN 2 O R N O nitroalcane RX + NaNO2 X O R O N -X O R N O O R N O RX + AgNO2 S N1 R-O-N=O + AgX nitrosooxyalcane RX solvant polaire R + R X O N O R + O N O Schéma 8.2e) conduisent aux isocyanates. Les réactions de substitution 369 Ces réactions sont facilitées par la catalyse par transfert de phase ou par action des ultrasons. Les nitroso-oxyalcanes. Ph3P) (schéma 8.1. Les acylazides obtenus aussi par la réaction de Curtius (§ 6.148 H N H Ar CH CH2 OH N3 β-azido alcool Ph3P Ar CH CH2 2-arylaziridine 8. Ils peuvent être prépondérants si la réaction est effectuée avec les halogénures d’alkyles secondaires ou tertiaires et le nitrite d’argent (mécanisme SN1). Les alkylazides peuvent être réduits en amines par l’hydrure de lithium aluminium dans l’éther (schéma 8.

et thiocyanate. Il est donc envisageable que leurs réactions avec des halogénures d’alkyles conduisent à un mélange de composés.370 8. par exemple. 8. Par contre. quelques exemples sont donnés ci-après.1. R-SCN.150). les bases conjuguées des acides cyanique et thiocyanique. de nombreux composés organométalliques plus ou moins complexes sont capables d’effectuer un couplage entre leurs groupes organiques et ceux des halogénures. RNCO.23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique Dans les paragraphes précédents quelques réactions faisant intervenir des organomagnésiens ont été indiquées. Le couplage de ces composés avec d’autres halogénures n’est possible que si ces derniers sont suffisamment réactifs.1. Dans celui-ci. Ils se réarrangent par chauffage en isothiocyanates. Seuls. thermodynamiquement plus stables. HNCO et HNCS.1. par exemple). Ces derniers sont plus facilement préparés par action du cyanure de sodium sur le thiosulfate de sodium. les thiocyanates conduisent dans la majorité des cas à des thiocyanates d’alkyles. N C O ion cyanate N C O + NaX ∆ RX + Na-N=C=O R-N=C=O isocyanate RX + Na-N=C=S R S C thiocyanate N R-N=C=S isothiocyanate R-S-S-O3Na + NaCN thiosulfate de sodium Schéma 8.150 En fait.23a – Réaction de couplage avec les halogénures En plus des dérivés lithiés. 8. allyliques (mais des réarrangements sont toujours possibles) ou benzyliques (schéma 8. Les organomagnésiens ou réactifs de Grignard (1900) Ils sont facilement préparés à partir d’halogénures divers et de copeaux de magnésium dans l’éther ou le THF anhydre. les cyanates réagissent toujours par une N-alkylation qui conduit aux isocyanates.22d – Anions cyanate et thiocyanate Chimie organique Les anions cyanate. Ils sont. sont ambidents.151). par une S-alkylation. NCS-. sous atmosphère inerte (azote. NCO-. respectivement. . sont rassemblées quelques autres réactions importantes. substitués sur N et O (pour les cyanates) ou N et S (pour les thiocyanates) (schéma 8. RNCS.

mais elle réagit immédiatement avec l’organomagnésien présent dans le milieu par une réaction d’addition sur le groupe carbonyle (§ 10.BuH R C C Li 1) (Me)2N-CH2-CH2-NH(Me)2 2) R'X (R' = alkyl) Schéma 8. une solution évitant la réaction . CuI X CH3-R . Les sels de Ni(II) sont utilisés pour le couplage d’organomagnésiens dérivés d’halogénures d’alkyles primaires.151 Les réactions avec des halogénures d’alkyles primaires ou secondaires sont possibles à condition d’additionner au milieu un catalyseur comme les sels cuivreux pour les halogénures primaires. On peut aussi ajouter l’organomagnésien lentement sur le chlorure d’acide ce qui limite la possibilité de réaction secondaire.RH R C C MgX R C C CH2-CH=CH-R' BuLi . les organomagnésiens sont de plus en plus souvent remplacés par les organocuprates car. RMgX R C C H Br-CH2-CH=CH-R' . R-C≡C-MgX. Certains complexes du palladium ainsi que les sels ferriques catalysent les réactions avec les halogénures vinyliques. sont facilement préparés par action d’organomagnésien (CH3MgBr. Dans ce dernier cas. Les réactions de substitution 371 RX Mg diéthyléther ou THF CH2Br RMgX CH2-R CH3I.8.8. R’COR. Les organomagnésiens d’alcynes terminaux. RC≡CH. par exemple) directement sur l’alcyne en raison de l’acidité de H de CH (schéma 8. avec des halogénures vinyliques ou d’aryles. Dans la mesure où la réaction de couplage passe par un intermédiaire tétraèdrique. Dans ce type de réaction de couplage. les organomagnésiens. la cétone peut être obtenue. secondaires. NiX2 R Schéma 8.1) ce qui forme le sel d’un alcool tertiaire. forment une cétone.MgBrX . allyliques et propargyliques. par exemple en raison d’un encombrement stérique important.152 R C C R' Lorsque l’halogénure est un chlorure d’acide. contrairement aux organomagnésiens. on utilise l’organolithien correspondant de l’alcyne complexé par le tétraméthyléthylènediamine (TMEDA). ces derniers ne réagissent pas avec diverses fonctions carbonylées ou autres pouvant être présentes dans l’halogénure. RMgX. Ils peuvent réagir avec de nombreux halogénures dans la mesure où ces derniers sont très actifs.152). mais pas les halogénures d’alkyles. comme les halogénures benzyliques. Lorsque la cétone ainsi formée est peu réactive envers l’organomagnésien. ou d’aryles.

Les composés organocuivreux et organocuprates Dans ces réactions avec les halogénures. Dans le cas où R’ de R’X est un groupe alkyle. Ils sont très variés. OMgX R C R R' O-SiCMe3 R C Cl R' Schéma 8.155). . ou en ajoutant un organocuivreux à une solution d’alkyllithium (schéma 8. allylique.154). CuI-P(Ph)3. Les composés organocuivreux. organocuprates de lithium. pour libérer la cétone.154 Les réactifs de Gilman.372 Chimie organique secondaire est de l’effectuer en présence d’un réactif qui forme un composé stable en piègeant l’alcoolate formé. sans réaction secondaire. R2CuLi. sont préparés à partir de cuivre(0) activé obtenu par action de naphtalène-lithium sur un complexe iodure cuivreux-triphénylphosphine. CN. ester. comme le triméthylchlorosilane (schéma 8. vinylique ou aromatique. en raison de leur moindre réactivité comparée à celle des organomagnésiens correspondants). RCu. Ces composés organocuivreux réagissent avec les halogénures d’acides (pouvant contenir un groupe COOR”. les organocuprates remplacent avantageusement les organomagnésiens. chloro. sont préparés par action de composés lithiés RLi sur un halogénure cuivreux (souvent CuI) dans l’éther à basse température. l’organocuivreux peut réagir avec une seconde molécule pour former un alcane R-R. ou chloro ) pour former des cétones (schéma 8. Des méthodes faisant intervenir des catalyseurs pour l’utilisation de réactifs de Gilman dérivés de groupes alkyles secondaires ou tertiaires ont été mises au point mais dépassent le cadre de cet ouvrage. 2 Cu + RX Cu + 2 RX R'COCl RCu CuR + CuX R-R + CuX2 RCOR' Schéma 8. Certains catalyseurs ferriques ou cuivreux orientent la réaction de couplage vers la cétone aux dépens de l’alcool tertiaire.153). La nature de R est variée : alkyle primaire (mais pas secondaire ou tertiaire). d’aryles ou vinyliques (qui peuvent contenir des groupes tels que cyano. Le cuivre est ensuite transformé en composé organo cuivreux par action d’halogénures d’alkyles.153 RMgX R'COCl R-CO-R' RMgX H OH R C R R' R'COCl O R R' MgX C Cl Me3SiCl H2 O R-CO-R' Ce composé est isolé. puis traité.

R’ peut être un groupe alkyle primaire. Par contre. Dans ces composés. benzyliques. CdCl2. comme les acétals. et avec les orthoesters. Les organozinciques. ont un comportement proche des organocadmiens. CuBr. PhS(R)CuLi. cétals. 8. tertiaire. préparés par action de 2 RLi sur CuCN à –78 °C. réagissent avec les chlorures d’acides. voire vinylique.160) est obtenue sans produit secondaire. R2Cu(CN)Li2. Avec les halogénures d’acides. les organocadmiens. avec R primaire. l’emploi de PhS(R)CuLi avec R secondaire permet des couplages avec des iodures d’alkyles primaires. aromatique et peut contenir un groupe cyano. en présence de catalyseurs comme le bromure cuivreux.23b – Réaction de couplage avec les acétals. ou des complexes du nickel. les réactifs. ou acétals avec les orthoformiates. les éthers allyliques et vinyliques peuvent réagir. vinyliques et même allèniques.156). ester nitro. Toutefois. R2Cd. Ils peuvent contenir un groupe carbonylé. RMeCuMgX. dans la mesure où ces réactifs n’attaquent pas les fonctions carbonylées. y compris s’ils contiennent un groupe ester. R est un groupe alkyle primaire ou aryle. Organocadmiens et organozinciques Préparés à partir d’organomagnésiens et de chlorure de cadmium. Toutefois. Les groupes alkyles secondaires sont aussi introduits via le réactif. Inversement. allyliques. ou de méthylalkylcuprates de magnésium. En effet. cétonique ou un un halogène comme l’iode. orthoesters et époxydes Les organomagnésiens Les organomagnésiens réagissent avec certains composés ayant une liaison C-O-R. R du réactif de Gilman est limité aux groupes alkyles primaires et vinyliques. les réactifs de Gilman se montrent plus intéressants que les organomagnésiens et les simples organocuivreux. Les réactions de substitution 373 2 RLi + CuI R2CuLi + LiI R2CuLi RCu + RLi R2CuLi R'-R R'X R2CuLi R'CO-R R'COCl Schéma 8. mais pas aromatique. la cétone RCOR’ (schéma 8. L’hydrolyse des cétals et acétals conduit aux cétones et aldéhydes correspondants (schéma 8. . permettent des couplages avec des halogénures secondaires.1.155 Les halogénures R’X du couplage peuvent être aliphatiques primaires. Les éthers ne réagissent pas avec les organomagnésiens (c’est le diéthyléther qui est le solvant le plus utilisé pour leur préparation). secondaire. R et R’ ne peuvent être secondaires ou tertiaires. RCu(CN)ZnI. des cétals. cétals pour former des éthers. Toutefois. les groupes R secondaires et tertiaires aliphatiques peuvent être acceptés moyennant l’emploi de réactifs particuliers.8. aromatiques.

156 Avec les époxydes. R2CuLi. H .157 CH2 L’attaque a lieu sur le carbone le moins encombré selon un mécanisme SN2. le cycle est ouvert en présence d’un organomagnésien qui peut être aliphatique (primaire.158 OH R(CN)CuLi CH2 R1 C CH2 C O R1 CH2-R C CH2 . O R1 C R2 CH2 + R-Mg-X SN2 R1 OH R H R1 C R2 CH2 R OMgX C R2 Schéma 8.157).2 R'OH R C R" cétone ou aldéhyde O orthoester cétal ou acétal (R =H) R"X Mg R"MgX HC(OEt)3 H orthoformiate d'éthyle OEt C OEt H2O. Les composés organocuivreux et cuprates Les composés organocuivreux. Un alcool en résulte (schéma 8.2 EtOH H C R" O R" aldéhyde ayant le même groupe R" que l'halogénure de départ Schéma 8.R'OMgX R C R" OR' H O.158). O R1 R2 C O Schéma 8. Il en est de même des organolithiens. rarement tertiaire) ou aromatique. et les cuprates. complexés par BF3 substituent un groupe alcoxy de l’acétal par leur groupe R ce qui conduit à un éther.R'OMgX R2 éther-oxyde cétone ou aldéhyde (R2 = H) cétal ou acétal R C R'O OR' OR' R"-Mg-X .374 Chimie organique R1 C O R2 2 R'OH H R1 R2 OR' OR' R"-Mg-X R1 C C R" OR' . comme les organomagnésiens (schéma 8. H 2 OR' . secondaire. RCu.

esters. réagissent plus facilement avec les époxydes que les organocuprates R2CuLi. R-COCl + R'SH R"2CuLi pyridine R-CO-R" R-CO-SR' . pour substituer le groupe OR’ par R” (de R”Li).23c – Réactions avec les anhydrides. R2CuCNLi2. La réaction est orientée vers le carbone le moins encombré avec inversion de configuration. présentent l’intérêt de pouvoir ouvrir les cycles époxydes possèdant des groupes carbonylés (cétones. Peu de cétone est produite à partir des amides. acides) sans qu’il y ait interaction avec ces groupes. les organolithiens réagissent avec les esters. et mieux encore. Par contre. 8. Les cuprates Les réactions des anhydrides et esters avec les cuprates ne permettent pas l’obtention de cétones. les organocyanocuprates de lithium. Cette réaction n’est possible qu’à haute température. utilisation de solvant comme HMPT.160). RCOSR’. R-COOR' R"Li R-CO-R" OH R C R" R" toluène ∆ 2 R"Li (via RCOR") Schéma 8. et pour les mêmes raisons. amides Les organomagnésiens Comme avec les chlorures d’acides (§ 10.8.2). dans l’éther ou le THF entre –40 et –78 °C.8. sauf dans des conditions particulières déjà décrites: addition de l’anhydride ou de l’ester lentement à l’organomagnésien. la réaction s’oriente vers une addition-élimination avec formation d’alcools tertiaires (schéma 8. les anhydrides et esters réagissent avec les organomagnésiens en conduisant à des alcools tertiaires et non pas à des cétones. [RCu(CN]Li (qui résultent de l’addition d’un équivalent de cyanure cuivreux CuCN à un équivalent d’alkyllithium dans l’éther à –40 °C). car dans le cas contraire. La présence de BF3 peut les rendre plus actifs.159 Les thioesters résultent de la réaction des chlorures d’acides avec les thiols en présence de pyridine (schéma 8. basse température.160 . Les réactions de substitution 375 Les organocuprates de lithium. Les organolithiens Ultilisés dans le toluène à l’ébullition. esters carboxyliques. contrairement aux organomagnésiens.1.159). Les organocyanocuprates de formules. RCOOR’. les dialkylcuprates de lithium forment des cétones avec les thioesters.HCl -40 à -78°C Schéma 8.

cétone Schéma 8. SE2.162 .N’-disubstitués (schéma 8. La configuration du carbone chargé dans le carbanion résultant peut s’inverser avant de réagir rapidement dans une seconde étape avec un réactif électrophile du milieu. La première consiste en l’ionisation d’une liaison entre un atome de carbone et un groupe potentiellement électrophile qui est le plus souvent un hydrogène rendu acide par la présence en α d’un groupe -I. 8.2. Le résultat est une racémisation. et d’ordre nul pour le réactif électrophile.162). aldéhyde R = alkyl ou aryl .161 8.1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) C’est un mécanisme qui a quelques analogies avec le mécanisme SN1. lent base: B E' rapide E' R E' + BE R R E E R + E R E' R + BE Me Et H D-O Ph C C O composé optiquement actif Me Et C C O D-O-D Ph en excès . Il nécessite deux étapes (schéma 8. La réaction est du premier ordre pour le substrat.376 Chimie organique Cette réaction de substitution est aussi applicable aux amides N. SEi et SEi’.OD Ph C C Et O D Ph C C D O Et Me Me mélange racémique + D-O-H Schéma 8. Une base est nécessaire pour extraire E+ (dans ce cas. les substitutions électrophiles aliphatiques font souvent intervenir des composés organométalliques. SE2’. H+) comme dans l’exemple donné d’un échange H → D. et la réaction est lente.161). R-CO-N(R')2 R"Li R-CO-R" Si R = H .2 Substitutions électrophiles aliphatiques Réactions moins fréquentes que les substitutions nucléophiles. On distingue 5 mécanismes de ce type qui sont référencés sous les abréviations SE1.

cette condition disparaît dans le cas d’un mécanisme SE1 dans la mesure où le carbanion est plutôt pyramidal.164. Dans ce cas. sur le plan stéréochimique le résultat est inverse. Dans le cas du mécanisme SE2. la configuration de départ est conservée par le carbanion vinylique. Un cas particulier de la réaction SE1 est celle effectuée sur des halogénures vinyliques en présence de lithium (schéma 8.2. En effet. 8. à une inversion de configuration du carbone attaqué. sur un composé chiral.163 Le carbanion qui en résulte peut être carbonaté par l’anhydride carbonique pour former un acide vinylique. Les réactions de substitution 377 Si le passage par un carbocation dans le mécanisme SN1 nécessitait une certaine liberté des liaisons autour du carbone lié à Y pour que la formation d’un plan soit possible. La cinétique de cette réaction est du premier ordre pour chacun des composés intervenants. la substitution selon le mécanisme SN2 conduit. Toutefois.2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) Ce mécanisme très rare consiste en un déplacement concerté d’un groupe électrophile par un autre comme dans l’exemple présenté dans le schéma 8.LiBr R1 C R2 C R3 C O (puis H ) R1 C R2 C R3 CO2H configuration maintenue Schéma 8.163). Il a donc quelque analogie avec SN2.164 * * . il est possible que dans certains cas particulièrement rares une attaque analogue à celle de SN2 conduise à une inversion de configuration.8. O R1 C R2 C R3 Br Li . Elle est donc d’ordre 2. il y a rétention de configuration : le carbone est attaqué du côté où se trouve le groupe électrophile E lié à ce carbone. toutefois. Des composés où R est cyclique pourront donc donner lieu à des réactions SE1. Hg * Cl H H3 C Ph H3C H3 C Ph H3 C Cl C CH2 Hg H3CCO H H C CH2 Hg Cl + Cl-Hg H3CCO H (expérimentalement les deux composés formés contiennent Hg ) Schéma 8.

les produits de la réaction sont formés (schéma 8.E+ .E+ R1 E' R3 R2 SE2 avec inversion de configuration (très rare) R1 C E' R2 R3 mécanisme concerté SEi Br H C Et Me Hg Br * + Hg Br Br Et H C Me Hg* Br Hg Br Et H C Me * Hg Br + HgBr2 Schéma 8. ce qui constitue un état de transition cyclique.166).2. ou bien.165 8.2. H3C C H H3C HO acide acétique protoné H C bromo(but-2-ènyl)mercure CH2 H HgBr H3C CH2 CH CH2 but-1-ène C O + HgBr Schéma 8. qu’à l’état de transition. R1 C R2 R3 E' E R1 C R2 R3 SE2 avec rétention de configuration R1 C R2 R3 E' Nu . La différence se trouve dans la formation d’un composé résultant d’un réarrangement. du côté opposé à l’électrofuge avec inversion de configuration de ce même carbone. très rarement. Il a été indiqué que les attaques de l’électrophile substituant pouvaient être du même côté que l’électrofuge (groupe électrophile qui est substitué) ce qui conduit à une rétention de configuration du carbone chiral du substrat impliqué dans cette réaction. le groupe nucléophile qui accompagne l’électrophile substituant devienne coordonné au groupe électrofuge. l’acide acétique protoné représente l’eléctrophile.4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) Le mécanisme SEi est un cas particulier du mécanisme SE2.166 . Dans l’exemple présenté (schéma 8.3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) Le mécanisme SE2’ est peu différent du mécanisme SE2.165). Par un mécanisme concerté cyclique à quatre centres. Une troisième possibilité est.E-Nu E E' E' R2 R3 R1 C E .378 Chimie organique 8.

les alkyllithium sont des réactifs de choix.168 RM RNa RLi RK RMgX + R'H + EtOH + BuH + NH3 + R'H La formation de carbanions (ou d’énolates) par substitution par un atome métallique d’un hydrogène acide d’un groupe méthyle.8.5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) C’est le mécanisme SEi auquel s’ajoute un réarrangement moléculaire comme dans l’exemple donné dans le schéma 8. la lithiation peut se poursuivre sur le groupe méthylène en α de la triple liaison. ou dérivé d’un alcyne terminal). Me CH H C CH2 Cl HgBr H Cl Me CH C CH2 HgBr H Me H C H + Hg Cl Schéma 8. benzylique ou propargylique.2. comme base. méthylène ou méthyne activé par un ou des groupes électroattracteurs -I est une substitution électrophile avec transfert d’un proton (schéma 8.2. en présence de tétraméthyléthylènediamine (TMEDA).6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant 8.167 (mécanisme concerté à 6 centres). Les réactions de substitution 379 8. Dans le cas de composés aliphatiques. Lorsque les hydrogènes sont peu acides.168).167 H H C Br CH2 8. et les amidures de sodium ou de potassium dans l’ammoniac liquide. Les hydrogènes vinyliques sont substitués par le potassium sous l’action d’un mélange de butyllithium. Dans ce dernier exemple. De nombreux exemples parsèment les réactions présentées dans cet ouvrage : les bases les plus utilisées sont les alcoolates alcalins dans les alcools correspondants. BuLi et de t-butylate de potassium.2. (CH3)2N-CH2CH2N(CH3)2. la réaction est facilitée si le carbanion formé est stabilisé par résonance (carbanion allylique.6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique RH RH RH RH RH + + + + + MR' NaOEt BuLi NH2K R'MgX Schéma 8. . t-BuOK.

ce qui exalte la réactivité de ce dernier. un échange H→D peut avoir lieu (mécanisme SE1) (schéma 8. R. ce qui conduit pour le méthane à un ion appelé méthanonium CH5+ (schéma 8. Par exemple. pour R de RLi : allyle > n-butyle > phényle > vinyle > méthyle. deutérié. La nature du groupe lié au lithium joue un rôle dans la vitesse de la réaction. Dans ce cas.171).2. FSO3H-SbF5 (mélange appelé acide « magique ») ou HF-SbF5.169 + H Ce marquage est utile pour comprendre le mécanisme de certaines réactions. On peut obtenir un résultat identique avec l’acide tritié. Ils interviennent très spécifiquement sur les alcynes terminaux. H H C H H + H (super acide) H H C H H H H H C H + H2 ion méthanonium Schéma 8.169). d’une triple liaison. l’ordre de vitesse croissant est. si une molécule possède des hydrogènes suffisamment acides pour être extraits par un alcoolate. entre autres.H + D RD Schéma 8. des super-acides comme le mélange acide fluorosulfurique-pentafluorure d’antimoine. dans la lithiation du triphénylméthane.380 Chimie organique Note : le mélange n-BuLi + t-BuOK constitue ce qu’on appelle une « Super base ». si le superacide est deutérié. que ce soit le doublet d’une liaison C-H de CH4 qui retienne le proton.170). soit une molécule d’hydrogène pour former un carbocation méthyle dont un hydrogène peut être échangé. SO2 liquide. La facilité de l’échange est dans l’ordre suivant : tertiaire > secondaire > primaire. .170 CH5 L’échange peut avoir lieu en milieu basique. remplacent l’acide sulfurique deutérié.6b – Échange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) Les hydrogènes acides (par exemple en position α d’un groupe carbonyle. et si l’alcool utilisé est deutérié. Cet ion instable élimine. l’un ou l’autre pouvant être deutérié. 8. Les hydrogènes peu acides comme ceux des alcanes sont plus difficilement échangés. puisqu’il est proposé. La TMEDA est un ligand dont l’action est de briser la structure polymérique de l’organométallique. dans l’anhydride sulfureux. Il suffit qu’une quantité catalytique de base soit présente. soit une molécule de méthane et un proton. La protonation dans ce cas est exceptionnelle. Les composés organométalliques sont peu utilisés pour ce type de réaction. ou allylique) sont échangés avec du deutérium en présence d’acide sulfurique deutérié (schéma 8. Ainsi.

Toutefois. Une monohalogénation est possible. Cl CH3 Cl2 . l’halogénation se fera préférentiellement dans l’ordre suivant : CH > CH2 > CH3. Selon l’halogène. Il en est de même pour le brome.α’-dibromé (schéma 8. autre groupe cétone…). Dans ce cas.6c – Halogénation des aldéhydes et cétones Les aldéhydes et cétones qui possèdent des hydrogènes sur le ou les carbone(s) α peuvent être halogénés par tous les halogènes sauf le fluor en milieu acide ou basique. Avec le fluor.EtOH Z CH Z' EtOD Z CHD + EtO Z' Schéma 8. une seconde halogénation plus difficile peut être effectuée si l’halogène est en excès. à chaud. Le chlore réagit une seconde fois sur le carbone déjà chloré conduisant à un composé α. XeF2. Dans ces réactions.171 8. sauf en milieu basique et s’il s’agit d’une méthylcétone qui sera halogénée sur le groupe méthyle. Catalyse acide La réaction s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique. Les réactions de substitution 381 Z CH2 Z' EtO . ou d’autres composés fluorés.HCl R C Cl R CH2 O C CH3 Cl2 . l’orientation de la seconde halogénation apparait différente. il faut que le groupe méthyne ou méthylène en α de la cétone soit activé par des fonctions environnantes (ester.8.2. véritable acteur dans ces réactions. mais dans ce cas. le catalyseur intervient pour favoriser la formation d’un énol ou un ion énolate. Si deux carbones portant un ou des hydrogènes sont en position α du groupe carbonyle dans les cétones dissymétriques. contrairement à la réaction par catalyse basique. aucun catalyseur n’est ajouté.HCl R CH Cl O C O C CH3 2 Br2 .172 . mais le fluorure de xénon. mais une réaction subséquente d’isomérisation conduit finalement à un composé α.172). Des polyhalogénations sont possibles.αdichloré.2 HBr Br R C Br O C CH3 isomérisation H R C Br O C CH2-Br Schéma 8. Dans certaines de ces réactions. le réactif n’est pas le fluor lui-même. les traces d’acides apportées par l’halogène sont suffisantes pour la catalyse.

la double liaison énolique est attaquée par la molécule de dibrome selon un mécanisme d’addition électrophile (§ 9.173 OH CH3 H R CH O C C H CH3 R CH Br CH3 O C H CH3 O C CH3 D’abord. des iodoformes. et contrairement à la catalyse acide. Si une seconde bromation est souhaitée. Le même mécanisme est renouvelé. Ainsi. il se forme avec les méthylcétones.382 Chimie organique Le mécanisme de la bromation d’une cétone se fait en trois étapes (schéma 8. O R CH2 C OH R CH C CH3 . composés solides jaunes. la déprotonation de ce dernier conduit au composé monobromé. un excès de brome est nécessaire. l’acétone est énolisée sous l’action de H+. au bromoforme. . Leur présence dans l’action de l’iode sur une cétone en milieu alcalin. Catalyse basique et réaction haloforme En milieu basique. la bromation d’une méthylcétone en présence de soude.1. l’arrêt à une monohalogénation est impossible car la présence d’un halogène rend plus acides les hydrogènes α par son effet électroattracteur -I et favorise la formation de l’ion énolate rendant la seconde bromation plus facile que la première.173). réaction lente par rapport aux deux étapes suivantes et qui donne la vitesse de la réaction (du premier ordre par rapport à l’acétone). Cette réaction a lieu aussi avec le chlore et l’iode et est appelée réaction haloforme. Avec l’iode. mais la réaction est plus lente que pour la première bromation. en raison de la présence du brome dont l’effet électroattracteur -I rend l’énolisation plus difficile. est un test de la présence du groupe CH3CO (ce qui indique une méthylcétone).Br R CH Br Br Br O R CH Br C H CH3 -H R CH Br Schéma 8. conduit d’abord à une tribromométhylcétone. Enfin. On comprend alors la raison pour laquelle cette seconde bromation ne sera possible qu’après totale monobromation de la cétone. Elle subit aussitôt une réaction de substitution nucléophile par la base selon un mécanisme tétraèdrique conduisant d’une part à un anion carboxylate et d’autre part. Ensuite.4a) : il en résulte ici un carbocation mésomère.

H 3C H3 C C N NC CH3 N C CH3 CN AIBN 8.174 Le mécanisme réactionnel en milieu basique (schéma 8.8. s’ils n’ont pas d’hydrogène α sont transformés par l’action du chlore en chlorures d’acides.174) est peu différent de celui en milieu acide (schéma 8. (non applicable à l’iode et au fluor) qui consiste à traiter l’acide carboxylique ayant au moins un hydrogène sur Cα par le brome ou le chlore en présence de phosphore rouge. l’AIBN (2.2’-azobis(2méthylpropionitrile). Les réactions de substitution 383 O R CH2 C CH3 méthylcétone O HO R CH2 C CH2 R CH2 O C CH2 O R CH2 C CH2 Br O R CH2 C CH2 Br HO Br2 R CH2 Br O C . .172).2. C’est une réaction de type radicalaire puisqu’elle peut être faite aussi en présence de N-chlorosuccinimide et d’un catalyseur.Br R CH2 O C CH2 Br H C Br O HO Br Br2 R CH2 C Br C Br Br groupe très électroattracteur -I O R CH2 HO C Br C Br Br O R CH2 C H O Br C Br Br Br R-CH2-COOH + C Br Br R-CH2COO ion carboxylate + H-CBr3 bromoforme Schéma 8.6d – Halogénation des acides carboxyliques La méthode classique pour préparer les acides α-bromés ou chlorés est celle de Hell-Volhard-Zelinsky. Les aldéhydes. 1887.175). initiateur radicalaire. ou de tribromure ou trichlorure de phosphore (schéma 8.

SO2Cl2. le sulfolane. Cette propriété . La chloration se fait majoritairement en position α mais peut aussi avoir lieu.. en présence d’une quantité catalytique d’iode.384 Chimie organique R CH2 COOH O R CH2 C Br PBr3 R CH2 COBr OH R CH C Br O Br2 O R CH Br O R OH O CH Br C OH R CH2 COOH C Br O + R CH2 C Br + HBr O R CH Br C Br + R CH2 C O R CH2 C Br + Br2 R CH Br C Br + HBr Schéma 8. Pour ces composés. les positions α. il se forme d’abord un halogénure d’acide.175 Dans cette réaction. en présence de chlorure de lithium dans un solvant polaire. Le chlorure de sulfuryle. par une réaction d’échange ce qui permet de poursuivre la réaction d’halogénation jusqu’à épuisement de l’halogène. CuCl2. les dérivés nitrés aliphatiques. La bromation ou la chloration des chlorures d’acides peut se faire par action des N-chloro et N-bromosuccinimide en présence de HCl ou HBr. la présence de catalyseur n’est pas utile. Le produit formé est donc un halogénure d’acide -halogéné. selon le cas. ou d’acétate cuivrique. Le chlorure cuivrique. sur la chaîne aliphatique.. si un peu de chlorure ou d’anhydride de l’acide est présent. HSO3Cl. sont chlorées. les malonates. ce qui permet la réaction d’halogénation dont le mécanisme est peu différent de celui de l’halogénation des cétones. . γ. La bromation a toujours lieu en position α et cesse dès que tous les hydrogènes α ont été substitués. L’énolisation de ce composé est plus facile que celle de l’acide. permet aussi de chlorer les acides en position α. Si l’iode est remplacé par un peroxyde organique (réaction radicalaire). L’iodation est réalisée en présence d’acide chlorosulfonique. l’acide malonique. Les chlorures d’acides sont iodés en présence d’acide iodhydrique. Cu(II)OAc2. S O O sulfolane ou tétraméthylène sulfone est capable de chlorer en position α les chlorures et anhydrides d’acides et même les acides. lequel réagit en présence d’une nouvelle molécule d’acide pour conduire à un mélange d’acide α-halogéné et du chlorure de l’acide de départ. dans l’acide acétique. après substitutions de tous les hydrogènes α. β. D’autres composés facilement énolisables peuvent être halogénés : les chlorures et anhydrides d’acides. et un diacide.

Les réactions de substitution 385 est particulièrement intéressante pour les dérivés substitués de l’acide malonique.176). Les esters et amides peuvent être fluorés par la même méthode.8. cétones et acides carboxyliques ayant un CαH sont sulfonés par l’anhydride sulfurique en milieu neutre. entre autres.177).2. car après halogénation. 8.178). . pour conduire à des acides aliphatiques α-halogénés. COOH R CH COOH dérivé substitué de l'acide malonique Br2 COOH ∆.177 8.2. RCO+. R R' C H C R" O R C R' C R" OH SO3 SO3 R C R' C O R" H R SO3H C R' C O R" Schéma 8.176 La fluoration des acides a été réalisée à –78 °C par un mélange de fluor et d’azote.1d) a lieu aussi avec les alcènes : un groupe RCO provenant d’un chlorure d’acide substitue un hydrogène d’un carbone éthylènique. via la forme énolique (schéma 8.CO2 R CBr COOH R-CHBr-COOH Schéma 8. AlCl3 ou ZnCl2. mieux connue pour les cycles aromatiques (§ 8. L’halogènure d’acide en présence d’un acide de Lewis. ils sont décarboxylés par chauffage (schéma 8. 1877 (schéma 8.6e – Sulfonation d’aldéhyde. .4.6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide La réaction de Friedel et Crafts. cétone et d’acide carboxylique Les aldéhydes. libère un ion acylium. ce qui représente une autre voie d’accès à ces composés. Il est vraisemblable que le mécanisme impliqué dans cette réaction soit comparable à celui de la bromation des mêmes composés.

donc le plus substitué par des groupes alkyles (A) : le groupe acyle est donc sur le carbone de l’alcène le moins substitué.β-insaturée R R1 R2 C X C C O H H . une cétone α.6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium Les composés aliphatiques à hydrogènes acides de formule générale Z-CH 2-Z’ avec Z et Z’. AlCl3 RCO.2) de nature équivalente à celui décrit pour les substitutions nucléophiles mais avec une charge positive à la place d’une charge négative. au même titre que les acides carboxyliques en présence de HF-SO4H2 ou l’acide polyphosphorique. s’applique aux alcènes ce qui conduit à leur formylation (schéma 8. action de POCl3 et du DMF.178 L’alcène attaque l’ion acylium pour former le carbocation. La réaction de Vilsmeyer-Haack (mécanisme § 8.4. groupes électroattracteurs par effet -I. Les éthers vinyliques RO-C(R1)=C(H)(R2) sont acylés par les chlorures d’acides aromatiques en présence d’un catalyseur au palladium et d’une base.179). ce qui conduit de nouveau à une cétone α. Les anhydrides d’acides peuvent remplacer les halogénures d’acides. suivie selon les conditions de la réaction.386 Chimie organique RCOX + AlCl3 R C O R1 C R2 C H (A) H RCOX.179 H POCl3-DMF R1 C R2 C C O R3 8. isolable. Une seconde possibilité de réaction du carbocation (C) est l’addition d’un ion halogénure provenant du milieu avec formation d’une β-halo cétone (addition qui suit la règle de Markownikov).1. malonate d’éthyle. Ce carbocation peut perdre un proton de CαH pour reformer une double liaison conduisant ainsi à un composé stable résonnant. le plus stable.HX +X carbocation le plus stable (C) addition selon la règle de Markownikov Schéma 8. d’une élimination d’une molécule d’halogénure d’hydrogène.β-insaturée (B).1g). acétylacétate d’éthyle) effectuent un couplage avec les sels d’aryldiazonium en présence d’une . H R1 C R2 C R3 Schéma 8. (par exemple. C’est alors un mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique (§ 8. AlCl3X R1 -H C C R C O R R1 C R2 C C O H H (B) R2 H cétone α.2.β-insaturée.

Les β-céto esters cycliques donnent lieu à une ouverture du cycle (schéma 8. .181. se transforme en un tautomère. Le passage au tautomère n’étant pas possible par manque d’hydrogène. par prototropie. avec R = alkyl. conduit aussi à un composé azoïque (schéma 8. le groupe partant est le groupe acyle.8. NO2 ou Cl.180). le groupe acyle (pour une cétone) ou carboxyle (pour un acide) est extrait de la molécule ce qui fournit finalement une hydrazone dont l’hydrolyse délivre une cétone. Dans le cas où les groupes sont aroyle et carboxyle. COOH.180 La même réaction effectuée sur des composés de la forme Z-CH(R)-Z’. Z CH2 Z' base -H Z H C Z' N≡N Ar H Z C N N Ar Z' composé azoïque Z + ArN2 base -H C N-NH-Ar Z' arylhydrazone tautomérie Schéma 8. H C O + R Schéma 8. c’est le groupe carboxyle qui est partant. Z R CH + ArN2 NaOH R Z C N COCH3 HO H C N N R Z Z Ar H2O. un acétate alcalin. et Z ou Z’ = COR. Il se forme un composé azoïque instable qui. une arylhydrazone (schéma 8.182) par le même mécanisme que celui donné dans le schéma 8. le plus souvent. Les réactions de substitution 387 base. C’est la réaction de Japp-Klingemann (1887). dans une solution aqueuse de soude à 0 °C. Les composés β-dicarbonylés et les β-céto acides forment des arylhydrazones de composés α-dicarbonylés.181).181 Z N Ar NaOH C N N R + CH3COONa Ar H H C N N R Z Ar CO-CH3 + CH3COOH NH3 NH Ar Quand les groupes acyle et carboxyle sont présents.

Il s’ensuit un mécanisme cyclique qui conduit au composé diazo et à un ion amidure (schéma 8. CH3SO2N3. p-CH3C6H4-SO2N3.6-triisopropylbenzènesulfonylazide.182 8. avec un groupe méthylène activé par deux groupes Z à effet électroattracteur -I formant un composé diazo. La réaction débute par la formation d’un carbanion qui attaque le groupe azido du réactif. souvent par catalyse de transfert de phase.388 Chimie organique O H2C H2C C CH C H2 COOEt + ArN2 NaOH puis H H2C COOH H2C H H2C C N N Ar COOEt (conditions douces) Schéma 8.183 Cette réaction effectuée sur un groupe méthylène seulement activé par un groupe Z (schéma 8.4. conduit à un transfert du groupe azido. et non pas à un composé diazo. en présence d’une base alcaline.6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide Certains azides comme le tosyl azide.184). en présence de 2. et non de soude. p-(CH3CONH)-C6H4SO2N3. ont la propriété de réagir. le méthanesulfonyl azide. plutôt amidique. le p-acétamidobenzènesulfonylazide.183). .6-((CH3)2CH)3C6H2SO2N3 et de potasse.2. 2. Z CH2 Z' TsN3 NaOH Z C N Z' composé diazo N + TsNH Z CH2 Z' NaOH Z H C Z' Na N N N Ts Z C Z' H N N N Na Ts Z C N Z' + TsNH N Schéma 8.4.

2.186 . Les réactions de substitution 389 iPr SO2N3 iPr R CH2 CO N R' R" KOH R CH CO N R' K R" iPr iPr Schéma 8.185 R' Tos-CN H C CN + Tos Li C O R 8. Les méthylcétones réagissent difficilement.6j – Formation d’éthers d’énols silylés Les éthers d’énols silylés sont très souvent utilisés en synthèse. p-CH3C6H4SO2CN.184 R iPr SO2 iPr R' HC CO N R" K N3 8.2. choisie en fonction de l’environnement du groupe carbonyle (schéma 8.8.(LDA). Un β-céto nitrile est ainsi formé (schéma 8. -78°C R' H C C O R Li Schéma 8. -78°C R' H C C O R Li R' H C C R O ClSi (R)3 .186).6i – Cyanation d’un méthylène activé Les groupes méthylènes en position α d’une cétone peuvent être substitués par un groupe CN sous l’action de p-toluènesulfonylnitrile. La base forte la plus utilisée est le diisopropylamidure de lithium (LDA). après avoir formé l’énolate par action de iPr2Nli. R' CH2 C O R iPr2NLi THF. Ils peuvent être obtenus par actions de divers halosilanes sur l’énolate formé par action d’une base qui peut être très variée.Cl R' H C C R éther d'énol silylé O Si(R3) Schéma 8. R' CH2 C O R iPr2NLi THF.185).

Pour éviter ce problème. Dans la majorité des cas.390 Chimie organique En conditions douces. l’alkylation a lieu sur le CαH le moins substitué de la cétone de départ (contrôle cinétique).18c). benzyliques et propargyliques. comme les halogénures allyliques.2. la pipéridine ou la morpholine (schéma 8. la cétone est d’abord transformée en énamine par réaction avec une amine secondaire cyclique (§ 10.3) comme la pyrrolidine. ce qui produit un sel d’iminium. les halogénures d’aryles activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M. les α-halo éthers et esters. Et3N peut être la base. Ces énamines stabilisées par résonance sont ensuite traitées par un halogénure. à la fois pour des cétones et des aldéhydes. accompagne le triméthyliodosilane.6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H Voir les paragraphes 6. plus particulièrement avec les énamines dérivées d’aldéhydes.6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork. et aux époxydes. Une hydrolyse rétablit le groupe carbonyle.H 2O R C N C H R' R C N énamine C H R' R"X R" H2N + R C CH O R' R" H2O H R C N C H R' R C N R" C H R' O N H pipéridine N H morpholine N H pyrrolidine Schéma 8. 1954) L’alkylation des cétones sur CαH ou CαH2 s’effectue le plus souvent par une réaction de substitution nucléophile.2c et 6. avec formation d’un carbanion et addition d’un halogénure (§ 8.187 Cette méthode a aussi ses limites puisqu’elle n’est utilisable qu’avec des halogénures activés. mais plus souvent l’hexaméthyldisilazane (Me3Si)2NH.1. lui aussi stabilisé par résonance. Me3ISi. et encore moins aux tertiaires qui subissent une élimina- . HN R C CH2 R' O . 8. 8. mais n’est pas applicable aux halogénures aliphatiques primaires et secondaires qui conduisent à des N-alkyl amines.187).15.2b.14. Des réactions secondaires sont possibles comme les dialkylations.2.

sauf les halogénures tertiaires. pour ces derniers. Les réactions de substitution 391 tion.188 R' Une modification de cette réaction (méthode via un sel d’énamine) permettant de substituer les cétones par des halogénures aliphatiques primaires ou secondaires en évitant la N-alkylation par une gêne stérique est la formation d’un organomagnésien dans le THF à partir de l’ènamine.7). (RCO)2O chlorures et anhydrides d'acides HCO-O-COCH3 COCl2-(CH3)NCHO ClCOOR ClCN R C N R' anhydride acétique formique -CO-R .7 Il faut noter que le bromocyanogène conduit non pas à une substitution par le groupe cyano. l’utilisation d’un organomagnésien (voir ci-après) ou la formation d’une énamine dérivée de butylisobutylamine permet l’alkylation. contrairement au chlorocyanogène. RCOCl. .189). Toutefois.COOR -CN R' C R N Figure 8. COR" R C N C H R' R C N C H R' R"COCl R C N C H R' R C N COR" C H R' H 2O H R" C O H2 N + R C CH O Schéma 8. suivie de l’addition de l’halogénure.8.CHO phosgène-diméthylformamide (DMF) chloroformiate chlorocyanogène sel de nitrilium .188). puis de l’hydrolyse (schéma 8. mais à une bromation de l’ènamine. Par cette réaction divers groupes peuvent être introduits selon le réactif utilisé (figure 8. Les mécanismes de ces réactions sont semblables à ceux présentés pour les halogénures (schéma 8.

2.R'"H R' R'" R C CH O R' H2O X R R'" C CH N MgX R" Schéma 8. H H N H + R C O Schéma 8.190).191 .7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants 8.189 R' R"'X R C CH N MgX R" R' Dans la mesure où les énamines réagissent très bien selon la réaction d’addition de Michael (§ 9.H2O R C CH2 R' N R" R C CH NH R" R"'MgX . l’hydrolyse de l’adduit fournit une cétone substituée en position α par CH2-CH2CN.190 CH2 C H R' CH2 C N 8. Par exemple. avec l’acrylonitrile CH2=CH-CN.392 Chimie organique R C CH2 R' O R"NH2 . cette réaction est mise à profit pour former le sel d’iminium. une cyanoéthylation (schéma 8.2.2) avec les alcènes activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M. CH2 R C N C H CH C N R' CH2 R C N C H R' CH C N R C N CH2 C H R' CH C N H2O.7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal RX RX + + M 2M RMX RM + MX ( CH3I (BuCl + Mg + 2Li CH3MgI) BuLi + LiCl) Schéma 8.

191).8. d’autres solvants ont été utilisés comme des amines tertiaires. . Ces composés ne sont pas isolés et leurs solutions sont immédiatement mises en réaction ou conservées à basse température. plus la réaction devient difficile : CH3I > C2H5I > C3H7I… Dans la mesure où les iodures d’alkyles tertiaires peuvent donner lieu à une réaction d’élimination.192). dont la réactivité en fonction de l’halogénure diminue dans l’ordre suivant : RI > RBr > RCl. à condition d’ajouter au milieu une amine tertiaire dont le rôle est de complexer l’organomagnésien.192 CH2MgBr Outre le diméthyléther. par exemple Br-CH2-CH2-CH2-I. Si un composé 1. le diméthyléther de l’éthylène glycol.Mg naphtalène-magnésium ou naphtalènure de magnésium CH2Br C10H8. On peut y ajouter les solvants aromatiques.naphtalène Schéma 8. Le cas le plus important est la préparation des organomagnésiens. ou le THF. Une réaction secondaire souvent observée est le couplage: 2RX + Mg → R-R + MgX2. CH3O-CH2-CH2-OCH3. Les organomagnésiens benzyliques et allyliques sont mieux préparés à partir de naphtalène magnésium (résultant de l’action du naphtalène sur le magnésium dans le THF) (schéma 8. le magnésium en fins copeaux réagit dans l’éther ou le THF anhydre avec divers halogénures aliphatiques primaires. une réaction d’élimination a lieu. Si le composé est I-CH2-CH2-CH2-I. Les iodures et bromures aromatiques réagissent comme les halogénures aliphatiques. éther ou THF + Mg . Toutes les réactions de préparation et de réaction des organomagnésiens s’effectuent en milieu totalement anhydre et sous atmosphère d’azote. Les réactions de substitution 393 La réaction d’un halogénure sur un métal peut conduire à un composé organométallique appelé composé de Grignard (1900) (schéma 8. Les chlorures aromatiques comme les halogénures vinyliques nécessitent le THF comme solvant.Mg THF . Souvent. Les fluorures d’alkylmagnésium RMgF sont obtenus par reflux des fluorures d’alkyles avec le magnésium dans le THF pendant plusieurs jours en présence de quantités catalytiques d’iode ou de bromure d’éthyle. benzène ou toluène. la réaction est débutée en ajoutant quelques gouttes d’iodure de méthyle ou du dibromoéthane. Plus le nombre d’atomes de carbones augmente. Le cas des composés dihalogénés est plus compliqué. il se forme un dimagnésien IMg-CH2-CH2-CH2MgI. on leur préfère les analogues chlorés. le diéthyléther. Mg (solution verte dans l'éther) C10H8. un organomagnésien Br-CH2-CH2-CH2MgI peut être obtenu.2-dihalogéné est mis en réaction. secondaires ou tertiaires. En quantités stœchiométriques. Si les halogènes sont différents et éloignés d’au moins trois carbones.

193).1M) dans l’éther et à toutes concentrations dans le THF. nitrile. l’organomagnésien RCH(MgBr)2. puis trimères. mais il est toutefois possible d’obtenir à partir de RCHBr2 . L’évaporation de l’éther déplace l’équilibre de Schlenk vers la droite avec obtention à sec de R2Mg et MgX2 (l’addition de dioxane à la solution étherée donne le même résultat).193 Cet équilibre est fonction de la nature de l’halogénure. Le schéma 8. appelé équilibre de Schlenk. euxmêmes en équilibre avec leur complexe. Si la concentration augmente dans l’éther (c > 0. 2 RMgX R1 O R2 R2Mg R1 O R2 + R1 MgX2 O R2 R2Mg. etc.MgX2 R Mg X R1 O R2 R Mg R R1 O R2 X Mg X R1 O R2 Schéma 8. par exemple) et MgX2 (chlorure. avec R2Mg (dialkylmagnésium. Il s’agit soit des fonctions à hydrogène acide : OH. les composés gem-dihalogénés réagissent mal. Le mécanisme complexe SET qui intervient dans la formation de l’organomagnésien a été présenté (voir § 6. Lorsqu’un organomagnésien d’halogénures aliphatiques est préparé dans la triéthylamine. bromure ou iodure de magnésium). les organomagnésiens chlorés restent.7). de la concentration. l’équilibre de Schlenk est déplacé vers la gauche et RMgX est quasiment le composé unique. et de la température. dans les conditions classiques de préparation des organomagnésiens.5M). Chacun des composés qui forment cet équilibre est coordiné à deux molécules d’éther. groupe nitro… Les doubles et triples liaisons (sauf terminales) ne gênent pas la formation de l’organomagnésien. L’organomagnésien préparé à partir de simples halogénures aliphatiques est sous forme monomère à faibles concentrations (environ 0. soit des composés carbonylés. NH2.394 Chimie organique Enfin. Seuls. dimères. du solvant. -C≡CH… qui devront donc être présentes sous formes de sels. à fortes concentrations. La présence de certaines fonctions peut nuire à la préparation de l’organomagnésien : celles avec lesquelles il réagit normalement.12.194 rappelle quelques réactions essentielles des organomagnésiens. RMgBr et RMgI forment des polymères. . COOH. Il est important de rappeler ici que les organomagnésiens RMgX font en réalité partie d’un équilibre (schéma 8. uniquement sous forme de dimères.

194 Il existe de nombreuses autres réactions des organomagnésiens et en particulier. . contrairement aux sels de potassium ou de sodium qui y sont insolubles ou fort peu solubles.8. sont préparés par action d’un halogénure (chlorure le plus souvent) sur le lithium. par exemple : 4 C6H5MgX + SnCl4 → (C6H5)4Sn + 4 MgXCl (présentées au § 8. sous azote. l’échange halogène-métal est mis en œuvre (BuLi + RX → RLi + BuX). Ce sont des composés solubles dans le benzène et de nombreux autres solvants organiques. formiates RMgX + R'X halogénures R-R' + MgX2 Schéma 8. Un cas particulier est le tbutyllithium qui est un monomère dans le THF. dans l’éther et dans les solvants hydrocarbonés. Dans la mesure où cette réaction est difficile. celles avec les halogénures métalliques qui permettent la préparation de divers organométalliques. Les alkyllithiums sont toujours sous formes d’aggrégats de plusieurs molécules dans les solvants. Il est en aggrégats de deux et quatre molécules. Dans le benzène et le cyclohexane. Les alkyllithiens. Les réactions de substitution 395 R'CHO aldéhydes R(R')CHOH alcools secondaires R'CN nitriles R'COR" cétones R(R')(R")COH alcools tertiaires R'C(OR")3 RMgX orthoesters RCOR' cétones R'COX chlorures d'acides HC(OR')3 R2R'COH alcools orthoformiates RMgX (R'CO)2O anhydrides d'acides HCOOR' formiates RCHO aldéhydes H2 C O CH2 R-CH2-CH2-OH alcool primaire RMgX + CO2 RCOOH acides carboxyliques oxirane RMgX + R'COOR'' esters R-CO-R' RMgX R2R'COH alcools secondaires ou tertiaires. respectivement. dans l’hexane. et dans l’éther.2. divers aggrégats de deux à cinq molécules pour les composés où R est un simple groupe aliphatique.10f). Cette propriété est une conséquence du caractère particulier « ioniquecovalent » de la liaison C-Li. ils forment des aggrégats de six molécules. selon la nature de R' cétones ou aldéhyde si R = H. RLi.

CN. libres.CO2 NO2 dérivé nitré C H α-aryl acide Ar C COOH . et en présence d’une base : il se forme du méthane.8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné 8.CO2 .CO2 C C C H alcène COOH C COOH α-cyano acide . COOH.CO2 H C COOH nitrile acide CN C COOH α-nitro acide . et les α-céto acides sont décarboxylés par chauffage. ou sous formes de sels (schéma 8.CO2 .195 Les acides aliphatiques ne sont pas décarboxylés dans ces conditions sauf l’acide acétique sous forme de sel.8a – Décarboxylation d’acides Les acides ayant en position α un groupe électroattracteur -I comme NO2.4) qui retient le cation métallique augmente la vitesse de la réaction.CO2 C CN H NO2 C COOH . La décarboxylation des acides est l’inverse de l’addition d’un carbanion sur l’anhydride carbonique. Les acides β.4.1m). les acides trihaloacétiques. comme les acides aromatiques (§ 8.γ-insaturés éthylèniques peuvent aussi être décarboxylés par chauffage en présence de cuivre et de quinoléine.195). la présence d’un éther-couronne (figure 7. Dans ce dernier cas. haloforme C C O H cétone acide trihaloacétique β-céto acide acide β. .CO2 CH4. ceux qui sont éthylèniques ou acétylèniques.2.2.396 Chimie organique 8. méthane X3CH. X3C-COOH.γ-insaturé C C C COOH acide malonique et ses dérivés substitués .CO2 Ar C H composé aromatique Schéma 8. Ar. acide acétique CH3COOH X3C-COOH C C O COOH .

8. extraction par l’éther à 0 °C et évaporation sous vide. le β-céto acide n’est pas isolé car il se décarboxyle dans les conditions normales de la réaction. des conditions expérimentales particulièrement douces pour l’hydrolyse sont nécessaires : soude très diluée. est présent en position γ de l’acide comme dans l’acide trifluoroacétylacétique. Ils sont préparés.196). ou d’alcoolate. composé qui peut être distillé sans décomposition.CO2 R C O CH2 R C O CH3 H Schéma 8. . une solution alcoolique concentrée de potasse. Un mécanisme cyclique à six centres est le plus classique pour les acides libres ce qui explique pourquoi la réaction est peu sensible à la polarité du solvant ou à la présence ou non d’acide minéral (schéma 8. le plus souvent. en conditions basiques fortes. le plus souvent.196 Le cas des β-céto acides est particulièrement intéressant. R1 R C O C R2 COOR' hydrolyse acide . mais dans la plupart des cas.CO2 R1 R C C H O R2 Schéma 8. en sont le résultat. sauf si un groupe attracteur.199). Pour obtenir les β-céto acides.197 Par contre. de l’anhydride carbonique et un alcool R’OH. par hydrolyse de leurs esters. comme CF3. neutralisation par un acide faible. une autre réaction a lieu : elle conduit à la rupture de la liaison α-β par rapport à la fonction carboxyle (schéma 8. Le passage de l’ester RCO-C(R2)(R3)-COOR’ à la cétone ou décarbalkoxylation en conditions acide. Il se forme alors un sel d’acide RCOOH ou un ester RCOOR’ à côté d’un sel de l’acide CH(R1)(R2)COOH ou l’ester CH(R1)(R2)COOR’ selon la base utilisée (schéma 8. RCOCH(R1)(R2).R'OH R C O R1 C R2 COOH . H2 C C O H C O R O ∆ . neutre ou très faiblement basique conduit à une rupture de liaison entre la fonction ester et le Cα (schéma 8.197) : une cétone. Le mécanisme SE1 est favorisé par la présence de groupes électroattracteurs en α du groupe carboxyle car ils stabilisent le carbanion.198). le mécanisme de la décarboxylation peut être SE1 ou SE2. Les réactions de substitution 397 Sous forme de sels. CF3COCH2COOH.

R'O R C O R1 C R2 COOR' R R'O C O R1 C R2 R1 H C R2 Schéma 8.200 .198 C’est la réaction inverse de celle de Claisen (§ 10.R'OH RCOO R1 + H C COO R2 H C COOR' R2 (rétro-Claisen) Schéma 8.199 R1 COOR' RCOOR' + C R2 R'OH COOR' ester β-cétonique COOR' + R'O En présence de base alcaline. HO R C O R1 C C R' R R2 O HO C O R1 C C R' RCOOH + R2 O R1 C C R' R2 O R1 RCOO + H C C R' R2 O Schéma 8.4.398 Chimie organique R1 R1 R C O C R2 COOR' R'O RCOOR' + HO RCOO + H-C R2 R1 COOR' . les β-dicétones conduisent à un résultat semblable avec formation d’une cétone et d’un sel d’acide (schéma 8. appelée rétro-Claisen.200).2).

6c). Par contre.8. bromoforme.203).202).2.201) (voir aussi réaction de Darzens (§ 10.8c – Réaction d’Haller-Bauer Les cétones non énolisables. traitées par l’amidure de sodium donnent lieu.4.2. X3C C O R HO X3C + RCOOH X3CH + RCOO Schéma 8.202 8. à une réaction avec retrait d’un des groupes substituant la cétone et formations d’un alcane et d’un acylamidure qui.201 H C O R1 C R2 énol H C O H 8. et plus particulièrement celles de la forme ArCOC(R)3.2. la p-méthoxybenzophénone conduit au p-méthoxybenzamide. C’est la réaction de Haller-Bauer (1909).8b – Réaction haloforme Cette réaction a été présentée lors de l’halogénation des méthylcétones (§ 8. fournit un amide (schéma 8.CO2 R1 CH R2 aldéhyde Schéma 8. La seconde partie de la réaction qui conduit à un haloforme (chloroforme. R1 R2 C O C H R1 O H R2 C O H C H O R2 R1 C C O H H C O C O C O O acide glycidique . iodoforme) est une substitution électrophile aliphatique (COR est remplacé par H) (schéma 8. . en présence d’eau. par chauffage dans un solvant aromatique.6). La benzophénone n’est pas affectée par cette réaction. Les réactions de substitution 399 Les acides glycidiques conduisent à des aldéhydes par décarboxylation (schéma 8. n’ayant pas de CαH.

204. ce qui peut s’expliquer par le schéma 8. 8.2.203 Les cétones cycliques sont ouvertes.2. la n-propylamine conduit par cette réaction à 7 % de n-propanol. Les cétones aliphatiques dissymétriques donnent un mélange de deux amides. cas général.9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines L’action de l’acide nitreux sur les amines primaires aliphatiques ne conduit à des sels de diazonium qu’à un pH inférieur à 3. les produits obtenus sont des mélanges d’alcools et d’alcènes isomères et d’autres composés divers selon la nature de l’amine. à 28 % de propène et des chlorures d’isopropyle et de propyle. 32 % d’isopropanol.400 Chimie organique R C O R' + NH2 ∆ et RH + R'-CO-NH R'H + H2O R'-CO-NH2 R-CO-NH2 NH2 R C O R' R NH2 C O NH2 R' NH2 R NH C O R' H2O RH + H2N C O H2N R' R'H + O C R Schéma 8. Ces sels sont instables car N2+ est un excellent groupe partant ce qui favorise la formation d’un carbocation qui peut effectuer des réarrangements. si l’acide utilisé est l’acide chlorhydrique. des réactions avec le milieu… Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau. Par exemple. . des éliminations de protons avec formation d’alcènes.9 – Substitutions électrophiles aliphatiques de composés azotés 8. La configuration relative du groupe R ou R’ dans l’alcane formé est conservée.

205 CH2 . pour la plupart. Dans la plupart des cas. NaNO2. H CH2 H 2C Schéma 8. comme dans le cas du carbocation propyle qui peut se cycliser en cyclopropane par élimination d’un proton (schéma 8. BF4. . Lorsque l’amine possède un groupe électroattracteur -I comme CN. mais le plus souvent. ces sels ne sont pas isolés. Les sels de fluoroborates ArN2+. CHO. Cl R + N2 + Cl H3C CH CH2 CH3-CH2-CH2 H2O CH3-CH2-CH2OH2 .H H3 C CH OH H3C isopropanol Schéma 8. et BF3. Les réactions de substitution 401 R-NH2 -H Cl NaNO2 HCl R N N.H réarrangement H3C CH H3C H3C H3C CH3-CH2-CH2-OH n-propanol propène CH3-CH2-CH2-Cl chlorure de propyle H3C CH Cl H3C chlorure d'isopropyle X H2O CH OH2 . COR ou COOR en position α du groupe amino.H H2C C H2 CH2 La stéréochimie de ces réactions est très variée selon le type d’amines et les conditions expérimentales. Les sels de diazonium sont aussi stabilisés par résonance avec le cycle aromatique (schéma 8. Ils pourraient provenir d’une attaque électrophile interne du carbocation.206 Les amines primaires aromatiques comme l’aniline forment des sels de diazonium à un pH de 1 en raison de leur plus faible basicité par rapport aux amines aliphatiques qui est le résultat de la résonance du groupe amino avec le cycle aromatique. ArF. qu’à des températures inférieures à 5 °C sauf s’ils sont complexés par des éthers-couronnes (figure 7.205). la réaction ne conduit pas à un sel de diazonium mais à un composé diazo.8.207) mais ils ne peuvent être gardés.204 Des composés cycliques accompagnent parfois les composés cités. HCl EtOOC CH2 NH2 EtOOC CH H N N EtOOC CH N N glycinate d'éthyle diazoacétate d'éthyle Schéma 8. Le glycinate d’éthyle est converti en diazoacétate d’éthyle par action de l’acide nitreux (schéma 8.206).sont stables et peuvent être isolés : ils se décomposent par chauffage en fluorures d’aryles. N2 .4). il y a racémisation si l’amine de départ est optiquement active mais il existe des cas où la rétention de configuration est majoritaire. La perte d’un proton est favorisée par rapport à la perte de N2.

Les groupes électrodonneurs +M comme -N(R2) stabilisent ces sels d’aryldiazonium (schéma 8. Il attaque l’amine avec production d’anion nitrite et du composé A (schéma 8. ce composé réagit comme l’ensemble : NO+ + NO2-H.208 N N N Dans les réactions de diazotation. deux molécules d’acide nitreux forment le trioxyde d’azote. finalement.209 .209).207 La présence de groupes divers sur le cycle aromatique n’empêche pas la réaction. NaNO2 + HCl nitrite de sodium HNO2 + NaCl acide nitreux (température < 5°C) 2 HO-N=O N2 O 3 + H 2O trioxyde d'azote N2O3 NO + NO2 H R N N O H (A) N (B) N O tautomérie R N N (C) R N N + H2O OH + NO2 R-NH2 H R N H + N2O3 amine primaire libre N O -H R N H R N N OH + H R N O H H sel de diazonium Schéma 8.402 Chimie organique N N N N formule limite la plus contributive N N N N N N Schéma 8. Donc.208). R1 R2 N N N R1 R2 Schéma 8. à côté d’une molécule d’eau. c’est NO+ qui est le vrai réactif de cette réaction. N2O3.

diaryl ou alkylarylamines secondaires conduit à un composé N-nitroso. arrête la réaction à ce stade. c’est l’amine libre non encore salifiée qui réagit. insolubles dans les solutions aqueuses acides (nécessaires à la formation de NO2H). se comporte comme NO+ ce qui permet de l’utiliser dans ces réactions à la place de l’acide nitreux. L’élimination d’une molécule d’eau donne naissance au sel de diazonium. 8. Les hydrazines et les acylhydrazines ou hydrazides sont respectivement transformées par l’acide nitreux en azides et acylazides (schéma 8.210 R N N N Le réactif NOBF4. RCONHR’. mais dans ce cas. Il faut remarquer que dans ces réactions.210). Le mécanisme est identique à celui des amines primaires. .8. NaNO2 + HCl R NH NH2 R = alkyl. après attaque de NO+ et retrait du proton. L’action de l’acide nitreux et de NOCl peut s’appliquer aussi à des amides secondaires.9b – Nitrosation des amines secondaires L’action de l’acide nitreux sur les N-dialkyl. Le milieu acide le protone sur l’oxygène.2. Les nitrosamines sont aussi obtenues par action du chlorure de nitrosyle NOCl sur les amines secondaires. aryl hydrazine R N N azide N R = R'CO acylhydrazine ou hydrazide acylazide 2 NO2H R NH H R N N H H NH2 + N2O3 + H2O N O N2O3 H R N N H H NO N O + NO2 N O R N N H H N O H R N N H N O H H R N N H N O H H Schéma 8. Les réactions de substitution 403 Ce dernier élimine un proton pour former le composé B qui se tautomérise en composé C. tétrafluoroborate de nitrosyle. pourtant en milieu acide. le manque d’hydrogène sur l’azote.

Attention : les nitrosamines sont des composés cancérogènes puissants. N2O4 ou RONO Schéma 8. O R1 N R2 CH2 R3 + N O amine tertiaire R1 N N R2 R1 CH H R1 R2 NH2 + O=CH-R3 aldéhyde R3 HNO + R2 N CH R3 R1 N R2 CH R3 H 2O R1 N NO R2 nitrosamine NO R1 NH + H R2 Schéma 8. 8.211).213 . c’est une cétone qui est obtenue à la place de l’aldéhyde.213). Les nitrosamines chauffées en présence de phénol et de quelques gouttes d’acide sulfurique forment une solution verte qui.212).9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires Les amines tertiaires forment des sels avec l’acide nitreux à froid (schéma 8. R1 N R2 CH2 R3 NO2H R1 NH CH2 R3 .HCl R-CO-N-R' NO N-nitroso amide N2O3. à côté d’un aldéhyde (schéma 8. N2O4 permettent la nitrosation des amines secondaires en milieu basique. neutralisée par la soude.404 Chimie organique R1 NH R2 NO2H . ON=O T > 5°C R2 Schéma 8. Il en est de même des nitrites d’alkyles RON=O (schéma 8.2.HCl R1 N N R2 O R-CO-NH-R' nitrosamine NOCl . spécifique des amines secondaires. Si l’amine de départ ne contient qu’un groupe méthyne en position α de l’azote.H2 O NOCl . solubles dans l’eau.212 Si l’amine contient au moins un groupe méthylène en position α de l’azote. devient bleue : c’est le test de Liebermann (1874). la réaction de l’acide nitreux à chaud conduit à un sel d’amine secondaire qui est immédiatement nitrosé.211 Certains gaz comme N2O3.

216). ArNO + Ar'NHOH ArNHOH + Ar'NO Schéma 8. Dans le composé azoxy.216 O O Il est vraisemblable qu’une réaction préliminaire a lieu qui permet l’échange des groupes R et R’ entre dérivé nitroso et hydroxylamine (schéma 8. peroxyde d’azote. non pas sur l’azote. mais à celle des groupes R et R’ des composés de départ (schéma 8. sont nitrosées. Les amines tertiaires ArN(R)2 avec R = alkyle.2. Une réaction permet de préparer des composés azoxy aliphatiques ou aromatiques par action de composés nitrosés sur les hydroxylamines.214).214 N O 8. Ar-NH2 + O=N-Ar' H N H Ar-N=N-Ar' + H2O diaryldiazène Ar NH2 + O N Ar' Ar N O Ar' Ar N H N O H Ar' .H2O Ar N N Ar' diphényldiazène ou azobenzène Schéma 8. comme celle de l’oxydation par l’oxyde de mercure des N. R-NO + R'NHOH R-N=N-R et R-N=N-R' et R'N=N-R' O Schéma 8. fournissent des résultats semblables. mais sur la position para activée du cycle (schéma 8. R N R R R N R N R NO2H R N R Schéma 8.8.215).217 .N’-diarylhydrazines Ar-NH-NH-Ar’. Les réactions de substitution 405 L’acide nitrique en présence d’anhydride acétique ou l’action de N2O4.9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines Les amines aromatiques primaires réagissent avec les composés nitrosés aromatiques dans l’acide acétique glacial (anhydre) pour former des composés azo (schéma 8.215 C’est une bonne méthode de préparation des composés azo. la position de l’oxygène n’est pas liée à la nature des réactifs.217).

9e – Formation d’haloamines Les amines primaires sont converties en N-halo ou N. ou le bromite de sodium. NaBrO 2.219). la réaction elle-même ferait intervenir des radicaux-anions en milieu basique (schéma 8.N-dichloramine N H Cl + NaOH NaOCl N-chloramine R1 NH + NaOCl R2 R1 N R2 Cl + NaOH Schéma 8. O 2 Ar N O Ar N N O Schéma 8.218 O Ar + H2 O .218). Les amines secondaires fournissent seulement des N-haloamines (schéma 8.219 Les mêmes résultats sont obtenus avec l’hypochlorite de t-butyle.220 Tous ces réactifs agissent via un halogène positif.220) (lui-même obtenu par la réaction classique à partir du succinimide).2 HO Ar N N Ar 8.406 Chimie organique Étudiée sur des composés aromatiques. .N-dihaloamines par l’hypochlorite ou l’hypobromite de sodium. le N-chlorosuccinimide (schéma 8.2. O NH O succinimide O ClONa N Cl O N-chlorosuccinimide (chlore à caractère positif) O RNH2 NH O N-chloramine + RNH-Cl Schéma 8. H R NH2 + NaO Cl hypochlorite de sodium R N H Cl + NaO R Cl R N Cl N.

222). L’hydrolyse effectuée avec D2O permet l’accès à des alcanes deutériés (marqués) utiles pour l’étude des mécanismes réactionnels. RX Mg RMgX H2 O RH + 1/2 MgX2 + 1/2 Mg(OH)2 Schéma 8.15. Cette réduction s’effectue le plus souvent avec un organomagnésien (schéma 8.10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant Aux réactions présentées dans ce chapitre concernant les composés organométalliques.2e) qui est immédiatement hydrolysé pour donner finalement une amine primaire (schéma 8.221).1). 8. 8.2. C’est une réaction qui permet le passage d’un halogénure à un alcane. § 6. il est important d’y ajouter celles présentées dans les chapitres substitutions nucléophiles (§ 8.10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques RM RM RM + + + H2O D2O HA RH RD RH + + + MOH MOD MA Schéma 8. Les amides primaires réagissent avec l’hypobromite de sodium pour former un N-bromoamide primaire qui se réarrange en milieu basique en isocyanate (voir le réarrangement d’Hofmann. Les réactions de substitution 407 Comme on peut le remarquer avec le succinimide. du magnésium.8.223). R C O R-CO-NH-R' BrONa NH2 BrONa -HBr R-N=C=O H2O RNH2 + CO2 R C O NHBr R-CO-N-R' Br Schéma 8.223 . lequel est l’électrophile de la réaction (schéma 8.221 Les amides secondaires fournissent des N-haloamides. et additions (chapitres 9 et 10). et du zinc sont facilement hydrolysés avec substitution du métal par un hydrogène.222 Les composés organométalliques dérivés des métaux alcalins. pour la plupart stables.2. Elle est possible avec différents amides. la réaction n’est pas limitée aux amines primaires et secondaires.

10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques Les halogènes représentent le réactif électrophile lorsqu’ils réagissent sur les composés organométalliques. et nécessite l’action d’un acide. Il se forme dans la plupart des cas un halogénure d’alkyle. mais elle a des restrictions.224). ou rétention de configuration § 8.225). aryles ou vinyliques) par action du fluorure de perchloryle FClO3 (composé explosif). Les mécanismes sont très variés (SE2 avec inversion de configuration. C’est une réaction qui permet d’échanger l’halogène d’un halogénure. Par contre. Tl(OCOCF3)3 sur un aromatique dans l’acide trifluoroacétique.2.4). En présence de KI. elle est dans certains cas. tandis que les organomagnésiens bromés ou iodés réagissent avec le chlore pour former principalement. les iodures d’aryles résultent de cette réaction.225 Les fluorures d’alkyles peuvent être préparés à partir d’organomagnésiens ou d’organolithiens (alkyles. mais par action du trifluorure de bore.2) et SEi (§ 8. KF. ArTlF2.2.224 8. ne fournit que les difluorures d’arylthallium(III). les fluorures d’aryles sont formés (schéma 8. les organomagnésiens chlorés ou bromés réagissent avec l’iode pour former des iodoalcanes. R2Hg + HCl RHgCl + RH Schéma 8. Mg I2 RBr RMgBr Cl2 RI + MgBrI RBr + MgCl2 Schéma 8.226).226 Tl(OCOCF3)2 KI I . Par exemple. BF3. Les iodures et fluorures d’aryles sont aussi obtenus à partir de bis(trifluoroacétates) d’arylthallium ArTl(OCOCF3)2 composés qui résultent de l’action du trifluoroacéte de thallium(III). et respectivement. comme pour R2Hg lequel peut ne former qu’une seule molécule d’alcane (schéma 8. HCl. des bromures et iodures d’alkyles (schéma 8. Tl(III)(OCOCF3)3 CF3COOH TlF2 KF F BF3 Schéma 8.2.408 Chimie organique Si l’hydrolyse peut être violente en particulier avec R2Zn et AlR3. difficile.

seulement les phénols sont formés. pour donner R-O-O-MgX. ou des alcools. Les réactions de substitution 409 La facile préparation des organométalliques des alcynes terminaux permet aussi.229). et avec de mauvais rendements.2.228 On peut remarquer que cette réaction associée à celle de l’hydroboration des alcènes représente une méthode permettant l’addition des halogénures d’hydrogène selon un mécanisme anti-Markovnikov (§ 9.227).8. selon les conditions (schéma 8. par cette réaction avec les halogènes. fournissent des hydroperoxydes. MeOH R2 C H R1 3 R2 C C H BH 3 H H C H H C H Br addition anti-Markovnikov de HBr sur l'alcène Schéma 8. O2 R-O-O-MgX H RMgX 2 R-O-MgX H 2 R-OH alcool RMgX R-O-OH hydroperoxyde Schéma 8.227 R C C H R C C MgX R C C Br Les trialkylboranes réagissent avec l’iode ou le brome. R-OOH. ils conduisent respectivement aux iodures et bromures d’alkyles correspondants (schéma 8.6). comme électrophile. R'MgX .1 et 9. qui.10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques Les organomagnésiens RMgX réagissent avec l’oxygène.MgXBr Schéma 8. . en milieu acide.228).229 Si R est aryle. R-OH. 8. de remplacer leurs hydrogènes terminaux par un halogène (schéma 8.R'H Br2 . mais en présence de méthylate de sodium dans le méthanol ou du chlorure ferrique. R1 R2 C H R1 B 3 Br2 NaOMe.

pour conduire à un phénol (schéma 8.231 8. (RO)3B. La réaction se reproduit une seconde fois à haute température. primaire ou secondaire. RMgX RH + RN(MgX)2 R-NH2 + R'MgX R1 R2 NH + R'MgX R'H + RNHMgX R1 R'H + R2 Schéma 8. Cette réaction effectuée avec l’iodure de méthylmagnésium.10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques À température ordinaire. suite à une hydroboration (mécanisme § 9. migre avec rétention de sa configuration. qui réagit avec le peroxyde d’hydrogène. Les trialkylboranes. sans affecter les fonctions aldéhyde.410 H2O2 H Chimie organique ArMgX B(OMe)3 ArB(OMe)2 Schéma 8. une seule réaction a lieu (schéma 8.231).232). Le mécanisme de cette réaction fait intervenir un réarrangement qui se reproduit trois fois. halogénure et les doubles ou triples liaisons contenues dans R (schéma 8. Le groupe R. ArB(OMe)2.230). C’est une méthode de formation des alcools à partir des alcènes. pour libérer une molécule d’alcane.6). cette réaction était utilisée pour la détermination de la nature de l’amine. B(OMe)3. R3B.232 N-MgX . en fonction du volume de méthane dégagé (détermination des hydrogènes actifs par la méthode de Zerewitinoff). les organomagnésiens réagissent sur les amines primaires aliphatiques. Au siècle dernier. Na + H 2O R O O H R B R O H O Schéma 8. cétone. en milieu acide. s’il est asymétrique. ce qui conduit à un aryldiméthylborate. R H2O2 R B NaOH R R O B O R ester de l'acide borique R O 3 NaOH 3 R-OH + BO3Na3 H2O2 + NaOH R R B R O O H R R B R H-O-O . Avec les amines secondaires.2. libère du méthane.230 Ar-OH Il est préférable de faire réagir l’organomagnésien avec le triméthylborate. réagissent avec le peroxyde d’hydrogène dans la soude pour former des esters de l’acide borique. nitrile. CH3MgI.

une amine secondaire est produite (schéma 8. Dans la mesure où les . Quand une O-méthylhydroxylamine N-monosubstituée est le réactif.234). RNH2 (schéma 8.236). molybdène. 2 RMgX + CH3-O-NH2 X = Cl ou Br RNHMgCl + RH + Mg(OCH3)Cl H . mais il faut y ajouter du méthyllithium.235).233 H . ou titane. en présence d’O-méthylhydroxylamine. suivie de l’hydrolyse du composé lithié intermédiaire (schéma 8.233). H2O RNH2 + MgCl(OH) R-Li + CH3ONHR' CH3ONR'Li + RH RLi CH3OLi + R' NLi R Schéma 8. peut former une amine par réaction avec un aryllithium.8. en présence de catalyseurs métalliques dérivés de chrome. ArLi + N2 1) cat. RLi + TsN3 RN3 + LiTs réduction RNH2 Schéma 8.18) (schéma 8. facilement réduits en amines primaires par AlLiH4 ou l’hydrogène en présence de Pd/C (§ 13. Les organolithiens réagissent aussi avec ce réactif.234 L’azote. des azides RN3. et effectuer la réaction à –78 °C. Les réactions de substitution 411 Une méthode intéressante permettant de préparer des amines primaires pures est la réaction d’un organomagnésien chloré ou bromé (mais pas iodé). H2O R' NH R Le tosylazide TsN3 forme avec les organolithiens RLi. 2) H2O ArNH2 + NH3 Schéma 8.235 Les chloramines réagissent sur les organomagnésiens et sur les organoboranes R3B pour former aussi des amines primaires.

R’3Al (AlCl3 + 3RMgX → R3Al + 3MgXCl). en particulier les triarylboranes. NaOCl (NH2Cl) Schéma 8. RSO2MgX sont produits par action de l’anhydride sulfureux sur une solution d’organo- . soit sur le borate de méthyle.237).6). soit sur l’étherate de trifluorure de bore.237 RSO2H Les acides sulfiniques. Cl Cl2 R-SO2Cl Schéma 8.1 et 9.236 Il faut rappeler que les organoboranes sont aussi préparés par action des organomagnésiens. par réaction avec un trialkylaluminium. ou à partir de borates d’alkyles. l’action du soufre sur les organomagnésiens conduit à ces composés (schéma 8. B(OR)3.412 Chimie organique organoboranes peuvent être préparés à partir des alcènes.10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques Bien qu’il ne s’agisse pas d’une méthode classique de préparation des thiols et des sulfures. RMgX + S R-S-MgX H RMgX R-S-R R-SH RMgX + SO2 RSO2MgX H . sous forme de complexe avec le magnésium. B(OMe)3.2. 3 RMgX + BF3. cette réaction est une méthode pour obtenir des amines par addition anti-Markovnikov de l’ammoniac sur les alcènes (§ 9. 8.(Et2O)2 3 RMgX + B(OMe)3 R3 B + 3MgFX + 2 Et2O R3B + 3 MgX(OMe) R3B + Al (OR')3 R3 B 2 RNH2 + RB(OH)2 R3Al + B(OR')3 3 alcène + BH3 R3 B NH3. RSO2H.

239 On peut ordonner les caractères ioniques des liaisons C-Métal en fonction de la nature de quelques métaux : Na > Li > Mg > Al > Zn > Cd > Hg. RSO-OR’. Ce rappel est nécessaire pour comprendre la transmétallation par un métal qui peut s’exprimer par l’équilibre suivant (schéma 8. c’est la transmétallation entre deux composés organométalliques. R-SO-R’ (schéma 8. Les disulfures. . (parfois. fournit un chlorure de sulfonyle. R'-S-S-R' RMgX SO2Cl2 R-S-R' R-SO2Cl R'SO2R" R-SO-R" Schéma 8. forment des sulfoxydes. Mg.240 Pour orienter l’équilibre vers la droite le métal M’ doit avoir un caractère électronégatif plus faible que M. Dans la transmétallation par un sel métallique.10f – Transmétallations Les transmétallations dans les composés organométalliques consistent à remplacer le métal de ces composés par un autre.238 8. traités par un organomagnésien fournissent des sulfures R-S-R. SO2Cl2. L’action d’un acide libère l’acide sulfinique. Cd. entre autres. Sn. mais il en existe fort peu d’exemples.240) : RM + M' RM' + M R2Hg + Li 2 RLi + Hg Schéma 8. Ga. RSO2X. Les réactions de substitution 413 magnésien à froid. Cette transmétallation peut faire intervenir un métal plus réactif que celui du composé de départ ou un halogénure métallique. les composés alkylsodium et alkylpotassium sont des sels. RSO2Cl. Li. Une troisième possibilité existe. Al. (CH2=CH)4Sn + 4 PhLi 4 CH2=CHLi + Ph4Sn Schéma 8. Celle d’un halogène conduit à son halogénure.238). Te. le plus souvent R2Hg est l’organométallique utilisé pour ces réactions (préparé par action d’organomagnésien sur le chlorure mercurique HgCl2). Zn. le métal du sel doit avoir une électronégativité plus élevée que celle du métal du composé organométallique de départ.239. on dit électropositifs) et plus la différence d’électronégativité avec le carbone est élevée. Ainsi. l’un d’eux est donné dans le schéma 8. Tous les métaux sont moins électronégatifs que le carbone. R-S-S-R. Les esters d’acides sulfiniques. plus le caractère ionique augmente et plus la réactivité du composé organométallique est élevée (RLi plus réactif que R2Hg). K . et le chlorure de sulfuryle.2. et le métal peut être Na.8. Ainsi. Be.

On distingue quatre mécanismes principaux qui sont SNAr. Avec quelques métalloïdes comme l’arsenic. Pt.243) est le plus fréquent. Pb.414 Chimie organique RM + 2RMgX + M'X HgCl2 RM' R2Hg + MX + 2 MgXCl 4 RMgX + 2 PbCl2 4RLi + 2 PbCl2 4 RMgX + SnCl4 R4Pb + Pb + 2MgX2 + 2 Mg Cl2 R4Pb + Pb + 4 LiCl R4Sn + 4 MgXCl (CH2=CH)4Sn + 4 MgClBr 4CH2=CHMgBr + SnCl4 Schéma 8.241 Le plus souvent RM est un organomagnésien ou un organolithien. ou que les réactifs nucléophiles utilisés soient suffisamment puissants.242). et via un benzyne. 3 RMgX + As Br3 3 RMgI 3 RMgX + SbCl3 + BiCl3 R3As + 3 MgBrX R3Sb + 3 ClMgI R3Bi + 3 MgClX Schéma 8. dans la plupart des cas. D’autres exemples sont donnés dans le schéma 8. ces réactions de transmétallations sont possibles (schéma 8. 8.236.241. l’antimoine et le bismuth. . SN1. décrits ci-après.242 8. Il s’effectue en deux étapes et n’a lieu. deux équivalents ou plus de l’organométallique sont mis en réaction avec un équivalent de sel. Cd. Zn. On peut y ajouter celles avec le bore. Al. comme dans la préparation des organoboranes du schéma 8. le plus souvent. Par exemple. Sn. Co. qu’avec des cycles aromatiques activés par des substituants électroattracteurs qui diminuent la densité électronique des carbones du cycle. Parfois. et le sel un halogénure de Be. la réaction peut conduire à la formation de métal(0) à côté du composé organométallique. l’action d’un alkyllithium sur le chlorure de plomb(II) conduit à R4Pb(IV) à côté de Pb(0).3 Substitutions nucléophiles aromatiques Les mécanismes présentés pour les substitutions nucléophiles aliphatiques sont le plus souvent impossibles lorsque le carbone concerné appartient à un cycle aromatique non substitué. Ces réactions nécessitent. surtout s’ils sont en positions ortho ou para par rapport au groupe partant. Dans certains cas. ou de Au. que le cycle aromatique soit substitué par des groupes électroattracteurs -I ou -M. SRN1. Hg.1 – Mécanisme SNAr Ce mécanisme de substitution nucléophile aromatique (schéma 8.3.

MeOH MeO NO2 X O 2N NO2 HN X O2N H N NO2 O2N N . Le carbanion qui en résulte est mésomère et dans certains cas peut être isolé sous forme de sel (sel de Meisenheimer-Jackson). Les réactions de substitution 415 La première étape consiste en l’addition du nucléophile sur le carbone du cycle qui est lié au groupe partant Y. Cl. des groupes électro attracteurs. toutefois. réaction très rapide) NO2 Schéma 8. plus il est électronégatif.244 : ONa SO3Na 2NaOH + SO3Na2 CN NaCN + SO3Na2 N O OMe O2N NO2 EtO H NO2 NO2 sel isolable (Meisenheimer-Jackson) MeO O2N OEt NO2 OEt O2N NO2 R N NaOH . Toutefois. Br ou I (avec F. Y Z' Nu lent Z Z Z Z Y Nu Z' Y Nu Z' Y Nu Z' Nu -Y rapide Z Z' (Z et Z' représentent dans la plupart des cas.NaN(R)2 N O R ONa + H+ .244 NO2 . selon la nature de Y. plus l’attaque du nucléophile est rapide.8.qui conduit au produit de substitution. HX NO2 NO2 X = F. La seconde étape est le retrait rapide du groupe partant Y. Sa formation est lente. avec ordre 1 pour le substrat et pour le nucléophile. La cinétique de ce type de réaction est d’ordre 2. la nature du groupe partant n’a qu’un effet assez faible sur la vitesse globale de la réaction.243 Quelques exemples de ce type de réaction sont présentés dans le schéma 8. Dans ce mécanisme. ils peuvent être parfois des hydrogènes) Schéma 8.

très rapide.245 8. Schéma 8. Il s’effectue en deux étapes. Formation du sel de diazonium à partir de l'aniline Ph-NH2 + HNO2 H X Ph-N=N . le caractère électroattracteurs -M de la liaison C=N du cycle favorise la réaction (en ortho ou para).246 .246). est la formation d’un carbocation aryle (ou ion arènium). Cl Cl ∆ + N2 note: le terme ion arènium est général et s'applique aussi si le cycle est substitué (formé à partir d'arylamine). La seconde.Cl N N N OMe Schéma 8. N réaction lente + Nu (X ) réaction rapide X N X ion arènium + Nu (X N N ) Exemples: N N . est l’attaque du nucléophile sur le carbocation aryle (schéma 8. MeO Cl Cl OMe . La première.416 Chimie organique Des réactions équivalentes peuvent être effectuées avec des dérivés pyridiniques (schéma 8.245). La réaction est du premier ordre. lente et équilibrée. SO4H H2O OH + Cl N2 + H2SO4 N N .3.2 – Mécanisme SN1 aromatique Ce mécanisme est spécifique des sels de benzodiazonium et de ses dérivés et exceptionnellement des triflates d’aryles encombrés en positions ortho par des groupes volumineux comme le groupe t-butyle. X + H 2O N 1) X Mécanisme SN1 aromatique 2) N . très réactif. Dans ce cas. à côté d’une molécule d’azote.

Un groupe +I comme méthyle a un effet identique. un électron étant fourni par un composé donneur d’électrons (par exemple. par des techniques électrochimiques. Ce radical-anion se décompose en radical aryle et ion iodure (schéma 8.248). ArI électron donneur ArI Ar + I Ar + Nu + ArI ArNu ArNu ArNu + ArI ArI Ar + I Nu Schéma 8. à côté d’un nouvel ion-radical iodoaryle qui peut reproduire la même réaction en chaîne jusqu’à disparition des réactifs. soit par irradiation UV (photochimie). Une stabilisation de l’ion diazonium correspondant est sans doute possible. contrairement à ce qui pourrait être attendu.dans l’ammoniac liquide sous irradiation UV. débute par la formation d’un radical-anion. soit par chauffage.8.248 Le radical aryle. soit. en présence d’un nucléophile (par exemple. produit un nouveau radical-anion aminoaryle. et d’autre . particulièrement étudié sur des iodures aromatiques. 8. une amine aromatique. Ces réactions sont initiées.3 – Mécanisme SRN1 Ce mécanisme radicalaire en chaîne.247). Ce dernier réagit alors avec une nouvelle molécule d’iodure d’aryle pour conduire au résultat de la substitution. Me O N N Me O N N Schéma 8. Deux exemples de ce type de réaction sont. lorsque le nucléophile est l’ion amidure. la formation de diarylsulfures Ar2S par action de ArS. l’ion amidure). enfin. d’une part.3. En position méta la réaction est accélérée par ces mêmes groupes (pas de résonance ou d’hyperconjugaison). le potassium en présence d’ammoniac liquide). Les réactions de substitution 417 La présence en position para de groupes à effet +M comme OMe rend la réaction plus difficile en raison de la stabilisation par effet mésomère de l’ion diazonium correspondant (schéma 8.247 La présence d’un groupe COOH (effet -M) en position para ne favorise pas cette réaction. comme l’affirment certains auteurs. mais par hyperconjugaison.

les deux électrons π supplémentaires par rapport au benzène n’affectent pas le caractère aromatique car ils n’interviennent pas dans la délocalisation. Le benzyne ou 1.249).249 Ar NH2 + diéthylphosphate d'aryle Ce mécanisme accompagne parfois le mécanisme « benzynique » présenté dans le paragraphe suivant. Ce mécanisme suppose qu’il n’existe pas deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno. la préparation d’amines aromatiques à partir de diéthylphosphates d’aryles par action d’amidure de potassium. les arynes Lorsque des groupes substituants électroaccepteurs sont présents pour permettre la substitution d’un groupe halogéno sur un cycle aromatique. Les études physicochimiques montrent que cette triple liaison n’a pas les caractéristiques des triples liaisons des alcynes. la substitution du groupe halogéno par un réactif nucléophile devient très difficile et nécessite des bases fortes et des conditions expérimentales vigoureuses (hautes pressions. En effet il existe une délocalisation électronique qui fournit une forme limite correspondant à un triène cumulé (schéma 8. forme la plus contributive.3. Par contre. Le mécanisme de la substitution est alors très différent de SNAr car il s’effectue via un benzyne ou ses dérivés. Cette liaison « triple » du benzyne est une liaison plus faible qu’une double liaison dans le benzène car les recouvrements des orbitales « p » dans le plan du cycle sont rendus difficiles. Dans ce mécanisme. Toutefois. les arynes.250). . ArI + ArS hν NH3 liquide Ar-S-Ar + I O OEt O P OEt Ar O OEt O P OEt KNH2 ou K dans NH3 liquide Schéma 8.2-déhydrobenzène est un benzène dont une double liaison est remplacée par une triple liaison. le mécanisme classique est SNAr.4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés. hautes températures). 8.418 Chimie organique part. ou de potassium dans l’ammoniac liquide (schéma 8. s’il n’existe aucun groupe d’activation sur l’halogénure aromatique. l’ordre décroissant de réactivité du groupe halogéno est : Br > I > Cl > F.

Les arynes sont très réactifs envers les réactifs nucléophiles (et aussi dans certains cas avec des réactifs électrophiles).40A H O O H H H H H 1.2 CO O 77K.251 Lorsque le 1-14C-chorobenzène est traité par l’amidure de potassium. dans l’ammoniac liquide.H+ O H+ HO 1-naphtol Schéma 8. Il a pu être isolé à 8 K. Ils peuvent aussi se dimériser en biphénylène (schéma 8. et suite à l’élimination de deux molécules d’oxyde de carbone.252). Les réactions de substitution 419 H H H O 1.2-dione H O benzyne furane OH . + biphénylène Schéma 8.42A 1.250 Le benzyne est très réactif (il a pu être piègé par des réactions de type Diels-Alder (§ 9. un mécanisme a été proposé : il débute par une élimina- . comme dans l’exemple présenté avec le furane et il a pu être observé lors de la photolyse de la benzocyclobutènedione à 77 K (– 196 °C) dans de l’argon congelé dont le point de fusion est de 84 K.10).43A H benzocyclobutène-1.251). deux anilines sont produites : 1-14C-aniline et 2-14C-aniline (schéma 8. Pour expliquer un tel résultat.8. s’il n’existe pas dans le milieu un réactif avec lequel il pourrait réagir.hν benzyne 1.24A O recouvrement difficile des orbitales "p" H H H H H H O .

Ce résultat s’explique par l’effet électronique du substituant dans l’aryne intermédiaire correspondant qui oriente l’addition du nucléophile (ce cas particulier de substitution qui ne s’effectue pas sur le carbone du groupe substitué mais sur un autre du cycle s’appelle ciné substitution).253). S’il existe un substituant en position ortho par rapport au groupe halogéno. la substitution peut conduire parfois à un dérivé substitué en méta. suivie d’une addition du nucléophile sur la triple liaison du benzyne ce qui peut se réaliser de deux manières différentes A ou B et explique le résultat obtenu avec le 1-14C-chlorobenzène. L’o-bromoanisole est transformé en m-aminoanisole (schéma 8.252 Le chlorobenzène chauffé à 340 °C en présence de soude conduit au phénol après acidification du phénate. NH3 liquide puis H+ Cl 14 14 14 C C NH2 + 14 C H NH2 C H NH2 ONa Cl 14 C + NH3 . sa position est fonction de la nature électronique de ce substituant.253 La présence d’un groupe substituant en position méta par rapport au groupe halogéno permet de former deux benzynes. La position relative d’un substituant par rapport au groupe partant (halogéno) sur le cycle et l’effet électronique qu’il exerce oriente la formation de la triple liaison du benzyne et l’addition du nucléophile. Celui qui est prépondérant.420 Chimie organique tion de HCl produisant un benzyne. est celui qui correspond au retrait de l’hydrogène le plus acide. OCH3 Br o-bromoanisole KNH2 OCH3 OCH3 NH3 NH2 m-aminoanisole Schéma 8. H2O 340°C H A) 14 14 C NH2 1-14C-aniline C NH3 B) et 14 C H 2-14C-aniline OH phénol NH2 Schéma 8. Un substituant électroattracteur favorise le retrait du proton en position ortho par rapport à ce substituant et inversement pour un substituant électrodonneur (retrait de H en position para). voire unique. . Cl KNH2.Cl 14 C Cl NaOH.

Les réactions de substitution 421 Lorsque deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno sont présents.254). les p. c’est-à-dire. ou la plus éloignée d’un substituant électrodonneur (schéma 8. celui dont la charge est la plus proche d’un substituant électroattracteur. la réaction ne peut plus avoir lieu.254 Lorsqu’un substituant est en position para par rapport au groupe halogéno. le plus acide NO2 H Br H le moins acide NO2 KNH2 + NO2 H benzyne prépondérant H NO2 NO2 H NO2 H + ou NH3 H NH3 carbanion le plus stable NH2 NO2 NH3 NO2 NH2 H H H carbanion le moins stable H Schéma 8. deux composés sont formés.255).255 . à la fois.et m-aminotoluènes (schéma 8. C’est le cas du p-bromotoluène qui fournit.8. deux possibilités d’addition de NH3 sont possibles: celle qui conduit à la formation d’un carbanion intermédiaire le plus stable sera privilégiée. Sur le benzyne. par cette réaction. Me Me KNH2 Br p-bromotoluène Me NH3 NH2 p-aminotoluène Me NH2 m-aminotoluène Schéma 8.

et un mécanisme d’exception indiqué SE1. Lorsque la réaction a lieu sur le benzène et que le réactif électrophile est un ion positif le mécanisme de la substitution est donné dans le schéma 8. Cela nécessite l’utilisation d’un doublet d’électrons du sextet aromatique pour créer la liaison avec E. Le retour au caractère aromatique peut correspondre. Cette réaction est sous contrôle cinétique. C’est donc une réaction lente et qui fait intervenir un réactif électrophile fort. soit au départ d’un proton.1 – Mécanisme SeAr Les réactions de substitution électrophiles représentent la majorité des réactions effectuées sur les composés aromatiques benzèniques.4 Substitutions électrophiles aromatiques 8.422 Chimie organique 8. Ce n’est donc pas la stabilité thermodynamique de l’un des isomères qui oriente la réaction mais plutôt l’énergie d’activa- . l’orientation de l’attaque de E+ devient alors plus complexe et bien souvent plusieurs isomères sont obtenus avec prépondérance de l’un d’eux. H E lent H E H E H E H E ion arènium H E -H rapide E Schéma 8.4. Il existe un mécanisme général avec des variantes selon le réactif utilisé. C’est donc la première étape du mécanisme qui impose la vitesse à l’ensemble de la substitution qui est d’ordre 2. Cette seconde possibilité est la plus fréquente et conduit très rapidement à un benzène substitué par le groupe E. vitesse = k[Ar-H][E] Lorsque le benzène est déjà substitué par un groupe Z. soit à la perte de E+ (réaction équilibrée). ou au contraire.256 L’électrophile E+ attaque le cycle aromatique ce qui nécessite beaucoup d’énergie dans la mesure où le caractère aromatique du système disparaît pour laisser place à un carbocation.256. L’ion arènium est mésomère et résonne entre trois formules limites. celui-ci peut activer la substitution s’il est électrodonneur. groupe partant. la rendre difficile s’il est électroattracteur. Il est très réactif. appelé ion arènium ou entité intermédiaire de Wheland. Dans ce dernier cas. polycycliques ou hétérocycliques. indiqué SEAr.

257 : les ions arénium (ortho) et (para) sont mieux stabilisés que leur isomère (méta) en raison du nombre supérieur de leurs formes limites. Les réactions de substitution 423 tion nécessaire pour former les produits finaux.257 Pour les amines libres. est en rapport avec l’énergie d’activation nécessaire pour atteindre l’état de transition. la substitution par le brome du phénol) orientent généralement les substitutions sur le cycle en positions ortho et para. L’effet mésomère oriente la substitution. et plus cet ion fournira l’isomère prépondérant. L’oxydation de ces amines par l’acide nitrique nécessite le plus souvent de protéger l’amine en la transformant en acétamide. Z E ortho Z E H H Z E H Z E H Z E méta Z Z Z E H Z para E H Z Z E H Z E H E H E H E H Schéma 8. On peut représenter les trois ions arénium et leurs formes limites selon le schéma 8. A la plus faible énergie d’activation correspond l’isomère prépondérant. Plus cet ion est stable. NHCOR. selon un ordre d’effet décroissant. de NR2. l’amine est entièrement sous forme de sel et la substitution se fait alors plutôt en position méta comme pour le second groupe de substituants. ces groupes Z qui facilitent les substitutions électrophiles au point qu’il faut parfois diminuer la réactivité de l’électrophile pour éviter des réactions secondaires (par exemple. ce résultat n’est exact qu’en milieu faiblement acide. NH2. Dans le cas contraire. . OR. Ce procédé a aussi un effet désactivant du groupe NH2 : 90 % de p-nitroacétanilide est obtenu à côté de 2 % de l’isomère méta. La déprotection du groupe amino s’effectue par hydrolyse acide.8. avant la nitration. Il s’agit. par acétylation. En effet. OCOR. Le premier groupe de substituants Z a un caractère électrodonneur +M et un effet inducteur -I. en présence d’acide fort. OH. NHR. SR et les halogènes. Trois types de groupes liés au benzène peuvent être envisagés. Ar-NH-CO-Me. La stabilité de l’ion arénium intermédiaire. moins l’énergie d’activation est importante. il se forme d’abord Ar-NH-NO2 qui se réarrange pour donner le produit de substitution du cycle. Dans le cas de la nitration. qui est liée à la structure et au nombre de ses formes limites.

Les ions arénium dérivés de cycles substitués par des groupes alkyles ayant des hydrogènes portés par le carbone lié au cycle donnent lieu à un phénomène d’hyperconjugaison (schéma 8.258 E H E H Les groupes NH2Me+. NO2. CCl3 et rangés par ordre d’effet d’inactivation décroissant du système chimique vis-à-vis d’une substitution électrophile. Par ailleurs. COOH. CF3. CONH2. les ions arénium (ortho et para) sont plus stables que l’isomère (méta) dans la mesure où le carbocation est tertiaire pour les deux premiers cas. Le troisième groupe de substituants Z est constitué de groupes alkyles. Z E ortho Z E H H Z E H Z E méta Z Z Z E H E H Z Z E H Z = substituant à effet -M para Z E H Schéma 8.259). . NH3+ oriente de manière apparemment anormale en position para. seul. bien qu’à effet -I . orientent presque autant en positions méta et para avec une augmentation de l’orientation méta en rapport avec le nombre de groupes méthyles liés à l’azote. CN. Il s’agit de NR3+. l’ion arénium (méta) est relativement le moins déstabilisé par l’effet de Z (schéma 8. aryles et de COO-. NHMe2+ et NMe3+. et secondaire pour le troisième cas.424 Chimie organique Le second groupe de substitants Z possède un caractère -I et (ou) -M. Ces groupes orientent la substitution en position méta car parmi les trois ions arénium possibles. COOR. Tous ces groupes activent le cycle et orientent la substitution électrophile en positions ortho et para. Par contre.258). COR. CHO. SO3H.

260 .259 Les ions arénium dérivés de cycles substitués par un groupe aryle entrent en résonance avec ce groupe rendant ceux substitués en positions ortho et para plus stables (schéma 8.8. E E H E H ortho E E H méta E para H E H E Schéma 8. Les réactions de substitution 425 R H ortho hyperconjugaison C H E H carbocation tertiaire R H C H H E méta R C H pas d'hyperconjugaison carbocation secondaire E H R para hyperconjugaison H C H carbocation tertiaire H E Schéma 8.260).

après élimination d’un proton.261). ou bien subir une migration 1.2 et conduire de nouveau. l’anthracène ou le phénanthrène se font relativement plus facilement que sur le benzène.ne donne pas lieu à une résonance avec le cycle. Ce groupe. l’ion arénium réagit en position para pour former un composé trisubstitué dérivé de cyclohexadiène (schéma 8. l’attaque en position α du naphtalène est privilégiée par rapport à l’attaque en position β en raison du plus grand nombre de formes limites entre lesquelles résonne l’ion arénium correspondant (schéma 8. L’ion arénium qui en résulte peut perdre Z+ avec formation de nitrobenzène dans le cas d’une nitration. Enfin. bien qu’il ait luimême un caractère mésomère. Pour certaines réactions comme la nitration.2 du groupe E suivie de l’élimination d’un proton ce qui conduit à un dérivé disubstitué ortho (équivalent d’une attaque directe en position ortho).426 Chimie organique Le groupe COO. Les substitutions électrophiles sur les hydrocarbures polycycliques aromatiques comme le naphtalène. ou bien encore le groupe Z peut effectuer la migration 1. NO2 α α β NO3H β SO4H2 NO2 NO3H Ac2O anthracène β β α et NO 2 α naphtalène NO2 Schéma 8. est électrodonneur ce qui explique l’orientation ortho et para. l’attaque de l’électrophile peut être orientée vers le carbone substitué par Z.262).2 H Z -H E Z H H Nu dérivé de cyclohexadiène Schéma 8. Z E E attaque "ipso" Z H E -H Z E -Z Z E H Nu Z E H E migration 1. Pour des raisons similaires à celles qui ont été données pour le benzène. à un dérivé ortho disubstitué. il s’agit alors d’une attaque en position « ipso ».262 .261 Il est possible que certaines des substitutions ortho indiquées dans les cas classiques soient en fait des attaques « ipso » avec migrations 1. si un nucléophile est présent.2. comme tous les groupes mésomères chargés négativement.

ou les sels de nitronium (par exemple NO2+. le groupe C=N cyclique a un effet -M et. dans ce cas.1a – Nitration Dans les réactions de nitration. entre autres. l’ion nitronium NO2+ est le réactif électrophile. la position 2 ou α est la plus souvent attaquée en raison de sa plus forte densité électronique qui résulte de l’effet de l’hétéroélément.BF4-). Les réactions de substitution 427 La présence d’un hétéroélément dans les hétérocycles comme la pyridine. . l’azote est protoné par les acides ce qui diminue la densité électronique des carbones en position α et rend les substitutions électrophiles difficiles. le rôle d’une base) (réactions A) ou de l’action de l’acide nitrique sur lui-même (réactions B) indiquées dans le schéma 8. A) HO-NO2 + H2SO4 H2O-NO2 H 3O H 3O + + + HSO4 HSO4 NO2 + + NO3 + NO2 + NO2 2 HSO4 H2O-NO2 + H2SO4 HNO3 + 2 H2SO4 B) HO-NO2 + HNO3 HNO3 H2O-NO2 H 3O H3O H NO2 + + H2O-NO2 + HNO3 H O N NO3 NO2 + 2 HNO3 + 2 NO3 O SO4H NO2 + SO4H2 (ou NO3H) (ou NO3 ) Schéma 8.263. Pour le pyrrole et le thiophène. de plus.263 Dans certains cas. Il peut résulter de l’action de l’acide sulfurique concentré sur l’acide nitrique (ayant.8.4. D’autres sources d’ions nitronium sont utilisées comme les esters d’acide nitrique ou nitrates RONO2 qui acceptent la présence d’acides de Lewis. on peut utiliser l’acide nitrique dans l’eau. Dans le cas de la pyridine. 8. Des exemples sont donnés dans le cas de la nitration (schéma 8 265). La dissociation du pentoxyde d’azote N2O5 fournit aussi l’ion nitronium à côté de l’anion nitrate. mais avec une très faible production d’ions nitronium NO2+. toutefois suffisante pour que la réaction ait lieu.et NO2+. le pyrrole ou le thiophène oriente l’attaque des réactifs électrophiles.CF3SO3. l’anhydride acétique ou l’acide acétique.

La réaction peut avoir lieu avec l’acide sulfurique. Ac2O Schéma 8.264 Il est intéressant de remarquer ici que NO+ est nettement moins actif que NO2+. l’anhydride sulfurique. Le premier produit formé est le 2-nitrofurane.4.265 8. .AcOH O NO2 AcONO2 O furane H O NO2 NO3H.5% S thiophène N pyridine NO3H SO4H2 S NO2 Ac2O N H NO2 + O2N N H AcO NO2 B H AcO O H NO2 pyridine . ClSO3H. la nitration par l’acétylnitrate en présence d’acide nitrique et d’anhydride acétique. Dans tous les cas.265). La pyridine nécessite des conditions nettement plus vigoureuses. En effet l’acide nitrique réagit sur l’acide nitreux présent en faible quantité pour former des ions nitrosonium (moins actifs que les ions nitrosium. Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique en para-nitrophénol.428 Chimie organique Il est intéressant de remarquer que la facile nitration du phénol dans l’acide nitrique dilué n’est pas le résultat d’une concentration anormale en ions nitronium mais est due dans ces conditions à la présence de l’ion nitrosonium NO+.264). l’acide chlorosulfurique.HNO3 NO NO H 3O + OH O HNO3 NO2 2 NO3 + NO OH Schéma 8.1b – Sulfonation La sulfonation de composés aromatiques conduit à des acides arylsulfoniques ArSO3H. le thiophène est nitré dans les mêmes conditions que le benzène. NO3H SO4H2 370°C NO3H N H pyrrole NO2 + N 6% NO2 N 0. l’oléum (SO4H2 + SO3 en excès). Le pyrrole est nitré très facilement (schéma 8. Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique du milieu en para-nitrophénol (schéma 8. HNO2 OH NO H + 2HNO3 OH NO3 . n’est pas de type aromatique . Pour les composés hétérocycliques. le furane se comporte comme un diène conjugué. Dans le cas du furane. absents dans ces conditions). qui conduisent au para-nitrosophénol. SO3.

267 : H + SO3 H SO3 SO3 + H SO3H Schéma 8. Cette propriété des acides arylsufoniques est utilisée pour orienter certaines réactions sur le cycle par influence du groupe SO3H (présent) à effet -M. . La sulfonation du benzène par l’acide sulfurique fournit aussi des traces de sulfone.268 La sulfonation est une réaction réversible. élément très électronégatif. C6H5-SO2-C6H5. C’est l’électrophile le plus actif de ceux possibles dans cette réaction.266 L’anhydrique sulfurique est un bon électrophile car le soufre est soumis à l’action de trois atomes d’oxygène. Les réactions de substitution 429 l’électrophile est SO3 sauf pour ClSO3H mais il est vraisemblable que selon les conditions expérimentales de la réaction.8. L’utilisation de l’acide chlorosulfurique ClSO3H conduit à un chlorure de sulfonyle qui. aryléthers. qui résultent de l’action d’une molécule d’acide sulfurique sur deux molécules de benzène. phénols. Les divers électrophiles sont issus des équilibres suivants.267 La sulfonation a lieu avec des dérivés du benzène : arylamines et arylamides. Ce groupe est ensuite extrait. cétones aromatiques. d’autres électrophiles peuvent intervenir comme H2SO4 (solution concentrée à 80-85 %). schéma 8. et H2S2O7 ou H2SO4 + SO3 pour des concentrations supérieures à 85 %.266 : 2 H2SO4 SO3 + H2SO4 3 H2SO4 SO3 + H3O + HSO4 H2SO4(SO3) ou H2S2O7 SO3H + H3O + 2 HSO4 Schéma 8.268). schéma 8. SO2Cl + ClSO3H H2O SO3H + HCl Schéma 8. dérivés aromatiques nitrés. L’action de la vapeur d’eau ou de l’acide chlorhydrique remplace SO3H par H. Le mécanisme principal proposé pour la sulfonation est le suivant. est transformé en acide sulfonique (schéma 8. acides arylcarboxyliques et sulfoniques. s’il est mis en présence d’eau.

ainsi que les restes d’acide sulfurique. Par lavage à l’eau du benzène ainsi traité. SO3 + N N SO3 N SO3 Z Z = O ou NH SO4H2 S 30°C S Z SO3 . Le benzène ne réagit qu’à 80 °C. 150°C SO3H Schéma 8. Cette dernière réaction est très utilisée pour « déthiophéner » le benzène extrait du goudron de houille qui contient des traces de cet hétérocycle. le toluène est d’abord sulfoné par l’acide sulfurique. Par contre le thiophène réagit à 30 °C avec l’acide sulfurique à 95 %.270). dans la préparation de l’orthochlorotoluène. Me H2SO4 toluène Me Cl2-Fe Me Cl HCl. H N H Z SO3H + N H SO3H acide 2-thiophènesulfonique composé soluble dans l'eau oléum + HgSO4 220°C oléum. Le produit obtenu. permet la désulfonation qui conduit au produit attendu. 320°C N oléum. soumis à l’action de l’acide chlorhydrique à 150 °C.269 Me Cl SO3H ortho-chlorotoluène La sulfonation des hétérocycles pyrrole et furane nécessite l’emploi de l’anhydride sulfurique dans la pyridine afin d’éviter des réactions de polymérisation qui résultent de l’emploi de H2SO4. On traite ce benzène impur par l’acide sulfurique à 30 °C ce qui ne forme à cette température que l’acide 2-thiophènesulfonique. puis chloré en position ortho du groupe méthyle (orientation due principalement au groupe SO3H) par le chlore en présence de fer.270 . cet acide sulfonique est extrait.430 Chimie organique Par exemple (schéma 8.269). soluble dans l’eau (schéma 8. Le benzène est ensuite distillé. 360°C SO3H N SO3H acide pyridine-3-sulfonique N acide pyridine-4-sulfonique Schéma 8.

permet de diminuer la température à 220 °C (sulfonation en position 3). C’est une réaction de substitution nucléophile aromatique (schéma 8. FeBr3 + HBr Schéma 8. Les réactions de substitution 431 La pyridine est difficilement sulfonée en position 3 par l’oléum à 320 °C.271). Le fluorobenzène résulte de la réaction de Schiemann par chauffage de fluoroborate de phényldiazonium.272 décrit l’activation du brome par le bromure ferrique et la réaction avec le benzène. N N F BF3 Schéma 8.Le benzène Br Br2. Cet acide de Lewis est le chlorure ou le bromure ferrique (schéma 8. On utilise aussi le chlorure d’aluminium (chloration) et l’acétate de thallium (III). La présence de sulfate mercureux.1c – Halogénation . Parfois on ajoute seulement de la poudre de fer ce qui forme l’acide de Lewis in situ.273).8. Br Br + FeBr3 Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 + Br FeBr3 Br Br + HBr + FeBr3 Schéma 8. comme catalyseur.4.272 La fluoration du benzène ne nécessite pas d’acide de Lewis: elle est explosive.273 F + N2 + BF3 . Le schéma 8. et en position 4 à 360 °C. 8.271 L’halogénation du benzène par le brome ou le chlore s’effectue en présence d’un acide de Lewis qui permet d’augmenter le caractère électrophile des halogènes.

ArNHCOR). qui permet la formation d’un intermédiaire. L’iodation du benzène est difficile et nécessite la présence d’un oxydant comme l’acide peroxyacétique. Pour le phénol. Le chlore est plus réactif que le brome. meilleur électrophile que l’iode. Les iodobenzènes réagissent le plus facilement. L’unique monohalogénation des amines est mieux contrôlée en utilisant une amine acylée (un anilide. XeF2. Une solution diluée de brome ou de chlore dans l’eau est suffisante pour halogéner les amines aromatiques ou les phénols à 25 °C. et le naphtalène OH Br2 Br OH puis Br Schéma 8.432 Chimie organique Il est toutefois possible de fluorer le benzène ou certains de ses dérivés en utilisant divers agents fluorants tels que le fluorure de xénon. entre autres. ou de groupes alkyles à effet +I pour les polyalkylbenzènes facilite la réaction d’halogénation. les polyalkylbenzènes.275). les halobenzènes peuvent être déshalogénés. Il est vraisemblable que le mécanisme est l’inverse de celui de la formation des halogénobenzènes. La réaction est tellement facile qu’une double (ortho et para). Le mécanisme de la bromation des phénols débute par la polarisation de la molécule d’halogène par le phénol lui-même (schéma 8. CH3CO3H. les carbones α. et la présence d’acide de Lewis n’est plus nécessaire pour la chloration et la bromation.Les arylamines. En présence d’un acide de Lewis comme AlX3. . Ceci s’applique aussi au naphtalène qui possède des sites à forte densité électronique.274 OH Br puis Br OH Br Br La présence de groupes +M substituant le cycle pour les arylamines et les phénols. Cette réaction peut servir de test à la présence de ces composés aromatiques. mais avec des résultats très variables. CH3COOF (CH3COONa + F2). l’hypofluorite d’acétyle. métha. les phénols. La réaction ne s’applique pas au fluorobenzène. voire une triple halogénation (ortho. para) est possible. La déprotection du groupe amino du composé final halogéné nécessite une hydrolyse. ou HIO3. tel que CH3COOI avec l’acide peroxyacétique ou I3+ avec HIO3. . la bromation en positions ortho doit être réalisée à basse température (– 78 °C en présence d’une base qui peut être la t-butylamine ou la triéthylènediamine).

8. On peut citer parmi les plus classiques.Les hétérocycles aromatiques Le furane est chloré en position α par le chlore à –40 °C. Le thiophène est bromé en position 2 par le bromosuccinimide ou par le brome en présence de HBr à –25 °C.276 Br O N H Cl . Le pyrrole est chloré en position 2 par le N-chlorosuccinimide (schéma 8.275 La chloration et la bromation des monoamines aromatiques et des phénols s’effectuent uniquement en position para. Différents agents halogénants peuvent être utilisés à la place des halogènes selon le composé à halogéner. . comme le font les N-chloro et N-bromosuccinimides. les acides hypochloreux et hypobromeux (HOCl. suivant une substitution radicalaire.276).25°C O NCl Br2. et bromé à –5 °C seulement en position 2 dans le dioxane.HBr H O Br H +δ Br −δ Br Br H Br Br Br Schéma 8. . HOBr) en présence d’un acide fort qui libèrent Cl+ ou Br+. Les réactions de substitution 433 H O H O H O H O H O H O . O NBr Cl2 O .40°C Br2 -5°C O Br O Cl S O ou S Br2 + HBr. oléum 130°C N N Br N H Schéma 8. L’halogénation des polyalkylbenzènes nécessite que la réaction soit effectuée à l’obscurité sinon elle est orientée vers les groupes alkyles.BrH H O Br2 .HBr Br H O Br Br2 Br .

HCl 1. .277).1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts . Une réaction intramoléculaire est aussi possible avec Ph-(CH2)4Cl (schéma 8. Il n’est toutefois pas exclu que le carbocation RCH2+ se forme aussi. Le chlore et le brome ne réagissent seuls qu’à partir de 200 °C pour donner un mélange de 3-halogéno et 3.2. comme dans le cas des halogénoalcanes secondaires et tertiaires (schéma 8.4. a permis d’alkyler les cycles aromatiques en faisant réagir un halogénoalcane en présence d’un acide de Lewis (schéma 8. C’est une réaction importante qui a reçu de nombreux développements.279). 8.5-dihalogénopyridines. découverte en 1877. La coordination de ces acides de Lewis avec certaines fonctions comme OH. OR et NH2 rend difficile cette réaction pour les composés aromatiques substitués par ces groupes. du dérivé aromatique à alkyler. CH2 CH2 CH2 CH2Cl (4-chloro-butyl)-benzène AlCl3 . et d’une manière plus générale. les phénols réagissent.278 L’acide de Lewis le plus utilisé est AlCl3. avec BCl3 comme catalyseur pour obtenir Ph-CH2-CH2-CH2Cl. BF3. SbCl3. Le choix est fonction de la réactivité de l’halogénoalcane.277 + HX La réaction de Friedel et Crafts.Alkylation R + RX Acide de Lewis Schéma 8. D’autres composés peuvent le remplacer comme ceux indiqués ci-après rangés en fonction de leur activité : AlBr3 > AlCl3 > FeCl3 > SbCl5 > ZrCl4. L’alkylation par des halogénoalcanes primaires débute par une coordination avec l’acide de Lewis ce qui rend le groupe alkyle partiellement positif et permet une attaque électrophile du cycle aromatique.4-tétrahydro-naphthalène Schéma 8. Par exception. La réactivité des halogénoalcanes augmente selon l’ordre RI > RBr > RCl > RF.434 Chimie organique La bromation de la pyridine en position 3 nécessite l’action du brome en présence d’oléum à 130 °C.278). SnCl4 > BCl3 . On peut aussi employer des dihalogénoalcanes comme FCH2-CH2-CH2Cl.3.

Ils réagissent soit en présence d’acide sulfurique. dans les deux cas. Il se forme.HCl ROAlCl2 Schéma 8.281 R + OAlCl2 Les alcènes sont d’excellents alkylants. un carbocation qui attaque ensuite le cycle aromatique (schéma 8.281). les carbocations alkyles correspondants sont formés. ainsi qu’un milieu acide (schéma 8. Des polyalkylations du composé aromatique sont très souvent observées. . La présence d’un acide de Lewis comme BF3. Les réactions de substitution 435 R-CH2-Cl + AlCl3 R-CH2-Cl AlCl3 H H CH2R R CH2 Cl AlCl3 Cl AlCl3 + HX + AlCl3 CH2R Schéma 8. est nécessaire.280 R1 + AlCl3 R2 AlCl4 + HCl + AlCl3 CH R2 R1 CH + AlCl4 CH AlCl4 R1 R2 Les alcools sont de meilleurs alkylants que les halogénoalcanes. ROH + AlCl3 . Ils attaquent ensuite le benzène selon un mécanisme semblable à celui de la nitration par NO2+.8.282). R1 CH Cl R2 H H R1 CH R2 Schéma 8.279 Dans le cas des halogénures secondaires ou tertiaires.280). Des réarrangements du carbocation sont possibles et plus particulièrement dans le cas des halogénoalcanes primaires et secondaires et il n’est pas rare qu’un halogénure de n-propyle conduise à un isopropylbenzène (schéma 8. soit en présence d’acide de Lewis.

Par contre. On peut noter. .436 Chimie organique +H H acide H + H de Lewis H H -H H 2 HC CH CH CH3 H acide de Lewis Schéma 8. RCOX.Acylation COR + RCOX Acide de Lewis Schéma 8.283 + HX L’acylation des substrats aromatiques selon la réaction d’acylation de Friedel et Crafts est la méthode de choix pour préparer des cétones aromatiques. D’autres alkylants susceptibles de former un carbocation peuvent être employés. avec de mauvais rendements. Le naphtalène est difficilement alkylé par cette réaction en raison de sa forte affinité pour les acides de Lewis. parmi d’autres. il est toujours nécessaire de mettre ce dernier en excès par rapport à l’halogénure d’acide ce qui n’est pas le cas pour l’alkylation (schéma 8. alkyle ou aryle. .1-diphényléthane. Le pyrrole. La pyridine ne peut être alkylée que par l’action des organolithiens ou des organomagnésiens. qui est employé avec R. La réactivité des halogénures d’acides est variable selon X avec I > Br > Cl > F.1-diphényléthane L’acétylène est le seul alcyne à pouvoir être utilisé dans ce type de réaction : une double réaction a lieu avec le benzène ce qui conduit à du 1.282 1. c’est un halogénure d’acide. Dans la plupart des cas.283). En raison de la possibilité de complexation du chlorure d’acide par l’acide de Lewis. le furane ne sont pas alkylés dans ces conditions. les thiols. les nitroalcanes et les sulfonates. le thiophène est alkylé par les halogénures d’alkyles.

il est rare d’observer un réarrangement. en raison du volume relativement important du groupe acyle qui crée une gêne stérique. O R C X + AlCl3 O R C + carbocation acylium X AlCl3 O R C X + AlCl3 O AlCl3 complexe R C X O A) R C H + AlCl3 O B) R C X H O R C X H X AlCl3 AlCl3 O R C H X .284. (Me)3C+.4.1n) permet d’obtenir le phénol acylé sur le cycle. RCO-O-COR’. acétamido. comme le nitrobenzène (A). qui attaque alors le substrat aromatique. Les acides de Lewis pour cette réaction sont les mêmes que ceux de l’alkylation. Dans le cas d’anhydrides mixtes. par décarbonylation. Les réactions de substitution 437 Il est rare que des polyacylations soient observées en raison de la désactivation du cycle par la première acylation. ou un halogène sont facilement acylés en position ortho. Lorsque les deux groupes ont des effets électroniques comparables. Si les volumes sont équivalents mais que l’un des . Les deux mécanismes sont présentés dans le schéma 8. ou un complexe polarisé constitué par le chlorure d’acide et l’acide de Lewis observé dans les solvants non polaires (B). le carbocation t-butyle. très stable. Par contre. deux possibilités d’acylation sont possibles. certains carbocations acylium peuvent se décarbonyler si les carbocations alkyles ainsi formés sont très stables.8.284 L’acylation peut être aussi le résultat de l’action d’un anhydride d’acide (RCO)2O sur le substrat aromatique en présence d’un acide de Lewis. De même.HX + O R C H X AlCl3 AlCl3 O R C AlCl3 O R C + AlCl3 O R C + HX + AlCl3 Schéma 8. Les phénols peuvent être O-acylés mais le réarrangement de Fries (§ 8. c’est leur volume qui doit être pris en compte et c’est la cétone résultante ayant le groupe le plus volumineux qui est prédominante. alcoxy. Il semble qu’il existe deux entités susceptibles d’intervenir dans ces réactions: un carbocation acyle plus spécifique des solvants polaires. et surtout para. Les substrats ayant un groupe alkyle. C’est le cas de (Me)3CCO+ qui peut libérer. L’électrophile est RCO+.

O O O AlCl3 HOOC O réduction HOOC O 3. Enfin. pour former le chlorure de l’acide benzoïque. 8.286 Le phosgène COCl2. l’acylation du substrat aromatique peut s’effectuer hors de la présence d’un acide de Lewis lorsque le carbocation acylium peut être formé à partir d’un acide organique et d’un acide fort comme H 2SO4 ou HF.4-dihydro-2H-naphthalèn-1-one H Schéma 8. peut réagir avec le benzène (ou ses dérivés alkylés ou halogénés) selon le mécanisme de la réaction de Friedel et Crafts. mais les conditions de la réaction conduisent en fait à l’acide benzoïque. Une nouvelle réaction de Friedel et Crafts avec le benzène présent (avant l’hydrolyse) peut aussi avoir lieu ce qui conduit alors à la benzophénone. les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates COCl + COCl2 AlCl3 COOH H 2O COCl O AlCl3 C + HCl + HCl Schéma 8. c’est l’autre groupe R’ qui formera la cétone prédominante ArCOR’. suite à l’addition d’eau en fin de réaction. par exemple R. PhCOPh. . en présence de AlCl3. PhCOOH.4. contient une fonction à effet -I. l’anhydride succinique. PhCOCl. L’utilisation d’un anhydride cyclique.285). Si elle est suivie d’une nouvelle acylation intramoléculaire utilisant un acide fort après réduction du groupe cétonique. un gaz particulièrement toxique.4dihydro-2H-naphtalèn-1-one est appelée réaction de Haworth (schéma 8. Les esters orientent plus souvent la réaction vers une alkylation plutôt qu’une acylation.438 Chimie organique deux groupes. avec AlCl3 permet une première acylation du benzène.1e – Carboxylations par le phosgène. Les cétènes et les esters peuvent aussi être utilisés dans cette réaction.285 La réaction d’acylation de Friedel et Crafts est possible avec le furane et le thiophène (positions 2 puis 5). mais particulièrement difficile avec la pyridine. cette synthèse de la 3.

N’-disubstitué. Les réactions de substitution 439 Le chlorure d’oxalyle. H acide benzoïque + H2N Schéma 8. PhCONHR.288. à l’acide benzoïque. Leur hydrolyse.288 La réaction d’arylation de Scholl (1912) consiste à coupler deux substrats aromatiques en présence d’un acide fort et d’un acide de Lewis (schéma 8. ou un chlorure de carbamoyle N.1f – Arylation AlCl3 H + oxydant O B) AlCl3. R R + R' NCOCl AlCl3 CON R' + HCl amide tertiaire chlorure de carbamoyle + RN=C=O isocyanate AlCl3 CONHR amide secondaire CO-N COOH H2O. A). ClCOCOCl. ClCON(R)(R’). après hydrolyse. Avec le .287).4. O2 à sec O A) + H2O N N N N AlCl3 H + oxydant Schéma 8. dans de nombreux cas. ClCONH2. dans les conditions de la réaction de Friedel et Crafts. le plus souvent AlCl3.8. conduit d’abord à la dégradation des substrats ( ! ) ce qui rend cette réaction difficilement utilisable. Lorsque le phosgène est remplacé par le chlorure de carbamoyle. 8. la réaction fournit alors seulement un amide de l’acide benzoïque PhCONH2. L’hydrolyse fournit uniquement l’acide benzoïque. peuvent résulter de la réaction d’isocyanates RNCO sur le benzène en présence d’un acide de Lewis. Elle nécessite un chauffage à haute température qui.287 D’autres amides et thioamides secondaires dérivés de l’acide benzoïque ou de ses dérivés. après isolement. fournit encore l’acide benzoïque (schéma 8. conduit uniquement. selon le cas. ou PhCON(R)(R’).

4.291 CHO .290 Le toluène fournit le para-tolualdéhyde. L’acide de Lewis est le plus souvent AlCl3 (mais AlBr3.. le chlorure de nickel. La réaction peut être intramoléculaire si deux cycles aromatiques sont présents dans la molécule traitée. La présence d’un oxydant minéral augmente le rendement.289 La réaction de formylation de Gatterman-Koch (1897) remplace « HCOCl ». AlI3. ainsi que les phénols. NiCl2. HCl). on obtent le binaphtyle. composé instable.1g – Formylations . Pour les alkylbenzènes. ou le tétrachlorure de titane. limitée au benzène et alkylbenzènes. chlorure de formyle.289).Réaction de Gatterman (Zn(CN)2. chlorure cuivreux. le biphényle est obtenu. Dans cette réaction (schéma 8. HCl peut être remplacé par HBr. C O H + H H C H C O H C O H C O O -H H C O H Schéma 8.230). TiCl4. Cette réaction a surtout été utilisée avec des cétones ou composés azoïques aromatiques comme dans les exemples B du schéma 8. La réaction s’effectue sous pression (30 à 90 bars/cm2) en l’absence d’activateur. la substitution est orientée en para.288.440 Chimie organique benzène. . 8.Réaction de Gatterman-Koch CHO + CO + HCl AlCl3 + CuCl Schéma 8. FeCl3 ou BF3 ont aussi été utilisés) auquel on ajoute un activateur comme CuCl. Les polyalkylbenzènes ne réagissent pas. par le mélange CO + HCl (schéma 8. et réaction d’Houben-Hoesch Zn(CN)2 + HCl puis H2O Schéma 8. Avec le naphtalène.

8. Les réactions de substitution

441

A l’origine (1898), la réaction de formylation de Gatterman consistait à faire réagir l’acide cyanhydrique et le chlorure d’hydrogène, en présence de chlorure de zinc, dans le chloroforme ou le chlorobenzène, sur un phénol ou son éther, substitué ou non sur le cycle par des groupes alkyle, formyle, ester, nitro, ou des halogénes. La modification d’Adams qui remplace HCN + HCl par Zn(CN)2 + HCl a eu pour résultats l’acroissement des rendements en aldéhydes, supérieur à 90 %, et d’étendre la formylation aux hydrocarbures aromatiques (schéma 8.291). Une autre modification, l’utilisation du complexe AlCl3, 2HCN permet la formylation d’hydrocarbures aromatiques polynucléaires comme le phénanthrène. Bien que le mécanisme soit encore incertain, il est vraisemblable que deux voies soient possibles (schéma 8.292). La première (A) correspond d’abord à la formation d’un électrophile qui est le carbocation résultant de l’addition d’un proton sur HCN, suivie de l’attaque du benzène, ce qui conduit à une imine protonée. Le chlorure de zinc formé dans la réaction joue le rôle d’acide de Lewis.

Zn(CN)2 + 2 HCl H C N + H

ZnCl2 + H C NH

2 HCN

ZnCl2 + Cl

Cl ZnCl2 Cl ZnCl2 H

A) H H H C NH C

+ ZnCl2 NH H ZnCl2,(HCN)2 HCl C NH2, Cl H2 O

B) H H
Schéma 8.292

+ NH4Cl C O

La seconde voie (B) conduisant à la même imine protonée pourrait être l’attaque d’un complexe ZnCl2,(HCN)2, en présence de HCl. Ces mécanismes sont les mêmes que ceux de la réaction de Hoesch ou d’HoubenHoesch (1915) où HCN est remplacé par RCN et qui conduit à des cétones aromatiques (schéma 8.293). Dans cette réaction, ZnCl2 peut être remplacé par FeCl3, NiCl2, CdCl2, CoCl2, CuCl2 ou AlCl3. Les nitriles aliphatiques α-substitués par des groupes COOR, CO R’, NH2 , OH peuvent être mis en réaction.

442

Chimie organique

R O + R'CN R = H, alkyle ZnCl2, HCl O

R

R R' C NH2 H2O - NH4OH O

R' C O

Schéma 8.293

- Réaction de Reimer-Tiemann (via un dichlorocarbène)

O CHX3 + KOH puis H
Schéma 8.294

OH
CHO

La réaction de Reimer-Tiemann (1876) consiste à faire réagir un dihalogénocarbène sur un phénol pouvant être substitué par des groupes alkyle, O-alkyle ou aryle, halogèno (schéma 8.294). Le phénol est formylé en position ortho et très faiblement en position para. C’est la seule réaction de substitution électrophile aromatique qui se fasse en milieu fortement alcalin. Les rendements sont faibles. Le dihalogénocarbène, entité chimique à caractère électrophile, est formé dans l’eau, l’éthanol ou la pyridine, par action à chaud d’un hydroxyde alcalin sur un trihalogénométhane (chloroforme, bromoforme ou iodoforme) (carbènes § 6.14) (schéma 8.295).
CHX3 + KOH O CX2 H O CX2 H CX2 O + KX X2 C H + H2O O CHX2

O CHX2 + 2 KOH 2KX +

O

OH CH OH H2O +

O

H C O

Schéma 8.295

La présence de groupes substituants électroattracteurs rend la réaction très difficile.

8. Les réactions de substitution

443

Elle peut s’appliquer à des dérivés hydroxylés d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les hétérocycles non hydroxylés comme le pyrrole, l’indole, la quinoléine, le thiazole fournissent des dérivés formylés. Des réactions secondaires sont souvent concomitantes. - La réaction de Duff (1932) permet d’obtenir le même résultat à partir de phénols mais avec de meilleurs rendements. À l’origine, elle s’effectuait avec de l’urotropine et de l’acide borique dans le glycérol, suivie d’une hydrolyse acide. Le mécanisme en est assez complexe. Elle est réalisée actuellement avec l’hexaméthylènetétramine (CH2)6N4 en présence d’acide trifluoroacétique. Elle est suivie d’une hydrolyse de l’imine formée (schéma 8.296).
N N N
hexaméthylènetétramine

N

CF3COOH

4 CH=NH, CF3COO

Me CH=NH -H puis H2O

Me + HC

Me

HC

O

O prépondérant
Schéma 8.296

Cette réaction s’applique aussi au benzène. Le réactif électrophile produit à partir de l’hexaméthylènetétramine est +CH=NH. Par cette réaction, le toluène est converti en ortho et para-tolualdéhydes. Ce dernier est prépondérant. La réaction présente une para régiosélectivité. - Réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (formamide N,N-disubstitué + oxychlorure de phosphore)
R O 1) (R')(R'')NCHO + POCl3 2) H2O
Schéma 8.297

O

R CHO

La réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (1927) est sans doute la réaction la plus utilisée pour préparer des aldéhydes en positions ortho ou para, dérivés de composés aromatiques activés comme les éthers de phénols, amines aromatiques N,Ndisubstituées, ou hétérocycles (schéma 8.297). Le benzène ne réagit pas. Par contre, l’anthracène est formylé en position 9.

444

Chimie organique

Elle consiste à faire réagir sur le substrat aromatique, dans un solvant non polaire, un formamide N,N-disubstitué (R’)(R”)N-CHO avec R’ = alkyle et R” = alkyle ou aryle, mais le plus souvent, c’est le diméthylformamide (ou DMF) anhydre, (CH3)2NCHO, qui est utilisé, et l’oxychlorure de phosphore POCl3 (ou le phosgène COCl2, le chlorure de thionyle, SOCl2, entre autres) (schéma 8.298).

R' N R'' C

O H

POCl3

R' N R'' R O C

O H

POCl2 Cl

R' N R'' (A) C H Cl , O POCl2

R O H

H

O Cl C

POCl2

O

R Cl C N R' H R''

R' N R'' R H O C O H BH C H R' N R" Cl

R'

N R'' R H C

H (B) R' N R"

-Cl O R H C N R"
sel d'iminium

O

H2O B

R'

O H H B

(C)

O

R H C O + H N R" R' + BH

Schéma 8.298

Le N,N-dialkylformamide, le plus souvent, le diméthylformamide (DMF) ou le N-alkyl,N-phénylformamide, additionne sur son groupe carbonyle, l’oxychlorure de phosphore (ou un autre dérivé chloré indiqué ci-dessus). Le composé ainsi formé est en équilibre avec un carbocation (A) et l’ion Cl2PO2-. Le substrat aromatique, ici un éther phénolique, est attaqué par le carbocation en position ortho (ou para) pour conduire à l’intermédiaire (B) après l’élimination d’un proton aromatique. Cette réaction est suivie d’une nouvelle élimination d’un ion chlorure ce qui fournit un sel d’iminium (C) qui, par hydrolyse en présence d’acétate de sodium, libère l’aldéhyde. Ce dernier est le plus souvent extrait du milieu par un entraînement à la vapeur (hydrodistillation).

8. Les réactions de substitution
Note : l’entraînement à la vapeur ou hydrodistillation consiste à faire passer de la vapeur d’eau dans un mélange aqueux à l'ébullition contenant un ou des composés organiques : certains forment un mélange azéotrope (§ 8.1.12d) avec l’eau, mélange dont le point d’ébullition est nettement inférieur à celui du composé entraîné, ce qui permet de l’extraire du mélange.

445

8.4.1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet)
CH2Cl + H2O

+ HCHO + HCl

ZnCl2

Schéma 8.299

Le méthanal et le chlorure d’hydrogène réagissent sur le benzène et ses dérivés alkylés, alkoxylés et halogénés, en présence de chlorure de zinc comme acide de Lewis, pour former les dérivés chlorométhylés correspondants (réaction de Blanc-Quelet, 1923) (schéma 8.299). Des réactions secondaires sont possibles qui correspondent à une alkylation par le composé halométhylé, et qui conduisent, avec le benzène, au diphénylméthane, Ph2CH2. La réaction peut être étendue à d’autres aldéhydes et il est possible d’utiliser HBr et HI. Le couple « aldéhyde-halogénure d’hydrogène » peut être remplacé par des composés comme le chlorométhylméthyléther, ClCH2OMe, ou le bis(chlorométhyléther), (ClCH2)2O, parmi d’autres. Cette réaction n’est pas possible avec les phénols et les amines aromatiques : ils forment des résines. Par contre, les esters et éthers phénoliques sont chlorométhylés. Le mécanisme de cette réaction passe par la formation du cation hydroxyméthyle, très stable qui résulte de l’addition d’un proton sur le méthanal (schéma 8.300). Plus le milieu est acide, plus la formation de ce carbocation est facilitée et la vitesse de la réaction augmentée. Il semble que l’action de l’acide de Lewis corresponde à une augmentation de cette acidité.
H C O H H H CH2OH H C O H
Schéma 8.300

H

+ H H

H C O

H C O H CH2OH HCl - H2 O CH2Cl H

-H

H

Il serait possible aussi et plus vraisemblable que le rôle de l’acide de Lewis soit de permettre la formation du cation hydroxyméthyle +CH2OH à partir du « chlorométhanol » ClCH2OH résultant de l’addition d’une molécule de HCl sur le méthanal.

446

Chimie organique

8.4.1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation)

X Z + N N
sel d'aryldiazonium

- XH

Z

N

N

dérivés du diazobenzène

Z = N(R1)(R2) ou O
Schéma 8.301

Quand les arylamines primaires sont traitées par l’acide nitreux, un sel d’aryl diazonium est produit (schéma 8.301). Le mécanisme de formation est complexe. L’acide nitreux libéré de son sel, le nitrite de sodium, par action de l’acide chlorhydrique dilué, à une température inférieure à 5 °C, se transforme en trioxyde d’azote lequel joue le rôle de transporteur de groupe NO. Son attaque par une arylamine primaire conduit à une nirosoarylamine protonée. Par perte d’un proton, la nitosoarylamine est formée. Elle présente une tautomérie avec un aryldiazohydroxyde. Ce dernier, en présence d’acide fort, est protoné sur l’oxygène. L’élimination d’une molécule d’eau fournit le sel d’aryldiazonium stabilisé par résonance entre deux formes limites principales (schéma 8.302).

Na-O-N=O + HCl
nitrite de sodium

HO-N=O + NaCl
acide nitreux

O 2 HO-N=O O O N O Ar-NH2 N O - NO2 Ar N N H2 O N N O + H2O
trioxyde d'azote

- H Ar

N H

N

O

Ar

N

N

OH

Ar

N

N

OH

H Cl

Ar

N

N

O

H

- H 2O

Ar

N

N , Cl

H Cl Ar N N , Cl

Ar

N

N

sel d'aryldiazonium

Schéma 8.302

Le cation aryldiazonium présent dans le sel d’aryldiazonium est un réactif électrophile faible. Il ne peut attaquer que des systèmes aromatiques suffisamment riches en électrons. Ainsi, les arylamines et les phénates (mais pas le méthoxybenzène) sont facilement attaqués en position para en raison du volume de l’électrophile, ou ortho, si la position

8. Les réactions de substitution

447

para est occupée. Toutefois, il est possible d’augmenter la réactivité de cet électrophile en substituant le cyle aromatique par des groupes électroattracteurs comme NO2. Avec le cation 2,4-dinitrophényldiazonium, le méthoxybenzène est attaqué. De même, le mésitylène, ou 2,4,6-triméthylbenzène, réagit avec le 2,4,6-trinitrophényldiazonium. Les cations aryldiazoniums n’existent qu’en solution acide ou faiblement basique. En milieu basique faible, ils sont convertis en aryldiazohydroxydes, Ar-N=N-OH, puis en milieu basique plus fort, en anions diazotates, Ar-N=N-O-. Pour chaque réaction de couplage, il existe un pH spécifique pour un rendement optimum. Les arylamines réagissent en milieu faiblement acide ou neutre. En milieu acide fort, la protonation de la fonction amine empêche une présence suffisante d’amines libres et la réaction devient difficile. Il est intéressant de remarquer que la diazotation des arylamines primaires s’effectue en milieu fortement acide afin d’éviter une réaction de couplage avec les arylamines présentes dans le milieu. Les arylamines et les phénols ne réagissent pas en milieu faiblement basique en raison de la formation de Ar-N=N-OH à partir du cation aryldiazonium. En milieu acide ou neutre, les phénols, ArOH, ne réagissent pas. Ils doivent être convertis en phénates, ArO-, plus réactifs. L’attaque de l’ion phénate pourrait a priori être orientée aussi bien sur l’oxygène que sur le carbone mais, en fait, l’attaque est toujours orientée sur les carbones du cycle en raison de la plus grande stabilité de la liaison C-N par rapport à celle de O-N. Le mécanisme de cette réaction est donné dans le schéma 8.303.

O

O -H H N N Ar

O

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.303

De même, l’attaque des arylamines peut s’effectuer sur l’azote ou sur les carbones du cycle (composés N- ou C-azo). Avec les arylamines primaires, l’attaque a lieu sur l’azote en formant des triazènes Ar-NH-N=N-Ar (schéma 8.304).

NH2

N N Ar

NH2 N N Ar -H

NH

N N Ar

phényltriazène

Schéma 8.304

448

Chimie organique

Cette propriété des arylamines primaires a été utlisée pour préparer des benzotriazoles à partir d’ortho-diaminobenzène : le groupe amino fournit le cation aryldiazonium qui attaque de manière intramoléculaire la seconde fonction amine avec production de l’hétérocycle (schéma 8.305).

NH2 NH2

+

HNO2

N

N -H

N N N H
benzotriazole

NH2

ortho-diaminobenzène

Schéma 8.305

Les arylamines secondaires sont attaquées de manière prépondérante sur l’azote. Les aryltriazènes (composés N-azo) isolés ont la propriété de s’isomériser en milieu acide en composés para-C-azo (schéma 8.304). Le réarrangement est intermoléculaire. Le cation aryldiazonium libéré peut attaquer une autre molécule d’arylamine. Si la réaction est effectuée en présence de phénol, ou d’une amine tertiaire, il se forme un dérivé C-azo correspondant.

NH

N N Ar
H

NH2 N N Ar

NH2
-H

NH2

phényltriazène

N N Ar
Schéma 8.306

N N Ar

Les arylamines tertiaires ne sont attaquées que sur les carbones du cycle (schéma 8.307).

R1 N

R2

R1 N

R2

R1 N -H

R2

N N Ar

H

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.307

8. Les réactions de substitution 8.4.1j – Hydroxyméthylation
OH + HCHO - H2 O base ou acide OH et CH2OH
prépondérant

449

OH CH2OH

Schéma 8.308

En milieu acide ou basique dilué, le phénol est hydroxyméthylé en position para et faiblement en position ortho (schéma 8.308).
H C O H H O H O H + H H H O H C OH

Milieu acide

H H O O -H H C OH H Milieu basique O O H H H C OH O H O H

H

H

CH2OH

H O O O

H C O H

H

H H

C O

H

CH2OH

Schéma 8.309

450

Chimie organique

Lorsqu’un excès de méthanal est utilisé, une dihydroxylation a lieu conduisant à des 2,4- et 2,6-bishydroxyméthylphénols (schéma 8.309). Par contre, si le méthanal est en quantité insuffisante, il se forme le p,p’-dihydroxydiphénylméthane.
OH + 2 HCHO CH2OH + HCHO HO CH2 OH OH CH2OH et HOH2C OH CH2OH

OH 2

p,p'-dihydroxydiphénylméthane

OH CH2 CH2 CH2

OH CH2 CH2

CH2 OH CH2
structure de la bakélite

Schéma 8.310

Ces réactions sont à l’origine de la synthèse de la bakélite qui est un polymère tridimensionnel (schéma 8.310). Le phénol peut aussi réagir avec les aldéhydes aliphatiques et aromatiques dans les mêmes conditions. 8.4.1k – Aminoalkylation
Z + HCHO + HN(R1)(R2) Z = OH, NHR, N(R)(R')
Schéma 8.311

Z - H2 O CH2 N

R1 R2

L’aminoalkylation des phénols et des arylamines secondaires et tertiaires par l’action des amines secondaires et du méthanal est une forme particulière de la réaction de Mannich (§ 10.3.1). Elle est orientée en position ortho (schémas 8.311 et 8.312).

8. Les réactions de substitution

451

H C O H H C N H R2 R1 + N

H R1 R2

HO H H H C N H C N

R1 R2 R1 R2

H2O H H H H O C N

R1 R2

- H 2O H H H O H

R1 C N R2

H O H

H O H R1 N H C H N R2 H
Schéma 8.312

H O

H C

H N R1 R2

R2

H

R1

H

C

Le furane, le pyrrole, et l’indole sont aminoalkylés par la même réaction en présence d’acide acétique. 8.4.1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt)
O COO Na OH CO2

O

Na CO2

OH

K

salicylate de sodium

COO

K

p-hydroxybenzoate de potassium
Schéma 8.313

Lorsque le phénate de sodium ou de lithium est chauffé avec l’anhydride carbonique sous pression (4 à 7 bars) à 100 °C, il se forme l’ortho-hydroxybenzoate de sodium (salicylate de sodium). La même réaction effectuée avec le phénate de potassium conduit au para-hydroxybenzoate de potassium (schéma 8.313). Les substituants électrodonneurs facilitent la réaction, et inversement pour les substituants électroattracteurs. Le mécanisme réel est assez mal connu. Toutefois deux propositions ont été faites.

452

Chimie organique

La plus simple (schéma 8.314) consiste à envisager une forme limite du phénate qui attribue la charge négative à un carbone ortho du cycle. Cette charge attaque ensuite l’anhydride carbonique.

O

O O C O

OH COO

Schéma 8.314

La seconde proposition (schéma 8.315) correspond à une substitution électrophile aromatique via un complexe entre les deux réactifs. Dans le cas des phénates de sodium et de lithium, la structure du complexe place le groupe carbonyle en face du carbone cyclique ortho. L’attaque du carbone de C=O à faible densité électronique conduit au salicylate de sodium.

O

Na O C O

O

O Na H C O

OH

O Na C O

complexe

salicylate de sodium

Schéma 8.315

Le phénate de potassium ne peut pas donner lieu à un complexe de structure analogue à celui du phénate de sodium pour des raisons de différence de volumes atomiques entre Na et K, ce qui pourrait expliquer l’attaque spécifique, dans ce cas, en position para. Une modification de cette réaction due à Marasse, consiste à chauffer un mélange de phénol et de carbonate de potassium, de sodium, de rubidium ou de césium, sous haute pression à 170 °C. Les produits résultants sont uniquement carboxylés en position para. 8.4.1m – Décarboxylation des acides aromatiques
COOH quinoléine CuO + CO2

Schéma 8.316

8. Les réactions de substitution

453

Deux mécanismes différents expliquent la décarboxylation des acides arylcarboxyliques (schéma 8.316) selon qu’ils sont libres ou sous forme de sels. Dans le premier cas (schéma 8.317), la réaction s’effectue en présence d’un acide fort comme l’acide sulfurique et le réactif électrophile est le proton. Il se forme un ion arènium qui perd le proton de COOH puis élimine une molécule d’anhydride carbonique pour donner finalement le benzène, dans le cas de l’acide benzoïque.
H O C O H O C H -H H O

O

C

O - CO2

H H

Schéma 8.317

Dans le second cas (schéma 8.318), mécanisme SE1 (§ 8.4.2) le benzoate élimine une molécule d’anhydride carbonique par chauffage. Le carbanion qui est ainsi formé est attaqué par un proton du milieu pour donner finalement le benzène.
H - CO2 H A + A

COO

Schéma 8.318

En fait, la méthode la plus utilisée est le chauffage de l’acide libre en présence d’une base hétérocyclique, la quinoléine et d’un catalyseur, l’oxyde cuivreux ou un oxyde d’argent. Le mécanisme n’est pas connu. 8.4.1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques
OCOR AlCl3

OH COR et

OH

R = alkyl ou aryl
Schéma 8.319

COR

Les esters phénoliques dérivés d’acides aliphatiques ou aromatiques, chauffés au dessus de 100 °C en présence d’un acide de Lewis comme AlCl3, dans le nitrobenzène ou le chlorobenzène comme solvant, voire sans solvant, se réarrangent en para ou ortho-acylphénol

454

Chimie organique

(schéma 8.319), c’est le réarrangement de Fries (1908). Le rapport ortho/para est fonction des conditions de la réaction. Les températures élevées privilégient les isomères ortho, et inversement pour les isomères para. Le solvant et la quantité d’acide de Lewis jouent aussi un rôle. Le mécanisme est mal connu : il pourrait être intra ou intermoléculaire, et seule, la formation d’un complexe entre AlCl3 et l’ester en proportion 1/1 est reconnue. Deux mécanismes proposés sont donnés dans le schéma 8.320, l’un intramoléculaire, et l’autre intermoléculaire.

Mécanisme intermoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O H R C O Cl3Al O R C O -H H + H2 O

OH COR

Mécanisme intramoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O R C O -H H + H2O
Schéma 8.320

OH COR

8.4.2 – Mécanisme SE1
Le mécanisme de substitution électrophile SE1 ou substitution électrophile monomoléculaire est peu fréquent. On peut donner comme exemple classique la décarboxylation des acides aromatiques (schéma 8.317). Lorsque le groupe Z n’est pas un groupe carboné, la présence d’une base forte est nécessaire. La première étape du mécanisme consiste en la formation d’un carbanion, qui réagit ensuite, dans une seconde étape, avec un électrophile du milieu pour donner le produit final.
Z -Z (base forte)
Schéma 8.321

E E

8. Les réactions de substitution

455

8.5

Mécanisme de substitution radicalaire (rappel)

Ces réactions ont été présentées au paragraphe 6.11.5.d. Il s’agit, en particulier, de la chloration des alcanes ou des alkylbenzènes, sous rayonnement UV, à hautes températures ou en présence d’un initiateur radicalaire comme les peroxydes ou le tétraéthylplomb. La facilité de la chloration de CH suit l’ordre : carbone tertiaire > carbone secondaire > carbone primaire > méthane. Avec le propène ou le cyclohexène, l’addition radicalaire du chlore est possible mais aussi la substitution d’un hydrogène. Il est intéressant de remarquer qu’à une température de 450 °C, seule, la substitution a lieu dans le cas du propène. Cela s’explique par le retrait d’un radical H• ce qui conduit à un radical allyle stable. L’addition de Cl• au propène à basse température fournit un radical peu stable, qui, par chauffage, est en équilibre avec le propène et le radical Cl• (schéma 8.322).

H3 C
H3C C H

CH2

Cl 450°C

C H

CH2Cl CH2 H2C C H CH2

ClH + H2C C H Cl

Cl

Schéma 8.322

La fluoration s’effectue sans initiateur et la réaction peut être explosive. La bromation est plus lente que la chloration et nécessite un initiateur. L’iodation des alcanes a lieu très rarement. Les halogénations radicalaires peuvent être effectuées par des réactifs comme le N-bromosuccinimide, l’hypochlorite de t-butyle, ou le chlorure de sulfuryle en présence d’un initiateur radicalaire.

................. 477 9......5h – Oxymercuration-démercuration ............... 472 9.1 – Acides halohydriques ................................................................. 460 9...............β-insaturé (*)............................1b – Sur les alcynes ............................................. RCOX......2 – Hydratations en milieu acide ............479 9...........1.......................4a – Sur les alcènes ................................ 461 9................................. 469 9......................1.............. réactions de Michaël ......1.......................................................................... 476 9................... 475 9.............. 472 9. R-O-Cl ...............1.............................................. 470 9................ 461 9........1.........1....................................... 477 9........ 474 9....................1c – Sur les cétènes .......1.....................................5a – Alcools et phénols ..1.....................................................................................................5e – Halogénures d’alkyles...................... IN3 .... en présence d’acides de Lewis .................1a – Sur les alcènes ............................1 Additions électrophiles .......1.... 478 9..... et d’acyles (halogénures d’acides)....................5c – Chlorure de nitrosyle.....2b – Des alcynes ...................................2 Additions nucléophiles......1......5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé α......... 475 9.1.. 470 9.....1........1...........5 – Autres additions électrophiles ... 479 9........4b – Sur les alcynes ................ RX..................1... 468 9.................4 – Halogènes et acide hypohalogéneux .....3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène .................1.................................................................... 480 9.................5d – Azidure d’iode................................1.5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) ............................2a – Des alcènes ......1.......... 482 ..................5b – Hypochlorites d’alkyles..............1.........1.............Chapitre 9 Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Sommaire : 9. 470 9. NOCl ......1.................. 471 9..............

.8 Cycloadditions [2 + 3]......... OsO4... en particulier)........................... cétones......5...10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) ..............458 Chimie organique 9..2 – Alcanes ............................... 486 9............................... 505 9.........................7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes ...................1 – Additions syn ...3 Additions radicalaires ................... le permanganate de potassium............................. et nitriles α................1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde (effet Kharash) ......... aldéhydes................ 487 9.................... 486 9................................ en présence d’un initiateur de radicaux libres ................βinsaturés sont présentés au chapitre 10 (réactions de Michael.................................... 515 (*) Note importante : les réactions d’additions sur les aldéhydes............. esters........................................6 Hydroboration et hydroboration-oxydation .......................... ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 ...............5.......................2 – Addition anti ..............................3.. 493 9.... 491 9.... alcools.................10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) .... 494 9............................ 497 9........................................ ................5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium.... 491 9..............................4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique ...........3 – Amines........... et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) .......... esters....... 488 9.... 496 9.................3....3. 486 9....... KMnO4...

Elle peut aussi être radicalaire. les additions sur les groupes fonctionnels indiqués ci-dessus correspondent dans la majorité des cas à des attaques nucléophiles du carbone.16). . attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H R A R1 ≠ R 2 .2a).et C≡N.9. nucléophiles ou radicalaires. souvent catalysées par la présence d’un acide. Par contre. celles des groupes sur les carbones sp3dans l'espace. avec une première attaque de la double liaison par un radical libre comme Br•.4.15. C=S. Schéma 9. se faisant via un état de transition cyclique (§ 9.1). les deux constituants d’un réactif (HX. Elles peuvent avoir lieu sur toutes les doubles et triples liaisons : alcènes et alcynes. C=N.3 (§ 6. celles des cétènes ou cyclopropanations (§ 6. X2. R3 ≠ R4 ≠ H 2 R3 C C R 4 A H attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 *C R4 . et d'autre part.14. l’addition est le plus souvent électrophile car elle débute par l’addition d’une espèce électrophile comme le proton (schéma 9. qui fait intervenir des diènes conjugués et des alcènes substitués.2a). des signes différents ont été utilisés. Il faut ajouter à ces additions électrophiles.9). les positions des groupes en avant et en arrière du carbone éthylènique dans le plan sp2. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 459 Dans les réactions d’addition d’une molécule sur des doubles ou triples liaisons. mais aussi les groupes fonctionnels comme C=O. des nitrènes (§ 6. et enfin les additions dites « péricycliques » comme la réaction de Diels-Alder. A carbocation A carbocation A' Formation des carbocations énantiomères les plus stables donc les plus substitués en série aliphatique note: afin de différencier d'une part.A R3 et R2 C C H * R3 R4 . H2. les cycloadditions [2+3] de dipôles 1. une addition 1.1 Dans le cas des alcènes. …) sont fixés à chacun des éléments qui constituent ces liaisons.

en un carbocation plus stable. 1) attaque de la double liaison par le groupe électrophile ou le proton E C C E C C carbocation le plus stable (possibilité de réarrangements) 2) attaque du carbocation par l'anion du milieu E C C A E C C A Schéma 9. car (CH3)3C+ est plus stable que CH3CH2+. C’est pourquoi. Cela explique une attaque facilitée pour les réactifs électrophiles E+. Avant que l’attaque de l’anion s’effectue.4 parfois majoritaires. Il se forme d’abord un carbocation qui est ensuite attaqué par l’anion présent dans le milieu (X-. (CH3)2C=CH2. la réaction avec le 2-méthylpropène. est plus facile qu’avec l’éthylène CH2=CH2. L’addition de 2 HX sur un alcyne -C≡C-conduit donc à un gemdihalogénure >CH2-CX2<. BrCH=CH2.2. car ils le stabilisent. dans le cas de HX) (schéma 9.3). C’est donc la première étape de la réaction qui donne la vitesse globale de l’addition.2).1.2 La formation du carbocation est lente par rapport à l’attaque de l’anion. L’attaque du proton (ou de E+) est régiosélective (les alcènes dissymétriques conduisent majoritairement aux carbocations les plus stables thermodynamiquement). la liaison π est plus facilement polarisable que la liaison σ. Ainsi. Sur les diènes conjugués (schéma 9. et le plus souvent.1 Additions électrophiles Les deux électrons de l’orbitale moléculaire π qui caractérise la double liaison ont un degré de liberté plus élevé que ceux qui forment l’orbitale moléculaire σ. le carbocation issu de l’addition du proton peut se réarranger. La formation du carbocation est facilitée par la présence de groupes à effet +I liés à l’un des deux carbones. Dans le cas de 1-haloalcène comme le bromoéthène ou bromure de vinyle. . par le proton (comme dans le cas de HX). une double liaison est un site nucléophile en raison de sa forte densité électronique (quatre électrons entre deux carbones). c’est alors ce dernier qui réagira avec l’anion. l’addition électrophile conduit à des produits d’addition-1. mais aussi. à des produits d’addition. s’il est peu stable. L’addition de E+ se fait toujours sur un carbone éthylènique terminal afin que le carbocation résultant soit stabilisé par résonance.460 Chimie organique 9. la présence du brome oriente l’addition du proton ce qui conduit à BrCH(+)-CH3 (en raison de l’effet +M de Br). dans de nombreux cas. Par ailleurs.

Toutefois. l’addition d’halogénures d’hydrogène et l’hydratation en milieu acide se font à des vitesses comparables pour les alcènes et alcynes ayant des substituants de même nature. Les réactions des réactifs nucléophiles avec les alcynes sont plus faciles que celles avec les alcènes. De nombreuses raisons sont données pour expliquer cette « anomalie ». Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 461 C C H C H C E+ E C C H C H C E A C C H C H C A C E C H C H C + E C C H C H C A addition 1.1. et c’est le contraire qui est observé. l’attaque de H+ par dessus ou par dessous le plan « sp2 » conduit à deux carbocations énantiomères en quantités égales (un racémique) (schéma 9.3 La triple liaison des alcynes qui correspond à un site à forte densité électronique devrait laisser prévoir une plus facile attaque des réactifs électrophiles comparée à celle des alcènes. 9.1 – Acides halohydriques 9.2 addition 1. .4 Schéma 9.9.1. L’attaque d’un réactif électrophile en devient plus difficile en raison de l’accès limité aux électrons π. La plus classique est liée à la plus faible distance qui sépare les carbones triplement liés par rapport à celle qui sépare les carbones doublement liés. mais il n’en est rien.1a – Sur les alcènes Dans le cas d’une addition d’un acide halohydrique HX en milieu polaire sur un alcène ayant quatre groupes substituants différents.4).

être attaqué de part et d’autre de ce plan (schéma 9.X R3 et R2 C C H * R3 R4 . ce qui conduit pour chaque carbocation énantiomère A et A’ à deux diastéréoisomères. R3 ≠ R4 ≠ H C=C R3 X H R4 attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 * C R4 .4 Le carbocation étant plan.5). X carbocation A carbocation A' carbocations énantiomères les plus stables Schéma 9. A’B et A’B’ si la nature des substituants permet la formation de deux carbones asymétriques et que des composés méso ne sont pas formés. il peut. s’ils se forment. Ces diastéréoisomères. . de même. soit en tout quatre diastéréoisomères AB et AB’.462 Chimie organique attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H X R2 R1 ≠ R 2 . constituent alors un mélange de deux racémiques car AB et A’B’ forment un couple d’énantiomères ainsi que AB’ et A’B.

c’est un racémique. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 463 R1 C R2 A X R1 R 2 H * C R3 R4 X R1 R2 * C X AB' * C R4 R4 * C A'B * C H R3 H * C AB *C R3 R4 R4 * C *C A'B' H R3 X H R3 R2 R1 X additions "syn" additions "anti" X R1 X X R2 R1 C R2 A' * C R4 R3 X H 4 diastéréoisomères si l'addition de HX conduit à la formation de deux carbones asymétriques (sans forme méso) Schéma 9.6). . Il se forme un couple d’énantiomères en quantités égales. les composés finaux ne possèdent qu’un seul carbone asymétrique.9. Dans le cas du 3-méthylhept-3-ène (schéma 9. L’addition de HX sur un alcène est régiosélective mais pas stéréospécifique (tous les stéréoisomères d’additions syn et anti sont présents).5 Le couple d’énantiomères AB et A’B’ est le résultat d’une addition syn (X et H occupent le même espace défini par le plan de l’alcène de départ) et le couple d’énantiomères AB’ et A’B est le résultat d’une addition anti (X et H occupent chacun un des deux espaces définis par le plan de l’alcène de départ). Cette réaction d’addition est donc encore régiosélective et non stéréospécifique.

l) Schéma 9.7). addition syn H Y C Z C Z isomère "cis" ou "Z" X Y Y X C Z H Y C Z et H C 1 Z C 2 X X H Z Y Y H X Z Y Y Z Y Z X C C H Y Z Y Z Y Z couple d'énantiomères "érythro" mélange racémique (d. cette molécule peut être trans ou cis. de forme érythro (schéma 9. une addition syn de HX avec attaque de H+ sur l’un ou l’autre des deux carbones éthyléniques (50 % sur chaque en raison de l’équivalence de ces carbones) conduira à un mélange en quantités égales de deux énantiomères (un racémique).7 .464 H5C2 H H H3 C C Chimie organique H5C2 C H3C C C3H7 H C C3H7 H X attaque au-dessus du plan attaque au-dessous du plan X X C2 H 5 H3C C* C4H9 C4H9 X * C C2H5 CH3 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 9.6 Si on considère une molécule d’alcène ayant une formule de type YZC=CYZ où Y et Z représentent des groupes différents de H et X. Dans le cas d’une molécule cis.

dans ce cas. addition anti H Y C Z C Z Y isomère "cis" X Y Y C Z C Z et X H C Y Z C X Y X H Y Y X Z Z Z Z X Z Y H H Y Y Z Y Z H Y Z Y X Z H Y Z C H C Y Z X couple d'énantiomères "thréo" mélange racémique (dl) Schéma 9.9) conduit à un mélange racémique d’énantiomères thréo. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 465 L’addition anti sur l’isomère cis conduit à un mélange racémique d’énantiomères de forme thréo (schéma 9. il faut.9.8 L’addition syn sur l’isomère trans (schéma 9. considérer les attaques au-dessus et au-dessous du plan « sp2 » : les attaques inversées de H et X d’un même côté du plan « sp2 » conduisent à un même stéréoisomère). Remarque : pour obtenir les deux énantiomères. et l’addition anti à un mélange racémique d’énantiomères de forme érythréo. .8).

uniquement aux halogénures les plus substitués dérivés d’alcènes. c’est la règle de Markovnikov. l’addition de HX conduit par ce mécanisme d’addition ionique.9 En raison de la formation préférentielle du carbocation le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire). .466 Chimie organique addition syn H Y C Z C Y X Z isomère "trans" Y C et Z C Z Y H H X Z Y Y Z Z X H Y X Y Z Y Z Z Y H X addition anti H Y C Z X H X Z C Y Z couple d'énantiomèresthréo (racémique) X Y C et Z C Y Z H X Z Y Z ou Y Y XH Z Z Z Z Y Z H Y Y X Z Y Y Y Z Y H HX couple d'énantiomères érythro (racémique) Schéma 9.

cette réaction parfois violente est souvent effectuée avec le réactif polyfluorure d’hydrogène-pyridine ((HF)x. .9.10 C’est le même type de réaction qui permet le passage du squalène au dammaradiènol (schéma 9. HI s’additionne très lentement. Bien que HF puisse être additionné à température ordinaire. Celui-ci déclenche quatre cyclisations.C5H5N). H -H 2.11. c’est le cas du 2.5-diméthyl-octa-2. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 467 D’une manière générale. Dans la polymérisation des alcènes en présence d’une trace d’acide. le squalène est d’abord époxydé par une enzyme. et que la régioséléctivité de l’attaque du proton sur la double liaison est conservée. lorsque les quatre groupes substituants d’une double liaison sont différents. Dans ce cas. par contre. Le carbocation B qui en résulte perd un proton d’un groupe méthyle en position α avec création d’une double liaison. il se forme en premier lieu un carbocation qui est ensuite attaqué par une nouvelle molécule d’alcène qui joue le rôle de nucléophile.6-diène 1. les additions syn et anti de HX sur les isomères Z et E conduisent à deux racémiques.4. quatre racémiques sont susceptibles de se former.4-tétraméthyl-cyclohexène Schéma 9. La catalyse acide permet l’ouverture du 2. Enfin. HCl nécessite un chauffage. s’additionnent sur les alcènes à température ordinaire.3.11) dans la biosynthèse du cholestérol (précurseur des hormones stéroïdes).3-époxyde avec création d’un carbocation A.4c).6-diène qui se cyclise en un dérivé du cyclohexène (schéma 9. S’il n’existe pas de régiosélectivité de l’attaque du proton en raison de la nature proche des groupes substituants (effets inducteurs ou mésomères équivalents).10). certains diènes sont susceptibles de se cycliser en présence d’un catalyseur acide. Les acides HI.5-diméthyl-octa-2. HBr. Il en résulte un nouveau carbocation qui réagit de nouveau sur une troisième molécule d’alcène et ainsi de suite (voir carbocations § 6.

mais la lumière et les halogénures métalliques la catalysent. en présence d’ions mercuriques. L’addition d’une seconde molécule de HX conduit à un dihalogénoalcane géminé selon un mécanisme régiosélectif qui suit la règle de Markovnikov.1. En effet. le (Z)-2-bromobut-2-ène.11 9. ClCH=CH2. L’acétylène additionne HCl par barbotage.1b – Sur les alcynes L’addition d’un équivalent de HX sur un alcyne interne (schéma 9. en présence d’ion bromure.12) conduit à un (Z)-bromoalcène. Le but-2-yne fournit par addition de HBr. Dans le cas du but-2-yne. La réactivité des halogénures d’hydrogène est dans l’ordre : HI > HBr > HCl > HF.468 Chimie organique O enzyme O squalène 2. et ce dernier ne s’additionne que sous pression. la réaction est rarement arrêtée après l’addition d’une seule molécule de HX et le résultat est un mélange d’halogénoalcène et de dihalogénoalcane géminé. à 65 °C.2-dibromobutane qui est alors obtenu.3-oxyde de squalène ou 2. Sur un alcyne terminal comme le propyne. ce qui oriente la réaction.3-époxyde de squalène enzyme H HO -H B HO A HO HO dammaradiènol cholestérol Schéma 9. La présence d’ion halogénure catalyse la réaction. dans une solution d’acide diluée. La réaction peut avoir lieu dans l’obscurité. pour produire le chlorure de vinyle. . c’est le 2. dont la polymérisation industrielle fournit le polychlorure de vinyle (PVC). l’addition de H+ sur le (Z)-2-bromoprop-2-ène pourrait créer deux carbocations isomères mais l’un d’eux est stabilisé par mésomérie. le résultat de l’addition est donc « anti ».

Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 469 X H3C C C CH3 H X H3 C C C H H X H 3C CX2-CH2-CH3 X H3 C C C CH3 H H HBr Br Br C H3C C H 2.2-dibromobutane H H3 C C C H + H3C CBr2 CH3 propyne 2-bromopropène H C C H acétylène ou éthyne HCl Hg2+ Cl CH CH2 chlorure de vinyle Schéma 9. H2O H C C O OH acide Schéma 9. Des polymérisations en composés cycliques sont obtenues par chauffage.1c – Sur les cétènes Les cétènes sont capables d’additionner une molécule HX pour fournir des chlorures d’acides. à partir de quatre molécules.HX H . Le benzène en est le résultat à partir de trois molécules.2-dibromopropane H3 C C CH3 but-2-yne C H CH3 X X H3C CH3 C H CH3 C C H (Z)-2-bromobut-2-ène H3 C C X H3 C C C CH3 H H 2. CH2=CH-C≡CH.13). 9. mais il est possible d’obtenir aussi le cyclooctatétraène. puis au divinylacétylène CH2=CH-C≡C-CH=CH2. H C C cétène O C C X O HX milieu anhydre solvant inerte halogénure d'acide H2O .13 .12 Une polymérisation de l’acétylène par barbotage dans une solution de chlorure cuivreux et de chlorure d’ammonium conduit au vinylacétylène.9.1. ils sont transformés en acides (schéma 9. en milieu anhydre. En présence d’eau et d’acide minéral.

un énol est produit. comme l’eau.470 Chimie organique 9. conduit à l’éthanal. Dans l’eau. en particulier. H OSO3H H C C +H C C H2 O C C OSO3H sulfate acide d'alkyle H2O H C C O H -H H C C O alcool H . car il forme d’abord un complexe avec l’acétylène.4) et. réagir avec le milieu s’il est nucléophile.15).14 9. le carbocation intermédiaire réagit avec ce nucléophile pour former un alcool. l’ion mercurique n’est pas utile. Cette réaction peut être appliquée à des alcynes internes avec obtention dans ce cas de cétones. l’ion mercurique Hg2+ qui est très important. L’acide sulfurique est choisi dans cette réaction en raison du caractère nucléophile faible de l’anion HO3SO.H2SO4 H Schéma 9. c’est. il additionne une molécule d’eau pour donner l’éthanal ou acétaldéhyde. .1. qui. En effet. l’addition d’acide sulfurique à un alcène produit un sulfate acide d’alkyle.2a – Des alcènes Il est important de remarquer que le carbocation intermédiaire formé dans l’addition d’un acide sur les alcènes est susceptible de donner lieu à toutes les réactions classiques de cette entité chimique (§ 6. en fait. en présence de l’acide sulfurique.1. ou avec des anions en solution. C’est la base d’une hydratation des alcènes qui représente une synthèse importante des alcools (schéma 9.14).1.qui ne peut pas entrer en compétition avec l’eau.2b – Des alcynes Lorsque l’acétylène est mis à barboter dans une solution diluée d’acide sulfurique en présence de sulfate mercurique à 60 °C. Cette réaction est aussi applicable à des éthers et thioéthers acétylèniques et aux ynamines. Dans cette réaction (schéma 9. L’eau attaque ce dernier (substitution SN2) et. par tautomérie. Dans ces cas.2 – Hydratations en milieu acide 9.11.

le Buna N. copolymère à usage industriel. L’acétylène peut aussi additionner une molécule d’acide acétique en présence d’ions mercurique Hg2+ pour former l’acétate de vinyle. H C C H + HCN CuCl.16). lequel réagit avec une nouvelle molécule d’acide acétique pour donner l’éthylidène diacétate. HCl dilué H2C CH CN acrylonitrile Hg2+ H C C H + CH3COOH Hg2+ CH2=CH-OCOCH3 acétate de vinyle CH2=CH-OCOCH3 + CH3COOH CH3-CH(OCOCH3)2 éthylidène diacétate Schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 471 H O H C C H Hg2+ puis H2O H C Hg C 2+ H H O H C Hg+ C H H -H H C Hg H + H O C H H H H H éthanal O C C H H O équilibre céto-énolique H C H C H forme énolique de l'éthanal R C C R Hg2+. d’acrylonitrile et de butadiène.9. C’est donc un mélange qui est obtenu dans la réaction avec l’acétylène (schéma 9. et d’oxygène en présence d’un catalyseur constitué d’oxydes de molybdène. Il en résulte le cyanure de vinyle ou acrylonitrile qui est utilisé dans la préparation d’un caoutchouc synthétique. Note : la préparation industrielle de l’acrylonitrile s’effectue par chauffage d’un mélange de propène. H2SO4 R CH2 C O R Schéma 9. d’ammoniac.16 .1.3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène L’acétylène additionne le cyanure d’hydrogène (ou acide cyanhydrique) en présence de chlorure cuivreux dans l’acide chlorhydrique dilué. de cobalt et d’aluminium.15 9. H2O.

présent dans le milieu ne peut pas s’effectuer du côté du brome cyclique en raison de la gêne stérique causée par son important volume atomique. Il se transforme ensuite. La fluoration de quelques alcènes est effectuée à basse température (–78 °C) par du fluor dilué dans de l’azote ou de l’argon dans un solvant inerte. de signes opposés. XeF 2.1. mais la réaction est réversible. L’attaque de cette entité cyclique positive par l’ion bromure Br. selon une réaction irréversible. Elles définissent la vitesse de la réaction totale. une addition stéréosélective. avec. une interaction à caractère réversible a lieu entre les deux molécules (schéma 9. S’il est peu stable. Dans ces réactions.1. l’atome de brome de l’ion cyclique § 8. Losqu’une molécule de brome est additionnée à un alcène dans le tétrachlorure de carbone.1. il est possible qu’il existe une addition syn : le rapport syn / anti est fonction de la stabilité relative de l’ion cyclique bromonium. Une interaction avec les électrons π conduit à un complexe . un carbocation acyclique qui résulte de l’ouverture du cycle est alors formé ce qui permet à la fois les additions syn et anti.4 – Halogènes et acide hypohalogéneux 9. L’addition des autres halogènes est plus difficile ou complexe. . la molécule de brome subit l’action des électrons π (effet de champ) et un dipole induit en résulte : les deux atomes de brome portent chacun une charge partielle. Le fluor a une réaction violente avec les alcènes qui peut conduire à la coupure de la liaison entre carbones ou la destruction d’autres fonctions de la molécule. Le chlore se conduit le plus souvent comme le brome mais la stéréochimie de son addition est plus complexe.attaque donc du côté opposé au brome de l’ion bromonium (c’est une réaction de substitution de type S N2. L’iode s’additionne. La polarisation de la molécule de brome et la formation de l’ion cyclique bromonium sont les étapes les plus lentes de la bromation. dans le cas général. Toutefois. pour groupe sortant. l’acide acétique ou le méthanol.472 Chimie organique 9. C’est donc dans la majorité des cas. on remplace souvent le fluor par le florure de xénon.2) : le résultat en est la formation d’un dérivé α-dibromé selon une addition anti de brome pour l’alcène. L’ion bromure Br. En s’approchant de la double liaison.4a – Sur les alcènes L’addition du brome sur les alcènes constitue un autre exemple d’addition électrophile. en un ion cyclique bromonium.17).

et un composé qui résulte de l’attaque de Cl-. X+).17 Si la réaction d’un halogène (Cl2. la seconde partie de l’addition fait intervenir ce nucléophile à la place de l’ion halogénure. L’action du brome sur l’éthylène en présence d’ions chlorures produit à la fois le composé de l’addition normale de Br2. et divers produits peuvent être préparés.2-dibromoéthane. sur l’ion cyclique bromonium. le 1-bromo-2-chloroéthane (schéma 9. à la place de Br-. ou des anions minéraux comme l’ion nitrate NO3. . le 1. Br2 ou I2) avec un alcène est réalisée en présence d’un nucléophile comme l’eau (ce qui est l’équivalent d’un acide hypohalogéneux.en forte concentration (supérieure à celle de X-).18 (A)).9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 473 Br Br Br -δ Br +δ R1 C R2 R3 R1 C R4 R2 R3 Br Br C R2 et l'inverse et l'inverse par rapport au plan "sp2" et l'inverse par rapport au plan "sp2" π C π C R4 R1 C R4 R3 Ion cyclique bromonium Complexe π Br C R2 C R1 R2 Br C R3 R4 C R4 R3 Br R1 1 Br 2 1 R1 C Br C R3 R4 R1 2 R3 C R2 C Br R3 R4 R1 R2 C C Br R2 Br Br R4 Br addition anti couple d'énantiomères racémique (d. HO-. l) Schéma 9.

en raison de la plus faible distance séparant les carbones triplement liés comparée à celle des carbones doublement liés.1. celui-ci est plus difficile à former. en cas d’ouverture de celui-ci. Elle résulte de l’ouverture de l’ion bromonium par attaque d’une molécule d’eau sur le carbone le plus substitué du cycle.20). IBr.19 H3C C H3C CH2 Br +δ Cl -δ H3C H3C CH2 H3C Cl CH2Br 9. ou le bromure d’iode.18 Des composés comme le chlorure de brome. Relativement aux alcènes. Dans le cas de BrCl. BrCl. C’est l’atome d’halogène le moins électronégatif qui débute la réaction pour former l’ion cyclique halonium.474 Chimie organique L’ouverture du cycle halonium (ou halogénium) est régiosélective comme le montre la réaction du 2-méthylpropène en présence de brome dans l’eau (B) qui conduit à une bromhydrine. le chlorure d’iode ICl. . celui qui. A) H2C CH2 Br2 + Cl BrH2C CH2Br et BrH2C CH2Cl H3 C B) H3C C CH2 Br2 H 3C C H 3C Br CH2 Br H3 C H3C Br H2O C CH2Br Nu Cl H3C H3C Cl C CH2Br -H H3C H3 C HO bromhydrine C CH2Br Schéma 9. Br C H3 C Cl Schéma 9. ce qui entraîne une plus grande rétention des électrons π. permettent des additions sur les alcènes. fournirait le carbocation le plus stable. c’est l’atome de brome qui forme cet ion et le chlore intervient comme anion (schéma 9.4b – Sur les alcynes L’addition du brome (ou du chlore) sur un alcyne suit un mécanisme semblable à celui des alcènes avec la formation d’ion ponté bromonium (schéma 9.19).

à l’obscurité. deux apportés par Br+.5 – Autres additions électrophiles 9. il s’agit d’une addition électrophile (schéma 9. Cl2CHCH(OH)2. sont très instables et dits antiaromatiques (§ 5. dans le cas des alcynes. lequel élimine une molécule d’eau pour conduire au dichloroacétaldéhyde.6. Ces réactions sont dues à l’acidité des hydrogènes portés par l’acétylène.1. ce qui suppose une énergie interne plus élevée. Ils sont donc très difficile à former. comme le cyclobutadiène. L’addition s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique. Certains catalyseurs métalliques permettent de l’éviter. L’iodation de l’acétylène s’effectue dans l’éthanol et s’arrête après une seule addition de I2 ((E)-1. l’alcool ou le . Il se forme d’abord un carbocation qui réagit avec le nucléophile du milieu.21. Dans le premier cas.2-diiodoéthylène). L’addition est stéréospécifique « anti » ce qui correspond au résultat observé aussi pour les alcènes. le (E)-dibromoalcène vicinal peut additionner une nouvelle molécule de brome pour former un tétrabromoalcane. en présence d’ions Br(fournis par LiBr). La structure électronique de cet ion ponté bromonium fait aussi apparaître une délocalisation de quatre électrons. C’est une raison supplémentaire à la difficulté de cette addition. donc une structure plus instable et plus difficile à créer. Note : l’addition d’iode à l’acétylène dans l’ammoniac liquide ne donne pas lieu à une addition mais à une substitution des hydrogènes ce qui conduit au diiodoacétylène I-C≡C-I. Pour les alcynes simples. L’addition du chlore à l’acétylène peut conduire à une explosion.20 La structure électronique de l’ion ponté bromonium dérivé des alcynes est différente de celle dérivée des alcènes car le cycle. et deux électrons π : les systèmes cycliques qui ont 4n électrons délocalisés. est plus fortement tendu comparé à celui dérivé des alcènes. Le dichloro-acétylène Cl-C≡C-Cl résulte de l’action d’une solution d’hypochlorite de sodium sur l’acétylène. 9. A). Cl2CHCHO. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 475 ion ponté bromonium C alcyne C Br2 C Br C Br Br C C Br Br Br2 Br C C Br Br addition "anti" Schéma 9.9.10). L’acétylène additionne successivement deux équivalents d’acide hypochloreux pour former le composé instable. Il s’oxyde très facilement en acide dichloroacétique.1. Cl2CHCOOH.5a – Alcools et phénols L’addition d’alcools ou de phénols sur les alcènes s’effectue en milieu acide ou basique.

sous l’action d’une base forte (B). L’addition suit la règle de Markovnikov.1. la réaction s’effectue en milieu basique et conduit d’abord à des éthers d’énols qui.476 Chimie organique phénol pour former un éther protoné.2). avec le groupe OR sur le carbone le plus substitué. en présence d’alcool. par une seconde réaction.5b – Hypochlorites d’alkyles. R A) C C H R-O-H H C C carbocation tertiaire O H C C H -H H C éther O R C éther protoné B) Y1 C Y2 C R-O-H + B R-O Y1 C Y2 C R -O + BH H Y1 Y2 H C C OR OR Y1 et Y2 = groupes électroattracteurs C) C C ROH HO RO C C H ROH HO RO RO C acétal H C H H2 O O C C H H éther d'énol H . Il faut que le composé éthylénique soit substitué par des groupes électroattracteurs. Les alcools primaires sont plus réactifs que les alcools secondaires et tertiaires. fournissent des acétals dont l’hydrolyse produit des aldéhydes ou des cétones selon la nature des substituant.21 Avec les alcynes (C). . 9. R-O-Cl Les hypochlorites d’alkyles s’additionnent sur les alcènes en produisant des β-chloro éthers (addition anti et règle de Markovnikov respectées le plus souvent). est transformé en un nouveau β-chloro éther portant le groupe alkyle de l’alcool à la place du groupe t-butyle (schéma 9.22). L’utilisation d’hypobromite (ou d’hypochlorite ou d’hypoiodite) de t-butyle permet d’obtenir un β-chloro éther qui. La réaction est facilitée si le carbocation intermédiaire est très stable (tertiaire). La perte du proton libère l’éther. il se forme un anion alcoolate qui s’additionne selon un mécanisme semblable à celui de la réaction de Michaël (§ 9. Les phénols donnent des réactions semblables. Dans le second cas.2 ROH cétone Schéma 9.

5c – Chlorure de nitrosyle. L’addition de NOCl est anti et suit la règle de Markovnikov. la présence d’un hydrogène comme substituant de l’oléfine permet une tautomérie avec une α-chloro oxime laquelle est prépondérante à 25 °C (schéma 9.1. elle est donc stéréospécifique et anti (schéma 9. Si un excès de NOCl est présent. R1 C R2 C H H IN3 R1 C R2 N3 ion ponté iodonium I C H H R1 R2 N3 β-iodo azide I C C H H Schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 477 C C Me3C-O-Cl hypochlorite de t-butyle O-CMe3 C Cl β−chloroéther C ROH (. celui-ci joue le rôle d’oxydant et un composé β-chloro nitré est alors obtenu.23). Par ailleurs.22 C 9.23 9.24 .5d – Azidure d’iode.Me3C-OH) O-R C Cl Schéma 9.24).9.1. NOCl sur une oléfine conduit d’abord à un composé β-chloro nitrosé. IN3 L’addition de IN3 s’effectue via un ion cyclique iodonium. N=O C C NOCl Cl composé β−chloro nitroso C C NOCl excès NO2 C Cl OH C composé β−chloro nitro N=O C C H NOCl Cl C C H Cl C C N α-chloro oxime Schéma 9. NOCl L’addition du chlorure de nitrosyle.

et que l’oléfine porte un hydrogène.25 Les alcynes additionnent les halogénures d’alkyles et les chlorures d’acides. 9. en produisant CH3COCH=CHCl.1. AlX4 C H H B) Substitution électrophile R1 C R2 C H H R1 RX AlX3 T> 0°C R2 C C H R C) H2C CH2 (CH3CO)2O ZnCl2 CH2=CH-CO-CH3 + CH3-COOH Schéma 9.1d) appliquée à des composés aliphatiques insaturés. par un même mécanisme. RX.25. Si la température est trop élevée. Note : l’alcène. en présence d’acides de Lewis Les halogénures d’alkyles et les halogénures d’acyles sont additionnés aux alcènes en présence d’acides de Lewis.478 Chimie organique Les autres azidures.5e – Halogénures d’alkyles. pour conduire respectivement à des halogénures d’alkyles et des β-halogéno cétones (schéma 9. l’acétylène réagit avec le bromométhyl éthyl éther Et-O-CH2Br.AlX3 R1 R2 X C C H R H R1 C R2 R . le chlorure de zinc. C’est la réaction de Friedel et Crafts (§ 8. . AlX4 R1 C C R R2 H H AlX4 . A).β-insaturée (C) par une substitution électrophile. et d’acyles (halogénures d’acides). en présence d’anhydride d’acide et d’un acide de Lewis. se comportent partiellement comme l’azidure d’iode car les mécanismes impliqués peuvent alors être aussi radicalaires. RCOX. dans les mêmes conditions. de brome. à basse température. en présence de AlCl3 pour former Et-O-CH2CH=CHBr. Ainsi. A) Addition électrophile R1 C R1 C H H R1 RX AlX3 R2 X C C H R H T< 0°C RX + AlX3 R .4. forme une cétone α. et avec le chlorure d’acétyle. en présence d’acides de Lewis. et de chlore. une réaction de substitution électrophile est alors possible (B).

conduit à l’acide avec libération d’un proton (schéma 9. Les alcools en milieu acide peuvent aussi s’additionner en 1. en milieu acide (H2SO4). entre 5 et 40 °C.27). La possibilité d’addition sur la seule fonction C=O existe. -insaturé 479 Lorsqu’un acide est additionné à un dérivé cétonique α.4 est thermodynamiquement plus favorable.5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé .4. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 9.27 .9. ce qui correspond à une addition-1. en raison de la tautomérie céto-énolique (schéma 9. le carbocation qui se forme résulte de l’attaque du proton sur le groupe cétonique en raison de la mésomérie qui affecte une charge négative à l’oxygène.4.1.26 9. qui. mais elle est très rare. conduit à un acide organique selon la réaction de Koch ou Koch-Haaf (1958).26).1. L’attaque de l’oxyde de carbone fournit un cation acylium. en présence de l’eau.β−insaturé H C Br C H cétone β−bromée C O Br C CH énol C OH Schéma 9. C C C O C CH C O H C CH Br C OH composé carbonylé α. Il se forme d’abord un carbocation (le plus stable).2. le résultat est identique à une addition-1. L’oxyde de carbone peut être remplacé par l’acide formique. car le résultat de l’addition-1.β-insaturé. L’anion attaque ensuite le carbocation. HOOC C CH2 + CO + H2O H 100-350°C haute pression O O CH3 -H cation acylium acide C CH3 H H H O C C CH3 O C CH2 alcène H C C CH3 O C C oxyde de carbone Schéma 9. Toutefois.5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) L’action de l’oxyde de carbone et de l’eau sur un alcène à haute pression.

il est ouvert et un acétate hydroxyalkylmercurique se forme (3).480 Chimie organique L’hydroxycarbonylation peut être réalisée avec du nickel-carbonyle. La réaction d’oxymercuration (schéma 9. Elle s’applique à la fois aux alcènes et alcynes. RNH2 R = H ou alkyl Schéma 9. 50 atm). Ni(CO)4. ce qui évite des transpositions avec les composés secondaires inhérents. L’addition est syn. schéma 9. un acide insaturé et un diacide peuvent être obtenus.29) fait intervenir l’acétate mercurique. Dans le cas des alcynes. (1) en présence d’eau.1. Sous l’attaque nucléophile SN2 de l’eau. Il se forme un ion ponté mercuronium (2) qui rappelle par sa structure l’ion ponté halonium. Le mécanisme de cette addition est le suivant.5h – Oxymercuration-démercuration La synthèse d’alcools à partir d’alcènes comprend un nombre important de réactions. dans le tétrahydrofurane comme solvant. C’est une réaction d’addition électrophile sur les alcènes dans laquelle il ne se forme pas de carbocation.28 NuH H C C O C Ni(CO) 2 9. dans des conditions plus douces (150 °C. L’oxymercuration-démercuration en est une. Hg(OCOCH3)2. ROH.28 : Ni(CO)4 C C Ni(CO)3 C C ∆ H NiCO)3 + CO H C C Ni(CO)3 Ni (CO)3 H C C C O Nu NuH = H2O. .

ce qui correspond à une addition selon la règle de Markovnikov. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 481 Oxymercuration H3C-OC-O Hg 1) H3C-OC-O acétate mercurique H3C-OC-O Hg + O-CO-CH3 H3C-OC-O Hg R1 2) R2 C C H R3 H3C-OC-O Hg C R2 C H R1 R3 ion ponté mercuronium H3C-OC-O Hg C R2 O H C H -H R3 SN2 R1 R2 C C Hg-O-CO-CH3 R3 H 3) R1 HO acétate hydroxyalkylmercurique H attaque régiospécifique du côté opposé à Hg Schéma 9. Le reste du mécanisme est le même que pour la réaction avec l’eau. NaOH.31). Lorsque la réaction d’oxymercuratio-démercuration est effectuée dans un alcool. C’est une addition anti en raison de l’orientation de l’attaque de l’eau sur l’ion ponté et qui est aussi le plus souvent stéréospécifique. Démercuration R2 R2 Hg-O-CO-CH3 R1 R1 NaBH4. la réduction conduit à un alcool. H2O C C C R3 (réduction par ion hydrure) HO H HO H C R3 H + CH3COONa + Hg alcool (addition anti) Schéma 9. Le réactif nucléophile qui attaque l’ion mercuronium est alors l’alcool.30).9. Elle est régiosélective car l’eau attaque le carbone le plus substitué de l’alcène de départ. . elle permet de préparer des éthers (schéma 9.29 La démercuration consiste à traiter l’acétate hydroxyalkylmercurique par le borohydrure de sodium en présence de soude (schéma 9.30 Dans ces conditions.

32) substitue(ent) l’un des deux carbones d’une double liaison. amides… correspondants. -SO2R. la diminution de la densité électronique du carbone éthylénique non substitué par ces groupes favorise l’attaque d’un réactif nucléophile. C +δ Y C −δ C C C O Y effet -I C C C effet . c’est une réaction semblable à celle de l’addition des électrophiles.33.31 9. Dans le cas d’un groupe Y cétonique. Par contre. l’attaque d’un réactif électrophile devient difficile. nitriles. mais il s’applique aussi aux esters. H2O R1.M O Schéma 9.2 Additions nucléophiles. on peut citer selon l’ordre de facilité de l’attaque du nucléophile : -CHO > -COR > -CO2R > -CN > -NO2 Certains groupes dérivés du soufre comme -SOR. R3 = groupes alkyles ou aryles Schéma 9. ROH 2) NaBH4. . avec formation d’un carbanion stabilisé par résonance dans le cas d’une présence de groupes à effet -M. la seconde est une réaction avec une entité positive du milieu. R2. ou le fluor exercent aussi un effet électroattracteur qui permet ce type de réaction.32 L’addition du réactif nucléophile correspond à deux étapes : la première est l’attaque du nucléophile sur le carbone à faible densité électronique. le mécanisme est présenté dans le schéma 9. réactions de Michaël Lorsqu’un ou plusieurs groupes Y à effet électroattracteur -M ou -I (schéma 9. Parmi les groupes à effet -M les plus fréquents. Dans une certaine mesure. NaOH. mais avec inversion des charges.482 R1 R2 RO C C Chimie organique H R3 H R1 C R2 C R3 H 1) Hg(OCOCH3)2.

et en particulier l’un de ceux formés par addition d’un équivalent de base (alcoolates. car la forme limite prépondérante de l’ion énolate est celle où la charge négative est située sur l’oxygène. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 483 Nu C C C O Nu C C C O ion énolate Nu C C C O NuH . les acrylates et leurs dérivés substitués par des groupes alkyles sont les plus utilisés dans ces réactions.1). amines aliphatiques tertiaires. ou mieux.33 La formation de l’énol avant l’établissement de l’équilibre céto-énolique est vraisemblable. aralkyl. est présentée ci-dessous (schéma 9.9. L’acrylonitrile. malononitriles.34) : .Nu Nu C C C O H Nu C H C C O énol cétone équilibre céto-énolique Schéma 9. les réactions d’addition de tous les réactifs nucléophiles sur les alcènes définis ci-dessus ont aussi souvent cette appellation. pipéridine. qui correspond à une cyanoéthylation du malonate d’éthyle. réactions de type Michaël. COOR R' CH COOR malonates CN R' CH CN malononitriles COOR R' CH CN cyanacétates R' R'-CO-CH(R")-COOR β-cétoesters R' CH NO2 R" CH CHO R" H nitroalcanes aldéhydes R R' et R" = H. Lorsque le réactif nucléophile est un carbanion. nitroalcanes… (Figure 9. cette réaction d’addition est appelée réaction de Michaël (1887). ou aryl Figure 9. potasse…) à des composés tels que. acylacétate. cyanoacétates. dans la mesure où l’oxygène a une électronégativité supérieure à celle du carbone. alkyl.1 Par extension. malonates. Elles sont très importantes en synthèse. La réaction d’addition du carbanion dérivé du malonate d’éthyle sur l’acrylonitrile.

PhOH. ou les thiols. ROH.484 Chimie organique EtOOC EtOOC CH2 Et-O EtOOC EtOOC CH + Et-O-H malonate d'éthyle EtOOC CH + EtOOC EtOOC H2 C CH CN EtOOC EtOOC CH H2C C H CN acrylonitrile EtOOC CH H2C EtOOC C H CN + Et-O-H H CH H2C C H CN + Et-O EtOOC (2-cyanoéthyl)-malonate d'éthyle Schéma 9. le phénol.34 La cyanoéthylation peut aussi s’effectuer sur des alcools. (R)( R’)NH. RO-CH2CH2-CN Ph-OH H2NR RSH RNH-CH2-CH2-CN PhO-CH2-CH2-CN ROH H2 C CH CN acrylonitrile R-S-CH2-CH2-CN Schéma 9. La formation du carbanion intermédiaire en est la raison. Lorsque la température augmente la réaction s’inverse avec libération des composés de départ. il existe des exceptions. par exemple dans le cas d’alcènes cycliques pour lesquels des additions syn ou anti ont été observées. Elles résultent alors d’une gêne à la libre rotation du carbanion intermédiaire ou à une différence de vitesse entre la rotation de ce carbanion et celle de l’attaque du groupe chargé positivement. RNH2. . Les produits de la cyanoéthylation sont formés à des températures peu élevées. Cela explique aussi la facile dégradation des composés cyanoéthylés par chauffage en milieu basique. Toutefois. des amines primaires.35). et secondaires. RSH (schéma 9. Ces additions ne sont pas stéréospécifiques.35 Toutes les réactions de Michaël et de type Michaël sont équilibrées.

Na Ph-CH2 . Elle a lieu avec les alcènes activés de type Michaël.3-diphénylpropane. Évidemment. Elle nécessite la présence d’une base (formation de l’anion cyanure). l’addition 1. il ne s’agit pas d’une réaction d’addition de Michaël.37). Na + PhCH=CH2 styrène Ph-CH-CH2-CH2-Ph Ph-CH-CH2-CH2-Ph solvant protique Ph-CH2-CH2-CH2-Ph 1. NaNH2 amidure de sodium CH3COOK acétate de potassium CH2COOK. Na + CH2=CH2 CH2-CH2-CH2-COOK.C-CH2-CH=O CN addition 1.CH=CH-CH=O HCN base .36 Le carbanion qui résulte de l’action de l’amidure de sodium sur l’acétate de potassium peut s’additionner sur l’éthylène.37 L’addition d’acide cyanhydrique (préparé par chauffage de cyanhydrine d’acétone.2 Schéma 9.4 + -CH=CH-C-O-H CN prépondérant addition 1. Na + NH3 CH2COOK. Na H CH3-CH2-CH2-COOH acide butanoïque Schéma 9.2 (sur le groupe carbonyle) est favorisée par rapport à l’addition 1. Na Ph-CH3 toluène Ph-CH2 . .9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 485 Un cas particulier de ces réactions est celle du styrène qui additionne un groupe benzyle pour former le 1. sur une double liaison n’est pas une réaction d’addition électrophile mais nucléophile.38 . dans ce cas. (CH3)2C(OH)CN).36).38). Si la double liaison porte un substituant CHO ou COR.4 (schéma 9. La réaction est facilitée par la haute stabilité du carbanion intermédiaire résonnant résultant de l’addition. conduisant ainsi à une alkylation de l’acide acétique en acide butanoïque (schéma 9.3-diphénylpropane Schéma 9. Le carbanion benzyle est obtenu par action du sodium sur le toluène (schéma 9.

Le mécanisme le plus vraisemblable est radicalaire..1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde Ce type d’additions a été présenté au paragraphe 6. CH3-CH2-CH3 + CH2=CH2 CH3-CH-CH3 + CH3CH2 (réaction de symproportionation inverse de disproportionation) CH3CH-CH3 + CH2=CH2 (CH3)2CH-CH2-CH2 . l’isopentane est prépondérant (55 %). peroxyde effet Kharash ou anti-Markownikov CH CH2 Br le bromure le moins substitué Schéma 9.40 ... Il débute par une réaction inverse à la disproportionation (ou dismutation) appelée symproportionation (schéma 9..12. C CH2 HBr. sous de très fortes pressions.40). une réaction rétro-Michaël est possible avec le même mécanisme mais inversé..3.2 – Alcanes Les alcanes s’additionnent aux alcènes à très haute température. Dans le cas du mélange propane et éthylène.3 Additions radicalaires 9.39).486 Chimie organique Les réactions de Michaël étant équilibrées. 9... Ces réactions présentent un intérêt industriel bien que leurs résultats soient des mélanges de plusieurs alcanes. selon les conditions expérimentales. (CH3)2CH-CH2-CH2 (CH3)2CH-CH2-CH3 + CH3-CH-CH3 + CH3-CH2-CH3 Schéma 9.5d : halogénations sous UV.39 9.3. les hexanes et heptanes l’accompagnent ainsi que divers alcènes. addition de HBr en présence de peroxyde (effet Kharash et addition antiMarkovnikov) : le bromure d’alkyle formé est le moins substitué (schéma 9.

schéma 9. L’alcène mis en réaction ne doit pas avoir de substituants électroattracteurs. esters. c’est la liaison entre l’un de ces hydrogènes et le carbone qui est rompue. . amines ou halogénures d’alkyles sont mis en réaction c’est la liaison entre l’hydrogène porté par le carbone lié au groupe fonctionnel et ce dernier qui est rompue (schéma 9. R C C + R-CH2-Y initiateur radicalaire H Z Z C C + H2C Z' Schéma 9.42). le mécanisme est le suivant. par exemple.41 : H C R O initiateur -H H R C C O C R C O C C R C O C C R C O R C O Schéma 9.41 C C H + R C O Un mécanisme semblable a lieu avec les formiates HCOOR et les formamides HCON(R1)(R2). Dans le cas d’un aldéhyde. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 487 9. aldéhydes.3. CH2(COOR)2. Lorsque les alcools. Dans ce cas.3 – Amines.42 CH-Y C C CH Z' initiateur radicalaire H C C Certains composés à hydrogénes acides Z-CH2-Z’ où Z et Z’ sont des groupes électroattracteurs -I.9. alcools. donnent aussi lieu à une telle réaction. les malonates. en présence d’un initiateur de radicaux libres Ces réactions s’effectuent le plus souvent en présence de peroxydes.

en phase hétérogène. Dans certains cas. le groupe hydroxyle OH ou amino NH2 ne sont pas une gêne à l’hydrogénation des doubles liaisons éthyléniques si les conditions expérimentales sont adéquates. L’alcène et l’hydrogène sont d’abord adsorbés sur la surface du catalyseur. ce dernier étant retenu à celle-ci par des forces dites de Van der Waals. (un solide et un liquide) consiste en une hydrogénation catalytique qui fait intervenir des métaux ou des composés métalliques parmi lesquels on peut citer le nickel de Raney (préparé par action de la soude sur l’alliage de Raney Ni-Al).43 . l’éthanol ou l’acide acétique contenant en solution le composé à hydrogéner. Dans tous les cas. le rhodium.4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique Les alcènes peuvent être réduits en alcanes correspondants par deux méthodes : en phases hétérogènes et en phases homogènes (voir aussi § 13. La présence de groupes fonctionnels soufrés inhibe la réaction en raison de la forte affinité du soufre pour ces catalyseurs. La réduction. (comme le nickel de Raney).43).488 Chimie organique 9. et l’oxyde de zinc. Bien que l’étude approfondie du mécanisme de cette hydrogénation soit très complexe. il est préférable de stocker ces catalyseurs sous un liquide (l’eau ou un alcool) afin d’éviter leur oxydation par l’air qui peut provoquer une inflammation. dans des solvants comme le méthanol. le palladium déposé sur du carbone (Pd-C). le ruthénium. lequel est réduit en platine colloïdal par l’hydrogène). tandis qu’une éponge absorbe l’eau en la retenant à l’intérieur de ses espaces vides. R2 C H H R1 C R3 surface du catalyseur interactions fortes R4 H R1 C H R2 C R4 R3 interactions faibles R1 R2 H C C H R4 R3 Schéma 9. COR. COR.3). Les hydrogénations s’effectuent entre 0 °C et 250 °C et à des pressions variables selon les composés traités. un composé est adsorbé sur la surface d’un solide. Attention : ne pas confondre adsorber et absorber. Des groupes fonctionnels carbonylés CHO. le catalyseur est sous forme de poudre extrêmement fine afin d’augmenter la surface de contact avec les réactifs. COOH. le platine ou son oxyde (catalyseur d’Adams. certains points sont considérés comme vraisemblables (schéma 9.

C≡N. Certaines réactions d’isomérisation et d’échange d’hydrogènes sont associées à ce mécanisme. Une nouvelle molécule d’alcène vient alors prendre position sur les sites actifs libérés. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 489 Ces adsorptions ont lieu sur des « sites actifs » liés à l’hétérogénéité de la surface du catalyseur. il faut noter que de nombreux réactifs utilisés pour la réduction de liaisons multiples fonctionnelles (C=O.9. Les échanges d’hydrogènes se font sur une même surface de catalyseur ce qui implique une addition syn. Ce type d’hydrogénation a un caractère réversible. L’hydrogénation en alcène utilise le catalyseur de Lindlar (palladium déposé sur du carbonate de calcium partiellement empoisonné par du diacétate de plomb pour le rendre moins actif). Il se forme alors un radical qui reste retenu au catalyseur par le second carbone de l’alcène de départ. achirale. pour le zinc en présence d’acide. Cela permet à chaque atome d’hydrogène d’avoir une certaine liberté et lui permet de s’associer à un atome de carbone de l’alcène.réduit spécifiquement les doubles et triples liaisons conjuguées à un groupe carbonyle ou à un cycle aromatique. La réaction est exothermique. COR et COOR ne sont pas réduits. Elle présente une meilleure sélectivité que la catalyse hétérogène mais les catalyseurs sont plus difficiles à éliminer après réaction. Les alcynes sont réduits en alcanes correspondants par les catalyseurs utilisés pour les alcènes. les isomères cis sont plus rapidement hydrogénés que les isomères trans. Elles rendent les liaisons entre atomes retenus plus faibles. Si un ou deux carbones asymétriques sont créés dans la molécule à l’origine. l’hydra- . les groupes NO2. NO2… sont susceptibles de réduire les alcènes et alcynes. un racémique en est le résultat stéréochimique. C’est le cas du catalyseur de Wilkinson qui est le chlorotris(triphénylphosphine)rhodium RhCl(PH3P)3 : avec ce catalyseur. L’addition catalytique d’hydrogène est syn et stéréospécifique. Réduction chimique : hors l’hydrogénation catalytique. H Me Me C Me C C Me C Me Me H2 catalyseur de Lindlar Me H C C Me Schéma 9. et plus particulièrement pour la molécule d’hydrogène. Le pentacyanocobaltate(II) Co(CN)52. Généralement. CN. C’est le cas. l’action du lithium sur les amines aliphatiques. bien que thermodynamiquement l’isomère trans soit plus stable (schéma 9. L’addition est encore syn et conduit de manière unique ou prépondérante à l’alcène cis. parmi d’autres.44). Le même phénomène se renouvelle avec un second atome d’hydrogène présent sur la surface catalytique ce qui conduit à l’alcane de la réaction qui est très peu adsorbé sur le catalyseur par rapport aux molécules d’alcènes.44 C C Me Me Me Me La réduction en phase homogène peut être réalisée avec des catalyseurs solubles dans le milieu.

Cr2O3) (schéma 9. il s’agit d’une réaction de transfert d’hydrogène du diimide vers l’alcène comme le montre le schéma 9. + 2 Pd + 2 H H Schéma 9. par chauffage (schéma 9.47 .H2O diimide N H N N H H H C H R N H H C H R' H R N N + H C R' C + C C H H R' R Schéma 9.46). La réduction unique de chaînes latérales insaturées s’effectue avec du chromite de cuivre (2 CuO.490 Chimie organique zine en présence d’un oxydant doux comme l’oxygène. en présence de palladium.47).46 La réduction du benzène en phase hétérogène est réalisée avec le nickel de Raney ou le platine.45 Dans le cas du diimide HN=NH fourni par oxydation ménagée de l’hydrazine NH2NH2. D’autres composés sont susceptibles de transférer leurs hydrogènes à un alcène. C’est le cas du cyclohexène qui est susceptible de transférer quatre atomes d’hydrogène à deux molécules d’alcène. Pt H2 chromite de cuivre Schéma 9. le peroxyde d’hydrogène ou certains oxydes métalliques comme l’oxyde de cuivre CuO. Cr2O3) ou du chromite de cuivre et de barium (CuO. H N H N H hydrazine H O N H N H .45. H2. BaO.

Et-O Na H H cyclohexa-1.1 – Additions syn Le tétroxyde d’osmium OsO4 (composé toxique et coûteux). permettent d’effectuer des dihydroxylations syn d’oléfines.4-diène (schéma 9. Le même processus se répète une seconde fois avec le métal. le peroxyde d’hydrogène. il se forme des esters cycliques par réaction d’un côté ou de l’autre du plan éthylènique. le permanganate de potassium. 9. La réduction du benzène (voir aussi § 13. En présence de quantité catalytique d’OsO4. et un alcool (éthanol. OsO4. ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 De nombreuses méthodes de dihydroxylation des oléfines existent.48 Le métal transfère un électron au benzène via l’ammoniac liquide pour créer un radical-anion qui est transformé en un simple radical par l’apport d’un proton fourni par l’alcool (l’ammoniac n’est pas assez acide pour apporter ce proton). le mécanisme de la dihydroxylation syn est le suivant.Et-O H Na . Dans le cas de Os(VIII)O4. conduit aussi à une addition syn. l’ester osmique peut être isolé.9. en milieu alcalin. Il est décomposé par le hydrogénosulfite de sodium dans l’éthanol ou par l’acide sulfhydrique. Na H Na NH3 H H Et-O-H H H Na NH3 H e H Na H H Et-O-H H H . Fe(CN)6K3.4-diène e Schéma 9.48) est le résultat de la réaction de Birch (1944) qui fait intervenir un métal alcalin (lithium. Un nouvel apport de proton par l’alcool fournit le composé final.5) en cyclohexa-1. 9. Avec OsO4. schéma 9. sodium ou potassium). isopropanol ou t-butanol). et le permanganate de potassium. On peut distinguer les additions syn et anti.2-diols. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 491 Le benzène n’est pas réduit par l’hydrogène naissant résultant de l’action d’acides sur des métaux ou de l’action du sodium sur les alcools. mais c’est un carbanion qui est formé. H2O2.5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium.5. Elles conduisent à des glycols ou 1. Ce composé peut être remplacé dans ces réactions par d’autres oxydants comme le ferricyanure de potassium. MnO4K. de l’ammoniac liquide de haute pureté. Dans les deux cas. H2S.49 : . KMnO4.

le mécanisme débute par la formation d’un ester cyclique.50 Dans les deux cas.492 Chimie organique R1 C R2 C R3 Os(VIII)O4 R4 R1 R2 O Os(VI) O O C C R4 et l'inverse O addition syn OH SO3HNa R3 EtOH R1 R2 et l'inverse OH C R4 R3 C ester osmique α-diol.2-diol.49 Si un ou deux carbones asymétriques sont créés. C’est une réaction stéréosélective et stéréospécifique.H2O O C R1 R2 et l'inverse C R4 R3 oxirane Schéma 9. addition syn K R1 C R2 C R4 R1 K O Cr O acide C chromique R1 dilué R2 O C R4 R3 H2O R1 R2 R2 et l'inverse O O C O Mn O C R4 R3 KOH H 2O MnO3H O C R1 R2 et l'inverse R3 MnO4K O C R4 H2O . qui est décomposé par la solution alcaline par deux réactions successives en 1. ou glycol . ou glycol Schéma 9. un seul racémique est obtenu. Le glycol est parfois accompagné d’oxirane par déshydratation du diol.50). Il en est de même pour le permanganate de potassium en milieu alcalin et l’acide chromique dilué à 25 °C (schéma 9. .MnO2 OH O C R4 R3 R3 O O OH C et l'inverse et l'inverse α-diol.

plus particulièrement l’acide m-chloroperbenzoïque (MCPBA). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 493 Par contre.H 2O O R1 C R2 Ar acide peroxybenzoïque C O O O H R1 -ArCOOH R3 R2 époxyde ou oxirane R3 R4 R1 C R2 C H H O R4 R1 R2 R1 C H2O -H R2 R1 C HO 1. à chaud. La réaction est appelée époxydation des alcènes (réaction de Prileschaiev ou Priléjaev. ou en milieu neutre ou acide.51 . 9. permettent le passage des alcènes aux oxiranes (ou époxydes) correspondants (schéma 9.51). H eau O oxygènée ou peroxyde d'hydrogène H O R3 C R4 .9. le diol est oxydé en acides par coupure de la liaison carbone-carbone. 1909).2 – Addition anti Le peroxyde d’hydrogène et les acides peroxybenzoïques.5.2-diol OH C R4 R3 SN 2 R2 O H H R3 R4 OH C R4 R3 (et son inverse optique) addition anti Schéma 9.

2-diols correspondants. Il s’agit d’une dihydroxylation anti.6 Hydroboration et hydroboration-oxydation Le borane. sur l’un des carbones cycliques. 9. ce qui peut nécessiter dans certains cas un chauffage. D’autres bases comme le diméthylsulfure. L’attaque de l’époxyde protoné s’effectue selon un mécanisme SN2. BH3. les amines tertiaires ou les phosphines sont aussi utilisées. B2H6. La réaction se termine lorsqu’un trialkylborane est obtenu. un acide de Lewis. du côté opposé à l’oxygène. lesquels sont des bases de Lewis. Il se forme d’abord un alkylborane qui réagit aussitôt sur une nouvelle molécule d’alcène ce qui conduit à un dialkylborane. à côté de nombreuses autres molécules (figure 9. .2).494 Chimie organique L’hydrolyse en milieu acide de ces composés cycliques conduit aux 1. Le peroxyde d’hydrogène en présence d’argent fournit aussi un époxyde. est le plus souvent employé sous forme de complexes résultant d’une réaction acido-basique au sens de Lewis avec des éthers acycliques comme le diéthyléther ou cycliques comme le tétrahydrofurane (THF). comme dans le cas des complexes avec des amines tertiaires. Me2S.2 BH3 BH3 La réaction d’hydroboration avec l’alcène s’effectue. soit directement avec le complexe. qui existe sous forme de dimère. Complexes du borane Et O O BH3 Et Me S Me N P BH3 BH3 Figure 9. soit par libération du borane de son complexe in situ par addition de borohydrure de sodium.

Le trialkylborane est oxydé par une solution aqueuse de peroxyde d’hydrogène. réalisée par oxydation. contrairement à d’autres additions. souvent celui qui porte le maximum d’hydrogènes si les autres substituants sont des groupes alkyles ou aryles.52) débute par la formation d’un complexe entre l’alcène riche en électrons (base de Lewis) et le borane. Cette régiosélectivité de l’addition dépend surtout de l’encombrement relatif des deux carbones éthyléniques et très peu des caractères électroniques des substituants de l’alcène. pauvre en électrons (acide de Lewis). Un des hydrogènes est ensuite transféré à l’un des carbones via un état de transition à quatre centres. Pour des raisons d’encombrement stérique. l’addition est syn. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 495 2 C=C C C + BH3 H2B alkylborane orbitales "p" addition syn C C H H C C B 3 trialkylborane C C C C C C H 2B C C H H H H B H H B H H2B H alkylborane état de transition complexe π borane-alcène orbitale vide H3C Et BH3 Me H H Me BH2 C 2 CH3 C H Et Me H trialkylborane Et C Me C H Me CH3 C C H Me B 3 BH2 sur le carbone le moins encombré Schéma 9. le bore se lie au carbone le moins encombré. Comme le mécanisme le montre. tandis que le bore est lié à l’autre carbone.52 Le mécanisme réactionnel (schéma 9. . L’orbitale vide du bore est toujours présente dans le monoalkylborane donc une seconde réaction puis une troisième réaction sont possibles ce qui correspond au transfert des trois hydrogènes de BH3. L’intérêt principal de l’hydroboration des alcènes est dans l’utilisation des produits d’addition pour la préparation d’alcools.9.

HO R B O R H B O O H transposition avec rétention de configuration R B R RO RO RO borate de trialkyle H O O R .100 et 6. vers l’oxygène lié au bore.53 L’ensemble de ces réactions correspond à l’hydroboration-oxydation : elle est similaire dans son résultat à une addition d’eau sur la double liaison mais le groupe OH est dans ce cas lié au carbone de l’alcène de départ le moins encombré. syn. contrairement aux résultats enregistrés pour les additions d’eau en milieu acide.2a et 6. Rappel : (schémas 6.du peroxyde d’hydrogène sur l’atome de bore.2a). stéréospécifique. site électrophile de la molécule.53). avec rétention de configuration du groupe alkyle.HO RO borate de trialkyle B + 3 NaOH BO3Na3 + 3 R-OH borate de sodium Schéma 9.15. trois molécules d’alcools sont libérées à côté de borate de sodium (schéma 9. En présence de soude. C’est donc une réaction régiosélective.14. Le même processus se reproduit encore deux fois : le produit obtenu est un borate de trialkyle.116) .7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes Les additions des carbènes et des nitrènes sur les oléfines sont présentées au chapitre 6 (§ 6. en entraînant son doublet de liaison ce qui permet ensuite le retrait d’un ion hydroxyde. 9.HO R H 2O O R B O O R H O O RO RO B . Ce résultat provient de l’attaque nucléophile de l’ion hydrogénoperoxyde HOO. Le composé ainsi formé subit une transposition. une addition anti-Markovnikov. L’alcool obtenu résulte de ce qui correspond à une addition d’eau sur l’alcène de départ régiosélective anti-Markovnikov.496 Chimie organique H-O-O-H + H2O R R R trialkylborane anion hydrogénoperoxyde H-O-O R R R B O O + H 3O R .

et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) De nombreux hétérocycles pentagonaux. un alcène (et parfois . le soufre. donc constitués d’atomes de carbones et d’autres éléments comme l’oxygène. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 497 méthylène singulet CH2 R1 1) R2 C C R4 R4 R4 C 2) R1 C R2 C R4 R3 R5 R1 R2 C C C R3 R1 R2 C H2 C C R3 R4 et son inverse par attaque au-dessous du plan sp2 1 racémique R4 C R5 C R5 + R3 R4 R4 R3 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 C C C + R2 R1 C C C R4 R5 2 racémiques R4 R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux (Schéma 6.9.8 Cycloadditions [2 + 3]. sont préparés par des réactions dites de cycloaddition [2 + 3] qui font intervenir d’une part.116) 9.100) R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C CH CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine (Schéma 6. l’azote.

X et Z. sont susceptibles de porter des charges de signes contraires dans une des formes limites entre lesquelles ils résonnent. les dihydrotriazoles sont souvent synthétisés par action d’un azide d’alkyle ou azidoalcane.498 Chimie organique d’autres doubles liaisons) ou un alcyne (ou un nitrile). appelé dipolarophile. HN3. . À titre d’exemple.3 Y X Z X Y hétérocycle Z alcène R-N N N azidoalcane R-N N N N R-N N C C N R N C C N dihydrotriazole N R-N N C C N R N C C N triazole N H-N N R C N N nitrile Schéma 9. les doublets d’électrons sont représentés exceptionnellement par des tirets. sur un alcène. RN3. résonne entre deux formes limites dont l’une affecte deux charges de signes contraires aux deux atomes d’azotes terminaux.3 (schéma 9.3. dipole-1. L’acide azothydrique. La même réaction effectuée avec un alcyne conduit aux triazoles.54 H N C R N N tétrazole Note : par simplification des schémas. réagit avec un nitrile pour former un tétrazole. Ces dipôles sont constitués de trois atomes principaux X-Y-Z liés entre eux. Cela permet une attaque de type électrophile de ce groupe sur l’alcène et déclenche le mécanisme de cycloaddition [2 + 3]. Il existe essentiellement 2 types de dipoles 1. azido. libérées in situ et appelées dipoles-1.54). des composés ou entités chimiques mésomères le plus souvent instables. et dont les deux atomes terminaux. et d’autre part. Le groupe N3.

et d’autres dipoles-1.9. et dans une autre forme limite.56). et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev. d’oxygène ou d’azote.HCl N N C imine de nitrile N N C HO N C Cl base . Y. Z est neutre. C H N C Cl base . mais forme alors une triple liaison avec l’atome central Y chargé positivement .3 de type 1 ont les caractéristiques suivantes. Il existe des dipoles-1.HCl C N C ylure de nitrile C N C HN N C Cl base .55 – dans une forme limite du dipole.55 : 499 X Y Z X Y Z Schéma 9. Y ne peut être qu’un atome d’azote. – si X.3 assez stables comme les diazoalcanes. un atome de carbone. l’atome Z chargé positivement (sextet d’électrons) forme une double liaison avec l’atome central Y neutre. les azides ou l’oxyde nitreux.HCl ∆ . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Les dipoles-1. Z.56 .CO2 O N C oxyde de nitrile O N C N O N S O S N C sulfure de nitrile S N C N N N azide ou azoture N N C N N diazoalcane C N N O N N O N N oxyde nitreux Schéma 9.3 qui sont instables comme les oxydes. schéma 9. imines ou ylures de nitriles souvent formés in situ par déshydrohalogénation en milieu basique d’un dérivé halogéné adéquat ou par chauffage d’un composé hétérocyclique (schéma 9. un atome de carbone ou d’azote et X.

58). azoxy. d’azote ou de carbone.57) : X Y Z X Y Z Schéma 9. Par contre les ylures de carbonyles. et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev.500 Chimie organique Les dipoles-1. Y ne peut être qu’un atome d’azote ou d’oxygène. Z devient neutre et la charge est portée par Y . – si X. Quelques dipoles-1. de thiocarbonyles et les azimines sont préparés in situ (schéma 9.3 sont stables comme les composés nitrés. l’atome chargé positivement Z forme avec l’atome central Y une simple ou double liaison.3 de type 2 ont les caractéristiques suivantes (schéma 9.Y. X et Z peuvent être des atomes d’oxygène. les nitrones et l’ozone.57 – dans les formes limites de ce dipôle. Dans ce dernier cas. .

Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 501 X R C base .HX C R N R C N N C ylure d'azométhine R C N R N N C C CH N X N H R N C imine d'azométhine à partir d'hétérocycles C O C ylure de carbonyle C O C à partir d'hétérocycles C S C ylure de thiocarbonyle C S C à partir d'hétérocycles C O=O carbène N N N azimine N N N O O C oxyde de carbonyle O O C N O C carbonyle imine N O C O N O O N O O N O groupe nitro O N N groupe azoxy O N N C N O nitrone C N O O O N nitroso oxyde O O N O O O O O O O ozone O O O O O N O N N O N N O N nitroso imine Schéma 9.HX base .58 .9.

alcynes internes. NC-C≡C-CN.3. acétylène dicarboxylate. maléates ou fumarates d’éthyle. les hétérocumulènes. CH2=CH-Ph. CH2=CH-COOR (R = alkyl). HC≡C-CO2R (R = Me ou Et). RO2C-C≡C-CO2R (R = Me ou Et). acrylates. Il faut y ajouter le benzyne (§ 8.3 . 1-nitro-2-phényléthylène. composés cycliques. styrène. trans-stilbène. les imines ou les azodicarboxylates. O O O anhydride maléique Dérivés d’alcynes : O NH O maléimide R-C≡C-R’ (R et R’ = aryl ou hétéroaryl). et des fonctions comme les nitriles. (R = alkyl). l’anhydride maléique et le maléimide. alcynes terminaux. Et. Ph-CH=CH-Ph. R-CO-C≡C-CO-R’ (R = Me. acrylonitrile.3). 1. Benzyne Figure 9. EtCO2-CH=CH-CO2Et (Z et E). propiolates. Ph-CH=CH-NO2. NC-CH=CH-CN (E). dicyanoacétylène. CH2=CH-CO-R (R = alkyl ou aryl).502 Chimie organique Les dipolarophiles sont nombreux (figure 9. Dérivés d’alcènes : CH2=CH-CN. un benzène dont une double liaison a été remplacée par une triple liaison (composé instable).2-dicyanoéthylène. R’ = aryl ou hétéroaryl). CH2=C(Me)-COOR. vinyl cétones. La plupart sont des alcènes ou alcynes acycliques activés par des groupes électroattracteurs -M. R-C≡CH (R = aryl ou hétéroaryl).4). noms donnés à des composés formés de deux doubles liaisons successives faisant intervenir des hétéroéléments.

et bien qu’ils ne soient ni des alcènes ni des alcynes.52).9. N-acylisocyanates. Fonctions simples : R-C≡N. O O O O O O ozone O O O O O O O O O O O C C C molozonide O C O C O O C O C O O O O + C C O O C O C O O C O diperoxyde cyclique réaction secondaire Schéma 9.Cas particulier de la cycloaddition de l’ozone.3 intermédiaire (schéma 9. thioisocyanates. .4) : Hétérocumulènes (plusieurs insaturations consécutives faisant intervenir des hétéroéléments et un carbone) : R-N=C=O. nitrile. R-CO-N=C=O.59 ozonide . les composés suivants (figure 9. Et-COO-N=N-COOEt. azodicarboxylate d’éthyle. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 503 Il faut y ajouter. pour généraliser la réaction. R-C(R)=N-R’ (R et R’ = alkyl ou aryl). N-acylisothiocyanates. Il peut aussi se former un diperoxyde comme composé secondaire qui provient d’une dimérisation d’un dipôle-1. Ce composé se réarrange pour fournir l’ozonide dans lequel la liaison entre atomes de carbones est rompue. imines. et ozonolyse L’addition de l’ozone sur un alcène est une cycloaddition [2 + 3] qui conduit à un molozonide. R-N=C=S (R = alkyl ou aryl). R-CO-N=C=S (R = aryl ou CCl3). isocyanates.

504 Chimie organique La réaction a lieu dans le chloroforme ou le tétrachlorure de carbone comme solvant. Les ozonides sont très sensibles à l’hydrolyse. sera donc oxydé en acide correspondant comme dans l’exemple du schéma 9. dans les conditions normales. ils sont ouverts pour former des cétones ou des aldéhydes selon les substituants des carbones « sp 2 » de l’alcène traité.60 Afin d’éviter cette oxydation de l’aldéhyde formé au début de la réaction. dans ce cas et dans les conditions indiquées. Un carbone éthylènique disubstitué par des groupes alkyles conduira à une cétone (non oxydable par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu réactionnel). Un carbone éthylènique monosubstitué par un groupe alkyle conduira à un aldéhyde. 1) Alcènes H3C C H3C C H CH3 O O3 H3C C O ozonide O C CH3 2 H2O H H3 C H3C cétone (acétone) CH3 C O + O C H aldéhyde (acétaldéhyde) H3C milieu anhydre Sans poudre de zinc: H3C C H En présence de poudre de zinc: H2O2 CH3 O C H 2) Alcynes R1 C C R2 R1 C O + H2O2 Zn H2O + 1/2 O2 CH3 + H2O + 1/2 O2 H O + H 2O 2 CH3-COOH acide (acide acétique) + H2O2 + H 2O Zn O C non oxydé en acide acétique O C O R2 H 2O R1 C O C R2 + H2O2 O ozonide d'alcyne R1-COOH + R2-COOH Schéma 9. L’oxygène moléculaire remplace alors le peroxyde d’hydrogène : c’est un très mauvais . et le milieu réactionnel étant très oxydant en raison de la présence de peroxyde d’hydrogène. l’aldéhyde. de la poudre de zinc qui permet la décomposition du peroxyde d’hydrogène en ses éléments. En présence d’eau. on peut ajouter au mélange réactionnel. à peine formé. le résultat de cette oxydation pour ce carbone. eau et oxygène (dès son apparition dans le milieu). C’est donc un acide qui sera. Les aldéhydes étant très facilement oxydables en acides.60.

3-diène. Des composés dièniques cycliques sont aussi utilisés comme le cyclohexa-1.60) mais elle est beaucoup plus lente qu’avec les alcènes. par chauffage. et dans ces conditions. l’aldéhyde n’est pas oxydé.4 rassemble quelques diènes utilisés dans ces réactions. dans ce cas.3-diène éthène ou éthylène cyclohexène diène diènophile cycloadduit Schéma 9. le diène utilisé doit être riche en électrons ce qui suppose la présence de substituants à effet électrodonneur +I comme les groupes alkyles et plus particulièrement méthyles (le 2. L’ozonide résultant réagit avec l’eau en formant une α-dicétone qui est oxydée en deux acides par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu. un composé polyènique conjugué. La réaction s’effectue en phase gazeuse à 200 °C et fournit le cyclohexène (cycloadduit) mais avec de faibles rendements.3-diméthylbuta-1.3).trans-hexa-2.4-diène). ou hétérocyclique comme le furane qui possède un caractère diènique important bien qu’il soit un composé aromatique. L’ozonolyse est possible avec les alcynes (2. ou même des composés aromatiques comme l’anthracène (le benzène ne réagit pas et le naphtalène réagit très difficilement). sans catalyseur. Pour cela. 9. La figure 9. . schéma 9. à sec ou dans un solvant non polaire comme le benzène.61 Pour que cette cycloaddition soit rendue plus facile.3-diène ou le trans.10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) La réaction de Diels-Alder (1928) est une cycloaddition [4 + 2] qui conduit à la formation d’un composé cyclique appelé cycloadduit. C’est donc. C’est donc l’aldéhyde qui est finalement le résultat de cette réaction dans les conditions indiquées. Elle s’effectue.3-diène (schéma 9. une réaction difficile. il faut rendre les réactants plus réactifs. 200°C + buta-1. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 505 oxydant.9. et un composé éthylènique ou acétylènique appelé diènophile (qui intervient par 2 électrons π). entre un composé diènique (qui intervient par 4 électrons π) qui peut être un simple diène conjugué (1. un ényne ( C=C-C≡C) ou un diyne (C≡C-C≡C). La plus simple de toutes ces réactions est la cycloaddition de l’éthylène ou éthène (diènophile) avec le buta-1.3-diène ou le cyclopenta-1.61).

4-diène 2. CH2COOH) et surtout -M (CHO. cas particulier où le diènophile est aussi un diène). Certains alcynes peuvent servir de diènophiles : dans ce cas. car substitués par des groupes électroattracteurs -I (CF3.5. CN.3-diméthylbuta-1.506 Chimie organique Diènes classiques buta-1. CH2OH. seuls 2 électrons π parmi les 4 présents dans la triple liaison interviennent dans cette réaction (par exemple.3-diène 1. CH2Cl. sont ceux dont les carbones éthylèniques ont de faibles densités électroniques. Quelques uns d’entre eux parmi les plus employés sont présentés dans la figure 9. COOR. ou le benzyne formé in situ). les meilleurs diènophiles. COOH. .3-diène cyclopenta-1. ou une double liaison. le propiolate de méthyle. COCl.3-diène trans.3-diène O anthracène furane cyclohexa-1. CH2CN. CO-R (R = alkyl ou aryl).1'-diène Figure 9.trans-hexa-2.4 Inversement.2-diméthylènecyclohexane 1-vinyl-cyclohexène bicyclohexyl-1.

>C=O. les imines. R-N=O. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 507 Quelques diènophiles classiques (PhSO est retiré sous forme de PhSOH par action de Na/Hg après formation de l'adduit) peu actif remplacé par éthylène SO2Ph phényl vinyl sulfone H CN H COOMe H COOMe H CN H COOMe ou maléate de méthyle MeOOC H cis-1. dans certaines conditions. Il résulte de ces cycloadditions des cycloadduits hétérocycliques. R-C≡N. et avec des substituants de type électroattracteur -M.5 Certaines fonctions présentant une double ou triple liaison comme les nitriles. O=O. R-N=N-R’. nitroso. Enfin. dans l’état singulet réagit sous rayonnement ultraviolet avec les diènes pour former des peroxydes cycliques. . les composés azo. ou cétoniques.9. peuvent être aussi des diènophiles. l’oxygène.2-dicyanoéthylène cis-but-2-ènedioate de méthyle trans-but-2-ènedioate de méthyle ou fumarate de méthyle NC CN H CHO H COOMe O H O H O anhydride maléique NC CN H H H H tétracyanoéthylène propènal ou acroléine propènoate de méthyle ou acrylate de méthyle H COOMe COOMe COOEt N N H acétylène (faible diènophile) H propiolate de méthyle COOMe butynedioate de méthyle ou acétylènedicarboxylate de méthyle COOEt azodicarboxylate d'éthyle O O quinone benzyne préparé in situ Figure 9. >C=N-.

La stéréochimie du diènophile est conservée. Un diènophile « cis » conduit à un cycloadduit « cis ».3-diène et de l’acrylonitrile sont représentées. Les orbitales « p » du diènophile et des carbones 1.62. CN + CN CN liaison π liaison σ CN CN liaison σ liaison σ diène diènophile cycloadduit Schéma 9. La formation de nouvelles liaisons avec création d’un cycle se fait en une seule étape. Ce mécanisme explique le caractère stéréospécifique de ces cycloadditions. les orbitales « p » des carbones du buta-1. L’état de transition peut être représenté par des flèches montrant le mouvement électronique impliqué.62 Dans le schéma 9. Cela peut avoir lieu sur l’un ou l’autre côté de ce plan.508 Chimie organique La réaction de Diels-Alder est une réaction concertée. .4 du diène se recouvrent lors de la réaction de cycloaddition pour former simultanément deux liaisons σ dans le cycloadduit. Le résultat est similaire pour les diènophiles « trans » (schéma 9. Tout se passe donc du même côté du plan « sp2 » du diènophile. Les deux nouvelles liaisons σ sont créées simultanément.63).

en position trans ce qui montre que la réaction de cycloaddition est stéréospécifique et l’addition syn.2-dicyanoéthylène CN H H CN composés identiques trans-1. et dans le second cas.2-dicyano-cyclohex-4-ène H ou CN H CN CN + NC trans-1. les groupes phényles sur le cyclohexène dans le cycloadduit sont.4-diphénylbutadiène (schéma 9. . en position cis.2-dicyanoéthylène CN H CN H composés identiques cis-1. d’une part. dans le premier cas.9.2-dicyanoéthylène réagit avec.63 Si le cis-1. le trans-trans-1.4-diphénylbutadiène et. avec le cis-trans-1. La stéréochimie du diène est conservée dans le cycloadduit. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 509 CN + CN cis-1.2-dicyano-cyclohex-4-ène ou H CN CN H A C B D A C B D + Schéma 9. d’autre part.64).

deux types de composés peuvent être formés : si le groupe le plus volumineux du diènophile se trouve sous le diène.6-diphényl-cyclohexane + H R H R H R H R + R H H R R H H R Schéma 9.2-dicyano-3. comme le cyclopentadiène. .510 Chimie organique Ph CN H H CN Ph + H Ph CN H CN H H Ph cis-cis-1.64 Lorsque le diène est un composé cyclique. en dehors) soit aussi présent (schéma 9. Dans la majorité des cas c’est le composé « endo » (du grec. en dedans) qui est obtenu.2-dicyano-3. l’addition est « endo ». l’addition est « exo ».6-diphényl-cyclohexane H CN Ph H CN Ph + Ph H CN H CN H H Ph cis-trans-1. mais il est possible dans certains cas que le composé « exo » (du grec. dans le cas contraire.65). et que l’éthylènique est dissymétrique.

Dans la réaction entre cyclopentadiène et acrylonitrile.65 La prédominance du composé « endo » serait le résultat de l’interaction entre les orbitales « p » du diène et celles des groupes substituant le diènophile dans la mesure où ils portent des doubles ou triples liaisons ce qui permet une formation plus rapide de ce composé (cinétiquement favorisé) comparée à celle du composé « exo ».66 H H H H H CN H . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 511 cycloaddition "exo" H H H H NC CN H CN H H CN H groupes "exo" (en dehors) cycloaddition "endo" prédominante H H CN H CN H H CN groupes "endo" (en dedans) H H H NC Schéma 9. H H H N C H Schéma 9. il y a interaction entre une orbitale « p » d’une double liaison du diène avec l’une des orbitales « p » du carbone de la fonction nitrile (schéma 9. Cette prédominance du composé « endo » dans ces cycloadditions est désignée sous l’appellation de règle « endo ».66).9.

Le retrait par hydrolyse du groupe (-) ou (+)-phénylmenthyle. . La plus classique concerne l’addition d’un acrylate de (-) ou (+)-phénylmenthyle chiral sur le cyclopentadiène en présence d’un catalyseur. un acide de Lewis. certaines méthodes ont été utilisées. copule chirale. Pour que la réaction devienne énantiosélective.68). les deux produits qui en résultent sont des cycloadduits « endo » énantiomères si un carbone asymétrique est créé (schéma 9.512 Chimie organique L’addition de l’anhydride maléique au cyclopentadiène fournit encore un cycloadduit « endo » pour des raisons semblables. On obtient donc un racémique. H H H O O O H O H H H H O O cycladduit "endo" Schéma 9.67).67 La cycloaddition pouvant s’effectuer de part et d’autre du plan éthylènique du diènophile. La présence du groupe chiral sur l’acrylate influe sur l’orientation de la réaction ce qui permet de favoriser la formation de l’un des deux énantiomères possibles. conduit à un cycloadduit acide chiral (schéma 9. le tétrachlorure de titane.

il n’y a pas de composé méta. Le retrait du groupe nitro dans le cycloadduit est utilisé pour obtenir des réactions de cycloadditions de ce type. régiosélectives. Les composés ortho et para sont prédominants par rapport aux composés méta. Pour des raisons d’interactions d’orbitales entre doubles liaisons et groupes substituants.9. Avec le nitroéthylène (Y = NO2).68 Lorsqu’une réaction de Diels-Alder est effectuée avec un diène et un diènophile dissymétriques.R* OH) COOH * H H * COOH Schéma 9. plusieurs composés (sans compter les stéréoisomères) peuvent être obtenus (schéma 9.69). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 513 TiCl4 H O H H C O R* H * H TiCl4 COO * COO R* R* H2O. on remarque une régiosélectivité. H+ (. .

à des diènes ou diènophiles différents de ceux à l’origine de l’adduit. La réaction inverse est appelée simplement réaction de rétro Diels-Alder ou dégradation rétro-diènique. Le cyclohexène qui peut être obtenu par cycloaddition de butadiène et d’éthylène (mais ce n’est pas sa meilleure méthode de préparation) est utilisé comme générateur de butadiène au laboratoire.70 Toutefois.514 Chimie organique R Y + ou Y R Y et ortho R Y + ou Y Y para composés prédominants R Y méta R et Y méta R Schéma 9.70). le butadiène (gaz) est obtenu de manière plus pratique par chauffage de 3-sulfolène (un solide) (schéma 9. par chauffage (schéma 9.69 La plupart des réactions de cycloadditions sont réversibles.SO2 Schéma 9.71). C’est aussi le cas de la réaction de Diels-Alder. le plus souvent. Elle s’effectue par chauffage de l’adduit mais peut conduire. SO2 ∆ .71 . Schéma 9. dans certains cas.

73). un composé tricyclique stable à température ordinaire (c’est ainsi qu’il est stocké) et qui. Y ROOC N N COOR ROOC N Y COOR N Schéma 9. Le cyclopentadiène réagit sur lui-même pour former le dicyclopentadiène. Y R R' Schéma 9.72).9. Par contre.72 On appelle réactions homo Diels-Alder. le mécanisme pourrait être décrit par plusieurs étapes. lorsqu’un acide de Lewis est utilisé pour activer la réaction.74). libère le cyclopentadiène (schéma 9. Le mécanisme est concerté (schéma 9.10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) Les oléfines qui ont un hydrogène sur le substituant en α de la double liaison sont susceptibles de s’additionner sans catalyseur à un composé de type diènophile (double ou triple liaison activée) utilisé dans les réactions de Diels-Alder (qui peut être appelé dans ce cas un ènophile). + dicyclopentadiène Schéma 9.74 Y H R R' H Y= groupe électroattracteur -I ou -M . par chauffage.73 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 515 On appelle réactions auto Diels-Alder les réactions de cycloaddition [2 + 4] qui s’effectuent entre composés dièniques de même nature. des réactions très spécifiques qui font intervenir un diène non conjugué et un diènophile (schéma 9.

.

.2................................. 544 10........2..............................................3. 10......................................1 – Réduction (voir aussi § 13........................................1d – Avec les nitriles .............553 10............................... 539 10................. 542 10.............4 – Bisulfites alcalins ...2..........................3............... BH3...............................1b – Réaction de Mannich .......................................2..........2.................................................1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc) ........2 – Hydratation .........Chapitre 10 Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle..............7.........................................................2........3.......................2... imine...........1 – L’ammoniac et les amines .......... 550 10..................... 10................................................... 532 10...1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13.................................................................2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle ....3............... 523 10.................2............. 542 10.......... 553 ...............1a – Hydrogénation catalytique .................... 544 10.......................................3.7) ......... dans le THF ..............1c – Avec les esters .....1a – Avec les aldéhydes et cétones .2.......1 Généralités ..................................... 527 10...........................................................................2) ..........................................2.1c – Le borane................................. 10..... 519 10............... 10.... 538 10...2.............3 – Alcools et thiols .3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 . et nitrile Sommaire : 10...1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) ....5 – Acide cyanhydrique ........ 523 10......... 523 524 525 526 526 10.........6 – Pentachlorure de phosphore ....

...........................3................... 573 10......................................................9...............................6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) ........................... 596 10...............5 – Réaction de Perkin ...8........6 Condensation benzoïnique ........... 578 10.............................................4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide ......... 567 10...................... 559 10...............3 – Avec les aldimines.....1 – Réaction de Cannizzaro ...................................................... 599 10..............1 – Sur les cétones et aldéhydes ...518 Chimie organique 10................................................... esters et anhydride carbonique ................. 555 10........4 – Carbanion acétylure . 583 10..4........ cétones............................ isocyanates et nitriles .......................... 554 10......8 Réactions des organomagnésiens ...1 – Avec les aldéhydes......4.... 595 10...............................4..........3.........................2 – Avec les sels d’acides carboxyliques ............................5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde ...........3 – Les hydrazines ................ 597 10..7 Réaction de Wittig .............................................................. 576 10.................... 588 10.5..................4 – Sur les imines...........3...........................................2 – Réaction de Tischenko .............................. 582 10.................... 578 10.......2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann ..........3 – Sur l’anhydride carbonique (carbonation) et le sulfure de carbone ........8............................................................................................... amides et chlorures d’acides ..............4.................... 588 10................................4 Additions faisant intervenir un carbanion ...9...........................4.................................................... 576 10......4.........9 Réactions des organolithiens ..... 559 10...... 581 10.................. 580 10.................3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel ...1 – Aldolisation (et crotonisation) ...........8..........................5..................... 600 ..8.10 Réaction de Reformatsky .............3 – Réaction de Tollens .............2 – L’hydroxylamine ........ et cétimines ..........................5.................... 594 10..................2 – Sur les esters....................... 593 10........................... 560 10.............................................................. 577 10......9.......... 599 10..................

+δ C −δ O H lent C NuH O rapide Nu C O NuH ex: H2O (sans catalyse acide. et les réactifs électrophiles. ces additions sont initiées par l’attaque nucléophile sur le carbone. C≡N. La protonation de l’hétéroélément augmente le caractère positif du carbone avec formation d’un ion carbonium (étape rapide) ce qui facilite l’attaque du nucléophile présent. Elle est suivie de l’attaque d’un électrophile.1 Généralités Les groupes carbonyle. soit par celle d’un nucléophile Nu : ou Nu. imine. C’est l’étape la plus lente de l’addition.1). soit par l’attaque d’un électrophile Y ou Y+ sur l’oxygène. Généralement.1 Il en résulte que les réactifs nucléophiles attaquent le carbone.10. H ou CN. et nitrile 519 10. C=O. qui reste toutefois l’étape lente du mécanisme. ont un caractère commun. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. +δ C −δ O C O C O effet -I Figure 10. S. C=N. elles ont lieu en présence d’un acide fort ou d’un acide de Lewis. ou N. La réaction se termine par . étape rapide (schéma 10. une forte polarisation des liaisons. A priori. Les additions radicalaires sont particulièrement rares. K Schéma 10. celle qui donne la vitesse de la réaction complète. Il existe donc un effet électroattracteur -I auquel s’ajoute une délocalisation des électrons π qui affecte une charge positive au carbone et une charge négative à l’hétéroélément (figure 10.sur le carbone. la réaction peut débuter. imine.1 Les réactions d’additions qui débutent par l’attaque de l’oxygène par un réactif électrophile sont moins fréquentes.et nitrile. réaction lente) +δ C −δ O E lent Nu C O E rapide Nu C O Nu ex: CN . qui est la conséquence de la différence des électronégativités entre le carbone et les hétéroéléments O.1). l’hétéroélément.

des nucléophiles forts comme l’ion cyanure réagissent sans l’aide d’un acide. .520 Chimie organique une déprotonation (schéma 10. Le groupe carbonyle peut former avec un acide ou un solvant protique une liaison « hydrogène » qui permet une augmentation de la charge partielle positive du carbone de C=O (figure 10. C O +δ −δ H A acide Figure 10.2).2). Il existe donc pour chacune de ces réactions un pH défini pour lequel la réactivité est maximale. L’eau est un faible nucléophile et son addition est lente en l’absence d’acide. C’est le cas de l’hydratation (§ 10. l’addition d’amines sur les cétones s’effectue en présence d’une faible quantité d’acide. La présence d’acide augmente sensiblement la vitesse de cette réaction. la catalyse basique permet d’augmenter la réactivité d’un nucléophile NuH en le déprotonant en Nu-.2 H -H C Nu O O La quantité d’acide ajoutée à une réaction comme catalyseur doit être contrôlée afin qu’un excès n’induise pas une diminution de la concentration en nucléophile. Des liaisons « hydrogènes » peuvent aussi activer l’attaque du nucléophile. catalyse acide +δ C −δ O H H C O C O H NuH H C Nu H Schéma 10. ce qui le rend plus actif (exemple : HCN et CN–) (schéma 10. entre autres. Par contre. Un excès conduit à un sel d’ammonium et à une diminution des amines libres. L’acide joue alors le rôle d’un catalyseur. Ainsi.3).2.2).2 C O +δ −δ H O R solvant protique Par ailleurs.

4 Les cétones et aldéhydes aromatiques sont moins réactifs que leurs équivalents aliphatiques. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.3 La présence de substituants à effets électroattracteurs -I comme CH2Cl augmente sensiblement la vitesse de la réaction. lui-même plus réactif que la propanone. en raison de la délocalisation sur le cycle de la charge positive.4). pour une série homogène donnée. dans la mesure où les groupes méthyles par leurs effets électrodonneurs +I diminuent le caractère positif du carbone (figure 10. Ainsi. est plus réactif que l’éthanal. et nitrile 521 catalyse basique NuH + B C O Nu Nu Schéma 10.4 R C O . CH3CHO. conséquence de la résonance (schéma 10. R C O Schéma 10.3).3 Nu C + BH H O BH -B Nu C O La nature des substituants portés par le carbone fonctionnel a une grande importance sur la vitesse de la réaction d’addition. imine. et inversement pour les groupes à effets électrodonneurs +I (figure 10. Le méthanal. les aldéhydes sont généralement plus réactifs que les cétones. Cl CH2 H +δ C O −δ H3 C H +δ C −δ O Figure 10.4). H H +δ C −δ O H3C H +δ C −δ O H3C H3C +δ −δ C O attaque d'un réactif nucléophile de moins en moins facile Figure 10.10. CH3COCH3. HCHO.

et pour un groupe fonctionnel donné. C 1 C 2 C 3 O 4 C C C NuH O NuH (addition-1.2 sur le groupe fonctionnel sont rendues plus difficiles en raison de la diminution de la charge partielle positive du carbone (schéma 10.5 . La conjugaison du groupe fonctionnel avec une double liaison et la délocalisation électronique qui en résulte rend possible des additions-1. Les additions-1.522 Chimie organique Le volume des substituants a aussi une importance sur la vitesse de la réaction d’addition. au même titre que le volume du nucléophile.4. R C R' Figure 10. La di-t-butylcétone ((CH3)3C)2C=O ne réagit qu’avec des réactifs nucléophiles de faible volume et de haute réactivité (figure 10.4) C C C Nu O H C Nu C C OH (addition sur le groupe fonctionnel C=O) C Nu C H C O Schéma 10. l’augmentation du volume du nucléophile utilisé peut rendre la réaction moins facile.5).5). On peut donc en conclure que les substituants du carbone interviennent sur la vitesse de l’addition par leurs effets électronique et stérique. Les substituants volumineux gênent l’approche du réactif nucléophile et diminuent la vitesse de la réaction.5 O difficile et réaction d'addition lente substituants volumineux: approche de NuH ou Nu- À l’inverse.2) (addition-1.

la gêne stérique apportée par les substituants du composé de départ peut orienter plus encore que les effets électroniques.4. imines et nitriles : – l’addition simple sur la double liaison fonctionnelle .2.1a – Hydrogénation catalytique La réduction des aldéhydes et cétones simples (ne possèdant pas d’autres fonctions dans leurs molécules) peut être effectuée par l’hydrogène en présence d’un catalyseur (platine.6). Dans ce dernier cas. il s’agit d’une addition-élimination. et plus souvent. Toutefois. l’addition des organométalliques et la réaction de Reformatsky. Il existe trois grands types de réactions d’additions sur les groupes carbonyles. l’addition de deux molécules formant un composé unique qui subit l’élimination immédiate ou non d’une petite molécule comme l’eau ou un alcool avec formation ou non d’une double liaison (ex : réaction entre amine primaire et composé carbonylé.2 (la présence du groupe fonctionnel stabilise plus le produit résultant de la réaction qu’une double liaison).2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle 10.(une condensation. Inversement. . sont obtenus (schéma 10. l’addition en 1.1 – Réduction (voir aussi § 13. la condensation benzoïnique. La présence d’un groupe volumineux sur C1 comme phényle a pour conséquence d’orienter la réaction plutôt vers l’addition sur C=O. la substitution du groupe C=O par un groupe volumineux comme t-butyle oriente plutôt l’addition en 1. Les alcools correspondants. et secondaires pour les cétones. le contrôle de la réaction est thermodynamique et l’addition est de type-1. et nitrile 523 Si la réaction d’addition est facilement réversible.4 ou sur le groupe fonctionnel. – l’addition d’un carbanion. cétone ou ester avec formation respectivement d’une imine >C=N. 10. palladium ou ruthénium).7) 10. voir ci-dessous) . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Il faut y ajouter les réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure. car dans ce cas le produit formé est plus stable thermodynamiquement que celui résultant de l’addition-1.4.2. dans ce cas. la réaction de Wittig. primaires pour les aldéhydes. – l’addition de composés azotés suivie d’une élimination avec formation d’une double liaison >C=N. une hydrogénation catalytique. imine.10. maintenant. Remarque : le terme « condensation » est équivoque car il indique dans la littérature ancienne l’addition pure et simple d’un réactif à un autre avec formation d’un seul composé (ex : formation de cyanhydrine à partir d’un aldéhyde et de HCN).et d’un amide -CO-NHR).

les doubles ou triples liaisons ne doivent pas être conjuguées avec le groupe carbonyle car elles risquent d’être elles aussi réduites.2) La réduction catalytique par l’hydrogène présente un grand inconvénient lorsque la molécule contient des doubles ou triples liaisons carbone-carbone ou carbone-azote. L’emploi de AILiH4 a l’avantage d’être utilisable avec tous les aldéhydes et cétones contenant ou non des doubles et triples liaisons mais aussi des groupes OR.7. selon la nature de la molécule.7 .524 Chimie organique R1 C R2 H Ar C R2 R2 = Ar' ou H OH O H H2. C O C O-AlH3 Li H +3 C O C H O Al Li 4 4 H-O-H H AlH3 Li 4 C H OH + Al (OH)3 + LiOH Schéma 10. chimiosélectif.2.1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13. qui ne sont pas transformés. on dit qu’il est. chimiques. dans lequel il a la particularité d’être soluble. NO2 ou COOR sont aussi réduits. AILiH4. dans ce cas. C’est pourquoi on lui préfère d’autres méthodes de réduction. Lorsqu’un réactif permet d’agir de manière spécifique sur une fonction donnée parmi les autres présentes dans une molécule. car elles sont réduites avant les fonctions carbonylées. La réaction s’effectue en phase homogène ce qui est préférable sur le plan des interactions intermoléculaires à une réaction en phase hétérogène solide-liquide. Pd R1 C R2 H H2. comme le diéthyléther ou le THF. Pd . dans un solvant aprotique anhydre.6 Les cétones et aldéhydes aromatiques peuvent être réduits en hydrocarbures après leurs réductions en alcools. NR2.H2O R1 C R2 H OH Schéma 10. La plus importante est celle qui utilise l’hydrure de lithium aluminium. Toutefois. 10. Certains groupes réductibles comme CN. F.

NaBH4 ne réduit pas les fonctions CN. qui a l’avantage sur LiAIH4 de pouvoir être utilisé dans l’eau ou les alcools (solvants protiques polaires) ce qui augmente le nombre des molécules réductibles et en particulier celles insolubles dans l’éther ou le THF. . puis la même réaction se renouvelle deux fois encore pour conduire à un borate d’alkoxyde. et l’hydrogène au carbone d’une première molécule de composé carbonylé. BH3. L’hydrure de lithium aluminium est plus actif dans ces réactions de réduction que le borohydrure de sodium en raison de la plus forte polarisation des liaisons Al-H comparée à celle des liaisons B-H. et nitrile 525 Une molécule de AILiH4 forme un complexe à partir de quatre molécules de composé carbonylé (schéma 10. Quelques autres méthodes classiques présentées ci-après permettent la réduction des aldéhydes et des cétones. L’hydrolyse conduit à trois molécules d’alcool (schéma 10.2. le bore se lie à l’oxygène. NaBH4. Ils font intervenir de nombreux réactifs métalliques. Par ailleurs. ne pouvant donc pas être réduites par AILiH4. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.7) par attaques d’ions hydrures sur le carbone fonctionnel et formations de liaisons O-Al. dans le THF Lorsque le borane est utilisé pour réduire un aldéhyde ou une cétone. 10.9).10. De nombreux réactifs ont été mis au point pour réduire des aldéhydes ou cétones de manière spécifique dans des molécules polyfonctionnelles. CH3 C O H O CH CH3 H BH3 Na Na B(OCH(CH3)2)4 C H OH + H3B-O-CH(CH3)2 Na isopropoxyborohydrure de sodium capable de réagir encore trois fois tétraisopropoxyborate de sodium Schéma 10. L’action de l’eau dans la dernière phase de la réduction permet le remplacement de l’aluminium par quatre atomes d’hydrogène ce qui libère quatre molécules d’alcool. Il se forme finalement le tétraisopropoxyborate de sodium lorsque la réaction est effectuée dans l’isopropanol. comme AlLiH4 (schéma 10. Un autre hydrure très utilisé est le borohydrure de sodium. Cela explique la réaction violente de l’hydrure de lithium aluminium avec l’eau et les alcools et qui se fait avec libération d’hydrogène. NO2 et COOEt. imine.1c – Le borane. souvent très polaires.8).8 Une molécule de borohydrure de sodium réduit quatre molécules d’aldéhyde ou de cétone.

2. le t-butoxyde d’aluminium). Toutefois. et d’une base qui est le plus souvent. EtOH C H OH Schéma 10. L’action du sodium dans l’éthanol (schéma 10.7) (oxydation d’un alcool en présence d’une cétone. . les aldéhydes et cétones qui présentent un fort taux d’énolisation comme les esters β-cétoniques.526 Chimie organique C H O + BH2. THF C H O-BH2 +2 C O C H O-B 3 H2O C H O-H borate d'alkoxyde + B (OH)3 acide borique Schéma 10. dans ce cas. C O Na .9 10.10) est assez peu utilisée actuellement (elle réduit aussi très bien les fonctions esters). les β-dicétones… ne sont pas réduits par cette méthode. La réaction inverse est appelée oxydation d’Oppenauer (§ 12.1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc). la butanone ou la cyclohexanone. Le mécanisme est mal connu.10 10.2. Il semblerait radicalaire.1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) La réaction de Meerwein-Ponndorf-Verley (1925) utilisant l’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique est une réduction réversible très spécifique des cétones et aldéhydes et qui a peu d’effet sur toutes les autres fonctions réductibles. comme la propanone.

mais le passage par un état de transition cyclique à six centres ne fait aucun doute.11). la propanone (acétone) formée dans la réaction est distillée au fur et à mesure de sa production (point d’ébullition.11 Pour orienter la réaction vers la formation de l’alcool. inférieur à celui de l’alcool isopropylique. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. La réaction est réversible et l’hydrate formé (diol géminé) est instable dans de nombreux cas (schéma 10.2. et nitrile 527 (H3C)2HC-O Al O H R1 R2 O-CH(CH3)2 O C CH3 isopropoxyde d'aluminium (H3C)2HC-O Al O O-CH(CH3)2 O C CH3 H CH3 (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H + O C CH3 H3C propanone O CH(CH3)2 CH3 R1 C R2 état de transition cyclique (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H O CH(CH3)2 H-O-CH(CH3)2 (H3C)2HC O Al O (H3C)2HC R1 + O C R2 alcool O CH(CH3)2 H H Schéma 10. Le mécanisme est complexe. imine. Les hydrates d’aldéhydes sont plus stables que les hydrates de cétones pour des groupes de substituants identiques comme l’éthanal. aryl ou aralkyl : cétone R O + H2O R' C OH OH hydrate d'aldéhyde ou de cétone Schéma 10. 82 °C). et la propanone (acétone). 56 °C.2 – Hydratation R C R' R'= H : aldéhyde R' = alkyl.12). D’autres mécanismes ont été proposés faisant intervenir deux moles d’isopropoxyde d’aluminium par mole de composé carbonylé. Il s’effectue par transfert d’un ion hydrure suivi par celui d’un proton fourni par l’alcool isopropylique du milieu (schéma 10. Cela est du à l’effet électrodonneur +I des groupes alkyles qui rend plus difficile l’attaque du nucléophile (dans ce cas. l’eau) sur le carbone du groupe . (CH3)2CO. CH3CHO.12 La plupart des composés carbonylés additionnent une molécule d’eau. 10.10.

13).528 Chimie organique carbonyle.13 L’hydratation peut s’effectuer en milieu neutre comme pour le méthanal mais aussi.14). La figure 10.6 montre la variation de la stabilité de quelques hydrates en fonction des effets -I puis +I du ou des substituant(s) du groupe carbonyle. Cl3C-CHO.A -A R C R H A Schéma 10. le plus souvent. Ph O C C O C O H Ph + H 2O O O C Ph Ph hydrate de diphénylpropanetrione très stable O H O Schéma 10. La présence de groupes électroattracteurs au voisinage du groupe carbonyle facilite l’addition du nucléophile et augmente la stabilité de l’hydrate résultant comme pour le chloral. Cl Cl C C H OH H hydrate de chloral Cl OH H C OH H hydrate de méthanal OH H3 C C OH OH H 3C C H 3C OH OH hydrate d'éthanal hydrate de propanone stabilité décroissante Figure 10.14 O O H H R C R O O + AH H H . en milieu acide ou basique (schéma 10. Milieu basique R C R' H O H B Milieu acide B O R' H O H + BH R C O R C R O H R O R C O + B H O H R C R' H O H O H .6 La possibilité de liaisons hydrogènes dans l’hydrate augmente aussi sa stabilité comme pour celui de la diphénylpropanetrione (schéma 10.A R C R' H O H O H .

Toutefois.16 . élimine une molécule d’amine primaire pour libérer finalement un composé carbonylé (schéma 10. Le mécanisme en milieu acide débute par une protonation de l’azote basique de l’imine ce qui provoque l’addition d’une molécule d’eau avec formation d’une α-hydroxyamine protonée instable. et nitrile 529 Dans le cas du groupe imine. R R' H .A H C O H α-hydroxyamine protonée R R' C O H R' R' C O N H H R C O H . une addition semblable à celle des composés carbonylés a lieu. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.A R C R' H H R" N R" R" N H .A H H sel d'α-hydroxyamine R C R' O H N R" H . analogue de l’hydrate. R C R' imine d'aldéhyde (R =H) ou de cétone (R = alkyl. les bases de Schiff.16).10.15 C’est une réaction équilibrée mais qui est très fortement déplacée vers la droite en conditions normales (avec des imines aliphatiques).A Schéma 10.A C O R + N R" H .A H R' R" N H sel d'amine primaire + H H . aralkyl) R" N + H2O R C R' OH N R" H R C R' composé carbonylé (cétone ou aldéhyde) amine primaire O + H2N R" α-hyroxyamime Schéma 10. imine. ArCH=N(R)(R’). sont plus difficiles à hydrolyser et un milieu acide (ou basique) est nécessaire.15). L’élimination d’un sel d’ammonium et la perte d’un proton conduisent au composé carbonylé (schéma 10.A O H R R" N H . imines formées entre des aldéhydes aromatiques et des amines primaires. aryl. mais le composé ainsi formé.

sont hydrolysables comme les imines et libèrent un composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) et respectivement.17). des hydrazines (sous forme de sels). les semicarbazones. mais elle peut être très lente.530 Chimie organique D’autres composés qui portent un groupe imino >C=N.R’C=N-NHR”. les hydrazones. de la semicarbazide. Elle est plus rapide en milieu acide.R’C=NOH.R’C=N-NH-CO-NH2.18 H O + H N R3 X R4 .17 Les sels d’iminium sont souvent préparés par action d’un halogénure sur une imine. de l’hydroxylamine (sous forme de sels). L’hydrolyse peut s’effectuer à pH 7. C’est la réaction inverse de leurs formations.comme les oximes R.R’C=N-NH-CS-NH2.18). et de la thiosemicarbazide (schéma 10. et les thiosemicarbazones. R C N R' oximes OH H 2O R C R' O + H2N OH hydroxylamine H R C N R' R C N R' semicarbazones hydrazones H R" H2O idem + NH2 N R" N hydrazines (l'hydrazine R" = H) H N CO-NH2 H2O idem + H2N NH CO-NH2 semicarbazide H R C N R' thiosemicarbazones N CS-NH2 H2O idem + H2N NH CS-NH2 thiosemicarbazide Schéma 10. R1 R3 C N R4X R1 C N R2 R3 R4 X R1 C N R2 R3 R4 X R2 sels d'iminium H 2O R1 C R2 Schéma 10. R. Ces composés sont très facilement hydrolysés à température ordinaire en raison de la délocalisation de la charge positive sur le carbone (schéma 10. R. R.

L’hydrolyse acide des amides conduit aux acides dont ils dérivent. RCONH2. RX + NaCN H SO4H2 concentré SN2 RCN + NaX R C nitrile N R C NH R C NH H H O C H O C R NH H amide protoné H2O (quantité stoechiométrique) H O NH R O H C R H O C R H O O NH2 R C O H H H N H H N H -H NH H H C R amide N H H O C R O H H addition d'eau à l'amide protoné H O R H C O acide NH2 R C O H + NH2 H Schéma 10.19). H C C N R2 ènamine C R1 C N R2 R1 H C C N R2 R1 H2O H C H C O R1 N R2 sel d'iminium + H Schéma 10. les nitriles additionnent une molécule d’eau en milieu acide sulfurique concentré pour former un amide.20). Les nitriles étant obtenus facilement par action d’un halogénure sur un cyanure alcalin par une réaction de substitution (schéma 10. L’hydrolyse est facile (schéma 10.10.19 Dans des conditions de réaction stœchiométriques. C’est une méthode souvent utilisée pour leurs préparations. imine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 531 Des sels d’iminium se forment lorsque des énamines sont en milieu acide.20 .

532 Chimie organique L’hydrolyse des nitriles peut aussi être effectuée en milieu basique par la soude contenant environ 10 % de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée). mis en présence de composés carbonylés peut conduire à divers produits comme les α-hydroxythiols >C(SH)-OH. et de l’ammoniaque (NH3 + H2O → NH4OH) (schéma 10. NH R C O H (formes tautomères) iminoalcool N R C N R C O O H O C R O H NH2 R C O H H2O.7 10.2. composé analogue de l’eau. Le mécanisme d’hydrolyse basique passe encore par un amide qui. la sulfuration en composés thiocarbonylés >C=S. S S trithiane S Figure 10. .22 .21 L’acide sulfhydrique H2S. fournit le sel de sodium de l’acide.7).3 – Alcools et thiols R C O + R'OH H R C H OH OR' H H R C H OR' acétal R C OR' OH OR' hémiacétal + R'OH + H2 O Schéma 10.21). ou des composés cycliques comme les trithianes (figure 10. sous l’action de la soude. des α-dithiols >C(SH)2. mais de nombreuses autres méthodes existent.OH NH2 R C O amide O H NH2 H O H R C O + NH3 O O R-COO sel d'acide H H + H 2O Schéma 10.

2.H2O O H R' O H R H O C O R' H C O R' R' R'-O-H R' O R C O R' acétal Schéma 10. conduisent à des hémiacétals stables isolables . Ce sont des réactions réversibles qui peuvent avoir lieu en milieu neutre. Les aldéhydes de faibles masses moléculaires.23). comme l’éthanal. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. des acétals (schéma 10. Formation de l'hémiacétal en milieu neutre O R O R' C H H R O C O R' H R H O C O R' hémiacétal H H Formation de l'hémiacétal et de l'acétal en milieu acide O R C H H R C H H H O R C O R' H H R H H H . ou ceux qui portent un substituant électroattracteur.23 H O -H R C O R' hémiacétal H H O C O R R C O H R' H -H R O C O R' H H R' La formation des acétals à partir des hémiacétals nécessite un catalyseur acide (schéma 10. Les hémiacétals et acétals sont stables en milieu basique. Les mécanismes sont semblables à ceux de l’hydratation (§ 10. imine.10. Sauf très rares exceptions. les bases sont sans effet. comme le trichloroéthanal ou chloral.22).2). et nitrile 533 Les aldéhydes réagissent avec les alcools anhydres pour former d’abord des hémiacétals puis. Cl3C-CHO. mais la catalyse acide augmente leur vitesse.

Parfois. Les acétals sont utilisés comme protecteurs de la fonction aldéhyde d’une molécule. Le retour à la fonction aldéhyde de départ (déprotection) est effectué par hydrolyse de l’acétal.24. Dans l’exemple présenté. par hémiacétalisation.24 Lorsqu’une fonction aldéhyde et une fonction alcool sont présentes dans une même molécule. elle est alors remplacée par l’action de composés comme les orthoesters. soit par absorption au moyen d’un tamis moléculaire ou d’alumine. C’est le cas des sucres acycliques comme le D-glucose qui. HC(OR)3. L’acétalisation permet de les éviter. H Br-CH2-CH2-CH(OEt)2 NaOH 2 EtOH + CH2=CH-CHO H .et β-D-glucofuranoses) ce qui crée un carbone asymétrique supplémentaire présent dans le cycle appelé carbone anomérique.12d). En effet.5. la protection de la fonction aldéhyde du 3-bromobutanal est nécessaire pour effectuer l’élimination de HBr et former une double liaison.25. et qui est aussi à l’origine du phénomène de la mutarotation des sucres (présentée au § 4. H2O H2C CH-CH(OEt)2 + NaBr + H2O + H 2O Br-CH2-CH2-CHO + 2 EtOH Schéma 10. en milieu acide.534 Chimie organique (donc plus stables que les hydrates correspondants). la formation d’un hémiacétal par réaction intramoléculaire est possible si l’hétérocycle qui est ainsi produit est composé de 5 ou 6 éléments. en présence de chlorure d’ammonium.1. cette réaction d’addition étant difficile. soit par une distillation simple ou azéotropique (voir 8. Al2O3. c’est-à-dire très stable car présentant de faibles tensions cycliques. l’action de la soude sur le composé de départ aldéhydique aurait produit un carbanion par déprotonation de CαH et des réactions autres que l’élimination de HBr auraient été possibles.et βD-glucopyranoses prépondérants. Pour les aldéhydes de masses élevées.33). ainsi que α. schéma 10. est en équilibre avec les formes cycliques (α. le déplacement de l’équilibre vers la droite est obtenu par élimination de l’eau formée. Cette protection permet au chimiste de poursuivre sa synthèse en effectuant des réactions nouvelles (surtout en milieu basique) avec des réactifs qui auraient pu agir de manière non souhaitée sur cette fonction carbonylée. . schéma 10.

HO-(CH2)2-OH et 1.27).3-dioxolanes et 1. . 1. H R + H2 O hémiacétal Schéma 10. Seuls. conduisent assez facilement à des acétals cycliques stables.10. imine.3-dioxanes.3-diol.25 Contrairement aux aldéhydes.2-diol. comme le propane-1. comme pour les aldéhydes de masses élevées.5% 2 D-glucose (acyclique) 4 OH 3 OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 5 CH OH 6 2 Schéma 10. respectivement (schéma 10. Les mécanismes de formation de l’hémiacétal et de l’acétal sont identiques à ceux indiqués pour les aldéhydes (schéma 10. Ce sont d’excellents protecteurs de la fonction cétonique.1). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.5% O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH 4 OH 3 2 HO H H HO H 1 O OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH OH 6 2 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63. OR" C R' OR" acétal (autrefois appelé cétal) R C O R' + R"-OH H R C R' OR" OH R"OH.3-diols.26). les 1.26 Les réactions avec de simples alcools s’effectuent le plus souvent en milieu acide avec retrait de l’eau formée.2-diols (glycols). comme l’éthane-1. et nitrile 535 6CH2OH 5 H H 1 1 2 3 4 OH OH H OH O O 35. HO-(CH2)3-OH. les cétones réagissent assez difficilement avec les alcools pour des raisons d’encombrement stérique et électronique (voir § 10.

. le tétrachlorure de titane. il ne se forme pas l’hémiacétal mais un éther α-halogéné. La formation des dithioacétals peut être catalysée par des composés autres que les acides. Sous l’action de HX. lesquelles présentent comme indiqué précédemment de très faibles tensions de cycle. TiCl4. HO-CH2-C(CH3)2-CH2OH > HO(CH2)2-OH > HO(CH2)3-OH Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone aliphatique est traitée par un alcool primaire ou secondaire anhydre et un halogénure d’hydrogène en quantité stœchiométrique. Les dithioacétals sont plus stables que les acétals vis-à-vis de l’hydrolyse acide. La dithioacétalisation est utilisée pour la protection des composés carbonylés.H2O OR C X C O + R-OH + HX Schéma 10. Il se forme un hémimercaptal (ou hémithioacétal) puis un dithioacétal qui sont stables en milieu basique. SiCl4. Celle de l’hydrolyse des acétals correspondants est en ordre inverse. la réaction directe étant parfois complexe (schéma 10.2-diol 1. on peut donner le classement suivant en fonction de la facilité de l’acétalisation. Parmi les diols souvent utilisés pour la protection des aldéhydes et des cétones. le groupe hydroxy de l’hémiacétal est substitué par X (schéma 10.3-dioxolane HO CH2 C O + HO CH2 CH2 O H C O CH2 CH2 + H2O CH2 propane-1.3-diol 1.28).536 O H C O Chimie organique C O + HO CH2 HO CH2 CH2 CH2 + H 2O éthane-1.27 Cette stabilité est liée à leurs structures hétérocycliques composées de 5 ou 6 éléments.28 Les thiols. ou le tétrachlorure de silicium.29). La facilité de la formation des acétals cycliques est liée à leur entropie de formation qui est relativement plus favorable que celle de la formation d’acétals acycliques : un diol réagit sur un aldéhyde ou une cétone en fournissant deux molécules (l’acétal et l’eau) tandis qu’un alcool simple nécessite trois molécules (deux d’alcool et une de composé carbonylé) pour un même résultat : deux molécules.3-dioxane Schéma 10. .2-dithiol conduit à des dithioacétals cycliques. L’éthane-1. Les dithioacétals sont désulfurisés par le nickel de Raney ce qui permet de réduire les cétones. par exemple. RSH. réagissent plus facilement avec les aldéhydes et cétones que les alcools ce qui est en accord avec le caractère plus nucléophile des thiols comparé à celui des alcools.

Par chauffage des chlrohydrates d’iminoéthers dans un alcools des orthoesters sont formés (schéma 10.HN(Et)3. l’imidate. Ils réagissent très facile- . Ni CH2 + 2 RSH Schéma 10.3. C’est la synthèse de Pinner (1877).30 L’action de la triéthylamine ou de bicarbonates alcalins permet de libérer la base. R C O N H Cl NH R H C O R' Cl R C NH2 Cl O R' H R' chlorhydrate d'iminoéther ou d'imidate Cl NH2 R C O R' N(Et)3 R C O NH NH -NH-R' 2 R' NH R C NH-NH-R' amidrazone NH2 R C NH-NH-R' .29 Les nitriles additionnent une molécule d’alcool absolu (le plus souvent primaire) en présence de chlorure d’hydrogène.4-oxadiazoles. par action d’un hydrazide).30).4-oxadiazole substitué en position 5 H2O O R C OR' ester OR' R'OH. le dioxane ou le benzène. pour former un chlorhydrate d’iminoester.R'OH R C O N C Ar R' 2-aryl-1. Les acylnitriles.10. sans solvant ou dans l’éther. de son sel. Les imidates sont très utilisés en synthèse de composés hétérocycliques (comme les 1. et certains nitriles aromatiques ortho substitués ne réagissent pas. imine. d’iminoéther ou d’imidate. Cl hydrazine monosubstituée iminoéther ou imidate NH2-NH-CO-Ar hydrazide N NH-CO-Ar R C O R' R C O hydrazonate N N C OH Ar N . et nitrile 537 OH C O + RSH C SR hémithioacétal RSH SR C SR dithioacétal H2. RCOCN. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. ∆ R C OR' OR' orthoester Schéma 10.3.

les aldéhydes. Le composé carbonylé est régénéré par chauffage dans une solution diluée de carbonate de sodium (schéma 10. certaines méthylcétones peu encombrées. la réaction de Ritter fait aussi appel à un nitrile et à un alcool susceptible de libérer un carbocation stable par action d’un acide fort (alcools secondaires. Une autre réaction. mais d’une attaque de ce groupe par un carbocation produit in situ. . Des carbocations issus d’autres molécules comme les alcènes produisent le même résultat. Les autres cétones ne réagissent pas ou faiblement. surtout pour des raisons de gêne stérique. dans un mélange.4 – Bisulfites alcalins Seuls.538 Chimie organique ment à 0 °C avec de nombreux nucléophiles azotés. Dans les conditions de cette réaction. Il ne s’agit pas d’une véritable addition d’un alcool sur le groupe nitrile.2. C’est une méthode intéressante pour séparer des composés carbonylés (actifs. pour former des composés cristallisés qui précipitent car très peu solubles dans l’eau. les α-céto esters et quelques cétones cycliques (inférieures à nC = 7) sont capables d’additionner une molécule de bisulfite alcalin en solution dans l’eau. l’ion sulfite formé à partir de l’ion bisulfite attaque le carbone du groupe carbonyle. tertiaires …).31). R-CN + R'OH H R-CO-NH-R' amide secondaire alcool secondaire ou tertiaire R'-OH H . car l’équilibre est alors peu orienté vers la droite.31 10. fournit des esters. La protonation par l’eau du milieu conduit à la combinaison bisulfitique.32). en conditions douces. sels de l’acide hydroxysulfonique (appelés combinaisons bisulfitiques). mais aussi les isocyanates qui réagissent avec le bisulfite de sodium) de composés non carbonylés.H2O R' R C N + R' -H R C N R' R C O N R' R C O N R' R C O N R' R C O N H R' H H H H H Schéma 10. L’hydrolyse des sels d’iminoéthers. Le nouveau carbocation qui en résulte additionne une molécule d’eau pour former un N-alkyl amide (schéma 10.

L’obtention des cyanhydrines.33). butanone.32 10. et nitrile 539 HO S O O Na O S O O + H + Na ion bisulfite ion sulfite R C O H H O S O ion sulfite OH C SO3 Na combinaison bisulfitique solide cristallisé CO3Na2 H2O R C O + SO3Na2 H O Na Schéma 10. La réaction est plus souvent effectuée en présence d’une base car l’ion CN . elle-même. par action de l’ion cyanure. L’addition d’une base à la cyanhydrine. est effectuée à partir de la combinaison bisulfitique de l’aldéhyde. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.6).34).5 – Acide cyanhydrique Tous les aldéhydes et certaines cétones (propanone. dans ce cas. imine.10. déplace l’équilibre vers la gauche.33 La réaction avec les aldéhydes aromatiques conduit plutôt à des benzoïnes (§ 10.est un meilleur nucléophile que l’acide cyanhydrique. additionnent une molécule d’acide cyanhydrique (formée in situ par action d’acide sulfurique dilué sur un cyanure alcalin) pour former les cyanhydrines correspondantes (schéma 10. selon une réaction de substitution SN2 (schéma 10. pentan-3-one et pinacolone.2. (CH3)3C-CO-CH3). KCN + H2SO4 OH C=O + HCN C CN cyanhydrine C=O CN H Schéma 10. . La réaction est réversible.

. acide aldonique. Ce polyhydroxyacide. méthode utilisée pour allonger les chaînes des sucres d’une unité de carbone (schéma 10. laquelle est réduite par l’amalgame de sodium. et les cétones Ar-CO-R avec R aliphatique sont très peu actives. La séparation peut être faite à partir des sels d’acides aldoniques. réaction suivie d’une hydrolyse pour déprotéger le groupe hydroxy (schéma 10.36) et appelée méthode de Kiliani-Fischer (1885) : l’aldose est d’abord traité par le cyanure de sodium en présence de chlorure de calcium ce qui fournit la cyanhydrine correspondante. avant traitement par l’acide minéral pour libérer l’acide aldonique. en aldose avec une unité H-C-OH en plus de l’aldose de départ.540 Chimie organique OH Ar CHO + NaHSO3 Ar CH OH CN Ar CH CN SO3Na -NaSO3 Schéma 10. Il en est de même des cétones encombrées. le borohydrure de sodium ou par une méthode électrolytique.34 La benzophénone Ph-CO-Ph ne réagit pas.35). se cyclise spontanément en lactone. CN Ar-CO-R + Me3SiCN acide de Lewis Ar C R Schéma 10. Les cyanhydrines dérivées de Ar-CO-R sont plus facilement obtenues par action du cyanotriméthylsilane en présence d’un acide de Lewis. On obtient un mélange d’épimères. en particulier par cristallisation fractionnée. Cette réaction est suivie de l’hydrolyse du groupe nitrile en acide par action de la soude à chaud (40 à 60 °C).35 CN OSiMe3 H2O Ar C R OH L’hydrolyse de CN in situ de la cyanhydrine conduit à des α-hydroxy acides.

Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. par hydrolyse du groupe CN. les cyanhydrines réagissent avec l’ammoniac pour former des α-amino nitriles.N-disubstitués. permettent d’accèder à des α-amino acides : c’est la méthode de Strecker (1850) (modifiée parTiemann) (schéma 10. imine. qui.37 . L’utilisation d’amines primaires ou secondaires permet l’accès à des α-amino nitriles N-substitués ou N. CaCl2 NaOH.36 Les groupes hydroxy en position α d’un nitrile peuvent être facilement substitués par des réactifs nucléophiles.5 CHOH CHOH H CHO OH CHO CHOH CHOH NaCN H2O. On peut remplacer HCN et NH3 par un mélange de chlorure d’ammonium et de cyanure de sodium.5 HO CHO H CHOH CHOH HC Schéma 10. H2O C H CHOH Na/Hg O pH: 3-3. Ainsi. et nitrile 541 COOH H CN H OH CHOH CHOH séparation COONa des sels H d'acides aldoniques OH épimères CHOH ∆ CHOH puis H HO OH CHOH CHOH et COOH H CHOH CHOH COOH H OH CHOH CHOH O H C OH CHOH HC O COOH HO H CHOH CHOH HO O Na/Hg pH: 3-3.10.H2O NH2 C CN H H2O base NH2 C COOH H RCHO HCN R R R Schéma 10. OH C CN H NH3 .37).

Cl-.39 . addition plus élimination.HCl C C Cl 10. l’hydroxylamine.6 – Pentachlorure de phosphore Le pentachlorure de phosphore. La forte polarisation de la liaison entre le carbone et OPCl4 facilite une réaction de substitution nucléophile SN1 par un ion Cl.40). NH2-CO-NH-NH2.542 Chimie organique 10. HO-NH2 les hydrazines. Cl C H C Cl Schéma 10.présent dans PCl5. la semicarbazide.39).3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 L’ammoniac. la thiosemicarbazide.38 Cl Cl C Cl SN1 OPCl4 Cl .sur le carbone. puis de Cl. dérivé α-hydroxyaminé instable qui élimine une molécule d’eau. L’ion Cl. Le résultat est l’obtention d’un gem-dichlorure (schéma 10. NH2-CS-NH-NH2.2. il y a d’abord addition de PCl4+ sur l’oxygène du carbonyle. Cl C Cl C O PCl4 Cl C OPCl4 SN i Cl C Cl O Cl Schéma 10. tous composés nucléophiles. PCl5.peut aussi provenir de PCl6. Il se forme alors un composé dans lequel l’oxygène du composé carbo- . la possibilité de l’élimination de HCl est importante ce qui conduit alors à un chlorure vinylique (schéma 10.38). les amines primaires. En présence d’aldéhydes ou de cétones aliphatiques. L’ensemble de ces réactions. R-NH2. est une condensation (schéma 10. réagissent avec les aldéhydes et les cétones en s’y additionnant pour former un adduit. se comporte le plus souvent dans de nombreuses réactions comme PCl4+. R-NH-NH2.POCl3 C Cl Cl Cl P Si le composé carbonylé a un hydrogène en α.ou une substitution nucléophile intramoléculaire SNi.

de la plupart des amines. le groupe carbonyle n’est pas remplacé par un groupe imine : il est conservé. amide secondaire Y = OH. faibles nucléophiles. L’élimination d’eau est relativement facile dans ce cas. H2N addition R1 C Y R1 C R2 NH2-Y O R1 C R2 NH-Y O H O R2 aldéhyde ou cétone élimination R1 C R2 H N-Y O H . C’est le cas de l’ammoniac. Les molécules de formule générale RNH2 réagissent aussi avec les esters mais contrairement aux réactions avec les aldéhydes et cétones. Inversement. Cela montre l’importance du pH pour ces réactions.40 L’addition est d’autant plus facile que le caractère nucléophile des réactifs azotés est élevé. imine. l’élimination est dans ce cas plus difficile et la vitesse de la réaction peut être augmentée par une catalyse acide. Après l’addition du groupe amino sur le groupe carbonyle de l’ester. les réactifs azotés.41 . une molécule d’alcool est éliminée (schéma 10.H 2O R1 C R2 N Y et R1 C R2 N Y Schéma 10. Par contre. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. de l’hydroxylamine et des hydrazines. acylhydrazine ou hydrazide Schéma 10. acide hydroxamique Y = NHR.41).10. amide primaire Y = R. et nitrile 543 nylé de départ est remplacé par un azote lié à différents groupements selon le réactif azoté utilisé. H 2N addition R C Y R C R'O NH2-Y O R C R'O NH-Y O H O R'O ester élimination R C NH-Y O H R -R'OH C O NH-Y R'O Y = H. s’additionnent plus facilement sur les aldéhydes et cétones en présence d’un acide dont le rôle est d’activer le groupe carbonyle de ces fonctions.

RC(NH2)=NNHR’.43). à des acides hydroxamiques. des imines qui peuvent être isolées (schéma 10. sans élimination successive.3. l’ammoniac et les amines primaires et secondaires ainsi que l’hydrazine pour former respectivement des amidines.H2O H C NH H3 C x3 H 3C HN HN . les hydrazines conduisent respectivement à des amides primaires.3.42 Avec les aldéhydes qui possèdent des groupes électroattracteurs puissants.544 Chimie organique L’ammoniac.1 – L’ammoniac et les amines 10. RC(NH2)=NR’.1a – Avec les aldéhydes et cétones L’ammoniac réagit avec les aldéhydes et les cétones en fournissant des imines instables qui se transforment ou réagissent entre elles pour créer des polymères. l’hémiaminal peut-être isolé.5-triazine trihydrate Schéma 10. N OH HCHO + NH3 H2 C NH2 .H2O H2C=NH x4 N N hexaméthylènetétramine N OH CH3-CHO + NH3 H3 C C NH2 hémiaminal H .6-triméthyl-hexahydro-1. 10. comme le chloral.4. et beaucoup plus difficilement avec les cétones.3.3. Les amines primaires forment avec les aldéhydes. . et à des acylhydrazines ou hydrazides.42). ou celle de la 2. secondaires et tertiaires. CCl3CHO. Les nitriles additionnent simplement.6-triméthyl-hexahydro-1. 3 H 2O CH3 NH CH3 OH Cl3CCHO + NH3 Cl3C CH NH2 hémiaminal 2. et des hydrazidines. l’hydroxylamine.5-tétrazine (trihydrate) par action de l’ammoniac sur l’éthanal (schéma 10. Un exemple classique est la formation de l’hexaméthylènetétramine par réaction du formaldéhyde avec l’ammoniac. les amines primaires et secondaires.4.

NH3 . Les composés de ce type comme celui figuré dans le schéma 10.45).∆ NH2 R CH COOH α-aminoacide NC aminonitrile Schéma 10. imine.44. la phénylalanine) sur le pyridoxal (aldéhyde aromatique hétérocyclique d’origine naturelle) sont à l’origine de nombreuses biosynthèses. l’imine correspondante est appelée base de Schiff. lequel. mais se dégrade très facilement ou se polymérise. Les imines sont stables si elles sont substituées par au moins un groupe aromatique provenant de l’un ou des deux réactifs. Ph COOH Ph CH2 CH NH2 phénylalanine COOH CH2 CH N CH OH N CH3 CHO + HOH2C N pyridoxal (aldéhyde aromatique) OH CH3 .44 Si aucun substituant aromatique n’est présent sur l’imine. il peut être isolé. (par exemple. par hydrolyse. c’est la synthèse de ces acides par la méthode de Strecker. . obtenus par action des acides α-aminés naturels (ici. imines résultant de réactions entre amines et aldéhydes aliphatiques). et d’une manière plus générale. et nitrile 545 NHR C O + NH2-R C OH C N imine R + H-OH ammoniac: R = H ou amines primaires: R= alkyl ou aryl si R = aryl : bases de Schiff Synthèse de Strecker des α-aminoacides R C H CN N H H H R C N H H H2O. Les bases de Schiff. H .43 L’imine résultant de l’action de l’ammoniac sur un aldéhyde peut réagir avec l’acide cyanhydrique pour former un aminonitrile.H 2O HOH2C base de Schiff Schéma 10. Lorsque l’aldéhyde est aromatique. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. conduit à un α-aminoacide. peuvent donner lieu à des réactions de transimination en présence d’une amine. C’est une réaction importante en biochimie dans la biosynthèse des α-aminoacides (schéma 10.10. les imines.

1. dans des réactions d’alkylation (2). .46. Si un hydrogène est présent en position α de cette fonction. Celles formées à partir d’amines secondaires acycliques sont beaucoup moins stables que celles résultant de l’action d’amines secondaires cycliques comme la pyrrolidine. Les ènamines résonnent entre deux formes limites (schéma 10.11d).N-disubstitués suffisamment stables pour être isolés. des réactions secondaires ont lieu. l’élimination d’une molécule d’eau conduit à une ènamine.45 R1 R2 H C NR3 R1 C NHR2 H N R3 + R2 NH2 Les réactions des amines secondaires avec les aldéhydes et cétones fournissent des hémiaminals N. par entraînement azéotropique (§ 8. 1). d’addition de type Michaël (4). et dans la préparation de composés hétérocycliques divers. Les ènamines ont un rôle important en synthèse et en particulier. toluène) en présence d’acide p-toluènesulfonique. le plus souvent. la pipéridine ou la morpholine. Les ènamines dérivées d’aldéhydes sont moins stables que celles dérivées de cétones. L’eau formée est extraite du milieu réactionnel par différentes méthodes et. La réaction se fait souvent avec les cétones dans un solvant aromatique (benzène. en particulier. Toutefois. Par chauffage. l’élimination d’eau est immédiate et l’ènamine est le résultat unique de la réaction. d’acylation (3).546 Chimie organique H R3 NH2 N R1 C H Schéma 10.

Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.H2O C C N R H C C N R énamine imine tautomère quasi unique Schéma 10. H C H C O + H2 N R H R C C N H hémiaminal OH . et nitrile 1) H C H C O + HN R2 H R1 2) O + HN pyrrolidine 547 R1 C H C N R2 CH3 hémiaminal OH .10.47). imine.47 . il existe une tautomérie énamine-imine dont l’équilibre est très en faveur de l’imine ce qui rend impossible l’isolement de l’énamine (schéma 10.Cl RCOCl Et3N morpholine N-cyclopentènomorpholine COR N O H2O H 4) CH2=CH-COOEt N COR O + sel d'amine CH2-CH-COOEt H N CH2-CH2-COOEt N H2O.H2O H C C N R2 R1 énamine H C C N R2 R1 CH3 H2O alkylation N ICH3 I acylation N O + sel d'amine H N-cyclohexènopyrrolidine 3) O + HN O N O COR N O + Et3NH . H CH2-CH2-COOEt O + sel d'amine réaction de Michael Schéma 10.46 Lorsque l’énamine provient d’une réaction effectuée avec une amine primaire.

les groupes nitro et nitrile sont conservés. . réaction de Wallach. L’amine obtenue est alors N-formylée. comme le nickel de Raney. qui s’effectue à des températures supérieures à 150 °C. aromatiques sont utilisés (schéma 10. aliphatiques-aromatiques. la réaction peut se poursuivre par une substitution du groupe hydroxy par un groupe amino ce qui conduit à un aminal (schéma 10. Comme pour la réaction de Wallach.N-disubstitués réagissent très difficilement sauf s’ils sont substitués par des groupes aryles. le formamide ou un dérivé N-monosubstitué. ces réactions peuvent être faites. NaBH3CN entre autres.49).49 Avec l’ammoniac et les amines primaires. le mécanisme est mal connu.50). NaBH4. alicycliques. La présence de groupes réductibles comme les doubles liaisons éthylèniques. Dans ce cas. Dans la réaction de Leuckart (1885). L’acide formique peut aussi servir de réducteur (réaction appelée dans ce cas.48 Une réaction d’amination réductive des aldéhydes et cétones peut être effectuée lorsque le composé carbonylé est traité par une amine secondaire et l’hydrogène ou NaBH4. soit par réduction de l’imine produite après l’avoir isolée.48). Les réactifs réducteurs sont très variés : borohydrure de sodium. 1949).548 Chimie organique Si aucun hydrogène n’est présent en position α de la fonction. soit directement (hydrogène + nickel de Raney) comme pour les amines secondaires. R1 C O + HN R2 R1 OH C N R2 H H2. On obtient alors une amine tertiaire (schéma 10. Les aldéhydes et cétones aliphatiques.Ni . Sa déformylation nécessite l’action de l’acide chlorhydrique concentré ou de la soude à 30 %. Les formamides N. tous les aldéhydes et cétones peuvent être mis en réaction.H 2O R1 C N R2 Schéma 10. cyanoborohydrure de sodium. en présence d’un catalyseur métallique. on utilise le formiate d’ammonium. R1 H C C O + HN R2 R1 R1 C H C N R2 R1 OH HN R2 C H C N R2 aminal R1 N R2 + H2O hémiaminal Schéma 10.

En présence d’une base.10. s’additionnent en milieu acide sur les aldéhydes et cétones en produisant des sels d’hémiaminals (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. L’hémiaminal N-acylé qui en résulte réagit très souvent avec une nouvelle molécule d’amide pour fournir un aminal N.52). et nitrile Réaction de Wallach 549 R1 C O + R2 amines primaires ou secondaires OH NH C N R1 R2 HCOOH H C R1 N R2 si R2 = H HCOOH H C R1 N H HCl cé H C N R1 C=O H Réaction de Leuckart O C O + H C N R1 H O C H N R1 OH C HCOOH O C H N R1 H C HCl cé ou NaOH R1 HN C H Schéma 10. R1 C O + N R2 R3 OH H C N R1 R2 R3 sel quaternaire d'hémiaminal Schéma 10.50 Enfin. les amides sont susceptibles de s’additionner sur les composés carbonylés comme les aldéhydes.51 Bien que moins nucléophiles que les amines.51).N’-diacylé (alkylidène ou arylidène bisamides) (schéma 10. c’est l’ion amidure qui est le réactif nucléophile. imine. les amines tertiaires. La réaction nécessite un catalyseur acide ou basique. .

N'-diacylé NHCOR C O + NH2-COR base C OH hémiaminal N-acylé Schéma 10.53 La réaction peut avoir lieu en milieu acide ou basique. un amide primaire ou secondaire. une hydrazine. le méthanal (ou formaldéhyde) réagit à la fois sur un composé azoté et un composé possèdant un hydrogène à caractère actif (figure 10. composés azotés: NH3. une hydroxylamine. très importante en synthèse. ester H N H Avec le chlorure d’ammonium. cétone R = OR'. schéma 10. H2N-R.54 : . Le mécanisme de cette réaction en milieu acide est le suivant.H 2O C NHCOR aminal N. HNR-CO-R' composés à hydrogène actif: CH CO-R OH H CH CN CH NO2 C C H H Figure 10.1b – Réaction de Mannich Dans la réaction d’aminométhylation de Mannich (1912). H2N-N(R')(R"). H2N-CO-R.52 10. H C H R acide (ou base) R H3N-CH2-CH-CO-R' + H2O NH4 + O + H2C-CO-R' Schéma 10. et une cétone énolisable.550 Chimie organique NHCOR NH2COR . une amine primaire ou secondaire. il en résulte une cétone β-aminée (schéma 10. Le composé azoté peut être l’ammoniac (sous la forme du chlorure d’ammonium). H2NOH.8).8 indole R = H.53). HN(R')(R").3. aldéhyde R = groupe carboné.

et nitrile 551 Réaction de Mannich R NH H C O R' H H R NH C O R' R N R' R H H . le passage par un ion iminium a permis d’utiliser des composés préalablement préparés. Il en résulte une nouvelle amine appelée de manière générale base de Mannich. L’α-hydroxy amine qui résulte de l’action de l’amine sur le formaldéhyde ne perd pas une molécule d’eau.55). imine. .H2 O H N C H ion iminium R' H H C O H méthanal CH2 C O R N C H C H H C O H -H H R' R N C C H H C O base de Mannich Schéma 10. la formation de l’ion iminium n’a pas lieu.10.54 C H C O H H R N C C H R' H C O R' +H H L’attaque du formaldéhyde par l’azote de l’amine conduit en milieu acide à un ion iminium. Cet ion réagit avec la forme énol d’un composé carbonylé. il se forme un sel. il est très utilisé en synthèse.9 En milieu basique.9) est l’un d’eux. Il est directement attaqué par le carbanion issu de la réaction de la base sur le composé carbonylé : un proton est extrait d’un groupe CH ou CH2 ou CH3 situé en position α de C=O (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Le sel d’Eschenmoser (figure 10. dans des réactions avec divers composés carbonylés. En milieu acide. H3 C N H3C I CH2 sel d'Eschenmoser Figure 10. Dans le mécanisme réactionnel.

.56 : C2H5OH + CH2O + (C2H5)2NH C6H5SO2NHCH3 + CH2O + HN C2H5O-CH2-N(C2H5)2 O C6H5-SO2N(CH3)-CH2 N O morpholine (CH3)2CHSH + CH2O + (C2H5)2NH (CH3)2CH-S-CH2-N(C2H5)2 Schéma 10. schéma 10. un excès de formaldéhyde et de composé à hydrogène actif est présent. Des O.552 Chimie organique R NH H C O R' H R N H C O H R' H CH2 C O R N H C O H OH + H + CH R' Base.BH CH C O R N C O . N ou S-aminométhylations sont possibles en raison du caractère acide du groupe hydroxy des alcools et phénols.55 La réaction de Mannich peut se renouveler plusieurs fois : – si l’ammoniac ou une amine primaire ayant été utilisé. du groupe NH des sulfonamides secondaires ou du groupe sulfanyle (ou mercapto) des thiols. – si des excès de formaldéhyde et d’ammoniac se trouvent en présence d’un composé possèdant plusieurs hydrogènes actifs.56 .OH H C CH H C O BH B + H2O R' Schéma 10. ce qui est montré par les exemples suivants.

3. Les amides secondaires et tertiaires résultent de la même réaction effectuée à chaud avec les amines primaires et secondaires. voire impossible.57 10. souvent à froid.58). avec les amines primaires et les nitriles aliphatiques. Les amidines sont très utilisées en synthèse de composés hétérocycliques car elles peuvent réagir par les deux atomes d’azote avec divers composés bifonctionnels (diesters. aralkyl ou aryle. . dans l’éthanol sur les esters conduit à un amide primaire.R'OH R C HN R" amide O chlorure d'acide + H2N-R" R-CO-NHR" + Cl HCl Cl Cl C R NH2 R" O R C NH2 R" O R R O H . amide secondaire OR' R'O C R NH2 R" R CO-Cl O R C NH2 R" O R OR' C NH R" O H . Par contre.1d – Avec les nitriles L’addition d’ammoniac sur les nitriles en présence de chlorure d’ammonium fournit une amidine sous forme de chlorhydrate (schéma 10. la présence d’un groupe électroattracteur présent sur le nitrile l’active et permet de former des amidines substituées. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. amide primaire R"= alkyl. et nitrile 10. R COOR' ester + H2N-R" R-CO-NHR" + R'OH R"= H .10.57). phosgène. Tous les amides peuvent provenir de l’action de chlorures d’acides sur l’ammoniac ou les différentes amines (schéma 10. ester cétoniques…). imine.3.HCl HN R" C O C NH R" Schéma 10.1c – Avec les esters 553 L’addition d’ammoniac ou plus souvent d’ammoniaque. Cette réaction est difficile.

réagit avec les aldéhydes et cétones pour former des oximes (schéma 10.2 – L’hydroxylamine L’hydroxylamine.30). Cl Schéma 10. SeO2 (schéma 10.3 et 3.3.59). ou d’oxyde de sélénium. les oximes dérivés d’aldéhydes ou de cétones dissymétriques ont deux configurations possibles Z et E séparables (§ 3. OR R C NH2.59 NHR + 2 RNH2 R C NH + RNH3.554 Chimie organique NH2 R CN + NH3 + NH4Cl C NH2. H3 C C O H3 C + NH2-OH hydroxylamine H3 C C H3 C oxime de la propanone N-OH + H2 O Schéma 10.1). le plus souvent.58 Les amidines peuvent aussi être préparées par action d’ammoniac ou d’amines sur les chlorhydrates d’iminoéthers (schéma 10. d’acide formique.61).3.60) par une réaction d’addition. Cl chlorhydrate d'amidine + NH3 HN R R CN + R-NH2 Y C NH amidine substituée Si R porte un groupe électroattracteur Schéma 10. Les oximes sont des intermédiaires dans la réaction de formation des nitriles par action du chlorhydrate d’hydroxylamine sur un aldéhyde en présence d’acide chlorhydrique concentré. Cl 10. lesquels résultent de l’addition d’alcools sur les nitriles en présence d’halogénures d’hydrogène (voir schéma 10. L’hydroxylamine est libérée de son sel in situ (le chlorhydrate. . Le pH de la solution est important et variable d’un composé à un autre mais la valeur moyenne est de 4.élimination (même mécanisme que celui des amines). commercialisée sous forme de chlorhydrate cristallisé. et qui est commercial). HCOOH.60 Comme les hydrazones.

stable à température ordinaire.61 H OH R C R C nitrile N La déshydratation d’un aldoxime aliphatique peut aussi être le résultat de l’action de l’anhydride acétique. . pour donner une hydrazone dérivée par une réaction d’addition-élimination.63). et qui est un composé non commercial.3 – Les hydrazines L’hydrate d’hydrazine.62). H2O C N-NH2 + O C C N N C + H2O azine Schéma 10.10. imine. Les acides hydroxamiques résultent de la réaction de l’hydroxylamine avec les esters ou les chlorures d’acides. sans catalyseur.YH O R C NH-OH NH2 R C N + NH2-OH R C NOH amidoxime Schéma 10. les cétoximes aliphatiques donnent lieu à une O-acétylation.H H N O H Schéma 10. est un liquide commercial communément employé.63 .3. La réaction effectuée avec les aldéhydes et cétones aliphatiques et les aldéhydes aromatiques fournit seulement une azine suite à une double réaction (schéma 10. NH2-NH2. C N-NH2 + 2 H2O hydrazone C O + NH2-NH2.H2O . et nitrile 555 RCHO + NH2OH. composé toxique. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.H2O. contrairement à l’hydrazine pure obtenue par déshydratation de l’hydrate par l’hydroxyde de potassium. Dans les mêmes conditions. explosif au contact de l’oxygène. Les amidoximes sont formés par addition d’hydroxylamine sur les nitriles aliphatiques (schéma 10. .62 OH R C N-OH acide hydroxamique RCO-Y + NH2-OH Y = OR' : ester Y = X : halogénure d'acide groupe partant NH R NHOH 10. HCl H R C N oxime RCH=N-OH + H2O + HCl H . L’hydrate d’hydrazine est une base forte qui réagit vivement avec les cétones aromatiques.

d’un composé à point de fusion précis et caractéristique de chaque sucre. pour la plupart liquides. permet l’accès aux hydrazones non substituées de cétones ou d’aldéhydes. à chaud dans l’éthanol. comme la 2.4-dinitrophénylhydrazone d'aldéhyde ou de cétone + H2 O 2.4-dinitrophénylhydrazine. des tables de points de fusion d’arylhydrazones permettent de déterminer la cétone ou l’aldéhyde qui a été testé lorsque le composé carbonylé est inconnu. Le même résultat est obtenu à partir d’une α-dicétone. La réaction d’addition-élimination effectuée avec chacune des fonctions et de deux molécules de phénylhydrazine conduit à la phénylosazone.65). dont les réactions le plus souvent faciles avec tous les aldéhydes et cétones produisent des arylhydrazones recristallisables et à points de fusion nets. par réactions d’échange avec l’hydrate d’hydrazine. H2O N-NH2 + NH2-N(CH3)2 + H2O Les arylhydrazines. forme des hydrazones qui.1-diméthylhydrazine. . L’addition de phénylhydrazine permet la formation rapide. NO2 O2 N NH-NH2 + O C O 2N NO2 NH-N C 2. très colorés. H3 C C O H3 C + NH2-N(CH3)2 H3 C H3C C H3C Schéma 10. puis une réaction concertée à six centres avec formation d’une α-imino cétone.556 Chimie organique Les monoalkylhydrazines. Cette réaction est très importante pour la caractérisation des sucres. réagissent avec tous les aldéhydes et cétones en fournissant les hydrazones correspondantes. très puissant cancérogène. composés assez peu stables.65 Inversement. composés dont la cristallisation est difficile à partir des sirops. stables. la phénylhydrazine conduit à une phénylosazone (schéma 10.64). Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone est α-hydroxylée.4-dinitrophénylhydrazine aldéhyde ou cétone Schéma 10. Le cas présenté ci-dessous correspond à un aldose comme le glucose. Le mécanisme fait d’abord intervenir une tautomérie.64 H3C C N-N(CH3)2 + H 2O NH2NH2. sont des composés solides.66). inaccessibles directement (schéma 10. toxiques et cancérigènes. même dans le cas de présence d’impuretés. ce qui permet leur identification à partir de leur sirop. La 1. utilisés en raison de ces propriétés pour caractériser les composés carbonylés (schéma 10.

Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. imine.H2 O H C H C N-NH-Ph N-NH-Ph phénylosazone H C O + Ph-NH2 + NH3 aniline H C O Ph-NH-NH2 H .66 Dans le cas du fructose. le mécanisme est le suivant. schéma 10.67 .H 2O H C N H N H H Ph C C H N N O H H Ph H C O H C O H C C N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 N-NH-Ph phénylosazone H C .67 : OH H C H C O + 3 Ph-NH-NH2 H .NH3 NH + PhNH2 C O Schéma 10.10.H2 O C N-NH-Ph H C C O N H H NH-Ph H C C N-NH-Ph N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 . et nitrile 557 H C O 3 Ph-NH-NH2 H .NH3 H C C O + PhNH2 NH Schéma 10.H2O C C N-NH-Ph + Ph-NH2 + NH3 N-NH-Ph H H C OH C O H H C O H + Ph-NH-NH2 . α-hydroxy cétone.

4-oxadiazolin-2(3H)-one -HCl .3. la réaction a lieu deux fois ce qui conduit à des N. H2O R O . Avec les chlorures d’acides.H 2O N Ar COCl2 = phosgène RCOCl RCONH-NHCOR . composés importants pour la synthèse de composés hétérocycliques comme.N’diacylhydrazines (2). 1). O (1) R C OR' O R C NH-NH2 acylhydrazine ou hydrazide .N'-diacylhydrazine 1.4-oxadiazoles et 1.4-oxadiazolin-2-ones.2 HCl (2) RCOCl + NH2NH2.3.558 Chimie organique Les hydrazones substituées présentent des configurations E (ou anti) et Z (ou syn) (schéma 10.H 2O + NH2-NHR' H C R N NHR' H C R N NHR' configuration Z configuration E Schéma 10. les 1.H 2O NH O O RCONH-N=CHAr acylhydrazone + NH2-NH2.68).68 L’hydrazine et les monoalkylhydrazines réagissent avec les esters dans l’éthanol à l’ébullition pour former des acylhydrazines appelées aussi hydrazides (schéma 10.69 . par simple addition.4-oxadiazole RCONHNH2 + ArCHO N COCl2 .R'OH OH R C N-NH2 N R O 1. H2O .H 2O RCONHNH2 NH (3) R C N + NH2-NH2.3. H2O R C NHNH2 hydrazidine NH2 R C NNH2 Schéma 10. Avec les nitriles. par exemple. H C O R .HCl N.3. l’hydrazine et les monoalkylhydrazines forment. des hydrazidines (3).69.

schéma 10. et plus particulièrement de la polarité du solvant utilisé. et nitrile 559 10. Les composés organométalliques. Les groupes carbonylés (aldéhyde. RLi et RMgX. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. en produisant respectivement des semicarbazones et thiosemicarbazones (schéma 10. attaquent tout centre électrophile présent dans le milieu et plus particulièrement le carbone des fonctions indiquées. CH2 ou CH3 situé en position α d’un groupe électroattracteur -I.H2 O R' R R' X = O semicarbazone X = S thiosemicarbazone Schéma 10.65).3. L’ensemble « addition + élimination » correspond à ce qui est appelé une « condensation » entre deux molécules. Sitôt formés.6). R R C R' X = O semicarbazide X = S thiosemicarbazide NH-CX-NH2 C N et C N NH-CX-NH2 O + H2N-NH-CX-NH2 .10. C’est pourquoi leurs réactions sont traitées aux paragraphes 10. Dans le cas de la condensation benzoïnique (§ 10. Ils présentent des configurations E et Z comme les hydrazones (schéma 10. eau ou alcool).68). 10.13). Ces dérivés sont des solides très facilement cristallisables à points de fusion nets ce qui permet de les utiliser pour caractériser les composés carbonylés dont ils sont issus (de manière analogue aux 2.70). d’un alcoolate ou d’un amidure alcalin. imine. mais aussi imine ou nitrile ont ce caractère et permettent de former facilement des carbanions par action d’une base alcaline. cétone ou ester).9. ces carbanions. .8 et 10. représentent un cas plus complexe dans les réactions d’addition sur les groupes considérés en raison de la variation du caractère ionique de la liaison entre R et le métal qui est fonction de la nature du métal et des conditions expérimentales. un milieu acide est nécessaire pour activer la réaction.70 Parfois. l’ion cyanure.4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide Les aldéhydes et cétones réagissent avec la semicarbazide (commercialisée sous forme de chlorhydrate et libérée par addition de carbonate de sodium) ou la thiosemicarbazide. leurs formations nécessitent le retrait par une base d’un hydrogène acide de CH. L’addition est suivie dans la plupart des cas de l’élimination d’une petite molécule (le plus souvent. le carbanion est issu d’une réaction entre un aldéhyde aromatique et un anion alcalin.4-dinitrophénylhydrazones. réactifs nucléophiles.4 Additions faisant intervenir un carbanion Comme cela a été indiqué au paragraphe concernant les carbanions (§ 6.

en utilisant la baryte. le rendement peut être augmenté par déplacement de l’équilibre vers la droite. pour former un carbanion (schéma 10. et une technique particulière qui permet d’extraire l’aldol au fur et à mesure de sa formation. les aldols dérivés d’aldéhydes sont assez facilement obtenus. capte un proton avec création d’une molécule d’aldol (à partir de deux molécules d’aldéhyde) ou de cétol (à partir de deux molécules de cétone). .1 – Aldolisation (et crotonisation) Le composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) qui possède CαH. le plus souvent NaOH.H2O H C C O C C H O H C C O C H C O H + H2O. H2O mauvais rendement (CH3)2C(OH)-CH2-CO-Me 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (diacétone alcool) H C H C O H C C O H C H C O + HO . Aldolisation (en milieu basique) R2 2 R1 C C H R O NaOH.4. H2O bon rendement CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal 2 CH3-CO-CH3 propanone NaOH. C’est la réaction d’aldolisation (ou de cétolisation selon le cas). H2O R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 aldol R = H cétol R = alkyl.71). Ba(OH)2. on obtient le 3-hydroxybutanal avec un bon rendement. qui.HO C H α C C β H O C O H H ion alcoolate aldol (β-hydroxy aldéhyde) Schéma 10. Toutefois. KOH et plus rarement le t-butoxyde de potassium.560 Chimie organique 10. . il n’en est pas de même pour les cétols. CαH2 ou CH3 en α du groupe carbonyle est attaqué par une base. Avec la propanone (acétone). en présence de l’eau du milieu. aralkyl 2 CH3-CHO éthanal NaOH. Il se forme alors un ion alcoolate.71 . en milieu basique. Ce carbanion réagit sur une nouvelle molécule d’aldéhyde ou de cétone qui n’a pas encore subi l’action de la base. D’une manière générale. Avec l’éthanal. la 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (ou diacétone alcool) est formée avec un très faible rendement.

et nitrile 561 Une réaction secondaire accompagne l’aldolisation et la cétolisation.72 L’aldolisation en milieu acide (schéma 10. suite à une crotonisation immédiate. Ils sont présentés dans les schémas 10. plus spécifique des cétones en raison d’un faible rendement en milieu basique.β-insaturée.74.H-OH H C C R2 C O aldol (R= H) ou cétol aldéhyde (R = H) ou cétone α.10.73). Les mécanismes de ces réactions sont différents selon le milieu. Le carbocation formé à partir d’une première molécule attaque la double liaison de la forme énol d’une seconde molécule ce qui conduit à un nouveau carbocation.72 et 10. Il est en équilibre avec l’aldol et un proton. L’équilibre est favorisé vers la gauche pour les cétones ce qui n’est pas le cas en milieu basique.H-OH H3C H3C C CH-CO-CH3 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one ou diacétone alcool 4-méthylpent-3-én-2-one ou oxyde de mésityle HO H α C C β R O O C . respectivement des aldéhydes et cétones . .H-OH H R2 C R1 HO . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. ce qui influe sur sa facilité. il est aussi en équilibre avec sa forme énolique. La crotonisation de l’aldol en milieu basique (schéma 10.β-insaturé R + HO C H C O H H aldol Schéma 10. imine. le composé carbonylé est en équilible avec un carbocation. Le chauffage en milieu basique ou acide conduit à une déshydratation de l’aldol ou du cétol qui fournit des composés stabilisés par résonance. Par ailleurs. Crotonisation (milieu basique) R R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 HO .72) est plus difficile qu’en milieu acide. En milieu acide. c’est la crotonisation.H-O-H C C C H H aldéhyde (R = H) ou cétone α. -insaturés. conduit presque exclusivement à une cétone α.β-insaturé CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal CH3-CH=CH-CHO but-2-ènal ou crotonaldéhyde H3C H3C C(OH)-CH2-CO-CH3 HO .

H .H 2O H R2 C C H aldéhyde (R= H) ou cétone α.74 . .562 Chimie organique Aldolisation ou cétolisation (en milieu acide) R1 R2 H C C O R H R1 R2 H C C O H R R2 H carbocation R1 C C R O H R1 R2 H C C R O équilibre céto-énolique R1 C R2 énol R C O H R1 C R2 R1 R2 H C C O C R O R R2 H H H R1 C R2 R1 C C O R H C R O H R2 H R1 C R2 R1 C C O R H C R O aldol R =H cétol R = alkyl Schéma 10.β-insaturé.73 Le proton attaque alors le groupe hydroxy de l’aldol (ou du cétol) ce qui conduit à l’élimination d’une molécule d’eau et à la production du composé carbonylé α.β-insaturé R R2 C O R R H aldol (R = H) ou cétol Schéma 10. Crotonisation (en milieu acide) H C R2 H R2 H C C O R H R2 H O H H C O H C C R R2 R H C C O .

imine. Ce dérivé stable peut être un dérivé silylé (O-triméthylsilyle) préparé par action du chlorure de triméthylsilyle en présence d’une base comme la triéthylamine. Si la cétolisation est effectuée avec une cétone dissymétrique. c’est l’aldéhyde qui est attaqué par le carbanion formé à partir de la cétone.75 Les réactions entre deux aldéhydes ou cétones différents. La déprotection du groupe hydroxy est réalisée par addition d’eau au milieu (schéma 10. Ce carbanion peut réagir sur un groupe aldéhyde du milieu ce qui peut conduire à des polymères. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. En milieu acide. O O H3C CH2 C CH3 butanone O HO H3C CH2 C CH3 + H2O -HO C2H5 H3C CH2 C CH2 OH O C CH2 C CH3 C2H5 5-hydroxy-5-méthyl-heptan-3-one Schéma 10. pour des cétones aliphatiques. et nitrile 563 Il faut noter que l’aldol étant un aldéhyde. Pour éviter cette réaction secondaire. il est susceptible de former un nouveau carbanion en présence de soude. moins basique que la soude. Lorsqu’on souhaite effectuer une addition régiosélective. la formation du carbanion le plus stable est favorisée. Pour deux cétones différentes les résultats sont de même nature. Lorsqu’un des deux aldéhydes ne possède pas d’hydrogène en α. le résultat est fonction de la nature des substituants du groupe carbonyle. Plusieurs cas sont à envisager.76). on utilise le carbonate de potassium. et n’obtenir que l’aldol. par une condensation à partir du groupe qui porte le plus d’atomes d’hydrogène (schéma 10. La réaction est alors catalysée par du tétrachlorure de titane TiCl4 (réactif de Mukayama). ce qui peut s’exprimer.75). seulement deux aldols peuvent se former.10. il est préférable de préparer un dérivé stable de l’énol qui doit intervenir dans la réaction. . ou entre un aldéhyde et une cétone sont possibles. – Deux aldéhydes différents : quatre aldols sont susceptibles d’être obtenus auxquels il faut ajouter les quatre composés insaturés issus de la crotonisation. l’aldol « mixte » qui résulte de la réaction entre les deux types d’aldéhyde est prépondérant (réaction de Claisen-Schmidt). K2CO3. – Un aldéhyde et une cétone : si l’aldéhyde et la cétone possèdent chacun un hydrogène en α du groupe carbonyle. En général. plus particulièrement dans le cas d’aldéhydes de faibles masses.

76 La condensation d’aldéhydes aromatiques avec de simples aldéhydes aliphatiques ou des méthylcétones en présence d’une solution de potasse (à 10 %) présente un intérêt particulier car elle permet l’accès à des aldéhydes ou cétones α. Les réactions d’aldolisation-crotonisation intramoléculaires sont possibles plus particulièrement pour des composés dicarbonylés susceptibles de former des cycles à 5 ou 6 éléments.7-dione 1-(2-méthyl-cyclopent-1-ènyl)-éthanone Schéma 10. CH3 C H2C H2C O O CH2 C HO CH3 H3C C H2 C H2C OH CH CH2 CH3 O CH3 .4.77). Ar-CH=CH-CHO 3-aryl-propènal CH2-CHO ArCHO CH2COMe Ar-CH=CH-CO-Me 4-aryl-but-3-èn-2-one Schéma 10. L’équivalent de cette réaction avec des diesters est la réaction de Dieckmann (§ 10.78 .H2 O C H2C H2 C C CH2 O CH3 CH2 octane-2.2).β-insaturées aromatiques : c’est la condensation de Claisen-Schmidt (1881) (schéma 10.78).7-dione (schéma 10.ClSiMe3 Schéma 10. comme l’octane-2.77 D’autres méthodes comme l’utilisation d’un acétal à la place de l’aldéhyde lui-même permettent aussi une addition régiosélective.564 H R1 CH2 C R2 H R1 C C O SiMe3 R2 + R3 R3 C O TiCl4 O R1 C C R2 R3 R4 H C O C C R2 O OH ClSiMe3 Et3N R1 Chimie organique H C C R2 R4 Cl Ti Cl Cl H2O H R1 C R2 R3 C OH C O O SiMe3 R1 .

R1 COOR B . et un ester α. attaque le groupe carbonyle de la fonction ester ce qui conduit à . Cette réaction (proche de la réaction de Claisen qui fait intervenir deux esters.H 2O O O CH3 4. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. NaH. L’anion alcoolate intermédiaire. base O cyclohexanone O H2C O CH (réaction d'addition de Michael) O H 3C CH2 CH2 O base .80 Ce carbanion réagit sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone pour former un β-hydroxy ester. Ph3CNa…).10. et nitrile 565 Ces cyclisations sont à la base de la réaction d’annellation de Robinson (1937) très utile pour la synthèse de composés polycycliques (comme certains stéroïdes et terpènes) (schéma 10.80). un aldéhyde ou une cétone.8-hexahydro-3H-naphtalèn-2-one Schéma 10. La première phase du mécanisme est identique à celle indiquée ci-dessus. LiNH2. Si l’élimination d’une molécule d’eau est possible.β-insaturé est obtenu (schéma 10.7. En milieu basique fort (NaOEt.4a.2) est à l’origine de la condensation de Stobbe (1893) (schéma 10.4. § 10.79). il se forme préférentiellement le carbanion dérivé de l’ester.5. au lieu d’additionner un proton du milieu pour former un β-hydroxy ester.81) entre un succinate ou ses dérivés et un aldéhyde ou une cétone. .79 L’aldolisation peut avoir lieu entre d’une part un ester et d’autre part. imine. elle a lieu.H2O R3 C R4 C R2 COOR Schéma 10.BH R2 C COOR O R3 C R4 R2 R3 R4 et COOR R3 C C COOR R1 C COOR R1 R2 C H si R1 = H R4 R3 C OH puis H C OH R4 R2 R2 C H .6.

une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base.82). Il ne s’agit donc pas d’une addition sur un groupe carbonyle : le résultat est alors un composé 1. C’est la réaction de Tollens (1891) (schéma 10. Le carbanion qui en résulte conduit à un sel d’acide β. le groupe OR de l’ester est substitué par le groupe issu du carbanion. Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent. selon une réaction de Cannizzaro croisée (§ 10.1) avec formation d’acide formique et d’un 1. Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou aldéhyde β-hydroxylé. La base extrait un proton en α de la fonction ester restante.EtOH H2C C O Schéma 10. une lactone. -BH CHO O C OR C H CHO . O C OR H2 C B.566 Chimie organique une substitution nucléophile du groupe OR de l’ester et la formation d’un ester cyclique.EtO EtOOC H2C H C C O C O cycle lactonique EtOOC H2C H C EtOOC C EtO O C O .γ-insaturé par ouverture du cycle lactonique (la fonction ester est facilement saponifiée et l’acide correspondant décarboxylé).81 C C O EtOOC C H2C C O C O Il est parfois possible que la réaction entre un ester et un aldéhyde ou une cétone s’inverse : le carbanion formé à partir de l’aldéhyde ou de la cétone attaque le groupe carbonyle de l’ester COOR. Dans ce cas.OR C H CHO O C C H CHO Schéma 10.3-diol.83). COOEt CH2 CH2 COOEt EtO COOEt H C CH2 COOEt C O COOEt H C CH2 C O OEt C O .3-dicarbonylé (schéma 10.5.82 Enfin. .

évidemment (schéma 10. CH3-NO2 nitrométhane Base.83 CHO C CHO H2C=O puis H C CHO H C H OH + HCOOH La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe CH 2 ou CH3 en position α (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10. et nitrile 567 Aldolisation croisée Base C H Réaction deCannizzaro croisée C CHO H C H OH H2C=O C CH2OH H C H OH Schéma 10. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Schéma 10. H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10.85). sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas.84).86).4. .84 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.85 10.10.2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann La réaction de Claisen (1887) consiste à condenser deux molécules d’un ester RCOOR’ possèdant un groupe méthylène ou méthyle en pour former un ester β-cétonique (schéma 10. H CHO H Base. imine.

Il y a d’abord formation d’un carbanion sous l’action d’une base.R'OH R C C O O R' H R C C O O R' O R' O R' H R C C O H R C H C O O R' R O R' H R C H C H C O O R' R C O O R' H R C H C H C O . Si le mécanisme de formation de l’adduit est identique à celui de l’aldolisation. Au lieu d’additionner un proton comme dans l’aldolisation.87).86 C’est une réaction (schéma 10. Ph3CNa dans des solvants non polaires) puis addition sur le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’ester. H R C H C O O R' H . NaNH2.568 O R CH C O CH2 R 2 CH3COOEt EtONa CH3COCH2COOEt + EtOH C OR' Chimie organique O 2 R CH2 C OR' OR' . cet adduit élimine un ion alcoolate pour former le β-cétoester. élimination de OR’ du groupe COOR’.87 . ici l’alcoolate (mais on peut utiliser aussi NaH.R'OH Schéma 10.R'OH O R C H R C H C O C O R R' R C H C H C O C O O R' C O O R' Schéma 10. et enfin. la différence avec l’adduit de l’aldolisation est que celui-ci possède un groupe partant OR’. dont les deux premières étapes sont semblables à celles de l’aldolisation.

Un équivalent de sodium est nécessaire car le β-cétoester consomme de l’alcoolate pour former un carbanion qui résulte de la forte acidité de l’hydrogène lié au carbone situé entre les deux fonctions carbonylées. quatre β-cétoesters sont obtenus. imine. ou les carbonates. la réaction de rétro-Claisen à partir de β-cétoester permet le retour à deux esters (schéma 10. Dans ces conditions. NaH. HCOOR.10. et des malonates (schéma 10. ArCOOR' esters d'acides aromatiques ArCOCH(R)COOR' α-aroyl ester RCH2COOR' HCOOR' formiates HCOCH(R)COOR' α−formyl ester (OR")2C=O R"OCOCH(R)-COOR' carbonates malonate Schéma 10. il est important de savoir que le catalyseur. Dans le cas où chacun d’eux possède un hydrogène en α.88) : O R C OEt Schéma 10. qui conduisent respectivement à des α-aroyl esters. l’alcoolate de sodium. L’emploi de bases plus fortes comme l’ion trityle. en présence de deux équivalents d’ester. Ainsi. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. La très faible concentration en ion alcoolate dans le milieu permet de former peu de carbanions par rapport à la quantité présente d’ester et de débuter ainsi la réaction. La concentration en alcoolate demeure constante en raison de la réaction de l’alcool libéré sur le sodium encore présent. Ce type de réaction de Claisen croisée est plus intéressant si l’un des esters mis en réaction ne possède pas d’hydrogène en α. est formé par addition d’un équivalent de sodium métallique à moins d’un équivalent d’alcool absolu. dans ce cas. Cette acidité est plus élevée que celle de l’hydrogène de l’alcool en raison de la forte stabilisation de ce carbanion.89 . KH ou NaNH2 permet le retrait de cet hydrogène et le déplacement de l’équilibre. ce qui n’est plus possible si l’ester mis en réaction ne possède qu’un groupe méthyne CαH. Ph3C-. ArCOOR’. vers la droite. La réaction de Claisen étant réversible.88 H C COOEt R' O R C OEt H C COOEt R' O R C OEt + H C COOEt R' Les réactions de Claisen peuvent avoir lieu entre deux esters différents. et nitrile 569 Pour bien comprendre ce mécanisme. les esters de formule générale (R1)(R2) CH-COOR sont inaptes à la réaction de Claisen dans les conditions normales car il n’est pas possible avec eux de former un carbanion de cétoester. L’équilibre est alors dirigé vers la gauche d’autant plus que la faible acidité de H de CH rend difficile le passage au carbanion en présence d’ion alcoolate. α-formyl esters. comme les benzoates et plus généralement les dérivés aromatiques.89). les formiates. O=C(OR)2. la réaction de Claisen sur ce type d’esters devient possible. La facile formation de ce carbanion très stable est importante car elle permet le déplacement de l’équilibre vers la droite.

91).3-dione-1. On peut utiliser dans cette réaction les métaux alcalins (Na.5-dione-1.4dicarboxylate d’éthyle (schéma 10. 6 et 7 chaînons sont assez facilement obtenus. qui. K). La réaction a lieu le plus souvent dans le benzène à chaud.4-dicarboxylate d’éthyle (schéma 10.4-dicarboxylate d'éthyle Schéma 10. leurs hydrures ou leurs amidures.90). C’est le cas du succinate d’éthyle. forme un dérivé du cyclohexane. Les cycles à 5. le cyclohexane-2. On peut aussi effectuer dans certains cas la réaction selon le mode opératoire classique (décrit pour la réaction de Claisen).90 Le même type de réaction appliqué à un mélange d’oxalate d’éthyle et de glutarate d’éthyle permet d’accéder au cyclopentane-2. et placées de telle sorte que la formation d’un β-cétoester cyclique soit possible. O EtO EtO C + C O H2 C COOEt Schéma 10.91 COOEt H2 C CH2 O EtO O C C COOEt CH CH2 CH COOEt cyclopentane-2.570 Chimie organique Certains diesters permettent de former des composés cycliques par une double réaction de Claisen.92) est une réaction de Claisen intramoléculaire spécifique des molécules possèdant deux fonctions esters dont l’une au moins possède un hydrogène en α.3-dione-1. Par contre les grands cycles supérieurs à 7 chaînons sont plus difficilement accessibles : une très haute dilution favorise leurs formations dans la mesure où elle restreint les réactions intermoléculaires. .5-dione-1.4-dicarboxylate d'éthyle oxalate d'éthyle glutarate d'éthyle La réaction de Dieckmann (1894)(schéma 10. COOEt OEt CH2 H2C C O EtO + O C CH2 H2C EtO COOEt succinate d'éthyle H2C O C EtO COOEt OEt CH C O CH2 HC COOEt COOEt CH H2C O C CH C O CH2 COOEt cyclohexane-2. Le mécanisme est proche de celui de la réaction de Claisen. en présence de sodium ou d’éthylate de sodium.

O RCH2 C R' + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R β-dicétone O C R' RCH2 C N + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R nitrile β-cétonique C N Schéma 10.94 . et nitrile 571 H2C CH2 COOEt H2C CH2 C O hexanedioate d'éthyle Na Na H2C CH COOEt H2C CH2 C O COOEt OEt COOEt H2 C H2 C CH OEt C O C H2 Na COOEt H2 C CH C O H2 C C H2 + EtONa OEt .1/2 H2 COOEt H2C H2C CH C C H2 O H H2C H 2C C Na C O C H2 2-oxo-cyclopentanecarboxylate d'éthyle + EtOH Schéma 10. c’est-à-dire celui formé par retrait d’un proton du carbone α non substitué (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. imine.92 Si un groupe alkyle est présent en position α d’un des deux groupes esters.94). de nombreux chimistes se réfèrent à cette appellation pour la désigner. COOEt H2C CH2 COOEt H2C CH R R = alkyl Na H2C CH H2C CH R COOEt C O OEt C O OEt H2 C H2 C CH C CH R O Schéma 10. c’est le carbanion le plus stable qui se forme.10.93).93 Bien que l’acylation des cétones et nitriles par les esters ne soit pas une réaction de Claisen classique. c’est pourquoi elle est présentée ici (schéma 10.

(Remarque : R dans le schéma 10. ce qui peut conduire à des tricétones (schéma 10.OR2 CH2R O H2C C O R1 C O H 2C C β-dicétone CH2R CH2R O O R1 C O H2 C C CR C R1 O R1 C OR2 (excès) . une β-dicétone ou un nitrile β-cétonique est obtenu. un aldéhyde β-cétonique ou un ester β-cétonique (schéma 10. Si l’ester est un formiate. (RO)2CO. le carbanion le plus stable.95) ou nitriles β. . et d’une manière plus générale. Ces carbanions attaquent le groupe carbonyle de l’ester RCOOR’. selon le cas.95 Une seconde réaction de la β-dicétone ou du nitrile β-cétonique est possible si un excès de base et d’ester sont présents. on obtient à partir d’une cétone. HCOOR. respectivement. ou un carbonate. et après élimination du groupe OR’. pour toutes les cétones.OR2 puis H2O O R1 C base (excès) O HC C CH2R O R1 C O H2 C C CHR Schéma 10.) O H3C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R CH2R NaNH2 O H2 C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R .572 Chimie organique Il s’agit de faire réagir des carbanions issus de cétones ou de nitriles ayant un groupe méthylène en α sur des esters aliphatiques en présence de bases fortes comme l’hydrure ou l’amidure de sodium.δ-dicétoniques.95 est alkyle. Les cétones dissymétriques aliphatiques forment un carbanion à partir du substituant ayant un maximum d’hydrogènes en α du groupe carbonyle.96). selon le cas.

On peut ajouter à ces réactions des esters avec les cétones et nitriles. attaque un aldéhyde ou une cétone dépourvu. COOH.H2 O X C C Y l'élimination n'est pas générale . différents ou identiques. R'COOR" puis H2O.4. et nitrile O H C CH R 573 O RCH2 C R' + H COOR2 formiate base puis H2O O C R' aldéhyde β-cétonique O RCH2 C R' + R1O COOR1 carbonate base puis H2O O R1 O C CH R O C R' ester β-cétonique Schéma 10.3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel Un carbanion formé à partir d’une molécule de formule générale X-CH2-Y. élimine une molécule d’eau avec formation d’une double liaison (schéma 10. le plus souvent. COR. En effet. Il s’agit d’une addition–élimination : une condensation. sont électroattracteurs -I comme COOR. pour laquelle les groupes X et Y. les sels d’acides carboxyliques génèrent des carbanionssels d’acides.98 C H Y . Leurs décarboxylations permettent la formation de cétones (schéma 10. 10.98). dans la plupart des cas. (i-Pr)2NLi. CHO.CO2 R-CH(COR')COOH R-CH(COR')COOH R-CH2-CO-R' Schéma 10. SO2R.97 Cette méthode d’acylation des acides est peu utilisée pour les acides de formule générale (R)(R’)CH-COOH qui sont acylés par les chlorures d’acides plutôt que par les esters après formation du carbanion. ainsi que la réaction d’un carbanion issu de l’ester s’il porte un méthylène en α sur la cétone ou le nitrile. CN. qui réagissent avec les esters aliphatiques pour produire des acides β-cétoniques après acidification. NO2.10.97). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. celles des sels d’acides carboxyliques. sous l’action de diisopropylamidure de lithium. conduit à un composé hydroxylé qui.96 Des réactions secondaires entre deux molécules d’esters (Claisen) ou de cétones (cétolisation) sont observées. X C=O + H2C Y X base C OH Schéma 10. et parfois X-CH3. comme les aldéhydes aromatiques. d’hydrogène en α du groupe carbonyle. H R-CH2-COO (i-Pr)2NLi R-CH-COO . imine.

la pipéridine. le tétrachlorure de titane comme catalyseur.99). dans le THF ou le dioxane.H2O Ph C H C COOEt COOEt Ph C H benzylidènemalonate d'éthyle Schéma 10. La réaction de Knoevenagel (1896) la plus classique est celle qui fait intervenir le malonate d’éthyle avec le benzaldéhyde en présence de pyridine. les aldéhydes réagissent avec le malonate d’éthyle dans les conditions classiques. Sauf cas exceptionnels. le benzène. Avec les aldéhydes aliphatiques. . voire des sels métalliques fluorés (CsF.B H O COOEt C COOEt H COOEt H2C COOEt O C Ph COOEt + HC H COOEt malonate d'éthyle Ph C H H O COOEt C COOEt H B . des aminoacides. seuls.β-insaturé. Ph C H C COOEt COOEt H2O . La réaction s’effectue dans les alcools (souvent l’éthanol). on utilise en plus de la pyridine. Pour effectuer cette réaction avec les cétones.100).BH HC COOEt O Ph C H COOEt C COOEt H BH .100 Le même résultat est obtenu en effectuant la réaction de condensation avec l’acide malonique. Il en résulte le benzylidènemalonate d’éthyle (schéma 10. le tétrahydrofurane (THF).CO2 Ph C H C COOH H acide trans-cinnamique Schéma 10.EtOH Ph C H C COOH COOH . ou le dioxane parmi d’autres en fonction de la base. mais aussi certaines amines primaires ou secondaires.99 L’hydrolyse des fonctions esters du benzylidènemalonate d’éthyle conduit à un diacide éthylènique instable dont une fonction se décarboxyle pour donner finalement un acide α.574 Chimie organique Les bases utilisées sont la pyridine. Il s’agit dans ce cas de la réaction de Doebner (1900). la pyridine. l’acide trans-cinnamique (schéma 10. KF ou RbF). l’acétamide. la réaction est plutôt effectuée en présence de pipéridine comme base. la triéthylamine. COOEt B . CH2(COOH)2. la quinoléine.BH .

comme dans les exemples suivants.102 : Ph C O Ph benzophénone + CH3-CN KOH Ph C Ph C H CN + H 2O 3. . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 575 D’autres exemples de condensation de Knoevenagel sont donnés dans le schéma 10. CO-CH3 Ph-CH=O + H2C COOEt acétylacétate d'éthyle Et2NH COCH3 Ph C H C COOEt + H 2O 2-acétyl-3-phényl-acrylate d'éthyle CN O cyclohexanone + H2 C COOH CH3COONH4 CN C COOH + H 2O acide cyanacétique acide cyano-cyclohexylidène-acétique O furfural COOH CHO + CH2 COOH pyridine O C H CH COOH + H2O + CO2 acide 3-(furan-2-yl)-acrylique Schéma 10.101 La réaction a été étendue à de nombreuses molécules ne possèdant qu’un seul groupe électroattracteur Y de formules générales CH3-Y. capables de former un carbanion sont aussi susceptibles de réagir avec les cétones et aldéhydes pour fournir un composé hydroxylé.10.H2 O R R C C H NO2 OH H CH2COOEt (1-hydroxy-cyclohexyl)-acétate d'éthyle O + Li CH2COOEt CH2COOEt Schéma 10.3-diphényl-acrylonitrile R C O + CH3 NO2 R nitrométhane KOH R C CH2-NO2 R OH O Li .102 Certaines molécules de formules générales. imine.101. schéma 10. RCH2Y et (R)(R’)CHY.

L’anhydride d’acide sert de solvant.4. est hydrolysé en fournissant l’acide trans-cinnamique ou ses dérivés et l’acide dont dérive l’anhydride d’acide. par hydrogénation en présence du catalyseur de Lindlar (palladium sur carbonate de calcium empoisonné au plomb) (schéma 10. C H C NaNH2 Na C R NH3 liquide C C R + NH3 H2 catalyseur de Lindlar O C OH C OH C H C H R C C R puis H+ C OH C C R Schéma 10.103 10. dont les alcynes terminaux. de formule générale. sont acides et peuvent être convertis en acétylures dans l’ammoniac liquide par l’action de bases fortes comme les amidures alcalins. Un exemple est donné pour la réaction entre le benzaldéhyde et l’anhydride acétique en présence d’acétate de sodium (schéma 10. Elle permet la synthèse de dérivés de l’acide 3-phénylpropènoïque ou acide trans-cinnamique.4.103). RC≡CH. Le premier composé formé est un anhydride mixte qui. supérieurs à l’ion cyanure –CN.4 – Carbanion acétylure Les hydrogènes portés par l’acétylène et ces dérivés monosubstitués.576 Chimie organique 10. par addition d’eau. La réaction s’effectue à l’ébullition de l’anhydride.104). Ce sont de puissants nucléophiles. Ils s’additionnent sur les aldéhydes et cétones en produisant des dérivés d’alcool propargylique. composés très utiles en synthèse en raison de leur facile réduction en dérivés d’alcool allylique.5 – Réaction de Perkin La réaction d’un aldéhyde aromatique avec un anhydride d’acide en présence du sel de cet acide servant de base à la réaction est appelée réaction de Perkin (1868). .

Les réactions de Perkin ont lieu aussi avec les aldéhydes vinylogues d’aldéhydes aromatiques. La réaction de Darzens (1904) débute comme une réaction de Knoevenagel.H 2O Ph C H H 2C C O C O C O CH3COO Na .CH COONa 3 Ph H C CH2 C O O C O OH H3C CH CH COOH acide trans-cinnamique + CH3COOH Schéma 10.6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) En présence d’une base comme un alcoolate ou un amidure alcalin. R H C X ester α-halogèné R COOEt + NaOEt Na C X O COOEt C R C X Schéma 10. Ar-CH=CH-CHO.10. La présence d’un substituant électroattracteur sur l’aldéhyde la favorise. Le carbanion formé effectue ensuite une réaction de substitution intramoléculaire SN2 qui conduit à une cyclisation en oxirane.104 La réactivité de l’anhydride est fonction de l’acidité des hydrogènes du groupe CH2 en α. 10. imine.105 COOEt + EtOH O C R C X O COOEt -X R C C COOEt ester glycidique .4. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. les esters αhalogénés se condensent avec aldéhydes et cétones en formant des esters glycidiques (ou α. La plupart des aldéhydes aromatiques y compris hétérocycliques donnent lieu à cette réaction.CH3COOH H2C H3 C C O O C O O Ph H C O H3C CH C O O C CH3 O anhydride mixte : R-CO-O-CO-R' anhydride acétique O CH2 C C O Ph H2O CH3COOH O . et nitrile 577 O H3C H 3C H Ph C O H 3C H Ph C CH2 C OH H3C O C O C O O .β-époxyesters) dérivés de l’oxirane (schéma 10.105).

107 10. tous α-halogénés. cétimines. Le résultat est . il est possible de former d’abord le carbanion intermédiaire par l’action du bis(triméthylsilyl)amidure de lithium (THF. le méthanal. et ceux de formule générale (R1. H2O COOEt puis H O R C O Schéma 10. S’il est chauffé en milieu acide. –78 °C) puis d’y ajouter l’aldéhyde ou la cétone. Pour les augmenter. La réaction parasite souvent rencontrée est l’aldolisation des aldéhydes ou cétones. sulfoxydes. O R O H3 C C H3C H C CH2 CH3 isobutène C C O ∆ R CH2 + C C OH O C H C O R O H3C glycidate de t-butyle Schéma 10. ils éliminent une molécule d’isobutène en donnant l’acide qui se décarboxyle en cétone ou aldéhyde (schéma 10.H . non énolisables car cette réaction nécessite l’action d’une base forte comme l’hydroxyde de sodium.106 .5. . Les aldéhydes aromatiques et les cétones réagissent bien tandis que les aldéhydes aliphatiques donnent de mauvais rendements. L’hydrolyse alcaline des esters glycidiques conduit au sel de l’acide correspondant. ou amides secondaires.CO2 O H OH R H O R Les glycidates de t-butyle n’ont pas besoin de saponification.106). les esters α-halogénés peuvent être remplacés par des cétones.R2.5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde 10. il se forme un aldéhyde (ou une cétone) suite à une décarboxylation et à une ouverture du cycle (schéma 10. Les aldéhydes aromatiques ArCHO.578 Chimie organique Dans cette réaction.107). H O R NaOH.R3)C-CHO se prêtent à cette réaction de transfert d’un ion hydrure de leur groupe CHO vers une molécule identique (réaction de Cannizzaro (1853)). HCHO. nitriles.1 – Réaction de Cannizzaro Cette réaction n’est possible qu’avec des aldéhydes ne possèdant pas en position un hydrogène susceptible d’être extrait par une base. Par chauffage.

le transfert du proton dans la seconde partie du mécanisme se fait à partir d’une molécule du solvant protique. Le retrait d’un proton du groupe OH par NaOH peut aussi libérer un dianion. L’anion (A) ou le dianion (B) ainsi obtenu transfère un ion hydrure à une nouvelle molécule d’aldéhyde: ce retrait de H.est largement facilité par le caractère fortement électrodonneur de O.H2O Ar C O B O H O + O H C Ar H H H H Ar C O H Ar C H transfert d'ion hydrure O Ar C O + H O C Ar H solvant . L’aldéhyde soumis à l’action de NaOH additionne HO. L’aldéhyde de départ est alors oxydé en acide. quelques aldéhydes aliphatiques énolisables comme le 2-méthylpropionaldéhyde. pour fournir un alcool. donnent lieu à une réaction de Cannizzaro à température élevée (200 °C). (CH3)2CH-CHO. L’ensemble de la réaction correspond à une dismutation (ou disproportionation). et nitrile 579 la formation de l’acide correspondant à l’oxydation de l’aldéhyde et de l’alcool qui serait formé par réduction de cet aldéhyde. Dans le cas du dianion (B).10.dans l’anion. Il transfère un proton à l’aldéhyde qui a déjà additionné un ion hydrure.pour former un anion (schéma 10. H H O Ar C O H O Ar C O (A) 2 Ar-CHO + HO Ar-COO + Ar-CH2-OH ROH O Ar C O (B) Schéma 10. imine. il s’agit alors d’une réaction de Cannizzaro croisée. en présence d’hydroxyde de sodium. A titre exceptionnel.108 H H Ar O C O A O C Ar H transfert d'ion hydrure O O . ils dérivent chacun de l’un des deux aldéhydes (voir ci-après). Un acide et un alcool sont encore obtenus.108). Si deux aldéhydes différents sont mis en réaction. et doublé dans le dianion. devenu un alcoolate. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.

C’est la réaction de Tischenko (1906) (schéma 10.109).110). Comme dans la réaction de Cannizzaro. RCH2OH. Le mécanisme est malconnu. et les acides. RCOOH. les aldéhydes aliphatiques.109 H + HO R H C C O OH O 10. il y a transfert d’un ion hydrure au cours du mécanisme.110 Dans le cas d’aldéhydes aromatiques.111). Les aldéhydes α-cétoniques donnent lieu à une réaction de Cannizzaro intramoléculaire (schéma 10.580 Chimie organique Très souvent. et aromatiques RCHO chauffés en présence de trialkoxyde d’aluminium Al(OEt)3 conduisent à des esters RCOOCH2R correspondant aux résultats qui auraient été obtenus par réactions entre les alcools. par contre.2 – Réaction de Tischenko Si deux molécules d’aldéhydes non énolisables conduisent à un alcool et à un sel d’acide en présence de soude selon la réaction de Cannizzaro. la réaction est effectuée entre le formaldéhyde (ou méthanal) et un autre aldéhyde (Cannizzaro croisé) ce qui permet la réduction de ce dernier en alcool avec un bon rendement.111 . 2 CH3 CHO Al (OEt)3 CH3COOC2H5 H H3 C C O O H3C C O Al (OEt)3 H3 C acétate d'éthyle H3 C C H H3C C O H3C C O Al (OEt)3 H H H H3C H C H O C O + Al (OEt)3 Schéma 10. R C O C O Schéma 10. 2 Ph-CHO NaOEt PhCOOCH2Ph Schéma 10. dérivés respectivement de réduction et d’oxydation des aldéhydes traités. Le méthanal est alors oxydé en acide formique (ou méthanoïque). l’alcoolate de sodium peut être utilisé à la place du triéthoxyde d’aluminium (schéma 10.5.

H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10.113 CH2OH + HCOOH C H H C H La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe C αH2 ou CαH3 (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10.113).114 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2. Si RCHO est le plus réactif.5. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent.10. . H CHO H Base. et nitrile 581 Dans ces conditions.112). sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas. les aldéhydes énolisables conduisent à des aldols.115).114).3-diol (schéma 10. Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou un aldéhyde β-hydroxylé.3 – Réaction de Tollens Une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base.112 10. RCHO + R'CHO Al (OEt)3 RCOOCH2R' + R'COOCH2R Schéma 10. évidemment (schéma 10. C’est la réaction de Tollens (1891). selon une réaction de Cannizzaro croisée avec formation d’acide formique et d’un 1. imine. Aldolisation croisée avec le formaldéhyde (réaction de Tollens) H2C=O Ca(OH)2 C CHO C CHO C CHO puis H H C H H aldéhyde énolisable OH aldol Réaction de Cannizzaro croisée C H OH CHO H2C=O HO C OH Schéma 10. Des réactions de Tischenko croisées sont possibles à partir de deux aldéhydes différents : deux esters sont obtenus dont les proportions sont variables en fonction de la différence de réactivité des aldéhydes. l’ester RCOOCH2R’ est prépondérant (schéma 10.

116 Il est intéressant de remarquer l’activité particulière du groupe CN qui est ce qu’on appelle un « puits à électrons ».6 Condensation benzoïnique Les aldéhydes aromatiques et les glyoxals. L’échange intramoléculaire d’un proton conduit à un nouvel ion alcoolate.N-diméthylaminobenzaldéhyde.est un bon réactif nucléophile qui s’additionne facilement sur le groupe carbonyle aldéhydique du « donneur » comme dans la formation des cyanhydrines : un sel de cyanhydrine en résulte. se condensent de telle sorte qu’une molécule d’aldéhyde appelée « donneur » s’additionne à un groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde (appelée « accepteur ») en présence d’ion cyanure comme catalyseur. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Chimie organique CH3-NO2 Schéma 10. Ph Ph C H C N nucléophile nouveau cycle de réactions O O Ph C CN H Ph O C CN H H C O Ph H O C CN O C H Ph effet attracteur -I H O O C H benzoïne H O Ph Ph C CN O C H Ph C N + Ph C groupe partant Schéma 10. en raison de la présence du groupe diméthylamino à fort caractère électrodonneur +M.115 10. il est riche en électrons sous la forme d’un ion cyanure et est nucléophile.582 Base. RCOCHO. Dans la seconde . L’ion CN. Cette acidité est liée à la présence du groupe CN à fort effet électroattracteur -I. L’ion CN. Certains aldéhydes aromatiques ne peuvent être que donneurs.116). dans la première partie du mécanisme. L’oxygène de l’ion alcoolate qui est ainsi formé est proche de l’hydrogène à caractère acide porté par le groupe hydroxy. Celui-ci attaque le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde. comme le p-N. L’hydrogène porté par le carbone central de ce sel se déplace vers l’oxygène ce qui conduit à un carbanion (stabilisé par résonance). En effet.est alors régénéré et la benzoïne obtenue. Il se condense avec le benzaldéhyde (à caractère plus accepteur que donneur). Les aldéhydes aromatiques fournissent ainsi des α-hydroxy cétones appelées benzoïnes (schéma 10.

alicycliques. ou esters. Dans la dernière partie du mécanisme. R C O + Ph3P C R' ylure de phosphore ou phosphorane R C C R' + Ph3P=O oxyde de triphénylphosphine Schéma 10. PO43 ( n = 3). il agit de nouveau par son fort effet électroattracteur et devient alors un groupe partant. NR2. Elle présente de nombreuses variantes. et / ou halogénoaryles. ArCOCH(OH)Ar. OR. et avoir des groupes nitroaryles. car elle permet la préparation d’oléfines (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. insaturés par des doubles ou triples liaisons (conjuguées ou non avec le groupe carbonyle).10 10. de l’action d’un halogénure de formule générale >CH-X sur une phosphine. équivalents aliphatiques des benzoïnes.7 Réaction de Wittig La réaction de Wittig (1949) est très importante. d’oléfines avec une double liaison en position bien définie (schéma 10. et nitrile 583 partie de ce mécanisme. L’ion phosphonium a un .118).118) à partir d’un choix important d’aldéhydes ou de cétones qui peuvent être aliphatiques.10) a des propriétés chimiques équivalentes au groupe CN et intervient dans divers processus biologiques sur des aldéhydes (surtout des aldoses) en formant des acyloïnes RCOCH(OH)-R. être fonctionnalisés par OH. dans des conditions relativement douces. aromatiques.118 Elle nécessite la présence d’ylures de phosphore. ou phosphoranes. son caractère électroattracteur -I comme groupe nitrile rend l’hydrogène en α suffisamment acide pour qu’il se déplace vers la charge négative de l’oxygène. eux-mêmes. NO3 (n= 1) n R = H cation thiamine (vitamine B1) O O P O O P O O R= pyrophosphate de thiamine (coenzyme) Figure 10.10. L’avantage de cette méthode réside dans la possibilité de formation. Les aldéhydes sont beaucoup plus réactifs que les cétones. lesquels résultent. qui sont préparés à partir de sels de phosphonium. C’est pourquoi elle est largement utilisée pour la synthèse de nombreux composés biologiques complexes. des groupes acétals. A A = Cl (n = 1 ). Un sel de thiazolium naturel présent dans la vitamine B1 (figure 10. imine. CH3 N H3C N NH2 H N S CH2-CH2-O-R .

le phényllithium. ce qui conduit à un système hétérocyclique. les alcoolates (surtout t-BuOK). H Ph3P + X C R1 triphénylphosphine X R2 Ph3P H C R2 R1 BuLi R1 Ph3P C R2 ylure ou phosphorane R1 Ph3P C R2 sel de phosphonium Schéma 10.120).584 Chimie organique caractère très électroattracteur qui rend l’hydrogène de CαH très acide (schéma 10. Les solvants sont le plus souvent le diéthyléther. le tétrahydrofurane (THF). cela était appuyé par le fait que les bétaïnes produites par l’action de triphénylphosphine sur un oxirane selon une substitution nucléophile produisent des oléfines. le diméthylsulfoxyde (DMSO) ou l’éthanol (avec EtONa).120 La formation d’une bétaïne intermédiaire a longtemps été proposée comme une étape du mécanisme. les hydrures et amidures alcalins.119). Il est extrait par des bases comme le butyllithium. résultat du mécanisme de cycloaddition [2 + 2] concerté. un oxaphosphétane instable.119 Le mécanisme de la réaction de Wittig débute par l’attaque de l’ylure sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone. Il existe en fait peu de preuves que les bétaïnes soient de vrais intermédiaires . O C O R1 Ph Ph P Ph C C R2 R1 O P(Ph)3 + R1 C C R2 Ph3P ylure C R2 ou phosphorane oxaphosphétane O C C R1 O R2 R1 C R2 PPh3 Ph3P C bétaïne oxirane Schéma 10. composé qui se décompose ensuite en oléfine et oxyde de triphénylphosphine (schéma 10.

En simplifiant un peu. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Ces ylures peuvent même ne pas réagir si la charge négative est très délocalisée : c’est le cas pour des ylures dont les deux substituants du carbone sont des groupes à effet -M ou des groupes aryles.121 Dans le cas particulier de Ph3P=CH-COOEt. ces ylures sont stables envers l’eau. les ylures peuvent être classés en composés stables et instables. le caractère nucléophile du carbone de l’ylure est assez faible. la réaction peut conduire à des oléfines E et Z. L’orientation est fonction du solvant utilisé et des sels qui y sont dissous. Les oléfines qui sont produites par ces ylures stables sont.121). et ses réactions deviennent plus difficiles avec les aldéhydes et cétones. Les ylures dits instables ou peu stables comme ceux qui ont pour substituants du carbone un hydrogène et un groupe alkyle. ou deux atomes d’halogène.1 rassemble quelques ylures avec l’indication de leurs stabilités relatives et la facilité de leurs réactions avec les aldéhydes et cétones. avec l’eau et l’oxygène. imine. Dans ce cas. La stabilité des ylures est souvent assurée par la présence d’un groupe exercant un effet mésomère électroattracteur -M ce qui assure une délocalisation de la charge négative. . Par contre. à quelques exceptions près. Par ailleurs. c’est-à-dire qui ont un carbanion très nucléophile. et réagissent à la fois. et nitrile 585 dans la réaction de Wittig. les oxaphosphétanes ont pu être isolés à de nombreuses reprises ce qui permet d’assurer leur formation dans ce mécanisme. le tableau 10. À titre d’exemples. O Ph3P C H C H Ph3P C H C O Ph3P H R-CHO R C H oléfine E O C H C H H C CHO + O=PPh3 Schéma 10. toujours de configuration E (schéma 10. sont très réactifs avec la plupart des aldéhydes et cétones. sauf exceptions.10.

Dans ce cas encore. Ce type de composé permet en particulier de préparer des oléfines acylées ou des composés cétoniques cycliques (schéma 10. Tous les phosphoranes ne sont pas dérivés de la triphénylphosphine. le milieu réactionnel est très important pour le rapport E / Z. (RO)2P(O)CH(R1)(R2). Certains sont des trialkoxyphosphoranes. qui.11 Les phosphoranes sont parfois remplacés par des phosphonates. ces derniers sont plus réactifs que les triphénylphosphoranes correspondants en raison d’une augmentation du caractère nucléophile lié à la présence de groupes électrodonneurs +M.11) : O Ph3P C H C CH3 Ph3P C H CH3 (EtO)3P C H C CH3 O (EtO)3P C H CH3 Figure 10.1 Les oléfines produites sont le plus souvent un mélange de configurations E et Z avec une nette prédominance de la configuration Z.122). Avec des substituants identiques. en présence d’une base comme un hydrure alcalin forment des carbanions très réactifs (réaction de Wittig-Horner). au même titre que la présence de base de Lewis (amines tertiaires). Les solvants aprotiques polaires (par exemple le DMSO) favorisent la formation d’oléfines Z.586 Chimie organique Ylure H Ph3P=C CH3 Cl Ph3P=C Cl H Ph3P=C COCH3 CN Ph3P=C COCH3 Ph Ph3P=C Ph stabilité substrat RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' facilité de la réaction +++ +++ +++ +++ ++ faible faible forte très forte très forte Tableau 10. . Le classement de la réactivité de quatre phosphoranes est donné ci-après (figure 10.

Le schéma 10. RCH2X ou (R)(R’)CHX. imine. les cétènes. l’anhydride phtalique et le phtalimide. Réaction d'Arbuzov H (EtO)3P + R C X R' ∆ EtO P EtO O O Et X CH(R)(R') . RN=O.XEt EtO P CH(R)(R') EtO phosphonate Réaction de Wittig-Horner O EtO P CH(R)(R') OEt O C O EtO P OEt C(R)(R') O EtO O P OEt Base O EtO P OEt C C R R' EtO O P O + C OEt R R' C C(R)(R') Schéma 10. RN=C=O. HCON(R)(R’). la réaction de Wittig peut s’appliquer à des composés aussi divers que. les isocyanates. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. les thiocétones. .123). l’anhydride carbonique. les formamides. et nitrile 587 O O NaH.123 Outre les aldéhydes et cétones. (R)(R’)C=NR”.124 regroupe quelques substrats de la réaction de Wittig et les produits correspondants formés. les imines. par la réaction d’Arbuzov (1906) (schéma 10.122 Les phosphonates sont facilement préparés par réaction entre la triéthoxyphosphine et un halogénure. les composés nitrosés.10. (R)(R’)C=C=O. THF P O O EtO OEt 2-butyl-3-méthyl-cyclopent-2-ènone Schéma 10.

HO R CO2 R' C PPh3 COO puis H ∆ R' R C COOH H R R' R R' C C C Schéma 10.124 10.8 Réactions des organomagnésiens 10. On obtient alors une solution.8.1 – Sur les cétones et aldéhydes Les composés organomagnésiens RMgX (découverts par Grignard en 1900). sont préparés par action d’un halogènure RX sur le magnésium dans un solvant comme le diéthyléther Et-O-Et ou le tétrahydrofurane (THF) (schéma 10. inversion de polarité Mg +δ −δ diéthyléther + R X ou THF −δ +δ R MgX O tétrahydrofurane (THF) Schéma 10.125 .588 Chimie organique O O O anhydride phtalique C O O C NR O R C R' C O cétène R R' C C C R N C O R" R N R C C isocyanate O NR O dérivé du phtalimide C N R' imine C C R' R N C R N O composé nitrosé H2O.125) (voir aussi § 13.15).

Ils réagissent aussi bien que les réactifs de Grignard classiques et permettent la synthèse de nombreux composés insaturés. de leur concentration et de la température. cette polarité négative de ce carbone qui est à l’origine des réaction de ces composés organométalliques. La liaison C-Mg possède un fort caractère covalent (avec un faible caractère ionique. de la nature de X. est alors RMgX. Par contre.10. Il a été montré qu’en solution éthèrée. Ils sont préparés dans le THF. 2 Et2O. MgX2. l’organomagnésien est en équilibre (équilibre de Schlenk) avec l’halogénure de magnésium. d’environ 35 %). D’une manière générale. imine. par une étude aux rayons X. sont un mélange de R2Mg et MgX2. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. lui-même en équilibre avec un complexe dimère. le tétrahydropyrane. et R2Mg (dialkylmagnésium si R = alkyle). entre autres. Avec R = alkyle. et c’est en partie. solvant classique dans lequel elles sont dissoutes (schéma 10. et nitrile 589 On appelle réactifs de Normant (1954). du solvant dans lequel il a été préparé. les organomagnésiens formés à partir d’halogénures insaturés.126 R2Mg. Il y a donc inversion de polarité de ce carbone durant la formation de l’organomagnésien. (R1)(R2)C=C(R3)MgX.MgX2 Le déplacement de l’équilibre dépend de la nature du groupe R.127 Les cristaux obtenus en concentrant et refroidissant la solution éthèrée d’organomagnésien montrent. ces différentes molécules présentent chacune une double coordination aux molécules d’éther-oxyde. R2Mg-MgX2. Le carbone a une charge partielle négative dans RMgX alors qu’il en avait une positive dans l’halogénure. La structure des organomagnésiens est plus complexe que leur formule ne le suggère. formé à partir des deux molécules précédentes (schéma 10. bien que monomériques. les cristaux obtenus à partir d’un organomagnésien préparé dans un excès d’halogénure d’alkyle RX. le 2-méthyl-THF. Et O R Et Et O R Mg Et Et O Et Mg X R X Mg X O Et Et Et O Et Et O Et Schéma 10. monomèrique. que leur structure.127). sans diéthyléther et étudiés par rayons X. 2 RMgX R2Mg + MgX2 Schéma 10.126). . dans le diéthyléther. les organomagnésiens à faible concentration dans l’éther ou le THF sont principalement sous forme monomères ce qui montre que seule la première partie de l’équilibre de Schlenk est réalisée.

ArMgX est majoritaire. mais par simplification. Dans la mesure où MgX2 est un acide de Lewis. R R C O R' formaldéhyde autre aldéhyde cétone 1) R"MgX 2) H2O. après acidification. On préfère le remplacer par une solution de chlorure d’ammonium afin d’éviter une réaction de déshydratation toujours possible avec ce type d’alcool. L’addition d’un organomagnésien sur le groupe carbonyle d’un aldéhyde ou d’une cétone (réaction de Grignard.129 Une proposition de mécanisme faisant agir deux molécules d’organomagnésien (cas assez fréquent mais pas général) est la suivante (schéma 10. l’acidification du milieu est obtenue par addition d’une solution diluée d’acide chlorhydrique ou sulfurique. respectivement. Ces définitions sont nécessaires pour comprendre qu’il serait simpliste et surtout faux de présenter les organomagnésiens comme un système formé d’un carbanion R. d’une manière assez générale. schémas 10. aryl.130). Le magnésium d’une . l’équilibre de Schlenk est orienté vers la gauche. L’addition effectuée sur le méthanal conduit à un alcool primaire.128 OH Le mécanisme de cette addition est complexe en raison du nombre d’espèces chimiques présentes en équilibre et de l’influence possible d’impuretés métalliques. Lorsque le composé attendu est un alcool tertiaire on évite l’utilisation d’acide fort en solution. il a un effet important sur la réactivité de RMgX en se coordinant à l’électrophile. aralkyl Schéma 10. H R' C R" alcool primaire R = R' = H alcool secondaire R = H alcool tertiaire R et R'= alkyl. dans le diéthyléther. ce qui n’est pas le cas dans le THF où Ar2Mg et MgX2 sont plus présents. Tous les mécanismes impliquant des organomagnésiens sont complexes et rarement donnés dans leur intégralité en raison de nombreux paramètres ignorés comme la coordination au solvant et son influence.et d’un cation MgX+ bien que la plupart de leurs réactions correspondent apparemment à l’intervention d’une telle structure.128 et 10.129) conduit. à un alcool secondaire ou tertiaire. Lorsque le produit attendu est un alcool primaire ou secondaire.590 Chimie organique Avec R = Ar. on peut l’écrire de la manière suivante : C R O MgX diéthyléther ou THF C R O MgX HX H2O C R alcool O H + MgX2 Schéma 10.

Dans ce cas.131). Ces composés carbonylés sont transformés en leurs énols par addition de RMgX. le groupe R s’approprie l’hydrogène acide en α du groupe carbonyle pour former une molécule RH. La réaction se termine en formant le composé d’addition de RMgX sur le groupe carbonyle avec échange des groupes R des deux molécules d’organomagnésien impliquées. Cette seconde molécule joue un rôle d’acide de Lewis en augmentant la polarisation de la liaison carbonyle. Il y a transfert d’un proton comme dans une réaction entre un acide et une base (schéma 10. X −δ R C +δ +δ Mg X X R −δ +δ MgX Mg R C O R MgX C O R Mg R MgX O −δ Schéma 10. H H R MgX C C O cétone ou aldéhyde Schéma 10. La première concerne les réactions d’organomagnésiens avec des aldéhydes ou cétones énolisables encombrées ou des cétones à fort pourcentage d’énolisation comme les esters β-cétoniques.10. H C C O −δ R MgX C C H R MgX O H C C O H2O. L’alcool peut éliminer une molécule d’eau pour former une oléfine (schéma 10.131 C C O H La seconde réaction secondaire possible est la réduction du groupe carbonyle en alcool secondaire si le groupe R de l’organomagnésien possède un hydrogène en position β par rapport à MgX. et nitrile 591 première molécule de RMgX est d’abord coordiné à l’oxygène du groupe carbonyle. . Une seconde molécule de RMgX intervient alors pour conduire à un état de transition cyclique. imine.132). L’addition d’acide libère l’alcool. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.130 Deux réactions secondaires sont possibles. C’est donc une réduction par transfert d’un ion hydrure en β du métal.

Ainsi il existe une augmentation de l’addition sur la double liaison lorsqu’on passe d’un aldéhyde à une cétone (puis à un ester).4 H C Ph C Ph Ph C O PhMgX puis H Ph Ph Ph Schéma 10. Dans ce dernier cas.4 (schéma 10. Addition 1. Br-. et en complexant RMgX avec le bromure de tétrabutylammonium Bu4N+. H H .9.132 alcool secondaire Ces réactions secondaires empêchent la préparation à partir des organomagnésiens d’alcools très encombrés. On peut aussi utiliser un organolithien (§ 10. il est possible de diminuer la réaction de réduction en utilisant des solvants comme le benzène ou le toluène à la place de l’éther. Les facteurs stériques jouent aussi un rôle important comme dans les deux cas suivants où les rendements sont de 100 %.133). plus la réaction s’effectue en position-1.2 Ph C Ph C H Ph C O PhMgX puis H Ph C Ph C H Ph C Ph Ph CH C C OH Ph Ph Ph H CH C Ph C O OH Addition 1.2. On remarque que plus le gro