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CHIMIE ORGANIQUE

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CHIMIE ORGANIQUE

CHIMIE ORGANIQUE
Stéréochimie, entités réactives et réactions
René MILCENT

17, avenue du Hoggar Parc d’Activité de Courtabœuf, BP 112 91944 Les Ulis Cedex A, France

Du même auteur : Chimie organique hétérocyclique, EDP Sciences, 2003

Imprimé en Espagne

ISBN : 978-2-86883-875-9
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (alinéa 1er de l’article 40). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.
©

EDP Sciences 2007

Je dédie ce livre à François, mon petit-fils, et à tous mes étudiants.

Avant-propos

La chimie organique représente la partie la plus importante de la chimie du carbone. L’étude de l’élément « carbone » (à l’état pur dans le diamant, et présent à plus de 99 % dans le charbon ou le graphite) et celle d’autres composés comme les carbures métalliques représentent la partie dite inorganique ou minérale de la chimie de cet élément. L’adjectif « organique » (provenant de la vie) a une origine historique puisque la première molécule synthétisée, l’urée, était d’origine naturelle (Frédéric Wölher, 1840). La chimie organique est, de nos jours, la science qui étudie les molécules constituées d’un ou plusieurs atomes de carbone liés entre eux et à d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le soufre, le phosphore, les halogènes (fluor, chlore, brome, iode), parmi les plus importants. Dans les composés organométalliques, des métaux entrent dans la composition de la molécule : on peut citer parmi eux les plus souvent rencontrés, le sodium (Na), le potassium (K), le lithium (Li), appelés métaux alcalins, ou le cuivre (Cu), le zinc (Zn) et surtout le magnésium (Mg). Dérivée de la chimie organique et de la biochimie, il existe la chimie bio-organique, terme redondant dans la mesure où « bio » et « organique » ont la même signification (la vie). Cette branche de la chimie organique recouvre l’étude chimique et physicochimique des composés d’origine naturelle ainsi que les mécanismes chimiques impliqués dans les processus biologiques moléculaires. La chimie biologique (terme utilisé au XIXe siècle pour désigner la biochimie) se consacre plus particulièrement à la synthèse des composés d’origine naturelle. Il existe des traités de chimie organique, dont le renom n’est plus à faire, et qui ont aidé l’auteur à écrire ces pages (en particulier ceux de Mary et Louis F. Fieser, Jerry March, ou K. Peter Vollhardt et Neil E. Schore, parmi d’autres). Il existe aussi d’excellents cours et dictionnaires dans ce domaine. Par contre, peu d’ouvrages proches d’un guide pour l’étudiant débutant ont été conçus, des ouvrages qui se rapprochent d’un cours, dans la mesure où, définitions et exemples se succèdent selon un ordre aussi logique que possible dans les différentes parties de la chimie organique. C’est ce que l’auteur

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Chimie organique

a tenté de réaliser, en espérant y avoir réussi. Ainsi, l’étudiant peut y retrouver une définition sans être obligé de lire plusieurs pages préliminaires, et aussi, d’y trouver des exemples simples qui l’éclairent immédiatement, ou complexes, et qui lui ouvrent d’autres perspectives. Cet ouvrage ne peut pas se substituer à un cours magistral, mais il peut l’accompagner. Sa structure qui ne fait pas apparaître les fonctions les unes après les autres selon le schéma français classique, permet, par contre, des généralisations plus facilement accessibles par groupes réactionnels. La recherche de la concision et de la clarté a été étayée par une longue expérience pédagogique de l’auteur, et en particulier, les longues discussions qu’il a pu avoir avec les étudiants à la fin des cours. La simplicité a prévalu volontairement dans les premiers chapitres, mais des compléments parfois nécessaires ont été ajoutés dans les chapitres suivants, en fonction des besoins. Par exemple, pour ce qui concerne les liaisons du carbone : au premier chapitre sont présentées les différentes hybridations des orbitales de cet élément, de l’oxygène, et de l’azote, et au chapitre 14, la théorie des orbitales moléculaires, ce qui rend la chimie organique plus accessible aux étudiants dont ce n’est qu’une matière de concours (par exemple le PCEM). Pour les autres, il suffit qu’ils se reportent au chapitre 14. L’utilisation de couleurs apporte dans certains cas un moyen de mieux suivre le déroulement de mécanismes, voire de rendre moins austère l’apprentissage de cette discipline. Certains schémas sont encadrés, d’autres ne le sont pas. Le degré d’intérêt de telle réaction, mécanisme ou exemple est purement subjectif, sauf pour les réactions les plus classiques, et ne pourra donc satisfaire tous les chimistes qui voudront y jeter un œil, selon leurs propres conceptions du sujet traité. Des notes ont été ajoutées à certains endroits du texte. Elles sont parfois utiles pour expliquer un terme utilisé : par exemple, la distillation azéotropique, ou le benzyne… Elles sont peu nombreuses afin de ne pas être une gêne à la lecture. Les années de découverte des réactions les plus connues sont parfois approximatives en raison de publications multiples sur le sujet à une même époque. L’orthographe de certains termes est variable selon les ouvrages en français. Par exemple, protoné ou protonné, dipole ou dipôle… L’auteur a donc fait un choix délibéré, selon ses propres sources d’information. Comme le titre de l’ouvrage l’indique, la physico-chimie n’a pas été traitée. En raison de l’importance du développement de ce domaine et de certaines contraintes éditoriales, il a été jugé plus pertinent que les étudiants se reportent, dans ces conditions, vers des livres spécialisés facilement accessibles. Pour terminer ces quelques lignes, l’auteur tient à exprimer toute son amitié, sa gratitude et ses chaleureux remerciements à Messieurs Géo BARBIER et François CHAU, Maîtres de Conférences à l’Université Denis Diderot à Paris : d’abord, à Monsieur Géo BARBIER, pour les discussions pédagogiques toujours fructueuses et qui ont été utiles pour la rédaction de certains points de cet ouvrage, et ensuite, à Monsieur François CHAU, pour l’important et minutieux travail de relecture qu’il a effectué, sans oublier les excellents conseils qu’il a prodigués avec beaucoup de générosité.

Sommaire
PREMIÈRE PARTIE : Molécules et entités réactives ............................................................................... 7 Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique ............................... 9 Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée ........................................... 23 Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques .................................................. 39 Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie ................................................................... 51 Chapitre 5 - Polarisation des liaisons ........................................................................ 127 Chapitre 6 - Entités réactives ................................................................................... 175

SECONDE PARTIE : Les grands mécanismes réactionnels ................................................................. 271 Chapitre 7 - Généralités ............................................................................................ 273 Chapitre 8 - Les réactions de substitution ................................................................ 287 Chapitre 9 - Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes ............................... 457 Chapitre 10 - Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle, imine et nitrile .................................................................................... 517 Chapitre 11 - Les réactions d’élimination ................................................................. 603 Chapitre 12 - Les réactions d’oxydation ................................................................... 645 Chapitre 13 - Les réactions de réduction .................................................................. 689 Chapitre 14 - Les réarrangements ............................................................................. 745

PREMIÈRE PARTIE :
MOLÉCULES ET ENTITÉS RÉACTIVES
Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie Chapitre 5 - Polarisation des liaisons Chapitre 6 - Entités réactives

Chapitre 1 Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

Sommaire :
1.1 L’atome de carbone ..........................................................................................10 1.1.1 - Les orbitales atomiques (voir aussi § 14.1) .............................................13 1.1.2 - Les orbitales hybridées du carbone ........................................................13 1.1.2a - L’hybridation sp3 .......................................................................14 1.1.2b - L’hybridation « sp2 » ................................................................15 1.1.2c - L’hybridation « sp » ..................................................................17 1.1.3 - L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés .......................................................18 1.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) ....................19 1.3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) .........................20

Remarque importante : ce chapitre ne constitue qu’un rappel du cours d’atomistique. Les lois de remplissage des cases quantiques sont considérées connues. Un complément à ce chapitre concernant les orbitales atomiques et moléculaires (liantes, anti-liantes, non liantes, HOMO et LUMO) est donné dans la section 14.7.

10

Chimie organique

1.1

L’atome de carbone

L’élément « carbone » est situé dans le milieu de la seconde période du tableau de Mendéléiev (tableau 1.1) entre le bore (B) et l’azote (N).

Familles
périodes

I
1,008

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

1 2 3

1

H
9,01 10,81 12,01 14,01 16 19

4

2

He Ne

6,94

20,18

3

Li Na

4

Be Mg

5

B Al

C 6
28,09

7

N P

8

O

9

F

10

22,99

24,31

26,98

30,97

32,06

35,45

39,95

Si
14 15

11

12

13

16

S

17

Cl

Ar
18

masse atomique 12,01

6

C

n° atomique (Z) : nombre d'électrons qui gravitent autour du noyau de l'atome

Tableau 1.1

Le carbone appartient à la 4e famille des éléments. Son numéro atomique, (Z), est 6 ; il possède donc 6 électrons e- (deux sur la couche 1, et quatre sur la couche 2) qui gravitent autour du noyau, lequel est constitué de 6 protons chargés positivement ce qui confère la neutralité électrique de l’atome. Sa configuration électronique est : 1 s2 2 s2 2 p2 L’isotope naturel 13C non radioactif, froid, est le plus abondant, avec environ 1% de la quantité du 12C. Il contient dans le noyau de l’atome 6 protons et un neutron. L’isotope 14C, radioactif ou chaud, à l’état de traces dans la nature, contient dans le noyau un neutron supplémentaire par rapport à 13C (6 protons et 2 neutrons).
Rappel : les isotopes d’un même élément ont un même nombre de protons et d’électrons ce qui assure la neutralité électrique de l’atome, mais se différencient par le nombre de neutrons présents dans le noyau de l’atome à côté des protons. Comme leur nom l’indique, les neutrons ne portent aucune charge électrique, mais possèdent une masse égale à celle du proton. Ce qui explique la variation de la masse atomique (12C,13C, 14C).

La 8e famille des éléments du tableau de Mendéléiev regroupe les gaz nobles ou rares : hélium (He), néon (Ne), krypton (Kr), xénon (Xe) et radon (Rn). Ce sont des éléments inertes chimiquement qui ne peuvent ni perdre ni gagner des électrons et sont les plus stables. Les éléments des autres familles sont actifs chimiquement car ils perdent ou gagnent des électrons en formant des liaisons dans les réactions afin d’atteindre la

1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

11

configuration électronique du gaz rare qui leur est le plus proche, de numéro atomique Z plus faible ou plus élevé, ce qui les stabilise. Pour la plupart des éléments de la seconde période, la stabilité est donc acquise lorsque 8 électrons sont présents sur la couche 2 (ce qui correspond à la configuration électronique stable du néon 1 s2, 2s2, 2 p6, Z = 10). C’est la règle dite de l’octet, soit 4 doublets d’électrons sur la couche externe de l’atome. La position centrale du carbone avec Z = 6 dans le tableau de Mendéléiev (figure 1.1) nécessiterait a priori, qu’il perde ou gagne 4 électrons pour obtenir respectivement les configurations des gaz rares les plus proches 2He (hélium) ou 10Ne (néon), devenant ainsi des ions C4+ ou C4-. Cette éventualité est impossible car elle suppose un apport très important d’énergie peu compatible avec la nature des réactions de la chimie organique. Une autre solution qui permet à l’atome de carbone de parvenir à la configuration électronique du néon est la mise en commun de ses quatre électrons de la couche 2 avec d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, les halogènes, pour n’en citer que les plus classiques, ou d’autres atomes de carbone, en formant ainsi quatre liaisons dites covalentes, comme dans le méthane, CH4. Réciproquement, les éléments ainsi liés au carbone mettent eux aussi en commun leurs propres électrons avec le carbone. Cette réciprocité des éléments dans la mise en commun d’électron(s) lors de la formation des liaisons covalentes leur permet d’obtenir chacun une configuration de gaz rare : ainsi, par exemple, l’hydrogène 1H, gagne un électron et obtient la configuration de l’hélium, 2He, et le fluor, 9F, celle du néon, 10Ne. On remarquera que la configuration électronique du carbone est différente selon qu’il est dans son état fondamental, non lié, ou au contraire, partie d’une molécule, formant alors quatre liaisons covalentes (figures 1.1 et 1.2).
20 10 Ne

: néon

(gaz rare ou noble)

1s2

2s2

2p6
12

12

6 C:

carbone

6 C:

carbone

(configuration électronique de l'élément à l'état fondamental: non lié)

(configuration électronique lors de la formation des liaisons covalentes)

1s2

1s2

2p2

case quantique p vide

2s1 2p3

Les 4 cases quantiques de la couche 2 sont complétées par des électrons célibataires (non figurés) apportés par les éléments qui forment les liaisons covalentes avec le carbone, contribuant ainsi à stabiliser l'atome de carbone en lui donnant une configuration de gaz rare, dans ce cas, le néon.

Figure 1.1

résulte donc de la mise en commun d’un électron célibataire par chaque atome qui la constitue. neutre dans son état fondamental. ce qui signifie que leurs rotations par rapport à leurs axes de symétrie sont inversées.2 Une liaison covalente.13). Comme la figure 1. Dans ce dernier cas. Dans ce cas. Figure 1. Exemple: CH4 le méthane H H C H H ou H C H H H liaison covalente simple Carbone dans CH4 structure de Lewis 1s2 couche 1 Cette liaison correspond à un doublet d'électrons formé à partir d'un électron du carbone et d'un électron de l'hydrogène. comme l’oxygène ou l’azote. Tous les électrons d’un atome sont disposés dans des cases quantiques où ils sont seuls. créant ainsi des doubles (2 doublets = 4 électrons) ou triples liaisons (3 doublets = 6 électrons).2 le montre. Le carbone peut aussi former des liaisons ioniques avec les métaux alcalins (sodium. mette en commun plusieurs de ses électrons avec le carbone. sans mise en commun réciproque comme dans les liaisons covalentes. électrons dits « appariés » formant une paire ou un doublet d’électrons. Le carbone est alors entouré d'un octet d'électrons. Le carbone obtient ainsi 8 électrons (octet d’électrons) sur sa seconde couche (comme le néon) et chacun des hydrogènes acquiert par sa liaison au carbone un électron ce qui lui donne la configuration électronique de l’hélium. groupe qui porte une charge négative sur ce carbone et appelé carbanion (figure 1. ayant perdu un électron devient un cation métallique M+. 1H : hydrogène 2He : hélium (gaz noble) 1s1 1s2 H couche 2 H H H Chaque atome d'hydrogène met son électron en commun avec l'atome de carbone. le carbone forme trois liaisons covalentes ce qui lui apporte trois fois un électron. ils ont des spins contraires représentés par des flèches inversées.3) (§ 6. potassium et lithium). chaque liaison gardant un caractère covalent. pour former 4 liaisons covalentes. le méthane est constitué d’un atome de carbone lié par quatre liaisons covalentes aux quatre atomes d’hydrogène.12 Chimie organique Rappel : une case quantique figurée par un petit rectangle ne peut pas recevoir plus de deux électrons de même type « s » ou « p » (pour les deux premières couches). . symbolisée par un trait. le transforme alors en un anion. électrons dits « célibataires » ou par deux. et le métal lui transfère le quatrième électron (règle de l’octet) : le métal. et inversement pour le carbone. Ce 4e électron fourni ainsi au carbone. ces deux électrons définissent le doublet de liaison. Il est possible qu’un élément.

avec un seul électron.1.1. hydrogène et hélium ne possèdent que des électrons « s ». une « s » et deux « p ». béryllium. oxygène.3 C Na 1. carbone.1) L’orbitale d’un électron dans un atome est le lieu géométrique de l’espace où il existe une très forte probabilité de le trouver. que cet électron soit 1s (première couche correspondant à l’hydrogène. R3 représentent des atomes ou groupes d'atomes formant chacun une liaison covalente avec l'atome de carbone Figure 1. Les éléments de la première période. 1.2). Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 13 R1 R2 R3 carbanion cation métallique R1. Ces électrons « p » ne sont présents qu’à partir de la couche 2 où ils n’excèdent pas le nombre de 6.1 – Les orbitales atomiques (voir aussi § 14.1. noyau de l'atome orbitale atomique pure "s" orbitale atomique pure "p" Figure 1. les électrons de la seconde couche « 2s2 2p2 » présents à l’état fondamental dans deux cases quantiques. fluor. Le carbone et les autres éléments de la seconde période sont constitués de deux types d’électrons : électrons « s » et électrons « p ». et à l’hélium. 1s1. néon) et dont le nombre n’excède pas deux (remplissage d’une seule case quantique par couche). se répartissent dans les quatre cases quantiques qui constituent la couche 2.2 – Les orbitales hybridées du carbone Lorsque le carbone forme des liaisons covalentes avec d’autres atomes. correspondant alors aux électrons « s » de la seconde couche (lithium.4) sont décrites par des sphères centrées sur le noyau de l’atome. . ou « 2s ». les orbitales atomiques des électrons « p » sont représentées par deux lobes symétriques par rapport au noyau de l’atome. R2. avec deux électrons. « 1s2 ». Les orbitales atomiques des électrons « s » (figure 1. une « s » et trois « p » et deviennent « 2s1 2p3 » (figure 1. bore. azote.4 Par contre.

6 Ce type d’hybridation est celui du carbone dans le méthane CH4 : 4 liaisons σ équivalentes sont formées par recouvrement des 4 orbitales hybridées « sp3 » du carbone avec .5 Les quatre axes de symétrie de ces orbitales hybridées du carbone font entre eux des angles dièdres égaux de 109° 28'.9). et d’autres atomes.6). la liaison est dite σ (sigma).5) centrés sur le noyau de l’atome. Le noyau du carbone est au centre de la représentation (figure 1. celui-ci est dans l’état d’hybridation « sp3 ». 1. Les 4 électrons de la seconde couche deviennent hybrides (entre « s » et « p ») et leurs 4 orbitales deviennent hybridées. Elles sont représentées par deux lobes dissymétriques (figure 1. On parle alors de Ctétraèdral. la liaison ainsi créée est dite π (pi) (voir la figure 1. « sp2 » (deux liaisons simples et une double liaison) ou sp (une liaison simple et une triple liaison). Une liaison entre atomes correspond à un recouvrement des orbitales des deux électrons mis en commun formant ainsi une orbitale moléculaire. le carbone est dit dans l’état d’hybridation « sp3 » (quatre liaisons simples). Si ce recouvrement est coaxial.2a – L’hybridation sp3 Dans le cas où un atome de carbone forme 4 liaisons simples σ avec d’autres atomes. 109°28' 109°28' 109°28' C 109°28' 109°28' tétraèdre du carbone hybridé "sp3" Figure 1.1. noyau de l'atome orbitale hybridée Figure 1. S’il est latéral.14 Chimie organique Selon la nature des liaisons créées entre le carbone.

Les 3 autres orbitales sont hybridées « sp2 » à partir de l’orbitale « s » et des deux orbitales « p » restantes (figure 1. .7). H σ σ orbitales 1"s" de l'hydrogène C σ σ H H H orbitales hybridées "sp3" du carbone molécule de méthane CH4 H H H σ σ σ recouvrement de deux orbitales hybridées sp3 C C σ σ σ (liaison σ) H σ rotation possible H recouvrement d'une orbitale hybridée sp3 du carbone et d'une orbitale pure "s" de l'hydrogène (liaison σ) H molécule d'éthane CH3-CH3 Figure 1. et son axe lui est perpendiculaire. cette hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcanes de formule générale CnH2n+2 comme l’éthane C2H6. 1.8). Outre le méthane. comme les deux groupes méthyles dans la molécule d’éthane CH3-CH3. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 15 les 4 orbitales « s » sphériques de 4 atomes d’hydrogène formant un système tétraédrique (figure 1.2b – L’hybridation « sp2 » Dans ce type d’hybridation des orbitales atomiques du carbone.7 Il y a libre rotation autour des liaisons simples . le propane C3H8.1.1. L’orbitale « p » pure se situe de part et d’autre de ce plan. elle est donc figurée comme une haltère symétrique. une seule orbitale « p » de la couche 2 reste pure. ce qui permet à deux groupes carbonés adjacents de tourner l’un par rapport à l’autre. etc. le butane C4H10. Les 3 orbitales hybridées « sp2 » sont équivalentes. leurs axes de symétrie sont coplanaires et font entre eux des angles de 120°.

deux avec l’hydrogène et une avec l’autre carbone. >C=N-NH-CO-N< et oximes.9 pour des raisons de lisibilité). La molécule est plane (les noyaux des deux carbones et des quatre hydrogènes dans l’éthylène sont coplanaires) et les angles de liaisons sont de 120°. entre C et O dans le groupe carbonyle >C=O.9). groupe présent aussi dans les hydrazones. par recouvrement latéral des deux orbitales p pures des deux atomes de carbone hybridés « sp2 » (remarque : ce recouvrement n’a pas été réalisé dans la figure 1. Dans l’éthylène (figure 1. 4 électrons). Figure 1. >C=N-OH).(imine. en tout.16 Chimie organique orbitales hybridées sp dont les axes sont coplanaires 2 orbitale p pure perpendiculaire au plan des axes des orbitales hybridées sp2 120° 120° C 120° carbone hybridé sp2 Figure 1. et ses analogues. >C=N-N< et semicarbazones.8 Ce type d’hybridation est caractéristique des doubles liaisons entre carbones >C=C<. – une liaison π. La double liaison est donc formée d’une liaison σ et d’une liaison π (soit. >C=S (thione) et >C=N.9 . liaison σ résultant du recouvremenent coaxial d'une orbitale s de l'hydrogène et d'une orbitale hybridée sp2 du carbone liaison π résultant du recouvrement latéral des orbitales p pures de part et d'autre du plan des orbitales hybridées sp2 π pas de libre rotation entre ces deux carbones H σ σC π σ H H H σ C σ σ H H2C=CH2 éthylène H H H liaison σ résultant du recouvrement coaxial des orbitales hybridées sp2 des deux carbones. Le carbone est alors dit Ctrigonal. chaque atome de carbone de la double liaison est hybridé « sp2 » et forme: – trois liaisons σ.

provenant par exemple d’acides hydrohalogénés (formule générale HX avec X = halogène. deux orbitales p pures sont accompagnées de deux orbitales hybridées « sp » équivalentes et formées à partir de l’orbitale « s » et de la troisième orbitale « p » de la couche 2 du carbone. dans certains cas. chapitre 10). première liaison π oeil de l'observateur et ce qu'il voit H recouvrement d'orbitale s pure de l'hydrogène et d'orbitale hybridée sp du carbone (liaison σ) orbitale sp H second recouvrement d'orbitales p pures deuxième liaison π 2π σ orbitales p pures H C Cσ H acétylène σ Figure 1. p sp p sp axe des orbitales hybridées sp recouvrement d'orbitales p pures. les doubles liaisons sont bloquées.2c – L’hybridation « sp » Lorsque le carbone est dans l’état d’hybridation « sp » (figure 1. – Les axes des deux orbitales « p » pures sont perpendiculaires entre eux et à l’axe commun des orbitales hybridées « sp ». il n’y a plus libre rotation entre les carbones hybridés « sp2 » dans les conditions dites normales (température de 25 °C. en particulier. HBr) ou d’un carbone chargé positivement appelée carbocation (§ 6. En raison du recouvrement latéral des orbitales « p » pures (liaison π).10). ce qui correspond à un fort apport d’énergie à la molécule. à deux composés différents par leur représentation dans l’espace (voir les réactions d’addition sur les doubles liaisons. le proton. Cette attaque pourra s’effectuer sur chaque face du plan « sp2 » ce qui peut conduire. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 17 Les doubles liaisons représentent des régions de la molécule à forte densité électronique. 1 atm). Elles seront donc très facilement attaquées. par des entités chargées positivement telles que H+. Toutefois.11). le recouvrement latéral des orbitales « p » n’est plus assuré et une rotation autour de la liaison σ devient possible (ce mécanisme est à la base du phénomène de la vision).1. ou de température élevée. 1.10 .1. – Les axes des deux orbitales « sp » sont colinéaires. sous l’action d’un rayonnement ultraviolet. comme dans HCl.

Ainsi. l’attaque des entités chimiques pauvres en électrons. ce type d’hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcynes de formule générale.. et la fonction nitrile -C≡N. les cétènes et les carbodiimides ont aussi un carbone « sp » avec deux doubles liaisons de part et d’autre. (figure 1.1. Un cas particulier concerne l’allène qui ne possède pas de triple liaison. Cette forte concentration d’électrons a pour conséquence.18 Chimie organique Le carbone ainsi hybridé. Outre l’acétylène. comme pour les doubles liaisons. dont H + et les carbocations (groupes dont un carbone porte une charge positive).3 – L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés Dans l’allène. forme deux liaisons et deux liaisons ce qui conduit dans l’acétylène HC≡CH (2 carbones hybridés « sp » liés) à une triple liaison (soit six électrons). le butyne. etc. Ces derniers définissent deux plans perpendiculaires entre eux puisque les axes des deux orbitales « p » pures du carbone central sont perpendiculaires entre eux. 1.11 . hybridation sp C C O N C N cétène carbodiimide Figure 1. comme le propyne. 90° H H π σ H carbone hybridé sp2 carbone hybridé sp plans perpendiculaires H π σ H carbone hybridé sp2 σ π σ C2 σ sp H C σ sp π sp2 σ Cσ H H allène Note : il existe encore d’autres cas semblables à l’allène. C4H6. CnH2n-2. le carbone central est hybridé « sp » et les deux autres « sp2 ». C3H4.11).

Dans l’eau. Deux des quatre orbitales hybridées contiennent une paire d’électrons et les deux autres. observer le même angle entre les deux liaisons OH de la molécule d’eau. des orbitales des électrons de la couche 2 de l’oxygène. chaque atome d’hydrogène met son électron célibataire en commun avec un électron de la couche 2 de l’oxygène (figure 1. En fait. car elle est trop élevée.13 diméthyléther . Cette augmentation de l’angle de liaison ne peut pas être la conséquence de la répulsion entre les deux atomes d’hydrogène qui portent chacun une charge partielle positive.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’oxygène 8O est 1s2 2s2 2p4 (figure 1. L’explication réside dans une hybridation de « type sp3 » de géométrie tétraédrique. on devrait. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 19 1.12) : 1s2 2s2 2p4 Figure 1.1.13). a priori. H2O.12 Cet élément peut donc former deux liaisons covalentes avec d’autres éléments pour acquérir la configuration électronique du néon (Z = 10). comme le représente le schéma suivant: doublets libres non liants O H H H eau O H H H H C H H O O H H3C H H C H H O C H H H H3C O CH3 méthanol Figure 1. cet angle est de 104°. un électron célibataire. Les orbitales « p » pures de l’oxygène faisant entre elles un angle de 90°.

elles sont accompagnées d’une orbitale « p » pure dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les trois axes des orbitales « hybridées ».. R'.14). comme dans le formaldéhyde (figure 1. R" représentent des groupes carbonés). éthyle. C2H5. propyle. Trois orbitales hybridées contiennent chacune 1 électron célibataire et la quatrième. et les éthers R-O-R' où R et R' représentent des groupes hydrocarbonés (par exemple alkyles: CH3. contient une paire d’électrons (doublet libre non liant). comme dans le groupe carbonyle >C=O.15).16). dont deux d’entre elles contiennent chacune une paire d’électrons et la troisième un électron célibataire. 1s2 2s2 2p3 Figure 1. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp3 ». primaires. secondaires. R-NH-R'. 7N. . il est alors dans un état d’hybridation de « type sp2 » (comme le carbone qui l’accompagne).14 π CσO 1. est 1s2 2s2 2p3 (figure 1. et il existe alors 3 orbitales hybridées.. Lorsque l’oxygène forme une double liaison. tertiaires où R. hybridée elle aussi. méthyle.).3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’azote. H C H π σ O H H méthanal ou formaldéhyde Figure 1. tétraèdrique (figure 1. ou R-N(R")-R'. C3H7.15 Lorsque l’azote forme 3 liaisons simples comme dans l’ammoniac NH3 ou les amines (R-NH2.20 Chimie organique Cette structure se retrouve dans les alcools R-O-H.

. les oximes >C=N-OH.17).17 Lorsque l’azote forme une triple liaison avec un carbone pour créer une fonction nitrile -C≡N. une paire d’électrons (figure 1. Il reste donc une orbitale « p » pure contenant un électron. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp2 » : deux des trois orbitales hybridées contiennent chacune un électron célibataire.1. l’autre orbitale hybridée contient seulement un électron et forme avec une orbitale hybridée « sp » du carbone une liaison σ.. Les deux orbitales « p » pures de l’azote forment avec . il est alors dans l’état d’hybridation de type « sp ». cet électron « p » permet la formation de la liaison π avec un atome de carbone hybridé « sp2 » : H π σ C N H H H H π Cσ N H H π σ C N H H H H π H Cσ N Figure 1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 21 doublet libre non liant H N H H H H N H H H H C N H H ammoniac NH3 méthylamine CH3NH2 Figure 1. Une orbitale hybridée de l’azote contient un doublet d’électrons libres (doublet libre de l’azote). dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les axes des trois orbitales hybridées.16 Lorsque l’azote forme une double liaison et une liaison simple comme dans les imines >C=N-R'. Comme pour l’oxygène. et la troisième..

18 .18). l’acide cyanhydrique et l’acétonitrile (ou éthanenitrile). Deux exemples sont donnés.22 Chimie organique celles du carbone les deux liaisons π de la fonction nitrile (figure 1. π π H C σ N Hσ C H π σ π N acide cyanhydrique π π H C σ C σ N Hσ H Cσ C σ σ π σ π N H H acétonitrile Figure 1.

.........24 2.................1..........................................................3 Notions générales de nomenclature .....................25 2...........1 .......................................................2 ................2 La formule développée ..24 2...24 2..................26 .................................1....................................................................L’analyse élémentaire .............................. formule développée et introduction à la nomenclature Sommaire : 2......1 La formule brute .........L’analyse pondérale ou quantitative ..............Chapitre 2 La molécule : formule brute..............

H2O.1 La formule brute La formule brute (ou condensée) indique les différents types d’atomes qui constituent la molécule et leur nombre. et la propanone ou acétone (CH3-CO-CH3. Pour séparer les molécules de CO2.016 18. Il est donc facile de déterminer les pourcentages de chacun des éléments dans l’échantillon M. la masse moléculaire de H2O est égale à 18. Elle est définie à partir de l’analyse élémentaire.01 et celle de l’oxygène. formule développée) a pour formule brute.016 g. d’où sa masse meau. 2.01 % de carbone dans l'échantillon = masse de carbone dans l'échantillon X 100 masse totale de l'échantillon (M) . une masse M d’échantillon est brûlée dans un courant d’oxygène ce qui oxyde tous les atomes de carbone en molécules d’anhydride carbonique CO2 et les atomes d’hydrogène en molécules d’eau. et celle de CO2 de 44. l’anhydride carbonique était piègé à la sortie de l’appareil par la potasse ou la chaux sodée sous forme de carbonates ce qui permettait de déterminer sa masse mCO2. un desséchant.1 – L’analyse élémentaire L’analyse élémentaire permet de définir les éléments présents (analyse qualitative) autres que le carbone. Elles permettent aussi d’obtenir directement les pourcentages des différents éléments qui constituent la molécule étudiée. de l’analyse pondérale. masse d'hydrogène dans l'échantillon = m H % d'hydrogène dans l'échantillon = 2. et d’autres gaz formés à partir de l’azote. celle du carbone.000. pour un composé constitué de carbone. des techniques modernes basées sur la chromatographie sont utilisées. C3H6O. l’urée (H2N-CO-NH2. Il en est de même de l’eau retenue dans un piège à perchlorate de magnésium.01 44. formule développée).008. par différence de masses du piège avant et après l’expérience. Sachant que la masse atomique de l’hydrogène est 1. Par exemple. H2O.24 Chimie organique 2. 2. Par exemple.2 – L’analyse pondérale ou quantitative L’analyse pondérale ou quantitative permet de définir le pourcentage de chaque élément constituant la molécule à l’exception de l’oxygène.016 masse d'hydrogène dans l'échantillon 2O x masse totale de l'échantillon (M) CO2 X 100 masse de carbone dans l'échantillon = m x 12. CH4N2O.01 g. l’oxygène et l’hydrogène par des réactions spécifiques à chaque élément. 12.1. Avant l’utilisation de cette technique. d’hydrogène et d’oxygène.1. 16. et de techniques physicochimiques permettant de déterminer la masse moléculaire.

01 / 2.16) et pour tout autre multiple de C3H6O2 (C6H12O4. Aux erreurs d’expérience près.18 x 12. la formule développée indique la nature des liaisons interatomiques.0491 g. à la fois la masse moléculaire de l’échantillon mais aussi des informations importantes sur la structure de la molécule.18 g de CO2.96. Le pourcentage d’oxygène est donc : 100 – 8. Le pourcentage d’hydrogène dans l’échantilon est donc : 100 x 0.008 = 8. à partir d’une quantité infinitésimale de substance à analyser. toutes deux sont basées sur la variation respective du point de fusion ∆ F °C ou d’ébullition ∆ Eb °C d’un liquide lorsqu’on y ajoute en solution une quantité définie d’une molécule de masse M. Le spectromètre de masse est un appareil qui permet d’obtenir dans la plus grande majorité des cas. on peut dire qu’il existe un rapport C / H / O = 1.71. ce qui permet de connaître le squelette carboné. le rapport devient C / H / O = 3 / 6 / 2 soit une formule possible : C3H6O2 avec une masse moléculaire M = 74.0491 / 0. H et O.101 g d’un composé constitué de carbone.01 = 4.73 x 2. Par exemple. Comme le montre l’exemple indiqué ci-dessus. formule développée et introduction à la nomenclature 25 Pour une molécule constituée uniquement de C. Le pourcentage de carbone est : 100 x 0. double ou triple selon le cas. la chaîne carbonée est représentée simplement par des traits simple. dans le second cas. pour H : 8. le pourcentage d’oxygène est déterminé par différence (100 .41 %.01 / 44. d’hydrogène et d’oxygène est soumis à l’analyse quantitative. les différentes fonctions.01 = 0. Elles sont remplacées par la spectrométrie de masse. le rapport devient pour C : 4. d’hydrogène et d’oxygène est donc : pour C : 48. mais le rapport entre C / H / O est le même pour C6H12O4 (avec M =148.71 = 2. Si l’on considère qu’il y a 1 atome d’oxygène dans la molécule. Enfin.49 et pour H : 8. La masse d’hydrogène dans l’échantillon est donc : 0. pour déterminer la formule exacte.71 = 1.08 – 48.1 les différentes possibilités d’écriture des formules développées : dans un premier cas tous les atomes sont représentés par leur symbole. l’abréviation des groupes comme Me pour méthyle.03 / 2.51 / 12.016 / 18. et pour l’oxygène : 43. La molécule : formule brute.00816 / 0.08 %. Ces méthodes ne sont plus utilisées.51 %.03.73 g d’eau et 0.2. Plusieurs méthodes anciennes existent.101 = 8. écriture simplifiée. 2. Et pour éthyle… est utilisée.51 = 43. On peut remarquer dans les exemples présentés dans la figure 2.5 / 3 / 1. Le rapport entre les nombres d’atomes de carbone. C12H24O8…). et. et la masse de carbone : 0. très inférieure à 1 mg.08 g. . Le nombre d’atomes étant toujours un nombre entier. dans certains cas.%H . Il s’agit de la cryoscopie ou de l’ébullioscopie.016 = 0. et seules les fonctions apparaissent.%C).2 La formule développée En plus de la formule brute.101 = 48.08 / 1.41 / 16 = 2. il est nécessaire de connaître la masse moléculaire de l’échantillon. dans le dernier cas.01. 0. Sa combustion fournit 0. la disposition relative dans l’espace des divers groupements qui constituent la molécule (voir stéréoisomèrie chapitre 3).00816 g.

Ces dénominations supposent que la chaîne de carbones est linéaire. O ou H3C C CH3 ou Me Figure 2. 2.Alcanes ou hydrocarbures saturés (RH) : composés constitués seulement d’atomes de carbones et d’hydrogènes. … Certains isomères de chaîne sont indiqués par les préfixes iso comme l’isopropane : le groupe correspondant est appelé isopropyle (i-propyle ou i-Pr). n-propyle (n-C3H7 ou n-Pr). Tous les carbones sont hybridés « sp3 ». puisque dans la Nature. série dite normale. heptane (C7H16).. ce sont les 13C qui sont étudiés par cette méthode mais cela n’a pas d’importance. octane (C8H18). éthane (C2H6). Il existe aussi l’isobutane (figure 2. de formule générale CnH2n+2. à environ 1 % ). éthyle (C2H5 ou Et). n-butyle (C4H9 ou n-Bu). pentane (C5H12). . propane (C3H8). la spectrométrie de résonance magnétique nucléaire (RMN) qui permet de différencier soit les protons (1H RMN).26 Exemples : éthanol: formule brute: C2H6O formule développée: C2H5OH Chimie organique H3C CH2 OH ou acétone (ou propanone): Et-OH ou OH formule brute: C3H6O formule développée: CH3-CO-CH3. Les alcanes sont désignés par le suffixe « ane » : méthane (CH4). .3 Notions générales de nomenclature Afin de nommer les molécules. Toutes les liaisons sont donc des liaisons σ.2) qui fournit le groupe isobutyle (i-butyle ou i-Bu) et le groupe tertiobutyle (t-butyle ou t-Bu). Quelques unes d’entre elles sont décrites de façon succincte afin d’éclairer les chapitres suivants. plus spécifique des doubles et triples liaisons. butane (C4H10). Les groupes alkyles correspondants formés par la perte d’un atome d’hydrogène sur un carbone terminal sont appelés respectivement méthyle (CH3 ou Me). hexane (C6H14).1 O Me ou O La détermination de la formule développée fait appel à différentes techniques physicochimiques comme la spectrographie infrarouge (IR) qui indique les fonctions présentes et apporte quelques renseignements sur la nature des groupes carbonés. (13C RMN) selon leur environnement (en fait. soit les carbones. la spectroscopie dans l’ultraviolet (UV). Me-CO-Me.. à chaque 12C est associé du 13C. des règles très précises ont été élaborées par un organisme international appelé IUPAC (International Union of Pure and Applied Chemistry).

3). cyclobutane. La molécule : formule brute. formule développée et introduction à la nomenclature 27 H3C CH2 CH2 CH3 CH3 CH CH3 n-butane CH2 CH2 CH3 groupe alkyle n-butyle CH2 CH2 CH3 CH CH3 groupe alkyle i-butyle H3C CH3 C CH3 groupe alkyle t-butyle (tertiobutyle) CH3 isobutane ou i-butane 1 3 H3 C 2 5 7 CH2 4 CH2 CH2 6 8 CH2 CH CH3 CH2 CH3 ou 4-méthyl-octane 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 éthyle n-butyle 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane et non 9-n-butyl-11-éthyl-tétradécane Figure 2.3 . Les groupes alkyles sont indiqués sans « e » terminal : le groupe méthyle devient « méthyl » dans la dénomination de la molécule (exemples : 4-méthyl-octane et 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane. Les divers groupes alkyles qui substituent cette chaîne sont indiqués en les faisant précéder de la numérotation des carbones de la chaîne principale auxquels ils sont liés.2.2 Certains alcanes dits ramifiés sont définis à partir de la chaîne carbonée la plus longue. Les substituants de la chaîne principale sont nommés selon l’ordre alphabétique de leur première lettre en omettant celles écrites en italique. figure 2. cyclohexane.2). cyclopropane cyclobutane cyclopentane cyclohexane cycloheptane cyclooctane Figure 2.Cycloalcanes : les alcanes cycliques sont simplement désignés par le préfixe « cyclo » suivi du nom de l’alcane linéaire correspondant aux nombres de carbones du cycle : cyclopropane. Ces numéros sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible. cycloheptane… (figure 2. .

car il n’existe pas d’isomère de position. en les choisissant de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible : 6-méthyl-octa-1.28 Chimie organique . . Le groupe vinyle correspond à –CH=CH2.Alcènes. Lorqu’une double et une triple liaison sont présentes dans un composé. Dans le cas du propyne. il est indiqué devant le nom du composé dans lequel le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -ène (exemple : CH3-CH2-CH=CH-(CH2)3-CH3 . le phénanthrène… (figure 2.4 . la numérotation n’est pas nécessaire. il s’agit alors d’un « ényne”. 3-octène). Si un composé est polyinsaturé. Donc. le carbure correspondant est un alcyne. propyne). 7 5 3 6 4 2 1 hept-2-yne CH CH C C groupe éthynyle CH2 groupe 3-butynyle CH21 2 3 4 5 6 7 7 3 6 5 4 2 1 hept-4-èn-2-yne et non hept-3-èn-5-yne 4-vinyl-hept-1-èn-5-yne hex-1-yne (alcyne terminal) hex-3-yne (alcyne interne) Figure 2. Il est nommé en définissant d’abord la chaîne carbonée la plus longue. c’est un polyène : diène. hep-2-yne). La plupart de ces composés ont des noms triviaux (noms anciens admis par coutume) comme le benzène.9. les chiffres indiqués correspondent à la numérotation conventionnelle .Alcynes : si une simple liaison C-C d’un alcane est remplacée par une triple liaison. Le plus simple alcyne est l’acétylène ou éthyne. Un alcyne terminal possède une triple liaison à une extrémité de la chaîne carbonée. L’alcyne interne a une triple liaison à l’intérieur de la chaîne carbonée. les premiers carbones des insaturations. puis en indiquant par des chiffres. l’anthracène.4). (oléfines). la position de la triple liaison doit être indiquée par un chiffre suivi d’un tiret (exemple : CH3-C≡C-(CH2)3-CH3. mais non aux extrémités de celle-ci (figure 2.5. pour désigner un alcyne. le naphtalène. De même que pour les alcènes. triène.Composés aromatiques carbonés : la définition précise de ce groupe de composés cycliques est donnée au 5. c’est-à-dire qu’il renferme dans sa chaîne carbonée plusieurs doubles liaisons. comme le composé suivant : CH3-C(C2H5)=CH-CH2-CH2–CH=CH2 qui est un diène. Elle peut donc se trouver à différents endroits de la chaîne carbonée d’où la nécessité d’indiquer le premier carbone hybridé « sp2 ».6.5-diène et non 3-méthyl-octa-3. le groupe allyle à –CH2-CH=CH2. On choisit celui qui a le numéro le plus petit dans la chaîne carbonée la plus longue. hydrocarbures insaturés et polyinsaturés (polyènes) : ce sont des alcanes dans lesquels une liaison simple C-C a été remplacée par une double liaison. etc. le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -yne (exemple : CH3-C≡CH.7-diène. et les numéros des carbones sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible.

l’arsenic…).2. la quinoléine.5 . -CH2Ph). mais aussi le phosphore. La substitution d’un hydrogène d’un groupe alkyle comme méthyle par un groupe aryle conduit à un groupe aralkyle (ex : groupe alkyle méthyle.6 . tels que l’oxygène. méta ou para selon qu’ils sont respectivement sur deux carbones adjacents du cycle ou éloignés l’un de l’autre par un carbone ou. 4 3 5 5 2 4 3 6 7 8 5 4 3 O 1 N H pyrrole S thiophène 6 N 1 2 N 1 2 furane pyridine quinoléine groupe hétéroaryle: 2-furyle O Figure 2. d’appellations triviales (hors des règles de la nomenclature officielle).4-diméthylbenzène p-diméthylbenzène ou p-xylène CH3 position méta CH3 position para CH2 - groupe aralkyle: benzyle Figure 2. La numérotation du ou des cycles comportant un seul hétéroélément débute par celui-ci. entre autres (figure 2. le thiophène. enfin. par deux carbones. le pyrrole. ils sont dits en position ortho. comme le furane. sont aromatiques (§ 5. et groupe aralkyle. Les groupes dérivés de ces composés formés par perte d’un hydrogène cyclique sont les groupes aryles comme phényle (Ph).6. phénanthryle… Si deux groupes substituent le benzène.3-diméthylbenzène m-diméthylbenzène ou m-xylène CH3 1.6). La molécule : formule brute.2-diméthylbenzène o-diméthylbenzène ou o-xylène position ortho CH3 1.9). 9 8 7 6 5 4a 1 8a 2 3 4 7 6 5 8 9 1 2 3 10 4 6 5 4 7 3 8 10 1 2 benzène naphtalène anthracène phénanthrène CH3 CH3 1. naphtyle. la pyridine. le sélénium. l’azote ou le soufre. pour les plus communs. -CH3.Composés aromatiques hétérocycliques : un composé hétérocyclique est un composé cyclique (ou polycyclique) à la fois constitué d’atomes de carbone et d’un ou plusieurs hétéroélément(s) (éléments au moins bivalents autres que le carbone. Certains de ces hétérocycles. formule développée et introduction à la nomenclature 29 des carbones cycliques). benzyle.

Composés halogénés (RX) : le remplacement d’un hydrogène d’un alcane par un atome d’halogène conduit aux halogénures d’alkyles ou halogéno alcanes (chlorure de méthyle CH3Cl. La présence d’un halogène sur une chaîne ramifiée est désignée selon le cas par le terme fluoro. quinolyle. chlorure de méthylène. tri-. CH2Cl2. et. chloroforme. respectivement.2-dichlorobutane dichloroalcane géminal ou gem-dichloroalcane CHCl CH3 2. bromo ou iodo suivi du numéro du carbone qu’il substitue séparé d’un tiret. les termes géminal indiqué « gem » et vicinal. propanol. C’est encore le numéro le plus faible qui est retenu. Dans le nom de l’alcane dont il dérive. HCI3. butanol… La présence d’un groupe OH à l’intérieur d’une chaîne aliphatique nécessite d’indiquer le numéro du carbone qui le porte. éthoxy. IC2H5. comme les groupes furyle.7 Très utilisés pour les halogènures. indiqué « vic » indiquent. le plus souvent de carbone. Alcools (ROH) : le suffixe « ol » désigne le groupement hydroxyle OH (figure 2. Pour le méthane. iodure d’éthyle). . éthanol. Lorsque d’autres fonctions l’accompagnent. pyrydyle. pyrrolyle. le « e » terminal est remplacé par le suffixe ol : méthanol. iodoforme). tétra-.3-dichlorobutane dichloroalcane vicinal ou vic-dichloroalcane Figure 2. MeO. Un exemple de composé polyhalogèné est donné dans la figure 2.30 Chimie organique Les groupes correspondants obtenus par perte d’un hydrogène sont dits « hétéroaryles ». les halogènes sont représentés collectivement par la lettre majuscule X donc les halogénures d’alkyles sont représentés par RX. et que le groupe OH n’est pas prioritaire (voir les composés polyfonctionnels ci-après).8).ou EtO-. Le groupe correspondant à la perte de l’hydrogène de l’alcool RO.est un groupe alkoxy comme méthoxy. Br 5 4 3 F 1 2 F 4-bromo-3-chlorométhyl-1. chloro. . les dérivés halogénés ont des noms particuliers (CCl4 tétrachlorure de carbone. bromoforme. thiényle. Le nombre d’atomes d’halogènes qui substituent un même carbone est indiqué par un préfixe multiplicatif di-. D’une manière générale.21). HCBr3. sur deux atomes voisins. la localisation de deux atomes ou groupes identiques sur un même atome de carbone. HCCl3. il devient le groupe « hydroxy » suivi du numéro du carbone qu’il substitue (voir les exemples de la figure 2.7 (la règle de nomination des groupes selon l’ordre alphabètique de leurs premières lettres s’applique évidemment). etc.1-difluoro-2-méthyl-pentane (les différents substituants sont ordonnés selon l'ordre alphabétique de leur première lettre) Cl CH3 CCl2 CH2 CH3 CH3 CHCl 2.

éthanethiol… Dans un composé polyfonctionnel. La molécule : formule brute.sont des groupes aryloxy comme phénoxy pour PhO.10).9). C2H5SH.10 . résorcinol ou hydroquinone. formule développée et introduction à la nomenclature 31 CH3OH méthanol C2H5OH H 3C éthanol CH3-CH2-CH2-OH n-propanol CH OH H 3C H 3C i-propanol CH3 CH CH2-OH H3C C CH3 OH t-butanol CH3-CH2-CH2-CH2-OH n-butanol H 3C Cl i-butanol 4-chloro-hexan-3-ol OH Figure 2. C2H5SH COOH SH éthanethiol acide 3-mercaptobutanoïque ou butyrique Figure 2. Le phénol est un benzène substitué par un seul groupe OH. OH OH OH OH OH OH phénol o-dihydroxybenzène ou catéchol m-dihydroxybenzène OH ou résorcinol p-dihydroxybenzène ou hydroquinone Figure 2.8 .2.Thiols (RSH) : le suffixe « thiol » remplace le suffixe « ol » des alcools : CH3SH. le groupe SH est appelé mercapto (ou sulfanyl) (figure 2.9 . ou plusieurs groupes OH (polyphénols). Les groupes ArO. méthanethiol.(figure 2. Les polyphénols ont souvent des nom triviaux comme les diphénols : catéchol.Phénols (ArOH) et polyphénols : terme qui désigne les composés aromatiques carbonés substitués par un.

méthylthio.12). On peut aussi nommer les éthers comme des alcanes. C2H5-O-C2H5 diéthyl éther CH3-O-C2H5 éthylméthyl éther (éther vinylique) CH3-CH2-CH2-CH2-O-CH=CH2 vinyl n-butyloxyéthylène CH3-CH2-O-CH2-CH2Br O 1-bromo-2-éthoxyéthane 3-phénoxypropanal (éther arylique) CH2-CH2-CHO phényl = groupe arylique Figure 2. la N-éthylaniline. la méthylamine. aralkyles. .11 On peut aussi appeler Me-O-Me. l’i-propylamine. hétéroaryles.11.Thioéthers (RSR’) : les règles sont les mêmes que pour les éthers mais le terme éther est remplacé par thioéther. et pour les amines tertiaires. … substitués par un groupe R-O-. Le nombre de ces groupes carbonés définit le type de l’amine. . la N. pour les amines primaires. ou aralkyles.Éthers (ROR’) : de formule générale R-O-R’ où R et R’ sont des groupes alkyles. la triéthylamine. deux. aryles ou hétéroaryles. (R)(R’)(R”)N. pour les amines secondaires. oxyde de diméthyle et Et-O-Et. éthylthio). et trois groupes carbonés. Quelques exemples sont donnés dans la figure 2.N-diéthylaniline… La lettre N. la N-éthylméthylamine. C2H5-S-. aryles. dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur appellation. alcènes. Les amines primaires. Le groupe le plus volumineux est cité en premier. On peut citer. . … (mais le terme trivial « aniline » remplace phénylamine). par exemple.sont nommés en faisant suivre le nom du groupe carboné de « thio » (ex : CH3-S-. les éthers sont nommés par ces deux groupes suivis du terme éther (ou éther oxyde). Les groupes R-S.Amines : composés formés d’un azote lié à un.N-diéthylpropylamine. oxyde de diéthyle. de carbone (figure 2. secondaires et tertiaires sont liées respectivement à un. ou trois groupes alkyles.devant les divers groupes rappelle qu’ils substituent l’azote. la N. RNH2. (R)(R’)NH. et non un autre atome. deux.32 Chimie organique Il existe des thiophénols avec SH à la place de OH. . la diméthylamine. Les amines sont nommées en fonction du ou des groupes qui substitue(ent) l’azote.

La molécule : formule brute. et cétones. anilino. esters.13)). RCOSH. R C O H R C O R' R C O acide OH R C O SH R C O ester OR' R C O SR' R C O N(R'. formule développée et introduction à la nomenclature 33 Me Amines primaires: Me NH2 Me méthylamine i-propylamine NH2 CH NH2 aniline Et Me Amines secondaires: Me diméthylamine Me NH Et N-éthylméthylamine NH NH N-éthylaniline Et Et Amines tertiaires: Et Et N Et Et Pr N N Et triéthylamine N-diéthylpropylamine N. les termes méthylamino.N-diéthylaniline NH2 N OH H2 N 3-amino-4-aminométhyl-hexan-1-ol OH 2-diméthylamino-éthanol Figure 2.2.Aldéhydes (RCH=O) : les aldéhydes sont nommés à partir de l’alcane dont ils sont issus (en comptant l’ensemble des carbones y compris celui du groupe carbonyle) . De même. R-CO-R’. RCOOR’. amides RCON(R’)(R”) (voir figure 2.12 La désinence « amino » suivie du numéro du carbone substitué par ce groupe est utilisée pour indiquer la position d’un groupe NH2 dans un composé ramifié ou polyfonctionnel.13 . désignent respectivement les groupes CH3NH-. S-thioesters.R'') aldéhyde cétone S-thioacide S-thioester amide Figure 2. C6H5NH-. RCH=O. S-thioacides. diéthylamino. . RCOSR’. (C2H5)2N-. RCOOH.Composés carbonylés : un composé est dit carbonylé si la fonction contient le groupe carbonyle >C=O (aldéhydes. acides.

34

Chimie organique

et en ajoutant le suffixe -al (exemple : méthanal HCHO, éthanal CH3CHO, propanal C2H5CHO…). Lorsque le groupe CHO caractéristique des aldéhydes est lié au benzène, le composé correspondant s’appelle le benzaldéhyde, Ph-CHO. Dans certains cas, le terme carboxaldéhyde est utilisé (exemple : 3-pyridinecarboxaldéhyde). Dans un composé polyfonctionnel, le groupe CHO est appelé « formyle » lorsqu’il n’est pas prioritaire (voir « composés polyfonctionnels » ci-après, figure 2.14) Les aldéhydes -insaturés ont une double liaison en α du groupe aldéhydique.
CHO HCHO
méthanal ou formaldéhyde

CH3CHO
éthanal ou acétaldéhyde

C2H5CHO
propanal benzaldéhyde

CHO
3-pyridinecarboxaldéhyde

COOH CHO

N β α
aldéhyde α,β−insaturé

CHO

acide 4-formyl-hexanoïque

Figure 2.14

- Cétones (R-CO-R’) : deux méthodes permettent de nommer les cétones. Lorsque le carbone du groupe carbonyle est substitué par des groupes alkyles simples comme méthyle, éthyle, propyle… le nom de la cétone est indiqué en faisant précéder le terme cétone des noms de ces groupes selon leur ordre d’importance, du plus petit au plus volumineux (ex : méthyléthylcétone CH3CO-C2H5, éthylpropylcétone C2H5-CO-C3H7). La seconde méthode, plus générale, consiste à définir la chaine carbonée la plus longue contenant le groupe carbonyle et à ajouter le suffixe -one au nom de l’alcane correspondant à cette chaîne (figure 2.15). La numérotation du carbonyle suit le nom de l’alcane sans le « e » terminal (exemple : l’éthylpropylcétone est plus souvent nommée hexan-3-one). Dans un composé polyfonctionnel, le terme « oxo » précédé du numéro du carbone du groupe carbonyle est utilisé lorsque le groupe cétonique n’est pas prioritaire.
O CH3-CO-CH3
acétone ou propanone

C2H5-CO-C3H7
éthylpropylcétone hexan-3-one

COOH
acide 4-oxo-pentanoïque

R O
cétone α,β−insaturée

Figure 2.15

- Acides carboxyliques (RCOOH) : les acides carboxyliques sont nommés en comptant le nombre d’atomes de carbone de la chaîne principale au bout de laquelle se

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 35 trouve le groupe carboxyle COOH, y compris celui de ce groupe, et en remplaçant le suffixe –ane de l’alcane correspondant par le suffixe –oïque. Le terme ainsi obtenu est précédé de « acide » (exemple : CH3-(CH2)4-COOH, acide hexanoïque) (figure 2.16). La numérotation de la chaîne débute par le carbone de la fonction acide carboxylique (ex : CH3-CHCl-CH2-COOH, acide 3-chlorobutanoïque). Des noms triviaux sont utilisés pour de nombreux acides comme l’acide formique, HCOOH, et l’acide acétique, CH3COOH, qui devraient être nommés respectivement acide méthanoïque, et acide éthanoïque. L’acide benzoïque est l’acide obtenu en substituant un hydrogène du benzène, C6H6, par un groupe carboxyle, COOH, soit C6H5-COOH. La présence d’un groupe carboxyle peut aussi être indiquée par le terme « carboxylique » comme dans l’acide 2-naphtalène-carboxylique. Dans certains cas complexes, le terme « carboxy » précédé du numéro du carbone qui porte le groupe -COOH est utilisé (voir un exemple au paragraphe : composés polyfonctionels).
COOH HCOOH
acide méthanoïque ou acide formique 7 6 5 4 2 3

CH3COOH
acide éthanoïque ou acide acétique

acide benzoïque

COOH
1

Cl COOH

8 7 6 5

1 2 3 4

COOH

acide 4-éthyl-heptanoïque

acide 4-chloro-pentanoïque

acide naphthalène-2-carboxylique

Quelques diacides à noms trivaux: COOH H2C COOH
acide malonique

H2C H2C

COOH COOH

COOH COOH
acide o-phtalique

acide succinique

Figure 2.16

- Esters carboxyliques (RCOOR’) : les groupes alcoxycarbonyles ou aryloxycarbonyles, -COOR’, selon que R’ est un groupe alkyle ou aryle, définissent les esters carboxyliques. Ils dérivent d’acides carboxyliques et d’alcools. Ils seront nommés en remplaçant le suffixe oïque des acides dont ils dérivent par le suffixe oate suivi du nom du groupe R présent dans l’alcool lors de la formation de l’ester (exemple : CH3-(CH2)2-COOCH3, n-butanoate de méthyle, C6H5-COOC2H5, benzoate d’éthyle) (figure 2.17).
HCOOCH3
formiate de méthyle

CH3COOC2H5
acétate d'éthyle

COOt-Bu
hexanoate de t-butyle

COOR
ester α,β−insaturé

Figure 2.17

- Fonctions thiocarbonylées : le groupe thiocarbonyle, >C=S, est présent dans chacune d’elles (figure 2.18).

36

Chimie organique

R C S

H

R C S

R' R C S

OH R C S

OR' R C S

SH R C S

SR' R C S

N(R')(R")

thioaldéhyde

thiocétone

O-thioacide O-thioester

dithioacide

dithioester

thioamide

SH H3 C C O
acide S-thioacétique

OH H3 C C S
acide O-thioacétique

Figure 2.18

- Nitriles (RC N) : les nitriles portent le groupe -C≡N. Leur dénomination est effectuée en ajoutant le terme « nitrile » au nom de l’alcane dont ils dérivent (carbone de la fonction compris). Le terme « cyano »est utilisé parfois dans des composés polyfonctionnels. Des dénominations triviales existent pour l’acétonitrile, le propionitrile, le butyronitrile, le benzonitrile (figure 2.19).
CH3CN
éthanenitrile ou acétonitrile

C2H5CN
propanenitrile propionitrile
6

5 4

3

CN
1 2

COOEt CN
4-cyano-hexanoate d'éthyle

hexanenitrile

CN

benzonitrile

Figure 2.19

- Quelques fonctions azotées (autres qu'amines, amides et nitriles) CH3-NO nitrosométhane CH3NO2
nitrométhane

C6H5-N=N-C6H5
diphényldiazène ou azobenzène

C6H5-N

N, X

sel de benzodiazonium

C2H5-N3

CH3-N=C=O

CH3-N=C=S

N C

N

azidoéthane isocyanate de méthyle isothiocyanate de méthyle

dicyclohexylcarbodiimide

H3C C N C6 H5 H3C (imine)

H 3C C

H N N C6H5

H3C C H
diazoéthane

N

N

H3C isopropylidène-phényl-amine N-isopropylidène-N'-phényl-hydrazine ou isopropylidène-aniline ou phénylhydrazone de l'acétone
Figure 2.20a

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 37

- Quelques fonctions sulfurées autres que thiols O H3C S C2H5
sulfure de méthyle et d'éthyle

O C2H5-S-C2H5 O
diéthylsulfone

C6 H5 S S C6 H 5
disulfure de diphényle ou diphényldisulfane

CH3-S-CH3
diméthylsulfoxyde

C 6H 5

SO3H

C6H5-SO2NH2

acide benzènesulfonamide benzènesulfonique

Figure 2.20b

- Composés polyfonctionnels : la présence de plusieurs fonctions dans un composé organique nécessite pour les nommer que l’une d’entre elles soit considérée comme prioritaire. Les règles de l’IUPAC indiquent, l’ordre de priorité décroissante pour les fonctions principales indiquées sur la figure 2.21, ce qui permet ensuite de définir la chaîne carbonée principale, la plus longue, débutant à partir de la fonction prioritaire. Les autres fonctions sont ensuite indiquées dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur nom sans prendre en compte les préfixes multiplicatifs di-, tri-, etc. (qui les accompagnent dans certains cas) précédées des numéros des carbones auxquels, elles sont liées.
1) acide -COOH,

2) peracide - CO-O-OH 3) dérivés sulfurés des acides (thioacide, dithioacide) 4) acide sulfonique -SO3H 5) anhydride -CO-O-CO6) ester -COOR 7) thioesters 8) halogénure d'acide -CO-X ordre de priorité décroissante des fonctions pour le choix et la dénomination d'un groupe fonctionnel principal 9) amides -CO-NH2, CONHR, CON(R) (R') 10) hydrazide -CO-NHNH2 11) nitrile -CN 12) aldéhyde -CHO 13) thioaldéhyde -CHS 14) cétone -CO-R 15) thiocétone-CS-R 16) alcool -OH et phénol Ar-OH 17) thiol -SH 18) hydroperoxyde -O-OH 19) amine -NH2, NH(R), N(R) (R') 20) imine >C=N-R 21) hydrazine -NH-NH2 22) éther-oxyde -O-R

38

Chimie organique

CN
5 4 1 COOH 3 2

1CN

NH2
2 3

4 5

NH2

OH
5-amino-2-éthyl-3-hydroxy-pentanenitrile (nitrile: fonction prioritaire)

acide 2-(2-amino-éthyl)-3-cyano-pentanoïque (acide: fonction prioritaire)

O
3 5 4 2

1

Cl Cl
4

Cl
2 3 1

CHO OH

COOH

OH
4-hydroxy-5-méthoxy-heptanal (aldéhyde: fonction prioritaire)

acide 4,4,4-trichloro-3-hydroxy-butanoïque (acide: fonction prioritaire)
Figure 2.21

- Composés analogues et homologues : deux composés sont homologues s’ils ont des fonctions identiques mais une chaîne carbonée différente de un ou plusieurs atomes ( ex : propanone CH3COCH3 et butanone CH3COCH3CH3). Deux composés sont analogues s’ils ont les mêmes chaînes carbonées mais diffèrent par la nature d’un ou plusieurs hétéroéléments (ex : propanone, CH3COCH3 et propanethione, CH3CSCH3).

Chapitre 3 Isoméries structurales et géométriques

Sommaire :
3.1 Les isomères ..................................................................................................... 40 3.2 Les isoméries structurales ............................................................................. 40 3.2.1 – L’isomérie de chaîne ............................................................................ 40 3.2.2 – L’isomérie de position .......................................................................... 42 3.2.3 – L’isomérie de fonction .......................................................................... 42 3.3 L’isomérie géométrique plane ....................................................................... 43 3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z ........................................................ 46

40

Chimie organique

3.1

Les isomères

Les molécules qui ont en commun une même formule brute sont des molécules isomères. Elles diffèrent entre elles par leurs formules développées. Il existe trois grands types d’isoméries : isoméries structurales, isoméries planes géométriques et isoméries stériques (stéréoisoméries).
A titre d'exemple, pour la formule brute C5H8O2 on peut trouver les isomères suivants, parmi d'autres: O

CH3-CO-CH2-CO-CH3 CH2=CH-CO-CH2-CH2-OH

O

O O

CH3-CO-CH2-CH2-CHO O OH

H

O OHet H OH OH

O=CH-CH=CH-CH2-CH2-OH

O H

HO

HC C-CH2-CH(OH)-CH2OH
qui peut correspondre à :

HO

H

OH
ou

HO

H

OH

liaison en avant du plan de représentation liaison en arrière du plan de représentation

H CH2 C HO-HC O C H CH2 HO O

traits normaux = liaisons dans le plan de représentation

qui peut correspondre à :

H
ou

HO O H O

HO
Figure 3.1

3.2

Les isoméries structurales

Les isomères structuraux se différencient par la nature des liaisons qui assemblent les différents atomes dans leurs molécules. On distingue pour ce type d’isomérie, les isomères de chaîne, de position ou de fonction.

3.2.1 – L’isomérie de chaîne
Les isomères de chaîne diffèrent entre eux par l’assemblage des atomes de carbone qui forment ce qu’on nomme la chaîne carbonée ou le squelette carboné de la molécule. Les fonctions qu’ils portent sont identiques et en nombre égal. Les propriétés chimiques de ces isomères sont très proches.

3. Isoméries structurales et géométriques

41

Ils ne peuvent pas être différenciés par leurs spectres infrarouges car cette technique est surtout utilisée pour déterminer les différentes fonctions contenues dans une molécule, et dans ce cas, elles sont de même nature. Par contre, la 1H RMN et la 13C RMN (résonance magnétique nucléaire du proton 1H ou du 13C) qui permettent de connaître l’environnement de chaque atome d’hydrogène ou de carbone d’une molécule sont d’un intérêt particulier pour distinguer chaque isomère en raison des variations de structures des chaînes carbonées. La figure 3.2 rassemble les différents isomères de chaîne de l’heptanal.
O H C CH2 CH2 O H O
heptanal

CH3

CH2 CH2

CH2

CH3 CH2 CH2 CH CH3 H O CH2

O H C CH2 CH2 CH CH3 CH2 CH3 H
4-méthyl-hexanal

H O

C

5-méthyl-hexanal

O H C

CH3 CH CH2 CH2 CH2 CH3 H O

O H C CH

CH2 CH3

CH2 H

O
3-méthyl-hexanal

CH2 CH3

2-méthyl-hexanal

O H C CH CH3 CH2 CH CH3 CH3 H

O

O H C CH CH3

CH3 CH CH3 CH2 H

O

2,4-diméthyl-pentanal

O
2,3-diméthyl-pentanal

H O CH3 CH3 C C CH CH3 H CH3 O H

C

CH3 CH3 C CH CH3 CH3

O H

2,3,3-triméthyl-butanal

2,2,3-triméthyl-butanal

Figure 3.2

À ce type d’isomérie se rattache celle des hydrocarbures saturés, les alcanes, plus ou moins ramifiés de formule brute CnH2n+2. Un exemple est donné avec le pentane, figure 3.3.

pentane (C5H12)

2-méthyl-butane
Figure 3.3

2,2-diméthyl-propane

42

Chimie organique

3.2.2 – L’isomérie de position
Le déplacement d’une ou plusieurs fonctions sur une même chaîne carbonée conduit à des isomères de position. Les propriétés chimiques de ces isomères sont assez proches. Les spectres infrarouges diffèrent quelque peu en raison d’interactions plus ou moins fortes entre les diverses fonctions qui composent la molécule. Les spectres 1H et 13C RMN sont différents car l’environnement des hydrogènes et des carbones est différent d’un isomère à l’autre (figure 3.4).
O

O
pentan-2-one pentan-3-one

H2N γ

β α

NH2 COOH β COOH

α COOH NH2
acide 2-amino-butanoïque ou acide α-amino-butanoïque

acide 4-amino-butanoïque ou acide γ-amino-butanoïque

acide 3-amino-butanoïque ou acide β-amino-butanoïque

note: acide butyrique, terme trivial, peut remplacer acide butanoïque

Figure 3.4

3.2.3 – L’isomérie de fonction
Les isomères correspondants possèdent la même chaîne carbonée, mais diffèrent entre eux par la nature de leur(s) fonction(s) (figure 3.5). Les propriétés chimiques de ces isomères sont très différentes au même titre que leurs spectres infrarouges et RMN.
OH
hex-5-èn-1-ol

et

O
hexan-3-one

NH
hexylidèneamine

et

NH2
hex-3-ènylamine

Figure 3.5

- Cas particulier de la tautomérie Cette isomérie est liée à un équilibre chimique entre deux structures. C’est-à-dire qu’en fonction des conditions physiques et chimiques comme la température, la pression, le milieu acide, neutre ou basique, une structure se transforme en une autre et vice-versa. Les formes tautomères sont en équilibre entre elles. Elles résultent souvent d’une prototropie (déplacement intramoléculaire d’un proton d’un atome à un autre). Les équilibres céto-énoliques et amide-iminoalcools, représentés dans le schéma 3.1, en sont des exemples :

3. Isoméries structurales et géométriques

43

O C H3C H C H
cétone
butan-2-one

OH CH3
(équilibre)

OH C H CH3
et

H3C

C

H3 C

C C H CH3 isomère (E) OH

isomère (Z)

énols
but-2-èn-2-ol

O C H3C N H CH3
(équilibre)

OH C H3C N
isomère (Z)

CH3

et

C H3C
isomère (E)

N CH3

amide secondaire
N-méthyl-acétamide

imino-alcools
acide N-méthyl-acétimidique

note: les isoméres Z et E sont présentés au paragraphe traitant l'isomérie géométrique plane § 3.3. Le terme "acide" exprime l'analogie de structure avec les acides carboxyliques RCOOH : le groupe carbonyle est ici remplacé par un groupe imine.
Schéma 3.1

3.3

L’isomérie géométrique plane

Ce type d’isomérie est directement lié aux composés formés à partir de doubles liaisons. Il est la conséquence du blocage de la rotation autour de la liaison π des carbones éthylèniques >C=C< (§ 1.1.2b), mais aussi du carbone et de l’azote dans la fonction imine >C=N- et ses dérivées (oxime, hydrazone, semicarbazone, thiosemicarbazone). a) Ancienne nomenclature : Si l’on considère les isomères représentés dans la figure 3.6, celui qui a deux hydrogènes ou deux groupes identiques disposés sur chaque carbone sp2, différents des deux autres substituants de ces carbones, et du même côté de la double liaison, est appelé isomère « cis », et l’autre, qui a les deux hydrogènes ou groupes de même nature, de part et d’autre de la double liaison est appelé isomère « trans ».

44

Chimie organique

R' C H (ou R) C

H (ou R)

R' C C

R' (ou R")

R' (ou R'')

H (ou R)

H (ou R)

isomère trans

isomère cis

liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique, et situé en avant de ce carbone. liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique et située en arrière de ce carbone.

Figure 3.6

Ce type d’isomérie se retrouve dans les composés qui ont une double liaison >C=N-, présente dans les imines, les oximes, les hydrazones, les semicarbazones et thiosemicarbazones, composés formés par réactions d’aldéhydes, respectivement, avec l’ammoniac (ou les amines primaires), l’hydroxylamine, les hydrazines monosubstituées, le semicarbazide et le thiosemicarbazide (figure 3.2). Dans ce cas, le doublet libre de l’azote joue le rôle d’un 4e substituant. Lorsque les groupes R et R’, dans les imines, R et OH dans les oximes, R et NHR’ dans les hydrazones, et R et NHCONH2 dans les semicarbazones, sont du même côté de la double liaison, l’isomère correspondant est dit « syn », dans le cas contraire, il est dit « anti » (schéma 3.2), ce sont donc les équivalents des termes cis et trans utilisés seulement pour les éthyléniques. Les composés diazoïques présentent aussi des formes syn et anti :

RCHO
aldéhyde

+

H2N-R'

- H2O

R C H N

R'

R

+
H

C

N R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "syn"

imine "anti"

H3C-H2C C H3 C
cétone butan-2-one

O + H2NR

- H2O

(1) H3C-H2C
C N

(1') R

H3C-H2C

+
(2') H3C

C

N R

(2) H3C
imine "syn"

imine "anti"

3. Isoméries structurales et géométriques

45

O Na N Ar
forme syn

N O Na Ar

N

N

forme anti (ou iso)

phényldiazotate de sodium
Schéma 3.2

b) Propriétés des isomères éthyléniques cis et trans Les formes « trans » sont souvent les plus stables en raison de l’absence d’interaction intramoléculaire entre les groupes les plus volumineux portés par chaque carbone éthylénique. Dans le cas d’un isomère « cis », ces interactions créent une gêne stérique (figure 3.7). Elles augmentent l’énergie interne de la molécule, et plus elle est élevée, moins la molécule est stable ce qui rend sa formation plus difficile par rapport à celle de l’isomère trans.

H C C Y
"trans" peu ou pas d'interactions

Y H

H C C Y
"cis"

H Y

fortes interactions

Figure 3.7

Les deux isomères « cis » et « trans » sont souvent difficiles à séparer, en raison des faibles différences qui existent entre leurs propriétés physiques. Toutefois, certaines techniques chromatographiques modernes le permettent dans la plupart des cas. Parfois, lorsque deux fonctions portées chacune par un carbone éthylènique d’une double liaison sont susceptibles d’interactions entre elles, les propriétés chimiques diffèrent considérablement. Il en est ainsi pour les acides maléique (cis) et fumarique (trans).

46

Chimie organique

fonction anhydride

HOOC C H C

COOH H

O - H 2O

O C C H C C H

O

acide maléique

anhydride maléique (déshydratation intramoléculaire)

HOOC C H C

H COOH

- H 2O

pas d'anhydride, formation possible de polymères par déshydratation intermoléculaire

acide fumarique solubilité dans l'eau 79g / 100 ml 0,7g / 100 ml pKa1 1,92 3,02 pKa2 6,23 4,38

point de fusion acide maléique acide fumarique 130°C 287°C

Ka1/ Ka2 20 420 22,9

Schéma 3.3

L’acide maléique, chauffé en présence d’un déshydratant comme l’anhydride phosphorique conduit à l’anhydride maléique (schéma 3.3). Dans les mêmes conditions, quelques réactions intermoléculaires sont observées avec l’acide fumarique sans formation d’anhydride correspondant. Les pKa1 et pKa2 correspondants aux deux fonctions acides COOH sont différents pour les deux molécules. Les différences observées pour ces deux acides sont directement liées à la présence (acide maléique) ou à l’absence (acide fumarique) de gêne stérique due aux deux groupes COOH. C’est aussi la raison qui explique la plus grande stabilité de l’acide fumarique (trans) par rapport à l’acide maléique (cis). Cette stabilité explique la raison pour laquelle l’acide maléique peut être converti en acide fumarique par chauffage, plus stable, à une température supérieure à 150 °C. En effet, si la rotation autour de la double liaison est impossible à température ordinaire, elle le devient sous l’effet d’un très fort apport d’énergie (chauffage à 230 °C, ou rayonnerment UV). Encore souvent utilisées, les dénominations cis, trans, syn et anti sont désormais obsolètes et remplacées par les dénominations E et Z définies ci-après.

3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z
Dans le cas particulier où chaque carbone de la double liaison éthylénique porte des substituants identiques comme ci-dessus, il est facile de distinguer les deux isomères, mais dans le cas contraire, c’est impossible. C’est pourquoi il a été proposé de ranger les isomères plans géométriques dans deux séries, l’une E, et l’autre, Z. Pour définir à quel type d’isomère E ou Z, un composé éthylénique appartient, il faut utiliser les règles de Cahn, Ingold et Prelog (1966), d’abord utilisées en stéréochimie (§ 4.5.9).

3. Isoméries structurales et géométriques

47

Les substituants de chaque carbone de la double liaison sont d’abord ordonnés (1er ou 2e) en fonction des numéros atomiques Z des éléments directement liés à ce carbone et appartenant aux substituants.
masse atomique 12,1 1,008 H C 1 6 n° atomique Z 14,1 N 7 16 O 8 19 F 9 35,45 Cl 17 32,06 S 18 79,904 Br 35 126,90 I 53

Au numéro atomique (Z) le plus élevé correspond le substituant classé premier. Dans le cas où les numéros atomiques de ces 2 éléments sont identiques, on considère ceux des éléments placés en position β par rapport au carbone éthylénique, et ainsi de suite. Lorsque les deux substituants classés premiers sont du même côté de la double liaison, l’isomère est dit Z (de l’allemand, « zusammen », ensemble), et dans le cas contraire, l’isomère est dit E (de l’allemand « entgegen », opposé). Pour les isomères proposés dans le premier exemple (figure 3.8), on voit qu’il est facile de classer 17Cl et 1H, du premier carbone de la double liaison. Il en est de même pour 35Br et 6CH3, substituants du second carbone.

1er exemple :
1

17 2 1

Cl C H

35 Br

1

1

C
6

17 2 1

Cl C H

6 CH3

2

C
35

CH3 2

Br

1

isomère Z

isomère E

Figure 3.8

Dans le second exemple (figure 3.9), le classement des deux substituants carbonés du second carbone éthylénique nécessite de considérer les atomes en β du carbone éthylénique dans la mesure où les deux substituants ont chacun un groupe méthylène CH 2 directement lié au carbone éthylènique.

2e exemple:
2

1

H C

α 6 C α 6

β 17 β 8 1 2

CH2 Cl

1 17

Cl

CH2 O CH3

isomère E
Figure 3.9

48

Chimie organique

Dans ce troisième exemple (figure 3.10), le classement des deux substituants du premier carbone éthylénique nécessite de prendre en considération les atomes en position γ par rapport au second carbone éthylénique.

3e exemple:
2 H3 C 6 8O

C C C
6

α

β 8

γ 1

O O

H
γ

2

1

Br
35

C 6
8O
isomère Z
Figure 3.10

8

6

CH3 1

Il faut remarquer que les groupes qui ont les plus hauts degrés d’oxydation sont prioritaires par rapport à ceux qui sont moins oxydés, dans une même série (ex : -COOH > -CHO > -CH2OH >-CH3, et -C≡CH > -CH=CH2 > -CH2-CH3). Lorsqu’un carbone est lié à plusieurs éléments (C, N, O…), on considère une liaison multiple comme l’équivalent de plusieurs liaisons simples à des atomes dits « fantômes » : ainsi, la fonction nitrile -C≡N est équivalente à trois liaisons simples avec trois atomes d’azote « fantômes », la fonction amide primaire CONH2 est équivalente à deux liaisons avec deux atomes d’oxygènes « fantômes » et un atome d’azote etc. ce qui permet de retrouver le cas général (figure 3.11).

C C C C
2

4e exemple HC
6 8

O C
7

1

O C O N

C C
1 8

NH2 CH3 C CH3 2

C C H
6

O C
8O H

O C O O

C C C H

isomère E
Figure 3.11

On peut aussi utiliser les dénominations Z et E pour tous les isomères géométriques formés à partir de doubles liaisons >C=N-. Ils remplacent respectivement les vieilles dénominations de syn et anti.

3. Isoméries structurales et géométriques

49

Dans ce cas, H, ou tout autre élément, est prioritaire par rapport à un doublet libre, considéré, dans ce cas, comme un substituant de l’azote, comme dans le cinquième exemple (figure 3.12).

5e exemple:
2

CH3

CH2

H 1

C=N
1 Cl CH2

CH2

2

isomère E
Figure 3.12

Le schéma 3.4 regroupe l’ensemble des composés qui comportent un groupe C=N et qui dérivent tous d’un aldéhyde mis en réaction avec divers réactifs, amines primaires, hydroxylamine, hydrazine monosubstituée, semicarbazide et thiosemicarbazide, lesquels forment respectivement des imines, des oximes, des hydrazones, des semicarbazones et des thiosemicarbazones (mélanges d’isomères E et Z). Ces réactions ont lieu aussi avec les cétones R-CO-R”, comme dans le cas de la butan-2-one.
- H2 O R C H R C H R C H R C H R C H N NHCSNH2 + H
thiosemicarbazone "syn" ou "Z"

R N R' + H C N

R'

+

H2N-R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou"Z"

+

H2N-OH

- H2 O

R N OH + H C N

OH

hydroxylamine

oxime "anti" ou "E"

oxime "syn" ou"Z"

RCHO
aldéhyde

+

H2N-NH-R'

- H2O

R N NHR' + H C N

NHR'

hydrazine monosubstituée

hydrazone "anti" ou "E"

hydrazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCONH2
semicarbazide

- H2 O

R N NHCONH2 + H C N

NHCONH2

semicarbazone "anti" ou "E"

semicarbazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCSNH2

- H2O

R C N

NHCSNH2

thiosemicarbazide

thiosemicarbazone "anti" ou "E"

H3C-H2C C O + H2NR H3C
cétone butan-2-one

- H2O

H3C-H2C C H3C N R +

H3C-H2C C H3 C N

R

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou "Z"

Schéma 3.4

13 On peut donner le classement suivant des substituants les plus classiques : I > Br > Cl > SO2R > SOR > SR > SH > F > OCOR > OR > OH > NO2 > NO > NHCOR > NR2 > NHR > NH2 > CX3 (X = halogène) > COX > CO2R > CO2H > CONH2 > COR > CHO > CR2OH > CH(OH)R > CH2OH > C > CH2R > CH3 > T > D > H (R = groupe alkyle CH3..50 Chimie organique Les isotopes ne sont évidemment pas classés entre eux selon leur numéros atomiques. par leurs masses atomiques (par exemple.1T = tritium. mais exceptionnellement. 6e exemple: 2 1 1 H C C CH2D 2 1 2 1 D isomère Z CH2T 1 2D 3 1 = deutérium et .. isotopes de l'hydrogène H Figure 3. C2H5.13).) CR > C CH > C(R)=C(R2) > C6H5 > CR3 > CHR2 . dans la mesure où c’est le même. 1H < 2D < 3T ) comme dans le sixième exemple (figure 3.

...........................5....................................................2 – Centre de symétrie moléculaire....... 59 4.................... 4.........3....... 53 4........... 4.........5 Stéréoisomères configurationnels .................................................................... 4..................3c – Conformations du cyclohexane ....3.... 4.1 Stéréoisomères ..... 53 4....................12 – Configuration et conformation .....................4– Axe de symétrie alternant (impropre............ du cyclobutane et du cyclopentane .....3..........59 4............................................................5......5..............................3..5............6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre....................................7 – Enantiomères (couple d’-)...5.............................. ou de rotation-réflexion) ..5..................2 – Représentation de Newman ...................................... 57 4.........................Chapitre 4 Stéréoisomèrie-stéréochimie Sommaire : 4...................................2 Stéréochimie ...........10 – Configuration (inversion de -)..............1 – Analyse conformationnelle ....3 – Conformations des cycloalcanes . 4.. 65 66 67 68 70 71 73 74 77 79 80 4.............................5......................................... conformères ou rotamères...............1 – Configuration ..................... 4...........................................5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral........................................5........5.................3b – Conformations du cyclopropane..... 64 4....9 – Configuration absolue (nomenclature R et S)..................................... 53 4.......................................................................... 57 4.........................................................................3......................3a – Tension dans les cycles.............3...... 4.......................... 81 ...... 53 4. 4...... 4..............................................3 – Plan de symétrie moléculaire ....................11 – Configuration (rétention de -)............................. 53 4.................................. 65 4................8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique.................................................5.....5........................4 Nomenclature E et Z dans les cycles ..................3 Stéréoisomères conformationnels................. 4..............5.

...............................................37 4...................................................................................38 4...........................................................14 4.....20 4............ 115 Enantiotopiques (groupes) ..5.17 4.... 123 4............39 4........................... 91 Convention de Fischer (représentation des acides α-aminés et acides α-alcools). 86 Racémisation ........... 119 4....... il est vivement recommandé au lecteur ayant des difficultés pour imaginer les représentations spatiales des molécules....................... 89 Rendement optique .......5.................13 4........................................................5..................................5....................................................... 100 Chiralité des composés cycliques..18 4.. 114 Enantiotopiques (hydrogènes)................22 4..................5..........23 4....5..19 4...............5.......... 89 Convention de Fischer (représentation des sucres) ....................................................................................... de se munir d’une boîte de modèles moléculaires...... 89 Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) ...........5..............................................................52 4................11 Régiospécificité .........5.............. 116 Diastéréotopiques (groupes) ............................5........ 105 Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) 107 Prochiralité ................31 4..................................................................5.......28 4................................... 88 Pourcentage énantiomérique ................. 99 Epimères (couple d’-) ... 101 Décalines cis et trans .5........25 4....26 4.............15 4.......5................. 84 Résolution ou dédoublement du racémique...............................................................9 Diastéréosélective (réaction -) ...................30 4.......10 Régiosélectivité ..........................................5.................................................6 Stéréospécifique (réaction -) .................................................5...................................... 94 Forme méso...........16 4.... 81 Racémique (mélange) ..... 89 Diastéréoisomères (couple de -)........ 93 Projection de Fischer (cas général) ................... 99 Epimérisation .......................... 117 4............................................5..32 4...........................................................................24 4............. 123 Conseil : afin d’aborder ce chapitre avec plus de facilités.....33 4.................29 4...........................................................................................................35 4............... 122 4.......... 98 Forme thréo...............................................................................5........5................................ 120 4.......... 115 Enantiotopiques (faces) ...5..............................................21 4...............................................27 4........5........................5........................ 88 Pureté optique.......................................5....................................................5.......................40 – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – Chimie organique Chiralité ........................................ 95 Forme érythro .........5............. 122 4........34 4......... ..................................................................7 Stéréosélective (réaction -).. 117 Diastéréotopiques (faces d’un plan) ...........................12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) .5............................................... que l’on trouve dans les magasins spécialisés dans la vente de matériels scientifiques à vocation pédagogique.............36 4...........................5................ 104 Configurations α et β des substituants (dans les stéroïdes)... 115 Diastéréotopiques (hydrogènes) ..............5..........8 Enantiosélective (réaction -) . 118 4..........5..................

4.3.5). Deux stéréoisomères de conformations différentes sont appelés conformères ou rotamères. liaisons hydrogènes (§ 5. La représentation de Newman des conformères permet de l’appréhender très facilement. caractères acides et basiques. 4. 4. le brome.3. De nombreuses interactions électrostatiques existent entre les atomes d’une molécule en raison de leurs densités électroniques qui peuvent leur affecter des charges partielles positives (+δ) ou négatives (-δ) dues à leur nature et leur environnement chimique (divers effets électroniques comme les effets inducteurs (§ 5. les plus présentes. Il existe donc des conformations privilégiées plus stables que d’autres. des groupes ou atomes qui les composent. à 25 C.1).3 Stéréoisomères conformationnels. conformères ou rotamères Les molécules qui peuvent former divers stéréoisomères par simple(s) rotation(s) autour de leurs liaisons simples sont dites « molécules flexibles » : les différentes structures spatiales qui en résultent sont appelées conformations. Stéréoisomèrie-stéréochimie 53 4. qui seront.1 – Analyse conformationnelle L’étude de l’existence des conformations privilégiées d’une molécule et des relations physicochimiques et chimiques qui l’accompagnent est appelée « analyse conformationnelle ». mésomères (§ 5.5). par rapport au carbone 1. a priori. les groupes alkyles ramifiés comme le groupe t-butyle -C(CH3)3…). ou C-2.2 Stéréochimie La stéréochimie est une partie de la chimie qui étudie les stéréoisomères. dans l’espace. 4. dites stables. on voit qu’en faisant tourner le carbone 2.8). il faut donc franchir ces barrières de potentiel en apportant de l’énergie à la molécule (par chauffage ou rayonnement ultraviolet). Il existe des stéréoisomères conformationnels qui diffèrent par leurs conformations (§ 4.6). il est possible d’obtenir une . Ces interactions repoussent ou attirent les atomes entre eux selon leurs charges et /ou leurs volumes rendant le passage d’une conformation à une autre parfois difficile : on dit qu’il existe des barrières de potentiel qui favorisent certaines conformations de la molécule. leurs formations. gênes stériques liées aux atomes volumineux comme le chlore. lesquels restent identiques. Elles correspondent aux valeurs d’énergies potentielles moléculaires les plus faibles.1 Stéréoisomères Les stéréoisomères sont des isomères qui ne diffèrent entre eux que par la disposition relative. Pour passer d’une conformation à une autre. ou C-1.3) et des stéréoisomères configurationnels qui diffèrent par leurs configurations (§ 4.2 – Représentation de Newman Soit la représentation projective de l’éthane (figure 4.4. et leurs éventuelles transformations en d’autres stéréoisomères dans les réactions.

la représentation de Newman est utilisée. deux d’entre elles font l’objet d’une étude car elles correspondent à différents paliers de l’énergie potentielle de la molécule avec franchissements de barrières de potentiel ou barrières d’interconversion. Les multitudes d’autres conformations possibles sont regroupées sous l’appellation de conformations obliques.54 Chimie organique infinité de conformations. Il voit alors 3 liaisons à 120° pour les trois substituants de C-1. ce second carbone étant symbolisé dans cette représentation par un cercle.1 Pour dessiner aisément les conformères.1). Lorsque des liaisons de C-2 sont cachées par celles de C-1 (conformations éclipsées).1) lorsqu’il dispose la molécule devant lui selon l’axe de la liaison C-1-C-2. pour des raisons de clarté. Elle consiste à dessiner ce qui est vu par un observateur (figuré par un œil dans la figure 4. libre rotation autour de la liaison σ H H H C 1 C 2 H H H Représentation projective H H H 2 H H 1 H Représentation de Newman conformères de l'éthane H H H H conformation décalée H H rotation de 60° autour de la liaison C1-C2 H H H H H H conformation éclipsée Figure 4. . on décale légèrement les traits pour faciliter le dessin (comme dans la figure 4. et de même pour C-2. Seules.

le substituant le plus gros du C-1 éclipse le substituant le plus gros de C-2. ils sont obtenus en faisant tourner plusieurs fois de 60° le carbone 2 par rapport au carbone 1 autour de la liaison C1-C2.4. A H H CH3 CH3 HH conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) G H H C H CH3 H CH3 HH B CH3 CH3 H H A conformation décalée gauche synclinale conformation pseudo éclipsée anticlinale CH3 CH3 HH E H H H CH3 H CH3 conformation pseudo éclipsée anticlinale conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) très instable très instable F H H CH3 H CH3 G assez instable assez instable H H Ep D H H CH3 H CH3 H H conformation décalée gauche synclinale assez stable énergie potentielle de la molécule C conformation décalée antipériplanaire (trans. La distance . Stéréoisomèrie-stéréochimie 55 Dans le cas le plus simple. anti ou transoïde) assez stable E la plus stable B D 0° 180° F 60° 120° 240° 300° 360° angle de rotation C1/C2 Figure 4. gauche (ou décalée) et éclipsée.2 sont représentés les divers conformères du n-butane choisis selon les critères indiqués ci-dessus. sont représentés dans la figure 4. comme le montre la figure 4. Dans la conformation éclipsée (dite aussi synpériplanaire. il existe deux conformères.2. l’éthane.1 Dans la figure 4. cis ou cisoïde) (A).2 Les 6 conformères les plus importants du butane.

parmi les 3 conformations décalées. la conformation antipériplanaire (trans. est la plus stable : elle correspond au minimum d’énergie potentielle de la molécule (interactions les plus faibles entre groupes volumineux. dues à leur éloignement). qui. ils se repoussent car les interactions sont très fortes. environ 10-15 kJ mol-1 au maximum. des interactions intramoléculaires entre deux fonctions peuvent stabiliser des conformations considérées a priori comme instables. il a été démontré que les cristaux étaient constitués d’un seul type de conformère. liaison "hydrogène" H O O H H H +δ H −δ H O −δ O H +δ H H H H Figure 4.2-diols ou glycols dont la conformation éclipsée est relativement importante en raison de la création d’une liaison hydrogène (§ 5.56 Chimie organique entre les deux groupes est la plus faible de toutes les conformations et si les groupes sont de même nature électrostatique. Parfois. ce qui explique l’impossibilité d’isoler des conformères à température ordinaire. C’est le cas des 1. et la conformation est très instable : l’énergie potentielle de la molécule est alors la plus élevée comme le montre la courbe Ep = f (angle de rotation C-1/C-2). On se réfère ensuite à ce qui a été indiqué pour les groupes méthyles (prioritaires par rapport aux hydrogènes) des conformères du n-butane. à très basse température. Les variations d’énergie potentielle lors du passage d’un conformère à un autre. Par contre. Par contre. sont éloignés au maximum l’un de l’autre. Cet effet est amoindri dans les conformations partiellement ou pseudo éclipsées anticlinales (C et E) : elles sont un peu moins instables.4.8) entre le H d’un groupe OH qui possède une charge partielle positive. . s’il existe plusieurs substituants différents sur les deux carbones considérés. dans le cas de composés aliphatiques restent relativement faibles. Il peut y avoir aussi gêne stérique si les deux groupes sont volumineux. plus stables que les conformations éclipsées. Par ailleurs. au contraire. anti.3 H Pour l’analyse conformationnelle. il est possible d’isoler le conformère le plus stable. ou transoïde) (D) dans laquelle les deux groupes méthyle.3). inférieure à –150 °C. anti (D) et décalées gauches synclinales (B et F). possède une charge partielle négative (figure 4. les plus gros des deux carbones. et l’oxygène du second groupe OH. comme dans l’exemple suivant de la figure 4. les noms des conformères sont définis après avoir recherché le substituant de chaque carbone qui est prioritaire selon la règle des priorités indiquée pour la détermination des isomères géométriques E ou Z des dérivés éthyléniques.

cyclopropane (nC = 3) et cyclobutane (nC = 4). n-butane.3a – Tension dans les cycles L’angle dièdre d’un carbone hybridé « sp3 » est de 109°28’.3.5 kJ mol-1 × 3 = –1975. Cette tension s’élève de nouveau pour les cycles moyens (nC compris entre 8 et 12) pour atteindre un sommet pour nC = 9 (cyclononane.8). d’un carré comme le cyclobutane. au cyclopropane. 54.5 kJ mol-1.9 kJ mol-1) qui fait partie des grands cycles nC > 12. mais à des degrés divers. Cela est vrai pour tous les cycloalcanes (tableau 4. les deux groupes prioritaires de chacun des carbones C-1 et C-2 sont en position trans l'un par rapport à l'autre: il s'agit donc d'une conformation décalée antipériplanaire transoïde.5 kJ mol-1. Le H° de combustion calculé pour le cyclopropane est donc de –685. 0. n-pentane. Figure 4. Ainsi.3. propane. La tension de cycle attachée à chaque groupe CH2 qui compose le cycle suit des variations proches de celles données pour le cycle lui-même. soit de 128°28’. 1885). 4.3 – Conformations des cycloalcanes 4.4. l’augmentation de H° (combustion) pour l’augmentation d’un carbone de la chaîne carbonée est d’environ –685. Comment quantifier cette tension de cycle ? Lorsqu’on brûle un alcane acyclique non ramifié. On peut déduire de ces observations que les cycles dits courants seront plus faciles à former et plus difficiles à ouvrir que les petits cycles. il faut apporter suffisamment d’énergie pour contraindre les atomes de carbones à accepter des angles de liaisons entre eux plus faibles. Elle diminue sensiblement pour les cycles courants ou normaux. ce qui s’exprime par une tension dans le cycle (théorie de Baeyer. Expérimentalement.5 kJ mol-1) puis diminue de nouveau pour atteindre une nouvelle valeur faible pour nC = 14 (cyclotétradécane.4 (voir aussi les barrières d’interconversion dans les composés mésomères. la plus stable. La différence entre ces . la tension de cycle est la plus élevée pour les petits cycles. Stéréoisomèrie-stéréochimie 57 2 1 C2H5 C2H5 2 HO H3C 3 CH2Cl CH3 3 1 Dans cet exemple. Les angles d’un triangle comme celui du cyclopropane est de 60°. L’agrandissement du cycle apporte une flexibilité de la molécule qui la rapproche de plus en plus d’une chaîne acyclique. d’un hexagone comme le cyclobutane. Les cycles courants sont donc plus stables que les petits cycles. de 90°. système acyclique où tous les angles de liaisons sont normaux.6. cyclopentane (nC = 5) et cyclohexane (nC = 6). Cela suppose que lorsqu’on passe du propane. § 5.2 kJ mol-1. de 120°. il est de –2091.1).

. tension de cycle en kJ mol-1 tension de cycle / CH2 en kJ mol-1 cycle nC 3 115.58 Chimie organique deux valeurs théorique et expérimentale est attribuée à la tension de cycle soit 115.3 27.9 cycloheptane cycles moyens 8 42.1.5 0.6 5 cyclopentane cycles courants 6 cyclohexane 27.3 cyclooctane et nC nC > 12 12 grands cycles H H 104° H H C C C H orbitales hybridées sp3 de liaisons C-C dans le cyclopropane H H Tableau 4. Quelques valeurs sont données dans le tableau 4.3 5.1 7 27.7 38.6 cyclopropane petits cycles 4 cyclobutane 110. l’angle interorbitale n’est pas de 60° mais de 104° en raison d’un recouvrememt des orbitales hybridées pas tout à fait linéaire.1 Si l’on considère le cyclopropane.8 0.5 5.7 kJ mol-1.2 3.

du cyclobutane et du cyclopentane Le cyclopropane ne possède qu’une seule conformation car il est plan tandis que le cyclobutane et le cyclopentane sont en équilibre chacun avec deux conformations qui se situent chacune dans deux plans. les liaisons σ vont utiliser la libre rotation entre atomes du cycle pour accèder à divers conformères parmi lesquels certains sont prépondérants en raison d’une plus grande stabilité relative.1 .5). 3 H2 benzène cyclohexane Schéma 4. 4. dites « en enveloppe » dans le cas du cyclopentane (figure 4. Donc.4.3c – Conformations du cyclohexane Le cyclohexane est un cycloalcane saturé obtenu par hydrogénation totale du benzène (schéma 4.3. à l’exception du cyclopropane).3. H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopropane H H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H cyclobutane H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopentane H H (conformations en enveloppe) Figure 4.1). aucun cycloalcane n’est plan (contrairement à la théorie ancienne de Baeyer (1885). Stéréoisomèrie-stéréochimie 59 Afin de rendre la tension de cycle la plus faible.3b – Conformations du cyclopropane.5 4.

Le passage d’une conformation « bateau-croisé » à son inverse s’effectue via la conformation « bateau » avec apport d’énergie. Elles sont donc favorisées. Par contre.7). Il peut exister sous 4 conformations principales (figure 4. Le passage d’une forme « chaise » à la forme « chaise inversée » nécessite beaucoup d’énergie en raison de la rigidité de cette conformation.60 Chimie organique C’est une structure qui est présente dans de nombreux composés naturels comme les stéroïdes (cholestérol.6 Les conformations « chaise » sont celles dont les interactions entre les divers substituants (surtout lorsqu’ils sont différents de H) sont les moins importantes. hormones stéroïdes…). Il en est de même du passage de la conformation « chaise » à la conformation « bateau ». et l’énergie potentielle de la molécule la plus faible. ce qui est inférieur à l’angle dièdre d’un hexagone (120°). le cyclohexane en conformation « bateau » présente une flexibilité telle.6) : 2 conformations rigides appelées « chaise » et 2 conformations flexibles appelées « bateau ». ce qui rend ces conformations les plus stables. On en déduit facilement que le cyclohexane ne peut pas être plan et subit une torsion de ses liaisons. en raison de leurs analogies de formes : H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformations "chaise" (avec passage de la conformation "chaise" à "chaise inversée") H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformation "chaise" conformations "bateau" (avec passage de la conformation "bateau" à "bateau inversé") Figure 4. qu’une de ses liaisons peut être tordue par rapport à celle adjacente en produisant des conformations appelées « bateau-croisé » ou « bateau-flexible ». (tension transannulaire faible) en raison de leur éloignement maximum les uns des autres. légèrement plus stables que les conformations « bateau » donc favorisées (figure 4. à température ordinaire. Tous les carbones sont hybridés « sp3 » avec des angles de valence de 109°28’. .

7 Comme le montre la figure 4.4) . Le cyclohexane possède aussi un axe de symétrie alternant S6 (§ 4.5. . Il est perpendiculaire à cet axe au centre de gravité (centre de symétrie) et coupe le cyclohexane aux milieux des 6 liaisons C-C.. Stéréoisomèrie-stéréochimie 61 H H H E H H H H H H H H H 5. le cyclohexane (non substitué).5. e3…) portés par des liaisons dont les directions se rapprochent du plan équatorial. .8. e2.4.. en conformation chaise.4) qui passe par son centre de gravité (en faisant tourner le cyclohexane de 120° autour de cet axe. possède : – un axe de symétrie ternaire (§ 4.2 kJ mol-1 H H H H H H H H conformation bateau croisé conformation bateau croisé (inversé) H H H H H H H H H H 23 kJ mol-1 H H H H H H H H H H H H H H interconversion conformationnelle Figure 4. Il en est de même après une nouvelle rotation de 120°. et – six substituants dits équatoriaux (e1. a3 …) portés par des liaisons parallèles à l’axe ternaire. on obtient une structure superposable à la structure de départ. a2. – un plan « moyen » dit équatorial de la molécule peut être défini.9 kJ mol-1 45. – six substituants dits axiaux (a1.

62 Chimie organique axe de symétrie ternaire plan moyen dit équatorial (plan passant par le milieu de chacune des six liaisons du cyclohexane) centre de gravité a2 a6 e2 e1 1 e6 a1 observateur a4 e3 3 6 a3 5 a5 4 e5 plan moyen 2 e4 a2 e1 2 e2 a1 a4 C6 1 5 4 e5 C3 a5 e4 (les substituants de C3 et C6 ne sont pas figurés) Figure 4.8 Les représentations de Newman du cyclohexane en conformation « chaise » permettent de visualiser les angles compris entre les liaisons axiales et équatoriales pour des substituants des carbones cycliques adjacents. on considère que le cyclohexane est regardé par un observateur selon les deux axes C1 →C2 et C5 →C4. Pour cela. .

d’une part. a1 et e2. e2 et a3. Stéréoisomèrie-stéréochimie 63 Par rapport au plan moyen. e1 et a2. et. a2. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. sont en position trans a1 H (en rouge: substituants au-dessus du plan moyen en bleu : substituants au-dessous du plan moyen) Figure 4. et e1. sont situés de part et d’autre du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions trans. les liaisons C1-a1 et C2-a2 sont antiparallèles.9 H e2 H H H H H H CH3 et Cl . d’autre part. cela s’applique aussi pour les couples a2 et a3. sont en position cis H H H CH3 et Cl . d’une part. sont situés du même côté du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions cis. a1 et a3. sont en position trans Br a1 CH3 et Cl . deux substituants portés par des liaisons axiales sont en position cis (a1 et a3 par exemple) et deux substituants dont l’un est porté par une liaison axiale et l’autre par une liaison équatoriale (a1 et e3) sont en position trans. Evidemment. Les liaisons C1-e1 et C2-e2 font entre elles un angle de 60°. Il en est de même pour les couples a2 et e3.10). a3 et e4… Pour les substituants en positions 1 et 3 du cycle. a3 et a4… Les couples de substituants a1 et e2. Les couples de substituants a1. e1 et e2. par rotation autour des liaisons σ C-C du cycle. e2 et e3. . sont en position trans Br et Cl . les substituants qui étaient axiaux au départ deviendront équatoriaux dans la conformation inversée et vice-versa (figure 4. d’autre part. e2.9 Si on passe de la conformation « chaise » à la conformation « chaise inversée ». sont en position cis Br e1 H H CH3 H H Cl a3 Br et Cl .4. sont en position cis Cl H3C e1 H Br a1 Cl a2 e1 H H3C H H H H H H H H H H Br et Cl . e1 et a2. e1 et a3. a1 et a2.

10 Remarque : pour bien représenter le cyclohexane et les liaisons à ces différents substituants dans la conformation chaise.64 Chimie organique Figure 4. Dans ce cas.12. la plus utilisée. Figure 4.11 4.4 Nomenclature E et Z dans les cycles Ce qui a été indiqué pour les isomères géométriques E et Z peut s’appliquer aussi aux composés cycliques. l’isomère E est celui qui a les groupes de plus haute priorité de part et d’autre du plan défini par le cycle (cyclopropane) ou du plan moyen (cyclohexane). et inversement. il est important de respecter le parallèlisme de certaines liaisons figurées par des couleurs identiques dans la figure 4. .11. Trois exemples sont donnés dans la figure 4. pour les isomères Z correspondants.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 65 1 2 1 1 Cl H 2 isomère E CH3 Cl 1 Cl H 2 isomère Z Cl CH3 2 1. Contrairement aux conformères qui résultent de rotations autour de liaisons simples σ.5 Stéréoisomères configurationnels Les stéréoisomères configurationnels sont des stéréoisomères qui se différencient par leurs configurations.2-dichloro-1-méthyl-cyclopropane 2 Cl 1 H H H Br 1 H H H 1 Cl 1 H H H CH3 2 H H3C 2 H H H H Br H H H isomère E isomère Z H 1-bromo-2-chloro-1-méthyl-cyclohexane H H H 3C Br H H isomère E H H H H Cl H H H 3C Br H Cl isomère Z H H H H H H H 1-bromo-3-chloro-1-méthyl-cyclohexane Figure 4.5. 4.12 4.1 – Configuration La disposition fixée et relative des substituants d’un atome dans l’espace définit sa configuration.4. . le passage d’un stéréoisomère configurationnel à un autre exige la rupture d’au moins deux liaisons et la création de deux nouvelles. Ce terme s’applique plus particulièrement aux atomes au moins trivalents ayant des substituants tous différents entre eux.13). Dans la mesure où le passage d’une forme E d’un alcène à la forme Z nécessite d’inverser les substituants d’un carbone. les configurations de ces deux isomères sont différentes et il s’agit d’isomères configurationnels (figure 4.5.6). et susceptibles de créer un centre chiral (§ 4.

4-diméthylcyclobutane et le 1.3.3-dichloro-trans-2.14 . on peut faire correspondre des atomes identiques par une ligne passant par ce point et éloignés d’une distance égale de ce point.4-dibromo-2.5.4.4-dibromo-2. centre de symétrie de la molécule Cl H centre de symétrie de la molécule Cl x CH3 H H3 C H x' CH3 H H H 3C Cl Br x = x' H H CH3 CH3 H Cl Br trans -1.66 Chimie organique Br H C CH3 et Br C2H5 C H 2 5 CH3 H H et CH4 H "trans" CH3 CH3 "cis" H Br C2H5 C2H5 Br H H 3C H H CH3 H C H3C CH2 OH H C CH3 Cl et H C H 3C OH Cl C H CH3 CH3 CH2 couples de stéréoisomères configurationnels Figure 4.6-tétraméthyl-cyclohexane Figure 4.6-tétraméthyl-cyclohexane) (figure 4.3. et cela pour tous les atomes qui constituent la molécule.3-dichloro-trans-2.5-dichloro1.2 – Centre de symétrie moléculaire Si d’un point de l’espace. ce point est le centre de symétrie de la molécule (ex : le trans-1.13 4.4.4-diméthylcyclobutane 1.5-dichloro-1.14).

mais de structures inversées (configurations inversées pour les atomes tri ou tétravalents). C’est le cas des composés éthyléniques ou alcènes ayant des substituants simples comme par exemple. Une molécule plane possède un plan de symétrie qui n’est autre que le plan de la molécule.5.2-dibromoéthylène Figure 4. . B. plan de symétrie plan de symétrie B A' x' A x x = x' hydrogènes contenus dans le plan de symétrie Br 1 H H 3 Br 2 H H cis-1. associe à chacun d’eux des atomes identiques A’. des halogènes.3 – Plan de symétrie moléculaire Une molécule possède un plan de symétrie si la réflexion des atomes A.16 Une molécule peut avoir plusieurs plans de symétrie.17).1. et un second qui est constitué par la surface du triangle (figure 4.16).2.15 Certains atomes peuvent figurer dans ce plan et sont leur propre image par rapport à ce plan (c’est le cas des atomes d’hydrogène du carbone 3 du cis-1. C’….2-dibromocyclopropane de la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 67 4.2-tétrabromocyclopropane possède un premier plan de symétrie perpendiculaire au cycle passant par le carbone 3 et coupant le cycle selon la hauteur du triangle. Br C H C H Br E (ou trans)-1.2-dibromocyclopropane (configurations inversées des carbones 1 et 2) Figure 4. le 1. Par exemple. B’.4. C…situés d’un côté de ce plan.15). ou des groupes méthyles (figure 4.

Exemple d’axe de symétrie alternant S4 dans le méthane (figure 4.2-tétrabromocyclopropane Figure 4. suivie d’une réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à cet axe.18) : H1 H2 C H3 H4 rotation de 90° autour de l'axe H2 H1 C H3 H4 image 2 réflexion image 1 H3 H4 C H2 H1 image 3 Figure 4.4 – Axe de symétrie alternant (impropre.1. au centre de gravité de la molécule.5. fournit une représentation identique à la molécule originale.68 Chimie organique H H H Br H Br Br 3 1 3 2 Br 2 Br Br 1 Br Br 1. ou de rotation-réflexion) Si la rotation d’un angle d’une molécule autour d’un axe passant par son centre de gravité. la molécule possède un axe de symétrie Sn avec n = 360 / .18 .2.17 4.

19). La comparaison des images 1 et 3 montre qu’elles sont identiques à la différence près que H1 a été remplacé par H3. il .3. H2 par H4… Le méthane a autant d’axes de symétrie S4 (360°/ 90°) que de faces/ 2 dans le cube. c’est-à-dire 3. Si l’on compare l’image 1 à l’image 3. laquelle fournit l’image 3 par réflexion par rapport au plan perpendiculaire à l’axe de rotation au centre de gravité. Si l’image 1 subit une rotation de 90° autour d’un axe passant par le centre de gravité du méthane. Ce plan est défini par le carbone central et les deux groupes. Le cyclohexane défini par l’image 1 de la figure 4.4. c’est-à-dire. l’atome de carbone. H2 par H1. Le méthane et le cyclohexane possèdent des axes de symétrie de cette nature. Stéréoisomèrie-stéréochimie 69 Le méthane CH4 peut être inscrit dans un cube dont le centre est occupé par l’atome de carbone. § 4. S’il est substitué par quatre substituants différents.19 L’axe de symétrie alternant S2 correspond à une symétrie par rapport à un plan (360°/ 180° = 2). axe de symétrie alternant S6 H1 H H H2 H H4 image 1 H1 H H3 H6 H H5 H rotation de 60° autour de l'axe de symétrie alternant S6 H H H H6 H2 image 2 H5 H3 H H4 H H H6 H H H1 H2 H H5 H4 H H H3 H image 3 (réflexion de l'image 2 par rapport au plan) Figure 4. etc.3) subit une rotation de 60 °C autour de l’axe qui passe par le centre de gravité de la molécule (centre de symétrie) ce qui conduit à l’image 2. Un exemple d’axe de symétrie alternant S6 est fourni par le cyclohexane (figure 4. on obtient l’image 2 dont la réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à un axe de symétrie passant par le carbone correspond à l’image 3.19 (conformation chaise. Le cyclohexane admet donc un axe de symétrie alternant S6 (360°/ 60° = 6). on s’aperçoit qu’elles sont identiques à la différence près que H1 est remplacé par H6.20). Le méthane substitué par deux groupes différents possède encore un plan de symétrie ou un axe de symétrie alternant S2 (figure 4.

et inversement).21).21 . son image dans un miroir ou son symétrique par rapport à un plan (B) ne peuvent pas lui être superposé. Ils sont images l’un de l’autre dans un miroir (on dit aussi que B est l’image spéculaire de A. Lui-même (A) et son inverse (B) par rapport à un plan représentent deux configurations inversées de la molécule considérée (figure 4.5.5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral Un carbone hybridé « sp3 » qui porte quatre substituants différents entre eux. est asymétrique ou chiral. le carbone central ainsi substitué est dit asymétrique ou chiral. derrière le plan de symétrie inscrits dans le plan de symétrie Plan de symétrie Cl H C H3C H H3C Cl C Br H 4 substituants différents = ni plan de symétrie ni axe de symétrie alterné = carbone central asymétrique en avant du plan de symétrie Figure 4. Cl Cl C* H 3C A H Br Br H *C CH3 B couple d'énantiomères (symétriques / plan) (inverses optiques) Figure 4.70 Chimie organique n’existe plus aucun axe de symétrie alternant.20 4. Propriétés : lorsqu’un carbone (A) est asymétrique. C’est un couple d’énantiomères.

un centre chiral. le phosphore (P) et l’arsenic (As). Stéréoisomèrie-stéréochimie 71 L’échange de deux substituants de l’un des deux énantiomères (ici B dans la figure 4. On peut y ajouter l’azote. . Autrement dit. un nombre impair de permutations de deux substituants inverse la configuration du carbone asymétrique. ni centre de symétrie. ayant des substituants tous différents entre eux.5. n’a pas d’axe de symétrie alternant. Avec le carbone. à l’intérieur d’une molécule. ce qui exige de rompre deux liaisons C-Br et C-H et de rétablir de nouvelles liaisons C-H et C-Br. le germanium (Ge). trivalent. la création d’un centre chiral est possible (figure 4. et par conséquent. sous formes de sels de phosphonium et de sels d’arsonium.23). respectivement. celle-ci est alors dite chirale. selon le cas (voir diastéréoisomères § 4. l’étain (Sn). atomes tétravalents. la molécule peut être chirale ou achirale. le transforme en l’autre énantiomère (A). Cl C * Br H B CH3 permutation de deux substituants Cl C* H Br CH3 H 3C A Cl C* Br H rotation autour de l'axe C-Cl inverse de B B et A sont images l'un de l'autre dans un miroir: ils représentent un couple d'énantiomères Figure 4.22 La molécule qui possède un carbone asymétrique.5. S’il en existe un seul dans la molécule.6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre Tout atome dont la valence est égale ou supérieure à trois. ni plan de symétrie. symbolisé par C*.21).4. sous forme de sel quaternaire (dans la mesure où les quatre groupes substituants sont différents) ou de N-oxyde. donc inverse sa configuration. S’il en existe plusieurs. peut exprimer une chiralité (en fonction de la nature de l’atome) et peut donc représenter.22). Un nombre pair de permutations de deux substituants conserve la configuration du carbone asymétrique. le silicium (Si). 4.

dans ce cas. Il s’agit de l’inversion de configuration. qui ont chacun un doublet libre.24 . R3 = groupes alkyles).23 Pour les dérivés d’atomes trivalents comme l’azote. le phosphore ou l’arsenic.24 pour les amines secondaires (R1 et R2 = groupes alkyles.72 Chimie organique R1 Si R2 R3 R4 R1 Sn R2 R3 R4 R1 Ge R2 R3 R4 dérivés de silane SiH4 dérivés de stannane SnH4 dérivés de germane GeH4 R1 N R2 R3 X R4 R2 R3 R1 N O ou R2 R3 R1 N O sels d'ammonium quaternaires amines N-oxydes R1 P R2 R3 X R4 R2 R3 R1 As X R4 sels de phosphonium sels d'arsonium Figure 4. la fréquence des inversions diminue et il est parfois possible de démontrer l’existence des deux énantiomères. par grand vent). il existe un phénomène particulier qui limite la chiralité de leurs dérivés substitués par trois groupes différents. En effet. Lorsque la température est suffisamment abaissée (inférieure à –100 °C). ou tertiaires (R1. Cela est illustré dans la figure 4. R1 inversion R1 N de configuration N R2 R3 R2 R3 Figure 4. ce qui inverse la configuration de cet élément. les liaisons des substituants peuvent se retourner (comme les baleines d’un parapluie. R3 = H). Ce phénomène se reproduit en sens inverse. à une vitesse parfois élevée : il est alors difficile de démontrer la présence de l’une ou l’autre configuration. R2.

4. qu’elles sont chirales et symétriques l’une de l’autre par rapport à un plan ou images l’une de l’autre dans un miroir (figure 4.2-diméthylaziridine (figure 4.26).4.25). (R1)(R2)(R3)O+. en particulier dans les composés cycliques. Ils sont l’un pour l’autre des inverses optiques en raison de leurs activités inverses sur la lumière polarisée rectilignement (voir polarimètre § 4. mais moins rapide pour les dérivés du phosphore et lent pour ceux de l’arsenic.26 Les énantiomères sont aussi appelés isomères optiques.8). d’oxygène. donnent lieu à ce type d’inversion. Lorsque l’inversion devient impossible ou difficile. Ils sont les images spéculaires l’un de l’autre.ne donnent pas lieu à ce type d’inversion et il est possible d’isoler chaque énantiomère.25 Certains sels de soufre. chaque énantiomère peut être isolé.5. C’est le cas de la N-chloro-2. H3 C H C 2H 5 * C CH2OH HOH2C * C CH3 H C 2H 5 C2 H5 CH3 Cl C* C* Br Cl CH3 C2H5 C* C* C2H5 C2 H5 Br CH3 couples d'énantiomères CH3 Figure 4. inverses optiques ou antipodes optiques. ions oxonium. Les énantiomères peuvent contenir un ou plusieurs centres chiraux.7 – Énantiomères (couple d’-) Deux molécules représentent un couple d’énantiomères dans la mesure où elles ont la même constitution moléculaire (stéréoisomères). (R 1)(R2)(R3)S+.5. Leurs solutions de même . ions sulfonium. et les carbanions (R1)(R2)(R3)C-. Stéréoisomèrie-stéréochimie 73 Ce phénomène est très rapide pour les dérivés de l’azote. Cl N Me Me N Cl Me Me Figure 4. Les sulfoxydes (R1)(R2)S+-O.

spectres infrarouges (IR).5. Cet appareil est constitué. d’un angle α° de valeur absolue égale mais de signes contraires. Les énantiomères ont strictement les mêmes propriétés chimiques. de trois parties : deux prismes de Nicol (un polariseur et un analyseur) entre lesquels est disposée une cuve optique de longueur « L » comme le montre la figure 4. L’onde est décrite par un vecteur magnétique H et par un vecteur électrique E. perpendiculaires . Par contre. de manière succinte.27 4. Les points de fusion (F °C).8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique La polarimétrie consiste à déterminer le pouvoir rotatoire d’un composé chiral. font tourner le plan de polarisation de la lumière polarisée rectilignement. leurs activités biologiques (goût. points d’ébullition (Eb °C). toxicité…) et pharmacologiques sont très souvent différentes comme le montrent les exemples de l’aspartame et de la carvone donnés dans la figure 4.28. Le prisme de Nicol est composé de deux parties en calcite collées par du baume du Canada (substance très réfringente). spectres ultraviolets (UV). spectres de résonance magnétique nucléaire (RMN. au moyen d’un polarimètre. odeur.27.74 Chimie organique concentration dans un même solvant achiral (par exemple : eau ou éthanol). La lumière est un phénomène électromagnétique ondulatoire. dans les conditions classiques d’enregistrement) sont identiques. configurations inversées des C* H OOC NH3 H N H NH3 COOCH3 H OOC O H N H COOCH3 CH2 O H2 C résidu de l'acide (L)-aspartique ester méthylique de la (L)-phénylalanine ester méthylique de de la (D)-phénylalanine Composé au goût amer Aspartame Edulcorant 200 fois plus sucré que le saccharose O O H H (R) Carvone odeur de cumin (S) Carvone odeur de menthe Figure 4.

28 et suivantes : E 90° rayon lumineux H Plan des vecteurs E E E polariseur lumière monochromatique (raie D du sodium) Figure 4. Si cette lumière traverse un nouveau prisme de Nicol. Pour simplifier. ce qui compose une infinité de plans de vibration.29 . le vecteur électrique E est représenté dans la figure 4. seul.29). Stéréoisomèrie-stéréochimie 75 entre eux qui vibrent dans toutes les directions du plan perpendiculaires à la direction du rayon lumineux. la lumière émergente aura sensiblement la même intensité que celle de la lumière incidente (figure 4. placé dans la même position que le premier. La rotation du polariseur ou de l’analyseur conduit d’abord à une diminution progressive de la lumière émergente puis à son extinction lorsque la rotation atteint 90°. pas de rotation du plan de la lumière polarisée Plan da la lumière polarisée E' E L E polariseur lampe à vapeur de sodium (lumière monochromatique) Cuve optique vide ou remplie d'un solvant achiral analyseur intensité de la lumière émergente maximale 1ère expérience Figure 4. la lumière qui en émerge est polarisée rectilignement. appelé analyseur.4. appelé le polariseur. Elle ne vibre plus que dans un seul plan défini par un unique vecteur électrique E : ce plan est appelé plan de polarisation.28 Lorsqu’une lumière monochromatique (caractérisée par une unique longueur d’onde) traverse le premier prisme de Nicol.

l’éthanol…. on interpose entre le polariseur et l’analyseur une cuve remplie d’un solvant dont les molécules sont achirales (§ 4. dans le cas contraire. ayant placé le polariseur et l’analyseur dans la même position (figure 4. selon l’énantiomère étudié.30 Si. nécessaire pour retrouver l'intensité émergente maximale Figure 4. acides-alcools…) et ne sont que l’application de conventions (conventions de Fischer § 4. acides aminés.22). à droite.76 Chimie organique Si.5.30). rotation du plan de polarisation L E E E E E +++++++++ +++++++++ +++++++++ cuve optique remplie d'une solution d'énantiomère à "c"g / 100ml dans un solvant non chiral 2ème expérience rotation de + α° de l'analyseur. à gauche. on interpose une cuve remplie d’une solution d’un seul énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml. « lévogyre » (indiqué par les abréviations (-) ou (l). dans un solvant achiral. ou l).13.5. Par contre. on peut définir son pouvoir rotatoire spécifique : α T = 100 α λ Lc L est la longueur en dm du trajet optique dans la cuve (souvent égale à 1). ne possèdant pas de carbone(s) asymétrique(s)). . dans ces conditions. A partir de la valeur expérimentale . il y a encore totale extinction de la lumière émergente comme dans l’expérience précédente. à gauche. on n’observera aucun effet sur l’intensité de la lumière émergente à la sortie de l’analyseur. par une rotation de de l’analyseur dans le sens des aiguilles d’une montre (positif (+). L’énantiomère qui fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement à droite est dit « dextrogyre ». en sens inverse (négatif (-). on observe alors une diminution de l’intensité de la lumière émergente. Celle-ci peut être optimisée et atteindre sa valeur maximale. si l’analyseur est tourné de 90° par rapport à la position du polariseur. Cela est indiqué par les abréviations (+) ou (d)) et. dans les mêmes conditions. en utilisant le polarimètre. Attention : les lettres d et l qui décrivent un phénomène physique optique ne doivent pas être confondues avec D et L. ou d) ou au contraire. obtenue pour une solution d’un énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml d’un solvant donné. comme l’eau. lesquelles définissent des séries de stéréoisomères (sucres.

9 – Configuration absolue (nomenclature R et S) La difficulté rencontrée par les chimistes du début du siècle dernier pour définir les configurations des carbones asymétriques dans les molécules a conduit Robert S. regarder ensuite le triangle formé à partir des substituants classés 1. Stéréoisomèrie-stéréochimie 77 Le pouvoir rotatoire spécifique est une constante pour un énantiomère donné. On peut aussi définir le pouvoir rotatoire moléculaire [M] qui est relié au pouvoir rotatoire spécifique par l’équation suivante : M T = λ α T x M λ 100 M = masse moléculaire du composé optiquement actif Cette valeur caractéristique qui tient compte de la masse moléculaire du composé optiquement actif permet de comparer les activités optiques de divers composés de masses moléculaires différentes. et tertiaires R-N(R')-R''.1. 2 et 3 selon leur ordre de priorité. en utilisant une lampe à vapeur de sodium. 6N HCl).3 nm. cela signifie que ce composé est lévogyre. Les règles à appliquer pour y parvenir sont les suivantes : 1. à définir des règles permettant de classer ces carbones selon leur configuration dite absolue en série R (du latin rectus. à droite) et en série S (du latin sinister.4. trois chimistes.3. les acides. Cahn. à une température de 25 °C (ou 278 K). et qu’il fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement d’un angle de –14° lorsqu’il est en solution dans HCl 6N à la concentration de 10 g / 100 ml. la raie jaune D émise par une lampe à vapeur de sodium à 589. La polarimétrie s’applique à tout composé chiral soluble dans un solvant achiral. – température T (le plus souvent 278 K = 25 °C). – pH. R-CH(NH3+) (COO-). secondaires R-NH-R’. et tout autre composé susceptible d’être ionisé en milieu acide ou basique.5. Christopher Ingold et Vladimir Prelog. ordonner les substituants du carbone asymétrique selon leur ordre de priorité par application des règles décrites pour définir les isomères E et Z des alcènes. à gauche). les amines primaires RNH2. R-COOH. 2. – longueur d’onde de la lumière monochromatique utilisée (le plus souvent. de telle sorte que le quatrième substituant . nm = nanomètre). 4. dans le cas des composés ionisés comme les acides α-aminés. § 3. qu’il possède un ou plusieurs centres chiraux. raie D du sodium. Exemple : si un composé chiral a un [α]D278K = –14° (c = 10. dans des conditions définies précises : – nature du solvant.

Dans le cas contraire. Note : il est facile de s’en souvenir à partir du sens d’écriture de R et S.78 Chimie organique soit situé derrière le plan de ce triangle. le sens de rotation 1 2 3 est l'inverse des aiguilles d'une montre. le sens de la rotation qui permet de passer du carbone 1 au carbone 2 donne la configuration du carbone asymétrique.31). le carbone asymétrique est dit de configuration absolue S (figure 4. Ce n'est donc pas un carbone asymétrique S mais au contraire un carbone asymétrique R. .2. mais attention au fait que le substituant 4 H OH 1 C (R) CH2OH 3 est en avant de la représentation c'est-à-dire devant le triangle 1. et Prelog. vers la gauche.3 donc en sens inverse de la règle de Cahn.31 R Quelques exemples sont réunis dans la figure 4. 2 OH C* Cl 1 C* (S) 2 OH l'observateur voit 1 Cl H3 C OH 2 C*(R) 4 H 1 Cl C* H3 C 3 OH 2 4 H C* H 4 3 H 3C H 4 3 C* H3C 3 Cl 1 S Figure 4. 2 CH=O 4 Dans cette représentation du (D)-glycéraldéhyde. par rapport à l’observateur. Ingold.32. Si toutes ces conditions sont respectées. Lorsque la rotation s’effectue dans le sens des aiguilles d’une montre (vers la droite) le carbone est dit de configuration absolue R.

pour lesquels les configurations absolues des carbones asymétriques sont différentes (R et S). dont le carbone asymétrique est S. Ingold. Le ou les carbones asymétriques d’un couple d’énantiomères ont des configurations absolues inversées. et leurs activités sur la lumière polarisée rectilignement. 4. nécessite l’échange de deux substituants sur ce carbone.5. et Prelog.2. 2 COOH 1 H2N C CH 4 (S) 3 CH2OH 3 Même problème que ci-dessus pour un acide aminé.3 est regardé par le côté opposé à l'atome d'hydrogène afin de se mettre dans les conditions de la règle de Cahn.33 COOH H2 N (S) CH3 (+)-alanine H La configuration absolue d’un échantillon d’une molécule chirale peut être déterminée expérimentalement par l’analyse cristallographique au moyen des rayons X qui permet de situer dans l’espace les différents atomes qui constituent la molécule du cristal.10 – Configuration (inversion de -) Le passage d’une configuration R à la configuration S d’un atome de carbone asymétrique dans une molécule. comme le montrent les exemples ci-après. on voit: Br 1 3 H3C (R) Cl C H 4 2 et le carbone asymétrique est de configuration absolue R.32 Important : il n’existe pas de rapport entre la configuration absolue d’un carbone asymétrique et son activité optique. de même nature. la (D)-sérine. de la figure 4. . Figure 4.33. et vice-versa. appelée inversion de configuration.4. dextrogyre : CHO H (R) OH CH2OH (+)-glycéraldéhyde Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 79 3 H 3C C H 4 Br Cl 1 2 Si le triangle 1.

1. 4. Me Et H SOCl2 Me O S OH (S) diéthyléther H Cl chlorure de Et thionyle .2) par une inversion de Walden (schéma 4.3 .5.2 L’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique est figurée par le signe : La configuration d’un azote portant trois substituants différents s’inverse constamment (centre chiral ou stéréocentre § 4.80 Chimie organique Par extension. Ingoldet Prélog).NaBr (SN2) inversion de Walden (Inversion de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4. 3 CH3 CH2-CH3 1 Br 2 (S) H NaOH 3 H3C H3C-H2C OH 1 2 (R) H . C’est la cas de la réaction de substitution intramoléculaire du chlorure de thionyle sur un alcool chiral comme le (S)-butan-2-ol qui conduit au (S)-chloro-2-butane : OH et Cl occupent la même position par rapport aux autres substituants du carbone et sont des groupes de même priorité.SO2 anhydride sulfureux Me Et H Cl (S) (S)-butan-2-ol O (S)-chloro-2-butane (rétention de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4.2). et il prend une position inversée par rapport à celui de départ sur le carbone comme dans la réaction ci-dessous. le substituant du carbone asymétrique qui subit la réaction est échangé avec un nouveau substituant provenant du réactif (de priorité équivalente selon les règles de Cahn.5. l’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique peut résulter d’une réaction de substitution SN2 (§ 8.11 – Configuration (rétention de -) La rétention de configuration relative est le résultat d’une réaction effectuée sur un carbone asymétrique avec échange ou transformation d’un substituant en conservant une même configuration relative (différence avec l’inversion de configuration). Dans ce cas.6).

Son image dans un miroir lui est superposable (exemples : sphère. Le changement de configuration de l’un d’eux peut conduire à une totale inactivité de la molécule correspondante (la clé est déformée !…). molécule… qui possède un axe de symétrie alternant. . Tout dans la Nature est chiral. Dans la Nature. par conséquent.5. est dit achiral. En revanche. molécule… qui ne possède pas d’axe de symétrie alternant (et. Sa chiralité s’exprime par le fait que son image dans un miroir (image spéculaire) ne lui est pas superposable (par exemple.25). mais de configurations inversées.5. si le site récepteur d’une macromolécule est composé de différentes fonctions en nombre égal ou supérieur à trois. sans aucune rupture de liaison. et présente une géométrie donnée. le passage d’une conformation moléculaire à une autre n’exige que des rotations autour d’une ou plusieurs liaisons de cette molécule. les interactions qui en résultent (chimiques ou physiques) atteignent une efficacité maximale. CH4…). ce qui déclenche l’activité biologique. 4. La chiralité se trouve dans l’essence même de la vie. C’est le cas de molécules dissymétriques comme certains dérivés de l’allène (figure 4. Par exemple.5. dessin. les deux mains d’une même personne). Attention : certaines molécules achirales peuvent contenir des carbones asymétriques de même constitution.3).13 – Chiralité Tout objet. ni échange de substituants. Stéréoisomèrie-stéréochimie 81 4. ni plan de symétrie) est dit chiral. Exemple : un médicament qui agit sur un récepteur enzymatique devra avoir des configurations très précises de son ou ses carbones asymétriques pour agir. Le passage de la configuration d’un carbone asymétrique à sa configuration inverse nécessite la rupture de deux liaisons et leurs échanges sur le carbone asymétrique. Par contre. par exemple. comme une clé à sa serrure. en nombre pair (voir diastéréoisomères de forme méso § 4. ni centre de symétrie. Un composé peut être chiral sans contenir un centre chiral ou stéréocentre.4. cube.34) qui peuvent être représentés par deux plans perpendiculaires et dont la jonction a lieu au niveau du carbone central hybridé sp (§ 1. il ne peut être associé qu’à une molécule dont les groupes actifs sont disposés de telle sorte que leur géométrie s’accorde parfaitement à ces fonctions. l’activité biologique est directement liée à la chiralité des molécules. un plan ou un centre de symétrie. dessin. tout objet. molécule de méthane. Dans ce cas.12 – Configuration et conformation Ne pas confondre les termes configuration et conformation. et.1.

la libre rotation des deux cycles autour de cette liaison est contrariée par une gêne stérique et les deux plans contenant les cycles forment entre eux un angle qui peut atteindre 90° (figure 4. ni plan de symétrie) Figure 4.34 Si l’un des carbones hybridés « sp2 » a deux substituants identiques dans le plan P1. il n’existe plus de plan de symétrie et la molécule est chirale. Dans ces conditions. Par contre.35 plan de symétrie de la molécule. si deux substituants ortho du cycle B (ou A) sont identiques.36). Le biphényle est formé par deux groupes phényles.35). si ces deux substituants sont différents. la molécule possède un plan de symétrie qui est le plan P2 (figure 4. le plan du cycle A (ou B) joue le rôle de plan de symétrie pour la molécule et la molécule est achirale. Dans ce cas. .82 miroir Chimie organique 90° H C H3C C C H H CH3 H 3C C 90° H C C CH3 inverses optiques (ni centre. P1 H3 C C H3C C 90° CH3 C H P2 Figure 4. La molécule est alors achirale. de structures planes. Certains dérivés du biphényle peuvent être chiraux en l’absence de carbone asymétrique s’ils sont substitués par quatre groupes assez volumineux en positions α par rapport à la liaison centrale (positions ortho). retenus l’un à l’autre par une simple liaison. composé achiral Un autre exemple de composés chiraux ne disposant pas de centre chiral concerne certains dérivés du biphényle.

– que chacun des deux cycles soit substitué par des groupes différents afin d’éviter la possibilité d’un plan de symétrie moléculaire.36 Si.4. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 83 biphényle 1) A Cl Cl HOOC B 2) A Cl Cl H3C-CO B CH3 HOOC CH3 HOOC composé achiral: le plan du cycle A est un plan de symétrie de la molécule composé chiral: le plan du cycle A (ou du cycle B) n'est pas un plan de symétrie de la molécule 1) acide 3'.6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2. F HOOC A COOH F B A COOH F acide 6.2'-dicarboxylique F HOOC B A F F B COOH COOH Figure 4. le fluor).6-dicarboxylique 2) acide 6-acétyl-3'. la rotation autour de la liaison centrale n’est plus empêchée et le passage d’un stéréoisomère à son inverse optique est possible et vice-versa. au moins l’un des quatre substituants en position ortho n’est pas volumineux (dans l’exemple de la figure 4.6'-difluoro-biphényl-2. Les conditions requises pour que la molécule soit chirale sont les suivantes : – que le ou les substituants en position ortho soit (soient) assez volumineux pour apporter une gêne à la libre rotation autour de la liaison unissant les deux cycles et. .38.6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2-carboxyl ique Figure 4.37 La substitution des quatre positions ortho n’est pas absolument nécessaire. Il n’y a pas d’activité optique.37.

l) suivi du nom de la molécule.2'. par compensation externe des activités optiques des énantiomères qui les composent. des deux énantiomères (+.2'-dinitro-biphényl-2-carboxylique (molécule chirale) Br groupe volumineux iodure de 3'-bromo-biphényl-2-triméthylarsonium (molécule chirale) substituant peu volumineux F A F phényle A substitué symétriquement (plan de symétrie contenant le cycle B) (molécule achirale) F B F Br COOH acide 5-bromo-2. . F = 276 °C. F = 276 °C°.38 4. en quantités égales.6'-tétrafluoro-biphényl-3-carboxylique Figure 4. Les mélanges racémiques ou plus simplement les racémiques.6. F = 267 °C) (figure 4. ou d) et (–. séparé par un tiret (ex: acide (±)-aspartique). On l’indique par (±) ou (d.14 – Racémique (mélange) Ce n’est pas un corps pur mais le mélange.84 Chimie organique groupe volumineux HOOC (CH3)3 As I NO2 O2N acide 6.39).5. ou l) formant un couple. (±)-phénylalanine. Leurs points de fusion sont différents de celui des énantiomères (exemples : (-)-phénylalanine. n’ont pas d’activité sur la lumière polarisée rectilignement. (+)-phénylalanine.

présente dans la « levure du boulanger ».4. et avec d’excellents rendements.7). Si la cétone (ou l’aldéhyde) est représentée de telle sorte que le plus petit substituant soit à gauche du groupe carbonyle et donc. Les synthèses dites asymétriques ont pour but de ne permettre l’accès qu’à un seul énantiomère.4. ou parfois.l)-phénylalanine α 278K= 0° D Figure 4. dans certains cas. Ainsi. conduisent dans la majorité des cas. à un ou des mélanges racémiques. Stéréoisomèrie-stéréochimie 85 COOH H C CH2 NH2 H2N COOH C CH2 H (+)-phénylalanine (-)-phénylalanine α 278K= + 35° D α 278K . La règle de Prelog (1953) permet a priori de définir la stéréochimie de l’alcool qui sera formé.35° = D 50% ( 50% mélange racémique ) ou (d. permet d’obtenir. de nombreuses aldéhydes et cétones sont réduites en alcools optiquement actifs par une enzyme. une déshydrogénase. d’en favoriser seulement la formation (par induction asymétrique) au détriment de l’autre énantiomère. dont l’activité est stéréosélective (§ 4. l’énantiomère souhaité.39 Les synthèses classiques de molécules comportant un ou plusieurs centres chiraux. respectivement. le plus volumineux à droite. L’utilisation de méthodes bio-organiques faisant intervenir des enzymes fournies par des microorganismes. . l’alcool qui sera obtenu par cette réduction biologique aura son groupe OH en arrière de la représentation dans la majorité des cas comme cela est figuré dans le schéma 4.

NAD+ déshydrofgénase HO H 3C H C (S) CH2 NADH = nicotinamide adénine dinucléotide (forme réduite) NAD+ = idem (forme oxydée) NADPH = nicotinamide adénine dinucléotide phosphate (forme réduite) NADP+ = idem (forme oxydée) Schéma 4. symétriques par rapport à un plan) ce qui permet leur séparation au moyen d’une pincette. d’une part. C’est souvent le cas d’énantiomères d’acides dont on prépare des sels par action de bases assez volumineuses et optiquement actives. par exemple. il est possible de séparer des bases énantiomèriques en formant des sels d’acides optiquement actifs comme. HO2C-CH(OH)-CH(OH)-CO2H). et plus particulièrement leurs solubilités relatives dans certains solvants. d’autre part.4 4. des différences géométriques sont visibles entre les cristaux des deux énantiomères (structures inversées. La résolution peut être chimique : elle est alors basée sur les différences de propriétés de certains dérivés des énantiomères.40). L’action d’un acide fort libère ensuite de leurs sels. comme Pasteur l’a pratiquée en observant au microscope les structures géométriques des cristaux de sels d’ammonium et de sodium formés à partir de l’acide tartrique racémique (acide (±)-tartrique. ou l’acide (+)-β-camphosulfonique (figure 4.40 .15 – Résolution ou dédoublement du racémique La résolution ou le dédoublement d’un racémique est la technique permettant de séparer les deux énantiomères qui le constituent. la strychnine ou la brucine. l’acide (-)-tartrique. Inversement. le (+)-acide tartrique. par exemple.5. et le (-)-acide tartrique. recristallisés à une température inférieure à 27 °C : dans ce cas.86 Chimie organique O C NAD(P)H déshydrogénase . H N R H R O N H H H O HO H H OH COOH camphre acide (-)-tartrique acide β-camphosulfonique O SO3H O COOH strychnine R = H brucine R = OCH3 Figure 4. Elle peut être manuelle.NAD+ déshydrogénase HO C H O C H3 C CH2 NAD(P)H déshydrogénase . comme.

on utilise un acide optiquement actif. qui sera dans ce cas A(-)(B(-) permettra par le même procédé de récupérer l’autre énantiomère acide AH(-). Enfin. mais dans ce cas. et en particulier la solubilité dans un solvant donné S. elles ne reconnaissent parmi les deux énantiomères proposés à leur action que celui qui s’accorde à leur propre chiralité. . celui qui est insoluble est filtré puis recristallisé pour le purifier.5 La résolution du racémique peut être biologique. soit par d'autres méthodes (chromatographie. il n’est pas rare qu’un des énantiomères soit à l’origine de cette propriété tandis que l’autre est totalement inactif. RCONH-CH(R)-COOH. Lorsqu’une molécule chirale sous forme racémique possède une activité biologique. Si un acide racémique représenté par AH(+) + AH(-) est mis en présence d’une base B(-). mais dans ce cas. des techniques chromatographiques très spécifiques à tel ou tel type de structure chimique. elle est destructrice avec perte de 50 % du mélange.5. C’est le cas pour les mélanges racémiques d’acides α-aminés naturels N-acylés. Stéréoisomèrie-stéréochimie 87 Cette méthode est basée sur les différences de propriétés physicochimiques des diastéréoisomères (§ 4. par exemple A(+)-B(-) déplace alors l’énantiomère acide faible AH(+). les deux sels formés seront A(+)-(B(-) et A(-)-B(-) ayant des différences de solubilité dans un solvant choisi par expérimentation. car l’un des énantiomères est dégradé par des enzymes spécifiques. permettent de séparer les deux énantiomères formant un racémique. On utilise alors la différence des interactions qui existent entre une phase chirale du système chromatographique et les deux énantiomères qui composent le racémique. En effet.4.5). La forme racémique du médicament correspondant obtenue par la synthèse classique nécessite donc une dose double de celle de l’énantiomère actif pour un effet identique ce qui est une aberration économique et explique l’intérêt de ne produire que l’énantiomère actif par synthèse asymétrique. AH (-) + AH (+) acide racémique ( )A + Base chirale (-) A(-)-B(-) + A(+)-B(-) sels diastéréoisomères de propriétés physiques différentes. La méthode est identique avec les racémiques de bases. L’action d’un acide fort sur ce sel. soit par précipitation et filtration.21) auxquels s’apparentent les sels d’acides chiraux et de bases chirales (schéma 4. Si l’un des deux sels est nettement plus soluble que l’autre dans ce solvant. soit par extraction par un solvant ou évaporation du solvant s'ils sont solubles. L’évaporation de la solution contenant le sel le plus soluble. A(-)-(B)(-) soluble dans le solvant S et A(+)-(B)(-) cristaux insolubles dans le solvant S AH(-) + AH(+) + B(-)H B(-)H (La base chirale est récupérée sous forme de sel) séparation par filtration filtrat contenant A(-)-B(+) cristaux filtrés A(+)-B(-) H H Les acides sont isolés. par exemple) Schéma 4.

inactif sur la lumière polarisée rectilignement.H+ O O C HO C O O C C HO O + H+ C O H C OH CH3 et racémique acide (d.7 4.3) est racémisante parce qu’elle s’effectue via un carbocation plan qui peut ensuite être attaqué sur ses deux faces (schéma 4. optiquement actif. O O C HO C H .17 – Pourcentage énantiomérique Pour un mélange de deux énantiomères R et S.1. La réaction de substitution nucléophile monomoléculaire SN1 (§ 8.5.l)-lactique (sous forme de sel) CH3 acide L(+)-lactique (sous forme de sel) CH3 CH3 O C O retour de H+ d'un côté ou de l'autre du plan HO C H CH3 Schéma 4. le pourcentage énantiomérique est pour l’énantiomère (R) : %(R) = R R+S .7).88 Chimie organique 4. à un mélange racémique.5.6). l’acide L(+)-lactique est facilement racémisé en présence d’une solution de soude en raison de l’équilibre avec la forme énolate de l’acide (figure 4.16 – Racémisation C’est la réaction qui permet le passage d’un composé chiral. Me Me Me Br R C Et Pr carbocation solvant polaire Br + Pr C Et HO HO C R Et Pr et Me Et Pr racémique C OH S HO Schéma 4.6 Par exemple.

Si. 4. optiquement pur.5. 89 4. C’est rarement le cas.5. Par exemple. Si. le réactif X. un stéréoisomère optiquement pur. par exemple de 70 %.5. donnée sous forme de pourcentage. les énantiomères ont des points de fusion.20 – Rendement optique Distinct du rendement réactionnel qui est le pourcentage de produit obtenu pur dans une réaction par rapport à la quantité théorique de ce même produit qui aurait du être obtenue.5. la pureté énantiomérique en énantiomère R est donnée sous forme de pourcentage par l’équation : pureté énantiomérique en R % = (R .18 – Pureté optique Si dans un mélange de deux énantiomères R et S. points d’ébullition. bien que le rendement réactionnel soit. 4.l)-Y. par une réaction. conduit à un composé Y. le rendement optique exprime le pourcentage de pureté optique d’un nouveau stéréoisomère issu d’une réaction faisant intervenir comme produit de départ. Stéréoisomèrie-stéréochimie Il est de 50 % pour chacun des énantiomères composant un mélange racémique. identiques. l’activité optique de l’énantiomère R pur est [α°R].5. et ne sont pas images l’un de l’autre dans un miroir (définition inverse des énantiomères). et spectres physicochimiques. 4. la pureté optique. X produit le racémique (d. le rendement optique est de 40 %.25).S) (R + S) x 100 Elle a la même valeur que la pureté optique. avec R > S. celles des diastéréoisomères sont différentes et ne présentent aucune relation entre elles comme deux com- . dans une réaction. l’activité optique enregistrée sur un polarimètre est [α°] alors que dans les mêmes conditions expérimentales. avec R >S. qui diffèrent entre eux par toutes leurs propriétés physiques. enregistrés dans des conditions classiques.21 – Diastéréoisomères (couple de -) Un couple de diastéréoisomères est constitué de stéréoisomères qui possèdent au moins deux centres asymétriques.4. dont la pureté optique est de 40 %. il existe 2n stéréoisomères a priori. est : 100 × [α°] /[α°R]. le rendement optique en cet énantiomère est de 100 %. Si X conduit uniquement à l’énantiomère (d)-Y pur. mathématiquement possibles. Si les activités optiques des énantiomères sur la lumière polarisée rectilignement sont opposées mais de même valeur absolue.19 – Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) Dans un mélange d’énantiomères R et S. il n’en est pas de même des diastéréoisomères. car il peut exister pour certains de ces stéréoisomères des symétries moléculaires qui en réduisent le nombre (ex : formes méso § 4. le rendement optique est de 0 %. Lorsqu’une molécule possède « n » centres asymétriques ou chiraux avec n > 1.

24). H CH3 Br (S) (S) H CH3 H3 C Br (R) (R) H H 3C H Cl Cl (2S. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2R. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2S. Cl C C Cl (Z) H H C C Cl H Cl (E) H couple de diastéréoisomères Figure 4.3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple de diastéréoisomères ne sont pas "image l'un de l'autre dans un miroir" Figure 4. Ils sont achiraux (figure 4. tous les carbones asymétriques portant les mêmes substituants ont des configurations absolues inversées. Des exemples sont donnés pour le 2-bromo-3-chloro-butane (figure 4.41) (voir aussi la convention de Fischer § 4. Ils n’ont pas d’activité optique car le plan de la molécule sert de plan de symétrie.42). ce qui n’est pas vrai pour l’ensemble des carbones asymétriques du couple de diastéréoisomères. Un cas particulier de couple de diastéréoisomères qui ne comportent pas de centres chiraux est celui composé de deux isomères géométriques cis et trans ou E et Z. 3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple d'énantiomères "images l'un de l'autre dans un miroir" H CH3 Br (S) (S) Cl H CH3 Br H 3C (S) (R) H H3 C Cl H (2S.41 On peut remarquer que dans le couple d’énantiomères. Ce sont deux stéréoisomères configurationnels non symétriques par rapport à un plan.42 .5.90 Chimie organique posés optiquement actifs mais de natures différentes.

Ils comportent plusieurs carbones asymétriques. et HO-CH2-(CHOH)n-CO-R. prix Nobel 1902. Les premier et dernier traits verticaux correspondent à des substituants situés derrière le plan de représentation (ou de projection) de la chaîne carbonée centrale. a proposé la convention suivante. appelée « projections de Fischer »: Tout trait horizontal correspond à une liaison située en avant du plan de représentation. avec R souvent égal à CH2OH. Le substituant terminal ayant le plus haut degré d’oxydation (CHO ou COR) est toujours situé à la partie supérieure de la représentation (figure 4.4.43 . à l’exception du premier et du dernier correspond à des projections sur le plan de représentation des liaisons C-C de la chaîne carbonée centrale.5. un chimiste allemant. Emil Fischer. Tout trait vertical.22 – Convention de Fischer (représentation des sucres) Les formules générales des sucres acycliques sont : HO-CH2-(CHOH)n-CHO. pour le plus grand nombre des cétoses. Stéréoisomèrie-stéréochimie 91 4.43). Pour les représenter simplement. pour les aldoses. plan de représentation CHO H HO H HO CH2OH CHO H H H CHO rotation de 90° OH OH H OH OH CH2OH CH2OH représentation de FISCHER (projections sur le plan de représentation) OH OH CHO CH2OH D-(-)-érythrose plan de représentation = plan de la feuille H H H HO H HO HO CHO 109°28 rotation de 90° puis projection sur le plan de représentation CH2OH H L-lyxose CHO H OH H OH HO H CH2OH représentation de FISCHER représentation de NEWMAN (conformation éclipsée) Figure 4.

en partant de CHO (groupe aldéhyde) pour les aldoses ou CO (de COR) pour les cétoses (dérivés de cétones).44 Le signe (+) ou (-) qui peut être remplacé par d ou l (dextrogyre ou lévogyre) correspond à l’activité optique du composé. Si. symétriques par rapport à un plan.44). Par contre. CHO CHO H OH CH2OH D(+)-glycéraldéhyde ou D(+)-glycérose) CHO H H OH OH CH2OH D(+)-érythrose HO H H OH CH2OH D(+)-thréose CHO H H CH2OH L(-)-érythrose H HO CHO OH H CH2OH L(-)-thréose CHO HO H CH2OH HO HO L(-)-glycéraldéhyde ou L(-)-glycérose Figure 4. parmi d’autres… . L.45).92 Chimie organique Si.et D-riboses. L-ribose et L. observée expérimentalement avec un polarimètre.et D-arabinoses et L. 8 stéréoisomères existent qui forment 4 paires d’énantiomères. ces derniers résultent d’additions successives de groupes « H-C-OH » ou « HO-C-H » entre la fonction aldéhyde et le reste de la molécule (figure 4. il est dit de la série L. le (n-1)ième atome de carbone de la chaîne carbonée centrale. dans ces conditions. En effet. possèdant chacun un seul carbone asymétrique et définis comme les « bases stéréochimiques » des aldoses. On peut considérer que les aldoses dérivent tous des glycéraldéhydes D et L.et D-lyxoses. ce qui est totalement indépendant des lettres D ou L qui sont issues d’une convention de représentation.et D-xyloses. en représentation de FISCHER. porte un groupe OH à droite. le sucre porte au contraire un groupe OH à gauche. c’est ce qui explique cette convention. le sucre appartient à la série conventionnelle D. Dans le cas des aldopentoses (figure 4. L. L.ou D-xylose forment un couple de diastéréoisomères (non symétriques par rapport à un plan) au même titre que le L-arabinose et le L-xylose.

Quand NH2 est à droite.5. Seule.45 Les cétoses (figure 4. Le groupe cétonique occupe presque toujours la position 2. ne possède pas de carbone asymétrique. la glycine NH2-CH2-COOH (R = H). on représente toujours ces acides avec les groupes COOH et R en vertical avec COOH toujours en haut de la représentation.23 – Convention de Fischer (représentation des acides -aminés et acides -alcools) Les acides α-aminés ou α-aminoacides ont pour formule générale: NH2-CH(R)-COOH. dont les isomères de structure aldose sont le xylose et le lylose qui ont un carbone asymétrique de plus que le xylulose.46 CHO HO HO H H H OH CH2OH D-lylose O H H H OH OH OH CH2OH D-psicose 4. CH2OH CH2OH O HO H H OH CH2OH D-xylulose CHO H HO H OH H OH CH2OH D-xylose Figure 4.4. comme le xylulose.46) sont souvent désignés par le suffixe -ulose. Stéréoisomèrie-stéréochimie couples d'énantiomères 93 CHO HO HO HO H H H CH2OH L(+)-ribose CHO H H H OH HO OH HO OH CH2OH D(-)-ribose CHO H H CH2OH D(-)-lyxose CHO H H OH HO OH H H CH2OH L(+)-lyxose CHO H OH OH CH2OH H HO HO CHO OH H H CH2OH H HO H CHO OH H OH CH2OH HO H HO CHO H OH H CH2OH L(-)-xylose H OH HO H D(-)-arabinose L(+)-arabinose D(+)xylose exemples de couples de diastéréoisomères Figure 4. Tous les autres acides α-aminés en possèdent un. l’acide -aminé est dit de la série D. s’il est à gauche. voire plusieurs. . Dans la convention de FISCHER. puis les substituants H et NH2 à l’horizontal. il est de la série L. Le psicose est une des nombreuses exceptions à cette dénomination.

4. S’il est à gauche.47 série D des acides α-alcools Dans les acides α-alcools. Dans ce cas il ne peut pas exister de série D ou L (figure 4.5.47. le groupe NH2 des acides aminés est remplacé par un groupe OH.aminés COOH HO α H R série D des acides α.48). des acides α-aminés ou des acides α-hydroxylés. Si le groupe OH est à droite de la représentation. HO-CH(R)-COOH. de formule générale.94 Chimie organique COOH H2N α H H COOH NH2 H COOH (R) NH2 R série L des acides α. . la projection de Fischer a été étendue à d’autres molécules en utilisant les mêmes principes que pour les sucres.24 – Projection de Fischer (cas général) D’abord utilisée pour la représentation des sucres. il est de la série L. hydroxy.aminés COOH H OH H CH2OH D(-)-sérine COOH (R) CH3 OH H R série L des acides α-alcools ATTENTION: CHO H HO OH H CH2OH R série D des acides α-alcools acide D(-)-lactique oxydation chimiosélective du groupe aldéhyde COOH H HO OH H CH2OH série L des sucres Figure 4. l’acide -alcool. est de la série D. L’oxydation spécifique et unique du groupe aldéhyde (oxydation chimiosélective) d’un sucre de série L peut conduire à un acide α-alcool de série D comme dans l’exemple présenté dans la figure 4.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 95 H3C H CN H CN CH3 H C2H5 2. Dans la figure 4. COOH et c. Il est achiral.49). Les deux carbones asymétriques portent les mêmes substituants.3-diméthyl-pentanenitrile Figure 4. COOH H Plan de symétrie H (R) Cl CH3 2 (R) 1 CH3 H Cl plan de symétrie OH OH (S) H (S) CH3 H Cl CH3 H Cl Cl Cl COOH acide mésotartrique H H OH OH CH3 Cl CH3 Cl rotation H de C2/C1 H CH3 CH3 H H COOH COOH forme méso composé de forme méso Figure 4. b. c représentent des groupes substituants différents entre eux.25 – Forme méso C’est un stéréoisomère qui possède au moins deux centres chiraux. b.5.48 CN H H3 C C2H5 CH3 H H3C H H3C C 2H5 4.Composés de structures C(abc)-C(abc) où a. . Plusieurs exemples de stéréoisomères de forme méso sont présentés ci-après (figure 4. et un plan ou un centre de symétrie moléculaire pour l’une de ses conformations. . les substituants du carbone 1 éclipsent les mêmes substituants du carbone 2. a peut représenter H.4. en représentation de Newman. Il est inactif par compensation interne sur la lumière polarisée rectilignement (optiquement inactif).49 On observe que dans la forme méso. OH.49.

50.Composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc) Pour les composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc). Pour définir sa configuration R ou S. un carbone de configuration R est prioritaire par rapport à un carbone de configuration S. les deux groupes COOH dans les acides (D). de forme méso a donc une configuration R . donc ce carbone devrait être achiral. il existe a priori 8 stéréoisomères représentés dans la figure 4. il faut savoir que. Le carbone pseudo-asymétrique des composés A et B. Ce sont donc des composés achiraux. COOH H HO (R) 2 OH (R) 1 H COOH acide D(+)-tartrique COOH HO H (S) 2 H 1 (S) OH COOH acide L(-)-tartrique HO H OH H HO H OH H COOH COOH HOOC COOH Figure 4. d’autre part. sont des composés méso dans la mesure où ils admettent tous un plan de symétrie perpendiculaire à la chaîne carbonée qui contient les groupes H et OH du carbone central (images d’eux-mêmes dans un miroir). En retournant B de 180° dans le plan de la feuille.et (L)-tartriques sont en arrière de la représentation. Les composés A et B d’une part et C et D. Il n’existe donc que deux composés méso. et non de part et d’autre de celle-ci comme l’exige la présence d’un centre de symétrie. . Il en est de même de C et D.96 Chimie organique Attention : certains composés de structure C(abc)-C(abc) semblent a priori possèder un centre de symétrie comme dans l’exemple présenté dans la figure 4. Les acides D. mais dans la mesure où il existe une inversion de configuration de ces groupes (R) et (S). Le carbone central de ces composés a un caractère particulier. par convention.et L-tartriques forment un couple d’énantiomères. on obtient A. Si ces deux configurations étaient les mêmes. le carbone serait achiral. il possède deux groupes chimiques identiques C(H)(OH)-COOH. Cette impression ne doit pas faire oublier la convention de Fischer. on dira qu’il s’agit d’un carbone pseudo-asymétrique. Par exemple.51.50 .

51 Les structures E et G représentent un même composé dans la mesure où une rotation de l’un d’eux de 180° dans le plan de la feuille conduit à la représentation de l’autre.4. S). Stéréoisomèrie-stéréochimie COOH (R) 97 COOH H HO H (R) carbone pseudo asymétrique H OH COOH (S) HO H HO HO H (R) COOH HO H HO (S) H OH (R) OH H H OH OH (S) COOH A H OH (S) COOH C H H COOH B COOH D forme méso inactif forme méso inactif COOH H H carbone achiral HO (R) (R) COOH HO HO H F (S) H H (S) OH COOH H HO HO COOH (R) OH OH H OH HO H H H COOH (S) H OH (S) OH COOH H (R) H COOH E COOH G acide L-trihydroxyglutarique acide D-trihydroxyglutarique E = G et F = H (superposables par rotation de 180° dans le plan de la feuille. donc un seul couple d'énantiomères) Figure 4. hétérocycle oxygéné à trois chaînons. par exemple G et H c’est-à-dire un couple d’énantiomères (acides trihydroxyglutariques D et L). Le carbone central est pseudo-asymétrique. Il reste donc uniquement deux composés symétriques par rapport à un plan. Il faut remarquer que le carbone central dans ces cas est un carbone achiral car les deux groupes C(H)(OH)-COOH ont des configurations identiques (R. et l’autre un composé acyclique dans lequel les deux centres chiraux sont éloignés de trois carbones. R ou S. Les structures de type C(abc)-C(ab)-C(abc) n’admettent donc que deux formes méso et un couple d’énantiomères soient 4 stéréoisomères et non 8. Il en est de même de F et H.52 représente deux autres exemples de composés méso : un dérivé de l’oxirane. La figure 4. .

Dans l’érythrose. deux groupes du premier carbone asymétrique éclipsent deux groupes identiques du second carbone asymétrique.53). dans les composés de forme érythro.98 Chimie organique plan de symétrie de la molécule Br O C R Et C S Me Et Me Et C R C H2 Me Cl C C H2 Br C S Me Et Me composés "méso" Figure 4. l’érythro deviendrait méso. en représentation de Newman. il y aurait alors un plan de symétrie dans la molécule.et D(-)-érythroses (composés A et B de la figure 4. CHO H H R R A H H OH OH HO HO OH OH HO HO CHO S S H H H 3C R S H3C H Cl Cl H S R CH3 CH2OH CH2OH B H H H C Br Br H D CH3 H3C H 3C H Cl Br Br Cl H CH3 CH3 CHO CH2OH D(-)-érythrose CHO CH2OH L(+)-érythrose formes érythro Figure 4.5.26 – Forme érythro Le préfixe « érythro » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de deux carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des L(+). et d’une manière plus générale.53 H H couple d'énantiomères de l'érythro-2-bromo-3-chloro-butane .52 carbone pseudo-asymétrique 4. Si le troisième substituant de chaque carbone était le même.

4.27 – Forme thréo Le préfixe « thréo » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des D(-) et L(-)-thréoses (composés A et B de la figure 4. Trois exemples sont donnés dans la figure 4.54 4. CHO HO H S R A H HO H OH HO H H OH H HO CHO H R S OH H S S H3C CH3 Cl CH3 Cl R R H CH2OH CH2OH B OH H H3 C H H Br Br H D CH3 C Cl Br Br Cl H CH3 CHO CH2OH D(-)-thréose CHO CH2OH L(+)-thréose H CH3 H CH3 H OHC OH OH HO HO CHO H H3C H3 C H H Br Br H H CH3 CH3 H CH2OH formes thréo H CH2OH Cl Cl couple d'énantiomères de thréo-2-bromo-3-chloro-butane Figure 4. Dans le thréose.5.28 – Épimères (couple d’-) Un couple de diastéréoisomères qui ne diffèrent entre eux que par la configuration d’un seul stéréocentre sont appelés épimères. .55. et d’une manière générale dans les composés de forme érythro. Stéréoisomèrie-stéréochimie 99 4. en représentation de Newman.54).5. il n’existe aucune conformation qui permette que deux groupes identiques du premier carbone asymétrique éclipsent les groupes identiques du second carbone asymétrique.

5S.56). 3R. Un exemple classique d’épimérisation dans la série des sucres est lié à l’énolisation de la fonction aldéhydique -CHO. en solution. soit un carbone asymétrique R.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone Et (S) H L(-)-mannose L(-)-glucose 2R. les produits formés sont : 50 % du produit de départ et 50 % de L(-)-glucose. . soit un carbone asymétrique S. La formation du L(-)-glucose correspond à une épimérisation du L(-)-mannose.6). 3S.100 Chimie organique HO H H Br H3C (R) (S) CH (R) 3 Cl H 2R. Si.29 – Épimérisation C’est une réaction qui permet l’inversion de configuration d’un seul stéréocentre parmi ceux présents dans un composé chiral.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone couples d'épimères Figure 4. dans l’équilibre entre forme cétonique (ou aldéhydique) et forme énolique. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol et H3C (R) Cl H (S) H OH H Br 3 (S) CH 2R. en quantités égales. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol H H HO HO CHO (R) OH OH et HO H HO HO CHO (S) H OH H H CH2OH H Et (S) H et (S) Me O Me (R) H O H H CH2OH 2S. équilibre céto-énolique. 5S. En effet. Ce sont des réactions régiosélectives (la réaction est orientée sur un carbone particulier § 4. le retour de l’hydrogène porté par le carbone en α du groupe carbonyle peut s’effectuer en formant.7) et stéréospécifique (§ 4. l’énolisation a été effectuée à partir de L(-)-mannose (figure 4.55 4. Le pourcentage d’épimérisation dépend du pH de la solution de (L)-mannose.5.

5.57. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. ni centre de symétrie. composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie composé méso composé achiral pas de carbone asymétrique composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Cl H H3C composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie forme méso . .30 – Chiralité des composés cycliques L’absence d’un axe alternant Sn ou plus simplement d’un centre de symétrie ou d’un plan de symétrie pour le composé cyclique le définit comme composé chiral. Stéréoisomèrie-stéréochimie 101 H H H H HO HO O C (R) OH OH H H CH2OH forme aldéhydique L(-)-mannose O H b H a HO HO C a H OH HO OH H H CH2OH b H HO HO O C (S) H OH H H CH2OH forme énolique forme aldéhydique L(-)-glucose Figure 4.Cyclopropane H H H H Cl * H Cl * H Cl H CH3 CH3 Cl * H Cl H composé chiral 1 carbone asymétrique ni plan ni centre de symétrie H H H H H Cl * H Cl * H Cl * H CH3 * H H * Cl Cl * H composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan.56 4.4.

dans ce cas. la représentation plane classique permet de penser qu'il existe un plan de symétrie et la molécule est achirale. la conformation chaise n'a ni plan de symétrie.102 . ni centre de symétrie et la molécule a donc une chiralité. Les deux conformations chaises inversées X et Y représentent un couple d'énantiomères (voir X et Y'). Le passage d'une conformation à son inverse nécessite une très faible énergie ce qui conduit à un mélange constant de 50% de chaque conformation (racémique d. et qui n'est pas résolvable.l) qui n'a finalement pas d'activité sur la lumière polarisée. par compensation externe. si A= B. En réalité.Cyclobutane Cl Me H H Cl Me H H H Me Cl H H H Chimie organique composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie H Me Cl H * Me H * * H H * Cl composé chiral 4 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Me H Me composé achiral pas de carbone asymétrique centre de symétrie Cl composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie Cl H Me H Cl . la molécule est chirale.2-disubstitué A B A cis (X) H H (Y) H H B B H H (Y') A B A A=B si A = B = H. A A H A B trans B H forme préférentielle: e-e B H H si A = B ou A = B : composé chiral.Cyclohexane 1. 2 carbones asymétriques .

57 B A A H B si A=B.4-disubstitué B cis H A H H trans B H forme préférentielle: e-e A = B ou A = B.4. 2 carbonesasymétriques: composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan. Stéréoisomèrie-stéréochimie . 2 carbones asymétriques A A trans B H B si A = B ou si A = B.4-disubstitués ont un plan de symétrie: ils sont achiraux. pas de forme préférentielle A H A H B A B . les cyclohexanes 1.Cyclohexane 1.Cyclohexane 1. Figure 4. cis ou trans. si A = B : composé chiral. 2 carbones asymétriques.3-disubstitué A A B cis B H H A H forme préférentielle: e-e si A = B : composé achiral. forme méso. ni centre de symétrie A B H formes équivalentes si A = B H H B H 103 .

ce sont les liaisons aux hydrogènes liés aux carbones 4a et 8a.31 – Décalines cis et trans L’hydrogénation totale du naphtalène conduit aux décalines cis et trans.5. 8 7 6 5 8a 1 2 H 5H2 3 H B et A 8a 4a A H B 4a 4 naphtalène H décaline cis décaline trans Figure 4. à la jonction des deux cyclohexanes. l’estradiol (figure 4.58 La décaline représente les deux premiers cycles A et B du système tétracyclique du cholestane et du coprostane (§ 4. . B et C) et un cyclopentane (cycle D) accolés (structures dont dérivent le cholestérol et des hormones stéroïdes comme la testostérone.59)) : C A B D Me H HO H H Me Me Me Me système tétranucléaire des stéroïdes Me OH Me H O testostérone H H H cholestérol O Me Me H H HO estradiol H H Me OH Me H O H progestérone Figure 4. la progestérone.58).32) constitué de trois cyclohexanes (cycles A. La décaline trans est formée à partir d’une molécule de cyclohexane en utilisant deux liaisons équatoriales en positions trans de deux carbones adjacents : il reste donc deux liaisons en position trans sur les deux atomes de carbone.59 La décaline est constituée par deux cycles accolés qui ont donc en commun deux atomes de carbone. Ces décalines diffèrent par les positions relatives des hydrogènes liés aux carbones qui joignent les deux cycles numérotés 4a et 8a (figure 4.104 Chimie organique 4.5.

Il suffit d’utiliser deux liaisons en positions cis. une axiale et une équatoriale. une axiale et une équatoriale sur chacun des deux carbones adjacents d’un premier cyclohexane. Les composés dérivés du 5 -cholestane (figure 4.32 – Configurations et (dans les stéroïdes) des substituants Un substituant est dit en position si la liaison qui le porte est dirigée vers le dessous de la représentation. les deux décalines cis et trans ne sont pas des conformères. Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 105 En faisant l’inverse. décaline trans A B décaline cis A B axiale équatoriale équatoriale axiale A B équatoriale A B axiale équatoriale Le cyclohexane B est formé à partir de 2 liaisons équatoriales (trans) du cyclohexane A. A la jonction des deux cycles.60 4.5. puis de construire le second cyclohexane « chaise » à partir de ces deux liaisons. Il est impossible de passer de l’une à l’autre par des rotations autour de liaisons σ.60). les deux liaisons restantes du cyclohexane B sont en position cis. elles représentent deux configurations de cette molécule (figure 4. (Hydrogènes non figurés) axiale Le cyclohexane A est formé à partir de deux liaisons en position cis du cyclohexane B.61) appartiennent à la série dite « allo » des stéroïdes.4. et inversement pour un groupe . A la jonction des deux cycles. une axiale et une équatoriale. Bien que formées à partir de conformations « chaise » du cyclohexane. les deux liaisons restantes du cyclohexane A (axiales) sont en position trans. . on obtient la décaline cis.

et cis pour 5β-cholestane).61 Les dérivés du 5 -cholestane (coprostane) (figure 4.62) appartiennent à la série dite normale des stéroïdes.106 Chimie organique β β α β 3 2 α β β 4 1 A 11 β β C α 12 14 β 13 β 10 R D 17 16 α β α 6 α α α 9 B 7 8 15 β α 5 α α 17 18 12 11 1 2 19 9 10 5 C 8 13 14 5α-cholestane D 15 16 A 3 4 B 7 6 A/B: trans B/C: trans C/D: trans Figure 4. β β α 1 β A 5 10 α 11 β β C 12 β 13 β β 2 β 6 9 R D 17 16 α B β 7 8 α 14 15 α 4 α α α β 3 α 18 12 17 13 α β 5β-cholestane 16 1 2 19 11 9 C 8 7 14 D 15 10 A/B: cis B/C: trans C/D: trans A 3 4 5 B 6 Figure 4. Ces deux séries diffèrent par le type de jonction entre cycles A et B (trans pour 5α-cholestane.62 .

8) est une réaction d’addition équilibrée d’un alcool sur un aldéhyde ou une cétone (§10. avec ou sans catalyseur acide ou basique. Stéréoisomèrie-stéréochimie 107 4. et la forme acyclique.3). EDP Sciences. 2003). Dans ce cas.34 sont rédigés d’après l’ouvrage « Chimie organique hétérocyclique » par l’auteur et F. . qui s’effectue dès 25°C pour les aldéhydes.5.33 – Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) (Les paragraphes 4. La réaction d’hémiacétalisation (schéma 4. Une des conséquences de la cyclisation des sucres est la création d’un carbone asymétrique supplémentaire par rapport à ceux du sucre acyclique. O R C O + R-O-H C O-H hémiacétal Schéma 4. Chau. appelé carbone anomérique.5.33 et 4. la réaction est intramoléculaire et conduit à un équilibre entre les formes cycliques.8 Cette réaction s’applique en particulier aux sucres. pyranoses ( et ) et furanoses ( et ) dans la majorité des cas. et dont les configurations définissent les formes cycliques α ou β d’un sucre donné.2.4.5. Le passage des formes cycliques α aux formes cycliques β se fait via la forme acyclique. C’est la mutarotation des sucres.

entre les groupes OH en position 4 ou 5 et le groupe carbonyle aldéhydique. couple de composés anomères.5% 2 4 OH 3 H D-glucose 6 HOCH2 HO 5 H O C 1 H OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 6 H H 5 CH2OH 6 CH2OH H O OH 3 2 1 1 2 OH OH HO O 1 H HO H H 2 3 4 OH H OH HO 3 H H 4 H 5 OH H 2 OH H HO 6 CH2OH H 1 O 5 4 < 1% HO OH OH α-D-glucofuranose 6 CH 2OH H O 3 H 4 H OH 5 6 CH2OH OH 5 CH2OH 6 HO OH 1 1 2 3 4 H OH H O HO 5 4 H O OH 3 2 H <1% HO H H OH β-D-glucofuranose OH 5 CH2OH 6 (représentations selon Haworth) Schéma 4. .5% 1 2 3 4 OH OH H OH O O O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH (rotation autour de la liaison C4-C5) OH H 4 OH H 3 2 OH H 1 O 4 OH 3 2 HO H H HO OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH2OH 6 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63.9 (représentations selon Fischer) Dans le cas du D-glucose (schéma 4. l’ -D-glucofuranose et le -D-glucofuranose.108 Chimie organique Mutarotation du D-glucose acyclique α-D-glucose α-D-glucofuranose D-glucose acyclique β-D-glucose β-D-glucofuranose 6 CH OH 2 5 H H 1 35. les réactions intramoléculaires d’hémiacétalisation. ou un cycle furanique minoritaire (< 1 %).9). l’ -D-glucopyranose ou -D-glucose. conduisent à un cycle pyranique majoritaire (99 %). et le -D-glucopyranose ou -D-glucose. autre couple de composés anomères.

Les sucres cycliques dérivés d’aldoses ou de cétoses sont représentés selon leurs formules en perspective de HAWORTH. le β-D-glucose a un pouvoir rotatoire [α]20D = +18. La formation de furanoses et pyranoses est privilégiée en raison de leur stabilité par rapport à d’autres cycles plus petits ou plus grands. mais moins stables. le même phénomène de mutarotation est observé avec le L-glucose. L’oxygène est alors situé derrière les carbones cycliques et ces derniers sont numérotés dans le sens de rotation des aiguilles d’une montre. les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes sont inscrits dans des plans perpendiculaires à la feuille de représentation.63).5 % d’α-glucose et 63.et β-L-pyranoses (figure 4.7°. Les carbones asymétriques des substituants en position 4 (furanoses) ou 5 (pyranoses).et D-pentopyranoses. Les aldopentoses. alors que dans les mêmes conditions. les αD. Ceux des carbones 1 et 4 des furanoses et des pyranoses dérivés d’aldoses.et β-L-glucoses) et des αet β-L-glucofuranoses. Le 1 % restant est formé en grande partie d’α. et inversement pour les L-hexo. numérotés 1. Il en est de même pour les β-D. et inversement dans les séries « β ». Stéréoisomèrie-stéréochimie 109 L’α-D-glucose préparé par synthèse en solution aqueuse fraîche a un pouvoir rotatoire [α]20D = +112. et de D-glucose (0.et β-L-anomères ont le groupe OH qui substitue le carbone anomérique. l’équilibre est atteint et la solution dans l’eau de l’un ou l’autre anomère a un pouvoir rotatoire de [α]20D = + 52.7°. Dans les séries « α » le OH anomérique (C-1) est du côté opposé à CH 2OH par rapport au plan de la représentation de Haworth.02 %) acyclique. dont les formations pourraient être envisagées par la même réaction d’hémiacétalisation. sont dans le plan de la feuille de représentation. . et inversement pour les anomères .et β-L-glucopyranoses (appelés aussi α.5 % β-glucose. L’α-D-glucopyranose est l’inverse optique de l’α-L-glucopyranose.et L-pentopyranoses.4. ont le groupe CH2OH au-dessus du plan.7° β-D-(+)-glucose (solution fraîche) = + 18. et en position 5 pour les pyranoses (R et S).2°. α-D-(+)-glucose (solution fraîche) α 20 = + 112.et β-D-glucofuranoses. Dans les formules en perspective de Haworth. Les substituants du cycle sont représentés au-dessus ou au-dessous du plan du cycle. formés respectivement à partir d’hexoses et de pentoses. et numérotés 2 pour les cétoses (pour des raisons évidentes d’écriture cette règle n’est pas toujours respectée dans les disaccharides ou polysaccharides). Dans ces conditions. représenté en dessous du cycle de représentation. étant à droite de l’atome d’oxygène. les carbones anomèriques dérivés d’aldoses. dans la mesure où il en existe. sont représentés selon la convention de Fischer des sucres linéaires (ex : α-D-glucofuranose). Après une suite continue de passages de l’une des formes cycliques de départ à l’autre via la forme acyclique. aldohexoses.7° Evidemment. L’anomère est dit lorsque la configuration du carbone anomèrique est différente de celle du carbone en position 4 du cycle pour les furanoses. avec formation des α. et selon la convention de FISCHER. Les D-hexo.2° D mélange à l'équilibre = + 52. La solution est alors constituée d’environ 35. cétopentoses et cétohexoses donnent lieu à la mutarotation.

6 CH2OH 1 O 1 2 1 CH2OH O H OH OH H 5 6 1 5 CH2OH HOCH2 2 HO 2 3 OH H OH O HO OH 4 3 HO 3 CH2OH OH H 4 CH2OH OH 3 2 H 4 H 5 H 4 H 5 O OH α-D-fructofuranose 6 CH2OH 6 CH2OH 6 CH2OH OH H 5 D-fructose O HO 4 3 OH 2 1 HO 2 HO 3 CH2OH H OH O CH2OH 1 OH β-D-fructofuranose (Haworth) H 4 H 5 6 CH2OH (Fischer) Schéma 4. à l’α.10) qui conduit principalement.110 6 Chimie organique CH2OH R O S 2 1 CH2OH R OH OH OH β−D-glucopyranose O OH R 5 4 OH 3 OH OH OH α-D-glucopyranose OH O OH OH O CH2OH OH CH2OH OH OH OH α-L-glucopyranose Figure 4.et au β-D-fructofuranoses.63 OH β-L-glucopyranose La mutarotation des cétoses conduit à des hémiacétals. par mutarotation.10 . c’est le cas du D-fructose (schéma 4.

. Stéréoisomèrie-stéréochimie 111 Les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes ne sont pas plans. ce que n’indique pas la représentation de Haworth. selon la représentation de Haworth. et dans de nombreux cas.64). l’α-D-idose et l’α-D-altrose ont aussi cette conformation (figure 4. ont plutôt une conformation 1C4. On distingue les conformations « chaise » 1C4 et 4C1 où C indique qu’il s’agit d’une conformation « chaise » (figure 4. la conformation la plus stable dans la plupart des cas est la conformation « chaise ». a4 4 e4 e3 a3 4 C 1 Figure 4. le groupe hydroxyméthyle est le substituant le plus volumineux de la molécule. Dans les D-hexopyranoses. et les chiffres. l’une de ces conformations prédomine parce qu’elle apporte plus de stabilité à la molécule. Deux conformations « chaise » s’interconvertissent par simples rotations autour des liaisons interatomiques du cycle.65). Les D-hexopyranoses. la numérotation des carbones 1 et 4. en indice haut ou bas selon leur disposition dans la conformation « chaise » retenue.4. la conformation 4C1 est privilégiée et le groupe CH2OH est en position équatoriale. 1C4 signifie que les carbones 1 et 4 sont respectivement au-dessus et au-dessous du plan moyen de la molécule. Pour éviter des interactions fortes entre ce groupe et les groupes OH qui substituent les autres carbones du cycle. situé sur C-5. Les L-hexopyranoses qui ont le groupe hydroxyméthyle inversé par rapport aux D-hexopyranoses.64 a5 e5 a2 O e1 e2 1 a1 e4 4 a4 1 C 4 e3 a2 e5 a3 O a1 1 e1 e2 a5 La représentation de Haworth ne permet pas de savoir si un substituant est axial ou équatorial. Les pyranoses ont des conformations comparables à celles du cyclohexane. Par exemple.

les groupes OH en positions 2 et 3 sont axiaux et le groupe -CH(OH)CH2OH sur C-4 est axial ce qui crée une forte interaction entre ces deux derniers groupes : cette gêne stérique pourrait expliquer. en partie.65 C4 Pour les glucofuranoses qui ont des conformations en « enveloppe » en solution (figure 4.66 HO OH Dans la représentation selon Fischer. OH 3 5 H CH(OH)-CH2OH 4 O 1 H 2 H signe indiquant que l'orientation du groupe OH n'est pas précisée Figure 4.66).112 HO H 4 HO HO H OH H α-D-glucopyranose 4C 1 Chimie organique H H O H 1 OH HO H O HO 4 H HO H HO 1 H OH α-L-glucopyranose 1C 4 HO H H HO 4 H HO H O HO H 1 OH OH H 4 HO HO H H H O H 1 OH OH α−D-idopyranose 1 α−D-altropyranose 1 C4 Figure 4. . Cela peut être généralisé à tous les sucres des familles D et L. l’α-D-glucose a le groupe OH anomérique à droite de la projection de Fischer et à gauche pour l’α-L-glucose. le déplacement de l’équilibre vers la formation des glucopyranoses à partir des glucofuranoses produits au début de la mutarotation du glucose.

CH2OH O OH OH + CH3OH OH OH H+ CH2OH O OH OH OCH3 OH et CH2OH O OCH OH OH OH 3 α-D-glucopyranose méthyl-α-D-glucoside méthyl-β-D-glucoside Schéma 4.67). et ils prennent simplement le nom du sucre (ose) linéaire (qui devrait être précédé normalement de α ou β).11 Le retrait d’un groupe hydroxy sur un carbone du cycle fournit un composé « désoxy » (figure 4. par action du méthanol en milieu acide. H H HO H H CH2OH α-D-glucose O OH H OH OH CH2OH D-glucose H H HO H H OH OH H OH O HO H HO H H H OH H OH CH2OH O β-D-glucose CH2OH O OH OH OH OH ou HO CH2OH O OH HO OH Figure 4.68). .67 CH2OH O HO HO OH OH ou CH2OH O OH OH OH OH Note : en biologie. les termes pyranoses ou furanoses (écrits parfois pyrannoses et furannoses) sont assez souvent délaissés.11).4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 113 Une autre représentation directement liée à celle de Haworth consiste à regarder le sucre cyclique au-dessus du plan moyen des molécules (figure 4. Le remplacement de l’hydrogène du groupe OH porté par le carbone anomérique d’un D-glucopyranose par un groupe méthyle. conduit au méthyl-D-glucopyranoside ou méthyl-D-glucoside (schéma 4.

Le remplacement d’un de ces deux hydrogènes par un isotope comme le deutérium conduit à un carbone chiral R ou S. 3 remplacement de Ha par D Ha Cl C carbone prochiral 1 Cl H 3C D C (S) Hb Ha est prochiral (S) noté Pro S 2 4 4 H3C Hb Ha et Hb sont prochiraux remplacement de Hb par D Ha 1 Cl H 3C C (R) D Hb est prochiral (R) noté Pro R 2 3 Schéma 4. . Y.68 OH OH β−D-ribose 4.12 Cette notion a beaucoup d’importance pour les réactions enzymatiques car les enzymes sont capables de distinguer les hydrogènes prochiraux R et S d’un carbone et d’intervenir sur l’un ou l’autre de manière spécifique. On peut généraliser cette définition à des composés ayant sur un carbone deux groupes identiques Z à la place des hydrogènes et deux groupes différents X. il est dit prochiral (schéma 4.114 CH2OH O Chimie organique CH2OH O OH 1 2 OH 2 OH β−D-2-désoxyribose Figure 4. En fonction du résultat obtenu.34 – Prochiralité Si un carbone porte deux substituants différents et deux hydrogènes.12). l’hydrogène ainsi remplacé est dit prochiral R (Pro R) ou S (ProS).5.

4. . thioaldéhydes.13 4. Pour cela.37 – Énantiotopiques (faces) L’hybridation sp2 du carbone conduit à des alcènes ou des fonctions inscrites dans un plan. et inversement pour la face Si. et du sens de rotation 1→ 2→ 3.5. la face est dite Si ou Ré. soufre ou azote selon le cas).5. la face est Ré. comme les cétones. par deux groupes X et Y différents entre eux (H et CH3 dans l’exemple donné) et.35 – Énantiotopiques (hydrogènes) Enantiotopique est un terme équivalent à prochiral pour les hydrogènes. L’échange de l’un de ces deux groupes identiques Z (groupes énantiotopiques) par un atome ou groupe différent de X et Y crée un énantiomère dont la configuration est inverse de celle du stéréoisomère obtenu par la même substitution effectuée sur l’autre groupe Z. Si on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. on considère le triangle placé devant l’observateur et formé par l’élément doublement lié au carbone sp2 (oxygène.14). thiocétones. définies selon la méthode donnée pour les isomères géomètriques E et Z. En fonction de leurs priorités relatives. d’autre part.5.36 – Énantiotopiques (groupes) Soit un carbone substitué. par deux autres groupes de même nature Z (COOH dans l’exemple donné) et différents de X et Y (schéma 4. Dans la mesure où les substituants de ces fonctions sont différents. aldéhydes. d’une part. Stéréoisomèrie-stéréochimie 115 4. et les deux substituants de ce carbone. on peut distinguer deux faces qui correspondent à la face Si et à la face Ré (schéma 4.13). ou les imines. Le remplacement d’un hydrogène énantiotopique d’un carbone CH2(X)(Y) par un substituant différent de X et de Y conduit à un énantiomère. échange de COOH (1) par Cl Cl C (R) H HOOC groupes énantiotopiques HOOC (1) C HOOC (2) H échange de COOH (2) par Cl CH3 H HOOC C (S) Cl CH3 CH3 couple d'énantiomères Schéma 4.4. Son inverse optique résulte de la substitution par le même substituant de l’autre hydrogène.

4.38 – Diastéréotopiques (hydrogènes) C’est une définition proche de celle des hydrogènes énantiotopiques. Certaines enzymes reconnaissent la face du côté de laquelle une réaction sera produite. Elle s’applique à des molécules de formule générale CH2(X)(Y) pour lesquelles un substituant X ou Y porte un carbone asymétrique de configuration donnée.5. L’échange de l’un des deux hydrogènes de la formule par un substituant différent de X et Y conduit à la formation .116 Chimie organique 1 O C rotation 1 O C 2 C 2H 5 de 180° (hors du plan) 3 H 3C 2 C2H5 3 CH3 Face énantiotopique Ré O C Face énantiotopique Si H attaque de la face Ré CH3 C2H5 H attaque de la face Si puis H+ H OH C (S) C 2H 5 CH3 C2H5 couple d'énantiomères HO puis H+ H C (R) CH3 Schéma 4. C’est le cas d’oxydo-réductases lors de la réduction de fonctions cétoniques.14 L’attaque d’un réactif sur l’une ou l’autre face conditionne la configuration du composé formé. Si aucune condition expérimentale particulière n’est prise. les attaques se font à 50 % sur chaque face produisant un racémique.

Soit la molécule. L’échange de l’autre hydrogène diastéréotopique conduit à l’autre diastéréoisomère (schéma 4. Me Me HOOC groupes diastéréotopiques Echange de COOH (1) par COOEt EtOOC (1) (2) C (S) H Br (1) C H (S) H Br HOOC (R) H Me (S) HOOC (2) HOOC Echange de COOH (2) par COOEt (1) acide 2-(3-bromo-butyl)-malonique C (S) H Br EtOOC (2) H couple de diastéréoisomères Schéma 4.5. toutefois. C(COOH)2(X)(Y). .15 4.39 – Diastéréotopiques (groupes) C’est la même définition que pour les groupes énantiotopiques à la différence près que leur échange crée un couple de diastéréoisomères. la même réaction d’addition sur chacune des faces du plan conduit à un couple de diastéréoisomères.15). l’échange de chaque groupe COOH par un atome ou un groupe Z doit conduire à un couple de diastéréoisomères.40 – Diastéréotopiques (faces d’un plan) C’est la même définition que pour les faces énantiotopiques. comme dans l’exemple du schéma 4.4.5.16 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 117 d’un nouveau carbone asymétrique et à un diastéréoisomère. Br (S) hydrogènes diastéréotopiques H HOOC (S) H3 C CH2Cl H couple de diastéréoisomères H HOOC H CH2Cl H (S) H 3C H (R) HOOC Br CH2Cl H (S) H3 C Schéma 4.16.

Ce sera soit un stéréoisomère unique ou très majoritaire parmi les composés finaux. du composé de départ.6 Stéréospécifique (réaction -) Pour qu’une réaction soit qualifiée de stéréospécifique. a priori.3-dibromosuccinique résulte de cette addition sur l’acide fumarique. tandis qu’un composé méso.3-dibromo-succinique Schéma 4. soit un mélange racémique défini parmi ceux.l)-2.1. il faut : – que le produit de départ soit un stéréoisomère bien défini et. sur les acides maléiques (isomère Z) et fumarique (isomère E).118 Chimie organique 4. et en particulier. Un des exemples les plus classiques concerne l’addition de brome sur les composés éthylèniques (schéma 4.17 .3-dibromosuccinique avec l’acide maléique.17). – que le produit final soit spécifique. La réaction.3-dibromo-succinique Br H C HOOC C H COOH Br2 H COOH (S) Br attaque des deux côtés du plan (R) H HOOC HOOC H Br acide fumarique (isomère E) Br COOH H composés identiques forme "méso" acide (méso)-2. H C HOOC C H COOH Br2 HOOC H (S) Br (S) Br 50% H COOH acide maléique (isomère Z) attaque des deux côtés du plan Br H (R) HOOC COOH H (R) Br 50% mélange racémique acide (d.2) conduit à un mélange racémique d’acide (d. dont le mécanisme n’est pas indiqué ici (voir § 9. possibles.l)-2. l’acide (méso)-2. sur le plan stéréochimique.

uniquement ou majoritairement. L’action de l’azidure de sodium sur le (S)-2-bromo-butane conduit au (R)-2-azido-butane.2-dibromopropène (composé dont la formation est a priori possible théoriquement). Chaque stéréoisomère du produit de départ conduit à un composé qui est. Stéréoisomèrie-stéréochimie 119 Le mécanisme de la réaction de substitution nucléophile bimoléculaire SN2 conduit à une inversion de configuration relative du composé de départ. pour chacun d’eux. Le composé de départ n’est pas nécessairement un stéréoisomère. Toute réaction stéréospécifique est stéréosélective mais l’inverse n’est pas obligatoire. Elle n’est pas stéréospécifique puisque ce résultat ne dépend pas de la nature d’un stéréoisomère de départ. un stéréoisomère spécifique (schéma 4.NaBr (SN2) N3 (R) Et Me H NaN3 . Br Me C CH Br2 H C C Br et Br C Me C Br H méthylacétylène ou propyne Me (composé possible) composé formé Schéma 4.4. La prééminence d’un stéréoisomère par rapport à un autre possible est souvent liée à sa plus grande vitesse de formation ou à l’approche spatiale favorisée d’un réactif vis-à-vis du groupe fonctionnel attaqué.18 2-azido-butanes 4. H Br Et (S) Me H Me Et Br (R) H NaN3 . Si une réaction ne fournit qu’une partie des stéréoisomères théoriquement possibles. par contre les produits formés sont des stéréoisomères dont la nature est spécifiqure de cette réaction. le (R)-2-bromo-butane est transformé par cette même réaction en (S)-2-azido-butane. majoritairement.2-dibromopropène et non au cis-1. Une réaction qui ne fournit qu’un seul stéréoisomère ou l’un de ceux possibles. elle est stéréosélective.19 .NaBr (SN2) N3 (S) Et Me 2-bromo-butanes Schéma 4. Par exemple.19) car elle conduit de manière préférentielle au trans-1. l’addition de brome au méthylacétylène est stéréosélective (schéma 4.18). est stéréosélective. Ces réactions sont donc stéréospécifiques. et inversement.7 Stéréosélective (réaction -) Une réaction est stéréosélective si on observe une sélectivité sur la nature stéréochimique des composés formés.

21). chiral.120 Chimie organique 4.20). Un groupe chiral appelé « copule chirale » est lié au réactant ce qui apporte une gêne stérique durant la réaction et favorise la formation d’un ou plusieurs centres chiraux de configuration(s) donnée(s) (schéma 4. En présence de catalyseur basique. la réaction est énantiosélective et est le résultat d’une induction asymétrique. R C H CH2 Et H OsO4 puis H2O HO R H C CH2OH + HO H C R CH2OH L'un des deux glycols énantiomères est formé préférentiellement à l'autre selon les conditions expérimentales (induction asymétrique). dans la plupart des cas. Par exemple. par la gêne stérique qu’il crée par son interaction avec l’un des réactifs. la réaction est orientée vers la formation d’un seul énantiomère.8 Énantiosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral est transformé par une réaction en seulement un des deux énantiomères attendus. les alcènes monosubstitués sont dihydroxylés par action du tétroxyde d’osmium en composés glycoliques racémiques (addition cis). ioniques) à ce métal. La copule chirale est ensuite extraite du diastéréoisomère par une nouvelle réaction qui n’altère pas le ou les nouveau(x) centre(s) chiral(aux) ce qui permet d’obtenir finalement le produit souhaité de configuration définie. AcO H MeO N N acétate de (-)-dihydroquinine catalyseur Schéma 4. empêche ou diminue la formation de l’un des énantiomères normalement possibles. . de la présence dans le milieu réactionnel d’un catalyseur optiquement actif qui. Un exemple est donné avec la copule chirale appelée 10.20 Certaines inductions asymétriques sont intramoléculaires. comme l’acétate de dihydroquinine qui est un ligand du tétroxyde d’osmium. Elle résulte. On peut définir l’induction asymétrique comme un moyen de contrôle de la stéréosélectivité d’une réaction.2-bornane sultame. Un ligand est un composé organique capable de se fixer sur un composé métallique par divers types de liaisons (coordinence. selon les conditions de la réaction (schéma 4.

schéma 4. riche en enzymes réductrices. par la levure de boulanger. en est un exemple. O réduction H OH C (S) et HO H C (R) C Me Et enzymatique (levure de boulanger) Me Et Me a priori possible Et unique énantiomère formé dans ces conditions Schéma 4.22 . Stéréoisomèrie-stéréochimie 121 NH S O O HN S O O (-)10.2-bornane sultame copules chirales réaction normale (sans copule chirale) HOOC H réaction en présence d'une copule chirale R1 R2 OsO4 HOOC H OH R1 OH R2 + H OH R2 OH (racémique) COOH R1 O S O O N H O R1 R2 OsO4 O S O N H R1 OH OH R2 H2O HOOC H R1 R2 OH OH + S O Schéma 4.2-bornane sultame (+)10.4.22.21 NH O De nombreuses réactions enzymatiques sont énantiosélectives. La réduction d’une cétone dissymétrique en un alcool secondaire chiral.

H 3C C H 3C attaques possibles de H+ Isobutène CH2 + H+ H 3C C H 3C carbocation t-butyle très stable H3C CH3 et H3C carbocation instable CH CH2 H 3C C H 3C Br CH3 Br H3C Br CH CH2-Br H 3C 1-bromo-2-méthyl-propane très majoritaire bromure de t-butyle Schéma 4. contre 5 pour le second alcène) et rend sa formation plus facile.11. ce qui le rend thermodynamiquement plus stable en raison des possibilités nombreuses d’hyperconjugaisons (9.3) le plus stable dans la première partie du mécanisme (voir aussi les réactions d’additions sur les alcènes. en fournissant plusieurs isomères structuraux différents. Cette réaction d’élimination E2 (§ 11. L’attaque de la base est régiosélective.2) suit la règle de Saytzev qui définit l’alcène majoritaire dans ce type de réaction comme celui qui est le plus substitué (par des groupes alkyles). L’addition du bromure d’hydrogène sur un alcène dissymétrique en est un exemple classique. donc à divers diastéréoisomères possibles et que seuls.9 Diastéréosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral conduit par une réaction à la formation de plusieurs centres chiraux. L’orientation de la réaction est le résultat de la formation privilégiée du carbocation (§ 6. certains d’entre eux sont réellement obtenus. . (ex: tétrahydroxylation des diènes dans les conditions indiquées ci-dessus avec le tétroxyde d’osmium).24).10 Régiosélectivité Lorsque l’action d’un réactif peut a priori s’orienter sur plusieurs sites distincts d’une molécule.122 Chimie organique 4. la réaction est dite régiosélective si elle s’effectue préférentiellement sur l’un de ces sites en produisant majoritairement un seul de ces isomères structuraux. la réaction est diastéréosélective. 4. C’est donc lui qui est le produit majoritaire de cette réaction. chapitre 9). Le premier alcène est plus substitué par des groupes alkyles que le second.23 Un autre exemple classique est la déshydrobromation du 2-bromo-2-méthylbutane en présence d’une base comme l’éthylate de sodium qui peut a priori conduire au 2-méthylbut-2-ène et au 2-méthylbut-1-ène (schéma 4.

24 2-méthyl-but-1-ène 4. dans l’adduit « endo ». d’une moindre gêne stérique dans le cas du l’adduit « endo ».12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) Les systèmes bicycliques résultant. un recouvrement orbitalaire entre groupes COOMe et le système diènique au moment de la réaction de cycloaddition. c’est l’adduit « endo » qui est formé de préférence à l’adduit « exo ». Ceci résulte. . de réactions de Diels-Alder (§ 9. d’un effet électronique. les substituants COOMe occupent les positions les plus proches du « pont » le plus petit. Cette constatation a pris le nom de « règle endo ». Une réaction est régiospécifique si elle peut a priori former plusieurs isomères structuraux par des attaques possibles en plusieurs sites. par exemple. mais ne fournit réellement et uniquement qu’un seul de ces isomères par une attaque spécifique d’un seul site. ou en « trans » par rapport aux liaisons qui forment ce pont. les substituants COOMe occupent les positions les plus éloignées du pont le plus petit. Inversement. la cycloaddition du cis-but-2-ènedioate de diméthyle ou éthylène dicarboxylate de méthyle avec le cyclopentadiène conduit à un adduit (système bicyclique) « exo » et un adduit « endo ». et d’autre part. 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 123 H3C H 3C Br C C CH3 H H . Pour les distinguer.10) peuvent être substitués par des groupes qui peuvent prendre deux configurations (schéma 4. on utilise les termes « exo » ou « endo ». Par exemple. Dans cette réaction.HBr H3C C C 70% CH3 H et H2C C H3C C CH3 H 30% H (EtO Na ) H3C 2-bromo-2-méthyl-butane 2-méthyl-but-2-ène alcène le plus substitué par des groupes alkyles (majoritaire) Schéma 4.4.25). d’une part. ou en « cis » par rapport aux liaisons qui forment ce pont.11 Régiospécificité Ce terme est souvent considéré comme synonyme de régiosélectivité bien qu’il existe une différence. Dans l’adduit « exo ».

le géranium…). se distinguent aussi par la position d’un groupe OH. le « pont » qui doit être considéré comme prioritaire pour désigner ensuite les groupes en position « endo » ou « exo » est défini selon l’ordre de priorité suivant : 1) un pont portant des hétéroéléments comme O. 5) le pont ayant les substituants dont les priorités sont les plus faibles (selon la méthode utilisée pour définir E et Z pour un alcène). 4) le pont ayant le minimum de substituant(s). S. 2) le pont le plus petit. et « exo » dans l’isobornéol (figure 4. plusieurs « ponts » existent. N …. Me Me Me Me H Me OH (endo) bornéol Me H isobornéol OH (exo) Figure 4. la lavande. terpènes naturels (composés présents dans les huiles dites essentielles présentes dans certaines plantes comme le citron. . Le groupe OH est en position « endo » pour le bornéol.69 Si.69).25 Le bornéol et l’isobornéol.124 Chimie organique H H COOMe H COOMe substituants "exo" H + H COOMe H H H adduit "exo" orientés vers l'extérieur du toit: H H cyclopentadiène COOMe H H COOMe substituants "endo" éthylène dicarboxylate de méthyle (cycloaddition de Diels-Alder) COOMe adduit "endo" (majoritaire) orientés vers l'intérieur du toit: Schéma 4. 3) le pont n’ayant pas de double ou triple liaison (donc saturé).

mais qui se différencient par la présence sur l’un d’eux d’une fonction (cétonique par exemple).71). et un autre pont substitué par un groupement (figure 4.4.71 . Selon l’éloignement de ce groupement par rapport à cette fonction. on peut généraliser les positions « exo » et « endo » selon la figure 4. le substituant est dit « endo » (proche) ou « exo » (éloigné) comme dans l’exemple présenté ci-dessous. ni substituants autres que ceux du pont le plus petit. (exo) (endo) (CH2)x petit "pont" grand "pont" (CH2)y y>x Figure 4. exo endo O Figure 4.70.70 Certains composés possèdent deux « ponts » d’égale importance. Stéréoisomèrie-stéréochimie 125 Lorsque les ponts sont de grandeurs différentes et ne comportent ni hétéroatomes.

.

.......5............................................. 137 5........................5a – A travers les liaisons σ ...............5...............................................5.................2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur -I .................................................. 129 5...............5.............1 – Définition ................5.......................3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M) ................................................... 142 5............ 129 5...........................5 L’effet inducteur (ou inductif) ...........6...........7 – Hydrogènes acides en α de groupes inducteurs -I ...... la résonance et les formes limites ...........5..........................6............................... 136 5.. 133 5..... 134 5.......................................... 139 5................5................................................3 Moment dipolaire permanent d’une molécule ......... 143 5..........6................................5...............................................4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques ...................................................3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I ........Chapitre 5 Polarisation des liaisons Sommaire : 5.........................................................5......5b – A travers les liaisons π ....... 130 5..8 – Effet de champ .................6 – Additivité des effets inducteurs -I et +I .......................................... 153 ............1 La liaison polarisée ....2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet +M) ................ 150 5..........................5... 133 5................................. 144 5.....5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée ...................................................................... 141 5..........................2 Moment dipolaire permanent d’une liaison ............................................. 131 5............ 144 5..... 140 5............1 – Définition .....6 L’effet mésomère............4 Électronégativité des éléments .... 139 5.......................

...5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation) ..........9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel) ..............8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal .....6......................7 Equation de Hammett .............. 157 5..........6.......6.......................... 169 5......... 171 ...7 – Hyperconjugaison ............................................6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe .........6..6.....6...................... 160 5.12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué ............128 Chimie organique 5............................ 165 5.........6.......................................................................4 – Exemples de composés mésomères particuliers ............................................................................................................ 155 5.... 164 5......6......................................... 157 5.............. 167 5.........10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques .............. 158 5.....................................6... 159 5..8 Les liaisons hydrogènes ..................11 – Énergie de résonance des composés aromatiques ....................................

Lorsqu’une charge s’approche de la molécule de brome (figure 5. avec un moment dipolaire induit. le fluor porte une charge partielle négative et le carbone une charge positive.1 Par exemple (figure 5.2). La polarisation permanente d’une liaison (au repos.5. la liaison C-F est toujours polarisée. Polarisation des liaisons 129 5.1 La liaison polarisée Lorsque les deux éléments qui constituent la liaison portent chacun une charge partielle de signes opposés (inférieure en valeur absolue à celle d’un électron). ce qui crée un dipole.2 Moment dipolaire permanent d’une liaison Il est possible de calculer le moment dipolaire permanent (en Debye) d’une liaison considérée comme indépendante des autres liaisons d’une molécule.8). les électrons de liaison sont alors attirés ou repoussés vers l’un ou l’autre des atomes de brome. la polarisation induite résulte d’effets extérieurs à la molécule. charges partielles. la liaison qui unit deux atomes de brome est a priori non polarisée puisque les deux atomes qui la constituent sont identiques. Par contre. Br Br Y Figure 5.1).5. Elle est le produit de la valeur absolue de la charge q (en rapport avec celle de l’électron = 4.2 +δ Br -δ Br Ce mouvement électronique qui résulte de l’approche d’une charge peut affecter aussi des liaisons en chimie organique soit en augmentant. la liaison est dite polarisée et possède un moment dipolaire. et selon qu’elle est positive ou négative. 5. Par exemple. de même valeur absolue. et par conséquent les électrons de liaison sont situés au centre de la liaison.8 × 10-10 unités . sans effet extérieur) résulte de la dissymétrie électronique des atomes qui la constituent et de son environnement moléculaire. de valeur absolue inférieure à celle de l'électron +δ C -δ F électrons de liaison plus proches du fluor que du carbone Figure 5. soit en diminuant le moment dipolaire permanent (effet de champ § 5.

4). C-F (1.3. le toluène et la pyrrolidine (un hétérocycle).130 Chimie organique électrostatiques.m.41 D). et de ses dérivés disubstitués en position para par le même atome ou groupe. C-O (0.3 Moment dipolaire permanent d’une molécule La valeur du moment dipolaire permanent d’une molécule est obtenue par l’addition vectorielle des moments dipolaires permanents des différentes liaisons qui la constituent. du benzène. car divers paramètres physico-chimiques de la molécule ne sont pas pris en compte dans ce calcul. figure 5. multipliée par la longueur de cette liaison l (en Å = 10-8 cm) : =qxl Quelques valeurs peuvent être données : C-H (0.mètre.4 Cl Cl N H pyrrolidine µ = 1. moment dipolaire de liaison O H H C H Figure 5. 1Debye = 0.m).74D) (D = Debye). C. Cette valeur est très dépendante de la différence d’électronégativité (§ 5.57 D CH3 toluène µ = 0. Comme la plupart des composés de la chimie organique.3 -δ H +δ moment dipolaire moléculaire Certaines molécules symétriques ont un moment dipolaire nul bien que les dipoles permanents des liaisons qui les constituent aient des valeurs définies : ils s’annulent dans l’addition vectorielle. 43 D . C’est le cas du tétrachlorure de carbone.33 × 10-29 C. du méthane. c’est l’oxygène qui la porte). bien qu’elle s’en approche.46 D) C-N (0. composés non symétriques. Cl Cl C Cl Cl tétrachlorure de carbone µ=0 benzène µ =0 para-dichlorobenzène µ=0 Figure 5.22D). ues) portée par chacun des éléments qui forment la liaison. C-Cl (1.4) des éléments qui forment cette liaison (une autre unité est aussi utilisée : le Coulomb. Ce calcul théorique est rarement en accord avec la valeur expérimentale. des trans-dihalogénoéthylènes. La valeur du moment dipolaire permanent est accompagnée d’une flèche barrée qui permet de connaître les positions relatives des charges positive et négative : la flèche est dirigée vers la charge négative (dans le méthanol.4 D). 5. ont un moment dipolaire permanent (figure 5.

on voit que tous les éléments situés à gauche du carbone dans les échelles de Pauling ou d’Anderson sont plus électronégatifs que celui-ci et apporteront dans leurs liaisons à cet élément une charge partielle positive. Cette propriété a d’abord été étudiée par Mulliken qui l’a définie comme la moyenne de l’affinité électronique de l’atome (qui mesure sa propension à gagner un électron) et du premier potentiel d’ionisation (qui correspond à l’aptitude avec laquelle le même atome. Inversement. le doublet d’électrons qui forme la liaison entre le carbone et le chlore est soumis à des attractions différentes de ces atomes qui résultent de leurs configurations électroniques.5 Par contre.3-diméthylbutane. les électrons de la liaison A-B vont être attirés. mais positive.1) pour un certain nombre d’éléments. lui apporteront une charge partielle négative. la présence d’une charge négative partielle inférieure en valeur absolue à celle d’un électron sur l’atome de chlore. et par ailleurs substitués par les mêmes groupements (molécules symétriques) comme les carbones centraux du 2. par exemple). dans le chlorure de méthyle (figure 5. et. dans la mesure où la molécule est considérée hors de son environnement chimique (autres molécules de même nature. en raison de la neutralité électrique de la liaison.4 Électronégativité des éléments Le recouvrement de deux orbitales appartenant chacune à deux éléments différents conduit à une liaison qui correspond à une orbitale moléculaire. ceux situés à sa droite.1. et A une charge partielle égale en valeur absolue à celle de B. Dans ce cas. Ces échelles permettent de prévoir vers quel élément A ou B. moins électronégatifs. Considérons que c’est B. parfois dits électropositifs par rapport au carbone.5). peut perdre un électron à l’état gazeux). . Il a un indice d’électronégativité supérieur à celui de A. dans la mesure où c’est l’élément à plus forte électronégativité qui les attirera le plus. En regardant le tableau 5. les électrons de liaison sont théoriquement au centre de la liaison. ou plus exactement. lesquels peuvent avoir une influence importante et repousser vers l’un des éléments le doublet de liaison. Pauling (prix Nobel 1954) a proposé une échelle d’électronégativité (tableau 5. B portera une charge partielle négative -δ. Ce doublet est situé plus près du chlore que du carbone ce qui a pour conséquence d’une part. Polarisation des liaisons 131 5. isolé. Si ces deux éléments sont identiques. +δ. Les électrons qui appartiennent à cette orbitale sont soumis à l’attraction qu’exercent ces deux éléments.5. d’autre part. avec création d’un dipôle. L’aptitude d’un élément à attirer vers lui les électrons de liaison est appelée électronégativité. une charge de même valeur absolue mais positive sur l’atome de carbone. sur le groupe méthyle. laquelle a été ensuite revue et augmentée par Sanderson (1983) (l’indice « 4 » a été attribué de manière arbitraire au fluor). +δ Me H C Me C Me H Me H H chlorure de méthyle H C −δ Cl 2.3-diméthyl-butane Figure 5. solvant…) et physique (charges portées par d’autres molécules.

Elle décroît aussi dans une période donnée dans le sens des n os atomiques décroissants (ex : 9F> 8O > 7N).42 Tableau 5.5 Cl 3. I).71 (figure 5.6 L’étude des spectres 1H et 13C RMN (résonance magnétique nucléaire) des composés organiques apporte des informations importantes sur l’électronégativité des groupes qui les constituent.1 B 2.19 3.83 0.5 I 2. groupes électronégativités CH3 2. H H H H groupe phényle H Figure 5.7 4.1 On peut remarquer que les éléments les plus électronégatifs sont situés dans la partie supérieure droite du tableau de Mendéléiev. .5 H 2. Br.47 3.1 P 2.5 2.132 Chimie organique +δ A -δ B élément B plus électronégatif que l'élément A Eléments Echelles Pauling Sanderson F 4.54 CHCl2 2.9 Cs 0.78 2.8 Mg 1.0 Si 1.47 C2 H 5 2.2 Na 0. Par extension.48 CH2Cl 2. elle décroît du haut vers le bas du tableau (ex : F. Pour une famille d’éléments donnée.0 3. on peut calculer l’électronégativité de groupes dérivés d’un élément (tableau 5.2 NO2 3.2).8 S 2.60 CCl3 2.6 2. L’ordre dans lequel l’électronégativité décroit est le suivant : carbone hybridé « sp » > carbone hybridé « sp2 » > carbone hybridé « sp3 ».6).74 2.0 O 3.14 1. Le groupe phényle entièrement constitué de carbones hybridés « sp2 » a une électronégativité de 2. l’électronégativité du carbone varie selon son état d’hybridation.6 6 CN 3.0 N 3.27 2.32 0.22 électronégativité décroissante Tableau 5.96 2.22 2.2 Enfin.65 3.0 Br 2. Cl.5 C 2.

le chlore (indice d’électronégativité : 3) agit fortement sur le carbone (indice d’électronégativité : 2. Cu. dans les solvants très polaires (§ 6. exercent un effet inducteur donneur (effet électrodonneur noté +I) : le carbone prend alors une charge partielle négative -δ. un halogène. autre métal alcalin. figure 5. des atomes C et H qui constituent le groupe méthyle (figure 5.5 +δ H 2.1 Effet électroattracteur -I du brome sur le carbone Effet électrodonneur +I de l'hydrogène sur le carbone Figure 5. la valeur absolue de la charge partielle négative portée par le chlore est égale à celle. la liaison est plutôt covalente.5) auquel il est lié.7). Polarisation des liaisons 133 5.1 – Définition Une molécule en chimie organique est constituée d’atomes liés entre eux par une ou plusieurs liaisons covalentes c’est-à-dire par un ou plusieurs doublets d’électrons. Ces charges répercutent cet effet sur les autres doublets de liaisons de la molécule avec de nouvelles polarisations. d’une charge partielle positive +δ pour le carbone. les éléments qui ont un indice d’électronégativité inférieur à celui du carbone. est plus complexe. Toutefois.8 -δ C 2. plus électronégatif que le carbone (effet électroattracteur noté –I ). une charge entière respectivement négative et positive). Le type de liaison avec le carbone dépend alors du solvant.8). et en particulier les métaux (Mg.5.5 L’effet inducteur (ou inductif) 5.1).5.5 -δ Br 2.7 Inversement. En raison de la neutralité électrique de la molécule. et par conséquent. la liaison est plutôt ionique. +δ C 2. Le plus souvent. . Remarque : La liaison entre le carbone et le sodium ou le potassium est ionique (le carbone et le métal portent chacun. les deux types de liaisons coexistent avec des pourcentages variables. Si on considère la molécule de chlorure de méthyle CH3Cl. en affaiblissent la charge positive qui n’est donc pas égale en valeur absolue à celle du chlore. et dans les solvants semi-polaires ou non polaires. Le cas du lithium. mais pas Na ou K). et d’une charge partielle négative -δ pour lui. Si un atome ou un groupement de cette molécule a un caractère électronégatif supérieur au carbone auquel il est lié (par exemple. C’est l’effet inducteur accepteur ou attracteur de l’atome ou groupe d’atomes. positive. mais les trois hydrogènes portés par ce carbone qui ont chacun un effet inducteur donneur +I (indice d’électronégativité : 2.3). et l’élément qui lui est lié prend une charge partielle positive +δ. ce qui a pour conséquence la création d’une liaison polarisée. il attire le doublet d’électrons de la liaison qui le retient à ce carbone.

5. R O alcool. ce qui signifie que ces charges induites positives et négatives ont une valeur absolue égale. -I. Cela n’empêche pas la présence dans la molécule de sites à forte densité électronique.8 Il est important d’insister sur le caractère partiel des charges portées par les atomes formant un dipole résultant d’un effet inducteur et qui suppose qu’aucun électron n’a été gagné ou perdu par ces deux atomes.9) : – les halogènes. et que leur somme algébrique s’annulent. le soufre ou l’azote (figure 5.9 On distingue parmi les atomes et groupes à effet inducteur électroattracteur –I (figure 5.134 Chimie organique H H H C +δ -δ Cl effet inducteur attracteur ou électroattracteur -I (les charges positives portées par les hydrogènes ne sont pas indiquées pour simplification) Figure 5.5. -Cl. -F. C’est l’une des grandes différences qui existent avec un autre phénomène de délocalisation des charges appelé mésomérie (§ 5. R = groupe carboné R S thiol. R = H éther. R = H thioéther. -Br. R = groupe carboné (groupe carboné = alkyl.10 R N R' amines (R et R' = H ou groupe carboné) . aryl.10). aralkyl) Figure 5. – les groupes neutres constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent comme l’oxygène. et d’autres à faible densité électronique.6).2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur –I +δ C -δ Y groupe électroattracteur -I Figure 5. Autre point important : la présence de nombreuses charges partielles ou négatives dans une molécule ne doit pas faire oublier que la molécule est toujours électriquement neutre.

ou aralkyl) CH2X CHX2 dérivés halogènés CX3 Figure 5.11). Polarisation des liaisons 135 – les groupes chargés positivement constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent (effet inducteur -I très fort) (figure 5.5. ou aryl.12). R O R' groupe oxonium R S R' R. aryl. Leur effet est particulièrement puissant. O C-OH alcool O C R cétone O C OH acide O C OR ester C-OR éther C H aldéhyde S C-SH thiol S C R thiocétone S C OH O-thioacide C-SR thioéther C H thioaldéhyde S C OR O-thioester O C SH S-thioacide O C SR S-thioester S C SH dithioacide S C SR dithioester N R CH2N amine C R imine (R= H ou alkyl.12 . R'. R" = H groupe sulfonium R N R' R" groupe ammonium quaternaire Figure 5. aralkyl) oxime (R = OH) C N N C N nitrile diazo hydrazone (R= N-alkyl.11 – Les groupes constitués d’un carbone lié à un ou plusieurs hétéroatomes électronégatifs (figure 5.

6. Ce sont des groupes alkyles. d’alcynes. chargés ou non. NO groupe nitroso NO2 groupe nitro N=N-R groupe diazoïque R = groupe carboné N=N (X ) N=N=N groupe azido groupe diazonium N=C=O groupe isocyanato N=C=S groupe isothiocyanato SO R groupe sulfoxyde SO2 R groupe sulfone SO3H groupe acide sulfonique Figure 5.136 Chimie organique – les groupes. (effet inducteur fort) (figure 5.13 – les groupes dérivés d’alcènes.3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I -δ C +δ Z groupe électrodonneur + I Figure 5.15). Plus un groupe alkyle aura de . ou du benzène (et leurs dérivés polycycliques ou tout autre cycle aromatique (§ 5.14 5.15 Les groupes à effet inducteur électrodonneur +I (figure 5. Leur propriété provient de la faible électronégativité des atomes d’hydrogène (indice d’électronégativité : 2.5.14).13). sont en nombre moins important que ceux à effet inducteur électroattracteur . C C C C dérivés du benzène. constitués de plusieurs hétéroatomes électronégatifs. de la pyridine (ou d'autres cycles aromatiques) N dérivés d'alcènes dérivés d'alcynes Figure 5.I.1) par rapport à celle du carbone (indice d’électronégativité : 2.5) qui rapproche les doublets de liaison C-H du carbone.9)) (figure 5.

17 5.5. plus ce groupe aura un effet inducteur électrodonneur important. Ainsi. .16). ce qui correspond à une polarisation élevée de la liaison OH avec libération facilitée en milieu aqueux d’un ion hydroxonium. pour un acide organique.4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques On peut démontrer facilement l’influence des groupes –I ou +I en étudiant les pKa d’acides substitués par un groupe de cette nature. plus l’acide est fort.17). Polarisation des liaisons 137 liaisons C-H sur un nombre restreint d’atomes de carbones. -δ C +δ Métal Li MgX organolithien organomagnésien Figure 5. le magnésium. à côté de l’anion carboxylate.1) que les liaisons C-Li peuvent avoir.5. un fort caractère ionique. le cobalt ou le cuivre (figure 5. dans les solvants très polaires.16 On peut y ajouter les liaisons covalentes formées entre le carbone et quelques métaux comme le lithium. RCOOH. Il faut rappeler (voir § 5. H3O+.1) : plus le pKa est faible. le groupe tertiobutyle (t-Bu) exerce l’effet le plus fort par rapport aux groupes isopropyle (i-Pr) et méthyle (Me) (figure 5. RCOO-. La valeur du pKa définit la force de l’acide (schéma 5. H C H H groupe méthyle CH3 H H C H C H C H H H H H C H C C H H C H H H H groupe isopropyle i-C3H7 groupe tertiobutyle t-C4H9 Figure 5.5.

88 4.3).log Ka RCOOH Schéma 5.3 Si l’on compare les pKa de l’acide acétique. tandis que le groupe méthyle. on remarque que le chlore.1 O Cl CH2 C O −δ H pKa +δ 2. Inversement. de l’acide chloracétique et de l’acide propionique (tableau 5.4). élément à effet –I augmente l’acidité dans la mesure où il augmente la polarisation de la liaison O-H de la fonction acide (le doublet de liaison se rapproche un peu plus de l’oxygène et s’éloigne de l’hydrogène).138 Chimie organique O R C O acide organique RCOO H3O O -δ +δ H + H2O R C O anion carboxylate ion hydroxonium + H3O Ka = pKa = . on observe le classement suivant des effets inducteurs – I : . Parmi les quatre acides monohalogénés dérivés de l’acide acétique. et en fonction de leurs pKa.76 l'acidité croît O H3C CH2 C O acide propionique ou propanoïque l'acidité décroît H Tableau 5. à effet +I tend à éloigner le doublet de liaison de l’oxygène et à rendre la liaison OH moins polarisée.86 acide monochloracétique O CH3 C O acide acétique −δ +δ H −δ +δ 4. les effets inducteurs d’atomes ou de groupes peuvent être quantifiés par l’étude des pKa des acides qu’ils substituent (tableau 5. donc à diminuer l’acidité.

donc plus basique.4 3. se transmet en diminuant progressivement pour s’annuler généralement à une distance de trois carbones. l’ammoniac NH3 a un pKa de 9. par un. en rapport avec les indices d’électronégativités de ces atomes fournis dans le tableau 5.8 O Br CH2 C O acide monobromacétique H O I CH2 C O acide monoiodoacétique Tableau 5.27 et la méthylamine CH3-NH2 un pKa de 10.1.5.12 2. . 5. Polarisation des liaisons 139 F > Cl = Br > I. Cette propriété peut facilement être démontrée si l’on observe la variation de l’acidité d’une série d’acides monochlorés dérivés de l’acide butyrique (ou butanoïque) dans lesquels l’atome de chlore (effet électroattracteur –I) est éloigné progressivement de la fonction acide COOH.5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée 5.5.5.5 H Inversement les groupes électrodonneurs +I augmentent la basicité d’un composé basique comme une amine. puis par plusieurs groupes méthylènes CH2 (tableau 5.5a – À travers les liaisons Généralement.86 3 H décroissance de l'acidité 2.66 4 H acide monofluoroacétique 2. Par exemple.62. indice d'électronégativité de l'halogène O F CH2 C O O Cl CH2 C O acide monochloracétique pKa 2.5). l’effet inducteur exercé par un groupement –I ou +I sur une chaîne constituée uniquement de liaisons σ.86 2. comme dans les alcanes linéaires.

avec une nette augmentation du caractère acide.04 H3C CH2 Cl CH2 C -δ O O H -δ H 2C Cl CH2 CH2 C -δ +δ O H acide 4-chloro-butanoïque 4. L’influence de l’atome de chlore en position β (acide 3-chloro-butanoïque) puis γ (acide 4-chloro-butanoïque) diminue jusqu’à devenir très faible comme l’indiquent les pKa correspondants.3-diène Cl -δ CH2 +δ' CH CH Figure 5.86 l'acidité diminue acide 3-chloro-butanoïque 4.18 +δ' CH2 +δ''' CH2 .83 C O O -δ +δ H acide 2-chloro-butanoïque 2.86 diffère de deux unités par rapport à celui de l’acide butanoïque.52 Tableau 5. +δ H 3C CH propène -δ CH2 -δ ClCH2 CH 3-chloro-propène +δ CH2 +δ H3C CH CH CH -δ CH2 penta-1.5b – À travers les liaisons Les électrons qui constituent les liaisons π ont la particularité d’être « plus mobiles » que les électrons des liaisons σ. vers l’autre carbone de celle-ci.140 Chimie organique O H3C CH2 CH2 C -δ O O H3C CH2 CH2 Cl (effet -I) pKa +δ H acide butyrique (ou butanoïque) 4.5. 5. La conséquence de cette propriété est la transmission quasi-intégrale de l’effet excercé par un groupe inducteur lié à un carbone d’une double liaison.5 On remarque que la présence de cet atome de chlore en position α conduit à un acide (acide 2-chloro-butanoïque) dont le pKa de 2.

19 Bien entendu. 5.6 – Additivité des effets inducteurs – I et + I Les effets inducteurs s’additionnent comme le montrent les exemples suivants (tableau 5. Cette transmission particulière de l’effet inducteur est à l’origine du principe de vinylogie : la réactivité d’un groupe fonctionnel de deux composés qui ne diffèrent dans leurs chaînes carbonées linéaires que par la présence d’une ou plusieurs double(s) liaison(s) est peu différente.76 H O H3C CH CH C O acide crotonique 4.6) : – la croissance de l’acidité pour les acides mono-. pour les acides acétique.5. L’acide acétique a un pKa de 4. dans le propène. l’effet inducteur est totalement transmis à travers elle.69. pKa O CH3 C O acide acétique 4.76. l’effet inducteur est transmis intégralement jusqu’au dernier carbone hybridé « sp2 » de cette chaîne. et l’acide crotonique. un pKa de 4. . composé vinylogue de l’acide acétique. isobutyrique (ou 2-méthylpropionique) et triméthylacétique (additivité d’effets +I). Si plusieurs doubles liaisons se succèdent. Polarisation des liaisons 141 Ainsi. séparées par des liaisons σ (ce qu’on nomme doubles liaisons conjuguées). di-. cela s’applique aussi aux triples liaisons.5.69 H Figure 5. Si une double liaison (groupe vinyle) est isolée dans une chaine carbonée constituée de liaisons σ.18).3-diène. car il diffère de celui-ci par l’inclusion d’une double liaison. comme dans le penta-1. donc d’acidité proche (figure 5. l’effet +I du groupe méthyle est transmis intégralement au carbone « sp2 » non substitué : c’est lui qui porte la charge partielle et non le carbone hybridé « sp2 » directement lié au groupe inducteur (figure 5. et trichloracétiques (additivité d’effets –I) ou sa décroissance.19).

caractérisée par une densité électronique accrue autour de l’azote dont le doublet libre est capable de retenir un proton (tableau 5.29 0.5.6 – l’augmentation de la basicité par l’effet inducteur +I du groupe méthyle. La triméthylamine qui devrait être plus basique que la diméthylamine a un pKa de 9.7).142 Chimie organique pKa CH2Cl-COOH CHCl2-COOH CCl3-COOH (CH3)2-CH-COOH (CH3)3C-COOH 2.80. C’est une « anomalie » qui s’explique par la gêne stérique autour de l’azote provoquée par les trois groupes méthyles et qui rend difficile l’approche du proton.65 croissance de l'acidité 4.86 5.77 HN CH3 Tableau 5. diméthylamine.05 décroissance de l'acidité Tableau 5. méthylènes (-CH2-) ou méthynes .86 1.7 5.7 – Hydrogènes acides en de groupes inducteurs – I Les groupes électroattracteurs qui exercent un effet inducteur – I rendent acides les hydrogènes portés par les groupes méthyles (-CH3).27 10. pour la série : ammoniac. méthylamine. N + H+ pKa N H H2N H2N H CH3 CH3 9.62 la basicité augmente 10. d’où son caractère basique.

5.13. soit de la présence de groupe(s) de la même molécule portant des charges partielles ou entières (liaisons ioniques).2 Le retrait du proton dans ces composés est facilité par la création d’une base conjuguée d’une structure résonnante très stable (voir carbanions mésomères § 6. des sites à très faibles ou très fortes densités électroniques mais éloignés de la liaison sur laquelle ils exercent leur action (effet intramoléculaire). avec formation de carbanions (§ 6. l’effet de champ est un effet « à distance » sur une liaison « isolée ». les ions présents dans le milieu réactionnel (effet intermoléculaire).13) correspondants (schéma 5. Simultanément. les solvants.5. . Il résulte. et de manière plus générale. ou du groupe méthyne du méthylmalononitrile sont suffisamment acides pour être extraits par une base. Polarisation des liaisons 143 (>CH-) situés en position α de la fonction. les charges partielles portées par Br et le carbone augmentent ce qui polarise de plus en plus la liaison.3). 5.2).H+ H H H C C H C H H C COOEt COOEt H 3C C CN CN O carbanions Schéma 5.H+ malonate d'éthyle base . soit d’autres molécules comme les réactifs.8 – Effet de champ Contrairement à l’effet inducteur qui est le résultat de dissymétries électroniques liées aux éléments et groupes qui constituent la molécule. Leur approche de cette liaison déforme le tétraèdre du carbone « sp3 » qui tend à s’applatir pour devenir proche d’un plan tandis que la liaison C-Br s’allonge et devient de plus en plus fragile. Un exemple est donné pour une liaison C-Br sous l’effet de champ du à un anion ou une amine du milieu (schéma 5.H+ méthylmalononitrile base . ils agissent sur les dipôles permanents qui résultent de l’induction. Sous l’effet de leurs charges ou de ces sites. Par exemple. du groupe méthylène du malonate d’éthyle. les hydrogènes des groupes méthyles de la propanone (ou acétone). H H H H C C H C H H C H COOEt COOEt H 3C C H CN CN O propanone (acétone) base . Le déplacement des molécules les unes par rapport aux autres génère des effets de champ parfois plus importants que l’effet inducteur intrinsèque à l’intérieur d’une molécule isolée.2).

3-butadiène. 5. soit un atome de carbone chargé négativement (ex : carbanion allylique). Par contre.1 – Définition Les propriétés chimiques et physicochimiques de la plupart des molécules de la chimie organique peuvent être décrites à partir d’une seule formule développée classique. (ex : amine vinylique.…) possèdant un doublet libre non liant.2) puisqu’il en représente le début.3 L’effet de champ est important dans un mécanisme de substitution bimoléculaire SN2 (§ 8. ou le benzène (figure 5. (alternativement une double liaison et une simple liaison) telles que le 1. ou positivement (ex : carbocation allylique). soit avec un hétéroélément (N. O.20) ou d’autres molécules dans lesquelles une double liaison est conjuguée. S. cette formule développée unique est insuffisante pour décrire les propriétés de certaines molécules dont les doubles liaisons sont conjuguées.6 L’effet mésomère. éther vinylique).1.6. soit un atome disposant d’un électron célibataire (ex : radical allylique). . la résonance et les formes limites 5.144 Chimie organique ion chargé négativement ou amine A N +δ −δ C Br A ou N C +δ' Br −δ' A ou N avec +δ'' C Br −δ'' δ < δ' < δ'' Schéma 5.

en équilibre chimique. dont toutes semblent également capables de décrire la plupart des propriétés physicochimiques ou chimiques du composé mais dont aucune. par nature. ni existence indépendante. statique. C’est le phénomène appelé mésomérie (qui signifie « entre plusieurs formes ») ou résonance. Ce phénomène est symbolisé par la double flèche ↔ qui sépare les différentes structures limites. Attention : ne pas confondre cette double flèche ↔ avec le signe caractéristique des équilibres chimiques et qui n’ont aucun rapport entre eux. et.5.4 et dont les formations sont décrites dans les pages suivantes : . elles ne peuvent pas être considérées comme des composés différents. pour représenter un système dynamique. appelées structures ou formes limites (canoniques peut remplacer limites). à elle seule. Ainsi le butadiène et l’ion carboxylate sont représentés par les formes limites du schéma 5. à l’idée que ces molécules existaient dans un état qui est un hybride entre plusieurs structures électroniques virtuelles qui résonnent entre elles.20 Cette observation a conduit. au début du siècle dernier. Polarisation des liaisons 145 H 2C CH CH CH2 butadiène benzène H C H H C N H C H H C C H C H H C C H C H H C C amine vinylique carbanion allylique carbocation allylique radical allylique Figure 5. Ces formes limites ne sont qu’une écriture. Ces structures limites n’ont ni réalité physique. par conséquent. ne peut décrire toutes ces propriétés.

Chaque atome doit respecter les structures de Lewis (la présence d’un carbone tri ou pentavalent est impossible). – dans toutes les formes limites. N. – la molécule reste neutre.146 Chimie organique butadiène H H H H H H H2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH CH2 (II) H2C CH CH CH2 (III) anion carboxylate O R C O (A) (B) R C O O Schéma 5.12). S…). – l’énergie de chaque forme limite est supérieure à celle de la molécule réelle. Il y a délocalisation – des doublets d’électrons des doubles ou triples liaisons – des doublets d’électrons des hétéroatomes (doublets non liants de O. Ils doivent être coplanaires afin que le recouvrement des orbitales « p » à l’origine des doubles liaisons ne soit pas perturbé. car la résonance a pour propriété de stabiliser la molécule donc de diminuer son énergie (voir énergie de résonance).4 La théorie de la mésomérie (Heisenberg. La molécule de butadiène (schémas 5. S’il existe un ou des électrons célibataires comme pour les radicaux (§ 6. mais le couplage des électrons diffère entre elles. ou des anions.5) est représentée de manière classique par deux doubles liaisons séparées par une liaison simple (deux doubles liaisons conjuguées). les atomes sont dans le même état d’hybridation. – le nombre de paires d’électrons dans les différentes structures limites doit être le même.4 et 5. définies ci-après : – les positions des noyaux des atomes impliqués dans la mésomérie doivent être les mêmes pour chaque structure limite. leur nombre reste inchangé. 1926) repose sur les conditions structurales des formes limites. l’apparition d’une charge positive est accompagnée de celle d’une charge négative. .

5 La théorie de la résonance conduit à décrire la molécule de butadiène comme un hybride de résonance entre les 3 structures limites (ou canoniques) fictives (I).5. donc entre simple et double liaisons.4-dibromo-but-1-ène addition 1.6 H2C CH CH (III) CH2 . La molécule est plane.4 CH2Br 3.148 nm. Enfin. Polarisation des liaisons 147 Une telle structure supposerait que les liaisons C-C soient de longueurs différentes selon qu’elles sont simples (0. l’addition d’une molécule de brome (schéma 5. Ces résultats confirment que l’écriture classique est insuffisante pour représenter la molécule de butadiène (voir aussi § 14.2 Schéma 5. H 2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH (II) CH2 H2C CH CH CH2 butadiène Schéma 5. (II) et (III) du schéma 5.2 et 1.6. Leur valeur est pour chacune d’entre elles de 0.7. H P1 C H H C C H faux H C P2 H P1 H C H H C C H vrai Br2 H C H Br C BrH2C H C H CH2 et H C BrH2C C H 1. à ce qui pourrait être attendu à partir de la formule classique.5) conduit à deux composés dibromés en positions 1.4.135 nm).4-dibromo-but-2-ène addition 1. pour le second.154 nm) ou doubles (0. alors que l’on pouvait s’attendre à deux plans éthyléniques avec libre rotation autour de la liaison centrale.1). ce qui ne correspond pas.

Dans le second cas. ce sens est défini et unique pour les molécules dissymétriques (formes limites A et B. Dans le premier cas. c’est le caractère électronégatif de l’hétéroélément qui influe sur la délocalisation des électrons π. On peut remarquer que le sens de la délocalisation des électrons est inversé selon qu’il s’agit d’un hétéroélément directement conjugué à une double liaison éthylènique (formes limites A et B). Elles ne représentent que le sens de la délocalisation des électrons ce qui permet d’écrire la formule limite. Dans le cas où une double liaison existe entre un atome de carbone et un hétéroélément (O.148 Chimie organique Les flèches utilisées dans le schéma 5. dans l’exemple A du schéma 5. S. thiocétone >C=S ou imine >C=N-R. A l’inverse du butadiène qui est symétrique. avec un effet mésomère électrodonneur (effet + M). . la première flèche part d’un doublet de l’oxygène et se termine au milieu de la liaison C-O. d’une part. ou au contraire. ce qui entraîne l’effet mésomère électroattracteur (effet – M). N. L’un des deux électrons de ce doublet appartient à ce carbone dans la mesure où il était mis en commun avec l’autre carbone sp 2 pour former la double liaison : le carbone de CH2 prend alors une charge négative par addition d’un électron (trois liaisons σ + un doublet d’électrons) ce qui lui confère une structure électronique de carbanion dans B.) comme dans une cétone vinylique comme l’acroléine. cétone (formes limites E et F). non liant. Ainsi. c’est un doublet libre. d’un hétéroélément inclus dans une fonction. Le doublet de l’oxygène sert à former la nouvelle double liaison : l’oxygène qui perd un électron devient positif. d’autre part) (schéma 5. La seconde flèche débute au milieu de la double liaison de A et se termine sur le carbone de CH2. qui est donneur. le doublet porté par le carbanion sert à former la double liaison dans D ce qui conduit par délocalisation des électrons à un nouveau carbanion D.7. et E et F. le doublet de liaison π se retrouve sur le carbone de CH2.6 figurent les mouvements fictifs des doublets électroniques qui conduisent à l’écriture des différentes structures limites et n’ont pas la même signification que celles utilisées pour décrire les mouvements électroniques dans les réactions. la délocalisation des électrons est orientée vers cet hétéroélément et conduit aux différentes formes limites correspondantes (exemples formes limites E et F).7). l’origine de la flèche courbe utilisée doit être précise au même titre que son but.. Dans le carbanion allylique C. . Pour indiquer sans ambiguïté le sens de la délocalisation électronique.

5. Polarisation des liaisons

149

Effet électrodonneur du groupe méthoxy O-CH3 (effet +M)

H2 C

CH O A

CH3

H 2C
méthoxy-éthène (éther vinylique)

CH O B

CH3

Effet électrodonneur du carbanion

H2C

CH C

C

H2 C
carbanion allylique

CH D

C

Effet électroattracteur du groupe carbonyle C=O (effet - M)

H2 C

CH E

CH

O
prop-2-ènal ou acroléine

H2C

CH F

CH O

Schéma 5.7

Les formes limites d’un composé donné ont-elles toutes la même contribution à sa représentation ? Toutes les formes limites d’un composé n’ont pas la même « stabilité ». Les plus « stables » (énergie interne la plus faible) sont les plus contributives à la représentation de la molécule, celles qui ont un « poids » plus important. Ce sont celles : – qui présentent le nombre le plus élevé de doubles ou triples liaisons conjuguées non chargées (formule I du butadiène et formule A de l’éther vinylique) (schémas 5.6 et 5.7), – qui sont chargées mais dont les charges de signes contraires sont les plus proches l’une de l’autre. Par contre, la présence de deux charges de même nature sur deux atomes liés rend la formule limite totalement instable. Les formules limites ayant plus de deux charges sont instables et peu contributives. – qui portent une charge sur un atome en accord avec son électronégativité (schéma 5.8). Par exemple, une forme limite avec une charge positive sur un carbone et une charge négative sur un oxygène est plus stable que si les charges sont inversées sur ces deux atomes, car le carbone est moins électronégatif que l’oxygène (voir l’échelle d’électronégativité de Pauling § 5.4).

150

Chimie organique

C

C

O

C

C

O

plus stable meilleure contribution

faible contribution

électronégativité de O > C
Schéma 5.8

5.6.2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet + M)
Dans le schéma 5.9 sont rassemblés les 3 principaux groupes à effet mésomère électrodonneur (+M) formés à partir de O, S, ou N, liés d’une part à une double liaison, et d’autre part, par une liaison simple, à un carbone appartenant lui-même à un groupe carboné comme les éthers et thioéthers vinyliques, ou les énamines. Un exemple de formules limites est donné pour un éther vinylique.

C

C O R
éther vinylique

C

C O R

C

C S R

C

C N R'
énamine

R

thioéther vinylique

Schéma 5.9

Les halogènes, éléments monovalents, donnent lieu à une résonance avec une double liaison lorsqu’ils la substituent (schéma 5.10). La contribution de la formule limite A à la représentation de la molécule de chlorure vinylique est beaucoup plus importante que la formule B en raison de la plus grande électronégativité du chlore par rapport à celle du carbone, ce qui rend difficile la présence de la charge positive sur l’atome d’halogène.

5. Polarisation des liaisons

151

C

C Cl
A

C

C Cl
B

Schéma 5.10

Remarque : les groupes -O-R, -S-R , et -N(R)(R’) peuvent aussi faire partie d’une fonction où ils ont un effet +M (schéma 5.11). C’est le cas des esters RCOOR’, des thioesters RCOSR’, des dithioesters RCSSR’, des imidates RC(=NR)-O-R”, des amides RCON(R’)(R”), des thioamides RCSN(R’)(R”), mais ces fonctions prises dans leur intégralité ont toutes un caractère mésomère électroattracteur (– M ) en raison de la présence d’un groupe C=O, C=S ou C=N (voir ci-après).

O C O

R C

O O
ester

R C

N C O
amide

N O

Schéma 5.11

Lorsque les atomes O, S, et N sont chargés négativement et qu’ils sont liés à une double liaison, ils exercent dans la fonction un effet mésomère donneur comme dans les anions énolates, thioénolates, carboxylates, thiocarboxylates, iminoalcoolates (schéma 5.12) … Cette fois encore, les fonctions correspondantes, dans leur intégralité, représentent des groupes à effet mésomère électroattracteur.

152

Chimie organique

C

C O

C

C O

anion énolate

C

C S

C

C S

anion thioénolate

O C O
anion carboxylate

O C O

N

C O

N

C O

anion iminoalcoolate

Schéma 5.12

Les groupes OR, S-R, N(R)(R’) peuvent aussi être liés à un carbone chargé positivement, c’est-à-dire un carbocation, ou à un carbone radicalaire (schéma 5.13).

5. Polarisation des liaisons

153

Carbocations C O R C O R R' C N R C N R R'

R = H, dérivés du carbocation hydroxyméthyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alcoxyméthyle

dérivés d'un carbocation aminométhyle

C

S R

R = H, dérivés du carbocation mercaptométhyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alkylthiométhyle

Radical C O R
Schéma 5.13

C

O R

Les carbanions ont un effet +M (carbanions allyliques, schéma 5.14).

C C C
carbanion allylique
Schéma 5.14

C C C

5.6.3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M)
Lorsque les atomes O, S ou N sont liés à un carbone par une double liaison, le groupe correspondant, carbonylé, thiocarbonylé ou imino exerce un effet mésomère électroattracteur –M. Ces groupes peuvent faire partie de nombreuses fonctions qui, toutes, ont un caractère –M : c’est le cas des fonctions aldéhyde, cétone, thioaldéhyde, thiocétone, imines, acides, esters, carboxylates, amides, thioesters, thioamides, imidates, thioimidates, amidines (schéma 5.15). On peut ajouter à cette série, le groupe nitrile dans lequel l’azote est triplement lié au carbone.

154

Chimie organique

C

C C O

C

C C O

C

C C S

C

C C N

cétone (ou aldéhyde) vinylique

thiocétone (ou thioaldéhyde) vinylique

imine vinylique

C

C C O R O

C

C C O R O C

O C O R

O O R

ester d'acides α,β−insaturés

mésomérie du groupe ester ou acide (R = H)

O C O
anion carboxylate

N C
amide

SR C O
S-thioester

S C
anion S-thiocarboxylate

OR C S
O-thioester

O C S
anion O-thiocarboxylate

N C S
thioamide

O

O

OR' C NR
imidate

SR' C NR
thioimidate

N(R')(R") C NR
amidine

C

CH

C

N

C

CH

C

N

dérivé de l'acrylonitrile

Schéma 5.15

Les carbones chargés positivement ou carbocations exercent aussi un effet –M dans les carbocations allyliques (schéma 5.16).

C

C C

C

C C

carbocations allyliques
Schéma 5.16

A ces deux groupes dans lesquels le carbone est directement lié à une double ou triple liaison, il faut ajouter un nombre important de fonctions entièrement constituées de

5. Polarisation des liaisons

155

O, S et/ou N comme les groupes nitroso, nitro, diazo, sels de diazonium, azido, sulfoxydes, sulfones, acides sulfoniques et sulfonates qui exercent un très puissant effet –M (schéma 5.17).

C

C N O O

C

C N O O N

O N O
mésomérie du groupe nitro

O O

dérivés du nitroéthylène

autres groupes à effet - M: -N=O (groupe nitroso), -N=N- (groupe azo), -N=N+ (sel de diazonium), -N3 (groupe azido), -SO- (groupe sulfoxyde), -SO2- (groupe sulfone), -SO3H (acide sulfonique, ses sels, -SO3Schéma 5.17

et ses esters, -SO3R)

5.6.4 – Exemples de composés mésomères particuliers
Comme le montre les différents exemples ci-après (schéma 5.18), des formes limites partielles peuvent être écrites qui ne font intervenir qu’une partie du système conjugué comme les formes limites B et C du premier exemple.

Exemple 1:
sens de la électron provenant du carbone

H H
A

délocalisation électronique

H O H
B

C

C H

C H

C H

C H

C

C H

C H

C H

C H

O

penta-2,4-diènal groupe à effet mésomère -M

H H
C

C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C H

C H

C H

C H

O

H H
D

C

C H

C H

C H

C H

O

156

Chimie organique

Exemple 2:
sens de la délocalisation électronique

H H
A

H C C H C H C H O CH3 H
B

C

C H

C H

C H

O

CH3

1-méthoxy-buta-1,3-diène groupe à effet mésomère + M

H H
C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C

C H

C H

C H

O

CH3

Exemple 3 H C H C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 CH3

ion allylidene-diméthyl-ammonium Cas particulier:

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

ion triméthyl-vinyl-ammonium

impossible car l'azote deviendrait pentavalent

L'azote ne peut pas avoir cinq liaisons . Il n'existe pas de mésomérie. Le groupe ammonium n'intervient doncque l'effet inducteur attracteur de l'azote sur la double liaison.

Exemple 4: H2C CH C CH CH2 H2C CH C CH2 C H CH2 H2C CH C CH2 CH CH2

CH2 3-méthylène-penta-1,4-diène

H2C

CH C CH2

CH CH2

H2C

CH C CH2

CH CH2

Dans les structures où la conjugaison est croisée, les formes limi tes sont obtenues, comme dans l'exemple présenté, en ne faisant intervenir à chaque fois, qu'une partie des systèmes conjuguées. S'il existe un groupe -M ou +M , c'est lui qui donne le sens de la délocalisation

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

5. Polarisation des liaisons

157

Exemple 5: H C H C H CH2 H C H C H CH2

radical allylique

La demi-flèche correspond à la délocalisation d'un seul électron, contrairement à la flèche qui représente la délocalisation d'un doublet d'électrons.
Schéma 5.18

5.6.5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation)
Toutes les molécules mésomères ont une stabilité chimique plus élevée que celle relative à une formule limite donnée, y compris la plus contributive. Cela est quantifié par l’énergie de résonance qui correspond à la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation de cette molécule et celle calculée à partir des éléments (atomes, types de liaisons…) de la formule limite qui présente la plus basse énergie interne, c’est-à-dire la plus stable ou la plus contributive. L’énergie de résonance peut aussi être calculée à partir des chaleurs d’hydrogénation comme dans le cas du benzène (§ 5.6.9). Plus l’énergie de résonance est élevée, plus la molécule est stable. Cette énergie est d’autant plus élevée que les formes limites qui représentent la molécule mésomère sont équivalentes (ex : ion carboxylate, -CO32-, schéma 5.19) et / ou nombreuses (ex : composés aromatiques, schéma 5.4 et § 5.6.9).

O C O

O

O C O

O

O C O

O

ion carboxylate

Schéma 5.19

5.6.6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe
Les groupes à effet mésomère électrodonneur +M exercent aussi un effet inducteur électroattracteur -I , par exemple, l’oxygène dans un groupe alcoxy, R-O- d’un éther vinylique, >C=C(OR)-, il en est de même des halogénures vinyliques, >C=C(X)-, ou des amines vinyliques (ou énamines), >C=C(NH2)-. Par contre, les groupes à effet électroattracteur – M ont aussi un effet – I.

158

Chimie organique

En fait, les deux effets se superposent, mais l’effet mésomère est, dans la majorité des cas, plus puissant que l’effet inducteur. C’est donc l’effet mésomère qui impose l’orientation des réactions avec des réactifs électrophiles ou nucléophiles. Ainsi, dans l’éther vinylique >C=C(OR)-, l’effet mésomère +M prime sur l’effet inducteur –I (schéma 5.20).
effet mésomère donneur + M

R

O HC CH2

R

O HC CH2

effet inducteur attracteur -I
Schéma 5.20

5.6.7 – Hyperconjugaison
Lorsqu’un carbone lié à une double liaison porte un hydrogène CαH, il y a un recouvrement latéral de l’orbitale moléculaire σ de cette liaison C-H « conjuguée » à la double liaison, et d’une orbitale « p » d’un carbone hybridé « sp2 » de cette double liaison, (contrairement au cas général de la mésomérie qui correspond uniquement à des recouvrements d’orbitales « p »), ce qui conduit à une résonance particulière et spécifique de ces liaisons, appelée hyperconjugaison (schéma 5.21). Cette hyperconjugaison est caractéristique de toutes les liaisons C-H de même nature, qu’il s’agissent de groupes méthyles, méthylènes ou méthynes. Elle permet d’expliquer, en particulier, la plus grande stabilité de certains alcènes substitués par des groupes méthyles, éthyles… par rapport à des alcènes peu substitués ou substitués par des groupes carbonés qui ne possèdent peu ou pas de C αH. Plus le nombre de liaisons CαH conjuguées avec la double liaison augmente, plus l’alcène correspondant est stable. C’est le cas du 2,3-diméthyl-but-2-ène (12 hyperconjugaisons), composé plus stable que l’isobutène (6 hyperconjugaisons), lui-même plus stable que le propène, CH3-CH=CH2 (3 hyperconjugaisons).
Note : L’hyperconjugaison est aussi possible avec un carbone chargé positivement (carbocation). Elle stabilise la charge (voir le schéma 8.259).

5. Polarisation des liaisons

159

liaison σ

H

C

α

C C C H
pas d'hyperconjugaison liaison C-H non conjuguée avec la double liaison

α

C

C

C
α

C H

C

H

H

H

orbitale hybridée "sp3" H orbitale "p"

H H

H Cα C C Cα H

H

Cα C C

H Cα H
α

H H

C H

H

H

H Cα H C H C α H H

H

H C H

2,3-diméthyl-but-2-ène plus stable que l'isobutène

Schéma 5.21

5.6.8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal
Lorsqu’un composé possède une liaison entre un Ctrigonal , par exemple C de >C=O et un élément Z possèdant un doublet d’électrons non liant avec lequel une résonance est donc possible comme dans un amide RCON(R1)(R2), la libre rotation entre ce carbone et Z est empêchée, car les trois atomes se trouvent dans un même plan afin de satisfaire le phénomène de résonance avec recouvrement latéral des orbitales concernées (figure 5.22). En conséquence, la barrière de potentiel, ou d’interconversion, pour une rotation autour de cette liaison est très élevée, soit 10 fois supérieure (80 kJ mol-1) à celle qui existe pour une liaison amine Ctétraèdral-Z comme dans CH3-N(R1)(R2) (soit 8 kJ mol-1) où il n’existe pas de résonance.

O C N
amide (mésomère)

O C N
amine

C

N

Rotation autour de la liaison C-N très difficile: énergie d'interconversion élevée

Rotation autour de la liaison C-N 10 fois plus facile que pour l'amide: énergie d'interconversion faible

Schéma 5.22

160

Chimie organique

Cette remarque s’applique aussi pour les liaisons Ctrigonal-Ctrigonal correspondant à des systèmes conjugués (par exemple, butadiène, cétones α,β-insaturées) pour lesquelles la forme s-trans est plus stable que la forme s-cis (figure 5.21).

H H

H H

H H

H H H

H

H H

butadiène s-trans, conformère plus stable que butadiène s-cis
Figure 5.21

butadiène s-cis

5.6.9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel)
Certaines molécules qui présentent une mésomérie, possèdent une très grande stabilité et sont dites aromatiques si les conditions suivantes (règles empiriques de Hückel, 1937) sont respectées : – la molécule est cyclique, polyènique conjuguée (un doublet non liant d’un hétéroatome, une charge négative ou positive peuvent entrer dans cette conjugaison), – la molécule doit être plane, (afin qu’il y ait un bon recouvrement latéral des orbitales « p »), – l’ensemble des électrons délocalisés doit être égal à 4n + 2 avec n = 0 ou un nombre entier. Ces règles qui ne s’appliquaient à l’origine qu’aux monocycles ont été ensuite étendues aux composés polycycliques. Le caractère aromatique d’une molécule implique une stabilité plus élevée par rapport à des molécules de structures proches mais non aromatiques, vis-à-vis de la température, mais aussi de divers réactifs : par exemple, les alcènes, peu stables à haute température, réagissent très facilement avec les acides, les halogènes, ou les oxydants, tandis que le benzène, composé aromatique, reste stable à des températures élevées, ne réagit avec les halogènes (sans intervention externe, rayonnement UV) ou ne s’oxyde que dans des conditions particulières vigoureuses. Le benzène, C6H6 est un monocycle plan constitué de trois doubles liaisons conjuguées (schéma 5.23) :

5. Polarisation des liaisons

161

exemple 1: le benzène

2 2

2 représentation faisant apparaître le plus simplement la totale délocalisation des électrons π.

formules de Kékulé 4n + 2 = 6 (n = 1)

formules de Dewar

Schéma 5.23

Les représentations classiques de Kékulé, et moins classiques de Dewar, sont contenues dans l’utilisation d’un cercle central symbolisant la délocalisation des électrons dans le cycle. La pyridine, un hétérocycle (schéma 5.24), diffère du benzène par le remplacement d’un CH du cycle par un atome d’azote : il s’ensuit une dissymétrie qui fait apparaître des charges. Le groupe imino >C=N- exerce un effet électroattracteur sur les électrons π du cycle.
H Exemple 2: la pyridine H

H

N
H
4 5 6 2 2 3 2 2

H

N

N

N

N

N

N
caractère basique et nucléophile lié à ce oublet

1 4n + 2 = 6 (n = 1)

La représentation des formes limites de la pyridine apporte des renseignements utiles au chimiste pour l'étude le la réactivité de cet hétérocycle. Le doublet non liant de l'azote n'étant pas délocalisé confère à la pyridine, basicité et caractère nucléophile (à l'inverse du pyrrole, voir l'exemple 3), les positions 2, 6 et 4 (appelées aussi α, α' et γ) ont des densités électroniques plus faibles que celles en positions 3 et 5 (ou β et β') ce qui permet de prévoir les attaques des réactifs électrophiles et nucléophiles.

Schéma 5.24

Le pyrrole est un hétérocycle à 5 chaînons. Pour que le caractère aromatique s’établisse, il faut que les électrons du doublet non liant de l’azote soient délocalisés afin que la règle de 4n + 2 électrons = 6 avec n = 1 soit respectée. Il en est de même pour l’oxygène du furane, et le soufre du thiophène (schéma 5.25).

162

Chimie organique

H Exemple 3: pyrrole, furane et thiophène H

H

N
H
2 2

H

2

N H
4n + 2 = 6 (n = 1)

N H

N H

N H

N H

N H

Le doublet non liant de l'azote est engagé dans la délocalisation ce qui réduit très fortement le caractère basique et rend l'hydrogène de NH plutôt acide. L'effet + M de l'azote dans le cycle augmente les densités électroniques des carbones qui seront facilement attaqués par les réactifs électrophiles. Le furane et le thiophène ont des formules limites semblables à celles du pyrrole.

O
furane

O

O
thiophène

S

Schéma 5.25

Exemple 4 : carbocation cyclopropènyle et carbanion cyclopentadiènyle H Cl H H SbCl5 H H H H H H , SbCl6
carbocation cyclopropènyle

H

H

H

Le carbocation cyclopropènyle présent dans les sels de propènium, le plus souvent substitué par divers groupes, représente un cas particulier de système aromatique puisque le nombre d'électrons délocalisés est de deux ce qui permet de valider la règle empirique de Hückel: 4n + 2 = 2 (n =0) Le sel de propènium présenté est l'hexachloroantimonate de cyclopropènyle.

H H H

H -H H H
(base)

H H H

H H H

H

H H H H

H

H H H

cyclopentadiène

carbanion cyclopentadiènyle 4n + 2 = 6 (n = 1 )

Sous l'action d'une base, le cyclopentadiène perd très facilement un proton car le carbanion cyclopentadiènyle qui en résulte est très stable : il est aromatique. Le nombre d'électrons π délocalisés est égal à 6: 4n + 2 = 6 (n = 1)

Schéma 5.26

5. Polarisation des liaisons

163

Certains composés ionisés, sous forme de sels, sont aussi aromatiques, par exemple, l’ion pyrylium qui possède 6 électrons délocalisés provenant de ses 3 doubles liaisons (figure 5.22).

O
X sel de pyrylium
Figure 5.22

De nombreuses structures polycycliques possèdent un caractère aromatique comme le naphtalène, l’anthracène, le phénanthrène, la quinoléine, l’acridine ou l’ion 1-benzopyrylium (figure 5.23).

naphtalène

anthracène

phénanthrène

N quinoléine

N acridine
Figure 5.23

O ion 1-benzopyrylium

Des molécules complexes comme la porphine et ses dérivés substitués, les porphyrines (figure 5.24) sont des composés aromatiques. Ils font partie de la structure de l’hémoglobine, le transporteur d’oxygène présent dans le sang. Si on compte l’ensemble des électrons π délocalisés, ils sont au nombre de 26, ce qui ne correspond pas à 4n + 2 (règle de Hückel). Dans ce cas, et dans la mesure où la molécule est plane et polyènique conjuguée, il doit exister dans ces structures polycycliques, un système cyclique polyènique conjugué, parmi ceux possibles, qui possède un maximum d’électrons délocalisés dont le nombre soit égal à 4n + 2 avec n, un nombre entier. Dans le cas de la porphine, ce système est indiqué en pointillé. Il correspond à 18 électrons délocalisés (n est donc égal à 4). Dans le pyrène (16 électrons délocalisés), seuls les électrons π périphériques sont pris en compte pour le caractère aromatique de ce composé soit 14 électrons (n = 3).

164

Chimie organique

2

2 2

NH
2 2

N
2

NH

N

N
M2

N

N
2

HN
2

2

N

HN

N

N

porphine 26 électrons délocalisés dans le système cyclique en pointillé: 18 électrons = (4n + 2) avec n = 4

porphyrines
(porphines substituées par divers groupes)

hèmes M = Fe, Cu, Mn... hémoglobine M = Fe

2 2 2 2 2 2 2

pyrène électrons π délocalisés: 16 nbre d'élecrons π périphériques: 14 = 4n + 2 avec (n = 3)
Figure 5.24

5.6.10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques
Le cyclobutadiène et le cyclooctatétraène font partie du groupe des annulènes, composés polyèniques conjugués cycliques, comme le benzène (qui pourrait être appelé le [6]annulène), mais ces deux composés ne sont pas aromatiques. Le nombre d’électrons π qui sembleraient délocalisés n’est pas égal à 4n + 2 avec n = un nombre entier. Par ailleurs, ils ne sont pas plans ce qui ne permet pas une délocalisation des électrons π, laquelle nécessite un recouvrement latéral d’orbitales « p » d’axes parallèles (figure 5.25).

5. Polarisation des liaisons

165

cyclobutadiène ou 4 annulène

cyclooctatétraène ou 8 annulène

ou

carbanion cyclopropènyle

carbocation cyclopentadiènyle

Br

ion bromonium (dérivé d'alcyne)

Figure 5.25

Le cyclobutadiène, le carbanion cyclopropènyle, le carbocation cyclopentadiènyle qui ont chacun 4n électrons délocalisés sont dits « composés antiaromatiques ». Ce sont des système chimiques très instables : on démontre dans le cas du carbanion cyclopropènyle qu’une forme limite prise isolément a une énergie interne plus faible que celle du système délocalisé, représenté par le cercle à l’intérieur du système cyclique. C’est le cas aussi d’intermédiaires réactionnels appelés ion pontés halonium, dérivés d’alcynes, dans lesquels les électrons π de la double liaison sont conjugués avec un doublet d’électrons de l’halogène (ici le brome) chargé positivement.

5.6.11 – Énergie de résonance des composés aromatiques
La mésomérie ou la résonance dans une molécule donnée a pour conséquence une augmentation significative de sa stabilité par rapport à la même molécule considérée arbitrairement comme non résonnante. Cette différence de stabilité s’exprime de manière quantitative par l’énergie de résonance. Plus cette énergie est élevée, plus la molécule est stable. Pour déterminer l’énergie de résonance, on peut calculer soit la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation et celle calculée théoriquement à partir de la structure limite qui possède la plus basse énergie interne (la plus contributive), soit la différence entre la chaleur d’hydrogénation calculée théoriquement à partir de la structure limite de plus basse énergie, et celle obtenue par expérimentation. Dans ce dernier cas (schéma 5.27), le benzène est un bon exemple. Il a une de ses structures limites de plus basse énergie qui correspond à un « cyclohexa-1,3,5-triène »

166

Chimie organique

figé (considéré ici théoriquement comme non résonnant, contrairement à la réalité physique, et seulement pour les besoins du calcul), la chaleur d’hydrogénation de cette molécule correspond donc à trois fois celle du cyclohexène qui est cyclique et possède une seule double liaison, soit – 110 kJ mol-1 × 3 = -330 kJ mol-1. La chaleur d’hydrogénation expérimentale du benzène est de – 206,3 kJ mol-1. On en déduit que l’énergie de résonance du benzène, différence entre ces deux valeurs, est donc de 123,7 kJ mol-1. Les valeurs des énergies de résonance de divers composés aromatiques, permettent de les classer en fonction de leur stabilité chimique.

H2 - 110 kJ mol-1 cyclohexène 3 H2 - 330 kJ mol-1 (calculé: - 110kJ mol-1x 3) "cyclohexa-1,3,5-triène" -1 "benzène fictif non résonnant" ∆ = 123,7 kJ mol énergie de résonance 3 H2 - 206,3 kJ mol-1 benzène réel, résonant (expérimental) cyclohexane cyclohexane

Schéma 5.27

Par exemple, dans la série du thiophène, pyrrole et furane (figure 5.26), les valeurs sont respectivement 120 kJ mol-1, 100 kJ mol-1 et 62,3 kJ mol-1, valeurs qui sont en accord avec les propriétés chimiques de ces composés : le thiophène réagit comme le benzène tandis que le furane a un faible caractère aromatique puisqu’il se comporte parfois comme un composé diènique (réactions d’additions). Ces différences sont liées aux configurations électroniques des hétéroéléments S, N et O et à leur électronégativité. Plus un élément est volumineux avec un numéro atomique Z élevé, comme le soufre dans cette série, plus les électrons de sa couche périphérique, ceux qui assurent les liaisons, sont moins retenus au noyau de l’atome. Cela assure une meilleure délocalisation des électrons du soufre et une plus forte aromaticité. Les électronégativités relatives de O (3,5), N (3) et S (3,5), expliquent aussi par l’effet inducteur électroattracteur –I, la plus difficile délocalisation des électrons dans le furane.

S
thiophène (120 kJ.mol -1 )

N H
pyrrole (100 kJ.mol -1)
Figure 5.26

O
furane (62,3 kJ.mol -1)

5. Polarisation des liaisons

167

D’une manière générale, l’énergie de résonance est d’autant plus élevée que la molécule ou l’ion résonnant a des structures limites équivalentes (ex : ion carboxylate, schéma 5.19) ou en nombre important.
Note : Les valeurs des énergies de résonance peuvent varier d’un auteur à l’autre en raison des différentes techniques utilisées pour leurs calculs, mais elles restent proches.

5.6.12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué
Dans le cas du benzène monosubstitué, il est possible de prévoir l’orientation des attaques des réactifs électrophiles à partir de l’effet inducteur ou mésomère du groupe qui substitue le benzène. Un réactif électrophile est soit une molécule qui possède un site à faible densité électronique, soit un ion chargé positivement (§ 6.8) comme le proton ou NO2+. Ce réactif attaque les sites les plus riches en électrons (à forte densité électronique) d’une autre molécule.
-δ +δ 3 4 1 5 6 +δ -δ

Rappel:

H2C

C H

CH3
2

H 2C

C H

C H2

Cl

positions 2 et/ou 6: ortho positions 3 et/ou 5: méta position 4: para

effet inducteur+ I
- δ' - δ" - δ' NO2 réactif électrophile attaques en positions ortho et para +δ

effet inducteur - I
+ δ' -δ + δ'' + δ'

CH3
toluène

CH2Cl
chlorure de benzyle

NO2 attaques en positions méta

Figure 5.27

Dans le toluène, le groupe méthyle exerce un effet inducteur +I, qui se transmet à travers les doubles liaisons du benzène en créant des dissymétries électroniques (figure 5.27). Il en résulte que certains atomes de carbone, en positions ortho et para, ont des densités électroniques relativement plus élevées que celles des carbones en positions méta. Elles sont symbolisées par -δ’, -δ’’. La somme des charges partielles négatives de ces carbones est égale à la charge positive portée par le groupe à effet inducteur électrodonneur + I, et dans ce cas, le groupe méthyle. L’attaque des réactifs électrophiles sera donc orientée sur les positions ortho et para à plus fortes densités électroniques.

168

Chimie organique

Le phénomène s’inverse avec un substituant à effet inducteur – I comme le groupe chlorométhyle du chlorure de benzyle. Les substituants à effet mésomère orientent aussi les attaques des réactifs électrophiles (schéma 5.28). Dans ce cas, les formes limites permettent de prévoir les densités électroniques des atomes de carbone du cycle. Ceux qui portent une charge positive dans les différentes formes limites auront une faible densité électronique et inversement pour ceux qui portent une charge négative.

Effet mésomère électroattracteur -M O CH3 O CH3
NO2

O CH3

O CH3

O CH3

O CH3
NO2 attaques de NO2+ en positions méta Le réactif électrophile NO2+ attaque les carbones du cycle qui n'ont jamais de charge positive dans les formes limites

Effet mésomère électrodonneur +M O
+M NO2

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

NO2

O CH3

NO2 attaques de NO2+ en positions ortho et para

Schéma 5.28

5. Polarisation des liaisons

169

L’acétophénone porte un groupe CO-CH3 à effet –M, les carbones en positions ortho et para portent une charge positive dans les formes limites de ce composé. Ce sont donc les atomes de carbone en position méta, de densité électronique relative plus élevée, qui seront attaqués le plus facilement par un réactif électrophile. L’effet inverse est observé avec le méthoxybenzène car le groupe O-CH3 a un effet +M. Les positions ortho et para seront attaquées par un réactif électrophile.
Remarque : Les flèches indiquant les attaques des réactifs électrophiles sur le benzène et ses dérivés sont trompeuses et à l'inverse de celles décrivant le mécanisme de substitution (schéma 6.18) : en effet, c'est toujours le réactif le plus riche en électrons (nucléophile), dans ce cas le benzène ou ses dérivés, qui peut apporter des électrons au réactif le plus pauvre en électrons (électrophile, ici l'ion NO2+), et jamais l'inverse.

5.7

Équation de Hammett

L’équation de Hammett permet de relier les constantes de vitesse d’une réaction donnée (ou les constantes d’équilibre pour les réactions réversibles) pour deux molécules de même espèce chimique (par exemple, acide benzoïque et ses dérivés monosubstitués par un groupe Z) aux effets électroniques, d’induction ou de champ du substituant Z. Elle est de la forme,

log10

Kz K0

ρσ

avec : Ko, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé non substitué (Z = H), Kz, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé substitué par le substituant Z, (rho) est un nombre qui est caractéristique d’une réaction donnée, et qui dépend de la sensibilité de la réaction aux effets électroniques, d’induction et de champ, et des conditions expérimentales dans lesquelles s’effectue la réaction, est directement lié à la nature du substituant Z et caractérise son influence (électronique, induction, et champ) sur la vitesse de la réaction. Lorsque l’équation de Hammett avec K0 et KZ, constantes d’équilibres, est appliquée à la réaction équilibrée d’ionisation de Z-Ph-COOH dans l’eau à 25 °C, ρ est, par convention, égal à 1.

Z-C6H5-COOH + H2O

K

Z-C6H5-COO + H3O

Dans ce cas, σ est égal au logarithme décimal du rapport des constantes d’équilibres Kz et K0 et deux séries de valeurs sont expérimentalement définies σm et σp selon la position de Z sur le cycle (en méta ou para). L’équation de Hammet n’est pas utilisable pour les composés substitués en position ortho. Si les valeurs de sont positives (Kz > K0), le substituant Z est un groupe électroattracteur, s’il est négatif, (Kz < K0), le substituant Z est électrodonneur. Lorsqu’on connaît quelques valeurs de σ, on peut représenter log

170

Chimie organique

KZ / K0. C’est une droite de pente ρ. Il est alors possible de définir la valeur de KZ pour des réactions nouvelles. Les valeurs de ρ négatives (pentes négatives) correspondent à des réactions favorisées par une augmentation de la densité électronique au site réactif et celles qui sont favorisées par une faible densité électronique au site réactif ont des valeurs de ρ positives. Les valeurs de ρ sont connues pour environ 200 réactions. Cinq exemples sont donnés dans le schéma 5.29.
1) réaction irréversible: K est la constante de vitesse

COOEt Z

+ HO

K Z

COO

+ EtOH

ρ = 2,43

2) réaction réversible : K est la constante d'équilibre

Z

NH3

+ H2 O

K Z

NH2

+ H 3O

ρ = 2,77

Z

CH2-COOH

+ H 2O

Z

CH2-COO

+ H 3O

ρ = 0,49

Z

(CH2)2-COOH + H2O

Z
Schéma 5.29

(CH2)2-COO

+ H 3O

ρ = 0,21

Inversement, on peut définir la valeur de σ si les valeurs de Ko et Kz sont connues pour diverses réactions. Ces valeurs sont données pour quelques substituants Z classiques dans le tableau 5.8, et sont valables pour des réactions où les molécules d’une même série contenant Z subissent une attaque nucléophile, électrophile ou radicalaire selon un mécanisme semblable.
substituants

σm + 0,12 + 0,12 - 0,16 - 0,007 0 + 0,37 + 0,43 + 0,71

σp - 0,37 - 0,27 - 0,66 - 0,17 0 + 0,23 + 0,54 + 0,78

σ+m

σ +p - 0,92 - 0,78 - 1,13 - 0,31 0 +0,11 +0,79

σ −p

-OH -OCH3 -NH2 -CH3 -H -Cl -CF3 -NO2

0,05 - 0,16 - 0,10 0 +0,40 +0,57 +0,73

0

+1,27

note: selon les auteurs, ces valeurs peuvent varier légèrement. Les valeurs non indiquées sont inconnues.
Tableau 5.8

5. Polarisation des liaisons

171

Il existe des réactions pour lesquelles le site d’attaque est le cycle lui-même (comme les substitutions électrophiles § 8.2), dans ce cas, le groupe Z peut intervenir dans l’état de transition. Si une résonance est possible, la charge est délocalisée y compris dans Z (comme dans la réaction du schéma 5.30) ce qui conduit à deux nouvelles séries de σ affectés de signes positifs ou négatifs, σ+ et σ–. Si le groupe Z est électrodonneur + M et la charge délocalisée de l’état de transition est positive, on utilise σ+.

OMe

NO2

O2N

OMe

-H O N 2

OMe

(Z à effet +M)
Schéma 5.30

Inversement, si Z est un groupe électroattracteur –M et que la charge délocalisée de l’état de transition est négative, on utilise σ– (cas plus rare). Les valeurs de σ+m et σ+p ainsi qu’une valeur de σ–p sont indiquées dans le tableau 5.8.

5.8

Les liaisons hydrogènes

Lorsqu’un atome d’hydrogène est lié à un hétéroatome très électronégatif comme l’oxygène, l’azote ou le fluor, et à un moindre degré avec le chlore ou le soufre, l’effet inducteur –I de cet hétéroatome a pour résultat de rendre l’hydrogène acide ce qui correspond à l’établissement d’une charge partielle positive. Cette charge lui permet de créer des associations moléculaires ou intramoléculaires, dues à des interactions électrostatiques, appelées liaisons hydrogènes avec des hétéroéléments porteurs d’une charge partielle négative, oxygène, azote, fluor. C’est ce qui explique les associations moléculaires de l’eau, des alcools, de l’acide fluorhydrique, mais aussi de l’ammoniac (figure 5.28).

H O H H +δ H -δ O H
eau

H O H

H +δ O R +δ H O R
alcool

H H O R

-δ F

+δ H

-δ F

+δ H

-δ +δ F H

H N H

+δ H

-δ N

H H

acide fluorhydrique

ammoniac
Figure 5.28

172

Chimie organique

Si on considère la liaison Y-H où Y est un atome électronégatif, plus cette électronégativité sera élevée, et plus la charge partielle positive portée par l’hydrogène sera importante. Dans la mesure où l’atome d’hydrogène est petit, la charge est « concentrée » et la force électrostatique importante. De même, la « concentration » de la charge partielle négative est d’autant plus importante pour les éléments électronégatifs que l’atome correspondant a un faible volume, ce qui est le cas de F, O et N, et explique les très faibles liaisons hydrogènes avec le chlore pourtant d’électronégativité proche de celle de l’azote mais de volume atomique plus élevé. L’énergie d’une liaison hydrogène est nettement plus faible qu’une liaison normale interatomique et inférieure à 41,84 kJ mol-1, valeur la plus élevée correspondant à la liaison de ce type entre molécules d’acide fluorhydrique H-F---H-F-. D’autres valeurs peuvent être données : HO---H (29,29 kJ mol-1), HN---H (8,37 kJ mol-1). Ces énergies de liaison expliquent la raison pour laquelle des composés analogues comme l’eau, H2O, et l’acide sulfhydrique, H2S, présentent une différence de points d’ébullition conséquente, respectivement 100 °C et – 60 °C : en effet, l’acide sulfhydrique est un gaz à 25 °C. Les molécules d’eau sont associées par des liaisons hydrogènes tandis que celles d’acide sulfhydrique ne le sont pas. Pour que l’eau passe à l’état gazeux, il est donc nécessaire de rompre les liaisons hydrogènes ce qui suppose un apport d’énergie donc un point d’ébullition plus élevée. Cette remarque est valable aussi pour les alcools et thiols de faibles masses. Ce type de liaisons joue un rôle important dans l’ionisation des molécules d’halogénures d’alkyles RX par les alcools polaires protiques R’OH dans la première partie du mécanisme de substitution nucléophile SN1 (§ 8.1.3) bien que les énergies de ces liaisons O-H---X soient très faibles puisque formées entre OH et des halogènes dont les volumes sont importants (sauf pour le fluor). Des liaisons hydrogènes peuvent se créer avec les carbones hybridés « sp2 » et « sp3» car dans ces cas, l’électronégativité des carbones impliqués augmente. Quelques exemples de liaisons hydrogènes intramoléculaires sont donnés dans le schéma 5.31.
O A) R O H O H O C R B) Me O C C H2 O C Me Me
forme énolique stabilisée par une liaison hydrogène prépondérance de cette forme tautomère

O

H C H

O Me

association bimoléculaire des acides carboxyliques de faibles masses

acétylacétone

H

C

O

H O O D) O N H
E)

C)
salicylaldéhyde

H N

O

H N

8-hydroxyquinoléine

N H

N O H O
structure o-quinonoïde stabilisée par deux liaisons hydrogènes (responsable de la couleur bleue de cette substance)

trans-indigotine

Schéma 5.31

5. Polarisation des liaisons

173

Les acides carboxyliques de faibles masses, comme l’acide acétique, existent à température ordinaire sous forme de dimères (A). Les molécules sont retenues entre elles par deux liaisons hydrogènes : celles-ci doivent être rompues pour passer à l’état gazeux ce qui explique une valeur anormalement élevée des points d’ébullition de ces composés. Certains composés β-dicarbonylés comme l’acétylacétone (B), l’acétoacétate d’éthyle, CH3-CO-CH2-COOEt, ou le malonate d’éthyle, CH2(COOEt)2 sont en équilibre chacun avec une forme énolique qui est stabilisée par une liaison hydrogène intramoléculaire, ce qui la rend prépondérante. Le salicylaldéhyde (C) et les sels de l’acide salicylique présentent des liaisons hydrogènes intramoléculaires qui stabilisent leurs structures, au même titre que la 8-hydroxyquinoléine (D). La conjugaison de nombreuses doubles liaisons absorbe une partie de la lumière donnant une couleur au composé correspondant. Dans le cas de l’indigotine qui existe sous formes cis (non représentée) et trans (E) qui est en équilibre avec une forme stabilisée par deux liaisons hydrogènes, cette dernière présente de nombreuses doubles liaisons conjuguées, ce qui lui donne une coloration bleue indigo caractéristique. Enfin, les liaisons hydrogènes ont un rôle prépondérant dans les conformations de nombreuses molécules d’origine naturelles comme les acides nucléiques.

Chapitre 6 Entités réactives

Sommaire :
6.1 La réaction ...................................................................................................... 178 6.2 Le milieu réactionnel ..................................................................................... 179 6.3 Les solvants ..................................................................................................... 180 6.4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7.3) .................................. 182 6.5 Les réactifs nucléophiles ............................................................................... 183 6.6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles ......................................... 183 6.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction ......... 183 6.8 Les réactifs électrophiles .............................................................................. 185 6.9 Les centres ou sites électrophiles ................................................................ 185 6.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison ............... 186 6.11 Les carbocations ou ions carbonium ........................................................ 187 6.11.1 – Structure ........................................................................................... 187 6.11.2 – Stabilité ............................................................................................ 188 6.11.3 – Formations ........................................................................................ 190 6.11.3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant ............................................................. 6.11.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures .......................... 6.11.3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures .................... 6.11.3d – Protonation de liaisons insaturées ........................................ 6.11.3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique .. 6.11.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires, les hémiacétals et acétals 190 191 191 191 194

194

176

Chimie organique 6.11.3g – Décomposition des sels de diazonium .................................. 195 6.11.3h – Utilisation des superacides .................................................. 196 6.11.4 – Réactions des carbocations .............................................................. 197 6.11.4a – Réarrangements par transpositions, et éliminations d’un proton porté par un carbone en α du carbone chargé (CαH) 197 6.11.4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles ............................... 206 6.11.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations ...................... 207

6.12 Les radicaux ................................................................................................. 208 6.12.1 – Structures ......................................................................................... 209 6.12.2 – Formations et stabilité ..................................................................... 209 6.12.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles ........................................ 215 6.12.4 – Les réactions de Minisci ................................................................... 216 6.12.5 – Les réactions radicalaires ................................................................. 217 6.12.5.a – Dismutation (ou disproportionation) .................................. 6.12.5.b – Couplage radicalaire ........................................................... • 6.12.5.c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H entre radical instable et alcane ramifié ............................... 6.12.5.d – Réactions de substitution ................................................... 6.12.5.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons .................... 6.12.5.f – Polymérisation vinylique ..................................................... 6.12.5.g – Auto-oxydation des composés organiques .......................... 6.12.5.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe ................. 6.12.5.i – Réarrangements .................................................................. 217 218 218 219 224 230 232 234 235

6.12.6 – Le radical-cation .............................................................................. 235 6.12.7 – Le radical-anion ............................................................................... 236 6.12.8 – Le biradical ou diradical .................................................................. 237 6.13 – Les carbanions .......................................................................................... 237 6.13.1 – Formations ....................................................................................... 238 6.13.2 – Stabilité ............................................................................................ 241 6.13.3 – Structures ......................................................................................... 244 6.13.4 – Réactions (généralités et réarrangements) ....................................... 245 6.14 Les carbènes ................................................................................................. 247 6.14.1 – Formations ....................................................................................... 247 6.14.2 – Réactivité et stabilité ....................................................................... 249 6.14.2a – Additions sur les alcènes ..................................................... 6.14.2b – Additions sur les alcynes et les allènes ................................ 6.14.2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane .... 6.14.2d – Réarrangements .................................................................. 6.14.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes ...................... 250 254 254 255 255

6. Entités réactives

177

6.15 Les nitrènes ................................................................................................... 255 6.15.1 – Formations ........................................................................................ 256 6.15.2 – Réactions .......................................................................................... 257 6.15.2a – Additions .............................................................................. 6.15.2b – Insertion dans une liaison C-H ............................................. 6.15.2c – Dimérisation ......................................................................... 6.15.2d – Echange d’atome d’hydrogène avec un alcane ..................... 6.15.2e – Réarrangements .................................................................... 257 259 259 260 260

6.16 Les composés 1,3-dipolaires ou dipoles-1,3 ............................................. 267 6.17 Les ylures ....................................................................................................... 268

moins d’importance.178 Chimie organique 6.1 La réaction Représentée sous forme d’une équation chimique. la présence de radicaux par la résonance paramagnétique électronique ou RPE). de la polarité du solvant. en raison de l’antagonisme des fonctions qu’ils portent chacun. sous l’influence ou non d’effets physiques (chaleur. les principales méthodes utilisées sont : – les études cinétiques qui enregistrent l’augmentation ou la diminution de la vitesse de formation des produits finaux en fonction des concentrations en chaque réactant. au contraire. sans qu’il se forme de composés intermédiaires. la réaction s’effectue via diverses étapes. dans la plupart des cas. Si. ou le carbone 13C ou 14C (radioactif) à la place de 12C pour « suivre » le devenir de certains atomes dans le déroulement de la réaction. – le piégeage des entités intermédiaires. durant lesquelles sont produites des entités intermédiaires réactives (carbocations. le milieu a. ou par piégeages. – la détection par des techniques physicochimiques de la présence d’intermédiaires réactionnels (par exemple. il conduira à l’inhibition de la réaction étudiée. radicaux.4). Lorsque les intermédiaires sont des radicaux. qu’en utilisant des techniques physicochimiques. pour l’hydrogène. et par piègeage de cet intermédiaire. carbènes. du rayonnement. de la température. – l’utilisation de molécules marquées avec des isotopes comme le deutérium 2H ou le tritium (radioactif) 3H. C’est le cas le plus général en chimie organique. et avec l’aide ou non d’un catalyseur (§ 6. et dont l’existence très courte n’est démontrée. la réaction est dite élémentaire. elle est le résultat physique et chimique de la mise en présence de réactifs (ou réactants) qui. ou en des composés de plus faibles masses (ex : décompositions sous l’effet de la chaleur). carbanions. rayonnement). Ce réactif réagira avec l’entité intermédiaire en formant un nouveau composé facilement identifiable. Pour déterminer les mécanismes réactionnels impliqués dans une réaction complexe donnée. nitrènes…). en additionnant au milieu un réactif qui leur est très spécifique. Quand les produits d’une réaction sont formés par une simple collision entre les réactants. de la pression. Il existe alors un mécanisme réactionnel. ce qui est très rare. Certaines réactions sont des transformations chimiques ou physiques d’une seule molécule de structure donnée en une nouvelle (ex : réarrangements intramoléculaires). réagissent entre eux. – l’identification des produits dits secondaires (composés en faibles quantités à côté des produits principaux de la réaction) qui peuvent donner des indications sur des intermédiaires possibles. pour créer de nouvelles molécules. – l’étude de la stéréochimie des composés formés en fonction de celle des réactants. – l’étude de l’influence de la polarité des solvants : les réactions qui ont pour intermédiaires des composés ioniques se font plus facilement dans les solvants polaires. la réaction est dite complexe. . dans la plupart des cas. Dans ce cas. souvent difficilement isolables. l’écriture de la réaction où ne sont indiqués que les différents réactifs de départ et les produits finaux séparés par une flèche est insuffisante puisque cette écriture est seulement le bilan de plusieurs réactions où se forment et interviennent des entités réactives.

composé solide soluble dans de nombreux solvants organiques et ajouté en faibles quantités comme catalyseur acide). ils sont déposés sous forme de couche monomoléculaire sur des supports solides inertes (ex : carbonate d’argent. Toutefois. oblige à effectuer la réaction en milieu hétérogène (plusieurs phases.2 Le milieu réactionnel La plupart des réactions en chimie organique se font mieux en milieu homogène (une seule phase. elles peuvent servir de solvants. sans solvant. . Le milieu est rendu acide par addition d’acides minéraux dans un solvant dans lequel ils sont miscibles (eau. la distillation continue. peut largement dépasser 100 bars. c’est-à-dire des proportions de chacun des réactifs au début de la réaction et des conditions opératoires (température. le plus souvent minéraux. lorsqu’elles sont liquides comme celles indiquées. par exemple. un solide et un liquide). parmi de nombreuses autres. dans certains cas. le plus souvent deux. Le retrait d’un composé intervenant dans l’équilibre par une technique classique. permet d’orienter la réaction vers la formation du produit extrait du milieu réactionnel. Elles sont reliées par un tube d’acier à une bouteille d’hydrogène munie d’un manomètre. Entités réactives 179 Un autre caractère d’une réaction est son caractère réversible. Peu de réactions en chimie organique ont lieu en phase gazeuse. Le cas le plus classique est l’estérification des acides en milieu acide. la pression peut être de un à quelques bars. En solution. alcools). Les produits formés dans ce type de réaction ne peuvent plus réagir l’un sur l’autre dans les conditions normales de cette réaction. Les réactions irréversibles sont caractérisées par une flèche unique dirigée de gauche à droite. ou l’acide para-toluènesulfonique. Afin d’augmenter la surface de contact avec les autres réactants. Il est rendu basique par l’addition de bases minérales ou organiques. l’utilisation de composés insolubles dans les solvants organiques. (réaction équilibrée) ou irréversible. terre de diatomées inerte chimiquement). oxydant solide déposé sur de la célite. Toutefois. 6. Certaines réactions se font par chauffage de mélanges de composés en poudre. la pyridine. la réaction ne peut avoir lieu qu’à la surface du solide. Dans le premier cas. Dans ce cas. Les réactifs gazeux réagissent très souvent par barbotage dans une solution du second réactif. certaines oxydations ont lieu par passage de vapeurs sur un composé solide chauffé. Certaines réactions comme l’hydrogénation nécessitent l’emploi de « bombes » en acier inoxydable. basique ou acide. et parfois un catalyseur. le milieu peut être neutre. p-CH3C6H4SO3H. Les bases minérales les plus employées sont les hydroxydes et carbonates alcalins et les bases organiques. ces réactants solides sont réduits en poudres très fines. Dans ce dernier cas. pression) mais non des catalyseurs qui n’agissent que sur la vitesse de la réaction. ou organiques (comme l’acide acétique CH3COOH qui peut servir de solvant. le plus souvent liquide). mais dans certains cas. la réaction peut avoir lieu de gauche à droite ou de droite à gauche . Ces conditions facilitent les interactions entre réactants. les réactants étant en solution dans un solvant. Parfois.6. Et3N. à sec. Ce type de réaction est caractérisé par une double flèche inversée. son orientation dépend de la loi d’action de masse (voir cours de chimie générale). C5H5N et la triéthylamine. Dans ces réactions. lesquelles contiennent le composé à hydrogéner en solution dans un solvant.

le solvant est dit protique.l)-isopropanol (Eb : 82°C) CH3 H O CH2-(CH2)2-CH3 n-butanol (Eb : 118°C) CH3 H O C CH3 CH3 t-butanol (Eb : 83°C) H O CH CH2-CH3 (d. Si leur fonction est susceptible de former des liaisons hydrogènes.3 Les solvants Parmi les solvants employés couramment en chimie organique. Les solvants polaires ont une structure moléculaire qui présente un moment dipolaire élevé ce qui facilite la solubilisation des molécules polaires (molécules présentant un dipôle) par associations intermoléculaires entre dipôles. (§ 8.l)-s-butanol (Eb : 99°C) CH3COOH acide acétique (Eb : 118°C) Comme les solvants polaires protiques. une agitation réalisée par un appareil est nécessaire. Elles sont alors réalisées sous atmosphère inerte. pour leur majorité. Dans le cas contraire.1. présentent . et le diméthylsulfoxyde. par conséquent. les solvants polaires aprotiques sont d’excellents solvants. Les plus classiques sont indiqués ci-après. est mis en œuvre. en particulier. un barbotage d’azote ou d’argon. Le solvant forme des liaisons hydrogènes (§ 5.180 Chimie organique Souvent. on distingue les solvants polaires protiques et aprotiques. dans la mesure où les composés organiques. et. la réaction est effectuée dans un appareil en quartz (silice pure) car le verre de laboratoire absorbe en partie ce rayonnement. car elle augmente la fréquence des chocs intermoléculaires et. Lorsqu’un rayonnement UV (utraviolet) est nécessaire. DMSO. Les solvants polaires protiques sont nécessaires pour effectuer des réactions qui nécessitent l’ionisation d’une liaison C-Y très polarisée où Y exerce un effet électroattracteur -I (voir mécanisme SN1 et E1). H O H H O CH3 méthanol (Eb : 65°C) H O CH2-CH3 éthanol (Eb : 78°C) eau (Eb : 100°C) H O CH2-CH2-CH3 n-propanol (Eb : 97°C) CH3 CH HO CH2-CH3 (d. DMF. L’utilisation des microondes peut être utile dans certains cas. voire de libérer un proton dans certaines réactions. les réactions nécessitent l’absence de contact avec l’oxygène de l’air afin d’éviter des réactions d’oxydations inopinées d’un réactant ou d’un composé final. la vitesse des réactions. le solvant polaire est aprotique.8) avec Y ce qui facilite l’ionisation. Afin d’augmenter le contact entre réactants et de rendre homogène le milieu réactionnel. les solvants peu polaires ou semi-polaires et les solvants non polaires ou apolaires. le diméthylformamide. 6. Dans ce cas.3).3 et 11.

ou des complexes avec les organomagnésiens. ils peuvent intervenir dans les réactions comme catalyseurs en prenant part au mécanisme réactionnel. Certains ont un rôle de base de Lewis en raison de la présence d’hétéroéléments comme l’oxygène. CH3 N CH3 CH3 triéthylamine (Eb : 89°C) pyridine (Eb : 115°C) diméthylformamide ou DMF (Eb : 153°C) diméthylsulfoxyde ou DMSO (Eb : 189°C) H3 C N H3C N CH O H3 C H3C S O H3C H3C H 3C CH3 N P O N H3C C N H3 C O C CH3 H3 C N O O H3C CH 3 acétonitrile (Eb : 81°C) acétone ou propanone (Eb : 56°C) nitrométhane (Eb : 102°C) hexaméthylphosphotriamide ou HMPT (Eb : 232°C / 740 mm Hg) Cl chlorobenzène (Eb : 130°C) NO2 nitrobenzène (Eb : 210°C) Les solvants semi-polaires sont des composés qui ont un moment dipolaire peu élevé.4-dioxane (Eb : 101°C) acétate d'éthyle (Eb : 77°C) HCCl3 chloroforme (Eb : 61°C) CH2Cl2 dichlorométhane ou chlorure de méthylène (Eb : 39°C) CH3 H3C toluène (Eb : 110°C) CH3 p-xylène ( Eb : 138°C) Les solvants non polaires ou apolaires correspondent à des molécules qui ne présentent pas de moment dipolaire permanent en raison de leurs structures symétriques . Comme indiqué dans le paragraphe précédent. Certains sont basiques comme la pyridine et la triéthylamine. Ils sont tous aprotiques. par exemple : RMgX. comme le diéthyl éther ou le tétrahydrofurane ou THF : ils s’associent avec les acides de Lewis pour former des sels au sens de Lewis comme avec le trifluorure de bore BF3. Ils sont présentés ci-après. 2 Et2O. qui leur confère des propriétés de bases de Lewis. Entités réactives 181 un moment dipolaire. O C2H5-O-C2H5 diéthyl éther (Eb : 35°C) CH3COOC2H5 O tétrahydrofurane ou THF (Eb : 66°C) O 1.6.

Dans le cas de catalyseurs solides insolubles dans le solvant et parfois très coûteux.…). et augmente sensiblement la vitesse. pentane. ce qui diminue l’énergie d’activation qui aurait été nécessaire pour effectuer cette réaction en son absence. ZnCl2. Il est possible aussi que le solvant serve de catalyseur comme la pyridine ou l’acide acétique. basiques (hydroxydes alcalins. Il est remplacé par ses dérivés méthylés comme le toluène ou le xylène. réutilisés pour une nouvelle réaction. ils peuvent être récupérés par filtration.3) Un catalyseur est une substance minérale ou organique qui participe à une réaction en favorisant chimiquement la formation d’intermédiaires réactionnels (ex : additions d’acides ou de bases). en permettant de meilleurs contacts entre réactants (nickel dans le processus d’hydrogénation des alcènes). hexane ou heptane. bases de Lewis comme la pyridine ou la triéthylamine). n-hexane. Très souvent. les catalyseurs organiques comme les alcoolates peuvent. C’est le cas des enzymes qui facilitent par leurs structures les interactions entre divers composés biologiques ou non. (ex : nickel de Raney. Par contre. ou physiquement. palladium). le catalyseur est perdu (ex : acides. 6. tant sur la nature des produits formés que sur les rendements. ou les métaux finement divisés. nickel ou palladium). Le catalyseur est entièrement présent en quantité et en qualité en fin de réaction. . ou minéraux (acides de Lewis comme AlCl3. moins toxiques. C6H14 ( Eb : 69°C). Le catalyseur n’influe pas sur la composition du mélange de produits à l’équilibre. n-heptane (Eb : 98°C). Les quantités de catalyseur ajoutées à une réaction sont théoriquement très inférieures à la stœchiométrie de la réaction. après lavage. Par exemple. carbures saturés: n-pentane : C5H12 (Eb : 36°C).4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7. le palladium qui catalyse certaines hydrogénations peut servir aussi pour des déshydrogénations. Elles solubilisent plutôt des molécules non polaires. et.182 Chimie organique comme le benzène ou le tétrachlorure de carbone. ou un moment dipolaire très faible comme les alcanes. être ajoutés au milieu réactionnel en quantités stœchiométriques afin qu’un réactif soit entièrement transformé en une entité réactive avant l’addition du second réactif. pour des raisons expérimentales. souvent remplacé par le toluène) Le benzène n’est plus utilisé dans les laboratoires en raison de sa haute toxicité. dans certains cas. alcoolates alcalins. Le catalyseur n’influe pas sur le résultat chimique de la réaction. C’est souvent exact pour les catalyseurs acides (ex : acides minéraux ou organiques). éthers de pétrole: mélanges en quantités varées d'alcanes indiqués ci-dessus CCl4 cyclohexane(Eb : 81°C) tétrachlorure de carbone (Eb: 76°C) benzène (Eb : 79°C) (composé très toxique. Les catalyseurs peuvent être biologiques. L’action d’un catalyseur est réversible.

S. soit avec un atome déficitaire en électrons comme le proton H+. ion azoture N3. R-S-R’. soit un ou plusieurs sites à forte densité électronique tels que les hétéroatomes (O. Entités réactives 183 6. RNHR’ ou R-N(R’)-R . du soufre des thiols ou thioéthers.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction On utilise le terme « caractère nucléophile » pour une fonction. N. Il peut s’agir aussi d’un atome chargé négativement comme un carbanion. de l’oxygène des fonctions alcools ou éthers. RNH2. en particulier. R3P. Caractère nucléophile décroissant R3 P > I phosphine > CN > R3N > R-O > Br > O > Cl ion phénate > RCO2 >F > CH3-O-H > H2O méthanol amines ion cyanure ion alcoolate ion carboxylate Autres exemples : R-S ion thiolate C carbanion base de Lewis acide conjugué de la base de Lewi s Et O Et R1 R2 N R3 H H Et O Et R1 R2 N R3 H H base de Lewis acide de Lewis sel "au sens de Lewis " Et O Et + BF3 Et O BF3 Et Figure 6. ou par un atome de carbone (carbanion R3C-). lorsque ses réactions font intervenir des doublets d’électrons non liants de ses hétéroéléments ou les électrons .). ion cyanure CN-. ion thiolate R-S-. soit une charge négative (anion) portée par un hétéroatome (ex : ion hydroxyde HO-. qui portent des doublets d’électrons libres (ou non liants) et qui sont alors appelés bases de Lewis dans la mesure où elles sont capables de retenir un proton pour former un acide conjugué dans un équilibre acido-basique ou de former un « sel »au sens de Lewis avec un acide de Lewis.6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles Chaque site à forte densité électronique dans une molécule est considéré comme centre ou site nucléophile. ion alcoolate R-O-. de l’azote des amines. …) dans les éthers. Les réactifs nucléophiles (rassemblés pour les plus classiques dans la figure 6. phosphines. R-O-R’. 6. soit avec un atome d’un centre dit électrophile d’une molécule.6. mais aussi des doubles et triples liaisons. Il s’agit. amines.1) contiennent dans leurs structures moléculaires.1 6. ion amidure NH2-. thioéthers.5 Les réactifs nucléophiles Un réactif est dit nucléophile s’il est capable d’apporter un doublet d’électrons pour créer une liaison covalente.

et malgré la présence d’une double liaison. son . R"' R"' R N R" R' H R R N R' caractère nucléophile de l'amine R" H N R' caractère basique de l'amine R" H C O H C O caractère basique de la fonction cétonique Schéma 6. puisqu’elles forment avec les acides.1 Les amines ont à la fois.1). Par contre. des sels comme les chlorhydrates ou sulfates qui sont des composés stables (schéma 6.2).184 Chimie organique π de ses doubles liaisons. l’oxygène des alcools leur confère à la fois un caractère nucléophile. et un caractère basique dans leurs équilibres acido-basiques en présence d’un acide fort (schéma 6. et aussi. R-O-R’. par leurs réactions avec des entités portant des charges positives comme les carbocations dans la formation des éthers-oxydes. R R R O H H R R O H caractère nucléophile de l'alcool H O H caractère basique de l'alcool (équilibre acido-basique) Schéma 6. hors des équilibres acido-basiques dans lesquels intervient un proton. un fort caractère nucléophile car de nombreuses réactions débutent par une attaque d’un site électrophile par le doublet libre de l’azote. Par exemple. un fort caractère basique.2 L’oxygène d’une fonction carbonylée a un caractère basique dans la mesure où il peut retenir un proton.

il ne se forme qu’une liaison de coordination (dans le cas d’électrophiles dérivés de métaux ou du bore). ester. Ils ont un déficit électronique. R complexe Et O Et diéthyl éther trifluorure de bore Et BF3 Et diéthyléther trifluoroborate O BF3 Schéma 6. comme les carbocations. réactif électrophile est apporté par des acides minéraux forts HBr. Ces composés métalliques et BF3 sont appelés acides de Lewis. mais aussi par des acides organiques comme l’acide acétique. H2SO4. groupes électrophiles. un carbone (carbocation.6. Ils jouent un rôle important dans de nombreuses réactions comme catalyseurs (schéma 6. amide et leurs analogues soufrés) ou celui de la fonction nitrile.représente un centre électrophile en raison de son déficit électronique résul- . les réactifs électrophiles contiennent une charge positive portée par un hétéroélément (ex : NO2+.8 Les réactifs électrophiles A l’inverse des réactifs nucléophiles. Br+. Entités réactives 185 caractère nucléophile est inexistant. ou bien un site à faible densité électronique comme l’aluminium dans AlCl3. n’attaquent pas cet oxygène.3). case quantique vide AlCl3 trichlorure d'aluminium acides de Lewis BF3 trifluorure de bore ZnCl2 chlorure de zinc R chlorure d'alkyle Cl AlCl3 trichlorure d'aluminium Cl AlCl3. le zinc dans ZnCl2. 6.3 Le proton H+. un centre nucléophile. aldéhyde. les réactifs électrophiles sont pauvres en électrons. Les groupes chargés positivement. -C≡N et des imines >C=N. HCl. R3C+). On peut y ajouter BF3. 6. CH3COOH.9 Les centres ou sites électrophiles L’atome de carbone des fonctions carbonylées >C=O et thiocarbonylées >C=S (cétone. Dans certains cas. parmi d’autres. Ils acceptent un doublet d’électrons pour former une liaison covalente avec un atome à forte densité électronique. sels dans lesquels l’ion métallique a une lacune électronique (une case quantique vide). les acides benzène sulfoniques (ex : acide para-toluène sulfonique p-CH3-C6H4-SO3H). R-N=N+…). Hors le proton H+.

186 Chimie organique tant de la présence d’un atome électronégatif.(des anions). En fait. le soufre ou l’azote. Cet atome de carbone est donc facilement attaqué par les réactifs nucléophiles. par contre. CF3SO3-. peut s’effectuer de manière homolytique ou hétérolytique. dès leurs formations.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison La rupture d’une liaison covalente entre un carbone et tout autre élément y compris un autre atome de carbone. Les entités carbonées chargées ainsi formées sont respectivement un carbanion ou un carbocation selon que l’atome de carbone est chargé négativement ou positivement. C-K ou C-Li sont le plus souvent.1) (schéma 6. dans la fonction.5 Dans le second cas. rupture hétérolytique d’une liaison ou hétérolyse (schéma 6. Elles sont accompagnées de contre-ions Y+ (souvent des cations métalliques) ou X. tosylate.6).4). Dans le premier cas. et les halogènes X. l’atome le plus électronégatif emporte avec lui le doublet de liaison. Les solvants très polaires favorisent le caractère ionique de ces liaisons.(sauf le fluor). il acquiert ainsi une charge négative. rupture homolytique de la liaison C-Y: C Y C + 2 radicaux libres Y Schéma 6.5). des liaisons ioniques avec un caractère covalent plus ou moins important en fonction du milieu (C-Na et C-K ont un fort caractère ionique. chaque atome participant à la liaison reprend l’électron qu’il avait mis en commun en formant la liaison de covalence : il en résulte deux entités réactives non chargées appelées radicaux libres (schéma 6. +δ −δ +δ −δ C O C Cl Nu ou Nu Nu ou Nu Schéma 6.4 6. et l’autre. donc homolyse de la liaison. une charge positive. l’oxygène. C-Li a souvent un fort caractère covalent). les liaisons C-Na. p-CH3-C6H4-SO3-. Il en est de même des carbones liés à un groupe à fort effet inducteur électroattracteur –I. lorsque la rupture est homolytique. comme les groupes partants (ou sortants) : groupes mésylate. . CH3SO3-. triflate. qui ont aussi une aptitude nucléofuge élevée (voir substitution nucléophile SN2 § 8.

6 6.7 . Nu C* R3 R3 C R2 R3 attaque en dessous du plan du carbocation orbitale "p" vide attaque au-dessus du plan du carbocation R2 R1 Nu R2 C* R1 = R 2 = R 3 Nu R1 R1 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 6.7).11. un électron est manquant (schéma 6.1 – Structure Les trois liaisons du carbone chargé positivement se situent dans un plan. Ruptures hétérolytiques des liaisons: C Y Y= métal C carbanion + Y C X C carbocation + X X= halogène ou groupe partant (par exemple O-SO2-C6H5) Schéma 6.6.6 et 6. Ce sont des réactifs électrophiles. Elles forment entre elles des angles de 120 . Entités réactives 187 6.7). l’orbitale « p » est vide. Cette structure s’apparente à celle du carbone hybridé « sp2 » mais avec une différence importante.11 Les carbocations ou ions carbonium Ce sont des groupes organiques dont l’un des atomes de carbone porte une charge positive : elle résulte de la perte d’un électron lors de l’hétérolyse d’une liaison avec un groupe partant (ou sortant) (schémas 6.

Les réactions dont un intermédiaire est un carbocation sont racémisantes pour le carbone concerné.2 . des réactions de substitutions nucléophiles monomoléculaires SN1 (§ 8. Les groupes à effet inducteur donneur +I.11. et à un mélange d’énantiomères en quantités égales (un racémique) s’il n’existe pas d’autres centres d’asymétrie dans la molécule. mais ces derniers sont toutefois plus stables que le carbocation méthyle. si les trois substituants de ce carbone sont différents. Dans le cas contraire.7) avec des liaisons CαH. Les carbocations aliphatiques tertiaires (dont le C+ est lié à trois groupes alkyles) sont donc plus stables que les carbocations secondaires. deux diastéréoisomères sont obtenus. R1 R2 R3 carbocation tertiaire R1 C > R2 H carbocation secondaire R1 C > H H carbocation primaire H C > H H carbocation méthyle C R1.2 – Stabilité La stabilité des carbocations est fonction des effets inducteurs. R2. ce qui conduit.188 Chimie organique Le carbone chargé dans cette structure plane peut donc être attaqué de part et d’autre de ce plan.1. en particulier. comme les groupes alkyles stabilisent la charge positive du carbone. R3 représentent des groupes alkyles H 3C H3C C H3C carbocation tertiobutyle H3C > H3 C H carbocation isopropyle H3 C C > H H carbocation éthyle H C > H H carbocation méthyle orbitale "p" vide C orbitale hybridée sp3 du carbone α H C C hyperconjugaison Figure 6.3). et aussi aux possibilités d’hyperconjugaison (§ 5. et/ou mésomères des groupes liés au carbone chargé. C’est le cas. eux-mêmes plus stables que les carbocations primaires. à deux carbones asymétriques de configurations inversées.6. 6.

La charge du carbocation benzylique est aussi délocalisée sur le cycle benzènique (schéma 6. H2C CH CH2 H2C CH CH2 carbocation allylique H3C H2 C O H H2C O H H 3C carbocation hydroxyméthyle H3 C N CH2 H3C carbocation diméthylaminométhyle N CH2 CH2 carbocation benzylique CH2 Schéma 6. carbocation cyclopropènyle aromatique (4n + 2 = 2. aminométhyle et leurs dérivés substitués. C’est le cas des carbocations cyclopropènyle et tropylium (et de leurs dérivés alkylés) (schéma 6.8 Certains carbocations cycliques sont stabilisés par aromatisation. mercaptométhyle. avec n = 1) Schéma 6.2). avec n = 0) carbocation tropylium aromatique (4n + 2 = 6. C’est le cas pour les carbocations allylique. C’est le cas pour le radical tertiobutyle avec 9 CαH. hydroxyméthyle.6. plus sa stabilité sera renforcée. La possibilité d’une résonance entre le carbocation et une double liaison ou un groupe mésomère électrodonneur +M le stabilise.9). Entités réactives 189 La possibilité d’hyperconjugaison avec une liaison CαH (recouvrement de l’orbitale « p » vide du carbone chargé et d’une orbitale hybridée « sp3 » de CαH) est un facteur de stabilisation (figure 6.8). Plus le carbocation aura de possibilités d’hyperconjugaisons.9 .

un groupe à effet électroattracteur – M (groupe -COOR. H R1 R2 R3 C Y H solvant polaire protique R1 R2 C + Y contre-ion solvant polaire protique R3 carbocation tertiaire paire d'ions H3C H3C H3C Ph Ph H C Cl C Br solvant polaire protique H3C H3C H3 C C + Br solvant polaire protique Ph Ph H C + Cl Schéma 6. par exemple) diminue la stabilité du carbocation.11. pour autant qu’il se forme. correspond à la première partie du mécanisme de substitution monomoléculaire SN1(§ 8. la liaison qui unit le groupe carboné au groupe partant est ionisée en un carbocation et un anion (ou contre-ion).3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant Un groupe sortant (ou partant) est un groupe qui exerce un fort pouvoir attracteur sur le carbone auquel il est lié. Sous l’effet ionisant d’un solvant polaire protique.10). ou – N. qui est une réaction lente. On peut y ajouter aussi les triflates R-O-SO2CF3. Cette ionisation.1.10 . R-O-SO2-C6H4-(p)CH3. Le carbocation est alors stabilisé par solvatation : le solvant l’entoure comme une gangue protectrice ou bien forme une paire d’ions avec le contre-ion (schéma 6. voire secondaire. dans la mesure où le groupe R est tertiaire. 6. le groupe mésyle dans les mésylates. mais pas primaire (énergie de formation trop élevée). favorisée par la formation de liaisons hydrogènes avec le solvant.190 Chimie organique Bien entendu.4).11. le groupe tosyle dans les tosylates. 6. comme les halogènes (surtout Cl et Br) dans RX.11. R-O-SO2-CH3.3 – Formations La formation d’un carbocation peut résulter de plusieurs types de réactions indiquées ci-après.3). Un carbocation instable ou peu stable a une réactivité plus élevée par rapport aux réactifs nucléophiles que les carbocations stables. ou bien il perd facilement un proton pour devenir un alcène (voir réactions des carbocations § 6. et il se transforme le plus souvent en un carbocation plus stable par un réarrangement intramoléculaire.

11. Lorsque HBr est ajouté au 2-méthylpropène. S’il est très stable. les acides organiques. L’action de AlCl3 sur un chlorure d’acide dans un solvant non polaire comme le benzène. Entités réactives 6. il réagit immédiatement avec le nucléophile présent dans le milieu réactionnel.12 6. . SbF5. des réarrangements (§ 6. BF3.13).3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures L’ionisation d’une liaison C-X peut résulter de l’action d’un acide de Lewis comme le trifluorure de bore.4.3d – Protonation de liaisons insaturées Les liaisons insaturées des alcènes. fournit un cation acylium ce qui correspond à la première partie de la réaction d’acylation des composés aromatiques appelée réaction de Friedel et Crafts (§ 8.12). La protonation conduit à un carbocation Dans le cas des alcènes dissymétriques (schéma 6. (CH3)2CH-CH2+ instable. le trichlorure d’aluminium. SbF6 Schéma 6. H 3C H3C H3 C Schéma 6. le carbocation tertiobutyle (CH3)3C+ tertiaire.11 H3C C Br + Ag H3C H 3C C + AgBr 6. ou le pentafluorure d’antimoine.6.1d) (schéma 6. par exemple. Si sa stabilité est peu élevée. un carbocation alkyle secondaire. R-COCl R + AlCl3 RCO.4) peuvent avoir lieu avant la réaction avec le nucléophile. les nitriles ou les imines sont des sites nucléophiles qui sont facilement attaqués par les acides forts.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures 191 Certains sels d’argent sont susceptibles de réagir avec un bromure d’alkyle pour former un carbocation (schéma 6.11. l’hétéroélément possèdant au moins un doublet d’électrons libres dans les cétones et aldéhydes. AlCl4 SO2 liquide F + SbF5 R . les thiocétones et thioaldéhydes. AlCl3. le proton peut a priori se lier à l’un ou l’autre des carbones qui forment la double liaison. S’ils n’ont pas de stabilités équivalentes.11.11). stable.11. ce qui conduit à deux carbocations isomères. se formera préférentiellement au carbocation isobutyle primaire. celui qui se forme préférentiellement est celui qui est le plus stable. dans l’anhydride sulfureux (SO2) liquide.

C’est l’addition de HBr selon la réaction de Markownikov (§ 9. stabilisés par la résonance due à la conjugaison du carbone chargé positivement ayant une orbitale vacante.14 .du milieu et le bromure de tertiobutyle sera le résultat de cette réaction d’addition de HBr sur le 2-méthylpropène. mécanisme appelée « anti-Markownikov » (§ 9. Comme les alcènes. les composés carbonylés ou thiocarbonylés additionnent un proton pour conduire à des carbocations mésomères. Lorsque HBr est ajouté en très faible quantité (catalytique).1. effet Kharasch.192 Chimie organique a H H H + H C C H H CH3 CH3 H3C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable. prépondérant bromure d'isobutyle halogénure le moins substitué Schéma 6.1). la réaction s’oriente vers une polymérisation (§ 9.13 Si HBr est en quantité stœchiométrique par rapport à l’alcène. R C H aldéhyde R1 O R2 cétone R C O H thioaldéhyde R1 C S R2 thiocétone C S H C O + H C O C O H Schéma 6. formation favorisée a C b C CH3 CH3 CH3 b ou attaque de H par le dessous du plan (résultats identiques dans ce cas) H C H C H CH3 CH3 CH2 C H CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable CH3 H3 C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable H3 C H C Br CH2 C CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable H + Br BrCH2 C CH3 CH3 + Br H3C H 3C bromure de tertiobutyle.1.3.14). halogènure le plus substitué.1) (c’est le résultat inverse de l’addition de HBr en présence d’un initiateur de réactions radicalaires comme un peroxyde. le carbocation tertiobutyle réagira immédiatement avec le nucléophile Br. C’est donc le bromure le plus substitué qui sera obtenu. avec une orbitale « p » de l’oxygène ou du soufre possèdant un doublet libre non liant (schéma 6.1).

en présence d’halogénure d’hydrogène. thioacides et dithioacides sont protonés par les acides forts minéraux (HX. Le carbocation qui résulte de cette protonation est stabilisé par résonance (schéma 6.16 Les nitriles. cette réaction fournit un sel d’iminoéther (schéma 6. Entités réactives 193 Les acides organiques. H2SO4…) ou organiques (comme l’acide para-toluène sulfonique).16). sont d’abord protonés pour former des carbocations. Si celui-ci est un alcool primaire.15). qui réagissent immédiatement avec le milieu. sont protonées par les acides forts en fournissant un sel d’iminium mésomère qui résonne avec un carbocation (schéma 6. un réactif nucléophile. préparées le plus souvent par la réaction de condensation d’un aldéhyde ou d’une cétone avec une amine primaire.17). R1 C O R2 H2N R 3 R1 R2 C N Z si R1 > R2 : R1 R3 et R2 C E N R3 + H 2O mélange d'imines Z et E C N H C N H ion iminium C N H Schéma 6.6.15 O C O H R H C O O H H Les imines. O R C OH acide OH R C O S R C SH R C S R C S R OH thioacide SH C O SH dithioacide O R C H O H R C O O H R H Schéma 6. .

194 Chimie organique R C nitrile N H R C N H R R-O-H C N H H N H R C O R' H R C N H O R' sel d'iminoéther Schéma 6. sont protonés sur l’oxygène. le naphtalène. L’élimination d’une molécule d’eau fournit un carbocation lequel peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu (par exemple X. L’ensemble des deux réactions constitue la substitution électrophile aromatique indiquée SEAr (§ 8.1) (schéma 6. mais jamais les alcools primaires.3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique La réaction d’un réactif électrophile sur un composé aromatique comme le benzène.. Une déprotonation fournit le produit final.4.18 6.19). les hémiacétals et acétals Les alcools tertiaires.17 6. H + NO2 H (HNO3-H2SO4) NO2 . H3 C CH3 X C CH3 H3 C H3C H3C halogènure de tertiobutyle H3 C H3 C H3C C O H + H H3C H3 C H3 C C O H -H O 2 H C X alcool tertiobutylique Schéma 6.11.11. et dans une moindre mesure. l’anthracène… conduit d’abord à la formation d’un carbocation dont la charge est délocalisée.H NO2 nitrobenzène Schéma 6. les alcools secondaires.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires. si HX est utilisé) (schéma 6.18).19 .

20 Des réactions équivalentes sont observées avec les analogues soufrés (oxygène remplacé par le soufre). H R1 O R' 1) C + R2 OH R1 H R2 C O R' .6. 6. pour former dans ce cas. Il peut aussi se former un peu d’un halogénure d’alkyle par réaction du carbocation avec l’anion chlorure du milieu (schéma 6. L’action d’une solution diluée d’un acide fort transforme un acétal ou un cétal en aldéhyde ou cétonevia deux carbocations (2). et une molécule d’azote (processus irréversible). Entités réactives 195 Les hémiacétals d’aldéhydes et de cétones protonés éliminent une molécule d’alcool pour former des carbocations (réaction 1. HNO 2.20). un alcool. Les sels d’alkyldiazonium sont peu stables à température ordinaire (25 °C) car –N2+ est un puissant groupe partant.21).3g – Décomposition des sels de diazonium Les sels de diazonium sont préparés par action de l’acide nitreux. schéma 6. par exemple l’eau. Le carbocation ainsi produit réagit immédiatement sur le nucléophile du milieu le plus abondant.R'OH O R' R2 R1 C O H O H R1 R' R2 C H O O H R' acétal R2 = H cétal R2 = groupe carboné R1 R2 C O -H R1 C R2 O H R1 C R2 O H O R' H aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné Schéma 6. les sels se décomposent alors en donnant un carbocation. à une température inférieure à 5 °C. Leurs déprotonations fournissent respectivement des aldéhydes et des cétones.R'OH OH R2 R1 C O -H H R1 R2 C O hémiacétal R2 = H hémicétal R2 = groupe carboné aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné H R1 2) R2 O R' C O R' + H R2 R1 C O R' . son contre-ion Cl-. sur les amines primaires (1).11. L’acide nitreux est libéré in situ par addition d’une solution de nitrite de sodium à une solution d’acide chlorhydrique diluée contenant l’amine. .

Par contre. SbF5. Cl amine aliphatique primaire R = alkyl R N N H . R .3h – Utilisation des superacides Les cations alkyles ne sont pas stables dans les solutions d’acides forts comme l’acide sulfurique. SbF6 SO2 ou SO2ClF FSO3H-SbF5 SO2 ou SO2ClF CH3 H3C C CH3 . Le carbocation t-butyle résulte à la fois de ces réactions appliquées à l’isobutane. il est possible de les conserver dans un mélange d’acide fluorosulfurique et de pentafluorure d’antimoine dissous dans SO2 ou SO2ClF. R-F + SbF6 CH3 H3 C C H CH3 ou CH3-CH2-CH2-CH3 Schéma 6.21 Les sels d’aryldiazonium (2) sont plus stables car le cation diazonium est mésomère en raison de la présence du groupe aryle. Cl R + H N N + Cl R + O H R O H -H R O H composé prépondérant R + Cl RCl 2) R' N N R' N N cation aryldiazonium Schéma 6.196 Chimie organique 1) R-NH2 NO2Na + HCl H2O R N N R N N . 6.11. au n-butane. FSO3 + H2 F-SO3H.22 . ce qui constitue un superacide. Des carbocations sont aussi produits dans ces conditions à partir d’alcanes. Ce sont des réactions complexes encore à l’étude et qui aboutissent toujours à des carbocations très stables.22). Ce mélange acide particulièrement puissant permet d’ioniser la liaison C-F présente dans les fluorures d’alkyles mais aussi de former des carbocations stables à des températures inférieures à –60°C à partir d’alcools et d’alcènes. mais aussi au fluorure de méthyle (schéma 6.

de l’atome de carbone chargé positivement. La mésomérie (§ 5. Il reste retenu à sa molécule. La transposition du groupe CH3 conduirait à un nouveau carbocation n-propyle. de WagnerMeerwein. Si plusieurs alcènes sont possibles. Durant le réarrangement. ou pinacolique présentés parmi les exemples ci-après.6. Un carbocation primaire se réarrangera en carbocation secondaire ou tertiaire. (indiqué CαH). la transposition permettra le passage d’un carbocation peu stable à un carbocation mésomère stabilisé par résonance. .4 – Réactions des carbocations 6. Les carbocations de départ.4a – Réarrangements par transpositions. pourront réagir avec un nucléophile du milieu ou perdre un proton s’il existe des atomes d’hydrogènes sur le ou les CαH.11. le plus stable. l’hydrogène ou le groupe migrant n’est jamais à l’état libre dans le milieu. Certains réarrangements sont classiques comme ceux de Demjanov.6) et l’hyperconjugaison (§ 5. Ce n’est donc pas un processus intermoléculaire mais intramoléculaire. donc prépondérants (appelés alcène(s) ou oléfine(s) de Saytzev). et ceux ainsi stabilisés par transposition.6) sont les deux effets principaux qui stabilisent une double liaison. celui qui est le plus stable est prépondérant.23). Exemple 1 : réarrangement du carbocation n-propyle primaire en carbocation isopropyle secondaire transposition d'un atome d'hydrogène augmentation de la stabilité H H3 C C C α H H H H H3C C H C H H carbocation n-propyle carbocation primaire Schéma 6. Ces réarrangements ne peuvent produire que des carbocations plus stables que ceux de départ et en aucun cas l’inverse. Entités réactives 197 6. avec création d’alcène(s). Parmi ceux qui sont stabilisés par hyperconjugaison. Dans certains cas.11.23 carbocation isopropyle carbocation secondaire Seule la transposition d’un hydrogène de CαH2 est possible (schéma 6. Les alcènes mésomères sont les plus stables. et qui pourra être exceptionnellement primaire. ce sont les alcènes qui possèdent le maximum de liaisons CαH qui sont les plus stabilisés. et éliminations d’un proton porté par un carbone en du carbone chargé (C H) Les réarrangements de carbocations correspondent à des déplacements (transpositions) de groupes carbonés ou d’atomes d’hydrogènes situés en positions α. Certains réarrangements portant sur des carbocations cycliques conduisent à des expansions ou des contractions de cycles.6.

Deux alcènes sont possibles.198 Chimie organique Exemple 2 : réarrangement du cation 3. 12 liaisons CαH sont hyperconjuguées avec les électrons π de la double liaison. (alcène de Saytzev) est prépondérant. contre 6 liaisons CαH pour le moins substitué (schéma 6. .24). CH2 ou CH. Celui-ci peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu ou éliminer un proton d’un CαH. Le plus substitué par des groupes CH3.3-diméthyl-but-2-yle suivie de l’élimination d’un proton d’un C H H3C H3C C C α H H 3C 1 carbocation secondaire CH3 transposition d'un groupe méthyle augmentation de la stabilité H3 C C H3C 2 CH3 C H CH3 carbocation tertiaire H 3C H H α C CH3 C H 2 α CH3 -H H H α H C H H C Cα H H αC C αC H H H H H Cα H 12 CαH : alcène très stable (alcène de Saytzev) prépondérant dans le mélange α H 3C H α C H H H Cα H C H 3C α C H CH3 C α H 2 CH3 C α H 2 Schéma 6.24 CH3 H H -H H CH3 C C H C H α α H C H H 6 CαH : alcène le moins stable Le carbocation secondaire 1 effectue une transposition d’un groupe méthyle pour devenir un carbocation tertiaire 2.

Ces deux nouveaux carbocations éliminent un proton pour former des alcènes mésomères donc stables. Il faut remarquer que l’α-méthylstyrène peut résulter de l’élimination directe d’un proton du carbocation 2-phényl-propyle (2). toutefois. plus stable que l’isomère Z. sera en proportion plus importante dans le mélange. dans le second cas. Entités réactives Exemple 3 : réarrangement du carbocation 2-phényl-propyle 199 CH3 1) C H CH2 transposition d'un atome d'hydrogène CH3 C CH2 H carbocation mésomère H3 C -H C C H H carbocation 2-phényl-propyle α-méthylstyrène CH3 2) C H CH2 -H H C CH3 3) C H C H H transposition du groupe méthyle CH3 C H CH3 C H C H H -H isomère E H C et C H CH3 carbocation mésomère isomère Z β-méthylstyrènes Schéma 6. .6. les deux déprotonations fournissent chacune des quantités équivalentes d’α. le carbocation résultant est tertiaire (1).25). un hydrogène ou un groupe méthyle.et de β-méthylstyrènes .25 Le carbocation 2-phényl-propyle peut donner lieu à deux transpositions (schéma 6. c’est un carbocation secondaire (3). Dans le premier cas. l’isomère E. dans la mesure où les isomères Z et E du β-styrène se forment. Bien que la transposition d’un groupe carboné nécessite plus d’énergie que celle d’un atome d’hydrogène.

et l’alcène 3. 2 et 3. L’alcène 1 est l’alcène de Saytzev. l’alcène 2.4-diméthyl-pent-2-ène H H3C H H H -H H3C C H H C 3 C H H C H3 C H H3C opropyl-but-1-ène 2-is Schéma 6. On voit que l’alcène 1 présente 11 liaisons CαH.26 Le carbocation tertiaire 2.3-diméthyl-pentan-3-yle H H H3C H 3C H H3C H3 C C C H C H C H C C C C H H H CH3 -H H H C H H C C C 2 H C H H3C CH3 H 3. seulement 3.200 Chimie organique Exemple 4 : formation d’alcènes à partir du carbocation 2.3-diméthylpentan-3-yle H H H3C H 3C C α C H -H C H α H CH3 αC H H H H H C H H C C C H 1 C C H H H H CH3 2.3-diméthyl-pentan-3-yle peut donner lieu à 3 types d’élimination de proton avec la création de trois alcènes isomères 1. 7 liaisons CαH.3-diméthyl-pent-2-ène (alcène de Saytzev) prépondérant carbocation tertiaire 2.26). . On peut en déduire que la prépondérance de ces alcènes sera dans l’ordre 1 > 2 > 3 (schéma 6.

. Le second réarrangement fait intervenir la liaison du Cα diméthylé avec un CH2 cyclique qui constitue un des substituants de ce carbone au même titre que les groupes méthyles. d’un cyclohexane à un cyclopentane. Le carbocation tertiaire 3 ainsi obtenu élimine un proton pour former une double liaison extracyclique. ce qui entraîne deux transpositions possibles. Cette liaison quitte ce carbone pour substituer le carbone chargé positivement ce qui correspond à une contraction du cycle qui passe ainsi de 6 à 5 carbones. Le composé correspondant est l’isopropylidène-cyclopentane. mais le composé ainsi formé est le plus instable des produits résultant de ces transpositions et éliminations. Le carbocation 3 peut aussi éliminer un autre proton provenant d’un groupe méthyle.2-diméthylcyclohexanol est en milieu acide.28). Entités réactives Exemple 5 : réarrangements de Wagner-Meerwein (1914) 201 H O H H CH3 H H O H -H O 2 H CH3 1 CH3 H CH3 CH3 2 CH3 CH3 CH3 2.27).2-diméthylpropane ou bromure de néopentyle (schéma 6.6. L’élimination d’une molécule d’eau libère un carbocation cyclique secondaire peu stable 1.H α CH α 3 H H C H 3 CH3 H -H CH3 CH3 H CH3 1 CH3 α 3 CH3 CH3 isopropylidène-cyclopentane 1.2-diméthylcyclohexène.27 Lorsque le 2.2-diméthyl-cyclohexène H H C H CH3 composé le moins stable très minoritaire Schéma 6. l’alcool secondaire est protoné (schéma 6.2-diméthylcyclohexanol -H H CH3 . La première correspond à la migration d’un groupe méthyle lié au Cα diméthylé : le carbocation tertiaire 2 qui en résulte élimine un proton du CαH ce qui crée une double liaison dans le cycle et la formation du 1. il est très minoritaire. Un autre exemple de réarrangement de Wagner-Meerwein concerne le 1-bromo2.

et par élimination d’un proton. En fait.202 Chimie organique CH3 H 3C C CH2 Br H2O H3C CH3 C CH2 + Br H2O CH3 -H H3C C C H H3C CH3 C CH2 OH CH3 1-bromo-2. ne conduit pas à l’alcool attendu. en présence d’eau. le 2-méthyl-but -2-ène. Cl . le 2.N2 .2-diméthyl-propane H3C C H3C C H CH3 CH3 CH3 2. un alcène. en raison de l’encombrement stérique du à la présence du groupe t-butyle. Exemple 6 : réarrangements du carbocation cyclobutylméthyle (réarrangement de Demjanov ou Demyanov)(1903) CH2 NH2 NaNO2 + HCl cyclobutyl-méthylamine CH2 N N .29 cyclopentanol H2O -H .2-diméthylpropan-1-ol mais au 2-méthylbutan-2-ol qui est accompagné d’un alcène. fournit un alcool.2-diméthyl-propan-1-ol OH CH3 H3C C CH2 CH3 2-méthyl-butan-2-ol H2O -H 2-méthyl-but-2-ène CH3 H Schéma 6.Cl CH2 1 CH2 a H CH2 H CH2 b H -H (a) -H (b) H carbocation cyclobutylméthyle H CH3 méthylène-cyclobutane H 1 H 2 H 1-méthyl-cyclobutène H H CH2 H C -H H H C H cyclopentène CH2 1 C 3 H2 H C H2 OH CH2 C H2 Schéma 6.28 L’hydrolyse de ce composé qui est une réaction lente. le carbocation primaire qui provient de l’ionisation de la liaison C-Br subit une migration du groupe méthyle ce qui forme un carbocation tertiaire stable qui.

instable. d’une part. le cyclopentène. Ce réarrangement est favorisé car les cycles à 5 chaînons sont moins tendus que les cycles à quatre chaînons ce qui les rend plus stables. dans le premier cas.4-Dihydro-2H-thiopyrane Schéma 6. La migration d’un hydrogène de CαH cyclique le réarrange en un carbocation tertiaire plus stable 2.4-Dihydro-2H-pyrane Z = S 3.30). alors que dans le second cas les liaisons sont contraintes avec un angle dièdre de 90°. Un cas particulier d’une « contraction » de cycle concerne les carbocations cyclopropyles car ils sont souvent réarrangés en carbocations allyliques plus stables (schéma 6. l’angle dièdre est de 120° donc proche de 109°28’ du carbone hybridé « sp3 ». Toutefois ces carbocations peuvent résulter d’autres réactions et se réarrangent évidemment de la même façon. Entités réactives 203 L’action de l’acide nitreux sur la N-(cyclobutyl)méthylamine (schéma 6. au méthylène-cyclobutane. Ce réarrangement permet des expansions de cycles par un mécanisme semblable à partir d’amines dérivées d’hétérocycliques tels que pyrrolidine.30 Z = NH pyrrolidine Z = O tétrahydrofurane Z = S tétrahydrothiophène Des contractions de cycles ont aussi été observées mais elles sont plus rares et correspondent en fait à des réactions équilibrées comme dans le cas des carbocations cyclobutyle (secondaire) et cyclopropylméthyle (primaire) (schéma 6. En effet. Le carbocation 3 élimine ensuite un proton pour former un composé éthylènique. a et b.6. le cyclopentanol. et tétrahydrothiophène (schéma 6. auxquels on peut ajouter des traces de cyclobutylméthanol résultat de la réaction du carbocation 1 avec l’eau. CH2NH2 Z HNO2 H2 O Z et Z OH Z = NH 1. . Un autre réarrangement du carbocation 1 peut s’effectuer par agrandissement (ou expansion) de cycle ce qui conduit au carbocation 3. qui aboutissent. par deux voies différentes.31).2. plus stable que les carbocations 1 et 2. et d’autre part.4-tétrahydropyridine Z = O 3. ou réagit avec l’eau pour donner un alcool. Ce dernier peut éliminer un proton d’un carbone en position α. au 1-méthyl-cyclobutène. Ces deux composés étant nettement prépondérants par rapport aux autres produits de la réaction.3.32).31 CH CH2 Le réarrangement de Demyanov fait référence aux carbocations issus d’une réaction de diazotation d’une amine primaire. tétrahydrofurane. CH CH2 Schéma 6.29) forme un sel de diazonium qui se décompose en formant le carbocation cyclobutylméthyle 1.

après élimination d’une molécule d’eau un carbocation tertiaire 1 stable.32 Chimie organique R2 R4 C R5 C R1 C R3 R2 C R3 C R1 C R4 R3 Exemple 7 : réarrangement pinacolique (pinacol pinacolone) Un autre exemple classique de réarrangement est celui qui affecte certains 1. CH3 CH3 H3C C O H CH3 CH3 H3C H C O C O H CH3 H3C H C O C CH3 H3C H -H CH3 H3C C O C CH3 CH3 C O 2 CH3 H CH3 H H3C C O H CH3 CH3 H3C C O C CH3 CH3 H . et qui fournit des cétones. La pinacolone résulte de la déprotonation de l’oxygène. En présence d’acide. en milieu acide.H2 O H3C H CH3 C CH3 CH3 C O C 1 CH3 Schéma 6.H 2O pinacol pinacolone CH3 CH3 C O H C O H CH3 CH3 CH 3 . Toutefois.33 . car à la fois tertiaire et mésomère par délocalisation de la charge qui fait intervenir un doublet d’électrons non liants de l’oxygène. la migration d’un groupe méthyle du Cα conduit à un nouveau carbocation 2.33).204 R2 R3 C C R1 R4 C R5 R2 R3 C C R1 R4 C R5 Schéma 6. encore plus stable.2-diols (glycols) comme le pinacol (schéma 6. le pinacol forme. la pinacolone. et dans le cas du pinacol.

35).HBr H3C C H C H CH2 OEt 1-éthoxy-but-2-ène Schéma 6. le cas particulier des carbocations allyliques. OEt H3C C H C H CH2 3-éthoxy-but-1-ène EtOH. L’ionisation des liaisons C-Br de chacun de ces bromures fournit un carbocation qui représente la forme limite de l’autre.4-diméthyl-phénol Schéma 6.6.35 . C’est le cas de la 4. Elles sont transformées en dérivés phénoliques. en solution dans l’éthanol fournissent les deux mêmes éthers en proportions sensiblement égales.HBr Br CH H3C C H ou H3C C H C H CH2 Br H3C C H C H CH2 CH2 EtOH H3C C H C H CH2 + Br 3-bromobut-1-ène 1-bromobut-2-ène EtOH.5-diènone 3. Entités réactives 205 Le même réarrangement s’effectue aussi lorsque les groupes méthyles sont remplacés par des groupes aryles.4-diméthyl-cyclohexa-2. Une réaction inverse appelée rétro-pinacolique a lieu sur des diènones cycliques.34).34 Il faut ajouter à ces différents réarrangements.4-diméthyl-phénol (schéma 6.4-diméthyl-cyclohexa-2.5-diènone qui est transformée en 3. La réaction avec l’éthanol conduit donc à deux éthers isomères et en quantités égales dans la mesure où les deux formes limites ont des poids sensiblement identiques (schéma 6. O H H CH3 O H O H O H -H H CH3 O H H H 3C CH3 H 3C H 3C H CH3 CH3 CH3 CH3 4. Le 3-bromobutène et le 1-bromobut-2-ène. . .

ou la triéthylamine (4). CN-. peuvent attaquer le carbocation en produisant respectivement un alcool. la présence d’un anion (hydroxyde.ainsi libéré pour recréer la liaison de départ..206 Chimie organique Bien que souvent classées comme des réarrangements.36). Il peut aussi se réarranger.36 Dans la mesure où les carbocations primaires et secondaires donnent lieu à des réarrangements avec création de nouveaux carbocations. meilleur nucléophile que le contre-ion Y. très souvent nucléophile. lui-même. Ainsi.dans le milieu.favorisera la réaction qui conduira à un alcool.11. ces derniers peuvent eux aussi réagir avec les anions présents et le solvant. D’une manière plus générale. 1) C Y Solvant polaire protique C + Y contre-ion 2) C Y + A C A + Y nucléophile plus fort que Y ou en concentration plus élevée que Y R solvant: 3) C Y O H R C Y Et Et Et Et N Et . Toutefois. le nombre de composés susceptibles d’être présents en fin de réaction peut être très important. cyanure. De même.37). Y Et O H . certains .). comme l’eau. Si chaque carbocation formé peut donner lieu à une élimination de protons de CαH avec formation d’alcènes. 6.HY R C O R=H alcool R = alkyl éther R=H ou alkyl solvant: N 4) C Y C sel d'ammonium quaternaire Schéma 6. supérieure à celle du contre-ion Y. de nombreuses réactions sont possibles avec les réactifs nucléophiles (schéma 6.3-diméthyl-butane (schéma 6. orientera la réaction du carbocation vers A-. le contre-ion.. ces réactions ne font pas intervenir de déplacements de groupes d’un carbone à un autre. est réversible (1).36). HO-. Le carbocation peut réagir avec l’anion Y. Un exemple simple est donné pour le 2-bromo-3. Enfin. un nitrile ou autre. la concentration élevé d’un ion A-. La formation des carbocations par ionisation d’une liaison entre un carbone et un groupe partant Y. le solvant. un éther ou un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6.4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles Les carbocations étant des entités électrophiles. les alcools (3). le carbocation réagit avec tous les réactifs nucléophiles du milieu où il a été formé (2).

un nombre restreint de carbocations est produit. R1 C R2 C H + H Schéma 6. H3C H3C C C CH3 Br H2O. soit sur le pH (par exemple.3-diméthyl-butan-2-ol 2-bromo-2. Ils réagissent alors avec les molécules d’alcène non protonées .38 R1 R R2 C CH2 R Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères (les alcènes dans ce cas).38).3-diméthyl-butan-2-ol Schéma 6. soit sur la température.H 3. réaction avec le solvant CH3 C C H CH3 CH3 C H -H CH3 C C CH3 Br réaction avec le solvant H3C H3 C Br H 3C H2O. Cette réaction est à l’origine de la polymérisation des alcènes (schéma 6. Entités réactives 207 contrôles sont possibles en agissant. .3-diméthyl-but-2-ène 2. ∆ H3C H 3C H3C C C CH3 + H Br -H H3 C C C H3C CH3 OH H H H3 C 2-bromo-3.6. la température élevée et un pH basique favorisent les éliminations avec formation d’alcènes). Si une quantité catalytique d’acide est ajoutée à un alcène.37 6. soit sur les concentrations des réactifs.5f).12.3-diméthyl-butane H3C C H3C élimination réarrangement H2O. Le terme « oligomère » s’applique à des polymères formés à partir d’un nombre relativement faible de monomères. il est donc constitué par la répétition n fois du motif « monomère » (voir aussi § 6.3-diméthyl-butane H3 C H3C C H3C OH C CH3 CH3 H H3 C CH3 2.11. Le nouveau carbocation qui en résulte est le plus stable de ceux qui peuvent être formés.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations Ces réactions s’apparentent à celle du proton sur les alcènes.

qui portent un électron célibataire. ZnCl2…).39 La polymérisation industrielle d’éthers vinyliques R-O-CH=CH2 est effectuée par cette méthode et fournit des polymères utilisés comme adhésifs. car la réaction se poursuit avec la création de carbocations de plus en plus importants jusqu’à l’épuisement des molécules d’alcènes (schéma 6.39).208 Chimie organique présentes. Un exemple est donné avec l’isobutène comme monomère (schéma 6. C’est la polymérisation cationique. H3 C H3 C H3C H3C H3 C C CH2 + H3 C C CH2 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH3 H3 C C H3 C H H3 C C CH3 isobutène monomère C CH3 H3 C H3C CH3 CH3 C CH2 C CH3 CH3 H3 C H3 C C CH2 H3C CH3 CH2 C CH3 -H H3C C H3C CH3 CH3 CH3 CH3 CH C CH2 CH3 polymère CH2 C H3 C C CH2 H3 C CH3 C CH3 CH2 H n-1 H n-1 Schéma 6. ce qui libère une petite quantité de chlorure d’hydrogène HCl. Cl3C•. et peut débuter à basse température. seuls (comme H•.…). Les carbocations produits sont toujours les plus stables parmi ceux possibles. Br•). 6. . deux unités de monomères. Les éliminations de protons à partir de carbocations intermédiaires sont envisageables ce qui conduit alors à de nouveaux composés éthylèniques. ce qui conduit à de nouveaux carbocations issus de deux unités d’alcène. La polymérisation est souvent initiée par l’addition de traces d’eau à un acide de Lewis (AlCl3. H3C•. (CH3)3C•. La déprotonation du dernier carbocation fournit le polymère. La réaction est très rapide. ou substitués (comme HO•. exothermique.39).12 Les radicaux Ce sont des atomes.

Entités réactives 209 6. Si l’énergie DHo est faible (liaison fragile). Par exemple. sont plans et le carbone central a une structure de type « sp2 » L’électron célibataire occupe l’orbitale « p » non hybridée perpendiculaire à ce plan. Si DHo est élevée (liaison forte). le radical libre trifluorométhyle F3C• a une structure de type « sp3 » (figure 6. la rupture de la liaison est difficile et nécessite beaucoup d’énergie : les radicaux sont instables. les valeurs de DHo sont les suivantes (schéma 6.1 – Structures Les radicaux dits libres (peu stables) alkyles.4) : C F F Figure 6.3. les radicaux formés par cette rupture sont stables. orbitale "p" H H C H Figure 6.40) : . Si l’on étudie la formation de radicaux alkyles par homolyse d’une liaison C-H.4 F 6. isopropyle (CH3)2HC•. comme dans le radical méthyle de la figure 6.12.2 – Formations et stabilité Les radicaux résultent d’une rupture homolytique ou homolyse d’une liaison covalente ce qui nécessite un apport d’énergie appelée énergie de dissociation DHo exprimée en kJ mol-1. ou tertiobutyle (CH3)3C•.6.3 La structure plane des radicaux n’est pas générale.12. comme les radicaux méthyle H3C•. Plus DHo est élevée et plus la liaison est difficile à rompre.

5). Le radical méthyle a un temps de demi-vie très court à température ordinaire. lesquels sont susceptibles de présenter des phénomènes d’hyperconjugaison entre cet électron célibataire et les électrons σ des liaisons Cα-H des groupes qui substituent le carbone central. de quelques secondes. La stabilité d’un radical ou sa persistence à exister est fonction du milieu et de la température. peut être recristallisé et stocké à température ordinaire (voir la figure 6. Plus il existe de liaisons Cα-H dans ces groupes et plus le radical est stabilisé : c’est le cas du radical tertiobutyle (figure 6. Cela se traduit par leurs durées de vie plus ou moins courtes exprimées en temps de demi-vie.40 Dans la série des radicaux libres alkyles. . on peut le garder dans le méthanol environ 15 minutes.7). avec un radical stable qui a une durée de vie très longue. À une température de 77 K.210 Chimie organique H3C H -H H3 C radical méthyle (instable) DH° = 439 kJ mol-1 méthane H3C H3 C CH2 H -H H3 C CH2 DH° = 410 kJ mol-1 diminution de DH° donc augmentation de la stabilité du radical radical éthyle primaire (assez instable) CH H3 C H3 C H3 C H3 C C H -H H3 C H3 C CH DH° = 395 kJ mol-1 radical isopropyle secondaire (assez stable) H3C H -H H3 C H3 C radical tertiobutyle tertiaire (stable) C DH° = 389 kJ mol-1 H 3C H3 C H3 C R1 R2 R3 tertiaire H3 C C H3 C R1 CH R2 secondaire primaire méthyle stabilité des radicaux alkyles CH H3 C CH2 H3C C R1 CH2 H 3C Schéma 6. l’ordre de stabilité décroissante est radicaux tertiaires > radicaux secondaires > radicaux primaires > radical méthyle. et dans quelques cas. Il ne faut pas confondre un radical libre persistant c’est-à-dire qui est mis dans des conditions physiques et chimiques telles que sa conservation soit réalisée. La structure de type « sp2 » des radicaux libres alkyles permet de comprendre la stabilité des radicaux tertiaires et secondaires.

.5 Lorsqu’un alcane peut fournir plusieurs types de radicaux par homolyse d’une liaison. celle dont l’homolyse a un DHo le plus faible.41 : H3C CH3 2 H3C DH° = 377 kJ mol-1 cette réaction est privilégiée par rapport à l'homolyse d'un e liaison CH (voir ci-dessus) H3C H 3C C H2 CH3 H3C H3C CH2 + H3C DH° = 360 kJ mol-1 CH H3C H3C H3 C H3C C CH3 H3C CH3 C CH3 CH3 CH + H3C H3C DH° = 360 kJ mol-1 2 H3C H3 C C DH° = 301 kJ mol-1 Schéma 6. la liaison qui se rompt le plus facilement est celle qui produit le ou les radicaux les plus stables. Quelques exemples sont donnés dans le schéma 6.6.41 Les radicaux alkyles et la plupart des radicaux de la chimie organique sont des entités non isolables appelés radicaux libres et leur formation ne peut être démontrée que par des techniques physico-chimiques comme la mesure du moment magnétique et la RPE (résonance paramagnétique électronique). Entités réactives 211 H H H H H C H H H3C C H3C radical tertiobutyle H H CH3 Figure 6.

Chaque électron tourne sur lui-même dans un sens positif ou négatif exprimé par le spin de l’électron indiqué par +1/2 ou –1/2. Faute de radicaux présents dans le milieu. augmente cette énergie en les faisant passer d’un état dit de basse énergie à un état de haute énergie mais la somme de leurs énergies s’annule en raison de leurs spins opposés. DH° (kJ. O2N Ph Ph N N NO2 O2N diphénylpicrylhydrazyle radical stable + R Ph Ph O2N R N N O2N NO2 radical libre Schéma 6.42).1 . La seconde. Lorsque les électrons sont appariés dans une case quantique. repose sur le fait que deux électrons appariés dans une case quantique ont des énergies égales. la réaction s’arrête ce qui prouve la nature radicalaire de la réaction étudiée. La détection de la présence de radicaux libres dans une réaction peut être le résultat d’un piégeage de ces derniers dans une réaction par des radicaux dits stables (certains sont commerciaux) comme le radical diphénylpicrylhydrazinyle.212 Chimie organique La première technique repose sur le paramagnétisme du radical. Les valeurs pour les radicaux méthyle et tertio-butyle sont données pour comparaison. mol-1) 464 DH° (kJ. la somme de leurs moments magnétiques est nulle. A cette rotation est associé un moment magnétique. Par contre. L’application d’un champ magnétique puissant avec une radiofréquence appropriée. avec lesquels ils forment une liaison covalente (schéma 6. dans les radicaux.1 permet de comparer la stabilité de quelques radicaux libres autres que les radicaux alkyles à partir de leurs valeurs de DHo. dans la mesure où ils tournent sur eux-mêmes en sens inverse. Ce magnétisme peut être mesuré mais cette méthode nécessite une quantité importante de radicaux ce qui ne la rend pas très facile à utiliser. l’électron qui est célibataire confère un moment magnétique au radical ce qui est indiqué par l’adjectif paramagnétique. Ce n’est pas le cas d’un électron célibataire qui est détecté. Cela permet d’enregistrer un spectre spécifique au radical.42 Le tableau 6. mol-1) H H C H 439 H H F C F Cl Cl C Cl O H F H 444 Me Me C Me 389 446 401 364 Tableau 6.

7). est plus stable que le radical diphénylméthyle.7 O Me Me Me Me O N O nitroxyde . ou de certains nitroxydes (dans ce cas. qu’ils sont isolables.42). Par exemple. H C H C H CH2 H C H C H CH2 Schéma 6.6 Certains radicaux sont tellement stabilisés par délocalisation de l’électron célibataire. de l’oxoverdazyle (stabilisé par résonance). recristallisables et peuvent être stockés. Ph N N Ph N N Ph radical oxoverdazyle Figure 6. C’est le cas du diphénylpycrylhydrazyle déjà cité (schéma 6.43 La stabilité d’un radical mésomère est en rapport avec l’étendue de la délocalisation de l’électron célibataire.6. Les flèches courbes entières utilisées pour indiquer le mouvement d’un doublet d’électrons sont ici remplacées par des demi-flèches courbes dans la mesure où un seul électron de l’atome radicalaire prend part à la mésomérie. Ainsi le radical triphénylméthyle ou trityle. Entités réactives 213 Les radicaux libres mésomères sont très stables. lui-même plus stable que le radical benzyle (figure 6.6).43). la gêne stérique apportée par les quatre groupes méthyles diminuent la réactivité du radical) (figure 6. stabilité décroissante H C H C H C H radical stable trityle radical diphénylméthyle radical benzyle H C H Figure 6. le radical allyle CH2=CH-CH2• (DHo = 361 kJ mol-1) résonne entre deux formes limites (schéma 6. Ph3C.

44 Cl hν ou ∆ 2 Cl hν ou ∆ CH3C=O + CH3 propanone De même. Ils sont aussitôt décomposés en deux radicaux aryles Ar• et une molécule d’anhydride carbonique.45 AIBN : R = H3 C C Des réactions redox sont aussi susceptibles de libérer des radicaux à partir du peroxyde de benzoyle ou d’un sel de benzodiazonium et de sels cuivreux Cu+ lesquels sont oxydés par transfert d’un électron en sels cuivriques Cu2+ (schéma 6. Ces peroxydes sont utilisés comme initiateurs de réactions radicalaires (schéma 6. photolyse).45). Cl O C H3C CH3 radical acétyle Schéma 6. ou d’une thermolyse. en conditions expérimentales douces (température peu élevée. initiateurs radicalaires R O C O O C O R hν ou ∆ R 2 O C O R 2 + 2 CO2 radical phényle peroxyde d'aroyle si R = H peroxyde de benzoyle ou anhydride perbenzoïque R N N R hν ou ∆ 2R + N N 2R +N N diazoalcane R = alkyl radicaux alkyles CH3 CN Schéma 6.46). .214 Chimie organique L’homolyse d’une liaison de DHo comprise entre 200 et 400 kJ mol-1 peut être le résultat d’une réaction photochimique (rayonnement UV). avec des DHo comprises entre 80 et 170 kJ mol-1. Il en est ainsi pour l’acétone et le chlore (schéma 6. forment facilement.44). Certains azoalcanes font aussi partie de ce groupe de molécules comme l’AIBN ou 2. des radicaux aroyloxy Ar-CO-O•.45). au milieu réactionnel. Un initiateur de réactions radicalaires est donc un composé qui libère des radicaux. par chauffage à une température inférieure à 100 °C. Ajouté en très faible quantité à des réactifs susceptibles de réagir entre eux selon un mécanisme radicalaire en chaîne. et en solution.2’-azobis(2-méthylpropionitrile) (schéma 6. il initie cette réaction par un premier apport de radicaux en quantité limitée. certaines molécules qui ont dans leurs structures des liaisons très faibles comme la liaison O-O des peroxydes d’aroyles Ar-CO-O-O-CO-Ar.

Entités réactives transfert d'un électron 215 O C O O C O + Cu+ O C + O O C O + Cu2+ N N + Cu+ Schéma 6. . Le couplage de deux radicaux alkyles conduit ensuite à la formation d’un alcane symétrique (schéma 6.12.6. En réalité. comme dans le radical propanoyle. Les radicaux nucléophiles sont caractérisés par un carbone radicalaire qui a une densité électronique relativement élevée car il subit les effets inducteurs + I de groupes alkyles.47 6. comme dans le radical tertiobutyle. on peut distinguer deux types de radicaux.11.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles D’une manière générale. Il s’agit plutôt d’une différence de réactivité envers les alcènes.8). ou la contribution des électrons π d’une double liaison C=O. les radicaux libres sont plutôt considérés comme des entités électrophiles. dits nucléophiles et électrophiles. Les radicaux électrophiles ont un carbone radicalaire à densité électronique faible. O R C O ion carboxylate . les alcynes. car il subit l’effet de groupes attracteurs par effet –I. et lors de substitutions de certains hétérocycles (§ 6.47). ou le radical triéthoxycarbonylméthyle. L’ion carboxylate perd un électron sous l’effet du courant électrique ce qui le transforme en radical carboxylate lequel étant instable fournit un radical alkyle et une molécule d’anhydride carbonique. comme le radical trifluorométhyle.5.4) (figure 6.e- O R C O radical carboxylate radical alkyle couplage R + CO2 2R R R alcane Schéma 6. la différence entre eux n’est pas comparable avec de vrais réactifs électrophiles ou nucléophiles chargés comme les carbocations ou les carbanions. Les radicaux sont des entités chimiques neutres. Toutefois. C’est le cas de la réaction de Kolbe qui consiste à effectuer une électrolyse d’un sel d’acide organique. selon la densité électronique du carbone radicalaire.46 + N N + Cu2+ Certaines réactions électrolytiques donnent lieu à la formation de radicaux qui sont immédiatement convertis en d’autres composés.

H3C H3C H3C 2+ C COO H + Ag . en présence de propanal.8 6. instable. Les radicaux nucléophiles sont produits à partir de peroxydes (hydroperoxyde de tertiobutyle.48). 1 eH 3C H3C C O OH + H 3C hydroperoxyde de tertiobutyle Fe2+ H3C H 3C C O H3C radical tertiobutyloxy + ( Fe 3+ + OH ) H3C H 3C C O H3C O + H C C2H5 propanal H 3C H3C C O H H3C alcool tertiobutylique + O C C2H5 radical propanoyle Schéma 6.12.216 Chimie organique H3 C H3 C H3C radical t-butyle O C C C2H5 radical propanoyle F F C F radical trifluorométhyle EtOOC EtOOC EtOOC radical triéthoxycarbonylméthyle radicaux électrophiles C radicaux nucléophiles Figure 6.CO2 H3C H3 C C H3C + Ag+ (S2O8(NH4)2 + Ag+) acide triméthylacétique radical tertiobutyle Schéma 6. qui se décarboxyle immédiatement en radical nucléophile tertiobutyle (schéma 6. L’hydroperoxyde de tertiobutyle réagit avec le sulfate ferreux pour produire un radical tertiobutyloxy instable et très réactif qui. Ag+…) et d’un composé organique qui libère le radical par perte de H•.4 – Les réactions de Minisci Les réactions de Minisci (1968) permettent de former des radicaux « nucléophiles » et « électrophiles ». fournit le radical nucléophile propanoyle à côté d’alcool tertiobutylique (schéma 6.48 L’acide triméthylacétique est oxydé par un sel d’argent Ag2+ (qui résulte de l’action du persulfate d’ammonium sur le nitrate de Ag+) en un radical triméthylacétate.49).H H3C H3C C COO H 3C . de sels métalliques (Fe2+. hydroperoxyde d’hydrogène).49 .

elles conduisent à des racémisations en raison de la possibilité d’attaques soit des deux côtés du plan dans lequel le radical s’inscrit. .5 – Les réactions radicalaires Les réactions des radicaux sont nombreuses et souvent complexes. la même réaction se reproduit en fournissant le produit de la réaction et un radical. la substitution des alcanes. déplacements d’atomes ou de groupes sur le carbone radicalaire afin de créer un radical plus stable.23) lorsque le radical possède cette structure. oxydé (alcène) et d’autre part. Les réactions les plus classiques sont la dismutation (ou disproportionation).i). Souvent.H Schéma 6. Toutes les réactions. Mn3+ + H-C(COOEt)3 . Entités réactives 217 Le radical triéthoxycarbonylméthyle est formé par action d’un sel de manganèse Mn3+ sur le triéthoxycarbonylméthane (schéma 6.d. sont quasi inexistants pour les radicaux alkyles. si elles ne sont pas maîtrisées. Les réactions explosives sont radicalaires. l’addition-élimination de radicaux (substitution aromatique). Le radical est donc d’une part. De nombreux exemples sont donnés ci-après à partir de § 6. les polymérisations radicalaires et les auto-oxydations.50).51). la nature du solvant n’a qu’une importance relative.50 Mn2+ + C(COOEt)3 6. Toutefois. un mélange en quantités égales de leurs dérivés d’oxydation et de réduction sont appelées réactions de dismutation. l’addition sur les composés éthylèniques. le couplage entre deux radicaux. 6.12.5.6. il existe quelques réarrangements très spécifiques (§ 6.12. Les réarrangements. Contrairement aux réactions dites ioniques. ressemblant ainsi aux carbanions (§ 6. figure 4. puis – les réactions en chaîne ou propagation.a – Dismutation (ou disproportionation) Deux radicaux alkyles primaires portant un hydrogène en position du carbone radicalaire (CαH) peuvent réagir l’un sur l’autre pour donner une molécule d’alcane et une molécule d’alcène selon le mécanisme suivant qui fait intervenir le déplacement d’un radical hydrogène.5.12. réduit (alcane) (schéma 6. on distingue trois parties dans une réaction radicalaire : – l’initiation qui permet l’apparition des premiers radicaux. comme pour les carbocations. – la terminaison qui permet de faire disparaître les derniers radicaux formés. Dans de nombreux cas. Les réactions radicalaires sont presque toujours des réactions très rapides (en chaîne) qui peuvent produire des explosions.12. y compris celles qui ne font pas intervenir de radicaux. soit en raison de l’inversion du système pyramidal (comme les amines. et enfin. qui ainsi produisent à partir d’un composé unique.13).5. le déplacement d’un radical hydrogène entre un radical et un alcane.

52 R R' C’est aussi l’un des mécanismes proposés dans la réaction de Wurtz (1855) qui consiste à chauffer ensemble deux molécules de bromure d’alkyle en présence de sodium afin d’obtenir un alcane symétrique (schéma 6. C’est la réaction inverse de l’homolyse d’une liaison (schéma 6.52).b – Couplage radicalaire C’est la formation d’une liaison entre deux radicaux identiques ou différents.47).53). La réaction inverse n’est pas possible.c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H• entre radical instable et alcane ramifié Un radical alkyle (primaire ou secondaire) instable ou peu stable.12. 6. 1 e- NaX R R + R X + Na R 2 R X Na Schéma 6.54).12. .218 Chimie organique H R2 C R1 CH2 + R2 H C R1 Schéma 6.5.51 H R2 CH2 C CH2 H R1 alcane R2 + R1 alcène C CH2 6. R + R' Schéma 6. réagit avec un alcane ramifié pour former un nouveau radical plus stable par déplacement d’un radical hydrogène (schéma 6.53 Rappel : le couplage radicalaire représente aussi la dernière partie de la réaction de Kolbe (schéma 6.5.

d – Réactions de substitution La réaction d’halogènation des alcanes sous rayonnement UV est un exemple classique de substitution radicalaire (schéma 6. ce qui représente l’initiation de la réaction. Ces radicaux attaquent l’alcane RH pour fournir une molécule d’halogènure d’hydrogène et un radical alkyle. forme d’abord des radicaux halogènes X• en présence de lumière visible ou UV.54 6. initiation X2 RH + X hν 2X R + XH RX + X propagation R + X2 RH + X terminaison R + XH . en présence de l’halogène produit un monohalogènure d’alkyle..55 L’halogène (brome ou chlore).6. Ce dernier. RX R + X Schéma 6. attaquer le monohalogénure d’alkyle déjà formé s’il existe plusieurs hydrogènes susceptibles d’être substitués par un . Le radical halogène qui l’accompagne peut. soit.5.55). R3 = groupes alkyles Schéma 6.. Entités réactives 219 R3 R2 R1 radical primaire instable CH3 C CH2 + H C CH3 CH3 alcane ramifié R3 R2 R1 C CH2 H + H3C CH3 C CH3 radical tertiaire stable CH3-CH2 R3 R2 R1 C C H R + + HC(CH3)3 CH3 H C CH3 CH3 alcane ramifié CH3-CH3 R3 R2 R1 C R + C(CH3)3 CH3 H + H3 C C CH3 CH radical secondaire peu stable radical tertiaire stable R. dans le cas d’un excès de chlore par rapport à l’alcane. R2. soit réagir avec une nouvelle molécule d’alcane s’il en reste dans le milieu avec propagation de la réaction en chaîne.12. R1.

et selon la quantité de chlore mise en réaction. etc. selon le nombre d’hydrogènes substituables et le nombre de moles d’halogène mises en réaction pour une mole d’alcane (donc selon la stœchiométrie). puis le tétrachlorure de carbone. La réaction se poursuit à partir du monohalogénure d’alkyle pour conduire successivement à un dihalogènure d’alkyle. La terminaison de la réaction correspond le plus souvent à un couplage d’un radical X• et d’un radical alkyle. ou le 2.56 . Dans le cas de la chloration du méthane (schéma 6. le chloroforme. Cl2. il se forme successivement le chlorure de méthyle. puis un trihalogénure d’alkyle.2-diméthylpropane (néopentane). comme dans le cas du méthane.220 Chimie organique halogène. hν 4 Cl2. jusqu’à épuisement des réactifs. et cela. le chlorure de méthylène. le cyclohexane. avec l’éthane.. Cette réaction appliquée à des alcanes autres que le méthane conduit à un mélange de composés mono ou polyhalogénés. un monohalogénure peut être obtenu. hν CH4 2 Cl2.56). hν 3 Cl2. Toutefois. hν hν CH3Cl + HCl chlorure de méthyle CH2Cl2 + 2 HCl chlorure de méthylène CHCl3 + chloroforme 3 HCl + 4 HCl CCl4 tétrachlorure de carbone 2 Cl ClH (initiation de la réaction) Cl2 Cl H H C H + H H C H H H + C H H H radical méthyle + Cl Cl H C H Cl + Cl CH4 réaction en chaine chlorure de méthyle En cas d'excès de chlore par rapport au méthane: H Cl H Cl C H + Cl Cl Cl + H C H H C Cl H + Cl ClH + H C H radical chlorométhyle Cl Cl CH3Cl chlorure de méthylène Schéma 6.

des alcanes et leurs dérivés halogénés à chaînes plus longues que l’alcane de départ… et qui peuvent être le résultat de ruptures de chaines carbonées. excellent réducteur. D’une manière générale. Les mécanismes sont différents de ceux indiqués pour les réactions avec les halogènes. favorise la possibilité d’une réduction de l’iodure d’alkyle formé dans la réaction. en réagissant sur l’alcane ou le groupe alkyle d’un composé fonctionnel. en présence d’acide sulfurique (sous rayonnement UV. La présence de groupes à effet –I.9 nm. La fluoration est particulièrement difficile à contrôler en raison de la haute réactivité du fluor. Certaines halogénations peuvent être effectuées en utilisant des réactifs halogénés tels que les monoxydes de brome ou de chlore (X2O). Elle est peu utilisée car la présence dans le milieu réactionnel d’acide iodhydrique.58). en présence de peroxyde de t-butyle. la sélectivité de la bromation est plus élevée que celle de la chloration. par exemple. Sous l’action de la lumière et en présence de l’initiateur. sous rayonnement UV. ou de sels ferreux comme catalyseurs)… L’addition d’un initiateur tel qu’un peroxyde est nécessaire. les carbones aromatiques sont plus difficiles à substituer que ceux des chaînes aliphatiques qu’ils portent.57) : t-Bu-O-O-t-Bu t-Bu-O + R-H R + t-Bu-O-Cl hν 2 t-Bu-O t-BuOH + R t-Bu-O + R-Cl Schéma 6. . acides ou esters. ou les N-haloamines (R2NCl). le mécanisme est plus complexe (schéma 6. en présence de l’haloamine protonée. défavorise l’attaque de ce radical dans leur environnement. La présence d’un groupe phényle oriente l’attaque en α de ce groupe. le mécanisme est le suivant (schéma 6.57 Dans le cas des N-haloamines. L’iodation est difficile et nécessite l’emploi d’une lumière à 184. en extrait un radical H•. ceux qui ont un effet +I comme –OR (R = alkyl) orientent l’attaque du radical X• en position α de ce groupe. le phosgène (COCl2). suivies ou non d’halogénations et de couplages de radicaux divers. un radical alkyle est formé. Entités réactives 221 L’halogénation est favorisée sur les carbones primaires par rapport aux carbones secondaires et tertiaires. Si des groupes fonctionnels sont présents dans la molécule. l’hypobromite et hypochlorite de t-butyle (t-Bu-OX). Ces réactions s’accompagnent de nombreux composés secondaires tels que de l’hydrogène. Cette réaction de substitution peut être appliquée à des groupes alkyles liés à des groupes aryles ou fonctionnels. d’ouverture de cycles. Le radical alkyle correspondant qui en résulte fournit le dérivé halogéné et un radical-cation aminium.6. Pour l’hypochlorite de t-butyle. Il réagit alors avec le réactif halogéné pour donner un halogénure d’alkyle et un nouveau radical qui extrait un hydrogène d’une molécule d’alcane en formant un nouveau radical alkyle et ainsi de suite. Il se forme un radical-cation aminium qui.

Ce radical réagit sur un composé allylique en formant un radical allylique et de l’acide bromhydrique. un radical Br• est libéré. et la réaction est connue sous le nom de bromation de Wohl-Ziegler (1942). des peroxydes initiateurs sont nécessaires.58 + R NH L’halogénation en position α de la double liaison des composés allyliques représente un cas particulier de substitution radicalaire (schéma 6. Pour le NCS. respectivement. Avec le NBS. Sous l’action d’un initiateur. par exemple un peroxyde. NBS et NCS. les catalyseurs sont le plus souvent des dérivés séléniés comme les chlorures d’arylsélényles ArSeCl ou les disélénides ArSeSeAr.222 R N R halogénoamine Chimie organique R N R H X R NH R X H Fe2+ . Les réactifs les plus utilisés sont le bromo et le chlorosuccinimide.59).Fe+Cl radical-cation aminium R NH R R R + R N H X + R-H R NH2 + R R R R-X Schéma 6. c’est en réalité le brome qui est le véritable réactif. La réaction est très sélective. Dans le cas de NBS. Le NBS permet sa libération constante et à faible concentration dans le milieu. peroxyde Br2 ou HBr Br + Br C H C H C H + HBr C H C H C H C H2 C H C H O N Br O N-bromosuccinimide (NBS) O + HBr N H O succinimide + Br2 C H C H C H Br Br2 C H C H C H + Br Schéma 6. L’action de cet acide sur le NBS permet la libération de brome lequel réagit avec le radical allylique pour former le dérivé bromé correspondant. La réaction d’initiation fait intervenir HBr ou Br2 présent sous forme de traces dans le NBS.59 et C H C H Br C H C H C H C H . le solvant est le tétrachlorure de carbone.

préparés selon la méthode de Minisci (§ 6. attaque le benzène (ou ses dérivés) pour former un radical stabilisé par résonance (réaction rapide).4'-diphényl-bicyclohexyl-2. peroxyde CCl4 Schéma 6.4).12. Par exemple.5'-tétraène cyclohexa-2.5. le radical tertiobutyle ou le radical propanoyle attaquent les sels de pyridinium en α de l’azote quaternaire. en se dimérisant (3).5. soit en se dismutant (2)(§ 6. soit enfin. Dans le cas du benzène (schéma 6. . Ce radical évolue ensuite plus lentement.61 CH3-CHBr-CH=CH-CH3 La substitution du benzène par un radical s’effectue par une réaction d’addition-élimination. positions à très faible densité électronique. Entités réactives 223 La résonance du radical allylique explique la formation de deux isomères lorsque le composé allylique est asymétrique comme dans l’exemple donné ci-après (schéma 6. la réaction s’effectue de préférence sur un carbone secondaire plutôt que sur le carbone primaire (schéma 6.62 Les radicaux nucléophiles. soit vers la perte d’un radical H• (addition-élimination) ce qui nécessite la présence d’un radical du milieu (1). initiateur radicalaire ajouté au milieu. peroxyde CCl4 Schéma 6.62).6.60) : CH3-CH2-CH2-CH=CH2 NBS.60 CH3-CH2-CHBr-CH=CH2 et CH3-CH2-CH=CH-CH2Br Si le composé allylique porte deux substituants alkyles différents. le radical phényle. attaquent de manière préférentielle.61).2'.5-diènyl-benzène Schéma 6. les structures à faibles densités électroniques.12. Il se forme d’abord un radical-cation qui perd un radical H• pour conduire aux dérivés substitués correspondants. H (réaction très rapide) x2 dismutation -H (1) (présence d'un radical du milieu) biphényle x2 dimérisation (2) H H H + biphényle (3) Ph H H H Ph H 4.a). CH3-CH2-CH=CH-CH3 NBS. provenant du chauffage de peroxyde de benzoyle C6H5-CO-O-O-CO-C6H5.

on peut écrire que dans le benzène.1. conduit à un radical délocalisé sur le cycle qui perd ensuite un radical H• avant de fournir le résultat de la substitution (schéma 6.63 6. Par contre.5. Chaque atome du cycle a « plus d’un électron π délocalisé ». soit par un .63). Note : dans un hétérocycle -excédentaire. et inversement pour un hétérocycle -déficitaire. Pour simplifier. l’oxygène a un effet -I et +M.Halogénation radicalaire de composés éthylèniques L’addition d’halogènes sur un alcène peut s’effectuer. 6 électrons π délocalisés sont distribués sur six carbones ce qui fait un électron / carbone. γ β β α hétérocycle β π-déficitaire α β N pyridine α hétérocycles π−excédentaires α Z Z = O furane Z = NH pyrrole Z = S thiophène CN Me C Me Me radical nucléophile CN Me C Me Me H -H oxydant CN Me C Me Me N H H N H N H ion 4-cyanopyridinium ion 2-t-butyl-4-cyanopyridinium CN + C O -H oxydant CN O N H C Et N H Et radical nucléophile ion 4-cyano-2-propionylpyridinium α α O H C COOEt COOEt COOEt radical électrophile O H COOEt C COOEt COOEt -H oxydant O C COOEt COOEt COOEt 2-(triéthoxycarbonylméthyl)furane Schéma 6. dans le furane. hétérocycle π-excédentaire. soit par un mécanisme ionique (§ 9.4) favorisé par un solvant polaire et la présence d’acides de Lewis. Dans la pyridine. par attaque en position α.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons .12. et 6 électrons sont distribués sur cinq éléments. l’attaque des radicaux électrophiles est favorisée . les carbones de l’hétérocycle ont des densités électroniques supérieures à celles des carbones du benzène. l’effet électroattracteur de C=N attire les électrons vers l’azote et chaque atome de carbone a « moins d’un électron π » par atome de carbone d’où un hétérocycle π-déficitaire. il est dit excédentaire. le radical triéthoxycarbonylméthyle.224 Chimie organique Dans le cas du furane.

réaction possible après addition de l’halogène et en cas d’excès de ce dernier.64) débute par la formation de deux radicaux Cl• à partir d’une molécule de chlore. La terminaison de la réaction résulte du couplage de deux radicaux intermédiaires. plus stables. en présence de quantités catalytiques de brome (schéma 6. Il se forme d’abord un nouveau radical qui. l’hexachloroéthane. initiation Cl2 + Cl2C CCl2 tétrachloro-éthylène Cl CCl2 Cl + C Cl CCl3 hν 2 Cl Cl3C CCl2 Cl Cl réaction en chaîne Cl3C CCl2 + Cl Cl + Cl2C Cl Cl3C CCl3 + hexachloro-éthane Cl3C CCl2 Cl Cl3C C Cl Cl2 Cl C CCl3 Cl terminaison Cl3C C Cl décachlorobutane Schéma 6. Plus elle est élevée. ou directement. En raison de la formation de 2 radicaux Cl• lors de l’initiation. deux chaînes de réactions coexistent. Note : le choix du tétrachloroéthylène comme exemple est lié au fait qu’une telle molécule n’ayant pas d’hydrogène ne peut pas donner lieu à une réaction de substitution. c’est-à-dire : Cl2 > Br2 >> I2. Entités réactives 225 mécanisme radicalaire. jusqu’à disparition des réactifs (réaction en chaîne). fournit le produit final. .6. et un radical Cl• qui permet que la réaction se renouvelle et ainsi de suite. La réversibilité de ces réactions (retrait des halogènes et retour à un alcène) est générale et sa facilité est en ordre inverse de la réactivité des halogènes vis-à-vis des doubles liaisons. par addition d’un initiateur de réactions radicalaires en quantités catalytiques décomposé par chauffage. par réaction avec les molécules de chlore présentes dans le milieu. dans un solvant non polaire. ou en phase gazeuse.65).64 La chloration radicalaire du tétrachloroéthylène (schéma 6. sous l’action d’un rayonnement UV (initiation). Le caractère électronégatif de l’atome de chlore facilite la réaction du radical Cl• avec la double liaison éthylènique. Cette propriété a été utilisée pour l’isomérisation de composés éthyléniques cis en composés trans. sous l’action d’un rayonnement UV. La vitesse de la réaction est fonction de l’intensité lumineuse du rayonnement UV. plus la réaction est rapide.

O O R R O + O O O + R O O R O R O peroxyde Schéma 6. En présence d’autres radicaux. L’oxygène peut être considéré comme un diradical. A forte concentration il devient un inhibiteur (schéma 6.226 Chimie organique H Br cis ou Z H Br trans ou E H Br Br Br H Br H Br Br .65 La présence d’oxygène a pour effet de diminuer la vitesse de la réaction. plusieurs stéréoisomères de l’hexachloro-cyclohexane sont formés (schéma 6. En présence de 3 molécules de chlore. les deux atomes de chlore s’additionnent en position trans. .66 O O R radical peroxyle L’halogénation directe par le fluor d’un alcène est souvent explosive… et ne nécessite donc pas un rayonnement UV ! -Chloration ou bromation radicalaire du benzène et des alkylbenzènes La chloration ou la bromation du benzène est une réaction radicalaire. Elle nécessite un rayonnement lumineux (ou la présence en quantité catalytique d’un peroxyde) pour s’accomplir. il y a couplage pour former un radical peroxyle dont la réactivité est très faible avec les alcènes. Lorsqu’une molécule de chlore est ajoutée à une molécule de benzène. avec décomposition explosive).66).67).Br H Br H Br Br H Schéma 6. Il réagit avec un radical du milieu pour former un peroxyde (composé instable.

Le radical Br• attaque la double liaison en formant un nouveau radical bromoalkyle (schéma 6.2.6-dichloro-1-méthyl-cyclohexa-1. pour des raisons thermodynamiques).69).3. comme le toluène. Entités réactives 227 Cl2 H Cl Cl hν H 2 Cl H Cl Cl2 Cl H + Cl H 3 Cl2 Cl H Cl H Cl Cl H Cl H Cl radical chloro-hexadiènyle 5. CH3 Cl CH2 CH2 Cl2 radical benzyle stabilisé par résonance CH2Cl + Cl chlorure de benzyle Cl CH3 H Cl CH3 Cl2 radical de structure hexadiènyle H Cl + Cl Cl H 5. selon une réaction de substitution.6-hexachloro-cyclohexane Schéma 6. sont chlorés.5.67 Les alkylbenzènes. forme un radical Br• (réaction favorisée par rapport à celle du radical H•).6.3-diène H Cl 1.Addition radicalaire du bromure d’hydrogène sur les alcènes (effet Kharasch. le bromure d’hydrogène (et aucun autre halogénure d’hydrogène.3-diène Schéma 6.68). comme l’anhydride perbenzoïque.4. addition anti-Markownikov) En présence d’un peroxyde.68 . sur le groupe alkyle. de manière préférentielle. initiateur de radicaux libres. C’est ainsi que le chlorure de benzyle peut être préparé. Sa formation est favorisée en raison de la plus grande stabilité du radical benzyle par rapport à celle du radical de structure hexadiènyle (schéma 6.6-dichloro-cyclohexa-1. .

6.9. deux radicaux peuvent être le résultat de cette réaction. La terminaison de cette chaîne fait intervenir des réactions de couplage des radicaux bromoalkyles intermédiaires. parmi les deux possibles. qui est le moins substitué. La stéréochimie de ces additions est rendue complexe par des possibilités d’isomérisations dues à la présence de très faibles quantités de brome (voir 6. Le bromure d’alkyle qui est obtenu est donc celui. d’où le nom de la réaction radicalaire appelée anti-Markownikov. Par réaction avec une nouvelle molécule de bromure d’hydrogène. qui attaque de nouveau une molécule d’alcène et la chaîne de réactions se poursuit. L’atome de brome est alors lié au carbone le moins substitué dans le radical bromoalkyle (schéma 6. .228 O O O peranhydride benzoïque initiateur radicalaire Chimie organique O ∆ 2 O O 2 O O production de Br + 2 CO2 O + HBr Et aussi: + H HBr H H H OH H H H + Br H H H + Br H H3C C Br H3C H3C a C ou H CH2-Br H-Br . Dans ce cas. et selon le carbone éthylènique attaqué. résultant de l’effet peroxyde ou effet Kharasch (1933). la réaction est ionique et passe par l’intermédiaire d’un ion carbonium ou carbocation et conduit au bromure le plus substitué (réaction de Markownikov). Ce résultat est l’inverse de celui qui est observé lorsque la réaction d’addition du bromure d’hydrogène est effectuée dans un solvant polaire.5a). un bromure d’alkyle est obtenu à côté d’un radical Br•.69 Si l’alcène est dissymétrique.Br H 3C H3C CH2-H Schéma 6.Br H3C C H3C 1-bromo-2-méthyl-propane CH2 Br b b C H a H H3C radical tertiaire stable bromure le moins substitué (addition anti-Markownikov due à l'effet Kharasch du peroxyde) Br H3C H3C C CH2 radical primaire très instable Br H-Br C .69). La réaction s’oriente vers la production du radical le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire).

si chacun des deux éléments s’additionne de part et d’autre de ce plan. Entités réactives 229 On rappelle qu’une addition sur un alcène est dite cis si les deux éléments s’additionnent ensemble du même côté du plan « sp2 » de l’alcène. . dans certains cas. avec souvent.70 Br C H Me .Br C Me . et trans.Br Et Me C HS H C Me R Et C S Br H Me Me H C R Br Br mélange racémique 1 Addition cis Br Et H C Me Et C Me H Br Schéma 6.2-diméthylcyclohexène (schéma 6. par rapport à Br. Addition trans (souvent prépondérante) Et Et C C Me Me Br Et C Me C Me H Br Et C Me H Br Me C C Br H Me Et C Me H Br C H Me Br H . serait liée à la courte demi-vie du premier radical formé par addition de Br• qui permet difficilement la rotation autour de l’axe C-1-C-2 en raison du volume atomique du brome. dans des conditions très douces. une forte stéréosélectivité trans. et à une interaction entre l’atome de brome et le carbone radicalaire qui conduit alors à un radical ponté ne permettant qu’une addition trans de H (de HBr). et bien que de manière générale les réactions faisant intervenir un radical ne soient pas stéréosélectives (obtention de deux racémiques 1 et 2) en raison des attaques de chaque côté du plan de type « sp2 ».Br H Et Me C R C S Br H Me Et C C Me H Me Br Br C Me .70).71) ou le 2-bromobut-2-ène. lorsque la réaction d’addition est effectuée avec des réactifs très purs. l’addition radicalaire de HBr sur les alcènes dissymétriques conduit à un mélange de dérivés bromés résultant d’additions cis et trans (schéma 6. La raison invoquée pour cette tendance à la stéréosélectivité trans de l’addition radicalaire du bromure d’hydrogène.Br H Br Me Me H Et C C S R Br H mélange racémique 2 Dans de nombreux cas.6. et plus particulièrement pour les cycloalcènes (addition totalement trans pour le 1. à –80 °C.

.... H•) ou CCl4 (CCl3•.5..72).71 D’autres composés comme les thiols RSH (RS•.12. OH HOOC diacide COOH HO dialcool OH . Les propriétés d’un polymère ne varient pas si l’on fait varier ce nombre.. COOH H2N COOH H2N diacide . sont susceptibles de s’additionner selon un mécanisme radicalaire sur les alcènes.2. comme leur nom l’indique. 6. Quelques exemples sont donnés tableau 6. le retrait ou l’addition d’unités monomériques fait varier ses propriétés..2-diméthyl-cyclohexène (d. HNCO CONH polyamide NHCO CONH . NH2 HOOC OOC COO polyester OCO NH2 HOOC diamine COO . de 4 à 15 unités...... Leur nombre peut varier de 100 à 100 000 unités. leurs noms triviaux ou semi-systématiques dérivent de celui du monomère devant lequel on ajoute le préfixe « poly ». . Schéma 6... souvent l’eau (par exemple : diacides sur diols qui fournit des polyesters. voir ci-après) formés par additions successives de molécules de monomère avec perte d’atomes résultant de l’addition (polyéthylène..l)-1-bromo-1..... Un oligomère est aussi constitué à partir de molécules de monomères mais en nombre restreint. par polymérisation radicalaire.x H2O HOOC COOH HO . des abréviations sont utilisées ou des noms spécifiques.. L’unité monomérique est le groupe bivalent dérivé du monomère dont la répétition constitue le polymère.f – Polymérisation vinylique Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères. Cl•). de quelques unités.. A la différence du polymère.. ou diacides sur diamines qui permet de préparer des polyamides) (schéma 6. Il existe des polymères d’addition (par exemple.. et les polymères de condensation qui. par exemple). Pour les plus communs.230 Chimie organique Me Me HBr (peroxyde) S Me H Me R Br + R H Me Br S Me 1. en plus ou en moins.2-diméthyl-cyclohexane Schéma 6... On distingue les homopolymères constitués uniquement d’un seul type de monomère et les copolymères qui sont formés à partir d’au moins deux monomères différents qui peuvent être en séquences alternées ou au contraire désordonnées.x H 2O .72 Note : Pour les homopolymères.. résultent de la condensation de molécules entre elles avec perte d’une petite molécule à chaque condensation.

En se décomposant.(CH2-CH)nCH3 CH3 -(CH2-C)n CH3 CH3 -(CH2-C=CH-CH2)nPh -(CH2-CH)nCl -(CH2-CH)n- nom trivial polyéthylène polypropylène abréviation PE PP polyisobutylène PIB CH2=C-CH=CH2 CH2=CH-Ph CH2=CHCl polyisoprène polystyrène polychlorure de vinyle PS PVC CF2=CF2 -(CF2-CF2)n- polytétrafluoroéthylène ou Téflon Tableau 6. Leurs polymérisations nécessitent un chauffage et des pressions élevées. L’oxygène de l’air est susceptible de former des peroxydes en présence d’alcènes. Le mécanisme est donné pour le polyisobutylène (schéma 6. les monomères vendus dans le commerce sont stabilisés par de petites quantités d’inhibiteurs radicalaires (phénols. C’est la raison pour laquelle. ou l’AIBN dont une partie de la structure se retrouve au début du polymère. ces peroxydes libèrent des radicaux qui peuvent initier la propagation des chaines. réaction très rapide voire violente. . Entités réactives 231 monomère CH2=CH2 CH2=CH-CH3 CH2=C(CH3)2 CH3 structure du polymère .73). chaîne de réactions radicalaires (ou propagation des chaînes) avec un renouvellement du même mécanisme jusqu’aux réactions de terminaison (couplage entre deux radicaux polymères ou avec un radical d’initiateur radicalaire et un radical polymère. et aussi par dismutation).2 La polymérisation radicalaire suit le modèle de la plupart des réactions radicalaires : initiation par un initiateur de réaction radicalaire comme l’anhydride perbenzoïque. Les alcènes de petites tailles comme l’éthylène ou le propène sont plus difficiles à polymériser que les autres monomères comme le chlorure de vinyle. quinones) qui agissent comme antioxydants pour éviter une polymérisation inopinée.6.(CH2-CH2)n.

232 Chimie organique Initiation: initiateur de radicaux libres ∆ C Rad H3C H3C C CH2 Rad H3 C CH2 Rad H3 C isobutylène radical le plus stable Propagation des chaînes H3C H3C H 3C C CH2 C CH3 CH2 Rad H3 C C H3C CH3 CH2 C CH2 Rad CH3 H 3C H 3C H3C C CH2 H3C C CH2 CH3 C CH2 Rad CH3 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad 2 CH3 isobutylène Terminaison H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad n-1 CH3 CH2 Rad n-1 CH3 CH3 H3 C C CH H3C CH3 C CH2 Rad n-1 CH3 x 2 (dismutation) H3C + H3 C polymère: polyisobutène CH CH2 C unité monomérique Schéma 6. indiqués ci-après (schéma 6.5.12. les alcènes.74) d’une manière générale par R-H. Certains catalyseurs métalliques permettent d’éviter la formation de polymères atactiques. peuvent . moins intéressants pour les applications industrielles.g – Auto-oxydation des composés organiques Laissés en présence d’oxygène et sous l’action d’un rayonnement UV (le soleil par exemple). Ces polymères sont dits atactiques. de nombreux composés organiques comme les alcanes. les aldéhydes ou les éthers. 6.73 La polymérisation de composés de structure CH2=CH-f où f représente un atome ou une fonction peuvent se polymériser de façon anarchique avec des positions variables de f dans la chaîne du polymère. Ils ont des propriétés différentes d’un polymère bien ordonné dit isoatactique.

lequel peut renouveler le cycle réactionnel avec une molécule d’oxygène… Rad + R-H RadH + R RH désigne un alcane.6. forme l’hydroperoxyde R-O-O-H et un nouveau radical R•. il se forme un radical peroxyle R-O-O•. R-O-O-H. selon un processus lent. Ces composés souvent présents dans les solvants de laboratoire en plus ou moins grandes quantités ont été à l’origine d’explosions lors de la distillation de ces solvants (en particulier. par réaction avec une nouvelle molécule R-H. issu d’une photolyse ou de toute autre réaction. OH NH2 OH p-hydroquinone NH2 p-phénylènediamine Figure 6. et incapables d’intervenir dans de nouvelles réactions dans le milieu. qui. R R-O-O + + O-O R-H ROO radical peroxyle R-O-O-H hydroperoxyde + R O2 R-O-O R-O-O-H + R R-O radical alcoxy (si R = alkyl) R-O-O-R peroxyde + OH radical hydroxyle Schéma 6. par une solution aqueuse de sulfate ferreux est un autre moyen qui permet d’éviter la présence de peroxydes car ce sel les réduit. Ces derniers contiennent des hydrogènes (H de OH phénolique ou de NH2 d’amines aromatiques) qui peuvent être facilement extraits par réaction avec les radicaux formés à partir du solvant. en raison de leur grande instabilité.9 . un éther. un alcène. ou un aldéhyde. Les nouveaux radicaux qui en résultent sont stables. Le radical peroxyle peut réagir avec R• du milieu pour former un peroxyde R-O-O-R. En présence d’oxygène qui peut être considéré comme un diradical. peu réactifs.9). extrait un radical H• de RH. Le traitement de ces solvants. avec formation de sulfate ferrique. C’est pourquoi. le diéthylé).74 D’autres réactions sont possibles. les solvants commerciaux contiennent de petites quantités d’inhibiteurs de radicaux libres ou antioxydants comme l’hydroquinone ou la p-phénylènediamine (figure 6. Entités réactives 233 être oxydés à température ordinaire. Un premier radical du milieu Rad•. en hydroperoxydes.

L’auto-oxydation est un phénomène important en biologie. La vitamine E.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe L’électrolyse des sels d’acides aliphatiques conduit par oxydation anodique à des radicaux carboxylates selon la réaction de Kolbe (1849). Elle intervient en libérant un radical H• de sa fonction phénol ce qui la transforme en un radical très stable inactif. Il explique la formation de radicaux d’origine biologique à partir des lipides. le radical tocophéroxyle. un tocophérol. CH3 R radical d'origine biologique CH3 O CH3 RH + H3 C CH3 CH2 CH3 O Me Me H3 C CH3 O C16H33 O CH3 O Me C16H33 O C16H33 H O H3C CH3 H O CH2 Me vitamine E (un tocophérol) HO O CH3 C16H33 H3 C C16H33 H3 C équilibre entre deux structures du radical tocophéroxyle forme quinonique radical stable tocophéroxyle OH HO O Vitamine E O H OH H O vitamine C Schéma 6. . Ils perdent facilement CO2 pour former des radicaux alkyles. qui. qui est recyclé en vitamine E par une réaction d’oxydo-réduction faisant intervenir la vitamine C.75 6. forment des alcanes (voir le schéma 6.75). de diverses maladies cardiovasculaires) car une abondance anormale de radicaux dans les tissus biologiques peut déclencher leur nécrose ou leur mort.47). par couplage. La peroxydation lipidique serait à l’origine de nombreuses maladies (maladies d’Alzheimer ou de Parkinson. ce qui la durcit. Ces mécanismes radicalaires sont aussi à l’origine du rancissement des huiles végétales.5. a pour rôle d’éviter une augmentation anormale de radicaux dans l’organisme (schéma 6. D’autres composés antioxydants qui fonctionnent selon le même principe que la vitamine E.234 Chimie organique L’auto-oxydation joue un rôle dans le durcissement des couches de peinture puisque les radicaux RO• qui résultent de la décomposition des hydroperoxydes permettent d’initier la polymérisation de certains constituants. de cancers de la peau. sont utilisés comme édulcorants (conservateurs) dans l’industrie alimentaire.12.

Il débute par le retrait d’un radical hydrogène de la fonction aldéhyde par un radical acétyle.CO Ph Ph C CH2 Me Ph C CH2 Ph C CH2 Ph C CH2 Me radical tertiaire Me radical primaire Me état transitoire Schéma 6. Entités réactives 6. Ph Ph C CH2 Me H Me-C=O C O _ Me C H O Ph Ph C CH2 C O Me . correspond à un déplacement de groupe ou d’hydrogène qui permet la création d’une nouvelle entité plus stable que celle de départ.77). qui. Ainsi. Par contre. état transitoire. en présence d’ions ferreux. Ce type de réarrangement des radicaux alkyles est inconnu.11.76). La présence d’un groupe phényle sur Cα permet une interaction entre l’électron célibataire du radical et les électrons π de ce groupe. des radicaux primaires pourraient être transformés en radicaux plus stables par un tel réarrangement en devenant secondaires voire tertiaires.6. est converti en un radical-cation aminium. Un exemple est donné avec le 3.3-diphénylbutanal (schéma 6.6 – Le radical-cation Un radical-cation est un cation qui possède un électron célibataire.12. Il se forme d’abord un sel de N-chloraminium. . Le radical qui en résulte perd une molécule d’oxyde de carbone pour devenir un radical primaire. favorise un réarrangement. La réaction peut alors se renouveler et ainsi de suite jusqu’à épuisement des réactifs (schéma 6. il existe quelques cas de réarrangements très spécifiques (§14).4a).12. Ce radical en réagissant alors avec une nouvelle molécule de sel de N-chloraminium conduit au chlorure d’alkyle à côté d’un nouveau radical-cation aminium. Un exemple se trouve dans la chloration des alcanes par une N-chloramine en présence d’acide sulfurique et d’ions ferreux. le groupe phényle se déplace d’un carbone et le radical correspondant devient un radical tertiaire plus stable. comme les carbocations (§ 6. Celui-ci réagit sur un alcane RH en formant un radical alkyle R• et un sel de l’amine.5. Un radical ponté.i – Réarrangements 235 Le réarrangement d’entités chimiques.76 6. Finalement.

il est possible que le radical-anion réagisse avec une molécule RX pour former le produit de la réaction RY et un nouveau radical-anion (réaction 5). R-X RX X R + Mg R + X R-X + Mg + Mg X-Mg R-Mg-X + X-Mg Schéma 6.236 Chimie organique R' N R' R' N H R' Cl H R' NH R' R' Cl Fe 2+ R' R' + N H + Fe Cl + RH R' NH2 R' + R R' R R' + R' N H NH R' Cl RCl + R' N H RH NH2 R' + R R' Schéma 6. Il s’effectue d’abord un transfert d’un électron du réactif nucléophile vers le composé RX ce qui crée un radicalanion et un radical Y• (réaction 1). . Le radical-anion se décompose ensuite en un radical R• et un anion X.12. le mécanisme SET intervient dans certaines réactions de substitution dans lesquelles un radical est détecté (schéma 6.78 D’une manière plus générale. Par exemple.7 – Le radical-anion Un radical-anion est un anion qui possède un électron célibataire. Un composé RX (X = I ou NO2) est traité par un réactif nucléophile Y-.pour produire un nouveau radical-anion (réaction 4) et ainsi de suite… Toutefois.(réaction 2).78).79). le mécanisme dit SET (Single Electron Transfer) qui intervient dans la formation d’un organomagnésien à partir de magnésium métal et d’un halogénure fait intervenir des radicaux-anions et des radicaux-cations (schéma 6. Ce radical alkyle peut soit se coupler avec Y· pour conduire au produit de la réaction R-Y (réaction 3) ou réagir avec le nucléophile Y.77 6.

13 Les carbanions Les carbanions sont des groupes organiques dont un carbone porte une charge négative.1). tout carbanion possède un contre-ion qui est. un hydrogène ou un métal alcalin. Ce carbone possède alors un doublet d’électrons constitué d’un électron du carbone et d’un électron qui résulte de la rupture hétérolytique. soit un cation métallique alcalin (Na+. K+.12. Li+) (schéma 6. Les carbanions sont des réactifs nucléophiles.8 – Le biradical ou diradical Un biradical ou diradical est une structure dont deux atomes ont chacun un électron célibataire. suite à un réarrangement (cas rare). qui. dans l’ammoniac liquide.80 CH2 CH2 H CH2 HC CH2 H3C H C CH2 cyclopropane propène 6. Par exemple la thermolyse du cyclopropane fournit un diradical. par exemple des composés carbonylés. Au même titre que les carbocations possèdent des contre-ions (anions).6. Entités réactives 237 1) 2) 3) 4) 5) R X R X R R R + + Y + Y R Y Y + R X R R + R X X + Y Y Y R Y + R X Schéma 6.81). C + Y carbanion contre-ion Schéma 6.79 L’utilisation de métaux dits solubles pour des réductions de Birch. est transformé en propène (schéma 6. soit une base protonée.80). H2 C H2C CH2 ∆ H C H Schéma 6. 6. le plus souvent.81 . conduit par une première étape à un radical-anion (§13. ou hétérolyse d’une liaison C-Y où Y représente. en présence d’un composé « donneur de proton » comme un alcool.

l’acétate de sodium…. NO2….83. donc plus facile est la formation d’un carbanion. et des conditions expérimentales exigées.1 – Formations Les carbanions résultent principalement d’une rupture hétérolytique d’une liaison C-H où l’hydrogène est suffisamment acide en raison de la présence sur le carbone de substituants à effet électroattracteur –I ou –M comme RCO. pour être extraits sous forme de protons par un ion alcoolate. du type de réaction à effectuer. Elles sont indiquées pour chaque réaction où interviennent des carbanions dans les paragraphes correspondants. Quelques valeurs de pKa sont données dans le tableau 6. COOEt. -δ C + Bases très utilisées: +δ H B Et Et Et N N H pipéridine C . La présence de groupes électroattracteurs par effets –I en α de la liaison C-H augmente . La formation des carbanions est d’autant plus aisée que l’acidité de l’hydrogène à extraire est plus élevée. et aussi le diisopropylamidure de lithium (LDA) (schéma 6. soit des anions alcoolates présents dans les alcoolates comme l’éthylate de sodium. Les hydrogènes de CH2 du malonate d’éthyle sont suffisamment acides.82 Les bases les plus utilisées sont soit des amines. soit des anions amidures présents dans l’amidure de sodium ou de potassium.82). en fonction du carbanion à former. CN. Plus ces valeurs sont faibles et plus les hydrogènes sont acides. les carbonates alcalins. qui agissent grâce au doublet libre de l’azote. ou K+) H N H (Na+. pour être extrait sous forme de proton par une base ce qui équivaut à un équilibre acido-basique. Deux exemples de formation de carbanions sont donnés dans le schéma 6. D’autres bases peuvent être utilisées comme la soude ou la potasse. ou K+) iPr N iPr (Li+) alcoolates de sodium ou de potassium amidure dii-propylamidure de lithium ou LDA de sodium ou de potassium Schéma 6. comme la triéthylamine. Il en est de même des hydrogènes liés à une triple liaison terminale qui sont extraits par les ions amidures. la base utilisée forte.13. la pyridine. la pipéridine. le tertiobutylate de potassium.3. Le carbanion est alors la base conjuguée du composé à hydrogène acide dont il est issu.238 Chimie organique 6. et que le carbanion résultant est stabilisé par résonance. en raison de l’effet électroattracteur –I des groupes esters. BH N pyridine triéthylamine R O (Na+.

7 10.2 8. Na amidure de sodium NH3 liquide R C C .3 . Na + NH3 Schéma 6. malonate d’éthyle.3-hexafluoropropane acétylacétate d'éthyle nitrométhane acétylacétone triacétylméthane dinitrométhane trinitrométhane tricyanométhane CH3CH3 CH4 CH2=CH2 C6H6 PhCH3 Ph3CH Ph2CH2 HCF3 HC CH CH3CN CH3COCH3 C6H5COCH3 CH2(CO2Et)2 CH2(CN)2 H2C(CF3)2 MeCOCH2COOEt CH3NO2 (MeCO)2CH2 (MeCO)3CH CH2(NO2)2 CH(NO2)3 CH(CN)3 Tableau 6.5 28 25 25 20 19 13.6. COOEt H C H + OEt.3. Entités réactives 239 l’acidité (ex : trifluorométhane.5 33.1. entre autres). nitrométhane. Na éthylate de sodium COOEt EtOH absolu H C H Na + EtOH COOEt malonate d'éthyle R C C H + H2N .1. acétone.3 11 11 10.3. acétonitrile.83 R-H + Base composés RH R + Base-H pKa 50 48 44 43 37 31.8 6 4 0 -5 noms éthane méthane éthène benzène toluène triphénylméthane diphénylméthane trifluorométhane éthyne acétonitrile acétone ou propanone acétophénone malonate d'éthyle malononitrile 1.

permettent l’ensemble des réactions des carbanions. Inversement. ainsi obtenus.85 Une autre réaction fournit des carbanions. en milieu polaire (schéma 6. Les dérivés lithiés.86 . en présence d’oxygène. Par exemple. le radical triphénylméthyle. Ph Ph Ph C Na/Hg réduction Ph Ph C Ph Na O2 oxydation Schéma 6. c’est la réduction par l’amalgame de sodium de radicaux stables.85). Na + NaCl Schéma 6. ce carbanion est converti en radical correspondant (schéma 6.84). ou trityle est réduit en carbanion correspondant par cette méthode. plus particulièrement celle des composés aromatiques y compris les hétérocycles.84 Le n-butyllithium qui est très facilement préparé par action du lithium sur le bromure ou chlorure de n-butyle dans l’éther à –10 °C permet de nombreuses métallations. Ph Ph Ph chlorure de trityle Ph C Cl 2 Na Ph Ph carbanion trityle C .86).240 Chimie organique Les carbanions peuvent aussi résulter de l’action des métaux sur des halogénures comme dans le cas du chlorure de trityle (schéma 6. Le n-butyllithium réagit avec des halogénures divers en formant un nouveau composé lithié et l’halogénure de n-butyle. ou organolithiens. CH3-(CH2)3-Br + 2 Li bromure de n-butyle CH3-(CH2)3-Li + LiBr n-butyllithium OMe CH3-(CH2)3-Li + MeO MeO OMe + CH3(CH2)2-CH3 Li CH3-(CH2)3-Li + RX CH3-(CH2)3-X + R-Li ou R Li organolithien Schéma 6.

de l’éthylène et de l’acétylène (figure 6. en particulier. par la nature des hybridations des deux premiers carbones qui les constituent. de la liaison CH à l’origine de sa formation. leur basicité suit l’ordre inverse (figure 6. diminution de l'acidité de H +δ H sp C C R sp -δ H +δ sp2 sp2 -δ C H C R H H +δ sp3 sp3 -δ C C H2 H2 R R = alkyl C C R C C R H C C H2 R augmentation de la stabilité du carbanion augmentation de la basicité du carbanion Figure 6. On peut en déduire aisément que les carbanions issus de composés à hydrogènes peu acides seront des bases fortes donc instables.1). « sp2 » et « sp ». Si on considère des dérivés de l’éthane.13.10) qui diffèrent. En général. La stabilité des carbanions correspondants suit cette variation d’acidité. plus les électrons de liaison C-H sont rapprochés du noyau du carbone. surtout pour les alcanes. Selon les méthodes utilisées. Cette basicité est d’autant plus élevée que son acide conjugué est faible. moins l’atome d’hydrogène est retenu au carbone et plus l’acidité de H augmente. 6. la stabilité des carbanions aliphatiques. Par contre. contrairement aux liaisons C-Na (K. et plus particulièrement dans les solvants polaires.8. même si elles restent proches. il est instable. respectivement hybridés « sp3». s’il a un caractère fortement basique. Dans le cas du carbanion. mais cela n’est qu’une apparence car les mécanismes impliqués sont plus complexes et font intervenir plusieurs molécules d’organomagnésiens (§ 10.10). les valeurs divergent. Plus le caractère « s » est élevé. La liaison entre R et MgX a un fort caractère covalent. MgX+. et inversement. dans leurs réactions.6. l’acétylène dont le caractère « s » est de 50% (« sp ») est plus acide que l’éthylène avec un caractère « s » de 33% (« sp2 ») lui-même plus acide que l’éthane avec un caractère « s » de 25 % (« sp3 »).10 . c’est-à-dire que l’hydrogène porté par la liaison C-H dont il dérive est extrait difficilement. pour ces composés. suit l’ordre : méthyle > primaire > secondaire > tertiaire. que la stabilité du carbanion est directement en rapport avec l’acidité. Entités réactives 241 Remarque importante : les organomagnésiens RMgX se comportent le plus souvent comme le couple R-. ordre inverse des carbocations. La difficulté réside dans d’obtention de ces pKa. en solution.2 – Stabilité Une entité chimique stable est toujours peu réactive. définie par le pKa. ou Li en milieu polaire) qui ont un fort caractère ionique.

242 Chimie organique La plupart des carbanions sont mésomères car ils sont formés par déprotonation d’une liaison C-H (avec H acide) située en position α d’un ou plusieurs groupe(s) électroattracteur(s) ayant une double ou triple liaison à effet –I. NO2. par exemples. oxygène ou azote.87).88 . on peut donner la liste suivante selon l’ordre de stabilité décroissant : NO2 > RCO > COOR > SO2 > CN ≈ CONH2 > halogène Une stabilisation par délocalisation de la charge est aussi rencontrée lorsque le carbone chargé est conjugué avec une double liaison. Dans ces cas. CO. aryl. Il y a stabilisation par résonance. ou une triple liaison (schéma 6. comme dans le carbanion allylique. COOR. l’une des formes limites affecte la charge négative à un hétéroélément. N C C N C C anion issu d'un nitrile aliphatique R C O C H C O C H R = alkyl. NHR'. H2C C H CH2 H2C C H CH2 carbanion allylique Schéma 6. les groupes qui avaient un effet électroattracteur –I deviennent pour certains –M en raison d’une délocalisation du doublet d’électrons du carbanion. aryl. aralkyl : cétones R = H : aldéhydes R = OR' : esters R = NH2. NR'. et cette forme limite est prépondérante car elle est située sur l’élément le plus électronégatif (schéma 6. aralkyl : imines R = OH : oxime R = NH2.88).R" : amides forme limite prépondérante (anion énolate) C N R C H R C N C H R = alkyl. Dans le carbanion résultant. NR'.87 Parmi les groupes les plus classiques qui peuvent stabiliser un carbanion.R" : hydrazones R = NH-CO-NH2 : carbazones forme limite prépondérante Schéma 6. CN. Le terme « carbanion » devient alors discutable malgré une orientation des réactions avec les réactifs électrophiles vers le carbone plutôt que vers l’hétéroélément. NHR'.

90). Entités réactives 243 C’est encore le cas des carbanions benzyliques dont la charge est délocalisée sur un noyau benzénique.91).17 doit être évoqué ici dans la mesure où ces composés ont un carbone chargé négativement. Dans ce cas. tous les carbanions dont le carbone chargé est lié à un système aromatique y compris hétérocyclique (schéma 6.89 La mésomérie intervient aussi dans le cas du carbanion cyclopentadiènyle qui possède un caractère aromatique. mais on ne peut pas négliger le rôle de la résonance entre formes limites dans le cas des ylures de soufre et de phosphore (schéma 6. le carbanion est fortement stabilisé par effet de champ.89).90 Le cas particulier des ylures présentés au paragraphe 6. C C C C C Schéma 6.6. contrairement au cyclopentadiène (schéma 6. ou d’une manière plus générale. H C HC HC H CH CH base H C HC HC CH CH HC C H C CH CH HC HC H C C CH -H cyclopentadiène pKa (C-H) = 16 (réaction très facile) carbanion cyclopentadiènyle (caractère aromatique) Schéma 6. La charge positive de l’hétéroatome stabilise la charge négative du carbone. .

elle correspondrait à celle d’un carbone hybridé « sp3 » dont une orbitale hybridée renfermerait un doublet d’électrons.3 – Structures Les difficultés pour « isoler » les carbanions ne permettent pas d’assurer totalement leur(s) structure(s). Pour les carbanions aliphatiques.91 6. Comme les amines tertiaires qui possèdent trois substituants différents. . la configuration du carbanion.92) sauf.93). R1 C R2 R3 carbanion rappel: R1 C R2 R3 R1 N N R2 amine Schéma 6. les carbanions pontés dont la configuration est bloquée. également substitué. Les carbanions mésomères sont plans en raison du recouvrement de l’orbitale contenant le doublet d’électrons du carbone avec celles des électrons π des doubles liaisons conjuguées (schéma 6.244 Chimie organique N C S C P C ylure d'azote S C P C ylure de phosphore ylure de soufre Schéma 6.13. bien entendu.92 R1 R2 R3 R3 Cette structure ressemble à celle de l’azote dans les amines et a pu être observée pour le carbanion méthyle. s’inverse constamment selon le principe du « parapluie retourné » (schéma 6.

13.93 Les carbanions dérivés d’alcènes par retrait d’un hydrogène à un carbone hybridé « sp2 » sont eux aussi plans et restent hybridés (figure 6.2. En raison de leur nombre. Knoevenagel. Addition sur les doubles liaisons : réaction de Michael (§ 9. réactions de Claisen.11) « sp2 » . une inversion.11 La stéréochimie des réactions dont les mécanismes s’effectuent via des carbanions sont complexes.6. la nature du solvant. Stobbe. et en particulier. une racémisation est possible. la condensation benzoïnique (§ 10. halogénation des cétones (§ 8. ont une importance majeure pour l’orientation stéréochimique de la réaction. Entités réactives 245 C O C O C C structure de type sp2 C O C Schéma 6. Perkin. réaction de Wittig (§ 10.6c). 6. Pour les plus importantes. le plus souvent.4) : aldolisation en milieu basique. Dans le cas des carbanions mésomères. carbonatations. selon les conditions expérimentales.6). les conditions expérimentales.4 – Réactions (généralités et réarrangements) Les carbanions sont des entités chimiques nucléophiles qui interviennent dans un très grand nombre de réactions. Dans de nombreux cas. une rétention ou. Dieckmann. et afin d’éviter des redites. R1 C R2 C R3 Figure 6. le doublet d’électrons se trouve alors dans une orbitale hybridée « sp2 ».7). toutes ces réactions sont présentées dans les chapitres suivants.2) . il s’agit de : Additions sur les doubles liaisons carbonylées (§ 10.

2) et éliminations nucléophiles (§ 11) Réarrangement de Favorskii des -halogéno cétones (§ 14. Celui-ci se réarrange par déplacement d’un groupe méthyle pour donner une amine tertiaire (réarrangement de Stevens.2.NaOR Ph 1.1.1. H3C H3C H3 C ion benzyl-triméthyl-ammonium H3C N CH2 Ph PhLi H3C X N Li CH Ph réarrangement H3C N H3C CH CH3 Ph . un carbanion est formé. Il est très faible à une température peu élevée.NaCl Ph CH2 .1.4.94) obtenu à partir du chlorure correspondant par action du sodium (réarrangement de Grovenstein-Zimmerman. Ph Ph Ph 2. les réarrangements de carbanions sont rares surtout s’il s’agit de groupes alkyles. le taux de composés réarrangés augmente avec la température. lequel est protoné par un alcool pour donner le 1. il existe quelques exemples de déplacement de groupes phényles.2-triphényléthane.94 Il est intéressant de remarquer que le choix du métal influe sur le taux de réarrangement.2-triphényléthane Ph Ph Ph C CH2 Na réarrangement Ph C Ph Ph CH2 Na CO2 Ph C Ph CO2 CH2 Ph Na carbanion stabilisé par résonance avec les groupes phényles sel de sodium de l'acide 2.2.1e) Décarboxylations (§ 8.LiX CH3 diméthyl-(1-phényl-éthyl)-amine Schéma 6. Avec le sodium et le potassium.246 Chimie organique Substitutions électrophiles (§ 8.2-triphényléthyle. 1957) qui se réarrange en carbanion 1. Lorsqu’il est traité par le phényllithium. Ce réarrangement entraîne une stabilisation par résonance du carbanion résultant. ou carbonaté par l’anhydride carbonique en sel d’acide 2.1m) Couplages oxydatifs (§ 12. les produits réarrangés prédominent tandis qu’avec le lithium.3-triphénylpropanoïque Schéma 6. 1928). C’est le cas du carbanion 1. le groupe phényle est déplacé sans entraîner le doublet d’électrons qui le lie au carbone d’origine. Un cas très particulier de réarrangement concerne des ylures.95 . Par contre.14) A l’inverse des carbocations.2. Dans ces cas. Un exemple est donné à partir d’un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6.2.95).2-triphénylchloroéthane C CH2 Cl Ph 2 Na Ph C .1-triphényléthyle (schéma 6.3-triphénylpropanoïque. Na Ph ROH CH CH2 Ph .1.

ce qui correspond d’abord à une déprotonation avec formation d’un carbanion trichlorométhyle CCl3. suite à une nouvelle élimination d’un ion chlorure (selon un mécanisme de type 1. Au contraire. Le carbanion trichlorométhyle peut aussi provenir de la décarboxylation de l’anion trichloroacétate. libère un carbanion qui élimine ensuite un ion halogénure. C H H H C H méthylène dans l'état triplet angle dièdre: 136° méthylène dans l'état singulet angle dièdre: 103° Figure 6.14 Les carbènes Lorsqu’un carbone est substitué par deux hydrogènes (carbène nommé méthylène). ils réagissent dans l’un ou l’autre état.12). y compris des halogènes. inférieure d’une trentaine de kJ mol-1. le chloroforme est soumis à l’action de la soude. l’entité correspondante est un carbène. 6.1 – Formations Il existe deux modes principaux de formation des carbènes. donc plus stable. le carbène est dit dans l’état singulet (figure 6. ou de t-butylate alcalin (schéma 6.6. mais il se transforme très rapidement en état triplet.4). sous l’action d’une base. et possède deux électrons non liants. le dichlorocarbène est formé.14. Si les deux électrons non liants ne sont pas appariés. Par exemple. ainsi que leur mode de génération. un haloforme (chloroforme. qu’il est neutre. en raison de la plus faible énergie de cette dernière par rapport à l’état singulet. ou par deux groupes. L’absence des deux électrons nécessaires pour satisfaire la règle de l’octet a pour conséquence un fort caractère électrophile de cette entité chimique. s’ils sont appariés. le carbène est l’équivalent d’un diradical et il est dit dans l’état triplet. Dans le premier cas. bromoforme ou iodoforme). il réagit le plus souvent dans l’état singulet. sa vitesse de transformation en état triplet étant plus lente que celle de ses réactions à cause de son extrême activité d’électrophile. il est dans l’état singulet au moment de sa formation. Entités réactives 247 6. . Il ne faut pas généraliser aux autres carbènes car selon leurs substituants et leur nature.1-E1cB § 11.(réaction rapide) puis.12 Dans le cas du carbène « méthylène ».96). Toutefois.

− CO2 ion trichloroacétate Schéma 6. un cétène.97 + LiCl + RH CH Cl CHBr2F + RLi + LiCl + RH Dans le second cas. selon le cas (schéma 6. et CO ou N2.96 Le monochlorocarbène résulte de l’action d’un organolithien sur le chlorure de méthylène. par chauffage. plus spécifique du méthylène et de ses dérivés substitués par des groupes alkyles.Cl Cl C Cl dichlorocarbène ou + Cl C t-BuOH Cl carbanion trichlorométhyle Cl Cl Cl C C O O ∆.98). le diazométhane.97). CH2Cl2 + RLi CHCl Cl H R Li CHBrF Schéma 6.248 Chimie organique HO ou t-Bu-O Cl + Cl Cl chloroforme H2O C H Cl . Il en est de même du bromofluorocarbène qui est obtenu par la même réaction à partir du dibromofluorométhane (schéma 6. . ou un diazoalcane est décomposé. en carbène.

Plusieurs mécanismes ont été proposés : l’un d’entre eux est donné dans le schéma 6...98 À ces méthodes qui permettent l’accès à des carbènes. par . Une autre réaction importante est leur insertion dans une liaison C-H d’un alcane. Leur dimérisation qui pourrait sembler possible en relation avec le couplage radicalaire.99 6. Ce réactif est appelé carbènoïde il réagit en particulier avec les composés éthylèniques (cyclopropanations).14.99. Les carbènes peuvent aussi se réarranger. CH2I2 + Zn . Entités réactives 249 H C H cétène H C O hν H méthylène oxyde de carbone C + C O H C H diazométhane N N ∆. dont le comportement est équivalent au carbène « méthylène ».. à des dérivés du cyclopropane (cyclopropanation). Ils ont soit réagi avant. avec les composés éthylèniques. il faut ajouter le réactif de Simmons-Smith (diiodométhane + zinc en poudre + cuivre) qui permet de former ICH2ZnI. Cu ICH2ZnI + Cu carbènoïde réactif de Simmons-Smith C C ZnI + CH2I C C ZnI C CH2 + ZnI2 C CH2I Schéma 6. s’avère une réaction inconnue car leur importante réactivité ne permet pas qu’ils se rencontrent.2 – Réactivité et stabilité La réaction principale des carbènes est leur addition aux doubles liaisons qui conduit. soit attaqué une molécule de leur précurseur.6. hν ou CuCl H C H méthylène azote + N N R1 C R1 N N R1 ∆ ou hν R2 dialkylcarbène C + N N Schéma 6. former des radicaux libres avec les alcanes.

par contre. pour former un alcène qui semble être le résultat d’une dimérisation (schéma 6.100 C C + N2 Le plus réactif des carbènes est le carbène « méthylène ». Il faut savoir que dans beaucoup de réactions où un carbène est théoriquement produit à partir d’une méthode classique. à l’abri de l’air et de l’humidité.3-dihydro-1H-imidazole. C N N HC CH Figure 6. il n’existe pas une certitude totale que le carbène comme entité libre soit présent à un moment de la réaction. des réactions secondaires sont possibles comme des réactions d’insertion (voir ci-après) ou la formation de molécule d’alcènes à partir de deux carbènes (plus particulièrement les alkylcarbènes).13. l’addition sur un alcène est facilitée si ce dernier est substitué par des groupes électrodonneurs. Si un hydrogène du carbène méthylène est remplacé par un groupe ester. En raison du caractère électrophile de la majorité des carbènes. apportant une gêne stérique et l’empêchant de réagir facilement. dérivé de 2. C + C N N x2 Schéma 6. a pour conséquence un emploi difficile pour la préparation des cyclopropanes. Toutefois. elle diminue si l’hydrogène est remplacé par un brome. et rendue difficile par des substi- . Les moins réactifs sont les halocarbènes. Les dihalogénocarbènes sont relativement peu réactifs. c’est pourquoi on utilise souvent le terme « transfert de carbène » dans les réactions utilisant un carbène ou un carbènoïde pour la synthèse de cyclopropanes à partir d’alcènes. C’est le cas pour le carbène dont la formule est donnée dans la figure 6.1. de point de fusion supérieur à 200 °C. sans doute l’entité chimique la plus réactive connue.14.250 Chimie organique exemple un diazoalcane. L’extrême réactivité du méthylène. et dont la stabilité est liée à la présence de groupes volumineux adamantyles qui l’entourent. Il existe des carbènes tellement stables qu’ils forment des cristaux et peuvent être conservés.100). décrit au paragraphe 6. On lui préfère le réactif de Simmons-Smith. la réactivité reste élevée.2a – Additions sur les alcènes La plupart des carbènes y compris le méthylène s’additionnent aux doubles liaisons selon une cycloaddition 1 + 2 pour former des dérivés du cyclopropane.13 6.14.

forme prédominante lors de leur formation. s’additionnent de manière stéréospécifique sur les alcènes. . ou le carbènoïde.101 (réaction 1)).101. Les carbènes sous forme singulet. des conditions expérimentales et. un mélange racémique dans la mesure où les quatre groupes de l’alcène conservent leurs positions respectives de l’alcène dans les composés finaux.101 Dans le cas des carbènes sous forme triplet. ce qui explique le caractère non stéréospécifique de cette addition. Avec cette même condition.102). l’addition se fait a priori en deux étapes avec formation intermédiaire d’un radical puis couplage intramoléculaire (schéma 6.6. Avec un carbène de type R-C-R’. le nombre d’isomères devient très important. et sur un alcène dissymétrique (schéma 6. La première étape permet une rotation autour de la liaison qui unit les deux carbones qui formaient la double liaison. qui peuvent être considérés comme des diradicaux. La prédominance d’un racémique sur l’autre dépend de la nature des groupes R4 et R5. réaction 1). Entités réactives 251 tuants électroattracteurs. deux racémiques (réaction 2). en particulier. L’addition d’un méthylène singulet ou de son équivalent « carbènoïde » sur un alcène symétrique fournit un seul composé « méso ». l’addition d’un carbène ou carbénoïde substitué par deux groupes différents fournit avec un alcène dissymétrique. selon un mécanisme qui ne nécessite qu’une seule étape (schéma 6. de la méthode utilisée pour créer le carbène. méthylène singulet R1 1) R2 C CH2 C R3 R4 R1 R2 R4 C H2 C C R3 R4 + R2 R1 C C H2 1 racémique R4 C + R3 R4 R4 R3 R1 R2 R1 C C R4 R3 + attaque par dessous le plan R5 C C R5 C R4 R1 2) R2 C C R5 R3 C R4 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 R2 + C C R4 C C C C + attaque par dessous le plan R4 R5 2 racémiques R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux Schéma 6.

Le méthylène réagit avec le benzène pour donner le norcaradiène instable qui se réarrange en cycloheptatriène (schéma 6. la réaction s’oriente en para.102 Ces résultats stéréochimiques ont été utilisés pour déterminer la forme singulet ou triplet de certains carbènes. pour former un carbanion qui se réarrange avant qu’une hydrolyse permette d’accèder à l’o-hydroxybenzaldéhyde ou salicylaldéhyde sous forme de phénate. Schéma 6. H2C norcaradiène cycloheptatriène Schéma 6. C’est la réaction de Reimer-Tiemann (schéma 6.103).252 Chimie organique méthylène triplet R1 C R2 CH2 C R3 R4 R1 C R2 CH2 C R R4 3 rotation autour de C-C H2 C R1 R2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2.104). . Lorsque les positions ortho sont occupées par des groupes alkyles. R2 C R1 CH2 C R3 R4 R2 R1 C H2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2.103 Le phénate de sodium est attaqué en position ortho par le dichlorocarbène qui résulte de l’action de la soude sur le chloroforme.

105).2 Cl . soit le pyrrole-2-carboxaldéhyde (réaction de ReimerTiemann. milieu faiblement basique Cl C N Cl . Entités réactives 253 O C Cl O H C Cl O Cl C H phénate Cl Cl H Cl O H C O O . puis élimination avec agrandissement de cycle). soit la 3-chloro-pyridine (addition.Cl N 1) Cl2C N pyrrole (sel) Cl 2) milieu fortement basique 3-chloro-pyridine H N CCl2 N CCl2 H 2 HO N CHCl2 .6.HCl Cl CH O H HO Cl CH Cl O salicylaldéhyde (sel) Schéma 6. 1876).H2 O N CHO pyrrole-2-carboxaldéhyde (sel) Schéma 6. en formant selon la basicité du milieu réactionnel. Il est vraisemblable que ces réactions soient liées aux formes singulet et triplet du carbène.105 .104 Le pyrrole réagit avec le dichlorocarbène (schéma 6.

254 6.107 .2b – Additions sur les alcynes et les allènes Chimie organique Les alcynes mono ou disubstitués par des groupes alkyles additionnent les carbènes (schéma 6. Avec les allènes (réaction 2).106 6.14. R3 1) R1 C C R4 R3 C R4 si R1 et R2 = H R2 H2 C R3 H 2C C R4 composé allènique C R2 R1 C C dérivé du cyclopropène 2) H2C C allène H2 C C H2C CH2 H2C C CH2 C H2 spiro[2. Les alcanes avec nC > 3 fournissent de nombreux isomères et la sélectivité de la réaction est inexistante (schéma 6. un mélange de n-butane et d’isobutane. réaction 1) pour former des cyclopropènes. C H H2C (CH2N2.107). hν) C CH2 H CH4 H 2C CH3-CH3 H2C H2C CH3-CH2-CH3 CH3-CH2-CH2-CH3 et CH3-CH-CH3 CH3 Schéma 6.2]pentane CH2 H2C H2C méthylène-cyclopropane Schéma 6. L’acétylène réagit en formant des dérivés du cyclopropène qui se réarrangent en allènes.14.2]pentane. un spiro[2. L’addition de deux méthylènes peut conduire à des composés bicycliques.106. une ou deux molécules de carbène s’additionnent ce qui conduit à un méthylène-cyclopropane puis à un système bicyclique. Le propane fournit par cette réaction. Le méthane et l’éthane deviennent respectivement l’éthane et le propane (c’est une réaction d’homologation).2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane Le méthylène préparé par photolyse du diazométhane s’insère (plutôt sous forme singulet) dans une liaison C-H d’un alcane en allongeant une chaîne d’un carbone. Les dihalocarbènes ne font pas d’insertion.

14. 6.5.108 6.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes Les radicaux peuvent capter un atome d’hydrogène d’un alcane pour former un nouveau radical plus stable que celui de départ (§ 6. C’est donc une réaction compétitive avec l’insertion dans les liaisons C-H.109).108). réaction qui est plutôt liée à la forme « singulet ». H H C H triplet H CH3 H C H Cl CH3 H C H + H3C C H CH3 + H3C C H CH3 H3C C H Cl H C H singulet H3C C H Schéma 6. lorsqu’il est sous forme triplet. Si un méthylène « triplet » attaque un alcane.2d – Réarrangements 255 Des réarrangements qui permettent de passer d’un carbène à un autre sont connus mais très rares. Entités réactives 6. c’est l’halogène et non l’hydrogène qui est déplacé. cette réaction est encore possible.c). et un second doublet s’il est sous forme . Dans la mesure où un carbène peut être considéré comme un diradical. il se forme un radical méthyle et un radical alkyle.6. H R CH2 CH2 CH CH R CH2 CH2 CH C H H R O CH R C H C O Schéma 6. le déplacement d’un hydrogène ou d’un groupe alkyle conduit à la formation d’une double liaison (schéma 6.15 Les nitrènes Les nitrènes sont des entités dans lesquelles l’azote lié à un seul hydrogène ou groupe.109 La forme singulet permet pourtant cette réaction sur les halogénoalcanes.14. la plus réactive (schéma 6.12. Dans ce cas. Dans la plupart des cas. possède un doublet d’électrons libre.

OTs.111). R N R N nitrène singulet nitrène triplet Figure 6.112). H N Y base -H N Y Schéma 6.14 6.1-élimination effectuée sur un composé R-NH-Y où Y est un groupe partant ou sortant (atome de chlore. N C C Schéma 6. En présence d’une base.111 La décomposition par photolyse ou thermolyse des alkylazides et plus souvent des acylazides est une autre méthode de formation (schéma 6.BH -Y Y = halogène. ou deux électrons célibataires s’il est sous forme triplet.110 -Y N Les vinylnitrènes sont formés par action de bases sur des dérivés de type imine dans lesquels l’azote est lié à un groupe partant (schéma 6.1 – Formations Les nitrènes sont obtenus par une 1..110). Y N B H C C .112 . groupe tosyle…). la déprotonation est suivie du départ d’un ion Y– et de la libération du nitrène (schéma 6.256 Chimie organique singulet. Les nitrènes sont des entités chimiques azotées équivalentes aux carbènes.14).15. à la fois dans leurs préparations et leurs réactions (figure 6. R N N N R N N N hν R ou ∆ N + N2 R = alkyl ou acyl Schéma 6.

les arylisocyanates sont décomposés en arylnitrènes et oxyde de carbone par photolyse (schéma 6.15. des dimérisations et des déplacements d’atomes d’hydrogène de liaison C-H d’alcanes.1-diacylaminonitrènes (schéma 6.113 Enfin. fournissent des arylnitrènes (schéma 6. l’addition cis d’un nitrène singulet est figurée dans le schéma 6. les nitrènes s’additionnent aux alcènes en formant des aziridines. sous l’effet de réducteurs puissants comme les phosphites d’alkyles. et avec des résultats stéréochimiques de même nature.114 Les 1. des additions sur les doubles et triples liaisons.2 – Réactions On compte parmi les réactions des nitrènes. et des réarrangements. Entités réactives 257 Les composés arylnitrosés et nitrés.15.114).115 N N + PbII(OAc)2 + 2 CH3COOH 6. Ar Ar N O N O + P(OR)3 Ar Ar N N + O + 2O P(OR)3 P(OR)3 + 2 P(OR)3 O Schéma 6.6. l’alcène et l’azide sont soumis à une photolyse. Seule. le nitrène triplet conduit à de nombreux isomères.2a – Additions Comme les carbènes. Le nitrène aussitôt formé par décomposition de l’azide s’additionne sur l’alcène. équivalents des cyclopropanes obtenus par la même réaction avec les carbènes. O R-C N R-C O IV NH2 + Pb (OAc)4 O R-C CH2Cl2 R-C O Schéma 6.116 (réaction 1). Ar N C O hν Ar N + C O Schéma 6. Dans la plupart des cas. 6. des insertions dans les liaisons C-H.113). .115).1-diacylhydrazines sont oxydées par le tétracétate de plomb dans le chlorure de méthylène en 1.

3 de l’azide sans passage par un nitrène) qui se décompose en aziridine par élimination d’une molécule d’azote (réaction 2).117). Ces aminonitrènes s’additionnent aussi sur les triples liaisons avec production de 1-amino-2-azirines instables qui se réarrangent en 3-amino-1-azirines.1-disubstituées s’additionnent sur les alcènes activés et plus particulièrement les acrylates.258 Chimie organique R N R1 C 1) R2 C R4 R2 N R R3 R2 C R1 R1 C R N C R4 R4 C N R dérivés d'aziridine (racémique) R3 et R3 R N R 2) N C N C N R N C N N C hν . l’addition du nitrène est favorisée. et acrylonitrile pour former des dérivés de N-aminoaziridines (schéma 6.117 . R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C C H CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine Schéma 6. Les N-aminonitrènes formés in situ à partir des hydrazines 1.N2 C C Schéma 6.116 Un autre mécanisme peut aussi être envisagé via la formation intermédiaire d’une triazoline (par une cycloaddition 1. Dans le cas des acylnitrènes.

Entités réactives 6.6. Le mécanisme est identique à celui des carbènes.15. Par exemple. Il peut aussi être formé par dimérisation du nitrène NH. L’insertion dans la liaison C-H d’un carbone chiral s’effectue avec rétention de configuration (schéma 6. O C N Z R1 H R2 R3 R1 O C N Z H Schéma 6. Cette réaction a été utilisée assez souvent en chimie hétérocyclique pour synthétiser des composés polycycliques azotés. HN=NH composé instable qui se décompose en azote et hydrogène (utilisé comme réducteur des alcènes) est le résultat d’une oxydation de l’hydrazine H2N-NH2.N2 insertion N H NH carbazole Schéma 6. N3 2-azidobiphényle hν . carbamates Peu d’exemples d’insertions d’alkylnitrènes existent car si elles ont lieu. aryl ou OR’) sous forme singulet s’insèrent très facilement dans les liaisons C-H des alcanes avec une préférence pour les carbones tertiaires.119 6. . le carbazole est préparé à partir du 2azidobiphényle par photolyse (schéma 6.15. 2 Ar N Ar N N Ar Schéma 6.2b – Insertion dans une liaison C-H 259 Les acylnitrènes R-CO-N avec (R = alkyl.119). elle sont suivies de réarrangements. amides Z = OR'.120 Le diimide.118 R2 R3 Z = alkyl ou aryl.118).2c – Dimérisation Cette réaction qui est très spécifique des arylnitrènes conduit à des composés azoïques (schéma 6.120).

121 6. souvent plus rapide que les réactions d’additions ou d’insertion. H C N C NH nitrène Schéma 6.260 6. Il est vraisemblable que certains agrandissements de cycle se font via des nitrènes qui se réarrangent (réaction 2). la migration d’un ion hydrure vers l’azote puis création d’une double liaison d’une fonction imine est très rapide. équivalents à des diradicaux.2d – Échange d’atome d’hydrogène avec un alcane Chimie organique Comme les carbènes sous forme triplet. R1 R N + H C R2 R3 R N H + C R1 R2 R3 radical stable Schéma 6. Ce réarrangement peut même cacher l’existence d’un nitrène dans une réaction (schéma 6.2e – Réarrangements Lorsqu’un nitrène possède en position α de l’azote un groupe méthyne. Le radical alkyle ainsi formé doit être stable (tertiaire ou secondaire) (schéma 6. méthylène ou méthyle.N2 R2 R3 réarrangement du nitrène R2 C N R2 C N R1 N-alkyl imine . R1 1) R2 R3 alkylazide R1 C N N N . réaction 1).121). Cette réaction s’effectue via un nitrène et un réarrangement.15.122 imine La pyrolyse des azides tertiaires conduit le plus souvent à des imines N-substituées si les groupes substituants de Cα sont des groupes alkyles (schéma 6.123. les nitrènes sont susceptibles d’extraire un radical H• d’un alcane pour former deux radicaux.122).15.

125) réaction 1). concerté.124). Toutefois.6. L’isocyanate additionne ensuite une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle en fournissant l’amine. Un second mécanisme. peut aussi être proposé (réaction 2). . il se forme d’abord un N-bromoamide qui perd un proton sous l’action de la base.123 Le réarrangement des acylnitrènes est l’un des mécanismes retenus pour expliquer des réactions très importantes en synthèse comme les réarrangements d’Hofmann.N2 N et H3C N Schéma 6. Sous l’action d’un hypobromite alcalin (Br2 + solution de NaOH.CO2 RNH2 amine primaire Schéma 6. à des amines en Cn-1 ou leurs dérivés. par exemple). de Lossen. des mécanismes concertés ont aussi été proposés qui ne font pas apparaître de nitrènes : de nombreux auteurs les considèrent plus vraisemblables. ou d’hydrazides. Son réarrangement fournit un isocyanate. de Curtius. Par élimination d’un ion bromure.124 C’est la conversion d’un amide primaire (résultat de l’action de l’ammoniac sur un ester) en amine primaire (schéma 6. de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques. un acylnitrène peut alors être formé ((schéma 6. dérivés d’acides en Cn. qui permettent l’accès respectivement à partir d’amides. -Réarrangement d’Hofmann (1881) R-CO-NH2 amide primaire BrONa Br2 + NaOH hypobromite de sodium R-N=C=O isocyanate H2O RNHCOOH acide carbamique . Entités réactives 261 CH3 N3 2) CH3 .

. RNHCOOH.Br O C N R isocyanate O C N R Hydrolyse de l'isocyanate H O R N C O R N H H O C O R H H N H O C O .126). instable. est immédiatement transformé en carbamate stable (contrairement à l’acide carbamique. En présence d’un alcool. se décarboxyle pour se transformer en amine. qui.262 Chimie organique Formation du N-bromoamidate R R Br2 + NaOH C C O (BrONa) HN H2N Br Formation de l'isocyanate 1) via un nitrène R O HO N Br N-bromoamidate C O R C N Br O .125).125 Une variante de cette réaction consiste à traiter l’amide par le tétracétate de plomb dans un solvant aprotique anhydre ce qui produit l’isocyanate (hypothèse privilégiée : passage par un acylnitrène selon le mécanisme (1) du schéma 6. RNH2) (schéma 6.Br R C N réarrangement de l'acylnitrène O R N C O 2) Selon un mécanisme concerté R C N Br O .CO2 R-NH2 acide carbamique instable Schéma 6. sitôt formé. l’isocyanate.

Leur acylation peut être effectuée par réaction avec un chlorure d’acide. Comme dans le réarrangement d’Hofmann. en présence d’une base.126 .6. Il existe deux possibilités d’accès à l’isocyanate (schéma 6. .Réarrangement de Lossen (1872) R-CO-Y + NH2OH Y = OR" hydroxylamine ou un halogène R-CO-NH-O-H acide hydroxamique R'-CO-Cl + HO-NH-CO-R chlorure d'acide acide hydroxamique .127).127 Les isocyanates peuvent être produits à partir de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques par simple chauffage (schéma 6.BH R'COO + RN=C=O isocyanate H2O RNHCOOH . l’isocyanate additionne une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle pour produire une amine primaire. Entités réactives 263 R-CO-NH2 + Pb(OAc)4 amide primaire R-CO-N + Pb(OAc)2 + 2 AcOH R N C O ROH R-NH-COOR carbamate isocyanate Schéma 6. ∆ . et parfois.128).HCl R'-CO-O-NH-CO-R dérivé O-acylé d'acide hydroxamique R'-CO-O-NH-CO-R B.CO2 acide carbamique RNH2 amine primaire Schéma 6. Le mécanisme du réarrangement de Lossen a des points communs avec celui du réarrangement d’Hofmann. La première consiste en un réarrangement qui s’accompagne de l’élimination d’ion carboxylate (réaction 1). Son réarrangement fournit l’isocyanate (réaction 2). Les acides hydroxamiques sont facilement préparés par action d’un chlorure d’acide ou d’un ester sur l’hydroxylamine. la seconde débute par l’élimination de cet ion ce qui conduit à un acylnitrène.

R'-CO-O C C base 1) O O OU acide hydroxamique O-acylé R N C O H2O RNH2 R 2) C O N O CO R' .H2O R C O Schéma 6.129 H N C O -H R C O N R N C O R R . Un nitrène intermédiaire a été proposé (schéma 6.Réarrangement de Curtius (1890) Formation d'un acylazide RCO2R' + NH2NH2.129).R'-CO-O R C O N nitrène Schéma 6. H2O ester hydrate d'hydrazine RCONHNH2 + R'OH acylhydrazine ou hydrazide RCON3 acylazide RCON3 + 2 H 2O + NaCl + H 2O RCONHNH2 + NO2H RCOCl + NaN3 Transformation de l'acylazide en isocyanate et azote RCON3 R N=C=O + isocyanate N2 Réaction de l'isocyanate avec l'eau et décarboxylation de l'acide carbamique en amine primaire RNH2 + CO2 RNHCOOH RN=C=O + H O 2 acide carbamique amine primaire Schéma 6. H N O-H H C O H H N O-H .130 .128 La formation d’amine peut être le résultat de l’action d’un acide minéral sur un acide hydroxamique.264 Chimie organique R H R N O CO R' ∆ N O CO R' .

Deux mécanismes peuvent être envisagés. mécanisme 1). . est réarrangé en isocyanate. L’acylazide résonne entre trois formules limites. Entités réactives 265 Ce réarrangement s’effectue à partir d’un acylazide (schéma 6. ou un mécanisme concerté (mécanisme 2 : ce dernier est considéré comme le plus probable). soit par l’action de l’acide nitreux sur une acylhydrazine (ou hydrazide) dont le mécanisme est donné dans le schéma 6. 2 HONO acide nitreux ONO-NO + H2O R R C HN H2N acylhydrazine ou hydrazide R O C ONO-NO . aussitôt libéré de son sel alcalin par addition d’un acide. comme dans le réarrangement de Lossen : le passage par un acylnitrène (schéma 6. peut être obtenu.131 L’acylazide. en un trioxyde d’azote.NO2 H HN N N O H O -H H R C O HN N N O H C O HN N N O R C HN N N O H H . Un acylazide. On peut remarquer que ce n’est pas l’acide nitreux lui-même qui réagit sur l’acylhydrazine dans la préparation de l’acylazide par cette voie.6.130). dans un solvant aprotique inactif. soit à partir d’un azidure alcalin par action d’un chlorure d’acide.132. car il se transforme.131. chauffé en milieu anhydre.H2O H N N N O R C O -H N N N R C O N N N acylazide R C O R C N N N O Schéma 6.

266 Chimie organique 1) R C O N N N .CO2 O isocyanate protoné RNH3 Schéma 6. Dans quelques cas. En effet.H 2O H R C O azide protoné N N N N R C O N N N R H N C + N2 H N C O O H 2O H R N C OH H . l’isocyanate est assez rapidement transformé en acide carbamique correspondant par addition d’une molécule d’eau. il se décarboxyle pour libérer une amine primaire. 1924. surtout s’il est aliphatique. L’acide carbamique est instable.N2 R R C O N N C O H2 O R'NH2 R-NH2 amine primaire R-NH-CO-NH-R' dérivé N.N2 R N C O Schéma 6. la réaction a lieu en présence d’acide de Lewis. NaN3 + H HN3 acide azothydrique (composé gazeux très toxique) + Na R C O H R C O R N N OH + HN3 H H . (schéma 6. c’est un carbamate qui est produit. laquelle peut réagir sur l’isocyanate encore présent dans le milieu pour fournir un dérivé de l’urée. certains isocyanates aromatiques réagissent plus lentement avec l’eau qu’avec une amine primaire.133). Elle s’effectue directement à partir des acides libres (ou d’aldéhydes ou de cétones) par action d’acide azothydrique en présence d’acide sulfurique via un acylazide protoné (comme dans le réarrangement de Curtius) mais elle ne semble pas faire intervenir d’acylnitrène.N' disubstitué de l'urée ou acylnitrène isocyanate R'OH 2) R C O (mécanisme concerté) N N N . Une autre réaction qui se fait via un acylazide et donnée ici à titre indicatif est la réaction de Schmidt.133 . Si la réaction est faite dans un alcool.132 R-NH-COOR' un carbamate Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau.

135 . sur des doubles liaisons présentes dans les composés dipolarophiles. Le mécanisme est alors le suivant (schéma 6.134 Dans le cas d’alkylarylcétones qui ont un groupe alkyle peu volumineux. 6.3. Cette configuration électronique permet des réactions dites de cycloadditions de ces dipoles. réaction de la forme générale indiquée dans le schéma 6. c’est le groupe aryle qui migre. des dipoles-1. un sextet d’électrons sur sa couche externe. comportent dans leur structure un groupement de trois atomes « a-b-c » dans lequel l’atome « a » a un octet dont au moins une paire d’électrons libres. si le groupe alkyle est volumineux. appelées cycloadditions [2 + 3]. Entités réactives 267 Les réactions avec les cétones et aldéhydes conduisent respectivement à des amides et des nitriles.3 Certains composés neutres.H2 O N N C R1 R1 R2 R1 HN O H R2 tautomérie R2 H R1 C OH R2 N HN3 N R1 C OH H R2 R1 . c’est alors lui qui migre. avec un exemple.135. b a c N N C N N C Schéma 6. et « c ».3-dipolaires ou dipoles-1.16 Les composés 1. Par contre.N2 N C R2 R1 N C R2 H C O aldéhyde R1 H 2O N C R2 H N C R -H N C R nitrile H O H -H N C C O R2 amide R Schéma 6.134) : N R1 C O cétone N .6.

les sulfoxydes.2 dont l’atome chargé négativement est le carbone. contrairement au carbone éthylènique qui fait passer le carbone d’un tétraèdre à un système trigonal. R-SO2-R’. de soufre. et dans certains autres composés.8.136 R1 C R2 C R3 R4 Ph + Ph Ph P O . Cette écriture résulte en fait de la résonance de ces composés avec la forme limite présentant une double liaison entre le carbone et l’hétéroélément. C’est ce dernier qui est indiqué pour désigner le type d’ylure. (R)(R’)S=O. sauf pour les ylures d’azote.3 et leurs réactions de cycloadditions sont présentés au paragraphe 9. Ce type de liaison « π » est appelé liaison pπ-dπ. RS=O(OH)2. Ces dipôles-1. Le carbone garde une structure tétraèdrique (trois liaisons + un doublet) dans ce type de liaison. Cette dernière présente une particularité par rapport à celles plus classiques des oléfines : en effet. est constituée d’une liaison σ et d’une liaison π. C’est donc le carbone qui fournit les électrons de liaison π dans les ylures.268 Chimie organique Cette réaction permet la synthèse de nombreux hétérocycles à 5 chaînons. elle correspond au recouvrement d’une orbitale « p » du carbone (ou de l’oxygène pour >S=O) et d’une orbitale « d » vide de l’hétéroélément. P C ylure de phosphore P C S C ylure de soufre S C N C ylure d'azote réaction de Wittig R1 C O R2 + Ph Ph Ph P C R3 R4 Schéma 6. « cycloadditions [2 + 3] ». et l’atome chargé positivement un hétéroatome.17 Les ylures Les ylures (schéma 6. 6. ou les sulfones.136) sont des composés non chargés mais dont la structure permet de les représenter comme des dipoles-1. l’acide sulfureux. comme les oxydes de phosphines. Il en existe aussi d’arsenic et de sélénium. ylure de phosphore. pour les plus connus. R3P=O. La double liaison présente dans une forme limite de ces ylures. d’azote.

7) qui permet de former avec une cétone.138. sous azote. Ils interviennent. Ph Ph Ph triphénylphosphine Ph P + CH3Br Ph sel de phosphonium Ph P P CH3. toutes les réactions avec ces composés sont effectuées sous atmosphère inerte. un composé éthylènique. par exemple. Ph3P=CH2). dérivés de méthylènephosphorane. comme dans les exemples du schéma 6. (le plus souvent le triphénylméthylènephosphorane. Entités réactives 269 Les ylures de phosphore.137) en faible quantité. en formant un alcène symétrique.137 Les ylures de phosphore ou d’azote résultent de l’action d’une base forte comme le phényllithium ou le butyllithium sur des sels quaternaires.6. Dans la mesure où ils réagissent avec l’oxygène (schéma 6. sont les plus stables. Br diéthyl éther Ph Ph ou THF Me PhLi Ph C H + PhH + LiBr H méthylènetriphénylphosphorane Me Me Me triméthylamine Me Me . en particulier. dans la réaction de Wittig (§ 10. Cl PhH + diéthyl éther ou THF PhLi Me N Me . Ph Ph Ph P O Ph Ph Ph P C R R O2 R C R O Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph P O + R R P O + O C R R R P C R R C C R Schém 6. Cl N + CH3Cl Me N Me chlorure de tétraméthylammonium ylure d'azote Schéma 6.LiCl Me Me Me N C H H CH2Li .138 . ou une cétone si l’oxygène est en excès.

c’est le cas des ylures de phosphore non stabilisés (ayant sur le carbone chargé négativement un substituant qui ne stabilise pas la charge. comme un groupe phényle). l’ylure est dit stabilisé : dans le cas des ylures de triphénylphosphonium.270 Chimie organique La plupart des ylures sont formés in situ. si le carbone chargé est substitué par des groupes qui stabilisent sa charge comme un groupe ester. La stabilité de ces ylures joue un rôle important dans la stéréosélectivité de la réaction de Wittig : Les ylures non stabilisés conduisent à des composés éthylèniques cis. Ph3P=CHCO2R en est un exemple. Il peut être stocké. un groupe alkyle) ou semi-stabilisés (avec un substituant sur le carbone chargé qui apporte une faible stabilisation. En revanche. . les semi-stabilisés sont peu sélectifs et les ylures stabilisés forment préférentiellement des éthylèniques trans. par exemple.

Les réactions d’élimination Chapitre 12 .Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Chapitre 10 .Les réactions de réduction Chapitre 14 .Les réarrangements .Généralités Chapitre 8 .Les réactions d’oxydation Chapitre 13 .SECONDE PARTIE : LES GRANDS MÉCANISMES RÉACTIONNELS Chapitre 7 .Les réactions de substitution Chapitre 9 . imine et nitrile Chapitre 11 .Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.

.

.3...................... 274 7. 285 ................................................................ 277 7........................................5 – Les ultrasons .....................................................................4 – Catalyse par transfert de phase . 276 7..............3.......................3........3......... 279 7...3 Catalyse et catalyseurs ..................................................2 – Catalyse acide ou basique spécifique .2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction ..........................1 – Généralités ...Chapitre 7 Généralités Sommaire : 7.....4 La théorie de Lewis des acides et des bases ..........................3 – Catalyse acide ou basique générale .....1 Aspects thermodynamiques d’une réaction ................................................................. 285 7......3....................................... 280 7.................. 281 7...................................... 277 7..........

elle est a priori spontanée. plus ∆S est élevé. Par exemple.les oxydations (chapitre 12) e. variation d’enthalpie. si cette valeur est positive. Il y a d’abord celles qui sont liées aux énergies de liaisons. Certains d’entre eux. b.11. d’une part. Il faut y ajouter les variations dans les énergies de résonance s’il y a lieu. Par contre. celles liées aux différences de tension dans les cycles. Plus le système est désordonné. particulièrement ceux faisant intervenir des carbocations. aux effets de solvatation dus aux interactions des réactants avec le solvant utilisé. c’est la condition nécessaire mais pas obligatoirement suffisante pour que la réaction s’effectue sans apport d’énergie. 7.les réarrangements (chapitre 14) avec migration d’un atome ou d’un groupe d’un site d’une molécule à un autre site. variation d’entropie. les liaisons brisées dans le ou les produits de départs (réactifs). ∆S est très faible par rapport à ∆H.274 Les types de réactions les plus classiques sont : Chimie organique a. on peut dénombrer de nombreuses variations dans le système chimique. et dont l’ensemble correspond à H. Les variations d’enthalpie et d’entropie définissent la variation d’énergie libre G entre réactifs mis en réaction et produits finaux selon l’équation : G= H–T S Si ∆G est négatif. c. Il se réfère à l’ordre ou au désordre moléculaire dans le système chimique. La variation d’enthalpie peut être calculée par différences de la somme des énergies obtenues en totalisant. et c’est donc la variation d’enthalpie qui permet de savoir si une réaction est spontanée ou non. nucléophiles.les additions sur les doubles et triples liaisons carbone-carbone (chapitre 9) ou carbone-hétéroatome (chapitre 10) qui peuvent être. Il faut y ajouter les additions péricycliques. l’enthalpie diminue tandis que l’entropie augmente. Ces réarrangements peuvent être nucléophiles (déplacements entraînant un doublet d’électrons). S. et à la mésomérie si elle existe. et d’autre part. radicalaires (migrations avec un seul électron) ou plus rarement électrophiles (migrations sans déplacement d’électrons). et enfin les énergies résultant de la solvatation des molécules. électrophiles ou radicalaires. c’est le cas des réactions pour lesquelles le nombre de molécules de réactifs est égal au nombre de molécules de produits finaux.les substitutions (chapitre 8) qui peuvent être nucléophiles. D’autres variations sont regroupées sous le terme. ont été présentés lors de l’étude des entités chimiques réactives (§ 6.les réductions (chapitre 13) f. . elles aussi. électrophiles ou radicalaires. les liaisons formées dans les produits finaux de la réaction. un apport d’énergie est nécessaire (appelée énergie libre d’activation).les -éliminations (chapitre 11) d. Durant une réaction. Dans la plupart des réactions.4).1 Aspects thermodynamiques d’une réaction Entre le moment où les réactifs entrent en réaction et celui où les produits finaux sont formés.

7. Ce dernier a une structure géométrique ainsi qu’une répartition des charges fixées. – les réactions faisant intervenir des gaz ou des liquides ont des entropies importantes par rapport à celles effectuées avec des solides. la réaction s’effectue sans intermédiaire et les produits finaux C + D ont une énergie libre plus faible que celle des réactifs A + B. ∆G‡r représente l’énergie libre d’activation de cette réaction. La valeur du ∆G de la réaction est négative. Généralités La variation d’entropie ∆S a un rôle important dans les cas suivants : 275 – un seul réactif fournit plusieurs produits finaux (les possibilités de positionnement dans l’espace de plusieurs molécules sont plus importants qu’avec un seul type moléculaire). mais il n’a pas d’existence réelle. Ce point correspond à l’état de transition de la réaction et définit le passage via un complexe activé. un composé gazeux a une entropie supérieure à celle qu’il a en solution dans un solvant. – les réactions à hautes températures. La cyclisation diminue la « liberté conformationnelle » que possèdait une molécule acyclique. Le terme T∆S qui intervient dans ∆G augmente considérablement tandis que ∆H est totalement indépendant de la température T. .1 décrit la courbe d’énergie libre d’une réaction A + B C + D en fonction du temps. état de transition énergie libre ∆G‡ f A+B ∆G progression de la réaction ∆G‡ r C+D (réaction sans intermédiaire) ∆G‡ f ∆G‡ r = énergie libre d'activation pour la réaction A + B = énergie libre d'activation pour la réaction C + D C+D A+B Figure 7. Dans le cas présenté. c’est l’énergie libre d’activation de formation G‡f. Elle équivaut à la somme de ∆G + ∆G‡f . mais il est nécessaire qu’un apport d’énergie permette qu’elle se déclenche. Relativement. La progression de la réaction à partir des réactifs atteint le point culminant de la courbe avant de fournir les produits de la réaction. – les réactions de cyclisations de composés acycliques.1 La figure 7. Dans la mesure où la réaction inverse est possible (réaction réversible).

276 Chimie organique Dans le cas de réactions avec intermédiaires (entités réactives). il se forme très lentement (∆G‡1. une réaction avec un intermédiaire correspondra aux courbes 1 ou 2 de la figure 7.2 de HCl. contrairement au composé résultant de l’addition-1. Le composé qui correspond à l’addition-1.2).2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction Lorsque le chlorure d’hydrogène est ajouté au butadiène (figure 7. À haute température. 7.2 qui est le moins stable et qui se forme très rapidement car ∆G‡1. La partie de la courbe la plus basse entre deux états de transitions correspond à la présence pendant une durée très courte de l’intermédiaire (carbocation. carbanion. ce qui correspond à une addition-1.4 est le plus stable thermodynamiquement avec le ∆G0 le plus faible. l’équilibre conduisant à l’addition-1.2. .3). mais à température peu élevée.3).4 est très rapidement atteint et c’est le composé le plus stable qui prédomine (contrôle thermodynamique).2 Par exemple. la réaction est équilibrée et il se forme un carbocation intermédiaire mésomère qui peut additionner l’ion chlorure de deux façons (figure 7.2 est le plus faible (contrôle cinétique). il y a plusieurs états de transition.4 ou 1. ou radical). états de transition états de transition ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ 2 2 ∆G‡ ∆G‡ 1 A +B ∆G 1 A +B C+D ∆G C+D 2 intermédiaire 1 ∆G‡ 1 ∆G‡ 2 ∆G‡ intermédiaire = énergie libre d'activation de formation de l'intermédiaire = énergie libre d'activation de formation des produits finaux à partir de l'intermédiaire = énergie libre d'activation totale de la réaction Figure 7.4 > ∆G‡1.

le composé le plus stable peut aussi être celui qui se forme le plus vite .2 ∆G‡ 1.2 1.2 > vitesse de formation du composé d'addition 1. le composé ainsi ajouté est un catalyseur. et il a effectué une catalyse de cette réaction. Le composé prépondérant étant le plus stable des deux susceptibles de se former.7. dans la plupart des cas. sans transformation. et qu’il est encore présent.1 – Généralités Lorsqu’une réaction a seulement sa vitesse augmentée par addition d’un composé en quantité très inférieure à sa stœchiométrie.4 (contrôle thermodynamique énergie libre d'activation ∆G‡ composé le moins stable Cl ∆G‡ 1. le pourcentage des deux composés issus de la réaction est fonction de la stabilité thermodynamique de chaque composé. Inversement.4 addition 1.3.3 Lorsqu’il y a contrôle cinétique d’une réaction équilibrée et susceptible de produire deux composés de stabilités différentes.2 < ∆G‡ 1. lorsqu’il y a contrôle thermodynamique de la réaction. 7. Généralités 277 Cl Cl +H intermédiaire addition 1. .4 Figure 7.3 Catalyse et catalyseurs 7.4 composé le plus stable Cl addition 1. sa formation est alors à la fois sous contrôles thermodynamique et cinétique. Le rendement de la réaction est inchangé avec ou sans catalyseur. le pourcentage de ces deux composés dans le mélange final ne dépend pas de la stabilité thermodynamique de chacun de ces composés mais de la rapidité à laquelle ils se forment dans les conditions expérimentales de la réaction.4 vitesse de formation du composé d'addition 1.2 Cl (contrôle cinétique) Cl addition 1. en fin de réaction. Dans certains cas.

l’éthylate de sodium en solution dans l’éthanol absolu dans les alkylations de composés carbonylés via des carbanions). les acides minéraux ou organiques) qui est perdu lors des manipulations nécessaires à l’isolement des produits finaux. Un catalyseur d’hydrogénation peut aussi catalyser la déshydrogénation. effectuée bien souvent par simple filtration et lavage (attention : certains catalyseurs comme le nickel de Raney s’enflamment à sec au contact de l’air et doivent être conservés sous un liquide. des nitriles. par exemple. L’activité catalytique est réversible. le catalyseur de Wilkinson. le catalyseur est déposé sur une substance chimiquement inerte pour accroître la surface catalytique (palladium sur carbone ou sur carbonate de baryum). ou des dérivés du plomb comme l’oxyde de plomb. . plus l’effet catalytique est important et plus la vitesse de la réaction est augmentée. le ruthénium. en général. La catalyse est hétérogène lorsque le catalyseur est. le soufre et ses dérivés. l’activité catalytique a lieu sur la surface du catalyseur. C’est le cas pour le nickel de Raney qui est totalement inhibé par la présence de soufre dans le milieu réactionnel car il se fixe sur les sites actifs du catalyseur empêchant ainsi l’accès au composé à réduire. le rhodium…). catalyseur utilisé. si le catalyseur est trop actif et peut conduire à un mauvais contrôle de la réaction.278 Chimie organique Si la réaction est réversible. les bases comme la pyridine ou la triéthylamine. PbO. des gaz ou des liquides. et les réactants. Plus la surface est augmentée (on utilise pour cela des poudres très fines). on l’inhibe partiellement en lui ajoutant un inhibiteur choisi spécifiquement comme dans le palladium de Lindlar (Pd déposé sur CaCO3 + inhibiteur PbO). par contre. Dans le cas d’une catalyse homogène. ou des groupes nitro présents. Par exemple. cette opération est économique. le chlorotris (triphénylphosphine)rhodium RhCl(Ph3P)3 catalyse en phase homogène l’hydrogénation des doubles liaisons éthylèniques d’une molécule sans réduire les doubles ou triples liaisons des groupes carbonylés. l’eau le plus souvent ou un alcool). il est très rare. Ce sont. Le pentacyanocobalt (II) agit aussi en phase homogène. elle permet que la réaction évolue selon une nouvelle voie dans laquelle G‡ est plus faible que dans la réaction sans catalyseur et via un ou des intermédiaire(s) spécifique(s) et plus stable(s). le nickel de Raney. en particulier. de récupérer le catalyseur (souvent peu coûteux comme les alcoolates alcalins. La catalyse n’agit pas sur G. La catalyse est homogène lorsque les réactants et le catalyseur sont tous présents dans une seule phase. Il existe des poisons des catalyseurs (inhibiteurs). Dans ce cas. en solution dans un solvant. voire impossible. Une propriété intéressante de la catalyse hétérogène est la facilité de la récupération du catalyseur en fin de réaction. le platine ou son oxyde. Cela dépend des conditions expérimentales et de la loi d’action de masse (voir le cours de chimie générale). Dans certains cas. et ne réduit que les doubles ou triples liaisons conjuguées et non les autres. Dans certains cas. Les catalyseurs sont très souvent spécifiques d’une réaction. En raison du coût souvent élevé de ces catalyseurs. pour l’hydrogénation des alcènes. comme dans la majorité des cas (par exemple. l’équilibre n’est pas perturbé par la présence du catalyseur et les pourcentages des différents composés présents lorsque la réaction a atteint l’équilibre sont indépendants de la catalyse. pour réduire les triples liaisons sans affecter les doubles liaisons présentes dans une même molécule. un solide minéral insoluble dans les solvants organiques (par exemple.

au choix.3.pour H2O). La catalyse acide ou basique en solution peut s’effectuer selon deux voies différentes appelées catalyse acide (ou basique) spécifique. 7.2 – Catalyse acide ou basique spécifique La catalyse acide spécifique est caractérisée par une augmentation de la vitesse de réaction en fonction de la concentration en ion SH+ dans un milieu où S représente le solvant.2). Un exemple est la réaction de rétroaldolisation qui s’effectue en milieu basique dans l’eau (schéma 7. L’acide ou les acides ajoutés n’agissent que sur l’équilibre qui fournit SH+. S + HA SH + A C’est le cas de la catalyse acide des acétals (schéma 7. H2O + HA O R' R CH O R' acétal H3O + A O R C H + R' O H + H3O . On en déduit que l’augmentation du pH conduit à une augmentation de la vitesse de la réaction. le cation hydroxonium H3O+ catalyse la réaction et aucune autre entité acide.1 lent R C OR' H2O H + R' O H La catalyse acide spécifique est caractéristique de réactions dans lesquelles il y a d’abord une protonation rapide et réversible du substrat avant une étape lente qui conduit aux produits de la réaction. les bases ou parfois les deux. .1) où SH+ est représenté par H3O+. Seuls. La diminution du pH favorise la réaction. Dans tous les cas. Le catalyseur intervient donc directement dans le mécanisme réactionnel. la vitesse de la réaction est donc : V = k[H3O+][RCH(OR’)2] La catalyse basique spécifique a pour caractéristique une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions S.qui résultent du retrait d’un proton du solvant utilisé SH (HO. ou catalyse acide (ou basique) générale.7. C’est pourquoi sa catalyse est spécifique. Dans le cas de la catalyse acide des acétals.H2 O rapide O R' R CH O R' H Schéma 7. et qui conduit finalement à un aldéhyde et deux molécules d’alcool. Pour l’eau comme solvant. Le catalyseur spécifique est HO-. les ions H3O+ sont capables de catalyser cette réaction. il y a un transfert d’un proton entre le catalyseur et un réactif. seul. Généralités 279 Un nombre très important de réactions en chimie organique est catalysé par les acides.

La déprotonation du substrat par HO. A’H… présents dans le milieu. la concentration en ions S. une protonation lente du substrat est suivie d’une étape rapide (schéma 7.. Elle est suivie d’étapes rapides.pour H2O) n’est pas le seul catalyseur actif. Dans la catalyse basique générale.3).4).3.ou une base B du milieu est une réaction lente qui détermine la vitesse globale de la réaction. .3 – Catalyse acide ou basique générale La catalyse acide générale est caractérisée par une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions SH+. C’est l’acide le plus fort qui est le meilleur catalyseur.issus du solvant SH (HO. mais aussi des concentrations d’autres acides AH. D’autres bases présentes B. O R' R C O R' O R' H A acide lent O R' R C O R' R C O R' O R' H2O rapide O R C O R' + R' O H vitesse = k H3O+ H3O+ RC(OEt)3 + k AH AH RC(OEt)3 + .. B’… ont un rôle aussi sur la vitesse de réaction.280 Chimie organique Base + H2O HO Me Me C C H2 H O O C Me .2 La vitesse de cette réaction est v = k[HO-][Me2C(OH)CH2COMe] 7.3 Dans cette catalyse. Schéma 7.(schéma 7. C’est le cas de la bromation de la propanone en milieu basique et en présence d’ions acétates CH3COO.H2 O rapide Me Me O C Base-H + HO O C C H2 Me lent Me C O Me propanone ou acétone O + C Me H2C énolate de propanone 4-hydroxy-4-méthyl-pentan-2-one Schéma 7.

Br rapide Br H2C C O 1-bromo-propan-2-one CH3 B = CH3COO V=k HO HO MeCOMe + kCH COO 3 CH3COO MeCOMe Schéma 7. Depuis quelques décennies. et inversement pour KCN.4 – Catalyse par transfert de phase Pour qu’une réaction s’effectue au mieux. L’anion CN. Dans la première.3. d’une part. on trouve les sels d’ammonium quaternaires et les sels de phosphonium. on peut imaginer l’emploi de deux solvants non miscibles (comme l’huile et l’eau) contenant chacun un des deux réactifs. RX est soluble Dans le cas de la réaction de substitution RX + CNdans les solvants organiques mais pas dans l’eau. cela devient difficile. il est important que les molécules de réactifs entrent en collision. avec agitation très puissante du mélange biphasique (par exemple : eau-toluène) pour qu’à l’interface il y ait collision des molécules des deux réactifs. et d’autre part.4 Des techniques particulières permettent d’augmenter la vitesse des réactions : il s’agit. L’expérience montre que dans la majorité des cas. mais dans lequel les concentrations des réactifs seront très faibles. KCN est ionisé en ions CN. et insoluble dans l’autre réactif si celui-ci est un liquide. la réaction ne pourra à la rigueur s’effectuer que dans un solvant unique. très peu dans un autre solvant. eau et toluène) et d’y ajouter un catalyseur dont le rôle sera de permettre le passage du réactif contenu dans la phase aqueuse vers la phase organique afin que la réaction ait lieu. En effet. Elle consiste à solubiliser un des réactifs dans l’eau et l’autre dans un solvant organique non miscible (par exemple. de molécules d’eau). les éthers-couronnes. de l’action des ultrasons. ce qui aura pour conséquence. Dans l’eau. de la catalyse par transfert de phase.BH ou H2O lent CH3 H2C C O CH3 . mais dans certains cas. une technique catalytique est utilisée : c’est la catalyse par transfert de phase (CTP). si l’un des réactifs est insoluble dans l’eau ou les autres solvants polaires et que l’autre n’est au contraire soluble que dans l’eau. en raison de la .7. Ce sont des agents de transfert de phase. une vitesse excessivement lente de la réaction. Pour résoudre ce problème. Généralités 281 B ou HO H H2 C C O propanone Br Br . et dans l’autre. comme dans une gangue.ne peut pas passer dans l’autre phase sans K +.et K+ qui sont solvatés par l’eau (entourés. Cette solvatation n’est pas possible dans une phase organique. R-CN+X-. 7. cette technique donne de très mauvais résultats. Il existe deux grandes classes de ce type de catalyseurs.

comme indiqués ci-après (schéma 7.possèdant des groupes alkyles assez volumineux comme n-butyles (lipophiles. X B interface Eau Cat . Les sels d’ammonium quaternaires N(R’)4+. l’équilibre est déplacé vers la formation de Cat+.ou de phosphonium P(R’)4+. Trois équilibres A. Un autre exemple d’utilisation de cette catalyse est celui de l’oxydation d’oléfines ou d’alcools uniquement solubles dans les solvants organiques.5). Br. La vitesse de ce cycle est donnée par la réaction qui consomme les réactifs car les équilibres sont atteints très rapidement. Solvant organique Cat . Certains de ces sels sont si peu solubles dans l’eau que leur catalyse a lieu à l’interface (entre les deux phases liquides). CN + K .X C K .5 Le catalyseur désigné par Cat+ réagit réversiblement dans l’eau avec une molécule de KCN ionisée en formant Cat+. CN-. Ph-CH2-OH Ph-CH=CH-Ph CH3(CH2)6-CH2OH CH3(CH2)5-CH=CH2 Ph-COOH PhCOOH CH3(CH2)6-COOH CH3(CH2)5COOH + HCOOH Schéma 7. En présence de KCN. (n-Bu)4N+. et qui sont liés à la réaction de substitution qui s’effectue dans la phase organique. par le permanganate de potassium (soluble uniquement dans l’eau). les deux phases sont mises en contact et le catalyseur est ajouté. X Cat = N (R')4 ou P(R')4 Schéma 7. très solubles dans le solvant organique. en forte concentration par rapport à Cat+X-. qui contient RX. lequel peut renouveler le cycle jusqu’à disparition des réactifs. X. CN + Cat . et RX est solubilisé dans un solvant organique. voir la note en bas de page) sont peu solvatés dans l’eau où ils sont très peu solubles.282 Chimie organique neutralité électrique des phases. CN-. en présence de bromure de tétrabutylammonium. Les propriétés lipophiles (voir la note ci-après) du catalyseur lui permettent de passer alors l’interface pour aller dans la phase organique ce qui permet à la réaction de s’accomplir avec formation du nitrile RCN et d’un nouveau système Cat+X-.6). Lorsque KCN est solubilisé dans l’eau. et par contre. lequel peut de nouveau passer l’interface et se retrouver dans l’eau. X.(schéma 7. B. CN A + RX réaction RCN + Cat . et C sont alors établis. C’est là qu’interviennent les agents de transfert de phase.6 .

le caractère hydrophile est important et le caractère lipophile. solide. le caractère lipophile l’emporte sur le caractère hydrophile et les alcools deviennent de moins en moins solubles dans l’eau. après solubilisation complète de l’échantillon traité. et une longue agitation du mélange.I Schéma 7. Par exemple. plus la molécule devient soluble dans les solvants non polaires et par conséquent de moins en moins dans l’eau.qui est transporté dans la phase organique par le catalyseur. Par réaction avec un halogènure d’alkyle. composé qui démarre la réaction de substitution.(schéma 7. de l’éthanol. et du propanol. c’est-à-dire qui favorise la solubilisation dans l’eau (inverse de lipophile) par la création de liaisons hydrogènes avec l’eau. pentanol.7 R1 R C CHO R2 Une autre technique est la CTP-solide-liquide. on ajoute simplement ce dernier. un aldéhyde en solution dans le benzène est déprotoné par la soude dans l’eau en présence de (n-Bu)4N+. son emploi peut être étendu en chimie pour désigner des molécules plus solubles dans les solvants peu ou non polaires que dans l’eau. Plus les chaînes carbonées sont importantes en nombre de carbones dans les molécules. I. Le caractère lipophile des molécules est très important pour la recherche de médicaments. les groupes butyles sont lipophiles et se maintiennent plus facilement du côté du solvant non polaire tandis que la « tête hydrophile » azote quaternaire et ion bromure. (n-Bu)4 . Il est déterminé quantitativement (coefficient de partage eau-octanol) à partir du rapport des concentrations de ce composé déterminées dans chaque phase du mélange eau-octanol en volumes égaux. les graisses). l’aldéhyde est substitué. car il permet de connaître leur capacité à traverser les zones lipidiques de l’organisme et donc d’atteindre un organe donné. dans le chlorure de méthylène contenant le composé à . si on reprend l’exemple de l’oxydation d’un composé organique par le permanganate de potassium. Les solvants organiques classiques pour cette technique sont le chlorure de méthylène. L’addition de l’agent de transfert de phase en très faible quantité a pour conséquence visible la coloration violette de la phase organique ce qui correspond à la formation de (n-Bu)4N+. Dans ce cas. Pour les alcools à faibles nombres de carbones. l’addition de permanganate conduit à une solution violette de la phase aqueuse tandis que la phase organique contenant RX reste incolore ce qui démontre l’insolubilité de l’oxydant dans la phase organique. Cette technique de catalyse (CTP liquide-liquide) peut être utilisée pour soustraire un proton d’un substrat en solution dans un solvant organique par action de la soude dans l’eau. si on utilise le mélange de solvants non miscibles ou biphasique chlorure de méthylène /eau. c’est l’ion hydroxyle HO. c’est la cas du butanol. Dans ce cas. CH2Cl2 / H2O. etc. le benzène (très rarement en raison de sa toxicité). 283 Dans ces réactions. MnO4-. ou le toluène. Lorsque le nombre de carbones croît. Dans le cas du bromure de tétrabutylammonium. c’est le cas du méthanol. à l’interphase eau-solvant non polaire. C’est le cas des alcools qui portent un groupe OH hydrophile. le chloroforme. R1 H C CHO R2 RX HO . au contraire passe dans la phase aqueuse. afin d’atteindre l’équilibre. Généralités Note : bien que le terme lipophile soit plutôt spécifique de la biologie (composé qui se dissout dans les lipides.7). ils donc facilement solubilisés dans l’eau. faible.7.

un cation métallique spécifique en fonction de leur taille. la coloration violette apparaît et la réaction d’oxydation débute. Les équilibres indiqués pour la CTP-liquideliquide ont toujours lieu mais se font à l’interface du solide (KMnO4) lequel adsorbe les molécules de composé à oxyder à sa surface. Cette technique évite l’emploi de l’eau et empêche la solvatation des anions. MnO4. Le complexe est alors appelé cryptate. Par contre. O O K O O dicyclohexano-18-crown-6. ce qui permet les réactions. des réactions secondaires comme les hydrolyses des produits finaux ne sont plus possibles. Ce sont des molécules organiques. Les éthers-couronnes. par coordination. Ethers-couronnes et cryptands sont des transporteurs de cations appartenant au groupe de composés appelés ionophores. CN-.284 Chimie organique oxyder : aucune coloration du solvant n’apparaît et aucune réaction n’a lieu. effet qui diminue leur activité chimique. puis il est directement mis en réaction dans un solvant organique (le benzène par exemple). par contre. le sel constitué du « K+ -éther-couronne ». K O O O N O O O Cryptofix (cryptant) Figure 7.. comme le cryptofix â. Il n’y a plus besoin de deux solvants. par exemple) ce qui favorise ses réactions et les rend plus faciles que dans les conditions classiques à l’exception des réactions effectuées dans des solvants aprotiques dipolaires. CH3COO-. L’éther-couronne le plus utilisé est le dicyclohexano-18-crown-6 (figure 7.4 R O O + O N O M+ N M+ O O O (cryptate) O N . Tous ces anions dont le cation est crypté forment des paires d’ions dans lesquels l’anion est beaucoup plus libre que dans les sels ordinaires (KCN. assez volumineuses et qui ont la propriété de retenir dans leur cavité. solubles dans les solvants organiques. L’anion cyanure peut être remplacé par I-. Lorsque le cryptate n’est plus constitué d’un seul cycle mais de plusieurs. poly-éthers cycliques. Les solvants utilisés sont l’acétonitrile. Si KCN n’est pas soluble dans un solvant organique. entre autres. Br-. est soluble. Le sel est d’abord mis en contact avec l’éther-couronne ce qui forme un complexe. si on ajoute une petite quantité de l’agent de transfert de phase. Les atomes d’oxygène jouent le rôle de bases de Lewis (voir le paragraphe suivant) vis-à-vis des cations métalliques. le chlorure de méthylène ou le toluène. Par ailleurs.4). F-. agissent de manières différentes. le catalyseur est appelé cryptand (parfois écrit avec un t à la place du d).

N O O O OMe OMe OMe tris(3. Cela a pour effet de créer des microbulles (cavitation) qui en disparaissant produisent des ondes de choc à forte énergie et qui ont pour effet d’augmenter la température et la pression dans des microespaces. car la réaction terminée. Un autre intérêt de ces ultrasons se trouve dans leur capacité à rendre propre voire dépolie la surface des métaux.7. un composé qui possède une paire d’électrons libres ou faisant partie d’une orbitale π.5). composé acyclique (figure 7. On peut rappeler que dans cette dernière. les acides sont des composés susceptibles de libérer un proton. ce qui crée des sites actifs et facilite les contacts chimiques avec les réactifs. de structures MXn.6-dioxaheptyl)amine. le plus souvent un halogène. les composés susceptibles de les capter.4 La théorie de Lewis des acides et des bases Cette théorie a généralisé la notion d’acides et de bases développée par Brønsted (1923). qu’ils soient réactifs ou catalyseurs. 7. Par ailleurs.6-dioxaheptyl)amine Figure 7. où X représente un ion inorganique. Dans la théorie de Lewis. des halogénures de bore comme BF3. l’acide organique n’est plus l’ensemble RCOOH mais seulement le proton H+ dans la mesure où il présente une orbitale vide ou vacante. comme l’alumine. ce qui augmente la vitesse de la réaction. et qui sont rangés par acidité décroissante : . 7. Dans la théorie de Lewis (1938). Il s’agit par exemple du TDA-1 ou tris(3.3. insolubles dans l’eau et les solvants organiques. par contre. On peut citer les acides de Lewis suivants. Les rendements sont souvent meilleurs et les réactions secondaires réduites car la température et la pression de la réaction « normale » sont diminuées. des composés aussi divers que des sels de divers métaux comme l’aluminium. le catalyseur peut être facilement extrait du milieu réactionnel pour une nouvelle opération. Généralités 285 Certains composés qui n’appartiennent pas à la famille des cryptands agissent pourtant de la même manière. certaines résines proches du polystyrène qui sont. Al2O3. le fer(III). et la base.5 – Les ultrasons Une autre technique qui permet d’augmenter la vitesse des réactions (surtout radicalaires) est l’utilisation des ultrasons de fréquences supérieures ou égales à 20 KHz. le zinc(II) ou le mercure Hg(II). le silica-gel (utilisés aussi et d’abord en chromatographie). C’est alors une catalyse triphasique qui a des avantages sur le plan expérimental. l’anhydride sulfurique SO3 ou des ions métalliques comme Ag+ qui n’étaient pas considérés comme des acides par Brønsted sont des acides au sens de Lewis dans la mesure où ils ont tous une orbitale vacante. et les bases. un acide est un composé qui présente une orbitale vacante.5 Il existe des catalyseurs minéraux qui ont des activités comparables.

amines.286 Chimie organique BX3 > AlX3 > FeX3> GaX3 > SbX5 > SnCl4 > AsX5 > ZnX2 > HgX2 = orbitale vacante On peut donc considérer que toute réaction dans laquelle un composé A ayant une orbitale vacante. avec création d’une liaison A-B est une réaction acido-basique au sens de Lewis (schéma 7. A acide de Lewis + B base de Lewis A B H H + R O H R O H alcool protoné Et BF3 trifluorure de bore + Et O Et F3 B O Et diéthyléther étherate de trifluorure de bore BF3 Me + N Me Me triméthylamine Me F3 B N Me Me triméthylammoniumtrifluoroborate Schéma 7. éthers.8). thioéthers…). mis en présence d’un composé B possèdant un doublet d’électrons libres (alcools. thiols.8 .

....1...........1..........................11 – Substitutions nucléophiles par l’eau .........11a – Les composés halogénés ............12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates .... 8..........1...................... 8...................8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) ............................. 8... 310 8......................................................................1. 291 8........ 297 8........ 291 8..................1............................12b – Les alcools .........................3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 ...2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 ..............7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) ....... 8........... 305 8...... 312 8...........1..........................4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) .....1...................................................... 292 8..Chapitre 8 Les réactions de substitution Sommaire : 8.......................................................................................1........................1............................ 302 8..................11d – Les époxydes ................1................................................................1..1............1...................... 8......................................5 – Mécanisme SN1cB ...........................1................. 320 .....12a – Les halogénures .... 314 8.................. 293 8......11b – Des esters et des anhydrides .......................1......1a – Les groupes partants ou sortants .....12c – Les éthers et époxydes .... 312 8...... 8..................................1.......................................1.......1 Substitutions nucléophiles aliphatiques ...................1............................................................. 306 8........... 311 8..................................1......1...............12d – Les acides ................. 314 315 318 319 320 323 326 327 333 8...............11c – Des amides .... 307 8..............1 – Généralités ..... 8...................................1..10 – Substitution nucléophile sur >C=O . 8...............................12e – Les anhydrides d’acides ...1..6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques .................................1....1b – Les réactifs nucléophiles .......9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) .........

.........................23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique .18a – Synthèse malonique .........21d – Ion thiosulfate .........21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite .. 8............................................................................. 351 8.................15b – Les alcools ...... thiiranes et aziridines ............................ 363 8....... 8.... 8.............. 353 8.......... 334 8...1.. 364 8........15d – Les acides.....21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés ................20 – Alkylation d’un carbone acétylènique ....... 351 8.......................1..........17b – Couplage des chlorures d’acides ............................................................1.........................................22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral ....1........22c – Anion nitrite ...15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines ....1. les chlorures d’acides................................... 338 8... 339 8............. 352 8.......... 8....1..1.......1.............. 337 8....18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques ..........................1.........................1.....1.................14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes ......12f – Les esters carboxyliques ............ 8.......................................... 333 8......19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants...13b – Les acides.........1......... 8........ amides .................................................17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) ........1................................1......................... 8.............1.................................1...................................1.1...1.......................... 339 344 344 345 8... 364 365 366 366 367 8.......1........1..... de cétones....... 334 8.......1.............................1........................................................ 8......18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants ........................... ou de nitriles ..18c – Alkylation d’esters.......1............15c – Les oxiranes........1............. 8..........1.1...................1............ 353 356 357 358 359 359 8..................1... 367 368 369 370 8...............22b – Anion azoture ........... 8............13c – Le diazométhane .......22a – Anion cyanure ........................16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure ..18b – Alkylation des acétoacétates ........................1.....21c – Thiourée ....22d – Anions cyanate et thiocyanate ... 8...... 367 8.......18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques ..................................12g – Les sulfonamides .......13a – Les halogénures ........................................................1..17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution ...............18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments .............................. 8.. d’aldéhydes........... 334 8.................. 8........... 361 8.... 336 8...................1.......................21a – Acide sulfhydrique et ses sels ... 350 8.............1......288 Chimie organique 8....................1.................... les anhydrides d’acides... 8.........................21b – Thiols et thiolates ............... esters......... 8........................................ les esters et les amides ...................................... 370 ..................................15a – Les halogénures ............................13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels .....1..............1..........1....................

.....................2..................4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) .2....................... 8................ 8..6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant .......6c – Halogénation des aldéhydes et cétones ........2 Substitutions électrophiles aliphatiques ........5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) 8...................2.6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork.............. 8...2...................2.6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide ....1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) .........................................1..........2..........................2..... 8.... 8..2....2.. 8........ esters carboxyliques......................2........6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H 8........... 376 377 378 378 379 379 379 380 381 383 385 385 386 388 389 389 390 390 392 392 396 396 399 399 400 400 403 404 ... 376 8......8a – Décarboxylation d’acides ......2.. 370 8.2........2......... Les réactions de substitution 289 8..........................................2.............23a – Réaction de couplage avec les halogénures . 8........ 8......... 8............................. 8.......... 8.. 1954) ...........1...........2...........2.. 8...................... 8........1.7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal .3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) ....8c – Réaction d’Haller-Bauer ......................2.......2............... 8.2.............. orthoesters et époxydes ....................... 8................ 8....6i – Cyanation d’un méthylène activé ..................................2.8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné .................... cétals.....6e – Sulfonation d’aldéhyde........................ 8................................... 8................2..........6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium .. 373 8..2.. 8..2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) .... 8............................................... 8...9b – Nitrosation des amines secondaires ..2.9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires .... cétone et d’acide carboxylique . 8.2.....6b – Echange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) .7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants ....................... 8.9 – Substitutions éléctrophiles aliphatiques de composés azotés ...2. 8.........6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique .............2............................................. amides 375 8.........8b – Réaction haloforme ......................6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide ......23c – Réactions avec les anhydrides....6d – Halogénation des acides carboxyliques .......................... 8...............8......................................9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines ......................6j – Formation d’éthers d’énols silylés ......23b – Réaction de couplage avec les acétals.................2..2..

..10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant .4.... 8.10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques .......... 8..................................................................1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts ................................... 455 ..............10f – Transmétallations .............. 8.............. 8................................................2 – Mécanisme SN1 aromatique ....................................................3....................... 8.........................4 Substitutions électrophiles aromatiques .3 Substitutions nucléophiles aromatiques ...........1j – Hydroxyméthylation .......................... 8.. 416 8.........1f – Arylation ............. 422 8...................9e – Formation d’haloamines .............1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt) .............................. 8........................... 8. 8..4..........1m – Décarboxylation des acides aromatiques ...................................................4....................................5 Mécanisme de substitution radicalaire (rappel) ...........10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques ....2.4........................3......................................2.....................................................9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines .....................................................4................................. 422 8.........2.... 8.......4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés...............................1 – Mécanisme SEAr . 8... 454 8....................3.................. 407 408 409 410 412 413 8............1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques .. 414 8.................2.. 8...................4........... 418 8...............4......................................4.....................2...............................10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques ................... 414 8... 427 428 431 434 438 439 440 445 446 449 450 451 452 453 8........290 Chimie organique 8...1g – Formylations .......10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques .. 8........... 8..4. 407 8.... 417 8..............4......................2.......... 8..2..4..........1a – Nitration .............. 405 8.......1b – Sulfonation . les arynes ......................... les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates ..............................3 – Mécanisme SRN1 ..............................................2 – Mécanisme SE1 .....................1c – Halogénation ................. 406 8.......4.................1k – Aminoalkylation .2.............................................4............... 8...................................4.............3............ 8.......1 – Mécanisme SNAr .............2......... 8.........................................1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation) ............................1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet) .............................10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques ....................................................................4......................1e – Carboxylations par le phosgène.............4............

3 Dans le troisième cas (schéma 8.1 – Généralités Dans les réactions de substitutions nucléophiles aliphatiques.4). attaque un carbone lié à un groupe nucléofuge Y. Dans le premier cas (schéma 8. 2) Nu Nu N + + Y X + + R R Y X R R Et Et N Et amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire Schéma 8. Nu-.1 R + Y Quatre cas peuvent être envisagés. tandis que le groupe nucléofuge devient un anion Y-. Le doublet d’électrons du réactif nucléophile crée la liaison avec le carbone tandis que le groupe partant (sortant ou nucléofuge) entraîne avec lui le doublet qui le liait au carbone (schéma 8. Nu + R Y Nu Schéma 8. 1) Nu HO + + R Y Nu HO R R + + Y X R X X = un halogène ou tout autre groupe partant Schéma 8. une base de Lewis. la réaction est ainsi facilitée et fournit deux molécules neutres. comme une amine tertiaire.1.2 Dans le second cas (schéma 8. le nucléophile chargé négativement. neutre. Les réactions de substitution 291 8. Nu.2). il se forme deux ions. attaque encore une molécule R-Y. par exemple.1). .3).1 Substitutions nucléophiles aliphatiques 8. un réactif nucléophile ayant au moins un doublet d’électrons libre. L’anion (ou le carbanion) est alkylé par le groupe R. ou portant une charge négative. chargé négativement. non chargée.8. celui qui correspond à l’alkylation du nucléophile. un anion minéral ou un carbanion. un nucléophile chargé attaque un carbone lié à un nucléofuge chargé positivement. attaque un carbone lié à un groupe partant ou sortant (nucléofuge) Y exerçant un effet -I ou/et mésomère -M sur ce carbone. et celui qui est formé à partir du groupe nucléofuge. chargé positivement.

-Cl RX halogénures O SO2 ROTs Me O SO2 ROBs brosylates Br O SO2 RONs NO2 tosylates p-toluènesulfonates p-bromobenzènesulfonates nosylates p-nitrobenzènesulfonates O SO2 CH3 ROMs mésylates méthanesulfonates O SO2 CF3 ROTf triflates trifluorométhanesulfonates O SO2 C4F9 nonaflates nonafluorobutanesulfonates O SO2 CH2-CH3 trésylates 2.3) sont issus d’acides forts et sont libérés comme anions Y-. R groupe aliphatique Y groupe partant -I. Le groupe OH étant un très mauvais groupe partant. 4) H S H acide sulhydrique Nu + + R R N Y Et Et Et Nu H S H R + + Y Et Et Et R N ion alkylsulfonium Schéma 8.> Br. consiste en l’attaque d’un nucléophile non chargé sur un carbone lié à un nucléofuge Y chargé positivement.5). le quatrième cas (schéma 8. comme un tosylate. un brosylate.1). ou des trésylates qui sont 100 fois plus réactifs sous l’effet d’un nucléophile que les tosylates.> Cl.2.1. lesquels sont de meilleurs groupes partants que les halogénures (figure 8.2-trifluoroéthanesulfonates Figure 8.292 Chimie organique 3) Nu + R Y Et Nu R + Y Et Et Et amine tertiaire HO + R N Et Et HO alcool R + N Schéma 8. il est converti par action d’un chlorure d’acide sulfonique correspondant en un ester sulfonique. .2 et 8. plus rare.1 D’autres groupes partants sont encore plus forts. -Br. des nonaflates. On peut citer les anions halogénures avec l’ordre suivant I. un nosylate ou un mésylate. Le nucléophile est alors alkylé fournissant un composé chargé positivement tandis que le nucléofuge est libéré sous forme neutre.1a – Les groupes partants ou sortants Les meilleurs groupes partants ou sortants Y dans les deux premiers cas (schémas 8.4 Enfin.>> F-. il s’agit des triflates.5 8.

(RCO-OR’.6-triphénylpyrylium N R Ph sel de 2.4. (RCO-OH. X sel de diazonium Schéma 8. Ph Ts -N Ts ditosylate Ph .> RO-). A l’intérieur d’une série homogène de nucléophiles. c’est pourquoi on le convertit. Les réactions de substitution 293 Si le groupe OH n’est pas un bon groupe partant. La nucléophilie augmente parallèlement à la basicité. Toutefois. Ainsi. Y est alors un halogène et le plus souvent un chlore. par exemple.X . l’ion hydroxyde HO. des alkoxydes. l’amine peut être traitée par l’acide nitreux ce qui la convertit en sel de diazonium. HX R-N=N . (RCO-OCO-R’. on montre qu’il existe une relation linéaire entre les pKa (basicité) et les vitesses des réactions (nucléophilie). ou OR’. Les nucléophiles chargés sont plus actifs que leurs acides conjugués. Enfin. et l’ion amidure NH2-.6). ou OH.> RO. anhydride d’acide simple R = R’. R ≠ R’).4. ou OCOR’.6-triphénylpyridinium NO2H. soit en ditosylate.> HO.4. ce rapport entre nucléophilie et basicité peut être inversé par des effets stériques : des nucléophiles fortement basiques comme les t-butylates alcalins qui présentent un certain . 8.> RO. (RCO-Cl.5). esters avec R’ aryle ou alkyle). par exemple. Des compléments importants sont donnés ci-après.> NH3 > pyridine > F. à partir d’un sel de 2.6 On peut y ajouter le groupe OCOR’ des esters R-OCOR’ ou les sels d’amines quaternaires R-N+(R’)(R’’)(R’’). meilleur nucléophile que l’ammoniac NH3. Pour des réactifs nucléophiles dont l’atome actif appartient à la seconde période du tableau de Mendéleiev. S’il s’agit d’une substitution sur un groupe carbonylé.X RNH2 + Ph O Ph Ph sel de 2. on peut donner l’ordre d’activité suivant : NH2. ou mixte. le groupe partant est alors -N=N +. RO-.est un meilleur nucléophile que l’eau.6-triphénylpyridinium.> R2N.> FLes nucléophiles oxygénés sont moins puissants que leurs analogues soufrés (RS. soit en un sel de 2. ou enfin NH2 (RCO-NH2. Leur réactivité est fonction des règles suivantes.1.> H2O > ClO4et R3C. acide). chlorure d’acide). ce qui active efficacement sa réactivité vis-à-vis des réactifs nucléophiles (schéma 8.8.6-triphénylpyrylium.1b – Les réactifs nucléophiles Les réactifs nucléophiles ont déjà été définis (§ 6. dans la mesure où ces derniers sont aussi des nucléophiles.> R2NH > ArO. amide). le groupe NH2 ne l’est pas non plus.4.

Ces nucléophiles sont moins solvatés que les nucléophiles chargés et moins sensibles aux changements de solvants. ce qui n’est pas le cas des solvants aprotiques : la réactivité de ces nucléophiles est donc plus grande dans un solvant aprotique. bien supérieure à celle de I-. Dans le diméthylformamide (DMF). le caractère nucléophile augmente en même temps que la nature de l’atome « actif » se situe plus bas dans les colonnes du tableau de Mendéléiev.est plus gros que Cl-. dans l’ordre suivant : K+ > Na+ > Li+.> Br. pour les mêmes raisons. plus sa vitesse de réaction est grande. on dit que la réaction est régiosélective dans la mesure où la réaction s’effectue sur un site précis de la molécule parmi d’autres possibles (voir note ci-dessous).et le solvant sera une gêne pour l’attaque du substrat. La charge négative de Cl. mais moins encombrés. Le caractère protique ou aprotique du solvant polaire (solvants § 6. on peut écrire pour la nucléophilie : RprimaireO.2-diméthoxyéthane pour le cation Na+.> R tertiaireO-. les solvants protiques ont la propriété de créer des liaisons hydrogènes avec les nucléophiles de petites tailles. Plus le degré de liberté d’un nucléophile chargé est élevé. ce qui explique la différence de réactivité entre ces deux nucléophiles.est un meilleur nucléophile que l’ion HO-. Certains nucléophiles sont dits ambidents dans la mesure où ils résonnent entre plusieurs formes limites pouvant conduire par une réaction de substitution à plusieurs isomères. il a été montré que pour une réaction donnée (synthèse malonique). Si l’on compare les ions I. l’ion métallique qui accompagne un carbanion est solvaté par l’emploi de composés spécifiques. L’ion CH3S. On peut en déduire que l’interaction entre Cl.est un meilleur nucléophile que l’ion CH3O-.3) est important pour des nucléophiles de faibles volumes.> I-. Ainsi. pour une série homogène.> Br. NH3. leurs volumes atomiques sont très différents : I. comme le 1. l’ion H-O-O. et les amines : (Et)2N(Et) > (isoPr)2N(Et). La nucléophilie d’un composé chargé ou non est augmentée par la présence en α du centre nucléophile d’hétéroatomes comme N. Dans un solvant polaire. Il en est de même des alcools correspondants. Pour les nucléophiles non chargés. correspond une base conjuguée faible. Cela est particulièrement démontré avec la série I.et Cl-. La même observation est faite avec les amidures : (Et)2NLi > (isoPr)2NLi. L’acide iodhydrique.> F-. mais c’est un nucléophile fort.> Cl. leur caractère nucléophile augmente tandis que leur caractère basique diminue. l’anion I. est un acide fort.7. Par ailleurs. Si seul l’un d’entre eux est réellement produit. Si. seul. O ou S qui possèdent des doublets d’électrons libres : par exemple. l’hydrazine NH2-NH2 est plus nucléophile que l’ammoniac. les vitesses des réactions pour trois nucléophiles halogénés sont les suivantes Cl. IH.et ce solvant seront plus fortes qu’avec I-. . le carbanion a un degré de liberté important et réagit beaucoup plus vite.est donc plus « concentrée » que sur I-. En effet. Lorsqu’on étudie les composés nucléophiles d’une même colonne du tableau périodique en la descendant. les interactions entre Cl. Quelques exemples de ces réactifs nucléophiles ambidents sont donnés dans le schéma 8. la vitesse de la réaction décroit en fonction de la nature du cation métallique. A un acide fort. solvant polaire aprotique.est donc une base faible.294 Chimie organique encombrement stérique ont une nucléophilie plus faible que des nucléophiles moins basiques comme les éthylates alcalins.> RsecondaireO.

la déprotonation a lieu à la fois sur CH2 et sur CH3 : un dicarbanion est produit. un dicarbanion peut se former et permettre deux types de C-alkylations qui s’ajoutent aux O-alkylations potentielles indiquées ci-dessus. Dans le cas de l’acétylacétate d’éthyle.8.7 Lorsque le composé β-dicarbonylé peut être déprotoné sur deux sites acides. . c’est donc lui qui réagira d’abord avec une molécule de RY. Le carbanion issu de CH3 est plus basique que celui issu de CH2 (rappel : à un acide fort correspond une base conjuguée faible. Ces résultats montrent que l’on peut orienter la C-alkylation sur ce type de composé en fonction du nombre d’équivalents de base et de moles de RY utilisés. privilégie partiellement ou totalement la formation d’un seul de ces isomères. et inversement). l’addition d’une quantité stœchiométrique de base conduit à la déprotonation du CH2 le plus acide situé entre les deux groupes carbonyles et l’addition de RY conduit à une unique alkylation (schéma 8.8). β-cétoesters. Le carbanion qui en résulte peut être de nouveau alkylé par RY ou bien protoné par addition d’un acide faible. Les réactions de substitution 295 1) ion cyanate N C R-Y -Y O N C O R-Y -Y R R N C O N C O cyanate isocyanate composé unique: réaction régiosélective 2) carbanions dérivés de β-dicétones. Si deux équivalents de bases sont ajoutés. Ce terme est synomyme de régiospécificité. CH3COCH2COOEt. en fait. Note : le terme régiosélectivité s’applique d’une manière générale à une réaction pouvant conduire à plusieurs isomères de position (ou structuraux) mais qui. esters maloniques R C O C C O R'Y -Y R C O C R' C O C O R C C O R' C-alkylation le plus souvent majoritaire O-alkylation (2 composés O-alkylés si le composé dicarbonylé n'est pas symétrique) R C O C C O R'Y -Y C O R C C O Schéma 8.

l’attaque d’un halogénure d’alkyle par le cyanure de sodium dans un solvant polaire génère un nitrile. O=N-O-. ou à une N-alkylation en donnant un dérivé nitré.8 3) Sels d’amides Les amides primaires et secondaires sont en équilibre avec leurs formes tautomères imino-alcools. C N O R-Y . ou un isocyanure. l’utilisation de cyanure d’argent dans un solvant peu polaire.et N-alkylations dépendent du cation métallique et de la polarité du solvant : avec Na+ et K+ en milieu polaire la N-alkylation est favorisée. l’ion nitrite. R-O-N=O. qui peut donner lieu à une O-alkylation avec formation d’un ester (nitrite). R-NO2. Ph-O-.296 Chimie organique CH3 C O CH2 C OEt O 1 équiv. conduit à un isocyanure.Y R C N O amide C N O -Y R-Y C N O R imidate Les % de O.9). RCN. les ions phénates. qui peuvent être alkylés sur l’oxygène ou sur les carbones du cycle.9 On peut ajouter à ces trois exemples. la nature du cation métallique et celle du solvant influent sur l’orientation de la réaction. Comme dans le cas des amides évoqué ci-dessus. En milieu basique. il existe un équilibre entre les sels correspondants à ces deux formes en équilibre. CN-. de base CH3 C O CH R-Y -Y R C OEt O 2 équiv. l’ion cyanure. de même. La réaction de substitution nucléophile peut donc conduire à deux composés différents : un amide substitué ou un imidate (schéma 8. et aussi. Ainsi. Schéma 8. . RNC. voire non polaire. et. c'est l'inverse avec Ag+ et un milieu non polaire. de base CH2 C O carbanion le plus basique CH C OEt O un équiv. de RY -Y H CH3 C O CH C OEt O R CH2 C O CH C OEt O R CH2 C O CH2 C OEt O Schéma 8. qui peut fournir un nitrile.

Si on enregistre la courbe de l’énergie libre d’activation de cette réaction (figure 8. Y s’en éloigne ce qui augmente la polarisation de la liaison C-Y (effet de champ § 5. c’est une attaque dorsale (une attaque du côté de Y aurait été dite frontale) : état de transition R1 Nu + R2 R3 * C Y Nu R1 C R3 R2 Y Nu * C R1 R2 R3 + Y R1. R2.11. lorsque Nu. Au moment où Nu forme une liaison avec le carbone.2). attaque le carbone lié à Y de R-Y du côté opposé à Y (le schéma 8.1.2 . R1 Nu R3 C R2 Y état de transition énergie libre d'activation Nu + RY RNu + Y progression de la réaction Figure 8. représenté par l’état de transition (ou état transitoire). le réactif nucléophile Nu. à la fois.10 donne un exemple avec Nu-. la liaison C-Y se rompt en libérant Y-.10 Dans le cas présenté. Les réactions de substitution 297 8. par exemple HO-).8. R3 dans le plan inversion de Walden Schéma 8. on observe une valeur maximale qui correspond au moment où. chargé négativement ou non.8) ce qui est représenté dans le schéma 8. et la liaison C-Y est presque rompue.5.s’approche du carbone lié à Y. Nu est presque lié à C.2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 Dans le mécanisme de cette réaction de substitution.

Le réactif nucléophile et RY ont donc chacun un rôle équivalent dans ce mécanisme. Cette inversion de configuration est appelée inversion de Walden. et plus particulièrement. On peut donc en conclure que la configuration relative du carbone impliqué dans cette réaction s’inverse. La charge est alors délocalisée. le réactif nucléophile et RY interviennent dans cette réaction.298 Chimie organique L’état de transition est caractérisé par la position des deux groupes Nu et Y. s’il est chiral. en un carbone hybridé « sp2 ». Le carbone hybridé « sp3 » dans RY est converti. Il s’ensuit que la réaction est du premier ordre pour chacun d’eux : on en déduit que la cinétique de cette substitution SN2 est d’ordre deux et s’exprime par la relation : Vitesse = k[RY][Nu] . Comme on peut le remarquer. (il se fait en une seule étape) et passe par un état de transition correspondant à un état d’activation maximale de la réaction. La réaction SN2 est donc stéréospécifique. le carbone reprend aussitôt son hybridation « sp3 ». dans l’état de transition. seuls. de manière transitoire. L’orbitale « p » sert à créer les liaisons avec Nu et le groupe Y. d’où la dénomination de bimoléculaire pour cette substitution. exactement opposés par rapport au carbone dont les trois substituants (autres que Y) sont alors situés approximativement dans un plan en faisant un angle entre eux de 120°. R1 Nu (éloigné) +δ R2 R3 R1 Nu (rapproché) C Y -δ R1 et R2 = H ou seulement R1 = H C R2 R3 +δ Y -δ (augmentation de la polarisation de la liaison C-Y) R1 Nu R3 C R2 Y état transitoire (énergie libre d'activation maximum) R1 -δ Nu C +δ R3 R2 + Y -δ +δ Nu C R1 + Y R2 (éloignement de Y-: R3 diminution de la polarisation de la inversion de configuration relative du carbone (s'il est chiral) liaison Nu-C) Schéma 8. Nu est alors lié au carbone du côté opposé à celui où se trouvait Y. Lorsque Y est libéré.11 Le mécanisme est donc concerté.

l’approche de Nu est facilitée.13) sont ouverts sous l’action de nucléophiles. l’approche de Nu est rendue difficile en raison de l’encombrement stérique . Les réactions de substitution 299 Si le carbone est tertiaire. AlLiH4) bisulfure alkylsulfure thiocyanate cyanate ROH alcool RCN nitrile ROR' éther RONO nitrite RN3 azide RH alcane RSH thiol RSR' thioéther RSCN isothiocyanate ROCN isocyanate RY + N3 H SH RS SCN OCN R'CHCOR" R'CHCOOR' (R')(R)CHCOR" cétone (R')(R)CHCOOR" ester (R')(R)C(COOR")2 malonate R'C CR alcyne sel d'amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire RY + R'C(COOR")2 R'C C (R')(R")NH (R')(R")(R)NH. si ce carbone est primaire ou à la rigueur secondaire.12. puis avec des carbanions et enfin avec des molécules neutres. et assez souvent. L’inversion de Walden a pu être mise en évidence pour les composés ayant un groupe R primaire en remplaçant un des deux atomes d’hydrogène par un atome de deutérium. mais jamais tertiaires. c’est ce qui explique que le mécanisme SN2 est spécifique des groupes R primaires (et particulièrement méthyle). Y (R')(R")(R"')(R)N. . Par contre. d’abord avec des anions. secondaires. Y Schéma 8. L’attaque du nucléophile est orientée vers le carbone le moins substitué par des groupes alkyles. HO CN R'O ONO hydroxyde cyanure alkoxyde nitrite azidure (hydrure. l’état transitoire est alors difficile à atteindre. Quelques exemples classiques de réactions SN2 sont donnés dans le schéma 8.12 RY + (R')(R")(R"')N Certains cycles tendus comme les oxiranes ou époxydes (schéma 8.8. L’oxygène du cycle a un effet électroattracteur -I sur les carbones du cycle et joue le rôle de Y.

C’est un mécanisme dit tétraèdrique en raison de la géométrie de l’intermédiaire. O O R C Nu RCOCl + HO chlorure d'acide O Y R C Nu RCOOH acide R Nu C Y + Y + Cl R-COO + H2O HO Schéma 8. C’est le cas de la formation d’amides par action des amines sur les esters (schéma 8.10) est lié à un groupe partant. O R C HNu Y R C HNu O R R1 RCOOEt + ester O R HNu C Y O + Y C Nu + YH R1 RCON R2 amide secondaire éthanol NH R2 amine secondaire + EtOH Schéma 8.13 Lorsqu’un groupe carbonyle (voir aussi § 8.1. Les chlorures d’acides réagissent selon ce mécanisme lorsqu’ils sont mis en présence d’une base alcaline.14).14 Un nucléophile neutre réagira selon un mécanisme semblable. C’est toujours une cinétique d’ordre 2.15 .15). la réaction de substitution SN2 a lieu mais le mécanisme s’effectue via un anion (schéma 8.300 Chimie organique R C R' O Nu CH2 HO (puis H+) R C R' R C R' OH CH2 NHR" β-aminoalcool CH2 OH glycol OH R"NH2 R et R' = alkyl Schéma 8.

chacun des ions en les solvatant. On pourrait donc utiliser des solvants polaires ou apolaires mais pour des raisons de dissolution des réactifs. l’état de transition conduit à l’apparition de nouvelles charges comme dans 2).> I.> Br.> Cl.16). Les réactions de substitution 301 Parmi les nucléophiles les plus souvent utilisés.> ArS. les solvants polaires sont souvent utilisés.> MeO.> HO.> H2O > Br.> HO.> F. Il faut rappeler ici qu’un solvant polaire a pour propriété de favoriser les réactions dans lesquelles des charges localisées sont produites car il entoure de ses molécules.16 Il faut faire une différence entre solvants polaires protiques et aprotiques (méthanol et DMF. par exemple) dans leurs effets sur la vitesse de la réaction tout particu- . son rôle est différent.> N3.> ArO.= IQuel est le rôle du solvant dans une réaction de substitution SN2? A priori.> CN. selon la nature de la réaction (cas 1 à 4 du schéma 8. la polarité du solvant favorise la réaction et la vitesse augmente. Et pourtant. Lorsque l’état de transition nécessite une dispersion des charges comme dans 1) et 4). des charges dispersées comme dans l’état de transition du mécanisme SN2. Dans la réaction 3) des charges localisées disparaissent au profit d’un état de transition avec de faibles charges dispersées. et qu’un très court instant.> ArO. le solvant n’intervient pas. l’ordre de réactivité décroissant des nucléophiles est le suivant: EtO. Lorsque. on peut donner un classement en fonction de leur activité dans des réactions SN2 réalisées dans un solvant protique sur un carbone hybridé « sp3 » : RS. en regardant l’équation de la vitesse de la réaction. effet de l'augmentation de la polarité du solvant sur la vitesse de la réaction types de réactions SN2 1) Nu + R Y -δ Nu R Y -δ Nu R + Y faible dispersion de la charge 2) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort création de charges 3) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort diminution des charges 4) Nu + R Y +δ Nu R +δ Y Nu R + Y faible dispersion de la charge Schéma 8.8. Lorsque la réaction de substitution s’applique à un carbone d’une fonction carbonyle. au contraire. la polarité du solvant influe négativement sur la vitesse.> N3. Il ne peut donc pas favoriser une réaction dont le mécanisme ne fait apparaître.> H2O. en particulier ioniques.> pyridine > AcO. l’augmentation de la polarité du solvant diminue faiblement la vitesse.

Le mécanisme SN1 n’est donc pas concerté.3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 Le mécanisme SN1 est caractérisé par un mécanisme constitué de deux étapes distinctes (schéma 8. la vitesse globale de cette réaction devient alors apparemment du premier ordre (pseudo premier ordre) et ne dépend plus que de la concentration en RY dans ce solvant (vitesse = k’[RY]). (DMF). est ionisée sous l’effet solvatant d’un solvant polaire (indiqué dans certains schémas par « S. Par contre. le diméthylformamide. mais qui peuvent . On peut aussi citer d’autres solvants. 1) +δ −δ R Y solvant polaire protique réaction lente impose sa vitesse à l'ensemble du mécanisme + Y R (ions solvatés) +δ −δ R Y H-solv solvant polaire protique H-solv 2) R + R .8). l’acétonitrile.1.17). Les réactions 2) et 4) sont peu sensibles aux solvants protiques ou aprotiques. 8. Les solvants utilisés sont le plus souvent le méthanol. facilitant l’ionisation. Cette liaison déjà fortement polarisée en raison de la nature de Y.17 La première étape. »). réaction équilibrée. l’éthanol. Y paire d'ions R + Y R solv. Des deux effets. le premier prime. contrairement au mécanisme SN2 qui s’effectue en une seule étape. lente. est l’ionisation de la liaison C-Y (de RY). lequel a la propriété de stabiliser les charges localisées (les ions correspondants sont alors dits solvatés c’est-à-dire entourés de molécules de solvant. la concentration en Nu varie très peu comparée à celle de RY. le diméthylsulfoxyde. l’acide acétique. Lorsque le réactif nucléophile Nu est aussi le solvant de la réaction. comme une gangue). le nucléophile chargé est moins solvaté par un solvant aprotique en comparaison d’un solvant protique. + Y solv. Dans ces cas. et peut être considérée comme constante. groupe partant électroattracteur -I. dans ce cas. les charges +δ portées par les hydrogènes permettent des interactions avec Y chargé négativement avec formation de liaisons « hydrogènes » (§ 5. P. Ces types de réactions sont donc favorisés dans les solvants polaires aprotiques comme le DMSO ou le DMF. l’acétone aqueuse. ions dissociés ions solvatés Nu (réaction très rapide) R Nu Schéma 8. (DMSO). comme l’acétone. Il est préférable que le solvant soit protique car. la solvatation des états de transition est plus importante par les solvants aprotiques comparée à celle des solvants protiques.302 Chimie organique lièrement pour les réactions 1) et 3). aprotiques polaires. donc en très grand excès par rapport à RY.

la gêne stérique qui existe dans la structure tétraèdrique du carbone hybridé « sp3 » facilite le passage à la structure plane du carbocation: les substituants sont alors plus éloignés les uns des autres ce qui diminue leurs interactions. Il est ici important de noter que l’emploi d’un solvant polaire est une condition absolument nécessaire pour effectuer une réaction SN1 mais insuffisante pour assurer l’unicité absolue de ce mécanisme. par exemple. C’est l’inverse de ce qui est constaté pour le mécanisme SN2. les carbocations tertiaires sont plus stables que les carbocations secondaires et primaires. -SR. en raison des autres paramètres. en particulier structuraux. Sous l’effet du solvant polaire. une paire d’ions (il s’agit d’une hétérolyse). on dit alors qu’ils sont solvatés ce qui les rend plus stables. La formation du carbocation est favorisée lorsque le carbone a trois substituants. c’est–à-dire comme solvatant et comme nucléophile. qui influent sur l’orientation des mécanismes (substitutions SN1. il est très rare qu’un carbone primaire donne lieu à une réaction SN1 sauf si le carbone est lié à un groupe -I comme -OR. R O R O CH2 Y S. sont susceptibles d’effectuer des réactions S N1 et SN2 souvent accompagnées de réarrangements . Les réactions de substitution 303 orienter parfois la substitution vers SN2 lorsque les deux mécanismes sont possibles.18). SN2. et propargyliques. avec des halogénures aliphatiques secondaires.18 CH2 + CH2 Y Par contre. ou -N(R1)(R2) susceptible de stabiliser le carbocation par résonance en devenant un groupe +M (schéma 8. ces ions sont dissociés puis entourés de molécules de solvant. >C=C(R)-CH2Y. car dans ce cas. Les dérivés allyliques. Remarque : on emploie le terme solvolyse seulement lorsque le solvant polaire intervient dans les deux étapes du mécanisme. qu’il est tertiaire. les groupes carbonylés. -C≡C-CH2Y. Par ailleurs. ce qui favorise leur formation en nécessitant moins d’énergie. voir chapitre 11). Il en est de même des halogénures secondaires si le nucléophile est faible comme dans les solvolyses. Il se forme donc d’abord un carbocation et un anion. et éliminations E1. R O Schéma 8.8. P. Le mécanisme SN1 est donc favorisé dans l’ordre décroissant de la nature du carbone lié à Y en série aliphatique : tertiaire >> secondaire >>> primaire. D’une manière plus générale. E2. Les composés Ar2CH-Y et Ar3C-Y donnent toujours lieu à une réaction SN1. cyano ou trifluorométhyle déstabilisent le carbocation et rendent quasi impossible toute réaction SN1 même dans un solvant très polaire. Les composés CH3Y ne permettent pas le mécanisme S N1.

Ph-C(Y)=C<. consiste en la formation de la liaison entre le carbocation et le nucléophile pour former le composé final de la réaction. Les substrats de nature ionique comme RCO +. ou à un groupe aryle. La réaction SN1 est donc racémisante (schéma 8. schéma 6.35). très rapide. >C=C(R)-C(Y)=C<.11. Toutefois. Dans le cas où le carbone lié à Y est chiral. celle de l’ionisation de la liaison C-Y. c’est-à-dire à un mélange racémique.19 (a) Nu R1 C R3 R3 R2 R2 si R1 = R2 = R3 = Nu mélange racémique 2) . Enfin. c’est donc cette étape du mécanisme qui définit la vitesse de la substitution car la seconde étape. les dérivés vinyliques. et ne dépend donc que de la concentration de RY et de celle du solvant polaire. BF4-. R1 1) R2 R3 C Y Solvant polaire R2 R1 C R3 + Y Nu R2 R1 C R3 b (b) R1 C Nu Schéma 8. et que ses trois substituants sont différents de Nu. C’est donc une réaction de pseudo premier ordre. Vitesse = k[RY] La formation d’un carbocation intermédiaire dans ce mécanisme a des conséquences importantes sur les résultats stéréochimiques.4a. l’attaque de Nu des deux côtés du plan du carbocation conduit à un couple d’énantiomères en quantités égales. peuvent donner lieu à des réactions SN1. L’ionisation par le solvant polaire est lente.19) donc non stéréospécifique.304 Chimie organique (§ 6. le carbocation se trouve stabilisé. La vitesse globale de cette substitution est donc donnée par la partie la plus lente du mécanisme. des exceptions existent : des réactions SN1 sont possibles si le carbone hybridé « sp » ou « sp2 » qui retient le groupe partant Y est lié à un groupe vinylique. car dans ce cas. acétylèniques et aryliques dans lesquels le groupe partant est directement lié à un carbone hybridé « sp2 » ou « sp » sont très peu réactifs vis-à-vis des réactifs nucléophiles : la raison invoquée est la très haute électronégativité des carbones hybridés « sp » et « sp2 » par rapport aux carbones hybridés « sp3 » qui a pour conséquence une rétention plus forte du groupe partant. mais cette dernière varie très peu par rapport à celle de RY et peut être considérée comme constante.

avant que les mécanismes SN1 ou SN2 s’effectuent. 1-chloroapocamphane Cl Figure 8. c’est le cas du 1-chloroapocamphane (figure 8. dans ce cas. ROR’. Les réactions de substitution 305 La nécessité de former un carbocation (plan) intermédiaire explique l’impossibilité d’effectuer des réactions de substitution SN1 avec la plupart des composés pontés puisqu’il est impossible. à de nombreux composés. Par ailleurs.ne peuvent pas être utilisés dans ces réactions puisqu’ils seraient transformés dans le milieu acide en leurs acides conjugués. * Protonés se trouve écrit parfois protonnées. avec formation de leurs acides conjugués. Il est rare d’observer expérimentalement des réactions SN1 ou SN2 pures. S’il se forme rapidement un précipité de sel AgX. 8. aucun précipité ne se forme. ou SN2 (réaction totale nommée SN2cA) selon la nature de R (primaire. de créer un système coplanaire autour du carbone lié à Y. le groupe partant du substrat additionne un proton. sont protonés* par le milieu acide sur l’oxygène. sel qui a la propriété de réagir avec les ions halogénures X.1. secondaire ou tertiaire).et NH2.8. les deux mécanismes coexistent avec prépondérance de l’un d’eux en fonction de la nature de R de RY.20). Le plus souvent.3).4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) Dans certaines réactions. . ce qui augmente le caractère électroattracteur du groupe partant et favorise la réaction avec un réactif nucléophile. alors que protonation s’écrit toujours avec un seul n. Dans le cas de la formation d’halogénures d’alkyles par action d’un acide hydrohalogéné sur un alcool (schéma 8. Par exemple.en solution dans un solvant polaire. Les conditions expérimentales (polarité du solvant. mais il existe des exceptions. Avec le 1-chloroapocamphane. en particulier lorsque l’un des cycles est suffisamment grand pour que le départ de Y produise un système quasi-coplanaire. la réaction débute par la protonation de l’alcool et est suivie d’une réaction SN1 (réaction totale nommée SN1cA).3 Afin de tester la possibilité d’une réaction de substitution SN1 avec un halogénure RX. ROH. H 2O et NH3 (sous forme de sels). on le met en contact avec une solution alcoolique de nitrate d’argent. dans certains cas. Il est évident que les nucléophiles comme HO. la réaction SN1 est possible. température) favorisent l’un ou l’autre des mécanismes. de nombreuses réactions concomitantes comme des réactions d’éliminations (chapitre 10) ou des réarrangements de carbocations (dans le cas du mécanisme SN1 avec R secondaire) sont possibles et conduisent.

qui. En présence de l’amine primaire. par rapport à la base.21).306 Chimie organique R O H H H H R O H + H 2O Mécanisme SN1cA S N1 R R O H + X SP R R X R tertiaire ou secondaire R Mécanisme SN2cA O H H H H R O H SN 2 X + R O H R X + H 2O R primaire ou secondaire (réaction difficile) Schéma 8. fournit l’isocyanure. la substitution SN1 conduit à un composé instable.1.5 – Mécanisme SN1cB Dans le mécanisme SN1cA présenté précédemment.20 8. par élimination de deux molécules de chlorure d’hydrogène. d’autre part. La réaction totale est d’ordre 2. d’une part. et du premier ordre. par solvatation. Celui-ci. et. la réaction de substitution SN1 est précédée par l’addition d’un proton sur le groupe partant. perd un anion ce qui transforme le carbanion en un carbène. La formation d’isocyanures par action d’une amine primaire sur le chloroforme en présence de soude est un exemple de ce mécanisme (schéma 8. Dans le mécanisme SN1cB. lequel réagit ensuite avec un nucléophile pour former un dérivé de substitution. la réaction de substitution est précédée du retrait d’un proton ce qui conduit à un carbanion. par rapport au substrat. Le chloroforme est d’abord déprotoné par la base ce qui produit le carbanion trichlorométhyle. Ce dernier libère un ion chorure sous l’action du solvant avec formation du dichlorocarbène. .

8.22). Ce mécanisme est très favorisé si des substituants adéquats participent à la stabilisation du carbocation comme des groupes alkyles. aryles ou halogéno. Le réactif nucléophile peut alors réagir sur C-1 ou C-3 en conduisant respectivement à deux composés isomères A’ et B’. La facilité de ces réactions s’explique par la stabilité du carbocation allylique qui se forme par solvatation dans le mécanisme SN1.6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques Les composés allyliques de structures générales R1 C R2 R3 C C R4 Y R5 où Y désigne un groupe partant.1.H 2O Cl Cl C Cl carbanion Cl Mécanisme SN1cB SN1 Cl C Cl + H N H amine primaire (nucléophile) trichlorométhyle Cl C Cl solvant polaire Cl C Cl dichlorocarbène Cl R Cl C H N H R résultat de la réaction SN1cB réaction d'élimination Cl C Cl H N H R . Les réactions de substitution 307 Cl déprotonation par la base Cl C Cl H + OH . Si A’ peut être considéré comme le produit normal de la réaction. B’ résulte du réarrangement allylique. Ce cas particulier du mécanisme SN1 est appelé mécanisme SN1’. . selon les conditions expérimentales. ou par un phénomène de résonance du complexe activé dans le cas du mécanisme SN2. le plus souvent un halogène. Elles sont accompagnées de réarrangements allyliques. Si les conditions sont réunies pour qu’un mécanisme SN1 ait lieu (schéma 8. Ces réactions sont le plus souvent rapides.21 8. peuvent donner lieu à des réactions SN1 ou SN2. il se forme un carbocation allylique mésomère (formes limites A et B). en position(s) 1 ou / et 3.2 HCl C N R composé instable isocyanure (composé à odeur très désagréable) Schéma 8.

P. l’attaque du nucléophile est alors orientée vers le C-3 ce qui entraîne un mouvement électronique qui se termine par le départ du groupe partant Y.308 Chimie organique Mécanisme SN1' R3 C R2 C C R4 Y R5 R1 C R2 R3 C C R4 R1 S.22 R4 C R5 Y Nu R1 C R2 R3 C C R4 + Y R5 Nu C Le mécanisme SN2 peut aussi avoir lieu sur les composés allyliques. L’attaque est syn si le nucléophile et le groupe partant sont . Il attaquera le substrat sur le carbone C-1 ou C-3 le moins encombré. Il s’agit alors du mécanisme SN2’. Les composés ayant un carbone C-1 peu substitué (-CH2-Y ou à la rigueur -CHR-Y avec R peu volumineux) donnent lieu à un mécanisme SN2 et ceux qui sont très substitués (-C(R)(R’)-Y) et qui ont un groupe partant Y volumineux. comme un atome de brome. deux possibilités d’attaque du nucléophile sont possibles. suivront un mécanisme SN2’. mais dans ce cas. Dans ce dernier cas. les réarrangements allyliques sont absents (SN2 pur par attaque du C-1) ou spécifiques de composés présentant une gêne stérique à l’approche « normale » du nucléophile de C-1. Lorsque le mécanisme SN2’ est impliqué. Le volume du nucléophile peut aussi jouer un rôle. R1 C R2 Nu R3 C A R5 + Y R4 C B R5 Nu R1 R3 C C A' C R4 Nu R5 Nu R1 C R2 R3 C B' C R4 R5 R2 Mécanisme SN2' R1 C R2 SN2' R1 Nu C R2 R3 C C R5 R4 Y R3 C S N2 C R4 Y R5 Nu R1 R3 C R2 Schéma 8. syn et anti.

R2 R1 C Nu dérivé propargylique R1 Y C Nu dérivé allènique R2 C C R3 + Y C C R3 R2 R1 C HO C C R3 Br R1 C HO R1 C O C H C C C R2 + Br R3 R2 R3 composé cétonique α.β−insaturé Schéma 8. .8).23 Les dérivés propargyliques (une triple liaison entre C-2 et C-3) conduisent à des résultats de même nature : un allène est le produit de la réaction de type SN2’.8. voir le mécanisme SNi’ (§ 8.24). mais l’attaque syn est majoritaire (schéma 8. Si le nucléophile est HO-. Les deux attaques coexistent dans la plupart des cas. réarrangement connu sous le nom de réarrangement de Meyer-Schuster (1922) (schéma 8.23). et inversement pour anti avec deux résultats stéréochimiques différents. Nu attaque syn Y attaque anti Y Nu Schéma 8.24 Pour certains cas particuliers du mécanisme SN2’.β-insaturé.1. Les réactions de substitution 309 du même côté du plan « sp2 ». le produit de la réaction est un composé cétonique α.

et d’autre part. . L’anion ainsi formé réagit ensuite sur le carbocation mais par le côté opposé à l’atome chargé pour donner le résultat de la réaction. du passage d’un chlorosulfite d’alkyle à un chlorure d’alkyle avec formation d’anhydride sulfureux. La première est commune avec celle d’une substitution SN1. la pyridine forme un sel avec le substrat ce qui libère un ion chlorure qui attaque alors le cation (schéma 8. avec formation d’anhydride carbonique. Ce résultat est l’inverse de celui observé lorsque la réaction est effectuée en présence d’une base comme la pyridine.7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) Il s’agit d’un mécanisme relativement rare.310 Chimie organique 8. préparations de chlorosulfites et chloroformiates d'alkyles: R-OH + SOCl2 chlorure de thionyle R-O-SO-Cl + HCl R-OH + COCl2 phosgène R-O-CO-Cl + HCl O 1) R O Z Cl Z = S chlorosulfite d'alkyle Z = C chloroformiate d'alkyle O R + O Z Cl O 2) R Cl Z O (rétention de configuration) R Cl + O Z O Z = S anhydride sulfureux Z = C anhydride carbonique Schéma 8. Le mécanisme n’est pas SNi.25 Cette substitution nucléophile interne s’effectue en deux étapes (schéma 8. L’atome de chlore prend la position occupée dans le composé de départ par le groupe partant. de la décomposition de chloroformiates d’alkyles en chlorure d’alkyles.26). C’est une réaction d’ordre 1. Il s’agit. dans la mesure où la réaction est rapide et ne permet pas un réarrangement du carbocation. Deux exemples importants (schéma 8. Dans ce cas. d’une part.25). Les composés de départ résultent respectivement de l’action du chlorure de thionyle et du phosgène sur un alcool. Ce mécanisme conduit donc à une rétention de configuration.1.25) sont connus. le groupe partant. l’ionisation de la liaison qui lie le groupe R au reste de la molécule.

soit sur le carbone éthylènique situé en position γ.27). le mécanisme est appelé SNi’. Il s’apparente au mécanisme SN1’ (schéma 8. ClSO2-) peut attaquer le carbocation mésomère R+ résultant.8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) Lorsque les réactions SNi (§ 8.27 C CH2 . Les réactions de substitution 311 R1 C-O-S-Cl R2 R3 O + N R2 R1 Cl R2 R3 Schéma 8. l’anion réactif formé dans la première partie du mécanisme SNi (dans l’exemple proposé.8. Cl O N O S O (inversion de configuration) C + SO2 R3 R2 + N 8.1. Dans ce second cas.1. soit sur le carbone auquel il était lié. C C H2C OH + C SOCl2 C H2C OSOCl C C H2C O S O C C CH2 O + SNi O S Cl Cl C C CH2 SNi' Cl C C C H2C Cl Schéma 8.26 R1 C R3 R1 Cl O N S .7) sont effectuées avec des alcools β. γ-insaturés.

1.28 Nu C O Y Nu + Y En milieu acide (schéma 8. En milieu neutre (schéma 8. en particulier. 8. SN2 est caractéristique des composés carbonylés substitués par un groupe Y. Il a été présenté au paragraphe 6. Ce dernier.7. instable est ionisé : il se forme un carbocation stabilisé par résonance et un contre-ion Y(3). Le composé ainsi formé. de soufre ou d’azote sont des réactions importantes. la double liaison se reforme avec élimination de Y(qui peut être un halogène.1.12. La présence de l’acide augmente la vitesse de la réaction. Il intervient. Nu 1) Y C O Nu 2) C O Y C O Schéma 8. puis le nucléophile attaque le carbone chargé positivement (2).312 Chimie organique 8. le groupe carbonyle est d’abord protoné (1).28) le nucléophile attaque le carbone avec ouverture de la double liaison (1) pour former un intermédiaire tétraèdrique d’où le nom du mécanisme. OCOR. parmi d’autres) (2). Le carbocation élimine un proton pour former le composé substitué par le nucléophile (4). BF3-. OH. NH2.10 – Substitution nucléophile sur >C=O Les substitutions nucléophiles sur un carbone doublement lié à un atome d’oxygène. C’est une addition du réactif nucléophile Nu sur le groupe carbonyle suivie d’une élimination du groupe partant Y. dans la formation des organomagnésiens par action du magnésium sur les halogénures d’alkyles. Dans la seconde étape.29). Plusieurs mécanismes peuvent être observés: SN1 est réservé aux composés ioniques comme RCO+.9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) Ce mécanisme qui est une substitution nucléophile. le mécanisme SET est rare tandis que le mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique est le plus souvent rencontré. . bon groupe partant comme Cl. d’ordre 2 présente deux étapes en milieu neutre et quatre en milieu acide. l’ensemble représentant une substitution. fait intervenir un radicalanion.

CO-R R N C O H H O N O . Les réactions de substitution 313 Y 1) C O + H C O Y Y C O H Nu Nu Y H C O H Nu C O H .30) comme dans le cas de l’hydrolyse des anhydrides en présence de pyridine (ce processus est appelé catalyse nucléophile).Y H Nu 2) C O H Nu 4) C O H Schéma 8.8.29 Nu Y C O H Y 3) C O Nu C O + H La réaction peut être catalysée par des réactifs nucléophiles ce qui conduit alors à deux mécanismes avec intermédiaires tétraédriques successifs A puis B (schéma 8.CO-R R C O N + O-CO-R R C O OH2 + N .30 O. catalyseur N A) R C O H B) R H O C O N R C O O-CO-R 2 RCOOH Schéma 8.

N Me O N-méthylpyrrolidone Un milieu acide ou basique est.314 Chimie organique 8. La formation d’acides à partir de 1.1-trihalogénures sont tous hydrolysés respectivement en alcools. Les aldéhydes ainsi formés peuvent réagir en présence de bases fortes (formation d’aldols et réaction de Cannizzaro. nécessaire pour la formation d’aldéhydes ou de cétones par hydrolyse des gem-dihalogénures.31 La formation d’alcools à partir d’halogénures nécessite dans la plupart des cas la présence des ions hydroxydes sauf pour les halogénures d’allyle ou de benzyle. les gem-dihalogénures et les 1.14. aldéhydes ou cétones.31). Il y a substitution d’un halogène par OH suivie de l’élimination de HX. La formation d’acide formique à partir de chloroforme par action de la soude s’effectue via le dichlorocarbène qui réagit avec l’eau (§ 6. Si le solvant utilisé est la N-méthyl-pyrrolidone ou le HMPT (hexaméthylphosphotriamide. et acides (schéma 8.1). elles doivent donc être évitées dans cette réaction de substitution.HX C X O H2O . O=P(N(CH3)2)3 ).32). H C O H C X HO C OH C X H2O -X -H C O H X C X HO X C OH .HX O C OH Schéma 8.1. par contre.1. bromures ou chlorures) par hydrolyse est peu utilisée en raison de la difficulté d’obtention des composés de départ.11a – Les composés halogénés Les monohalogénures d’alkyles.11 – Substitutions nucléophiles par l’eau 8. Les halogénures d’acides sont très facilement hydrolysés en acides correspondants à température ordinaire (schéma 8. .1). la présence d’ions hydroxydes n’est pas nécessaire.1.5.1.1-trihalogénures (iodures.HX C O X C X X HO X C OH X . § 10.

1. il est souvent préférable d’effectuer une saponification car la réaction est alors orientée vers la droite puisque le sel aussitôt formé ne permet plus la réaction inverse. spécifique de la soude ou de la potasse. qui.30. soit la présence d’une base. OCOR remplacé par Cl). Les chlorures de sulfonyles. crée un groupe partant plus électroattracteur. soit un milieu acide fort. Dans le cas contraire. comme la pyridine. avec quelques exceptions SN2. ou un milieu basique (présence d’un bon nucléophile comme HO -). C’est une réaction réversible en milieu neutre ou acide. par des ions métalliques ou divers nucléophiles non chargés.32 C’est une réaction exothermique. RSO2Cl sont très facilement hydrolysés par l’eau seule en acides sulfoniques correspondants. le groupe OR’ est rarement un bon groupe partant (moins bon que X des halogénures d’acides ou OCOR des anhydrides d’acides) ce qui nécessite. qui apporte au milieu un bon nucléophile HO. 8. Les réactions de substitution 315 R-CO-Cl + H2O RCOOH + HCl Schéma 8. RCOOR’. réaction irréversible. et tétraédrique dans les autres cas (schéma 8. la réaction n’est plus une saponification. en protonant l’oxygène du carbonyle. il est nécessaire d’utiliser un milieu acide (ce qui crée par protonation un groupe partant plus électroattracteur).33 + R'OH Plus l’acide est fort. comme la soude ou la potasse. Dans le cas des esters d’acides carboxyliques.8. Par contre. R-SO 3H. Le mécanisme est S N1 en milieu fortement polaire ou en absence de nucléophile puissant. et elle est réversible.11b – Des esters et des anhydrides Les esters d’acides inorganiques et organiques sont hydrolysés pour former dans les deux cas un acide et un alcool (schéma 8.(saponification). si l’hydrolyse est catalysée par des enzymes. R-COOR' + H2O H R-COOH + R'OH (hydrolyse acide) R-COOR' H2O + HO R-COO (saponification) Schéma 8. La conservation de ces composés doit donc être effectuée en milieu anhydre. .33). L’hydrolyse étant une réaction équilibrée. plus l’hydrolyse est aisée.

AAC2. à l’exception de BAL2 qui conduit à une inversion de configuration. il s’agit de AAc1. AAL1. BAL1. contrairement à leurs appellations.34) : ils sont fonctions du milieu. Tous ces mécanismes ont été observés à l’exception de BAC1. Les mécanismes AAL2 et BAL2 n’ont été observés que très rarement. .34 Les mécanismes présentés en milieu acide sont réversibles et correspondent de la droite vers la gauche à des réactions d’estérification. O O R-C-OR' H O R-C R'OH H2O lent Mécanisme O R-C-OH2 RC-OH OH H R-CO-OH AAC1 R volumineux SN1 R-C-OR' H lent O AAC2 le plus fréquent en milieu acide Tétraédre R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent OH2 R-C-OR' OH OH R-C-O(H)R' OH R'OH lent OH R-C-OH H R-CO-OH H O AAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable SN1 R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent R-C=O OH + R' H2O lent R'-OH2 H R'-OH O SN2 R-C-OR' AAL2 (très rare) H O R-C-OR' H H2O O R-C-OH + R'-OH2 H R'-OH O O R-C + OR' HO O R-C-OH + OR' R-COO + R'OH BAC1 (jamais observé) SN1 R-C-OR' O OH HO R C OR' O O R-C-OH + OR' (saponification classique) R-COO + R'OH BAC2 le plus fréquent en milieu basique Tétraédre HO R-C-OR' O O R-C-O + R' H2O R'-OH2 BAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable HO SN1 R-C-OR' R'OH + H2O O SN2 R-C-OR' HO R-COO + R'OH (avec inversion de configuration du groupe R') BAL2 (très rare) Schéma 8. Les mécanismes BAL1 et BAC1 ne sont pas catalysés. Tous ces mécanismes se font avec rétention de configuration du groupe R’ provenant de l’alcool. AAL2. BAC2. et en milieu basique de BAC1. En milieu acide. et BAL2. Dénomination Ingold Type de mécanisme Cat. SN2 et substitution avec intermédiaire tétraédrique qui se diversifient en huit mécanismes particuliers proposés par Ingold (schéma 8. de l’uni ou bimolécularité de la réaction (indiqué par 1 ou 2 dans l’appellation des mécanismes ci-après) et de la nature de la liaison hydrolysée.316 Chimie organique Trois mécanismes généraux d’hydrolyse des esters sont possibles en milieu acide ou basique : SN1.

H O O R O O R O R C O H H Schéma 8.35) en un seul acide (dans le cas d’un anhydride simple. R O SO2-OR R O SO3H R O SO2R' R O N=O R O NO2 sulfate d'alkyle sulfate acide d'alkyle sulfonate d'alkyle nitrite d'alkyle nitrate d'alkyle H2 O ROH + acide R O P(=O)-(OR)2 phosphate d'alkyle Schéma 8. et par un mécanisme faisant intervenir deux intermédiaires tétraédriques en présence d’une base alcaline ou d’une base organique (schéma 8. Si l’acide est fort. (RCO)2O ou un mélange de deux acides (dans le cas d’un anhydride mixte. l’hydolyse peut avoir lieu sans catalyseur. Selon les conditions expérimentales. toutefois.8. l’eau les hydrolyse sans catalyseur (schéma 8. P. mécanismes faisant intervenir un intermédiaire tétraédrique. la présence d’un acide ou la saponification par la soude ou la potasse permettent l’hydrolyse.30). N…) et OR (substitution nucléophile de S.6-triméthylbenzoïque. SN1 en milieu acide.4.35 O O C R 2 R-COOH R C O C O H H R C O C O H Le mécanisme s’effectue via un intermédiaire tétraédrique en milieu neutre. avec attaque de l’oxygène du groupe carbonyle par le proton dans le premier cas. la rupture de liaison s’effectue à différents endroits de la molécule. Les esters des acides inorganiques sont hydrolysés plus ou moins facilement en libérant l’acide et un alcool (schéma 8. et aussi entre atome central (S.36 . les mécanismes AAL1 et BAL1 (seulement en milieu très faiblement basique) sont possibles. Ce mécanisme s’applique aussi lorsque l’acide utilisé comme catalyseur est fort comme l’acide sulfurique concentré et que l’ester est un acétate d’alcool primaire ou de phénol. Les anhydrides d’acides sont relativement plus résistants à l’hydrolyse que les chlorures d’acides correspondants. Pour les autres esters. réaction suivie de la rupture de la liaison entre groupe acyle et OR’. et du carbone du même groupe par l’ion hydroxyde dans le second cas. P. le plus souvent entre le carbone du groupe R et l’oxygène de R-O. (substitution nucléophile au carbone saturé). comme pour les sulfates d’alkyles.36). N…). RCO-O-COR’). Si R’ est susceptible de former un carbocation stable (groupe tertiaire ou stabilisé par résonance). Les réactions de substitution 317 Les mécanismes les plus fréquents sont AAC2 et BAC2. Le mécanisme AAC1 est spécifique de l’hydrolyse des esters dérivés d’acides RCOOH avec R volumineux comme l’acide 2.

318 Chimie organique Les sulfonates d’alkyles R-O-SO2-O-R sont hydrolysés par une substitution nucléophile au carbone. milieu basique O R1 C N R2 R1 R3 O C HO N R2 R1 R3 C O + N OH R2 R3 R1 C O + HN O R2 R3 HO milieu acide R1 O H R2 C N R3 H O R1 C O H H N R3 R2 R1 H O C O H R2 N R3 O H H R1 O C H R2 NH R3 R1COOH + R2 H2 N R3 Schéma 8.37). La présence d’un catalyseur acide ou basique et un long chauffage sont le plus souvent nécessaires. tandis que les nitrites R-O-N=O sont hydrolysés par une substitution nucléophile à l’azote avec rupture de la liaison N-O. 8.34) avec les mêmes remarques pour leurs spécificités.38). et respectivement. on peut utiliser le peroxyde de sodium dans l’eau.38 . AAL2.1. l’action de l’acide nitreux ou du chlorure de nitrosyle les transforme en sels de diazonium qui sont facilement hydrolysés en acides (schéma 8.12d). et AAC2 en milieu acide avec passage par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8.37 Les mécanismes AAL1. Dans le cas d’amides primaires. d’ammonium ou d’amines. selon le cas. BAL1 et BAL2 n’ont jamais été observés. de sels d’acides. et plus particulièrement l’action de la soude. Les réactions sont irréversibles en milieux acide et basique en raison de la formation. secondaires et tertiaires sont hydrolysés en acides. O C NH2 H O C N H2 O R + NO2H R N RCOOH + N2 Schéma 8. Leur hydrolyse. ammoniaque. Le plus classique est BAC2 en milieu basique.11c – Des amides Les amides primaires. Les mécanismes proposés sont analogues à ceux décrits pour les esters (schéma 8. On pourrait ajouter ici le cas des halogénures d’alkyles RX qui sont les esters d’acides halohydriques (ROH + HX RX + H2O) (§ 8. Lorsque l’hydrolyse est particulièrement difficile. avec rupture de liaison R-O. amines primaires et secondaires. a été traitée lors de la présentation des mécanismes SN1 et SN2.

40).8. Le carbone le moins substitué est celui qui est attaqué par le réactif nucléophile conduisant à une inversion de configuration relative de ce carbone. le mécanisme est de type SN2 (schéma 8. milieu neutre ou basique O R1 R2 H milieu acide HO C SN2 H R3 R1 R2 C C HR 3 OH inversion de configuration relative C O H H O H ou H O C H H R3 R1 R2 S N1 C C H R3 R2 R1 O R1 R2 C O C C H H O H H racémisation R3 O R1 R2 C(OH) C H H R3 Schéma 8.39). L’hydrolyse en présence de potasse à chaud est possible.1. Les réactions de substitution 319 Les sulfonamides R-SO2-NR2 résistent à l’hydrolyse alcaline à froid. L’hydrolyse acide est plus facile (schéma 8.11d – Les époxydes Les époxydes ou oxiranes sont des cycles tendus qui s’ouvrent assez facilement par hydrolyse en milieu acide ou basique en formant des glycols ou vic-diols.39 R-SO2-OH + NH2(R2) 8.40 . En milieu neutre ou basique (milieu : DMSO). sauf si le solvant est le HMPT. R SO2-NR2 H2O H Schéma 8.

1. et quelquefois SET (schéma 8. La réaction peut avoir lieu en ajoutant de la potasse au mélange d’halogénure et d’alcool. donc celui qui est le plus substitué par des groupes alkyles. l’attaque a lieu sur le carbone le plus substitué. le mécanisme SN1 est théoriquement favorisé (bien que le mécanisme SN2 soit aussi parfois observé). Dans le cas des phénates. des réactions d’alkylations des carbones cycliques sont possibles (schéma 8.12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates 8. permet la préparation de nombreux éthers symétriques ou dissymétriques (réaction de Williamson) selon un mécanisme SN2.1. qui permettent d’orienter l’ouverture de l’époxyde. des réactions d’élimination sont les principaux résultats. Ce sont donc les conditions expérimentales. dans le DMSO.H 2O R'X O-R' R + O R R' + R' Schéma 8. ou leurs dérivés substitués sur les cycles réagissent directement sur les alcools selon un mécanisme SN1. soit dans l’alcool dont dérive l’alcoolate.42). et avec les alcoolates tertiaires.320 Chimie organique En milieu acide (souvent l’acide perchlorique). La formation d’un carbocation intermédiaire conduit à une racémisation du carbone attaqué. ions ambidents. soit dans le DMSO.41 L’action des alcoolates primaires et des phénates sur les halogénures d’alkyles. Avec les alcoolates secondaires.41). Ph3CX. 8.12a – Les halogénures R-X + O-R' R-O-R' + X Schéma 8.42 O R O R O R O R OH R H R' Les halogénures très réactifs comme les halogénures de trityle. Le carbone attaqué par l’eau est celui qui permet de former le carbocation le plus stable lors de l’ionisation d’une liaison C-O. OH R HO . . Par une réaction « SN2 » en milieu acide. les rendements sont faibles. acides ou basiques.

base-H SN2 Schéma 8. . en milieu basique (schéma 8. HgCl2. soit par un mécanisme SN1.2 X R'-O OR' C OR' X + 3 R'-O .1.43). Dans de nombreux cas.44 Des analogues soufrés comme les méthylthiométhyl éthers (MTM éthers) sont aussi utilisés : la déprotection est alors effectuée par le chlorure mercurique. Les réactions de substitution 321 Les gem-dihalogénures et les 1.46). ou aromatique. une base est ajoutée au milieu pour retenir l’halogénure d’hydrogène libéré dans la réaction (souvent la pyridine qui sert aussi dans ce cas de catalyseur nucléophile. Le groupe R peut être primaire. schéma 8. Le di-éther (appelé MOM éther) ou le tri-éther (appelé MEM éther) formé est déprotégé par l’action de l’acide chlorhydrique à chaud. soit via un intermédiaire tétraédrique. la réaction est celle de Schotten-Baumann (1886). des acétals et des orthoesters (schéma 8. X C OR' acétal X C X + R'-O . secondaire. tertiaire. dans un mélange d’acétonitrile et d’eau.8. La réaction est très souvent exothermique.45 C C O . et respectivement. Une réaction intramoléculaire a lieu avec les chlorhydrines qui conduit à la formation des époxydes.1-trihalogénures fournissent par cette réaction.45).44). Cl C Cl C OH base . CH3-O-CH2-Cl + O-R' CH3-O-CH2-O-R' MOM éther + Cl chlorométhyl méthyléther CH3-O-CH2-CH2-OCH2Cl + chlorométhyl 2-méthoxyéthyl éther O-R' CH3-O-CH2-CH2-O-CH2-O-R' + Cl MEM éther Schéma 8. Lorsqu’il s’agit de la soude ou de la potasse.Cl O époxyde chlorhydrine Les halogénures d’acides réagissent directement sur les alcools pour former des esters.3X C OR' OR' orthoester X Schéma 8.43 La réaction de Williamson a été utilisée pour protéger des alcools : les alcoolates sont traités par le chlorométhyl méthyléther ou le chlorométhyl 2-méthoxyéthyléther (schéma 8.

47).2 HCl OR O C OR carbonate Schéma 8. si l’alcool est en excès. ROH Cl O C Cl phosgène gaz très toxique OR O C Cl chloroformiate .47 .322 Chimie organique SN1 RCOX O solvant polaire RCO O + X R'OH RCOOH + XH O S N2 R C O R' O X R R' C O H X R C O R' + HX H mécanisme tétraédrique O X pyridine O X R C N + HX SN2 R C N R C N catalyse nucléophile intermédiaire tétraédrique O C R O R' H N R' R O C O H N R O C O R' + X sel de pyridinium HN Schéma 8. des carbonates (schéma 8.46 L’utilisation d’alcoolates a lieu lorsque l’un des groupes R ou R’. puis. Le phosgène réagit sur les alcools en fournissant d’abord des chloroformiates. est (ou sont) très encombré(s). ou les deux.HCl 2 ROH .

car l’imidazole a un très fort caractère électroattracteur -I. le N.4). la formation d’esters par réactions avec les alcools (figure 8. 8.8. et en particulier. pour former des esters sulfoniques. Les alcools secondaires peuvent suivre l’un ou l’autre mécanisme (schéma 8. R-SO 2-OR’ : c’est la principale méthode de leur préparation (schéma 8. Les alcools primaires suivent plutôt un mécanisme SN2 et les alcools tertiaires.HCl R-SO2-OR' Schéma 8. par exemple.48). N R-CO N N-acylimidazole N RCO-Cl chlorure d'acide N N C O N Cl-CO-Cl phosgène N. sans solvant. Les réactions de substitution 323 Certains composés se comportent comme le phosgène. il se forme un éther. en présence d’une base (souvent la pyridine qui agit comme un catalyseur nucléophile).4 De même. Les chlorures de sulfonyles R-SO2Cl réagissent avec les alcools. comparable à celui du chlore.49).N'-carbonyldiimidazole Figure 8. .48 Les acides sulfoniques sont aussi transformés en esters sulfoniques par l’action des orthoformiates.12b – Les alcools Lorsqu’un alcool est traité à chaud par une faible quantité d’acide sulfurique. un mécanisme SN1 qui est souvent en forte compétition avec un mécanisme d’élimination conduisant à un alcène. et plus facilement avec les alcools primaires. les N-acylimidazoles ont un comportement proche de celui des chlorures d’acides : ils les remplacent dans de nombreuses réactions.1. R SO2Cl + R'OH base . C’est un solide plus facile à utiliser que le phosgène qui est un gaz à température ordinaire.N’-carbonyldiimidazole.

HSO4 R O H . présent dans le milieu (A) (schéma 8. Là encore. élimination d'un proton avec formation d'alcène Schéma 8. H (A) R O H H R O H SN2 R-O-SO3H + H2O sulfate acide d'alkyle + H . HSO4 mécanisme SN2 : (alcools primaires voire secondaires) H R R O H . HSO4 R + H2O H R R + H2O + HSO4 R O R . HSO4 HSO4 (B) R R O SO2 OH SN 2 R R O H + O-SO2-OH O H R-O-R + H2SO4 Schéma 8.50 .324 Chimie organique 2 ROH H2SO4 R-O-R + H2O H R O H + H . les deux mécanismes SN1 et SN2 sont possibles (B). HSO4 R O H . HSO4 + H2O O R + H2SO4 + H2O mécanisme SN1: (alcools tertiaires voire secondaires) H R O H . Ce composé est ensuite attaqué par une seconde molécule d’alcool pour former l’éther. HSO4 + H2 O + HSO4 O H R O R + H2SO4 + H2O si R tertiaire.49 Une autre réaction possible est la formation intermédiaire d’un sulfate acide d’alkyle par attaque de l’alcool protoné par l’ion HSO4-. le plus souvent.50). HSO4 O H R R H O R .

52 Si un mélange d’alcools autres que tertiaires est mis en présence d’acide sulfurique en faible proportion. SO4R2 peut être produit à la place de l’éther ou du sulfate acide d’alkyle (schéma 8. H sulfate acide d'alkyle R O SO2 O R + sulfate d'alkyle H2O + H R O SO2 O . deux symétriques et un dissymétrique. H Schéma 8.53 R-O-R + NH CO NH DCU Les éthers méthylés résultent aussi d’une réaction SN1 ou SN2 entre le diazométhane et un alcool. R O SO2 OH H R O H R O SO2 O .8.51). en présence ou non de HBF4 comme catalyseur (schéma 8. .54). R R'O O SO2 O-R R'-O-R + O-SO2-OR Schéma 8. trois éthers sont produits. des phénates et de nombreux autres composés comme les amines primaires ou secondaires (il remplace souvent l’iodure de méthyle dans ces réactions). La dicyclohexylcarbodiimide (DCC) permet aussi la déshydratation de deux molécules d’alcool pour former un éther.51 L’action d’un alcoolate alcalin sur un sulfate d’alkyle conduit à un éther par une réaction de substitution nucléophile (schéma 8. le chauffage).12d). 2 R-OH + N C N DCC Schéma 8.53). à côté de dicyclohexylurée (DCU) (schéma 8. Les réactions de substitution 325 Si la quantité d’acide est augmentée (un équivalent d’acide pour deux équivalents d’alcool) et les conditions expérimentales adéquates (en particulier. selon un mécanisme proche de celui de l’estérification en présence de ce réactif (§ 8.52). un sulfate d’alkyle. à chaud.1. Le sulfate de méthyle permet la méthylation très facile des alcoolates.

permet de déplacer l’équilibre vers la droite. résine perfluorée acide (commercialisée sous forme de sel de potassium) (schéma 8.6-diols donnent lieu à une réaction intramoléculaire qui conduit à des hétérocycles monooxygénés à 5. le Nafion-H.1.4-.3-dioxolanes (schéma 8.3-dioxolane O + ArO .55 8. 1.326 Chimie organique CH2N2 + ROH diazométhane ROCH3 + N2 H3C N N . RO H 2C N N + R-O-H SN 2 H3 C RO N N R-O-CH3 + N2 Schéma 8.55). CH2OH CH2OH 1. sitôt formé.4-diol Nafion-H .H2 O CH2 O CH2 tétrahydrofurane THF Schéma 8. lesquels réagissent facilement avec les 1. ou 7 chaînons (en présence d’un catalyseur acide. OEt R CH OEt R O Ar + + HO CH2 R HO CH2 R R'O R' Schéma 8.54 Les 1.2-diols pour former des 1.56). La distillation de l’alcool dont dérive l’acétal.56 O CH O CH2 CH2 + 2 EtOH 1.12c – Les éthers et époxydes L’action d’un alcool sur un groupe éther ou transéthérification (passage d’un éther à un autre) est une réaction équilibrée qui a lieu surtout avec les acétals.et 1. 6.5.

Les réactions de substitution 327 L’action d’un alcoolate sur un alkyl aryl éther permet aussi une transéthérification. en milieu acide.1.57 8. O C RO C R-O C C O H R-O C C OH époxyde ou oxirane β-hydroxy éther H N ROH. H C C RO C C NH3 aziridine β-amino éther Schéma 8. R-COOH + R'OH H H R-COOR' + H2O H O R C O H R O C O H H O R C OH H R O C O H H O R C O R' H O H R O C O R' H O H H O R C O H O H -H R R' H2O + C O O H R' Schéma 8.57).12d – Les acides La réaction des acides sur les alcools primaires et secondaires ou estérification est une réaction équilibrée qui est l’inverse de la réaction d’hydrolyse présentée au § 8. La réaction peut aussi avoir lieu en milieu acide. les époxydes ou oxiranes sont ouverts par l’action des alcoolates ou des alcools (mécanismes S N1 ou SN2) pour former des β-hydroxy éthers (schéma 8.58 .1. En raison de la tension de cycle. ou catalysée par l’alumine Al2O3. en formant des β-amino éthers. Celui présenté dans le schéma 8.11b. Les aziridines réagissent de manière analogue. Les mécanismes sont donc les mêmes.8.58 est le plus classique (via un intermédiaire tétraédrique).

59) et qui permet d’obtenir les esters avec d’excellents rendements. il se forme ensuite un azéotrope éthanol-benzène. mais pas un alcool. il s’agit de l’alcool. CF3COOH. HCOOH.12a). le benzène et l’éthanol forme un azéotrope qui bout à 65 °C. → Éliminer l’eau formée dans le milieu réactionnel : on peut. TsOH.1. plusieurs méthodes sont utilisées : → Mettre un large excès d’un des deux réactifs : le plus souvent. par exemple l’eau. Il peut alors se former un nouvel azéotrope de constitution différente. Afin de déplacer l’équilibre de cette réaction vers la droite. acide organique fort soluble dans de nombreux solvants). La présence de ce catalyseur est inutile pour certains acides très réactifs comme l’acide trifluoroacétique. Si la quantité de benzène ajouté est trop élevée. Il existe jusqu'à ce que l'un de ces constituants soit épuisé dans le mélange liquide en cours de distillation. et celui de déshydratant. soit l’extraire par une distillation azéotropique (voir la note ci-dessous) ce qui est possible avec l’éthanol et les alcools plus lourds mais pas avec le méthanol (point d’ébullition trop faible). Par exemple. si son point d’ébullition est suffisamment faible. Les phénols réagissent difficilement et il est préférable de préparer les esters phénoliques à partir des chlorures d’acides (§ 8. Le DCC joue à la fois le rôle d’activateur du groupe carbonyle de l’acide. . et en raison de la loi d’action de masse. si la quantité d’eau n’est pas trop importante. on prépare souvent les esters correspondants par une méthode qui fait intervenir le dicyclohexylcarbodiimide (DCC) (schéma 8. ajouter au milieu un déshydratant ou un composé qui retient l’eau comme les tamis moléculaires (solides insolubles dans les solvants organiques et qui contiennent des cavités dont les dimensions ne peuvent contenir et retenir que des molécules de tailles proches. ou l’acide formique. l’eau. seul.328 Chimie organique La catalyse est acide (H2SO4 ou acide p-toluènesulfonique. de volume plus élevé). Note : un azéotrope est un mélange en phase vapeur constitué de plusieurs composés en proportions bien définies. Les alcools tertiaires en présence d’acide fort forment des carbocations qui perdent un proton pour former des alcènes (réaction d’élimination). et ainsi d’obtenir de l’alcool quasiment anhydre par distillation du mélange. soit.99°) distille. quasi absolu (à 99. ce qui permet d’extraire l’eau présente dans l’éthanol (Eb : 78 °C) si on lui ajoute du benzène. avant que l’éthanol. Lorsque les quantités d’acide sont très faibles ou la réaction d’estérification classique difficile. → Extraire l’ester par distillation. Il ne se forme que durant la distillation de ces composés et se comporte comme un corps pur en ayant un point d'ébullition constant.

L’eau provenant de l’estérification est captée par le DCC et se retrouve entièrement dans la dicyclohexylurée (DCU). Les . composé insoluble dans la plupart des solvants et qui peut donc être filtrée. De nombreuses autres méthodes existent. Ce mécanisme peut conduire à des amides si le nucléophile est une amine primaire (la présence d’un acide dans ce cas n’est pas nécessaire). l’alcool dans ce cas. .et -hydroxy acides forment des lactones par estérification intramoléculaire en milieu acide (schéma 8. Les réactions de substitution 329 N C N dicyclohexylcarbodiimide NH C O NH dicyclohexylurée (urée: H2N-CO-NH2) R-COOH + N C N R-COO + NH C N R-COO + NH C N NH C N O C O R équivalent d'un anhydride mixte NH C N O C O R H NH C NH O C O R H NH C H O R' NH R'-O-C=O + R -H R'-O-C=O R Schéma 8. particulièrement aisée.59 NH C NH O O C O R Le DCC réagit d’abord avec l’acide pour former une molécule analogue à un anhydride mixte ce qui active le groupe carbonyle provenant de l’acide (d’autant plus que le groupe imino est protoné) et rend l’attaque du nucléophile.60). D’autres méthodes plus complexes permettent de rendre l’estérification plus aisée : elles dépassent le cadre de cet ouvrage.8.

Les nitrites d’alkyles.330 Chimie organique COOH OH γ−hydroxy acide H C O γ−lactone Schéma 8. ou l’acide chlorosulfonique. H3C CH2 (A) H3C CH Cl β-chloro butanoate de sodium COONa H2O HCCl3 CH CH2 O C O + NaCl 4-méthyl-β-lactone (B) H2C C O + H-CHO méthanal ou formaldéhyde Schéma 8. HSO3Cl. NO2Na + HCl + ROH R-ON=O + R'OH R-O-N=O + NaCl + H2O R'-O-N=O Schéma 8.50). l’acide sulfurique (schéma 8. isomères des nitroalcanes. R-O-NO.61 H2 C O CH2 C O cétène β-lactone Les esters d’acides inorganiques peuvent être préparés par des réactions très variées. Ils sont obtenus aussi par une réaction entre un alcool et un autre nitrite d’alkyle (schéma 8. concentré. ce qui est équivalent à une transestérification (§ 8. Elles peuvent aussi résulter de l’action d’un cétène sur un composé carbonylé : la β-propiolactone appelée β-lactone résulte de l’action du cétène sur le méthanal (B). entre autres. . Les -lactones sont préparées à partir de solutions aqueuses de sels alcalins de β-chloro acides. à une solution hydro-alcoolique de nitrite de sodium. agitées dans du chloroforme (A) (schéma 8.12f).62 + R-OH Les sulfates acides d’alkyles ou monoesters d’acide sulfurique R-O-SO3H sont obtenus en traitant les alcools par l’anhydride sulfurique. ce qui diminue les possibilités de réactions intermoléculaires.61). Toutefois.1.62). les -hydroxyacides peuvent être cyclisés en effectuant la réaction à très haute dilution. sont obtenus en ajoutant un acide minéral fort comme l’acide chlorhydrique ou sulfurique.60 NaOH O OH COONa Cette simple réaction n’est pas applicable à d’autres hydroxy acides car elle conduit alors à des polymères (polyesters) par réactions intermoléculaires.

65).N-diméthylaniline. Les halogénures d’alkyles sont aussi des esters d’acides inorganiques.64 N Cl + 3 R-OH OR P OR phosphite d'alkyle Me OR . (RO)2SO.3 HCl Les trialkyl phosphites. Il se forme un sel au sens de Lewis. qui. sur un alcool. RO-SO2-OR.8.3 HCl O P OR OR phosphate d'alkyle Me Cl P Cl trichlorure de phosphore Schéma 8. (A) H2SO4 + MeOH H2O + HSO4Me HSO4Et sulfate acide d'éthyle distillation distillation Me2SO4 Et2SO4 sulfate acide de méthyle (B) H2SO4 + H2C=CH2 Cl (C) Cl EtO S O + 2 EtOH EtO S O KMnO4 Et2SO4 chlorure de thionyle sulfite d'éthyle Schéma 8. résultent de diverses réactions selon leur nature dont l’une consiste à chauffer un alcool primaire en présence d’acide sulfurique (schéma 8. SOCl2. Les réactions de substitution 331 Les sulfates d’alkyles. La réaction suit un mécanisme SN1.63 Le sulfate d’éthyle peut être préparé comme le sulfate de méthyle. PO4R3. (RO)3P. Les phosphates d’alkyles.64).51). Le sulfate de méthyle est obtenu par distillation du sulfate acide de méthyle formé par réaction de l’acide sulfurique sur le méthanol (A. résulte lui-même de l’action du chlorure de thionyle. résultent de la réaction du trichlorure de phosphore sur les alcools en présence d’une amine tertiaire comme la N. schéma 8. Cl O P Cl Cl oxychlorure de phosphore OR + 3 R-OH pyridine . est ionisé en . les acides hydrohalogénés. sont obtenus par action de l’oxychlorure de phosphore POCl3 sur les alcools en présence de pyridine (schéma 8.63). mais aussi par addition d’acide sulfurique à l’éthylène (B) ou par réaction d’oxydation du sulfite d’éthyle par le permanganate de potassium (C). Ils sont préparés le plus souvent par action de ces acides sur les alcools. L’acide chlorhydrique réagit avec les alcools primaires et secondaires en présence de chlorure de zinc comme catalyseur (schéma 8. Le sulfite d’éthyle. Cette dernière méthode est aussi appliquée aux alcools plus lourds. sous l’action du solvant (l’alcool).

R (A) SN1 H O ZnCl2 solvant polaire + Zn(OH)Cl2 S N2 H. .65 L’acide chlorhydrique concentré forme des chlorures d’alkyles tertiaires avec les alcools tertiaires sans catalyseur (C). R-OH + R-OH + HBr IH RBr RI + H 2O + H 2O 3 R-OH + 3 INa + H3PO4 3 RI + PO4Na3 + 3 H2O Schéma 8. Les alcools traités par le chlorure de thionyle en présence ou non de pyridine forment des chlorures d’alkyles (D). ou mieux encore de celle du trifluorure de diéthylaminosulfure. Et2NSF3. SF4. Si la concentration de chlorure de zinc est très faible. Les bromures d’alkyles sont préparés par action de l’acide bromhydrique (48 %).(A).66). POCl3 entre autres. Il en est de même de PCl5. le mécanisme devient SN2 et aucun réarrangement n’est possible (B).67 Les fluorures d’alkyles ne résultent pas de l’action de l’acide fluorhydrique sur les alcools mais de celle du tétrafluorure de soufre. Les iodures d’alkyles sont obtenus par réaction de l’acide iodhydrique (57 %) sur les alcools. R-OH + HBr Schéma 8.67).66 RBr + H 2O L’action de PBr3 (formé in situ par action du brome sur le phosphore) permet aussi le passage à RBr mais il existe dans ce cas des possibilités de réarrangements pour les alcools secondaires. sans catalyseur. PCl3. en présence d’une quantité catalytique d’acide sulfurique pour les alcools primaires et sans catalyseur pour les alcools secondaires et tertiaires (qui pourraient être déshydratés en alcènes en sa présence) (schéma 8.332 Chimie organique libérant un carbocation (qui peut se réarranger s’il est secondaire) qui réagit avec Cl. Ils sont mieux préparés par action d’iodures alcalins sur les alcools à l’ébullition en présence d’acide phosphorique à 96 % (schéma 8. (DAST). Cl R-Cl + H2O + ZnCl2 R (B) SN2 ZnCl2 + HCl + R-OH CH3 (C) H3C C OH CH3 (D) R OH + SOCl2 ZnCl3 + ROH2 CH3 ZnCl2 + RCl + H2O + HCl H2O H3C C Cl CH3 + H 2O HCl + ROSO2Cl Cl + ROSO SN 2 RCl + SO2 Schéma 8.

1.12f – Les esters carboxyliques Cette réaction équilibrée est nommée transestérification. les anhydrides d’acides réagissent avec les alcools.68).8.12. C’est une réaction qui s’apparente à celle de l’hydrolyse des esters.68 O C R + R'OH R-CO-OR' + RCOOH + R-OH RO-CO-CH2-CH2-COOH Les anhydrides cycliques sont ouverts à chaud par un équivalent d’alcool pour former un monoester du diacide correspondant (schéma 8.69). + 1 ROH O O O anhydride succinique ∆ HOCO-CH2-CH2-COOR monoester de l'acide succinique Schéma 8. en particulier. par addition d’halogénures d’hydrogène sur les alcènes (§ 9. Le mécanisme passe par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8. il s’agit d’une catalyse de type nucléophile) (schéma 8. mais ils sont moins réactifs ce qui nécessite l’emploi de catalyseurs acides.69 8.70 . O R C O O H 2C C O H 2C C O Schéma 8.N-diméthylamino)pyridine (dans ce cas. d’acides de Lewis ou de base comme la 4-(N. la réaction est difficile. Si R’ est tertiaire. R-COOR' O R R" O H R" C O R' R + R"OH O C O H intermédiaire tétrèdrique ∆ R-COOR" H O + R'OH O O R' R C + O R" O R' R C O R" + R'-O-H + ROH O O γ−butyrolactone ∆ HO RO γ−hydroxy ester O Schéma 8.1.1.4a et 6. 8. Les réactions de substitution 333 De nombreuses autres méthodes existent pour la préparation d’halogénures d’alkyles.12e – Les anhydrides d’acides Comme les chlorures d’acides.70).5d).

71 8.0]undec-7-ène) (figure 8.12g – Les sulfonamides Les sulfonamides N.ou δ-halogéno acide. N N DBU Figure 8. argent. le DBU (1.1.71).13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels 8.1.N-disubstitués réagissent avec les alcools en présence d’une base pour former des sulfonates.NaCl C O γ−lactone O Schéma 8.13a – Les halogénures La réaction des halogénures sur les sels de sodium.et δ-lactones peuvent être préparées par action de la soude sur un γ. Toutefois. allyliques ou benziliques. césium des acides organiques dans le HMPA est une excellente méthode de synthèse des esters (schéma 8. Le mécanisme est SN2. les halogénures tertiaires ou très encombrés ne permettent pas cette réaction. R-SO2-N(R')2 + R"OH base R-SO2-OR" + HNR'2 Schéma 8. RX + R'-COONa HMPA RCOOR' + NaX H2C CH2 CH2 Cl γ−chloro acide COOH NaOH . le mécanisme est SN1 : elle n’est alors possible qu’avec des halogénures très réactifs. Les γ. Les phénols donnent lieu à cette réaction y compris avec les sulfonamides non N-substitués (schéma 8.1.4. potassium.5 . La différence des points d’ébullition entre R”OH et R’OH permet alors d’extraire du milieu R’OH par distillation ce qui favorise le déplacement de l’équilibre vers la droite.72 Par contre. lorsque la réaction est effectuée dans un solvant protique.5). 8. Les lactones peuvent donner lieu à cette réaction qui conduit à des hydroxy esters.334 Chimie organique Le plus souvent R”OH représente un alcool à point d’ébullition élevé tandis que R’ est méthyle ou éthyle.72). La catalyse par transfert de phase est souvent appliquée à cette réaction : le benzène (ou le toluène) est alors le solvant non miscible à l’eau et la réaction a lieu en présence d’une base.8-diazabicyclo[5.

O R R' C O C O Cl R R' O C O C O R' Cl R C O C O + O Cl Schéma 8. PCl5. mais dans ce cas. Les réactions de substitution 335 Les chlorures d’acides réagissent avec les sels alcalins ou d’argent d’acides carboxyliques pour former des anhydrides (schéma 8.8.73 La réaction se fait aussi en présence d’une base organique comme la pyridine ou la triéthylamine (catalyse nucléophile). le trichlorure de phosphore. SOCl2. PCl3. C’est leurs méthodes de préparation les plus courantes (schéma 8. l’acide libre est mis en réaction. Il se forme un sel qui réagit avec le chlorure d’acide. H O R C O H O + S Cl Cl chlorure de thionyle H O O S Cl R C Cl intermédiaire tétraèdrique O R C O Cl O O S Cl O R C Cl H O R-COOH + PCl5 R-CO-O-PCl4 + HCl R C Cl intermédiaire tétraèdrique + SO2 + HCl Cl O P Cl Cl Cl O R C Cl + O=PCl3 + HCl Schéma 8. ou le pentachlorure de phosphore.74 .73). Les chlorures d’acides résultent d’une réaction de substitution nucléophile entre un acide et le chlorure de thionyle.74).

dans les conditions de la réaction. le retrait de l’eau formée par ce déshydratant déplace l’équilibre vers la droite. la réaction étant équilibrée. des anhydrides d’acides comme l’anhydride acétique. dans la mesure ou l’acide oxalique formé est décomposé. R-COOH + R-COOH R-CO-O-CO-R + H2O anhydride d'acide P2O 5 O COOH H 2C H 2C COOH . chlorure d'acétyle ou chlorur e de phosphoryle. est particulièrement indiqué dans ce cas. l’anhydride trifluoroacétique ou le dicyclohexylcarbodiimide (DCC.76 8. En effet.75 Des réactions d’échanges peuvent exister entre un acide et un chlorure d’un autre acide (via un anhydride d’acide) : le chlorure d’oxalyle. en oxyde de carbone et anhydride carbonique.76).336 Chimie organique On peut aussi faire réagir l’acide sur la triphénylphosphine en présence de tétrachlorure de carbone ce qui est une méthode plus douce que les précédentes (schéma 8.H2O H2 C H2 C C O C O anhydride succinique acides phosphoriques acide succinique déshydratant: anhydride acétique. ce qui oriente la réaction vers la droite (schéma 8. POCl3 CH3 COOH .1. esters.H 2O ∆ COOH CH3 C O O C O acide 3-méthyl-phthalique anhydride 3-méthyl-phtalique Schéma 8.1. R-COOH + Ph3P + CCl4 R-COCl + Ph3PO + HCCl3 Schéma 8.13b – Les acides.12d).77). (COCl)2. amides Deux molécules d’acides carboxyliques peuvent être déshydratées pour former un anhydride à condition qu’un agent déshydratant soit présent (schéma 8. § 8. Les déshydratants les plus souvent utilisés sont l’anhydride phosphorique P2O5. RCOOH + R'-COCl 2 RCOOH + ClCO-COCl chlorure d'oxalyle R'COOH + R-COCl HOCO-COOH acide oxalique 2 R-COCl + CO2 + HCOOH acide formique CO2 + CO + H2O Schéma 8.77 .75).

12b). soit par chauffage. comme pour l’acide phtalique.13c – Le diazométhane Les composés diazo et plus particulièrement le diazométhane réagissent à température ordinaire et avec d’excellents rendements sur les acides pour former des esters (schéma 8. La déshydratation s’effectue. RCOOH + R'-COO-R'' R-CO-O-CO-R' + R"OH R-CO-O . le diazométhane est utilisé pour préparer des esters méthyliques avec un rendement élevé.N2 O R C O CH3 R C O + H3C N N Schéma 8. R R-COOH + R R-COOH + H2C N N C N N R R-COO-CH R R-COO-CH3 + N2 + N2 H2C O R C O H + H2C N N N N O H 2C N N . Les réactions de substitution 337 La réaction s’applique aux diacides qui peuvent former un anhydride cyclique à cinq ou six chaînons.78 Un cas particulier de cette réaction concerne les esters énoliques qui forment avec l’acide une cétone qui ne peut plus donner lieu à un équilibre.79 Ainsi.1. . 8.79).H R-CO-O R' C O O CH2 R" ester d'énol R' C OEt O OEt R-CO-O C R' O + EtOH (extrait par distillation) RCOOH + R' C O C R-COO-CO-R' + HO-C=CH2 R" O C CH3 R" Schéma 8. le retrait par distillation de l’alcool formé déplace l’équilibre vers la droite ce qui favorise la formation de l’anhydride d’acide.78).1. selon le cas. l’acide intervient par le groupe carboxylate comme nucléophile. Le mécanisme est identique à celui donné pour la réaction du diazométhane avec les alcools (§ 8. réaction la plus utilisée. Pour les esters. Une réaction équilibrée se crée entre un acide carboxylique et un ester ou un amide conduisant à un anhydride (schéma 8. soit par l’emploi d’agents déshydratants comme pour l’acide succinique.8.

80).338 Chimie organique 8.82). pour conduire à un bromure d’alkyle ou d’aryle selon l’éther et un alcool ou un phénol (schéma 8.82 . Ces réactions s’appliquent à des éthers cycliques comme le tétrahydropyrane (schéma 8. sauf pour les méthylalkyléthers qui forment de manière prépondérante.81 HO Lorsque l’halogénure d’hydrogène est en excès. par chauffage. AlCl3. Les alkylaryléthers forment toujours l’halogénure d’alkyle et le phénol. BCl3.80 R O H R-O-H + R'-X Les dialkyléthers produisent un mélange des deux halogénures possibles. HX X OH O SOCl2 (HCl) époxyde ou oxirane halohydrine Cl OH SOCl2 Cl Cl HCN NC OH cyanhydrine Schéma 8. l’halogénure de méthyle.1. L’iodure d’hydrogène réagit plus vite que le bromure d’hydrogène mais il permet de nombreuses réactions secondaires. Les époxydes sont ouverts par les halogénures d’hydrogénes en formant des halohydrines (schéma 8. BBr3. Le fluorure d’hydrogène.14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes Le bromure d’hydrogène réagit très bien avec les éthers. les alcools produits dans une première réaction sont transformés par une seconde.81). HBr O Br Schéma 8. en halogénures. HF. conduisent à une rupture de l’éther en fournissant un halogénure. ne réagit qu’avec des époxydes « rigides ». Les acides de Lewis qui forment des complexes avec les éthers comme BF3. Le chlorure d’hydrogène est peu utilisé et réagit très lentement. ceux présents dans les stéroïdes. chauffés. R O R' + H R' X sel d'oxonium Schéma 8. par exemple.

83). L’amine secondaire réagira ensuite avec l’halogénure pour former une amine tertiaire laquelle est transformée en sel d’ammonium quaternaire si un excès d’halogénure est présent. et à des sels d’ammonium quaternaires (schéma 8. R C O + RCOCl H2C CH2 H2C O O Cl CH2 RCO-O-CH2-CH2Cl Schéma 8. X sel d'ammonium quaternaire Schéma 8. tertiaires sous forme de sels.84 En effet. L’acide cyanhydrique conduit à une cyanhydrine. Les réactions de substitution 339 Lorsque les époxydes sont traités par le chlorure de thionyle en présence de pyridine.1. en présence d’iodure de sodium dans l’acétonitrile. est immédiatement transformée en 1. Les chlorures d’acides réagissent avec l’oxyde d’éthylène ou oxirane.83 NaI RCO-O-CH2-CH2I 8. l’halohydrine qui se forme d’abord en raison de traces de chlorure d’hydrogène. R NH3 X RNH2 + HX amine primaire RNH3. le caractère nucléophile augmente lorsqu’on passe de l’ammoniac à une amine primaire puis secondaire : la réaction de substitution sera donc plus facile avec ces deux dernières présentes dans le milieu. surtout de faibles masses.15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines 8.8.84).2-dihalogénure. X R 3N + RX R4N. . secondaires. pour former un ester de 2-iodoéthyle (schéma 8. conduit à un mélange d’amines primaires. X R2NH + R-X R3N + HX amine tertiaire R3NH.15a – Les halogénures L’alkylation de l’ammoniac par les halogénures d’alkyles. X R X RNH2 R2NH + HX amine secondaire R2NH2.1.

4-dinitrobenzène permettent la réaction. les diaryl amines réagissent difficilement avec les halogénures ce qui conduit à utiliser des sulfates ou sulfonates plus réactifs. Seuls.86). Le passage d’une amine tertiaire à un sel d’ammonium quaternaire.85). peut être effectuée en présence de bases fortes non nucléophiles dont le rôle est le retrait du proton de (R)(R’)NH2+ ou de (R)(R’)(R”)NH+. La préparation des sels d’ammonium quaternaires à partir d’amines primaires ou secondaires (alkylation exhaustive). La vitesse de la réaction est fonction des substituants de l’amine (primaires > secondaires > tertiaires). l’halogénure peut être R’X. H R C X COOH + NH3 . Par contre.85 Lorsque le nombre de carbones du groupe aliphatique R de RX est compris entre 7 et 12.340 Chimie organique Une telle réaction n’est donc pas a priori une bonne méthode de synthèse des amines primaires.86 RX Des réactions parasites accompagnent souvent la réaction principale (schéma 8. Les triarylamines sont très difficilement alkylées. en présence d’un halogénure ou réaction de Menchoutkine (1890). sauf dans le cas des α-amino acides à partir d’α-halo acides. X R3NH. ce qui permet la formation d’amines secondaires R(R’)NH.86) : il s’agit de formations d’alcènes par élimination de HX de l’halogénure (A) et de transalkylation (B). acétone R3N + R'X R3N-R'. le caractère nucléophile des amines primaires et secondaires faiblit et il est alors possible de préparer des amines tertiaires à partir de l’ammoniac. partant d’amines primaires substituées par un groupe R. Les amines primaires aromatiques sont facilement alkylées. Il en est de même pour la préparation d’amines secondaires qui sont plus facilement obtenues par action de l’halogénure sur un large excès d’amine primaire. et de la nature de l’halogénure (I < Br < Cl). Toutefois. mais ce n’est pas la meilleure méthode (schéma 8. on favorise la formation de l’amine primaire. On peut signaler ici que. les halogénures aromatiques activés par des groupes électroattracteurs sur le cycle comme le bromure de 2. en utilisant un très gros excès d’ammoniac par rapport à l’halogénure. Cette méthode est peu utilisée pour la préparation des amines primaires. X + (CH3)2C=CH2 (A) R3N + (CH3)3CX (B) R3N + R'X R2NR' + Schéma 8. il est possible de privilégier la formation d’un type d’amine. Elle consiste à chauffer l’halogénure et l’ammoniac à 180 °C sous une pression de 25 bars. Par exemple. se fait dans un solvant polaire comme l’acétone (schéma 8.HX H R C COOH NH2 Schéma 8. c’est la synthèse d’Hofmann (1850). en effectuant la réaction dans des conditions particulières. .

H acide phtalique RNH2 + COO phtalate RNH2 + O NH NH phtalhydrazide O NR O + NH2-NH2 O NHR NH-NH2 O Schéma 8.H2O O H2O. schéma 8. soit soumis à l’action de l’hydrazine (méthode de Ing-Manske). la formation d’azides suivie de leur réduction (B). Les réactions de substitution 341 La désalkylation des sels d’ammonium quaternaires peut être réalisée par l’éthanolamine (schéma 8. c’est lui qui est transféré sur l’éthanolamine. X (B) RX + N3Na R-N3 réduction RNH2 RNH3 COOH RNH3 + COOH (C) RX + (Me3Si)2N Na .87 + R-NH2-CH2-CH2-OH La préparation des amines primaires aliphatiques utilise d’autres réactions comme celle de l’hexaméthylènetétramine avec les halogénures d’alkyles (réaction de Delépine. 1895) (A. l’action de bis(triméthylsilyl)amidure de sodium sur des iodures et tosylates aliphatiques suivie d’une hydrolyse (C). H O (D) RX + NK O phtalimide potassée O NR O HO COO NH2NH2. X + H2N-CH2-CH2-OH éthanolamine R R N R Schéma 8.88 . en amine (sel) et acide phtalique (D). ce qui libère l’amine à côté du phtalhydrazide (E). soit hydrolysé.87). R R N R R . X RNH3.8. Si un groupe méthyle est présent sur l’amine aliphatique. en présence d’acide.NaX RN(SiMe3)2 H2O.88). HCl EtOH (A) RX + (CH2)6N4 hexaméthylène tétramine N3(CH2)6NR. et la réaction de Gabriel (1887) qui consiste à traiter le sel de potassium du phtalimide par un halogénure ce qui forme un N-alkylphtalimide qui est.

89). 5.91 .89).N-disubstitué Schéma 8.91). Cette réaction sert de test odorant pour les amines primaires. avec le chloroforme en présence de potasse pour former des isocyanures (à odeurs particulièrement repoussantes) (schéma 8. L’halogénure peut être remplacé par un tosylate.Cl .H2O formamide N.1.N-disubstitués (schéma 8.Cl .HCl H2C H2 C CH2 X H2 C base H N Ts H2 C CH2 N-Ts Na alcool isoamylique 1-amino-4-chloro-butane Schéma 8.5).H2O NHR2 R N H R R H C N O R Cl C Cl N R R HCCl3 + HO H Cl C Cl CCl2 Cl R C Cl H R N R H2O . Il se forme un dichlorocarbène intermédiaire qui réagit avec l’amine primaire avec élimination de deux molécules d’acide chlorhydrique. Les azétidines (cycle azoté à quatre chaînons) sont difficilement obtenues par cette méthode : il est préférable de traiter d’abord l’amine par le chlorure de tosyle ce qui fournit un groupe TsNH qui est cyclisé par une base.342 Chimie organique L’alkylation des amines peut être intramoléculaire dans la mesure où le cycle ainsi produit est à 3. .2 HCl C N R dichlorocarbène isocyanure Schéma 8. H2 C H2 C Cl NH2 base H2C NH H2 C aziridine H2C H2 C CH2 Cl NH2 base H2C H2C CH2 NH 2-chloroéthylamine 1-amino-3-chloro-propane azétidine CH2Cl NH2 base NH pyrrolidine TsCl . RNH2 + HCCl3 + 3 KOH HCCl3 + HO .2 HCl H HO C OH N R .89 Les amines primaires réagissent rapidement. par action du sodium dans l’alcool isoamylique (schéma 8. Le mécanisme est sans doute de type SN1cB (§ 8.H2O CCl2 RNC + 3 KCl + 3 H2O NH2-R Cl H C N R Cl H . par simple chauffage. elles sont transformées en formamides N. ou 6 chaînons (schéma 8. avant le retrait du groupe tosyle. Elle s’effectue en présence d’une base.90).90 Les amines secondaires réagissent plus difficilement et forment des amines tertiaires ayant un substituant dichlorométhyle. En présence d’eau.

un sulfate. la seconde à une attaque nucléophile de l’ion Br. L’halogénure qui se forme est le plus stable.92). la caféine. Si les trois groupes sont alkyles. Me Pr Bu N + BrCN Br Pr Me N Bu Schéma 8. et tertiaires aliphatiques en mélange (méthode de Hinsberg. Les réactions de substitution 343 La réaction de von Braun (1900) est une réaction qui a été beaucoup utlisée pour définir la structure d’amines tertiaires (schéma 8. ArCOCH2-SO2N(R)2. Dans la plupart des cas. s’appliquer qu’à des amines aliphatiques de faibles masses car les sulfonamides primaires avec nC > 7 restent insolubles dans la soude.93). la déprotection est assurée soit par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans le n-butanol. en fait. Les sulfonamides primaires ayant un groupe CαH2 dont les hydrogènes sont rendus acides par le groupe sulfonamide se solubilisent. soit par acidolyse (HBr à 48 % en présence de phénol). Le filtrat contient le sulfonamide primaire. La réaction s’effectue en deux étapes : la première correspond à la formation d’un bromure de N-cyanoammonium. R-SO2Cl + H-N R-SO2-N sulfonamide Schéma 8. Les amines primaires et secondaires forment les sulfonamides correspondants. Les arylsulfonamides sont stables en milieu alcalin et ne sont pas affectés par les réductions catalytiques. secondaires.sur le carbone du groupe le plus petit avec formation d’un bromure d’alkyle et de cyanoamine. La protection d’une amine primaire ou secondaire peut être faite par arylsulfonation. dans l’acide acétique. . 1890)) : le mélange d’amines est traité par le chlorure de l’acide p-toluènesulfonique. présents le plus souvent dans les plantes. la réserpine. La distillation permet d’extraire les amines tertiaires et la filtration retient dans le filtre le sulfonamide secondaire. Les sufonamides de structure. Elle consiste à traiter l’amine tertiaire par le bromure de cyanogène.93 + HCl Cette réaction a été utilisée pour séparer les amines primaires. tandis que les sulfonamides secondaires (solides) restent insolubles. Cette méthode ne peut. sont traités par le zinc. en particulier dans le cas des alcaloïdes. L’action d’une solution acide (70 % SO4H2) au reflux permet de libérer les amines de leurs sulfonamides en formant un sel. composés azotés basiques d’origine naturelle comme la morphine. c’est le plus petit d’entre eux qui forme l’halogénure. L’ensemble des composés formés est mis en présence d’une solution de soude.8.92 Pr CN MeBr + Bu N CN Les chlorures de sulfonyles réagissent avec l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en formant les sulfonamides correspondants (schéma 8.

1. sont facilement ouverts par l’ammoniac et les amines selon un mécanisme SN2 stéréospécifique : les β-hydroxy amines. les acyloïnes. ils peuvent réagir sur une nouvelle molécule d’hétérocycle et les produits obtenus peuvent renouveler encore cette réaction (schéma 8. Z H2 C CH2 NH3 Z = O : oxirane ou époxyde Z = S : thiirane ou épisulfure Z = NH : aziridine Schéma 8.95).1. secondaires ou tertiaires.15c – Les oxiranes.1). avec l’ammoniac et les amines primaires ou secondaires. cycles à trois chaînons.H2 O R C CN cyanoamine R' OH R CH C O acyloïne : R et R' = alkyl benzoïne : R et R' = aryl Schéma 8. (comme dans la réaction de Strecker § 10.94).3.94 N R' + HN . Les acyloïnes et benzoïnes conduisent à des α-amino cétones.95 Z HZ CH2 CH2 NH2 H2C CH2 (HZ-CH2-CH2)2NH Z H2 C CH2 (HZ-CH2-CH2)3N . et les benzoïnes (schéma 8. tendus.344 8. on obtient respectivement. 8. les thiiranes ou épisulfures et les aziridines. des cyanoamines primaires.15b – Les alcools Chimie organique La substitution directe d’un groupe OH par un groupe amino n’a lieu qu’avec les cyanhydrines. Ces composés étant des amines. thiiranes et aziridines Les oxiranes ou époxydes. OH R C CN cyanhydrine N R' + HN .H2O R CH C O α-amino cétone R Dans le cas des cyanhydrines.2-diamines sont respectivement formés. β-amino thiols et les 1.

la diéthanolamine. Les réactions de substitution 345 Avec l’oxirane. H N C O R C O R-CO-O-CO-R R C O + NH2-R' R-CO-NH-R' + RCOOH Schéma 8. réagit sur la fonction amine d’un second acide aminé en créant la liaison peptidique (schéma 8. l’éthanolamine. (HO-CH2-CH2)3N. -CO-NH-. liés entre eux par une liaison peptidique. Dans ce cas. les esters et les amides Les acides. (HO-CH2-CH2)2NH.96 C’est la méthode la moins classique pour obtenir les amides qui sont plus souvent préparés à partir des esters. il se forme d’abord un sel d’ammonium ou d’amine.1. tout particulièrement. les anhydrides d’acides et les esters acylent tous l’ammoniac et les amines pour conduire aux amides correspondants. Cette . les anhydrides d’acides. R-CH(NH2)COOH. en synthèse peptidique. 8.97). Par contre. sitôt formé. l’utilisation de composés permettant d’activer la fonction acide pour qu’elle réagisse en conditions douces sur les amines est très importante. un solvant industriel très important. entre autres. et la triéthanolamine. En présence de deux molécules d’acides. les chlorures d’acides. ∆ R-COOH + HN R-COO . sinon la réaction de couplage peut aussi s’orienter sur la fonction amine d’une seconde molécule du premier acide aminé. mais la détection d’anhydride dans le milieu est en faveur du premier mécanisme. Il faut rappeler que les peptides à la base de nombreuses hormones sont constitués d’α-amino acides. Un tripeptide est donc représenté par la formule générale : NH 2-CH(R1)-CO-NHCH(R2)-CONH-CH(R3)-COOH. HO-CH2-CH2-NH2. Dans le cas des acides. H2N sel R-CO-N amide + H 2O Schéma 8.97 N DCC O H N C O R C O H N R-CO-O-CO-R + H N C O H N Un autre mécanisme a été proposé : la fonction amine réagit sur le produit formé par addition d’une seule molécule d’acide au DCC. sont ainsi obtenus successivement. qui par chauffage conduit aux amides (schéma 8.15d – Les acides. il se forme l’anhydride correspondant qui. avec l’ammoniac. le couplage de deux acides aminés (ou d’un peptide et d’un acide aminé) s’effectue avec le DCC.96). dicyclohexylcarbodiimide. Ces réactions supposent que la fonction amine du premier acide aminé a été protégée.8. les chlorures d’acides.

si le nucléophile est en excès. par action de l’acide trifluoroacétique dans le chlorure de méthylène. R-COCl + H2N-R' R-CO-NH-R' + Schéma 8. diminue le caractère nucléophile de l’azote en passant d’une amine à un amide (ou plus exactement à un carbamate). etc…). il est souvent nécessaire d’ajouter une base au milieu pour neutraliser l’acide chlorhydrique résultant. parmi d’autres. Les chlorures d’acides (et plus généralement les halogénures d’acides) réagissent exothermiquement sur l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en produisant.98 Afin de rendre la synthèse peptidique moins fastidieuse sur le plan expérimental.99 HCl Lorsque l’amine est en quantité stœchiométrique. ou NH2. CH2Cl. pour Boc. des protections adéquates des groupes latéraux fonctionnels R1. Cette protection réalisée respectivement par le chloroformiate de benzyle. R1 R1 Cl-CO-O-CH2Ph H2N C COOH Ph-CH2-O-CO-NH C COOH . et le t-butoxycarbonylazide.99). ce qui permet de garder le peptide formé lié à ce support solide et donc de l’extraire facilement du milieu qui contient de nombreux composés en solution (sels. PhCH2-OCOCl pour Cbz. R3… doivent être envisagées avant le couplage.98 présente les différentes étapes pour la synthèse d’un dipeptide simple (R1 er R2 = H ou alkyle). PhCH2-O-CO-. tBu-O-CO-. La déprotection. on utilise souvent une méthode due à Merrifield (synthèse en phase solide) et qui consiste à utiliser un polystyrène portant des groupes chlorométhyles. Pour certains acides aminés. tBu-OCON3. R2. La synthèse se poursuit à partir de ce système. Le schéma 8. Pour délier le peptide de son support solide.346 Chimie organique protection est souvent assurée par le groupe benzyloxycarbonyle (abréviation : Cbz ou Z). et dans le second cas pour Boc. dans le cas de Cbz. respectivement. ce qui permet de fixer le premier acide aminé par une substitution avec le groupe amino. (abréviation: Boc). et qui peuvent avoir des fonctions comme OH. S’il s’agit d’une base . ou le groupe t-butoxycarbonyle. on utilise souvent l’acide fluorhydrique. composés secondaires. s’effectue par l’action de HBr dans l’acide acétique ou par hydrogénolyse. secondaire ou tertiaire (schéma 8.HCl H H R1 R1 1) DCC H Ph-CH2-O-CO-NH C CO N Ph-CH2-O-CO-NH C COOH R2 H H 2) H2N C COOH H2 H R1 H Ph-CH3 + CO2 + H2N C CO N H dipeptide R2 C COOH H R2 C COOH H Schéma 8. ou d’autres groupes choisis en fonction de la nature des groupes latéraux des acides aminés constituant le peptide. un amide primaire.

102 . R-COCl + NH2-NH2. Certains réactifs moins classiques comme le phosgène. la réaction est celle de Schotten-Baumann. Cl3C-O-COCl. CSCl2. Lorsque deux équivalents d’amines sont mis en réaction. le chloroformiate de benzyle.H2O R-COCl + R-CO-NH-NH2 R-CO-NH-NH2 + HCl + H2O acylhydrazine ou hydrazide R-CO-NH-NH-CO-R + HCl N.HCl X=C=N-R X = O : isocyanate X = S : isothiocyanate X = O : chloroformamide X = S : chlorothioformamide 2 NH2-R NHR X C NHR dérivés de l'urée (X = O) ou de la thiourée (X = S) Schéma 8. ils sont accompagnés de N. réagissent sur un équivalent d’amine primaire pour former un chloroformamide ou un chlorothioformamide. On peut aussi utiliser des bases organiques comme la pyridine ou la triéthylamine.HCl Cl-C-NH-R . peut le remplacer) ou le thiophosgène.100 Les chloroformiates.101). composés particulièrement toxiques. X Cl-C-Cl + H2N-R X = O : phosgène X = S : thiophosgène X . réagissent avec les amines en produisant des carbamates.N’-diacylhydrazines. Les réactions de substitution 347 alcaline. COCl2 (le chloroformiate de trichlorométhyle. R-O-CO-NH-R’ (schéma 8.8. ClCOOCH 2Ph).N'-diacylhydrzine R-COCl + H2N-OH R-CO-NH-OH + HCl acide hydroxamique Schéma 8. des dérivés substitués de l’urée ou de la thiourée sont obtenus (schéma 8.101 Les chlorures d’acides forment très facilement des acylhydrazines ou hydrazides avec l’hydrate d’hydrazine. mais le plus souvent. ClCOOR.100).102). Les acylhydrazines sont plus facilement préparées à partir des esters par action de l’hydrazine (schéma 8. utilisés en particulier en synthèse peptidique (voir cidessus. lesquels éliminent HCl pour fournir respectivement un isocyanate ou un thioisocyanate. R-O-COCl chloroformiate + H2N-R' R-O-CO-NH-R' + HCl carbamate Schéma 8.

est N-acylée par les chlorures d’acides pour former des acides hydroxamiques. d’ester ou d’acide carboxylique.103) et secondaires sont comparables à celles des chlorures d’acides. comme l’o. Si R est de faible masse. un produit à la base de nombreux composés pharmaceutiques (schéma 8. intervention dans le mécanisme de deux molécules d’amine pour une molécule d’ester (schéma 8. des imides sont parfois formés par double réaction avec l’ammoniac ou les amines primaires. NH2OH.1.ou le p-nitrophényle. O COOEt H2N EtO C O + H2C COOEt H2N H 2C O acide barbiturique Schéma 8. le pentafluorophényle. Si le groupe R’ est fortement attracteur. la réaction est lente.11b) : milieu basique.105).348 Chimie organique L’hydroxylamine. RCOOR’. § 8.104 C NH C O C NH Les amides primaires et secondaires sont le plus souvent préparés par action d’ammoniac (ou d’ammoniaque) ou d’amines primaires sur les esters d’acides carboxyliques. d’ion cyanure. Toutefois. R-CO-O-CO-R + H2N-R' R-CO-NHR' RCONH2 + RCOOH RCO-NH-COR imide R-CO-O-CO-R + NH3 O O O anhydride phtalique R-CO-O-CO-R O C NH 2 C OH O O NH + H2O O phtalimide + NH3 Schéma 8. transfert d’un proton. Les réactions des anhydrides d’acides avec l’ammoniac ou les amines primaires (schéma 8. RCO-NH-OH. Le mécanisme le plus souvent rencontré est BAC2 (voir hydrolyse des esters. la réaction est facilitée.104). L’urée réagit sur les esters cycliques pour former divers hétérocycles : le malonate d’éthyle en présence d’éthylate de sodium conduit à l’acide barbiturique. . ou une pression élevée peuvent augmenter la vitesse. La réaction est beaucoup plus douce que celles des chlorures et anhydrides d’acides et un chauffage est souvent nécessaire. Cette réaction est particulièrement facile avec les anhydrides cycliques comme l’anhydride phtalique qui conduit au phtalimide (schéma 8. La présence d’une base.103).103 Les imides sont aussi obtenus lorsqu’un amide primaire est traité à chaud par un équivalent de chlorure d’acide (en présence de pyridine).

H2O hydrate d'hydrazine R-CO-NHNH2 + acylhydrazine ou hydrazide H2O + R'OH R-COOR' + NH2-OH hydroxylamine R-CO-NH-OH + R'OH acide hydroxamique Schéma 8. à partir de l’hydroxylamine (schéma 8.8. esters cycliques.ROH C OR NH2 γ-amino ester NH3 O β-lactone NH3-CH2-CH2-COO β-alanine Schéma 8. Les réactions de substitution 349 R-COOR' + R-COOR' H N O R" H NH3 R-CO-NH2 + R'OH + H2N-R" R-CO-NH-R" + R'OH OR' R C OR' NH2-R" R O + R"NH3 Schéma 8.107).107 .106). R-COOR' + NH2NH2. Ces composés cycliques peuvent aussi être le résultat d’une réaction intramoléculaire de γ.106 Les lactones. On peut aussi préparer les acides hydroxamiques par cette méthode. O C O γ-lactone + NH3 O O C NH γ-lactame O ∆ . sont transformées le plus souvent en lactames (amides cycliques) par action de l’ammoniac ou des amines primaires.105 NHR" NH-R" R C O + R'O + R"NH3 R'OH + R"NH2 Les hydrazides résultent le plus souvent de l’action d’un équivalent d’hydrate d’hydrazine sur un équivalent d’ester dans un alcool à l’ébullition.et δ-aminoesters (schéma 8.

acides.14.109). R" R-CO-NH-R' base forte -H R-CO-N-R' R"X -X R-CO-N-R' Schéma 8.109 Les amides primaires et secondaires.110).108).…).15a) avec le sel de potassium du phtalimide et un halogénure. chlorures d’acides. un proton du groupe amino est extrait.16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure La plupart de ces réactions font intervenir des hydrures métalliques et ont pour résultats les réductions de nombreuses fonctions qui sont présentées au chapitre 13 (halogénures § 13.1. 8. § 8. Le groupe NH2 est substitué par le groupe R’NH (schéma 8. R'NH3 + R-CO-NH2 Schéma 8.1.10. alcools. L’anion amidure attaque alors le carbone du carbonyle du cycle lactame ce qui conduit à une expansion de cycle (cette réaction a été appelée la Zip-réaction. époxydes.11b). en présence de bases fortes comme l’amidure de sodium ou l’hydrure de sodium. § 13. par analogie avec la pièce vestimentaire).110 Cette réaction est comparable à la première partie de la réaction de Gabriel (§ 8.6.350 Chimie organique L’ammoniac réagit sur les β-lactones en formant l’alanine ou ses dérivés alkylés (mécanisme BAL2. (CH2)n C=O base forte N -H (CH2)mNH2 (CH2)n C O H (CH2)n NH C=O NH N (CH2)mNH (CH2)m Schéma 8. § 13. § 13. . En présence d’une base forte. § 13.15. dans le DMF anhydre. Les amides primaires RCONH2 donnent lieu à une réaction d’échange avec les sels d’amines primaires R’NH3+.108 R-CO-NHR' + NH4 Cette réaction a un intérêt particulier dans le cas des lactames dont l’azote est substitué par un groupe aminoalkyle (schéma 8. forment des sels qui sont facilement alkylés par les halogénures d’alkyles (schéma 8.12.1.

113).17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution 8. le cuivre activé. conduit au biphényle (schéma 8. le fer.111 Cette réaction est peu utilisée en raison de la formation de composés secondaires. ou mieux encore dans le tétrahydrofurane (mais dans ce cas. par chauffage de deux molécules d’iodobenzène en présence du même métal. le dibutyléther. Des métaux comme l’argent. parfois avec succès. le zinc.17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) La très ancienne réaction de Wurtz (1855) consiste à chauffer ensemble deux halogénures d’alkyles en présence d’un métal alcalin dans le diéthyléther.CuI2 biphényle Schéma 8. R2 2 R1 C C R3 X Cu .111). le plomb pyrophorique (plomb finement divisé préparé par action de vapeurs de furfural.CuX2 R2 C R1 C R3 R1 C R3 C R2 et d'autres isomères 2 I Cu . Les réactions de substitution 351 8. le 1. Ainsi. INa CH2 H2 C CH2 1.3-dibromopropane Schéma 8. 2-furanecarboxaldéhyde.112 cyclopropane Les halogénures vinyliques sont couplés en présence de cuivre activé.8.1. le zinc et l’iodure de sodium permettent de préparer de petits cycles par réaction intramoléculaire : par exemple.113 . C’est une réaction comparable à celle d’Ullmann 1901)qui. à basse température). alcanes et alcènes. sur l’oxyde de plomb. 2 RX Na R-R + 2 NaX Schéma 8. CH2Br H 2C CH2Br Zn.112). afin d’obtenir un couplage des groupes aliphatiques (schéma 8.3-dibromopropane est cyclisé en cyclopropane (schéma 8.1. PbO) ont aussi été employés à la place du sodium.

116). SN2. en présence de sodium dans un solvant non polaire (schéma 8. 2 Na R-Br + Br R + 2 NaBr Schéma 8.114).115).17a) permet la préparation d’α-dicétones à partir de chlorures d’acides acétique et benzoïque. et primaire si possible. SET. la réaction de Wurtz-Grignard fait réagir un halogénure d’alkyle ou d’aryle avec un organomagnésien aliphatique ou aromatique. Br + Br-Mg- CoCl2 . l’un aliphatique (plutôt un bromure. aromatique. Le chlorure de benzoyle. le couplage se fait avec rétention de configuration. En effet. Elle est catalysée par le chlorure de cobalt et donne d’excellents rendements en série aromatique (schéma 8. si R est optiquement actif.1. Il est accepté que deux étapes sont nécessaires : la première est la formation d’un composé organométallique.17b – Couplage des chlorures d’acides 2 RCOCl Pb pyrophorique RCO-CO-R 2 Ph-COCl Li Ph-CO-CO-Ph ultrasons benzile Schéma 8. Lorsque la réaction est effectuée entre un halogénure allylique ou benzylique et un halogénure secondaire RX. Cette dernière possibilité est la plus vraisemblable.1. ce mécanisme radicalaire n’explique pas les résultats stéréochimiques observés lorsque les deux halogénures sont aliphatiques et identiques : bien souvent.115 Le mécanisme de la réaction de Wurtz est complexe. . la seconde est plus complexe car divers mécanismes sont possibles: SN1.MgBr2 Schéma 8. et la seconde consiste en une réaction de ce composé avec une molécule d’halogénure. et radicalaire. conduit au benzile (schéma 8. mais reste peu convaincante.352 Chimie organique Une variante intéressante est la réaction de Wurtz-Fittig (1864) qui consiste à faire réagir deux halogénures différents. Si la première étape est un mécanisme simple.116 Le plomb pyrophorique (§ 8. le mécanisme SN2 a été démontré car il y a inversion de configuration de R.114 Enfin. et l’autre. en présence de lithium sous ultrasons. le sulfate de méthyle peut remplacer l’halogénure). 8.

SO3R. SO2NR2.18a – Synthèse malonique Quand un méthyne ou méthylène est lié à un ou deux groupes Z à effet inducteur électroattracteur -I.13. la saponification des groupes esters. la potasse. par exemple. acide acétique CH2(CN)COOEt.1. malonate d'éthyle H2O > C2H5OH > (CH3)3COH. base plus forte que les hydroxydes alcalins. servent de références). L’amidure de sodium permet la formation du carbanion du diphénylméthane malgré la faible acidité du méthylène. CN. extrait les protons les plus acides.4-dione CH2(CN)2. t-butanol Figure 8.8.1. mais s’il en existe deux comme dans le diphénylméthane. Les réactions de substitution 353 8. cyanacétate d'éthyle CH2(COCH3)2. 3-méthyl-pentane-2. CH2(NO2)2. en rouge. CON(R)2. La soude. Un groupe phényle rend acides les hydrogènes du groupe CH2 qui lui est lié. on utilise un alcoolate alcalin R-O – (Na+ ou K+). Les groupes Z les plus fréquents sont : COOR. nitrométhane CH3COCH2COOEt. Le plus souvent avec les esters. COO-. l’acidité faiblit.6 en fonction du pKa des hydrogènes des groupes méthylènes ou méthynes (quelques autres composés. acétylacétone C6H5OH. malononitrile CH2(COOEt)2. NO2. CHO.6 pKa acidité des hydrogènes Les bases utilisées sont très variées. phénol CH3NO2. Quelques composés sont classés dans la figure 8. ou un carbonate alcalin en solution aqueuse. CH3CH(COCH3)2.1). sans doute pour des raisons de gêne stérique d’approche de la base.18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants 8. SO2R. dinitrométhane CH3COOH. leurs hydrogènes ont un caractère acide qui permet de les extraire facilement en présence d’une base pour former un carbanion (§ 6. Leur emploi est limité dans la mesure où ces bases peuvent donner lieu à une réaction secondaire gênante. . COR. et le plus souvent l’éthylate ou le t-butylate de sodium dans l’alcool anhydre correspondant. acétylacétate d'éthyle.

COR". On peut effectuer la double substitution en une seule étape en faisant réagir deux équivalents de base et d’halogénures. la réaction peut s’effectuer selon un mécanisme SET (§ 6.12. primaire ou secondaire.117 L’alkylation de ces molécules est facilitée lorsque la réaction a lieu dans un solvant polaire aprotique comme le DMF ou le DMSO anhydre en utilisant l’amidure ou l’hydrure de sodium comme bases. H ou KOH COOEt puis H Schéma 8.118). L’halogénure peut être allylique (mais avec des réarrangements possibles) ou benzylique. COOEt H C H COOEt EtO COOEt H C COOEt RX COOEt R C H COOEt 1) EtO 2) R'X COOEt R C R' H2O. SO2NR"2 Schéma 8. étant formé. il est préférable d’isoler et purifier le produit monoalkylé par RX puis d’effectuer la seconde alkylation pour obtenir R(R’)CH(COOEt)2 (schéma 8.118 COOH H2O. Le mécanisme de ces réactions est SN2.354 Chimie organique Z H C H Z' base Z HC Z R X Z HC R Z Z 1) base 2) R'X R' C R Z Z = Z' = COOR" (synthèse malonique) Z et / ou Z' = COOR". H ou KOH puis H R C H ∆ . autres que d’éthyle. par un halogénure d’alkyle. R’X. … réagissent de même. de méthyle ou de propyle. mais pas tertiaire car les conditions de la réaction favorisent une élimination qui transformerait l’halogénure en alcène. RX. il est possible d’effectuer une seconde alkylation dans les mêmes conditions. l’alkylation par RX peut avoir lieu une ou deux fois (schéma 8. Il y a donc inversion de configuration de R provenant de RX. Dans le cas le plus classique de la synthèse malonique. RCH(COOEt)2.7). CHO. CH2(COOEt)2. Si la seconde alkylation doit faire intervenir un halogénure différent du premier. Si l’un des groupes COOEt est remplacé par un groupe nitro ou si des groupes nitro ou nitriles sont présents dans RX. CN. SO3R".CO2 H R C R' COOH . Bien entendu. NO2. Une seule alkylation est possible si la réaction est effectuée avec un équivalent d’éthylate et d’halogénure. successivement. SO2R".CO2 COOH H R C H COOH COOH R C R' COOH ∆ . Le composé monoalkylé. Selon qu’il s’agit d’un groupe méthyne ou méthylène. qui est l’alkylation du malonate d’éthyle.117). des malonates.

8. ce qui permet de préparer de nombreux acides. X(CH2)nCH(COOR)2. donnent lieu à une substitution intramoléculaire avec formation d’un cycle pouvant contenir 14 carbones (schéma 8. les acides maloniques correspondants. L’hydrolyse acide conduit à l’acide phtalique et à l’acide aminé sous forme de sel (schéma 8. COOEt C COOEt COOEt (CH2)n C COOEt X (CH2)n X n=2à6 + H H 2 EtO X-(CH2)n H n = 2 à 13 COOEt C COOEt EtO Schéma 8. Une propriété importante de ces acides est leur très facile monodécarboxylation par chauffage entre 150 et 200 °C. la méthode de Sörensen (1903) pour la synthèse des α-amino acides allie la synthèse de Gabriel et la synthèse malonique. Les réactions de substitution 355 Les malonates mono ou disubstitués peuvent être saponifiés par la soude ou la potasse pour donner. permet la substitution du groupe méthyne.119 Enfin.119).120 1) EtO 2) RX H2O. dans la mesure où elles ne peuvent pas réagir ellesmêmes dans les conditions de la synthèse malonique. Les dihalogénures. les malonates monosubstitués par un groupe halogénoalkyle. puis d’un halogénure. RCH2COOH et R(R’)CHCOOH. conduisent à des composés cycliques de 3 à 7 carbones (n = 2 à 6). X(CH2)nX. RCH(COOH)2 ou R(R’)C(COOH)2. O NK O + ClCH (COOEt)2 O N-CH(COOEt)2 O O H2N-CH(R)-COOH + COOH COOH Schéma 8. De même.120). par cette méthode car R de RX peut contenir des fonctions. Le phtalimide potassé réagit avec un halogéno malonate. après acidification. L’action d’un alcoolate. substitués par des groupes variés. H ∆ N-C(COOEt)2 R O .

CH3COCH(R)COOR. après acidification du milieu. CH3COCH2R. puis décarboxylation de l’acide formé. carbanion le moins stabilisé.1.4. mais sur CH3. la substitution se faisant alors sur le carbanion le moins stable (charge moins délocalisée) (schéma 8.122 . donner lieu à une réaction de rupture (mécanisme inverse de celui de la réaction de Claisen § 10. (schéma 8.CO2 O H3C C CH2 R + R-CH2-COO Schéma 8. peut conduire. et qui présente un intérêt particulier car l’ester substitué. soit par l’action de la soude ou de la potasse alcoolique concentrée à chaud. soit à une cétone.121). Ce dernier est intéressant car il permet une alkylation non orientée sur CH2. dont l’acide acétique. O O H 3C C H3C CH2 COOEt OEt O H3C H2O O H3C C CH R COOEt H ou HO dilué HO concentré CH3-COO C CH COOEt CH R C CH COOEt RX SN2 H3C O C CH R COOEt (une seconde réaction d'alkylation est possible) O H3C C COOH . par hydrolyse en mileu acide ou basique dilué à chaud. un seul équivalent de base doit être ajouté.18b – Alkylation des acétoacétates Chimie organique Une autre synthèse comparable à la synthèse malonique est celle effectuée à partir des esters acétoacétiques.356 8.2) conduisant à deux acides. CH3COCH2COOR.121 Pour effectuer l’alkylation sur le groupe méthylène.122). sinon un nouveau proton est extrait du groupe méthyle ce qui conduit à un bianion. donc le plus réactif vis-à-vis des réactifs électrophiles O H 3C C CH2 COOEt 2 EtO O H2C C CH RX COOEt O H2 C R C CH2 COOEt H O H2 C R C CH COOEt Schéma 8.

8.18c – Alkylation d’esters. ni d’aryles) peuvent être remplacés par des sulfonates ou des sulfates d’alkyles. CN. permettent d’obtenir l’isomère souhaité. Pour les alkyler. COR". le mélange des deux composés possibles est obtenu. La réaction n’est pas directement applicable aux aldéhydes.8. différentes méthodes. le diéthylamidure ou le diisopropylamidure de lithium. ni vinyliques. Et2NLi ou iPr2NLi. de nitriles. d’aldéhydes. ou de nitriles Aux réactions indiquées dans le paragraphe précédent. non présentées ici.124 . de cétones. Toutefois. tBuOK.123 Les solvants ne doivent pas être protiques. on prépare d’abord l’imine de la cyclohexylamine qui est alkylée par action de diéthylamidure de lithium puis de l’halogénure.. mais pas tertiaires. Le DMSO est employé avec succès lors de l’alkylation des méthylcétones en présence de KOH. le N-isopropyl-Ncyclohexylamidure de lithium (très utilisé pour les esters et les nitriles) (schéma 8.123). L’acidité de ces hydrogènes est moindre que celle du méthylène des malonates ce qui nécessite l’emploi de bases fortes. Lorsqu’une cétone aliphatique dissymétrique est alkylée. L’imine est ensuite hydrolysée pour reformer l’aldéhyde (schéma 8.. Il faut que tout le substrat soit transformé en carbanion sinon des réactions secondaires sont possibles par réaction du carbanion sur une fonction cétone ou ester de molécule non encore traitée par la base comme dans l’aldolisation ou la réaction de Claisen : ces bases sont des hydrures alcalins. NaNH2. H 2N O R Et2NLi R R R' R C R C H N R CH C H R CH C H R R' R C R N C C H N imine R'X H2O C H O Schéma 8. de cétones possèdant un groupe méthyne ou méthylène en α de ces groupes (CαH ou CαH2).. Les réactions de substitution 357 Dans ces réactions. i-Pr NLi Z R C H Z R' R C H Z R H C H R'X Z = COOEt.124). l’ammoniac liquide. La réaction n’est donc pas régiosélective. Des alkylations de même nature sont possibles avec les esters cyanacétiques NC-CH2-COOR.1. les halogénures (halogénures d’alkyles primaires et secondaires. C’est le cas d’esters. doivent être ajoutées celles d’autres composés à hydrogènes acides pouvant former un carbanion. Ce sont les mêmes agents alkylants qu’en synthèse malonique. sinon ils peuvent neutraliser la base. Schéma 8. le THF. ou le 1. Le DMF.2-diméthoxyéthane sont les solvants les plus courants dans ce cas.

Dans ce procédé.18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques Les sels d’acides carboxyliques. Une ozonolyse dans le diméthylsulfure fournit l’aldéhyde énantiomériquement pur et le dérivé nitroso du SAMP qui.358 Chimie organique Cette méthode ne présente aucune stéréosélectivité contrairement au procédé SAMP d’Enders. la configuration de la double liaison est E. par réduction par l’action du zinc dans l’acide acétique. Le SAMP est le (S)-(-)-2-(méthoxyméthyl)-1pyrrolidinamine. composé chiral appelé hydrazone-SAMP. peuvent être alkylés sur CαH ou CαH2 par des halogénures d’alkyle. Il conduit à un résultat stéréochimique inverse de celui du SAMP. S O H O H 2N N (SAMP) OMe N N S H OMei-Pr NLi 2 N N S H OMe H H H O3. ce qui présente un avantage pour préparer des acides. L’attaque de l’halogénure conduit à une nouvelle hydrazone avec un carbone asymétrique S. 8. l’aldéhyde est d’abord transformé en hydrazone par action du SAMP.126). Traitée par iPr2NLi. laquelle est limitée à la synthèse d’acides avec un CαH. AcOH I H2 N N S H OMe Schéma 8. de benzyle ou allyliques. sur la synthèse malonique. (R)(R’)CH-COOH (schéma 8. Dans ces conditions.1. RCH2-COOH. R(R’)(R”)C-COOH. l’atome de Li+ est à la fois lié à l’azote (liaison ionique) et retenu par coordinance à l’oxygène du groupe méthoxy de l’hétérocycle. le carbanion formé est immédiatement transformé en ion aza-énolate.125 Le RAMP est l’inverse optique (R) du SAMP. Me2S + N S H Li H S N S H OMe S OMe N N Li N N O S H OMe Zn. R(R’)CH-COOH. 1979 (schéma 8. . permet d’obtenir le SAMP qui peut être recyclé.125).

puis de le retirer ensuite par une méthode adéquate. S rend acides les hydrogènes des groupes CαH et CαH2. Dans le cas d’une nitrosamine (A) (schéma 8. Le produit alkylé subit une hydrogènolyse en présence de nickel de Raney ce qui retire le groupe NO.1.126 La réaction est effectuée avec une base forte. Le sym-trithiane est un hétérocycle qui possède trois groupes méthylènes activés . Ce composé peut ensuite être alkylé par un halogénure. ce qui conduit à un composé lithié en position α de l’azote.127). Ce dianion a une structure de diénolate. l’amine secondaire est traitée successivement par le nitrite d’éthyle dans le THF puis par i-Pr2NLi.8. L’acidité de NH des amines aliphatiques secondaires est supérieure à celle de CαH2 ce qui nécessite de substituer d’abord H de NH par un groupe COR (amide). NO (nitrosamine). N. Cette propriété des hétéroéléments est mise à profit pour la préparation d’aldéhydes. ou autre. Les amines tertiaires aliphatiques peuvent être alkylées en position α. mais peut aussi donner lieu à de nombreuses autres réactions des carbanions (en particulier la réaction avec des cétones. car le dianion lithié résultant présente une meilleure solubilité dans les solvants que les dianions d’autres métaux alcalins. COOR (carbamate). le diisopropylamidure de lithium. COO R'X -X CH3 CH2 Schéma 8.1.128). avec formation d’alcools).18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques La réaction indiquée au paragraphe précédent est applicable aux sels d’acides aromatiques substitués par un groupe méthyle en position ortho ou para (schéma 8.127 COO i-Pr2NLi COO H2C R' 8. Les réactions de substitution 359 R R H O C C H O i-Pr2NLi O C C H O O R'X R R' O C C H O R C H C O Schéma 8.18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments Le caractère électroattracteur -I des hétéroéléments O. avant d’effectuer l’alkylation. 8.

3-dithiane 2-alkyl-1. peut libérer cette fonction selon la nécessité de la synthèse. par une hydrolyse.et 4-méthylpyridines) traitées par l’amidure de sodium. décompose la molécule en libérant un aldéhyde (schéma 8. le groupe CH2 ou CH lié à l’hétérocycle est alkylé.3-dithianes sont désulfurés par le nickel de Raney en alcane.3-oxazine substituée en position 2. en présence d’acide oxalique. Une hydrolyse. Le composé formé.3-dithiane "synthon d'un aldéhyde" D) N 1) NaNH2 2) RX CH3 N CH2 R 2-picoline (E) N CH3 N H BuLi N CH2Li N Li Schéma 8. Le cycle est ensuite réduit par le borohydrure de sodium. 2-alkyl-sym-trithiane. Ainsi les 2. HgO MeOH H2O. au contraire. En présence d’un équivalent de butyllithium dans le THF. Les 1.3-dithianes substitués en position 2 sont considérés comme des synthons d’aldéhydes. est alors décomposé en présence de chlorure mercurique et d’oxyde de mercure dans le méthanol en un acétal qui. H R CHO sym-trithiane ou 1. H R CHO 1. par hydrolyse.5-trithiane C) S S 1) BuLi 2) RX S S R H2O. Ces propriétés des hétérocycles ont été à l’origine d’une synthèse des aldéhydes. Les 1. transformée. . et par lesquelles une fonction aldéhyde serait. L’hétérocycle est alors la 3.3. 1976.360 Chimie organique par la présence des atomes de soufre (B).128 RX puis H N CH2 R N H 2-méthylbenzimidazole L’hétéroélément peut agir via un hétérocycle sur les hydrogènes d’une chaîne latérale. En effet ce système hétérocyclique qui peut subir de nombreuses réactions sans transformation. soit par CH2COOR.5-triméthyl-dihydro-1. puis par un halogénure. A) R' NH C2H5ONO R' N N O 1) i-Pr2NLi 2) R"X R' R CH R" OMe R OMe acétal N N O H2 Ni Ra R' R CH R" NH R CH2 R CH2 nitrosoamine B) S S 1) BuLi 2) RX S S S S R HgCl2. Une réaction comparable peut être effectuée avec le 1.3.et 4-picolines (2. puis par un halogénure.3-dithiane (C). il se forme un sel qui peut être alkylé par un halogénure. fournissent des dérivés alkylés correspondants (D). Le synthon est donc l’équivalent « caché » d’une fonction donnée qui peut être rétablie au cours d’une synthèse multi-étape. l’addition d’un halogénure conduit à l’alkylation en position 2 (E). En traitant ces composés par le n-butyllithium. Le 2-méthylbenzimidazole. par une réaction spécifique. traité par le butyllithium forme un dianion. la synthèse de Meyers. libère un aldéhyde. le moment venu. cétones et acides carboxyliques.129). soit par un groupe aliphatique ou aralkyle primaire ou secondaire.

NaCl Z CH-COR Z' Schéma 8. Les esters. RCH2COOR’. il se forme aussi de petites quantités de composés O-acylés. Dans certains cas. ROCOCl. Dans le cas où Z et / ou Z’ sont des groupes RCO.130 Les anhydrides réagissent aussi. par exemple. Z CH2 Z' Na Z CHNa solvant aromatique Z' RCOCl .1. Ph3CNa (préparé à partir de triphénylchlorométhane et d’amalgame de sodium Hg-Na) dans l’éther. Les réactions de substitution 361 O N CH2-R IMe 1) BuLi.129 L’action de l’iodure de méthyle sur le composé de départ forme un sel d’iminium.1. ou les chloroformiates. l’hydrolyse contrôlée peut conduire au retrait spécifique de l’un de ces groupes qui peut être l’un des groupes acyles du composé de départ. L’acylation des cétones aliphatiques RCOCH2R’ est effectuée par addition de chlorure d’acide au sel formé en présence d’amidure de sodium ou de triphénylméthylsodium. L’utilisation des sels de thallium(I) des composés de départ oriente la réaction vers une O-acylation. mais sont assez peu utilisés. sont acylés sur le méthylène à partir de leurs sels de lithium obtenus par action du N-isopropylcyclohexylamidure de lithium à –78 °C.18a forment des sels de sodium en présence du métal divisé dans un solvant aromatique (benzène ou toluène). Ces sels réagissent ensuite avec les chlorures d’acides. suivie d’une hydrolyse permet la formation de cétones. 8. -78°C 2) R'X N O NaBH4 CH-R R' N H O CH-R R' H2O HOCO-COOH O C O R'MgX O R' H2O. H N CH2-R Me R' O CH2-R H N CH2-R Me CH-R R' Schéma 8. THF. par réaction avec un organomagnésien. pour fournir les composés C-acylés correspondants (schéma 8. qui.8. .19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants Les composés ayant un groupe méthyne ou méthylène activé par deux groupes électroattracteurs Z et Z’ définis au § 8. en diminuant la température de la réaction ou en augmentant le nombre d’équivalents de sel par rapport au chlorure d’acide. Si le composé obtenu par cette réaction est triacylé. Elle peut être diminuée en travaillant dans des conditions expérimentales particulières. une O-acylation accompagne la C-acylation.130).

Les formiates produisent des acides α-formylés qui ont la particularité de se décarboxyler immédiatement pour conduire à un aldéhyde. 2 Li O R'COCl .CO2 R-CH2-CHO O Schéma 8. RX. mais par chauffage.362 Chimie organique Les réactions de Claisen. O R CH2 C O Li iPr2NLi O R CH C O R CH C O . . 2 R-CH2-COOR' EtO EtOH R-CH2-CO-CH(R)-COOR' + EtOH (Claisen) CH2-COOR COOR CH-COOR Na .4.Li . .132).131). Comme avec les halogénures.EtO CH-COOR (Dieckmann) CO Schéma 8.2) (schéma 8.132 Les β-céto acides sont aussi décarboxylés en cétones. R(R’)CH-COOH) (schéma 8.131 Les sels de lithium d’acides carboxyliques forment des dianions lorsqu’ils sont traités par iPr2NLi.Na COOR .LiOR" CH=O CH C O Li H . Ces composés peuvent aussi être obtenus par action d’un ester carboxylique sur le dianion (difficilement. ils sont acylés sur CαH par les chlorures d’acides. avec les acides. et de Dieckmann sont d’autres solutions très importantes pour l’acylation des esters (§ 10. RCOCl : des β-céto acides en sont le résultat.LiCl COR' R CH C O Li O R R"COOEt -LiOEt COR" CH C O Li O R HCOOR' .

l’acidité est d’autant plus forte que A est plus électronégatif ou électroattracteur.1.133 La réaction avec l’halogénure donne de meilleurs résultats si l’acétylure de lithium est complexé par la diéthylènediamine ce qui évite l’aggrégation des molécules lithiées et les rend plus réactives. Les électrons d’orbitales « s » sont plus retenus par le noyau atomique que les électrons d’orbitales « p ». doit être primaire.133). comme dans l’hybridation « sp ». afin d’éviter les réactions d’éliminations. ou à un carbone hybridé « sp3 » d’un alcane. Dans le cas de l’acétylène (ou éthyne). une double alkylation peut avoir lieu. Pour le le carbone.8. plus le carbone ainsi hybridé aura un caractère électroattracteur. en raison du caractère acide des hydrogènes portés par ce carbone (schéma 8. et non ramifié en position β.134). ce qui rendra l’hydrogène qui lui est lié. Lorsqu’il y a hybridation.133. . le caractère électroattracteur qu’il exerce sur les hydrogènes est fonction de son hybridation. plus le caractère « s » sera élevé. plus acide par rapport à celui lié à un carbone hybridé « sp2 » d’un alcène. l’acétylure est obtenu par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans un mélange de THF et de DMF. Cet ion est formé lorsqu’un alcyne terminal est traité par une base alcaline forte comme l’amidure de sodium dans l’ammoniac liquide ou par le n-butyllithium dans le diéthyl éther. ils explosent. H > H H H H H sp sp H H > H sp2 sp2 H sp3 sp3 H C pKa : 25 C C 44 C C C 50 H C C R C CH NaNH2 NH3 liquide n-BuLi Et2O N C R C R C ion cyanure carbanion acétylure ou anion alcynyle C . Il est intéressant de remarquer que l’acétylène mis à barboter dans une solution ammoniacale de chlorure cuivreux ou de nitrate d’argent conduit à des acétylures de cuivre ou d’argent qui ont la particularité d’être instables: aussitôt secs. Si deux équivalents de base sont ajoutés à l’alcyne. Li R'X R C C R' + NaX Schéma 8. La structure de l’ion acétylure (ou ion alcynyle) est isoélectronique de celle de l’ion cyanure (voir schéma 8. R’X. comme pour la formation des nitriles. de l’éthylène et de l’éthane du schéma 8. L’halogénure peut être remplacé par un sulfate ou un tosylate d’alkyle. L’halogénure. comme le montre les pKa des hydrogènes de l’acétylène. celle déjà indiquée et celle du carbone en position α de la triple liaison. Les réactions de substitution 363 8. Une seconde alkylation est évidemment possible dans ce cas.20 – Alkylation d’un carbone acétylènique Pour un composé AH. Na C .

schéma 8.364 Chimie organique R CH2 C CH 2 BuLi R CH C C R'X R CH C R' C R'X R CH C R' C R' Schéma 8. réagit avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires. La réaction n’a pas lieu avec les réactifs tertiaires car des éliminations ont lieu.21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés 8. la réaction s’effectue sur NaSH obtenu par barbotage de l’acide dans la soude ou la potasse (A. O R C C + H 2C CH2 R C C CH2 CH2O H R C C CH2 CH2OH Schéma 8. un thioéther accompagne le thiol. mais pas avec les halogénures aliphatiques primaires (schéma 8. allyliques.1.21a – Acide sulfhydrique et ses sels L’acide sulfhydrique. Souvent.135 Les organomagnésiens préparés à partir d’alcynes terminaux (ou alcynes vrais) réagissent avec des halogénures suffisamment actifs.136 8. En fait. R C CH + R'MgX R C C MgX + R'H R"-CH=CH-CH2X R C C CH2-CH=CH-R" + MgX2 Schéma 8.135). . le plus souvent.136).1.137). H2S. et plus difficilement avec les secondaires pour former des thiols.134 L’action d’un époxyde sur l’ion acétylure conduit à des alcools acétylèniques (schéma 8. benzyliques ou propargyliques. La catalyse par transfert de phase est souvent utilisée.

Le thiol lui-même ne peut être utilisé qu’en présence d’une base. En présence d’alcools et d’iodure de zinc les S-thioacides forment des S-thioesters. Le sulfure de sodium.HX RCOSH S-thioacide (B) RCOX + H2S R'OH. RSR. RCOSR’. lorsqu’il est traité par deux équivalents d’halogénure (D).138 H2SO4 C S-R + H2O . R' R-S-R' . dans le benzène.5). le DBU (figure 8.138). Avec les anhydrides et les esters aryliques. Les réactions de substitution 365 (A) H2S NaOH NaSH RX R-SH . réagissent facilement avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires et secondaires pour former des thioéthers ou sulfures.1.21b – Thiols et thiolates Les thiolates alcalins.8. 8. la réaction conduit à des S-thioesters.137 Les chlorures d’acides réagissent sur H2S pour former des S-thioacides RCOSH (B). RSR’ (schéma 8. les anhydrides et les esters aryliques conduisent à un résultat semblable à partir de NaSH (C). Na2S. RSNa (ou K).NaX thiol .NaX R'X R-S-R' thioéther (RCO)2O + R'SNa R1 R2 R3 C OH + RSH RCOSR' + RCOONa R1 R2 R3 Schéma 8. fournit un thioéther ou sulfure. ZnI2 RCOSR' + H2O S-thioester (C) (RCO)2O + NaSH (D) 2 RX + Na2S RCOSNa + RCOOH R-S-R + 2 NaX thioéther ou sulfure CH2X (E) CH2X + Na2S CH2 S CH2 sulfure cyclique Schéma 8. Les composés dihalogénés peuvent conduire par cette réaction à des composés cycliques (E). X sel de sulfonium RX + R'SNa .

139 8. fournit le thiolate. est décomposée en cyanamide et eau (schéma 8. dans les conditions de la réaction. par hydrolyse basique.140 . qui.139). Un halogénure forme un sel de S-alkylisothiouronium qui est décomposé par une base alcaline en produisant un thiolate à côté d’urée qui. tri ou tétrasulfure (schéma 8.1. Dans certaines conditions. 5H2O R-S-SO3Na + NaBr sel de Bunte + R'SH HCl RSH R-S-S-R' disulfure Schéma 8. le thiolate peut être transformé en di.140).21d – Ion thiosulfate Comme la thiourée. R-S-SO3-. RBr + Na2S2O3. Les thioéthers forment des sels de sulfonium en présence d’halogénures d’alkyles.1. NH2 S C NH2 HS C NH2 NH formes tautomères de la thiourée NH RBr + HS C NH2 HO RS C NH2.366 Chimie organique Les alcools tertiaires réagissent sur les thiols en présence d’acide sulfurique pour former un sulfure. par réaction avec le sel de Bunte. les ions thiosulfates permettent de préparer les thiols.Br RS H C O NH2 RS H RSH thiol urée NH2 + O C NH2 bromhydrate deS-alkylisouronium H2NCN + H2O cyanamide Schéma 8. La réaction entre ce sel et un halogénure d’alkyle conduit au sel de Bunte. plus particulièrement les iodures. 8. Br NH2 NH2 .21c – Thiourée La thiourée est souvent un réactif de choix pour la préparation de thiols.

soit à partir de cyanure de cuivre(I).142 Dans certains cas.1.8.22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral 8.1. Le mécanisme est SN2. le carbone.141 Les sulfites alcalins forment en présence d’halogénures d’alkyles des sels d’acides sulfoniques. 8. La précipitation de l’halogénure d’argent facilite la formation d’un carbocation R+ et par conséquent une réaction SN1: l’attaque de celui-ci par l’ion CN. Dans le cas général. dans ce cas.142). la catalyse par transfert de phase et l’utilisation des ultrasons rend la réaction plus rapide.se fait par l’atome qui possède de plus haute densité électronique.143). la réaction s’oriente alors vers la formation d’un isocyanure RNC (schéma 8. et les halogénures tertiaires conduisent à une réaction d’élimination. 1832). benzyliques et allyliques sur les cyanures alcalins dans le DMSO constitue la méthode principale de préparation des nitriles correspondants (synthèse de Kolbe.141). Les nitriles vinyliques sont préparés par cette réaction. voire pas du tout. En raison du caractère ambident de l’ion cyanure (schéma 8. lorsqu’on utilise le cyanure d’argent ou de cuivre(I). Les halogénures aliphatiques secondaires réagissent très difficilement. entre autres. l’azote.1. Les réactions de substitution 8.22a – Anion cyanure La réaction des halogénures aliphatiques primaires. soit à partir du cyanure de potassium en présence de nickel. RX est attaqué par l’atome du nucléophile le plus polarisable.5) pour conduire à des sulfones (schéma 8. C N C DMSO SN2 N (ion ambident) RX + KCN R-CN + KX Schéma 8.21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite 367 Les halogénures d’alkyles réagissent avec les sels d’acides sulfiniques (ou les acides en présence de DBU (figure 8. et avec d’autres solvants que le DMSO. RX + R'SO2Na R-SO2-R' + NaX sulfone RX + R'SO2H DBU R-SO2-R' + HX RX + SO3Na2 R-SO3Na + NaX sel d'acide sulfonique Schéma 8. .

et de traces d’iodure de sodium sur les alcools aliphatiques primaires. les triflates (surtout vinyliques et avec LiCN). Me3SiCN.368 Chimie organique C RX + Ag. CH3CN R-CN Schéma 8.146 8. INa DMF.146). R-OH + NaCN Me3SiCl. Le mécanisme est encore incertain.143 Les halogénures peuvent être remplacés par les sulfates.144). Les cyanures peuvent être remplacés par le cyanotriméthylsilane.145 Les chlorures d’acides réagissent sur le cyanure de cuivre(I) pour former des acylnitriles (schéma 8. RCOCl + Cu(I)CN RCO-CN + CuCl acylnitrile Schéma 8. CN N C N + CN SN1 R N C AgX + R isocyanure Schéma 8. SnCl4 (schéma 8. Me3SiCl. RX + NaN3 SN 2 R-N3 + NaX azide sodium azide AlLiH4 Schéma 8.1. RX Me3SiCN SnCl4 Schéma 8. les tosylates. qui réagit avec les halogénures aliphatiques tertiaires en présence d’un acide de Lewis. d’où leur utilisation dans les airbags) réagissent avec les halogénures d’alkyles (mécanisme SN2) et les chlorures d’acides (ou les anhydrides d’acides) pour former respectivement des alkyl azides RN3.145). RCON3.147 RNH2 . et des acyl azides.22b – Anion azoture Les azides alcalins comme NaN3 (composés explosifs lorsqu’ils sont chauffés à sec ou sous l’effet d’un choc. secondaires ou tertiaires dans un mélange de diméthylformamide et d’acétonitrile conduit aux nitriles correspondants avec de bons rendements (schéma 8.144 RCN L’action de NaCN.

Les alkylazides peuvent être réduits en amines par l’hydrure de lithium aluminium dans l’éther (schéma 8.148). RNCO.22c – Anion nitrite Les nitrites alcalins réagissent avec les bromures et iodures d’alkyles primaires et secondaires pour former les dérivés nitrés correspondants (mécanisme SN2) (schéma 8.147).15.149). Les réactions de substitution 369 Ces réactions sont facilitées par la catalyse par transfert de phase ou par action des ultrasons.1.8. sont très souvent les produits secondaires de ces réactions en raison du caractère ambident de l’anion nitrite. Ils peuvent être prépondérants si la réaction est effectuée avec les halogénures d’alkyles secondaires ou tertiaires et le nitrite d’argent (mécanisme SN1).149 Le nitrite d’argent ne réagit qu’avec les iodures et bromures d’alkyles primaires. Les halogénures aliphatiques tertiaires réagissent mieux en présence de chlorure de zinc dans le sulfure de carbone. Ph3P) (schéma 8. . Les acylazides obtenus aussi par la réaction de Curtius (§ 6. SN 2 O R N O nitroalcane RX + NaNO2 X O R O N -X O R N O O R N O RX + AgNO2 S N1 R-O-N=O + AgX nitrosooxyalcane RX solvant polaire R + R X O N O R + O N O Schéma 8. les tosylates aliphatiques ou les époxydes (dans ce dernier cas. Les azides alcalins peuvent aussi réagir avec les alcools. les mésylates. par chauffage. O Ar CH N3 CH2 Ar CH CH2 O N3 Schéma 8. Les nitroso-oxyalcanes.2e) conduisent aux isocyanates. RO-N=O (ou nitrites d’alkyles). en présence de triphénylphosphine. il se forme un β-azido alcool qui peut être cyclisé en aziridine.148 H N H Ar CH CH2 OH N3 β-azido alcool Ph3P Ar CH CH2 2-arylaziridine 8.

Seuls. sous atmosphère inerte (azote.151).22d – Anions cyanate et thiocyanate Chimie organique Les anions cyanate. respectivement.150). HNCO et HNCS. les cyanates réagissent toujours par une N-alkylation qui conduit aux isocyanates. Les organomagnésiens ou réactifs de Grignard (1900) Ils sont facilement préparés à partir d’halogénures divers et de copeaux de magnésium dans l’éther ou le THF anhydre.23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique Dans les paragraphes précédents quelques réactions faisant intervenir des organomagnésiens ont été indiquées.1. les bases conjuguées des acides cyanique et thiocyanique. allyliques (mais des réarrangements sont toujours possibles) ou benzyliques (schéma 8. Le couplage de ces composés avec d’autres halogénures n’est possible que si ces derniers sont suffisamment réactifs. RNCO. quelques exemples sont donnés ci-après. Ils sont. sont rassemblées quelques autres réactions importantes. de nombreux composés organométalliques plus ou moins complexes sont capables d’effectuer un couplage entre leurs groupes organiques et ceux des halogénures. Dans celui-ci. Ils se réarrangent par chauffage en isothiocyanates. NCO-. Ces derniers sont plus facilement préparés par action du cyanure de sodium sur le thiosulfate de sodium.150 En fait. par exemple). .370 8. par exemple. N C O ion cyanate N C O + NaX ∆ RX + Na-N=C=O R-N=C=O isocyanate RX + Na-N=C=S R S C thiocyanate N R-N=C=S isothiocyanate R-S-S-O3Na + NaCN thiosulfate de sodium Schéma 8. R-SCN.1. par une S-alkylation. sont ambidents. 8. thermodynamiquement plus stables. et thiocyanate.23a – Réaction de couplage avec les halogénures En plus des dérivés lithiés. RNCS. Il est donc envisageable que leurs réactions avec des halogénures d’alkyles conduisent à un mélange de composés. 8. NCS-. les thiocyanates conduisent dans la majorité des cas à des thiocyanates d’alkyles. Par contre. substitués sur N et O (pour les cyanates) ou N et S (pour les thiocyanates) (schéma 8.1.

sont facilement préparés par action d’organomagnésien (CH3MgBr.152 R C C R' Lorsque l’halogénure est un chlorure d’acide. une solution évitant la réaction . Lorsque la cétone ainsi formée est peu réactive envers l’organomagnésien. RMgX. par exemple en raison d’un encombrement stérique important. mais elle réagit immédiatement avec l’organomagnésien présent dans le milieu par une réaction d’addition sur le groupe carbonyle (§ 10. ou d’aryles. RMgX R C C H Br-CH2-CH=CH-R' .MgBrX . Dans ce type de réaction de couplage.RH R C C MgX R C C CH2-CH=CH-R' BuLi .BuH R C C Li 1) (Me)2N-CH2-CH2-NH(Me)2 2) R'X (R' = alkyl) Schéma 8. On peut aussi ajouter l’organomagnésien lentement sur le chlorure d’acide ce qui limite la possibilité de réaction secondaire. Les réactions de substitution 371 RX Mg diéthyléther ou THF CH2Br RMgX CH2-R CH3I. secondaires. CuI X CH3-R . R’COR. contrairement aux organomagnésiens.8.8. les organomagnésiens sont de plus en plus souvent remplacés par les organocuprates car.1) ce qui forme le sel d’un alcool tertiaire. comme les halogénures benzyliques. Dans ce dernier cas. Dans la mesure où la réaction de couplage passe par un intermédiaire tétraèdrique. R-C≡C-MgX. RC≡CH. allyliques et propargyliques.151 Les réactions avec des halogénures d’alkyles primaires ou secondaires sont possibles à condition d’additionner au milieu un catalyseur comme les sels cuivreux pour les halogénures primaires. Les organomagnésiens d’alcynes terminaux. par exemple) directement sur l’alcyne en raison de l’acidité de H de CH (schéma 8. avec des halogénures vinyliques ou d’aryles.152). la cétone peut être obtenue. Certains complexes du palladium ainsi que les sels ferriques catalysent les réactions avec les halogénures vinyliques. les organomagnésiens. Ils peuvent réagir avec de nombreux halogénures dans la mesure où ces derniers sont très actifs. Les sels de Ni(II) sont utilisés pour le couplage d’organomagnésiens dérivés d’halogénures d’alkyles primaires. forment une cétone. ces derniers ne réagissent pas avec diverses fonctions carbonylées ou autres pouvant être présentes dans l’halogénure. mais pas les halogénures d’alkyles. NiX2 R Schéma 8. on utilise l’organolithien correspondant de l’alcyne complexé par le tétraméthyléthylènediamine (TMEDA).

ester.153). RCu. d’aryles ou vinyliques (qui peuvent contenir des groupes tels que cyano.155).154 Les réactifs de Gilman. 2 Cu + RX Cu + 2 RX R'COCl RCu CuR + CuX R-R + CuX2 RCOR' Schéma 8. allylique. CN. Dans le cas où R’ de R’X est un groupe alkyle. Les composés organocuivreux et organocuprates Dans ces réactions avec les halogénures. ou en ajoutant un organocuivreux à une solution d’alkyllithium (schéma 8. comme le triméthylchlorosilane (schéma 8. Certains catalyseurs ferriques ou cuivreux orientent la réaction de couplage vers la cétone aux dépens de l’alcool tertiaire. sont préparés à partir de cuivre(0) activé obtenu par action de naphtalène-lithium sur un complexe iodure cuivreux-triphénylphosphine. Des méthodes faisant intervenir des catalyseurs pour l’utilisation de réactifs de Gilman dérivés de groupes alkyles secondaires ou tertiaires ont été mises au point mais dépassent le cadre de cet ouvrage. Les composés organocuivreux.372 Chimie organique secondaire est de l’effectuer en présence d’un réactif qui forme un composé stable en piègeant l’alcoolate formé. les organocuprates remplacent avantageusement les organomagnésiens. Le cuivre est ensuite transformé en composé organo cuivreux par action d’halogénures d’alkyles. La nature de R est variée : alkyle primaire (mais pas secondaire ou tertiaire). organocuprates de lithium. sont préparés par action de composés lithiés RLi sur un halogénure cuivreux (souvent CuI) dans l’éther à basse température. sans réaction secondaire. CuI-P(Ph)3. puis traité. OMgX R C R R' O-SiCMe3 R C Cl R' Schéma 8. ou chloro ) pour former des cétones (schéma 8. R2CuLi. Ces composés organocuivreux réagissent avec les halogénures d’acides (pouvant contenir un groupe COOR”. l’organocuivreux peut réagir avec une seconde molécule pour former un alcane R-R.154). pour libérer la cétone.153 RMgX R'COCl R-CO-R' RMgX H OH R C R R' R'COCl O R R' MgX C Cl Me3SiCl H2 O R-CO-R' Ce composé est isolé. . chloro. Ils sont très variés. en raison de leur moindre réactivité comparée à celle des organomagnésiens correspondants). vinylique ou aromatique.

L’hydrolyse des cétals et acétals conduit aux cétones et aldéhydes correspondants (schéma 8. Toutefois. . aromatique et peut contenir un groupe cyano. PhS(R)CuLi.8. Les groupes alkyles secondaires sont aussi introduits via le réactif. ou des complexes du nickel. ou acétals avec les orthoformiates. les réactifs. RCu(CN)ZnI. Inversement. R2Cd. aromatiques. cétals. tertiaire. permettent des couplages avec des halogénures secondaires. voire vinylique. cétals pour former des éthers. Les organozinciques. R et R’ ne peuvent être secondaires ou tertiaires. réagissent avec les chlorures d’acides. Toutefois. R’ peut être un groupe alkyle primaire. CuBr. CdCl2. ester nitro. Par contre. Organocadmiens et organozinciques Préparés à partir d’organomagnésiens et de chlorure de cadmium. la cétone RCOR’ (schéma 8. cétonique ou un un halogène comme l’iode. Ils peuvent contenir un groupe carbonylé.155 Les halogénures R’X du couplage peuvent être aliphatiques primaires. R du réactif de Gilman est limité aux groupes alkyles primaires et vinyliques. Les réactions de substitution 373 2 RLi + CuI R2CuLi + LiI R2CuLi RCu + RLi R2CuLi R'-R R'X R2CuLi R'CO-R R'COCl Schéma 8. préparés par action de 2 RLi sur CuCN à –78 °C. et avec les orthoesters.1. dans la mesure où ces réactifs n’attaquent pas les fonctions carbonylées. Avec les halogénures d’acides. les organocadmiens. vinyliques et même allèniques. Dans ces composés. RMeCuMgX. les réactifs de Gilman se montrent plus intéressants que les organomagnésiens et les simples organocuivreux.23b – Réaction de couplage avec les acétals. comme les acétals. Toutefois.160) est obtenue sans produit secondaire. 8. y compris s’ils contiennent un groupe ester. des cétals. R2Cu(CN)Li2. les groupes R secondaires et tertiaires aliphatiques peuvent être acceptés moyennant l’emploi de réactifs particuliers. l’emploi de PhS(R)CuLi avec R secondaire permet des couplages avec des iodures d’alkyles primaires. R est un groupe alkyle primaire ou aryle. avec R primaire.156). allyliques. Les éthers ne réagissent pas avec les organomagnésiens (c’est le diéthyléther qui est le solvant le plus utilisé pour leur préparation). les éthers allyliques et vinyliques peuvent réagir. ont un comportement proche des organocadmiens. ou de méthylalkylcuprates de magnésium. En effet. secondaire. benzyliques. en présence de catalyseurs comme le bromure cuivreux. orthoesters et époxydes Les organomagnésiens Les organomagnésiens réagissent avec certains composés ayant une liaison C-O-R. mais pas aromatique.

156 Avec les époxydes.158 OH R(CN)CuLi CH2 R1 C CH2 C O R1 CH2-R C CH2 . O R1 C R2 CH2 + R-Mg-X SN2 R1 OH R H R1 C R2 CH2 R OMgX C R2 Schéma 8. H . Un alcool en résulte (schéma 8. O R1 R2 C O Schéma 8. comme les organomagnésiens (schéma 8.158). et les cuprates.374 Chimie organique R1 C O R2 2 R'OH H R1 R2 OR' OR' R"-Mg-X R1 C C R" OR' . complexés par BF3 substituent un groupe alcoxy de l’acétal par leur groupe R ce qui conduit à un éther. le cycle est ouvert en présence d’un organomagnésien qui peut être aliphatique (primaire. H 2 OR' . rarement tertiaire) ou aromatique.157 CH2 L’attaque a lieu sur le carbone le moins encombré selon un mécanisme SN2.2 EtOH H C R" O R" aldéhyde ayant le même groupe R" que l'halogénure de départ Schéma 8.R'OMgX R C R" OR' H O.2 R'OH R C R" cétone ou aldéhyde O orthoester cétal ou acétal (R =H) R"X Mg R"MgX HC(OEt)3 H orthoformiate d'éthyle OEt C OEt H2O. RCu. Il en est de même des organolithiens. R2CuLi.157). Les composés organocuivreux et cuprates Les composés organocuivreux.R'OMgX R2 éther-oxyde cétone ou aldéhyde (R2 = H) cétal ou acétal R C R'O OR' OR' R"-Mg-X . secondaire.

les anhydrides et esters réagissent avec les organomagnésiens en conduisant à des alcools tertiaires et non pas à des cétones. et mieux encore. pour substituer le groupe OR’ par R” (de R”Li). les organolithiens réagissent avec les esters. RCOOR’. [RCu(CN]Li (qui résultent de l’addition d’un équivalent de cyanure cuivreux CuCN à un équivalent d’alkyllithium dans l’éther à –40 °C). R-COCl + R'SH R"2CuLi pyridine R-CO-R" R-CO-SR' . Par contre. 8. Les réactions de substitution 375 Les organocuprates de lithium. et pour les mêmes raisons. réagissent plus facilement avec les époxydes que les organocuprates R2CuLi. sauf dans des conditions particulières déjà décrites: addition de l’anhydride ou de l’ester lentement à l’organomagnésien.160 .1. la réaction s’oriente vers une addition-élimination avec formation d’alcools tertiaires (schéma 8. dans l’éther ou le THF entre –40 et –78 °C. R2CuCNLi2. car dans le cas contraire. présentent l’intérêt de pouvoir ouvrir les cycles époxydes possèdant des groupes carbonylés (cétones. Cette réaction n’est possible qu’à haute température. esters carboxyliques.159 Les thioesters résultent de la réaction des chlorures d’acides avec les thiols en présence de pyridine (schéma 8. R-COOR' R"Li R-CO-R" OH R C R" R" toluène ∆ 2 R"Li (via RCOR") Schéma 8. contrairement aux organomagnésiens.HCl -40 à -78°C Schéma 8.8. Les cuprates Les réactions des anhydrides et esters avec les cuprates ne permettent pas l’obtention de cétones. les organocyanocuprates de lithium. Les organolithiens Ultilisés dans le toluène à l’ébullition. acides) sans qu’il y ait interaction avec ces groupes. les dialkylcuprates de lithium forment des cétones avec les thioesters. RCOSR’. La présence de BF3 peut les rendre plus actifs. Les organocyanocuprates de formules. basse température. esters.2).8.160).159). La réaction est orientée vers le carbone le moins encombré avec inversion de configuration.23c – Réactions avec les anhydrides. Peu de cétone est produite à partir des amides. amides Les organomagnésiens Comme avec les chlorures d’acides (§ 10. utilisation de solvant comme HMPT.

aldéhyde R = alkyl ou aryl . SEi et SEi’. Il nécessite deux étapes (schéma 8. et d’ordre nul pour le réactif électrophile. La configuration du carbone chargé dans le carbanion résultant peut s’inverser avant de réagir rapidement dans une seconde étape avec un réactif électrophile du milieu.161 8.2.376 Chimie organique Cette réaction de substitution est aussi applicable aux amides N.2 Substitutions électrophiles aliphatiques Réactions moins fréquentes que les substitutions nucléophiles. les substitutions électrophiles aliphatiques font souvent intervenir des composés organométalliques. cétone Schéma 8. On distingue 5 mécanismes de ce type qui sont référencés sous les abréviations SE1. La première consiste en l’ionisation d’une liaison entre un atome de carbone et un groupe potentiellement électrophile qui est le plus souvent un hydrogène rendu acide par la présence en α d’un groupe -I.1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) C’est un mécanisme qui a quelques analogies avec le mécanisme SN1. et la réaction est lente. SE2.161). H+) comme dans l’exemple donné d’un échange H → D.162 . lent base: B E' rapide E' R E' + BE R R E E R + E R E' R + BE Me Et H D-O Ph C C O composé optiquement actif Me Et C C O D-O-D Ph en excès . Une base est nécessaire pour extraire E+ (dans ce cas.OD Ph C C Et O D Ph C C D O Et Me Me mélange racémique + D-O-H Schéma 8.N’-disubstitués (schéma 8. Le résultat est une racémisation. R-CO-N(R')2 R"Li R-CO-R" Si R = H . SE2’.162). 8. La réaction est du premier ordre pour le substrat.

En effet.2. cette condition disparaît dans le cas d’un mécanisme SE1 dans la mesure où le carbanion est plutôt pyramidal. à une inversion de configuration du carbone attaqué. Il a donc quelque analogie avec SN2. Des composés où R est cyclique pourront donc donner lieu à des réactions SE1. sur le plan stéréochimique le résultat est inverse. 8. la substitution selon le mécanisme SN2 conduit. Hg * Cl H H3 C Ph H3C H3 C Ph H3 C Cl C CH2 Hg H3CCO H H C CH2 Hg Cl + Cl-Hg H3CCO H (expérimentalement les deux composés formés contiennent Hg ) Schéma 8. Toutefois.164. il est possible que dans certains cas particulièrement rares une attaque analogue à celle de SN2 conduise à une inversion de configuration. sur un composé chiral.163 Le carbanion qui en résulte peut être carbonaté par l’anhydride carbonique pour former un acide vinylique. il y a rétention de configuration : le carbone est attaqué du côté où se trouve le groupe électrophile E lié à ce carbone.164 * * . O R1 C R2 C R3 Br Li .8.163).2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) Ce mécanisme très rare consiste en un déplacement concerté d’un groupe électrophile par un autre comme dans l’exemple présenté dans le schéma 8. toutefois. Dans ce cas. La cinétique de cette réaction est du premier ordre pour chacun des composés intervenants. Les réactions de substitution 377 Si le passage par un carbocation dans le mécanisme SN1 nécessitait une certaine liberté des liaisons autour du carbone lié à Y pour que la formation d’un plan soit possible.LiBr R1 C R2 C R3 C O (puis H ) R1 C R2 C R3 CO2H configuration maintenue Schéma 8. Un cas particulier de la réaction SE1 est celle effectuée sur des halogénures vinyliques en présence de lithium (schéma 8. Elle est donc d’ordre 2. Dans le cas du mécanisme SE2. la configuration de départ est conservée par le carbanion vinylique.

Dans l’exemple présenté (schéma 8.E-Nu E E' E' R2 R3 R1 C E . H3C C H H3C HO acide acétique protoné H C bromo(but-2-ènyl)mercure CH2 H HgBr H3C CH2 CH CH2 but-1-ène C O + HgBr Schéma 8. La différence se trouve dans la formation d’un composé résultant d’un réarrangement. les produits de la réaction sont formés (schéma 8. ou bien.165).166 . l’acide acétique protoné représente l’eléctrophile.E+ . très rarement.2.2. le groupe nucléophile qui accompagne l’électrophile substituant devienne coordonné au groupe électrofuge.4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) Le mécanisme SEi est un cas particulier du mécanisme SE2. du côté opposé à l’électrofuge avec inversion de configuration de ce même carbone. Par un mécanisme concerté cyclique à quatre centres.3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) Le mécanisme SE2’ est peu différent du mécanisme SE2. Il a été indiqué que les attaques de l’électrophile substituant pouvaient être du même côté que l’électrofuge (groupe électrophile qui est substitué) ce qui conduit à une rétention de configuration du carbone chiral du substrat impliqué dans cette réaction.E+ R1 E' R3 R2 SE2 avec inversion de configuration (très rare) R1 C E' R2 R3 mécanisme concerté SEi Br H C Et Me Hg Br * + Hg Br Br Et H C Me Hg* Br Hg Br Et H C Me * Hg Br + HgBr2 Schéma 8. R1 C R2 R3 E' E R1 C R2 R3 SE2 avec rétention de configuration R1 C R2 R3 E' Nu .165 8. qu’à l’état de transition. ce qui constitue un état de transition cyclique.378 Chimie organique 8. Une troisième possibilité est.166).

Dans le cas de composés aliphatiques. Lorsque les hydrogènes sont peu acides.167 H H C Br CH2 8. Dans ce dernier exemple. t-BuOK.167 (mécanisme concerté à 6 centres). De nombreux exemples parsèment les réactions présentées dans cet ouvrage : les bases les plus utilisées sont les alcoolates alcalins dans les alcools correspondants.168).2. les alkyllithium sont des réactifs de choix. en présence de tétraméthyléthylènediamine (TMEDA). la lithiation peut se poursuivre sur le groupe méthylène en α de la triple liaison. ou dérivé d’un alcyne terminal).5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) C’est le mécanisme SEi auquel s’ajoute un réarrangement moléculaire comme dans l’exemple donné dans le schéma 8. BuLi et de t-butylate de potassium. méthylène ou méthyne activé par un ou des groupes électroattracteurs -I est une substitution électrophile avec transfert d’un proton (schéma 8.6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique RH RH RH RH RH + + + + + MR' NaOEt BuLi NH2K R'MgX Schéma 8. benzylique ou propargylique.2. Me CH H C CH2 Cl HgBr H Cl Me CH C CH2 HgBr H Me H C H + Hg Cl Schéma 8.6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant 8.168 RM RNa RLi RK RMgX + R'H + EtOH + BuH + NH3 + R'H La formation de carbanions (ou d’énolates) par substitution par un atome métallique d’un hydrogène acide d’un groupe méthyle. la réaction est facilitée si le carbanion formé est stabilisé par résonance (carbanion allylique. Les réactions de substitution 379 8.2.8. (CH3)2N-CH2CH2N(CH3)2. et les amidures de sodium ou de potassium dans l’ammoniac liquide. Les hydrogènes vinyliques sont substitués par le potassium sous l’action d’un mélange de butyllithium. . comme base.

si le superacide est deutérié.2. Dans ce cas.380 Chimie organique Note : le mélange n-BuLi + t-BuOK constitue ce qu’on appelle une « Super base ». un échange H→D peut avoir lieu (mécanisme SE1) (schéma 8. SO2 liquide. que ce soit le doublet d’une liaison C-H de CH4 qui retienne le proton. des super-acides comme le mélange acide fluorosulfurique-pentafluorure d’antimoine. dans la lithiation du triphénylméthane.H + D RD Schéma 8.170 CH5 L’échange peut avoir lieu en milieu basique.169 + H Ce marquage est utile pour comprendre le mécanisme de certaines réactions. 8. dans l’anhydride sulfureux. Ainsi. Les composés organométalliques sont peu utilisés pour ce type de réaction. remplacent l’acide sulfurique deutérié. Les hydrogènes peu acides comme ceux des alcanes sont plus difficilement échangés. si une molécule possède des hydrogènes suffisamment acides pour être extraits par un alcoolate.171). entre autres. On peut obtenir un résultat identique avec l’acide tritié. pour R de RLi : allyle > n-butyle > phényle > vinyle > méthyle. FSO3H-SbF5 (mélange appelé acide « magique ») ou HF-SbF5. l’ordre de vitesse croissant est.6b – Échange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) Les hydrogènes acides (par exemple en position α d’un groupe carbonyle.170). Ils interviennent très spécifiquement sur les alcynes terminaux. et si l’alcool utilisé est deutérié. deutérié. Cet ion instable élimine. Il suffit qu’une quantité catalytique de base soit présente. . La facilité de l’échange est dans l’ordre suivant : tertiaire > secondaire > primaire.169). ou allylique) sont échangés avec du deutérium en présence d’acide sulfurique deutérié (schéma 8. H H C H H + H (super acide) H H C H H H H H C H + H2 ion méthanonium Schéma 8. puisqu’il est proposé. ce qui conduit pour le méthane à un ion appelé méthanonium CH5+ (schéma 8. La protonation dans ce cas est exceptionnelle. R. La TMEDA est un ligand dont l’action est de briser la structure polymérique de l’organométallique. Par exemple. l’un ou l’autre pouvant être deutérié. soit une molécule de méthane et un proton. d’une triple liaison. soit une molécule d’hydrogène pour former un carbocation méthyle dont un hydrogène peut être échangé. La nature du groupe lié au lithium joue un rôle dans la vitesse de la réaction. ce qui exalte la réactivité de ce dernier.

Il en est de même pour le brome. à chaud.171 8.αdichloré.HCl R CH Cl O C O C CH3 2 Br2 .8. Dans ces réactions. l’halogénation se fera préférentiellement dans l’ordre suivant : CH > CH2 > CH3. il faut que le groupe méthyne ou méthylène en α de la cétone soit activé par des fonctions environnantes (ester. ou d’autres composés fluorés. le réactif n’est pas le fluor lui-même. Le chlore réagit une seconde fois sur le carbone déjà chloré conduisant à un composé α. Dans certaines de ces réactions.α’-dibromé (schéma 8. Avec le fluor.2. l’orientation de la seconde halogénation apparait différente. le catalyseur intervient pour favoriser la formation d’un énol ou un ion énolate.2 HBr Br R C Br O C CH3 isomérisation H R C Br O C CH2-Br Schéma 8. Si deux carbones portant un ou des hydrogènes sont en position α du groupe carbonyle dans les cétones dissymétriques. les traces d’acides apportées par l’halogène sont suffisantes pour la catalyse. Toutefois. Des polyhalogénations sont possibles.HCl R C Cl R CH2 O C CH3 Cl2 . XeF2.172 . aucun catalyseur n’est ajouté. véritable acteur dans ces réactions. Dans ce cas.6c – Halogénation des aldéhydes et cétones Les aldéhydes et cétones qui possèdent des hydrogènes sur le ou les carbone(s) α peuvent être halogénés par tous les halogènes sauf le fluor en milieu acide ou basique. Catalyse acide La réaction s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique. contrairement à la réaction par catalyse basique. Selon l’halogène. Cl CH3 Cl2 . mais une réaction subséquente d’isomérisation conduit finalement à un composé α. Une monohalogénation est possible. autre groupe cétone…). sauf en milieu basique et s’il s’agit d’une méthylcétone qui sera halogénée sur le groupe méthyle.172). mais le fluorure de xénon. Les réactions de substitution 381 Z CH2 Z' EtO . une seconde halogénation plus difficile peut être effectuée si l’halogène est en excès.EtOH Z CH Z' EtOD Z CHD + EtO Z' Schéma 8. mais dans ce cas.

mais la réaction est plus lente que pour la première bromation. il se forme avec les méthylcétones. Cette réaction a lieu aussi avec le chlore et l’iode et est appelée réaction haloforme. un excès de brome est nécessaire. réaction lente par rapport aux deux étapes suivantes et qui donne la vitesse de la réaction (du premier ordre par rapport à l’acétone). l’acétone est énolisée sous l’action de H+. On comprend alors la raison pour laquelle cette seconde bromation ne sera possible qu’après totale monobromation de la cétone. est un test de la présence du groupe CH3CO (ce qui indique une méthylcétone). Ainsi. Si une seconde bromation est souhaitée. Ensuite.173). la double liaison énolique est attaquée par la molécule de dibrome selon un mécanisme d’addition électrophile (§ 9. Leur présence dans l’action de l’iode sur une cétone en milieu alcalin.4a) : il en résulte ici un carbocation mésomère.382 Chimie organique Le mécanisme de la bromation d’une cétone se fait en trois étapes (schéma 8. Catalyse basique et réaction haloforme En milieu basique. en raison de la présence du brome dont l’effet électroattracteur -I rend l’énolisation plus difficile. Elle subit aussitôt une réaction de substitution nucléophile par la base selon un mécanisme tétraèdrique conduisant d’une part à un anion carboxylate et d’autre part.1. Avec l’iode. conduit d’abord à une tribromométhylcétone. et contrairement à la catalyse acide. composés solides jaunes. O R CH2 C OH R CH C CH3 . au bromoforme. des iodoformes. la déprotonation de ce dernier conduit au composé monobromé.173 OH CH3 H R CH O C C H CH3 R CH Br CH3 O C H CH3 O C CH3 D’abord. Le même mécanisme est renouvelé.Br R CH Br Br Br O R CH Br C H CH3 -H R CH Br Schéma 8. l’arrêt à une monohalogénation est impossible car la présence d’un halogène rend plus acides les hydrogènes α par son effet électroattracteur -I et favorise la formation de l’ion énolate rendant la seconde bromation plus facile que la première. la bromation d’une méthylcétone en présence de soude. Enfin. .

8. H 3C H3 C C N NC CH3 N C CH3 CN AIBN 8. ou de tribromure ou trichlorure de phosphore (schéma 8.175). .Br R CH2 O C CH2 Br H C Br O HO Br Br2 R CH2 C Br C Br Br groupe très électroattracteur -I O R CH2 HO C Br C Br Br O R CH2 C H O Br C Br Br Br R-CH2-COOH + C Br Br R-CH2COO ion carboxylate + H-CBr3 bromoforme Schéma 8.6d – Halogénation des acides carboxyliques La méthode classique pour préparer les acides α-bromés ou chlorés est celle de Hell-Volhard-Zelinsky.2. (non applicable à l’iode et au fluor) qui consiste à traiter l’acide carboxylique ayant au moins un hydrogène sur Cα par le brome ou le chlore en présence de phosphore rouge. initiateur radicalaire. l’AIBN (2. Les réactions de substitution 383 O R CH2 C CH3 méthylcétone O HO R CH2 C CH2 R CH2 O C CH2 O R CH2 C CH2 Br O R CH2 C CH2 Br HO Br2 R CH2 Br O C . s’ils n’ont pas d’hydrogène α sont transformés par l’action du chlore en chlorures d’acides. 1887.2’-azobis(2méthylpropionitrile).174) est peu différent de celui en milieu acide (schéma 8.172). C’est une réaction de type radicalaire puisqu’elle peut être faite aussi en présence de N-chlorosuccinimide et d’un catalyseur.174 Le mécanisme réactionnel en milieu basique (schéma 8. Les aldéhydes.

dans l’acide acétique. Les chlorures d’acides sont iodés en présence d’acide iodhydrique. β. L’iodation est réalisée en présence d’acide chlorosulfonique. le sulfolane. . l’acide malonique. sur la chaîne aliphatique. par une réaction d’échange ce qui permet de poursuivre la réaction d’halogénation jusqu’à épuisement de l’halogène. Le produit formé est donc un halogénure d’acide -halogéné. les positions α. La chloration se fait majoritairement en position α mais peut aussi avoir lieu. en présence de chlorure de lithium dans un solvant polaire. après substitutions de tous les hydrogènes α. Si l’iode est remplacé par un peroxyde organique (réaction radicalaire). ou d’acétate cuivrique. permet aussi de chlorer les acides en position α. Pour ces composés. selon le cas. L’énolisation de ce composé est plus facile que celle de l’acide. La bromation ou la chloration des chlorures d’acides peut se faire par action des N-chloro et N-bromosuccinimide en présence de HCl ou HBr. les dérivés nitrés aliphatiques.384 Chimie organique R CH2 COOH O R CH2 C Br PBr3 R CH2 COBr OH R CH C Br O Br2 O R CH Br O R OH O CH Br C OH R CH2 COOH C Br O + R CH2 C Br + HBr O R CH Br C Br + R CH2 C O R CH2 C Br + Br2 R CH Br C Br + HBr Schéma 8. sont chlorées.. Le chlorure cuivrique. les malonates. il se forme d’abord un halogénure d’acide. CuCl2. La bromation a toujours lieu en position α et cesse dès que tous les hydrogènes α ont été substitués. et un diacide.175 Dans cette réaction. Le chlorure de sulfuryle. lequel réagit en présence d’une nouvelle molécule d’acide pour conduire à un mélange d’acide α-halogéné et du chlorure de l’acide de départ. ce qui permet la réaction d’halogénation dont le mécanisme est peu différent de celui de l’halogénation des cétones. S O O sulfolane ou tétraméthylène sulfone est capable de chlorer en position α les chlorures et anhydrides d’acides et même les acides.. SO2Cl2. la présence de catalyseur n’est pas utile. Cette propriété . Cu(II)OAc2. γ. en présence d’une quantité catalytique d’iode. D’autres composés facilement énolisables peuvent être halogénés : les chlorures et anhydrides d’acides. HSO3Cl. si un peu de chlorure ou d’anhydride de l’acide est présent.

6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide La réaction de Friedel et Crafts. entre autres. . pour conduire à des acides aliphatiques α-halogénés. mieux connue pour les cycles aromatiques (§ 8.4. ce qui représente une autre voie d’accès à ces composés.176 La fluoration des acides a été réalisée à –78 °C par un mélange de fluor et d’azote. AlCl3 ou ZnCl2.2. 1877 (schéma 8.177). COOH R CH COOH dérivé substitué de l'acide malonique Br2 COOH ∆. ils sont décarboxylés par chauffage (schéma 8. .6e – Sulfonation d’aldéhyde.8. libère un ion acylium.178). L’halogènure d’acide en présence d’un acide de Lewis. car après halogénation. 8. cétones et acides carboxyliques ayant un CαH sont sulfonés par l’anhydride sulfurique en milieu neutre.177 8.176). cétone et d’acide carboxylique Les aldéhydes. Les esters et amides peuvent être fluorés par la même méthode. Il est vraisemblable que le mécanisme impliqué dans cette réaction soit comparable à celui de la bromation des mêmes composés.1d) a lieu aussi avec les alcènes : un groupe RCO provenant d’un chlorure d’acide substitue un hydrogène d’un carbone éthylènique.CO2 R CBr COOH R-CHBr-COOH Schéma 8.2. R R' C H C R" O R C R' C R" OH SO3 SO3 R C R' C O R" H R SO3H C R' C O R" Schéma 8. RCO+. Les réactions de substitution 385 est particulièrement intéressante pour les dérivés substitués de l’acide malonique. via la forme énolique (schéma 8.

β-insaturée.179). une cétone α. ce qui conduit de nouveau à une cétone α. Une seconde possibilité de réaction du carbocation (C) est l’addition d’un ion halogénure provenant du milieu avec formation d’une β-halo cétone (addition qui suit la règle de Markownikov). malonate d’éthyle.179 H POCl3-DMF R1 C R2 C C O R3 8. acétylacétate d’éthyle) effectuent un couplage avec les sels d’aryldiazonium en présence d’une .β-insaturée R R1 R2 C X C C O H H . H R1 C R2 C R3 Schéma 8. s’applique aux alcènes ce qui conduit à leur formylation (schéma 8.2.6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium Les composés aliphatiques à hydrogènes acides de formule générale Z-CH 2-Z’ avec Z et Z’. Les anhydrides d’acides peuvent remplacer les halogénures d’acides. AlCl3X R1 -H C C R C O R R1 C R2 C C O H H (B) R2 H cétone α. Les éthers vinyliques RO-C(R1)=C(H)(R2) sont acylés par les chlorures d’acides aromatiques en présence d’un catalyseur au palladium et d’une base. suivie selon les conditions de la réaction. d’une élimination d’une molécule d’halogénure d’hydrogène. (par exemple.386 Chimie organique RCOX + AlCl3 R C O R1 C R2 C H (A) H RCOX. le plus stable. donc le plus substitué par des groupes alkyles (A) : le groupe acyle est donc sur le carbone de l’alcène le moins substitué. action de POCl3 et du DMF. isolable. AlCl3 RCO. La réaction de Vilsmeyer-Haack (mécanisme § 8. Ce carbocation peut perdre un proton de CαH pour reformer une double liaison conduisant ainsi à un composé stable résonnant. C’est alors un mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique (§ 8.4. groupes électroattracteurs par effet -I.1.178 L’alcène attaque l’ion acylium pour former le carbocation.1g).HX +X carbocation le plus stable (C) addition selon la règle de Markownikov Schéma 8.β-insaturée (B).2) de nature équivalente à celui décrit pour les substitutions nucléophiles mais avec une charge positive à la place d’une charge négative. au même titre que les acides carboxyliques en présence de HF-SO4H2 ou l’acide polyphosphorique.

par prototropie. le groupe acyle (pour une cétone) ou carboxyle (pour un acide) est extrait de la molécule ce qui fournit finalement une hydrazone dont l’hydrolyse délivre une cétone. C’est la réaction de Japp-Klingemann (1887). c’est le groupe carboxyle qui est partant.181.181).182) par le même mécanisme que celui donné dans le schéma 8. Il se forme un composé azoïque instable qui. un acétate alcalin. Les réactions de substitution 387 base. Le passage au tautomère n’étant pas possible par manque d’hydrogène. dans une solution aqueuse de soude à 0 °C. H C O + R Schéma 8. Les β-céto esters cycliques donnent lieu à une ouverture du cycle (schéma 8. le plus souvent. COOH. NO2 ou Cl. .180).181 Z N Ar NaOH C N N R + CH3COONa Ar H H C N N R Z Ar CO-CH3 + CH3COOH NH3 NH Ar Quand les groupes acyle et carboxyle sont présents. se transforme en un tautomère.180 La même réaction effectuée sur des composés de la forme Z-CH(R)-Z’. Dans le cas où les groupes sont aroyle et carboxyle. Z R CH + ArN2 NaOH R Z C N COCH3 HO H C N N R Z Z Ar H2O.8. conduit aussi à un composé azoïque (schéma 8. avec R = alkyl. Les composés β-dicarbonylés et les β-céto acides forment des arylhydrazones de composés α-dicarbonylés. une arylhydrazone (schéma 8. Z CH2 Z' base -H Z H C Z' N≡N Ar H Z C N N Ar Z' composé azoïque Z + ArN2 base -H C N-NH-Ar Z' arylhydrazone tautomérie Schéma 8. le groupe partant est le groupe acyle. et Z ou Z’ = COR.

4.2. en présence de 2.184). . en présence d’une base alcaline. La réaction débute par la formation d’un carbanion qui attaque le groupe azido du réactif. plutôt amidique. CH3SO2N3.6-((CH3)2CH)3C6H2SO2N3 et de potasse.6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide Certains azides comme le tosyl azide. le méthanesulfonyl azide. et non pas à un composé diazo. ont la propriété de réagir.4.182 8. Z CH2 Z' TsN3 NaOH Z C N Z' composé diazo N + TsNH Z CH2 Z' NaOH Z H C Z' Na N N N Ts Z C Z' H N N N Na Ts Z C N Z' + TsNH N Schéma 8.388 Chimie organique O H2C H2C C CH C H2 COOEt + ArN2 NaOH puis H H2C COOH H2C H H2C C N N Ar COOEt (conditions douces) Schéma 8. avec un groupe méthylène activé par deux groupes Z à effet électroattracteur -I formant un composé diazo. souvent par catalyse de transfert de phase. et non de soude. conduit à un transfert du groupe azido. 2. p-(CH3CONH)-C6H4SO2N3.183 Cette réaction effectuée sur un groupe méthylène seulement activé par un groupe Z (schéma 8.183). p-CH3C6H4-SO2N3.6-triisopropylbenzènesulfonylazide. le p-acétamidobenzènesulfonylazide. Il s’ensuit un mécanisme cyclique qui conduit au composé diazo et à un ion amidure (schéma 8.

184 R iPr SO2 iPr R' HC CO N R" K N3 8.185).2.2.185 R' Tos-CN H C CN + Tos Li C O R 8. choisie en fonction de l’environnement du groupe carbonyle (schéma 8. Les méthylcétones réagissent difficilement. Les réactions de substitution 389 iPr SO2N3 iPr R CH2 CO N R' R" KOH R CH CO N R' K R" iPr iPr Schéma 8. -78°C R' H C C O R Li Schéma 8. R' CH2 C O R iPr2NLi THF. -78°C R' H C C O R Li R' H C C R O ClSi (R)3 . Ils peuvent être obtenus par actions de divers halosilanes sur l’énolate formé par action d’une base qui peut être très variée. p-CH3C6H4SO2CN. Un β-céto nitrile est ainsi formé (schéma 8.8.Cl R' H C C R éther d'énol silylé O Si(R3) Schéma 8.6i – Cyanation d’un méthylène activé Les groupes méthylènes en position α d’une cétone peuvent être substitués par un groupe CN sous l’action de p-toluènesulfonylnitrile. après avoir formé l’énolate par action de iPr2Nli. R' CH2 C O R iPr2NLi THF.186 .6j – Formation d’éthers d’énols silylés Les éthers d’énols silylés sont très souvent utilisés en synthèse.(LDA). La base forte la plus utilisée est le diisopropylamidure de lithium (LDA).186).

l’alkylation a lieu sur le CαH le moins substitué de la cétone de départ (contrôle cinétique).187 Cette méthode a aussi ses limites puisqu’elle n’est utilisable qu’avec des halogénures activés. Des réactions secondaires sont possibles comme les dialkylations. benzyliques et propargyliques.2c et 6. la cétone est d’abord transformée en énamine par réaction avec une amine secondaire cyclique (§ 10. accompagne le triméthyliodosilane. 8. 8. Me3ISi.14. Une hydrolyse rétablit le groupe carbonyle.H 2O R C N C H R' R C N énamine C H R' R"X R" H2N + R C CH O R' R" H2O H R C N C H R' R C N R" C H R' O N H pipéridine N H morpholine N H pyrrolidine Schéma 8. comme les halogénures allyliques.1.15.6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork.2. avec formation d’un carbanion et addition d’un halogénure (§ 8. à la fois pour des cétones et des aldéhydes. ce qui produit un sel d’iminium. mais n’est pas applicable aux halogénures aliphatiques primaires et secondaires qui conduisent à des N-alkyl amines.390 Chimie organique En conditions douces. plus particulièrement avec les énamines dérivées d’aldéhydes. mais plus souvent l’hexaméthyldisilazane (Me3Si)2NH. Et3N peut être la base. la pipéridine ou la morpholine (schéma 8. et aux époxydes.2b. et encore moins aux tertiaires qui subissent une élimina- . Pour éviter ce problème. les α-halo éthers et esters. Ces énamines stabilisées par résonance sont ensuite traitées par un halogénure.3) comme la pyrrolidine.2. les halogénures d’aryles activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M.187).18c). Dans la majorité des cas.6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H Voir les paragraphes 6. HN R C CH2 R' O . 1954) L’alkylation des cétones sur CαH ou CαH2 s’effectue le plus souvent par une réaction de substitution nucléophile. lui aussi stabilisé par résonance.

Les réactions de substitution 391 tion. . mais à une bromation de l’ènamine.CHO phosgène-diméthylformamide (DMF) chloroformiate chlorocyanogène sel de nitrilium . Toutefois.7). Par cette réaction divers groupes peuvent être introduits selon le réactif utilisé (figure 8. pour ces derniers.8. (RCO)2O chlorures et anhydrides d'acides HCO-O-COCH3 COCl2-(CH3)NCHO ClCOOR ClCN R C N R' anhydride acétique formique -CO-R .188 R' Une modification de cette réaction (méthode via un sel d’énamine) permettant de substituer les cétones par des halogénures aliphatiques primaires ou secondaires en évitant la N-alkylation par une gêne stérique est la formation d’un organomagnésien dans le THF à partir de l’ènamine.COOR -CN R' C R N Figure 8. puis de l’hydrolyse (schéma 8. sauf les halogénures tertiaires. Les mécanismes de ces réactions sont semblables à ceux présentés pour les halogénures (schéma 8. suivie de l’addition de l’halogénure. COR" R C N C H R' R C N C H R' R"COCl R C N C H R' R C N COR" C H R' H 2O H R" C O H2 N + R C CH O Schéma 8.7 Il faut noter que le bromocyanogène conduit non pas à une substitution par le groupe cyano. contrairement au chlorocyanogène. l’utilisation d’un organomagnésien (voir ci-après) ou la formation d’une énamine dérivée de butylisobutylamine permet l’alkylation. RCOCl.189).188).

CH2 R C N C H CH C N R' CH2 R C N C H R' CH C N R C N CH2 C H R' CH C N H2O. cette réaction est mise à profit pour former le sel d’iminium. H H N H + R C O Schéma 8.190 CH2 C H R' CH2 C N 8.2.H2O R C CH2 R' N R" R C CH NH R" R"'MgX .2) avec les alcènes activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M.190).2. l’hydrolyse de l’adduit fournit une cétone substituée en position α par CH2-CH2CN. Par exemple.7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal RX RX + + M 2M RMX RM + MX ( CH3I (BuCl + Mg + 2Li CH3MgI) BuLi + LiCl) Schéma 8.392 Chimie organique R C CH2 R' O R"NH2 .189 R' R"'X R C CH N MgX R" R' Dans la mesure où les énamines réagissent très bien selon la réaction d’addition de Michael (§ 9.R'"H R' R'" R C CH O R' H2O X R R'" C CH N MgX R" Schéma 8. une cyanoéthylation (schéma 8.191 . avec l’acrylonitrile CH2=CH-CN.7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants 8.

naphtalène Schéma 8.2-dihalogéné est mis en réaction. éther ou THF + Mg . Plus le nombre d’atomes de carbones augmente. un organomagnésien Br-CH2-CH2-CH2MgI peut être obtenu. Souvent. Le cas des composés dihalogénés est plus compliqué. d’autres solvants ont été utilisés comme des amines tertiaires.Mg naphtalène-magnésium ou naphtalènure de magnésium CH2Br C10H8. En quantités stœchiométriques. . le diéthyléther.191). Ces composés ne sont pas isolés et leurs solutions sont immédiatement mises en réaction ou conservées à basse température. CH3O-CH2-CH2-OCH3.192). Toutes les réactions de préparation et de réaction des organomagnésiens s’effectuent en milieu totalement anhydre et sous atmosphère d’azote. le magnésium en fins copeaux réagit dans l’éther ou le THF anhydre avec divers halogénures aliphatiques primaires. Une réaction secondaire souvent observée est le couplage: 2RX + Mg → R-R + MgX2. Si les halogènes sont différents et éloignés d’au moins trois carbones. à condition d’ajouter au milieu une amine tertiaire dont le rôle est de complexer l’organomagnésien. ou le THF. une réaction d’élimination a lieu.Mg THF . Si le composé est I-CH2-CH2-CH2-I. on leur préfère les analogues chlorés.192 CH2MgBr Outre le diméthyléther. Les réactions de substitution 393 La réaction d’un halogénure sur un métal peut conduire à un composé organométallique appelé composé de Grignard (1900) (schéma 8. dont la réactivité en fonction de l’halogénure diminue dans l’ordre suivant : RI > RBr > RCl. secondaires ou tertiaires. plus la réaction devient difficile : CH3I > C2H5I > C3H7I… Dans la mesure où les iodures d’alkyles tertiaires peuvent donner lieu à une réaction d’élimination. il se forme un dimagnésien IMg-CH2-CH2-CH2MgI. Les chlorures aromatiques comme les halogénures vinyliques nécessitent le THF comme solvant. Si un composé 1. Mg (solution verte dans l'éther) C10H8. benzène ou toluène. Le cas le plus important est la préparation des organomagnésiens. Les iodures et bromures aromatiques réagissent comme les halogénures aliphatiques. Les fluorures d’alkylmagnésium RMgF sont obtenus par reflux des fluorures d’alkyles avec le magnésium dans le THF pendant plusieurs jours en présence de quantités catalytiques d’iode ou de bromure d’éthyle. On peut y ajouter les solvants aromatiques. par exemple Br-CH2-CH2-CH2-I. le diméthyléther de l’éthylène glycol. Les organomagnésiens benzyliques et allyliques sont mieux préparés à partir de naphtalène magnésium (résultant de l’action du naphtalène sur le magnésium dans le THF) (schéma 8.8. la réaction est débutée en ajoutant quelques gouttes d’iodure de méthyle ou du dibromoéthane.

à fortes concentrations. euxmêmes en équilibre avec leur complexe. L’évaporation de l’éther déplace l’équilibre de Schlenk vers la droite avec obtention à sec de R2Mg et MgX2 (l’addition de dioxane à la solution étherée donne le même résultat).193 Cet équilibre est fonction de la nature de l’halogénure. soit des composés carbonylés. mais il est toutefois possible d’obtenir à partir de RCHBr2 . NH2. L’organomagnésien préparé à partir de simples halogénures aliphatiques est sous forme monomère à faibles concentrations (environ 0. COOH. les composés gem-dihalogénés réagissent mal. avec R2Mg (dialkylmagnésium. bromure ou iodure de magnésium). du solvant.394 Chimie organique Enfin. appelé équilibre de Schlenk.5M). uniquement sous forme de dimères.7). l’organomagnésien RCH(MgBr)2. . RMgBr et RMgI forment des polymères. de la concentration. Il est important de rappeler ici que les organomagnésiens RMgX font en réalité partie d’un équilibre (schéma 8.12. dans les conditions classiques de préparation des organomagnésiens. Le mécanisme complexe SET qui intervient dans la formation de l’organomagnésien a été présenté (voir § 6.194 rappelle quelques réactions essentielles des organomagnésiens. etc. Seuls. Si la concentration augmente dans l’éther (c > 0. Chacun des composés qui forment cet équilibre est coordiné à deux molécules d’éther.MgX2 R Mg X R1 O R2 R Mg R R1 O R2 X Mg X R1 O R2 Schéma 8. nitrile. Le schéma 8. et de la température. puis trimères. l’équilibre de Schlenk est déplacé vers la gauche et RMgX est quasiment le composé unique. -C≡CH… qui devront donc être présentes sous formes de sels. groupe nitro… Les doubles et triples liaisons (sauf terminales) ne gênent pas la formation de l’organomagnésien. par exemple) et MgX2 (chlorure.1M) dans l’éther et à toutes concentrations dans le THF. Il s’agit soit des fonctions à hydrogène acide : OH.193). 2 RMgX R1 O R2 R2Mg R1 O R2 + R1 MgX2 O R2 R2Mg. les organomagnésiens chlorés restent. dimères. Lorsqu’un organomagnésien d’halogénures aliphatiques est préparé dans la triéthylamine. La présence de certaines fonctions peut nuire à la préparation de l’organomagnésien : celles avec lesquelles il réagit normalement.

. formiates RMgX + R'X halogénures R-R' + MgX2 Schéma 8. selon la nature de R' cétones ou aldéhyde si R = H. Un cas particulier est le tbutyllithium qui est un monomère dans le THF.8. ils forment des aggrégats de six molécules. Dans le benzène et le cyclohexane. et dans l’éther. Ce sont des composés solubles dans le benzène et de nombreux autres solvants organiques. Cette propriété est une conséquence du caractère particulier « ioniquecovalent » de la liaison C-Li. celles avec les halogénures métalliques qui permettent la préparation de divers organométalliques. Les réactions de substitution 395 R'CHO aldéhydes R(R')CHOH alcools secondaires R'CN nitriles R'COR" cétones R(R')(R")COH alcools tertiaires R'C(OR")3 RMgX orthoesters RCOR' cétones R'COX chlorures d'acides HC(OR')3 R2R'COH alcools orthoformiates RMgX (R'CO)2O anhydrides d'acides HCOOR' formiates RCHO aldéhydes H2 C O CH2 R-CH2-CH2-OH alcool primaire RMgX + CO2 RCOOH acides carboxyliques oxirane RMgX + R'COOR'' esters R-CO-R' RMgX R2R'COH alcools secondaires ou tertiaires. sont préparés par action d’un halogénure (chlorure le plus souvent) sur le lithium.2.194 Il existe de nombreuses autres réactions des organomagnésiens et en particulier. Les alkyllithiens. Les alkyllithiums sont toujours sous formes d’aggrégats de plusieurs molécules dans les solvants. contrairement aux sels de potassium ou de sodium qui y sont insolubles ou fort peu solubles. Il est en aggrégats de deux et quatre molécules. respectivement. sous azote. dans l’éther et dans les solvants hydrocarbonés. Dans la mesure où cette réaction est difficile.10f). par exemple : 4 C6H5MgX + SnCl4 → (C6H5)4Sn + 4 MgXCl (présentées au § 8. RLi. divers aggrégats de deux à cinq molécules pour les composés où R est un simple groupe aliphatique. dans l’hexane. l’échange halogène-métal est mis en œuvre (BuLi + RX → RLi + BuX).

CO2 Ar C H composé aromatique Schéma 8.4) qui retient le cation métallique augmente la vitesse de la réaction.γ-insaturé C C C COOH acide malonique et ses dérivés substitués .CO2 H C COOH nitrile acide CN C COOH α-nitro acide .CO2 C CN H NO2 C COOH .8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné 8. les acides trihaloacétiques. La décarboxylation des acides est l’inverse de l’addition d’un carbanion sur l’anhydride carbonique. Les acides β. X3C-COOH.CO2 C C C H alcène COOH C COOH α-cyano acide . comme les acides aromatiques (§ 8. et les α-céto acides sont décarboxylés par chauffage. Ar.195 Les acides aliphatiques ne sont pas décarboxylés dans ces conditions sauf l’acide acétique sous forme de sel.2. .8a – Décarboxylation d’acides Les acides ayant en position α un groupe électroattracteur -I comme NO2.195). acide acétique CH3COOH X3C-COOH C C O COOH .4. la présence d’un éther-couronne (figure 7.CO2 .γ-insaturés éthylèniques peuvent aussi être décarboxylés par chauffage en présence de cuivre et de quinoléine. haloforme C C O H cétone acide trihaloacétique β-céto acide acide β. et en présence d’une base : il se forme du méthane.CO2 NO2 dérivé nitré C H α-aryl acide Ar C COOH . libres. ceux qui sont éthylèniques ou acétylèniques. méthane X3CH. COOH.2. CN.1m).396 Chimie organique 8.CO2 CH4. Dans ce dernier cas.CO2 . ou sous formes de sels (schéma 8.

RCOCH(R1)(R2).8.CO2 R C O CH2 R C O CH3 H Schéma 8. mais dans la plupart des cas. neutralisation par un acide faible.199).198). Le passage de l’ester RCO-C(R2)(R3)-COOR’ à la cétone ou décarbalkoxylation en conditions acide. Un mécanisme cyclique à six centres est le plus classique pour les acides libres ce qui explique pourquoi la réaction est peu sensible à la polarité du solvant ou à la présence ou non d’acide minéral (schéma 8. Les réactions de substitution 397 Sous forme de sels.196). . une autre réaction a lieu : elle conduit à la rupture de la liaison α-β par rapport à la fonction carboxyle (schéma 8. en sont le résultat. est présent en position γ de l’acide comme dans l’acide trifluoroacétylacétique. extraction par l’éther à 0 °C et évaporation sous vide. Il se forme alors un sel d’acide RCOOH ou un ester RCOOR’ à côté d’un sel de l’acide CH(R1)(R2)COOH ou l’ester CH(R1)(R2)COOR’ selon la base utilisée (schéma 8.197) : une cétone. une solution alcoolique concentrée de potasse. en conditions basiques fortes. des conditions expérimentales particulièrement douces pour l’hydrolyse sont nécessaires : soude très diluée. Le mécanisme SE1 est favorisé par la présence de groupes électroattracteurs en α du groupe carboxyle car ils stabilisent le carbanion. Ils sont préparés.196 Le cas des β-céto acides est particulièrement intéressant. par hydrolyse de leurs esters. composé qui peut être distillé sans décomposition.R'OH R C O R1 C R2 COOH . le β-céto acide n’est pas isolé car il se décarboxyle dans les conditions normales de la réaction. de l’anhydride carbonique et un alcool R’OH. le plus souvent.197 Par contre.CO2 R1 R C C H O R2 Schéma 8. neutre ou très faiblement basique conduit à une rupture de liaison entre la fonction ester et le Cα (schéma 8. ou d’alcoolate. Pour obtenir les β-céto acides. sauf si un groupe attracteur. CF3COCH2COOH. R1 R C O C R2 COOR' hydrolyse acide . comme CF3. le plus souvent. le mécanisme de la décarboxylation peut être SE1 ou SE2. H2 C C O H C O R O ∆ .

398 Chimie organique R1 R1 R C O C R2 COOR' R'O RCOOR' + HO RCOO + H-C R2 R1 COOR' . appelée rétro-Claisen.4. HO R C O R1 C C R' R R2 O HO C O R1 C C R' RCOOH + R2 O R1 C C R' R2 O R1 RCOO + H C C R' R2 O Schéma 8.2).198 C’est la réaction inverse de celle de Claisen (§ 10.200 .199 R1 COOR' RCOOR' + C R2 R'OH COOR' ester β-cétonique COOR' + R'O En présence de base alcaline.200). les β-dicétones conduisent à un résultat semblable avec formation d’une cétone et d’un sel d’acide (schéma 8. R'O R C O R1 C R2 COOR' R R'O C O R1 C R2 R1 H C R2 Schéma 8.R'OH RCOO R1 + H C COO R2 H C COOR' R2 (rétro-Claisen) Schéma 8.

en présence d’eau.201 H C O R1 C R2 énol H C O H 8. à une réaction avec retrait d’un des groupes substituant la cétone et formations d’un alcane et d’un acylamidure qui.8b – Réaction haloforme Cette réaction a été présentée lors de l’halogénation des méthylcétones (§ 8.202).CO2 R1 CH R2 aldéhyde Schéma 8. traitées par l’amidure de sodium donnent lieu.203). C’est la réaction de Haller-Bauer (1909). La benzophénone n’est pas affectée par cette réaction. bromoforme.2. .8c – Réaction d’Haller-Bauer Les cétones non énolisables. R1 R2 C O C H R1 O H R2 C O H C H O R2 R1 C C O H H C O C O C O O acide glycidique .201) (voir aussi réaction de Darzens (§ 10. Par contre. n’ayant pas de CαH. et plus particulièrement celles de la forme ArCOC(R)3. iodoforme) est une substitution électrophile aliphatique (COR est remplacé par H) (schéma 8. X3C C O R HO X3C + RCOOH X3CH + RCOO Schéma 8.2.8. Les réactions de substitution 399 Les acides glycidiques conduisent à des aldéhydes par décarboxylation (schéma 8.6).202 8. la p-méthoxybenzophénone conduit au p-méthoxybenzamide. par chauffage dans un solvant aromatique.4. fournit un amide (schéma 8.2.6c). La seconde partie de la réaction qui conduit à un haloforme (chloroforme.

cas général.2. si l’acide utilisé est l’acide chlorhydrique.203 Les cétones cycliques sont ouvertes. des éliminations de protons avec formation d’alcènes.204. La configuration relative du groupe R ou R’ dans l’alcane formé est conservée. Par exemple. ce qui peut s’expliquer par le schéma 8.2. . à 28 % de propène et des chlorures d’isopropyle et de propyle. les produits obtenus sont des mélanges d’alcools et d’alcènes isomères et d’autres composés divers selon la nature de l’amine. la n-propylamine conduit par cette réaction à 7 % de n-propanol. des réactions avec le milieu… Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau. 32 % d’isopropanol.9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines L’action de l’acide nitreux sur les amines primaires aliphatiques ne conduit à des sels de diazonium qu’à un pH inférieur à 3. Les cétones aliphatiques dissymétriques donnent un mélange de deux amides.400 Chimie organique R C O R' + NH2 ∆ et RH + R'-CO-NH R'H + H2O R'-CO-NH2 R-CO-NH2 NH2 R C O R' R NH2 C O NH2 R' NH2 R NH C O R' H2O RH + H2N C O H2N R' R'H + O C R Schéma 8. Ces sels sont instables car N2+ est un excellent groupe partant ce qui favorise la formation d’un carbocation qui peut effectuer des réarrangements. 8.9 – Substitutions électrophiles aliphatiques de composés azotés 8.

204 Des composés cycliques accompagnent parfois les composés cités.206). qu’à des températures inférieures à 5 °C sauf s’ils sont complexés par des éthers-couronnes (figure 7. COR ou COOR en position α du groupe amino. HCl EtOOC CH2 NH2 EtOOC CH H N N EtOOC CH N N glycinate d'éthyle diazoacétate d'éthyle Schéma 8.4). Les sels de fluoroborates ArN2+.205). Le glycinate d’éthyle est converti en diazoacétate d’éthyle par action de l’acide nitreux (schéma 8. Lorsque l’amine possède un groupe électroattracteur -I comme CN. CHO. La perte d’un proton est favorisée par rapport à la perte de N2. il y a racémisation si l’amine de départ est optiquement active mais il existe des cas où la rétention de configuration est majoritaire. NaNO2. Ils pourraient provenir d’une attaque électrophile interne du carbocation.H réarrangement H3C CH H3C H3C H3C CH3-CH2-CH2-OH n-propanol propène CH3-CH2-CH2-Cl chlorure de propyle H3C CH Cl H3C chlorure d'isopropyle X H2O CH OH2 .H H3 C CH OH H3C isopropanol Schéma 8. N2 .H H2C C H2 CH2 La stéréochimie de ces réactions est très variée selon le type d’amines et les conditions expérimentales. et BF3. la réaction ne conduit pas à un sel de diazonium mais à un composé diazo.207) mais ils ne peuvent être gardés. . H CH2 H 2C Schéma 8. ces sels ne sont pas isolés. Les réactions de substitution 401 R-NH2 -H Cl NaNO2 HCl R N N.205 CH2 . Cl R + N2 + Cl H3C CH CH2 CH3-CH2-CH2 H2O CH3-CH2-CH2OH2 . ArF. mais le plus souvent. comme dans le cas du carbocation propyle qui peut se cycliser en cyclopropane par élimination d’un proton (schéma 8.8.206 Les amines primaires aromatiques comme l’aniline forment des sels de diazonium à un pH de 1 en raison de leur plus faible basicité par rapport aux amines aliphatiques qui est le résultat de la résonance du groupe amino avec le cycle aromatique.sont stables et peuvent être isolés : ils se décomposent par chauffage en fluorures d’aryles. pour la plupart. BF4. Dans la plupart des cas. Les sels de diazonium sont aussi stabilisés par résonance avec le cycle aromatique (schéma 8.

finalement.209). Donc. NaNO2 + HCl nitrite de sodium HNO2 + NaCl acide nitreux (température < 5°C) 2 HO-N=O N2 O 3 + H 2O trioxyde d'azote N2O3 NO + NO2 H R N N O H (A) N (B) N O tautomérie R N N (C) R N N + H2O OH + NO2 R-NH2 H R N H + N2O3 amine primaire libre N O -H R N H R N N OH + H R N O H H sel de diazonium Schéma 8.208 N N N Dans les réactions de diazotation. R1 R2 N N N R1 R2 Schéma 8.209 .402 Chimie organique N N N N formule limite la plus contributive N N N N N N Schéma 8. Les groupes électrodonneurs +M comme -N(R2) stabilisent ces sels d’aryldiazonium (schéma 8. deux molécules d’acide nitreux forment le trioxyde d’azote.207 La présence de groupes divers sur le cycle aromatique n’empêche pas la réaction. c’est NO+ qui est le vrai réactif de cette réaction. Il attaque l’amine avec production d’anion nitrite et du composé A (schéma 8. N2O3.208). ce composé réagit comme l’ensemble : NO+ + NO2-H. à côté d’une molécule d’eau.

9b – Nitrosation des amines secondaires L’action de l’acide nitreux sur les N-dialkyl. L’élimination d’une molécule d’eau donne naissance au sel de diazonium. se comporte comme NO+ ce qui permet de l’utiliser dans ces réactions à la place de l’acide nitreux. Les réactions de substitution 403 Ce dernier élimine un proton pour former le composé B qui se tautomérise en composé C. . insolubles dans les solutions aqueuses acides (nécessaires à la formation de NO2H). mais dans ce cas. Les hydrazines et les acylhydrazines ou hydrazides sont respectivement transformées par l’acide nitreux en azides et acylazides (schéma 8. aryl hydrazine R N N azide N R = R'CO acylhydrazine ou hydrazide acylazide 2 NO2H R NH H R N N H H NH2 + N2O3 + H2O N O N2O3 H R N N H H NO N O + NO2 N O R N N H H N O H R N N H N O H H R N N H N O H H Schéma 8. tétrafluoroborate de nitrosyle. Il faut remarquer que dans ces réactions.210). pourtant en milieu acide. après attaque de NO+ et retrait du proton. Le mécanisme est identique à celui des amines primaires. Le milieu acide le protone sur l’oxygène. 8. RCONHR’. arrête la réaction à ce stade.210 R N N N Le réactif NOBF4. diaryl ou alkylarylamines secondaires conduit à un composé N-nitroso. Les nitrosamines sont aussi obtenues par action du chlorure de nitrosyle NOCl sur les amines secondaires. c’est l’amine libre non encore salifiée qui réagit. le manque d’hydrogène sur l’azote.8. L’action de l’acide nitreux et de NOCl peut s’appliquer aussi à des amides secondaires.2. NaNO2 + HCl R NH NH2 R = alkyl.

211 Certains gaz comme N2O3. O R1 N R2 CH2 R3 + N O amine tertiaire R1 N N R2 R1 CH H R1 R2 NH2 + O=CH-R3 aldéhyde R3 HNO + R2 N CH R3 R1 N R2 CH R3 H 2O R1 N NO R2 nitrosamine NO R1 NH + H R2 Schéma 8. Si l’amine de départ ne contient qu’un groupe méthyne en position α de l’azote.213).212). neutralisée par la soude. à côté d’un aldéhyde (schéma 8. la réaction de l’acide nitreux à chaud conduit à un sel d’amine secondaire qui est immédiatement nitrosé. c’est une cétone qui est obtenue à la place de l’aldéhyde. N2O4 permettent la nitrosation des amines secondaires en milieu basique.9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires Les amines tertiaires forment des sels avec l’acide nitreux à froid (schéma 8. Il en est de même des nitrites d’alkyles RON=O (schéma 8.HCl R1 N N R2 O R-CO-NH-R' nitrosamine NOCl . 8. R1 N R2 CH2 R3 NO2H R1 NH CH2 R3 .HCl R-CO-N-R' NO N-nitroso amide N2O3. Les nitrosamines chauffées en présence de phénol et de quelques gouttes d’acide sulfurique forment une solution verte qui. Attention : les nitrosamines sont des composés cancérogènes puissants.211). solubles dans l’eau.H2 O NOCl . ON=O T > 5°C R2 Schéma 8.2.404 Chimie organique R1 NH R2 NO2H . devient bleue : c’est le test de Liebermann (1874).213 . spécifique des amines secondaires.212 Si l’amine contient au moins un groupe méthylène en position α de l’azote. N2O4 ou RONO Schéma 8.

H2O Ar N N Ar' diphényldiazène ou azobenzène Schéma 8. Ar-NH2 + O=N-Ar' H N H Ar-N=N-Ar' + H2O diaryldiazène Ar NH2 + O N Ar' Ar N O Ar' Ar N H N O H Ar' . R-NO + R'NHOH R-N=N-R et R-N=N-R' et R'N=N-R' O Schéma 8. Une réaction permet de préparer des composés azoxy aliphatiques ou aromatiques par action de composés nitrosés sur les hydroxylamines. comme celle de l’oxydation par l’oxyde de mercure des N.2. peroxyde d’azote.214 N O 8.214). fournissent des résultats semblables. Dans le composé azoxy. non pas sur l’azote.217). la position de l’oxygène n’est pas liée à la nature des réactifs. ArNO + Ar'NHOH ArNHOH + Ar'NO Schéma 8.8. Les amines tertiaires ArN(R)2 avec R = alkyle. mais à celle des groupes R et R’ des composés de départ (schéma 8. R N R R R N R N R NO2H R N R Schéma 8. mais sur la position para activée du cycle (schéma 8.217 .215 C’est une bonne méthode de préparation des composés azo.216).216 O O Il est vraisemblable qu’une réaction préliminaire a lieu qui permet l’échange des groupes R et R’ entre dérivé nitroso et hydroxylamine (schéma 8. sont nitrosées.215).9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines Les amines aromatiques primaires réagissent avec les composés nitrosés aromatiques dans l’acide acétique glacial (anhydre) pour former des composés azo (schéma 8.N’-diarylhydrazines Ar-NH-NH-Ar’. Les réactions de substitution 405 L’acide nitrique en présence d’anhydride acétique ou l’action de N2O4.

O NH O succinimide O ClONa N Cl O N-chlorosuccinimide (chlore à caractère positif) O RNH2 NH O N-chloramine + RNH-Cl Schéma 8. NaBrO 2.2 HO Ar N N Ar 8. Les amines secondaires fournissent seulement des N-haloamines (schéma 8.2.218).218 O Ar + H2 O .N-dichloramine N H Cl + NaOH NaOCl N-chloramine R1 NH + NaOCl R2 R1 N R2 Cl + NaOH Schéma 8. O 2 Ar N O Ar N N O Schéma 8.406 Chimie organique Étudiée sur des composés aromatiques.220 Tous ces réactifs agissent via un halogène positif. le N-chlorosuccinimide (schéma 8.219). ou le bromite de sodium. la réaction elle-même ferait intervenir des radicaux-anions en milieu basique (schéma 8.219 Les mêmes résultats sont obtenus avec l’hypochlorite de t-butyle.9e – Formation d’haloamines Les amines primaires sont converties en N-halo ou N. . H R NH2 + NaO Cl hypochlorite de sodium R N H Cl + NaO R Cl R N Cl N.N-dihaloamines par l’hypochlorite ou l’hypobromite de sodium.220) (lui-même obtenu par la réaction classique à partir du succinimide).

2e) qui est immédiatement hydrolysé pour donner finalement une amine primaire (schéma 8. RX Mg RMgX H2 O RH + 1/2 MgX2 + 1/2 Mg(OH)2 Schéma 8. et du zinc sont facilement hydrolysés avec substitution du métal par un hydrogène. la réaction n’est pas limitée aux amines primaires et secondaires. L’hydrolyse effectuée avec D2O permet l’accès à des alcanes deutériés (marqués) utiles pour l’étude des mécanismes réactionnels.1). Les amides primaires réagissent avec l’hypobromite de sodium pour former un N-bromoamide primaire qui se réarrange en milieu basique en isocyanate (voir le réarrangement d’Hofmann. R C O R-CO-NH-R' BrONa NH2 BrONa -HBr R-N=C=O H2O RNH2 + CO2 R C O NHBr R-CO-N-R' Br Schéma 8. 8. il est important d’y ajouter celles présentées dans les chapitres substitutions nucléophiles (§ 8.10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant Aux réactions présentées dans ce chapitre concernant les composés organométalliques.222 Les composés organométalliques dérivés des métaux alcalins.222).15. lequel est l’électrophile de la réaction (schéma 8.8. Les réactions de substitution 407 Comme on peut le remarquer avec le succinimide. Cette réduction s’effectue le plus souvent avec un organomagnésien (schéma 8.223 . Elle est possible avec différents amides. § 6.223).221).221 Les amides secondaires fournissent des N-haloamides. C’est une réaction qui permet le passage d’un halogénure à un alcane. et additions (chapitres 9 et 10).2. 8.2.10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques RM RM RM + + + H2O D2O HA RH RD RH + + + MOH MOD MA Schéma 8. pour la plupart stables. du magnésium.

2) et SEi (§ 8.4). Tl(OCOCF3)3 sur un aromatique dans l’acide trifluoroacétique. Par exemple. ne fournit que les difluorures d’arylthallium(III).2. aryles ou vinyliques) par action du fluorure de perchloryle FClO3 (composé explosif).224). BF3.225). les fluorures d’aryles sont formés (schéma 8. ou rétention de configuration § 8. Les mécanismes sont très variés (SE2 avec inversion de configuration. les organomagnésiens chlorés ou bromés réagissent avec l’iode pour former des iodoalcanes. Il se forme dans la plupart des cas un halogénure d’alkyle. Tl(III)(OCOCF3)3 CF3COOH TlF2 KF F BF3 Schéma 8. ArTlF2. Les iodures et fluorures d’aryles sont aussi obtenus à partir de bis(trifluoroacétates) d’arylthallium ArTl(OCOCF3)2 composés qui résultent de l’action du trifluoroacéte de thallium(III). et respectivement. tandis que les organomagnésiens bromés ou iodés réagissent avec le chlore pour former principalement. comme pour R2Hg lequel peut ne former qu’une seule molécule d’alcane (schéma 8.224 8. et nécessite l’action d’un acide. mais par action du trifluorure de bore.2.226). C’est une réaction qui permet d’échanger l’halogène d’un halogénure. elle est dans certains cas. les iodures d’aryles résultent de cette réaction.2. des bromures et iodures d’alkyles (schéma 8.226 Tl(OCOCF3)2 KI I . R2Hg + HCl RHgCl + RH Schéma 8. Mg I2 RBr RMgBr Cl2 RI + MgBrI RBr + MgCl2 Schéma 8.10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques Les halogènes représentent le réactif électrophile lorsqu’ils réagissent sur les composés organométalliques.225 Les fluorures d’alkyles peuvent être préparés à partir d’organomagnésiens ou d’organolithiens (alkyles. KF. Par contre. En présence de KI. HCl. difficile. mais elle a des restrictions.408 Chimie organique Si l’hydrolyse peut être violente en particulier avec R2Zn et AlR3.

2. qui. ou des alcools. . R'MgX . ils conduisent respectivement aux iodures et bromures d’alkyles correspondants (schéma 8.228 On peut remarquer que cette réaction associée à celle de l’hydroboration des alcènes représente une méthode permettant l’addition des halogénures d’hydrogène selon un mécanisme anti-Markovnikov (§ 9.MgXBr Schéma 8.229).227 R C C H R C C MgX R C C Br Les trialkylboranes réagissent avec l’iode ou le brome. R1 R2 C H R1 B 3 Br2 NaOMe.10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques Les organomagnésiens RMgX réagissent avec l’oxygène. R-OOH. fournissent des hydroperoxydes. MeOH R2 C H R1 3 R2 C C H BH 3 H H C H H C H Br addition anti-Markovnikov de HBr sur l'alcène Schéma 8. mais en présence de méthylate de sodium dans le méthanol ou du chlorure ferrique. pour donner R-O-O-MgX. O2 R-O-O-MgX H RMgX 2 R-O-MgX H 2 R-OH alcool RMgX R-O-OH hydroperoxyde Schéma 8. comme électrophile. en milieu acide. 8. de remplacer leurs hydrogènes terminaux par un halogène (schéma 8.227).8. Les réactions de substitution 409 La facile préparation des organométalliques des alcynes terminaux permet aussi. selon les conditions (schéma 8. et avec de mauvais rendements.R'H Br2 .229 Si R est aryle. seulement les phénols sont formés. par cette réaction avec les halogènes.6). R-OH.228).1 et 9.

ce qui conduit à un aryldiméthylborate. pour conduire à un phénol (schéma 8. s’il est asymétrique. Na + H 2O R O O H R B R O H O Schéma 8. en fonction du volume de méthane dégagé (détermination des hydrogènes actifs par la méthode de Zerewitinoff). C’est une méthode de formation des alcools à partir des alcènes.231 8. cétone.410 H2O2 H Chimie organique ArMgX B(OMe)3 ArB(OMe)2 Schéma 8.2.6). sans affecter les fonctions aldéhyde.10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques À température ordinaire. les organomagnésiens réagissent sur les amines primaires aliphatiques. RMgX RH + RN(MgX)2 R-NH2 + R'MgX R1 R2 NH + R'MgX R'H + RNHMgX R1 R'H + R2 Schéma 8. Les trialkylboranes. Cette réaction effectuée avec l’iodure de méthylmagnésium. nitrile. B(OMe)3.232 N-MgX . CH3MgI. pour libérer une molécule d’alcane. La réaction se reproduit une seconde fois à haute température.231). R H2O2 R B NaOH R R O B O R ester de l'acide borique R O 3 NaOH 3 R-OH + BO3Na3 H2O2 + NaOH R R B R O O H R R B R H-O-O . une seule réaction a lieu (schéma 8. Au siècle dernier. cette réaction était utilisée pour la détermination de la nature de l’amine. migre avec rétention de sa configuration. qui réagit avec le peroxyde d’hydrogène. ArB(OMe)2. libère du méthane.232). primaire ou secondaire. halogénure et les doubles ou triples liaisons contenues dans R (schéma 8. suite à une hydroboration (mécanisme § 9. (RO)3B. R3B. Avec les amines secondaires. réagissent avec le peroxyde d’hydrogène dans la soude pour former des esters de l’acide borique.230). Le mécanisme de cette réaction fait intervenir un réarrangement qui se reproduit trois fois. en milieu acide.230 Ar-OH Il est préférable de faire réagir l’organomagnésien avec le triméthylborate. Le groupe R.

et effectuer la réaction à –78 °C. Les réactions de substitution 411 Une méthode intéressante permettant de préparer des amines primaires pures est la réaction d’un organomagnésien chloré ou bromé (mais pas iodé). en présence d’O-méthylhydroxylamine. Dans la mesure où les .8. facilement réduits en amines primaires par AlLiH4 ou l’hydrogène en présence de Pd/C (§ 13. ArLi + N2 1) cat. mais il faut y ajouter du méthyllithium. suivie de l’hydrolyse du composé lithié intermédiaire (schéma 8.234). RLi + TsN3 RN3 + LiTs réduction RNH2 Schéma 8. 2) H2O ArNH2 + NH3 Schéma 8.233). des azides RN3. H2O R' NH R Le tosylazide TsN3 forme avec les organolithiens RLi.233 H . 2 RMgX + CH3-O-NH2 X = Cl ou Br RNHMgCl + RH + Mg(OCH3)Cl H . Les organolithiens réagissent aussi avec ce réactif.234 L’azote. molybdène. ou titane. en présence de catalyseurs métalliques dérivés de chrome.235). une amine secondaire est produite (schéma 8.235 Les chloramines réagissent sur les organomagnésiens et sur les organoboranes R3B pour former aussi des amines primaires. Quand une O-méthylhydroxylamine N-monosubstituée est le réactif. H2O RNH2 + MgCl(OH) R-Li + CH3ONHR' CH3ONR'Li + RH RLi CH3OLi + R' NLi R Schéma 8. RNH2 (schéma 8. peut former une amine par réaction avec un aryllithium.18) (schéma 8.236).

l’action du soufre sur les organomagnésiens conduit à ces composés (schéma 8.412 Chimie organique organoboranes peuvent être préparés à partir des alcènes. ou à partir de borates d’alkyles.236 Il faut rappeler que les organoboranes sont aussi préparés par action des organomagnésiens.237 RSO2H Les acides sulfiniques. R’3Al (AlCl3 + 3RMgX → R3Al + 3MgXCl). sous forme de complexe avec le magnésium. B(OR)3.(Et2O)2 3 RMgX + B(OMe)3 R3 B + 3MgFX + 2 Et2O R3B + 3 MgX(OMe) R3B + Al (OR')3 R3 B 2 RNH2 + RB(OH)2 R3Al + B(OR')3 3 alcène + BH3 R3 B NH3. RSO2MgX sont produits par action de l’anhydride sulfureux sur une solution d’organo- . RMgX + S R-S-MgX H RMgX R-S-R R-SH RMgX + SO2 RSO2MgX H . 8.2. Cl Cl2 R-SO2Cl Schéma 8. cette réaction est une méthode pour obtenir des amines par addition anti-Markovnikov de l’ammoniac sur les alcènes (§ 9. soit sur l’étherate de trifluorure de bore.1 et 9. RSO2H. en particulier les triarylboranes. NaOCl (NH2Cl) Schéma 8.237). par réaction avec un trialkylaluminium.6). 3 RMgX + BF3.10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques Bien qu’il ne s’agisse pas d’une méthode classique de préparation des thiols et des sulfures. soit sur le borate de méthyle. B(OMe)3.

les composés alkylsodium et alkylpotassium sont des sels. RSO2X. Les esters d’acides sulfiniques. Cd. Les réactions de substitution 413 magnésien à froid. forment des sulfoxydes. L’action d’un acide libère l’acide sulfinique. . Al. Dans la transmétallation par un sel métallique. Ce rappel est nécessaire pour comprendre la transmétallation par un métal qui peut s’exprimer par l’équilibre suivant (schéma 8. Mg. K . R'-S-S-R' RMgX SO2Cl2 R-S-R' R-SO2Cl R'SO2R" R-SO-R" Schéma 8.2. Une troisième possibilité existe.239 On peut ordonner les caractères ioniques des liaisons C-Métal en fonction de la nature de quelques métaux : Na > Li > Mg > Al > Zn > Cd > Hg. on dit électropositifs) et plus la différence d’électronégativité avec le carbone est élevée. R-S-S-R. c’est la transmétallation entre deux composés organométalliques. (CH2=CH)4Sn + 4 PhLi 4 CH2=CHLi + Ph4Sn Schéma 8. l’un d’eux est donné dans le schéma 8. Zn. plus le caractère ionique augmente et plus la réactivité du composé organométallique est élevée (RLi plus réactif que R2Hg). RSO2Cl. le plus souvent R2Hg est l’organométallique utilisé pour ces réactions (préparé par action d’organomagnésien sur le chlorure mercurique HgCl2). Be.238 8. Ga. Ainsi.240 Pour orienter l’équilibre vers la droite le métal M’ doit avoir un caractère électronégatif plus faible que M. et le chlorure de sulfuryle. fournit un chlorure de sulfonyle. R-SO-R’ (schéma 8.10f – Transmétallations Les transmétallations dans les composés organométalliques consistent à remplacer le métal de ces composés par un autre. Les disulfures. entre autres. SO2Cl2. Li. Cette transmétallation peut faire intervenir un métal plus réactif que celui du composé de départ ou un halogénure métallique. RSO-OR’. Te. (parfois. Tous les métaux sont moins électronégatifs que le carbone. traités par un organomagnésien fournissent des sulfures R-S-R.240) : RM + M' RM' + M R2Hg + Li 2 RLi + Hg Schéma 8.239. et le métal peut être Na.8. mais il en existe fort peu d’exemples. Sn. Ainsi. Celle d’un halogène conduit à son halogénure.238). le métal du sel doit avoir une électronégativité plus élevée que celle du métal du composé organométallique de départ.

8.242 8. surtout s’ils sont en positions ortho ou para par rapport au groupe partant. comme dans la préparation des organoboranes du schéma 8. 3 RMgX + As Br3 3 RMgI 3 RMgX + SbCl3 + BiCl3 R3As + 3 MgBrX R3Sb + 3 ClMgI R3Bi + 3 MgClX Schéma 8. deux équivalents ou plus de l’organométallique sont mis en réaction avec un équivalent de sel. ces réactions de transmétallations sont possibles (schéma 8.3. Ces réactions nécessitent.243) est le plus fréquent. ou de Au.1 – Mécanisme SNAr Ce mécanisme de substitution nucléophile aromatique (schéma 8. On distingue quatre mécanismes principaux qui sont SNAr. Pb. Cd.3 Substitutions nucléophiles aromatiques Les mécanismes présentés pour les substitutions nucléophiles aliphatiques sont le plus souvent impossibles lorsque le carbone concerné appartient à un cycle aromatique non substitué. Il s’effectue en deux étapes et n’a lieu. et via un benzyne.242). le plus souvent. l’antimoine et le bismuth. Zn. dans la plupart des cas. D’autres exemples sont donnés dans le schéma 8.241 Le plus souvent RM est un organomagnésien ou un organolithien.236. Parfois.414 Chimie organique RM + 2RMgX + M'X HgCl2 RM' R2Hg + MX + 2 MgXCl 4 RMgX + 2 PbCl2 4RLi + 2 PbCl2 4 RMgX + SnCl4 R4Pb + Pb + 2MgX2 + 2 Mg Cl2 R4Pb + Pb + 4 LiCl R4Sn + 4 MgXCl (CH2=CH)4Sn + 4 MgClBr 4CH2=CHMgBr + SnCl4 Schéma 8. On peut y ajouter celles avec le bore. Al. SRN1. Pt. ou que les réactifs nucléophiles utilisés soient suffisamment puissants. que le cycle aromatique soit substitué par des groupes électroattracteurs -I ou -M. Par exemple. qu’avec des cycles aromatiques activés par des substituants électroattracteurs qui diminuent la densité électronique des carbones du cycle.241. SN1. Dans certains cas. Hg. l’action d’un alkyllithium sur le chlorure de plomb(II) conduit à R4Pb(IV) à côté de Pb(0). et le sel un halogénure de Be. Co. Sn. . décrits ci-après. Avec quelques métalloïdes comme l’arsenic. la réaction peut conduire à la formation de métal(0) à côté du composé organométallique.

La cinétique de ce type de réaction est d’ordre 2. Sa formation est lente. Le carbanion qui en résulte est mésomère et dans certains cas peut être isolé sous forme de sel (sel de Meisenheimer-Jackson). ils peuvent être parfois des hydrogènes) Schéma 8.243 Quelques exemples de ce type de réaction sont présentés dans le schéma 8.MeOH MeO NO2 X O 2N NO2 HN X O2N H N NO2 O2N N . Toutefois. avec ordre 1 pour le substrat et pour le nucléophile.8. Dans ce mécanisme. La seconde étape est le retrait rapide du groupe partant Y. Cl. toutefois. la nature du groupe partant n’a qu’un effet assez faible sur la vitesse globale de la réaction. Br ou I (avec F.244 : ONa SO3Na 2NaOH + SO3Na2 CN NaCN + SO3Na2 N O OMe O2N NO2 EtO H NO2 NO2 sel isolable (Meisenheimer-Jackson) MeO O2N OEt NO2 OEt O2N NO2 R N NaOH . selon la nature de Y.244 NO2 . Y Z' Nu lent Z Z Z Z Y Nu Z' Y Nu Z' Y Nu Z' Nu -Y rapide Z Z' (Z et Z' représentent dans la plupart des cas.NaN(R)2 N O R ONa + H+ . plus l’attaque du nucléophile est rapide.qui conduit au produit de substitution. Les réactions de substitution 415 La première étape consiste en l’addition du nucléophile sur le carbone du cycle qui est lié au groupe partant Y. plus il est électronégatif. HX NO2 NO2 X = F. des groupes électro attracteurs. réaction très rapide) NO2 Schéma 8.

Il s’effectue en deux étapes.246). Cl Cl ∆ + N2 note: le terme ion arènium est général et s'applique aussi si le cycle est substitué (formé à partir d'arylamine). La réaction est du premier ordre. SO4H H2O OH + Cl N2 + H2SO4 N N .416 Chimie organique Des réactions équivalentes peuvent être effectuées avec des dérivés pyridiniques (schéma 8. La seconde. lente et équilibrée. le caractère électroattracteurs -M de la liaison C=N du cycle favorise la réaction (en ortho ou para). très rapide. Schéma 8. La première. MeO Cl Cl OMe .245 8. très réactif. à côté d’une molécule d’azote.246 . est la formation d’un carbocation aryle (ou ion arènium).3. X + H 2O N 1) X Mécanisme SN1 aromatique 2) N .2 – Mécanisme SN1 aromatique Ce mécanisme est spécifique des sels de benzodiazonium et de ses dérivés et exceptionnellement des triflates d’aryles encombrés en positions ortho par des groupes volumineux comme le groupe t-butyle. Dans ce cas.Cl N N N OMe Schéma 8.245). N réaction lente + Nu (X ) réaction rapide X N X ion arènium + Nu (X N N ) Exemples: N N . est l’attaque du nucléophile sur le carbocation aryle (schéma 8. Formation du sel de diazonium à partir de l'aniline Ph-NH2 + HNO2 H X Ph-N=N .

247).3 – Mécanisme SRN1 Ce mécanisme radicalaire en chaîne. mais par hyperconjugaison. contrairement à ce qui pourrait être attendu. comme l’affirment certains auteurs.8. Deux exemples de ce type de réaction sont. 8.3. soit par irradiation UV (photochimie). ArI électron donneur ArI Ar + I Ar + Nu + ArI ArNu ArNu ArNu + ArI ArI Ar + I Nu Schéma 8. Une stabilisation de l’ion diazonium correspondant est sans doute possible. lorsque le nucléophile est l’ion amidure. à côté d’un nouvel ion-radical iodoaryle qui peut reproduire la même réaction en chaîne jusqu’à disparition des réactifs.247 La présence d’un groupe COOH (effet -M) en position para ne favorise pas cette réaction. en présence d’un nucléophile (par exemple. Ces réactions sont initiées. le potassium en présence d’ammoniac liquide). débute par la formation d’un radical-anion. Ce radical-anion se décompose en radical aryle et ion iodure (schéma 8. et d’autre . la formation de diarylsulfures Ar2S par action de ArS. Les réactions de substitution 417 La présence en position para de groupes à effet +M comme OMe rend la réaction plus difficile en raison de la stabilisation par effet mésomère de l’ion diazonium correspondant (schéma 8.dans l’ammoniac liquide sous irradiation UV. soit par chauffage.248 Le radical aryle. une amine aromatique. Me O N N Me O N N Schéma 8.248). En position méta la réaction est accélérée par ces mêmes groupes (pas de résonance ou d’hyperconjugaison). Un groupe +I comme méthyle a un effet identique. Ce dernier réagit alors avec une nouvelle molécule d’iodure d’aryle pour conduire au résultat de la substitution. produit un nouveau radical-anion aminoaryle. d’une part. un électron étant fourni par un composé donneur d’électrons (par exemple. soit. l’ion amidure). particulièrement étudié sur des iodures aromatiques. enfin. par des techniques électrochimiques.

250). ArI + ArS hν NH3 liquide Ar-S-Ar + I O OEt O P OEt Ar O OEt O P OEt KNH2 ou K dans NH3 liquide Schéma 8. s’il n’existe aucun groupe d’activation sur l’halogénure aromatique. Le benzyne ou 1. le mécanisme classique est SNAr. Dans ce mécanisme. la substitution du groupe halogéno par un réactif nucléophile devient très difficile et nécessite des bases fortes et des conditions expérimentales vigoureuses (hautes pressions. hautes températures). les arynes Lorsque des groupes substituants électroaccepteurs sont présents pour permettre la substitution d’un groupe halogéno sur un cycle aromatique. 8. l’ordre décroissant de réactivité du groupe halogéno est : Br > I > Cl > F.3. les arynes. les deux électrons π supplémentaires par rapport au benzène n’affectent pas le caractère aromatique car ils n’interviennent pas dans la délocalisation. En effet il existe une délocalisation électronique qui fournit une forme limite correspondant à un triène cumulé (schéma 8. Ce mécanisme suppose qu’il n’existe pas deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno. la préparation d’amines aromatiques à partir de diéthylphosphates d’aryles par action d’amidure de potassium.4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés. Le mécanisme de la substitution est alors très différent de SNAr car il s’effectue via un benzyne ou ses dérivés.418 Chimie organique part.2-déhydrobenzène est un benzène dont une double liaison est remplacée par une triple liaison. forme la plus contributive. Cette liaison « triple » du benzyne est une liaison plus faible qu’une double liaison dans le benzène car les recouvrements des orbitales « p » dans le plan du cycle sont rendus difficiles. .249). Toutefois.249 Ar NH2 + diéthylphosphate d'aryle Ce mécanisme accompagne parfois le mécanisme « benzynique » présenté dans le paragraphe suivant. ou de potassium dans l’ammoniac liquide (schéma 8. Les études physicochimiques montrent que cette triple liaison n’a pas les caractéristiques des triples liaisons des alcynes. Par contre.

40A H O O H H H H H 1. Il a pu être isolé à 8 K.43A H benzocyclobutène-1. dans l’ammoniac liquide. Les arynes sont très réactifs envers les réactifs nucléophiles (et aussi dans certains cas avec des réactifs électrophiles).2-dione H O benzyne furane OH . s’il n’existe pas dans le milieu un réactif avec lequel il pourrait réagir.24A O recouvrement difficile des orbitales "p" H H H H H H O . et suite à l’élimination de deux molécules d’oxyde de carbone.252).H+ O H+ HO 1-naphtol Schéma 8.251 Lorsque le 1-14C-chorobenzène est traité par l’amidure de potassium.251). Pour expliquer un tel résultat.2 CO O 77K. comme dans l’exemple présenté avec le furane et il a pu être observé lors de la photolyse de la benzocyclobutènedione à 77 K (– 196 °C) dans de l’argon congelé dont le point de fusion est de 84 K. deux anilines sont produites : 1-14C-aniline et 2-14C-aniline (schéma 8. Les réactions de substitution 419 H H H O 1.8. + biphénylène Schéma 8.10).42A 1. un mécanisme a été proposé : il débute par une élimina- .hν benzyne 1.250 Le benzyne est très réactif (il a pu être piègé par des réactions de type Diels-Alder (§ 9. Ils peuvent aussi se dimériser en biphénylène (schéma 8.

La position relative d’un substituant par rapport au groupe partant (halogéno) sur le cycle et l’effet électronique qu’il exerce oriente la formation de la triple liaison du benzyne et l’addition du nucléophile.253). est celui qui correspond au retrait de l’hydrogène le plus acide. la substitution peut conduire parfois à un dérivé substitué en méta. suivie d’une addition du nucléophile sur la triple liaison du benzyne ce qui peut se réaliser de deux manières différentes A ou B et explique le résultat obtenu avec le 1-14C-chlorobenzène. L’o-bromoanisole est transformé en m-aminoanisole (schéma 8. Celui qui est prépondérant. . sa position est fonction de la nature électronique de ce substituant.252 Le chlorobenzène chauffé à 340 °C en présence de soude conduit au phénol après acidification du phénate. Un substituant électroattracteur favorise le retrait du proton en position ortho par rapport à ce substituant et inversement pour un substituant électrodonneur (retrait de H en position para). OCH3 Br o-bromoanisole KNH2 OCH3 OCH3 NH3 NH2 m-aminoanisole Schéma 8. NH3 liquide puis H+ Cl 14 14 14 C C NH2 + 14 C H NH2 C H NH2 ONa Cl 14 C + NH3 . S’il existe un substituant en position ortho par rapport au groupe halogéno.253 La présence d’un groupe substituant en position méta par rapport au groupe halogéno permet de former deux benzynes. Cl KNH2.Cl 14 C Cl NaOH. voire unique. Ce résultat s’explique par l’effet électronique du substituant dans l’aryne intermédiaire correspondant qui oriente l’addition du nucléophile (ce cas particulier de substitution qui ne s’effectue pas sur le carbone du groupe substitué mais sur un autre du cycle s’appelle ciné substitution). H2O 340°C H A) 14 14 C NH2 1-14C-aniline C NH3 B) et 14 C H 2-14C-aniline OH phénol NH2 Schéma 8.420 Chimie organique tion de HCl produisant un benzyne.

ou la plus éloignée d’un substituant électrodonneur (schéma 8.255). celui dont la charge est la plus proche d’un substituant électroattracteur.et m-aminotoluènes (schéma 8. Sur le benzyne. Les réactions de substitution 421 Lorsque deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno sont présents.254 Lorsqu’un substituant est en position para par rapport au groupe halogéno. Me Me KNH2 Br p-bromotoluène Me NH3 NH2 p-aminotoluène Me NH2 m-aminotoluène Schéma 8.254). les p. deux possibilités d’addition de NH3 sont possibles: celle qui conduit à la formation d’un carbanion intermédiaire le plus stable sera privilégiée. à la fois. la réaction ne peut plus avoir lieu. c’est-à-dire. par cette réaction. le plus acide NO2 H Br H le moins acide NO2 KNH2 + NO2 H benzyne prépondérant H NO2 NO2 H NO2 H + ou NH3 H NH3 carbanion le plus stable NH2 NO2 NH3 NO2 NH2 H H H carbanion le moins stable H Schéma 8. C’est le cas du p-bromotoluène qui fournit. deux composés sont formés.255 .8.

Le retour au caractère aromatique peut correspondre. H E lent H E H E H E H E ion arènium H E -H rapide E Schéma 8. soit au départ d’un proton. celui-ci peut activer la substitution s’il est électrodonneur.1 – Mécanisme SeAr Les réactions de substitution électrophiles représentent la majorité des réactions effectuées sur les composés aromatiques benzèniques. Ce n’est donc pas la stabilité thermodynamique de l’un des isomères qui oriente la réaction mais plutôt l’énergie d’activa- .256. soit à la perte de E+ (réaction équilibrée). Il existe un mécanisme général avec des variantes selon le réactif utilisé. C’est donc une réaction lente et qui fait intervenir un réactif électrophile fort.256 L’électrophile E+ attaque le cycle aromatique ce qui nécessite beaucoup d’énergie dans la mesure où le caractère aromatique du système disparaît pour laisser place à un carbocation. Cette réaction est sous contrôle cinétique. indiqué SEAr. Cela nécessite l’utilisation d’un doublet d’électrons du sextet aromatique pour créer la liaison avec E. Cette seconde possibilité est la plus fréquente et conduit très rapidement à un benzène substitué par le groupe E. C’est donc la première étape du mécanisme qui impose la vitesse à l’ensemble de la substitution qui est d’ordre 2. L’ion arènium est mésomère et résonne entre trois formules limites.4. ou au contraire.422 Chimie organique 8. la rendre difficile s’il est électroattracteur. Dans ce dernier cas. polycycliques ou hétérocycliques. appelé ion arènium ou entité intermédiaire de Wheland. Lorsque la réaction a lieu sur le benzène et que le réactif électrophile est un ion positif le mécanisme de la substitution est donné dans le schéma 8. vitesse = k[Ar-H][E] Lorsque le benzène est déjà substitué par un groupe Z. l’orientation de l’attaque de E+ devient alors plus complexe et bien souvent plusieurs isomères sont obtenus avec prépondérance de l’un d’eux.4 Substitutions électrophiles aromatiques 8. et un mécanisme d’exception indiqué SE1. Il est très réactif. groupe partant.

8. NH2. OR. Le premier groupe de substituants Z a un caractère électrodonneur +M et un effet inducteur -I. L’effet mésomère oriente la substitution. A la plus faible énergie d’activation correspond l’isomère prépondérant. il se forme d’abord Ar-NH-NO2 qui se réarrange pour donner le produit de substitution du cycle. Dans le cas contraire. Ar-NH-CO-Me. . SR et les halogènes. L’oxydation de ces amines par l’acide nitrique nécessite le plus souvent de protéger l’amine en la transformant en acétamide. de NR2. On peut représenter les trois ions arénium et leurs formes limites selon le schéma 8. et plus cet ion fournira l’isomère prépondérant. Z E ortho Z E H H Z E H Z E H Z E méta Z Z Z E H Z para E H Z Z E H Z E H E H E H E H Schéma 8. Dans le cas de la nitration. la substitution par le brome du phénol) orientent généralement les substitutions sur le cycle en positions ortho et para. Trois types de groupes liés au benzène peuvent être envisagés. l’amine est entièrement sous forme de sel et la substitution se fait alors plutôt en position méta comme pour le second groupe de substituants. La stabilité de l’ion arénium intermédiaire. En effet. NHR. Plus cet ion est stable. NHCOR. Il s’agit. ce résultat n’est exact qu’en milieu faiblement acide. en présence d’acide fort. La déprotection du groupe amino s’effectue par hydrolyse acide. Les réactions de substitution 423 tion nécessaire pour former les produits finaux. OH.257 : les ions arénium (ortho) et (para) sont mieux stabilisés que leur isomère (méta) en raison du nombre supérieur de leurs formes limites. avant la nitration. Ce procédé a aussi un effet désactivant du groupe NH2 : 90 % de p-nitroacétanilide est obtenu à côté de 2 % de l’isomère méta. moins l’énergie d’activation est importante. par acétylation. est en rapport avec l’énergie d’activation nécessaire pour atteindre l’état de transition.257 Pour les amines libres. OCOR. ces groupes Z qui facilitent les substitutions électrophiles au point qu’il faut parfois diminuer la réactivité de l’électrophile pour éviter des réactions secondaires (par exemple. selon un ordre d’effet décroissant. qui est liée à la structure et au nombre de ses formes limites.

Par ailleurs. CONH2. NHMe2+ et NMe3+.258 E H E H Les groupes NH2Me+. seul. Par contre.258).424 Chimie organique Le second groupe de substitants Z possède un caractère -I et (ou) -M. Le troisième groupe de substituants Z est constitué de groupes alkyles. CN. . Les ions arénium dérivés de cycles substitués par des groupes alkyles ayant des hydrogènes portés par le carbone lié au cycle donnent lieu à un phénomène d’hyperconjugaison (schéma 8. Tous ces groupes activent le cycle et orientent la substitution électrophile en positions ortho et para. NO2. bien qu’à effet -I . COR. l’ion arénium (méta) est relativement le moins déstabilisé par l’effet de Z (schéma 8. Il s’agit de NR3+.259). CF3. SO3H. COOH. CCl3 et rangés par ordre d’effet d’inactivation décroissant du système chimique vis-à-vis d’une substitution électrophile. CHO. COOR. Z E ortho Z E H H Z E H Z E méta Z Z Z E H E H Z Z E H Z = substituant à effet -M para Z E H Schéma 8. les ions arénium (ortho et para) sont plus stables que l’isomère (méta) dans la mesure où le carbocation est tertiaire pour les deux premiers cas. aryles et de COO-. Ces groupes orientent la substitution en position méta car parmi les trois ions arénium possibles. orientent presque autant en positions méta et para avec une augmentation de l’orientation méta en rapport avec le nombre de groupes méthyles liés à l’azote. NH3+ oriente de manière apparemment anormale en position para. et secondaire pour le troisième cas.

259 Les ions arénium dérivés de cycles substitués par un groupe aryle entrent en résonance avec ce groupe rendant ceux substitués en positions ortho et para plus stables (schéma 8. E E H E H ortho E E H méta E para H E H E Schéma 8.260).8.260 . Les réactions de substitution 425 R H ortho hyperconjugaison C H E H carbocation tertiaire R H C H H E méta R C H pas d'hyperconjugaison carbocation secondaire E H R para hyperconjugaison H C H carbocation tertiaire H E Schéma 8.

261 Il est possible que certaines des substitutions ortho indiquées dans les cas classiques soient en fait des attaques « ipso » avec migrations 1.261). comme tous les groupes mésomères chargés négativement. NO2 α α β NO3H β SO4H2 NO2 NO3H Ac2O anthracène β β α et NO 2 α naphtalène NO2 Schéma 8. après élimination d’un proton. Pour des raisons similaires à celles qui ont été données pour le benzène. L’ion arénium qui en résulte peut perdre Z+ avec formation de nitrobenzène dans le cas d’une nitration.2 et conduire de nouveau. ou bien subir une migration 1.2. est électrodonneur ce qui explique l’orientation ortho et para. l’anthracène ou le phénanthrène se font relativement plus facilement que sur le benzène. ou bien encore le groupe Z peut effectuer la migration 1.262 . bien qu’il ait luimême un caractère mésomère. Les substitutions électrophiles sur les hydrocarbures polycycliques aromatiques comme le naphtalène.426 Chimie organique Le groupe COO. Ce groupe. à un dérivé ortho disubstitué. l’attaque de l’électrophile peut être orientée vers le carbone substitué par Z. si un nucléophile est présent.2 du groupe E suivie de l’élimination d’un proton ce qui conduit à un dérivé disubstitué ortho (équivalent d’une attaque directe en position ortho). l’ion arénium réagit en position para pour former un composé trisubstitué dérivé de cyclohexadiène (schéma 8. Z E E attaque "ipso" Z H E -H Z E -Z Z E H Nu Z E H E migration 1. l’attaque en position α du naphtalène est privilégiée par rapport à l’attaque en position β en raison du plus grand nombre de formes limites entre lesquelles résonne l’ion arénium correspondant (schéma 8. Enfin.2 H Z -H E Z H H Nu dérivé de cyclohexadiène Schéma 8.ne donne pas lieu à une résonance avec le cycle. il s’agit alors d’une attaque en position « ipso ».262). Pour certaines réactions comme la nitration.

Dans le cas de la pyridine. entre autres. le groupe C=N cyclique a un effet -M et. de plus. la position 2 ou α est la plus souvent attaquée en raison de sa plus forte densité électronique qui résulte de l’effet de l’hétéroélément. A) HO-NO2 + H2SO4 H2O-NO2 H 3O H 3O + + + HSO4 HSO4 NO2 + + NO3 + NO2 + NO2 2 HSO4 H2O-NO2 + H2SO4 HNO3 + 2 H2SO4 B) HO-NO2 + HNO3 HNO3 H2O-NO2 H 3O H3O H NO2 + + H2O-NO2 + HNO3 H O N NO3 NO2 + 2 HNO3 + 2 NO3 O SO4H NO2 + SO4H2 (ou NO3H) (ou NO3 ) Schéma 8. mais avec une très faible production d’ions nitronium NO2+.et NO2+. on peut utiliser l’acide nitrique dans l’eau. Les réactions de substitution 427 La présence d’un hétéroélément dans les hétérocycles comme la pyridine. Pour le pyrrole et le thiophène. La dissociation du pentoxyde d’azote N2O5 fournit aussi l’ion nitronium à côté de l’anion nitrate.BF4-).4. l’anhydride acétique ou l’acide acétique. Il peut résulter de l’action de l’acide sulfurique concentré sur l’acide nitrique (ayant. dans ce cas.8. toutefois suffisante pour que la réaction ait lieu. l’azote est protoné par les acides ce qui diminue la densité électronique des carbones en position α et rend les substitutions électrophiles difficiles.1a – Nitration Dans les réactions de nitration. ou les sels de nitronium (par exemple NO2+.CF3SO3. le pyrrole ou le thiophène oriente l’attaque des réactifs électrophiles. le rôle d’une base) (réactions A) ou de l’action de l’acide nitrique sur lui-même (réactions B) indiquées dans le schéma 8.263 Dans certains cas.263. l’ion nitronium NO2+ est le réactif électrophile. Des exemples sont donnés dans le cas de la nitration (schéma 8 265). D’autres sources d’ions nitronium sont utilisées comme les esters d’acide nitrique ou nitrates RONO2 qui acceptent la présence d’acides de Lewis. . 8.

NO3H SO4H2 370°C NO3H N H pyrrole NO2 + N 6% NO2 N 0. Pour les composés hétérocycliques. l’anhydride sulfurique.264). la nitration par l’acétylnitrate en présence d’acide nitrique et d’anhydride acétique. Ac2O Schéma 8.264 Il est intéressant de remarquer ici que NO+ est nettement moins actif que NO2+. La pyridine nécessite des conditions nettement plus vigoureuses.HNO3 NO NO H 3O + OH O HNO3 NO2 2 NO3 + NO OH Schéma 8. Le pyrrole est nitré très facilement (schéma 8. La réaction peut avoir lieu avec l’acide sulfurique. SO3.5% S thiophène N pyridine NO3H SO4H2 S NO2 Ac2O N H NO2 + O2N N H AcO NO2 B H AcO O H NO2 pyridine .265). qui conduisent au para-nitrosophénol. .4. le furane se comporte comme un diène conjugué. Le premier produit formé est le 2-nitrofurane.AcOH O NO2 AcONO2 O furane H O NO2 NO3H. n’est pas de type aromatique .428 Chimie organique Il est intéressant de remarquer que la facile nitration du phénol dans l’acide nitrique dilué n’est pas le résultat d’une concentration anormale en ions nitronium mais est due dans ces conditions à la présence de l’ion nitrosonium NO+.265 8.1b – Sulfonation La sulfonation de composés aromatiques conduit à des acides arylsulfoniques ArSO3H. l’oléum (SO4H2 + SO3 en excès). Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique en para-nitrophénol. absents dans ces conditions). le thiophène est nitré dans les mêmes conditions que le benzène. Dans tous les cas. En effet l’acide nitrique réagit sur l’acide nitreux présent en faible quantité pour former des ions nitrosonium (moins actifs que les ions nitrosium. ClSO3H. Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique du milieu en para-nitrophénol (schéma 8. HNO2 OH NO H + 2HNO3 OH NO3 . Dans le cas du furane. l’acide chlorosulfurique.

C’est l’électrophile le plus actif de ceux possibles dans cette réaction. Les divers électrophiles sont issus des équilibres suivants. SO2Cl + ClSO3H H2O SO3H + HCl Schéma 8. élément très électronégatif. qui résultent de l’action d’une molécule d’acide sulfurique sur deux molécules de benzène. aryléthers. d’autres électrophiles peuvent intervenir comme H2SO4 (solution concentrée à 80-85 %). est transformé en acide sulfonique (schéma 8.8. dérivés aromatiques nitrés. . Cette propriété des acides arylsufoniques est utilisée pour orienter certaines réactions sur le cycle par influence du groupe SO3H (présent) à effet -M. et H2S2O7 ou H2SO4 + SO3 pour des concentrations supérieures à 85 %.268).266 L’anhydrique sulfurique est un bon électrophile car le soufre est soumis à l’action de trois atomes d’oxygène. phénols. C6H5-SO2-C6H5. cétones aromatiques.267 : H + SO3 H SO3 SO3 + H SO3H Schéma 8. L’utilisation de l’acide chlorosulfurique ClSO3H conduit à un chlorure de sulfonyle qui. L’action de la vapeur d’eau ou de l’acide chlorhydrique remplace SO3H par H. La sulfonation du benzène par l’acide sulfurique fournit aussi des traces de sulfone. Le mécanisme principal proposé pour la sulfonation est le suivant. schéma 8.267 La sulfonation a lieu avec des dérivés du benzène : arylamines et arylamides.266 : 2 H2SO4 SO3 + H2SO4 3 H2SO4 SO3 + H3O + HSO4 H2SO4(SO3) ou H2S2O7 SO3H + H3O + 2 HSO4 Schéma 8. Les réactions de substitution 429 l’électrophile est SO3 sauf pour ClSO3H mais il est vraisemblable que selon les conditions expérimentales de la réaction. s’il est mis en présence d’eau.268 La sulfonation est une réaction réversible. schéma 8. Ce groupe est ensuite extrait. acides arylcarboxyliques et sulfoniques.

Le benzène ne réagit qu’à 80 °C. On traite ce benzène impur par l’acide sulfurique à 30 °C ce qui ne forme à cette température que l’acide 2-thiophènesulfonique.270). soluble dans l’eau (schéma 8. Le benzène est ensuite distillé. permet la désulfonation qui conduit au produit attendu.269). cet acide sulfonique est extrait. dans la préparation de l’orthochlorotoluène. Le produit obtenu. le toluène est d’abord sulfoné par l’acide sulfurique. Cette dernière réaction est très utilisée pour « déthiophéner » le benzène extrait du goudron de houille qui contient des traces de cet hétérocycle.269 Me Cl SO3H ortho-chlorotoluène La sulfonation des hétérocycles pyrrole et furane nécessite l’emploi de l’anhydride sulfurique dans la pyridine afin d’éviter des réactions de polymérisation qui résultent de l’emploi de H2SO4. 150°C SO3H Schéma 8. ainsi que les restes d’acide sulfurique. soumis à l’action de l’acide chlorhydrique à 150 °C. 320°C N oléum. Me H2SO4 toluène Me Cl2-Fe Me Cl HCl. H N H Z SO3H + N H SO3H acide 2-thiophènesulfonique composé soluble dans l'eau oléum + HgSO4 220°C oléum.270 . Par contre le thiophène réagit à 30 °C avec l’acide sulfurique à 95 %. Par lavage à l’eau du benzène ainsi traité. 360°C SO3H N SO3H acide pyridine-3-sulfonique N acide pyridine-4-sulfonique Schéma 8. puis chloré en position ortho du groupe méthyle (orientation due principalement au groupe SO3H) par le chlore en présence de fer. SO3 + N N SO3 N SO3 Z Z = O ou NH SO4H2 S 30°C S Z SO3 .430 Chimie organique Par exemple (schéma 8.

8. N N F BF3 Schéma 8.271). C’est une réaction de substitution nucléophile aromatique (schéma 8.4.273 F + N2 + BF3 . Parfois on ajoute seulement de la poudre de fer ce qui forme l’acide de Lewis in situ. permet de diminuer la température à 220 °C (sulfonation en position 3).1c – Halogénation . On utilise aussi le chlorure d’aluminium (chloration) et l’acétate de thallium (III).273). et en position 4 à 360 °C.272 La fluoration du benzène ne nécessite pas d’acide de Lewis: elle est explosive. Cet acide de Lewis est le chlorure ou le bromure ferrique (schéma 8.272 décrit l’activation du brome par le bromure ferrique et la réaction avec le benzène. comme catalyseur. Les réactions de substitution 431 La pyridine est difficilement sulfonée en position 3 par l’oléum à 320 °C. Le fluorobenzène résulte de la réaction de Schiemann par chauffage de fluoroborate de phényldiazonium.Le benzène Br Br2. La présence de sulfate mercureux. FeBr3 + HBr Schéma 8. Br Br + FeBr3 Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 + Br FeBr3 Br Br + HBr + FeBr3 Schéma 8. Le schéma 8. 8.271 L’halogénation du benzène par le brome ou le chlore s’effectue en présence d’un acide de Lewis qui permet d’augmenter le caractère électrophile des halogènes.

274 OH Br puis Br OH Br Br La présence de groupes +M substituant le cycle pour les arylamines et les phénols. CH3COOF (CH3COONa + F2). Le mécanisme de la bromation des phénols débute par la polarisation de la molécule d’halogène par le phénol lui-même (schéma 8. La réaction est tellement facile qu’une double (ortho et para). la bromation en positions ortho doit être réalisée à basse température (– 78 °C en présence d’une base qui peut être la t-butylamine ou la triéthylènediamine). métha. La déprotection du groupe amino du composé final halogéné nécessite une hydrolyse. les polyalkylbenzènes. tel que CH3COOI avec l’acide peroxyacétique ou I3+ avec HIO3. La réaction ne s’applique pas au fluorobenzène. CH3CO3H.Les arylamines. mais avec des résultats très variables. les phénols. para) est possible. voire une triple halogénation (ortho. Cette réaction peut servir de test à la présence de ces composés aromatiques. ou HIO3. .275). Une solution diluée de brome ou de chlore dans l’eau est suffisante pour halogéner les amines aromatiques ou les phénols à 25 °C. Ceci s’applique aussi au naphtalène qui possède des sites à forte densité électronique. XeF2. Pour le phénol. qui permet la formation d’un intermédiaire. les halobenzènes peuvent être déshalogénés. Les iodobenzènes réagissent le plus facilement. En présence d’un acide de Lewis comme AlX3. l’hypofluorite d’acétyle. ou de groupes alkyles à effet +I pour les polyalkylbenzènes facilite la réaction d’halogénation. ArNHCOR). et le naphtalène OH Br2 Br OH puis Br Schéma 8. entre autres. . L’unique monohalogénation des amines est mieux contrôlée en utilisant une amine acylée (un anilide. meilleur électrophile que l’iode.432 Chimie organique Il est toutefois possible de fluorer le benzène ou certains de ses dérivés en utilisant divers agents fluorants tels que le fluorure de xénon. Le chlore est plus réactif que le brome. les carbones α. L’iodation du benzène est difficile et nécessite la présence d’un oxydant comme l’acide peroxyacétique. Il est vraisemblable que le mécanisme est l’inverse de celui de la formation des halogénobenzènes. et la présence d’acide de Lewis n’est plus nécessaire pour la chloration et la bromation.

L’halogénation des polyalkylbenzènes nécessite que la réaction soit effectuée à l’obscurité sinon elle est orientée vers les groupes alkyles. les acides hypochloreux et hypobromeux (HOCl. oléum 130°C N N Br N H Schéma 8. comme le font les N-chloro et N-bromosuccinimides.40°C Br2 -5°C O Br O Cl S O ou S Br2 + HBr. Différents agents halogénants peuvent être utilisés à la place des halogènes selon le composé à halogéner. .276 Br O N H Cl .276). et bromé à –5 °C seulement en position 2 dans le dioxane. On peut citer parmi les plus classiques.HBr H O Br H +δ Br −δ Br Br H Br Br Br Schéma 8.275 La chloration et la bromation des monoamines aromatiques et des phénols s’effectuent uniquement en position para. Le thiophène est bromé en position 2 par le bromosuccinimide ou par le brome en présence de HBr à –25 °C.8.BrH H O Br2 . . HOBr) en présence d’un acide fort qui libèrent Cl+ ou Br+.Les hétérocycles aromatiques Le furane est chloré en position α par le chlore à –40 °C. suivant une substitution radicalaire. Les réactions de substitution 433 H O H O H O H O H O H O . Le pyrrole est chloré en position 2 par le N-chlorosuccinimide (schéma 8.25°C O NCl Br2.HBr Br H O Br Br2 Br . O NBr Cl2 O .

2.434 Chimie organique La bromation de la pyridine en position 3 nécessite l’action du brome en présence d’oléum à 130 °C. CH2 CH2 CH2 CH2Cl (4-chloro-butyl)-benzène AlCl3 . et d’une manière plus générale. L’alkylation par des halogénoalcanes primaires débute par une coordination avec l’acide de Lewis ce qui rend le groupe alkyle partiellement positif et permet une attaque électrophile du cycle aromatique.4-tétrahydro-naphthalène Schéma 8. SnCl4 > BCl3 .278). avec BCl3 comme catalyseur pour obtenir Ph-CH2-CH2-CH2Cl.5-dihalogénopyridines. du dérivé aromatique à alkyler. Le choix est fonction de la réactivité de l’halogénoalcane. Il n’est toutefois pas exclu que le carbocation RCH2+ se forme aussi. Une réaction intramoléculaire est aussi possible avec Ph-(CH2)4Cl (schéma 8. 8.279). a permis d’alkyler les cycles aromatiques en faisant réagir un halogénoalcane en présence d’un acide de Lewis (schéma 8. On peut aussi employer des dihalogénoalcanes comme FCH2-CH2-CH2Cl.1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts .HCl 1. comme dans le cas des halogénoalcanes secondaires et tertiaires (schéma 8. découverte en 1877.277).Alkylation R + RX Acide de Lewis Schéma 8. La coordination de ces acides de Lewis avec certaines fonctions comme OH. . SbCl3.277 + HX La réaction de Friedel et Crafts. Le chlore et le brome ne réagissent seuls qu’à partir de 200 °C pour donner un mélange de 3-halogéno et 3. BF3. OR et NH2 rend difficile cette réaction pour les composés aromatiques substitués par ces groupes.278 L’acide de Lewis le plus utilisé est AlCl3. C’est une réaction importante qui a reçu de nombreux développements.3. La réactivité des halogénoalcanes augmente selon l’ordre RI > RBr > RCl > RF. les phénols réagissent.4. D’autres composés peuvent le remplacer comme ceux indiqués ci-après rangés en fonction de leur activité : AlBr3 > AlCl3 > FeCl3 > SbCl5 > ZrCl4. Par exception.

281 R + OAlCl2 Les alcènes sont d’excellents alkylants. Les réactions de substitution 435 R-CH2-Cl + AlCl3 R-CH2-Cl AlCl3 H H CH2R R CH2 Cl AlCl3 Cl AlCl3 + HX + AlCl3 CH2R Schéma 8. ROH + AlCl3 .279 Dans le cas des halogénures secondaires ou tertiaires.280 R1 + AlCl3 R2 AlCl4 + HCl + AlCl3 CH R2 R1 CH + AlCl4 CH AlCl4 R1 R2 Les alcools sont de meilleurs alkylants que les halogénoalcanes.280). ainsi qu’un milieu acide (schéma 8. La présence d’un acide de Lewis comme BF3. . Ils réagissent soit en présence d’acide sulfurique. Ils attaquent ensuite le benzène selon un mécanisme semblable à celui de la nitration par NO2+. est nécessaire.282). Il se forme. Des réarrangements du carbocation sont possibles et plus particulièrement dans le cas des halogénoalcanes primaires et secondaires et il n’est pas rare qu’un halogénure de n-propyle conduise à un isopropylbenzène (schéma 8.281). R1 CH Cl R2 H H R1 CH R2 Schéma 8. Des polyalkylations du composé aromatique sont très souvent observées.HCl ROAlCl2 Schéma 8. les carbocations alkyles correspondants sont formés. dans les deux cas. un carbocation qui attaque ensuite le cycle aromatique (schéma 8.8. soit en présence d’acide de Lewis.

les nitroalcanes et les sulfonates.283). Dans la plupart des cas.283 + HX L’acylation des substrats aromatiques selon la réaction d’acylation de Friedel et Crafts est la méthode de choix pour préparer des cétones aromatiques. c’est un halogénure d’acide.1-diphényléthane L’acétylène est le seul alcyne à pouvoir être utilisé dans ce type de réaction : une double réaction a lieu avec le benzène ce qui conduit à du 1. En raison de la possibilité de complexation du chlorure d’acide par l’acide de Lewis. les thiols. avec de mauvais rendements. le furane ne sont pas alkylés dans ces conditions. . Par contre. il est toujours nécessaire de mettre ce dernier en excès par rapport à l’halogénure d’acide ce qui n’est pas le cas pour l’alkylation (schéma 8. RCOX. On peut noter.282 1. Le pyrrole.1-diphényléthane. le thiophène est alkylé par les halogénures d’alkyles.Acylation COR + RCOX Acide de Lewis Schéma 8.436 Chimie organique +H H acide H + H de Lewis H H -H H 2 HC CH CH CH3 H acide de Lewis Schéma 8. alkyle ou aryle. La réactivité des halogénures d’acides est variable selon X avec I > Br > Cl > F. parmi d’autres. Le naphtalène est difficilement alkylé par cette réaction en raison de sa forte affinité pour les acides de Lewis. . La pyridine ne peut être alkylée que par l’action des organolithiens ou des organomagnésiens. qui est employé avec R. D’autres alkylants susceptibles de former un carbocation peuvent être employés.

comme le nitrobenzène (A). (Me)3C+. très stable. ou un halogène sont facilement acylés en position ortho.284 L’acylation peut être aussi le résultat de l’action d’un anhydride d’acide (RCO)2O sur le substrat aromatique en présence d’un acide de Lewis.8.HX + O R C H X AlCl3 AlCl3 O R C AlCl3 O R C + AlCl3 O R C + HX + AlCl3 Schéma 8. le carbocation t-butyle. Les deux mécanismes sont présentés dans le schéma 8. De même. deux possibilités d’acylation sont possibles. O R C X + AlCl3 O R C + carbocation acylium X AlCl3 O R C X + AlCl3 O AlCl3 complexe R C X O A) R C H + AlCl3 O B) R C X H O R C X H X AlCl3 AlCl3 O R C H X . Les substrats ayant un groupe alkyle. Les réactions de substitution 437 Il est rare que des polyacylations soient observées en raison de la désactivation du cycle par la première acylation.1n) permet d’obtenir le phénol acylé sur le cycle. Si les volumes sont équivalents mais que l’un des . Dans le cas d’anhydrides mixtes. Les phénols peuvent être O-acylés mais le réarrangement de Fries (§ 8. il est rare d’observer un réarrangement. L’électrophile est RCO+.284. alcoxy. Lorsque les deux groupes ont des effets électroniques comparables. C’est le cas de (Me)3CCO+ qui peut libérer. en raison du volume relativement important du groupe acyle qui crée une gêne stérique. certains carbocations acylium peuvent se décarbonyler si les carbocations alkyles ainsi formés sont très stables. Par contre. et surtout para. ou un complexe polarisé constitué par le chlorure d’acide et l’acide de Lewis observé dans les solvants non polaires (B). Il semble qu’il existe deux entités susceptibles d’intervenir dans ces réactions: un carbocation acyle plus spécifique des solvants polaires.4. c’est leur volume qui doit être pris en compte et c’est la cétone résultante ayant le groupe le plus volumineux qui est prédominante. par décarbonylation. Les acides de Lewis pour cette réaction sont les mêmes que ceux de l’alkylation. qui attaque alors le substrat aromatique. RCO-O-COR’. acétamido.

contient une fonction à effet -I. Les esters orientent plus souvent la réaction vers une alkylation plutôt qu’une acylation. c’est l’autre groupe R’ qui formera la cétone prédominante ArCOR’. PhCOCl.4-dihydro-2H-naphthalèn-1-one H Schéma 8. L’utilisation d’un anhydride cyclique. Si elle est suivie d’une nouvelle acylation intramoléculaire utilisant un acide fort après réduction du groupe cétonique. O O O AlCl3 HOOC O réduction HOOC O 3.4. les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates COCl + COCl2 AlCl3 COOH H 2O COCl O AlCl3 C + HCl + HCl Schéma 8. l’anhydride succinique. PhCOPh. . 8. Une nouvelle réaction de Friedel et Crafts avec le benzène présent (avant l’hydrolyse) peut aussi avoir lieu ce qui conduit alors à la benzophénone. cette synthèse de la 3. pour former le chlorure de l’acide benzoïque. un gaz particulièrement toxique.1e – Carboxylations par le phosgène. peut réagir avec le benzène (ou ses dérivés alkylés ou halogénés) selon le mécanisme de la réaction de Friedel et Crafts. avec AlCl3 permet une première acylation du benzène.285). par exemple R. mais les conditions de la réaction conduisent en fait à l’acide benzoïque. suite à l’addition d’eau en fin de réaction.285 La réaction d’acylation de Friedel et Crafts est possible avec le furane et le thiophène (positions 2 puis 5).286 Le phosgène COCl2. PhCOOH.438 Chimie organique deux groupes.4dihydro-2H-naphtalèn-1-one est appelée réaction de Haworth (schéma 8. mais particulièrement difficile avec la pyridine. Les cétènes et les esters peuvent aussi être utilisés dans cette réaction. en présence de AlCl3. Enfin. l’acylation du substrat aromatique peut s’effectuer hors de la présence d’un acide de Lewis lorsque le carbocation acylium peut être formé à partir d’un acide organique et d’un acide fort comme H 2SO4 ou HF.

Leur hydrolyse. A). peuvent résulter de la réaction d’isocyanates RNCO sur le benzène en présence d’un acide de Lewis. O2 à sec O A) + H2O N N N N AlCl3 H + oxydant Schéma 8. la réaction fournit alors seulement un amide de l’acide benzoïque PhCONH2. PhCONHR.288 La réaction d’arylation de Scholl (1912) consiste à coupler deux substrats aromatiques en présence d’un acide fort et d’un acide de Lewis (schéma 8. Avec le .1f – Arylation AlCl3 H + oxydant O B) AlCl3.N’-disubstitué. après hydrolyse. fournit encore l’acide benzoïque (schéma 8. R R + R' NCOCl AlCl3 CON R' + HCl amide tertiaire chlorure de carbamoyle + RN=C=O isocyanate AlCl3 CONHR amide secondaire CO-N COOH H2O. ou PhCON(R)(R’). le plus souvent AlCl3. ou un chlorure de carbamoyle N.287). Les réactions de substitution 439 Le chlorure d’oxalyle. L’hydrolyse fournit uniquement l’acide benzoïque. ClCONH2. 8.287 D’autres amides et thioamides secondaires dérivés de l’acide benzoïque ou de ses dérivés.288. conduit uniquement. à l’acide benzoïque. après isolement. H acide benzoïque + H2N Schéma 8.4. Elle nécessite un chauffage à haute température qui. dans les conditions de la réaction de Friedel et Crafts. Lorsque le phosgène est remplacé par le chlorure de carbamoyle. dans de nombreux cas. ClCOCOCl. conduit d’abord à la dégradation des substrats ( ! ) ce qui rend cette réaction difficilement utilisable. ClCON(R)(R’).8. selon le cas.

La réaction s’effectue sous pression (30 à 90 bars/cm2) en l’absence d’activateur. . TiCl4. chlorure de formyle. la substitution est orientée en para.4.290 Le toluène fournit le para-tolualdéhyde. L’acide de Lewis est le plus souvent AlCl3 (mais AlBr3.Réaction de Gatterman-Koch CHO + CO + HCl AlCl3 + CuCl Schéma 8. La réaction peut être intramoléculaire si deux cycles aromatiques sont présents dans la molécule traitée.291 CHO . ainsi que les phénols. le biphényle est obtenu. par le mélange CO + HCl (schéma 8. HCl).Réaction de Gatterman (Zn(CN)2. Dans cette réaction (schéma 8. composé instable.440 Chimie organique benzène. Les polyalkylbenzènes ne réagissent pas.289 La réaction de formylation de Gatterman-Koch (1897) remplace « HCOCl ».289). La présence d’un oxydant minéral augmente le rendement. Pour les alkylbenzènes.. ou le tétrachlorure de titane. et réaction d’Houben-Hoesch Zn(CN)2 + HCl puis H2O Schéma 8. 8.288. NiCl2. chlorure cuivreux. HCl peut être remplacé par HBr. limitée au benzène et alkylbenzènes.1g – Formylations . Cette réaction a surtout été utilisée avec des cétones ou composés azoïques aromatiques comme dans les exemples B du schéma 8. FeCl3 ou BF3 ont aussi été utilisés) auquel on ajoute un activateur comme CuCl. Avec le naphtalène. AlI3. on obtent le binaphtyle. C O H + H H C H C O H C O H C O O -H H C O H Schéma 8. le chlorure de nickel.230).

8. Les réactions de substitution

441

A l’origine (1898), la réaction de formylation de Gatterman consistait à faire réagir l’acide cyanhydrique et le chlorure d’hydrogène, en présence de chlorure de zinc, dans le chloroforme ou le chlorobenzène, sur un phénol ou son éther, substitué ou non sur le cycle par des groupes alkyle, formyle, ester, nitro, ou des halogénes. La modification d’Adams qui remplace HCN + HCl par Zn(CN)2 + HCl a eu pour résultats l’acroissement des rendements en aldéhydes, supérieur à 90 %, et d’étendre la formylation aux hydrocarbures aromatiques (schéma 8.291). Une autre modification, l’utilisation du complexe AlCl3, 2HCN permet la formylation d’hydrocarbures aromatiques polynucléaires comme le phénanthrène. Bien que le mécanisme soit encore incertain, il est vraisemblable que deux voies soient possibles (schéma 8.292). La première (A) correspond d’abord à la formation d’un électrophile qui est le carbocation résultant de l’addition d’un proton sur HCN, suivie de l’attaque du benzène, ce qui conduit à une imine protonée. Le chlorure de zinc formé dans la réaction joue le rôle d’acide de Lewis.

Zn(CN)2 + 2 HCl H C N + H

ZnCl2 + H C NH

2 HCN

ZnCl2 + Cl

Cl ZnCl2 Cl ZnCl2 H

A) H H H C NH C

+ ZnCl2 NH H ZnCl2,(HCN)2 HCl C NH2, Cl H2 O

B) H H
Schéma 8.292

+ NH4Cl C O

La seconde voie (B) conduisant à la même imine protonée pourrait être l’attaque d’un complexe ZnCl2,(HCN)2, en présence de HCl. Ces mécanismes sont les mêmes que ceux de la réaction de Hoesch ou d’HoubenHoesch (1915) où HCN est remplacé par RCN et qui conduit à des cétones aromatiques (schéma 8.293). Dans cette réaction, ZnCl2 peut être remplacé par FeCl3, NiCl2, CdCl2, CoCl2, CuCl2 ou AlCl3. Les nitriles aliphatiques α-substitués par des groupes COOR, CO R’, NH2 , OH peuvent être mis en réaction.

442

Chimie organique

R O + R'CN R = H, alkyle ZnCl2, HCl O

R

R R' C NH2 H2O - NH4OH O

R' C O

Schéma 8.293

- Réaction de Reimer-Tiemann (via un dichlorocarbène)

O CHX3 + KOH puis H
Schéma 8.294

OH
CHO

La réaction de Reimer-Tiemann (1876) consiste à faire réagir un dihalogénocarbène sur un phénol pouvant être substitué par des groupes alkyle, O-alkyle ou aryle, halogèno (schéma 8.294). Le phénol est formylé en position ortho et très faiblement en position para. C’est la seule réaction de substitution électrophile aromatique qui se fasse en milieu fortement alcalin. Les rendements sont faibles. Le dihalogénocarbène, entité chimique à caractère électrophile, est formé dans l’eau, l’éthanol ou la pyridine, par action à chaud d’un hydroxyde alcalin sur un trihalogénométhane (chloroforme, bromoforme ou iodoforme) (carbènes § 6.14) (schéma 8.295).
CHX3 + KOH O CX2 H O CX2 H CX2 O + KX X2 C H + H2O O CHX2

O CHX2 + 2 KOH 2KX +

O

OH CH OH H2O +

O

H C O

Schéma 8.295

La présence de groupes substituants électroattracteurs rend la réaction très difficile.

8. Les réactions de substitution

443

Elle peut s’appliquer à des dérivés hydroxylés d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les hétérocycles non hydroxylés comme le pyrrole, l’indole, la quinoléine, le thiazole fournissent des dérivés formylés. Des réactions secondaires sont souvent concomitantes. - La réaction de Duff (1932) permet d’obtenir le même résultat à partir de phénols mais avec de meilleurs rendements. À l’origine, elle s’effectuait avec de l’urotropine et de l’acide borique dans le glycérol, suivie d’une hydrolyse acide. Le mécanisme en est assez complexe. Elle est réalisée actuellement avec l’hexaméthylènetétramine (CH2)6N4 en présence d’acide trifluoroacétique. Elle est suivie d’une hydrolyse de l’imine formée (schéma 8.296).
N N N
hexaméthylènetétramine

N

CF3COOH

4 CH=NH, CF3COO

Me CH=NH -H puis H2O

Me + HC

Me

HC

O

O prépondérant
Schéma 8.296

Cette réaction s’applique aussi au benzène. Le réactif électrophile produit à partir de l’hexaméthylènetétramine est +CH=NH. Par cette réaction, le toluène est converti en ortho et para-tolualdéhydes. Ce dernier est prépondérant. La réaction présente une para régiosélectivité. - Réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (formamide N,N-disubstitué + oxychlorure de phosphore)
R O 1) (R')(R'')NCHO + POCl3 2) H2O
Schéma 8.297

O

R CHO

La réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (1927) est sans doute la réaction la plus utilisée pour préparer des aldéhydes en positions ortho ou para, dérivés de composés aromatiques activés comme les éthers de phénols, amines aromatiques N,Ndisubstituées, ou hétérocycles (schéma 8.297). Le benzène ne réagit pas. Par contre, l’anthracène est formylé en position 9.

444

Chimie organique

Elle consiste à faire réagir sur le substrat aromatique, dans un solvant non polaire, un formamide N,N-disubstitué (R’)(R”)N-CHO avec R’ = alkyle et R” = alkyle ou aryle, mais le plus souvent, c’est le diméthylformamide (ou DMF) anhydre, (CH3)2NCHO, qui est utilisé, et l’oxychlorure de phosphore POCl3 (ou le phosgène COCl2, le chlorure de thionyle, SOCl2, entre autres) (schéma 8.298).

R' N R'' C

O H

POCl3

R' N R'' R O C

O H

POCl2 Cl

R' N R'' (A) C H Cl , O POCl2

R O H

H

O Cl C

POCl2

O

R Cl C N R' H R''

R' N R'' R H O C O H BH C H R' N R" Cl

R'

N R'' R H C

H (B) R' N R"

-Cl O R H C N R"
sel d'iminium

O

H2O B

R'

O H H B

(C)

O

R H C O + H N R" R' + BH

Schéma 8.298

Le N,N-dialkylformamide, le plus souvent, le diméthylformamide (DMF) ou le N-alkyl,N-phénylformamide, additionne sur son groupe carbonyle, l’oxychlorure de phosphore (ou un autre dérivé chloré indiqué ci-dessus). Le composé ainsi formé est en équilibre avec un carbocation (A) et l’ion Cl2PO2-. Le substrat aromatique, ici un éther phénolique, est attaqué par le carbocation en position ortho (ou para) pour conduire à l’intermédiaire (B) après l’élimination d’un proton aromatique. Cette réaction est suivie d’une nouvelle élimination d’un ion chlorure ce qui fournit un sel d’iminium (C) qui, par hydrolyse en présence d’acétate de sodium, libère l’aldéhyde. Ce dernier est le plus souvent extrait du milieu par un entraînement à la vapeur (hydrodistillation).

8. Les réactions de substitution
Note : l’entraînement à la vapeur ou hydrodistillation consiste à faire passer de la vapeur d’eau dans un mélange aqueux à l'ébullition contenant un ou des composés organiques : certains forment un mélange azéotrope (§ 8.1.12d) avec l’eau, mélange dont le point d’ébullition est nettement inférieur à celui du composé entraîné, ce qui permet de l’extraire du mélange.

445

8.4.1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet)
CH2Cl + H2O

+ HCHO + HCl

ZnCl2

Schéma 8.299

Le méthanal et le chlorure d’hydrogène réagissent sur le benzène et ses dérivés alkylés, alkoxylés et halogénés, en présence de chlorure de zinc comme acide de Lewis, pour former les dérivés chlorométhylés correspondants (réaction de Blanc-Quelet, 1923) (schéma 8.299). Des réactions secondaires sont possibles qui correspondent à une alkylation par le composé halométhylé, et qui conduisent, avec le benzène, au diphénylméthane, Ph2CH2. La réaction peut être étendue à d’autres aldéhydes et il est possible d’utiliser HBr et HI. Le couple « aldéhyde-halogénure d’hydrogène » peut être remplacé par des composés comme le chlorométhylméthyléther, ClCH2OMe, ou le bis(chlorométhyléther), (ClCH2)2O, parmi d’autres. Cette réaction n’est pas possible avec les phénols et les amines aromatiques : ils forment des résines. Par contre, les esters et éthers phénoliques sont chlorométhylés. Le mécanisme de cette réaction passe par la formation du cation hydroxyméthyle, très stable qui résulte de l’addition d’un proton sur le méthanal (schéma 8.300). Plus le milieu est acide, plus la formation de ce carbocation est facilitée et la vitesse de la réaction augmentée. Il semble que l’action de l’acide de Lewis corresponde à une augmentation de cette acidité.
H C O H H H CH2OH H C O H
Schéma 8.300

H

+ H H

H C O

H C O H CH2OH HCl - H2 O CH2Cl H

-H

H

Il serait possible aussi et plus vraisemblable que le rôle de l’acide de Lewis soit de permettre la formation du cation hydroxyméthyle +CH2OH à partir du « chlorométhanol » ClCH2OH résultant de l’addition d’une molécule de HCl sur le méthanal.

446

Chimie organique

8.4.1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation)

X Z + N N
sel d'aryldiazonium

- XH

Z

N

N

dérivés du diazobenzène

Z = N(R1)(R2) ou O
Schéma 8.301

Quand les arylamines primaires sont traitées par l’acide nitreux, un sel d’aryl diazonium est produit (schéma 8.301). Le mécanisme de formation est complexe. L’acide nitreux libéré de son sel, le nitrite de sodium, par action de l’acide chlorhydrique dilué, à une température inférieure à 5 °C, se transforme en trioxyde d’azote lequel joue le rôle de transporteur de groupe NO. Son attaque par une arylamine primaire conduit à une nirosoarylamine protonée. Par perte d’un proton, la nitosoarylamine est formée. Elle présente une tautomérie avec un aryldiazohydroxyde. Ce dernier, en présence d’acide fort, est protoné sur l’oxygène. L’élimination d’une molécule d’eau fournit le sel d’aryldiazonium stabilisé par résonance entre deux formes limites principales (schéma 8.302).

Na-O-N=O + HCl
nitrite de sodium

HO-N=O + NaCl
acide nitreux

O 2 HO-N=O O O N O Ar-NH2 N O - NO2 Ar N N H2 O N N O + H2O
trioxyde d'azote

- H Ar

N H

N

O

Ar

N

N

OH

Ar

N

N

OH

H Cl

Ar

N

N

O

H

- H 2O

Ar

N

N , Cl

H Cl Ar N N , Cl

Ar

N

N

sel d'aryldiazonium

Schéma 8.302

Le cation aryldiazonium présent dans le sel d’aryldiazonium est un réactif électrophile faible. Il ne peut attaquer que des systèmes aromatiques suffisamment riches en électrons. Ainsi, les arylamines et les phénates (mais pas le méthoxybenzène) sont facilement attaqués en position para en raison du volume de l’électrophile, ou ortho, si la position

8. Les réactions de substitution

447

para est occupée. Toutefois, il est possible d’augmenter la réactivité de cet électrophile en substituant le cyle aromatique par des groupes électroattracteurs comme NO2. Avec le cation 2,4-dinitrophényldiazonium, le méthoxybenzène est attaqué. De même, le mésitylène, ou 2,4,6-triméthylbenzène, réagit avec le 2,4,6-trinitrophényldiazonium. Les cations aryldiazoniums n’existent qu’en solution acide ou faiblement basique. En milieu basique faible, ils sont convertis en aryldiazohydroxydes, Ar-N=N-OH, puis en milieu basique plus fort, en anions diazotates, Ar-N=N-O-. Pour chaque réaction de couplage, il existe un pH spécifique pour un rendement optimum. Les arylamines réagissent en milieu faiblement acide ou neutre. En milieu acide fort, la protonation de la fonction amine empêche une présence suffisante d’amines libres et la réaction devient difficile. Il est intéressant de remarquer que la diazotation des arylamines primaires s’effectue en milieu fortement acide afin d’éviter une réaction de couplage avec les arylamines présentes dans le milieu. Les arylamines et les phénols ne réagissent pas en milieu faiblement basique en raison de la formation de Ar-N=N-OH à partir du cation aryldiazonium. En milieu acide ou neutre, les phénols, ArOH, ne réagissent pas. Ils doivent être convertis en phénates, ArO-, plus réactifs. L’attaque de l’ion phénate pourrait a priori être orientée aussi bien sur l’oxygène que sur le carbone mais, en fait, l’attaque est toujours orientée sur les carbones du cycle en raison de la plus grande stabilité de la liaison C-N par rapport à celle de O-N. Le mécanisme de cette réaction est donné dans le schéma 8.303.

O

O -H H N N Ar

O

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.303

De même, l’attaque des arylamines peut s’effectuer sur l’azote ou sur les carbones du cycle (composés N- ou C-azo). Avec les arylamines primaires, l’attaque a lieu sur l’azote en formant des triazènes Ar-NH-N=N-Ar (schéma 8.304).

NH2

N N Ar

NH2 N N Ar -H

NH

N N Ar

phényltriazène

Schéma 8.304

448

Chimie organique

Cette propriété des arylamines primaires a été utlisée pour préparer des benzotriazoles à partir d’ortho-diaminobenzène : le groupe amino fournit le cation aryldiazonium qui attaque de manière intramoléculaire la seconde fonction amine avec production de l’hétérocycle (schéma 8.305).

NH2 NH2

+

HNO2

N

N -H

N N N H
benzotriazole

NH2

ortho-diaminobenzène

Schéma 8.305

Les arylamines secondaires sont attaquées de manière prépondérante sur l’azote. Les aryltriazènes (composés N-azo) isolés ont la propriété de s’isomériser en milieu acide en composés para-C-azo (schéma 8.304). Le réarrangement est intermoléculaire. Le cation aryldiazonium libéré peut attaquer une autre molécule d’arylamine. Si la réaction est effectuée en présence de phénol, ou d’une amine tertiaire, il se forme un dérivé C-azo correspondant.

NH

N N Ar
H

NH2 N N Ar

NH2
-H

NH2

phényltriazène

N N Ar
Schéma 8.306

N N Ar

Les arylamines tertiaires ne sont attaquées que sur les carbones du cycle (schéma 8.307).

R1 N

R2

R1 N

R2

R1 N -H

R2

N N Ar

H

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.307

8. Les réactions de substitution 8.4.1j – Hydroxyméthylation
OH + HCHO - H2 O base ou acide OH et CH2OH
prépondérant

449

OH CH2OH

Schéma 8.308

En milieu acide ou basique dilué, le phénol est hydroxyméthylé en position para et faiblement en position ortho (schéma 8.308).
H C O H H O H O H + H H H O H C OH

Milieu acide

H H O O -H H C OH H Milieu basique O O H H H C OH O H O H

H

H

CH2OH

H O O O

H C O H

H

H H

C O

H

CH2OH

Schéma 8.309

450

Chimie organique

Lorsqu’un excès de méthanal est utilisé, une dihydroxylation a lieu conduisant à des 2,4- et 2,6-bishydroxyméthylphénols (schéma 8.309). Par contre, si le méthanal est en quantité insuffisante, il se forme le p,p’-dihydroxydiphénylméthane.
OH + 2 HCHO CH2OH + HCHO HO CH2 OH OH CH2OH et HOH2C OH CH2OH

OH 2

p,p'-dihydroxydiphénylméthane

OH CH2 CH2 CH2

OH CH2 CH2

CH2 OH CH2
structure de la bakélite

Schéma 8.310

Ces réactions sont à l’origine de la synthèse de la bakélite qui est un polymère tridimensionnel (schéma 8.310). Le phénol peut aussi réagir avec les aldéhydes aliphatiques et aromatiques dans les mêmes conditions. 8.4.1k – Aminoalkylation
Z + HCHO + HN(R1)(R2) Z = OH, NHR, N(R)(R')
Schéma 8.311

Z - H2 O CH2 N

R1 R2

L’aminoalkylation des phénols et des arylamines secondaires et tertiaires par l’action des amines secondaires et du méthanal est une forme particulière de la réaction de Mannich (§ 10.3.1). Elle est orientée en position ortho (schémas 8.311 et 8.312).

8. Les réactions de substitution

451

H C O H H C N H R2 R1 + N

H R1 R2

HO H H H C N H C N

R1 R2 R1 R2

H2O H H H H O C N

R1 R2

- H 2O H H H O H

R1 C N R2

H O H

H O H R1 N H C H N R2 H
Schéma 8.312

H O

H C

H N R1 R2

R2

H

R1

H

C

Le furane, le pyrrole, et l’indole sont aminoalkylés par la même réaction en présence d’acide acétique. 8.4.1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt)
O COO Na OH CO2

O

Na CO2

OH

K

salicylate de sodium

COO

K

p-hydroxybenzoate de potassium
Schéma 8.313

Lorsque le phénate de sodium ou de lithium est chauffé avec l’anhydride carbonique sous pression (4 à 7 bars) à 100 °C, il se forme l’ortho-hydroxybenzoate de sodium (salicylate de sodium). La même réaction effectuée avec le phénate de potassium conduit au para-hydroxybenzoate de potassium (schéma 8.313). Les substituants électrodonneurs facilitent la réaction, et inversement pour les substituants électroattracteurs. Le mécanisme réel est assez mal connu. Toutefois deux propositions ont été faites.

452

Chimie organique

La plus simple (schéma 8.314) consiste à envisager une forme limite du phénate qui attribue la charge négative à un carbone ortho du cycle. Cette charge attaque ensuite l’anhydride carbonique.

O

O O C O

OH COO

Schéma 8.314

La seconde proposition (schéma 8.315) correspond à une substitution électrophile aromatique via un complexe entre les deux réactifs. Dans le cas des phénates de sodium et de lithium, la structure du complexe place le groupe carbonyle en face du carbone cyclique ortho. L’attaque du carbone de C=O à faible densité électronique conduit au salicylate de sodium.

O

Na O C O

O

O Na H C O

OH

O Na C O

complexe

salicylate de sodium

Schéma 8.315

Le phénate de potassium ne peut pas donner lieu à un complexe de structure analogue à celui du phénate de sodium pour des raisons de différence de volumes atomiques entre Na et K, ce qui pourrait expliquer l’attaque spécifique, dans ce cas, en position para. Une modification de cette réaction due à Marasse, consiste à chauffer un mélange de phénol et de carbonate de potassium, de sodium, de rubidium ou de césium, sous haute pression à 170 °C. Les produits résultants sont uniquement carboxylés en position para. 8.4.1m – Décarboxylation des acides aromatiques
COOH quinoléine CuO + CO2

Schéma 8.316

8. Les réactions de substitution

453

Deux mécanismes différents expliquent la décarboxylation des acides arylcarboxyliques (schéma 8.316) selon qu’ils sont libres ou sous forme de sels. Dans le premier cas (schéma 8.317), la réaction s’effectue en présence d’un acide fort comme l’acide sulfurique et le réactif électrophile est le proton. Il se forme un ion arènium qui perd le proton de COOH puis élimine une molécule d’anhydride carbonique pour donner finalement le benzène, dans le cas de l’acide benzoïque.
H O C O H O C H -H H O

O

C

O - CO2

H H

Schéma 8.317

Dans le second cas (schéma 8.318), mécanisme SE1 (§ 8.4.2) le benzoate élimine une molécule d’anhydride carbonique par chauffage. Le carbanion qui est ainsi formé est attaqué par un proton du milieu pour donner finalement le benzène.
H - CO2 H A + A

COO

Schéma 8.318

En fait, la méthode la plus utilisée est le chauffage de l’acide libre en présence d’une base hétérocyclique, la quinoléine et d’un catalyseur, l’oxyde cuivreux ou un oxyde d’argent. Le mécanisme n’est pas connu. 8.4.1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques
OCOR AlCl3

OH COR et

OH

R = alkyl ou aryl
Schéma 8.319

COR

Les esters phénoliques dérivés d’acides aliphatiques ou aromatiques, chauffés au dessus de 100 °C en présence d’un acide de Lewis comme AlCl3, dans le nitrobenzène ou le chlorobenzène comme solvant, voire sans solvant, se réarrangent en para ou ortho-acylphénol

454

Chimie organique

(schéma 8.319), c’est le réarrangement de Fries (1908). Le rapport ortho/para est fonction des conditions de la réaction. Les températures élevées privilégient les isomères ortho, et inversement pour les isomères para. Le solvant et la quantité d’acide de Lewis jouent aussi un rôle. Le mécanisme est mal connu : il pourrait être intra ou intermoléculaire, et seule, la formation d’un complexe entre AlCl3 et l’ester en proportion 1/1 est reconnue. Deux mécanismes proposés sont donnés dans le schéma 8.320, l’un intramoléculaire, et l’autre intermoléculaire.

Mécanisme intermoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O H R C O Cl3Al O R C O -H H + H2 O

OH COR

Mécanisme intramoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O R C O -H H + H2O
Schéma 8.320

OH COR

8.4.2 – Mécanisme SE1
Le mécanisme de substitution électrophile SE1 ou substitution électrophile monomoléculaire est peu fréquent. On peut donner comme exemple classique la décarboxylation des acides aromatiques (schéma 8.317). Lorsque le groupe Z n’est pas un groupe carboné, la présence d’une base forte est nécessaire. La première étape du mécanisme consiste en la formation d’un carbanion, qui réagit ensuite, dans une seconde étape, avec un électrophile du milieu pour donner le produit final.
Z -Z (base forte)
Schéma 8.321

E E

8. Les réactions de substitution

455

8.5

Mécanisme de substitution radicalaire (rappel)

Ces réactions ont été présentées au paragraphe 6.11.5.d. Il s’agit, en particulier, de la chloration des alcanes ou des alkylbenzènes, sous rayonnement UV, à hautes températures ou en présence d’un initiateur radicalaire comme les peroxydes ou le tétraéthylplomb. La facilité de la chloration de CH suit l’ordre : carbone tertiaire > carbone secondaire > carbone primaire > méthane. Avec le propène ou le cyclohexène, l’addition radicalaire du chlore est possible mais aussi la substitution d’un hydrogène. Il est intéressant de remarquer qu’à une température de 450 °C, seule, la substitution a lieu dans le cas du propène. Cela s’explique par le retrait d’un radical H• ce qui conduit à un radical allyle stable. L’addition de Cl• au propène à basse température fournit un radical peu stable, qui, par chauffage, est en équilibre avec le propène et le radical Cl• (schéma 8.322).

H3 C
H3C C H

CH2

Cl 450°C

C H

CH2Cl CH2 H2C C H CH2

ClH + H2C C H Cl

Cl

Schéma 8.322

La fluoration s’effectue sans initiateur et la réaction peut être explosive. La bromation est plus lente que la chloration et nécessite un initiateur. L’iodation des alcanes a lieu très rarement. Les halogénations radicalaires peuvent être effectuées par des réactifs comme le N-bromosuccinimide, l’hypochlorite de t-butyle, ou le chlorure de sulfuryle en présence d’un initiateur radicalaire.

.......... 470 9..............1................................................1....................1 Additions électrophiles ..................1.................... 475 9........................................2 – Hydratations en milieu acide .............................................................. R-O-Cl ... 468 9.... 470 9............ 471 9...4 – Halogènes et acide hypohalogéneux ........................................ 477 9.5a – Alcools et phénols ............. 474 9.1b – Sur les alcynes ...........1.......... 475 9.........................5c – Chlorure de nitrosyle..... 480 9............1.................5e – Halogénures d’alkyles..... 477 9................ 479 9..................... 461 9................................2a – Des alcènes .......5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé α.......479 9........5 – Autres additions électrophiles . 470 9................................. 478 9.... et d’acyles (halogénures d’acides)...5h – Oxymercuration-démercuration ...................................5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) ..........................1..4a – Sur les alcènes .....................Chapitre 9 Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Sommaire : 9...............................1.............................1..................................................................................4b – Sur les alcynes .............. en présence d’acides de Lewis ............. NOCl .............................................. 476 9......2 Additions nucléophiles...1......... RCOX.............1..... 469 9...............................................................................................................1..1...........................1...... 482 .......2b – Des alcynes .... réactions de Michaël ..3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène ..........5b – Hypochlorites d’alkyles................. 461 9............................1.......................1.. RX.1.................1........ 472 9...1a – Sur les alcènes ...................... 472 9........1.................... IN3 ........1c – Sur les cétènes ................... 460 9.........1....................5d – Azidure d’iode.......................1........................1 – Acides halohydriques ...........β-insaturé (*)............

.......... en particulier).............2 – Addition anti ... 486 9......... 487 9..... 497 9......................................βinsaturés sont présentés au chapitre 10 (réactions de Michael..... esters................................. 486 9........... 491 9........3.. cétones.....................4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique ........................... 488 9........ alcools............................ 515 (*) Note importante : les réactions d’additions sur les aldéhydes............ en présence d’un initiateur de radicaux libres .... le permanganate de potassium...3.......................................... 505 9.... 486 9.....................458 Chimie organique 9............5...3 Additions radicalaires ............7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes .10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) ....................................................... 491 9...................................... et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) ............................................3 – Amines.... esters.8 Cycloadditions [2 + 3]...............1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde (effet Kharash) .......5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium........................2 – Alcanes ............ ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 . 493 9.......... ..................................... 496 9............6 Hydroboration et hydroboration-oxydation .......1 – Additions syn ................. et nitriles α................... 494 9.......10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) ........ KMnO4... OsO4.....................3..................................... aldéhydes..5......................

les cycloadditions [2+3] de dipôles 1. nucléophiles ou radicalaires. celles des groupes sur les carbones sp3dans l'espace. R3 ≠ R4 ≠ H 2 R3 C C R 4 A H attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 *C R4 . et d'autre part.2a).9. les additions sur les groupes fonctionnels indiqués ci-dessus correspondent dans la majorité des cas à des attaques nucléophiles du carbone. une addition 1. A carbocation A carbocation A' Formation des carbocations énantiomères les plus stables donc les plus substitués en série aliphatique note: afin de différencier d'une part. celles des cétènes ou cyclopropanations (§ 6. se faisant via un état de transition cyclique (§ 9.9).3 (§ 6.16). qui fait intervenir des diènes conjugués et des alcènes substitués. Par contre. des nitrènes (§ 6.2a). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 459 Dans les réactions d’addition d’une molécule sur des doubles ou triples liaisons. des signes différents ont été utilisés. avec une première attaque de la double liaison par un radical libre comme Br•. . et enfin les additions dites « péricycliques » comme la réaction de Diels-Alder. Il faut ajouter à ces additions électrophiles. C=S. C=N.1). Elle peut aussi être radicalaire.et C≡N. les positions des groupes en avant et en arrière du carbone éthylènique dans le plan sp2. l’addition est le plus souvent électrophile car elle débute par l’addition d’une espèce électrophile comme le proton (schéma 9. souvent catalysées par la présence d’un acide. Elles peuvent avoir lieu sur toutes les doubles et triples liaisons : alcènes et alcynes. …) sont fixés à chacun des éléments qui constituent ces liaisons. X2.A R3 et R2 C C H * R3 R4 . les deux constituants d’un réactif (HX. Schéma 9.1 Dans le cas des alcènes.15. mais aussi les groupes fonctionnels comme C=O. H2. attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H R A R1 ≠ R 2 .14.4.

Il se forme d’abord un carbocation qui est ensuite attaqué par l’anion présent dans le milieu (X-. Dans le cas de 1-haloalcène comme le bromoéthène ou bromure de vinyle. C’est pourquoi. L’attaque du proton (ou de E+) est régiosélective (les alcènes dissymétriques conduisent majoritairement aux carbocations les plus stables thermodynamiquement). le carbocation issu de l’addition du proton peut se réarranger. Ainsi. Avant que l’attaque de l’anion s’effectue.2 La formation du carbocation est lente par rapport à l’attaque de l’anion. L’addition de 2 HX sur un alcyne -C≡C-conduit donc à un gemdihalogénure >CH2-CX2<. une double liaison est un site nucléophile en raison de sa forte densité électronique (quatre électrons entre deux carbones). à des produits d’addition. 1) attaque de la double liaison par le groupe électrophile ou le proton E C C E C C carbocation le plus stable (possibilité de réarrangements) 2) attaque du carbocation par l'anion du milieu E C C A E C C A Schéma 9. BrCH=CH2. la présence du brome oriente l’addition du proton ce qui conduit à BrCH(+)-CH3 (en raison de l’effet +M de Br). (CH3)2C=CH2.1 Additions électrophiles Les deux électrons de l’orbitale moléculaire π qui caractérise la double liaison ont un degré de liberté plus élevé que ceux qui forment l’orbitale moléculaire σ. la liaison π est plus facilement polarisable que la liaison σ. et le plus souvent. Par ailleurs. par le proton (comme dans le cas de HX). est plus facile qu’avec l’éthylène CH2=CH2. C’est donc la première étape de la réaction qui donne la vitesse globale de l’addition. mais aussi. dans le cas de HX) (schéma 9. l’addition électrophile conduit à des produits d’addition-1. Sur les diènes conjugués (schéma 9.460 Chimie organique 9. La formation du carbocation est facilitée par la présence de groupes à effet +I liés à l’un des deux carbones. L’addition de E+ se fait toujours sur un carbone éthylènique terminal afin que le carbocation résultant soit stabilisé par résonance. Cela explique une attaque facilitée pour les réactifs électrophiles E+. dans de nombreux cas. car ils le stabilisent. la réaction avec le 2-méthylpropène. car (CH3)3C+ est plus stable que CH3CH2+. en un carbocation plus stable.2).3).4 parfois majoritaires. c’est alors ce dernier qui réagira avec l’anion. .1. s’il est peu stable.2.

l’attaque de H+ par dessus ou par dessous le plan « sp2 » conduit à deux carbocations énantiomères en quantités égales (un racémique) (schéma 9. 9. De nombreuses raisons sont données pour expliquer cette « anomalie ». L’attaque d’un réactif électrophile en devient plus difficile en raison de l’accès limité aux électrons π.3 La triple liaison des alcynes qui correspond à un site à forte densité électronique devrait laisser prévoir une plus facile attaque des réactifs électrophiles comparée à celle des alcènes.4). La plus classique est liée à la plus faible distance qui sépare les carbones triplement liés par rapport à celle qui sépare les carbones doublement liés. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 461 C C H C H C E+ E C C H C H C E A C C H C H C A C E C H C H C + E C C H C H C A addition 1.1 – Acides halohydriques 9.1a – Sur les alcènes Dans le cas d’une addition d’un acide halohydrique HX en milieu polaire sur un alcène ayant quatre groupes substituants différents. mais il n’en est rien.1. et c’est le contraire qui est observé.9.2 addition 1.4 Schéma 9. l’addition d’halogénures d’hydrogène et l’hydratation en milieu acide se font à des vitesses comparables pour les alcènes et alcynes ayant des substituants de même nature. .1. Toutefois. Les réactions des réactifs nucléophiles avec les alcynes sont plus faciles que celles avec les alcènes.

5).4 Le carbocation étant plan. X carbocation A carbocation A' carbocations énantiomères les plus stables Schéma 9.462 Chimie organique attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H X R2 R1 ≠ R 2 . être attaqué de part et d’autre de ce plan (schéma 9. Ces diastéréoisomères. constituent alors un mélange de deux racémiques car AB et A’B’ forment un couple d’énantiomères ainsi que AB’ et A’B.X R3 et R2 C C H * R3 R4 . ce qui conduit pour chaque carbocation énantiomère A et A’ à deux diastéréoisomères. A’B et A’B’ si la nature des substituants permet la formation de deux carbones asymétriques et que des composés méso ne sont pas formés. . il peut. soit en tout quatre diastéréoisomères AB et AB’. R3 ≠ R4 ≠ H C=C R3 X H R4 attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 * C R4 . de même. s’ils se forment.

9. . les composés finaux ne possèdent qu’un seul carbone asymétrique. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 463 R1 C R2 A X R1 R 2 H * C R3 R4 X R1 R2 * C X AB' * C R4 R4 * C A'B * C H R3 H * C AB *C R3 R4 R4 * C *C A'B' H R3 X H R3 R2 R1 X additions "syn" additions "anti" X R1 X X R2 R1 C R2 A' * C R4 R3 X H 4 diastéréoisomères si l'addition de HX conduit à la formation de deux carbones asymétriques (sans forme méso) Schéma 9. c’est un racémique. L’addition de HX sur un alcène est régiosélective mais pas stéréospécifique (tous les stéréoisomères d’additions syn et anti sont présents).6). Dans le cas du 3-méthylhept-3-ène (schéma 9.5 Le couple d’énantiomères AB et A’B’ est le résultat d’une addition syn (X et H occupent le même espace défini par le plan de l’alcène de départ) et le couple d’énantiomères AB’ et A’B est le résultat d’une addition anti (X et H occupent chacun un des deux espaces définis par le plan de l’alcène de départ). Il se forme un couple d’énantiomères en quantités égales. Cette réaction d’addition est donc encore régiosélective et non stéréospécifique.

addition syn H Y C Z C Z isomère "cis" ou "Z" X Y Y X C Z H Y C Z et H C 1 Z C 2 X X H Z Y Y H X Z Y Y Z Y Z X C C H Y Z Y Z Y Z couple d'énantiomères "érythro" mélange racémique (d.7). Dans le cas d’une molécule cis. de forme érythro (schéma 9. une addition syn de HX avec attaque de H+ sur l’un ou l’autre des deux carbones éthyléniques (50 % sur chaque en raison de l’équivalence de ces carbones) conduira à un mélange en quantités égales de deux énantiomères (un racémique).464 H5C2 H H H3 C C Chimie organique H5C2 C H3C C C3H7 H C C3H7 H X attaque au-dessus du plan attaque au-dessous du plan X X C2 H 5 H3C C* C4H9 C4H9 X * C C2H5 CH3 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 9.6 Si on considère une molécule d’alcène ayant une formule de type YZC=CYZ où Y et Z représentent des groupes différents de H et X.7 . cette molécule peut être trans ou cis.l) Schéma 9.

.8). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 465 L’addition anti sur l’isomère cis conduit à un mélange racémique d’énantiomères de forme thréo (schéma 9. Remarque : pour obtenir les deux énantiomères. il faut. addition anti H Y C Z C Z Y isomère "cis" X Y Y C Z C Z et X H C Y Z C X Y X H Y Y X Z Z Z Z X Z Y H H Y Y Z Y Z H Y Z Y X Z H Y Z C H C Y Z X couple d'énantiomères "thréo" mélange racémique (dl) Schéma 9.9.9) conduit à un mélange racémique d’énantiomères thréo. et l’addition anti à un mélange racémique d’énantiomères de forme érythréo. dans ce cas. considérer les attaques au-dessus et au-dessous du plan « sp2 » : les attaques inversées de H et X d’un même côté du plan « sp2 » conduisent à un même stéréoisomère).8 L’addition syn sur l’isomère trans (schéma 9.

.466 Chimie organique addition syn H Y C Z C Y X Z isomère "trans" Y C et Z C Z Y H H X Z Y Y Z Z X H Y X Y Z Y Z Z Y H X addition anti H Y C Z X H X Z C Y Z couple d'énantiomèresthréo (racémique) X Y C et Z C Y Z H X Z Y Z ou Y Y XH Z Z Z Z Y Z H Y Y X Z Y Y Y Z Y H HX couple d'énantiomères érythro (racémique) Schéma 9. c’est la règle de Markovnikov. l’addition de HX conduit par ce mécanisme d’addition ionique. uniquement aux halogénures les plus substitués dérivés d’alcènes.9 En raison de la formation préférentielle du carbocation le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire).

les additions syn et anti de HX sur les isomères Z et E conduisent à deux racémiques. S’il n’existe pas de régiosélectivité de l’attaque du proton en raison de la nature proche des groupes substituants (effets inducteurs ou mésomères équivalents).5-diméthyl-octa-2.9.C5H5N). Il en résulte un nouveau carbocation qui réagit de nouveau sur une troisième molécule d’alcène et ainsi de suite (voir carbocations § 6.10). c’est le cas du 2. . Les acides HI.4c). quatre racémiques sont susceptibles de se former.5-diméthyl-octa-2.4-tétraméthyl-cyclohexène Schéma 9. il se forme en premier lieu un carbocation qui est ensuite attaqué par une nouvelle molécule d’alcène qui joue le rôle de nucléophile.3. et que la régioséléctivité de l’attaque du proton sur la double liaison est conservée. Dans ce cas. lorsque les quatre groupes substituants d’une double liaison sont différents. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 467 D’une manière générale. cette réaction parfois violente est souvent effectuée avec le réactif polyfluorure d’hydrogène-pyridine ((HF)x. HCl nécessite un chauffage. HBr. certains diènes sont susceptibles de se cycliser en présence d’un catalyseur acide.6-diène 1.3-époxyde avec création d’un carbocation A.11) dans la biosynthèse du cholestérol (précurseur des hormones stéroïdes). Celui-ci déclenche quatre cyclisations. par contre.10 C’est le même type de réaction qui permet le passage du squalène au dammaradiènol (schéma 9. H -H 2. Bien que HF puisse être additionné à température ordinaire. Enfin. La catalyse acide permet l’ouverture du 2.6-diène qui se cyclise en un dérivé du cyclohexène (schéma 9.4. Dans la polymérisation des alcènes en présence d’une trace d’acide. s’additionnent sur les alcènes à température ordinaire. Le carbocation B qui en résulte perd un proton d’un groupe méthyle en position α avec création d’une double liaison.11. le squalène est d’abord époxydé par une enzyme. HI s’additionne très lentement.

en présence d’ions mercuriques. En effet. le résultat de l’addition est donc « anti ». Sur un alcyne terminal comme le propyne.3-époxyde de squalène enzyme H HO -H B HO A HO HO dammaradiènol cholestérol Schéma 9.468 Chimie organique O enzyme O squalène 2. . c’est le 2.1. le (Z)-2-bromobut-2-ène. ce qui oriente la réaction. dans une solution d’acide diluée.12) conduit à un (Z)-bromoalcène. L’acétylène additionne HCl par barbotage.1b – Sur les alcynes L’addition d’un équivalent de HX sur un alcyne interne (schéma 9. pour produire le chlorure de vinyle. en présence d’ion bromure. La réaction peut avoir lieu dans l’obscurité. ClCH=CH2. Dans le cas du but-2-yne. l’addition de H+ sur le (Z)-2-bromoprop-2-ène pourrait créer deux carbocations isomères mais l’un d’eux est stabilisé par mésomérie. La présence d’ion halogénure catalyse la réaction.2-dibromobutane qui est alors obtenu. dont la polymérisation industrielle fournit le polychlorure de vinyle (PVC). La réactivité des halogénures d’hydrogène est dans l’ordre : HI > HBr > HCl > HF.11 9.3-oxyde de squalène ou 2. mais la lumière et les halogénures métalliques la catalysent. à 65 °C. et ce dernier ne s’additionne que sous pression. Le but-2-yne fournit par addition de HBr. la réaction est rarement arrêtée après l’addition d’une seule molécule de HX et le résultat est un mélange d’halogénoalcène et de dihalogénoalcane géminé. L’addition d’une seconde molécule de HX conduit à un dihalogénoalcane géminé selon un mécanisme régiosélectif qui suit la règle de Markovnikov.

9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 469 X H3C C C CH3 H X H3 C C C H H X H 3C CX2-CH2-CH3 X H3 C C C CH3 H H HBr Br Br C H3C C H 2. puis au divinylacétylène CH2=CH-C≡C-CH=CH2.HX H .1. ils sont transformés en acides (schéma 9.2-dibromobutane H H3 C C C H + H3C CBr2 CH3 propyne 2-bromopropène H C C H acétylène ou éthyne HCl Hg2+ Cl CH CH2 chlorure de vinyle Schéma 9. En présence d’eau et d’acide minéral. CH2=CH-C≡CH. mais il est possible d’obtenir aussi le cyclooctatétraène. H C C cétène O C C X O HX milieu anhydre solvant inerte halogénure d'acide H2O .13 .13). H2O H C C O OH acide Schéma 9. à partir de quatre molécules. Des polymérisations en composés cycliques sont obtenues par chauffage. en milieu anhydre. Le benzène en est le résultat à partir de trois molécules.9.2-dibromopropane H3 C C CH3 but-2-yne C H CH3 X X H3C CH3 C H CH3 C C H (Z)-2-bromobut-2-ène H3 C C X H3 C C C CH3 H H 2.1c – Sur les cétènes Les cétènes sont capables d’additionner une molécule HX pour fournir des chlorures d’acides.12 Une polymérisation de l’acétylène par barbotage dans une solution de chlorure cuivreux et de chlorure d’ammonium conduit au vinylacétylène.

2 – Hydratations en milieu acide 9. Dans l’eau. il additionne une molécule d’eau pour donner l’éthanal ou acétaldéhyde. en particulier. . ou avec des anions en solution. L’acide sulfurique est choisi dans cette réaction en raison du caractère nucléophile faible de l’anion HO3SO. l’ion mercurique n’est pas utile.1. Cette réaction peut être appliquée à des alcynes internes avec obtention dans ce cas de cétones. Dans ces cas.1. Dans cette réaction (schéma 9. Cette réaction est aussi applicable à des éthers et thioéthers acétylèniques et aux ynamines.qui ne peut pas entrer en compétition avec l’eau. C’est la base d’une hydratation des alcènes qui représente une synthèse importante des alcools (schéma 9. car il forme d’abord un complexe avec l’acétylène. par tautomérie. en fait.2b – Des alcynes Lorsque l’acétylène est mis à barboter dans une solution diluée d’acide sulfurique en présence de sulfate mercurique à 60 °C.14 9. réagir avec le milieu s’il est nucléophile. En effet. qui. en présence de l’acide sulfurique.470 Chimie organique 9.15).2a – Des alcènes Il est important de remarquer que le carbocation intermédiaire formé dans l’addition d’un acide sur les alcènes est susceptible de donner lieu à toutes les réactions classiques de cette entité chimique (§ 6.1. un énol est produit.14). l’ion mercurique Hg2+ qui est très important. comme l’eau. le carbocation intermédiaire réagit avec ce nucléophile pour former un alcool.H2SO4 H Schéma 9. l’addition d’acide sulfurique à un alcène produit un sulfate acide d’alkyle. L’eau attaque ce dernier (substitution SN2) et. conduit à l’éthanal.4) et.11. c’est. H OSO3H H C C +H C C H2 O C C OSO3H sulfate acide d'alkyle H2O H C C O H -H H C C O alcool H .

H C C H + HCN CuCl.16 . copolymère à usage industriel. Note : la préparation industrielle de l’acrylonitrile s’effectue par chauffage d’un mélange de propène. L’acétylène peut aussi additionner une molécule d’acide acétique en présence d’ions mercurique Hg2+ pour former l’acétate de vinyle. lequel réagit avec une nouvelle molécule d’acide acétique pour donner l’éthylidène diacétate. H2SO4 R CH2 C O R Schéma 9.16).1. C’est donc un mélange qui est obtenu dans la réaction avec l’acétylène (schéma 9. H2O. d’acrylonitrile et de butadiène. et d’oxygène en présence d’un catalyseur constitué d’oxydes de molybdène.3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène L’acétylène additionne le cyanure d’hydrogène (ou acide cyanhydrique) en présence de chlorure cuivreux dans l’acide chlorhydrique dilué.9. de cobalt et d’aluminium.15 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 471 H O H C C H Hg2+ puis H2O H C Hg C 2+ H H O H C Hg+ C H H -H H C Hg H + H O C H H H H H éthanal O C C H H O équilibre céto-énolique H C H C H forme énolique de l'éthanal R C C R Hg2+. HCl dilué H2C CH CN acrylonitrile Hg2+ H C C H + CH3COOH Hg2+ CH2=CH-OCOCH3 acétate de vinyle CH2=CH-OCOCH3 + CH3COOH CH3-CH(OCOCH3)2 éthylidène diacétate Schéma 9. Il en résulte le cyanure de vinyle ou acrylonitrile qui est utilisé dans la préparation d’un caoutchouc synthétique. d’ammoniac. le Buna N.

il est possible qu’il existe une addition syn : le rapport syn / anti est fonction de la stabilité relative de l’ion cyclique bromonium. de signes opposés.1. dans le cas général. L’ion bromure Br. l’acide acétique ou le méthanol. L’addition des autres halogènes est plus difficile ou complexe.attaque donc du côté opposé au brome de l’ion bromonium (c’est une réaction de substitution de type S N2. selon une réaction irréversible. la molécule de brome subit l’action des électrons π (effet de champ) et un dipole induit en résulte : les deux atomes de brome portent chacun une charge partielle. une addition stéréosélective.472 Chimie organique 9. . XeF 2. en un ion cyclique bromonium. En s’approchant de la double liaison. pour groupe sortant. Elles définissent la vitesse de la réaction totale. La fluoration de quelques alcènes est effectuée à basse température (–78 °C) par du fluor dilué dans de l’azote ou de l’argon dans un solvant inerte. une interaction à caractère réversible a lieu entre les deux molécules (schéma 9.2) : le résultat en est la formation d’un dérivé α-dibromé selon une addition anti de brome pour l’alcène. Losqu’une molécule de brome est additionnée à un alcène dans le tétrachlorure de carbone.4 – Halogènes et acide hypohalogéneux 9.4a – Sur les alcènes L’addition du brome sur les alcènes constitue un autre exemple d’addition électrophile. C’est donc dans la majorité des cas.présent dans le milieu ne peut pas s’effectuer du côté du brome cyclique en raison de la gêne stérique causée par son important volume atomique. Le fluor a une réaction violente avec les alcènes qui peut conduire à la coupure de la liaison entre carbones ou la destruction d’autres fonctions de la molécule. Le chlore se conduit le plus souvent comme le brome mais la stéréochimie de son addition est plus complexe. avec. Toutefois.17). Il se transforme ensuite. Dans ces réactions. La polarisation de la molécule de brome et la formation de l’ion cyclique bromonium sont les étapes les plus lentes de la bromation. S’il est peu stable. l’atome de brome de l’ion cyclique § 8. L’iode s’additionne. un carbocation acyclique qui résulte de l’ouverture du cycle est alors formé ce qui permet à la fois les additions syn et anti. Une interaction avec les électrons π conduit à un complexe .1. L’attaque de cette entité cyclique positive par l’ion bromure Br.1. on remplace souvent le fluor par le florure de xénon. mais la réaction est réversible.

ou des anions minéraux comme l’ion nitrate NO3. et un composé qui résulte de l’attaque de Cl-.17 Si la réaction d’un halogène (Cl2.18 (A)). HO-. l) Schéma 9. . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 473 Br Br Br -δ Br +δ R1 C R2 R3 R1 C R4 R2 R3 Br Br C R2 et l'inverse et l'inverse par rapport au plan "sp2" et l'inverse par rapport au plan "sp2" π C π C R4 R1 C R4 R3 Ion cyclique bromonium Complexe π Br C R2 C R1 R2 Br C R3 R4 C R4 R3 Br R1 1 Br 2 1 R1 C Br C R3 R4 R1 2 R3 C R2 C Br R3 R4 R1 R2 C C Br R2 Br Br R4 Br addition anti couple d'énantiomères racémique (d. L’action du brome sur l’éthylène en présence d’ions chlorures produit à la fois le composé de l’addition normale de Br2.9. le 1. Br2 ou I2) avec un alcène est réalisée en présence d’un nucléophile comme l’eau (ce qui est l’équivalent d’un acide hypohalogéneux. X+). à la place de Br-. et divers produits peuvent être préparés. la seconde partie de l’addition fait intervenir ce nucléophile à la place de l’ion halogénure.2-dibromoéthane. sur l’ion cyclique bromonium.en forte concentration (supérieure à celle de X-). le 1-bromo-2-chloroéthane (schéma 9.

A) H2C CH2 Br2 + Cl BrH2C CH2Br et BrH2C CH2Cl H3 C B) H3C C CH2 Br2 H 3C C H 3C Br CH2 Br H3 C H3C Br H2O C CH2Br Nu Cl H3C H3C Cl C CH2Br -H H3C H3 C HO bromhydrine C CH2Br Schéma 9. Dans le cas de BrCl.20).19). ce qui entraîne une plus grande rétention des électrons π. . permettent des additions sur les alcènes. celui-ci est plus difficile à former. Relativement aux alcènes. en raison de la plus faible distance séparant les carbones triplement liés comparée à celle des carbones doublement liés. ou le bromure d’iode.19 H3C C H3C CH2 Br +δ Cl -δ H3C H3C CH2 H3C Cl CH2Br 9. celui qui. le chlorure d’iode ICl. c’est l’atome de brome qui forme cet ion et le chlore intervient comme anion (schéma 9.1. Elle résulte de l’ouverture de l’ion bromonium par attaque d’une molécule d’eau sur le carbone le plus substitué du cycle. Br C H3 C Cl Schéma 9. C’est l’atome d’halogène le moins électronégatif qui débute la réaction pour former l’ion cyclique halonium. fournirait le carbocation le plus stable. BrCl. en cas d’ouverture de celui-ci.4b – Sur les alcynes L’addition du brome (ou du chlore) sur un alcyne suit un mécanisme semblable à celui des alcènes avec la formation d’ion ponté bromonium (schéma 9. IBr.474 Chimie organique L’ouverture du cycle halonium (ou halogénium) est régiosélective comme le montre la réaction du 2-méthylpropène en présence de brome dans l’eau (B) qui conduit à une bromhydrine.18 Des composés comme le chlorure de brome.

L’addition s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique. il s’agit d’une addition électrophile (schéma 9. Cl2CHCH(OH)2.5 – Autres additions électrophiles 9. lequel élimine une molécule d’eau pour conduire au dichloroacétaldéhyde. 9. L’acétylène additionne successivement deux équivalents d’acide hypochloreux pour former le composé instable. Pour les alcynes simples. La structure électronique de cet ion ponté bromonium fait aussi apparaître une délocalisation de quatre électrons. Ils sont donc très difficile à former. L’iodation de l’acétylène s’effectue dans l’éthanol et s’arrête après une seule addition de I2 ((E)-1. le (E)-dibromoalcène vicinal peut additionner une nouvelle molécule de brome pour former un tétrabromoalcane. Il s’oxyde très facilement en acide dichloroacétique. Il se forme d’abord un carbocation qui réagit avec le nucléophile du milieu. C’est une raison supplémentaire à la difficulté de cette addition. dans le cas des alcynes. Le dichloro-acétylène Cl-C≡C-Cl résulte de l’action d’une solution d’hypochlorite de sodium sur l’acétylène.10). est plus fortement tendu comparé à celui dérivé des alcènes. Note : l’addition d’iode à l’acétylène dans l’ammoniac liquide ne donne pas lieu à une addition mais à une substitution des hydrogènes ce qui conduit au diiodoacétylène I-C≡C-I. et deux électrons π : les systèmes cycliques qui ont 4n électrons délocalisés.6.5a – Alcools et phénols L’addition d’alcools ou de phénols sur les alcènes s’effectue en milieu acide ou basique. comme le cyclobutadiène.1. ce qui suppose une énergie interne plus élevée. L’addition du chlore à l’acétylène peut conduire à une explosion. à l’obscurité. deux apportés par Br+. L’addition est stéréospécifique « anti » ce qui correspond au résultat observé aussi pour les alcènes.21.20 La structure électronique de l’ion ponté bromonium dérivé des alcynes est différente de celle dérivée des alcènes car le cycle. A). sont très instables et dits antiaromatiques (§ 5.2-diiodoéthylène). en présence d’ions Br(fournis par LiBr). Certains catalyseurs métalliques permettent de l’éviter.9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 475 ion ponté bromonium C alcyne C Br2 C Br C Br Br C C Br Br Br2 Br C C Br Br addition "anti" Schéma 9. Ces réactions sont dues à l’acidité des hydrogènes portés par l’acétylène. Dans le premier cas. donc une structure plus instable et plus difficile à créer. Cl2CHCOOH.1. Cl2CHCHO. l’alcool ou le .

L’addition suit la règle de Markovnikov. . La réaction est facilitée si le carbocation intermédiaire est très stable (tertiaire).2).21 Avec les alcynes (C).476 Chimie organique phénol pour former un éther protoné.2 ROH cétone Schéma 9. avec le groupe OR sur le carbone le plus substitué.5b – Hypochlorites d’alkyles. en présence d’alcool. Il faut que le composé éthylénique soit substitué par des groupes électroattracteurs. R-O-Cl Les hypochlorites d’alkyles s’additionnent sur les alcènes en produisant des β-chloro éthers (addition anti et règle de Markovnikov respectées le plus souvent). L’utilisation d’hypobromite (ou d’hypochlorite ou d’hypoiodite) de t-butyle permet d’obtenir un β-chloro éther qui.1. La perte du proton libère l’éther. 9. la réaction s’effectue en milieu basique et conduit d’abord à des éthers d’énols qui. par une seconde réaction.22). fournissent des acétals dont l’hydrolyse produit des aldéhydes ou des cétones selon la nature des substituant. Dans le second cas. Les alcools primaires sont plus réactifs que les alcools secondaires et tertiaires. Les phénols donnent des réactions semblables. il se forme un anion alcoolate qui s’additionne selon un mécanisme semblable à celui de la réaction de Michaël (§ 9. R A) C C H R-O-H H C C carbocation tertiaire O H C C H -H H C éther O R C éther protoné B) Y1 C Y2 C R-O-H + B R-O Y1 C Y2 C R -O + BH H Y1 Y2 H C C OR OR Y1 et Y2 = groupes électroattracteurs C) C C ROH HO RO C C H ROH HO RO RO C acétal H C H H2 O O C C H H éther d'énol H . sous l’action d’une base forte (B). est transformé en un nouveau β-chloro éther portant le groupe alkyle de l’alcool à la place du groupe t-butyle (schéma 9.

NOCl sur une oléfine conduit d’abord à un composé β-chloro nitrosé.Me3C-OH) O-R C Cl Schéma 9.5c – Chlorure de nitrosyle.24). celui-ci joue le rôle d’oxydant et un composé β-chloro nitré est alors obtenu.22 C 9. Si un excès de NOCl est présent. Par ailleurs. N=O C C NOCl Cl composé β−chloro nitroso C C NOCl excès NO2 C Cl OH C composé β−chloro nitro N=O C C H NOCl Cl C C H Cl C C N α-chloro oxime Schéma 9.23). elle est donc stéréospécifique et anti (schéma 9. IN3 L’addition de IN3 s’effectue via un ion cyclique iodonium.5d – Azidure d’iode.1.23 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 477 C C Me3C-O-Cl hypochlorite de t-butyle O-CMe3 C Cl β−chloroéther C ROH (. L’addition de NOCl est anti et suit la règle de Markovnikov.9.1. R1 C R2 C H H IN3 R1 C R2 N3 ion ponté iodonium I C H H R1 R2 N3 β-iodo azide I C C H H Schéma 9.24 . NOCl L’addition du chlorure de nitrosyle. la présence d’un hydrogène comme substituant de l’oléfine permet une tautomérie avec une α-chloro oxime laquelle est prépondérante à 25 °C (schéma 9.

en présence de AlCl3 pour former Et-O-CH2CH=CHBr. et d’acyles (halogénures d’acides). en présence d’acides de Lewis. à basse température.5e – Halogénures d’alkyles. . se comportent partiellement comme l’azidure d’iode car les mécanismes impliqués peuvent alors être aussi radicalaires. l’acétylène réagit avec le bromométhyl éthyl éther Et-O-CH2Br. RCOX. forme une cétone α. RX. et avec le chlorure d’acétyle. A) Addition électrophile R1 C R1 C H H R1 RX AlX3 R2 X C C H R H T< 0°C RX + AlX3 R .478 Chimie organique Les autres azidures. A). en produisant CH3COCH=CHCl. en présence d’acides de Lewis Les halogénures d’alkyles et les halogénures d’acyles sont additionnés aux alcènes en présence d’acides de Lewis. C’est la réaction de Friedel et Crafts (§ 8. par un même mécanisme.1d) appliquée à des composés aliphatiques insaturés. Ainsi.4. et que l’oléfine porte un hydrogène. AlX4 R1 C C R R2 H H AlX4 . dans les mêmes conditions. AlX4 C H H B) Substitution électrophile R1 C R2 C H H R1 RX AlX3 T> 0°C R2 C C H R C) H2C CH2 (CH3CO)2O ZnCl2 CH2=CH-CO-CH3 + CH3-COOH Schéma 9.1. pour conduire respectivement à des halogénures d’alkyles et des β-halogéno cétones (schéma 9. et de chlore.25 Les alcynes additionnent les halogénures d’alkyles et les chlorures d’acides.AlX3 R1 R2 X C C H R H R1 C R2 R . de brome.β-insaturée (C) par une substitution électrophile.25. en présence d’anhydride d’acide et d’un acide de Lewis. Si la température est trop élevée. une réaction de substitution électrophile est alors possible (B). Note : l’alcène. 9. le chlorure de zinc.

1. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 9. qui. Toutefois. en milieu acide (H2SO4).4. le résultat est identique à une addition-1. L’attaque de l’oxyde de carbone fournit un cation acylium. entre 5 et 40 °C. Les alcools en milieu acide peuvent aussi s’additionner en 1.27 . L’oxyde de carbone peut être remplacé par l’acide formique.26 9.5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) L’action de l’oxyde de carbone et de l’eau sur un alcène à haute pression. le carbocation qui se forme résulte de l’attaque du proton sur le groupe cétonique en raison de la mésomérie qui affecte une charge négative à l’oxygène. -insaturé 479 Lorsqu’un acide est additionné à un dérivé cétonique α. mais elle est très rare.5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé .26). en présence de l’eau.4. Il se forme d’abord un carbocation (le plus stable). ce qui correspond à une addition-1. C C C O C CH C O H C CH Br C OH composé carbonylé α. en raison de la tautomérie céto-énolique (schéma 9.4 est thermodynamiquement plus favorable.1.β−insaturé H C Br C H cétone β−bromée C O Br C CH énol C OH Schéma 9.β-insaturé. HOOC C CH2 + CO + H2O H 100-350°C haute pression O O CH3 -H cation acylium acide C CH3 H H H O C C CH3 O C CH2 alcène H C C CH3 O C C oxyde de carbone Schéma 9. car le résultat de l’addition-1.2.27). L’anion attaque ensuite le carbocation. La possibilité d’addition sur la seule fonction C=O existe. conduit à l’acide avec libération d’un proton (schéma 9. conduit à un acide organique selon la réaction de Koch ou Koch-Haaf (1958).9.

29) fait intervenir l’acétate mercurique. dans le tétrahydrofurane comme solvant.5h – Oxymercuration-démercuration La synthèse d’alcools à partir d’alcènes comprend un nombre important de réactions. . Ni(CO)4. un acide insaturé et un diacide peuvent être obtenus.1. Le mécanisme de cette addition est le suivant. ce qui évite des transpositions avec les composés secondaires inhérents. schéma 9. Elle s’applique à la fois aux alcènes et alcynes. RNH2 R = H ou alkyl Schéma 9. Hg(OCOCH3)2. (1) en présence d’eau. C’est une réaction d’addition électrophile sur les alcènes dans laquelle il ne se forme pas de carbocation. dans des conditions plus douces (150 °C. L’oxymercuration-démercuration en est une. il est ouvert et un acétate hydroxyalkylmercurique se forme (3).28 : Ni(CO)4 C C Ni(CO)3 C C ∆ H NiCO)3 + CO H C C Ni(CO)3 Ni (CO)3 H C C C O Nu NuH = H2O.480 Chimie organique L’hydroxycarbonylation peut être réalisée avec du nickel-carbonyle.28 NuH H C C O C Ni(CO) 2 9. Sous l’attaque nucléophile SN2 de l’eau. La réaction d’oxymercuration (schéma 9. L’addition est syn. Dans le cas des alcynes. ROH. 50 atm). Il se forme un ion ponté mercuronium (2) qui rappelle par sa structure l’ion ponté halonium.

Démercuration R2 R2 Hg-O-CO-CH3 R1 R1 NaBH4.9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 481 Oxymercuration H3C-OC-O Hg 1) H3C-OC-O acétate mercurique H3C-OC-O Hg + O-CO-CH3 H3C-OC-O Hg R1 2) R2 C C H R3 H3C-OC-O Hg C R2 C H R1 R3 ion ponté mercuronium H3C-OC-O Hg C R2 O H C H -H R3 SN2 R1 R2 C C Hg-O-CO-CH3 R3 H 3) R1 HO acétate hydroxyalkylmercurique H attaque régiospécifique du côté opposé à Hg Schéma 9. la réduction conduit à un alcool. Lorsque la réaction d’oxymercuratio-démercuration est effectuée dans un alcool. Elle est régiosélective car l’eau attaque le carbone le plus substitué de l’alcène de départ.30).29 La démercuration consiste à traiter l’acétate hydroxyalkylmercurique par le borohydrure de sodium en présence de soude (schéma 9. Le reste du mécanisme est le même que pour la réaction avec l’eau. elle permet de préparer des éthers (schéma 9.30 Dans ces conditions. ce qui correspond à une addition selon la règle de Markovnikov. H2O C C C R3 (réduction par ion hydrure) HO H HO H C R3 H + CH3COONa + Hg alcool (addition anti) Schéma 9. Le réactif nucléophile qui attaque l’ion mercuronium est alors l’alcool.31). C’est une addition anti en raison de l’orientation de l’attaque de l’eau sur l’ion ponté et qui est aussi le plus souvent stéréospécifique. . NaOH.

Par contre. réactions de Michaël Lorsqu’un ou plusieurs groupes Y à effet électroattracteur -M ou -I (schéma 9. nitriles. NaOH. H2O R1. amides… correspondants. R3 = groupes alkyles ou aryles Schéma 9. on peut citer selon l’ordre de facilité de l’attaque du nucléophile : -CHO > -COR > -CO2R > -CN > -NO2 Certains groupes dérivés du soufre comme -SOR. c’est une réaction semblable à celle de l’addition des électrophiles. .32) substitue(ent) l’un des deux carbones d’une double liaison.M O Schéma 9. mais avec inversion des charges. R2. ou le fluor exercent aussi un effet électroattracteur qui permet ce type de réaction. la diminution de la densité électronique du carbone éthylénique non substitué par ces groupes favorise l’attaque d’un réactif nucléophile. -SO2R. Parmi les groupes à effet -M les plus fréquents. mais il s’applique aussi aux esters.2 Additions nucléophiles.31 9. la seconde est une réaction avec une entité positive du milieu.33. C +δ Y C −δ C C C O Y effet -I C C C effet .482 R1 R2 RO C C Chimie organique H R3 H R1 C R2 C R3 H 1) Hg(OCOCH3)2. Dans le cas d’un groupe Y cétonique. le mécanisme est présenté dans le schéma 9. Dans une certaine mesure. avec formation d’un carbanion stabilisé par résonance dans le cas d’une présence de groupes à effet -M. l’attaque d’un réactif électrophile devient difficile.32 L’addition du réactif nucléophile correspond à deux étapes : la première est l’attaque du nucléophile sur le carbone à faible densité électronique. ROH 2) NaBH4.

pipéridine. dans la mesure où l’oxygène a une électronégativité supérieure à celle du carbone. les acrylates et leurs dérivés substitués par des groupes alkyles sont les plus utilisés dans ces réactions. amines aliphatiques tertiaires. malononitriles.34) : . Elles sont très importantes en synthèse. et en particulier l’un de ceux formés par addition d’un équivalent de base (alcoolates.1). réactions de type Michaël. car la forme limite prépondérante de l’ion énolate est celle où la charge négative est située sur l’oxygène. nitroalcanes… (Figure 9.Nu Nu C C C O H Nu C H C C O énol cétone équilibre céto-énolique Schéma 9.1 Par extension. ou aryl Figure 9. les réactions d’addition de tous les réactifs nucléophiles sur les alcènes définis ci-dessus ont aussi souvent cette appellation.9. L’acrylonitrile. Lorsque le réactif nucléophile est un carbanion. La réaction d’addition du carbanion dérivé du malonate d’éthyle sur l’acrylonitrile. qui correspond à une cyanoéthylation du malonate d’éthyle. aralkyl. acylacétate. cette réaction d’addition est appelée réaction de Michaël (1887). est présentée ci-dessous (schéma 9. cyanoacétates.33 La formation de l’énol avant l’établissement de l’équilibre céto-énolique est vraisemblable. potasse…) à des composés tels que. malonates. ou mieux. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 483 Nu C C C O Nu C C C O ion énolate Nu C C C O NuH . COOR R' CH COOR malonates CN R' CH CN malononitriles COOR R' CH CN cyanacétates R' R'-CO-CH(R")-COOR β-cétoesters R' CH NO2 R" CH CHO R" H nitroalcanes aldéhydes R R' et R" = H. alkyl.

Lorsque la température augmente la réaction s’inverse avec libération des composés de départ. Ces additions ne sont pas stéréospécifiques. ou les thiols. Toutefois.34 La cyanoéthylation peut aussi s’effectuer sur des alcools.35 Toutes les réactions de Michaël et de type Michaël sont équilibrées.35). PhOH. . ROH. La formation du carbanion intermédiaire en est la raison. RO-CH2CH2-CN Ph-OH H2NR RSH RNH-CH2-CH2-CN PhO-CH2-CH2-CN ROH H2 C CH CN acrylonitrile R-S-CH2-CH2-CN Schéma 9. RSH (schéma 9. Les produits de la cyanoéthylation sont formés à des températures peu élevées. Cela explique aussi la facile dégradation des composés cyanoéthylés par chauffage en milieu basique. des amines primaires. Elles résultent alors d’une gêne à la libre rotation du carbanion intermédiaire ou à une différence de vitesse entre la rotation de ce carbanion et celle de l’attaque du groupe chargé positivement. par exemple dans le cas d’alcènes cycliques pour lesquels des additions syn ou anti ont été observées. RNH2. (R)( R’)NH. le phénol.484 Chimie organique EtOOC EtOOC CH2 Et-O EtOOC EtOOC CH + Et-O-H malonate d'éthyle EtOOC CH + EtOOC EtOOC H2 C CH CN EtOOC EtOOC CH H2C C H CN acrylonitrile EtOOC CH H2C EtOOC C H CN + Et-O-H H CH H2C C H CN + Et-O EtOOC (2-cyanoéthyl)-malonate d'éthyle Schéma 9. il existe des exceptions. et secondaires.

il ne s’agit pas d’une réaction d’addition de Michaël.38). NaNH2 amidure de sodium CH3COOK acétate de potassium CH2COOK. Elle nécessite la présence d’une base (formation de l’anion cyanure). sur une double liaison n’est pas une réaction d’addition électrophile mais nucléophile. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 485 Un cas particulier de ces réactions est celle du styrène qui additionne un groupe benzyle pour former le 1. conduisant ainsi à une alkylation de l’acide acétique en acide butanoïque (schéma 9. Na H CH3-CH2-CH2-COOH acide butanoïque Schéma 9.4 (schéma 9. Na + CH2=CH2 CH2-CH2-CH2-COOK. Na Ph-CH3 toluène Ph-CH2 . Na Ph-CH2 .9. Si la double liaison porte un substituant CHO ou COR.4 + -CH=CH-C-O-H CN prépondérant addition 1. Elle a lieu avec les alcènes activés de type Michaël.37).CH=CH-CH=O HCN base . .2 (sur le groupe carbonyle) est favorisée par rapport à l’addition 1. l’addition 1. dans ce cas. Évidemment. La réaction est facilitée par la haute stabilité du carbanion intermédiaire résonnant résultant de l’addition. Le carbanion benzyle est obtenu par action du sodium sur le toluène (schéma 9. Na + PhCH=CH2 styrène Ph-CH-CH2-CH2-Ph Ph-CH-CH2-CH2-Ph solvant protique Ph-CH2-CH2-CH2-Ph 1.2 Schéma 9.38 .3-diphénylpropane Schéma 9.C-CH2-CH=O CN addition 1.37 L’addition d’acide cyanhydrique (préparé par chauffage de cyanhydrine d’acétone.36 Le carbanion qui résulte de l’action de l’amidure de sodium sur l’acétate de potassium peut s’additionner sur l’éthylène. (CH3)2C(OH)CN).3-diphénylpropane. Na + NH3 CH2COOK.36).

Il débute par une réaction inverse à la disproportionation (ou dismutation) appelée symproportionation (schéma 9. les hexanes et heptanes l’accompagnent ainsi que divers alcènes.39 9.486 Chimie organique Les réactions de Michaël étant équilibrées. une réaction rétro-Michaël est possible avec le même mécanisme mais inversé. (CH3)2CH-CH2-CH2 (CH3)2CH-CH2-CH3 + CH3-CH-CH3 + CH3-CH2-CH3 Schéma 9. Ces réactions présentent un intérêt industriel bien que leurs résultats soient des mélanges de plusieurs alcanes.2 – Alcanes Les alcanes s’additionnent aux alcènes à très haute température.... C CH2 HBr. Le mécanisme le plus vraisemblable est radicalaire.12. peroxyde effet Kharash ou anti-Markownikov CH CH2 Br le bromure le moins substitué Schéma 9. 9. selon les conditions expérimentales.5d : halogénations sous UV.3.39).3 Additions radicalaires 9. sous de très fortes pressions.40 .. addition de HBr en présence de peroxyde (effet Kharash et addition antiMarkovnikov) : le bromure d’alkyle formé est le moins substitué (schéma 9.. Dans le cas du mélange propane et éthylène..40). CH3-CH2-CH3 + CH2=CH2 CH3-CH-CH3 + CH3CH2 (réaction de symproportionation inverse de disproportionation) CH3CH-CH3 + CH2=CH2 (CH3)2CH-CH2-CH2 . l’isopentane est prépondérant (55 %).3.1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde Ce type d’additions a été présenté au paragraphe 6..

CH2(COOR)2.41 : H C R O initiateur -H H R C C O C R C O C C R C O C C R C O R C O Schéma 9.42). les malonates. R C C + R-CH2-Y initiateur radicalaire H Z Z C C + H2C Z' Schéma 9. le mécanisme est le suivant. Lorsque les alcools. Dans le cas d’un aldéhyde. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 487 9. . c’est la liaison entre l’un de ces hydrogènes et le carbone qui est rompue. alcools. aldéhydes. donnent aussi lieu à une telle réaction. esters. schéma 9.42 CH-Y C C CH Z' initiateur radicalaire H C C Certains composés à hydrogénes acides Z-CH2-Z’ où Z et Z’ sont des groupes électroattracteurs -I. par exemple.3 – Amines. Dans ce cas.41 C C H + R C O Un mécanisme semblable a lieu avec les formiates HCOOR et les formamides HCON(R1)(R2). L’alcène mis en réaction ne doit pas avoir de substituants électroattracteurs.9.3. en présence d’un initiateur de radicaux libres Ces réactions s’effectuent le plus souvent en présence de peroxydes. amines ou halogénures d’alkyles sont mis en réaction c’est la liaison entre l’hydrogène porté par le carbone lié au groupe fonctionnel et ce dernier qui est rompue (schéma 9.

COR. COR.488 Chimie organique 9. Les hydrogénations s’effectuent entre 0 °C et 250 °C et à des pressions variables selon les composés traités. R2 C H H R1 C R3 surface du catalyseur interactions fortes R4 H R1 C H R2 C R4 R3 interactions faibles R1 R2 H C C H R4 R3 Schéma 9. (comme le nickel de Raney). (un solide et un liquide) consiste en une hydrogénation catalytique qui fait intervenir des métaux ou des composés métalliques parmi lesquels on peut citer le nickel de Raney (préparé par action de la soude sur l’alliage de Raney Ni-Al). La présence de groupes fonctionnels soufrés inhibe la réaction en raison de la forte affinité du soufre pour ces catalyseurs. tandis qu’une éponge absorbe l’eau en la retenant à l’intérieur de ses espaces vides. le catalyseur est sous forme de poudre extrêmement fine afin d’augmenter la surface de contact avec les réactifs. lequel est réduit en platine colloïdal par l’hydrogène).43). un composé est adsorbé sur la surface d’un solide. il est préférable de stocker ces catalyseurs sous un liquide (l’eau ou un alcool) afin d’éviter leur oxydation par l’air qui peut provoquer une inflammation. Des groupes fonctionnels carbonylés CHO. Dans certains cas.4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique Les alcènes peuvent être réduits en alcanes correspondants par deux méthodes : en phases hétérogènes et en phases homogènes (voir aussi § 13. le rhodium.43 . Bien que l’étude approfondie du mécanisme de cette hydrogénation soit très complexe. le groupe hydroxyle OH ou amino NH2 ne sont pas une gêne à l’hydrogénation des doubles liaisons éthyléniques si les conditions expérimentales sont adéquates. COOH. et l’oxyde de zinc. l’éthanol ou l’acide acétique contenant en solution le composé à hydrogéner. en phase hétérogène. L’alcène et l’hydrogène sont d’abord adsorbés sur la surface du catalyseur.3). le platine ou son oxyde (catalyseur d’Adams. dans des solvants comme le méthanol. ce dernier étant retenu à celle-ci par des forces dites de Van der Waals. certains points sont considérés comme vraisemblables (schéma 9. La réduction. Attention : ne pas confondre adsorber et absorber. le palladium déposé sur du carbone (Pd-C). Dans tous les cas. le ruthénium.

parmi d’autres. Ce type d’hydrogénation a un caractère réversible. H Me Me C Me C C Me C Me Me H2 catalyseur de Lindlar Me H C C Me Schéma 9. Cela permet à chaque atome d’hydrogène d’avoir une certaine liberté et lui permet de s’associer à un atome de carbone de l’alcène. Les échanges d’hydrogènes se font sur une même surface de catalyseur ce qui implique une addition syn. Le pentacyanocobaltate(II) Co(CN)52.44). un racémique en est le résultat stéréochimique. les isomères cis sont plus rapidement hydrogénés que les isomères trans. NO2… sont susceptibles de réduire les alcènes et alcynes.9. Généralement. Le même phénomène se renouvelle avec un second atome d’hydrogène présent sur la surface catalytique ce qui conduit à l’alcane de la réaction qui est très peu adsorbé sur le catalyseur par rapport aux molécules d’alcènes. La réaction est exothermique. et plus particulièrement pour la molécule d’hydrogène. Les alcynes sont réduits en alcanes correspondants par les catalyseurs utilisés pour les alcènes. Si un ou deux carbones asymétriques sont créés dans la molécule à l’origine. Il se forme alors un radical qui reste retenu au catalyseur par le second carbone de l’alcène de départ. bien que thermodynamiquement l’isomère trans soit plus stable (schéma 9. pour le zinc en présence d’acide. les groupes NO2. L’addition catalytique d’hydrogène est syn et stéréospécifique. l’action du lithium sur les amines aliphatiques. COR et COOR ne sont pas réduits. l’hydra- . L’addition est encore syn et conduit de manière unique ou prépondérante à l’alcène cis. Elles rendent les liaisons entre atomes retenus plus faibles. Certaines réactions d’isomérisation et d’échange d’hydrogènes sont associées à ce mécanisme.réduit spécifiquement les doubles et triples liaisons conjuguées à un groupe carbonyle ou à un cycle aromatique. C’est le cas. CN. Une nouvelle molécule d’alcène vient alors prendre position sur les sites actifs libérés. Elle présente une meilleure sélectivité que la catalyse hétérogène mais les catalyseurs sont plus difficiles à éliminer après réaction. achirale. C’est le cas du catalyseur de Wilkinson qui est le chlorotris(triphénylphosphine)rhodium RhCl(PH3P)3 : avec ce catalyseur. L’hydrogénation en alcène utilise le catalyseur de Lindlar (palladium déposé sur du carbonate de calcium partiellement empoisonné par du diacétate de plomb pour le rendre moins actif). Réduction chimique : hors l’hydrogénation catalytique. il faut noter que de nombreux réactifs utilisés pour la réduction de liaisons multiples fonctionnelles (C=O. C≡N.44 C C Me Me Me Me La réduction en phase homogène peut être réalisée avec des catalyseurs solubles dans le milieu. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 489 Ces adsorptions ont lieu sur des « sites actifs » liés à l’hétérogénéité de la surface du catalyseur.

BaO.H2O diimide N H N N H H H C H R N H H C H R' H R N N + H C R' C + C C H H R' R Schéma 9. C’est le cas du cyclohexène qui est susceptible de transférer quatre atomes d’hydrogène à deux molécules d’alcène. + 2 Pd + 2 H H Schéma 9. La réduction unique de chaînes latérales insaturées s’effectue avec du chromite de cuivre (2 CuO. le peroxyde d’hydrogène ou certains oxydes métalliques comme l’oxyde de cuivre CuO.47 .47). par chauffage (schéma 9. en présence de palladium.490 Chimie organique zine en présence d’un oxydant doux comme l’oxygène. il s’agit d’une réaction de transfert d’hydrogène du diimide vers l’alcène comme le montre le schéma 9. Cr2O3) (schéma 9. Cr2O3) ou du chromite de cuivre et de barium (CuO. Pt H2 chromite de cuivre Schéma 9.45.46).45 Dans le cas du diimide HN=NH fourni par oxydation ménagée de l’hydrazine NH2NH2. H N H N H hydrazine H O N H N H . D’autres composés sont susceptibles de transférer leurs hydrogènes à un alcène. H2.46 La réduction du benzène en phase hétérogène est réalisée avec le nickel de Raney ou le platine.

H2S. Le même processus se répète une seconde fois avec le métal.5. H2O2.Et-O H Na . Elles conduisent à des glycols ou 1. Il est décomposé par le hydrogénosulfite de sodium dans l’éthanol ou par l’acide sulfhydrique. On peut distinguer les additions syn et anti.4-diène e Schéma 9.5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium. Ce composé peut être remplacé dans ces réactions par d’autres oxydants comme le ferricyanure de potassium.49 : . permettent d’effectuer des dihydroxylations syn d’oléfines. conduit aussi à une addition syn. Un nouvel apport de proton par l’alcool fournit le composé final. Dans les deux cas. MnO4K. le peroxyde d’hydrogène. OsO4.48) est le résultat de la réaction de Birch (1944) qui fait intervenir un métal alcalin (lithium. Fe(CN)6K3. 9. schéma 9. En présence de quantité catalytique d’OsO4. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 491 Le benzène n’est pas réduit par l’hydrogène naissant résultant de l’action d’acides sur des métaux ou de l’action du sodium sur les alcools. et le permanganate de potassium. le mécanisme de la dihydroxylation syn est le suivant.Et-O Na H H cyclohexa-1. le permanganate de potassium. ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 De nombreuses méthodes de dihydroxylation des oléfines existent. en milieu alcalin. Avec OsO4.1 – Additions syn Le tétroxyde d’osmium OsO4 (composé toxique et coûteux). mais c’est un carbanion qui est formé. l’ester osmique peut être isolé. isopropanol ou t-butanol).2-diols. Na H Na NH3 H H Et-O-H H H Na NH3 H e H Na H H Et-O-H H H . de l’ammoniac liquide de haute pureté. Dans le cas de Os(VIII)O4.5) en cyclohexa-1. KMnO4. 9. sodium ou potassium).48 Le métal transfère un électron au benzène via l’ammoniac liquide pour créer un radical-anion qui est transformé en un simple radical par l’apport d’un proton fourni par l’alcool (l’ammoniac n’est pas assez acide pour apporter ce proton).9. et un alcool (éthanol. il se forme des esters cycliques par réaction d’un côté ou de l’autre du plan éthylènique.4-diène (schéma 9. La réduction du benzène (voir aussi § 13.

addition syn K R1 C R2 C R4 R1 K O Cr O acide C chromique R1 dilué R2 O C R4 R3 H2O R1 R2 R2 et l'inverse O O C O Mn O C R4 R3 KOH H 2O MnO3H O C R1 R2 et l'inverse R3 MnO4K O C R4 H2O .50 Dans les deux cas. un seul racémique est obtenu. .H2O O C R1 R2 et l'inverse C R4 R3 oxirane Schéma 9. C’est une réaction stéréosélective et stéréospécifique. Il en est de même pour le permanganate de potassium en milieu alcalin et l’acide chromique dilué à 25 °C (schéma 9. ou glycol Schéma 9. le mécanisme débute par la formation d’un ester cyclique.MnO2 OH O C R4 R3 R3 O O OH C et l'inverse et l'inverse α-diol.2-diol.49 Si un ou deux carbones asymétriques sont créés. qui est décomposé par la solution alcaline par deux réactions successives en 1.50).492 Chimie organique R1 C R2 C R3 Os(VIII)O4 R4 R1 R2 O Os(VI) O O C C R4 et l'inverse O addition syn OH SO3HNa R3 EtOH R1 R2 et l'inverse OH C R4 R3 C ester osmique α-diol. Le glycol est parfois accompagné d’oxirane par déshydratation du diol. ou glycol .

à chaud. le diol est oxydé en acides par coupure de la liaison carbone-carbone. 9. plus particulièrement l’acide m-chloroperbenzoïque (MCPBA).2-diol OH C R4 R3 SN 2 R2 O H H R3 R4 OH C R4 R3 (et son inverse optique) addition anti Schéma 9.H 2O O R1 C R2 Ar acide peroxybenzoïque C O O O H R1 -ArCOOH R3 R2 époxyde ou oxirane R3 R4 R1 C R2 C H H O R4 R1 R2 R1 C H2O -H R2 R1 C HO 1. H eau O oxygènée ou peroxyde d'hydrogène H O R3 C R4 .9.5. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 493 Par contre.51 .51). 1909). La réaction est appelée époxydation des alcènes (réaction de Prileschaiev ou Priléjaev. ou en milieu neutre ou acide. permettent le passage des alcènes aux oxiranes (ou époxydes) correspondants (schéma 9.2 – Addition anti Le peroxyde d’hydrogène et les acides peroxybenzoïques.

soit par libération du borane de son complexe in situ par addition de borohydrure de sodium.2-diols correspondants. lesquels sont des bases de Lewis. à côté de nombreuses autres molécules (figure 9. Le peroxyde d’hydrogène en présence d’argent fournit aussi un époxyde. Il s’agit d’une dihydroxylation anti. est le plus souvent employé sous forme de complexes résultant d’une réaction acido-basique au sens de Lewis avec des éthers acycliques comme le diéthyléther ou cycliques comme le tétrahydrofurane (THF). ce qui peut nécessiter dans certains cas un chauffage. un acide de Lewis. La réaction se termine lorsqu’un trialkylborane est obtenu. du côté opposé à l’oxygène. Me2S. 9. comme dans le cas des complexes avec des amines tertiaires. Complexes du borane Et O O BH3 Et Me S Me N P BH3 BH3 Figure 9. soit directement avec le complexe. qui existe sous forme de dimère. BH3. L’attaque de l’époxyde protoné s’effectue selon un mécanisme SN2.6 Hydroboration et hydroboration-oxydation Le borane.494 Chimie organique L’hydrolyse en milieu acide de ces composés cycliques conduit aux 1. Il se forme d’abord un alkylborane qui réagit aussitôt sur une nouvelle molécule d’alcène ce qui conduit à un dialkylborane.2).2 BH3 BH3 La réaction d’hydroboration avec l’alcène s’effectue. sur l’un des carbones cycliques. . les amines tertiaires ou les phosphines sont aussi utilisées. B2H6. D’autres bases comme le diméthylsulfure.

souvent celui qui porte le maximum d’hydrogènes si les autres substituants sont des groupes alkyles ou aryles. . contrairement à d’autres additions. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 495 2 C=C C C + BH3 H2B alkylborane orbitales "p" addition syn C C H H C C B 3 trialkylborane C C C C C C H 2B C C H H H H B H H B H H2B H alkylborane état de transition complexe π borane-alcène orbitale vide H3C Et BH3 Me H H Me BH2 C 2 CH3 C H Et Me H trialkylborane Et C Me C H Me CH3 C C H Me B 3 BH2 sur le carbone le moins encombré Schéma 9. Comme le mécanisme le montre.52 Le mécanisme réactionnel (schéma 9. réalisée par oxydation. le bore se lie au carbone le moins encombré.52) débute par la formation d’un complexe entre l’alcène riche en électrons (base de Lewis) et le borane. Cette régiosélectivité de l’addition dépend surtout de l’encombrement relatif des deux carbones éthyléniques et très peu des caractères électroniques des substituants de l’alcène. l’addition est syn. pauvre en électrons (acide de Lewis). L’orbitale vide du bore est toujours présente dans le monoalkylborane donc une seconde réaction puis une troisième réaction sont possibles ce qui correspond au transfert des trois hydrogènes de BH3. Le trialkylborane est oxydé par une solution aqueuse de peroxyde d’hydrogène. Un des hydrogènes est ensuite transféré à l’un des carbones via un état de transition à quatre centres. tandis que le bore est lié à l’autre carbone.9. Pour des raisons d’encombrement stérique. L’intérêt principal de l’hydroboration des alcènes est dans l’utilisation des produits d’addition pour la préparation d’alcools.

syn.HO RO borate de trialkyle B + 3 NaOH BO3Na3 + 3 R-OH borate de sodium Schéma 9. 9. avec rétention de configuration du groupe alkyle. En présence de soude. contrairement aux résultats enregistrés pour les additions d’eau en milieu acide.HO R H 2O O R B O O R H O O RO RO B . Le composé ainsi formé subit une transposition. trois molécules d’alcools sont libérées à côté de borate de sodium (schéma 9.du peroxyde d’hydrogène sur l’atome de bore. vers l’oxygène lié au bore.53). Le même processus se reproduit encore deux fois : le produit obtenu est un borate de trialkyle.2a).100 et 6. C’est donc une réaction régiosélective.2a et 6.116) . L’alcool obtenu résulte de ce qui correspond à une addition d’eau sur l’alcène de départ régiosélective anti-Markovnikov.7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes Les additions des carbènes et des nitrènes sur les oléfines sont présentées au chapitre 6 (§ 6.53 L’ensemble de ces réactions correspond à l’hydroboration-oxydation : elle est similaire dans son résultat à une addition d’eau sur la double liaison mais le groupe OH est dans ce cas lié au carbone de l’alcène de départ le moins encombré. site électrophile de la molécule. en entraînant son doublet de liaison ce qui permet ensuite le retrait d’un ion hydroxyde. stéréospécifique. Rappel : (schémas 6.14. une addition anti-Markovnikov.HO R B O R H B O O H transposition avec rétention de configuration R B R RO RO RO borate de trialkyle H O O R . Ce résultat provient de l’attaque nucléophile de l’ion hydrogénoperoxyde HOO.496 Chimie organique H-O-O-H + H2O R R R trialkylborane anion hydrogénoperoxyde H-O-O R R R B O O + H 3O R .15.

Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 497 méthylène singulet CH2 R1 1) R2 C C R4 R4 R4 C 2) R1 C R2 C R4 R3 R5 R1 R2 C C C R3 R1 R2 C H2 C C R3 R4 et son inverse par attaque au-dessous du plan sp2 1 racémique R4 C R5 C R5 + R3 R4 R4 R3 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 C C C + R2 R1 C C C R4 R5 2 racémiques R4 R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux (Schéma 6.9. un alcène (et parfois . et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) De nombreux hétérocycles pentagonaux. le soufre. sont préparés par des réactions dites de cycloaddition [2 + 3] qui font intervenir d’une part. donc constitués d’atomes de carbones et d’autres éléments comme l’oxygène.100) R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C CH CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine (Schéma 6.8 Cycloadditions [2 + 3].116) 9. l’azote.

X et Z. À titre d’exemple.54). RN3. azido. Il existe essentiellement 2 types de dipoles 1. Ces dipôles sont constitués de trois atomes principaux X-Y-Z liés entre eux. HN3. les dihydrotriazoles sont souvent synthétisés par action d’un azide d’alkyle ou azidoalcane. dipole-1. appelé dipolarophile. libérées in situ et appelées dipoles-1. réagit avec un nitrile pour former un tétrazole. des composés ou entités chimiques mésomères le plus souvent instables.3 (schéma 9. et dont les deux atomes terminaux. sont susceptibles de porter des charges de signes contraires dans une des formes limites entre lesquelles ils résonnent. Le groupe N3.498 Chimie organique d’autres doubles liaisons) ou un alcyne (ou un nitrile). L’acide azothydrique. La même réaction effectuée avec un alcyne conduit aux triazoles. sur un alcène.3.54 H N C R N N tétrazole Note : par simplification des schémas. et d’autre part. . les doublets d’électrons sont représentés exceptionnellement par des tirets. Cela permet une attaque de type électrophile de ce groupe sur l’alcène et déclenche le mécanisme de cycloaddition [2 + 3].3 Y X Z X Y hétérocycle Z alcène R-N N N azidoalcane R-N N N N R-N N C C N R N C C N dihydrotriazole N R-N N C C N R N C C N triazole N H-N N R C N N nitrile Schéma 9. résonne entre deux formes limites dont l’une affecte deux charges de signes contraires aux deux atomes d’azotes terminaux.

3 qui sont instables comme les oxydes. Y. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Les dipoles-1. mais forme alors une triple liaison avec l’atome central Y chargé positivement . schéma 9. les azides ou l’oxyde nitreux.55 : 499 X Y Z X Y Z Schéma 9.9. C H N C Cl base .56 . et d’autres dipoles-1.56). l’atome Z chargé positivement (sextet d’électrons) forme une double liaison avec l’atome central Y neutre.3 de type 1 ont les caractéristiques suivantes. et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev. – si X. un atome de carbone ou d’azote et X. un atome de carbone.HCl N N C imine de nitrile N N C HO N C Cl base .HCl C N C ylure de nitrile C N C HN N C Cl base .3 assez stables comme les diazoalcanes. Il existe des dipoles-1.HCl ∆ . et dans une autre forme limite. Z. d’oxygène ou d’azote. imines ou ylures de nitriles souvent formés in situ par déshydrohalogénation en milieu basique d’un dérivé halogéné adéquat ou par chauffage d’un composé hétérocyclique (schéma 9. Y ne peut être qu’un atome d’azote. Z est neutre.CO2 O N C oxyde de nitrile O N C N O N S O S N C sulfure de nitrile S N C N N N azide ou azoture N N C N N diazoalcane C N N O N N O N N oxyde nitreux Schéma 9.55 – dans une forme limite du dipole.

Dans ce dernier cas. et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev.58). Par contre les ylures de carbonyles. X et Z peuvent être des atomes d’oxygène. . les nitrones et l’ozone. Y ne peut être qu’un atome d’azote ou d’oxygène. – si X.57) : X Y Z X Y Z Schéma 9.Y. l’atome chargé positivement Z forme avec l’atome central Y une simple ou double liaison.500 Chimie organique Les dipoles-1. d’azote ou de carbone.57 – dans les formes limites de ce dipôle.3 de type 2 ont les caractéristiques suivantes (schéma 9. azoxy.3 sont stables comme les composés nitrés. Z devient neutre et la charge est portée par Y . de thiocarbonyles et les azimines sont préparés in situ (schéma 9. Quelques dipoles-1.

HX base .58 . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 501 X R C base .HX C R N R C N N C ylure d'azométhine R C N R N N C C CH N X N H R N C imine d'azométhine à partir d'hétérocycles C O C ylure de carbonyle C O C à partir d'hétérocycles C S C ylure de thiocarbonyle C S C à partir d'hétérocycles C O=O carbène N N N azimine N N N O O C oxyde de carbonyle O O C N O C carbonyle imine N O C O N O O N O O N O groupe nitro O N N groupe azoxy O N N C N O nitrone C N O O O N nitroso oxyde O O N O O O O O O O ozone O O O O O N O N N O N N O N nitroso imine Schéma 9.9.

R-CO-C≡C-CO-R’ (R = Me. RO2C-C≡C-CO2R (R = Me ou Et). Dérivés d’alcènes : CH2=CH-CN. et des fonctions comme les nitriles. 1. noms donnés à des composés formés de deux doubles liaisons successives faisant intervenir des hétéroéléments. acrylates. NC-CH=CH-CN (E). R’ = aryl ou hétéroaryl). EtCO2-CH=CH-CO2Et (Z et E). dicyanoacétylène. Et. les imines ou les azodicarboxylates. CH2=CH-CO-R (R = alkyl ou aryl). HC≡C-CO2R (R = Me ou Et). 1-nitro-2-phényléthylène. l’anhydride maléique et le maléimide. CH2=CH-COOR (R = alkyl). Il faut y ajouter le benzyne (§ 8. maléates ou fumarates d’éthyle.4). acétylène dicarboxylate. composés cycliques. CH2=CH-Ph. les hétérocumulènes. trans-stilbène. (R = alkyl). Benzyne Figure 9.3. O O O anhydride maléique Dérivés d’alcynes : O NH O maléimide R-C≡C-R’ (R et R’ = aryl ou hétéroaryl).2-dicyanoéthylène. Ph-CH=CH-NO2. vinyl cétones. La plupart sont des alcènes ou alcynes acycliques activés par des groupes électroattracteurs -M.3). alcynes internes. NC-C≡C-CN.3 . Ph-CH=CH-Ph. R-C≡CH (R = aryl ou hétéroaryl). acrylonitrile. styrène. CH2=C(Me)-COOR. alcynes terminaux. un benzène dont une double liaison a été remplacée par une triple liaison (composé instable). propiolates.502 Chimie organique Les dipolarophiles sont nombreux (figure 9.

imines. et bien qu’ils ne soient ni des alcènes ni des alcynes. R-CO-N=C=O. isocyanates.4) : Hétérocumulènes (plusieurs insaturations consécutives faisant intervenir des hétéroéléments et un carbone) : R-N=C=O. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 503 Il faut y ajouter. nitrile. Et-COO-N=N-COOEt. N-acylisothiocyanates. . thioisocyanates. R-CO-N=C=S (R = aryl ou CCl3).Cas particulier de la cycloaddition de l’ozone. Fonctions simples : R-C≡N. R-C(R)=N-R’ (R et R’ = alkyl ou aryl). R-N=C=S (R = alkyl ou aryl). O O O O O O ozone O O O O O O O O O O O C C C molozonide O C O C O O C O C O O O O + C C O O C O C O O C O diperoxyde cyclique réaction secondaire Schéma 9.52).9. Ce composé se réarrange pour fournir l’ozonide dans lequel la liaison entre atomes de carbones est rompue.59 ozonide .3 intermédiaire (schéma 9. Il peut aussi se former un diperoxyde comme composé secondaire qui provient d’une dimérisation d’un dipôle-1. les composés suivants (figure 9. azodicarboxylate d’éthyle. et ozonolyse L’addition de l’ozone sur un alcène est une cycloaddition [2 + 3] qui conduit à un molozonide. N-acylisocyanates. pour généraliser la réaction.

60 Afin d’éviter cette oxydation de l’aldéhyde formé au début de la réaction. Un carbone éthylènique disubstitué par des groupes alkyles conduira à une cétone (non oxydable par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu réactionnel). dans les conditions normales. Les ozonides sont très sensibles à l’hydrolyse. C’est donc un acide qui sera. l’aldéhyde. eau et oxygène (dès son apparition dans le milieu). Un carbone éthylènique monosubstitué par un groupe alkyle conduira à un aldéhyde. on peut ajouter au mélange réactionnel.504 Chimie organique La réaction a lieu dans le chloroforme ou le tétrachlorure de carbone comme solvant. le résultat de cette oxydation pour ce carbone. ils sont ouverts pour former des cétones ou des aldéhydes selon les substituants des carbones « sp 2 » de l’alcène traité. L’oxygène moléculaire remplace alors le peroxyde d’hydrogène : c’est un très mauvais . sera donc oxydé en acide correspondant comme dans l’exemple du schéma 9. 1) Alcènes H3C C H3C C H CH3 O O3 H3C C O ozonide O C CH3 2 H2O H H3 C H3C cétone (acétone) CH3 C O + O C H aldéhyde (acétaldéhyde) H3C milieu anhydre Sans poudre de zinc: H3C C H En présence de poudre de zinc: H2O2 CH3 O C H 2) Alcynes R1 C C R2 R1 C O + H2O2 Zn H2O + 1/2 O2 CH3 + H2O + 1/2 O2 H O + H 2O 2 CH3-COOH acide (acide acétique) + H2O2 + H 2O Zn O C non oxydé en acide acétique O C O R2 H 2O R1 C O C R2 + H2O2 O ozonide d'alcyne R1-COOH + R2-COOH Schéma 9. de la poudre de zinc qui permet la décomposition du peroxyde d’hydrogène en ses éléments. Les aldéhydes étant très facilement oxydables en acides.60. et le milieu réactionnel étant très oxydant en raison de la présence de peroxyde d’hydrogène. dans ce cas et dans les conditions indiquées. En présence d’eau. à peine formé.

Des composés dièniques cycliques sont aussi utilisés comme le cyclohexa-1.3-diène éthène ou éthylène cyclohexène diène diènophile cycloadduit Schéma 9. C’est donc.3-diène ou le cyclopenta-1. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 505 oxydant.61 Pour que cette cycloaddition soit rendue plus facile. C’est donc l’aldéhyde qui est finalement le résultat de cette réaction dans les conditions indiquées. 200°C + buta-1. dans ce cas.9.4 rassemble quelques diènes utilisés dans ces réactions. ou même des composés aromatiques comme l’anthracène (le benzène ne réagit pas et le naphtalène réagit très difficilement).60) mais elle est beaucoup plus lente qu’avec les alcènes. . une réaction difficile.3-diméthylbuta-1. Pour cela. entre un composé diènique (qui intervient par 4 électrons π) qui peut être un simple diène conjugué (1.4-diène). un ényne ( C=C-C≡C) ou un diyne (C≡C-C≡C). un composé polyènique conjugué.trans-hexa-2. à sec ou dans un solvant non polaire comme le benzène. sans catalyseur.3-diène ou le trans. L’ozonide résultant réagit avec l’eau en formant une α-dicétone qui est oxydée en deux acides par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu.3-diène (schéma 9.3-diène. par chauffage. l’aldéhyde n’est pas oxydé. ou hétérocyclique comme le furane qui possède un caractère diènique important bien qu’il soit un composé aromatique.10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) La réaction de Diels-Alder (1928) est une cycloaddition [4 + 2] qui conduit à la formation d’un composé cyclique appelé cycloadduit. le diène utilisé doit être riche en électrons ce qui suppose la présence de substituants à effet électrodonneur +I comme les groupes alkyles et plus particulièrement méthyles (le 2. il faut rendre les réactants plus réactifs. La plus simple de toutes ces réactions est la cycloaddition de l’éthylène ou éthène (diènophile) avec le buta-1.61). La figure 9. 9. Elle s’effectue.3). L’ozonolyse est possible avec les alcynes (2. schéma 9. La réaction s’effectue en phase gazeuse à 200 °C et fournit le cyclohexène (cycloadduit) mais avec de faibles rendements. et un composé éthylènique ou acétylènique appelé diènophile (qui intervient par 2 électrons π). et dans ces conditions.

ou une double liaison.1'-diène Figure 9. sont ceux dont les carbones éthylèniques ont de faibles densités électroniques.3-diène trans. Certains alcynes peuvent servir de diènophiles : dans ce cas.3-diène 1. le propiolate de méthyle. car substitués par des groupes électroattracteurs -I (CF3.2-diméthylènecyclohexane 1-vinyl-cyclohexène bicyclohexyl-1. cas particulier où le diènophile est aussi un diène). CH2COOH) et surtout -M (CHO.506 Chimie organique Diènes classiques buta-1. .3-diméthylbuta-1. COOR. CH2Cl.3-diène cyclopenta-1. COCl. ou le benzyne formé in situ). CH2OH. COOH. CN.5. CH2CN.4 Inversement. les meilleurs diènophiles.trans-hexa-2.4-diène 2. CO-R (R = alkyl ou aryl). seuls 2 électrons π parmi les 4 présents dans la triple liaison interviennent dans cette réaction (par exemple. Quelques uns d’entre eux parmi les plus employés sont présentés dans la figure 9.3-diène O anthracène furane cyclohexa-1.

les composés azo. et avec des substituants de type électroattracteur -M. Il résulte de ces cycloadditions des cycloadduits hétérocycliques. l’oxygène. ou cétoniques.9.2-dicyanoéthylène cis-but-2-ènedioate de méthyle trans-but-2-ènedioate de méthyle ou fumarate de méthyle NC CN H CHO H COOMe O H O H O anhydride maléique NC CN H H H H tétracyanoéthylène propènal ou acroléine propènoate de méthyle ou acrylate de méthyle H COOMe COOMe COOEt N N H acétylène (faible diènophile) H propiolate de méthyle COOMe butynedioate de méthyle ou acétylènedicarboxylate de méthyle COOEt azodicarboxylate d'éthyle O O quinone benzyne préparé in situ Figure 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 507 Quelques diènophiles classiques (PhSO est retiré sous forme de PhSOH par action de Na/Hg après formation de l'adduit) peu actif remplacé par éthylène SO2Ph phényl vinyl sulfone H CN H COOMe H COOMe H CN H COOMe ou maléate de méthyle MeOOC H cis-1. R-C≡N. dans certaines conditions. . nitroso. R-N=N-R’. les imines. dans l’état singulet réagit sous rayonnement ultraviolet avec les diènes pour former des peroxydes cycliques. peuvent être aussi des diènophiles. R-N=O. O=O. >C=N-. Enfin.5 Certaines fonctions présentant une double ou triple liaison comme les nitriles. >C=O.

Tout se passe donc du même côté du plan « sp2 » du diènophile. Un diènophile « cis » conduit à un cycloadduit « cis ». Les deux nouvelles liaisons σ sont créées simultanément.4 du diène se recouvrent lors de la réaction de cycloaddition pour former simultanément deux liaisons σ dans le cycloadduit.3-diène et de l’acrylonitrile sont représentées. La stéréochimie du diènophile est conservée.62.62 Dans le schéma 9. Cela peut avoir lieu sur l’un ou l’autre côté de ce plan. CN + CN CN liaison π liaison σ CN CN liaison σ liaison σ diène diènophile cycloadduit Schéma 9. les orbitales « p » des carbones du buta-1. . Ce mécanisme explique le caractère stéréospécifique de ces cycloadditions. La formation de nouvelles liaisons avec création d’un cycle se fait en une seule étape. Les orbitales « p » du diènophile et des carbones 1. Le résultat est similaire pour les diènophiles « trans » (schéma 9.63). L’état de transition peut être représenté par des flèches montrant le mouvement électronique impliqué.508 Chimie organique La réaction de Diels-Alder est une réaction concertée.

dans le premier cas.2-dicyanoéthylène CN H H CN composés identiques trans-1.4-diphénylbutadiène (schéma 9.2-dicyanoéthylène réagit avec. et dans le second cas. d’une part.2-dicyano-cyclohex-4-ène ou H CN CN H A C B D A C B D + Schéma 9. avec le cis-trans-1. d’autre part. le trans-trans-1.2-dicyanoéthylène CN H CN H composés identiques cis-1. La stéréochimie du diène est conservée dans le cycloadduit. les groupes phényles sur le cyclohexène dans le cycloadduit sont. .63 Si le cis-1.9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 509 CN + CN cis-1.2-dicyano-cyclohex-4-ène H ou CN H CN CN + NC trans-1. en position cis. en position trans ce qui montre que la réaction de cycloaddition est stéréospécifique et l’addition syn.4-diphénylbutadiène et.64).

comme le cyclopentadiène.510 Chimie organique Ph CN H H CN Ph + H Ph CN H CN H H Ph cis-cis-1. dans le cas contraire. et que l’éthylènique est dissymétrique.2-dicyano-3. . en dehors) soit aussi présent (schéma 9.2-dicyano-3.6-diphényl-cyclohexane + H R H R H R H R + R H H R R H H R Schéma 9. mais il est possible dans certains cas que le composé « exo » (du grec. l’addition est « exo ». deux types de composés peuvent être formés : si le groupe le plus volumineux du diènophile se trouve sous le diène.65). en dedans) qui est obtenu.64 Lorsque le diène est un composé cyclique. Dans la majorité des cas c’est le composé « endo » (du grec.6-diphényl-cyclohexane H CN Ph H CN Ph + Ph H CN H CN H H Ph cis-trans-1. l’addition est « endo ».

Cette prédominance du composé « endo » dans ces cycloadditions est désignée sous l’appellation de règle « endo ». Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 511 cycloaddition "exo" H H H H NC CN H CN H H CN H groupes "exo" (en dehors) cycloaddition "endo" prédominante H H CN H CN H H CN groupes "endo" (en dedans) H H H NC Schéma 9.66).65 La prédominance du composé « endo » serait le résultat de l’interaction entre les orbitales « p » du diène et celles des groupes substituant le diènophile dans la mesure où ils portent des doubles ou triples liaisons ce qui permet une formation plus rapide de ce composé (cinétiquement favorisé) comparée à celle du composé « exo ».9.66 H H H H H CN H . il y a interaction entre une orbitale « p » d’une double liaison du diène avec l’une des orbitales « p » du carbone de la fonction nitrile (schéma 9. H H H N C H Schéma 9. Dans la réaction entre cyclopentadiène et acrylonitrile.

La plus classique concerne l’addition d’un acrylate de (-) ou (+)-phénylmenthyle chiral sur le cyclopentadiène en présence d’un catalyseur. certaines méthodes ont été utilisées. H H H O O O H O H H H H O O cycladduit "endo" Schéma 9. un acide de Lewis. La présence du groupe chiral sur l’acrylate influe sur l’orientation de la réaction ce qui permet de favoriser la formation de l’un des deux énantiomères possibles. les deux produits qui en résultent sont des cycloadduits « endo » énantiomères si un carbone asymétrique est créé (schéma 9.68). conduit à un cycloadduit acide chiral (schéma 9. copule chirale.67 La cycloaddition pouvant s’effectuer de part et d’autre du plan éthylènique du diènophile. Pour que la réaction devienne énantiosélective. Le retrait par hydrolyse du groupe (-) ou (+)-phénylmenthyle. On obtient donc un racémique. .512 Chimie organique L’addition de l’anhydride maléique au cyclopentadiène fournit encore un cycloadduit « endo » pour des raisons semblables. le tétrachlorure de titane.67).

il n’y a pas de composé méta. H+ (. Les composés ortho et para sont prédominants par rapport aux composés méta. plusieurs composés (sans compter les stéréoisomères) peuvent être obtenus (schéma 9. on remarque une régiosélectivité.9. .68 Lorsqu’une réaction de Diels-Alder est effectuée avec un diène et un diènophile dissymétriques. Avec le nitroéthylène (Y = NO2). régiosélectives. Le retrait du groupe nitro dans le cycloadduit est utilisé pour obtenir des réactions de cycloadditions de ce type.69).R* OH) COOH * H H * COOH Schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 513 TiCl4 H O H H C O R* H * H TiCl4 COO * COO R* R* H2O. Pour des raisons d’interactions d’orbitales entre doubles liaisons et groupes substituants.

à des diènes ou diènophiles différents de ceux à l’origine de l’adduit. Elle s’effectue par chauffage de l’adduit mais peut conduire. La réaction inverse est appelée simplement réaction de rétro Diels-Alder ou dégradation rétro-diènique.71). par chauffage (schéma 9.70 Toutefois. le plus souvent. C’est aussi le cas de la réaction de Diels-Alder.SO2 Schéma 9.70). SO2 ∆ . Schéma 9. dans certains cas.69 La plupart des réactions de cycloadditions sont réversibles.514 Chimie organique R Y + ou Y R Y et ortho R Y + ou Y Y para composés prédominants R Y méta R et Y méta R Schéma 9. Le cyclohexène qui peut être obtenu par cycloaddition de butadiène et d’éthylène (mais ce n’est pas sa meilleure méthode de préparation) est utilisé comme générateur de butadiène au laboratoire. le butadiène (gaz) est obtenu de manière plus pratique par chauffage de 3-sulfolène (un solide) (schéma 9.71 .

Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 515 On appelle réactions auto Diels-Alder les réactions de cycloaddition [2 + 4] qui s’effectuent entre composés dièniques de même nature. Y R R' Schéma 9. des réactions très spécifiques qui font intervenir un diène non conjugué et un diènophile (schéma 9.73 9. Le mécanisme est concerté (schéma 9. libère le cyclopentadiène (schéma 9. un composé tricyclique stable à température ordinaire (c’est ainsi qu’il est stocké) et qui.9. Y ROOC N N COOR ROOC N Y COOR N Schéma 9.72). Le cyclopentadiène réagit sur lui-même pour former le dicyclopentadiène. par chauffage. Par contre.74 Y H R R' H Y= groupe électroattracteur -I ou -M .72 On appelle réactions homo Diels-Alder. lorsqu’un acide de Lewis est utilisé pour activer la réaction.10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) Les oléfines qui ont un hydrogène sur le substituant en α de la double liaison sont susceptibles de s’additionner sans catalyseur à un composé de type diènophile (double ou triple liaison activée) utilisé dans les réactions de Diels-Alder (qui peut être appelé dans ce cas un ènophile). le mécanisme pourrait être décrit par plusieurs étapes. + dicyclopentadiène Schéma 9.73).74).

.

.....4 – Bisulfites alcalins ...2..... 550 10..........................7............................2...... 523 10....3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 ........... 532 10......................... imine.1b – Réaction de Mannich .......................1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13.......................3...1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) ....1 – L’ammoniac et les amines ..................... 523 524 525 526 526 10................................2 – Hydratation ............3 – Alcools et thiols ..... 542 10....1c – Le borane.......1d – Avec les nitriles ....................................................... 10............. 544 10........1c – Avec les esters ................................1 Généralités .........3........................................2......................................2................................................1a – Avec les aldéhydes et cétones ..................................... 539 10.............................1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc) ............................... 538 10.......................................... 553 ...............5 – Acide cyanhydrique ..........................................2) ... 10....7) ................2.......... 10..................553 10.............2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle ....................3....2............................................2......................................6 – Pentachlorure de phosphore ....... 527 10............... 544 10.. 10....3.......................1 – Réduction (voir aussi § 13.. 523 10.2............................................ et nitrile Sommaire : 10......Chapitre 10 Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle............................ 519 10................... dans le THF ......2....2...................... BH3........3............................................ 542 10........................2................1a – Hydrogénation catalytique ..

..1 – Avec les aldéhydes.................. 576 10......9........... 581 10...........5.4 – Sur les imines.........................9....................................... 577 10...........518 Chimie organique 10...6 Condensation benzoïnique ............. 582 10...................................9.....5 – Réaction de Perkin ............ 599 10................... esters et anhydride carbonique ....... 588 10....................................10 Réaction de Reformatsky .............................. 596 10........8.................2 – L’hydroxylamine .... 600 ................. 576 10.....................................................................1 – Sur les cétones et aldéhydes .......4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide ................... 559 10....5....................2 – Sur les esters............................................ 599 10...... 567 10......................... isocyanates et nitriles .........3....8....................................................................................... 597 10.... 594 10...........................4...............3 – Sur l’anhydride carbonique (carbonation) et le sulfure de carbone .8 Réactions des organomagnésiens .................................................................6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) ..................... 593 10.....................3.................. 555 10.................2 – Avec les sels d’acides carboxyliques .4..................... 573 10.......3 – Les hydrazines .......... 583 10................4. 559 10..............3 – Réaction de Tollens .......................7 Réaction de Wittig .............................5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde .... 588 10..3..................... cétones......... 595 10..2 – Réaction de Tischenko .......4..........................1 – Réaction de Cannizzaro .............................................4 – Carbanion acétylure ..........2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann .................... 560 10....................................................4..................4 Additions faisant intervenir un carbanion ..................8..................9 Réactions des organolithiens ......................4....................... 578 10..... 554 10....................................... amides et chlorures d’acides ........3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel ...1 – Aldolisation (et crotonisation) ............5................................................8............ 580 10................ et cétimines ........ 578 10............................................................................................3 – Avec les aldimines............

1 Généralités Les groupes carbonyle. et nitrile 519 10. la réaction peut débuter. ont un caractère commun. A priori. H ou CN. imine. imine. une forte polarisation des liaisons. La protonation de l’hétéroélément augmente le caractère positif du carbone avec formation d’un ion carbonium (étape rapide) ce qui facilite l’attaque du nucléophile présent. elles ont lieu en présence d’un acide fort ou d’un acide de Lewis. qui reste toutefois l’étape lente du mécanisme. La réaction se termine par . C=O. Il existe donc un effet électroattracteur -I auquel s’ajoute une délocalisation des électrons π qui affecte une charge positive au carbone et une charge négative à l’hétéroélément (figure 10. +δ C −δ O H lent C NuH O rapide Nu C O NuH ex: H2O (sans catalyse acide.1). qui est la conséquence de la différence des électronégativités entre le carbone et les hétéroéléments O. ou N. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. réaction lente) +δ C −δ O E lent Nu C O E rapide Nu C O Nu ex: CN .1 Les réactions d’additions qui débutent par l’attaque de l’oxygène par un réactif électrophile sont moins fréquentes. Généralement. soit par celle d’un nucléophile Nu : ou Nu.1). celle qui donne la vitesse de la réaction complète. C≡N. C=N.1 Il en résulte que les réactifs nucléophiles attaquent le carbone. et les réactifs électrophiles. étape rapide (schéma 10. +δ C −δ O C O C O effet -I Figure 10.sur le carbone.et nitrile. Les additions radicalaires sont particulièrement rares. ces additions sont initiées par l’attaque nucléophile sur le carbone. Elle est suivie de l’attaque d’un électrophile. C’est l’étape la plus lente de l’addition. soit par l’attaque d’un électrophile Y ou Y+ sur l’oxygène. l’hétéroélément. S. K Schéma 10.10.

2 H -H C Nu O O La quantité d’acide ajoutée à une réaction comme catalyseur doit être contrôlée afin qu’un excès n’induise pas une diminution de la concentration en nucléophile. entre autres. Le groupe carbonyle peut former avec un acide ou un solvant protique une liaison « hydrogène » qui permet une augmentation de la charge partielle positive du carbone de C=O (figure 10. la catalyse basique permet d’augmenter la réactivité d’un nucléophile NuH en le déprotonant en Nu-.2 C O +δ −δ H O R solvant protique Par ailleurs. ce qui le rend plus actif (exemple : HCN et CN–) (schéma 10. L’acide joue alors le rôle d’un catalyseur. des nucléophiles forts comme l’ion cyanure réagissent sans l’aide d’un acide.2.3). Par contre. Un excès conduit à un sel d’ammonium et à une diminution des amines libres.2).2). C’est le cas de l’hydratation (§ 10. C O +δ −δ H A acide Figure 10. L’eau est un faible nucléophile et son addition est lente en l’absence d’acide. Des liaisons « hydrogènes » peuvent aussi activer l’attaque du nucléophile. Il existe donc pour chacune de ces réactions un pH défini pour lequel la réactivité est maximale. La présence d’acide augmente sensiblement la vitesse de cette réaction.520 Chimie organique une déprotonation (schéma 10.2). l’addition d’amines sur les cétones s’effectue en présence d’une faible quantité d’acide. . Ainsi. catalyse acide +δ C −δ O H H C O C O H NuH H C Nu H Schéma 10.

H H +δ C −δ O H3C H +δ C −δ O H3C H3C +δ −δ C O attaque d'un réactif nucléophile de moins en moins facile Figure 10. CH3COCH3.10. imine.3). Cl CH2 H +δ C O −δ H3 C H +δ C −δ O Figure 10.3 La présence de substituants à effets électroattracteurs -I comme CH2Cl augmente sensiblement la vitesse de la réaction. dans la mesure où les groupes méthyles par leurs effets électrodonneurs +I diminuent le caractère positif du carbone (figure 10.4). en raison de la délocalisation sur le cycle de la charge positive.4). Le méthanal. HCHO. Ainsi. conséquence de la résonance (schéma 10.3 Nu C + BH H O BH -B Nu C O La nature des substituants portés par le carbone fonctionnel a une grande importance sur la vitesse de la réaction d’addition. est plus réactif que l’éthanal. pour une série homogène donnée.4 R C O .4 Les cétones et aldéhydes aromatiques sont moins réactifs que leurs équivalents aliphatiques. R C O Schéma 10. et inversement pour les groupes à effets électrodonneurs +I (figure 10. les aldéhydes sont généralement plus réactifs que les cétones. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 521 catalyse basique NuH + B C O Nu Nu Schéma 10. CH3CHO. lui-même plus réactif que la propanone.

5). au même titre que le volume du nucléophile.2 sur le groupe fonctionnel sont rendues plus difficiles en raison de la diminution de la charge partielle positive du carbone (schéma 10.2) (addition-1.522 Chimie organique Le volume des substituants a aussi une importance sur la vitesse de la réaction d’addition. On peut donc en conclure que les substituants du carbone interviennent sur la vitesse de l’addition par leurs effets électronique et stérique.4) C C C Nu O H C Nu C C OH (addition sur le groupe fonctionnel C=O) C Nu C H C O Schéma 10.5 . C 1 C 2 C 3 O 4 C C C NuH O NuH (addition-1.4.5).5 O difficile et réaction d'addition lente substituants volumineux: approche de NuH ou Nu- À l’inverse. l’augmentation du volume du nucléophile utilisé peut rendre la réaction moins facile. R C R' Figure 10. La conjugaison du groupe fonctionnel avec une double liaison et la délocalisation électronique qui en résulte rend possible des additions-1. Les substituants volumineux gênent l’approche du réactif nucléophile et diminuent la vitesse de la réaction. et pour un groupe fonctionnel donné. Les additions-1. La di-t-butylcétone ((CH3)3C)2C=O ne réagit qu’avec des réactifs nucléophiles de faible volume et de haute réactivité (figure 10.

l’addition en 1. maintenant.2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle 10. Les alcools correspondants. dans ce cas. Il existe trois grands types de réactions d’additions sur les groupes carbonyles.(une condensation.2 (la présence du groupe fonctionnel stabilise plus le produit résultant de la réaction qu’une double liaison). le contrôle de la réaction est thermodynamique et l’addition est de type-1. et plus souvent.1a – Hydrogénation catalytique La réduction des aldéhydes et cétones simples (ne possèdant pas d’autres fonctions dans leurs molécules) peut être effectuée par l’hydrogène en présence d’un catalyseur (platine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.4. la condensation benzoïnique.10.4. imines et nitriles : – l’addition simple sur la double liaison fonctionnelle . Il faut y ajouter les réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure. une hydrogénation catalytique.6). La présence d’un groupe volumineux sur C1 comme phényle a pour conséquence d’orienter la réaction plutôt vers l’addition sur C=O. Dans ce dernier cas. l’addition de deux molécules formant un composé unique qui subit l’élimination immédiate ou non d’une petite molécule comme l’eau ou un alcool avec formation ou non d’une double liaison (ex : réaction entre amine primaire et composé carbonylé. palladium ou ruthénium). voir ci-dessous) . la gêne stérique apportée par les substituants du composé de départ peut orienter plus encore que les effets électroniques. la substitution du groupe C=O par un groupe volumineux comme t-butyle oriente plutôt l’addition en 1. l’addition des organométalliques et la réaction de Reformatsky. primaires pour les aldéhydes. et secondaires pour les cétones.7) 10. imine. – l’addition d’un carbanion. Toutefois. Remarque : le terme « condensation » est équivoque car il indique dans la littérature ancienne l’addition pure et simple d’un réactif à un autre avec formation d’un seul composé (ex : formation de cyanhydrine à partir d’un aldéhyde et de HCN).2. car dans ce cas le produit formé est plus stable thermodynamiquement que celui résultant de l’addition-1. Inversement.1 – Réduction (voir aussi § 13. .2. – l’addition de composés azotés suivie d’une élimination avec formation d’une double liaison >C=N.et d’un amide -CO-NHR). sont obtenus (schéma 10. cétone ou ester avec formation respectivement d’une imine >C=N. il s’agit d’une addition-élimination. la réaction de Wittig. et nitrile 523 Si la réaction d’addition est facilement réversible. 10.4 ou sur le groupe fonctionnel.

chimiques. Pd R1 C R2 H H2.H2O R1 C R2 H OH Schéma 10.1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13. 10. Certains groupes réductibles comme CN. car elles sont réduites avant les fonctions carbonylées.524 Chimie organique R1 C R2 H Ar C R2 R2 = Ar' ou H OH O H H2. L’emploi de AILiH4 a l’avantage d’être utilisable avec tous les aldéhydes et cétones contenant ou non des doubles et triples liaisons mais aussi des groupes OR. les doubles ou triples liaisons ne doivent pas être conjuguées avec le groupe carbonyle car elles risquent d’être elles aussi réduites. Pd . C’est pourquoi on lui préfère d’autres méthodes de réduction. F.7.6 Les cétones et aldéhydes aromatiques peuvent être réduits en hydrocarbures après leurs réductions en alcools. Lorsqu’un réactif permet d’agir de manière spécifique sur une fonction donnée parmi les autres présentes dans une molécule.2. dans lequel il a la particularité d’être soluble. AILiH4. comme le diéthyléther ou le THF. NO2 ou COOR sont aussi réduits. chimiosélectif.2) La réduction catalytique par l’hydrogène présente un grand inconvénient lorsque la molécule contient des doubles ou triples liaisons carbone-carbone ou carbone-azote. Toutefois. qui ne sont pas transformés. dans un solvant aprotique anhydre. NR2. C O C O-AlH3 Li H +3 C O C H O Al Li 4 4 H-O-H H AlH3 Li 4 C H OH + Al (OH)3 + LiOH Schéma 10. La réaction s’effectue en phase homogène ce qui est préférable sur le plan des interactions intermoléculaires à une réaction en phase hétérogène solide-liquide. La plus importante est celle qui utilise l’hydrure de lithium aluminium.7 . on dit qu’il est. selon la nature de la molécule. dans ce cas.

2. Quelques autres méthodes classiques présentées ci-après permettent la réduction des aldéhydes et des cétones. Un autre hydrure très utilisé est le borohydrure de sodium. souvent très polaires. Il se forme finalement le tétraisopropoxyborate de sodium lorsque la réaction est effectuée dans l’isopropanol. ne pouvant donc pas être réduites par AILiH4. L’hydrolyse conduit à trois molécules d’alcool (schéma 10.7) par attaques d’ions hydrures sur le carbone fonctionnel et formations de liaisons O-Al. et nitrile 525 Une molécule de AILiH4 forme un complexe à partir de quatre molécules de composé carbonylé (schéma 10. imine. De nombreux réactifs ont été mis au point pour réduire des aldéhydes ou cétones de manière spécifique dans des molécules polyfonctionnelles. L’hydrure de lithium aluminium est plus actif dans ces réactions de réduction que le borohydrure de sodium en raison de la plus forte polarisation des liaisons Al-H comparée à celle des liaisons B-H. et l’hydrogène au carbone d’une première molécule de composé carbonylé. NaBH4 ne réduit pas les fonctions CN. dans le THF Lorsque le borane est utilisé pour réduire un aldéhyde ou une cétone.8 Une molécule de borohydrure de sodium réduit quatre molécules d’aldéhyde ou de cétone. qui a l’avantage sur LiAIH4 de pouvoir être utilisé dans l’eau ou les alcools (solvants protiques polaires) ce qui augmente le nombre des molécules réductibles et en particulier celles insolubles dans l’éther ou le THF. le bore se lie à l’oxygène. L’action de l’eau dans la dernière phase de la réduction permet le remplacement de l’aluminium par quatre atomes d’hydrogène ce qui libère quatre molécules d’alcool.8). BH3.1c – Le borane. 10.10. comme AlLiH4 (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. . Ils font intervenir de nombreux réactifs métalliques. Cela explique la réaction violente de l’hydrure de lithium aluminium avec l’eau et les alcools et qui se fait avec libération d’hydrogène.9). puis la même réaction se renouvelle deux fois encore pour conduire à un borate d’alkoxyde. NaBH4. NO2 et COOEt. CH3 C O H O CH CH3 H BH3 Na Na B(OCH(CH3)2)4 C H OH + H3B-O-CH(CH3)2 Na isopropoxyborohydrure de sodium capable de réagir encore trois fois tétraisopropoxyborate de sodium Schéma 10. Par ailleurs.

la butanone ou la cyclohexanone. les aldéhydes et cétones qui présentent un fort taux d’énolisation comme les esters β-cétoniques.526 Chimie organique C H O + BH2. EtOH C H OH Schéma 10. le t-butoxyde d’aluminium).1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc).1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) La réaction de Meerwein-Ponndorf-Verley (1925) utilisant l’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique est une réduction réversible très spécifique des cétones et aldéhydes et qui a peu d’effet sur toutes les autres fonctions réductibles. dans ce cas.9 10. La réaction inverse est appelée oxydation d’Oppenauer (§ 12. L’action du sodium dans l’éthanol (schéma 10.10) est assez peu utilisée actuellement (elle réduit aussi très bien les fonctions esters). C O Na . Le mécanisme est mal connu. . et d’une base qui est le plus souvent. Il semblerait radicalaire. les β-dicétones… ne sont pas réduits par cette méthode. comme la propanone.10 10.7) (oxydation d’un alcool en présence d’une cétone.2. THF C H O-BH2 +2 C O C H O-B 3 H2O C H O-H borate d'alkoxyde + B (OH)3 acide borique Schéma 10.2. Toutefois.

Les hydrates d’aldéhydes sont plus stables que les hydrates de cétones pour des groupes de substituants identiques comme l’éthanal.2 – Hydratation R C R' R'= H : aldéhyde R' = alkyl. 56 °C. Cela est du à l’effet électrodonneur +I des groupes alkyles qui rend plus difficile l’attaque du nucléophile (dans ce cas.10.12). (CH3)2CO.11). l’eau) sur le carbone du groupe . la propanone (acétone) formée dans la réaction est distillée au fur et à mesure de sa production (point d’ébullition. imine. inférieur à celui de l’alcool isopropylique. et la propanone (acétone). Le mécanisme est complexe. 82 °C). CH3CHO. Il s’effectue par transfert d’un ion hydrure suivi par celui d’un proton fourni par l’alcool isopropylique du milieu (schéma 10. aryl ou aralkyl : cétone R O + H2O R' C OH OH hydrate d'aldéhyde ou de cétone Schéma 10.11 Pour orienter la réaction vers la formation de l’alcool.12 La plupart des composés carbonylés additionnent une molécule d’eau. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. La réaction est réversible et l’hydrate formé (diol géminé) est instable dans de nombreux cas (schéma 10. mais le passage par un état de transition cyclique à six centres ne fait aucun doute. 10. D’autres mécanismes ont été proposés faisant intervenir deux moles d’isopropoxyde d’aluminium par mole de composé carbonylé.2. et nitrile 527 (H3C)2HC-O Al O H R1 R2 O-CH(CH3)2 O C CH3 isopropoxyde d'aluminium (H3C)2HC-O Al O O-CH(CH3)2 O C CH3 H CH3 (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H + O C CH3 H3C propanone O CH(CH3)2 CH3 R1 C R2 état de transition cyclique (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H O CH(CH3)2 H-O-CH(CH3)2 (H3C)2HC O Al O (H3C)2HC R1 + O C R2 alcool O CH(CH3)2 H H Schéma 10.

14 O O H H R C R O O + AH H H . Cl3C-CHO.14).6 La possibilité de liaisons hydrogènes dans l’hydrate augmente aussi sa stabilité comme pour celui de la diphénylpropanetrione (schéma 10. Milieu basique R C R' H O H B Milieu acide B O R' H O H + BH R C O R C R O H R O R C O + B H O H R C R' H O H O H .6 montre la variation de la stabilité de quelques hydrates en fonction des effets -I puis +I du ou des substituant(s) du groupe carbonyle.13 L’hydratation peut s’effectuer en milieu neutre comme pour le méthanal mais aussi. Cl Cl C C H OH H hydrate de chloral Cl OH H C OH H hydrate de méthanal OH H3 C C OH OH H 3C C H 3C OH OH hydrate d'éthanal hydrate de propanone stabilité décroissante Figure 10. La présence de groupes électroattracteurs au voisinage du groupe carbonyle facilite l’addition du nucléophile et augmente la stabilité de l’hydrate résultant comme pour le chloral.528 Chimie organique carbonyle. La figure 10. en milieu acide ou basique (schéma 10.A -A R C R H A Schéma 10.13). le plus souvent. Ph O C C O C O H Ph + H 2O O O C Ph Ph hydrate de diphénylpropanetrione très stable O H O Schéma 10.A R C R' H O H O H .

L’élimination d’un sel d’ammonium et la perte d’un proton conduisent au composé carbonylé (schéma 10. imines formées entre des aldéhydes aromatiques et des amines primaires.A O H R R" N H .A H C O H α-hydroxyamine protonée R R' C O H R' R' C O N H H R C O H . Le mécanisme en milieu acide débute par une protonation de l’azote basique de l’imine ce qui provoque l’addition d’une molécule d’eau avec formation d’une α-hydroxyamine protonée instable.10. aralkyl) R" N + H2O R C R' OH N R" H R C R' composé carbonylé (cétone ou aldéhyde) amine primaire O + H2N R" α-hyroxyamime Schéma 10. une addition semblable à celle des composés carbonylés a lieu.A C O R + N R" H . imine. analogue de l’hydrate. les bases de Schiff. Toutefois.A H H sel d'α-hydroxyamine R C R' O H N R" H .15).A R C R' H H R" N R" R" N H . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.15 C’est une réaction équilibrée mais qui est très fortement déplacée vers la droite en conditions normales (avec des imines aliphatiques). aryl.16 .A Schéma 10. et nitrile 529 Dans le cas du groupe imine. R C R' imine d'aldéhyde (R =H) ou de cétone (R = alkyl.A H R' R" N H sel d'amine primaire + H H . mais le composé ainsi formé.16). ArCH=N(R)(R’). élimine une molécule d’amine primaire pour libérer finalement un composé carbonylé (schéma 10. R R' H . sont plus difficiles à hydrolyser et un milieu acide (ou basique) est nécessaire.

R’C=NOH. C’est la réaction inverse de leurs formations.18 H O + H N R3 X R4 . les semicarbazones. R.R’C=N-NH-CO-NH2.17 Les sels d’iminium sont souvent préparés par action d’un halogénure sur une imine. L’hydrolyse peut s’effectuer à pH 7.17).530 Chimie organique D’autres composés qui portent un groupe imino >C=N. et les thiosemicarbazones. R C N R' oximes OH H 2O R C R' O + H2N OH hydroxylamine H R C N R' R C N R' semicarbazones hydrazones H R" H2O idem + NH2 N R" N hydrazines (l'hydrazine R" = H) H N CO-NH2 H2O idem + H2N NH CO-NH2 semicarbazide H R C N R' thiosemicarbazones N CS-NH2 H2O idem + H2N NH CS-NH2 thiosemicarbazide Schéma 10. R1 R3 C N R4X R1 C N R2 R3 R4 X R1 C N R2 R3 R4 X R2 sels d'iminium H 2O R1 C R2 Schéma 10. Elle est plus rapide en milieu acide. R. les hydrazones.R’C=N-NHR”.comme les oximes R.R’C=N-NH-CS-NH2. Ces composés sont très facilement hydrolysés à température ordinaire en raison de la délocalisation de la charge positive sur le carbone (schéma 10. de la semicarbazide. R. et de la thiosemicarbazide (schéma 10. de l’hydroxylamine (sous forme de sels). mais elle peut être très lente. des hydrazines (sous forme de sels). sont hydrolysables comme les imines et libèrent un composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) et respectivement.18).

20 . L’hydrolyse est facile (schéma 10. H C C N R2 ènamine C R1 C N R2 R1 H C C N R2 R1 H2O H C H C O R1 N R2 sel d'iminium + H Schéma 10. imine.19). RCONH2.10. Les nitriles étant obtenus facilement par action d’un halogénure sur un cyanure alcalin par une réaction de substitution (schéma 10. RX + NaCN H SO4H2 concentré SN2 RCN + NaX R C nitrile N R C NH R C NH H H O C H O C R NH H amide protoné H2O (quantité stoechiométrique) H O NH R O H C R H O C R H O O NH2 R C O H H H N H H N H -H NH H H C R amide N H H O C R O H H addition d'eau à l'amide protoné H O R H C O acide NH2 R C O H + NH2 H Schéma 10. les nitriles additionnent une molécule d’eau en milieu acide sulfurique concentré pour former un amide. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. L’hydrolyse acide des amides conduit aux acides dont ils dérivent.19 Dans des conditions de réaction stœchiométriques. C’est une méthode souvent utilisée pour leurs préparations. et nitrile 531 Des sels d’iminium se forment lorsque des énamines sont en milieu acide.20).

fournit le sel de sodium de l’acide. ou des composés cycliques comme les trithianes (figure 10. composé analogue de l’eau. la sulfuration en composés thiocarbonylés >C=S.532 Chimie organique L’hydrolyse des nitriles peut aussi être effectuée en milieu basique par la soude contenant environ 10 % de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée). et de l’ammoniaque (NH3 + H2O → NH4OH) (schéma 10.2.22 .7). NH R C O H (formes tautomères) iminoalcool N R C N R C O O H O C R O H NH2 R C O H H2O. mis en présence de composés carbonylés peut conduire à divers produits comme les α-hydroxythiols >C(SH)-OH. des α-dithiols >C(SH)2.21 L’acide sulfhydrique H2S. Le mécanisme d’hydrolyse basique passe encore par un amide qui. sous l’action de la soude.OH NH2 R C O amide O H NH2 H O H R C O + NH3 O O R-COO sel d'acide H H + H 2O Schéma 10.3 – Alcools et thiols R C O + R'OH H R C H OH OR' H H R C H OR' acétal R C OR' OH OR' hémiacétal + R'OH + H2 O Schéma 10. . mais de nombreuses autres méthodes existent.21). S S trithiane S Figure 10.7 10.

Sauf très rares exceptions.2. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. ou ceux qui portent un substituant électroattracteur. les bases sont sans effet.H2O O H R' O H R H O C O R' H C O R' R' R'-O-H R' O R C O R' acétal Schéma 10.23).2). Les hémiacétals et acétals sont stables en milieu basique. Cl3C-CHO. Formation de l'hémiacétal en milieu neutre O R O R' C H H R O C O R' H R H O C O R' hémiacétal H H Formation de l'hémiacétal et de l'acétal en milieu acide O R C H H R C H H H O R C O R' H H R H H H . mais la catalyse acide augmente leur vitesse. conduisent à des hémiacétals stables isolables .23 H O -H R C O R' hémiacétal H H O C O R R C O H R' H -H R O C O R' H H R' La formation des acétals à partir des hémiacétals nécessite un catalyseur acide (schéma 10. imine. des acétals (schéma 10. Les mécanismes sont semblables à ceux de l’hydratation (§ 10. et nitrile 533 Les aldéhydes réagissent avec les alcools anhydres pour former d’abord des hémiacétals puis. Les aldéhydes de faibles masses moléculaires. Ce sont des réactions réversibles qui peuvent avoir lieu en milieu neutre. comme l’éthanal.10.22). comme le trichloroéthanal ou chloral.

la formation d’un hémiacétal par réaction intramoléculaire est possible si l’hétérocycle qui est ainsi produit est composé de 5 ou 6 éléments. la protection de la fonction aldéhyde du 3-bromobutanal est nécessaire pour effectuer l’élimination de HBr et former une double liaison. c’est-à-dire très stable car présentant de faibles tensions cycliques.24 Lorsqu’une fonction aldéhyde et une fonction alcool sont présentes dans une même molécule. ainsi que α. Pour les aldéhydes de masses élevées. en présence de chlorure d’ammonium. en milieu acide. soit par une distillation simple ou azéotropique (voir 8. cette réaction d’addition étant difficile. le déplacement de l’équilibre vers la droite est obtenu par élimination de l’eau formée. Les acétals sont utilisés comme protecteurs de la fonction aldéhyde d’une molécule. H2O H2C CH-CH(OEt)2 + NaBr + H2O + H 2O Br-CH2-CH2-CHO + 2 EtOH Schéma 10. schéma 10.33). . En effet.534 Chimie organique (donc plus stables que les hydrates correspondants). Cette protection permet au chimiste de poursuivre sa synthèse en effectuant des réactions nouvelles (surtout en milieu basique) avec des réactifs qui auraient pu agir de manière non souhaitée sur cette fonction carbonylée.24. et qui est aussi à l’origine du phénomène de la mutarotation des sucres (présentée au § 4. l’action de la soude sur le composé de départ aldéhydique aurait produit un carbanion par déprotonation de CαH et des réactions autres que l’élimination de HBr auraient été possibles. schéma 10. elle est alors remplacée par l’action de composés comme les orthoesters.et β-D-glucofuranoses) ce qui crée un carbone asymétrique supplémentaire présent dans le cycle appelé carbone anomérique. Le retour à la fonction aldéhyde de départ (déprotection) est effectué par hydrolyse de l’acétal.12d). H Br-CH2-CH2-CH(OEt)2 NaOH 2 EtOH + CH2=CH-CHO H . soit par absorption au moyen d’un tamis moléculaire ou d’alumine. L’acétalisation permet de les éviter. Al2O3. Parfois. par hémiacétalisation.25. C’est le cas des sucres acycliques comme le D-glucose qui. est en équilibre avec les formes cycliques (α.1.5. HC(OR)3.et βD-glucopyranoses prépondérants. Dans l’exemple présenté.

5% O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH 4 OH 3 2 HO H H HO H 1 O OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH OH 6 2 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63. Ce sont d’excellents protecteurs de la fonction cétonique.3-diols.27).26).3-dioxanes. conduisent assez facilement à des acétals cycliques stables. comme l’éthane-1.25 Contrairement aux aldéhydes. comme pour les aldéhydes de masses élevées.26 Les réactions avec de simples alcools s’effectuent le plus souvent en milieu acide avec retrait de l’eau formée.5% 2 D-glucose (acyclique) 4 OH 3 OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 5 CH OH 6 2 Schéma 10. les cétones réagissent assez difficilement avec les alcools pour des raisons d’encombrement stérique et électronique (voir § 10. H R + H2 O hémiacétal Schéma 10. Les mécanismes de formation de l’hémiacétal et de l’acétal sont identiques à ceux indiqués pour les aldéhydes (schéma 10.1). OR" C R' OR" acétal (autrefois appelé cétal) R C O R' + R"-OH H R C R' OR" OH R"OH. respectivement (schéma 10. HO-(CH2)2-OH et 1. imine. .3-dioxolanes et 1.10.3-diol. Seuls. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. les 1. comme le propane-1.2-diols (glycols). et nitrile 535 6CH2OH 5 H H 1 1 2 3 4 OH OH H OH O O 35. HO-(CH2)3-OH.2-diol. 1.

Les dithioacétals sont plus stables que les acétals vis-à-vis de l’hydrolyse acide. réagissent plus facilement avec les aldéhydes et cétones que les alcools ce qui est en accord avec le caractère plus nucléophile des thiols comparé à celui des alcools. Celle de l’hydrolyse des acétals correspondants est en ordre inverse.28). le tétrachlorure de titane. L’éthane-1.3-dioxane Schéma 10. le groupe hydroxy de l’hémiacétal est substitué par X (schéma 10. La facilité de la formation des acétals cycliques est liée à leur entropie de formation qui est relativement plus favorable que celle de la formation d’acétals acycliques : un diol réagit sur un aldéhyde ou une cétone en fournissant deux molécules (l’acétal et l’eau) tandis qu’un alcool simple nécessite trois molécules (deux d’alcool et une de composé carbonylé) pour un même résultat : deux molécules. Les dithioacétals sont désulfurisés par le nickel de Raney ce qui permet de réduire les cétones.3-dioxolane HO CH2 C O + HO CH2 CH2 O H C O CH2 CH2 + H2O CH2 propane-1.29). SiCl4.3-diol 1.27 Cette stabilité est liée à leurs structures hétérocycliques composées de 5 ou 6 éléments. La dithioacétalisation est utilisée pour la protection des composés carbonylés. TiCl4. La formation des dithioacétals peut être catalysée par des composés autres que les acides. . lesquelles présentent comme indiqué précédemment de très faibles tensions de cycle. par exemple. la réaction directe étant parfois complexe (schéma 10. il ne se forme pas l’hémiacétal mais un éther α-halogéné. Sous l’action de HX. Parmi les diols souvent utilisés pour la protection des aldéhydes et des cétones. . Il se forme un hémimercaptal (ou hémithioacétal) puis un dithioacétal qui sont stables en milieu basique. RSH.2-diol 1. ou le tétrachlorure de silicium.H2O OR C X C O + R-OH + HX Schéma 10.2-dithiol conduit à des dithioacétals cycliques.536 O H C O Chimie organique C O + HO CH2 HO CH2 CH2 CH2 + H 2O éthane-1. on peut donner le classement suivant en fonction de la facilité de l’acétalisation. HO-CH2-C(CH3)2-CH2OH > HO(CH2)2-OH > HO(CH2)3-OH Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone aliphatique est traitée par un alcool primaire ou secondaire anhydre et un halogénure d’hydrogène en quantité stœchiométrique.28 Les thiols.

par action d’un hydrazide). et nitrile 537 OH C O + RSH C SR hémithioacétal RSH SR C SR dithioacétal H2. C’est la synthèse de Pinner (1877).10. d’iminoéther ou d’imidate. et certains nitriles aromatiques ortho substitués ne réagissent pas. Par chauffage des chlrohydrates d’iminoéthers dans un alcools des orthoesters sont formés (schéma 10.R'OH R C O N C Ar R' 2-aryl-1. Les imidates sont très utilisés en synthèse de composés hétérocycliques (comme les 1.3. l’imidate.3. Les acylnitriles.30). Cl hydrazine monosubstituée iminoéther ou imidate NH2-NH-CO-Ar hydrazide N NH-CO-Ar R C O R' R C O hydrazonate N N C OH Ar N .29 Les nitriles additionnent une molécule d’alcool absolu (le plus souvent primaire) en présence de chlorure d’hydrogène. ∆ R C OR' OR' orthoester Schéma 10. Ni CH2 + 2 RSH Schéma 10.4-oxadiazole substitué en position 5 H2O O R C OR' ester OR' R'OH. RCOCN. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.4-oxadiazoles. de son sel. Ils réagissent très facile- . imine.HN(Et)3. R C O N H Cl NH R H C O R' Cl R C NH2 Cl O R' H R' chlorhydrate d'iminoéther ou d'imidate Cl NH2 R C O R' N(Et)3 R C O NH NH -NH-R' 2 R' NH R C NH-NH-R' amidrazone NH2 R C NH-NH-R' . le dioxane ou le benzène.30 L’action de la triéthylamine ou de bicarbonates alcalins permet de libérer la base. sans solvant ou dans l’éther. pour former un chlorhydrate d’iminoester.

Le composé carbonylé est régénéré par chauffage dans une solution diluée de carbonate de sodium (schéma 10. sels de l’acide hydroxysulfonique (appelés combinaisons bisulfitiques). La protonation par l’eau du milieu conduit à la combinaison bisulfitique. les aldéhydes. la réaction de Ritter fait aussi appel à un nitrile et à un alcool susceptible de libérer un carbocation stable par action d’un acide fort (alcools secondaires.538 Chimie organique ment à 0 °C avec de nombreux nucléophiles azotés. fournit des esters. tertiaires …). L’hydrolyse des sels d’iminoéthers. mais aussi les isocyanates qui réagissent avec le bisulfite de sodium) de composés non carbonylés. certaines méthylcétones peu encombrées.31 10. Le nouveau carbocation qui en résulte additionne une molécule d’eau pour former un N-alkyl amide (schéma 10. Une autre réaction. en conditions douces. C’est une méthode intéressante pour séparer des composés carbonylés (actifs.32). pour former des composés cristallisés qui précipitent car très peu solubles dans l’eau. mais d’une attaque de ce groupe par un carbocation produit in situ. car l’équilibre est alors peu orienté vers la droite. .4 – Bisulfites alcalins Seuls. l’ion sulfite formé à partir de l’ion bisulfite attaque le carbone du groupe carbonyle.H2O R' R C N + R' -H R C N R' R C O N R' R C O N R' R C O N R' R C O N H R' H H H H H Schéma 10. surtout pour des raisons de gêne stérique. R-CN + R'OH H R-CO-NH-R' amide secondaire alcool secondaire ou tertiaire R'-OH H .2. dans un mélange.31). les α-céto esters et quelques cétones cycliques (inférieures à nC = 7) sont capables d’additionner une molécule de bisulfite alcalin en solution dans l’eau. Il ne s’agit pas d’une véritable addition d’un alcool sur le groupe nitrile. Des carbocations issus d’autres molécules comme les alcènes produisent le même résultat. Les autres cétones ne réagissent pas ou faiblement. Dans les conditions de cette réaction.

imine.33 La réaction avec les aldéhydes aromatiques conduit plutôt à des benzoïnes (§ 10. dans ce cas. L’obtention des cyanhydrines. La réaction est plus souvent effectuée en présence d’une base car l’ion CN . KCN + H2SO4 OH C=O + HCN C CN cyanhydrine C=O CN H Schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. .6). pentan-3-one et pinacolone.est un meilleur nucléophile que l’acide cyanhydrique.10.5 – Acide cyanhydrique Tous les aldéhydes et certaines cétones (propanone. (CH3)3C-CO-CH3). L’addition d’une base à la cyanhydrine.32 10. additionnent une molécule d’acide cyanhydrique (formée in situ par action d’acide sulfurique dilué sur un cyanure alcalin) pour former les cyanhydrines correspondantes (schéma 10. La réaction est réversible. butanone. elle-même. et nitrile 539 HO S O O Na O S O O + H + Na ion bisulfite ion sulfite R C O H H O S O ion sulfite OH C SO3 Na combinaison bisulfitique solide cristallisé CO3Na2 H2O R C O + SO3Na2 H O Na Schéma 10.33). par action de l’ion cyanure. est effectuée à partir de la combinaison bisulfitique de l’aldéhyde.2. déplace l’équilibre vers la gauche.34). selon une réaction de substitution SN2 (schéma 10.

méthode utilisée pour allonger les chaînes des sucres d’une unité de carbone (schéma 10. laquelle est réduite par l’amalgame de sodium. La séparation peut être faite à partir des sels d’acides aldoniques. CN Ar-CO-R + Me3SiCN acide de Lewis Ar C R Schéma 10. Ce polyhydroxyacide. Il en est de même des cétones encombrées.540 Chimie organique OH Ar CHO + NaHSO3 Ar CH OH CN Ar CH CN SO3Na -NaSO3 Schéma 10.34 La benzophénone Ph-CO-Ph ne réagit pas.35 CN OSiMe3 H2O Ar C R OH L’hydrolyse de CN in situ de la cyanhydrine conduit à des α-hydroxy acides. en particulier par cristallisation fractionnée. le borohydrure de sodium ou par une méthode électrolytique. Les cyanhydrines dérivées de Ar-CO-R sont plus facilement obtenues par action du cyanotriméthylsilane en présence d’un acide de Lewis. en aldose avec une unité H-C-OH en plus de l’aldose de départ. se cyclise spontanément en lactone.35). .36) et appelée méthode de Kiliani-Fischer (1885) : l’aldose est d’abord traité par le cyanure de sodium en présence de chlorure de calcium ce qui fournit la cyanhydrine correspondante. réaction suivie d’une hydrolyse pour déprotéger le groupe hydroxy (schéma 10. acide aldonique. Cette réaction est suivie de l’hydrolyse du groupe nitrile en acide par action de la soude à chaud (40 à 60 °C). avant traitement par l’acide minéral pour libérer l’acide aldonique. et les cétones Ar-CO-R avec R aliphatique sont très peu actives. On obtient un mélange d’épimères.

qui. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.37 .5 CHOH CHOH H CHO OH CHO CHOH CHOH NaCN H2O.N-disubstitués. On peut remplacer HCN et NH3 par un mélange de chlorure d’ammonium et de cyanure de sodium.36 Les groupes hydroxy en position α d’un nitrile peuvent être facilement substitués par des réactifs nucléophiles.5 HO CHO H CHOH CHOH HC Schéma 10. H2O C H CHOH Na/Hg O pH: 3-3. et nitrile 541 COOH H CN H OH CHOH CHOH séparation COONa des sels H d'acides aldoniques OH épimères CHOH ∆ CHOH puis H HO OH CHOH CHOH et COOH H CHOH CHOH COOH H OH CHOH CHOH O H C OH CHOH HC O COOH HO H CHOH CHOH HO O Na/Hg pH: 3-3.10. imine. Ainsi. OH C CN H NH3 . les cyanhydrines réagissent avec l’ammoniac pour former des α-amino nitriles.37). CaCl2 NaOH. par hydrolyse du groupe CN.H2O NH2 C CN H H2O base NH2 C COOH H RCHO HCN R R R Schéma 10. L’utilisation d’amines primaires ou secondaires permet l’accès à des α-amino nitriles N-substitués ou N. permettent d’accèder à des α-amino acides : c’est la méthode de Strecker (1850) (modifiée parTiemann) (schéma 10.

39 . L’ion Cl. En présence d’aldéhydes ou de cétones aliphatiques. la possibilité de l’élimination de HCl est importante ce qui conduit alors à un chlorure vinylique (schéma 10. puis de Cl. la thiosemicarbazide. R-NH2. PCl5. La forte polarisation de la liaison entre le carbone et OPCl4 facilite une réaction de substitution nucléophile SN1 par un ion Cl.HCl C C Cl 10. HO-NH2 les hydrazines. L’ensemble de ces réactions.POCl3 C Cl Cl Cl P Si le composé carbonylé a un hydrogène en α. Il se forme alors un composé dans lequel l’oxygène du composé carbo- . Le résultat est l’obtention d’un gem-dichlorure (schéma 10. est une condensation (schéma 10.ou une substitution nucléophile intramoléculaire SNi.38). les amines primaires. NH2-CO-NH-NH2. Cl C H C Cl Schéma 10. R-NH-NH2. tous composés nucléophiles.39).présent dans PCl5. Cl C Cl C O PCl4 Cl C OPCl4 SN i Cl C Cl O Cl Schéma 10. Cl-. l’hydroxylamine.2.3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 L’ammoniac. il y a d’abord addition de PCl4+ sur l’oxygène du carbonyle. se comporte le plus souvent dans de nombreuses réactions comme PCl4+. la semicarbazide.542 Chimie organique 10. réagissent avec les aldéhydes et les cétones en s’y additionnant pour former un adduit. addition plus élimination.38 Cl Cl C Cl SN1 OPCl4 Cl .peut aussi provenir de PCl6.6 – Pentachlorure de phosphore Le pentachlorure de phosphore.sur le carbone.40). NH2-CS-NH-NH2. dérivé α-hydroxyaminé instable qui élimine une molécule d’eau.

Après l’addition du groupe amino sur le groupe carbonyle de l’ester. acide hydroxamique Y = NHR. C’est le cas de l’ammoniac.H 2O R1 C R2 N Y et R1 C R2 N Y Schéma 10. l’élimination est dans ce cas plus difficile et la vitesse de la réaction peut être augmentée par une catalyse acide. les réactifs azotés. faibles nucléophiles. Par contre. H2N addition R1 C Y R1 C R2 NH2-Y O R1 C R2 NH-Y O H O R2 aldéhyde ou cétone élimination R1 C R2 H N-Y O H . Les molécules de formule générale RNH2 réagissent aussi avec les esters mais contrairement aux réactions avec les aldéhydes et cétones. de l’hydroxylamine et des hydrazines. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. acylhydrazine ou hydrazide Schéma 10.41 . s’additionnent plus facilement sur les aldéhydes et cétones en présence d’un acide dont le rôle est d’activer le groupe carbonyle de ces fonctions. amide primaire Y = R. imine.41). amide secondaire Y = OH. le groupe carbonyle n’est pas remplacé par un groupe imine : il est conservé. Inversement.40 L’addition est d’autant plus facile que le caractère nucléophile des réactifs azotés est élevé. H 2N addition R C Y R C R'O NH2-Y O R C R'O NH-Y O H O R'O ester élimination R C NH-Y O H R -R'OH C O NH-Y R'O Y = H. de la plupart des amines. Cela montre l’importance du pH pour ces réactions. une molécule d’alcool est éliminée (schéma 10. L’élimination d’eau est relativement facile dans ce cas.10. et nitrile 543 nylé de départ est remplacé par un azote lié à différents groupements selon le réactif azoté utilisé.

3.H2O H2C=NH x4 N N hexaméthylènetétramine N OH CH3-CHO + NH3 H3 C C NH2 hémiaminal H .1 – L’ammoniac et les amines 10.43). RC(NH2)=NR’. Les nitriles additionnent simplement.6-triméthyl-hexahydro-1. secondaires et tertiaires. et beaucoup plus difficilement avec les cétones.3. .H2O H C NH H3 C x3 H 3C HN HN .544 Chimie organique L’ammoniac.42 Avec les aldéhydes qui possèdent des groupes électroattracteurs puissants. CCl3CHO. des imines qui peuvent être isolées (schéma 10. l’hémiaminal peut-être isolé. 10. comme le chloral. et des hydrazidines. l’ammoniac et les amines primaires et secondaires ainsi que l’hydrazine pour former respectivement des amidines.4.5-tétrazine (trihydrate) par action de l’ammoniac sur l’éthanal (schéma 10. sans élimination successive. à des acides hydroxamiques. 3 H 2O CH3 NH CH3 OH Cl3CCHO + NH3 Cl3C CH NH2 hémiaminal 2.5-triazine trihydrate Schéma 10. les amines primaires et secondaires.3.1a – Avec les aldéhydes et cétones L’ammoniac réagit avec les aldéhydes et les cétones en fournissant des imines instables qui se transforment ou réagissent entre elles pour créer des polymères. Un exemple classique est la formation de l’hexaméthylènetétramine par réaction du formaldéhyde avec l’ammoniac.42).3. l’hydroxylamine.4.6-triméthyl-hexahydro-1. Les amines primaires forment avec les aldéhydes. et à des acylhydrazines ou hydrazides. ou celle de la 2. RC(NH2)=NNHR’. les hydrazines conduisent respectivement à des amides primaires. N OH HCHO + NH3 H2 C NH2 .

H . Ph COOH Ph CH2 CH NH2 phénylalanine COOH CH2 CH N CH OH N CH3 CHO + HOH2C N pyridoxal (aldéhyde aromatique) OH CH3 . Les imines sont stables si elles sont substituées par au moins un groupe aromatique provenant de l’un ou des deux réactifs. Les bases de Schiff. imines résultant de réactions entre amines et aldéhydes aliphatiques).43 L’imine résultant de l’action de l’ammoniac sur un aldéhyde peut réagir avec l’acide cyanhydrique pour former un aminonitrile. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Les composés de ce type comme celui figuré dans le schéma 10.10. c’est la synthèse de ces acides par la méthode de Strecker. peuvent donner lieu à des réactions de transimination en présence d’une amine.45). et d’une manière plus générale. imine. C’est une réaction importante en biochimie dans la biosynthèse des α-aminoacides (schéma 10. lequel. conduit à un α-aminoacide. Lorsque l’aldéhyde est aromatique. mais se dégrade très facilement ou se polymérise. par hydrolyse.44. il peut être isolé.∆ NH2 R CH COOH α-aminoacide NC aminonitrile Schéma 10. (par exemple. obtenus par action des acides α-aminés naturels (ici.H 2O HOH2C base de Schiff Schéma 10.44 Si aucun substituant aromatique n’est présent sur l’imine. . la phénylalanine) sur le pyridoxal (aldéhyde aromatique hétérocyclique d’origine naturelle) sont à l’origine de nombreuses biosynthèses. et nitrile 545 NHR C O + NH2-R C OH C N imine R + H-OH ammoniac: R = H ou amines primaires: R= alkyl ou aryl si R = aryl : bases de Schiff Synthèse de Strecker des α-aminoacides R C H CN N H H H R C N H H H2O.NH3 . les imines. l’imine correspondante est appelée base de Schiff.

Par chauffage.11d). le plus souvent. L’eau formée est extraite du milieu réactionnel par différentes méthodes et. en particulier. toluène) en présence d’acide p-toluènesulfonique. Celles formées à partir d’amines secondaires acycliques sont beaucoup moins stables que celles résultant de l’action d’amines secondaires cycliques comme la pyrrolidine. d’acylation (3).N-disubstitués suffisamment stables pour être isolés. 1). Les ènamines dérivées d’aldéhydes sont moins stables que celles dérivées de cétones. d’addition de type Michaël (4). dans des réactions d’alkylation (2).45 R1 R2 H C NR3 R1 C NHR2 H N R3 + R2 NH2 Les réactions des amines secondaires avec les aldéhydes et cétones fournissent des hémiaminals N.46. l’élimination d’une molécule d’eau conduit à une ènamine. Les ènamines résonnent entre deux formes limites (schéma 10. Si un hydrogène est présent en position α de cette fonction. . des réactions secondaires ont lieu.1. Toutefois. et dans la préparation de composés hétérocycliques divers. par entraînement azéotropique (§ 8. La réaction se fait souvent avec les cétones dans un solvant aromatique (benzène.546 Chimie organique H R3 NH2 N R1 C H Schéma 10. l’élimination d’eau est immédiate et l’ènamine est le résultat unique de la réaction. la pipéridine ou la morpholine. Les ènamines ont un rôle important en synthèse et en particulier.

Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.Cl RCOCl Et3N morpholine N-cyclopentènomorpholine COR N O H2O H 4) CH2=CH-COOEt N COR O + sel d'amine CH2-CH-COOEt H N CH2-CH2-COOEt N H2O.H2O H C C N R2 R1 énamine H C C N R2 R1 CH3 H2O alkylation N ICH3 I acylation N O + sel d'amine H N-cyclohexènopyrrolidine 3) O + HN O N O COR N O + Et3NH .H2O C C N R H C C N R énamine imine tautomère quasi unique Schéma 10. H CH2-CH2-COOEt O + sel d'amine réaction de Michael Schéma 10. imine.10. et nitrile 1) H C H C O + HN R2 H R1 2) O + HN pyrrolidine 547 R1 C H C N R2 CH3 hémiaminal OH . H C H C O + H2 N R H R C C N H hémiaminal OH . il existe une tautomérie énamine-imine dont l’équilibre est très en faveur de l’imine ce qui rend impossible l’isolement de l’énamine (schéma 10.46 Lorsque l’énamine provient d’une réaction effectuée avec une amine primaire.47 .47).

tous les aldéhydes et cétones peuvent être mis en réaction. aliphatiques-aromatiques. les groupes nitro et nitrile sont conservés. cyanoborohydrure de sodium. le mécanisme est mal connu. . Les aldéhydes et cétones aliphatiques. Les réactifs réducteurs sont très variés : borohydrure de sodium. La présence de groupes réductibles comme les doubles liaisons éthylèniques. réaction de Wallach. Sa déformylation nécessite l’action de l’acide chlorhydrique concentré ou de la soude à 30 %. soit par réduction de l’imine produite après l’avoir isolée.49).50). ces réactions peuvent être faites. soit directement (hydrogène + nickel de Raney) comme pour les amines secondaires.Ni . Les formamides N. comme le nickel de Raney. en présence d’un catalyseur métallique. L’acide formique peut aussi servir de réducteur (réaction appelée dans ce cas.N-disubstitués réagissent très difficilement sauf s’ils sont substitués par des groupes aryles. NaBH3CN entre autres. le formamide ou un dérivé N-monosubstitué.48 Une réaction d’amination réductive des aldéhydes et cétones peut être effectuée lorsque le composé carbonylé est traité par une amine secondaire et l’hydrogène ou NaBH4. aromatiques sont utilisés (schéma 10. la réaction peut se poursuivre par une substitution du groupe hydroxy par un groupe amino ce qui conduit à un aminal (schéma 10. On obtient alors une amine tertiaire (schéma 10. on utilise le formiate d’ammonium.548 Chimie organique Si aucun hydrogène n’est présent en position α de la fonction. Comme pour la réaction de Wallach.49 Avec l’ammoniac et les amines primaires. L’amine obtenue est alors N-formylée. R1 H C C O + HN R2 R1 R1 C H C N R2 R1 OH HN R2 C H C N R2 aminal R1 N R2 + H2O hémiaminal Schéma 10. R1 C O + HN R2 R1 OH C N R2 H H2. Dans la réaction de Leuckart (1885). alicycliques. qui s’effectue à des températures supérieures à 150 °C.H 2O R1 C N R2 Schéma 10.48). Dans ce cas. NaBH4. 1949).

50 Enfin. En présence d’une base. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.51 Bien que moins nucléophiles que les amines.10. s’additionnent en milieu acide sur les aldéhydes et cétones en produisant des sels d’hémiaminals (schéma 10. R1 C O + N R2 R3 OH H C N R1 R2 R3 sel quaternaire d'hémiaminal Schéma 10.52). les amines tertiaires.51). et nitrile Réaction de Wallach 549 R1 C O + R2 amines primaires ou secondaires OH NH C N R1 R2 HCOOH H C R1 N R2 si R2 = H HCOOH H C R1 N H HCl cé H C N R1 C=O H Réaction de Leuckart O C O + H C N R1 H O C H N R1 OH C HCOOH O C H N R1 H C HCl cé ou NaOH R1 HN C H Schéma 10. c’est l’ion amidure qui est le réactif nucléophile.N’-diacylé (alkylidène ou arylidène bisamides) (schéma 10. La réaction nécessite un catalyseur acide ou basique. les amides sont susceptibles de s’additionner sur les composés carbonylés comme les aldéhydes. L’hémiaminal N-acylé qui en résulte réagit très souvent avec une nouvelle molécule d’amide pour fournir un aminal N. imine. .

N'-diacylé NHCOR C O + NH2-COR base C OH hémiaminal N-acylé Schéma 10.3. il en résulte une cétone β-aminée (schéma 10.8).8 indole R = H. H2N-CO-R. H2N-R.1b – Réaction de Mannich Dans la réaction d’aminométhylation de Mannich (1912). aldéhyde R = groupe carboné.54 : . composés azotés: NH3. schéma 10. H C H R acide (ou base) R H3N-CH2-CH-CO-R' + H2O NH4 + O + H2C-CO-R' Schéma 10.53 La réaction peut avoir lieu en milieu acide ou basique. HN(R')(R").550 Chimie organique NHCOR NH2COR . ester H N H Avec le chlorure d’ammonium. un amide primaire ou secondaire. H2N-N(R')(R"). Le mécanisme de cette réaction en milieu acide est le suivant. une hydroxylamine. cétone R = OR'. le méthanal (ou formaldéhyde) réagit à la fois sur un composé azoté et un composé possèdant un hydrogène à caractère actif (figure 10.52 10.53).H 2O C NHCOR aminal N. Le composé azoté peut être l’ammoniac (sous la forme du chlorure d’ammonium). une amine primaire ou secondaire. HNR-CO-R' composés à hydrogène actif: CH CO-R OH H CH CN CH NO2 C C H H Figure 10. et une cétone énolisable. H2NOH. très importante en synthèse. une hydrazine.

En milieu acide. Cet ion réagit avec la forme énol d’un composé carbonylé. . Il est directement attaqué par le carbanion issu de la réaction de la base sur le composé carbonylé : un proton est extrait d’un groupe CH ou CH2 ou CH3 situé en position α de C=O (schéma 10. Il en résulte une nouvelle amine appelée de manière générale base de Mannich. Dans le mécanisme réactionnel.H2 O H N C H ion iminium R' H H C O H méthanal CH2 C O R N C H C H H C O H -H H R' R N C C H H C O base de Mannich Schéma 10.9) est l’un d’eux. il se forme un sel.10.9 En milieu basique. dans des réactions avec divers composés carbonylés. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.55). imine. le passage par un ion iminium a permis d’utiliser des composés préalablement préparés. L’α-hydroxy amine qui résulte de l’action de l’amine sur le formaldéhyde ne perd pas une molécule d’eau.54 C H C O H H R N C C H R' H C O R' +H H L’attaque du formaldéhyde par l’azote de l’amine conduit en milieu acide à un ion iminium. H3 C N H3C I CH2 sel d'Eschenmoser Figure 10. la formation de l’ion iminium n’a pas lieu. il est très utilisé en synthèse. Le sel d’Eschenmoser (figure 10. et nitrile 551 Réaction de Mannich R NH H C O R' H H R NH C O R' R N R' R H H .

BH CH C O R N C O . N ou S-aminométhylations sont possibles en raison du caractère acide du groupe hydroxy des alcools et phénols. ce qui est montré par les exemples suivants. schéma 10. .OH H C CH H C O BH B + H2O R' Schéma 10.56 . – si des excès de formaldéhyde et d’ammoniac se trouvent en présence d’un composé possèdant plusieurs hydrogènes actifs.552 Chimie organique R NH H C O R' H R N H C O H R' H CH2 C O R N H C O H OH + H + CH R' Base.55 La réaction de Mannich peut se renouveler plusieurs fois : – si l’ammoniac ou une amine primaire ayant été utilisé. Des O. du groupe NH des sulfonamides secondaires ou du groupe sulfanyle (ou mercapto) des thiols.56 : C2H5OH + CH2O + (C2H5)2NH C6H5SO2NHCH3 + CH2O + HN C2H5O-CH2-N(C2H5)2 O C6H5-SO2N(CH3)-CH2 N O morpholine (CH3)2CHSH + CH2O + (C2H5)2NH (CH3)2CH-S-CH2-N(C2H5)2 Schéma 10. un excès de formaldéhyde et de composé à hydrogène actif est présent.

R COOR' ester + H2N-R" R-CO-NHR" + R'OH R"= H . . aralkyl ou aryle.3. Les amides secondaires et tertiaires résultent de la même réaction effectuée à chaud avec les amines primaires et secondaires. phosgène.10.3. Tous les amides peuvent provenir de l’action de chlorures d’acides sur l’ammoniac ou les différentes amines (schéma 10.57 10.1d – Avec les nitriles L’addition d’ammoniac sur les nitriles en présence de chlorure d’ammonium fournit une amidine sous forme de chlorhydrate (schéma 10.HCl HN R" C O C NH R" Schéma 10.58).57). ester cétoniques…).1c – Avec les esters 553 L’addition d’ammoniac ou plus souvent d’ammoniaque. la présence d’un groupe électroattracteur présent sur le nitrile l’active et permet de former des amidines substituées. amide secondaire OR' R'O C R NH2 R" R CO-Cl O R C NH2 R" O R OR' C NH R" O H .R'OH R C HN R" amide O chlorure d'acide + H2N-R" R-CO-NHR" + Cl HCl Cl Cl C R NH2 R" O R C NH2 R" O R R O H . imine. avec les amines primaires et les nitriles aliphatiques. dans l’éthanol sur les esters conduit à un amide primaire. et nitrile 10. Les amidines sont très utilisées en synthèse de composés hétérocycliques car elles peuvent réagir par les deux atomes d’azote avec divers composés bifonctionnels (diesters. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. amide primaire R"= alkyl. souvent à froid. voire impossible. Cette réaction est difficile. Par contre.

le plus souvent. les oximes dérivés d’aldéhydes ou de cétones dissymétriques ont deux configurations possibles Z et E séparables (§ 3.3. d’acide formique. HCOOH. Le pH de la solution est important et variable d’un composé à un autre mais la valeur moyenne est de 4.1). et qui est commercial). réagit avec les aldéhydes et cétones pour former des oximes (schéma 10.554 Chimie organique NH2 R CN + NH3 + NH4Cl C NH2. lesquels résultent de l’addition d’alcools sur les nitriles en présence d’halogénures d’hydrogène (voir schéma 10. Cl chlorhydrate d'amidine + NH3 HN R R CN + R-NH2 Y C NH amidine substituée Si R porte un groupe électroattracteur Schéma 10. OR R C NH2.61).2 – L’hydroxylamine L’hydroxylamine. .30).3. Cl 10.60 Comme les hydrazones.60) par une réaction d’addition. SeO2 (schéma 10.3 et 3. H3 C C O H3 C + NH2-OH hydroxylamine H3 C C H3 C oxime de la propanone N-OH + H2 O Schéma 10. L’hydroxylamine est libérée de son sel in situ (le chlorhydrate. ou d’oxyde de sélénium.59).élimination (même mécanisme que celui des amines).58 Les amidines peuvent aussi être préparées par action d’ammoniac ou d’amines sur les chlorhydrates d’iminoéthers (schéma 10. Cl Schéma 10. commercialisée sous forme de chlorhydrate cristallisé. Les oximes sont des intermédiaires dans la réaction de formation des nitriles par action du chlorhydrate d’hydroxylamine sur un aldéhyde en présence d’acide chlorhydrique concentré.59 NHR + 2 RNH2 R C NH + RNH3.

.63).3 – Les hydrazines L’hydrate d’hydrazine.10. stable à température ordinaire. La réaction effectuée avec les aldéhydes et cétones aliphatiques et les aldéhydes aromatiques fournit seulement une azine suite à une double réaction (schéma 10. Dans les mêmes conditions. NH2-NH2. est un liquide commercial communément employé.62 OH R C N-OH acide hydroxamique RCO-Y + NH2-OH Y = OR' : ester Y = X : halogénure d'acide groupe partant NH R NHOH 10. L’hydrate d’hydrazine est une base forte qui réagit vivement avec les cétones aromatiques. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. . et nitrile 555 RCHO + NH2OH. les cétoximes aliphatiques donnent lieu à une O-acétylation. Les acides hydroxamiques résultent de la réaction de l’hydroxylamine avec les esters ou les chlorures d’acides. Les amidoximes sont formés par addition d’hydroxylamine sur les nitriles aliphatiques (schéma 10. pour donner une hydrazone dérivée par une réaction d’addition-élimination.H2O .H2O. explosif au contact de l’oxygène.62). imine.63 .61 H OH R C R C nitrile N La déshydratation d’un aldoxime aliphatique peut aussi être le résultat de l’action de l’anhydride acétique.YH O R C NH-OH NH2 R C N + NH2-OH R C NOH amidoxime Schéma 10. H2O C N-NH2 + O C C N N C + H2O azine Schéma 10. HCl H R C N oxime RCH=N-OH + H2O + HCl H . sans catalyseur.H H N O H Schéma 10.3. et qui est un composé non commercial. composé toxique. contrairement à l’hydrazine pure obtenue par déshydratation de l’hydrate par l’hydroxyde de potassium. C N-NH2 + 2 H2O hydrazone C O + NH2-NH2.

pour la plupart liquides. La 1. sont des composés solides. NO2 O2 N NH-NH2 + O C O 2N NO2 NH-N C 2. .64). dont les réactions le plus souvent faciles avec tous les aldéhydes et cétones produisent des arylhydrazones recristallisables et à points de fusion nets. H3 C C O H3 C + NH2-N(CH3)2 H3 C H3C C H3C Schéma 10. composés assez peu stables. Cette réaction est très importante pour la caractérisation des sucres. H2O N-NH2 + NH2-N(CH3)2 + H2O Les arylhydrazines. ce qui permet leur identification à partir de leur sirop. L’addition de phénylhydrazine permet la formation rapide. puis une réaction concertée à six centres avec formation d’une α-imino cétone. composés dont la cristallisation est difficile à partir des sirops.1-diméthylhydrazine. stables.65 Inversement. comme la 2. utilisés en raison de ces propriétés pour caractériser les composés carbonylés (schéma 10. à chaud dans l’éthanol. La réaction d’addition-élimination effectuée avec chacune des fonctions et de deux molécules de phénylhydrazine conduit à la phénylosazone.66).64 H3C C N-N(CH3)2 + H 2O NH2NH2. Le cas présenté ci-dessous correspond à un aldose comme le glucose. inaccessibles directement (schéma 10. forme des hydrazones qui. Le même résultat est obtenu à partir d’une α-dicétone. très colorés. Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone est α-hydroxylée. toxiques et cancérigènes.65).4-dinitrophénylhydrazine aldéhyde ou cétone Schéma 10. permet l’accès aux hydrazones non substituées de cétones ou d’aldéhydes. très puissant cancérogène.556 Chimie organique Les monoalkylhydrazines. des tables de points de fusion d’arylhydrazones permettent de déterminer la cétone ou l’aldéhyde qui a été testé lorsque le composé carbonylé est inconnu. d’un composé à point de fusion précis et caractéristique de chaque sucre. réagissent avec tous les aldéhydes et cétones en fournissant les hydrazones correspondantes.4-dinitrophénylhydrazone d'aldéhyde ou de cétone + H2 O 2. même dans le cas de présence d’impuretés. par réactions d’échange avec l’hydrate d’hydrazine. la phénylhydrazine conduit à une phénylosazone (schéma 10. Le mécanisme fait d’abord intervenir une tautomérie.4-dinitrophénylhydrazine.

le mécanisme est le suivant.H 2O H C N H N H H Ph C C H N N O H H Ph H C O H C O H C C N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 N-NH-Ph phénylosazone H C . schéma 10.67 .H2 O H C H C N-NH-Ph N-NH-Ph phénylosazone H C O + Ph-NH2 + NH3 aniline H C O Ph-NH-NH2 H . imine.H2O C C N-NH-Ph + Ph-NH2 + NH3 N-NH-Ph H H C OH C O H H C O H + Ph-NH-NH2 .NH3 H C C O + PhNH2 NH Schéma 10.H2 O C N-NH-Ph H C C O N H H NH-Ph H C C N-NH-Ph N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 .67 : OH H C H C O + 3 Ph-NH-NH2 H . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. α-hydroxy cétone. et nitrile 557 H C O 3 Ph-NH-NH2 H .10.NH3 NH + PhNH2 C O Schéma 10.66 Dans le cas du fructose.

H2O R C NHNH2 hydrazidine NH2 R C NNH2 Schéma 10. 1).558 Chimie organique Les hydrazones substituées présentent des configurations E (ou anti) et Z (ou syn) (schéma 10. par exemple. H2O R O .H 2O RCONHNH2 NH (3) R C N + NH2-NH2.N'-diacylhydrazine 1.69. la réaction a lieu deux fois ce qui conduit à des N.N’diacylhydrazines (2). composés importants pour la synthèse de composés hétérocycliques comme. par simple addition.3. des hydrazidines (3).69 .4-oxadiazolin-2(3H)-one -HCl .2 HCl (2) RCOCl + NH2NH2. Avec les nitriles.4-oxadiazoles et 1.68). l’hydrazine et les monoalkylhydrazines forment. H2O .R'OH OH R C N-NH2 N R O 1.3. Avec les chlorures d’acides.H 2O NH O O RCONH-N=CHAr acylhydrazone + NH2-NH2.H 2O + NH2-NHR' H C R N NHR' H C R N NHR' configuration Z configuration E Schéma 10. H C O R .4-oxadiazole RCONHNH2 + ArCHO N COCl2 .3.68 L’hydrazine et les monoalkylhydrazines réagissent avec les esters dans l’éthanol à l’ébullition pour former des acylhydrazines appelées aussi hydrazides (schéma 10. les 1. O (1) R C OR' O R C NH-NH2 acylhydrazine ou hydrazide .4-oxadiazolin-2-ones.HCl N.H 2O N Ar COCl2 = phosgène RCOCl RCONH-NHCOR .3.

CH2 ou CH3 situé en position α d’un groupe électroattracteur -I.4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide Les aldéhydes et cétones réagissent avec la semicarbazide (commercialisée sous forme de chlorhydrate et libérée par addition de carbonate de sodium) ou la thiosemicarbazide. RLi et RMgX. imine. réactifs nucléophiles. le carbanion est issu d’une réaction entre un aldéhyde aromatique et un anion alcalin.4 Additions faisant intervenir un carbanion Comme cela a été indiqué au paragraphe concernant les carbanions (§ 6. R R C R' X = O semicarbazide X = S thiosemicarbazide NH-CX-NH2 C N et C N NH-CX-NH2 O + H2N-NH-CX-NH2 . ces carbanions.3.4-dinitrophénylhydrazones. représentent un cas plus complexe dans les réactions d’addition sur les groupes considérés en raison de la variation du caractère ionique de la liaison entre R et le métal qui est fonction de la nature du métal et des conditions expérimentales.8 et 10.70 Parfois. schéma 10.H2 O R' R R' X = O semicarbazone X = S thiosemicarbazone Schéma 10. un milieu acide est nécessaire pour activer la réaction. Ils présentent des configurations E et Z comme les hydrazones (schéma 10. attaquent tout centre électrophile présent dans le milieu et plus particulièrement le carbone des fonctions indiquées. et plus particulièrement de la polarité du solvant utilisé. L’ensemble « addition + élimination » correspond à ce qui est appelé une « condensation » entre deux molécules.68). Les groupes carbonylés (aldéhyde. eau ou alcool).13). C’est pourquoi leurs réactions sont traitées aux paragraphes 10. Sitôt formés. mais aussi imine ou nitrile ont ce caractère et permettent de former facilement des carbanions par action d’une base alcaline.70). Les composés organométalliques.10. l’ion cyanure.65). Ces dérivés sont des solides très facilement cristallisables à points de fusion nets ce qui permet de les utiliser pour caractériser les composés carbonylés dont ils sont issus (de manière analogue aux 2. d’un alcoolate ou d’un amidure alcalin. cétone ou ester). . 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 559 10. leurs formations nécessitent le retrait par une base d’un hydrogène acide de CH. Dans le cas de la condensation benzoïnique (§ 10.6). en produisant respectivement des semicarbazones et thiosemicarbazones (schéma 10.9. L’addition est suivie dans la plupart des cas de l’élimination d’une petite molécule (le plus souvent.

C’est la réaction d’aldolisation (ou de cétolisation selon le cas). capte un proton avec création d’une molécule d’aldol (à partir de deux molécules d’aldéhyde) ou de cétol (à partir de deux molécules de cétone). Toutefois. .560 Chimie organique 10. Ba(OH)2. en utilisant la baryte. Ce carbanion réagit sur une nouvelle molécule d’aldéhyde ou de cétone qui n’a pas encore subi l’action de la base. Il se forme alors un ion alcoolate. le rendement peut être augmenté par déplacement de l’équilibre vers la droite. et une technique particulière qui permet d’extraire l’aldol au fur et à mesure de sa formation. qui.H2O H C C O C C H O H C C O C H C O H + H2O. Aldolisation (en milieu basique) R2 2 R1 C C H R O NaOH.71 . CαH2 ou CH3 en α du groupe carbonyle est attaqué par une base. Avec la propanone (acétone). le plus souvent NaOH. les aldols dérivés d’aldéhydes sont assez facilement obtenus. . en présence de l’eau du milieu. Avec l’éthanal. H2O bon rendement CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal 2 CH3-CO-CH3 propanone NaOH. on obtient le 3-hydroxybutanal avec un bon rendement. pour former un carbanion (schéma 10. KOH et plus rarement le t-butoxyde de potassium.4.1 – Aldolisation (et crotonisation) Le composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) qui possède CαH. aralkyl 2 CH3-CHO éthanal NaOH. D’une manière générale. la 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (ou diacétone alcool) est formée avec un très faible rendement. H2O mauvais rendement (CH3)2C(OH)-CH2-CO-Me 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (diacétone alcool) H C H C O H C C O H C H C O + HO .71). en milieu basique. H2O R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 aldol R = H cétol R = alkyl.HO C H α C C β H O C O H H ion alcoolate aldol (β-hydroxy aldéhyde) Schéma 10. il n’en est pas de même pour les cétols.

ce qui influe sur sa facilité.β-insaturé R + HO C H C O H H aldol Schéma 10. .β-insaturé CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal CH3-CH=CH-CHO but-2-ènal ou crotonaldéhyde H3C H3C C(OH)-CH2-CO-CH3 HO . imine. En milieu acide. et nitrile 561 Une réaction secondaire accompagne l’aldolisation et la cétolisation.β-insaturée. Par ailleurs. Le carbocation formé à partir d’une première molécule attaque la double liaison de la forme énol d’une seconde molécule ce qui conduit à un nouveau carbocation. Ils sont présentés dans les schémas 10.H-OH H3C H3C C CH-CO-CH3 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one ou diacétone alcool 4-méthylpent-3-én-2-one ou oxyde de mésityle HO H α C C β R O O C .74. Il est en équilibre avec l’aldol et un proton. -insaturés. Le chauffage en milieu basique ou acide conduit à une déshydratation de l’aldol ou du cétol qui fournit des composés stabilisés par résonance. le composé carbonylé est en équilible avec un carbocation. il est aussi en équilibre avec sa forme énolique. La crotonisation de l’aldol en milieu basique (schéma 10. Les mécanismes de ces réactions sont différents selon le milieu. suite à une crotonisation immédiate. plus spécifique des cétones en raison d’un faible rendement en milieu basique. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. L’équilibre est favorisé vers la gauche pour les cétones ce qui n’est pas le cas en milieu basique.72 et 10. Crotonisation (milieu basique) R R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 HO .H-OH H R2 C R1 HO .72 L’aldolisation en milieu acide (schéma 10. respectivement des aldéhydes et cétones .72) est plus difficile qu’en milieu acide.H-O-H C C C H H aldéhyde (R = H) ou cétone α. c’est la crotonisation.10.73).H-OH H C C R2 C O aldol (R= H) ou cétol aldéhyde (R = H) ou cétone α. conduit presque exclusivement à une cétone α.

.73 Le proton attaque alors le groupe hydroxy de l’aldol (ou du cétol) ce qui conduit à l’élimination d’une molécule d’eau et à la production du composé carbonylé α.H .β-insaturé R R2 C O R R H aldol (R = H) ou cétol Schéma 10.562 Chimie organique Aldolisation ou cétolisation (en milieu acide) R1 R2 H C C O R H R1 R2 H C C O H R R2 H carbocation R1 C C R O H R1 R2 H C C R O équilibre céto-énolique R1 C R2 énol R C O H R1 C R2 R1 R2 H C C O C R O R R2 H H H R1 C R2 R1 C C O R H C R O H R2 H R1 C R2 R1 C C O R H C R O aldol R =H cétol R = alkyl Schéma 10.β-insaturé.H 2O H R2 C C H aldéhyde (R= H) ou cétone α. Crotonisation (en milieu acide) H C R2 H R2 H C C O R H R2 H O H H C O H C C R R2 R H C C O .74 .

ou entre un aldéhyde et une cétone sont possibles. O O H3C CH2 C CH3 butanone O HO H3C CH2 C CH3 + H2O -HO C2H5 H3C CH2 C CH2 OH O C CH2 C CH3 C2H5 5-hydroxy-5-méthyl-heptan-3-one Schéma 10. En général. La réaction est alors catalysée par du tétrachlorure de titane TiCl4 (réactif de Mukayama). . on utilise le carbonate de potassium. ce qui peut s’exprimer. pour des cétones aliphatiques. moins basique que la soude. et nitrile 563 Il faut noter que l’aldol étant un aldéhyde. c’est l’aldéhyde qui est attaqué par le carbanion formé à partir de la cétone. Pour deux cétones différentes les résultats sont de même nature. le résultat est fonction de la nature des substituants du groupe carbonyle. seulement deux aldols peuvent se former. plus particulièrement dans le cas d’aldéhydes de faibles masses. il est préférable de préparer un dérivé stable de l’énol qui doit intervenir dans la réaction. Si la cétolisation est effectuée avec une cétone dissymétrique. K2CO3. et n’obtenir que l’aldol. il est susceptible de former un nouveau carbanion en présence de soude.10. imine. Lorsqu’un des deux aldéhydes ne possède pas d’hydrogène en α.76). Pour éviter cette réaction secondaire.75). – Un aldéhyde et une cétone : si l’aldéhyde et la cétone possèdent chacun un hydrogène en α du groupe carbonyle.75 Les réactions entre deux aldéhydes ou cétones différents. La déprotection du groupe hydroxy est réalisée par addition d’eau au milieu (schéma 10. – Deux aldéhydes différents : quatre aldols sont susceptibles d’être obtenus auxquels il faut ajouter les quatre composés insaturés issus de la crotonisation. En milieu acide. Ce dérivé stable peut être un dérivé silylé (O-triméthylsilyle) préparé par action du chlorure de triméthylsilyle en présence d’une base comme la triéthylamine. Lorsqu’on souhaite effectuer une addition régiosélective. l’aldol « mixte » qui résulte de la réaction entre les deux types d’aldéhyde est prépondérant (réaction de Claisen-Schmidt). par une condensation à partir du groupe qui porte le plus d’atomes d’hydrogène (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Ce carbanion peut réagir sur un groupe aldéhyde du milieu ce qui peut conduire à des polymères. Plusieurs cas sont à envisager. la formation du carbanion le plus stable est favorisée.

77 D’autres méthodes comme l’utilisation d’un acétal à la place de l’aldéhyde lui-même permettent aussi une addition régiosélective.4.2). comme l’octane-2.7-dione (schéma 10.78).β-insaturées aromatiques : c’est la condensation de Claisen-Schmidt (1881) (schéma 10.77).H2 O C H2C H2 C C CH2 O CH3 CH2 octane-2.78 .ClSiMe3 Schéma 10.564 H R1 CH2 C R2 H R1 C C O SiMe3 R2 + R3 R3 C O TiCl4 O R1 C C R2 R3 R4 H C O C C R2 O OH ClSiMe3 Et3N R1 Chimie organique H C C R2 R4 Cl Ti Cl Cl H2O H R1 C R2 R3 C OH C O O SiMe3 R1 . Ar-CH=CH-CHO 3-aryl-propènal CH2-CHO ArCHO CH2COMe Ar-CH=CH-CO-Me 4-aryl-but-3-èn-2-one Schéma 10. L’équivalent de cette réaction avec des diesters est la réaction de Dieckmann (§ 10.76 La condensation d’aldéhydes aromatiques avec de simples aldéhydes aliphatiques ou des méthylcétones en présence d’une solution de potasse (à 10 %) présente un intérêt particulier car elle permet l’accès à des aldéhydes ou cétones α. Les réactions d’aldolisation-crotonisation intramoléculaires sont possibles plus particulièrement pour des composés dicarbonylés susceptibles de former des cycles à 5 ou 6 éléments. CH3 C H2C H2C O O CH2 C HO CH3 H3C C H2 C H2C OH CH CH2 CH3 O CH3 .7-dione 1-(2-méthyl-cyclopent-1-ènyl)-éthanone Schéma 10.

79 L’aldolisation peut avoir lieu entre d’une part un ester et d’autre part. et nitrile 565 Ces cyclisations sont à la base de la réaction d’annellation de Robinson (1937) très utile pour la synthèse de composés polycycliques (comme certains stéroïdes et terpènes) (schéma 10.4a. Ph3CNa…). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. R1 COOR B . NaH. L’anion alcoolate intermédiaire. imine. et un ester α. En milieu basique fort (NaOEt. LiNH2.BH R2 C COOR O R3 C R4 R2 R3 R4 et COOR R3 C C COOR R1 C COOR R1 R2 C H si R1 = H R4 R3 C OH puis H C OH R4 R2 R2 C H .80).2) est à l’origine de la condensation de Stobbe (1893) (schéma 10. elle a lieu. au lieu d’additionner un proton du milieu pour former un β-hydroxy ester.80 Ce carbanion réagit sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone pour former un β-hydroxy ester. § 10.6.81) entre un succinate ou ses dérivés et un aldéhyde ou une cétone. attaque le groupe carbonyle de la fonction ester ce qui conduit à .H 2O O O CH3 4.79).10. base O cyclohexanone O H2C O CH (réaction d'addition de Michael) O H 3C CH2 CH2 O base . il se forme préférentiellement le carbanion dérivé de l’ester. Si l’élimination d’une molécule d’eau est possible. un aldéhyde ou une cétone. Cette réaction (proche de la réaction de Claisen qui fait intervenir deux esters.8-hexahydro-3H-naphtalèn-2-one Schéma 10.7.β-insaturé est obtenu (schéma 10.4. La première phase du mécanisme est identique à celle indiquée ci-dessus.5.H2O R3 C R4 C R2 COOR Schéma 10. .

Il ne s’agit donc pas d’une addition sur un groupe carbonyle : le résultat est alors un composé 1. Le carbanion qui en résulte conduit à un sel d’acide β.1) avec formation d’acide formique et d’un 1. selon une réaction de Cannizzaro croisée (§ 10. le groupe OR de l’ester est substitué par le groupe issu du carbanion. . COOEt CH2 CH2 COOEt EtO COOEt H C CH2 COOEt C O COOEt H C CH2 C O OEt C O .81 C C O EtOOC C H2C C O C O Il est parfois possible que la réaction entre un ester et un aldéhyde ou une cétone s’inverse : le carbanion formé à partir de l’aldéhyde ou de la cétone attaque le groupe carbonyle de l’ester COOR. Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou aldéhyde β-hydroxylé. C’est la réaction de Tollens (1891) (schéma 10. Dans ce cas.3-diol. O C OR H2 C B.5.OR C H CHO O C C H CHO Schéma 10. Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent.82 Enfin. une lactone. -BH CHO O C OR C H CHO .83).566 Chimie organique une substitution nucléophile du groupe OR de l’ester et la formation d’un ester cyclique.3-dicarbonylé (schéma 10.82). La base extrait un proton en α de la fonction ester restante.EtO EtOOC H2C H C C O C O cycle lactonique EtOOC H2C H C EtOOC C EtO O C O .γ-insaturé par ouverture du cycle lactonique (la fonction ester est facilement saponifiée et l’acide correspondant décarboxylé). une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base.EtOH H2C C O Schéma 10.

CH3-NO2 nitrométhane Base.85).2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann La réaction de Claisen (1887) consiste à condenser deux molécules d’un ester RCOOR’ possèdant un groupe méthylène ou méthyle en pour former un ester β-cétonique (schéma 10. imine.10.84). sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas. H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10.4. H CHO H Base. .83 CHO C CHO H2C=O puis H C CHO H C H OH + HCOOH La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe CH 2 ou CH3 en position α (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10. et nitrile 567 Aldolisation croisée Base C H Réaction deCannizzaro croisée C CHO H C H OH H2C=O C CH2OH H C H OH Schéma 10. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Schéma 10.84 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.86). évidemment (schéma 10.85 10.

R'OH O R C H R C H C O C O R R' R C H C H C O C O O R' C O O R' Schéma 10.86 C’est une réaction (schéma 10. Au lieu d’additionner un proton comme dans l’aldolisation.568 O R CH C O CH2 R 2 CH3COOEt EtONa CH3COCH2COOEt + EtOH C OR' Chimie organique O 2 R CH2 C OR' OR' . dont les deux premières étapes sont semblables à celles de l’aldolisation.R'OH R C C O O R' H R C C O O R' O R' O R' H R C C O H R C H C O O R' R O R' H R C H C H C O O R' R C O O R' H R C H C H C O . Il y a d’abord formation d’un carbanion sous l’action d’une base. la différence avec l’adduit de l’aldolisation est que celui-ci possède un groupe partant OR’.R'OH Schéma 10. H R C H C O O R' H .87). ici l’alcoolate (mais on peut utiliser aussi NaH. Si le mécanisme de formation de l’adduit est identique à celui de l’aldolisation. et enfin. NaNH2. cet adduit élimine un ion alcoolate pour former le β-cétoester. Ph3CNa dans des solvants non polaires) puis addition sur le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’ester. élimination de OR’ du groupe COOR’.87 .

Ph3C-. imine. ce qui n’est plus possible si l’ester mis en réaction ne possède qu’un groupe méthyne CαH.89 .10. la réaction de Claisen sur ce type d’esters devient possible.89). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. les esters de formule générale (R1)(R2) CH-COOR sont inaptes à la réaction de Claisen dans les conditions normales car il n’est pas possible avec eux de former un carbanion de cétoester. ArCOOR’. Cette acidité est plus élevée que celle de l’hydrogène de l’alcool en raison de la forte stabilisation de ce carbanion. La réaction de Claisen étant réversible. La très faible concentration en ion alcoolate dans le milieu permet de former peu de carbanions par rapport à la quantité présente d’ester et de débuter ainsi la réaction. en présence de deux équivalents d’ester. Ainsi. NaH. L’emploi de bases plus fortes comme l’ion trityle. KH ou NaNH2 permet le retrait de cet hydrogène et le déplacement de l’équilibre. Un équivalent de sodium est nécessaire car le β-cétoester consomme de l’alcoolate pour former un carbanion qui résulte de la forte acidité de l’hydrogène lié au carbone situé entre les deux fonctions carbonylées. il est important de savoir que le catalyseur. La facile formation de ce carbanion très stable est importante car elle permet le déplacement de l’équilibre vers la droite. la réaction de rétro-Claisen à partir de β-cétoester permet le retour à deux esters (schéma 10. quatre β-cétoesters sont obtenus. dans ce cas. L’équilibre est alors dirigé vers la gauche d’autant plus que la faible acidité de H de CH rend difficile le passage au carbanion en présence d’ion alcoolate. Dans ces conditions. est formé par addition d’un équivalent de sodium métallique à moins d’un équivalent d’alcool absolu. α-formyl esters. Ce type de réaction de Claisen croisée est plus intéressant si l’un des esters mis en réaction ne possède pas d’hydrogène en α. La concentration en alcoolate demeure constante en raison de la réaction de l’alcool libéré sur le sodium encore présent. comme les benzoates et plus généralement les dérivés aromatiques. l’alcoolate de sodium. qui conduisent respectivement à des α-aroyl esters. ArCOOR' esters d'acides aromatiques ArCOCH(R)COOR' α-aroyl ester RCH2COOR' HCOOR' formiates HCOCH(R)COOR' α−formyl ester (OR")2C=O R"OCOCH(R)-COOR' carbonates malonate Schéma 10. vers la droite. ou les carbonates. Dans le cas où chacun d’eux possède un hydrogène en α. et nitrile 569 Pour bien comprendre ce mécanisme. HCOOR. et des malonates (schéma 10. O=C(OR)2. les formiates.88 H C COOEt R' O R C OEt H C COOEt R' O R C OEt + H C COOEt R' Les réactions de Claisen peuvent avoir lieu entre deux esters différents.88) : O R C OEt Schéma 10.

forme un dérivé du cyclohexane.3-dione-1.92) est une réaction de Claisen intramoléculaire spécifique des molécules possèdant deux fonctions esters dont l’une au moins possède un hydrogène en α. qui.4-dicarboxylate d'éthyle Schéma 10. La réaction a lieu le plus souvent dans le benzène à chaud. le cyclohexane-2.4dicarboxylate d’éthyle (schéma 10.5-dione-1. Les cycles à 5. C’est le cas du succinate d’éthyle.4-dicarboxylate d’éthyle (schéma 10. On peut aussi effectuer dans certains cas la réaction selon le mode opératoire classique (décrit pour la réaction de Claisen). et placées de telle sorte que la formation d’un β-cétoester cyclique soit possible.91). On peut utiliser dans cette réaction les métaux alcalins (Na. K). 6 et 7 chaînons sont assez facilement obtenus. leurs hydrures ou leurs amidures.3-dione-1. en présence de sodium ou d’éthylate de sodium.4-dicarboxylate d'éthyle oxalate d'éthyle glutarate d'éthyle La réaction de Dieckmann (1894)(schéma 10. Par contre les grands cycles supérieurs à 7 chaînons sont plus difficilement accessibles : une très haute dilution favorise leurs formations dans la mesure où elle restreint les réactions intermoléculaires. . O EtO EtO C + C O H2 C COOEt Schéma 10.90). COOEt OEt CH2 H2C C O EtO + O C CH2 H2C EtO COOEt succinate d'éthyle H2C O C EtO COOEt OEt CH C O CH2 HC COOEt COOEt CH H2C O C CH C O CH2 COOEt cyclohexane-2.90 Le même type de réaction appliqué à un mélange d’oxalate d’éthyle et de glutarate d’éthyle permet d’accéder au cyclopentane-2.91 COOEt H2 C CH2 O EtO O C C COOEt CH CH2 CH COOEt cyclopentane-2.570 Chimie organique Certains diesters permettent de former des composés cycliques par une double réaction de Claisen.5-dione-1. Le mécanisme est proche de celui de la réaction de Claisen.

c’est le carbanion le plus stable qui se forme.94 . c’est pourquoi elle est présentée ici (schéma 10.94).10. COOEt H2C CH2 COOEt H2C CH R R = alkyl Na H2C CH H2C CH R COOEt C O OEt C O OEt H2 C H2 C CH C CH R O Schéma 10. et nitrile 571 H2C CH2 COOEt H2C CH2 C O hexanedioate d'éthyle Na Na H2C CH COOEt H2C CH2 C O COOEt OEt COOEt H2 C H2 C CH OEt C O C H2 Na COOEt H2 C CH C O H2 C C H2 + EtONa OEt . de nombreux chimistes se réfèrent à cette appellation pour la désigner. c’est-à-dire celui formé par retrait d’un proton du carbone α non substitué (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.1/2 H2 COOEt H2C H2C CH C C H2 O H H2C H 2C C Na C O C H2 2-oxo-cyclopentanecarboxylate d'éthyle + EtOH Schéma 10.93).92 Si un groupe alkyle est présent en position α d’un des deux groupes esters.93 Bien que l’acylation des cétones et nitriles par les esters ne soit pas une réaction de Claisen classique. imine. O RCH2 C R' + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R β-dicétone O C R' RCH2 C N + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R nitrile β-cétonique C N Schéma 10.

OR2 CH2R O H2C C O R1 C O H 2C C β-dicétone CH2R CH2R O O R1 C O H2 C C CR C R1 O R1 C OR2 (excès) .95 est alkyle.OR2 puis H2O O R1 C base (excès) O HC C CH2R O R1 C O H2 C C CHR Schéma 10. le carbanion le plus stable.95 Une seconde réaction de la β-dicétone ou du nitrile β-cétonique est possible si un excès de base et d’ester sont présents. selon le cas. pour toutes les cétones. et après élimination du groupe OR’. respectivement. on obtient à partir d’une cétone. et d’une manière plus générale. une β-dicétone ou un nitrile β-cétonique est obtenu. Si l’ester est un formiate. selon le cas. ce qui peut conduire à des tricétones (schéma 10.572 Chimie organique Il s’agit de faire réagir des carbanions issus de cétones ou de nitriles ayant un groupe méthylène en α sur des esters aliphatiques en présence de bases fortes comme l’hydrure ou l’amidure de sodium. (RO)2CO. ou un carbonate. Ces carbanions attaquent le groupe carbonyle de l’ester RCOOR’.δ-dicétoniques. . Les cétones dissymétriques aliphatiques forment un carbanion à partir du substituant ayant un maximum d’hydrogènes en α du groupe carbonyle.95) ou nitriles β. un aldéhyde β-cétonique ou un ester β-cétonique (schéma 10.96).) O H3C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R CH2R NaNH2 O H2 C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R . (Remarque : R dans le schéma 10. HCOOR.

(i-Pr)2NLi. imine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. X C=O + H2C Y X base C OH Schéma 10. COOH. ainsi que la réaction d’un carbanion issu de l’ester s’il porte un méthylène en α sur la cétone ou le nitrile.10. dans la plupart des cas. sous l’action de diisopropylamidure de lithium. H R-CH2-COO (i-Pr)2NLi R-CH-COO . Il s’agit d’une addition–élimination : une condensation.98 C H Y . différents ou identiques. NO2. Leurs décarboxylations permettent la formation de cétones (schéma 10. En effet. celles des sels d’acides carboxyliques.97 Cette méthode d’acylation des acides est peu utilisée pour les acides de formule générale (R)(R’)CH-COOH qui sont acylés par les chlorures d’acides plutôt que par les esters après formation du carbanion.H2 O X C C Y l'élimination n'est pas générale . sont électroattracteurs -I comme COOR. R'COOR" puis H2O. CN. et nitrile O H C CH R 573 O RCH2 C R' + H COOR2 formiate base puis H2O O C R' aldéhyde β-cétonique O RCH2 C R' + R1O COOR1 carbonate base puis H2O O R1 O C CH R O C R' ester β-cétonique Schéma 10.4. SO2R. élimine une molécule d’eau avec formation d’une double liaison (schéma 10.96 Des réactions secondaires entre deux molécules d’esters (Claisen) ou de cétones (cétolisation) sont observées. d’hydrogène en α du groupe carbonyle.CO2 R-CH(COR')COOH R-CH(COR')COOH R-CH2-CO-R' Schéma 10. pour laquelle les groupes X et Y. COR. et parfois X-CH3.3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel Un carbanion formé à partir d’une molécule de formule générale X-CH2-Y. conduit à un composé hydroxylé qui. attaque un aldéhyde ou une cétone dépourvu.97). comme les aldéhydes aromatiques. On peut ajouter à ces réactions des esters avec les cétones et nitriles.98). qui réagissent avec les esters aliphatiques pour produire des acides β-cétoniques après acidification. les sels d’acides carboxyliques génèrent des carbanionssels d’acides. 10. CHO. le plus souvent.

99 L’hydrolyse des fonctions esters du benzylidènemalonate d’éthyle conduit à un diacide éthylènique instable dont une fonction se décarboxyle pour donner finalement un acide α. Avec les aldéhydes aliphatiques.B H O COOEt C COOEt H COOEt H2C COOEt O C Ph COOEt + HC H COOEt malonate d'éthyle Ph C H H O COOEt C COOEt H B .BH . CH2(COOH)2. des aminoacides.CO2 Ph C H C COOH H acide trans-cinnamique Schéma 10. l’acide trans-cinnamique (schéma 10. ou le dioxane parmi d’autres en fonction de la base. le tétrachlorure de titane comme catalyseur. La réaction de Knoevenagel (1896) la plus classique est celle qui fait intervenir le malonate d’éthyle avec le benzaldéhyde en présence de pyridine. le tétrahydrofurane (THF). Ph C H C COOEt COOEt H2O . la triéthylamine. mais aussi certaines amines primaires ou secondaires. le benzène. . la réaction est plutôt effectuée en présence de pipéridine comme base. voire des sels métalliques fluorés (CsF. Sauf cas exceptionnels. dans le THF ou le dioxane.BH HC COOEt O Ph C H COOEt C COOEt H BH . Pour effectuer cette réaction avec les cétones. la quinoléine.574 Chimie organique Les bases utilisées sont la pyridine. Il en résulte le benzylidènemalonate d’éthyle (schéma 10. la pipéridine. la pyridine.EtOH Ph C H C COOH COOH .100 Le même résultat est obtenu en effectuant la réaction de condensation avec l’acide malonique. KF ou RbF). seuls. Il s’agit dans ce cas de la réaction de Doebner (1900). La réaction s’effectue dans les alcools (souvent l’éthanol). on utilise en plus de la pyridine.99). COOEt B .100). les aldéhydes réagissent avec le malonate d’éthyle dans les conditions classiques.H2O Ph C H C COOEt COOEt Ph C H benzylidènemalonate d'éthyle Schéma 10.β-insaturé. l’acétamide.

et nitrile 575 D’autres exemples de condensation de Knoevenagel sont donnés dans le schéma 10.10. schéma 10.101. imine. RCH2Y et (R)(R’)CHY. capables de former un carbanion sont aussi susceptibles de réagir avec les cétones et aldéhydes pour fournir un composé hydroxylé. CO-CH3 Ph-CH=O + H2C COOEt acétylacétate d'éthyle Et2NH COCH3 Ph C H C COOEt + H 2O 2-acétyl-3-phényl-acrylate d'éthyle CN O cyclohexanone + H2 C COOH CH3COONH4 CN C COOH + H 2O acide cyanacétique acide cyano-cyclohexylidène-acétique O furfural COOH CHO + CH2 COOH pyridine O C H CH COOH + H2O + CO2 acide 3-(furan-2-yl)-acrylique Schéma 10.102 Certaines molécules de formules générales.3-diphényl-acrylonitrile R C O + CH3 NO2 R nitrométhane KOH R C CH2-NO2 R OH O Li .H2 O R R C C H NO2 OH H CH2COOEt (1-hydroxy-cyclohexyl)-acétate d'éthyle O + Li CH2COOEt CH2COOEt Schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.101 La réaction a été étendue à de nombreuses molécules ne possèdant qu’un seul groupe électroattracteur Y de formules générales CH3-Y. . comme dans les exemples suivants.102 : Ph C O Ph benzophénone + CH3-CN KOH Ph C Ph C H CN + H 2O 3.

104).4. supérieurs à l’ion cyanure –CN. Ils s’additionnent sur les aldéhydes et cétones en produisant des dérivés d’alcool propargylique. L’anhydride d’acide sert de solvant. Le premier composé formé est un anhydride mixte qui.103 10.4 – Carbanion acétylure Les hydrogènes portés par l’acétylène et ces dérivés monosubstitués. Ce sont de puissants nucléophiles.5 – Réaction de Perkin La réaction d’un aldéhyde aromatique avec un anhydride d’acide en présence du sel de cet acide servant de base à la réaction est appelée réaction de Perkin (1868). est hydrolysé en fournissant l’acide trans-cinnamique ou ses dérivés et l’acide dont dérive l’anhydride d’acide.103). RC≡CH. Elle permet la synthèse de dérivés de l’acide 3-phénylpropènoïque ou acide trans-cinnamique.4. C H C NaNH2 Na C R NH3 liquide C C R + NH3 H2 catalyseur de Lindlar O C OH C OH C H C H R C C R puis H+ C OH C C R Schéma 10. par hydrogénation en présence du catalyseur de Lindlar (palladium sur carbonate de calcium empoisonné au plomb) (schéma 10. . La réaction s’effectue à l’ébullition de l’anhydride. Un exemple est donné pour la réaction entre le benzaldéhyde et l’anhydride acétique en présence d’acétate de sodium (schéma 10. de formule générale. dont les alcynes terminaux.576 Chimie organique 10. par addition d’eau. composés très utiles en synthèse en raison de leur facile réduction en dérivés d’alcool allylique. sont acides et peuvent être convertis en acétylures dans l’ammoniac liquide par l’action de bases fortes comme les amidures alcalins.

105 COOEt + EtOH O C R C X O COOEt -X R C C COOEt ester glycidique . Ar-CH=CH-CHO. Le carbanion formé effectue ensuite une réaction de substitution intramoléculaire SN2 qui conduit à une cyclisation en oxirane. et nitrile 577 O H3C H 3C H Ph C O H 3C H Ph C CH2 C OH H3C O C O C O O .104 La réactivité de l’anhydride est fonction de l’acidité des hydrogènes du groupe CH2 en α. La présence d’un substituant électroattracteur sur l’aldéhyde la favorise. les esters αhalogénés se condensent avec aldéhydes et cétones en formant des esters glycidiques (ou α. Les réactions de Perkin ont lieu aussi avec les aldéhydes vinylogues d’aldéhydes aromatiques.10. 10.4. R H C X ester α-halogèné R COOEt + NaOEt Na C X O COOEt C R C X Schéma 10. La plupart des aldéhydes aromatiques y compris hétérocycliques donnent lieu à cette réaction.β-époxyesters) dérivés de l’oxirane (schéma 10.6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) En présence d’une base comme un alcoolate ou un amidure alcalin.CH COONa 3 Ph H C CH2 C O O C O OH H3C CH CH COOH acide trans-cinnamique + CH3COOH Schéma 10. imine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.105). La réaction de Darzens (1904) débute comme une réaction de Knoevenagel.CH3COOH H2C H3 C C O O C O O Ph H C O H3C CH C O O C CH3 O anhydride mixte : R-CO-O-CO-R' anhydride acétique O CH2 C C O Ph H2O CH3COOH O .H 2O Ph C H H 2C C O C O C O CH3COO Na .

sulfoxydes. H O R NaOH. ou amides secondaires. il se forme un aldéhyde (ou une cétone) suite à une décarboxylation et à une ouverture du cycle (schéma 10.CO2 O H OH R H O R Les glycidates de t-butyle n’ont pas besoin de saponification. HCHO. O R O H3 C C H3C H C CH2 CH3 isobutène C C O ∆ R CH2 + C C OH O C H C O R O H3C glycidate de t-butyle Schéma 10. Les aldéhydes aromatiques et les cétones réagissent bien tandis que les aldéhydes aliphatiques donnent de mauvais rendements. L’hydrolyse alcaline des esters glycidiques conduit au sel de l’acide correspondant. il est possible de former d’abord le carbanion intermédiaire par l’action du bis(triméthylsilyl)amidure de lithium (THF. Le résultat est .107).107 10.578 Chimie organique Dans cette réaction. Pour les augmenter.106 . . ils éliminent une molécule d’isobutène en donnant l’acide qui se décarboxyle en cétone ou aldéhyde (schéma 10. nitriles. H2O COOEt puis H O R C O Schéma 10. La réaction parasite souvent rencontrée est l’aldolisation des aldéhydes ou cétones.H .1 – Réaction de Cannizzaro Cette réaction n’est possible qu’avec des aldéhydes ne possèdant pas en position un hydrogène susceptible d’être extrait par une base. non énolisables car cette réaction nécessite l’action d’une base forte comme l’hydroxyde de sodium. cétimines. Les aldéhydes aromatiques ArCHO. S’il est chauffé en milieu acide.R2.5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde 10. –78 °C) puis d’y ajouter l’aldéhyde ou la cétone. Par chauffage.R3)C-CHO se prêtent à cette réaction de transfert d’un ion hydrure de leur groupe CHO vers une molécule identique (réaction de Cannizzaro (1853)). les esters α-halogénés peuvent être remplacés par des cétones. tous α-halogénés. le méthanal. et ceux de formule générale (R1.106).5.

Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. L’aldéhyde soumis à l’action de NaOH additionne HO. Si deux aldéhydes différents sont mis en réaction.10.dans l’anion. donnent lieu à une réaction de Cannizzaro à température élevée (200 °C). Le retrait d’un proton du groupe OH par NaOH peut aussi libérer un dianion. Un acide et un alcool sont encore obtenus. H H O Ar C O H O Ar C O (A) 2 Ar-CHO + HO Ar-COO + Ar-CH2-OH ROH O Ar C O (B) Schéma 10. et doublé dans le dianion. ils dérivent chacun de l’un des deux aldéhydes (voir ci-après). le transfert du proton dans la seconde partie du mécanisme se fait à partir d’une molécule du solvant protique. en présence d’hydroxyde de sodium.est largement facilité par le caractère fortement électrodonneur de O. pour fournir un alcool. L’anion (A) ou le dianion (B) ainsi obtenu transfère un ion hydrure à une nouvelle molécule d’aldéhyde: ce retrait de H. et nitrile 579 la formation de l’acide correspondant à l’oxydation de l’aldéhyde et de l’alcool qui serait formé par réduction de cet aldéhyde. L’ensemble de la réaction correspond à une dismutation (ou disproportionation). imine. devenu un alcoolate.108 H H Ar O C O A O C Ar H transfert d'ion hydrure O O . quelques aldéhydes aliphatiques énolisables comme le 2-méthylpropionaldéhyde. il s’agit alors d’une réaction de Cannizzaro croisée. Dans le cas du dianion (B).108). L’aldéhyde de départ est alors oxydé en acide.H2O Ar C O B O H O + O H C Ar H H H H Ar C O H Ar C H transfert d'ion hydrure O Ar C O + H O C Ar H solvant . A titre exceptionnel.pour former un anion (schéma 10. Il transfère un proton à l’aldéhyde qui a déjà additionné un ion hydrure. (CH3)2CH-CHO.

5. Le méthanal est alors oxydé en acide formique (ou méthanoïque). C’est la réaction de Tischenko (1906) (schéma 10. RCH2OH. Comme dans la réaction de Cannizzaro.2 – Réaction de Tischenko Si deux molécules d’aldéhydes non énolisables conduisent à un alcool et à un sel d’acide en présence de soude selon la réaction de Cannizzaro.109). il y a transfert d’un ion hydrure au cours du mécanisme. Les aldéhydes α-cétoniques donnent lieu à une réaction de Cannizzaro intramoléculaire (schéma 10.110).109 H + HO R H C C O OH O 10. et les acides. l’alcoolate de sodium peut être utilisé à la place du triéthoxyde d’aluminium (schéma 10. dérivés respectivement de réduction et d’oxydation des aldéhydes traités. R C O C O Schéma 10.111 . les aldéhydes aliphatiques. 2 Ph-CHO NaOEt PhCOOCH2Ph Schéma 10.110 Dans le cas d’aldéhydes aromatiques. et aromatiques RCHO chauffés en présence de trialkoxyde d’aluminium Al(OEt)3 conduisent à des esters RCOOCH2R correspondant aux résultats qui auraient été obtenus par réactions entre les alcools. la réaction est effectuée entre le formaldéhyde (ou méthanal) et un autre aldéhyde (Cannizzaro croisé) ce qui permet la réduction de ce dernier en alcool avec un bon rendement.111). 2 CH3 CHO Al (OEt)3 CH3COOC2H5 H H3 C C O O H3C C O Al (OEt)3 H3 C acétate d'éthyle H3 C C H H3C C O H3C C O Al (OEt)3 H H H H3C H C H O C O + Al (OEt)3 Schéma 10.580 Chimie organique Très souvent. RCOOH. Le mécanisme est malconnu. par contre.

RCHO + R'CHO Al (OEt)3 RCOOCH2R' + R'COOCH2R Schéma 10. Aldolisation croisée avec le formaldéhyde (réaction de Tollens) H2C=O Ca(OH)2 C CHO C CHO C CHO puis H H C H H aldéhyde énolisable OH aldol Réaction de Cannizzaro croisée C H OH CHO H2C=O HO C OH Schéma 10. H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10.112). imine.3 – Réaction de Tollens Une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base. Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent. . C’est la réaction de Tollens (1891).3-diol (schéma 10. et nitrile 581 Dans ces conditions. selon une réaction de Cannizzaro croisée avec formation d’acide formique et d’un 1.115).10.113). Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou un aldéhyde β-hydroxylé. Des réactions de Tischenko croisées sont possibles à partir de deux aldéhydes différents : deux esters sont obtenus dont les proportions sont variables en fonction de la différence de réactivité des aldéhydes. évidemment (schéma 10. Si RCHO est le plus réactif. sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas. l’ester RCOOCH2R’ est prépondérant (schéma 10.113 CH2OH + HCOOH C H H C H La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe C αH2 ou CαH3 (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10.114 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2.5. H CHO H Base. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. les aldéhydes énolisables conduisent à des aldols.114).112 10.

En effet. Ph Ph C H C N nucléophile nouveau cycle de réactions O O Ph C CN H Ph O C CN H H C O Ph H O C CN O C H Ph effet attracteur -I H O O C H benzoïne H O Ph Ph C CN O C H Ph C N + Ph C groupe partant Schéma 10.115 10. L’oxygène de l’ion alcoolate qui est ainsi formé est proche de l’hydrogène à caractère acide porté par le groupe hydroxy.116). L’échange intramoléculaire d’un proton conduit à un nouvel ion alcoolate. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Chimie organique CH3-NO2 Schéma 10. dans la première partie du mécanisme. Cette acidité est liée à la présence du groupe CN à fort effet électroattracteur -I. Celui-ci attaque le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde. L’ion CN. Les aldéhydes aromatiques fournissent ainsi des α-hydroxy cétones appelées benzoïnes (schéma 10.116 Il est intéressant de remarquer l’activité particulière du groupe CN qui est ce qu’on appelle un « puits à électrons ». L’hydrogène porté par le carbone central de ce sel se déplace vers l’oxygène ce qui conduit à un carbanion (stabilisé par résonance). il est riche en électrons sous la forme d’un ion cyanure et est nucléophile.6 Condensation benzoïnique Les aldéhydes aromatiques et les glyoxals. L’ion CN. RCOCHO.N-diméthylaminobenzaldéhyde.582 Base.est un bon réactif nucléophile qui s’additionne facilement sur le groupe carbonyle aldéhydique du « donneur » comme dans la formation des cyanhydrines : un sel de cyanhydrine en résulte. se condensent de telle sorte qu’une molécule d’aldéhyde appelée « donneur » s’additionne à un groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde (appelée « accepteur ») en présence d’ion cyanure comme catalyseur. comme le p-N. Dans la seconde .est alors régénéré et la benzoïne obtenue. en raison de la présence du groupe diméthylamino à fort caractère électrodonneur +M. Il se condense avec le benzaldéhyde (à caractère plus accepteur que donneur). Certains aldéhydes aromatiques ne peuvent être que donneurs.

et avoir des groupes nitroaryles. CH3 N H3C N NH2 H N S CH2-CH2-O-R . Les aldéhydes sont beaucoup plus réactifs que les cétones.10. aromatiques. NR2.118 Elle nécessite la présence d’ylures de phosphore. C’est pourquoi elle est largement utilisée pour la synthèse de nombreux composés biologiques complexes. insaturés par des doubles ou triples liaisons (conjuguées ou non avec le groupe carbonyle). R C O + Ph3P C R' ylure de phosphore ou phosphorane R C C R' + Ph3P=O oxyde de triphénylphosphine Schéma 10. d’oléfines avec une double liaison en position bien définie (schéma 10.10) a des propriétés chimiques équivalentes au groupe CN et intervient dans divers processus biologiques sur des aldéhydes (surtout des aldoses) en formant des acyloïnes RCOCH(OH)-R. ou esters. alicycliques. ArCOCH(OH)Ar. ou phosphoranes. être fonctionnalisés par OH. L’avantage de cette méthode réside dans la possibilité de formation. de l’action d’un halogénure de formule générale >CH-X sur une phosphine.7 Réaction de Wittig La réaction de Wittig (1949) est très importante. dans des conditions relativement douces. A A = Cl (n = 1 ). PO43 ( n = 3). lesquels résultent. il agit de nouveau par son fort effet électroattracteur et devient alors un groupe partant. car elle permet la préparation d’oléfines (schéma 10.118). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et / ou halogénoaryles. Dans la dernière partie du mécanisme. Elle présente de nombreuses variantes. Un sel de thiazolium naturel présent dans la vitamine B1 (figure 10.118) à partir d’un choix important d’aldéhydes ou de cétones qui peuvent être aliphatiques. eux-mêmes. et nitrile 583 partie de ce mécanisme. NO3 (n= 1) n R = H cation thiamine (vitamine B1) O O P O O P O O R= pyrophosphate de thiamine (coenzyme) Figure 10. OR.10 10. L’ion phosphonium a un . son caractère électroattracteur -I comme groupe nitrile rend l’hydrogène en α suffisamment acide pour qu’il se déplace vers la charge négative de l’oxygène. qui sont préparés à partir de sels de phosphonium. équivalents aliphatiques des benzoïnes. imine. des groupes acétals.

les hydrures et amidures alcalins. Il est extrait par des bases comme le butyllithium.120 La formation d’une bétaïne intermédiaire a longtemps été proposée comme une étape du mécanisme. composé qui se décompose ensuite en oléfine et oxyde de triphénylphosphine (schéma 10. cela était appuyé par le fait que les bétaïnes produites par l’action de triphénylphosphine sur un oxirane selon une substitution nucléophile produisent des oléfines. le phényllithium. les alcoolates (surtout t-BuOK). ce qui conduit à un système hétérocyclique.120). Il existe en fait peu de preuves que les bétaïnes soient de vrais intermédiaires . le diméthylsulfoxyde (DMSO) ou l’éthanol (avec EtONa). Les solvants sont le plus souvent le diéthyléther. O C O R1 Ph Ph P Ph C C R2 R1 O P(Ph)3 + R1 C C R2 Ph3P ylure C R2 ou phosphorane oxaphosphétane O C C R1 O R2 R1 C R2 PPh3 Ph3P C bétaïne oxirane Schéma 10. le tétrahydrofurane (THF). résultat du mécanisme de cycloaddition [2 + 2] concerté. un oxaphosphétane instable.119 Le mécanisme de la réaction de Wittig débute par l’attaque de l’ylure sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone.119). H Ph3P + X C R1 triphénylphosphine X R2 Ph3P H C R2 R1 BuLi R1 Ph3P C R2 ylure ou phosphorane R1 Ph3P C R2 sel de phosphonium Schéma 10.584 Chimie organique caractère très électroattracteur qui rend l’hydrogène de CαH très acide (schéma 10.

le caractère nucléophile du carbone de l’ylure est assez faible. Les ylures dits instables ou peu stables comme ceux qui ont pour substituants du carbone un hydrogène et un groupe alkyle.10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.1 rassemble quelques ylures avec l’indication de leurs stabilités relatives et la facilité de leurs réactions avec les aldéhydes et cétones. toujours de configuration E (schéma 10. Dans ce cas. Les oléfines qui sont produites par ces ylures stables sont. Par contre. avec l’eau et l’oxygène. c’est-à-dire qui ont un carbanion très nucléophile.121 Dans le cas particulier de Ph3P=CH-COOEt. les oxaphosphétanes ont pu être isolés à de nombreuses reprises ce qui permet d’assurer leur formation dans ce mécanisme. à quelques exceptions près. sont très réactifs avec la plupart des aldéhydes et cétones. ou deux atomes d’halogène. et nitrile 585 dans la réaction de Wittig. À titre d’exemples. les ylures peuvent être classés en composés stables et instables. En simplifiant un peu. La stabilité des ylures est souvent assurée par la présence d’un groupe exercant un effet mésomère électroattracteur -M ce qui assure une délocalisation de la charge négative. la réaction peut conduire à des oléfines E et Z. ces ylures sont stables envers l’eau.121). L’orientation est fonction du solvant utilisé et des sels qui y sont dissous. Ces ylures peuvent même ne pas réagir si la charge négative est très délocalisée : c’est le cas pour des ylures dont les deux substituants du carbone sont des groupes à effet -M ou des groupes aryles. O Ph3P C H C H Ph3P C H C O Ph3P H R-CHO R C H oléfine E O C H C H H C CHO + O=PPh3 Schéma 10. imine. . le tableau 10. Par ailleurs. et réagissent à la fois. et ses réactions deviennent plus difficiles avec les aldéhydes et cétones. sauf exceptions.

Dans ce cas encore.122). le milieu réactionnel est très important pour le rapport E / Z. (RO)2P(O)CH(R1)(R2). ces derniers sont plus réactifs que les triphénylphosphoranes correspondants en raison d’une augmentation du caractère nucléophile lié à la présence de groupes électrodonneurs +M. Les solvants aprotiques polaires (par exemple le DMSO) favorisent la formation d’oléfines Z.11) : O Ph3P C H C CH3 Ph3P C H CH3 (EtO)3P C H C CH3 O (EtO)3P C H CH3 Figure 10. Ce type de composé permet en particulier de préparer des oléfines acylées ou des composés cétoniques cycliques (schéma 10. Avec des substituants identiques. Le classement de la réactivité de quatre phosphoranes est donné ci-après (figure 10. Tous les phosphoranes ne sont pas dérivés de la triphénylphosphine.11 Les phosphoranes sont parfois remplacés par des phosphonates. en présence d’une base comme un hydrure alcalin forment des carbanions très réactifs (réaction de Wittig-Horner).586 Chimie organique Ylure H Ph3P=C CH3 Cl Ph3P=C Cl H Ph3P=C COCH3 CN Ph3P=C COCH3 Ph Ph3P=C Ph stabilité substrat RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' facilité de la réaction +++ +++ +++ +++ ++ faible faible forte très forte très forte Tableau 10. qui. Certains sont des trialkoxyphosphoranes.1 Les oléfines produites sont le plus souvent un mélange de configurations E et Z avec une nette prédominance de la configuration Z. . au même titre que la présence de base de Lewis (amines tertiaires).

HCON(R)(R’). les cétènes. et nitrile 587 O O NaH. la réaction de Wittig peut s’appliquer à des composés aussi divers que. . les composés nitrosés. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. RN=O. Le schéma 10. l’anhydride phtalique et le phtalimide.123). (R)(R’)C=C=O.124 regroupe quelques substrats de la réaction de Wittig et les produits correspondants formés.123 Outre les aldéhydes et cétones. les isocyanates. les formamides. RN=C=O. (R)(R’)C=NR”. Réaction d'Arbuzov H (EtO)3P + R C X R' ∆ EtO P EtO O O Et X CH(R)(R') . par la réaction d’Arbuzov (1906) (schéma 10.XEt EtO P CH(R)(R') EtO phosphonate Réaction de Wittig-Horner O EtO P CH(R)(R') OEt O C O EtO P OEt C(R)(R') O EtO O P OEt Base O EtO P OEt C C R R' EtO O P O + C OEt R R' C C(R)(R') Schéma 10.122 Les phosphonates sont facilement préparés par réaction entre la triéthoxyphosphine et un halogénure. imine.10. THF P O O EtO OEt 2-butyl-3-méthyl-cyclopent-2-ènone Schéma 10. l’anhydride carbonique. RCH2X ou (R)(R’)CHX. les thiocétones. les imines.

1 – Sur les cétones et aldéhydes Les composés organomagnésiens RMgX (découverts par Grignard en 1900).8. sont préparés par action d’un halogènure RX sur le magnésium dans un solvant comme le diéthyléther Et-O-Et ou le tétrahydrofurane (THF) (schéma 10.125) (voir aussi § 13.125 . On obtient alors une solution. HO R CO2 R' C PPh3 COO puis H ∆ R' R C COOH H R R' R R' C C C Schéma 10.15).124 10.588 Chimie organique O O O anhydride phtalique C O O C NR O R C R' C O cétène R R' C C C R N C O R" R N R C C isocyanate O NR O dérivé du phtalimide C N R' imine C C R' R N C R N O composé nitrosé H2O.8 Réactions des organomagnésiens 10. inversion de polarité Mg +δ −δ diéthyléther + R X ou THF −δ +δ R MgX O tétrahydrofurane (THF) Schéma 10.

Ils réagissent aussi bien que les réactifs de Grignard classiques et permettent la synthèse de nombreux composés insaturés. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. est alors RMgX. sans diéthyléther et étudiés par rayons X. le 2-méthyl-THF. par une étude aux rayons X. solvant classique dans lequel elles sont dissoutes (schéma 10. le tétrahydropyrane.MgX2 Le déplacement de l’équilibre dépend de la nature du groupe R. MgX2. d’environ 35 %).127). les cristaux obtenus à partir d’un organomagnésien préparé dans un excès d’halogénure d’alkyle RX. Il y a donc inversion de polarité de ce carbone durant la formation de l’organomagnésien. (R1)(R2)C=C(R3)MgX. ces différentes molécules présentent chacune une double coordination aux molécules d’éther-oxyde. bien que monomériques. du solvant dans lequel il a été préparé. 2 RMgX R2Mg + MgX2 Schéma 10. dans le diéthyléther. monomèrique. imine.126 R2Mg.126). les organomagnésiens à faible concentration dans l’éther ou le THF sont principalement sous forme monomères ce qui montre que seule la première partie de l’équilibre de Schlenk est réalisée. La liaison C-Mg possède un fort caractère covalent (avec un faible caractère ionique. les organomagnésiens formés à partir d’halogénures insaturés.10. Le carbone a une charge partielle négative dans RMgX alors qu’il en avait une positive dans l’halogénure. et R2Mg (dialkylmagnésium si R = alkyle). formé à partir des deux molécules précédentes (schéma 10.127 Les cristaux obtenus en concentrant et refroidissant la solution éthèrée d’organomagnésien montrent. Par contre. sont un mélange de R2Mg et MgX2. D’une manière générale. et c’est en partie. de leur concentration et de la température. La structure des organomagnésiens est plus complexe que leur formule ne le suggère. Ils sont préparés dans le THF. de la nature de X. Il a été montré qu’en solution éthèrée. l’organomagnésien est en équilibre (équilibre de Schlenk) avec l’halogénure de magnésium. lui-même en équilibre avec un complexe dimère. Et O R Et Et O R Mg Et Et O Et Mg X R X Mg X O Et Et Et O Et Et O Et Schéma 10. 2 Et2O. entre autres. R2Mg-MgX2. . cette polarité négative de ce carbone qui est à l’origine des réaction de ces composés organométalliques. que leur structure. et nitrile 589 On appelle réactifs de Normant (1954). Avec R = alkyle.

Lorsque le produit attendu est un alcool primaire ou secondaire.128 et 10. aralkyl Schéma 10. on peut l’écrire de la manière suivante : C R O MgX diéthyléther ou THF C R O MgX HX H2O C R alcool O H + MgX2 Schéma 10. L’addition effectuée sur le méthanal conduit à un alcool primaire. Le magnésium d’une .130). ce qui n’est pas le cas dans le THF où Ar2Mg et MgX2 sont plus présents.590 Chimie organique Avec R = Ar. après acidification. à un alcool secondaire ou tertiaire. R R C O R' formaldéhyde autre aldéhyde cétone 1) R"MgX 2) H2O. Ces définitions sont nécessaires pour comprendre qu’il serait simpliste et surtout faux de présenter les organomagnésiens comme un système formé d’un carbanion R. ArMgX est majoritaire. il a un effet important sur la réactivité de RMgX en se coordinant à l’électrophile. respectivement. mais par simplification. H R' C R" alcool primaire R = R' = H alcool secondaire R = H alcool tertiaire R et R'= alkyl. dans le diéthyléther. Dans la mesure où MgX2 est un acide de Lewis. Lorsque le composé attendu est un alcool tertiaire on évite l’utilisation d’acide fort en solution. On préfère le remplacer par une solution de chlorure d’ammonium afin d’éviter une réaction de déshydratation toujours possible avec ce type d’alcool. l’équilibre de Schlenk est orienté vers la gauche.129 Une proposition de mécanisme faisant agir deux molécules d’organomagnésien (cas assez fréquent mais pas général) est la suivante (schéma 10. L’addition d’un organomagnésien sur le groupe carbonyle d’un aldéhyde ou d’une cétone (réaction de Grignard. schémas 10. l’acidification du milieu est obtenue par addition d’une solution diluée d’acide chlorhydrique ou sulfurique.et d’un cation MgX+ bien que la plupart de leurs réactions correspondent apparemment