CHIMIE ORGANIQUE

CHIMIE ORGANIQUE
Stéréochimie, entités réactives et réactions
René MILCENT

17, avenue du Hoggar Parc d’Activité de Courtabœuf, BP 112 91944 Les Ulis Cedex A, France

Du même auteur : Chimie organique hétérocyclique, EDP Sciences, 2003

Imprimé en Espagne

ISBN : 978-2-86883-875-9
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (alinéa 1er de l’article 40). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.
©

EDP Sciences 2007

Je dédie ce livre à François, mon petit-fils, et à tous mes étudiants.

Avant-propos

La chimie organique représente la partie la plus importante de la chimie du carbone. L’étude de l’élément « carbone » (à l’état pur dans le diamant, et présent à plus de 99 % dans le charbon ou le graphite) et celle d’autres composés comme les carbures métalliques représentent la partie dite inorganique ou minérale de la chimie de cet élément. L’adjectif « organique » (provenant de la vie) a une origine historique puisque la première molécule synthétisée, l’urée, était d’origine naturelle (Frédéric Wölher, 1840). La chimie organique est, de nos jours, la science qui étudie les molécules constituées d’un ou plusieurs atomes de carbone liés entre eux et à d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le soufre, le phosphore, les halogènes (fluor, chlore, brome, iode), parmi les plus importants. Dans les composés organométalliques, des métaux entrent dans la composition de la molécule : on peut citer parmi eux les plus souvent rencontrés, le sodium (Na), le potassium (K), le lithium (Li), appelés métaux alcalins, ou le cuivre (Cu), le zinc (Zn) et surtout le magnésium (Mg). Dérivée de la chimie organique et de la biochimie, il existe la chimie bio-organique, terme redondant dans la mesure où « bio » et « organique » ont la même signification (la vie). Cette branche de la chimie organique recouvre l’étude chimique et physicochimique des composés d’origine naturelle ainsi que les mécanismes chimiques impliqués dans les processus biologiques moléculaires. La chimie biologique (terme utilisé au XIXe siècle pour désigner la biochimie) se consacre plus particulièrement à la synthèse des composés d’origine naturelle. Il existe des traités de chimie organique, dont le renom n’est plus à faire, et qui ont aidé l’auteur à écrire ces pages (en particulier ceux de Mary et Louis F. Fieser, Jerry March, ou K. Peter Vollhardt et Neil E. Schore, parmi d’autres). Il existe aussi d’excellents cours et dictionnaires dans ce domaine. Par contre, peu d’ouvrages proches d’un guide pour l’étudiant débutant ont été conçus, des ouvrages qui se rapprochent d’un cours, dans la mesure où, définitions et exemples se succèdent selon un ordre aussi logique que possible dans les différentes parties de la chimie organique. C’est ce que l’auteur

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Chimie organique

a tenté de réaliser, en espérant y avoir réussi. Ainsi, l’étudiant peut y retrouver une définition sans être obligé de lire plusieurs pages préliminaires, et aussi, d’y trouver des exemples simples qui l’éclairent immédiatement, ou complexes, et qui lui ouvrent d’autres perspectives. Cet ouvrage ne peut pas se substituer à un cours magistral, mais il peut l’accompagner. Sa structure qui ne fait pas apparaître les fonctions les unes après les autres selon le schéma français classique, permet, par contre, des généralisations plus facilement accessibles par groupes réactionnels. La recherche de la concision et de la clarté a été étayée par une longue expérience pédagogique de l’auteur, et en particulier, les longues discussions qu’il a pu avoir avec les étudiants à la fin des cours. La simplicité a prévalu volontairement dans les premiers chapitres, mais des compléments parfois nécessaires ont été ajoutés dans les chapitres suivants, en fonction des besoins. Par exemple, pour ce qui concerne les liaisons du carbone : au premier chapitre sont présentées les différentes hybridations des orbitales de cet élément, de l’oxygène, et de l’azote, et au chapitre 14, la théorie des orbitales moléculaires, ce qui rend la chimie organique plus accessible aux étudiants dont ce n’est qu’une matière de concours (par exemple le PCEM). Pour les autres, il suffit qu’ils se reportent au chapitre 14. L’utilisation de couleurs apporte dans certains cas un moyen de mieux suivre le déroulement de mécanismes, voire de rendre moins austère l’apprentissage de cette discipline. Certains schémas sont encadrés, d’autres ne le sont pas. Le degré d’intérêt de telle réaction, mécanisme ou exemple est purement subjectif, sauf pour les réactions les plus classiques, et ne pourra donc satisfaire tous les chimistes qui voudront y jeter un œil, selon leurs propres conceptions du sujet traité. Des notes ont été ajoutées à certains endroits du texte. Elles sont parfois utiles pour expliquer un terme utilisé : par exemple, la distillation azéotropique, ou le benzyne… Elles sont peu nombreuses afin de ne pas être une gêne à la lecture. Les années de découverte des réactions les plus connues sont parfois approximatives en raison de publications multiples sur le sujet à une même époque. L’orthographe de certains termes est variable selon les ouvrages en français. Par exemple, protoné ou protonné, dipole ou dipôle… L’auteur a donc fait un choix délibéré, selon ses propres sources d’information. Comme le titre de l’ouvrage l’indique, la physico-chimie n’a pas été traitée. En raison de l’importance du développement de ce domaine et de certaines contraintes éditoriales, il a été jugé plus pertinent que les étudiants se reportent, dans ces conditions, vers des livres spécialisés facilement accessibles. Pour terminer ces quelques lignes, l’auteur tient à exprimer toute son amitié, sa gratitude et ses chaleureux remerciements à Messieurs Géo BARBIER et François CHAU, Maîtres de Conférences à l’Université Denis Diderot à Paris : d’abord, à Monsieur Géo BARBIER, pour les discussions pédagogiques toujours fructueuses et qui ont été utiles pour la rédaction de certains points de cet ouvrage, et ensuite, à Monsieur François CHAU, pour l’important et minutieux travail de relecture qu’il a effectué, sans oublier les excellents conseils qu’il a prodigués avec beaucoup de générosité.

Sommaire
PREMIÈRE PARTIE : Molécules et entités réactives ............................................................................... 7 Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique ............................... 9 Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée ........................................... 23 Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques .................................................. 39 Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie ................................................................... 51 Chapitre 5 - Polarisation des liaisons ........................................................................ 127 Chapitre 6 - Entités réactives ................................................................................... 175

SECONDE PARTIE : Les grands mécanismes réactionnels ................................................................. 271 Chapitre 7 - Généralités ............................................................................................ 273 Chapitre 8 - Les réactions de substitution ................................................................ 287 Chapitre 9 - Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes ............................... 457 Chapitre 10 - Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle, imine et nitrile .................................................................................... 517 Chapitre 11 - Les réactions d’élimination ................................................................. 603 Chapitre 12 - Les réactions d’oxydation ................................................................... 645 Chapitre 13 - Les réactions de réduction .................................................................. 689 Chapitre 14 - Les réarrangements ............................................................................. 745

PREMIÈRE PARTIE :
MOLÉCULES ET ENTITÉS RÉACTIVES
Chapitre 1 - Atomes et leurs types de liaison en chimie organique Chapitre 2 - La molécule : formules brute et développée Chapitre 3 - Isoméries structurales et géométriques Chapitre 4 - Stéréoisomérie-stéréochimie Chapitre 5 - Polarisation des liaisons Chapitre 6 - Entités réactives

Chapitre 1 Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

Sommaire :
1.1 L’atome de carbone ..........................................................................................10 1.1.1 - Les orbitales atomiques (voir aussi § 14.1) .............................................13 1.1.2 - Les orbitales hybridées du carbone ........................................................13 1.1.2a - L’hybridation sp3 .......................................................................14 1.1.2b - L’hybridation « sp2 » ................................................................15 1.1.2c - L’hybridation « sp » ..................................................................17 1.1.3 - L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés .......................................................18 1.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) ....................19 1.3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) .........................20

Remarque importante : ce chapitre ne constitue qu’un rappel du cours d’atomistique. Les lois de remplissage des cases quantiques sont considérées connues. Un complément à ce chapitre concernant les orbitales atomiques et moléculaires (liantes, anti-liantes, non liantes, HOMO et LUMO) est donné dans la section 14.7.

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Chimie organique

1.1

L’atome de carbone

L’élément « carbone » est situé dans le milieu de la seconde période du tableau de Mendéléiev (tableau 1.1) entre le bore (B) et l’azote (N).

Familles
périodes

I
1,008

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

1 2 3

1

H
9,01 10,81 12,01 14,01 16 19

4

2

He Ne

6,94

20,18

3

Li Na

4

Be Mg

5

B Al

C 6
28,09

7

N P

8

O

9

F

10

22,99

24,31

26,98

30,97

32,06

35,45

39,95

Si
14 15

11

12

13

16

S

17

Cl

Ar
18

masse atomique 12,01

6

C

n° atomique (Z) : nombre d'électrons qui gravitent autour du noyau de l'atome

Tableau 1.1

Le carbone appartient à la 4e famille des éléments. Son numéro atomique, (Z), est 6 ; il possède donc 6 électrons e- (deux sur la couche 1, et quatre sur la couche 2) qui gravitent autour du noyau, lequel est constitué de 6 protons chargés positivement ce qui confère la neutralité électrique de l’atome. Sa configuration électronique est : 1 s2 2 s2 2 p2 L’isotope naturel 13C non radioactif, froid, est le plus abondant, avec environ 1% de la quantité du 12C. Il contient dans le noyau de l’atome 6 protons et un neutron. L’isotope 14C, radioactif ou chaud, à l’état de traces dans la nature, contient dans le noyau un neutron supplémentaire par rapport à 13C (6 protons et 2 neutrons).
Rappel : les isotopes d’un même élément ont un même nombre de protons et d’électrons ce qui assure la neutralité électrique de l’atome, mais se différencient par le nombre de neutrons présents dans le noyau de l’atome à côté des protons. Comme leur nom l’indique, les neutrons ne portent aucune charge électrique, mais possèdent une masse égale à celle du proton. Ce qui explique la variation de la masse atomique (12C,13C, 14C).

La 8e famille des éléments du tableau de Mendéléiev regroupe les gaz nobles ou rares : hélium (He), néon (Ne), krypton (Kr), xénon (Xe) et radon (Rn). Ce sont des éléments inertes chimiquement qui ne peuvent ni perdre ni gagner des électrons et sont les plus stables. Les éléments des autres familles sont actifs chimiquement car ils perdent ou gagnent des électrons en formant des liaisons dans les réactions afin d’atteindre la

1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique

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configuration électronique du gaz rare qui leur est le plus proche, de numéro atomique Z plus faible ou plus élevé, ce qui les stabilise. Pour la plupart des éléments de la seconde période, la stabilité est donc acquise lorsque 8 électrons sont présents sur la couche 2 (ce qui correspond à la configuration électronique stable du néon 1 s2, 2s2, 2 p6, Z = 10). C’est la règle dite de l’octet, soit 4 doublets d’électrons sur la couche externe de l’atome. La position centrale du carbone avec Z = 6 dans le tableau de Mendéléiev (figure 1.1) nécessiterait a priori, qu’il perde ou gagne 4 électrons pour obtenir respectivement les configurations des gaz rares les plus proches 2He (hélium) ou 10Ne (néon), devenant ainsi des ions C4+ ou C4-. Cette éventualité est impossible car elle suppose un apport très important d’énergie peu compatible avec la nature des réactions de la chimie organique. Une autre solution qui permet à l’atome de carbone de parvenir à la configuration électronique du néon est la mise en commun de ses quatre électrons de la couche 2 avec d’autres éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, les halogènes, pour n’en citer que les plus classiques, ou d’autres atomes de carbone, en formant ainsi quatre liaisons dites covalentes, comme dans le méthane, CH4. Réciproquement, les éléments ainsi liés au carbone mettent eux aussi en commun leurs propres électrons avec le carbone. Cette réciprocité des éléments dans la mise en commun d’électron(s) lors de la formation des liaisons covalentes leur permet d’obtenir chacun une configuration de gaz rare : ainsi, par exemple, l’hydrogène 1H, gagne un électron et obtient la configuration de l’hélium, 2He, et le fluor, 9F, celle du néon, 10Ne. On remarquera que la configuration électronique du carbone est différente selon qu’il est dans son état fondamental, non lié, ou au contraire, partie d’une molécule, formant alors quatre liaisons covalentes (figures 1.1 et 1.2).
20 10 Ne

: néon

(gaz rare ou noble)

1s2

2s2

2p6
12

12

6 C:

carbone

6 C:

carbone

(configuration électronique de l'élément à l'état fondamental: non lié)

(configuration électronique lors de la formation des liaisons covalentes)

1s2

1s2

2p2

case quantique p vide

2s1 2p3

Les 4 cases quantiques de la couche 2 sont complétées par des électrons célibataires (non figurés) apportés par les éléments qui forment les liaisons covalentes avec le carbone, contribuant ainsi à stabiliser l'atome de carbone en lui donnant une configuration de gaz rare, dans ce cas, le néon.

Figure 1.1

Dans ce dernier cas. Tous les électrons d’un atome sont disposés dans des cases quantiques où ils sont seuls. résulte donc de la mise en commun d’un électron célibataire par chaque atome qui la constitue. sans mise en commun réciproque comme dans les liaisons covalentes. . le méthane est constitué d’un atome de carbone lié par quatre liaisons covalentes aux quatre atomes d’hydrogène.13). potassium et lithium). chaque liaison gardant un caractère covalent. Exemple: CH4 le méthane H H C H H ou H C H H H liaison covalente simple Carbone dans CH4 structure de Lewis 1s2 couche 1 Cette liaison correspond à un doublet d'électrons formé à partir d'un électron du carbone et d'un électron de l'hydrogène.2 le montre. créant ainsi des doubles (2 doublets = 4 électrons) ou triples liaisons (3 doublets = 6 électrons). ils ont des spins contraires représentés par des flèches inversées.3) (§ 6. Ce 4e électron fourni ainsi au carbone. électrons dits « célibataires » ou par deux. Il est possible qu’un élément. pour former 4 liaisons covalentes.2 Une liaison covalente. le carbone forme trois liaisons covalentes ce qui lui apporte trois fois un électron. et le métal lui transfère le quatrième électron (règle de l’octet) : le métal.12 Chimie organique Rappel : une case quantique figurée par un petit rectangle ne peut pas recevoir plus de deux électrons de même type « s » ou « p » (pour les deux premières couches). et inversement pour le carbone. Le carbone obtient ainsi 8 électrons (octet d’électrons) sur sa seconde couche (comme le néon) et chacun des hydrogènes acquiert par sa liaison au carbone un électron ce qui lui donne la configuration électronique de l’hélium. Le carbone peut aussi former des liaisons ioniques avec les métaux alcalins (sodium. comme l’oxygène ou l’azote. symbolisée par un trait. groupe qui porte une charge négative sur ce carbone et appelé carbanion (figure 1. ayant perdu un électron devient un cation métallique M+. ce qui signifie que leurs rotations par rapport à leurs axes de symétrie sont inversées. mette en commun plusieurs de ses électrons avec le carbone. Le carbone est alors entouré d'un octet d'électrons. ces deux électrons définissent le doublet de liaison. Dans ce cas. Comme la figure 1. le transforme alors en un anion. neutre dans son état fondamental. Figure 1. 1H : hydrogène 2He : hélium (gaz noble) 1s1 1s2 H couche 2 H H H Chaque atome d'hydrogène met son électron en commun avec l'atome de carbone. électrons dits « appariés » formant une paire ou un doublet d’électrons.

Les éléments de la première période. azote. avec un seul électron. bore. et à l’hélium. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 13 R1 R2 R3 carbanion cation métallique R1. que cet électron soit 1s (première couche correspondant à l’hydrogène. R3 représentent des atomes ou groupes d'atomes formant chacun une liaison covalente avec l'atome de carbone Figure 1. 1. les orbitales atomiques des électrons « p » sont représentées par deux lobes symétriques par rapport au noyau de l’atome. carbone. « 1s2 ». correspondant alors aux électrons « s » de la seconde couche (lithium. R2. fluor. béryllium.4 Par contre.4) sont décrites par des sphères centrées sur le noyau de l’atome. Ces électrons « p » ne sont présents qu’à partir de la couche 2 où ils n’excèdent pas le nombre de 6.1.1 – Les orbitales atomiques (voir aussi § 14.2 – Les orbitales hybridées du carbone Lorsque le carbone forme des liaisons covalentes avec d’autres atomes. Les orbitales atomiques des électrons « s » (figure 1. Le carbone et les autres éléments de la seconde période sont constitués de deux types d’électrons : électrons « s » et électrons « p ». se répartissent dans les quatre cases quantiques qui constituent la couche 2. noyau de l'atome orbitale atomique pure "s" orbitale atomique pure "p" Figure 1.3 C Na 1. une « s » et deux « p ».2). oxygène.1) L’orbitale d’un électron dans un atome est le lieu géométrique de l’espace où il existe une très forte probabilité de le trouver. hydrogène et hélium ne possèdent que des électrons « s ». les électrons de la seconde couche « 2s2 2p2 » présents à l’état fondamental dans deux cases quantiques.1. 1s1. avec deux électrons.1. une « s » et trois « p » et deviennent « 2s1 2p3 » (figure 1. néon) et dont le nombre n’excède pas deux (remplissage d’une seule case quantique par couche). ou « 2s ». .

6 Ce type d’hybridation est celui du carbone dans le méthane CH4 : 4 liaisons σ équivalentes sont formées par recouvrement des 4 orbitales hybridées « sp3 » du carbone avec .2a – L’hybridation sp3 Dans le cas où un atome de carbone forme 4 liaisons simples σ avec d’autres atomes. celui-ci est dans l’état d’hybridation « sp3 ».6). Si ce recouvrement est coaxial. la liaison est dite σ (sigma). 1.1.9). Elles sont représentées par deux lobes dissymétriques (figure 1. Le noyau du carbone est au centre de la représentation (figure 1. Une liaison entre atomes correspond à un recouvrement des orbitales des deux électrons mis en commun formant ainsi une orbitale moléculaire.5 Les quatre axes de symétrie de ces orbitales hybridées du carbone font entre eux des angles dièdres égaux de 109° 28'. « sp2 » (deux liaisons simples et une double liaison) ou sp (une liaison simple et une triple liaison). noyau de l'atome orbitale hybridée Figure 1. 109°28' 109°28' 109°28' C 109°28' 109°28' tétraèdre du carbone hybridé "sp3" Figure 1. On parle alors de Ctétraèdral.5) centrés sur le noyau de l’atome. et d’autres atomes. la liaison ainsi créée est dite π (pi) (voir la figure 1. le carbone est dit dans l’état d’hybridation « sp3 » (quatre liaisons simples). Les 4 électrons de la seconde couche deviennent hybrides (entre « s » et « p ») et leurs 4 orbitales deviennent hybridées.14 Chimie organique Selon la nature des liaisons créées entre le carbone. S’il est latéral.

Les 3 orbitales hybridées « sp2 » sont équivalentes. H σ σ orbitales 1"s" de l'hydrogène C σ σ H H H orbitales hybridées "sp3" du carbone molécule de méthane CH4 H H H σ σ σ recouvrement de deux orbitales hybridées sp3 C C σ σ σ (liaison σ) H σ rotation possible H recouvrement d'une orbitale hybridée sp3 du carbone et d'une orbitale pure "s" de l'hydrogène (liaison σ) H molécule d'éthane CH3-CH3 Figure 1. et son axe lui est perpendiculaire. Outre le méthane.8). le propane C3H8. cette hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcanes de formule générale CnH2n+2 comme l’éthane C2H6. etc.1. comme les deux groupes méthyles dans la molécule d’éthane CH3-CH3.2b – L’hybridation « sp2 » Dans ce type d’hybridation des orbitales atomiques du carbone. une seule orbitale « p » de la couche 2 reste pure.7 Il y a libre rotation autour des liaisons simples .1. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 15 les 4 orbitales « s » sphériques de 4 atomes d’hydrogène formant un système tétraédrique (figure 1.7). ce qui permet à deux groupes carbonés adjacents de tourner l’un par rapport à l’autre. L’orbitale « p » pure se situe de part et d’autre de ce plan. elle est donc figurée comme une haltère symétrique. . 1. Les 3 autres orbitales sont hybridées « sp2 » à partir de l’orbitale « s » et des deux orbitales « p » restantes (figure 1. leurs axes de symétrie sont coplanaires et font entre eux des angles de 120°. le butane C4H10.

et ses analogues.16 Chimie organique orbitales hybridées sp dont les axes sont coplanaires 2 orbitale p pure perpendiculaire au plan des axes des orbitales hybridées sp2 120° 120° C 120° carbone hybridé sp2 Figure 1. >C=N-OH). par recouvrement latéral des deux orbitales p pures des deux atomes de carbone hybridés « sp2 » (remarque : ce recouvrement n’a pas été réalisé dans la figure 1. entre C et O dans le groupe carbonyle >C=O. La double liaison est donc formée d’une liaison σ et d’une liaison π (soit. La molécule est plane (les noyaux des deux carbones et des quatre hydrogènes dans l’éthylène sont coplanaires) et les angles de liaisons sont de 120°. >C=N-N< et semicarbazones.9 pour des raisons de lisibilité).9). liaison σ résultant du recouvremenent coaxial d'une orbitale s de l'hydrogène et d'une orbitale hybridée sp2 du carbone liaison π résultant du recouvrement latéral des orbitales p pures de part et d'autre du plan des orbitales hybridées sp2 π pas de libre rotation entre ces deux carbones H σ σC π σ H H H σ C σ σ H H2C=CH2 éthylène H H H liaison σ résultant du recouvrement coaxial des orbitales hybridées sp2 des deux carbones.9 . – une liaison π. chaque atome de carbone de la double liaison est hybridé « sp2 » et forme: – trois liaisons σ.8 Ce type d’hybridation est caractéristique des doubles liaisons entre carbones >C=C<. >C=N-NH-CO-N< et oximes. groupe présent aussi dans les hydrazones. 4 électrons). Le carbone est alors dit Ctrigonal. >C=S (thione) et >C=N. Figure 1.(imine. Dans l’éthylène (figure 1. deux avec l’hydrogène et une avec l’autre carbone. en tout.

– Les axes des deux orbitales « p » pures sont perpendiculaires entre eux et à l’axe commun des orbitales hybridées « sp ».10).11). Toutefois. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 17 Les doubles liaisons représentent des régions de la molécule à forte densité électronique. comme dans HCl.10 . provenant par exemple d’acides hydrohalogénés (formule générale HX avec X = halogène. HBr) ou d’un carbone chargé positivement appelée carbocation (§ 6. dans certains cas.2c – L’hybridation « sp » Lorsque le carbone est dans l’état d’hybridation « sp » (figure 1. Cette attaque pourra s’effectuer sur chaque face du plan « sp2 » ce qui peut conduire. sous l’action d’un rayonnement ultraviolet. – Les axes des deux orbitales « sp » sont colinéaires.1. à deux composés différents par leur représentation dans l’espace (voir les réactions d’addition sur les doubles liaisons.1. deux orbitales p pures sont accompagnées de deux orbitales hybridées « sp » équivalentes et formées à partir de l’orbitale « s » et de la troisième orbitale « p » de la couche 2 du carbone. par des entités chargées positivement telles que H+. les doubles liaisons sont bloquées. le proton. Elles seront donc très facilement attaquées. ce qui correspond à un fort apport d’énergie à la molécule. il n’y a plus libre rotation entre les carbones hybridés « sp2 » dans les conditions dites normales (température de 25 °C. En raison du recouvrement latéral des orbitales « p » pures (liaison π). première liaison π oeil de l'observateur et ce qu'il voit H recouvrement d'orbitale s pure de l'hydrogène et d'orbitale hybridée sp du carbone (liaison σ) orbitale sp H second recouvrement d'orbitales p pures deuxième liaison π 2π σ orbitales p pures H C Cσ H acétylène σ Figure 1. 1 atm). en particulier. ou de température élevée. chapitre 10). 1. p sp p sp axe des orbitales hybridées sp recouvrement d'orbitales p pures. le recouvrement latéral des orbitales « p » n’est plus assuré et une rotation autour de la liaison σ devient possible (ce mécanisme est à la base du phénomène de la vision).

le butyne. etc. comme le propyne. C4H6.1. et la fonction nitrile -C≡N.3 – L’allène CH2=C=CH2 et ses dérivés Dans l’allène. 1. comme pour les doubles liaisons. Ces derniers définissent deux plans perpendiculaires entre eux puisque les axes des deux orbitales « p » pures du carbone central sont perpendiculaires entre eux. Cette forte concentration d’électrons a pour conséquence. l’attaque des entités chimiques pauvres en électrons.. dont H + et les carbocations (groupes dont un carbone porte une charge positive). les cétènes et les carbodiimides ont aussi un carbone « sp » avec deux doubles liaisons de part et d’autre. C3H4.11). ce type d’hybridation du carbone se retrouve dans tous les alcynes de formule générale. Un cas particulier concerne l’allène qui ne possède pas de triple liaison.11 . 90° H H π σ H carbone hybridé sp2 carbone hybridé sp plans perpendiculaires H π σ H carbone hybridé sp2 σ π σ C2 σ sp H C σ sp π sp2 σ Cσ H H allène Note : il existe encore d’autres cas semblables à l’allène. Ainsi. CnH2n-2. Outre l’acétylène. (figure 1. forme deux liaisons et deux liaisons ce qui conduit dans l’acétylène HC≡CH (2 carbones hybridés « sp » liés) à une triple liaison (soit six électrons).18 Chimie organique Le carbone ainsi hybridé. hybridation sp C C O N C N cétène carbodiimide Figure 1. le carbone central est hybridé « sp » et les deux autres « sp2 ».

Deux des quatre orbitales hybridées contiennent une paire d’électrons et les deux autres. Les orbitales « p » pures de l’oxygène faisant entre elles un angle de 90°. Cette augmentation de l’angle de liaison ne peut pas être la conséquence de la répulsion entre les deux atomes d’hydrogène qui portent chacun une charge partielle positive.12 Cet élément peut donc former deux liaisons covalentes avec d’autres éléments pour acquérir la configuration électronique du néon (Z = 10).1. car elle est trop élevée. des orbitales des électrons de la couche 2 de l’oxygène. cet angle est de 104°. a priori.12) : 1s2 2s2 2p4 Figure 1. H2O.2 L’oxygène (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’oxygène 8O est 1s2 2s2 2p4 (figure 1. comme le représente le schéma suivant: doublets libres non liants O H H H eau O H H H H C H H O O H H3C H H C H H O C H H H H3C O CH3 méthanol Figure 1. En fait. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 19 1.13). observer le même angle entre les deux liaisons OH de la molécule d’eau. un électron célibataire. Dans l’eau. chaque atome d’hydrogène met son électron célibataire en commun avec un électron de la couche 2 de l’oxygène (figure 1. on devrait.13 diméthyléther . L’explication réside dans une hybridation de « type sp3 » de géométrie tétraédrique.

méthyle. comme dans le groupe carbonyle >C=O.16). R'. éthyle. et les éthers R-O-R' où R et R' représentent des groupes hydrocarbonés (par exemple alkyles: CH3.20 Chimie organique Cette structure se retrouve dans les alcools R-O-H. tétraèdrique (figure 1.. . et il existe alors 3 orbitales hybridées. primaires.15 Lorsque l’azote forme 3 liaisons simples comme dans l’ammoniac NH3 ou les amines (R-NH2. R" représentent des groupes carbonés). est 1s2 2s2 2p3 (figure 1. comme dans le formaldéhyde (figure 1. 1s2 2s2 2p3 Figure 1. Lorsque l’oxygène forme une double liaison.14).15).3 L’azote (configuration électronique et types de liaisons) La configuration électronique de l’azote. dont deux d’entre elles contiennent chacune une paire d’électrons et la troisième un électron célibataire. propyle. H C H π σ O H H méthanal ou formaldéhyde Figure 1. C3H7. elles sont accompagnées d’une orbitale « p » pure dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les trois axes des orbitales « hybridées ». il est alors dans un état d’hybridation de « type sp2 » (comme le carbone qui l’accompagne). tertiaires où R. Trois orbitales hybridées contiennent chacune 1 électron célibataire et la quatrième. ou R-N(R")-R'. C2H5. hybridée elle aussi.). R-NH-R'.. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp3 ». contient une paire d’électrons (doublet libre non liant). 7N. secondaires.14 π CσO 1.

Il reste donc une orbitale « p » pure contenant un électron.17). il est alors dans l’état d’hybridation de type « sp ».. Les atomes et leurs types de liaisons en chimie organique 21 doublet libre non liant H N H H H H N H H H H C N H H ammoniac NH3 méthylamine CH3NH2 Figure 1. Comme pour l’oxygène. cet électron « p » permet la formation de la liaison π avec un atome de carbone hybridé « sp2 » : H π σ C N H H H H π Cσ N H H π σ C N H H H H π H Cσ N Figure 1. il est alors dans l’état d’hybridation de « type sp2 » : deux des trois orbitales hybridées contiennent chacune un électron célibataire. dont l’axe est perpendiculaire au plan défini par les axes des trois orbitales hybridées. les oximes >C=N-OH.1. et la troisième. Une orbitale hybridée de l’azote contient un doublet d’électrons libres (doublet libre de l’azote). l’autre orbitale hybridée contient seulement un électron et forme avec une orbitale hybridée « sp » du carbone une liaison σ... Les deux orbitales « p » pures de l’azote forment avec .17 Lorsque l’azote forme une triple liaison avec un carbone pour créer une fonction nitrile -C≡N. une paire d’électrons (figure 1.16 Lorsque l’azote forme une double liaison et une liaison simple comme dans les imines >C=N-R'.

18 . Deux exemples sont donnés. l’acide cyanhydrique et l’acétonitrile (ou éthanenitrile).18). π π H C σ N Hσ C H π σ π N acide cyanhydrique π π H C σ C σ N Hσ H Cσ C σ σ π σ π N H H acétonitrile Figure 1.22 Chimie organique celles du carbone les deux liaisons π de la fonction nitrile (figure 1.

....................24 2.....................2 ............1 La formule brute ...........................1....1 ...................3 Notions générales de nomenclature ..........................26 .........................25 2................2 La formule développée ..................................... formule développée et introduction à la nomenclature Sommaire : 2..........................24 2...........................Chapitre 2 La molécule : formule brute.....L’analyse élémentaire ..............................L’analyse pondérale ou quantitative ..........................................................................24 2.....1..........

008. formule développée) a pour formule brute. H2O.01 et celle de l’oxygène. l’urée (H2N-CO-NH2. pour un composé constitué de carbone. masse d'hydrogène dans l'échantillon = m H % d'hydrogène dans l'échantillon = 2. celle du carbone. Par exemple. C3H6O. d’où sa masse meau.01 44. Pour séparer les molécules de CO2. d’hydrogène et d’oxygène. CH4N2O. Elle est définie à partir de l’analyse élémentaire.01 % de carbone dans l'échantillon = masse de carbone dans l'échantillon X 100 masse totale de l'échantillon (M) .24 Chimie organique 2. 2. 12.2 – L’analyse pondérale ou quantitative L’analyse pondérale ou quantitative permet de définir le pourcentage de chaque élément constituant la molécule à l’exception de l’oxygène.016 masse d'hydrogène dans l'échantillon 2O x masse totale de l'échantillon (M) CO2 X 100 masse de carbone dans l'échantillon = m x 12. et celle de CO2 de 44. une masse M d’échantillon est brûlée dans un courant d’oxygène ce qui oxyde tous les atomes de carbone en molécules d’anhydride carbonique CO2 et les atomes d’hydrogène en molécules d’eau. Avant l’utilisation de cette technique. des techniques modernes basées sur la chromatographie sont utilisées. et la propanone ou acétone (CH3-CO-CH3. l’oxygène et l’hydrogène par des réactions spécifiques à chaque élément. Il en est de même de l’eau retenue dans un piège à perchlorate de magnésium. la masse moléculaire de H2O est égale à 18. par différence de masses du piège avant et après l’expérience.1 La formule brute La formule brute (ou condensée) indique les différents types d’atomes qui constituent la molécule et leur nombre.016 g. 2.1 – L’analyse élémentaire L’analyse élémentaire permet de définir les éléments présents (analyse qualitative) autres que le carbone. formule développée). et d’autres gaz formés à partir de l’azote. 16.000.1. l’anhydride carbonique était piègé à la sortie de l’appareil par la potasse ou la chaux sodée sous forme de carbonates ce qui permettait de déterminer sa masse mCO2.01 g. Elles permettent aussi d’obtenir directement les pourcentages des différents éléments qui constituent la molécule étudiée. H2O. Sachant que la masse atomique de l’hydrogène est 1.016 18. Il est donc facile de déterminer les pourcentages de chacun des éléments dans l’échantillon M. Par exemple.1. un desséchant. de l’analyse pondérale. et de techniques physicochimiques permettant de déterminer la masse moléculaire.

41 %. 0. très inférieure à 1 mg. l’abréviation des groupes comme Me pour méthyle.101 = 48.016 = 0. formule développée et introduction à la nomenclature 25 Pour une molécule constituée uniquement de C. Enfin. il est nécessaire de connaître la masse moléculaire de l’échantillon.0491 g. Et pour éthyle… est utilisée. La masse d’hydrogène dans l’échantillon est donc : 0.01 = 4.71. La molécule : formule brute. Il s’agit de la cryoscopie ou de l’ébullioscopie.2.51 = 43.03. d’hydrogène et d’oxygène est donc : pour C : 48.08 / 1. d’hydrogène et d’oxygène est soumis à l’analyse quantitative. H et O. dans le dernier cas. pour H : 8.73 x 2.01 / 2.96. et la masse de carbone : 0.49 et pour H : 8. Le rapport entre les nombres d’atomes de carbone.008 = 8. Le nombre d’atomes étant toujours un nombre entier. Si l’on considère qu’il y a 1 atome d’oxygène dans la molécule. Aux erreurs d’expérience près.01 / 44. Le pourcentage d’hydrogène dans l’échantilon est donc : 100 x 0.0491 / 0. dans le second cas.01 = 0. Le pourcentage de carbone est : 100 x 0.41 / 16 = 2. dans certains cas.08 %. Le spectromètre de masse est un appareil qui permet d’obtenir dans la plus grande majorité des cas.51 %. les différentes fonctions. ce qui permet de connaître le squelette carboné. toutes deux sont basées sur la variation respective du point de fusion ∆ F °C ou d’ébullition ∆ Eb °C d’un liquide lorsqu’on y ajoute en solution une quantité définie d’une molécule de masse M. Sa combustion fournit 0. mais le rapport entre C / H / O est le même pour C6H12O4 (avec M =148.00816 / 0.1 les différentes possibilités d’écriture des formules développées : dans un premier cas tous les atomes sont représentés par leur symbole. le rapport devient C / H / O = 3 / 6 / 2 soit une formule possible : C3H6O2 avec une masse moléculaire M = 74. la disposition relative dans l’espace des divers groupements qui constituent la molécule (voir stéréoisomèrie chapitre 3). à la fois la masse moléculaire de l’échantillon mais aussi des informations importantes sur la structure de la molécule.2 La formule développée En plus de la formule brute.101 = 8. pour déterminer la formule exacte.08 – 48. 2. C12H24O8…). et seules les fonctions apparaissent. Le pourcentage d’oxygène est donc : 100 – 8.18 x 12. la formule développée indique la nature des liaisons interatomiques. Comme le montre l’exemple indiqué ci-dessus.16) et pour tout autre multiple de C3H6O2 (C6H12O4. Par exemple.51 / 12. Elles sont remplacées par la spectrométrie de masse. et. double ou triple selon le cas.71 = 2. on peut dire qu’il existe un rapport C / H / O = 1. la chaîne carbonée est représentée simplement par des traits simple. le pourcentage d’oxygène est déterminé par différence (100 .01. à partir d’une quantité infinitésimale de substance à analyser.00816 g. le rapport devient pour C : 4.016 / 18.73 g d’eau et 0.03 / 2.5 / 3 / 1. Ces méthodes ne sont plus utilisées.101 g d’un composé constitué de carbone. écriture simplifiée. .18 g de CO2. On peut remarquer dans les exemples présentés dans la figure 2. Plusieurs méthodes anciennes existent. et pour l’oxygène : 43.%C).%H .71 = 1.08 g.

pentane (C5H12). … Certains isomères de chaîne sont indiqués par les préfixes iso comme l’isopropane : le groupe correspondant est appelé isopropyle (i-propyle ou i-Pr). de formule générale CnH2n+2. la spectroscopie dans l’ultraviolet (UV). soit les carbones.2) qui fournit le groupe isobutyle (i-butyle ou i-Bu) et le groupe tertiobutyle (t-butyle ou t-Bu). Les groupes alkyles correspondants formés par la perte d’un atome d’hydrogène sur un carbone terminal sont appelés respectivement méthyle (CH3 ou Me). ce sont les 13C qui sont étudiés par cette méthode mais cela n’a pas d’importance. Les alcanes sont désignés par le suffixe « ane » : méthane (CH4). heptane (C7H16). (13C RMN) selon leur environnement (en fait. butane (C4H10). propane (C3H8). n-butyle (C4H9 ou n-Bu). éthane (C2H6). Me-CO-Me.26 Exemples : éthanol: formule brute: C2H6O formule développée: C2H5OH Chimie organique H3C CH2 OH ou acétone (ou propanone): Et-OH ou OH formule brute: C3H6O formule développée: CH3-CO-CH3. hexane (C6H14). Toutes les liaisons sont donc des liaisons σ.3 Notions générales de nomenclature Afin de nommer les molécules. Tous les carbones sont hybridés « sp3 ». éthyle (C2H5 ou Et).. octane (C8H18). ..1 O Me ou O La détermination de la formule développée fait appel à différentes techniques physicochimiques comme la spectrographie infrarouge (IR) qui indique les fonctions présentes et apporte quelques renseignements sur la nature des groupes carbonés. .Alcanes ou hydrocarbures saturés (RH) : composés constitués seulement d’atomes de carbones et d’hydrogènes. O ou H3C C CH3 ou Me Figure 2. plus spécifique des doubles et triples liaisons. Quelques unes d’entre elles sont décrites de façon succincte afin d’éclairer les chapitres suivants. Il existe aussi l’isobutane (figure 2. la spectrométrie de résonance magnétique nucléaire (RMN) qui permet de différencier soit les protons (1H RMN). n-propyle (n-C3H7 ou n-Pr). des règles très précises ont été élaborées par un organisme international appelé IUPAC (International Union of Pure and Applied Chemistry). série dite normale. Ces dénominations supposent que la chaîne de carbones est linéaire. puisque dans la Nature. 2. à chaque 12C est associé du 13C. à environ 1 % ).

Les groupes alkyles sont indiqués sans « e » terminal : le groupe méthyle devient « méthyl » dans la dénomination de la molécule (exemples : 4-méthyl-octane et 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane. cycloheptane… (figure 2. cyclobutane. Les divers groupes alkyles qui substituent cette chaîne sont indiqués en les faisant précéder de la numérotation des carbones de la chaîne principale auxquels ils sont liés. cyclopropane cyclobutane cyclopentane cyclohexane cycloheptane cyclooctane Figure 2. La molécule : formule brute.2).2.2 Certains alcanes dits ramifiés sont définis à partir de la chaîne carbonée la plus longue. Ces numéros sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible.Cycloalcanes : les alcanes cycliques sont simplement désignés par le préfixe « cyclo » suivi du nom de l’alcane linéaire correspondant aux nombres de carbones du cycle : cyclopropane.3 . Les substituants de la chaîne principale sont nommés selon l’ordre alphabétique de leur première lettre en omettant celles écrites en italique. formule développée et introduction à la nomenclature 27 H3C CH2 CH2 CH3 CH3 CH CH3 n-butane CH2 CH2 CH3 groupe alkyle n-butyle CH2 CH2 CH3 CH CH3 groupe alkyle i-butyle H3C CH3 C CH3 groupe alkyle t-butyle (tertiobutyle) CH3 isobutane ou i-butane 1 3 H3 C 2 5 7 CH2 4 CH2 CH2 6 8 CH2 CH CH3 CH2 CH3 ou 4-méthyl-octane 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 éthyle n-butyle 6-n-butyl-4-éthyl-tétradécane et non 9-n-butyl-11-éthyl-tétradécane Figure 2.3). . cyclohexane. figure 2.

Alcènes. la numérotation n’est pas nécessaire. Il est nommé en définissant d’abord la chaîne carbonée la plus longue. et les numéros des carbones sont choisis de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible. hep-2-yne). 3-octène). La plupart de ces composés ont des noms triviaux (noms anciens admis par coutume) comme le benzène.6. mais non aux extrémités de celle-ci (figure 2. en les choisissant de telle sorte que leur somme soit la plus faible possible : 6-méthyl-octa-1.9. Elle peut donc se trouver à différents endroits de la chaîne carbonée d’où la nécessité d’indiquer le premier carbone hybridé « sp2 ».Composés aromatiques carbonés : la définition précise de ce groupe de composés cycliques est donnée au 5. pour désigner un alcyne. car il n’existe pas d’isomère de position. L’alcyne interne a une triple liaison à l’intérieur de la chaîne carbonée. le phénanthrène… (figure 2. c’est-à-dire qu’il renferme dans sa chaîne carbonée plusieurs doubles liaisons. Lorqu’une double et une triple liaison sont présentes dans un composé. les chiffres indiqués correspondent à la numérotation conventionnelle . . Si un composé est polyinsaturé. Dans le cas du propyne.Alcynes : si une simple liaison C-C d’un alcane est remplacée par une triple liaison. De même que pour les alcènes. Le groupe vinyle correspond à –CH=CH2. hydrocarbures insaturés et polyinsaturés (polyènes) : ce sont des alcanes dans lesquels une liaison simple C-C a été remplacée par une double liaison. c’est un polyène : diène. Le plus simple alcyne est l’acétylène ou éthyne. le groupe allyle à –CH2-CH=CH2. l’anthracène. 7 5 3 6 4 2 1 hept-2-yne CH CH C C groupe éthynyle CH2 groupe 3-butynyle CH21 2 3 4 5 6 7 7 3 6 5 4 2 1 hept-4-èn-2-yne et non hept-3-èn-5-yne 4-vinyl-hept-1-èn-5-yne hex-1-yne (alcyne terminal) hex-3-yne (alcyne interne) Figure 2. triène. comme le composé suivant : CH3-C(C2H5)=CH-CH2-CH2–CH=CH2 qui est un diène.28 Chimie organique .5-diène et non 3-méthyl-octa-3. il s’agit alors d’un « ényne”. Un alcyne terminal possède une triple liaison à une extrémité de la chaîne carbonée. le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -yne (exemple : CH3-C≡CH.5. propyne).4 . il est indiqué devant le nom du composé dans lequel le suffixe -ane des alcanes est remplacé par le suffixe -ène (exemple : CH3-CH2-CH=CH-(CH2)3-CH3 . puis en indiquant par des chiffres. (oléfines). la position de la triple liaison doit être indiquée par un chiffre suivi d’un tiret (exemple : CH3-C≡C-(CH2)3-CH3. Donc. le naphtalène.4).7-diène. les premiers carbones des insaturations. etc. On choisit celui qui a le numéro le plus petit dans la chaîne carbonée la plus longue. le carbure correspondant est un alcyne.

5 . La substitution d’un hydrogène d’un groupe alkyle comme méthyle par un groupe aryle conduit à un groupe aralkyle (ex : groupe alkyle méthyle.6. ils sont dits en position ortho. formule développée et introduction à la nomenclature 29 des carbones cycliques). La molécule : formule brute. benzyle. -CH2Ph). pour les plus communs. mais aussi le phosphore.2. le thiophène. le pyrrole. sont aromatiques (§ 5. la pyridine. d’appellations triviales (hors des règles de la nomenclature officielle). la quinoléine. enfin.6). phénanthryle… Si deux groupes substituent le benzène.6 .4-diméthylbenzène p-diméthylbenzène ou p-xylène CH3 position méta CH3 position para CH2 - groupe aralkyle: benzyle Figure 2.2-diméthylbenzène o-diméthylbenzène ou o-xylène position ortho CH3 1. et groupe aralkyle. 9 8 7 6 5 4a 1 8a 2 3 4 7 6 5 8 9 1 2 3 10 4 6 5 4 7 3 8 10 1 2 benzène naphtalène anthracène phénanthrène CH3 CH3 1. naphtyle. Les groupes dérivés de ces composés formés par perte d’un hydrogène cyclique sont les groupes aryles comme phényle (Ph). l’azote ou le soufre. tels que l’oxygène. 4 3 5 5 2 4 3 6 7 8 5 4 3 O 1 N H pyrrole S thiophène 6 N 1 2 N 1 2 furane pyridine quinoléine groupe hétéroaryle: 2-furyle O Figure 2. l’arsenic…).3-diméthylbenzène m-diméthylbenzène ou m-xylène CH3 1. comme le furane. Certains de ces hétérocycles. La numérotation du ou des cycles comportant un seul hétéroélément débute par celui-ci.9). entre autres (figure 2. par deux carbones. méta ou para selon qu’ils sont respectivement sur deux carbones adjacents du cycle ou éloignés l’un de l’autre par un carbone ou.Composés aromatiques hétérocycliques : un composé hétérocyclique est un composé cyclique (ou polycyclique) à la fois constitué d’atomes de carbone et d’un ou plusieurs hétéroélément(s) (éléments au moins bivalents autres que le carbone. le sélénium. -CH3.

MeO. La présence d’un halogène sur une chaîne ramifiée est désignée selon le cas par le terme fluoro. éthanol.7 Très utilisés pour les halogènures. Le groupe correspondant à la perte de l’hydrogène de l’alcool RO. thiényle.30 Chimie organique Les groupes correspondants obtenus par perte d’un hydrogène sont dits « hétéroaryles ». etc. chlorure de méthylène.3-dichlorobutane dichloroalcane vicinal ou vic-dichloroalcane Figure 2.21). Br 5 4 3 F 1 2 F 4-bromo-3-chlorométhyl-1. pyrydyle. éthoxy. chloroforme. pyrrolyle. quinolyle.1-difluoro-2-méthyl-pentane (les différents substituants sont ordonnés selon l'ordre alphabétique de leur première lettre) Cl CH3 CCl2 CH2 CH3 CH3 CHCl 2. les dérivés halogénés ont des noms particuliers (CCl4 tétrachlorure de carbone.ou EtO-. il devient le groupe « hydroxy » suivi du numéro du carbone qu’il substitue (voir les exemples de la figure 2. propanol. Alcools (ROH) : le suffixe « ol » désigne le groupement hydroxyle OH (figure 2. C’est encore le numéro le plus faible qui est retenu. . sur deux atomes voisins. HCBr3. les halogènes sont représentés collectivement par la lettre majuscule X donc les halogénures d’alkyles sont représentés par RX. Lorsque d’autres fonctions l’accompagnent. Le nombre d’atomes d’halogènes qui substituent un même carbone est indiqué par un préfixe multiplicatif di-. CH2Cl2. bromoforme. les termes géminal indiqué « gem » et vicinal. la localisation de deux atomes ou groupes identiques sur un même atome de carbone. Un exemple de composé polyhalogèné est donné dans la figure 2. D’une manière générale. IC2H5.2-dichlorobutane dichloroalcane géminal ou gem-dichloroalcane CHCl CH3 2. et que le groupe OH n’est pas prioritaire (voir les composés polyfonctionnels ci-après).8).7 (la règle de nomination des groupes selon l’ordre alphabètique de leurs premières lettres s’applique évidemment). indiqué « vic » indiquent. .Composés halogénés (RX) : le remplacement d’un hydrogène d’un alcane par un atome d’halogène conduit aux halogénures d’alkyles ou halogéno alcanes (chlorure de méthyle CH3Cl. Pour le méthane. bromo ou iodo suivi du numéro du carbone qu’il substitue séparé d’un tiret. iodure d’éthyle). HCI3. butanol… La présence d’un groupe OH à l’intérieur d’une chaîne aliphatique nécessite d’indiquer le numéro du carbone qui le porte. comme les groupes furyle. chloro. iodoforme). le « e » terminal est remplacé par le suffixe ol : méthanol. Dans le nom de l’alcane dont il dérive. tétra-. et.est un groupe alkoxy comme méthoxy. tri-. le plus souvent de carbone. HCCl3. respectivement.

éthanethiol… Dans un composé polyfonctionnel.10 .2.9). le groupe SH est appelé mercapto (ou sulfanyl) (figure 2.9 . résorcinol ou hydroquinone. Les polyphénols ont souvent des nom triviaux comme les diphénols : catéchol. OH OH OH OH OH OH phénol o-dihydroxybenzène ou catéchol m-dihydroxybenzène OH ou résorcinol p-dihydroxybenzène ou hydroquinone Figure 2.Thiols (RSH) : le suffixe « thiol » remplace le suffixe « ol » des alcools : CH3SH. C2H5SH.Phénols (ArOH) et polyphénols : terme qui désigne les composés aromatiques carbonés substitués par un.(figure 2.8 . formule développée et introduction à la nomenclature 31 CH3OH méthanol C2H5OH H 3C éthanol CH3-CH2-CH2-OH n-propanol CH OH H 3C H 3C i-propanol CH3 CH CH2-OH H3C C CH3 OH t-butanol CH3-CH2-CH2-CH2-OH n-butanol H 3C Cl i-butanol 4-chloro-hexan-3-ol OH Figure 2. ou plusieurs groupes OH (polyphénols).10). Les groupes ArO. La molécule : formule brute. C2H5SH COOH SH éthanethiol acide 3-mercaptobutanoïque ou butyrique Figure 2. Le phénol est un benzène substitué par un seul groupe OH.sont des groupes aryloxy comme phénoxy pour PhO. méthanethiol.

oxyde de diméthyle et Et-O-Et. … (mais le terme trivial « aniline » remplace phénylamine). et non un autre atome. la N. par exemple. et pour les amines tertiaires. éthylthio).11. Les amines sont nommées en fonction du ou des groupes qui substitue(ent) l’azote.sont nommés en faisant suivre le nom du groupe carboné de « thio » (ex : CH3-S-. oxyde de diéthyle. les éthers sont nommés par ces deux groupes suivis du terme éther (ou éther oxyde).Thioéthers (RSR’) : les règles sont les mêmes que pour les éthers mais le terme éther est remplacé par thioéther. aryles ou hétéroaryles. la méthylamine.devant les divers groupes rappelle qu’ils substituent l’azote. (R)(R’)(R”)N. (R)(R’)NH.N-diéthylaniline… La lettre N.Éthers (ROR’) : de formule générale R-O-R’ où R et R’ sont des groupes alkyles. la N-éthylméthylamine. l’i-propylamine. ou trois groupes alkyles.32 Chimie organique Il existe des thiophénols avec SH à la place de OH. la N. C2H5-O-C2H5 diéthyl éther CH3-O-C2H5 éthylméthyl éther (éther vinylique) CH3-CH2-CH2-CH2-O-CH=CH2 vinyl n-butyloxyéthylène CH3-CH2-O-CH2-CH2Br O 1-bromo-2-éthoxyéthane 3-phénoxypropanal (éther arylique) CH2-CH2-CHO phényl = groupe arylique Figure 2. Le nombre de ces groupes carbonés définit le type de l’amine. . . deux. deux. Les groupes R-S.12). Les amines primaires. la N-éthylaniline. dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur appellation. RNH2. alcènes. pour les amines secondaires. méthylthio.11 On peut aussi appeler Me-O-Me. On peut citer. . hétéroaryles. ou aralkyles. On peut aussi nommer les éthers comme des alcanes. secondaires et tertiaires sont liées respectivement à un. … substitués par un groupe R-O-.N-diéthylpropylamine.Amines : composés formés d’un azote lié à un. de carbone (figure 2. et trois groupes carbonés. la diméthylamine. . pour les amines primaires. aryles. Quelques exemples sont donnés dans la figure 2. aralkyles. Le groupe le plus volumineux est cité en premier. C2H5-S-. la triéthylamine.

anilino. formule développée et introduction à la nomenclature 33 Me Amines primaires: Me NH2 Me méthylamine i-propylamine NH2 CH NH2 aniline Et Me Amines secondaires: Me diméthylamine Me NH Et N-éthylméthylamine NH NH N-éthylaniline Et Et Amines tertiaires: Et Et N Et Et Pr N N Et triéthylamine N-diéthylpropylamine N. RCH=O. .13)). R-CO-R’. La molécule : formule brute. désignent respectivement les groupes CH3NH-. R C O H R C O R' R C O acide OH R C O SH R C O ester OR' R C O SR' R C O N(R'. et cétones. RCOSH. esters. amides RCON(R’)(R”) (voir figure 2.R'') aldéhyde cétone S-thioacide S-thioester amide Figure 2.2. De même. S-thioesters.13 . acides. diéthylamino.Aldéhydes (RCH=O) : les aldéhydes sont nommés à partir de l’alcane dont ils sont issus (en comptant l’ensemble des carbones y compris celui du groupe carbonyle) .N-diéthylaniline NH2 N OH H2 N 3-amino-4-aminométhyl-hexan-1-ol OH 2-diméthylamino-éthanol Figure 2. (C2H5)2N-.Composés carbonylés : un composé est dit carbonylé si la fonction contient le groupe carbonyle >C=O (aldéhydes. RCOSR’. C6H5NH-. les termes méthylamino.12 La désinence « amino » suivie du numéro du carbone substitué par ce groupe est utilisée pour indiquer la position d’un groupe NH2 dans un composé ramifié ou polyfonctionnel. RCOOH. RCOOR’. S-thioacides.

34

Chimie organique

et en ajoutant le suffixe -al (exemple : méthanal HCHO, éthanal CH3CHO, propanal C2H5CHO…). Lorsque le groupe CHO caractéristique des aldéhydes est lié au benzène, le composé correspondant s’appelle le benzaldéhyde, Ph-CHO. Dans certains cas, le terme carboxaldéhyde est utilisé (exemple : 3-pyridinecarboxaldéhyde). Dans un composé polyfonctionnel, le groupe CHO est appelé « formyle » lorsqu’il n’est pas prioritaire (voir « composés polyfonctionnels » ci-après, figure 2.14) Les aldéhydes -insaturés ont une double liaison en α du groupe aldéhydique.
CHO HCHO
méthanal ou formaldéhyde

CH3CHO
éthanal ou acétaldéhyde

C2H5CHO
propanal benzaldéhyde

CHO
3-pyridinecarboxaldéhyde

COOH CHO

N β α
aldéhyde α,β−insaturé

CHO

acide 4-formyl-hexanoïque

Figure 2.14

- Cétones (R-CO-R’) : deux méthodes permettent de nommer les cétones. Lorsque le carbone du groupe carbonyle est substitué par des groupes alkyles simples comme méthyle, éthyle, propyle… le nom de la cétone est indiqué en faisant précéder le terme cétone des noms de ces groupes selon leur ordre d’importance, du plus petit au plus volumineux (ex : méthyléthylcétone CH3CO-C2H5, éthylpropylcétone C2H5-CO-C3H7). La seconde méthode, plus générale, consiste à définir la chaine carbonée la plus longue contenant le groupe carbonyle et à ajouter le suffixe -one au nom de l’alcane correspondant à cette chaîne (figure 2.15). La numérotation du carbonyle suit le nom de l’alcane sans le « e » terminal (exemple : l’éthylpropylcétone est plus souvent nommée hexan-3-one). Dans un composé polyfonctionnel, le terme « oxo » précédé du numéro du carbone du groupe carbonyle est utilisé lorsque le groupe cétonique n’est pas prioritaire.
O CH3-CO-CH3
acétone ou propanone

C2H5-CO-C3H7
éthylpropylcétone hexan-3-one

COOH
acide 4-oxo-pentanoïque

R O
cétone α,β−insaturée

Figure 2.15

- Acides carboxyliques (RCOOH) : les acides carboxyliques sont nommés en comptant le nombre d’atomes de carbone de la chaîne principale au bout de laquelle se

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 35 trouve le groupe carboxyle COOH, y compris celui de ce groupe, et en remplaçant le suffixe –ane de l’alcane correspondant par le suffixe –oïque. Le terme ainsi obtenu est précédé de « acide » (exemple : CH3-(CH2)4-COOH, acide hexanoïque) (figure 2.16). La numérotation de la chaîne débute par le carbone de la fonction acide carboxylique (ex : CH3-CHCl-CH2-COOH, acide 3-chlorobutanoïque). Des noms triviaux sont utilisés pour de nombreux acides comme l’acide formique, HCOOH, et l’acide acétique, CH3COOH, qui devraient être nommés respectivement acide méthanoïque, et acide éthanoïque. L’acide benzoïque est l’acide obtenu en substituant un hydrogène du benzène, C6H6, par un groupe carboxyle, COOH, soit C6H5-COOH. La présence d’un groupe carboxyle peut aussi être indiquée par le terme « carboxylique » comme dans l’acide 2-naphtalène-carboxylique. Dans certains cas complexes, le terme « carboxy » précédé du numéro du carbone qui porte le groupe -COOH est utilisé (voir un exemple au paragraphe : composés polyfonctionels).
COOH HCOOH
acide méthanoïque ou acide formique 7 6 5 4 2 3

CH3COOH
acide éthanoïque ou acide acétique

acide benzoïque

COOH
1

Cl COOH

8 7 6 5

1 2 3 4

COOH

acide 4-éthyl-heptanoïque

acide 4-chloro-pentanoïque

acide naphthalène-2-carboxylique

Quelques diacides à noms trivaux: COOH H2C COOH
acide malonique

H2C H2C

COOH COOH

COOH COOH
acide o-phtalique

acide succinique

Figure 2.16

- Esters carboxyliques (RCOOR’) : les groupes alcoxycarbonyles ou aryloxycarbonyles, -COOR’, selon que R’ est un groupe alkyle ou aryle, définissent les esters carboxyliques. Ils dérivent d’acides carboxyliques et d’alcools. Ils seront nommés en remplaçant le suffixe oïque des acides dont ils dérivent par le suffixe oate suivi du nom du groupe R présent dans l’alcool lors de la formation de l’ester (exemple : CH3-(CH2)2-COOCH3, n-butanoate de méthyle, C6H5-COOC2H5, benzoate d’éthyle) (figure 2.17).
HCOOCH3
formiate de méthyle

CH3COOC2H5
acétate d'éthyle

COOt-Bu
hexanoate de t-butyle

COOR
ester α,β−insaturé

Figure 2.17

- Fonctions thiocarbonylées : le groupe thiocarbonyle, >C=S, est présent dans chacune d’elles (figure 2.18).

36

Chimie organique

R C S

H

R C S

R' R C S

OH R C S

OR' R C S

SH R C S

SR' R C S

N(R')(R")

thioaldéhyde

thiocétone

O-thioacide O-thioester

dithioacide

dithioester

thioamide

SH H3 C C O
acide S-thioacétique

OH H3 C C S
acide O-thioacétique

Figure 2.18

- Nitriles (RC N) : les nitriles portent le groupe -C≡N. Leur dénomination est effectuée en ajoutant le terme « nitrile » au nom de l’alcane dont ils dérivent (carbone de la fonction compris). Le terme « cyano »est utilisé parfois dans des composés polyfonctionnels. Des dénominations triviales existent pour l’acétonitrile, le propionitrile, le butyronitrile, le benzonitrile (figure 2.19).
CH3CN
éthanenitrile ou acétonitrile

C2H5CN
propanenitrile propionitrile
6

5 4

3

CN
1 2

COOEt CN
4-cyano-hexanoate d'éthyle

hexanenitrile

CN

benzonitrile

Figure 2.19

- Quelques fonctions azotées (autres qu'amines, amides et nitriles) CH3-NO nitrosométhane CH3NO2
nitrométhane

C6H5-N=N-C6H5
diphényldiazène ou azobenzène

C6H5-N

N, X

sel de benzodiazonium

C2H5-N3

CH3-N=C=O

CH3-N=C=S

N C

N

azidoéthane isocyanate de méthyle isothiocyanate de méthyle

dicyclohexylcarbodiimide

H3C C N C6 H5 H3C (imine)

H 3C C

H N N C6H5

H3C C H
diazoéthane

N

N

H3C isopropylidène-phényl-amine N-isopropylidène-N'-phényl-hydrazine ou isopropylidène-aniline ou phénylhydrazone de l'acétone
Figure 2.20a

2. La molécule : formule brute, formule développée et introduction à la nomenclature 37

- Quelques fonctions sulfurées autres que thiols O H3C S C2H5
sulfure de méthyle et d'éthyle

O C2H5-S-C2H5 O
diéthylsulfone

C6 H5 S S C6 H 5
disulfure de diphényle ou diphényldisulfane

CH3-S-CH3
diméthylsulfoxyde

C 6H 5

SO3H

C6H5-SO2NH2

acide benzènesulfonamide benzènesulfonique

Figure 2.20b

- Composés polyfonctionnels : la présence de plusieurs fonctions dans un composé organique nécessite pour les nommer que l’une d’entre elles soit considérée comme prioritaire. Les règles de l’IUPAC indiquent, l’ordre de priorité décroissante pour les fonctions principales indiquées sur la figure 2.21, ce qui permet ensuite de définir la chaîne carbonée principale, la plus longue, débutant à partir de la fonction prioritaire. Les autres fonctions sont ensuite indiquées dans l’ordre alphabétique de la première lettre de leur nom sans prendre en compte les préfixes multiplicatifs di-, tri-, etc. (qui les accompagnent dans certains cas) précédées des numéros des carbones auxquels, elles sont liées.
1) acide -COOH,

2) peracide - CO-O-OH 3) dérivés sulfurés des acides (thioacide, dithioacide) 4) acide sulfonique -SO3H 5) anhydride -CO-O-CO6) ester -COOR 7) thioesters 8) halogénure d'acide -CO-X ordre de priorité décroissante des fonctions pour le choix et la dénomination d'un groupe fonctionnel principal 9) amides -CO-NH2, CONHR, CON(R) (R') 10) hydrazide -CO-NHNH2 11) nitrile -CN 12) aldéhyde -CHO 13) thioaldéhyde -CHS 14) cétone -CO-R 15) thiocétone-CS-R 16) alcool -OH et phénol Ar-OH 17) thiol -SH 18) hydroperoxyde -O-OH 19) amine -NH2, NH(R), N(R) (R') 20) imine >C=N-R 21) hydrazine -NH-NH2 22) éther-oxyde -O-R

38

Chimie organique

CN
5 4 1 COOH 3 2

1CN

NH2
2 3

4 5

NH2

OH
5-amino-2-éthyl-3-hydroxy-pentanenitrile (nitrile: fonction prioritaire)

acide 2-(2-amino-éthyl)-3-cyano-pentanoïque (acide: fonction prioritaire)

O
3 5 4 2

1

Cl Cl
4

Cl
2 3 1

CHO OH

COOH

OH
4-hydroxy-5-méthoxy-heptanal (aldéhyde: fonction prioritaire)

acide 4,4,4-trichloro-3-hydroxy-butanoïque (acide: fonction prioritaire)
Figure 2.21

- Composés analogues et homologues : deux composés sont homologues s’ils ont des fonctions identiques mais une chaîne carbonée différente de un ou plusieurs atomes ( ex : propanone CH3COCH3 et butanone CH3COCH3CH3). Deux composés sont analogues s’ils ont les mêmes chaînes carbonées mais diffèrent par la nature d’un ou plusieurs hétéroéléments (ex : propanone, CH3COCH3 et propanethione, CH3CSCH3).

Chapitre 3 Isoméries structurales et géométriques

Sommaire :
3.1 Les isomères ..................................................................................................... 40 3.2 Les isoméries structurales ............................................................................. 40 3.2.1 – L’isomérie de chaîne ............................................................................ 40 3.2.2 – L’isomérie de position .......................................................................... 42 3.2.3 – L’isomérie de fonction .......................................................................... 42 3.3 L’isomérie géométrique plane ....................................................................... 43 3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z ........................................................ 46

40

Chimie organique

3.1

Les isomères

Les molécules qui ont en commun une même formule brute sont des molécules isomères. Elles diffèrent entre elles par leurs formules développées. Il existe trois grands types d’isoméries : isoméries structurales, isoméries planes géométriques et isoméries stériques (stéréoisoméries).
A titre d'exemple, pour la formule brute C5H8O2 on peut trouver les isomères suivants, parmi d'autres: O

CH3-CO-CH2-CO-CH3 CH2=CH-CO-CH2-CH2-OH

O

O O

CH3-CO-CH2-CH2-CHO O OH

H

O OHet H OH OH

O=CH-CH=CH-CH2-CH2-OH

O H

HO

HC C-CH2-CH(OH)-CH2OH
qui peut correspondre à :

HO

H

OH
ou

HO

H

OH

liaison en avant du plan de représentation liaison en arrière du plan de représentation

H CH2 C HO-HC O C H CH2 HO O

traits normaux = liaisons dans le plan de représentation

qui peut correspondre à :

H
ou

HO O H O

HO
Figure 3.1

3.2

Les isoméries structurales

Les isomères structuraux se différencient par la nature des liaisons qui assemblent les différents atomes dans leurs molécules. On distingue pour ce type d’isomérie, les isomères de chaîne, de position ou de fonction.

3.2.1 – L’isomérie de chaîne
Les isomères de chaîne diffèrent entre eux par l’assemblage des atomes de carbone qui forment ce qu’on nomme la chaîne carbonée ou le squelette carboné de la molécule. Les fonctions qu’ils portent sont identiques et en nombre égal. Les propriétés chimiques de ces isomères sont très proches.

3. Isoméries structurales et géométriques

41

Ils ne peuvent pas être différenciés par leurs spectres infrarouges car cette technique est surtout utilisée pour déterminer les différentes fonctions contenues dans une molécule, et dans ce cas, elles sont de même nature. Par contre, la 1H RMN et la 13C RMN (résonance magnétique nucléaire du proton 1H ou du 13C) qui permettent de connaître l’environnement de chaque atome d’hydrogène ou de carbone d’une molécule sont d’un intérêt particulier pour distinguer chaque isomère en raison des variations de structures des chaînes carbonées. La figure 3.2 rassemble les différents isomères de chaîne de l’heptanal.
O H C CH2 CH2 O H O
heptanal

CH3

CH2 CH2

CH2

CH3 CH2 CH2 CH CH3 H O CH2

O H C CH2 CH2 CH CH3 CH2 CH3 H
4-méthyl-hexanal

H O

C

5-méthyl-hexanal

O H C

CH3 CH CH2 CH2 CH2 CH3 H O

O H C CH

CH2 CH3

CH2 H

O
3-méthyl-hexanal

CH2 CH3

2-méthyl-hexanal

O H C CH CH3 CH2 CH CH3 CH3 H

O

O H C CH CH3

CH3 CH CH3 CH2 H

O

2,4-diméthyl-pentanal

O
2,3-diméthyl-pentanal

H O CH3 CH3 C C CH CH3 H CH3 O H

C

CH3 CH3 C CH CH3 CH3

O H

2,3,3-triméthyl-butanal

2,2,3-triméthyl-butanal

Figure 3.2

À ce type d’isomérie se rattache celle des hydrocarbures saturés, les alcanes, plus ou moins ramifiés de formule brute CnH2n+2. Un exemple est donné avec le pentane, figure 3.3.

pentane (C5H12)

2-méthyl-butane
Figure 3.3

2,2-diméthyl-propane

42

Chimie organique

3.2.2 – L’isomérie de position
Le déplacement d’une ou plusieurs fonctions sur une même chaîne carbonée conduit à des isomères de position. Les propriétés chimiques de ces isomères sont assez proches. Les spectres infrarouges diffèrent quelque peu en raison d’interactions plus ou moins fortes entre les diverses fonctions qui composent la molécule. Les spectres 1H et 13C RMN sont différents car l’environnement des hydrogènes et des carbones est différent d’un isomère à l’autre (figure 3.4).
O

O
pentan-2-one pentan-3-one

H2N γ

β α

NH2 COOH β COOH

α COOH NH2
acide 2-amino-butanoïque ou acide α-amino-butanoïque

acide 4-amino-butanoïque ou acide γ-amino-butanoïque

acide 3-amino-butanoïque ou acide β-amino-butanoïque

note: acide butyrique, terme trivial, peut remplacer acide butanoïque

Figure 3.4

3.2.3 – L’isomérie de fonction
Les isomères correspondants possèdent la même chaîne carbonée, mais diffèrent entre eux par la nature de leur(s) fonction(s) (figure 3.5). Les propriétés chimiques de ces isomères sont très différentes au même titre que leurs spectres infrarouges et RMN.
OH
hex-5-èn-1-ol

et

O
hexan-3-one

NH
hexylidèneamine

et

NH2
hex-3-ènylamine

Figure 3.5

- Cas particulier de la tautomérie Cette isomérie est liée à un équilibre chimique entre deux structures. C’est-à-dire qu’en fonction des conditions physiques et chimiques comme la température, la pression, le milieu acide, neutre ou basique, une structure se transforme en une autre et vice-versa. Les formes tautomères sont en équilibre entre elles. Elles résultent souvent d’une prototropie (déplacement intramoléculaire d’un proton d’un atome à un autre). Les équilibres céto-énoliques et amide-iminoalcools, représentés dans le schéma 3.1, en sont des exemples :

3. Isoméries structurales et géométriques

43

O C H3C H C H
cétone
butan-2-one

OH CH3
(équilibre)

OH C H CH3
et

H3C

C

H3 C

C C H CH3 isomère (E) OH

isomère (Z)

énols
but-2-èn-2-ol

O C H3C N H CH3
(équilibre)

OH C H3C N
isomère (Z)

CH3

et

C H3C
isomère (E)

N CH3

amide secondaire
N-méthyl-acétamide

imino-alcools
acide N-méthyl-acétimidique

note: les isoméres Z et E sont présentés au paragraphe traitant l'isomérie géométrique plane § 3.3. Le terme "acide" exprime l'analogie de structure avec les acides carboxyliques RCOOH : le groupe carbonyle est ici remplacé par un groupe imine.
Schéma 3.1

3.3

L’isomérie géométrique plane

Ce type d’isomérie est directement lié aux composés formés à partir de doubles liaisons. Il est la conséquence du blocage de la rotation autour de la liaison π des carbones éthylèniques >C=C< (§ 1.1.2b), mais aussi du carbone et de l’azote dans la fonction imine >C=N- et ses dérivées (oxime, hydrazone, semicarbazone, thiosemicarbazone). a) Ancienne nomenclature : Si l’on considère les isomères représentés dans la figure 3.6, celui qui a deux hydrogènes ou deux groupes identiques disposés sur chaque carbone sp2, différents des deux autres substituants de ces carbones, et du même côté de la double liaison, est appelé isomère « cis », et l’autre, qui a les deux hydrogènes ou groupes de même nature, de part et d’autre de la double liaison est appelé isomère « trans ».

44

Chimie organique

R' C H (ou R) C

H (ou R)

R' C C

R' (ou R")

R' (ou R'')

H (ou R)

H (ou R)

isomère trans

isomère cis

liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique, et situé en avant de ce carbone. liaison dans le plan "sp2"d'un atome ou groupe à un carbone éthylènique et située en arrière de ce carbone.

Figure 3.6

Ce type d’isomérie se retrouve dans les composés qui ont une double liaison >C=N-, présente dans les imines, les oximes, les hydrazones, les semicarbazones et thiosemicarbazones, composés formés par réactions d’aldéhydes, respectivement, avec l’ammoniac (ou les amines primaires), l’hydroxylamine, les hydrazines monosubstituées, le semicarbazide et le thiosemicarbazide (figure 3.2). Dans ce cas, le doublet libre de l’azote joue le rôle d’un 4e substituant. Lorsque les groupes R et R’, dans les imines, R et OH dans les oximes, R et NHR’ dans les hydrazones, et R et NHCONH2 dans les semicarbazones, sont du même côté de la double liaison, l’isomère correspondant est dit « syn », dans le cas contraire, il est dit « anti » (schéma 3.2), ce sont donc les équivalents des termes cis et trans utilisés seulement pour les éthyléniques. Les composés diazoïques présentent aussi des formes syn et anti :

RCHO
aldéhyde

+

H2N-R'

- H2O

R C H N

R'

R

+
H

C

N R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "syn"

imine "anti"

H3C-H2C C H3 C
cétone butan-2-one

O + H2NR

- H2O

(1) H3C-H2C
C N

(1') R

H3C-H2C

+
(2') H3C

C

N R

(2) H3C
imine "syn"

imine "anti"

3. Isoméries structurales et géométriques

45

O Na N Ar
forme syn

N O Na Ar

N

N

forme anti (ou iso)

phényldiazotate de sodium
Schéma 3.2

b) Propriétés des isomères éthyléniques cis et trans Les formes « trans » sont souvent les plus stables en raison de l’absence d’interaction intramoléculaire entre les groupes les plus volumineux portés par chaque carbone éthylénique. Dans le cas d’un isomère « cis », ces interactions créent une gêne stérique (figure 3.7). Elles augmentent l’énergie interne de la molécule, et plus elle est élevée, moins la molécule est stable ce qui rend sa formation plus difficile par rapport à celle de l’isomère trans.

H C C Y
"trans" peu ou pas d'interactions

Y H

H C C Y
"cis"

H Y

fortes interactions

Figure 3.7

Les deux isomères « cis » et « trans » sont souvent difficiles à séparer, en raison des faibles différences qui existent entre leurs propriétés physiques. Toutefois, certaines techniques chromatographiques modernes le permettent dans la plupart des cas. Parfois, lorsque deux fonctions portées chacune par un carbone éthylènique d’une double liaison sont susceptibles d’interactions entre elles, les propriétés chimiques diffèrent considérablement. Il en est ainsi pour les acides maléique (cis) et fumarique (trans).

46

Chimie organique

fonction anhydride

HOOC C H C

COOH H

O - H 2O

O C C H C C H

O

acide maléique

anhydride maléique (déshydratation intramoléculaire)

HOOC C H C

H COOH

- H 2O

pas d'anhydride, formation possible de polymères par déshydratation intermoléculaire

acide fumarique solubilité dans l'eau 79g / 100 ml 0,7g / 100 ml pKa1 1,92 3,02 pKa2 6,23 4,38

point de fusion acide maléique acide fumarique 130°C 287°C

Ka1/ Ka2 20 420 22,9

Schéma 3.3

L’acide maléique, chauffé en présence d’un déshydratant comme l’anhydride phosphorique conduit à l’anhydride maléique (schéma 3.3). Dans les mêmes conditions, quelques réactions intermoléculaires sont observées avec l’acide fumarique sans formation d’anhydride correspondant. Les pKa1 et pKa2 correspondants aux deux fonctions acides COOH sont différents pour les deux molécules. Les différences observées pour ces deux acides sont directement liées à la présence (acide maléique) ou à l’absence (acide fumarique) de gêne stérique due aux deux groupes COOH. C’est aussi la raison qui explique la plus grande stabilité de l’acide fumarique (trans) par rapport à l’acide maléique (cis). Cette stabilité explique la raison pour laquelle l’acide maléique peut être converti en acide fumarique par chauffage, plus stable, à une température supérieure à 150 °C. En effet, si la rotation autour de la double liaison est impossible à température ordinaire, elle le devient sous l’effet d’un très fort apport d’énergie (chauffage à 230 °C, ou rayonnerment UV). Encore souvent utilisées, les dénominations cis, trans, syn et anti sont désormais obsolètes et remplacées par les dénominations E et Z définies ci-après.

3.3.1 – Les isomères géométriques E et Z
Dans le cas particulier où chaque carbone de la double liaison éthylénique porte des substituants identiques comme ci-dessus, il est facile de distinguer les deux isomères, mais dans le cas contraire, c’est impossible. C’est pourquoi il a été proposé de ranger les isomères plans géométriques dans deux séries, l’une E, et l’autre, Z. Pour définir à quel type d’isomère E ou Z, un composé éthylénique appartient, il faut utiliser les règles de Cahn, Ingold et Prelog (1966), d’abord utilisées en stéréochimie (§ 4.5.9).

3. Isoméries structurales et géométriques

47

Les substituants de chaque carbone de la double liaison sont d’abord ordonnés (1er ou 2e) en fonction des numéros atomiques Z des éléments directement liés à ce carbone et appartenant aux substituants.
masse atomique 12,1 1,008 H C 1 6 n° atomique Z 14,1 N 7 16 O 8 19 F 9 35,45 Cl 17 32,06 S 18 79,904 Br 35 126,90 I 53

Au numéro atomique (Z) le plus élevé correspond le substituant classé premier. Dans le cas où les numéros atomiques de ces 2 éléments sont identiques, on considère ceux des éléments placés en position β par rapport au carbone éthylénique, et ainsi de suite. Lorsque les deux substituants classés premiers sont du même côté de la double liaison, l’isomère est dit Z (de l’allemand, « zusammen », ensemble), et dans le cas contraire, l’isomère est dit E (de l’allemand « entgegen », opposé). Pour les isomères proposés dans le premier exemple (figure 3.8), on voit qu’il est facile de classer 17Cl et 1H, du premier carbone de la double liaison. Il en est de même pour 35Br et 6CH3, substituants du second carbone.

1er exemple :
1

17 2 1

Cl C H

35 Br

1

1

C
6

17 2 1

Cl C H

6 CH3

2

C
35

CH3 2

Br

1

isomère Z

isomère E

Figure 3.8

Dans le second exemple (figure 3.9), le classement des deux substituants carbonés du second carbone éthylénique nécessite de considérer les atomes en β du carbone éthylénique dans la mesure où les deux substituants ont chacun un groupe méthylène CH 2 directement lié au carbone éthylènique.

2e exemple:
2

1

H C

α 6 C α 6

β 17 β 8 1 2

CH2 Cl

1 17

Cl

CH2 O CH3

isomère E
Figure 3.9

48

Chimie organique

Dans ce troisième exemple (figure 3.10), le classement des deux substituants du premier carbone éthylénique nécessite de prendre en considération les atomes en position γ par rapport au second carbone éthylénique.

3e exemple:
2 H3 C 6 8O

C C C
6

α

β 8

γ 1

O O

H
γ

2

1

Br
35

C 6
8O
isomère Z
Figure 3.10

8

6

CH3 1

Il faut remarquer que les groupes qui ont les plus hauts degrés d’oxydation sont prioritaires par rapport à ceux qui sont moins oxydés, dans une même série (ex : -COOH > -CHO > -CH2OH >-CH3, et -C≡CH > -CH=CH2 > -CH2-CH3). Lorsqu’un carbone est lié à plusieurs éléments (C, N, O…), on considère une liaison multiple comme l’équivalent de plusieurs liaisons simples à des atomes dits « fantômes » : ainsi, la fonction nitrile -C≡N est équivalente à trois liaisons simples avec trois atomes d’azote « fantômes », la fonction amide primaire CONH2 est équivalente à deux liaisons avec deux atomes d’oxygènes « fantômes » et un atome d’azote etc. ce qui permet de retrouver le cas général (figure 3.11).

C C C C
2

4e exemple HC
6 8

O C
7

1

O C O N

C C
1 8

NH2 CH3 C CH3 2

C C H
6

O C
8O H

O C O O

C C C H

isomère E
Figure 3.11

On peut aussi utiliser les dénominations Z et E pour tous les isomères géométriques formés à partir de doubles liaisons >C=N-. Ils remplacent respectivement les vieilles dénominations de syn et anti.

3. Isoméries structurales et géométriques

49

Dans ce cas, H, ou tout autre élément, est prioritaire par rapport à un doublet libre, considéré, dans ce cas, comme un substituant de l’azote, comme dans le cinquième exemple (figure 3.12).

5e exemple:
2

CH3

CH2

H 1

C=N
1 Cl CH2

CH2

2

isomère E
Figure 3.12

Le schéma 3.4 regroupe l’ensemble des composés qui comportent un groupe C=N et qui dérivent tous d’un aldéhyde mis en réaction avec divers réactifs, amines primaires, hydroxylamine, hydrazine monosubstituée, semicarbazide et thiosemicarbazide, lesquels forment respectivement des imines, des oximes, des hydrazones, des semicarbazones et des thiosemicarbazones (mélanges d’isomères E et Z). Ces réactions ont lieu aussi avec les cétones R-CO-R”, comme dans le cas de la butan-2-one.
- H2 O R C H R C H R C H R C H R C H N NHCSNH2 + H
thiosemicarbazone "syn" ou "Z"

R N R' + H C N

R'

+

H2N-R'

R' = H ammoniac R' = alkyl, aryl... amines primaires

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou"Z"

+

H2N-OH

- H2 O

R N OH + H C N

OH

hydroxylamine

oxime "anti" ou "E"

oxime "syn" ou"Z"

RCHO
aldéhyde

+

H2N-NH-R'

- H2O

R N NHR' + H C N

NHR'

hydrazine monosubstituée

hydrazone "anti" ou "E"

hydrazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCONH2
semicarbazide

- H2 O

R N NHCONH2 + H C N

NHCONH2

semicarbazone "anti" ou "E"

semicarbazone "syn" ou "Z "

+ H2NNHCSNH2

- H2O

R C N

NHCSNH2

thiosemicarbazide

thiosemicarbazone "anti" ou "E"

H3C-H2C C O + H2NR H3C
cétone butan-2-one

- H2O

H3C-H2C C H3C N R +

H3C-H2C C H3 C N

R

imine "anti" ou "E"

imine "syn" ou "Z"

Schéma 3.4

1T = tritium. dans la mesure où c’est le même.. C2H5.. isotopes de l'hydrogène H Figure 3. par leurs masses atomiques (par exemple.13).13 On peut donner le classement suivant des substituants les plus classiques : I > Br > Cl > SO2R > SOR > SR > SH > F > OCOR > OR > OH > NO2 > NO > NHCOR > NR2 > NHR > NH2 > CX3 (X = halogène) > COX > CO2R > CO2H > CONH2 > COR > CHO > CR2OH > CH(OH)R > CH2OH > C > CH2R > CH3 > T > D > H (R = groupe alkyle CH3.) CR > C CH > C(R)=C(R2) > C6H5 > CR3 > CHR2 . 1H < 2D < 3T ) comme dans le sixième exemple (figure 3. mais exceptionnellement. 6e exemple: 2 1 1 H C C CH2D 2 1 2 1 D isomère Z CH2T 1 2D 3 1 = deutérium et .50 Chimie organique Les isotopes ne sont évidemment pas classés entre eux selon leur numéros atomiques.

..................9 – Configuration absolue (nomenclature R et S)............5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral....................11 – Configuration (rétention de -)...... ou de rotation-réflexion) ..............3b – Conformations du cyclopropane..............5................................................ 4..... 4.................................5............................................. 65 66 67 68 70 71 73 74 77 79 80 4...............................................................................3c – Conformations du cyclohexane .................3................... 4.........................................5...........10 – Configuration (inversion de -)................................... 59 4...5...4 Nomenclature E et Z dans les cycles ...5..............1 Stéréoisomères ...............................Chapitre 4 Stéréoisomèrie-stéréochimie Sommaire : 4................ 4...... 53 4. 57 4...........................................2 Stéréochimie .........................4– Axe de symétrie alternant (impropre................................ 4...... 4...5..... 4................. 4...........................5....................5...3..... 64 4..................7 – Enantiomères (couple d’-).......... conformères ou rotamères..................3a – Tension dans les cycles...............2 – Représentation de Newman ....3............... 53 4................2 – Centre de symétrie moléculaire..........3 – Conformations des cycloalcanes .....3 Stéréoisomères conformationnels..59 4...............................8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique........ 4............................................... du cyclobutane et du cyclopentane ... 81 ............... 4................5....................................1 – Analyse conformationnelle ..5 Stéréoisomères configurationnels ...................5.................1 – Configuration .................12 – Configuration et conformation ................................................. 53 4....3............................3 – Plan de symétrie moléculaire ........3........... 53 4........................................... 57 4....................................................................................................5......3.........................................................................................................................6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre............. 53 4... 65 4.5........

..17 4...............35 4..................................................... 84 Résolution ou dédoublement du racémique..................................................5................28 4..................................................5.........................5...18 4.............9 Diastéréosélective (réaction -) ........5.................5..5. 123 4...............................................................25 4....................14 4............... 101 Décalines cis et trans ...............37 4............................................5........................ 88 Pourcentage énantiomérique .......5............................................ 105 Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) 107 Prochiralité ...............32 4......................... 115 Diastéréotopiques (hydrogènes) ..........................36 4..................5........... 100 Chiralité des composés cycliques.......21 4................... 89 Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) .....5.... 117 Diastéréotopiques (faces d’un plan) ...27 4.23 4..............5................... 91 Convention de Fischer (représentation des acides α-aminés et acides α-alcools).........................22 4..............5.........34 4............................................................................... .................................5.......................... 122 4....................31 4..11 Régiospécificité ............. 116 Diastéréotopiques (groupes) ................. 115 Enantiotopiques (faces) .......10 Régiosélectivité ....................... que l’on trouve dans les magasins spécialisés dans la vente de matériels scientifiques à vocation pédagogique..........16 4....... 118 4....................... 86 Racémisation ........... 123 Conseil : afin d’aborder ce chapitre avec plus de facilités.. 94 Forme méso......................... 122 4...............5.......19 4.......................................15 4............. 119 4.................................................5................................................... 98 Forme thréo...5......................... 93 Projection de Fischer (cas général) ............ il est vivement recommandé au lecteur ayant des difficultés pour imaginer les représentations spatiales des molécules.....20 4................. 81 Racémique (mélange) ...............39 4...........................................................................................................30 4.....8 Enantiosélective (réaction -) .. 99 Epimères (couple d’-) ..................40 – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – Chimie organique Chiralité ..... 117 4...................................... 104 Configurations α et β des substituants (dans les stéroïdes)...........................................12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) ............................................................................... 89 Convention de Fischer (représentation des sucres) ............. 99 Epimérisation ......................5...............................................................................................................33 4........................................26 4..7 Stéréosélective (réaction -)....................................38 4...........6 Stéréospécifique (réaction -) ......24 4....13 4...................................5................................ 89 Rendement optique ........................ 88 Pureté optique..................................... 114 Enantiotopiques (hydrogènes).........52 4.....29 4............5....................................................................................................5.................................5.............................5...........5..................................... 115 Enantiotopiques (groupes) .......5.5........ de se munir d’une boîte de modèles moléculaires.5................................................... 95 Forme érythro .. 89 Diastéréoisomères (couple de -)..................................... 120 4..............................5.....5...................................

8).3. les groupes alkyles ramifiés comme le groupe t-butyle -C(CH3)3…).3) et des stéréoisomères configurationnels qui diffèrent par leurs configurations (§ 4. ou C-2. conformères ou rotamères Les molécules qui peuvent former divers stéréoisomères par simple(s) rotation(s) autour de leurs liaisons simples sont dites « molécules flexibles » : les différentes structures spatiales qui en résultent sont appelées conformations.1 Stéréoisomères Les stéréoisomères sont des isomères qui ne diffèrent entre eux que par la disposition relative. dans l’espace. Il existe des stéréoisomères conformationnels qui diffèrent par leurs conformations (§ 4. mésomères (§ 5. qui seront.1 – Analyse conformationnelle L’étude de l’existence des conformations privilégiées d’une molécule et des relations physicochimiques et chimiques qui l’accompagnent est appelée « analyse conformationnelle ». Ces interactions repoussent ou attirent les atomes entre eux selon leurs charges et /ou leurs volumes rendant le passage d’une conformation à une autre parfois difficile : on dit qu’il existe des barrières de potentiel qui favorisent certaines conformations de la molécule.1). les plus présentes. par rapport au carbone 1.5). caractères acides et basiques.3 Stéréoisomères conformationnels. dites stables. La représentation de Newman des conformères permet de l’appréhender très facilement. a priori. liaisons hydrogènes (§ 5. on voit qu’en faisant tourner le carbone 2. à 25 C.3. De nombreuses interactions électrostatiques existent entre les atomes d’une molécule en raison de leurs densités électroniques qui peuvent leur affecter des charges partielles positives (+δ) ou négatives (-δ) dues à leur nature et leur environnement chimique (divers effets électroniques comme les effets inducteurs (§ 5.2 Stéréochimie La stéréochimie est une partie de la chimie qui étudie les stéréoisomères.6). et leurs éventuelles transformations en d’autres stéréoisomères dans les réactions. 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 53 4. des groupes ou atomes qui les composent. il est possible d’obtenir une . gênes stériques liées aux atomes volumineux comme le chlore. 4. leurs formations. Elles correspondent aux valeurs d’énergies potentielles moléculaires les plus faibles. le brome. Pour passer d’une conformation à une autre. ou C-1. il faut donc franchir ces barrières de potentiel en apportant de l’énergie à la molécule (par chauffage ou rayonnement ultraviolet).5). 4. lesquels restent identiques.2 – Représentation de Newman Soit la représentation projective de l’éthane (figure 4.4. 4. Deux stéréoisomères de conformations différentes sont appelés conformères ou rotamères. Il existe donc des conformations privilégiées plus stables que d’autres.

Lorsque des liaisons de C-2 sont cachées par celles de C-1 (conformations éclipsées). deux d’entre elles font l’objet d’une étude car elles correspondent à différents paliers de l’énergie potentielle de la molécule avec franchissements de barrières de potentiel ou barrières d’interconversion. on décale légèrement les traits pour faciliter le dessin (comme dans la figure 4. pour des raisons de clarté. Il voit alors 3 liaisons à 120° pour les trois substituants de C-1. Seules. ce second carbone étant symbolisé dans cette représentation par un cercle.1) lorsqu’il dispose la molécule devant lui selon l’axe de la liaison C-1-C-2. la représentation de Newman est utilisée. Les multitudes d’autres conformations possibles sont regroupées sous l’appellation de conformations obliques.54 Chimie organique infinité de conformations. libre rotation autour de la liaison σ H H H C 1 C 2 H H H Représentation projective H H H 2 H H 1 H Représentation de Newman conformères de l'éthane H H H H conformation décalée H H rotation de 60° autour de la liaison C1-C2 H H H H H H conformation éclipsée Figure 4. et de même pour C-2. Elle consiste à dessiner ce qui est vu par un observateur (figuré par un œil dans la figure 4.1).1 Pour dessiner aisément les conformères. .

il existe deux conformères. l’éthane. cis ou cisoïde) (A).2 Les 6 conformères les plus importants du butane. sont représentés dans la figure 4. le substituant le plus gros du C-1 éclipse le substituant le plus gros de C-2. La distance . Dans la conformation éclipsée (dite aussi synpériplanaire.4. comme le montre la figure 4.2 sont représentés les divers conformères du n-butane choisis selon les critères indiqués ci-dessus. ils sont obtenus en faisant tourner plusieurs fois de 60° le carbone 2 par rapport au carbone 1 autour de la liaison C1-C2.1 Dans la figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 55 Dans le cas le plus simple. gauche (ou décalée) et éclipsée.2. anti ou transoïde) assez stable E la plus stable B D 0° 180° F 60° 120° 240° 300° 360° angle de rotation C1/C2 Figure 4. A H H CH3 CH3 HH conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) G H H C H CH3 H CH3 HH B CH3 CH3 H H A conformation décalée gauche synclinale conformation pseudo éclipsée anticlinale CH3 CH3 HH E H H H CH3 H CH3 conformation pseudo éclipsée anticlinale conformation éclipsée synpériplanaire (cis ou cisoïde) très instable très instable F H H CH3 H CH3 G assez instable assez instable H H Ep D H H CH3 H CH3 H H conformation décalée gauche synclinale assez stable énergie potentielle de la molécule C conformation décalée antipériplanaire (trans.

les noms des conformères sont définis après avoir recherché le substituant de chaque carbone qui est prioritaire selon la règle des priorités indiquée pour la détermination des isomères géométriques E ou Z des dérivés éthyléniques.3 H Pour l’analyse conformationnelle. les plus gros des deux carbones. Par ailleurs. il est possible d’isoler le conformère le plus stable. au contraire.56 Chimie organique entre les deux groupes est la plus faible de toutes les conformations et si les groupes sont de même nature électrostatique. On se réfère ensuite à ce qui a été indiqué pour les groupes méthyles (prioritaires par rapport aux hydrogènes) des conformères du n-butane. dans le cas de composés aliphatiques restent relativement faibles. ou transoïde) (D) dans laquelle les deux groupes méthyle. parmi les 3 conformations décalées. inférieure à –150 °C. liaison "hydrogène" H O O H H H +δ H −δ H O −δ O H +δ H H H H Figure 4. s’il existe plusieurs substituants différents sur les deux carbones considérés. comme dans l’exemple suivant de la figure 4. possède une charge partielle négative (figure 4. qui. ce qui explique l’impossibilité d’isoler des conformères à température ordinaire. anti (D) et décalées gauches synclinales (B et F).4. à très basse température. et l’oxygène du second groupe OH. Par contre. il a été démontré que les cristaux étaient constitués d’un seul type de conformère. ils se repoussent car les interactions sont très fortes. Par contre. C’est le cas des 1. Il peut y avoir aussi gêne stérique si les deux groupes sont volumineux. Les variations d’énergie potentielle lors du passage d’un conformère à un autre. des interactions intramoléculaires entre deux fonctions peuvent stabiliser des conformations considérées a priori comme instables.3). sont éloignés au maximum l’un de l’autre.8) entre le H d’un groupe OH qui possède une charge partielle positive. environ 10-15 kJ mol-1 au maximum. anti. la conformation antipériplanaire (trans. et la conformation est très instable : l’énergie potentielle de la molécule est alors la plus élevée comme le montre la courbe Ep = f (angle de rotation C-1/C-2).2-diols ou glycols dont la conformation éclipsée est relativement importante en raison de la création d’une liaison hydrogène (§ 5. plus stables que les conformations éclipsées. dues à leur éloignement). Cet effet est amoindri dans les conformations partiellement ou pseudo éclipsées anticlinales (C et E) : elles sont un peu moins instables. Parfois. est la plus stable : elle correspond au minimum d’énergie potentielle de la molécule (interactions les plus faibles entre groupes volumineux. .

5 kJ mol-1) puis diminue de nouveau pour atteindre une nouvelle valeur faible pour nC = 14 (cyclotétradécane. d’un carré comme le cyclobutane. n-pentane.5 kJ mol-1.4. la plus stable. les deux groupes prioritaires de chacun des carbones C-1 et C-2 sont en position trans l'un par rapport à l'autre: il s'agit donc d'une conformation décalée antipériplanaire transoïde.8). L’agrandissement du cycle apporte une flexibilité de la molécule qui la rapproche de plus en plus d’une chaîne acyclique. Stéréoisomèrie-stéréochimie 57 2 1 C2H5 C2H5 2 HO H3C 3 CH2Cl CH3 3 1 Dans cet exemple. La différence entre ces . Les cycles courants sont donc plus stables que les petits cycles.9 kJ mol-1) qui fait partie des grands cycles nC > 12.3.3a – Tension dans les cycles L’angle dièdre d’un carbone hybridé « sp3 » est de 109°28’.5 kJ mol-1. de 120°. soit de 128°28’. système acyclique où tous les angles de liaisons sont normaux. La tension de cycle attachée à chaque groupe CH2 qui compose le cycle suit des variations proches de celles données pour le cycle lui-même. d’un hexagone comme le cyclobutane.3 – Conformations des cycloalcanes 4. au cyclopropane.1). mais à des degrés divers. 4. On peut déduire de ces observations que les cycles dits courants seront plus faciles à former et plus difficiles à ouvrir que les petits cycles. la tension de cycle est la plus élevée pour les petits cycles. il faut apporter suffisamment d’énergie pour contraindre les atomes de carbones à accepter des angles de liaisons entre eux plus faibles. il est de –2091.5 kJ mol-1 × 3 = –1975. Expérimentalement. Cela suppose que lorsqu’on passe du propane. n-butane. Cette tension s’élève de nouveau pour les cycles moyens (nC compris entre 8 et 12) pour atteindre un sommet pour nC = 9 (cyclononane. 1885).6. Figure 4. Les angles d’un triangle comme celui du cyclopropane est de 60°. l’augmentation de H° (combustion) pour l’augmentation d’un carbone de la chaîne carbonée est d’environ –685. Ainsi. Le H° de combustion calculé pour le cyclopropane est donc de –685. ce qui s’exprime par une tension dans le cycle (théorie de Baeyer. propane. Comment quantifier cette tension de cycle ? Lorsqu’on brûle un alcane acyclique non ramifié. Cela est vrai pour tous les cycloalcanes (tableau 4. Elle diminue sensiblement pour les cycles courants ou normaux.3. cyclopentane (nC = 5) et cyclohexane (nC = 6).4 (voir aussi les barrières d’interconversion dans les composés mésomères.2 kJ mol-1. 0. cyclopropane (nC = 3) et cyclobutane (nC = 4). § 5. 54. de 90°.

Quelques valeurs sont données dans le tableau 4.3 27.1 7 27. l’angle interorbitale n’est pas de 60° mais de 104° en raison d’un recouvrememt des orbitales hybridées pas tout à fait linéaire.7 kJ mol-1.5 0.3 5.8 0.6 cyclopropane petits cycles 4 cyclobutane 110.5 5. tension de cycle en kJ mol-1 tension de cycle / CH2 en kJ mol-1 cycle nC 3 115.1 Si l’on considère le cyclopropane.6 5 cyclopentane cycles courants 6 cyclohexane 27. .3 cyclooctane et nC nC > 12 12 grands cycles H H 104° H H C C C H orbitales hybridées sp3 de liaisons C-C dans le cyclopropane H H Tableau 4.9 cycloheptane cycles moyens 8 42.2 3.1.58 Chimie organique deux valeurs théorique et expérimentale est attribuée à la tension de cycle soit 115.7 38.

3. aucun cycloalcane n’est plan (contrairement à la théorie ancienne de Baeyer (1885). H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopropane H H H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H cyclobutane H H représente: H H H H H H H H H H H H H H H H H H H cyclopentane H H (conformations en enveloppe) Figure 4.5 4. les liaisons σ vont utiliser la libre rotation entre atomes du cycle pour accèder à divers conformères parmi lesquels certains sont prépondérants en raison d’une plus grande stabilité relative. Donc. dites « en enveloppe » dans le cas du cyclopentane (figure 4.4. 3 H2 benzène cyclohexane Schéma 4.3. 4.5). du cyclobutane et du cyclopentane Le cyclopropane ne possède qu’une seule conformation car il est plan tandis que le cyclobutane et le cyclopentane sont en équilibre chacun avec deux conformations qui se situent chacune dans deux plans.3b – Conformations du cyclopropane.1 .1). à l’exception du cyclopropane). Stéréoisomèrie-stéréochimie 59 Afin de rendre la tension de cycle la plus faible.3c – Conformations du cyclohexane Le cyclohexane est un cycloalcane saturé obtenu par hydrogénation totale du benzène (schéma 4.

Elles sont donc favorisées. Il peut exister sous 4 conformations principales (figure 4. hormones stéroïdes…). Il en est de même du passage de la conformation « chaise » à la conformation « bateau ».60 Chimie organique C’est une structure qui est présente dans de nombreux composés naturels comme les stéroïdes (cholestérol. qu’une de ses liaisons peut être tordue par rapport à celle adjacente en produisant des conformations appelées « bateau-croisé » ou « bateau-flexible ». légèrement plus stables que les conformations « bateau » donc favorisées (figure 4.6) : 2 conformations rigides appelées « chaise » et 2 conformations flexibles appelées « bateau ». Par contre. Tous les carbones sont hybridés « sp3 » avec des angles de valence de 109°28’. en raison de leurs analogies de formes : H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformations "chaise" (avec passage de la conformation "chaise" à "chaise inversée") H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H H conformation "chaise" conformations "bateau" (avec passage de la conformation "bateau" à "bateau inversé") Figure 4. et l’énergie potentielle de la molécule la plus faible. à température ordinaire. . le cyclohexane en conformation « bateau » présente une flexibilité telle. (tension transannulaire faible) en raison de leur éloignement maximum les uns des autres. Le passage d’une forme « chaise » à la forme « chaise inversée » nécessite beaucoup d’énergie en raison de la rigidité de cette conformation.7). ce qui est inférieur à l’angle dièdre d’un hexagone (120°). Le passage d’une conformation « bateau-croisé » à son inverse s’effectue via la conformation « bateau » avec apport d’énergie. On en déduit facilement que le cyclohexane ne peut pas être plan et subit une torsion de ses liaisons. ce qui rend ces conformations les plus stables.6 Les conformations « chaise » sont celles dont les interactions entre les divers substituants (surtout lorsqu’ils sont différents de H) sont les moins importantes.

en conformation chaise. Stéréoisomèrie-stéréochimie 61 H H H E H H H H H H H H H 5. Il en est de même après une nouvelle rotation de 120°. possède : – un axe de symétrie ternaire (§ 4.4) qui passe par son centre de gravité (en faisant tourner le cyclohexane de 120° autour de cet axe. le cyclohexane (non substitué). e2. . – un plan « moyen » dit équatorial de la molécule peut être défini. Il est perpendiculaire à cet axe au centre de gravité (centre de symétrie) et coupe le cyclohexane aux milieux des 6 liaisons C-C.8. e3…) portés par des liaisons dont les directions se rapprochent du plan équatorial. a2.7 Comme le montre la figure 4... on obtient une structure superposable à la structure de départ. a3 …) portés par des liaisons parallèles à l’axe ternaire. . Le cyclohexane possède aussi un axe de symétrie alternant S6 (§ 4. et – six substituants dits équatoriaux (e1.4.5.5.9 kJ mol-1 45.2 kJ mol-1 H H H H H H H H conformation bateau croisé conformation bateau croisé (inversé) H H H H H H H H H H 23 kJ mol-1 H H H H H H H H H H H H H H interconversion conformationnelle Figure 4.4) . – six substituants dits axiaux (a1.

. on considère que le cyclohexane est regardé par un observateur selon les deux axes C1 →C2 et C5 →C4.62 Chimie organique axe de symétrie ternaire plan moyen dit équatorial (plan passant par le milieu de chacune des six liaisons du cyclohexane) centre de gravité a2 a6 e2 e1 1 e6 a1 observateur a4 e3 3 6 a3 5 a5 4 e5 plan moyen 2 e4 a2 e1 2 e2 a1 a4 C6 1 5 4 e5 C3 a5 e4 (les substituants de C3 et C6 ne sont pas figurés) Figure 4. Pour cela.8 Les représentations de Newman du cyclohexane en conformation « chaise » permettent de visualiser les angles compris entre les liaisons axiales et équatoriales pour des substituants des carbones cycliques adjacents.

e1 et e2. et. a1 et a2. par rotation autour des liaisons σ C-C du cycle. deux substituants portés par des liaisons axiales sont en position cis (a1 et a3 par exemple) et deux substituants dont l’un est porté par une liaison axiale et l’autre par une liaison équatoriale (a1 et e3) sont en position trans. Evidemment.9 H e2 H H H H H H CH3 et Cl . a1 et e2. sont en position trans a1 H (en rouge: substituants au-dessus du plan moyen en bleu : substituants au-dessous du plan moyen) Figure 4.4. d’autre part. les substituants qui étaient axiaux au départ deviendront équatoriaux dans la conformation inversée et vice-versa (figure 4. sont en position cis Cl H3C e1 H Br a1 Cl a2 e1 H H3C H H H H H H H H H H Br et Cl . Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. e1 et a3. les liaisons C1-a1 et C2-a2 sont antiparallèles. sont en position cis Br e1 H H CH3 H H Cl a3 Br et Cl . sont en position trans Br et Cl . . sont situés de part et d’autre du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions trans. Il en est de même pour les couples a2 et e3. e2 et e3. a3 et e4… Pour les substituants en positions 1 et 3 du cycle.9 Si on passe de la conformation « chaise » à la conformation « chaise inversée ». sont situés du même côté du plan moyen : on dira que ces substituants sont en positions cis. a1 et a3. a3 et a4… Les couples de substituants a1 et e2. cela s’applique aussi pour les couples a2 et a3. et e1.10). d’une part. e1 et a2. Stéréoisomèrie-stéréochimie 63 Par rapport au plan moyen. e1 et a2. sont en position cis H H H CH3 et Cl . Les liaisons C1-e1 et C2-e2 font entre elles un angle de 60°. e2 et a3. Les couples de substituants a1. a2. d’autre part. e2. d’une part. sont en position trans Br a1 CH3 et Cl .

12.11. Figure 4. Trois exemples sont donnés dans la figure 4.10 Remarque : pour bien représenter le cyclohexane et les liaisons à ces différents substituants dans la conformation chaise. Dans ce cas. pour les isomères Z correspondants.64 Chimie organique Figure 4. et inversement. la plus utilisée.4 Nomenclature E et Z dans les cycles Ce qui a été indiqué pour les isomères géométriques E et Z peut s’appliquer aussi aux composés cycliques.11 4. il est important de respecter le parallèlisme de certaines liaisons figurées par des couleurs identiques dans la figure 4. l’isomère E est celui qui a les groupes de plus haute priorité de part et d’autre du plan défini par le cycle (cyclopropane) ou du plan moyen (cyclohexane). .

6). . Ce terme s’applique plus particulièrement aux atomes au moins trivalents ayant des substituants tous différents entre eux. 4. les configurations de ces deux isomères sont différentes et il s’agit d’isomères configurationnels (figure 4.5 Stéréoisomères configurationnels Les stéréoisomères configurationnels sont des stéréoisomères qui se différencient par leurs configurations. Stéréoisomèrie-stéréochimie 65 1 2 1 1 Cl H 2 isomère E CH3 Cl 1 Cl H 2 isomère Z Cl CH3 2 1.5. Dans la mesure où le passage d’une forme E d’un alcène à la forme Z nécessite d’inverser les substituants d’un carbone. Contrairement aux conformères qui résultent de rotations autour de liaisons simples σ.12 4. le passage d’un stéréoisomère configurationnel à un autre exige la rupture d’au moins deux liaisons et la création de deux nouvelles.2-dichloro-1-méthyl-cyclopropane 2 Cl 1 H H H Br 1 H H H 1 Cl 1 H H H CH3 2 H H3C 2 H H H H Br H H H isomère E isomère Z H 1-bromo-2-chloro-1-méthyl-cyclohexane H H H 3C Br H H isomère E H H H H Cl H H H 3C Br H Cl isomère Z H H H H H H H 1-bromo-3-chloro-1-méthyl-cyclohexane Figure 4.1 – Configuration La disposition fixée et relative des substituants d’un atome dans l’espace définit sa configuration.13).4. et susceptibles de créer un centre chiral (§ 4.5.

5-dichloro-1.13 4. ce point est le centre de symétrie de la molécule (ex : le trans-1.4-dibromo-2.5.2 – Centre de symétrie moléculaire Si d’un point de l’espace.66 Chimie organique Br H C CH3 et Br C2H5 C H 2 5 CH3 H H et CH4 H "trans" CH3 CH3 "cis" H Br C2H5 C2H5 Br H H 3C H H CH3 H C H3C CH2 OH H C CH3 Cl et H C H 3C OH Cl C H CH3 CH3 CH2 couples de stéréoisomères configurationnels Figure 4.4.3.4.4-diméthylcyclobutane 1.3-dichloro-trans-2.14). et cela pour tous les atomes qui constituent la molécule.4-dibromo-2. on peut faire correspondre des atomes identiques par une ligne passant par ce point et éloignés d’une distance égale de ce point.3.5-dichloro1.6-tétraméthyl-cyclohexane Figure 4.3-dichloro-trans-2.14 .6-tétraméthyl-cyclohexane) (figure 4.4-diméthylcyclobutane et le 1. centre de symétrie de la molécule Cl H centre de symétrie de la molécule Cl x CH3 H H3 C H x' CH3 H H H 3C Cl Br x = x' H H CH3 CH3 H Cl Br trans -1.

C’….16 Une molécule peut avoir plusieurs plans de symétrie. associe à chacun d’eux des atomes identiques A’.16). ou des groupes méthyles (figure 4.2-dibromoéthylène Figure 4.4. mais de structures inversées (configurations inversées pour les atomes tri ou tétravalents). Br C H C H Br E (ou trans)-1.17). des halogènes. le 1.2-tétrabromocyclopropane possède un premier plan de symétrie perpendiculaire au cycle passant par le carbone 3 et coupant le cycle selon la hauteur du triangle.2-dibromocyclopropane de la figure 4. B’. Stéréoisomèrie-stéréochimie 67 4.2. Par exemple. C’est le cas des composés éthyléniques ou alcènes ayant des substituants simples comme par exemple. plan de symétrie plan de symétrie B A' x' A x x = x' hydrogènes contenus dans le plan de symétrie Br 1 H H 3 Br 2 H H cis-1. B.15 Certains atomes peuvent figurer dans ce plan et sont leur propre image par rapport à ce plan (c’est le cas des atomes d’hydrogène du carbone 3 du cis-1.2-dibromocyclopropane (configurations inversées des carbones 1 et 2) Figure 4.15). .3 – Plan de symétrie moléculaire Une molécule possède un plan de symétrie si la réflexion des atomes A. et un second qui est constitué par la surface du triangle (figure 4.5. Une molécule plane possède un plan de symétrie qui n’est autre que le plan de la molécule. C…situés d’un côté de ce plan.1.

la molécule possède un axe de symétrie Sn avec n = 360 / .2-tétrabromocyclopropane Figure 4. Exemple d’axe de symétrie alternant S4 dans le méthane (figure 4.2.68 Chimie organique H H H Br H Br Br 3 1 3 2 Br 2 Br Br 1 Br Br 1.5.18 .18) : H1 H2 C H3 H4 rotation de 90° autour de l'axe H2 H1 C H3 H4 image 2 réflexion image 1 H3 H4 C H2 H1 image 3 Figure 4. fournit une représentation identique à la molécule originale.4 – Axe de symétrie alternant (impropre. au centre de gravité de la molécule. suivie d’une réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à cet axe.1.17 4. ou de rotation-réflexion) Si la rotation d’un angle d’une molécule autour d’un axe passant par son centre de gravité.

Le méthane et le cyclohexane possèdent des axes de symétrie de cette nature.3) subit une rotation de 60 °C autour de l’axe qui passe par le centre de gravité de la molécule (centre de symétrie) ce qui conduit à l’image 2. H2 par H1.4. S’il est substitué par quatre substituants différents. on s’aperçoit qu’elles sont identiques à la différence près que H1 est remplacé par H6.19). Stéréoisomèrie-stéréochimie 69 Le méthane CH4 peut être inscrit dans un cube dont le centre est occupé par l’atome de carbone. H2 par H4… Le méthane a autant d’axes de symétrie S4 (360°/ 90°) que de faces/ 2 dans le cube. c’est-à-dire 3.19 L’axe de symétrie alternant S2 correspond à une symétrie par rapport à un plan (360°/ 180° = 2).20). on obtient l’image 2 dont la réflexion par rapport à un plan perpendiculaire à un axe de symétrie passant par le carbone correspond à l’image 3. c’est-à-dire. etc.3. Un exemple d’axe de symétrie alternant S6 est fourni par le cyclohexane (figure 4. laquelle fournit l’image 3 par réflexion par rapport au plan perpendiculaire à l’axe de rotation au centre de gravité. l’atome de carbone. La comparaison des images 1 et 3 montre qu’elles sont identiques à la différence près que H1 a été remplacé par H3. Le cyclohexane admet donc un axe de symétrie alternant S6 (360°/ 60° = 6). Ce plan est défini par le carbone central et les deux groupes. Le méthane substitué par deux groupes différents possède encore un plan de symétrie ou un axe de symétrie alternant S2 (figure 4. il . Si l’on compare l’image 1 à l’image 3.19 (conformation chaise. Si l’image 1 subit une rotation de 90° autour d’un axe passant par le centre de gravité du méthane. § 4. Le cyclohexane défini par l’image 1 de la figure 4. axe de symétrie alternant S6 H1 H H H2 H H4 image 1 H1 H H3 H6 H H5 H rotation de 60° autour de l'axe de symétrie alternant S6 H H H H6 H2 image 2 H5 H3 H H4 H H H6 H H H1 H2 H H5 H4 H H H3 H image 3 (réflexion de l'image 2 par rapport au plan) Figure 4.

20 4. Propriétés : lorsqu’un carbone (A) est asymétrique. est asymétrique ou chiral.21 . Lui-même (A) et son inverse (B) par rapport à un plan représentent deux configurations inversées de la molécule considérée (figure 4. son image dans un miroir ou son symétrique par rapport à un plan (B) ne peuvent pas lui être superposé. et inversement).5. derrière le plan de symétrie inscrits dans le plan de symétrie Plan de symétrie Cl H C H3C H H3C Cl C Br H 4 substituants différents = ni plan de symétrie ni axe de symétrie alterné = carbone central asymétrique en avant du plan de symétrie Figure 4. Ils sont images l’un de l’autre dans un miroir (on dit aussi que B est l’image spéculaire de A.70 Chimie organique n’existe plus aucun axe de symétrie alternant.21).5 – Carbone asymétrique ou carbone chiral Un carbone hybridé « sp3 » qui porte quatre substituants différents entre eux. Cl Cl C* H 3C A H Br Br H *C CH3 B couple d'énantiomères (symétriques / plan) (inverses optiques) Figure 4. le carbone central ainsi substitué est dit asymétrique ou chiral. C’est un couple d’énantiomères.

ni plan de symétrie. respectivement. un centre chiral. Cl C * Br H B CH3 permutation de deux substituants Cl C* H Br CH3 H 3C A Cl C* Br H rotation autour de l'axe C-Cl inverse de B B et A sont images l'un de l'autre dans un miroir: ils représentent un couple d'énantiomères Figure 4. le phosphore (P) et l’arsenic (As).22 La molécule qui possède un carbone asymétrique. Autrement dit. Stéréoisomèrie-stéréochimie 71 L’échange de deux substituants de l’un des deux énantiomères (ici B dans la figure 4. ni centre de symétrie. atomes tétravalents. donc inverse sa configuration. symbolisé par C*. à l’intérieur d’une molécule.6 – Chiral (centre -) ou stéréocentre Tout atome dont la valence est égale ou supérieure à trois. 4. On peut y ajouter l’azote.22). . l’étain (Sn). ce qui exige de rompre deux liaisons C-Br et C-H et de rétablir de nouvelles liaisons C-H et C-Br. Un nombre pair de permutations de deux substituants conserve la configuration du carbone asymétrique. la molécule peut être chirale ou achirale. le germanium (Ge). selon le cas (voir diastéréoisomères § 4. ayant des substituants tous différents entre eux. peut exprimer une chiralité (en fonction de la nature de l’atome) et peut donc représenter. la création d’un centre chiral est possible (figure 4. S’il en existe un seul dans la molécule. et par conséquent.23). Avec le carbone. trivalent. le transforme en l’autre énantiomère (A).4. S’il en existe plusieurs. celle-ci est alors dite chirale.5. le silicium (Si). n’a pas d’axe de symétrie alternant.21). un nombre impair de permutations de deux substituants inverse la configuration du carbone asymétrique. sous forme de sel quaternaire (dans la mesure où les quatre groupes substituants sont différents) ou de N-oxyde. sous formes de sels de phosphonium et de sels d’arsonium.5.

ce qui inverse la configuration de cet élément. les liaisons des substituants peuvent se retourner (comme les baleines d’un parapluie. la fréquence des inversions diminue et il est parfois possible de démontrer l’existence des deux énantiomères. le phosphore ou l’arsenic.24 pour les amines secondaires (R1 et R2 = groupes alkyles. à une vitesse parfois élevée : il est alors difficile de démontrer la présence de l’une ou l’autre configuration.24 . par grand vent). Cela est illustré dans la figure 4. dans ce cas.23 Pour les dérivés d’atomes trivalents comme l’azote. R2. ou tertiaires (R1. R1 inversion R1 N de configuration N R2 R3 R2 R3 Figure 4. Ce phénomène se reproduit en sens inverse. En effet. qui ont chacun un doublet libre. Lorsque la température est suffisamment abaissée (inférieure à –100 °C). Il s’agit de l’inversion de configuration. R3 = H). il existe un phénomène particulier qui limite la chiralité de leurs dérivés substitués par trois groupes différents.72 Chimie organique R1 Si R2 R3 R4 R1 Sn R2 R3 R4 R1 Ge R2 R3 R4 dérivés de silane SiH4 dérivés de stannane SnH4 dérivés de germane GeH4 R1 N R2 R3 X R4 R2 R3 R1 N O ou R2 R3 R1 N O sels d'ammonium quaternaires amines N-oxydes R1 P R2 R3 X R4 R2 R3 R1 As X R4 sels de phosphonium sels d'arsonium Figure 4. R3 = groupes alkyles).

ions oxonium. inverses optiques ou antipodes optiques. C’est le cas de la N-chloro-2.2-diméthylaziridine (figure 4.25). en particulier dans les composés cycliques.5. donnent lieu à ce type d’inversion. Les sulfoxydes (R1)(R2)S+-O. Cl N Me Me N Cl Me Me Figure 4. Lorsque l’inversion devient impossible ou difficile.25 Certains sels de soufre. chaque énantiomère peut être isolé. d’oxygène. (R1)(R2)(R3)O+. (R 1)(R2)(R3)S+.26).7 – Énantiomères (couple d’-) Deux molécules représentent un couple d’énantiomères dans la mesure où elles ont la même constitution moléculaire (stéréoisomères). et les carbanions (R1)(R2)(R3)C-. ions sulfonium.ne donnent pas lieu à ce type d’inversion et il est possible d’isoler chaque énantiomère. Leurs solutions de même .5. H3 C H C 2H 5 * C CH2OH HOH2C * C CH3 H C 2H 5 C2 H5 CH3 Cl C* C* Br Cl CH3 C2H5 C* C* C2H5 C2 H5 Br CH3 couples d'énantiomères CH3 Figure 4. Ils sont les images spéculaires l’un de l’autre.8).26 Les énantiomères sont aussi appelés isomères optiques.4. Ils sont l’un pour l’autre des inverses optiques en raison de leurs activités inverses sur la lumière polarisée rectilignement (voir polarimètre § 4. 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 73 Ce phénomène est très rapide pour les dérivés de l’azote. mais moins rapide pour les dérivés du phosphore et lent pour ceux de l’arsenic. qu’elles sont chirales et symétriques l’une de l’autre par rapport à un plan ou images l’une de l’autre dans un miroir (figure 4. Les énantiomères peuvent contenir un ou plusieurs centres chiraux.

Les points de fusion (F °C). odeur. dans les conditions classiques d’enregistrement) sont identiques. font tourner le plan de polarisation de la lumière polarisée rectilignement. Par contre.74 Chimie organique concentration dans un même solvant achiral (par exemple : eau ou éthanol).8 – Polarimètre et pouvoir rotatoire spécifique La polarimétrie consiste à déterminer le pouvoir rotatoire d’un composé chiral. au moyen d’un polarimètre. Les énantiomères ont strictement les mêmes propriétés chimiques. spectres ultraviolets (UV). La lumière est un phénomène électromagnétique ondulatoire. perpendiculaires .5.27 4. leurs activités biologiques (goût. configurations inversées des C* H OOC NH3 H N H NH3 COOCH3 H OOC O H N H COOCH3 CH2 O H2 C résidu de l'acide (L)-aspartique ester méthylique de la (L)-phénylalanine ester méthylique de de la (D)-phénylalanine Composé au goût amer Aspartame Edulcorant 200 fois plus sucré que le saccharose O O H H (R) Carvone odeur de cumin (S) Carvone odeur de menthe Figure 4. spectres infrarouges (IR). Cet appareil est constitué. de trois parties : deux prismes de Nicol (un polariseur et un analyseur) entre lesquels est disposée une cuve optique de longueur « L » comme le montre la figure 4. toxicité…) et pharmacologiques sont très souvent différentes comme le montrent les exemples de l’aspartame et de la carvone donnés dans la figure 4. de manière succinte. spectres de résonance magnétique nucléaire (RMN.27. L’onde est décrite par un vecteur magnétique H et par un vecteur électrique E. Le prisme de Nicol est composé de deux parties en calcite collées par du baume du Canada (substance très réfringente).28. d’un angle α° de valeur absolue égale mais de signes contraires. points d’ébullition (Eb °C).

28 Lorsqu’une lumière monochromatique (caractérisée par une unique longueur d’onde) traverse le premier prisme de Nicol. la lumière qui en émerge est polarisée rectilignement. Pour simplifier.29). la lumière émergente aura sensiblement la même intensité que celle de la lumière incidente (figure 4. Si cette lumière traverse un nouveau prisme de Nicol. Elle ne vibre plus que dans un seul plan défini par un unique vecteur électrique E : ce plan est appelé plan de polarisation.4. pas de rotation du plan de la lumière polarisée Plan da la lumière polarisée E' E L E polariseur lampe à vapeur de sodium (lumière monochromatique) Cuve optique vide ou remplie d'un solvant achiral analyseur intensité de la lumière émergente maximale 1ère expérience Figure 4. seul. appelé analyseur.28 et suivantes : E 90° rayon lumineux H Plan des vecteurs E E E polariseur lumière monochromatique (raie D du sodium) Figure 4. placé dans la même position que le premier. le vecteur électrique E est représenté dans la figure 4. ce qui compose une infinité de plans de vibration.29 . Stéréoisomèrie-stéréochimie 75 entre eux qui vibrent dans toutes les directions du plan perpendiculaires à la direction du rayon lumineux. appelé le polariseur. La rotation du polariseur ou de l’analyseur conduit d’abord à une diminution progressive de la lumière émergente puis à son extinction lorsque la rotation atteint 90°.

on peut définir son pouvoir rotatoire spécifique : α T = 100 α λ Lc L est la longueur en dm du trajet optique dans la cuve (souvent égale à 1).30 Si.13. L’énantiomère qui fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement à droite est dit « dextrogyre ».5. on n’observera aucun effet sur l’intensité de la lumière émergente à la sortie de l’analyseur. à droite. il y a encore totale extinction de la lumière émergente comme dans l’expérience précédente.22). l’éthanol…. Attention : les lettres d et l qui décrivent un phénomène physique optique ne doivent pas être confondues avec D et L. dans le cas contraire. Cela est indiqué par les abréviations (+) ou (d)) et. ayant placé le polariseur et l’analyseur dans la même position (figure 4. nécessaire pour retrouver l'intensité émergente maximale Figure 4. Par contre. en sens inverse (négatif (-). comme l’eau. à gauche. acides-alcools…) et ne sont que l’application de conventions (conventions de Fischer § 4. dans ces conditions. on interpose entre le polariseur et l’analyseur une cuve remplie d’un solvant dont les molécules sont achirales (§ 4. ou d) ou au contraire.76 Chimie organique Si.30). en utilisant le polarimètre. acides aminés. obtenue pour une solution d’un énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml d’un solvant donné. on observe alors une diminution de l’intensité de la lumière émergente. ou l). si l’analyseur est tourné de 90° par rapport à la position du polariseur. ne possèdant pas de carbone(s) asymétrique(s)). selon l’énantiomère étudié. à gauche. « lévogyre » (indiqué par les abréviations (-) ou (l). rotation du plan de polarisation L E E E E E +++++++++ +++++++++ +++++++++ cuve optique remplie d'une solution d'énantiomère à "c"g / 100ml dans un solvant non chiral 2ème expérience rotation de + α° de l'analyseur. lesquelles définissent des séries de stéréoisomères (sucres. on interpose une cuve remplie d’une solution d’un seul énantiomère à la concentration de « c » g / 100 ml. A partir de la valeur expérimentale . par une rotation de de l’analyseur dans le sens des aiguilles d’une montre (positif (+).5. Celle-ci peut être optimisée et atteindre sa valeur maximale. . dans les mêmes conditions. dans un solvant achiral.

Christopher Ingold et Vladimir Prelog. Cahn. R-COOH. dans des conditions définies précises : – nature du solvant. – température T (le plus souvent 278 K = 25 °C). 4. 2 et 3 selon leur ordre de priorité. qu’il possède un ou plusieurs centres chiraux. R-CH(NH3+) (COO-). de telle sorte que le quatrième substituant . à définir des règles permettant de classer ces carbones selon leur configuration dite absolue en série R (du latin rectus. § 3. – longueur d’onde de la lumière monochromatique utilisée (le plus souvent. en utilisant une lampe à vapeur de sodium. cela signifie que ce composé est lévogyre. raie D du sodium. La polarimétrie s’applique à tout composé chiral soluble dans un solvant achiral. regarder ensuite le triangle formé à partir des substituants classés 1. Stéréoisomèrie-stéréochimie 77 Le pouvoir rotatoire spécifique est une constante pour un énantiomère donné. 6N HCl). Exemple : si un composé chiral a un [α]D278K = –14° (c = 10. secondaires R-NH-R’. dans le cas des composés ionisés comme les acides α-aminés. les acides. trois chimistes. – pH. On peut aussi définir le pouvoir rotatoire moléculaire [M] qui est relié au pouvoir rotatoire spécifique par l’équation suivante : M T = λ α T x M λ 100 M = masse moléculaire du composé optiquement actif Cette valeur caractéristique qui tient compte de la masse moléculaire du composé optiquement actif permet de comparer les activités optiques de divers composés de masses moléculaires différentes. à gauche). et tertiaires R-N(R')-R''. les amines primaires RNH2. et tout autre composé susceptible d’être ionisé en milieu acide ou basique. la raie jaune D émise par une lampe à vapeur de sodium à 589. à droite) et en série S (du latin sinister. à une température de 25 °C (ou 278 K). et qu’il fait tourner le plan de la lumière polarisée rectilignement d’un angle de –14° lorsqu’il est en solution dans HCl 6N à la concentration de 10 g / 100 ml.9 – Configuration absolue (nomenclature R et S) La difficulté rencontrée par les chimistes du début du siècle dernier pour définir les configurations des carbones asymétriques dans les molécules a conduit Robert S.3 nm. Les règles à appliquer pour y parvenir sont les suivantes : 1. ordonner les substituants du carbone asymétrique selon leur ordre de priorité par application des règles décrites pour définir les isomères E et Z des alcènes. nm = nanomètre).1.3. 2.4.5.

2 OH C* Cl 1 C* (S) 2 OH l'observateur voit 1 Cl H3 C OH 2 C*(R) 4 H 1 Cl C* H3 C 3 OH 2 4 H C* H 4 3 H 3C H 4 3 C* H3C 3 Cl 1 S Figure 4.31 R Quelques exemples sont réunis dans la figure 4. et Prelog. 2 CH=O 4 Dans cette représentation du (D)-glycéraldéhyde.2.32. .78 Chimie organique soit situé derrière le plan de ce triangle. Ce n'est donc pas un carbone asymétrique S mais au contraire un carbone asymétrique R. Note : il est facile de s’en souvenir à partir du sens d’écriture de R et S.3 donc en sens inverse de la règle de Cahn.31). vers la gauche. Ingold. mais attention au fait que le substituant 4 H OH 1 C (R) CH2OH 3 est en avant de la représentation c'est-à-dire devant le triangle 1. par rapport à l’observateur. le sens de la rotation qui permet de passer du carbone 1 au carbone 2 donne la configuration du carbone asymétrique. Si toutes ces conditions sont respectées. Lorsque la rotation s’effectue dans le sens des aiguilles d’une montre (vers la droite) le carbone est dit de configuration absolue R. le sens de rotation 1 2 3 est l'inverse des aiguilles d'une montre. Dans le cas contraire. le carbone asymétrique est dit de configuration absolue S (figure 4.

Le ou les carbones asymétriques d’un couple d’énantiomères ont des configurations absolues inversées.3 est regardé par le côté opposé à l'atome d'hydrogène afin de se mettre dans les conditions de la règle de Cahn.33 COOH H2 N (S) CH3 (+)-alanine H La configuration absolue d’un échantillon d’une molécule chirale peut être déterminée expérimentalement par l’analyse cristallographique au moyen des rayons X qui permet de situer dans l’espace les différents atomes qui constituent la molécule du cristal. Figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie 79 3 H 3C C H 4 Br Cl 1 2 Si le triangle 1.4. Ingold. et vice-versa. la (D)-sérine. et Prelog. on voit: Br 1 3 H3C (R) Cl C H 4 2 et le carbone asymétrique est de configuration absolue R.5. 4.33. 2 COOH 1 H2N C CH 4 (S) 3 CH2OH 3 Même problème que ci-dessus pour un acide aminé. de même nature. comme le montrent les exemples ci-après. appelée inversion de configuration. de la figure 4.10 – Configuration (inversion de -) Le passage d’une configuration R à la configuration S d’un atome de carbone asymétrique dans une molécule. nécessite l’échange de deux substituants sur ce carbone. et leurs activités sur la lumière polarisée rectilignement. .2. dont le carbone asymétrique est S. dextrogyre : CHO H (R) OH CH2OH (+)-glycéraldéhyde Figure 4. pour lesquels les configurations absolues des carbones asymétriques sont différentes (R et S).32 Important : il n’existe pas de rapport entre la configuration absolue d’un carbone asymétrique et son activité optique.

2).NaBr (SN2) inversion de Walden (Inversion de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4.6). Dans ce cas. le substituant du carbone asymétrique qui subit la réaction est échangé avec un nouveau substituant provenant du réactif (de priorité équivalente selon les règles de Cahn.2) par une inversion de Walden (schéma 4. l’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique peut résulter d’une réaction de substitution SN2 (§ 8.5. 4. Me Et H SOCl2 Me O S OH (S) diéthyléther H Cl chlorure de Et thionyle .2 L’inversion de configuration relative d’un carbone asymétrique est figurée par le signe : La configuration d’un azote portant trois substituants différents s’inverse constamment (centre chiral ou stéréocentre § 4. 3 CH3 CH2-CH3 1 Br 2 (S) H NaOH 3 H3C H3C-H2C OH 1 2 (R) H .11 – Configuration (rétention de -) La rétention de configuration relative est le résultat d’une réaction effectuée sur un carbone asymétrique avec échange ou transformation d’un substituant en conservant une même configuration relative (différence avec l’inversion de configuration).SO2 anhydride sulfureux Me Et H Cl (S) (S)-butan-2-ol O (S)-chloro-2-butane (rétention de configuration relative du carbone asymétrique) Schéma 4.3 . et il prend une position inversée par rapport à celui de départ sur le carbone comme dans la réaction ci-dessous.1. C’est la cas de la réaction de substitution intramoléculaire du chlorure de thionyle sur un alcool chiral comme le (S)-butan-2-ol qui conduit au (S)-chloro-2-butane : OH et Cl occupent la même position par rapport aux autres substituants du carbone et sont des groupes de même priorité. Ingoldet Prélog).5.80 Chimie organique Par extension.

Tout dans la Nature est chiral. ce qui déclenche l’activité biologique. Attention : certaines molécules achirales peuvent contenir des carbones asymétriques de même constitution. en nombre pair (voir diastéréoisomères de forme méso § 4.25). ni plan de symétrie) est dit chiral. ni échange de substituants. Le changement de configuration de l’un d’eux peut conduire à une totale inactivité de la molécule correspondante (la clé est déformée !…). 4. et. il ne peut être associé qu’à une molécule dont les groupes actifs sont disposés de telle sorte que leur géométrie s’accorde parfaitement à ces fonctions. un plan ou un centre de symétrie.5. l’activité biologique est directement liée à la chiralité des molécules. Par exemple. molécule… qui ne possède pas d’axe de symétrie alternant (et.34) qui peuvent être représentés par deux plans perpendiculaires et dont la jonction a lieu au niveau du carbone central hybridé sp (§ 1. Un composé peut être chiral sans contenir un centre chiral ou stéréocentre. est dit achiral.5.1. cube. par exemple. tout objet. En revanche. sans aucune rupture de liaison. Le passage de la configuration d’un carbone asymétrique à sa configuration inverse nécessite la rupture de deux liaisons et leurs échanges sur le carbone asymétrique. mais de configurations inversées. Dans ce cas.3). molécule… qui possède un axe de symétrie alternant. dessin. dessin. les deux mains d’une même personne). et présente une géométrie donnée. le passage d’une conformation moléculaire à une autre n’exige que des rotations autour d’une ou plusieurs liaisons de cette molécule. comme une clé à sa serrure. si le site récepteur d’une macromolécule est composé de différentes fonctions en nombre égal ou supérieur à trois. Stéréoisomèrie-stéréochimie 81 4. Son image dans un miroir lui est superposable (exemples : sphère. Sa chiralité s’exprime par le fait que son image dans un miroir (image spéculaire) ne lui est pas superposable (par exemple. Par contre. CH4…).5. ni centre de symétrie.12 – Configuration et conformation Ne pas confondre les termes configuration et conformation. Exemple : un médicament qui agit sur un récepteur enzymatique devra avoir des configurations très précises de son ou ses carbones asymétriques pour agir. La chiralité se trouve dans l’essence même de la vie. Dans la Nature.13 – Chiralité Tout objet. C’est le cas de molécules dissymétriques comme certains dérivés de l’allène (figure 4. par conséquent.4. . molécule de méthane. les interactions qui en résultent (chimiques ou physiques) atteignent une efficacité maximale.

la libre rotation des deux cycles autour de cette liaison est contrariée par une gêne stérique et les deux plans contenant les cycles forment entre eux un angle qui peut atteindre 90° (figure 4.35). si ces deux substituants sont différents. Le biphényle est formé par deux groupes phényles. P1 H3 C C H3C C 90° CH3 C H P2 Figure 4. ni plan de symétrie) Figure 4. La molécule est alors achirale. de structures planes.35 plan de symétrie de la molécule. Certains dérivés du biphényle peuvent être chiraux en l’absence de carbone asymétrique s’ils sont substitués par quatre groupes assez volumineux en positions α par rapport à la liaison centrale (positions ortho). la molécule possède un plan de symétrie qui est le plan P2 (figure 4. composé achiral Un autre exemple de composés chiraux ne disposant pas de centre chiral concerne certains dérivés du biphényle. Dans ce cas.36).82 miroir Chimie organique 90° H C H3C C C H H CH3 H 3C C 90° H C C CH3 inverses optiques (ni centre. si deux substituants ortho du cycle B (ou A) sont identiques. il n’existe plus de plan de symétrie et la molécule est chirale. le plan du cycle A (ou B) joue le rôle de plan de symétrie pour la molécule et la molécule est achirale. retenus l’un à l’autre par une simple liaison. Par contre. . Dans ces conditions.34 Si l’un des carbones hybridés « sp2 » a deux substituants identiques dans le plan P1.

37 La substitution des quatre positions ortho n’est pas absolument nécessaire.2'-dicarboxylique F HOOC B A F F B COOH COOH Figure 4. – que chacun des deux cycles soit substitué par des groupes différents afin d’éviter la possibilité d’un plan de symétrie moléculaire.4.37. F HOOC A COOH F B A COOH F acide 6. Les conditions requises pour que la molécule soit chirale sont les suivantes : – que le ou les substituants en position ortho soit (soient) assez volumineux pour apporter une gêne à la libre rotation autour de la liaison unissant les deux cycles et.6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2.6'-dichloro-2'-méthyl-biphényl-2-carboxyl ique Figure 4.6-dicarboxylique 2) acide 6-acétyl-3'. le fluor).36 Si.6'-difluoro-biphényl-2. Il n’y a pas d’activité optique. . Quelques exemples sont donnés dans la figure 4. au moins l’un des quatre substituants en position ortho n’est pas volumineux (dans l’exemple de la figure 4.38. la rotation autour de la liaison centrale n’est plus empêchée et le passage d’un stéréoisomère à son inverse optique est possible et vice-versa. Stéréoisomèrie-stéréochimie 83 biphényle 1) A Cl Cl HOOC B 2) A Cl Cl H3C-CO B CH3 HOOC CH3 HOOC composé achiral: le plan du cycle A est un plan de symétrie de la molécule composé chiral: le plan du cycle A (ou du cycle B) n'est pas un plan de symétrie de la molécule 1) acide 3'.

par compensation externe des activités optiques des énantiomères qui les composent. Les mélanges racémiques ou plus simplement les racémiques. (+)-phénylalanine. . séparé par un tiret (ex: acide (±)-aspartique). ou l) formant un couple. des deux énantiomères (+.5.2'. en quantités égales.38 4. (±)-phénylalanine. ou d) et (–. F = 267 °C) (figure 4.6'-tétrafluoro-biphényl-3-carboxylique Figure 4.14 – Racémique (mélange) Ce n’est pas un corps pur mais le mélange.2'-dinitro-biphényl-2-carboxylique (molécule chirale) Br groupe volumineux iodure de 3'-bromo-biphényl-2-triméthylarsonium (molécule chirale) substituant peu volumineux F A F phényle A substitué symétriquement (plan de symétrie contenant le cycle B) (molécule achirale) F B F Br COOH acide 5-bromo-2. n’ont pas d’activité sur la lumière polarisée rectilignement.l) suivi du nom de la molécule.39). F = 276 °C°.84 Chimie organique groupe volumineux HOOC (CH3)3 As I NO2 O2N acide 6. F = 276 °C.6. On l’indique par (±) ou (d. Leurs points de fusion sont différents de celui des énantiomères (exemples : (-)-phénylalanine.

dont l’activité est stéréosélective (§ 4. permet d’obtenir.35° = D 50% ( 50% mélange racémique ) ou (d. l’énantiomère souhaité. . conduisent dans la majorité des cas. le plus volumineux à droite.l)-phénylalanine α 278K= 0° D Figure 4.4. de nombreuses aldéhydes et cétones sont réduites en alcools optiquement actifs par une enzyme.7). dans certains cas. Si la cétone (ou l’aldéhyde) est représentée de telle sorte que le plus petit substituant soit à gauche du groupe carbonyle et donc. Les synthèses dites asymétriques ont pour but de ne permettre l’accès qu’à un seul énantiomère. La règle de Prelog (1953) permet a priori de définir la stéréochimie de l’alcool qui sera formé. respectivement. L’utilisation de méthodes bio-organiques faisant intervenir des enzymes fournies par des microorganismes.39 Les synthèses classiques de molécules comportant un ou plusieurs centres chiraux. à un ou des mélanges racémiques. présente dans la « levure du boulanger ».4. d’en favoriser seulement la formation (par induction asymétrique) au détriment de l’autre énantiomère. et avec d’excellents rendements. l’alcool qui sera obtenu par cette réduction biologique aura son groupe OH en arrière de la représentation dans la majorité des cas comme cela est figuré dans le schéma 4. ou parfois. Ainsi. Stéréoisomèrie-stéréochimie 85 COOH H C CH2 NH2 H2N COOH C CH2 H (+)-phénylalanine (-)-phénylalanine α 278K= + 35° D α 278K . une déshydrogénase.

par exemple. Elle peut être manuelle.NAD+ déshydrofgénase HO H 3C H C (S) CH2 NADH = nicotinamide adénine dinucléotide (forme réduite) NAD+ = idem (forme oxydée) NADPH = nicotinamide adénine dinucléotide phosphate (forme réduite) NADP+ = idem (forme oxydée) Schéma 4. et plus particulièrement leurs solubilités relatives dans certains solvants. le (+)-acide tartrique. des différences géométriques sont visibles entre les cristaux des deux énantiomères (structures inversées. HO2C-CH(OH)-CH(OH)-CO2H). L’action d’un acide fort libère ensuite de leurs sels.NAD+ déshydrogénase HO C H O C H3 C CH2 NAD(P)H déshydrogénase . symétriques par rapport à un plan) ce qui permet leur séparation au moyen d’une pincette. C’est souvent le cas d’énantiomères d’acides dont on prépare des sels par action de bases assez volumineuses et optiquement actives. La résolution peut être chimique : elle est alors basée sur les différences de propriétés de certains dérivés des énantiomères. d’autre part.4 4. Inversement.86 Chimie organique O C NAD(P)H déshydrogénase .40).5. d’une part. comme Pasteur l’a pratiquée en observant au microscope les structures géométriques des cristaux de sels d’ammonium et de sodium formés à partir de l’acide tartrique racémique (acide (±)-tartrique. et le (-)-acide tartrique.15 – Résolution ou dédoublement du racémique La résolution ou le dédoublement d’un racémique est la technique permettant de séparer les deux énantiomères qui le constituent. H N R H R O N H H H O HO H H OH COOH camphre acide (-)-tartrique acide β-camphosulfonique O SO3H O COOH strychnine R = H brucine R = OCH3 Figure 4. l’acide (-)-tartrique. recristallisés à une température inférieure à 27 °C : dans ce cas.40 . il est possible de séparer des bases énantiomèriques en formant des sels d’acides optiquement actifs comme. la strychnine ou la brucine. ou l’acide (+)-β-camphosulfonique (figure 4. par exemple. comme.

5. La méthode est identique avec les racémiques de bases. C’est le cas pour les mélanges racémiques d’acides α-aminés naturels N-acylés. AH (-) + AH (+) acide racémique ( )A + Base chirale (-) A(-)-B(-) + A(+)-B(-) sels diastéréoisomères de propriétés physiques différentes. soit par précipitation et filtration. Enfin. On utilise alors la différence des interactions qui existent entre une phase chirale du système chromatographique et les deux énantiomères qui composent le racémique. les deux sels formés seront A(+)-(B(-) et A(-)-B(-) ayant des différences de solubilité dans un solvant choisi par expérimentation. par exemple) Schéma 4. et en particulier la solubilité dans un solvant donné S. A(-)-(B)(-) soluble dans le solvant S et A(+)-(B)(-) cristaux insolubles dans le solvant S AH(-) + AH(+) + B(-)H B(-)H (La base chirale est récupérée sous forme de sel) séparation par filtration filtrat contenant A(-)-B(+) cristaux filtrés A(+)-B(-) H H Les acides sont isolés. elle est destructrice avec perte de 50 % du mélange. celui qui est insoluble est filtré puis recristallisé pour le purifier.5 La résolution du racémique peut être biologique. Si un acide racémique représenté par AH(+) + AH(-) est mis en présence d’une base B(-).21) auxquels s’apparentent les sels d’acides chiraux et de bases chirales (schéma 4. car l’un des énantiomères est dégradé par des enzymes spécifiques. RCONH-CH(R)-COOH. Si l’un des deux sels est nettement plus soluble que l’autre dans ce solvant. qui sera dans ce cas A(-)(B(-) permettra par le même procédé de récupérer l’autre énantiomère acide AH(-).4. L’action d’un acide fort sur ce sel. L’évaporation de la solution contenant le sel le plus soluble. mais dans ce cas. il n’est pas rare qu’un des énantiomères soit à l’origine de cette propriété tandis que l’autre est totalement inactif. En effet. des techniques chromatographiques très spécifiques à tel ou tel type de structure chimique. La forme racémique du médicament correspondant obtenue par la synthèse classique nécessite donc une dose double de celle de l’énantiomère actif pour un effet identique ce qui est une aberration économique et explique l’intérêt de ne produire que l’énantiomère actif par synthèse asymétrique. . elles ne reconnaissent parmi les deux énantiomères proposés à leur action que celui qui s’accorde à leur propre chiralité. soit par extraction par un solvant ou évaporation du solvant s'ils sont solubles.5). permettent de séparer les deux énantiomères formant un racémique. par exemple A(+)-B(-) déplace alors l’énantiomère acide faible AH(+). Lorsqu’une molécule chirale sous forme racémique possède une activité biologique. Stéréoisomèrie-stéréochimie 87 Cette méthode est basée sur les différences de propriétés physicochimiques des diastéréoisomères (§ 4. on utilise un acide optiquement actif. mais dans ce cas. soit par d'autres méthodes (chromatographie.

optiquement actif. l’acide L(+)-lactique est facilement racémisé en présence d’une solution de soude en raison de l’équilibre avec la forme énolate de l’acide (figure 4. inactif sur la lumière polarisée rectilignement. Me Me Me Br R C Et Pr carbocation solvant polaire Br + Pr C Et HO HO C R Et Pr et Me Et Pr racémique C OH S HO Schéma 4. à un mélange racémique.17 – Pourcentage énantiomérique Pour un mélange de deux énantiomères R et S.16 – Racémisation C’est la réaction qui permet le passage d’un composé chiral.3) est racémisante parce qu’elle s’effectue via un carbocation plan qui peut ensuite être attaqué sur ses deux faces (schéma 4.88 Chimie organique 4.7). La réaction de substitution nucléophile monomoléculaire SN1 (§ 8.5. O O C HO C H .l)-lactique (sous forme de sel) CH3 acide L(+)-lactique (sous forme de sel) CH3 CH3 O C O retour de H+ d'un côté ou de l'autre du plan HO C H CH3 Schéma 4.6).5.H+ O O C HO C O O C C HO O + H+ C O H C OH CH3 et racémique acide (d. le pourcentage énantiomérique est pour l’énantiomère (R) : %(R) = R R+S .7 4.1.6 Par exemple.

Si. et spectres physicochimiques. dans une réaction.20 – Rendement optique Distinct du rendement réactionnel qui est le pourcentage de produit obtenu pur dans une réaction par rapport à la quantité théorique de ce même produit qui aurait du être obtenue.5.25).19 – Pureté énantiomérique ou excès énantiomérique (ee) Dans un mélange d’énantiomères R et S.5. un stéréoisomère optiquement pur. la pureté énantiomérique en énantiomère R est donnée sous forme de pourcentage par l’équation : pureté énantiomérique en R % = (R . Lorsqu’une molécule possède « n » centres asymétriques ou chiraux avec n > 1.S) (R + S) x 100 Elle a la même valeur que la pureté optique. est : 100 × [α°] /[α°R]. l’activité optique de l’énantiomère R pur est [α°R]. par une réaction. 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie Il est de 50 % pour chacun des énantiomères composant un mélange racémique. Si les activités optiques des énantiomères sur la lumière polarisée rectilignement sont opposées mais de même valeur absolue. Par exemple.21 – Diastéréoisomères (couple de -) Un couple de diastéréoisomères est constitué de stéréoisomères qui possèdent au moins deux centres asymétriques. X produit le racémique (d.5. le rendement optique est de 0 %. le réactif X. 89 4. identiques. dont la pureté optique est de 40 %.4. 4.5.l)-Y. Si X conduit uniquement à l’énantiomère (d)-Y pur. le rendement optique exprime le pourcentage de pureté optique d’un nouveau stéréoisomère issu d’une réaction faisant intervenir comme produit de départ. il existe 2n stéréoisomères a priori. et ne sont pas images l’un de l’autre dans un miroir (définition inverse des énantiomères). car il peut exister pour certains de ces stéréoisomères des symétries moléculaires qui en réduisent le nombre (ex : formes méso § 4. celles des diastéréoisomères sont différentes et ne présentent aucune relation entre elles comme deux com- . 4. il n’en est pas de même des diastéréoisomères. l’activité optique enregistrée sur un polarimètre est [α°] alors que dans les mêmes conditions expérimentales. optiquement pur. Si. donnée sous forme de pourcentage. par exemple de 70 %.5. la pureté optique. qui diffèrent entre eux par toutes leurs propriétés physiques. C’est rarement le cas. avec R > S. avec R >S. bien que le rendement réactionnel soit. conduit à un composé Y. les énantiomères ont des points de fusion.18 – Pureté optique Si dans un mélange de deux énantiomères R et S. mathématiquement possibles. le rendement optique est de 40 %. le rendement optique en cet énantiomère est de 100 %. points d’ébullition. enregistrés dans des conditions classiques.

90 Chimie organique posés optiquement actifs mais de natures différentes. tous les carbones asymétriques portant les mêmes substituants ont des configurations absolues inversées. H CH3 Br (S) (S) H CH3 H3 C Br (R) (R) H H 3C H Cl Cl (2S. 3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple d'énantiomères "images l'un de l'autre dans un miroir" H CH3 Br (S) (S) Cl H CH3 Br H 3C (S) (R) H H3 C Cl H (2S.41 On peut remarquer que dans le couple d’énantiomères. Ce sont deux stéréoisomères configurationnels non symétriques par rapport à un plan.24).5. Ils n’ont pas d’activité optique car le plan de la molécule sert de plan de symétrie. Ils sont achiraux (figure 4. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2S. 3S)-2-bromo-3-chloro-butane (2R. Un cas particulier de couple de diastéréoisomères qui ne comportent pas de centres chiraux est celui composé de deux isomères géométriques cis et trans ou E et Z.3R)-2-bromo-3-chloro-butane couple de diastéréoisomères ne sont pas "image l'un de l'autre dans un miroir" Figure 4.42). Des exemples sont donnés pour le 2-bromo-3-chloro-butane (figure 4. Cl C C Cl (Z) H H C C Cl H Cl (E) H couple de diastéréoisomères Figure 4.41) (voir aussi la convention de Fischer § 4. ce qui n’est pas vrai pour l’ensemble des carbones asymétriques du couple de diastéréoisomères.42 .

4. Le substituant terminal ayant le plus haut degré d’oxydation (CHO ou COR) est toujours situé à la partie supérieure de la représentation (figure 4. Tout trait vertical. pour les aldoses. et HO-CH2-(CHOH)n-CO-R. prix Nobel 1902.5. pour le plus grand nombre des cétoses. à l’exception du premier et du dernier correspond à des projections sur le plan de représentation des liaisons C-C de la chaîne carbonée centrale.43 .43). appelée « projections de Fischer »: Tout trait horizontal correspond à une liaison située en avant du plan de représentation. avec R souvent égal à CH2OH.22 – Convention de Fischer (représentation des sucres) Les formules générales des sucres acycliques sont : HO-CH2-(CHOH)n-CHO. Ils comportent plusieurs carbones asymétriques. plan de représentation CHO H HO H HO CH2OH CHO H H H CHO rotation de 90° OH OH H OH OH CH2OH CH2OH représentation de FISCHER (projections sur le plan de représentation) OH OH CHO CH2OH D-(-)-érythrose plan de représentation = plan de la feuille H H H HO H HO HO CHO 109°28 rotation de 90° puis projection sur le plan de représentation CH2OH H L-lyxose CHO H OH H OH HO H CH2OH représentation de FISCHER représentation de NEWMAN (conformation éclipsée) Figure 4. Les premier et dernier traits verticaux correspondent à des substituants situés derrière le plan de représentation (ou de projection) de la chaîne carbonée centrale. Stéréoisomèrie-stéréochimie 91 4. un chimiste allemant. Emil Fischer. Pour les représenter simplement. a proposé la convention suivante.

il est dit de la série L. En effet.et D-xyloses. L-ribose et L. le sucre appartient à la série conventionnelle D. possèdant chacun un seul carbone asymétrique et définis comme les « bases stéréochimiques » des aldoses. c’est ce qui explique cette convention. le (n-1)ième atome de carbone de la chaîne carbonée centrale. le sucre porte au contraire un groupe OH à gauche. ce qui est totalement indépendant des lettres D ou L qui sont issues d’une convention de représentation. L. en représentation de FISCHER. porte un groupe OH à droite. ces derniers résultent d’additions successives de groupes « H-C-OH » ou « HO-C-H » entre la fonction aldéhyde et le reste de la molécule (figure 4.45). dans ces conditions. On peut considérer que les aldoses dérivent tous des glycéraldéhydes D et L.et D-riboses. Dans le cas des aldopentoses (figure 4. CHO CHO H OH CH2OH D(+)-glycéraldéhyde ou D(+)-glycérose) CHO H H OH OH CH2OH D(+)-érythrose HO H H OH CH2OH D(+)-thréose CHO H H CH2OH L(-)-érythrose H HO CHO OH H CH2OH L(-)-thréose CHO HO H CH2OH HO HO L(-)-glycéraldéhyde ou L(-)-glycérose Figure 4.44 Le signe (+) ou (-) qui peut être remplacé par d ou l (dextrogyre ou lévogyre) correspond à l’activité optique du composé.92 Chimie organique Si. symétriques par rapport à un plan. L.et D-arabinoses et L. L.44). observée expérimentalement avec un polarimètre. Par contre. Si.et D-lyxoses.ou D-xylose forment un couple de diastéréoisomères (non symétriques par rapport à un plan) au même titre que le L-arabinose et le L-xylose. 8 stéréoisomères existent qui forment 4 paires d’énantiomères. parmi d’autres… . en partant de CHO (groupe aldéhyde) pour les aldoses ou CO (de COR) pour les cétoses (dérivés de cétones).

dont les isomères de structure aldose sont le xylose et le lylose qui ont un carbone asymétrique de plus que le xylulose. Seule. Le psicose est une des nombreuses exceptions à cette dénomination.23 – Convention de Fischer (représentation des acides -aminés et acides -alcools) Les acides α-aminés ou α-aminoacides ont pour formule générale: NH2-CH(R)-COOH. puis les substituants H et NH2 à l’horizontal. Dans la convention de FISCHER. CH2OH CH2OH O HO H H OH CH2OH D-xylulose CHO H HO H OH H OH CH2OH D-xylose Figure 4. la glycine NH2-CH2-COOH (R = H).4.45 Les cétoses (figure 4. Stéréoisomèrie-stéréochimie couples d'énantiomères 93 CHO HO HO HO H H H CH2OH L(+)-ribose CHO H H H OH HO OH HO OH CH2OH D(-)-ribose CHO H H CH2OH D(-)-lyxose CHO H H OH HO OH H H CH2OH L(+)-lyxose CHO H OH OH CH2OH H HO HO CHO OH H H CH2OH H HO H CHO OH H OH CH2OH HO H HO CHO H OH H CH2OH L(-)-xylose H OH HO H D(-)-arabinose L(+)-arabinose D(+)xylose exemples de couples de diastéréoisomères Figure 4.5. . Quand NH2 est à droite. ne possède pas de carbone asymétrique. comme le xylulose. Le groupe cétonique occupe presque toujours la position 2. Tous les autres acides α-aminés en possèdent un. s’il est à gauche. l’acide -aminé est dit de la série D.46 CHO HO HO H H H OH CH2OH D-lylose O H H H OH OH OH CH2OH D-psicose 4. voire plusieurs. on représente toujours ces acides avec les groupes COOH et R en vertical avec COOH toujours en haut de la représentation. il est de la série L.46) sont souvent désignés par le suffixe -ulose.

Dans ce cas il ne peut pas exister de série D ou L (figure 4. . hydroxy. HO-CH(R)-COOH.94 Chimie organique COOH H2N α H H COOH NH2 H COOH (R) NH2 R série L des acides α. Si le groupe OH est à droite de la représentation. S’il est à gauche.47 série D des acides α-alcools Dans les acides α-alcools.aminés COOH HO α H R série D des acides α.aminés COOH H OH H CH2OH D(-)-sérine COOH (R) CH3 OH H R série L des acides α-alcools ATTENTION: CHO H HO OH H CH2OH R série D des acides α-alcools acide D(-)-lactique oxydation chimiosélective du groupe aldéhyde COOH H HO OH H CH2OH série L des sucres Figure 4. des acides α-aminés ou des acides α-hydroxylés. 4. L’oxydation spécifique et unique du groupe aldéhyde (oxydation chimiosélective) d’un sucre de série L peut conduire à un acide α-alcool de série D comme dans l’exemple présenté dans la figure 4. de formule générale.5.47. le groupe NH2 des acides aminés est remplacé par un groupe OH.48).24 – Projection de Fischer (cas général) D’abord utilisée pour la représentation des sucres. l’acide -alcool. est de la série D. la projection de Fischer a été étendue à d’autres molécules en utilisant les mêmes principes que pour les sucres. il est de la série L.

49).4. a peut représenter H. Stéréoisomèrie-stéréochimie 95 H3C H CN H CN CH3 H C2H5 2. OH. Plusieurs exemples de stéréoisomères de forme méso sont présentés ci-après (figure 4.5. Les deux carbones asymétriques portent les mêmes substituants.49. b. et un plan ou un centre de symétrie moléculaire pour l’une de ses conformations. Dans la figure 4.25 – Forme méso C’est un stéréoisomère qui possède au moins deux centres chiraux.3-diméthyl-pentanenitrile Figure 4. . COOH et c. Il est achiral. Il est inactif par compensation interne sur la lumière polarisée rectilignement (optiquement inactif).Composés de structures C(abc)-C(abc) où a. . en représentation de Newman. les substituants du carbone 1 éclipsent les mêmes substituants du carbone 2.48 CN H H3 C C2H5 CH3 H H3C H H3C C 2H5 4. b.49 On observe que dans la forme méso. COOH H Plan de symétrie H (R) Cl CH3 2 (R) 1 CH3 H Cl plan de symétrie OH OH (S) H (S) CH3 H Cl CH3 H Cl Cl Cl COOH acide mésotartrique H H OH OH CH3 Cl CH3 Cl rotation H de C2/C1 H CH3 CH3 H H COOH COOH forme méso composé de forme méso Figure 4. c représentent des groupes substituants différents entre eux.

Le carbone pseudo-asymétrique des composés A et B. Par exemple. le carbone serait achiral. Ce sont donc des composés achiraux. de forme méso a donc une configuration R . Les acides D. sont des composés méso dans la mesure où ils admettent tous un plan de symétrie perpendiculaire à la chaîne carbonée qui contient les groupes H et OH du carbone central (images d’eux-mêmes dans un miroir).et L-tartriques forment un couple d’énantiomères. un carbone de configuration R est prioritaire par rapport à un carbone de configuration S. il faut savoir que. Il n’existe donc que deux composés méso. Cette impression ne doit pas faire oublier la convention de Fischer.96 Chimie organique Attention : certains composés de structure C(abc)-C(abc) semblent a priori possèder un centre de symétrie comme dans l’exemple présenté dans la figure 4. les deux groupes COOH dans les acides (D). par convention.50 . .51. mais dans la mesure où il existe une inversion de configuration de ces groupes (R) et (S). En retournant B de 180° dans le plan de la feuille. Les composés A et B d’une part et C et D. on dira qu’il s’agit d’un carbone pseudo-asymétrique. donc ce carbone devrait être achiral. COOH H HO (R) 2 OH (R) 1 H COOH acide D(+)-tartrique COOH HO H (S) 2 H 1 (S) OH COOH acide L(-)-tartrique HO H OH H HO H OH H COOH COOH HOOC COOH Figure 4.et (L)-tartriques sont en arrière de la représentation. Si ces deux configurations étaient les mêmes. d’autre part.50.Composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc) Pour les composés de structure C(abc)-C(ab)-C(abc). et non de part et d’autre de celle-ci comme l’exige la présence d’un centre de symétrie. il possède deux groupes chimiques identiques C(H)(OH)-COOH. Le carbone central de ces composés a un caractère particulier. on obtient A. Pour définir sa configuration R ou S. Il en est de même de C et D. il existe a priori 8 stéréoisomères représentés dans la figure 4.

Stéréoisomèrie-stéréochimie COOH (R) 97 COOH H HO H (R) carbone pseudo asymétrique H OH COOH (S) HO H HO HO H (R) COOH HO H HO (S) H OH (R) OH H H OH OH (S) COOH A H OH (S) COOH C H H COOH B COOH D forme méso inactif forme méso inactif COOH H H carbone achiral HO (R) (R) COOH HO HO H F (S) H H (S) OH COOH H HO HO COOH (R) OH OH H OH HO H H H COOH (S) H OH (S) OH COOH H (R) H COOH E COOH G acide L-trihydroxyglutarique acide D-trihydroxyglutarique E = G et F = H (superposables par rotation de 180° dans le plan de la feuille. Il reste donc uniquement deux composés symétriques par rapport à un plan.4. et l’autre un composé acyclique dans lequel les deux centres chiraux sont éloignés de trois carbones.52 représente deux autres exemples de composés méso : un dérivé de l’oxirane. Les structures de type C(abc)-C(ab)-C(abc) n’admettent donc que deux formes méso et un couple d’énantiomères soient 4 stéréoisomères et non 8. donc un seul couple d'énantiomères) Figure 4. Le carbone central est pseudo-asymétrique. R ou S. hétérocycle oxygéné à trois chaînons. par exemple G et H c’est-à-dire un couple d’énantiomères (acides trihydroxyglutariques D et L).51 Les structures E et G représentent un même composé dans la mesure où une rotation de l’un d’eux de 180° dans le plan de la feuille conduit à la représentation de l’autre. La figure 4. . Il en est de même de F et H. Il faut remarquer que le carbone central dans ces cas est un carbone achiral car les deux groupes C(H)(OH)-COOH ont des configurations identiques (R. S).

CHO H H R R A H H OH OH HO HO OH OH HO HO CHO S S H H H 3C R S H3C H Cl Cl H S R CH3 CH2OH CH2OH B H H H C Br Br H D CH3 H3C H 3C H Cl Br Br Cl H CH3 CH3 CHO CH2OH D(-)-érythrose CHO CH2OH L(+)-érythrose formes érythro Figure 4. en représentation de Newman. dans les composés de forme érythro. et d’une manière plus générale. l’érythro deviendrait méso. Si le troisième substituant de chaque carbone était le même.53 H H couple d'énantiomères de l'érythro-2-bromo-3-chloro-butane . deux groupes du premier carbone asymétrique éclipsent deux groupes identiques du second carbone asymétrique.52 carbone pseudo-asymétrique 4. Dans l’érythrose.26 – Forme érythro Le préfixe « érythro » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de deux carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des L(+).5. il y aurait alors un plan de symétrie dans la molécule.53).et D(-)-érythroses (composés A et B de la figure 4.98 Chimie organique plan de symétrie de la molécule Br O C R Et C S Me Et Me Et C R C H2 Me Cl C C H2 Br C S Me Et Me composés "méso" Figure 4.

54 4. en représentation de Newman. . il n’existe aucune conformation qui permette que deux groupes identiques du premier carbone asymétrique éclipsent les groupes identiques du second carbone asymétrique. CHO HO H S R A H HO H OH HO H H OH H HO CHO H R S OH H S S H3C CH3 Cl CH3 Cl R R H CH2OH CH2OH B OH H H3 C H H Br Br H D CH3 C Cl Br Br Cl H CH3 CHO CH2OH D(-)-thréose CHO CH2OH L(+)-thréose H CH3 H CH3 H OHC OH OH HO HO CHO H H3C H3 C H H Br Br H H CH3 CH3 H CH2OH formes thréo H CH2OH Cl Cl couple d'énantiomères de thréo-2-bromo-3-chloro-butane Figure 4. Dans le thréose.28 – Épimères (couple d’-) Un couple de diastéréoisomères qui ne diffèrent entre eux que par la configuration d’un seul stéréocentre sont appelés épimères.54).5. Stéréoisomèrie-stéréochimie 99 4.55.27 – Forme thréo Le préfixe « thréo » est donné à des couples d’énantiomères qui disposent de carbones asymétriques adjacents portant deux groupes identiques et qui ont des conformations éclipsées qui rappellent celles des D(-) et L(-)-thréoses (composés A et B de la figure 4.4. Trois exemples sont donnés dans la figure 4.5. et d’une manière générale dans les composés de forme érythro.

7) et stéréospécifique (§ 4. le retour de l’hydrogène porté par le carbone en α du groupe carbonyle peut s’effectuer en formant.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone Et (S) H L(-)-mannose L(-)-glucose 2R.55 4. les produits formés sont : 50 % du produit de départ et 50 % de L(-)-glucose. 5S. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol H H HO HO CHO (R) OH OH et HO H HO HO CHO (S) H OH H H CH2OH H Et (S) H et (S) Me O Me (R) H O H H CH2OH 2S. Ce sont des réactions régiosélectives (la réaction est orientée sur un carbone particulier § 4. en solution. Si. Un exemple classique d’épimérisation dans la série des sucres est lié à l’énolisation de la fonction aldéhydique -CHO. En effet. La formation du L(-)-glucose correspond à une épimérisation du L(-)-mannose. 5S.56). équilibre céto-énolique. Le pourcentage d’épimérisation dépend du pH de la solution de (L)-mannose. soit un carbone asymétrique S.100 Chimie organique HO H H Br H3C (R) (S) CH (R) 3 Cl H 2R. en quantités égales.6). 3S. .5. 3R. dans l’équilibre entre forme cétonique (ou aldéhydique) et forme énolique. soit un carbone asymétrique R. l’énolisation a été effectuée à partir de L(-)-mannose (figure 4.29 – Épimérisation C’est une réaction qui permet l’inversion de configuration d’un seul stéréocentre parmi ceux présents dans un composé chiral.-5-éthyl-2-méthyl-cyclohexanone couples d'épimères Figure 4. 5S-5-bromo-2-chloro-hexan-3-ol et H3C (R) Cl H (S) H OH H Br 3 (S) CH 2R.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 101 H H H H HO HO O C (R) OH OH H H CH2OH forme aldéhydique L(-)-mannose O H b H a HO HO C a H OH HO OH H H CH2OH b H HO HO O C (S) H OH H H CH2OH forme énolique forme aldéhydique L(-)-glucose Figure 4.5.57. ni centre de symétrie. Quelques exemples sont donnés dans la figure 4.30 – Chiralité des composés cycliques L’absence d’un axe alternant Sn ou plus simplement d’un centre de symétrie ou d’un plan de symétrie pour le composé cyclique le définit comme composé chiral.4.Cyclopropane H H H H Cl * H Cl * H Cl H CH3 CH3 Cl * H Cl H composé chiral 1 carbone asymétrique ni plan ni centre de symétrie H H H H H Cl * H Cl * H Cl * H CH3 * H H * Cl Cl * H composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan. .56 4. composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie composé méso composé achiral pas de carbone asymétrique composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Cl H H3C composé achiral 2 carbones asymétriques plan de symétrie forme méso .

la représentation plane classique permet de penser qu'il existe un plan de symétrie et la molécule est achirale. par compensation externe. la molécule est chirale. la conformation chaise n'a ni plan de symétrie.l) qui n'a finalement pas d'activité sur la lumière polarisée. Les deux conformations chaises inversées X et Y représentent un couple d'énantiomères (voir X et Y').Cyclohexane 1. si A= B. 2 carbones asymétriques . et qui n'est pas résolvable.Cyclobutane Cl Me H H Cl Me H H H Me Cl H H H Chimie organique composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie H Me Cl H * Me H * * H H * Cl composé chiral 4 carbones asymétriques ni plan ni centre de symétrie Me H Me composé achiral pas de carbone asymétrique centre de symétrie Cl composé achiral pas de carbone asymétrique 2 plans de symétrie Cl H Me H Cl . A A H A B trans B H forme préférentielle: e-e B H H si A = B ou A = B : composé chiral. ni centre de symétrie et la molécule a donc une chiralité.102 . En réalité. Le passage d'une conformation à son inverse nécessite une très faible énergie ce qui conduit à un mélange constant de 50% de chaque conformation (racémique d. dans ce cas.2-disubstitué A B A cis (X) H H (Y) H H B B H H (Y') A B A A=B si A = B = H.

4-disubstitués ont un plan de symétrie: ils sont achiraux. 2 carbonesasymétriques: composé chiral 2 carbones asymétriques ni plan.4.Cyclohexane 1. 2 carbones asymétriques. forme méso.57 B A A H B si A=B. pas de forme préférentielle A H A H B A B .3-disubstitué A A B cis B H H A H forme préférentielle: e-e si A = B : composé achiral. cis ou trans. si A = B : composé chiral.4-disubstitué B cis H A H H trans B H forme préférentielle: e-e A = B ou A = B. Stéréoisomèrie-stéréochimie .Cyclohexane 1. 2 carbones asymétriques A A trans B H B si A = B ou si A = B. Figure 4. les cyclohexanes 1. ni centre de symétrie A B H formes équivalentes si A = B H H B H 103 .

la progestérone.31 – Décalines cis et trans L’hydrogénation totale du naphtalène conduit aux décalines cis et trans.32) constitué de trois cyclohexanes (cycles A. B et C) et un cyclopentane (cycle D) accolés (structures dont dérivent le cholestérol et des hormones stéroïdes comme la testostérone.5. La décaline trans est formée à partir d’une molécule de cyclohexane en utilisant deux liaisons équatoriales en positions trans de deux carbones adjacents : il reste donc deux liaisons en position trans sur les deux atomes de carbone.5. Ces décalines diffèrent par les positions relatives des hydrogènes liés aux carbones qui joignent les deux cycles numérotés 4a et 8a (figure 4. . à la jonction des deux cyclohexanes. 8 7 6 5 8a 1 2 H 5H2 3 H B et A 8a 4a A H B 4a 4 naphtalène H décaline cis décaline trans Figure 4.59 La décaline est constituée par deux cycles accolés qui ont donc en commun deux atomes de carbone. l’estradiol (figure 4.59)) : C A B D Me H HO H H Me Me Me Me système tétranucléaire des stéroïdes Me OH Me H O testostérone H H H cholestérol O Me Me H H HO estradiol H H Me OH Me H O H progestérone Figure 4.58 La décaline représente les deux premiers cycles A et B du système tétracyclique du cholestane et du coprostane (§ 4.104 Chimie organique 4. ce sont les liaisons aux hydrogènes liés aux carbones 4a et 8a.58).

les deux décalines cis et trans ne sont pas des conformères. elles représentent deux configurations de cette molécule (figure 4. Figure 4. .32 – Configurations et (dans les stéroïdes) des substituants Un substituant est dit en position si la liaison qui le porte est dirigée vers le dessous de la représentation.4.60). Bien que formées à partir de conformations « chaise » du cyclohexane. une axiale et une équatoriale. une axiale et une équatoriale.60 4.61) appartiennent à la série dite « allo » des stéroïdes.5. Il suffit d’utiliser deux liaisons en positions cis. une axiale et une équatoriale sur chacun des deux carbones adjacents d’un premier cyclohexane. et inversement pour un groupe . A la jonction des deux cycles. décaline trans A B décaline cis A B axiale équatoriale équatoriale axiale A B équatoriale A B axiale équatoriale Le cyclohexane B est formé à partir de 2 liaisons équatoriales (trans) du cyclohexane A. Les composés dérivés du 5 -cholestane (figure 4. les deux liaisons restantes du cyclohexane B sont en position cis. A la jonction des deux cycles. Il est impossible de passer de l’une à l’autre par des rotations autour de liaisons σ. on obtient la décaline cis. Stéréoisomèrie-stéréochimie 105 En faisant l’inverse. (Hydrogènes non figurés) axiale Le cyclohexane A est formé à partir de deux liaisons en position cis du cyclohexane B. les deux liaisons restantes du cyclohexane A (axiales) sont en position trans. puis de construire le second cyclohexane « chaise » à partir de ces deux liaisons.

106 Chimie organique β β α β 3 2 α β β 4 1 A 11 β β C α 12 14 β 13 β 10 R D 17 16 α β α 6 α α α 9 B 7 8 15 β α 5 α α 17 18 12 11 1 2 19 9 10 5 C 8 13 14 5α-cholestane D 15 16 A 3 4 B 7 6 A/B: trans B/C: trans C/D: trans Figure 4. Ces deux séries diffèrent par le type de jonction entre cycles A et B (trans pour 5α-cholestane.62 .62) appartiennent à la série dite normale des stéroïdes. β β α 1 β A 5 10 α 11 β β C 12 β 13 β β 2 β 6 9 R D 17 16 α B β 7 8 α 14 15 α 4 α α α β 3 α 18 12 17 13 α β 5β-cholestane 16 1 2 19 11 9 C 8 7 14 D 15 10 A/B: cis B/C: trans C/D: trans A 3 4 5 B 6 Figure 4. et cis pour 5β-cholestane).61 Les dérivés du 5 -cholestane (coprostane) (figure 4.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 107 4.33 – Furanoses et pyranoses (représentation en perspective de Haworth) (Les paragraphes 4.33 et 4. C’est la mutarotation des sucres. O R C O + R-O-H C O-H hémiacétal Schéma 4. la réaction est intramoléculaire et conduit à un équilibre entre les formes cycliques. appelé carbone anomérique. .5. Dans ce cas. avec ou sans catalyseur acide ou basique.2. La réaction d’hémiacétalisation (schéma 4. Une des conséquences de la cyclisation des sucres est la création d’un carbone asymétrique supplémentaire par rapport à ceux du sucre acyclique. et dont les configurations définissent les formes cycliques α ou β d’un sucre donné.5.8) est une réaction d’addition équilibrée d’un alcool sur un aldéhyde ou une cétone (§10.34 sont rédigés d’après l’ouvrage « Chimie organique hétérocyclique » par l’auteur et F. qui s’effectue dès 25°C pour les aldéhydes. Le passage des formes cycliques α aux formes cycliques β se fait via la forme acyclique.3). pyranoses ( et ) et furanoses ( et ) dans la majorité des cas.5. 2003). Chau. et la forme acyclique. EDP Sciences.4.8 Cette réaction s’applique en particulier aux sucres.

9).9 (représentations selon Fischer) Dans le cas du D-glucose (schéma 4.5% 2 4 OH 3 H D-glucose 6 HOCH2 HO 5 H O C 1 H OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 6 H H 5 CH2OH 6 CH2OH H O OH 3 2 1 1 2 OH OH HO O 1 H HO H H 2 3 4 OH H OH HO 3 H H 4 H 5 OH H 2 OH H HO 6 CH2OH H 1 O 5 4 < 1% HO OH OH α-D-glucofuranose 6 CH 2OH H O 3 H 4 H OH 5 6 CH2OH OH 5 CH2OH 6 HO OH 1 1 2 3 4 H OH H O HO 5 4 H O OH 3 2 H <1% HO H H OH β-D-glucofuranose OH 5 CH2OH 6 (représentations selon Haworth) Schéma 4. et le -D-glucopyranose ou -D-glucose. les réactions intramoléculaires d’hémiacétalisation. . entre les groupes OH en position 4 ou 5 et le groupe carbonyle aldéhydique. couple de composés anomères. l’ -D-glucofuranose et le -D-glucofuranose.108 Chimie organique Mutarotation du D-glucose acyclique α-D-glucose α-D-glucofuranose D-glucose acyclique β-D-glucose β-D-glucofuranose 6 CH OH 2 5 H H 1 35. l’ -D-glucopyranose ou -D-glucose. ou un cycle furanique minoritaire (< 1 %). conduisent à un cycle pyranique majoritaire (99 %).5% 1 2 3 4 OH OH H OH O O O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH (rotation autour de la liaison C4-C5) OH H 4 OH H 3 2 OH H 1 O 4 OH 3 2 HO H H HO OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH2OH 6 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63. autre couple de composés anomères.

et selon la convention de FISCHER.2° D mélange à l'équilibre = + 52. Les D-hexo. α-D-(+)-glucose (solution fraîche) α 20 = + 112. Ceux des carbones 1 et 4 des furanoses et des pyranoses dérivés d’aldoses.7° Evidemment. et inversement pour les L-hexo. et numérotés 2 pour les cétoses (pour des raisons évidentes d’écriture cette règle n’est pas toujours respectée dans les disaccharides ou polysaccharides). et inversement pour les anomères . les carbones anomèriques dérivés d’aldoses. Les carbones asymétriques des substituants en position 4 (furanoses) ou 5 (pyranoses). étant à droite de l’atome d’oxygène. et en position 5 pour les pyranoses (R et S).et L-pentopyranoses.et β-L-glucopyranoses (appelés aussi α.7°. avec formation des α. dont les formations pourraient être envisagées par la même réaction d’hémiacétalisation. Dans les séries « α » le OH anomérique (C-1) est du côté opposé à CH 2OH par rapport au plan de la représentation de Haworth. Dans ces conditions. Dans les formules en perspective de Haworth. Les sucres cycliques dérivés d’aldoses ou de cétoses sont représentés selon leurs formules en perspective de HAWORTH.et β-D-glucofuranoses. formés respectivement à partir d’hexoses et de pentoses. Les aldopentoses. sont dans le plan de la feuille de représentation. Stéréoisomèrie-stéréochimie 109 L’α-D-glucose préparé par synthèse en solution aqueuse fraîche a un pouvoir rotatoire [α]20D = +112. l’équilibre est atteint et la solution dans l’eau de l’un ou l’autre anomère a un pouvoir rotatoire de [α]20D = + 52. le même phénomène de mutarotation est observé avec le L-glucose.7°.5 % β-glucose. numérotés 1. L’oxygène est alors situé derrière les carbones cycliques et ces derniers sont numérotés dans le sens de rotation des aiguilles d’une montre.4. représenté en dessous du cycle de représentation. . le β-D-glucose a un pouvoir rotatoire [α]20D = +18.2°. les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes sont inscrits dans des plans perpendiculaires à la feuille de représentation. mais moins stables. ont le groupe CH2OH au-dessus du plan.et β-L-glucoses) et des αet β-L-glucofuranoses.et β-L-pyranoses (figure 4. Les substituants du cycle sont représentés au-dessus ou au-dessous du plan du cycle. et inversement dans les séries « β ».5 % d’α-glucose et 63.et β-L-anomères ont le groupe OH qui substitue le carbone anomérique.et D-pentopyranoses. et de D-glucose (0. Le 1 % restant est formé en grande partie d’α. L’α-D-glucopyranose est l’inverse optique de l’α-L-glucopyranose.7° β-D-(+)-glucose (solution fraîche) = + 18. sont représentés selon la convention de Fischer des sucres linéaires (ex : α-D-glucofuranose). La solution est alors constituée d’environ 35. aldohexoses. Après une suite continue de passages de l’une des formes cycliques de départ à l’autre via la forme acyclique. les αD.63). L’anomère est dit lorsque la configuration du carbone anomèrique est différente de celle du carbone en position 4 du cycle pour les furanoses. cétopentoses et cétohexoses donnent lieu à la mutarotation. La formation de furanoses et pyranoses est privilégiée en raison de leur stabilité par rapport à d’autres cycles plus petits ou plus grands. alors que dans les mêmes conditions.02 %) acyclique. dans la mesure où il en existe. Il en est de même pour les β-D.

10 . c’est le cas du D-fructose (schéma 4.10) qui conduit principalement.110 6 Chimie organique CH2OH R O S 2 1 CH2OH R OH OH OH β−D-glucopyranose O OH R 5 4 OH 3 OH OH OH α-D-glucopyranose OH O OH OH O CH2OH OH CH2OH OH OH OH α-L-glucopyranose Figure 4. 6 CH2OH 1 O 1 2 1 CH2OH O H OH OH H 5 6 1 5 CH2OH HOCH2 2 HO 2 3 OH H OH O HO OH 4 3 HO 3 CH2OH OH H 4 CH2OH OH 3 2 H 4 H 5 H 4 H 5 O OH α-D-fructofuranose 6 CH2OH 6 CH2OH 6 CH2OH OH H 5 D-fructose O HO 4 3 OH 2 1 HO 2 HO 3 CH2OH H OH O CH2OH 1 OH β-D-fructofuranose (Haworth) H 4 H 5 6 CH2OH (Fischer) Schéma 4. par mutarotation. à l’α.63 OH β-L-glucopyranose La mutarotation des cétoses conduit à des hémiacétals.et au β-D-fructofuranoses.

et dans de nombreux cas. Les pyranoses ont des conformations comparables à celles du cyclohexane.65). ont plutôt une conformation 1C4. Les L-hexopyranoses qui ont le groupe hydroxyméthyle inversé par rapport aux D-hexopyranoses. l’une de ces conformations prédomine parce qu’elle apporte plus de stabilité à la molécule. On distingue les conformations « chaise » 1C4 et 4C1 où C indique qu’il s’agit d’une conformation « chaise » (figure 4. la numérotation des carbones 1 et 4. en indice haut ou bas selon leur disposition dans la conformation « chaise » retenue. Stéréoisomèrie-stéréochimie 111 Les tétrahydropyranes et tétrahydrofuranes ne sont pas plans. Par exemple. a4 4 e4 e3 a3 4 C 1 Figure 4. Les D-hexopyranoses. ce que n’indique pas la représentation de Haworth. la conformation 4C1 est privilégiée et le groupe CH2OH est en position équatoriale. . l’α-D-idose et l’α-D-altrose ont aussi cette conformation (figure 4.64). selon la représentation de Haworth. la conformation la plus stable dans la plupart des cas est la conformation « chaise ».64 a5 e5 a2 O e1 e2 1 a1 e4 4 a4 1 C 4 e3 a2 e5 a3 O a1 1 e1 e2 a5 La représentation de Haworth ne permet pas de savoir si un substituant est axial ou équatorial. Deux conformations « chaise » s’interconvertissent par simples rotations autour des liaisons interatomiques du cycle. et les chiffres. le groupe hydroxyméthyle est le substituant le plus volumineux de la molécule. Dans les D-hexopyranoses. situé sur C-5. Pour éviter des interactions fortes entre ce groupe et les groupes OH qui substituent les autres carbones du cycle.4. 1C4 signifie que les carbones 1 et 4 sont respectivement au-dessus et au-dessous du plan moyen de la molécule.

les groupes OH en positions 2 et 3 sont axiaux et le groupe -CH(OH)CH2OH sur C-4 est axial ce qui crée une forte interaction entre ces deux derniers groupes : cette gêne stérique pourrait expliquer. en partie.66 HO OH Dans la représentation selon Fischer.65 C4 Pour les glucofuranoses qui ont des conformations en « enveloppe » en solution (figure 4. Cela peut être généralisé à tous les sucres des familles D et L.66). OH 3 5 H CH(OH)-CH2OH 4 O 1 H 2 H signe indiquant que l'orientation du groupe OH n'est pas précisée Figure 4. l’α-D-glucose a le groupe OH anomérique à droite de la projection de Fischer et à gauche pour l’α-L-glucose.112 HO H 4 HO HO H OH H α-D-glucopyranose 4C 1 Chimie organique H H O H 1 OH HO H O HO 4 H HO H HO 1 H OH α-L-glucopyranose 1C 4 HO H H HO 4 H HO H O HO H 1 OH OH H 4 HO HO H H H O H 1 OH OH α−D-idopyranose 1 α−D-altropyranose 1 C4 Figure 4. . le déplacement de l’équilibre vers la formation des glucopyranoses à partir des glucofuranoses produits au début de la mutarotation du glucose.

conduit au méthyl-D-glucopyranoside ou méthyl-D-glucoside (schéma 4. les termes pyranoses ou furanoses (écrits parfois pyrannoses et furannoses) sont assez souvent délaissés.67 CH2OH O HO HO OH OH ou CH2OH O OH OH OH OH Note : en biologie.4. et ils prennent simplement le nom du sucre (ose) linéaire (qui devrait être précédé normalement de α ou β). H H HO H H CH2OH α-D-glucose O OH H OH OH CH2OH D-glucose H H HO H H OH OH H OH O HO H HO H H H OH H OH CH2OH O β-D-glucose CH2OH O OH OH OH OH ou HO CH2OH O OH HO OH Figure 4. CH2OH O OH OH + CH3OH OH OH H+ CH2OH O OH OH OCH3 OH et CH2OH O OCH OH OH OH 3 α-D-glucopyranose méthyl-α-D-glucoside méthyl-β-D-glucoside Schéma 4. Le remplacement de l’hydrogène du groupe OH porté par le carbone anomérique d’un D-glucopyranose par un groupe méthyle. Stéréoisomèrie-stéréochimie 113 Une autre représentation directement liée à celle de Haworth consiste à regarder le sucre cyclique au-dessus du plan moyen des molécules (figure 4.68).67).11).11 Le retrait d’un groupe hydroxy sur un carbone du cycle fournit un composé « désoxy » (figure 4. par action du méthanol en milieu acide. .

il est dit prochiral (schéma 4. . 3 remplacement de Ha par D Ha Cl C carbone prochiral 1 Cl H 3C D C (S) Hb Ha est prochiral (S) noté Pro S 2 4 4 H3C Hb Ha et Hb sont prochiraux remplacement de Hb par D Ha 1 Cl H 3C C (R) D Hb est prochiral (R) noté Pro R 2 3 Schéma 4. Le remplacement d’un de ces deux hydrogènes par un isotope comme le deutérium conduit à un carbone chiral R ou S. l’hydrogène ainsi remplacé est dit prochiral R (Pro R) ou S (ProS).34 – Prochiralité Si un carbone porte deux substituants différents et deux hydrogènes.114 CH2OH O Chimie organique CH2OH O OH 1 2 OH 2 OH β−D-2-désoxyribose Figure 4.12). En fonction du résultat obtenu. Y.68 OH OH β−D-ribose 4.5. On peut généraliser cette définition à des composés ayant sur un carbone deux groupes identiques Z à la place des hydrogènes et deux groupes différents X.12 Cette notion a beaucoup d’importance pour les réactions enzymatiques car les enzymes sont capables de distinguer les hydrogènes prochiraux R et S d’un carbone et d’intervenir sur l’un ou l’autre de manière spécifique.

13). Le remplacement d’un hydrogène énantiotopique d’un carbone CH2(X)(Y) par un substituant différent de X et de Y conduit à un énantiomère.5. En fonction de leurs priorités relatives. Dans la mesure où les substituants de ces fonctions sont différents. Son inverse optique résulte de la substitution par le même substituant de l’autre hydrogène. Stéréoisomèrie-stéréochimie 115 4. par deux groupes X et Y différents entre eux (H et CH3 dans l’exemple donné) et. la face est Ré. la face est dite Si ou Ré. thioaldéhydes. d’autre part.35 – Énantiotopiques (hydrogènes) Enantiotopique est un terme équivalent à prochiral pour les hydrogènes. on peut distinguer deux faces qui correspondent à la face Si et à la face Ré (schéma 4. 4.5. d’une part. et du sens de rotation 1→ 2→ 3. et les deux substituants de ce carbone.5. . Si on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre.37 – Énantiotopiques (faces) L’hybridation sp2 du carbone conduit à des alcènes ou des fonctions inscrites dans un plan.4. échange de COOH (1) par Cl Cl C (R) H HOOC groupes énantiotopiques HOOC (1) C HOOC (2) H échange de COOH (2) par Cl CH3 H HOOC C (S) Cl CH3 CH3 couple d'énantiomères Schéma 4. aldéhydes. définies selon la méthode donnée pour les isomères géomètriques E et Z. ou les imines. soufre ou azote selon le cas).13 4. on considère le triangle placé devant l’observateur et formé par l’élément doublement lié au carbone sp2 (oxygène. et inversement pour la face Si. L’échange de l’un de ces deux groupes identiques Z (groupes énantiotopiques) par un atome ou groupe différent de X et Y crée un énantiomère dont la configuration est inverse de celle du stéréoisomère obtenu par la même substitution effectuée sur l’autre groupe Z. par deux autres groupes de même nature Z (COOH dans l’exemple donné) et différents de X et Y (schéma 4. thiocétones. Pour cela. comme les cétones.36 – Énantiotopiques (groupes) Soit un carbone substitué.14).

Certaines enzymes reconnaissent la face du côté de laquelle une réaction sera produite.38 – Diastéréotopiques (hydrogènes) C’est une définition proche de celle des hydrogènes énantiotopiques. C’est le cas d’oxydo-réductases lors de la réduction de fonctions cétoniques.14 L’attaque d’un réactif sur l’une ou l’autre face conditionne la configuration du composé formé. L’échange de l’un des deux hydrogènes de la formule par un substituant différent de X et Y conduit à la formation . les attaques se font à 50 % sur chaque face produisant un racémique.116 Chimie organique 1 O C rotation 1 O C 2 C 2H 5 de 180° (hors du plan) 3 H 3C 2 C2H5 3 CH3 Face énantiotopique Ré O C Face énantiotopique Si H attaque de la face Ré CH3 C2H5 H attaque de la face Si puis H+ H OH C (S) C 2H 5 CH3 C2H5 couple d'énantiomères HO puis H+ H C (R) CH3 Schéma 4.5. Si aucune condition expérimentale particulière n’est prise. Elle s’applique à des molécules de formule générale CH2(X)(Y) pour lesquelles un substituant X ou Y porte un carbone asymétrique de configuration donnée. 4.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 117 d’un nouveau carbone asymétrique et à un diastéréoisomère.4.16 4. toutefois. comme dans l’exemple du schéma 4. L’échange de l’autre hydrogène diastéréotopique conduit à l’autre diastéréoisomère (schéma 4. la même réaction d’addition sur chacune des faces du plan conduit à un couple de diastéréoisomères.5.40 – Diastéréotopiques (faces d’un plan) C’est la même définition que pour les faces énantiotopiques.39 – Diastéréotopiques (groupes) C’est la même définition que pour les groupes énantiotopiques à la différence près que leur échange crée un couple de diastéréoisomères.16. C(COOH)2(X)(Y). Soit la molécule. Me Me HOOC groupes diastéréotopiques Echange de COOH (1) par COOEt EtOOC (1) (2) C (S) H Br (1) C H (S) H Br HOOC (R) H Me (S) HOOC (2) HOOC Echange de COOH (2) par COOEt (1) acide 2-(3-bromo-butyl)-malonique C (S) H Br EtOOC (2) H couple de diastéréoisomères Schéma 4. . Br (S) hydrogènes diastéréotopiques H HOOC (S) H3 C CH2Cl H couple de diastéréoisomères H HOOC H CH2Cl H (S) H 3C H (R) HOOC Br CH2Cl H (S) H3 C Schéma 4.15).15 4.5. l’échange de chaque groupe COOH par un atome ou un groupe Z doit conduire à un couple de diastéréoisomères.

Ce sera soit un stéréoisomère unique ou très majoritaire parmi les composés finaux.3-dibromosuccinique résulte de cette addition sur l’acide fumarique. – que le produit final soit spécifique.3-dibromo-succinique Br H C HOOC C H COOH Br2 H COOH (S) Br attaque des deux côtés du plan (R) H HOOC HOOC H Br acide fumarique (isomère E) Br COOH H composés identiques forme "méso" acide (méso)-2. soit un mélange racémique défini parmi ceux. La réaction. il faut : – que le produit de départ soit un stéréoisomère bien défini et.1.3-dibromosuccinique avec l’acide maléique.l)-2. et en particulier. possibles.17). du composé de départ. dont le mécanisme n’est pas indiqué ici (voir § 9. l’acide (méso)-2.l)-2. tandis qu’un composé méso. Un des exemples les plus classiques concerne l’addition de brome sur les composés éthylèniques (schéma 4.118 Chimie organique 4.6 Stéréospécifique (réaction -) Pour qu’une réaction soit qualifiée de stéréospécifique. sur le plan stéréochimique.3-dibromo-succinique Schéma 4. H C HOOC C H COOH Br2 HOOC H (S) Br (S) Br 50% H COOH acide maléique (isomère Z) attaque des deux côtés du plan Br H (R) HOOC COOH H (R) Br 50% mélange racémique acide (d.17 .2) conduit à un mélange racémique d’acide (d. sur les acides maléiques (isomère Z) et fumarique (isomère E). a priori.

Stéréoisomèrie-stéréochimie 119 Le mécanisme de la réaction de substitution nucléophile bimoléculaire SN2 conduit à une inversion de configuration relative du composé de départ. uniquement ou majoritairement. elle est stéréosélective. le (R)-2-bromo-butane est transformé par cette même réaction en (S)-2-azido-butane. Le composé de départ n’est pas nécessairement un stéréoisomère. L’action de l’azidure de sodium sur le (S)-2-bromo-butane conduit au (R)-2-azido-butane.18 2-azido-butanes 4. Br Me C CH Br2 H C C Br et Br C Me C Br H méthylacétylène ou propyne Me (composé possible) composé formé Schéma 4. Si une réaction ne fournit qu’une partie des stéréoisomères théoriquement possibles.19) car elle conduit de manière préférentielle au trans-1. Elle n’est pas stéréospécifique puisque ce résultat ne dépend pas de la nature d’un stéréoisomère de départ. et inversement. Par exemple. par contre les produits formés sont des stéréoisomères dont la nature est spécifiqure de cette réaction. pour chacun d’eux. La prééminence d’un stéréoisomère par rapport à un autre possible est souvent liée à sa plus grande vitesse de formation ou à l’approche spatiale favorisée d’un réactif vis-à-vis du groupe fonctionnel attaqué.4. Toute réaction stéréospécifique est stéréosélective mais l’inverse n’est pas obligatoire. H Br Et (S) Me H Me Et Br (R) H NaN3 . Chaque stéréoisomère du produit de départ conduit à un composé qui est.2-dibromopropène et non au cis-1. Ces réactions sont donc stéréospécifiques.NaBr (SN2) N3 (R) Et Me H NaN3 . est stéréosélective. majoritairement.18). Une réaction qui ne fournit qu’un seul stéréoisomère ou l’un de ceux possibles.NaBr (SN2) N3 (S) Et Me 2-bromo-butanes Schéma 4. un stéréoisomère spécifique (schéma 4.2-dibromopropène (composé dont la formation est a priori possible théoriquement). l’addition de brome au méthylacétylène est stéréosélective (schéma 4.7 Stéréosélective (réaction -) Une réaction est stéréosélective si on observe une sélectivité sur la nature stéréochimique des composés formés.19 .

la réaction est énantiosélective et est le résultat d’une induction asymétrique. la réaction est orientée vers la formation d’un seul énantiomère. R C H CH2 Et H OsO4 puis H2O HO R H C CH2OH + HO H C R CH2OH L'un des deux glycols énantiomères est formé préférentiellement à l'autre selon les conditions expérimentales (induction asymétrique). les alcènes monosubstitués sont dihydroxylés par action du tétroxyde d’osmium en composés glycoliques racémiques (addition cis). On peut définir l’induction asymétrique comme un moyen de contrôle de la stéréosélectivité d’une réaction.120 Chimie organique 4. Un exemple est donné avec la copule chirale appelée 10.8 Énantiosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral est transformé par une réaction en seulement un des deux énantiomères attendus.2-bornane sultame. Elle résulte. .20). AcO H MeO N N acétate de (-)-dihydroquinine catalyseur Schéma 4. Un ligand est un composé organique capable de se fixer sur un composé métallique par divers types de liaisons (coordinence. ioniques) à ce métal. dans la plupart des cas. selon les conditions de la réaction (schéma 4. Un groupe chiral appelé « copule chirale » est lié au réactant ce qui apporte une gêne stérique durant la réaction et favorise la formation d’un ou plusieurs centres chiraux de configuration(s) donnée(s) (schéma 4. chiral. Par exemple.20 Certaines inductions asymétriques sont intramoléculaires. par la gêne stérique qu’il crée par son interaction avec l’un des réactifs.21). La copule chirale est ensuite extraite du diastéréoisomère par une nouvelle réaction qui n’altère pas le ou les nouveau(x) centre(s) chiral(aux) ce qui permet d’obtenir finalement le produit souhaité de configuration définie. de la présence dans le milieu réactionnel d’un catalyseur optiquement actif qui. En présence de catalyseur basique. empêche ou diminue la formation de l’un des énantiomères normalement possibles. comme l’acétate de dihydroquinine qui est un ligand du tétroxyde d’osmium.

riche en enzymes réductrices.2-bornane sultame (+)10. schéma 4. La réduction d’une cétone dissymétrique en un alcool secondaire chiral.22 . O réduction H OH C (S) et HO H C (R) C Me Et enzymatique (levure de boulanger) Me Et Me a priori possible Et unique énantiomère formé dans ces conditions Schéma 4.4. en est un exemple.21 NH O De nombreuses réactions enzymatiques sont énantiosélectives.22. Stéréoisomèrie-stéréochimie 121 NH S O O HN S O O (-)10.2-bornane sultame copules chirales réaction normale (sans copule chirale) HOOC H réaction en présence d'une copule chirale R1 R2 OsO4 HOOC H OH R1 OH R2 + H OH R2 OH (racémique) COOH R1 O S O O N H O R1 R2 OsO4 O S O N H R1 OH OH R2 H2O HOOC H R1 R2 OH OH + S O Schéma 4. par la levure de boulanger.

L’addition du bromure d’hydrogène sur un alcène dissymétrique en est un exemple classique. (ex: tétrahydroxylation des diènes dans les conditions indiquées ci-dessus avec le tétroxyde d’osmium). ce qui le rend thermodynamiquement plus stable en raison des possibilités nombreuses d’hyperconjugaisons (9. .2) suit la règle de Saytzev qui définit l’alcène majoritaire dans ce type de réaction comme celui qui est le plus substitué (par des groupes alkyles).122 Chimie organique 4. Cette réaction d’élimination E2 (§ 11.11. contre 5 pour le second alcène) et rend sa formation plus facile. la réaction est dite régiosélective si elle s’effectue préférentiellement sur l’un de ces sites en produisant majoritairement un seul de ces isomères structuraux. Le premier alcène est plus substitué par des groupes alkyles que le second. H 3C C H 3C attaques possibles de H+ Isobutène CH2 + H+ H 3C C H 3C carbocation t-butyle très stable H3C CH3 et H3C carbocation instable CH CH2 H 3C C H 3C Br CH3 Br H3C Br CH CH2-Br H 3C 1-bromo-2-méthyl-propane très majoritaire bromure de t-butyle Schéma 4. la réaction est diastéréosélective. en fournissant plusieurs isomères structuraux différents. certains d’entre eux sont réellement obtenus. L’attaque de la base est régiosélective.24).23 Un autre exemple classique est la déshydrobromation du 2-bromo-2-méthylbutane en présence d’une base comme l’éthylate de sodium qui peut a priori conduire au 2-méthylbut-2-ène et au 2-méthylbut-1-ène (schéma 4. 4.3) le plus stable dans la première partie du mécanisme (voir aussi les réactions d’additions sur les alcènes. chapitre 9). donc à divers diastéréoisomères possibles et que seuls. C’est donc lui qui est le produit majoritaire de cette réaction. L’orientation de la réaction est le résultat de la formation privilégiée du carbocation (§ 6.9 Diastéréosélective (réaction -) Lorsqu’un composé achiral conduit par une réaction à la formation de plusieurs centres chiraux.10 Régiosélectivité Lorsque l’action d’un réactif peut a priori s’orienter sur plusieurs sites distincts d’une molécule.

Dans cette réaction.24 2-méthyl-but-1-ène 4. les substituants COOMe occupent les positions les plus éloignées du pont le plus petit. par exemple. on utilise les termes « exo » ou « endo ». c’est l’adduit « endo » qui est formé de préférence à l’adduit « exo ». Pour les distinguer. un recouvrement orbitalaire entre groupes COOMe et le système diènique au moment de la réaction de cycloaddition. de réactions de Diels-Alder (§ 9. mais ne fournit réellement et uniquement qu’un seul de ces isomères par une attaque spécifique d’un seul site. et d’autre part. . Stéréoisomèrie-stéréochimie 123 H3C H 3C Br C C CH3 H H . 4. ou en « cis » par rapport aux liaisons qui forment ce pont.10) peuvent être substitués par des groupes qui peuvent prendre deux configurations (schéma 4. d’un effet électronique. Cette constatation a pris le nom de « règle endo ».HBr H3C C C 70% CH3 H et H2C C H3C C CH3 H 30% H (EtO Na ) H3C 2-bromo-2-méthyl-butane 2-méthyl-but-2-ène alcène le plus substitué par des groupes alkyles (majoritaire) Schéma 4.4. Par exemple. d’une moindre gêne stérique dans le cas du l’adduit « endo ».12 Substituants « exo » ou « endo » (systèmes bicycliques) Les systèmes bicycliques résultant. Dans l’adduit « exo ». ou en « trans » par rapport aux liaisons qui forment ce pont. la cycloaddition du cis-but-2-ènedioate de diméthyle ou éthylène dicarboxylate de méthyle avec le cyclopentadiène conduit à un adduit (système bicyclique) « exo » et un adduit « endo ». Inversement. les substituants COOMe occupent les positions les plus proches du « pont » le plus petit.25).11 Régiospécificité Ce terme est souvent considéré comme synonyme de régiosélectivité bien qu’il existe une différence. dans l’adduit « endo ». Une réaction est régiospécifique si elle peut a priori former plusieurs isomères structuraux par des attaques possibles en plusieurs sites. d’une part. Ceci résulte.

69). 5) le pont ayant les substituants dont les priorités sont les plus faibles (selon la méthode utilisée pour définir E et Z pour un alcène). . le géranium…). la lavande. 2) le pont le plus petit. Me Me Me Me H Me OH (endo) bornéol Me H isobornéol OH (exo) Figure 4. terpènes naturels (composés présents dans les huiles dites essentielles présentes dans certaines plantes comme le citron. 4) le pont ayant le minimum de substituant(s).69 Si. plusieurs « ponts » existent. se distinguent aussi par la position d’un groupe OH. le « pont » qui doit être considéré comme prioritaire pour désigner ensuite les groupes en position « endo » ou « exo » est défini selon l’ordre de priorité suivant : 1) un pont portant des hétéroéléments comme O.25 Le bornéol et l’isobornéol. et « exo » dans l’isobornéol (figure 4. S. N …. Le groupe OH est en position « endo » pour le bornéol.124 Chimie organique H H COOMe H COOMe substituants "exo" H + H COOMe H H H adduit "exo" orientés vers l'extérieur du toit: H H cyclopentadiène COOMe H H COOMe substituants "endo" éthylène dicarboxylate de méthyle (cycloaddition de Diels-Alder) COOMe adduit "endo" (majoritaire) orientés vers l'intérieur du toit: Schéma 4. 3) le pont n’ayant pas de double ou triple liaison (donc saturé).

70 Certains composés possèdent deux « ponts » d’égale importance.70. on peut généraliser les positions « exo » et « endo » selon la figure 4.71 . Selon l’éloignement de ce groupement par rapport à cette fonction. ni substituants autres que ceux du pont le plus petit. le substituant est dit « endo » (proche) ou « exo » (éloigné) comme dans l’exemple présenté ci-dessous.4. mais qui se différencient par la présence sur l’un d’eux d’une fonction (cétonique par exemple). (exo) (endo) (CH2)x petit "pont" grand "pont" (CH2)y y>x Figure 4. et un autre pont substitué par un groupement (figure 4.71). Stéréoisomèrie-stéréochimie 125 Lorsque les ponts sont de grandeurs différentes et ne comportent ni hétéroatomes. exo endo O Figure 4.

.

.........5...2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet +M) ......... 144 5......................................4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques .................... 144 5............ 153 ....................................... 140 5...................................3 Moment dipolaire permanent d’une molécule ..........5............... 134 5................................................................................. 139 5...... 136 5.......... 141 5.....6.........4 Électronégativité des éléments ....................... 133 5............................ 143 5.................5.1 La liaison polarisée ...........................1 – Définition .......................................... 129 5.....6... 131 5.... 139 5.5............................................ la résonance et les formes limites .........................................................5.3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I ........................................................6............................6 L’effet mésomère........7 – Hydrogènes acides en α de groupes inducteurs -I .....1 – Définition ..5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée ...................... 129 5.............................................................. 130 5. 142 5......................... 150 5.............5................................................5..Chapitre 5 Polarisation des liaisons Sommaire : 5............................................3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M) .................5 L’effet inducteur (ou inductif) ...........................5b – A travers les liaisons π ........5. 137 5...................................5..................................................... 133 5...............8 – Effet de champ ............2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur -I ......................................5a – A travers les liaisons σ ..............................................2 Moment dipolaire permanent d’une liaison ...5.........................6 – Additivité des effets inducteurs -I et +I ......................

.....................9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel) ...................................6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe ......................................6...... 167 5..............................10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques ............6...6.............. 159 5..................................................6...........................................8 Les liaisons hydrogènes ... 164 5............................................................... 158 5........................................................ 157 5..........6................12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué ............................... 169 5.......................11 – Énergie de résonance des composés aromatiques .......... 160 5..... 157 5.6...6.........4 – Exemples de composés mésomères particuliers ....5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation) ....7 – Hyperconjugaison ..............128 Chimie organique 5.................. 171 ....8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal .. 155 5...................6.. 165 5.................................................7 Equation de Hammett ..................6..

Par contre.1 La liaison polarisée Lorsque les deux éléments qui constituent la liaison portent chacun une charge partielle de signes opposés (inférieure en valeur absolue à celle d’un électron).5. sans effet extérieur) résulte de la dissymétrie électronique des atomes qui la constituent et de son environnement moléculaire. de valeur absolue inférieure à celle de l'électron +δ C -δ F électrons de liaison plus proches du fluor que du carbone Figure 5. de même valeur absolue.8). Par exemple. charges partielles. la liaison qui unit deux atomes de brome est a priori non polarisée puisque les deux atomes qui la constituent sont identiques. ce qui crée un dipole. le fluor porte une charge partielle négative et le carbone une charge positive. soit en diminuant le moment dipolaire permanent (effet de champ § 5. la liaison est dite polarisée et possède un moment dipolaire.2 Moment dipolaire permanent d’une liaison Il est possible de calculer le moment dipolaire permanent (en Debye) d’une liaison considérée comme indépendante des autres liaisons d’une molécule. les électrons de liaison sont alors attirés ou repoussés vers l’un ou l’autre des atomes de brome.2).1). 5. La polarisation permanente d’une liaison (au repos. la liaison C-F est toujours polarisée. avec un moment dipolaire induit.5.1 Par exemple (figure 5. Polarisation des liaisons 129 5. Br Br Y Figure 5.2 +δ Br -δ Br Ce mouvement électronique qui résulte de l’approche d’une charge peut affecter aussi des liaisons en chimie organique soit en augmentant. et selon qu’elle est positive ou négative. Lorsqu’une charge s’approche de la molécule de brome (figure 5. Elle est le produit de la valeur absolue de la charge q (en rapport avec celle de l’électron = 4. la polarisation induite résulte d’effets extérieurs à la molécule.8 × 10-10 unités . et par conséquent les électrons de liaison sont situés au centre de la liaison.

c’est l’oxygène qui la porte).46 D) C-N (0. des trans-dihalogénoéthylènes.33 × 10-29 C. C’est le cas du tétrachlorure de carbone. figure 5. 1Debye = 0.130 Chimie organique électrostatiques. ont un moment dipolaire permanent (figure 5. Comme la plupart des composés de la chimie organique.4). Cette valeur est très dépendante de la différence d’électronégativité (§ 5. composés non symétriques. multipliée par la longueur de cette liaison l (en Å = 10-8 cm) : =qxl Quelques valeurs peuvent être données : C-H (0. ues) portée par chacun des éléments qui forment la liaison.4 Cl Cl N H pyrrolidine µ = 1. C-O (0. C-Cl (1.41 D). moment dipolaire de liaison O H H C H Figure 5. du benzène.m). 43 D .3. le toluène et la pyrrolidine (un hétérocycle).4) des éléments qui forment cette liaison (une autre unité est aussi utilisée : le Coulomb. car divers paramètres physico-chimiques de la molécule ne sont pas pris en compte dans ce calcul. bien qu’elle s’en approche.22D).3 -δ H +δ moment dipolaire moléculaire Certaines molécules symétriques ont un moment dipolaire nul bien que les dipoles permanents des liaisons qui les constituent aient des valeurs définies : ils s’annulent dans l’addition vectorielle.3 Moment dipolaire permanent d’une molécule La valeur du moment dipolaire permanent d’une molécule est obtenue par l’addition vectorielle des moments dipolaires permanents des différentes liaisons qui la constituent. du méthane. La valeur du moment dipolaire permanent est accompagnée d’une flèche barrée qui permet de connaître les positions relatives des charges positive et négative : la flèche est dirigée vers la charge négative (dans le méthanol. 5. C.57 D CH3 toluène µ = 0. Ce calcul théorique est rarement en accord avec la valeur expérimentale. et de ses dérivés disubstitués en position para par le même atome ou groupe.4 D).74D) (D = Debye).m. Cl Cl C Cl Cl tétrachlorure de carbone µ=0 benzène µ =0 para-dichlorobenzène µ=0 Figure 5.mètre. C-F (1.

5 Par contre. Cette propriété a d’abord été étudiée par Mulliken qui l’a définie comme la moyenne de l’affinité électronique de l’atome (qui mesure sa propension à gagner un électron) et du premier potentiel d’ionisation (qui correspond à l’aptitude avec laquelle le même atome. Ces échelles permettent de prévoir vers quel élément A ou B. la présence d’une charge négative partielle inférieure en valeur absolue à celle d’un électron sur l’atome de chlore. moins électronégatifs. isolé. avec création d’un dipôle. ceux situés à sa droite.1) pour un certain nombre d’éléments. et par ailleurs substitués par les mêmes groupements (molécules symétriques) comme les carbones centraux du 2. d’autre part.4 Électronégativité des éléments Le recouvrement de deux orbitales appartenant chacune à deux éléments différents conduit à une liaison qui correspond à une orbitale moléculaire. lui apporteront une charge partielle négative. en raison de la neutralité électrique de la liaison. une charge de même valeur absolue mais positive sur l’atome de carbone. on voit que tous les éléments situés à gauche du carbone dans les échelles de Pauling ou d’Anderson sont plus électronégatifs que celui-ci et apporteront dans leurs liaisons à cet élément une charge partielle positive. les électrons de la liaison A-B vont être attirés. et. solvant…) et physique (charges portées par d’autres molécules. par exemple). dans le chlorure de méthyle (figure 5. lesquels peuvent avoir une influence importante et repousser vers l’un des éléments le doublet de liaison.5). Polarisation des liaisons 131 5. mais positive. L’aptitude d’un élément à attirer vers lui les électrons de liaison est appelée électronégativité. Inversement. B portera une charge partielle négative -δ.3-diméthylbutane. peut perdre un électron à l’état gazeux). +δ Me H C Me C Me H Me H H chlorure de méthyle H C −δ Cl 2. dans la mesure où c’est l’élément à plus forte électronégativité qui les attirera le plus. parfois dits électropositifs par rapport au carbone. Pauling (prix Nobel 1954) a proposé une échelle d’électronégativité (tableau 5. Considérons que c’est B. dans la mesure où la molécule est considérée hors de son environnement chimique (autres molécules de même nature. les électrons de liaison sont théoriquement au centre de la liaison.5. le doublet d’électrons qui forme la liaison entre le carbone et le chlore est soumis à des attractions différentes de ces atomes qui résultent de leurs configurations électroniques. Ce doublet est situé plus près du chlore que du carbone ce qui a pour conséquence d’une part. En regardant le tableau 5. laquelle a été ensuite revue et augmentée par Sanderson (1983) (l’indice « 4 » a été attribué de manière arbitraire au fluor). Il a un indice d’électronégativité supérieur à celui de A.3-diméthyl-butane Figure 5. . +δ. Dans ce cas. ou plus exactement. Si ces deux éléments sont identiques. sur le groupe méthyle. et A une charge partielle égale en valeur absolue à celle de B.1. Les électrons qui appartiennent à cette orbitale sont soumis à l’attraction qu’exercent ces deux éléments.

H H H H groupe phényle H Figure 5.6). Cl. I).9 Cs 0. Le groupe phényle entièrement constitué de carbones hybridés « sp2 » a une électronégativité de 2. L’ordre dans lequel l’électronégativité décroit est le suivant : carbone hybridé « sp » > carbone hybridé « sp2 » > carbone hybridé « sp3 ».74 2.2).32 0.0 3. Elle décroît aussi dans une période donnée dans le sens des n os atomiques décroissants (ex : 9F> 8O > 7N).42 Tableau 5.6 6 CN 3.78 2. elle décroît du haut vers le bas du tableau (ex : F.83 0.47 C2 H 5 2.6 2. on peut calculer l’électronégativité de groupes dérivés d’un élément (tableau 5.71 (figure 5.2 Enfin.5 H 2.14 1.0 Br 2. Br.6 L’étude des spectres 1H et 13C RMN (résonance magnétique nucléaire) des composés organiques apporte des informations importantes sur l’électronégativité des groupes qui les constituent.60 CCl3 2.132 Chimie organique +δ A -δ B élément B plus électronégatif que l'élément A Eléments Echelles Pauling Sanderson F 4.5 C 2.8 S 2.54 CHCl2 2.2 Na 0.5 Cl 3.48 CH2Cl 2. groupes électronégativités CH3 2. .22 électronégativité décroissante Tableau 5.5 I 2.2 NO2 3.0 Si 1.8 Mg 1.0 N 3.1 P 2.27 2.96 2.22 2.7 4.1 On peut remarquer que les éléments les plus électronégatifs sont situés dans la partie supérieure droite du tableau de Mendéléiev.0 O 3.47 3.65 3. l’électronégativité du carbone varie selon son état d’hybridation.1 B 2. Pour une famille d’éléments donnée.5 2. Par extension.19 3.

est plus complexe.7).8). Le cas du lithium. Si un atome ou un groupement de cette molécule a un caractère électronégatif supérieur au carbone auquel il est lié (par exemple. autre métal alcalin.3). Remarque : La liaison entre le carbone et le sodium ou le potassium est ionique (le carbone et le métal portent chacun. plus électronégatif que le carbone (effet électroattracteur noté –I ). en affaiblissent la charge positive qui n’est donc pas égale en valeur absolue à celle du chlore. les deux types de liaisons coexistent avec des pourcentages variables.5 -δ Br 2. mais les trois hydrogènes portés par ce carbone qui ont chacun un effet inducteur donneur +I (indice d’électronégativité : 2.1 Effet électroattracteur -I du brome sur le carbone Effet électrodonneur +I de l'hydrogène sur le carbone Figure 5.5 +δ H 2. Toutefois. et d’une charge partielle négative -δ pour lui.5) auquel il est lié. . positive. Polarisation des liaisons 133 5. la valeur absolue de la charge partielle négative portée par le chlore est égale à celle. figure 5. Si on considère la molécule de chlorure de méthyle CH3Cl. et dans les solvants semi-polaires ou non polaires.5 L’effet inducteur (ou inductif) 5. dans les solvants très polaires (§ 6. ce qui a pour conséquence la création d’une liaison polarisée. une charge entière respectivement négative et positive).1 – Définition Une molécule en chimie organique est constituée d’atomes liés entre eux par une ou plusieurs liaisons covalentes c’est-à-dire par un ou plusieurs doublets d’électrons. exercent un effet inducteur donneur (effet électrodonneur noté +I) : le carbone prend alors une charge partielle négative -δ. il attire le doublet d’électrons de la liaison qui le retient à ce carbone. un halogène. et par conséquent. et en particulier les métaux (Mg. le chlore (indice d’électronégativité : 3) agit fortement sur le carbone (indice d’électronégativité : 2. et l’élément qui lui est lié prend une charge partielle positive +δ. mais pas Na ou K). +δ C 2. Cu. C’est l’effet inducteur accepteur ou attracteur de l’atome ou groupe d’atomes. la liaison est plutôt ionique. des atomes C et H qui constituent le groupe méthyle (figure 5.8 -δ C 2. d’une charge partielle positive +δ pour le carbone.5.5. Le type de liaison avec le carbone dépend alors du solvant. les éléments qui ont un indice d’électronégativité inférieur à celui du carbone. En raison de la neutralité électrique de la molécule.1).7 Inversement. la liaison est plutôt covalente. Ces charges répercutent cet effet sur les autres doublets de liaisons de la molécule avec de nouvelles polarisations. Le plus souvent.

et que leur somme algébrique s’annulent. R = groupe carboné (groupe carboné = alkyl. -I.8 Il est important d’insister sur le caractère partiel des charges portées par les atomes formant un dipole résultant d’un effet inducteur et qui suppose qu’aucun électron n’a été gagné ou perdu par ces deux atomes. 5. R = H thioéther.2 – Atomes ou groupes à effet inducteur électroattracteur –I +δ C -δ Y groupe électroattracteur -I Figure 5. -F.9) : – les halogènes. -Br. -Cl.134 Chimie organique H H H C +δ -δ Cl effet inducteur attracteur ou électroattracteur -I (les charges positives portées par les hydrogènes ne sont pas indiquées pour simplification) Figure 5. R = H éther.10). R = groupe carboné R S thiol. aralkyl) Figure 5.5. – les groupes neutres constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent comme l’oxygène.9 On distingue parmi les atomes et groupes à effet inducteur électroattracteur –I (figure 5. ce qui signifie que ces charges induites positives et négatives ont une valeur absolue égale. aryl. C’est l’une des grandes différences qui existent avec un autre phénomène de délocalisation des charges appelé mésomérie (§ 5. Autre point important : la présence de nombreuses charges partielles ou négatives dans une molécule ne doit pas faire oublier que la molécule est toujours électriquement neutre. Cela n’empêche pas la présence dans la molécule de sites à forte densité électronique.6). R O alcool.10 R N R' amines (R et R' = H ou groupe carboné) . le soufre ou l’azote (figure 5. et d’autres à faible densité électronique.

12 . ou aryl. ou aralkyl) CH2X CHX2 dérivés halogènés CX3 Figure 5. Leur effet est particulièrement puissant.11). O C-OH alcool O C R cétone O C OH acide O C OR ester C-OR éther C H aldéhyde S C-SH thiol S C R thiocétone S C OH O-thioacide C-SR thioéther C H thioaldéhyde S C OR O-thioester O C SH S-thioacide O C SR S-thioester S C SH dithioacide S C SR dithioester N R CH2N amine C R imine (R= H ou alkyl.11 – Les groupes constitués d’un carbone lié à un ou plusieurs hétéroatomes électronégatifs (figure 5. aryl. R O R' groupe oxonium R S R' R. R" = H groupe sulfonium R N R' R" groupe ammonium quaternaire Figure 5. Polarisation des liaisons 135 – les groupes chargés positivement constitués à partir d’un hétéroatome bi ou trivalent (effet inducteur -I très fort) (figure 5. aralkyl) oxime (R = OH) C N N C N nitrile diazo hydrazone (R= N-alkyl. R'.5.12).

chargés ou non.3 – Groupes à effet inducteur électrodonneur +I -δ C +δ Z groupe électrodonneur + I Figure 5.13 – les groupes dérivés d’alcènes. de la pyridine (ou d'autres cycles aromatiques) N dérivés d'alcènes dérivés d'alcynes Figure 5. C C C C dérivés du benzène. Ce sont des groupes alkyles.5) qui rapproche les doublets de liaison C-H du carbone. Leur propriété provient de la faible électronégativité des atomes d’hydrogène (indice d’électronégativité : 2. d’alcynes.I.15 Les groupes à effet inducteur électrodonneur +I (figure 5.13). NO groupe nitroso NO2 groupe nitro N=N-R groupe diazoïque R = groupe carboné N=N (X ) N=N=N groupe azido groupe diazonium N=C=O groupe isocyanato N=C=S groupe isothiocyanato SO R groupe sulfoxyde SO2 R groupe sulfone SO3H groupe acide sulfonique Figure 5. ou du benzène (et leurs dérivés polycycliques ou tout autre cycle aromatique (§ 5.14).6.1) par rapport à celle du carbone (indice d’électronégativité : 2.14 5. constitués de plusieurs hétéroatomes électronégatifs.15).9)) (figure 5. Plus un groupe alkyle aura de . sont en nombre moins important que ceux à effet inducteur électroattracteur . (effet inducteur fort) (figure 5.5.136 Chimie organique – les groupes.

5.17 5. La valeur du pKa définit la force de l’acide (schéma 5. -δ C +δ Métal Li MgX organolithien organomagnésien Figure 5.17). Polarisation des liaisons 137 liaisons C-H sur un nombre restreint d’atomes de carbones. ce qui correspond à une polarisation élevée de la liaison OH avec libération facilitée en milieu aqueux d’un ion hydroxonium.1) que les liaisons C-Li peuvent avoir.5. H3O+. pour un acide organique. le cobalt ou le cuivre (figure 5. un fort caractère ionique. dans les solvants très polaires. à côté de l’anion carboxylate. le magnésium. Ainsi.16).4 – Effet inducteur et influence sur les fonctions acides ou basiques On peut démontrer facilement l’influence des groupes –I ou +I en étudiant les pKa d’acides substitués par un groupe de cette nature. Il faut rappeler (voir § 5. H C H H groupe méthyle CH3 H H C H C H C H H H H H C H C C H H C H H H H groupe isopropyle i-C3H7 groupe tertiobutyle t-C4H9 Figure 5. . le groupe tertiobutyle (t-Bu) exerce l’effet le plus fort par rapport aux groupes isopropyle (i-Pr) et méthyle (Me) (figure 5.1) : plus le pKa est faible. RCOO-. plus ce groupe aura un effet inducteur électrodonneur important.16 On peut y ajouter les liaisons covalentes formées entre le carbone et quelques métaux comme le lithium. plus l’acide est fort.5. RCOOH.

3).88 4.log Ka RCOOH Schéma 5.3 Si l’on compare les pKa de l’acide acétique. élément à effet –I augmente l’acidité dans la mesure où il augmente la polarisation de la liaison O-H de la fonction acide (le doublet de liaison se rapproche un peu plus de l’oxygène et s’éloigne de l’hydrogène). on remarque que le chlore. de l’acide chloracétique et de l’acide propionique (tableau 5. Inversement.4). donc à diminuer l’acidité.86 acide monochloracétique O CH3 C O acide acétique −δ +δ H −δ +δ 4. on observe le classement suivant des effets inducteurs – I : . Parmi les quatre acides monohalogénés dérivés de l’acide acétique. les effets inducteurs d’atomes ou de groupes peuvent être quantifiés par l’étude des pKa des acides qu’ils substituent (tableau 5. à effet +I tend à éloigner le doublet de liaison de l’oxygène et à rendre la liaison OH moins polarisée.138 Chimie organique O R C O acide organique RCOO H3O O -δ +δ H + H2O R C O anion carboxylate ion hydroxonium + H3O Ka = pKa = .76 l'acidité croît O H3C CH2 C O acide propionique ou propanoïque l'acidité décroît H Tableau 5. tandis que le groupe méthyle. et en fonction de leurs pKa.1 O Cl CH2 C O −δ H pKa +δ 2.

Polarisation des liaisons 139 F > Cl = Br > I. Par exemple.27 et la méthylamine CH3-NH2 un pKa de 10.5.86 3 H décroissance de l'acidité 2. Cette propriété peut facilement être démontrée si l’on observe la variation de l’acidité d’une série d’acides monochlorés dérivés de l’acide butyrique (ou butanoïque) dans lesquels l’atome de chlore (effet électroattracteur –I) est éloigné progressivement de la fonction acide COOH.5. en rapport avec les indices d’électronégativités de ces atomes fournis dans le tableau 5.5 – Transmission de l’effet inducteur à travers une chaine carbonée 5.66 4 H acide monofluoroacétique 2.1. . se transmet en diminuant progressivement pour s’annuler généralement à une distance de trois carbones.12 2. indice d'électronégativité de l'halogène O F CH2 C O O Cl CH2 C O acide monochloracétique pKa 2.86 2.8 O Br CH2 C O acide monobromacétique H O I CH2 C O acide monoiodoacétique Tableau 5.62. par un. puis par plusieurs groupes méthylènes CH2 (tableau 5.5). 5. l’ammoniac NH3 a un pKa de 9.5a – À travers les liaisons Généralement.4 3. comme dans les alcanes linéaires. l’effet inducteur exercé par un groupement –I ou +I sur une chaîne constituée uniquement de liaisons σ.5.5 H Inversement les groupes électrodonneurs +I augmentent la basicité d’un composé basique comme une amine. donc plus basique.

3-diène Cl -δ CH2 +δ' CH CH Figure 5. La conséquence de cette propriété est la transmission quasi-intégrale de l’effet excercé par un groupe inducteur lié à un carbone d’une double liaison.5. vers l’autre carbone de celle-ci.86 l'acidité diminue acide 3-chloro-butanoïque 4.18 +δ' CH2 +δ''' CH2 . avec une nette augmentation du caractère acide.83 C O O -δ +δ H acide 2-chloro-butanoïque 2.52 Tableau 5.5b – À travers les liaisons Les électrons qui constituent les liaisons π ont la particularité d’être « plus mobiles » que les électrons des liaisons σ.04 H3C CH2 Cl CH2 C -δ O O H -δ H 2C Cl CH2 CH2 C -δ +δ O H acide 4-chloro-butanoïque 4. +δ H 3C CH propène -δ CH2 -δ ClCH2 CH 3-chloro-propène +δ CH2 +δ H3C CH CH CH -δ CH2 penta-1.5 On remarque que la présence de cet atome de chlore en position α conduit à un acide (acide 2-chloro-butanoïque) dont le pKa de 2. L’influence de l’atome de chlore en position β (acide 3-chloro-butanoïque) puis γ (acide 4-chloro-butanoïque) diminue jusqu’à devenir très faible comme l’indiquent les pKa correspondants. 5.86 diffère de deux unités par rapport à celui de l’acide butanoïque.140 Chimie organique O H3C CH2 CH2 C -δ O O H3C CH2 CH2 Cl (effet -I) pKa +δ H acide butyrique (ou butanoïque) 4.

l’effet +I du groupe méthyle est transmis intégralement au carbone « sp2 » non substitué : c’est lui qui porte la charge partielle et non le carbone hybridé « sp2 » directement lié au groupe inducteur (figure 5. un pKa de 4. Polarisation des liaisons 141 Ainsi. . Si plusieurs doubles liaisons se succèdent.18). 5. pKa O CH3 C O acide acétique 4.69.69 H Figure 5. L’acide acétique a un pKa de 4. Cette transmission particulière de l’effet inducteur est à l’origine du principe de vinylogie : la réactivité d’un groupe fonctionnel de deux composés qui ne diffèrent dans leurs chaînes carbonées linéaires que par la présence d’une ou plusieurs double(s) liaison(s) est peu différente.6 – Additivité des effets inducteurs – I et + I Les effets inducteurs s’additionnent comme le montrent les exemples suivants (tableau 5. donc d’acidité proche (figure 5.6) : – la croissance de l’acidité pour les acides mono-. dans le propène.5. l’effet inducteur est transmis intégralement jusqu’au dernier carbone hybridé « sp2 » de cette chaîne.5.76 H O H3C CH CH C O acide crotonique 4. isobutyrique (ou 2-méthylpropionique) et triméthylacétique (additivité d’effets +I).3-diène. Si une double liaison (groupe vinyle) est isolée dans une chaine carbonée constituée de liaisons σ. l’effet inducteur est totalement transmis à travers elle.19). cela s’applique aussi aux triples liaisons. séparées par des liaisons σ (ce qu’on nomme doubles liaisons conjuguées). pour les acides acétique.76. composé vinylogue de l’acide acétique. di-. car il diffère de celui-ci par l’inclusion d’une double liaison.19 Bien entendu. et l’acide crotonique. et trichloracétiques (additivité d’effets –I) ou sa décroissance. comme dans le penta-1.

86 5. méthylamine.7 5.6 – l’augmentation de la basicité par l’effet inducteur +I du groupe méthyle. d’où son caractère basique.62 la basicité augmente 10.7). méthylènes (-CH2-) ou méthynes . N + H+ pKa N H H2N H2N H CH3 CH3 9.86 1. pour la série : ammoniac.29 0.80.77 HN CH3 Tableau 5.5.27 10.05 décroissance de l'acidité Tableau 5.142 Chimie organique pKa CH2Cl-COOH CHCl2-COOH CCl3-COOH (CH3)2-CH-COOH (CH3)3C-COOH 2.7 – Hydrogènes acides en de groupes inducteurs – I Les groupes électroattracteurs qui exercent un effet inducteur – I rendent acides les hydrogènes portés par les groupes méthyles (-CH3). caractérisée par une densité électronique accrue autour de l’azote dont le doublet libre est capable de retenir un proton (tableau 5. La triméthylamine qui devrait être plus basique que la diméthylamine a un pKa de 9. C’est une « anomalie » qui s’explique par la gêne stérique autour de l’azote provoquée par les trois groupes méthyles et qui rend difficile l’approche du proton. diméthylamine.65 croissance de l'acidité 4.

Simultanément. l’effet de champ est un effet « à distance » sur une liaison « isolée ». et de manière plus générale. du groupe méthylène du malonate d’éthyle. H H H H C C H C H H C H COOEt COOEt H 3C C H CN CN O propanone (acétone) base . les solvants.2). soit d’autres molécules comme les réactifs. Le déplacement des molécules les unes par rapport aux autres génère des effets de champ parfois plus importants que l’effet inducteur intrinsèque à l’intérieur d’une molécule isolée. Sous l’effet de leurs charges ou de ces sites.2 Le retrait du proton dans ces composés est facilité par la création d’une base conjuguée d’une structure résonnante très stable (voir carbanions mésomères § 6. les charges partielles portées par Br et le carbone augmentent ce qui polarise de plus en plus la liaison.13) correspondants (schéma 5. les hydrogènes des groupes méthyles de la propanone (ou acétone). Polarisation des liaisons 143 (>CH-) situés en position α de la fonction. ou du groupe méthyne du méthylmalononitrile sont suffisamment acides pour être extraits par une base.2). ils agissent sur les dipôles permanents qui résultent de l’induction. les ions présents dans le milieu réactionnel (effet intermoléculaire). . 5. Il résulte. Par exemple. Leur approche de cette liaison déforme le tétraèdre du carbone « sp3 » qui tend à s’applatir pour devenir proche d’un plan tandis que la liaison C-Br s’allonge et devient de plus en plus fragile.3).5. des sites à très faibles ou très fortes densités électroniques mais éloignés de la liaison sur laquelle ils exercent leur action (effet intramoléculaire).5. avec formation de carbanions (§ 6.H+ méthylmalononitrile base .8 – Effet de champ Contrairement à l’effet inducteur qui est le résultat de dissymétries électroniques liées aux éléments et groupes qui constituent la molécule.H+ malonate d'éthyle base . soit de la présence de groupe(s) de la même molécule portant des charges partielles ou entières (liaisons ioniques). Un exemple est donné pour une liaison C-Br sous l’effet de champ du à un anion ou une amine du milieu (schéma 5.13.H+ H H H C C H C H H C COOEt COOEt H 3C C CN CN O carbanions Schéma 5.

O. soit un atome de carbone chargé négativement (ex : carbanion allylique).3-butadiène. ou le benzène (figure 5.20) ou d’autres molécules dans lesquelles une double liaison est conjuguée.144 Chimie organique ion chargé négativement ou amine A N +δ −δ C Br A ou N C +δ' Br −δ' A ou N avec +δ'' C Br −δ'' δ < δ' < δ'' Schéma 5. la résonance et les formes limites 5.6. soit avec un hétéroélément (N.1. (alternativement une double liaison et une simple liaison) telles que le 1. ou positivement (ex : carbocation allylique). 5. cette formule développée unique est insuffisante pour décrire les propriétés de certaines molécules dont les doubles liaisons sont conjuguées. S. . éther vinylique).2) puisqu’il en représente le début. Par contre. (ex : amine vinylique.…) possèdant un doublet libre non liant.1 – Définition Les propriétés chimiques et physicochimiques de la plupart des molécules de la chimie organique peuvent être décrites à partir d’une seule formule développée classique.3 L’effet de champ est important dans un mécanisme de substitution bimoléculaire SN2 (§ 8.6 L’effet mésomère. soit un atome disposant d’un électron célibataire (ex : radical allylique).

Polarisation des liaisons 145 H 2C CH CH CH2 butadiène benzène H C H H C N H C H H C C H C H H C C H C H H C C amine vinylique carbanion allylique carbocation allylique radical allylique Figure 5. C’est le phénomène appelé mésomérie (qui signifie « entre plusieurs formes ») ou résonance. pour représenter un système dynamique. Ainsi le butadiène et l’ion carboxylate sont représentés par les formes limites du schéma 5. appelées structures ou formes limites (canoniques peut remplacer limites). en équilibre chimique. dont toutes semblent également capables de décrire la plupart des propriétés physicochimiques ou chimiques du composé mais dont aucune. Attention : ne pas confondre cette double flèche ↔ avec le signe caractéristique des équilibres chimiques et qui n’ont aucun rapport entre eux.5. Ces structures limites n’ont ni réalité physique. elles ne peuvent pas être considérées comme des composés différents. et.20 Cette observation a conduit. au début du siècle dernier. Ces formes limites ne sont qu’une écriture.4 et dont les formations sont décrites dans les pages suivantes : . par conséquent. à elle seule. statique. à l’idée que ces molécules existaient dans un état qui est un hybride entre plusieurs structures électroniques virtuelles qui résonnent entre elles. ne peut décrire toutes ces propriétés. Ce phénomène est symbolisé par la double flèche ↔ qui sépare les différentes structures limites. par nature. ni existence indépendante.

ou des anions. 1926) repose sur les conditions structurales des formes limites. définies ci-après : – les positions des noyaux des atomes impliqués dans la mésomérie doivent être les mêmes pour chaque structure limite.146 Chimie organique butadiène H H H H H H H2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH CH2 (II) H2C CH CH CH2 (III) anion carboxylate O R C O (A) (B) R C O O Schéma 5. les atomes sont dans le même état d’hybridation. La molécule de butadiène (schémas 5. l’apparition d’une charge positive est accompagnée de celle d’une charge négative. Il y a délocalisation – des doublets d’électrons des doubles ou triples liaisons – des doublets d’électrons des hétéroatomes (doublets non liants de O. S’il existe un ou des électrons célibataires comme pour les radicaux (§ 6. leur nombre reste inchangé. – la molécule reste neutre. N.12). – le nombre de paires d’électrons dans les différentes structures limites doit être le même. – dans toutes les formes limites. .4 La théorie de la mésomérie (Heisenberg. Chaque atome doit respecter les structures de Lewis (la présence d’un carbone tri ou pentavalent est impossible). car la résonance a pour propriété de stabiliser la molécule donc de diminuer son énergie (voir énergie de résonance).4 et 5. Ils doivent être coplanaires afin que le recouvrement des orbitales « p » à l’origine des doubles liaisons ne soit pas perturbé. – l’énergie de chaque forme limite est supérieure à celle de la molécule réelle. S…).5) est représentée de manière classique par deux doubles liaisons séparées par une liaison simple (deux doubles liaisons conjuguées). mais le couplage des électrons diffère entre elles.

148 nm.5.5 La théorie de la résonance conduit à décrire la molécule de butadiène comme un hybride de résonance entre les 3 structures limites (ou canoniques) fictives (I). à ce qui pourrait être attendu à partir de la formule classique.6.7.6 H2C CH CH (III) CH2 .5) conduit à deux composés dibromés en positions 1.2 et 1. H P1 C H H C C H faux H C P2 H P1 H C H H C C H vrai Br2 H C H Br C BrH2C H C H CH2 et H C BrH2C C H 1. donc entre simple et double liaisons. Ces résultats confirment que l’écriture classique est insuffisante pour représenter la molécule de butadiène (voir aussi § 14.4-dibromo-but-2-ène addition 1. Enfin. Leur valeur est pour chacune d’entre elles de 0. ce qui ne correspond pas.135 nm). La molécule est plane.4 CH2Br 3.4-dibromo-but-1-ène addition 1. alors que l’on pouvait s’attendre à deux plans éthyléniques avec libre rotation autour de la liaison centrale.154 nm) ou doubles (0.2 Schéma 5. (II) et (III) du schéma 5.1). pour le second.4. H 2C CH CH (I) CH2 H2C CH CH (II) CH2 H2C CH CH CH2 butadiène Schéma 5. Polarisation des liaisons 147 Une telle structure supposerait que les liaisons C-C soient de longueurs différentes selon qu’elles sont simples (0. l’addition d’une molécule de brome (schéma 5.

ce qui entraîne l’effet mésomère électroattracteur (effet – M). dans l’exemple A du schéma 5. c’est le caractère électronégatif de l’hétéroélément qui influe sur la délocalisation des électrons π. Dans le premier cas. l’origine de la flèche courbe utilisée doit être précise au même titre que son but.6 figurent les mouvements fictifs des doublets électroniques qui conduisent à l’écriture des différentes structures limites et n’ont pas la même signification que celles utilisées pour décrire les mouvements électroniques dans les réactions. On peut remarquer que le sens de la délocalisation des électrons est inversé selon qu’il s’agit d’un hétéroélément directement conjugué à une double liaison éthylènique (formes limites A et B). le doublet porté par le carbanion sert à former la double liaison dans D ce qui conduit par délocalisation des électrons à un nouveau carbanion D. Dans le cas où une double liaison existe entre un atome de carbone et un hétéroélément (O. La seconde flèche débute au milieu de la double liaison de A et se termine sur le carbone de CH2. Elles ne représentent que le sens de la délocalisation des électrons ce qui permet d’écrire la formule limite. ou au contraire. Dans le second cas.) comme dans une cétone vinylique comme l’acroléine. Pour indiquer sans ambiguïté le sens de la délocalisation électronique. c’est un doublet libre.7). le doublet de liaison π se retrouve sur le carbone de CH2. et E et F. d’un hétéroélément inclus dans une fonction. . ce sens est défini et unique pour les molécules dissymétriques (formes limites A et B.. L’un des deux électrons de ce doublet appartient à ce carbone dans la mesure où il était mis en commun avec l’autre carbone sp 2 pour former la double liaison : le carbone de CH2 prend alors une charge négative par addition d’un électron (trois liaisons σ + un doublet d’électrons) ce qui lui confère une structure électronique de carbanion dans B. d’une part. Le doublet de l’oxygène sert à former la nouvelle double liaison : l’oxygène qui perd un électron devient positif. A l’inverse du butadiène qui est symétrique. S.148 Chimie organique Les flèches utilisées dans le schéma 5. N. non liant. la première flèche part d’un doublet de l’oxygène et se termine au milieu de la liaison C-O.7. Ainsi. avec un effet mésomère électrodonneur (effet + M). thiocétone >C=S ou imine >C=N-R. d’autre part) (schéma 5. Dans le carbanion allylique C. qui est donneur. la délocalisation des électrons est orientée vers cet hétéroélément et conduit aux différentes formes limites correspondantes (exemples formes limites E et F). . cétone (formes limites E et F).

5. Polarisation des liaisons

149

Effet électrodonneur du groupe méthoxy O-CH3 (effet +M)

H2 C

CH O A

CH3

H 2C
méthoxy-éthène (éther vinylique)

CH O B

CH3

Effet électrodonneur du carbanion

H2C

CH C

C

H2 C
carbanion allylique

CH D

C

Effet électroattracteur du groupe carbonyle C=O (effet - M)

H2 C

CH E

CH

O
prop-2-ènal ou acroléine

H2C

CH F

CH O

Schéma 5.7

Les formes limites d’un composé donné ont-elles toutes la même contribution à sa représentation ? Toutes les formes limites d’un composé n’ont pas la même « stabilité ». Les plus « stables » (énergie interne la plus faible) sont les plus contributives à la représentation de la molécule, celles qui ont un « poids » plus important. Ce sont celles : – qui présentent le nombre le plus élevé de doubles ou triples liaisons conjuguées non chargées (formule I du butadiène et formule A de l’éther vinylique) (schémas 5.6 et 5.7), – qui sont chargées mais dont les charges de signes contraires sont les plus proches l’une de l’autre. Par contre, la présence de deux charges de même nature sur deux atomes liés rend la formule limite totalement instable. Les formules limites ayant plus de deux charges sont instables et peu contributives. – qui portent une charge sur un atome en accord avec son électronégativité (schéma 5.8). Par exemple, une forme limite avec une charge positive sur un carbone et une charge négative sur un oxygène est plus stable que si les charges sont inversées sur ces deux atomes, car le carbone est moins électronégatif que l’oxygène (voir l’échelle d’électronégativité de Pauling § 5.4).

150

Chimie organique

C

C

O

C

C

O

plus stable meilleure contribution

faible contribution

électronégativité de O > C
Schéma 5.8

5.6.2 – Groupes à effet mésomère donneur ou électrodonneur (à effet + M)
Dans le schéma 5.9 sont rassemblés les 3 principaux groupes à effet mésomère électrodonneur (+M) formés à partir de O, S, ou N, liés d’une part à une double liaison, et d’autre part, par une liaison simple, à un carbone appartenant lui-même à un groupe carboné comme les éthers et thioéthers vinyliques, ou les énamines. Un exemple de formules limites est donné pour un éther vinylique.

C

C O R
éther vinylique

C

C O R

C

C S R

C

C N R'
énamine

R

thioéther vinylique

Schéma 5.9

Les halogènes, éléments monovalents, donnent lieu à une résonance avec une double liaison lorsqu’ils la substituent (schéma 5.10). La contribution de la formule limite A à la représentation de la molécule de chlorure vinylique est beaucoup plus importante que la formule B en raison de la plus grande électronégativité du chlore par rapport à celle du carbone, ce qui rend difficile la présence de la charge positive sur l’atome d’halogène.

5. Polarisation des liaisons

151

C

C Cl
A

C

C Cl
B

Schéma 5.10

Remarque : les groupes -O-R, -S-R , et -N(R)(R’) peuvent aussi faire partie d’une fonction où ils ont un effet +M (schéma 5.11). C’est le cas des esters RCOOR’, des thioesters RCOSR’, des dithioesters RCSSR’, des imidates RC(=NR)-O-R”, des amides RCON(R’)(R”), des thioamides RCSN(R’)(R”), mais ces fonctions prises dans leur intégralité ont toutes un caractère mésomère électroattracteur (– M ) en raison de la présence d’un groupe C=O, C=S ou C=N (voir ci-après).

O C O

R C

O O
ester

R C

N C O
amide

N O

Schéma 5.11

Lorsque les atomes O, S, et N sont chargés négativement et qu’ils sont liés à une double liaison, ils exercent dans la fonction un effet mésomère donneur comme dans les anions énolates, thioénolates, carboxylates, thiocarboxylates, iminoalcoolates (schéma 5.12) … Cette fois encore, les fonctions correspondantes, dans leur intégralité, représentent des groupes à effet mésomère électroattracteur.

152

Chimie organique

C

C O

C

C O

anion énolate

C

C S

C

C S

anion thioénolate

O C O
anion carboxylate

O C O

N

C O

N

C O

anion iminoalcoolate

Schéma 5.12

Les groupes OR, S-R, N(R)(R’) peuvent aussi être liés à un carbone chargé positivement, c’est-à-dire un carbocation, ou à un carbone radicalaire (schéma 5.13).

5. Polarisation des liaisons

153

Carbocations C O R C O R R' C N R C N R R'

R = H, dérivés du carbocation hydroxyméthyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alcoxyméthyle

dérivés d'un carbocation aminométhyle

C

S R

R = H, dérivés du carbocation mercaptométhyle R = alkyl, dérivés d'un carbocation alkylthiométhyle

Radical C O R
Schéma 5.13

C

O R

Les carbanions ont un effet +M (carbanions allyliques, schéma 5.14).

C C C
carbanion allylique
Schéma 5.14

C C C

5.6.3 – Groupes à effet mésomère attracteur ou électroattracteur (à effet -M)
Lorsque les atomes O, S ou N sont liés à un carbone par une double liaison, le groupe correspondant, carbonylé, thiocarbonylé ou imino exerce un effet mésomère électroattracteur –M. Ces groupes peuvent faire partie de nombreuses fonctions qui, toutes, ont un caractère –M : c’est le cas des fonctions aldéhyde, cétone, thioaldéhyde, thiocétone, imines, acides, esters, carboxylates, amides, thioesters, thioamides, imidates, thioimidates, amidines (schéma 5.15). On peut ajouter à cette série, le groupe nitrile dans lequel l’azote est triplement lié au carbone.

154

Chimie organique

C

C C O

C

C C O

C

C C S

C

C C N

cétone (ou aldéhyde) vinylique

thiocétone (ou thioaldéhyde) vinylique

imine vinylique

C

C C O R O

C

C C O R O C

O C O R

O O R

ester d'acides α,β−insaturés

mésomérie du groupe ester ou acide (R = H)

O C O
anion carboxylate

N C
amide

SR C O
S-thioester

S C
anion S-thiocarboxylate

OR C S
O-thioester

O C S
anion O-thiocarboxylate

N C S
thioamide

O

O

OR' C NR
imidate

SR' C NR
thioimidate

N(R')(R") C NR
amidine

C

CH

C

N

C

CH

C

N

dérivé de l'acrylonitrile

Schéma 5.15

Les carbones chargés positivement ou carbocations exercent aussi un effet –M dans les carbocations allyliques (schéma 5.16).

C

C C

C

C C

carbocations allyliques
Schéma 5.16

A ces deux groupes dans lesquels le carbone est directement lié à une double ou triple liaison, il faut ajouter un nombre important de fonctions entièrement constituées de

5. Polarisation des liaisons

155

O, S et/ou N comme les groupes nitroso, nitro, diazo, sels de diazonium, azido, sulfoxydes, sulfones, acides sulfoniques et sulfonates qui exercent un très puissant effet –M (schéma 5.17).

C

C N O O

C

C N O O N

O N O
mésomérie du groupe nitro

O O

dérivés du nitroéthylène

autres groupes à effet - M: -N=O (groupe nitroso), -N=N- (groupe azo), -N=N+ (sel de diazonium), -N3 (groupe azido), -SO- (groupe sulfoxyde), -SO2- (groupe sulfone), -SO3H (acide sulfonique, ses sels, -SO3Schéma 5.17

et ses esters, -SO3R)

5.6.4 – Exemples de composés mésomères particuliers
Comme le montre les différents exemples ci-après (schéma 5.18), des formes limites partielles peuvent être écrites qui ne font intervenir qu’une partie du système conjugué comme les formes limites B et C du premier exemple.

Exemple 1:
sens de la électron provenant du carbone

H H
A

délocalisation électronique

H O H
B

C

C H

C H

C H

C H

C

C H

C H

C H

C H

O

penta-2,4-diènal groupe à effet mésomère -M

H H
C

C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C H

C H

C H

C H

O

H H
D

C

C H

C H

C H

C H

O

156

Chimie organique

Exemple 2:
sens de la délocalisation électronique

H H
A

H C C H C H C H O CH3 H
B

C

C H

C H

C H

O

CH3

1-méthoxy-buta-1,3-diène groupe à effet mésomère + M

H H
C

La forme limite A a la plus forte contribution à la représentation de la molécule: elle est non chargée et possède le maximum de doubles liaisons.

C

C H

C H

C H

O

CH3

Exemple 3 H C H C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 H CH3 H C C H C H N CH3 CH3

ion allylidene-diméthyl-ammonium Cas particulier:

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

H C H C H N

CH3 CH3 CH3

ion triméthyl-vinyl-ammonium

impossible car l'azote deviendrait pentavalent

L'azote ne peut pas avoir cinq liaisons . Il n'existe pas de mésomérie. Le groupe ammonium n'intervient doncque l'effet inducteur attracteur de l'azote sur la double liaison.

Exemple 4: H2C CH C CH CH2 H2C CH C CH2 C H CH2 H2C CH C CH2 CH CH2

CH2 3-méthylène-penta-1,4-diène

H2C

CH C CH2

CH CH2

H2C

CH C CH2

CH CH2

Dans les structures où la conjugaison est croisée, les formes limi tes sont obtenues, comme dans l'exemple présenté, en ne faisant intervenir à chaque fois, qu'une partie des systèmes conjuguées. S'il existe un groupe -M ou +M , c'est lui qui donne le sens de la délocalisation

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

H2C

CH C O

CH CH2

5. Polarisation des liaisons

157

Exemple 5: H C H C H CH2 H C H C H CH2

radical allylique

La demi-flèche correspond à la délocalisation d'un seul électron, contrairement à la flèche qui représente la délocalisation d'un doublet d'électrons.
Schéma 5.18

5.6.5 – Énergie de résonance (ou énergie de délocalisation)
Toutes les molécules mésomères ont une stabilité chimique plus élevée que celle relative à une formule limite donnée, y compris la plus contributive. Cela est quantifié par l’énergie de résonance qui correspond à la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation de cette molécule et celle calculée à partir des éléments (atomes, types de liaisons…) de la formule limite qui présente la plus basse énergie interne, c’est-à-dire la plus stable ou la plus contributive. L’énergie de résonance peut aussi être calculée à partir des chaleurs d’hydrogénation comme dans le cas du benzène (§ 5.6.9). Plus l’énergie de résonance est élevée, plus la molécule est stable. Cette énergie est d’autant plus élevée que les formes limites qui représentent la molécule mésomère sont équivalentes (ex : ion carboxylate, -CO32-, schéma 5.19) et / ou nombreuses (ex : composés aromatiques, schéma 5.4 et § 5.6.9).

O C O

O

O C O

O

O C O

O

ion carboxylate

Schéma 5.19

5.6.6 – Différences entre effet inducteur et effet mésomère d’un même groupe
Les groupes à effet mésomère électrodonneur +M exercent aussi un effet inducteur électroattracteur -I , par exemple, l’oxygène dans un groupe alcoxy, R-O- d’un éther vinylique, >C=C(OR)-, il en est de même des halogénures vinyliques, >C=C(X)-, ou des amines vinyliques (ou énamines), >C=C(NH2)-. Par contre, les groupes à effet électroattracteur – M ont aussi un effet – I.

158

Chimie organique

En fait, les deux effets se superposent, mais l’effet mésomère est, dans la majorité des cas, plus puissant que l’effet inducteur. C’est donc l’effet mésomère qui impose l’orientation des réactions avec des réactifs électrophiles ou nucléophiles. Ainsi, dans l’éther vinylique >C=C(OR)-, l’effet mésomère +M prime sur l’effet inducteur –I (schéma 5.20).
effet mésomère donneur + M

R

O HC CH2

R

O HC CH2

effet inducteur attracteur -I
Schéma 5.20

5.6.7 – Hyperconjugaison
Lorsqu’un carbone lié à une double liaison porte un hydrogène CαH, il y a un recouvrement latéral de l’orbitale moléculaire σ de cette liaison C-H « conjuguée » à la double liaison, et d’une orbitale « p » d’un carbone hybridé « sp2 » de cette double liaison, (contrairement au cas général de la mésomérie qui correspond uniquement à des recouvrements d’orbitales « p »), ce qui conduit à une résonance particulière et spécifique de ces liaisons, appelée hyperconjugaison (schéma 5.21). Cette hyperconjugaison est caractéristique de toutes les liaisons C-H de même nature, qu’il s’agissent de groupes méthyles, méthylènes ou méthynes. Elle permet d’expliquer, en particulier, la plus grande stabilité de certains alcènes substitués par des groupes méthyles, éthyles… par rapport à des alcènes peu substitués ou substitués par des groupes carbonés qui ne possèdent peu ou pas de C αH. Plus le nombre de liaisons CαH conjuguées avec la double liaison augmente, plus l’alcène correspondant est stable. C’est le cas du 2,3-diméthyl-but-2-ène (12 hyperconjugaisons), composé plus stable que l’isobutène (6 hyperconjugaisons), lui-même plus stable que le propène, CH3-CH=CH2 (3 hyperconjugaisons).
Note : L’hyperconjugaison est aussi possible avec un carbone chargé positivement (carbocation). Elle stabilise la charge (voir le schéma 8.259).

5. Polarisation des liaisons

159

liaison σ

H

C

α

C C C H
pas d'hyperconjugaison liaison C-H non conjuguée avec la double liaison

α

C

C

C
α

C H

C

H

H

H

orbitale hybridée "sp3" H orbitale "p"

H H

H Cα C C Cα H

H

Cα C C

H Cα H
α

H H

C H

H

H

H Cα H C H C α H H

H

H C H

2,3-diméthyl-but-2-ène plus stable que l'isobutène

Schéma 5.21

5.6.8 – Rotations autour des liaisons Ctrigonal-Z et Ctrigonal-Ctrigonal
Lorsqu’un composé possède une liaison entre un Ctrigonal , par exemple C de >C=O et un élément Z possèdant un doublet d’électrons non liant avec lequel une résonance est donc possible comme dans un amide RCON(R1)(R2), la libre rotation entre ce carbone et Z est empêchée, car les trois atomes se trouvent dans un même plan afin de satisfaire le phénomène de résonance avec recouvrement latéral des orbitales concernées (figure 5.22). En conséquence, la barrière de potentiel, ou d’interconversion, pour une rotation autour de cette liaison est très élevée, soit 10 fois supérieure (80 kJ mol-1) à celle qui existe pour une liaison amine Ctétraèdral-Z comme dans CH3-N(R1)(R2) (soit 8 kJ mol-1) où il n’existe pas de résonance.

O C N
amide (mésomère)

O C N
amine

C

N

Rotation autour de la liaison C-N très difficile: énergie d'interconversion élevée

Rotation autour de la liaison C-N 10 fois plus facile que pour l'amide: énergie d'interconversion faible

Schéma 5.22

160

Chimie organique

Cette remarque s’applique aussi pour les liaisons Ctrigonal-Ctrigonal correspondant à des systèmes conjugués (par exemple, butadiène, cétones α,β-insaturées) pour lesquelles la forme s-trans est plus stable que la forme s-cis (figure 5.21).

H H

H H

H H

H H H

H

H H

butadiène s-trans, conformère plus stable que butadiène s-cis
Figure 5.21

butadiène s-cis

5.6.9 – L’aromaticité (règle empirique de Hückel)
Certaines molécules qui présentent une mésomérie, possèdent une très grande stabilité et sont dites aromatiques si les conditions suivantes (règles empiriques de Hückel, 1937) sont respectées : – la molécule est cyclique, polyènique conjuguée (un doublet non liant d’un hétéroatome, une charge négative ou positive peuvent entrer dans cette conjugaison), – la molécule doit être plane, (afin qu’il y ait un bon recouvrement latéral des orbitales « p »), – l’ensemble des électrons délocalisés doit être égal à 4n + 2 avec n = 0 ou un nombre entier. Ces règles qui ne s’appliquaient à l’origine qu’aux monocycles ont été ensuite étendues aux composés polycycliques. Le caractère aromatique d’une molécule implique une stabilité plus élevée par rapport à des molécules de structures proches mais non aromatiques, vis-à-vis de la température, mais aussi de divers réactifs : par exemple, les alcènes, peu stables à haute température, réagissent très facilement avec les acides, les halogènes, ou les oxydants, tandis que le benzène, composé aromatique, reste stable à des températures élevées, ne réagit avec les halogènes (sans intervention externe, rayonnement UV) ou ne s’oxyde que dans des conditions particulières vigoureuses. Le benzène, C6H6 est un monocycle plan constitué de trois doubles liaisons conjuguées (schéma 5.23) :

5. Polarisation des liaisons

161

exemple 1: le benzène

2 2

2 représentation faisant apparaître le plus simplement la totale délocalisation des électrons π.

formules de Kékulé 4n + 2 = 6 (n = 1)

formules de Dewar

Schéma 5.23

Les représentations classiques de Kékulé, et moins classiques de Dewar, sont contenues dans l’utilisation d’un cercle central symbolisant la délocalisation des électrons dans le cycle. La pyridine, un hétérocycle (schéma 5.24), diffère du benzène par le remplacement d’un CH du cycle par un atome d’azote : il s’ensuit une dissymétrie qui fait apparaître des charges. Le groupe imino >C=N- exerce un effet électroattracteur sur les électrons π du cycle.
H Exemple 2: la pyridine H

H

N
H
4 5 6 2 2 3 2 2

H

N

N

N

N

N

N
caractère basique et nucléophile lié à ce oublet

1 4n + 2 = 6 (n = 1)

La représentation des formes limites de la pyridine apporte des renseignements utiles au chimiste pour l'étude le la réactivité de cet hétérocycle. Le doublet non liant de l'azote n'étant pas délocalisé confère à la pyridine, basicité et caractère nucléophile (à l'inverse du pyrrole, voir l'exemple 3), les positions 2, 6 et 4 (appelées aussi α, α' et γ) ont des densités électroniques plus faibles que celles en positions 3 et 5 (ou β et β') ce qui permet de prévoir les attaques des réactifs électrophiles et nucléophiles.

Schéma 5.24

Le pyrrole est un hétérocycle à 5 chaînons. Pour que le caractère aromatique s’établisse, il faut que les électrons du doublet non liant de l’azote soient délocalisés afin que la règle de 4n + 2 électrons = 6 avec n = 1 soit respectée. Il en est de même pour l’oxygène du furane, et le soufre du thiophène (schéma 5.25).

162

Chimie organique

H Exemple 3: pyrrole, furane et thiophène H

H

N
H
2 2

H

2

N H
4n + 2 = 6 (n = 1)

N H

N H

N H

N H

N H

Le doublet non liant de l'azote est engagé dans la délocalisation ce qui réduit très fortement le caractère basique et rend l'hydrogène de NH plutôt acide. L'effet + M de l'azote dans le cycle augmente les densités électroniques des carbones qui seront facilement attaqués par les réactifs électrophiles. Le furane et le thiophène ont des formules limites semblables à celles du pyrrole.

O
furane

O

O
thiophène

S

Schéma 5.25

Exemple 4 : carbocation cyclopropènyle et carbanion cyclopentadiènyle H Cl H H SbCl5 H H H H H H , SbCl6
carbocation cyclopropènyle

H

H

H

Le carbocation cyclopropènyle présent dans les sels de propènium, le plus souvent substitué par divers groupes, représente un cas particulier de système aromatique puisque le nombre d'électrons délocalisés est de deux ce qui permet de valider la règle empirique de Hückel: 4n + 2 = 2 (n =0) Le sel de propènium présenté est l'hexachloroantimonate de cyclopropènyle.

H H H

H -H H H
(base)

H H H

H H H

H

H H H H

H

H H H

cyclopentadiène

carbanion cyclopentadiènyle 4n + 2 = 6 (n = 1 )

Sous l'action d'une base, le cyclopentadiène perd très facilement un proton car le carbanion cyclopentadiènyle qui en résulte est très stable : il est aromatique. Le nombre d'électrons π délocalisés est égal à 6: 4n + 2 = 6 (n = 1)

Schéma 5.26

5. Polarisation des liaisons

163

Certains composés ionisés, sous forme de sels, sont aussi aromatiques, par exemple, l’ion pyrylium qui possède 6 électrons délocalisés provenant de ses 3 doubles liaisons (figure 5.22).

O
X sel de pyrylium
Figure 5.22

De nombreuses structures polycycliques possèdent un caractère aromatique comme le naphtalène, l’anthracène, le phénanthrène, la quinoléine, l’acridine ou l’ion 1-benzopyrylium (figure 5.23).

naphtalène

anthracène

phénanthrène

N quinoléine

N acridine
Figure 5.23

O ion 1-benzopyrylium

Des molécules complexes comme la porphine et ses dérivés substitués, les porphyrines (figure 5.24) sont des composés aromatiques. Ils font partie de la structure de l’hémoglobine, le transporteur d’oxygène présent dans le sang. Si on compte l’ensemble des électrons π délocalisés, ils sont au nombre de 26, ce qui ne correspond pas à 4n + 2 (règle de Hückel). Dans ce cas, et dans la mesure où la molécule est plane et polyènique conjuguée, il doit exister dans ces structures polycycliques, un système cyclique polyènique conjugué, parmi ceux possibles, qui possède un maximum d’électrons délocalisés dont le nombre soit égal à 4n + 2 avec n, un nombre entier. Dans le cas de la porphine, ce système est indiqué en pointillé. Il correspond à 18 électrons délocalisés (n est donc égal à 4). Dans le pyrène (16 électrons délocalisés), seuls les électrons π périphériques sont pris en compte pour le caractère aromatique de ce composé soit 14 électrons (n = 3).

164

Chimie organique

2

2 2

NH
2 2

N
2

NH

N

N
M2

N

N
2

HN
2

2

N

HN

N

N

porphine 26 électrons délocalisés dans le système cyclique en pointillé: 18 électrons = (4n + 2) avec n = 4

porphyrines
(porphines substituées par divers groupes)

hèmes M = Fe, Cu, Mn... hémoglobine M = Fe

2 2 2 2 2 2 2

pyrène électrons π délocalisés: 16 nbre d'élecrons π périphériques: 14 = 4n + 2 avec (n = 3)
Figure 5.24

5.6.10 – Composés cycliques polyèniques conjugués non aromatiques
Le cyclobutadiène et le cyclooctatétraène font partie du groupe des annulènes, composés polyèniques conjugués cycliques, comme le benzène (qui pourrait être appelé le [6]annulène), mais ces deux composés ne sont pas aromatiques. Le nombre d’électrons π qui sembleraient délocalisés n’est pas égal à 4n + 2 avec n = un nombre entier. Par ailleurs, ils ne sont pas plans ce qui ne permet pas une délocalisation des électrons π, laquelle nécessite un recouvrement latéral d’orbitales « p » d’axes parallèles (figure 5.25).

5. Polarisation des liaisons

165

cyclobutadiène ou 4 annulène

cyclooctatétraène ou 8 annulène

ou

carbanion cyclopropènyle

carbocation cyclopentadiènyle

Br

ion bromonium (dérivé d'alcyne)

Figure 5.25

Le cyclobutadiène, le carbanion cyclopropènyle, le carbocation cyclopentadiènyle qui ont chacun 4n électrons délocalisés sont dits « composés antiaromatiques ». Ce sont des système chimiques très instables : on démontre dans le cas du carbanion cyclopropènyle qu’une forme limite prise isolément a une énergie interne plus faible que celle du système délocalisé, représenté par le cercle à l’intérieur du système cyclique. C’est le cas aussi d’intermédiaires réactionnels appelés ion pontés halonium, dérivés d’alcynes, dans lesquels les électrons π de la double liaison sont conjugués avec un doublet d’électrons de l’halogène (ici le brome) chargé positivement.

5.6.11 – Énergie de résonance des composés aromatiques
La mésomérie ou la résonance dans une molécule donnée a pour conséquence une augmentation significative de sa stabilité par rapport à la même molécule considérée arbitrairement comme non résonnante. Cette différence de stabilité s’exprime de manière quantitative par l’énergie de résonance. Plus cette énergie est élevée, plus la molécule est stable. Pour déterminer l’énergie de résonance, on peut calculer soit la différence entre la valeur expérimentale de l’enthalpie de formation et celle calculée théoriquement à partir de la structure limite qui possède la plus basse énergie interne (la plus contributive), soit la différence entre la chaleur d’hydrogénation calculée théoriquement à partir de la structure limite de plus basse énergie, et celle obtenue par expérimentation. Dans ce dernier cas (schéma 5.27), le benzène est un bon exemple. Il a une de ses structures limites de plus basse énergie qui correspond à un « cyclohexa-1,3,5-triène »

166

Chimie organique

figé (considéré ici théoriquement comme non résonnant, contrairement à la réalité physique, et seulement pour les besoins du calcul), la chaleur d’hydrogénation de cette molécule correspond donc à trois fois celle du cyclohexène qui est cyclique et possède une seule double liaison, soit – 110 kJ mol-1 × 3 = -330 kJ mol-1. La chaleur d’hydrogénation expérimentale du benzène est de – 206,3 kJ mol-1. On en déduit que l’énergie de résonance du benzène, différence entre ces deux valeurs, est donc de 123,7 kJ mol-1. Les valeurs des énergies de résonance de divers composés aromatiques, permettent de les classer en fonction de leur stabilité chimique.

H2 - 110 kJ mol-1 cyclohexène 3 H2 - 330 kJ mol-1 (calculé: - 110kJ mol-1x 3) "cyclohexa-1,3,5-triène" -1 "benzène fictif non résonnant" ∆ = 123,7 kJ mol énergie de résonance 3 H2 - 206,3 kJ mol-1 benzène réel, résonant (expérimental) cyclohexane cyclohexane

Schéma 5.27

Par exemple, dans la série du thiophène, pyrrole et furane (figure 5.26), les valeurs sont respectivement 120 kJ mol-1, 100 kJ mol-1 et 62,3 kJ mol-1, valeurs qui sont en accord avec les propriétés chimiques de ces composés : le thiophène réagit comme le benzène tandis que le furane a un faible caractère aromatique puisqu’il se comporte parfois comme un composé diènique (réactions d’additions). Ces différences sont liées aux configurations électroniques des hétéroéléments S, N et O et à leur électronégativité. Plus un élément est volumineux avec un numéro atomique Z élevé, comme le soufre dans cette série, plus les électrons de sa couche périphérique, ceux qui assurent les liaisons, sont moins retenus au noyau de l’atome. Cela assure une meilleure délocalisation des électrons du soufre et une plus forte aromaticité. Les électronégativités relatives de O (3,5), N (3) et S (3,5), expliquent aussi par l’effet inducteur électroattracteur –I, la plus difficile délocalisation des électrons dans le furane.

S
thiophène (120 kJ.mol -1 )

N H
pyrrole (100 kJ.mol -1)
Figure 5.26

O
furane (62,3 kJ.mol -1)

5. Polarisation des liaisons

167

D’une manière générale, l’énergie de résonance est d’autant plus élevée que la molécule ou l’ion résonnant a des structures limites équivalentes (ex : ion carboxylate, schéma 5.19) ou en nombre important.
Note : Les valeurs des énergies de résonance peuvent varier d’un auteur à l’autre en raison des différentes techniques utilisées pour leurs calculs, mais elles restent proches.

5.6.12 – Orientations des réactions de substitution électrophile sur un benzène monosubstitué
Dans le cas du benzène monosubstitué, il est possible de prévoir l’orientation des attaques des réactifs électrophiles à partir de l’effet inducteur ou mésomère du groupe qui substitue le benzène. Un réactif électrophile est soit une molécule qui possède un site à faible densité électronique, soit un ion chargé positivement (§ 6.8) comme le proton ou NO2+. Ce réactif attaque les sites les plus riches en électrons (à forte densité électronique) d’une autre molécule.
-δ +δ 3 4 1 5 6 +δ -δ

Rappel:

H2C

C H

CH3
2

H 2C

C H

C H2

Cl

positions 2 et/ou 6: ortho positions 3 et/ou 5: méta position 4: para

effet inducteur+ I
- δ' - δ" - δ' NO2 réactif électrophile attaques en positions ortho et para +δ

effet inducteur - I
+ δ' -δ + δ'' + δ'

CH3
toluène

CH2Cl
chlorure de benzyle

NO2 attaques en positions méta

Figure 5.27

Dans le toluène, le groupe méthyle exerce un effet inducteur +I, qui se transmet à travers les doubles liaisons du benzène en créant des dissymétries électroniques (figure 5.27). Il en résulte que certains atomes de carbone, en positions ortho et para, ont des densités électroniques relativement plus élevées que celles des carbones en positions méta. Elles sont symbolisées par -δ’, -δ’’. La somme des charges partielles négatives de ces carbones est égale à la charge positive portée par le groupe à effet inducteur électrodonneur + I, et dans ce cas, le groupe méthyle. L’attaque des réactifs électrophiles sera donc orientée sur les positions ortho et para à plus fortes densités électroniques.

168

Chimie organique

Le phénomène s’inverse avec un substituant à effet inducteur – I comme le groupe chlorométhyle du chlorure de benzyle. Les substituants à effet mésomère orientent aussi les attaques des réactifs électrophiles (schéma 5.28). Dans ce cas, les formes limites permettent de prévoir les densités électroniques des atomes de carbone du cycle. Ceux qui portent une charge positive dans les différentes formes limites auront une faible densité électronique et inversement pour ceux qui portent une charge négative.

Effet mésomère électroattracteur -M O CH3 O CH3
NO2

O CH3

O CH3

O CH3

O CH3
NO2 attaques de NO2+ en positions méta Le réactif électrophile NO2+ attaque les carbones du cycle qui n'ont jamais de charge positive dans les formes limites

Effet mésomère électrodonneur +M O
+M NO2

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

O

CH3

NO2

O CH3

NO2 attaques de NO2+ en positions ortho et para

Schéma 5.28

5. Polarisation des liaisons

169

L’acétophénone porte un groupe CO-CH3 à effet –M, les carbones en positions ortho et para portent une charge positive dans les formes limites de ce composé. Ce sont donc les atomes de carbone en position méta, de densité électronique relative plus élevée, qui seront attaqués le plus facilement par un réactif électrophile. L’effet inverse est observé avec le méthoxybenzène car le groupe O-CH3 a un effet +M. Les positions ortho et para seront attaquées par un réactif électrophile.
Remarque : Les flèches indiquant les attaques des réactifs électrophiles sur le benzène et ses dérivés sont trompeuses et à l'inverse de celles décrivant le mécanisme de substitution (schéma 6.18) : en effet, c'est toujours le réactif le plus riche en électrons (nucléophile), dans ce cas le benzène ou ses dérivés, qui peut apporter des électrons au réactif le plus pauvre en électrons (électrophile, ici l'ion NO2+), et jamais l'inverse.

5.7

Équation de Hammett

L’équation de Hammett permet de relier les constantes de vitesse d’une réaction donnée (ou les constantes d’équilibre pour les réactions réversibles) pour deux molécules de même espèce chimique (par exemple, acide benzoïque et ses dérivés monosubstitués par un groupe Z) aux effets électroniques, d’induction ou de champ du substituant Z. Elle est de la forme,

log10

Kz K0

ρσ

avec : Ko, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé non substitué (Z = H), Kz, constante de vitesse (ou d’équilibre) pour la réaction avec le composé substitué par le substituant Z, (rho) est un nombre qui est caractéristique d’une réaction donnée, et qui dépend de la sensibilité de la réaction aux effets électroniques, d’induction et de champ, et des conditions expérimentales dans lesquelles s’effectue la réaction, est directement lié à la nature du substituant Z et caractérise son influence (électronique, induction, et champ) sur la vitesse de la réaction. Lorsque l’équation de Hammett avec K0 et KZ, constantes d’équilibres, est appliquée à la réaction équilibrée d’ionisation de Z-Ph-COOH dans l’eau à 25 °C, ρ est, par convention, égal à 1.

Z-C6H5-COOH + H2O

K

Z-C6H5-COO + H3O

Dans ce cas, σ est égal au logarithme décimal du rapport des constantes d’équilibres Kz et K0 et deux séries de valeurs sont expérimentalement définies σm et σp selon la position de Z sur le cycle (en méta ou para). L’équation de Hammet n’est pas utilisable pour les composés substitués en position ortho. Si les valeurs de sont positives (Kz > K0), le substituant Z est un groupe électroattracteur, s’il est négatif, (Kz < K0), le substituant Z est électrodonneur. Lorsqu’on connaît quelques valeurs de σ, on peut représenter log

170

Chimie organique

KZ / K0. C’est une droite de pente ρ. Il est alors possible de définir la valeur de KZ pour des réactions nouvelles. Les valeurs de ρ négatives (pentes négatives) correspondent à des réactions favorisées par une augmentation de la densité électronique au site réactif et celles qui sont favorisées par une faible densité électronique au site réactif ont des valeurs de ρ positives. Les valeurs de ρ sont connues pour environ 200 réactions. Cinq exemples sont donnés dans le schéma 5.29.
1) réaction irréversible: K est la constante de vitesse

COOEt Z

+ HO

K Z

COO

+ EtOH

ρ = 2,43

2) réaction réversible : K est la constante d'équilibre

Z

NH3

+ H2 O

K Z

NH2

+ H 3O

ρ = 2,77

Z

CH2-COOH

+ H 2O

Z

CH2-COO

+ H 3O

ρ = 0,49

Z

(CH2)2-COOH + H2O

Z
Schéma 5.29

(CH2)2-COO

+ H 3O

ρ = 0,21

Inversement, on peut définir la valeur de σ si les valeurs de Ko et Kz sont connues pour diverses réactions. Ces valeurs sont données pour quelques substituants Z classiques dans le tableau 5.8, et sont valables pour des réactions où les molécules d’une même série contenant Z subissent une attaque nucléophile, électrophile ou radicalaire selon un mécanisme semblable.
substituants

σm + 0,12 + 0,12 - 0,16 - 0,007 0 + 0,37 + 0,43 + 0,71

σp - 0,37 - 0,27 - 0,66 - 0,17 0 + 0,23 + 0,54 + 0,78

σ+m

σ +p - 0,92 - 0,78 - 1,13 - 0,31 0 +0,11 +0,79

σ −p

-OH -OCH3 -NH2 -CH3 -H -Cl -CF3 -NO2

0,05 - 0,16 - 0,10 0 +0,40 +0,57 +0,73

0

+1,27

note: selon les auteurs, ces valeurs peuvent varier légèrement. Les valeurs non indiquées sont inconnues.
Tableau 5.8

5. Polarisation des liaisons

171

Il existe des réactions pour lesquelles le site d’attaque est le cycle lui-même (comme les substitutions électrophiles § 8.2), dans ce cas, le groupe Z peut intervenir dans l’état de transition. Si une résonance est possible, la charge est délocalisée y compris dans Z (comme dans la réaction du schéma 5.30) ce qui conduit à deux nouvelles séries de σ affectés de signes positifs ou négatifs, σ+ et σ–. Si le groupe Z est électrodonneur + M et la charge délocalisée de l’état de transition est positive, on utilise σ+.

OMe

NO2

O2N

OMe

-H O N 2

OMe

(Z à effet +M)
Schéma 5.30

Inversement, si Z est un groupe électroattracteur –M et que la charge délocalisée de l’état de transition est négative, on utilise σ– (cas plus rare). Les valeurs de σ+m et σ+p ainsi qu’une valeur de σ–p sont indiquées dans le tableau 5.8.

5.8

Les liaisons hydrogènes

Lorsqu’un atome d’hydrogène est lié à un hétéroatome très électronégatif comme l’oxygène, l’azote ou le fluor, et à un moindre degré avec le chlore ou le soufre, l’effet inducteur –I de cet hétéroatome a pour résultat de rendre l’hydrogène acide ce qui correspond à l’établissement d’une charge partielle positive. Cette charge lui permet de créer des associations moléculaires ou intramoléculaires, dues à des interactions électrostatiques, appelées liaisons hydrogènes avec des hétéroéléments porteurs d’une charge partielle négative, oxygène, azote, fluor. C’est ce qui explique les associations moléculaires de l’eau, des alcools, de l’acide fluorhydrique, mais aussi de l’ammoniac (figure 5.28).

H O H H +δ H -δ O H
eau

H O H

H +δ O R +δ H O R
alcool

H H O R

-δ F

+δ H

-δ F

+δ H

-δ +δ F H

H N H

+δ H

-δ N

H H

acide fluorhydrique

ammoniac
Figure 5.28

172

Chimie organique

Si on considère la liaison Y-H où Y est un atome électronégatif, plus cette électronégativité sera élevée, et plus la charge partielle positive portée par l’hydrogène sera importante. Dans la mesure où l’atome d’hydrogène est petit, la charge est « concentrée » et la force électrostatique importante. De même, la « concentration » de la charge partielle négative est d’autant plus importante pour les éléments électronégatifs que l’atome correspondant a un faible volume, ce qui est le cas de F, O et N, et explique les très faibles liaisons hydrogènes avec le chlore pourtant d’électronégativité proche de celle de l’azote mais de volume atomique plus élevé. L’énergie d’une liaison hydrogène est nettement plus faible qu’une liaison normale interatomique et inférieure à 41,84 kJ mol-1, valeur la plus élevée correspondant à la liaison de ce type entre molécules d’acide fluorhydrique H-F---H-F-. D’autres valeurs peuvent être données : HO---H (29,29 kJ mol-1), HN---H (8,37 kJ mol-1). Ces énergies de liaison expliquent la raison pour laquelle des composés analogues comme l’eau, H2O, et l’acide sulfhydrique, H2S, présentent une différence de points d’ébullition conséquente, respectivement 100 °C et – 60 °C : en effet, l’acide sulfhydrique est un gaz à 25 °C. Les molécules d’eau sont associées par des liaisons hydrogènes tandis que celles d’acide sulfhydrique ne le sont pas. Pour que l’eau passe à l’état gazeux, il est donc nécessaire de rompre les liaisons hydrogènes ce qui suppose un apport d’énergie donc un point d’ébullition plus élevée. Cette remarque est valable aussi pour les alcools et thiols de faibles masses. Ce type de liaisons joue un rôle important dans l’ionisation des molécules d’halogénures d’alkyles RX par les alcools polaires protiques R’OH dans la première partie du mécanisme de substitution nucléophile SN1 (§ 8.1.3) bien que les énergies de ces liaisons O-H---X soient très faibles puisque formées entre OH et des halogènes dont les volumes sont importants (sauf pour le fluor). Des liaisons hydrogènes peuvent se créer avec les carbones hybridés « sp2 » et « sp3» car dans ces cas, l’électronégativité des carbones impliqués augmente. Quelques exemples de liaisons hydrogènes intramoléculaires sont donnés dans le schéma 5.31.
O A) R O H O H O C R B) Me O C C H2 O C Me Me
forme énolique stabilisée par une liaison hydrogène prépondérance de cette forme tautomère

O

H C H

O Me

association bimoléculaire des acides carboxyliques de faibles masses

acétylacétone

H

C

O

H O O D) O N H
E)

C)
salicylaldéhyde

H N

O

H N

8-hydroxyquinoléine

N H

N O H O
structure o-quinonoïde stabilisée par deux liaisons hydrogènes (responsable de la couleur bleue de cette substance)

trans-indigotine

Schéma 5.31

5. Polarisation des liaisons

173

Les acides carboxyliques de faibles masses, comme l’acide acétique, existent à température ordinaire sous forme de dimères (A). Les molécules sont retenues entre elles par deux liaisons hydrogènes : celles-ci doivent être rompues pour passer à l’état gazeux ce qui explique une valeur anormalement élevée des points d’ébullition de ces composés. Certains composés β-dicarbonylés comme l’acétylacétone (B), l’acétoacétate d’éthyle, CH3-CO-CH2-COOEt, ou le malonate d’éthyle, CH2(COOEt)2 sont en équilibre chacun avec une forme énolique qui est stabilisée par une liaison hydrogène intramoléculaire, ce qui la rend prépondérante. Le salicylaldéhyde (C) et les sels de l’acide salicylique présentent des liaisons hydrogènes intramoléculaires qui stabilisent leurs structures, au même titre que la 8-hydroxyquinoléine (D). La conjugaison de nombreuses doubles liaisons absorbe une partie de la lumière donnant une couleur au composé correspondant. Dans le cas de l’indigotine qui existe sous formes cis (non représentée) et trans (E) qui est en équilibre avec une forme stabilisée par deux liaisons hydrogènes, cette dernière présente de nombreuses doubles liaisons conjuguées, ce qui lui donne une coloration bleue indigo caractéristique. Enfin, les liaisons hydrogènes ont un rôle prépondérant dans les conformations de nombreuses molécules d’origine naturelles comme les acides nucléiques.

Chapitre 6 Entités réactives

Sommaire :
6.1 La réaction ...................................................................................................... 178 6.2 Le milieu réactionnel ..................................................................................... 179 6.3 Les solvants ..................................................................................................... 180 6.4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7.3) .................................. 182 6.5 Les réactifs nucléophiles ............................................................................... 183 6.6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles ......................................... 183 6.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction ......... 183 6.8 Les réactifs électrophiles .............................................................................. 185 6.9 Les centres ou sites électrophiles ................................................................ 185 6.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison ............... 186 6.11 Les carbocations ou ions carbonium ........................................................ 187 6.11.1 – Structure ........................................................................................... 187 6.11.2 – Stabilité ............................................................................................ 188 6.11.3 – Formations ........................................................................................ 190 6.11.3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant ............................................................. 6.11.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures .......................... 6.11.3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures .................... 6.11.3d – Protonation de liaisons insaturées ........................................ 6.11.3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique .. 6.11.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires, les hémiacétals et acétals 190 191 191 191 194

194

176

Chimie organique 6.11.3g – Décomposition des sels de diazonium .................................. 195 6.11.3h – Utilisation des superacides .................................................. 196 6.11.4 – Réactions des carbocations .............................................................. 197 6.11.4a – Réarrangements par transpositions, et éliminations d’un proton porté par un carbone en α du carbone chargé (CαH) 197 6.11.4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles ............................... 206 6.11.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations ...................... 207

6.12 Les radicaux ................................................................................................. 208 6.12.1 – Structures ......................................................................................... 209 6.12.2 – Formations et stabilité ..................................................................... 209 6.12.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles ........................................ 215 6.12.4 – Les réactions de Minisci ................................................................... 216 6.12.5 – Les réactions radicalaires ................................................................. 217 6.12.5.a – Dismutation (ou disproportionation) .................................. 6.12.5.b – Couplage radicalaire ........................................................... • 6.12.5.c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H entre radical instable et alcane ramifié ............................... 6.12.5.d – Réactions de substitution ................................................... 6.12.5.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons .................... 6.12.5.f – Polymérisation vinylique ..................................................... 6.12.5.g – Auto-oxydation des composés organiques .......................... 6.12.5.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe ................. 6.12.5.i – Réarrangements .................................................................. 217 218 218 219 224 230 232 234 235

6.12.6 – Le radical-cation .............................................................................. 235 6.12.7 – Le radical-anion ............................................................................... 236 6.12.8 – Le biradical ou diradical .................................................................. 237 6.13 – Les carbanions .......................................................................................... 237 6.13.1 – Formations ....................................................................................... 238 6.13.2 – Stabilité ............................................................................................ 241 6.13.3 – Structures ......................................................................................... 244 6.13.4 – Réactions (généralités et réarrangements) ....................................... 245 6.14 Les carbènes ................................................................................................. 247 6.14.1 – Formations ....................................................................................... 247 6.14.2 – Réactivité et stabilité ....................................................................... 249 6.14.2a – Additions sur les alcènes ..................................................... 6.14.2b – Additions sur les alcynes et les allènes ................................ 6.14.2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane .... 6.14.2d – Réarrangements .................................................................. 6.14.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes ...................... 250 254 254 255 255

6. Entités réactives

177

6.15 Les nitrènes ................................................................................................... 255 6.15.1 – Formations ........................................................................................ 256 6.15.2 – Réactions .......................................................................................... 257 6.15.2a – Additions .............................................................................. 6.15.2b – Insertion dans une liaison C-H ............................................. 6.15.2c – Dimérisation ......................................................................... 6.15.2d – Echange d’atome d’hydrogène avec un alcane ..................... 6.15.2e – Réarrangements .................................................................... 257 259 259 260 260

6.16 Les composés 1,3-dipolaires ou dipoles-1,3 ............................................. 267 6.17 Les ylures ....................................................................................................... 268

l’écriture de la réaction où ne sont indiqués que les différents réactifs de départ et les produits finaux séparés par une flèche est insuffisante puisque cette écriture est seulement le bilan de plusieurs réactions où se forment et interviennent des entités réactives. la réaction s’effectue via diverses étapes. et avec l’aide ou non d’un catalyseur (§ 6. en raison de l’antagonisme des fonctions qu’ils portent chacun. carbènes. Certaines réactions sont des transformations chimiques ou physiques d’une seule molécule de structure donnée en une nouvelle (ex : réarrangements intramoléculaires). C’est le cas le plus général en chimie organique. réagissent entre eux. – l’étude de la stéréochimie des composés formés en fonction de celle des réactants. Quand les produits d’une réaction sont formés par une simple collision entre les réactants. elle est le résultat physique et chimique de la mise en présence de réactifs (ou réactants) qui. et dont l’existence très courte n’est démontrée. la réaction est dite complexe.178 Chimie organique 6. pour l’hydrogène.4). – le piégeage des entités intermédiaires. du rayonnement. les principales méthodes utilisées sont : – les études cinétiques qui enregistrent l’augmentation ou la diminution de la vitesse de formation des produits finaux en fonction des concentrations en chaque réactant. la réaction est dite élémentaire. sous l’influence ou non d’effets physiques (chaleur. le milieu a. – l’étude de l’influence de la polarité des solvants : les réactions qui ont pour intermédiaires des composés ioniques se font plus facilement dans les solvants polaires. moins d’importance. ou en des composés de plus faibles masses (ex : décompositions sous l’effet de la chaleur). il conduira à l’inhibition de la réaction étudiée. . Ce réactif réagira avec l’entité intermédiaire en formant un nouveau composé facilement identifiable. de la pression. carbanions. de la température. qu’en utilisant des techniques physicochimiques. de la polarité du solvant. radicaux. – l’identification des produits dits secondaires (composés en faibles quantités à côté des produits principaux de la réaction) qui peuvent donner des indications sur des intermédiaires possibles. ce qui est très rare. dans la plupart des cas. Lorsque les intermédiaires sont des radicaux.1 La réaction Représentée sous forme d’une équation chimique. nitrènes…). Il existe alors un mécanisme réactionnel. ou le carbone 13C ou 14C (radioactif) à la place de 12C pour « suivre » le devenir de certains atomes dans le déroulement de la réaction. Dans ce cas. ou par piégeages. sans qu’il se forme de composés intermédiaires. Si. en additionnant au milieu un réactif qui leur est très spécifique. et par piègeage de cet intermédiaire. – l’utilisation de molécules marquées avec des isotopes comme le deutérium 2H ou le tritium (radioactif) 3H. au contraire. la présence de radicaux par la résonance paramagnétique électronique ou RPE). durant lesquelles sont produites des entités intermédiaires réactives (carbocations. – la détection par des techniques physicochimiques de la présence d’intermédiaires réactionnels (par exemple. dans la plupart des cas. pour créer de nouvelles molécules. rayonnement). souvent difficilement isolables. Pour déterminer les mécanismes réactionnels impliqués dans une réaction complexe donnée.

oblige à effectuer la réaction en milieu hétérogène (plusieurs phases. C5H5N et la triéthylamine. un solide et un liquide). En solution. Les réactions irréversibles sont caractérisées par une flèche unique dirigée de gauche à droite. .2 Le milieu réactionnel La plupart des réactions en chimie organique se font mieux en milieu homogène (une seule phase. Les produits formés dans ce type de réaction ne peuvent plus réagir l’un sur l’autre dans les conditions normales de cette réaction. permet d’orienter la réaction vers la formation du produit extrait du milieu réactionnel. Toutefois. parmi de nombreuses autres. Il est rendu basique par l’addition de bases minérales ou organiques. Dans ce cas. ou organiques (comme l’acide acétique CH3COOH qui peut servir de solvant. Les bases minérales les plus employées sont les hydroxydes et carbonates alcalins et les bases organiques. le plus souvent deux. sans solvant. dans certains cas. (réaction équilibrée) ou irréversible. oxydant solide déposé sur de la célite. peut largement dépasser 100 bars. à sec. Dans ce dernier cas. c’est-à-dire des proportions de chacun des réactifs au début de la réaction et des conditions opératoires (température. le plus souvent minéraux. Entités réactives 179 Un autre caractère d’une réaction est son caractère réversible. basique ou acide. terre de diatomées inerte chimiquement). la pression peut être de un à quelques bars.6. Ce type de réaction est caractérisé par une double flèche inversée. par exemple. le milieu peut être neutre. alcools). l’utilisation de composés insolubles dans les solvants organiques. mais dans certains cas. Afin d’augmenter la surface de contact avec les autres réactants. lesquelles contiennent le composé à hydrogéner en solution dans un solvant. ou l’acide para-toluènesulfonique. Dans ces réactions. elles peuvent servir de solvants. les réactants étant en solution dans un solvant. Toutefois. certaines oxydations ont lieu par passage de vapeurs sur un composé solide chauffé. 6. la pyridine. Peu de réactions en chimie organique ont lieu en phase gazeuse. pression) mais non des catalyseurs qui n’agissent que sur la vitesse de la réaction. Certaines réactions se font par chauffage de mélanges de composés en poudre. ces réactants solides sont réduits en poudres très fines. la distillation continue. Et3N. composé solide soluble dans de nombreux solvants organiques et ajouté en faibles quantités comme catalyseur acide). Le retrait d’un composé intervenant dans l’équilibre par une technique classique. Dans le premier cas. Certaines réactions comme l’hydrogénation nécessitent l’emploi de « bombes » en acier inoxydable. ils sont déposés sous forme de couche monomoléculaire sur des supports solides inertes (ex : carbonate d’argent. la réaction peut avoir lieu de gauche à droite ou de droite à gauche . le plus souvent liquide). son orientation dépend de la loi d’action de masse (voir cours de chimie générale). Parfois. Le cas le plus classique est l’estérification des acides en milieu acide. p-CH3C6H4SO3H. lorsqu’elles sont liquides comme celles indiquées. Les réactifs gazeux réagissent très souvent par barbotage dans une solution du second réactif. Elles sont reliées par un tube d’acier à une bouteille d’hydrogène munie d’un manomètre. la réaction ne peut avoir lieu qu’à la surface du solide. et parfois un catalyseur. Ces conditions facilitent les interactions entre réactants. Le milieu est rendu acide par addition d’acides minéraux dans un solvant dans lequel ils sont miscibles (eau.

le solvant polaire est aprotique. en particulier. voire de libérer un proton dans certaines réactions. la vitesse des réactions. les solvants polaires aprotiques sont d’excellents solvants.l)-s-butanol (Eb : 99°C) CH3COOH acide acétique (Eb : 118°C) Comme les solvants polaires protiques. Lorsqu’un rayonnement UV (utraviolet) est nécessaire. car elle augmente la fréquence des chocs intermoléculaires et. DMF.3). on distingue les solvants polaires protiques et aprotiques. Les solvants polaires protiques sont nécessaires pour effectuer des réactions qui nécessitent l’ionisation d’une liaison C-Y très polarisée où Y exerce un effet électroattracteur -I (voir mécanisme SN1 et E1). la réaction est effectuée dans un appareil en quartz (silice pure) car le verre de laboratoire absorbe en partie ce rayonnement.3 et 11. pour leur majorité. est mis en œuvre. le solvant est dit protique. H O H H O CH3 méthanol (Eb : 65°C) H O CH2-CH3 éthanol (Eb : 78°C) eau (Eb : 100°C) H O CH2-CH2-CH3 n-propanol (Eb : 97°C) CH3 CH HO CH2-CH3 (d. 6. présentent . Les solvants polaires ont une structure moléculaire qui présente un moment dipolaire élevé ce qui facilite la solubilisation des molécules polaires (molécules présentant un dipôle) par associations intermoléculaires entre dipôles.l)-isopropanol (Eb : 82°C) CH3 H O CH2-(CH2)2-CH3 n-butanol (Eb : 118°C) CH3 H O C CH3 CH3 t-butanol (Eb : 83°C) H O CH CH2-CH3 (d. Dans le cas contraire. les solvants peu polaires ou semi-polaires et les solvants non polaires ou apolaires. (§ 8. le diméthylformamide. DMSO.8) avec Y ce qui facilite l’ionisation. un barbotage d’azote ou d’argon. dans la mesure où les composés organiques. et le diméthylsulfoxyde. Elles sont alors réalisées sous atmosphère inerte. par conséquent. et. les réactions nécessitent l’absence de contact avec l’oxygène de l’air afin d’éviter des réactions d’oxydations inopinées d’un réactant ou d’un composé final. Les plus classiques sont indiqués ci-après. Afin d’augmenter le contact entre réactants et de rendre homogène le milieu réactionnel. Si leur fonction est susceptible de former des liaisons hydrogènes.180 Chimie organique Souvent. Le solvant forme des liaisons hydrogènes (§ 5. Dans ce cas.3 Les solvants Parmi les solvants employés couramment en chimie organique.1. L’utilisation des microondes peut être utile dans certains cas. une agitation réalisée par un appareil est nécessaire.

2 Et2O. CH3 N CH3 CH3 triéthylamine (Eb : 89°C) pyridine (Eb : 115°C) diméthylformamide ou DMF (Eb : 153°C) diméthylsulfoxyde ou DMSO (Eb : 189°C) H3 C N H3C N CH O H3 C H3C S O H3C H3C H 3C CH3 N P O N H3C C N H3 C O C CH3 H3 C N O O H3C CH 3 acétonitrile (Eb : 81°C) acétone ou propanone (Eb : 56°C) nitrométhane (Eb : 102°C) hexaméthylphosphotriamide ou HMPT (Eb : 232°C / 740 mm Hg) Cl chlorobenzène (Eb : 130°C) NO2 nitrobenzène (Eb : 210°C) Les solvants semi-polaires sont des composés qui ont un moment dipolaire peu élevé.6. Comme indiqué dans le paragraphe précédent. Entités réactives 181 un moment dipolaire. Certains sont basiques comme la pyridine et la triéthylamine. Ils sont tous aprotiques. qui leur confère des propriétés de bases de Lewis. Ils sont présentés ci-après. O C2H5-O-C2H5 diéthyl éther (Eb : 35°C) CH3COOC2H5 O tétrahydrofurane ou THF (Eb : 66°C) O 1. par exemple : RMgX. Certains ont un rôle de base de Lewis en raison de la présence d’hétéroéléments comme l’oxygène.4-dioxane (Eb : 101°C) acétate d'éthyle (Eb : 77°C) HCCl3 chloroforme (Eb : 61°C) CH2Cl2 dichlorométhane ou chlorure de méthylène (Eb : 39°C) CH3 H3C toluène (Eb : 110°C) CH3 p-xylène ( Eb : 138°C) Les solvants non polaires ou apolaires correspondent à des molécules qui ne présentent pas de moment dipolaire permanent en raison de leurs structures symétriques . ils peuvent intervenir dans les réactions comme catalyseurs en prenant part au mécanisme réactionnel. comme le diéthyl éther ou le tétrahydrofurane ou THF : ils s’associent avec les acides de Lewis pour former des sels au sens de Lewis comme avec le trifluorure de bore BF3. ou des complexes avec les organomagnésiens.

ZnCl2. Le catalyseur n’influe pas sur la composition du mélange de produits à l’équilibre. Les catalyseurs peuvent être biologiques. ou minéraux (acides de Lewis comme AlCl3. . tant sur la nature des produits formés que sur les rendements.…). pour des raisons expérimentales. C6H14 ( Eb : 69°C). Le catalyseur n’influe pas sur le résultat chimique de la réaction.4 Les catalyseurs (notion plus développée au § 7. souvent remplacé par le toluène) Le benzène n’est plus utilisé dans les laboratoires en raison de sa haute toxicité. hexane ou heptane. bases de Lewis comme la pyridine ou la triéthylamine). réutilisés pour une nouvelle réaction. Les quantités de catalyseur ajoutées à une réaction sont théoriquement très inférieures à la stœchiométrie de la réaction. pentane. ils peuvent être récupérés par filtration. Le catalyseur est entièrement présent en quantité et en qualité en fin de réaction. Très souvent. Il est remplacé par ses dérivés méthylés comme le toluène ou le xylène. ou physiquement.182 Chimie organique comme le benzène ou le tétrachlorure de carbone. palladium).3) Un catalyseur est une substance minérale ou organique qui participe à une réaction en favorisant chimiquement la formation d’intermédiaires réactionnels (ex : additions d’acides ou de bases). nickel ou palladium). dans certains cas. 6. après lavage. Elles solubilisent plutôt des molécules non polaires. C’est souvent exact pour les catalyseurs acides (ex : acides minéraux ou organiques). Par contre. Par exemple. et. en permettant de meilleurs contacts entre réactants (nickel dans le processus d’hydrogénation des alcènes). être ajoutés au milieu réactionnel en quantités stœchiométriques afin qu’un réactif soit entièrement transformé en une entité réactive avant l’addition du second réactif. Il est possible aussi que le solvant serve de catalyseur comme la pyridine ou l’acide acétique. C’est le cas des enzymes qui facilitent par leurs structures les interactions entre divers composés biologiques ou non. n-heptane (Eb : 98°C). moins toxiques. L’action d’un catalyseur est réversible. n-hexane. éthers de pétrole: mélanges en quantités varées d'alcanes indiqués ci-dessus CCl4 cyclohexane(Eb : 81°C) tétrachlorure de carbone (Eb: 76°C) benzène (Eb : 79°C) (composé très toxique. basiques (hydroxydes alcalins. (ex : nickel de Raney. carbures saturés: n-pentane : C5H12 (Eb : 36°C). ce qui diminue l’énergie d’activation qui aurait été nécessaire pour effectuer cette réaction en son absence. les catalyseurs organiques comme les alcoolates peuvent. alcoolates alcalins. le palladium qui catalyse certaines hydrogénations peut servir aussi pour des déshydrogénations. ou un moment dipolaire très faible comme les alcanes. le catalyseur est perdu (ex : acides. et augmente sensiblement la vitesse. ou les métaux finement divisés. Dans le cas de catalyseurs solides insolubles dans le solvant et parfois très coûteux.

soit un ou plusieurs sites à forte densité électronique tels que les hétéroatomes (O. Il peut s’agir aussi d’un atome chargé négativement comme un carbanion.5 Les réactifs nucléophiles Un réactif est dit nucléophile s’il est capable d’apporter un doublet d’électrons pour créer une liaison covalente. soit avec un atome d’un centre dit électrophile d’une molécule.). ou par un atome de carbone (carbanion R3C-). ion alcoolate R-O-. thioéthers. 6. Entités réactives 183 6. soit avec un atome déficitaire en électrons comme le proton H+. ion amidure NH2-. RNH2. qui portent des doublets d’électrons libres (ou non liants) et qui sont alors appelés bases de Lewis dans la mesure où elles sont capables de retenir un proton pour former un acide conjugué dans un équilibre acido-basique ou de former un « sel »au sens de Lewis avec un acide de Lewis. soit une charge négative (anion) portée par un hétéroatome (ex : ion hydroxyde HO-.7 Le caractère nucléophile et le caractère basique d’une fonction On utilise le terme « caractère nucléophile » pour une fonction.6 Les centres nucléophiles ou sites nucléophiles Chaque site à forte densité électronique dans une molécule est considéré comme centre ou site nucléophile. du soufre des thiols ou thioéthers. N. de l’oxygène des fonctions alcools ou éthers. R-O-R’. R3P. …) dans les éthers. S. Les réactifs nucléophiles (rassemblés pour les plus classiques dans la figure 6. ion azoture N3. R-S-R’. Il s’agit.1 6. de l’azote des amines. en particulier. ion thiolate R-S-.6. Caractère nucléophile décroissant R3 P > I phosphine > CN > R3N > R-O > Br > O > Cl ion phénate > RCO2 >F > CH3-O-H > H2O méthanol amines ion cyanure ion alcoolate ion carboxylate Autres exemples : R-S ion thiolate C carbanion base de Lewis acide conjugué de la base de Lewi s Et O Et R1 R2 N R3 H H Et O Et R1 R2 N R3 H H base de Lewis acide de Lewis sel "au sens de Lewis " Et O Et + BF3 Et O BF3 Et Figure 6. phosphines. RNHR’ ou R-N(R’)-R . mais aussi des doubles et triples liaisons. lorsque ses réactions font intervenir des doublets d’électrons non liants de ses hétéroéléments ou les électrons . amines. ion cyanure CN-.1) contiennent dans leurs structures moléculaires.

R R R O H H R R O H caractère nucléophile de l'alcool H O H caractère basique de l'alcool (équilibre acido-basique) Schéma 6. R-O-R’. et aussi.1).2 L’oxygène d’une fonction carbonylée a un caractère basique dans la mesure où il peut retenir un proton. Par exemple. son . et malgré la présence d’une double liaison. Par contre. R"' R"' R N R" R' H R R N R' caractère nucléophile de l'amine R" H N R' caractère basique de l'amine R" H C O H C O caractère basique de la fonction cétonique Schéma 6. par leurs réactions avec des entités portant des charges positives comme les carbocations dans la formation des éthers-oxydes.1 Les amines ont à la fois. hors des équilibres acido-basiques dans lesquels intervient un proton.2). l’oxygène des alcools leur confère à la fois un caractère nucléophile. et un caractère basique dans leurs équilibres acido-basiques en présence d’un acide fort (schéma 6.184 Chimie organique π de ses doubles liaisons. des sels comme les chlorhydrates ou sulfates qui sont des composés stables (schéma 6. puisqu’elles forment avec les acides. un fort caractère basique. un fort caractère nucléophile car de nombreuses réactions débutent par une attaque d’un site électrophile par le doublet libre de l’azote.

parmi d’autres. On peut y ajouter BF3. Dans certains cas. il ne se forme qu’une liaison de coordination (dans le cas d’électrophiles dérivés de métaux ou du bore). CH3COOH.9 Les centres ou sites électrophiles L’atome de carbone des fonctions carbonylées >C=O et thiocarbonylées >C=S (cétone. Hors le proton H+. Ils jouent un rôle important dans de nombreuses réactions comme catalyseurs (schéma 6. sels dans lesquels l’ion métallique a une lacune électronique (une case quantique vide). Entités réactives 185 caractère nucléophile est inexistant. aldéhyde. H2SO4. 6. les réactifs électrophiles contiennent une charge positive portée par un hétéroélément (ex : NO2+. case quantique vide AlCl3 trichlorure d'aluminium acides de Lewis BF3 trifluorure de bore ZnCl2 chlorure de zinc R chlorure d'alkyle Cl AlCl3 trichlorure d'aluminium Cl AlCl3. le zinc dans ZnCl2. Ils acceptent un doublet d’électrons pour former une liaison covalente avec un atome à forte densité électronique. un carbone (carbocation. Ces composés métalliques et BF3 sont appelés acides de Lewis. les réactifs électrophiles sont pauvres en électrons. mais aussi par des acides organiques comme l’acide acétique. R3C+).3). ester.représente un centre électrophile en raison de son déficit électronique résul- . les acides benzène sulfoniques (ex : acide para-toluène sulfonique p-CH3-C6H4-SO3H). ou bien un site à faible densité électronique comme l’aluminium dans AlCl3. Les groupes chargés positivement.3 Le proton H+. HCl. n’attaquent pas cet oxygène.8 Les réactifs électrophiles A l’inverse des réactifs nucléophiles. -C≡N et des imines >C=N. amide et leurs analogues soufrés) ou celui de la fonction nitrile. groupes électrophiles. R complexe Et O Et diéthyl éther trifluorure de bore Et BF3 Et diéthyléther trifluoroborate O BF3 Schéma 6.6. réactif électrophile est apporté par des acides minéraux forts HBr. Br+. R-N=N+…). un centre nucléophile. Ils ont un déficit électronique. comme les carbocations. 6.

Dans le premier cas. les liaisons C-Na. et les halogènes X.1) (schéma 6. En fait. et l’autre. par contre. chaque atome participant à la liaison reprend l’électron qu’il avait mis en commun en formant la liaison de covalence : il en résulte deux entités réactives non chargées appelées radicaux libres (schéma 6. des liaisons ioniques avec un caractère covalent plus ou moins important en fonction du milieu (C-Na et C-K ont un fort caractère ionique. le soufre ou l’azote. peut s’effectuer de manière homolytique ou hétérolytique. dans la fonction. Elles sont accompagnées de contre-ions Y+ (souvent des cations métalliques) ou X. une charge positive. comme les groupes partants (ou sortants) : groupes mésylate. dès leurs formations.6). p-CH3-C6H4-SO3-. l’atome le plus électronégatif emporte avec lui le doublet de liaison. rupture hétérolytique d’une liaison ou hétérolyse (schéma 6. qui ont aussi une aptitude nucléofuge élevée (voir substitution nucléophile SN2 § 8.5 Dans le second cas. rupture homolytique de la liaison C-Y: C Y C + 2 radicaux libres Y Schéma 6.10 Les entités chimiques résultant de la rupture d’une liaison La rupture d’une liaison covalente entre un carbone et tout autre élément y compris un autre atome de carbone. Les entités carbonées chargées ainsi formées sont respectivement un carbanion ou un carbocation selon que l’atome de carbone est chargé négativement ou positivement. il acquiert ainsi une charge négative. triflate.(des anions). CH3SO3-.186 Chimie organique tant de la présence d’un atome électronégatif. lorsque la rupture est homolytique. Il en est de même des carbones liés à un groupe à fort effet inducteur électroattracteur –I.4).5). . donc homolyse de la liaison.(sauf le fluor). Cet atome de carbone est donc facilement attaqué par les réactifs nucléophiles. l’oxygène. +δ −δ +δ −δ C O C Cl Nu ou Nu Nu ou Nu Schéma 6. C-K ou C-Li sont le plus souvent.4 6. C-Li a souvent un fort caractère covalent). tosylate. CF3SO3-. Les solvants très polaires favorisent le caractère ionique de ces liaisons.

6 6.11 Les carbocations ou ions carbonium Ce sont des groupes organiques dont l’un des atomes de carbone porte une charge positive : elle résulte de la perte d’un électron lors de l’hétérolyse d’une liaison avec un groupe partant (ou sortant) (schémas 6. Nu C* R3 R3 C R2 R3 attaque en dessous du plan du carbocation orbitale "p" vide attaque au-dessus du plan du carbocation R2 R1 Nu R2 C* R1 = R 2 = R 3 Nu R1 R1 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 6.7).6 et 6. l’orbitale « p » est vide.7 . Ruptures hétérolytiques des liaisons: C Y Y= métal C carbanion + Y C X C carbocation + X X= halogène ou groupe partant (par exemple O-SO2-C6H5) Schéma 6. Elles forment entre elles des angles de 120 . un électron est manquant (schéma 6.6.11. Entités réactives 187 6.7).1 – Structure Les trois liaisons du carbone chargé positivement se situent dans un plan. Cette structure s’apparente à celle du carbone hybridé « sp2 » mais avec une différence importante. Ce sont des réactifs électrophiles.

7) avec des liaisons CαH. R2. C’est le cas.1. si les trois substituants de ce carbone sont différents. R3 représentent des groupes alkyles H 3C H3C C H3C carbocation tertiobutyle H3C > H3 C H carbocation isopropyle H3 C C > H H carbocation éthyle H C > H H carbocation méthyle orbitale "p" vide C orbitale hybridée sp3 du carbone α H C C hyperconjugaison Figure 6. Les carbocations aliphatiques tertiaires (dont le C+ est lié à trois groupes alkyles) sont donc plus stables que les carbocations secondaires. eux-mêmes plus stables que les carbocations primaires. et/ou mésomères des groupes liés au carbone chargé. 6. comme les groupes alkyles stabilisent la charge positive du carbone. Les groupes à effet inducteur donneur +I.3). ce qui conduit. deux diastéréoisomères sont obtenus.11.2 . et aussi aux possibilités d’hyperconjugaison (§ 5. R1 R2 R3 carbocation tertiaire R1 C > R2 H carbocation secondaire R1 C > H H carbocation primaire H C > H H carbocation méthyle C R1. Les réactions dont un intermédiaire est un carbocation sont racémisantes pour le carbone concerné. Dans le cas contraire. à deux carbones asymétriques de configurations inversées. en particulier. et à un mélange d’énantiomères en quantités égales (un racémique) s’il n’existe pas d’autres centres d’asymétrie dans la molécule.2 – Stabilité La stabilité des carbocations est fonction des effets inducteurs. mais ces derniers sont toutefois plus stables que le carbocation méthyle. des réactions de substitutions nucléophiles monomoléculaires SN1 (§ 8.6.188 Chimie organique Le carbone chargé dans cette structure plane peut donc être attaqué de part et d’autre de ce plan.

9 . hydroxyméthyle. La charge du carbocation benzylique est aussi délocalisée sur le cycle benzènique (schéma 6. aminométhyle et leurs dérivés substitués. carbocation cyclopropènyle aromatique (4n + 2 = 2. C’est le cas des carbocations cyclopropènyle et tropylium (et de leurs dérivés alkylés) (schéma 6. C’est le cas pour le radical tertiobutyle avec 9 CαH. H2C CH CH2 H2C CH CH2 carbocation allylique H3C H2 C O H H2C O H H 3C carbocation hydroxyméthyle H3 C N CH2 H3C carbocation diméthylaminométhyle N CH2 CH2 carbocation benzylique CH2 Schéma 6. La possibilité d’une résonance entre le carbocation et une double liaison ou un groupe mésomère électrodonneur +M le stabilise. avec n = 1) Schéma 6. Plus le carbocation aura de possibilités d’hyperconjugaisons.8).9).8 Certains carbocations cycliques sont stabilisés par aromatisation.6. plus sa stabilité sera renforcée. Entités réactives 189 La possibilité d’hyperconjugaison avec une liaison CαH (recouvrement de l’orbitale « p » vide du carbone chargé et d’une orbitale hybridée « sp3 » de CαH) est un facteur de stabilisation (figure 6. mercaptométhyle. C’est le cas pour les carbocations allylique.2). avec n = 0) carbocation tropylium aromatique (4n + 2 = 6.

On peut y ajouter aussi les triflates R-O-SO2CF3. ou bien il perd facilement un proton pour devenir un alcène (voir réactions des carbocations § 6. Un carbocation instable ou peu stable a une réactivité plus élevée par rapport aux réactifs nucléophiles que les carbocations stables. mais pas primaire (énergie de formation trop élevée). Sous l’effet ionisant d’un solvant polaire protique. favorisée par la formation de liaisons hydrogènes avec le solvant. Le carbocation est alors stabilisé par solvatation : le solvant l’entoure comme une gangue protectrice ou bien forme une paire d’ions avec le contre-ion (schéma 6. le groupe mésyle dans les mésylates. qui est une réaction lente.4). dans la mesure où le groupe R est tertiaire.11. 6. la liaison qui unit le groupe carboné au groupe partant est ionisée en un carbocation et un anion (ou contre-ion). H R1 R2 R3 C Y H solvant polaire protique R1 R2 C + Y contre-ion solvant polaire protique R3 carbocation tertiaire paire d'ions H3C H3C H3C Ph Ph H C Cl C Br solvant polaire protique H3C H3C H3 C C + Br solvant polaire protique Ph Ph H C + Cl Schéma 6.3a – Ionisation d’une liaison entre un groupe carboné R et un groupe sortant Un groupe sortant (ou partant) est un groupe qui exerce un fort pouvoir attracteur sur le carbone auquel il est lié. le groupe tosyle dans les tosylates. comme les halogènes (surtout Cl et Br) dans RX. R-O-SO2-CH3. et il se transforme le plus souvent en un carbocation plus stable par un réarrangement intramoléculaire.3 – Formations La formation d’un carbocation peut résulter de plusieurs types de réactions indiquées ci-après.10 . pour autant qu’il se forme. voire secondaire. 6. Cette ionisation.3). ou – N. correspond à la première partie du mécanisme de substitution monomoléculaire SN1(§ 8.11. R-O-SO2-C6H4-(p)CH3. par exemple) diminue la stabilité du carbocation. un groupe à effet électroattracteur – M (groupe -COOR.10).1.190 Chimie organique Bien entendu.11.

par exemple.13).4) peuvent avoir lieu avant la réaction avec le nucléophile. fournit un cation acylium ce qui correspond à la première partie de la réaction d’acylation des composés aromatiques appelée réaction de Friedel et Crafts (§ 8. se formera préférentiellement au carbocation isobutyle primaire. celui qui se forme préférentiellement est celui qui est le plus stable. (CH3)2CH-CH2+ instable. le proton peut a priori se lier à l’un ou l’autre des carbones qui forment la double liaison.11.3d – Protonation de liaisons insaturées Les liaisons insaturées des alcènes. des réarrangements (§ 6.1d) (schéma 6.4. ou le pentafluorure d’antimoine. BF3. dans l’anhydride sulfureux (SO2) liquide.3c – Action des acides de Lewis sur les halogénures L’ionisation d’une liaison C-X peut résulter de l’action d’un acide de Lewis comme le trifluorure de bore. les thiocétones et thioaldéhydes. ce qui conduit à deux carbocations isomères. il réagit immédiatement avec le nucléophile présent dans le milieu réactionnel.6. l’hétéroélément possèdant au moins un doublet d’électrons libres dans les cétones et aldéhydes. le trichlorure d’aluminium. les acides organiques.3b – Action de sels d’argent sur les halogénures 191 Certains sels d’argent sont susceptibles de réagir avec un bromure d’alkyle pour former un carbocation (schéma 6. Si sa stabilité est peu élevée.11).12 6.11 H3C C Br + Ag H3C H 3C C + AgBr 6.12). le carbocation tertiobutyle (CH3)3C+ tertiaire. S’il est très stable. les nitriles ou les imines sont des sites nucléophiles qui sont facilement attaqués par les acides forts. AlCl3. Lorsque HBr est ajouté au 2-méthylpropène.11. AlCl4 SO2 liquide F + SbF5 R . stable. La protonation conduit à un carbocation Dans le cas des alcènes dissymétriques (schéma 6.11. un carbocation alkyle secondaire. SbF5. Entités réactives 6.11. S’ils n’ont pas de stabilités équivalentes. R-COCl R + AlCl3 RCO. H 3C H3C H3 C Schéma 6. L’action de AlCl3 sur un chlorure d’acide dans un solvant non polaire comme le benzène. . SbF6 Schéma 6.

formation favorisée a C b C CH3 CH3 CH3 b ou attaque de H par le dessous du plan (résultats identiques dans ce cas) H C H C H CH3 CH3 CH2 C H CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable CH3 H3 C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable H3 C H C Br CH2 C CH3 CH3 carbocation isobutyle primaire instable H + Br BrCH2 C CH3 CH3 + Br H3C H 3C bromure de tertiobutyle. le carbocation tertiobutyle réagira immédiatement avec le nucléophile Br. les composés carbonylés ou thiocarbonylés additionnent un proton pour conduire à des carbocations mésomères.192 Chimie organique a H H H + H C C H H CH3 CH3 H3C C CH3 carbocation tertiobutyle tertiaire très stable. la réaction s’oriente vers une polymérisation (§ 9.1).1) (c’est le résultat inverse de l’addition de HBr en présence d’un initiateur de réactions radicalaires comme un peroxyde. mécanisme appelée « anti-Markownikov » (§ 9.1). stabilisés par la résonance due à la conjugaison du carbone chargé positivement ayant une orbitale vacante.14 . C’est l’addition de HBr selon la réaction de Markownikov (§ 9.3. effet Kharasch. avec une orbitale « p » de l’oxygène ou du soufre possèdant un doublet libre non liant (schéma 6.13 Si HBr est en quantité stœchiométrique par rapport à l’alcène.du milieu et le bromure de tertiobutyle sera le résultat de cette réaction d’addition de HBr sur le 2-méthylpropène. C’est donc le bromure le plus substitué qui sera obtenu.1.14). prépondérant bromure d'isobutyle halogénure le moins substitué Schéma 6. Lorsque HBr est ajouté en très faible quantité (catalytique). halogènure le plus substitué.1. R C H aldéhyde R1 O R2 cétone R C O H thioaldéhyde R1 C S R2 thiocétone C S H C O + H C O C O H Schéma 6. Comme les alcènes.

Le carbocation qui résulte de cette protonation est stabilisé par résonance (schéma 6. sont d’abord protonés pour former des carbocations. thioacides et dithioacides sont protonés par les acides forts minéraux (HX.15 O C O H R H C O O H H Les imines.6.16). Entités réactives 193 Les acides organiques. sont protonées par les acides forts en fournissant un sel d’iminium mésomère qui résonne avec un carbocation (schéma 6. Si celui-ci est un alcool primaire.15). préparées le plus souvent par la réaction de condensation d’un aldéhyde ou d’une cétone avec une amine primaire. qui réagissent immédiatement avec le milieu. R1 C O R2 H2N R 3 R1 R2 C N Z si R1 > R2 : R1 R3 et R2 C E N R3 + H 2O mélange d'imines Z et E C N H C N H ion iminium C N H Schéma 6.16 Les nitriles. .17). O R C OH acide OH R C O S R C SH R C S R C S R OH thioacide SH C O SH dithioacide O R C H O H R C O O H R H Schéma 6. en présence d’halogénure d’hydrogène. H2SO4…) ou organiques (comme l’acide para-toluène sulfonique). cette réaction fournit un sel d’iminoéther (schéma 6. un réactif nucléophile.

.194 Chimie organique R C nitrile N H R C N H R R-O-H C N H H N H R C O R' H R C N H O R' sel d'iminoéther Schéma 6. et dans une moindre mesure.18 6. L’ensemble des deux réactions constitue la substitution électrophile aromatique indiquée SEAr (§ 8.3e – Action d’un réactif électrophile sur un composé aromatique La réaction d’un réactif électrophile sur un composé aromatique comme le benzène.H NO2 nitrobenzène Schéma 6. l’anthracène… conduit d’abord à la formation d’un carbocation dont la charge est délocalisée. les alcools secondaires. H3 C CH3 X C CH3 H3 C H3C H3C halogènure de tertiobutyle H3 C H3 C H3C C O H + H H3C H3 C H3 C C O H -H O 2 H C X alcool tertiobutylique Schéma 6. si HX est utilisé) (schéma 6. H + NO2 H (HNO3-H2SO4) NO2 . le naphtalène.1) (schéma 6. L’élimination d’une molécule d’eau fournit un carbocation lequel peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu (par exemple X.18).11.4.3f – Action des acides forts sur les alcools tertiaires ou secondaires.11.19).17 6. les hémiacétals et acétals Les alcools tertiaires. Une déprotonation fournit le produit final.19 . sont protonés sur l’oxygène. mais jamais les alcools primaires.

L’acide nitreux est libéré in situ par addition d’une solution de nitrite de sodium à une solution d’acide chlorhydrique diluée contenant l’amine. schéma 6.R'OH OH R2 R1 C O -H H R1 R2 C O hémiacétal R2 = H hémicétal R2 = groupe carboné aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné H R1 2) R2 O R' C O R' + H R2 R1 C O R' . sur les amines primaires (1). et une molécule d’azote (processus irréversible).3g – Décomposition des sels de diazonium Les sels de diazonium sont préparés par action de l’acide nitreux.21). par exemple l’eau. un alcool. HNO 2. Leurs déprotonations fournissent respectivement des aldéhydes et des cétones. H R1 O R' 1) C + R2 OH R1 H R2 C O R' .11. Il peut aussi se former un peu d’un halogénure d’alkyle par réaction du carbocation avec l’anion chlorure du milieu (schéma 6. Les sels d’alkyldiazonium sont peu stables à température ordinaire (25 °C) car –N2+ est un puissant groupe partant.R'OH O R' R2 R1 C O H O H R1 R' R2 C H O O H R' acétal R2 = H cétal R2 = groupe carboné R1 R2 C O -H R1 C R2 O H R1 C R2 O H O R' H aldéhyde R2 = H cétone R2 = groupe carboné Schéma 6. L’action d’une solution diluée d’un acide fort transforme un acétal ou un cétal en aldéhyde ou cétonevia deux carbocations (2). Entités réactives 195 Les hémiacétals d’aldéhydes et de cétones protonés éliminent une molécule d’alcool pour former des carbocations (réaction 1. son contre-ion Cl-. Le carbocation ainsi produit réagit immédiatement sur le nucléophile du milieu le plus abondant. .6.20 Des réactions équivalentes sont observées avec les analogues soufrés (oxygène remplacé par le soufre). 6.20). à une température inférieure à 5 °C. les sels se décomposent alors en donnant un carbocation. pour former dans ce cas.

ce qui constitue un superacide. 6.3h – Utilisation des superacides Les cations alkyles ne sont pas stables dans les solutions d’acides forts comme l’acide sulfurique. il est possible de les conserver dans un mélange d’acide fluorosulfurique et de pentafluorure d’antimoine dissous dans SO2 ou SO2ClF. R-F + SbF6 CH3 H3 C C H CH3 ou CH3-CH2-CH2-CH3 Schéma 6.196 Chimie organique 1) R-NH2 NO2Na + HCl H2O R N N R N N . SbF5. au n-butane.21 Les sels d’aryldiazonium (2) sont plus stables car le cation diazonium est mésomère en raison de la présence du groupe aryle. Cl amine aliphatique primaire R = alkyl R N N H .11.22). mais aussi au fluorure de méthyle (schéma 6. Des carbocations sont aussi produits dans ces conditions à partir d’alcanes. Par contre. SbF6 SO2 ou SO2ClF FSO3H-SbF5 SO2 ou SO2ClF CH3 H3C C CH3 .22 . Ce mélange acide particulièrement puissant permet d’ioniser la liaison C-F présente dans les fluorures d’alkyles mais aussi de former des carbocations stables à des températures inférieures à –60°C à partir d’alcools et d’alcènes. Ce sont des réactions complexes encore à l’étude et qui aboutissent toujours à des carbocations très stables. FSO3 + H2 F-SO3H. R . Cl R + H N N + Cl R + O H R O H -H R O H composé prépondérant R + Cl RCl 2) R' N N R' N N cation aryldiazonium Schéma 6. Le carbocation t-butyle résulte à la fois de ces réactions appliquées à l’isobutane.

(indiqué CαH). Certains réarrangements sont classiques comme ceux de Demjanov. avec création d’alcène(s). Les alcènes mésomères sont les plus stables. Un carbocation primaire se réarrangera en carbocation secondaire ou tertiaire. donc prépondérants (appelés alcène(s) ou oléfine(s) de Saytzev). et éliminations d’un proton porté par un carbone en du carbone chargé (C H) Les réarrangements de carbocations correspondent à des déplacements (transpositions) de groupes carbonés ou d’atomes d’hydrogènes situés en positions α.4a – Réarrangements par transpositions. la transposition permettra le passage d’un carbocation peu stable à un carbocation mésomère stabilisé par résonance. Entités réactives 197 6. Si plusieurs alcènes sont possibles. Parmi ceux qui sont stabilisés par hyperconjugaison. Exemple 1 : réarrangement du carbocation n-propyle primaire en carbocation isopropyle secondaire transposition d'un atome d'hydrogène augmentation de la stabilité H H3 C C C α H H H H H3C C H C H H carbocation n-propyle carbocation primaire Schéma 6. le plus stable. . pourront réagir avec un nucléophile du milieu ou perdre un proton s’il existe des atomes d’hydrogènes sur le ou les CαH. ce sont les alcènes qui possèdent le maximum de liaisons CαH qui sont les plus stabilisés. La mésomérie (§ 5. Certains réarrangements portant sur des carbocations cycliques conduisent à des expansions ou des contractions de cycles.23). celui qui est le plus stable est prépondérant. de WagnerMeerwein.6) et l’hyperconjugaison (§ 5.23 carbocation isopropyle carbocation secondaire Seule la transposition d’un hydrogène de CαH2 est possible (schéma 6. et ceux ainsi stabilisés par transposition.6. La transposition du groupe CH3 conduirait à un nouveau carbocation n-propyle.4 – Réactions des carbocations 6.11. l’hydrogène ou le groupe migrant n’est jamais à l’état libre dans le milieu. Ce n’est donc pas un processus intermoléculaire mais intramoléculaire.6) sont les deux effets principaux qui stabilisent une double liaison. Il reste retenu à sa molécule.6. Durant le réarrangement. Ces réarrangements ne peuvent produire que des carbocations plus stables que ceux de départ et en aucun cas l’inverse. et qui pourra être exceptionnellement primaire.11. Les carbocations de départ. Dans certains cas. de l’atome de carbone chargé positivement. ou pinacolique présentés parmi les exemples ci-après.

Deux alcènes sont possibles.24). . Celui-ci peut réagir avec un réactif nucléophile du milieu ou éliminer un proton d’un CαH. 12 liaisons CαH sont hyperconjuguées avec les électrons π de la double liaison. CH2 ou CH. (alcène de Saytzev) est prépondérant.198 Chimie organique Exemple 2 : réarrangement du cation 3. contre 6 liaisons CαH pour le moins substitué (schéma 6.24 CH3 H H -H H CH3 C C H C H α α H C H H 6 CαH : alcène le moins stable Le carbocation secondaire 1 effectue une transposition d’un groupe méthyle pour devenir un carbocation tertiaire 2.3-diméthyl-but-2-yle suivie de l’élimination d’un proton d’un C H H3C H3C C C α H H 3C 1 carbocation secondaire CH3 transposition d'un groupe méthyle augmentation de la stabilité H3 C C H3C 2 CH3 C H CH3 carbocation tertiaire H 3C H H α C CH3 C H 2 α CH3 -H H H α H C H H C Cα H H αC C αC H H H H H Cα H 12 CαH : alcène très stable (alcène de Saytzev) prépondérant dans le mélange α H 3C H α C H H H Cα H C H 3C α C H CH3 C α H 2 CH3 C α H 2 Schéma 6. Le plus substitué par des groupes CH3.

. sera en proportion plus importante dans le mélange. Bien que la transposition d’un groupe carboné nécessite plus d’énergie que celle d’un atome d’hydrogène. toutefois. Il faut remarquer que l’α-méthylstyrène peut résulter de l’élimination directe d’un proton du carbocation 2-phényl-propyle (2).25). dans la mesure où les isomères Z et E du β-styrène se forment. Dans le premier cas. le carbocation résultant est tertiaire (1).6. Entités réactives Exemple 3 : réarrangement du carbocation 2-phényl-propyle 199 CH3 1) C H CH2 transposition d'un atome d'hydrogène CH3 C CH2 H carbocation mésomère H3 C -H C C H H carbocation 2-phényl-propyle α-méthylstyrène CH3 2) C H CH2 -H H C CH3 3) C H C H H transposition du groupe méthyle CH3 C H CH3 C H C H H -H isomère E H C et C H CH3 carbocation mésomère isomère Z β-méthylstyrènes Schéma 6. l’isomère E.25 Le carbocation 2-phényl-propyle peut donner lieu à deux transpositions (schéma 6.et de β-méthylstyrènes . plus stable que l’isomère Z. Ces deux nouveaux carbocations éliminent un proton pour former des alcènes mésomères donc stables. un hydrogène ou un groupe méthyle. les deux déprotonations fournissent chacune des quantités équivalentes d’α. dans le second cas. c’est un carbocation secondaire (3).

3-diméthyl-pentan-3-yle H H H3C H 3C H H3C H3 C C C H C H C H C C C C H H H CH3 -H H H C H H C C C 2 H C H H3C CH3 H 3.200 Chimie organique Exemple 4 : formation d’alcènes à partir du carbocation 2.3-diméthylpentan-3-yle H H H3C H 3C C α C H -H C H α H CH3 αC H H H H H C H H C C C H 1 C C H H H H CH3 2. 7 liaisons CαH. On voit que l’alcène 1 présente 11 liaisons CαH. seulement 3. On peut en déduire que la prépondérance de ces alcènes sera dans l’ordre 1 > 2 > 3 (schéma 6.26). et l’alcène 3.26 Le carbocation tertiaire 2. l’alcène 2.4-diméthyl-pent-2-ène H H3C H H H -H H3C C H H C 3 C H H C H3 C H H3C opropyl-but-1-ène 2-is Schéma 6. .3-diméthyl-pent-2-ène (alcène de Saytzev) prépondérant carbocation tertiaire 2.3-diméthyl-pentan-3-yle peut donner lieu à 3 types d’élimination de proton avec la création de trois alcènes isomères 1. 2 et 3. L’alcène 1 est l’alcène de Saytzev.

Entités réactives Exemple 5 : réarrangements de Wagner-Meerwein (1914) 201 H O H H CH3 H H O H -H O 2 H CH3 1 CH3 H CH3 CH3 2 CH3 CH3 CH3 2.2-diméthyl-cyclohexène H H C H CH3 composé le moins stable très minoritaire Schéma 6.2-diméthylcyclohexène. Cette liaison quitte ce carbone pour substituer le carbone chargé positivement ce qui correspond à une contraction du cycle qui passe ainsi de 6 à 5 carbones. il est très minoritaire. Le carbocation tertiaire 3 ainsi obtenu élimine un proton pour former une double liaison extracyclique. . d’un cyclohexane à un cyclopentane. La première correspond à la migration d’un groupe méthyle lié au Cα diméthylé : le carbocation tertiaire 2 qui en résulte élimine un proton du CαH ce qui crée une double liaison dans le cycle et la formation du 1.2-diméthylcyclohexanol est en milieu acide.28).6.27 Lorsque le 2. ce qui entraîne deux transpositions possibles. Un autre exemple de réarrangement de Wagner-Meerwein concerne le 1-bromo2.2-diméthylcyclohexanol -H H CH3 . mais le composé ainsi formé est le plus instable des produits résultant de ces transpositions et éliminations. l’alcool secondaire est protoné (schéma 6.27). L’élimination d’une molécule d’eau libère un carbocation cyclique secondaire peu stable 1.2-diméthylpropane ou bromure de néopentyle (schéma 6. Le composé correspondant est l’isopropylidène-cyclopentane. Le carbocation 3 peut aussi éliminer un autre proton provenant d’un groupe méthyle. Le second réarrangement fait intervenir la liaison du Cα diméthylé avec un CH2 cyclique qui constitue un des substituants de ce carbone au même titre que les groupes méthyles.H α CH α 3 H H C H 3 CH3 H -H CH3 CH3 H CH3 1 CH3 α 3 CH3 CH3 isopropylidène-cyclopentane 1.

N2 . Exemple 6 : réarrangements du carbocation cyclobutylméthyle (réarrangement de Demjanov ou Demyanov)(1903) CH2 NH2 NaNO2 + HCl cyclobutyl-méthylamine CH2 N N . le 2-méthyl-but -2-ène.29 cyclopentanol H2O -H .2-diméthyl-propan-1-ol OH CH3 H3C C CH2 CH3 2-méthyl-butan-2-ol H2O -H 2-méthyl-but-2-ène CH3 H Schéma 6.2-diméthyl-propane H3C C H3C C H CH3 CH3 CH3 2. et par élimination d’un proton.28 L’hydrolyse de ce composé qui est une réaction lente. ne conduit pas à l’alcool attendu. le carbocation primaire qui provient de l’ionisation de la liaison C-Br subit une migration du groupe méthyle ce qui forme un carbocation tertiaire stable qui. le 2. fournit un alcool. En fait. Cl .202 Chimie organique CH3 H 3C C CH2 Br H2O H3C CH3 C CH2 + Br H2O CH3 -H H3C C C H H3C CH3 C CH2 OH CH3 1-bromo-2.Cl CH2 1 CH2 a H CH2 H CH2 b H -H (a) -H (b) H carbocation cyclobutylméthyle H CH3 méthylène-cyclobutane H 1 H 2 H 1-méthyl-cyclobutène H H CH2 H C -H H H C H cyclopentène CH2 1 C 3 H2 H C H2 OH CH2 C H2 Schéma 6. en raison de l’encombrement stérique du à la présence du groupe t-butyle. en présence d’eau.2-diméthylpropan-1-ol mais au 2-méthylbutan-2-ol qui est accompagné d’un alcène. un alcène.

tétrahydrofurane.29) forme un sel de diazonium qui se décompose en formant le carbocation cyclobutylméthyle 1. Un cas particulier d’une « contraction » de cycle concerne les carbocations cyclopropyles car ils sont souvent réarrangés en carbocations allyliques plus stables (schéma 6. Ce dernier peut éliminer un proton d’un carbone en position α. instable. Toutefois ces carbocations peuvent résulter d’autres réactions et se réarrangent évidemment de la même façon.4-Dihydro-2H-thiopyrane Schéma 6. d’une part. par deux voies différentes.32). Un autre réarrangement du carbocation 1 peut s’effectuer par agrandissement (ou expansion) de cycle ce qui conduit au carbocation 3. La migration d’un hydrogène de CαH cyclique le réarrange en un carbocation tertiaire plus stable 2. a et b. . Ce réarrangement permet des expansions de cycles par un mécanisme semblable à partir d’amines dérivées d’hétérocycliques tels que pyrrolidine. Ces deux composés étant nettement prépondérants par rapport aux autres produits de la réaction. au méthylène-cyclobutane.2.30 Z = NH pyrrolidine Z = O tétrahydrofurane Z = S tétrahydrothiophène Des contractions de cycles ont aussi été observées mais elles sont plus rares et correspondent en fait à des réactions équilibrées comme dans le cas des carbocations cyclobutyle (secondaire) et cyclopropylméthyle (primaire) (schéma 6. qui aboutissent.30). Le carbocation 3 élimine ensuite un proton pour former un composé éthylènique.31). alors que dans le second cas les liaisons sont contraintes avec un angle dièdre de 90°.4-tétrahydropyridine Z = O 3. et tétrahydrothiophène (schéma 6. Ce réarrangement est favorisé car les cycles à 5 chaînons sont moins tendus que les cycles à quatre chaînons ce qui les rend plus stables. le cyclopentanol.3. CH2NH2 Z HNO2 H2 O Z et Z OH Z = NH 1. et d’autre part. auxquels on peut ajouter des traces de cyclobutylméthanol résultat de la réaction du carbocation 1 avec l’eau. l’angle dièdre est de 120° donc proche de 109°28’ du carbone hybridé « sp3 ».4-Dihydro-2H-pyrane Z = S 3. En effet. au 1-méthyl-cyclobutène. CH CH2 Schéma 6. le cyclopentène. plus stable que les carbocations 1 et 2. dans le premier cas. Entités réactives 203 L’action de l’acide nitreux sur la N-(cyclobutyl)méthylamine (schéma 6. ou réagit avec l’eau pour donner un alcool.31 CH CH2 Le réarrangement de Demyanov fait référence aux carbocations issus d’une réaction de diazotation d’une amine primaire.6.

après élimination d’une molécule d’eau un carbocation tertiaire 1 stable.H 2O pinacol pinacolone CH3 CH3 C O H C O H CH3 CH3 CH 3 . en milieu acide. la pinacolone. CH3 CH3 H3C C O H CH3 CH3 H3C H C O C O H CH3 H3C H C O C CH3 H3C H -H CH3 H3C C O C CH3 CH3 C O 2 CH3 H CH3 H H3C C O H CH3 CH3 H3C C O C CH3 CH3 H . encore plus stable. et qui fournit des cétones.33 .2-diols (glycols) comme le pinacol (schéma 6. car à la fois tertiaire et mésomère par délocalisation de la charge qui fait intervenir un doublet d’électrons non liants de l’oxygène. la migration d’un groupe méthyle du Cα conduit à un nouveau carbocation 2.32 Chimie organique R2 R4 C R5 C R1 C R3 R2 C R3 C R1 C R4 R3 Exemple 7 : réarrangement pinacolique (pinacol pinacolone) Un autre exemple classique de réarrangement est celui qui affecte certains 1.204 R2 R3 C C R1 R4 C R5 R2 R3 C C R1 R4 C R5 Schéma 6. Toutefois. et dans le cas du pinacol.33).H2 O H3C H CH3 C CH3 CH3 C O C 1 CH3 Schéma 6. En présence d’acide. La pinacolone résulte de la déprotonation de l’oxygène. le pinacol forme.

34 Il faut ajouter à ces différents réarrangements.4-diméthyl-cyclohexa-2.4-diméthyl-phénol Schéma 6. Entités réactives 205 Le même réarrangement s’effectue aussi lorsque les groupes méthyles sont remplacés par des groupes aryles. L’ionisation des liaisons C-Br de chacun de ces bromures fournit un carbocation qui représente la forme limite de l’autre. OEt H3C C H C H CH2 3-éthoxy-but-1-ène EtOH.5-diènone 3.HBr Br CH H3C C H ou H3C C H C H CH2 Br H3C C H C H CH2 CH2 EtOH H3C C H C H CH2 + Br 3-bromobut-1-ène 1-bromobut-2-ène EtOH.6. Une réaction inverse appelée rétro-pinacolique a lieu sur des diènones cycliques. . O H H CH3 O H O H O H -H H CH3 O H H H 3C CH3 H 3C H 3C H CH3 CH3 CH3 CH3 4. La réaction avec l’éthanol conduit donc à deux éthers isomères et en quantités égales dans la mesure où les deux formes limites ont des poids sensiblement identiques (schéma 6. C’est le cas de la 4.34). le cas particulier des carbocations allyliques.HBr H3C C H C H CH2 OEt 1-éthoxy-but-2-ène Schéma 6. .35 .4-diméthyl-phénol (schéma 6. Elles sont transformées en dérivés phénoliques.35).5-diènone qui est transformée en 3. Le 3-bromobutène et le 1-bromobut-2-ène. en solution dans l’éthanol fournissent les deux mêmes éthers en proportions sensiblement égales.4-diméthyl-cyclohexa-2.

comme l’eau. 6.). de nombreuses réactions sont possibles avec les réactifs nucléophiles (schéma 6. Ainsi. 1) C Y Solvant polaire protique C + Y contre-ion 2) C Y + A C A + Y nucléophile plus fort que Y ou en concentration plus élevée que Y R solvant: 3) C Y O H R C Y Et Et Et Et N Et .. Y Et O H .36). supérieure à celle du contre-ion Y. ces derniers peuvent eux aussi réagir avec les anions présents et le solvant.dans le milieu. ou la triéthylamine (4). cyanure.HY R C O R=H alcool R = alkyl éther R=H ou alkyl solvant: N 4) C Y C sel d'ammonium quaternaire Schéma 6. la concentration élevé d’un ion A-. le solvant. HO-. Le carbocation peut réagir avec l’anion Y. certains . Il peut aussi se réarranger. ces réactions ne font pas intervenir de déplacements de groupes d’un carbone à un autre.ainsi libéré pour recréer la liaison de départ. un éther ou un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6. le carbocation réagit avec tous les réactifs nucléophiles du milieu où il a été formé (2).4b – Réactions avec les réactifs nucléophiles Les carbocations étant des entités électrophiles. très souvent nucléophile. D’une manière plus générale. orientera la réaction du carbocation vers A-..36 Dans la mesure où les carbocations primaires et secondaires donnent lieu à des réarrangements avec création de nouveaux carbocations. meilleur nucléophile que le contre-ion Y. les alcools (3). Enfin. Un exemple simple est donné pour le 2-bromo-3.3-diméthyl-butane (schéma 6.favorisera la réaction qui conduira à un alcool.206 Chimie organique Bien que souvent classées comme des réarrangements. la présence d’un anion (hydroxyde.37).36). La formation des carbocations par ionisation d’une liaison entre un carbone et un groupe partant Y. De même. le contre-ion. un nitrile ou autre. Si chaque carbocation formé peut donner lieu à une élimination de protons de CαH avec formation d’alcènes. lui-même.11. le nombre de composés susceptibles d’être présents en fin de réaction peut être très important. est réversible (1). peuvent attaquer le carbocation en produisant respectivement un alcool. CN-. Toutefois.

37 6. la température élevée et un pH basique favorisent les éliminations avec formation d’alcènes).3-diméthyl-but-2-ène 2.12.38 R1 R R2 C CH2 R Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères (les alcènes dans ce cas). Le nouveau carbocation qui en résulte est le plus stable de ceux qui peuvent être formés.3-diméthyl-butane H3C C H3C élimination réarrangement H2O. . soit sur la température. un nombre restreint de carbocations est produit. Le terme « oligomère » s’applique à des polymères formés à partir d’un nombre relativement faible de monomères. Ils réagissent alors avec les molécules d’alcène non protonées .3-diméthyl-butane H3 C H3C C H3C OH C CH3 CH3 H H3 C CH3 2.4c – Réactions avec les alcènes et polymérisations Ces réactions s’apparentent à celle du proton sur les alcènes.38). ∆ H3C H 3C H3C C C CH3 + H Br -H H3 C C C H3C CH3 OH H H H3 C 2-bromo-3. il est donc constitué par la répétition n fois du motif « monomère » (voir aussi § 6. R1 C R2 C H + H Schéma 6. soit sur le pH (par exemple. réaction avec le solvant CH3 C C H CH3 CH3 C H -H CH3 C C CH3 Br réaction avec le solvant H3C H3 C Br H 3C H2O.5f).3-diméthyl-butan-2-ol 2-bromo-2.H 3. soit sur les concentrations des réactifs. H3C H3C C C CH3 Br H2O. Cette réaction est à l’origine de la polymérisation des alcènes (schéma 6. Si une quantité catalytique d’acide est ajoutée à un alcène. Entités réactives 207 contrôles sont possibles en agissant.6.11.3-diméthyl-butan-2-ol Schéma 6.

6.39 La polymérisation industrielle d’éthers vinyliques R-O-CH=CH2 est effectuée par cette méthode et fournit des polymères utilisés comme adhésifs.39). Un exemple est donné avec l’isobutène comme monomère (schéma 6. qui portent un électron célibataire. Br•).12 Les radicaux Ce sont des atomes. Les carbocations produits sont toujours les plus stables parmi ceux possibles.39).208 Chimie organique présentes. ce qui libère une petite quantité de chlorure d’hydrogène HCl. car la réaction se poursuit avec la création de carbocations de plus en plus importants jusqu’à l’épuisement des molécules d’alcènes (schéma 6. exothermique. seuls (comme H•. (CH3)3C•. H3 C H3 C H3C H3C H3 C C CH2 + H3 C C CH2 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH3 H3 C C H3 C H H3 C C CH3 isobutène monomère C CH3 H3 C H3C CH3 CH3 C CH2 C CH3 CH3 H3 C H3 C C CH2 H3C CH3 CH2 C CH3 -H H3C C H3C CH3 CH3 CH3 CH3 CH C CH2 CH3 polymère CH2 C H3 C C CH2 H3 C CH3 C CH3 CH2 H n-1 H n-1 Schéma 6. La déprotonation du dernier carbocation fournit le polymère. H3C•. ou substitués (comme HO•.…). C’est la polymérisation cationique. Cl3C•. Les éliminations de protons à partir de carbocations intermédiaires sont envisageables ce qui conduit alors à de nouveaux composés éthylèniques. et peut débuter à basse température. La polymérisation est souvent initiée par l’addition de traces d’eau à un acide de Lewis (AlCl3. ZnCl2…). ce qui conduit à de nouveaux carbocations issus de deux unités d’alcène. La réaction est très rapide. . deux unités de monomères.

3 La structure plane des radicaux n’est pas générale.6. les valeurs de DHo sont les suivantes (schéma 6.1 – Structures Les radicaux dits libres (peu stables) alkyles. Si l’énergie DHo est faible (liaison fragile). comme les radicaux méthyle H3C•. isopropyle (CH3)2HC•.4) : C F F Figure 6. le radical libre trifluorométhyle F3C• a une structure de type « sp3 » (figure 6.4 F 6. les radicaux formés par cette rupture sont stables. Par exemple. la rupture de la liaison est difficile et nécessite beaucoup d’énergie : les radicaux sont instables. Si l’on étudie la formation de radicaux alkyles par homolyse d’une liaison C-H.12. comme dans le radical méthyle de la figure 6. Entités réactives 209 6. orbitale "p" H H C H Figure 6.3. Plus DHo est élevée et plus la liaison est difficile à rompre.40) : .2 – Formations et stabilité Les radicaux résultent d’une rupture homolytique ou homolyse d’une liaison covalente ce qui nécessite un apport d’énergie appelée énergie de dissociation DHo exprimée en kJ mol-1.12. ou tertiobutyle (CH3)3C•. sont plans et le carbone central a une structure de type « sp2 » L’électron célibataire occupe l’orbitale « p » non hybridée perpendiculaire à ce plan. Si DHo est élevée (liaison forte).

À une température de 77 K. l’ordre de stabilité décroissante est radicaux tertiaires > radicaux secondaires > radicaux primaires > radical méthyle. de quelques secondes. Cela se traduit par leurs durées de vie plus ou moins courtes exprimées en temps de demi-vie.210 Chimie organique H3C H -H H3 C radical méthyle (instable) DH° = 439 kJ mol-1 méthane H3C H3 C CH2 H -H H3 C CH2 DH° = 410 kJ mol-1 diminution de DH° donc augmentation de la stabilité du radical radical éthyle primaire (assez instable) CH H3 C H3 C H3 C H3 C C H -H H3 C H3 C CH DH° = 395 kJ mol-1 radical isopropyle secondaire (assez stable) H3C H -H H3 C H3 C radical tertiobutyle tertiaire (stable) C DH° = 389 kJ mol-1 H 3C H3 C H3 C R1 R2 R3 tertiaire H3 C C H3 C R1 CH R2 secondaire primaire méthyle stabilité des radicaux alkyles CH H3 C CH2 H3C C R1 CH2 H 3C Schéma 6. on peut le garder dans le méthanol environ 15 minutes. La structure de type « sp2 » des radicaux libres alkyles permet de comprendre la stabilité des radicaux tertiaires et secondaires. Plus il existe de liaisons Cα-H dans ces groupes et plus le radical est stabilisé : c’est le cas du radical tertiobutyle (figure 6.5).40 Dans la série des radicaux libres alkyles. Le radical méthyle a un temps de demi-vie très court à température ordinaire. et dans quelques cas. Il ne faut pas confondre un radical libre persistant c’est-à-dire qui est mis dans des conditions physiques et chimiques telles que sa conservation soit réalisée.7). . La stabilité d’un radical ou sa persistence à exister est fonction du milieu et de la température. peut être recristallisé et stocké à température ordinaire (voir la figure 6. lesquels sont susceptibles de présenter des phénomènes d’hyperconjugaison entre cet électron célibataire et les électrons σ des liaisons Cα-H des groupes qui substituent le carbone central. avec un radical stable qui a une durée de vie très longue.

41 Les radicaux alkyles et la plupart des radicaux de la chimie organique sont des entités non isolables appelés radicaux libres et leur formation ne peut être démontrée que par des techniques physico-chimiques comme la mesure du moment magnétique et la RPE (résonance paramagnétique électronique).6. celle dont l’homolyse a un DHo le plus faible. Quelques exemples sont donnés dans le schéma 6.41 : H3C CH3 2 H3C DH° = 377 kJ mol-1 cette réaction est privilégiée par rapport à l'homolyse d'un e liaison CH (voir ci-dessus) H3C H 3C C H2 CH3 H3C H3C CH2 + H3C DH° = 360 kJ mol-1 CH H3C H3C H3 C H3C C CH3 H3C CH3 C CH3 CH3 CH + H3C H3C DH° = 360 kJ mol-1 2 H3C H3 C C DH° = 301 kJ mol-1 Schéma 6. Entités réactives 211 H H H H H C H H H3C C H3C radical tertiobutyle H H CH3 Figure 6.5 Lorsqu’un alcane peut fournir plusieurs types de radicaux par homolyse d’une liaison. la liaison qui se rompt le plus facilement est celle qui produit le ou les radicaux les plus stables. .

1 permet de comparer la stabilité de quelques radicaux libres autres que les radicaux alkyles à partir de leurs valeurs de DHo. Ce n’est pas le cas d’un électron célibataire qui est détecté. avec lesquels ils forment une liaison covalente (schéma 6. dans les radicaux. dans la mesure où ils tournent sur eux-mêmes en sens inverse. repose sur le fait que deux électrons appariés dans une case quantique ont des énergies égales. Chaque électron tourne sur lui-même dans un sens positif ou négatif exprimé par le spin de l’électron indiqué par +1/2 ou –1/2. la réaction s’arrête ce qui prouve la nature radicalaire de la réaction étudiée. Les valeurs pour les radicaux méthyle et tertio-butyle sont données pour comparaison. A cette rotation est associé un moment magnétique. l’électron qui est célibataire confère un moment magnétique au radical ce qui est indiqué par l’adjectif paramagnétique. Cela permet d’enregistrer un spectre spécifique au radical. DH° (kJ. mol-1) H H C H 439 H H F C F Cl Cl C Cl O H F H 444 Me Me C Me 389 446 401 364 Tableau 6. Ce magnétisme peut être mesuré mais cette méthode nécessite une quantité importante de radicaux ce qui ne la rend pas très facile à utiliser.1 . O2N Ph Ph N N NO2 O2N diphénylpicrylhydrazyle radical stable + R Ph Ph O2N R N N O2N NO2 radical libre Schéma 6.212 Chimie organique La première technique repose sur le paramagnétisme du radical. La détection de la présence de radicaux libres dans une réaction peut être le résultat d’un piégeage de ces derniers dans une réaction par des radicaux dits stables (certains sont commerciaux) comme le radical diphénylpicrylhydrazinyle. Par contre. Lorsque les électrons sont appariés dans une case quantique.42 Le tableau 6. Faute de radicaux présents dans le milieu. L’application d’un champ magnétique puissant avec une radiofréquence appropriée. la somme de leurs moments magnétiques est nulle.42). La seconde. augmente cette énergie en les faisant passer d’un état dit de basse énergie à un état de haute énergie mais la somme de leurs énergies s’annule en raison de leurs spins opposés. mol-1) 464 DH° (kJ.

43 La stabilité d’un radical mésomère est en rapport avec l’étendue de la délocalisation de l’électron célibataire.42). qu’ils sont isolables. Ainsi le radical triphénylméthyle ou trityle.7 O Me Me Me Me O N O nitroxyde .7).6. C’est le cas du diphénylpycrylhydrazyle déjà cité (schéma 6. Entités réactives 213 Les radicaux libres mésomères sont très stables. Les flèches courbes entières utilisées pour indiquer le mouvement d’un doublet d’électrons sont ici remplacées par des demi-flèches courbes dans la mesure où un seul électron de l’atome radicalaire prend part à la mésomérie. ou de certains nitroxydes (dans ce cas. le radical allyle CH2=CH-CH2• (DHo = 361 kJ mol-1) résonne entre deux formes limites (schéma 6. lui-même plus stable que le radical benzyle (figure 6. Ph3C. stabilité décroissante H C H C H C H radical stable trityle radical diphénylméthyle radical benzyle H C H Figure 6. est plus stable que le radical diphénylméthyle. Ph N N Ph N N Ph radical oxoverdazyle Figure 6.6 Certains radicaux sont tellement stabilisés par délocalisation de l’électron célibataire. Par exemple.43). H C H C H CH2 H C H C H CH2 Schéma 6. la gêne stérique apportée par les quatre groupes méthyles diminuent la réactivité du radical) (figure 6. recristallisables et peuvent être stockés.6). de l’oxoverdazyle (stabilisé par résonance).

Un initiateur de réactions radicalaires est donc un composé qui libère des radicaux.45 AIBN : R = H3 C C Des réactions redox sont aussi susceptibles de libérer des radicaux à partir du peroxyde de benzoyle ou d’un sel de benzodiazonium et de sels cuivreux Cu+ lesquels sont oxydés par transfert d’un électron en sels cuivriques Cu2+ (schéma 6. certaines molécules qui ont dans leurs structures des liaisons très faibles comme la liaison O-O des peroxydes d’aroyles Ar-CO-O-O-CO-Ar. .44).2’-azobis(2-méthylpropionitrile) (schéma 6. Il en est ainsi pour l’acétone et le chlore (schéma 6. et en solution. par chauffage à une température inférieure à 100 °C. au milieu réactionnel. Ils sont aussitôt décomposés en deux radicaux aryles Ar• et une molécule d’anhydride carbonique.46). photolyse). des radicaux aroyloxy Ar-CO-O•. initiateurs radicalaires R O C O O C O R hν ou ∆ R 2 O C O R 2 + 2 CO2 radical phényle peroxyde d'aroyle si R = H peroxyde de benzoyle ou anhydride perbenzoïque R N N R hν ou ∆ 2R + N N 2R +N N diazoalcane R = alkyl radicaux alkyles CH3 CN Schéma 6. Ces peroxydes sont utilisés comme initiateurs de réactions radicalaires (schéma 6.45). ou d’une thermolyse. forment facilement. Certains azoalcanes font aussi partie de ce groupe de molécules comme l’AIBN ou 2. Cl O C H3C CH3 radical acétyle Schéma 6.214 Chimie organique L’homolyse d’une liaison de DHo comprise entre 200 et 400 kJ mol-1 peut être le résultat d’une réaction photochimique (rayonnement UV).45).44 Cl hν ou ∆ 2 Cl hν ou ∆ CH3C=O + CH3 propanone De même. il initie cette réaction par un premier apport de radicaux en quantité limitée. Ajouté en très faible quantité à des réactifs susceptibles de réagir entre eux selon un mécanisme radicalaire en chaîne. avec des DHo comprises entre 80 et 170 kJ mol-1. en conditions expérimentales douces (température peu élevée.

les alcynes. Les radicaux nucléophiles sont caractérisés par un carbone radicalaire qui a une densité électronique relativement élevée car il subit les effets inducteurs + I de groupes alkyles.12. la différence entre eux n’est pas comparable avec de vrais réactifs électrophiles ou nucléophiles chargés comme les carbocations ou les carbanions. L’ion carboxylate perd un électron sous l’effet du courant électrique ce qui le transforme en radical carboxylate lequel étant instable fournit un radical alkyle et une molécule d’anhydride carbonique. Toutefois.4) (figure 6. comme dans le radical propanoyle. ou le radical triéthoxycarbonylméthyle. selon la densité électronique du carbone radicalaire.3 – Les radicaux nucléophiles et électrophiles D’une manière générale. Il s’agit plutôt d’une différence de réactivité envers les alcènes.8). ou la contribution des électrons π d’une double liaison C=O.47 6.6. Les radicaux sont des entités chimiques neutres. et lors de substitutions de certains hétérocycles (§ 6. Le couplage de deux radicaux alkyles conduit ensuite à la formation d’un alcane symétrique (schéma 6.11. .e- O R C O radical carboxylate radical alkyle couplage R + CO2 2R R R alcane Schéma 6.46 + N N + Cu2+ Certaines réactions électrolytiques donnent lieu à la formation de radicaux qui sont immédiatement convertis en d’autres composés. Entités réactives transfert d'un électron 215 O C O O C O + Cu+ O C + O O C O + Cu2+ N N + Cu+ Schéma 6. En réalité. dits nucléophiles et électrophiles. car il subit l’effet de groupes attracteurs par effet –I. Les radicaux électrophiles ont un carbone radicalaire à densité électronique faible. comme dans le radical tertiobutyle. on peut distinguer deux types de radicaux.47). O R C O ion carboxylate . les radicaux libres sont plutôt considérés comme des entités électrophiles. C’est le cas de la réaction de Kolbe qui consiste à effectuer une électrolyse d’un sel d’acide organique.5. comme le radical trifluorométhyle.

8 6. en présence de propanal. Les radicaux nucléophiles sont produits à partir de peroxydes (hydroperoxyde de tertiobutyle.48 L’acide triméthylacétique est oxydé par un sel d’argent Ag2+ (qui résulte de l’action du persulfate d’ammonium sur le nitrate de Ag+) en un radical triméthylacétate. H3C H3C H3C 2+ C COO H + Ag .CO2 H3C H3 C C H3C + Ag+ (S2O8(NH4)2 + Ag+) acide triméthylacétique radical tertiobutyle Schéma 6.49 .12. 1 eH 3C H3C C O OH + H 3C hydroperoxyde de tertiobutyle Fe2+ H3C H 3C C O H3C radical tertiobutyloxy + ( Fe 3+ + OH ) H3C H 3C C O H3C O + H C C2H5 propanal H 3C H3C C O H H3C alcool tertiobutylique + O C C2H5 radical propanoyle Schéma 6.48).216 Chimie organique H3 C H3 C H3C radical t-butyle O C C C2H5 radical propanoyle F F C F radical trifluorométhyle EtOOC EtOOC EtOOC radical triéthoxycarbonylméthyle radicaux électrophiles C radicaux nucléophiles Figure 6.49).4 – Les réactions de Minisci Les réactions de Minisci (1968) permettent de former des radicaux « nucléophiles » et « électrophiles ». instable.H H3C H3C C COO H 3C . hydroperoxyde d’hydrogène). Ag+…) et d’un composé organique qui libère le radical par perte de H•. qui se décarboxyle immédiatement en radical nucléophile tertiobutyle (schéma 6. L’hydroperoxyde de tertiobutyle réagit avec le sulfate ferreux pour produire un radical tertiobutyloxy instable et très réactif qui. fournit le radical nucléophile propanoyle à côté d’alcool tertiobutylique (schéma 6. de sels métalliques (Fe2+.

puis – les réactions en chaîne ou propagation. oxydé (alcène) et d’autre part. Souvent.5. Le radical est donc d’une part. ressemblant ainsi aux carbanions (§ 6.6. Les réactions explosives sont radicalaires.5 – Les réactions radicalaires Les réactions des radicaux sont nombreuses et souvent complexes.i). et enfin.H Schéma 6. qui ainsi produisent à partir d’un composé unique. sont quasi inexistants pour les radicaux alkyles.5. la substitution des alcanes.51). il existe quelques réarrangements très spécifiques (§ 6. déplacements d’atomes ou de groupes sur le carbone radicalaire afin de créer un radical plus stable. le déplacement d’un radical hydrogène entre un radical et un alcane. l’addition sur les composés éthylèniques.23) lorsque le radical possède cette structure. la même réaction se reproduit en fournissant le produit de la réaction et un radical.12. Les réarrangements. le couplage entre deux radicaux. l’addition-élimination de radicaux (substitution aromatique). Les réactions radicalaires sont presque toujours des réactions très rapides (en chaîne) qui peuvent produire des explosions.a – Dismutation (ou disproportionation) Deux radicaux alkyles primaires portant un hydrogène en position du carbone radicalaire (CαH) peuvent réagir l’un sur l’autre pour donner une molécule d’alcane et une molécule d’alcène selon le mécanisme suivant qui fait intervenir le déplacement d’un radical hydrogène. Dans de nombreux cas. Toutefois. on distingue trois parties dans une réaction radicalaire : – l’initiation qui permet l’apparition des premiers radicaux. Contrairement aux réactions dites ioniques. soit en raison de l’inversion du système pyramidal (comme les amines.50 Mn2+ + C(COOEt)3 6.d. un mélange en quantités égales de leurs dérivés d’oxydation et de réduction sont appelées réactions de dismutation. réduit (alcane) (schéma 6. les polymérisations radicalaires et les auto-oxydations.13). Entités réactives 217 Le radical triéthoxycarbonylméthyle est formé par action d’un sel de manganèse Mn3+ sur le triéthoxycarbonylméthane (schéma 6. Toutes les réactions. comme pour les carbocations. Mn3+ + H-C(COOEt)3 . Les réactions les plus classiques sont la dismutation (ou disproportionation). elles conduisent à des racémisations en raison de la possibilité d’attaques soit des deux côtés du plan dans lequel le radical s’inscrit. – la terminaison qui permet de faire disparaître les derniers radicaux formés. la nature du solvant n’a qu’une importance relative. De nombreux exemples sont donnés ci-après à partir de § 6. y compris celles qui ne font pas intervenir de radicaux.12. 6. .12.5.50).12. figure 4. si elles ne sont pas maîtrisées.

R + R' Schéma 6.53 Rappel : le couplage radicalaire représente aussi la dernière partie de la réaction de Kolbe (schéma 6. .b – Couplage radicalaire C’est la formation d’une liaison entre deux radicaux identiques ou différents.218 Chimie organique H R2 C R1 CH2 + R2 H C R1 Schéma 6. 6. réagit avec un alcane ramifié pour former un nouveau radical plus stable par déplacement d’un radical hydrogène (schéma 6.52 R R' C’est aussi l’un des mécanismes proposés dans la réaction de Wurtz (1855) qui consiste à chauffer ensemble deux molécules de bromure d’alkyle en présence de sodium afin d’obtenir un alcane symétrique (schéma 6.12.47).12.54). 1 e- NaX R R + R X + Na R 2 R X Na Schéma 6.52). C’est la réaction inverse de l’homolyse d’une liaison (schéma 6.53). La réaction inverse n’est pas possible.5.5.c – Stabilisation de radicaux par échange de radical H• entre radical instable et alcane ramifié Un radical alkyle (primaire ou secondaire) instable ou peu stable.51 H R2 CH2 C CH2 H R1 alcane R2 + R1 alcène C CH2 6.

R1.54 6. en présence de l’halogène produit un monohalogènure d’alkyle. soit.12.55 L’halogène (brome ou chlore). Entités réactives 219 R3 R2 R1 radical primaire instable CH3 C CH2 + H C CH3 CH3 alcane ramifié R3 R2 R1 C CH2 H + H3C CH3 C CH3 radical tertiaire stable CH3-CH2 R3 R2 R1 C C H R + + HC(CH3)3 CH3 H C CH3 CH3 alcane ramifié CH3-CH3 R3 R2 R1 C R + C(CH3)3 CH3 H + H3 C C CH3 CH radical secondaire peu stable radical tertiaire stable R. R3 = groupes alkyles Schéma 6.55). initiation X2 RH + X hν 2X R + XH RX + X propagation R + X2 RH + X terminaison R + XH . dans le cas d’un excès de chlore par rapport à l’alcane. R2. Le radical halogène qui l’accompagne peut.5. RX R + X Schéma 6.. ce qui représente l’initiation de la réaction.d – Réactions de substitution La réaction d’halogènation des alcanes sous rayonnement UV est un exemple classique de substitution radicalaire (schéma 6. attaquer le monohalogénure d’alkyle déjà formé s’il existe plusieurs hydrogènes susceptibles d’être substitués par un .. soit réagir avec une nouvelle molécule d’alcane s’il en reste dans le milieu avec propagation de la réaction en chaîne. forme d’abord des radicaux halogènes X• en présence de lumière visible ou UV. Ce dernier. Ces radicaux attaquent l’alcane RH pour fournir une molécule d’halogènure d’hydrogène et un radical alkyle.6.

etc. La terminaison de la réaction correspond le plus souvent à un couplage d’un radical X• et d’un radical alkyle.56 .. le cyclohexane. Toutefois. hν 3 Cl2. La réaction se poursuit à partir du monohalogénure d’alkyle pour conduire successivement à un dihalogènure d’alkyle. et cela.56). avec l’éthane. puis un trihalogénure d’alkyle.220 Chimie organique halogène. puis le tétrachlorure de carbone. ou le 2. comme dans le cas du méthane. hν 4 Cl2. Cette réaction appliquée à des alcanes autres que le méthane conduit à un mélange de composés mono ou polyhalogénés. hν hν CH3Cl + HCl chlorure de méthyle CH2Cl2 + 2 HCl chlorure de méthylène CHCl3 + chloroforme 3 HCl + 4 HCl CCl4 tétrachlorure de carbone 2 Cl ClH (initiation de la réaction) Cl2 Cl H H C H + H H C H H H + C H H H radical méthyle + Cl Cl H C H Cl + Cl CH4 réaction en chaine chlorure de méthyle En cas d'excès de chlore par rapport au méthane: H Cl H Cl C H + Cl Cl Cl + H C H H C Cl H + Cl ClH + H C H radical chlorométhyle Cl Cl CH3Cl chlorure de méthylène Schéma 6. selon le nombre d’hydrogènes substituables et le nombre de moles d’halogène mises en réaction pour une mole d’alcane (donc selon la stœchiométrie). un monohalogénure peut être obtenu. hν CH4 2 Cl2. le chlorure de méthylène. et selon la quantité de chlore mise en réaction. il se forme successivement le chlorure de méthyle.2-diméthylpropane (néopentane). Dans le cas de la chloration du méthane (schéma 6. jusqu’à épuisement des réactifs. le chloroforme. Cl2.

les carbones aromatiques sont plus difficiles à substituer que ceux des chaînes aliphatiques qu’ils portent.57 Dans le cas des N-haloamines. acides ou esters. défavorise l’attaque de ce radical dans leur environnement. La fluoration est particulièrement difficile à contrôler en raison de la haute réactivité du fluor. favorise la possibilité d’une réduction de l’iodure d’alkyle formé dans la réaction. en extrait un radical H•. . D’une manière générale. l’hypobromite et hypochlorite de t-butyle (t-Bu-OX). Cette réaction de substitution peut être appliquée à des groupes alkyles liés à des groupes aryles ou fonctionnels. la sélectivité de la bromation est plus élevée que celle de la chloration. le mécanisme est le suivant (schéma 6. La présence d’un groupe phényle oriente l’attaque en α de ce groupe. suivies ou non d’halogénations et de couplages de radicaux divers. ou les N-haloamines (R2NCl). le phosgène (COCl2). ceux qui ont un effet +I comme –OR (R = alkyl) orientent l’attaque du radical X• en position α de ce groupe. Elle est peu utilisée car la présence dans le milieu réactionnel d’acide iodhydrique. Les mécanismes sont différents de ceux indiqués pour les réactions avec les halogènes.9 nm. en présence de peroxyde de t-butyle. Sous l’action de la lumière et en présence de l’initiateur. Certaines halogénations peuvent être effectuées en utilisant des réactifs halogénés tels que les monoxydes de brome ou de chlore (X2O). d’ouverture de cycles.57) : t-Bu-O-O-t-Bu t-Bu-O + R-H R + t-Bu-O-Cl hν 2 t-Bu-O t-BuOH + R t-Bu-O + R-Cl Schéma 6. Entités réactives 221 L’halogénation est favorisée sur les carbones primaires par rapport aux carbones secondaires et tertiaires.6. des alcanes et leurs dérivés halogénés à chaînes plus longues que l’alcane de départ… et qui peuvent être le résultat de ruptures de chaines carbonées. Le radical alkyle correspondant qui en résulte fournit le dérivé halogéné et un radical-cation aminium. ou de sels ferreux comme catalyseurs)… L’addition d’un initiateur tel qu’un peroxyde est nécessaire. La présence de groupes à effet –I. le mécanisme est plus complexe (schéma 6. Pour l’hypochlorite de t-butyle. L’iodation est difficile et nécessite l’emploi d’une lumière à 184. Il se forme un radical-cation aminium qui. en réagissant sur l’alcane ou le groupe alkyle d’un composé fonctionnel. en présence d’acide sulfurique (sous rayonnement UV. par exemple. Ces réactions s’accompagnent de nombreux composés secondaires tels que de l’hydrogène. Il réagit alors avec le réactif halogéné pour donner un halogénure d’alkyle et un nouveau radical qui extrait un hydrogène d’une molécule d’alcane en formant un nouveau radical alkyle et ainsi de suite.58). sous rayonnement UV. un radical alkyle est formé. Si des groupes fonctionnels sont présents dans la molécule. en présence de l’haloamine protonée. excellent réducteur.

un radical Br• est libéré. Les réactifs les plus utilisés sont le bromo et le chlorosuccinimide. NBS et NCS. peroxyde Br2 ou HBr Br + Br C H C H C H + HBr C H C H C H C H2 C H C H O N Br O N-bromosuccinimide (NBS) O + HBr N H O succinimide + Br2 C H C H C H Br Br2 C H C H C H + Br Schéma 6. les catalyseurs sont le plus souvent des dérivés séléniés comme les chlorures d’arylsélényles ArSeCl ou les disélénides ArSeSeAr. des peroxydes initiateurs sont nécessaires. Pour le NCS. par exemple un peroxyde. Sous l’action d’un initiateur. Le NBS permet sa libération constante et à faible concentration dans le milieu.59 et C H C H Br C H C H C H C H . Avec le NBS. La réaction d’initiation fait intervenir HBr ou Br2 présent sous forme de traces dans le NBS. La réaction est très sélective.59). et la réaction est connue sous le nom de bromation de Wohl-Ziegler (1942).Fe+Cl radical-cation aminium R NH R R R + R N H X + R-H R NH2 + R R R R-X Schéma 6. Ce radical réagit sur un composé allylique en formant un radical allylique et de l’acide bromhydrique. respectivement. le solvant est le tétrachlorure de carbone. c’est en réalité le brome qui est le véritable réactif. L’action de cet acide sur le NBS permet la libération de brome lequel réagit avec le radical allylique pour former le dérivé bromé correspondant. Dans le cas de NBS.58 + R NH L’halogénation en position α de la double liaison des composés allyliques représente un cas particulier de substitution radicalaire (schéma 6.222 R N R halogénoamine Chimie organique R N R H X R NH R X H Fe2+ .

CH3-CH2-CH=CH-CH3 NBS. la réaction s’effectue de préférence sur un carbone secondaire plutôt que sur le carbone primaire (schéma 6. Ce radical évolue ensuite plus lentement.62). positions à très faible densité électronique.6.12. peroxyde CCl4 Schéma 6. les structures à faibles densités électroniques.61 CH3-CHBr-CH=CH-CH3 La substitution du benzène par un radical s’effectue par une réaction d’addition-élimination. Entités réactives 223 La résonance du radical allylique explique la formation de deux isomères lorsque le composé allylique est asymétrique comme dans l’exemple donné ci-après (schéma 6. le radical tertiobutyle ou le radical propanoyle attaquent les sels de pyridinium en α de l’azote quaternaire. Il se forme d’abord un radical-cation qui perd un radical H• pour conduire aux dérivés substitués correspondants. attaquent de manière préférentielle.2'.60) : CH3-CH2-CH2-CH=CH2 NBS. le radical phényle. peroxyde CCl4 Schéma 6. attaque le benzène (ou ses dérivés) pour former un radical stabilisé par résonance (réaction rapide). H (réaction très rapide) x2 dismutation -H (1) (présence d'un radical du milieu) biphényle x2 dimérisation (2) H H H + biphényle (3) Ph H H H Ph H 4.5-diènyl-benzène Schéma 6. Par exemple. soit en se dismutant (2)(§ 6.5. soit enfin. en se dimérisant (3).62 Les radicaux nucléophiles.12.60 CH3-CH2-CHBr-CH=CH2 et CH3-CH2-CH=CH-CH2Br Si le composé allylique porte deux substituants alkyles différents.a).4). préparés selon la méthode de Minisci (§ 6. provenant du chauffage de peroxyde de benzoyle C6H5-CO-O-O-CO-C6H5.5.4'-diphényl-bicyclohexyl-2.5'-tétraène cyclohexa-2. initiateur radicalaire ajouté au milieu. . Dans le cas du benzène (schéma 6.61). soit vers la perte d’un radical H• (addition-élimination) ce qui nécessite la présence d’un radical du milieu (1).

4) favorisé par un solvant polaire et la présence d’acides de Lewis.224 Chimie organique Dans le cas du furane. Pour simplifier. Note : dans un hétérocycle -excédentaire. et inversement pour un hétérocycle -déficitaire.1. 6 électrons π délocalisés sont distribués sur six carbones ce qui fait un électron / carbone.e – Additions de radicaux sur les doubles liaisons . l’oxygène a un effet -I et +M. l’effet électroattracteur de C=N attire les électrons vers l’azote et chaque atome de carbone a « moins d’un électron π » par atome de carbone d’où un hétérocycle π-déficitaire. et 6 électrons sont distribués sur cinq éléments.5. Chaque atome du cycle a « plus d’un électron π délocalisé ». soit par un .12. conduit à un radical délocalisé sur le cycle qui perd ensuite un radical H• avant de fournir le résultat de la substitution (schéma 6. on peut écrire que dans le benzène. soit par un mécanisme ionique (§ 9.63). il est dit excédentaire. les carbones de l’hétérocycle ont des densités électroniques supérieures à celles des carbones du benzène. le radical triéthoxycarbonylméthyle. Dans la pyridine. par attaque en position α. dans le furane.Halogénation radicalaire de composés éthylèniques L’addition d’halogènes sur un alcène peut s’effectuer. hétérocycle π-excédentaire. γ β β α hétérocycle β π-déficitaire α β N pyridine α hétérocycles π−excédentaires α Z Z = O furane Z = NH pyrrole Z = S thiophène CN Me C Me Me radical nucléophile CN Me C Me Me H -H oxydant CN Me C Me Me N H H N H N H ion 4-cyanopyridinium ion 2-t-butyl-4-cyanopyridinium CN + C O -H oxydant CN O N H C Et N H Et radical nucléophile ion 4-cyano-2-propionylpyridinium α α O H C COOEt COOEt COOEt radical électrophile O H COOEt C COOEt COOEt -H oxydant O C COOEt COOEt COOEt 2-(triéthoxycarbonylméthyl)furane Schéma 6. Par contre. l’attaque des radicaux électrophiles est favorisée .63 6.

Cette propriété a été utilisée pour l’isomérisation de composés éthyléniques cis en composés trans. sous l’action d’un rayonnement UV (initiation). En raison de la formation de 2 radicaux Cl• lors de l’initiation.65). c’est-à-dire : Cl2 > Br2 >> I2.64 La chloration radicalaire du tétrachloroéthylène (schéma 6. et un radical Cl• qui permet que la réaction se renouvelle et ainsi de suite.6. jusqu’à disparition des réactifs (réaction en chaîne).64) débute par la formation de deux radicaux Cl• à partir d’une molécule de chlore. deux chaînes de réactions coexistent. en présence de quantités catalytiques de brome (schéma 6. Note : le choix du tétrachloroéthylène comme exemple est lié au fait qu’une telle molécule n’ayant pas d’hydrogène ne peut pas donner lieu à une réaction de substitution. Plus elle est élevée. La vitesse de la réaction est fonction de l’intensité lumineuse du rayonnement UV. l’hexachloroéthane. La terminaison de la réaction résulte du couplage de deux radicaux intermédiaires. . Entités réactives 225 mécanisme radicalaire. plus la réaction est rapide. La réversibilité de ces réactions (retrait des halogènes et retour à un alcène) est générale et sa facilité est en ordre inverse de la réactivité des halogènes vis-à-vis des doubles liaisons. fournit le produit final. par addition d’un initiateur de réactions radicalaires en quantités catalytiques décomposé par chauffage. Il se forme d’abord un nouveau radical qui. dans un solvant non polaire. initiation Cl2 + Cl2C CCl2 tétrachloro-éthylène Cl CCl2 Cl + C Cl CCl3 hν 2 Cl Cl3C CCl2 Cl Cl réaction en chaîne Cl3C CCl2 + Cl Cl + Cl2C Cl Cl3C CCl3 + hexachloro-éthane Cl3C CCl2 Cl Cl3C C Cl Cl2 Cl C CCl3 Cl terminaison Cl3C C Cl décachlorobutane Schéma 6. plus stables. par réaction avec les molécules de chlore présentes dans le milieu. ou directement. Le caractère électronégatif de l’atome de chlore facilite la réaction du radical Cl• avec la double liaison éthylènique. réaction possible après addition de l’halogène et en cas d’excès de ce dernier. ou en phase gazeuse. sous l’action d’un rayonnement UV.

A forte concentration il devient un inhibiteur (schéma 6.Br H Br H Br Br H Schéma 6. O O R R O + O O O + R O O R O R O peroxyde Schéma 6. il y a couplage pour former un radical peroxyle dont la réactivité est très faible avec les alcènes.66 O O R radical peroxyle L’halogénation directe par le fluor d’un alcène est souvent explosive… et ne nécessite donc pas un rayonnement UV ! -Chloration ou bromation radicalaire du benzène et des alkylbenzènes La chloration ou la bromation du benzène est une réaction radicalaire.66). L’oxygène peut être considéré comme un diradical. Elle nécessite un rayonnement lumineux (ou la présence en quantité catalytique d’un peroxyde) pour s’accomplir. les deux atomes de chlore s’additionnent en position trans.65 La présence d’oxygène a pour effet de diminuer la vitesse de la réaction. En présence d’autres radicaux.226 Chimie organique H Br cis ou Z H Br trans ou E H Br Br Br H Br H Br Br . Lorsqu’une molécule de chlore est ajoutée à une molécule de benzène.67). . Il réagit avec un radical du milieu pour former un peroxyde (composé instable. En présence de 3 molécules de chlore. avec décomposition explosive). plusieurs stéréoisomères de l’hexachloro-cyclohexane sont formés (schéma 6.

.6-dichloro-cyclohexa-1.69). Entités réactives 227 Cl2 H Cl Cl hν H 2 Cl H Cl Cl2 Cl H + Cl H 3 Cl2 Cl H Cl H Cl Cl H Cl H Cl radical chloro-hexadiènyle 5. sont chlorés. addition anti-Markownikov) En présence d’un peroxyde. le bromure d’hydrogène (et aucun autre halogénure d’hydrogène. Sa formation est favorisée en raison de la plus grande stabilité du radical benzyle par rapport à celle du radical de structure hexadiènyle (schéma 6. comme le toluène. de manière préférentielle.68 .Addition radicalaire du bromure d’hydrogène sur les alcènes (effet Kharasch.6. sur le groupe alkyle.6-hexachloro-cyclohexane Schéma 6.3-diène H Cl 1.67 Les alkylbenzènes.68).6-dichloro-1-méthyl-cyclohexa-1. Le radical Br• attaque la double liaison en formant un nouveau radical bromoalkyle (schéma 6.2. initiateur de radicaux libres.5.3-diène Schéma 6.3. pour des raisons thermodynamiques). forme un radical Br• (réaction favorisée par rapport à celle du radical H•). C’est ainsi que le chlorure de benzyle peut être préparé. selon une réaction de substitution. comme l’anhydride perbenzoïque.4. CH3 Cl CH2 CH2 Cl2 radical benzyle stabilisé par résonance CH2Cl + Cl chlorure de benzyle Cl CH3 H Cl CH3 Cl2 radical de structure hexadiènyle H Cl + Cl Cl H 5.

parmi les deux possibles. deux radicaux peuvent être le résultat de cette réaction. d’où le nom de la réaction radicalaire appelée anti-Markownikov.6. La stéréochimie de ces additions est rendue complexe par des possibilités d’isomérisations dues à la présence de très faibles quantités de brome (voir 6. qui est le moins substitué. la réaction est ionique et passe par l’intermédiaire d’un ion carbonium ou carbocation et conduit au bromure le plus substitué (réaction de Markownikov).9. Ce résultat est l’inverse de celui qui est observé lorsque la réaction d’addition du bromure d’hydrogène est effectuée dans un solvant polaire. . La terminaison de cette chaîne fait intervenir des réactions de couplage des radicaux bromoalkyles intermédiaires. Par réaction avec une nouvelle molécule de bromure d’hydrogène.Br H3C C H3C 1-bromo-2-méthyl-propane CH2 Br b b C H a H H3C radical tertiaire stable bromure le moins substitué (addition anti-Markownikov due à l'effet Kharasch du peroxyde) Br H3C H3C C CH2 radical primaire très instable Br H-Br C . Dans ce cas. un bromure d’alkyle est obtenu à côté d’un radical Br•. La réaction s’oriente vers la production du radical le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire).69 Si l’alcène est dissymétrique.69). et selon le carbone éthylènique attaqué.5a). résultant de l’effet peroxyde ou effet Kharasch (1933).Br H 3C H3C CH2-H Schéma 6. qui attaque de nouveau une molécule d’alcène et la chaîne de réactions se poursuit. L’atome de brome est alors lié au carbone le moins substitué dans le radical bromoalkyle (schéma 6.228 O O O peranhydride benzoïque initiateur radicalaire Chimie organique O ∆ 2 O O 2 O O production de Br + 2 CO2 O + HBr Et aussi: + H HBr H H H OH H H H + Br H H H + Br H H3C C Br H3C H3C a C ou H CH2-Br H-Br . Le bromure d’alkyle qui est obtenu est donc celui.

et à une interaction entre l’atome de brome et le carbone radicalaire qui conduit alors à un radical ponté ne permettant qu’une addition trans de H (de HBr). dans certains cas. lorsque la réaction d’addition est effectuée avec des réactifs très purs. avec souvent.71) ou le 2-bromobut-2-ène. Entités réactives 229 On rappelle qu’une addition sur un alcène est dite cis si les deux éléments s’additionnent ensemble du même côté du plan « sp2 » de l’alcène. et bien que de manière générale les réactions faisant intervenir un radical ne soient pas stéréosélectives (obtention de deux racémiques 1 et 2) en raison des attaques de chaque côté du plan de type « sp2 ». La raison invoquée pour cette tendance à la stéréosélectivité trans de l’addition radicalaire du bromure d’hydrogène. .6. si chacun des deux éléments s’additionne de part et d’autre de ce plan.2-diméthylcyclohexène (schéma 6. serait liée à la courte demi-vie du premier radical formé par addition de Br• qui permet difficilement la rotation autour de l’axe C-1-C-2 en raison du volume atomique du brome.Br C Me . dans des conditions très douces.70 Br C H Me .70). une forte stéréosélectivité trans. l’addition radicalaire de HBr sur les alcènes dissymétriques conduit à un mélange de dérivés bromés résultant d’additions cis et trans (schéma 6.Br H Et Me C R C S Br H Me Et C C Me H Me Br Br C Me . par rapport à Br. à –80 °C.Br H Br Me Me H Et C C S R Br H mélange racémique 2 Dans de nombreux cas. et plus particulièrement pour les cycloalcènes (addition totalement trans pour le 1.Br Et Me C HS H C Me R Et C S Br H Me Me H C R Br Br mélange racémique 1 Addition cis Br Et H C Me Et C Me H Br Schéma 6. Addition trans (souvent prépondérante) Et Et C C Me Me Br Et C Me C Me H Br Et C Me H Br Me C C Br H Me Et C Me H Br C H Me Br H . et trans.

souvent l’eau (par exemple : diacides sur diols qui fournit des polyesters. 6....71 D’autres composés comme les thiols RSH (RS•. résultent de la condensation de molécules entre elles avec perte d’une petite molécule à chaque condensation..x H2O HOOC COOH HO . On distingue les homopolymères constitués uniquement d’un seul type de monomère et les copolymères qui sont formés à partir d’au moins deux monomères différents qui peuvent être en séquences alternées ou au contraire désordonnées.72).. Il existe des polymères d’addition (par exemple.. OH HOOC diacide COOH HO dialcool OH . Un oligomère est aussi constitué à partir de molécules de monomères mais en nombre restreint.... . leurs noms triviaux ou semi-systématiques dérivent de celui du monomère devant lequel on ajoute le préfixe « poly ».x H 2O ... Quelques exemples sont donnés tableau 6. comme leur nom l’indique.. HNCO CONH polyamide NHCO CONH .2-diméthyl-cyclohexane Schéma 6. Cl•).. de quelques unités. L’unité monomérique est le groupe bivalent dérivé du monomère dont la répétition constitue le polymère. par exemple).2-diméthyl-cyclohexène (d. Leur nombre peut varier de 100 à 100 000 unités..f – Polymérisation vinylique Un polymère est un composé de masse moléculaire élevée formé à partir de petites molécules appelées monomères...l)-1-bromo-1. par polymérisation radicalaire. H•) ou CCl4 (CCl3•. et les polymères de condensation qui. ou diacides sur diamines qui permet de préparer des polyamides) (schéma 6... en plus ou en moins. Schéma 6. Les propriétés d’un polymère ne varient pas si l’on fait varier ce nombre. sont susceptibles de s’additionner selon un mécanisme radicalaire sur les alcènes.5.. A la différence du polymère. voir ci-après) formés par additions successives de molécules de monomère avec perte d’atomes résultant de l’addition (polyéthylène.. Pour les plus communs..2. de 4 à 15 unités. le retrait ou l’addition d’unités monomériques fait varier ses propriétés... NH2 HOOC OOC COO polyester OCO NH2 HOOC diamine COO ..230 Chimie organique Me Me HBr (peroxyde) S Me H Me R Br + R H Me Br S Me 1. COOH H2N COOH H2N diacide .12.72 Note : Pour les homopolymères. des abréviations sont utilisées ou des noms spécifiques...

(CH2-CH2)n. C’est la raison pour laquelle. ces peroxydes libèrent des radicaux qui peuvent initier la propagation des chaines.6. ou l’AIBN dont une partie de la structure se retrouve au début du polymère.73). En se décomposant. Entités réactives 231 monomère CH2=CH2 CH2=CH-CH3 CH2=C(CH3)2 CH3 structure du polymère . . Leurs polymérisations nécessitent un chauffage et des pressions élevées. Les alcènes de petites tailles comme l’éthylène ou le propène sont plus difficiles à polymériser que les autres monomères comme le chlorure de vinyle. et aussi par dismutation). réaction très rapide voire violente.2 La polymérisation radicalaire suit le modèle de la plupart des réactions radicalaires : initiation par un initiateur de réaction radicalaire comme l’anhydride perbenzoïque. les monomères vendus dans le commerce sont stabilisés par de petites quantités d’inhibiteurs radicalaires (phénols. quinones) qui agissent comme antioxydants pour éviter une polymérisation inopinée.(CH2-CH)nCH3 CH3 -(CH2-C)n CH3 CH3 -(CH2-C=CH-CH2)nPh -(CH2-CH)nCl -(CH2-CH)n- nom trivial polyéthylène polypropylène abréviation PE PP polyisobutylène PIB CH2=C-CH=CH2 CH2=CH-Ph CH2=CHCl polyisoprène polystyrène polychlorure de vinyle PS PVC CF2=CF2 -(CF2-CF2)n- polytétrafluoroéthylène ou Téflon Tableau 6. L’oxygène de l’air est susceptible de former des peroxydes en présence d’alcènes. chaîne de réactions radicalaires (ou propagation des chaînes) avec un renouvellement du même mécanisme jusqu’aux réactions de terminaison (couplage entre deux radicaux polymères ou avec un radical d’initiateur radicalaire et un radical polymère. Le mécanisme est donné pour le polyisobutylène (schéma 6.

73 La polymérisation de composés de structure CH2=CH-f où f représente un atome ou une fonction peuvent se polymériser de façon anarchique avec des positions variables de f dans la chaîne du polymère. les aldéhydes ou les éthers. 6. moins intéressants pour les applications industrielles. de nombreux composés organiques comme les alcanes. peuvent .12.g – Auto-oxydation des composés organiques Laissés en présence d’oxygène et sous l’action d’un rayonnement UV (le soleil par exemple). indiqués ci-après (schéma 6.5. Ils ont des propriétés différentes d’un polymère bien ordonné dit isoatactique. les alcènes. Ces polymères sont dits atactiques.232 Chimie organique Initiation: initiateur de radicaux libres ∆ C Rad H3C H3C C CH2 Rad H3 C CH2 Rad H3 C isobutylène radical le plus stable Propagation des chaînes H3C H3C H 3C C CH2 C CH3 CH2 Rad H3 C C H3C CH3 CH2 C CH2 Rad CH3 H 3C H 3C H3C C CH2 H3C C CH2 CH3 C CH2 Rad CH3 H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad 2 CH3 isobutylène Terminaison H3C H3 C CH3 C CH2 C CH2 Rad n-1 CH3 CH2 Rad n-1 CH3 CH3 H3 C C CH H3C CH3 C CH2 Rad n-1 CH3 x 2 (dismutation) H3C + H3 C polymère: polyisobutène CH CH2 C unité monomérique Schéma 6. Certains catalyseurs métalliques permettent d’éviter la formation de polymères atactiques.74) d’une manière générale par R-H.

Le traitement de ces solvants. le diéthylé).9 . R R-O-O + + O-O R-H ROO radical peroxyle R-O-O-H hydroperoxyde + R O2 R-O-O R-O-O-H + R R-O radical alcoxy (si R = alkyl) R-O-O-R peroxyde + OH radical hydroxyle Schéma 6.9).6. R-O-O-H. les solvants commerciaux contiennent de petites quantités d’inhibiteurs de radicaux libres ou antioxydants comme l’hydroquinone ou la p-phénylènediamine (figure 6. lequel peut renouveler le cycle réactionnel avec une molécule d’oxygène… Rad + R-H RadH + R RH désigne un alcane. par réaction avec une nouvelle molécule R-H. ou un aldéhyde.74 D’autres réactions sont possibles. Le radical peroxyle peut réagir avec R• du milieu pour former un peroxyde R-O-O-R. peu réactifs. En présence d’oxygène qui peut être considéré comme un diradical. forme l’hydroperoxyde R-O-O-H et un nouveau radical R•. extrait un radical H• de RH. il se forme un radical peroxyle R-O-O•. OH NH2 OH p-hydroquinone NH2 p-phénylènediamine Figure 6. par une solution aqueuse de sulfate ferreux est un autre moyen qui permet d’éviter la présence de peroxydes car ce sel les réduit. Un premier radical du milieu Rad•. un alcène. en hydroperoxydes. selon un processus lent. et incapables d’intervenir dans de nouvelles réactions dans le milieu. Les nouveaux radicaux qui en résultent sont stables. Ces composés souvent présents dans les solvants de laboratoire en plus ou moins grandes quantités ont été à l’origine d’explosions lors de la distillation de ces solvants (en particulier. qui. en raison de leur grande instabilité. C’est pourquoi. Entités réactives 233 être oxydés à température ordinaire. issu d’une photolyse ou de toute autre réaction. Ces derniers contiennent des hydrogènes (H de OH phénolique ou de NH2 d’amines aromatiques) qui peuvent être facilement extraits par réaction avec les radicaux formés à partir du solvant. avec formation de sulfate ferrique. un éther.

234 Chimie organique L’auto-oxydation joue un rôle dans le durcissement des couches de peinture puisque les radicaux RO• qui résultent de la décomposition des hydroperoxydes permettent d’initier la polymérisation de certains constituants. un tocophérol. de cancers de la peau.75). La vitamine E. qui est recyclé en vitamine E par une réaction d’oxydo-réduction faisant intervenir la vitamine C. forment des alcanes (voir le schéma 6. L’auto-oxydation est un phénomène important en biologie. sont utilisés comme édulcorants (conservateurs) dans l’industrie alimentaire. ce qui la durcit. qui.5.75 6.12. a pour rôle d’éviter une augmentation anormale de radicaux dans l’organisme (schéma 6. Elle intervient en libérant un radical H• de sa fonction phénol ce qui la transforme en un radical très stable inactif. le radical tocophéroxyle.47). D’autres composés antioxydants qui fonctionnent selon le même principe que la vitamine E.h – Décarboxylation d’anions carboxylates : synthèse des alcanes selon la réaction de Kolbe L’électrolyse des sels d’acides aliphatiques conduit par oxydation anodique à des radicaux carboxylates selon la réaction de Kolbe (1849). La peroxydation lipidique serait à l’origine de nombreuses maladies (maladies d’Alzheimer ou de Parkinson. . Ils perdent facilement CO2 pour former des radicaux alkyles. Ces mécanismes radicalaires sont aussi à l’origine du rancissement des huiles végétales. Il explique la formation de radicaux d’origine biologique à partir des lipides. de diverses maladies cardiovasculaires) car une abondance anormale de radicaux dans les tissus biologiques peut déclencher leur nécrose ou leur mort. par couplage. CH3 R radical d'origine biologique CH3 O CH3 RH + H3 C CH3 CH2 CH3 O Me Me H3 C CH3 O C16H33 O CH3 O Me C16H33 O C16H33 H O H3C CH3 H O CH2 Me vitamine E (un tocophérol) HO O CH3 C16H33 H3 C C16H33 H3 C équilibre entre deux structures du radical tocophéroxyle forme quinonique radical stable tocophéroxyle OH HO O Vitamine E O H OH H O vitamine C Schéma 6.

Un exemple est donné avec le 3.77). Finalement. en présence d’ions ferreux. Un radical ponté.12. est converti en un radical-cation aminium. il existe quelques cas de réarrangements très spécifiques (§14). état transitoire. favorise un réarrangement. Le radical qui en résulte perd une molécule d’oxyde de carbone pour devenir un radical primaire.6 – Le radical-cation Un radical-cation est un cation qui possède un électron célibataire. Ce radical en réagissant alors avec une nouvelle molécule de sel de N-chloraminium conduit au chlorure d’alkyle à côté d’un nouveau radical-cation aminium. La présence d’un groupe phényle sur Cα permet une interaction entre l’électron célibataire du radical et les électrons π de ce groupe. Par contre.76 6.11.4a). Il débute par le retrait d’un radical hydrogène de la fonction aldéhyde par un radical acétyle. qui. Un exemple se trouve dans la chloration des alcanes par une N-chloramine en présence d’acide sulfurique et d’ions ferreux. comme les carbocations (§ 6. correspond à un déplacement de groupe ou d’hydrogène qui permet la création d’une nouvelle entité plus stable que celle de départ. Celui-ci réagit sur un alcane RH en formant un radical alkyle R• et un sel de l’amine. Entités réactives 6.76). Il se forme d’abord un sel de N-chloraminium.i – Réarrangements 235 Le réarrangement d’entités chimiques.3-diphénylbutanal (schéma 6.5. Ce type de réarrangement des radicaux alkyles est inconnu. Ainsi. La réaction peut alors se renouveler et ainsi de suite jusqu’à épuisement des réactifs (schéma 6.CO Ph Ph C CH2 Me Ph C CH2 Ph C CH2 Ph C CH2 Me radical tertiaire Me radical primaire Me état transitoire Schéma 6. Ph Ph C CH2 Me H Me-C=O C O _ Me C H O Ph Ph C CH2 C O Me .6. le groupe phényle se déplace d’un carbone et le radical correspondant devient un radical tertiaire plus stable. des radicaux primaires pourraient être transformés en radicaux plus stables par un tel réarrangement en devenant secondaires voire tertiaires. .12.

Par exemple. le mécanisme SET intervient dans certaines réactions de substitution dans lesquelles un radical est détecté (schéma 6.77 6. Il s’effectue d’abord un transfert d’un électron du réactif nucléophile vers le composé RX ce qui crée un radicalanion et un radical Y• (réaction 1).78). .78 D’une manière plus générale.pour produire un nouveau radical-anion (réaction 4) et ainsi de suite… Toutefois. R-X RX X R + Mg R + X R-X + Mg + Mg X-Mg R-Mg-X + X-Mg Schéma 6. Ce radical alkyle peut soit se coupler avec Y· pour conduire au produit de la réaction R-Y (réaction 3) ou réagir avec le nucléophile Y.79).236 Chimie organique R' N R' R' N H R' Cl H R' NH R' R' Cl Fe 2+ R' R' + N H + Fe Cl + RH R' NH2 R' + R R' R R' + R' N H NH R' Cl RCl + R' N H RH NH2 R' + R R' Schéma 6. il est possible que le radical-anion réagisse avec une molécule RX pour former le produit de la réaction RY et un nouveau radical-anion (réaction 5).(réaction 2).7 – Le radical-anion Un radical-anion est un anion qui possède un électron célibataire. Le radical-anion se décompose ensuite en un radical R• et un anion X.12. Un composé RX (X = I ou NO2) est traité par un réactif nucléophile Y-. le mécanisme dit SET (Single Electron Transfer) qui intervient dans la formation d’un organomagnésien à partir de magnésium métal et d’un halogénure fait intervenir des radicaux-anions et des radicaux-cations (schéma 6.

suite à un réarrangement (cas rare).79 L’utilisation de métaux dits solubles pour des réductions de Birch. Par exemple la thermolyse du cyclopropane fournit un diradical. ou hétérolyse d’une liaison C-Y où Y représente. 6. le plus souvent. Au même titre que les carbocations possèdent des contre-ions (anions). qui.6. un hydrogène ou un métal alcalin.13 Les carbanions Les carbanions sont des groupes organiques dont un carbone porte une charge négative. est transformé en propène (schéma 6. H2 C H2C CH2 ∆ H C H Schéma 6. C + Y carbanion contre-ion Schéma 6. soit une base protonée.81 .81). dans l’ammoniac liquide.8 – Le biradical ou diradical Un biradical ou diradical est une structure dont deux atomes ont chacun un électron célibataire.12. tout carbanion possède un contre-ion qui est. conduit par une première étape à un radical-anion (§13. Ce carbone possède alors un doublet d’électrons constitué d’un électron du carbone et d’un électron qui résulte de la rupture hétérolytique.80 CH2 CH2 H CH2 HC CH2 H3C H C CH2 cyclopropane propène 6. Les carbanions sont des réactifs nucléophiles. Li+) (schéma 6. Entités réactives 237 1) 2) 3) 4) 5) R X R X R R R + + Y + Y R Y Y + R X R R + R X X + Y Y Y R Y + R X Schéma 6.1). par exemple des composés carbonylés. K+.80). soit un cation métallique alcalin (Na+. en présence d’un composé « donneur de proton » comme un alcool.

pour être extrait sous forme de proton par une base ce qui équivaut à un équilibre acido-basique. Le carbanion est alors la base conjuguée du composé à hydrogène acide dont il est issu.3. Deux exemples de formation de carbanions sont donnés dans le schéma 6. et aussi le diisopropylamidure de lithium (LDA) (schéma 6. le tertiobutylate de potassium. donc plus facile est la formation d’un carbanion. la base utilisée forte. Plus ces valeurs sont faibles et plus les hydrogènes sont acides. ou K+) H N H (Na+. qui agissent grâce au doublet libre de l’azote. NO2…. COOEt. en fonction du carbanion à former. Il en est de même des hydrogènes liés à une triple liaison terminale qui sont extraits par les ions amidures. La formation des carbanions est d’autant plus aisée que l’acidité de l’hydrogène à extraire est plus élevée. l’acétate de sodium….13. en raison de l’effet électroattracteur –I des groupes esters. soit des anions amidures présents dans l’amidure de sodium ou de potassium. BH N pyridine triéthylamine R O (Na+.82 Les bases les plus utilisées sont soit des amines. D’autres bases peuvent être utilisées comme la soude ou la potasse. soit des anions alcoolates présents dans les alcoolates comme l’éthylate de sodium. la pyridine. la pipéridine. pour être extraits sous forme de protons par un ion alcoolate. CN. Quelques valeurs de pKa sont données dans le tableau 6.82). comme la triéthylamine. ou K+) iPr N iPr (Li+) alcoolates de sodium ou de potassium amidure dii-propylamidure de lithium ou LDA de sodium ou de potassium Schéma 6.1 – Formations Les carbanions résultent principalement d’une rupture hétérolytique d’une liaison C-H où l’hydrogène est suffisamment acide en raison de la présence sur le carbone de substituants à effet électroattracteur –I ou –M comme RCO. -δ C + Bases très utilisées: +δ H B Et Et Et N N H pipéridine C .83. La présence de groupes électroattracteurs par effets –I en α de la liaison C-H augmente . et des conditions expérimentales exigées. du type de réaction à effectuer.238 Chimie organique 6. Elles sont indiquées pour chaque réaction où interviennent des carbanions dans les paragraphes correspondants. et que le carbanion résultant est stabilisé par résonance. Les hydrogènes de CH2 du malonate d’éthyle sont suffisamment acides. les carbonates alcalins.

acétonitrile. Entités réactives 239 l’acidité (ex : trifluorométhane.83 R-H + Base composés RH R + Base-H pKa 50 48 44 43 37 31.7 10.1.5 28 25 25 20 19 13. Na + NH3 Schéma 6.6.5 33.3-hexafluoropropane acétylacétate d'éthyle nitrométhane acétylacétone triacétylméthane dinitrométhane trinitrométhane tricyanométhane CH3CH3 CH4 CH2=CH2 C6H6 PhCH3 Ph3CH Ph2CH2 HCF3 HC CH CH3CN CH3COCH3 C6H5COCH3 CH2(CO2Et)2 CH2(CN)2 H2C(CF3)2 MeCOCH2COOEt CH3NO2 (MeCO)2CH2 (MeCO)3CH CH2(NO2)2 CH(NO2)3 CH(CN)3 Tableau 6. COOEt H C H + OEt. Na éthylate de sodium COOEt EtOH absolu H C H Na + EtOH COOEt malonate d'éthyle R C C H + H2N .3 .3 11 11 10. nitrométhane.2 8.1.3. malonate d’éthyle. Na amidure de sodium NH3 liquide R C C . entre autres).8 6 4 0 -5 noms éthane méthane éthène benzène toluène triphénylméthane diphénylméthane trifluorométhane éthyne acétonitrile acétone ou propanone acétophénone malonate d'éthyle malononitrile 1. acétone.3.

c’est la réduction par l’amalgame de sodium de radicaux stables. Ph Ph Ph chlorure de trityle Ph C Cl 2 Na Ph Ph carbanion trityle C .84).240 Chimie organique Les carbanions peuvent aussi résulter de l’action des métaux sur des halogénures comme dans le cas du chlorure de trityle (schéma 6.85 Une autre réaction fournit des carbanions. ou trityle est réduit en carbanion correspondant par cette méthode. Na + NaCl Schéma 6.85). plus particulièrement celle des composés aromatiques y compris les hétérocycles. en milieu polaire (schéma 6. Par exemple.86 . Le n-butyllithium réagit avec des halogénures divers en formant un nouveau composé lithié et l’halogénure de n-butyle.86). le radical triphénylméthyle. en présence d’oxygène. permettent l’ensemble des réactions des carbanions. Ph Ph Ph C Na/Hg réduction Ph Ph C Ph Na O2 oxydation Schéma 6. Inversement. CH3-(CH2)3-Br + 2 Li bromure de n-butyle CH3-(CH2)3-Li + LiBr n-butyllithium OMe CH3-(CH2)3-Li + MeO MeO OMe + CH3(CH2)2-CH3 Li CH3-(CH2)3-Li + RX CH3-(CH2)3-X + R-Li ou R Li organolithien Schéma 6. ou organolithiens. ce carbanion est converti en radical correspondant (schéma 6.84 Le n-butyllithium qui est très facilement préparé par action du lithium sur le bromure ou chlorure de n-butyle dans l’éther à –10 °C permet de nombreuses métallations. Les dérivés lithiés. ainsi obtenus.

respectivement hybridés « sp3». s’il a un caractère fortement basique. et inversement.10). par la nature des hybridations des deux premiers carbones qui les constituent. diminution de l'acidité de H +δ H sp C C R sp -δ H +δ sp2 sp2 -δ C H C R H H +δ sp3 sp3 -δ C C H2 H2 R R = alkyl C C R C C R H C C H2 R augmentation de la stabilité du carbanion augmentation de la basicité du carbanion Figure 6. Cette basicité est d’autant plus élevée que son acide conjugué est faible. moins l’atome d’hydrogène est retenu au carbone et plus l’acidité de H augmente. Selon les méthodes utilisées. La stabilité des carbanions correspondants suit cette variation d’acidité.13. Entités réactives 241 Remarque importante : les organomagnésiens RMgX se comportent le plus souvent comme le couple R-. en particulier. dans leurs réactions. que la stabilité du carbanion est directement en rapport avec l’acidité. La liaison entre R et MgX a un fort caractère covalent. plus les électrons de liaison C-H sont rapprochés du noyau du carbone.6. mais cela n’est qu’une apparence car les mécanismes impliqués sont plus complexes et font intervenir plusieurs molécules d’organomagnésiens (§ 10. Par contre. de l’éthylène et de l’acétylène (figure 6. en solution.8. Plus le caractère « s » est élevé. On peut en déduire aisément que les carbanions issus de composés à hydrogènes peu acides seront des bases fortes donc instables. 6. pour ces composés. c’est-à-dire que l’hydrogène porté par la liaison C-H dont il dérive est extrait difficilement. ordre inverse des carbocations. La difficulté réside dans d’obtention de ces pKa. Dans le cas du carbanion. il est instable.10) qui diffèrent. la stabilité des carbanions aliphatiques. contrairement aux liaisons C-Na (K. ou Li en milieu polaire) qui ont un fort caractère ionique.1). « sp2 » et « sp ».10 . En général. Si on considère des dérivés de l’éthane. leur basicité suit l’ordre inverse (figure 6. les valeurs divergent. suit l’ordre : méthyle > primaire > secondaire > tertiaire. surtout pour les alcanes. même si elles restent proches.2 – Stabilité Une entité chimique stable est toujours peu réactive. de la liaison CH à l’origine de sa formation. définie par le pKa. l’acétylène dont le caractère « s » est de 50% (« sp ») est plus acide que l’éthylène avec un caractère « s » de 33% (« sp2 ») lui-même plus acide que l’éthane avec un caractère « s » de 25 % (« sp3 »). et plus particulièrement dans les solvants polaires. MgX+.

R" : amides forme limite prépondérante (anion énolate) C N R C H R C N C H R = alkyl.87). par exemples. Le terme « carbanion » devient alors discutable malgré une orientation des réactions avec les réactifs électrophiles vers le carbone plutôt que vers l’hétéroélément. on peut donner la liste suivante selon l’ordre de stabilité décroissant : NO2 > RCO > COOR > SO2 > CN ≈ CONH2 > halogène Une stabilisation par délocalisation de la charge est aussi rencontrée lorsque le carbone chargé est conjugué avec une double liaison. ou une triple liaison (schéma 6. CO.R" : hydrazones R = NH-CO-NH2 : carbazones forme limite prépondérante Schéma 6. aralkyl : cétones R = H : aldéhydes R = OR' : esters R = NH2.88). oxygène ou azote. NR'. Il y a stabilisation par résonance. N C C N C C anion issu d'un nitrile aliphatique R C O C H C O C H R = alkyl. aryl. comme dans le carbanion allylique. CN. aralkyl : imines R = OH : oxime R = NH2. l’une des formes limites affecte la charge négative à un hétéroélément. COOR. aryl. NR'. Dans ces cas.87 Parmi les groupes les plus classiques qui peuvent stabiliser un carbanion. les groupes qui avaient un effet électroattracteur –I deviennent pour certains –M en raison d’une délocalisation du doublet d’électrons du carbanion.88 . NHR'. et cette forme limite est prépondérante car elle est située sur l’élément le plus électronégatif (schéma 6. H2C C H CH2 H2C C H CH2 carbanion allylique Schéma 6. NHR'. Dans le carbanion résultant. NO2.242 Chimie organique La plupart des carbanions sont mésomères car ils sont formés par déprotonation d’une liaison C-H (avec H acide) située en position α d’un ou plusieurs groupe(s) électroattracteur(s) ayant une double ou triple liaison à effet –I.

89). le carbanion est fortement stabilisé par effet de champ.90 Le cas particulier des ylures présentés au paragraphe 6. .17 doit être évoqué ici dans la mesure où ces composés ont un carbone chargé négativement.6. ou d’une manière plus générale. tous les carbanions dont le carbone chargé est lié à un système aromatique y compris hétérocyclique (schéma 6. Entités réactives 243 C’est encore le cas des carbanions benzyliques dont la charge est délocalisée sur un noyau benzénique. C C C C C Schéma 6. mais on ne peut pas négliger le rôle de la résonance entre formes limites dans le cas des ylures de soufre et de phosphore (schéma 6. H C HC HC H CH CH base H C HC HC CH CH HC C H C CH CH HC HC H C C CH -H cyclopentadiène pKa (C-H) = 16 (réaction très facile) carbanion cyclopentadiènyle (caractère aromatique) Schéma 6. La charge positive de l’hétéroatome stabilise la charge négative du carbone.90). contrairement au cyclopentadiène (schéma 6.91).89 La mésomérie intervient aussi dans le cas du carbanion cyclopentadiènyle qui possède un caractère aromatique. Dans ce cas.

bien entendu. Pour les carbanions aliphatiques. R1 C R2 R3 carbanion rappel: R1 C R2 R3 R1 N N R2 amine Schéma 6.92) sauf.13. . également substitué. elle correspondrait à celle d’un carbone hybridé « sp3 » dont une orbitale hybridée renfermerait un doublet d’électrons. les carbanions pontés dont la configuration est bloquée. la configuration du carbanion. Comme les amines tertiaires qui possèdent trois substituants différents.92 R1 R2 R3 R3 Cette structure ressemble à celle de l’azote dans les amines et a pu être observée pour le carbanion méthyle.3 – Structures Les difficultés pour « isoler » les carbanions ne permettent pas d’assurer totalement leur(s) structure(s).93).244 Chimie organique N C S C P C ylure d'azote S C P C ylure de phosphore ylure de soufre Schéma 6. Les carbanions mésomères sont plans en raison du recouvrement de l’orbitale contenant le doublet d’électrons du carbone avec celles des électrons π des doubles liaisons conjuguées (schéma 6.91 6. s’inverse constamment selon le principe du « parapluie retourné » (schéma 6.

il s’agit de : Additions sur les doubles liaisons carbonylées (§ 10. Stobbe.4 – Réactions (généralités et réarrangements) Les carbanions sont des entités chimiques nucléophiles qui interviennent dans un très grand nombre de réactions.13. Dans le cas des carbanions mésomères.7). une inversion. toutes ces réactions sont présentées dans les chapitres suivants. ont une importance majeure pour l’orientation stéréochimique de la réaction. réaction de Wittig (§ 10.6. une racémisation est possible.11 La stéréochimie des réactions dont les mécanismes s’effectuent via des carbanions sont complexes.2. réactions de Claisen.6c).93 Les carbanions dérivés d’alcènes par retrait d’un hydrogène à un carbone hybridé « sp2 » sont eux aussi plans et restent hybridés (figure 6. Pour les plus importantes.4) : aldolisation en milieu basique.11) « sp2 » . Addition sur les doubles liaisons : réaction de Michael (§ 9. Knoevenagel. carbonatations. le doublet d’électrons se trouve alors dans une orbitale hybridée « sp2 ». Dieckmann.2) . et afin d’éviter des redites. halogénation des cétones (§ 8. 6. Perkin. R1 C R2 C R3 Figure 6.6). la nature du solvant. selon les conditions expérimentales. la condensation benzoïnique (§ 10. une rétention ou. Dans de nombreux cas. Entités réactives 245 C O C O C C structure de type sp2 C O C Schéma 6. les conditions expérimentales. En raison de leur nombre. le plus souvent. et en particulier.

1.1e) Décarboxylations (§ 8.3-triphénylpropanoïque Schéma 6.LiX CH3 diméthyl-(1-phényl-éthyl)-amine Schéma 6.3-triphénylpropanoïque. Lorsqu’il est traité par le phényllithium. 1957) qui se réarrange en carbanion 1.2.1. Avec le sodium et le potassium.95).2-triphényléthyle. les réarrangements de carbanions sont rares surtout s’il s’agit de groupes alkyles. Na Ph ROH CH CH2 Ph .1. H3C H3C H3 C ion benzyl-triméthyl-ammonium H3C N CH2 Ph PhLi H3C X N Li CH Ph réarrangement H3C N H3C CH CH3 Ph . C’est le cas du carbanion 1.1-triphényléthyle (schéma 6.2. 1928). le groupe phényle est déplacé sans entraîner le doublet d’électrons qui le lie au carbone d’origine.2. Un exemple est donné à partir d’un sel d’ammonium quaternaire (schéma 6. le taux de composés réarrangés augmente avec la température.1. Ce réarrangement entraîne une stabilisation par résonance du carbanion résultant.2-triphényléthane Ph Ph Ph C CH2 Na réarrangement Ph C Ph Ph CH2 Na CO2 Ph C Ph CO2 CH2 Ph Na carbanion stabilisé par résonance avec les groupes phényles sel de sodium de l'acide 2. Il est très faible à une température peu élevée. Par contre.246 Chimie organique Substitutions électrophiles (§ 8.2. un carbanion est formé.95 . Celui-ci se réarrange par déplacement d’un groupe méthyle pour donner une amine tertiaire (réarrangement de Stevens.94) obtenu à partir du chlorure correspondant par action du sodium (réarrangement de Grovenstein-Zimmerman.NaOR Ph 1. lequel est protoné par un alcool pour donner le 1. il existe quelques exemples de déplacement de groupes phényles. Dans ces cas.NaCl Ph CH2 .94 Il est intéressant de remarquer que le choix du métal influe sur le taux de réarrangement.1m) Couplages oxydatifs (§ 12. Un cas très particulier de réarrangement concerne des ylures. Ph Ph Ph 2. les produits réarrangés prédominent tandis qu’avec le lithium.2) et éliminations nucléophiles (§ 11) Réarrangement de Favorskii des -halogéno cétones (§ 14.2-triphényléthane. ou carbonaté par l’anhydride carbonique en sel d’acide 2.2-triphénylchloroéthane C CH2 Cl Ph 2 Na Ph C .4.14) A l’inverse des carbocations.

sous l’action d’une base.14 Les carbènes Lorsqu’un carbone est substitué par deux hydrogènes (carbène nommé méthylène). il est dans l’état singulet au moment de sa formation. ou de t-butylate alcalin (schéma 6. Le carbanion trichlorométhyle peut aussi provenir de la décarboxylation de l’anion trichloroacétate.12 Dans le cas du carbène « méthylène ».(réaction rapide) puis. bromoforme ou iodoforme). ou par deux groupes. y compris des halogènes.6. ce qui correspond d’abord à une déprotonation avec formation d’un carbanion trichlorométhyle CCl3. le dichlorocarbène est formé. l’entité correspondante est un carbène. ainsi que leur mode de génération. s’ils sont appariés. le carbène est l’équivalent d’un diradical et il est dit dans l’état triplet. Par exemple. L’absence des deux électrons nécessaires pour satisfaire la règle de l’octet a pour conséquence un fort caractère électrophile de cette entité chimique. le chloroforme est soumis à l’action de la soude. mais il se transforme très rapidement en état triplet.1 – Formations Il existe deux modes principaux de formation des carbènes. libère un carbanion qui élimine ensuite un ion halogénure. en raison de la plus faible énergie de cette dernière par rapport à l’état singulet. Si les deux électrons non liants ne sont pas appariés. donc plus stable. le carbène est dit dans l’état singulet (figure 6. sa vitesse de transformation en état triplet étant plus lente que celle de ses réactions à cause de son extrême activité d’électrophile.14. un haloforme (chloroforme.96). Au contraire. Dans le premier cas. il réagit le plus souvent dans l’état singulet.12). ils réagissent dans l’un ou l’autre état. Entités réactives 247 6. et possède deux électrons non liants. qu’il est neutre. . 6. Toutefois.1-E1cB § 11.4). inférieure d’une trentaine de kJ mol-1. C H H H C H méthylène dans l'état triplet angle dièdre: 136° méthylène dans l'état singulet angle dièdre: 103° Figure 6. Il ne faut pas généraliser aux autres carbènes car selon leurs substituants et leur nature. suite à une nouvelle élimination d’un ion chlorure (selon un mécanisme de type 1.

Il en est de même du bromofluorocarbène qui est obtenu par la même réaction à partir du dibromofluorométhane (schéma 6. le diazométhane.248 Chimie organique HO ou t-Bu-O Cl + Cl Cl chloroforme H2O C H Cl . un cétène.Cl Cl C Cl dichlorocarbène ou + Cl C t-BuOH Cl carbanion trichlorométhyle Cl Cl Cl C C O O ∆. selon le cas (schéma 6.96 Le monochlorocarbène résulte de l’action d’un organolithien sur le chlorure de méthylène. par chauffage. en carbène. plus spécifique du méthylène et de ses dérivés substitués par des groupes alkyles. . − CO2 ion trichloroacétate Schéma 6. ou un diazoalcane est décomposé. CH2Cl2 + RLi CHCl Cl H R Li CHBrF Schéma 6.98).97). et CO ou N2.97 + LiCl + RH CH Cl CHBr2F + RLi + LiCl + RH Dans le second cas.

hν ou CuCl H C H méthylène azote + N N R1 C R1 N N R1 ∆ ou hν R2 dialkylcarbène C + N N Schéma 6. Leur dimérisation qui pourrait sembler possible en relation avec le couplage radicalaire.99.99 6. dont le comportement est équivalent au carbène « méthylène ». s’avère une réaction inconnue car leur importante réactivité ne permet pas qu’ils se rencontrent. Entités réactives 249 H C H cétène H C O hν H méthylène oxyde de carbone C + C O H C H diazométhane N N ∆. Ils ont soit réagi avant.. Cu ICH2ZnI + Cu carbènoïde réactif de Simmons-Smith C C ZnI + CH2I C C ZnI C CH2 + ZnI2 C CH2I Schéma 6. il faut ajouter le réactif de Simmons-Smith (diiodométhane + zinc en poudre + cuivre) qui permet de former ICH2ZnI. former des radicaux libres avec les alcanes.6. à des dérivés du cyclopropane (cyclopropanation). Plusieurs mécanismes ont été proposés : l’un d’entre eux est donné dans le schéma 6.. avec les composés éthylèniques.14. Une autre réaction importante est leur insertion dans une liaison C-H d’un alcane.98 À ces méthodes qui permettent l’accès à des carbènes. par . Les carbènes peuvent aussi se réarranger. CH2I2 + Zn .2 – Réactivité et stabilité La réaction principale des carbènes est leur addition aux doubles liaisons qui conduit.. Ce réactif est appelé carbènoïde il réagit en particulier avec les composés éthylèniques (cyclopropanations). soit attaqué une molécule de leur précurseur.

13 6. des réactions secondaires sont possibles comme des réactions d’insertion (voir ci-après) ou la formation de molécule d’alcènes à partir de deux carbènes (plus particulièrement les alkylcarbènes).14. dérivé de 2. a pour conséquence un emploi difficile pour la préparation des cyclopropanes. On lui préfère le réactif de Simmons-Smith. pour former un alcène qui semble être le résultat d’une dimérisation (schéma 6.14. Toutefois.100 C C + N2 Le plus réactif des carbènes est le carbène « méthylène ». En raison du caractère électrophile de la majorité des carbènes. et dont la stabilité est liée à la présence de groupes volumineux adamantyles qui l’entourent.13. Les moins réactifs sont les halocarbènes. L’extrême réactivité du méthylène. et rendue difficile par des substi- .3-dihydro-1H-imidazole. Il faut savoir que dans beaucoup de réactions où un carbène est théoriquement produit à partir d’une méthode classique. c’est pourquoi on utilise souvent le terme « transfert de carbène » dans les réactions utilisant un carbène ou un carbènoïde pour la synthèse de cyclopropanes à partir d’alcènes. sans doute l’entité chimique la plus réactive connue. par contre. la réactivité reste élevée. Les dihalogénocarbènes sont relativement peu réactifs. Il existe des carbènes tellement stables qu’ils forment des cristaux et peuvent être conservés. C’est le cas pour le carbène dont la formule est donnée dans la figure 6. Si un hydrogène du carbène méthylène est remplacé par un groupe ester. il n’existe pas une certitude totale que le carbène comme entité libre soit présent à un moment de la réaction. de point de fusion supérieur à 200 °C. elle diminue si l’hydrogène est remplacé par un brome. à l’abri de l’air et de l’humidité. apportant une gêne stérique et l’empêchant de réagir facilement.100). décrit au paragraphe 6. l’addition sur un alcène est facilitée si ce dernier est substitué par des groupes électrodonneurs.1. C + C N N x2 Schéma 6.250 Chimie organique exemple un diazoalcane.2a – Additions sur les alcènes La plupart des carbènes y compris le méthylène s’additionnent aux doubles liaisons selon une cycloaddition 1 + 2 pour former des dérivés du cyclopropane. C N N HC CH Figure 6.

méthylène singulet R1 1) R2 C CH2 C R3 R4 R1 R2 R4 C H2 C C R3 R4 + R2 R1 C C H2 1 racémique R4 C + R3 R4 R4 R3 R1 R2 R1 C C R4 R3 + attaque par dessous le plan R5 C C R5 C R4 R1 2) R2 C C R5 R3 C R4 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 R2 + C C R4 C C C C + attaque par dessous le plan R4 R5 2 racémiques R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux Schéma 6. ce qui explique le caractère non stéréospécifique de cette addition. en particulier. un mélange racémique dans la mesure où les quatre groupes de l’alcène conservent leurs positions respectives de l’alcène dans les composés finaux.102). de la méthode utilisée pour créer le carbène.101 (réaction 1)).6. L’addition d’un méthylène singulet ou de son équivalent « carbènoïde » sur un alcène symétrique fournit un seul composé « méso ». . Entités réactives 251 tuants électroattracteurs. l’addition se fait a priori en deux étapes avec formation intermédiaire d’un radical puis couplage intramoléculaire (schéma 6. La prédominance d’un racémique sur l’autre dépend de la nature des groupes R4 et R5. Les carbènes sous forme singulet. s’additionnent de manière stéréospécifique sur les alcènes. l’addition d’un carbène ou carbénoïde substitué par deux groupes différents fournit avec un alcène dissymétrique. réaction 1). La première étape permet une rotation autour de la liaison qui unit les deux carbones qui formaient la double liaison. des conditions expérimentales et. le nombre d’isomères devient très important. deux racémiques (réaction 2).101 Dans le cas des carbènes sous forme triplet. ou le carbènoïde.101. Avec cette même condition. forme prédominante lors de leur formation. et sur un alcène dissymétrique (schéma 6. Avec un carbène de type R-C-R’. selon un mécanisme qui ne nécessite qu’une seule étape (schéma 6. qui peuvent être considérés comme des diradicaux.

C’est la réaction de Reimer-Tiemann (schéma 6.103 Le phénate de sodium est attaqué en position ortho par le dichlorocarbène qui résulte de l’action de la soude sur le chloroforme. Lorsque les positions ortho sont occupées par des groupes alkyles.104).252 Chimie organique méthylène triplet R1 C R2 CH2 C R3 R4 R1 C R2 CH2 C R R4 3 rotation autour de C-C H2 C R1 R2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2. H2C norcaradiène cycloheptatriène Schéma 6. pour former un carbanion qui se réarrange avant qu’une hydrolyse permette d’accèder à l’o-hydroxybenzaldéhyde ou salicylaldéhyde sous forme de phénate.102 Ces résultats stéréochimiques ont été utilisés pour déterminer la forme singulet ou triplet de certains carbènes. R2 C R1 CH2 C R3 R4 R2 R1 C H2 C C R3 R4 et son inverse optique par attaque du carbène au-dessous du plan sp2. la réaction s’oriente en para.103). . Le méthylène réagit avec le benzène pour donner le norcaradiène instable qui se réarrange en cycloheptatriène (schéma 6. Schéma 6.

1876).105).HCl Cl CH O H HO Cl CH Cl O salicylaldéhyde (sel) Schéma 6. soit le pyrrole-2-carboxaldéhyde (réaction de ReimerTiemann. Entités réactives 253 O C Cl O H C Cl O Cl C H phénate Cl Cl H Cl O H C O O .2 Cl .105 .Cl N 1) Cl2C N pyrrole (sel) Cl 2) milieu fortement basique 3-chloro-pyridine H N CCl2 N CCl2 H 2 HO N CHCl2 . puis élimination avec agrandissement de cycle).H2 O N CHO pyrrole-2-carboxaldéhyde (sel) Schéma 6. en formant selon la basicité du milieu réactionnel. milieu faiblement basique Cl C N Cl . soit la 3-chloro-pyridine (addition.104 Le pyrrole réagit avec le dichlorocarbène (schéma 6. Il est vraisemblable que ces réactions soient liées aux formes singulet et triplet du carbène.6.

L’acétylène réagit en formant des dérivés du cyclopropène qui se réarrangent en allènes.14.254 6.2]pentane CH2 H2C H2C méthylène-cyclopropane Schéma 6. R3 1) R1 C C R4 R3 C R4 si R1 et R2 = H R2 H2 C R3 H 2C C R4 composé allènique C R2 R1 C C dérivé du cyclopropène 2) H2C C allène H2 C C H2C CH2 H2C C CH2 C H2 spiro[2. C H H2C (CH2N2.107). un mélange de n-butane et d’isobutane. L’addition de deux méthylènes peut conduire à des composés bicycliques. une ou deux molécules de carbène s’additionnent ce qui conduit à un méthylène-cyclopropane puis à un système bicyclique. hν) C CH2 H CH4 H 2C CH3-CH3 H2C H2C CH3-CH2-CH3 CH3-CH2-CH2-CH3 et CH3-CH-CH3 CH3 Schéma 6.106 6.14. un spiro[2. Les dihalocarbènes ne font pas d’insertion.2b – Additions sur les alcynes et les allènes Chimie organique Les alcynes mono ou disubstitués par des groupes alkyles additionnent les carbènes (schéma 6. réaction 1) pour former des cyclopropènes.2]pentane.107 . Les alcanes avec nC > 3 fournissent de nombreux isomères et la sélectivité de la réaction est inexistante (schéma 6.106. Le méthane et l’éthane deviennent respectivement l’éthane et le propane (c’est une réaction d’homologation). Le propane fournit par cette réaction. Avec les allènes (réaction 2).2c – Insertion d’un carbène dans une liaison C-H d’un alcane Le méthylène préparé par photolyse du diazométhane s’insère (plutôt sous forme singulet) dans une liaison C-H d’un alcane en allongeant une chaîne d’un carbone.

H H C H triplet H CH3 H C H Cl CH3 H C H + H3C C H CH3 + H3C C H CH3 H3C C H Cl H C H singulet H3C C H Schéma 6. possède un doublet d’électrons libre.c).14. c’est l’halogène et non l’hydrogène qui est déplacé.14.2e – Formations de radicaux à partir de carbènes Les radicaux peuvent capter un atome d’hydrogène d’un alcane pour former un nouveau radical plus stable que celui de départ (§ 6. Dans la mesure où un carbène peut être considéré comme un diradical. 6. la plus réactive (schéma 6.109).15 Les nitrènes Les nitrènes sont des entités dans lesquelles l’azote lié à un seul hydrogène ou groupe. cette réaction est encore possible. réaction qui est plutôt liée à la forme « singulet ». Entités réactives 6.108 6. le déplacement d’un hydrogène ou d’un groupe alkyle conduit à la formation d’une double liaison (schéma 6. Dans ce cas.2d – Réarrangements 255 Des réarrangements qui permettent de passer d’un carbène à un autre sont connus mais très rares. H R CH2 CH2 CH CH R CH2 CH2 CH C H H R O CH R C H C O Schéma 6. Si un méthylène « triplet » attaque un alcane.108).5. Dans la plupart des cas. et un second doublet s’il est sous forme . lorsqu’il est sous forme triplet.12. C’est donc une réaction compétitive avec l’insertion dans les liaisons C-H.109 La forme singulet permet pourtant cette réaction sur les halogénoalcanes.6. il se forme un radical méthyle et un radical alkyle.

BH -Y Y = halogène.110 -Y N Les vinylnitrènes sont formés par action de bases sur des dérivés de type imine dans lesquels l’azote est lié à un groupe partant (schéma 6. groupe tosyle…).1-élimination effectuée sur un composé R-NH-Y où Y est un groupe partant ou sortant (atome de chlore.112). N C C Schéma 6. Y N B H C C .15.110). En présence d’une base.14 6..256 Chimie organique singulet. Les nitrènes sont des entités chimiques azotées équivalentes aux carbènes. OTs. la déprotonation est suivie du départ d’un ion Y– et de la libération du nitrène (schéma 6.14). à la fois dans leurs préparations et leurs réactions (figure 6. R N R N nitrène singulet nitrène triplet Figure 6.111 La décomposition par photolyse ou thermolyse des alkylazides et plus souvent des acylazides est une autre méthode de formation (schéma 6.112 . ou deux électrons célibataires s’il est sous forme triplet.1 – Formations Les nitrènes sont obtenus par une 1. R N N N R N N N hν R ou ∆ N + N2 R = alkyl ou acyl Schéma 6. H N Y base -H N Y Schéma 6.111).

115).115 N N + PbII(OAc)2 + 2 CH3COOH 6.2 – Réactions On compte parmi les réactions des nitrènes. Entités réactives 257 Les composés arylnitrosés et nitrés.15.1-diacylhydrazines sont oxydées par le tétracétate de plomb dans le chlorure de méthylène en 1. 6.113).113 Enfin.1-diacylaminonitrènes (schéma 6.6. Le nitrène aussitôt formé par décomposition de l’azide s’additionne sur l’alcène. fournissent des arylnitrènes (schéma 6. des dimérisations et des déplacements d’atomes d’hydrogène de liaison C-H d’alcanes. des additions sur les doubles et triples liaisons. et avec des résultats stéréochimiques de même nature.114).114 Les 1. le nitrène triplet conduit à de nombreux isomères.116 (réaction 1). les arylisocyanates sont décomposés en arylnitrènes et oxyde de carbone par photolyse (schéma 6. Dans la plupart des cas. l’addition cis d’un nitrène singulet est figurée dans le schéma 6. et des réarrangements.2a – Additions Comme les carbènes. les nitrènes s’additionnent aux alcènes en formant des aziridines. O R-C N R-C O IV NH2 + Pb (OAc)4 O R-C CH2Cl2 R-C O Schéma 6. . Seule. Ar N C O hν Ar N + C O Schéma 6. des insertions dans les liaisons C-H. équivalents des cyclopropanes obtenus par la même réaction avec les carbènes. Ar Ar N O N O + P(OR)3 Ar Ar N N + O + 2O P(OR)3 P(OR)3 + 2 P(OR)3 O Schéma 6.15. sous l’effet de réducteurs puissants comme les phosphites d’alkyles. l’alcène et l’azide sont soumis à une photolyse.

R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C C H CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine Schéma 6.116 Un autre mécanisme peut aussi être envisagé via la formation intermédiaire d’une triazoline (par une cycloaddition 1.1-disubstituées s’additionnent sur les alcènes activés et plus particulièrement les acrylates. Dans le cas des acylnitrènes. l’addition du nitrène est favorisée.117).N2 C C Schéma 6.3 de l’azide sans passage par un nitrène) qui se décompose en aziridine par élimination d’une molécule d’azote (réaction 2). Ces aminonitrènes s’additionnent aussi sur les triples liaisons avec production de 1-amino-2-azirines instables qui se réarrangent en 3-amino-1-azirines.117 . et acrylonitrile pour former des dérivés de N-aminoaziridines (schéma 6. Les N-aminonitrènes formés in situ à partir des hydrazines 1.258 Chimie organique R N R1 C 1) R2 C R4 R2 N R R3 R2 C R1 R1 C R N C R4 R4 C N R dérivés d'aziridine (racémique) R3 et R3 R N R 2) N C N C N R N C N N C hν .

N2 insertion N H NH carbazole Schéma 6. carbamates Peu d’exemples d’insertions d’alkylnitrènes existent car si elles ont lieu. HN=NH composé instable qui se décompose en azote et hydrogène (utilisé comme réducteur des alcènes) est le résultat d’une oxydation de l’hydrazine H2N-NH2. Il peut aussi être formé par dimérisation du nitrène NH. 2 Ar N Ar N N Ar Schéma 6. le carbazole est préparé à partir du 2azidobiphényle par photolyse (schéma 6. L’insertion dans la liaison C-H d’un carbone chiral s’effectue avec rétention de configuration (schéma 6. O C N Z R1 H R2 R3 R1 O C N Z H Schéma 6. aryl ou OR’) sous forme singulet s’insèrent très facilement dans les liaisons C-H des alcanes avec une préférence pour les carbones tertiaires. Le mécanisme est identique à celui des carbènes.118).15.118 R2 R3 Z = alkyl ou aryl. N3 2-azidobiphényle hν . . Entités réactives 6.120).15.120 Le diimide. elle sont suivies de réarrangements.2c – Dimérisation Cette réaction qui est très spécifique des arylnitrènes conduit à des composés azoïques (schéma 6.119).2b – Insertion dans une liaison C-H 259 Les acylnitrènes R-CO-N avec (R = alkyl.6. amides Z = OR'. Cette réaction a été utilisée assez souvent en chimie hétérocyclique pour synthétiser des composés polycycliques azotés. Par exemple.119 6.

15.123.122).122 imine La pyrolyse des azides tertiaires conduit le plus souvent à des imines N-substituées si les groupes substituants de Cα sont des groupes alkyles (schéma 6. R1 R N + H C R2 R3 R N H + C R1 R2 R3 radical stable Schéma 6.N2 R2 R3 réarrangement du nitrène R2 C N R2 C N R1 N-alkyl imine . équivalents à des diradicaux. réaction 1). souvent plus rapide que les réactions d’additions ou d’insertion. la migration d’un ion hydrure vers l’azote puis création d’une double liaison d’une fonction imine est très rapide. Il est vraisemblable que certains agrandissements de cycle se font via des nitrènes qui se réarrangent (réaction 2). méthylène ou méthyle. H C N C NH nitrène Schéma 6.2e – Réarrangements Lorsqu’un nitrène possède en position α de l’azote un groupe méthyne. Le radical alkyle ainsi formé doit être stable (tertiaire ou secondaire) (schéma 6.121 6.2d – Échange d’atome d’hydrogène avec un alcane Chimie organique Comme les carbènes sous forme triplet. R1 1) R2 R3 alkylazide R1 C N N N .260 6.121). Ce réarrangement peut même cacher l’existence d’un nitrène dans une réaction (schéma 6.15. Cette réaction s’effectue via un nitrène et un réarrangement. les nitrènes sont susceptibles d’extraire un radical H• d’un alcane pour former deux radicaux.

124). un acylnitrène peut alors être formé ((schéma 6. à des amines en Cn-1 ou leurs dérivés.123 Le réarrangement des acylnitrènes est l’un des mécanismes retenus pour expliquer des réactions très importantes en synthèse comme les réarrangements d’Hofmann. . -Réarrangement d’Hofmann (1881) R-CO-NH2 amide primaire BrONa Br2 + NaOH hypobromite de sodium R-N=C=O isocyanate H2O RNHCOOH acide carbamique .CO2 RNH2 amine primaire Schéma 6.6. des mécanismes concertés ont aussi été proposés qui ne font pas apparaître de nitrènes : de nombreux auteurs les considèrent plus vraisemblables. de Curtius. L’isocyanate additionne ensuite une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle en fournissant l’amine.125) réaction 1).124 C’est la conversion d’un amide primaire (résultat de l’action de l’ammoniac sur un ester) en amine primaire (schéma 6. de Lossen. il se forme d’abord un N-bromoamide qui perd un proton sous l’action de la base. par exemple). Son réarrangement fournit un isocyanate. Sous l’action d’un hypobromite alcalin (Br2 + solution de NaOH. Entités réactives 261 CH3 N3 2) CH3 . Un second mécanisme. de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques. dérivés d’acides en Cn. Par élimination d’un ion bromure. qui permettent l’accès respectivement à partir d’amides. peut aussi être proposé (réaction 2).N2 N et H3C N Schéma 6. concerté. Toutefois. ou d’hydrazides.

RNH2) (schéma 6.Br R C N réarrangement de l'acylnitrène O R N C O 2) Selon un mécanisme concerté R C N Br O . instable. est immédiatement transformé en carbamate stable (contrairement à l’acide carbamique. se décarboxyle pour se transformer en amine.125 Une variante de cette réaction consiste à traiter l’amide par le tétracétate de plomb dans un solvant aprotique anhydre ce qui produit l’isocyanate (hypothèse privilégiée : passage par un acylnitrène selon le mécanisme (1) du schéma 6.262 Chimie organique Formation du N-bromoamidate R R Br2 + NaOH C C O (BrONa) HN H2N Br Formation de l'isocyanate 1) via un nitrène R O HO N Br N-bromoamidate C O R C N Br O . En présence d’un alcool. sitôt formé.Br O C N R isocyanate O C N R Hydrolyse de l'isocyanate H O R N C O R N H H O C O R H H N H O C O . .126). l’isocyanate.125). qui.CO2 R-NH2 acide carbamique instable Schéma 6. RNHCOOH.

.BH R'COO + RN=C=O isocyanate H2O RNHCOOH . Les acides hydroxamiques sont facilement préparés par action d’un chlorure d’acide ou d’un ester sur l’hydroxylamine. Comme dans le réarrangement d’Hofmann. Son réarrangement fournit l’isocyanate (réaction 2). Il existe deux possibilités d’accès à l’isocyanate (schéma 6.6. la seconde débute par l’élimination de cet ion ce qui conduit à un acylnitrène. Le mécanisme du réarrangement de Lossen a des points communs avec celui du réarrangement d’Hofmann.Réarrangement de Lossen (1872) R-CO-Y + NH2OH Y = OR" hydroxylamine ou un halogène R-CO-NH-O-H acide hydroxamique R'-CO-Cl + HO-NH-CO-R chlorure d'acide acide hydroxamique .127).126 . Leur acylation peut être effectuée par réaction avec un chlorure d’acide.CO2 acide carbamique RNH2 amine primaire Schéma 6.127 Les isocyanates peuvent être produits à partir de dérivés O-acylés d’acides hydroxamiques par simple chauffage (schéma 6.HCl R'-CO-O-NH-CO-R dérivé O-acylé d'acide hydroxamique R'-CO-O-NH-CO-R B. et parfois. Entités réactives 263 R-CO-NH2 + Pb(OAc)4 amide primaire R-CO-N + Pb(OAc)2 + 2 AcOH R N C O ROH R-NH-COOR carbamate isocyanate Schéma 6. ∆ . La première consiste en un réarrangement qui s’accompagne de l’élimination d’ion carboxylate (réaction 1). en présence d’une base.128). l’isocyanate additionne une molécule d’eau pour former un acide carbamique instable qui se décarboxyle pour produire une amine primaire.

130 .129).Réarrangement de Curtius (1890) Formation d'un acylazide RCO2R' + NH2NH2.128 La formation d’amine peut être le résultat de l’action d’un acide minéral sur un acide hydroxamique.129 H N C O -H R C O N R N C O R R .H2O R C O Schéma 6.R'-CO-O C C base 1) O O OU acide hydroxamique O-acylé R N C O H2O RNH2 R 2) C O N O CO R' .R'-CO-O R C O N nitrène Schéma 6.264 Chimie organique R H R N O CO R' ∆ N O CO R' . H2O ester hydrate d'hydrazine RCONHNH2 + R'OH acylhydrazine ou hydrazide RCON3 acylazide RCON3 + 2 H 2O + NaCl + H 2O RCONHNH2 + NO2H RCOCl + NaN3 Transformation de l'acylazide en isocyanate et azote RCON3 R N=C=O + isocyanate N2 Réaction de l'isocyanate avec l'eau et décarboxylation de l'acide carbamique en amine primaire RNH2 + CO2 RNHCOOH RN=C=O + H O 2 acide carbamique amine primaire Schéma 6. Un nitrène intermédiaire a été proposé (schéma 6. H N O-H H C O H H N O-H .

6. L’acylazide résonne entre trois formules limites. car il se transforme.132. Entités réactives 265 Ce réarrangement s’effectue à partir d’un acylazide (schéma 6. Deux mécanismes peuvent être envisagés. chauffé en milieu anhydre.130).NO2 H HN N N O H O -H H R C O HN N N O H C O HN N N O R C HN N N O H H . dans un solvant aprotique inactif. ou un mécanisme concerté (mécanisme 2 : ce dernier est considéré comme le plus probable). peut être obtenu. On peut remarquer que ce n’est pas l’acide nitreux lui-même qui réagit sur l’acylhydrazine dans la préparation de l’acylazide par cette voie. est réarrangé en isocyanate.131 L’acylazide. 2 HONO acide nitreux ONO-NO + H2O R R C HN H2N acylhydrazine ou hydrazide R O C ONO-NO .H2O H N N N O R C O -H N N N R C O N N N acylazide R C O R C N N N O Schéma 6. en un trioxyde d’azote. aussitôt libéré de son sel alcalin par addition d’un acide. Un acylazide. soit à partir d’un azidure alcalin par action d’un chlorure d’acide.131. soit par l’action de l’acide nitreux sur une acylhydrazine (ou hydrazide) dont le mécanisme est donné dans le schéma 6. mécanisme 1). . comme dans le réarrangement de Lossen : le passage par un acylnitrène (schéma 6.

Elle s’effectue directement à partir des acides libres (ou d’aldéhydes ou de cétones) par action d’acide azothydrique en présence d’acide sulfurique via un acylazide protoné (comme dans le réarrangement de Curtius) mais elle ne semble pas faire intervenir d’acylnitrène.133). 1924. L’acide carbamique est instable. Dans quelques cas. la réaction a lieu en présence d’acide de Lewis.132 R-NH-COOR' un carbamate Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau. certains isocyanates aromatiques réagissent plus lentement avec l’eau qu’avec une amine primaire.CO2 O isocyanate protoné RNH3 Schéma 6. l’isocyanate est assez rapidement transformé en acide carbamique correspondant par addition d’une molécule d’eau.266 Chimie organique 1) R C O N N N .H 2O H R C O azide protoné N N N N R C O N N N R H N C + N2 H N C O O H 2O H R N C OH H .N2 R R C O N N C O H2 O R'NH2 R-NH2 amine primaire R-NH-CO-NH-R' dérivé N. (schéma 6. c’est un carbamate qui est produit. laquelle peut réagir sur l’isocyanate encore présent dans le milieu pour fournir un dérivé de l’urée.N2 R N C O Schéma 6. Une autre réaction qui se fait via un acylazide et donnée ici à titre indicatif est la réaction de Schmidt. En effet.N' disubstitué de l'urée ou acylnitrène isocyanate R'OH 2) R C O (mécanisme concerté) N N N . surtout s’il est aliphatique. il se décarboxyle pour libérer une amine primaire. Si la réaction est faite dans un alcool.133 . NaN3 + H HN3 acide azothydrique (composé gazeux très toxique) + Na R C O H R C O R N N OH + HN3 H H .

réaction de la forme générale indiquée dans le schéma 6. Cette configuration électronique permet des réactions dites de cycloadditions de ces dipoles. Le mécanisme est alors le suivant (schéma 6. Par contre. Entités réactives 267 Les réactions avec les cétones et aldéhydes conduisent respectivement à des amides et des nitriles. des dipoles-1. c’est le groupe aryle qui migre.135. appelées cycloadditions [2 + 3]. et « c ».H2 O N N C R1 R1 R2 R1 HN O H R2 tautomérie R2 H R1 C OH R2 N HN3 N R1 C OH H R2 R1 .6. si le groupe alkyle est volumineux.3-dipolaires ou dipoles-1. comportent dans leur structure un groupement de trois atomes « a-b-c » dans lequel l’atome « a » a un octet dont au moins une paire d’électrons libres. c’est alors lui qui migre. sur des doubles liaisons présentes dans les composés dipolarophiles. b a c N N C N N C Schéma 6. 6.134 Dans le cas d’alkylarylcétones qui ont un groupe alkyle peu volumineux.3.3 Certains composés neutres.16 Les composés 1.135 .134) : N R1 C O cétone N . un sextet d’électrons sur sa couche externe.N2 N C R2 R1 N C R2 H C O aldéhyde R1 H 2O N C R2 H N C R -H N C R nitrile H O H -H N C C O R2 amide R Schéma 6. avec un exemple.

« cycloadditions [2 + 3] ».136) sont des composés non chargés mais dont la structure permet de les représenter comme des dipoles-1. comme les oxydes de phosphines. d’azote.17 Les ylures Les ylures (schéma 6.2 dont l’atome chargé négativement est le carbone.136 R1 C R2 C R3 R4 Ph + Ph Ph P O . elle correspond au recouvrement d’une orbitale « p » du carbone (ou de l’oxygène pour >S=O) et d’une orbitale « d » vide de l’hétéroélément. est constituée d’une liaison σ et d’une liaison π. et dans certains autres composés.3 et leurs réactions de cycloadditions sont présentés au paragraphe 9. ylure de phosphore.268 Chimie organique Cette réaction permet la synthèse de nombreux hétérocycles à 5 chaînons. C’est donc le carbone qui fournit les électrons de liaison π dans les ylures.8. l’acide sulfureux. 6. de soufre. et l’atome chargé positivement un hétéroatome. Il en existe aussi d’arsenic et de sélénium. RS=O(OH)2. Ces dipôles-1. R3P=O. les sulfoxydes. P C ylure de phosphore P C S C ylure de soufre S C N C ylure d'azote réaction de Wittig R1 C O R2 + Ph Ph Ph P C R3 R4 Schéma 6. ou les sulfones. pour les plus connus. Le carbone garde une structure tétraèdrique (trois liaisons + un doublet) dans ce type de liaison. (R)(R’)S=O. Cette écriture résulte en fait de la résonance de ces composés avec la forme limite présentant une double liaison entre le carbone et l’hétéroélément. Cette dernière présente une particularité par rapport à celles plus classiques des oléfines : en effet. R-SO2-R’. La double liaison présente dans une forme limite de ces ylures. contrairement au carbone éthylènique qui fait passer le carbone d’un tétraèdre à un système trigonal. C’est ce dernier qui est indiqué pour désigner le type d’ylure. sauf pour les ylures d’azote. Ce type de liaison « π » est appelé liaison pπ-dπ.

138. toutes les réactions avec ces composés sont effectuées sous atmosphère inerte. sont les plus stables.137 Les ylures de phosphore ou d’azote résultent de l’action d’une base forte comme le phényllithium ou le butyllithium sur des sels quaternaires. en formant un alcène symétrique. Ils interviennent. par exemple. dans la réaction de Wittig (§ 10. Cl PhH + diéthyl éther ou THF PhLi Me N Me . ou une cétone si l’oxygène est en excès. (le plus souvent le triphénylméthylènephosphorane.6.7) qui permet de former avec une cétone. un composé éthylènique. Ph Ph Ph P O Ph Ph Ph P C R R O2 R C R O Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph Ph P O + R R P O + O C R R R P C R R C C R Schém 6. dérivés de méthylènephosphorane. Dans la mesure où ils réagissent avec l’oxygène (schéma 6. Ph3P=CH2).137) en faible quantité. en particulier. comme dans les exemples du schéma 6. Cl N + CH3Cl Me N Me chlorure de tétraméthylammonium ylure d'azote Schéma 6. Entités réactives 269 Les ylures de phosphore.LiCl Me Me Me N C H H CH2Li . sous azote.138 . Br diéthyl éther Ph Ph ou THF Me PhLi Ph C H + PhH + LiBr H méthylènetriphénylphosphorane Me Me Me triméthylamine Me Me . Ph Ph Ph triphénylphosphine Ph P + CH3Br Ph sel de phosphonium Ph P P CH3.

En revanche.270 Chimie organique La plupart des ylures sont formés in situ. Il peut être stocké. par exemple. l’ylure est dit stabilisé : dans le cas des ylures de triphénylphosphonium. . si le carbone chargé est substitué par des groupes qui stabilisent sa charge comme un groupe ester. comme un groupe phényle). Ph3P=CHCO2R en est un exemple. c’est le cas des ylures de phosphore non stabilisés (ayant sur le carbone chargé négativement un substituant qui ne stabilise pas la charge. un groupe alkyle) ou semi-stabilisés (avec un substituant sur le carbone chargé qui apporte une faible stabilisation. La stabilité de ces ylures joue un rôle important dans la stéréosélectivité de la réaction de Wittig : Les ylures non stabilisés conduisent à des composés éthylèniques cis. les semi-stabilisés sont peu sélectifs et les ylures stabilisés forment préférentiellement des éthylèniques trans.

Les réactions d’oxydation Chapitre 13 .Les réactions d’élimination Chapitre 12 .Les réactions de réduction Chapitre 14 .SECONDE PARTIE : LES GRANDS MÉCANISMES RÉACTIONNELS Chapitre 7 .Les réactions de substitution Chapitre 9 .Les réarrangements .Généralités Chapitre 8 .Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Chapitre 10 .Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. imine et nitrile Chapitre 11 .

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......... 279 7....................... 274 7........................4 – Catalyse par transfert de phase ..........................3.....................................................................................Chapitre 7 Généralités Sommaire : 7.... 277 7................3 – Catalyse acide ou basique générale ............................................4 La théorie de Lewis des acides et des bases ..3.................................... 285 ................. 285 7.......3.........................................1 Aspects thermodynamiques d’une réaction .3...............3 Catalyse et catalyseurs ...................... 276 7................. 277 7.......................... 280 7...............................................................3.....................................2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction ............. 281 7.5 – Les ultrasons .....2 – Catalyse acide ou basique spécifique .........1 – Généralités ....

électrophiles ou radicalaires. Certains d’entre eux.274 Les types de réactions les plus classiques sont : Chimie organique a. Par exemple. elle est a priori spontanée. ∆S est très faible par rapport à ∆H. ont été présentés lors de l’étude des entités chimiques réactives (§ 6. les liaisons formées dans les produits finaux de la réaction. Durant une réaction. aux effets de solvatation dus aux interactions des réactants avec le solvant utilisé. on peut dénombrer de nombreuses variations dans le système chimique. La variation d’enthalpie peut être calculée par différences de la somme des énergies obtenues en totalisant.11. D’autres variations sont regroupées sous le terme. Il se réfère à l’ordre ou au désordre moléculaire dans le système chimique. radicalaires (migrations avec un seul électron) ou plus rarement électrophiles (migrations sans déplacement d’électrons). un apport d’énergie est nécessaire (appelée énergie libre d’activation).les réarrangements (chapitre 14) avec migration d’un atome ou d’un groupe d’un site d’une molécule à un autre site. celles liées aux différences de tension dans les cycles. électrophiles ou radicalaires. variation d’entropie. elles aussi. b. S.les substitutions (chapitre 8) qui peuvent être nucléophiles. si cette valeur est positive. Dans la plupart des réactions. et à la mésomérie si elle existe. d’une part.les oxydations (chapitre 12) e. particulièrement ceux faisant intervenir des carbocations.les réductions (chapitre 13) f. Il y a d’abord celles qui sont liées aux énergies de liaisons.les additions sur les doubles et triples liaisons carbone-carbone (chapitre 9) ou carbone-hétéroatome (chapitre 10) qui peuvent être. Il faut y ajouter les additions péricycliques. plus ∆S est élevé.1 Aspects thermodynamiques d’une réaction Entre le moment où les réactifs entrent en réaction et celui où les produits finaux sont formés. les liaisons brisées dans le ou les produits de départs (réactifs). 7. nucléophiles. Plus le système est désordonné.4). . et dont l’ensemble correspond à H. Les variations d’enthalpie et d’entropie définissent la variation d’énergie libre G entre réactifs mis en réaction et produits finaux selon l’équation : G= H–T S Si ∆G est négatif. c’est le cas des réactions pour lesquelles le nombre de molécules de réactifs est égal au nombre de molécules de produits finaux. et c’est donc la variation d’enthalpie qui permet de savoir si une réaction est spontanée ou non. et d’autre part. Ces réarrangements peuvent être nucléophiles (déplacements entraînant un doublet d’électrons). Il faut y ajouter les variations dans les énergies de résonance s’il y a lieu. variation d’enthalpie. et enfin les énergies résultant de la solvatation des molécules. l’enthalpie diminue tandis que l’entropie augmente.les -éliminations (chapitre 11) d. c. Par contre. c’est la condition nécessaire mais pas obligatoirement suffisante pour que la réaction s’effectue sans apport d’énergie.

Relativement. ∆G‡r représente l’énergie libre d’activation de cette réaction. Dans la mesure où la réaction inverse est possible (réaction réversible). – les réactions de cyclisations de composés acycliques. c’est l’énergie libre d’activation de formation G‡f. – les réactions à hautes températures. Le terme T∆S qui intervient dans ∆G augmente considérablement tandis que ∆H est totalement indépendant de la température T.7. Dans le cas présenté.1 décrit la courbe d’énergie libre d’une réaction A + B C + D en fonction du temps. – les réactions faisant intervenir des gaz ou des liquides ont des entropies importantes par rapport à celles effectuées avec des solides. mais il n’a pas d’existence réelle. La cyclisation diminue la « liberté conformationnelle » que possèdait une molécule acyclique.1 La figure 7. un composé gazeux a une entropie supérieure à celle qu’il a en solution dans un solvant. La valeur du ∆G de la réaction est négative. état de transition énergie libre ∆G‡ f A+B ∆G progression de la réaction ∆G‡ r C+D (réaction sans intermédiaire) ∆G‡ f ∆G‡ r = énergie libre d'activation pour la réaction A + B = énergie libre d'activation pour la réaction C + D C+D A+B Figure 7. mais il est nécessaire qu’un apport d’énergie permette qu’elle se déclenche. Ce dernier a une structure géométrique ainsi qu’une répartition des charges fixées. la réaction s’effectue sans intermédiaire et les produits finaux C + D ont une énergie libre plus faible que celle des réactifs A + B. La progression de la réaction à partir des réactifs atteint le point culminant de la courbe avant de fournir les produits de la réaction. . Elle équivaut à la somme de ∆G + ∆G‡f . Généralités La variation d’entropie ∆S a un rôle important dans les cas suivants : 275 – un seul réactif fournit plusieurs produits finaux (les possibilités de positionnement dans l’espace de plusieurs molécules sont plus importants qu’avec un seul type moléculaire). Ce point correspond à l’état de transition de la réaction et définit le passage via un complexe activé.

2 Par exemple.2 est le plus faible (contrôle cinétique). l’équilibre conduisant à l’addition-1. À haute température. il y a plusieurs états de transition. carbanion. une réaction avec un intermédiaire correspondra aux courbes 1 ou 2 de la figure 7.2 de HCl. .4 ou 1.2). contrairement au composé résultant de l’addition-1. 7. la réaction est équilibrée et il se forme un carbocation intermédiaire mésomère qui peut additionner l’ion chlorure de deux façons (figure 7. états de transition états de transition ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ ∆G‡ 2 2 ∆G‡ ∆G‡ 1 A +B ∆G 1 A +B C+D ∆G C+D 2 intermédiaire 1 ∆G‡ 1 ∆G‡ 2 ∆G‡ intermédiaire = énergie libre d'activation de formation de l'intermédiaire = énergie libre d'activation de formation des produits finaux à partir de l'intermédiaire = énergie libre d'activation totale de la réaction Figure 7.2.276 Chimie organique Dans le cas de réactions avec intermédiaires (entités réactives). il se forme très lentement (∆G‡1. ou radical).2 Contrôle cinétique ou thermodynamique d’une réaction Lorsque le chlorure d’hydrogène est ajouté au butadiène (figure 7. mais à température peu élevée. ce qui correspond à une addition-1.4 est très rapidement atteint et c’est le composé le plus stable qui prédomine (contrôle thermodynamique).4 est le plus stable thermodynamiquement avec le ∆G0 le plus faible.3).4 > ∆G‡1. La partie de la courbe la plus basse entre deux états de transitions correspond à la présence pendant une durée très courte de l’intermédiaire (carbocation.3). Le composé qui correspond à l’addition-1.2 qui est le moins stable et qui se forme très rapidement car ∆G‡1.

en fin de réaction. 7. Dans certains cas. le pourcentage des deux composés issus de la réaction est fonction de la stabilité thermodynamique de chaque composé.2 ∆G‡ 1. sa formation est alors à la fois sous contrôles thermodynamique et cinétique.4 (contrôle thermodynamique énergie libre d'activation ∆G‡ composé le moins stable Cl ∆G‡ 1. Généralités 277 Cl Cl +H intermédiaire addition 1. Le rendement de la réaction est inchangé avec ou sans catalyseur. lorsqu’il y a contrôle thermodynamique de la réaction.4 composé le plus stable Cl addition 1. Le composé prépondérant étant le plus stable des deux susceptibles de se former. le pourcentage de ces deux composés dans le mélange final ne dépend pas de la stabilité thermodynamique de chacun de ces composés mais de la rapidité à laquelle ils se forment dans les conditions expérimentales de la réaction.2 1.2 Cl (contrôle cinétique) Cl addition 1. dans la plupart des cas. le composé le plus stable peut aussi être celui qui se forme le plus vite . et qu’il est encore présent.4 vitesse de formation du composé d'addition 1.3 Lorsqu’il y a contrôle cinétique d’une réaction équilibrée et susceptible de produire deux composés de stabilités différentes.4 addition 1.7. sans transformation.2 < ∆G‡ 1. . et il a effectué une catalyse de cette réaction.1 – Généralités Lorsqu’une réaction a seulement sa vitesse augmentée par addition d’un composé en quantité très inférieure à sa stœchiométrie. le composé ainsi ajouté est un catalyseur.3.2 > vitesse de formation du composé d'addition 1.3 Catalyse et catalyseurs 7.4 Figure 7. Inversement.

La catalyse n’agit pas sur G. le catalyseur de Wilkinson. PbO. Il existe des poisons des catalyseurs (inhibiteurs). et les réactants. Dans certains cas. Dans le cas d’une catalyse homogène. le soufre et ses dérivés. Par exemple. le rhodium…). le platine ou son oxyde. plus l’effet catalytique est important et plus la vitesse de la réaction est augmentée. La catalyse est homogène lorsque les réactants et le catalyseur sont tous présents dans une seule phase. en général. par contre. elle permet que la réaction évolue selon une nouvelle voie dans laquelle G‡ est plus faible que dans la réaction sans catalyseur et via un ou des intermédiaire(s) spécifique(s) et plus stable(s). les bases comme la pyridine ou la triéthylamine. l’eau le plus souvent ou un alcool). on l’inhibe partiellement en lui ajoutant un inhibiteur choisi spécifiquement comme dans le palladium de Lindlar (Pd déposé sur CaCO3 + inhibiteur PbO). Dans ce cas. les acides minéraux ou organiques) qui est perdu lors des manipulations nécessaires à l’isolement des produits finaux. des nitriles.278 Chimie organique Si la réaction est réversible. catalyseur utilisé. L’activité catalytique est réversible. le ruthénium. par exemple. Les catalyseurs sont très souvent spécifiques d’une réaction. il est très rare. ou des groupes nitro présents. Le pentacyanocobalt (II) agit aussi en phase homogène. comme dans la majorité des cas (par exemple. En raison du coût souvent élevé de ces catalyseurs. Une propriété intéressante de la catalyse hétérogène est la facilité de la récupération du catalyseur en fin de réaction. en particulier. de récupérer le catalyseur (souvent peu coûteux comme les alcoolates alcalins. voire impossible. Dans certains cas. Ce sont. des gaz ou des liquides. pour réduire les triples liaisons sans affecter les doubles liaisons présentes dans une même molécule. Plus la surface est augmentée (on utilise pour cela des poudres très fines). si le catalyseur est trop actif et peut conduire à un mauvais contrôle de la réaction. Cela dépend des conditions expérimentales et de la loi d’action de masse (voir le cours de chimie générale). l’éthylate de sodium en solution dans l’éthanol absolu dans les alkylations de composés carbonylés via des carbanions). le nickel de Raney. ou des dérivés du plomb comme l’oxyde de plomb. l’équilibre n’est pas perturbé par la présence du catalyseur et les pourcentages des différents composés présents lorsque la réaction a atteint l’équilibre sont indépendants de la catalyse. Un catalyseur d’hydrogénation peut aussi catalyser la déshydrogénation. . et ne réduit que les doubles ou triples liaisons conjuguées et non les autres. La catalyse est hétérogène lorsque le catalyseur est. le catalyseur est déposé sur une substance chimiquement inerte pour accroître la surface catalytique (palladium sur carbone ou sur carbonate de baryum). pour l’hydrogénation des alcènes. effectuée bien souvent par simple filtration et lavage (attention : certains catalyseurs comme le nickel de Raney s’enflamment à sec au contact de l’air et doivent être conservés sous un liquide. le chlorotris (triphénylphosphine)rhodium RhCl(Ph3P)3 catalyse en phase homogène l’hydrogénation des doubles liaisons éthylèniques d’une molécule sans réduire les doubles ou triples liaisons des groupes carbonylés. C’est le cas pour le nickel de Raney qui est totalement inhibé par la présence de soufre dans le milieu réactionnel car il se fixe sur les sites actifs du catalyseur empêchant ainsi l’accès au composé à réduire. cette opération est économique. en solution dans un solvant. l’activité catalytique a lieu sur la surface du catalyseur. un solide minéral insoluble dans les solvants organiques (par exemple.

2 – Catalyse acide ou basique spécifique La catalyse acide spécifique est caractérisée par une augmentation de la vitesse de réaction en fonction de la concentration en ion SH+ dans un milieu où S représente le solvant. Un exemple est la réaction de rétroaldolisation qui s’effectue en milieu basique dans l’eau (schéma 7.qui résultent du retrait d’un proton du solvant utilisé SH (HO. Le catalyseur spécifique est HO-. seul. C’est pourquoi sa catalyse est spécifique. il y a un transfert d’un proton entre le catalyseur et un réactif.3. Dans le cas de la catalyse acide des acétals.pour H2O). Pour l’eau comme solvant. . et qui conduit finalement à un aldéhyde et deux molécules d’alcool.2). La catalyse acide ou basique en solution peut s’effectuer selon deux voies différentes appelées catalyse acide (ou basique) spécifique. La diminution du pH favorise la réaction.1) où SH+ est représenté par H3O+. au choix.H2 O rapide O R' R CH O R' H Schéma 7. ou catalyse acide (ou basique) générale. Le catalyseur intervient donc directement dans le mécanisme réactionnel. les bases ou parfois les deux. Généralités 279 Un nombre très important de réactions en chimie organique est catalysé par les acides. S + HA SH + A C’est le cas de la catalyse acide des acétals (schéma 7.1 lent R C OR' H2O H + R' O H La catalyse acide spécifique est caractéristique de réactions dans lesquelles il y a d’abord une protonation rapide et réversible du substrat avant une étape lente qui conduit aux produits de la réaction.7. la vitesse de la réaction est donc : V = k[H3O+][RCH(OR’)2] La catalyse basique spécifique a pour caractéristique une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions S. le cation hydroxonium H3O+ catalyse la réaction et aucune autre entité acide. On en déduit que l’augmentation du pH conduit à une augmentation de la vitesse de la réaction. Dans tous les cas. 7. Seuls. L’acide ou les acides ajoutés n’agissent que sur l’équilibre qui fournit SH+. les ions H3O+ sont capables de catalyser cette réaction. H2O + HA O R' R CH O R' acétal H3O + A O R C H + R' O H + H3O .

B’… ont un rôle aussi sur la vitesse de réaction. La déprotonation du substrat par HO. C’est le cas de la bromation de la propanone en milieu basique et en présence d’ions acétates CH3COO. .H2 O rapide Me Me O C Base-H + HO O C C H2 Me lent Me C O Me propanone ou acétone O + C Me H2C énolate de propanone 4-hydroxy-4-méthyl-pentan-2-one Schéma 7.3 – Catalyse acide ou basique générale La catalyse acide générale est caractérisée par une augmentation de la vitesse de la réaction en fonction de la concentration en ions SH+. D’autres bases présentes B. O R' R C O R' O R' H A acide lent O R' R C O R' R C O R' O R' H2O rapide O R C O R' + R' O H vitesse = k H3O+ H3O+ RC(OEt)3 + k AH AH RC(OEt)3 + .(schéma 7. Schéma 7.2 La vitesse de cette réaction est v = k[HO-][Me2C(OH)CH2COMe] 7. Dans la catalyse basique générale. la concentration en ions S.3).pour H2O) n’est pas le seul catalyseur actif. A’H… présents dans le milieu. une protonation lente du substrat est suivie d’une étape rapide (schéma 7. Elle est suivie d’étapes rapides.3..280 Chimie organique Base + H2O HO Me Me C C H2 H O O C Me .. mais aussi des concentrations d’autres acides AH.3 Dans cette catalyse.4).issus du solvant SH (HO.ou une base B du milieu est une réaction lente qui détermine la vitesse globale de la réaction. C’est l’acide le plus fort qui est le meilleur catalyseur.

Pour résoudre ce problème. L’anion CN. les éthers-couronnes. mais dans lequel les concentrations des réactifs seront très faibles. Dans l’eau. RX est soluble Dans le cas de la réaction de substitution RX + CNdans les solvants organiques mais pas dans l’eau.BH ou H2O lent CH3 H2C C O CH3 . Depuis quelques décennies. Elle consiste à solubiliser un des réactifs dans l’eau et l’autre dans un solvant organique non miscible (par exemple. Cette solvatation n’est pas possible dans une phase organique. KCN est ionisé en ions CN.Br rapide Br H2C C O 1-bromo-propan-2-one CH3 B = CH3COO V=k HO HO MeCOMe + kCH COO 3 CH3COO MeCOMe Schéma 7. la réaction ne pourra à la rigueur s’effectuer que dans un solvant unique. Il existe deux grandes classes de ce type de catalyseurs. eau et toluène) et d’y ajouter un catalyseur dont le rôle sera de permettre le passage du réactif contenu dans la phase aqueuse vers la phase organique afin que la réaction ait lieu.7. et inversement pour KCN.et K+ qui sont solvatés par l’eau (entourés. avec agitation très puissante du mélange biphasique (par exemple : eau-toluène) pour qu’à l’interface il y ait collision des molécules des deux réactifs. on trouve les sels d’ammonium quaternaires et les sels de phosphonium. et insoluble dans l’autre réactif si celui-ci est un liquide. on peut imaginer l’emploi de deux solvants non miscibles (comme l’huile et l’eau) contenant chacun un des deux réactifs. si l’un des réactifs est insoluble dans l’eau ou les autres solvants polaires et que l’autre n’est au contraire soluble que dans l’eau. de la catalyse par transfert de phase. ce qui aura pour conséquence. En effet. mais dans certains cas. Généralités 281 B ou HO H H2 C C O propanone Br Br .ne peut pas passer dans l’autre phase sans K +. une vitesse excessivement lente de la réaction. et dans l’autre. il est important que les molécules de réactifs entrent en collision. en raison de la . d’une part. et d’autre part. cette technique donne de très mauvais résultats. cela devient difficile.3. très peu dans un autre solvant. R-CN+X-. Ce sont des agents de transfert de phase.4 – Catalyse par transfert de phase Pour qu’une réaction s’effectue au mieux. 7. une technique catalytique est utilisée : c’est la catalyse par transfert de phase (CTP). de molécules d’eau). de l’action des ultrasons. L’expérience montre que dans la majorité des cas. comme dans une gangue. Dans la première.4 Des techniques particulières permettent d’augmenter la vitesse des réactions : il s’agit.

Lorsque KCN est solubilisé dans l’eau. Un autre exemple d’utilisation de cette catalyse est celui de l’oxydation d’oléfines ou d’alcools uniquement solubles dans les solvants organiques. C’est là qu’interviennent les agents de transfert de phase. La vitesse de ce cycle est donnée par la réaction qui consomme les réactifs car les équilibres sont atteints très rapidement. les deux phases sont mises en contact et le catalyseur est ajouté. lequel peut renouveler le cycle jusqu’à disparition des réactifs. Ph-CH2-OH Ph-CH=CH-Ph CH3(CH2)6-CH2OH CH3(CH2)5-CH=CH2 Ph-COOH PhCOOH CH3(CH2)6-COOH CH3(CH2)5COOH + HCOOH Schéma 7. en présence de bromure de tétrabutylammonium. Les propriétés lipophiles (voir la note ci-après) du catalyseur lui permettent de passer alors l’interface pour aller dans la phase organique ce qui permet à la réaction de s’accomplir avec formation du nitrile RCN et d’un nouveau système Cat+X-. Br. et C sont alors établis. et qui sont liés à la réaction de substitution qui s’effectue dans la phase organique. CN-.possèdant des groupes alkyles assez volumineux comme n-butyles (lipophiles. et RX est solubilisé dans un solvant organique. lequel peut de nouveau passer l’interface et se retrouver dans l’eau. X B interface Eau Cat . l’équilibre est déplacé vers la formation de Cat+. CN-. par le permanganate de potassium (soluble uniquement dans l’eau). X. (n-Bu)4N+.6). X Cat = N (R')4 ou P(R')4 Schéma 7. très solubles dans le solvant organique. Solvant organique Cat .(schéma 7. en forte concentration par rapport à Cat+X-.282 Chimie organique neutralité électrique des phases.6 . et par contre.ou de phosphonium P(R’)4+. Les sels d’ammonium quaternaires N(R’)4+. comme indiqués ci-après (schéma 7. CN A + RX réaction RCN + Cat . X. Certains de ces sels sont si peu solubles dans l’eau que leur catalyse a lieu à l’interface (entre les deux phases liquides). B. voir la note en bas de page) sont peu solvatés dans l’eau où ils sont très peu solubles. Trois équilibres A. qui contient RX. CN + Cat .X C K .5).5 Le catalyseur désigné par Cat+ réagit réversiblement dans l’eau avec une molécule de KCN ionisée en formant Cat+. CN + K . En présence de KCN.

un aldéhyde en solution dans le benzène est déprotoné par la soude dans l’eau en présence de (n-Bu)4N+.7 R1 R C CHO R2 Une autre technique est la CTP-solide-liquide. MnO4-. les graisses). après solubilisation complète de l’échantillon traité. etc.(schéma 7. Lorsque le nombre de carbones croît. Le caractère lipophile des molécules est très important pour la recherche de médicaments. Il est déterminé quantitativement (coefficient de partage eau-octanol) à partir du rapport des concentrations de ce composé déterminées dans chaque phase du mélange eau-octanol en volumes égaux. car il permet de connaître leur capacité à traverser les zones lipidiques de l’organisme et donc d’atteindre un organe donné. ou le toluène. R1 H C CHO R2 RX HO . c’est le cas du méthanol. C’est le cas des alcools qui portent un groupe OH hydrophile. l’aldéhyde est substitué. Par réaction avec un halogènure d’alkyle. Généralités Note : bien que le terme lipophile soit plutôt spécifique de la biologie (composé qui se dissout dans les lipides. Plus les chaînes carbonées sont importantes en nombre de carbones dans les molécules. c’est-à-dire qui favorise la solubilisation dans l’eau (inverse de lipophile) par la création de liaisons hydrogènes avec l’eau. l’addition de permanganate conduit à une solution violette de la phase aqueuse tandis que la phase organique contenant RX reste incolore ce qui démontre l’insolubilité de l’oxydant dans la phase organique. L’addition de l’agent de transfert de phase en très faible quantité a pour conséquence visible la coloration violette de la phase organique ce qui correspond à la formation de (n-Bu)4N+. Dans ce cas. Dans ce cas. 283 Dans ces réactions. le caractère hydrophile est important et le caractère lipophile. on ajoute simplement ce dernier. son emploi peut être étendu en chimie pour désigner des molécules plus solubles dans les solvants peu ou non polaires que dans l’eau. le chloroforme. CH2Cl2 / H2O. Dans le cas du bromure de tétrabutylammonium. dans le chlorure de méthylène contenant le composé à . de l’éthanol. à l’interphase eau-solvant non polaire. I. composé qui démarre la réaction de substitution. ils donc facilement solubilisés dans l’eau. solide. faible. si on utilise le mélange de solvants non miscibles ou biphasique chlorure de méthylène /eau. c’est la cas du butanol.7.qui est transporté dans la phase organique par le catalyseur. si on reprend l’exemple de l’oxydation d’un composé organique par le permanganate de potassium. au contraire passe dans la phase aqueuse.I Schéma 7. le caractère lipophile l’emporte sur le caractère hydrophile et les alcools deviennent de moins en moins solubles dans l’eau. Par exemple.7). c’est l’ion hydroxyle HO. et une longue agitation du mélange. et du propanol. Les solvants organiques classiques pour cette technique sont le chlorure de méthylène. Pour les alcools à faibles nombres de carbones. afin d’atteindre l’équilibre. le benzène (très rarement en raison de sa toxicité). les groupes butyles sont lipophiles et se maintiennent plus facilement du côté du solvant non polaire tandis que la « tête hydrophile » azote quaternaire et ion bromure. plus la molécule devient soluble dans les solvants non polaires et par conséquent de moins en moins dans l’eau. pentanol. (n-Bu)4 . Cette technique de catalyse (CTP liquide-liquide) peut être utilisée pour soustraire un proton d’un substrat en solution dans un solvant organique par action de la soude dans l’eau.

Si KCN n’est pas soluble dans un solvant organique. par exemple) ce qui favorise ses réactions et les rend plus faciles que dans les conditions classiques à l’exception des réactions effectuées dans des solvants aprotiques dipolaires. un cation métallique spécifique en fonction de leur taille. le catalyseur est appelé cryptand (parfois écrit avec un t à la place du d). puis il est directement mis en réaction dans un solvant organique (le benzène par exemple). des réactions secondaires comme les hydrolyses des produits finaux ne sont plus possibles. Br-. Ethers-couronnes et cryptands sont des transporteurs de cations appartenant au groupe de composés appelés ionophores. comme le cryptofix â. L’éther-couronne le plus utilisé est le dicyclohexano-18-crown-6 (figure 7. ce qui permet les réactions. Par ailleurs. Lorsque le cryptate n’est plus constitué d’un seul cycle mais de plusieurs. est soluble. solubles dans les solvants organiques. Tous ces anions dont le cation est crypté forment des paires d’ions dans lesquels l’anion est beaucoup plus libre que dans les sels ordinaires (KCN. K O O O N O O O Cryptofix (cryptant) Figure 7.284 Chimie organique oxyder : aucune coloration du solvant n’apparaît et aucune réaction n’a lieu.4 R O O + O N O M+ N M+ O O O (cryptate) O N . Les solvants utilisés sont l’acétonitrile. si on ajoute une petite quantité de l’agent de transfert de phase. Par contre. F-. Ce sont des molécules organiques. agissent de manières différentes. entre autres.. MnO4. par contre. par coordination. Les atomes d’oxygène jouent le rôle de bases de Lewis (voir le paragraphe suivant) vis-à-vis des cations métalliques. le chlorure de méthylène ou le toluène. CN-. Le complexe est alors appelé cryptate. Il n’y a plus besoin de deux solvants. Cette technique évite l’emploi de l’eau et empêche la solvatation des anions. O O K O O dicyclohexano-18-crown-6. L’anion cyanure peut être remplacé par I-. CH3COO-. Les équilibres indiqués pour la CTP-liquideliquide ont toujours lieu mais se font à l’interface du solide (KMnO4) lequel adsorbe les molécules de composé à oxyder à sa surface.4). effet qui diminue leur activité chimique. poly-éthers cycliques. Le sel est d’abord mis en contact avec l’éther-couronne ce qui forme un complexe. la coloration violette apparaît et la réaction d’oxydation débute. assez volumineuses et qui ont la propriété de retenir dans leur cavité. le sel constitué du « K+ -éther-couronne ». Les éthers-couronnes.

par contre. Al2O3.4 La théorie de Lewis des acides et des bases Cette théorie a généralisé la notion d’acides et de bases développée par Brønsted (1923). des composés aussi divers que des sels de divers métaux comme l’aluminium. ce qui crée des sites actifs et facilite les contacts chimiques avec les réactifs. le zinc(II) ou le mercure Hg(II). 7. le plus souvent un halogène. 7. et les bases. les composés susceptibles de les capter. N O O O OMe OMe OMe tris(3. certaines résines proches du polystyrène qui sont.5 Il existe des catalyseurs minéraux qui ont des activités comparables. l’anhydride sulfurique SO3 ou des ions métalliques comme Ag+ qui n’étaient pas considérés comme des acides par Brønsted sont des acides au sens de Lewis dans la mesure où ils ont tous une orbitale vacante. Les rendements sont souvent meilleurs et les réactions secondaires réduites car la température et la pression de la réaction « normale » sont diminuées. On peut rappeler que dans cette dernière. On peut citer les acides de Lewis suivants. qu’ils soient réactifs ou catalyseurs.6-dioxaheptyl)amine Figure 7. C’est alors une catalyse triphasique qui a des avantages sur le plan expérimental. ce qui augmente la vitesse de la réaction. de structures MXn.7. le catalyseur peut être facilement extrait du milieu réactionnel pour une nouvelle opération. Un autre intérêt de ces ultrasons se trouve dans leur capacité à rendre propre voire dépolie la surface des métaux. le silica-gel (utilisés aussi et d’abord en chromatographie). Cela a pour effet de créer des microbulles (cavitation) qui en disparaissant produisent des ondes de choc à forte énergie et qui ont pour effet d’augmenter la température et la pression dans des microespaces.6-dioxaheptyl)amine. comme l’alumine. Il s’agit par exemple du TDA-1 ou tris(3. l’acide organique n’est plus l’ensemble RCOOH mais seulement le proton H+ dans la mesure où il présente une orbitale vide ou vacante. et qui sont rangés par acidité décroissante : . insolubles dans l’eau et les solvants organiques. Par ailleurs.5). où X représente un ion inorganique. le fer(III).3. un acide est un composé qui présente une orbitale vacante.5 – Les ultrasons Une autre technique qui permet d’augmenter la vitesse des réactions (surtout radicalaires) est l’utilisation des ultrasons de fréquences supérieures ou égales à 20 KHz. Dans la théorie de Lewis. car la réaction terminée. composé acyclique (figure 7. et la base. un composé qui possède une paire d’électrons libres ou faisant partie d’une orbitale π. Dans la théorie de Lewis (1938). Généralités 285 Certains composés qui n’appartiennent pas à la famille des cryptands agissent pourtant de la même manière. des halogénures de bore comme BF3. les acides sont des composés susceptibles de libérer un proton.

8). amines. mis en présence d’un composé B possèdant un doublet d’électrons libres (alcools.286 Chimie organique BX3 > AlX3 > FeX3> GaX3 > SbX5 > SnCl4 > AsX5 > ZnX2 > HgX2 = orbitale vacante On peut donc considérer que toute réaction dans laquelle un composé A ayant une orbitale vacante. A acide de Lewis + B base de Lewis A B H H + R O H R O H alcool protoné Et BF3 trifluorure de bore + Et O Et F3 B O Et diéthyléther étherate de trifluorure de bore BF3 Me + N Me Me triméthylamine Me F3 B N Me Me triméthylammoniumtrifluoroborate Schéma 7. éthers. thioéthers…).8 . avec création d’une liaison A-B est une réaction acido-basique au sens de Lewis (schéma 7. thiols.

.....................1.. 305 8........................................................................................ 291 8................1.1........ 314 315 318 319 320 323 326 327 333 8................................1.............1................. 307 8..............................12c – Les éthers et époxydes .......11 – Substitutions nucléophiles par l’eau .1a – Les groupes partants ou sortants ..... 311 8......11a – Les composés halogénés .......... 314 8..1................9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) . 8..................................... 292 8....1 – Généralités ........... 8......................5 – Mécanisme SN1cB ...............1................. 310 8.....................8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) ...1........1.......................................1............. 8..1b – Les réactifs nucléophiles .....................................12a – Les halogénures ......................................11b – Des esters et des anhydrides ........................12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates ......1....1......Chapitre 8 Les réactions de substitution Sommaire : 8............ 312 8........................4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) ...............................................7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) ........................10 – Substitution nucléophile sur >C=O .............12d – Les acides .........1...... 312 8..............1. 291 8.................... 320 ............ 306 8................ 8.............. 8.... 302 8..1 Substitutions nucléophiles aliphatiques ...........................................................................1.6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques .................. 8.11d – Les époxydes ...................................11c – Des amides ....... 8....1........ 8.............1...... 293 8............................ 297 8.1........12e – Les anhydrides d’acides .........................2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 .......................................................1....................................3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 ...............................................................1.1.....................1...................................................1...............12b – Les alcools .............

........21c – Thiourée .................. 333 8..... 334 8.............. ou de nitriles .............. 339 8..............1.1..1.........................1........1................................ 351 8......1....................... 8.....1....................... 8..................................... 364 8..16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure ........ 353 356 357 358 359 359 8........................ esters............1..21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés ............ d’aldéhydes........................................................ 8........................ 338 8....1...... 8.............................22d – Anions cyanate et thiocyanate .......................1..................15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines ...............................................1..........1....... 334 8.............. 8.................................................................. 353 8.......... 361 8.......18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques ....................................1. amides ................................................12g – Les sulfonamides .... 8.........17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution .............. 8....................................................22a – Anion cyanure ....15c – Les oxiranes...................................................1............22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral ................................22b – Anion azoture ....... 8....................... 350 8..................................1.1...........................................21d – Ion thiosulfate ....21a – Acide sulfhydrique et ses sels ........... 351 8............................... 370 .......... 339 344 344 345 8..18b – Alkylation des acétoacétates ...........................1..1...........................1......19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants..................1..................................1...17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) ...... 8......1.........13c – Le diazométhane ...........21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite ........ 8...... 8.............22c – Anion nitrite ....1.......1.....18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques ..............................17b – Couplage des chlorures d’acides ....................14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes .................1..15a – Les halogénures ...1.............15d – Les acides.....................1.......1.........18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants ...........18a – Synthèse malonique .. 336 8................... 334 8.............. 352 8..............23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique ................... 367 368 369 370 8.........1....13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels .........288 Chimie organique 8....................1....... 8......... 364 365 366 366 367 8...................... de cétones.....12f – Les esters carboxyliques ........ 363 8...........13a – Les halogénures ....1.................. thiiranes et aziridines ....1.................1.................18c – Alkylation d’esters.....1.... les esters et les amides ..... 8............................. 8.....1.. 367 8........................1.................15b – Les alcools .......... les anhydrides d’acides................. 337 8...13b – Les acides...21b – Thiols et thiolates ..1...18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments ................... les chlorures d’acides.20 – Alkylation d’un carbone acétylènique .. 8...................................................

. 8..6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium ..2............................8c – Réaction d’Haller-Bauer ..........2.. 8.......2.......7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal .......................1.................................8a – Décarboxylation d’acides .....2..8..2.................. amides 375 8.................9b – Nitrosation des amines secondaires .....1..............2..........2 Substitutions électrophiles aliphatiques .........2........3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) .................................2.. 8...23a – Réaction de couplage avec les halogénures ....... 8.......6c – Halogénation des aldéhydes et cétones ............................ Les réactions de substitution 289 8.........................1.2........................................................1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) ......... 8............................... 8.23b – Réaction de couplage avec les acétals.............. 8..........6d – Halogénation des acides carboxyliques ......... 8................ 8..2.2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) ......................2....2.................... cétals.....2.............................2...................8b – Réaction haloforme ............6b – Echange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) .......8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné .........2.....6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide .... 8.............4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) ..2..........6i – Cyanation d’un méthylène activé . 1954) ........2................. 8. 8..............2............................................. 370 8.............6e – Sulfonation d’aldéhyde..9 – Substitutions éléctrophiles aliphatiques de composés azotés .........9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires .........2...................2..............6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H 8....... 8..............2.......... cétone et d’acide carboxylique ... 376 377 378 378 379 379 379 380 381 383 385 385 386 388 389 389 390 390 392 392 396 396 399 399 400 400 403 404 ............... 8.... 8. 8....................2..................... 8........2.........5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) 8...2..................... orthoesters et époxydes ............ 8....... 373 8.............. 8.........2. 8....2.... 8.........2........9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines .. esters carboxyliques..... 376 8.......................... 8........................23c – Réactions avec les anhydrides...2.......6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork.................6j – Formation d’éthers d’énols silylés ................... 8..6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique ............ 8..6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant ........ 8..7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants ......6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide ....

..............................................................................4 Substitutions électrophiles aromatiques ...1m – Décarboxylation des acides aromatiques ...........2.....................................3 – Mécanisme SRN1 .............10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques ........4..4...1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques ...............................................................2............4.................................. 8... 416 8...........9e – Formation d’haloamines .................... 406 8..........................10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques ... 8..............................1b – Sulfonation ...................... 8..........................4.............4.................................4..................4........4.....3 Substitutions nucléophiles aromatiques .....1f – Arylation .........................10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques ...........4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés......................3...1e – Carboxylations par le phosgène................................................................4...........................2..... 8...................................2.. 8.........................4...... 407 8...9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines .. 422 8......................................10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques ....................... 422 8........ 8..................... 414 8................ 418 8................................................. 8.....................1k – Aminoalkylation ........10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques ............3......2..........................1 – Mécanisme SNAr ...290 Chimie organique 8...... 8.1 – Mécanisme SEAr .5 Mécanisme de substitution radicalaire (rappel) ..........1j – Hydroxyméthylation ..................1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation) .3.1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts ...............3.2 – Mécanisme SE1 ...................... 454 8.........................4............................. 8........... 8..... 8....1c – Halogénation .................. 417 8.2..........4..........4..... les arynes ........1g – Formylations ..... 8..................................... les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates ........2.........................................1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet) ..............................................4..... 455 ..... 8....................................................................... 414 8.......................2.................... 8.......... 8................................ 407 408 409 410 412 413 8.......1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt) .........4............10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant ....................10f – Transmétallations ....................................2 – Mécanisme SN1 aromatique ............................. 427 428 431 434 438 439 440 445 446 449 450 451 452 453 8....2...............4........1a – Nitration ..... 8........... 405 8................. 8................................................................. 8...............

une base de Lewis. il se forme deux ions.1. ou portant une charge négative. .4).3 Dans le troisième cas (schéma 8. tandis que le groupe nucléofuge devient un anion Y-. 2) Nu Nu N + + Y X + + R R Y X R R Et Et N Et amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire Schéma 8. un anion minéral ou un carbanion. attaque un carbone lié à un groupe nucléofuge Y. Les réactions de substitution 291 8. la réaction est ainsi facilitée et fournit deux molécules neutres.3). le nucléophile chargé négativement. Nu + R Y Nu Schéma 8. celui qui correspond à l’alkylation du nucléophile. attaque un carbone lié à un groupe partant ou sortant (nucléofuge) Y exerçant un effet -I ou/et mésomère -M sur ce carbone.2 Dans le second cas (schéma 8. par exemple. 1) Nu HO + + R Y Nu HO R R + + Y X R X X = un halogène ou tout autre groupe partant Schéma 8. Dans le premier cas (schéma 8. Le doublet d’électrons du réactif nucléophile crée la liaison avec le carbone tandis que le groupe partant (sortant ou nucléofuge) entraîne avec lui le doublet qui le liait au carbone (schéma 8. comme une amine tertiaire. Nu.1 R + Y Quatre cas peuvent être envisagés. Nu-. non chargée. neutre. attaque encore une molécule R-Y. chargé positivement.1 – Généralités Dans les réactions de substitutions nucléophiles aliphatiques.2).1 Substitutions nucléophiles aliphatiques 8. un réactif nucléophile ayant au moins un doublet d’électrons libre. et celui qui est formé à partir du groupe nucléofuge.1). L’anion (ou le carbanion) est alkylé par le groupe R. un nucléophile chargé attaque un carbone lié à un nucléofuge chargé positivement.8. chargé négativement.

5).2-trifluoroéthanesulfonates Figure 8. Le groupe OH étant un très mauvais groupe partant.1. il s’agit des triflates.2 et 8. -Cl RX halogénures O SO2 ROTs Me O SO2 ROBs brosylates Br O SO2 RONs NO2 tosylates p-toluènesulfonates p-bromobenzènesulfonates nosylates p-nitrobenzènesulfonates O SO2 CH3 ROMs mésylates méthanesulfonates O SO2 CF3 ROTf triflates trifluorométhanesulfonates O SO2 C4F9 nonaflates nonafluorobutanesulfonates O SO2 CH2-CH3 trésylates 2. ou des trésylates qui sont 100 fois plus réactifs sous l’effet d’un nucléophile que les tosylates.> Cl.> Br. il est converti par action d’un chlorure d’acide sulfonique correspondant en un ester sulfonique. un brosylate. lesquels sont de meilleurs groupes partants que les halogénures (figure 8. des nonaflates. -Br.1 D’autres groupes partants sont encore plus forts. le quatrième cas (schéma 8. R groupe aliphatique Y groupe partant -I.3) sont issus d’acides forts et sont libérés comme anions Y-. consiste en l’attaque d’un nucléophile non chargé sur un carbone lié à un nucléofuge Y chargé positivement. comme un tosylate. 4) H S H acide sulhydrique Nu + + R R N Y Et Et Et Nu H S H R + + Y Et Et Et R N ion alkylsulfonium Schéma 8. un nosylate ou un mésylate.4 Enfin.5 8.292 Chimie organique 3) Nu + R Y Et Nu R + Y Et Et Et amine tertiaire HO + R N Et Et HO alcool R + N Schéma 8.>> F-. Le nucléophile est alors alkylé fournissant un composé chargé positivement tandis que le nucléofuge est libéré sous forme neutre. On peut citer les anions halogénures avec l’ordre suivant I. plus rare. .1a – Les groupes partants ou sortants Les meilleurs groupes partants ou sortants Y dans les deux premiers cas (schémas 8.2.1).

4.> RO.> H2O > ClO4et R3C. Toutefois. Ph Ts -N Ts ditosylate Ph . Ainsi. esters avec R’ aryle ou alkyle).5).> R2NH > ArO. Des compléments importants sont donnés ci-après. des alkoxydes. ou enfin NH2 (RCO-NH2. Y est alors un halogène et le plus souvent un chlore. anhydride d’acide simple R = R’. on montre qu’il existe une relation linéaire entre les pKa (basicité) et les vitesses des réactions (nucléophilie). R ≠ R’). meilleur nucléophile que l’ammoniac NH3. ce qui active efficacement sa réactivité vis-à-vis des réactifs nucléophiles (schéma 8. le groupe partant est alors -N=N +.> NH3 > pyridine > F. par exemple.X RNH2 + Ph O Ph Ph sel de 2.6).> FLes nucléophiles oxygénés sont moins puissants que leurs analogues soufrés (RS. A l’intérieur d’une série homogène de nucléophiles. (RCO-OR’.> R2N.6-triphénylpyridinium. à partir d’un sel de 2.6-triphénylpyrylium.est un meilleur nucléophile que l’eau. (RCO-OH. ou OCOR’. l’ion hydroxyde HO. HX R-N=N . ce rapport entre nucléophilie et basicité peut être inversé par des effets stériques : des nucléophiles fortement basiques comme les t-butylates alcalins qui présentent un certain . c’est pourquoi on le convertit. par exemple. La nucléophilie augmente parallèlement à la basicité. RO-. et l’ion amidure NH2-.4. acide).X . Enfin.6-triphénylpyrylium N R Ph sel de 2. chlorure d’acide). Pour des réactifs nucléophiles dont l’atome actif appartient à la seconde période du tableau de Mendéleiev. soit en un sel de 2. (RCO-OCO-R’. ou OR’. Les nucléophiles chargés sont plus actifs que leurs acides conjugués. soit en ditosylate.> HO. l’amine peut être traitée par l’acide nitreux ce qui la convertit en sel de diazonium.1b – Les réactifs nucléophiles Les réactifs nucléophiles ont déjà été définis (§ 6.6-triphénylpyridinium NO2H.4. S’il s’agit d’une substitution sur un groupe carbonylé. Les réactions de substitution 293 Si le groupe OH n’est pas un bon groupe partant. amide). ou mixte.> RO. (RCO-Cl.6 On peut y ajouter le groupe OCOR’ des esters R-OCOR’ ou les sels d’amines quaternaires R-N+(R’)(R’’)(R’’). ou OH.> RO-). le groupe NH2 ne l’est pas non plus.4. 8. Leur réactivité est fonction des règles suivantes. on peut donner l’ordre d’activité suivant : NH2.1.8. dans la mesure où ces derniers sont aussi des nucléophiles. X sel de diazonium Schéma 8.

l’ion H-O-O.294 Chimie organique encombrement stérique ont une nucléophilie plus faible que des nucléophiles moins basiques comme les éthylates alcalins. On peut en déduire que l’interaction entre Cl. La charge négative de Cl. L’acide iodhydrique. l’hydrazine NH2-NH2 est plus nucléophile que l’ammoniac. La même observation est faite avec les amidures : (Et)2NLi > (isoPr)2NLi. mais c’est un nucléophile fort. et les amines : (Et)2N(Et) > (isoPr)2N(Et). Par ailleurs. la vitesse de la réaction décroit en fonction de la nature du cation métallique.est un meilleur nucléophile que l’ion CH3O-.> Cl. leurs volumes atomiques sont très différents : I.> F-.et Cl-. dans l’ordre suivant : K+ > Na+ > Li+. NH3. Le caractère protique ou aprotique du solvant polaire (solvants § 6.est donc une base faible. pour une série homogène. Ainsi. Si seul l’un d’entre eux est réellement produit. on dit que la réaction est régiosélective dans la mesure où la réaction s’effectue sur un site précis de la molécule parmi d’autres possibles (voir note ci-dessous).> I-. ce qui n’est pas le cas des solvants aprotiques : la réactivité de ces nucléophiles est donc plus grande dans un solvant aprotique. seul. l’ion métallique qui accompagne un carbanion est solvaté par l’emploi de composés spécifiques. pour les mêmes raisons. Dans un solvant polaire. le caractère nucléophile augmente en même temps que la nature de l’atome « actif » se situe plus bas dans les colonnes du tableau de Mendéléiev. Il en est de même des alcools correspondants. Ces nucléophiles sont moins solvatés que les nucléophiles chargés et moins sensibles aux changements de solvants.> Br. IH.est un meilleur nucléophile que l’ion HO-. Si. ce qui explique la différence de réactivité entre ces deux nucléophiles. Lorsqu’on étudie les composés nucléophiles d’une même colonne du tableau périodique en la descendant. mais moins encombrés. La nucléophilie d’un composé chargé ou non est augmentée par la présence en α du centre nucléophile d’hétéroatomes comme N. les vitesses des réactions pour trois nucléophiles halogénés sont les suivantes Cl. l’anion I. les solvants protiques ont la propriété de créer des liaisons hydrogènes avec les nucléophiles de petites tailles. Si l’on compare les ions I. A un acide fort. En effet. comme le 1. bien supérieure à celle de I-.> R tertiaireO-. le carbanion a un degré de liberté important et réagit beaucoup plus vite.3) est important pour des nucléophiles de faibles volumes. plus sa vitesse de réaction est grande. Pour les nucléophiles non chargés.> Br.est donc plus « concentrée » que sur I-. Dans le diméthylformamide (DMF). . Cela est particulièrement démontré avec la série I.est plus gros que Cl-. on peut écrire pour la nucléophilie : RprimaireO.> RsecondaireO. leur caractère nucléophile augmente tandis que leur caractère basique diminue. Certains nucléophiles sont dits ambidents dans la mesure où ils résonnent entre plusieurs formes limites pouvant conduire par une réaction de substitution à plusieurs isomères.7. les interactions entre Cl. Quelques exemples de ces réactifs nucléophiles ambidents sont donnés dans le schéma 8. Plus le degré de liberté d’un nucléophile chargé est élevé. il a été montré que pour une réaction donnée (synthèse malonique).et le solvant sera une gêne pour l’attaque du substrat. L’ion CH3S. correspond une base conjuguée faible. est un acide fort.2-diméthoxyéthane pour le cation Na+.et ce solvant seront plus fortes qu’avec I-. O ou S qui possèdent des doublets d’électrons libres : par exemple. solvant polaire aprotique.

c’est donc lui qui réagira d’abord avec une molécule de RY. Ce terme est synomyme de régiospécificité. l’addition d’une quantité stœchiométrique de base conduit à la déprotonation du CH2 le plus acide situé entre les deux groupes carbonyles et l’addition de RY conduit à une unique alkylation (schéma 8. Note : le terme régiosélectivité s’applique d’une manière générale à une réaction pouvant conduire à plusieurs isomères de position (ou structuraux) mais qui. et inversement). CH3COCH2COOEt. Les réactions de substitution 295 1) ion cyanate N C R-Y -Y O N C O R-Y -Y R R N C O N C O cyanate isocyanate composé unique: réaction régiosélective 2) carbanions dérivés de β-dicétones. Le carbanion qui en résulte peut être de nouveau alkylé par RY ou bien protoné par addition d’un acide faible. esters maloniques R C O C C O R'Y -Y R C O C R' C O C O R C C O R' C-alkylation le plus souvent majoritaire O-alkylation (2 composés O-alkylés si le composé dicarbonylé n'est pas symétrique) R C O C C O R'Y -Y C O R C C O Schéma 8. β-cétoesters.7 Lorsque le composé β-dicarbonylé peut être déprotoné sur deux sites acides. Dans le cas de l’acétylacétate d’éthyle.8). Si deux équivalents de bases sont ajoutés. privilégie partiellement ou totalement la formation d’un seul de ces isomères. un dicarbanion peut se former et permettre deux types de C-alkylations qui s’ajoutent aux O-alkylations potentielles indiquées ci-dessus. en fait.8. . la déprotonation a lieu à la fois sur CH2 et sur CH3 : un dicarbanion est produit. Ces résultats montrent que l’on peut orienter la C-alkylation sur ce type de composé en fonction du nombre d’équivalents de base et de moles de RY utilisés. Le carbanion issu de CH3 est plus basique que celui issu de CH2 (rappel : à un acide fort correspond une base conjuguée faible.

qui peut donner lieu à une O-alkylation avec formation d’un ester (nitrite). En milieu basique.296 Chimie organique CH3 C O CH2 C OEt O 1 équiv. RCN. Schéma 8. de base CH2 C O carbanion le plus basique CH C OEt O un équiv.9 On peut ajouter à ces trois exemples. O=N-O-. qui peut fournir un nitrile. R-NO2. les ions phénates. C N O R-Y . l’ion nitrite.Y R C N O amide C N O -Y R-Y C N O R imidate Les % de O. R-O-N=O. l’attaque d’un halogénure d’alkyle par le cyanure de sodium dans un solvant polaire génère un nitrile. la nature du cation métallique et celle du solvant influent sur l’orientation de la réaction. . voire non polaire. CN-. de même. et. Comme dans le cas des amides évoqué ci-dessus.8 3) Sels d’amides Les amides primaires et secondaires sont en équilibre avec leurs formes tautomères imino-alcools. c'est l'inverse avec Ag+ et un milieu non polaire. La réaction de substitution nucléophile peut donc conduire à deux composés différents : un amide substitué ou un imidate (schéma 8. l’ion cyanure. de base CH3 C O CH R-Y -Y R C OEt O 2 équiv. l’utilisation de cyanure d’argent dans un solvant peu polaire. et aussi.et N-alkylations dépendent du cation métallique et de la polarité du solvant : avec Na+ et K+ en milieu polaire la N-alkylation est favorisée.9). ou un isocyanure. conduit à un isocyanure. il existe un équilibre entre les sels correspondants à ces deux formes en équilibre. RNC. qui peuvent être alkylés sur l’oxygène ou sur les carbones du cycle. ou à une N-alkylation en donnant un dérivé nitré. de RY -Y H CH3 C O CH C OEt O R CH2 C O CH C OEt O R CH2 C O CH2 C OEt O Schéma 8. Ph-O-. Ainsi.

8) ce qui est représenté dans le schéma 8. Y s’en éloigne ce qui augmente la polarisation de la liaison C-Y (effet de champ § 5.10 Dans le cas présenté.10 donne un exemple avec Nu-. lorsque Nu. et la liaison C-Y est presque rompue. R3 dans le plan inversion de Walden Schéma 8. on observe une valeur maximale qui correspond au moment où. Au moment où Nu forme une liaison avec le carbone. à la fois. par exemple HO-).8. chargé négativement ou non.2 . c’est une attaque dorsale (une attaque du côté de Y aurait été dite frontale) : état de transition R1 Nu + R2 R3 * C Y Nu R1 C R3 R2 Y Nu * C R1 R2 R3 + Y R1. Les réactions de substitution 297 8.1.2).5. R2. la liaison C-Y se rompt en libérant Y-. R1 Nu R3 C R2 Y état de transition énergie libre d'activation Nu + RY RNu + Y progression de la réaction Figure 8. Nu est presque lié à C. attaque le carbone lié à Y de R-Y du côté opposé à Y (le schéma 8. Si on enregistre la courbe de l’énergie libre d’activation de cette réaction (figure 8.s’approche du carbone lié à Y. représenté par l’état de transition (ou état transitoire).2 – Substitution nucléophile bimoléculaire SN2 Dans le mécanisme de cette réaction de substitution.11. le réactif nucléophile Nu.

L’orbitale « p » sert à créer les liaisons avec Nu et le groupe Y. seuls. dans l’état de transition. Cette inversion de configuration est appelée inversion de Walden.11 Le mécanisme est donc concerté.298 Chimie organique L’état de transition est caractérisé par la position des deux groupes Nu et Y. de manière transitoire. R1 Nu (éloigné) +δ R2 R3 R1 Nu (rapproché) C Y -δ R1 et R2 = H ou seulement R1 = H C R2 R3 +δ Y -δ (augmentation de la polarisation de la liaison C-Y) R1 Nu R3 C R2 Y état transitoire (énergie libre d'activation maximum) R1 -δ Nu C +δ R3 R2 + Y -δ +δ Nu C R1 + Y R2 (éloignement de Y-: R3 diminution de la polarisation de la inversion de configuration relative du carbone (s'il est chiral) liaison Nu-C) Schéma 8. d’où la dénomination de bimoléculaire pour cette substitution. Le réactif nucléophile et RY ont donc chacun un rôle équivalent dans ce mécanisme. s’il est chiral. Nu est alors lié au carbone du côté opposé à celui où se trouvait Y. le carbone reprend aussitôt son hybridation « sp3 ». le réactif nucléophile et RY interviennent dans cette réaction. Lorsque Y est libéré. (il se fait en une seule étape) et passe par un état de transition correspondant à un état d’activation maximale de la réaction. Il s’ensuit que la réaction est du premier ordre pour chacun d’eux : on en déduit que la cinétique de cette substitution SN2 est d’ordre deux et s’exprime par la relation : Vitesse = k[RY][Nu] . On peut donc en conclure que la configuration relative du carbone impliqué dans cette réaction s’inverse. et plus particulièrement. La charge est alors délocalisée. Le carbone hybridé « sp3 » dans RY est converti. exactement opposés par rapport au carbone dont les trois substituants (autres que Y) sont alors situés approximativement dans un plan en faisant un angle entre eux de 120°. La réaction SN2 est donc stéréospécifique. en un carbone hybridé « sp2 ». Comme on peut le remarquer.

si ce carbone est primaire ou à la rigueur secondaire.13) sont ouverts sous l’action de nucléophiles. l’approche de Nu est rendue difficile en raison de l’encombrement stérique . mais jamais tertiaires. . L’inversion de Walden a pu être mise en évidence pour les composés ayant un groupe R primaire en remplaçant un des deux atomes d’hydrogène par un atome de deutérium. Par contre. HO CN R'O ONO hydroxyde cyanure alkoxyde nitrite azidure (hydrure. puis avec des carbanions et enfin avec des molécules neutres. d’abord avec des anions. Les réactions de substitution 299 Si le carbone est tertiaire. L’attaque du nucléophile est orientée vers le carbone le moins substitué par des groupes alkyles. l’approche de Nu est facilitée. secondaires. Quelques exemples classiques de réactions SN2 sont donnés dans le schéma 8. l’état transitoire est alors difficile à atteindre.8. Y (R')(R")(R"')(R)N.12 RY + (R')(R")(R"')N Certains cycles tendus comme les oxiranes ou époxydes (schéma 8.12. et assez souvent. L’oxygène du cycle a un effet électroattracteur -I sur les carbones du cycle et joue le rôle de Y. c’est ce qui explique que le mécanisme SN2 est spécifique des groupes R primaires (et particulièrement méthyle). AlLiH4) bisulfure alkylsulfure thiocyanate cyanate ROH alcool RCN nitrile ROR' éther RONO nitrite RN3 azide RH alcane RSH thiol RSR' thioéther RSCN isothiocyanate ROCN isocyanate RY + N3 H SH RS SCN OCN R'CHCOR" R'CHCOOR' (R')(R)CHCOR" cétone (R')(R)CHCOOR" ester (R')(R)C(COOR")2 malonate R'C CR alcyne sel d'amine tertiaire sel d'ammonium quaternaire RY + R'C(COOR")2 R'C C (R')(R")NH (R')(R")(R)NH. Y Schéma 8.

C’est toujours une cinétique d’ordre 2.10) est lié à un groupe partant.15 . C’est un mécanisme dit tétraèdrique en raison de la géométrie de l’intermédiaire.15).14 Un nucléophile neutre réagira selon un mécanisme semblable.1. C’est le cas de la formation d’amides par action des amines sur les esters (schéma 8. O R C HNu Y R C HNu O R R1 RCOOEt + ester O R HNu C Y O + Y C Nu + YH R1 RCON R2 amide secondaire éthanol NH R2 amine secondaire + EtOH Schéma 8. la réaction de substitution SN2 a lieu mais le mécanisme s’effectue via un anion (schéma 8.14).300 Chimie organique R C R' O Nu CH2 HO (puis H+) R C R' R C R' OH CH2 NHR" β-aminoalcool CH2 OH glycol OH R"NH2 R et R' = alkyl Schéma 8. Les chlorures d’acides réagissent selon ce mécanisme lorsqu’ils sont mis en présence d’une base alcaline. O O R C Nu RCOCl + HO chlorure d'acide O Y R C Nu RCOOH acide R Nu C Y + Y + Cl R-COO + H2O HO Schéma 8.13 Lorsqu’un groupe carbonyle (voir aussi § 8.

Lorsque l’état de transition nécessite une dispersion des charges comme dans 1) et 4). Lorsque la réaction de substitution s’applique à un carbone d’une fonction carbonyle.> HO. les solvants polaires sont souvent utilisés. le solvant n’intervient pas. son rôle est différent. selon la nature de la réaction (cas 1 à 4 du schéma 8. Les réactions de substitution 301 Parmi les nucléophiles les plus souvent utilisés. des charges dispersées comme dans l’état de transition du mécanisme SN2.> F.> MeO. en regardant l’équation de la vitesse de la réaction.> pyridine > AcO. par exemple) dans leurs effets sur la vitesse de la réaction tout particu- . effet de l'augmentation de la polarité du solvant sur la vitesse de la réaction types de réactions SN2 1) Nu + R Y -δ Nu R Y -δ Nu R + Y faible dispersion de la charge 2) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort création de charges 3) Nu + R Y -δ Nu R +δ Y Nu R + Y fort diminution des charges 4) Nu + R Y +δ Nu R +δ Y Nu R + Y faible dispersion de la charge Schéma 8. Dans la réaction 3) des charges localisées disparaissent au profit d’un état de transition avec de faibles charges dispersées.> ArO. Il faut rappeler ici qu’un solvant polaire a pour propriété de favoriser les réactions dans lesquelles des charges localisées sont produites car il entoure de ses molécules. On pourrait donc utiliser des solvants polaires ou apolaires mais pour des raisons de dissolution des réactifs. on peut donner un classement en fonction de leur activité dans des réactions SN2 réalisées dans un solvant protique sur un carbone hybridé « sp3 » : RS.> ArO.> H2O.> N3.> HO.16). Lorsque. au contraire. la polarité du solvant favorise la réaction et la vitesse augmente.8. la polarité du solvant influe négativement sur la vitesse.> N3. l’ordre de réactivité décroissant des nucléophiles est le suivant: EtO. Et pourtant. en particulier ioniques.= IQuel est le rôle du solvant dans une réaction de substitution SN2? A priori. chacun des ions en les solvatant. l’état de transition conduit à l’apparition de nouvelles charges comme dans 2).> Br.> H2O > Br.> ArS.> Cl.> CN. Il ne peut donc pas favoriser une réaction dont le mécanisme ne fait apparaître. l’augmentation de la polarité du solvant diminue faiblement la vitesse.> I. et qu’un très court instant.16 Il faut faire une différence entre solvants polaires protiques et aprotiques (méthanol et DMF.

Cette liaison déjà fortement polarisée en raison de la nature de Y. comme une gangue). Les réactions 2) et 4) sont peu sensibles aux solvants protiques ou aprotiques. la vitesse globale de cette réaction devient alors apparemment du premier ordre (pseudo premier ordre) et ne dépend plus que de la concentration en RY dans ce solvant (vitesse = k’[RY]). P. le diméthylformamide. l’éthanol. comme l’acétone. lequel a la propriété de stabiliser les charges localisées (les ions correspondants sont alors dits solvatés c’est-à-dire entourés de molécules de solvant. Des deux effets. la concentration en Nu varie très peu comparée à celle de RY.302 Chimie organique lièrement pour les réactions 1) et 3).3 – Substitution nucléophile monomoléculaire SN1 Le mécanisme SN1 est caractérisé par un mécanisme constitué de deux étapes distinctes (schéma 8. est ionisée sous l’effet solvatant d’un solvant polaire (indiqué dans certains schémas par « S. réaction équilibrée. est l’ionisation de la liaison C-Y (de RY). le nucléophile chargé est moins solvaté par un solvant aprotique en comparaison d’un solvant protique. »). les charges +δ portées par les hydrogènes permettent des interactions avec Y chargé négativement avec formation de liaisons « hydrogènes » (§ 5. (DMF). Ces types de réactions sont donc favorisés dans les solvants polaires aprotiques comme le DMSO ou le DMF. le diméthylsulfoxyde.17 La première étape.8). donc en très grand excès par rapport à RY. Y paire d'ions R + Y R solv. dans ce cas.17). mais qui peuvent . Dans ces cas. Lorsque le réactif nucléophile Nu est aussi le solvant de la réaction. 8. et peut être considérée comme constante. l’acide acétique. Le mécanisme SN1 n’est donc pas concerté. facilitant l’ionisation. Il est préférable que le solvant soit protique car. + Y solv. 1) +δ −δ R Y solvant polaire protique réaction lente impose sa vitesse à l'ensemble du mécanisme + Y R (ions solvatés) +δ −δ R Y H-solv solvant polaire protique H-solv 2) R + R .1. aprotiques polaires. l’acétonitrile. ions dissociés ions solvatés Nu (réaction très rapide) R Nu Schéma 8. Les solvants utilisés sont le plus souvent le méthanol. lente. contrairement au mécanisme SN2 qui s’effectue en une seule étape. le premier prime. Par contre. On peut aussi citer d’autres solvants. la solvatation des états de transition est plus importante par les solvants aprotiques comparée à celle des solvants protiques. l’acétone aqueuse. groupe partant électroattracteur -I. (DMSO).

et propargyliques. car dans ce cas. -C≡C-CH2Y. Le mécanisme SN1 est donc favorisé dans l’ordre décroissant de la nature du carbone lié à Y en série aliphatique : tertiaire >> secondaire >>> primaire. R O R O CH2 Y S. La formation du carbocation est favorisée lorsque le carbone a trois substituants. qui influent sur l’orientation des mécanismes (substitutions SN1. voir chapitre 11). Sous l’effet du solvant polaire. C’est l’inverse de ce qui est constaté pour le mécanisme SN2.8. -SR. Remarque : on emploie le terme solvolyse seulement lorsque le solvant polaire intervient dans les deux étapes du mécanisme. en raison des autres paramètres. Les dérivés allyliques. une paire d’ions (il s’agit d’une hétérolyse). ce qui favorise leur formation en nécessitant moins d’énergie. c’est–à-dire comme solvatant et comme nucléophile. on dit alors qu’ils sont solvatés ce qui les rend plus stables. SN2. en particulier structuraux. >C=C(R)-CH2Y. la gêne stérique qui existe dans la structure tétraèdrique du carbone hybridé « sp3 » facilite le passage à la structure plane du carbocation: les substituants sont alors plus éloignés les uns des autres ce qui diminue leurs interactions. Il se forme donc d’abord un carbocation et un anion. Les réactions de substitution 303 orienter parfois la substitution vers SN2 lorsque les deux mécanismes sont possibles.18 CH2 + CH2 Y Par contre. qu’il est tertiaire. cyano ou trifluorométhyle déstabilisent le carbocation et rendent quasi impossible toute réaction SN1 même dans un solvant très polaire. il est très rare qu’un carbone primaire donne lieu à une réaction SN1 sauf si le carbone est lié à un groupe -I comme -OR. et éliminations E1. P. ces ions sont dissociés puis entourés de molécules de solvant. R O Schéma 8. par exemple. Les composés CH3Y ne permettent pas le mécanisme S N1. E2. Par ailleurs. avec des halogénures aliphatiques secondaires. Il est ici important de noter que l’emploi d’un solvant polaire est une condition absolument nécessaire pour effectuer une réaction SN1 mais insuffisante pour assurer l’unicité absolue de ce mécanisme. les groupes carbonylés. sont susceptibles d’effectuer des réactions S N1 et SN2 souvent accompagnées de réarrangements . Les composés Ar2CH-Y et Ar3C-Y donnent toujours lieu à une réaction SN1. D’une manière plus générale. ou -N(R1)(R2) susceptible de stabiliser le carbocation par résonance en devenant un groupe +M (schéma 8.18). Il en est de même des halogénures secondaires si le nucléophile est faible comme dans les solvolyses. les carbocations tertiaires sont plus stables que les carbocations secondaires et primaires.

L’ionisation par le solvant polaire est lente. Les substrats de nature ionique comme RCO +. peuvent donner lieu à des réactions SN1.11. Dans le cas où le carbone lié à Y est chiral. La réaction SN1 est donc racémisante (schéma 8.304 Chimie organique (§ 6. consiste en la formation de la liaison entre le carbocation et le nucléophile pour former le composé final de la réaction. mais cette dernière varie très peu par rapport à celle de RY et peut être considérée comme constante. très rapide. le carbocation se trouve stabilisé. les dérivés vinyliques.19) donc non stéréospécifique. celle de l’ionisation de la liaison C-Y. et que ses trois substituants sont différents de Nu. La vitesse globale de cette substitution est donc donnée par la partie la plus lente du mécanisme. c’est-à-dire à un mélange racémique. Toutefois. acétylèniques et aryliques dans lesquels le groupe partant est directement lié à un carbone hybridé « sp2 » ou « sp » sont très peu réactifs vis-à-vis des réactifs nucléophiles : la raison invoquée est la très haute électronégativité des carbones hybridés « sp » et « sp2 » par rapport aux carbones hybridés « sp3 » qui a pour conséquence une rétention plus forte du groupe partant. BF4-.19 (a) Nu R1 C R3 R3 R2 R2 si R1 = R2 = R3 = Nu mélange racémique 2) . Ph-C(Y)=C<. car dans ce cas. R1 1) R2 R3 C Y Solvant polaire R2 R1 C R3 + Y Nu R2 R1 C R3 b (b) R1 C Nu Schéma 8. >C=C(R)-C(Y)=C<. c’est donc cette étape du mécanisme qui définit la vitesse de la substitution car la seconde étape. l’attaque de Nu des deux côtés du plan du carbocation conduit à un couple d’énantiomères en quantités égales.4a. C’est donc une réaction de pseudo premier ordre. et ne dépend donc que de la concentration de RY et de celle du solvant polaire. ou à un groupe aryle. schéma 6. des exceptions existent : des réactions SN1 sont possibles si le carbone hybridé « sp » ou « sp2 » qui retient le groupe partant Y est lié à un groupe vinylique. Vitesse = k[RY] La formation d’un carbocation intermédiaire dans ce mécanisme a des conséquences importantes sur les résultats stéréochimiques. Enfin.35).

le groupe partant du substrat additionne un proton. à de nombreux composés. les deux mécanismes coexistent avec prépondérance de l’un d’eux en fonction de la nature de R de RY. Avec le 1-chloroapocamphane.3). aucun précipité ne se forme. 1-chloroapocamphane Cl Figure 8. la réaction SN1 est possible. secondaire ou tertiaire).20).1. en particulier lorsque l’un des cycles est suffisamment grand pour que le départ de Y produise un système quasi-coplanaire. Dans le cas de la formation d’halogénures d’alkyles par action d’un acide hydrohalogéné sur un alcool (schéma 8. c’est le cas du 1-chloroapocamphane (figure 8. dans certains cas. de créer un système coplanaire autour du carbone lié à Y. la réaction débute par la protonation de l’alcool et est suivie d’une réaction SN1 (réaction totale nommée SN1cA). ROH. avant que les mécanismes SN1 ou SN2 s’effectuent.en solution dans un solvant polaire. * Protonés se trouve écrit parfois protonnées. 8. ou SN2 (réaction totale nommée SN2cA) selon la nature de R (primaire. . mais il existe des exceptions. dans ce cas. ROR’. alors que protonation s’écrit toujours avec un seul n. sont protonés* par le milieu acide sur l’oxygène. Il est rare d’observer expérimentalement des réactions SN1 ou SN2 pures. de nombreuses réactions concomitantes comme des réactions d’éliminations (chapitre 10) ou des réarrangements de carbocations (dans le cas du mécanisme SN1 avec R secondaire) sont possibles et conduisent. température) favorisent l’un ou l’autre des mécanismes. ce qui augmente le caractère électroattracteur du groupe partant et favorise la réaction avec un réactif nucléophile. on le met en contact avec une solution alcoolique de nitrate d’argent.et NH2. H 2O et NH3 (sous forme de sels).3 Afin de tester la possibilité d’une réaction de substitution SN1 avec un halogénure RX.4 – Mécanismes SN1cA (ou A1) et SN2cA (ou A2) Dans certaines réactions. Les réactions de substitution 305 La nécessité de former un carbocation (plan) intermédiaire explique l’impossibilité d’effectuer des réactions de substitution SN1 avec la plupart des composés pontés puisqu’il est impossible.ne peuvent pas être utilisés dans ces réactions puisqu’ils seraient transformés dans le milieu acide en leurs acides conjugués. Les conditions expérimentales (polarité du solvant. avec formation de leurs acides conjugués. Il est évident que les nucléophiles comme HO. Par exemple.8. S’il se forme rapidement un précipité de sel AgX. Par ailleurs. Le plus souvent. sel qui a la propriété de réagir avec les ions halogénures X.

par solvatation. par rapport à la base. et. perd un anion ce qui transforme le carbanion en un carbène. la réaction de substitution SN1 est précédée par l’addition d’un proton sur le groupe partant. La réaction totale est d’ordre 2.306 Chimie organique R O H H H H R O H + H 2O Mécanisme SN1cA S N1 R R O H + X SP R R X R tertiaire ou secondaire R Mécanisme SN2cA O H H H H R O H SN 2 X + R O H R X + H 2O R primaire ou secondaire (réaction difficile) Schéma 8. . qui. par rapport au substrat.5 – Mécanisme SN1cB Dans le mécanisme SN1cA présenté précédemment. Dans le mécanisme SN1cB. par élimination de deux molécules de chlorure d’hydrogène. Celui-ci. la substitution SN1 conduit à un composé instable.21). d’autre part. et du premier ordre. Le chloroforme est d’abord déprotoné par la base ce qui produit le carbanion trichlorométhyle. fournit l’isocyanure. d’une part. Ce dernier libère un ion chorure sous l’action du solvant avec formation du dichlorocarbène. En présence de l’amine primaire. lequel réagit ensuite avec un nucléophile pour former un dérivé de substitution. la réaction de substitution est précédée du retrait d’un proton ce qui conduit à un carbanion. La formation d’isocyanures par action d’une amine primaire sur le chloroforme en présence de soude est un exemple de ce mécanisme (schéma 8.1.20 8.

aryles ou halogéno. il se forme un carbocation allylique mésomère (formes limites A et B). Le réactif nucléophile peut alors réagir sur C-1 ou C-3 en conduisant respectivement à deux composés isomères A’ et B’. Si A’ peut être considéré comme le produit normal de la réaction. La facilité de ces réactions s’explique par la stabilité du carbocation allylique qui se forme par solvatation dans le mécanisme SN1. peuvent donner lieu à des réactions SN1 ou SN2.H 2O Cl Cl C Cl carbanion Cl Mécanisme SN1cB SN1 Cl C Cl + H N H amine primaire (nucléophile) trichlorométhyle Cl C Cl solvant polaire Cl C Cl dichlorocarbène Cl R Cl C H N H R résultat de la réaction SN1cB réaction d'élimination Cl C Cl H N H R . B’ résulte du réarrangement allylique. ou par un phénomène de résonance du complexe activé dans le cas du mécanisme SN2. Elles sont accompagnées de réarrangements allyliques.8.21 8. Si les conditions sont réunies pour qu’un mécanisme SN1 ait lieu (schéma 8. Ces réactions sont le plus souvent rapides.22).2 HCl C N R composé instable isocyanure (composé à odeur très désagréable) Schéma 8. Ce cas particulier du mécanisme SN1 est appelé mécanisme SN1’. Ce mécanisme est très favorisé si des substituants adéquats participent à la stabilisation du carbocation comme des groupes alkyles. . Les réactions de substitution 307 Cl déprotonation par la base Cl C Cl H + OH .6 – Mécanismes SN1’ et SN2’ et réarrangements allyliques Les composés allyliques de structures générales R1 C R2 R3 C C R4 Y R5 où Y désigne un groupe partant. le plus souvent un halogène. selon les conditions expérimentales.1. en position(s) 1 ou / et 3.

les réarrangements allyliques sont absents (SN2 pur par attaque du C-1) ou spécifiques de composés présentant une gêne stérique à l’approche « normale » du nucléophile de C-1. l’attaque du nucléophile est alors orientée vers le C-3 ce qui entraîne un mouvement électronique qui se termine par le départ du groupe partant Y. Les composés ayant un carbone C-1 peu substitué (-CH2-Y ou à la rigueur -CHR-Y avec R peu volumineux) donnent lieu à un mécanisme SN2 et ceux qui sont très substitués (-C(R)(R’)-Y) et qui ont un groupe partant Y volumineux. L’attaque est syn si le nucléophile et le groupe partant sont . suivront un mécanisme SN2’. comme un atome de brome. mais dans ce cas. deux possibilités d’attaque du nucléophile sont possibles.308 Chimie organique Mécanisme SN1' R3 C R2 C C R4 Y R5 R1 C R2 R3 C C R4 R1 S. Lorsque le mécanisme SN2’ est impliqué. syn et anti. Dans ce dernier cas. Il attaquera le substrat sur le carbone C-1 ou C-3 le moins encombré. Le volume du nucléophile peut aussi jouer un rôle. R1 C R2 Nu R3 C A R5 + Y R4 C B R5 Nu R1 R3 C C A' C R4 Nu R5 Nu R1 C R2 R3 C B' C R4 R5 R2 Mécanisme SN2' R1 C R2 SN2' R1 Nu C R2 R3 C C R5 R4 Y R3 C S N2 C R4 Y R5 Nu R1 R3 C R2 Schéma 8. Il s’agit alors du mécanisme SN2’. P.22 R4 C R5 Y Nu R1 C R2 R3 C C R4 + Y R5 Nu C Le mécanisme SN2 peut aussi avoir lieu sur les composés allyliques.

24). le produit de la réaction est un composé cétonique α. . réarrangement connu sous le nom de réarrangement de Meyer-Schuster (1922) (schéma 8. Si le nucléophile est HO-.8.8). mais l’attaque syn est majoritaire (schéma 8. Nu attaque syn Y attaque anti Y Nu Schéma 8. Les réactions de substitution 309 du même côté du plan « sp2 ».24 Pour certains cas particuliers du mécanisme SN2’.β-insaturé.23).β−insaturé Schéma 8.1. R2 R1 C Nu dérivé propargylique R1 Y C Nu dérivé allènique R2 C C R3 + Y C C R3 R2 R1 C HO C C R3 Br R1 C HO R1 C O C H C C C R2 + Br R3 R2 R3 composé cétonique α. Les deux attaques coexistent dans la plupart des cas.23 Les dérivés propargyliques (une triple liaison entre C-2 et C-3) conduisent à des résultats de même nature : un allène est le produit de la réaction de type SN2’. voir le mécanisme SNi’ (§ 8. et inversement pour anti avec deux résultats stéréochimiques différents.

1. Deux exemples importants (schéma 8.25 Cette substitution nucléophile interne s’effectue en deux étapes (schéma 8. Il s’agit. Ce résultat est l’inverse de celui observé lorsque la réaction est effectuée en présence d’une base comme la pyridine.25) sont connus. La première est commune avec celle d’une substitution SN1. de la décomposition de chloroformiates d’alkyles en chlorure d’alkyles. l’ionisation de la liaison qui lie le groupe R au reste de la molécule.310 Chimie organique 8. avec formation d’anhydride carbonique. L’atome de chlore prend la position occupée dans le composé de départ par le groupe partant. Le mécanisme n’est pas SNi. du passage d’un chlorosulfite d’alkyle à un chlorure d’alkyle avec formation d’anhydride sulfureux. C’est une réaction d’ordre 1. le groupe partant. préparations de chlorosulfites et chloroformiates d'alkyles: R-OH + SOCl2 chlorure de thionyle R-O-SO-Cl + HCl R-OH + COCl2 phosgène R-O-CO-Cl + HCl O 1) R O Z Cl Z = S chlorosulfite d'alkyle Z = C chloroformiate d'alkyle O R + O Z Cl O 2) R Cl Z O (rétention de configuration) R Cl + O Z O Z = S anhydride sulfureux Z = C anhydride carbonique Schéma 8. L’anion ainsi formé réagit ensuite sur le carbocation mais par le côté opposé à l’atome chargé pour donner le résultat de la réaction. . et d’autre part.7 – Mécanisme SNi (substitution nucléophile interne) Il s’agit d’un mécanisme relativement rare. Les composés de départ résultent respectivement de l’action du chlorure de thionyle et du phosgène sur un alcool. Dans ce cas. Ce mécanisme conduit donc à une rétention de configuration.25).26). dans la mesure où la réaction est rapide et ne permet pas un réarrangement du carbocation. la pyridine forme un sel avec le substrat ce qui libère un ion chlorure qui attaque alors le cation (schéma 8. d’une part.

soit sur le carbone auquel il était lié.1. C C H2C OH + C SOCl2 C H2C OSOCl C C H2C O S O C C CH2 O + SNi O S Cl Cl C C CH2 SNi' Cl C C C H2C Cl Schéma 8.27). Il s’apparente au mécanisme SN1’ (schéma 8. ClSO2-) peut attaquer le carbocation mésomère R+ résultant.26 R1 C R3 R1 Cl O N S .8.7) sont effectuées avec des alcools β. le mécanisme est appelé SNi’.27 C CH2 .1. l’anion réactif formé dans la première partie du mécanisme SNi (dans l’exemple proposé. γ-insaturés. Dans ce second cas. Cl O N O S O (inversion de configuration) C + SO2 R3 R2 + N 8.8 – Mécanisme SNi’ (substitution nucléophile avec réarrangement) Lorsque les réactions SNi (§ 8. soit sur le carbone éthylènique situé en position γ. Les réactions de substitution 311 R1 C-O-S-Cl R2 R3 O + N R2 R1 Cl R2 R3 Schéma 8.

Il intervient. SN2 est caractéristique des composés carbonylés substitués par un groupe Y. OH. Ce dernier.28) le nucléophile attaque le carbone avec ouverture de la double liaison (1) pour former un intermédiaire tétraèdrique d’où le nom du mécanisme. La présence de l’acide augmente la vitesse de la réaction. d’ordre 2 présente deux étapes en milieu neutre et quatre en milieu acide.28 Nu C O Y Nu + Y En milieu acide (schéma 8. de soufre ou d’azote sont des réactions importantes. OCOR. l’ensemble représentant une substitution. BF3-. le groupe carbonyle est d’abord protoné (1).9 – Mécanisme SET (Single Electron Transfer) Ce mécanisme qui est une substitution nucléophile.312 Chimie organique 8.10 – Substitution nucléophile sur >C=O Les substitutions nucléophiles sur un carbone doublement lié à un atome d’oxygène. dans la formation des organomagnésiens par action du magnésium sur les halogénures d’alkyles.7. la double liaison se reforme avec élimination de Y(qui peut être un halogène. Dans la seconde étape. En milieu neutre (schéma 8. le mécanisme SET est rare tandis que le mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique est le plus souvent rencontré. .12. fait intervenir un radicalanion.1. Le carbocation élimine un proton pour former le composé substitué par le nucléophile (4). NH2. puis le nucléophile attaque le carbone chargé positivement (2). bon groupe partant comme Cl. C’est une addition du réactif nucléophile Nu sur le groupe carbonyle suivie d’une élimination du groupe partant Y. 8. Il a été présenté au paragraphe 6. Nu 1) Y C O Nu 2) C O Y C O Schéma 8. instable est ionisé : il se forme un carbocation stabilisé par résonance et un contre-ion Y(3).1. Plusieurs mécanismes peuvent être observés: SN1 est réservé aux composés ioniques comme RCO+. Le composé ainsi formé. parmi d’autres) (2). en particulier.29).

30) comme dans le cas de l’hydrolyse des anhydrides en présence de pyridine (ce processus est appelé catalyse nucléophile). catalyseur N A) R C O H B) R H O C O N R C O O-CO-R 2 RCOOH Schéma 8. Les réactions de substitution 313 Y 1) C O + H C O Y Y C O H Nu Nu Y H C O H Nu C O H .CO-R R C O N + O-CO-R R C O OH2 + N .29 Nu Y C O H Y 3) C O Nu C O + H La réaction peut être catalysée par des réactifs nucléophiles ce qui conduit alors à deux mécanismes avec intermédiaires tétraédriques successifs A puis B (schéma 8.CO-R R N C O H H O N O .30 O.8.Y H Nu 2) C O H Nu 4) C O H Schéma 8.

O=P(N(CH3)2)3 ). les gem-dihalogénures et les 1. Si le solvant utilisé est la N-méthyl-pyrrolidone ou le HMPT (hexaméthylphosphotriamide.HX O C OH Schéma 8. N Me O N-méthylpyrrolidone Un milieu acide ou basique est.5.314 Chimie organique 8.1. aldéhydes ou cétones. et acides (schéma 8. elles doivent donc être évitées dans cette réaction de substitution.1. La formation d’acide formique à partir de chloroforme par action de la soude s’effectue via le dichlorocarbène qui réagit avec l’eau (§ 6.1-trihalogénures sont tous hydrolysés respectivement en alcools.1).HX C O X C X X HO X C OH X .1.31 La formation d’alcools à partir d’halogénures nécessite dans la plupart des cas la présence des ions hydroxydes sauf pour les halogénures d’allyle ou de benzyle. Les halogénures d’acides sont très facilement hydrolysés en acides correspondants à température ordinaire (schéma 8. H C O H C X HO C OH C X H2O -X -H C O H X C X HO X C OH . la présence d’ions hydroxydes n’est pas nécessaire.1).HX C X O H2O . . bromures ou chlorures) par hydrolyse est peu utilisée en raison de la difficulté d’obtention des composés de départ. Les aldéhydes ainsi formés peuvent réagir en présence de bases fortes (formation d’aldols et réaction de Cannizzaro.31). § 10.14. La formation d’acides à partir de 1.11a – Les composés halogénés Les monohalogénures d’alkyles.11 – Substitutions nucléophiles par l’eau 8. nécessaire pour la formation d’aldéhydes ou de cétones par hydrolyse des gem-dihalogénures. Il y a substitution d’un halogène par OH suivie de l’élimination de HX.1.32). par contre.1-trihalogénures (iodures.

C’est une réaction réversible en milieu neutre ou acide. et tétraédrique dans les autres cas (schéma 8.33). et elle est réversible. R-SO 3H. le groupe OR’ est rarement un bon groupe partant (moins bon que X des halogénures d’acides ou OCOR des anhydrides d’acides) ce qui nécessite. R-COOR' + H2O H R-COOH + R'OH (hydrolyse acide) R-COOR' H2O + HO R-COO (saponification) Schéma 8. Par contre. soit la présence d’une base.8. par des ions métalliques ou divers nucléophiles non chargés. comme la soude ou la potasse.33 + R'OH Plus l’acide est fort. il est nécessaire d’utiliser un milieu acide (ce qui crée par protonation un groupe partant plus électroattracteur). 8.30.11b – Des esters et des anhydrides Les esters d’acides inorganiques et organiques sont hydrolysés pour former dans les deux cas un acide et un alcool (schéma 8. crée un groupe partant plus électroattracteur. . spécifique de la soude ou de la potasse. OCOR remplacé par Cl). Le mécanisme est S N1 en milieu fortement polaire ou en absence de nucléophile puissant. L’hydrolyse étant une réaction équilibrée. il est souvent préférable d’effectuer une saponification car la réaction est alors orientée vers la droite puisque le sel aussitôt formé ne permet plus la réaction inverse. ou un milieu basique (présence d’un bon nucléophile comme HO -). plus l’hydrolyse est aisée. Dans le cas des esters d’acides carboxyliques. si l’hydrolyse est catalysée par des enzymes. la réaction n’est plus une saponification.32 C’est une réaction exothermique. comme la pyridine. RSO2Cl sont très facilement hydrolysés par l’eau seule en acides sulfoniques correspondants. Les chlorures de sulfonyles. avec quelques exceptions SN2. qui apporte au milieu un bon nucléophile HO. qui. Dans le cas contraire. réaction irréversible. RCOOR’. en protonant l’oxygène du carbonyle. La conservation de ces composés doit donc être effectuée en milieu anhydre.(saponification).1. Les réactions de substitution 315 R-CO-Cl + H2O RCOOH + HCl Schéma 8. soit un milieu acide fort.

Dénomination Ingold Type de mécanisme Cat. de l’uni ou bimolécularité de la réaction (indiqué par 1 ou 2 dans l’appellation des mécanismes ci-après) et de la nature de la liaison hydrolysée. . SN2 et substitution avec intermédiaire tétraédrique qui se diversifient en huit mécanismes particuliers proposés par Ingold (schéma 8. Les mécanismes BAL1 et BAC1 ne sont pas catalysés. AAC2. Tous ces mécanismes ont été observés à l’exception de BAC1. à l’exception de BAL2 qui conduit à une inversion de configuration.34) : ils sont fonctions du milieu. et en milieu basique de BAC1. BAC2. et BAL2. AAL1. Les mécanismes AAL2 et BAL2 n’ont été observés que très rarement. BAL1. contrairement à leurs appellations. En milieu acide. Tous ces mécanismes se font avec rétention de configuration du groupe R’ provenant de l’alcool.316 Chimie organique Trois mécanismes généraux d’hydrolyse des esters sont possibles en milieu acide ou basique : SN1. O O R-C-OR' H O R-C R'OH H2O lent Mécanisme O R-C-OH2 RC-OH OH H R-CO-OH AAC1 R volumineux SN1 R-C-OR' H lent O AAC2 le plus fréquent en milieu acide Tétraédre R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent OH2 R-C-OR' OH OH R-C-O(H)R' OH R'OH lent OH R-C-OH H R-CO-OH H O AAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable SN1 R-C-OR' H R-C-OR' OH H2O lent R-C=O OH + R' H2O lent R'-OH2 H R'-OH O SN2 R-C-OR' AAL2 (très rare) H O R-C-OR' H H2O O R-C-OH + R'-OH2 H R'-OH O O R-C + OR' HO O R-C-OH + OR' R-COO + R'OH BAC1 (jamais observé) SN1 R-C-OR' O OH HO R C OR' O O R-C-OH + OR' (saponification classique) R-COO + R'OH BAC2 le plus fréquent en milieu basique Tétraédre HO R-C-OR' O O R-C-O + R' H2O R'-OH2 BAL1 si R' susceptible de former un carbocation stable HO SN1 R-C-OR' R'OH + H2O O SN2 R-C-OR' HO R-COO + R'OH (avec inversion de configuration du groupe R') BAL2 (très rare) Schéma 8.34 Les mécanismes présentés en milieu acide sont réversibles et correspondent de la droite vers la gauche à des réactions d’estérification. il s’agit de AAc1. AAL2.

Si R’ est susceptible de former un carbocation stable (groupe tertiaire ou stabilisé par résonance). Le mécanisme AAC1 est spécifique de l’hydrolyse des esters dérivés d’acides RCOOH avec R volumineux comme l’acide 2.6-triméthylbenzoïque. l’eau les hydrolyse sans catalyseur (schéma 8. le plus souvent entre le carbone du groupe R et l’oxygène de R-O. Selon les conditions expérimentales. P. et du carbone du même groupe par l’ion hydroxyde dans le second cas. Les esters des acides inorganiques sont hydrolysés plus ou moins facilement en libérant l’acide et un alcool (schéma 8.35) en un seul acide (dans le cas d’un anhydride simple. et aussi entre atome central (S. (RCO)2O ou un mélange de deux acides (dans le cas d’un anhydride mixte.8.30). la présence d’un acide ou la saponification par la soude ou la potasse permettent l’hydrolyse. Ce mécanisme s’applique aussi lorsque l’acide utilisé comme catalyseur est fort comme l’acide sulfurique concentré et que l’ester est un acétate d’alcool primaire ou de phénol. comme pour les sulfates d’alkyles.36). l’hydolyse peut avoir lieu sans catalyseur. la rupture de liaison s’effectue à différents endroits de la molécule. H O O R O O R O R C O H H Schéma 8. (substitution nucléophile au carbone saturé). avec attaque de l’oxygène du groupe carbonyle par le proton dans le premier cas.36 . R O SO2-OR R O SO3H R O SO2R' R O N=O R O NO2 sulfate d'alkyle sulfate acide d'alkyle sulfonate d'alkyle nitrite d'alkyle nitrate d'alkyle H2 O ROH + acide R O P(=O)-(OR)2 phosphate d'alkyle Schéma 8.4. les mécanismes AAL1 et BAL1 (seulement en milieu très faiblement basique) sont possibles.35 O O C R 2 R-COOH R C O C O H H R C O C O H Le mécanisme s’effectue via un intermédiaire tétraédrique en milieu neutre. Pour les autres esters. SN1 en milieu acide. Les anhydrides d’acides sont relativement plus résistants à l’hydrolyse que les chlorures d’acides correspondants. toutefois. mécanismes faisant intervenir un intermédiaire tétraédrique. réaction suivie de la rupture de la liaison entre groupe acyle et OR’. N…) et OR (substitution nucléophile de S. et par un mécanisme faisant intervenir deux intermédiaires tétraédriques en présence d’une base alcaline ou d’une base organique (schéma 8. Les réactions de substitution 317 Les mécanismes les plus fréquents sont AAC2 et BAC2. Si l’acide est fort. P. N…). RCO-O-COR’).

38). 8. de sels d’acides. selon le cas.318 Chimie organique Les sulfonates d’alkyles R-O-SO2-O-R sont hydrolysés par une substitution nucléophile au carbone. et plus particulièrement l’action de la soude.37 Les mécanismes AAL1.12d). tandis que les nitrites R-O-N=O sont hydrolysés par une substitution nucléophile à l’azote avec rupture de la liaison N-O. BAL1 et BAL2 n’ont jamais été observés.1. milieu basique O R1 C N R2 R1 R3 O C HO N R2 R1 R3 C O + N OH R2 R3 R1 C O + HN O R2 R3 HO milieu acide R1 O H R2 C N R3 H O R1 C O H H N R3 R2 R1 H O C O H R2 N R3 O H H R1 O C H R2 NH R3 R1COOH + R2 H2 N R3 Schéma 8.11c – Des amides Les amides primaires. Leur hydrolyse. avec rupture de liaison R-O. O C NH2 H O C N H2 O R + NO2H R N RCOOH + N2 Schéma 8. l’action de l’acide nitreux ou du chlorure de nitrosyle les transforme en sels de diazonium qui sont facilement hydrolysés en acides (schéma 8. on peut utiliser le peroxyde de sodium dans l’eau.34) avec les mêmes remarques pour leurs spécificités. d’ammonium ou d’amines. ammoniaque. Le plus classique est BAC2 en milieu basique. a été traitée lors de la présentation des mécanismes SN1 et SN2. Les réactions sont irréversibles en milieux acide et basique en raison de la formation. amines primaires et secondaires. Les mécanismes proposés sont analogues à ceux décrits pour les esters (schéma 8. Lorsque l’hydrolyse est particulièrement difficile. On pourrait ajouter ici le cas des halogénures d’alkyles RX qui sont les esters d’acides halohydriques (ROH + HX RX + H2O) (§ 8. secondaires et tertiaires sont hydrolysés en acides. et AAC2 en milieu acide avec passage par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8.38 . AAL2. La présence d’un catalyseur acide ou basique et un long chauffage sont le plus souvent nécessaires. et respectivement. Dans le cas d’amides primaires.37).

8. Les réactions de substitution 319 Les sulfonamides R-SO2-NR2 résistent à l’hydrolyse alcaline à froid. R SO2-NR2 H2O H Schéma 8. L’hydrolyse en présence de potasse à chaud est possible. En milieu neutre ou basique (milieu : DMSO).39 R-SO2-OH + NH2(R2) 8.40 . milieu neutre ou basique O R1 R2 H milieu acide HO C SN2 H R3 R1 R2 C C HR 3 OH inversion de configuration relative C O H H O H ou H O C H H R3 R1 R2 S N1 C C H R3 R2 R1 O R1 R2 C O C C H H O H H racémisation R3 O R1 R2 C(OH) C H H R3 Schéma 8.40). Le carbone le moins substitué est celui qui est attaqué par le réactif nucléophile conduisant à une inversion de configuration relative de ce carbone. le mécanisme est de type SN2 (schéma 8.11d – Les époxydes Les époxydes ou oxiranes sont des cycles tendus qui s’ouvrent assez facilement par hydrolyse en milieu acide ou basique en formant des glycols ou vic-diols. sauf si le solvant est le HMPT. L’hydrolyse acide est plus facile (schéma 8.39).1.

qui permettent d’orienter l’ouverture de l’époxyde. acides ou basiques. ou leurs dérivés substitués sur les cycles réagissent directement sur les alcools selon un mécanisme SN1.42 O R O R O R O R OH R H R' Les halogénures très réactifs comme les halogénures de trityle. Ce sont donc les conditions expérimentales. Dans le cas des phénates. ions ambidents. soit dans l’alcool dont dérive l’alcoolate. donc celui qui est le plus substitué par des groupes alkyles.12a – Les halogénures R-X + O-R' R-O-R' + X Schéma 8.1. soit dans le DMSO. Avec les alcoolates secondaires. Par une réaction « SN2 » en milieu acide.12 – Substitutions nucléophiles par les alcools et alcoolates 8. l’attaque a lieu sur le carbone le plus substitué.42). OH R HO . dans le DMSO.H 2O R'X O-R' R + O R R' + R' Schéma 8. Ph3CX. permet la préparation de nombreux éthers symétriques ou dissymétriques (réaction de Williamson) selon un mécanisme SN2. La formation d’un carbocation intermédiaire conduit à une racémisation du carbone attaqué. 8.41 L’action des alcoolates primaires et des phénates sur les halogénures d’alkyles. et quelquefois SET (schéma 8. les rendements sont faibles. des réactions d’élimination sont les principaux résultats. et avec les alcoolates tertiaires. le mécanisme SN1 est théoriquement favorisé (bien que le mécanisme SN2 soit aussi parfois observé). .320 Chimie organique En milieu acide (souvent l’acide perchlorique). La réaction peut avoir lieu en ajoutant de la potasse au mélange d’halogénure et d’alcool. Le carbone attaqué par l’eau est celui qui permet de former le carbocation le plus stable lors de l’ionisation d’une liaison C-O.1. des réactions d’alkylations des carbones cycliques sont possibles (schéma 8.41).

Une réaction intramoléculaire a lieu avec les chlorhydrines qui conduit à la formation des époxydes.45).1. ou aromatique.44 Des analogues soufrés comme les méthylthiométhyl éthers (MTM éthers) sont aussi utilisés : la déprotection est alors effectuée par le chlorure mercurique. X C OR' acétal X C X + R'-O .1-trihalogénures fournissent par cette réaction.45 C C O .43).base-H SN2 Schéma 8. schéma 8. en milieu basique (schéma 8. Le di-éther (appelé MOM éther) ou le tri-éther (appelé MEM éther) formé est déprotégé par l’action de l’acide chlorhydrique à chaud.Cl O époxyde chlorhydrine Les halogénures d’acides réagissent directement sur les alcools pour former des esters.46). Cl C Cl C OH base .8. Les réactions de substitution 321 Les gem-dihalogénures et les 1. tertiaire. soit via un intermédiaire tétraédrique. Dans de nombreux cas. secondaire.43 La réaction de Williamson a été utilisée pour protéger des alcools : les alcoolates sont traités par le chlorométhyl méthyléther ou le chlorométhyl 2-méthoxyéthyléther (schéma 8. Le groupe R peut être primaire. et respectivement. . la réaction est celle de Schotten-Baumann (1886). CH3-O-CH2-Cl + O-R' CH3-O-CH2-O-R' MOM éther + Cl chlorométhyl méthyléther CH3-O-CH2-CH2-OCH2Cl + chlorométhyl 2-méthoxyéthyl éther O-R' CH3-O-CH2-CH2-O-CH2-O-R' + Cl MEM éther Schéma 8.2 X R'-O OR' C OR' X + 3 R'-O . des acétals et des orthoesters (schéma 8. Lorsqu’il s’agit de la soude ou de la potasse.44).3X C OR' OR' orthoester X Schéma 8. soit par un mécanisme SN1. une base est ajoutée au milieu pour retenir l’halogénure d’hydrogène libéré dans la réaction (souvent la pyridine qui sert aussi dans ce cas de catalyseur nucléophile. HgCl2. La réaction est très souvent exothermique. dans un mélange d’acétonitrile et d’eau.

puis. ou les deux.46 L’utilisation d’alcoolates a lieu lorsque l’un des groupes R ou R’. si l’alcool est en excès.47 .HCl 2 ROH .47). est (ou sont) très encombré(s). Le phosgène réagit sur les alcools en fournissant d’abord des chloroformiates. des carbonates (schéma 8.2 HCl OR O C OR carbonate Schéma 8. ROH Cl O C Cl phosgène gaz très toxique OR O C Cl chloroformiate .322 Chimie organique SN1 RCOX O solvant polaire RCO O + X R'OH RCOOH + XH O S N2 R C O R' O X R R' C O H X R C O R' + HX H mécanisme tétraédrique O X pyridine O X R C N + HX SN2 R C N R C N catalyse nucléophile intermédiaire tétraédrique O C R O R' H N R' R O C O H N R O C O R' + X sel de pyridinium HN Schéma 8.

4). les N-acylimidazoles ont un comportement proche de celui des chlorures d’acides : ils les remplacent dans de nombreuses réactions. et plus facilement avec les alcools primaires. pour former des esters sulfoniques. par exemple. Les alcools secondaires peuvent suivre l’un ou l’autre mécanisme (schéma 8.48 Les acides sulfoniques sont aussi transformés en esters sulfoniques par l’action des orthoformiates. le N.8.N'-carbonyldiimidazole Figure 8. en présence d’une base (souvent la pyridine qui agit comme un catalyseur nucléophile). sans solvant.48). la formation d’esters par réactions avec les alcools (figure 8. R SO2Cl + R'OH base .4 De même. comparable à celui du chlore. Les alcools primaires suivent plutôt un mécanisme SN2 et les alcools tertiaires. Les chlorures de sulfonyles R-SO2Cl réagissent avec les alcools.N’-carbonyldiimidazole. car l’imidazole a un très fort caractère électroattracteur -I. R-SO 2-OR’ : c’est la principale méthode de leur préparation (schéma 8. et en particulier.12b – Les alcools Lorsqu’un alcool est traité à chaud par une faible quantité d’acide sulfurique.49). C’est un solide plus facile à utiliser que le phosgène qui est un gaz à température ordinaire. 8. un mécanisme SN1 qui est souvent en forte compétition avec un mécanisme d’élimination conduisant à un alcène.1. . N R-CO N N-acylimidazole N RCO-Cl chlorure d'acide N N C O N Cl-CO-Cl phosgène N.HCl R-SO2-OR' Schéma 8. Les réactions de substitution 323 Certains composés se comportent comme le phosgène. il se forme un éther.

HSO4 O H R R H O R .50). Ce composé est ensuite attaqué par une seconde molécule d’alcool pour former l’éther. présent dans le milieu (A) (schéma 8. élimination d'un proton avec formation d'alcène Schéma 8.324 Chimie organique 2 ROH H2SO4 R-O-R + H2O H R O H + H .50 . HSO4 R O H . les deux mécanismes SN1 et SN2 sont possibles (B). HSO4 mécanisme SN2 : (alcools primaires voire secondaires) H R R O H . HSO4 R O H . HSO4 R + H2O H R R + H2O + HSO4 R O R .49 Une autre réaction possible est la formation intermédiaire d’un sulfate acide d’alkyle par attaque de l’alcool protoné par l’ion HSO4-. HSO4 + H2O O R + H2SO4 + H2O mécanisme SN1: (alcools tertiaires voire secondaires) H R O H . HSO4 HSO4 (B) R R O SO2 OH SN 2 R R O H + O-SO2-OH O H R-O-R + H2SO4 Schéma 8. le plus souvent. Là encore. HSO4 + H2 O + HSO4 O H R O R + H2SO4 + H2O si R tertiaire. H (A) R O H H R O H SN2 R-O-SO3H + H2O sulfate acide d'alkyle + H .

H Schéma 8. 2 R-OH + N C N DCC Schéma 8.1. R R'O O SO2 O-R R'-O-R + O-SO2-OR Schéma 8. en présence ou non de HBF4 comme catalyseur (schéma 8.54).8. à côté de dicyclohexylurée (DCU) (schéma 8.52).53 R-O-R + NH CO NH DCU Les éthers méthylés résultent aussi d’une réaction SN1 ou SN2 entre le diazométhane et un alcool. La dicyclohexylcarbodiimide (DCC) permet aussi la déshydratation de deux molécules d’alcool pour former un éther. à chaud. R O SO2 OH H R O H R O SO2 O . trois éthers sont produits. Les réactions de substitution 325 Si la quantité d’acide est augmentée (un équivalent d’acide pour deux équivalents d’alcool) et les conditions expérimentales adéquates (en particulier. deux symétriques et un dissymétrique. selon un mécanisme proche de celui de l’estérification en présence de ce réactif (§ 8.51 L’action d’un alcoolate alcalin sur un sulfate d’alkyle conduit à un éther par une réaction de substitution nucléophile (schéma 8. SO4R2 peut être produit à la place de l’éther ou du sulfate acide d’alkyle (schéma 8. H sulfate acide d'alkyle R O SO2 O R + sulfate d'alkyle H2O + H R O SO2 O .12d). le chauffage). Le sulfate de méthyle permet la méthylation très facile des alcoolates.51).53). . des phénates et de nombreux autres composés comme les amines primaires ou secondaires (il remplace souvent l’iodure de méthyle dans ces réactions). un sulfate d’alkyle.52 Si un mélange d’alcools autres que tertiaires est mis en présence d’acide sulfurique en faible proportion.

56).3-dioxolane O + ArO . lesquels réagissent facilement avec les 1.55). CH2OH CH2OH 1.6-diols donnent lieu à une réaction intramoléculaire qui conduit à des hétérocycles monooxygénés à 5.54 Les 1.2-diols pour former des 1. sitôt formé. ou 7 chaînons (en présence d’un catalyseur acide.4-diol Nafion-H .55 8.4-. résine perfluorée acide (commercialisée sous forme de sel de potassium) (schéma 8. OEt R CH OEt R O Ar + + HO CH2 R HO CH2 R R'O R' Schéma 8.H2 O CH2 O CH2 tétrahydrofurane THF Schéma 8.3-dioxolanes (schéma 8.56 O CH O CH2 CH2 + 2 EtOH 1.et 1. 6.1. le Nafion-H. La distillation de l’alcool dont dérive l’acétal.326 Chimie organique CH2N2 + ROH diazométhane ROCH3 + N2 H3C N N . permet de déplacer l’équilibre vers la droite.5. RO H 2C N N + R-O-H SN 2 H3 C RO N N R-O-CH3 + N2 Schéma 8.12c – Les éthers et époxydes L’action d’un alcool sur un groupe éther ou transéthérification (passage d’un éther à un autre) est une réaction équilibrée qui a lieu surtout avec les acétals. 1.

En raison de la tension de cycle.12d – Les acides La réaction des acides sur les alcools primaires et secondaires ou estérification est une réaction équilibrée qui est l’inverse de la réaction d’hydrolyse présentée au § 8. La réaction peut aussi avoir lieu en milieu acide.58 . Celui présenté dans le schéma 8. Les aziridines réagissent de manière analogue. H C C RO C C NH3 aziridine β-amino éther Schéma 8.58 est le plus classique (via un intermédiaire tétraédrique).57). Les mécanismes sont donc les mêmes. en milieu acide. R-COOH + R'OH H H R-COOR' + H2O H O R C O H R O C O H H O R C OH H R O C O H H O R C O R' H O H R O C O R' H O H H O R C O H O H -H R R' H2O + C O O H R' Schéma 8. les époxydes ou oxiranes sont ouverts par l’action des alcoolates ou des alcools (mécanismes S N1 ou SN2) pour former des β-hydroxy éthers (schéma 8.1. Les réactions de substitution 327 L’action d’un alcoolate sur un alkyl aryl éther permet aussi une transéthérification. ou catalysée par l’alumine Al2O3.8. en formant des β-amino éthers. O C RO C R-O C C O H R-O C C OH époxyde ou oxirane β-hydroxy éther H N ROH.11b.1.57 8.

99°) distille.12a). Il peut alors se former un nouvel azéotrope de constitution différente. HCOOH. acide organique fort soluble dans de nombreux solvants). → Éliminer l’eau formée dans le milieu réactionnel : on peut. → Extraire l’ester par distillation. et ainsi d’obtenir de l’alcool quasiment anhydre par distillation du mélange. Les phénols réagissent difficilement et il est préférable de préparer les esters phénoliques à partir des chlorures d’acides (§ 8. il s’agit de l’alcool. si son point d’ébullition est suffisamment faible. quasi absolu (à 99.328 Chimie organique La catalyse est acide (H2SO4 ou acide p-toluènesulfonique. La présence de ce catalyseur est inutile pour certains acides très réactifs comme l’acide trifluoroacétique. ou l’acide formique. et en raison de la loi d’action de masse. et celui de déshydratant. plusieurs méthodes sont utilisées : → Mettre un large excès d’un des deux réactifs : le plus souvent. Par exemple. mais pas un alcool. CF3COOH. Il ne se forme que durant la distillation de ces composés et se comporte comme un corps pur en ayant un point d'ébullition constant. Afin de déplacer l’équilibre de cette réaction vers la droite. Il existe jusqu'à ce que l'un de ces constituants soit épuisé dans le mélange liquide en cours de distillation. si la quantité d’eau n’est pas trop importante. Si la quantité de benzène ajouté est trop élevée.59) et qui permet d’obtenir les esters avec d’excellents rendements.1. soit l’extraire par une distillation azéotropique (voir la note ci-dessous) ce qui est possible avec l’éthanol et les alcools plus lourds mais pas avec le méthanol (point d’ébullition trop faible). soit. le benzène et l’éthanol forme un azéotrope qui bout à 65 °C. TsOH. l’eau. Note : un azéotrope est un mélange en phase vapeur constitué de plusieurs composés en proportions bien définies. il se forme ensuite un azéotrope éthanol-benzène. ajouter au milieu un déshydratant ou un composé qui retient l’eau comme les tamis moléculaires (solides insolubles dans les solvants organiques et qui contiennent des cavités dont les dimensions ne peuvent contenir et retenir que des molécules de tailles proches. . avant que l’éthanol. de volume plus élevé). on prépare souvent les esters correspondants par une méthode qui fait intervenir le dicyclohexylcarbodiimide (DCC) (schéma 8. Le DCC joue à la fois le rôle d’activateur du groupe carbonyle de l’acide. seul. Les alcools tertiaires en présence d’acide fort forment des carbocations qui perdent un proton pour former des alcènes (réaction d’élimination). ce qui permet d’extraire l’eau présente dans l’éthanol (Eb : 78 °C) si on lui ajoute du benzène. par exemple l’eau. Lorsque les quantités d’acide sont très faibles ou la réaction d’estérification classique difficile.

et -hydroxy acides forment des lactones par estérification intramoléculaire en milieu acide (schéma 8. D’autres méthodes plus complexes permettent de rendre l’estérification plus aisée : elles dépassent le cadre de cet ouvrage. Ce mécanisme peut conduire à des amides si le nucléophile est une amine primaire (la présence d’un acide dans ce cas n’est pas nécessaire). L’eau provenant de l’estérification est captée par le DCC et se retrouve entièrement dans la dicyclohexylurée (DCU).8.60).59 NH C NH O O C O R Le DCC réagit d’abord avec l’acide pour former une molécule analogue à un anhydride mixte ce qui active le groupe carbonyle provenant de l’acide (d’autant plus que le groupe imino est protoné) et rend l’attaque du nucléophile. Les . l’alcool dans ce cas. particulièrement aisée. De nombreuses autres méthodes existent. composé insoluble dans la plupart des solvants et qui peut donc être filtrée. Les réactions de substitution 329 N C N dicyclohexylcarbodiimide NH C O NH dicyclohexylurée (urée: H2N-CO-NH2) R-COOH + N C N R-COO + NH C N R-COO + NH C N NH C N O C O R équivalent d'un anhydride mixte NH C N O C O R H NH C NH O C O R H NH C H O R' NH R'-O-C=O + R -H R'-O-C=O R Schéma 8. .

sont obtenus en ajoutant un acide minéral fort comme l’acide chlorhydrique ou sulfurique. isomères des nitroalcanes. Les -lactones sont préparées à partir de solutions aqueuses de sels alcalins de β-chloro acides.50). HSO3Cl. Ils sont obtenus aussi par une réaction entre un alcool et un autre nitrite d’alkyle (schéma 8. H3C CH2 (A) H3C CH Cl β-chloro butanoate de sodium COONa H2O HCCl3 CH CH2 O C O + NaCl 4-méthyl-β-lactone (B) H2C C O + H-CHO méthanal ou formaldéhyde Schéma 8. ou l’acide chlorosulfonique.12f).1. Les nitrites d’alkyles. NO2Na + HCl + ROH R-ON=O + R'OH R-O-N=O + NaCl + H2O R'-O-N=O Schéma 8. . à une solution hydro-alcoolique de nitrite de sodium.61 H2 C O CH2 C O cétène β-lactone Les esters d’acides inorganiques peuvent être préparés par des réactions très variées. R-O-NO. agitées dans du chloroforme (A) (schéma 8. ce qui est équivalent à une transestérification (§ 8. concentré.330 Chimie organique COOH OH γ−hydroxy acide H C O γ−lactone Schéma 8. l’acide sulfurique (schéma 8. Elles peuvent aussi résulter de l’action d’un cétène sur un composé carbonylé : la β-propiolactone appelée β-lactone résulte de l’action du cétène sur le méthanal (B).62). Toutefois. ce qui diminue les possibilités de réactions intermoléculaires. entre autres.61).62 + R-OH Les sulfates acides d’alkyles ou monoesters d’acide sulfurique R-O-SO3H sont obtenus en traitant les alcools par l’anhydride sulfurique.60 NaOH O OH COONa Cette simple réaction n’est pas applicable à d’autres hydroxy acides car elle conduit alors à des polymères (polyesters) par réactions intermoléculaires. les -hydroxyacides peuvent être cyclisés en effectuant la réaction à très haute dilution.

3 HCl O P OR OR phosphate d'alkyle Me Cl P Cl trichlorure de phosphore Schéma 8. Le sulfite d’éthyle. Les halogénures d’alkyles sont aussi des esters d’acides inorganiques. SOCl2. (RO)3P. Cl O P Cl Cl oxychlorure de phosphore OR + 3 R-OH pyridine . résultent de diverses réactions selon leur nature dont l’une consiste à chauffer un alcool primaire en présence d’acide sulfurique (schéma 8. PO4R3.63). résulte lui-même de l’action du chlorure de thionyle.3 HCl Les trialkyl phosphites.64 N Cl + 3 R-OH OR P OR phosphite d'alkyle Me OR . (A) H2SO4 + MeOH H2O + HSO4Me HSO4Et sulfate acide d'éthyle distillation distillation Me2SO4 Et2SO4 sulfate acide de méthyle (B) H2SO4 + H2C=CH2 Cl (C) Cl EtO S O + 2 EtOH EtO S O KMnO4 Et2SO4 chlorure de thionyle sulfite d'éthyle Schéma 8. mais aussi par addition d’acide sulfurique à l’éthylène (B) ou par réaction d’oxydation du sulfite d’éthyle par le permanganate de potassium (C). schéma 8.8. les acides hydrohalogénés. RO-SO2-OR. Il se forme un sel au sens de Lewis. L’acide chlorhydrique réagit avec les alcools primaires et secondaires en présence de chlorure de zinc comme catalyseur (schéma 8. est ionisé en . Le sulfate de méthyle est obtenu par distillation du sulfate acide de méthyle formé par réaction de l’acide sulfurique sur le méthanol (A. Cette dernière méthode est aussi appliquée aux alcools plus lourds. La réaction suit un mécanisme SN1. sous l’action du solvant (l’alcool). sur un alcool. Les phosphates d’alkyles. résultent de la réaction du trichlorure de phosphore sur les alcools en présence d’une amine tertiaire comme la N.63 Le sulfate d’éthyle peut être préparé comme le sulfate de méthyle. sont obtenus par action de l’oxychlorure de phosphore POCl3 sur les alcools en présence de pyridine (schéma 8.51).65). Ils sont préparés le plus souvent par action de ces acides sur les alcools.N-diméthylaniline.64). qui. (RO)2SO. Les réactions de substitution 331 Les sulfates d’alkyles.

Si la concentration de chlorure de zinc est très faible. le mécanisme devient SN2 et aucun réarrangement n’est possible (B). Les iodures d’alkyles sont obtenus par réaction de l’acide iodhydrique (57 %) sur les alcools.65 L’acide chlorhydrique concentré forme des chlorures d’alkyles tertiaires avec les alcools tertiaires sans catalyseur (C). R-OH + HBr Schéma 8. Les bromures d’alkyles sont préparés par action de l’acide bromhydrique (48 %). (DAST). . PCl3. SF4. Les alcools traités par le chlorure de thionyle en présence ou non de pyridine forment des chlorures d’alkyles (D). en présence d’une quantité catalytique d’acide sulfurique pour les alcools primaires et sans catalyseur pour les alcools secondaires et tertiaires (qui pourraient être déshydratés en alcènes en sa présence) (schéma 8. R (A) SN1 H O ZnCl2 solvant polaire + Zn(OH)Cl2 S N2 H. POCl3 entre autres.(A).67 Les fluorures d’alkyles ne résultent pas de l’action de l’acide fluorhydrique sur les alcools mais de celle du tétrafluorure de soufre. Cl R-Cl + H2O + ZnCl2 R (B) SN2 ZnCl2 + HCl + R-OH CH3 (C) H3C C OH CH3 (D) R OH + SOCl2 ZnCl3 + ROH2 CH3 ZnCl2 + RCl + H2O + HCl H2O H3C C Cl CH3 + H 2O HCl + ROSO2Cl Cl + ROSO SN 2 RCl + SO2 Schéma 8. R-OH + R-OH + HBr IH RBr RI + H 2O + H 2O 3 R-OH + 3 INa + H3PO4 3 RI + PO4Na3 + 3 H2O Schéma 8. Ils sont mieux préparés par action d’iodures alcalins sur les alcools à l’ébullition en présence d’acide phosphorique à 96 % (schéma 8.332 Chimie organique libérant un carbocation (qui peut se réarranger s’il est secondaire) qui réagit avec Cl. ou mieux encore de celle du trifluorure de diéthylaminosulfure. Il en est de même de PCl5. Et2NSF3.66 RBr + H 2O L’action de PBr3 (formé in situ par action du brome sur le phosphore) permet aussi le passage à RBr mais il existe dans ce cas des possibilités de réarrangements pour les alcools secondaires.67). sans catalyseur.66).

12f – Les esters carboxyliques Cette réaction équilibrée est nommée transestérification. 8.4a et 6. en particulier.70).12e – Les anhydrides d’acides Comme les chlorures d’acides.68 O C R + R'OH R-CO-OR' + RCOOH + R-OH RO-CO-CH2-CH2-COOH Les anhydrides cycliques sont ouverts à chaud par un équivalent d’alcool pour former un monoester du diacide correspondant (schéma 8. Si R’ est tertiaire. C’est une réaction qui s’apparente à celle de l’hydrolyse des esters. O R C O O H 2C C O H 2C C O Schéma 8. Le mécanisme passe par un intermédiaire tétraédrique (schéma 8. d’acides de Lewis ou de base comme la 4-(N.N-diméthylamino)pyridine (dans ce cas.69). par addition d’halogénures d’hydrogène sur les alcènes (§ 9.5d).1. il s’agit d’une catalyse de type nucléophile) (schéma 8.1. + 1 ROH O O O anhydride succinique ∆ HOCO-CH2-CH2-COOR monoester de l'acide succinique Schéma 8. R-COOR' O R R" O H R" C O R' R + R"OH O C O H intermédiaire tétrèdrique ∆ R-COOR" H O + R'OH O O R' R C + O R" O R' R C O R" + R'-O-H + ROH O O γ−butyrolactone ∆ HO RO γ−hydroxy ester O Schéma 8.1. la réaction est difficile.8.12.68). les anhydrides d’acides réagissent avec les alcools. mais ils sont moins réactifs ce qui nécessite l’emploi de catalyseurs acides.70 . Les réactions de substitution 333 De nombreuses autres méthodes existent pour la préparation d’halogénures d’alkyles.69 8.

71).8-diazabicyclo[5. La différence des points d’ébullition entre R”OH et R’OH permet alors d’extraire du milieu R’OH par distillation ce qui favorise le déplacement de l’équilibre vers la droite.5 . Le mécanisme est SN2. le DBU (1. les halogénures tertiaires ou très encombrés ne permettent pas cette réaction.1.12g – Les sulfonamides Les sulfonamides N. argent.5).72).13a – Les halogénures La réaction des halogénures sur les sels de sodium.ou δ-halogéno acide.334 Chimie organique Le plus souvent R”OH représente un alcool à point d’ébullition élevé tandis que R’ est méthyle ou éthyle.1. Les lactones peuvent donner lieu à cette réaction qui conduit à des hydroxy esters. allyliques ou benziliques.4.0]undec-7-ène) (figure 8. 8. Les γ. Toutefois. le mécanisme est SN1 : elle n’est alors possible qu’avec des halogénures très réactifs. césium des acides organiques dans le HMPA est une excellente méthode de synthèse des esters (schéma 8.et δ-lactones peuvent être préparées par action de la soude sur un γ.71 8. R-SO2-N(R')2 + R"OH base R-SO2-OR" + HNR'2 Schéma 8. lorsque la réaction est effectuée dans un solvant protique.72 Par contre.NaCl C O γ−lactone O Schéma 8. La catalyse par transfert de phase est souvent appliquée à cette réaction : le benzène (ou le toluène) est alors le solvant non miscible à l’eau et la réaction a lieu en présence d’une base.N-disubstitués réagissent avec les alcools en présence d’une base pour former des sulfonates.1. Les phénols donnent lieu à cette réaction y compris avec les sulfonamides non N-substitués (schéma 8. N N DBU Figure 8.13 – Substitutions nucléophiles par les acides et leurs sels 8. RX + R'-COONa HMPA RCOOR' + NaX H2C CH2 CH2 Cl γ−chloro acide COOH NaOH . potassium.

74). mais dans ce cas.73 La réaction se fait aussi en présence d’une base organique comme la pyridine ou la triéthylamine (catalyse nucléophile). O R R' C O C O Cl R R' O C O C O R' Cl R C O C O + O Cl Schéma 8. H O R C O H O + S Cl Cl chlorure de thionyle H O O S Cl R C Cl intermédiaire tétraèdrique O R C O Cl O O S Cl O R C Cl H O R-COOH + PCl5 R-CO-O-PCl4 + HCl R C Cl intermédiaire tétraèdrique + SO2 + HCl Cl O P Cl Cl Cl O R C Cl + O=PCl3 + HCl Schéma 8. l’acide libre est mis en réaction. le trichlorure de phosphore. Les réactions de substitution 335 Les chlorures d’acides réagissent avec les sels alcalins ou d’argent d’acides carboxyliques pour former des anhydrides (schéma 8.73). SOCl2.8. ou le pentachlorure de phosphore. Il se forme un sel qui réagit avec le chlorure d’acide. Les chlorures d’acides résultent d’une réaction de substitution nucléophile entre un acide et le chlorure de thionyle.74 . PCl3. C’est leurs méthodes de préparation les plus courantes (schéma 8. PCl5.

76 8.1.75 Des réactions d’échanges peuvent exister entre un acide et un chlorure d’un autre acide (via un anhydride d’acide) : le chlorure d’oxalyle. En effet. R-COOH + Ph3P + CCl4 R-COCl + Ph3PO + HCCl3 Schéma 8.1.12d).76). R-COOH + R-COOH R-CO-O-CO-R + H2O anhydride d'acide P2O 5 O COOH H 2C H 2C COOH . amides Deux molécules d’acides carboxyliques peuvent être déshydratées pour former un anhydride à condition qu’un agent déshydratant soit présent (schéma 8.77 . (COCl)2. dans les conditions de la réaction.H 2O ∆ COOH CH3 C O O C O acide 3-méthyl-phthalique anhydride 3-méthyl-phtalique Schéma 8. chlorure d'acétyle ou chlorur e de phosphoryle.H2O H2 C H2 C C O C O anhydride succinique acides phosphoriques acide succinique déshydratant: anhydride acétique.77). RCOOH + R'-COCl 2 RCOOH + ClCO-COCl chlorure d'oxalyle R'COOH + R-COCl HOCO-COOH acide oxalique 2 R-COCl + CO2 + HCOOH acide formique CO2 + CO + H2O Schéma 8. la réaction étant équilibrée. esters. le retrait de l’eau formée par ce déshydratant déplace l’équilibre vers la droite. § 8. des anhydrides d’acides comme l’anhydride acétique.75). POCl3 CH3 COOH . Les déshydratants les plus souvent utilisés sont l’anhydride phosphorique P2O5.336 Chimie organique On peut aussi faire réagir l’acide sur la triphénylphosphine en présence de tétrachlorure de carbone ce qui est une méthode plus douce que les précédentes (schéma 8. en oxyde de carbone et anhydride carbonique. est particulièrement indiqué dans ce cas.13b – Les acides. l’anhydride trifluoroacétique ou le dicyclohexylcarbodiimide (DCC. ce qui oriente la réaction vers la droite (schéma 8. dans la mesure ou l’acide oxalique formé est décomposé.

N2 O R C O CH3 R C O + H3C N N Schéma 8.12b). Les réactions de substitution 337 La réaction s’applique aux diacides qui peuvent former un anhydride cyclique à cinq ou six chaînons. soit par l’emploi d’agents déshydratants comme pour l’acide succinique. . La déshydratation s’effectue.H R-CO-O R' C O O CH2 R" ester d'énol R' C OEt O OEt R-CO-O C R' O + EtOH (extrait par distillation) RCOOH + R' C O C R-COO-CO-R' + HO-C=CH2 R" O C CH3 R" Schéma 8. Pour les esters.78). réaction la plus utilisée.13c – Le diazométhane Les composés diazo et plus particulièrement le diazométhane réagissent à température ordinaire et avec d’excellents rendements sur les acides pour former des esters (schéma 8.8.78 Un cas particulier de cette réaction concerne les esters énoliques qui forment avec l’acide une cétone qui ne peut plus donner lieu à un équilibre. le diazométhane est utilisé pour préparer des esters méthyliques avec un rendement élevé. 8. soit par chauffage. RCOOH + R'-COO-R'' R-CO-O-CO-R' + R"OH R-CO-O . Le mécanisme est identique à celui donné pour la réaction du diazométhane avec les alcools (§ 8.1. le retrait par distillation de l’alcool formé déplace l’équilibre vers la droite ce qui favorise la formation de l’anhydride d’acide.1. Une réaction équilibrée se crée entre un acide carboxylique et un ester ou un amide conduisant à un anhydride (schéma 8. R R-COOH + R R-COOH + H2C N N C N N R R-COO-CH R R-COO-CH3 + N2 + N2 H2C O R C O H + H2C N N N N O H 2C N N .79). comme pour l’acide phtalique. l’acide intervient par le groupe carboxylate comme nucléophile.79 Ainsi. selon le cas.

ne réagit qu’avec des époxydes « rigides ». pour conduire à un bromure d’alkyle ou d’aryle selon l’éther et un alcool ou un phénol (schéma 8.80). ceux présents dans les stéroïdes.81 HO Lorsque l’halogénure d’hydrogène est en excès.82). BCl3.82 . HF. BBr3. sauf pour les méthylalkyléthers qui forment de manière prépondérante. l’halogénure de méthyle. Les époxydes sont ouverts par les halogénures d’hydrogénes en formant des halohydrines (schéma 8.80 R O H R-O-H + R'-X Les dialkyléthers produisent un mélange des deux halogénures possibles. chauffés. HBr O Br Schéma 8. par chauffage.14 – Substitutions nucléophiles sur les éthers et époxydes Le bromure d’hydrogène réagit très bien avec les éthers. en halogénures. Les alkylaryléthers forment toujours l’halogénure d’alkyle et le phénol. par exemple. Le chlorure d’hydrogène est peu utilisé et réagit très lentement.81).1. Les acides de Lewis qui forment des complexes avec les éthers comme BF3. Ces réactions s’appliquent à des éthers cycliques comme le tétrahydropyrane (schéma 8. conduisent à une rupture de l’éther en fournissant un halogénure. AlCl3. HX X OH O SOCl2 (HCl) époxyde ou oxirane halohydrine Cl OH SOCl2 Cl Cl HCN NC OH cyanhydrine Schéma 8.338 Chimie organique 8. R O R' + H R' X sel d'oxonium Schéma 8. Le fluorure d’hydrogène. les alcools produits dans une première réaction sont transformés par une seconde. L’iodure d’hydrogène réagit plus vite que le bromure d’hydrogène mais il permet de nombreuses réactions secondaires.

15a – Les halogénures L’alkylation de l’ammoniac par les halogénures d’alkyles. X sel d'ammonium quaternaire Schéma 8. R NH3 X RNH2 + HX amine primaire RNH3.2-dihalogénure. est immédiatement transformée en 1.83 NaI RCO-O-CH2-CH2I 8.1. L’amine secondaire réagira ensuite avec l’halogénure pour former une amine tertiaire laquelle est transformée en sel d’ammonium quaternaire si un excès d’halogénure est présent. X R X RNH2 R2NH + HX amine secondaire R2NH2. Les chlorures d’acides réagissent avec l’oxyde d’éthylène ou oxirane. . l’halohydrine qui se forme d’abord en raison de traces de chlorure d’hydrogène.84 En effet. le caractère nucléophile augmente lorsqu’on passe de l’ammoniac à une amine primaire puis secondaire : la réaction de substitution sera donc plus facile avec ces deux dernières présentes dans le milieu. pour former un ester de 2-iodoéthyle (schéma 8. secondaires. en présence d’iodure de sodium dans l’acétonitrile. R C O + RCOCl H2C CH2 H2C O O Cl CH2 RCO-O-CH2-CH2Cl Schéma 8. Les réactions de substitution 339 Lorsque les époxydes sont traités par le chlorure de thionyle en présence de pyridine.83). tertiaires sous forme de sels.15 – Substitutions nucléophiles par l’ammoniac et les amines 8. conduit à un mélange d’amines primaires. surtout de faibles masses.84). X R2NH + R-X R3N + HX amine tertiaire R3NH. et à des sels d’ammonium quaternaires (schéma 8. L’acide cyanhydrique conduit à une cyanhydrine.8. X R 3N + RX R4N.1.

On peut signaler ici que. Elle consiste à chauffer l’halogénure et l’ammoniac à 180 °C sous une pression de 25 bars. Par exemple. en utilisant un très gros excès d’ammoniac par rapport à l’halogénure.86 RX Des réactions parasites accompagnent souvent la réaction principale (schéma 8. Cette méthode est peu utilisée pour la préparation des amines primaires. en effectuant la réaction dans des conditions particulières. l’halogénure peut être R’X. Les triarylamines sont très difficilement alkylées. se fait dans un solvant polaire comme l’acétone (schéma 8. le caractère nucléophile des amines primaires et secondaires faiblit et il est alors possible de préparer des amines tertiaires à partir de l’ammoniac. il est possible de privilégier la formation d’un type d’amine. les halogénures aromatiques activés par des groupes électroattracteurs sur le cycle comme le bromure de 2. les diaryl amines réagissent difficilement avec les halogénures ce qui conduit à utiliser des sulfates ou sulfonates plus réactifs. Toutefois. Par contre.340 Chimie organique Une telle réaction n’est donc pas a priori une bonne méthode de synthèse des amines primaires.4-dinitrobenzène permettent la réaction. on favorise la formation de l’amine primaire. et de la nature de l’halogénure (I < Br < Cl). acétone R3N + R'X R3N-R'. H R C X COOH + NH3 . La préparation des sels d’ammonium quaternaires à partir d’amines primaires ou secondaires (alkylation exhaustive).85). sauf dans le cas des α-amino acides à partir d’α-halo acides. Les amines primaires aromatiques sont facilement alkylées. c’est la synthèse d’Hofmann (1850). La vitesse de la réaction est fonction des substituants de l’amine (primaires > secondaires > tertiaires). X R3NH. Le passage d’une amine tertiaire à un sel d’ammonium quaternaire. ce qui permet la formation d’amines secondaires R(R’)NH. peut être effectuée en présence de bases fortes non nucléophiles dont le rôle est le retrait du proton de (R)(R’)NH2+ ou de (R)(R’)(R”)NH+. mais ce n’est pas la meilleure méthode (schéma 8. en présence d’un halogénure ou réaction de Menchoutkine (1890).86) : il s’agit de formations d’alcènes par élimination de HX de l’halogénure (A) et de transalkylation (B). X + (CH3)2C=CH2 (A) R3N + (CH3)3CX (B) R3N + R'X R2NR' + Schéma 8. . partant d’amines primaires substituées par un groupe R.86). Seuls.85 Lorsque le nombre de carbones du groupe aliphatique R de RX est compris entre 7 et 12.HX H R C COOH NH2 Schéma 8. Il en est de même pour la préparation d’amines secondaires qui sont plus facilement obtenues par action de l’halogénure sur un large excès d’amine primaire.

X (B) RX + N3Na R-N3 réduction RNH2 RNH3 COOH RNH3 + COOH (C) RX + (Me3Si)2N Na . schéma 8. en amine (sel) et acide phtalique (D). Si un groupe méthyle est présent sur l’amine aliphatique.NaX RN(SiMe3)2 H2O. X RNH3. R R N R R . H O (D) RX + NK O phtalimide potassée O NR O HO COO NH2NH2. l’action de bis(triméthylsilyl)amidure de sodium sur des iodures et tosylates aliphatiques suivie d’une hydrolyse (C). c’est lui qui est transféré sur l’éthanolamine. et la réaction de Gabriel (1887) qui consiste à traiter le sel de potassium du phtalimide par un halogénure ce qui forme un N-alkylphtalimide qui est.88 . H acide phtalique RNH2 + COO phtalate RNH2 + O NH NH phtalhydrazide O NR O + NH2-NH2 O NHR NH-NH2 O Schéma 8. la formation d’azides suivie de leur réduction (B). soit hydrolysé. soit soumis à l’action de l’hydrazine (méthode de Ing-Manske). X + H2N-CH2-CH2-OH éthanolamine R R N R Schéma 8.88). 1895) (A. HCl EtOH (A) RX + (CH2)6N4 hexaméthylène tétramine N3(CH2)6NR.87).8.H2O O H2O. ce qui libère l’amine à côté du phtalhydrazide (E). en présence d’acide.87 + R-NH2-CH2-CH2-OH La préparation des amines primaires aliphatiques utilise d’autres réactions comme celle de l’hexaméthylènetétramine avec les halogénures d’alkyles (réaction de Delépine. Les réactions de substitution 341 La désalkylation des sels d’ammonium quaternaires peut être réalisée par l’éthanolamine (schéma 8.

elles sont transformées en formamides N.90).89 Les amines primaires réagissent rapidement. Cette réaction sert de test odorant pour les amines primaires.342 Chimie organique L’alkylation des amines peut être intramoléculaire dans la mesure où le cycle ainsi produit est à 3.2 HCl C N R dichlorocarbène isocyanure Schéma 8. .90 Les amines secondaires réagissent plus difficilement et forment des amines tertiaires ayant un substituant dichlorométhyle. par action du sodium dans l’alcool isoamylique (schéma 8.Cl .1.2 HCl H HO C OH N R .5). 5.N-disubstitué Schéma 8. H2 C H2 C Cl NH2 base H2C NH H2 C aziridine H2C H2 C CH2 Cl NH2 base H2C H2C CH2 NH 2-chloroéthylamine 1-amino-3-chloro-propane azétidine CH2Cl NH2 base NH pyrrolidine TsCl . ou 6 chaînons (schéma 8.91 .91). En présence d’eau. RNH2 + HCCl3 + 3 KOH HCCl3 + HO . avant le retrait du groupe tosyle.H2O CCl2 RNC + 3 KCl + 3 H2O NH2-R Cl H C N R Cl H . L’halogénure peut être remplacé par un tosylate. Les azétidines (cycle azoté à quatre chaînons) sont difficilement obtenues par cette méthode : il est préférable de traiter d’abord l’amine par le chlorure de tosyle ce qui fournit un groupe TsNH qui est cyclisé par une base.N-disubstitués (schéma 8. Le mécanisme est sans doute de type SN1cB (§ 8. par simple chauffage.Cl . avec le chloroforme en présence de potasse pour former des isocyanures (à odeurs particulièrement repoussantes) (schéma 8.H2O NHR2 R N H R R H C N O R Cl C Cl N R R HCCl3 + HO H Cl C Cl CCl2 Cl R C Cl H R N R H2O .89).H2O formamide N. Il se forme un dichlorocarbène intermédiaire qui réagit avec l’amine primaire avec élimination de deux molécules d’acide chlorhydrique.HCl H2C H2 C CH2 X H2 C base H N Ts H2 C CH2 N-Ts Na alcool isoamylique 1-amino-4-chloro-butane Schéma 8. Elle s’effectue en présence d’une base.89).

secondaires. en fait. Dans la plupart des cas. 1890)) : le mélange d’amines est traité par le chlorure de l’acide p-toluènesulfonique. composés azotés basiques d’origine naturelle comme la morphine. la déprotection est assurée soit par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans le n-butanol.sur le carbone du groupe le plus petit avec formation d’un bromure d’alkyle et de cyanoamine.8. présents le plus souvent dans les plantes. la caféine. Me Pr Bu N + BrCN Br Pr Me N Bu Schéma 8. Cette méthode ne peut. La protection d’une amine primaire ou secondaire peut être faite par arylsulfonation. tandis que les sulfonamides secondaires (solides) restent insolubles. R-SO2Cl + H-N R-SO2-N sulfonamide Schéma 8. La distillation permet d’extraire les amines tertiaires et la filtration retient dans le filtre le sulfonamide secondaire. La réaction s’effectue en deux étapes : la première correspond à la formation d’un bromure de N-cyanoammonium.92). ArCOCH2-SO2N(R)2. dans l’acide acétique. Si les trois groupes sont alkyles.92 Pr CN MeBr + Bu N CN Les chlorures de sulfonyles réagissent avec l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en formant les sulfonamides correspondants (schéma 8. en particulier dans le cas des alcaloïdes. Les amines primaires et secondaires forment les sulfonamides correspondants. la réserpine.93 + HCl Cette réaction a été utilisée pour séparer les amines primaires. la seconde à une attaque nucléophile de l’ion Br. sont traités par le zinc. c’est le plus petit d’entre eux qui forme l’halogénure. et tertiaires aliphatiques en mélange (méthode de Hinsberg.93). Le filtrat contient le sulfonamide primaire. L’ensemble des composés formés est mis en présence d’une solution de soude. . s’appliquer qu’à des amines aliphatiques de faibles masses car les sulfonamides primaires avec nC > 7 restent insolubles dans la soude. un sulfate. L’halogénure qui se forme est le plus stable. Les sulfonamides primaires ayant un groupe CαH2 dont les hydrogènes sont rendus acides par le groupe sulfonamide se solubilisent. Les arylsulfonamides sont stables en milieu alcalin et ne sont pas affectés par les réductions catalytiques. Elle consiste à traiter l’amine tertiaire par le bromure de cyanogène. soit par acidolyse (HBr à 48 % en présence de phénol). Les sufonamides de structure. L’action d’une solution acide (70 % SO4H2) au reflux permet de libérer les amines de leurs sulfonamides en formant un sel. Les réactions de substitution 343 La réaction de von Braun (1900) est une réaction qui a été beaucoup utlisée pour définir la structure d’amines tertiaires (schéma 8.

(comme dans la réaction de Strecker § 10.1. avec l’ammoniac et les amines primaires ou secondaires. tendus. Ces composés étant des amines. β-amino thiols et les 1. thiiranes et aziridines Les oxiranes ou époxydes.95). on obtient respectivement.15b – Les alcools Chimie organique La substitution directe d’un groupe OH par un groupe amino n’a lieu qu’avec les cyanhydrines.3.1).2-diamines sont respectivement formés. ils peuvent réagir sur une nouvelle molécule d’hétérocycle et les produits obtenus peuvent renouveler encore cette réaction (schéma 8. des cyanoamines primaires. les acyloïnes. Les acyloïnes et benzoïnes conduisent à des α-amino cétones. cycles à trois chaînons.94 N R' + HN . secondaires ou tertiaires.344 8. Z H2 C CH2 NH3 Z = O : oxirane ou époxyde Z = S : thiirane ou épisulfure Z = NH : aziridine Schéma 8. et les benzoïnes (schéma 8.95 Z HZ CH2 CH2 NH2 H2C CH2 (HZ-CH2-CH2)2NH Z H2 C CH2 (HZ-CH2-CH2)3N . OH R C CN cyanhydrine N R' + HN . les thiiranes ou épisulfures et les aziridines.1.94).H2O R CH C O α-amino cétone R Dans le cas des cyanhydrines. sont facilement ouverts par l’ammoniac et les amines selon un mécanisme SN2 stéréospécifique : les β-hydroxy amines.15c – Les oxiranes. 8.H2 O R C CN cyanoamine R' OH R CH C O acyloïne : R et R' = alkyl benzoïne : R et R' = aryl Schéma 8.

97 N DCC O H N C O R C O H N R-CO-O-CO-R + H N C O H N Un autre mécanisme a été proposé : la fonction amine réagit sur le produit formé par addition d’une seule molécule d’acide au DCC. mais la détection d’anhydride dans le milieu est en faveur du premier mécanisme. sitôt formé. avec l’ammoniac. les esters et les amides Les acides. il se forme l’anhydride correspondant qui. 8. les chlorures d’acides. liés entre eux par une liaison peptidique. un solvant industriel très important. la diéthanolamine.96). les anhydrides d’acides et les esters acylent tous l’ammoniac et les amines pour conduire aux amides correspondants. -CO-NH-. Ces réactions supposent que la fonction amine du premier acide aminé a été protégée. l’éthanolamine. qui par chauffage conduit aux amides (schéma 8. sinon la réaction de couplage peut aussi s’orienter sur la fonction amine d’une seconde molécule du premier acide aminé.96 C’est la méthode la moins classique pour obtenir les amides qui sont plus souvent préparés à partir des esters. le couplage de deux acides aminés (ou d’un peptide et d’un acide aminé) s’effectue avec le DCC. en synthèse peptidique. ∆ R-COOH + HN R-COO . Les réactions de substitution 345 Avec l’oxirane. Il faut rappeler que les peptides à la base de nombreuses hormones sont constitués d’α-amino acides. R-CH(NH2)COOH.1.8. il se forme d’abord un sel d’ammonium ou d’amine. (HO-CH2-CH2)3N. HO-CH2-CH2-NH2. tout particulièrement. Un tripeptide est donc représenté par la formule générale : NH 2-CH(R1)-CO-NHCH(R2)-CONH-CH(R3)-COOH. réagit sur la fonction amine d’un second acide aminé en créant la liaison peptidique (schéma 8. entre autres.97). Cette . sont ainsi obtenus successivement. dicyclohexylcarbodiimide. (HO-CH2-CH2)2NH. H N C O R C O R-CO-O-CO-R R C O + NH2-R' R-CO-NH-R' + RCOOH Schéma 8. les chlorures d’acides. l’utilisation de composés permettant d’activer la fonction acide pour qu’elle réagisse en conditions douces sur les amines est très importante. En présence de deux molécules d’acides. et la triéthanolamine. Dans ce cas. les anhydrides d’acides. Par contre.15d – Les acides. H2N sel R-CO-N amide + H 2O Schéma 8. Dans le cas des acides.

respectivement. secondaire ou tertiaire (schéma 8.346 Chimie organique protection est souvent assurée par le groupe benzyloxycarbonyle (abréviation : Cbz ou Z). CH2Cl. Pour délier le peptide de son support solide. pour Boc. parmi d’autres. ou d’autres groupes choisis en fonction de la nature des groupes latéraux des acides aminés constituant le peptide. ce qui permet de garder le peptide formé lié à ce support solide et donc de l’extraire facilement du milieu qui contient de nombreux composés en solution (sels. on utilise souvent l’acide fluorhydrique.99 HCl Lorsque l’amine est en quantité stœchiométrique. si le nucléophile est en excès. (abréviation: Boc). on utilise souvent une méthode due à Merrifield (synthèse en phase solide) et qui consiste à utiliser un polystyrène portant des groupes chlorométhyles. ou le groupe t-butoxycarbonyle. Le schéma 8. tBu-O-CO-. un amide primaire. tBu-OCON3. S’il s’agit d’une base . R2.HCl H H R1 R1 1) DCC H Ph-CH2-O-CO-NH C CO N Ph-CH2-O-CO-NH C COOH R2 H H 2) H2N C COOH H2 H R1 H Ph-CH3 + CO2 + H2N C CO N H dipeptide R2 C COOH H R2 C COOH H Schéma 8. PhCH2-O-CO-. Les chlorures d’acides (et plus généralement les halogénures d’acides) réagissent exothermiquement sur l’ammoniac et les amines primaires et secondaires en produisant. Cette protection réalisée respectivement par le chloroformiate de benzyle.98 présente les différentes étapes pour la synthèse d’un dipeptide simple (R1 er R2 = H ou alkyle). et le t-butoxycarbonylazide. il est souvent nécessaire d’ajouter une base au milieu pour neutraliser l’acide chlorhydrique résultant. R1 R1 Cl-CO-O-CH2Ph H2N C COOH Ph-CH2-O-CO-NH C COOH . ce qui permet de fixer le premier acide aminé par une substitution avec le groupe amino. s’effectue par l’action de HBr dans l’acide acétique ou par hydrogénolyse. La déprotection. Pour certains acides aminés. PhCH2-OCOCl pour Cbz. par action de l’acide trifluoroacétique dans le chlorure de méthylène. etc…). R3… doivent être envisagées avant le couplage. des protections adéquates des groupes latéraux fonctionnels R1. ou NH2. composés secondaires. dans le cas de Cbz. diminue le caractère nucléophile de l’azote en passant d’une amine à un amide (ou plus exactement à un carbamate).98 Afin de rendre la synthèse peptidique moins fastidieuse sur le plan expérimental.99). La synthèse se poursuit à partir de ce système. R-COCl + H2N-R' R-CO-NH-R' + Schéma 8. et dans le second cas pour Boc. et qui peuvent avoir des fonctions comme OH.

Lorsque deux équivalents d’amines sont mis en réaction. le chloroformiate de benzyle. réagissent sur un équivalent d’amine primaire pour former un chloroformamide ou un chlorothioformamide.100). lesquels éliminent HCl pour fournir respectivement un isocyanate ou un thioisocyanate. Les acylhydrazines sont plus facilement préparées à partir des esters par action de l’hydrazine (schéma 8. On peut aussi utiliser des bases organiques comme la pyridine ou la triéthylamine.101 Les chlorures d’acides forment très facilement des acylhydrazines ou hydrazides avec l’hydrate d’hydrazine. ClCOOR. X Cl-C-Cl + H2N-R X = O : phosgène X = S : thiophosgène X . COCl2 (le chloroformiate de trichlorométhyle. R-O-CO-NH-R’ (schéma 8.N’-diacylhydrazines. R-COCl + NH2-NH2. utilisés en particulier en synthèse peptidique (voir cidessus.H2O R-COCl + R-CO-NH-NH2 R-CO-NH-NH2 + HCl + H2O acylhydrazine ou hydrazide R-CO-NH-NH-CO-R + HCl N.102 .101). ils sont accompagnés de N. Certains réactifs moins classiques comme le phosgène. mais le plus souvent. composés particulièrement toxiques. réagissent avec les amines en produisant des carbamates.N'-diacylhydrzine R-COCl + H2N-OH R-CO-NH-OH + HCl acide hydroxamique Schéma 8.8.102). des dérivés substitués de l’urée ou de la thiourée sont obtenus (schéma 8. Cl3C-O-COCl. ClCOOCH 2Ph). CSCl2. peut le remplacer) ou le thiophosgène. la réaction est celle de Schotten-Baumann.100 Les chloroformiates.HCl X=C=N-R X = O : isocyanate X = S : isothiocyanate X = O : chloroformamide X = S : chlorothioformamide 2 NH2-R NHR X C NHR dérivés de l'urée (X = O) ou de la thiourée (X = S) Schéma 8. Les réactions de substitution 347 alcaline. R-O-COCl chloroformiate + H2N-R' R-O-CO-NH-R' + HCl carbamate Schéma 8.HCl Cl-C-NH-R .

103 Les imides sont aussi obtenus lorsqu’un amide primaire est traité à chaud par un équivalent de chlorure d’acide (en présence de pyridine). O COOEt H2N EtO C O + H2C COOEt H2N H 2C O acide barbiturique Schéma 8. . ou une pression élevée peuvent augmenter la vitesse. la réaction est facilitée. L’urée réagit sur les esters cycliques pour former divers hétérocycles : le malonate d’éthyle en présence d’éthylate de sodium conduit à l’acide barbiturique.103) et secondaires sont comparables à celles des chlorures d’acides. la réaction est lente.105).104). d’ester ou d’acide carboxylique. intervention dans le mécanisme de deux molécules d’amine pour une molécule d’ester (schéma 8. La réaction est beaucoup plus douce que celles des chlorures et anhydrides d’acides et un chauffage est souvent nécessaire.103).348 Chimie organique L’hydroxylamine. d’ion cyanure. Toutefois. comme l’o. un produit à la base de nombreux composés pharmaceutiques (schéma 8. Si le groupe R’ est fortement attracteur. est N-acylée par les chlorures d’acides pour former des acides hydroxamiques. Les réactions des anhydrides d’acides avec l’ammoniac ou les amines primaires (schéma 8.11b) : milieu basique. RCOOR’. La présence d’une base. Cette réaction est particulièrement facile avec les anhydrides cycliques comme l’anhydride phtalique qui conduit au phtalimide (schéma 8.ou le p-nitrophényle. Le mécanisme le plus souvent rencontré est BAC2 (voir hydrolyse des esters.1. R-CO-O-CO-R + H2N-R' R-CO-NHR' RCONH2 + RCOOH RCO-NH-COR imide R-CO-O-CO-R + NH3 O O O anhydride phtalique R-CO-O-CO-R O C NH 2 C OH O O NH + H2O O phtalimide + NH3 Schéma 8. NH2OH. Si R est de faible masse. des imides sont parfois formés par double réaction avec l’ammoniac ou les amines primaires. § 8. transfert d’un proton. RCO-NH-OH.104 C NH C O C NH Les amides primaires et secondaires sont le plus souvent préparés par action d’ammoniac (ou d’ammoniaque) ou d’amines primaires sur les esters d’acides carboxyliques. le pentafluorophényle.

107). à partir de l’hydroxylamine (schéma 8. Les réactions de substitution 349 R-COOR' + R-COOR' H N O R" H NH3 R-CO-NH2 + R'OH + H2N-R" R-CO-NH-R" + R'OH OR' R C OR' NH2-R" R O + R"NH3 Schéma 8. sont transformées le plus souvent en lactames (amides cycliques) par action de l’ammoniac ou des amines primaires. esters cycliques. R-COOR' + NH2NH2. On peut aussi préparer les acides hydroxamiques par cette méthode.et δ-aminoesters (schéma 8.107 .105 NHR" NH-R" R C O + R'O + R"NH3 R'OH + R"NH2 Les hydrazides résultent le plus souvent de l’action d’un équivalent d’hydrate d’hydrazine sur un équivalent d’ester dans un alcool à l’ébullition. H2O hydrate d'hydrazine R-CO-NHNH2 + acylhydrazine ou hydrazide H2O + R'OH R-COOR' + NH2-OH hydroxylamine R-CO-NH-OH + R'OH acide hydroxamique Schéma 8.106).8.106 Les lactones. Ces composés cycliques peuvent aussi être le résultat d’une réaction intramoléculaire de γ. O C O γ-lactone + NH3 O O C NH γ-lactame O ∆ .ROH C OR NH2 γ-amino ester NH3 O β-lactone NH3-CH2-CH2-COO β-alanine Schéma 8.

…).108). Le groupe NH2 est substitué par le groupe R’NH (schéma 8. époxydes.350 Chimie organique L’ammoniac réagit sur les β-lactones en formant l’alanine ou ses dérivés alkylés (mécanisme BAL2. (CH2)n C=O base forte N -H (CH2)mNH2 (CH2)n C O H (CH2)n NH C=O NH N (CH2)mNH (CH2)m Schéma 8. acides.6. § 13.15. par analogie avec la pièce vestimentaire).108 R-CO-NHR' + NH4 Cette réaction a un intérêt particulier dans le cas des lactames dont l’azote est substitué par un groupe aminoalkyle (schéma 8. En présence d’une base forte.1. chlorures d’acides. . R" R-CO-NH-R' base forte -H R-CO-N-R' R"X -X R-CO-N-R' Schéma 8. Les amides primaires RCONH2 donnent lieu à une réaction d’échange avec les sels d’amines primaires R’NH3+. § 8.16 – Substitutions nucléophiles par l’ion hydrure La plupart de ces réactions font intervenir des hydrures métalliques et ont pour résultats les réductions de nombreuses fonctions qui sont présentées au chapitre 13 (halogénures § 13. un proton du groupe amino est extrait.109 Les amides primaires et secondaires. § 13.110 Cette réaction est comparable à la première partie de la réaction de Gabriel (§ 8. en présence de bases fortes comme l’amidure de sodium ou l’hydrure de sodium.12.1. 8. forment des sels qui sont facilement alkylés par les halogénures d’alkyles (schéma 8.10. dans le DMF anhydre. L’anion amidure attaque alors le carbone du carbonyle du cycle lactame ce qui conduit à une expansion de cycle (cette réaction a été appelée la Zip-réaction.1. alcools. R'NH3 + R-CO-NH2 Schéma 8. § 13. § 13.110).109).15a) avec le sel de potassium du phtalimide et un halogénure.14.11b).

R2 2 R1 C C R3 X Cu . à basse température).3-dibromopropane Schéma 8. PbO) ont aussi été employés à la place du sodium. sur l’oxyde de plomb.1. le zinc.111 Cette réaction est peu utilisée en raison de la formation de composés secondaires. parfois avec succès. Les réactions de substitution 351 8. Ainsi.8. afin d’obtenir un couplage des groupes aliphatiques (schéma 8.113 .17 – Réactions de couplage par mécanisme de substitution 8. le zinc et l’iodure de sodium permettent de préparer de petits cycles par réaction intramoléculaire : par exemple. le fer. CH2Br H 2C CH2Br Zn. ou mieux encore dans le tétrahydrofurane (mais dans ce cas. INa CH2 H2 C CH2 1.112 cyclopropane Les halogénures vinyliques sont couplés en présence de cuivre activé. C’est une réaction comparable à celle d’Ullmann 1901)qui. le cuivre activé. par chauffage de deux molécules d’iodobenzène en présence du même métal.3-dibromopropane est cyclisé en cyclopropane (schéma 8.CuX2 R2 C R1 C R3 R1 C R3 C R2 et d'autres isomères 2 I Cu . 2 RX Na R-R + 2 NaX Schéma 8.112). conduit au biphényle (schéma 8.17a – Couplage d’halogénures d’alkyle (réaction de Wurtz) La très ancienne réaction de Wurtz (1855) consiste à chauffer ensemble deux halogénures d’alkyles en présence d’un métal alcalin dans le diéthyléther. le plomb pyrophorique (plomb finement divisé préparé par action de vapeurs de furfural.CuI2 biphényle Schéma 8.113). Des métaux comme l’argent. 2-furanecarboxaldéhyde. alcanes et alcènes.111). le dibutyléther.1. le 1.

116 Le plomb pyrophorique (§ 8. Si la première étape est un mécanisme simple. aromatique. 2 Na R-Br + Br R + 2 NaBr Schéma 8. 8. et l’autre.1. le couplage se fait avec rétention de configuration. le mécanisme SN2 a été démontré car il y a inversion de configuration de R. ce mécanisme radicalaire n’explique pas les résultats stéréochimiques observés lorsque les deux halogénures sont aliphatiques et identiques : bien souvent.17b – Couplage des chlorures d’acides 2 RCOCl Pb pyrophorique RCO-CO-R 2 Ph-COCl Li Ph-CO-CO-Ph ultrasons benzile Schéma 8. si R est optiquement actif. et radicalaire. Il est accepté que deux étapes sont nécessaires : la première est la formation d’un composé organométallique. SET. . conduit au benzile (schéma 8. Lorsque la réaction est effectuée entre un halogénure allylique ou benzylique et un halogénure secondaire RX.17a) permet la préparation d’α-dicétones à partir de chlorures d’acides acétique et benzoïque. Le chlorure de benzoyle. En effet. et la seconde consiste en une réaction de ce composé avec une molécule d’halogénure. l’un aliphatique (plutôt un bromure.114 Enfin. et primaire si possible.114). le sulfate de méthyle peut remplacer l’halogénure). la seconde est plus complexe car divers mécanismes sont possibles: SN1.115 Le mécanisme de la réaction de Wurtz est complexe.352 Chimie organique Une variante intéressante est la réaction de Wurtz-Fittig (1864) qui consiste à faire réagir deux halogénures différents.115). Cette dernière possibilité est la plus vraisemblable.MgBr2 Schéma 8. Elle est catalysée par le chlorure de cobalt et donne d’excellents rendements en série aromatique (schéma 8. en présence de lithium sous ultrasons.116). SN2. en présence de sodium dans un solvant non polaire (schéma 8. la réaction de Wurtz-Grignard fait réagir un halogénure d’alkyle ou d’aryle avec un organomagnésien aliphatique ou aromatique. Br + Br-Mg- CoCl2 .1. mais reste peu convaincante.

18 – Alkylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants 8. en rouge.4-dione CH2(CN)2. la potasse. CN.6 pKa acidité des hydrogènes Les bases utilisées sont très variées. COO-. mais s’il en existe deux comme dans le diphénylméthane. acide acétique CH2(CN)COOEt. sans doute pour des raisons de gêne stérique d’approche de la base. servent de références). par exemple. Un groupe phényle rend acides les hydrogènes du groupe CH2 qui lui est lié. phénol CH3NO2. . acétylacétate d'éthyle. ou un carbonate alcalin en solution aqueuse. SO2NR2. CH2(NO2)2. SO3R. La soude. Le plus souvent avec les esters. malononitrile CH2(COOEt)2.6 en fonction du pKa des hydrogènes des groupes méthylènes ou méthynes (quelques autres composés. 3-méthyl-pentane-2. SO2R.1. et le plus souvent l’éthylate ou le t-butylate de sodium dans l’alcool anhydre correspondant. cyanacétate d'éthyle CH2(COCH3)2. t-butanol Figure 8.13. malonate d'éthyle H2O > C2H5OH > (CH3)3COH. Leur emploi est limité dans la mesure où ces bases peuvent donner lieu à une réaction secondaire gênante. base plus forte que les hydroxydes alcalins. Les réactions de substitution 353 8.1. acétylacétone C6H5OH. CON(R)2.18a – Synthèse malonique Quand un méthyne ou méthylène est lié à un ou deux groupes Z à effet inducteur électroattracteur -I. la saponification des groupes esters. Les groupes Z les plus fréquents sont : COOR. CH3CH(COCH3)2. on utilise un alcoolate alcalin R-O – (Na+ ou K+). leurs hydrogènes ont un caractère acide qui permet de les extraire facilement en présence d’une base pour former un carbanion (§ 6. Quelques composés sont classés dans la figure 8. L’amidure de sodium permet la formation du carbanion du diphénylméthane malgré la faible acidité du méthylène. NO2.8. extrait les protons les plus acides. COR. CHO. nitrométhane CH3COCH2COOEt. l’acidité faiblit.1). dinitrométhane CH3COOH.

autres que d’éthyle. des malonates. il est possible d’effectuer une seconde alkylation dans les mêmes conditions. la réaction peut s’effectuer selon un mécanisme SET (§ 6.12. L’halogénure peut être allylique (mais avec des réarrangements possibles) ou benzylique. CN. mais pas tertiaire car les conditions de la réaction favorisent une élimination qui transformerait l’halogénure en alcène. successivement.118 COOH H2O. par un halogénure d’alkyle. Si l’un des groupes COOEt est remplacé par un groupe nitro ou si des groupes nitro ou nitriles sont présents dans RX. Une seule alkylation est possible si la réaction est effectuée avec un équivalent d’éthylate et d’halogénure. il est préférable d’isoler et purifier le produit monoalkylé par RX puis d’effectuer la seconde alkylation pour obtenir R(R’)CH(COOEt)2 (schéma 8. Le mécanisme de ces réactions est SN2. CH2(COOEt)2. COOEt H C H COOEt EtO COOEt H C COOEt RX COOEt R C H COOEt 1) EtO 2) R'X COOEt R C R' H2O.117 L’alkylation de ces molécules est facilitée lorsque la réaction a lieu dans un solvant polaire aprotique comme le DMF ou le DMSO anhydre en utilisant l’amidure ou l’hydrure de sodium comme bases. R’X. COR". … réagissent de même. NO2. Dans le cas le plus classique de la synthèse malonique. On peut effectuer la double substitution en une seule étape en faisant réagir deux équivalents de base et d’halogénures. H ou KOH COOEt puis H Schéma 8. Selon qu’il s’agit d’un groupe méthyne ou méthylène. SO3R".118). Si la seconde alkylation doit faire intervenir un halogénure différent du premier. SO2NR"2 Schéma 8. de méthyle ou de propyle.CO2 COOH H R C H COOH COOH R C R' COOH ∆ .117). SO2R". étant formé.7). RX. qui est l’alkylation du malonate d’éthyle. primaire ou secondaire. RCH(COOEt)2.354 Chimie organique Z H C H Z' base Z HC Z R X Z HC R Z Z 1) base 2) R'X R' C R Z Z = Z' = COOR" (synthèse malonique) Z et / ou Z' = COOR". CHO. l’alkylation par RX peut avoir lieu une ou deux fois (schéma 8.CO2 H R C R' COOH . Il y a donc inversion de configuration de R provenant de RX. Le composé monoalkylé. H ou KOH puis H R C H ∆ . Bien entendu.

ce qui permet de préparer de nombreux acides.119 Enfin. substitués par des groupes variés. Les réactions de substitution 355 Les malonates mono ou disubstitués peuvent être saponifiés par la soude ou la potasse pour donner. L’action d’un alcoolate. les malonates monosubstitués par un groupe halogénoalkyle. les acides maloniques correspondants. puis d’un halogénure. RCH2COOH et R(R’)CHCOOH.8. conduisent à des composés cycliques de 3 à 7 carbones (n = 2 à 6). O NK O + ClCH (COOEt)2 O N-CH(COOEt)2 O O H2N-CH(R)-COOH + COOH COOH Schéma 8. RCH(COOH)2 ou R(R’)C(COOH)2.119). dans la mesure où elles ne peuvent pas réagir ellesmêmes dans les conditions de la synthèse malonique. la méthode de Sörensen (1903) pour la synthèse des α-amino acides allie la synthèse de Gabriel et la synthèse malonique.120 1) EtO 2) RX H2O. De même. X(CH2)nX. après acidification. L’hydrolyse acide conduit à l’acide phtalique et à l’acide aminé sous forme de sel (schéma 8. par cette méthode car R de RX peut contenir des fonctions. Les dihalogénures. H ∆ N-C(COOEt)2 R O . COOEt C COOEt COOEt (CH2)n C COOEt X (CH2)n X n=2à6 + H H 2 EtO X-(CH2)n H n = 2 à 13 COOEt C COOEt EtO Schéma 8. Une propriété importante de ces acides est leur très facile monodécarboxylation par chauffage entre 150 et 200 °C. X(CH2)nCH(COOR)2.120). permet la substitution du groupe méthyne. Le phtalimide potassé réagit avec un halogéno malonate. donnent lieu à une substitution intramoléculaire avec formation d’un cycle pouvant contenir 14 carbones (schéma 8.

donner lieu à une réaction de rupture (mécanisme inverse de celui de la réaction de Claisen § 10. (schéma 8.122). dont l’acide acétique. carbanion le moins stabilisé. soit par l’action de la soude ou de la potasse alcoolique concentrée à chaud. un seul équivalent de base doit être ajouté.356 8.122 . CH3COCH(R)COOR. puis décarboxylation de l’acide formé. soit à une cétone.18b – Alkylation des acétoacétates Chimie organique Une autre synthèse comparable à la synthèse malonique est celle effectuée à partir des esters acétoacétiques. CH3COCH2COOR.121 Pour effectuer l’alkylation sur le groupe méthylène. la substitution se faisant alors sur le carbanion le moins stable (charge moins délocalisée) (schéma 8. O O H 3C C H3C CH2 COOEt OEt O H3C H2O O H3C C CH R COOEt H ou HO dilué HO concentré CH3-COO C CH COOEt CH R C CH COOEt RX SN2 H3C O C CH R COOEt (une seconde réaction d'alkylation est possible) O H3C C COOH .1. donc le plus réactif vis-à-vis des réactifs électrophiles O H 3C C CH2 COOEt 2 EtO O H2C C CH RX COOEt O H2 C R C CH2 COOEt H O H2 C R C CH COOEt Schéma 8. Ce dernier est intéressant car il permet une alkylation non orientée sur CH2.4. après acidification du milieu. CH3COCH2R.CO2 O H3C C CH2 R + R-CH2-COO Schéma 8. par hydrolyse en mileu acide ou basique dilué à chaud. mais sur CH3.2) conduisant à deux acides.121). sinon un nouveau proton est extrait du groupe méthyle ce qui conduit à un bianion. peut conduire. et qui présente un intérêt particulier car l’ester substitué.

2-diméthoxyéthane sont les solvants les plus courants dans ce cas. Ce sont les mêmes agents alkylants qu’en synthèse malonique. tBuOK. Le DMF. L’acidité de ces hydrogènes est moindre que celle du méthylène des malonates ce qui nécessite l’emploi de bases fortes.18c – Alkylation d’esters.. Et2NLi ou iPr2NLi.8. Le DMSO est employé avec succès lors de l’alkylation des méthylcétones en présence de KOH. l’ammoniac liquide. ou de nitriles Aux réactions indiquées dans le paragraphe précédent. doivent être ajoutées celles d’autres composés à hydrogènes acides pouvant former un carbanion.124). La réaction n’est donc pas régiosélective. mais pas tertiaires. on prépare d’abord l’imine de la cyclohexylamine qui est alkylée par action de diéthylamidure de lithium puis de l’halogénure. sinon ils peuvent neutraliser la base.124 .1... Il faut que tout le substrat soit transformé en carbanion sinon des réactions secondaires sont possibles par réaction du carbanion sur une fonction cétone ou ester de molécule non encore traitée par la base comme dans l’aldolisation ou la réaction de Claisen : ces bases sont des hydrures alcalins.123). COR". le mélange des deux composés possibles est obtenu. le THF. CN. Schéma 8. de nitriles. Lorsqu’une cétone aliphatique dissymétrique est alkylée. de cétones possèdant un groupe méthyne ou méthylène en α de ces groupes (CαH ou CαH2). d’aldéhydes. Des alkylations de même nature sont possibles avec les esters cyanacétiques NC-CH2-COOR. C’est le cas d’esters. La réaction n’est pas directement applicable aux aldéhydes. les halogénures (halogénures d’alkyles primaires et secondaires. L’imine est ensuite hydrolysée pour reformer l’aldéhyde (schéma 8. de cétones. i-Pr NLi Z R C H Z R' R C H Z R H C H R'X Z = COOEt. ou le 1. ni vinyliques. Pour les alkyler. 8. le diéthylamidure ou le diisopropylamidure de lithium. non présentées ici. Les réactions de substitution 357 Dans ces réactions. permettent d’obtenir l’isomère souhaité. H 2N O R Et2NLi R R R' R C R C H N R CH C H R CH C H R R' R C R N C C H N imine R'X H2O C H O Schéma 8. NaNH2. différentes méthodes. ni d’aryles) peuvent être remplacés par des sulfonates ou des sulfates d’alkyles. Toutefois. le N-isopropyl-Ncyclohexylamidure de lithium (très utilisé pour les esters et les nitriles) (schéma 8.123 Les solvants ne doivent pas être protiques.

Il conduit à un résultat stéréochimique inverse de celui du SAMP. l’aldéhyde est d’abord transformé en hydrazone par action du SAMP.18d – Alkylation des sels d’acides carboxyliques Les sels d’acides carboxyliques. Dans ce procédé. Traitée par iPr2NLi.126). Le SAMP est le (S)-(-)-2-(méthoxyméthyl)-1pyrrolidinamine. L’attaque de l’halogénure conduit à une nouvelle hydrazone avec un carbone asymétrique S. AcOH I H2 N N S H OMe Schéma 8. 1979 (schéma 8. (R)(R’)CH-COOH (schéma 8. le carbanion formé est immédiatement transformé en ion aza-énolate.358 Chimie organique Cette méthode ne présente aucune stéréosélectivité contrairement au procédé SAMP d’Enders. R(R’)(R”)C-COOH. l’atome de Li+ est à la fois lié à l’azote (liaison ionique) et retenu par coordinance à l’oxygène du groupe méthoxy de l’hétérocycle. S O H O H 2N N (SAMP) OMe N N S H OMei-Pr NLi 2 N N S H OMe H H H O3.1. sur la synthèse malonique. composé chiral appelé hydrazone-SAMP. peuvent être alkylés sur CαH ou CαH2 par des halogénures d’alkyle. . ce qui présente un avantage pour préparer des acides. la configuration de la double liaison est E. par réduction par l’action du zinc dans l’acide acétique. Me2S + N S H Li H S N S H OMe S OMe N N Li N N O S H OMe Zn. laquelle est limitée à la synthèse d’acides avec un CαH. 8.125 Le RAMP est l’inverse optique (R) du SAMP. RCH2-COOH. Dans ces conditions. R(R’)CH-COOH. Une ozonolyse dans le diméthylsulfure fournit l’aldéhyde énantiomériquement pur et le dérivé nitroso du SAMP qui.125). permet d’obtenir le SAMP qui peut être recyclé. de benzyle ou allyliques.

avec formation d’alcools).127 COO i-Pr2NLi COO H2C R' 8. S rend acides les hydrogènes des groupes CαH et CαH2.126 La réaction est effectuée avec une base forte. l’amine secondaire est traitée successivement par le nitrite d’éthyle dans le THF puis par i-Pr2NLi. N. Les amines tertiaires aliphatiques peuvent être alkylées en position α. L’acidité de NH des amines aliphatiques secondaires est supérieure à celle de CαH2 ce qui nécessite de substituer d’abord H de NH par un groupe COR (amide).1.127). Le sym-trithiane est un hétérocycle qui possède trois groupes méthylènes activés . COO R'X -X CH3 CH2 Schéma 8. mais peut aussi donner lieu à de nombreuses autres réactions des carbanions (en particulier la réaction avec des cétones. 8.1. Cette propriété des hétéroéléments est mise à profit pour la préparation d’aldéhydes. le diisopropylamidure de lithium. car le dianion lithié résultant présente une meilleure solubilité dans les solvants que les dianions d’autres métaux alcalins. avant d’effectuer l’alkylation.128). COOR (carbamate). Dans le cas d’une nitrosamine (A) (schéma 8. ou autre. Ce dianion a une structure de diénolate.8. puis de le retirer ensuite par une méthode adéquate. ce qui conduit à un composé lithié en position α de l’azote.18e – Alkylation des sels d’acides aromatiques La réaction indiquée au paragraphe précédent est applicable aux sels d’acides aromatiques substitués par un groupe méthyle en position ortho ou para (schéma 8.18f – Alkylation de carbones activés par la présence d’hétéroéléments Le caractère électroattracteur -I des hétéroéléments O. Les réactions de substitution 359 R R H O C C H O i-Pr2NLi O C C H O O R'X R R' O C C H O R C H C O Schéma 8. Le produit alkylé subit une hydrogènolyse en présence de nickel de Raney ce qui retire le groupe NO. Ce composé peut ensuite être alkylé par un halogénure. NO (nitrosamine).

H R CHO 1.3-dithianes substitués en position 2 sont considérés comme des synthons d’aldéhydes. au contraire. Ainsi les 2. 2-alkyl-sym-trithiane. puis par un halogénure.3. fournissent des dérivés alkylés correspondants (D). H R CHO sym-trithiane ou 1. Le cycle est ensuite réduit par le borohydrure de sodium. l’addition d’un halogénure conduit à l’alkylation en position 2 (E). L’hétérocycle est alors la 3.3-dithiane 2-alkyl-1.3-dithianes sont désulfurés par le nickel de Raney en alcane.3-dithiane "synthon d'un aldéhyde" D) N 1) NaNH2 2) RX CH3 N CH2 R 2-picoline (E) N CH3 N H BuLi N CH2Li N Li Schéma 8.5-triméthyl-dihydro-1.3-dithiane (C). par une hydrolyse. En traitant ces composés par le n-butyllithium. le groupe CH2 ou CH lié à l’hétérocycle est alkylé. En effet ce système hétérocyclique qui peut subir de nombreuses réactions sans transformation. peut libérer cette fonction selon la nécessité de la synthèse.et 4-méthylpyridines) traitées par l’amidure de sodium. Une hydrolyse. la synthèse de Meyers. et par lesquelles une fonction aldéhyde serait. soit par un groupe aliphatique ou aralkyle primaire ou secondaire. traité par le butyllithium forme un dianion. le moment venu. Ces propriétés des hétérocycles ont été à l’origine d’une synthèse des aldéhydes.128 RX puis H N CH2 R N H 2-méthylbenzimidazole L’hétéroélément peut agir via un hétérocycle sur les hydrogènes d’une chaîne latérale.5-trithiane C) S S 1) BuLi 2) RX S S R H2O.3. Une réaction comparable peut être effectuée avec le 1. Le synthon est donc l’équivalent « caché » d’une fonction donnée qui peut être rétablie au cours d’une synthèse multi-étape.et 4-picolines (2.3-oxazine substituée en position 2. transformée. .360 Chimie organique par la présence des atomes de soufre (B). décompose la molécule en libérant un aldéhyde (schéma 8. soit par CH2COOR. 1976. par hydrolyse. en présence d’acide oxalique. par une réaction spécifique.129). Les 1. puis par un halogénure. libère un aldéhyde. cétones et acides carboxyliques. A) R' NH C2H5ONO R' N N O 1) i-Pr2NLi 2) R"X R' R CH R" OMe R OMe acétal N N O H2 Ni Ra R' R CH R" NH R CH2 R CH2 nitrosoamine B) S S 1) BuLi 2) RX S S S S R HgCl2. il se forme un sel qui peut être alkylé par un halogénure. Le 2-méthylbenzimidazole. est alors décomposé en présence de chlorure mercurique et d’oxyde de mercure dans le méthanol en un acétal qui. En présence d’un équivalent de butyllithium dans le THF. Les 1. HgO MeOH H2O. Le composé formé.

8. pour fournir les composés C-acylés correspondants (schéma 8. l’hydrolyse contrôlée peut conduire au retrait spécifique de l’un de ces groupes qui peut être l’un des groupes acyles du composé de départ. RCH2COOR’. H N CH2-R Me R' O CH2-R H N CH2-R Me CH-R R' Schéma 8.18a forment des sels de sodium en présence du métal divisé dans un solvant aromatique (benzène ou toluène). 8. par exemple. Ces sels réagissent ensuite avec les chlorures d’acides. Si le composé obtenu par cette réaction est triacylé.130). sont acylés sur le méthylène à partir de leurs sels de lithium obtenus par action du N-isopropylcyclohexylamidure de lithium à –78 °C. Dans certains cas. qui. suivie d’une hydrolyse permet la formation de cétones. THF. . une O-acylation accompagne la C-acylation. L’acylation des cétones aliphatiques RCOCH2R’ est effectuée par addition de chlorure d’acide au sel formé en présence d’amidure de sodium ou de triphénylméthylsodium.1. Z CH2 Z' Na Z CHNa solvant aromatique Z' RCOCl .NaCl Z CH-COR Z' Schéma 8.129 L’action de l’iodure de méthyle sur le composé de départ forme un sel d’iminium. Les esters.130 Les anhydrides réagissent aussi. ROCOCl. Dans le cas où Z et / ou Z’ sont des groupes RCO. Ph3CNa (préparé à partir de triphénylchlorométhane et d’amalgame de sodium Hg-Na) dans l’éther. -78°C 2) R'X N O NaBH4 CH-R R' N H O CH-R R' H2O HOCO-COOH O C O R'MgX O R' H2O. L’utilisation des sels de thallium(I) des composés de départ oriente la réaction vers une O-acylation.1. en diminuant la température de la réaction ou en augmentant le nombre d’équivalents de sel par rapport au chlorure d’acide. ou les chloroformiates. Elle peut être diminuée en travaillant dans des conditions expérimentales particulières.19 – Acylation de carbones activés par les groupes ou atomes environnants Les composés ayant un groupe méthyne ou méthylène activé par deux groupes électroattracteurs Z et Z’ définis au § 8. Les réactions de substitution 361 O N CH2-R IMe 1) BuLi. mais sont assez peu utilisés. par réaction avec un organomagnésien. il se forme aussi de petites quantités de composés O-acylés.

LiOR" CH=O CH C O Li H .132 Les β-céto acides sont aussi décarboxylés en cétones. Les formiates produisent des acides α-formylés qui ont la particularité de se décarboxyler immédiatement pour conduire à un aldéhyde. 2 Li O R'COCl .362 Chimie organique Les réactions de Claisen.CO2 R-CH2-CHO O Schéma 8. Ces composés peuvent aussi être obtenus par action d’un ester carboxylique sur le dianion (difficilement.131). et de Dieckmann sont d’autres solutions très importantes pour l’acylation des esters (§ 10. avec les acides.2) (schéma 8.Na COOR .132). . O R CH2 C O Li iPr2NLi O R CH C O R CH C O .Li .131 Les sels de lithium d’acides carboxyliques forment des dianions lorsqu’ils sont traités par iPr2NLi.LiCl COR' R CH C O Li O R R"COOEt -LiOEt COR" CH C O Li O R HCOOR' .EtO CH-COOR (Dieckmann) CO Schéma 8. . Comme avec les halogénures. ils sont acylés sur CαH par les chlorures d’acides. 2 R-CH2-COOR' EtO EtOH R-CH2-CO-CH(R)-COOR' + EtOH (Claisen) CH2-COOR COOR CH-COOR Na . mais par chauffage. RX. R(R’)CH-COOH) (schéma 8.4. RCOCl : des β-céto acides en sont le résultat.

H > H H H H H sp sp H H > H sp2 sp2 H sp3 sp3 H C pKa : 25 C C 44 C C C 50 H C C R C CH NaNH2 NH3 liquide n-BuLi Et2O N C R C R C ion cyanure carbanion acétylure ou anion alcynyle C . doit être primaire.134). afin d’éviter les réactions d’éliminations. ou à un carbone hybridé « sp3 » d’un alcane. ils explosent. plus le caractère « s » sera élevé. Si deux équivalents de base sont ajoutés à l’alcyne. de l’éthylène et de l’éthane du schéma 8. Pour le le carbone. La structure de l’ion acétylure (ou ion alcynyle) est isoélectronique de celle de l’ion cyanure (voir schéma 8. et non ramifié en position β. Cet ion est formé lorsqu’un alcyne terminal est traité par une base alcaline forte comme l’amidure de sodium dans l’ammoniac liquide ou par le n-butyllithium dans le diéthyl éther. plus le carbone ainsi hybridé aura un caractère électroattracteur.133 La réaction avec l’halogénure donne de meilleurs résultats si l’acétylure de lithium est complexé par la diéthylènediamine ce qui évite l’aggrégation des molécules lithiées et les rend plus réactives. R’X. comme dans l’hybridation « sp ».133). . le caractère électroattracteur qu’il exerce sur les hydrogènes est fonction de son hybridation. Li R'X R C C R' + NaX Schéma 8. l’acidité est d’autant plus forte que A est plus électronégatif ou électroattracteur. ce qui rendra l’hydrogène qui lui est lié. L’halogénure peut être remplacé par un sulfate ou un tosylate d’alkyle. celle déjà indiquée et celle du carbone en position α de la triple liaison. Les électrons d’orbitales « s » sont plus retenus par le noyau atomique que les électrons d’orbitales « p ». une double alkylation peut avoir lieu. comme le montre les pKa des hydrogènes de l’acétylène.133.20 – Alkylation d’un carbone acétylènique Pour un composé AH. L’halogénure. en raison du caractère acide des hydrogènes portés par ce carbone (schéma 8. Il est intéressant de remarquer que l’acétylène mis à barboter dans une solution ammoniacale de chlorure cuivreux ou de nitrate d’argent conduit à des acétylures de cuivre ou d’argent qui ont la particularité d’être instables: aussitôt secs.8. Dans le cas de l’acétylène (ou éthyne). Na C . Une seconde alkylation est évidemment possible dans ce cas. plus acide par rapport à celui lié à un carbone hybridé « sp2 » d’un alcène. Lorsqu’il y a hybridation. Les réactions de substitution 363 8.1. l’acétylure est obtenu par action du sodium dans l’ammoniac liquide ou dans un mélange de THF et de DMF. comme pour la formation des nitriles.

H2S.135).21 – Substitutions nucléophiles par les dérivés soufrés 8. schéma 8. La catalyse par transfert de phase est souvent utilisée.134 L’action d’un époxyde sur l’ion acétylure conduit à des alcools acétylèniques (schéma 8.1. . Souvent.136).135 Les organomagnésiens préparés à partir d’alcynes terminaux (ou alcynes vrais) réagissent avec des halogénures suffisamment actifs. benzyliques ou propargyliques. O R C C + H 2C CH2 R C C CH2 CH2O H R C C CH2 CH2OH Schéma 8.136 8.364 Chimie organique R CH2 C CH 2 BuLi R CH C C R'X R CH C R' C R'X R CH C R' C R' Schéma 8. En fait. réagit avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires.21a – Acide sulfhydrique et ses sels L’acide sulfhydrique. mais pas avec les halogénures aliphatiques primaires (schéma 8. La réaction n’a pas lieu avec les réactifs tertiaires car des éliminations ont lieu. et plus difficilement avec les secondaires pour former des thiols. le plus souvent. un thioéther accompagne le thiol. allyliques. la réaction s’effectue sur NaSH obtenu par barbotage de l’acide dans la soude ou la potasse (A. R C CH + R'MgX R C C MgX + R'H R"-CH=CH-CH2X R C C CH2-CH=CH-R" + MgX2 Schéma 8.1.137).

En présence d’alcools et d’iodure de zinc les S-thioacides forment des S-thioesters.NaX R'X R-S-R' thioéther (RCO)2O + R'SNa R1 R2 R3 C OH + RSH RCOSR' + RCOONa R1 R2 R3 Schéma 8. 8.5). X sel de sulfonium RX + R'SNa .138 H2SO4 C S-R + H2O . Avec les anhydrides et les esters aryliques. la réaction conduit à des S-thioesters.HX RCOSH S-thioacide (B) RCOX + H2S R'OH. Le sulfure de sodium.138). Les réactions de substitution 365 (A) H2S NaOH NaSH RX R-SH . ZnI2 RCOSR' + H2O S-thioester (C) (RCO)2O + NaSH (D) 2 RX + Na2S RCOSNa + RCOOH R-S-R + 2 NaX thioéther ou sulfure CH2X (E) CH2X + Na2S CH2 S CH2 sulfure cyclique Schéma 8. fournit un thioéther ou sulfure.8. RCOSR’. R' R-S-R' . lorsqu’il est traité par deux équivalents d’halogénure (D). dans le benzène.1. le DBU (figure 8. RSR’ (schéma 8. RSR. réagissent facilement avec les halogénures (et esters sulfuriques ou sulfoniques) d’alkyles primaires et secondaires pour former des thioéthers ou sulfures.21b – Thiols et thiolates Les thiolates alcalins. RSNa (ou K). Le thiol lui-même ne peut être utilisé qu’en présence d’une base. Les composés dihalogénés peuvent conduire par cette réaction à des composés cycliques (E). Na2S. les anhydrides et les esters aryliques conduisent à un résultat semblable à partir de NaSH (C).NaX thiol .137 Les chlorures d’acides réagissent sur H2S pour former des S-thioacides RCOSH (B).

les ions thiosulfates permettent de préparer les thiols.366 Chimie organique Les alcools tertiaires réagissent sur les thiols en présence d’acide sulfurique pour former un sulfure. 5H2O R-S-SO3Na + NaBr sel de Bunte + R'SH HCl RSH R-S-S-R' disulfure Schéma 8. NH2 S C NH2 HS C NH2 NH formes tautomères de la thiourée NH RBr + HS C NH2 HO RS C NH2. par réaction avec le sel de Bunte. 8.21d – Ion thiosulfate Comme la thiourée.Br RS H C O NH2 RS H RSH thiol urée NH2 + O C NH2 bromhydrate deS-alkylisouronium H2NCN + H2O cyanamide Schéma 8. R-S-SO3-. le thiolate peut être transformé en di.1.139 8. Dans certaines conditions. Les thioéthers forment des sels de sulfonium en présence d’halogénures d’alkyles. tri ou tétrasulfure (schéma 8.140 . qui.1. Br NH2 NH2 . dans les conditions de la réaction. fournit le thiolate. La réaction entre ce sel et un halogénure d’alkyle conduit au sel de Bunte. plus particulièrement les iodures. est décomposée en cyanamide et eau (schéma 8.140). par hydrolyse basique.139). RBr + Na2S2O3. Un halogénure forme un sel de S-alkylisothiouronium qui est décomposé par une base alcaline en produisant un thiolate à côté d’urée qui.21c – Thiourée La thiourée est souvent un réactif de choix pour la préparation de thiols.

5) pour conduire à des sulfones (schéma 8.22 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé minéral 8.8. et les halogénures tertiaires conduisent à une réaction d’élimination.141 Les sulfites alcalins forment en présence d’halogénures d’alkyles des sels d’acides sulfoniques.142).1. 1832). lorsqu’on utilise le cyanure d’argent ou de cuivre(I).141).1.se fait par l’atome qui possède de plus haute densité électronique. Les nitriles vinyliques sont préparés par cette réaction. . la catalyse par transfert de phase et l’utilisation des ultrasons rend la réaction plus rapide. la réaction s’oriente alors vers la formation d’un isocyanure RNC (schéma 8. soit à partir de cyanure de cuivre(I). dans ce cas. benzyliques et allyliques sur les cyanures alcalins dans le DMSO constitue la méthode principale de préparation des nitriles correspondants (synthèse de Kolbe.21e – Sels d’acides sulfiniques et ion sulfite 367 Les halogénures d’alkyles réagissent avec les sels d’acides sulfiniques (ou les acides en présence de DBU (figure 8. le carbone. soit à partir du cyanure de potassium en présence de nickel. voire pas du tout. et avec d’autres solvants que le DMSO. RX est attaqué par l’atome du nucléophile le plus polarisable. En raison du caractère ambident de l’ion cyanure (schéma 8.143).142 Dans certains cas. l’azote. RX + R'SO2Na R-SO2-R' + NaX sulfone RX + R'SO2H DBU R-SO2-R' + HX RX + SO3Na2 R-SO3Na + NaX sel d'acide sulfonique Schéma 8. C N C DMSO SN2 N (ion ambident) RX + KCN R-CN + KX Schéma 8. Le mécanisme est SN2.1.22a – Anion cyanure La réaction des halogénures aliphatiques primaires. Dans le cas général. La précipitation de l’halogénure d’argent facilite la formation d’un carbocation R+ et par conséquent une réaction SN1: l’attaque de celui-ci par l’ion CN. entre autres. Les réactions de substitution 8. Les halogénures aliphatiques secondaires réagissent très difficilement. 8.

CN N C N + CN SN1 R N C AgX + R isocyanure Schéma 8. SnCl4 (schéma 8. RX + NaN3 SN 2 R-N3 + NaX azide sodium azide AlLiH4 Schéma 8. RCON3.146 8. les triflates (surtout vinyliques et avec LiCN). INa DMF. CH3CN R-CN Schéma 8.144 RCN L’action de NaCN. Les cyanures peuvent être remplacés par le cyanotriméthylsilane.143 Les halogénures peuvent être remplacés par les sulfates.147 RNH2 .144).22b – Anion azoture Les azides alcalins comme NaN3 (composés explosifs lorsqu’ils sont chauffés à sec ou sous l’effet d’un choc. et de traces d’iodure de sodium sur les alcools aliphatiques primaires. RCOCl + Cu(I)CN RCO-CN + CuCl acylnitrile Schéma 8.145). les tosylates. Me3SiCN. secondaires ou tertiaires dans un mélange de diméthylformamide et d’acétonitrile conduit aux nitriles correspondants avec de bons rendements (schéma 8.146). RX Me3SiCN SnCl4 Schéma 8.145 Les chlorures d’acides réagissent sur le cyanure de cuivre(I) pour former des acylnitriles (schéma 8. Le mécanisme est encore incertain. R-OH + NaCN Me3SiCl. Me3SiCl. d’où leur utilisation dans les airbags) réagissent avec les halogénures d’alkyles (mécanisme SN2) et les chlorures d’acides (ou les anhydrides d’acides) pour former respectivement des alkyl azides RN3. et des acyl azides.1.368 Chimie organique C RX + Ag. qui réagit avec les halogénures aliphatiques tertiaires en présence d’un acide de Lewis.

8. SN 2 O R N O nitroalcane RX + NaNO2 X O R O N -X O R N O O R N O RX + AgNO2 S N1 R-O-N=O + AgX nitrosooxyalcane RX solvant polaire R + R X O N O R + O N O Schéma 8. Ils peuvent être prépondérants si la réaction est effectuée avec les halogénures d’alkyles secondaires ou tertiaires et le nitrite d’argent (mécanisme SN1).15. par chauffage.149). Les halogénures aliphatiques tertiaires réagissent mieux en présence de chlorure de zinc dans le sulfure de carbone.22c – Anion nitrite Les nitrites alcalins réagissent avec les bromures et iodures d’alkyles primaires et secondaires pour former les dérivés nitrés correspondants (mécanisme SN2) (schéma 8. les tosylates aliphatiques ou les époxydes (dans ce dernier cas. RNCO. RO-N=O (ou nitrites d’alkyles).148). Les nitroso-oxyalcanes. en présence de triphénylphosphine. Les azides alcalins peuvent aussi réagir avec les alcools.147). les mésylates. Les réactions de substitution 369 Ces réactions sont facilitées par la catalyse par transfert de phase ou par action des ultrasons.148 H N H Ar CH CH2 OH N3 β-azido alcool Ph3P Ar CH CH2 2-arylaziridine 8. Ph3P) (schéma 8.149 Le nitrite d’argent ne réagit qu’avec les iodures et bromures d’alkyles primaires.2e) conduisent aux isocyanates. Les alkylazides peuvent être réduits en amines par l’hydrure de lithium aluminium dans l’éther (schéma 8. .1. sont très souvent les produits secondaires de ces réactions en raison du caractère ambident de l’anion nitrite. O Ar CH N3 CH2 Ar CH CH2 O N3 Schéma 8. il se forme un β-azido alcool qui peut être cyclisé en aziridine. Les acylazides obtenus aussi par la réaction de Curtius (§ 6.

Il est donc envisageable que leurs réactions avec des halogénures d’alkyles conduisent à un mélange de composés. Ils se réarrangent par chauffage en isothiocyanates. NCO-. RNCO.370 8. respectivement. Ces derniers sont plus facilement préparés par action du cyanure de sodium sur le thiosulfate de sodium. les cyanates réagissent toujours par une N-alkylation qui conduit aux isocyanates. sous atmosphère inerte (azote. RNCS. Par contre. 8.23a – Réaction de couplage avec les halogénures En plus des dérivés lithiés. thermodynamiquement plus stables.1. les bases conjuguées des acides cyanique et thiocyanique. sont ambidents.22d – Anions cyanate et thiocyanate Chimie organique Les anions cyanate.151).1. Seuls. quelques exemples sont donnés ci-après. les thiocyanates conduisent dans la majorité des cas à des thiocyanates d’alkyles. substitués sur N et O (pour les cyanates) ou N et S (pour les thiocyanates) (schéma 8. Les organomagnésiens ou réactifs de Grignard (1900) Ils sont facilement préparés à partir d’halogénures divers et de copeaux de magnésium dans l’éther ou le THF anhydre. Dans celui-ci. par exemple. par exemple). sont rassemblées quelques autres réactions importantes. Le couplage de ces composés avec d’autres halogénures n’est possible que si ces derniers sont suffisamment réactifs. 8.150).1. Ils sont. NCS-.150 En fait. de nombreux composés organométalliques plus ou moins complexes sont capables d’effectuer un couplage entre leurs groupes organiques et ceux des halogénures. par une S-alkylation. HNCO et HNCS. N C O ion cyanate N C O + NaX ∆ RX + Na-N=C=O R-N=C=O isocyanate RX + Na-N=C=S R S C thiocyanate N R-N=C=S isothiocyanate R-S-S-O3Na + NaCN thiosulfate de sodium Schéma 8. R-SCN.23 – Autres substitutions nucléophiles faisant intervenir un composé organométallique Dans les paragraphes précédents quelques réactions faisant intervenir des organomagnésiens ont été indiquées. et thiocyanate. . allyliques (mais des réarrangements sont toujours possibles) ou benzyliques (schéma 8.

R-C≡C-MgX.151 Les réactions avec des halogénures d’alkyles primaires ou secondaires sont possibles à condition d’additionner au milieu un catalyseur comme les sels cuivreux pour les halogénures primaires. allyliques et propargyliques. CuI X CH3-R . on utilise l’organolithien correspondant de l’alcyne complexé par le tétraméthyléthylènediamine (TMEDA). secondaires. ou d’aryles. Dans ce dernier cas. NiX2 R Schéma 8. Les sels de Ni(II) sont utilisés pour le couplage d’organomagnésiens dérivés d’halogénures d’alkyles primaires. comme les halogénures benzyliques. sont facilement préparés par action d’organomagnésien (CH3MgBr. R’COR. la cétone peut être obtenue. forment une cétone. Les organomagnésiens d’alcynes terminaux. par exemple en raison d’un encombrement stérique important. les organomagnésiens sont de plus en plus souvent remplacés par les organocuprates car. RC≡CH. RMgX R C C H Br-CH2-CH=CH-R' . Dans ce type de réaction de couplage.1) ce qui forme le sel d’un alcool tertiaire. RMgX. On peut aussi ajouter l’organomagnésien lentement sur le chlorure d’acide ce qui limite la possibilité de réaction secondaire. Dans la mesure où la réaction de couplage passe par un intermédiaire tétraèdrique.152 R C C R' Lorsque l’halogénure est un chlorure d’acide. une solution évitant la réaction . Lorsque la cétone ainsi formée est peu réactive envers l’organomagnésien. Les réactions de substitution 371 RX Mg diéthyléther ou THF CH2Br RMgX CH2-R CH3I.RH R C C MgX R C C CH2-CH=CH-R' BuLi . mais elle réagit immédiatement avec l’organomagnésien présent dans le milieu par une réaction d’addition sur le groupe carbonyle (§ 10. Ils peuvent réagir avec de nombreux halogénures dans la mesure où ces derniers sont très actifs. mais pas les halogénures d’alkyles.8. ces derniers ne réagissent pas avec diverses fonctions carbonylées ou autres pouvant être présentes dans l’halogénure. par exemple) directement sur l’alcyne en raison de l’acidité de H de CH (schéma 8.MgBrX . Certains complexes du palladium ainsi que les sels ferriques catalysent les réactions avec les halogénures vinyliques. contrairement aux organomagnésiens.152). avec des halogénures vinyliques ou d’aryles.8.BuH R C C Li 1) (Me)2N-CH2-CH2-NH(Me)2 2) R'X (R' = alkyl) Schéma 8. les organomagnésiens.

153). Dans le cas où R’ de R’X est un groupe alkyle. comme le triméthylchlorosilane (schéma 8. Ils sont très variés. ester. chloro. puis traité. l’organocuivreux peut réagir avec une seconde molécule pour former un alcane R-R. OMgX R C R R' O-SiCMe3 R C Cl R' Schéma 8. organocuprates de lithium. sont préparés par action de composés lithiés RLi sur un halogénure cuivreux (souvent CuI) dans l’éther à basse température. sont préparés à partir de cuivre(0) activé obtenu par action de naphtalène-lithium sur un complexe iodure cuivreux-triphénylphosphine.153 RMgX R'COCl R-CO-R' RMgX H OH R C R R' R'COCl O R R' MgX C Cl Me3SiCl H2 O R-CO-R' Ce composé est isolé. d’aryles ou vinyliques (qui peuvent contenir des groupes tels que cyano.154 Les réactifs de Gilman. vinylique ou aromatique. CuI-P(Ph)3. ou chloro ) pour former des cétones (schéma 8. pour libérer la cétone. allylique. Les composés organocuivreux. les organocuprates remplacent avantageusement les organomagnésiens. Certains catalyseurs ferriques ou cuivreux orientent la réaction de couplage vers la cétone aux dépens de l’alcool tertiaire. Les composés organocuivreux et organocuprates Dans ces réactions avec les halogénures. CN. Ces composés organocuivreux réagissent avec les halogénures d’acides (pouvant contenir un groupe COOR”. Le cuivre est ensuite transformé en composé organo cuivreux par action d’halogénures d’alkyles. La nature de R est variée : alkyle primaire (mais pas secondaire ou tertiaire). ou en ajoutant un organocuivreux à une solution d’alkyllithium (schéma 8.154). RCu. 2 Cu + RX Cu + 2 RX R'COCl RCu CuR + CuX R-R + CuX2 RCOR' Schéma 8.372 Chimie organique secondaire est de l’effectuer en présence d’un réactif qui forme un composé stable en piègeant l’alcoolate formé. R2CuLi. . en raison de leur moindre réactivité comparée à celle des organomagnésiens correspondants). Des méthodes faisant intervenir des catalyseurs pour l’utilisation de réactifs de Gilman dérivés de groupes alkyles secondaires ou tertiaires ont été mises au point mais dépassent le cadre de cet ouvrage.155). sans réaction secondaire.

160) est obtenue sans produit secondaire. les éthers allyliques et vinyliques peuvent réagir. en présence de catalyseurs comme le bromure cuivreux. Ils peuvent contenir un groupe carbonylé. réagissent avec les chlorures d’acides. cétonique ou un un halogène comme l’iode. des cétals. ou acétals avec les orthoformiates. ou de méthylalkylcuprates de magnésium. cétals. la cétone RCOR’ (schéma 8. cétals pour former des éthers. RCu(CN)ZnI. aromatiques. préparés par action de 2 RLi sur CuCN à –78 °C. Organocadmiens et organozinciques Préparés à partir d’organomagnésiens et de chlorure de cadmium. RMeCuMgX. R2Cd. Avec les halogénures d’acides. ester nitro. voire vinylique. R du réactif de Gilman est limité aux groupes alkyles primaires et vinyliques. l’emploi de PhS(R)CuLi avec R secondaire permet des couplages avec des iodures d’alkyles primaires. vinyliques et même allèniques. Toutefois. CuBr. permettent des couplages avec des halogénures secondaires. Dans ces composés. Les réactions de substitution 373 2 RLi + CuI R2CuLi + LiI R2CuLi RCu + RLi R2CuLi R'-R R'X R2CuLi R'CO-R R'COCl Schéma 8. tertiaire. aromatique et peut contenir un groupe cyano. L’hydrolyse des cétals et acétals conduit aux cétones et aldéhydes correspondants (schéma 8. R’ peut être un groupe alkyle primaire.155 Les halogénures R’X du couplage peuvent être aliphatiques primaires. Toutefois.8. PhS(R)CuLi. les groupes R secondaires et tertiaires aliphatiques peuvent être acceptés moyennant l’emploi de réactifs particuliers. benzyliques. mais pas aromatique.1. R2Cu(CN)Li2. Les éthers ne réagissent pas avec les organomagnésiens (c’est le diéthyléther qui est le solvant le plus utilisé pour leur préparation). et avec les orthoesters. Par contre. CdCl2. dans la mesure où ces réactifs n’attaquent pas les fonctions carbonylées.156). Toutefois. . ont un comportement proche des organocadmiens. R et R’ ne peuvent être secondaires ou tertiaires. y compris s’ils contiennent un groupe ester. secondaire.23b – Réaction de couplage avec les acétals. les réactifs. Les organozinciques. Les groupes alkyles secondaires sont aussi introduits via le réactif. Inversement. R est un groupe alkyle primaire ou aryle. les organocadmiens. orthoesters et époxydes Les organomagnésiens Les organomagnésiens réagissent avec certains composés ayant une liaison C-O-R. ou des complexes du nickel. En effet. 8. les réactifs de Gilman se montrent plus intéressants que les organomagnésiens et les simples organocuivreux. comme les acétals. allyliques. avec R primaire.

R'OMgX R C R" OR' H O.2 R'OH R C R" cétone ou aldéhyde O orthoester cétal ou acétal (R =H) R"X Mg R"MgX HC(OEt)3 H orthoformiate d'éthyle OEt C OEt H2O.157 CH2 L’attaque a lieu sur le carbone le moins encombré selon un mécanisme SN2.R'OMgX R2 éther-oxyde cétone ou aldéhyde (R2 = H) cétal ou acétal R C R'O OR' OR' R"-Mg-X . et les cuprates. comme les organomagnésiens (schéma 8. O R1 R2 C O Schéma 8. H 2 OR' . secondaire.157).2 EtOH H C R" O R" aldéhyde ayant le même groupe R" que l'halogénure de départ Schéma 8. H . complexés par BF3 substituent un groupe alcoxy de l’acétal par leur groupe R ce qui conduit à un éther. R2CuLi. O R1 C R2 CH2 + R-Mg-X SN2 R1 OH R H R1 C R2 CH2 R OMgX C R2 Schéma 8. Il en est de même des organolithiens. rarement tertiaire) ou aromatique. RCu. Les composés organocuivreux et cuprates Les composés organocuivreux. le cycle est ouvert en présence d’un organomagnésien qui peut être aliphatique (primaire.374 Chimie organique R1 C O R2 2 R'OH H R1 R2 OR' OR' R"-Mg-X R1 C C R" OR' .158 OH R(CN)CuLi CH2 R1 C CH2 C O R1 CH2-R C CH2 .156 Avec les époxydes.158). Un alcool en résulte (schéma 8.

La réaction est orientée vers le carbone le moins encombré avec inversion de configuration. [RCu(CN]Li (qui résultent de l’addition d’un équivalent de cyanure cuivreux CuCN à un équivalent d’alkyllithium dans l’éther à –40 °C). esters carboxyliques. réagissent plus facilement avec les époxydes que les organocuprates R2CuLi.159 Les thioesters résultent de la réaction des chlorures d’acides avec les thiols en présence de pyridine (schéma 8. Les cuprates Les réactions des anhydrides et esters avec les cuprates ne permettent pas l’obtention de cétones. Cette réaction n’est possible qu’à haute température. Par contre. dans l’éther ou le THF entre –40 et –78 °C. contrairement aux organomagnésiens. présentent l’intérêt de pouvoir ouvrir les cycles époxydes possèdant des groupes carbonylés (cétones. et mieux encore. Les organocyanocuprates de formules. R-COCl + R'SH R"2CuLi pyridine R-CO-R" R-CO-SR' .2). acides) sans qu’il y ait interaction avec ces groupes. Les réactions de substitution 375 Les organocuprates de lithium. les dialkylcuprates de lithium forment des cétones avec les thioesters. 8.HCl -40 à -78°C Schéma 8. La présence de BF3 peut les rendre plus actifs.8. les organocyanocuprates de lithium. utilisation de solvant comme HMPT. R-COOR' R"Li R-CO-R" OH R C R" R" toluène ∆ 2 R"Li (via RCOR") Schéma 8.159). RCOSR’. pour substituer le groupe OR’ par R” (de R”Li). RCOOR’. les anhydrides et esters réagissent avec les organomagnésiens en conduisant à des alcools tertiaires et non pas à des cétones.23c – Réactions avec les anhydrides. la réaction s’oriente vers une addition-élimination avec formation d’alcools tertiaires (schéma 8.1. amides Les organomagnésiens Comme avec les chlorures d’acides (§ 10. les organolithiens réagissent avec les esters. Peu de cétone est produite à partir des amides. et pour les mêmes raisons.160).160 . basse température. esters. R2CuCNLi2. sauf dans des conditions particulières déjà décrites: addition de l’anhydride ou de l’ester lentement à l’organomagnésien. Les organolithiens Ultilisés dans le toluène à l’ébullition. car dans le cas contraire.8.

2. Le résultat est une racémisation.161). les substitutions électrophiles aliphatiques font souvent intervenir des composés organométalliques. La configuration du carbone chargé dans le carbanion résultant peut s’inverser avant de réagir rapidement dans une seconde étape avec un réactif électrophile du milieu. SEi et SEi’. Il nécessite deux étapes (schéma 8. La première consiste en l’ionisation d’une liaison entre un atome de carbone et un groupe potentiellement électrophile qui est le plus souvent un hydrogène rendu acide par la présence en α d’un groupe -I. R-CO-N(R')2 R"Li R-CO-R" Si R = H . cétone Schéma 8.1 – Mécanisme SE1 (substitution électrophile monomoléculaire) C’est un mécanisme qui a quelques analogies avec le mécanisme SN1. et la réaction est lente. aldéhyde R = alkyl ou aryl .376 Chimie organique Cette réaction de substitution est aussi applicable aux amides N. H+) comme dans l’exemple donné d’un échange H → D. Une base est nécessaire pour extraire E+ (dans ce cas. SE2. On distingue 5 mécanismes de ce type qui sont référencés sous les abréviations SE1.N’-disubstitués (schéma 8. et d’ordre nul pour le réactif électrophile. 8.2 Substitutions électrophiles aliphatiques Réactions moins fréquentes que les substitutions nucléophiles. La réaction est du premier ordre pour le substrat.162). SE2’.161 8.OD Ph C C Et O D Ph C C D O Et Me Me mélange racémique + D-O-H Schéma 8. lent base: B E' rapide E' R E' + BE R R E E R + E R E' R + BE Me Et H D-O Ph C C O composé optiquement actif Me Et C C O D-O-D Ph en excès .162 .

Les réactions de substitution 377 Si le passage par un carbocation dans le mécanisme SN1 nécessitait une certaine liberté des liaisons autour du carbone lié à Y pour que la formation d’un plan soit possible. Toutefois. Dans le cas du mécanisme SE2. la configuration de départ est conservée par le carbanion vinylique. O R1 C R2 C R3 Br Li . En effet. Un cas particulier de la réaction SE1 est celle effectuée sur des halogénures vinyliques en présence de lithium (schéma 8. sur un composé chiral. cette condition disparaît dans le cas d’un mécanisme SE1 dans la mesure où le carbanion est plutôt pyramidal.2. il est possible que dans certains cas particulièrement rares une attaque analogue à celle de SN2 conduise à une inversion de configuration. à une inversion de configuration du carbone attaqué. Elle est donc d’ordre 2.164. Hg * Cl H H3 C Ph H3C H3 C Ph H3 C Cl C CH2 Hg H3CCO H H C CH2 Hg Cl + Cl-Hg H3CCO H (expérimentalement les deux composés formés contiennent Hg ) Schéma 8.LiBr R1 C R2 C R3 C O (puis H ) R1 C R2 C R3 CO2H configuration maintenue Schéma 8. La cinétique de cette réaction est du premier ordre pour chacun des composés intervenants. la substitution selon le mécanisme SN2 conduit. il y a rétention de configuration : le carbone est attaqué du côté où se trouve le groupe électrophile E lié à ce carbone.164 * * .163 Le carbanion qui en résulte peut être carbonaté par l’anhydride carbonique pour former un acide vinylique.8.2 – Mécanisme SE2 (substitution électrophile bimoléculaire) Ce mécanisme très rare consiste en un déplacement concerté d’un groupe électrophile par un autre comme dans l’exemple présenté dans le schéma 8. Dans ce cas.163). 8. Il a donc quelque analogie avec SN2. sur le plan stéréochimique le résultat est inverse. Des composés où R est cyclique pourront donc donner lieu à des réactions SE1. toutefois.

ce qui constitue un état de transition cyclique. ou bien. La différence se trouve dans la formation d’un composé résultant d’un réarrangement. Une troisième possibilité est. le groupe nucléophile qui accompagne l’électrophile substituant devienne coordonné au groupe électrofuge. très rarement. qu’à l’état de transition.E-Nu E E' E' R2 R3 R1 C E .166 . Par un mécanisme concerté cyclique à quatre centres.E+ . l’acide acétique protoné représente l’eléctrophile.3 – Mécanisme SE2’ (substitution électrophile bimoléculaire avec réarrangement) Le mécanisme SE2’ est peu différent du mécanisme SE2.166).378 Chimie organique 8.165). R1 C R2 R3 E' E R1 C R2 R3 SE2 avec rétention de configuration R1 C R2 R3 E' Nu . les produits de la réaction sont formés (schéma 8.2. H3C C H H3C HO acide acétique protoné H C bromo(but-2-ènyl)mercure CH2 H HgBr H3C CH2 CH CH2 but-1-ène C O + HgBr Schéma 8. Dans l’exemple présenté (schéma 8. du côté opposé à l’électrofuge avec inversion de configuration de ce même carbone.165 8.E+ R1 E' R3 R2 SE2 avec inversion de configuration (très rare) R1 C E' R2 R3 mécanisme concerté SEi Br H C Et Me Hg Br * + Hg Br Br Et H C Me Hg* Br Hg Br Et H C Me * Hg Br + HgBr2 Schéma 8.2. Il a été indiqué que les attaques de l’électrophile substituant pouvaient être du même côté que l’électrofuge (groupe électrophile qui est substitué) ce qui conduit à une rétention de configuration du carbone chiral du substrat impliqué dans cette réaction.4 – Mécanisme SEi (substitution électrophile interne) Le mécanisme SEi est un cas particulier du mécanisme SE2.

168).2. Les hydrogènes vinyliques sont substitués par le potassium sous l’action d’un mélange de butyllithium. Les réactions de substitution 379 8. Lorsque les hydrogènes sont peu acides. BuLi et de t-butylate de potassium. la réaction est facilitée si le carbanion formé est stabilisé par résonance (carbanion allylique.167 H H C Br CH2 8.5 – Mécanisme SEi’ (substitution électrophile interne avec réarrangement) C’est le mécanisme SEi auquel s’ajoute un réarrangement moléculaire comme dans l’exemple donné dans le schéma 8. comme base. Dans ce dernier exemple. De nombreux exemples parsèment les réactions présentées dans cet ouvrage : les bases les plus utilisées sont les alcoolates alcalins dans les alcools correspondants.6 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un hydrogène comme groupe partant 8. méthylène ou méthyne activé par un ou des groupes électroattracteurs -I est une substitution électrophile avec transfert d’un proton (schéma 8. (CH3)2N-CH2CH2N(CH3)2.2. Dans le cas de composés aliphatiques.2.8.168 RM RNa RLi RK RMgX + R'H + EtOH + BuH + NH3 + R'H La formation de carbanions (ou d’énolates) par substitution par un atome métallique d’un hydrogène acide d’un groupe méthyle.6a – Substitution d’un hydrogène par un atome métallique RH RH RH RH RH + + + + + MR' NaOEt BuLi NH2K R'MgX Schéma 8. et les amidures de sodium ou de potassium dans l’ammoniac liquide. benzylique ou propargylique. .167 (mécanisme concerté à 6 centres). les alkyllithium sont des réactifs de choix. t-BuOK. Me CH H C CH2 Cl HgBr H Cl Me CH C CH2 HgBr H Me H C H + Hg Cl Schéma 8. la lithiation peut se poursuivre sur le groupe méthylène en α de la triple liaison. en présence de tétraméthyléthylènediamine (TMEDA). ou dérivé d’un alcyne terminal).

Par exemple. des super-acides comme le mélange acide fluorosulfurique-pentafluorure d’antimoine. l’un ou l’autre pouvant être deutérié. Ils interviennent très spécifiquement sur les alcynes terminaux.169). remplacent l’acide sulfurique deutérié.171). dans la lithiation du triphénylméthane. Les composés organométalliques sont peu utilisés pour ce type de réaction. pour R de RLi : allyle > n-butyle > phényle > vinyle > méthyle. ce qui conduit pour le méthane à un ion appelé méthanonium CH5+ (schéma 8. La protonation dans ce cas est exceptionnelle. SO2 liquide. que ce soit le doublet d’une liaison C-H de CH4 qui retienne le proton.169 + H Ce marquage est utile pour comprendre le mécanisme de certaines réactions. . R. d’une triple liaison.170 CH5 L’échange peut avoir lieu en milieu basique. Les hydrogènes peu acides comme ceux des alcanes sont plus difficilement échangés. soit une molécule d’hydrogène pour former un carbocation méthyle dont un hydrogène peut être échangé. Cet ion instable élimine. et si l’alcool utilisé est deutérié. puisqu’il est proposé. 8. si une molécule possède des hydrogènes suffisamment acides pour être extraits par un alcoolate. dans l’anhydride sulfureux. FSO3H-SbF5 (mélange appelé acide « magique ») ou HF-SbF5.6b – Échange hydrogène deutérium (D) ou tritium (T) Les hydrogènes acides (par exemple en position α d’un groupe carbonyle. ou allylique) sont échangés avec du deutérium en présence d’acide sulfurique deutérié (schéma 8. Ainsi.H + D RD Schéma 8. H H C H H + H (super acide) H H C H H H H H C H + H2 ion méthanonium Schéma 8. Dans ce cas. l’ordre de vitesse croissant est. On peut obtenir un résultat identique avec l’acide tritié. La nature du groupe lié au lithium joue un rôle dans la vitesse de la réaction. entre autres. soit une molécule de méthane et un proton.170). La facilité de l’échange est dans l’ordre suivant : tertiaire > secondaire > primaire. ce qui exalte la réactivité de ce dernier. Il suffit qu’une quantité catalytique de base soit présente. deutérié. La TMEDA est un ligand dont l’action est de briser la structure polymérique de l’organométallique.380 Chimie organique Note : le mélange n-BuLi + t-BuOK constitue ce qu’on appelle une « Super base ». si le superacide est deutérié.2. un échange H→D peut avoir lieu (mécanisme SE1) (schéma 8.

il faut que le groupe méthyne ou méthylène en α de la cétone soit activé par des fonctions environnantes (ester. le réactif n’est pas le fluor lui-même.2. Cl CH3 Cl2 .172). Toutefois.HCl R C Cl R CH2 O C CH3 Cl2 . Dans certaines de ces réactions. Il en est de même pour le brome. Catalyse acide La réaction s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique.8. contrairement à la réaction par catalyse basique. Dans ce cas.6c – Halogénation des aldéhydes et cétones Les aldéhydes et cétones qui possèdent des hydrogènes sur le ou les carbone(s) α peuvent être halogénés par tous les halogènes sauf le fluor en milieu acide ou basique. Des polyhalogénations sont possibles. à chaud. une seconde halogénation plus difficile peut être effectuée si l’halogène est en excès. Si deux carbones portant un ou des hydrogènes sont en position α du groupe carbonyle dans les cétones dissymétriques.αdichloré. Dans ces réactions. aucun catalyseur n’est ajouté.2 HBr Br R C Br O C CH3 isomérisation H R C Br O C CH2-Br Schéma 8. mais le fluorure de xénon. XeF2.172 . l’orientation de la seconde halogénation apparait différente.EtOH Z CH Z' EtOD Z CHD + EtO Z' Schéma 8. Une monohalogénation est possible. véritable acteur dans ces réactions. Avec le fluor. mais dans ce cas. ou d’autres composés fluorés. l’halogénation se fera préférentiellement dans l’ordre suivant : CH > CH2 > CH3. Selon l’halogène.HCl R CH Cl O C O C CH3 2 Br2 .α’-dibromé (schéma 8. le catalyseur intervient pour favoriser la formation d’un énol ou un ion énolate. les traces d’acides apportées par l’halogène sont suffisantes pour la catalyse. Les réactions de substitution 381 Z CH2 Z' EtO . mais une réaction subséquente d’isomérisation conduit finalement à un composé α. Le chlore réagit une seconde fois sur le carbone déjà chloré conduisant à un composé α. sauf en milieu basique et s’il s’agit d’une méthylcétone qui sera halogénée sur le groupe méthyle.171 8. autre groupe cétone…).

la déprotonation de ce dernier conduit au composé monobromé. l’arrêt à une monohalogénation est impossible car la présence d’un halogène rend plus acides les hydrogènes α par son effet électroattracteur -I et favorise la formation de l’ion énolate rendant la seconde bromation plus facile que la première. Le même mécanisme est renouvelé.173). Catalyse basique et réaction haloforme En milieu basique.1. réaction lente par rapport aux deux étapes suivantes et qui donne la vitesse de la réaction (du premier ordre par rapport à l’acétone). la double liaison énolique est attaquée par la molécule de dibrome selon un mécanisme d’addition électrophile (§ 9. . Ainsi. On comprend alors la raison pour laquelle cette seconde bromation ne sera possible qu’après totale monobromation de la cétone. un excès de brome est nécessaire. est un test de la présence du groupe CH3CO (ce qui indique une méthylcétone).4a) : il en résulte ici un carbocation mésomère.382 Chimie organique Le mécanisme de la bromation d’une cétone se fait en trois étapes (schéma 8. la bromation d’une méthylcétone en présence de soude. des iodoformes. Si une seconde bromation est souhaitée. Ensuite. en raison de la présence du brome dont l’effet électroattracteur -I rend l’énolisation plus difficile. Enfin. et contrairement à la catalyse acide. composés solides jaunes.Br R CH Br Br Br O R CH Br C H CH3 -H R CH Br Schéma 8. Avec l’iode. au bromoforme. mais la réaction est plus lente que pour la première bromation. conduit d’abord à une tribromométhylcétone. il se forme avec les méthylcétones. Leur présence dans l’action de l’iode sur une cétone en milieu alcalin. l’acétone est énolisée sous l’action de H+.173 OH CH3 H R CH O C C H CH3 R CH Br CH3 O C H CH3 O C CH3 D’abord. O R CH2 C OH R CH C CH3 . Cette réaction a lieu aussi avec le chlore et l’iode et est appelée réaction haloforme. Elle subit aussitôt une réaction de substitution nucléophile par la base selon un mécanisme tétraèdrique conduisant d’une part à un anion carboxylate et d’autre part.

2’-azobis(2méthylpropionitrile). Les réactions de substitution 383 O R CH2 C CH3 méthylcétone O HO R CH2 C CH2 R CH2 O C CH2 O R CH2 C CH2 Br O R CH2 C CH2 Br HO Br2 R CH2 Br O C . s’ils n’ont pas d’hydrogène α sont transformés par l’action du chlore en chlorures d’acides. 1887.2.172). Les aldéhydes. . initiateur radicalaire.174) est peu différent de celui en milieu acide (schéma 8.174 Le mécanisme réactionnel en milieu basique (schéma 8. l’AIBN (2.6d – Halogénation des acides carboxyliques La méthode classique pour préparer les acides α-bromés ou chlorés est celle de Hell-Volhard-Zelinsky. ou de tribromure ou trichlorure de phosphore (schéma 8.8.Br R CH2 O C CH2 Br H C Br O HO Br Br2 R CH2 C Br C Br Br groupe très électroattracteur -I O R CH2 HO C Br C Br Br O R CH2 C H O Br C Br Br Br R-CH2-COOH + C Br Br R-CH2COO ion carboxylate + H-CBr3 bromoforme Schéma 8. C’est une réaction de type radicalaire puisqu’elle peut être faite aussi en présence de N-chlorosuccinimide et d’un catalyseur. H 3C H3 C C N NC CH3 N C CH3 CN AIBN 8.175). (non applicable à l’iode et au fluor) qui consiste à traiter l’acide carboxylique ayant au moins un hydrogène sur Cα par le brome ou le chlore en présence de phosphore rouge.

La bromation a toujours lieu en position α et cesse dès que tous les hydrogènes α ont été substitués. sont chlorées. Les chlorures d’acides sont iodés en présence d’acide iodhydrique. S O O sulfolane ou tétraméthylène sulfone est capable de chlorer en position α les chlorures et anhydrides d’acides et même les acides. la présence de catalyseur n’est pas utile. en présence de chlorure de lithium dans un solvant polaire. CuCl2. lequel réagit en présence d’une nouvelle molécule d’acide pour conduire à un mélange d’acide α-halogéné et du chlorure de l’acide de départ. et un diacide. L’énolisation de ce composé est plus facile que celle de l’acide. Pour ces composés. par une réaction d’échange ce qui permet de poursuivre la réaction d’halogénation jusqu’à épuisement de l’halogène. il se forme d’abord un halogénure d’acide. l’acide malonique. Cette propriété . . Le produit formé est donc un halogénure d’acide -halogéné. β. dans l’acide acétique. La chloration se fait majoritairement en position α mais peut aussi avoir lieu. ce qui permet la réaction d’halogénation dont le mécanisme est peu différent de celui de l’halogénation des cétones. selon le cas. La bromation ou la chloration des chlorures d’acides peut se faire par action des N-chloro et N-bromosuccinimide en présence de HCl ou HBr. ou d’acétate cuivrique. Le chlorure de sulfuryle. L’iodation est réalisée en présence d’acide chlorosulfonique. les dérivés nitrés aliphatiques. le sulfolane. les malonates. sur la chaîne aliphatique. γ.175 Dans cette réaction. D’autres composés facilement énolisables peuvent être halogénés : les chlorures et anhydrides d’acides.. HSO3Cl. Si l’iode est remplacé par un peroxyde organique (réaction radicalaire). si un peu de chlorure ou d’anhydride de l’acide est présent. en présence d’une quantité catalytique d’iode. SO2Cl2.384 Chimie organique R CH2 COOH O R CH2 C Br PBr3 R CH2 COBr OH R CH C Br O Br2 O R CH Br O R OH O CH Br C OH R CH2 COOH C Br O + R CH2 C Br + HBr O R CH Br C Br + R CH2 C O R CH2 C Br + Br2 R CH Br C Br + HBr Schéma 8. Cu(II)OAc2. les positions α. après substitutions de tous les hydrogènes α. permet aussi de chlorer les acides en position α.. Le chlorure cuivrique.

Les esters et amides peuvent être fluorés par la même méthode. mieux connue pour les cycles aromatiques (§ 8. cétone et d’acide carboxylique Les aldéhydes. entre autres.4. pour conduire à des acides aliphatiques α-halogénés.177 8. RCO+.178). via la forme énolique (schéma 8. 8. libère un ion acylium. ils sont décarboxylés par chauffage (schéma 8.CO2 R CBr COOH R-CHBr-COOH Schéma 8. .177).6f – Acylation d’un alcène par un halogénure d’acide La réaction de Friedel et Crafts. L’halogènure d’acide en présence d’un acide de Lewis.8.2.176 La fluoration des acides a été réalisée à –78 °C par un mélange de fluor et d’azote. AlCl3 ou ZnCl2. 1877 (schéma 8.1d) a lieu aussi avec les alcènes : un groupe RCO provenant d’un chlorure d’acide substitue un hydrogène d’un carbone éthylènique. . Il est vraisemblable que le mécanisme impliqué dans cette réaction soit comparable à celui de la bromation des mêmes composés. ce qui représente une autre voie d’accès à ces composés.176). R R' C H C R" O R C R' C R" OH SO3 SO3 R C R' C O R" H R SO3H C R' C O R" Schéma 8.2. COOH R CH COOH dérivé substitué de l'acide malonique Br2 COOH ∆. cétones et acides carboxyliques ayant un CαH sont sulfonés par l’anhydride sulfurique en milieu neutre. car après halogénation.6e – Sulfonation d’aldéhyde. Les réactions de substitution 385 est particulièrement intéressante pour les dérivés substitués de l’acide malonique.

2) de nature équivalente à celui décrit pour les substitutions nucléophiles mais avec une charge positive à la place d’une charge négative. une cétone α.β-insaturée. ce qui conduit de nouveau à une cétone α.179 H POCl3-DMF R1 C R2 C C O R3 8. suivie selon les conditions de la réaction. le plus stable.HX +X carbocation le plus stable (C) addition selon la règle de Markownikov Schéma 8. acétylacétate d’éthyle) effectuent un couplage avec les sels d’aryldiazonium en présence d’une .1g).1. Ce carbocation peut perdre un proton de CαH pour reformer une double liaison conduisant ainsi à un composé stable résonnant. Les éthers vinyliques RO-C(R1)=C(H)(R2) sont acylés par les chlorures d’acides aromatiques en présence d’un catalyseur au palladium et d’une base. C’est alors un mécanisme avec intermédiaire tétraèdrique (§ 8. Les anhydrides d’acides peuvent remplacer les halogénures d’acides. s’applique aux alcènes ce qui conduit à leur formylation (schéma 8. malonate d’éthyle. groupes électroattracteurs par effet -I. donc le plus substitué par des groupes alkyles (A) : le groupe acyle est donc sur le carbone de l’alcène le moins substitué. d’une élimination d’une molécule d’halogénure d’hydrogène.178 L’alcène attaque l’ion acylium pour former le carbocation. H R1 C R2 C R3 Schéma 8. isolable. AlCl3X R1 -H C C R C O R R1 C R2 C C O H H (B) R2 H cétone α.386 Chimie organique RCOX + AlCl3 R C O R1 C R2 C H (A) H RCOX. La réaction de Vilsmeyer-Haack (mécanisme § 8. AlCl3 RCO. au même titre que les acides carboxyliques en présence de HF-SO4H2 ou l’acide polyphosphorique.β-insaturée R R1 R2 C X C C O H H . action de POCl3 et du DMF.6g – Couplage entre composés aliphatiques à hydrogènes acides et sels de diazonium Les composés aliphatiques à hydrogènes acides de formule générale Z-CH 2-Z’ avec Z et Z’.β-insaturée (B). Une seconde possibilité de réaction du carbocation (C) est l’addition d’un ion halogénure provenant du milieu avec formation d’une β-halo cétone (addition qui suit la règle de Markownikov).179).4. (par exemple.2.

dans une solution aqueuse de soude à 0 °C. H C O + R Schéma 8. le groupe acyle (pour une cétone) ou carboxyle (pour un acide) est extrait de la molécule ce qui fournit finalement une hydrazone dont l’hydrolyse délivre une cétone.180 La même réaction effectuée sur des composés de la forme Z-CH(R)-Z’.182) par le même mécanisme que celui donné dans le schéma 8. Il se forme un composé azoïque instable qui. Dans le cas où les groupes sont aroyle et carboxyle. NO2 ou Cl.8.180). avec R = alkyl. Les réactions de substitution 387 base. une arylhydrazone (schéma 8. C’est la réaction de Japp-Klingemann (1887). et Z ou Z’ = COR.181. conduit aussi à un composé azoïque (schéma 8. Z CH2 Z' base -H Z H C Z' N≡N Ar H Z C N N Ar Z' composé azoïque Z + ArN2 base -H C N-NH-Ar Z' arylhydrazone tautomérie Schéma 8. un acétate alcalin.181).181 Z N Ar NaOH C N N R + CH3COONa Ar H H C N N R Z Ar CO-CH3 + CH3COOH NH3 NH Ar Quand les groupes acyle et carboxyle sont présents. Le passage au tautomère n’étant pas possible par manque d’hydrogène. se transforme en un tautomère. COOH. Les β-céto esters cycliques donnent lieu à une ouverture du cycle (schéma 8. par prototropie. le groupe partant est le groupe acyle. . c’est le groupe carboxyle qui est partant. Z R CH + ArN2 NaOH R Z C N COCH3 HO H C N N R Z Z Ar H2O. le plus souvent. Les composés β-dicarbonylés et les β-céto acides forment des arylhydrazones de composés α-dicarbonylés.

6-triisopropylbenzènesulfonylazide. p-(CH3CONH)-C6H4SO2N3.182 8. ont la propriété de réagir. le méthanesulfonyl azide. en présence de 2. Il s’ensuit un mécanisme cyclique qui conduit au composé diazo et à un ion amidure (schéma 8. . souvent par catalyse de transfert de phase.388 Chimie organique O H2C H2C C CH C H2 COOEt + ArN2 NaOH puis H H2C COOH H2C H H2C C N N Ar COOEt (conditions douces) Schéma 8.183 Cette réaction effectuée sur un groupe méthylène seulement activé par un groupe Z (schéma 8. p-CH3C6H4-SO2N3. La réaction débute par la formation d’un carbanion qui attaque le groupe azido du réactif. et non pas à un composé diazo.6h – Transfert de groupe diazo ou azide sur un méthylène activé à partir d’azide Certains azides comme le tosyl azide.6-((CH3)2CH)3C6H2SO2N3 et de potasse.2. 2. CH3SO2N3.4. le p-acétamidobenzènesulfonylazide. et non de soude. conduit à un transfert du groupe azido.184). Z CH2 Z' TsN3 NaOH Z C N Z' composé diazo N + TsNH Z CH2 Z' NaOH Z H C Z' Na N N N Ts Z C Z' H N N N Na Ts Z C N Z' + TsNH N Schéma 8. avec un groupe méthylène activé par deux groupes Z à effet électroattracteur -I formant un composé diazo. en présence d’une base alcaline. plutôt amidique.4.183).

2.186).186 . R' CH2 C O R iPr2NLi THF. p-CH3C6H4SO2CN.8.2.185). R' CH2 C O R iPr2NLi THF. La base forte la plus utilisée est le diisopropylamidure de lithium (LDA).6i – Cyanation d’un méthylène activé Les groupes méthylènes en position α d’une cétone peuvent être substitués par un groupe CN sous l’action de p-toluènesulfonylnitrile. Les méthylcétones réagissent difficilement.Cl R' H C C R éther d'énol silylé O Si(R3) Schéma 8.6j – Formation d’éthers d’énols silylés Les éthers d’énols silylés sont très souvent utilisés en synthèse.184 R iPr SO2 iPr R' HC CO N R" K N3 8. -78°C R' H C C O R Li R' H C C R O ClSi (R)3 .(LDA). -78°C R' H C C O R Li Schéma 8.185 R' Tos-CN H C CN + Tos Li C O R 8. Ils peuvent être obtenus par actions de divers halosilanes sur l’énolate formé par action d’une base qui peut être très variée. choisie en fonction de l’environnement du groupe carbonyle (schéma 8. Un β-céto nitrile est ainsi formé (schéma 8. Les réactions de substitution 389 iPr SO2N3 iPr R CH2 CO N R' R" KOH R CH CO N R' K R" iPr iPr Schéma 8. après avoir formé l’énolate par action de iPr2Nli.

les α-halo éthers et esters.2b.2.3) comme la pyrrolidine. Une hydrolyse rétablit le groupe carbonyle. 8. avec formation d’un carbanion et addition d’un halogénure (§ 8. l’alkylation a lieu sur le CαH le moins substitué de la cétone de départ (contrôle cinétique). et aux époxydes. lui aussi stabilisé par résonance. accompagne le triméthyliodosilane.6l – Alkylation ou acylation des cétones et aldéhydes via une ènamine (réaction de Stork. les halogénures d’aryles activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M.187).14.15.2. à la fois pour des cétones et des aldéhydes.H 2O R C N C H R' R C N énamine C H R' R"X R" H2N + R C CH O R' R" H2O H R C N C H R' R C N R" C H R' O N H pipéridine N H morpholine N H pyrrolidine Schéma 8. ce qui produit un sel d’iminium. Pour éviter ce problème. 8. Me3ISi. HN R C CH2 R' O .18c).2c et 6. comme les halogénures allyliques.390 Chimie organique En conditions douces. et encore moins aux tertiaires qui subissent une élimina- . mais plus souvent l’hexaméthyldisilazane (Me3Si)2NH. Ces énamines stabilisées par résonance sont ensuite traitées par un halogénure. la cétone est d’abord transformée en énamine par réaction avec une amine secondaire cyclique (§ 10. mais n’est pas applicable aux halogénures aliphatiques primaires et secondaires qui conduisent à des N-alkyl amines. Dans la majorité des cas.1. la pipéridine ou la morpholine (schéma 8. 1954) L’alkylation des cétones sur CαH ou CαH2 s’effectue le plus souvent par une réaction de substitution nucléophile.187 Cette méthode a aussi ses limites puisqu’elle n’est utilisable qu’avec des halogénures activés. Et3N peut être la base. Des réactions secondaires sont possibles comme les dialkylations.6k – Insertion de carbène ou de nitrène dans dans une liaison C-H Voir les paragraphes 6. benzyliques et propargyliques. plus particulièrement avec les énamines dérivées d’aldéhydes.

Toutefois.7 Il faut noter que le bromocyanogène conduit non pas à une substitution par le groupe cyano.CHO phosgène-diméthylformamide (DMF) chloroformiate chlorocyanogène sel de nitrilium .189). COR" R C N C H R' R C N C H R' R"COCl R C N C H R' R C N COR" C H R' H 2O H R" C O H2 N + R C CH O Schéma 8.7). suivie de l’addition de l’halogénure. Les réactions de substitution 391 tion. Par cette réaction divers groupes peuvent être introduits selon le réactif utilisé (figure 8. (RCO)2O chlorures et anhydrides d'acides HCO-O-COCH3 COCl2-(CH3)NCHO ClCOOR ClCN R C N R' anhydride acétique formique -CO-R . pour ces derniers. l’utilisation d’un organomagnésien (voir ci-après) ou la formation d’une énamine dérivée de butylisobutylamine permet l’alkylation.188 R' Une modification de cette réaction (méthode via un sel d’énamine) permettant de substituer les cétones par des halogénures aliphatiques primaires ou secondaires en évitant la N-alkylation par une gêne stérique est la formation d’un organomagnésien dans le THF à partir de l’ènamine. Les mécanismes de ces réactions sont semblables à ceux présentés pour les halogénures (schéma 8.188).8. contrairement au chlorocyanogène. RCOCl. puis de l’hydrolyse (schéma 8. mais à une bromation de l’ènamine. .COOR -CN R' C R N Figure 8. sauf les halogénures tertiaires.

H2O R C CH2 R' N R" R C CH NH R" R"'MgX .191 .7a – Préparation des organomagnésiens ou réactifs de Grignard et d’organolithiens par déplacement direct entre halogénure et métal RX RX + + M 2M RMX RM + MX ( CH3I (BuCl + Mg + 2Li CH3MgI) BuLi + LiCl) Schéma 8.190 CH2 C H R' CH2 C N 8.2) avec les alcènes activés par des groupes électroattracteurs -I ou -M.R'"H R' R'" R C CH O R' H2O X R R'" C CH N MgX R" Schéma 8.2. Par exemple. cette réaction est mise à profit pour former le sel d’iminium. H H N H + R C O Schéma 8. une cyanoéthylation (schéma 8.2.7 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec des halogènes comme groupes partants 8.190). l’hydrolyse de l’adduit fournit une cétone substituée en position α par CH2-CH2CN.189 R' R"'X R C CH N MgX R" R' Dans la mesure où les énamines réagissent très bien selon la réaction d’addition de Michael (§ 9.392 Chimie organique R C CH2 R' O R"NH2 . CH2 R C N C H CH C N R' CH2 R C N C H R' CH C N R C N CH2 C H R' CH C N H2O. avec l’acrylonitrile CH2=CH-CN.

Mg (solution verte dans l'éther) C10H8. Les fluorures d’alkylmagnésium RMgF sont obtenus par reflux des fluorures d’alkyles avec le magnésium dans le THF pendant plusieurs jours en présence de quantités catalytiques d’iode ou de bromure d’éthyle. ou le THF. . Ces composés ne sont pas isolés et leurs solutions sont immédiatement mises en réaction ou conservées à basse température. le magnésium en fins copeaux réagit dans l’éther ou le THF anhydre avec divers halogénures aliphatiques primaires. le diméthyléther de l’éthylène glycol. Le cas le plus important est la préparation des organomagnésiens. une réaction d’élimination a lieu.8.naphtalène Schéma 8. Plus le nombre d’atomes de carbones augmente. secondaires ou tertiaires.191). Si le composé est I-CH2-CH2-CH2-I. par exemple Br-CH2-CH2-CH2-I. Toutes les réactions de préparation et de réaction des organomagnésiens s’effectuent en milieu totalement anhydre et sous atmosphère d’azote. Les organomagnésiens benzyliques et allyliques sont mieux préparés à partir de naphtalène magnésium (résultant de l’action du naphtalène sur le magnésium dans le THF) (schéma 8.192 CH2MgBr Outre le diméthyléther. Les iodures et bromures aromatiques réagissent comme les halogénures aliphatiques. il se forme un dimagnésien IMg-CH2-CH2-CH2MgI. Les réactions de substitution 393 La réaction d’un halogénure sur un métal peut conduire à un composé organométallique appelé composé de Grignard (1900) (schéma 8. on leur préfère les analogues chlorés. Souvent. On peut y ajouter les solvants aromatiques.192). Si un composé 1. Le cas des composés dihalogénés est plus compliqué. Une réaction secondaire souvent observée est le couplage: 2RX + Mg → R-R + MgX2. En quantités stœchiométriques. d’autres solvants ont été utilisés comme des amines tertiaires. Les chlorures aromatiques comme les halogénures vinyliques nécessitent le THF comme solvant. Si les halogènes sont différents et éloignés d’au moins trois carbones. dont la réactivité en fonction de l’halogénure diminue dans l’ordre suivant : RI > RBr > RCl. à condition d’ajouter au milieu une amine tertiaire dont le rôle est de complexer l’organomagnésien. un organomagnésien Br-CH2-CH2-CH2MgI peut être obtenu. le diéthyléther.2-dihalogéné est mis en réaction.Mg THF . benzène ou toluène.Mg naphtalène-magnésium ou naphtalènure de magnésium CH2Br C10H8. la réaction est débutée en ajoutant quelques gouttes d’iodure de méthyle ou du dibromoéthane. CH3O-CH2-CH2-OCH3. plus la réaction devient difficile : CH3I > C2H5I > C3H7I… Dans la mesure où les iodures d’alkyles tertiaires peuvent donner lieu à une réaction d’élimination. éther ou THF + Mg .

5M). RMgBr et RMgI forment des polymères. puis trimères. du solvant. mais il est toutefois possible d’obtenir à partir de RCHBr2 . dimères. et de la température. -C≡CH… qui devront donc être présentes sous formes de sels. euxmêmes en équilibre avec leur complexe. La présence de certaines fonctions peut nuire à la préparation de l’organomagnésien : celles avec lesquelles il réagit normalement. L’organomagnésien préparé à partir de simples halogénures aliphatiques est sous forme monomère à faibles concentrations (environ 0. groupe nitro… Les doubles et triples liaisons (sauf terminales) ne gênent pas la formation de l’organomagnésien. les composés gem-dihalogénés réagissent mal. uniquement sous forme de dimères. l’équilibre de Schlenk est déplacé vers la gauche et RMgX est quasiment le composé unique. les organomagnésiens chlorés restent. . Si la concentration augmente dans l’éther (c > 0. de la concentration.MgX2 R Mg X R1 O R2 R Mg R R1 O R2 X Mg X R1 O R2 Schéma 8. Le mécanisme complexe SET qui intervient dans la formation de l’organomagnésien a été présenté (voir § 6. Chacun des composés qui forment cet équilibre est coordiné à deux molécules d’éther. COOH. appelé équilibre de Schlenk. nitrile. soit des composés carbonylés. L’évaporation de l’éther déplace l’équilibre de Schlenk vers la droite avec obtention à sec de R2Mg et MgX2 (l’addition de dioxane à la solution étherée donne le même résultat). Lorsqu’un organomagnésien d’halogénures aliphatiques est préparé dans la triéthylamine. NH2.12.7).394 Chimie organique Enfin. Il s’agit soit des fonctions à hydrogène acide : OH.193). Le schéma 8.193 Cet équilibre est fonction de la nature de l’halogénure.1M) dans l’éther et à toutes concentrations dans le THF. bromure ou iodure de magnésium). avec R2Mg (dialkylmagnésium. à fortes concentrations. par exemple) et MgX2 (chlorure. dans les conditions classiques de préparation des organomagnésiens. etc. 2 RMgX R1 O R2 R2Mg R1 O R2 + R1 MgX2 O R2 R2Mg. Seuls. Il est important de rappeler ici que les organomagnésiens RMgX font en réalité partie d’un équilibre (schéma 8.194 rappelle quelques réactions essentielles des organomagnésiens. l’organomagnésien RCH(MgBr)2.

8. Les alkyllithiums sont toujours sous formes d’aggrégats de plusieurs molécules dans les solvants. ils forment des aggrégats de six molécules. Dans la mesure où cette réaction est difficile. selon la nature de R' cétones ou aldéhyde si R = H. et dans l’éther. l’échange halogène-métal est mis en œuvre (BuLi + RX → RLi + BuX). formiates RMgX + R'X halogénures R-R' + MgX2 Schéma 8. Dans le benzène et le cyclohexane. Cette propriété est une conséquence du caractère particulier « ioniquecovalent » de la liaison C-Li. divers aggrégats de deux à cinq molécules pour les composés où R est un simple groupe aliphatique. RLi. celles avec les halogénures métalliques qui permettent la préparation de divers organométalliques.2. Les alkyllithiens.194 Il existe de nombreuses autres réactions des organomagnésiens et en particulier. Un cas particulier est le tbutyllithium qui est un monomère dans le THF. sous azote. . Il est en aggrégats de deux et quatre molécules.10f). par exemple : 4 C6H5MgX + SnCl4 → (C6H5)4Sn + 4 MgXCl (présentées au § 8. Les réactions de substitution 395 R'CHO aldéhydes R(R')CHOH alcools secondaires R'CN nitriles R'COR" cétones R(R')(R")COH alcools tertiaires R'C(OR")3 RMgX orthoesters RCOR' cétones R'COX chlorures d'acides HC(OR')3 R2R'COH alcools orthoformiates RMgX (R'CO)2O anhydrides d'acides HCOOR' formiates RCHO aldéhydes H2 C O CH2 R-CH2-CH2-OH alcool primaire RMgX + CO2 RCOOH acides carboxyliques oxirane RMgX + R'COOR'' esters R-CO-R' RMgX R2R'COH alcools secondaires ou tertiaires. dans l’hexane. respectivement. sont préparés par action d’un halogénure (chlorure le plus souvent) sur le lithium. contrairement aux sels de potassium ou de sodium qui y sont insolubles ou fort peu solubles. dans l’éther et dans les solvants hydrocarbonés. Ce sont des composés solubles dans le benzène et de nombreux autres solvants organiques.

1m). méthane X3CH. haloforme C C O H cétone acide trihaloacétique β-céto acide acide β. X3C-COOH. les acides trihaloacétiques.CO2 NO2 dérivé nitré C H α-aryl acide Ar C COOH .CO2 .CO2 Ar C H composé aromatique Schéma 8. .γ-insaturés éthylèniques peuvent aussi être décarboxylés par chauffage en présence de cuivre et de quinoléine.195). La décarboxylation des acides est l’inverse de l’addition d’un carbanion sur l’anhydride carbonique. libres.CO2 . Dans ce dernier cas.γ-insaturé C C C COOH acide malonique et ses dérivés substitués .2. CN.8a – Décarboxylation d’acides Les acides ayant en position α un groupe électroattracteur -I comme NO2.195 Les acides aliphatiques ne sont pas décarboxylés dans ces conditions sauf l’acide acétique sous forme de sel. et en présence d’une base : il se forme du méthane.CO2 C C C H alcène COOH C COOH α-cyano acide . Les acides β. COOH.2.CO2 CH4.8 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un groupe partant carboné 8.396 Chimie organique 8. ou sous formes de sels (schéma 8. la présence d’un éther-couronne (figure 7. comme les acides aromatiques (§ 8.CO2 C CN H NO2 C COOH . ceux qui sont éthylèniques ou acétylèniques.4.CO2 H C COOH nitrile acide CN C COOH α-nitro acide . et les α-céto acides sont décarboxylés par chauffage. acide acétique CH3COOH X3C-COOH C C O COOH . Ar.4) qui retient le cation métallique augmente la vitesse de la réaction.

comme CF3. Les réactions de substitution 397 Sous forme de sels. Le mécanisme SE1 est favorisé par la présence de groupes électroattracteurs en α du groupe carboxyle car ils stabilisent le carbanion. est présent en position γ de l’acide comme dans l’acide trifluoroacétylacétique.196 Le cas des β-céto acides est particulièrement intéressant. R1 R C O C R2 COOR' hydrolyse acide . en sont le résultat. Il se forme alors un sel d’acide RCOOH ou un ester RCOOR’ à côté d’un sel de l’acide CH(R1)(R2)COOH ou l’ester CH(R1)(R2)COOR’ selon la base utilisée (schéma 8. neutre ou très faiblement basique conduit à une rupture de liaison entre la fonction ester et le Cα (schéma 8. le plus souvent. Un mécanisme cyclique à six centres est le plus classique pour les acides libres ce qui explique pourquoi la réaction est peu sensible à la polarité du solvant ou à la présence ou non d’acide minéral (schéma 8.8.R'OH R C O R1 C R2 COOH . le mécanisme de la décarboxylation peut être SE1 ou SE2. sauf si un groupe attracteur. en conditions basiques fortes. CF3COCH2COOH. H2 C C O H C O R O ∆ . le β-céto acide n’est pas isolé car il se décarboxyle dans les conditions normales de la réaction. Ils sont préparés. Le passage de l’ester RCO-C(R2)(R3)-COOR’ à la cétone ou décarbalkoxylation en conditions acide. . composé qui peut être distillé sans décomposition. neutralisation par un acide faible.197) : une cétone. des conditions expérimentales particulièrement douces pour l’hydrolyse sont nécessaires : soude très diluée.199).CO2 R1 R C C H O R2 Schéma 8.198). Pour obtenir les β-céto acides. extraction par l’éther à 0 °C et évaporation sous vide. une solution alcoolique concentrée de potasse. de l’anhydride carbonique et un alcool R’OH. par hydrolyse de leurs esters. mais dans la plupart des cas.197 Par contre. ou d’alcoolate.CO2 R C O CH2 R C O CH3 H Schéma 8. une autre réaction a lieu : elle conduit à la rupture de la liaison α-β par rapport à la fonction carboxyle (schéma 8. le plus souvent.196). RCOCH(R1)(R2).

les β-dicétones conduisent à un résultat semblable avec formation d’une cétone et d’un sel d’acide (schéma 8.398 Chimie organique R1 R1 R C O C R2 COOR' R'O RCOOR' + HO RCOO + H-C R2 R1 COOR' .R'OH RCOO R1 + H C COO R2 H C COOR' R2 (rétro-Claisen) Schéma 8. appelée rétro-Claisen. R'O R C O R1 C R2 COOR' R R'O C O R1 C R2 R1 H C R2 Schéma 8.4.199 R1 COOR' RCOOR' + C R2 R'OH COOR' ester β-cétonique COOR' + R'O En présence de base alcaline.200 .2).198 C’est la réaction inverse de celle de Claisen (§ 10. HO R C O R1 C C R' R R2 O HO C O R1 C C R' RCOOH + R2 O R1 C C R' R2 O R1 RCOO + H C C R' R2 O Schéma 8.200).

8b – Réaction haloforme Cette réaction a été présentée lors de l’halogénation des méthylcétones (§ 8. R1 R2 C O C H R1 O H R2 C O H C H O R2 R1 C C O H H C O C O C O O acide glycidique .2. Les réactions de substitution 399 Les acides glycidiques conduisent à des aldéhydes par décarboxylation (schéma 8.8.203).6c). bromoforme.2. à une réaction avec retrait d’un des groupes substituant la cétone et formations d’un alcane et d’un acylamidure qui. et plus particulièrement celles de la forme ArCOC(R)3. iodoforme) est une substitution électrophile aliphatique (COR est remplacé par H) (schéma 8. fournit un amide (schéma 8. par chauffage dans un solvant aromatique.201) (voir aussi réaction de Darzens (§ 10.202 8. la p-méthoxybenzophénone conduit au p-méthoxybenzamide. n’ayant pas de CαH.CO2 R1 CH R2 aldéhyde Schéma 8. traitées par l’amidure de sodium donnent lieu.2.8c – Réaction d’Haller-Bauer Les cétones non énolisables.4.6).202). . La benzophénone n’est pas affectée par cette réaction. Par contre. X3C C O R HO X3C + RCOOH X3CH + RCOO Schéma 8. en présence d’eau.201 H C O R1 C R2 énol H C O H 8. La seconde partie de la réaction qui conduit à un haloforme (chloroforme. C’est la réaction de Haller-Bauer (1909).

Les cétones aliphatiques dissymétriques donnent un mélange de deux amides. 8. cas général.9a – Diazotation des amines primaires et des hydrazines L’action de l’acide nitreux sur les amines primaires aliphatiques ne conduit à des sels de diazonium qu’à un pH inférieur à 3. si l’acide utilisé est l’acide chlorhydrique. 32 % d’isopropanol.204.2. à 28 % de propène et des chlorures d’isopropyle et de propyle.9 – Substitutions électrophiles aliphatiques de composés azotés 8.2. des éliminations de protons avec formation d’alcènes. ce qui peut s’expliquer par le schéma 8. les produits obtenus sont des mélanges d’alcools et d’alcènes isomères et d’autres composés divers selon la nature de l’amine. des réactions avec le milieu… Lorsque la réaction est effectuée dans l’eau. Par exemple.203 Les cétones cycliques sont ouvertes. La configuration relative du groupe R ou R’ dans l’alcane formé est conservée. . la n-propylamine conduit par cette réaction à 7 % de n-propanol.400 Chimie organique R C O R' + NH2 ∆ et RH + R'-CO-NH R'H + H2O R'-CO-NH2 R-CO-NH2 NH2 R C O R' R NH2 C O NH2 R' NH2 R NH C O R' H2O RH + H2N C O H2N R' R'H + O C R Schéma 8. Ces sels sont instables car N2+ est un excellent groupe partant ce qui favorise la formation d’un carbocation qui peut effectuer des réarrangements.

Dans la plupart des cas. Les sels de diazonium sont aussi stabilisés par résonance avec le cycle aromatique (schéma 8. Cl R + N2 + Cl H3C CH CH2 CH3-CH2-CH2 H2O CH3-CH2-CH2OH2 . pour la plupart. Les réactions de substitution 401 R-NH2 -H Cl NaNO2 HCl R N N. Les sels de fluoroborates ArN2+.H réarrangement H3C CH H3C H3C H3C CH3-CH2-CH2-OH n-propanol propène CH3-CH2-CH2-Cl chlorure de propyle H3C CH Cl H3C chlorure d'isopropyle X H2O CH OH2 . .206 Les amines primaires aromatiques comme l’aniline forment des sels de diazonium à un pH de 1 en raison de leur plus faible basicité par rapport aux amines aliphatiques qui est le résultat de la résonance du groupe amino avec le cycle aromatique. la réaction ne conduit pas à un sel de diazonium mais à un composé diazo. ArF. il y a racémisation si l’amine de départ est optiquement active mais il existe des cas où la rétention de configuration est majoritaire.sont stables et peuvent être isolés : ils se décomposent par chauffage en fluorures d’aryles.4).8.207) mais ils ne peuvent être gardés. HCl EtOOC CH2 NH2 EtOOC CH H N N EtOOC CH N N glycinate d'éthyle diazoacétate d'éthyle Schéma 8. NaNO2. La perte d’un proton est favorisée par rapport à la perte de N2. CHO.205 CH2 . qu’à des températures inférieures à 5 °C sauf s’ils sont complexés par des éthers-couronnes (figure 7. comme dans le cas du carbocation propyle qui peut se cycliser en cyclopropane par élimination d’un proton (schéma 8. BF4. H CH2 H 2C Schéma 8. Ils pourraient provenir d’une attaque électrophile interne du carbocation.H H3 C CH OH H3C isopropanol Schéma 8. COR ou COOR en position α du groupe amino. N2 .205). ces sels ne sont pas isolés. et BF3.206).H H2C C H2 CH2 La stéréochimie de ces réactions est très variée selon le type d’amines et les conditions expérimentales. mais le plus souvent. Lorsque l’amine possède un groupe électroattracteur -I comme CN.204 Des composés cycliques accompagnent parfois les composés cités. Le glycinate d’éthyle est converti en diazoacétate d’éthyle par action de l’acide nitreux (schéma 8.

finalement.209).402 Chimie organique N N N N formule limite la plus contributive N N N N N N Schéma 8. Donc. R1 R2 N N N R1 R2 Schéma 8.207 La présence de groupes divers sur le cycle aromatique n’empêche pas la réaction.209 . N2O3. à côté d’une molécule d’eau. c’est NO+ qui est le vrai réactif de cette réaction. deux molécules d’acide nitreux forment le trioxyde d’azote.208 N N N Dans les réactions de diazotation.208). Les groupes électrodonneurs +M comme -N(R2) stabilisent ces sels d’aryldiazonium (schéma 8. Il attaque l’amine avec production d’anion nitrite et du composé A (schéma 8. NaNO2 + HCl nitrite de sodium HNO2 + NaCl acide nitreux (température < 5°C) 2 HO-N=O N2 O 3 + H 2O trioxyde d'azote N2O3 NO + NO2 H R N N O H (A) N (B) N O tautomérie R N N (C) R N N + H2O OH + NO2 R-NH2 H R N H + N2O3 amine primaire libre N O -H R N H R N N OH + H R N O H H sel de diazonium Schéma 8. ce composé réagit comme l’ensemble : NO+ + NO2-H.

Les nitrosamines sont aussi obtenues par action du chlorure de nitrosyle NOCl sur les amines secondaires. L’élimination d’une molécule d’eau donne naissance au sel de diazonium.210 R N N N Le réactif NOBF4. arrête la réaction à ce stade. 8. mais dans ce cas. le manque d’hydrogène sur l’azote. Le mécanisme est identique à celui des amines primaires. aryl hydrazine R N N azide N R = R'CO acylhydrazine ou hydrazide acylazide 2 NO2H R NH H R N N H H NH2 + N2O3 + H2O N O N2O3 H R N N H H NO N O + NO2 N O R N N H H N O H R N N H N O H H R N N H N O H H Schéma 8. c’est l’amine libre non encore salifiée qui réagit. Il faut remarquer que dans ces réactions. . se comporte comme NO+ ce qui permet de l’utiliser dans ces réactions à la place de l’acide nitreux. Le milieu acide le protone sur l’oxygène. après attaque de NO+ et retrait du proton. insolubles dans les solutions aqueuses acides (nécessaires à la formation de NO2H). NaNO2 + HCl R NH NH2 R = alkyl. L’action de l’acide nitreux et de NOCl peut s’appliquer aussi à des amides secondaires. Les hydrazines et les acylhydrazines ou hydrazides sont respectivement transformées par l’acide nitreux en azides et acylazides (schéma 8.9b – Nitrosation des amines secondaires L’action de l’acide nitreux sur les N-dialkyl. tétrafluoroborate de nitrosyle.210). RCONHR’. diaryl ou alkylarylamines secondaires conduit à un composé N-nitroso. Les réactions de substitution 403 Ce dernier élimine un proton pour former le composé B qui se tautomérise en composé C.2.8. pourtant en milieu acide.

212 Si l’amine contient au moins un groupe méthylène en position α de l’azote. Il en est de même des nitrites d’alkyles RON=O (schéma 8. Attention : les nitrosamines sont des composés cancérogènes puissants. O R1 N R2 CH2 R3 + N O amine tertiaire R1 N N R2 R1 CH H R1 R2 NH2 + O=CH-R3 aldéhyde R3 HNO + R2 N CH R3 R1 N R2 CH R3 H 2O R1 N NO R2 nitrosamine NO R1 NH + H R2 Schéma 8.212).404 Chimie organique R1 NH R2 NO2H . R1 N R2 CH2 R3 NO2H R1 NH CH2 R3 . devient bleue : c’est le test de Liebermann (1874). à côté d’un aldéhyde (schéma 8. solubles dans l’eau.HCl R-CO-N-R' NO N-nitroso amide N2O3. neutralisée par la soude.213 .H2 O NOCl . Les nitrosamines chauffées en présence de phénol et de quelques gouttes d’acide sulfurique forment une solution verte qui. spécifique des amines secondaires.211 Certains gaz comme N2O3. N2O4 ou RONO Schéma 8.HCl R1 N N R2 O R-CO-NH-R' nitrosamine NOCl . Si l’amine de départ ne contient qu’un groupe méthyne en position α de l’azote. ON=O T > 5°C R2 Schéma 8. 8.9c – Action de l’acide nitreux sur les amines tertiaires Les amines tertiaires forment des sels avec l’acide nitreux à froid (schéma 8. la réaction de l’acide nitreux à chaud conduit à un sel d’amine secondaire qui est immédiatement nitrosé. c’est une cétone qui est obtenue à la place de l’aldéhyde.2. N2O4 permettent la nitrosation des amines secondaires en milieu basique.211).213).

R N R R R N R N R NO2H R N R Schéma 8. Les amines tertiaires ArN(R)2 avec R = alkyle.216). fournissent des résultats semblables.217 . mais à celle des groupes R et R’ des composés de départ (schéma 8.214 N O 8. Dans le composé azoxy.215). peroxyde d’azote.214).2.216 O O Il est vraisemblable qu’une réaction préliminaire a lieu qui permet l’échange des groupes R et R’ entre dérivé nitroso et hydroxylamine (schéma 8. Une réaction permet de préparer des composés azoxy aliphatiques ou aromatiques par action de composés nitrosés sur les hydroxylamines. la position de l’oxygène n’est pas liée à la nature des réactifs.215 C’est une bonne méthode de préparation des composés azo.217).9d – Réactions des composés nitrosés sur les amines et hydroxylamines Les amines aromatiques primaires réagissent avec les composés nitrosés aromatiques dans l’acide acétique glacial (anhydre) pour former des composés azo (schéma 8.H2O Ar N N Ar' diphényldiazène ou azobenzène Schéma 8. Les réactions de substitution 405 L’acide nitrique en présence d’anhydride acétique ou l’action de N2O4. ArNO + Ar'NHOH ArNHOH + Ar'NO Schéma 8. R-NO + R'NHOH R-N=N-R et R-N=N-R' et R'N=N-R' O Schéma 8.8. comme celle de l’oxydation par l’oxyde de mercure des N. sont nitrosées. mais sur la position para activée du cycle (schéma 8.N’-diarylhydrazines Ar-NH-NH-Ar’. Ar-NH2 + O=N-Ar' H N H Ar-N=N-Ar' + H2O diaryldiazène Ar NH2 + O N Ar' Ar N O Ar' Ar N H N O H Ar' . non pas sur l’azote.

219 Les mêmes résultats sont obtenus avec l’hypochlorite de t-butyle. la réaction elle-même ferait intervenir des radicaux-anions en milieu basique (schéma 8. Les amines secondaires fournissent seulement des N-haloamines (schéma 8.218 O Ar + H2 O . O 2 Ar N O Ar N N O Schéma 8. H R NH2 + NaO Cl hypochlorite de sodium R N H Cl + NaO R Cl R N Cl N. ou le bromite de sodium.N-dichloramine N H Cl + NaOH NaOCl N-chloramine R1 NH + NaOCl R2 R1 N R2 Cl + NaOH Schéma 8.219). O NH O succinimide O ClONa N Cl O N-chlorosuccinimide (chlore à caractère positif) O RNH2 NH O N-chloramine + RNH-Cl Schéma 8.220 Tous ces réactifs agissent via un halogène positif. .220) (lui-même obtenu par la réaction classique à partir du succinimide).N-dihaloamines par l’hypochlorite ou l’hypobromite de sodium.2 HO Ar N N Ar 8.9e – Formation d’haloamines Les amines primaires sont converties en N-halo ou N.2.406 Chimie organique Étudiée sur des composés aromatiques. NaBrO 2.218). le N-chlorosuccinimide (schéma 8.

15.221). et additions (chapitres 9 et 10).223 . § 6. il est important d’y ajouter celles présentées dans les chapitres substitutions nucléophiles (§ 8.2.10a – Hydrolyse et action des acides sur les composés organométalliques RM RM RM + + + H2O D2O HA RH RD RH + + + MOH MOD MA Schéma 8. RX Mg RMgX H2 O RH + 1/2 MgX2 + 1/2 Mg(OH)2 Schéma 8.222).222 Les composés organométalliques dérivés des métaux alcalins.8.223). R C O R-CO-NH-R' BrONa NH2 BrONa -HBr R-N=C=O H2O RNH2 + CO2 R C O NHBr R-CO-N-R' Br Schéma 8. 8. C’est une réaction qui permet le passage d’un halogénure à un alcane. L’hydrolyse effectuée avec D2O permet l’accès à des alcanes deutériés (marqués) utiles pour l’étude des mécanismes réactionnels. et du zinc sont facilement hydrolysés avec substitution du métal par un hydrogène. Les réactions de substitution 407 Comme on peut le remarquer avec le succinimide. 8.221 Les amides secondaires fournissent des N-haloamides. la réaction n’est pas limitée aux amines primaires et secondaires.1). Elle est possible avec différents amides. pour la plupart stables.10 – Substitutions électrophiles aliphatiques avec un métal comme groupe partant Aux réactions présentées dans ce chapitre concernant les composés organométalliques.2. Cette réduction s’effectue le plus souvent avec un organomagnésien (schéma 8. Les amides primaires réagissent avec l’hypobromite de sodium pour former un N-bromoamide primaire qui se réarrange en milieu basique en isocyanate (voir le réarrangement d’Hofmann.2e) qui est immédiatement hydrolysé pour donner finalement une amine primaire (schéma 8. lequel est l’électrophile de la réaction (schéma 8. du magnésium.

des bromures et iodures d’alkyles (schéma 8. Par exemple. tandis que les organomagnésiens bromés ou iodés réagissent avec le chlore pour former principalement. ne fournit que les difluorures d’arylthallium(III). Les iodures et fluorures d’aryles sont aussi obtenus à partir de bis(trifluoroacétates) d’arylthallium ArTl(OCOCF3)2 composés qui résultent de l’action du trifluoroacéte de thallium(III).408 Chimie organique Si l’hydrolyse peut être violente en particulier avec R2Zn et AlR3. Il se forme dans la plupart des cas un halogénure d’alkyle. les fluorures d’aryles sont formés (schéma 8. HCl. ArTlF2. Les mécanismes sont très variés (SE2 avec inversion de configuration.225 Les fluorures d’alkyles peuvent être préparés à partir d’organomagnésiens ou d’organolithiens (alkyles.4). R2Hg + HCl RHgCl + RH Schéma 8.225). mais par action du trifluorure de bore. Par contre.10b – Action des halogènes sur les composés organométalliques Les halogènes représentent le réactif électrophile lorsqu’ils réagissent sur les composés organométalliques. les organomagnésiens chlorés ou bromés réagissent avec l’iode pour former des iodoalcanes. aryles ou vinyliques) par action du fluorure de perchloryle FClO3 (composé explosif). et respectivement.224). difficile. Tl(OCOCF3)3 sur un aromatique dans l’acide trifluoroacétique. C’est une réaction qui permet d’échanger l’halogène d’un halogénure.2. elle est dans certains cas. En présence de KI.226 Tl(OCOCF3)2 KI I . comme pour R2Hg lequel peut ne former qu’une seule molécule d’alcane (schéma 8.2.226). Mg I2 RBr RMgBr Cl2 RI + MgBrI RBr + MgCl2 Schéma 8.2) et SEi (§ 8. KF.2. ou rétention de configuration § 8. les iodures d’aryles résultent de cette réaction. Tl(III)(OCOCF3)3 CF3COOH TlF2 KF F BF3 Schéma 8.224 8. BF3. et nécessite l’action d’un acide. mais elle a des restrictions.

MgXBr Schéma 8. ou des alcools. par cette réaction avec les halogènes. R1 R2 C H R1 B 3 Br2 NaOMe.229 Si R est aryle.8.229). qui. R-OOH. de remplacer leurs hydrogènes terminaux par un halogène (schéma 8. ils conduisent respectivement aux iodures et bromures d’alkyles correspondants (schéma 8. selon les conditions (schéma 8. O2 R-O-O-MgX H RMgX 2 R-O-MgX H 2 R-OH alcool RMgX R-O-OH hydroperoxyde Schéma 8. R-OH.227). Les réactions de substitution 409 La facile préparation des organométalliques des alcynes terminaux permet aussi.6). seulement les phénols sont formés. en milieu acide.1 et 9.2.228). R'MgX . mais en présence de méthylate de sodium dans le méthanol ou du chlorure ferrique. fournissent des hydroperoxydes. et avec de mauvais rendements.R'H Br2 . pour donner R-O-O-MgX. MeOH R2 C H R1 3 R2 C C H BH 3 H H C H H C H Br addition anti-Markovnikov de HBr sur l'alcène Schéma 8.10c – Action de l’oxygène et du peroxyde d’hydrogène sur les composés organométalliques Les organomagnésiens RMgX réagissent avec l’oxygène. . comme électrophile.228 On peut remarquer que cette réaction associée à celle de l’hydroboration des alcènes représente une méthode permettant l’addition des halogénures d’hydrogène selon un mécanisme anti-Markovnikov (§ 9. 8.227 R C C H R C C MgX R C C Br Les trialkylboranes réagissent avec l’iode ou le brome.

sans affecter les fonctions aldéhyde.231 8. Les trialkylboranes. Avec les amines secondaires.232 N-MgX . une seule réaction a lieu (schéma 8. pour conduire à un phénol (schéma 8.6). R3B. qui réagit avec le peroxyde d’hydrogène. nitrile. cette réaction était utilisée pour la détermination de la nature de l’amine. halogénure et les doubles ou triples liaisons contenues dans R (schéma 8. Au siècle dernier.231).10d – Action des dérivés azotés sur les composés organométalliques À température ordinaire. ArB(OMe)2. C’est une méthode de formation des alcools à partir des alcènes. les organomagnésiens réagissent sur les amines primaires aliphatiques. La réaction se reproduit une seconde fois à haute température. suite à une hydroboration (mécanisme § 9. en fonction du volume de méthane dégagé (détermination des hydrogènes actifs par la méthode de Zerewitinoff). en milieu acide. pour libérer une molécule d’alcane.230 Ar-OH Il est préférable de faire réagir l’organomagnésien avec le triméthylborate.232). Le groupe R. libère du méthane.410 H2O2 H Chimie organique ArMgX B(OMe)3 ArB(OMe)2 Schéma 8. cétone. R H2O2 R B NaOH R R O B O R ester de l'acide borique R O 3 NaOH 3 R-OH + BO3Na3 H2O2 + NaOH R R B R O O H R R B R H-O-O .230). primaire ou secondaire. RMgX RH + RN(MgX)2 R-NH2 + R'MgX R1 R2 NH + R'MgX R'H + RNHMgX R1 R'H + R2 Schéma 8. réagissent avec le peroxyde d’hydrogène dans la soude pour former des esters de l’acide borique. CH3MgI. Na + H 2O R O O H R B R O H O Schéma 8. B(OMe)3.2. (RO)3B. Le mécanisme de cette réaction fait intervenir un réarrangement qui se reproduit trois fois. migre avec rétention de sa configuration. s’il est asymétrique. Cette réaction effectuée avec l’iodure de méthylmagnésium. ce qui conduit à un aryldiméthylborate.

18) (schéma 8. 2 RMgX + CH3-O-NH2 X = Cl ou Br RNHMgCl + RH + Mg(OCH3)Cl H .233). molybdène. H2O RNH2 + MgCl(OH) R-Li + CH3ONHR' CH3ONR'Li + RH RLi CH3OLi + R' NLi R Schéma 8. en présence de catalyseurs métalliques dérivés de chrome.234). Dans la mesure où les .8. H2O R' NH R Le tosylazide TsN3 forme avec les organolithiens RLi. Les réactions de substitution 411 Une méthode intéressante permettant de préparer des amines primaires pures est la réaction d’un organomagnésien chloré ou bromé (mais pas iodé). ou titane. Les organolithiens réagissent aussi avec ce réactif. ArLi + N2 1) cat. RLi + TsN3 RN3 + LiTs réduction RNH2 Schéma 8.234 L’azote. et effectuer la réaction à –78 °C.233 H . RNH2 (schéma 8.236). une amine secondaire est produite (schéma 8.235 Les chloramines réagissent sur les organomagnésiens et sur les organoboranes R3B pour former aussi des amines primaires. en présence d’O-méthylhydroxylamine. des azides RN3.235). 2) H2O ArNH2 + NH3 Schéma 8. mais il faut y ajouter du méthyllithium. peut former une amine par réaction avec un aryllithium. suivie de l’hydrolyse du composé lithié intermédiaire (schéma 8. facilement réduits en amines primaires par AlLiH4 ou l’hydrogène en présence de Pd/C (§ 13. Quand une O-méthylhydroxylamine N-monosubstituée est le réactif.

412 Chimie organique organoboranes peuvent être préparés à partir des alcènes. 8.237). RSO2H. en particulier les triarylboranes.2. 3 RMgX + BF3. sous forme de complexe avec le magnésium. R’3Al (AlCl3 + 3RMgX → R3Al + 3MgXCl). Cl Cl2 R-SO2Cl Schéma 8. RMgX + S R-S-MgX H RMgX R-S-R R-SH RMgX + SO2 RSO2MgX H . cette réaction est une méthode pour obtenir des amines par addition anti-Markovnikov de l’ammoniac sur les alcènes (§ 9. soit sur le borate de méthyle. NaOCl (NH2Cl) Schéma 8.10e – Action du soufre et de ses dérivés sur les composés organométalliques Bien qu’il ne s’agisse pas d’une méthode classique de préparation des thiols et des sulfures. RSO2MgX sont produits par action de l’anhydride sulfureux sur une solution d’organo- . par réaction avec un trialkylaluminium.1 et 9. ou à partir de borates d’alkyles.236 Il faut rappeler que les organoboranes sont aussi préparés par action des organomagnésiens.(Et2O)2 3 RMgX + B(OMe)3 R3 B + 3MgFX + 2 Et2O R3B + 3 MgX(OMe) R3B + Al (OR')3 R3 B 2 RNH2 + RB(OH)2 R3Al + B(OR')3 3 alcène + BH3 R3 B NH3. B(OMe)3.237 RSO2H Les acides sulfiniques.6). soit sur l’étherate de trifluorure de bore. B(OR)3. l’action du soufre sur les organomagnésiens conduit à ces composés (schéma 8.

plus le caractère ionique augmente et plus la réactivité du composé organométallique est élevée (RLi plus réactif que R2Hg). Ga.238).240 Pour orienter l’équilibre vers la droite le métal M’ doit avoir un caractère électronégatif plus faible que M. (CH2=CH)4Sn + 4 PhLi 4 CH2=CHLi + Ph4Sn Schéma 8. R-S-S-R. Ainsi. entre autres. Cd. L’action d’un acide libère l’acide sulfinique. K . Zn. (parfois. c’est la transmétallation entre deux composés organométalliques. le plus souvent R2Hg est l’organométallique utilisé pour ces réactions (préparé par action d’organomagnésien sur le chlorure mercurique HgCl2). SO2Cl2. le métal du sel doit avoir une électronégativité plus élevée que celle du métal du composé organométallique de départ. l’un d’eux est donné dans le schéma 8. Mg. et le métal peut être Na. forment des sulfoxydes. Cette transmétallation peut faire intervenir un métal plus réactif que celui du composé de départ ou un halogénure métallique. Les esters d’acides sulfiniques. RSO-OR’. R-SO-R’ (schéma 8.240) : RM + M' RM' + M R2Hg + Li 2 RLi + Hg Schéma 8. Celle d’un halogène conduit à son halogénure. Te. Une troisième possibilité existe.239 On peut ordonner les caractères ioniques des liaisons C-Métal en fonction de la nature de quelques métaux : Na > Li > Mg > Al > Zn > Cd > Hg. traités par un organomagnésien fournissent des sulfures R-S-R. et le chlorure de sulfuryle. Les réactions de substitution 413 magnésien à froid.10f – Transmétallations Les transmétallations dans les composés organométalliques consistent à remplacer le métal de ces composés par un autre. Al. RSO2X. les composés alkylsodium et alkylpotassium sont des sels. RSO2Cl.8. Ce rappel est nécessaire pour comprendre la transmétallation par un métal qui peut s’exprimer par l’équilibre suivant (schéma 8. Les disulfures. Tous les métaux sont moins électronégatifs que le carbone. fournit un chlorure de sulfonyle. Sn. Be. Li. mais il en existe fort peu d’exemples. Ainsi.2.239. on dit électropositifs) et plus la différence d’électronégativité avec le carbone est élevée. . R'-S-S-R' RMgX SO2Cl2 R-S-R' R-SO2Cl R'SO2R" R-SO-R" Schéma 8. Dans la transmétallation par un sel métallique.238 8.

3 Substitutions nucléophiles aromatiques Les mécanismes présentés pour les substitutions nucléophiles aliphatiques sont le plus souvent impossibles lorsque le carbone concerné appartient à un cycle aromatique non substitué. décrits ci-après. Pb.243) est le plus fréquent. SN1. Parfois. Il s’effectue en deux étapes et n’a lieu. 3 RMgX + As Br3 3 RMgI 3 RMgX + SbCl3 + BiCl3 R3As + 3 MgBrX R3Sb + 3 ClMgI R3Bi + 3 MgClX Schéma 8.241 Le plus souvent RM est un organomagnésien ou un organolithien. comme dans la préparation des organoboranes du schéma 8. le plus souvent. Cd. Avec quelques métalloïdes comme l’arsenic. SRN1. et via un benzyne. ou de Au.242 8. Pt. ou que les réactifs nucléophiles utilisés soient suffisamment puissants. deux équivalents ou plus de l’organométallique sont mis en réaction avec un équivalent de sel. Zn. qu’avec des cycles aromatiques activés par des substituants électroattracteurs qui diminuent la densité électronique des carbones du cycle.236. Dans certains cas. D’autres exemples sont donnés dans le schéma 8. Par exemple.414 Chimie organique RM + 2RMgX + M'X HgCl2 RM' R2Hg + MX + 2 MgXCl 4 RMgX + 2 PbCl2 4RLi + 2 PbCl2 4 RMgX + SnCl4 R4Pb + Pb + 2MgX2 + 2 Mg Cl2 R4Pb + Pb + 4 LiCl R4Sn + 4 MgXCl (CH2=CH)4Sn + 4 MgClBr 4CH2=CHMgBr + SnCl4 Schéma 8. la réaction peut conduire à la formation de métal(0) à côté du composé organométallique. Al. ces réactions de transmétallations sont possibles (schéma 8. On peut y ajouter celles avec le bore. Ces réactions nécessitent. dans la plupart des cas. . 8. On distingue quatre mécanismes principaux qui sont SNAr.242). Co.1 – Mécanisme SNAr Ce mécanisme de substitution nucléophile aromatique (schéma 8. Hg. l’antimoine et le bismuth. Sn.241. que le cycle aromatique soit substitué par des groupes électroattracteurs -I ou -M. l’action d’un alkyllithium sur le chlorure de plomb(II) conduit à R4Pb(IV) à côté de Pb(0).3. surtout s’ils sont en positions ortho ou para par rapport au groupe partant. et le sel un halogénure de Be.

8. plus l’attaque du nucléophile est rapide. Toutefois. selon la nature de Y. réaction très rapide) NO2 Schéma 8. La cinétique de ce type de réaction est d’ordre 2. La seconde étape est le retrait rapide du groupe partant Y. Dans ce mécanisme. la nature du groupe partant n’a qu’un effet assez faible sur la vitesse globale de la réaction. Cl.243 Quelques exemples de ce type de réaction sont présentés dans le schéma 8. Br ou I (avec F. HX NO2 NO2 X = F.qui conduit au produit de substitution.244 NO2 . Les réactions de substitution 415 La première étape consiste en l’addition du nucléophile sur le carbone du cycle qui est lié au groupe partant Y.244 : ONa SO3Na 2NaOH + SO3Na2 CN NaCN + SO3Na2 N O OMe O2N NO2 EtO H NO2 NO2 sel isolable (Meisenheimer-Jackson) MeO O2N OEt NO2 OEt O2N NO2 R N NaOH . toutefois. ils peuvent être parfois des hydrogènes) Schéma 8. Le carbanion qui en résulte est mésomère et dans certains cas peut être isolé sous forme de sel (sel de Meisenheimer-Jackson).NaN(R)2 N O R ONa + H+ . des groupes électro attracteurs. Sa formation est lente.MeOH MeO NO2 X O 2N NO2 HN X O2N H N NO2 O2N N . plus il est électronégatif. Y Z' Nu lent Z Z Z Z Y Nu Z' Y Nu Z' Y Nu Z' Nu -Y rapide Z Z' (Z et Z' représentent dans la plupart des cas. avec ordre 1 pour le substrat et pour le nucléophile.

N réaction lente + Nu (X ) réaction rapide X N X ion arènium + Nu (X N N ) Exemples: N N . Dans ce cas. Schéma 8. très réactif. est l’attaque du nucléophile sur le carbocation aryle (schéma 8. La première. Il s’effectue en deux étapes.246 . très rapide. le caractère électroattracteurs -M de la liaison C=N du cycle favorise la réaction (en ortho ou para). lente et équilibrée. MeO Cl Cl OMe . La réaction est du premier ordre.3. Formation du sel de diazonium à partir de l'aniline Ph-NH2 + HNO2 H X Ph-N=N .416 Chimie organique Des réactions équivalentes peuvent être effectuées avec des dérivés pyridiniques (schéma 8. SO4H H2O OH + Cl N2 + H2SO4 N N . X + H 2O N 1) X Mécanisme SN1 aromatique 2) N .245 8.245). est la formation d’un carbocation aryle (ou ion arènium). à côté d’une molécule d’azote. Cl Cl ∆ + N2 note: le terme ion arènium est général et s'applique aussi si le cycle est substitué (formé à partir d'arylamine).246).Cl N N N OMe Schéma 8.2 – Mécanisme SN1 aromatique Ce mécanisme est spécifique des sels de benzodiazonium et de ses dérivés et exceptionnellement des triflates d’aryles encombrés en positions ortho par des groupes volumineux comme le groupe t-butyle. La seconde.

Un groupe +I comme méthyle a un effet identique. Les réactions de substitution 417 La présence en position para de groupes à effet +M comme OMe rend la réaction plus difficile en raison de la stabilisation par effet mésomère de l’ion diazonium correspondant (schéma 8. l’ion amidure).247). à côté d’un nouvel ion-radical iodoaryle qui peut reproduire la même réaction en chaîne jusqu’à disparition des réactifs. Ce radical-anion se décompose en radical aryle et ion iodure (schéma 8. enfin. Me O N N Me O N N Schéma 8. mais par hyperconjugaison. Ce dernier réagit alors avec une nouvelle molécule d’iodure d’aryle pour conduire au résultat de la substitution. ArI électron donneur ArI Ar + I Ar + Nu + ArI ArNu ArNu ArNu + ArI ArI Ar + I Nu Schéma 8. débute par la formation d’un radical-anion. En position méta la réaction est accélérée par ces mêmes groupes (pas de résonance ou d’hyperconjugaison). produit un nouveau radical-anion aminoaryle.247 La présence d’un groupe COOH (effet -M) en position para ne favorise pas cette réaction. soit par chauffage.8. contrairement à ce qui pourrait être attendu. 8. la formation de diarylsulfures Ar2S par action de ArS. Deux exemples de ce type de réaction sont. en présence d’un nucléophile (par exemple.248). lorsque le nucléophile est l’ion amidure. soit par irradiation UV (photochimie).3 – Mécanisme SRN1 Ce mécanisme radicalaire en chaîne. et d’autre . par des techniques électrochimiques. particulièrement étudié sur des iodures aromatiques. Ces réactions sont initiées.3. d’une part. un électron étant fourni par un composé donneur d’électrons (par exemple. comme l’affirment certains auteurs.248 Le radical aryle. le potassium en présence d’ammoniac liquide).dans l’ammoniac liquide sous irradiation UV. Une stabilisation de l’ion diazonium correspondant est sans doute possible. soit. une amine aromatique.

Le benzyne ou 1. ou de potassium dans l’ammoniac liquide (schéma 8. En effet il existe une délocalisation électronique qui fournit une forme limite correspondant à un triène cumulé (schéma 8. la substitution du groupe halogéno par un réactif nucléophile devient très difficile et nécessite des bases fortes et des conditions expérimentales vigoureuses (hautes pressions. l’ordre décroissant de réactivité du groupe halogéno est : Br > I > Cl > F.2-déhydrobenzène est un benzène dont une double liaison est remplacée par une triple liaison. Par contre. le mécanisme classique est SNAr. Les études physicochimiques montrent que cette triple liaison n’a pas les caractéristiques des triples liaisons des alcynes. s’il n’existe aucun groupe d’activation sur l’halogénure aromatique. Cette liaison « triple » du benzyne est une liaison plus faible qu’une double liaison dans le benzène car les recouvrements des orbitales « p » dans le plan du cycle sont rendus difficiles. 8. forme la plus contributive.249). la préparation d’amines aromatiques à partir de diéthylphosphates d’aryles par action d’amidure de potassium. Toutefois. hautes températures).250).418 Chimie organique part.249 Ar NH2 + diéthylphosphate d'aryle Ce mécanisme accompagne parfois le mécanisme « benzynique » présenté dans le paragraphe suivant. les deux électrons π supplémentaires par rapport au benzène n’affectent pas le caractère aromatique car ils n’interviennent pas dans la délocalisation. Dans ce mécanisme.4 – Mécanisme de substitution nucléophile aromatique via le benzyne ou ses dérivés. Ce mécanisme suppose qu’il n’existe pas deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno. les arynes. . ArI + ArS hν NH3 liquide Ar-S-Ar + I O OEt O P OEt Ar O OEt O P OEt KNH2 ou K dans NH3 liquide Schéma 8. les arynes Lorsque des groupes substituants électroaccepteurs sont présents pour permettre la substitution d’un groupe halogéno sur un cycle aromatique. Le mécanisme de la substitution est alors très différent de SNAr car il s’effectue via un benzyne ou ses dérivés.3.

+ biphénylène Schéma 8. dans l’ammoniac liquide. Les arynes sont très réactifs envers les réactifs nucléophiles (et aussi dans certains cas avec des réactifs électrophiles). un mécanisme a été proposé : il débute par une élimina- .2-dione H O benzyne furane OH . deux anilines sont produites : 1-14C-aniline et 2-14C-aniline (schéma 8.8.251 Lorsque le 1-14C-chorobenzène est traité par l’amidure de potassium.42A 1. comme dans l’exemple présenté avec le furane et il a pu être observé lors de la photolyse de la benzocyclobutènedione à 77 K (– 196 °C) dans de l’argon congelé dont le point de fusion est de 84 K.40A H O O H H H H H 1. Il a pu être isolé à 8 K.10).24A O recouvrement difficile des orbitales "p" H H H H H H O . s’il n’existe pas dans le milieu un réactif avec lequel il pourrait réagir. Ils peuvent aussi se dimériser en biphénylène (schéma 8.H+ O H+ HO 1-naphtol Schéma 8.hν benzyne 1.43A H benzocyclobutène-1.250 Le benzyne est très réactif (il a pu être piègé par des réactions de type Diels-Alder (§ 9. Pour expliquer un tel résultat. et suite à l’élimination de deux molécules d’oxyde de carbone.2 CO O 77K.252). Les réactions de substitution 419 H H H O 1.251).

suivie d’une addition du nucléophile sur la triple liaison du benzyne ce qui peut se réaliser de deux manières différentes A ou B et explique le résultat obtenu avec le 1-14C-chlorobenzène. Ce résultat s’explique par l’effet électronique du substituant dans l’aryne intermédiaire correspondant qui oriente l’addition du nucléophile (ce cas particulier de substitution qui ne s’effectue pas sur le carbone du groupe substitué mais sur un autre du cycle s’appelle ciné substitution). Celui qui est prépondérant. est celui qui correspond au retrait de l’hydrogène le plus acide. S’il existe un substituant en position ortho par rapport au groupe halogéno.Cl 14 C Cl NaOH. Cl KNH2. H2O 340°C H A) 14 14 C NH2 1-14C-aniline C NH3 B) et 14 C H 2-14C-aniline OH phénol NH2 Schéma 8.253 La présence d’un groupe substituant en position méta par rapport au groupe halogéno permet de former deux benzynes.253). voire unique. Un substituant électroattracteur favorise le retrait du proton en position ortho par rapport à ce substituant et inversement pour un substituant électrodonneur (retrait de H en position para). la substitution peut conduire parfois à un dérivé substitué en méta.420 Chimie organique tion de HCl produisant un benzyne. NH3 liquide puis H+ Cl 14 14 14 C C NH2 + 14 C H NH2 C H NH2 ONa Cl 14 C + NH3 .252 Le chlorobenzène chauffé à 340 °C en présence de soude conduit au phénol après acidification du phénate. . sa position est fonction de la nature électronique de ce substituant. La position relative d’un substituant par rapport au groupe partant (halogéno) sur le cycle et l’effet électronique qu’il exerce oriente la formation de la triple liaison du benzyne et l’addition du nucléophile. L’o-bromoanisole est transformé en m-aminoanisole (schéma 8. OCH3 Br o-bromoanisole KNH2 OCH3 OCH3 NH3 NH2 m-aminoanisole Schéma 8.

254 Lorsqu’un substituant est en position para par rapport au groupe halogéno. la réaction ne peut plus avoir lieu. deux possibilités d’addition de NH3 sont possibles: celle qui conduit à la formation d’un carbanion intermédiaire le plus stable sera privilégiée. le plus acide NO2 H Br H le moins acide NO2 KNH2 + NO2 H benzyne prépondérant H NO2 NO2 H NO2 H + ou NH3 H NH3 carbanion le plus stable NH2 NO2 NH3 NO2 NH2 H H H carbanion le moins stable H Schéma 8. C’est le cas du p-bromotoluène qui fournit. Les réactions de substitution 421 Lorsque deux substituants en positions ortho par rapport au groupe halogéno sont présents.et m-aminotoluènes (schéma 8. deux composés sont formés. les p. celui dont la charge est la plus proche d’un substituant électroattracteur. c’est-à-dire. Me Me KNH2 Br p-bromotoluène Me NH3 NH2 p-aminotoluène Me NH2 m-aminotoluène Schéma 8. ou la plus éloignée d’un substituant électrodonneur (schéma 8. par cette réaction.8. Sur le benzyne.254).255). à la fois.255 .

Le retour au caractère aromatique peut correspondre. Il existe un mécanisme général avec des variantes selon le réactif utilisé. C’est donc la première étape du mécanisme qui impose la vitesse à l’ensemble de la substitution qui est d’ordre 2.4 Substitutions électrophiles aromatiques 8. Dans ce dernier cas. Cette réaction est sous contrôle cinétique. ou au contraire. C’est donc une réaction lente et qui fait intervenir un réactif électrophile fort. Il est très réactif.256. H E lent H E H E H E H E ion arènium H E -H rapide E Schéma 8.422 Chimie organique 8. et un mécanisme d’exception indiqué SE1.4. soit à la perte de E+ (réaction équilibrée). appelé ion arènium ou entité intermédiaire de Wheland. Lorsque la réaction a lieu sur le benzène et que le réactif électrophile est un ion positif le mécanisme de la substitution est donné dans le schéma 8.256 L’électrophile E+ attaque le cycle aromatique ce qui nécessite beaucoup d’énergie dans la mesure où le caractère aromatique du système disparaît pour laisser place à un carbocation. la rendre difficile s’il est électroattracteur.1 – Mécanisme SeAr Les réactions de substitution électrophiles représentent la majorité des réactions effectuées sur les composés aromatiques benzèniques. L’ion arènium est mésomère et résonne entre trois formules limites. l’orientation de l’attaque de E+ devient alors plus complexe et bien souvent plusieurs isomères sont obtenus avec prépondérance de l’un d’eux. polycycliques ou hétérocycliques. Cette seconde possibilité est la plus fréquente et conduit très rapidement à un benzène substitué par le groupe E. indiqué SEAr. groupe partant. vitesse = k[Ar-H][E] Lorsque le benzène est déjà substitué par un groupe Z. Ce n’est donc pas la stabilité thermodynamique de l’un des isomères qui oriente la réaction mais plutôt l’énergie d’activa- . celui-ci peut activer la substitution s’il est électrodonneur. Cela nécessite l’utilisation d’un doublet d’électrons du sextet aromatique pour créer la liaison avec E. soit au départ d’un proton.

257 Pour les amines libres. En effet. par acétylation. est en rapport avec l’énergie d’activation nécessaire pour atteindre l’état de transition. l’amine est entièrement sous forme de sel et la substitution se fait alors plutôt en position méta comme pour le second groupe de substituants. qui est liée à la structure et au nombre de ses formes limites.8. NHR. Les réactions de substitution 423 tion nécessaire pour former les produits finaux. et plus cet ion fournira l’isomère prépondérant. NH2. Plus cet ion est stable. ce résultat n’est exact qu’en milieu faiblement acide. il se forme d’abord Ar-NH-NO2 qui se réarrange pour donner le produit de substitution du cycle.257 : les ions arénium (ortho) et (para) sont mieux stabilisés que leur isomère (méta) en raison du nombre supérieur de leurs formes limites. Ce procédé a aussi un effet désactivant du groupe NH2 : 90 % de p-nitroacétanilide est obtenu à côté de 2 % de l’isomère méta. OCOR. la substitution par le brome du phénol) orientent généralement les substitutions sur le cycle en positions ortho et para. Trois types de groupes liés au benzène peuvent être envisagés. On peut représenter les trois ions arénium et leurs formes limites selon le schéma 8. Dans le cas contraire. SR et les halogènes. . La stabilité de l’ion arénium intermédiaire. avant la nitration. L’oxydation de ces amines par l’acide nitrique nécessite le plus souvent de protéger l’amine en la transformant en acétamide. Dans le cas de la nitration. L’effet mésomère oriente la substitution. ces groupes Z qui facilitent les substitutions électrophiles au point qu’il faut parfois diminuer la réactivité de l’électrophile pour éviter des réactions secondaires (par exemple. Le premier groupe de substituants Z a un caractère électrodonneur +M et un effet inducteur -I. Il s’agit. de NR2. moins l’énergie d’activation est importante. OR. selon un ordre d’effet décroissant. A la plus faible énergie d’activation correspond l’isomère prépondérant. OH. en présence d’acide fort. Ar-NH-CO-Me. NHCOR. Z E ortho Z E H H Z E H Z E H Z E méta Z Z Z E H Z para E H Z Z E H Z E H E H E H E H Schéma 8. La déprotection du groupe amino s’effectue par hydrolyse acide.

258). Les ions arénium dérivés de cycles substitués par des groupes alkyles ayant des hydrogènes portés par le carbone lié au cycle donnent lieu à un phénomène d’hyperconjugaison (schéma 8. Par contre. COOR. et secondaire pour le troisième cas. SO3H. orientent presque autant en positions méta et para avec une augmentation de l’orientation méta en rapport avec le nombre de groupes méthyles liés à l’azote. bien qu’à effet -I . l’ion arénium (méta) est relativement le moins déstabilisé par l’effet de Z (schéma 8. aryles et de COO-. Par ailleurs.258 E H E H Les groupes NH2Me+. NH3+ oriente de manière apparemment anormale en position para. COOH. COR. NO2. CCl3 et rangés par ordre d’effet d’inactivation décroissant du système chimique vis-à-vis d’une substitution électrophile.424 Chimie organique Le second groupe de substitants Z possède un caractère -I et (ou) -M. CF3. CONH2. CHO. CN. Il s’agit de NR3+. Z E ortho Z E H H Z E H Z E méta Z Z Z E H E H Z Z E H Z = substituant à effet -M para Z E H Schéma 8. seul. NHMe2+ et NMe3+. les ions arénium (ortho et para) sont plus stables que l’isomère (méta) dans la mesure où le carbocation est tertiaire pour les deux premiers cas. Le troisième groupe de substituants Z est constitué de groupes alkyles. Ces groupes orientent la substitution en position méta car parmi les trois ions arénium possibles. Tous ces groupes activent le cycle et orientent la substitution électrophile en positions ortho et para. .259).

259 Les ions arénium dérivés de cycles substitués par un groupe aryle entrent en résonance avec ce groupe rendant ceux substitués en positions ortho et para plus stables (schéma 8.260 .8. Les réactions de substitution 425 R H ortho hyperconjugaison C H E H carbocation tertiaire R H C H H E méta R C H pas d'hyperconjugaison carbocation secondaire E H R para hyperconjugaison H C H carbocation tertiaire H E Schéma 8.260). E E H E H ortho E E H méta E para H E H E Schéma 8.

261 Il est possible que certaines des substitutions ortho indiquées dans les cas classiques soient en fait des attaques « ipso » avec migrations 1. bien qu’il ait luimême un caractère mésomère. Z E E attaque "ipso" Z H E -H Z E -Z Z E H Nu Z E H E migration 1.2 H Z -H E Z H H Nu dérivé de cyclohexadiène Schéma 8. L’ion arénium qui en résulte peut perdre Z+ avec formation de nitrobenzène dans le cas d’une nitration. Pour des raisons similaires à celles qui ont été données pour le benzène. Enfin. Pour certaines réactions comme la nitration. comme tous les groupes mésomères chargés négativement. l’ion arénium réagit en position para pour former un composé trisubstitué dérivé de cyclohexadiène (schéma 8.ne donne pas lieu à une résonance avec le cycle. est électrodonneur ce qui explique l’orientation ortho et para. ou bien subir une migration 1. après élimination d’un proton.262).261).2 et conduire de nouveau.426 Chimie organique Le groupe COO.2 du groupe E suivie de l’élimination d’un proton ce qui conduit à un dérivé disubstitué ortho (équivalent d’une attaque directe en position ortho). Les substitutions électrophiles sur les hydrocarbures polycycliques aromatiques comme le naphtalène. il s’agit alors d’une attaque en position « ipso ».262 . l’attaque en position α du naphtalène est privilégiée par rapport à l’attaque en position β en raison du plus grand nombre de formes limites entre lesquelles résonne l’ion arénium correspondant (schéma 8. si un nucléophile est présent. NO2 α α β NO3H β SO4H2 NO2 NO3H Ac2O anthracène β β α et NO 2 α naphtalène NO2 Schéma 8. ou bien encore le groupe Z peut effectuer la migration 1. Ce groupe. à un dérivé ortho disubstitué.2. l’anthracène ou le phénanthrène se font relativement plus facilement que sur le benzène. l’attaque de l’électrophile peut être orientée vers le carbone substitué par Z.

on peut utiliser l’acide nitrique dans l’eau. de plus.CF3SO3. Les réactions de substitution 427 La présence d’un hétéroélément dans les hétérocycles comme la pyridine. mais avec une très faible production d’ions nitronium NO2+. La dissociation du pentoxyde d’azote N2O5 fournit aussi l’ion nitronium à côté de l’anion nitrate. la position 2 ou α est la plus souvent attaquée en raison de sa plus forte densité électronique qui résulte de l’effet de l’hétéroélément. le pyrrole ou le thiophène oriente l’attaque des réactifs électrophiles. Des exemples sont donnés dans le cas de la nitration (schéma 8 265). ou les sels de nitronium (par exemple NO2+.8. toutefois suffisante pour que la réaction ait lieu. entre autres. Dans le cas de la pyridine. A) HO-NO2 + H2SO4 H2O-NO2 H 3O H 3O + + + HSO4 HSO4 NO2 + + NO3 + NO2 + NO2 2 HSO4 H2O-NO2 + H2SO4 HNO3 + 2 H2SO4 B) HO-NO2 + HNO3 HNO3 H2O-NO2 H 3O H3O H NO2 + + H2O-NO2 + HNO3 H O N NO3 NO2 + 2 HNO3 + 2 NO3 O SO4H NO2 + SO4H2 (ou NO3H) (ou NO3 ) Schéma 8.1a – Nitration Dans les réactions de nitration. dans ce cas. 8. le groupe C=N cyclique a un effet -M et. .263 Dans certains cas. l’ion nitronium NO2+ est le réactif électrophile. D’autres sources d’ions nitronium sont utilisées comme les esters d’acide nitrique ou nitrates RONO2 qui acceptent la présence d’acides de Lewis. l’anhydride acétique ou l’acide acétique.4.et NO2+. Pour le pyrrole et le thiophène. le rôle d’une base) (réactions A) ou de l’action de l’acide nitrique sur lui-même (réactions B) indiquées dans le schéma 8. l’azote est protoné par les acides ce qui diminue la densité électronique des carbones en position α et rend les substitutions électrophiles difficiles.263.BF4-). Il peut résulter de l’action de l’acide sulfurique concentré sur l’acide nitrique (ayant.

NO3H SO4H2 370°C NO3H N H pyrrole NO2 + N 6% NO2 N 0.1b – Sulfonation La sulfonation de composés aromatiques conduit à des acides arylsulfoniques ArSO3H. HNO2 OH NO H + 2HNO3 OH NO3 . Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique en para-nitrophénol.4. n’est pas de type aromatique . Dans tous les cas. Le premier produit formé est le 2-nitrofurane.AcOH O NO2 AcONO2 O furane H O NO2 NO3H. qui conduisent au para-nitrosophénol. Il est ensuite rapidement oxydé par l’acide nitrique du milieu en para-nitrophénol (schéma 8.5% S thiophène N pyridine NO3H SO4H2 S NO2 Ac2O N H NO2 + O2N N H AcO NO2 B H AcO O H NO2 pyridine .264 Il est intéressant de remarquer ici que NO+ est nettement moins actif que NO2+. En effet l’acide nitrique réagit sur l’acide nitreux présent en faible quantité pour former des ions nitrosonium (moins actifs que les ions nitrosium. Dans le cas du furane. ClSO3H. la nitration par l’acétylnitrate en présence d’acide nitrique et d’anhydride acétique. Ac2O Schéma 8. SO3. l’oléum (SO4H2 + SO3 en excès). le thiophène est nitré dans les mêmes conditions que le benzène. . La réaction peut avoir lieu avec l’acide sulfurique.265). Le pyrrole est nitré très facilement (schéma 8. Pour les composés hétérocycliques. absents dans ces conditions). La pyridine nécessite des conditions nettement plus vigoureuses.428 Chimie organique Il est intéressant de remarquer que la facile nitration du phénol dans l’acide nitrique dilué n’est pas le résultat d’une concentration anormale en ions nitronium mais est due dans ces conditions à la présence de l’ion nitrosonium NO+. le furane se comporte comme un diène conjugué.HNO3 NO NO H 3O + OH O HNO3 NO2 2 NO3 + NO OH Schéma 8.264). l’anhydride sulfurique.265 8. l’acide chlorosulfurique.

L’action de la vapeur d’eau ou de l’acide chlorhydrique remplace SO3H par H. Les réactions de substitution 429 l’électrophile est SO3 sauf pour ClSO3H mais il est vraisemblable que selon les conditions expérimentales de la réaction.266 : 2 H2SO4 SO3 + H2SO4 3 H2SO4 SO3 + H3O + HSO4 H2SO4(SO3) ou H2S2O7 SO3H + H3O + 2 HSO4 Schéma 8. schéma 8. Le mécanisme principal proposé pour la sulfonation est le suivant. phénols. SO2Cl + ClSO3H H2O SO3H + HCl Schéma 8. s’il est mis en présence d’eau. élément très électronégatif.268 La sulfonation est une réaction réversible.267 La sulfonation a lieu avec des dérivés du benzène : arylamines et arylamides.266 L’anhydrique sulfurique est un bon électrophile car le soufre est soumis à l’action de trois atomes d’oxygène. L’utilisation de l’acide chlorosulfurique ClSO3H conduit à un chlorure de sulfonyle qui.8. et H2S2O7 ou H2SO4 + SO3 pour des concentrations supérieures à 85 %. Ce groupe est ensuite extrait. Les divers électrophiles sont issus des équilibres suivants. acides arylcarboxyliques et sulfoniques. Cette propriété des acides arylsufoniques est utilisée pour orienter certaines réactions sur le cycle par influence du groupe SO3H (présent) à effet -M. cétones aromatiques.267 : H + SO3 H SO3 SO3 + H SO3H Schéma 8. schéma 8. C6H5-SO2-C6H5. qui résultent de l’action d’une molécule d’acide sulfurique sur deux molécules de benzène. dérivés aromatiques nitrés. . aryléthers. d’autres électrophiles peuvent intervenir comme H2SO4 (solution concentrée à 80-85 %). C’est l’électrophile le plus actif de ceux possibles dans cette réaction. La sulfonation du benzène par l’acide sulfurique fournit aussi des traces de sulfone.268). est transformé en acide sulfonique (schéma 8.

Cette dernière réaction est très utilisée pour « déthiophéner » le benzène extrait du goudron de houille qui contient des traces de cet hétérocycle.430 Chimie organique Par exemple (schéma 8. Me H2SO4 toluène Me Cl2-Fe Me Cl HCl. cet acide sulfonique est extrait. permet la désulfonation qui conduit au produit attendu. 150°C SO3H Schéma 8. 360°C SO3H N SO3H acide pyridine-3-sulfonique N acide pyridine-4-sulfonique Schéma 8. On traite ce benzène impur par l’acide sulfurique à 30 °C ce qui ne forme à cette température que l’acide 2-thiophènesulfonique. ainsi que les restes d’acide sulfurique. Le produit obtenu. soluble dans l’eau (schéma 8. SO3 + N N SO3 N SO3 Z Z = O ou NH SO4H2 S 30°C S Z SO3 . H N H Z SO3H + N H SO3H acide 2-thiophènesulfonique composé soluble dans l'eau oléum + HgSO4 220°C oléum. Le benzène est ensuite distillé.270). Par contre le thiophène réagit à 30 °C avec l’acide sulfurique à 95 %. 320°C N oléum.269). dans la préparation de l’orthochlorotoluène.270 . Par lavage à l’eau du benzène ainsi traité. soumis à l’action de l’acide chlorhydrique à 150 °C. Le benzène ne réagit qu’à 80 °C.269 Me Cl SO3H ortho-chlorotoluène La sulfonation des hétérocycles pyrrole et furane nécessite l’emploi de l’anhydride sulfurique dans la pyridine afin d’éviter des réactions de polymérisation qui résultent de l’emploi de H2SO4. puis chloré en position ortho du groupe méthyle (orientation due principalement au groupe SO3H) par le chlore en présence de fer. le toluène est d’abord sulfoné par l’acide sulfurique.

8.271).273 F + N2 + BF3 . N N F BF3 Schéma 8. C’est une réaction de substitution nucléophile aromatique (schéma 8. On utilise aussi le chlorure d’aluminium (chloration) et l’acétate de thallium (III).1c – Halogénation . permet de diminuer la température à 220 °C (sulfonation en position 3).272 décrit l’activation du brome par le bromure ferrique et la réaction avec le benzène. Parfois on ajoute seulement de la poudre de fer ce qui forme l’acide de Lewis in situ. Le schéma 8.273).4. Les réactions de substitution 431 La pyridine est difficilement sulfonée en position 3 par l’oléum à 320 °C. Le fluorobenzène résulte de la réaction de Schiemann par chauffage de fluoroborate de phényldiazonium.Le benzène Br Br2. et en position 4 à 360 °C. La présence de sulfate mercureux. Br Br + FeBr3 Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 H Br Br FeBr3 + Br FeBr3 Br Br + HBr + FeBr3 Schéma 8.272 La fluoration du benzène ne nécessite pas d’acide de Lewis: elle est explosive. Cet acide de Lewis est le chlorure ou le bromure ferrique (schéma 8. FeBr3 + HBr Schéma 8. comme catalyseur.271 L’halogénation du benzène par le brome ou le chlore s’effectue en présence d’un acide de Lewis qui permet d’augmenter le caractère électrophile des halogènes. 8.

. les phénols. CH3COOF (CH3COONa + F2). ou HIO3. Ceci s’applique aussi au naphtalène qui possède des sites à forte densité électronique. entre autres. la bromation en positions ortho doit être réalisée à basse température (– 78 °C en présence d’une base qui peut être la t-butylamine ou la triéthylènediamine). . et le naphtalène OH Br2 Br OH puis Br Schéma 8. L’unique monohalogénation des amines est mieux contrôlée en utilisant une amine acylée (un anilide. voire une triple halogénation (ortho. Les iodobenzènes réagissent le plus facilement. Une solution diluée de brome ou de chlore dans l’eau est suffisante pour halogéner les amines aromatiques ou les phénols à 25 °C. qui permet la formation d’un intermédiaire. Il est vraisemblable que le mécanisme est l’inverse de celui de la formation des halogénobenzènes. tel que CH3COOI avec l’acide peroxyacétique ou I3+ avec HIO3. Le chlore est plus réactif que le brome.274 OH Br puis Br OH Br Br La présence de groupes +M substituant le cycle pour les arylamines et les phénols. Cette réaction peut servir de test à la présence de ces composés aromatiques. La déprotection du groupe amino du composé final halogéné nécessite une hydrolyse. les carbones α. l’hypofluorite d’acétyle. XeF2. L’iodation du benzène est difficile et nécessite la présence d’un oxydant comme l’acide peroxyacétique.275). La réaction est tellement facile qu’une double (ortho et para). ou de groupes alkyles à effet +I pour les polyalkylbenzènes facilite la réaction d’halogénation. les polyalkylbenzènes. ArNHCOR).Les arylamines. En présence d’un acide de Lewis comme AlX3. Le mécanisme de la bromation des phénols débute par la polarisation de la molécule d’halogène par le phénol lui-même (schéma 8. métha. CH3CO3H. les halobenzènes peuvent être déshalogénés. meilleur électrophile que l’iode.432 Chimie organique Il est toutefois possible de fluorer le benzène ou certains de ses dérivés en utilisant divers agents fluorants tels que le fluorure de xénon. et la présence d’acide de Lewis n’est plus nécessaire pour la chloration et la bromation. La réaction ne s’applique pas au fluorobenzène. Pour le phénol. para) est possible. mais avec des résultats très variables.

40°C Br2 -5°C O Br O Cl S O ou S Br2 + HBr.8.HBr H O Br H +δ Br −δ Br Br H Br Br Br Schéma 8. Différents agents halogénants peuvent être utilisés à la place des halogènes selon le composé à halogéner. O NBr Cl2 O . les acides hypochloreux et hypobromeux (HOCl.Les hétérocycles aromatiques Le furane est chloré en position α par le chlore à –40 °C. .276). oléum 130°C N N Br N H Schéma 8. et bromé à –5 °C seulement en position 2 dans le dioxane. suivant une substitution radicalaire.BrH H O Br2 . . comme le font les N-chloro et N-bromosuccinimides. On peut citer parmi les plus classiques.25°C O NCl Br2. L’halogénation des polyalkylbenzènes nécessite que la réaction soit effectuée à l’obscurité sinon elle est orientée vers les groupes alkyles. Le thiophène est bromé en position 2 par le bromosuccinimide ou par le brome en présence de HBr à –25 °C. HOBr) en présence d’un acide fort qui libèrent Cl+ ou Br+.HBr Br H O Br Br2 Br .275 La chloration et la bromation des monoamines aromatiques et des phénols s’effectuent uniquement en position para. Les réactions de substitution 433 H O H O H O H O H O H O .276 Br O N H Cl . Le pyrrole est chloré en position 2 par le N-chlorosuccinimide (schéma 8.

SbCl3. a permis d’alkyler les cycles aromatiques en faisant réagir un halogénoalcane en présence d’un acide de Lewis (schéma 8. Par exception. les phénols réagissent.Alkylation R + RX Acide de Lewis Schéma 8.3. avec BCl3 comme catalyseur pour obtenir Ph-CH2-CH2-CH2Cl. C’est une réaction importante qui a reçu de nombreux développements.HCl 1.279). La coordination de ces acides de Lewis avec certaines fonctions comme OH. Le chlore et le brome ne réagissent seuls qu’à partir de 200 °C pour donner un mélange de 3-halogéno et 3. découverte en 1877. Le choix est fonction de la réactivité de l’halogénoalcane.277 + HX La réaction de Friedel et Crafts. On peut aussi employer des dihalogénoalcanes comme FCH2-CH2-CH2Cl.277). L’alkylation par des halogénoalcanes primaires débute par une coordination avec l’acide de Lewis ce qui rend le groupe alkyle partiellement positif et permet une attaque électrophile du cycle aromatique.2. .4. Il n’est toutefois pas exclu que le carbocation RCH2+ se forme aussi. du dérivé aromatique à alkyler. et d’une manière plus générale. comme dans le cas des halogénoalcanes secondaires et tertiaires (schéma 8.1d – Alkylation et acylation par la réaction de Friedel et Crafts . CH2 CH2 CH2 CH2Cl (4-chloro-butyl)-benzène AlCl3 . 8.278 L’acide de Lewis le plus utilisé est AlCl3.4-tétrahydro-naphthalène Schéma 8. La réactivité des halogénoalcanes augmente selon l’ordre RI > RBr > RCl > RF. Une réaction intramoléculaire est aussi possible avec Ph-(CH2)4Cl (schéma 8. SnCl4 > BCl3 .5-dihalogénopyridines.434 Chimie organique La bromation de la pyridine en position 3 nécessite l’action du brome en présence d’oléum à 130 °C. D’autres composés peuvent le remplacer comme ceux indiqués ci-après rangés en fonction de leur activité : AlBr3 > AlCl3 > FeCl3 > SbCl5 > ZrCl4. BF3. OR et NH2 rend difficile cette réaction pour les composés aromatiques substitués par ces groupes.278).

HCl ROAlCl2 Schéma 8. R1 CH Cl R2 H H R1 CH R2 Schéma 8. soit en présence d’acide de Lewis.282).280).281 R + OAlCl2 Les alcènes sont d’excellents alkylants. ROH + AlCl3 .279 Dans le cas des halogénures secondaires ou tertiaires. dans les deux cas.8. un carbocation qui attaque ensuite le cycle aromatique (schéma 8. les carbocations alkyles correspondants sont formés.280 R1 + AlCl3 R2 AlCl4 + HCl + AlCl3 CH R2 R1 CH + AlCl4 CH AlCl4 R1 R2 Les alcools sont de meilleurs alkylants que les halogénoalcanes. Des polyalkylations du composé aromatique sont très souvent observées.281). Des réarrangements du carbocation sont possibles et plus particulièrement dans le cas des halogénoalcanes primaires et secondaires et il n’est pas rare qu’un halogénure de n-propyle conduise à un isopropylbenzène (schéma 8. Les réactions de substitution 435 R-CH2-Cl + AlCl3 R-CH2-Cl AlCl3 H H CH2R R CH2 Cl AlCl3 Cl AlCl3 + HX + AlCl3 CH2R Schéma 8. ainsi qu’un milieu acide (schéma 8. . Ils attaquent ensuite le benzène selon un mécanisme semblable à celui de la nitration par NO2+. Il se forme. est nécessaire. Ils réagissent soit en présence d’acide sulfurique. La présence d’un acide de Lewis comme BF3.

il est toujours nécessaire de mettre ce dernier en excès par rapport à l’halogénure d’acide ce qui n’est pas le cas pour l’alkylation (schéma 8. les nitroalcanes et les sulfonates. On peut noter. alkyle ou aryle. Le naphtalène est difficilement alkylé par cette réaction en raison de sa forte affinité pour les acides de Lewis. avec de mauvais rendements. c’est un halogénure d’acide.Acylation COR + RCOX Acide de Lewis Schéma 8.1-diphényléthane L’acétylène est le seul alcyne à pouvoir être utilisé dans ce type de réaction : une double réaction a lieu avec le benzène ce qui conduit à du 1. le furane ne sont pas alkylés dans ces conditions. . parmi d’autres. Par contre.1-diphényléthane. qui est employé avec R. le thiophène est alkylé par les halogénures d’alkyles.282 1. Dans la plupart des cas. La pyridine ne peut être alkylée que par l’action des organolithiens ou des organomagnésiens.283).283 + HX L’acylation des substrats aromatiques selon la réaction d’acylation de Friedel et Crafts est la méthode de choix pour préparer des cétones aromatiques. La réactivité des halogénures d’acides est variable selon X avec I > Br > Cl > F. .436 Chimie organique +H H acide H + H de Lewis H H -H H 2 HC CH CH CH3 H acide de Lewis Schéma 8. les thiols. RCOX. Le pyrrole. En raison de la possibilité de complexation du chlorure d’acide par l’acide de Lewis. D’autres alkylants susceptibles de former un carbocation peuvent être employés.

en raison du volume relativement important du groupe acyle qui crée une gêne stérique. acétamido. très stable.4. le carbocation t-butyle.8. Dans le cas d’anhydrides mixtes. O R C X + AlCl3 O R C + carbocation acylium X AlCl3 O R C X + AlCl3 O AlCl3 complexe R C X O A) R C H + AlCl3 O B) R C X H O R C X H X AlCl3 AlCl3 O R C H X . L’électrophile est RCO+. certains carbocations acylium peuvent se décarbonyler si les carbocations alkyles ainsi formés sont très stables. Les acides de Lewis pour cette réaction sont les mêmes que ceux de l’alkylation.1n) permet d’obtenir le phénol acylé sur le cycle.284. c’est leur volume qui doit être pris en compte et c’est la cétone résultante ayant le groupe le plus volumineux qui est prédominante. ou un halogène sont facilement acylés en position ortho. Les substrats ayant un groupe alkyle. alcoxy. et surtout para. qui attaque alors le substrat aromatique. par décarbonylation. Les phénols peuvent être O-acylés mais le réarrangement de Fries (§ 8. RCO-O-COR’. De même. Si les volumes sont équivalents mais que l’un des . Les réactions de substitution 437 Il est rare que des polyacylations soient observées en raison de la désactivation du cycle par la première acylation. (Me)3C+. comme le nitrobenzène (A). Les deux mécanismes sont présentés dans le schéma 8. deux possibilités d’acylation sont possibles. il est rare d’observer un réarrangement. Par contre.HX + O R C H X AlCl3 AlCl3 O R C AlCl3 O R C + AlCl3 O R C + HX + AlCl3 Schéma 8. C’est le cas de (Me)3CCO+ qui peut libérer. ou un complexe polarisé constitué par le chlorure d’acide et l’acide de Lewis observé dans les solvants non polaires (B). Lorsque les deux groupes ont des effets électroniques comparables. Il semble qu’il existe deux entités susceptibles d’intervenir dans ces réactions: un carbocation acyle plus spécifique des solvants polaires.284 L’acylation peut être aussi le résultat de l’action d’un anhydride d’acide (RCO)2O sur le substrat aromatique en présence d’un acide de Lewis.

Une nouvelle réaction de Friedel et Crafts avec le benzène présent (avant l’hydrolyse) peut aussi avoir lieu ce qui conduit alors à la benzophénone.4. PhCOOH.438 Chimie organique deux groupes. L’utilisation d’un anhydride cyclique. par exemple R. suite à l’addition d’eau en fin de réaction. les chlorures de carbamoyles ou les isocyanates COCl + COCl2 AlCl3 COOH H 2O COCl O AlCl3 C + HCl + HCl Schéma 8.4-dihydro-2H-naphthalèn-1-one H Schéma 8. Les esters orientent plus souvent la réaction vers une alkylation plutôt qu’une acylation. 8. mais les conditions de la réaction conduisent en fait à l’acide benzoïque. pour former le chlorure de l’acide benzoïque. un gaz particulièrement toxique. cette synthèse de la 3. l’anhydride succinique. . contient une fonction à effet -I.1e – Carboxylations par le phosgène. PhCOCl. Enfin. c’est l’autre groupe R’ qui formera la cétone prédominante ArCOR’.4dihydro-2H-naphtalèn-1-one est appelée réaction de Haworth (schéma 8. en présence de AlCl3.286 Le phosgène COCl2. O O O AlCl3 HOOC O réduction HOOC O 3. avec AlCl3 permet une première acylation du benzène.285 La réaction d’acylation de Friedel et Crafts est possible avec le furane et le thiophène (positions 2 puis 5). Si elle est suivie d’une nouvelle acylation intramoléculaire utilisant un acide fort après réduction du groupe cétonique. PhCOPh. l’acylation du substrat aromatique peut s’effectuer hors de la présence d’un acide de Lewis lorsque le carbocation acylium peut être formé à partir d’un acide organique et d’un acide fort comme H 2SO4 ou HF. mais particulièrement difficile avec la pyridine. peut réagir avec le benzène (ou ses dérivés alkylés ou halogénés) selon le mécanisme de la réaction de Friedel et Crafts.285). Les cétènes et les esters peuvent aussi être utilisés dans cette réaction.

H acide benzoïque + H2N Schéma 8. conduit d’abord à la dégradation des substrats ( ! ) ce qui rend cette réaction difficilement utilisable. O2 à sec O A) + H2O N N N N AlCl3 H + oxydant Schéma 8. L’hydrolyse fournit uniquement l’acide benzoïque. Elle nécessite un chauffage à haute température qui. Leur hydrolyse. ou PhCON(R)(R’). peuvent résulter de la réaction d’isocyanates RNCO sur le benzène en présence d’un acide de Lewis.1f – Arylation AlCl3 H + oxydant O B) AlCl3. ClCOCOCl. selon le cas. ClCON(R)(R’). Lorsque le phosgène est remplacé par le chlorure de carbamoyle.N’-disubstitué. la réaction fournit alors seulement un amide de l’acide benzoïque PhCONH2.4. PhCONHR. fournit encore l’acide benzoïque (schéma 8. à l’acide benzoïque. R R + R' NCOCl AlCl3 CON R' + HCl amide tertiaire chlorure de carbamoyle + RN=C=O isocyanate AlCl3 CONHR amide secondaire CO-N COOH H2O.8. le plus souvent AlCl3. dans les conditions de la réaction de Friedel et Crafts. Avec le . 8.288 La réaction d’arylation de Scholl (1912) consiste à coupler deux substrats aromatiques en présence d’un acide fort et d’un acide de Lewis (schéma 8. ClCONH2. A). après isolement. ou un chlorure de carbamoyle N. Les réactions de substitution 439 Le chlorure d’oxalyle.288.287 D’autres amides et thioamides secondaires dérivés de l’acide benzoïque ou de ses dérivés. dans de nombreux cas.287). conduit uniquement. après hydrolyse.

440 Chimie organique benzène. 8. Les polyalkylbenzènes ne réagissent pas.230). NiCl2. le biphényle est obtenu. La réaction peut être intramoléculaire si deux cycles aromatiques sont présents dans la molécule traitée.291 CHO . le chlorure de nickel. . La réaction s’effectue sous pression (30 à 90 bars/cm2) en l’absence d’activateur. par le mélange CO + HCl (schéma 8. C O H + H H C H C O H C O H C O O -H H C O H Schéma 8. ainsi que les phénols. et réaction d’Houben-Hoesch Zn(CN)2 + HCl puis H2O Schéma 8. Avec le naphtalène. chlorure de formyle. L’acide de Lewis est le plus souvent AlCl3 (mais AlBr3.289 La réaction de formylation de Gatterman-Koch (1897) remplace « HCOCl ».4. AlI3. Pour les alkylbenzènes. composé instable. chlorure cuivreux. limitée au benzène et alkylbenzènes. Cette réaction a surtout été utilisée avec des cétones ou composés azoïques aromatiques comme dans les exemples B du schéma 8.Réaction de Gatterman-Koch CHO + CO + HCl AlCl3 + CuCl Schéma 8.. la substitution est orientée en para.290 Le toluène fournit le para-tolualdéhyde.288.Réaction de Gatterman (Zn(CN)2. HCl). TiCl4. La présence d’un oxydant minéral augmente le rendement.1g – Formylations . Dans cette réaction (schéma 8. ou le tétrachlorure de titane. on obtent le binaphtyle. FeCl3 ou BF3 ont aussi été utilisés) auquel on ajoute un activateur comme CuCl. HCl peut être remplacé par HBr.289).

8. Les réactions de substitution

441

A l’origine (1898), la réaction de formylation de Gatterman consistait à faire réagir l’acide cyanhydrique et le chlorure d’hydrogène, en présence de chlorure de zinc, dans le chloroforme ou le chlorobenzène, sur un phénol ou son éther, substitué ou non sur le cycle par des groupes alkyle, formyle, ester, nitro, ou des halogénes. La modification d’Adams qui remplace HCN + HCl par Zn(CN)2 + HCl a eu pour résultats l’acroissement des rendements en aldéhydes, supérieur à 90 %, et d’étendre la formylation aux hydrocarbures aromatiques (schéma 8.291). Une autre modification, l’utilisation du complexe AlCl3, 2HCN permet la formylation d’hydrocarbures aromatiques polynucléaires comme le phénanthrène. Bien que le mécanisme soit encore incertain, il est vraisemblable que deux voies soient possibles (schéma 8.292). La première (A) correspond d’abord à la formation d’un électrophile qui est le carbocation résultant de l’addition d’un proton sur HCN, suivie de l’attaque du benzène, ce qui conduit à une imine protonée. Le chlorure de zinc formé dans la réaction joue le rôle d’acide de Lewis.

Zn(CN)2 + 2 HCl H C N + H

ZnCl2 + H C NH

2 HCN

ZnCl2 + Cl

Cl ZnCl2 Cl ZnCl2 H

A) H H H C NH C

+ ZnCl2 NH H ZnCl2,(HCN)2 HCl C NH2, Cl H2 O

B) H H
Schéma 8.292

+ NH4Cl C O

La seconde voie (B) conduisant à la même imine protonée pourrait être l’attaque d’un complexe ZnCl2,(HCN)2, en présence de HCl. Ces mécanismes sont les mêmes que ceux de la réaction de Hoesch ou d’HoubenHoesch (1915) où HCN est remplacé par RCN et qui conduit à des cétones aromatiques (schéma 8.293). Dans cette réaction, ZnCl2 peut être remplacé par FeCl3, NiCl2, CdCl2, CoCl2, CuCl2 ou AlCl3. Les nitriles aliphatiques α-substitués par des groupes COOR, CO R’, NH2 , OH peuvent être mis en réaction.

442

Chimie organique

R O + R'CN R = H, alkyle ZnCl2, HCl O

R

R R' C NH2 H2O - NH4OH O

R' C O

Schéma 8.293

- Réaction de Reimer-Tiemann (via un dichlorocarbène)

O CHX3 + KOH puis H
Schéma 8.294

OH
CHO

La réaction de Reimer-Tiemann (1876) consiste à faire réagir un dihalogénocarbène sur un phénol pouvant être substitué par des groupes alkyle, O-alkyle ou aryle, halogèno (schéma 8.294). Le phénol est formylé en position ortho et très faiblement en position para. C’est la seule réaction de substitution électrophile aromatique qui se fasse en milieu fortement alcalin. Les rendements sont faibles. Le dihalogénocarbène, entité chimique à caractère électrophile, est formé dans l’eau, l’éthanol ou la pyridine, par action à chaud d’un hydroxyde alcalin sur un trihalogénométhane (chloroforme, bromoforme ou iodoforme) (carbènes § 6.14) (schéma 8.295).
CHX3 + KOH O CX2 H O CX2 H CX2 O + KX X2 C H + H2O O CHX2

O CHX2 + 2 KOH 2KX +

O

OH CH OH H2O +

O

H C O

Schéma 8.295

La présence de groupes substituants électroattracteurs rend la réaction très difficile.

8. Les réactions de substitution

443

Elle peut s’appliquer à des dérivés hydroxylés d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les hétérocycles non hydroxylés comme le pyrrole, l’indole, la quinoléine, le thiazole fournissent des dérivés formylés. Des réactions secondaires sont souvent concomitantes. - La réaction de Duff (1932) permet d’obtenir le même résultat à partir de phénols mais avec de meilleurs rendements. À l’origine, elle s’effectuait avec de l’urotropine et de l’acide borique dans le glycérol, suivie d’une hydrolyse acide. Le mécanisme en est assez complexe. Elle est réalisée actuellement avec l’hexaméthylènetétramine (CH2)6N4 en présence d’acide trifluoroacétique. Elle est suivie d’une hydrolyse de l’imine formée (schéma 8.296).
N N N
hexaméthylènetétramine

N

CF3COOH

4 CH=NH, CF3COO

Me CH=NH -H puis H2O

Me + HC

Me

HC

O

O prépondérant
Schéma 8.296

Cette réaction s’applique aussi au benzène. Le réactif électrophile produit à partir de l’hexaméthylènetétramine est +CH=NH. Par cette réaction, le toluène est converti en ortho et para-tolualdéhydes. Ce dernier est prépondérant. La réaction présente une para régiosélectivité. - Réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (formamide N,N-disubstitué + oxychlorure de phosphore)
R O 1) (R')(R'')NCHO + POCl3 2) H2O
Schéma 8.297

O

R CHO

La réaction de Vilsmeier ou Vilsmeier-Haack (1927) est sans doute la réaction la plus utilisée pour préparer des aldéhydes en positions ortho ou para, dérivés de composés aromatiques activés comme les éthers de phénols, amines aromatiques N,Ndisubstituées, ou hétérocycles (schéma 8.297). Le benzène ne réagit pas. Par contre, l’anthracène est formylé en position 9.

444

Chimie organique

Elle consiste à faire réagir sur le substrat aromatique, dans un solvant non polaire, un formamide N,N-disubstitué (R’)(R”)N-CHO avec R’ = alkyle et R” = alkyle ou aryle, mais le plus souvent, c’est le diméthylformamide (ou DMF) anhydre, (CH3)2NCHO, qui est utilisé, et l’oxychlorure de phosphore POCl3 (ou le phosgène COCl2, le chlorure de thionyle, SOCl2, entre autres) (schéma 8.298).

R' N R'' C

O H

POCl3

R' N R'' R O C

O H

POCl2 Cl

R' N R'' (A) C H Cl , O POCl2

R O H

H

O Cl C

POCl2

O

R Cl C N R' H R''

R' N R'' R H O C O H BH C H R' N R" Cl

R'

N R'' R H C

H (B) R' N R"

-Cl O R H C N R"
sel d'iminium

O

H2O B

R'

O H H B

(C)

O

R H C O + H N R" R' + BH

Schéma 8.298

Le N,N-dialkylformamide, le plus souvent, le diméthylformamide (DMF) ou le N-alkyl,N-phénylformamide, additionne sur son groupe carbonyle, l’oxychlorure de phosphore (ou un autre dérivé chloré indiqué ci-dessus). Le composé ainsi formé est en équilibre avec un carbocation (A) et l’ion Cl2PO2-. Le substrat aromatique, ici un éther phénolique, est attaqué par le carbocation en position ortho (ou para) pour conduire à l’intermédiaire (B) après l’élimination d’un proton aromatique. Cette réaction est suivie d’une nouvelle élimination d’un ion chlorure ce qui fournit un sel d’iminium (C) qui, par hydrolyse en présence d’acétate de sodium, libère l’aldéhyde. Ce dernier est le plus souvent extrait du milieu par un entraînement à la vapeur (hydrodistillation).

8. Les réactions de substitution
Note : l’entraînement à la vapeur ou hydrodistillation consiste à faire passer de la vapeur d’eau dans un mélange aqueux à l'ébullition contenant un ou des composés organiques : certains forment un mélange azéotrope (§ 8.1.12d) avec l’eau, mélange dont le point d’ébullition est nettement inférieur à celui du composé entraîné, ce qui permet de l’extraire du mélange.

445

8.4.1h – Haloalkylation (réaction de Blanc-Quelet)
CH2Cl + H2O

+ HCHO + HCl

ZnCl2

Schéma 8.299

Le méthanal et le chlorure d’hydrogène réagissent sur le benzène et ses dérivés alkylés, alkoxylés et halogénés, en présence de chlorure de zinc comme acide de Lewis, pour former les dérivés chlorométhylés correspondants (réaction de Blanc-Quelet, 1923) (schéma 8.299). Des réactions secondaires sont possibles qui correspondent à une alkylation par le composé halométhylé, et qui conduisent, avec le benzène, au diphénylméthane, Ph2CH2. La réaction peut être étendue à d’autres aldéhydes et il est possible d’utiliser HBr et HI. Le couple « aldéhyde-halogénure d’hydrogène » peut être remplacé par des composés comme le chlorométhylméthyléther, ClCH2OMe, ou le bis(chlorométhyléther), (ClCH2)2O, parmi d’autres. Cette réaction n’est pas possible avec les phénols et les amines aromatiques : ils forment des résines. Par contre, les esters et éthers phénoliques sont chlorométhylés. Le mécanisme de cette réaction passe par la formation du cation hydroxyméthyle, très stable qui résulte de l’addition d’un proton sur le méthanal (schéma 8.300). Plus le milieu est acide, plus la formation de ce carbocation est facilitée et la vitesse de la réaction augmentée. Il semble que l’action de l’acide de Lewis corresponde à une augmentation de cette acidité.
H C O H H H CH2OH H C O H
Schéma 8.300

H

+ H H

H C O

H C O H CH2OH HCl - H2 O CH2Cl H

-H

H

Il serait possible aussi et plus vraisemblable que le rôle de l’acide de Lewis soit de permettre la formation du cation hydroxyméthyle +CH2OH à partir du « chlorométhanol » ClCH2OH résultant de l’addition d’une molécule de HCl sur le méthanal.

446

Chimie organique

8.4.1i – Couplage avec les sels d’aryldiazonium (ou réaction de copulation)

X Z + N N
sel d'aryldiazonium

- XH

Z

N

N

dérivés du diazobenzène

Z = N(R1)(R2) ou O
Schéma 8.301

Quand les arylamines primaires sont traitées par l’acide nitreux, un sel d’aryl diazonium est produit (schéma 8.301). Le mécanisme de formation est complexe. L’acide nitreux libéré de son sel, le nitrite de sodium, par action de l’acide chlorhydrique dilué, à une température inférieure à 5 °C, se transforme en trioxyde d’azote lequel joue le rôle de transporteur de groupe NO. Son attaque par une arylamine primaire conduit à une nirosoarylamine protonée. Par perte d’un proton, la nitosoarylamine est formée. Elle présente une tautomérie avec un aryldiazohydroxyde. Ce dernier, en présence d’acide fort, est protoné sur l’oxygène. L’élimination d’une molécule d’eau fournit le sel d’aryldiazonium stabilisé par résonance entre deux formes limites principales (schéma 8.302).

Na-O-N=O + HCl
nitrite de sodium

HO-N=O + NaCl
acide nitreux

O 2 HO-N=O O O N O Ar-NH2 N O - NO2 Ar N N H2 O N N O + H2O
trioxyde d'azote

- H Ar

N H

N

O

Ar

N

N

OH

Ar

N

N

OH

H Cl

Ar

N

N

O

H

- H 2O

Ar

N

N , Cl

H Cl Ar N N , Cl

Ar

N

N

sel d'aryldiazonium

Schéma 8.302

Le cation aryldiazonium présent dans le sel d’aryldiazonium est un réactif électrophile faible. Il ne peut attaquer que des systèmes aromatiques suffisamment riches en électrons. Ainsi, les arylamines et les phénates (mais pas le méthoxybenzène) sont facilement attaqués en position para en raison du volume de l’électrophile, ou ortho, si la position

8. Les réactions de substitution

447

para est occupée. Toutefois, il est possible d’augmenter la réactivité de cet électrophile en substituant le cyle aromatique par des groupes électroattracteurs comme NO2. Avec le cation 2,4-dinitrophényldiazonium, le méthoxybenzène est attaqué. De même, le mésitylène, ou 2,4,6-triméthylbenzène, réagit avec le 2,4,6-trinitrophényldiazonium. Les cations aryldiazoniums n’existent qu’en solution acide ou faiblement basique. En milieu basique faible, ils sont convertis en aryldiazohydroxydes, Ar-N=N-OH, puis en milieu basique plus fort, en anions diazotates, Ar-N=N-O-. Pour chaque réaction de couplage, il existe un pH spécifique pour un rendement optimum. Les arylamines réagissent en milieu faiblement acide ou neutre. En milieu acide fort, la protonation de la fonction amine empêche une présence suffisante d’amines libres et la réaction devient difficile. Il est intéressant de remarquer que la diazotation des arylamines primaires s’effectue en milieu fortement acide afin d’éviter une réaction de couplage avec les arylamines présentes dans le milieu. Les arylamines et les phénols ne réagissent pas en milieu faiblement basique en raison de la formation de Ar-N=N-OH à partir du cation aryldiazonium. En milieu acide ou neutre, les phénols, ArOH, ne réagissent pas. Ils doivent être convertis en phénates, ArO-, plus réactifs. L’attaque de l’ion phénate pourrait a priori être orientée aussi bien sur l’oxygène que sur le carbone mais, en fait, l’attaque est toujours orientée sur les carbones du cycle en raison de la plus grande stabilité de la liaison C-N par rapport à celle de O-N. Le mécanisme de cette réaction est donné dans le schéma 8.303.

O

O -H H N N Ar

O

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.303

De même, l’attaque des arylamines peut s’effectuer sur l’azote ou sur les carbones du cycle (composés N- ou C-azo). Avec les arylamines primaires, l’attaque a lieu sur l’azote en formant des triazènes Ar-NH-N=N-Ar (schéma 8.304).

NH2

N N Ar

NH2 N N Ar -H

NH

N N Ar

phényltriazène

Schéma 8.304

448

Chimie organique

Cette propriété des arylamines primaires a été utlisée pour préparer des benzotriazoles à partir d’ortho-diaminobenzène : le groupe amino fournit le cation aryldiazonium qui attaque de manière intramoléculaire la seconde fonction amine avec production de l’hétérocycle (schéma 8.305).

NH2 NH2

+

HNO2

N

N -H

N N N H
benzotriazole

NH2

ortho-diaminobenzène

Schéma 8.305

Les arylamines secondaires sont attaquées de manière prépondérante sur l’azote. Les aryltriazènes (composés N-azo) isolés ont la propriété de s’isomériser en milieu acide en composés para-C-azo (schéma 8.304). Le réarrangement est intermoléculaire. Le cation aryldiazonium libéré peut attaquer une autre molécule d’arylamine. Si la réaction est effectuée en présence de phénol, ou d’une amine tertiaire, il se forme un dérivé C-azo correspondant.

NH

N N Ar
H

NH2 N N Ar

NH2
-H

NH2

phényltriazène

N N Ar
Schéma 8.306

N N Ar

Les arylamines tertiaires ne sont attaquées que sur les carbones du cycle (schéma 8.307).

R1 N

R2

R1 N

R2

R1 N -H

R2

N N Ar

H

N N Ar

N N Ar

Schéma 8.307

8. Les réactions de substitution 8.4.1j – Hydroxyméthylation
OH + HCHO - H2 O base ou acide OH et CH2OH
prépondérant

449

OH CH2OH

Schéma 8.308

En milieu acide ou basique dilué, le phénol est hydroxyméthylé en position para et faiblement en position ortho (schéma 8.308).
H C O H H O H O H + H H H O H C OH

Milieu acide

H H O O -H H C OH H Milieu basique O O H H H C OH O H O H

H

H

CH2OH

H O O O

H C O H

H

H H

C O

H

CH2OH

Schéma 8.309

450

Chimie organique

Lorsqu’un excès de méthanal est utilisé, une dihydroxylation a lieu conduisant à des 2,4- et 2,6-bishydroxyméthylphénols (schéma 8.309). Par contre, si le méthanal est en quantité insuffisante, il se forme le p,p’-dihydroxydiphénylméthane.
OH + 2 HCHO CH2OH + HCHO HO CH2 OH OH CH2OH et HOH2C OH CH2OH

OH 2

p,p'-dihydroxydiphénylméthane

OH CH2 CH2 CH2

OH CH2 CH2

CH2 OH CH2
structure de la bakélite

Schéma 8.310

Ces réactions sont à l’origine de la synthèse de la bakélite qui est un polymère tridimensionnel (schéma 8.310). Le phénol peut aussi réagir avec les aldéhydes aliphatiques et aromatiques dans les mêmes conditions. 8.4.1k – Aminoalkylation
Z + HCHO + HN(R1)(R2) Z = OH, NHR, N(R)(R')
Schéma 8.311

Z - H2 O CH2 N

R1 R2

L’aminoalkylation des phénols et des arylamines secondaires et tertiaires par l’action des amines secondaires et du méthanal est une forme particulière de la réaction de Mannich (§ 10.3.1). Elle est orientée en position ortho (schémas 8.311 et 8.312).

8. Les réactions de substitution

451

H C O H H C N H R2 R1 + N

H R1 R2

HO H H H C N H C N

R1 R2 R1 R2

H2O H H H H O C N

R1 R2

- H 2O H H H O H

R1 C N R2

H O H

H O H R1 N H C H N R2 H
Schéma 8.312

H O

H C

H N R1 R2

R2

H

R1

H

C

Le furane, le pyrrole, et l’indole sont aminoalkylés par la même réaction en présence d’acide acétique. 8.4.1l – Carboxylation des phénates par l’anhydride carbonique (réaction de Kolbe-Schmitt)
O COO Na OH CO2

O

Na CO2

OH

K

salicylate de sodium

COO

K

p-hydroxybenzoate de potassium
Schéma 8.313

Lorsque le phénate de sodium ou de lithium est chauffé avec l’anhydride carbonique sous pression (4 à 7 bars) à 100 °C, il se forme l’ortho-hydroxybenzoate de sodium (salicylate de sodium). La même réaction effectuée avec le phénate de potassium conduit au para-hydroxybenzoate de potassium (schéma 8.313). Les substituants électrodonneurs facilitent la réaction, et inversement pour les substituants électroattracteurs. Le mécanisme réel est assez mal connu. Toutefois deux propositions ont été faites.

452

Chimie organique

La plus simple (schéma 8.314) consiste à envisager une forme limite du phénate qui attribue la charge négative à un carbone ortho du cycle. Cette charge attaque ensuite l’anhydride carbonique.

O

O O C O

OH COO

Schéma 8.314

La seconde proposition (schéma 8.315) correspond à une substitution électrophile aromatique via un complexe entre les deux réactifs. Dans le cas des phénates de sodium et de lithium, la structure du complexe place le groupe carbonyle en face du carbone cyclique ortho. L’attaque du carbone de C=O à faible densité électronique conduit au salicylate de sodium.

O

Na O C O

O

O Na H C O

OH

O Na C O

complexe

salicylate de sodium

Schéma 8.315

Le phénate de potassium ne peut pas donner lieu à un complexe de structure analogue à celui du phénate de sodium pour des raisons de différence de volumes atomiques entre Na et K, ce qui pourrait expliquer l’attaque spécifique, dans ce cas, en position para. Une modification de cette réaction due à Marasse, consiste à chauffer un mélange de phénol et de carbonate de potassium, de sodium, de rubidium ou de césium, sous haute pression à 170 °C. Les produits résultants sont uniquement carboxylés en position para. 8.4.1m – Décarboxylation des acides aromatiques
COOH quinoléine CuO + CO2

Schéma 8.316

8. Les réactions de substitution

453

Deux mécanismes différents expliquent la décarboxylation des acides arylcarboxyliques (schéma 8.316) selon qu’ils sont libres ou sous forme de sels. Dans le premier cas (schéma 8.317), la réaction s’effectue en présence d’un acide fort comme l’acide sulfurique et le réactif électrophile est le proton. Il se forme un ion arènium qui perd le proton de COOH puis élimine une molécule d’anhydride carbonique pour donner finalement le benzène, dans le cas de l’acide benzoïque.
H O C O H O C H -H H O

O

C

O - CO2

H H

Schéma 8.317

Dans le second cas (schéma 8.318), mécanisme SE1 (§ 8.4.2) le benzoate élimine une molécule d’anhydride carbonique par chauffage. Le carbanion qui est ainsi formé est attaqué par un proton du milieu pour donner finalement le benzène.
H - CO2 H A + A

COO

Schéma 8.318

En fait, la méthode la plus utilisée est le chauffage de l’acide libre en présence d’une base hétérocyclique, la quinoléine et d’un catalyseur, l’oxyde cuivreux ou un oxyde d’argent. Le mécanisme n’est pas connu. 8.4.1n – Réarrangement de Fries des esters phénoliques
OCOR AlCl3

OH COR et

OH

R = alkyl ou aryl
Schéma 8.319

COR

Les esters phénoliques dérivés d’acides aliphatiques ou aromatiques, chauffés au dessus de 100 °C en présence d’un acide de Lewis comme AlCl3, dans le nitrobenzène ou le chlorobenzène comme solvant, voire sans solvant, se réarrangent en para ou ortho-acylphénol

454

Chimie organique

(schéma 8.319), c’est le réarrangement de Fries (1908). Le rapport ortho/para est fonction des conditions de la réaction. Les températures élevées privilégient les isomères ortho, et inversement pour les isomères para. Le solvant et la quantité d’acide de Lewis jouent aussi un rôle. Le mécanisme est mal connu : il pourrait être intra ou intermoléculaire, et seule, la formation d’un complexe entre AlCl3 et l’ester en proportion 1/1 est reconnue. Deux mécanismes proposés sont donnés dans le schéma 8.320, l’un intramoléculaire, et l’autre intermoléculaire.

Mécanisme intermoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O H R C O Cl3Al O R C O -H H + H2 O

OH COR

Mécanisme intramoléculaire R Cl3Al O C O Cl3Al O R C O -H H + H2O
Schéma 8.320

OH COR

8.4.2 – Mécanisme SE1
Le mécanisme de substitution électrophile SE1 ou substitution électrophile monomoléculaire est peu fréquent. On peut donner comme exemple classique la décarboxylation des acides aromatiques (schéma 8.317). Lorsque le groupe Z n’est pas un groupe carboné, la présence d’une base forte est nécessaire. La première étape du mécanisme consiste en la formation d’un carbanion, qui réagit ensuite, dans une seconde étape, avec un électrophile du milieu pour donner le produit final.
Z -Z (base forte)
Schéma 8.321

E E

8. Les réactions de substitution

455

8.5

Mécanisme de substitution radicalaire (rappel)

Ces réactions ont été présentées au paragraphe 6.11.5.d. Il s’agit, en particulier, de la chloration des alcanes ou des alkylbenzènes, sous rayonnement UV, à hautes températures ou en présence d’un initiateur radicalaire comme les peroxydes ou le tétraéthylplomb. La facilité de la chloration de CH suit l’ordre : carbone tertiaire > carbone secondaire > carbone primaire > méthane. Avec le propène ou le cyclohexène, l’addition radicalaire du chlore est possible mais aussi la substitution d’un hydrogène. Il est intéressant de remarquer qu’à une température de 450 °C, seule, la substitution a lieu dans le cas du propène. Cela s’explique par le retrait d’un radical H• ce qui conduit à un radical allyle stable. L’addition de Cl• au propène à basse température fournit un radical peu stable, qui, par chauffage, est en équilibre avec le propène et le radical Cl• (schéma 8.322).

H3 C
H3C C H

CH2

Cl 450°C

C H

CH2Cl CH2 H2C C H CH2

ClH + H2C C H Cl

Cl

Schéma 8.322

La fluoration s’effectue sans initiateur et la réaction peut être explosive. La bromation est plus lente que la chloration et nécessite un initiateur. L’iodation des alcanes a lieu très rarement. Les halogénations radicalaires peuvent être effectuées par des réactifs comme le N-bromosuccinimide, l’hypochlorite de t-butyle, ou le chlorure de sulfuryle en présence d’un initiateur radicalaire.

.......1..............................1 Additions électrophiles ... 475 9.. RX.......... et d’acyles (halogénures d’acides)...1.......... réactions de Michaël ...........................2 – Hydratations en milieu acide ......1........................................................................... 470 9....3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène ..... IN3 .................................1... 477 9........................... 461 9...........................1a – Sur les alcènes ........................5b – Hypochlorites d’alkyles............4a – Sur les alcènes ........................5d – Azidure d’iode....................................................................1 – Acides halohydriques .....................5c – Chlorure de nitrosyle............1....................5 – Autres additions électrophiles .............1.....................4b – Sur les alcynes .............1............................................... R-O-Cl ........1c – Sur les cétènes ...........5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé α................... 478 9........2b – Des alcynes .........................1.......................... 471 9...... 461 9..1.....................Chapitre 9 Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Sommaire : 9.......5h – Oxymercuration-démercuration ...... 475 9...........1..............4 – Halogènes et acide hypohalogéneux ...... RCOX...... 482 ......................................................................................................................................1.............1........2 Additions nucléophiles...1... 472 9...................... en présence d’acides de Lewis ........... 472 9.......1.............. 474 9..................................1................ 479 9........ 477 9.......... 470 9..........479 9.........β-insaturé (*).............1......... 476 9............................ 469 9... 460 9..............1... 480 9...................2a – Des alcènes ....5e – Halogénures d’alkyles..................... 470 9...........5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) ...........................................1..........................................................1....1b – Sur les alcynes .5a – Alcools et phénols .........................1....... NOCl ............ 468 9.....

...............................2 – Alcanes ... 493 9..5.... 488 9....... 486 9.....................................................5................. et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) .............................................................3 – Amines..............3 Additions radicalaires ......................6 Hydroboration et hydroboration-oxydation ... 491 9....... aldéhydes.............10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) ...... 486 9...................... 505 9.....2 – Addition anti ........3.. KMnO4. cétones........................................8 Cycloadditions [2 + 3]................... esters.. en particulier)................... le permanganate de potassium......7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes .............βinsaturés sont présentés au chapitre 10 (réactions de Michael.................... ................ 487 9................................. OsO4...... ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 .................10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) ...............5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium.... alcools............................................. 494 9..1 – Additions syn .................1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde (effet Kharash) .................... 496 9....4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique ........... et nitriles α....3...458 Chimie organique 9............................................ 486 9......... 491 9..................3...... 515 (*) Note importante : les réactions d’additions sur les aldéhydes.................... 497 9..................... en présence d’un initiateur de radicaux libres .................... esters...

1).1 Dans le cas des alcènes. X2. les deux constituants d’un réactif (HX.2a). Schéma 9. celles des cétènes ou cyclopropanations (§ 6. les cycloadditions [2+3] de dipôles 1.16).et C≡N. avec une première attaque de la double liaison par un radical libre comme Br•. Elles peuvent avoir lieu sur toutes les doubles et triples liaisons : alcènes et alcynes. A carbocation A carbocation A' Formation des carbocations énantiomères les plus stables donc les plus substitués en série aliphatique note: afin de différencier d'une part. R3 ≠ R4 ≠ H 2 R3 C C R 4 A H attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 *C R4 . les positions des groupes en avant et en arrière du carbone éthylènique dans le plan sp2. . une addition 1. nucléophiles ou radicalaires. des signes différents ont été utilisés. Elle peut aussi être radicalaire.9). souvent catalysées par la présence d’un acide.4. …) sont fixés à chacun des éléments qui constituent ces liaisons. H2. qui fait intervenir des diènes conjugués et des alcènes substitués. les additions sur les groupes fonctionnels indiqués ci-dessus correspondent dans la majorité des cas à des attaques nucléophiles du carbone. Il faut ajouter à ces additions électrophiles. et d'autre part. se faisant via un état de transition cyclique (§ 9. celles des groupes sur les carbones sp3dans l'espace. et enfin les additions dites « péricycliques » comme la réaction de Diels-Alder.2a).9.15. mais aussi les groupes fonctionnels comme C=O.14. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 459 Dans les réactions d’addition d’une molécule sur des doubles ou triples liaisons. C=N. C=S. des nitrènes (§ 6. Par contre.A R3 et R2 C C H * R3 R4 . l’addition est le plus souvent électrophile car elle débute par l’addition d’une espèce électrophile comme le proton (schéma 9.3 (§ 6. attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H R A R1 ≠ R 2 .

1 Additions électrophiles Les deux électrons de l’orbitale moléculaire π qui caractérise la double liaison ont un degré de liberté plus élevé que ceux qui forment l’orbitale moléculaire σ. la liaison π est plus facilement polarisable que la liaison σ. Ainsi. dans le cas de HX) (schéma 9.1. La formation du carbocation est facilitée par la présence de groupes à effet +I liés à l’un des deux carbones. dans de nombreux cas. Par ailleurs. et le plus souvent. car (CH3)3C+ est plus stable que CH3CH2+. s’il est peu stable. BrCH=CH2. la réaction avec le 2-méthylpropène. par le proton (comme dans le cas de HX). Cela explique une attaque facilitée pour les réactifs électrophiles E+. en un carbocation plus stable. .2. une double liaison est un site nucléophile en raison de sa forte densité électronique (quatre électrons entre deux carbones).2 La formation du carbocation est lente par rapport à l’attaque de l’anion. car ils le stabilisent. C’est donc la première étape de la réaction qui donne la vitesse globale de l’addition. Sur les diènes conjugués (schéma 9. c’est alors ce dernier qui réagira avec l’anion. L’attaque du proton (ou de E+) est régiosélective (les alcènes dissymétriques conduisent majoritairement aux carbocations les plus stables thermodynamiquement).4 parfois majoritaires. l’addition électrophile conduit à des produits d’addition-1. C’est pourquoi. est plus facile qu’avec l’éthylène CH2=CH2. L’addition de 2 HX sur un alcyne -C≡C-conduit donc à un gemdihalogénure >CH2-CX2<. mais aussi.2).3). 1) attaque de la double liaison par le groupe électrophile ou le proton E C C E C C carbocation le plus stable (possibilité de réarrangements) 2) attaque du carbocation par l'anion du milieu E C C A E C C A Schéma 9. le carbocation issu de l’addition du proton peut se réarranger. (CH3)2C=CH2. à des produits d’addition. Il se forme d’abord un carbocation qui est ensuite attaqué par l’anion présent dans le milieu (X-. Dans le cas de 1-haloalcène comme le bromoéthène ou bromure de vinyle. Avant que l’attaque de l’anion s’effectue. la présence du brome oriente l’addition du proton ce qui conduit à BrCH(+)-CH3 (en raison de l’effet +M de Br). L’addition de E+ se fait toujours sur un carbone éthylènique terminal afin que le carbocation résultant soit stabilisé par résonance.460 Chimie organique 9.

1.4).1. Toutefois.1 – Acides halohydriques 9. l’attaque de H+ par dessus ou par dessous le plan « sp2 » conduit à deux carbocations énantiomères en quantités égales (un racémique) (schéma 9. De nombreuses raisons sont données pour expliquer cette « anomalie ». . L’attaque d’un réactif électrophile en devient plus difficile en raison de l’accès limité aux électrons π.4 Schéma 9. La plus classique est liée à la plus faible distance qui sépare les carbones triplement liés par rapport à celle qui sépare les carbones doublement liés. l’addition d’halogénures d’hydrogène et l’hydratation en milieu acide se font à des vitesses comparables pour les alcènes et alcynes ayant des substituants de même nature. et c’est le contraire qui est observé.3 La triple liaison des alcynes qui correspond à un site à forte densité électronique devrait laisser prévoir une plus facile attaque des réactifs électrophiles comparée à celle des alcènes.9. Les réactions des réactifs nucléophiles avec les alcynes sont plus faciles que celles avec les alcènes.1a – Sur les alcènes Dans le cas d’une addition d’un acide halohydrique HX en milieu polaire sur un alcène ayant quatre groupes substituants différents.2 addition 1. 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 461 C C H C H C E+ E C C H C H C E A C C H C H C A C E C H C H C + E C C H C H C A addition 1. mais il n’en est rien.

A’B et A’B’ si la nature des substituants permet la formation de deux carbones asymétriques et que des composés méso ne sont pas formés. X carbocation A carbocation A' carbocations énantiomères les plus stables Schéma 9. . R3 ≠ R4 ≠ H C=C R3 X H R4 attaque au-dessous du plan "sp2" R1 C R2 H R1 * C R4 . ce qui conduit pour chaque carbocation énantiomère A et A’ à deux diastéréoisomères. il peut. Ces diastéréoisomères. soit en tout quatre diastéréoisomères AB et AB’. être attaqué de part et d’autre de ce plan (schéma 9. de même. s’ils se forment.4 Le carbocation étant plan. constituent alors un mélange de deux racémiques car AB et A’B’ forment un couple d’énantiomères ainsi que AB’ et A’B.5).X R3 et R2 C C H * R3 R4 .462 Chimie organique attaque au-dessus du plan "sp2" R1 H X R2 R1 ≠ R 2 .

9.6). c’est un racémique. Dans le cas du 3-méthylhept-3-ène (schéma 9. Il se forme un couple d’énantiomères en quantités égales.5 Le couple d’énantiomères AB et A’B’ est le résultat d’une addition syn (X et H occupent le même espace défini par le plan de l’alcène de départ) et le couple d’énantiomères AB’ et A’B est le résultat d’une addition anti (X et H occupent chacun un des deux espaces définis par le plan de l’alcène de départ). les composés finaux ne possèdent qu’un seul carbone asymétrique. . L’addition de HX sur un alcène est régiosélective mais pas stéréospécifique (tous les stéréoisomères d’additions syn et anti sont présents). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 463 R1 C R2 A X R1 R 2 H * C R3 R4 X R1 R2 * C X AB' * C R4 R4 * C A'B * C H R3 H * C AB *C R3 R4 R4 * C *C A'B' H R3 X H R3 R2 R1 X additions "syn" additions "anti" X R1 X X R2 R1 C R2 A' * C R4 R3 X H 4 diastéréoisomères si l'addition de HX conduit à la formation de deux carbones asymétriques (sans forme méso) Schéma 9. Cette réaction d’addition est donc encore régiosélective et non stéréospécifique.

6 Si on considère une molécule d’alcène ayant une formule de type YZC=CYZ où Y et Z représentent des groupes différents de H et X.7 . Dans le cas d’une molécule cis.7). de forme érythro (schéma 9.464 H5C2 H H H3 C C Chimie organique H5C2 C H3C C C3H7 H C C3H7 H X attaque au-dessus du plan attaque au-dessous du plan X X C2 H 5 H3C C* C4H9 C4H9 X * C C2H5 CH3 couple d'énantiomères en quantités égales (racémique) Schéma 9.l) Schéma 9. cette molécule peut être trans ou cis. addition syn H Y C Z C Z isomère "cis" ou "Z" X Y Y X C Z H Y C Z et H C 1 Z C 2 X X H Z Y Y H X Z Y Y Z Y Z X C C H Y Z Y Z Y Z couple d'énantiomères "érythro" mélange racémique (d. une addition syn de HX avec attaque de H+ sur l’un ou l’autre des deux carbones éthyléniques (50 % sur chaque en raison de l’équivalence de ces carbones) conduira à un mélange en quantités égales de deux énantiomères (un racémique).

8 L’addition syn sur l’isomère trans (schéma 9. considérer les attaques au-dessus et au-dessous du plan « sp2 » : les attaques inversées de H et X d’un même côté du plan « sp2 » conduisent à un même stéréoisomère). Remarque : pour obtenir les deux énantiomères. il faut. .8). et l’addition anti à un mélange racémique d’énantiomères de forme érythréo.9) conduit à un mélange racémique d’énantiomères thréo. addition anti H Y C Z C Z Y isomère "cis" X Y Y C Z C Z et X H C Y Z C X Y X H Y Y X Z Z Z Z X Z Y H H Y Y Z Y Z H Y Z Y X Z H Y Z C H C Y Z X couple d'énantiomères "thréo" mélange racémique (dl) Schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 465 L’addition anti sur l’isomère cis conduit à un mélange racémique d’énantiomères de forme thréo (schéma 9.9. dans ce cas.

466 Chimie organique addition syn H Y C Z C Y X Z isomère "trans" Y C et Z C Z Y H H X Z Y Y Z Z X H Y X Y Z Y Z Z Y H X addition anti H Y C Z X H X Z C Y Z couple d'énantiomèresthréo (racémique) X Y C et Z C Y Z H X Z Y Z ou Y Y XH Z Z Z Z Y Z H Y Y X Z Y Y Y Z Y H HX couple d'énantiomères érythro (racémique) Schéma 9. c’est la règle de Markovnikov. . l’addition de HX conduit par ce mécanisme d’addition ionique. uniquement aux halogénures les plus substitués dérivés d’alcènes.9 En raison de la formation préférentielle du carbocation le plus stable (tertiaire > secondaire > primaire).

11) dans la biosynthèse du cholestérol (précurseur des hormones stéroïdes). il se forme en premier lieu un carbocation qui est ensuite attaqué par une nouvelle molécule d’alcène qui joue le rôle de nucléophile.6-diène 1. Celui-ci déclenche quatre cyclisations. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 467 D’une manière générale. par contre. lorsque les quatre groupes substituants d’une double liaison sont différents. Il en résulte un nouveau carbocation qui réagit de nouveau sur une troisième molécule d’alcène et ainsi de suite (voir carbocations § 6. et que la régioséléctivité de l’attaque du proton sur la double liaison est conservée.3. HBr.4c). La catalyse acide permet l’ouverture du 2.9. les additions syn et anti de HX sur les isomères Z et E conduisent à deux racémiques.11.6-diène qui se cyclise en un dérivé du cyclohexène (schéma 9. certains diènes sont susceptibles de se cycliser en présence d’un catalyseur acide. s’additionnent sur les alcènes à température ordinaire.10).4-tétraméthyl-cyclohexène Schéma 9. H -H 2. HCl nécessite un chauffage. le squalène est d’abord époxydé par une enzyme. cette réaction parfois violente est souvent effectuée avec le réactif polyfluorure d’hydrogène-pyridine ((HF)x. c’est le cas du 2.5-diméthyl-octa-2. Dans ce cas. S’il n’existe pas de régiosélectivité de l’attaque du proton en raison de la nature proche des groupes substituants (effets inducteurs ou mésomères équivalents). Dans la polymérisation des alcènes en présence d’une trace d’acide. Les acides HI.5-diméthyl-octa-2.10 C’est le même type de réaction qui permet le passage du squalène au dammaradiènol (schéma 9.3-époxyde avec création d’un carbocation A. quatre racémiques sont susceptibles de se former.C5H5N). Le carbocation B qui en résulte perd un proton d’un groupe méthyle en position α avec création d’une double liaison. Bien que HF puisse être additionné à température ordinaire. Enfin. .4. HI s’additionne très lentement.

2-dibromobutane qui est alors obtenu. L’addition d’une seconde molécule de HX conduit à un dihalogénoalcane géminé selon un mécanisme régiosélectif qui suit la règle de Markovnikov. le résultat de l’addition est donc « anti ». Dans le cas du but-2-yne. pour produire le chlorure de vinyle. à 65 °C. La présence d’ion halogénure catalyse la réaction. dans une solution d’acide diluée.468 Chimie organique O enzyme O squalène 2. La réactivité des halogénures d’hydrogène est dans l’ordre : HI > HBr > HCl > HF. le (Z)-2-bromobut-2-ène. l’addition de H+ sur le (Z)-2-bromoprop-2-ène pourrait créer deux carbocations isomères mais l’un d’eux est stabilisé par mésomérie. en présence d’ion bromure.12) conduit à un (Z)-bromoalcène.3-oxyde de squalène ou 2. mais la lumière et les halogénures métalliques la catalysent. ClCH=CH2. et ce dernier ne s’additionne que sous pression. la réaction est rarement arrêtée après l’addition d’une seule molécule de HX et le résultat est un mélange d’halogénoalcène et de dihalogénoalcane géminé. La réaction peut avoir lieu dans l’obscurité. ce qui oriente la réaction. En effet. c’est le 2. dont la polymérisation industrielle fournit le polychlorure de vinyle (PVC).3-époxyde de squalène enzyme H HO -H B HO A HO HO dammaradiènol cholestérol Schéma 9.1b – Sur les alcynes L’addition d’un équivalent de HX sur un alcyne interne (schéma 9. en présence d’ions mercuriques. . L’acétylène additionne HCl par barbotage.1. Sur un alcyne terminal comme le propyne.11 9. Le but-2-yne fournit par addition de HBr.

1c – Sur les cétènes Les cétènes sont capables d’additionner une molécule HX pour fournir des chlorures d’acides. en milieu anhydre.12 Une polymérisation de l’acétylène par barbotage dans une solution de chlorure cuivreux et de chlorure d’ammonium conduit au vinylacétylène.2-dibromopropane H3 C C CH3 but-2-yne C H CH3 X X H3C CH3 C H CH3 C C H (Z)-2-bromobut-2-ène H3 C C X H3 C C C CH3 H H 2. 9. Le benzène en est le résultat à partir de trois molécules.13 . mais il est possible d’obtenir aussi le cyclooctatétraène. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 469 X H3C C C CH3 H X H3 C C C H H X H 3C CX2-CH2-CH3 X H3 C C C CH3 H H HBr Br Br C H3C C H 2.2-dibromobutane H H3 C C C H + H3C CBr2 CH3 propyne 2-bromopropène H C C H acétylène ou éthyne HCl Hg2+ Cl CH CH2 chlorure de vinyle Schéma 9. à partir de quatre molécules. ils sont transformés en acides (schéma 9. puis au divinylacétylène CH2=CH-C≡C-CH=CH2.9. En présence d’eau et d’acide minéral. H2O H C C O OH acide Schéma 9. CH2=CH-C≡CH.HX H . Des polymérisations en composés cycliques sont obtenues par chauffage.13). H C C cétène O C C X O HX milieu anhydre solvant inerte halogénure d'acide H2O .1.

470 Chimie organique 9. Dans l’eau. en présence de l’acide sulfurique.14). en particulier. l’ion mercurique n’est pas utile. car il forme d’abord un complexe avec l’acétylène.1.1.4) et.2 – Hydratations en milieu acide 9. H OSO3H H C C +H C C H2 O C C OSO3H sulfate acide d'alkyle H2O H C C O H -H H C C O alcool H . Cette réaction peut être appliquée à des alcynes internes avec obtention dans ce cas de cétones. Dans ces cas.11.H2SO4 H Schéma 9. c’est. L’acide sulfurique est choisi dans cette réaction en raison du caractère nucléophile faible de l’anion HO3SO.14 9. Dans cette réaction (schéma 9. un énol est produit. ou avec des anions en solution. qui. comme l’eau. l’addition d’acide sulfurique à un alcène produit un sulfate acide d’alkyle.1. par tautomérie. conduit à l’éthanal. En effet.2a – Des alcènes Il est important de remarquer que le carbocation intermédiaire formé dans l’addition d’un acide sur les alcènes est susceptible de donner lieu à toutes les réactions classiques de cette entité chimique (§ 6.15). en fait.2b – Des alcynes Lorsque l’acétylène est mis à barboter dans une solution diluée d’acide sulfurique en présence de sulfate mercurique à 60 °C. réagir avec le milieu s’il est nucléophile. L’eau attaque ce dernier (substitution SN2) et. il additionne une molécule d’eau pour donner l’éthanal ou acétaldéhyde. l’ion mercurique Hg2+ qui est très important. Cette réaction est aussi applicable à des éthers et thioéthers acétylèniques et aux ynamines. le carbocation intermédiaire réagit avec ce nucléophile pour former un alcool. . C’est la base d’une hydratation des alcènes qui représente une synthèse importante des alcools (schéma 9.qui ne peut pas entrer en compétition avec l’eau.

3 – Acides cyanhydrique et acétique sur l’acétylène L’acétylène additionne le cyanure d’hydrogène (ou acide cyanhydrique) en présence de chlorure cuivreux dans l’acide chlorhydrique dilué. L’acétylène peut aussi additionner une molécule d’acide acétique en présence d’ions mercurique Hg2+ pour former l’acétate de vinyle. C’est donc un mélange qui est obtenu dans la réaction avec l’acétylène (schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 471 H O H C C H Hg2+ puis H2O H C Hg C 2+ H H O H C Hg+ C H H -H H C Hg H + H O C H H H H H éthanal O C C H H O équilibre céto-énolique H C H C H forme énolique de l'éthanal R C C R Hg2+.1.15 9. copolymère à usage industriel. Il en résulte le cyanure de vinyle ou acrylonitrile qui est utilisé dans la préparation d’un caoutchouc synthétique. et d’oxygène en présence d’un catalyseur constitué d’oxydes de molybdène.16 . Note : la préparation industrielle de l’acrylonitrile s’effectue par chauffage d’un mélange de propène. d’ammoniac. de cobalt et d’aluminium. H2SO4 R CH2 C O R Schéma 9. lequel réagit avec une nouvelle molécule d’acide acétique pour donner l’éthylidène diacétate.16).9. le Buna N. H C C H + HCN CuCl. H2O. HCl dilué H2C CH CN acrylonitrile Hg2+ H C C H + CH3COOH Hg2+ CH2=CH-OCOCH3 acétate de vinyle CH2=CH-OCOCH3 + CH3COOH CH3-CH(OCOCH3)2 éthylidène diacétate Schéma 9. d’acrylonitrile et de butadiène.

17). L’ion bromure Br. Le chlore se conduit le plus souvent comme le brome mais la stéréochimie de son addition est plus complexe. il est possible qu’il existe une addition syn : le rapport syn / anti est fonction de la stabilité relative de l’ion cyclique bromonium. l’atome de brome de l’ion cyclique § 8. en un ion cyclique bromonium. C’est donc dans la majorité des cas. Losqu’une molécule de brome est additionnée à un alcène dans le tétrachlorure de carbone. Le fluor a une réaction violente avec les alcènes qui peut conduire à la coupure de la liaison entre carbones ou la destruction d’autres fonctions de la molécule.1. pour groupe sortant. avec. Elles définissent la vitesse de la réaction totale. La fluoration de quelques alcènes est effectuée à basse température (–78 °C) par du fluor dilué dans de l’azote ou de l’argon dans un solvant inerte. de signes opposés. un carbocation acyclique qui résulte de l’ouverture du cycle est alors formé ce qui permet à la fois les additions syn et anti. Une interaction avec les électrons π conduit à un complexe . L’addition des autres halogènes est plus difficile ou complexe.2) : le résultat en est la formation d’un dérivé α-dibromé selon une addition anti de brome pour l’alcène. Dans ces réactions. dans le cas général.4 – Halogènes et acide hypohalogéneux 9. La polarisation de la molécule de brome et la formation de l’ion cyclique bromonium sont les étapes les plus lentes de la bromation. une addition stéréosélective. mais la réaction est réversible.1.présent dans le milieu ne peut pas s’effectuer du côté du brome cyclique en raison de la gêne stérique causée par son important volume atomique.472 Chimie organique 9.4a – Sur les alcènes L’addition du brome sur les alcènes constitue un autre exemple d’addition électrophile. L’attaque de cette entité cyclique positive par l’ion bromure Br.1. on remplace souvent le fluor par le florure de xénon.attaque donc du côté opposé au brome de l’ion bromonium (c’est une réaction de substitution de type S N2. l’acide acétique ou le méthanol. XeF 2. S’il est peu stable. Il se transforme ensuite. selon une réaction irréversible. Toutefois. une interaction à caractère réversible a lieu entre les deux molécules (schéma 9. la molécule de brome subit l’action des électrons π (effet de champ) et un dipole induit en résulte : les deux atomes de brome portent chacun une charge partielle. L’iode s’additionne. En s’approchant de la double liaison. .

17 Si la réaction d’un halogène (Cl2.en forte concentration (supérieure à celle de X-). le 1-bromo-2-chloroéthane (schéma 9. X+). L’action du brome sur l’éthylène en présence d’ions chlorures produit à la fois le composé de l’addition normale de Br2. HO-. et un composé qui résulte de l’attaque de Cl-. l) Schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 473 Br Br Br -δ Br +δ R1 C R2 R3 R1 C R4 R2 R3 Br Br C R2 et l'inverse et l'inverse par rapport au plan "sp2" et l'inverse par rapport au plan "sp2" π C π C R4 R1 C R4 R3 Ion cyclique bromonium Complexe π Br C R2 C R1 R2 Br C R3 R4 C R4 R3 Br R1 1 Br 2 1 R1 C Br C R3 R4 R1 2 R3 C R2 C Br R3 R4 R1 R2 C C Br R2 Br Br R4 Br addition anti couple d'énantiomères racémique (d.9. . le 1.18 (A)). la seconde partie de l’addition fait intervenir ce nucléophile à la place de l’ion halogénure. et divers produits peuvent être préparés. à la place de Br-. ou des anions minéraux comme l’ion nitrate NO3. sur l’ion cyclique bromonium.2-dibromoéthane. Br2 ou I2) avec un alcène est réalisée en présence d’un nucléophile comme l’eau (ce qui est l’équivalent d’un acide hypohalogéneux.

en raison de la plus faible distance séparant les carbones triplement liés comparée à celle des carbones doublement liés. ou le bromure d’iode.19).474 Chimie organique L’ouverture du cycle halonium (ou halogénium) est régiosélective comme le montre la réaction du 2-méthylpropène en présence de brome dans l’eau (B) qui conduit à une bromhydrine. C’est l’atome d’halogène le moins électronégatif qui débute la réaction pour former l’ion cyclique halonium. celui-ci est plus difficile à former. . Br C H3 C Cl Schéma 9. A) H2C CH2 Br2 + Cl BrH2C CH2Br et BrH2C CH2Cl H3 C B) H3C C CH2 Br2 H 3C C H 3C Br CH2 Br H3 C H3C Br H2O C CH2Br Nu Cl H3C H3C Cl C CH2Br -H H3C H3 C HO bromhydrine C CH2Br Schéma 9.4b – Sur les alcynes L’addition du brome (ou du chlore) sur un alcyne suit un mécanisme semblable à celui des alcènes avec la formation d’ion ponté bromonium (schéma 9. fournirait le carbocation le plus stable. celui qui. le chlorure d’iode ICl. BrCl. c’est l’atome de brome qui forme cet ion et le chlore intervient comme anion (schéma 9. permettent des additions sur les alcènes. en cas d’ouverture de celui-ci.1. ce qui entraîne une plus grande rétention des électrons π.18 Des composés comme le chlorure de brome.20). IBr. Relativement aux alcènes. Elle résulte de l’ouverture de l’ion bromonium par attaque d’une molécule d’eau sur le carbone le plus substitué du cycle.19 H3C C H3C CH2 Br +δ Cl -δ H3C H3C CH2 H3C Cl CH2Br 9. Dans le cas de BrCl.

Certains catalyseurs métalliques permettent de l’éviter. Note : l’addition d’iode à l’acétylène dans l’ammoniac liquide ne donne pas lieu à une addition mais à une substitution des hydrogènes ce qui conduit au diiodoacétylène I-C≡C-I. ce qui suppose une énergie interne plus élevée. il s’agit d’une addition électrophile (schéma 9. donc une structure plus instable et plus difficile à créer.2-diiodoéthylène). Il se forme d’abord un carbocation qui réagit avec le nucléophile du milieu. 9. dans le cas des alcynes. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 475 ion ponté bromonium C alcyne C Br2 C Br C Br Br C C Br Br Br2 Br C C Br Br addition "anti" Schéma 9. en présence d’ions Br(fournis par LiBr). La structure électronique de cet ion ponté bromonium fait aussi apparaître une délocalisation de quatre électrons.5a – Alcools et phénols L’addition d’alcools ou de phénols sur les alcènes s’effectue en milieu acide ou basique. le (E)-dibromoalcène vicinal peut additionner une nouvelle molécule de brome pour former un tétrabromoalcane. Le dichloro-acétylène Cl-C≡C-Cl résulte de l’action d’une solution d’hypochlorite de sodium sur l’acétylène. comme le cyclobutadiène.1. A). sont très instables et dits antiaromatiques (§ 5.9. Cl2CHCHO.21. L’addition est stéréospécifique « anti » ce qui correspond au résultat observé aussi pour les alcènes. Pour les alcynes simples. deux apportés par Br+. Dans le premier cas. Ils sont donc très difficile à former. Ces réactions sont dues à l’acidité des hydrogènes portés par l’acétylène. L’iodation de l’acétylène s’effectue dans l’éthanol et s’arrête après une seule addition de I2 ((E)-1. l’alcool ou le . Cl2CHCOOH. L’addition s’effectue le plus souvent dans l’acide acétique. lequel élimine une molécule d’eau pour conduire au dichloroacétaldéhyde. et deux électrons π : les systèmes cycliques qui ont 4n électrons délocalisés. Cl2CHCH(OH)2.10). à l’obscurité.20 La structure électronique de l’ion ponté bromonium dérivé des alcynes est différente de celle dérivée des alcènes car le cycle. C’est une raison supplémentaire à la difficulté de cette addition. L’addition du chlore à l’acétylène peut conduire à une explosion. Il s’oxyde très facilement en acide dichloroacétique. est plus fortement tendu comparé à celui dérivé des alcènes. L’acétylène additionne successivement deux équivalents d’acide hypochloreux pour former le composé instable.6.5 – Autres additions électrophiles 9.1.

sous l’action d’une base forte (B). La perte du proton libère l’éther. . Les alcools primaires sont plus réactifs que les alcools secondaires et tertiaires. est transformé en un nouveau β-chloro éther portant le groupe alkyle de l’alcool à la place du groupe t-butyle (schéma 9. L’utilisation d’hypobromite (ou d’hypochlorite ou d’hypoiodite) de t-butyle permet d’obtenir un β-chloro éther qui. par une seconde réaction.2). en présence d’alcool. avec le groupe OR sur le carbone le plus substitué.476 Chimie organique phénol pour former un éther protoné. la réaction s’effectue en milieu basique et conduit d’abord à des éthers d’énols qui.21 Avec les alcynes (C).22). Dans le second cas. fournissent des acétals dont l’hydrolyse produit des aldéhydes ou des cétones selon la nature des substituant. Il faut que le composé éthylénique soit substitué par des groupes électroattracteurs.1.5b – Hypochlorites d’alkyles. R A) C C H R-O-H H C C carbocation tertiaire O H C C H -H H C éther O R C éther protoné B) Y1 C Y2 C R-O-H + B R-O Y1 C Y2 C R -O + BH H Y1 Y2 H C C OR OR Y1 et Y2 = groupes électroattracteurs C) C C ROH HO RO C C H ROH HO RO RO C acétal H C H H2 O O C C H H éther d'énol H . La réaction est facilitée si le carbocation intermédiaire est très stable (tertiaire). L’addition suit la règle de Markovnikov. R-O-Cl Les hypochlorites d’alkyles s’additionnent sur les alcènes en produisant des β-chloro éthers (addition anti et règle de Markovnikov respectées le plus souvent). 9.2 ROH cétone Schéma 9. Les phénols donnent des réactions semblables. il se forme un anion alcoolate qui s’additionne selon un mécanisme semblable à celui de la réaction de Michaël (§ 9.

NOCl L’addition du chlorure de nitrosyle.9.1. R1 C R2 C H H IN3 R1 C R2 N3 ion ponté iodonium I C H H R1 R2 N3 β-iodo azide I C C H H Schéma 9.23 9. celui-ci joue le rôle d’oxydant et un composé β-chloro nitré est alors obtenu. NOCl sur une oléfine conduit d’abord à un composé β-chloro nitrosé. IN3 L’addition de IN3 s’effectue via un ion cyclique iodonium.5d – Azidure d’iode.22 C 9. Si un excès de NOCl est présent.1. Par ailleurs.23). L’addition de NOCl est anti et suit la règle de Markovnikov.24 .24).Me3C-OH) O-R C Cl Schéma 9. la présence d’un hydrogène comme substituant de l’oléfine permet une tautomérie avec une α-chloro oxime laquelle est prépondérante à 25 °C (schéma 9. elle est donc stéréospécifique et anti (schéma 9.5c – Chlorure de nitrosyle. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 477 C C Me3C-O-Cl hypochlorite de t-butyle O-CMe3 C Cl β−chloroéther C ROH (. N=O C C NOCl Cl composé β−chloro nitroso C C NOCl excès NO2 C Cl OH C composé β−chloro nitro N=O C C H NOCl Cl C C H Cl C C N α-chloro oxime Schéma 9.

en présence d’anhydride d’acide et d’un acide de Lewis. AlX4 C H H B) Substitution électrophile R1 C R2 C H H R1 RX AlX3 T> 0°C R2 C C H R C) H2C CH2 (CH3CO)2O ZnCl2 CH2=CH-CO-CH3 + CH3-COOH Schéma 9. . une réaction de substitution électrophile est alors possible (B).25 Les alcynes additionnent les halogénures d’alkyles et les chlorures d’acides. Ainsi. l’acétylène réagit avec le bromométhyl éthyl éther Et-O-CH2Br. le chlorure de zinc. et avec le chlorure d’acétyle. à basse température. RX. RCOX. en présence d’acides de Lewis. et de chlore.5e – Halogénures d’alkyles. AlX4 R1 C C R R2 H H AlX4 .25. A).478 Chimie organique Les autres azidures. 9. en présence d’acides de Lewis Les halogénures d’alkyles et les halogénures d’acyles sont additionnés aux alcènes en présence d’acides de Lewis. par un même mécanisme. en présence de AlCl3 pour former Et-O-CH2CH=CHBr.AlX3 R1 R2 X C C H R H R1 C R2 R . Si la température est trop élevée. et d’acyles (halogénures d’acides). Note : l’alcène. en produisant CH3COCH=CHCl. et que l’oléfine porte un hydrogène. A) Addition électrophile R1 C R1 C H H R1 RX AlX3 R2 X C C H R H T< 0°C RX + AlX3 R .4. pour conduire respectivement à des halogénures d’alkyles et des β-halogéno cétones (schéma 9.β-insaturée (C) par une substitution électrophile. forme une cétone α.1d) appliquée à des composés aliphatiques insaturés. C’est la réaction de Friedel et Crafts (§ 8. se comportent partiellement comme l’azidure d’iode car les mécanismes impliqués peuvent alors être aussi radicalaires.1. de brome. dans les mêmes conditions.

en raison de la tautomérie céto-énolique (schéma 9.1.5f – Additions d’acides sur un composé carbonylé .27).1. La possibilité d’addition sur la seule fonction C=O existe. HOOC C CH2 + CO + H2O H 100-350°C haute pression O O CH3 -H cation acylium acide C CH3 H H H O C C CH3 O C CH2 alcène H C C CH3 O C C oxyde de carbone Schéma 9. le résultat est identique à une addition-1. en présence de l’eau. conduit à l’acide avec libération d’un proton (schéma 9. le carbocation qui se forme résulte de l’attaque du proton sur le groupe cétonique en raison de la mésomérie qui affecte une charge négative à l’oxygène. L’oxyde de carbone peut être remplacé par l’acide formique.β−insaturé H C Br C H cétone β−bromée C O Br C CH énol C OH Schéma 9. conduit à un acide organique selon la réaction de Koch ou Koch-Haaf (1958). C C C O C CH C O H C CH Br C OH composé carbonylé α. qui.4. L’attaque de l’oxyde de carbone fournit un cation acylium. en milieu acide (H2SO4). -insaturé 479 Lorsqu’un acide est additionné à un dérivé cétonique α.4 est thermodynamiquement plus favorable.27 .2. L’anion attaque ensuite le carbocation.9. ce qui correspond à une addition-1.β-insaturé. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 9.5g – Hydroxycarbonylation (réaction de Koch) L’action de l’oxyde de carbone et de l’eau sur un alcène à haute pression. entre 5 et 40 °C.26). Les alcools en milieu acide peuvent aussi s’additionner en 1.26 9. Toutefois. car le résultat de l’addition-1. mais elle est très rare. Il se forme d’abord un carbocation (le plus stable).4.

il est ouvert et un acétate hydroxyalkylmercurique se forme (3).5h – Oxymercuration-démercuration La synthèse d’alcools à partir d’alcènes comprend un nombre important de réactions. un acide insaturé et un diacide peuvent être obtenus. (1) en présence d’eau. schéma 9. Dans le cas des alcynes. 50 atm). dans le tétrahydrofurane comme solvant. L’oxymercuration-démercuration en est une.480 Chimie organique L’hydroxycarbonylation peut être réalisée avec du nickel-carbonyle. L’addition est syn. ce qui évite des transpositions avec les composés secondaires inhérents. . Il se forme un ion ponté mercuronium (2) qui rappelle par sa structure l’ion ponté halonium. La réaction d’oxymercuration (schéma 9. Sous l’attaque nucléophile SN2 de l’eau. Ni(CO)4. dans des conditions plus douces (150 °C. ROH. Hg(OCOCH3)2. C’est une réaction d’addition électrophile sur les alcènes dans laquelle il ne se forme pas de carbocation. Le mécanisme de cette addition est le suivant.28 NuH H C C O C Ni(CO) 2 9. RNH2 R = H ou alkyl Schéma 9. Elle s’applique à la fois aux alcènes et alcynes.28 : Ni(CO)4 C C Ni(CO)3 C C ∆ H NiCO)3 + CO H C C Ni(CO)3 Ni (CO)3 H C C C O Nu NuH = H2O.29) fait intervenir l’acétate mercurique.1.

Le réactif nucléophile qui attaque l’ion mercuronium est alors l’alcool.9. la réduction conduit à un alcool. ce qui correspond à une addition selon la règle de Markovnikov. NaOH. Lorsque la réaction d’oxymercuratio-démercuration est effectuée dans un alcool.30 Dans ces conditions.30). Démercuration R2 R2 Hg-O-CO-CH3 R1 R1 NaBH4. Elle est régiosélective car l’eau attaque le carbone le plus substitué de l’alcène de départ. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 481 Oxymercuration H3C-OC-O Hg 1) H3C-OC-O acétate mercurique H3C-OC-O Hg + O-CO-CH3 H3C-OC-O Hg R1 2) R2 C C H R3 H3C-OC-O Hg C R2 C H R1 R3 ion ponté mercuronium H3C-OC-O Hg C R2 O H C H -H R3 SN2 R1 R2 C C Hg-O-CO-CH3 R3 H 3) R1 HO acétate hydroxyalkylmercurique H attaque régiospécifique du côté opposé à Hg Schéma 9. elle permet de préparer des éthers (schéma 9.31). H2O C C C R3 (réduction par ion hydrure) HO H HO H C R3 H + CH3COONa + Hg alcool (addition anti) Schéma 9. . Le reste du mécanisme est le même que pour la réaction avec l’eau. C’est une addition anti en raison de l’orientation de l’attaque de l’eau sur l’ion ponté et qui est aussi le plus souvent stéréospécifique.29 La démercuration consiste à traiter l’acétate hydroxyalkylmercurique par le borohydrure de sodium en présence de soude (schéma 9.

on peut citer selon l’ordre de facilité de l’attaque du nucléophile : -CHO > -COR > -CO2R > -CN > -NO2 Certains groupes dérivés du soufre comme -SOR.2 Additions nucléophiles. -SO2R. l’attaque d’un réactif électrophile devient difficile. R3 = groupes alkyles ou aryles Schéma 9. .M O Schéma 9. c’est une réaction semblable à celle de l’addition des électrophiles. nitriles. avec formation d’un carbanion stabilisé par résonance dans le cas d’une présence de groupes à effet -M. H2O R1. mais avec inversion des charges. la seconde est une réaction avec une entité positive du milieu.33. ROH 2) NaBH4. Parmi les groupes à effet -M les plus fréquents.482 R1 R2 RO C C Chimie organique H R3 H R1 C R2 C R3 H 1) Hg(OCOCH3)2. R2.32 L’addition du réactif nucléophile correspond à deux étapes : la première est l’attaque du nucléophile sur le carbone à faible densité électronique. C +δ Y C −δ C C C O Y effet -I C C C effet . Dans une certaine mesure. NaOH. amides… correspondants. réactions de Michaël Lorsqu’un ou plusieurs groupes Y à effet électroattracteur -M ou -I (schéma 9. Dans le cas d’un groupe Y cétonique.32) substitue(ent) l’un des deux carbones d’une double liaison. le mécanisme est présenté dans le schéma 9.31 9. Par contre. ou le fluor exercent aussi un effet électroattracteur qui permet ce type de réaction. la diminution de la densité électronique du carbone éthylénique non substitué par ces groupes favorise l’attaque d’un réactif nucléophile. mais il s’applique aussi aux esters.

33 La formation de l’énol avant l’établissement de l’équilibre céto-énolique est vraisemblable. les acrylates et leurs dérivés substitués par des groupes alkyles sont les plus utilisés dans ces réactions. ou mieux.34) : .Nu Nu C C C O H Nu C H C C O énol cétone équilibre céto-énolique Schéma 9.9. dans la mesure où l’oxygène a une électronégativité supérieure à celle du carbone. car la forme limite prépondérante de l’ion énolate est celle où la charge négative est située sur l’oxygène.1 Par extension. La réaction d’addition du carbanion dérivé du malonate d’éthyle sur l’acrylonitrile. alkyl. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 483 Nu C C C O Nu C C C O ion énolate Nu C C C O NuH . Lorsque le réactif nucléophile est un carbanion. pipéridine. potasse…) à des composés tels que. est présentée ci-dessous (schéma 9. acylacétate. réactions de type Michaël. cette réaction d’addition est appelée réaction de Michaël (1887). et en particulier l’un de ceux formés par addition d’un équivalent de base (alcoolates. ou aryl Figure 9. aralkyl. Elles sont très importantes en synthèse. malononitriles. amines aliphatiques tertiaires. COOR R' CH COOR malonates CN R' CH CN malononitriles COOR R' CH CN cyanacétates R' R'-CO-CH(R")-COOR β-cétoesters R' CH NO2 R" CH CHO R" H nitroalcanes aldéhydes R R' et R" = H. les réactions d’addition de tous les réactifs nucléophiles sur les alcènes définis ci-dessus ont aussi souvent cette appellation.1). L’acrylonitrile. qui correspond à une cyanoéthylation du malonate d’éthyle. nitroalcanes… (Figure 9. malonates. cyanoacétates.

35). RO-CH2CH2-CN Ph-OH H2NR RSH RNH-CH2-CH2-CN PhO-CH2-CH2-CN ROH H2 C CH CN acrylonitrile R-S-CH2-CH2-CN Schéma 9. ROH. des amines primaires. (R)( R’)NH. Les produits de la cyanoéthylation sont formés à des températures peu élevées. Toutefois.484 Chimie organique EtOOC EtOOC CH2 Et-O EtOOC EtOOC CH + Et-O-H malonate d'éthyle EtOOC CH + EtOOC EtOOC H2 C CH CN EtOOC EtOOC CH H2C C H CN acrylonitrile EtOOC CH H2C EtOOC C H CN + Et-O-H H CH H2C C H CN + Et-O EtOOC (2-cyanoéthyl)-malonate d'éthyle Schéma 9.35 Toutes les réactions de Michaël et de type Michaël sont équilibrées. RSH (schéma 9. par exemple dans le cas d’alcènes cycliques pour lesquels des additions syn ou anti ont été observées. il existe des exceptions. Lorsque la température augmente la réaction s’inverse avec libération des composés de départ. Cela explique aussi la facile dégradation des composés cyanoéthylés par chauffage en milieu basique. Elles résultent alors d’une gêne à la libre rotation du carbanion intermédiaire ou à une différence de vitesse entre la rotation de ce carbanion et celle de l’attaque du groupe chargé positivement. . Ces additions ne sont pas stéréospécifiques. PhOH. et secondaires. RNH2. le phénol. ou les thiols. La formation du carbanion intermédiaire en est la raison.34 La cyanoéthylation peut aussi s’effectuer sur des alcools.

Elle a lieu avec les alcènes activés de type Michaël.2 Schéma 9.2 (sur le groupe carbonyle) est favorisée par rapport à l’addition 1. Na + NH3 CH2COOK. Na + CH2=CH2 CH2-CH2-CH2-COOK. (CH3)2C(OH)CN). dans ce cas.3-diphénylpropane Schéma 9.36).CH=CH-CH=O HCN base .3-diphénylpropane. Na Ph-CH3 toluène Ph-CH2 . sur une double liaison n’est pas une réaction d’addition électrophile mais nucléophile. conduisant ainsi à une alkylation de l’acide acétique en acide butanoïque (schéma 9.C-CH2-CH=O CN addition 1. Si la double liaison porte un substituant CHO ou COR. Évidemment. Na Ph-CH2 .38 . Le carbanion benzyle est obtenu par action du sodium sur le toluène (schéma 9. NaNH2 amidure de sodium CH3COOK acétate de potassium CH2COOK. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 485 Un cas particulier de ces réactions est celle du styrène qui additionne un groupe benzyle pour former le 1. La réaction est facilitée par la haute stabilité du carbanion intermédiaire résonnant résultant de l’addition.37 L’addition d’acide cyanhydrique (préparé par chauffage de cyanhydrine d’acétone. Elle nécessite la présence d’une base (formation de l’anion cyanure).38).4 (schéma 9.37). il ne s’agit pas d’une réaction d’addition de Michaël.4 + -CH=CH-C-O-H CN prépondérant addition 1. Na + PhCH=CH2 styrène Ph-CH-CH2-CH2-Ph Ph-CH-CH2-CH2-Ph solvant protique Ph-CH2-CH2-CH2-Ph 1.36 Le carbanion qui résulte de l’action de l’amidure de sodium sur l’acétate de potassium peut s’additionner sur l’éthylène. Na H CH3-CH2-CH2-COOH acide butanoïque Schéma 9. l’addition 1.9. .

3.486 Chimie organique Les réactions de Michaël étant équilibrées. (CH3)2CH-CH2-CH2 (CH3)2CH-CH2-CH3 + CH3-CH-CH3 + CH3-CH2-CH3 Schéma 9. une réaction rétro-Michaël est possible avec le même mécanisme mais inversé. Ces réactions présentent un intérêt industriel bien que leurs résultats soient des mélanges de plusieurs alcanes.5d : halogénations sous UV.. sous de très fortes pressions.. peroxyde effet Kharash ou anti-Markownikov CH CH2 Br le bromure le moins substitué Schéma 9.3.. C CH2 HBr.3 Additions radicalaires 9.. les hexanes et heptanes l’accompagnent ainsi que divers alcènes...2 – Alcanes Les alcanes s’additionnent aux alcènes à très haute température. l’isopentane est prépondérant (55 %).39 9.39). addition de HBr en présence de peroxyde (effet Kharash et addition antiMarkovnikov) : le bromure d’alkyle formé est le moins substitué (schéma 9.40). Le mécanisme le plus vraisemblable est radicalaire. CH3-CH2-CH3 + CH2=CH2 CH3-CH-CH3 + CH3CH2 (réaction de symproportionation inverse de disproportionation) CH3CH-CH3 + CH2=CH2 (CH3)2CH-CH2-CH2 . Il débute par une réaction inverse à la disproportionation (ou dismutation) appelée symproportionation (schéma 9. selon les conditions expérimentales.40 .12.. Dans le cas du mélange propane et éthylène.1 – Bromure d’hydrogène en présence de peroxyde Ce type d’additions a été présenté au paragraphe 6. 9.

Dans ce cas. aldéhydes.3 – Amines. le mécanisme est le suivant. schéma 9. CH2(COOR)2. Dans le cas d’un aldéhyde. les malonates.41 : H C R O initiateur -H H R C C O C R C O C C R C O C C R C O R C O Schéma 9. c’est la liaison entre l’un de ces hydrogènes et le carbone qui est rompue. Lorsque les alcools. R C C + R-CH2-Y initiateur radicalaire H Z Z C C + H2C Z' Schéma 9.9. alcools. .42 CH-Y C C CH Z' initiateur radicalaire H C C Certains composés à hydrogénes acides Z-CH2-Z’ où Z et Z’ sont des groupes électroattracteurs -I. en présence d’un initiateur de radicaux libres Ces réactions s’effectuent le plus souvent en présence de peroxydes.3.41 C C H + R C O Un mécanisme semblable a lieu avec les formiates HCOOR et les formamides HCON(R1)(R2). L’alcène mis en réaction ne doit pas avoir de substituants électroattracteurs. amines ou halogénures d’alkyles sont mis en réaction c’est la liaison entre l’hydrogène porté par le carbone lié au groupe fonctionnel et ce dernier qui est rompue (schéma 9. esters. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 487 9. par exemple. donnent aussi lieu à une telle réaction.42).

Dans tous les cas. certains points sont considérés comme vraisemblables (schéma 9. le platine ou son oxyde (catalyseur d’Adams. tandis qu’une éponge absorbe l’eau en la retenant à l’intérieur de ses espaces vides. l’éthanol ou l’acide acétique contenant en solution le composé à hydrogéner. (comme le nickel de Raney). le groupe hydroxyle OH ou amino NH2 ne sont pas une gêne à l’hydrogénation des doubles liaisons éthyléniques si les conditions expérimentales sont adéquates. il est préférable de stocker ces catalyseurs sous un liquide (l’eau ou un alcool) afin d’éviter leur oxydation par l’air qui peut provoquer une inflammation. R2 C H H R1 C R3 surface du catalyseur interactions fortes R4 H R1 C H R2 C R4 R3 interactions faibles R1 R2 H C C H R4 R3 Schéma 9.4 Hydrogénation catalytique et réduction chimique Les alcènes peuvent être réduits en alcanes correspondants par deux méthodes : en phases hétérogènes et en phases homogènes (voir aussi § 13. le rhodium. Bien que l’étude approfondie du mécanisme de cette hydrogénation soit très complexe.43). COOH. et l’oxyde de zinc. le ruthénium. COR. Attention : ne pas confondre adsorber et absorber. le palladium déposé sur du carbone (Pd-C). Des groupes fonctionnels carbonylés CHO. La réduction. (un solide et un liquide) consiste en une hydrogénation catalytique qui fait intervenir des métaux ou des composés métalliques parmi lesquels on peut citer le nickel de Raney (préparé par action de la soude sur l’alliage de Raney Ni-Al). en phase hétérogène. Les hydrogénations s’effectuent entre 0 °C et 250 °C et à des pressions variables selon les composés traités. un composé est adsorbé sur la surface d’un solide.488 Chimie organique 9. L’alcène et l’hydrogène sont d’abord adsorbés sur la surface du catalyseur.3). dans des solvants comme le méthanol. le catalyseur est sous forme de poudre extrêmement fine afin d’augmenter la surface de contact avec les réactifs. ce dernier étant retenu à celle-ci par des forces dites de Van der Waals. lequel est réduit en platine colloïdal par l’hydrogène). Dans certains cas. La présence de groupes fonctionnels soufrés inhibe la réaction en raison de la forte affinité du soufre pour ces catalyseurs. COR.43 .

Les alcynes sont réduits en alcanes correspondants par les catalyseurs utilisés pour les alcènes. C≡N. un racémique en est le résultat stéréochimique. pour le zinc en présence d’acide.réduit spécifiquement les doubles et triples liaisons conjuguées à un groupe carbonyle ou à un cycle aromatique. Certaines réactions d’isomérisation et d’échange d’hydrogènes sont associées à ce mécanisme. Généralement. Le même phénomène se renouvelle avec un second atome d’hydrogène présent sur la surface catalytique ce qui conduit à l’alcane de la réaction qui est très peu adsorbé sur le catalyseur par rapport aux molécules d’alcènes. l’action du lithium sur les amines aliphatiques.44). L’hydrogénation en alcène utilise le catalyseur de Lindlar (palladium déposé sur du carbonate de calcium partiellement empoisonné par du diacétate de plomb pour le rendre moins actif).9. achirale. Elles rendent les liaisons entre atomes retenus plus faibles. CN. parmi d’autres. NO2… sont susceptibles de réduire les alcènes et alcynes. L’addition est encore syn et conduit de manière unique ou prépondérante à l’alcène cis. les groupes NO2. Une nouvelle molécule d’alcène vient alors prendre position sur les sites actifs libérés. et plus particulièrement pour la molécule d’hydrogène. L’addition catalytique d’hydrogène est syn et stéréospécifique. Réduction chimique : hors l’hydrogénation catalytique. C’est le cas. l’hydra- . les isomères cis sont plus rapidement hydrogénés que les isomères trans. il faut noter que de nombreux réactifs utilisés pour la réduction de liaisons multiples fonctionnelles (C=O. La réaction est exothermique. bien que thermodynamiquement l’isomère trans soit plus stable (schéma 9. Ce type d’hydrogénation a un caractère réversible. Cela permet à chaque atome d’hydrogène d’avoir une certaine liberté et lui permet de s’associer à un atome de carbone de l’alcène. Le pentacyanocobaltate(II) Co(CN)52. H Me Me C Me C C Me C Me Me H2 catalyseur de Lindlar Me H C C Me Schéma 9. Elle présente une meilleure sélectivité que la catalyse hétérogène mais les catalyseurs sont plus difficiles à éliminer après réaction. COR et COOR ne sont pas réduits. Il se forme alors un radical qui reste retenu au catalyseur par le second carbone de l’alcène de départ. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 489 Ces adsorptions ont lieu sur des « sites actifs » liés à l’hétérogénéité de la surface du catalyseur. Les échanges d’hydrogènes se font sur une même surface de catalyseur ce qui implique une addition syn. C’est le cas du catalyseur de Wilkinson qui est le chlorotris(triphénylphosphine)rhodium RhCl(PH3P)3 : avec ce catalyseur. Si un ou deux carbones asymétriques sont créés dans la molécule à l’origine.44 C C Me Me Me Me La réduction en phase homogène peut être réalisée avec des catalyseurs solubles dans le milieu.

en présence de palladium.47). H2.45 Dans le cas du diimide HN=NH fourni par oxydation ménagée de l’hydrazine NH2NH2.46 La réduction du benzène en phase hétérogène est réalisée avec le nickel de Raney ou le platine.46). La réduction unique de chaînes latérales insaturées s’effectue avec du chromite de cuivre (2 CuO.490 Chimie organique zine en présence d’un oxydant doux comme l’oxygène. Cr2O3) (schéma 9. H N H N H hydrazine H O N H N H .45. C’est le cas du cyclohexène qui est susceptible de transférer quatre atomes d’hydrogène à deux molécules d’alcène. il s’agit d’une réaction de transfert d’hydrogène du diimide vers l’alcène comme le montre le schéma 9.H2O diimide N H N N H H H C H R N H H C H R' H R N N + H C R' C + C C H H R' R Schéma 9. D’autres composés sont susceptibles de transférer leurs hydrogènes à un alcène. Cr2O3) ou du chromite de cuivre et de barium (CuO. BaO. Pt H2 chromite de cuivre Schéma 9. + 2 Pd + 2 H H Schéma 9. par chauffage (schéma 9. le peroxyde d’hydrogène ou certains oxydes métalliques comme l’oxyde de cuivre CuO.47 .

Elles conduisent à des glycols ou 1.4-diène e Schéma 9. ou le peroxyde d’hydrogène H2O2 De nombreuses méthodes de dihydroxylation des oléfines existent. sodium ou potassium). Ce composé peut être remplacé dans ces réactions par d’autres oxydants comme le ferricyanure de potassium. MnO4K.5) en cyclohexa-1. isopropanol ou t-butanol). Fe(CN)6K3. Na H Na NH3 H H Et-O-H H H Na NH3 H e H Na H H Et-O-H H H . le peroxyde d’hydrogène. Avec OsO4. de l’ammoniac liquide de haute pureté.48 Le métal transfère un électron au benzène via l’ammoniac liquide pour créer un radical-anion qui est transformé en un simple radical par l’apport d’un proton fourni par l’alcool (l’ammoniac n’est pas assez acide pour apporter ce proton). en milieu alcalin.5 Dihydroxylation d’oléfines par le tétroxyde d’osmium. H2S.1 – Additions syn Le tétroxyde d’osmium OsO4 (composé toxique et coûteux). Dans le cas de Os(VIII)O4.2-diols. schéma 9.49 : . l’ester osmique peut être isolé. 9.9. permettent d’effectuer des dihydroxylations syn d’oléfines. il se forme des esters cycliques par réaction d’un côté ou de l’autre du plan éthylènique. Il est décomposé par le hydrogénosulfite de sodium dans l’éthanol ou par l’acide sulfhydrique.Et-O H Na . Le même processus se répète une seconde fois avec le métal. En présence de quantité catalytique d’OsO4. le permanganate de potassium. Dans les deux cas. La réduction du benzène (voir aussi § 13. 9. KMnO4. et un alcool (éthanol. Un nouvel apport de proton par l’alcool fournit le composé final. et le permanganate de potassium. le mécanisme de la dihydroxylation syn est le suivant.5.48) est le résultat de la réaction de Birch (1944) qui fait intervenir un métal alcalin (lithium. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 491 Le benzène n’est pas réduit par l’hydrogène naissant résultant de l’action d’acides sur des métaux ou de l’action du sodium sur les alcools.4-diène (schéma 9.Et-O Na H H cyclohexa-1. conduit aussi à une addition syn. H2O2. On peut distinguer les additions syn et anti. OsO4. mais c’est un carbanion qui est formé.

2-diol.50 Dans les deux cas. .MnO2 OH O C R4 R3 R3 O O OH C et l'inverse et l'inverse α-diol. Il en est de même pour le permanganate de potassium en milieu alcalin et l’acide chromique dilué à 25 °C (schéma 9.50).49 Si un ou deux carbones asymétriques sont créés. Le glycol est parfois accompagné d’oxirane par déshydratation du diol. qui est décomposé par la solution alcaline par deux réactions successives en 1. ou glycol . ou glycol Schéma 9.492 Chimie organique R1 C R2 C R3 Os(VIII)O4 R4 R1 R2 O Os(VI) O O C C R4 et l'inverse O addition syn OH SO3HNa R3 EtOH R1 R2 et l'inverse OH C R4 R3 C ester osmique α-diol. addition syn K R1 C R2 C R4 R1 K O Cr O acide C chromique R1 dilué R2 O C R4 R3 H2O R1 R2 R2 et l'inverse O O C O Mn O C R4 R3 KOH H 2O MnO3H O C R1 R2 et l'inverse R3 MnO4K O C R4 H2O . un seul racémique est obtenu. C’est une réaction stéréosélective et stéréospécifique. le mécanisme débute par la formation d’un ester cyclique.H2O O C R1 R2 et l'inverse C R4 R3 oxirane Schéma 9.

2-diol OH C R4 R3 SN 2 R2 O H H R3 R4 OH C R4 R3 (et son inverse optique) addition anti Schéma 9. 9. permettent le passage des alcènes aux oxiranes (ou époxydes) correspondants (schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 493 Par contre.5. La réaction est appelée époxydation des alcènes (réaction de Prileschaiev ou Priléjaev. plus particulièrement l’acide m-chloroperbenzoïque (MCPBA).H 2O O R1 C R2 Ar acide peroxybenzoïque C O O O H R1 -ArCOOH R3 R2 époxyde ou oxirane R3 R4 R1 C R2 C H H O R4 R1 R2 R1 C H2O -H R2 R1 C HO 1. le diol est oxydé en acides par coupure de la liaison carbone-carbone. ou en milieu neutre ou acide. H eau O oxygènée ou peroxyde d'hydrogène H O R3 C R4 .51 . 1909).9.51).2 – Addition anti Le peroxyde d’hydrogène et les acides peroxybenzoïques. à chaud.

soit directement avec le complexe. Il se forme d’abord un alkylborane qui réagit aussitôt sur une nouvelle molécule d’alcène ce qui conduit à un dialkylborane. comme dans le cas des complexes avec des amines tertiaires. lesquels sont des bases de Lewis. qui existe sous forme de dimère. Il s’agit d’une dihydroxylation anti. 9. . soit par libération du borane de son complexe in situ par addition de borohydrure de sodium. ce qui peut nécessiter dans certains cas un chauffage.6 Hydroboration et hydroboration-oxydation Le borane. Me2S.2).2-diols correspondants. à côté de nombreuses autres molécules (figure 9. est le plus souvent employé sous forme de complexes résultant d’une réaction acido-basique au sens de Lewis avec des éthers acycliques comme le diéthyléther ou cycliques comme le tétrahydrofurane (THF). un acide de Lewis. D’autres bases comme le diméthylsulfure. Le peroxyde d’hydrogène en présence d’argent fournit aussi un époxyde.494 Chimie organique L’hydrolyse en milieu acide de ces composés cycliques conduit aux 1.2 BH3 BH3 La réaction d’hydroboration avec l’alcène s’effectue. B2H6. du côté opposé à l’oxygène. sur l’un des carbones cycliques. Complexes du borane Et O O BH3 Et Me S Me N P BH3 BH3 Figure 9. La réaction se termine lorsqu’un trialkylborane est obtenu. les amines tertiaires ou les phosphines sont aussi utilisées. L’attaque de l’époxyde protoné s’effectue selon un mécanisme SN2. BH3.

pauvre en électrons (acide de Lewis). .9. tandis que le bore est lié à l’autre carbone. Un des hydrogènes est ensuite transféré à l’un des carbones via un état de transition à quatre centres. contrairement à d’autres additions.52) débute par la formation d’un complexe entre l’alcène riche en électrons (base de Lewis) et le borane. l’addition est syn. réalisée par oxydation. L’orbitale vide du bore est toujours présente dans le monoalkylborane donc une seconde réaction puis une troisième réaction sont possibles ce qui correspond au transfert des trois hydrogènes de BH3. L’intérêt principal de l’hydroboration des alcènes est dans l’utilisation des produits d’addition pour la préparation d’alcools. Cette régiosélectivité de l’addition dépend surtout de l’encombrement relatif des deux carbones éthyléniques et très peu des caractères électroniques des substituants de l’alcène.52 Le mécanisme réactionnel (schéma 9. Pour des raisons d’encombrement stérique. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 495 2 C=C C C + BH3 H2B alkylborane orbitales "p" addition syn C C H H C C B 3 trialkylborane C C C C C C H 2B C C H H H H B H H B H H2B H alkylborane état de transition complexe π borane-alcène orbitale vide H3C Et BH3 Me H H Me BH2 C 2 CH3 C H Et Me H trialkylborane Et C Me C H Me CH3 C C H Me B 3 BH2 sur le carbone le moins encombré Schéma 9. Le trialkylborane est oxydé par une solution aqueuse de peroxyde d’hydrogène. souvent celui qui porte le maximum d’hydrogènes si les autres substituants sont des groupes alkyles ou aryles. Comme le mécanisme le montre. le bore se lie au carbone le moins encombré.

14. avec rétention de configuration du groupe alkyle. Rappel : (schémas 6. contrairement aux résultats enregistrés pour les additions d’eau en milieu acide. C’est donc une réaction régiosélective.HO RO borate de trialkyle B + 3 NaOH BO3Na3 + 3 R-OH borate de sodium Schéma 9.100 et 6. site électrophile de la molécule. stéréospécifique. Ce résultat provient de l’attaque nucléophile de l’ion hydrogénoperoxyde HOO. une addition anti-Markovnikov.HO R B O R H B O O H transposition avec rétention de configuration R B R RO RO RO borate de trialkyle H O O R .2a). En présence de soude.496 Chimie organique H-O-O-H + H2O R R R trialkylborane anion hydrogénoperoxyde H-O-O R R R B O O + H 3O R .2a et 6. Le composé ainsi formé subit une transposition.15. 9.53).53 L’ensemble de ces réactions correspond à l’hydroboration-oxydation : elle est similaire dans son résultat à une addition d’eau sur la double liaison mais le groupe OH est dans ce cas lié au carbone de l’alcène de départ le moins encombré. syn. trois molécules d’alcools sont libérées à côté de borate de sodium (schéma 9.7 Cyclopropanation par les carbènes et addition des nitrènes Les additions des carbènes et des nitrènes sur les oléfines sont présentées au chapitre 6 (§ 6. vers l’oxygène lié au bore.HO R H 2O O R B O O R H O O RO RO B .du peroxyde d’hydrogène sur l’atome de bore.116) . L’alcool obtenu résulte de ce qui correspond à une addition d’eau sur l’alcène de départ régiosélective anti-Markovnikov. Le même processus se reproduit encore deux fois : le produit obtenu est un borate de trialkyle. en entraînant son doublet de liaison ce qui permet ensuite le retrait d’un ion hydroxyde.

donc constitués d’atomes de carbones et d’autres éléments comme l’oxygène. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 497 méthylène singulet CH2 R1 1) R2 C C R4 R4 R4 C 2) R1 C R2 C R4 R3 R5 R1 R2 C C C R3 R1 R2 C H2 C C R3 R4 et son inverse par attaque au-dessous du plan sp2 1 racémique R4 C R5 C R5 + R3 R4 R4 R3 R1 R2 C R3 R4 R4 R3 R2 R1 C C C + R2 R1 C C C R4 R5 2 racémiques R4 R5 Note: tous les groupes R sont considérés comme différents entre eux (Schéma 6. sont préparés par des réactions dites de cycloaddition [2 + 3] qui font intervenir d’une part. un alcène (et parfois .100) R O R C N NH2 R C O Pb(OAc)4 R C N N R C O N N N + R C C R' C N C C 2-azirine R N N O O H2C CH CN O H2C 2-cyano-N-diacylamino-aziridine C CN H N C N 1-azirine (Schéma 6.116) 9. et cas particulier de l’ozone (avec l’ozonolyse) De nombreux hétérocycles pentagonaux.9. l’azote. le soufre.8 Cycloadditions [2 + 3].

HN3. sont susceptibles de porter des charges de signes contraires dans une des formes limites entre lesquelles ils résonnent. et d’autre part. dipole-1. La même réaction effectuée avec un alcyne conduit aux triazoles.498 Chimie organique d’autres doubles liaisons) ou un alcyne (ou un nitrile). .3. résonne entre deux formes limites dont l’une affecte deux charges de signes contraires aux deux atomes d’azotes terminaux. sur un alcène.54 H N C R N N tétrazole Note : par simplification des schémas. À titre d’exemple. réagit avec un nitrile pour former un tétrazole. azido. X et Z. libérées in situ et appelées dipoles-1. Cela permet une attaque de type électrophile de ce groupe sur l’alcène et déclenche le mécanisme de cycloaddition [2 + 3]. Le groupe N3. Il existe essentiellement 2 types de dipoles 1. L’acide azothydrique.54). les doublets d’électrons sont représentés exceptionnellement par des tirets. des composés ou entités chimiques mésomères le plus souvent instables.3 Y X Z X Y hétérocycle Z alcène R-N N N azidoalcane R-N N N N R-N N C C N R N C C N dihydrotriazole N R-N N C C N R N C C N triazole N H-N N R C N N nitrile Schéma 9. Ces dipôles sont constitués de trois atomes principaux X-Y-Z liés entre eux. et dont les deux atomes terminaux. appelé dipolarophile. RN3.3 (schéma 9. les dihydrotriazoles sont souvent synthétisés par action d’un azide d’alkyle ou azidoalcane.

Y.55 – dans une forme limite du dipole. et d’autres dipoles-1. Z est neutre. un atome de carbone. et dans une autre forme limite.3 de type 1 ont les caractéristiques suivantes. schéma 9.56 .HCl ∆ . mais forme alors une triple liaison avec l’atome central Y chargé positivement . un atome de carbone ou d’azote et X.3 assez stables comme les diazoalcanes. l’atome Z chargé positivement (sextet d’électrons) forme une double liaison avec l’atome central Y neutre. les azides ou l’oxyde nitreux. – si X.55 : 499 X Y Z X Y Z Schéma 9. et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev. d’oxygène ou d’azote. Y ne peut être qu’un atome d’azote.3 qui sont instables comme les oxydes.9. Il existe des dipoles-1. C H N C Cl base .HCl N N C imine de nitrile N N C HO N C Cl base .CO2 O N C oxyde de nitrile O N C N O N S O S N C sulfure de nitrile S N C N N N azide ou azoture N N C N N diazoalcane C N N O N N O N N oxyde nitreux Schéma 9. Z.HCl C N C ylure de nitrile C N C HN N C Cl base .56). imines ou ylures de nitriles souvent formés in situ par déshydrohalogénation en milieu basique d’un dérivé halogéné adéquat ou par chauffage d’un composé hétérocyclique (schéma 9. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes Les dipoles-1.

500 Chimie organique Les dipoles-1. – si X. l’atome chargé positivement Z forme avec l’atome central Y une simple ou double liaison. et Z appartiennent aux 3 premières périodes du tableau de Mendéléiev. Quelques dipoles-1. azoxy. .57 – dans les formes limites de ce dipôle. Dans ce dernier cas. les nitrones et l’ozone.57) : X Y Z X Y Z Schéma 9. de thiocarbonyles et les azimines sont préparés in situ (schéma 9. d’azote ou de carbone.3 sont stables comme les composés nitrés.58).Y. Y ne peut être qu’un atome d’azote ou d’oxygène. X et Z peuvent être des atomes d’oxygène. Z devient neutre et la charge est portée par Y .3 de type 2 ont les caractéristiques suivantes (schéma 9. Par contre les ylures de carbonyles.

HX base . Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 501 X R C base .9.58 .HX C R N R C N N C ylure d'azométhine R C N R N N C C CH N X N H R N C imine d'azométhine à partir d'hétérocycles C O C ylure de carbonyle C O C à partir d'hétérocycles C S C ylure de thiocarbonyle C S C à partir d'hétérocycles C O=O carbène N N N azimine N N N O O C oxyde de carbonyle O O C N O C carbonyle imine N O C O N O O N O O N O groupe nitro O N N groupe azoxy O N N C N O nitrone C N O O O N nitroso oxyde O O N O O O O O O O ozone O O O O O N O N N O N N O N nitroso imine Schéma 9.

(R = alkyl). CH2=CH-Ph.3). Ph-CH=CH-Ph.4). Il faut y ajouter le benzyne (§ 8.502 Chimie organique Les dipolarophiles sont nombreux (figure 9. acrylates. dicyanoacétylène. maléates ou fumarates d’éthyle. et des fonctions comme les nitriles.3. noms donnés à des composés formés de deux doubles liaisons successives faisant intervenir des hétéroéléments. les hétérocumulènes. 1-nitro-2-phényléthylène. Dérivés d’alcènes : CH2=CH-CN. Et. acrylonitrile.3 . alcynes internes. composés cycliques. trans-stilbène. R-CO-C≡C-CO-R’ (R = Me. HC≡C-CO2R (R = Me ou Et). R-C≡CH (R = aryl ou hétéroaryl). Ph-CH=CH-NO2. CH2=CH-COOR (R = alkyl). O O O anhydride maléique Dérivés d’alcynes : O NH O maléimide R-C≡C-R’ (R et R’ = aryl ou hétéroaryl). EtCO2-CH=CH-CO2Et (Z et E). styrène. R’ = aryl ou hétéroaryl). RO2C-C≡C-CO2R (R = Me ou Et).2-dicyanoéthylène. NC-C≡C-CN. CH2=CH-CO-R (R = alkyl ou aryl). un benzène dont une double liaison a été remplacée par une triple liaison (composé instable). les imines ou les azodicarboxylates. acétylène dicarboxylate. alcynes terminaux. 1. vinyl cétones. CH2=C(Me)-COOR. La plupart sont des alcènes ou alcynes acycliques activés par des groupes électroattracteurs -M. NC-CH=CH-CN (E). l’anhydride maléique et le maléimide. propiolates. Benzyne Figure 9.

imines.Cas particulier de la cycloaddition de l’ozone. Fonctions simples : R-C≡N. isocyanates.52). Il peut aussi se former un diperoxyde comme composé secondaire qui provient d’une dimérisation d’un dipôle-1.4) : Hétérocumulènes (plusieurs insaturations consécutives faisant intervenir des hétéroéléments et un carbone) : R-N=C=O. R-CO-N=C=S (R = aryl ou CCl3). R-CO-N=C=O. pour généraliser la réaction. N-acylisothiocyanates. R-N=C=S (R = alkyl ou aryl).9. et ozonolyse L’addition de l’ozone sur un alcène est une cycloaddition [2 + 3] qui conduit à un molozonide. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 503 Il faut y ajouter. O O O O O O ozone O O O O O O O O O O O C C C molozonide O C O C O O C O C O O O O + C C O O C O C O O C O diperoxyde cyclique réaction secondaire Schéma 9. .3 intermédiaire (schéma 9. azodicarboxylate d’éthyle. nitrile. et bien qu’ils ne soient ni des alcènes ni des alcynes. N-acylisocyanates. thioisocyanates. R-C(R)=N-R’ (R et R’ = alkyl ou aryl). les composés suivants (figure 9. Et-COO-N=N-COOEt.59 ozonide . Ce composé se réarrange pour fournir l’ozonide dans lequel la liaison entre atomes de carbones est rompue.

à peine formé. Un carbone éthylènique disubstitué par des groupes alkyles conduira à une cétone (non oxydable par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu réactionnel). Les aldéhydes étant très facilement oxydables en acides. ils sont ouverts pour former des cétones ou des aldéhydes selon les substituants des carbones « sp 2 » de l’alcène traité. En présence d’eau. eau et oxygène (dès son apparition dans le milieu). sera donc oxydé en acide correspondant comme dans l’exemple du schéma 9. on peut ajouter au mélange réactionnel. 1) Alcènes H3C C H3C C H CH3 O O3 H3C C O ozonide O C CH3 2 H2O H H3 C H3C cétone (acétone) CH3 C O + O C H aldéhyde (acétaldéhyde) H3C milieu anhydre Sans poudre de zinc: H3C C H En présence de poudre de zinc: H2O2 CH3 O C H 2) Alcynes R1 C C R2 R1 C O + H2O2 Zn H2O + 1/2 O2 CH3 + H2O + 1/2 O2 H O + H 2O 2 CH3-COOH acide (acide acétique) + H2O2 + H 2O Zn O C non oxydé en acide acétique O C O R2 H 2O R1 C O C R2 + H2O2 O ozonide d'alcyne R1-COOH + R2-COOH Schéma 9. dans les conditions normales.60.60 Afin d’éviter cette oxydation de l’aldéhyde formé au début de la réaction. Les ozonides sont très sensibles à l’hydrolyse. Un carbone éthylènique monosubstitué par un groupe alkyle conduira à un aldéhyde. l’aldéhyde. de la poudre de zinc qui permet la décomposition du peroxyde d’hydrogène en ses éléments. et le milieu réactionnel étant très oxydant en raison de la présence de peroxyde d’hydrogène.504 Chimie organique La réaction a lieu dans le chloroforme ou le tétrachlorure de carbone comme solvant. C’est donc un acide qui sera. dans ce cas et dans les conditions indiquées. L’oxygène moléculaire remplace alors le peroxyde d’hydrogène : c’est un très mauvais . le résultat de cette oxydation pour ce carbone.

il faut rendre les réactants plus réactifs. L’ozonide résultant réagit avec l’eau en formant une α-dicétone qui est oxydée en deux acides par le peroxyde d’hydrogène présent dans le milieu. Pour cela. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 505 oxydant. L’ozonolyse est possible avec les alcynes (2.3-diène ou le cyclopenta-1. C’est donc l’aldéhyde qui est finalement le résultat de cette réaction dans les conditions indiquées. entre un composé diènique (qui intervient par 4 électrons π) qui peut être un simple diène conjugué (1. La plus simple de toutes ces réactions est la cycloaddition de l’éthylène ou éthène (diènophile) avec le buta-1.3-diène. par chauffage. ou hétérocyclique comme le furane qui possède un caractère diènique important bien qu’il soit un composé aromatique. Elle s’effectue. ou même des composés aromatiques comme l’anthracène (le benzène ne réagit pas et le naphtalène réagit très difficilement). et un composé éthylènique ou acétylènique appelé diènophile (qui intervient par 2 électrons π). un composé polyènique conjugué. à sec ou dans un solvant non polaire comme le benzène.3).60) mais elle est beaucoup plus lente qu’avec les alcènes.3-diène ou le trans.4-diène).9. et dans ces conditions. l’aldéhyde n’est pas oxydé. un ényne ( C=C-C≡C) ou un diyne (C≡C-C≡C). sans catalyseur.61 Pour que cette cycloaddition soit rendue plus facile. le diène utilisé doit être riche en électrons ce qui suppose la présence de substituants à effet électrodonneur +I comme les groupes alkyles et plus particulièrement méthyles (le 2.trans-hexa-2. une réaction difficile.3-diméthylbuta-1. schéma 9. C’est donc. dans ce cas. Des composés dièniques cycliques sont aussi utilisés comme le cyclohexa-1. .61).10 Réaction de Diels-Alder (cycloaddition [4 + 2]) La réaction de Diels-Alder (1928) est une cycloaddition [4 + 2] qui conduit à la formation d’un composé cyclique appelé cycloadduit.3-diène (schéma 9. La figure 9.3-diène éthène ou éthylène cyclohexène diène diènophile cycloadduit Schéma 9. 9. La réaction s’effectue en phase gazeuse à 200 °C et fournit le cyclohexène (cycloadduit) mais avec de faibles rendements.4 rassemble quelques diènes utilisés dans ces réactions. 200°C + buta-1.

3-diène trans. Certains alcynes peuvent servir de diènophiles : dans ce cas. cas particulier où le diènophile est aussi un diène). le propiolate de méthyle. CO-R (R = alkyl ou aryl). sont ceux dont les carbones éthylèniques ont de faibles densités électroniques.1'-diène Figure 9. CH2OH. ou une double liaison.2-diméthylènecyclohexane 1-vinyl-cyclohexène bicyclohexyl-1.506 Chimie organique Diènes classiques buta-1.3-diène cyclopenta-1. Quelques uns d’entre eux parmi les plus employés sont présentés dans la figure 9. car substitués par des groupes électroattracteurs -I (CF3.4-diène 2.3-diméthylbuta-1. COCl. les meilleurs diènophiles.3-diène O anthracène furane cyclohexa-1. ou le benzyne formé in situ). .trans-hexa-2. CH2COOH) et surtout -M (CHO. CH2CN. seuls 2 électrons π parmi les 4 présents dans la triple liaison interviennent dans cette réaction (par exemple.5. COOH. CH2Cl. COOR. CN.3-diène 1.4 Inversement.

R-N=N-R’.2-dicyanoéthylène cis-but-2-ènedioate de méthyle trans-but-2-ènedioate de méthyle ou fumarate de méthyle NC CN H CHO H COOMe O H O H O anhydride maléique NC CN H H H H tétracyanoéthylène propènal ou acroléine propènoate de méthyle ou acrylate de méthyle H COOMe COOMe COOEt N N H acétylène (faible diènophile) H propiolate de méthyle COOMe butynedioate de méthyle ou acétylènedicarboxylate de méthyle COOEt azodicarboxylate d'éthyle O O quinone benzyne préparé in situ Figure 9. R-C≡N. peuvent être aussi des diènophiles. dans certaines conditions. R-N=O. ou cétoniques. >C=N-. >C=O. Enfin. O=O. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 507 Quelques diènophiles classiques (PhSO est retiré sous forme de PhSOH par action de Na/Hg après formation de l'adduit) peu actif remplacé par éthylène SO2Ph phényl vinyl sulfone H CN H COOMe H COOMe H CN H COOMe ou maléate de méthyle MeOOC H cis-1.5 Certaines fonctions présentant une double ou triple liaison comme les nitriles. . nitroso. les composés azo. l’oxygène. les imines. et avec des substituants de type électroattracteur -M.9. dans l’état singulet réagit sous rayonnement ultraviolet avec les diènes pour former des peroxydes cycliques. Il résulte de ces cycloadditions des cycloadduits hétérocycliques.

Tout se passe donc du même côté du plan « sp2 » du diènophile. La formation de nouvelles liaisons avec création d’un cycle se fait en une seule étape.62. CN + CN CN liaison π liaison σ CN CN liaison σ liaison σ diène diènophile cycloadduit Schéma 9. La stéréochimie du diènophile est conservée.63). . Ce mécanisme explique le caractère stéréospécifique de ces cycloadditions.508 Chimie organique La réaction de Diels-Alder est une réaction concertée. Les orbitales « p » du diènophile et des carbones 1. Cela peut avoir lieu sur l’un ou l’autre côté de ce plan.4 du diène se recouvrent lors de la réaction de cycloaddition pour former simultanément deux liaisons σ dans le cycloadduit. Les deux nouvelles liaisons σ sont créées simultanément. les orbitales « p » des carbones du buta-1.62 Dans le schéma 9. L’état de transition peut être représenté par des flèches montrant le mouvement électronique impliqué.3-diène et de l’acrylonitrile sont représentées. Le résultat est similaire pour les diènophiles « trans » (schéma 9. Un diènophile « cis » conduit à un cycloadduit « cis ».

en position trans ce qui montre que la réaction de cycloaddition est stéréospécifique et l’addition syn.2-dicyano-cyclohex-4-ène ou H CN CN H A C B D A C B D + Schéma 9. et dans le second cas.63 Si le cis-1. .2-dicyanoéthylène CN H H CN composés identiques trans-1. les groupes phényles sur le cyclohexène dans le cycloadduit sont. d’une part. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 509 CN + CN cis-1.9. avec le cis-trans-1. en position cis.2-dicyanoéthylène CN H CN H composés identiques cis-1. le trans-trans-1.64).2-dicyano-cyclohex-4-ène H ou CN H CN CN + NC trans-1. dans le premier cas.4-diphénylbutadiène et. d’autre part.4-diphénylbutadiène (schéma 9. La stéréochimie du diène est conservée dans le cycloadduit.2-dicyanoéthylène réagit avec.

2-dicyano-3. .64 Lorsque le diène est un composé cyclique. mais il est possible dans certains cas que le composé « exo » (du grec. comme le cyclopentadiène.6-diphényl-cyclohexane + H R H R H R H R + R H H R R H H R Schéma 9.65).510 Chimie organique Ph CN H H CN Ph + H Ph CN H CN H H Ph cis-cis-1. en dehors) soit aussi présent (schéma 9. l’addition est « endo ».2-dicyano-3. et que l’éthylènique est dissymétrique. en dedans) qui est obtenu. Dans la majorité des cas c’est le composé « endo » (du grec.6-diphényl-cyclohexane H CN Ph H CN Ph + Ph H CN H CN H H Ph cis-trans-1. deux types de composés peuvent être formés : si le groupe le plus volumineux du diènophile se trouve sous le diène. l’addition est « exo ». dans le cas contraire.

Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 511 cycloaddition "exo" H H H H NC CN H CN H H CN H groupes "exo" (en dehors) cycloaddition "endo" prédominante H H CN H CN H H CN groupes "endo" (en dedans) H H H NC Schéma 9. il y a interaction entre une orbitale « p » d’une double liaison du diène avec l’une des orbitales « p » du carbone de la fonction nitrile (schéma 9.65 La prédominance du composé « endo » serait le résultat de l’interaction entre les orbitales « p » du diène et celles des groupes substituant le diènophile dans la mesure où ils portent des doubles ou triples liaisons ce qui permet une formation plus rapide de ce composé (cinétiquement favorisé) comparée à celle du composé « exo ». H H H N C H Schéma 9.66). Dans la réaction entre cyclopentadiène et acrylonitrile.66 H H H H H CN H .9. Cette prédominance du composé « endo » dans ces cycloadditions est désignée sous l’appellation de règle « endo ».

. La présence du groupe chiral sur l’acrylate influe sur l’orientation de la réaction ce qui permet de favoriser la formation de l’un des deux énantiomères possibles. On obtient donc un racémique.67).512 Chimie organique L’addition de l’anhydride maléique au cyclopentadiène fournit encore un cycloadduit « endo » pour des raisons semblables. conduit à un cycloadduit acide chiral (schéma 9. copule chirale. La plus classique concerne l’addition d’un acrylate de (-) ou (+)-phénylmenthyle chiral sur le cyclopentadiène en présence d’un catalyseur. Le retrait par hydrolyse du groupe (-) ou (+)-phénylmenthyle. certaines méthodes ont été utilisées. Pour que la réaction devienne énantiosélective. un acide de Lewis.68). H H H O O O H O H H H H O O cycladduit "endo" Schéma 9. les deux produits qui en résultent sont des cycloadduits « endo » énantiomères si un carbone asymétrique est créé (schéma 9.67 La cycloaddition pouvant s’effectuer de part et d’autre du plan éthylènique du diènophile. le tétrachlorure de titane.

Avec le nitroéthylène (Y = NO2). .9. il n’y a pas de composé méta.68 Lorsqu’une réaction de Diels-Alder est effectuée avec un diène et un diènophile dissymétriques. Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 513 TiCl4 H O H H C O R* H * H TiCl4 COO * COO R* R* H2O. on remarque une régiosélectivité. Le retrait du groupe nitro dans le cycloadduit est utilisé pour obtenir des réactions de cycloadditions de ce type. régiosélectives.69). Pour des raisons d’interactions d’orbitales entre doubles liaisons et groupes substituants. Les composés ortho et para sont prédominants par rapport aux composés méta. plusieurs composés (sans compter les stéréoisomères) peuvent être obtenus (schéma 9. H+ (.R* OH) COOH * H H * COOH Schéma 9.

70). le plus souvent.69 La plupart des réactions de cycloadditions sont réversibles. par chauffage (schéma 9. Elle s’effectue par chauffage de l’adduit mais peut conduire.71 . Schéma 9. à des diènes ou diènophiles différents de ceux à l’origine de l’adduit. C’est aussi le cas de la réaction de Diels-Alder. dans certains cas. le butadiène (gaz) est obtenu de manière plus pratique par chauffage de 3-sulfolène (un solide) (schéma 9. Le cyclohexène qui peut être obtenu par cycloaddition de butadiène et d’éthylène (mais ce n’est pas sa meilleure méthode de préparation) est utilisé comme générateur de butadiène au laboratoire. La réaction inverse est appelée simplement réaction de rétro Diels-Alder ou dégradation rétro-diènique.SO2 Schéma 9.70 Toutefois. SO2 ∆ .71).514 Chimie organique R Y + ou Y R Y et ortho R Y + ou Y Y para composés prédominants R Y méta R et Y méta R Schéma 9.

73). Les réactions d’addition sur les alcènes et alcynes 515 On appelle réactions auto Diels-Alder les réactions de cycloaddition [2 + 4] qui s’effectuent entre composés dièniques de même nature.72 On appelle réactions homo Diels-Alder. libère le cyclopentadiène (schéma 9.9.73 9. lorsqu’un acide de Lewis est utilisé pour activer la réaction. Y R R' Schéma 9. Le cyclopentadiène réagit sur lui-même pour former le dicyclopentadiène. des réactions très spécifiques qui font intervenir un diène non conjugué et un diènophile (schéma 9.74). un composé tricyclique stable à température ordinaire (c’est ainsi qu’il est stocké) et qui.72). par chauffage. + dicyclopentadiène Schéma 9.74 Y H R R' H Y= groupe électroattracteur -I ou -M .10 Addition d’oléfines entre elles (ène-synthèse) Les oléfines qui ont un hydrogène sur le substituant en α de la double liaison sont susceptibles de s’additionner sans catalyseur à un composé de type diènophile (double ou triple liaison activée) utilisé dans les réactions de Diels-Alder (qui peut être appelé dans ce cas un ènophile). Par contre. Le mécanisme est concerté (schéma 9. le mécanisme pourrait être décrit par plusieurs étapes. Y ROOC N N COOR ROOC N Y COOR N Schéma 9.

.

......................2.......................1a – Hydrogénation catalytique ...2.......3. 544 10.........................................................2...................3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 ..................................................1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13........................2..........................7) .....................2 – Hydratation .................................1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) ..... 538 10...........................3..... dans le THF .........5 – Acide cyanhydrique .1c – Le borane......1b – Réaction de Mannich ..................................................2............2.............................1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc) ..... 553 .................Chapitre 10 Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle............6 – Pentachlorure de phosphore ...3 – Alcools et thiols .................................3.....3.1 – L’ammoniac et les amines .......1a – Avec les aldéhydes et cétones .............................4 – Bisulfites alcalins .................. BH3................3.......... 10..........2.....553 10........................... 10...................2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle ....1 – Réduction (voir aussi § 13.................. 523 524 525 526 526 10...........7..................... 542 10.............................1d – Avec les nitriles . 523 10.......................1 Généralités ....... 532 10.....2) ..................2...................... 544 10......................................................2....... 550 10........................2................................................ 519 10.................. 527 10................... imine.........................2........................1c – Avec les esters ... et nitrile Sommaire : 10............................... 539 10................. 523 10. 10......... 542 10......... 10.......................................

.................8......................................................4... et cétimines ...................... 600 ....8 Réactions des organomagnésiens ................................................. 581 10..................................................................................................4......2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann .........3 – Les hydrazines .6 Condensation benzoïnique ..................................4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide ...................4..9............10 Réaction de Reformatsky .....3............... 559 10...........2 – Avec les sels d’acides carboxyliques ..... 580 10.......................... 559 10..................4......5... 576 10...... 588 10............4 Additions faisant intervenir un carbanion .......6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) .. amides et chlorures d’acides ......3..................3 – Avec les aldimines......2 – Réaction de Tischenko ........................................5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde ......................................5..........................1 – Sur les cétones et aldéhydes .....................4....518 Chimie organique 10............................ 593 10...................3.......... 596 10............8.................................3 – Réaction de Tollens ........................................................ isocyanates et nitriles ........4.................... 560 10.1 – Réaction de Cannizzaro ............................... 555 10.................................. 576 10............................................................................. esters et anhydride carbonique ........................................................... 595 10....................... 599 10...........9.............1 – Avec les aldéhydes...9..........4 – Sur les imines......... 554 10.....8...... 577 10........................... 594 10..............2 – L’hydroxylamine . 573 10. 582 10............................... 599 10.....................3 – Sur l’anhydride carbonique (carbonation) et le sulfure de carbone .......................................... 578 10............................................9 Réactions des organolithiens .......................... cétones..... 583 10........................ 588 10........4 – Carbanion acétylure ..... 578 10.................................7 Réaction de Wittig . 597 10.1 – Aldolisation (et crotonisation) .......8....3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel .....................2 – Sur les esters.......5 – Réaction de Perkin ............. 567 10.........................................................................5.....

Les additions radicalaires sont particulièrement rares. H ou CN. et les réactifs électrophiles. soit par celle d’un nucléophile Nu : ou Nu. Elle est suivie de l’attaque d’un électrophile.10. +δ C −δ O C O C O effet -I Figure 10.et nitrile. qui reste toutefois l’étape lente du mécanisme. K Schéma 10. C≡N. la réaction peut débuter.sur le carbone.1).1 Généralités Les groupes carbonyle. C=N. C=O. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. une forte polarisation des liaisons.1 Les réactions d’additions qui débutent par l’attaque de l’oxygène par un réactif électrophile sont moins fréquentes.1). réaction lente) +δ C −δ O E lent Nu C O E rapide Nu C O Nu ex: CN . C’est l’étape la plus lente de l’addition. La protonation de l’hétéroélément augmente le caractère positif du carbone avec formation d’un ion carbonium (étape rapide) ce qui facilite l’attaque du nucléophile présent. imine. celle qui donne la vitesse de la réaction complète. S. ces additions sont initiées par l’attaque nucléophile sur le carbone. soit par l’attaque d’un électrophile Y ou Y+ sur l’oxygène. imine. elles ont lieu en présence d’un acide fort ou d’un acide de Lewis.1 Il en résulte que les réactifs nucléophiles attaquent le carbone. Généralement. A priori. ont un caractère commun. La réaction se termine par . étape rapide (schéma 10. l’hétéroélément. Il existe donc un effet électroattracteur -I auquel s’ajoute une délocalisation des électrons π qui affecte une charge positive au carbone et une charge négative à l’hétéroélément (figure 10. qui est la conséquence de la différence des électronégativités entre le carbone et les hétéroéléments O. +δ C −δ O H lent C NuH O rapide Nu C O NuH ex: H2O (sans catalyse acide. ou N. et nitrile 519 10.

2. C O +δ −δ H A acide Figure 10. l’addition d’amines sur les cétones s’effectue en présence d’une faible quantité d’acide. L’acide joue alors le rôle d’un catalyseur. L’eau est un faible nucléophile et son addition est lente en l’absence d’acide.2).2). Des liaisons « hydrogènes » peuvent aussi activer l’attaque du nucléophile. C’est le cas de l’hydratation (§ 10. . Un excès conduit à un sel d’ammonium et à une diminution des amines libres. La présence d’acide augmente sensiblement la vitesse de cette réaction. des nucléophiles forts comme l’ion cyanure réagissent sans l’aide d’un acide. catalyse acide +δ C −δ O H H C O C O H NuH H C Nu H Schéma 10. Le groupe carbonyle peut former avec un acide ou un solvant protique une liaison « hydrogène » qui permet une augmentation de la charge partielle positive du carbone de C=O (figure 10. ce qui le rend plus actif (exemple : HCN et CN–) (schéma 10. entre autres.2 C O +δ −δ H O R solvant protique Par ailleurs.2). Par contre. la catalyse basique permet d’augmenter la réactivité d’un nucléophile NuH en le déprotonant en Nu-.3). Il existe donc pour chacune de ces réactions un pH défini pour lequel la réactivité est maximale. Ainsi.520 Chimie organique une déprotonation (schéma 10.2 H -H C Nu O O La quantité d’acide ajoutée à une réaction comme catalyseur doit être contrôlée afin qu’un excès n’induise pas une diminution de la concentration en nucléophile.

est plus réactif que l’éthanal. R C O Schéma 10. dans la mesure où les groupes méthyles par leurs effets électrodonneurs +I diminuent le caractère positif du carbone (figure 10. CH3COCH3.4).3). les aldéhydes sont généralement plus réactifs que les cétones. lui-même plus réactif que la propanone.3 La présence de substituants à effets électroattracteurs -I comme CH2Cl augmente sensiblement la vitesse de la réaction. H H +δ C −δ O H3C H +δ C −δ O H3C H3C +δ −δ C O attaque d'un réactif nucléophile de moins en moins facile Figure 10. HCHO.4 Les cétones et aldéhydes aromatiques sont moins réactifs que leurs équivalents aliphatiques. Ainsi. en raison de la délocalisation sur le cycle de la charge positive.10. pour une série homogène donnée.4). et nitrile 521 catalyse basique NuH + B C O Nu Nu Schéma 10. Cl CH2 H +δ C O −δ H3 C H +δ C −δ O Figure 10.4 R C O . conséquence de la résonance (schéma 10. CH3CHO. Le méthanal. imine.3 Nu C + BH H O BH -B Nu C O La nature des substituants portés par le carbone fonctionnel a une grande importance sur la vitesse de la réaction d’addition. et inversement pour les groupes à effets électrodonneurs +I (figure 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.

R C R' Figure 10. On peut donc en conclure que les substituants du carbone interviennent sur la vitesse de l’addition par leurs effets électronique et stérique.5). C 1 C 2 C 3 O 4 C C C NuH O NuH (addition-1.5 .4) C C C Nu O H C Nu C C OH (addition sur le groupe fonctionnel C=O) C Nu C H C O Schéma 10. La di-t-butylcétone ((CH3)3C)2C=O ne réagit qu’avec des réactifs nucléophiles de faible volume et de haute réactivité (figure 10.5).522 Chimie organique Le volume des substituants a aussi une importance sur la vitesse de la réaction d’addition. au même titre que le volume du nucléophile. et pour un groupe fonctionnel donné. l’augmentation du volume du nucléophile utilisé peut rendre la réaction moins facile.4.2 sur le groupe fonctionnel sont rendues plus difficiles en raison de la diminution de la charge partielle positive du carbone (schéma 10. La conjugaison du groupe fonctionnel avec une double liaison et la délocalisation électronique qui en résulte rend possible des additions-1.5 O difficile et réaction d'addition lente substituants volumineux: approche de NuH ou Nu- À l’inverse.2) (addition-1. Les additions-1. Les substituants volumineux gênent l’approche du réactif nucléophile et diminuent la vitesse de la réaction.

maintenant.7) 10. et secondaires pour les cétones. le contrôle de la réaction est thermodynamique et l’addition est de type-1.6). la substitution du groupe C=O par un groupe volumineux comme t-butyle oriente plutôt l’addition en 1.1 – Réduction (voir aussi § 13. – l’addition d’un carbanion. il s’agit d’une addition-élimination. la condensation benzoïnique. imines et nitriles : – l’addition simple sur la double liaison fonctionnelle .et d’un amide -CO-NHR). palladium ou ruthénium). l’addition des organométalliques et la réaction de Reformatsky.4. Les alcools correspondants. Il faut y ajouter les réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure.10.2. la gêne stérique apportée par les substituants du composé de départ peut orienter plus encore que les effets électroniques. Il existe trois grands types de réactions d’additions sur les groupes carbonyles.4. La présence d’un groupe volumineux sur C1 comme phényle a pour conséquence d’orienter la réaction plutôt vers l’addition sur C=O. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. voir ci-dessous) .(une condensation. .2 (la présence du groupe fonctionnel stabilise plus le produit résultant de la réaction qu’une double liaison). l’addition de deux molécules formant un composé unique qui subit l’élimination immédiate ou non d’une petite molécule comme l’eau ou un alcool avec formation ou non d’une double liaison (ex : réaction entre amine primaire et composé carbonylé. car dans ce cas le produit formé est plus stable thermodynamiquement que celui résultant de l’addition-1. et plus souvent. et nitrile 523 Si la réaction d’addition est facilement réversible. cétone ou ester avec formation respectivement d’une imine >C=N.4 ou sur le groupe fonctionnel. – l’addition de composés azotés suivie d’une élimination avec formation d’une double liaison >C=N. Inversement. sont obtenus (schéma 10. l’addition en 1. 10. imine.2. Toutefois. la réaction de Wittig. une hydrogénation catalytique.2 Réactions de simple addition sur le groupe carbonyle 10. dans ce cas. primaires pour les aldéhydes. Dans ce dernier cas. Remarque : le terme « condensation » est équivoque car il indique dans la littérature ancienne l’addition pure et simple d’un réactif à un autre avec formation d’un seul composé (ex : formation de cyanhydrine à partir d’un aldéhyde et de HCN).1a – Hydrogénation catalytique La réduction des aldéhydes et cétones simples (ne possèdant pas d’autres fonctions dans leurs molécules) peut être effectuée par l’hydrogène en présence d’un catalyseur (platine.

Pd R1 C R2 H H2. chimiques. chimiosélectif. on dit qu’il est. Certains groupes réductibles comme CN. La plus importante est celle qui utilise l’hydrure de lithium aluminium. L’emploi de AILiH4 a l’avantage d’être utilisable avec tous les aldéhydes et cétones contenant ou non des doubles et triples liaisons mais aussi des groupes OR. car elles sont réduites avant les fonctions carbonylées. les doubles ou triples liaisons ne doivent pas être conjuguées avec le groupe carbonyle car elles risquent d’être elles aussi réduites. C O C O-AlH3 Li H +3 C O C H O Al Li 4 4 H-O-H H AlH3 Li 4 C H OH + Al (OH)3 + LiOH Schéma 10. dans ce cas.2) La réduction catalytique par l’hydrogène présente un grand inconvénient lorsque la molécule contient des doubles ou triples liaisons carbone-carbone ou carbone-azote. C’est pourquoi on lui préfère d’autres méthodes de réduction. NO2 ou COOR sont aussi réduits. selon la nature de la molécule.1b – Hydrures métalliques (LiAlH4 et NaBH4) (voir aussi § 13.7 . NR2. AILiH4. qui ne sont pas transformés. 10. dans un solvant aprotique anhydre.2.6 Les cétones et aldéhydes aromatiques peuvent être réduits en hydrocarbures après leurs réductions en alcools. Lorsqu’un réactif permet d’agir de manière spécifique sur une fonction donnée parmi les autres présentes dans une molécule.7. La réaction s’effectue en phase homogène ce qui est préférable sur le plan des interactions intermoléculaires à une réaction en phase hétérogène solide-liquide.524 Chimie organique R1 C R2 H Ar C R2 R2 = Ar' ou H OH O H H2.H2O R1 C R2 H OH Schéma 10. comme le diéthyléther ou le THF. Pd . Toutefois. F. dans lequel il a la particularité d’être soluble.

2. Quelques autres méthodes classiques présentées ci-après permettent la réduction des aldéhydes et des cétones. NaBH4 ne réduit pas les fonctions CN. comme AlLiH4 (schéma 10. Un autre hydrure très utilisé est le borohydrure de sodium. Par ailleurs. et nitrile 525 Une molécule de AILiH4 forme un complexe à partir de quatre molécules de composé carbonylé (schéma 10. le bore se lie à l’oxygène. souvent très polaires.7) par attaques d’ions hydrures sur le carbone fonctionnel et formations de liaisons O-Al. qui a l’avantage sur LiAIH4 de pouvoir être utilisé dans l’eau ou les alcools (solvants protiques polaires) ce qui augmente le nombre des molécules réductibles et en particulier celles insolubles dans l’éther ou le THF. puis la même réaction se renouvelle deux fois encore pour conduire à un borate d’alkoxyde. NO2 et COOEt. L’hydrolyse conduit à trois molécules d’alcool (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. . De nombreux réactifs ont été mis au point pour réduire des aldéhydes ou cétones de manière spécifique dans des molécules polyfonctionnelles. L’action de l’eau dans la dernière phase de la réduction permet le remplacement de l’aluminium par quatre atomes d’hydrogène ce qui libère quatre molécules d’alcool. CH3 C O H O CH CH3 H BH3 Na Na B(OCH(CH3)2)4 C H OH + H3B-O-CH(CH3)2 Na isopropoxyborohydrure de sodium capable de réagir encore trois fois tétraisopropoxyborate de sodium Schéma 10.1c – Le borane.8 Une molécule de borohydrure de sodium réduit quatre molécules d’aldéhyde ou de cétone. Ils font intervenir de nombreux réactifs métalliques. 10. ne pouvant donc pas être réduites par AILiH4. et l’hydrogène au carbone d’une première molécule de composé carbonylé.8). BH3. Cela explique la réaction violente de l’hydrure de lithium aluminium avec l’eau et les alcools et qui se fait avec libération d’hydrogène.10.9). NaBH4. Il se forme finalement le tétraisopropoxyborate de sodium lorsque la réaction est effectuée dans l’isopropanol. dans le THF Lorsque le borane est utilisé pour réduire un aldéhyde ou une cétone. imine. L’hydrure de lithium aluminium est plus actif dans ces réactions de réduction que le borohydrure de sodium en raison de la plus forte polarisation des liaisons Al-H comparée à celle des liaisons B-H.

1d – Le sodium dans l’éthanol (méthode ancienne de Bouveault et Blanc).2. la butanone ou la cyclohexanone.10) est assez peu utilisée actuellement (elle réduit aussi très bien les fonctions esters).526 Chimie organique C H O + BH2. La réaction inverse est appelée oxydation d’Oppenauer (§ 12. Toutefois.10 10.7) (oxydation d’un alcool en présence d’une cétone. le t-butoxyde d’aluminium). C O Na . EtOH C H OH Schéma 10. L’action du sodium dans l’éthanol (schéma 10. Le mécanisme est mal connu.2. dans ce cas.9 10. et d’une base qui est le plus souvent. les aldéhydes et cétones qui présentent un fort taux d’énolisation comme les esters β-cétoniques. les β-dicétones… ne sont pas réduits par cette méthode. . Il semblerait radicalaire. comme la propanone.1e – L’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique en excès (méthode de Meerwein-Ponndorf-Verley) La réaction de Meerwein-Ponndorf-Verley (1925) utilisant l’isopropoxyde d’aluminium dans l’alcool isopropylique est une réduction réversible très spécifique des cétones et aldéhydes et qui a peu d’effet sur toutes les autres fonctions réductibles. THF C H O-BH2 +2 C O C H O-B 3 H2O C H O-H borate d'alkoxyde + B (OH)3 acide borique Schéma 10.

La réaction est réversible et l’hydrate formé (diol géminé) est instable dans de nombreux cas (schéma 10. 56 °C. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.2 – Hydratation R C R' R'= H : aldéhyde R' = alkyl. et la propanone (acétone).11 Pour orienter la réaction vers la formation de l’alcool. aryl ou aralkyl : cétone R O + H2O R' C OH OH hydrate d'aldéhyde ou de cétone Schéma 10.2. imine. 10. inférieur à celui de l’alcool isopropylique.12). D’autres mécanismes ont été proposés faisant intervenir deux moles d’isopropoxyde d’aluminium par mole de composé carbonylé. Cela est du à l’effet électrodonneur +I des groupes alkyles qui rend plus difficile l’attaque du nucléophile (dans ce cas. et nitrile 527 (H3C)2HC-O Al O H R1 R2 O-CH(CH3)2 O C CH3 isopropoxyde d'aluminium (H3C)2HC-O Al O O-CH(CH3)2 O C CH3 H CH3 (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H + O C CH3 H3C propanone O CH(CH3)2 CH3 R1 C R2 état de transition cyclique (H3C)2HC-O Al O R1 C R2 H O CH(CH3)2 H-O-CH(CH3)2 (H3C)2HC O Al O (H3C)2HC R1 + O C R2 alcool O CH(CH3)2 H H Schéma 10.11).10. Le mécanisme est complexe. l’eau) sur le carbone du groupe . mais le passage par un état de transition cyclique à six centres ne fait aucun doute. la propanone (acétone) formée dans la réaction est distillée au fur et à mesure de sa production (point d’ébullition. 82 °C). CH3CHO. Il s’effectue par transfert d’un ion hydrure suivi par celui d’un proton fourni par l’alcool isopropylique du milieu (schéma 10. (CH3)2CO. Les hydrates d’aldéhydes sont plus stables que les hydrates de cétones pour des groupes de substituants identiques comme l’éthanal.12 La plupart des composés carbonylés additionnent une molécule d’eau.

A -A R C R H A Schéma 10.6 montre la variation de la stabilité de quelques hydrates en fonction des effets -I puis +I du ou des substituant(s) du groupe carbonyle. Cl Cl C C H OH H hydrate de chloral Cl OH H C OH H hydrate de méthanal OH H3 C C OH OH H 3C C H 3C OH OH hydrate d'éthanal hydrate de propanone stabilité décroissante Figure 10. en milieu acide ou basique (schéma 10.A R C R' H O H O H .14). Ph O C C O C O H Ph + H 2O O O C Ph Ph hydrate de diphénylpropanetrione très stable O H O Schéma 10. Cl3C-CHO.528 Chimie organique carbonyle. Milieu basique R C R' H O H B Milieu acide B O R' H O H + BH R C O R C R O H R O R C O + B H O H R C R' H O H O H .13). La figure 10.6 La possibilité de liaisons hydrogènes dans l’hydrate augmente aussi sa stabilité comme pour celui de la diphénylpropanetrione (schéma 10.14 O O H H R C R O O + AH H H . La présence de groupes électroattracteurs au voisinage du groupe carbonyle facilite l’addition du nucléophile et augmente la stabilité de l’hydrate résultant comme pour le chloral.13 L’hydratation peut s’effectuer en milieu neutre comme pour le méthanal mais aussi. le plus souvent.

15 C’est une réaction équilibrée mais qui est très fortement déplacée vers la droite en conditions normales (avec des imines aliphatiques). R R' H . et nitrile 529 Dans le cas du groupe imine.15).A O H R R" N H .16). les bases de Schiff.10.16 . aralkyl) R" N + H2O R C R' OH N R" H R C R' composé carbonylé (cétone ou aldéhyde) amine primaire O + H2N R" α-hyroxyamime Schéma 10.A H C O H α-hydroxyamine protonée R R' C O H R' R' C O N H H R C O H . une addition semblable à celle des composés carbonylés a lieu. L’élimination d’un sel d’ammonium et la perte d’un proton conduisent au composé carbonylé (schéma 10. analogue de l’hydrate.A R C R' H H R" N R" R" N H . ArCH=N(R)(R’). sont plus difficiles à hydrolyser et un milieu acide (ou basique) est nécessaire. imines formées entre des aldéhydes aromatiques et des amines primaires.A C O R + N R" H .A Schéma 10. aryl. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. R C R' imine d'aldéhyde (R =H) ou de cétone (R = alkyl. mais le composé ainsi formé.A H R' R" N H sel d'amine primaire + H H . Toutefois.A H H sel d'α-hydroxyamine R C R' O H N R" H . imine. Le mécanisme en milieu acide débute par une protonation de l’azote basique de l’imine ce qui provoque l’addition d’une molécule d’eau avec formation d’une α-hydroxyamine protonée instable. élimine une molécule d’amine primaire pour libérer finalement un composé carbonylé (schéma 10.

18). R.17). de l’hydroxylamine (sous forme de sels). des hydrazines (sous forme de sels). R. R1 R3 C N R4X R1 C N R2 R3 R4 X R1 C N R2 R3 R4 X R2 sels d'iminium H 2O R1 C R2 Schéma 10.530 Chimie organique D’autres composés qui portent un groupe imino >C=N. sont hydrolysables comme les imines et libèrent un composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) et respectivement.18 H O + H N R3 X R4 .comme les oximes R. de la semicarbazide. Elle est plus rapide en milieu acide.R’C=N-NH-CS-NH2.R’C=N-NH-CO-NH2. C’est la réaction inverse de leurs formations.17 Les sels d’iminium sont souvent préparés par action d’un halogénure sur une imine. mais elle peut être très lente. R. et de la thiosemicarbazide (schéma 10. L’hydrolyse peut s’effectuer à pH 7. Ces composés sont très facilement hydrolysés à température ordinaire en raison de la délocalisation de la charge positive sur le carbone (schéma 10.R’C=N-NHR”. R C N R' oximes OH H 2O R C R' O + H2N OH hydroxylamine H R C N R' R C N R' semicarbazones hydrazones H R" H2O idem + NH2 N R" N hydrazines (l'hydrazine R" = H) H N CO-NH2 H2O idem + H2N NH CO-NH2 semicarbazide H R C N R' thiosemicarbazones N CS-NH2 H2O idem + H2N NH CS-NH2 thiosemicarbazide Schéma 10. et les thiosemicarbazones. les semicarbazones.R’C=NOH. les hydrazones.

imine.20). C’est une méthode souvent utilisée pour leurs préparations.19). et nitrile 531 Des sels d’iminium se forment lorsque des énamines sont en milieu acide. L’hydrolyse est facile (schéma 10.19 Dans des conditions de réaction stœchiométriques. L’hydrolyse acide des amides conduit aux acides dont ils dérivent. Les nitriles étant obtenus facilement par action d’un halogénure sur un cyanure alcalin par une réaction de substitution (schéma 10. les nitriles additionnent une molécule d’eau en milieu acide sulfurique concentré pour former un amide. RCONH2.10. H C C N R2 ènamine C R1 C N R2 R1 H C C N R2 R1 H2O H C H C O R1 N R2 sel d'iminium + H Schéma 10.20 . RX + NaCN H SO4H2 concentré SN2 RCN + NaX R C nitrile N R C NH R C NH H H O C H O C R NH H amide protoné H2O (quantité stoechiométrique) H O NH R O H C R H O C R H O O NH2 R C O H H H N H H N H -H NH H H C R amide N H H O C R O H H addition d'eau à l'amide protoné H O R H C O acide NH2 R C O H + NH2 H Schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.

S S trithiane S Figure 10. sous l’action de la soude. NH R C O H (formes tautomères) iminoalcool N R C N R C O O H O C R O H NH2 R C O H H2O.7).21 L’acide sulfhydrique H2S. mais de nombreuses autres méthodes existent.532 Chimie organique L’hydrolyse des nitriles peut aussi être effectuée en milieu basique par la soude contenant environ 10 % de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée).21). la sulfuration en composés thiocarbonylés >C=S. Le mécanisme d’hydrolyse basique passe encore par un amide qui.22 .OH NH2 R C O amide O H NH2 H O H R C O + NH3 O O R-COO sel d'acide H H + H 2O Schéma 10.3 – Alcools et thiols R C O + R'OH H R C H OH OR' H H R C H OR' acétal R C OR' OH OR' hémiacétal + R'OH + H2 O Schéma 10. ou des composés cycliques comme les trithianes (figure 10. et de l’ammoniaque (NH3 + H2O → NH4OH) (schéma 10. des α-dithiols >C(SH)2. composé analogue de l’eau.7 10. . mis en présence de composés carbonylés peut conduire à divers produits comme les α-hydroxythiols >C(SH)-OH. fournit le sel de sodium de l’acide.2.

comme le trichloroéthanal ou chloral. imine. ou ceux qui portent un substituant électroattracteur.2). mais la catalyse acide augmente leur vitesse. Les hémiacétals et acétals sont stables en milieu basique. comme l’éthanal. les bases sont sans effet.23 H O -H R C O R' hémiacétal H H O C O R R C O H R' H -H R O C O R' H H R' La formation des acétals à partir des hémiacétals nécessite un catalyseur acide (schéma 10. conduisent à des hémiacétals stables isolables .10. et nitrile 533 Les aldéhydes réagissent avec les alcools anhydres pour former d’abord des hémiacétals puis. Cl3C-CHO.22). Les mécanismes sont semblables à ceux de l’hydratation (§ 10. Sauf très rares exceptions.23). Ce sont des réactions réversibles qui peuvent avoir lieu en milieu neutre. Formation de l'hémiacétal en milieu neutre O R O R' C H H R O C O R' H R H O C O R' hémiacétal H H Formation de l'hémiacétal et de l'acétal en milieu acide O R C H H R C H H H O R C O R' H H R H H H . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.2. Les aldéhydes de faibles masses moléculaires.H2O O H R' O H R H O C O R' H C O R' R' R'-O-H R' O R C O R' acétal Schéma 10. des acétals (schéma 10.

soit par absorption au moyen d’un tamis moléculaire ou d’alumine. elle est alors remplacée par l’action de composés comme les orthoesters. schéma 10.24 Lorsqu’une fonction aldéhyde et une fonction alcool sont présentes dans une même molécule. cette réaction d’addition étant difficile. C’est le cas des sucres acycliques comme le D-glucose qui. schéma 10. Le retour à la fonction aldéhyde de départ (déprotection) est effectué par hydrolyse de l’acétal. l’action de la soude sur le composé de départ aldéhydique aurait produit un carbanion par déprotonation de CαH et des réactions autres que l’élimination de HBr auraient été possibles. soit par une distillation simple ou azéotropique (voir 8. Al2O3.25. est en équilibre avec les formes cycliques (α. En effet. Dans l’exemple présenté. H Br-CH2-CH2-CH(OEt)2 NaOH 2 EtOH + CH2=CH-CHO H .1. la protection de la fonction aldéhyde du 3-bromobutanal est nécessaire pour effectuer l’élimination de HBr et former une double liaison. par hémiacétalisation.et β-D-glucofuranoses) ce qui crée un carbone asymétrique supplémentaire présent dans le cycle appelé carbone anomérique.24. H2O H2C CH-CH(OEt)2 + NaBr + H2O + H 2O Br-CH2-CH2-CHO + 2 EtOH Schéma 10. en milieu acide.5. L’acétalisation permet de les éviter. . et qui est aussi à l’origine du phénomène de la mutarotation des sucres (présentée au § 4. Les acétals sont utilisés comme protecteurs de la fonction aldéhyde d’une molécule. en présence de chlorure d’ammonium.534 Chimie organique (donc plus stables que les hydrates correspondants).33). Parfois. la formation d’un hémiacétal par réaction intramoléculaire est possible si l’hétérocycle qui est ainsi produit est composé de 5 ou 6 éléments. HC(OR)3.et βD-glucopyranoses prépondérants. ainsi que α. Cette protection permet au chimiste de poursuivre sa synthèse en effectuant des réactions nouvelles (surtout en milieu basique) avec des réactifs qui auraient pu agir de manière non souhaitée sur cette fonction carbonylée.12d). c’est-à-dire très stable car présentant de faibles tensions cycliques. Pour les aldéhydes de masses élevées. le déplacement de l’équilibre vers la droite est obtenu par élimination de l’eau formée.

les 1. H R + H2 O hémiacétal Schéma 10. imine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.2-diol. conduisent assez facilement à des acétals cycliques stables. comme l’éthane-1.25 Contrairement aux aldéhydes.26 Les réactions avec de simples alcools s’effectuent le plus souvent en milieu acide avec retrait de l’eau formée. .5% O 1 H HO H H 2 3 4 H OH H OH H 4 HO 6 CH2OH H 5 OH OH H 3 H 2 OH 4 OH 3 2 HO H H HO H 1 O OH OH α-D-glucopyranose ou α-D-glucose 6 CH2OH 5 5 6CH2OH H OH H OH O OH 5 CH OH 6 2 HO H HO H 1 2 3 4 O OH 1 63. respectivement (schéma 10. 1.3-diols.27).10.3-diol. comme pour les aldéhydes de masses élevées.1).3-dioxanes. et nitrile 535 6CH2OH 5 H H 1 1 2 3 4 OH OH H OH O O 35. les cétones réagissent assez difficilement avec les alcools pour des raisons d’encombrement stérique et électronique (voir § 10.2-diols (glycols). Les mécanismes de formation de l’hémiacétal et de l’acétal sont identiques à ceux indiqués pour les aldéhydes (schéma 10.3-dioxolanes et 1. Seuls. HO-(CH2)3-OH. Ce sont d’excellents protecteurs de la fonction cétonique. comme le propane-1. HO-(CH2)2-OH et 1.26). OR" C R' OR" acétal (autrefois appelé cétal) R C O R' + R"-OH H R C R' OR" OH R"OH.5% 2 D-glucose (acyclique) 4 OH 3 OH OH β-D-glucopyranose ou β-D-glucose H 5 CH OH 6 2 Schéma 10.

28 Les thiols. Les dithioacétals sont plus stables que les acétals vis-à-vis de l’hydrolyse acide. RSH. le tétrachlorure de titane. la réaction directe étant parfois complexe (schéma 10.536 O H C O Chimie organique C O + HO CH2 HO CH2 CH2 CH2 + H 2O éthane-1. .3-dioxane Schéma 10.28). Il se forme un hémimercaptal (ou hémithioacétal) puis un dithioacétal qui sont stables en milieu basique. La formation des dithioacétals peut être catalysée par des composés autres que les acides. . TiCl4. L’éthane-1. le groupe hydroxy de l’hémiacétal est substitué par X (schéma 10. Parmi les diols souvent utilisés pour la protection des aldéhydes et des cétones.H2O OR C X C O + R-OH + HX Schéma 10. SiCl4. il ne se forme pas l’hémiacétal mais un éther α-halogéné.2-diol 1. ou le tétrachlorure de silicium. La dithioacétalisation est utilisée pour la protection des composés carbonylés.27 Cette stabilité est liée à leurs structures hétérocycliques composées de 5 ou 6 éléments.2-dithiol conduit à des dithioacétals cycliques.29). Les dithioacétals sont désulfurisés par le nickel de Raney ce qui permet de réduire les cétones. réagissent plus facilement avec les aldéhydes et cétones que les alcools ce qui est en accord avec le caractère plus nucléophile des thiols comparé à celui des alcools. Sous l’action de HX. on peut donner le classement suivant en fonction de la facilité de l’acétalisation.3-dioxolane HO CH2 C O + HO CH2 CH2 O H C O CH2 CH2 + H2O CH2 propane-1. par exemple. Celle de l’hydrolyse des acétals correspondants est en ordre inverse. HO-CH2-C(CH3)2-CH2OH > HO(CH2)2-OH > HO(CH2)3-OH Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone aliphatique est traitée par un alcool primaire ou secondaire anhydre et un halogénure d’hydrogène en quantité stœchiométrique. lesquelles présentent comme indiqué précédemment de très faibles tensions de cycle. La facilité de la formation des acétals cycliques est liée à leur entropie de formation qui est relativement plus favorable que celle de la formation d’acétals acycliques : un diol réagit sur un aldéhyde ou une cétone en fournissant deux molécules (l’acétal et l’eau) tandis qu’un alcool simple nécessite trois molécules (deux d’alcool et une de composé carbonylé) pour un même résultat : deux molécules.3-diol 1.

par action d’un hydrazide). R C O N H Cl NH R H C O R' Cl R C NH2 Cl O R' H R' chlorhydrate d'iminoéther ou d'imidate Cl NH2 R C O R' N(Et)3 R C O NH NH -NH-R' 2 R' NH R C NH-NH-R' amidrazone NH2 R C NH-NH-R' . l’imidate. pour former un chlorhydrate d’iminoester. Ils réagissent très facile- . Par chauffage des chlrohydrates d’iminoéthers dans un alcools des orthoesters sont formés (schéma 10.29 Les nitriles additionnent une molécule d’alcool absolu (le plus souvent primaire) en présence de chlorure d’hydrogène. et nitrile 537 OH C O + RSH C SR hémithioacétal RSH SR C SR dithioacétal H2. imine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. Ni CH2 + 2 RSH Schéma 10. Les acylnitriles. d’iminoéther ou d’imidate. C’est la synthèse de Pinner (1877). RCOCN.30). le dioxane ou le benzène.10.30 L’action de la triéthylamine ou de bicarbonates alcalins permet de libérer la base.R'OH R C O N C Ar R' 2-aryl-1.4-oxadiazoles.4-oxadiazole substitué en position 5 H2O O R C OR' ester OR' R'OH.HN(Et)3.3. de son sel.3. ∆ R C OR' OR' orthoester Schéma 10. Cl hydrazine monosubstituée iminoéther ou imidate NH2-NH-CO-Ar hydrazide N NH-CO-Ar R C O R' R C O hydrazonate N N C OH Ar N . sans solvant ou dans l’éther. Les imidates sont très utilisés en synthèse de composés hétérocycliques (comme les 1. et certains nitriles aromatiques ortho substitués ne réagissent pas.

31). La protonation par l’eau du milieu conduit à la combinaison bisulfitique. tertiaires …). pour former des composés cristallisés qui précipitent car très peu solubles dans l’eau.32). la réaction de Ritter fait aussi appel à un nitrile et à un alcool susceptible de libérer un carbocation stable par action d’un acide fort (alcools secondaires. mais d’une attaque de ce groupe par un carbocation produit in situ. l’ion sulfite formé à partir de l’ion bisulfite attaque le carbone du groupe carbonyle. Il ne s’agit pas d’une véritable addition d’un alcool sur le groupe nitrile. Le composé carbonylé est régénéré par chauffage dans une solution diluée de carbonate de sodium (schéma 10.4 – Bisulfites alcalins Seuls. car l’équilibre est alors peu orienté vers la droite. R-CN + R'OH H R-CO-NH-R' amide secondaire alcool secondaire ou tertiaire R'-OH H .31 10. sels de l’acide hydroxysulfonique (appelés combinaisons bisulfitiques). . dans un mélange. Dans les conditions de cette réaction. Une autre réaction. Le nouveau carbocation qui en résulte additionne une molécule d’eau pour former un N-alkyl amide (schéma 10.538 Chimie organique ment à 0 °C avec de nombreux nucléophiles azotés. mais aussi les isocyanates qui réagissent avec le bisulfite de sodium) de composés non carbonylés. fournit des esters. C’est une méthode intéressante pour séparer des composés carbonylés (actifs.2. les α-céto esters et quelques cétones cycliques (inférieures à nC = 7) sont capables d’additionner une molécule de bisulfite alcalin en solution dans l’eau. L’hydrolyse des sels d’iminoéthers. Des carbocations issus d’autres molécules comme les alcènes produisent le même résultat. les aldéhydes.H2O R' R C N + R' -H R C N R' R C O N R' R C O N R' R C O N R' R C O N H R' H H H H H Schéma 10. certaines méthylcétones peu encombrées. surtout pour des raisons de gêne stérique. en conditions douces. Les autres cétones ne réagissent pas ou faiblement.

La réaction est réversible.33 La réaction avec les aldéhydes aromatiques conduit plutôt à des benzoïnes (§ 10. KCN + H2SO4 OH C=O + HCN C CN cyanhydrine C=O CN H Schéma 10.5 – Acide cyanhydrique Tous les aldéhydes et certaines cétones (propanone.33). imine. (CH3)3C-CO-CH3).34).10. butanone. pentan-3-one et pinacolone. dans ce cas. selon une réaction de substitution SN2 (schéma 10. La réaction est plus souvent effectuée en présence d’une base car l’ion CN .est un meilleur nucléophile que l’acide cyanhydrique. et nitrile 539 HO S O O Na O S O O + H + Na ion bisulfite ion sulfite R C O H H O S O ion sulfite OH C SO3 Na combinaison bisulfitique solide cristallisé CO3Na2 H2O R C O + SO3Na2 H O Na Schéma 10. est effectuée à partir de la combinaison bisulfitique de l’aldéhyde. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. déplace l’équilibre vers la gauche. elle-même. par action de l’ion cyanure. additionnent une molécule d’acide cyanhydrique (formée in situ par action d’acide sulfurique dilué sur un cyanure alcalin) pour former les cyanhydrines correspondantes (schéma 10. L’obtention des cyanhydrines.32 10. L’addition d’une base à la cyanhydrine.6).2. .

Ce polyhydroxyacide. acide aldonique. en aldose avec une unité H-C-OH en plus de l’aldose de départ. Les cyanhydrines dérivées de Ar-CO-R sont plus facilement obtenues par action du cyanotriméthylsilane en présence d’un acide de Lewis.35 CN OSiMe3 H2O Ar C R OH L’hydrolyse de CN in situ de la cyanhydrine conduit à des α-hydroxy acides.34 La benzophénone Ph-CO-Ph ne réagit pas. le borohydrure de sodium ou par une méthode électrolytique. Cette réaction est suivie de l’hydrolyse du groupe nitrile en acide par action de la soude à chaud (40 à 60 °C). CN Ar-CO-R + Me3SiCN acide de Lewis Ar C R Schéma 10. réaction suivie d’une hydrolyse pour déprotéger le groupe hydroxy (schéma 10. méthode utilisée pour allonger les chaînes des sucres d’une unité de carbone (schéma 10. La séparation peut être faite à partir des sels d’acides aldoniques. laquelle est réduite par l’amalgame de sodium. .35). en particulier par cristallisation fractionnée. et les cétones Ar-CO-R avec R aliphatique sont très peu actives. Il en est de même des cétones encombrées. On obtient un mélange d’épimères.36) et appelée méthode de Kiliani-Fischer (1885) : l’aldose est d’abord traité par le cyanure de sodium en présence de chlorure de calcium ce qui fournit la cyanhydrine correspondante. se cyclise spontanément en lactone. avant traitement par l’acide minéral pour libérer l’acide aldonique.540 Chimie organique OH Ar CHO + NaHSO3 Ar CH OH CN Ar CH CN SO3Na -NaSO3 Schéma 10.

par hydrolyse du groupe CN. qui.H2O NH2 C CN H H2O base NH2 C COOH H RCHO HCN R R R Schéma 10. Ainsi.37). permettent d’accèder à des α-amino acides : c’est la méthode de Strecker (1850) (modifiée parTiemann) (schéma 10. CaCl2 NaOH.37 .5 CHOH CHOH H CHO OH CHO CHOH CHOH NaCN H2O. H2O C H CHOH Na/Hg O pH: 3-3. L’utilisation d’amines primaires ou secondaires permet l’accès à des α-amino nitriles N-substitués ou N.N-disubstitués.5 HO CHO H CHOH CHOH HC Schéma 10. les cyanhydrines réagissent avec l’ammoniac pour former des α-amino nitriles. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.10.36 Les groupes hydroxy en position α d’un nitrile peuvent être facilement substitués par des réactifs nucléophiles. On peut remplacer HCN et NH3 par un mélange de chlorure d’ammonium et de cyanure de sodium. OH C CN H NH3 . et nitrile 541 COOH H CN H OH CHOH CHOH séparation COONa des sels H d'acides aldoniques OH épimères CHOH ∆ CHOH puis H HO OH CHOH CHOH et COOH H CHOH CHOH COOH H OH CHOH CHOH O H C OH CHOH HC O COOH HO H CHOH CHOH HO O Na/Hg pH: 3-3. imine.

6 – Pentachlorure de phosphore Le pentachlorure de phosphore. L’ion Cl.HCl C C Cl 10. dérivé α-hydroxyaminé instable qui élimine une molécule d’eau. Le résultat est l’obtention d’un gem-dichlorure (schéma 10. R-NH-NH2. la semicarbazide.542 Chimie organique 10.2. La forte polarisation de la liaison entre le carbone et OPCl4 facilite une réaction de substitution nucléophile SN1 par un ion Cl. la thiosemicarbazide. les amines primaires.présent dans PCl5.39 .3 Additions sur des molécules de formule générale R-NH2 L’ammoniac. est une condensation (schéma 10. Il se forme alors un composé dans lequel l’oxygène du composé carbo- . Cl C Cl C O PCl4 Cl C OPCl4 SN i Cl C Cl O Cl Schéma 10. réagissent avec les aldéhydes et les cétones en s’y additionnant pour former un adduit. il y a d’abord addition de PCl4+ sur l’oxygène du carbonyle.38 Cl Cl C Cl SN1 OPCl4 Cl . puis de Cl.39).40). R-NH2.38). PCl5.peut aussi provenir de PCl6. addition plus élimination. En présence d’aldéhydes ou de cétones aliphatiques. la possibilité de l’élimination de HCl est importante ce qui conduit alors à un chlorure vinylique (schéma 10. NH2-CS-NH-NH2. se comporte le plus souvent dans de nombreuses réactions comme PCl4+. HO-NH2 les hydrazines.sur le carbone. tous composés nucléophiles.ou une substitution nucléophile intramoléculaire SNi. L’ensemble de ces réactions. Cl C H C Cl Schéma 10. Cl-.POCl3 C Cl Cl Cl P Si le composé carbonylé a un hydrogène en α. NH2-CO-NH-NH2. l’hydroxylamine.

C’est le cas de l’ammoniac. H 2N addition R C Y R C R'O NH2-Y O R C R'O NH-Y O H O R'O ester élimination R C NH-Y O H R -R'OH C O NH-Y R'O Y = H. Cela montre l’importance du pH pour ces réactions. acide hydroxamique Y = NHR. le groupe carbonyle n’est pas remplacé par un groupe imine : il est conservé.41 . acylhydrazine ou hydrazide Schéma 10. amide secondaire Y = OH. de l’hydroxylamine et des hydrazines. une molécule d’alcool est éliminée (schéma 10. L’élimination d’eau est relativement facile dans ce cas. et nitrile 543 nylé de départ est remplacé par un azote lié à différents groupements selon le réactif azoté utilisé. s’additionnent plus facilement sur les aldéhydes et cétones en présence d’un acide dont le rôle est d’activer le groupe carbonyle de ces fonctions. Après l’addition du groupe amino sur le groupe carbonyle de l’ester. Inversement. faibles nucléophiles. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. l’élimination est dans ce cas plus difficile et la vitesse de la réaction peut être augmentée par une catalyse acide.10. les réactifs azotés. de la plupart des amines. Par contre. Les molécules de formule générale RNH2 réagissent aussi avec les esters mais contrairement aux réactions avec les aldéhydes et cétones. amide primaire Y = R.H 2O R1 C R2 N Y et R1 C R2 N Y Schéma 10.40 L’addition est d’autant plus facile que le caractère nucléophile des réactifs azotés est élevé. imine.41). H2N addition R1 C Y R1 C R2 NH2-Y O R1 C R2 NH-Y O H O R2 aldéhyde ou cétone élimination R1 C R2 H N-Y O H .

5-tétrazine (trihydrate) par action de l’ammoniac sur l’éthanal (schéma 10.3.3.1a – Avec les aldéhydes et cétones L’ammoniac réagit avec les aldéhydes et les cétones en fournissant des imines instables qui se transforment ou réagissent entre elles pour créer des polymères. 3 H 2O CH3 NH CH3 OH Cl3CCHO + NH3 Cl3C CH NH2 hémiaminal 2.544 Chimie organique L’ammoniac. sans élimination successive.5-triazine trihydrate Schéma 10.6-triméthyl-hexahydro-1. l’ammoniac et les amines primaires et secondaires ainsi que l’hydrazine pour former respectivement des amidines. CCl3CHO. les hydrazines conduisent respectivement à des amides primaires. RC(NH2)=NNHR’.H2O H C NH H3 C x3 H 3C HN HN . les amines primaires et secondaires. Les nitriles additionnent simplement. et des hydrazidines.42).4.H2O H2C=NH x4 N N hexaméthylènetétramine N OH CH3-CHO + NH3 H3 C C NH2 hémiaminal H . comme le chloral. l’hydroxylamine. et beaucoup plus difficilement avec les cétones.4. RC(NH2)=NR’.3. 10.43).3.6-triméthyl-hexahydro-1. des imines qui peuvent être isolées (schéma 10. Un exemple classique est la formation de l’hexaméthylènetétramine par réaction du formaldéhyde avec l’ammoniac. et à des acylhydrazines ou hydrazides. l’hémiaminal peut-être isolé. ou celle de la 2. N OH HCHO + NH3 H2 C NH2 . secondaires et tertiaires. .42 Avec les aldéhydes qui possèdent des groupes électroattracteurs puissants. à des acides hydroxamiques.1 – L’ammoniac et les amines 10. Les amines primaires forment avec les aldéhydes.

imine.43 L’imine résultant de l’action de l’ammoniac sur un aldéhyde peut réagir avec l’acide cyanhydrique pour former un aminonitrile. Lorsque l’aldéhyde est aromatique.10. peuvent donner lieu à des réactions de transimination en présence d’une amine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. C’est une réaction importante en biochimie dans la biosynthèse des α-aminoacides (schéma 10.45).44 Si aucun substituant aromatique n’est présent sur l’imine. l’imine correspondante est appelée base de Schiff. conduit à un α-aminoacide.NH3 . Ph COOH Ph CH2 CH NH2 phénylalanine COOH CH2 CH N CH OH N CH3 CHO + HOH2C N pyridoxal (aldéhyde aromatique) OH CH3 . Les bases de Schiff. les imines. H . imines résultant de réactions entre amines et aldéhydes aliphatiques). par hydrolyse.H 2O HOH2C base de Schiff Schéma 10. et d’une manière plus générale.∆ NH2 R CH COOH α-aminoacide NC aminonitrile Schéma 10. obtenus par action des acides α-aminés naturels (ici. lequel. (par exemple. mais se dégrade très facilement ou se polymérise. Les imines sont stables si elles sont substituées par au moins un groupe aromatique provenant de l’un ou des deux réactifs. et nitrile 545 NHR C O + NH2-R C OH C N imine R + H-OH ammoniac: R = H ou amines primaires: R= alkyl ou aryl si R = aryl : bases de Schiff Synthèse de Strecker des α-aminoacides R C H CN N H H H R C N H H H2O. .44. c’est la synthèse de ces acides par la méthode de Strecker. il peut être isolé. la phénylalanine) sur le pyridoxal (aldéhyde aromatique hétérocyclique d’origine naturelle) sont à l’origine de nombreuses biosynthèses. Les composés de ce type comme celui figuré dans le schéma 10.

l’élimination d’eau est immédiate et l’ènamine est le résultat unique de la réaction.N-disubstitués suffisamment stables pour être isolés. d’acylation (3). Si un hydrogène est présent en position α de cette fonction. Les ènamines ont un rôle important en synthèse et en particulier. La réaction se fait souvent avec les cétones dans un solvant aromatique (benzène. Toutefois. 1). . Les ènamines résonnent entre deux formes limites (schéma 10.1. toluène) en présence d’acide p-toluènesulfonique. en particulier.46. dans des réactions d’alkylation (2). L’eau formée est extraite du milieu réactionnel par différentes méthodes et. Les ènamines dérivées d’aldéhydes sont moins stables que celles dérivées de cétones. d’addition de type Michaël (4).546 Chimie organique H R3 NH2 N R1 C H Schéma 10.45 R1 R2 H C NR3 R1 C NHR2 H N R3 + R2 NH2 Les réactions des amines secondaires avec les aldéhydes et cétones fournissent des hémiaminals N. la pipéridine ou la morpholine. Celles formées à partir d’amines secondaires acycliques sont beaucoup moins stables que celles résultant de l’action d’amines secondaires cycliques comme la pyrrolidine. des réactions secondaires ont lieu. Par chauffage. par entraînement azéotropique (§ 8.11d). le plus souvent. l’élimination d’une molécule d’eau conduit à une ènamine. et dans la préparation de composés hétérocycliques divers.

46 Lorsque l’énamine provient d’une réaction effectuée avec une amine primaire.47 .Cl RCOCl Et3N morpholine N-cyclopentènomorpholine COR N O H2O H 4) CH2=CH-COOEt N COR O + sel d'amine CH2-CH-COOEt H N CH2-CH2-COOEt N H2O. il existe une tautomérie énamine-imine dont l’équilibre est très en faveur de l’imine ce qui rend impossible l’isolement de l’énamine (schéma 10.H2O H C C N R2 R1 énamine H C C N R2 R1 CH3 H2O alkylation N ICH3 I acylation N O + sel d'amine H N-cyclohexènopyrrolidine 3) O + HN O N O COR N O + Et3NH . H CH2-CH2-COOEt O + sel d'amine réaction de Michael Schéma 10.47).H2O C C N R H C C N R énamine imine tautomère quasi unique Schéma 10. H C H C O + H2 N R H R C C N H hémiaminal OH . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.10. et nitrile 1) H C H C O + HN R2 H R1 2) O + HN pyrrolidine 547 R1 C H C N R2 CH3 hémiaminal OH . imine.

en présence d’un catalyseur métallique. Les formamides N. on utilise le formiate d’ammonium. ces réactions peuvent être faites. tous les aldéhydes et cétones peuvent être mis en réaction. Dans la réaction de Leuckart (1885).48 Une réaction d’amination réductive des aldéhydes et cétones peut être effectuée lorsque le composé carbonylé est traité par une amine secondaire et l’hydrogène ou NaBH4.50). L’acide formique peut aussi servir de réducteur (réaction appelée dans ce cas. Sa déformylation nécessite l’action de l’acide chlorhydrique concentré ou de la soude à 30 %. L’amine obtenue est alors N-formylée. aliphatiques-aromatiques.48). soit par réduction de l’imine produite après l’avoir isolée. comme le nickel de Raney. cyanoborohydrure de sodium. alicycliques.Ni . le formamide ou un dérivé N-monosubstitué. les groupes nitro et nitrile sont conservés. qui s’effectue à des températures supérieures à 150 °C. Comme pour la réaction de Wallach. la réaction peut se poursuivre par une substitution du groupe hydroxy par un groupe amino ce qui conduit à un aminal (schéma 10. le mécanisme est mal connu.N-disubstitués réagissent très difficilement sauf s’ils sont substitués par des groupes aryles. La présence de groupes réductibles comme les doubles liaisons éthylèniques. réaction de Wallach. NaBH4. R1 H C C O + HN R2 R1 R1 C H C N R2 R1 OH HN R2 C H C N R2 aminal R1 N R2 + H2O hémiaminal Schéma 10. soit directement (hydrogène + nickel de Raney) comme pour les amines secondaires.548 Chimie organique Si aucun hydrogène n’est présent en position α de la fonction. Les réactifs réducteurs sont très variés : borohydrure de sodium. R1 C O + HN R2 R1 OH C N R2 H H2. . Les aldéhydes et cétones aliphatiques.H 2O R1 C N R2 Schéma 10. aromatiques sont utilisés (schéma 10.49). 1949). On obtient alors une amine tertiaire (schéma 10.49 Avec l’ammoniac et les amines primaires. NaBH3CN entre autres. Dans ce cas.

R1 C O + N R2 R3 OH H C N R1 R2 R3 sel quaternaire d'hémiaminal Schéma 10. . imine.50 Enfin. et nitrile Réaction de Wallach 549 R1 C O + R2 amines primaires ou secondaires OH NH C N R1 R2 HCOOH H C R1 N R2 si R2 = H HCOOH H C R1 N H HCl cé H C N R1 C=O H Réaction de Leuckart O C O + H C N R1 H O C H N R1 OH C HCOOH O C H N R1 H C HCl cé ou NaOH R1 HN C H Schéma 10.N’-diacylé (alkylidène ou arylidène bisamides) (schéma 10.51 Bien que moins nucléophiles que les amines. c’est l’ion amidure qui est le réactif nucléophile. les amides sont susceptibles de s’additionner sur les composés carbonylés comme les aldéhydes.52). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. La réaction nécessite un catalyseur acide ou basique.51).10. En présence d’une base. L’hémiaminal N-acylé qui en résulte réagit très souvent avec une nouvelle molécule d’amide pour fournir un aminal N. s’additionnent en milieu acide sur les aldéhydes et cétones en produisant des sels d’hémiaminals (schéma 10. les amines tertiaires.

schéma 10. une amine primaire ou secondaire.H 2O C NHCOR aminal N.550 Chimie organique NHCOR NH2COR . H2N-R.54 : .8).8 indole R = H.3. il en résulte une cétone β-aminée (schéma 10. H2NOH. un amide primaire ou secondaire.N'-diacylé NHCOR C O + NH2-COR base C OH hémiaminal N-acylé Schéma 10. H2N-CO-R. H2N-N(R')(R"). composés azotés: NH3.52 10. cétone R = OR'. ester H N H Avec le chlorure d’ammonium. et une cétone énolisable.1b – Réaction de Mannich Dans la réaction d’aminométhylation de Mannich (1912). Le mécanisme de cette réaction en milieu acide est le suivant. Le composé azoté peut être l’ammoniac (sous la forme du chlorure d’ammonium). très importante en synthèse. HN(R')(R"). une hydroxylamine. HNR-CO-R' composés à hydrogène actif: CH CO-R OH H CH CN CH NO2 C C H H Figure 10. aldéhyde R = groupe carboné.53 La réaction peut avoir lieu en milieu acide ou basique. une hydrazine.53). le méthanal (ou formaldéhyde) réagit à la fois sur un composé azoté et un composé possèdant un hydrogène à caractère actif (figure 10. H C H R acide (ou base) R H3N-CH2-CH-CO-R' + H2O NH4 + O + H2C-CO-R' Schéma 10.

H3 C N H3C I CH2 sel d'Eschenmoser Figure 10. et nitrile 551 Réaction de Mannich R NH H C O R' H H R NH C O R' R N R' R H H .9) est l’un d’eux. Il est directement attaqué par le carbanion issu de la réaction de la base sur le composé carbonylé : un proton est extrait d’un groupe CH ou CH2 ou CH3 situé en position α de C=O (schéma 10.10. Il en résulte une nouvelle amine appelée de manière générale base de Mannich. le passage par un ion iminium a permis d’utiliser des composés préalablement préparés.9 En milieu basique. imine. Dans le mécanisme réactionnel. .55). il est très utilisé en synthèse. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. En milieu acide.H2 O H N C H ion iminium R' H H C O H méthanal CH2 C O R N C H C H H C O H -H H R' R N C C H H C O base de Mannich Schéma 10. dans des réactions avec divers composés carbonylés. la formation de l’ion iminium n’a pas lieu. L’α-hydroxy amine qui résulte de l’action de l’amine sur le formaldéhyde ne perd pas une molécule d’eau. il se forme un sel. Cet ion réagit avec la forme énol d’un composé carbonylé. Le sel d’Eschenmoser (figure 10.54 C H C O H H R N C C H R' H C O R' +H H L’attaque du formaldéhyde par l’azote de l’amine conduit en milieu acide à un ion iminium.

un excès de formaldéhyde et de composé à hydrogène actif est présent. schéma 10.OH H C CH H C O BH B + H2O R' Schéma 10. ce qui est montré par les exemples suivants.56 .55 La réaction de Mannich peut se renouveler plusieurs fois : – si l’ammoniac ou une amine primaire ayant été utilisé. N ou S-aminométhylations sont possibles en raison du caractère acide du groupe hydroxy des alcools et phénols. .552 Chimie organique R NH H C O R' H R N H C O H R' H CH2 C O R N H C O H OH + H + CH R' Base.56 : C2H5OH + CH2O + (C2H5)2NH C6H5SO2NHCH3 + CH2O + HN C2H5O-CH2-N(C2H5)2 O C6H5-SO2N(CH3)-CH2 N O morpholine (CH3)2CHSH + CH2O + (C2H5)2NH (CH3)2CH-S-CH2-N(C2H5)2 Schéma 10. du groupe NH des sulfonamides secondaires ou du groupe sulfanyle (ou mercapto) des thiols. Des O.BH CH C O R N C O . – si des excès de formaldéhyde et d’ammoniac se trouvent en présence d’un composé possèdant plusieurs hydrogènes actifs.

amide secondaire OR' R'O C R NH2 R" R CO-Cl O R C NH2 R" O R OR' C NH R" O H .R'OH R C HN R" amide O chlorure d'acide + H2N-R" R-CO-NHR" + Cl HCl Cl Cl C R NH2 R" O R C NH2 R" O R R O H . amide primaire R"= alkyl.57 10. phosgène. imine. avec les amines primaires et les nitriles aliphatiques.58). Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.57).1c – Avec les esters 553 L’addition d’ammoniac ou plus souvent d’ammoniaque. souvent à froid. Les amides secondaires et tertiaires résultent de la même réaction effectuée à chaud avec les amines primaires et secondaires.3.10. voire impossible.HCl HN R" C O C NH R" Schéma 10. aralkyl ou aryle. la présence d’un groupe électroattracteur présent sur le nitrile l’active et permet de former des amidines substituées.1d – Avec les nitriles L’addition d’ammoniac sur les nitriles en présence de chlorure d’ammonium fournit une amidine sous forme de chlorhydrate (schéma 10. Tous les amides peuvent provenir de l’action de chlorures d’acides sur l’ammoniac ou les différentes amines (schéma 10.3. Par contre. . dans l’éthanol sur les esters conduit à un amide primaire. et nitrile 10. R COOR' ester + H2N-R" R-CO-NHR" + R'OH R"= H . Cette réaction est difficile. Les amidines sont très utilisées en synthèse de composés hétérocycliques car elles peuvent réagir par les deux atomes d’azote avec divers composés bifonctionnels (diesters. ester cétoniques…).

ou d’oxyde de sélénium.30). Cl chlorhydrate d'amidine + NH3 HN R R CN + R-NH2 Y C NH amidine substituée Si R porte un groupe électroattracteur Schéma 10.élimination (même mécanisme que celui des amines).60 Comme les hydrazones.3 et 3. . H3 C C O H3 C + NH2-OH hydroxylamine H3 C C H3 C oxime de la propanone N-OH + H2 O Schéma 10.60) par une réaction d’addition.61). OR R C NH2. Cl Schéma 10.2 – L’hydroxylamine L’hydroxylamine. réagit avec les aldéhydes et cétones pour former des oximes (schéma 10. lesquels résultent de l’addition d’alcools sur les nitriles en présence d’halogénures d’hydrogène (voir schéma 10. L’hydroxylamine est libérée de son sel in situ (le chlorhydrate. HCOOH.1). d’acide formique.59). et qui est commercial).58 Les amidines peuvent aussi être préparées par action d’ammoniac ou d’amines sur les chlorhydrates d’iminoéthers (schéma 10. le plus souvent. SeO2 (schéma 10. les oximes dérivés d’aldéhydes ou de cétones dissymétriques ont deux configurations possibles Z et E séparables (§ 3.554 Chimie organique NH2 R CN + NH3 + NH4Cl C NH2.59 NHR + 2 RNH2 R C NH + RNH3. Le pH de la solution est important et variable d’un composé à un autre mais la valeur moyenne est de 4.3. Cl 10.3. commercialisée sous forme de chlorhydrate cristallisé. Les oximes sont des intermédiaires dans la réaction de formation des nitriles par action du chlorhydrate d’hydroxylamine sur un aldéhyde en présence d’acide chlorhydrique concentré.

L’hydrate d’hydrazine est une base forte qui réagit vivement avec les cétones aromatiques.H2O.62 OH R C N-OH acide hydroxamique RCO-Y + NH2-OH Y = OR' : ester Y = X : halogénure d'acide groupe partant NH R NHOH 10. est un liquide commercial communément employé. NH2-NH2. contrairement à l’hydrazine pure obtenue par déshydratation de l’hydrate par l’hydroxyde de potassium. composé toxique. sans catalyseur.YH O R C NH-OH NH2 R C N + NH2-OH R C NOH amidoxime Schéma 10.3. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. pour donner une hydrazone dérivée par une réaction d’addition-élimination. les cétoximes aliphatiques donnent lieu à une O-acétylation. C N-NH2 + 2 H2O hydrazone C O + NH2-NH2.3 – Les hydrazines L’hydrate d’hydrazine.H H N O H Schéma 10.63 . Dans les mêmes conditions. imine. Les amidoximes sont formés par addition d’hydroxylamine sur les nitriles aliphatiques (schéma 10. HCl H R C N oxime RCH=N-OH + H2O + HCl H . .61 H OH R C R C nitrile N La déshydratation d’un aldoxime aliphatique peut aussi être le résultat de l’action de l’anhydride acétique.10.62).63).H2O . . explosif au contact de l’oxygène. Les acides hydroxamiques résultent de la réaction de l’hydroxylamine avec les esters ou les chlorures d’acides. stable à température ordinaire. H2O C N-NH2 + O C C N N C + H2O azine Schéma 10. et nitrile 555 RCHO + NH2OH. La réaction effectuée avec les aldéhydes et cétones aliphatiques et les aldéhydes aromatiques fournit seulement une azine suite à une double réaction (schéma 10. et qui est un composé non commercial.

par réactions d’échange avec l’hydrate d’hydrazine.64 H3C C N-N(CH3)2 + H 2O NH2NH2. d’un composé à point de fusion précis et caractéristique de chaque sucre. La 1. à chaud dans l’éthanol. L’addition de phénylhydrazine permet la formation rapide. forme des hydrazones qui. ce qui permet leur identification à partir de leur sirop. Cette réaction est très importante pour la caractérisation des sucres.65 Inversement. stables. dont les réactions le plus souvent faciles avec tous les aldéhydes et cétones produisent des arylhydrazones recristallisables et à points de fusion nets.4-dinitrophénylhydrazone d'aldéhyde ou de cétone + H2 O 2.4-dinitrophénylhydrazine aldéhyde ou cétone Schéma 10. La réaction d’addition-élimination effectuée avec chacune des fonctions et de deux molécules de phénylhydrazine conduit à la phénylosazone. composés dont la cristallisation est difficile à partir des sirops.65). pour la plupart liquides. la phénylhydrazine conduit à une phénylosazone (schéma 10. H2O N-NH2 + NH2-N(CH3)2 + H2O Les arylhydrazines. sont des composés solides. composés assez peu stables.66).64). réagissent avec tous les aldéhydes et cétones en fournissant les hydrazones correspondantes. des tables de points de fusion d’arylhydrazones permettent de déterminer la cétone ou l’aldéhyde qui a été testé lorsque le composé carbonylé est inconnu. très colorés.4-dinitrophénylhydrazine. Le mécanisme fait d’abord intervenir une tautomérie. même dans le cas de présence d’impuretés. puis une réaction concertée à six centres avec formation d’une α-imino cétone.1-diméthylhydrazine. Le cas présenté ci-dessous correspond à un aldose comme le glucose. comme la 2. NO2 O2 N NH-NH2 + O C O 2N NO2 NH-N C 2. inaccessibles directement (schéma 10. permet l’accès aux hydrazones non substituées de cétones ou d’aldéhydes. . utilisés en raison de ces propriétés pour caractériser les composés carbonylés (schéma 10. H3 C C O H3 C + NH2-N(CH3)2 H3 C H3C C H3C Schéma 10. très puissant cancérogène.556 Chimie organique Les monoalkylhydrazines. toxiques et cancérigènes. Lorsqu’un aldéhyde ou une cétone est α-hydroxylée. Le même résultat est obtenu à partir d’une α-dicétone.

NH3 NH + PhNH2 C O Schéma 10.67 .H2O C C N-NH-Ph + Ph-NH2 + NH3 N-NH-Ph H H C OH C O H H C O H + Ph-NH-NH2 . et nitrile 557 H C O 3 Ph-NH-NH2 H .H 2O H C N H N H H Ph C C H N N O H H Ph H C O H C O H C C N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 N-NH-Ph phénylosazone H C .10. α-hydroxy cétone.NH3 H C C O + PhNH2 NH Schéma 10. schéma 10.H2 O C N-NH-Ph H C C O N H H NH-Ph H C C N-NH-Ph N-NH-Ph 2 Ph-NH-NH2 .H2 O H C H C N-NH-Ph N-NH-Ph phénylosazone H C O + Ph-NH2 + NH3 aniline H C O Ph-NH-NH2 H . le mécanisme est le suivant. imine.67 : OH H C H C O + 3 Ph-NH-NH2 H . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.66 Dans le cas du fructose.

4-oxadiazolin-2(3H)-one -HCl .3.H 2O + NH2-NHR' H C R N NHR' H C R N NHR' configuration Z configuration E Schéma 10.4-oxadiazolin-2-ones.3. l’hydrazine et les monoalkylhydrazines forment. H2O R O . O (1) R C OR' O R C NH-NH2 acylhydrazine ou hydrazide .H 2O NH O O RCONH-N=CHAr acylhydrazone + NH2-NH2.4-oxadiazole RCONHNH2 + ArCHO N COCl2 . H C O R . Avec les chlorures d’acides. des hydrazidines (3).69. par exemple.69 . Avec les nitriles.R'OH OH R C N-NH2 N R O 1. les 1.68 L’hydrazine et les monoalkylhydrazines réagissent avec les esters dans l’éthanol à l’ébullition pour former des acylhydrazines appelées aussi hydrazides (schéma 10.N’diacylhydrazines (2).H 2O N Ar COCl2 = phosgène RCOCl RCONH-NHCOR .3. 1). composés importants pour la synthèse de composés hétérocycliques comme.558 Chimie organique Les hydrazones substituées présentent des configurations E (ou anti) et Z (ou syn) (schéma 10.H 2O RCONHNH2 NH (3) R C N + NH2-NH2.3.N'-diacylhydrazine 1. H2O .HCl N.68).4-oxadiazoles et 1.2 HCl (2) RCOCl + NH2NH2. H2O R C NHNH2 hydrazidine NH2 R C NNH2 Schéma 10. par simple addition. la réaction a lieu deux fois ce qui conduit à des N.

H2 O R' R R' X = O semicarbazone X = S thiosemicarbazone Schéma 10. C’est pourquoi leurs réactions sont traitées aux paragraphes 10.68). L’ensemble « addition + élimination » correspond à ce qui est appelé une « condensation » entre deux molécules.4 – La semicarbazide et la thiosemicarbazide Les aldéhydes et cétones réagissent avec la semicarbazide (commercialisée sous forme de chlorhydrate et libérée par addition de carbonate de sodium) ou la thiosemicarbazide.65). réactifs nucléophiles. . en produisant respectivement des semicarbazones et thiosemicarbazones (schéma 10. attaquent tout centre électrophile présent dans le milieu et plus particulièrement le carbone des fonctions indiquées.6). schéma 10. Ces dérivés sont des solides très facilement cristallisables à points de fusion nets ce qui permet de les utiliser pour caractériser les composés carbonylés dont ils sont issus (de manière analogue aux 2. eau ou alcool). imine. et nitrile 559 10.70). RLi et RMgX. R R C R' X = O semicarbazide X = S thiosemicarbazide NH-CX-NH2 C N et C N NH-CX-NH2 O + H2N-NH-CX-NH2 . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.9. et plus particulièrement de la polarité du solvant utilisé. mais aussi imine ou nitrile ont ce caractère et permettent de former facilement des carbanions par action d’une base alcaline.8 et 10.3.4-dinitrophénylhydrazones. L’addition est suivie dans la plupart des cas de l’élimination d’une petite molécule (le plus souvent. le carbanion est issu d’une réaction entre un aldéhyde aromatique et un anion alcalin. Ils présentent des configurations E et Z comme les hydrazones (schéma 10. cétone ou ester). l’ion cyanure. Sitôt formés. d’un alcoolate ou d’un amidure alcalin. Dans le cas de la condensation benzoïnique (§ 10. représentent un cas plus complexe dans les réactions d’addition sur les groupes considérés en raison de la variation du caractère ionique de la liaison entre R et le métal qui est fonction de la nature du métal et des conditions expérimentales. Les groupes carbonylés (aldéhyde. 10.4 Additions faisant intervenir un carbanion Comme cela a été indiqué au paragraphe concernant les carbanions (§ 6.13). Les composés organométalliques. CH2 ou CH3 situé en position α d’un groupe électroattracteur -I.70 Parfois. leurs formations nécessitent le retrait par une base d’un hydrogène acide de CH. un milieu acide est nécessaire pour activer la réaction. ces carbanions.10.

D’une manière générale. .1 – Aldolisation (et crotonisation) Le composé carbonylé (aldéhyde ou cétone) qui possède CαH. qui.71). Toutefois. KOH et plus rarement le t-butoxyde de potassium.H2O H C C O C C H O H C C O C H C O H + H2O. il n’en est pas de même pour les cétols. le plus souvent NaOH. CαH2 ou CH3 en α du groupe carbonyle est attaqué par une base. Ce carbanion réagit sur une nouvelle molécule d’aldéhyde ou de cétone qui n’a pas encore subi l’action de la base. la 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (ou diacétone alcool) est formée avec un très faible rendement. le rendement peut être augmenté par déplacement de l’équilibre vers la droite.4. capte un proton avec création d’une molécule d’aldol (à partir de deux molécules d’aldéhyde) ou de cétol (à partir de deux molécules de cétone). H2O mauvais rendement (CH3)2C(OH)-CH2-CO-Me 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one (diacétone alcool) H C H C O H C C O H C H C O + HO . C’est la réaction d’aldolisation (ou de cétolisation selon le cas). Avec l’éthanal. en présence de l’eau du milieu. H2O bon rendement CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal 2 CH3-CO-CH3 propanone NaOH.560 Chimie organique 10. aralkyl 2 CH3-CHO éthanal NaOH. on obtient le 3-hydroxybutanal avec un bon rendement. H2O R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 aldol R = H cétol R = alkyl. pour former un carbanion (schéma 10.71 . Ba(OH)2. . et une technique particulière qui permet d’extraire l’aldol au fur et à mesure de sa formation. les aldols dérivés d’aldéhydes sont assez facilement obtenus.HO C H α C C β H O C O H H ion alcoolate aldol (β-hydroxy aldéhyde) Schéma 10. en utilisant la baryte. Avec la propanone (acétone). en milieu basique. Aldolisation (en milieu basique) R2 2 R1 C C H R O NaOH. Il se forme alors un ion alcoolate.

suite à une crotonisation immédiate. le composé carbonylé est en équilible avec un carbocation. La crotonisation de l’aldol en milieu basique (schéma 10.72 et 10. Par ailleurs.72 L’aldolisation en milieu acide (schéma 10. respectivement des aldéhydes et cétones . plus spécifique des cétones en raison d’un faible rendement en milieu basique.β-insaturé CH3-CH(OH)-CH2-CHO 3-hydroxybutanal CH3-CH=CH-CHO but-2-ènal ou crotonaldéhyde H3C H3C C(OH)-CH2-CO-CH3 HO . c’est la crotonisation. L’équilibre est favorisé vers la gauche pour les cétones ce qui n’est pas le cas en milieu basique. conduit presque exclusivement à une cétone α. En milieu acide.72) est plus difficile qu’en milieu acide. Crotonisation (milieu basique) R R2 H R1 C H R1 R C C C O OH R2 HO .H-O-H C C C H H aldéhyde (R = H) ou cétone α.74. .10.H-OH H R2 C R1 HO . Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 561 Une réaction secondaire accompagne l’aldolisation et la cétolisation. il est aussi en équilibre avec sa forme énolique. Le chauffage en milieu basique ou acide conduit à une déshydratation de l’aldol ou du cétol qui fournit des composés stabilisés par résonance. Il est en équilibre avec l’aldol et un proton. Ils sont présentés dans les schémas 10.β-insaturé R + HO C H C O H H aldol Schéma 10. -insaturés.H-OH H3C H3C C CH-CO-CH3 2-méthyl-2-hydroxypentan-4-one ou diacétone alcool 4-méthylpent-3-én-2-one ou oxyde de mésityle HO H α C C β R O O C .73). imine.β-insaturée. Les mécanismes de ces réactions sont différents selon le milieu.H-OH H C C R2 C O aldol (R= H) ou cétol aldéhyde (R = H) ou cétone α. ce qui influe sur sa facilité. Le carbocation formé à partir d’une première molécule attaque la double liaison de la forme énol d’une seconde molécule ce qui conduit à un nouveau carbocation.

Crotonisation (en milieu acide) H C R2 H R2 H C C O R H R2 H O H H C O H C C R R2 R H C C O .β-insaturé.562 Chimie organique Aldolisation ou cétolisation (en milieu acide) R1 R2 H C C O R H R1 R2 H C C O H R R2 H carbocation R1 C C R O H R1 R2 H C C R O équilibre céto-énolique R1 C R2 énol R C O H R1 C R2 R1 R2 H C C O C R O R R2 H H H R1 C R2 R1 C C O R H C R O H R2 H R1 C R2 R1 C C O R H C R O aldol R =H cétol R = alkyl Schéma 10.74 . .73 Le proton attaque alors le groupe hydroxy de l’aldol (ou du cétol) ce qui conduit à l’élimination d’une molécule d’eau et à la production du composé carbonylé α.β-insaturé R R2 C O R R H aldol (R = H) ou cétol Schéma 10.H 2O H R2 C C H aldéhyde (R= H) ou cétone α.H .

76). et nitrile 563 Il faut noter que l’aldol étant un aldéhyde. la formation du carbanion le plus stable est favorisée. Pour deux cétones différentes les résultats sont de même nature. Lorsqu’on souhaite effectuer une addition régiosélective. plus particulièrement dans le cas d’aldéhydes de faibles masses. moins basique que la soude. La réaction est alors catalysée par du tétrachlorure de titane TiCl4 (réactif de Mukayama). – Un aldéhyde et une cétone : si l’aldéhyde et la cétone possèdent chacun un hydrogène en α du groupe carbonyle. . Lorsqu’un des deux aldéhydes ne possède pas d’hydrogène en α. En général.10. il est susceptible de former un nouveau carbanion en présence de soude. et n’obtenir que l’aldol. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. En milieu acide. il est préférable de préparer un dérivé stable de l’énol qui doit intervenir dans la réaction. l’aldol « mixte » qui résulte de la réaction entre les deux types d’aldéhyde est prépondérant (réaction de Claisen-Schmidt). Ce dérivé stable peut être un dérivé silylé (O-triméthylsilyle) préparé par action du chlorure de triméthylsilyle en présence d’une base comme la triéthylamine. K2CO3.75). Si la cétolisation est effectuée avec une cétone dissymétrique. La déprotection du groupe hydroxy est réalisée par addition d’eau au milieu (schéma 10. imine. seulement deux aldols peuvent se former. – Deux aldéhydes différents : quatre aldols sont susceptibles d’être obtenus auxquels il faut ajouter les quatre composés insaturés issus de la crotonisation. Ce carbanion peut réagir sur un groupe aldéhyde du milieu ce qui peut conduire à des polymères. on utilise le carbonate de potassium. Pour éviter cette réaction secondaire. c’est l’aldéhyde qui est attaqué par le carbanion formé à partir de la cétone. par une condensation à partir du groupe qui porte le plus d’atomes d’hydrogène (schéma 10. pour des cétones aliphatiques. Plusieurs cas sont à envisager. ce qui peut s’exprimer. le résultat est fonction de la nature des substituants du groupe carbonyle. O O H3C CH2 C CH3 butanone O HO H3C CH2 C CH3 + H2O -HO C2H5 H3C CH2 C CH2 OH O C CH2 C CH3 C2H5 5-hydroxy-5-méthyl-heptan-3-one Schéma 10.75 Les réactions entre deux aldéhydes ou cétones différents. ou entre un aldéhyde et une cétone sont possibles.

H2 O C H2C H2 C C CH2 O CH3 CH2 octane-2.4.76 La condensation d’aldéhydes aromatiques avec de simples aldéhydes aliphatiques ou des méthylcétones en présence d’une solution de potasse (à 10 %) présente un intérêt particulier car elle permet l’accès à des aldéhydes ou cétones α.7-dione (schéma 10. comme l’octane-2.78). CH3 C H2C H2C O O CH2 C HO CH3 H3C C H2 C H2C OH CH CH2 CH3 O CH3 .7-dione 1-(2-méthyl-cyclopent-1-ènyl)-éthanone Schéma 10. L’équivalent de cette réaction avec des diesters est la réaction de Dieckmann (§ 10.78 .564 H R1 CH2 C R2 H R1 C C O SiMe3 R2 + R3 R3 C O TiCl4 O R1 C C R2 R3 R4 H C O C C R2 O OH ClSiMe3 Et3N R1 Chimie organique H C C R2 R4 Cl Ti Cl Cl H2O H R1 C R2 R3 C OH C O O SiMe3 R1 .2). Les réactions d’aldolisation-crotonisation intramoléculaires sont possibles plus particulièrement pour des composés dicarbonylés susceptibles de former des cycles à 5 ou 6 éléments. Ar-CH=CH-CHO 3-aryl-propènal CH2-CHO ArCHO CH2COMe Ar-CH=CH-CO-Me 4-aryl-but-3-èn-2-one Schéma 10.β-insaturées aromatiques : c’est la condensation de Claisen-Schmidt (1881) (schéma 10.ClSiMe3 Schéma 10.77 D’autres méthodes comme l’utilisation d’un acétal à la place de l’aldéhyde lui-même permettent aussi une addition régiosélective.77).

et nitrile 565 Ces cyclisations sont à la base de la réaction d’annellation de Robinson (1937) très utile pour la synthèse de composés polycycliques (comme certains stéroïdes et terpènes) (schéma 10. au lieu d’additionner un proton du milieu pour former un β-hydroxy ester. Ph3CNa…).5. LiNH2.4a.2) est à l’origine de la condensation de Stobbe (1893) (schéma 10. imine. il se forme préférentiellement le carbanion dérivé de l’ester.6.4. En milieu basique fort (NaOEt.79 L’aldolisation peut avoir lieu entre d’une part un ester et d’autre part. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.81) entre un succinate ou ses dérivés et un aldéhyde ou une cétone.80).H 2O O O CH3 4. un aldéhyde ou une cétone. base O cyclohexanone O H2C O CH (réaction d'addition de Michael) O H 3C CH2 CH2 O base . et un ester α.80 Ce carbanion réagit sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone pour former un β-hydroxy ester. R1 COOR B .BH R2 C COOR O R3 C R4 R2 R3 R4 et COOR R3 C C COOR R1 C COOR R1 R2 C H si R1 = H R4 R3 C OH puis H C OH R4 R2 R2 C H .H2O R3 C R4 C R2 COOR Schéma 10. La première phase du mécanisme est identique à celle indiquée ci-dessus.79). attaque le groupe carbonyle de la fonction ester ce qui conduit à . Si l’élimination d’une molécule d’eau est possible. . elle a lieu.β-insaturé est obtenu (schéma 10. L’anion alcoolate intermédiaire.7.8-hexahydro-3H-naphtalèn-2-one Schéma 10. Cette réaction (proche de la réaction de Claisen qui fait intervenir deux esters. § 10.10. NaH.

EtO EtOOC H2C H C C O C O cycle lactonique EtOOC H2C H C EtOOC C EtO O C O . COOEt CH2 CH2 COOEt EtO COOEt H C CH2 COOEt C O COOEt H C CH2 C O OEt C O . O C OR H2 C B. C’est la réaction de Tollens (1891) (schéma 10.82). La base extrait un proton en α de la fonction ester restante.81 C C O EtOOC C H2C C O C O Il est parfois possible que la réaction entre un ester et un aldéhyde ou une cétone s’inverse : le carbanion formé à partir de l’aldéhyde ou de la cétone attaque le groupe carbonyle de l’ester COOR.82 Enfin.3-dicarbonylé (schéma 10.83). -BH CHO O C OR C H CHO .OR C H CHO O C C H CHO Schéma 10. selon une réaction de Cannizzaro croisée (§ 10.3-diol. .EtOH H2C C O Schéma 10. le groupe OR de l’ester est substitué par le groupe issu du carbanion.1) avec formation d’acide formique et d’un 1.γ-insaturé par ouverture du cycle lactonique (la fonction ester est facilement saponifiée et l’acide correspondant décarboxylé). Dans ce cas.5. Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent. Il ne s’agit donc pas d’une addition sur un groupe carbonyle : le résultat est alors un composé 1. une lactone. Le carbanion qui en résulte conduit à un sel d’acide β. une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base.566 Chimie organique une substitution nucléophile du groupe OR de l’ester et la formation d’un ester cyclique. Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou aldéhyde β-hydroxylé.

10.86).83 CHO C CHO H2C=O puis H C CHO H C H OH + HCOOH La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe CH 2 ou CH3 en position α (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Schéma 10.85).85 10.84). sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas.4. imine. . H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10. H CHO H Base.84 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2. CH3-NO2 nitrométhane Base. évidemment (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.2 – Réactions de Claisen et de Dieckmann La réaction de Claisen (1887) consiste à condenser deux molécules d’un ester RCOOR’ possèdant un groupe méthylène ou méthyle en pour former un ester β-cétonique (schéma 10. et nitrile 567 Aldolisation croisée Base C H Réaction deCannizzaro croisée C CHO H C H OH H2C=O C CH2OH H C H OH Schéma 10.

R'OH R C C O O R' H R C C O O R' O R' O R' H R C C O H R C H C O O R' R O R' H R C H C H C O O R' R C O O R' H R C H C H C O .87). H R C H C O O R' H .R'OH O R C H R C H C O C O R R' R C H C H C O C O O R' C O O R' Schéma 10. dont les deux premières étapes sont semblables à celles de l’aldolisation.87 . cet adduit élimine un ion alcoolate pour former le β-cétoester. la différence avec l’adduit de l’aldolisation est que celui-ci possède un groupe partant OR’. ici l’alcoolate (mais on peut utiliser aussi NaH. NaNH2. Si le mécanisme de formation de l’adduit est identique à celui de l’aldolisation.86 C’est une réaction (schéma 10. élimination de OR’ du groupe COOR’. Au lieu d’additionner un proton comme dans l’aldolisation. Il y a d’abord formation d’un carbanion sous l’action d’une base.R'OH Schéma 10. et enfin.568 O R CH C O CH2 R 2 CH3COOEt EtONa CH3COCH2COOEt + EtOH C OR' Chimie organique O 2 R CH2 C OR' OR' . Ph3CNa dans des solvants non polaires) puis addition sur le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’ester.

O=C(OR)2. ou les carbonates. vers la droite. et nitrile 569 Pour bien comprendre ce mécanisme. ArCOOR' esters d'acides aromatiques ArCOCH(R)COOR' α-aroyl ester RCH2COOR' HCOOR' formiates HCOCH(R)COOR' α−formyl ester (OR")2C=O R"OCOCH(R)-COOR' carbonates malonate Schéma 10. La concentration en alcoolate demeure constante en raison de la réaction de l’alcool libéré sur le sodium encore présent. Ph3C-. il est important de savoir que le catalyseur. L’équilibre est alors dirigé vers la gauche d’autant plus que la faible acidité de H de CH rend difficile le passage au carbanion en présence d’ion alcoolate.89). ce qui n’est plus possible si l’ester mis en réaction ne possède qu’un groupe méthyne CαH. NaH. en présence de deux équivalents d’ester. Un équivalent de sodium est nécessaire car le β-cétoester consomme de l’alcoolate pour former un carbanion qui résulte de la forte acidité de l’hydrogène lié au carbone situé entre les deux fonctions carbonylées. comme les benzoates et plus généralement les dérivés aromatiques. La très faible concentration en ion alcoolate dans le milieu permet de former peu de carbanions par rapport à la quantité présente d’ester et de débuter ainsi la réaction. Ainsi. qui conduisent respectivement à des α-aroyl esters. α-formyl esters.89 . ArCOOR’. Ce type de réaction de Claisen croisée est plus intéressant si l’un des esters mis en réaction ne possède pas d’hydrogène en α. imine. les esters de formule générale (R1)(R2) CH-COOR sont inaptes à la réaction de Claisen dans les conditions normales car il n’est pas possible avec eux de former un carbanion de cétoester. est formé par addition d’un équivalent de sodium métallique à moins d’un équivalent d’alcool absolu. Cette acidité est plus élevée que celle de l’hydrogène de l’alcool en raison de la forte stabilisation de ce carbanion.88 H C COOEt R' O R C OEt H C COOEt R' O R C OEt + H C COOEt R' Les réactions de Claisen peuvent avoir lieu entre deux esters différents. KH ou NaNH2 permet le retrait de cet hydrogène et le déplacement de l’équilibre. quatre β-cétoesters sont obtenus. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. les formiates. L’emploi de bases plus fortes comme l’ion trityle. La réaction de Claisen étant réversible. Dans le cas où chacun d’eux possède un hydrogène en α.10.88) : O R C OEt Schéma 10. dans ce cas. l’alcoolate de sodium. la réaction de rétro-Claisen à partir de β-cétoester permet le retour à deux esters (schéma 10. Dans ces conditions. et des malonates (schéma 10. La facile formation de ce carbanion très stable est importante car elle permet le déplacement de l’équilibre vers la droite. HCOOR. la réaction de Claisen sur ce type d’esters devient possible.

leurs hydrures ou leurs amidures.91). O EtO EtO C + C O H2 C COOEt Schéma 10.4dicarboxylate d’éthyle (schéma 10. On peut aussi effectuer dans certains cas la réaction selon le mode opératoire classique (décrit pour la réaction de Claisen).4-dicarboxylate d’éthyle (schéma 10. On peut utiliser dans cette réaction les métaux alcalins (Na.90 Le même type de réaction appliqué à un mélange d’oxalate d’éthyle et de glutarate d’éthyle permet d’accéder au cyclopentane-2. Les cycles à 5. qui. et placées de telle sorte que la formation d’un β-cétoester cyclique soit possible.3-dione-1. C’est le cas du succinate d’éthyle. COOEt OEt CH2 H2C C O EtO + O C CH2 H2C EtO COOEt succinate d'éthyle H2C O C EtO COOEt OEt CH C O CH2 HC COOEt COOEt CH H2C O C CH C O CH2 COOEt cyclohexane-2.92) est une réaction de Claisen intramoléculaire spécifique des molécules possèdant deux fonctions esters dont l’une au moins possède un hydrogène en α.4-dicarboxylate d'éthyle oxalate d'éthyle glutarate d'éthyle La réaction de Dieckmann (1894)(schéma 10.5-dione-1. Par contre les grands cycles supérieurs à 7 chaînons sont plus difficilement accessibles : une très haute dilution favorise leurs formations dans la mesure où elle restreint les réactions intermoléculaires. Le mécanisme est proche de celui de la réaction de Claisen.5-dione-1.91 COOEt H2 C CH2 O EtO O C C COOEt CH CH2 CH COOEt cyclopentane-2. en présence de sodium ou d’éthylate de sodium. 6 et 7 chaînons sont assez facilement obtenus.3-dione-1.570 Chimie organique Certains diesters permettent de former des composés cycliques par une double réaction de Claisen.4-dicarboxylate d'éthyle Schéma 10. forme un dérivé du cyclohexane. le cyclohexane-2. K). . La réaction a lieu le plus souvent dans le benzène à chaud.90).

COOEt H2C CH2 COOEt H2C CH R R = alkyl Na H2C CH H2C CH R COOEt C O OEt C O OEt H2 C H2 C CH C CH R O Schéma 10.1/2 H2 COOEt H2C H2C CH C C H2 O H H2C H 2C C Na C O C H2 2-oxo-cyclopentanecarboxylate d'éthyle + EtOH Schéma 10.94). c’est-à-dire celui formé par retrait d’un proton du carbone α non substitué (schéma 10. c’est le carbanion le plus stable qui se forme.93). imine. c’est pourquoi elle est présentée ici (schéma 10.92 Si un groupe alkyle est présent en position α d’un des deux groupes esters.10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. de nombreux chimistes se réfèrent à cette appellation pour la désigner.93 Bien que l’acylation des cétones et nitriles par les esters ne soit pas une réaction de Claisen classique.94 . et nitrile 571 H2C CH2 COOEt H2C CH2 C O hexanedioate d'éthyle Na Na H2C CH COOEt H2C CH2 C O COOEt OEt COOEt H2 C H2 C CH OEt C O C H2 Na COOEt H2 C CH C O H2 C C H2 + EtONa OEt . O RCH2 C R' + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R β-dicétone O C R' RCH2 C N + R1 COOR2 base puis H2O O R1 C CH R nitrile β-cétonique C N Schéma 10.

une β-dicétone ou un nitrile β-cétonique est obtenu.95 est alkyle.) O H3C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R CH2R NaNH2 O H2 C C O R1 C OR2 O H2 C C CH2R . selon le cas. le carbanion le plus stable. (Remarque : R dans le schéma 10.OR2 CH2R O H2C C O R1 C O H 2C C β-dicétone CH2R CH2R O O R1 C O H2 C C CR C R1 O R1 C OR2 (excès) .OR2 puis H2O O R1 C base (excès) O HC C CH2R O R1 C O H2 C C CHR Schéma 10.572 Chimie organique Il s’agit de faire réagir des carbanions issus de cétones ou de nitriles ayant un groupe méthylène en α sur des esters aliphatiques en présence de bases fortes comme l’hydrure ou l’amidure de sodium.95 Une seconde réaction de la β-dicétone ou du nitrile β-cétonique est possible si un excès de base et d’ester sont présents.δ-dicétoniques. respectivement. ou un carbonate. Les cétones dissymétriques aliphatiques forment un carbanion à partir du substituant ayant un maximum d’hydrogènes en α du groupe carbonyle. et d’une manière plus générale. un aldéhyde β-cétonique ou un ester β-cétonique (schéma 10. on obtient à partir d’une cétone.95) ou nitriles β. pour toutes les cétones. . Ces carbanions attaquent le groupe carbonyle de l’ester RCOOR’. et après élimination du groupe OR’. ce qui peut conduire à des tricétones (schéma 10.96). Si l’ester est un formiate. selon le cas. HCOOR. (RO)2CO.

sous l’action de diisopropylamidure de lithium.H2 O X C C Y l'élimination n'est pas générale . élimine une molécule d’eau avec formation d’une double liaison (schéma 10.98). comme les aldéhydes aromatiques. le plus souvent.97).3 – Réaction de Knoevenagel ou Doebner-Knoevenagel Un carbanion formé à partir d’une molécule de formule générale X-CH2-Y.4. COOH. les sels d’acides carboxyliques génèrent des carbanionssels d’acides. Il s’agit d’une addition–élimination : une condensation. différents ou identiques.10. CHO.97 Cette méthode d’acylation des acides est peu utilisée pour les acides de formule générale (R)(R’)CH-COOH qui sont acylés par les chlorures d’acides plutôt que par les esters après formation du carbanion. d’hydrogène en α du groupe carbonyle. On peut ajouter à ces réactions des esters avec les cétones et nitriles. SO2R. NO2.96 Des réactions secondaires entre deux molécules d’esters (Claisen) ou de cétones (cétolisation) sont observées. (i-Pr)2NLi. et parfois X-CH3. En effet. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. ainsi que la réaction d’un carbanion issu de l’ester s’il porte un méthylène en α sur la cétone ou le nitrile. 10. R'COOR" puis H2O. X C=O + H2C Y X base C OH Schéma 10. imine. et nitrile O H C CH R 573 O RCH2 C R' + H COOR2 formiate base puis H2O O C R' aldéhyde β-cétonique O RCH2 C R' + R1O COOR1 carbonate base puis H2O O R1 O C CH R O C R' ester β-cétonique Schéma 10. sont électroattracteurs -I comme COOR. conduit à un composé hydroxylé qui. Leurs décarboxylations permettent la formation de cétones (schéma 10. qui réagissent avec les esters aliphatiques pour produire des acides β-cétoniques après acidification. H R-CH2-COO (i-Pr)2NLi R-CH-COO . pour laquelle les groupes X et Y. COR.98 C H Y .CO2 R-CH(COR')COOH R-CH(COR')COOH R-CH2-CO-R' Schéma 10. attaque un aldéhyde ou une cétone dépourvu. dans la plupart des cas. celles des sels d’acides carboxyliques. CN.

Il en résulte le benzylidènemalonate d’éthyle (schéma 10.B H O COOEt C COOEt H COOEt H2C COOEt O C Ph COOEt + HC H COOEt malonate d'éthyle Ph C H H O COOEt C COOEt H B . l’acide trans-cinnamique (schéma 10. Pour effectuer cette réaction avec les cétones. la pyridine. la quinoléine. la pipéridine. on utilise en plus de la pyridine.100 Le même résultat est obtenu en effectuant la réaction de condensation avec l’acide malonique.99 L’hydrolyse des fonctions esters du benzylidènemalonate d’éthyle conduit à un diacide éthylènique instable dont une fonction se décarboxyle pour donner finalement un acide α. les aldéhydes réagissent avec le malonate d’éthyle dans les conditions classiques.H2O Ph C H C COOEt COOEt Ph C H benzylidènemalonate d'éthyle Schéma 10. Sauf cas exceptionnels.BH .BH HC COOEt O Ph C H COOEt C COOEt H BH . COOEt B . La réaction s’effectue dans les alcools (souvent l’éthanol). La réaction de Knoevenagel (1896) la plus classique est celle qui fait intervenir le malonate d’éthyle avec le benzaldéhyde en présence de pyridine. .99). KF ou RbF). dans le THF ou le dioxane. l’acétamide. CH2(COOH)2. ou le dioxane parmi d’autres en fonction de la base. le tétrahydrofurane (THF). voire des sels métalliques fluorés (CsF. le tétrachlorure de titane comme catalyseur.574 Chimie organique Les bases utilisées sont la pyridine. Avec les aldéhydes aliphatiques. la réaction est plutôt effectuée en présence de pipéridine comme base.EtOH Ph C H C COOH COOH .β-insaturé. des aminoacides. le benzène. Il s’agit dans ce cas de la réaction de Doebner (1900). seuls. la triéthylamine. mais aussi certaines amines primaires ou secondaires. Ph C H C COOEt COOEt H2O .100).CO2 Ph C H C COOH H acide trans-cinnamique Schéma 10.

CO-CH3 Ph-CH=O + H2C COOEt acétylacétate d'éthyle Et2NH COCH3 Ph C H C COOEt + H 2O 2-acétyl-3-phényl-acrylate d'éthyle CN O cyclohexanone + H2 C COOH CH3COONH4 CN C COOH + H 2O acide cyanacétique acide cyano-cyclohexylidène-acétique O furfural COOH CHO + CH2 COOH pyridine O C H CH COOH + H2O + CO2 acide 3-(furan-2-yl)-acrylique Schéma 10. RCH2Y et (R)(R’)CHY. schéma 10.102 Certaines molécules de formules générales. capables de former un carbanion sont aussi susceptibles de réagir avec les cétones et aldéhydes pour fournir un composé hydroxylé.102 : Ph C O Ph benzophénone + CH3-CN KOH Ph C Ph C H CN + H 2O 3.3-diphényl-acrylonitrile R C O + CH3 NO2 R nitrométhane KOH R C CH2-NO2 R OH O Li . et nitrile 575 D’autres exemples de condensation de Knoevenagel sont donnés dans le schéma 10. imine.10.101. . comme dans les exemples suivants.101 La réaction a été étendue à de nombreuses molécules ne possèdant qu’un seul groupe électroattracteur Y de formules générales CH3-Y. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.H2 O R R C C H NO2 OH H CH2COOEt (1-hydroxy-cyclohexyl)-acétate d'éthyle O + Li CH2COOEt CH2COOEt Schéma 10.

RC≡CH.4.576 Chimie organique 10. C H C NaNH2 Na C R NH3 liquide C C R + NH3 H2 catalyseur de Lindlar O C OH C OH C H C H R C C R puis H+ C OH C C R Schéma 10. Le premier composé formé est un anhydride mixte qui. supérieurs à l’ion cyanure –CN. composés très utiles en synthèse en raison de leur facile réduction en dérivés d’alcool allylique. par addition d’eau.104).4.4 – Carbanion acétylure Les hydrogènes portés par l’acétylène et ces dérivés monosubstitués. Elle permet la synthèse de dérivés de l’acide 3-phénylpropènoïque ou acide trans-cinnamique. sont acides et peuvent être convertis en acétylures dans l’ammoniac liquide par l’action de bases fortes comme les amidures alcalins. dont les alcynes terminaux. est hydrolysé en fournissant l’acide trans-cinnamique ou ses dérivés et l’acide dont dérive l’anhydride d’acide. Un exemple est donné pour la réaction entre le benzaldéhyde et l’anhydride acétique en présence d’acétate de sodium (schéma 10. . La réaction s’effectue à l’ébullition de l’anhydride. Ils s’additionnent sur les aldéhydes et cétones en produisant des dérivés d’alcool propargylique. de formule générale. Ce sont de puissants nucléophiles.5 – Réaction de Perkin La réaction d’un aldéhyde aromatique avec un anhydride d’acide en présence du sel de cet acide servant de base à la réaction est appelée réaction de Perkin (1868).103). L’anhydride d’acide sert de solvant. par hydrogénation en présence du catalyseur de Lindlar (palladium sur carbonate de calcium empoisonné au plomb) (schéma 10.103 10.

105 COOEt + EtOH O C R C X O COOEt -X R C C COOEt ester glycidique . et nitrile 577 O H3C H 3C H Ph C O H 3C H Ph C CH2 C OH H3C O C O C O O . La plupart des aldéhydes aromatiques y compris hétérocycliques donnent lieu à cette réaction. les esters αhalogénés se condensent avec aldéhydes et cétones en formant des esters glycidiques (ou α. La présence d’un substituant électroattracteur sur l’aldéhyde la favorise. imine.104 La réactivité de l’anhydride est fonction de l’acidité des hydrogènes du groupe CH2 en α. 10.CH3COOH H2C H3 C C O O C O O Ph H C O H3C CH C O O C CH3 O anhydride mixte : R-CO-O-CO-R' anhydride acétique O CH2 C C O Ph H2O CH3COOH O .H 2O Ph C H H 2C C O C O C O CH3COO Na .4.β-époxyesters) dérivés de l’oxirane (schéma 10.105).10. Les réactions de Perkin ont lieu aussi avec les aldéhydes vinylogues d’aldéhydes aromatiques. Le carbanion formé effectue ensuite une réaction de substitution intramoléculaire SN2 qui conduit à une cyclisation en oxirane. La réaction de Darzens (1904) débute comme une réaction de Knoevenagel. Ar-CH=CH-CHO. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. R H C X ester α-halogèné R COOEt + NaOEt Na C X O COOEt C R C X Schéma 10.CH COONa 3 Ph H C CH2 C O O C O OH H3C CH CH COOH acide trans-cinnamique + CH3COOH Schéma 10.6 – Condensation de Darzens (ester glycidique) En présence d’une base comme un alcoolate ou un amidure alcalin.

S’il est chauffé en milieu acide. O R O H3 C C H3C H C CH2 CH3 isobutène C C O ∆ R CH2 + C C OH O C H C O R O H3C glycidate de t-butyle Schéma 10. cétimines. il est possible de former d’abord le carbanion intermédiaire par l’action du bis(triméthylsilyl)amidure de lithium (THF. le méthanal. Pour les augmenter. L’hydrolyse alcaline des esters glycidiques conduit au sel de l’acide correspondant. tous α-halogénés. Par chauffage. ils éliminent une molécule d’isobutène en donnant l’acide qui se décarboxyle en cétone ou aldéhyde (schéma 10. Le résultat est . Les aldéhydes aromatiques ArCHO. et ceux de formule générale (R1. non énolisables car cette réaction nécessite l’action d’une base forte comme l’hydroxyde de sodium. H O R NaOH.106 .5. H2O COOEt puis H O R C O Schéma 10.R3)C-CHO se prêtent à cette réaction de transfert d’un ion hydrure de leur groupe CHO vers une molécule identique (réaction de Cannizzaro (1853)). –78 °C) puis d’y ajouter l’aldéhyde ou la cétone.5 Réactions faisant intervenir le transfert d’un ion hydrure du groupe aldéhyde 10. HCHO. nitriles.578 Chimie organique Dans cette réaction. ou amides secondaires.107). il se forme un aldéhyde (ou une cétone) suite à une décarboxylation et à une ouverture du cycle (schéma 10.CO2 O H OH R H O R Les glycidates de t-butyle n’ont pas besoin de saponification. .106). Les aldéhydes aromatiques et les cétones réagissent bien tandis que les aldéhydes aliphatiques donnent de mauvais rendements.1 – Réaction de Cannizzaro Cette réaction n’est possible qu’avec des aldéhydes ne possèdant pas en position un hydrogène susceptible d’être extrait par une base.H .R2.107 10. La réaction parasite souvent rencontrée est l’aldolisation des aldéhydes ou cétones. sulfoxydes. les esters α-halogénés peuvent être remplacés par des cétones.

108 H H Ar O C O A O C Ar H transfert d'ion hydrure O O . devenu un alcoolate. Dans le cas du dianion (B). pour fournir un alcool. Si deux aldéhydes différents sont mis en réaction.108). Il transfère un proton à l’aldéhyde qui a déjà additionné un ion hydrure. A titre exceptionnel.H2O Ar C O B O H O + O H C Ar H H H H Ar C O H Ar C H transfert d'ion hydrure O Ar C O + H O C Ar H solvant . L’anion (A) ou le dianion (B) ainsi obtenu transfère un ion hydrure à une nouvelle molécule d’aldéhyde: ce retrait de H. donnent lieu à une réaction de Cannizzaro à température élevée (200 °C).dans l’anion. L’aldéhyde soumis à l’action de NaOH additionne HO. L’ensemble de la réaction correspond à une dismutation (ou disproportionation).10. Le retrait d’un proton du groupe OH par NaOH peut aussi libérer un dianion. H H O Ar C O H O Ar C O (A) 2 Ar-CHO + HO Ar-COO + Ar-CH2-OH ROH O Ar C O (B) Schéma 10. ils dérivent chacun de l’un des deux aldéhydes (voir ci-après).pour former un anion (schéma 10. et doublé dans le dianion. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. il s’agit alors d’une réaction de Cannizzaro croisée.est largement facilité par le caractère fortement électrodonneur de O. imine. en présence d’hydroxyde de sodium. Un acide et un alcool sont encore obtenus. le transfert du proton dans la seconde partie du mécanisme se fait à partir d’une molécule du solvant protique. (CH3)2CH-CHO. quelques aldéhydes aliphatiques énolisables comme le 2-méthylpropionaldéhyde. L’aldéhyde de départ est alors oxydé en acide. et nitrile 579 la formation de l’acide correspondant à l’oxydation de l’aldéhyde et de l’alcool qui serait formé par réduction de cet aldéhyde.

5. la réaction est effectuée entre le formaldéhyde (ou méthanal) et un autre aldéhyde (Cannizzaro croisé) ce qui permet la réduction de ce dernier en alcool avec un bon rendement. R C O C O Schéma 10. RCH2OH. C’est la réaction de Tischenko (1906) (schéma 10.110). Le mécanisme est malconnu. par contre. il y a transfert d’un ion hydrure au cours du mécanisme. RCOOH.110 Dans le cas d’aldéhydes aromatiques. Le méthanal est alors oxydé en acide formique (ou méthanoïque). dérivés respectivement de réduction et d’oxydation des aldéhydes traités. Comme dans la réaction de Cannizzaro.111 .111). les aldéhydes aliphatiques. l’alcoolate de sodium peut être utilisé à la place du triéthoxyde d’aluminium (schéma 10. Les aldéhydes α-cétoniques donnent lieu à une réaction de Cannizzaro intramoléculaire (schéma 10. 2 CH3 CHO Al (OEt)3 CH3COOC2H5 H H3 C C O O H3C C O Al (OEt)3 H3 C acétate d'éthyle H3 C C H H3C C O H3C C O Al (OEt)3 H H H H3C H C H O C O + Al (OEt)3 Schéma 10. et les acides.580 Chimie organique Très souvent.2 – Réaction de Tischenko Si deux molécules d’aldéhydes non énolisables conduisent à un alcool et à un sel d’acide en présence de soude selon la réaction de Cannizzaro. 2 Ph-CHO NaOEt PhCOOCH2Ph Schéma 10. et aromatiques RCHO chauffés en présence de trialkoxyde d’aluminium Al(OEt)3 conduisent à des esters RCOOCH2R correspondant aux résultats qui auraient été obtenus par réactions entre les alcools.109).109 H + HO R H C C O OH O 10.

114). Ce composé que l’on peut isoler réagit de nouveau si un excès de formaldéhyde est présent. H CHO H Base. les aldéhydes énolisables conduisent à des aldols. . RCHO + R'CHO Al (OEt)3 RCOOCH2R' + R'COOCH2R Schéma 10. selon une réaction de Cannizzaro croisée avec formation d’acide formique et d’un 1.112 10. évidemment (schéma 10. Aldolisation croisée avec le formaldéhyde (réaction de Tollens) H2C=O Ca(OH)2 C CHO C CHO C CHO puis H H C H H aldéhyde énolisable OH aldol Réaction de Cannizzaro croisée C H OH CHO H2C=O HO C OH Schéma 10. C’est la réaction de Tollens (1891). Des réactions de Tischenko croisées sont possibles à partir de deux aldéhydes différents : deux esters sont obtenus dont les proportions sont variables en fonction de la différence de réactivité des aldéhydes. et nitrile 581 Dans ces conditions. l’ester RCOOCH2R’ est prépondérant (schéma 10.113 CH2OH + HCOOH C H H C H La réaction d’un aldéhyde ou d’une cétone portant un groupe C αH2 ou CαH3 (2 ou 3 hydrogènes acides) en présence d’un large excès de formaldéhyde conduit à des polyols (schéma 10. Si RCHO est le plus réactif.112).5.113).3-diol (schéma 10. imine. sans la réaction de Cannizzaro dans ce cas. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.115).10.3 – Réaction de Tollens Une réaction particulière fait intervenir le formaldéhyde sur les cétones et aldéhydes énolisables en présence d’hydroxyde de calcium comme base. H2C=O excès CH2OH CH2OH CH2OH + HCOOH Schéma 10. Le formaldéhyde et le composé carbonylé donnent lieu à une aldolisation croisée ce qui conduit à une cétone ou un aldéhyde β-hydroxylé.114 Cette réaction a lieu aussi avec d’autres molécules ayant un groupe électroattracteur comme NO2.

En effet. Ph Ph C H C N nucléophile nouveau cycle de réactions O O Ph C CN H Ph O C CN H H C O Ph H O C CN O C H Ph effet attracteur -I H O O C H benzoïne H O Ph Ph C CN O C H Ph C N + Ph C groupe partant Schéma 10. H2C=O excès HO-CH2-CH2-NO2 2-nitroéthanol Chimie organique CH3-NO2 Schéma 10. dans la première partie du mécanisme. Certains aldéhydes aromatiques ne peuvent être que donneurs. Cette acidité est liée à la présence du groupe CN à fort effet électroattracteur -I. Dans la seconde .582 Base.6 Condensation benzoïnique Les aldéhydes aromatiques et les glyoxals. L’ion CN.est un bon réactif nucléophile qui s’additionne facilement sur le groupe carbonyle aldéhydique du « donneur » comme dans la formation des cyanhydrines : un sel de cyanhydrine en résulte. Celui-ci attaque le groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde. L’échange intramoléculaire d’un proton conduit à un nouvel ion alcoolate.116 Il est intéressant de remarquer l’activité particulière du groupe CN qui est ce qu’on appelle un « puits à électrons ». comme le p-N. RCOCHO. se condensent de telle sorte qu’une molécule d’aldéhyde appelée « donneur » s’additionne à un groupe carbonyle d’une seconde molécule d’aldéhyde (appelée « accepteur ») en présence d’ion cyanure comme catalyseur.116).est alors régénéré et la benzoïne obtenue. Les aldéhydes aromatiques fournissent ainsi des α-hydroxy cétones appelées benzoïnes (schéma 10.N-diméthylaminobenzaldéhyde. il est riche en électrons sous la forme d’un ion cyanure et est nucléophile. L’hydrogène porté par le carbone central de ce sel se déplace vers l’oxygène ce qui conduit à un carbanion (stabilisé par résonance). L’oxygène de l’ion alcoolate qui est ainsi formé est proche de l’hydrogène à caractère acide porté par le groupe hydroxy. Il se condense avec le benzaldéhyde (à caractère plus accepteur que donneur).115 10. L’ion CN. en raison de la présence du groupe diméthylamino à fort caractère électrodonneur +M.

et nitrile 583 partie de ce mécanisme. car elle permet la préparation d’oléfines (schéma 10. CH3 N H3C N NH2 H N S CH2-CH2-O-R . équivalents aliphatiques des benzoïnes. imine. PO43 ( n = 3).118). L’ion phosphonium a un .118) à partir d’un choix important d’aldéhydes ou de cétones qui peuvent être aliphatiques. d’oléfines avec une double liaison en position bien définie (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. eux-mêmes. insaturés par des doubles ou triples liaisons (conjuguées ou non avec le groupe carbonyle). son caractère électroattracteur -I comme groupe nitrile rend l’hydrogène en α suffisamment acide pour qu’il se déplace vers la charge négative de l’oxygène. ou esters. aromatiques. de l’action d’un halogénure de formule générale >CH-X sur une phosphine. NR2. alicycliques.10 10. R C O + Ph3P C R' ylure de phosphore ou phosphorane R C C R' + Ph3P=O oxyde de triphénylphosphine Schéma 10. NO3 (n= 1) n R = H cation thiamine (vitamine B1) O O P O O P O O R= pyrophosphate de thiamine (coenzyme) Figure 10.10) a des propriétés chimiques équivalentes au groupe CN et intervient dans divers processus biologiques sur des aldéhydes (surtout des aldoses) en formant des acyloïnes RCOCH(OH)-R. L’avantage de cette méthode réside dans la possibilité de formation. ou phosphoranes. ArCOCH(OH)Ar. Elle présente de nombreuses variantes. lesquels résultent. il agit de nouveau par son fort effet électroattracteur et devient alors un groupe partant. A A = Cl (n = 1 ). et avoir des groupes nitroaryles.118 Elle nécessite la présence d’ylures de phosphore. qui sont préparés à partir de sels de phosphonium. Dans la dernière partie du mécanisme. des groupes acétals.7 Réaction de Wittig La réaction de Wittig (1949) est très importante. OR. et / ou halogénoaryles. être fonctionnalisés par OH. C’est pourquoi elle est largement utilisée pour la synthèse de nombreux composés biologiques complexes. dans des conditions relativement douces. Les aldéhydes sont beaucoup plus réactifs que les cétones.10. Un sel de thiazolium naturel présent dans la vitamine B1 (figure 10.

un oxaphosphétane instable. le diméthylsulfoxyde (DMSO) ou l’éthanol (avec EtONa). les hydrures et amidures alcalins. Il existe en fait peu de preuves que les bétaïnes soient de vrais intermédiaires . les alcoolates (surtout t-BuOK). le phényllithium.584 Chimie organique caractère très électroattracteur qui rend l’hydrogène de CαH très acide (schéma 10. O C O R1 Ph Ph P Ph C C R2 R1 O P(Ph)3 + R1 C C R2 Ph3P ylure C R2 ou phosphorane oxaphosphétane O C C R1 O R2 R1 C R2 PPh3 Ph3P C bétaïne oxirane Schéma 10. H Ph3P + X C R1 triphénylphosphine X R2 Ph3P H C R2 R1 BuLi R1 Ph3P C R2 ylure ou phosphorane R1 Ph3P C R2 sel de phosphonium Schéma 10.119).120 La formation d’une bétaïne intermédiaire a longtemps été proposée comme une étape du mécanisme. le tétrahydrofurane (THF). Les solvants sont le plus souvent le diéthyléther. cela était appuyé par le fait que les bétaïnes produites par l’action de triphénylphosphine sur un oxirane selon une substitution nucléophile produisent des oléfines.119 Le mécanisme de la réaction de Wittig débute par l’attaque de l’ylure sur le groupe carbonyle de l’aldéhyde ou de la cétone. résultat du mécanisme de cycloaddition [2 + 2] concerté. composé qui se décompose ensuite en oléfine et oxyde de triphénylphosphine (schéma 10. Il est extrait par des bases comme le butyllithium.120). ce qui conduit à un système hétérocyclique.

à quelques exceptions près. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. L’orientation est fonction du solvant utilisé et des sels qui y sont dissous. Par contre. le tableau 10. O Ph3P C H C H Ph3P C H C O Ph3P H R-CHO R C H oléfine E O C H C H H C CHO + O=PPh3 Schéma 10. c’est-à-dire qui ont un carbanion très nucléophile. . ou deux atomes d’halogène.1 rassemble quelques ylures avec l’indication de leurs stabilités relatives et la facilité de leurs réactions avec les aldéhydes et cétones.10. Ces ylures peuvent même ne pas réagir si la charge négative est très délocalisée : c’est le cas pour des ylures dont les deux substituants du carbone sont des groupes à effet -M ou des groupes aryles. En simplifiant un peu. le caractère nucléophile du carbone de l’ylure est assez faible.121). imine. la réaction peut conduire à des oléfines E et Z. et réagissent à la fois. sont très réactifs avec la plupart des aldéhydes et cétones. ces ylures sont stables envers l’eau.121 Dans le cas particulier de Ph3P=CH-COOEt. et ses réactions deviennent plus difficiles avec les aldéhydes et cétones. Dans ce cas. Les oléfines qui sont produites par ces ylures stables sont. À titre d’exemples. avec l’eau et l’oxygène. sauf exceptions. et nitrile 585 dans la réaction de Wittig. les ylures peuvent être classés en composés stables et instables. toujours de configuration E (schéma 10. les oxaphosphétanes ont pu être isolés à de nombreuses reprises ce qui permet d’assurer leur formation dans ce mécanisme. La stabilité des ylures est souvent assurée par la présence d’un groupe exercant un effet mésomère électroattracteur -M ce qui assure une délocalisation de la charge négative. Les ylures dits instables ou peu stables comme ceux qui ont pour substituants du carbone un hydrogène et un groupe alkyle. Par ailleurs.

(RO)2P(O)CH(R1)(R2).1 Les oléfines produites sont le plus souvent un mélange de configurations E et Z avec une nette prédominance de la configuration Z.11) : O Ph3P C H C CH3 Ph3P C H CH3 (EtO)3P C H C CH3 O (EtO)3P C H CH3 Figure 10. au même titre que la présence de base de Lewis (amines tertiaires). qui. Le classement de la réactivité de quatre phosphoranes est donné ci-après (figure 10. en présence d’une base comme un hydrure alcalin forment des carbanions très réactifs (réaction de Wittig-Horner). Certains sont des trialkoxyphosphoranes. Ce type de composé permet en particulier de préparer des oléfines acylées ou des composés cétoniques cycliques (schéma 10. .11 Les phosphoranes sont parfois remplacés par des phosphonates. Tous les phosphoranes ne sont pas dérivés de la triphénylphosphine. Dans ce cas encore. Avec des substituants identiques.586 Chimie organique Ylure H Ph3P=C CH3 Cl Ph3P=C Cl H Ph3P=C COCH3 CN Ph3P=C COCH3 Ph Ph3P=C Ph stabilité substrat RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' RCHO RCOR' facilité de la réaction +++ +++ +++ +++ ++ faible faible forte très forte très forte Tableau 10. Les solvants aprotiques polaires (par exemple le DMSO) favorisent la formation d’oléfines Z.122). le milieu réactionnel est très important pour le rapport E / Z. ces derniers sont plus réactifs que les triphénylphosphoranes correspondants en raison d’une augmentation du caractère nucléophile lié à la présence de groupes électrodonneurs +M.

(R)(R’)C=NR”.122 Les phosphonates sont facilement préparés par réaction entre la triéthoxyphosphine et un halogénure. les cétènes. les isocyanates. imine. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. et nitrile 587 O O NaH.123 Outre les aldéhydes et cétones.XEt EtO P CH(R)(R') EtO phosphonate Réaction de Wittig-Horner O EtO P CH(R)(R') OEt O C O EtO P OEt C(R)(R') O EtO O P OEt Base O EtO P OEt C C R R' EtO O P O + C OEt R R' C C(R)(R') Schéma 10. Réaction d'Arbuzov H (EtO)3P + R C X R' ∆ EtO P EtO O O Et X CH(R)(R') . la réaction de Wittig peut s’appliquer à des composés aussi divers que. . les formamides. RCH2X ou (R)(R’)CHX. Le schéma 10. les imines. l’anhydride phtalique et le phtalimide.124 regroupe quelques substrats de la réaction de Wittig et les produits correspondants formés.10. par la réaction d’Arbuzov (1906) (schéma 10. RN=C=O. les composés nitrosés. RN=O. les thiocétones. HCON(R)(R’). l’anhydride carbonique.123). THF P O O EtO OEt 2-butyl-3-méthyl-cyclopent-2-ènone Schéma 10. (R)(R’)C=C=O.

HO R CO2 R' C PPh3 COO puis H ∆ R' R C COOH H R R' R R' C C C Schéma 10.124 10.588 Chimie organique O O O anhydride phtalique C O O C NR O R C R' C O cétène R R' C C C R N C O R" R N R C C isocyanate O NR O dérivé du phtalimide C N R' imine C C R' R N C R N O composé nitrosé H2O.15).8 Réactions des organomagnésiens 10. inversion de polarité Mg +δ −δ diéthyléther + R X ou THF −δ +δ R MgX O tétrahydrofurane (THF) Schéma 10. On obtient alors une solution.125 .125) (voir aussi § 13.8.1 – Sur les cétones et aldéhydes Les composés organomagnésiens RMgX (découverts par Grignard en 1900). sont préparés par action d’un halogènure RX sur le magnésium dans un solvant comme le diéthyléther Et-O-Et ou le tétrahydrofurane (THF) (schéma 10.

cette polarité négative de ce carbone qui est à l’origine des réaction de ces composés organométalliques. les organomagnésiens à faible concentration dans l’éther ou le THF sont principalement sous forme monomères ce qui montre que seule la première partie de l’équilibre de Schlenk est réalisée.10. lui-même en équilibre avec un complexe dimère. les cristaux obtenus à partir d’un organomagnésien préparé dans un excès d’halogénure d’alkyle RX. le 2-méthyl-THF.126 R2Mg. Le carbone a une charge partielle négative dans RMgX alors qu’il en avait une positive dans l’halogénure. le tétrahydropyrane. et R2Mg (dialkylmagnésium si R = alkyle).126).127). dans le diéthyléther. bien que monomériques. R2Mg-MgX2. Avec R = alkyle. Ils sont préparés dans le THF. Par contre. Il y a donc inversion de polarité de ce carbone durant la formation de l’organomagnésien. monomèrique. ces différentes molécules présentent chacune une double coordination aux molécules d’éther-oxyde. . du solvant dans lequel il a été préparé.MgX2 Le déplacement de l’équilibre dépend de la nature du groupe R. La liaison C-Mg possède un fort caractère covalent (avec un faible caractère ionique. Et O R Et Et O R Mg Et Et O Et Mg X R X Mg X O Et Et Et O Et Et O Et Schéma 10. et c’est en partie. sont un mélange de R2Mg et MgX2. et nitrile 589 On appelle réactifs de Normant (1954). par une étude aux rayons X. sans diéthyléther et étudiés par rayons X. MgX2. 2 Et2O. est alors RMgX. D’une manière générale. l’organomagnésien est en équilibre (équilibre de Schlenk) avec l’halogénure de magnésium. formé à partir des deux molécules précédentes (schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle. 2 RMgX R2Mg + MgX2 Schéma 10. Il a été montré qu’en solution éthèrée. d’environ 35 %). solvant classique dans lequel elles sont dissoutes (schéma 10. que leur structure. Ils réagissent aussi bien que les réactifs de Grignard classiques et permettent la synthèse de nombreux composés insaturés.127 Les cristaux obtenus en concentrant et refroidissant la solution éthèrée d’organomagnésien montrent. de la nature de X. les organomagnésiens formés à partir d’halogénures insaturés. La structure des organomagnésiens est plus complexe que leur formule ne le suggère. entre autres. (R1)(R2)C=C(R3)MgX. de leur concentration et de la température. imine.

Le magnésium d’une . l’équilibre de Schlenk est orienté vers la gauche. Ces définitions sont nécessaires pour comprendre qu’il serait simpliste et surtout faux de présenter les organomagnésiens comme un système formé d’un carbanion R. ce qui n’est pas le cas dans le THF où Ar2Mg et MgX2 sont plus présents.129 Une proposition de mécanisme faisant agir deux molécules d’organomagnésien (cas assez fréquent mais pas général) est la suivante (schéma 10. schémas 10. H R' C R" alcool primaire R = R' = H alcool secondaire R = H alcool tertiaire R et R'= alkyl. ArMgX est majoritaire.129) conduit. Dans la mesure où MgX2 est un acide de Lewis. d’une manière assez générale. Lorsque le produit attendu est un alcool primaire ou secondaire.590 Chimie organique Avec R = Ar.130). On préfère le remplacer par une solution de chlorure d’ammonium afin d’éviter une réaction de déshydratation toujours possible avec ce type d’alcool. mais par simplification. après acidification.128 OH Le mécanisme de cette addition est complexe en raison du nombre d’espèces chimiques présentes en équilibre et de l’influence possible d’impuretés métalliques. L’addition d’un organomagnésien sur le groupe carbonyle d’un aldéhyde ou d’une cétone (réaction de Grignard. il a un effet important sur la réactivité de RMgX en se coordinant à l’électrophile. Tous les mécanismes impliquant des organomagnésiens sont complexes et rarement donnés dans leur intégralité en raison de nombreux paramètres ignorés comme la coordination au solvant et son influence. Lorsque le composé attendu est un alcool tertiaire on évite l’utilisation d’acide fort en solution. dans le diéthyléther. aryl. à un alcool secondaire ou tertiaire. L’addition effectuée sur le méthanal conduit à un alcool primaire.et d’un cation MgX+ bien que la plupart de leurs réactions correspondent apparemment à l’intervention d’une telle structure.128 et 10. on peut l’écrire de la manière suivante : C R O MgX diéthyléther ou THF C R O MgX HX H2O C R alcool O H + MgX2 Schéma 10. respectivement. aralkyl Schéma 10. R R C O R' formaldéhyde autre aldéhyde cétone 1) R"MgX 2) H2O. l’acidification du milieu est obtenue par addition d’une solution diluée d’acide chlorhydrique ou sulfurique.

Il y a transfert d’un proton comme dans une réaction entre un acide et une base (schéma 10. Cette seconde molécule joue un rôle d’acide de Lewis en augmentant la polarisation de la liaison carbonyle. H C C O −δ R MgX C C H R MgX O H C C O H2O. H H R MgX C C O cétone ou aldéhyde Schéma 10. Dans ce cas.131). et nitrile 591 première molécule de RMgX est d’abord coordiné à l’oxygène du groupe carbonyle. le groupe R s’approprie l’hydrogène acide en α du groupe carbonyle pour former une molécule RH. X −δ R C +δ +δ Mg X X R −δ +δ MgX Mg R C O R MgX C O R Mg R MgX O −δ Schéma 10. Les réactions d’addition sur les groupes carbonyle.132). L’alcool peut éliminer une molécule d’eau pour former une oléfine (schéma 10.131 C C O H La seconde réaction secondaire possible est la réduction du groupe carbonyle en alcool secondaire si le groupe R de l’organomagnésien possède un hydrogène en position β par rapport à MgX. Une seconde molécule de RMgX intervient alors pour conduire à un état de transition cyclique. La réaction se termine en formant le composé d’addition de RMgX sur le groupe carbonyle avec échange des groupes R des deux molécules d’organomagnésien impliquées. . Ces composés carbonylés sont transformés en leurs énols par addition de RMgX.130 Deux réactions secondaires sont possibles.10. L’addition d’acide libère l’alcool. La première concerne les réactions d’organomagnésiens avec des aldéhydes ou cétones énolisables encombrées ou des cétones à fort pourcentage d’énolisation comme les esters β-cétoniques. imine. C’est donc une réduction par transfert d’un ion hydrure en β du métal.

9. entre autres.133 .1).132 alcool secondaire Ces réactions secondaires empêchent la préparation à partir des organomagnésiens d’alcools très encombrés.4 (schéma 10. et en complexant RMgX avec le bromure de tétrabutylammonium Bu4N+.4 H C Ph C Ph